The Red Bulletin Août 2019

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SONY MUSIC (2)

Mark et Lykke Li,

la Suédoise que

l’on retrouve sur

son track Late

Night Feelings.

Alors, qu’il s’agisse des titres

Valerie, Uptown Funk ou Locked

Out of Heaven, elles sont toutes un

peu particulières. Il y a donc toujours

une possibilité que le public

n’adhère pas.

Qu’est-ce qui fait que des chansons

marchent ? Est-ce que c’est

l’amour supplémentaire que vous

leur donnez ? Diriez-vous qu’une

chanson est aussi bonne que ce

que vous êtes prêt à y investir ?

Absolument. L’art de qualité, ça ne

sort pas de nulle part. Ça ne s’est

jamais fait. Je pense qu’il faut souffrir

pour créer. Du moins, c’est le

cas pour moi. Et il faut donner à

sa création le temps de s’épanouir

et de grandir.

Qu’en est-il de ceux qui prétendent

avoir composé une chanson

à succès en quelques minutes

seulement ? Ils se la pètent ?

Bien sûr. Aujourd’hui, trop d’artistes

se vantent de composer

des chansons rapidement. Mais

globalement, la qualité a baissé

au point que les chansons ne sont

que correctes, sans plus. Elles sont

à un niveau où je me sentirais mal

à l’aise s’il s’agissait de ma propre

musique. Cela dit, il y a des gens

très talentueux qui y parviennent :

Amy, par exemple, avait composé

Back To Black en une heure, il me

semble ; la chanteuse Sia a la réputation

d’entendre un instrument

et de composer une chanson sur

le champ. Et si la chanson ne

vient pas en vingt minutes, elle

sait qu’elle n’est pas bonne.

« Partir à la

guerre, c’est

aller sur Spotify,

monter dans les

charts et passer

à la radio. »

Et c’est comment pour vous ?

Souvent, l’idée de la chanson me

vient assez rapidement. Ce qui

prend tant de temps, ce sont toutes

les choses que j’ajoute par la suite.

Comme je le disais, mes chansons

ne ressemblent pas aux tubes du

moment. Mais je veux qu’elles

deviennent des tubes, je veux leur

donner cette possibilité. Je veux

qu’elles passent à la radio. Je les

considère comme des petits soldats

qui partent en guerre.

… des petits soldats ?

Ce que j’entends par « partir en

guerre », c’est aller sur Spotify,

monter dans les charts, passer à

la radio et rivaliser avec Calvin

Harris, Benny Blanco et les autres.

Je peux prendre ces soldats, qui

sont très sensibles, et les revêtir

d’une armure. Peut-être que je

n’y ai mis qu’un truc sur le kick

drum ou un petit son électro dans

le refrain. Que des petits trucs qui

rendent les chansons modernes.

Je ne peux pas les forcer à gagner

mais je peux au moins faire le

maximum pour m’assurer de les

avoir envoyées dans la bataille

aussi préparées que possible. Parce

que j’ai encore aujourd’hui un ego

et de la fierté, et que je veux toujours

être sûr que mes petits trucs

peuvent obtenir du succès.

Vous sentez-vous vraiment

déconnecté de la musique pop

d’aujourd’hui ? Est-ce parce qu’il

y a tant d’exigences sonores pour

que les titres soient poussés par

les plateformes de streaming ?

Même à l’époque où la radio dominait,

c’était comme si plus une

chanson couvrait de genres, plus

elle allait avoir du succès. Si vous

aviez une chanson qui était un

titre pop intégrant des éléments

de R’n’B et de hip-hop, vous aviez

la chance d’obtenir un plus grand

succès parce qu’elle allait être

diffusée par un grand nombre de

stations de radio différentes. Avec

Spotify et les playlists Apple Music,

c’est un peu la même chose. Si vous

avez une chanson qui incorpore

des éléments de genres différents,

elle correspondra à plusieurs

playlists. C’est comme ça que ça

marche. Cela dit, je ne changerai

jamais une chanson ou n’en ferai

jamais quelque chose d’autre que

ce qu’elle est, mais je suis très heureux

d’aimer faire tout ce que je

peux pour m’assurer qu’elle ait au

moins une chance, vous voyez ?

… dit l’homme qui a récemment

remporté plusieurs prix pour

Shallow, un duo avec Lady Gaga

et Bradley Cooper qui a lancé

une nouvelle tendance vers un

son plus roots et plus épuré dans

la musique pop...

Je n’ai rien inventé, vraiment.

Lady Gaga a eu l’idée du refrain

et des paroles, Andrew Wyatt et

Anthony Rossomando ont pensé la

partie de guitare, et Bradley Cooper

a suggéré de l’enregistrer en duo.

En gros, je suis resté là et je les ai

laissés faire ce qu’ils voulaient.

Vous êtes bien modeste...

D’accord, j’ai peut-être apporté ma

touche ici ou là, mais mon travail

en tant que producteur n’est pas

tant de créer que d’aider les artistes

à donner vie à leur vision.

markronson.co.uk

THE RED BULLETIN 51

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