THE BIG MAG #5

ecole3iS

Magazine réalisé par les étudiants de la spécialisation Journalisme Audiovisuel de la filière Cinéma & Audiovisuel de 3iS

BI GMAG

N°5 JUILLET 2019

SUR PLACE OU À EMPORTER

THE

REVENGE

PORN

“IL Y A UNE PHOTO

DE TOI QUI TOURNE…”

INTERVIEW

Jérôme Commandeur,

l’humour tout

en douceur

REPORTAGE

La lente

mort des

vidéo-clubs

PORTRAIT

Emma Olivier,

une vie

sans déchet

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Bachelor Cinéma & Audiovisuel

Spécialisation Journalisme

Production et réalisation audiovisuelles

Investigation et collecte d’information

Écriture journalistique multimédia

3iS, 1 er campus audiovisuel européen

Cinéma & Audiovisuel // Son // Spectacle et événementiel // Jeu vidéo, Animation 2D 3D, VFX //

Design graphique motion design – Design d’espace scénographie

www.3is.fr

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ÉDITORIAL 3

Éditorial

THE

G

BI MAG

Le gros magazine des étudiants en

journalisme de l’Institut International

de l’Image et du Son (3IS).

4, rue Blaise Pascal,

78990 Élancourt

www.3is.fr

Directeur de la publication

Nicolas Jucha

njucha@3is.fr

Responsables pédagogiques

Nicolas Jucha et Maxime Marchon

Maquette

Frédéric Hallier

Directrice de la rédaction

Charlotte Buillas

Rédacteurs en chef

Louis Boucon, Paul Gombert

et Grégoire Lenoir

Secrétaires de rédaction

Lucie Boyer et Hugo Hamidou

Responsables iconographie

Jérémie Henry et Clara Schnebel

Comité de rédaction

Louis Boucon, Lucie Boyer,

Florian Brault, Charlotte Buillas,

Benjamin Delage, Isidore Faivre,

Paul Gombert, Hugo Hamidou,

Jérémie Henry, Mattis Kara,

Grégoire Lenoir, Julien Omichessan,

Antoine Pascal, Rémi Philipponnat,

Clara Schnebel, Yuening Zhai

Illustrations

Manon Gros, Julie Jean, Joachim,

Sébastien Martinez et Victor Praud

Diffusion

Daphnée Caby-Baer

Responsable de la communication

pour l’Institut International de

l’Image et du Son (3IS)

Tél. 01 61 37 34 98 / 06 66 28 57 28

www.3is.fr

“Il va falloir passer en mode cathédrale.

Je vous demande de vous réveiller et de

faire ce qui est nécessaire” Greta Thunberg

le 16 avril 2019, devant la commission de

l’environnement du Parlement européen.

Photo : Yuening Zhai

Photo de couverture

Mannequins :

Marion Lartigue et Julien

Omichessan

Photographe :

Lucile Besse

Chef opérateur :

Xavier Rubino

Impression

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4

Sommaire

SOMMAIRE

Qui à dit quoi ? p. 5

La bonne question p. 6

Notre-Dame en flammes. Des promesses de dons hallucinantes.

Une polémique grandissante. Et une interrogation : pourquoi les

Français détestent-ils les riches

Jour après jour p. 8

Retour sur une année marquée par le combat entre Emmanuel

Macron et les Gilets Jaunes. On compte les (ronds) points.

Le revers

de la médaille p. 12

Ils font du basketball, du

snowboard ou encore de la

natation et ont tout sacrifié pour

réaliser leur rêve... Quitte à se

brûler les ailes. Portraits croisés.

Wild wild

waste p. 22

Elle s’appelle Emma Olivier

et n’a qu’un seul mot

d’ordre : dire non

aux déchets. Portrait.

Interview

lancer franc

Mary Patrux p. 10

Entre deux soirées NBA sur

beIN Sports, elle partage sa

vision du journalisme.

Travaille

et tais-toi ! p. 16

Alors qu’un Français sur quatre

a déjà fait un burn out au travail,

les violences psychologiques

en entreprise sont encore trop

souvent passées sous silence.

Enquête.

Fléau d’une génération

omnibulée par les réseaux

sociaux, le revenge porn fait

de plus en plus de victimes.

Témoignages. p. 26

Interview sérotonine p. 34

Il nous fait rire et ça fait du bien. Jérôme

Commandeur se raconte et décrypte avec

facétie l’humour d’aujourd’hui.

La lente mort des

vidéo-clubs p. 38

Symbole d’une nostalgie collective,

les boutiques de location de DVD

sont en voie de disparition. À Paris,

trois enseignes font encore et

toujours de la résistance. Reportage.

Nos conseils

pour devenir un

super influenceur

instagram p. 44

Sortez vos appareils, on vous donne

tous les ingrédients pour devenir

un instragrammeur (presque) aussi

influent que Kim Kardashian.

Les danses

de salon comme

antidépresseurs p. 42

Oubliez le Xanax et le Prozac…

Guillaume Lefeuvre, élève devenu

prof de danse, explique comment le

rock à quatre temps a remplacé ses

comprimés. Rencontre.

Le lexique

du rap p. 45

Vous pensez que l’auto-tune

est le nouveau modèle de chez

Renault ? Alors cette leçon

de vocabulaire est faite pour

vous.

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QUI A DIT QUOI ? 5

Qui a dit quoi ?

Les déclas oubliées

des politiques

1

“Dans une gare,

on croise ceux

qui réussissent

et ceux qui ne

sont rien”

Et dans un gouvernement, on croise

ceux qui passent les portes et ceux

qui réussissent leur com’. Ah non en

fait, pas dans celui-là.

a. Emmanuel Macron

b. Sibeth Ndiaye

c. Bruno Lemaire

2

“Je vous souhaite

à tous une excellente

rentrée !”

300 000 lycéens ont reçu ce

texto qui, d’habitude, fait toujours

plaisir (ou pas). C’est plus flippant

par contre quand on réalise qu’il

provient du président de la région,

qui a donc accès à tous ces

numéros privés.

a. Xavier Bertrand

b. Laurent Wauquiez

c. Valérie Pécresse

Après des répliques devenues

cultes sur la toile comme

“Ma personne est sacrée”

de Jean-Luc Mélenchon ou

“Du travail ? Je traverse la

rue et je vous en trouve !”

d’Emmanuel Macron,

beaucoup de personnalités

politiques ont réussi à

faire tomber dans l’oubli

leurs écarts. Saurez-vous

les démasquer ? Par Louis

Boucon et Grégoire Lenoir

3

“Cela leur fera

un souvenir, à

ces jeunes !”

Une réponse à peine réac’ aux

150 lycéens agenouillés par les

forces de l’ordre après des heurts à

Mantes-la-Jolie. Indice : il ne s’agit

pas de Christophe Castaner.

a. Nicolas Dupont-Aignan

b. Ségolène Royal

c. Marlène Schiappa

4

“Quelqu’un a-t-il

une question

formulée en

français ?”

En se moquant de l’accent sudiste

d’une journaliste, ce parlementaire

a déclenché une polémique sur

la glottophobie. Un projet de loi

oublié de tous dans la foulée devait

d’ailleurs y faire écho. Tout va trop

vite en politique.

a. Jean-Luc Mélenchon

b. Marine Le Pen

c. Nadine Morano

5

“Sanctions

are coming”

Un tweet plein de subtilité faisant

référence à la série Game of

Thrones, mais dans le cadre de

négociations commerciales. Pas

rassurant de voir cette figure

politique s’identifier aux monarques

de la série.

a. Donald Trump

b. Theresa May

c. Justin Trudeau

Réponses : 1. Emmanuel Macron 2. Laurent Wauquiez 3. Ségolène Royal 4 Jean-Luc Mélenchon 5. Donald Trump

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La bonne question

LA BONNE QUESTION

POURQUOI LES FRANÇAIS

DÉTESTENT-ILS LES RICHES ?

“Je n’aime pas les riches”. Cette phrase rendue célèbre en 2007 lors d’un

débat télévisé n’est pas l’œuvre d’un syndicaliste CGT mais du futur président

de la République française, François Hollande. La formulation illustre le

rapport ambigu à l’argent dans l’Hexagone, encore souligné après l’incendie

de Notre-Dame de Paris, les promesses de dons et les polémiques liées. Par

Antoine Pascal, avec Charlotte Buillas et Paul Gombert / Photos : Prazis Images /

Shutterstock

Famille Pinault : 100 millions. Famille Bettencourt :

200 millions. Famille Arnault : 200 millions. Au

lendemain de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame

et de l’appel à la solidarité lancé par le président

Macron, les promesses de dons des super-riches n’ont

cessé de fuser. Une générosité loin d’enthousiasmer

les internautes. Sur Twitter, Facebook ou en

commentaires d’articles de presse relayant l’info, les

critiques défilent : « S’ils sont capables de donner des

dizaines de millions pour reconstruire Notre-Dame,

qu’ils arrêtent de nous dire qu’il n’y a pas d’argent pour satisfaire

l’urgence sociale », « Quand on voit la contribution, que ce soit

celle des grandes entreprises ou des personnes qui sont parmi les

plus riches de France à l’impôt, j’ai envie de dire : commencez par

payer vos impôts » ou encore « À travers leurs réductions d’impôts

et du “manque à gagner” fiscal, c’est nous qui finançons les dons

des “généreux donateurs”, en quelque sorte se faire mousser et se

donner bonne conscience, ou la générosité avec l’argent des autres ! »

Des propos qui en amènent d’autres à se demander : « Quand les

riches ne donnent rien ils sont critiqués, quand ils donnent ils sont

critiqués. Bon alors, qu’est-ce qu’il faut qu’ils fassent ? »

“Le riche et le pauvre, c’est toujours l’autre”

Pas grand-chose, à en croire une étude Odoxa sur la perception

de la richesse dans notre pays. Ou plutôt si, il faudrait que les

privilégiés perdent leur argent et ainsi leur étiquette de riche.

Car selon cette enquête, près de huit Français sur dix – 78% des

sondés – pensent qu’être riche est mal perçu, et seulement 22%

estiment le contraire. Des chiffres appuyés par un autre sondage.

Celui de l’Allemand Rainer Zitelmann, docteur en Histoire et

en sociologie, qui a publié de nombreux ouvrages consacrés à

la psychologie des ultra-riches. Dans ce cadre, il a été amené

à travailler sur la perception des riches dans différents pays :

Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne et… France. Résultat, seuls

12% des Français interrogés dans son étude, menée par Ipsos

Mori/Allensbach, pensent que les riches donateurs veulent faire

le bien d’autrui, tandis que 25% estiment qu’ils donnent d’abord

pour leur propre bénéfice. À savoir des déductions fiscales, leur

réputation, etc.

Reste à s’accorder sur une définition. Selon les mots du sage

chinois et fondateur du taoïsme Lao-Tseu, c’est « savoir se

contenter de ce que l’on possède ». Pour le reste, il n’y a pas de

définition officielle ni objective. Comme l’explique le couple de

sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, s’il existe un

seuil de pauvreté (moins de 885 € par mois), on ne retrouve

pas la pareille pour le seuil de richesse. Être riche en France, ce

n’est ni faire partie des 50% de Français au-dessus du revenu

médian des ménages (net et mensuel) de 1 797 euros, ni même

appartenir aux 10 % des Français qui touchent un salaire mensuel

de plus de 3 000 euros. Être riche, c’est certes toucher une bonne

rémunération, mais également être détenteur d’un patrimoine et

jouir en conséquence d’une certaine qualité de vie. De quoi faire

dire à Guillaume Granier, directeur dans l’entreprise de conseils

FTI consulting Paris et cité dans l’étude Odoxa, que richesse et

pauvreté sont des « notions relatives et même subjectives, sujettes

aux fantasmes et préjugés : le riche ou le pauvre, c’est toujours

l’autre ».

L’héritage de Montesquieu

et de Voltaire

Difficile dans ce contexte d’apporter une

réponse claire et définitive sur l’origine de la

haine des Français envers les riches. Comme

le laissent à penser les commentaires laissés

sur les réseaux sociaux au lendemain de

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LA BONNE QUESTION 7

l’incendie de Notre-Dame, la plupart des reproches tournent

autour de la pratique de l’optimisation fiscale ou la fin de l’impôt

sur la fortune. Les sondages corroborent cette impression : selon

une étude Ifop commandée par la plateforme de crédit en ligne

Prêt d’Union, 82 % des Français estiment que la mauvaise image

liée aux personnes fortunées est due à leur comportement et leur

manque d’exemplarité. Les scandales à répétition et révélations

sur les parachutes dorés dont bénéficient certains patrons

participent pas mal à cette tendance. Ainsi, dans la bouche du

Youtubeur Aldreius, auteur d’une vidéo sur le sujet, cela donne :

« Si haine il y a, c’est sans doute due à un accroissement des

inégalités dans notre pays. Par exemple, un ouvrier perd son emploi,

le patron qui l’a licencié a délocalisé l’usine en Europe de l’Est et

reçoit un parachute doré d’un montant indécent, il est sans doute

légitime de ne pas apprécier cette façon de gagner de l’argent. » Une

autre explication, donnée par l’économiste Roger Pol-Droit pour

Les Échos, serait l’aspect mystérieux de la provenance de cette

richesse : « Dans l’imaginaire français, gagner vite et beaucoup

paraît condamnable ».

Aux explications économiques (la suppression de l’ISF), sociales

(l’augmentation des inégalités) et politiques (scandales des

parachutes dorés), Philippe Fabry convoque lui des raisons

historiques pour déchiffrer cette haine. Outre la Révolution

de 1789, la cause première est vraisemblablement à trouver,

selon le docteur en Histoire du droit, dans l’Histoire sociale du

xix e . Il voit dans le suffrage censitaire, en cours jusqu’en 1848,

et dans l’interdiction des syndicats, en pratique jusqu’en 1884,

l’explication de l’hostilité française à l’égard des riches : « L’argent

est envié et le patron, toujours coupable d’oppression dans la

psychologie collective, détesté par beaucoup ». Pour l’éditorialiste

politique Alain Duhamel, « cela remonte plus loin encore dans la

très forte attirance des jansénistes, de Montesquieu et de Voltaire

« Cette haine pour les riches

ne serait donc pas tant une

détestation des grandes fortunes

qu’une contestation envers

les inégalités et une envie de

changement. Ou d’argent. »

pour l’égalité. Ce sentiment a aussi une forte dimension littéraire.

L’œuvre de Balzac est la plus anti-riches que l’on puisse imaginer.

On ne trouve pas trace de riches sympathiques dans les livres de

Victor Hugo. Et chez Émile Zola, l’auteur le plus lu à la fin du xix e

siècle, le riche, c’est Lucifer. »

La barre de recherche Google

Cette haine pour les riches ne serait donc pas tant une détestation

des grandes fortunes qu’une contestation envers les inégalités et

une envie de changement. Ou d’argent. Car au fond, comme le

font remarquer les journalistes au Monde Pascale Krémer et Éric

Collier dans leur article « Ces riches, les mal-aimés », quand on

écrit « comment devenir… » dans la barre de recherche de Google,

apparaît en première suggestion « comment devenir riche ». Si on

tape « je veux être », il y a « je veux être riche » comme deuxième

résultat – juste après « je veux être heureux ». Après tout, aux

dernières élections, ce sont ces mêmes Français qui ont voté pour

un ancien banquier à la présidence...


Propos d’Aldreius recueillis par Antoine Pascal

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Jour après jour

MACRON

vs. GILETS

JAUNES

Il était une fois à l’Elysée, un

président de la République, seul

sur le toit du monde. Un Napoléon

comme avant la campagne de

Russie. Il a écrasé Marine Le

Pen à la Présidentielle, mouché

Donald Trump avec son “Make

our planet great again”, accent

presque maîtrisé. Personne ne

peut l’affronter. Personne ? Il

oublie qu’il est le chef de Gaulois

réfractaires au changement…

Par Louis Boucon, Florian Brault

et Grégoire Lenoir / Illustrations :

Sébastien Martinez / Photo : AFP

21 octobre 2018

La grogne monte en France. Le

peuple en a marre d’être taxé

de tous les côtés. À défaut de

vase, la goutte fait déborder la

cuve de diesel. Ni une ni deux,

Éric Drouet, chauffeur routier,

s’improvise Robespierre 2.0.

En soutien, les automobilistes

sortent leurs gilets de sécurité

jaune fluorescents. Le mouvement

s’appellera « les Gilets Jaunes ».

Bravo pour l’originalité.

GJ : 1 / Macron : 0

17 novembre 2018

Premier acte d’une longue série.

Avec 300 000 manifestants et des

blocages sur tous les ronds-points

de France, le mouvement est un

franc succès pour l’industrie du

barbecue. Mais nous empêche

d’acheter du caviar bio le samedi.

Bizarrement, le président ne se

réjouit pas de voir toutes ces

personnes traverser les rues pour

trouver du travail. Tout aussi

bizarre, tous les chefs de partis

d’opposition revendiquent un

arrière-grand père Gilet Jaune. Le

mouvement est soutenu par 72%

des Français, tout va mal, donc

Édouard Philippe est confiant : « le

cap est bon ».

GJ : 2 / Macron : 0

1 er décembre 2018

Le gouvernement propose

une rencontre à Matignon aux

représentants du mouvement,

désormais au nombre de

trois. Heu, huit. Attends, ça

fait combien de leaders ? Ils

déclinent, perdus entre les

violences policières et leurs

revendications contradictoires.

Après Drouet, Maxime Nicolle,

Ingrid Levavasseur ou encore

Jérôme Rodriguez, on découvre

alors Jason Herbert, le seul à être

venu au rendez-vous. On l’oublie

immédiatement. Contrairement

aux dégradations de l’Arc de

Triomphe.

GJ : 2 / Macron : 1

10 décembre 2018

Le président cède à la pression

et décide de faire une annonce

télévisée. Assis sur son trôn…

son fauteuil, les mains posées

sur la table, le dos droit, regard

pénétrant, comme lui a appris

Brigitte, il annonce entre autres

une augmentation de 100 euros

du SMIC et la défiscalisation des

heures supplémentaires. Le tiers

état lui répond avec un bon paquet

de memes sur Twitter. « Mon seul

souci, c’est vous »

déclare Emmanuel Macron. Un

message subliminal à l’attention

des Gilets Jaunes ?

GJ : 3 / Macron : 1

JOUR APRÈS JOUR

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JOUR APRÈS JOUR 9

16 mars 2019

Petit week-end au ski bien mérité

pour notre Président, épuisé

par sa tournée dans toute la

France. C’était sans compter sur

le mouvement qui improvise un

ravalement de façade du Fouquet’s.

56% des Français estiment que la

mobilisation devrait s’arrêter selon

un sondage Elabe. Un peu comme

Jon Snow dans Game of Thrones,

Éric Drouet perd en crédibilité.

GJ : 3 / Macron : 5

15 janvier 2019

Clashé par la foule, MC Manu

lance un « grand débat national »

pour partir en campagne, l’air de

rien. Inspiration, NTM : « Nique

le CSA ». En ouverture, devant

des élus normands, il ne lâche

pas le mic, encore moins aux

Gilets Jaunes, tenus à distance. La

veille, Jupiter a posé un texte pour

lister les sujets que les Français

devaient éviter. Thug Life toujours,

le boxeur Christophe Dettinger

frappe deux policiers devant des

caméras… Allez en case prison !

GJ : 3 / Macron : 2

2 février 2019

En pleine polémique sur les

LBD, les violences policières

sont dans le viseur. L’élément

déclencheur : Jérôme Rodriguez a

subi un tir dans l’oeil. Christophe

Castaner OKLM : « Je ne suis pas

un spécialiste moi, j’en ai jamais

eu entre les mains » dit-il d’un

ton détaché avant d’expliquer le

fonctionnement à une classe de

primaire. Pepouze en prime time

sur C8. L’abus de manifestations

est dangereux pour les Gilets.

GJ : 3 / Macron : 4

15 avril 2019

Notre-Dame en feu, le Prez doit

ravaler les punchlines qu’il avait

gratté la veille à l’attention des

Gilets Jaunes. Tous les spécialistes

évoquent des délais de 10 à 20 ans

pour reconstruire. Lui tape sur 5.

Même Donald Trump n’aurait pas

osé...

GJ : 3 / Macron : 5

27 mai 2019

Les deux listes Gilets Jaunes

n’atteignent même pas 1% aux

Européennes. Coup dur pour

Francis Lalanne, la récupération

politique, c’est un métier. Et dans

ce domaine, personne ne teste

Marine Le Pen et son crew, qui

conclut à 24% lors du scrutin.

Remontada Nationale.

GJ : 3 / Macron : 6

25 janvier 2018

Cyril Hanouna reçoit Marlène

Schiappa pour un « grand débat »

sur le plateau de Balance ton

pognon. Seul intérêt de l’émission,

la secrétaire d’Etat est en passe

d’exploser le temps d’antenne de

Macron. « Nique le CSA », le retour.

GJ : 3 / Macron : 3

Vainqueur sur décision des juges :

Rassemblement National

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Entretien

MARY

PATRUX

“S’INFORMER, C’EST

UNE NATURE”

Ancienne joueuse de basketball en Nationale 2,

Mary Patrux présente aujourd’hui NBA Extra,

l’émission référence de basketball en France.

La Nordiste de 40 ans raconte comment elle a

fait de sa passion son métier.

Propos recueillis par Hugo Hamidou et

Jérémie Henry / Photos : PANORAMIC

Au début de votre formation, quels

efforts avez-vous dû consentir ?

Je savais ce que je voulais faire donc

il y avait des cours qui m’intéressaient

moins, par exemple le secrétariat de

rédaction ou l’écriture. Je ne me voyais

pas en presse écrite. Je voulais faire

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ENTRETIEN 11

de la radio parce que c’est un média

tellement immédiat que je trouvais ça

fantastique. On est très indépendant,

on est très souvent en direct et c’est

vraiment l’instant qui est pris. La

télé, je trouvais ça plus fastidieux et

au début ça ne m’intéressait pas trop

donc j’ai fait beaucoup d’efforts pour

apprendre à tout faire, pour faire le

bon choix. Me forcer à faire des grands

papiers de presse écrite, à faire mes

travaux de secrétariat de rédaction,

à vraiment tout étudier pour ne pas

passer à côté de quelque chose. Ce n’est

pas parce que je savais ce que je voulais

faire qu’en cours de route, je n’aurais

pas adoré faire autre chose. Je pense

que l’effort qu’il faut faire au début

de sa formation, c’est de rester ouvert

parce qu’on a des idées bien arrêtées,

mais on n’est peut-être pas fait pour ce

que l’on pense.

En terme de positionnement sur le

marché du travail, quelle importance

un aspirant journaliste doit-il

accorder à sa passion ?

C’est super d’avoir une passion mais

c’est plus important de mettre un pied

dans le métier. Il faut rester ouvert

à toute proposition. J’ai commencé

quand je suis sortie de l’école et j’ai

tout accepté. Je faisais des triples piges

dans la journée, j’étais en matinale sur

Infosport, les soirs sur Eurosport et au

milieu, je faisais de la NBA sur Canal…

Sur Eurosport, je faisais du biathlon,

du saut à ski et je n’avais jamais rien

suivi de ces sports-là. À Infosport, il

fallait monter tes sujets, poser ta voix…

C’est tout faire pour voir ce qui te plaît

le plus et là où tu es le mieux. Et puis

rentrer dans un planning, ça te permet

par la suite d’avoir des contacts dans

plusieurs rédactions.

Quelles sont les qualités essentielles

qui vous ont permis de réussir ?

Mon ouverture d’esprit déjà. D’être

toujours prête à dire: « Ok, je vais le

faire. » Mais, j’ai refusé des choses qui

ne me correspondaient pas. J’ai fait

beaucoup de stages avant de débuter.

La formation, c’est bien pour tout ce

qui est technique. J’ai toujours dit que

journaliste était un métier technique,

on a une manière de faire et ensuite

on l’applique à différents domaines,

que ce soit dans le sport, dans

l’éco, dans l’actu. Mes stages

m’ont appris à voir la réalité

et l’importance de l’efficacité.

Par exemple, de me rendre

compte qu’il ne faut pas

seulement trouver un invité

pour le soir, mais un bon invité. Il faut

appeler des gens, les rappeler... C’est

toujours ce côté détermination, ne pas

lâcher. C’est ça que m’ont appris les

stages.

Handball, natation, tennis...

Comment on gère la casquette

multisports ?

Je lis L’Équipe tous les jours, même

quand je ne travaille pas. S’informer,

c’est une nature. Le matin, on se lève,

on lit L’Équipe, on écoute les infos. Ça

fait partie de notre métier et ça fait

partie du journaliste qu’on doit être.

Après, j’ai une facilité à regarder du

sport, j’en regarde tout le temps. Le

basket c’était ma passion, c’était mon

sport mais je pense que le sport est

encore plus ma passion que le basket.

Comme tout m’éclate, je suis contente

de tout faire parce que j’ai suivi les

personnes et puis à force d’être sur

les compétitions, on les connaît, on

a envie de suivre ce qu’elles font. Il y

a une espèce de cercle vicieux mais

finalement ça fait partie de mon travail

donc ce n’est pas un effort. J’ai toujours

fonctionné comme ça et je pense

que c’est pour ça que j’arrive aussi à

changer de sport sans être totalement

dépassée. Je vais avoir un petit temps

d’adaptation. Je sors des finales NBA,

j’arrive à Wimbledon, il faut quand

même que je me resitue mais j’ai

travaillé tout au long de l’année, via

cette lecture quotidienne, ou ce côté

« Je vais regarder

Roland-Garros

comme tous les

ans depuis que j’ai révisé mon bac. »

C’est du travail personnel.

Du poste d’ailière, vous êtes passée

à la mène avec NBA Extra. Raconteznous

une journée de travail.

La rigueur est pour moi quelque chose

de très important, comme le respect

des autres et du groupe. Je suis avec

quatre chefs d’édition. Des fois, Rémi

Reverchon est là, mais comme il a fait

la nuit et Xavier Vaution aussi, je peux

être seule. On commence la réunion

à 9h00. À 10h00-10h30 maximum, il

faut qu’elle soit terminée pour que le

conducteur soit prêt et que les garçons

puissent aller monter les éléments,

traduire les interviews, tout préparer.

On prépare nos infos de notre côté pour

la suite de l’émission. À midi, je vais me

faire maquiller et coiffer et à 12h45,

c’est le direct. Mais il faut rester sérieux

parce qu’on est une quotidienne et ça

peut vite partir en sucette.

Vous êtes donc journaliste mais

également présentatrice…

(Elle coupe) C’est la même chose pour

moi. On dit « elle est présentatrice,

elle n’est pas journaliste. » Bah si.

Dans le journalisme, il y a plusieurs

métiers : il y a le deskeur, celui qui

fait les sujets, il y a le chef d’édition,

il est journaliste même s’il fabrique

une émission. La présentatrice, elle est

journaliste puisqu’elle va aller chercher

des informations et faire en sorte de les

transmettre aux gens qui la regardent.

Il ne faut pas tout dénaturer. À mes

yeux, tous les gens qui sont dans la

rédaction sont journalistes, quel que

soit leur poste.

«J’ai fait beaucoup

d’efforts pour

apprendre à

tout faire, pour

faire le bon choix. Me

forcer à faire des grands

papiers de presse écrite,

à faire mes travaux

de secrétariat de

rédaction, à vraiment

tout étudier pour ne

pas passer à côté de

quelque chose. »

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12

Portraits croisés

PORTRAITS CROISÉS

LE REVERS DE

LA MÉDAILLE

Déracinement prématuré, adolescence volée, pression du

résultat et difficultés sociales. Devenir sportif de haut niveau

est un combat laissant beaucoup de prétendants de côté.

Valentine Bourez, classée aux championnats de France de natation

en junior, Enzo Valax, champion de France de snowboard

et Alexandre Aygaleng, basketteur professionnel, racontent la

dure réalité derrière le rêve. Par Grégoire Lenoir

Leur entourage les décrit comme

exceptionnels, et pourtant,

outre leurs qualités physiques

et mentales sortant du lot, les

jeunes sportifs ressemblent à

n’importe quel adolescent de leur

âge. Même lorsque l’exploit est

au rendez-vous et que la foule

les acclame, difficile de les faire

sortir de leur bulle. Par exemple,

Alexandre Aygalenq, le plus

jeune joueur du Boulazac-Basket-

Dordogne en Pro A, rentre aux

vestiaires le regard concentré :

« Bats les steaks ». La Marseillaise

Valentine Bourez est, elle, déjà

bien contente de se retrouver

dans la même compétition que

les champions qu’elle admire et

flippe en voyant tout le monde

crier de joie lorsqu’elle sort de

l’eau : « Calmez-vous, c’est juste

une course ». Pas comme Enzo

Valax qui savoure le moment

sur le podium en bas de la piste,

et qui, une fois rentré, repense

à ses maths, son permis, et son

quotidien fastidieux. « La galère,

mec... ». Toutes aussi différentes

que peuvent être leurs disciplines,

les trois jeunes ont des parcours

qui se ressemblent.

“Tu n’y arrives pas sans

l’aide des gens autour de

toi”

Du haut de son mètre quatre-vingt

huit, Alexandre est un taciturne

accro au travail qui n’a jamais

aimé se mettre en avant. Quand,

la veille, il part pour une séance

de dédicaces ayant remplacé le

dernier entraînement de la saison,

il bougonne et traîne des pieds. Sur

scène, pendant que ses coéquipiers

font le show face aux supporters,

il se tient en retrait et sourit

timidement. Si elle a un physique

ressemblant à celui de beaucoup

de sportives de son âge, Valentine,

elle, cache derrière ses grands

yeux bleus une détermination sans

faille. Du genre à vouloir sécher

les entraînements en douce pour

sortir en soirée avec ses amis, elle

est pourtant imperturbable une

fois dans l’eau. La gagne, un point

c’est tout. Enzo, quant à lui, est le

parfait cliché du rider cool : combo

casquette-bermuda « chill » et

cheveux longs. À chaque fois qu’on

lui pose une question, il plonge

son regard dans le vide et laisse

échapper un « wow » de temps

à autre, comme happé dans une

réflexion intense. Sa prof de SVT,

pas peu fière de son 20 au bac dans

la matière, nous avait prévenu : «

Quand on ne le connaît pas, on a

l’impression qu’il est perché... Alors

qu’il réfléchit à fond sur tout ! »

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Alexandre Aygaleng, basketteur pro

Valentine Bourez, ex-nageuse

Enzo Valax, champion

de France de snowboard

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14

SPORT

“Je suis le seul de tous ceux que je

côtoyais au lycée à avoir continué.”

« Douze ans, c’est petit pour partir

en sport-études. Il a fallu qu’on

s’entretienne longuement avec le

staff, surtout les kinés ». Et quand

le rider décidait de ne pas rentrer

pendant plusieurs semaines, ses

parents montaient le voir sur un

coup de tête. « Je ne les vois pas

souvent, conclut Enzo. Mais ça

me permet de vraiment profiter du

temps que je passe avec eux ».

Internat, vestiaire

et far-west

Loin de chez eux ou pas, ces

jeunes se consacrent à une vie de

groupe, avec des coéquipiers qui

sont aussi des rivaux. Attention

alors à ne pas se faire détester.

« Ça c’était dur, confie Enzo.

Surtout à l’internat. Si je me

montrais trop content, j’allais être

vu comme prétentieux. Mais je ne

pouvais pas non plus me permettre

de râler devant des gens qui

C’est avec elle que le montagnard

passe la plupart de ses heures

de tutorat, comprenez des

centaines d’heures tardives à

rattraper les cours manqués à

cause des compétitions : « Au

lycée, je loupais 300 heures de

cours pendant l’année. J’ai suivi

le rythme scolaire parce que les

profs m’épaulaient beaucoup ».

Un rythme d’hyperactif taillé

pour lui. « C’est un milieu où tu

n’y arrives pas sans l’aide des gens

autour de toi, renchérit Alexandre,

qui a dû batailler avec moins de

facilités. Le week-end, je restais

à l’internat m’entraîner. Quand

tu fais le choix de faire du basket

plutôt que d’aller voir ta famille, il

faut le faire sans regret ». Et tout

le monde n’en est pas capable.

Valentine, par exemple, a refusé

la voie du sport-études rien que

pour ça. « À l’internat, j’aurais

pété les plombs. Être enfermés dans

cette cellule à répéter la routine

entraînement-cours-dodo… c’est

un vrai cercle vicieux ». Pourtant,

cette cellule lui aurait peut-être

permis de passer un cap. Elle ne le

saura jamais, et ça lui va très bien.

« Les stages, c’était le même esprit,

poursuit la nageuse. À 15 ans,

je suis partie à Avignon un mois

pour préparer les championnats

nationaux. C’était la déprime. Tu

dors dans des endroits que tu ne

connais pas, tu y es traîné comme

un boulet... Heureusement que ma

famille est venue me voir ! C’est

la principale source de soutien ».

La mère d’Alexandre peut en

témoigner : « On était prêts à faire

800 kilomètres tous les week-ends

pour le voir jouer, et c’est encore

vrai aujourd’hui. Quand on dit

ça aux gens, on nous prend pour

des fous ! » Prêts à tout pour

accompagner leur fils dans sa

carrière. La mère d’Enzo était

d’autant plus précautionneuse :

“Si tu n’es pas bon à

l’entraînement, on ne

te respecte pas”

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SPORT 15

galéraient vraiment, en cours ou en

sport. Tout au long des compètes,

tu réfléchis à ton expression du

visage… même à ta réponse quand

on te demande comment ça va !

Tout ça pour dire que socialement,

c’est dur pour moi. Des fois je me

disais “Enzo, tu fermes ta gueule

et tu fais la grève de la parole

pendant une semaine.’’ »

« Le pire, c’est ceux qui font

les stars, confirme Alexandre.

L’ambiance dans le vestiaire,

c’est le western ». Mais pour lui,

c’est l’attitude sur le terrain

qui prime. « Si tu n’es pas bon à

l’entraînement, on ne te respecte

pas, c’est partout pareil. Quand il

y a un mec en souffrance, c’est le

moment de montrer que dans la

hiérarchie, tu es plus haut que lui.

Soit c’est moi, soit c’est lui ». Cruel.

Mais il assume. « En Espoirs, j’ai

dit de ces trucs à certains... Ils ont

probablement arrêté le basket à

cause de moi. Si je veux plomber un

mec, ma phrase clé c’est “T’es qui,

toi ? T’as fait quoi dans ta vie ?’’

Quand en public, il y en a un qui

rate un panier, tu le chambres. Si

ça l’affecte, c’est qu’il n’était pas

prêt mentalement ».

Et pourtant, pour espérer qu’on

leur donne leur chance, les

athlètes font avant tout la course

contre eux-mêmes. C’est alors que

la passion se transforme en une

lutte permanente, à passer des

heures à travailler dur en essayant

de ne pas se décourager pour

faire la différence. « La saison de

mes 16 ans, j’ai été complètement

dépersonnalisée, raconte Valentine.

Il y avait écrit “performance’’ sur

mon front. On s’en foutait de ce

que je ressentais. Mon entraîneur

plaisantait souvent avec les autres

nageurs du groupe, mais avec

moi il était tout le temps froid et

militaire ». Idem pour Alexandre,

qui au début de cette première

saison chez les pros, ne jouait pas

plus de trois ou quatre minutes par

match. Mais malgré la frustration

de rester constamment sur le banc,

il redouble d’efforts à chaque

entraînement. Toujours dans

les premiers arrivés et derniers

partis. Stratégie payante. Son

coach lui donne alors de plus en

plus de temps de jeu et il gagne en

notoriété auprès des supporters :

« L’état d’esprit que tu montres,

c’est ça le plus important. Il y a

À 16 ans, on s’en foutait de ce que je

ressentais. Il y avait écrit “performance’’

sur mon front.

des joueurs qui sont dégoûtés du

basket alors qu’ils sont très bons

techniquement. La vraie sélection

des joueurs pro, elle se fait chez ceux

qui résistent à la pression mentale ».

“Je rentrais en larmes

tous les soirs”

Le cas de Valentine ne peut que

donner raison à Alexandre. À

force d’enchaîner machinalement

les compétitions, la millenial

se sent oppressée, perdue. Elle

n’éprouve plus le plaisir de nager

qui lui paraissait si naturel

jusqu’ici, et continue en se

voilant la face. « Tout le monde

plaçait tellement d’espoir en moi...

C’était bienveillant, mais ça me

mettait encore plus de pression.

Et quand le moral ne suit plus,

le corps non plus. Chaque soir,

je rentrais des entraînements en

larmes parce que je ne voulais pas

y retourner le lendemain. Il est où

l’humain là-dedans ?! » À l’instar

de la nageuse, ce n’est pas parce

qu’Enzo enchaîne les victoires

qu’il ne doute pas. « J’ai une pote

qui a gagné les Jeux Olympiques de

la jeunesse en pentathlon, raconte

le rider. Elle avait tout pour être

une très grande athlète et j’ai

appris récemment qu’elle a choisi

de partir en fac. En voyant que

je suis le seul de tous ceux que je

côtoyais au lycée à avoir continué,

je ne peux pas m’empêcher de me

poser des questions ».

L’inquiétude n’est pas là pour

le numéro 47. Si le public du

Périgord scande désormais son

nom à chaque rencontre, il reste

frustré d’être si peu rentré sur le

parquet cette saison. Redoutant

de récidiver, une nouvelle vie de

concessions l’attend. « Je ne sais

toujours pas où je jouerai l’année

prochaine. Peut-être en pro B, voire

en N1 (les divisions inférieures,

ndlr). Ce sont des championnats

moins ambitieux, mais au moins,

je jouerai ». Quant à Valentine,

elle mène aujourd’hui une vie

d’étudiante en comptabilité calme

et rangée. « J’aime bien parler de

ces souvenirs aujourd’hui... La vie

de groupe, l’esprit de compétition...

Tout ça me manque. » Pourtant,

elle le reconnaît, la vie de sportive

n’était pas faite pour elle : « Au

dernier entraînement de la saison,

la veille des championnats de

France, je suis allée voir mon

coach. Il ne me regardait même pas

dans les yeux. Je lui ai dit “Je suis

venue sans mon maillot ce soir, et

je ne reviendrai pas.’’ Depuis, je

ne suis jamais retournée dans une

piscine ».

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TRAVAILLE ET

Enquête

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“Aucun salarié ne doit

subir des agissements

répétés de

harcèlement moral qui

ont pour objet ou pour

effet une dégradation

des conditions de

travail susceptible

de porter atteinte

à ses droits et à sa

dignité, d’altérer

sa santé physique

ou mentale ou de

compromettre son

avenir professionnel”

(Art. L. 122-49). Le

17 janvier 2002, le

harcèlement moral est

reconnu dans le Code

du travail. Christophe,

David, Julie ou encore

Louise* en sont

pourtant victimes.

Comme beaucoup

de Français dont

l’emploi rime avec

souffrance et non

épanouissement.

Par Clara Schnebel

avec Benjamin Delage,

Hugo Hamidou et

Jérémie Henry

Illustrations : Julie Jean

(@julie_setton)

T TAIS-TOI !

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18

ENQUÊTE

Christophe et David

56 et 46 ans

Chargés de logistique interne

Harcelés depuis 3 ans

“C’est une forme de

déshumanisation”

Une pièce vide. Un

sol en béton brut.

Aucune trace de

table ni même de

chaise. Le bureau de

Christophe et David

fait tâche à côté de

l’image de luxe de la

grande marque qui

les emploie. Au fil des

rachats successifs de l’entreprise, les

deux collègues ont vu leur qualité de

vie professionnelle chuter. « Quand

je suis arrivé c’était une entreprise

familiale, je n’avais pas l’impression

de travailler je ne comptais pas mes

heures » se souvient Christophe.

Dans le dernier magasin de la

marque, situé dans le quartier chic

de la Madeleine à Paris, Christophe

et David s’occupent des livraisons et

de la réception des marchandises.

Mais le groupe chinois qui les a

rachetés décide rapidement de

faire du ménage et propose une

rupture conventionnelle à treize

employés, dont Christophe et

David. Tous vont accepter, sauf eux.

Depuis ce jour, ils sont en conflit

avec leur employeur, mais sont,

officiellement, toujours employés.

“Les gens pensent qu’on ne

travaille plus ici”

la Madeleine ferme ses portes. Les

deux hommes sont alors au chômage

technique le temps qu’une boutique

éphémère aux Galeries Lafayette

ouvre ses portes. À leur retour, ils

retrouvent leur mission de réception

des marchandises. Mais rapidement,

les problèmes refont surface. Le

bureau qui leur est attribué est

vide et aucun aménagement n’a

été effectué pour leur arrivée. Et

sur le planning des livraisons, une

seule est affichée, la première.

Depuis mars 2016 aucun autre

approvisionnement n’a été planifié.

« On n’existe plus, tout le monde nous

ignore. Certains employés s’étonnent

même de nous voir lorsqu’on se rend à

la boutique. La majorité pense qu’on

ne travaille plus ici, qu’on ne fait plus

partie de la société et pourtant c’est

encore le cas » déplore Christophe

en tournant la tête pour cacher les

larmes qui lui montent aux yeux.

“J’en veux à la terre entière”

Les deux exclus font appel à

l’inspection du travail. « Quand

l’inspecteur est arrivé, il nous a dit

40%

des cadres et

professions

intellectuelles

ont été victimes

de harcèlement

au travail contre

23% pour les

professions

ouvrières.

Source : Étude ifop 2014 «

genre, sexualités et santé

sexuelle »

«On n’existe plus, tout le monde nous

ignore. Certains employés s’étonnent

même de nous voir lorsqu’on se rend à

la boutique. La majorité pense qu’on ne

travaille plus ici, qu’on ne fait plus partie de la

société et pourtant c’est encore le cas. »

En septembre 2016, ils sont mis

au placard lorsque la boutique de

36%

des personnes

déclarent avoir

déjà fait un burn

out au cours de

leur carrière.

Source : étude CFDT mars

2017 pour Le Figaro économie.

qu’il n’avait jamais vu ça, que c’était

du harcèlement par l’isolement ».

Le directeur général reçoit un

avertissement, mais rien n’y fait. Ou

presque. David retrouve une lueur

d’espoir lorsqu’on lui parle d’une

nouvelle mission. Mais à l’entretien,

c’est la douche froide. Ce nouveau

poste n’existe pas, et la personne

censée le superviser n’est au courant

de rien. « C’était la goutte de trop.

Donc plutôt que de nous énerver,

on leur a dit qu’on allait prendre

nos congés payés pour leur laisser

le temps de régulariser la situation

et surtout pour nous aménager un

vrai bureau » raconte David.

Depuis, la situation n’a pas évolué,

contrairement à l’état de santé

de Christophe. « J’en veux à la

terre entière, je suis en dépression,

tous les jours c’est trois cachets de

Xanax que je prends pour essayer

de voir la vie plus belle […] Je

m’énerve au quotidien de tout et

de rien et je suis tellement nerveux

que j’ai des veines qui éclatent ».

David a beau le soutenir, il est

lui aussi sous antidépresseurs. Sa

colère, il a souvent eu envie de

l’expulser par la violence. « Bien

évidemment que j’ai eu envie de

m’énerver et de donner des coups,

mais ça n’aurait fait qu’empirer

la situation et je ne voulais pas

être le coupable dans cette histoire

[…] Alors oui je l’avoue je me suis

parfois consolé avec l’alcool ».

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ENQUÊTE 19

Julie

26 ans

Vendeuse

Harcelée pendant 3 ans

“On est bien loin du

monde féerique”

Un job de rêve dans un monde

féérique, celui du plus grand groupe

de divertissement du monde. Julie

ne peut pas rêver mieux. Vendeuse

dans un magasin de souvenirs, elle

s’essaye rapidement à la gravure sur

verre. La jeune femme s’épanouit

dans son travail. Mais sa joie ne va

pas durer longtemps car lorsque

l’entreprise change de directeur, c’est

la dégringolade. « J’ai demandé à être

formée à souffler le verre, le nouveau

directeur m’a répondu que si je voulais

apprendre je n’avais qu’à venir sur

mes jours off et mes week-ends ».

Au fil du temps, des détails vont

alarmer Julie comme le manque de

protections nécessaires à l’utilisation

des machines. « Je devais toujours

faire attention à m’attacher les cheveux

car les machines qu’on utilisait étaient

tellement puissantes, que si mes

cheveux s’étaient coincés dedans, la

peau de mon crâne serait partie avec ».

Elle avertit ses supérieurs, en vain.

Elle décide d’alerter la médecine

du travail, mais celle-ci prévient

anormalement l’entreprise de sa venue

le jour de l’inspection. L’entreprise

a alors le temps de tout remettre

en ordre avant l’arrivée des agents.

« Ils ne pouvaient pas s’en prendre

à un si gros poisson » raille Julie.

“Je ne pouvais presque

plus bouger mes mains”

Les machines utilisées pour graver

le verre exercent de fortes vibrations

et diffusent une grande quantité de

poudre de verre. Comme redouté,

Julie commence à ressentir des

douleurs dans les mains. Son médecin

décide de l’arrêter et lui recommande

de faire des pauses de quinze minutes

entre chaque gravure. Mais son

directeur n’est pas de cet avis. Il lui

retire son poste. Retour à la case

départ : la jeune femme redevient

vendeuse. Tout du moins sur le

papier. En réalité, ses supérieurs

«Pendant des mois je faisais des horaires

en dents de scie, j’étais du matin un jour,

puis du soir le lendemain et encore du

matin le surlendemain, j’étais crevée, je

n’avais presque plus de pauses. Mes jours de

repos étaient toujours séparés donc je n’arrivais

pas à récupérer. »

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20

ENQUÊTE

lui demandent toujours de graver.

Et ses douleurs ne font qu’empirer.

« La poudre de verre attaquait

mes articulations, je ne pouvais

presque plus bouger mes mains ».

Son histoire fait rapidement le tour

de l’entreprise et des employés

lui tournent le dos, dont certains

managers. « Tu fais que de te plaindre,

t’es incorrecte, t’es irrespectueuse !

J’en ai rien à foutre moi que tu graves

ou pas ». Ces mêmes personnes étant

en charge de son planning, elle sent

l’acharnement au quotidien. « Pendant

des mois je faisais des horaires en

dents de scie, j’étais du matin un jour,

puis du soir le lendemain et encore du

matin le surlendemain, j’étais crevée,

je n’avais presque plus de pauses. Mes

jours de repos étaient toujours séparés

donc je n’arrivais pas à récupérer ».

“Tu ne sais plus

comment t’en sortir”

Quand elle retourne voir son médecin,

le diagnostic tombe : Julie est en

dépression. « Je n’arrivais plus à

m’en sortir. Je ne savais même plus

comment m’en sortir ». En discutant

«Sous les yeux des juges, elle encaisse,

elle sait qu’elle est observée et que la

moindre de ses réactions pourrait la

pénaliser. A présent, la jeune femme

doit patienter pour connaître le verdict

final. »

avec ses collègues, elle constate

qu’ils sont nombreux dans le même

cas. La graveuse officieuse tente

de les mobiliser pour mener une

action collective, mais personne

ne la suit par peur de représailles.

Elle se présente alors aux élections

des délégués du personnel. La

goutte de trop pour sa direction.

« Je passais mes journées dans le noir

à ranger le stock, à ouvrir des cartons

et enlever des palettes alors que j’avais

un contrat de graveuse sur verre […]

Et quand je n’étais pas dans le stock, je

devais tenir un stand dans une petite

cabane en plein soleil. Je ne pouvais

ni boire, ni manger, ni même aller

aux toilettes […] on est bien loin du

monde féerique ». Mais un évènement

inattendu va la convaincre de

démissionner. Julie tombe enceinte.

Elle quitte alors la société, en prenant

bien soin d’emporter ses notes, ses

photos et ses enregistrements.

Le 30 avril 2019, au tribunal de

grande instance de Meaux (Seineet-Marne),

la jeune maman reste

de marbre face à la plaidoirie de

la partie adverse. « Elle ment, elle

ment mesdames et messieurs. [...] ça

l’amusait bien de graver du verre et de

ne pas respecter les préconisations des

médecins […] On lui demandait juste

d’être vendeuse, pas d’aller récurer

les chiottes ». Sous les yeux des

juges, elle encaisse, elle sait qu’elle

est observée et que la moindre de

ses réactions pourrait la pénaliser.

A présent, la jeune femme doit

patienter pour connaître le verdict

final. Mais une chose est sûre, s’il

s’avère négatif, elle fera appel.

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ENQUÊTE 21

Louise

25 ans

Directrice artistique

Harcelée pendant 7 mois

“J’étais mal dans ma

tête et dans mon corps”

En 2015, Louise est embauchée dans

une agence digitale située au cœur de

la capitale. C’est son premier emploi.

Malgré son côté timide, elle s’intègre

très rapidement dans l’entreprise.

Ses collègues l’apprécient et ses

clients sont satisfaits de son travail.

Tout se passe bien jusqu’au jour

où son patron décide d’embaucher

sa femme en tant que directrice

générale. Hautaine, impolie et

autoritaire, elle s’amuse à humilier

les autres femmes de l’entreprise. «

Elle s’est mise à critiquer ouvertement

le physique de mes collègues, que

ce soit en face ou par derrière. Les

habits, les cheveux, la peau... Tout y

passait […] Un jour, pendant la pause

déjeuner je discutais de shampoing

avec une collègue, elle m’a regardé de

haut en bas et devant tout le monde

elle m’a dit que mes cheveux étaient

abominables en ce moment ».

“Je n’ai jamais rencontré

quelqu’un d’aussi mauvais”

Chaque jour c’est avec la boule au

ventre qu’elle se rend à l’agence.

Elle est constamment stressée. Ses

angoisses deviennent quotidiennes

et empiètent sur sa vie privée. Elle

décide de démissionner. « J’ai demandé

une rupture conventionnelle pour me

laisser le temps de retrouver un emploi

plus facilement ». Elle obtient alors

un rendez-vous, non pas avec son

patron comme la logique le voudrait,

mais avec la directrice générale. «

Elle m’a convoquée dans son bureau

pendant une heure pour me pourrir,

me juger, elle me disait que je n’avais

aucune ambition, que tout ce que je

voulais c’était être chômeuse pour

profiter de la société […] alors qu’elle

n’a jamais travaillé avec moi, ne connait

rien de ma personnalité, ni même les

projets sur lesquels j’ai travaillé ».

Pendant deux longs mois, la directrice

générale joue avec ses nerfs. Louise

se sent prise au piège, son patron

constate les agissements de sa femme

mais ferme les yeux. Elle décide

alors de poser ses congés payés pour

souffler, mais sa supérieure essaye

de l’en empêcher. C’est finalement la

responsable des ressources humaines

qui la raisonne. « Elle a fini par

signer ma rupture conventionnelle en

précisant que jusqu’au jour de mon

départ je ne serai plus payée […] je

suis enfin sorti de cet enfer et je me

suis senti revivre mais j’ai perdu toute

confiance envers le monde du travail ».

Tous propos recueillis par

Hugo Hamidou, Jérémie Henry

et Clara Schnebel

«Elle m’a convoquée dans son bureau

pendant une heure pour me pourrir, me

juger, elle me disait que je n’avais aucune

ambition, que tout ce que je voulais c’était

être chômeuse pour profiter de la société. »

La souffrance

psychique

représente

plus d’un quart

des maladies

à caractère

professionnelle

chez les

hommes et

plus d’un

tiers chez les

femmes.

Source : Programme de

surveillance des maladies

à caractère professionnel

(MCP) en France.

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Portrait

WILD

WILD

WASTE

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PORTRAIT 23

Le 9 mai dernier, World Wildlife Fund (WWF)

publie un rapport alarmant. L’Union Européenne

épuise les ressources annuelles fournies par

la Terre et ses 512 millions d’habitants vivent

à crédit. Surconsommation, surproduction,

sur-construction, la planète est asphyxiée. En

2018, la déforestation a causé la perte de 240

millions d’hectares d’arbres, soit l’équivalent

de la superficie du Nicaragua. Un continent

de déchets plastiques de 80 000 tonnes s’est

formé au large de l’océan Pacifique, soit six

fois la superficie de la France. D’ici 2050, le

réchauffement climatique pourrait contraindre

plus de 143 millions de personnes à migrer selon

la Banque mondiale. Face au drame imminent,

l’inaction du plus grand nombre, mais aussi les

initiatives de certains…

Par Jérémie Henry et Clara Schnebel

Photos : Grégoire Lenoir

Le bloc-note à spirales est posé au

milieu d’ingrédients inhabituels

sur le plan de travail : argile blanc,

bicarbonate de soude, carbonate de

calcium... Des flacons de toutes formes

et de toutes les couleurs, du bleu, du

vert et même du violet. La chimie ne

s’arrête pas à la chambre. La cuisine a

des airs de laboratoire. On se croirait

dans un épisode de Breaking Bad, sans

Walter White faisant sa « cuisine ».

Emma Olivier, 20 ans, prépare du

démaquillant, du dentifrice ou encore

de la crème pour le corps. Une fois par

semaine, elle consacre deux heures de

son temps libre à confectionner toutes

sortes de produits. Cette année, elle

s’est lancée un nouveau défi : devenir

zéro déchet.

“Faire ses produits

soi-même conduit forcément

au zéro déchet”

« Finalement, préparer ses cosmétiques,

c’est comme faire un gâteau. Il suffit

de se munir d’un bol, d’un mixeur et de

veiller à obtenir la bonne consistance »,

explique-t-elle. Une fois la mixture

prête, il ne reste plus qu’à la verser

dans un bocal, en verre, forcément.

Confectionner son dentifrice n’est pas

plus compliqué. Dans le temps imparti

de cinq minutes, Emma fait appel

à sa débrouillardise en coupant le

dessous d’un tube usagé pour y verser

la préparation. Elle referme ensuite

l’extrémité avec du papier sulfurisé

et… un lisseur à cheveux. Toutes ces

astuces lui permettent de réutiliser ses

emballages et de ne produire aucun

déchet supplémentaire. « J’ai commencé

le zéro déchet tout d’abord parce que si

l’on continue de consommer comme on

le fait actuellement, on fonce droit dans

le mur ». La MacGyver 2.0 ne s’arrête

pas là et fait différents types de savons

solides aux parfums envoûtants, qu’elle

entrepose dans son couloir : olive, lait

d’amande et même bière blonde. Son

mascara, ses rouges à lèvres et ses fards

à paupières – « je ne les utilise presque

jamais » – reposent sur son bureau en

bois qu’elle a fait elle-même.

Le zéro déchet ne se limite pas qu’à la

fabrication de cosmétiques. Emma va

même jusqu’à fabriquer ses propres

éponges à base de vieux collants

troués, en les tressant sur une boîte

d’œufs avec des clous. « Je n’ai pas

encore trouvé de quoi faire le côté vert

de l’éponge ». Au quotidien, sa lubie du

zéro déchet la suit jusqu’à la chaîne

de supermarché Grand Frais. Elle y

«

J’ai dépensé

300€ depuis

que j’ai

commencé le

zéro déchet. Il faut

s’attendre à ce que

le portefeuille en

prenne un coup,

c’est plus cher. »

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PORTRAIT

utilise exclusivement des sacs en tissu

et privilégie les produits en vrac. La

jeune femme a même pris l’habitude de

refuser tout ticket de caisse. Et quand

elle sort boire un verre avec ses amis,

elle commande sa boisson en précisant

qu’elle ne souhaite pas de paille. « C’est

l’une des principales sources de déchets

dans les bars ». Même son chat n’y

échappe pas : « je prévois de lui faire des

croquettes maison ».

Manis, la maman

orang-outan

C’est en découvrant le livre Labo Zéro

Conso et en suivant des influenceuses

telles que girl_go_green ou encore

borderienathalie qu’Emma a eu le déclic

« zéro déchet » en décembre 2018.

« J’ai débuté en confectionnant des

petites trousses de toilette, contenant des

soins pour les cheveux et un mascara fait

maison, que j’ai offert à ma famille pour

Noël ». Emballée, elle a expérimenté

dans la même journée plusieurs autres

recettes comme celles d’une lessive et

d’un shampooing sec.

Passionnée par les primates, Emma

effectue un stage au Zoo de Beauval en

juillet 2018. Alors qu’elle se passe du

stick à lèvres devant le parc des singes,

une femelle orang-outan du nom de

Manis vient devant elle et mime le

geste. Avant de lui « présenter » son

bébé Sabah. Emma y voit un signe de

confiance et le début d’une relation car

l’animal la reconnaît à chaque passage.

L’origine d’une prise de conscience :

« J’ai travaillé dans plusieurs parcs, cela

a été le déclic pour tout, les déchets, la

végétation... ».

À la fin de l’été, elle part en Indonésie

sur un coup de tête avec une amie

pour rencontrer des orang-outans. Elle

aperçoit alors l’étendue des dégâts de

la déforestation. « Quand tu es dans

l’avion et que tu vois ça, tu ne t’en

remets pas ». Sans prendre d’hôtel

comme n’importe quel touriste, elle

parcourt l’Indonésie en campant

avec son amie et un guide pour se

rapprocher au plus près de la nature. «

On ne peut pas comprendre tant qu’on ne

l’a pas vu » .

“Je ne comprends pas les

gens qui ne veulent pas

changer”

Sensibilisée dès son plus jeune âge

aux problématiques écologiques

comme le suremballage, l’enjeu de

l’huile de palme et la déforestation,

l’éducation d’Emma et les valeurs qui

lui ont été transmises, ont joué un

rôle précurseur dans son mode de vie

actuel. Et pourtant, aujourd’hui, les

rôles s’inversent. « Il a toujours fallu

qu’on protège la nature », raconte sa

mère Nadine. « Mais le zéro déchet,

c’est Emma qui nous y a sensibilisé ».

Mis à part son père, sa famille s’est

prise au jeu, tant bien que mal. Ses

frères et soeurs sont moins engagés,

mais la fratrie confectionne tout de

même sa propre lessive et déodorants.

Ses parents ont eu un peu plus de

difficultés au début, mais face à la

persévérance de leur fille, Nadine

utilise désormais quelques-unes de ses

confections comme le démaquillant ou

le savon solide. Elle avoue cependant

qu’elle peine encore un peu. « J’ai

toujours utilisé certains produits et ai

donc du mal à m’en détacher ».

Sans aucune prétention mais dans une

optique de conseil, Emma a ouvert un

compte Instagram dédié au partage de

ses recettes. Pour le moment, Emma

n’a pas une consommation totalement

zéro déchet mais tend à le devenir. « Je

ne comprends pas les gens qui ne veulent

pas changer ». L’un de ses plus grands

rêves est de fonder sa ferme 100% bio,

où elle commercialiserait ses propres

produits cosmétiques mais aussi ses

aliments. « L’idéal, ce serait que je n’ai

plus besoin de faire tout ça, et que dans

les magasins, on n’ait que des produits

sains dans des bocaux en verre. Il y a

tellement de merde dans tout ce qu’on

achète, au bout d’un moment on est bien

obligé de trouver des alternatives nous

mêmes ».

Le starter pack

du débutant

10 ingrédients : vinaigre

blanc, bicarbonate soude,

huile de coco, aloe vera,

huile d’amande douce,

huile essentielle de

citron, huile essentielle

de lavande, savon de

Marseille, argile blanche

et argile verte.

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RENCONTRE 25

La recette facile

La lessive

Ingrédients : savon de Marseille

et savon noir, eau, bicarbonate

de soude.

Faire fondre le savon de

Marseille avec de l’eau. Quand

tout est fondu, ajouter le savon

noir. Mélanger le tout, sortir

la texture puis attendre que

ça refroidisse pour ajouter les

cristaux de soude. Verser dans

une bouteille et ajouter les

huiles essentielles.

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En couverture

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DOSSIER 27

REVENGE

PORN

LE COÛT DE L’INTIMITÉ

Le revenge porn, ou pornodivulgation, consiste

à se venger d’une personne en rendant public

des contenus dits sexuellement explicites ou

pornographiques l’incluant dans le but premier de

l’humilier. Ces contenus peuvent avoir été réalisés

avec ou sans l’accord de la personne dessus

(photo prise à son insu) mais dans les deux cas,

il/elle n’a jamais donné son consentement pour

leur diffusion. Bien que ce soit le plus souvent les

images qui provoquent des litiges, il convient de

retenir que les propos à caractère sexuel, tenus à

titre privé, sont également compris dans cet acte

de revenge porn. Une définition bien connue des

18-30 ans : plus de la moitié (53%) a déjà subi

une situation de cyber-violence sur les réseaux

sociaux. Jade, Brice, Victoria et Ying ont connu

ce phénomène. Ils témoignent.

Par Lucie Boyer, Charlotte Buillas,

Julien Omichessan et Yuening Zhai

Illustrations : Manon Gros et Joakim

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28

DOSSIER

idées alors qu’on venait de rompre, j’ai décidé de m’inscrire sur

Tinder où je parlais avec quelques personnes, et puis de sortir en

boite où j’ai embrassé un garçon. Je ne voulais rien de sérieux

avec lui, mais il me plaisait un peu. Quand Félix l’a appris, même

si lui aussi était allé voir ailleurs, il est devenu complètement fou

et m’a insulté devant tous mes amis. C’est la nuit de ce soir-là qu’il

a commencé à me faire du chantage : si je ne me remettais pas

avec lui, il balancerait des nudes de moi et dirait à ma mère que je

me mutilais.

Arthur : J’étais au téléphone avec ma pote et j’ai senti que

quelque chose n’allait pas. J’ai dû un peu forcer pour qu’elle m’en

parle, mais elle a fini par me dire qu’elle avait envoyé un nude à

un type et qu’il la menaçait de le publier sur les réseaux si elle ne

faisait pas ce qu’il voulait.

Ying : Je sais que Chun m’aimait, mais il utilisait sa position

de manager pour me contrôler. Quand l’émission télévisée a

commencé, j’ai demandé à Chun de partir alors qu’il m’avait

accompagné jusqu’à Shanghaï. Il m’a demandé si je ne l’aimais

plus et je lui ai répondu que je devais me concentrer sur la

chanson. Alors il a rigolé et dit que de toute façon, je ne pourrais

jamais le quitter. Et puis, il m’a montré la vidéo de nous deux.

J’étais horrifiée et j’avais l’impression qu’il jouait avec moi

depuis le début. Je sentais mon rêve se briser, j’étais comme une

marionnette. Cette vidéo ne pouvait pas se retrouver sur Internet

parce que je commençais à devenir célèbre. Puis finalement, j’ai

rompu avec Chun et lui ai dit de faire ce qu’il voulait de cette

vidéo parce que de toute façon, je ne deviendrai jamais chanteuse.

I. IL ÉTAIT UNE FOIS

Au commencement, il y a une rencontre entre deux personnes et

c’est ainsi que naît l’attirance. Montrer son corps, c’est se dévoiler à

l’autre pour créer un désir et se sentir convoité.

Jade : Quand je rencontre Antoine, j’ai 14 ans. Lui 16. Il est très

beau. Je me sens intimidée par sa beauté, alors qu’à l’époque

j’étais en couple avec Thomas. Je me mettais la pression pour être

à la hauteur, parfaite. Dans le dos de mon mec, je commence à

flirter sur Internet avec Antoine et il me demande une photo de

mes seins. Je refuse par complexe, mais je fais un compromis et

je lui envoie via Snapchat une photo de moi dans ma plus belle

brassière léopard. Il aime ça. Il me dit que je suis belle et sexy.

Marie : J’étais en terminale. À l’époque je flirtais avec Tom. Il me

plaisait beaucoup et j’avais envie que ça devienne sérieux entre

nous. Lui non, il ne voulait pas du tout s’engager alors nous ne

faisions que flirter. Pour le séduire, je lui ai envoyé une photo de

moi dénudée.

Ying : Chun est très beau. Il est en troisième année de

management et membre du syndicat des élèves. Notre amitié a

très rapidement évolué en amour. Je l’ai rencontré à Pékin au

casting d’une émission TV à laquelle je voulais participer en tant

que chanteuse. Il m’a beaucoup aidé.

II. CHANTAGE ET MARIONNETTES

Et puis les choses se brisent. La relation prend fin et c’est là que

la situation se complique. La personne larguée, vexée, peut alors

chercher à se venger. Mais avant de publier le contenu directement

sur les réseaux sociaux, elle peut passer par le chantage.

Vitoria : Avec Félix, on était en couple depuis deux ans déjà. On

se disputait beaucoup et juste avant Noël, il a décidé que c’était

trop et m’a quitté. Il avait l’air sûr de lui. Pour me changer les

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DOSSIER 29

NAISSANCE DU REVENGE PORN

Le revenge porn n’est pas apparu avec le

développement des réseaux sociaux. Si ceux-ci

ont facilité la pratique et augmenté la vitesse de

diffusion des contenus, ils ne sont pas à l’origine

de la naissance de ce phénomène. C’est dans les

années 1980 qu’apparaissent les premiers cas,

avec la rubrique mensuelle “Beaver Hunt” dans

le magazine Hustler. Des hommes envoyaient des

photos dénudées de leurs femmes ou de leurs

ex-femmes, en y inscrivant des informations

personnelles tel que leurs prénoms, ou bien

des détails permettant à leurs proches de les

reconnaître. Bien des années plus tard, c’est à

cause de plusieurs sites pornographiques que de

nombreux cas de revenge porn ont été recensés. Le

site Is Anyone Up s’est rendu tristement célèbre à

cause des vidéos soumises par les utilisateurs. Un

grand nombre étaient postées sans le consentement

des victimes et contenaient des informations

personnelles comme le nom, les adresses, ou même

des liens vers les réseaux sociaux de ces personnes.

Il existe aujourd’hui, sur de nombreux sites pour

adultes, une catégorie Revenge Porn, vidéos mises

en scène ou véritables vengeances pour blesser une

personne, toujours est-il qu’elles sont l’expression

d’un véritable fait de société : la banalisation de la

violence physique et morale.

«

Si la photo s’était

retrouvée sur les

réseaux sociaux,

c’était la corde

directement. » Brice

III. “ON A VU UNE PHOTO DE TOI”

Il n’y a parfois pas de sonnette d’alarme ni de chantage. Le

contenu à caractère sexuel est directement posté sur les réseaux

sociaux ou envoyé aux proches de la personne. Si elles ne

l’apprennent pas par elles-même, ce sont souvent leurs proches

qui les en informent.

Marie : Un soir, après que je sois sortie du travail, mon téléphone

n’arrêtait pas de sonner. Mes amis avaient essayé de m’appeler une

dizaine de fois et m’envoyaient tous des messages paniqués pour me

dire qu’on voyait mon corps sur Twitter. J’ai aussitôt fondu en larmes.

Brice : Un soir, je suis tranquillement chez moi et mon meilleur

ami m’envoie un message bizarre. « Mec, il y a cette photo de toi

qui tourne, j’suis pas sûr que tu sois au courant et que ça te fasse

plaisir. » Et là je suis juste tombé sur le cul. Au début, je ne m’y

attendais pas, mais en y repensant maintenant, je me dis que ce

n’est pas très étonnant.

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30

DOSSIER

Jade : À l’époque, je ne savais pas qu’on pouvait prendre des

captures d’écran sur Snapchat, ni même qu’Antoine allait s’amuser à

montrer cette photo à toute son équipe de hockey. Le truc, c’est que

Thomas, mon copain, faisait aussi du hockey. Quand il l’a vu, il l’a

très mal pris et m’a larguée en me soutenant que je l’avais trompé.

IV. DESCENTE AUX ENFERS

Découvrir son intimité sur les réseaux sociaux provoque un choc

comparable à un stress post-traumatique. La victime se sent violée

dans son intimité et les insultes qu’elle reçoit en masse ne l’aident

justement pas à se placer et se reconnaître en tant que victime. Il

s’agit alors d’une épreuve très difficile et un bon nombre de pensées

noires l’assaillent.

Marie : J’étais paniquée à l’idée que mon frère tombe sur cette

photo. Il m’aurait tué, vraiment. Et puis je me suis sentie sale et

violée parce que tout le monde avait vu mon corps à mon insu. Je

ne pouvais pas arrêter de pleurer.

Brice : J’étais vraiment super mal. Au début, je me suis vraiment

dit « merde, fais chier » , parce qu’en plus de ça, j’avais un autre

problème, plus gros encore, à régler. Mon ex-copine m’avait

accusé de viol et c’est la même qui a envoyé cette photo à mes

potes et puis les siens. C’était beaucoup trop lourd à porter pour

une seule personne alors j’ai décidé d’en parler avec mes parents.

J’avais besoin de l’avis et de l’aide d’adultes plus aguerris que moi.

Jade : Pleine de honte et détruite. C’était exactement comme ça

que je me sentais. Thomas en avait parlé à ma soeur alors j’ai dû

tout lui expliquer et on est allées voir ma mère ensemble pour lui

en parler. Je me sentais vraiment trop mal parce que je savais que

ça la décevrait.

Ying : Je suis retournée à l’école et Chun continuait de m’envoyer

des textos. Je me suis mise avec une nouvelle personne et il était au

courant, il savait tout de moi et me surveillait. Je crois que ce sont mes

amies de l’école qui lui disaient tout ça sur moi. Ça a duré environ trois

ans. J’avais très peur car je ne me sentais pas du tout en sécurité.

V. QUAND LA JUSTICE S’EN MÊLE

Les victimes ayant le courage d’aller porter plainte au commissariat

sont rares. La peur, la honte et la culpabilité prédominent bien

souvent… En France, 95 % des plaintes sont classées sans suite, par

manque d’informations ou de prise au sérieux.

Arthur : J’ai direct cherché des articles de loi pour les envoyer

au maître chanteur de ma pote et le faire flipper. Je lui ai rappelé

qu’elle était mineure et je l’ai menacé avec la loi. Il a tout de suite

pris peur et n’a plus jamais parlé à ma pote.

Jade : J’avais honte d’aller au commissariat mais ma mère a

insisté parce qu’elle voulait savoir ce qu’on pouvait faire pour

faire supprimer la photo. Les gendarmes m’ont dit que j’étais

aussi coupable qu’Antoine pour production de contenu pédopornographique

et que, parce qu’il ne m’avait pas forcé à prendre

cette photo, je ne pouvais rien faire du tout.

Marie : Je suis arrivée au commissariat en larmes. Comme le

compte Twitter sur lequel la photo avait été postée était anonyme,

les gendarmes m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour

m’aider, même pas remonter jusqu’à l’adresse IP pour retrouver la

personne et la punir.

Brice : Avec mes parents, on a porté plainte pour diffamation à

cause des fausses accusations, et pour diffusion de contenu privé.

J’ai reçu une lettre des gendarmes, me disant que j’avais rendez-

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DOSSIER 31

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DOSSIER

vous avec eux, ce qui m’a d’abord fait paniquer parce que je pensais

que c’était en lien avec les accusations mais quand je suis arrivé, ils

m’ont parlé de la photo. Ils m’ont demandé si j’avais des preuves.

J’avais pris des screens des messages qu’on m’avait envoyés. J’en ai

profité pour leur montrer les messages des amis de cette fille qui

me demandaient gentiment d’aller me suicider, que ça valait mieux

pour moi. Du coup, ils m’ont dit qu’ils allaient régler ça. J’ai eu de la

chance parce qu’ils m’ont vraiment pris au sérieux.

VI. RECOMMENCER À VIVRE

Et puis un jour, on doit recommencer à exister, apprendre à vivre

de nouveau. On garde toujours ce souvenir amer mais la vie et ces

possibilitées nous poussent à aller de l’avant.

Ying : Un jour, Chun m’a envoyé un message pour me dire qu’il se

mariait et nous n’avons plus du tout parlé depuis. Je suis devenue

compositrice de musique de film et ça me plait, même si le chant

me manque beaucoup. Je sais que je ne pourrais jamais être

chanteuse, à cause de lui.

Victoria : Je savais, au fond, qu’il n’était pas comme ça et

aujourd’hui nous sommes de nouveau ensemble. Tout se passe

bien même si je suis assez perdue parce que je l’aime mais je ne

sais pas s’il est vraiment fait pour moi. En soi, l’acte n’était qu’une

menace et il n’a jamais vraiment voulu partager les photos, mais

la façon dont il a fait les choses me fait beaucoup réfléchir.

Brice : Ma mère a rencontré les parents de cette fille et ils se sont

mis d’accord ensemble. Si elle avouait avoir menti et ordonnait

à ses amis de supprimer la photo et arrêter de l’envoyer, alors on

retirerait notre plainte. Évidemment, elle a pris peur tout de suite

parce qu’elle ne pensait pas que j’avais réellement porté plainte.

Et puis un jour, ma mère m’a envoyé un message pour me dire que

tout était rentré dans l’ordre et que je n’avais plus à m’en faire.

Marie : On a essayé de retrouver l’adresse IP de la personne qui

avait posté cette photo avec mes amis, mais on n’y est jamais

parvenus. En même temps, des personnes m’envoyaient des

messages d’insultes ou pour me demander d’autres photos de moi.

Bien sûr, je n’y répondais pas du tout. Et puis un jour, je me suis

rendue compte qu’on ne trouverait jamais la personne qui a fait

ça alors on a juste décidé de laisser tomber et de recommencer à

vivre, même si c’est toujours très compliqué.

Jade : J’arrive à mes 19 ans et cet événement me marque encore. J’ai

du mal à faire valoir autre chose que mon physique. Je suis mince,

j’ai des courbes, les gens me trouvent belle. Je mise sur mon corps

pour séduire alors qu’au fond de moi, je sais que j’ai mieux à offrir. *

*

A la demande des témoins, leurs prénoms ont été modifiés

Tous propos recueillis par Charlotte Buillas, Julien Omichessan et

Yuening Zhai

DU CÔTÉ DE LA LOI

Le revenge porn est puni par la loi depuis la création

de l’article 226-2-1 le 7 octobre 2016. L’accusé peut

encourir jusqu’à 2 ans de prison et 60 000 euros

d’amende. Si cette nouvelle loi a été créée, c’est

qu’avant, il existait un vide juridique important

et préjudiciable pour les victimes. La vengeance

pornographique était un délit d’atteinte à l’intimité

de la vie privée. L’ancienne loi condamnait la

diffusion de contenu obtenu sans le consentement de

la victime. Si la victime avait fourni de son plein gré

le contenu, la loi ne s’appliquait pas et il n’y avait pas

de condamnation.

Il existe, outre le pénal, la possibilité du civil. Les

juges du civil considérant que l’individu possède

le droit exclusif de son image, il n’a pas besoin

de prouver son non-consentement. Cela permet

d’obtenir une réparation financière plus facilement.

Seulement, il faudra chiffrer cette compensation

financière. Ce qui s’avère compliqué parce que le

préjudice moral ne peut être chiffré.

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DOSSIER 33

“IL FAUT BIEN

COMPRENDRE QU’ON

N’A PAS À BLÂMER

QUELQU’UN POUR

AVOIR ENVOYÉ DES

PHOTOS”

Comment une personne peut en arriver à

vouloir faire du mal à une autre ? Quel profil

psychologique ? Quelles sont les répercussions

psychologiques pour les victimes ? Le

psychologue et Youtubeur Oliver de la chaîne

Psycho-Quoique, spécialiste de la question et

auteur de plusieurs vidéos à ce sujet, répond.

Quel est le processus

psychologique qui peut amener

une personne à vouloir se venger

d’une autre personne ?

Plusieurs raisons peuvent pousser

une personne à effectuer ce genre

d’actions. On peut trouver certaines

personnes qui, déçues d’avoir été

larguées par leur ex, veulent se venger

en mettant en ligne un contenu

dérangeant. Ou certain(e)s ami(e)s qui

veulent blesser pour diverses raisons.

D’autres peuvent exercer une

pression forte sur la victime en leur

disant « si tu ne fais pas ce que je te

demande, je partage la photo ».

Comme quoi ?

J’ai déjà rencontré des cas où un

groupe de jeunes a fait pression sur

une collégienne lui disant « si tu

ne nous envoie pas des photos et

vidéos de toi, on tabasse ton petit

frère ». Certains peuvent également

y participer sans se rendre compte

de l’impact sur la victime : j’avais

par exemple reçu un jeune qui me

racontait qu’un groupe WhatsApp

existait dans son école, dont tout

le monde voulait faire partie parce

que chacun y envoyait des photos ou

vidéos de revenge porn. Y participer

revenait pour certains à une sorte

« d’effort collectif » pour se faire

accepter et « respecter » par les

autres du groupe.

Pourquoi ce phénomène

du revenge porn touche

essentiellement les jeunes ?

La question du corps est une question

très importante à l’adolescence.

Montrer son corps à l’autre est une

façon de lui dévoiler une partie de

soi, de lui montrer une part de son

intimité. Beaucoup de photos ou

de vidéos sont envoyées pour faire

plaisir à l’autre, pour provoquer en

lui de l’excitation, mais également

pour se sentir désiré de l’autre. La

découverte des relations amoureuses

et sexuelles n’y est donc pas non

plus pour rien ! La place importante

qu’occupent les réseaux sociaux et

les communications via smartphones

chez les jeunes est également à

prendre en compte. Enfin, il est

également important de ne pas

oublier que la pratique ne concerne

pas uniquement les jeunes. Les sites

Internet qui ont été poursuivis pour

diffuser des contenus de revenge

porn contenaient des photos et

vidéos de personnes majeures.

Quelles sont les conséquences

psychologiques pour la victime ?

Être exhibée de cette manière

sur des réseaux peut avoir des

conséquences lourdes et un réel

impact traumatisant. Il est vraiment

nécessaire de permettre à la victime

d’avoir des personnes à qui se

confier, qui la soutiendront, et un

suivi thérapeutique. Le regard et

le jugement des autres peuvent

également avoir un effet très

fort. Dans beaucoup de cas, on

remarque que les proches de la

victime (même parfois les parents !)

peuvent blâmer la personne et la

considérer comme responsable de

ce qui lui arrive, ne lui permettant

pas de se reconnaître en tant que

victime, ce qui est pourtant essentiel

pour la reconstruction. Il faut bien

comprendre qu’on n’a pas à blâmer

quelqu’un pour avoir envoyé des

photos, notamment à un ou une

petit(e) ami(e). George Sand écrivait

déjà des lettres sexuellement

explicites à Alfred de Musset, qui sait

ce qu’elle aurait fait si elle avait eu

accès à un smartphone et à la 4G !

“La question du corps

est une question

très importante à

l’adolescence. Montrer

son corps à l’autre

est une façon de lui

dévoiler une partie de

soi, de lui montrer une

part de son intimité.

Être exhibée de cette

manière sur des

réseaux peut avoir des

conséquences lourdes

et un réel impact

traumatisant.”

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Entretien

JÉRÔME

COMMANDEUR

“COPYCOMIC, C’EST

UNE TEMPÊTE DANS UN

VERRE D’EAU”

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ENTRETIEN 35

Actuellement sur les planches avec son

deuxième one-man show, Jérôme Commandeur

nous livre sa vision de l’humour et revient sur son

parcours. Tout en douceur, évidemment.

Propos recueillis par Hugo Hamidou et Mattis Kara

Photos : Thomas Laisné

« Tout en douceur », ce n’est pas

vraiment ce qui définit votre

spectacle…

C’est parce que j’aime bien l’idée que

les gens arrivent dans un spectacle un

peu éparpillés de leur journée. Il y en

a qui ont des problèmes de nounou,

d’autres qui ont du mal à se garer. On

les voit d’ailleurs quand ils s’assoient,

ils sont encore sur leurs portables. Et

j’adore le côté un peu « une tape, une

caresse », le fait d’aller loin et à la fin

qu’il y ait un truc qui nous rattrape, un

peu fort. Dire qu’il y a « une leçon dans

le spectacle », c’est un peu prétentieux,

mais j’aime bien l’idée qu’il y a plein

de choses à faire et que vivre, aimer,

monter des projets, croire en l’avenir,

croire en la jeunesse, croire en ce qu’on

est, c’est ce qu’il y a de plus beau.

Vous dites que vous avez appris

à accepter la manière dont vous

travaillez. Qu’aviez-vous du mal

à accepter ?

J’ai écrit ce spectacle en faisant

d’autres trucs. Je ne suis jamais aussi

efficace que quand je vais quelque

part. Je suis sur mon scooter, et là

les idées me viennent. Je vais chez

Leroy-Merlin acheter des ampoules, et

là les idées me viennent… J’ai appris

à l’accepter parce que je me sentais

un peu coupable quand je me mettais

devant l’ordi et, vraiment, j’entendais

l’horloge. Il n’y avait rien qui venait,

je me disais « putain... ». Et en fait,

c’était une bonne leçon. Chacun doit

travailler comme il l’entend. Il y a des

humoristes qui reprennent un sketch

de leur dernier spectacle, en font

quarante minutes, et puis ils travaillent

la suite de soir en soir sur scène. Ça me

paraît aberrant, après ils font ce qu’ils

veulent. Pour moi, c’est comme si un

chef cuistot venait en salle et disait

« alors voilà je vais mettre un peu de…

et puis non je vais faire ça » et puis il

commence à te faire la bouffe sous le

nez. En tout cas, c’est leur manière

de fonctionner. C’est vachement bien,

avec le temps qui passe, de mieux se

connaître et d’apprendre à connaître la

manière dont on fonctionne.

Quand vous étiez jeune, est-ce

que l’humour était déjà quelque

chose d’inné chez vous ?

J’ai voulu faire assez tôt ce métier.

Mais c’est très compliqué parce que

c’est pas un métier comme les autres.

Tu peux chanter dans une chorale, t’es

pas obligé de faire Coldplay comme

métier [rires]. Tu peux écrire chez toi

tout seul parce que ça te fait kiffer

d’écrire. Après, être humoriste, c’est

différent, t’as pas des gens qui le

week-end, écrivent des sketchs. En tout

cas, je n’en connais pas. C’est ça qui est

compliqué : soit ça marche, soit tu n’en

fais pas. C’est très difficile à quinze ans

de dire « moi, je veux faire humoriste ».

Les gens te regardent, te disent « t’es

gentil mais ça marchera pas. Arrête tout

de suite, va prendre une douche, ça va

te calmer » [rires]. J’avais peur de cette

réaction là, d’être pris pour un dingue,

du coup je ne le disais pas trop.

Si vous n’aviez pas fait

humoriste, dans quoi vous vous

seriez vu ?

C’est drôle parce qu’un producteur,

il y a très longtemps, m’avait posé la

question. Je lui avais répondu « je sais

pas », et il m’avait répondu « bonne

réponse ». Dans le sens où c’est le

fait de ne pas avoir une solution de

repli qui fait que tu tiens. Quand tu

démarres, c’est difficile, personne ne

te connaît, tu fais des salles de vingt

places. Il y a un côté un peu jusqu’auboutiste

dans le fait d’être humoriste

aujourd’hui : c’est ça ou rien.

Quel souvenir gardez-vous de

votre expérience Graines de

Star ?

Un truc dément parce que j’étais à

la fac, je connaissais pas du tout la

télé. Et puis c’était des gros primes,

je me souviens d’avoir croisé INXS,

Janet Jackson et j’en passe. Ça fait

bizarre de dire ça aujourd’hui parce

que c’est devenu quelque chose

d’habituel mais quand on nous a

annoncé ça, on était là « putain, on va

avoir 4 000 personnes devant nous »

et faire de la télé dans un Zénith,

ça nous paraissait fou. Ça et puis

l’insouciance. C’est peut-être le bien

le plus précieux. On ne s’en rend pas

compte, mais le fait de ne pas avoir

trop de responsabilités, de pouvoir

faire des aller-retours pour aller chez

son copain ou sa copine, de kiffer avec

ses potes, de faire des vacances à la

cool parce qu’on a pas beaucoup de

fric, de prendre des cuites, de s’amuser.

C’est le souvenir que je garde de cette

époque-là. Aujourd’hui, j’ai beaucoup

de chance, grâce à Dany Boon entre

autres, je fais une carrière qui me

plaît beaucoup mais je ne suis plus

insouciant du tout. Et ça me manque

beaucoup. Ça fait un peu vieux con, ce

que je vous raconte [rires].

Comment expliquez-vous cette

percée médiatique ?

J’aime bien l’idée que tout ne se soit

pas fait du jour au lendemain. L’idée

de s’installer, de créer un réseau de

gens qui te soutiennent, qui même

s’ils te voient de loin et qu’ils ne te

connaissent pas beaucoup se disent

« tiens, il est là depuis longtemps et il

en veut ». Après ça s’est fait comme ça.

J’avais fait un petit duo qui n’avait pas

marché. Puis Dany m’a pris sous son

«Ne pas avoir une solution de

repli fait que tu tiens. Quand tu

démarres, c’est difficile, personne

ne te connaît, tu fais des salles de

vingt places. Il y a un côté un peu jusqu’auboutiste

dans le fait d’être humoriste

aujourd’hui : c’est ça ou rien. »

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36

ENTRETIEN

aile et on a travaillé ensemble dix ans.

Et ça s’est enclenché encore plus après.

C’est une suite logique, des briques que

tu mets et tu ne le sais pas parce que

des fois, t’as l’impression que la maison

ne se construit pas, mais en fait elle

se construit sans que tu le vois. À un

moment il y a un résultat.

Vous avez présenté la Cérémonie

des Césars en 2017. En quoi cet

exercice est-il différent de la

présentation d’une émission

comme Burger Quiz ?

«L’insouciance, c’est peut-être le bien

le plus précieux. On ne s’en rend pas

compte, mais le fait de ne pas avoir

trop de responsabilités, de pouvoir

faire des aller-retours pour aller chez son

copain ou sa copine, de kiffer avec ses

potes, de faire des vacances à la cool parce

qu’on a pas beaucoup de fric. »

Les Césars, c’est un modèle un peu

hybride qui n’existe pas vraiment.

C’est la seule émission où un spectacle

vivant sur le thème du cinéma passe

à la télé et est ensuite repris sur le net

[rires]. J’ai adoré le faire et c’est pour

ça que je suis revenu cette année pour

remettre un prix. C’est marrant, que

ce soit le public ou les professionnels,

le rapport qu’ils ont à cette cérémonie

quand ils me disent « oh là là c’est dur.

Pourquoi tu vas là-dedans ? Tu vas

te faire flinguer ». Finalement, c’est

très français. Je peux quand même

avoir foi en moi, dégager de l’amour,

de l’empathie, de la tendresse. Avoir

envie qu’on me suive. Peut-être que

mes vannes vont marcher. Ça, c’est le

public qui décidera. Il ne faut pas y

aller battu. Ce qui est dur, c’est d’aller

combattre Daesh en Syrie. Mais pas

faire les Césars, faut pas déconner.

Enfin si, c’est très dur mais faut y

croire.

Kad Merad, présentateur de la

dernière édition, a été vivement

critiqué sur sa performance.

Qu’est-ce que vous en pensez ?

Pour l’avoir vécu, j’ai un regard très

tendre et très compréhensif sur tous

ceux qui le font et qui l’ont fait avant

et après moi. Il faut avoir un humour

qui plaise à tous les cinémas et au

grand public. Avant, l’émission passait

et les gens se disaient « c’était de la

merde » ou « c’était bien » et puis le

lendemain c’était fini. Mais aujourd’hui,

les critiques restent. Les vidéos qui

circulent après sur tous ces sites,

ça donne encore plus de poids. On

avait l’impression que ce phénomène

atténuerait un peu le contenu mais au

contraire. Quand quelqu’un se plante

ou dit une connerie, il y a une espèce

de « re-buzz » après le buzz parce que

ça peut toujours repartir. Et quand c’est

négatif, c’est extrêmement pénible. Que

ce soit avec Édouard Baer, avec Manu

Payet ou Kad Merad, je me dis qu’il faut

y être, le faire, le vivre et puis après

chacun s’en tire comme il peut.

À l’ère des réseaux sociaux qui

sont un peu devenus un tribunal

populaire, est-ce qu’on peut rire

de tout ?

Ce que je dis modestement parce que

chacun a sa théorie sur la question, c’est

déjà : peut-on rire ? Si je vous demande

la dernière fois que vous vous êtes pris

une barre de rire monumentale devant

un film, une pièce, un one-man show,

une émission… Vous allez avoir du

mal à vous en souvenir. On parle d’une

discipline quasiment infaisable, c’est

limite miraculeux. Après je dirais oui…

quand c’est pas militant dernière. C’est

vrai qu’il y a des sketchs de Coluche

où il va très loin sur les Arabes et le

fameux Pierre Desproges avec les

juifs. C’est toujours les mêmes trucs

qu’on vous ressasse. Mais la différence

avec ceux-là, quand ils finissaient

le spectacle, ils allaient boire un

«C’est vrai qu’il y a des sketchs de

Coluche où il va très loin sur les

Arabes et le fameux Pierre Desproges

avec les juifs. Mais la différence avec

ceux-là, quand ils finissaient le spectacle, ils

allaient boire un coup avec les copains. »

coup avec les copains. Aujourd’hui

malheureusement, quand il y a du

militantisme – et en plus extrémiste

voire antisémite – là ça devient

dégueulasse.

Certains humoristes sont au

coeur d’une polémique avec la

chaîne YouTube CopyComic,

qui dénonce les plagiats entre

humoristes. En quoi ça remet en

cause le métier ?

C’est exactement ce dont on vient de

parler avec la question « peut-on rire de

tout ? ». C’est-à-dire qu’en attendant,

on n’est pas en train de rire. D’accord,

il y a Tartempion qui a piqué une

vanne à Tartampion n°2 en 2008 sur

un spectacle qu’il a vu sur le Net parce

que l’autre avait fait un café-théâtre

à Los Angeles. Mais quelque part, je

m’en fous un peu. Après, ça nourrit

la bête, cette espèce d’hydre que sont

les réseaux sociaux. C’est la bête de

Stranger Things [il imite]. Tout est bon

à prendre parce que c’est la polémique

du jour, mais en attendant, on rigole

pas du tout. Pendant qu’on parle de

CopyComic, on n’est pas en train de

bosser nos sketchs.

À l’instar d’un “rap game”,

existe-t-il un “humour game” ?

Oui, tout le monde a son avis. Moi de

ce que j’entends de mes copains et des

textos qu’on s’envoie, c’est un peu une

tempête dans un verre d’eau. Parce que,

une fois que t’as disséqué que « oui c’est

machin qui pense savoir que c’est machin

qui l’a fait mais qu’il a mis un post sur

Instagram pour dire qu’il pensait que

c’était lui mais en fait c’est peut-être

pas lui », au bout d’un moment, tout le

monde est saoulé et tout le monde parle

de rien… Mais comme sur la majeure

partie des sujets quand vous regardez

les buzz, au bout de cinq minutes, on

se dit qu’on est quand même en train

d’enculer les mouches.

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RENCONTRE 37

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38

Reportage

REPORTAGE

La lente mort

des vidéo-clubs

Il y avait une vie avant l’hégémonie du streaming, des téléchargements et de la

vidéo à la demande. Une vie passée à errer devant des centaines de cassettes

et DVD dans l’espoir de trouver la perle. Une vie à regarder ce que prenait le mec

d’à côté les jours sans idées. Une vie avec des jaquettes et leurs résumés, une

vie avec pour question existentielle : « Police Academy est-il enfin disponible ? ».

État des lieux à Paris, dans les derniers vidéo-clubs qui proposent encore cette

vie. Trois salles, trois ambiances...

Par Florian Brault et Paul Gombert / Photos : Isidore Faivre

Connaissez-vous l’histoire de

Reed Hastings ? En 1996, cet

Américain de 36 ans perd une

cassette d’Apollo 13, louée à une des

enseignes de la chaîne de vidéo-clubs

« Blockbuster ». Incapable de restituer

le film, le jeune homme cumule jusqu’à

40 dollars de pénalités, quand pour une

trentaine seulement, il aurait pu s’offrir

tout le catalogue. Opportuniste, Reed

revisite le modèle : exit les VHS, place

aux DVD dans un système d’e-commerce

plutôt que les boutiques de location

traditionnelles. Nous sommes en 1997,

et avec l’aide de Mark Randolph, son

ancien directeur marketing, Reed

Hastings vient de créer Netflix. La suite,

on la connaît, l’entreprise bénéficie

d’une ascension fulgurante et lance

en 2007 la première version de sa

plateforme de streaming, délaissant

une bonne fois pour toutes le support

physique de ses films et séries. La

révolution est en marche.

La folie des grandeurs

Douze ans plus tard, dans le

5 e arrondissement. Un Golden

Retriever à moitié assoupi monte

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REPORTAGE 39

péniblement la garde au 36 rue

des Bernardins. C’est ici que se

trouve Vidéosphère. Impossible de

ne pas lever les yeux en passant

à côté de son éclatante devanture

bleu cyan et contre laquelle les

clients sont invités à prendre un

café soigneusement préparé par les

gérants. À l’intérieur, la disposition

en L et l’agencement très aéré de

la pièce donnent une impression

trompeuse de « pas grand chose ».

Car avec son catalogue recensant

60 000 références, Vidéosphère a de

quoi satisfaire les cinéphiles les plus

exigeants. Une devise : « Représenter

le mieux possible la cinématographie

de chaque pays en mettant en avant le

réalisateur ». Henri Moisan, l’homme

à la tête du vidéo-club depuis 26 ans,

nourrit également cette passion du

cinéma sous différentes formes. On la

retrouve dans les nombreuses affiches

de films, figurines et autres cartes

postales disséminées un peu partout

dans les locaux. Tout au fond, deux

toutes petites rangées de fauteuils

rouges attirent notre attention. Cet

espace cinéma improvisé prend vie un

dimanche par mois lors des habituels

ciné-quizz mis en place pour tester

la cinéphilie des participants. « Des

master class, des dédicaces et des

ciné-clubs sont aussi organisés » nous

explique-t-on.

Une diversité des activités nécessaire

pour attirer un maximum de curieux

et lutter contre un ennemi multiple.

«Quand la personne a un ou des

abonnements à des plateformes telles

que Netflix ou à d’autres services de

VOD, elle n’a plus le temps et l’argent

pour se rendre chez nous. »

Selon Henri, « ce n’est pas seulement

Netflix qui est à l’origine du déclin des

vidéo-clubs. Il y a aussi toutes les autres

offres en ligne et les box... Quand la

personne a un ou des abonnements à

des plateformes, elle n’a plus le temps et

l’argent pour se rendre chez nous ». La

concurrence est bel et bien plurielle.

Entre les VOD d’Orange et SFR, celles

de TF1 et Canal et des services tels

qu’Amazon Prime Video et OCS –

accessibles directement sur la télé ou

l’ordi en un clic – l’offre surpasse la

demande. Et alors que nous ne savons

plus où donner de la tête, les vidéoclubs

tombent eux aux oubliettes.

Si Vidéosphère reste encore en vie,

c’est grâce à un noyau dur de clients

exigeants sur lesquels son gérant

peut compter : « C’est une clientèle de

cinéphiles, de quartier, de personnes qui

cherchent un film introuvable même sur

le net ».

Du Hitchcock à l’heure du goûter

Dans le 18 e arrondissement de Paris,

alors que le ciel se montre de plus

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40

REPORTAGE

en plus menaçant, Christophe Petit

restaure la devanture - rongée par le

temps - de son vidéo-club. Une éponge

à la main et un chiffon dans l’autre, il

nous ouvre les portes de sa boutique.

La Butte Vidéo rassemble pas moins

de 15 000 films qui tapissent chaque

mur de cette caverne d’Ali Baba à

l’ambiance pittoresque. Sur chaque

étagère, les boîtes de DVD nous font

face et nous invitent à y glisser la main.

Cela fait quinze ans que ce cinéphile

de longue date a racheté, un peu sur

un coup de tête, ce commerce qui était

voué à fermer. Un coup de poker pour

Christophe, qui, même s’il y mettait les

pieds depuis l’enfance, n’avait jamais

travaillé dans un vidéo-club. « Quand je

l’ai repris, il y avait encore de l’activité. Il

y avait 15 000 VHS et 1 500 DVD. Donc

je me suis dit : “On va tout racheter, on

va mouiller notre chemise et ça tiendra

peut-être dix, douze ou treize ans” ». Un

pari tenu difficilement. « Contrairement

aux autres vidéo-clubs de Paris, je ne

suis pas propriétaire des lieux. J’ai

racheté le fond mais pas le local. Ici,

les murs c’est une fortune. J’ai 2000

euros de loyer à payer par mois » nous

indique-t-il en allumant sa cigarette.

Malgré une baisse significative de 50%

de sa clientèle depuis le milieu des

années 2000 et moitié moins de chiffre

d’affaires, Christophe considère s’être

stabilisé depuis un an.

Une mini victoire qu’il attribue à une

clientèle désireuse de faire perdurer les

traditions. Celles qui se transmettent de

génération en génération. « Les parents

les mains de la jeunesse. Pas de quoi le

rendre optimiste pour l’avenir du sien.

La faute à une menace de poids : le

téléchargement illégal. « Quand j’étais

gamin et que je venais louer un film ici,

c’était 25 francs. Maintenant c’est 4 euros.

Quarante ans plus tard, nos prix sont

toujours les mêmes. Mais on ne peut pas

lutter contre la gratuité du téléchargement

illégal » concède le dirigeant du vidéoenvoient

eux-mêmes leurs enfants car ils

savent qu’il y a de grandes chances qu’ils

trouvent des choses plus intéressantes que

sur YouTube ou Netflix. On parle à des

gamins qui veulent faire leur culture, qui

viennent pour découvrir un Hitchcock.

Puis ils reviennent en prendre un deuxième

et découvrent tel acteur et ainsi de

suite… ». Le maître des lieux estime que

l’avenir des vidéo-clubs est donc entre

«Les parents envoient eux-mêmes

leurs enfants car ils savent qu’il y a

de grandes chances qu’ils trouvent

des choses plus intéressantes que

sur YouTube ou Netflix. »

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club de la Butte. « On peut se mesurer à

Netflix, dire qu’on a un catalogue, qu’on

a des conseils, qu’on est ouvert 7 jours sur

7, même à Noël et pour le jour de l’An. On

peut lutter quand il y a un tarif en face,

mais pas quand c’est gratuit ».

Le dernier survivant ?

11 e arrondissement. Quartier de la

Folie-Méricourt. Avec ses pyramides

de coffrets DVD exposées en vitrine et

son « Video Club 7/7 » dessiné en néon,

JM Vidéo se distingue par sa devanture

résolument rétro. Son gérant, Philippe

Zaghroun, nous accueille dans son

deuxième chez-soi. Ce vidéo-club,

il l’a toujours connu. Tout d’abord à

l’ouverture de l’enseigne en 1982 en y

travaillant le soir en sortant du lycée,

avant d’y être engagé à mi-temps puis

de passer à sa tête en 1993. JM Vidéo

a toujours pu surfer sur sa notoriété de

longue date et continue d’en acquérir

actuellement grâce à une série de

vidéos de Konbini qui se sert de ces

lieux comme décor. Son gérant dirige

sereinement ce vidéo-club qui abrite

aujourd’hui plus de 50 000 films dont

10 000 introuvables ailleurs. Et ce

même sur le plan financier. « Quand

un vidéo-club ferme, je récupère une

bonne partie de sa clientèle », nous

lance-t-il assez cyniquement, avant de

reconnaître à contre-cœur que « nous

sommes en train de perdre le commerce

le plus agréable qui soit ».

Alors que Netflix est souvent pointé

du doigt lorsqu’il est question de la

fermeture des boutiques de location

de DVD, Philippe Zaghroun voit l’État

comme l’un des plus gros fossoyeurs

de sa profession. La faute notamment

à une TVA à 20% et une taxe vidéo

« aberrante » de 2% sur le chiffre

d’affaires. Sans compter l’absence

de subventions qui pourraient venir

en aide aux gérants. « J’ai reçu une

lettre de félicitations d’Anne Hidalgo

qui disait que j’étais cité dans My Little

Paris et qu’elle saluait le fait qu’on soit

un lieu culturel ». Une belle ironie.

Au commencement, une menace plus

surprenante a failli avoir raison de

l’enseigne de Philippe. « Quand Canal

+ est apparu (en 1984, ndlr), cela a

été un petit cataclysme dans les vidéoclubs.

Le lancement de La Cinq deux

ans plus tard a été un effondrement »

surenchérit-il. « Ils avaient racheté tout

le catalogue de CIC Video. C’étaient

des très bons films. Ça nous a fait

énormément de tort. C’était une période

encore pire que Netflix, on a connu une

grosse hécatombe. Beaucoup de vidéoclubs

ont fermé à cette époque ». Mais

JM Vidéo a tenu bon. Et aujourd’hui

encore, son propriétaire reste confiant.

Très confiant : « On est pas du tout sur

le chemin du départ. On sait qu’on sera

le dernier ».

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42

RENCONTRE

Les danses de salon

comme antidépresseurs

Avec ses quatre millions de téléspectateurs en moyenne, l’émission de TF1 Danse

avec les Stars a offert un regain de popularité incontestable aux danses de salon.

L’envie de retrouver une vie moins numérique et les bienfaits thérapeutiques de

cette activité expliquent également son retour en grâce. Guillaume en est le parfait

exemple. Récit d’une thérapie par le rock à quatre temps.

Par Rémi Philipponnat et Yuening Zhai / Photos : Grégoire Lenoir et Yuening Zhai

Des lumières roses qui s’échappent

des projecteurs. De vastes

espaces pour danser librement

et en profiter pleinement. Le style

électro de David Guetta qui succède

au très pop Paradise de Coldplay dans

les enceintes. Une ambiance de fête se

dégage indéniablement en arrivant à la

Maison des Associations de Solidarité à

Paris. Il est 20h30 quand les premiers

adeptes commencent à entrer dans la

salle. Certains changent de chaussures

pour l’occasion. Ce soir-là, Guillaume

donne des cours aux débutants et en

profite pour danser avec sa femme.

Professeur d’Histoire-Géographie en

lycée le jour, il endosse la casquette de

professeur de rock à quatre temps la

nuit. Entre deux danses, il se confie sur

ce qui l’a poussé dans cette discipline.

“J’avais besoin de me raccrocher à

quelque chose”

À la fin de l’année scolaire 2013,

des amis très proches de Guillaume

arrivent à le convaincre de participer

à un cours de rock à quatre temps.

« Pour plaisanter, mon ami m’a dit

qu’il y avait plus de filles que de gars »

explique le danseur, qui à l’époque

souffre « d’un gros blocage émotionnel ».

Avec le recul et un peu de malice, il

se dit que « cela semblait en effet plus

pratique pour draguer ». Lors de sa

première séance, il est engourdi et ne

sait pas trop quoi faire. Mais au fil des

semaines, grâce à l’aide d’une amie,

il commence à s’ouvrir et à apprécier

l’activité. « À cette période, j’étais

dans un état émotionnel très fragile,

pour diverses raisons. Je refusais toute

relation durable avec une femme et seule

la danse me permettait d’être en contact

avec la gente féminine. C’était surtout au

niveau du corps que j’avais un mal-être.

Physiquement j’étais très complexé, à

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«Il y avait plus

de femmes

que d’hommes,

raconte le

danseur. Ils se sont

dit que je pourrais

peut-être y trouver

l’amour. »


cause de ma taille, de ma maladresse.

La danse est arrivée à un moment où

j’avais besoin de me raccrocher à quelque

chose ».

Les résultats ne tardent pas, tant

physiquement que mentalement. « La

danse a des bienfaits comme tout sport.

En me détendant et en m’apportant

une activité physique, j’ai résolu mes

problèmes de dos. Je pense même que

pratiquer ce sport m’a sauvé la vie.

Durant la première semaine de cours de

danse, je subis une perte terrible. Le soirmême,

je n’avais pas le cœur à danser,

mais j’étais entouré. Puis petit à petit,

avec mes nouveaux amis, je m’y suis

remis. C’est ce qui m’a aidé à tenir. »

La danse comme vecteur social

La danse de salon lui a même permis

de faire évoluer plusieurs choses dans

sa vie, aussi bien personnelle que

professionnelle. « Avant de venir dans

ce groupe, j’avais l’habitude d’être très

solitaire. Cette découverte de la danse

m’a sorti de ma position d’ermite et

m’a donné mon quota de vie sociale ».

S’entourer, pouvoir se vider l’esprit,

apprécier son corps et la musique,

gagner en assurance, évacuer les

complexes... Voilà donc les apports

de la danse à deux selon Guillaume.

« J’ai réussi à retrouver suffisamment

confiance en moi pour la retrouver chez

les autres et me refaire des amis. Et j’ai

également pu rencontrer Camille, ma

compagne ».

“Je fais des parallèles

entre danse et sexe”

« Pour moi, l’état d’esprit idéal pendant

une danse c’est de ne pas se prendre

la tête, de penser à l’autre ». Pour

mieux illustrer le fond de sa pensée,

Guillaume ose la comparaison entre la

danse et un acte sexuel. « Selon moi,

c’est la même chose ! C’est une activité

physique, qui se passe de mots, qui doit

se faire dans le respect de l’autre, et où

les meilleurs pensent à l’autre. Quand

on danse, le bon état d’esprit c’est de

se dire qu’à la fin, je veux que mon ou

ma partenaire ait un grand sourire ». Il

enseigne maintenant les leçons de son

passé. Son expérience et son empathie

lui permettent d’expliquer à ses élèves

l’intérêt des danses en couples, « un

outil de choix » selon lui. Sans pour

autant dénigrer les danses solo,

« qui donnent également d’excellents

résultats, tout dépend de la personne qui

pratique. »

« J’observe beaucoup de personnes dans

mes cours qui viennent avec des corps

pas forcément parfaits ou avec des

traumatismes. Venir danser dans cet

environnement les aide à s’accepter ou

à se reconstruire. Je pense par exemple

à une élève qui souffre d’une maladie

neurologique, ou à une autre qui a été

victime de viol ». À propos de cette

dernière, il ajoute : « Elle m’a avoué

qu’elle avait du mal à danser à cause

de cet évènement qu’elle a vécu. J’espère

l’avoir aidée en lui donnant, pendant

la danse, un cours d’auto-défense qui

empêche les personnes de vouloir se

rapprocher intimement de l’autre sans son

consentement. Je l’ai aussi rassurée en lui

montrant que dans le rock quatre temps,

il y avait une distance de sécurité qui

permettait de garder le plaisir de danser

tout en évitant les personnes qui voudraient

se coller au corps de la personne ».

Guillaume a trouvé dans le rock quatre

temps un moyen de se reconstruire et

de reprendre confiance en lui-même.

Aujourd’hui, il espère aider d’autres

pratiquants à croire en eux. « Le rock

en quatre temps peut être une transition

pour certains : on réalise que l’on peut

danser, et on peut commencer à voir

plus haut, vers des danses encore plus

complexes. »

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Nos (bons) conseils pour devenir

un super influenceur Instagram

Parce qu’il y a de la réflexion derrière chacune de vos photos et que vous avez mis approximativement

47 minutes et 34 secondes pour trouver le bon filtre et la bonne légende, nous avons élaboré un guide détaillé

pour vous faciliter la vie. Découvrez toutes nos astuces pour devenir l’instagrammeur parfait !

Par Charlotte Buillas et Paul Gombert / Illustrations : Victor Praud

LE NOM

D’UTILISATEUR

Oubliez tout de suite xXDylandu60Xx ou MélanouaimelesCh@ts

! L’objectif ici n’est pas de gagner la bataille du

pseudo le plus extravagant d’Instagram.

C'est un nom d'utilisateur que l'on vous demande, pas le

surnom que mamie Jeannine vous donnait lorsque vous

aviez cinq ans. Un nom, un prénom et puis c’est tout !

LA PHOTO

DE PROFIL

Mesdemoiselles, dévoilez le regard de

femme fatale que vous travaillez au

quotidien devant votre miroir ! En prenant la

photo, faites abstraction du soleil qui vous crame

la rétine (ou tout bêtement, portez des lunettes de

soleil) et souriez à pleines dents ! Pour vous messieurs,

on opte pour la mine boudeuse et le regard penseur. On

sort sa plus belle tenue et on fixe son téléphone comme si

c’était parfaitement naturel de le regarder avec le bras incliné

à très exactement 84 degrés. Arborez toujours votre

expression la plus heureuse. Ou alors retirez des couches de

vêtements. Parce que c’est bien connu, chez les hommes

comme chez les femmes, les bouts de peau, ça attire le

regard.

LA BIO

Simple et épurée, il faut qu’elle vous donne l’air accessible.

Une citation fait parfois très bien l’affaire. Méfiance toutefois de

ne pas tomber dans le cliché type “Supprime de ta vie ceux

qui suppriment ton sourire”... Ces phrases aberrantes sont

encore trop courantes et ne font pas de vous des philosophes

en herbe ! On vous rappelle également qu'il est formellement

interdit de dédicacer votre bio à vos douze “Best Friends

Forever” auquel cas les hautes autorités d’Instagram feront

fermer votre compte dans la minute qui suit !

LES STORIES

«soirées»

En trop grosse quantité, ces stories peuvent rendre fous vos abonnés mais bien dosées,

elles vous donneront l’image de quelqu’un qui profite des petits plaisirs de la vie, passant

d’un simple concert d’un artiste russe indépendant à une soirée mousse dans une boîte très

très privée. Vous devez être la personne que la plupart de vos abonnés ne sera jamais.

Pour cela, sélectionnez soigneusement les événements auxquels vous participez. On oublie

donc les “Fest-Noz” ou le mariage de tonton André qui finissent à chaque fois avec une

gueule de bois monumentale… .

LES STORIES

«sponsorisées» Ce conseil s’adresse à celles et ceux qui

disposent d’une notoriété avérée. Tout le

monde s’en fout que Magalie et ses six

abonnés s’habillent chez Pimkie. Ces

petits placements de produit glissés

discrètement entre deux photos prises

chez mamie rapportent gros : vos

followers verront en vous une égérie qui pèse dans le

milieu de la mode et/ou des cosmétiques. Évitez donc

les partenariats avec Freedent ou Mentos pour ne pas

passer pour une personne qui pue de la gueule H24...

LES PHOTOS

avec les animaux

C’est le genre de photos indispensables

pour faire fondre le coeur de

vos followers. Chien, chat, lapin,

cochon d’Inde ou même furet... Si

l’animal possède un minimum de poils

et maîtrise la technique ancestrale du

“regard tout mignon”, c’est gagné !

Des likes faciles pour une perte de

temps minime… .

LES PHOTOS

de stars

Les photos avec des stars peuvent vous faire immédiatement gagner en

popularité alors vous vous devez de rester constamment en alerte ! Un

blondinet aux cheveux bouclés se trouve devant vous dans la file

d’attente à Franprix ? Abordez-le sans hésiter ! Il s’agit peut-être de

Michel Polnareff ou de Julien Doré. Si ce n’est pas le cas, il vous faudra

bien gérer le moment de gêne intense qui devrait s’installer… Mais qui

ne tente rien n’a rien ! Et pour percer sur Instagram, il faut tenter.

LES PHOTOS

de voyage

Tout le monde n’a pas les moyens de se payer un aller-retour

Paris-Cancún tous les mois alors rentabilisez chacun de vos déplacements

! Mitraillez chaque coin de rue coloré et chaque plage paradisiaque...

Vos followers doivent s’imaginer que vous êtes un.e

globe-trotteur.se invétéré.e ! Pour cela, soyez malins ! Ne postez pas

toutes vos photos d’une traite. Publiez les au compte-gouttes durant

les semaines et mois qui suivent votre déplacement. Car oui, la bonne

gestion de son compte Insta se joue aussi sur le long-terme.

Si avec tous ces conseils vous ne recevez pas des likes par centaine sur chacune de vos photos,

c'est que finalement, il vaut peut être mieux laisser de côté votre carrière d'influenceur et

découvrir le monde autrement que derrière votre appareil photo…

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LEXIQUE 45

Le lexique du rap

Tous les styles musicaux ont un vocabulaire bien défini.

Le rap ne coupe pas à la tradition, même si certains ne le

considèrent toujours pas comme de la musique. Alors pour ne

pas entendre du Javanais lors de votre prochaine écoute, ce

lexique est fait pour vous. Par Mattis Kara

Punchline Littéralement « phrase coup de poing ».

Qui s’étend des métaphores, aux jeux de mots grinçants. Elle

est aujourd’hui très populaire dans de nombreux domaines…

mais le rap en reste la plus grosse fabrique actuelle.

Exemple : Son style varie selon le domaine.

« Si je traine en bas de chez toi, j’fais chuter le prix de

l’immobilier » Booba dans son titre Ouest Side.

« Je dirais que la vie est une grosse chienne et que faut pas

être en chien pour la dresser » Ninho dans son titre Roro.

Rap « jeu »

Ligue des

Champions fictive du rap français. Tous les

ans, les rappeurs s’opposent avec leurs

performances et projets respectifs. Qui ont

tendance à se ressembler…

Exemple : …même si, les exploits arrivent

parfois. Clin d’œil aux jeunes joueurs de

l’Ajax d’Amsterdam, et aux rappeurs de

l’Essonne. Pour cette année folle.

Tony M :

Auto-tune

Correcteur de voix, l’auto-tune ne permet

cependant pas à n’importe qui de devenir chanteur. Sa fonction

première est d’embellir les notes. N’en déplaise à certains,

le charisme et les paroles, ne peuvent toujours pas être

améliorés grâce à un logiciel en 2019.

Exemple : Les frères de PNL sont l’exemple parfait de son

utilisation. Le jeune Koba la D, pour sa part, devrait oublier la

formule mieux vaut trop que pas assez, pour le dosage de son

auto-tune.

Personnage issu du film Scarface, Tony Montana

accompagne presque tous les rappeurs français dans leurs écrits. Il y

a ceux qui seront à jamais séduits par l’escalade vertigineuse de son

personnage. Et ceux qui le dénigrent, rappelant qu’après tout ce n’est qu’un

cocaïnomane.

Exemple : Le rappeur Rohff n’est pas accro à la blanche, mais bien au

gangster cubain le plus populaire du cinéma. Des centaines de références

textuelles et un personnage spécial dans le jeu Scarface sorti à l’époque

sur PS2. Tirez-lui dessus, vos balles, Tony « Rohffana » se les enfile.

Clash(s)

Technique marketing

qui consiste à renforcer sa visibilité, pour

vendre des disques ou rappeler qu’on est

vivant. Bonjour La Fouine.

Exemple : Après la masterclass du mois

d’août 2018 signée Booba-Kaaris, Gilbert

Collard et Daniel Cohn-Bendit ont imposés

un rap contenders sur le plateau de TF1.

OKLM.

Binks :

Prononcé « bainks ». Repère occupé par un groupe de

personnes. De manière occasionnelle, ou très habituelle.

Exemple : Les « Binks » se trouvent un peu partout. On parle par exemple de

Saint-Tropez et Mini Cooper au « Fouquet’s » pour le « crew » des fils à papa,

ou Costa Brava et Clio deux au grec pour les galériens.

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