The Red Bulletin Septembre 2019

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FRANCE

SEPTEMBRE 2019

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

« Sous nos

casques, nous

sommes juste

des pilotes »

Shayna Texter est un

phénomène en Flat Track,

le reste est secondaire...


ÉDITORIAL

L’IMPORTANT,

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

C’EST LE RESTE

Dans et hors de la course, sa ténacité et sa détermination

font sensation. Le pilote à l’honneur ce

mois-ci est un phénomène du Flat Track – des

courses de moto disputées sur un circuit ovale,

à fond la caisse, jambe gauche sortie dans les

virages. Un coup de frais pour une discipline qui

a bénéficié d’un regain de notoriété ces dernières

années. Shayna Texter page 22, notre pilote en question,

y est l’une des deux seules femmes présentes

à haut niveau. Dans son histoire, l’important n’est

pas cela, mais tout le reste.

Chez WondaGurl, là encore, l’essentiel n’est pas

que la Canadienne soit l’une des rares femmes

productrices dans le rap game, mais bien que ses

instrumentaux déchirent. Jay-Z ou Rihanna lui

doivent certains de leurs succès et dans les hautes

sphères des charts où ils évoluent, l’important,

ce n’est pas le genre, mais le talent et le travail.

Lisez plus !

Votre Rédaction

Le succès de Shayna Texter, pilote de moto Flat Track

pro, est le dernier chapitre d’une saga qui inclut son

grand-père, Glenn Fitzcharles, légende du Sprint Car.

ANTOINE

CARBONNAUX

Apprécié des milieux culturels

branchés et rédacteur en chef

de Red Bull Music France

depuis 2015, Antoine Carbonnaux

explore et documente les

coulisses de la création musicale.

Dans ce numéro, il est allé

à la rencontre de la Canadienne

dont toutes les stars du hiphop

US s’arrachent les services

: WondaGurl. C’est en clôture

de sa résidence de création

aux Red Bull Studios Paris

qu’Antoine a rencontré cette

« force tranquille ». Page 42

GLORIA

LIU

« Texter m’a bluffée, tant elle

s’acharne dans un milieu

dominé par les hommes, qui

plus est une discipline sportive

: la moto, dit la journaliste,

récemment relocalisée à Santa

Fe pour intégrer la rédaction

d’Outside. Elle pense qu’elle

peut affronter et battre

n’importe qui, sincèrement.

En la fréquentant, je me suis

demandé si je pourrais adopter

le même état d’esprit. Elle

m’a inspirée et fait changer

de philosophie. » Page 22

LAURA BARISONZI (COUVERTURE)

4 THE RED BULLETIN


SOMMAIRE

septembre 2019

64

Y a-t-il un capitaine de soirée dans la teuf ? Plongée à l’ancienne dans les premières raves anglaises.

78 Le festival Nyege Nyege, raison

suprême de bouger en Ouganda

82 Avec la méthode Isele, c’est

pieds sur terre et yeux fermés

que le grimpeur se prépare

84 Ce Minecraft en réalité virtuelle

pour smartphones contribue au

réel de manière intelligente

85 Plein écran : faites vos courses

sur Red Bull TV, sans bouger

86 Brocante géante, FMX de haut

vol, électro et course sur le mont

Blanc : l’agenda sans équivalent

88 Sape : abordez l’hiver sereinement

avec une sélection des

meilleures vestes disponibles

sur Terre

98 Un cliché fou du Red Bull Jour

d’Envol qui a fait monter la

température à Lyon le 30 juin

8 Moto, surf ou skate, trois photos

sur lesquelles passer des heures

14 Avec ses personnages mythiques,

Stan Lee a installé le concept de

superhéros dans notre quotidien

16 Se mettre en condition pour la vie

sur Mars ? On file en Chine

18 L’idée, en achetant cette moto,

c’est de ne plus jamais en acheter

d’autre… La Zeus de chez Curtiss

Motorcycles est un rêve électrique

aux prétentions durables

20 Pour trouver des vinyles, Vincent

Privat ne lâche rien, quitte à vider

un entrepôt deux jours durant

22 Au bout de l’ovale

Grâce à Shayna Texter, star

dans sa discipline, le Flat Track

ne tourne pas en rond

34 Retour au Vietnam

Pour un saut rare en wingsuit

42 La force tranquille

Vous dansiez sur ses sons sans

la connaître : présentations !

50 Le club de Mikey

Dans la sphère de Mikey Alfred,

jeune ricain créatif et connecté

qui excite la scène urbaine US

54 Marins, after all

L’élite française de la voile se

frotte au SailGP… et apprend

64 Objectif R.A.V.E

Un photographe au cœur du

Second Summer of Love

70 Planches de salut

Ce que le surf peut apporter aux

Jamaïcaines en difficulté

42

WondaGurl : d’un

naturel plutôt posé,

cette jeune femme

bâtit des sons hiphop

à tout casser.

DAVE SWINDELLS, ARARSA KITABA, BERNARD LE BARS

6 THE RED BULLETIN


54

Quand le boss de

l’America’s Cup

lance un nouveau

concept, le SailGP,

on se pointe à SF

se tenir au courant.

THE RED BULLETIN 7


CAINEVILLE, UTAH

Du neuf

avec du

vieux

La photo est depuis longtemps indissociable

de l’univers des sports

d’action, mais sur ce coup, l’environnement

de la prise de vue la hisse aux

sommets du genre. Réalisée à Caineville,

dans l’Utah, par le photographe

Chris Tedesco, elle montre le vainqueur

des X Games Tom Parsons sur

un terrain d’exception. « Le mélange

entre le paysage ancestral grandiose

et la performance de haute volée rend

ce cliché unique ; l’immuabilité des

roches contraste avec l’énergie instantanée

et éphémère du pilote »,

explique Tedesco. Une séquence

nominée dans la catégorie Best of

Instagram du concours photo

Red Bull Illume en février dernier.

Instagram : @tedescophoto

CHRIS TEDESCO


9


REN MCGANN


AUSTRALIE-

OCCIDENTALE

Face au

colosse

Lorsqu’une énorme houle parcourt

l’océan Indien, elle peut engendrer

des vagues colossales sur

« The Right », ce récif meurtrier situé

en Australie- Occidentale. Seuls les

plus courageux des surfeurs osent

les affronter. Pour le photographe

Ren McGann, le défi était de saisir

le moment où le surfeur tente de

dominer la vague. « Cette photo est

probablement celle dont je suis le

plus fier. Me fondre dans la nature

est pour moi le but ultime. Le voyage

commence dès que je prends mon

appareil, charge la voiture et démarre.

Une fois à l'eau, être entouré de

vagues géantes m’apaise comme

rien d’autre. »

Instagram : @renmcgann

11


FILLINGES, FRANCE

Un plan en

béton

Avec ses lignes épurées et ses contras tes

forts, on comprend aisément pourquoi

cette image de BMX a été élue meilleure

de la catégorie Best of Instagram du

concours Red Bull Illume l’hiver dernier.

Au moment où le photographe et vidéaste

Baptiste Fauchille installe son appareil

au bowl de Fillinges, ville de Haute-Savoie,

il ne se doute pas qu’il va y réaliser une

photo bientôt primée. « J’ai d’abord envisagé

une vidéo avec mon drone. Puis j’ai

réalisé que le bowl était immaculé : pas un

graffiti, pas une saleté. Ce qui permettait

de bien faire ressortir le rider et son

ombre. J’ai demandé à Alex Bibollet

(un rider dans l’équipe qui accompagnait

Fauchille, ndlr) de me donner ce qu’il avait

de mieux et j’ai pu capturer le moment. »

Instagram : @baptistefauchille

BAPTISTE FAUCHILLE/UNICORN WE ARE LEGENDS


13


THE STAN LEE

STORY, L’OUVRAGE

Le culte

du héros

Tant qu’à concevoir un livre

sur l’un des créateurs de

BD parmi les plus doués

de l'Histoire, autant que ce

soit fait par lui-même…

Et c’est tant mieux.

« Si vous parvenez à soulever ce

livre, c’est que vous faites vraiment

partie de notre merveilleux

monde de superhéros. » Ce

sont les mots de Stanley Martin

Lieber, alias Stan Lee, auteur

légendaire, rédacteur en chef

et même star de l’univers cinématographique

Marvel.

Qu’il l’ait écrit dans l’avantpropos

d’un livre qui célèbre à

titre posthume sa propre magnificence

résume l’essentiel de ce

que vous devez savoir sur l’incroyable,

l’étrange, l’inimitable

sens de la mise en scène de l’un

des plus grands bardes de la

culture pop du XX e siècle. Avec

ses 444 pages, The Stan Lee

Story, publié par Taschen, est

un pavé énorme (tout comme

son prix, 2 000 €), mais néanmoins

à peine capable de résumer

la vie et la carrière d’un

homme qui a commencé à 17 ans

comme garçon à tout faire chez

Timely Comics (à remplir les

encriers des artistes dessinateurs

et apporter leur déjeuner)

pour devenir éditeur du Marvel

Comics Univers tout en co-créant

des personnages tels que Spider-

Man, Hulk et Black Panther.

Lee a réinventé le support BD

dans sa fabrication (en développant

la méthode Marvel : une

Stan « The Man » Lee dans les bureaux de Marvel à Manhattan, NY, en 1968.

Mille exemplaires de

ce livre de 444 pages

ont été imprimés,

et huit années ont

été nécessaires à sa

conception. Rare !

TASCHEN, 2018 MARVEL ENTERTAINMENT, LCC, COURTESY STAN LEE AND 1821 MEDIA/

PARIS KASIDOKOSTAS LATSIS AND TERRY DOUGAS LOU BOYD

14 THE RED BULLETIN


Lee en agent de sécurité dans le film

Captain America : Le soldat de l’hiver.

« Bon, les gars, on va créer un empire de la bande dessinée... »

Illustre ! Stan, un héros pour de nombreux fans de superhéros.

technique de storyboard

collaborative entre scénariste

et artiste permettant d’accélérer

le rythme de production des

planches) et sa perception. Les

histoires et la prose de Lee respirent

la finesse et l’humour, et

ses héros ne sont pas que de

gros bras mais des personnages

complexes avec des soucis quotidiens

et des failles, des profils

auxquels le lecteur s’identifie.

L’histoire de Marvel est, à

bien des égards, l’histoire de

Stan Lee, et qui mieux que l’auteur

même de ses légendes et le

créateur de plus de 200 personnages

pouvait la raconter ?

« C’est une corne d’abondance,

une idée folle, une attitude à la

Don Quichotte, pour échapper

à la routine et à la banalité »,

confiait Lee à propos de son

œuvre maîtresse. « Une fête

pour l’esprit, l’œil et l’imagination

; la célébration littéraire

d’une créativité débridée, associée

à une touche de rébellion

et au désir insolent de cracher

dans l’œil du dragon. » Lee s’en

est allé à l’âge de 95 ans en

novembre dernier, mais ses

histoires et son héritage lui survivront.

Les True Believers le

savent : le meilleur reste à venir !

taschen.com

THE RED BULLETIN 15


MARS BASE ONE

Sur la Terre

et au-delà

Cette base de préparation permet de vivre

comme un astronaute sur la planète rouge.

Sans quitter la planète bleue.

Mars Base One se situe dans un

paysage aride et poussiéreux

avec des roches rouges à perte

de vue. Sans la moindre trace de

vie dans le nuage de sécheresse

qui l’enveloppe. Sauf qu’elle

n’est pas sur Mars. Située dans

le désert de Gobi, à 40 km de la

ville de Jinchang (nord-ouest de

la province chinoise du Gansu),

elle vise à simuler l’expérience

de la vie sur la planète rouge.

Composée de neuf capsules

(une salle de contrôle, un module

biologique combinant serre et

labo, un sas, des installations

médicales, une unité de recyclage,

des salles de vie et une

salle de sport et de détente), la

base a été créée par C-Space

avec l’aide du Centre des astronautes

de Chine et du China

Intercontinental Communication

Center. « La base permet aux

visiteurs de comprendre les

enjeux de la vie dans des espaces

clos où tous les aspects de la vie

quotidienne doivent être maîtrisés

avec des ressources très

limitées, nous explique-t-on du

côté du C-Space. Chaque goutte

d’eau doit être récupérée et

recyclée. La nourriture doit être

riche en protéines pour assurer

la bonne santé des occupants et

les sorties s’effectuent en combinaison

spatiale avec passage

par la cabine de pressurisation. »

Ouverte au public, cette installation

éducative de 1 115 m²,

toute terrienne soit-elle, espère

bien inspirer la prochaine génération

d’aventuriers de l’espace

tout en aidant la Chine à rattraper

les États-Unis et la Russie

dans leur quête interplanétaire.

JONATHAN BROWNING LOU BOYD

C-Space (C comme Communauté, Culture et Créativité), la base créée pour les ados chinois, a coûté près

de 8 millions d’euros et a pour but d’initier la jeunesse à l’exploration spatiale et à la vie sur Mars.

Le blé pousse dans le module serre/

laboratoire qui étudie la croissance

des plantes et des animaux dans un

climat martien.

16 THE RED BULLETIN


Le désert de Gobi a été choisi pour la base Mars One à cause de son paysage rappelant celui de Mars, ses conditions chaudes et

sèches, ses fréquentes tempêtes de sable et une forte pollution issue des mines de lithium de la ville de Jinchang, à 40 km.

Mars Base One a été utilisée par l’émission de télé-réalité Space Challenge, dans laquelle six volontaires

dont cinq célébrités chinoises devaient vivre à la base après une formation d’astronaute.

THE RED BULLETIN 17


CURTISS

MOTORCYCLES

Déesse de

l’Olympe

Inspiré de la mythologie grecque

et de la première moto de vitesse

de légende, ce bolide pourrait

être le dernier que vous achèterez.

Rêves électriques : carénage

monocoque en aluminium,

jantes prototypes en carbone

et tableau de bord à écran

tactile, les créations de Curtiss

Motorcycles redéfinissent

le design de la moto. Le modèle

Zeus (notre photo) incarne

cette vision.

Curtiss Motorcycles conçoit

des motos uniques : à titre

d’exemples, les modèles Zeus

(photo) et Hera semblent

davantage sortis d’un film de

science-fiction que de la réalité.

« Nous avons remis en

cause la forme même de la

moto, explique le concepteur

en chef Jordan Cornille. Depuis

plus d’un siècle, celle-ci est

déterminée par les pièces qui

la constituent. Donner à ces

bolides l’allure moderne d’une

machine à combustion n’avait

pas de sens. »

L’entreprise US porte le

nom de son fondateur, l’aviateur

et inventeur Glen Curtiss,

célèbre pour avoir mis au point

le moteur V-Twin américain, et

pour son record de vitesse terrestre

sur deux roues motorisées

en 1907 (219,45 km/h),

avec une moto équipée de l’un

de ses moteurs d’avion V8 de

40 chevaux. Les versions Zeus

Cafe Racer et Bobber sont

des innovations que Curtiss

approuverait : des monstres

électriques de 190 chevaux

atteignant 100 km/h en 2,1 sec

soit 0,7 sec de moins que la

Koenigsegg Agera RS, la plus

rapide des voitures. La nouvelle

Zeus Radial V8, dont les

cylindres embarquent des

batteries brevetées, s’inspire

du modèle vieux de 112 ans

à l’origine du record.

« Notre objectif est de produire

des machines inusables,

poursuit Cornille, avec pour

slogan : Achetez une Curtiss

et transmettez-la à vos

enfants et petits-enfants. Nos

batteries sont échangeables

et recyclables, c’est la garantie

de bénéficier toujours du

meilleur de la technologie. »

curtissmotorcycles.com

LOU BOYD

18


LG XBOOM, vivez l’intensité du son

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du Red Bull Dance Your Style 2019.

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Intérim

À la petite cuiller (1989)

« Envoyer des bouteilles à la mer… »

« Un disque incroyable d’un groupe

anarchiste des années 1980. J'ai

beaucoup joué Mobutu, un morceau

lent avec une voix féminine qui

dénonce le système politique qu’on

retrouve dans beaucoup de pays

africains. Les noms des musiciens

n’étaient pas simples à identifier,

ils utilisaient des pseudos, alors

j’ai envoyé des lettres au hasard en

remontant les Pages Blanches. Je

suis resté sans nouvelle pendant un

an, jusqu’à ce qu'un certain Michel

m’écrive par e-mail. En déménageant,

il était retombé sur un carton

de ce disque et s’était remémoré ma

lettre. Conclusion : ne jamais lâcher

et envoyer des bouteilles à la mer. »

VINCENT PRIVAT

« Faites tous les

bacs à disques ! »

Le disquaire parisien que le monde entier nous envie

partage quatre de ses plus belles trouvailles.

Des années durant, Vincent Privat a reçu à domicile. Une adresse

que les DJs des quatre coins du monde s’échangeaient, avides

de ses découvertes musicales. Chineur depuis l’adolescence,

ce digger chevronné s’est imposé comme une référence incontournable

parmi les collectionneurs de vinyles. Du funk breton

aux chants médiévaux, les disques rares qu’il débusque sont

désormais accessibles à tous chez Dizonord, la boutique qu’il

a ouverte dans le XVIII e arrondissement de Paris. C’est au comptoir

de celle-ci qu'il partage avec nous sa philosophie du digging

et quelques-unes des plus belles trouvailles qui ont forgé la réputation

de ce passionné.

Vincent Privat jouera ses meilleurs

disques sur un sound-system d’exception

à l’occasion du Red Bull Music

Festival Paris le 29 septembre. Plus

d’infos sur redbull.com/parisfestival

Puzzle Pulsion

Pygmalistique (1986)

« Ne négliger aucun disque… »

« Je chinais dans le stock d’un

producteur de musique africaine

en banlieue parisienne quand je suis

tombé sur une pochette de ce

disque de zouk hyper recherché.

Si la pochette est vide mais qu’elle

est neuve, c’est peut-être qu’il y a

le disque quelque part. Alors on a

vidé intégralement les deux box de

stockage… 50m³ ! Ça nous a pris

deux jours. Et c’est dans la dernière

boîte, forcément, que j’ai trouvé une

dizaine d’exemplaires du disque.

C’est la première fois que je trouvais

un vrai lot de disques rares en parfait

état. Ça s’est vendu jusque

380 € le disque. Règle numéro 1 :

toujours finir le stock, faire tous

les bacs, jusqu’au dernier disque. »

Raphaël Toiné

Femmes pays douces (1986)

« Remonter la piste de l’artiste… »

« Une autre méthode consiste à

retrouver le contact de l’artiste. J’ai

écrit au musicien antillais Raphaël

Toiné et suis allé chez lui à Genève.

Le train était hors de prix, je n’avais

pas un rond à l’époque, mais je me

disais que ça valait le coup. On a

fouillé dans ses affaires, ressorti

les photos d'époque, les articles de

presse, il m’a raconté son histoire,

des anecdotes incroyables. Mais

impossible de mettre la main sur le

disque. Soudain, un cri au bout de la

pièce : Raphaël venait de retrouver

200 albums neufs ! Chacun valait

200 €, je les ai mis en vente à 50.

Tout est parti en deux heures avec

un simple post Facebook. On a partagé

les bénéfices avec Raphaël.

Et nous sommes devenus amis. »

Afric’ Rhythm

Sans Frontière (1990)

« Appeler cent fois s’il le faut… »

« Un jour, auprès d'un label, j’ai récupéré

une boîte de K7 démos qu’ils

avaient reçues, mais probablement

jamais écoutées. Je m’étais gardé

celle-ci pour la fin, avec sa pochette

faite main, un dessin d’enfant colorié

au feutre. Dès la première seconde,

grosse claque : une musique électro

africaine lo-fi entre Francis Bebey et

Ata Kak. J’ai appelé des centaines de

fois le numéro de téléphone figurant

sur la jaquette, jusqu’à ce qu'on me

réponde : le frère de l’artiste. Ils sont

fâchés et il ne veut pas me donner

son contact, à moins de débourser

une certaine somme, ce qui me

dérange, éthiquement parlant. La

situation est donc bloquée... J’adorerais

rééditer cette musique, mais

contrairement à certains, je ne veux

pas agir dans le dos de l’artiste. »

MATHILDE AYOUB ANTOINE CARBONNAUX

20 THE RED BULLETIN


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L’AUTRE

PILOTE

L’histoire que les gens se plaisent à

raconter au sujet de SHAYNA TEXTER

est aussi opportune que prévisible :

celle d’une femme qui bat des hommes.

Mais sa véritable histoire est bien plus

intéressante que cela.

Texte GLORIA LIU

Photos LAURA BARISONZI


« Je veux être la meilleure.

Je veux être leur égale »,

dit Texter, photographiée

le 12 juin au Grandview

Speedway à Bechteslville

en Pennsylvanie.

23


1,50 m pour 45 kilos.

Shayna est devenue

la première femme

à remporter une

épreuve majeure de

Flat Track en 2011.


Tous les pilotes moto savent qu’ils doivent réaliser un

bon départ. Le circuit ovale et plat, en terre battue,

d’environ 800 mètres de la Texas Motor Speedway à

Fort Worth est exigeant. Il est donc crucial de s’emparer

de la meilleure position dès le départ. C’est pourquoi,

lorsque la moto orange numéro 52 tressaille

légèrement sur la ligne de départ au feu jaune, puis

s’enraye une fraction de seconde lorsque le feu passe

au vert, sa course est perdue. Un essaim d’une

dizaine de coureurs voraces a déjà pris les devants.

Mais le 52 reprend les choses en main. Comme

possédé. La moto avec le plus petit pilote transperce

le peloton, se faufilant vers les espaces qui s’ouvrent

et se ferment en quelques secondes. Dixième place.

Cinquième. Troisième. Si rapidement que les speakers

mettent un temps à comprendre. Leurs voix se

perdent dans l’excitation de la foule et le vrombissement

des 17 motos qui grondent telles mille frelons.

Les coureurs se balancent sauvagement dans le

troisième virage, les pieds sortis. Les semelles d’acier

de leurs bottes gauche glissent sur la terre graisseuse

et chauffent par friction. Mais le 52 se balance un

peu moins. Pendant quelques secondes, il est côte à

côte avec le deuxième pilote, si près qu’ils pourraient

se toucher. Puis sa moto passe en avant.

La coureuse fait le dos rond, comme un chat qui

se prépare à bondir. Un autre passage et elle prend la

tête. Les jeunes types à moto derrière elle tenteront

tout les six tours suivants. Ils la traquent, introduisent

brièvement leurs roues avant dans son

espace, mais elle se met hors de portée. La pilote

numéro 52 se lève sur son engin, de son mètre cinquante,

poing serré. Shayna Texter a gagné. Encore.

Shayna Texter, la nana qui bat les mecs. C’est un

bon sujet, ça ! La jeune femme de 28 ans a l’habitude

qu’on lui rebatte les oreilles avec cela, comme un

surnom. Ça et « le visage du Flat Track américain »,

une discipline de course motocycliste où les coureurs

se déchaînent autour de circuits ovales en terre battue

allant du quart de mile (400 mètres) au mile

(1,6 kilomètre), dérapent avec puissance dans les

virages et entrechoquent leurs guidons quand ils

manœuvrent pour monter au classement. Sur des

engins qui n’ont des freins qu’à l’arrière, ils atteignent

des vitesses de 200 à 225 km/h dans les lignes

droites, jusqu’à 150 dans les courbes. Les conditions

varient d’un circuit à l’autre, d’un jour à l’autre, voire

d’un tour à l’autre. Et les accidents sont fréquents.

Perdu dans l’obscurité de nombreuses années, le

Flat Track américain connaît une résurgence grâce

à un important travail de rebranding en 2017, un nouveau

contrat de diffusion avec le réseau NBCSN et un

livestream qui attire un public plus jeune et international.

La discipline est toujours éclipsée par d’autres formules

comme le Supercross, davantage sponsorisé.

Mais, même dans son sport de niche, Texter s’est fait

connaître non seulement en tant que l’une des deux

seules coureuses du circuit pro mais également

comme l’une des meilleures, tout sexe confondu.

En 2017, Texter a remporté cinq courses. En 2018,

trois. Chaque fois, elle s’est classée troisième de sa

série. Connue pour ses prouesses sur les parcours

d’un mile et d’un demi-mile, de nombreux jaloux

disent que sa petite taille lui permet d’être plus aérodynamique

dans les lignes droites et que son poids

léger (45 kilos) lui offre de meilleures accélérations.

Ces théories déplaisent à Shayna et à ses proches qui

attribuent plutôt son succès à sa finesse, à son agressivité

et à sa détermination. Pour sûr, Texter a remporté

plus de courses que n’importe quel autre coureur

de sa catégorie.

Et c’est bien pour ça que ses fans l’adorent. Bien

que la catégorie des Singles de l’AFT (American

Flat Track) dans laquelle Texter pilote une

moto monocylindre de 450 cm³ pour l’écurie Red

Bull-KTM soit généralement considérée comme un

tremplin vers la catégorie des Twins (moto à moteur

bicylindre) de haut niveau, où les pilotes courent sur

des motos de 750 cm³ plus puissantes, le PDG de

l’AFT, Michael Lock, affirme que « lors des rencontres

sur des compétitions, la queue la plus longue est celle

devant la tente KTM pour voir Shayna. De loin ». Des

médias comme le New York Times, Forbes et le Wall

Street Journal lui ont consacré des articles.

Bien que ces articles insistent souvent sur le fait

que Texter est une source d’inspiration pour une nouvelle

génération de jeunes filles souhaitant s’initier

à la moto, la plupart de ses fans appartiennent au

profil type traditionnel de l’AFT : des mecs, souvent

tatoués, look de dur à cuire. Chaque semaine, ils

patientent, attendant leur chance de dire à la petite

au visage juvénile à quel point elle est badass.

25


Shayna n’est pas allée à son bal

de promo ni à sa remise de diplôme.

Au lieu de cela, elle était sur des

courses avec son frère et son père.

Texter vient d’une

longue lignée de

coureurs et a passé

sa vie à réparer ellemême

ses motos.

Shayna court sur une

moto monocylindre

sous les couleurs du

team Red Bull-KTM.

26


Shayna aime à dire que virer à gauche sur une

piste est dans son sang. Son père, Randy

Texter, était un coureur professionnel sur

circuit ; son grand-père maternel, Glenn Fitzcharles,

est au Panthéon des pilotes de Sprint Cars. Son frère

aîné, Cory Texter, 31 ans, participe aux courses de

l’AFT et, au moment de la rédaction de cet article,

son petit ami, Briar Bauman, 24 ans, menait la catégorie

des Twins aux points.

La mère de Cory et de Shayna, Kim Mitch, s’est

séparée quand Shayna avait un an, mais elle et son

frère se souviennent d’une enfance heureuse. Quand

Shayna était avec la famille Mitch à Limerick, en

Pennsylvanie, elle jouait au football et allait chasser

avec ses oncles. Quand elle se trouvait à une heure

de route, dans la boutique Harley-Davidson de son

père à Lancaster, au cœur du pays Amish, elle et Cory

soulevaient des nuages de poussière géants dans le

parking sur leurs mini motos.

Shayna a appris à conduire des motos dès l’âge de

3 ans et a commencé à courir à 12. Puis à partir de la

seconde, elle a suivi une scolarité par correspondance

afin de se concentrer sur les courses. Shayna n’est pas

allée à son bal de promo ni à sa remise de diplôme.

Au lieu de cela, elle était sur des courses avec son

frère, son père et tous leurs meilleurs amis au sein

de la communauté soudée et familiale du Flat Track.

C’était le bon temps. Le magasin était leur sponsor

principal et le daron s’occupait naturellement de

la mécanique. Chaque fois qu’ils avaient besoin de

quelque chose, ils le prenaient sur une étagère et mettaient

l’étiquette du prix sur le bureau de leur père.

Randy Texter est décédé subitement le 30 août

2010, à l’âge de 48 ans seulement. Il luttait contre

un cancer et avait des problèmes cardiaques depuis

des années ; il attendait une transplantation cardiopulmonaire

à l’hôpital lorsqu’il a été emporté par

une septicémie. Ce jour-là, Shayna participait à une

course à Indianapolis. Avant de partir, elle avait dit

au revoir à son père. C’est la dernière fois qu’ils se

sont parlé.

Shayna a toujours été la plus mature de ses quatre

frères et sœurs (elle et Cory ont un demi-frère et une

demi-sœur plus jeunes qu’eux). Elle était celle vers

qui on se tournait. À 19 ans, c’est elle qui a organisé

les funérailles de son père. Elle s’est occupée de tout,

des fleurs jusqu’au cercueil, en passant par les vêtements

qu’il porterait.


La dynastie Texter : Shayna, Randy (le père) et Cory (le frère). En bas à droite : cuissardes ou bottes de moto ? Shayna a choisi.

L’année suivante a été la plus difficile de sa vie. Car

Randy Texter avait accumulé des dettes importantes

et pour les rembourser, les membres de sa famille

ont dû vendre les fourgonnettes qu’ils utilisaient

pour se rendre aux courses ainsi que la part sociale

du magasin Harley qui avait toujours été promise

à Cory et Shayna. « On a tout perdu », dit Shayna.

Enfin, presque tout : elle et son frère ont hérité de

la maison de Lancaster et ils avaient toujours leurs

motos. À l’hôpital, quelques minutes après le décès

de Randy, Shayna s’est tournée vers Cory et lui a dit :

« On doit retourner sur la piste. »

Mais les courses n’étaient plus les mêmes sans

Randy. Shayna devait chaque semaine trouver un

moyen de transport pour s’y rendre. Et elle a dû se

débrouiller pour couvrir les paiements de l’hypothèque

de la maison.

Ce combat s’est également fait sentir sur le

circuit. Shayna s’y faisait bousculer et chutait.

À court d’argent, elle a envisagé de tout abandonner.

Mais elle a appelé un mécano avec qui elle

et son père travaillaient depuis longtemps.

« Écoute, a-t-il dit à Shayna. Soit tu te barres, soit

tu prends le dessus et tu leur montres qui tu es, tu

leur prouves qu’ils ont tort et que tu vas batailler. »

Ce qu’elle a fait.

Peu après, en septembre 2011, Shayna a pris la

tête lors d’une course à Knoxville, Iowa. Elle s’est

battue jusqu’à la ligne d’arrivée contre un jeune

espoir du nom de Briar Bauman et a remporté sa

première victoire professionnelle. Ce fut aussi la première

épreuve professionnelle sur circuit remportée

par une femme. La nuit où elle est entrée dans l’histoire,

elle a dormi sur le siège avant du van d’un ami,

sur le parking d’un relais routier, la tête sur le volant.

Shayna a remporté d’autres victoires par la suite.

Entre-temps, elle s’est forgé une réputation de spécialiste

du mile. Ses points faibles restaient les pistes

courtes où il y a davantage de bousculades et moins

d’occasions de s’échapper ainsi que les épreuves de

TT (« Tourist Trophy »). Il lui fallait changer de cap.

En 2014, Shayna est passée de la catégorie Singles

à celle de Twins. Mais là encore, elle a dû se battre.

Son équipe n’arrivait pas à s’ajuster à ses spécificités

– certaines semaines, le moteur ne démarrait pas,

se souvient Gary Nelson, mécanicien de l’équipe.

D’autres semaines, le guidon se mettait à vibrer

dangereusement à grande vitesse. Pendant les trois

saisons où elle a couru en Twins, Shayna s’est rarement

qualifiée pour les épreuves principales. Son

équipe en venait à se demander : « Mais pourquoi

fait-on tout ça ? » « Mais Shayna s’est présentée chaque

semaine, le sourire aux lèvres, avec de la détermination

pour les battre, dit Nelson. N’importe qui avec

moins de motivation aurait jeté l’éponge. » Pourtant,

lorsque l’AFT a changé de nom et restructuré

ses catégories en 2017, Shayna a pris la difficile

décision de revenir aux Singles. Pour reprendre

confiance en elle, et réapprendre à gagner.

« Tout à coup, nous étions en quête de championnat

», rembobine-t-elle. Cette année-là, elle a remporté

cinq courses et a été en tête du classement

jusqu’à ce qu’un pneu crevé l’oblige à abandonner

lors d’une course cruciale. En 2018, elle a remporté

trois victoires, dont une à Lima, dans l’Ohio, sur une

piste d’un demi mile en gravier qui, selon plusieurs

pilotes, était la plus dure et la plus exigeante du circuit

physiquement. « Certains disaient : “Tu n’as du

succès sur les courses d’un mile que parce que tu es

petite et que ta moto est donc plus rapide...” et là,

tu leur prouves qu’ils ont tort en remportant Lima.

C’était important pour elle d’y aller et de le faire »,

dit Scott Taylor, le manager de Shayna.

En 2019, Shayna veut plus que jamais remporter

cet insaisissable championnat des Singles. Mais

le Flat Track est en train de changer. Davantage

de téléspectateurs signifie davantage de sponsors et

de jeunes coureurs affamés. Et d’autres courses TT

28


SEQUE PEL INVE-

NIMPOR DE QUAT

VOLUPT ATIBUS

RE

« Sous nos casques,

nous sommes juste des

pilotes », dit Shayna

Texter, qui veut être

appréciée sur un

pied d’égalité.


Texter travaille avec un coach

connu pour aider les champions

de motocross, afin d’améliorer

ses capacités et sa puissance

dans l’anneau de Flat Track.

30 THE RED BULLETIN


« Je réfléchis à tout.

Les plus jeunes n’ont

pas peur, ils le font,

sans y penser. »

ont été ajoutées au calendrier. Pour gagner la série,

Shayna ne peut plus compter uniquement sur ses

prouesses sur le circuit ovale – elle doit s’améliorer

en Tourist Trophy.

Ê

tre une star dans un sport qui a failli disparaître

il y a huit ans est particulier. Premièrement,

cela vous maintient les pieds sur terre.

Shayna se souvient encore de l’époque où elle et les

autres coureurs regardaient leurs fans vieillissants

dans les tribunes et se demandaient : « Que va-t-on

faire quand ils auront disparu ? » Aujourd’hui encore,

Briar, elle et une dizaine d’autres pilotes seulement

sont issus d’écuries bénéficiant d’un soutien total

(son compagnon roule pour le team dominant Indian

Motorcycles Wrecking Crew). Ils font partie des rares

chanceux qui peuvent maintenant prendre l’avion

pour se rendre à leurs courses au lieu d’un volant et

de dormir dans leurs fourgonnettes.

Mais Shayna mène toujours une vie simple et rangée.

Elle et Briar possèdent une cabane de bois rond

sur un terrain boisé de 2 hectares dans le village de

Schnecksville, en Pennsylvanie, à seulement 3 kilomètres

de chez sa mère. C’est le refuge de Shayna

où elle recharge ses batteries, entre deux courses,

avec sa famille, Briar et Ogio, son puggle (chien issu

du croisement entre un beagle et un carlin). Toute

une galerie de personnages occupe la chambre

d’amis en permanence, généralement des copains

du Flat Track, au mode de vie indépendant et à la

recherche d’une pause dans leur #vanlife.

Sur les courses, Shayna est professionnelle et

s’exprime posément – sa mère avait pour habitude

de passer en revue ses prestations lors de ses interviews

– et il se dégage d’elle une intensité certaine.

Elle est sérieuse et déterminée. « Mais un seul jour

par semaine », précise-t-elle.

La Shayna que je rencontre lors de mon séjour

de trois jours chez elle et dans les environs est

d’une convivialité désarmante. Elle est ouverte,

facile d’approche et parle avec l’accent traînant de

Pennsylvanie (“silence” devient “sahl-ence”, “racing”,

“racin” et “last”, “l-ayas-t”). Elle balance des vannes

puis sourit en grimaçant. Elle est gentiment et

constamment attentionnée, le genre de personne

qui vous propose de tenir votre café quand vous

devez aller aux toilettes de la station-service ou qui

vous pose des questions sur vous et se souvient de

vos réponses.

D’une personne qui s’offre des sensations fortes à

passer à travers une meute de motocyclistes enragés,

on s’attendrait qu’elle soit intrépide et invulnérable.

Mais Shayna évoque plusieurs choses qui lui font

peur – qui la « terrifient », comme elle le dit. Parmi

ces trucs qui terrifient ou ont terrifié Shayna Texter,

on trouve les motos. C’est l’une des raisons pour lesquelles

elle n’a commencé à courir qu’à l’âge de 12

ans. De même, appuyer sur la gâchette de son fusil

quand elle a tiré sur un animal à l’âge de 9 ans (elle

a mis tellement de temps à passer à l’acte que son

beau-père, résigné, avait rangé son appareil photo).

Autre chose : la moto sur laquelle elle a couru en

Twins, qui vibrait comme si elle allait exploser. Ou

bien la crainte d’être kidnappée, parce qu’elle est si

petite. Une dernière : faire des sauts à moto la fait

flipper.

C’est pourquoi nous nous dirigeons vers une piste

de motocross à Millville, au New Jersey, pour y passer

une journée entière. Durant l’heure et demie que

dure le trajet, avec Briar au volant et son ami et compagnon

de route Jake Johnson également assis à

l’avant, Shayna me raconte comment cette saison,

elle et son équipe se concentrent pour améliorer

ses courses en TT. Elle travaille avec l’entraîneur

Aldon Baker, connu pour accompagner des champions

de motocross et de Supercross comme Ricky

Carmichael. Elle a passé l’hiver dans les installations

de Baler en Floride où il lui a construit un circuit

d’entraînement pour le TT. Shayna a toujours fait de

l’entraînement cardiovasculaire et de la musculation

mais pour la première fois, elle suit un programme

structuré qui comprend des sessions de course à pied

et de vélo basées sur sa fréquence cardiaque, des

poids et haltères, un plan nutritionnel qui exige

qu’elle lui envoie des photos de ses repas et, bien

entendu, des séances hebdomadaires de moto.

Shayna en a marre qu’on lui dise qu’elle doit

s’améliorer en TT. Elle ne lit plus les commentaires

sur les médias sociaux, ni les rapports

de course de l’AFT. Parfois, elle veut juste répondre

en disant : « Monte sur une moto, on verra comment

tu t’en sors. » Mais elle sait qu’elle doit rester

professionnelle.

Elle sait aussi que la plupart de ces remarques

sont bien intentionnées. « Je pense que tout ce que

les fans veulent, c’est que je réussisse. Ils veulent

que je gagne le championnat », admet-elle. Faire

des sauts, comme l’exige une course en TT (où l’on

tourne aussi à droite), n’est pas dans sa zone de

confort, surtout après les mauvaises chutes qu’elle

a faites. Pendant longtemps, elle s’est contentée

d’éviter le TT. « Mais maintenant, je veux relever le

défi, dit-elle. Je n’abandonnerai pas, c’est sûr. »

Sur la piste, nous rencontrons Mike Lafferty, huit

fois champion national d’enduro, qui est ici pour

entraîner Shayna. À l’écart, je la regarde, ainsi que

Briar, Mike et Jake faire des tours d’échauffement sur

le vet track, plus court et moins difficile. Les gars ont

l’assurance de ceux qui ont fait de la moto toute leur

vie, secouant l’arrière de leur machine pendant les

sauts. Shayna Texter a parfois du mal à la réception

de ses propres sauts.

Elle est impatiente d’en arriver au point où tout

cela sera devenu naturel, où elle ne pensera plus ni

à sa vitesse ni à sa technique à chaque saut. Pendant

notre pause dans le parking, elle mange son déjeuner

habituel, un sandwich au beurre d’amande et à la

THE RED BULLETIN 31


« Je veux jouer la “carte

féminine” pour contribuer

à développer mon sport.

Mais je dois avant tout

gagner des courses. »

gelée, et me dit : « Je réfléchis beaucoup à tout. Tout

le temps. À l’inverse, les plus jeunes n’ont pas peur,

ils le font, sans y penser. Je dois m’habituer à être

à l’aise et confiante. »

Lors de la dernière séance de la journée, les gars

passent sur la piste professionnelle, plus longue mais

Shayna reste sur celle de l’entraînement. J’observe

cette petite silhouette solitaire s’approcher d’un

tabletop de douze mètres qui lui a donné du fil à

retordre toute la journée. Je perçois un sursaut

d’énergie, voire une vengeance. Le talus à gauche

qui mène au saut a été labouré tellement de fois par

ses pneus qu’on dirait une plantation. Elle explose

et pousse l’accélérateur au maximum tout au long

du saut, comme Mike le lui a dit, les coudes sortis,

sans frein, sans hésitation – et le franchit de justesse.

Shayna a toujours voulu courir avec les hommes :

« Je veux être la meilleure. Je veux être leur égale.

Je veux qu’on se souvienne de moi. »

Ses proches disent que c’est cette attitude qui la

distingue de la plupart des autres athlètes féminines.

« Beaucoup de femmes consacrent tout leur temps à

atteindre ce niveau professionnel juste pour pouvoir

dire qu’elles l’ont atteint, et ensuite elles veulent

battre d’autres femmes, explique son frère Cory

Texter. Shayna, elle, veut battre tout le monde. »

On demande souvent à Shayna ce qu’elle pense

d’être la seule femme dans le paddock, mais

elle insiste sur le fait que ses adversaires la

traitent comme n’importe qui d’autre : « Sous nos

casques, nous sommes juste des pilotes. »

Seulement ce n’est pas si simple. « Quand elle met

son casque, elle est toujours Shayna Texter, et les

fans le savent », dit Scott Taylor, son entraîneur. Il

demeure que Shayna attire l’attention parce qu’elle

est une femme qui impose son succès dans un sport

dominé par les hommes – une attention qui la met

mal à l’aise mais elle est assez astucieuse pour savoir

en tirer parti. Elle réalise l’immense valeur marketing

de son parcours. Après tout, Shayna a vu comment

d’autres pilotes ont joué ce qu’elle appelle « la carte

féminine » pour attirer l’attention, notamment des

sponsors. « Ce n’est pas mauvais en soi », dit-elle,

mais ce n’est pas comme ça qu’elle veut procéder.

« Je veux jouer la “carte féminine” pour contribuer

32 THE RED BULLETIN


« J’aurais pu me barrer

et me trouver un emploi

normal, mais ce n’est

pas ce dont je rêvais.»

à développer mon sport. Je veux être reconnue

d’abord comme une bonne pilote de moto puis

comme une femme, poursuit-elle. Et pour y arriver,

il faut le mériter. Je dois gagner des courses. »

Par un coup du sort et des conflits d’horaire, la

seule course de Shayna à laquelle je peux assister est

celle où l’on ne s’attend pas à un bon résultat de sa

part. La Short Track Laconia, qui a lieu le 15 juin

à Loudon, au New Hampshire, a été ajoutée cette

année au calendrier de l’AFT. La piste de sable d’un

quart de mile nouvellement conçue est aussi lisse

qu’une plage. Dans le premier tour d’essai, je regarde

les pilotes glisser dans le premier virage, reprendre

en se secouant leur position verticale pendant que

les motos menacent de déborder, puis accélérer de

nouveau dans la ligne droite, l’arrière de la moto

s’agitant dans le sable brun profond. Au fur et à

mesure que la journée avance, le sol se tasse et crée

des bosses de freinage en forme de vagues si hautes

qu’elles propulsent les roues à quelques centimètres

au-dessus du sol.

Shayna a eu un début de saison plutôt lent. Elle

a gagné le Texas Half Mile mais le Sacramento

Half Mile, qu’elle a remporté trois fois au

cours des dernières années, a été reporté en raison

du mauvais temps ; et elle a terminé deuxième au

Lexington Mile la semaine précédente. À part cela,

le calendrier est rempli de courses en TT. Shayna

s’améliore, mais lors de son dernier TT, elle était

dans la première moitié du peloton avant qu’un autre

coureur ne la sorte des demi-finales. Malgré tout,

elle roule bien aujourd’hui, sur cette courte piste

physiquement exigeante où elle rencontrait tant de

difficultés. Elle termine troisième aux qualifications,

puis cinquième en demi-finale, manquant de peu un

départ en première ligne dans l’épreuve principale.

Au calme : une fois chez elle, dans sa campagne de Pennsylvanie,

le phénomène du Flat Track améliore sa technique à l’arc.

Son dur labeur semble porter ses fruits. Puis tout

s’effondre. Quand le feu vert s’allume lors de

l’épreuve principale des Singles, le peloton se précipite

vers l’avant. Je cherche les couleurs bleu et

orange de l’équipement de Shayna, mais je ne la vois

nulle part. Non, attendez, la voilà. Parmi les derniers.

Alors que le groupe rugit sur la piste, nous projetant

du sable à chaque passage, Shayna se retrouve en

dernière position.

Un accident survient. La course est arrêtée et

le pilote est transporté hors de la piste. Les

mécanos se précipitent sur leurs pilotes pour

voir si tout va bien, et quand Justin, celui de Shayna,

revient, il nous informe qu’une fois passée en troisième,

sa moto tourne à vide. Lorsque la course

reprend, privée de puissance maximale, Shayna

est en perdition. Elle termine seizième sur seize

coureurs…

Ce n’est pas ainsi que cela doit se passer. Shayna

est la fille qui bat les garçons. C’est ce qu’ils disent,

pas vrai ? C’est une bonne histoire, une histoire qui

attire un flot incessant de fans à sa table chaque

week-end – les gars en gilets de cuir qui l’encouragent

à « faire vivre l’enfer aux autres coureurs », les enfants

timides, les femmes qui font aussi de la moto. Ils

adorent regarder Shayna parce qu’elle montre comment

on peut être sous-estimée, dépassée en force

et en nombre, et néanmoins gagner.

Mais ce que la plupart d’entre nous ne réalisent pas,

ou peut-être oublient, c’est que le fait d’arriver en dernière

place fait aussi partie de son parcours. Shayna

n’a pas été un feu de paille. Elle n’est pas intrépide et

sa préparation mentale n’est pas sans faille. Elle a travaillé

pendant des années dans un sport de niche par

amour pour celui-ci. « J’aurais pu abandonner en 2011

avant de remporter cette première course », m’avait

rappelé Shayna en Pennsylvanie, quelques semaines

auparavant. « J’aurais pu me barrer et me trouver un

emploi normal. Mais ce n’est pas ce dont je rêvais. »

Quand on est l’outsider, quand on est en position

d’infériorité, on ne gagne pas tout le temps. Peutêtre

même pas la plupart du temps. Mais si tu n’abandonnes

jamais, ton heure va venir. Tu peux leur

montrer qu’ils ont tort. Tu n’as qu’à croire en toi.

Je vais voir Shayna et Scott sous leur tente.

Il est soulagé d’apprendre qu’il s’agissait d’un

problème mécanique et que cela n’a pas à voir

avec sa conduite. Mais il réfléchit déjà à ce qu’il va

falloir dire : aux détracteurs chroniques, aux fans,

au nouveau manager de l’équipe qui est impatient

d’obtenir des résultats. Que c’est injuste ! « On aurait

presque aimé pouvoir lancer une fusée éclairante,

se lamente-t-il, comme pour dire : “C’est un problème

mécanique, son embrayage a grillé !” » Mais Shayna

lui fait ce sourire en grimaçant. Elle lui tape le bras.

« Ça va, dit-elle. On les battra la prochaine fois. »

Et je sais qu’elle le pense vraiment.

Deux semaines plus tard, au Lima Half Mile, sur

la piste où elle a surpris tout le monde l’an dernier,

Shayna gagne à nouveau, par 2,57 secondes. Et

prouve une fois de plus qu’elle a sa place dans le

milieu de l’ovale.

THE RED BULLETIN 33


Howell et sa wingsuit

Phoenix-Fly Rafale :

un modèle de grande

taille, idéal pour le vol

à haute altitude et

les départs courts.


72 heures

de trajet pour

40 secondes

de plaisir

Jusqu’où un base jumper

d’élite est-il prêt à aller en

vue d’élargir l’horizon de

son sport ? La réponse de

TIM HOWELL fut un voyage

de trois jours au Vietnam…

pour un vol d’une poignée

de secondes.

Texte JOHNNY LANGENHEIM

Photos JAMES CARNEGIE

35


Tim Howell ne répond

pas à nos appels. Tout

ce que le photographe

James Carnegie et moi

entendons, ce sont des

échos qui rebondissent

sur les rochers et les

gorges en contrebas.

La corde de Howell,

attachée à une roche

creuse, serpente à

travers une épaisse végétation dans une

pente presque verticale. Quelque part

en bas se trouve une falaise calcaire de

300 mètres, et il la cherche. Soudain,

nous entendons des jurons de bonheur.

Tout va bien. Mieux, il pense avoir trouvé

une zone de départ. Howell a vu le Vách

đá Trăng au Vietnam pour la première fois

en 2017. L’alpiniste et base jumper britannique

de 30 ans était à la recherche de

sites potentiels pour des sauts en wingsuit

lorsqu’une spectaculaire falaise blanche

est apparue sur son Instagram. En consultant

les forums de base jump, il se rend

compte que personne n’a jamais fait de

vol en wingsuit au Vietnam.

Six mois plus tard, avec sa fiancée Ewa

Kalisiewicz, également adepte du base

jump, il se met en route vers Hà Giang,

la province la plus septentrionale du

Vietnam. À mi-chemin du pic de 1 364 m

et de la fameuse falaise, sous une pluie

battante, ils doivent rebrousser chemin.

Sans perspective d’amélioration côté

météo et en raison d’impératifs en Europe,

le couple rentre chez lui. Dégoûté. Quinze

mois plus tard, en mars de cette année,

Howell tente l’expérience à nouveau.

Cette fois, nous le suivons.

Pour venir ici, nous mettrons trois

jours : un vol Londres-Hanoï, puis un

train de nuit pour la province de Lào Cai

à la frontière nord-ouest de la Chine –

nous trois (Tim, James et moi-même)

dans un compartiment de wagon-lit à

quatre couchettes, en compagnie d’un

jeune Vietnamien au visage éclairé par

des jeux télévisés bruyants qu’il regarde

Train de nuit pour Lào Cai. Masque anti-pollution pour l’habitant (en bas).

toute la nuit sur son smartphone. Suivi

d’un trajet de six heures en minibus vers

l’est, le long de la frontière jusqu’à Hà

Giang, d’une traversée de hauts plateaux

sur des chemins de terre, puis de sept

heures dans un bus jusqu’à Ðông Văn. En

compagnie de sacs de riz (quatre canards

squattent le toit). 72 heures de voyage

pour documenter un vol en wingsuit de

40 secondes… la destination finale a intérêt

à être à la hauteur. Nous y voilà enfin,

ou presque. Pas le temps de sauter

aujourd’hui : il est presque 17 heures et

Howell a besoin d’une machette pour

dégager son point de départ, de contrôler

son équipement et de se préparer pour le

point de non-retour. Une plongée dans le

vide. Pas deux.

Ce matin, nous avons tous les trois

parcouru la zone d’atterrissage, descendu

et remonté une piste boueuse et escarpée,

36 THE RED BULLETIN


Howell aime ouvrir de

nouvelles routes.

Tel un explorateur.

Un vent frais fait claquer le drapeau vietnamien

à travers les gorges du col du Mã Pí Lèng. Exceptionnel,

ce point de vue était la base d’opérations de l’équipe.


Crapahuter vers le sommet à la

recherche d’une zone de départ

(en haut). Howell et sa machette

font place nette – un départ

encombré peut s’avérer fatal.

38 THE RED BULLETIN


« Faire ce qu’ils

savent déjà

faire… beaucoup

s’en contentent. »

coupé à travers des terrasses pentues et

plantées de maïs et de manioc, sommes

passés devant des maisons faites de boue

séchée et de paille, blotties les unes

contre les autres, pour descendre sur les

rives du fleuve Nho Qué. Après un bol de

thé vert amer et une saucisse grillée dénichée

au marché de fortune du belvédère

avoisinant, nous partons à la recherche

du point de départ.

Howell, 30 ans, est un ancien commando

du corps des marines britanniques

qui a gravi la face nord de l’Eiger ; le photographe

James Carnegie est un coureur

extrême habitué aux balades de 100 km.

Tous deux tiennent une cadence implacable

malgré leurs lourds sacs à dos. Or,

nous ne pouvons escalader le Vách đá

Trăng. Et ses flancs – à l’exception de la

falaise calcaire – sont recouverts d’une

épaisse végétation qui rend la progression

extrêmement pénible. Nous marchons

jusqu’au point où Howell et Kalisiewicz

ont fait demi-tour la dernière fois – carrément

à la fin de la piste. « À partir d’ici,

il va falloir débroussailler, dit Howell

enthousiaste. On doit se diriger vers ce

filon de pierre. » Il pointe du doigt une

fissure à peine visible dans la végétation.

Sans machette, difficile. Nous nous

frayons un chemin à travers le feuillage

touffu et sur les rochers, des cailloux

schisteux cèdent sous nos mains alors que

les plantes grimpantes nous prennent au

piège. On tourne à gauche pour éviter les

accidents près du bord. Une demi-heure

plus tard, nous sommes couverts de coupures

et nos pantalons sont en lambeaux.

Le doute s’installe… Howell sait-il ce qu’il

fait ? Le temps qu’il trouve le point de

départ, toutes les idées préconçues sur les

pilotes de wingsuit, des trompe-la-mort et

des accros aux émotions fugaces, ont disparu.

C’est plutôt une folie méthodique.

« J’ai déjà consacré dix jours de travail

à ce saut, dit Howell ce soir-là dans un

café pour routards à Ðông Văn, notre

base d’opérations. Beaucoup de gens se

contentent de faire ce qu’ils savent déjà

faire, là où ils le font d’habitude. C’est

beaucoup plus difficile d’ouvrir un saut

(créer un saut jamais tenté auparavant,

ndlr). » Pour Howell, le base jump, c’est la

liberté. Son approche accorde autant d’importance

à l’exploration et à la préparation

minutieuse qu’au saut dans les précipices.

L’alpinisme, le ski et l’escalade font partie

de l’équation. Howell n’a rien d’un junkie

à l’adrénaline, mais dans un sport qui

exige tant d’adresse et de sang-froid, cette

perception qui fait la une des journaux

est le plus souvent hors de propos.

L’aventure est un marché encombré.

Alors que notre soif de contenus devient

de plus en plus importante et que les

endroits au bout du monde se transforment

en décor pour selfie, les extrêmes

ont tendance à s’amplifier. Mais si Howell

– par nécessité – habite le monde du

sponsoring et des médias sociaux, ses projets

offrent en revanche un charme rétro.

Comme il le dit, il est plus enclin à grimper

sur la glace jusqu’à un point de départ

de base jump dans les Alpes qu’à faire un

double saut arrière à partir d’une grue de

50 mètres. Et il aime essayer de nouveaux

projets, ouvrir de nouvelles routes, être le

premier. C’est le propre d’un explorateur.

« Mon père était parachutiste ; j’ai

grandi en voyant des photos de lui en

parachute au Kenya dans les années 70 ou

Howell utilise des jumelles de télémétrie laser et

son smartphone pour calculer la trigonométrie

de sa trajectoire de vol. Il doit s’assurer que cette

dernière lui permettra d’éviter de heurter les

lignes électriques en contrebas dans la vallée.

escaladant le Mont Blanc sur la glace »,

dit Howell. Sa mère, quant à elle, était

hôtesse de l’air. « Elle m’a emmené sur des

vols long-courriers quand j’étais tout petit,

me planquant dans les quartiers de l’équipage

», dit-il en riant. À l’école, c’était un

élève agité, avec de la difficulté pour se

concentrer – des traits de caractère qu’il

pense être typiques des personnes du type

aventureux : « On a tous vécu des

moments, quand on était enfant où l’on

ne voulait pas se conformer ou se faire

dire quoi faire. » Alors pourquoi avoir

passé huit ans chez les Royal Marines ?

Cela lui a permis de voyager, dit-il, et de

développer des aptitudes mentales dans

des situations extrêmes, comme ce séjour

dans la province du Helmand, en Afghanistan,

pour former les forces afghanes

à combattre les insurgés.

Le lendemain matin, en sortant de

l’hôtel, une épaisse brume grise baigne la

région. Cela n’augure rien de bon pour le

vol d’Howell prévu pour aujourd’hui, et

on annonce des nuages pour toute la

semaine. En revanche, les rues sont inondées

de couleurs. C’est jour de marché et

partout il y a des commerçants représentant

les différents groupes ethniques qui

peuplent les montagnes : Hmong, Dao,

Nung, Tay. Nous achetons enfin une

machette, prenons notre équipement puis

partons sur nos vélomoteurs de location.

Pendant que les deux autres se fraient un

chemin vers le point de départ, je me

dirige vers une passerelle juste au-dessous

de la falaise pour essayer de saisir le décollage.

Mais le nuage ne disparaît pas. Nous

discutons par talkie-walkie – ils ont trouvé

le point, un affleurement d’à peine trente

centimètres de large. Howell enlève les

broussailles, sans être troublé par le vide

qui l’entoure. Quand il n’est pas lancé dans

une aventure, il travaille comme technicien

d’accès par corde, se balançant précairement

aux gratte-ciels et aux ponts.

Mais la visibilité est nulle. Toute la journée,

le brouillard flotte sur la montagne,

se soulève comme pour nous narguer, puis

redescend quelques instants plus tard.

Howell ne peut pas voler à l’aveugle : des

lignes électriques se trouvent en contrebas.

À 17 heures, on décide de s’arrêter

là pour la journée et de redescendre.

Howell a accumulé plus de 600 sauts

dont la moitié avec une wingsuit. Au

300 e , il a eu un accident. Il faisait partie

d’un groupe à Beachy Head, dans l’East

Sussex, lorsqu’il a tenté un tonneau,

figure qu’il ne connaissait pas très bien.

Son parachute s’est emmêlé et il a heurté

THE RED BULLETIN 39


Après avoir passé la journée sur la

zone de départ en attendant que le

brouillard se lève, Howell se lance du

Vách á Trang : une chute de 300 m le

long de la falaise avant de reprendre

assez de vitesse pour aller de l’avant.

40 THE RED BULLETIN


Les minutes

passent. « Trois…

Deux… Un… »

Il n’est plus là.

la falaise à deux reprises, accrochant

presque fatalement la voile sur un rocher.

Il a durement heurté le sol et a eu de la

chance d’échapper à de graves blessures.

« Ce jour-là, j’ai appris une leçon importante

sur la mentalité de groupe et le

triomphalisme. Depuis, il y a eu des tas

de fois où j’ai laissé tomber des départs

quand je n’aimais pas les conditions,

même si d’autres ont sauté toute la journée

sans problème. » L’année dernière

a été une mauvaise année pour le base

jump avec 32 décès enregistrés. L’une

des victimes était un ami de Kalisiewicz.

D’autres étaient des gars avec qui Howell

avait sauté. Le nombre d’accidents fatals

a augmenté avec l’avènement du base

jump en wingsuit. Sans doute le sport le

plus dangereux qui soit. Howell est réaliste

; il fait confiance à sa marge d’erreur

personnelle.

Le lendemain matin, notre homme est

dépité. Toute la falaise du Vách đá Trăng

est enveloppée d’une brume fermée aux

percées. Le temps presse et il commence

à envisager d’autres options. Il trouve un

autre sommet, non loin, pour un éventuel

point de départ dans la gorge en contrebas,

mais la falaise n’est pas assez à pic.

Alors qu’il reprend la route, le Vách đá

Trăng Trăng apparaît à nouveau. Il pousse

soudainement un cri. Le brouillard s’est

levé et le sommet est visible. Il le tient,

son créneau ! Howell se tient debout sur

un rocher solitaire, sa corde, lâche, à la

main, le vide devant lui. Son costume et

son gréement base, de la taille d’un petit

sac à dos, semblent absurdement fragiles,

mais son visage est aussi déterminé que

les montagnes. « Appelle mon père s’il

y a un problème. » Puis il se tait. Les

minutes passent. « Trois… Deux… Un…

Ciao ! » Et il n’est plus là. On entend un

claquement quand les poches de sa wingsuit

se remplissent d’air, puis le silence…

jusqu’à ce qu’il réapparaisse, effleurant

un pic avoisinant. Trente secondes plus

tard, son parachute s’ouvre au-dessus de

la rivière. Des rugissements triomphaux

retentissent du fond de la vallée.

Nous retrouvons Howell alors qu’il

revient sur la route. Il est avec un couple

de vieux Hmong qui rient en faisant des

gestes de vol plané. À part nous, il n’y a

qu’eux, leurs voisins et quelques animaux

de basse-cour qui ont été témoins de cet

événement monumental.

Le Vách đá Trăng se retire finalement

pour de bon derrière son voile de nuages,

ce qui signifie qu’il n’y aura pas d’autres

vols prométhéens. Nous plions bagages

et préparons le long voyage de retour.

Vous savez, ces fameuses 72 heures...

timhowelladventures.com

THE RED BULLETIN 41


La force

tranquille

Travis Scott, Rihanna,

Jay-Z, Young Thug…

tous doivent un peu

de leur succès et de

leur saveur à son talent.

À 22 ans, Ebony

Naomi Oshunrinde,

aka WONDAGURL, fait

partie des beatmakers

les plus demandés sur

la scène hip-hop US.

En toute tranquillité.

Texte ANTOINE CARBONNAUX

ARARSA KITABA

42


WondaGurl est

l’un des secrets

du succès de Drake

ou de Rihanna.


Artiste précoce, cette

compositrice d’instrumentaux

pour des

rappeurs parmi les

plus écoutés du globe

collectionne les titres

depuis son adolescence

: deux nominations

aux Grammy

Awards, un triple

disque de platine et autant de disques

d’or qui lui ont valu de figurer l’an

passé parmi les trente personnalités

de moins de 30 ans les plus influentes

selon le magazine américain Forbes.

Une nomination prestigieuse qu’elle

accueille avec simplicité : la Canadienne

de 22 ans, d’un naturel

toujours posé, garde la tête froide et

préfère s’en tenir à son rôle d’architecte

sonore de l’ombre au service de

superstars. Ebony Naomi Oshunrinde

n’en oublie pas pour autant les talents

moins exposés. La preuve, son dernier

challenge a été d’enregistrer en dix

jours une mixtape inédite pour le

Red Bull Music Festival Paris, avec

des rappeurs français. Rencontre.

the red bulletin : En 2012, âgée d’à

peine quinze ans, vous remportez le

Battle of The Beat Makers de votre

ville, Toronto, au Canada. Comment

vous êtes-vous retrouvée à participer

à ce concours ?

wondagurl : La première fois que j’en

ai entendu parler, c’était via le logiciel

que j’utilise pour composer, FL Studio.

Il y a une petite fenêtre en haut à droite

de l’interface où défilent les infos et les

mises à jour. Personne ne lit ce qui y est

écrit. Mais quand j’ai vu le mot « Toronto »

s’afficher, j’ai automatiquement cliqué.

Ils annonçaient l’ouverture des inscriptions

pour le Battle of The Beat Makers.

Aviez-vous déjà fait écouter vos productions

à quelqu’un à l’époque ?

Non, à part peut-être quelques personnes

de l’école. Pendant longtemps, j’ai fait

des beats, seule, dans ma chambre. J’aurais

voulu faire connaître mon travail

mais à l’époque, je n’avais que treize ans,

et le concours était réservé aux personnes

majeures. Alors j’ai envoyé un message

aux organisateurs dans lequel je leur

expliquais à quel point j’étais motivée

pour participer. Ils m’ont dit de m’inscrire

l’année suivante. C’est ce que j’ai fait. Et

j’ai fini en demi- finale dès ma première

participation.

Comment fonctionne ce genre

d’événement ?

C’est comme un tournoi sportif. On est

32 au départ, à chaque tour, deux personnes

s’affrontent et font écouter leur

beat devant un jury qui sélectionne le

meilleur des deux, et ainsi de suite.

C’est là que vous avez rencontré votre

mentor, Boi-1da ?

Oui, il faisait partie du jury lorsque j’ai

gagné le concours l’année suivante.

Ça m’a permis d’accéder à The Remix

Project, un programme qui permet aux

QUENTIN MAHÉAS, APOLLINE CORNUET/LA CLEF PROD, WILLIAM K

44 THE RED BULLETIN


C’est dans un Red Bull Studios Paris

flambant neuf que WondaGurl a pris

ses quartiers pour enregistrer une

mixtape avec des newcomers de la

scène rap. Récemment relocalisé au

dernier étage de l’institution culturelle

parisienne la Gaîté Lyrique, le

studio s’étend sur un vaste espace

aménagé et équipé pour permettre

aux artistes de collaborer dans les

meilleures conditions. Pendant dix

jours, Nepal, Luidji, Youv Dee et

Némir, ainsi que la MC londonienne

Nadia Rose et les Belges Primero

et Moka Boka se sont succédé pour

poser sur des instrus inédites de la

beatmakeuse canadienne. À écouter

sur les plateformes de streaming.

« J’ai fait des recherches sur la production,

les producteurs et ce qu’ils faisaient… Puis j’ai téléchargé

le logiciel gratuit le plus facile que j’ai pu trouver. »

THE RED BULLETIN 45


jeunes de développer leurs talents et

de se professionnaliser, soit dans la

musique, soit dans la photographie ou

le graphisme… Ils vous obligent à vous

fixer des objectifs sur six ou neuf mois

et vous aident à les atteindre. Vous devez

aussi choisir un mentor. C’est comme

ça que j’ai commencé à travailler avec

Boi-1da.

Vous souvenez-vous d’une chose qu’il

vous ait apprise en particulier ?

À l’époque, je trouvais que mes productions

n’étaient pas assez marquées.

J’essayais de trouver une technique

pour avoir un son de batterie plus fort

et un kick parfait. Boi-1da m’a expliqué

et montré comment y arriver. C’est là

que tout a changé pour moi.

Aviez-vous suivi une formation

musicale plus jeune ?

Ma grand-mère m’a offert un synthé

quand j’avais neuf ans. Je me suis mise

à composer des mélodies, des motifs de

batterie… Avec ma sœur, on s’amusait

à faire des petites jam sessions, elle avait

une belle voix, alors elle a commencé à

chanter sur mes morceaux. Ensuite, j’ai

acheté un ordinateur et j’ai voulu mieux

comprendre comment tout cela fonctionnait.

J’ai fait des recherches sur ce

qu’était la production, qui étaient les producteurs

et ce qu’ils faisaient… Puis j’ai

téléchargé le logiciel gratuit le plus facile

que j’ai pu trouver parce que je n’avais

pas d’argent. Ça s’appelait Magix Music

Maker.

Comment avez-vous appris à vous

en servir ?

En regardant des tutoriels sur YouTube.

Y avait-il des musiciens dans votre

famille ?

Non, mais on écoutait beaucoup de styles

de musique différents. Ma grand-mère

est nigériane. Quand j’allais chez elle

« J’ai envoyé une

vidéo Instagram à

Drake où mon instru

tournait en fond…

C’est devenu le titre

Used To qu’il a sorti

avec Lil Wayne. »

le week-end, on écoutait de la musique

africaine. Ma tante, elle, aimait bien le

chanteur country Kenny Rogers ; ma

mère écoutait surtout du R’n’B et Marilyn

Manson.

Ces influences musicales variées

influencent-elles votre manière de

composer ?

Je pense que oui, d’une certaine manière.

Je n’aime pas m’en tenir à un seul genre,

j’ajoute un tas de sonorités différentes

dans ma musique.

Quel serait alors le dénominateur

commun de vos compositions ?

Difficile à dire… On me dit souvent que

ma musique est sombre.

Est-ce que vous composez tous les

jours ?

Plus ou moins. Je n’ai pas vraiment de

programme à suivre, mais j’essaie en

général de créer cinq beats par jour.

Souvent, j’ai une idée assez précise en

tête, je la réalise et une fois que j’ai le

sentiment que ça sonne comme je

l’imaginais, je passe à autre chose.

Et ensuite, vous avez envoyé vos

productions en DM sur Instagram

comme avec Drake ?

Ah ça… (rires) Je lui ai envoyé une vidéo

avec le beat qui tournait en fond sonore,

il m’a répondu qu’il le trouvait génial

et m’a demandé de lui envoyer… Alors

je lui ai filé le MP3, et c’est devenu le

titre Used To qu’il a sorti avec le rappeur

Lil Wayne.

Est-ce que vous bossez essentiellement

seule, de votre côté ?

Cela dépend, la plupart des morceaux

que j’ai placés auprès des artistes étaient

déjà enregistrés mais ça m’arrive d’aller

en studio. Pour leur faire écouter des

choses ou créer un son à partir de zéro,

pour eux. Parfois, ils se retrouvent avec

d’autres artistes à qui ils font écouter

mes prods et qui m’appellent ensuite.

C’est ce qu’il s’est passé avec Jay-Z ?

Oui, j’avais commencé à bosser avec

Travis Scott à l’époque. Il avait déjà pris

une de mes instrus alors je continuais de

lui envoyer ce que je faisais, en espérant

qu’un son lui plairait à nouveau. Puis un

jour, il m’a appelée pour me dire que

Jay-Z allait utiliser une de mes productions.

Je ne savais même pas qu’ils

travaillaient ensemble.

Validée par les

plus grand(e)s

Comment les créations

de WondaGurl sont

passées entre de très

bonnes mains pour

construire des hits planétaires

qui cumulent

des millions d’écoutes

et de vues.

Jay Z – Crown (2013)

En pleine préparation de Magna

Carta Holy Grail, Jay-Z s’est

entouré de plusieurs artistes,

dont Travis Scott, pour travailler

à la confection de son douzième

album studio. Lorsque

Scott s’est rendu au studio et

qu’il a ouvert son ordinateur

portable, une instru s’est lancée

automatiquement et a résonné

dans toute la pièce. En l’entendant,

Jay-Z s’est tout de suite

exclamé : « Qu’est-ce que c’est

que ça ? Il me faut ce beat ! »

ALEX UNCAPHER/RED BULL SOUND SELECT/CONTENT POOL

46 THE RED BULLETIN


Travis Scott lui a alors fait écouter

plusieurs productions qui

traînaient sur son disque dur,

dont plusieurs signées Wonda-

Gurl avec qui le rappeur collaborait.

Ils en retiendront une et

créeront le morceau Crown

avec. « Après ça, ma vie a

changé », confesse WondaGurl.

Travis Scott –

Antidote (2013)

284 millions de vues sur You-

Tube. « Celle-ci est pour les

vrais fans, les vrais fanatiques

! » Dévoilée sur scène

à l’occasion d’un concert à

Dallas, Antidote n’était initialement

pas prévue sur le très

attendu premier album de

Travis Scott, Rodeo. Mais face

à la réaction du public ce jour-là

et à la popularité grandissante

des extraits du concert publiés

sur les réseaux sociaux, le morceau

sera finalement intégré au

tracklisting et fera même office

de single. Construite sur un

sample d’un morceau de

Lee Fields, l’instru est signée

WondaGurl et Eestbound, qui

étaient assis au Keg Steakhouse

dans le centre-ville de Toronto

lorsque la chanson du chanteur

soul américain s’est glissée

dans les haut-parleurs du restaurant.

Les deux producteurs

ont alors entrepris de sampler

différentes parties du morceau,

en n’en gardant que les éléments

essentiels, de sorte à

produire une instru minimaliste

laissant de la place à l’artiste

pour s’exprimer et improviser.

Travis Scott s’en donnera d’ailleurs

à cœur joie, plaçant tout

un tas d’ad-libs comme “It’s

lit !” ou “Straight up !” tout au

long du morceau.

Rihanna – Bitch Better

Have My Money (2015)

190 millions de vues sur

YouTube. “Bitch better have my

money” : c’est avec ces paroles

que Rihanna marque un retour

Travis Scott prend

la température

à Minneapolis lors

d’un show en 2015.

« Travis Scott a changé ma vie dans

l’industrie de la musique », raconte

WondaGurl. En la prenant sous son

aile, le rappeur texan (ici en photo)

ne s’est pas contenté d’utiliser

ses productions pour son compte,

il a aussi grandement participé

à sa reconnaissance dans le milieu,

en faisant écouter son travail à

d’autres artistes, des superstars

comme Jay-Z ou Rihanna.

fracassant en 2015 après trois

ans d’absence. Une instru trap

à la rythmique lente et saccadée

sur laquelle la chanteuse

déverse toute sa rage dans un

flow marqué de son accent barbadien

natal. Derrière ce carton

mondial se cache tout un travail

collaboratif et une division des

tâches propre à la pop américaine

et sa fabrique à hits.

À l’origine du morceau, Bibi

Bourelly, une jeune chanteuse

berlinoise de vingt ans exilée

à Los Angeles qui a écrit le titre

pour s’amuser, « en trois

heures » avec Deputy de Roc

Nation, le label de Jay-Z sur

lequel est signée Rihanna. La

maquette de la chanson finira

par circuler entre plusieurs

mains, Travis Scott l’enverra

à WondaGurl qui ajoutera

quelques détails de production,

avant que celle-ci n’atterrisse,

par l’intermédiaire de Kanye

West, entre les mains de

Rihanna. Elle en fera le hit

mondial que l’on connaît

aujourd’hui.

Drake –

Used To (2015)

75 millions de vues sur You-

Tube. C’est en envoyant un

message privé à Drake sur

Instagram que WondaGurl a

réussi à placer cette instru

auprès du rappeur canadien.

Publié à l’origine sur la mixtape

Sorry For The Wait 2 de Lil

Wayne, le morceau sera également

intégré à la mixtape If

You’re Reading This It’s Too

Late de Drake, mais dans une

version amputée de l’outro

signée Riff Raff. Sur le morceau,

le rappeur de Toronto explique

dans le refrain de ne pas avoir

« ressenti la pression depuis un

petit moment » et qu’il va devoir

s’y habituer. Des affirmations

rapidement confirmées par les

scores de la mixtape. Streamée

17,3 millions de fois sur Spotify,

Drake bat son propre record et

devient ainsi le premier rappeur

à se hisser à la tête du Billboard

Artist 100 américain.

THE RED BULLETIN 47


« Booba ? Ses intrus

défoncent, surtout les

trucs à l’ancienne. »


Est-ce que ça a changé quelque-chose

pour vous ?

Absolument. Ma vie a complètement

changé après cela. J’ai commencé à attirer

l’attention sur les plateformes. Les

gens se sont intéressés à ce que je faisais,

ils se sont mis à me suivre sur Instagram

et sur Twitter.

ARARSA KITABA, SARAH BASTIN/RED BULL CONTENT POOL

Du studio au live

Toronto Paris : une mixtape

inédite de WondaGurl enregistrée

pour le Red Bull Music

Festival Paris. Voilà trois ans que

le Red Bull Music Festival Paris

réitère l’opération. Le concept ?

Inviter un beatmaker américain

à Paris, en studio, pour rencontrer

de jeunes rappeurs francophones

et enregistrer avec eux

une mixtape inédite.

The Alchemist ouvrait le

bal en 2017 pour un projet de

huit titres avec des artistes à

l’époque peu connus : Lomepal,

Roméo Elvis ou Caballero et

JeanJass figurent ainsi au

tracklisting de Paris L.A.

Bruxelles. Le collaborateur de

Eminem avait même poussé le

vice à rechercher des disques

français rares chez les disquaires

parisiens et dans les marchés

aux puces de la capitale pour

pouvoir les sampler et composer

des instrus originales teintées

de sonorités locales. Harry Fraud

a suivi l’année d’après et enregistré

Brooklyn Paris avec Dinos,

Triplego ou encore Jok’Air.

Cette année, c’est WondaGurl

qui a accepté l’invitation à relever

ce challenge. Pendant une

semaine, la collaboratrice de

Travis Scott s’est enfermée au

Red Bull Studios Paris pour

produire Toronto Paris. Les

rappeurs parisiens Nepal et

Luidji, Youv Dee, Nemir, la MC

londonienne Nadia Rose, le

Bruxellois Primero du groupe

L’Or Du Commun et le rappeur

belge Moka Boka sont ainsi

venus poser leur couplet sur des

instrus spécialement produites

pour l’occasion par la beatmakeuse

canadienne.

Dévoilée début septembre

sur les plateformes de streaming,

les morceaux de cette

mixtape exclusive seront interprétés

lors d’un show unique

réunissant tout le monde sur

scène à la Machine du Moulin

Rouge le 20 septembre

prochain.

Chaque année, le

projet studio entre un

beatmaker étranger

et des newcomers

francophones donne

lieu à un live d’anthologie

lors du Red Bull

Music Festival Paris.

En haut, sans haut : Blu

Samu. Ci-dessus, très

chauds : Roméo Elvis,

Caballero et JeanJass.

Et vous vous retrouvez à collaborer le

hit mondial de Rihanna, Bitch Better

Have My Money. Il y a près de dix

personnes créditées sur ce morceau,

quelle a été votre contribution

précise ?

Je suis arrivée à la fin du processus, l’instru

était déjà presque terminée quand

Travis Scott me l’a envoyée. J’ai ajouté

quelques détails dessus, des « hi-hats »,

un peu de 808 (la célèbre boîte à rythmes

du fabricant Roland, ndlr). Je n’avais

aucune idée qu’il serait destiné à Rihanna

au final !

La chanson a été écrite par la chanteuse

Bibi Bourelly et c’est finalement

Rihanna qui l’a interprétée. Vous

arrive-t-il de travailler avec des

paroliers ?

Oui, c’est plus facile de travailler directement

avec un songwriter pour ensuite

placer la chanson auprès d’un artiste

connu.

Et comment est-ce de travailler avec

des artistes qui rappent en français ?

La plupart d’entre eux ne parlent pas

anglais. Et même si je ne comprends pas

ce qu’ils disent, je ressens l’énergie sur

leurs morceaux, c’est très cool.

Étiez-vous familière avec le hip-hop

français avant cela ?

J’avais déjà écouté Booba, c’est vraiment

bon et les instrus défoncent ! Surtout les

trucs à l’ancienne.

Est-ce que l’un des MCs présents sur

la mixtape que vous avez conçue

pour le Red Bull Music Festival Paris

a plus particulièrement retenu votre

attention ?

Quand j’ai reçu la liste des participants,

j’ai tout de suite accroché sur ce que faisait

Youv Dee. Ce qu’il fait avec l’autotune,

un peu à la Young Thug, ça m’a tout

de suite parlé. Mais j’aime aussi ce que

font les autres. Ce qui est bien, c’est que

tout le monde a son style propre et surtout

tous sont de très bons rappeurs.

J’ai hâte que ça sorte maintenant.

THE RED BULLETIN 49


Le club

de Mikey

Quand il ne produit pas un film

avec Jonah Hill, ne part pas en

tournée avec Kendrick Lamar

ou ne collabore pas avec Vogue,

MIKEY ALFRED gère son propre

collectif créatif. À 24 ans

seulement, ce faux nerd n’en

est qu’à ses débuts.

Texte MOLLY OSWAKS

Le fameux passage à l’âge adulte : voilà le

fil conducteur de 90’s, premier film de l’acteur

hollywoodien Jonah Hill, inspiré de sa

propre adolescence parmi les skateurs de

Los Angeles. Un film qui nous montre qu’il

n’est jamais trop tard pour se réinventer,

mais que les décisions prises à l’adolescence

– picoler ou non, skater ou aller en

cours – donnent le ton pour tout ce qui

viendra ensuite. Une leçon que l’on pourrait

tout aussi bien apprendre en étudiant

les choix de vie du coproducteur du film,

Mikey Alfred. Même si, dans son cas, c’est

plutôt un exemple de réussite précoce et

d’écho retentissant qui est au cœur du

scénario. « La première impression que j’ai

eue de Mikey, c’était celle d’un type mûr,

engagé et réfléchi, révèle Jonah Hill. Il

avait une telle assurance pour son âge. »

À 24 ans, Alfred est le fondateur

d’Illegal Civilization, un collectif de skateurs

versé dans le cinéma et la mode, et

basé à North Hollywood en Californie.

Aux côtés de ses amis Davonte Jolly et

Shawn Rojas, lui et sa marque ont eu les

honneurs du média alternatif Vice, ont

filmé des vidéos pour Vogue et ont eu

droit à leur propre cycle de trois épisodes

dans Ballers, une série sur le sport aux

accents de comédie dramatique avec

l’emblématique Dwayne « The Rock »

Johnson. Entre autres.

Plus récemment, Illegal Civilization

a organisé son propre événement en journée

au célèbre Pink Motel dans le quartier

de Sun Valley, mêlant musique et skate, et

nous y a conviés. Devant la scène, les skateurs

enchaînent les figures dans la

piscine vide de cet hôtel des années 50,

sous les yeux de jeunes gens tous plus

branchés les uns que les autres.

Une créature orange et chauve au nez

pointu, affublée d’une salopette rose et

d’un tee-shirt blanc – la mascotte d’Illegal

Civilization grandeur nature dans un costume

en peluche – se balade à l’extérieur

de l’hôtel avec un hamburger sur un

plateau. À la clé, la photo parfaite pour

les fans de la marque et, pour IC, une

visibilité gratuite bienvenue si le selfie

se retrouve sur les réseaux sociaux.

Alfred arrive en milieu d’après-midi,

vêtu d’une chemise blanche amidonnée,

d’une cravate jaune, d’un cardigan rouge

avec le nom de sa marque brodé au dos,

d’un pantalon kaki, de chaussettes

blanches, de mocassins en cuir noir et

de lunettes à large monture. Oui, c’est

bien ce mec au look de nerd le patron de

l’événement. Manifestement à l’aise, il circule

dans la foule en distribuant les poignées

de main. Deux semaines plus tard,

je retrouve Alfred chez lui à Century City

(un quartier d’affaires à l’ouest de Los

Angeles), dans un appartement minimaliste

et spacieux en haut d’un immeuble,

avec une vue superbe sur Downtown L.A.

et les collines d’Hollywood.

Ayant passé les vingt premières

minutes de notre interview seule pendant

qu’Alfred répondait à un appel professionnel,

j’ai pu observer ses effets personnels,

essayant d’en tirer quelques traits de sa

personnalité. Chez lui, bibliothèques et

étagères sont remplies de centaines de

coffrets DVD d’intégrales de séries,

notamment Les Simpson, Larry et son

nombril, Les Soprano et The Wire, ainsi

que de nombreux livres sur les vieux films

hollywoodiens, le cinéma et la musique.

Sur une desserte derrière le canapé

s’entassent des dizaines d’exemplaires

d’un magazine de skate japonais aux

côtés d’anciens numéros de Rolling Stone.

Sur le plan de travail dans la cuisine, une

« J’arrête l’école,

j’arrête la chorale.

Je veux faire des

vidéos de skate. »

KOURY ANGELO/RED BULL CONTENT POOL

50 THE RED BULLETIN


Gilet rouge : Alfred

a réalisé un docu

sur son pote Tyler,

The Creator, dans

lequel Lil Wayne et

Kanye West font

des apparitions.


La revanche des nerds : basé à North Hollywood, Illegal Civilization – le collectif d’Alfred – mêle skate, mode, musique, cinéma, business et plus encore.

« Le skate

m’a appris tout

ce que je sais

sur la vie. »

édition spéciale du magazine Life, avec

Michelle Obama en couverture. Et enfin,

accrochée au mur, en orange fluo sur

une grande toile jaune vif, on peut lire

les Dix Commandements du collectif

Illegal Civilization :

1. Ne parle pas au cinéma.

2. L’attention est le meilleur cadeau

que l’on puisse offrir.

3. Travaille dur pour ce que tu veux.

4. Ne te cherche pas d’excuses.

5. Poursuis ceux qui te poursuivent.

6. Respecte tes parents.

7. Ne mens pas sur tes sentiments.

8. Règle les problèmes quand ils se

présentent.

9. Prends du temps pour toi.

10. Appelle les gens pour sortir et

contente-toi de ça. N’attends rien d’eux.

« J’ai un rendez-vous tout à l’heure

avec Barry Diller (grand businessman

et magnat des médias, ndlr) chez lui,

m’explique Alfred tout naturellement,

même s’il ne peut pas encore révéler la

raison de cette rencontre. Je suis super

content de pouvoir le rencontrer. Après,

je rentrerai pour jouer aux jeux vidéo. »

Vantard le nerd ? Le fait est que c’est sur

ce genre de rencontres qu’Alfred a bâti

sa carrière.

« J’avais dix ans, j’étais servant d’autel

et je chantais à la chorale de l’église

Saint Charles Borromeo (une église

catholique de North Hollywood, ndlr),

raconte Alfred pour expliquer comment

tout a commencé. Et j’ai dit à ma mère :

“J’arrête l’école et la chorale. Ce que je

veux, c’est faire des vidéos de skate.” »

52 THE RED BULLETIN


ANTHONY ACOSTA

En réponse, la mère d’Alfred, qui travaille

depuis trente-six ans en tant qu’assistante

personnelle de Robert Evans, le légendaire

producteur d’Hollywood à qui l’on

doit des films tels que Chinatown, les deux

premiers Parrain ou encore Rosemary’s

Baby, emmène alors son fils à son travail

et l’installe devant son patron.

« J’étais assis en face de lui, de l’autre

côté du bureau, se remémore Alfred. Il

m’a demandé : “Est-ce que tu veux faire

une école de cinéma ?” » L’été suivant,

Alfred le passe à l’université Columbia de

New York pour suivre un cours de cinéma

pour les jeunes de 10 à 17 ans.

Son projet final est un court-métrage

sur un garçon qui se fait voler sur le chemin

entre le dortoir et sa classe. Il ne rencontre

qu’un succès mitigé. « Les lumières

« La première

impression que j’ai

eue de Mikey, c’était

celle d’un type mûr,

engagé et réfléchi. »

Jonah Hill

se sont rallumées et le prof s’est contenté

d’un “Suivant”. » Le suivant, c’était un

gamin de treize ans avec huit minutes

de film sur un trottoir de New York, sans

dialogue ni musique. Il a eu droit à une

standing ovation de toute la classe. Pour

le prof, c’était un travail « courageux » et

« inventif » – Alfred raconte cela d’un ton

ironique. « Quand je suis rentré à Los

Angeles, j’ai dit à ma mère : “Je n’irai pas

à l’université. Je ne ferai pas d’école de

cinéma. Mais je sais que je peux y arriver.”

» L’année suivante, à tout juste

douze ans, Alfred crée sa société, Illegal

Civilization.

« Il connaît tellement de gens, et il est

tellement apprécié qu’il a cette capacité

étrange à réussir tout ce qu’il entreprend

– et ce en moins de deux », déclare Jonah

Hill. Ce que l’acteur et réalisateur évoque

ici, c’est la capacité d’Alfred à s’exécuter

rapidement sur un projet. Voilà une excellente

manière de décrire ce jeune entrepreneur,

particulièrement efficace et au

réseau professionnel très étendu.

« Au début, on se contentait de faire

des vidéos de skate et des tee-shirts,

raconte Alfred. Notre bande de skateurs

était connue comme le loup blanc à North

Hollywood. » Et puis, à quinze ans, il rencontre

Tyler, The Creator, un rappeur de

Los Angeles, et ils partent rapidement en

tournée ensemble, Alfred vendant des

tee-shirts Illegal Civilization et des vidéos

de skate à chaque étape. Il enchaîne sur

d’autres tournées avec Frank Ocean,

Kendrick Lamar et Mac Miller, tout en

continuant à distribuer des produits

Illegal Civilization et se constituant ainsi

une base de fans et un réseau solide.

Dix ans plus tard, Alfred collabore avec

Converse, produit son premier film et

joue son propre rôle à la télé. En ce

moment, il travaille sur son nouveau film,

North Hollywood, l’histoire d’un gamin

qui rêve de devenir skateur, mais dont le

père veut qu’il aille à l’université.

« Cette histoire est centrée sur le

moment où tu veux suivre tes envies mais

où tes parents veulent que tu choisisses

une voie plus sûre, poursuit Alfred. C’est

mon histoire. » Il ajoute : « Le skate m’a

appris tout ce que je sais sur la vie. » Pour

Alfred, la planche de skate a toujours

clairement été bien plus qu’une manière

cool de se déplacer. C’est une manière

de s’exprimer. C’est un look et un style

de vie. Une mode. Un art. C’est ce qui

a donné naissance à un nouveau genre

cinématographique.

Et aujourd’hui, le skate entretient

des liens étroits avec la scène musicale –

d’où le succès d’Illegal Civlization quand

Alfred a commencé les tournées avec

Tyler étant ado, avant d’enchaîner avec

Kendrick Lamar et les autres.

« Mon objectif, c’est d’inspirer les

jeunes à travers ma marque et ma voix,

déclare Alfred. Je viens d’un milieu

modeste et ce n’est pas trop mon truc de

parler de mes projets en des termes ronflants.

Je ne suis pas ce genre de mec.

Mais je suis ma route et ça, vous pouvez

le faire, vous aussi. »

Je me demande si Alfred se retrouve

dans le conflit au cœur de 90’s, le film de

Jonah Hill qu’il a coproduit, la relation

entre les deux personnages Ray et

Fuckshit, et comment l’ambition et les

soirées arrosées peuvent amener deux

meilleurs amis d’enfance à s’éloigner l’un

de l’autre. A-t-il vécu une expérience similaire

? A-t-il été à la place de Ray dans le

film, qui préfère abandonner les fêtes et

les excès pour aller de l’avant ?

« Ce film, c’est l’histoire de Jonah, son

expérience, répond Alfred. Moi, je traînais

avec des gamins qui faisaient la fête

tous les week-ends… et cela finissait par

passer avant tout le reste dans leur vie,

que ce soit le water-polo, le football américain

ou les études. Dans le monde du

skate, les gens faisaient la fête, prenaient

de la drogue, et puis, tout à coup, certains

arrêtaient le skate ou allaient en prison. »

En parlant, Alfred se passe la main sur

le crâne, rasé de près, à la manière dont

un homme bien plus âgé se tortillerait la

barbe. À l’écran, c’est un geste qui pourrait

évoquer une personne sage, réfléchie,

pensive. Chez Alfred, c’est le tic d’un

jeune homme qui a déjà dix ans d’expérience

professionnelle derrière lui, à l’âge

où d’autres sont en pleine crise de la

vingtaine. « Je me souviens qu’à quinze

ans, je me disais : “Bon, je ne veux pas

finir clochard… Je vais arrêter de faire

la fête et je ne finirai pas comme ça.” J’ai

dû faire un choix. »

illegalcivilization.com

THE RED BULLETIN 53


Marins,

after

all

Avec ces bateaux volants, bêtes hi-tech les

plus rapides au monde, l’espèce humaine

repousse toujours loin les limites de la

vitesse en mer. Illustration avec le CIRCUIT

SAILGP, créé en 2018, concentré de voiles

3.0 réunies en mai en baie de San Francisco.

Nous y étions avec l’équipe de France,

portée par Billy Besson et Marie Riou, seule

femme engagée sur ce format en cinq

étapes qui s’achèvera à Marseille.


Entraînement pour les

Français. Hormis la

préparation hivernale

en Nouvelle-Zélande,

les équipes passent

peu de temps à l’eau.

Texte PATRICIA OUDIT

Photos BERNARD LE BARS

55


Alameda, Californie.

À une demi-heure de

San Francisco, voici

l’antre de la team base,

ensemble de containers

où sont entreposés les

six catamarans en compétition,

ces F50 en

passe de révolutionner

la notion de vitesse sur l’eau. Dans l’un

d’eux, Franck Citeau, le coach de l’équipe

de France, souriant mais sérieux, vient

d’en convoquer ses membres. Le briefing,

habituellement confidentiel, nous est

ouvert, car ici, à la différence de la Coupe

de l’America, pas de paranoïa. Pour ceux

qui ont vécu la fameuse Coupe comme

Matthieu Vandame, le régleur d’aile du

F50 français, l’ambiance est radicalement

différente : pas de secret de fabrication

que provoque la course à l’armement,

où l’écurie la plus riche peut faire la différence.

Les équipes disposent toutes du

même budget (5 millions de dollars

chacun), alloués par la septième fortune

mondiale, le PDG américain d’Oracle,

Larry Ellison qui a injecté un total de

50 millions de dollars (44,8 millions

d’euros) dans ce circuit. De même, elles

ont accès à tous les réglages et aux centaines

de données, collectées via les

1 200 capteurs fixés aux bateaux, et analysées

par quatre experts confinés dans

l’un des containers. Dans ce circuit à

armes égales, avec ces monotypes de

15 mètres de long pesant 2,4 tonnes (soit,

comme aime à le souligner l’organisation,

« le poids d’un rhinocéros adulte ») et

allant 15 % plus vite que les AC 50 de

l’America’s Cup, aucune possibilité de

piper les dés.

Dominer les bêtes

La confiance règne. Marie Riou, « régleuse

de vol » et Billy Besson, le barreur du

team France, ont l’air parfaitement détendus.

Marie, ravie de naviguer sur des

bateaux « qui sont le joujou ultime de la

technologie » raconte la rencontre avec

Russel Coutts, le boss du circuit. C’est lui

qui a contacté Billy Besson, lequel a

immédiatement réclamé la participation

de Marie. « On a dit oui, car c’est un vrai

championnat du monde, avec six nations

qui s’affrontent et dans lequel ce sont les

humains qui feront la différence. Il y a

de la stratégie, de la tactique et ça nous

excite ! » Et la tactique, parlons-en. Le

briefing s’en charge. « Ce matin, de 10

à 15 heures, vous allez vous entraîner

avec les Américains, récapitule le coach.

Marie, il faut que tu te mettes en ligne

droite pour régler la hauteur de vol, voir

s’il faut changer les paramètres sur des

phases de trente secondes. Une fois calé

en ligne droite, Billy donnera le go et on

balancera les virements. Il faut absolument

qu’on se familiarise avec les finesses

de réglage et qu’on soit au point sur les

transitions. » Avant de sortir du container,

chacun des cinq équipiers s’harnache.

Un baudrier pour se longer, un gilet de

sauvetage aux allures de gilet pare-balles,

où est fixé une capsule d’oxygène en cas

de chavirage, un coupe-filet jaune fluo

à gauche, un couteau à droite. Enfin,

un casque avec oreillette pour écouter

les consignes du coach qui suit dans

un zodiac où trônent des écrans

d’ordinateur.

Dehors, changement d’ambiance. La

réalité 3.0 s’affiche sous nos yeux. Après

un briefing de voileux qui respire la

régate, une armée d’hommes casqués s’affaire

autour de grues qui servent à mettre

à l’eau les bateaux (en kit, il y a encore

quelques minutes). Des avions, plutôt,

avec leurs ailes rigides de 24 mètres de

haut, dont les foils sont les frères marins

des flaps (volets d’avion). Des bêtes qu’il

va falloir dominer. Français, Anglais,

Chinois, Américains, Australiens et Japonais

– les deux derniers dominant actuellement

le game – s’affrontent sur un site

de 2,5 km sur 2 km, autour de quatre

bouées. Le tout en deux manches, dont

la première de trois runs et la seconde de

deux runs suivie d’une finale, celle-ci se

disputant en match race entre les deux

premières équipes. Le tout multiplié par

cinq étapes : Australie, États-Unis (San

Francisco et New York), Angleterre et

Marseille pour finir. L’entraînement de ce

matin a lieu entre le Golden Gate Bridge,

la skyline et Alcatraz. Carte postale pour

touristes. Sauf que Marie et Billy n’en

sont pas. Leur pedigree est long comme

un Vendée Globe : 4 fois champion du

monde sur Nacra 17, ce duo complice

entend progresser tous foils levés, même

si selon Marie, « il s’agit là de passer sans

frein du kart à la Formule 1 ». Franck

Citeau les connaît bien, lui qui les

entraîne dans ces disciplines olympiques.

Casque relié à un micro, il donne des

consignes à chaque pause. Chaque

manœuvre est disséquée et analysée en

temps réel. « Le plus dur, c’est de garder

la hauteur de vol. Aujourd’hui, il n’y a pas

assez de vent pour tenter un foiling tack.

Il faudrait au moins 25 nœuds, soit dix

de plus ! », regrette le coach. Foiling tack.

56 THE RED BULLETIN


Le Golden Gate en

mode marinière : les

Français Billy Besson

et Marie Riou, les

deux killers du dériveur

passés au SailGP.

L’entraînement de ce

matin a lieu entre le

Golden Gate, la skyline

et Alcatraz. Carte

postale pour touristes.

Sauf que Marie et

Billy n’en sont pas.

Retenez bien l’expression : il s’agit d’un

virement de bord en vol qui va devenir

l’obsession des Frenchies à marinière. Il

y a suffisamment de vent toutefois pour

filer, se faire tasser dans les manœuvres

et faire fuir les cinq baleines repérées sur

zone. Les nombreux pélicans, eux, ne

semblent craindre aucun foil, pourtant

susceptibles de les découper, et pêchent

THE RED BULLETIN 57


tandis que le team US déboule sur fond

de rues à tramway. Charles, le plongeur

posté à l’avant du bateau-coach, palmes

aux pieds, garrot sur lui, prêt à sauter à

l’eau au moindre problème et à prodiguer

les soins de première urgence, désigne au

loin l’un des deux points d’exfiltration

médicale, afin que l’ambulance puisse

accéder le plus vite possible aux blessés.

Pendant les entraînements et la course,

ce safety boat transportant plongeurs et

médecins sillonne le plan d’eau, prêt à

intervenir en cas de problème. L’heure

est à la sécurité maximale. En 2013, lors

de la 34 e Coupe de l’America, un drame

a endeuillé la baie : Andrew Simpson,

le très expérimenté skipper d’Artemis,

(bateau suédois) s’est noyé suite à un

chavirage. Depuis, chaque équipe s’entraîne

pour éviter le pire. « Plusieurs fois

dans l’année, explique Marie, après avoir

pris quarante aspirations dans la bonbonne

d’oxygène, on saute à l’eau pour

un parcours du combattant en apnée.

Relié à une longe, on doit passer entre

des filets. Entretemps, les instructeurs

nous attachent les pieds, on doit enlever

le gilet de sauvetage, faire le retour,

toujours en apnée. Stressant ! »

Demander aux Américains…

ici, c’est possible !

Soudain sur le plan d’eau, le catamaran

français est à l’arrêt. Le staff technique de

la course, seul à être habilité à intervenir,

est appelé à la rescousse, et l’ingénieur

finit par résoudre le bug informatique.

Nicolas Heitz, wincheur et ex du Défi

Français qui a profité de cette pause forcée

pour se reposer sur le zodiac, confie :

« En France, on est une dizaine à pouvoir

naviguer au pied levé sur ces catamarans.

Même si à bord, il n’y en a que trois qui

jouent : Billy qui pilote en ligne droite

grâce à cinq boutons et cinq pédales qui

commandent des systèmes hydrauliques

et électriques, Marie au réglage de vol,

et Matthieu Vandame au réglage de l’aile,

le seul homme du bateau qui ait une

écoute dans une main ! » Les deux autres

wincheurs, Olivier Herledant et Timothé

Lapauw initialement remplaçant mais qui

a succédé à Devan Le Bihan, blessé, sont

là pour faire fonctionner le moteur électrique

à coup de manivelles. Peu importe

le poste : dès la reprise de l’entraînement,

tous se font karchériser par une eau à

12 °C : le bateau, à ras de l’eau, cockpit

ouvert, amplifie les sensations. « Quand

on est à 35 nœuds au près avec 20 nœuds

de vent, on se prend 110 km sur nous, et

LA MOLETTE

DE MARIE

Cet instrument, ou Flight

Controller en VO, situé dans

chacune des coques du F50,

sert à commander les foils,

c’est-à-dire à régler le fameux

rake : l’incidence (l’inclinaison

en langage terrien) des foils

d’avant en arrière afin de travailler

avec le plus de pertinence

possible la hauteur de

vol. Plus on vole, plus on va vite,

certes, mais il ne faut cependant

pas compromettre l’équilibre

du bateau. « Au début de

la saison, explique Marie Riou,

le flight controller était un joystick

avec lequel je réglais l’assiette

du bateau, auquel j’avais

fini par m’habituer, même si j’ai

regretté de ne m’être pas mise

plus tôt aux jeux vidéo ! » D’autant

que le joystick en question

a été remplacé, juste après la

première étape de Sydney en

février dernier, par une molette

qui ressemble davantage à une

manette de PlayStation, et ce

pour des raisons de précisions.

Okay. Marie, qui navigue depuis

l’âge de sept ans et a été élue

meilleure navigatrice au monde

suite à sa victoire sur la Volvo

Ocean Race avec DongFeng,

a l’habitude de se remettre en

cause. Dès la deuxième étape

de San Francisco, en accord

avec Billy, qui définit la stratégie,

elle a dû se mettre à la

molette. Malgré sa simplicité

d’utilisation (le côté droit commande

le foil droit et inversement),

elle a dû apprendre

à la maîtriser dans un temps

record. « En course, la première

manœuvre est quinze secondes

après la première bouée, autant

dire que les prises de décision

doivent être rapides. Et la

molette est sensible ! Plus

instinctive aussi : la preuve,

elle a porté ses fruits rapidement,

puisque grâce à elle,

on a réussi nos premiers

flying jibes (empannages

en vol, ndlr) ! »

Ci-contre : débriefing post premier run. À droite :

avec les gardiens des ailes rigides. L’avantage par

rapport à une voile classique : elle fait gagner en

vitesse, car elle est propulsive à 100 %, dans

toutes les phases de navigation. En bas à gauche :

séquence harnachement. À bord des F50, les

marins sont attachés à des longes : si le bateau

plante ou chavire, l’équipage est entraîné à s’en

détacher via un mousqueton. En bas à droite :

les bateaux sont treuillés pour la mise à l’eau.

il faut courir et changer de coque dans ces

conditions », résume Billy. L’adrénaline

est à son paroxysme : à bord, pas le temps

d’échanger des regards, on se parle via

des mots-clés évoquant les manœuvres.

Les F50 français et américains se croisent

dans des Air Prox, à requalifier en « Mer

Prox », dignes de l’aviation, dans des sifflements

incessants. Au loin, surveillant

la bataille navale du futur depuis son

yacht, Larry Ellison. Dans le ciel, un

hélico filme. Ne manquent plus que deux

ou trois James Bond girls au décor, et on

se croirait en plein tournage d’un film

d’action.

Revenus à terre, Marie et Billy veulent

comprendre la clé du foiling tack, ce virement

de bord en vol qui coince. Marie,

penchée sur son smartphone, part à la

pêche aux infos. « Il y a un truc qu’on ne

saisit pas… Le bateau monte en wheeling,

sur l’avant, mais repose, alors qu’on

devrait être à plat et rester sur les foils ! »

Billy, pragmatique : « On va demander aux

Américains ; aujourd’hui, ils les ont bien

passés ! » Le coach Franck Citeau profite

aussi de l’ambiance fair play où les teams

s’échangent conseils et données, où l’on

peut s’aligner sur les réglages des autres

en allant voir le super mécano de SailGP :

« Il pense qu’on est trop attentistes en

ligne droite et qu’on perd de la vitesse… »

Pendant ce temps, Yvan Joucla, responsable

technique de l’aile rigide, effectue

les vérifications réglementaires : il checke

la structure des ribs (les côtes en carbone),

qui sont souvent les premières victimes

au tableau de casse, les quatre bras

ainsi que tous les câbles et écrans électroniques

à l’intérieur.

Parfois, il faut aussi boucher le gap

entre les flaps de l’aile avec du Clysar,

un film plastique que l’on chauffe et que

l’on tend. « Ici, note Yvan, les bateaux

sont démontés chaque soir, à cause du

vent et du courant du chenal, mais ce

n’est pas toujours le cas. C’est une sacrée

logistique, indispensable quand on a des

bateaux qui se croisent à Mach 2 sur

l’eau ! » Le lendemain, jour de la régate

58 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 59


« C’est l’avenir de la

voile. Des courses très

serrées, de vrais

combats sur l’eau ! »

Larry Ellison, boss du SailGP


Ça brasse dans la baie.

Départs à 40 nœuds.

Puis baston entre les

6 nations de ce championnat

du monde

de F1 sur l’eau.

à blanc où la flotte au complet s’entraîne

sur le plan d’eau, bingo : les Français réussissent

leur premier foiling tack par 20

nœuds de vent. « Une embardée de fou »,

jubile Billy, le smile jusque-là, qui s’est

vite remis de l’étrave des Chinois passée

à deux mètres. Dans la zone mixte où se

déroulent les interviews des skippers,

Marie, la seule femme engagée sur le

circuit, est très demandée. Celle qui a été

élue meilleure navigatrice du monde en

2018 insiste aussi sur le plaisir qu’elle

prend à bord de ces engins, « où la

moindre micro faute se paie cash ».

Jamais, heureusement, jusqu’au crash.

L’avenir de la voile

Jour 1 de la compétition. Côté français,

cinquième après la première épreuve

qui s’est déroulée à Sydney les 15 et 16

février derniers, on ne va pas attendre

que la classique brume se lève sur la baie

de San Francisco pour prendre des

départs canons à 80 km/h. Le public s’est

massé aux abords du San Francisco Yacht

Club et sa vue imprenable sur le Golden

Gate. Les spectateurs ne veulent pas

perdre une miette de l’événement, même

si l’on peut aujourd’hui être embarqué live

dans cette course sans quitter son salon

grâce à une appli – mieux qu’une GoPro

ou que Virtual Regatta. Dans la baie, dans

le vrai, les Français se montrent encore

hésitants dans leurs transitions, mais Billy

a vu le cul des Japonais (du moins de leur

bateau) et a frôlé les Australiens. Combats

au contact, coques qui se frôlent,

Billy le barreur est une fois de plus aux

anges. « À partir de 18 nœuds, c’est difficile

de mettre le frein avec les foils qui

poussent. On ne fait qu’accélérer ! »

Après la jubilation, la tension monte

d’un cran au débriefing de la première

journée. Franck Citeau insiste sur la

manche 2 et 3 où la gestion des problèmes

techniques s’est amplifiée. « Pas

assez de vitesse et de hauteur pour faire

des manœuvres correctes ! » Billy évoque

ce sentiment d’agacement généré par ces

problèmes techniques. « Plus il y a de

« Plus il y a de vent,

plus ça crie, plus

c’est chaud. Pour

faire avancer ces

bêtes-là, il faut être

précis et focus ! »

Billy Besson, barreur

61


Voile olympique, coupe

de l’America, course

au large : les as du

SailGP viennent de

tous les horizons.

Billy vole d’une coque

à l’autre, et les wincheurs,

à la manivelle,

alimentent en énergie

le moteur électrique.


BIENVENUE DANS

L’AÉRONAUTIQUE

Pour rattraper ce fameux déficit

d’expérience et continuer à

apprendre, sachant que les temps

d’entraînement sur l’eau sont limités

par une lourde logistique et se

passent en général juste avant les

épreuves, la solution se trouve dans

un simulateur installé à Londres

et développé par les ingénieurs

d’Artemis Technologies, l’équipe

suédoise de la dernière America’s

Cup. Ce simulateur de F50 a déjà

permis aux équipes de s’entraîner

à manœuvrer. « Les sessions d’entraînement

durent deux jours, et on

les cale de préférence avant chaque

étape, explique Matthieu Vandame

le régleur d’aile du team France. On

travaille chacun à nos postes, avec

Marie au réglage de vol et Billy au

volant, par tranche de 20 minutes.

À bord d’une demi-coque montée

sur une plateforme à vérins, équipée

de double commande puisque nous

ne pouvons pas sauter d’une coque

à l’autre comme sur l’eau, on

enchaîne les différentes manœuvres.

Le deuxième jour est généralement

consacré à la simulation de la course

sur un ghost, c’est-à-dire le film de

nos actions précédemment retranscrites

sur l’écran à 270 °. On court

en quelque sorte contre nousmêmes

! » Artemis a poussé le réalisme

jusqu’au bout en simulant

aussi les bruitages via des enceintes.

« Presque plus mouvementé et

fatigant que la réalité ! », confirme

Marie qui parle d’une grande fatigue

mentale après chaque session, tant

il faut de concentration durant ces

deux jours. Autre plan B pour pallier

le manque de navigation in situ : le

dry sailing qui consiste à s’entraîner

à terre. Chacun est à son poste,

mais l’immobilité du bateau fait que

l’on peut débriefer immédiatement

au sortir de chaque manœuvre.

vent, plus ça crie, plus c’est chaud. Pour

faire avancer ces bêtes-là, il faut être précis

et focus ! » Malgré tout, au dernier jour

de compétition, les Frenchies sont comme

scotchés. Petite déception d’une prestation

qui s’explique par un déficit d’expérience.

« Aujourd’hui, détaille le coach,

c’était notre quinzième navigation sur le

bateau. Nathan Outteridge, le barreur du

F50 japonais, en était à sa 250 e . Quand

on passera tous les foiling tacks, on sera

davantage au contact. Ces bateaux sont

de vraies usines à gaz, et puis il y a la

question de la vitesse. Jusqu’à 12 nœuds

de vent, ça va. Mais au-delà, le bateau

n’est plus le même, il faut passer cette

appréhension, adapter les réglages, la

puissance et le comportement à bord. »

Par souci d’équité, SailGP s’efforce de

donner la priorité aux derniers du

« On a dit oui, car c’est

un vrai championnat

du monde, avec six

nations qui s’affrontent

et dans lequel ce

sont les humains qui

feront la différence. »

Marie Riou, flight controller

Marie Riou et son

casque à oreillette :

pour ne rien perdre des

consignes du coach.

classement. « Pour que cela soit à chaque

fois un entraînement, pas une reprise en

main, insiste Matthieu Vandame. Chaque

journée passée sur l’eau nous fait tellement

progresser ! »

Au lounge VIP, après la remise des prix,

Larry Ellison, protégé par une paire de

colosses munis d’oreillettes, s’entretient

avec les vainqueurs – les indétrônables

Aussies qui se sont jetés sur la ligne dans

un saisissant sprint final avec les Nippons

– puis avec Marie et Billy. Pour le multimilliardaire

passionné, ça ne sent pas que

le retour sur investissement. « C’est l’avenir

de la voile. Des courses très serrées,

de vrais combats sur l’eau ! »

Marie est d’accord sur l’analyse. Un

regret affleure pourtant. « Vingt minutes

la manche, c’est très, trop court : on a

envie de naviguer plus ! Ces sensations,

on ne les a nulle part ailleurs ! » Filer

à 50 nœuds, 100 km/h, le chrono-Graal,

quête de tous les équipages : l’addiction

du marin 3.0 est désormais connue. Ne

reste plus à Marie, Billy et leurs équipiers

qu’à trouver la potion magique. Celle qui

fera d’eux les rois et reines du foiling tack.

Pour assister à la grande finale du SailGP,

à Marseille du 20 au 22 septembre,

obtenez vos billets sur sailgp.com

THE RED BULLETIN 63


« On vivait le début

d’un truc énorme... »

Il y a trente ans, une révolution culturelle frappait l’Angleterre. Encore

aujourd’hui, l’impact des raves – une scène qui fédérait les sons de Chicago à

Ibiza en passant par Détroit – est toujours palpable dans la création musicale.

Le photographe DAVE SWINDELLS a documenté le Second Summer of Love.


Tottenham Court Road,

Londres, juillet 1988

J’avais entendu dire qu’une fête sauvage

allait avoir lieu à la fin de la soirée The Trip

à l’Astoria à trois heures du mat’. Quand cette

bagnole s’est pointée avec ses enceintes

hurlantes et qu’une centaine de personnes

se sont mises à sauter dans tous les sens,

à danser dans la rue et sur le toit d’un abribus

en hurlant « soirée sauvaaage !» et

« aciiiid !», j’ai halluciné. Nous étions juste

à côté du Dominion Theatre, en plein cœur de

Londres, et on venait de créer un embouteillage.

La police semblait voir en cette scène

l’expression d’une joie de vivre plus qu’une

nuisance, et les fêtards étaient déjà en train

de bouger vers un parking sous-terrain à

plusieurs niveaux. On imagine la tronche des

propriétaires de Porsche venus récupérer

leurs bagnoles au milieu d’une foule de

raveurs underground en furie.

65


Shoom club, Londres, mai 1988

Peu importait à la chanteuse Sacha Souter que son chapeau puisse

éborgner la moitié du dancefloor… La plupart des danseurs étaient

déjà bien allumés de toute façon. En fait, je ne l’ai remarquée qu’à

5 heures, quand les lumières du club se sont rallumées et que les

fêtards sont sortis de leur relatif anonymat, tout en fluorescence.

Avec un autre plan en tête : rejoindre la soirée RIP (pour Revolution

In Progress, ndlr), sur Clink Street, et enchaîner, encore et encore.

Shoom club, Londres, avril 1988

Dans cette salle de sport transformée en club, près de 300 personnes

se pressaient pour écouter le patron, Danny Rampling. Cette nuit-là,

il a joué d’incroyables house et gospel house, le Let The Music (Use

You) des Nightwriters ou le Promised Land de Joe Smooth. Dans ce

maelström, j’ai photographié un régulier du Shoom, Andrew Newman.

L’acid house était pour lui un prétexte à se saper à fond, enfilant sa

veste du créateur Stephen Sprouse… et à s’abandonner à la musique.

Ku club, Ibiza, juin 1989

Aujourd’hui, ce club s’appelle le Privilege. À

l’époque, on y entrait à 7 000, et son toit était

énorme, et il était encore à moitié à ciel

ouvert. Donc, quand un violent orage a éclaté

vers 4 heures du matin cette nuit-là, les plus

peureux d’entre nous, parmi lesquels les

artistes Boy George, Fat Tony, Mc Kinky et

Adamski, sont allés se mettre à l’abri. Heureusement,

il restait quelques Anglais toujours

actifs malgré l’averse, tandis que le track

orgiaque de Lil Louis, French Kiss, amenait la

fête à un point culminant pour la troisième

fois dans la soirée. Quand nous sommes enfin

sortis du club à 7 heures, sous le soleil, on a

vu sur le parking toutes ces petites jeeps

Suzuki qui faisaient fureur à l’époque. Elles

étaient bourrées de fêtards... façon sauna.

66 THE RED BULLETIN


Soirée Tribal Dance,

Sudeley Castle,

août 1990

On m’avait demandé de filmer

cette rave en Super 8, j’ai donc

acheté une caméra d’occasion

et j’ai tracé à l’ouest, vers le

Gloucestershire. Une superbe

et chaude nuit, pour une rave

fabuleuse, mais il m’a été impossible

de filmer à cause de la

lumière. J’ai donc activé mon

appareil photo, à la rencontre de

tous ces danseurs. Et ce mec est

sorti du lot : les T-shirts griffés

Joe Bloggs étaient partout cet

été-là. Celui-ci, associé à une

salopette baggy, une chemise

flashy et un sifflet accroché à

un collier perlé faisait de ce

danseur l’archétype du raveur.


Soirée Rage, Heaven club, Londres, 1990

Dans ce club, Fabio et Grooverider faisaient muter la house hardcore avec des rythmes accélérés et hachés, et encore plus de basses grondantes,

préfigurant ce qu’allait être la jungle en 1991. Je voulais donc photographier ces deux DJs innovants, mais alors que je traversais le

dancefloor, ces danseurs sur le podium ont attiré mon attention. Surtout le type à droite, nommé Leeco, qui assurait de brillants mouvements

athlétiques avec ses nouvelles Air Max et son impressionnant pantalon baggy. Quand j’ai posté cette photo il y a quelques années, j’ai été ravi

d’apprendre qu’il avait entrepris depuis une carrière à succès de danseur et de chorégraphe.

68 THE RED BULLETIN


Le photographe, Dave Swindells

Infiltré dans les nuits londoniennes depuis le début des

années 80, Swindells (ici en short au premier plan lors

d’une « rave orbitale ») était parfaitement positionné pour

capturer ces moments pivots de la naissance des raves

au printemps 1988. Les DJs et producteurs locaux Paul

Oakenfold, Danny Rampling et Nicky Holloway avaient

vécu une expérience à Ibiza l’été précédent et voulaient

la transposer dans la scène club anglaise. « C’était intense

et euphorique, de nouvelles fêtes et des raves en extérieur,

tandis que les radios pirates fédéraient de plus

en plus d’auditeurs, se souvient Swindells. Au même

moment, une forme de démocratisation arrivait en Russie,

le mur de Berlin s’effondrait, la révolution de Velours

se déroulait en Tchécoslovaquie et Mandela était finalement

libéré en Afrique du Sud. Comme si les régimes

d’oppression prenaient une claque à travers le monde. »

Sweet Harmony: Rave | Today, une exposition collective

incluant les photos de David Swindells ; Saatchi Gallery,

Londres, jusqu’au 14 septembre ; saatchigallery.com

Soirée Fascinations, Downham Tavern,

Kent, juillet 1988

La première fois que j’ai vu un gyroscope dans une rave, j’ai halluciné.

Que les fêtards aient pris des pilules ou pas, c’était un truc à vous faire

vomir en moins de deux. Le promoteur de la fête, Tony Wilson, mettait

aussi en place des effets pyrotechniques en intérieur, et il bookait

régulièrement deux go-go danseurs venus des Troll, des soirées gays.

Ils se collaient devant les lasers pour envoyer des pas de danse synchronisés

avec les raveurs. Un truc plutôt radical pour l’époque.

Radio pirate Fantasy FM, 1990

Une tour de seize étages, quelque part dans le quartier d’Hackney.

La planque de la radio pirate Fantasy FM. J’ai pu y accéder en promettant

de ne pas révéler l’adresse du studio. En fait, j’avais assisté à leur

démente soirée World of Fantasy à l’Astoria, où ils m’avaient proposé

de passer au studio. J’imaginais y faire une photo des DJs jouant

devant une baie vitrée avec une super vue sur la ville, mais on ne

devait pas voir l’environnement du studio à l’image. Je me suis donc

concentré sur des photos de DJ Stacey aux platines, tandis que DJ

Foxy, alias Mystery Man, qui gérait la radio, était occupé dans le fond

avec un téléphone mobile de la taille d’une brique.

THE RED BULLETIN 69


PLANCHES

DE SALUT

IMANI

WILMOT s’est donné

pour mission de dynamiser

les Jamaïcaines et d’inspirer

toute une génération de

surfeuses afro-caribéennes.

Texte LOU BOYD

Photos ISHACK WILMOT

70 THE RED BULLETIN


THE RIGHT TO ROAM FILMS

L’épanouissement par le surf, en Jamaïque. Le regard vers l’horizon et la mer des Caraïbes,

elles laissent derrière elles une vie rude faite d’abus, de délinquance et de corruption.

THE RED BULLETIN 71


La jeune Imani Wilmot n’a pas

souvent vu de femmes dans

l’océan pendant son enfance

à Eight Miles, Bull Bay, sur la

côte sud-est de la Jamaïque.

Fille de Billy « Mystic » Wilmot, fondateur

de la JSA (Jamaican Surf Association)

et connu localement comme étant le

« Parrain du surf jamaïcain », elle a passé

la majeure partie de son enfance sur la

plage et sur l’eau avec ses frères mais a

vite réalisé que la plupart du temps, elle

était la seule fille. « J’entends dire depuis

toujours aux Jamaïcaines qu’elles doivent

rester hors de l’eau, dit Wilmot, qui dirige

le Jam-nesia Surf Camp à Eight Miles.

Moi, j’ai grandi avec le surf. »

Quand elle commence à participer

à des compétitions de surf, elle croise

toujours le même petit groupe de femmes

originaires d’un peu partout sur l’île.

« Mon école m’a vraiment soutenue, se

souvient Wilmot. On me faisait la fête

quand je remportais des compétitions et

montrais mes trophées mais cela n’empêchait

pas que j’étais la seule surfeuse. J’ai

réalisé à quel point il fallait plus de filles

dans ce sport, à quel point il fallait plus de

filles de couleur à l’eau afin que les autres

réalisent qu’elles pouvaient le faire aussi. »

À 17 ans, Imani fonde sa première

école de surfeuses destinée aux femmes

de la région. La culture caraïbéenne du

surf est rarement représentée dans l’industrie

en général. Bien qu’il y ait notamment

une communauté passionnée et en

pleine croissance en Jamaïque, celle-ci est

négligée dans l’image globale de ce sport.

Pour Wilmot, c’est l’une des principales

raisons pour lesquelles de nombreuses

femmes autour d’elle n’ont pas trouvé

leur place sur l’eau.

Wilmot pense que le changement se

produira quand plus de femmes de couleur

seront visibles dans le surf. « Il s’agit

de prendre soi-même la situation en main

parce que les gens de couleur investissent

le plus d’argent là où ils sont représentés.

Si d’autres femmes me voient animer mes

camps, elles se diront : “Si ces femmes

peuvent le faire, alors moi aussi.” »

Ce qu’offrent les camps de surf de

Wilmot est nécessaire à plus d’un titre :

ils sont devenus un refuge pour de nombreuses

femmes à Bull Bay et dans les

environs. Sur une île où la culture jamaïcaine

peut être particulièrement misogyne

et violente, souligne la presque

trentenaire. « Le camp est un endroit

accueillant et agréable où les filles

peuvent venir et apprendre à surfer,

explique-t-elle. Je me fais beaucoup de

souci pour elles et leur état émotionnel.

Elles ont besoin de sentir qu’elles sont

soutenues, et que leurs rêves et tout ce

qu’elles veulent réaliser dans la vie sont

légitimes. »

C’est sur la plage de Bull Bay que tout

a commencé pour Imani. Aujourd’hui,

elle y organise des camps de surf.

Véritables havres de bienveillance, ces

camps ont attiré de plus en plus de femmes

issues de tous les milieux, qui voulaient

passer un peu de temps loin de leurs soucis.

« Être une femme en Jamaïque, ça peut

être très difficile, dit Wilmot. La façon

dont les gens sont traités est parfois délicate

à gérer et le surf représente un sas de

décompression, un endroit où faire une

pause à l’écart de ce qui se passe dans la

société, que ce soit la corruption, les abus

ou toutes sortes d’épreuves. »

Accompagnant des groupes d’environ

10 à 15 personnes, Wilmot a commencé

à enseigner à de plus en plus de femmes

du coin comment surfer sur les vagues

près de chez elles tout en créant un lieu

où elles peuvent se rencontrer et se soutenir.

« Ce n’est pas forcément lié au surf,

car avec cette communauté, nous partageons

des expériences qui nous aideront

à faire face aux différentes situations.

On ne devrait jamais laisser personne

entreprendre quoi que ce soit en se

sentant seul, perdu et isolé. »

72 THE RED BULLETIN


« J’ai réalisé à

quel point il fallait

plus de filles de

couleur à l’eau. »

Wilmot enseigne le surf et apporte

un soutien émotionnel aux femmes

de la région depuis qu’elle a 17 ans.

THE RED BULLETIN 73


« Le surf attire votre

regard vers l’horizon,

loin des aspects

négatifs de la société. »

L’histoire de Wilmot a récemment été

racontée dans un documentaire réalisé

par les cinéastes britanniques Joya

Berrow et Lucy Jane : Surf Girls Jamaica.

Elles sont allées en Jamaïque pour relater

non seulement le parcours de Wilmot

mais aussi celui d’autres femmes qui se

sont jointes à ses camps de surf. Melissa

Fearon, une femme de la région, qui a

découvert les camps alors qu’elle traversait

des difficultés dans sa vie, a retenu

l’attention des cinéastes et est devenue un

personnage important dans leur récit.

« Grandir en Jamaïque, c’est dur, dit

Fearon dans le film. En tant que femme,

c’est dur. Il n’y a pas de relations

sérieuses ; baiser, ça ne représente rien.

Si un homme vous viole, on dira que vous

l’avez provoqué. » Les problèmes personnels

de Fearon incluent son arrestation

pour tentative de contrebande de marijuana

aux États-Unis. « L’esclavage mental

dans lequel nous grandissons, les classes

sociales et la question raciale, la classe

moyenne supérieure, les beaux quartiers

et le centre-ville, cela nous affecte, ditelle.

Les gens ne parviennent pas à trouver

l’argent nécessaire pour s’instruire

alors ils se retrouvent à faire un job qu’ils

ne veulent pas faire. Pour moi, ce job était

de transporter de l’herbe aux États-Unis,

et suite à cela, j’ai été condamnée à deux

ans de travaux forcés dans une prison

pour femmes. Ne pas pouvoir trouver un

emploi convenable parce que j’ai un casier

judiciaire, ça a changé ma vie ; ça m’a

vraiment rendue instable. »

C’est à cette époque que Fearon a commencé

à surfer avec Wilmot. Peu à peu

ses perspectives ont commencé à changer.

« Un jour, je suis arrivée sur la plage et

Imani m’a dit : “Viens surfer avec moi”,

se souvient-elle. Le surf m’a aidée à me

libérer, à retrouver un certain niveau

d’unité avec moi-même, avec ce que je

ressentais, à me sentir valorisée. » Après

avoir rejoint les camps, elle a commencé

à s’impliquer dans la mission de Wilmot.

« Mel voit tous ces changements en elle

et elle aime ça, dit Wilmot. Elle souhaite

transmettre cela à d’autres. Elle veut être

coach et faire découvrir l’idée que ce

sport peut vraiment changer une vie. »

Des images du documentaire Surf Girls Jamaica qui vous

immerge dans une communauté où le surf devient nécessaire.

L’efficacité du surf comme forme de

thérapie est connue depuis des dizaines

d’années. Ces camps ne sont pas les premiers

à utiliser le sport comme moyen

d’éducation sociale. Mais Wilmot a

apporté quelque chose de totalement

nouveau dans son voisinage. Et les camps

sont un reflet d’elle-même : attentionnée

et solidaire, mais s’attendant aussi à ce

que les membres déploient tous les efforts

possibles.

« Le surf est l’un des sports les plus

positifs qui existent parce qu’il attire le

regard vers l’horizon, loin des aspects

négatifs de la société, pointe Wilmot.

L’océan est beaucoup plus grand que

nous ; il n’est pas confiné. Si vous pouvez

puiser dans cette force et l’utiliser pour

quelque chose de positif, pour un bien

global, cela ne peut être qu’une bonne

chose. »

Regardez Surf Girls Jamaica sur la chaîne

Real Stories sur YouTube. En bouclant ce

numéro, nous avons reçu la triste nouvelle

qu’un incendie avait détruit la maison de

Billy Wilmot, le père d’Imani. Les liens pour

soutenir la reconstruction de ce haut lieu

du surf local sont sur le compte Instagram :

@jamnesiasurf

THE RIGHT TO ROAM FILMS

74 THE RED BULLETIN


ALPHATAURI.COM


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guide

au programme

LES YEUX AU CIEL

Cette méthode permet

aux grimpeurs de s’entraîner

les yeux fermés,

comme sur une paroi.

PAGE 82

MINECRAFT

Le jeu à succès envahit

nos smartphones et

s’est déjà incrusté dans

notre quotidien.

PAGE 84

COUVREZ-VOUS

L’été est aussi la

meilleure saison pour

réfléchir à quoi porter

quand il fera froid.

PAGE 88

ZAHARA ABDUL

NYEGE NYEGE

Oubliez les festivals

branchés en Stan

Smith… le top du top

est en Ouganda !

PAGE 78

THE RED BULLETIN 77


G U I D E

Faire.

Ça percute ! Avec ces Burundais membres du collectif funk The Kuruka Chama.

LE FESTIVAL D’UNE VIE

PLUS RAPIDE EST

LA VITESSE DU SON

L’électro futuriste rencontre les sons traditionnels de

l’Afrique orientale sur les bords du Nil : Gareth Main

assiste en Ouganda à un festival hautement palpitant.

Il est deux heures du matin, l’air

humide est saturé de fumée de

cigarette, la musique est forte

et je me tiens au milieu d’une

foule dense. Sur scène, le Nilotika

Culture Ensemble et ses trente

musiciens s’éclatent sur des tambours

de toutes sortes, tandis que

dans le public, les corps s’agitent

et sautillent au rythme des percus.

On a l’impression d’être pris

au milieu d’un joyeux chaos et

pourtant tous sont au diapason,

les percussionnistes au taquet et

la musique incroyable. Les nombreux

musiciens, tous des

La DJ somalienne Hibotep et ses mixes ultra branchés.

78 THE RED BULLETIN


voyage

ÉCHAPPEZ-VOUS

UN TRIP COPIEUX

Mangez un Rolex et goûtez à la fontaine de

jouvence : ce qu’il faut savoir avant votre

départ pour la perle de l’Afrique.

Le festival a lieu au

début de la deuxième

saison des pluies qui

s’étend de septembre

à novembre. La température

en journée avoisine

les 28 degrés.

Quatre jours de son non-stop : au Nyege Nyege, la musique ne s’arrête jamais.

Rép. démo.

du Congo

Ouganda

Nil

Kampala

Jinja

Kenya

Rwanda

MONNAIE

SHILLING OUGANDAIS (UGX)

Pas de subdivision

1 € = 4 200 shillings

Si à 50 ans, on n’a pas mangé un Rolex sur un festoche en Ouganda…

ZAHARA ABDUL PHOTOGRAPHY GARETH MAIN

virtuoses, déroulent sans relâche

à un rythme effréné. Je n’ai

jamais rien écouté de tel auparavant.

Comme hypnotisé par le son

(et le gin local), je renonce à

compter le nombre d’artistes qui

varie constamment. Je me laisse

porter. La troupe ougandaise de

percussionnistes finit par s’arrêter,

je suis étourdi. Combien de

temps ont-ils joué ? Quelle heure

est-il ? Cela n’a plus importance.

Je viens de recevoir ma première

leçon ougandaise : ici, la vie

ne s’arrête jamais. On le pressent

dès l’arrivée à l’aéroport d’Entebbe

où une mêlée de chauffeurs de

taxi annonce le prix de la course

aux clients potentiels. Ce comité

d’accueil dynamique n’est qu’un

Ma première

leçon ougandaise :

ici, la vie ne

s’arrête jamais.

avant-goût de l’énergie qui anime

le festival Nyege Nyege, situé à

Jinja, que l’on atteint après quatre

de route en plus des douze heures

de vol depuis l’Europe.

Les trois premières éditions

du festival ont suscité un grand

intérêt des médias internationaux.

The Guardian, CNN, la BBC

et Rolling Stone ont tous loué

sa programmation novatrice.

Le magazine londonien FACT le

SE NOURRIR

ROLEX

Impossible de se rendre

en Ouganda sans goûter

au Rolex, une omelette

avec des légumes

enroulés dans un chapati.

PORC

Si vous aimez la viande,

optez pour ces

restaurants servant

2 kilos de porc frit pour

environ 6 €.

POSHO

Les plats ougandais

se veulent aussi appétissants

que pratiques.

Le posho, une pâte à base

de maïs, incarne bien

cette idée et s’utilise

comme du pain avec les

plats et les sauces.

BON À SAVOIR

ORIGINE

C’est à Jinja, ville

d’accueil du Nyege Nyege,

que le Nil prend sa source.

RECORD

Environ 50 % de la

population a moins de

15 ans, ce qui en fait le

deuxième pays le plus

jeune, après le Niger.

VIE SAUVAGE

L’Ouganda est l’un des

trois pays d’Afrique (avec

le Rwanda et la RDC)

où vivent des gorilles de

montagne en liberté.

DIALECTES

On en dénombre plus

de quarante dans le pays.

Le luganda est le

plus parlé.

THE RED BULLETIN 79


G U I D E

Faire.

voyage

SANS VOUS DÉPLACER

PÉPITES D’AILLEURS

Les initiateurs du festival dirigent

aussi deux labels : Nyege Nyege Tapes et

Hakuna Kulala. Ces trois albums sont

emblématiques d’un catalogue à découvrir.

À ÉCOUTER

Danse ancestrale et rythmes électro pour le show d’un héros local, Faizal Mostrixx.

NIHILOXICA – NIHILOXICA

Fruit d’une collaboration entre les percussionnistes du

Nilotika Culture Ensemble et les Anglais Jacob Maskell-

Key (batterie) et Pete Jones (synthés), l’album est un

florilège de sons inédits issus de sources traditionnelles.

SLIKBACK – TOMO

Un EP aux beats intenses et agressifs, typique de ce

producteur kenyan qui repousse les limites de la bass

music. Retrouvez-le lors de la soirée Double Jeu du

Red Bull Music Festival Paris le 28 septembre.

COMPILATION – SOUNDS OF SISSO

Sisso, producteur du label éponyme, est le créateur

du Singeli, une musique dance au rythme dément.

Il a également popularisé la scène underground de

Dar es Salam (Tanzanie) à travers le monde.

qualifie même de « meilleur

festival de musique électro au

monde ». Le mélange de musique

électronique contemporaine,

avant- gardiste et de musiques traditionnelles

d’Afrique centrale et

orientale (près des 80 % des plus

de 200 artistes présents sont africains)

n’a pas d’équivalent dans

le monde. Le seul point commun

avec un festival européen de taille

moyenne plus traditionnel est la

nature du site : un camping avec

une demi-douzaine de scènes.

Néanmoins, le lieu (une magnifique

forêt le long du Nil), la

nourriture (il faut goûter au

Rolex), et l’absence d’heure de

fin font que la musique est jouée

non-stop durant les quatre jours

du festival.

L’an dernier, à la veille de la

quatrième édition du festival dont

le nom signifie « excité, excité »,

le pasteur Simon Lokodo, ministre

d’État ougandais à l’éthique et à

l’intégrité, tente d’annuler le festival

pour incitation des jeunes à

l’homosexualité. Un procès d’un

autre âge qui n’altéra aucunement

la motivation des près de 9 000 festivaliers

présents sur cette édition.

Nous avons cherché à comprendre

la signification de « nyege nyege »

dans le dialecte local lugandais,

qui le décrit comme « une envie

soudaine et irrépressible de bouger,

de danser », une description

que la musique estampillée « traditionnelle

» par la programmation

semble incarner au mieux. Parmi

les phénomènes à l’affiche lors de

notre venue, Otim Alpha, ex-kickboxeur

natif de Gulu, au nord de

l’Ouganda. Le voir se déchaîner

en chemise tie-dye sur sa géniale

musique électro Acholi vaut son

pesant d’or.

Sa musique tourne à plus de

160 BPM, soit environ 50 % plus

rapide qu’un rythme disco moyen.

Et celle de Sisso se base sur un

rythme encore plus rapide. Ses

sets de plusieurs heures ne descendent

jamais en deçà de

200 BPM. Musicalement, cela

équivaut à la différence d’accélération

entre une deux-chevaux

et une voiture de sport.

Ne jamais s’arrêter, tel est le

mot d’ordre du Nyege Nyege, et

si vous pensez avoir déjà expérimenté

un festival épuisant,

celui-ci mettra votre endurance

à rude épreuve. Mais il est surtout

une exploration perpétuelle de

sons extraordinaires sur les bords

du Nil, au cœur des ténèbres.

Nyege Nyege, 5 au 8 septembre,

Jinja, Ouganda ; nyegenyege.com

ZAHARA ABDUL PHOTOGRAPHY GARETH MAIN

80 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Le prochain numéro le 19 septembre avec et le 3 octobre avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement

DENIS KLERO / RED BULL CONTENT POOL


G U I D E

Faire.

fitness

Le grimpeur Michi

Wohlleben, confiant

en la méthode Isele.

PROJETEZ-VOUS

LES YEUX

FERMÉS

Grâce à la visualisation,

ils peuvent améliorer

leurs meilleures perfs :

mode d’emploi.

PRÉPARATION

Connaître les différentes

sections de l’ascension aussi

bien que possible.

POINT DE DÉPART

Tout lieu paisible fera l’affaire.

Mais le point de départ idéal

dépendra de l’atmosphère particulière

qui y règne.

PROCESSUS DE RÉFLEXION

Fermer les yeux. Puis mimer

l’escalade en effectuant chaque

geste et, très important, en

sollicitant les muscles comme

si vous y étiez.

VISUALISATION 2.0

LA FORCE

DE L’ESPRIT

L’Autrichien Klaus Isele a mis au point

une méthode d’entraînement assurant

aux grimpeurs de réaliser le maximum

pendant leurs performances.

La méthode Isele aide les grimpeurs à

simuler chaque détail d’une ascension.

Comment les grimpeurs se préparent-ils

pour leurs grands rendez-vous

? Avant tout en visualisant

la voie d’escalade. L’ostéopathe Klaus

Isele a travaillé pendant dix ans avec

l’équipe nationale autrichienne d’escalade

et affirme que cet exercice à sec offre un

potentiel énorme.

Le point de départ de leurs recherches

a été le souci de maintenir les grimpeurs

en forme durant les périodes d’inactivité,

avec pour objectifs de limiter la perte de

masse musculaire et préserver une

mémoire précise des mouvements. Pour

ce faire, Isele a une solution : la Visualisation

2.0, plus intensive que celle pratiquée

jusque-là par les grimpeurs. Cette visualisation

se fait allongé sur le dos, les yeux

fermés, avec une précision et une intensité

physique comparables à celles qu’ils

expérimentent sur un mur.

Le meilleur grimpeur allemand Michi

Wohlleben ne jure que par la technique

Isele. Elle améliore sa mobilité et lui permet

d’intérioriser une multitude d’automatismes

tout en sollicitant moins son

corps. Résultat : Wohlleben a escaladé il

y a quelques semaines la voie la plus difficile

de sa carrière (difficulté 9a).

physioandclimb.com

LES DÉTAILS

La précision, c’est l’alpha et

l’oméga ! Prêter une grande

attention à chaque détail, seule

façon de bien mémoriser les

gestes. Les mauvaises habitudes

ont la vie dure.

LA PASSION

S’impliquer émotionnellement

dans la situation permet au

corps, à l’esprit et au cœur

d’œuvrer de concert pour

une fluidité totale.

« La visualisation

exige une parfaite

harmonie entre le

corps et l’esprit. »

Klaus Isele,

ostéopathe,

physiothérapeute

et coach d’escalade

MORITZ ATTENBERGER, ANNELIESE ISELE TOM MACKINGER FLORIAN OBKIRCHER

82 THE RED BULLETIN


G U I D E

Faire.

gaming

PENSÉE CONSTRUCTIVE

UNE PIERRE À L’ÉDIFICE

Avec Minecraft Earth, les joueurs

collaborent à des tâches via la RA.

Si beaucoup y voient une version numérique du jeu de Lego, Minecraft

n’en est pas moins un outil puissant capable d’améliorer notre réalité.

FICHE

EXPERT

MARK

LORCH

FORMATEUR

MINECRAFT

Biochimiste,

auteur et professeur

en sciences de la

communication

à l’Université de Hull

( Angleterre),

Mark Lorch utilise

Minecraft pendant

ses cours afin de

modéliser des molécules.

Il a collaboré

avec Microsoft pour

ajouter un module

de chimie au jeu,

intitulé MolCraft.

Avec plus de 176 millions

d’exemplaires achetés,

Minecraft est le jeu le

plus vendu au monde. Son

graphisme pixelisé où l’on se

déplace gauchement pour

couper des arbres, construire

des maisons et éliminer des

zombies touchent à des instincts

profonds de l’humain.

À présent, Minecraft Earth, la

version smartphone à réalité

augmentée permet de s’approprier

ce monde fait de blocs.

Mais à vrai dire, il fait partie

de notre réalité depuis un moment

déjà. « En 2013, Google

crée le mod qCraft qui permet

d’illustrer de manière simplifiée

la physique quantique à

l’aide de blocs représentant la

superposition et l’intrication

quantique en fonction du

point de vue du joueur. » Le

potentiel est illimité selon

Mark Lorch, expert Minecraft.

minecraft.net/earth

vez une simulation Minecraft

3D accessible, les

gens peuvent s’y plonger

et collaborer, explique

Lorch. Elle élimine la barrière

des connaissances

techniques et tous les

risques potentiels. »

JOUER AVEC L’INFINI-

MENT PETIT

Biochimiste, Lorch a développé

MolCraft à partir de

Minecraft pour modéliser

les molécules de protéines

et d’ADN en 3D.

« Minecraft a l’avantage

d’être facilement modulable

pour visualiser les

Les réalisations des joueurs sont visibles sur

smartphone avec l’appli Minecraft Earth.

CONSTRUIRE UN MONDE

MEILLEUR

La fondation Block by

Block soutenue par l’ONU

(blockbyblock.org)

illustre bien la façon dont

Minecraft met des projets

complexes à la portée

de tous. Dans le cadre

d’ateliers, les résidents

d’un quartier participent

à la planification des

espaces publics recréés

dans Minecraft : des

enfants éclairent le chemin

menant à leur maison,

des habitants du Kosovo

créent leur premier skate

park, etc. « Si vous concestructures

3D, précise-t-il.

Plus polyvalent que les

autres logiciels de visualisation

moléculaire, il permet

de se mouvoir autour

des molécules comme le

montrent mes tutoriels de

biochimie accessibles sur

le serveur Minecraft. »

CREUSER LE FOND

Vous pensez maîtriser

Minecraft après avoir

construit votre première

pyramide avec ascenseur

? Attendez de voir la

carte topographique de la

Grande-Bretagne réalisée

par la British Geological

Society. « La carte inclut

toutes les strates du sol,

précise Lorch. Vous pouvez

creuser la couche

arable jusqu’à atteindre

toutes les strates disponibles.

Les données

d’études de haut niveau

sont ainsi ouvertes à un

plus large public. »

FORMER L’INTELLIGENCE

ARTIFICIELLE

« Microsoft utilise

Minecraft pour son projet

Malmö, une plateforme

d’expérimentation IA »,

explique Lorch. Concevoir

un robot et le lâcher

dans la nature pour finir

au fond d’une étendue

d’eau est un moyen coûteux

d’entraîner son cerveau.

Minecraft fournit

une simulation adaptable

clé en main où les objectifs

de l’IA peuvent être

définis. « L’Intelligence

Artificielle apprend et

reproduit nos actions

en les observant. Au plus

près de la réalité. »

FABRIQUER DE VRAIS

OBJETS

Minecraft est un bac à

sable polyvalent capable

d’échapper au virtuel.

« Minecraft peut exporter

des objets dans le monde

réel. Certains modes

enregistrent vos

constructions dans des

formats compatibles

avec l’imprimante 3D,

poursuit Lorch. Un logiciel

de CAO (Conception

assistée par ordinateur,

ndlr) permet aussi de

transférer dans le jeu

les objets conçus. »

MICROSOFT MATT RAY

84 THE RED BULLETIN


Voir.

août/septembre

FAITES LE

PLEIN DE

COURSES

Au menu ce mois-ci sur

Red Bull TV, une course auto

off-road dans le Wisconsin,

du VTT héroïque dans les

Appalaches et un rallye dans

les vignobles allemands.

Chaud devant !

1

er

septembre LIVE

COUPE DU MONDE

À CRANDON

Le circuit International Off-Road Raceway, situé dans le

Wisconsin, est l’un des plus réputés au monde, un graal

dans les sports mécaniques. Dédié au hors-piste, il attire

chaque année de plus en plus de fans de courses sur tracé

court : plus de 40 000 spectateurs sont attendus sur

cette édition. Sensations fortes garanties.

Bryce Menzies : l’as

du off-road et vétéran

du circuit Crandon.

DANIEL SCHENKELBERG, JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL

REGARDEZ

RED BULL TV

PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de

télévision connectée : où que

vous soyez dans le monde,

vous pouvez avoir accès aux

programmes, en direct ou en

différé. Le plein de contenus

originaux, forts et créatifs.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

6au 8 septembre LIVE

UCI MTB WORLD CUP

FINAL, SNOWSHOE (USA)

Située dans les Appalaches, en Virginie-Occidentale,

Snowshoe accueille pour la première fois la CM de

VTT au moment où le championnat 2019 approche

de son dénouement. Qui sera sur le podium ?

23

au 25 août LIVE

RALLYE D’ALLEMAGNE

De l’action vous attend dans les vignobles proches

de la Moselle. Premier rallye sur route de la saison,

le Rallye d’Allemagne exige des réglages auto très

différents. Ott Tänak et Martin Järveoja alignerontils

une troisième victoire consécutive ?

THE RED BULLETIN 85


12

au 22 sept.

Faire.

Scopitone

Festival

Le Marché d’Intérêt National

accueille la 18 e édition du festival

nantais. Dix jours de festivités

musicales et numériques avec

expositions, performances,

installations immersives,

concerts et DJs sets. Un lieu

emblématique que pourront

découvrir les 60 000 festivaliers

avant sa destruction !

Nantes ; stereolux.org

23

au 25 août

Start to play

Le festival des jeux vidéo et du

esport revient à Strasbourg avec

un programme copieux : gaming

zone en accès libre, des zones

rétrogaming et PC, des bornes

d’arcades, un espace de réalité

virtuelle, des tournois d’esport,

et même un concert. Grâce à un

tirage au sort très original, vous

pourrez rejoindre Luffy, l’un des

patrons de Street Fighter, dans

l’espace VIP, pour un moment

privilégié d’échange et de jeu.

Strasbourg ; start-to-play.fr

G U I D E

14

et 15 septembre

FINIST’AIR SHOW

Rendez-vous en terre bretonne pour l’un des événements les

plus emblématiques du FMX et du BMX Dirt ! Les plus grands

riders internationaux se réunissent à Briec pour présenter leurs

dernières figures et offrir un show unique aux spectateurs.

Parmi eux, le double médaillé des derniers X Games Tom Pagès

(photo), ou encore l’Espagnol Dany Torres. Le public pourra

à son tour s’essayer au BMX ou au mini-bike, et profiter de

nombreuses animations sur site.

Briec ; finistairshow.fr

30 8

août au 1 er sept.

Braderie de Lille

Lille devient, cette année encore,

la capitale mondiale de la chasse

aux bonnes affaires ! Près de

deux millions de personnes envahiront

durant 2 jours et 2 nuits les

rues du centre-ville à la recherche

de la perle rare, ou tout simplement

pour déguster les fameuses

moules-frites locales et s’imprégner

de la chaleureuse ambiance

lilloise. Rendez-vous le premier

week-end de septembre.

Lille ; braderie-de-lille.fr

nov. au 20 déc.

Oxmo Puccino

Le rappeur franco-malien prépare

son grand retour ! Après l’annonce

de la sortie de son nouvel album

La nuit du réveil, l’une des voix les

plus singulières du rap français

repart en tournée. À partir du

mois de novembre, il sillonnera

la France pour faire découvrir

ses compositions à son public.

Il y aura forcément une date près

de chez vous et pour les Parisiens,

ça se passera en décembre à

La Cigale, les 8, 9 et 10.

Partout en France ; oxmo.net

JEAN-FRANCOIS MUGUET, REMY GOLINELLI, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, DAVID GALLARD

86 THE RED BULLETIN


août- septembre

13 26

août

au 15 sept.

L’expérience

Hello Birds

Le festival Hello Birds prolonge

l’été, les pieds dans l’eau, sur la

côte d’Émeraude à Saint-Malo.

Monté par une bande de copains

amoureux de la Bretagne et de la

Normandie, Hello Birds propose

un format inédit mêlant musique,

balades sportives en pleine nature

et expériences culinaires.

Une invitation (gratuite) à découvrir

le paysage côtier dans une

ambiance festive. Saint-Malo ;

hellobirdsfestival.fr

au 1 er sept.

Ultra-Trail du

Mont-Blanc

Ils seront près de 10 000 à s’élancer

à l’assaut du massif du Mont-

Blanc fin août. Une aventure qui

emmènera l’élite mondiale et les

coureurs passionnés sur les chemins

français, italiens et suisses

du célèbre massif. Cette course

de 171 km mobilise aussi bien

l’endurance que le sens de l’orientation

puisqu’elle se déroule hors

des sentiers battus. Attention à

la préparation ! Mont-Blanc ;

utmbmontblanc.com

7septembre

Red Bull Dance

Your Style

La cité phocéenne se déhanchera

sous l’impulsion des seize danseurs

venus s’affronter pour la

finale nationale du Red Bull Dance

Your Style. Après une sélection en

régions, les finalistes se retrouveront

pour d’ultimes battles sur le

rooftop R2 de Marseille. Sur des

tubes intemporels, ils devront

tenter, à l’aide de leurs meilleurs

moves, de séduire le public,

seul juge de la compétition.

Marseille ; redbull.com

THE RED BULLETIN 87


GORE C7 SHAKEDRY

Les activités cardios comme le vélo rendent

accro, c’est connu. Dès les premiers résultats,

on en veut toujours plus et les objectifs

sont sans cesse revus à la hausse. Cette

veste vous aidera à les atteindre par tous les

temps. Très respirante et ne pesant que 85 g,

sa membrane se passe de tissu extérieur,

évite au corps de se refroidir et a l’avantage

d’être aussi imperméable que le Téflon.

279,95 € ; gorewear.com

PRENEZ

UNE VESTE

Seconde peau légère et technique, veste confortable et robuste

ou style urbain, anticipez le choix de votre prochaine veste.

Texte SHANNON DAVIS


G U I D E

LÉGER ET ÉTANCHE

TOPO DESIGNS ULTRALIGHT

On assure bien sa voiture, sa baraque et sa santé

alors pourquoi pas sa prochaine course, randonnée

ou escalade ? La veste UL de TOPO est l’une

des polices d’assurance les moins chères du marché.

Elle vous assurera contre le vent et la pluie.

Design ingénieux, épuré et élégant, elle tient dans

une poche de poitrine ; se range facilement ou se

fixe à un harnais d’escalade.

80 € ; topodesigns.com

Cette veste

vous protège

lorsque pluie

et vent viennent

corser les dernières

bornes

de la course.

STIO SECOND LIGHT

En haute montagne, la météo peut vite se dégrader.

Et sur la chaîne Teton dans les Rocheuses,

lieu d’origine de Stio, le vent sur les crêtes n’est

pas une éventualité mais une certitude. Cette

veste est pensée pour les coureurs à pied, les

grimpeurs et les skieurs. Elle tient dans un mouchoir

de poche (114 g) et fournit, si besoin est,

la couche supplémentaire pour aller au bout.

Sobre, elle peut aussi se porter en ville.

105 € ; stio.com

VARCTERYX INCENDO SL

Véritable tour de force, l’Incendo atteint, pliée, la

taille de deux sachets de gel énergétique et est si

légère qu’on peut y voir à travers. Très innovante,

elle semble faite pour courir sur Mars. Mais on la

recommande aussi sur Terre. Le tissu ripstop au

niveau du torse et des bras protège du vent et des

intempéries tandis qu’une couche respirante au

dos et sous les aisselles régule la température.

Le tout pour moins de 80 g.

120 € ; arcteryx.com

OUTDOOR RESEARCH

REFUGE AIR HOODED

Encore un bon déjeuner au soleil ? Ne vous faites

pas d’illusions : l’hiver approche. La Refuge Air est

une veste de demi-saison idéale. Isolante et poids

plume, elle s’adapte à la température de votre

corps grâce à son traitement “Active-temp” qui

modifie la surface de la doublure en fonction de

la température du corps. Plus elle est élevée, plus

le tissage se dilate pour augmenter la ventilation.

203 € ; outdoorresearch.com

FJÄLLRÄVEN

HIGH COAST SHADE

Cette veste en polyester recyclé et coton biologique

convient aux randonnées durant les saisons

et dans les régions où le soleil tape plus

fort qu’on ne le souhaite. La veste que tous les

concurrents de l’émission Retour à l’instinct

primaire auraient aimé avoir. Et pour plus d’imperméabilisation,

Fjällräven propose un mélange

de paraffine et de cire d’abeille à enduire sur la

veste. 185 € ; fjallraven.com

THE RED BULLETIN 89


COLUMBIA OUTDRY

EX ALTA PEAK

Une veste pour les milieux froids et

humides. La couche extérieure Outdry

est imperméable, résistante et respirante,

et la couche intérieure évacue

l’humidité. Les coutures sont étanches

et son pouvoir gonflant est de 700.

Si vous prenez de l’altitude cet hiver,

vous ne l’enlèverez jamais.

280 € ; columbia.com


G U I D E

CHAUD ET CONFORTABLE

Cette veste est

l’une des plus

chaudes sur

le marché.

SITKA GRINDSTONE

Sitka naît au cœur du Montana après que deux

amis, partis chasser sans vêtements adaptés,

ont été victimes d’une hypothermie. Depuis,

l’entreprise de textiles pour la chasse connaît

une forte croissance aux États-Unis. Grindstone

ne se limite pas à un usage pour la chasse ou

l’alpinisme ; très résistante, elle inclut outre

une couche coupe-vent Goretex, une isolation

Primaloft Silver. De quoi traverser plusieurs

saisons en montagne. 250 € ; sitkagear.com

SMARTWOOL SMARTLOFT 60

Sa laine tient chaud, même mouillée, et ses

propriétés naturelles repoussent les odeurs.

Le filage fin moderne la rend aussi douce qu’une

plume. La doublure et le duvet sont en laine (dont

50 % en laine recyclée), et le revêtement en nylon

bloque le vent et des intempéries. Bref, cette

veste est un bijou, et votre meilleure amie pour

les randonnées automnales.

195 € ; smartwool.com

BLACKYAK NIATA

Si vous rêvez de haute montagne, vous savez que

le froid, le vent, le soleil et le manque d’oxygène y

rendent la vie difficile. La doudoune Niata ne protège

pas de l’hypoxie, mais elle améliore votre

confort grâce à sa coupe bien ajustée, ses inserts

extensibles au dos et sa capuche élastique qui

s’ajuste d’elle-même et vous évite toute prise de

tête avec les cordons de serrage. C’est la meilleure

sur le marché en ce moment.

À partir de 190 € ; blackyak.com

BIG AGNES CHILTON/TIAGO

En anglais, l’acronyme KISS signifie “Keep it

Simple, Stupid” et nous le trouvons adapté

concernant la conception de ces vêtements.

Cette veste bouffante, remplie d’un hydrofuge

à 700, ne paie pas de mine, mais sort du lot grâce

à son design destiné aux athlètes de montagne.

Sa coupe plus longue et ample améliore le

confort, et les astucieux trous de pouce gardent

les mains et les articulations au chaud. Le tout

pour un poids de moins de 370 g.

160 € ; bigagnes.com

DYNAFIT FT INSULATION

Son rapport chaleur/légèreté en fait la veste la

plus chaude qui existe. On le doit à l’utilisation

du Primaloft Gold (isolant synthétique à base

de matières recyclées) tissé avec de l’Aerogel,

un isolant puissant développé à l’origine par la

NASA pour l’espace et composé à 95% d’air,

ce qui en fait le plus léger des matériaux solides.

Cette barrière thermique bloque la chaleur et

le froid pour une taille minimaliste.

290 € ; dynafit.com

THE RED BULLETIN 91


BLACK DIAMOND BOUNDARY

LINE MAPPED

Dotée d’une « thermorégulation intelligente », la

Boundary Line possède une membrane intérieure en

laine Lavalan (laine ouatée très fine destinée à la

thermorégulation). Elle est adaptée au ski alpin, de

randonnée ou de fond et aux remontées mécaniques

par jours de grand froid. Sa capuche imperméable et

respirante BD Dry Shell compatible avec le casque de

ski complètent le tout. Poids : 992 g, pas léger mais

robuste. 354 €; blackdiamondequipment.com


G U I D E

FACE AUX ÉLÉMENTS

MARMOT ROM

En montagne, le vent est souvent plus violent

que la pluie et si les précipitations peuvent l’être

aussi, elles restent plus prévisibles et plus brèves,

contrairement au vent incessant et glaçant.

La Marmot ROM vous aidera à triompher des

éléments et des sommets que vous gravirez. Ce

coupe-vent en tissus Gore Windstopper et softshell,

plus respirant dans les zones à haute température,

n’est pas totalement imperméable mais

résiste aux pluies modérées. 190 € ; marmot.com

THE NORTH FACE

FUTURELIGHT FLIGHT

Inventé en 1969, le Goretex a révolutionné

l’équipement outdoor. Depuis son invention,

c’est la course au meilleur tissu respirant et

imperméable, car elle garde les aventuriers au

sec en limitant la transpiration. The North Face

lance une nouvelle charge avec son Futurelight,

un polyuréthane nanofilé qui, selon les tests

en labo, est deux fois plus respirant que son

meilleur concurrent. 330 € ; thenorthface.com

Cette veste

technique est

adaptée à de

nombreuses

situations.

PATAGONIA ASCENSIONIST

Dès cet automne, Patagonia fabriquera toutes

ses tissus avec des matériaux recyclés dans des

usines certifiées équitables. L’objectif est la réduction

de l’empreinte carbone et le respect des

employés. 62 produits sont concernés. La star du

lot est la nouvelle Descensionist, une veste de

370 g ultra-respirante et étanche, à trois couches

Goretex Active. Elle est étonnamment douce et

parfaite pour se déplacer agilement en montagne.

480 € ; patagonia.com

FILSON NEOSHELL RELIANCE

Envie d’Alaska, de randonnée, de pêche, de

chasse, de spéléologie, de rafting ou d’une méga

expédition ? Cette armure imperméable et

respirante triple couches est ce qu’il vous faut.

Une sensation d’invincibilité agrémentée d’un

stretch dans les quatre sens et sa doublure

intérieure duveteuse boostent la chaleur et

le confort. Une veste technique tout terrain.

495 € ; filson.com

THE RED BULLETIN 93


Imperméable et

respirante, elle

est proposée

pour elle et lui.

CANADA GOOSE NOMAD/NOMAD

HYBRIDGE SYSTEM

Rares sont les marques qui parviennent

à séduire deux clientèles si antagonistes :

Canada Goose est aussi populaire auprès

des chercheurs du pôle Sud que de la jeunesse

dorée urbaine. Et pour cause : ses créations

tiennent leurs promesses de durabilité

et de confort. Imperméable, respirante,

et résolument élégante, elle est proposée

pour elle et lui. 725 € ; canadagoose.com


G U I D E

L’ÉLÉGANCE EN PRIME

PONCHO PRANA COZY UP

Composé de chanvre, de polyester recyclé et

de fibre Lyocell (dérivée de la pulpe de bois),

ce poncho n’est clairement pas prévu pour un

trail ou l’Everest, ni même pour une balade par

temps humide. En revanche, sous des latitudes

plus clémentes, en mode chill sous un patio,

il fera parfaitement l’affaire. Car ici, il est

avant tout question de détente.

88 € ; prana.com

SALEWA FANES SARNER LIGHT

Les vrais montagnards préfèrent souvent les

vêtements au style noble et intemporel. Un simple

chandail de laine évoquera pour eux les équipées

vers les sommets, avec leurs lots de récits. La

laine polaire Fanes Sarner Light revisite ce classique.

Fabriquée en Italie, cette polaire est idéale

pour le farniente comme pour un apéro dans la

fraîcheur alpine qui rappelle que la vie a encore

beaucoup à offrir.

230 € ; salewa.com

NORRONA OSLO

La ligne Oslo de cette marque norvégienne est

aussi discrète que sophistiquée, avec un profil

technique adapté aux longues virées sous un

climat rigoureux. Elle se décline pour tous les

goûts : des trenchs imperméables aux manteaux

amples, mais notre préféré (malgré son nom) est

cette « shacket », une veste-chemise. Sa doublure

extérieure en Pertex soyeux résiste aux intempéries,

et le Primaloft assure l’isolation.

199 € ; norrona.com

GOLDWIN N-3B

Connue des initiés, cette marque japonaise

cultive pourtant une riche tradition pour

le ski. Fournisseur de l’équipe nationale

suédoise à la fin des années 1980, Goldwin

est encore aujourd’hui une marque technique

au style fun et original. La N-3b utilise le

duvet Kodenshi (utilisé uniquement par

Goldwin et The North Face Purple Label),

un mélange de duvet et de viscose plus performant

pour la rétention de la chaleur corporelle.

797 € ; usshop.goldwin-sports.com

TNF 1995 RETRO DENALI

Ceux qui ont connu les années 90 en avaient une

à la fac et se souviennent de la photo d’Alex Lowe

la portant sur un pic himalayen. Pour les plus

jeunes, c’est une découverte. Quoi qu’il en soit,

la polaire la plus célèbre du monde est rééditée

en style rétro, un hommage aux alpinistes d’alors,

comme Todd Skinner et Paul Piana effectuant

leur première ascension en libre du Salathé Wall

à Yosemite par exemple. Respect !

176 € ; thenorthface.com

THE RED BULLETIN 95


THE RED

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est actuellement

distribué dans sept

pays. Vous voyez ici la

couverture de l'édition

anglaise, dédiée aux

talents du Red Bull

Music Festival.

Le plein d’histoires

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96 THE RED BULLETIN


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Pour finir en beauté

Pluie d’ovnis sur Lyon

Le 30 juin, sur la darse de Confluence, 15 000 spectateurs ont bravé la canicule (40 °C)

pour l’incroyable Red Bull Jour d’Envol. Comme la Ch’tite Équipe (photo), c’est depuis

une plateforme de 6 mètres de haut que se sont élancés les 36 engins « volants »

(aubergine, bobsleigh rasta, ring de MMA...) pour planer le plus loiiin possible.

Le prochain

THE RED BULLETIN

n° 92 disponible

dès le 19 sept.

2019

ALEX VOYER/RED BULL CONTENT POOL

98 THE RED BULLETIN


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

7 SEPTEMBRE

MARSEILLE

BILLETS EN VENTE MAINTENANT !

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