The Red Bulletin Août 2019

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SON PÈRE ÉTAIT TELLEMENT

DÉTERMINÉ À L’EMPÊCHER DE FAIRE

DU SKATE QU’IL A SCIÉ SA PLANCHE.

1. COMME LES MECS… ET ALORS ?!

Gamine, Bufoni jouait dans les rues de son São Paulo

natal (Brésil) avec les garçons de son quartier. Ils

passaient leurs journées à taper dans le ballon, à faire

du vélo, mais aussi du skateboard. « J’ai supplié mes

parents et ma grand-mère de m’en acheter un, ditelle.

C’est comme ça que tout a commencé. »

Aussi forte d’esprit à l’époque qu’elle l’est

aujourd’hui, Bufoni ne voulait jamais rentrer quand

ses parents l’appelaient, ou faire ce que l’on attendait

d’elle. Tout ce qui l’intéressait, c’était le skate. « Il

n’était pas question que mes parents essaient de me

coiffer ou de me mettre une robe, dit-elle. J’étais

entourée de mecs, au point que je voulais être

comme eux. Et me saper comme un mec. »

Son père voyait cela d’un autre œil. « Il ne voulait

plus qu’on me traite de garçon manqué ou de lesbienne

», raconte-t-elle. Le père de Bufoni était tellement

déterminé à l’empêcher de faire du skate qu’il a

scié sa planche en deux. Pas grave. Leticia a assemblé

des morceaux récupérés chez ses potes pour se constituer

une nouvelle planche. « Cela signifiait : “J’adore

skater, et je vais continuer ! Ne m’en empêche pas !” »

2. SE BATTRE POUR COMBATTRE

Forcément, son daron ne voulait pas qu’elle fasse de

compétitions. Sa première opportunité s’est pourtant

présentée à São Paulo et réunissait des filles de tout

le Brésil. Un ami qui l’avait vue et qui croyait en son

talent soutenait qu’elle méritait une chance. Il a

convaincu le père de Bufoni de la laisser participer

à la compétition.

« Il ne m’avait jamais vraiment vue faire du skate

avant cette compétition, dit Bufoni à propos de son

père. Quand il m’y a emmenée, il a constaté que

j’avais du potentiel. »

Dès lors, son père la trimbalait de bon cœur à

toutes les compétitions. « Il était devenu mon plus

grand supporteur, il m’emmenait au skatepark tous

les jours. » Nike sponsorisait ce premier contest à

São Paulo. À l’époque, Leticia Bufoni n’imaginait

pas que la marque deviendrait l’un de ses sponsors.

3. L.A. : CENTRE DU SKATE ET DU VICE

À l’âge de 14 ans, Bufoni s’est installée à Los Angeles.

De chez elle au Brésil, elle voyait la ville californienne

comme le centre de l’univers du skateboard.

« Tout se passe à Los Angeles, explique-t-elle. Tu

skates avec les meilleurs pros et fréquentes les meilleurs

skateparks. » L.A. apparaissait constamment

dans les vidéos de skate qu’elle regardait obsessionnellement.

La plupart des marques les plus importantes

étaient également basées ici. « Los Angeles a

toujours été un endroit de rêve pour moi », dit-elle.

L’attrait de la ville s’est intensifié avec le succès

montant de Bufoni. Elle avait gagné en assurance et

en expérience, mais se rendait compte que les possibilités

de sponsoring, dans sa ville d’origine, restaient

limitées. L’année précédant son installation en Californie,

Bufoni se demandait si elle pouvait vraiment

réussir en tant que skateuse. « Je n’avais pas de sponsors

et je me questionnais : est-ce que je persévère ou

est-ce que je me concentre sur mes études ? » Bien que

son père ait continué à la soutenir, Bufoni craignait

que les ressources financières de sa famille s’épuisent.

Sa chance d’aller à L.A. s’est présentée en 2007

avec une invitation à participer aux X Games. Son

père l’a accompagnée et a couvert les dépenses. Une

fois arrivée, Leticia savait qu’elle devait trouver un

moyen d’y rester. Sa huitième place dans l’épreuve

de street de l’événement laissait entrevoir un avenir

prometteur, mais elle devait encore convaincre son

paternel qui hésitait à permettre à sa jeune fille de

partir si loin de chez elle. Il a finalement cédé.

L.A., enfin ! Bufoni a commencé par explorer son

nouveau spot, aidée par la photographe Ana Paula

Negrao et son propre instinct de survie déjà bien

affûté. L’apprentissage de l’anglais a d’abord représenté

un défi. C’était vraiment difficile pour

quelqu’un qui parlait portugais. Mais son choix de

s’expatrier aux USA était le bon. « J’ai trouvé un sponsor

chaussures, puis un sponsor sapes. Tout a changé

si vite », se souvient-elle, fière d’avoir réussi à éviter

les pièges de la ville. « Les fêtes, la came, il y a tout

cela à L.A., constamment. À 14 ans, j’arrive ici seule,

avec des potes plus âgés, loin des miens. »

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