The Red Bulletin Decembre 2019 (FR)

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Sunni Brummitt connaît la réalité du breakdance

et lorsqu’il dit : « Il y a des hauts et

des bas, comme dans n’importe quel

boulot », il le pense vraiment. Assis

sur un siège grinçant du studio de

danse Centre Stage dans le quartier

de Maryland, dans l’est londonien,

il souligne que notre interview a lieu

« dans le beau bureau ». Alors que

celui d’à côté, avec le sol en béton,

fut son refuge pendant un an, il y

passait ses nuits : « Je me réveillais

en toussant tous les matins. »

Deux ans plus tôt, Sunni, enfant

prodige du breakdance, était invité à

toutes les compétitions importantes

aux quatre coins de la planète. Il

gagnait assez d’argent pour se décider

à s’installer seul à Londres.

C’était avant la crise, quand le

groupe de street-dance Diversity

remporta Britain’s Got Talent (dont

La France a un incroyable talent est

l’adaptation française) et que les

danseurs étaient très demandés.

Puis la bulle a éclaté. « J’ai traversé

plusieurs années où il a fallu

que je me décide entre être fauché et

m’entraîner ou bien ne pas être fauché

et ne pas m’entraîner, expliquet-il.

Il n’y avait pas de juste milieu,

pas pour le type de danse que je voulais

pratiquer. Je pouvais enseigner,

mais je voulais faire de la compétition.

Je voulais être sur scène. »

Sunni, 24 ans, est de retour à

Londres pour une visite en coup de

vent seulement. Il est arrivé ce matin

des Pays-Bas, où il vit en ce moment,

et repart demain pour une semaine

en Hollande, en Autriche et en Slovaquie.

Plus besoin de dormir sur des

sols en béton, Sunni est aujourd’hui

un B-boy à succès de renommée

internationale, dont les victoires

incluent celles de Notorious IBE,

Unbreakable et les championnats

britanniques de hip-hop deux années

de suite. Il est également le premier

membre des Red Bull BC One All Star

originaire de Grande-Bretagne.

Difficile de croire que Sunni –

léger, plein d’énergie, et, lorsque

nous nous rencontrons, en train de se

délecter de Haribo – a déjà presque

dix ans d’expérience à son compte.

Il fut catapulté au sommet de la

gloire en se qualifiant pour les finales

du championnat du monde de breakdance

en Angleterre en 2011, à l’âge

de quinze ans. Simplement heureux

d’être là et de vivre cette expérience,

il finit même par battre la superstar

sud-coréenne Hong 10 en quart de

finale. Rétrospectivement, il compare

cet événement à la sensation « Cori

Gauff », cette ado qui a battu Venus

Williams à Wimbledon cette année.

« C’était la même situation. Cela

reste probablement l’un des battles

les plus célèbres auxquels j’ai participé.

Dans la scène du break, c’est

devenu viral. C’était un bouleversement

de dingue, parce que personne

n’avait représenté l’Angleterre depuis

sept ou huit ans, et voilà que j’arrive

et que je bats un gars qui était donné

comme favori de la compétition. Et

en plus, je le fais tout au début. À

vrai dire, c’était presque triste, parce

que c’était mon idole, l’idole de tout

le monde. Tout Londres pleurait et

moi j’étais sur scène genre “Nooooon,

désolé, bro...” J’étais complètement

dépassé. »

Cela faisait beaucoup à digérer

pour l’ado qu’il était, et lorsqu’on lui

demande comment il s’en est sorti, il

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