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Magazine du Collège des Bernardins / Hiver 2019-2020

Dossier Entendre le cri de la Terre

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Collège des

Bernardins

Hiver 2020

Entendre

le cri

de la Terre

Une exégèse au féminin

« La révolution sera spirituelle »

« Le cri de la Terre est une invitation à se réinventer »

« Ce qui ruine notre patrimoine, c’est l’indifférence »


Le Le Collège

des Bernardins,

incubateur

d’espérance

Rassembler les forces

inventives de l’âme, de

l’esprit et du cœur pour

poser sur le monde un

regard unifié, chercher le

sens et ouvrir des voies

d’espérance à la lumière

de la Révélation, telle est

l’ambition du Collège des

Bernardins, lieu où se

rencontrent formation,

réflexion et création.

Espace de liberté, projet

à vocation universelle où

chacun est invité à se

fortifier pour construire

un avenir respectueux

de l’homme, le Collège

des Bernardins conjugue

enracinement dans l’Écriture

et ouverture sur le monde.

Interdisciplinarité, dialogue

entre experts et théologiens,

rencontre entre chercheurs,

praticiens et artistes forgent

sa singularité.

POUR SUIVRE

L’ACTUALITÉ DU

COLLÈGE DES

BERNARDINS,

REJOIGNEZ-NOUS SUR.


20, rue de Poissy

75005 Paris

Tél. : 01 53 10 74 44

contact@collegedesbernardins.fr

www.collegedesbernardins.fr

Ils sont venus

Ces derniers mois, leur présence, leur parole, leur

témoignage ont rythmé la vie du Collège des Bernardins.

FRANK BELLIVIER

Psychiatre, délégué

ministériel à la santé

mentale et à la

psychiatrie

GUILLAUME

GALLIENNE

Acteur, scénariste et

réalisateur, sociétaire de

la Comédie-Française

JEAN-MARC

LUISADA

Pianiste

MARIE-AIMÉE

PEYRON

Bâtonnière

du barreau de Paris

ANNE

ROCHETTE

Professeure

aux Beaux-Arts

de Paris

IRÈNE THÉRY

Sociologue, spécialiste

de la famille, directrice

d’études à l’EHESS

JULIE

DEPARDIEU

Comédienne

GRAZIANO

LINGUA

Professeur

de philosophie à

l’université de Turin

ABIR

NASRAOUI

Chanteuse

FRANCK

RIESTER

Ministre

de la Culture

NISSIM

SULTAN

Rabbin de la communauté

CIG Bar Yohaï à Grenoble

Crédits iconographiques : couverture, p. 2-3, 14, 24-25 et 4 e de couverture : Yann Arthus-Bertrand – 2 e de couverture : DR – p. 1 (bas) : DR – p. 1, 4-5, 10 (haut), 21, 28, 3 e de

couverture : Guillaume Poli/Ciric – p. 6 : Géraldine Tiberghien – p. 7 : Yannick Boschat – p. 8 : Lucas Santucci/Zeppelin/Adaptation – p. 9 : Bruno Mazodier – p. 10 : (bas) : Thomas

Deregnieaux/BPCE – p. 13 : DR – p. 16 : audiovisuel/Collège des Bernardins – p. 19 : Frédérique Aït-Touati – p. 22 : Quentin Jumeaucourt – p. 23 : DR – p. 27 : Laurent Ardhuin –

p. 31 : Apolline Cornuet – p. 32 : Jean-Matthieu Gautier/Ciric.


ÉDITO

Convertir nos vies

Mgr Alexis Leproux

Président du Collège

des Bernardins

Hubert du Mesnil

Directeur du Collège

des Bernardins

C

rise écologique. Collapsologie. Des mots qui

incitent de manière urgente à changer notre vision

du monde. Cela rejoint l’appel du pape François

que l’on retrouve particulièrement dans son

encyclique Laudato si’, appelant à une conversion

écologique. Cependant, parler d’écologie en pensant à une

conversion implique une redéfinition de cette science : il ne

s’agit plus de proposer un discours sur l’état du monde mais

de changer en profondeur le regard que nous portons sur lui.

Si nous ne proposons pas de nouvelles manières d’habiter la

Terre, nous devrons affronter les symptômes de la situation

dans laquelle nous sommes. Convertir notre regard, c’est aussi

voir que cette dégradation de l’environnement est étroitement

liée à la culture qui façonne la communauté humaine.

Nous souhaitons que ces pages contribuent à la conversion

de notre vie. Vous y trouverez un regard réticulé porté sur

le paradigme technocratique et les limites de l’homme avec

Anne Lécu, Christian Clot ou Clarisse Crémer ; un regard

renouvelé porté sur l’entreprise avec Blanche Segrestin ;

mais aussi un regard sur l’écologie sociale. En effet, si tout

est lié, l’état des institutions d’une société a des conséquences

sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine. Quelle

fraternité construisons-nous face aux dangers d’un monde

blessé ? Vers quel dieu levons-nous les mains pour louer

la bonté qui nous précède ? C’est ce que nous cherchons à

vivre au Collège. Que les photos de Yann Arthus-Bertrand

puissent illustrer cet appel à convertir notre regard et à

choisir résolument de participer à cette aventure inédite !

1


SOMMAIRE

4.

À LA UNE

RELIRE LES ÉCRITURES

4. Une exégèse au féminin.

De nouveaux regards sur

les textes sacrés

Kahina Bahloul, Pauline Bebe,

Anne-Marie Pelletier et Jacques Ducamp

7.

AU FIL

DES RENCONTRES

EXPLORER

8. L’humain au-delà

de ses limites

Christian Clot, Clarisse Crémer

et Mgr Alexis Leproux

INSPIRER

11. « L’entreprise est un vecteur

de création collective »

Blanche Segrestin

RELIER

12. Pour une vision intégrale

de la personne

Anne Lécu

2


14.

DOSSIER

Entendre

le cri

de la Terre

DIALOGUE

16. « Le cri de la Terre est une

invitation à se réinventer »

Bruno Latour et P. Frédéric Louzeau

CORRESPONDANCES

20. « Nous avons besoin de la Terre

plus qu’elle n’a besoin de nous »

PERSPECTIVES

22. « La révolution sera

spirituelle »

Yann Arthus-Bertrand

EN IMAGES

24. Laudato si’

REGARD JEUNE

26. Des jeunes pour une vision

unifiée du monde

Vianney Berlizot

27.

EN PARTENARIAT

CODEX

28. « Notre mémoire est

un lieu d’invention »

P. Jean-Philippe Fabre et Priscille

de Lassus

ÉCOLE DU BARREAU DE PARIS

30. La fraternité est la

reconnaissance d’une

humanité réciproque

Laurence Marion

EUROPA NOSTRA

32. « Ce qui ruine notre

patrimoine, c’est

l’indifférence »

34.

PUBLICATIONS

3


À LA UNE

RELIRE LES ÉCRITURES

Une exégèse au féminin

De nouveaux regards

sur les textes sacrés

À l’occasion de la séance inaugurale du séminaire « Femmes et religions en

Méditerranée », trois spécialistes des traditions juive, chrétienne et musulmane

ont réfléchi aux implications d’une relecture des textes sacrés par des femmes.

Qu’est-ce qu’une exégèse au féminin ?

Pauline Bebe, première femme rabbin

de France, Anne-Marie Pelletier,

théologienne, et Kahina Bahloul,

première imame de France : trois

femmes, trois confessions et de

nouveaux regards sur les textes sacrés.

Aux personnes qui affirment « un seul Dieu, une

seule Révélation, une seule interprétation », elles

répondent qu’une relecture critique des textes

est bénéfique, voire indispensable, pour éviter

que leurs sens ne se figent. « Souvenez-vous de

l’épisode de la tour de Babel où la pensée unique

était dénoncée et la diversité humaine réaffirmée ! »,

rappelle Pauline Bebe. Les relectures qu’elles

proposent se conjuguent au féminin pluriel.

Des lectures au féminin pluriel

Ces relectures ne sont pas forcément féministes

et ne sont pas non plus l’apanage des femmes. Si

une herméneutique féministe a bien émergé dans

chacune des religions abrahamiques, les objectifs

visés par Pauline, Anne-Marie et Kahina sont

bien différents. Les lectures des textes bibliques

au féminin pluriel cherchent à approfondir la

connaissance et l’intelligence des Écritures, à en

saisir toute la complexité. Les textes sont certes

toujours les mêmes, mais la diversité des regards

en éclaire de nouveaux aspects. Les femmes

apparaissent comme une partie intégrante du plan

divin, à part égale avec les hommes.

Anne-Marie Pelletier, Kahina Bahloul et Pauline Bebe présentent leurs visions

des textes sacrés à l’occasion de la séance inaugurale du séminaire « Femmes

et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins

4


POUR ALLER

PLUS LOIN

Anne-Marie Pelletier

Docteure en sciences des religions

Tandis que le souci du féminin

a fini par s’imposer à la lecture

chrétienne des Écritures bibliques

au long du XX e siècle, l’exégèse

critique permet aujourd’hui de

réévaluer une présence du féminin

traditionnellement ignorée. Si elle

met en évidence l’imprégnation

patriarcale qui est celle du monde

du texte biblique à l’échelle des

deux Testaments, elle permet

aussi d’identifier la manière dont

les femmes interviennent aux

aiguillages décisifs de l’histoire du

salut. Ainsi, aux heures de péril,

des femmes comme Déborah,

Judith ou Esther surgissent,

soutiennent l’espérance et ouvrent

un avenir au peuple. In fine, il n’y a

d’incarnation et de salut en monde

chrétien que parce qu’une femme,

Marie, fille d’Israël, mère de Jésus,

acquiesce au plan de Dieu.

Kahina Bahloul

Première imame de France

L’exégèse globalisante théorisée

par Amina Wadud et qui est

la mienne cherche à retrouver

l’esprit initial du message divin.

Il s’agit d’analyser le texte dans

sa globalité afin de restituer

certaines interprétations en termes

neutres et de réinscrire certaines

interprétations jugées universelles

dans leur environnement

historique. Dans le cas de l’imamat

féminin, par exemple, il existe cinq

avis contradictoires donnés par

des jurisconsultes, dont quatre

qui interdisent totalement ou

partiellement à une femme de

diriger la prière. Or, selon un hadîth

rapporté dans plusieurs recueils,

une femme nommée Umm Waraqa,

qui connaissait le Coran par cœur,

se serait vu accorder un muezzin

par le Prophète en personne.

S’il ne voulait pas qu’une femme

prêche, pourquoi donc lui mettre

un muezzin à disposition ?

Pauline Bebe

Première femme rabbin de France

Je refuse, pour ma part,

l’expression « lecture féminine »

qui nous enferme dans une

vision genrée des textes

sacrés. Il me semble que nos

capacités cognitives de réflexion,

d’imagination et d’interprétation

ne sont pas induites uniquement

selon des critères biologiques. Je

soutiens une lecture que j’aime à

appeler égalitaire et inclusive. Il

ne faut pas reprocher au texte de

ne pas être égalitaire, ce n’était

ni l’objectif ni même envisageable

à son époque. En revanche, une

interprétation moderne, égalitaire

et inclusive ne dépend pas du sexe

et ne doit pas être réservée aux

femmes. Il s’agit, par exemple,

de mettre en lumière les « récits

égalitaires » existants qui ont été

occultés.

L’Église, des femmes avec

des hommes, Anne-Marie

Pelletier, Éditions du Cerf,

2019

« Des hommes, des

femmes et des dieux »

Nouveau cycle d’université

populaire de l’Institut de

recherche et d’études

Méditerranée Moyen-Orient

(iReMMO), en partenariat

avec Le Monde des

religions et le Collège des

Bernardins

bit.ly/hommes-femmesdieux

ÉVÉNEMENTS

LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS DU SÉMINAIRE DE RECHERCHE

À retrouver sur le site Internet du Collège des Bernardins

Droit et histoire

« Femmes et droit de la

femme et de la famille en

Méditerranée »

Jeudi 12 mars 2020

Genre et anthropologie

« Féminisme, sexualité et

religions »

Jeudi 7 mai 2020

Anthropologie et droit

« Cacher sa chevelure, un

enjeu méditerranéen ? »

Jeudi 11 juin 2020

5


À LA UNE

HOMMAGE

MARIE-NICOLE BOITEAU,

UNE FEMME ORDINAIRE AU TÉMOIGNAGE

EXTRAORDINAIRE

Voilà un peu plus d’un an qu’elle nous a quittés. Discrète

voire secrète, elle parlait peu de son parcours personnel ;

il faut toutefois savoir qu’elle exerça d’abord la profession

d’avocate dans un grand cabinet.

Puis la parole de Dieu lui fit prendre

un autre chemin… Assistante du

fondateur de la Communauté

de l’Emmanuel, elle voulut

approfondir cette parole qui

l’avait bouleversée afin de

toujours mieux l’intérioriser.

Elle vivait quotidiennement

en et par cette

parole. Elle l’accueillait si

profondément jour après

jour qu’elle devint enseignante

à l’École cathédrale

aussi bien auprès du Studium

qui devint la Faculté Notre-Dame

que dans les cours publics et dans

bien d’autres endroits. Telle fut sa mission !

Ceux qui ont suivi son enseignement se souviennent d’un langage

clair : elle avait l’art de faire comprendre des problèmes

complexes tant sa parole n’était pas seulement théorique mais

aussi existentielle. Elle avait le souci de s’adresser à tous :

son enseignement généreux et stimulant permettait à chacun

de prendre sa part là où il en était dans sa démarche de foi.

À l’intercours ou à la fin de ses interventions, elle se

prêtait au jeu des questions, sollicitude qui

était la manifestation de son amour

du prochain. Elle connaissait bien

ceux qui travaillaient autour

d’elle et savait trouver le mot

juste pour partager les joies

et les peines de chacun.

Aujourd’hui, l’image in

memoriam de Marie-

Nicole se trouve dans

nombre de bureaux des

Bernardins

Pilier de l’École cathédrale,

elle le restera par son témoignage.

L’accueil en son cœur

et en son intelligence de la parole

divine nous donne une grande leçon pour

poursuivre aux Bernardins ce qui la caractérisait :

une forte conviction intérieure qui s’extériorisait simplement

en dialoguant avec tous.

Jacques Ducamp

Professeur de philosophie, intervenant

au Collège des Bernardins

« FEMMES ET RELIGIONS EN MÉDITERRANÉE »

LANCEMENT D’UN NOUVEAU CYCLE DE RECHERCHE

« Femmes et religions en Méditerranée » est le nouveau cycle du séminaire « Dialogues méditerranéens sur le religieux ». Fruit d’une

réflexion entre le Collège des Bernardins et l’École pratique des hautes études, ce nouveau cycle de recherche interdisciplinaire

et international s’intéresse aux processus de construction historique des discours religieux sur les femmes ainsi qu’aux modes

d’appropriation proprement féminins du religieux. À l’initiative du père Alberto Ambrosio, de Jacques Huntzinger et de Valentine Zuber,

ce séminaire vise à définir les contours d’une culture religieuse méditerranéenne et porte une attention particulière aux relectures des

textes fondateurs par les femmes.

6


AU FIL DES RENCONTRES

Le Collège des Bernardins vit au rythme des rencontres : des

rencontres qui rassemblent, décloisonnent, font dialoguer une

diversité d’acteurs issus d’horizons différents pour élaborer une

compréhension interdisciplinaire et collective de notre temps.

Ensemble, ils participent à un débat ouvert et passionnant, croisent

les points de vue, échangent pour appréhender l’humain dans sa

complexité et contribuer à construire la société de demain.

L’humain au-delà de ses limites 8.

« L’entreprise est un vecteur de création collective » 11.

Pour une vision intégrale de la personne 12.

7


AU FIL DES RENCONTRES

EXPLORER

L’humain au-delà

de ses limites

Lors de la soirée de rentrée des Jeunes Mécènes organisée par la Fondation

des Bernardins, l’explorateur Christian Clot, Mgr Alexis Leproux et la

skippeuse Clarisse Crémer ont échangé sur les ressources insoupçonnées

des femmes et des hommes dans l’épreuve.

En 2016 et 2017, Christian

Clot a traversé seul la

Sibérie orientale en hiver.

Depuis quatre ans, il mène

avec le groupe Adaptation

qu’il a fondé des recherches

pour répondre aux défis

humains et climatiques

actuels

8


POUR ALLER

PLUS LOIN

Science, théologie et sport interrogent les

limites humaines. C’est cette exploration

des confins qui unit les trois invités

venus témoigner de leurs expériences

à la soirée des Jeunes Mécènes le

16 septembre 2019. La devise olympique « Plus

vite, plus haut, plus fort » pourrait être la leur,

comme elle pourrait être celle de l’humanité. Elle

qui, depuis des siècles, ne cesse d’explorer

terres inconnues, milieux extrêmes,

océans et espace, repoussant les

frontières de la connaissance,

de l’infiniment petit jusqu’à

l’infiniment grand.

De l’exploration du monde

à l’exploration de soi

À l’heure de la très haute technologie

et de l’intelligence

artificielle, une quête séculaire

semble prévaloir sur toutes

les autres : celle de l’exploration

de soi. Si la science et

la médecine ont connu des

avancées considérables au fil des âges, elles sont

encore aujourd’hui démunies lorsqu’il s’agit de

comprendre l’âme humaine.

Comment survit-on à l’insupportable ?

Comment vit-on les situations de détresse

extrême ? D’où viennent les ressources qui nous

permettent de repousser nos propres limites ?

L’émerveillement, le rêve,

l’amour, la foi

L’émerveillement,

le rêve, l’amour et

la foi donnent aux

humains des capacités

prodigieuses

Les amoureux de l’infini Christian Clot,

Clarisse Crémer et Alexis Leproux

ne se retrouvent pas dans la

tentation transhumaniste

qui érige le dépassement

de soi en mode d’existence.

Pour eux, nos ressources

intérieures et nos capacités

cognitives sont la réponse.

L’émerveillement, le rêve,

l’amour et la foi sont des

forces invisibles qui donnent

aux humains des capacités

prodigieuses.

C’est en renouant avec sa

vie intérieure, comme avec

son environnement, que l’humain – être social,

spirituel et poétique – pourra répondre aux

défis écologiques actuels.

Corps et vie blessée,

Matthieu Villemot, Parole

et Silence, 2014

Christian Clot

Explorateur-chercheur

et CEO de l’Institut

Adaptation

Vivre des situations

extrêmes n’est pas

l’apanage des grands sportifs

ou des grands explorateurs,

c’est le lot de chaque être humain

confronté à une détresse immense face à une situation

qu’il ne comprend plus. La question est alors : quelles

ressources avons-nous pour continuer à vivre dans

de telles situations ? J’insiste sur le mot vivre, je ne

parle jamais de survie. La survie, c’est la perte. Pour

créer la vie, pour surmonter l’épreuve, il faut trouver les

ressources au fond de soi et au fond des autres, car

en réalité nous sommes des animaux essentiellement

collaboratifs, nous ne cessons d’apprendre les uns des

autres. Dans un monde individualiste, on oublie trop

souvent que la plus grande assistance qu’un humain

puisse recevoir, c’est le réconfort d’un autre humain

qui lui parle. Et dans une situation de paroxysme, où le

basculement entre la vie et la mort est extrêmement

ténu, la seule chose qui nous permet d’exister c’est notre

capacité à nous émerveiller et à croire que demain en

vaut la peine. Cette capacité à ne pas céder à la nostalgie

d’un passé révolu et à se battre pour un demain meilleur,

c’est ça l’émerveillement et c’est primordial dans le

monde d’aujourd’hui.

9


AU FIL DES RENCONTRES

Mgr Alexis Leproux

Président du Collège des Bernardins

et vicaire général du diocèse

de Paris

Henri Guillaumet et saint Maximilien

Kolbe sont deux figures qui m’ont

énormément marqué dans ma vie

spirituelle. On ne peut rester indifférents à la

force intérieure et mystique de ces deux hommes. On

peut dire que c’est un miracle, et j’y crois assez, mais

on peut dire aussi que tout homme est un miracle, car

tous ont en eux cette force intérieure pour se dépasser.

Ce pouvoir qu’a l’homme, par son imaginaire, par sa

représentation intérieure, par sa capacité d’aimer, à ne

pas s’enfermer dans quelque chose de mortifère, c’est

finalement ce que nous, chrétiens, appelons « l’homme

image de Dieu ». Cette parole qui nous dit de vivre, elle

doit être entendue au niveau personnel mais aussi social.

Nous devons nous éloigner de la voie funeste dans

laquelle le paradigme techno-scientifique nous enferme.

Par des expériences humaines, poétiques et spirituelles,

l’homme doit renouer avec lui-même, avec les autres,

et avec l’ensemble du vivant. En nous éveillant à cette

énergie, nous trouverons la force en nous-même pour

porter le monde dans ses difficultés actuelles. C’est en

sortant de notre zone de confort que nous découvrirons

que chaque jour peut être un rêve immense.

Clarisse Crémer

Skippeuse Team Banque Populaire

Quand j’ai commencé à envisager

les grandes courses en solitaire,

je ne m’en pensais pas capable.

L’idée de devoir dormir par toutes

petites tranches me semblait par

exemple irréalisable, moi qui suis une grosse

dormeuse ! En réalité, j’ai découvert que nous avions

en nous des ressources inestimables bien souvent

insoupçonnées. C’est lorsqu’on est seul face à nousmêmes,

sans possibilité d’assistance extérieure, que

l’on peut se rendre compte de l’immensité des capacités

humaines. En l’absence de ceinture de sécurité, le

cerveau, consciemment ou inconsciemment, trouve

en nous les ressources pour régler les problèmes

techniques ou psychologiques que l’on peut avoir à bord.

Il faut réaliser que dans une course, comme dans la vie,

les moments de détresse n’interviennent pas forcément

dans les situations les plus dangereuses, mais dans

celles qui nous atteignent mentalement. La lassitude,

la solitude, le désespoir sont les véritables conditions

extrêmes. Dans ces cas-là, c’est la projection mentale –

la force des souvenirs – qui permet de trouver en nous

les ressources pour tenir. Le plus dur dans la vie, c’est

de prendre la décision d’essayer.

SOUTENEZ UN

INCUBATEUR

D’ESPÉRANCE,

FAITES UN DON

AU COLLÈGE DES

BERNARDINS

En l’absence de subvention, le Collège des Bernardins assure, chaque année, 60 % de

son financement grâce à des dons.

Devenez donateur et bénéficiez d’une relation privilégiée

avec le Collège des Bernardins

Sous l’égide de la Fondation Notre-Dame, reconnue d’utilité publique, la Fondation des

Bernardins rassemble plus de 2 000 donateurs, particuliers et entreprises, désireux de

soutenir financièrement le Collège des Bernardins et de contribuer à son rayonnement.

Elle assure la déductibilité fiscale des dons (66 % pour l’IR/75 % pour l’IFI) et est

également éligible aux legs.

www.collegedesbernardins.fr / Rubrique « Soutenir le Collège »

Fondation des Bernardins - 31, rue de Poissy - 75005 Paris

Tél : 01 53 10 02 70 – asgracieux@fondationdesbernardins.fr

10


INSPIRER

POUR ALLER

PLUS LOIN

« L’entreprise est un

vecteur de création

collective »

Fruit des recherches issues du programme du Collège des Bernardins sur

l’entreprise, l’ouvrage collectif La Mission de l’entreprise responsable a

reçu le prix du Livre RH Le Monde, Sciences-Po et Syntec 2019 et inspiré

la récente loi Pacte. Entretien avec sa codirectrice, Blanche Segrestin.

La Mission de l’entreprise

responsable, principes et

normes de gestion,

sous la direction de Kevin

Levillain et de Blanche

Segrestin, Presses des

Mines, 2018

Pourquoi pensez-vous que les entreprises sont

davantage que des agents économiques ?

B. Segrestin. Les représentations classiques de

l’entreprise empêchent de bien saisir les enjeux

de leur responsabilité. Les entreprises ne doivent

plus être considérées comme de simples agents

économiques ou comme des personnes privées.

Par leurs activités, elles transforment radicalement

le monde à tous points de vue : social, écologique,

économique… Il n’est qu’à voir comment les GAFA

transforment nos modes de communication, mais

aussi nos canaux d’information, notre rapport à

la monnaie, etc.

Pourquoi parler de mission

de l’entreprise ?

B.S. La question de la responsabilité des

entreprises n’est assurément pas neuve, mais

elle a été perçue différemment au cours de

l’histoire. Dans les codes de gouvernance qui

ont fleuri depuis les années 1990, les dirigeants

avaient surtout une responsabilité à l’égard des

actionnaires. Le courant de la responsabilité

sociale de l’entreprise (RSE) n’a pas remis

cette orientation en cause puisqu’elle suppose

que c’est dans l’intérêt à long terme de la

société (la communauté des associés) que

de prendre en compte les aspects sociaux et

environnementaux. La loi Pacte donne une

nouvelle voie de responsabilisation avec la

mission : les entreprises peuvent désormais

définir et ancrer la finalité de leur activité

dans leurs statuts. Ainsi, la finalité n’est

pas réductible à l’intérêt des associés ; elle

exprime la responsabilité de l’entreprise par

le biais d’engagements envers ses différentes

parties et l’environnement.

À quoi ressemble l’entreprise que vous

appelez de vos vœux ?

B.S. Dans le programme du Collège des

Bernardins, nous avons plaidé pour que l’entreprise

soit dissociée de la société, son véhicule

légal, et qu’elle soit définie positivement. Pour

nous, l’entreprise est fondamentalement un

vecteur de création collective. Le pouvoir

d’innovation et de transformation positive

qu’elle porte doit être remis au cœur de son

action. L’entreprise responsable est donc celle

qui s’engage à construire un futur souhaitable.

C’est ce que permet la société à mission.

11


AU FIL DES RENCONTRES

RELIER

Pour une vision

intégrale de la personne

Anne Lécu a dirigé pendant deux ans le séminaire de recherche « Que vaut le

corps humain ? » au sein du département de recherche Éthique biomédicale

du Collège des Bernardins. Pour elle, la réflexion transdisciplinaire des

praticiens du domaine médical contribue à préserver l’intégrité de la personne.

Aux origines du séminaire,

la théologie pratique

Le travail du département d’Éthique biomédicale

s’inscrit dans la droite ligne de Laudato si’ et de

sa manière de faire de la théologie une théologie

pratique. Il part en effet de l’expérience

de terrain des praticiens, majoritaires

parmi les participants. Il tente de

dégager les grandes questions

sur l’avenir de notre société

que posent les évolutions

contemporaines.

Notre postulat est que

l’homme, doué de raison,

est capable de progresser en

savoir-faire technique, mais

aussi en vertu. Il nous est alors

apparu primordial de promouvoir

une forme de rationalité

qui ne soit pas uniquement

technique, mais nourrie de

philosophie, de droit, et pourquoi

pas de théologie, capable

de dialoguer avec la technique.

À travers ce séminaire, nous abordons le défi le

plus important auquel se confronte la médecine

contemporaine : son rapport à la technique. Ces

Il nous est apparu

primordial de

promouvoir une

forme de rationalité

nourrie de

philosophie, de droit,

et pourquoi pas de

théologie, capable

de dialoguer avec la

technique

deux dernières années de recherche, nous avons

travaillé sur les risques liés à la bioéconomie et

sur la double notion de valeur du corps, incommensurable

et marchande.

Que vaut le corps humain ?

Implants, autoconservation, commerce

de cellules, d’ovocytes et

d’embryons humains, généralisation

des pratiques de greffes

et de don d’organes : la bioéconomie

est désormais une réalité.

Plus que jamais, le corps

apparaît aujourd’hui comme

un agencement de cellules,

de gènes et de molécules qui

formerait un capital. Une tendance

qui pourrait s’accentuer

avec les développements de la

nanomédecine, de la médecine

régénératrice et de la médecine

personnalisée.

Ces évolutions rapidement

décrites, largement acceptées,

soulèvent notamment la question

du respect de l’intégralité de la personne en

son corps : comment intégrer le corps dans une

vision intégrale de la personne ? Ne vaut-il pas

12


POUR ALLER

PLUS LOIN

Que vaut le corps

humain ?

ANNE LÉCU

Religieuse dominicaine, théologienne,

docteure en philosophie et médecin à

la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis

Retrouvez les comptes

rendus des séances du

séminaire en ligne

bit.ly/que-vaut-le-corps

mieux que le corps ne vaille rien ? Car séparé

de la personne, il perd la valeur qui ne se traduit

plus par une dignité, mais par un prix.

Le corps soumis à un morcellement analytique

finit par être négligé, voire méprisé par rapport

à l’esprit. La primauté de l’avoir sur l’être conduit

à faire du corps lui-même un simple objet de

consommation. Comme le rappelle Laudato si’ :

en voulant transformer la nature comme si elle

était un objet, c’est inévitablement l’homme qui

risque d’être transformé en objet.

Une éthique chrétienne ?

Le séminaire ne cherchait pas à opposer les

valeurs chrétiennes au développement technique,

comme si l’Église devenait une sorte de contreculture

opposée à la culture ambiante. Bien au

contraire, travailler sur la question « Que vaut

le corps humain ? » conduit à critiquer la notion

même de valeur. Car qui dit valeur, dit évaluation

et évaluateur. Et celui qui défend des valeurs est

toujours prompt à se placer lui-même à la place

de l’Absolu qui évaluerait les valeurs ! La question

que l’Évangile nous invite à poser et qui est

reprise par chaque génération débouche sur une

critique du temps présent au sens philosophique

du terme : qu’est-il en train de nous arriver ?

comment l’homme en est-il affecté ?

La question théologique de fond est indéniablement

celle de l’incarnation. L’éthique est

sans doute la possibilité d’habiter le monde, or

le monde est habitable tant que l’homme reste

libre, tant qu’il peut ne pas. Cependant, l’air

du temps ressemble curieusement à l’époque

gnostique. La technique a quelque chose du

destin, elle nous met sur des rails dont nous

avons bien du mal à imaginer comment sortir.

Nous ne pouvons plus ne pas.

En régime chrétien, l’éthique ne peut être

qu’eucharistique. Elle n’est pas d’abord un

jugement entre ce qui serait bien et ce qui

serait mal, elle est un style de vie qui se veut

remerciement pour les dons reçus et engagement

pour que d’autres en bénéficient. Et

cela change tout.

Anne Lécu

Théologienne et médecin

UN NOUVEAU SÉMINAIRE

SUR L’ÉTHIQUE BIOMÉDICALE EN 2020

« La médecine confrontée aux limites », c’est le titre du nouveau séminaire du département

d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins, dirigé par Véronique Lefebvre des Noettes

et par le père Brice de Malherbes. À partir de janvier 2020 et jusqu’en juin 2021, médecins,

théologiens, philosophes, économistes et juristes interrogeront les limites de la médecine face

aux illusions d’une toute-puissance technique.

13


Entendre

le cri

de la Terre


DOSSIER

En 2015, le pape François marquait l’histoire

avec Laudato si’. Sur la sauvegarde de la

maison commune, premier discours de

l’Église centré sur la crise environnementale

et sociale. Comment la mutation climatique

affecte-t-elle notre vision du monde ? Faut-il

penser une théologie de l’après-Laudato si’ ?

L’art et la réflexion collective permettrontils

de briser l’apathie et l’indifférence ? Le

Collège des Bernardins invite théologiens,

philosophes, sociologues et artistes à

s’emparer de ces questions.

DIALOGUE

16. « Le cri de la Terre est une invitation à se réinventer »

CORRESPONDANCES

20. « Nous avons besoin de la Terre plus qu’elle n’a besoin de nous »

PERSPECTIVES

22. « La révolution sera spirituelle »

EN IMAGES

24. Laudato si’

REGARD JEUNE

26. Des jeunes pour une vision unifiée du monde

15


DOSSIER

DIALOGUE

« Le cri de la Terre

est une invitation

à se réinventer »

Explorer l’origine religieuse de l’indifférence à la crise du vivant : telle est

l’ambition du séminaire « Les sources de l’insensibilité écologique ». Experts de

toutes disciplines s’y retrouvent pour fonder une théologie de l’après- Laudato si’.

Entretien avec ses directeurs, Bruno Latour et le père Frédéric Louzeau.

P. FRÉDÉRIC LOUZEAU

ET BRUNO LATOUR

Sociologue, anthropologue et

philosophe des sciences, Bruno

Latour codirige, avec le père Frédéric

Louzeau, le séminaire du Collège

des Bernardins sur l’insensibilité

écologique

16


POUR ALLER

PLUS LOIN

Pourquoi faut-il repenser la théologie

après l’encyclique du pape François

Laudato si’ ?

Pourquoi le mot « écologie » et l’image

d’une « maison commune » posent-ils

problème selon vous ?

F. Louzeau. Laudato si’ a été un choc. Avant ce

texte, la plupart des théologiens catholiques français

ne s’étaient jamais intéressés à la question de

la Terre. Encore aujourd’hui, nous sommes peu

nombreux. Texte poétique, l’encyclique développe

entre autres l’image très frappante d’un cri de la

Terre. Avant ces mots du pape François, on ne

m’avait jamais appris que la Terre criait et qu’elle

criait avec les pauvres. Cette idée, nous

n’avons pas fini d’en déployer toutes

les implications.

B. Latour. Le lien entre les

questions sociales et la question

écologique était inédit

en effet. C’est l’originalité

politique et théologique

extrême de Laudato si’.

Qu’est-ce qui vous

a poussés à aborder

l’écologie sous l’angle de

l’insensibilité ?

On ne m’avait jamais

appris que la Terre

criait et qu’elle criait

avec les pauvres

B. L. L’écologie est centrée sur une idée de

la nature qui, dans la tradition occidentale

moderne, exclut le social. De ce fait, l’écologie

n’intègre pas la situation existentielle des

humains. L’image d’une « maison commune »,

quant à elle, fait débat. Développée par le

courant écologiste et reprise dans l’encyclique

du pape François, elle ne reflète pas vraiment

la situation. Emanuele Coccia l’a très bien

montré dans le séminaire : il y a quelque

chose de timide et de faux dans

l’idée d’une oikois, d’une maison.

Entre autres, parce que ce qui

est extérieur à la maison est

aussi concerné par les défis

actuels. Ni la nature, ni l’idée

de maison ne sont donc des

concepts appropriés pour

penser la découverte et le

cri de la Terre.

Est-ce là que le concept

de Gaïa entre en jeu ?

Face à Gaïa, huit

conférences sur le

nouveau régime

climatique, Bruno Latour,

La Découverte, 2015

Où atterrir ? Comment

s’orienter en politique,

Bruno Latour,

La Découverte, 2017

B. L. Je m’intéresse aux affects

politiques et religieux tels

qu’ils interviennent dans la réaction face à la crise

de la Terre. L’encyclique du pape m’a donné envie

de creuser cette question. Quand j’ai rencontré

Frédéric, l’idée d’interroger l’insensibilité nous

a tout de suite paru d’une importance capitale.

Pourquoi sommes-nous apathiques et insensibles

au cri de la Terre ? Nous faisons venir des scientifiques,

des philosophes, des historiens et des

artistes, pas forcément en relation avec l’Église,

pour réfléchir aux causes de cette insensibilité.

Nous nous sommes aperçus que la théologie s’est

beaucoup élaborée de manière anthropocentrique,

sans prendre en compte le cosmos. Il n’y a pas,

dans la tradition chrétienne, vraiment d’autre

ressort que celui du salut des hommes.

B. L. Tout à fait. Le mot

Gaïa, qui désigne à l’origine

une figure mythologique, a été repris dans

les années 1970 par les scientifiques James

Lovelock et Lynn Margulis pour désigner une

théorie qui commence tout juste à gagner en

notoriété. Cette théorie invite à considérer la

Terre et tous les êtres qui la peuplent comme

un système dynamique et autorégulateur – une

sorte de superorganisme. Elle ne nous est pas

extérieure, matérielle et solide. Elle n’est pas

indifférente à nos transformations. Elle est

vivante, fragile et, surtout, elle dépend de ce

qu’on fait et elle y répond. Nous nous situons en

son sein et non pas sur elle. Avec ce concept, on

dépasse l’idée de Terre comme simple surface,

qui est pourtant issue de l’expérience la plus

concrète que nous ayons d’elle. Ce concept

17


DOSSIER

nous permet d’espérer sortir du paradoxe suivant :

nous parlons de la nature qui est d’une immensité

cosmique alors que notre expérience de Gaïa est

infiniment réduite et minuscule.

Comment se place la théologie

face à Gaïa ?

F. L. Affiner cette position et la comprendre est

justement au cœur de notre séminaire, et fera

même l’objet d’un colloque les 6 et 7 février

prochains, intitulé « Gaïa face à la théologie,

l’enjeu religieux de la mutation

climatique ». Le concept de Gaïa

nous confronte au fait que la

théologie a, depuis des siècles et

jusqu’à maintenant, toujours été

très anthropocentrée. Il nous

oblige à repenser la théologie

pour y introduire un nombre

important d’êtres vivants qui

en étaient jusqu’alors absents.

B. L. Gaïa apporte en outre un

éclairage nouveau sur le dogme

de l’incarnation. Il invite à poser

la question : dans quoi se fait

l’incarnation ? Elle ne se fait pas

seulement dans le monde, elle

se fait dans une Terre vivante.

Nous avons tout intérêt à comprendre ce qu’est

cette Terre vivante pour comprendre l’idée d’incarnation,

centrale dans la religion chrétienne. L’ère

de l’anthropocène accélère et met sous contrainte

cette nécessité que nous ressentons de repenser

la théologie à l’aune de Gaïa.

LA TERRE S’ÉMEUT | J. Lovelock, Gaïa. Une médecine pour la planète, 2001, p. 56

« Gaïa est le système de vie planétaire comprenant tout ce qui influence le biote et est influencé

par lui. Le système Gaïa partage avec les autres organismes la capacité d’assurer l’homéostasie

– la régulation de l’environnement physico-chimique à l’intérieur de limites favorables à la vie.

[…] Lorsque je parle de Gaïa comme d’un superorganisme, je ne pense pas un seul instant à

une déesse ou à quelque être doué de pensée. J’exprime mon intuition que la Terre se comporte

comme un système autorégulé et que la science adaptée à son étude est la physiologie. »

Le concept de Gaïa

nous confronte au

fait que la théologie a,

depuis des siècles et

jusqu’à maintenant,

toujours été très

anthropocentrée

La théologie est-elle capable de

promouvoir un rapport d’empathie

avec le vivant ?

B. L. Pour moi, il ne s’agit pas vraiment d’un problème

d’empathie, mais plutôt de compréhension

de ce dans quoi on est. Quel est le monde dans

lequel le salut est advenu ? Peut-être que le salut

se trouve dans le fait d’atterrir. Face à Gaïa, la

théologie peut décider d’ignorer le vivant, c’est ce

que fait la majorité. Elle peut tout aussi bien écouter

l’injonction prophétique de Laudato si’ et

de Greta Thunberg. Elle peut enfin

se remettre au travail. Se redéfinir

comme elle l’a toujours fait, que ce

soit face aux grandes questions

sociales du XIX e siècle ou face à

la décolonisation au XX e siècle.

Le cri mêlé de la Terre et des

pauvres est une invitation à se

réinventer. C’est une crise, mais

c’est aussi une opportunité.

F. L. Pour promouvoir ce rapport

de compréhension avec le

monde, il faut se poser certaines

questions. Par exemple sur la

liturgie : la prière universelle

est-elle si universelle qu’elle

le prétend ? Dans une prière

universelle au sens traditionnel, on ne parle que

d’humains. On peut entendre la prière universelle

tout autrement lorsqu’on y intègre non seulement

la diversité sociale des humains, mais aussi les

éléments. Favoriser cette universalité suppose de

réaffirmer l’ancrage territorial des paroisses, de

réintégrer la prière dans le cadre matériel vivant

dont elle dépend et qui dépend d’elle.

18


POUR ALLER

PLUS LOIN

Pourquoi recourir à de nouvelles formes

d’expression pour réinventer notre rapport

à la Terre ?

F. L. L’irruption du concept de Gaïa oblige à de

profondes modifications dans les métaphores qui

servent depuis toujours à l’expression de relations

entre le ciel, la Terre, la vie, l’enfer, l’avenir, le salut,

l’éternité… Ces relations sont exprimées de mille

façons dans les psaumes, prières, cantiques et

rituels. De simples conférences ne suffiront pas à

modifier ces métaphores pour leur faire intégrer le

concept de Gaïa ou même les enjeux de la mutation

climatique. Nous devons faire des tentatives, collectivement,

quitte à se tromper et à tout reprendre.

C’est pourquoi nous avons intégré des ateliers

d’écriture au sein du colloque prévu en février.

En explorant de nouvelles formes d’expression, ils

visent une réinvention collective. Dans la même

idée, Bruno Latour collabore avec Frédérique

Aït-Touati sur la conférence-performance

Moving Earths, qui sera représentée au Collège

des Bernardins le 6 février.

B. L. Moving Earths met en parallèle l’affaire

Galilée et ce qu’on peut appeler « l’affaire

Gaïa ». Galilée avait provoqué une rupture

épistémologique sans précédent avec cette

idée simple mais révolutionnaire : la Terre se

meut. L’hypothèse scientifique et mythique

de James Lovelock et Lynn Margulis est de

la même ampleur et postule que « la Terre

s’émeut », pour reprendre une formule de

Michel Serres. L’art accompagne cette compréhension

du monde qui est indispensable à

notre réinvention.

La Terre est un être

vivant. L’hypothèse Gaïa,

James Lovelock, Champs,

1993 [1981]

Dans les conférencesperformances

Inside et Moving

Earths, Bruno Latour et la

metteuse en scène Frédérique

Aït-Touati nous invitent à

considérer notre place dans la

Terre et non sur la Terre

ÉVÉNEMENTS

COLLOQUE « GAÏA FACE À LA THÉOLOGIE »

Deux journées combinant des conférences, des ateliers d’écriture et une performance de Bruno Latour et Frédérique

Aït-Touati pour rendre sensible la mutation climatique.

Jeudi 6 février - Collège des Bernardins | Vendredi 7 février - Institut catholique de Paris

19


DOSSIER

CORRESPONDANCES

« Nous avons besoin de

la Terre plus qu’elle n’a

besoin de nous »

À l’occasion du salon du livre de l’association Écritures et Spiritualités, trois

lettres inédites à la Création ont résonné sous les voûtes cisterciennes.

Un chant de la Terre à trois voix, juive, chrétienne et musulmane, appelant

à prendre soin de la Terre.

«

La Nature est un temple où de vivants

piliers / Laissent parfois sortir

de confuses paroles… », écrivait

Baudelaire dans « Correspondances ».

C’est pour faire entendre ces

paroles de la Terre que l’association

Écritures et Spiritualités,

en partenariat avec le Collège

des Bernardins, l’Institut Élie

Wiesel et la fondation de

l’islam de France, ont réuni,

le 1 er décembre 2019, une centaine

d’auteurs de toutes les

confessions.

Valérie Zenatti, le cheikh

Khaled Bentounes et Marion

Muller-Colard ont lu leurs

lettres à la Terre sur la scène

du petit auditorium. Trois

personnalités, trois traditions,

et une même invitation

à reconsidérer la place

de l’humain dans la Création. À leurs côtés,

Samuel Grzybowski, fondateur de l’association

Coexister, le mouvement interconvictionnel

des jeunes.

Entendre le cri de la Terre

L’immensité de ce

qui nous précède et

ce qui nous succède

fait de nous de

frêles traits d’union,

minuscules mais

totalement vivants,

pris entre l’accompli

et l’inaccompli

Valérie Zenatti

Pour Samuel, la crise socio-environnementale

questionne la spiritualité de la jeunesse d’aujourd’hui.

« Aidez-nous à ne jamais

choisir entre l’unité et la diversité,

entre l’identité et l’altérité, entre

la ressemblance et la différence,

aidez-nous à vivre cet équilibre

entre le commun et le

singulier, » demandait-il à ses

interlocuteurs en introduction

de leurs lectures. Comment

puiser dans les traditions des

réponses au chant d’une Terre

à l’agonie ?

« Puisque le Tout-Puissant /

gère jusqu’au grain de poussière

/ qui t’arrive dans l’œil / Quoi

de mieux pour nous comporter

en enfants / cette histoire de

"Tout-Puissant"… » répond

Marion Muller-Colard, invitant à mesurer la

part de responsabilité de l’interprétation des

traditions religieuses dans la crise écologique.

« Que voulons-nous être aujourd’hui devant

20


la majesté qu’il nous incombe de préserver ? »,

enchaîne-t-elle comme pour nous appeler à

l’action : il tient aux humains de se rendre sensibles

à l’appel silencieux de la Terre.

Les spiritualités sont une source pour

secourir et célébrer la Terre

Car si les hommes ont trop souvent pris l’idée

d’un Tout-Puissant comme excuse à leur inertie

face à la crise du vivant, les traditions spirituelles

portent en elles l’espoir d’un renouveau : « L’hébreu

me guide pour penser, énonce Valérie Zenatti,

il me rappelle que ce serait simple, arbitraire et

sans doute inexact de découper le temps en trois

blocs distincts qui seraient le passé, le présent et

le futur, le premier étant perdu, le second nous

filant entre les doigts, le troisième "devant nous"

et sur lequel nous n’aurions aucune incidence. »

C’est précisément dans ce rapport au temps et à

l’espace que tout se joue : l’humain provoque le

cri continu de la Terre et son refus de l’entendre

est un renoncement à l’avenir.

Pour le cheikh Khaled Bentounes, « quand le

souffle de l’esprit n’inspire plus les cœurs, alors

la conscience s’étiole et la raison déraisonne ».

C’est que l’homme, en oubliant la transcendance,

a réduit son horizon à une « seule perspective »

horizontale, dans laquelle « les pulsions deviennent

les maîtres ». Pour en sortir, le « vivre ensemble

en paix » s’étend, au-delà des relations interhumaines,

à notre rapport à cette Terre au sein de

laquelle nous vivons.

Se mettre au diapason

du vivant

L’humanité peut chanter avec l’ensemble du

vivant, en quête d’une harmonie qui, seule,

assurera la survie de tous. Pour Valérie Zenatti,

« nous sommes les musiciens d’un orchestre où la

condition première pour jouer juste est l’écoute

des autres, où nul ne cherche à dominer, mais

à offrir sa voix la plus claire à l’unisson et en

dialogue ». L’humain dissonant doit s’ouvrir à la

verticalité et se mettre au diapason du vivant :

« Nous avons besoin de la Terre, bien plus qu’elle

n‘a besoin de nous. »

Le cheikh Khaled

Bentounes, l’écrivaine

Valérie Zenatti et la

théologienne Marion Muller-

Colard lisent leurs lettres

à la Terre sous le regard

de Samuel Grzybowski,

fondateur de l’association

Coexister

21


DOSSIER

PERSPECTIVES

« La

révolution

sera

spirituelle »

En 2019, Yann Arthus-Bertrand a

illustré l’encyclique du pape François,

Laudato si’. Le 12 octobre, ses

photos ont été projetées au Collège

des Bernardins pour accompagner la

lecture d’extraits du texte papal, avec

pour fond sonore les œuvres pour

piano et violoncelle de Bach, Saint-

Saëns ou Debussy. Retour sur cette

collaboration pour la Terre.

Comment est née votre préoccupation

écologique ?

YANN

ARTHUS-BERTRAND

Photographe, il a publié début 2019

une version illustrée de Laudato si’

aux éditions Première Partie

Y. Arthus-Bertrand. À 30 ans, je suis parti faire un

doctorat sur le comportement des lions au Kenya.

Pour gagner ma vie, j’étais pilote de montgolfière.

La beauté de la Terre m’a alors saisi, cette beauté

évidente qui est là autour de nous mais que l’on

ne voit plus. Nous ne sommes plus émerveillés

par un arbre alors que nous devrions pourtant

être étonnés par sa beauté. Avec les années, je

suis devenu de plus en plus activiste mais avec

une conscience mondiale ; je suis convaincu que

tout est lié. Il existe une harmonie du vivant sur

la Terre qu’on a oubliée.

22


POUR ALLER

PLUS LOIN

Pourquoi avoir illustré l’encyclique du pape

François Laudato si’ ?

Y. A.-B. C’est un texte révolutionnaire et c’est

la première fois qu’un pape s’engage aussi

fermement sur la question écologique.

Nous avons besoin de grandes

âmes qui s’expriment et le pape

porte en lui les problèmes du

monde. J’ai eu la chance de

le rencontrer et nous avons

échangé sur sa vision holistique

de l’écologie, une écologie

humaniste. Et l’écologie ne

devrait qu’être humaniste,

car cela revient à aimer la vie.

Dans la préface de

l’encyclique, vous écrivez :

« quand je lis les mots du pape François, je

me sens chrétien ». L’êtes-vous ?

Y. A.-B. Je suis non croyant mais je me retrouve

dans les valeurs chrétiennes. Ces valeurs ne sont

pas assez ancrées dans la vie au quotidien. Être

croyant pour moi c’est croire au bien et au mal,

et moi je crois au bien.

Nous n’avons pas

besoin d’espoir mais

de courage. Il faut

apprendre à être plus

avec moins

De quelle révolution parlez-vous ?

Y. A.-B. C’est une révolution qui ne sera pas

politique car on a les hommes politiques que

l’on mérite, et que ceux-ci manquent

justement de courage. La révolution

ne sera pas non plus

scientifique, parce qu’on

ne peut pas remplacer les

cent millions de barils de

pétrole quotidiens par des

éoliennes ou des panneaux

solaires, même s’il en faut

et qu’il faut continuer à se

battre pour cela. Elle ne

sera pas davantage économique,

car l’économie

n’a qu’une envie, c’est de

consommer plus ! Il faut

apprendre à être plus avec moins. La révolution

sera spirituelle. C’est en nous que nous devons

la trouver, nous devons nous demander ce que

l’on peut faire pour les autres et comment on

peut rendre le monde meilleur.

Laudato si’, lettre

encyclique sur la

sauvegarde de la

maison commune, pape

François, illustré par Yann

Arthus-Bertrand, éditions

Première Partie, 2019

bit.ly/Laudato-YAB

Portez-vous un regard optimiste

sur le monde ?

Y. A.-B. Aujourd’hui nous vivons mieux, plus

vieux, il y a plus d’éducation, moins de gens qui

ont faim, moins de mortalité infantile… Il y a une

amélioration considérable pour l’humanité mais

cela l’a été au détriment de la vie sur la Terre.

Nous nous servons sans cesse des ressources de

la Terre, jusqu’à ce qu’elles soient épuisées ! Il

faut regarder le monde avec les yeux ouverts et

je suis un optimiste très inquiet. Nous n’avons

pas besoin d’espoir mais de courage. Il faut une

vraie révolution.

Laure-Lucile Simon lit des extraits de Laudato si’, accompagnée par Christian-Pierre

La Marca au violoncelle et Nathanaël Gouin au piano : un spectacle musical présenté

le 12 octobre 2019 au Collège des Bernardins

23


EN IMAGES

Laudato si’

Le 18 juin 2015, le pape François

signait sa deuxième encyclique,

Laudato si’. Sur la sauvegarde de

la maison commune. En liant les

questions sociale et environnementale,

il appelle à sauver la Création : une

première historique.

« Cette sœur crie en raison des dégâts

que nous lui causons par l’utilisation

irresponsable et par l’abus des biens

que Dieu a déposés en elle. Nous avons

grandi en pensant que nous étions ses

propriétaires et ses dominateurs, autorisés

à l’exploiter. La violence qu’il y a dans

le cœur humain blessé par le péché se

manifeste aussi à travers les symptômes

de maladie que nous observons dans le

sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres

vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres

les plus abandonnés et maltraités, se

trouve notre Terre opprimée et dévastée,

qui "gémit en travail d’enfantement"

(Romains 8, 22). Nous oublions que

nous-mêmes, nous sommes poussière

(cf. Genèse 2, 7). Notre propre corps est

constitué d’éléments de la planète, son

air nous donne le souffle et son eau nous

vivifie comme elle nous restaure. »

Laudato si’, 2.

Décharge de Mbeubeuss dans

le quartier de Malika à Dakar,

Sénégal (14’48 N - 17’19 O)


DOSSIER

REGARD JEUNE

Des jeunes pour une

vision unifiée du monde

Début février 2020, le Collège des Bernardins accueillera 250 jeunes pour les

former à la doctrine sociale de l’Église. Un événement annuel organisé par le

diocèse de Paris. Le thème de cette année : l’écologie intégrale. Explications

de Vianney Berlizot, coordinateur du projet.

POURQUOI UNE APPROCHE

INTÉGRALE ? | Pape François, Laudato si’, 139

Quel est l’objectif de ce week-end de

formation au Collège des Bernardins ?

V. B. Climat, raréfaction des ressources naturelles,

pollution de l’air et des océans… Nous

sommes de plus en plus conscients que notre

manière de consommer détruit notre « maison

commune », pour reprendre une expression du

pape François dans Laudato si’. S’il y a urgence,

beaucoup de jeunes ne savent pas par où commencer.

L’événement a pour objectif de proposer

une réponse chrétienne à cette crise écologique,

à la lumière de la doctrine sociale de l’Église.

Comme le rappelait encore le pape, la crise est

à la fois écologique, sociale et spirituelle. Parce

que la crise est globale, notre réponse doit l’être

également. Dans cet esprit, le week-end de

formation des jeunes n’a pas été pensé comme

un colloque de spécialistes pour des spécialistes.

Nous voulons avant tout accompagner

les participants dans le passage d’une réflexion

théorique à une conversion intérieure et à des

expérimentations concrètes.

Quel est l’apport de Laudato si’ et de

l’Église dans la recherche de solutions ?

V. B. Le premier apport de l’Église à la réflexion

écologique réside dans la Bible elle-même, qui

nous propose une vision unifiée du monde. On

trouve peu de figures qui proposent un modèle

global parvenant à intégrer les dimensions économique,

environnementale, sociale et éthique,

très souvent opposées, dans un projet de société

unifié. L’encyclique Laudato si’ nous invite à

« écouter la clameur de la Terre et la clameur des

pauvres » : c’est la Création tout entière qui crie.

Considérer notre place dans la Création est une

étape clé de la réflexion à mener face à la crise

actuelle, que nous espérons franchir ensemble

lors de ce week-end.

« Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et

complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche

intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour

préserver la nature. »

26


EN PARTENARIAT

Le sens ne se construit que collectivement. C’est pourquoi le

Collège des Bernardins noue des partenariats avec des institutions

qui partagent avec lui un esprit d’ouverture, de dialogue et de

transmission. Ces partenariats sont un moyen de mutualiser les

forces et les expériences, tout comme ils offrent l’opportunité de

programmations communes. À travers eux émerge un écosystème

où se croisent les savoirs, les cultures et les croyances pour

enrichir le questionnement sur l’homme et son avenir.

« Notre mémoire est un lieu d’invention » 28.

La fraternité est la reconnaissance d’une humanité réciproque 30.

« Ce qui ruine notre patrimoine, c’est l’indifférence » 32.

27


EN PARTENARIAT

CODEX

« Notre mémoire est

un lieu d’invention »

Le cycle de conférences « Un jour dans l’histoire », fruit d’un partenariat

entre la revue Codex et le Collège des Bernardins, invite des spécialistes à

retracer l’histoire comme un roman. Explications avec Priscille de Lassus,

rédactrice en chef de Codex, et le père Jean-Philippe Fabre, directeur du

programme.

Comment s’est mis en place le partenariat

entre Codex et le Collège des Bernardins ?

P. de Lassus. C’est un partenariat très naturel et

j’en rêvais depuis longtemps. Codex et le Collège

des Bernardins partagent un même amour de la

culture, particulièrement de la culture chrétienne,

et une volonté d’ouverture sur le monde. Pour les

Bernardins, avoir une ouverture plus prononcée

sur l’histoire est très important. Codex raconte

« deux mille ans d’aventure chrétienne » à partir

de l’archéologie, de l’histoire, du patrimoine, de la

culture… Nos contributeurs sont principalement

des universitaires et ont tous une volonté pédagogique

affirmée. Nous nous retrouvons pleinement

dans les idées de transmission et de passage des

savoirs qui animent le Collège des Bernardins.

Priscille de Lassus, rédactrice en chef de Codex et le père

Jean-Philippe Fabre, théologien et directeur du programme

« Un jour dans l’histoire » au Collège des Bernardins

J.-Ph. Fabre. Le lieu même du Collège des

Bernardins nous ancre dans l’histoire. Nous évoluons

dans un bâtiment ancien, au passé riche, marqué

par la culture chrétienne des moines cisterciens et,

plus largement, par les Écritures saintes. Accueillir

la formation « Un jour dans l’histoire » nous permet

d’honorer l’enracinement historique du Collège.

Par ailleurs, l’idée chère à Codex de chercher dans

notre passé les clés de compréhension du présent

et, éventuellement, de l’avenir, nous parle beaucoup.

28


POUR ALLER

PLUS LOIN

Vous parlez d’enracinement dans un

monde fasciné par l’éphémère. Pourquoi ce

retour aux racines ?

P. de L. Nos contemporains sont curieux d’histoire

dans un monde qui se cherche. L’idée d’héritage est

aussi centrale au christianisme. Comme le rappelait

le pape Jean-Paul II dans sa bulle d’indiction du

grand jubilé de l’an 2000, l’histoire n’est pas le

passé : elle est le présent et l’avenir. Elle

nous apporte une connaissance de

nous-mêmes et nous permet d’engager

un dialogue avec le monde.

J.-Ph. F. L’homme qui vit dans

l’éphémère ne déploie pas toute

la puissance de son humanité.

La sagesse chrétienne a compris

qu’un événement ponctuel

ne l’est jamais vraiment, il se

déploie sans cesse dans l’histoire.

La force des traditions

est de bâtir sur l’héritage des

générations passées. On ne peut

faire du nouveau que par rapport à l’ancien. On

retrouve cela dans l’idée d’un « plus jamais ça »

qui s’exprime suite aux grands bouleversements.

Notre mémoire devient alors un lieu d’invention

et non de paralysie, elle nous permet d’être dans

la vérité. Nos pères, nos racines nous constituent.

Pourquoi les interventions « Un jour dans

l’histoire » prennent-elles la forme de récits ?

P. de L. Avec le récit, on évite une ambiance trop

scolaire et on permet une meilleure appropriation

du sujet par les auditeurs. Le récit favorise

aussi la rencontre avec l’historien en incarnant

l’histoire et en la travaillant avec nos questionnements

présents.

L’homme qui vit dans

l’éphémère ne déploie

pas toute la puissance

de son humanité

dans une succession temporelle. Rappelons

que les Évangiles sont des récits, la Bible

elle-même est un récit qui va de la Genèse

à l’Apocalypse. Les textes sacrés racontent

plus qu’ils n’expliquent.

Comment l’histoire entre-t-elle en

résonance avec le présent ?

P. de L. En février, nous accueillerons

Arnaud Timbert de l’université de

Picardie. Il déroulera l’histoire

de l’incendie de la crypte de la

basilique de Vézelay en 1165

comme une enquête policière.

De fait, cet incendie

éveille les suspicions des

chercheurs qui effectuent

aujourd’hui une lecture

plus critique des textes

médiévaux. En évoquant

l’incendie de Vézelay, il

replacera l’événement de

Notre-Dame de Paris dans

la grande histoire des destins parfois tragiques

des bâtiments chrétiens.

J.-Ph. F. C’est aussi une plongée dans l’imaginaire

du Moyen Âge. Une statue de la Vierge

avait résisté aux flammes, tout comme la Pietà

de Notre-Dame ou les deux tours. À l’époque,

les moines avaient interprété cela comme un

signe de Dieu, une incitation à rebâtir. Nos

rencontres mettent ainsi en résonance passé

et présent. Le 21 janvier 2020, nous aborderons

le vœu de Louis XIII en 1638 avec Olivier

Chaline. Le 10 mars 2020, la chute des États

pontificaux en 1870 avec Yves Bruley.

« Les Barbares », Codex

n° 13, octobre 2019

J.-Ph. F. Le récit n’est pas simplement une modalité

pédagogique, c’est déjà une interprétation

qui met en lumière la puissance des événements.

Ce qui n’empêche que le récit respecte l’événement,

notamment parce qu’il s’inscrit lui aussi

PAPE JEAN-PAUL II | Bulle d’indiction du grand jubilé de l’an 2000, 1

La naissance de Jésus à Bethléem n’est pas un fait que l’on peut reléguer dans le passé. Devant lui

en effet prend place toute l’histoire humaine : notre présent et l’avenir du monde sont éclairés par sa

présence. Il est « le vivant » (Apocalypse 1, 18), « celui qui est, qui était et qui vient » (Apocalypse 1, 4).

29


EN PARTENARIAT

ÉCOLE DU BARREAU DE PARIS

La fraternité est la

reconnaissance d’une

humanité réciproque

Dans le cadre du cycle de conférences « Droit, liberté et foi » organisé par le

Collège des Bernardins en partenariat avec la Maison du barreau et l’École

de formation du barreau, la conseillère d’État Laurence Marion revient sur

l’entrée en droit de la notion de fraternité.

La fraternité, un élan du for intérieur

Mais cette transcription normative a toujours

été insatisfaisante, en particulier parce qu’elle

conduit presque inévitablement à altérer l’universalité

de la notion. La fraternité s’est effacée

au profit de l’idée de solidarité après 1848. La

solidarité semble plus profane et moins chargée

émotionnellement. Plus consensuelle, elle

était ainsi plus adaptée à la construction d’une

législation sociale protectrice.

Bien avant d’être un concept juridique,

la fraternité est une idée. Pendant

longtemps, elle a d’ailleurs davantage

intéressé les historiens que

les juristes. Il y a pourtant eu des

tentatives, lors de la Révolution française et lors

de la révolution de 1848, pour traduire dans le

droit cette notion qui s’est rapidement imposée

au frontispice de la devise nationale.

Il me semble aussi que la fraternité en tant qu’élan

s’articule mal avec l’idée de normativité, qui

implique une certaine contrainte. On a du mal

à concevoir une « injonction de fraternité ». Du

seul fait qu’elle serait imposée de l’extérieur, on

dénaturerait ce qui fait sa valeur, qui est celle

d’un geste caractérisé avant tout par la reconnaissance

d’une humanité réciproque, qui résulte

du for intérieur.

Reconnaître la liberté

d’aider autrui

La fraternité a fait une entrée remarquée dans

notre édifice juridique, par la plus grande porte

30


POUR ALLER

PLUS LOIN

qui soit, puisque le Conseil constitutionnel a

consacré sa valeur dans sa décision du 6 juillet

2018. Il en déduit qu’en raison de l’existence de

ce principe de fraternité, on ne saurait contrarier

« la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire

», y compris si la personne est dépourvue

de titre de séjour. C’est une reconnaissance

symbolique tout à faire majeure, qui a revitalisé

la notion et conduit beaucoup de juristes

à s’y intéresser. Il est ainsi possible

qu’en dehors même du droit au

séjour des étrangers, la notion

juridique de fraternité s’invite

dans d’autres débats juridiques

très sensibles, comme la question

du retour des familles de

djihadistes, ou plus prosaïques,

telles que les conditions de

financement des associations

caritatives.

Mais ce faisant, la notion risque

de chuter de son piédestal car,

comme dans toute démarche

juridique, elle doit être combinée

à d’autres normes, qui

sont également de rang constitutionnel. C’est

d’ailleurs ce qu’a fait le Conseil constitutionnel

dans sa décision de 2018 : il a confronté la notion

constitutionnelle de fraternité avec l’objectif

de lutte contre l’immigration irrégulière qui,

indique-t-il, « participe à la sauvegarde de l’ordre

public » et constitue ainsi un objectif à valeur

constitutionnelle. C’est pour cela qu’il a écarté

les griefs d’inconstitutionnalité lorsqu’était en

cause l’aide apportée aux migrants pour franchir

une frontière, car cela revient à contribuer à créer

une situation juridiquement illicite. Le risque

On ne peut tout

attendre d’un État,

d’un gouvernement :

promouvoir la

fraternité est l’affaire

de tous, y compris par

de petits gestes

est donc que, dans bien des cas, la fraternité

achoppe sur le réalisme du droit positif, et

perde du coup de sa superbe…

Protéger la fraternité de

l’institutionnalisation

Il faut revenir à une logique de discernement

personnel. On ne peut tout attendre

d’un État, d’un gouvernement :

promouvoir la fraternité, c’est

l’affaire de tous, y compris

par de petits gestes. La

solidarité s’est parfois

racornie par son institutionnalisation.

On a besoin

aujourd’hui de lieux de

rencontre pour redonner

du sens à l’échange humain,

à l’accueil de l’autre dans

son humanité. À l’heure des

réseaux sociaux et d’une

tendance au cloisonnement

social et culturel, c’est de

plus en plus difficile. Dans

ce but, l’Église catholique a

un rôle important à jouer, tout comme notre

tissu associatif, en portant haut cette valeur

de fraternité.

Laurence Marion

à l’occasion de la conférence « Fraternité

et universalité » qui s’est déroulée le 16 octobre 2019

à la Maison du barreau

Liberté, égalité,

fragilité : revisiter la

fraternité

Revivez les débats

en ligne :

bit.ly/liberté-égalitéfragilité

Liberté et fraternité :

quel sens pour notre

devise ?

Revivez les débats

en ligne :

bit.ly/notre-devise

ACCOMPAGNER LA QUÊTE DE SENS DES PRATICIENS

« Questions de médecine », « Droit, liberté et foi », « Santé, éthique et foi »... Le Collège des Bernardins accompagne les

praticiens, médecins ou avocats, dans leurs quêtes de sens. Ces cycles de conférences peuvent être validés au titre de la

formation continue. Ils permettent surtout aux professionnels d’approfondir leur compréhension des enjeux – philosophiques,

éthiques, politiques... – inhérents à leurs domaines d’activités.

31


EN PARTENARIAT

EUROPA NOSTRA

« Ce qui ruine notre

patrimoine, c’est

l’indifférence »

En clôture des Assises européennes du patrimoine culturel de Paris, Europa

Nostra, le Collège des Bernardins et la Fondation du patrimoine se sont associés

pour un colloque. L’ambition : placer « le patrimoine culturel au cœur de la

relance du projet européen ».

«

Quel lieu plus symbolique que le

Collège des Bernardins pour

relever le défi de la relance

du projet européen à

travers la valorisation

de son patrimoine

? » a remarqué Catherine

Magnant, conseillère au département

de l’éducation et de

la culture de la Commission

européenne.

À peine remis des émotions

suscitées par l’incendie de la

cathédrale Notre-Dame six

mois plus tôt, les représentants

des institutions européennes

qui participaient au colloque

ont abordé la question brûlante

du financement du patrimoine

européen. Un moment fort : la présentation du

texte du manifeste de Paris pour replacer la

culture au cœur du projet européen.

L’enjeu n’est

pas seulement

de rechercher

des ressources

financières, mais

surtout de circonvenir

l’indifférence

Circonvenir l’indifférence face au patrimoine

Le patrimoine culturel européen constitue

l’une des sources vives de la création

et de l’innovation et l’un des principaux

trésors de la civilisation

européenne. Pourtant, il représente

bien souvent la portion

congrue des budgets publics.

Chefs-d’œuvre ou trésors

des humbles, nombre des

monuments – petits et grands

– qui font partie du paysage,

de l’histoire et de l’identité

culturelle européenne sont

en péril.

Leur fragilité et l’état d’abandon

dans lequel ils se trouvent

ont été révélés par l’incendie

de Notre-Dame, une cathédrale emblématique

de l’imaginaire culturel commun. « L’indifférence

avait empêché de trouver 150 millions d’euros pour

32


POUR ALLER

PLUS LOIN

Manifeste de Paris,

Europa Nostra, 2019

bit.ly/Manifeste-Paris

Tout au long du colloque, la

facilitatrice graphique Alexia

Leibbrandt a réalisé une

fresque pour résumer les points

essentiels débattus sur la scène

du Collège des Bernardins

la restauration de la cathédrale, alors que l’on

savait qu’elle était en grand état de dégradation

et qu’un certain nombre de pierres tombaient sur

la chaussée. Après l’incendie, 900 millions d’euros

ont été mobilisés en trois jours », a rappelé Célia

Véro, directrice générale de la Fondation du patrimoine.

Pour elle, « l’enjeu n’est pas seulement de

rechercher des ressources financières, mais surtout

de circonvenir l’indifférence ». Le moyen : favoriser

la mobilisation collective. Car s’il y a bien un

aspect insoupçonné que le drame de l’incendie de

Notre-Dame a révélé, c’est l’incroyable potentiel

philanthropique et de cohésion qu’un bâtiment

appartenant à la mémoire collective peut susciter.

« Les personnes ont donné pour Notre-Dame pour

réparer le bâtiment, mais aussi pour se réparer

elles-mêmes du choc qu’elles avaient vécu. »

Le patrimoine culturel, un pilier européen

Le cas de Notre-Dame a révélé l’intérêt du

grand public pour la sauvegarde du patrimoine.

Cependant, il a fallu attendre le drame pour que

cet intérêt se matérialise. Les intervenants du

colloque ont ainsi tous rappelé l’importance de

prévenir plutôt que de guérir. Mobiliser l’opinion

pour entretenir correctement les bâtiments

permet de réduire les coûts de restauration

et d’empêcher les destructions.

À cet effet, le manifeste de Paris présenté le

30 octobre 2019 réaffirme l’importance du

patrimoine culturel dans le projet européen.

Alors que l’Europe, fragilisée par le Brexit,

s’inquiète de la montée des populismes, sensibiliser

les citoyens au patrimoine européen

favorise la cohésion. Un appel vibrant est

lancé dans le manifeste : « Relançons l’Europe

par la culture et le patrimoine culturel ! »

LA RESTAURATION EXEMPLAIRE DU

COLLÈGE DES BERNARDINS

Au fil des siècles, incidents et transformations avaient affaibli le bâtiment du

Collège des Bernardins, construit en 1245. Au moment de son acquisition par

le diocèse de Paris, il menace de s’effondrer et son ouverture au public exige

des aménagements importants. En 2004, l’architecte Hervé Baptiste travaille

sur la partie historique du chantier tandis que l’architecte Jean-Michel Wilmotte

s’occupe des espaces contemporains. En juin 2010, le Collège des Bernardins a

reçu le prix du Patrimoine culturel de l’Union européenne/Concours Europa Nostra

dans la catégorie « Conservation », en récompense de sa restauration exemplaire.

33


PUBLICATIONS

PETITE INITIATION

ILLUSTRÉE

À L’ANC I EN

TESTAMENT

Jean-Philippe Fabre, Petite initiation

illustrée à l’Ancien Testament pour mieux

connaître Jésus,

MAME, 2019, 80 p.

Le Dieu de l’Ancien Testament

est-il vraiment le même que

celui du Nouveau ? Ces deux

parties de la Bible ne renvoient-elles

pas à deux religions

différentes, le judaïsme et le

christianisme ? Cet ouvrage

reprend les éléments ayant

fait le succès d’un cours en

ligne innovant du Collège des

Bernardins qui comptait plus

de 12 000 inscrits dans près de

100 pays. Illustré par le dessinateur

du MOOC, il propose

un parcours ludique et concis

pour répondre à une question

essentielle de la foi : pourquoi

les chrétiens continuent-ils de

lire l’Ancien Testament ? Jamais

on n’aura démontré, en aussi

peu de pages, à quel point la

connaissance des Écritures

juives est essentielle pour

comprendre Jésus.

DÉCOUVRIR LES

ÉVANGILES EN UN

WEEK-END

Jean-Philippe Fabre,

Découvrir les Évangiles en un week-end,

MAME, 2019, 144 p.

Après le succès de Découvrir la Bible en un

week-end, ce livre propose de parcourir

les Évangiles et les Actes des apôtres en quelques demi-journées, de

manière simple mais précise. Sa singularité : rappeler le contexte

historique et spirituel dans lequel chaque évangile a été écrit pour

en souligner l’originalité. Découvrez dans cet opuscule l’éclairage

particulier que chaque évangéliste a apporté sur la vie de Jésus et les

débuts de l’Église. L’approche pédagogique propose de nombreux

repères historiques, géographiques et lexicaux pour accompagner

les lecteurs. En trois séquences, à l’aide de lectures guidées et de

commentaires inspirés de quelques récits, vous serez sensibilisés

à une nouvelle manière, enthousiasmante et profonde, de lire les

Évangiles.

GUÉRIR.

SANTÉ, ÉTHIQUE ET FOI

Brice de Malherbe,

Guérir. Santé, éthique et foi, Parole et Silence, 2019, 170 p.

Si l’objectif de tout traitement est la

guérison, que signifie vraiment guérir ?

Effacer ou éradiquer une maladie ?

Accompagner vers un état de bien-être

ou de mieux-être ?

Malgré les progrès extraordinaires de la médecine, beaucoup

regardent du côté des médecines dites « alternatives » ou encore

recherchent une guérison spirituelle. Comment discerner ce qui

est juste ? Ou encore, comment se situer dans une démarche

croyante devant cette parole du Christ : « Que veux-tu que je fasse

pour toi ? » (Marc, 10, 51). Dans le cadre d’une journée annuelle

d’étude « Santé, éthique et foi » pour les professionnels de la

santé au Collège des Bernardins, des contributeurs de diverses

disciplines ont cherché quelques réponses à ces questions qui

traversent nos existences, rejointes tôt ou tard par la maladie,

la nôtre ou celle de nos proches.

34


LA BIEN-AIMÉE, DE

JÉRUSALEM À MARIE

Christine Pellistrandi,

La Bien-Aimée, de Jérusalem à Marie,

Salvatore, 2019, 188 p.

Pendant des siècles, une image négative

des femmes a trop souvent prévalu :

elles furent comparées à Ève alors que

les prophètes mettent en valeur leur

beauté voulue par Dieu. Pourquoi ? De Jérusalem à la Vierge

Marie, la figure de la Bien-Aimée ne cesse de parcourir la Bible.

Dans ce livre, Christine Pellistrandi part de la figure d’Ève, la

pécheresse, pour dérouler son influence sur l’image des femmes

dans l’histoire. Surgit alors la figure de Jérusalem, épouse et

mère, puis celle de Marie de Nazareth. En décryptant le double

discours symbolique et charnel de la langue hébraïque et en

tissant des liens avec la littérature et l’art, l’histoire d’Israël et

du peuple de Dieu est livrée aux lecteurs sous un nouveau jour,

à l’aune de la Bien-Aimée.

ALENTOUR DU VERSET.

PETITE PHÉNOMÉNOLOGIE

DES MYSTÈRES

Marie-Aimée Manchon, Alentour du verset. Petite phénoménologie

des Mystères, Ad Solem, 2019, 536 p.

Introduction à la phénoménologie et

méditation christique, ce livre est le

fruit de cours universitaires, de retraites

spirituelles et d’offices chantés chaque

jour. Véritable chapelet phénoménologique, l’ouvrage égraine

les vingt mystères du Rosaire selon une méditation priante,

rigoureuse et philosophique.

Et aussi, traduit pour la

la première fois fois en anglais en

anglais :

Getting Back the

Taste of European

Adventure

Antoine Arjakovsky et Jean-

Baptiste Arnaud, Getting Back the

Taste of European Adventure, Collège

des Bernardins, 2019, 110 p.

Désormais disponible dans la nef

L’AGENDA 2020

DU COLLÈGE DES

BERNARDINS

La raison rencontre l’oraison, dans la confrontation des pensées

des plus grands phénoménologues comme M. Heidegger,

M. Merleau-Ponty, É. Lévinas ou encore H. Arendt, et du geste

méditatif. Comme l’écrit Emmanuel Falque dans sa préface :

« Certains livres sont intéressants et d’autres sont intelligents. Il y

a aussi les livres documentés et les livres innovants. Et il y a aussi

les très grands livres. Alentour du verset est de ceux-là, comme

il y en a peu dans une décennie. »

35


Du lundi au vendredi

11h à 14h30 / 15h30 à 18h

01 53 10 74 42


La Table

des Bernardins

Au cœur de la nef, un traiteur engagé

Gilles Tardivet

Responsable de

la Table des Bernardins,

un établissement de

la Table de Cana,

entreprise d’insertion

« Après trente ans

dans la restauration,

j’ai souhaité

m’engager auprès de

personnes en insertion

professionnelle. Ici, je

leur apprends le métier

et les automatismes de

la restauration. »

Du lundi au vendredi

9h30 à 18h

01 53 10 74 43


Par des expériences

humaines, poétiques et

spirituelles, l’homme doit

renouer avec lui-même,

avec les autres, et avec

l’ensemble du vivant.

Mgr Alexis Leproux

Le cri mêlé de la Terre

et des pauvres est une

invitation à se réinventer.

C’est une crise, mais c’est

aussi une opportunité.

Bruno Latour

Il nous est apparu

primordial de promouvoir

une forme de rationalité

nourrie de philosophie,

de droit, et pourquoi pas

de théologie, capable

de dialoguer avec la

technique.

Anne Lécu

Publication du Collège des Bernardins • 20, rue de Poissy - 75005 Paris • Directeur de la publication : Hubert du Mesnil • Directrice de la rédaction : Claire Laval • Rédactrice en chef :

Fabienne Robert • Conseil éditorial, maquette et secrétariat de rédaction : Animal pensant • Équipe de rédaction : Pauline Coste, Louis de Frémont, Léopoldine May, Animal pensant • Photoiconographie

: Léopoldine May • Nous remercions l’ensemble des personnes qui ont contribué à cette revue. • Impression : Corlet – Condé-en-Normandie (14) • Dépôt légal : décembre 2019.

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