The Red Bulletin Decembre 2019 (FR)

online.magazines

d’Ilulissat, dans l’ouest du pays, est son

principal adversaire. Le match du jour est

donc empreint d’une certaine tension historique.

Si B-67 venait à perdre, ce serait

la première fois depuis 2009 qu’ils n’atteindraient

pas la finale.

Mais pour ce club, qui jouera à plus de

320 km de chez lui, avec un effectif composé

en majorité de joueurs de l’équipe

des moins de 19 ans, le match ne sera

clairement pas du gâteau. Un sondage

local sur Facebook évalue leurs chances

de victoire à tout juste 30 %. S’ils s’inclinent,

outre la petite finale, leur saison

de foot d’une semaine se terminera ici et

ne reprendra que dans 365 jours. Quand

on vit sur le territoire le moins densément

peuplé du monde – recouvert de

glace sur 80 % de sa surface et où la neige

tombe sept mois et demi par an –, les

opportunités de jouer au football sont

rares. Pour B-67, les montagnes aux sommets

enneigés, les baleines en chasse

dans la mer à quelques encablures de là,

les chiens de traîneaux qui hurlent, tout

cela n’existe pas. Rien d’autre n’existe

en dehors du terrain, du ballon et des

90 prochaines minutes.

Quatre jours plus tôt, Jimmy Holm

Jensen, l’entraîneur de B-67, convie The

Red Bulletin à une visite officielle du QG

de fortune de l’équipe à Sisimiut : un club

social pour personnes âgées réquisitionné

pour l’occasion. « Ça sent le vieux »,

blague-t-il. Mais ce sera pourtant bien

dans ces modestes locaux que séjourneront

pour la semaine à venir vingt jeunes

joueurs, accompagnés de Jensen et de

David Janussen, l’entraîneur adjoint.

Des corps endormis jonchent encore

les matelas dans le dortoir improvisé,

tandis que les lève-tôt font une partie

d’Olsen, un jeu de cartes nordique plus

connu chez nous sous le nom du Huit

américain. Il y a du rap en musique de

fond. Le couloir est envahi de baskets et

de chaussures de foot, la cour est parcourue

de fils d’où pendent des maillots en

train de sécher et la cuisine a été transformée

en une usine de préparation de

pâtes à échelle industrielle.

Ailleurs dans la ville – la deuxième

plus grande du Groenland avec ses

5 524 habitants –, d’autres équipes ont

élu domicile tant bien que mal dans des

salles de sport dont l’aspect, si ce n’est

l’ambiance, évoque plus des centres de

secours aux sinistrés, avec leurs matelas

et autres lits de fortune entassés contre

les murs.

« On s’éclate, on essaie de toujours être

à fond », explique Patrick Frederiksen,

25 ans, capitaine de l’équipe. Il navigue

entre les joueurs de cartes et ceux qui

commencent à ouvrir l’œil afin de faire le

point avec chacun d’entre eux. « Il y a toujours

de la musique. Les gens s’amusent

beaucoup, ils chantent et ils dansent. »

Supporteur d’Arsenal, Frederiksen a été

promu capitaine de B-67 en 2018 et ce

tournoi est sa première opportunité de

faire ses preuves. « C’est vraiment important,

c’est comme la Coupe du monde.

Ça nous donne la chance de montrer au

Groenland que notre équipe est la meilleure

et que nous travaillons dur pour

Quand le numéro 3 de B-67

se blesse, son remplaçant

utilise du scotch pour transformer

le numéro en 31

afin de pouvoir jouer.

48 THE RED BULLETIN

More magazines by this user
Similar magazines