The Red Bulletin Janvier 2020 (FR)

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FRANCE

JANVIER 2020

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

BEN LECOMTE A NAGÉ 555 KM DANS

UN OCÉAN

DE PLASTIQUE

Ce qu’il y a appris nous

poussera-t-il à agir ?


ÉDITORIAL

LE PLASTIQUE N’EST

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

PLUS FANTASTIQUE

En ce début d’année, ce que Ben Lecomte veut nous

faire comprendre, c’est l’ampleur d’un désastre qui

se déroule sous nos yeux : l’omniprésence du plastique

sur la planète, et ses répercussions environnementales,

probablement irréversibles. Il n’accuse

pas, ne pointe pas du doigt, ne joue pas les moralisateurs.

Ben Lecomte est un homme animé par les

mêmes désirs et espoirs que vous, nous : un homme

ordinaire en somme. Mais un homme ordinaire qui

accomplit des choses extraordinaires, en érigeant

ses convictions au- dessus du niveau de la mer.

Après avoir traversé l’Atlantique à la nage une

première fois en 1998, il a nagé dans le vortex du

Pacifique nord en 2019 pour documenter une réalité

méconnue car loin de nous. C’est sous le niveau

de la mer que Ben Lecomte nous invite à regarder,

avant de plonger dans la réflexion.

ROD GLACIAL

Originaire de Bretagne

mais Parisien depuis dix ans,

Rod Glacial a débuté dans

le fanzinat puis a travaillé

plusieurs années chez

Noisey, le site musical de

Vice. Freelance, il collabore

avec divers médias. Pour

ce numéro, il a rencontré

Mathieu Rochet, cofondateur

du magazine Gasface et

auteur de la série Lost In

Traplanta diffusée sur Arte

en fin d’année. Page 56

TOM POWELL/@ICEBREAKERNZ (COUVERTURE)

Ouvrez les yeux !

Votre Rédaction

Ben Lecomte, 51 ans, architecte, féru de natation, marié,

père de famille (ici avec ses enfants), expatrié, et fervent

défenseur des océans. Bref, un homme ordinaire. P. 42

NEAL ROGERS

Cet Américain, collaborateur

d’ESPN et du site CyclingTips,

a rencontré l’inspirant pilote de

VTT Paul Basagoitia. « Un jeune

gars à la croisée des chemins :

celui d’un athlète de haut

niveau dont la carrière est

stoppée par une blessure, et

celui d’un homme qui devient

connu dans la communauté

des personnes victimes de

lésions de la moelle épinière.

Une communauté qu’il n’avait

jamais pensé rejoindre un

jour. » Page 72

THE RED BULLETIN 3


56

Mathieu Rochet s’est

bougé aux USA pour

sa vision du hip-hop.

72

Cette photo de Paul

Basagoitia n’aurait

jamais dû exister.

6 Plein les yeux : sur l’eau, les cimes

ou dans les airs, les athlètes français

sont à l’honneur de notre

galerie ce mois-ci !

12 Le plastique, c’était fantastique :

le top, désormais, c’est le carton

14 Un disque vinyle fait de déchets

marins, ça sonne comment ?

15 Comme Sophie Everard, prenez la

vague de l’entrepreneuriat

16 Un Noir dans un gang suprémaciste

blanc, c’est l’histoire vraie

d’Adewale Akinnuoye-Agbaje

18 À quoi nous servirait une queue ?

20 Pour se faire une place dans le

milieu du cinéma, Daisy Ridley

avait peut-être (déjà) la Force...

24 Playlist : ce qui excite Underworld

26 Le Dakar, au choix

La tête dans un roadbook ? Avec

le couple Peterhansel ? Ou dans

la catégorie Side by Side ?

42 Le plastique, ce fléau

Ben Lecomte a nagé dans des

déchets pour envisager la suite :

avec nous

56 Lyon-Atlanta

C’est le chemin parcouru par un

passionné de hip-hop, qui voulait

autre chose pour sa culture

62 De la balle, la trap

Gunner Stahl connaît les boss du

genre, et partage son portfolio

72 Rouler à nouveau

Paul Basagoitia ne devait plus

remonter sur un vélo. Un film

raconte sa persévérance

86 Les Gorges du Verdon, avec le

grimpeur Stefan Glowacz, rien

que pour vous

90 Comment une montre a résisté

aux plus grandes profondeurs

jamais atteintes par l’homme

92 Experte des courses d’obstacles

extrêmes, Ida Mathilde s’entraîne

même au bureau

94 Au programme sur Red Bull TV :

le Dakar comme si vous y étiez,

un BMXer de retour à sa source,

et les caïds de Street Fighter à

nouveau réunis dans une cage...

95 Agenda : la neige sportive et festive,

la plus célèbre course d’enduro

moto sur sable, le retour

du WRC et les affreux Slipknot

96 Ils et elles font The Red Bulletin

98 Pour finir en beauté : la street

dance sur le toit du monde

EMILE DARVES-BLANC, DEWEY NICKS, FLAVIEN DUHAMEL

4 THE RED BULLETIN


CONTENUS

janvier 2020

26

Le Rallye Dakar se pointe

en Arabie saoudite : nous lui

dédions un dossier spécial.

THE RED BULLETIN 5


CARBONNE, FRANCE

Le flow de

Charraud

Pour Jules Charraud, athlète français

montant en puissance dans l’univers du

wakeboard, tout est question de flow.

C’est aussi presque une priorité pour

Tomz FPV, le pilote de drone qui s’est

évertué à le suivre avec son engin volant,

et filmant sur le wake park de la Source,

du côté de Carbonne, dans le 31, pour une

vidéo de la série Follow Me à retrouver

sur redbull.com.

Instagram : @jules.charraud

DOM DAHER/RED BULL CONTENT POOL


7


MATERA, ITALIE

La tête à

l’envers

De son apparition dans le parkour

en 2015 à l’âge de onze ans, à sa

validation pour l’une des huit qualifications

en ligne pour le Red Bull Art

of Motion 2019, Lilou Ruel est l’une

des plus prometteuses athlètes dans

son sport. Ici, la freerunneuse française

de seize ans montre aux juges

de quoi elle est capable, alors qu’elle

participe à la finale du Red Bull Art

of Motion à Matera, en Italie. « Ce

move s’appelle un bub cork, dit Lilou.

Je suis la première femme à l’avoir

réussi lors d’un Art of Motion, et

j’en suis plutôt fière. »

Instagram : @lilouruel

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL, AUSTIN JACKSON/RED BULL ILLUME


SPIRIT FALLS,

WASHINGTON, USA

C’est la

saison

Quand un photographe fait preuve

d’une vraie passion pour son sujet,

ça se voit. Dans cette image de l’autodidacte

et fan d’outdoor Austin James

Jackson, la passion de l’aventure est

évidente. « L’hiver est une période

excitante pour explorer les gorges du

Columbia, au nord-ouest des États-

Unis, dit Jackson. La neige rencontre

les chutes d’eau et les rivières, et la

saison du kayak hivernal démarre. »

Instagram : @austin.james.jackson

9


MÜRREN, OBERLAND

BERNOIS, SUISSE

Un air de

paradis

Pas besoin de bouger au bout du

monde pour prendre son envol dans

des spots uniques. Valentin Delluc,

un spécialiste du speedriding (du ski

mixé à du parapente en mini-voile)

s’éclate ici à deux pas de chez vous,

en plein cœur du domaine de Mürren,

offert à lui seul. Il est suivi par le

photographe Dom Daher, venu documenter

les évolutions du rider français

en Suisse. « Cet endroit dans le

canton de Berne était comme un petit

paradis dans lequel Valentin s’est

pointé par-dessus les falaises grâce

à sa voile… Ce fut grandiose ! », se

remémore Daher, en spécialiste des

prises de vue outdoor dans les environnements

les plus saisissants

de la planète.

Instagram : @domdaher


DOM DAHER

11


Chaque Wikkelhouse peut être

personnalisée avec des ajouts

intérieurs et des fenêtres.

WIKKELHOUSE

Ça va faire

un carton !

Une équipe d’artistes construit de petites

maisons recyclables qui sont fabriquées en

enrubannant des rames de carton.

Vivre dans un habitat en carton,

cela semble peu probable, mais

cette boîte en carton est bien

réelle. C’est une maison 100 %

recyclable, confortable et à la

pointe de la technologie, qui

peut être construite en une

seule journée.

Fruit de la création de Fiction

Factory, un groupe de concepteurs

de décors de théâtre

devenu une entreprise de design

créatif, la Wikkelhouse (wikkel

en néerlandais signifie « emballer

») est une construction de

petite dimension en carton de

fibres vierges. Conçue en enrubannant

des rames de carton

ondulé autour d’un moule, la

maison est collée avec une colle

écologique pour créer une structure

incroyablement solide et

robuste. « Wikkelhouse est

synonyme d’innovation et de

durabilité ainsi que de design,

explique le fondateur Oep

Schilling. Lorsque nous nous

sommes lancés dans ce projet

en 2012, nous nous sommes

dit que le carton était un bon

matériau écologique. En n’utilisant

que du carton, nous créons

ainsi beaucoup de matériau à

partir d’un seul arbre. C’est

donc une façon efficace d’utiliser

les arbres en tant que matériau

de construction. »

De telles maisons ont été

récemment installées dans des

milieux urbains et ruraux, de la

campagne néerlandaise à la

skyline d’Hoxton, dans l’est de

Londres. D’autres devraient

suivre au cours de la prochaine

année. « La plupart des gens

utilisent nos maisons pour leurs

loisirs mais certains aimeraient

sûrement résider dans de petites

habitations comme celle-ci »,

détaille Schilling.

Il poursuit en expliquant que

l’on peut vivre longtemps dans

une Wikkelhouse, à condition de

la préserver et de s'en occuper.

« Les maisons sont faites pour

durer sinon elles ne seraient pas

écologiques. Vous n’avez qu’à

bien les entretenir et elles tiendront

jusqu’à cent ans. »

wikkelhouse.com

YVONNE WITTE/WIKKELHOUSE LOU BOYD

12 THE RED BULLETIN


ALPHATAURI.COM


Des déchêts dans

vos feuilles ? Oui,

mais en vinyle !

LA VOIX DE L’OCÉAN

La mer est

sur écoute

Le nouveau disque de Nick Mulvey est une

première mondiale. Les déchets de la côte de

Cornouailles, en Angleterre, l’ont inspiré et il

est réalisé entièrement à partir de ceux-ci.

Le disque est beau et la musique

est bonne mais en réalité, c’est

un déchet. Un déchet de plage.

Composé et interprété par Nick

Mulvey, le nouveau titre, In The

Anthropocene, est sorti sur un

disque vinyle entièrement réalisé

à partir de détritus plastiques

recueillis sur les plages

de Cornouailles, l’un des volets

d’un projet visant à sensibiliser

sur la pollution plastique croissante

dans les océans. « Nous

avons utilisé du plastique trouvé

sur le rivage, dit Mulvey, la base

est faite de déchets de filets de

pêche transformés et constitue

la majeure partie du vinyle alors

qu’à l’intérieur même du disque,

on distingue des morceaux de

plastique et des emballages. »

Huit millions de tonnes de

plastique sont jetés chaque

année dans l’océan, ce qui représente

environ 75 % de tous les

déchets marins (voir notre sujet

Immersion dans le vortex, page

42). Si la situation ne change

pas, les scientifiques prévoient

que cette quantité pourrait

décupler d’ici 2025. « Je pense

Nick Mulvey, un

chanteur inspiré

par l’océan.

que nous sommes la première

génération à vraiment comprendre

l’impact que nous

avons sur cette Terre et l’urgence

de la situation tient à ce

que nous sommes aussi la dernière

génération à pouvoir faire

quelque chose à cet égard, dit

Mulvey. Cela ne va pas disparaître

tout seul et nous devons

agir dès maintenant. Mieux

comprendre la nature et réaliser

que nous ne sommes pas séparés

de notre environnement ni

supérieurs à lui sont les sujets

qui ont inspirés cette chanson

ainsi que toute ma musique. »

Le produit de la vente et du

streaming de la chanson sera

versé à l’association caritative

Surfers Against Sewage, afin

de l’aider dans ses efforts pour

réduire les déchets plastiques

sur les côtes britanniques.

« Avec ce projet en collaboration

avec la brasserie Sharp’s, dit

Nick, nous avons la possibilité

de faire quelque chose de bien,

la possibilité de parvenir à

davantage de beauté, d’harmonie

et de contacts humains. »

driftrecords.com

SHARP'S BREWERY, NICK MULVEY LOU BOYD

14 THE RED BULLETIN


MAD TO LIVE

Le take-off

d’une vie ?

Difficile de créer sa propre société…

Sophie Everard a fait carrière

dans l’aventure et vous glisse ses

recommandations.

RACHELLE LINCOLN LOU BOYD

Qui n’a jamais rêvé d’être son

propre patron ? Mais combien

s’y sont risqués ? L’aventurière

et fondatrice de Mad To Live,

Sophie Everard a fait le saut,

et dans sa cinquième année

d’existence, sa société est plus

que jamais dédiée aux femmes.

Elle emmène des centaines

de personnes pour des aventures

un peu partout à travers

le monde. « Je savais que je

n’allais pas poursuivre une

carrière dans quelque chose

qui sauverait des vies, comme

celle de médecin, dit la surfeuse,

snowboardeuse et aventurière.

Mais à ma façon, je

voulais faire quelque chose de

bénéfique. Le plus gratifiant

fut lorsque quelqu’un a fait

appel à ma compagnie et que

cela a amélioré sa vie. »

Le plus important lors de

la création d’une boîte est de

comprendre tous les aspects

de votre entreprise. « Mes

clients qualifient mon cheminement

de carrière d’inhabituel,

explique Everard. J’ai travaillé

dans tous les domaines

du marketing, de la vente et

des relations publiques, m’assurant

toujours de glaner de

l’expérience dans tous les

domaines. »

Il n’y a jamais eu autant

de ressources dans le monde

pour aider les gens à transformer

leurs bonnes idées en

carrières épanouissantes et

rentables. « En quittant un job

à plein temps bien rémunéré,

prévoyez des périodes d’incertitude,

dit l’Américaine. À vous

de les apprivoiser. »

wearemadtolive.com

Les conseils de

Sophie Everard pour

lancer votre boîte

1/ Soyez audacieux

« Souvent, les grandes idées

sont ensevelies par les peurs

des autres. Si vous avez vraiment

une bonne idée, assurezvous

de toujours y croire. »

2/ Vos outils sont là

« Pas besoin d’un matos coûteux

pour se lancer. Connectez

avec d’autres entrepreneurs,

écoutez des podcasts, allez à

des meet-up numériques, ça ne

vous coûtera rien ! »

3/ Ce sera intense

« Vous ne pouvez pas vous

permettre d’être affecté(e) par

les contretemps. Vous devez en

fait vous en servir pour alimenter

le feu en vous. Chaque jour

est imprévisible et unique. »

4/ Restez vous-même

« Beaucoup d’entreprises

étonnantes naissent d’un

état d’esprit unique, mais les

gens essaieront d’étouffer cet

aspect- là de vous s’ils pensent

que c’est trop “décalé”.

Ignorez- les et continuez. »

5/ L’instinct

« Il y aura des hauts et des bas,

cela fait partie de la courbe

d’apprentissage lors de la création

d’une entreprise. Si vous

vous trouvez dans une mauvaise

situation, suivez votre

instinct, c’est souvent le meilleur

guide que vous ayez. »

THE RED BULLETIN 15


ADEWALE AKINNUOYE-AGBAJE

Seconde peau

Dévoré par la haine de soi, ce réalisateur et acteur noir

britannique a intégré un gang blanc suprémaciste à

l’adolescence. Puis il est parvenu à réécrire son histoire.

Comment un enfant noir qui a grandi

dans l’Essex (Angleterre) des années

1980 devient-il membre d’un gang

de skinheads suprémacistes blancs ?

Adewale Akinnuoye-Agbaje répond

à cette question dans Farming, le premier

film qu’il réalise pour le grand

écran. Celui-ci raconte l’histoire de

cet acteur et réalisateur lorsqu’il

était enfant. Né de parents nigériens,

il a été confié très tôt à une famille

blanche dans une ville portuaire dure

où sévissait la violence raciste d’où

le titre (to farm : élever, cultiver).

Ignoré et mal-aimé chez lui et pris

pour cible dans la rue, Adewale a été

contraint par son père adoptif à se

battre contre ses agresseurs. Le fait

qu’il ne reculait jamais devant une

baston lui a valu une certaine considération

de la part de ses assaillants.

Au point de passer chez l’ennemi en

joignant un gang raciste.

Avec de la chance, du travail

acharné et l’intervention d’éducateurs,

Akinnuoye-Agbaje a échappé

à l’avenir sans issu auquel il se destinait

et a décroché un diplôme en

droit. Il a ensuite poursuivi sa transformation,

a déménagé à Los Angeles

pour y devenir acteur et est apparu

dans des séries télé comme Oz, Lost

et Game of Thrones, tout en apprenant

à raconter sa propre histoire.

Peu de gens ont la chance de réaliser

un long métrage basé sur leur propre

vie mais, il y a peu de gens comme

Akinnuoye-Agbaje.

the red bulletin : Farming

montre à quel point le sentiment

d’appartenance peut être puissant,

même lorsqu’on se trouve dans un

environnement dangereux et

dégradant...

adewale akinnuoye-agbaje : Dans

cette histoire, de jeunes enfants noirs

sont placés dans un environnement

qui leur est étranger et où ils sont les

seuls enfants noirs. Leur exposition

à la culture africaine vient exclusivement

des médias, que ce soit avec

Tarzan, Alf Garnett ou Jim Davidson,

des gens qui crachaient régulièrement

des injures racistes. Quand on

est constamment exposé à ce genre

de langage et qu’on est ensuite victime

de violence physique dans la

rue, quand on n’a pas de références

culturelles positives ou de modèles

de comportement, on commence à

s’identifier aux images méprisantes.

Quand mon propre père m’a envoyé

me battre contre des brutes, quand

j’ai suivi ce conseil et que j’ai commencé

à me défendre, j’ai soudainement

commencé à me faire remarquer

pour autre chose que la couleur

de ma peau. Et c’est devenu une

bouée de sauvetage, car dès lors,

les gens m’appelaient par mon nom.

Cela m’a donné un sentiment de validation.

Mais ne vous méprenez pas,

je n’ai jamais été accepté par le gang.

Dans ce genre de groupe, on est toujours

considéré comme un outil, un

atout utile dans la lutte contre

d’autres gangs, et on prend rapidement

conscience de qui on est et de

qui on était. Mais bon, cela permet

au moins de marcher un peu plus

librement dans la rue.

Comment avez-vous dévié de

cette voie ?

Le tournant a été la réussite de mon

premier examen. Ce n’était pas une

bonne note, à peine la moyenne,

mais c’était prouver à moi-même que

lorsque je m’appliquais, je pouvais

accomplir quelque chose ; on m’avait

toujours dit que je n’y arriverais pas.

Ça a été une révélation pour moi.

Mais il m’a fallu du temps pour sortir

de cet environnement et me retrouver

dans un milieu davantage multiculturel

; avoir ma première petite

amie de couleur a aussi été un gros

truc. Ça a été un parcours tortueux

et difficile parce que j’avais une telle

haine de moi-même et une telle

sous-estime de moi. Un soir que je

galérais sur un devoir de droit, au

point de fracasser un meuble dans

ma chambre, un ami m’a donné une

pilule qu’il avait l’habitude de

prendre pour rester debout tard. Je

l’ai prise et nous sommes restés d’attaque

toute la nuit pour résoudre le

problème. À la fin, je lui ai demandé

ce que c’était, et il m’a répondu que

ce n’était qu’un comprimé de vitamines

et que le remède se trouvait

dans ma tête. Des leçons comme ça

ont commencé à m’aider à percevoir

mes propres capacités.

Vous avez depuis fait d’autres

transformations : d’avocat à acteur,

auteur et réalisateur...

Et de la haine de soi à l’amour de soi.

Il s’agit de vous donner les moyens

de vous prendre en main par vos

propres réalisations, non pas en

cherchant à obtenir une validation

de l’extérieur, mais en vous validant

vous-même.

Votre histoire montre une extraordinaire

capacité d’adaptation et

de survie…

Mon apprentissage à Tilbury m’a

donné une intrépidité face à la vie et

le sentiment que rien n’est impossible.

Je n’avais jamais écrit de scénario

auparavant, mais il a été primé.

Je n’avais jamais réalisé de film auparavant

et il a été primé. La clé, c’est

d’être intrépide et de se lancer. Parce

que si l’on n’essaie pas, on ne peut

pas savoir.

hanwayfilms.com

AUSTIN HARGRAVE/AUGUST JESS HOLLAND

16 THE RED BULLETIN


« N’attendez pas

que l’on vous

valide. Faites-le

vous-même. »


Un délire fashion ?

Queue dalle ! D’après

ses créateurs japonais,

les bénéfices d’un tel

appendice pour les

humains sont concrets.

ARQUE

Le corps

augmenté

En matière de conception de

robot, le Japon a une longueur

d’avance sur le reste du monde.

À la croisée de la technologie,

de la prévention médicale et du

loisir, voici Arque, la première

queue humaine robotisée.

La nature s’essaye à des expériences

parfois surprenantes,

mais pas dénuées de sens.

Ainsi, on a récemment découvert

que les personnes possédant

un sixième doigt (1 naissance

sur 500 dans le monde)

s’accommodaient très bien de

ce dernier en l’utilisant comme

un pouce. À l’inverse, certains

chercheurs se sont interrogés

sur l’utilité de réhabiliter un

appendice squelettique dont

l’homme moderne n’a conservé

qu’un reliquat. Nous ne parlons

pas ici d’un substitut de virilité,

mais bien d’une prouesse technologique

réalisée par l’équipe

de l’université de Keio (Tokyo),

constituée de Yamen Saraiji,

Junichi Nabeshima et Kouta

Minamizawa. Cet appendice

robotisé d’un mètre de long

s’inspire de la queue des vertébrés

dont le rôle est de protéger

leur colonne vertébrale et de

favoriser le développement de

leur mobilité. Il reflète la plasticité,

l’élasticité et la compression

du squelette de la queue

d’un hippocampe à l’aide de

quatre muscles artificiels qui lui

donnent la possibilité de bouger

comme un pendule dans huit

directions. Ces « muscles »

reproduisent des contractions

selon qu’ils sont remplis ou

vidés d’air.

Arque s’ajuste sur le dos

en ajoutant ou en enlevant des

poids dans les modules (ou

« vertèbres ») en métal et permet

ainsi de corriger une posture

en déplaçant le centre de

gravité de son porteur pour renforcer

le corps et les muscles.

À terme, l’objectif des chercheurs

est d’inclure cette prothèse

dans la vie quotidienne

des personnes âgées ou souffrant

de maux de dos en leur

apportant un renfort au niveau

de l’équilibre, ou tout simplement

en prévention.

Le deuxième aspect insoupçonné

de cette queue robotisée

est ludique et récréatif : utilisée

en association avec un jeu de

RV, elle devient un accessoire

venant perturber le joueur, elle

le déséquilibre, ce qui confère

encore plus de réalisme aux

sensations du jeu en expérience

immersive. Mais une chose est

sûre, avant de devenir commercialisable,

Arque devra se faire

socialement et publiquement

accepter IRL.

JUNICHI NABESHIMA, KOUTA MINAMIZAWA, MHD YAMEN SARAIJI KEIO UNIVERSITY GRADUATE SCHOOL OF MEDIA DESIGN CHRISTINE VITEL

18 THE RED BULLETIN


Ven. 31 jan

14h30 - 15h30

ENDURO VINTAGE

Sam. 1 er fév

8h30 - 9h30

ENDUROPALE ESPOIRS

Sam. 1 er fév

10h30 - 12h

ENDUROPALE JUNIORS

Sam. 1 er fév

13h30 - 16h

QUADURO

Dim. 2 fév

13h - 16h

ENDUROPALE DU TOUQUET

PAS-DE-CALAIS


DAISY RIDLEY

« Une force existe

quelque part,

ailleurs »

Il y a quatre ans, l’Anglaise Daisy Ridley, décollait pour

la stratosphère de Star Wars. Avec la sortie du troisième

volet de la nouvelle trilogie, l’actrice explique les stratégies

auxquelles elle a recouru pour se frayer un chemin.

the red bulletin : Votre personnage

de la saga Star Wars se laisse

convaincre de rejoindre le Côté

obscur de la Force. Mais qu’est-ce

donc que ce Côté obscur ?

daisy ridley : C’est lorsque vous

utilisez des choses qui pourraient

être utilisées à de bonnes fins pour

faire exactement le contraire. On

pourrait aussi dire que c’est lorsque

tu fais quelque chose pour toi seul

plutôt que pour le bien de la communauté.

Le Côté obscur de la Force

existe donc vraiment. La plupart des

gens sont aimables les uns envers

les autres mais d’autres n’ont pas de

limites et croient qu’ils vivent dans

un autre monde que celui du reste

de l’humanité.

Ce n’est pas votre façon d’agir...

Tout d’abord, j’ai des principes moraux.

Par exemple, lorsque je suis

très fatiguée, cela me serait facile

d’être impolie envers les autres. Mais

je dois justement me ressaisir, parce

que l’autre n’y peut rien.

Comment gardez-vous cette attitude

louable ? Vous faites souvent

face à des situations stressantes…

Il faut simplement être reconnaissant

et tu n’auras pas de sentiments négatifs.

Je suis donc surtout reconnaissante

envers les gens que je connais

et pour ce qu’on m’a permis de faire.

Et encore une fois, cela signifie que

je ne tiens rien pour acquis.

Par exemple, il n’était certainement

pas évident que l’on vous

confie un rôle principal dans Star

Wars. Pourquoi pensez-vous que

cela a fonctionné ?

Il faut beaucoup de chance. Et cette

chance doit être complétée par un

travail acharné. Mais le rapport n’est

pas 50/50. Cela varie. Parfois il y a

davantage de chance, ou davantage

de travail. Et avec cette combinaison,

j’ai appris à connaître les bonnes

personnes grâce à qui j’ai rencontré

encore plus de bonnes personnes.

Ça aussi c’est important.

Et qu’est-ce qui a fait la différence

à propos de Star Wars ?

D’être au bon endroit au bon

moment. Et le fait que j’incarnais

quelque chose que le réalisateur

J.J. Abrams recherchait. En dehors

de cela, je pense aussi qu’il faut

ajuster ses antennes.

Comment y parvenez-vous ?

Quand un ami m’a parlé pour la

première fois de la nouvelle trilogie

Star Wars, je me suis dit : « Je vais

décrocher un rôle dans ce film. » Puis

j’ai passé des auditions pendant sept

mois. Parfois, je me disais : « J’ai merdé,

je n’y parviens pas. Je ne suis

pas celle qu’il faut. » Mais tu dois

continuer à aller de l’avant, même

si tu doutes de toi. Tu te l’imagines

jusqu’à ce que tu y parviennes.

Et comment avez-vous fait ?

Je me suis dis que je pouvais le faire.

Même si au fond de moi je pensais

le contraire. Dis-le-toi, c’est tout.

Et permets-toi aussi des moments

de faiblesse, quand tu te dis : « Ce

n’est toujours pas ça. » Espère que

les gens voient quelque chose en toi.

À l’époque, vous étiez barmaid,

n’est-ce pas ?

Oui. Après les fêtes, j’ai voulu

prendre quelques mois de congé du

pub et ma dernière audition était

en février.

Vous n’aviez que les auditions

en tête pour vous confronter à la

réalité du cinéma ? Vous n’aviez

pas de relations dans ce métier ?

Il y avait un type super dégueu au

pub qui n’arrêtait pas de dire : « Viens

avec moi à telle ou telle soirée, je

peux te présenter des gens. » Je me

suis dit : « Je ne te crois pas. » Même

si ça avait été une fête où j’aurais pu

rencontrer quelqu’un d’important,

je ne voulais pas de ça ! Je voulais

passer des auditions pour des rôles

et suivre mon propre cheminement.

Vous jugiez inutile de rencontrer

des personnes avec une potentielle

connaissance de ce milieu ?

Je demande bien sûr conseil aux

gens, mais personne ne doit faire

JUMBO TSUI/TRUNK ARCHIVE RÜDIGER STURM

20 THE RED BULLETIN


« Le succès, c’est

de la chance plus

du travail acharné.

Mais le rapport

n’est pas 50/50. »

Daisy Ridley, 27 ans.

THE RED BULLETIN 21


Star Wars, épisode IX :

L’ascension de Skywalker

Après Le réveil de la force et Les derniers Jedi,

Daisy Ridley se glisse à nouveau dans la peau de

Rey, la pilleuse d’épaves, dans le troisième volet

de la nouvelle trilogie. Avec ses alliés, l’apprentie

de Luke Skywalker veut cette fois-ci remporter

la lutte contre le Premier Ordre du Leader

Suprême Kylo Ren (Adam Driver).

Sortie en salle : le 18 décembre.

mon travail à ma place. Je veux

atteindre mon but toute seule. De

plus, si quelque chose semble trop

beau pour être vrai, c’est souvent

un mirage.

Étiez-vous une bonne barmaid?

J’étais géniale. Je n’étais pas exagérément

amicale, plutôt réglo avec

les clients : « Que voulez-vous boire ?

Je vous prépare vos drinks et c’est

tout. » J’aime travailler et préparer

les boissons rapidement. Je ne m’embrouille

pas. C’est pour ça que je suis

passée derrière le bar à la fête de

clôture du huitième l’épisode,

Les derniers Jedi. Sérieux, j’étais

meilleure que les gars derrière le

bar. Je me disais : « Il vous faut une

éternité, laissez-moi faire.» J’aime

jongler avec toutes sortes de choses

en même temps.

Vous avez toujours su que ce

n’était qu’un travail temporaire et

avez toujours cru que vous pourriez

réussir en tant qu’actrice ?

Oui, et je ne sais même pas pourquoi.

Peut-être parce que je n’avais

pas encore fait mes preuves. J’ai été

virée de mon premier rôle parce que

les gens me trouvaient horrible. Je

ne croyais pas non plus que j’étais

la meilleure actrice du monde. Mais

j’avais le sentiment que la chance

finirait par tourner.

Existe-t-il donc une force divine ?

Je crois que toutes les bonnes choses

arrivent pour une raison. Les mauvaises

choses ne sont généralement

que des coïncidences bêtes. Une

certaine force existe quelque part,

ailleurs – nous, les humains, ne

sommes pas seuls.

Vous arrive-t-il de répandre de

l’énergie négative ?

En bagnole, oui ! Je me mets facilement

en colère lorsque je suis derrière

le volant. La plupart du temps, je crie :

« Est-ce que ça te tuerait de mettre le

clignotant ? Tu pourrais signaler à la

voiture derrière toi que tu changes de

voie ? » Les gens n’ont pas de considération

pour autrui et je déteste quand

quelqu’un met les autres en danger.

Il y a aussi des pistes cyclables à

Londres où les cyclistes zigzaguent

au milieu de la circulation avec leurs

écouteurs sur les oreilles, ce qui est

très dangereux. Mais en tant que

conducteur, c’est vous qui serez blâmé

si quelque chose arrive.

Mais conduire est-il préférable

à prendre le métro ?

Mais je prends le métro ! C’est intéressant

– bien que les wagons sentent

souvent la transpiration et soient

dégoûtants, il faut se comporter de

façon plus responsable que lorsque

l’on conduit. Parce nous sommes tous

en interaction les uns avec les autres.

Personne ne passe devant les autres.

Ceux qui embarquent sont calmes.

En d’autres termes, si vous voulez

rencontrer des gens qui savent se

tenir, prenez le métro et l’autobus.

Comment retrouvez-vous votre

calme ?

D’habitude, j’écoute de la musique.

D’abord je crie, puis je chante.

Quelles chansons ?

Des classiques soft : Fleetwood

Mac, Barbra Streisand. Je suis aussi

fan d’Ariana Grande. Ce matin, j’ai

écouté Total Eclipse of the Heart

de Bonnie Tyler.

LUSCASFILM

22 THE RED BULLETIN


SUPPORTED BY JABRA – THE OFFICIAL

AUDIO INNOVATION PARTNER

©JÜRGEN SKARWAN

SAIL & RUN

THE 3RD LEG FROM BALI TO

THE SALOMON ISLANDS

TUNE IN NOW AT


UNDERWORLD

Un son

stimulant

Karl Hyde, musicien, peintre et

vidéaste de renom, doit le succès

de sa formation à des chansons

originales qui ouvrent toutes sur

de nouveaux horizons.

Le duo britannique Underworld

est l’un des groupes d’électro

à succès des plus innovants.

Depuis leur énorme succès

Born Slippy en 1996, Karl Hyde

et Rick Smith n’ont cessé de

se réinventer. Outre leurs dix

albums, ils ont composé pour

le cinéma, le théâtre et les jeux

vidéo sans oublier la musique

des JO 2012 de Londres. Ils

dirigent aussi leur propre plateforme

multimédia, Tomato.

Et lorsqu’ils sont à court d’idées,

ils trouvent l’inspiration dans la

musique, explique Hyde, 62 ans,

celle de ses héros précise-t-il.

Il nous dévoile ici quatre chansons

qui activent ses méninges.

Drift Series 1 est leur nouvel

album ; underworldlive.com

Brian Eno

Needles in the Camel’s Eye

(1974)

« Brian Eno est un type fascinant

avec qui j’ai beaucoup appris,

surtout en matière d’inspiration.

Lui et moi avons inventé un jeu où

l’un suggère à l’autre le nom d’une

ville à visiter, choisi au hasard.

“Va à Birmingham.” “Pour y faire

quoi ?” “Vas-y, point.” Quitter

le studio pour aller à la découverte

d’un territoire vierge débouche

toujours sur une bonne idée. »

Bob Dylan

Lily, Rosemary & the Jack

of Hearts (1975)

« Bob Dylan est très polyvalent

et ne craint pas de prendre des

risques. Quand il sentait qu’il n’intéresserait

plus personne, il partait

en tournée pour reconquérir son

public. Je l’ai vu à Hyde Park l’été

dernier et j’étais agacé d’entendre

les gens dire qu’il n’est plus celui

qu’il était. Il a évolué, Dieu merci !

Cela devrait inspirer chaque

artiste. »

Iggy Pop

Nightclubbing

(1977)

« La façon dont Iggy Pop improvise

est absolument unique. Il débarque

en studio et se lance spontanément.

Il crée à partir de souvenirs

d’articles de journaux, de livres

et de conversations, mélange le

tout et régurgite sans le filtre.

Ce morceau est la parfaite illustration

de cette approche très stimulante,

surtout quand on n’arrive

plus à avancer. »

Kraftwerk

Europe Endless

(1977)

« Kraftwerk, les pionniers de l’électro,

ainsi que Neu! et Can ont

bercé mon enfance. Je dois mon

goût pour les rythmes répétitifs

à ces groupes allemands des années

70. La consonance a quelque

chose d’hypnotique qui stimule

l’esprit. Je suis un fan inconditionnel,

au point que l’on peut entendre

cet élément répétitif dans à peu

près tout ce que je fais. »

PEROU FLORIAN OBKIRCHER

24 THE RED BULLETIN


Naturellement

rafraîchissants

N’EST PAS UNE BOISSON ÉNERGISANTE

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RALLYE DAKAR

17,78

0,53

18,60

0,82

18,94

0,34

21,10

2,16

21,33

0,23

50m

PARLEZ-VOUS

ROADBOOK ?

Vous n’y pigez que dalle, à ces mystérieuses

inscriptions ? Rassurez-vous, nous allons

y remédier. Et consolez-vous : vous n’avez pas

besoin de les déchiffrer à 140 km/h au guidon

de votre moto comme les pilotes du Dakar.

Texte WERNER JESSNER


PICTUREDESK.COM

SEUL SUR LE SABLE

Un pilote du Rallye Dakar au Pérou

en 2019. Première erreur potentielle

: suivre uniquement les traces

des autres concurrents. NB : le

roadbook est votre meilleur ami.

27


CHANGEMENT DE PLAN

Nouveauté en 2020 : le roadbook sera

remis aux pilotes comme Matthias

Walkner (photo) seulement quinze

minutes avant le départ. Résultat :

pas moyen de se préparer à l’avance

comme les années précédentes.

MARCIN KIN, FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL


RALLYE DAKAR

POSTE DE TRAVAIL

En haut : le compteur kilométrique et la boussole.

En dessous : le roadbook. Au milieu du guidon :

le GPS de l’organisateur qui affiche les points

de contrôle.

17,78

0,53

« C’est parti ! »

Au kilomètre 17,78, 530 mètres après le dernier point, il y a

un contrôle de passage caché (C) – si un pilote le manque,

il écopera de 15 minutes de pénalité. Attention, zone potentiellement

dangereuse en partant en hors-piste légèrement

à gauche dans les dunes (HP DS DN = hors-piste dans

les dunes) ! Cap à 268 degrés.

Argentine, dixième jour

du Rallye Dakar 2018.

Un groupe de six motards

fonce à travers

le désert. Une étendue

de sable, parcourue ça

et là de lits de rivières

asséchés impossibles

à voir. L’un des pilotes

du groupe n’est pas

serein. Son nom ? Matthias Walkner.

Son problème : les autres roulent trop

vite. À une telle vitesse, on se demande

bien comment ils réussissent à naviguer

sans faire d’erreurs, sans la moindre once

d’hésitation sur la tonne d’informations

à traiter – sachant que certains filent

même à plus de 140 km/h. Walkner

lève le pied et se laisse distancer.

Son leader, Jordi Viladoms, en bon

spécialiste de la navigation, lui a enfoncé

un principe dans le crâne depuis qu’il

a osé passer du motocross au rallye : ne

jamais, au grand jamais, se contenter

de suivre les traces des autres pilotes,

toujours naviguer par soi-même !

Arrivé au point 349, l’Autrichien de

33 ans commence à douter : « Les kilomètres

sur le roadbook ne correspondaient

pas exactement à ceux de mon compteur

et, dans ce cas-là, il faut se fier à son

intuition, à son instinct, enfin vous voyez.

Les traces devant moi bifurquaient vers

la gauche dans une espèce d’entonnoir

sablonneux, alors que d’après le roadbook,

je devais rester à droite. Mais est-ce qu’il

29


RALLYE DAKAR

18,60

0,82

« En piste ! »

Au kilomètre 18,60, 820 mètres après le dernier point, depuis

la route L3, on continue légèrement vers la droite à travers

les dunes, il n’y a plus de route. Le cap est à 180 degrés plein

sud, donc. (On a déjà vu la signification des lettres HP DS DN

à la page précédente.)

18,94

0,34

« Attention, fin dangereuse »

Attention : au kilomètre 18,94, 340 mètres après le dernier

point, je dois tomber exactement sur un point de contrôle

de sécurité (S). Trois points d’exclamation = danger ! Après

la sortie des dunes (END DN), on arrive sur une piste en

mauvais état (MVS) avec un fossé difficile à repérer.

Après l’avoir passé, on continue en virant légèrement

vers la droite suivant un cap d’environ 80 degrés.


21,10

2,16

50m

« Trempette des pieds »

Au kilomètre 21,1, soit 2,16 kilomètres après le dernier point,

on descend dans des dunes parsemées d’arbustes avant

de traverser une rivière de 300 m de large. Ensuite, je dois

continuer en hors-piste légèrement vers la droite dans un

oued de 50 mètres de large (lit de rivière asséché), selon

un cap moyen (Moy) de cinq degrés.

EDOARDO BAUER/RED BULL CONTENT POOL

TRACER SA ROUTE

Souvent, la piste présente des

irrégularités, donc il est difficile de

garder précisément le cap. Et c’est

là que cela devient intéressant.

31


RALLYE DAKAR

MARCIN KIN

21,33

0,23

« Trop facile »

Au kilomètre 21,33, 230 mètres après le dernier point,

je dois bifurquer à droite au sommet de la butte et continuer

sur une piste balisée bien visible, en parallèle de laquelle

d’autres pistes sont signalées (ET P // = et pistes parallèles).

LE FACTEUR HUMAIN

Le cerveau de Matthias Walkner

traite des centaines de lignes de

roadbook par jour, sans se tromper

et en un temps record.

fallait réellement passer par là ? Je me suis

dit que les deux ríos se rejoindraient sûrement

bientôt de toute façon, donc par précaution,

j’ai décidé de rester quand même

sur la droite. Plus aucune trace des autres

concurrents sur les kilomètres suivants.

Est-ce que je me serais planté ? Même le

cap ne m’était pas d’une grande aide parce

qu’il n’indiquait qu’une valeur moyenne

afin de suivre la trajectoire sinueuse des

ríos. Du kilomètre 350 au kilomètre 368,

où le point suivant était enregistré, j’ai eu

tout le temps de me demander si j’avais

déconné ou bien si j’étais le seul à avoir vu

juste. » Aujourd’hui, on connaît le fin mot

de l’histoire : Hiasi (surnom de Matthias)

avait raison, il s’est taillé une confortable

avance de 50 minutes sur ses concurrents

ce jour-là et a remporté le Dakar.

Le Dakar à moto est au moins aussi

éprouvant sur le plan mental que

sur le plan physique. Tout ce que

les pilotes ont à leur disposition,

c’est une suite d’instructions sur

un écran. Et il n’y a qu’en les suivant à

la lettre qu’ils peuvent espérer atteindre

l’arrivée. Explication : sur le roadbook,

la colonne de gauche indique le kilométrage,

ainsi que la distance relative et

absolue par rapport au dernier point de

référence. Mais il est rare que les pilotes

puissent suivre une trajectoire parfaitement

droite, ils doivent donc recalibrer

leur compteur kilométrique en permanence.

Dans la colonne du milieu, des

pictogrammes donnent des indications

sur le terrain et le parcours, ainsi que le

cap à suivre. Et il y a tout un catalogue

de plus de cent pictogrammes à apprendre

pour les pilotes. Tout à droite,

les éventuels commentaires écrits, qui

s’affichent sous forme d’abréviations

basées sur des termes français.

Le pilote doit donc non seulement

déchiffrer ces infos sans se tromper et les

appliquer pendant qu’il roule, mais s’assurer

aussi de garder un œil sur le point

suivant afin d’avoir une vue d’ensemble.

Jordi Viladoms (10 Dakar à son actif) :

« C’est comme apprendre une nouvelle

langue : pour vraiment maîtriser la navigation,

il faut pratiquer, pratiquer et

encore pratiquer. Rouler vite, c’est à la

portée de n’importe quel pilote de haut

niveau. Ce qui fait la différence, c’est

la capacité mentale restante disponible

pour la navigation. » Une affirmation que

Matthias Walkner ne peut qu’approuver.

33


RALLYE DAKAR

NAISSANCE NUMÉRIQUE

« Nous avons d’abord conçu l’0T3 sur une feuille de papier », dit le directeur

d’0verdrive Racing, Jean-Marc Fortin. Le travail sur écran est venu après.

PLACE AU GPS

Malgré un espace réduit, le copilote a droit au même double système

de navigation que dans une voiture de rallye « grand format ».

FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL

34 THE RED BULLETIN


LE BOLIDE DU

DÉSERT

Qui seront les futurs vainqueurs du Dakar ? Rien de

tel pour le savoir que de construire une voiture qui

saura les stimuler. Lever de rideau sur le buggy

OT3 Side by Side et ses pilotes, qui participeront

à leur premier Dakar en 2020 !

Texte WERNER JESSNER

NOUVELLE GÉNÉRATION

Le program team Red Bull Offroad S×S

a un objectif : acquérir de l’expérience au

Dakar au volant du buggy OT3 Side by

Side de l’écurie belge Overdrive Racing.

FAIT MAIN DE A À Z

Tous les OT3 sont construits à la main au siège d’Overdrive Racing à Villersle-Bouillet

près de Liège (Belgique). Premier départ : Dakar 2020.

VUE INTÉRIEURE

Ce buggy ne comporte ni habillage ni lest. Tous les câbles sont apparents,

chaque pièce a une fonction bien précise. Priorité numéro un : la sécurité.

THE RED BULLETIN 35


RALLYE DAKAR

L’OT3 d’Overdrive Racing est

le premier buggy Side by Side

spécialement construit

pour le Dakar.

VISIBILITÉ

Il n’y a pas de pare-brise.

C’est imposé par le

règlement.

POIDS RÉDUIT

Les buggys Side by Side sont les

véhicules les plus légers du Dakar.

L’OT3 pèse 890 kg grâce à sa

carrosserie en carbone et en kevlar

et à des détails bien pensés comme

cet éclairage LED.

RENOUVEAU

Les Américains Blade Hildebrand (21 ans),

Mitch Guthrie Jr. (22 ans) et Seth Quintero

(17 ans, le plus jeune participant) seront au

départ en Arabie saoudite sous la bannière

du program team Red Bull Offroad SxS.

STABILITÉ

L’OT3 mesure 2,08 mètres

de large, pour une stabilité

optimale. C’est encore plus

qu’un SUV haute performance

comme l’Urus de Lamborghini !


CHÂSSIS RIGIDE

« L’OT3 roule avec une précision

incroyable », déclarait Cyril

Despres, cinq fois vainqueur du

Dakar, après les premiers tests.

ACCÈS FACILE

Lors de la construction, la priorité

numéro un a été de faciliter

l’accès à toutes les pièces en

cas d’éventuelles réparations

à effectuer en plein désert.

PETIT MOTEUR

1000 cm³, turbo, 177 chevaux :

suffisant pour résister dans

le sable face à de nombreuses

voitures plus puissantes. La

raison : un poids réduit.

FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL

ARRÊT RAPIDE

Le système de frein à disques

spécialement adapté au S×S a

été fourni par le spécialiste

américain Wilwood.

PROTECTION ÉLEVÉE

Les éléments techniques fragiles

ont été relocalisés dans des

endroits stratégiques.

37


RALLYE DAKAR

« SI JE GAGNE

AVEC ANDREA,

JE METS FIN À

MA CARRIÈRE »

Personne n’a remporté plus de Rallye Dakar que

STÉPHANE PETERHANSEL. Sa femme, ANDREA, qui

était l’une des meilleures pilotes sur la course, n’a

jamais voulu être copilote. Et pourtant, en 2020,

c’est bien ensemble qu’ils veulent participer à cette

compétition motorisée légendaire. Et la gagner.

Entretien WERNER JESSNER

TANDEM AU TOP

Andrea et Stéphane

Peterhansel : le Dakar pourrait

malmener leur couple.

Ou, bien au contraire, les

rapprocher encore plus.

NAIM CHIDIAC/RED BULL CONTENT POOL

38


RALLYE DAKAR

The red bulletin :

Andrea, Stéphane,

vous êtes tous

deux de grands

champions du

sport automobile.

Avez-vous décidé

dès le début et

d’un commun

accord lequel des deux prendrait

le volant ?

stéphane : Quand on s’est rencontrés

il y a plus de quinze ans,

on a bien essayé d’échanger nos

places. Mais la vérité, c’est que je

ne supporte pas d’être sur le siège

passager. J’ai bien trop besoin

d’avoir le dernier mot.

Andrea, vous ne conduisez

jamais ?

andrea : La seule exception,

c’est quand on a notre chien dans

la voiture. Il est malade quand

c’est Stéphane qui conduit. Donc

pour éviter de devoir nettoyer le

coffre...

stéphane : … Je te laisse le

volant. Tu conduis super bien,

il n’y a pas de doute là-dessus.

Mais je suis vraiment trop nul

côté passager.

Pourquoi vouliez-vous faire

le Dakar ensemble ?

andrea : C’était une idée de

Stéphane. Nous nous sommes

mariés en 2018, donc j’ai un peu

vu ça comme une sorte de voyage

de noces : on loue un buggy, on

se balade quelques jours dans le

désert. Deux ans plus tard, on

remporte la Coupe du monde

des rallyes tout-terrain ensemble

et on est au départ du Dakar.

On en a, de l’ambition. (Ils rient

tous les deux.)

Et l’ambition, ça suffit ?

stéphane : Bien sûr que non !

On est des pilotes professionnels,

mine de rien, donc dès le départ,

j’ai voulu faire les choses comme

il faut. On a participé à quelques

compétitions dans des buggys

deux places et on s’est rendu

compte que ça nous plaisait de

rouler ensemble. Un jour, j’ai reçu

une demande de Toyota pour

le Dakar, mais la direction ne

voulait pas entendre parler

d’Andrea et insistait pour que je

fasse la course avec un copilote

professionnel. Chez Mini, en

revanche, ils ont accepté de nous

faire passer un test ensemble. Mais

on n’est pas allés très loin : Andrea

était malade dans la voiture.

Alors vous auriez pu laisser

tomber, non ?

andrea : Oui, mais entre-temps,

Stéphane nous avait fixé comme

objectif commun d’être le premier

couple à remporter le Dakar.

Donc il fallait que je résolve mon

problème de nausée. Il s’est avéré

que j’avais un nerf dans l’oreille

interne qui s’irritait de manière

chronique. J’ai dû prendre de

la cortisone pendant deux mois

avant de pouvoir commencer

mon entraînement contre le

mal des transports.

Un entraînement contre le mal

des transports ?

andrea : Je suis allée dans un

centre de traitement des vertiges

à Sinsheim, en Allemagne. Ça

consistait par exemple à lire assise

sur une chaise qui était en train de

tourner. Ou il fallait que je marche

tout droit dans une pièce sombre

avec des lumières qui se déplaçaient

dans différentes directions.

stéphane : Tu t’es investie à fond

pour notre rêve.

Je me sens mal rien qu’à la pensée

de la chaise qui tourne.

andrea : Sans oublier que j’avais

toujours dit que je ne voulais pas

devenir copilote. Mais je me suis

dit : si je veux pouvoir un jour

réaliser le rêve de remporter le

Dakar à mon âge, alors ce sera

aux côtés du meilleur pilote de

l’histoire, mon mari.

Mais à l’inverse, pourquoi un

grand champion comme vous

se complique-t-il tellement la

vie ? N’importe quel copilote

aurait été ravi de faire la course

à vos côtés.

SORTIE EN FAMILLE

Dans leur buggy Mini, les Peterhansel

affronteront des pilotes pros chevronnés

lors du Dakar, et ne se contenteront pas

de jouer les challengers.

stéphane : Avec « Paulo » (Jean-Paul Cottret,

ndlr), j’ai participé à vingt Dakar et j’en ai

gagné sept. Un de plus ou un de moins, ça ne

pèse pas lourd dans la balance. En remporter

un avec Andrea, par contre, ce ne serait pas du

tout la même chose. Ce serait plus compliqué,

certes, mais peut-être encore plus beau. Quand

on a remporté l’Abu Dhabi Desert Challenge

ensemble, c’était dix fois plus fort que n’importe

quelle victoire avec Paulo. Alors si c’était le

Dakar, on n’en parle même pas !

Comment fonctionnez-vous en tant que couple

quand vous êtes sous pression ?

andrea : On découvre des aspects de l’autre

que l’on n’aurait probablement jamais voulu

« On est livrés l’un à

l’autre pour le meilleur et

pour le pire – et ça nous

va bien comme ça. »

ANDREA PETERHANSEL

FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL, NAIM CHIDIAC/RED BULL CONTENT POOL(2)

40 THE RED BULLETIN


« Quand on appuie là où

ça fait mal chez l’autre,

on finit par se faire du

mal à soi-même. »

STÉPHANE PETERHANSEL

on finit par faire du mal avant

tout à soi-même.

connaître. Mais c’est ça, l’amour,

pour moi. Accepter des choses qui

ne nous plaisent pas et travailler

ensemble pour que ça fonctionne

quand même. Dans la vraie vie,

quand il y en a un qui ne sort pas

les poubelles, ça ne nous empêche

pas d’avancer. En voiture, s’esquiver,

ce n’est pas une option.

Au final, dans un couple, l’objectif

commun doit primer sur

la fierté de chacun ?

andrea : Exactement.

stéphane : Quand Andrea fait

une erreur de navigation, je lui

pardonne beaucoup plus vite

que je ne le ferais avec un pro.

Et inversement : quand je fais une

erreur de pilotage et qu’on part

en tonneau – ce qui est déjà arrivé

– elle ne m’en veut pas, même

si, bien sûr, j’aurais dû faire plus

attention. Une erreur n’est jamais

intentionnelle.

Alors c’est toujours tout beau

tout rose dans votre voiture ?

stéphane : Ce n’est qu’une

course après tout. D’accord, la

plus importante au monde, mais

ça ne reste quand même qu’une

course. Ça ne vaut pas la peine

de se rendre malade. Et puis, j’ai

aussi tendance à oublier très rapidement.

Les défaites comme les

victoires. Quand je gagne, je suis

content, mais pas longtemps, et

ce n’est pas plus mal.

andrea : Ce qui se passe dans la

voiture reste dans la voiture. Bien

sûr, on peut analyser ses erreurs

après-coup, mais ce serait une

perte d’énergie que de les ressasser

encore et encore. Dans un

duo qui fonctionne bien, de toute

façon, les deux veulent la même

chose, et pour nous, notre objectif

est encore plus clairement défini.

stéphane : Ne pas reprocher ses

erreurs à l’autre, c’est le secret

d’un bon duo. Je l’ai bien vu avec

tous ces tandems auxquels j’ai

participé en course ces vingt dernières

années. Quand on appuie

là où ça fait mal chez l’autre,

Et quand la situation dégénère

vraiment ?

stéphane : Il y a un mot-code

qu’on utilise. Quand l’un de nous a

l’impression que l’on n’argumente

plus de manière productive et que

l’on veut seulement avoir raison.

andrea : On efface tout, on analyse.

Mais ça, on n’en a besoin que

dans la voiture, pas dans la vie

de tous les jours.

stéphane : Beaucoup d’amis

m’ont dit que je risquais de

mettre notre couple en danger

dans les conditions extrêmes

d’un Dakar, où l’on est collés l’un

à l’autre, jour et nuit pendant

deux semaines et où chaque

petite erreur a des conséquences

immédiates. Mais je pense que

vivre cette aventure ensemble

ne pourra que nous rapprocher

encore plus. Enfin, je l’espère.

andrea : Dans la vie de tous les

jours, on peut toujours partir en

claquant la porte et aller prendre

l’air. Sur le Dakar, on ne peut pas

remettre les décisions à plus tard,

on ne peut pas faire de compromis

: à gauche ou à droite ? Il y a

des conséquences immédiates.

On est livrés l’un à l’autre pour

le meilleur et pour le pire – et ça

nous va bien comme ça.

Qui commande dans la voiture ?

stéphane : Dans la voiture, c’est

moi. Forcément, je suis au volant !

andrea : Attends qu’on soit à la

maison. (Ils rient tous les deux.)

Remporter le Dakar ensemble

signifierait quoi pour vous ?

andrea : La réalisation d’un rêve.

stéphane : Une fin parfaite. Si

je gagne avec Andrea, je mets fin

à ma carrière professionnelle.

STÉPHANE

PETERHANSEL

Né en 1965, le Français

a remporté le Rallye

Dakar à treize reprises

: 6 en moto, 7 en

auto. Les deux records

restent inégalés. Depuis

1987, il participe

tous les ans à ce rallye

dans le désert qui est

le plus dur au monde.

ANDREA

PETERHANSEL

Née en 1968, l’Allemande

a participé au

Dakar en moto et en

auto. Elle a été pilote

pour KTM, BMW et

Mitsubishi. Son top :

une cinquième place

dans la catégorie

autos et dans la

catégorie motos.

THE RED BULLETIN 41


IMMERSION

DANS LE VORTEX

Le plastique, ce fléau

BEN LECOMTE est le premier homme à avoir

traversé « la décharge des mers » à la nage.

Si ses exploits sportifs ne sont pas à la

portée de tout le monde, il est un autre défi

que chacun est en mesure de relever, dit-il.


Ben Lecomte a avalé

300 miles nautiques à

la nage pour sensibiliser

au désastre écologique

des océans.

Texte CHRISTINE VITEL

Photos @THEVORTEXSWIM

et @ICEBREAKERNZ

43


Huit heures par jour, quatrevingt

jours durant, il a nagé

les yeux rivés dans la colonne

d’eau du Pacifique.

H

uit heures par jour, sur 300

miles nautiques (555 km),

il a évolué au milieu d’une

catastrophe écologique sans

précédent. « Ma génération est responsable

de ce désastre, alors je me dois de

faire quelque chose pour les suivantes »,

déclare Ben Lecomte, un architecte français

naturalisé américain, établi à Austin

(Texas) depuis 1993, marié et père de

deux enfants. Sa vie pourrait ressembler

à celle de n’importe qui ayant l’ambition

d’apporter sa pierre à l’édifice – l’édifice

étant l’état de santé actuel de la planète.

En 1998, à 31 ans, il devient le premier

homme à avoir traversé l’Atlantique à la

nage et sans planche, soit 5 980 km en

73 jours, de Cape Cod (USA) à Quiberon

(France). En 2018, avec The Longest

Swim, il tente de réitérer la performance

dans le Pacifique cette fois, soit 9 000 km.

À propos de la quantité de plastique dans

les océans, Ben Lecomte témoigne : « Il y a

vingt ans, dans l’Atlantique, c’est quelque

chose que je voyais très rarement. » Sept

ans durant, il prépare ce dernier projet,

recherche des fonds, puis part « en collaboration

avec 27 institutions scientifiques,

dont la Nasa et le CNRS, qui mènent des

recherches sur la pollution, les migrations

des mammifères ou l’endurance extrême.

In extremis, un groupe de médias a pris

en charge l’énorme budget de télécommunications

et la production de vidéos ».

Sauf que la tentative échoue en

novembre 2018, à cause des typhons qui

abîment le bateau suiveur. Il se voit obligé

44 THE RED BULLETIN


« Il y a vingt ans,

dans l’Atlantique,

c’est quelque chose

que je voyais très

rarement. »

Ben Lecomte à propos des débris de plastique

flottants dans l’océan. En 1998, il est le premier

homme à traverser l’Atlantique à la nage.


« Pour l’instant, c’est

mon approche : faire

quelque chose d’un

peu marginal pour

attirer l’attention. »

Il fut une époque où il

était fantastique. Le

plastique aujourd’hui,

c’est dramatique. Ben

Lecomte et son équipe

ont trouvé au milieu

de l’océan les objets

les plus improbables.


« C’est un problème global très complexe auquel il faut répondre

par une action locale. »

d’abandonner au bout de 2 700 km. Mais

l’ambition du nageur activiste demeure

intacte. Début juin 2019, il plonge avec

The Vortex Swim tête la première dans la

mer de déchets du Pacifique nord, entre

Hawaï et San Francisco. Il n’est plus question

de défi sportif ni de record personnel :

Ben Lecomte veut alerter sur la pollution

des océans et donner l’occasion de récolter

des informations scientifiques pour documenter

un fléau moderne aux multiples

facettes : « La question du plastique dans

l’océan, ce n’est pas un problème, ce sont

des problèmes. » I Am Ocean, le voilier

de 20 mètres à coque d’acier qui vogue

à ses côtés, héberge une équipe de dix

volontaires, dont Ben, motivés par l’aspect

environnemental et la contribution

scientifique de la mission, dont l’objectif

principal est d’inspirer les citoyens d’ici

et d’ailleurs à instaurer le changement

qui s’impose. Les données collectées

Des échantillons de microplastique (particules de moins de 5 millimètres)

et de fibres synthétiques ramassées par Ben Lecomte et son équipe.

THE RED BULLETIN 47


OCÉAN

ARCTIQUE

AMÉRIQUE

DU NORD

EUROPE

OCÉAN

ATLANTIQUE

AFRIQUE

OCÉAN

INDIEN

AMÉRIQUE

DU SUD

ASIE

ANTARCTIQUE

OCÉAN

PACIFIQUE

Changer de carte pour

changer de point de vue

Afin de souligner l’importance des

océans, Ben Lecomte a nagé 555 km dans

le vortex, de Hawaï à San Francisco.

Et afin de souligner leur unité à la surface

de la planète, le géographe sud-africain

Athelstan Spilhaus réalisait, en 1942,

cette Projection qui place les océans

au centre de la carte. Résultat : elle fait

apparaître une immense mer intérieure

là où, habituellement, les continents

se profilent.

OCÉAN

PACIFIQUE

Départ

Hawaï

Arrivée

San Francisco

AMÉRIQUE

DU NORD

sauront-elles convaincre les mentalités,

les lobbyistes, les politiques, les décideurs,

etc. de la brutale réalité et de l’urgence

d’agir ? Aujourd’hui, aucun gouvernement

n’endosse la responsabilité du désastre

écologique marin. C’est pourquoi Ben

Lecomte nous invite à prendre nos responsabilités

en matière d’impact écologique,

telles que ne pas consommer de plastique

à usage unique, opter pour des matériaux

alternatifs et des fibres naturelles. Sans

avoir à être irréprochable, le devoir de

chacun d’entre nous est de contribuer

à la préservation des océans.

Comment avoir un impact et sensibiliser le public ? En choisissant l’humour décalé,

tremplin radical pour aborder les problèmes de fond, car même si la situation est

catastrophique, il est encore possible d’agir, et de faire réagir.

the red bulletin : Au cours du projet,

vous avez décidé de transformer The

Longest Swim en The Vortex Swim,

parce que vous avez réalisé qu’il y avait

beaucoup de débris flottants dans

l’océan. Ces débris, ce sont majoritairement

du plastique et d’autres formes de

déchets, ou seulement du plastique ?

ben lecomte : The Longest Swim était

pensé comme une vue d’ensemble sur les

48 THE RED BULLETIN


« Quand on ramasse

un gros morceau de

plastique, celui-ci se

casse et devient du

microplastique. »

Les organismes se développent sur (algues,

coquillages) et sous (crabes, poissons) les débris

flottants, ce qui crée un nouvel écosystème.


« Au milieu de l’océan, dans un écosystème différent du leur,

ces organismes deviennent une “population envahissante”. »

différentes problématiques liées à l’océan :

le plastique, la radioactivité, le déversement

de polluants. En atteignant la partie

nord du vortex, à Hawaï, j’ai été contraint

d’arrêter à cause d’une avarie du bateau.

Alors pour The Vortex Swim, nous sommes

revenus là où nous nous étions arrêtés

l’année précédente en vue de poursuivre

notre précieuse collecte, puisque nous

sommes la première expédition à réunir

des échantillons sur toute la longueur du

Pacifique. Tous les débris que nous avons

ramassés sont faits de plastique ; ce qui

est organique comme le bois ne pose pas

de problème puisque c’est biodégradable.

On voit des objets absolument incongrus

sur vos photos, on a peine à croire

que vous les avez trouvés dans l’océan.

Vous communiquez en jouant sur l’absurdité

de la situation. Est-ce que c’est

50 THE RED BULLETIN


« Ma génération est responsable de ce désastre, alors je me dois

de faire quelque chose pour les suivantes. »

La solution au problème

du plastique

dans les océans est

très complexe, et doit

être adaptée localement.

Le ramassage

de débris peut se

révéler plus préjudiciable

qu’appréciable.

Ici, Ben Lecomte et

ses coéquipiers font

des prélèvements

d’échantillons de

déchets plastiques

pour les envoyer

à analyser en

laboratoire.

en impactant ainsi les esprits que le

changement s’amorce ?

Vous parlez de la photo où je suis assis

tout nu sur une lunette de WC ? J’ai posé

avec des débris que j’ai trouvés, pour

choquer. Car les gens vont s’offusquer

de me voir – et c’est exactement cela qui

m’intéresse –, ils vont plus s’offusquer de

me voir nu que de voir un tel morceau de

plastique dans l’océan. Pour l’instant, c’est

mon approche : faire quelque chose d’un

peu marginal pour attirer l’attention. Et

ensuite pouvoir aborder les sujets de fond.

Existe-t-il une solution globale au problème

du plastique dans les océans ?

Certes, le problème est global, mais il est

surtout complexe, d’où la nécessité d’y

répondre avec des actions locales, adaptées

aux pays. Aux États-Unis par exemple,

les lobbyistes ont beaucoup de pouvoir et

THE RED BULLETIN 51


« Il faut être sur le bateau, avancer doucement pour voir ce qu’il y a

à la surface, qui ne reflète qu’une partie de la réalité. La majeure

partie, celle que l’on ne voit pas, se trouve dans la colonne d’eau. »

52 THE RED BULLETIN


font pression sur les hommes politiques ;

c’est moins le cas en Allemagne, c’est pour

ça qu’ils ont pu faire passer des lois et

des décrets pour limiter l’utilisation du

plastique. On ne peut décemment pas

apporter une solution miracle adaptée

pour tous, car les modèles économiques

et les ressources sont différents.

Contrairement à l’idée qu’on s’en fait,

le vortex de déchets n’a ni la densité

ni la visibilité d’un continent. Cela est

dû au fait que les débris flottent sous

et non à la surface de l’eau. Voilà pourquoi

on ne peut pas le voir depuis l’espace

sur les images satellite. Combien

dénombre-t-on de vortex ?

Cinq. Deux dans le Pacifique, deux dans

l’Atlantique, et un dans l’océan Indien.

Le vortex du Pacifique nord étant le plus

gros. Pour nous, l’important était d’avoir

des images pour communiquer sur cette

monstrueuse réalité et sensibiliser le

public. Cela n’est effectivement pas visible

sur les images satellite. Il faut vraiment

être sur le bateau, avancer doucement

pour voir ce qu’il y a à la surface, qui ne

reflète qu’une partie de la réalité car la

majeure partie, celle que l’on ne voit pas,

se trouve dans la colonne d’eau. C’est

la raison pour laquelle je nageais : en

étant dans l’eau 7 à 8 heures par jour, je

voyais les endroits où la concentration de

microplastiques était la plus forte et cela

me permettait de guider les recherches.

Le vortex du Pacifique nord serait

grand comme six fois la France ?

Cela dépend sur quelle étude on se base.

Disons que c’est une zone très étendue,

où la concentration de microplastiques

et de gros déchets est très élevée. On peut

comparer cela à une oasis car il y a tout

un écosystème qui se développe autour

des gros débris : des algues et des mollusques

s’accrochent dessus, des crabes

et des poissons nagent en dessous…

En général, ces débris sont jetés près des

côtes. Les courants marins finissent par

les pousser au milieu de l’océan, mais les

organismes dessus et dessous proviennent

des régions côtières. En se retrouvant au

milieu de l’océan, dans un écosystème différent

du leur, ces organismes deviennent

une « population envahissante », on parle

aussi d’invasion biologique.

Il y a aussi le phénomène de lixiviation

des produits chimiques…

C’est lorsque certaines substances contenues

dans les plastiques se dissolvent

dans l’eau. Je vous explique : quand un

gros morceau de plastique se casse en

petits morceaux, des produits chimiques

se déversent dans l’eau car le plastique

a la propriété d’absorber les produits

chimiques et les polluants. Un poisson ou

un mammifère qui avale un morceau de

plastique, eh bien, le fait qu’il confonde

le plastique avec un aliment comestible

est déjà un problème en soi, mais aussi les

substances chimiques qu’il renferme sont

néfastes car elles vont pénétrer dans la

chair de l’animal. On constate donc qu’il

y a une concentration de polluants au

tout début de la chaîne alimentaire.

Le bateau de vingt

mètres de long à

coque d’acier est

équipé pour l’expédition

scientifique.

Les membres de

l’équipage, à bord

de I Am Ocean, sont

tous volontaires et

motivés par la portée

environnementale et

scientifique du projet.

THE RED BULLETIN 53


« Faire réfléchir

aux habitudes de

consommation,

inciter à opter

pour des

alternatives

durables. »

Voilà l’ambition de Ben Lecomte

pour les générations à venir.


Qu’appelle-t-on « microplastique » ?

Ce sont des particules de plastique qui

ne font pas plus de cinq millimètres.

Quand on ramasse un gros morceau de

plastique, celui-ci se casse et devient du

microplastique. L’autre grand danger,

car on ne peut pas les voir à l’œil nu, ce

sont les microfibres synthétiques. Elles

proviennent des vêtements en polyester

ou en fibres synthétiques, qui, lorsqu’on

les nettoie à la machine, perdent des

microfibres, lesquelles restent dans l’eau.

Pour vous donner une idée : on a filtré de

l’eau du Japon jusqu’à San Francisco. Les

échantillons sont en cours d’analyse dans

des laboratoires. Les premiers résultats

d’échantillons envoyés l’année dernière

montrent la présence de microfibres dans

tous les relevés effectués. Et à chaque fois

qu’on attrapait un poisson, on découpait

sa chair pour voir si elle renfermait des

microfibres. Là aussi, les analyses sont

en cours. Donc pour résumer, il y a deux

problèmes majeurs avec le plastique : l’un,

c’est le microplastique, et l’autre, ce sont

les fibres synthétiques. On ignore encore

tout de l’impact qu’ils ont sur la vie marine

et sur nous en tant qu’humains.

Le problème ne se résoudra alors pas

seulement en ramassant les débris et en

s’en débarrassant, car ce serait détruire

un écosystème déjà très fragilisé…

Ben Lecomte, 51 ans, ne compte pas s’arrêter

de nager ni de s’activer de si tôt.

Exact. Il n’existe pas encore de filtre

approprié, ni aucun moyen de stopper

la pollution des microfibres et des

microplastiques. Nous avons essayé,

mais même en utilisant un filet très fin,

on ramassait trop de planctons et de

micro-organismes. On en est arrivés à la

conclusion que si on crée un système pour

collecter les microplastiques, on risque

de collecter aussi les micro-organismes

et de les soustraire à l’océan… Ce qui est

impensable. Aussi, il faut savoir qu’on ne

connaît que 1 % de la masse de plastique

en mer. On ne sait pas si les autres 99 %

flottent dans la colonne d’eau, stagnent

« Nous sommes la première expédition

à réunir des échantillons sur toute la

longueur du Pacifique. »

Jusqu’ici, il n’est possible de localiser que 1 % du plastique dans les océans. On ignore où

se trouvent les 99 % restants : au fond de l’eau, ingurgités par la faune marine…

au fond des mers, ou ont été ingérés par

la faune marine. En revanche, ce que

l’on sait, c’est que 300 millions de tonnes

de plastique à usage unique sont produites

chaque année, et que huit millions

finissent dans les océans.

Quelle vision d’avenir souhaitez-vous

transmettre aux générations futures ?

La nage, c’est un moyen de communication

pour moi, un moyen d’expression.

En faisant prendre conscience aux gens

que les mers et les océans constituent plus

de 70 % de la planète, et en leur faisant

comprendre à quel point les océans sont

pollués, ils pourront réfléchir à leurs

habitudes de consommation, et opter pour

des alternatives durables et des matériaux

en fibres naturelles. J’ai voulu créer une

plateforme avec cet événement, The Vortex

Swim, et son interface en ligne, afin de

réunir des données pour la science, mais

surtout pour agir comme un électrochoc et

interagir avec une audience. En montrant

exactement ce qu’est le vortex de plastique,

en éduquant les gens sur les effets

néfastes du plastique, des microfibres, de

la difficulté de « nettoyer » les océans sans

abîmer l’écosystème, on leur fait prendre

la mesure de la réalité. Dans l’échange,

sur Internet ou lors des conférences, on

commence par engager une conversation

– c’est un premier pas ! – en vue d’initier

des changements. Notre but, c’est d’aider

les gens à construire leur pensée, avec une

motivation et une responsabilité.

Comme si on leur proposait de changer

de carte pour changer de point de vue ?

En plaçant les océans au centre et en

les faisant apparaître comme une seule

unité (voir page 48) ? C’est une vision

rare qui permet de changer de paradigme,

qui force à voir les choses autrement.

Un peu comme vos photos…

Voilà pourquoi j’insiste sur la partie sensibilisation,

éducation, et responsabilisation.

C’est en éduquant les générations futures,

en allant dans les écoles, en faisant des

conférences, en montrant des images

frappantes que nous sensibiliserons sur le

développement durable et sur le problème

du plastique en milieu marin. Nous avons

amassé beaucoup de contenus vidéo pour

réaliser des documentaires et des clips

éducatifs, qui ne seront pas que centrés

sur l’expédition. En adoptant une vue plus

générale de la problématique du plastique

dans l’océan, nous pourrons toucher et

impliquer les lobbys, les gens de l’industrie

chimique, de l’ONU, etc., et trouver

des solutions avec eux. Et du côté civique,

il faut soutenir toutes les initiatives…

thelongestswim.com

THE RED BULLETIN 55


Mathieu Rochet en

repérage dans le quartier

d’East Point à Atlanta,

berceau de OutKast.

56 THE RED BULLETIN


Un Français

à Atlanta

MATHIEU ROCHET fait partie de ceux qui savent

emmener le hip-hop « ailleurs ». Cofondateur du

magazine Gasface, scénariste et réalisateur pour

Arte, son dernier projet en date s’appelle Lost in

Traplanta, une mini-série à la fois authentique et

drôle au cœur de la nouvelle capitale du rap.

Texte ROD GLACIAL

JILL SALINGER

Vocation et bobards

Né en 1979, comme le rap, l’environnement

de Mathieu ne le prédestinait pas

vraiment au hip-hop. Lyonnais, fils de

parents fans de Jean-Jacques Goldman,

il est bluffé à l’âge de onze ans par une K7

de Run-DMC que lui fait découvrir son

grand-frère. Cette culture pleine de trous,

à mille lieues de New York ou Paris, un

cousin à lui la colmate parfois à l’aide de

MTV où le kid découvre la magie des clips

de rap et l’hégémonie de 2Pac. Quelques

tags et scratchs plus tard (la passion du

turntablism le contamine au lycée),

deux inspirations plus profondes se démarquent

chez lui : The Source, la revue

de référence américaine, et Get Busy, le

magazine créé par Sear, ancien proche

de NTM et aujourd’hui animateur sur

Clique TV.

THE RED BULLETIN 57


Mathieu, sur son PC, en 2001 à Lyon, en train d’enregistrer ses interviews sur disquette !

C’est avec ces références en tête que

Mathieu rejoint l’équipe de l’émission

Fragment of Hip-Hop sur Radio Canut

( radio associative lyonnaise), en 2000. Il

y rencontre Nicolas Venancio avec qui il va

bientôt fonder le magazine Gasface. L’élément

déclencheur ? Sa première interview,

à Paris, celle du producteur californien

Madlib. Il comprend ce jour-là quelle sera

sa vocation. Et fin 2001 sort Gasface n°1.

À cette période, le hip-hop se prend très au

sérieux et le duo veut amener un nouveau

souffle impertinent à la discipline. Les

deux compères font des heures de route

en Europe, vont même passer des virées à

New-York pour rencontrer les poids lourds

du rap, avant d’inventer des stratagèmes

pour leur « voler » des interviews. « Les

managers nous envoyaient chier donc on

avait des bobards pas croyables. On donnait

le nom de famille du rappeur à l’accueil

de son hôtel et on regardait le type

composer le numéro comme des détectives.

Un soir, on s’est retrouvé à huit dans

une chambre pour faire une interview ! »

« On faisait des

interviews en

vrai, c’était notre

point fort. »

Gasface, les Inrocks du hip-hop

En parallèle du fanzine, ils organisent

des concerts à Lyon de façon à ne plus

devoir voler leurs interviews. Surtout, ils

mettent de l’argent de côté pour publier

un « vrai » magazine. C’est à l’été 2006

que sort la nouvelle formule de Gasface

en kiosque, toujours tranchante, touchant

à toutes les branches de la galaxie hiphop

– d’Isaac Hayes au producteur Pete

Rock en passant par l’auteur George

Pelecanos. « On faisait toujours des interviews

en vrai, c’était notre point fort,

pas de téléphone. Plus ça allait, plus on

racontait, et on était plus intéressés par

la rencontre en elle-même que par le fait

d’écrire un papier. Et ce n’était pas que

du rap, on voulait êtres les Inrocks du

hip-hop. »

Les beaux jours de la presse rap sont

loin derrière et pourtant, le magazine

cartonne. Les deux Lyonnais obéissent

toujours à la loi de la débrouille ; rédaction,

graphisme, régie pub, distribution,

etc., ils apprennent sur le tas et deviennent

des entrepreneurs par défaut.

En 2008, leur sixième numéro est boycotté

à la suite d’une couverture (affichant

« Faut-il avoir peur de ces enculés de

blancs ? ») qui suscite l’incompréhension :

« Ça a provoqué beaucoup de buzz, on

n’a jamais eu autant de presse. Libé et

Les Inrocks nous soutenaient. Ce numéro

de Gasface a été présenté au Conseil des

L'une des meilleures ventes du

magazine : Gasface n°3 avec Booba,

Alchemist, Jacques Audiard.

ministres pour voir s’ils pouvaient l’interdire,

comme le Charlie Hebdo de 1969.

Évidemment, ils ont vu que c’était une

blague. » Sans garantie que les kiosquiers

continuent à distribuer Gasface, le duo

prend la décision d’arrêter. Au sommet.

Au même moment, Sylvain Gire,

directeur éditorial d’Arte Radio, les

contacte et leur propose de réaliser un

documentaire web. « On a connu la phase

déclinante de la presse, mais sans le

savoir, on s’est retrouvés dans la phase

ascendante des nouveaux médias. »

JILL SALINGER

58 THE RED BULLETIN


« J’ai mis un an à

trouver le héros

de ma série Lost

in Traplanta. »


Mathieu Rochet sur le tournage de Hell Train à New York en 2015 (en haut). Sur le tournage

de Lost in Traplanta avec Kody Kim, une Oldsmobile Cutlass, et Masta Ace qui joue le Rap

God (en bas à gauche). Avec Dr. Dax, légende américaine du graffiti et membre du crew de

OutKast, la Dungeon Family (en bas à droite).

60 THE RED BULLETIN


En mode nouvelle vague

Série la plus vue à l’international dans

l’histoire d’Arte, New York Minute transforme

l’essai de Gasface du papier à

l’écran. Le programme suit des personnalités

de chaque borough et transcrit leur

rapport à la ville, de l’artiste Futura 2000

au rappeur Joell Ortiz en passant par les

enfants-soldats de Sierra Leone recrutés

par des gangs. Sans technique mais avec

beaucoup d’idées et de contacts, ils réussissent

leur pari. « On nous a filé les clés

d’un camion à 200 000 balles et on a

tourné ça en mode nouvelle vague, sans

aucune supervision, à cinq dans un van.

Comme c’était le début d’un truc, on avait

les mêmes chances que les autres. » Dans

la foulée, ils produisent la version 52

minutes pour la télé. Jamais là où on les

attend, ils tournent ensuite Lookin4Galt

en partenariat avec Dailymotion, un documentaire

sur le musicien canadien Galt

MacDermot, auteur de la comédie musicale

Hair et musicien autant samplé par

le rap que James Brown. Le duo, toujours

en mode commando, met en scène une

fausse quête qui constitue le récit ; l’expérience

se révèle fructueuse. Sorti en 2013,

le film est accompagné de deux séries pour

le promouvoir, Think Big et All That Jazz.

Toujours plus loin dans la fiction, le duo

signe une ultime fois pour Arte un format

court nommé Hell Train, et diffusé en

2015. Cette adaptation de L’Enfer de Dante

dans le gangsta rap new-yorkais malmène

encore une fois le genre, pour son bien.

On y évolue parmi des figures maléfiques

(Azie Faison, roi de la coke dans les 80’s,

ou Chaz Williams, ex-braqueur et imprésario

de 50 Cent) dans une atmosphère

oppressante et irréaliste. Boulot le plus

abouti du duo, Mathieu et Nicolas partiront

pourtant chacun de leur côté après

cette dernière aventure.

Lost in Traplanta

Sur sa dernière prod pour Arte, Mathieu

s’est à nouveau servi de ses obsessions

(la reformation d’OutKast, groupe qui a

révélé Atlanta) et a imaginé une chasse au

« La trap, en

termes de sonorité

tu ne peux pas

faire mieux, c’est la

fin du chemin. »

Larry (Kody Kim) vient de se faire larguer et tente

d’oublier son chagrin dans les rues d’Atlanta.

duo au sein de la nouvelle capitale du rap.

Pour jouer « le Français à Atlanta », il a

choisi un Belge, Kody Kim, humoriste déjà

réputé dans son pays dont le rôle semblait

taillé pour lui. Mais ce n’était pas gagné.

« J’ai mis un an à le trouver, au début je ne

voulais pas faire de casting, j’allais juste

voir des trucs de stand-up. Je cherchais

quelqu’un de marrant, physiquement,

quelqu’un qui savait bien parler anglais et

qui savait écouter les autres aussi. Puis j’ai

découvert Kody dans l’émission Le Grand

Cactus, il imitait JCVD, Depardieu, Karl

Lagerfeld avec un aplomb incroyable. Je

suis alors allé à Bruxelles pour le rencontrer.

Avant ça, j’ai même casté Monsieur

Fraize. On a tellement rigolé que je n’arrivais

plus à le filmer. Et puis à un moment,

je me suis dit qu’on allait se faire tuer si on

continuait avec lui. »

Dans ces dix épisodes de huit minutes,

vous ne verrez pas les rappeurs Gucci

Mane et Future exhiber leurs bijoux, mais

vous pénétrerez dans les dessous de leur

monde ; avec DJ Toomp, producteur du

premier album du genre (Trap Muzik de

T.I.), Debra Antney (manager et mère de

Waka Flocka Flame), les danseuses de

Magic City ou encore John Roberts (batteur

de Janet Jackson). Kody zone, joue

de hasard en hasard, passe de l’armurerie

au barbier, du strip club à l’université, et

rencontre sur sa route toute une galaxie

de personnages qui ont façonné cette ville,

musicalement et spirituellement. Pour

ceux qui se posent la question : oui, la série

a été écrite avant que ne sorte la saison 1

d’Atlanta de Donald Glover. Ce qui n’empêche

pas les deux de partager la même

légèreté et spontanéité rafraîchissantes.

Tourné en deux semaines, la mini-série

a été une fois de plus l’occasion pour

Mathieu de partager des moments uniques

(l’hospitalité du sud est à mille lieues du

stress new-yorkais) et de voir la trap d’un

tout autre œil. N’en déplaise aux puristes,

sa série en est le meilleur avocat. « En

termes de sonorité tu ne peux pas faire

mieux, c’est la fin du chemin. C’est marrant,

ce qui fait que le rap d’Atlanta marche

très bien, c’est ce qui a fait que le rap a très

bien marché au début et a plu à beaucoup

de gens, avec Planet Rock d’Afrika Bambaataa

par exemple. C’est pratiquement

la forme la plus pure de rap. »

Conçu pour durer

Lost in Traplanta, qui devait clore un chapitre

pour l’ancien Gasface, se présente

comme un nouveau tremplin pour lui –

la série (à voir sur arte.tv) a déjà remporté

quatre prix dans des festivals (à Munich

encore dernièrement). Il pense déjà à

des suites, à Los Angeles ou en Jamaïque.

Mais surtout, il continue de jongler avec

différents supports. En effet, cela ne surprendra

personne, Mathieu Rochet vient

de finir l’écriture de son premier longmétrage

de fiction, Jacques Martien,

l’homme le plus dangereux du monde.

L’histoire ? Un prof d’auto-école lyonnais

est accusé d’avoir tué un prix Nobel et doit

retrouver le vrai assassin pour empêcher

la première guerre mondiale d’éclater.

L’intention est claire : redonner ses lettres

de noblesse à la comédie qui réfléchit.

Quoi d’autre ? Une sitcom sur un

rappeur has-been qui se fait virer de son

label alors qu’il est en vacances, et se

retrouve placardisé à l’étage des community

managers à son retour. Ses influences

puisent autant dans l’absurde d’un Boots

Riley (Sorry to Bother You), la satire de

la série 30 Rock ou les sitcoms des années

80 comme Cheers et Taxi. Et ce n’est pas

fini. Pour se remettre d’un documentaire

sur David Ginola qui n’a jamais pu voir le

jour (dans lequel il analysait le destin du

joueur devenu la bête noire du foot français),

Mathieu a signé Un Prophète en

survet, un portrait de la France des 90’s

par le prisme du basket, via la star du

streetball Moustapha Sonko. Comme La

Cliqua, le fameux groupe de rap parisien

de la même époque, Mathieu Rochet est

conçu pour durer.

THE RED BULLETIN 61


Lorsque la trap s’est

démarquée de ses origines

illicites pour devenir la

force dominante du rap,

il lui fallait une esthétique

à la hauteur. Rencontrez

le jeune photographe qui

prend des images sans

fard des plus grandes

stars du genre.

Gunner Stahl

Sur la piste

des trappeurs


YOUNG THUG

L’un des artistes préférés

de Stahl, le natif d’Atlanta

est un pionnier de la nouvelle

vague de rappeurs

trap. Après six mixtapes

acclamées, son premier

album studio, So Much

Fun, s’est classé en tête

du US Billboard 200

en août dernier.

63


Jonathan Simmons, alias Gunner Stahl,

achète son premier appareil photo à un

ami lors d’une soirée. Il a dix-huit ans.

Malgré son échec à un cours de photographie,

il ressent le besoin de photographier

sa vie à l’école, dans les fêtes, les concerts.

Une vie qui sera impactée par la scène

trap qui explose alors aux USA depuis son

Atlanta natal.

La trap – un courant du hip-hop fait de

textes et de mélodies rapidement esquissées

sur un fond de snare, de charleston

et de boîte à rythme Roland TR-808 au

sub-bass puissant, puis immédiatement

uploadées sur les plateformes de streaming

– est devenue une force dominante

du rap. Et les portraits intimes de Gunner

Stahl, 27 ans, parviennent à canaliser

cette énergie brute. L’Américain s’est taillé

une place de choix dans cette scène en

prenant des clichés sans fard des plus

grandes stars de la trap comme Future et

le super- producteur Metro Boomin alors

qu’ils se trouvaient à la Fashion Week de

Paris, ou Gucci Mane pendant sa tournée.

L’attachement de Stahl à la photo en

35 mm apporte une autre dimension à son

esthétique recherchée, rendant son travail

encore plus imprévisible dans un monde

toujours plus numérisé. Mais c’est un

médium qu’il a découvert par hasard :

alors qu’il se préparait à documenter la

tournée Yeezus de Kanye West à Atlanta en

2013, l’appareil photo de Stahl s’est brisé.

L’appareil de remplacement proposé par

un ami n’étant pas numérique, il fallait

donc passer par un drugstore pour acheter

de la pellicule. Stahl a depuis rejeté ces

photos qu’il qualifie de « déchets », mais

a continué de prendre des photos avec

l’appareil et est tombé amoureux de la

crudité du processus du film.

Ce n’est qu’autour de 2014 que Stahl

se lance dans la photographie musicale.

Beaucoup de ses amis étaient musiciens

et il avait même été nommé membre du

collectif de rap local Two-9 après avoir

simplement traîné avec eux en studio.

Stahl a commencé à documenter leurs

sessions d’enregistrement et leurs collaborateurs

: les premières images de son

flux Instagram incluent l’un des DJs de

Two-9, Osh Kosh, aux côtés du styliste

« Si la personne ne

m’inspire pas, je ne la

photographie pas. »

Virgil Abloh, ainsi que des photos d’un

Wiz Khalifa aux cheveux violets prises au

moment où il est venu enregistrer avec

le collectif.

Stahl ne s’immisce pas dans le processus

créatif de ceux qui l’entourent, ce qui

signifie qu’en retour il a leur respect, et

pour eux, ses photos constituent une rupture

nécessaire. Elles apparaissent plus

proches de la réalité et offrent aux fans

un aperçu de leurs artistes préférés dans

leur habitat naturel. « Je n’entretiens

les relations que pour arriver à ce type

d’images, explique Stahl. Si je ne suis pas

passionné par la personne, je ne la photographie

pas. » Mais la crédibilité de son

travail a inévitablement transcendé les

héros de sa ville natale, et lui a permis

d’approcher des mégastars mondiales

comme Ed Sheeran, Drake, Kanye West,

Kylie Jenner, Post Malone, Miley Cyrus,

Lana Del Rey et même Adam Sandler.

Aujourd’hui, Stahl vit plutôt dans les

hôtels : il passe la majeure partie de sa

vie à se déplacer à la recherche de la meilleure

photo. Il ressent ainsi une empathie

plus profonde pour ses sujets et leur vie

sur la route. Ses portraits sont réalisés

entre les studios, les coulisses et les

logements provisoires mais les images

donnent l’impression d’être habitées.

L’une de ses photos les plus emblématiques,

la couverture de la mixtape éponyme

de Playboi Carti, le natif d’Atlanta,

parue en 2017, montre ce dernier confortablement

affalé entre deux modèles

dans une location de Los Angeles.

À travers son travail, Stahl peut partager

avec son public les pass « all-access »

qu’il a obtenus pour suivre les stars de la

trap. En 2017, il a créé une collection

capsule de vêtements pour Puma et réalisé

une exposition en galerie intitulée

For You, Mom – un hommage à sa mère,

décédée d’un cancer du sein. Récemment,

Stahl a publié Gunner Stahl: Portraits,

un ouvrage rempli de ses photos inédites

préférées des trois dernières années avec

des contributions de Swae Lee, du duo de

trappeurs Rae Sremmurd et d’un célèbre

photographe de rap des années 90, Chi

Modu. Le livre a été présenté dans des

galeries de trois villes : New York, Los

Angeles et, bien sûr, Atlanta. Mais bien

que son étoile grandisse, Stahl, à l’image

de ses photographies, conserve les deux

pieds sur terre.

« Sois toi-même, dit-il. Alors les gens

viendront davantage à toi. »

Gunner Stahl: Portraits (Abrams) ;

Instagram : @gunnerstahl.us

64 THE RED BULLETIN


PLAYBOI CARTI

« J’adore les yeux. Les yeux

donnent l’image complète »,

dit Stahl. Avec cette photo

cependant, le photographe

prouve sa capacité à créer un

moment intrigant en faisant

exactement le contraire.

Les yeux de ses sujets, ici le

rappeur Playboi Carti et

le mannequin Justine Mae

Biticon, sont hors champ,

ce qui éveille la curiosité et

stimule l’imagination.


LIL UZI VERT

Photographié durant le festival

Rolling Loud à New York en

2016, le natif de Philadelphie

est surtout connu pour son

énorme succès viral XO Tour

Llif3. « J’étais dans les coulisses,

en train d’attendre, raconte

Stahl. Tout à coup, il a traversé

le service de sécurité. On a passé

du temps ensemble, et je me suis

habitué à sa personnalité. »


AMINÉ

Le rappeur originaire de

Portland s’exprime autant par

l’humour surréaliste de ses

visuels et de son esthétique

aux couleurs vives que par les

textes réfléchis et ses chutes

auto-dépréciatrices. Pas

surprenant qu’il ait développé

une relation avec Stahl, un fan

autoproclamé de comédies

dites « mumblecore ».

67


LIL BABY

GUNNA

Les deux artistes dont

la popularité a explosé

à Atlanta au cours des

dernières années font

preuve d’une solide

éthique de travail,

publiant individuellement

plusieurs mixtapes

chaque année.

Ils ont aussi canalisé

leur chimie naturelle

dans la mixtape Drip

Harder parue l’année

dernière.

68


LIL YACHTY

Un sujet récurrent dans

l’œuvre de Stahl. Le

« King Of Teens »

autoproclamé d’Atlanta

était un personnage

polarisant au moment

de son apparition avec

ses mélodies bubble-gum

et ses paroles fantaisistes,

mais il a explosé sa

popularité auprès de ses

fans et est devenu une

icône dans le domaine

de la mode.


NIPSEY HUSSLE

Le rappeur, entrepreneur et

activiste de Los Angeles a été

assassiné devant son magasin,

The Marathon Clothing, en

mars, un peu plus tôt cette

année – une perte énorme

pour sa famille, ses amis et la

communauté hip-hop à travers

le monde. Stahl lui rend hommage

avec des photographies

inédites tirées de ses archives.

70 THE RED BULLETIN


PLAYBOI CARTI

Après avoir réalisé la

pochette emblématique de

sa première mixtape, Stahl

a continué à documenter

la montée en puissance de

Playboi Carti. Ici, le rappeur

de Magnolia profite d’un

moment en coulisses avec

son mentor, A$AP Rocky.

71


ROULER

À NOUVEAU

Comme le montre le nouveau

documentaire Any One of Us, la vie de

l'Américain PAUL BASAGOITIA a été

bouleversée par un accident survenu au

Red Bull Rampage. Le combat de l’ancien

coureur pro pour retrouver sa place et

son identité a été dur et est devenu une

source d’inspiration que personne

n’aurait pu imaginer. Lui le premier.

Texte NEAL ROGERS

Photos DEWEY NICKS

72 THE RED BULLETIN


« Je n’ai plus à regarder

en arrière – je vais

continuer à regarder

vers l’avenir », dit Paul

Basagoitia, qui pose ici

à Minden, Nevada

(USA), le 2 août.


Sur un sentier près de

Truckee, en Californie,

Paul Basagoitia dans ce

qu’il sait faire de mieux

et adore : rouler à vélo.


Paul Basagoitia chevauche en VTT sur un

sentier poussiéreux dans le Mount Rose

Wilderness, à mi-chemin entre le lac

Tahoe et sa maison à Reno dans le Nevada

(USA). À un rythme soutenu. Durant les

chaudes journées de juin, l’occasion de

zigzaguer dans la forêt ombragée est la

bienvenue. Un cycliste ordinaire observera

que l’homme de 33 ans pédale sur un vélo

de montagne électrique. Un observateur

attentif remarquera qu’il porte une orthèse

personnalisée à la cheville droite. Pratiquement

personne ne pourra cependant

déceler à quel point il aura du mal à marcher

sans aide une fois descendu de vélo.

Vu de l’extérieur, Basagoitia semble

à l’aise, mais la navigation à travers les

arbres n’était pas son point fort durant

sa carrière de onze ans en tant que rider

professionnel de VTT. Basagoitia a plutôt

passé sa vie de cycliste sur le fil du rasoir.

Quand il n’était pas en compétition, il

essayait de trouver le terrain le plus raide

et le plus raboteux que l’on puisse imaginer,

pour dévaler sa pente à fond et

s’élancer dans les airs.

C’est ce genre de cyclisme – d’abord le

slopestyle, sur des bosses artificielles et

plus tard, les épreuves de VTT extrême –

qui a apporté à Basagoitia une renommée

et une fortune relatives. C’était un phénomène

sur bicyclette, gagnant sa vie à

repousser les limites. Et c’est ce qui lui a

causé une blessure à la moelle épinière

qui a bouleversé sa vie en octobre 2015

lors du Red Bull Rampage.

Aujourd’hui, quatre ans plus tard, le

documentaire Any One of Us sur sa réhabilitation

lui redonne une certaine notoriété.

Une description franche et sans

détour de la réalité de la vie après une

lésion à la moelle épinière (LM).

Après avoir été présenté dans le cadre

de festivals de cinéma durant le printemps

et l’été, le documentaire a été

acquis par la chaîne HBO qui l’a diffusé

pour la première fois le 29 octobre,

presque quatre ans jour pour jour après

son accident. De retour sur son vélo et

dépassant les attentes de ses médecins,

Basagoitia est devenu une source d’inspiration

pour tous ceux qui ont subi ce

type de blessure.

Une tournure douce-amère pour un

homme relativement discret au sujet de sa

vie privée qui n’a jamais cherché la gloire

et qui a trouvé à la place le réconfort sur

un vélo après une enfance mouvementée,

vécue dans un motel miteux racheté par

des parents en conflit. Basagoitia voulait

être connu pour avoir fait évoluer son

sport, pas pour une petite erreur lourde

de conséquences.

« Je suis un peu bouleversé à l’idée de

cette diffusion sur HBO, nous disait Paul

en août dernier. Il y a beaucoup d’amis et

de membres de ma famille qui n’ont pas

75


encore vu le film. J’ai vécu des choses

qu’ils ignorent. Disons que je suis à la fois

impatient et nerveux. » Sa blessure n’est

pourtant pas le point final de son histoire.

L’accident

Le Red Bull Rampage est un événement

cycliste sans pareil. Le surf professionnel

a sa grande compétition de grosses vagues

à Mavericks. L’escalade, l’ascension en

solo d’El Capitan. Le cyclisme de grande

montagne a Rampage, au milieu des

falaises désertiques près de Virgin dans

l’Utah, un événement qui attire les riders

de slope style et de descente et les freeriders

sur terrain naturel. La compétition

se déroule dans un amphithéâtre naturel

accidenté et exposé où les sauts de canyon

de vingt mètres doivent être effectués au

centimètre près et où l’effet de la brise

peut transformer la gloire en échec.

Pour Paul Basagoitia, Rampage représentait

un défi certain. Il venait du monde

du BMX et s’était fait connaître pour ses

figures sur un VTT. La première fois qu’il

a participé au Rampage en 2008, il a terminé

douzième. Alors que le sport progressait,

il s’efforçait de progresser avec

lui. Lorsqu’une nouvelle génération de

riders a commencé à le surclasser, il

est devenu le premier coureur à faire un

double backflip sur terrain naturel. Mais

il s’est aussi lassé : des blessures, de la

pression, de la lutte pour trouver des

sponsors.

Après avoir accompli une course

unique, Basagoitia a terminé neuvième au

Rampage de 2014, son meilleur résultat

en carrière. Il sentait qu’il aurait pu mieux

faire et peut-être même finir dans les trois

premiers. C’est donc devenu son but pour

mettre un point final à sa carrière : être

sur le podium, utiliser l’argent du prix

pour acheter une bague de fiançailles à

sa petite amie de longue date, Nichole,

et raccrocher son vélo.

C’était le plan à l’approche de l’édition

2015 et pendant la première moitié de

sa descente, tout semble sourire à Paul.

Il réussit un saut périlleux au-dessus d’un

canyon, la partie la plus difficile du parcours,

suivi d’un 270 pour le plaisir, puis

tape durement sur la réception.

Mais il va plus loin que prévu. Pas de

beaucoup, mais assez pour bouleverser

sa vie. En essayant de rectifier, sa pédale

droite a accroché une branche d’armoise

sur le bord du sentier. Paul est projeté

sur le dos, sur un rebord de 2,50 mètres

de haut. Bien qu’il s’agisse d’un accident

sérieux, il ne semble pas particulièrement

Cette photo capture Basagoitia lors des finales du dixième Red Bull Rampage

le 16 octobre 2015, à Virgin, Utah, USA.

grave en regard de qui se produit habituellement

au Rampage. Allongé au sol,

sa première réaction est la colère. Il

croyait être sur le chemin de la victoire

et avoir enfin tout mis en place. Sa deuxième

chance de gagner Rampage et de

prendre sa retraite. « J’ai subi des accidents

plus durs dans ma carrière et suis

passé à travers, dit Basagoitia. Mais pour

une raison quelconque, je suis retombé

exactement sur la douzième vertèbre et

l’impact a été assez important pour la briser

dans ma moelle épinière. Je ne pouvais

pas bouger les pieds ou les jambes.

C’est là que j’ai su que c’était grave. »

Vint ensuite un vol qui sembla ne

jamais finir en hélicoptère vers l’hôpital.

Après plusieurs scanners, on lui annonce

qu’il doit subir une intervention chirurgicale.

La procédure qui consiste à retirer

des fragments osseux de sa moelle épi-

nière durera plus de dix heures. Il se

réveille en vivant dans ce qu’il appelle

son « nouveau corps », catégorisé « paraplégique

T12 ». Sa moelle épinière n’a

pas été complètement sectionnée ; elle

est « incomplète », ce qui signifie qu’il y

a encore des signaux nerveux en dessous

du niveau de sa blessure. Les médecins

lui disent néanmoins qu’il va probablement

passer le reste de sa vie dans un

fauteuil roulant. Il y a eu de graves accidents

au Rampage par le passé, mais

personne n’avait subi de blessures qui

bouleversent une vie. Désormais,

Basagoitia est paralysé.

La blessure

Les finales du Rampage avaient lieu un

vendredi, le 16 octobre 2015. Les organisateurs

avaient décidé de les avancer d’un

jour en raison des orages qui menaçaient.

DEAN TREML/RED BULL CONTENT POOL

76 THE RED BULLETIN


Basagoitia s’est réveillé ce matin-là

confiant, mais aussi tendu. Il n’avait pas

encore préparé tout son tracé, mais c’était

son cinquième Rampage, et tous les riders

étaient dans la même situation. « Les

conditions météorologiques allaient bientôt

se dégrader, dit Basagoitia. Au lieu

d’attendre que cela passe, ils ont avancé

les finales d’un jour et personne n’avait

fait sa piste. La veille, les sauts n’étaient

même pas à moitié terminés et les riders

tâtonnaient encore en faisant leurs pistes

et tombaient de tous côtés. Et puis voilà,

c’est ton tour, un hélicoptère te fait face,

les chaînes nationales retransmettent

l’événement en direct, et tu te lances pour

la toute première fois. » Basagoitia figure

parmi les nombreux riders qui ont subi un

accident ce jour-là. Les images de la

caméra fixée à son casque, montrées dans

Any One of Us ont saisi le moment où

BASAGOITIA INSÈRE

UN CATHÉTER DE

36 CENTIMÈTRES

DANS SON PÉNIS AFIN

DE VIDER SA VESSIE.

ET SE FILME, SEUL.

Nichole l’a rejoint au sol – au moment où

leur vie a changé à jamais. « Je ne peux

pas bouger mes pieds », dit-il, la panique

pointant dans sa voix.

Il est transporté par les airs vers

St. George et reçoit le diagnostic qui va

bouleverser sa vie à jamais. Il ne pourra

plus jamais marcher. Ses fonctions intestinales,

vésicales ainsi que sexuelles sont

affectées, peut-être pour toujours. En plus

du stress émotionnel et physique de la

blessure, il est constamment en manque

de sommeil ; on le réveille toutes les trois

heures pour son cathéter et on lui administre

des injections d’anticoagulant

toutes les huit heures. Dans les vapes,

Basagoitia ne pense plus à gagner Rampage,

vraiment plus. Il se demande plutôt

s’il va pouvoir simplement enfourcher un

vélo à nouveau.

Le documentaire

Allongé sur son lit d’hôpital, Basagoitia a

du temps devant lui ainsi qu’une nouvelle

caméra vidéo reflex numérique, un appareil

photo GoPro et de nombreuses questions

sans réponse au sujet de sa blessure.

Il se sent perdu, mais il pense qu’il pourrait

produire quelque chose qui sera utile

aux personnes ayant subi une LM. Il

espère également pouvoir documenter sa

progression. L’idée d’impliquer Red Bull

Media House dans ce projet ne lui vient

que près d’un an plus tard.

« Me voici dans un lit d’hôpital en train

de penser à la façon dont je vais payer mes

factures de soins, dit Basagoitia. Je commence

à filmer ma progression et je me dis

que je vais faire une petite vidéo, la vendre

sur iTunes ou ailleurs, et tout ce que je vais

récolter d’iTunes servira directement à

payer les factures médicales. J’allais tout

documenter. Je voulais voir mes progrès

au fil du temps. Quand on est dedans, en

pleine rééducation, on ne peut pas la voir.

C’est paradoxal, car il faut justement pouvoir

voir ces progrès pour entretenir la

motivation et persévérer. »

Une scène au début de Any One of Us

ne laisse pas indemne. Seul et nu dans

une salle de bain, quelques semaines seulement

après sa blessure, Basagoitia insère

un cathéter de 36 centimètres dans son

pénis afin de vider sa vessie. C’est cru – et

d’autant plus impressionnant qu’il a filmé

tout seul. « La scène du cathéter, les gens

me disent que c’est ce qu’ils ont vu de plus

lourd dans tous les documentaires qu’ils

n’ont jamais regardés. »

Avant ce moment pendant son rétablissement,

Basagoitia avait un cathéter

inséré en permanence et vidé par les infirmières.

Quand elles lui ont enlevé, il

croyait qu’il serait capable d’uriner tout

seul. Quand on lui a tendu le bâtonnet

du cathéter, sa réaction était prévisible.

« Je refusais de m’insérer ce truc, hors de

question, dit-il. Je me souviens de l’avoir

fait une première fois et j’en ai pleuré.

Deux semaines plus tôt, j’étais en compétition

au plus haut niveau au Rampage

à la télévision nationale – une célébrité

THE RED BULLETIN 77


PAUL

COMMENCE À

VIVRE AVEC SA

BLESSURE TOUT

EN VIVANT AVEC

UNE ÉQUIPE

DE TOURNAGE.

quoi – et je suis passé de cela à apprendre

comment m’insérer un cathéter de

36 centimètres. Ça m’a méchamment pris

par surprise. » Avant que Red Bull Media

House ne s’implique dans le documentaire,

Red Bull accompagne Paul dans son

rétablissement. Le pilote a été sponsorisé

pendant des années et s’est lié d’amitié

avec le manager d’athlètes, Aaron Lutze.

Ce dernier était présent lorsque Basagoitia

est sorti de la salle d’opération et s’est

assuré qu’il puisse intégrer pour douze

semaines l’hôpital Craig, près de Denver,

un établissement de premier ordre pour

le traitement des lésions à la moelle épinière.

Quelques mois plus tard, Lutze a

rendu visite à Basagoitia chez lui, à Reno.

Ensemble, ils ont regardé le docu Crash

Reel consacré au snowboardeur professionnel

Kevin Pearce et à son rétablissement

après un traumatisme crânien.

« Je savais que Paul filmait son rétablissement,

mais il ne savait pas vraiment

ce qu’il allait en faire, ce n’était pas clair

si cela allait devenir un film, dit Lutze.

Quand Crash Reel a été terminé, Paul a

dit : “Je veux faire quelque chose comme

ça mais pour des blessures à la moelle

épinière.” » Après quelques coups de téléphone,

le projet de documentaire de Paul

est approuvé. Très tôt, il est convenu que

tous les bénéfices du film iraient à Wings

For Life, une fondation à but non lucratif

qui se consacre à la recherche d’un traitement

contre la paralysie.

Basagoitia s’est envolé pour Los Angeles

et a rencontré Fernando Villena, un monteur

de longs métrages et de documentaires

qui avait été sollicité pour épauler

Paul dans ses débuts à la réalisation. À

partir de là, Basagoitia a commencé à jongler

avec deux réalités qui ont changé sa

vie : vivre avec sa blessure tout en vivant

avec une équipe de tournage.

Interrogée sur la possibilité d’inviter

une équipe de tournage dans un environnement

familial qui se remet à peine d’une

catastrophe, sa compagne Nichole admet

que ce n’était pas son premier choix. « Je

ne voyais pas cela comme une occasion de

faire un film, dit-elle. Mais Paul a eu une

idée dès le début : il voulait se différencier

et utiliser sa caméra. Il voulait filmer son

rétablissement et son voyage. Je me souviens

d’avoir entendu : “Nous pourrions

en faire un film”, et je me disais : “Mais

de quoi parlent-ils ? C’est de la folie, c’est

la dernière chose dont on a besoin.” » Le

documentaire se concentre sur Basagoitia

et met aussi en lumière l’étendue des accidents

et des expériences qui font partie

de la vie avec une lésion de la moelle

épinière. Nous apprenons aussi l’histoire

de 17 autres personnes qui vivent avec une

LM par le biais d’épisodes intercalés. Les

membres de l’équipe de production les

ont appelés « le chœur dans le film ».

« À l’origine, le film ne parlait que de

l’histoire de Paul, de son rétablissement,

de ses expériences, explique Villena à propos

du chœur, une idée qui n’a été mise en

œuvre que tardivement dans la production.

Mais comme vous le voyez dans le

documentaire, sa guérison est carrément

miraculeuse, c’est ahurissant. L’idée était la

suivante : c’est génial que Paul se rétablisse

et c’est intéressant pour le film, mais il y a

une histoire beaucoup plus importante.

Après son accident, Basagoitia a été transporté par hélico à St. George, où il a subi dix heures de chirurgie.

CRANKWORX/YORICK CORROUX, RED BULL MEDIA HOUSE

78 THE RED BULLETIN


L’utilisation d’un VTT

électrique a permis

à Basagoitia de

retrouver un certain

niveau de riding.


UNE SÉANCE

D’ENTRAÎNEMENT DE

90 MINUTES TOUS LES

MATINS, AXÉE SUR

LA FORCE MUSCULAIRE,

LE RENFORCEMENT

MUSCULAIRE

ET LE CARDIO.

C’est le quotidien de Paul Basagoitia,

l’ex-pilote VTT pro, depuis qu’il vit

avec une lésion de la moelle épinière.

CRANKWORX/YORICK CORROUX, RED BULL MEDIA HOUSE

80 THE RED BULLETIN


Qu’en est-il des gens qui ne s’en remettent

pas, qui ne peuvent rien bouger, et encore

moins marcher avec des béquilles ? Il y a

un récit plus vaste, sur la façon dont les

gens gèrent leur blessure. »

Parmi les personnes que le docu nous

présente, il y a l’Australien Sam

Willoughby, double champion du monde

de BMX, qui s’est brisé des vertèbres en

2016. Il y a aussi Jesse Billauer, un surfeur

qui a subi une lésion complète de la

moelle épinière à l’âge de 17 ans sur un

banc de sable peu profond en 1996. Et il

y a Annette Ross, qui a reçu un mauvais

analgésique pour une péridurale pendant

son accouchement en 2000, qui a brûlé

sa moelle épinière, et Steph Aiello, qui a

subi un accident de voiture en 2010 qui

l’a paralysée de la taille vers le bas.

« Tout était au service de l’histoire de

Paul, poursuit Villena. Son histoire bénéficie

de ces autres récits pour ajouter de

l’information, pour dire les choses qu’il

ne peut dire à ce moment-là dans le film.

Non seulement le chœur élargit la portée,

mais il approfondit aussi ce qu’il ressentait

et ce qu’il traversait. »

L’un des moments les plus marquants

du film vient après que Basagoitia soit

rentré de l’hôpital Craig, où on le voit

lutter contre la dépression tout en apprenant

à s’adapter à sa nouvelle situation.

Il utilise un déambulateur pour atteindre

lentement les boîtes aux lettres de son

quartier ; la scène est juxtaposée à des

images de lui dans la fleur de l’âge, volant

dans les airs, réalisant l’impossible apparemment

sans efforts. La scène se termine

alors qu’il met une pile de factures médicales

dans son corset lombaire.

Any One of Us se termine sur Basagoitia

faisant son premier tour à vélo depuis

son accident. Il montre aussi plusieurs

membres du chœur qui profitent de la vie

après avoir subi un traumatisme de la

moelle épinière, en train de se joindre à

une troupe de danse, de faire du surf, de

jouer au basket-ball et de marcher sur

une scène pour la remise d’un diplôme

d’études secondaires. La fin exaltante d’un

film difficile qui procure aux spectateurs

une nouvelle appréciation de leur propre

mobilité, ainsi que de nouvelles perspectives

sur la vie de ceux qui sont paralysés.

La vie avec...

Nous sommes en février, le printemps

approche à grands pas et la vie est sur le

point de changer radicalement (à nouveau)

pour Basagoitia. Il a commencé il

y a quelques mois un nouvel emploi dans

LA CAPACITÉ DE

TRAVERSER LES

AIRS AVAIT DÉJÀ

ÉTÉ RETIRÉE À

BASAGOITIA. C’EST

À CE MOMENT QU’IL

EST LE PLUS

HEUREUX, QUAND

IL EST EN PAIX.

Le film montre des images de Paul,

petit, déjà un as sur deux roues.

une entreprise de chaussures de vélo

de montagne de pointe, Ride Concepts,

située à Truckee, dans les environs. Il

gère les athlètes mondiaux de la marque

et contribue également sur le plan créatif.

Il a déjà réuni une équipe d’athlètes sponsorisés

dont Strait et la fratrie Atherton,

Rachel, Gee et Dan. Une semaine après

notre interview, il ira au festival South

by Southwest à Austin pour la première

d’Any One of Us. En avril, il se rendra

à la Sea Otter Classic, le plus grand événement

cycliste des États-Unis, où il travaillera

sur le stand de Ride Concepts.

Pour Basagoitia, vivre avec une LM

signifie une séance d’entraînement de

90 minutes tous les matins, axée sur la

force musculaire, le renforcement musculaire

et le cardio. Il a pris conscience du

fait qu’il ne retrouvera peut-être jamais

de sensation à partir des genoux en descendant

et que ses fessiers ne fonctionneront

peut-être plus jamais correctement.

Il fait donc tout son possible pour renforcer

le reste de son corps. Comme il ne

peut pas utiliser ses fesses, il porte son

poids dans le bas de son dos et il compte

sur les muscles fléchisseurs de ses

hanches pour faciliter sa marche. Le

résultat final est une douleur fréquente

et des spasmes musculaires. Comme le

montre l’une des dernières scènes d’Any

One of Us, Basagoitia est de retour sur un

vélo. Il peut utiliser ses quadriceps et ses

ischio-jambiers, les deux groupes musculaires

les plus importants pour pédaler,

mais il ne sent pas les pédales. Observez-le

attentivement quand il roule, vous

verrez qu’il vérifie constamment la position

de ses pieds sur les pédales. Alors

que le film s’achève sur sa première sortie,

il est maintenant rendu bien plus loin,

avec un vélo électrique à pédalage assisté

sur les sentiers, ce qui lui permet parfois

de faire un petit saut.

Nichole dit que voir Basagoitia pédaler

à nouveau sur un vélo a été une transformation

pour tous les deux. « Ça lui

apporte un tout nouveau bonheur, ditelle.

Je pense qu’il a trouvé ce nouvel

amour pour le vélo qu’il n’avait probablement

jamais ressenti. Je pense que le

temps qu’il a passé sur le vélo était extrêmement

compétitif. Maintenant, la seule

personne avec qui il fait de la compétition

sur son vélo, c’est lui-même, et rien que

lui-même, et je pense qu’il trouve tellement

de joie à savoir qu’il peut repousser

les limites. C’est une guérison pour lui.

Maintenant, il saute, ce qui me rend un

peu nerveuse, mais la joie qu’il en tire,

ce qu’il poste, il est high, et je veux le

garder high. » La capacité de traverser

les airs avait déjà été retirée à Basagoitia.

C’est à ce moment qu’il est le plus heureux,

quand il est en paix.

Une communauté

En s’adaptant à sa nouvelle vie, Paul

Basagoitia s’est aussi adapté à son rôle

permanent au sein de la communauté

LM. Il reçoit des courriels « au moins

une fois par semaine » d’une nouvelle

personne qui a subi une blessure qui a

bouleversé sa vie. À Reno, un ami qui

travaille au centre de traumatologie de

l’hôpital local le contacte chaque fois qu’il

y a un nouveau patient qui a subi une LM.

En voyage, dans les festivals de cinéma,

il est souvent approché par des personnes

qui partagent des détails intimes sur leurs

propres défis, qu’il s’agisse d’une blessure

à la moelle épinière, de dépression ou de

toxicomanie. On vient se confier à lui.

« Paul donne à beaucoup de gens l’espoir

qu’il y a une lumière au bout du tunnel,

qu’il faut continuer, dit Nichole. Quand

l’accident s’est produit, je pense que son

THE RED BULLETIN 81


identité lui a été complètement enlevée.

Il a appris à partager le fait que l’on peut

retrouver sa vie et son identité. Il a été

une telle source d’inspiration pour tant

de gens à leur montrer qu’il ne faut pas

laisser ces blessures vous définir. C’est

tellement cool de voir cela. Je ne crois

pas que cela faisait partie de ses plans,

mais je pense qu’il se réjouit d’apporter

autant à tous ces gens, et il ne se rend

même pas compte que c’est exactement

ce qui est en train de se produire. »

Basagoitia reconnaît que c’est un rôle

qu’il apprend à assumer bien que cela ne

soit pas toujours facile. Répondre à des

courriels ou à des questions après une

projection est une chose. Mais aller aux

soins intensifs et rencontrer quelqu’un

qui vient d’apprendre qu’il ne marchera

peut-être plus jamais en est une autre.

« Je leur parle de ma situation et de ce

que j’ai fait, et j’essaie de les encourager,

explique-t-il. Je trouve cela gratifiant bien

que cela soit aussi difficile parce que ça

remue des souvenirs. Les deux premières

semaines après une lésion de la moelle

épinière sont littéralement les deux pires

semaines de votre vie parce que vous

souffrez tellement, vous ne pouvez pas

bouger, vous ne ressentez rien. L’avenir

est incertain. Je leur dis : “Ne lâche pas.

Garde la tête haute. On ne sait jamais ce

qui peut arriver. La route sera longue.” »

Il renchérit : « Moi aussi, j’ai parfois

du mal avec ça. Je me dis : “Sérieux, c’est

vraiment moi, ça, pour le reste de ma

vie ?” La réalité nous rattrape parfois.

Je me retrouve à broyer du noir et à me

dire : “Ce n’est pas comme ça que je

m’étais imaginé ma vie.” J’ai du mal à

penser à cela, et puis l’autre côté de mon

cerveau me dit : “Tu es tellement

remonté. Tu as fait tellement de chemin.

Tu es toujours capable de pédaler à vélo.

Tu es totalement indépendant ; tu n’as pas

à compter sur qui que ce soit pour t’aider.

Profites-en.” Je peux dire que j’ai ça. »

Avec Any One of Us sur le point d’avoir

une importante diffusion, la visibilité de

Basagoitia et de Nichole à l’intérieur et

à l’extérieur de la communauté LM est

sur le point d’exploser.

« Idéalement, j’espère que rien ne changera

vraiment radicalement, dit-elle.

J’aime ma vie et nos vies ensemble. Je sais

que c’est plus important que nous, et j’en

suis si reconnaissante. Mais il est aussi très

important de rester humble, et il y a tant

de personnes qui ont subi une lésion de la

moelle épinière et on ne leur a pas donné

l’occasion de raconter leur histoire. »

Sur un vélo emprunté à Cam Zink, Basagoitia passe du statut d’inconnu à celui d’étoile

montante en triomphant en slopestyle lors du Crankworx 2004 à Whistler, au Canada.

C’est dans l’air

Paul Basagoitia souffre de vertiges. Cela

peut sembler une forme d’humour noir

venant d’un homme dont l’ancienne

carrière comportait des sauts de vingt

mètres, mais c’est la vérité – ce qui rend

d’autant plus intéressant le fait qu’il

cherche maintenant à obtenir une licence

de pilote. L’un de ses bons amis est capitaine

d’équipage chez SkyWest Airlines.

Après l’accident de Basagoitia, il l’a

emmené faire un vol sur un Cessna

Skywagon. Dans les airs, Basagoitia a pris

les commandes. Il a fait quelques virages

et a été conquis. Sa blessure ne l’empêche

pas d’utiliser les pédales ; bien qu’il ne

puisse faire de dorsiflexions, il est capable

BASAGOITIA SERA

BIENTÔT UN HOMME

MARIÉ. IL A FAIT SA

DEMANDE À NICHOLE

EN OCTOBRE 2017 À

MALIBU, DEUX ANS

APRÈS L’ACCIDENT.

de manœuvrer et de ralentir l’avion à

l’aide de ses talons.

Et, autre périple, Basagoitia a repris

contact avec sa mère. Ils ne s’étaient pas

parlé depuis plusieurs années avant son

accident et cela s’est encore prolongé

pendant une bonne partie de la première

année de son rétablissement. « Elle se

faisait du souci, mais j’étais tellement

concentré sur mon rétablissement que

je ne voulais pas essayer de régler notre

relation en même temps, dit Basagoitia.

Mais en ce moment, nous discutons une

fois par semaine, ou toutes les deux

semaines. C’est beaucoup mieux maintenant

que ça ne l’a jamais été depuis de

nombreuses années. »

Elle assistera peut-être à son mariage.

Car Basagoitia sera bientôt un homme

marié. Il a fait sa demande à Nichole en

octobre 2017 à Malibu, deux ans après

son accident. Dans l’une des dernières

scènes du film, il met sa canne de côté,

se dirige vers elle sans aide, s’agenouille

et fait sa demande. Ils ont d’abord envisagé

de se marier à Talum, au Mexique,

mais ils ont plutôt choisi le lac Tahoe,

en partie parce que son père ne prend pas

l’avion. La date a été fixée au 20 février

YORICK CARROUX/CRANKWORX

82 THE RED BULLETIN


AVANT DE SUBIR

SA BLESSURE, LE

PILOTE INSPIRAIT

SES FANS. DEPUIS,

IL N’A CESSÉ DE

LES INSPIRER.

2020, bien que cela puisse ne pas se

produire comme prévu. « Nous allons

rester ensemble jusqu’à notre mort, si

Dieu le veut, alors il n’y a pas vraiment

d’urgence à célébrer notre union, dit

Nichole. Nous sommes toujours dans

l’après-coup du tournage et des festivals

de cinéma. La planification d’un mariage

n'est pas une priorité. » Et même s’il utilisera

peut-être une canne le jour venu,

Basagoitia marchera plutôt qu’il ne roulera

dans l’allée à son mariage.

Et qu’en est-il de l’avenir à long terme ?

Et des enfants ? Pour l’instant, c’est une

éventualité – toujours dans le domaine

du possible, comme le révèle l’une des

scènes plus légères et plus exaltantes de

Any One of Us. « Nous parlons constamment

de la question des enfants, dit

Basagoitia. Pour l’instant, on ne se voit

pas avec des enfants de sitôt. Mais cela

ne veut pas dire qu’on n’en aura pas.

Après mon accident, la dernière chose

que je voulais, c’était d’avoir un enfant

et de ne pas pouvoir lui montrer comment

faire du vélo ou de marcher dans le parc.

Ça m’aurait tué de ne pas pouvoir tenir

mon propre enfant dans mes bras, ni de

le lancer dans les airs. J’étais terrifié à

l’idée que je n’y arriverais peut-être

jamais. Je peux cependant lui montrer

comment faire du vélo, ça je peux le faire.

Peut-être pas le lancer dans les airs, mais

je peux certainement lui montrer comment

faire du vélo. »

Quel héritage ?

De retour à la randonnée sur vélo dans

le Mount Rose Wilderness par une chaude

journée de juin. Nous avons atteint le

sommet de l’ascension. Nous nous

sommes arrêtés pour reprendre notre

souffle et contempler la vue à partir du

Mount Rose. Le plus dur est maintenant

derrière nous.

C’est comme la vie de Paul Basagoitia

en ce moment. Le plus dur est derrière

lui. Mais cela ne sera jamais facile. À ce

stade-ci, c’est une question de perspective.

Concilier ce qu’il avait avant et ce

qu’il a maintenant – et ce qu’il aurait pu

avoir. D’un côté, c’est un athlète d’élite

qui volait dans les airs avec grâce. D’un

autre, il peut marcher avec une seule

canne. Il peut encore faire du vélo. « Mon

père disait souvent pour plaisanter que je

faisais du vélo avant de marcher. Ce qui

était vrai, et ce qui est toujours vrai. »

Une partie de cette perspective

consiste à concilier sa nouvelle identité

avec ce qu’il était avant son accident.

« Cette blessure va me suivre pour le restant

de mes jours, dit-il. Même quand je

poste une vidéo ou une photo de moi à

vélo, les gens disent : “Oh, je suis si

content de te revoir à vélo après ta blessure.”

Je fais du vélo depuis deux ou trois

ans ! On croit que je suis de retour sur le

vélo seulement maintenant ? Ça fait des

années que je refais du vélo ! » Je dis que

cela me semble une remarque naturelle

et bien intentionnée. Qu’est-ce qu’on

devrait dire alors ? « “Beau style”,

répond-il. Ou “Quelle allure”. Je ne sais

pas, moi. Je ne sais pas quelle est la

bonne réponse, mais chaque fois que

j’affiche une photo de moi sur un vélo,

c’est toujours : “Content de te revoir à vélo

après ta blessure.” C’est toujours lié à

cette blessure. Peu importe ce que je fais.

Je pouvais vivre avec ça la première ou

les deux premières années, mais cela va

bientôt faire trois ans… »

Trois ans, et un film. « Et c’était une

chose au sujet de ce film. J’ai réalisé un

max de trucs cool en vélo de montagne.

J’ai vraiment accompli des choses exceptionnelles

dans ce sport. Mais ce qu’on

retiendra de moi, ce sera cet accident.

Les gens oublient le titre de Crankworx

ou que j’ai été la première personne à

faire un 720 en VTT. Je vais être connu

pour avoir fait une erreur aux conséquences

désastreuses. Mon héritage sera

de rester dans les mémoires comme le kid

qui a subi un accident qui l’a laissé paralysé

au Rampage. »

Mais tout cela fait partie du même

héritage, lui dis-je. Tout est lié. Avant sa

blessure, Basagoitia inspirait ses fans.

Depuis, il continue de les inspirer. Avant

sa blessure, il a lutté, s’est débattu et a

surmonté les obstacles. Depuis, il fait la

même chose. Il ne s’est pas résigné. Il

s’est défendu. Il a surmonté les obstacles.

Et ça, je dirais, c’est l’histoire de Paul

Basagoitia. « Je pense que c’était l’histoire

de toute ma vie, résume-t-il. Grandir,

vivre dans une chambre d’hôtel, se

présenter au plus grand événement,

Crankworx, avec un vélo emprunté, sans

sponsor… J’ai été un outsider toute ma

vie. Avec cette blessure, les chances que je

récupère autant que je l’ai fait… J’étais

vraiment un outsider. Donc si je restais

connu pour ça – “Ce mec a reçu des cartes

de merde à la naissance mais il a toujours

tiré le meilleur parti de la situation, il

s’est toujours défendu” – alors je crois

que je serais heureux. »

Qu’il le veuille ou non, ce sera ça, son

héritage. La page s’est tournée quand il

a été blessé à la moelle épinière. Mais ce

n’était pas le dernier chapitre. « Je n’aurai

plus à regarder en arrière, dit-il. Je vais

continuer à regarder vers l’avenir. L’un

de mes amis m’a donné le meilleur

conseil qui soit. Il m’a dit : “Tu ne peux

pas toujours regarder en arrière dans la

vie, Paul, ça ne fait que te donner mal

au cou.” Et c’est foutrement vrai. »

Et à ces mots, dans un nuage de

poussière, Paul Basagoitia part, volant

gracieusement sur la piste à une vitesse

impressionnante. Tout le reste – les festivals

de cinéma, le nouveau boulot, la physiothérapie,

la planification du mariage –

attendra. Pour l’instant, il est en transe,

totalement en paix. Pour l’instant, il ne

regarde pas en arrière. Il attend, avec

impatience.

THE RED BULLETIN 83


guide

au programme

TEST FATAL

Est-ce que des montres

pourront résister à une

pression de folie, par

11 km de profondeur ?

PAGE 90

CARTE VITALE

Ida Mathilde Steensgaard

assure dans le

biz et dans la perf.

Comment allier les

deux ? PAGE 92

KONSTANTIN REYER

VIENS DONC...

Dans le Verdon ! Pour

un séjour de grimpe

dans le Grand Canyon

européen avec Stefan

Glowacz. PAGE 86

ÉCRAN TOTAL

Action, dépassement et

inspiration : c'est 7/7,

24/24, sur Red Bull TV.

Le programme du mois.

PAGE 94

THE RED BULLETIN 85


G U I D E

Faire.

En mode Glowacz : le Bavarois (54 ans) légende de l’escalade accompagne le groupe durant une semaine dans le sud de la France.

GORGES DU VERDON

SECRETS (ENCORE)

BIEN GARDÉS

Destination Red Bull vous propose des voyages hors du

commun avec des athlètes d’exception. Découvrez le paradis

français de l’escalade avec l’aventurier Stefan Glowacz.

Passionné d’escalade et

d’aventure, les gorges du

Verdon me fascinent depuis

plus de vingt ans. Creusé patiemment

depuis des millions d’années

par la rivière éponyme, ce gigantesque

défilé de 40 kilomètres

en Provence, à deux heures de

voiture à l’ouest de Nice atteint

sept cents mètres de profondeur.

Cela lui vaut d’être aujourd’hui

surnommé le « Grand Canyon de

l’Europe ». Ses parois rocheuses

escarpées sont un éternel enchantement

et la qualité du calcaire

est exceptionnelle.

Symbole du Verdon : les majestueuses falaises calcaires.

86 THE RED BULLETIN


voyage

INFOS

LE GRAND CANYON

EUROPÉEN

Falaises de calcaire escarpées, BASE jump

et rivière des enfers, le Verdon est la promesse

d’une pure aventure.

Paris

France

Les participants au voyage découvrent le Verdon dans le confort d’un van aménagé.

La Palud

Nice

Un van vous attendra à votre arrivée

à l’aéroport de Nice pour un transfert

à La Palud, point de départ de votre voyage

en compagnie de Stefan Glowacz.

KONSTANTIN REYER, GETTY IMAGES

Expert de l’outdoor : Glowacz a mené des expéditions au Groenland et en Antarctique.

Je m’y rends quasiment chaque

année pour grimper, mais aussi

pour jouir de l’art de vivre local

dont l’authenticité a su être préservée.

Les dix jours de notre

voyage Destination Red Bull suffisent

amplement pour explorer

la vaste vallée. Ma connaissance

intime du Verdon me permet de

vous faire découvrir des voies qui

ne figurent pas dans les guides

d’escalade. Un petit avantage issu

de mes liens d’amitié avec la

population locale.

Le choix des voies d’escalade

est fonction du niveau des participants.

C’est à dire que je définis

l’itinéraire selon les capacités du

groupe, en faisant bien attention

à ce que chacun se sente à l’aise

« Ce voyage, c’est

l’occasion de transmettre

l’expérience

acquise au cours

de mes quarante

ans de carrière

d’escalade. »

sur les parois et les chemins

choisis. Nous procédons de

manière progressive en commençant

par des voies abordables

situées aux abords de la gorge

afin de s’habituer dans un premier

temps à la qualité de la roche

TEMPS FORTS

LE STYX DU VERDON

Le Styx est, dans la mythologie grecque, le fleuve

des enfers. La référence à ce dernier tient au fait

que le Styx du Verdon disparaît sous un énorme

chaos rocheux dans un passage resserré pour

suivre son cours sous terre.

VILLAGE SPORTIF

« Le village de La Palud n’a guère changé depuis

vingt ans, explique Stefan Glowacz, expert du Verdon.

Alpinistes et BASE jumpers s’y attardent volontiers

tant l’ambiance est chaleureuse, d’autant plus

qu’à notre arrivée en septembre, la plupart des

touristes sont déjà repartis. »

BON À SAVOIR

QUEL EST LE NIVEAU D’ESCALADE EXIGÉ ?

« Nous sélectionnons un circuit adapté à tous les

participants, précise Glowacz. Un niveau de cotation 6

et une bonne maîtrise des techniques de l’assurage

permettent de profiter pleinement du voyage. »

ET LA NOURRITURE DANS TOUT ÇA ?

Plats faits maison avec les produits frais du supermarché

de La Palud. Pour l’amateur de fourgon qu’est

Glowacz, voyager vrai c’est « cuisiner ensemble

et barbecue au feu de camp le soir venu ».

THE RED BULLETIN 87


G U I D E

Faire.

voyage

DESTINATION RED BULL

VOS AVENTURES

AVEC DES ATHLÈTES

Initiez-vous à la MotoGP sur circuit privé,

visitez New York dans un mode exclusif

ou pratiquez le triathlon avec un crack

du Ironman Hawaï, bien d’autres aventures

encore sont possibles.

NEW YORK

AVEC LES INITIÉS DE SA VIE CULTURELLE

Explorez la « Grosse Pomme » avec les locaux.

Grands restaurants, événements sportifs ou

soirées, vous bénéficiez d’un accès VIP.

BARCELONE

AVEC SETE GIBERNAU ET DANI PEDROSA

Améliorez votre technique de pilotage sur le circuit

privé avec Sete Gibernau, légende du MotoGP et vivez

le GP de Barcelone en VIP dans les coulisses.

FUERTEVENTURA

AVEC SEBASTIAN KIENLE

Entraînez-vous avec le vainqueur Ironman d’Hawaï

au bord de la mer, dans un centre où des scientifiques

du sport vous concoctent un programme sur mesure.

SPIELBERG

AVEC MARK WEBBER

Expérimentez le Grand Prix d’Autriche en VIP, profitez

de l’hospitalité de la Styrie et aventurez-vous sur

le circuit dès le lendemain de la course.

Autour du feu : cuisiner, pour Stefan Glowacz, c’est au grand air et ensemble.

locale. Pour être à l’aise dans cette

escapade provençale, je vous

conseille d’avoir au moins un

niveau 6 en escalade (échelle

française) et de maîtriser les techniques

d’assurage.

À l’intérieur de la gorge, des

guides de montagne aguerris nous

accompagnent et prennent en

charge l’équipement et la sécurité.

Ce que j’aime en tant que grimpeur

et aventurier, c’est de partager

mon style de vie avec les

hôtes. Le fait de se déplacer et de

vivre dans des fourgonnettes est

pour moi un élément essentiel de

cette expérience qui résume à elle

seule toute ma vie. J’aime cette

liberté de pouvoir changer d’endroit

chaque soir et faire halte

dans un lieu agréable. Se réveiller

au petit matin pour admirer le

lever du soleil, préparer du café

au grand air et déguster ensemble

des grillades le soir venu en

échangeant les impressions sur la

journée écoulée. La présence d’un

supermarché à La Palud facilite

l’achat de produits frais. La cuisine

est l’affaire de tous et nous

saurons vous sustenter avec de

bons petits plats.

Pendant notre voyage, je m’attacherai

également à transmettre

autant que faire se peut, l’expérience

acquise au cours de mes

quarante années d’escalade et

d’expéditions. Cela ne se limite

pas à l’escalade en soi, mais

couvre aussi la préparation d’une

expédition ou d’un campement

dans des lieux retirés.

Je passe en revue les erreurs

à éviter et les stratégies éprouvées

sur le terrain. Bref, je mets tout

mon savoir à la disposition de

mes compagnons d’aventure.

Alors que devez-vous attendre

de notre voyage ? Pour moi, la vie

se compose d’une suite de

moments. Plus ils sont intenses,

plus ils deviennent inoubliables.

J’ai vécu beaucoup de moments

forts dans les gorges du Verdon :

debout face au paysage avec des

vautours qui planent juste audessus

de ma tête et que j’accompagne

du regard ou encore assis

dans la gorge au bord de la rivière

contemplant l’eau qui scintille,

jouissant de tout mon être de

l’instant présent. Ces moments

occupent une place particulière

dans ma vie. Et il me tient à cœur

de les faire vivre à mes invités.

Voyage Destination Red Bull

avec Stefan Glowacz :

du 11 au 20 septembre 2020.

Tous les voyages, infos et réservations sur

destination.redbull.com

KONSTANTIN REYER

88 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Le prochain numéro le 20 février avec et le 5 mars avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL


G U I D E

Avoir.

L’OMEGA ULTRA DEEP

MONTRE DES

PROFONDEURS

Les Suisses d’Omega ont fabriqué une

montre qui a accompagné Victor Vescovo

dans la fosse des Mariannes, fixée sur

l’extérieur du sous-marin de l’explorateur.

Victor Vescovo est un

habitué des exploits audacieux.

Ce Texan de

53 ans, ancien officier de marine,

aviateur et pilote d’essai

de sous-marin, a accompli le

Grand Chelem des Explorateurs

– ascension des plus

hauts sommets sur les sept

continents et se rendre en ski

au centre des deux pôles.

En avril dernier, il plonge

à quatre reprises dans la fosse

des Mariannes jusqu’au

Challenger Deep, point le plus

profond jamais mesuré dans

l’océan Pacifique. Une profondeur

de 10 994 m, soit plus de

2 km de plus que l’Everest,

mais avec une pression atmosphérique

mille fois supérieure

à celle de la surface de la

Terre. « Dire que l’environnement

est hostile est un euphémisme,

explique Vescovo. Le

fait qu’aucun sous-marin ne

l’a effectué plus d’une fois, me

pousse à réfléchir à un submersible

capable de répéter

l’opération de manière

fiable. » La réponse nécessitera

plus de 32 millions d’euros,

coût du DSV Limiting Factor,

un submersible biplace entièrement

financé par Vescovo

pour l’expédition Five Deeps,

avec pour objectif d’atteindre

le point le plus profond des

cinq océans. « Je ne voulais

pas de partenariat afin de garder

le contrôle total », précise

le multimillionnaire, qui a bâti

sa fortune à Wall Street. Lors

de la première plongée de

l’expédition dans la fosse de

Porto Rico en Atlantique,

l’horloger suisse Omega découvre

que Vescovo porte une

Omega Seamaster, l’un de ses

modèles. Le fabricant helvète

propose de réaliser une

montre capable de résister aux

mêmes pressions externes que

le sous-marin. Il recourt donc

à des morceaux de la coque du

vaisseau en titane de grade 5.

Trois exemplaires accompagnent

Vescovo lors de sa

descente dans le Challenger

Deep : deux sont fixés aux bras

du robot du Limiting Factor et

le troisième à l’un de ses trois

trains d’atterrissage. Alors qu’il

Résister

Omega Seamaster

Planet Ocean Ultra Deep

Professional

En avril dernier, lorsque l’explorateur

Victor Vescovo s’enfonce

vers le point le plus profond des

océans, il porte à son poignet

une montre capable de résister

à 11 000 m de profondeur et à une

pression plus de 1 000 fois supérieure

à celle de la surface de la

Terre. Un défi que le fabricant

de la première montre à atterrir

sur la Lune a accepté de relever.

En haut à gauche dans le sens des aiguilles d’une montre : le DSV Limiting

Factor, lors d’une plongée précédente de la mission Five Deeps dans

l’océan Austral ; Vescovo ; maquette de la montre sur bras robotique.

FIVE DEEPS EXPEDITION, OMEGA SA TOM GUISE CHRISTINA LOCK

90 THE RED BULLETIN


montres

SAVOIR-FAIRE

LA MONTRE DE PLONGÉE

ABSOLUE

L’Omega Ultra Deep est une conception innovante

alliant la résistance d’une coque d’un sous-marin

à la grâce d’une créature de l’océan.

s’approche de la profondeur

record de 10 928 m, Vescovo

contemple un sol vierge de

tout regard humain. « On

pense que le fond des fosses

ressemble à la surface lunaire,

mais en dix minutes, j’ai vu un

concombre de mer transparent

onduler lentement sur le fond

marin ; il y a de la vie malgré

1 086 bars de pression au cm²

et une température à la limite

de la congélation. » Vescovo

refait surface au bout de douze

heures sous l’eau, avec le Limiting

Factor, la coque intacte,

prête pour trois autres plongées.

« Je serais mort dans ce

submersible si sa construction

avait eu le moindre défaut que

la pression n’aurait pas manqué

d’exploiter, précise-t-il.

Idem pour les montres. » De

fait, les trois ont résisté avec

succès à la mission et sont intactes.

« Omega récupère deux

des montres, conclut-il en

souriant. La troisième est

pour moi. »

L’histoire qu’Omega entretient

avec les montres de plongée de

précision ne date pas d’hier. En

1932, le fabricant est à l’origine

du premier modèle du genre.

L’Omega Marine, dont le joint

en liège assure l’étanchéité est

alors testé dans le lac Léman

Niveau de la mer

0 m

1 000 m

2 000 m

3 000 m

4 000 m

5 000 m

6 000 m

7 000 m

8 000 m

9 000 m

10 000 m

11 000 m

Challenger Deep

10 994 m

Baleine

bleue

500 m

Épave du

Titanic

3 800 m

par 73 m de fond. Aujourd’hui,

les montres Seamaster Planet

Ocean résistent à des profondeurs

allant jusqu’à 600 m, soit

100 m de plus qu’une baleine

bleue.

Seul un plongeur équipé

d’une combinaison atmosphérique

de l’US Navy peut s’aventurer

à une profondeur comparable.

Toutefois, Omega a dû

faire table rase de tout son

savoir-faire pour concevoir une

montre étanche à une profondeur

abyssale de 11 000 m, et la

développer à partir d’un nouveau

concept inspiré par nul

autre que le submersible de

Vescovo. L’assemblage du verre

saphir sur le boîtier reprend le

solide design conique du hublot

du Limiting Factor, permettant

de mieux répartir les forces sur

sa surface.

Le boîtier est taillé dans du

titane de grade 5 utilisé pour

fabriquer la coque du sousmarin,

enfin, les cornes évoquant

les lobes d’une raie Manta

ont été fondues pour éviter le

risque de rupture en eaux très

profondes. L’épaisseur de la

montre n’excède cependant pas

28 mm, parfaitement portable

donc. Le poignet auquel la

montre était destinée est celui

Cadran céramique,

échelle

60 minutes

Lunette tournante

unidirectionnelle

Cornes raie

Manta

d’un bras robotique, aussi le

bracelet en polyamide avec fermeture

Velcro rappelle celles

des combinaisons spatiales des

astronautes d’Apollo. Pour s’assurer

de leur résistance et

répondre aux standards des

montres de plongée, Omega a

ajouté une marge de sécurité de

25 % à l’Ultra Deep, et les a testées

avec succès à 15 000 m

dans les laboratoires de Triton

Submarines à Barcelone. En

refaisant surface après la première

plongée dans la fosse des

Mariannes, Vescovo découvre

que la sonde détachable où était

attachée l’une des montres est

restée au fond de la fosse.

Vescovo hésite entre replonger

pour la récupérer ou l’y laisser

à jamais. Il choisit de la récupérer.

Après trois jours d’attente

pour retrouver des conditions

propices à une deuxième plongée,

l’Ultra Deep est finalement

repêchée et vérifiée en surface.

Elle fonctionne parfaitement et

n’a perdu qu’une seconde de

précision, ce qui la rend éligible

à la certification Master Chronometer,

le plus élevé des standards

pour une montre mécanique,

quelle que soit la

pression.

omegawatches.com

Verre saphir

Boîtier

en titane

grade 5, et

couronne

THE RED BULLETIN 91


G U I D E

Faire.

L’itinéraire OCR d’Ida

affiche déjà un titre

européen.

TRAINING

TRAVAIL DE FORCE

Ida Mathilde Steensgaard est l’une des meilleures athlètes de course

à obstacles extrême au monde. Mais la Danoise travaille aussi dans

un bureau. Elle nous livre ses astuces pour concilier les deux.

Ramper dans la boue, grimper

des parois en bois, s’accrocher

à des chaînes : la course

à obstacles extrême met le corps

à rude épreuve. Ida Mathilde

Steensgaard est l’une des cracks

de cette éprouvante discipline.

Son palmarès inclut un championnat

danois et un titre européen.

Une performance d’autant plus

remarquable qu’elle occupe un

emploi à plein temps dans une

entreprise. Comment maintient-elle

un tel niveau de forme ?

Pour ce faire, l’athlète de 28 ans a

décidé que son lieu de travail

devait aussi être un lieu où elle

pouvait s’entraîner. Une stratégie

gagnante. Elle décrit ici la journée

idéale de l’athlète amateur.

7 heures

Étirements

À peine réveillée, je m’étire

jusqu’à faire craquer le dos.

Puis je passe au rouleau de

fascia, excellent outil pour des

étirements matinaux !

7 h 30

Petit déjeuner consistant

Le petit déjeuner est essentiel,

il doit être copieux et me fournit

l’énergie pour la séance

au bureau. Je me lève un peu

plus tôt pour déjeuner tranquillement.

Œufs brouillés

aux épinards et fromage blanc

fourniront l’énergie dont vous

avez besoin.

LEO FRANCIS/RED BULL CONTENT POOL, KRISTIAN FAESTE/RED BULL CONTENT POOL, MARTIN NINK/RED BULL CONTENT POOL

92 THE RED BULLETIN


fitness

8 heures

Un petit jogging ne fait

pas de mal

L’idéal serait de courir

jusqu’au bureau, mais dans

mon cas la distance est trop

longue. Du coup, je me gare à

trois kilomètres et fais le reste

du trajet en courant. En métro

ou en train, on peut descendre

un arrêt plus tôt et monter

des escaliers plusieurs fois en

attendant le train.

9 heures

L’astuce toilettes

Au bureau, les micropauses,

environ toutes les 90 minutes

sont une belle occasion pour

vous remuer. En cas de stress,

certaines astuces se révèlent

excellentes, comme utiliser les

toilettes de l’étage au-dessus,

en empruntant les escaliers

bien sûr.

12 h 30

Pause balade

Le sandwich sous le bras et

un collègue à ses côtés, la

pause déjeuner se prête bien

à la promenade. Après avoir

mangé, marchez en balançant

les bras. Ça a l’air drôle, mais

c’est très bon pour la circulation

sanguine en plus de vous

revigorer pour le reste de la

journée.

séance du soir. Du bureau,

je me rends au gymnase sans

passer à la maison où repartir

sera difficile une fois que l’on

s’est installé dans le canapé.

Mieux vaut éviter la case maison

! On ne regrette jamais

une séance d’entraînement

accomplie, mais toujours celle

que l’on a esquivée.

19 heures

Tapis avec vue

Parfois, lorsqu’on sort tard

du bureau, on a qu’une

envie : rentrer chez soi, se

poser devant un écran et

déconnecter, et c’est bien

compréhensible. En revanche,

rien ne vous empêche de le

faire sur un tapis face à la télé

en effectuant des burpees

(enchaînements de flexion

des jambes, pompes et de saut

stretch, ndlr) très sportifs. Pas

très pratique pour regarder

un documentaire complexe,

auquel cas la planche (avec

appui sur les avant-bras, ndlr)

sera plus indiquée.

22 heures

Se détendre pour Morphée

Ma journée finit comme elle

a débuté, par des étirements

et le rouleau de fascia. À nouveau,

tout le corps y passe.

Au lit, je soulève mes épaules

jusqu’aux oreilles et les

abaisse autant que possible.

Cela produit la sensation

d’étirements après une grosse

séance d’entraînement. Ce qui

en fin de compte est le cas.

Instagram : @idamathildee

CONSEILS

RUDE ET

RELEVÉE

Focus sur la course

à obstacles extrême,

l’un des sports les plus

difficiles au monde.

PUISSANCE, VITESSE

ET ENDURANCE

La course à obstacles extrême

ou OCR (Obstable Course

Racing) met le corps à rude

épreuve. Avancer ou se soulever

à la force des bras est très

énergivore. Le temps est compté

et un parcours exige une

forte endurance pour passer

jusqu’à trente obstacles.

EN AVANT, MARCHE !

L’OCR s’inspire des parcours

du combattant utilisés dans

l’entraînement des armées.

L’OCR ULTIME

Lancée en 1987 en Angleterre,

la Tough Guy Competition

est la plus exigeante

et la plus ancienne course

officielle d’OCR.

OBJECTIF OLYMPIQUE

Les athlètes d’OCR œuvrent

pour l’intégration de la discipline

aux Jeux olympiques.

Mais l’OCR devra attendre

jusqu’en 2028, à l’occasion

des Jeux de Los Angeles.

14 heures

Oser la différence

Parfois au bureau, j’effectue

des exercices ne nécessitant

pas de tenue sportive comme

les fentes en avant, par

exemple. Le regard de mes

collègues ne me gêne pas.

Soyez pionnier et montrez la

voie. J’ai pour ma part déjà

convaincu la moitié de mes

collègues !

16 heures

Rester ferme

L’après-midi, je mange une

banane en prévision de la

Bien accrochée :

Ida passe en mode

entraînement.

« Balancer les bras

en marchant favorise

la circulation

sanguine et revigore

pour le reste

de la journée. »

Ida Mathilde

Steensgaard,

athlète de course

à obstacles

THE RED BULLETIN 93


G U I D E

Voir.

décembre-janvier

SUR DE

NOUVEAUX

TERRAINS

Rallye dans le désert

d’Arabie, tricks de BMX

dans les rues du Nigeria et

combats de rue virtuels

au Japon sont quelques-uns

des temps forts qui vous

attendent ce mois-ci.

REGARDEZ

RED BULL TV

PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de

télévision connectée : où que

vous soyez dans le monde,

vous pouvez avoir accès aux

programmes, en direct ou en

différé. Le plein de contenus

originaux, forts et créatifs.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

Ne ratez pas le plus

emblématique des rallyes.

5

au 17 janvier DIRECT

RALLYE DAKAR

Après trente ans en Afrique et onze ans en Amérique du Sud,

le Rallye Dakar ouvre un nouveau chapitre au Moyen-Orient

en 2020. Le passage du Pérou au désert d’Arabie saoudite,

trentième pays d’accueil du rallye raid marque une étape

importante dans la longue et glorieuse histoire du Dakar.

Pilotes, copilotes et équipes d’assistance devront s’adapter

à un tout autre environnement. L’aventure est retransmise

et donc à suivre sur Red Bull TV.

17

décembre À LA DEMANDE

ENCOURAGED

Le Nigérian Courage Adams, spécialiste du BMX

Street, renoue avec son pays natal et ses racines,

en écumant les rues imprévisibles de Lagos,

la capitale du pays. Une histoire sous le signe

du partage…

21

et 22 décembre DIRECT

RED BULL KUMITE

Né à Paris en 2015, l’excitant tournoi du célèbre

jeu vidéo de baston Street Fighter s’exporte au

Japon, son berceau spirituel ! Les quinze meilleurs

joueurs du monde s’affronteront, auxquels

s’ajoutent les gagnants du Last Chance Qualifier.

MARCIN KIN/RED BULL CONTENT POOL(2), OLAF PIGNATARO/RED BULL CONTENT POOL

94 THE RED BULLETIN


Faire.

30

janvier au 2 février

Le Touquet,

encore et toujours

Imaginé par Thierry Sabine, futur

créateur du Paris-Dakar alors attaché

à la communication de la cité balnéaire,

l’Enduropale du Touquet Pasde-Calais

est devenu un événement

européen majeur et rassemble jusqu’à

500 000 spectateurs. La plus grande

course d’enduro d’Europe et la plus

longue course sur sable au monde est

de retour et plus de 2 000 participants

sont attendus pour les 5 courses de

cette épreuve qui fête sa 45 e édition.

Le Touquet ;

enduropaledutouquet.com

23 30

au 26 janvier

T’as vu

Monte-Carlo ?

Le WRC n’en finit plus d’exciter les

foules qui se pressent sur chacune

de ses étapes pour y apercevoir (ça va

très vite !) les dieux du rallye. La saison

2020 commence à nouveau avec le

rallye de Monte-Carlo qui va permettre

aux forces en présence de se jauger

et de démontrer leur détermination,

pour, qui sait, stopper dans son élan

Ott Tänak, l’Estonien champion en

date d’une épreuve dominée par des

Français ces vingt dernières années,

les deux Sébastien : Loeb et Ogier.

Monaco ; wrc.com

janvier-mars

janvier

La nuit des

masques

Quand les Ricains de Slipknot se

pointent avec leur premier album et

leurs masques effrayants en 1999,

les Metalhead pètent les plombs.

En concert, Slipknot offre un show

incroyable, entre kermesse brutale

et haut niveau de technique, à voir,

revoir, ou re-revoir. Alors, jetez-vous

sur les potentiels billets restants,

et si c’est complet, priez… Les dieux

du metal gâtent parfois leurs fidèles

dans l’adversité.

Paris, AccorHotels Arena ;

slipknot.com

GILLES REBOISSON/RED BULL CONTENT POOL, JOHAN DESMA

25

janvier et 7 mars

Red Bull

Tout Schuss

Freiner, c’est tricher ! Et ici, le concept de tout

schuss se conçoit autant sur les pistes enneigées

que sur les dancefloors : 300 hommes et

femmes qui partent en sprint tous ensemble

vers leurs skis ou snowboards pour ensuite descendre

jusqu’au pied des pistes où un afterski

de haut vol les attend. Le premier ou la première

en bas gagne la course, et n’oubliera surtout pas

de participer à la grosse soirée à l’arrivée, ouverte

à tous, participant(e)s ou non, et gratuite.

Cette année, deux stations accueillent cet événement

unique, des Pyrénées (Ax 3 Domaines,

en ouverture, le 25 janvier) jusqu’aux Hautes-

Alpes (Les Orres, le 7 mars). Let’s go!

Ax 3 Domaines et Les Orres ;

redbull.com/toutschuss

Glisse et fête : on fonce !

15

au 19 janvier

Outdoormix

Winter Festival

L’Outdoormix Winter Festival revient à Vars la Forêt Blanche (Hautes-

Alpes). Mêlant sports extrêmes et culture musicale, performance et

découverte, il propose en journée des compétitions de haut niveau,

des démonstrations et des initiations autour de dix disciplines sportives

(ski et snowboard freeride ou freestyle, snow MTB DH, snow

kayaking, highline). Le soir, des DJs et concerts enchaînent pour faire

la fête toute la nuit sur le front de neige, dans les bars de la station.

Vars la Forêt Blanche ; outdoormixfestival.com

THE RED BULLETIN 95


MENTIONS LÉGALES

THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans six pays.

Vous voyez ici la une de

notre édition US dédiée

aux meilleurs spots

pour des aventures

enneigées.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

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Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

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photos, illustrations et dessins qui engagent

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96 THE RED BULLETIN


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Pour finir en beauté.

Sur le toit du monde

Le 12 octobre dernier, seize performeurs venus de (presque) tous les continents se sont

affrontés lors de la finale mondiale du Red Bull Dance Your Style à Paris à la Villette.

Un événement unique autorisant tous les styles de danse (break, voguing, danse debout,

hip-hop, house...), jugé par le public et remporté par le jeune Shinshan. Parmi

les compétiteurs, le Cubain LMENT s’est autorisé quelques moves au-dessus de Paris.

Le prochain

THE RED BULLETIN

n° 95 disponible

dès le 23 janvier

2020

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

98 THE RED BULLETIN


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ÉCOUTEURS SANS FIL JBL

JBL.COM

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