Catalogue de l'exposition des étudiants de la CPES-CAAP du lycée Gustave Eiffel de Gagny

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Catalogue de l'exposition des étudiants de la CPES-CAAP du lycée Gustave Eiffel de Gagny qui s'est tenue au centre d'art contemporain Aponia (Villiers-sur-Marne).


Nazia REMTOULAH

La maladie du vagin

Peinture vitrail et encre de chine sur carton plume -photographiée et vidéoprojetée sur abdomen

féminin

vidéo -durée 46’

La maladie du vagin interroge dans un premier temps le statut de la peinture.

Comment montre-t-on aujourd’hui une peinture ? Son sujet ? Quelle place donner à

un utérus réalisé à la peinture vitrail sur carton plume ? Je donne à voir ce que l’on

ne voit habituellement d'un corps humain, et paradoxalement donne à entendre ce

que l’on entend dans notre société lorsque l’on naît femme.

Je m'inspire quelque peu de la démarche de l’artiste Alain Fleischer qui projette, lors

de la nuit blanche 2019, des vidéos de paysage sur des personnes qui dansent. Le

bal blanc, transforme le spectateur en écran. Je m'inspire de ce procédé pour faire

du corps de la femme l’écran de sa condition sociale. Cette projection réduit la

femme à n'être plus qu’un utérus.

L'utilisation du corps est ancrée dans l’essence même de ma pratique. Ma réflexion

se nourrit d'auteurs tels Marcel Mauss, qui considère non pas le fait social comme

une fin en soi mais en propose d’en rendre compte au travers d’une pensée

artistique sur les Techniques du Corps. Dans une démarche similaire, la danse butō,

fais traverser une critique socio-politique à travers le corps. La danse butō crée ce

parallèle entre « le spectacle du corps qu’il donne et la critique de la société dans

laquelle il évolue ».

Par ailleurs, la réduction de la femme à son attribut génital reste un débat d’actualité.

Avoir un utérus au XXIème siècle, c'est quoi ? Éric Zemmour se prononce sur ce

sujet à l’antenne sur RTl, parmi ses émissions nommées Elles sont devenues folles,

la parité si je mens. Au XXIème siècle avoir un vagin c’est, être payée 30% moins

cher, n'être que substance, avoir un handicap, en résumé être une femme c’est avoir

La maladie du vagin.


Luna De VRIES

Montreuillois levez-vous

Diaporama -série de 25 photographies numériques

Dimensions variables

Dans les rues de Montreuil, on trouve de tout. Mais c’est la nuit que l’on trouve les

choses les plus étranges, les plus dérangeantes, mais aussi les plus belles. Je veux

vous parler de ces animaux qui courent ces rues, ces animaux que tout le monde ne

peut pas voir.

Je les connais bien, ce sont mes amis, et même plus que ça. Ils sont ma meute. Moi

aussi, je suis un petit animal qui rôde dans ces mêmes rues. La plupart de notre

temps on vagabonde un peu partout, on fait notre vie, seuls, on crée nos

expériences, mais les meilleures sont celles que l’on partage. C’est quand on se

retrouve dans ces rues qu’on se sent le mieux. Ensemble, on évite les méchants et

parfois on le devient. Cette belle meute regroupe des personnalités différentes.

Certains sortent les griffes facilement, d’autres n’arrêtent pas de se chercher des

noises, de se chamailler. Quand le jeu va trop loin, il finit en combat de félins.

D’autres encore préfèrent se terrer en attendant que la tempête passe. On creuse

notre terrier et on se sent parfois mieux dans celui des autres. Dans les rues de

Montreuil, il arrive que cette meute se bagarre, qu’elle se fasse mal.

Lors d’une soirée passée dans ces rues, je décide d’immortaliser ces moments,

d’immortaliser leur beauté. Ils me laissent les approcher comme un reporter ne

pourrait pas le faire. On trouve beaucoup d’intimité dans ces lieux pour autant

publics. Avec mon appareil, je donne une certaine pérennité à ces moments. Mon

travail photographique, et plus particulièrement ce diaporama, est une ode à la

jeunesse.

L’espace-temps qui sépare chacune des images renvoie à cet espace perdu, ou

peut-être retrouvé.


Levent DEMIR

Un pas de moins vers l’oubli

Série –photographie numérique

30 x 20 cm

C’est l‘idée de s’arrêter sur un détail, sur quelque chose qui nous surprend, sur

quelque chose qui est invisible sans être caché. C’est le fait de regarder autour de

soi, d’ouvrir les yeux et de voir un monde nouveau, avec un point de vue toujours

différent. C’est une confusion entre ce que l’on voit, ce que l’on croit voir et ce qui est.

Ce que j’ai voulu interroger dans ma série photographique, est ce qui nous permet

de remarquer les « petits riens » du quotidien, ces petits détails devant lesquels on

passe tous chaque jour sans y porter aucune attention particulière. Je trouve mes

inspirations dans les petites différences que je remarque alors que je vis mon

quotidien comme tout le monde, un peu à la manière de Gabriel Orozco qui se sert

de ses déplacements et du lien qu'il trouve entre l'humain et la société dans laquelle

il vit pour créer ses œuvres.

Le cadre de la photographie libère notre regard commun en se concentrant

uniquement sur les détails, nous permettant d'oublier ce qui se trouve aux alentours,

pointant du doigt ce que l’on a tendance à ignorer dans le tumulte du quotidien.

J’essaie de partager un nouvel espace qui mérite d'être remarqué.

L’image, elle, reste mystérieuse, nous laissant à peine comprendre ce qui se cache

derrière, pour quelles formes, lignes, couleurs... Ces motifs peuvent nous rappeler

les paysages se trouvant dans les pierres de Caillois. Tout le monde les a déjà vus,

plusieurs fois, personne ne s'y est attardé. Cette série photographique est l'occasion

de révéler ce qui se cache sous ce que l’on a relégué au rang de banalité.

Aucune indication quant à ce qui est représenté n'est donnée puisque mon travail

n’est pas censé être un compte rendu mais une ouverture : mon objectif est que tout

le monde puisse voir et comprendre quelque chose qui lui est propre à partir de ce

que j'ai à proposer.


Marwane MERABET

Chommeil

Peinture acrylique blanche sur bois

90 x 60 x 60 cm

L’Education nationale ! Exigeante sur notre assiduité, écoute, travail, … si seulement

nous arrêtions de rêver.

La Chommeil est le meuble idéal pour optimiser le repos de son utilisateur. Il est

aussi le pire cauchemar des enseignants car les élèves/étudiants préfèreront, sans

le moindre doute insérer leur tête dans la table plutôt que d’écouter le bla bla du

professeur. C’est pourquoi la chaise est, ici, pensée d’une façon réfléchie afin de

satisfaire les deux parties. La Chommeil est un objet qui ne remplit pas entièrement

les fonctions que l’on pourrait attendre d’une table ou chaise classique. Le mobilier

est, de fait, peu confortable. Cela est dû aux bords bruts de l’assise et au dossier

fragile de la chaise. La table, quant à elle, reste inappropriée au support d’un cahier,

voire de toute prise de notes. L'élève/étudiant ne pourra donc prendre ses cours et

l’enseignant le lui reprocher. La Chommeil est un objet plus handicapant que

pratique.

On pourrait ici penser aux Prototypes d’Objets en Fonctionnement (POF) de Fabrice

Hyber dont l'esthétique épurée de l'objet soulève un questionnement sur sa

fonctionnalité.

Grâce à l’expérimentation de Chommeil, son utilisateur constatera qu’il pourra

davantage s’épanouir en contournant les règles dictées par les principes préétablis

de fonctionnalité du mobilier, l’invitant à fermer les yeux sur l’inconfort ressenti et

l’endurance supportée, au risque de cloisonner ses pensées et actes créatifs. Erwin

Wurm, déformateur professionnel, avec ses volumes improbables répond de cet

autonomie du spectateur à expérimenter ses propres sculptures, contournant toute

acquisition et éducation sclérosante.


Bryan LE

Brossage quotidien

Compte rendu de performance, série-dessin et brosse à dents ; feutre sur papier, brosse à dents

et feutre noir avec ruban adhésif

29,7 x 21 cm et 24 x 2,7 x 1,5 cm

Brossage quotidien se présente sous la forme de 14 dessins réalisés sur un même

format.

À côté, une brosse à dent couplée avec un stylo feutre, l’outil que j’utilise lors d’une

action journalière pour faire les dessins présents.

Pour ce faire, je place à proximité de mon menton une feuille posée sur une plaque.

Je brosse alors mes dents, le feutre frotte contre le papier produisant un dessin.

Cette production s’est étendue sur 1 semaine où je me suis brossé les dents 2 fois

par jour. Brossage quotidien permet d’enregistrer sur papier les mouvements de ma

main lors de la performance, mon intention a été de créer le visuel d’un espacetemps

immatériel.

Les dessins sont rangés chronologiquement, et l’usure continuelle du feutre permet

de constater sa dégradation dans le temps. Cela crée ainsi une forme de narration

où l’on devine par la répétition de la performance que les dessins vont s’effacer

jusqu'à ne plus exister. Cette production n’est pas sans rappeler l’œuvre de Pierre

Bismuth En suivant la main droite.


Bryan LE

Égouttement

Bâche en PVC, toile, sac plastique, peinture acrylique, os d’albatros, papier absorbant

170 x 70 x 40 cm

Suspendu par un fil depuis le plafond, Égouttement se présente comme une forme

indéfinissable. Elle est visiblement ouverte et laisse tomber un amas de tripes

factices et d’os véritables.

Ces derniers continuent à pendre du volume sans tomber. La forme trouble de

l’ensemble permet de faire planer le mystère autour de la sculpture et l’origine de la

viande. L’aspect charnel n’est pas sans rappeler la peinture du Bœuf écorché de

Rembrandt ou celui de Soutine qui interroge « la chair de la peinture ».


Élodie ARNAUD

Dans ma baignoire

Vidéo –durée 2’10

Dans cette vidéo il y a une quête de l’étrangeté. Je cherche à désacraliser le corps. Il

devient langage : ma voix et mon corps ne font qu’un. Le nombril remplit la fonction

d’une bouche, les jambes, les seins et le pubis ont aussi une place particulière. Il y a

une personnification du corps. Ajoutons à cela la juxtaposition entre l’image en plan

serré du corps en mouvement et la voix. Cela crée une certaine intimité.

Pourtant quelque chose d’un peu inquiétant se dégage de la bande sonore. La voix

exprime un son mais le son n’a pas de sens. Ces sons ont-ils un sens ? Il s’agit d’un

travail sur le langage mais paradoxalement sans mots. C’est aussi un travail musical.

Le corps devient un instrument, un moyen d’expression. Je m’exprime avec mes

cordes vocales, il m’arrive de me contorsionner, de bouger dans l’eau pour

davantage m’exprimer, pour laisser émerger une émotion par répétition de syllabes.

Ces émotions sont devenues prétexte pour former un autre langage. Laisser

émerger une étrangeté, il semble y avoir quelque chose de coincé dans ma gorge :

un chat dans la gorge comme si quelque chose n’arrivait pas à sortir.

Il y a là une ambiguïté : il s’agit d’une voix enfantine qui exprime des émotions

d’adulte. La vidéo évoque un état d’esprit instable.

Je cherche à désacraliser le corps.

L’aspect du jeu est fort.

Un enfant semble naviguer des seins au pubis au bidon, tout cela dans sa baignoire.

Puis tout compte fait, il préfère s’amuser avec son canard en plastique. Le paradoxe

entre le corps, la nudité qui est un élément tabou et le jeu, l’impression de voir un

enfant jouer crée un malaise.

Cette vidéo balaye tout : le jeu, les bruits étranges, le corps, la sexualité.

Le corps, voilà le corps dans tous ses états.

De mon point de vue

Mes yeux

Mon regard sur le monde sur mon corps.

Derrière ces mots non prononcés

Derrière cet humour dérangeant se cache un discours engagé et réflexif.


Élodie ARNAUD

Crachats artistiques

Performance vidéo –durée 1h10

Dans cette performance, l’idée de dénoncer la consommation a dévié

considérablement sur le thème de la boulimie (des troubles alimentaires). Sur le

rapport à mon corps en tant que femme.

Ce thème est important pour moi mais il reste la conséquence du cycle de la

consommation dont nous sommes victimes. Nous sommes encouragés à acheter

n’importe quoi et à bourrer nos corps et nos crânes de toutes sortes d’images qui

nous envahissent tous les jours.

En réponse à cela j’ai décidé d’ingurgiter, de me bourrer le corps.

Le corps qui ingurgite, qui recrache

Qui jette qui prend

Qui a mal

Le corps qui souffre.

J’ai décidé d’aller au jusqu’au bout de cette performance malgré la direction qu’elle

prenait. Ce travail fut donc une mise à l’épreuve.

Je n’ai pas réussi à vomir pendant cette performance, même si elle ne fut pas simple

à digérer mentalement et physiquement. Je voulais qu’on voit les traces du passage

de la consommation sur mon corps. Ce côté sale et malaisant a, ici, toute son

importance.

Pisser comme si c’était du caca.


Lucas LARGY

Écorce de Poutre

Stylo bille sur bois

164,8 x 15,4 x 5,9 cm

Ce volume est pour moi un arbre qui a été amputé, réduit à l’état d’objet utile, une

forme géométrique formatée, 7 faces, 15 côtés, 10 angles.

Avec un stylo à bille j’ai repassé le dessin des nœuds et des fissures du bois. En

ondulant mes traits, les motifs sont devenus comme viraux, reprenant les

précédents, ils se sont déployés sur l’ensemble de la poutre. Cette interprétation des

nervures crée du relief, l’observateur ne peut plus distinguer les motifs naturels du

bois de mes interventions. Ce geste créateur est une façon de considérer le bois

avec respect, hommage rendu à l’arbre initial qu’il méritait de conserver en tant que

vivant, façon de lui rendre son écorce et faire disparaître, par mon action, ce qui a

été fait par l’Homme, comme pour soigner le mal par le mal.

L’idée de seconde vie des arbres et celle de tension entre vie et mort m’ont été

inspirées par le travail de Giuseppe Penone, avec notamment sa sculpture The

Hidden Life Within.


Lucas LARGY

Vénus

Grillage à poule, plastique, toile de jute, filasse, plâtre

Dimensions variables

Vénus fait prendre vie à une créature chimérique qui se situe entre l’homme et l’animal, qui

n’a ni sexe, ni race. Il s’agit d’un volume à la fois vivant et inerte, aux dimensions variables,

car articulé et malléable. Ni son squelette en grillage à poule ni sa peau en toile de jute ne

sont fixes, ce qui donne à la forme de l’objet une certaine autonomie.

De plus, la toile de jute et sa couleur rappellent visuellement les plis de la peau, ce qui

alimente davantage l’aspect vivant du volume. Cependant tous les composants de ce dernier

ne sont qu’intermédiaires à cette illusion de vie.

Cette tension entre le vivant et l’inerte n’est pas sans rappeler L’arbre des voyelles de

Giuseppe Penone, une sculpture en bronze représentant un arbre déraciné et couché.


Sebastiana BRINDUSA

La Început

Triptyque -peinture acrylique et collage sur toile

[40 x 120 cm] x 3

La Început signifie Au Commencement. La langue utilisée est le roumain, étant moimême

de nationalité roumaine.

Ici origine et religion s'entremêlent afin de créer une identité autour de cet

autoportrait. Le "batic" (voile) qui est sur la tête du modèle représente la tradition des

pays de l'Est mais aussi l'orthodoxie qui est la religion que l’on trouve en grande

partie dans ces contrées d'Europe. Batic signifie "tradition". Les mains en prière

renvoient, quant à elles, à la religion.

Le triptyque symbolise la Sainte Trinité présente dans le christianisme.

Chaque partie de cet ensemble peint a sa propre couleur et symbolique : la partie

haute et blanche symbolise l'innocence, la sagesse, la pureté mais aussi l'addition

des couleurs dans la lumière. Ainsi, les mains se dirigeant vers cette lumière

incarnent une force spirituelle. La seconde partie, noire, se situe au niveau du buste

du modèle, il évoque le cœur et le fait qu'il "absorbe" les émotions comme le noir

absorbe les couleurs de la lumière. Cela permet aussi de mettre en évidence le

buste. Enfin, la troisième partie désigne le sexe et la partie basse du corps. Une

dénonciation a lieu, ici, en effet c'est la condition féminine qui est montrée avec le

rouge qui évoque la reproduction, les viols et les menstruations. C'est pour cela

aussi que le bas est plus abstrait et qu'il exprime un certain enracinement presque

non voulu. On observe également des cartes qui se trouvent derrière le personnage

comme témoins du passé convoquant les villes où j'ai vécu et qui m'ont marquées.

Les feuilles d'or témoignent, enfin, d'un désir de cacher l'identité sociale et d'une

certaine manière de représenter l'intérieur et la foi qui est immatérielle. Ainsi, cette

peinture est une façon de marquer un passage de ma vie.


Léna SIMON

Hurlante

Carte sonore dans chaise en simili cuir, peinture acrylique et encre de chine

120 x 40 x 40 cm

Avec son esthétique horrifique, la picturalité d'Hurlante évoque un monde angoissant et

cauchemardesque.

La chaise est autant un objet peint qu'un objet sonore : elle émet un cri qui, lorsqu'une

personne prend place sur elle, se tait. Ce cri transforme la peur évoquée en terreur, ou

en souffrance.

Hurlante hurle que personne ne s'asseye sur elle, comme une chaise blessée par le fait

que personne n’utilise ce pour quoi elle est conçue, tel un humain terrorisé par la

solitude et l'abandon.


Léna SIMON

Caillou

Acrylique et encre de chine sur panneau en bois

200 x 215 cm

Caillou interroge notre mode de vie et ses priorités en tentant de porter sur celui-ci un

point de vue différent : moins productiviste, moins anthropocentrique.

Le personnage de Caillou invente sa propre manière d'exister, plutôt que de tenter à tout

prix de s'insérer dans une société préétablie dont les règles ne lui conviennent pas. Si

dès le plus jeune âge l'école nous encourage à nous projeter dans un parcours de vie

sur le modèle études-travail-retraite, Caillou cherche à s'échapper de ce formatage et

déterminisme social.

À l'image de cette idéologie, la picturalité se déploie en cherchant à libérer le geste du

peintre, qui, parmi des touches minutieuses, mesurées, devient ample et instinctif. Les

couleurs vives et l'apparence irréelle des personnages contribuent à créer un univers

onirique, comme un retour à l'imaginaire permis par cette liberté de rêver retrouvée.


Léna SIMON

Accumulation désinvolte de personnages comme égarés (entre autres...)

Technique mixte sur carnet

14,8 x 10,5 cm

Accumulation désinvolte de personnages comme égarés (entre autres...) est un carnet

de croquis regroupant dessins et collages. Des personnages et corps variés y trouvent

leur place autant que le texte et la couleur, pour créer un univers à la fois onirique et

monstrueux, entre quotidien et imaginaire.


Karine MA

Mon Journal Intime

Gif animé -feutre noir et aquarelle sur carnet

14 x 9 cm

Mon Journal Intime est un travail sur l’espace du quotidien et sa perception sensible.

Afin de remplir les pages de mon carnet quotidien duquel est extrait ce travail,

j’effectue une recherche d’enregistrement régulier, au travers de scènes journalières

choisies en amont. On peut retrouver cette démarche d’enregistrement du banal

dans le travail de Nan Goldin et Sophie Calle. Contrairement à ces deux artistes, ma

réappropriation se fait à travers une narration graphique. Mes moments de la journée

vont alors recouvrir les pages vierges du carnet d’origine sous forme de dessins

feutrés, mêlés à des dialogues ou textes descriptifs.

Je suis attentive à la composition des pages. Si certaines sont constituées de

dessins, d’autres sont envahies par le texte. Souvent, je jongle avec les deux. Au fil

de l’écriture de ce journal, mon processus a évolué : je retranscris une scène de ma

journée. Prenant la forme d’une bande dessinée dépourvue de vignette laisse le

sens de lecture libre au lecteur.

J’accorde de l’importance dans les choses qui semblent légères, voire insignifiantes,

les moments de joie et de bonheur souvent négligés, et aux instants de rire fugace.

Le format choisi a aussi son importance, ma vie passée est inscrite dans ce petit

livre-objet, renforçant l’intimité que je partage avec le lecteur.

Certaines saynètes de ce journal intime vont se déployer aussi dans des animations

humoristiques.

Je vous livre donc les petits bouts de ma vie.


Ianis Adel CHAPUT

fUcK TMZ

Crayon à papier, stylo, et feutre à alcool sur toile / Photographie argentique noir et blanc

46 x 33 cm et 15 x 10 cm

Dans fUcK TMZ, j’ai cherché à interroger le rapport que peut entretenir une

photographie et sa représentation graphique en les plaçant côte à côte.

La photographie et le graphisme sont deux médiums prédominants de ma pratique.

Je déplace les classifications habituelles entre peinture, dessin et photographie afin

d’interroger l’image, en transposant sur toile, avec des médiums graphiques

généralement utilisés pour le support papier, des photographies extraites de mon

quotidien. Le déplacement des médiums, de la photographie vers la toile, tend à

sacraliser l’image, et donc l’instant présent.

Quand je prends en photo des scènes, je ne demande jamais aux personnes de poser.

Particulièrement pour la photographie de fUcK TMZ. C’est la spontanéité de l’action et

du moment vécu qui m’ont intéressé. Cet instant là, la réaction de mon ami m’a fait

penser à celles des personnalités américaines subissant les assauts des journalistes

sauvages. Le titre fUcK TMZ fait d’ailleurs référence au nom d’un de ces médias

people.


Mendy GUILLER

Sans titre (Agression)

Moulage en plâtre et végétaux sur planche

200 x 100 x 28 cm

Sans titre (Agression) est marqué par plusieurs tensions convoquant le corps humain

et le végétal, l'inerte et le vivant.

Au travers du vivant, je questionne la croissance, la prolifération indissociable de

la notion de temporalité. Dans cette production, j'ai disposé des moulages en

bandes de plâtre montrant des parties de corps humains dispersées sur un

support en bois. Des plantes prolifèrent et s'extirpent des fragments de corps.

Sans titre (Agression) s’inspire de plusieurs extraits du film Annihilation paru en

2018. Notamment la scène où un corps humain se fond dans un corps végétal. Par

ailleurs, les œuvres de Michel Blazy dont Collections de chaussures ou encore Pull

over time, sont pour moi, une source d’inspiration forte.

En créant cette production, je voulais tout d'abord donner l'illusion d'une certaine

symbiose entre corps humain et végétaux. La prolifération des plantes est venue

rapidement contredire cette première intention, le monde végétal dominant

désormais sur la représentation de l’être humain.

Le support bois avec ses moulages en volume représente une frontière entre deux

mondes, normalement infranchissable, mais qui contient des failles, des

échappatoires, des portails où le monde caché (le côté non visible du support) se

révèle entre les espacements des bas-reliefs.

La représentation de la nature semble, ici, reprendre ses droits.


Kenza CHABANE

Rule the world

Diptyque- photographie numérique

60 x 90 cm

Rule the world met en jeu plusieurs questionnements, notamment cellui de la place

de la femme dans la société, avec précisément celle de la femme binationale en

France. Ce travail permet à toutes les femmes du monde de s’identifier à son statut,

à son ascension sociale, une femme qui prend prendre le pouvoir, une femme qui

grâce à sa double culture peut diriger le monde, … d’une femme plus ordinaire qui

habite dans un milieu urbain défavorisé. Cette production fait référence au travail de

Maya-Ines Touam qui traite également le sujet de la femme algérienne, avec

l’interférence de deux mondes opposés et complémentaires. Dans Rule the world,

deux espaces spatio-temporels souligné par le diptyque, deux photographies, l’une

au-dessus de l’autre, font émerger deux positionnements de cultures.

Ce travail me tient particulièrement à cœur. Il montre bien une part de mon histoire à

travers une autre femme, le titre Rule the world en fait état. Ce dernier évoque une

volonté de ma part d’universaliser cette place, le statut qu’à cette femme dans la

photo, une volonté de montrer que la prise de pouvoir est possible pour ces femmes

qui vivent une binationalité, qu’elles soient franco-algériennes ou autre, qu’importe,

qu’elles peuvent vivre cette binationalité en tant que richesse, en tant qu’atout, et non

comme désavantage.


Denzel DINANE

Tribaux

Feutre Posca sur lattes en PVC

120 x 10 cm

Ces visages s'apparentent à des masques tribaux et se réfèrent à la culture africaine.

Ces masques sont identifiables de par leurs formes spécifiques variant de lattes en

lattes. Leur multiplication renforce l'idée de groupe et d'identité singulière.

J'ai, par ailleurs, ajouté à ces visages de la couleur afin de leur redonner vie. Il est vrai

que lorsque nous tenons un masque entre nos mains, nous avons l'impression d'avoir

devant nous un visage inanimé, vide de tout sens et de toutes sensations. À ce titre, le

travail de Romuald Hazoumè, artiste béninois, connu par ses masques sculptés dans

des bidons d'essence usagés, qu'il intitule « Faciès », délivre un message qui est celui

d'une Afrique meurtrie par la corruption, et traite de sa situation géopolitique grâce à la

connaissance de sa culture Yoruba.

En ce qui me concerne, je redonne vie à ces ethnies en élaborant des masques

similaires aux leurs afin de témoigner de leur existence. Ces représentations de

masques tribaux ont été réalisés à l'aide de feutres Posca, mon medium favori, qui me

permet de faire ressortir couleurs et précision de ces visages.

Le dispositif de présentation, quant à lui, rejoue le schéma d'une œuvre musicale

reprenant celui d'un chant tribal, chanté lors d’événements importants, tels la naissance

ou la mort.


Amanda LE

Et si l’on jouait !

Installation -peinture acrylique sur bois, tapis et coussin

160 x 120 cm

Le volume principal est constitué de neuf pavés de bois sur lesquels sont peintes des

figures abstraites et oniriques formant ainsi un polyptyque. C’est une production

inspirée de la sculpture minimaliste Equivalent VIII de Carl Andre. Dans cette œuvre,

l’artiste érige une barrière implicite avec les spectateurs leur permettant seulement

d’imaginer les différentes combinaisons de briques possibles, la sculpture étant ici

réduite à l’essentiel.

Avec mon polyptyque je veux permettre aux spectateurs d’interagir avec la

production mais aussi entre eux. Les pavés de la production sont interchangeables,

j’offre ainsi la possibilité au spectateur de créer les combinaisons qu’il désire.

Cependant le polyptyque n’est pas le cœur du travail présenté, il n’en constitue qu’un

rouage dans un dispositif plus large.

En effet, pour inviter le spectateur à jouer avec les pièces, il faut lui donner un

contexte. Le dispositif se trouve ainsi au sol, plus précisément sur un tapis jalonné de

coussins. C’est une façon de l’inviter à s’asseoir avec ses compères spectateurs

mais aussi protagonistes comme le fait si bien Franz West dans son œuvre intitulée

Auditorium, en installant dans un espace in-situ un ensemble de canapés recouverts

de tapis, invitant les spectateurs à investir le dispositif proposé.

Cette contextualisation me permet d’interroger l’institution des galeries et des

musées en créant une sorte d’intimité dans un lieu qui en est initialement dénué.

Assis tous au même niveau, l’ego de chacun est mis de côté et le spectateur est

infantilisé par le dispositif (il est au sol et joue avec des pavés comme un enfant le

ferait). Je crée alors plus qu’un polyptyque mais une ambiance, un ressenti collectif.

Les individus assemblent des pièces entre elles ou bien discutent, pendant que je les

assemble comme dans une mise en abyme dissimulée. De surcroît, la peinture forme

un puzzle, cependant elle est très fragile et s’effrite facilement. Ainsi à chaque

passage elle sera petit à petit détériorée jusqu’à ce qu’il soit impossible de

reconstituer le polyptyque. La lente destruction de la peinture par les spectateurs me

permet d’illustrer le phénomène de causalité.


Pauline BOUGOT

Corps Manufacturé

Technique mixte sur mannequin

180 x 56 x 20 cm

Un engagement écologique se fait ici sentir avant toute chose. Le corps de ce

mannequin a, en effet, subi des modifications notoires.

J’ai voulu représenter ce à quoi un corps ressemblerait si son environnement avait

drastiquement changé. Un monde où la consommation de chacun dépasse le

raisonnable, où la technologie s’améliore, où l’air tellement pollué nous empêche

de respirer, où l’homme en vient à être modifié pour subsister, où le corps peut

désormais être manufacturé. Le corps de ce mannequin représente ce à quoi

l’homme du futur pourrait ressembler. La limite entre l’homme et la machine

devenant de plus en plus floue, le corps s’adapte, ici, à son environnement.

Les matériaux utilisés (plâtre, tuyau PVC, etc.) tendent à déshumaniser le corps

représenté. Malgré les modifications apportées, l’aspect humain du corps persiste

à travers les éléments de peau représentés avec le latex. Entre machine et être

humain, ce corps s’anime grâce à un interrupteur situé sur sa nuque.

Corps Manufacturé n’échappe pas aux discriminations encore présentes

aujourd’hui. Mes engagements féministes se révèlent à la lecture des différents

matériaux et choix plastiques opérés. Le mot « SHAME » (« honte »), tagué en rouge

ainsi que la peinture dégoulinant sur les jambes du mannequin nous rappellent

que le corps de la femme est toujours perçu comme « honteux », voire « sale »

quand il s’agit de menstruation. Laetitia Bourget dans Mouchoirs menstruels

honorera le sujet de dégoût.

Le corps de la femme est instantanément sexualisé. Les termes de « Femme

objet » prennent tout leurs sens, ici, puisque ce corps est également constitué

de touches d’ordinateur situées à des endroits explicites qui rappellent

également le côté « modifié », « manufacturé » du corps. Inspirée par les

travaux dénonciateurs de Banksy, et par des artistes designers qui ne cessent

de prôner leur engagement, telle Marine Serre, j’ai voulu exprimer ici ce qu’il

me tenait à cœur de dénoncer.


Selma CHEFFAH

La Valise

Valise, LED, argile, peinture acrylique, encre de chine, crayon de couleur, feutre à alcool,

plâtre et laine

Dimensions variables

La Valise est un travail d’amplification sur Les moi, mon livre illustré développant

l’univers qui me représente et dans lequel je pourrais évoluer dans un imaginaire

proche.

C’est un travail qui s’articule en deux parties : la première raconte en 6

illustrations séquencées la provenance de la valise ; la seconde, en volume,

représente des monstres et autres personnages sortant d’un monde imaginaire

habitant la valise.

À travers ce travail, je souhaite montrer que l’univers imaginaire et onirique n’est

pas uniquement réservé au monde de l’enfance, que cet univers n’est pas un

espace perdu mais davantage enfoui en nous. Il faut dire que la société actuelle

nous soumet à des règles où l’imagination n’a pas toujours sa place. Le monde

imaginaire est un univers où l’on souhaiterait rester pour son confort, au risque de

pouvoir se distraire.

Hayao Miyazaki réalisateur et animateur des Studio Ghibli ainsi que Rebecca

Sugar réalisatrice et animatrice principalement connue pour avoir créé Steven

Universe, sont deux grandes sources d’inspiration. Tous deux réalisent à travers

leur travail des univers accessibles à tous, autant aux adultes qu’aux enfants. On

peut facilement remarquer que les illustrations sont épurées permettant aux

enfants une meilleure compréhension des actions. Cependant, seuls les adultes

sont capables de faire la différence entre ce dessin simplifié, et le message

véhiculé par l’animation : propos d’actualité jouant de la gravité d’enjeux sociopolitiques

de la société d’aujourd’hui, on peut le voir par exemple avec Steven

Universe et toute la dimension LGBTQ+ qu’on peut y retrouver.

La Valise a pour fil conducteur la capacité de l’enfant à imaginer d’autres univers.

Dans cette production qui mélange volume, illustration et narration, je questionne la

place accordée à l’imagination dans notre monde.


Thelma FOISSEY

149 rue de Crimée

Peinture acrylique sur carton entoilé, bois, verre

35 x 40 x 30 cm

Cette maquette représente une scène de crime dans un salon banal. Elle met en

scène la dénonciation du féminicide.

Au travers de ce faux sang aux allures de sauce ketchup, inspiré par les mauvais

films d’horreur des années 80, je donne à ce travail une dimension moins sérieuse.

J’ai choisi de lui donner cet aspect kitsch pour dénoncer l’extrême manque de prise

au sérieux du phénomène exposé, et pourtant grave, par les gouvernements et

forces de l’ordre, peu réactifs au problème.

Ce phénomène est omniprésent, répétitif, c’est pour cette raison que j’ai intitulé cette

maquette 149 rue de Crimée, chiffre qui fait écho au nombre conséquent de

féminicides durant l’année 2019.

J’ai décidé de ne pas représenter d’objets personnels dans ce salon. Nous ne

voyons que le mobilier traditionnel d’une habitation afin de proposer une vision

universelle de l’auteur et de la victime de ce crime, car le féminicide est un acte

commis au sein de couples banals et de tous âges. C’est également pour cette

raison que le corps de la victime est seulement suggéré avec ce contour à la craie

blanche. Le spectateur n’a ainsi aucune idée reçue sur l’identité de la victime,

excepté son genre.


Inès BELGHIT

Pedro superstar

Peinture acrylique sur carton entoilé et diaporama de captures d’écrans

Dimensions variables

Les réseaux sociaux font partie intégrante de notre quotidien. Ma rencontre virtuelle

avec Pedro est le sujet principal de ce travail. Suivant la démarche de Sophie Calle,

je regroupe les différentes informations que j’ai de Pedro (NYC, USA), jeune homme

rencontré sur Instagram.

Ses goûts qui ressortent de nos conversations et de son « feed » transparaissent

dans les portraits que je fais de lui. Nos échanges virtuels sont projetés sous formes

de captures d’écrans et viennent compléter mes peintures. L’ensemble constitue un

portrait intime de ma relation avec Pedro.

Je travaille sur les notions d’illusion et d’apparence, sur ce que les gens pensent

être, sur ce qu’ils renvoient aux autres d’eux-mêmes. Et comment percevons, nousmêmes,

cet autre.

Nous pouvons ainsi en venir à nous poser la question si telle ou telle personne est

bien réelle, ou si elle n’est que mythologie ?

En transposant le portrait de Pedro en peinture accompagnée des captures d’écran

vidéoprojetées de nos échanges, je matérialise cette rencontre virtuelle, la rend

tangible, tout en attribuant à un homme ordinaire une visibilité diffusée.


Samuel CASSEUS

Rien ne veut rien dire

Série de 4 portraits –acrylique et pastel sur toile

50 x 50 cm

Rien ne veut rien dire est une série de portraits représentant, de façon

majoritairement achrome, des philosophes, écrivains et psychanalystes importants

du 20e siècle. Cet ensemble est composé de 4 tableaux de même format, seule la

présence d’une couleur vient finement singulariser chacune des pièces.

Cette série se propose comme une expérimentation de la pratique portraitiste en

définissant le visage par la structure. Le prolongement des traits, les arêtes, les

perspectives font de la figure une architecture qui donne à questionner les notions

d'espace, de forme et de composition.

À mi-chemin entre le cubisme de Picasso, la peinture de Tamara De Lempicka et les

dessins d’architecture de Piranèse, Rien ne veut rien dire fait honneur à la pratique

du dessin.

Tirant son nom de la fameuse émission de France Culture portée sur la philosophie,

cette série est aussi un hommage personnel à la discipline philosophique.