Babel Art Septembre-Octobre
Le Babel-Art, la revue créée par des artistes pour des artistes
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Page 2 <strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> 2019<br />
<strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong><br />
Bimestriel orienté <strong>Art</strong> & Culture<br />
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21, Chaussée de Charleroi<br />
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Les Chroniqueurs<br />
Ziska Larouge est bruxelloise, graphiste de formation. Son premier roman Le plus important (Basson éd. ; 2015) est salué par<br />
une double mention (Prix de la critique et Prix Marc Galabru) au Salon International du Livre de Mazamet (Fr). Elle publie<br />
ensuite Au Diable ! (Weyrich éd., nouvelles, 2017) ; Les Chaises musicales (Weyrich éd., roman, 2018) ; Le goût de tuer<br />
(Lamiroy éd./coll. Opuscule, nouvelle, 2018) ; Les chaises roulantes (Acordacrolivres éd./coll. Livre au carré, nouvelle, 2019) ;<br />
Hôtel Paerels (Weyrich éd., roman, 2019) et La grande fugue (Weyrich éd./coll. Noir Corbeau, roman, 2019).<br />
Elle enregistre actuellement ses nouvelles, soutenue par les compositions originales de Ket Hagaha, qui crée également les musiques<br />
de ses chansons, en lien avec ses romans. L’affaire Octavia Effe, son cinquième roman, est à paraître.<br />
Plus d’infos : ziskalarouge.wixsite.com/ziska - Photo Stan <strong>Art</strong>e Vizion<br />
Geoffroy Herens, Journaliste et Chroniqueur reconnu, il est avant toutes choses un homme discret Les artistes lui doivent de<br />
nombreux articles parus dans des quotidiens belges de renom.<br />
Gérard Glatt, ou Le besoin d'écrire. Dès l'âge de sept ans, il écrit son premier poème. Depuis lors, ses plus fidèles compagnons<br />
demeurent : le papier sous toutes ses formes, ainsi que le stylo, à encre ou à bille, et bientôt le clavier de son ordinateur. En<br />
1977, il publie son premier roman, Holçarté, chez Calmann-Lévy. Viennent ensuite, et entre autres, notamment publiés aux<br />
Presses de la Cité : Retour à Belle Etoile, qui reçoit le prix www.salondulivre.net 2017, Les Sœurs Ferrandon, récompensé lors<br />
du Concours littéraire international de Servon-sur- Vilaine 2017, Le Destin de Louise. En 2019, il publie L'Enfant des Soldanelles,<br />
toujours aux Presses de la Cité, ainsi qu'un recueil de poèmes Nostalgie 89, aux Editions du Cygne. Lorsque le temps lui<br />
reste, cela depuis plus de quarante ans, il chronique ses coups de cœur<br />
dans la Revue Littéraire Europe.<br />
Patricia Fontaine, psychologue, spécialisée en gérontologie elle publie chez Académia Louvain la Neuve) deux romans.<br />
« Cape Verte » couronné par le prix roman et « Pile & Face » couronné par le prix coup de cœur au Salon International du<br />
livre de Mazamet. Ses écrits sont salués dans toute la Francophonie. Et même au-delà.<br />
Dominique Iwan, parallèlement à une vie professionnelle tournée vers le monde des matériaux polymères et un bref passage<br />
dans la sphère publicitaire en qualité de maquettiste, voit sa vie a été guidée par deux passions, l'écriture et la sculpture.<br />
Elle collabore au site www.francenetinfos.com depuis près de 4 ans, particulièrement dans le domaine littéraire.
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Philippe De Riemaecker, Chroniqueur littéraire, rédige de nombreux articles publiés dans différentes revues Belges et Françaises.<br />
Animateur radio/télévision, il présente la littérature en provenance de toute la francophonie.<br />
Son premier roman "Quand les singes se prennent pour des dieux" reçoit en 2014 le prix "Roman" de la ville de Mazamet. "Tant<br />
de silences" est salué sur la scène internationale. - Photo HDlight Photography<br />
Notre Graphiste<br />
José Mangano est en grande partie autodidacte et pourtant! Italien, il est venu en Belgique il y a une trentaine<br />
d'année. Jeune adulte, il suit quelques cours de peinture et sculpture sur bois à l’Académie en cour du soir.<br />
Graphiste de profession, il travail au sein d'un organisme humanitaire.<br />
Poète, écrivain, marionnettiste et... clown. En compagnie de quelques amis, il crée une école de clown pour<br />
enfant et en est actuellement, le président.<br />
José Mangano est le créateur de notre logo et est le créateur de nos premiers de couverture.<br />
Rejoindre Bel-ArTitude c’est faire un geste pour l’environnement.<br />
Pour chaque nouveau membre qui nous rejoint, Bel-<strong>Art</strong>itude s’engage à planter un<br />
arbre.<br />
Pour 1 euro par mois, aidez-nous à progresser.<br />
Photo : Bessi—pixabay
Thierry Erhart<br />
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Une chronique de<br />
Dominique Iwan<br />
Marie-Hélène Fasquel<br />
l’enseignante qui soulève des montagnes<br />
L<br />
e plaisir de découvrir « LE FEU SECRET », un roman approchant l’Alchimie<br />
écrit à quatre mains par Marie-Hélène Fasquel et Gabriel<br />
Erhart, aux Editions Nouvelle Bibliothèque, m’a poussé à la contacter. S’en<br />
est suivi un échange rafraichissant et généreux qui a eu pour conséquence la<br />
révélation d’un précédent livre, paru en 2017 aux Éditions François Bourin :<br />
« L’ÉLÈVE AU COEUR DE SA RÉUSSITE » - mon aventure d’enseignante.<br />
M<br />
a r i e -<br />
H é l è n e<br />
est une<br />
f e m m e<br />
comme on en rencontre<br />
peu. Impliquée, passionnée,<br />
engagée, elle vient du<br />
reste d’être élevée par le<br />
Premier Ministre Français,<br />
Édouard Philippe, au rang<br />
de Chevalier de l'Ordre<br />
National du Mérite, en<br />
hommage à l'ensemble de<br />
sa carrière d'Enseignante.<br />
P<br />
rofesseure de Littérature<br />
en section<br />
internationale du lycée<br />
Nelson Mandela de<br />
Nantes, Marie-Hélène<br />
Fasquel fut lauréate à<br />
plusieurs prix de l'innovation<br />
(en matière de<br />
pédagogie et d'enseignement)<br />
ainsi qu'un prix<br />
national à l'UNESCO. En<br />
2017, elle figure parmi<br />
les cinquante enseignants<br />
sélectionnés, sur plus de<br />
22.000 participants en<br />
provenance de 179 pays,<br />
pour les finales du prix<br />
Global Teacher. Ce prix<br />
d'un montant d'un million<br />
de dollars récompense<br />
l'innovation pédagogique.<br />
C’est donc convaincue de<br />
ce brillant parcours que<br />
j’ai commencé à lire<br />
« L’élève au cœur de sa<br />
réussite » :<br />
Le temps des études,<br />
son enfance à la ferme,<br />
désireuse plus que tout<br />
d’apprendre dans ce<br />
respect de l’école et de<br />
ses parents qui force<br />
l’admiration (…) il fallait<br />
que j’apprenne et que je<br />
travaille<br />
dur. (...) Le<br />
travail ne me faisait pas<br />
peur (…) au contraire<br />
j’aime travailler, et encore<br />
citant un ancien<br />
président de la République<br />
« ce n'est pas le<br />
travail qui fatigue,<br />
c'est l'ennui »<br />
Voilà !<br />
posé.<br />
Le décor est<br />
D<br />
e son premier<br />
poste d’enseignante<br />
déjà confrontée<br />
à un défi énorme<br />
« motiver ceux qui ne le<br />
sont pas sans sacrifier<br />
ceux qui le sont », on<br />
retiendra sa découverte<br />
des "International<br />
Language Holidays" et<br />
son départ vers Colchester,<br />
petite ville<br />
située sur la Colne dans<br />
le comté d'Essexue de<br />
nombreuses idées innovantes,<br />
testant en classe<br />
le podcasting, l'analyse<br />
de films, tels que,<br />
par exemple : Brazil de<br />
Terry Gilliam.<br />
Quelques années plus<br />
tard, chargée d’une<br />
classe de seconde dans
Page<br />
Année<br />
5<br />
1, n° 1<br />
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Page 5<br />
le nord de la France, ,<br />
classe qui d’après ses<br />
propre termes est le<br />
résultat du « déterminisme<br />
social », l’auteure<br />
va tenter de mettre<br />
en place le concept de<br />
« la classe inversée »<br />
inventé en 1990 par<br />
Éric Mazur. Elle partage<br />
avec les collèges<br />
de 16 établissements<br />
répartis dans 8 pays,<br />
des vidéos enregistrées<br />
dans sa classe. Ses élèves<br />
sont ravis, grâce à<br />
ce concept, ils vont pouvoir<br />
travailler en classe<br />
et en dehors de l’environnement<br />
scolaire. Ils<br />
pourront également<br />
partager avec leurs<br />
amis, dialoguer, s’intéresser<br />
aux autres.<br />
C’est une réussite.<br />
L’auteure cultive ses<br />
relations internationales,<br />
se prend au jeu du<br />
eTwinning dont elle deviendra<br />
l’Ambassadrice<br />
et se lance dans le projet<br />
Comenius. Les élèves<br />
commencent à voyager, à<br />
échanger, c’est un succès.<br />
Marie-Hélène se déplace<br />
énormément « J’aime<br />
être ailleurs. Et c’est<br />
pour mieux revenir. Enrichie<br />
».<br />
Beaucoup de rencontres,<br />
de nouvelles amitiés … et<br />
la Technologie « qui ne<br />
doit pas nous asservir,<br />
mais seulement nous servir<br />
».<br />
Du lycée Nelson Mandela<br />
de Nantes à Dubaï, faisant<br />
suite à sa reconnaissance<br />
par le Global Teacher<br />
Prize, elle est invitée<br />
sur les plateaux télé<br />
et studios de radio.<br />
Malgré cette reconnaissance<br />
tant médiatique<br />
que par les plus hautes<br />
instances Françaises,<br />
Marie-Hélène Fasquel<br />
poursuit son aventure<br />
d’enseignante plaçant<br />
en priorité la réussite<br />
de ses élèves qui grâce<br />
à ses idées novatrices<br />
(rédaction de magazines<br />
en ligne, utilisation<br />
de Skype entre<br />
élèves et écrivains, etc)<br />
peuvent enfin prendre<br />
du plaisir à l’étude de<br />
l’anglais.<br />
Quel beau livre, quelle<br />
énergie et quelles leçons<br />
de simplicité et<br />
d’optimisme nous sont<br />
données par cette femme<br />
que j’imagine comblée<br />
et dans sa vie de<br />
femme et dans son itinéraire<br />
d’enseignante.<br />
Thierry Erhart<br />
« Quel beau<br />
livre, quelle<br />
énergie et quelles<br />
leçons de<br />
simplicité et<br />
d’optimisme »<br />
Ouvrages<br />
- Entrainement et auto-évaluation: Compréhension et expression écrites, Niveau intermédiaire<br />
B1-B2, 2011<br />
- LV1 - LV2 - LV3 Toutes séries: Spécial vocabulaire, 2012<br />
- Make It Pro: anglais BTS tertiaires et industriels 1re et 2e année éd. 2015 - Manuel de l’élève,<br />
avec Joël Cascade, Ketty Chopin, Erwan Gouraud, Annie Gwynn et Anne-Laure Kieffer<br />
- L'élève au cœur de sa réussite. Mon aventure d'enseignante. Editions François Bourin, 2017,<br />
(ISBN 9791025203507)<br />
- La musique adoucit les moeurs, Marie-Hélène Fasquel et Gabriel Erhart. Editeur AFNIL, 2017<br />
(ISBN : 2900608031)<br />
- Le feu secret, Marie-Hélène Fasquel et Gabriel Erhart. Editions Nouvelle Bibliothèque,2019<br />
(ISBN : 2490288318)
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Une chronique de<br />
Sabine Dormond<br />
Des jours meilleurs,<br />
Marie Houriet<br />
n connait les valeurs des soixante-huitards et leur vision de cette époque.<br />
On sait moins comment la génération de leurs enfants a vécu cette<br />
O<br />
grande utopie. Ce que cela représente que de grandir sans cadre, dans une<br />
microsociété où il est interdit d’interdire et où les adultes représentent tout<br />
sauf l’autorité. Ou, comme le dit si joliment l’auteure, « ce festival d’insoumissions<br />
qui m’a servi d’enfance ».<br />
L<br />
e roman de Marie<br />
Houriet, paru aux<br />
éditions de l'Aire sous<br />
le titre « Des jours<br />
meilleurs », met en scène<br />
un îlot d'irréductibles<br />
qui vivent en squatters<br />
dans un quartier<br />
de Genève, à la jonction<br />
de l'Arve et du Rhône.<br />
Des adultes idéalistes,<br />
rêveurs, inconscients.<br />
Des enfants livrés à<br />
eux-mêmes, accablés de<br />
responsabilités, marginalisés.<br />
Et une flamme<br />
qui se transmet malgré<br />
tout d'une génération à<br />
l'autre, au propre comme<br />
au figuré, puisque<br />
l'aventure et la meilleu-<br />
re partie du livre<br />
s'achèvent dans un incendie<br />
qui aura pour<br />
conséquence de disperser<br />
la communauté de<br />
hippies.<br />
U ne génération<br />
plus tard, c’est le<br />
rêve américain qui<br />
prend l’eau, quand la<br />
crise des subprimes<br />
met des milliers de familles<br />
à la rue. Un enfant<br />
de la communauté<br />
hippie, devenu agent<br />
immobilier, tisse le lien<br />
entre ces deux événements.<br />
Son activité<br />
consiste à octroyer des<br />
prêts à risque à des représentants<br />
de la classe<br />
moyenne inférieure<br />
pour leur permettre<br />
d’accéder à la propriété.<br />
Lorsque la bulle immobilière<br />
éclate, il prend<br />
conscience des répercussions<br />
concrètes de<br />
cette spéculation pour<br />
les principaux intéressés,<br />
avec d’autant plus<br />
de violence qu’il est<br />
tombé amoureux d’une<br />
de ses clientes. Il n’en<br />
faut pas davantage pour<br />
réveiller l’esprit rebelle<br />
d’une génération qui l’a<br />
tété dès le biberon.<br />
La riposte s’organise<br />
autour d’une idée à la<br />
fois énorme et dérisoire<br />
qui fonctionne envers<br />
et contre toute probabilité,<br />
grâce à la détermination<br />
des protagonistes.<br />
Mais aussi grâce<br />
à la prodigieuse faculté<br />
de nos contemporains à<br />
ne s’étonner de rien.<br />
C’est qu’à force de vouloir<br />
repousser sans<br />
cesse les limites de<br />
la provocation, l’art<br />
moderne nous a si<br />
bien habitués à toutes<br />
les excentricités<br />
que plus rien ne<br />
nous fait réagir. Ce<br />
qui amène Marie<br />
Houriet à se demander,<br />
par le truchement<br />
d’un de ses<br />
personnages :<br />
« était comme ça<br />
chez les SS ? À s’étonner<br />
de devoir<br />
entasser du bétail<br />
humain dans les wagons,<br />
Comment qu’ils<br />
feront là-bas, avec<br />
le nombre qu’on en a<br />
mis, la porte restera<br />
bloquée... »
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Une chronique de<br />
Patricia Fontaine<br />
L’ORGUE…<br />
UN SYNTHÉTISEUR AVANT L’HEURE !<br />
Rencontre d’une passion et de passionnés<br />
Pour moi, l’orgue représente un objet mystérieux perché haut dans les sommets<br />
d’une église et donc inaccessible. Depuis toujours, le timbre de l’orgue<br />
et le chant qu’il dégage à travers des œuvres grandioses de compositeurs<br />
d’exception provoquent en moi des frissons et des émotions à en avoir les larmes<br />
aux yeux. Ces six derniers mois, j’ai écouté ma curiosité et mon envie de<br />
percer le mystère de cet instrument et je voudrais vous entraîner à la rencontre<br />
de Didier Merelle, 55 ans, se décrivant comme un musicien amateur<br />
qui pratique l’orgue avec passion. Dans le prochain numéro, je vous inviterai à<br />
franchir les portes de la manufacture d’orgues Thomas localisée à Stavelot<br />
en Belgique,.<br />
Première partie : Avec Didier Merelle.<br />
L’enfance d’un coup de cœur.<br />
Didier, d’où vient ta<br />
passion pour l’orgue ?<br />
Aussi loin que je m’en<br />
souvienne, dès la petite<br />
enfance, mon oreille a<br />
été attirée par l’orgue<br />
alors que je me rendais<br />
à la messe avec mes<br />
parents et ma grandmère.<br />
L’orgue a toujours<br />
fait partie de mon<br />
univers sonore.<br />
Mon premier réel coup<br />
de cœur pour un orgue<br />
a eu lieu à Blankenberge<br />
à l'Église Saint-Roch,<br />
durant des vacances à<br />
la mer du Nord. Cet<br />
orgue a révélé ma passion,<br />
par la brillance de<br />
ses timbres. Quand<br />
j'écoute un orgue aujourd'hui,<br />
j'essaye toujours<br />
de le comparer à<br />
cette sonorité. Elle est<br />
ancrée au fond de moi<br />
dans ma mémoire et je<br />
me rends compte que<br />
j'ai vraiment difficile à<br />
la retrouver, mon oreille<br />
a aussi évolué.<br />
Patricia Fontaine<br />
Quel a été ton parcours<br />
de formation<br />
après ce coup de cœur<br />
sonore ?<br />
À l’âge de 12 ans, j’ai<br />
suivi des cours particuliers<br />
de piano. À cette<br />
époque, on préconisait<br />
l’apprentissage du piano<br />
avant l’apprentissage de<br />
l’orgue. Puis j’ai tâtonné<br />
l’orgue de manière autodidacte<br />
avant d’aller<br />
suivre des cours à l’académie,<br />
tout cela accompagné<br />
bien sûr par l’étude<br />
du solfège. J’ai entamé<br />
ensuite un cursus au<br />
conservatoire de Liège.<br />
Je me suis énormément<br />
intéressé à l’histoire de<br />
la musique et de la facture<br />
d’orgue ainsi qu’à<br />
l’harmonie et à l’accompagnement<br />
de chant.<br />
J’ai beaucoup appris en<br />
regardant faire des<br />
gens compétents. Mes<br />
pensées vont d’ailleurs à<br />
Jean Verrees, l'organiste<br />
de la Cathédrale<br />
de Namur qui m'a appris<br />
tant de choses.<br />
Mes nombreuses visites<br />
d'instruments m'ont<br />
permis d'élargir mes<br />
connaissances sur les<br />
facteurs d'orgues, mais<br />
aussi sur les organistes<br />
et les compositeurs.<br />
Avec mes connaissances<br />
acquises, je peux rapidement<br />
faire un diagnostic<br />
de l’époque d’origine<br />
de l’orgue et en<br />
l’entendant déterminer<br />
si, selon moi,<br />
l’esthétique sonore<br />
est en adéquation ou<br />
pas avec le buffet,<br />
c’est-à-dire le meuble<br />
qui contient tout<br />
le matériel.<br />
Tu pratiques l’orgue<br />
aussi ?<br />
Je preste aux offices<br />
dominicaux. Je<br />
suis actuellement<br />
organiste de l’Église<br />
Saint-Victor d’Auvelais.<br />
J'assure<br />
également les funérailles<br />
dans ces paroisses,<br />
et occasionnellement<br />
en d'autres<br />
lieux où des<br />
collègues peuvent<br />
être indisponibles.<br />
J'ai également assuré<br />
quelques rares<br />
concerts dans des<br />
lieux plus éloignés<br />
et le plus souvent<br />
hors frontière.
Année Page 10 1, n° 1<br />
<strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> Page 2019 10<br />
Un objet d’art au timbre magique<br />
Parmi tes différentes<br />
visites d’orgues, quelles<br />
ont été tes rencontres<br />
les plus fascinantes<br />
?<br />
ticulières. Il est splendide<br />
pour la musique<br />
ancienne, surtout celle<br />
d’avant Jean-Sébastien<br />
Bach. Il y a Notre-<br />
Dame de Paris que j’ai<br />
visitée à plusieurs reprises.<br />
Si le grand orgue<br />
n’a pas subi de dommages<br />
pendant l’incendie<br />
du 15 avril dernier,<br />
à part la poussière, l’orgue<br />
de chœur est pour<br />
ainsi dire détruit. En<br />
Belgique, il y a également<br />
un patrimoine intéressant<br />
avec des instruments<br />
très anciens<br />
de facture francoflamande<br />
et francoliégeoise.<br />
Sans compter<br />
Le premier qui me vient<br />
à l’esprit, c’est celui de<br />
Norden dans le Nord de<br />
l’Allemagne, un superbe<br />
instrument du 17 e siècle.<br />
Il possède des sonorités<br />
tout à fait pardes<br />
instruments plus<br />
romantiques de facture<br />
plus contemporaine avec<br />
des facteurs d’orgues<br />
comme Delmotte, Thomas,<br />
Schumacher. Dans<br />
le Brabant wallon, il y a<br />
aussi un facteur d’orgues<br />
intéressant à citer,<br />
Étienne Debaisieux.<br />
Il construit des<br />
instruments à dimension<br />
plus modeste, mais destinés<br />
au retour à la musique<br />
plus ancienne. Il a<br />
également réalisé de<br />
belles restaurations.<br />
Tu parles de facteurs<br />
d’orgue, de facture…<br />
pourrais-tu nous expliquer<br />
en quelques<br />
mots ?<br />
Le facteur d’orgues<br />
c’est un artisan dans le<br />
sens le plus noble du<br />
terme. De ses mains, il<br />
fabrique l’instrument du<br />
tuyau au buffet en passant<br />
par le tirant de<br />
registre, la mécanique,<br />
la transmission électrique<br />
et mécanique. C’est<br />
un artisan polyvalent.<br />
C’est aussi l’artisan qui<br />
va permettre de sauvegarder<br />
les sons de la<br />
manière la plus authentique<br />
et c’est lui qui va<br />
effectuer les ajustements,<br />
les petites réparations<br />
nécessaires au<br />
cours de la vie d’un orgue.<br />
Il en assure la pérennité<br />
et la maintenance.<br />
Si tu devais nous tracer<br />
un parcours touristique<br />
des orgues à<br />
voir en Belgique, où<br />
nous emmènerais-tu ?<br />
(Sans être exhaustif<br />
et sans vouloir faire<br />
ombrage à ceux que tu<br />
n’évoqueras pas)<br />
La cathédrale d’Anvers.<br />
Le Bozart à<br />
Bruxelles qui est un lieu<br />
public non conventionnel<br />
où l’orgue vient d’être<br />
restauré, un orgue destiné<br />
à un répertoire<br />
symphonique plutôt profane.<br />
En vacances dans<br />
les Ardennes, il faut<br />
aller à Gedinne, à Membre<br />
sur Semois, à<br />
Bouillon, à Bastogne.<br />
Dans la province de<br />
Liège, il y a un orgue<br />
typiquement Renaissance<br />
à l’église Saint-<br />
Jacques de Liège, l’orgue<br />
de la collégiale<br />
Saint-Barthélémy à<br />
Liège qui vient d’être<br />
restauré, ainsi que l’église<br />
des Bénédictines.<br />
Dans la province du<br />
Hainaut à Châtelet, il y<br />
a un grand orgue symphonique<br />
avec des sonorités<br />
particulières issu<br />
de la manufacture Delmotte<br />
en 1943. L’orgue<br />
de la cathédrale de<br />
Tournai qui a été créé<br />
par un facteur d’orgues<br />
français du 19 e siècle.<br />
L’orgue de Sainte-<br />
Waudru à Mons quant à<br />
lui intègre différentes<br />
strates de la facture<br />
d’orgue du 17 e siècle, en<br />
passant par la facture<br />
d’orgue du 19 e et du<br />
matériel du 20 e siècle,<br />
plus particulièrement<br />
des années 50. Il y a<br />
eu de la récupération<br />
du matériel ancien<br />
avec l’ajout de matériel<br />
moderne. Un autre<br />
très bel orgue se trouve<br />
à Saint-Nicolas en<br />
Havré. Et pour finir le<br />
tour, dans le Brabant<br />
wallon, il y a un orgue<br />
ancien à Longueville<br />
ainsi qu’à Bossut-<br />
Gottechain qui sont<br />
dignes d’intérêt. L’informatique<br />
intègre le<br />
monde de l’orgue et<br />
constitue une avancée<br />
de notre époque.<br />
Avancée positive ou<br />
négative selon toi ?<br />
À l’aide de moyens informatiques,<br />
on peut<br />
élargir les sonorités<br />
sans avoir besoin de<br />
trois personnes autour<br />
de soi. L’informatique<br />
permet de mieux exploiter<br />
tous les atouts<br />
d’un orgue.<br />
Pour les lecteurs néophytes,<br />
tu as parlé<br />
du buffet qui est le<br />
meuble qui contient<br />
tout l’orgue, pourrais<br />
-tu nous dire en<br />
quelques mots les<br />
parties essentielles<br />
d’un orgue.<br />
Il y a le buffet, la<br />
console qui est comme<br />
une cabine de pilotage
Page 11 <strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> 2019<br />
avec toutes les commandes (claviers, pédales, boutons<br />
de registre…). C’est à partir de là que le<br />
« pilote » va décider de ce qu’il va utiliser comme<br />
sonorité, comme jeu. Le pédalier sur un orgue est<br />
un clavier à part entière et son rôle est notamment<br />
de soutenir les notes basses. Il faut savoir que le<br />
pédalier n’est pas arrivé tout de suite dans l’histoire<br />
de l’orgue qui au départ ne possédait que quelques<br />
notes, avec un, puis deux, trois… claviers et<br />
sans oublier le pédalier<br />
L’orgue au service du sacré<br />
Le monde de l’orgue<br />
est-il un monde ouvert,<br />
prêt à partager<br />
son travail ou plutôt<br />
un monde fermé ?<br />
À un moment donné, le<br />
monde de l’orgue a<br />
presque exclusivement<br />
appartenu à l’Église catholique.<br />
Cloisonné à<br />
l’Église et pas à autre<br />
chose, le grand public<br />
n’y a pas toujours accès<br />
ou pense ne pas y avoir<br />
accès. Les facteurs<br />
d’orgues sont disposés à<br />
montrer leur travail et<br />
à expliquer leur fonctionnement.<br />
C’est donc une invitation<br />
à aller à leur rencontre<br />
et à ouvrir les<br />
portes des églises. Tu<br />
me confiais que selon<br />
toi, il fallait redonner<br />
à l’orgue « sa place<br />
plus liturgique ». Que<br />
veux-tu dire ?<br />
On a intégré dans les<br />
célébrations liturgiques<br />
des instruments plus<br />
modernes, comme la<br />
guitare, la flûte, la batterie…<br />
mais pour moi, et<br />
ce n’est pas un recul<br />
dans l’histoire, il faut<br />
conserver l’aspect plus<br />
sacré d’une célébration<br />
et l’orgue a un rôle plus<br />
que décoratif à jouer à<br />
ce niveau-là. L’orgue à<br />
un rôle qui amène à la<br />
méditation, à la prière,<br />
à l’exultation. Il est un<br />
moyen d’expression de<br />
la prière, de la louange<br />
et donc il a un rôle liturgique.<br />
En même<br />
temps, l’église, en s’appropriant<br />
l’orgue comme<br />
instrument d’accompagnement<br />
de la liturgie,<br />
empêche parfois un développement<br />
plus culturel.<br />
J’ai déjà évoqué la<br />
salle Bozart, il y a aussi<br />
la salle philharmonique<br />
du conservatoire de<br />
Liège. Au Japon, dans<br />
les pays asiatiques, l’orgue<br />
fleurit un peu partout<br />
dans les salles de<br />
concert, il s’ouvre au<br />
grand public dans un<br />
répertoire symphonique<br />
plus adapté. On sort du<br />
sacré et c’est très bien<br />
aussi, c’est la deuxième<br />
figure de l’orgue.<br />
C’est très subjectif,<br />
Salle philharmonique de Liège<br />
orgue Schyven<br />
mais pour toi quels<br />
sont les plus grands<br />
compositeurs d’orgue<br />
ou ceux qui te touchent<br />
le plus ?<br />
Le plus connu c’est Jean<br />
-Sébastien Bach évidemment,<br />
après cela il y<br />
a des compositeurs qui<br />
au travers des époques<br />
ont marqué leur temps.<br />
Au 20 e siècle, je pense<br />
à Olivier Messian. Et<br />
dans des périodes plus<br />
intermédiaires Marcel<br />
Dupré, Alexandre Guilmant,<br />
Charles-Marie<br />
Widor qui sont des<br />
compositeurs romantiques<br />
symphoniques. Ils<br />
ont des homologues en<br />
Allemagne comme<br />
Brahms, Mendelssohn,<br />
Schuman, Reger…<br />
Ces auteurs composaient<br />
plus pour l’Église<br />
ou plus pour une<br />
dimension culturelle ?<br />
Bach est un compositeur<br />
de musique liturgique,<br />
sacrée. Il a aussi<br />
composé des pièces<br />
vraiment très techniques<br />
pour l’apprentissage<br />
de l’instrument en lui<br />
-même. Compte-tenu de<br />
la profondeur de sa<br />
croyance, dans les pièces<br />
techniques ou virtuoses<br />
il y avait aussi la<br />
présence d’un sens sacré,<br />
une représentation<br />
qui pouvait être biblique.<br />
Pour les compositeurs<br />
plus symphoniques,<br />
cela dit bien ce<br />
que cela veut dire, on<br />
comparait l’orgue à un<br />
orchestre. Et donc là on<br />
pouvait très librement,<br />
je pense, sortir du<br />
contexte religieux.<br />
On appelle parfois l’orgue<br />
le roi des instruments,<br />
même s’il y a<br />
d’autres très beaux instruments<br />
et j’ai entendu<br />
dire aussi que l’orgue<br />
était le plus grand des<br />
synthétiseurs, avant<br />
l’heure.
Année Page 12 1, n° 1<br />
<strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> Page 2019 12<br />
Un patrimoine à préserver<br />
De ce que je connais de toi, tu es à l’affût,<br />
depuis des années, de « petits orgues » qui<br />
sont menacés par les destructions massives<br />
des lieux où ils sont, par une non-prise de<br />
conscience des soins qu’ils nécessitent ou par<br />
l’abandon de leur intérêt. Tu te positionnes<br />
comme « le défenseur de ces orgues en périls<br />
» ?<br />
Parfois, le défenseur des causes perdues.<br />
Dans certaines paroisses où j’effectue occasionnellement<br />
des remplacements, je découvre parfois<br />
des instruments sortis des oubliettes. Ils<br />
sont déclarés dans un état catastrophique.<br />
Néanmoins, on a tous les éléments qui caractérisent<br />
l’instrument, tout le matériel d’origine pour<br />
réaliser un travail de restauration respectueux<br />
de ses origines. À une époque aussi, et c’est encore<br />
le cas parfois aujourd’hui, on passait son<br />
temps à transformer l’instrument pour le mettre<br />
au goût du jour. Les claviers, les tuyaux étaient<br />
retravaillés sans tenir compte du contexte historique<br />
ou alors simplement jetés à la benne. Or<br />
chaque tuyau est quelque part une œuvre d’art<br />
dans la mesure où il nécessite des heures de<br />
travail. Les sacrifier au container, pour moi c’est<br />
un acte de vandalisme au plus haut point.<br />
Peux-tu évoquer l’un ou l’autre de tes sauvetages<br />
dont tu es le plus fier ?<br />
Plutôt un exemple récent. J’ai été sollicité pour<br />
assurer la messe des funérailles de la maman d’une<br />
amie. Je suis tombé sur un orgue « rouillé »,<br />
non utilisé depuis le décès, il y a plusieurs années,<br />
de l’organiste attitré. Le curé voulait honorer le<br />
souhait de la famille endeuillée et moyennant<br />
quelques réparations, les défauts et les pannes<br />
de l’orgue, une célébration protocolaire et patriotique<br />
a pu être célébrée. Depuis, avec l’accord<br />
des affectataires, un budget a été remis à l’ordre<br />
du jour afin de réhabiliter l’orgue. C’est un<br />
petit orgue romantique qui participe au patrimoine<br />
contemporain. Il pourrait aussi servir comme<br />
instrument d’apprentissage, et comme pour toi<br />
susciter peut-être un coup de foudre et ouvrir à<br />
une passion…<br />
De l’opus à l’opus<br />
Et puis, tu viens de réaliser un de tes rêves ?<br />
C’est le rêve de tout passionné. C’est sans doute<br />
un caprice, mais j’ai voulu me faire le plaisir d’installer<br />
un petit orgue à tuyaux dans ma maison.<br />
J’ai eu la chance d’un coup de poker et d’un coup<br />
de foudre. Je l’ai appelé« Nonorgue » et il a été<br />
conçu en 1991-1992 par la maison Hofbauer à<br />
Göttingen. C’est un orgue conçu pour le privé, ce<br />
qui requiert certaines caractéristiques dans la<br />
douceur des timbres et dans la pression à donner<br />
au vent qui l’alimente. Il ne s’agit pas de briser<br />
les vitres ni de créer des conflits de voisinages.<br />
Entre de bonnes mains, il aura une belle et longue<br />
vie, ce qui était le souhait premier du vendeur.<br />
Didier m’a permis d’assister à l’arrivée de « Nonorgue ». Je vous épargnerai toutes mes interrogations et<br />
mes représentations les plus farfelues quant à comment les pièces, les tuyaux… allaient arriver à destination.<br />
Le buffet et « le poste de commande » sont arrivés montés et dans le hall de la maison j’ai<br />
découvert un empilement de caisses en bois où j’avais plus l’impression d’être face à des caisses d’obus<br />
ou de missiles, qu’à un puzzle d’orgue. Jean-Sébastien Thomas (Fils du patron de la manufacture<br />
Thomas) et Hugo Pillevesse, son collaborateur, se sont mis à assembler pièce après pièce, avec une<br />
précision d’orfèvre, les composants de l’orgue. Après à peine une paire d’heures, d’une touche sur le clavier,<br />
ils ont fait vibrer le premier son d’un tuyau en bois, un son rond, doux, chaud… En écrivant cette<br />
interview, mon émotion est intacte, le son résonne toujours dans ma tête. C’est ce jour-là que le rendezvous<br />
a été pris pour la visite guidée à laquelle je vous invite dans le prochain numéro du <strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong>.
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L’instant poésie<br />
De Gérard Glatt<br />
F<br />
rançois Cheng est né en 1929, à Nanchang, en Chine. Son œuvre<br />
est abondante et complexe. Comment ne pas se souvenir<br />
de ce très beau roman, Le dit de Tianyi, publié chez Albin<br />
Michel, qui lui valut le prix Femina, en 1998 ? Aujourd’hui, je<br />
ne retiendrai que son œuvre poétique et citerai notamment<br />
Qui dira notre nuit et Le long d’un amour, recueils parus chez Arfuyen,<br />
en 2001 et 2003.<br />
François Cheng a reçu le Grand Prix de la francophonie en 2001. Il a<br />
été élu à l’Académie française en 2002.<br />
Entre équinoxe et solstice, la sève<br />
Montante a bu glaçons et brandons.<br />
Au sommet, elle s’offre sans réserve<br />
Au foudroiement, à la floraison.<br />
*<br />
Tenir bon. Jusqu’à l’écœurement,<br />
Jusqu’au retournement, chaire broyée,<br />
Os rompus, chute dans le Rien, seul à même<br />
De réinventer le Tout. Tenir bon.<br />
Quatrains extraits de : Enfin le royaume, édition revue et augmentée<br />
Collection Poésie, Gallimard (2019) – 215 pages – 7,40 euros – ISBN 978207834288.
Page 14 <strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> 2019<br />
U<br />
n Salon Littéraire à saluer par l’originalité d’une idée mise en place par Alexandre DAMBRINE, Manager<br />
Commerce du centre commercial Auchan Bretigny. Belle initiative attirant un peu moins de<br />
cent auteurs qui se partageront la galerie marchande, et ce, sur une période répartie sur deux jours.<br />
L’idée est audacieuse, novatrice et mérite d’être saluée puisqu’elle permet aux artistes présents de rencontrer<br />
pas moins de 13.700 visiteurs (chiffres 2018).<br />
P remier Salon<br />
organisé en<br />
2015, les motivations<br />
de l’organisateur sont<br />
basées sur une expérience<br />
professionnelle<br />
puisqu’il a préalablement<br />
œuvré en<br />
qualité de directeur<br />
de magasin pour<br />
France Loisirs pendant<br />
plus de 15 ans.<br />
Cette fonction lui fit<br />
découvrir les coulisses<br />
du Salon du Livre<br />
de Paris et la magie<br />
de l’évènement lui<br />
apparut comme une<br />
révélation. Pour le<br />
premier salon, 28 auteurs<br />
avaient répondu<br />
à l’appel, pas mal si<br />
l’on considère que<br />
l’évènement fut organisé<br />
en à peine deux<br />
mois, sans aucune logistique,<br />
si ce n'est<br />
une petite équipe possédant<br />
le secret de<br />
toutes les réussites :<br />
"prendre du plaisir à<br />
en donner".<br />
A<br />
moureux de son<br />
travail, Alexandre<br />
DAMBRINE déborde<br />
d’énergie en invitant<br />
régulièrement<br />
les auteurs à rencontrer<br />
le public qui<br />
fréquente ce haut lieu<br />
commercial. Il met en<br />
place une relation privilégiée<br />
grâce à laquelle<br />
tout le monde y<br />
trouve son compte.<br />
Les clients profitent<br />
de la présence de l’auteur<br />
pour une rencontre<br />
gratifiante<br />
(puisque personnalisée)<br />
et l’auteur ainsi que<br />
son éditeur profitent<br />
d’une vitrine d’exception.<br />
insi, grâce à ce<br />
A genre d’initiative,<br />
la grande distribution<br />
joue un rôle culturel<br />
important. Il dépend<br />
bien souvent d’initiative<br />
individuelle émanant<br />
de personnalités sachant<br />
défendre un<br />
projet et d’une direction<br />
à l’écoute de la<br />
Culture. Rappelons que<br />
c e t t e m ê m e<br />
« Culture » fait vivre<br />
un nombre impressionnant<br />
d'individus. D’après<br />
l’institut national<br />
de la statistique et<br />
des études économiques<br />
(Insee), les emplois<br />
de la culture représentent<br />
3 % de ceux de l’ensemble<br />
de l’économie. Ils<br />
se caractérisent souvent<br />
par une multiplicité de<br />
postes occupés dans l’année.<br />
Le cumul des statuts<br />
de salarié et d’indépendant<br />
est également<br />
fréquent.<br />
Vous avez dit Mercantile<br />
?<br />
Oui, certes, et<br />
après ? Les artistes ne<br />
sont-ils pas à la recherche<br />
de clients éventuels<br />
?<br />
Prétendre le<br />
contraire ne serait aucunement<br />
crédible alors,<br />
espérons que l’initiative<br />
face boule de neige.<br />
Ph. De Riemaecker
Année Page 15 1, n° 1<br />
<strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> Page 2019 15<br />
Merckx, l'homme derrière le cannibale<br />
Une chronique de<br />
Geoffroy Herens<br />
Les éditions La Boîte à Pandore ont eu la bonne idée de rééditer<br />
un ouvrage rédigé par Stéphane Thirion avec Eddy<br />
Merckx. Un portrait touchant dans lequel le champion cycliste<br />
raconte ses exploits, ses échecs, sa vie privée, son enfance...<br />
'était un 21 juillet 1969. Alors que certains mettaient le pied sur<br />
C la Lune, Eddy Merckx remportait le premier de ses cinq Tours<br />
de France. Cinquante ans plus tard, à l'occasion d'un Grand Départ<br />
organisé avec faste à Bruxelles, le Cannibale a été remis à l'honneur.<br />
Aux éditions La Boîte à Pandore, on n'a pas laissé passé l'opportunité<br />
de ressortir un ouvrage paru il y a treize ans. Le champion précité<br />
passait le cap des soixantes printemps et Stéphane Thirion<br />
(journaliste bien connu des amateurs de la petite reine) l'avait accompagné<br />
dans la rédaction d'un touchant recueil de souvenirs.<br />
Les années ont passé et le contenu du livre reste pertinent pour deux<br />
grandes raisons : le fond et la forme.<br />
Au fil des pages, tout d'abord, Eddy Merckx se raconte. Il se rappelle<br />
certains de ses plus grands exploits et d'autres moins connus mais<br />
aussi les déceptions et échecs de sa carrière. Il aborde également<br />
avec l'humilité qui le caractérise et énormément de franchise ses racines,<br />
son enfance, sa vie familiale..., dévoilant ipso facto l'histoire derrière<br />
les victoires, l'homme derrière le sportif.<br />
Le tout mis en forme par la plume de Stéphane Thirion. Le spécialiste<br />
vélo du journal Le Soir a, par son style adroit et élégant, réussi à donner un écrin de choix aux souvenirs<br />
d'Eddy Merckx. C'est lui aussi qui, dans la seconde partie, a donné la parole à ses proches, qu'il s'agisse de<br />
son épouse Claudine, de ses enfants Sabrina et Axel... ou encore de ses amis Paul Van Himst et Jacky<br />
Ickx.<br />
Ces témoignages complètent, éclairent, corroborent les dires du Cannibale. Ils livrent un aperçu extérieur<br />
mais intime de la personnalité de celui qui – c'est incontestable – aura été et reste le plus grand champion<br />
cycliste de tous les temps.<br />
Eddy Merckx avec Stéphane Thirion<br />
On m'appelait le cannibale.<br />
Editions La Boîte à Pandore
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Une chronique de<br />
Philippe De Riemaecker<br />
Frédéric LYVINS<br />
L’écrivain qui sème la terreur dans les<br />
chaumières de la Francophonie…<br />
F<br />
rédéric Lyvins est un être inénarrable, un homme qui surprend par l’ambivalence<br />
du double jeu entre ses livres et la réalité. C’est un cascadeur<br />
de vie puisant son talent aux frontières de nos terreurs. Ah le privilège<br />
de l’écriture ! L’<strong>Art</strong> de transformer un être agréable (père de famille adorable<br />
et adoré), en créateur de cauchemars, modeleur de monstres, diabolique<br />
manipulateur de notre imagination. C’est perturbant de frayer dans le<br />
voisinage de l’auteur, en particulier après avoir dévoré ses œuvres (de préférence<br />
la nuit).<br />
L<br />
e premier rendez-vous me<br />
laissait à penser que je<br />
devais m’attendre à une apparition<br />
étrange, une sorte d’entité<br />
infernale, un fou peut-être dévoré<br />
par des instincts féroces,<br />
un mangeur d’âmes, un tueur en<br />
série. Mais rien n’allait étayer<br />
mes frayeurs, au contraire,<br />
l’homme qui se présenta ne ressemblait<br />
en rien à celui que mon<br />
esprit avait faussement projeté.<br />
Pas très grand, la tignasse<br />
rebelle, j’imagine que si j’avais<br />
croisé le bonhomme au détour<br />
d’un chemin, je ne lui aurais<br />
probablement pas prêté attention<br />
tant ce garçon semble timide,<br />
réservé, une sorte d’adolescent<br />
perdu dans une autre<br />
dimension. Cette impression<br />
offerte par un premier regard<br />
sera vite détrompée par quelques<br />
minutes de franche rigolade.<br />
Partager du temps avec<br />
l’auteur m’offrit l’impression<br />
que cet-artiste là fait partie<br />
de ces hommes que l’on aime<br />
rencontrer.<br />
’est en 2017 que nos destins<br />
nous ont placés face C<br />
à face au cœur de la grandmesse<br />
de la littérature francophone,<br />
Mon’s Livre. Venu pour<br />
l’occasion présenter « Le Miroir<br />
du Damné », lorsque les<br />
portes de l’évènement furent à<br />
peine entrouvertes, de nombreux<br />
fans s’élancèrent à la<br />
recherche de sa table, espérant<br />
l’apercevoir, croiser son<br />
regard et pour les plus téméraires,<br />
quémander un autographe.<br />
Oserais-je vous avouer<br />
qu’en observant ce tumulte une<br />
question se fit jour : mais qui<br />
est ce drôle de bonhomme ?<br />
Intrigué par ce début d’émeute,<br />
je me suis permis d’inviter<br />
Frédéric Lyvins pour une courte<br />
interview d’une vingtaine de<br />
minutes.<br />
N<br />
é en Belgique en 1970,<br />
Frédéric Lyvins est attiré<br />
par le fantastique dès son<br />
plus jeune âge. Il est nominé<br />
par deux fois au prestigieux<br />
prix « Masterton » dans la catégorie<br />
« Nouvelle » et depuis,<br />
le voici qui gravit l’escalier de<br />
la renommée, marche après<br />
marche, sans précipitation et<br />
s’entrainant sans relâche à<br />
vaincre le vertige qui terrasse<br />
les orgueils déplacés. C’est l’un<br />
des aspects que je respecte<br />
chez l’auteur, sa bonne humeur<br />
partagée dépourvue de l’altération<br />
provoquée par un décorum<br />
mercantile.<br />
vant d’appréhender le<br />
A style, il est peut-être<br />
nécessaire de rappeler qu’aborder<br />
le fantastique n’est pas<br />
chose aisée. Inventer une histoire<br />
qui capte l’attention sur<br />
des sujets qui débordent de la<br />
réalité, offrir une intrigue imbriquée<br />
de rebondissements,<br />
l’ensemble, soigneusement enrobé<br />
par une écriture soignée,<br />
autant dire que le travail de<br />
rédaction ne se contente pas<br />
de pondre un simple manuscrit.<br />
Je ne puis m’empêcher de pen-
Année Page 17 1, n° 1<br />
<strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> Page 2019 17<br />
ser qu’en toile de fond, un travail d’orfèvre apporte l’équilibre<br />
d’une symphonie complexe. En vérité, nous devrions conjuguer<br />
le mot écrivain au pluriel puisque « Miroir du Damné » est<br />
écrit à quatre mains grâce à la collaboration de J.B. Leblanc.<br />
E<br />
n refermant « Miroir du Damné », j’en suis arrivé à la<br />
conclusion que « Fédéric Lyvins » n’a rien à envier aux<br />
grands Maîtres du « genre », tels que, s’il faut les nommer;<br />
Stephen King, Graham Masterton. Cette comparaison est<br />
osée, elle ne résulte pas d’un élan irréfléchi, au contraire. Imaginez<br />
une ville située au cœur de la France. Une petite ville<br />
dans laquelle règne une ambiance particulière en raison de la<br />
chaleur, de l’environnement, d’un mystère qui plane au-dessus<br />
des chaumières. Imaginez que la confiance règne parmi les habitants<br />
à tel point qu’aucune porte d’entrée n’est verrouillée.<br />
Imaginez une maison, le silence, le plancher qui craque et puis.<br />
Et puis, la première page tournée, plus moyen de se détacher<br />
du livre…<br />
Je vous parlais de comparaison, je n’avais pas tort puisque<br />
Frédéric Lyvins sera salué par « Masterton » en personne.<br />
u’importe la reconnaissance, qu’importent les honneurs, seul l’avis des lecteurs compte et dans ce cas<br />
Q<br />
précis, les lecteurs se fidélisent avec une facilité déconcertante. Cependant, malgré cet engouement,<br />
j’aime me faire une idée par ma propre lecture sans que la communication ne me serve de levier. Rien à<br />
ajouter, j’ai adoré « Miroir du Damné », un coup de cœur provoqué par le hasard des rencontres, merci le<br />
destin.
Page 18 <strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> 2019<br />
Le <strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> gourmandise<br />
C<br />
’est au cœur du Brabant Wallon, situé dans la petite ville de que nous avons choisi de pousser les<br />
portes du restaurant « Le Sixième ». L’établissement facile à trouver, puisque planté au coin du<br />
seul carrefour de la ville, il étonne par l’effort déployé à sa présentation. Les propriétaires auraient pu se<br />
contenter de poser enseigne, il n’en est rien, une sobre décoration posée de chaque côté de la porte d’entrée<br />
attire les regards probablement parce que cette touche de goût invite à toutes les promesses.<br />
L<br />
a salle ne déçoit pas le<br />
client. Là encore, la sobriété<br />
est dominante relevée<br />
cependant par un décorum moderne,<br />
rien d’ostentatoire, juste<br />
les éléments placés à la bonne<br />
place dans le but d’offrir à<br />
chaque objet la possibilité de<br />
mettre en valeur une série de<br />
détails. Rien n'est contraignant<br />
pour le regard.<br />
Une pièce pratique pour le service,<br />
agréable pour le consommateur.<br />
L a carte ?<br />
Les choix sont multiples.<br />
Quatre entrées et quatre plats<br />
proposés. On déduit de cet<br />
éventail qu’ici la qualité est privilégiée<br />
à la quantité des assortiments.<br />
C’est important, trop<br />
souvent des menus débordent<br />
de tentations sans répondre à<br />
l’attente du consommateur.<br />
Surprise agréable pour cette<br />
dégustation car nous découvrons<br />
qu’en semaine on nous<br />
propose un lunch comprenant<br />
une entrée et un plat. J’avoue<br />
que cette proposition me tente,<br />
pas de lourdeur pour terminer<br />
une journée de rédaction.<br />
Le service commence, on nous<br />
annonce le contenant et la présence<br />
discrète et souriante de<br />
la serveuse n’est pas pour nous<br />
déplaire. Pas de phrasé inutile,<br />
juste la présentation des plats<br />
et le petit conseil judicieusement<br />
placé en fonction des<br />
goûts de chacun.<br />
E<br />
ntrée : l'œuf poché à la<br />
F l o r e n t i n e . . .<br />
Une entrée joliment décorée,<br />
préparée avec soin, délicieuse à<br />
souhait.<br />
Pourtant, il ne s’agit<br />
que d’un œuf ! Un œuf je vous<br />
l’accorde entouré d’une sorte<br />
de serpentin de riz soufflé. De<br />
voir cette présentation nous<br />
offre toutes les promesses.<br />
Rien à dire, la saveur est au<br />
rendez-vous, les sens subtilement<br />
aiguillonnés.<br />
Me revient<br />
le souvenir d’une interview que<br />
j’avais faite d’un « grand chef »<br />
qui m’avait confié à l’époque que<br />
pour juger une cuisine, rien<br />
n’est plus révélateur que la<br />
préparation d’un œuf.<br />
Rien à<br />
dire, le silence qui entoure la<br />
dégustation est révélateur de<br />
la concentration des convives.<br />
L<br />
e plat : le Tartare de bar<br />
aux algues, riz façon sushi.<br />
Subtil assortiment dans lequel<br />
on retrouvera une pointe d’influence<br />
asiatique. Ne vous méprenez<br />
pas sur mes propos, je<br />
vous parle d’<strong>Art</strong>, de raffiné,<br />
d’une œuvre tant pour la vue<br />
que pour le goût.<br />
Attention, une pointe de Wasabi<br />
pourrait tromper le distrait<br />
s’il venait à la confondre avec<br />
un petit pois. Encore une surprise<br />
agréable à découvrir.<br />
Nous voici rassasiés, les plats
Année Page 19 1, n° 1<br />
<strong>Babel</strong>-<strong>Art</strong> <strong>Septembre</strong> - <strong>Octobre</strong> Page 2019<br />
suffisamment garnis pour combler les plus gourmands, en gardant la légèreté nécessaire à la présentation.<br />
’offre quatre "<strong>Babel</strong>" au « Le Sixième », je les offre sans réserve puisqu’après trois visites j’ai pu<br />
J<br />
constater la constance dans la qualité des goûts et du service. - Philippe De Riemaecker<br />
Les entrées €12<br />
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Crème au wasabi et gingembre confit<br />
Poêlée d’<strong>Art</strong>ichauts, Condiment Chimichurri<br />
Condiment aux tomates séchées et citron<br />
Agrumes, Crème de sabayon et pistaches<br />
Les plats €24<br />
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Jus réduit au vin rouge, Légumes de saison, Frites fraîches<br />
Cuit à basse température, Quinoa aux légumes, Noisettes du Piémont torréfiées<br />
Polenta crémeuse, Girolles et beurre de sauge<br />
Pesto de tomates, Purée au basilic, Tomates multicolores<br />
Les desserts €9<br />
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Biscuit moëlleux chocolaté, Sorbet rhubarbe<br />
Salade de fruits frais et chantilly<br />
…Selon notre Humeur…<br />
Vodka, Sorbet citron<br />
Comme un colonel... mais champagne<br />
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