Liège Museum n°9
Bulletin des musées de la Ville de Liège. A lire notamment : Henri Brasseur : un talent discret, une œuvre multiple ; Napoléon Bonaparte Premier Consul ; Liège et Napoléon ; Nicolas de Staël et Alberto Magnelli, une porte ouverte sur l’abstraction...
Bulletin des musées de la Ville de Liège.
A lire notamment : Henri Brasseur : un talent discret, une œuvre multiple ; Napoléon Bonaparte Premier Consul ; Liège et Napoléon ; Nicolas de Staël et Alberto Magnelli, une porte ouverte sur l’abstraction...
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<strong>Liège</strong>•museum<br />
bulletin des musées de la Ville de <strong>Liège</strong> n° 9 février 2015<br />
Célébrités/intimité<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
1
Sommaire<br />
dossier : Célébrités/intimité<br />
etc.<br />
4 Bang Bang, He Shot It Down…<br />
Henri Brasseur : un talent discret, une œuvre multiple<br />
10 Napoléon Bonaparte Premier Consul<br />
12 <strong>Liège</strong> et Napoléon<br />
14 Nicolas de Staël et Alberto Magnelli<br />
Une porte ouverte sur l’abstraction<br />
21 Intimités (dé)voilées : « BAL masqué »<br />
24 Liégeois célèbres<br />
24 Expositions temporaires<br />
30 Le gisement archéologique de Sainte-Walburge (<strong>Liège</strong>)<br />
32 Fusil de grand luxe réalisé en 1965<br />
33 Acquisition du département des armes<br />
34 Plaquette émaillée à décor de palmettes<br />
36 Jean-Remy de Chestret (1739-1809)<br />
38 Une aquarelle de Delacroix<br />
Souvenir d’Alger un jour d’octobre 1832<br />
40 Émile Alexandre (<strong>Liège</strong>, 1935-1973)<br />
41 L’Occupant de Closon<br />
42 La fontaine de la Tradition à <strong>Liège</strong><br />
46 Jean-Luc Herman (1936-2014)<br />
Il n’y a pas de nouvelle année sans vœux, ni de vœux sans projet.<br />
2015 sera l’année de transition vers le Centre International d’Art et de Culture de la<br />
Boverie, dont l’ouverture est prévue début 2016. Investir ce lieu complètement renouvelé<br />
suppose une logistique solide : re-création d’un parcours muséal autour d’une<br />
bonne partie des collections des Beaux-Arts, édition d’un catalogue correspondant,<br />
transformation de l’îlôt Saint-Georges en réserves accessibles, définition de la programmation<br />
des expositions temporaires pour les prochaines années… Le nouveau<br />
complexe de la Boverie sera d’ailleurs le sujet du prochain numéro de <strong>Liège</strong>•museum.<br />
Et tout cela sans rien céder des activités des autres musées de la Ville. La Biennale<br />
de Gravure, une exposition conjointe avec le musée des Beaux-Arts de Tournai, la<br />
concrétisation de l’extension du musée d’Armes et diverses expositions feront aussi<br />
la vie des musées en 2015.<br />
Bonne année 2015.<br />
L'Échevin de la Culture<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
.<br />
Bulletin des musées de la Ville de <strong>Liège</strong><br />
92, rue Féronstrée, be-4000 <strong>Liège</strong>.<br />
museum@liege.be<br />
Imprimé à 3000 exemplaires sur papier recyclé, sans chlore,<br />
par l’Imprimerie Bietlot à Gilly.<br />
Photos : sauf mention contraire, Ville de <strong>Liège</strong><br />
(Marc Verpoorten, Yvette Lhoest).<br />
<strong>Liège</strong>, février 2015, n° 9.<br />
En couverture :<br />
Mikaïl Koçak (détail), d’après Constantin Meunier,<br />
Jeune fille à sa toilette, xix e siècle, huile sur toile, BAL.<br />
Les musées de la Ville de <strong>Liège</strong> on reçu, en<br />
2014, près de 100000 visteurs (99 717,<br />
exactement). Le chiffre, en légère mais<br />
constante augmentation, est symptomatique<br />
d’une activité sans cesse renouvelée :<br />
expositions temporaires, remaniement des<br />
parcours muséaux, éditions multiples,<br />
recours à de nouvelles technologies, médiations<br />
créatives envers tous les publics, liens<br />
avec des partenaires publics ou privés, mise<br />
en commun d’expériences et de projets avec<br />
d’autres institutions… Tel est le quotidien<br />
des musées que ce numéro (en retard) de<br />
la revue aidera peut-être à découvrir.<br />
Jean-Marc Gay<br />
Directeur des musées de la Ville de <strong>Liège</strong><br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
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Grégory Desauvage<br />
Conservateur,<br />
BAL<br />
Bang Bang, He Shot It Down…<br />
Henri Brasseur : un talent discret, une œuvre multiple<br />
Curieux athlète que ce Tireur olympique<br />
abrité dans les réserves du BAL. Il pointe<br />
son arme vers une cible mystérieuse,<br />
sous le regard tranquille d’une spectatrice.<br />
L’œuvre interpelle et pose : qui<br />
sont-ils ?, que veulent-ils ?, d’où vient<br />
leur assurance ?<br />
Henri Brasseur naît à <strong>Liège</strong> en 1918. Fils unique, c’est un enfant solitaire et renfermé,<br />
surprotégé par sa mère. Son père est artisan graveur. Il le forme tout jeune à la<br />
technique lithographique. Cet enseignement précoce lui donne le goût du travail<br />
bien fait et le sens de la précision.<br />
Dès 1934 1 , il suit les cours du soir de dessin à l’Académie des Beaux-Arts<br />
de <strong>Liège</strong>. En 1937, il intègre pour trois ans la classe d’Auguste Mambour et d’Adrien<br />
Dupagne et étudie dans le même temps la peinture décorative. Alors qu’il est jeune<br />
diplômé, il fréquente assidûment L’atelier libre 2 d’Edgard Scauflaire de 1940 à 1945.<br />
De Mambour, il hérite du goût de la figuration humaine, de la composition<br />
structurée et de la pureté formelle. D’une grande exigence plastique, Henri Brasseur<br />
crée, selon les préceptes de son maître, des œuvres monumentales qui questionnent<br />
la société de son temps. Il peint une jeunesse adolescente et anti-conformiste.<br />
Durant ses études, son talent est reconnu unanimement par la critique, ce<br />
qui lui vaut de décrocher de nombreux prix 3 . Parmi ceux-ci, le prestigieux Premier<br />
Grand Prix de Rome 4 . Il n’a alors que vingt-cinq ans et est le seul artiste liégeois à<br />
avoir obtenu cette distinction. Estimant toutefois qu’il avait suffisamment de quoi<br />
l’inspirer à <strong>Liège</strong>, il ne trouve pas nécessaire de se rendre à Rome 5 . Un voyage par<br />
ailleurs très risqué en 1943. Ses huit toiles du Grand Prix de Rome sont exposées<br />
au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles.<br />
Cette époque est la plus féconde et ses œuvres s’équilibrent par un travail équivalent<br />
de la ligne et de la couleur. Il connaît ensuite une brève période abstraite et surréaliste<br />
vers 1946 et s’oriente progressivement vers un style plus personnel. Curieux de<br />
tout, il étend ses activités artistiques au dessin, principalement des portraits, et crée<br />
des peintures monumentales pour le Bon Marché 6 et le Théâtre du Trianon 7 à <strong>Liège</strong><br />
ainsi que pour l’Exposition de l’Urbanisme, à Paris 8 . Le Bal conserve de lui plusieurs<br />
peintures et dessins.<br />
De 1943 à 1978, il enseigne le dessin à l’Académie des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong><br />
et introduit le cours de composition 9 . Il a notamment comme élèves : Christiane<br />
Willemsen, Jean-Marie Tack, Yvon Adam, Jean-Claude Vandormael, Pierre Pétry,<br />
Maurice Musin, Mady Andrien…<br />
Il intègre également des groupements d’artistes : l’APIAW 10 en 1943 et la Jeune<br />
Peinture belge 11 en 1947. Avec eux, il expose au Cercle des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong><br />
mais aussi à Bruxelles, Stockholm, Paris, Zurich, Bordeaux et La Haye.<br />
Henri Brasseur<br />
Le Tireur olympique, 1964<br />
Huile sur papier marouflé sur novopan.<br />
193 x 148 cm.<br />
Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Artiste secret et solitaire, il produit peu d’œuvres et expose rarement. Préférant se<br />
concentrer sur son travail d’artiste, il néglige peu à peu de fréquenter ses pairs,<br />
voyage occasionnellement et se désintéresse de toute activité mercantile liée à ses<br />
créations. Souffrant de dépressions chroniques, il peint irrégulièrement et abandonne<br />
définitivement la peinture en 1965.<br />
Il se tourne alors vers la photographie par l’entremise de son élève Jean-Claude<br />
Vandormael qui lui fournit un appareil argentique. Ses premiers clichés mettent en scène<br />
une poupée en biscuit, qu’il photographie sous des lumières et des décors divers : il<br />
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porte son attention sur les métamorphoses du temps. Puis il s’intéresse à la diapositive<br />
et réalise des portraits, souvent de jeunes filles, le dimanche sur la Batte. Ce sont<br />
ses derniers clichés : il s’éteint à peine un an après la mort de sa femme Vevey 12 , en<br />
1981, à <strong>Liège</strong>. Humble, inquiet et sujet à la dépression 13 , il oscillait en permanence<br />
entre l’assurance et l’incertitude d’atteindre ses exigences esthétiques et morales.<br />
Son œuvre reflète cette complexité et demande d’avoir sur elle un regard avisé.<br />
peut-être faudrait-il investiguer du côté des deux autres athlètes qui, à ses côtés,<br />
ont représenté l’Union soviétique. Qui sont-ils ? Ont-ils eu des résultats remarquables<br />
?<br />
Un athlète soviétique de réputation mondiale s’est effectivement fait remarquer. Il<br />
décroche une médaille d’argent au classement personnel et une médaille d’or au<br />
classement par équipe. Son nom : Igor Novikov 18 . S’agit-il de cet athlète qui par<br />
erreur aurait été assimilé à Selg ? Une simple recherche sur internet et voilà qu’une<br />
photographie apparaît : l’exacte réplique du tireur de Brasseur. Son identification ?<br />
Igor Novikov ! La consultation du programme officiel des J.O. de 1960 à Rome reproduit<br />
ce même cliché et confirme l’identification 19 .<br />
Un Paris Match dédié aux J.O. de 1960 est particulièrement intéressant. Trois photos<br />
d’un pentathlonien moderne soviétique sont publiées 20 , dont la photo qui inspira<br />
Brasseur. La légende stipule : « Ce Russe à casquette, Selg, vient de voir s’effondrer<br />
tous ses espoirs dans un coup de pistolet malheureux ». Le journaliste qualifie Selg<br />
de « nerveux » et d’« émotif », manquant cruellement de contrôle. Le sportif est photographié<br />
en pleurs. Paris Match et le Programme officiel des J.O. ne semblent pas<br />
être d’accord quant à l’identification. Pourtant, d’autres clichés d’Igor Novikov 21 confirment<br />
la légende du Programme officiel. Il n’y a aucun doute possible.<br />
Le Tireur olympique<br />
C’est une des dernières peintures de l’artiste, datant de 1964. Elle représente un homme<br />
armé visant une cible. À sa droite, une jeune femme assise et, à l’arrière-plan, un<br />
assemblage de formes géométriques dans des gammes de couleurs orangées. Le<br />
décor est indistinct. On devine un auvent au-dessus du tireur.<br />
Les dimensions de l’œuvre sont imposantes : 193 x 148 cm. Christiane Willemsen,<br />
élève et amie de l’artiste, relate qu’à l’époque, Brasseur n’a plus d’atelier. Il est donc<br />
contraint de peindre son tableau dans sa chambre à coucher, debout sur son lit 14 .<br />
N’ayant pas le recul nécessaire, il utilise un rétroviseur de moto. Disposé à distance,<br />
celui-ci permet d’avoir sur l’œuvre un aperçu d’ensemble pendant qu’il peint. Il enseignait<br />
régulièrement cette astuce à ses étudiants.<br />
Le tableau est toutefois mal reçu par le public qui ne comprend pas l’association des<br />
personnages et le style de l’œuvre. L’artiste en ressort blessé et cette critique, vécue<br />
comme un échec, nourrit un certain dégoût de peindre et un besoin de reconnaissance<br />
insatisfait. Mais qui sont ces personnages ? Que font-ils ensemble ? De quoi l’artiste<br />
parle-t-il ?<br />
Un tireur peut en cacher un autre…<br />
D’après les proches de Brasseur, l’artiste se serait inspiré de photographies parues<br />
dans la presse populaire. Le tireur serait le pentathlonien olympique Sleg (sic) et la<br />
jeune fille assise à ses côtés serait Sylvie Vartan. Mais aucune source incontestable<br />
ne permet de le vérifier.<br />
Qu’en est-il de ce mystérieux Sleg 15 ? En réalité, il s’agit d’Hanno Selg 16 , un pentathlonien<br />
moderne 17 né à Tallin en 1932. Un premier coup de sonde dans les magazines<br />
consultés par Brasseur ne donne aucun résultat probant : pas de photographie<br />
qui ressemblerait à notre tireur ! Sachant que Selg a participé aux J.O. de 1960,<br />
De gauche à droite<br />
- Programme officiel de la XVII e olympiade, Rome, 1960,<br />
vol. II, p. 670 : photo d’Igor Novikov.<br />
- Henri Brasseur, croquis préparatoire du tireur, 1963.<br />
Dessin au fusain sur papier, 50 x 70 cm..<br />
- Henri Brasseur, Le Tireur olympique, 1964, détail.<br />
- Couverture de Paris Match du 10 septembre 1960<br />
consacré aux Jeux olympiques de Rome.<br />
Alors pourquoi cette confusion dans Paris Match ? Simple erreur d’identification ou<br />
lecture biaisée dans un contexte de guerre froide ? Cette méprise est effectivement<br />
curieuse quand on sait les succès de l’Union soviétique aux Jeux de 1960. Pas moins<br />
de cent trois médailles remportées, dont quarante-trois en or. Le succès est fulgurant<br />
et dépasse de loin les États-Unis d’Amérique. Que penser de cet athlète soviétique<br />
décrit comme « nerveux », « émotif » et manquant cruellement de contrôle alors que<br />
la situation politique internationale est fortement tendue ? À moins d’un an avant la<br />
construction du Mur de Berlin, aurait-on voulu édulcorer les succès sportifs de l’Union<br />
soviétique ? Le mystère reste entier. Ce qui est certain en revanche, c’est que Brasseur,<br />
en toute bonne foi, prend pour acquis la légende de Paris Match et s’en inspire très<br />
largement pour son Tireur olympique qu’il croit être Selg.<br />
Une dernière question se pose : pourquoi reprendre un magazine paru en 1960 pour<br />
créer le Tireur olympique peint en 1964 ? Tout simplement car au moment de la création<br />
de l’œuvre, les J.O. de 1964 viennent de s’ouvrir à Tokyo. Nous sommes en<br />
pleine actualité olympique et Brasseur voit en direct, à la télévision, les victoires d’Igor<br />
Novikov. Fasciné par le sportif, il relit ses anciens magazines consacrés aux précédents<br />
J.O. et tombe alors sur la photographie du Paris Match.<br />
La plus belle pour aller danser<br />
Selon les témoignages concernant le Tireur olympique, la jeune femme aux côtés de<br />
Novikov serait Sylvie Vartan. En cette année 1964, La plus belle pour aller danser 22<br />
passe sur toutes les radios. Elle est au sommet des hit-parades et devient une vedette<br />
française incontournable.<br />
Le cliché inspirateur est tiré de la revue Salut les copains 23 . Ce magazine à la mode,<br />
précurseur de la presse people d’aujourd’hui, racontait la vie privée des vedettes. La<br />
photographie en noir et blanc date de 1964 et représente la chanteuse dans un studio<br />
d’enregistrement. La jeune fille du tableau de Brasseur en est l’exacte réplique. Son<br />
auteur est Jean-Marie Périer, célèbre photographe des vedettes de l’époque yéyé.<br />
Une œuvre hétéroclite, en avance sur son temps<br />
N’est-ce pas un curieux assemblage que cet athlète olympique et cette vedette du<br />
show-biz français ? Pourquoi les avoir disposés côte à côte et quel sens donner à ce<br />
couple ?<br />
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Selon une interview de Brasseur 24 , il ne faut chercher aucune explication à l’association<br />
des deux personnages qui, semble-t-il, existent pour eux-mêmes. Leur véritable<br />
identité n’est pas nécessaire pour donner sens à l’œuvre. Leur assemblage est<br />
anecdotique. Il suffit d’ailleurs de constater que l’acronyme de l’Union soviétique de<br />
son maillot sur la photo de Novikov 25 n’est pas reproduit sur la toile. L’artiste ne<br />
cherche ni à identifier, ni à contextualiser.<br />
Avec sa concentration appuyée et la fixité de son regard, le tireur exprime puissance<br />
et détermination, il reflète une jeunesse énergique et volontaire. C’est également<br />
l’artiste, éternel adolescent, qui joue au cow-boy et tire à vue. Son interview est<br />
particulièrement éclairante : à la question du journaliste « Que symbolise ce tireur ? »,<br />
Brasseur répond « L’artiste sincère exécutant le faussaire ». Le journaliste : « Quel faussaire<br />
? ». Brasseur : « Le ou les faussaires de l’Art ». Tout est dit. Ce tireur pourrait bien<br />
être Brasseur lui-même tirant sur tout ce qui ne concerne pas directement les préoccupations<br />
artistiques pures, y compris la marchandisation de l’art, regrettant qu’il ne<br />
soit qu’un objet de consommation comme un autre 26 .<br />
Pop Art ou Art pop ?<br />
Sous de nombreux aspects, Henri Brasseur peut être considéré comme le précurseur<br />
du Pop Art 27 . Toutefois, s’il anticipe le mouvement sur la forme, il s’en distingue<br />
largement sur le fond.<br />
Le Pop Art 28 naît dans le courant des années cinquante en Angleterre et se développe<br />
ensuite aux États-Unis d’Amérique au début des années soixante. Le mouvement<br />
se définit comme une appropriation d’éléments provenant de la vie quotidienne<br />
et naît dans un contexte d’éclosion de la société de consommation. Il emprunte donc<br />
ses motifs aux médias de masse et les références populaires deviennent le lieu d’investigation<br />
de l’art. Il faut attendre l’impulsion de plusieurs expositions 29 en 1964, l’année<br />
même de la création du Tireur olympique, pour voir en Belgique un art similaire 30 . Parti<br />
d’Angleterre, le Pop Art revient en Europe par le biais des États-Unis d’Amérique. La<br />
Belgique se le réapproprie de façon originale.<br />
Brasseur partage avec le Pop Art une attention particulière pour son environnement<br />
direct, le goût pour le cinéma et la photographie 31 , la représentation de la femme moderne<br />
dont les canons de beauté rejoignent ceux diffusés par les médias de masse.<br />
Sensible à la culture populaire et états-unienne, Brasseur compose des assemblages<br />
hétéroclites. Il s’en différencie toutefois par le sens donné à son œuvre 32 : dans le<br />
Tireur olympique, il n’y a aucune référence contextuelle entre l’œuvre et la société<br />
moderne. Par ailleurs, Brasseur reproche aux artistes anglo-saxons une quête excessive<br />
d’originalité qui n’apporte rien à l’œuvre si ce n’est une augmentation de sa<br />
valeur marchande 33 . Il rejette également la notion d’art reproductible prônée par le<br />
Pop Art : pour lui, une œuvre possède une valeur unique. Le Tireur olympique ne le<br />
dément pas et Henri Brasseur, fidèle à son adage, choisit de sélectionner « dans<br />
l’univers présent ce qui mérite de rester 34 ».<br />
•<br />
À gauche puis à droite<br />
- Henri Brasseur, croquis préparatoire de Sylvie Vartan,<br />
sans date. Dessin au crayon à la mine de plomb sur<br />
papier calque, 17 x 11 cm.<br />
- Photographie par Jean-Marie Périer extraite de « 30 questions<br />
à Sylvie Vartan », Salut les copains n° 18, janvier 1964,<br />
p. 36.<br />
1. Voir une lettre autographe de l’artiste, d’avril 1949 et conservée<br />
au Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
2. Cet atelier est créé pour soutenir les jeunes artistes pendant<br />
le conflit de 1940-1945.<br />
3. Prix Marie de peinture décorative à fresques en 1938, Prix<br />
Marie pour carton de mosaïques en 1940, Grande Médaille<br />
en Vermeil du Gouvernement pour la peinture décorative<br />
en 1940, Prix Gustave Halbart en 1940, Prix Marie de<br />
peinture de chevalet en 1941, Prix Marie de dessin en<br />
1942, Premier Grand Prix de Rome en 1943.<br />
4. Le Prix de Rome est un concours français créé en 1663<br />
par l’Académie royale, sous le règne de Louis XIV. Il est<br />
divisé en plusieurs catégories artistiques (peinture, sculpture,<br />
musique, …). Les lauréats ont le privilège de devenir<br />
pensionnaires à Rome afin de perfectionner leur technique<br />
en s’inspirant des œuvres antiques.<br />
5. J.-L. D., « Henri Brasseur ou le combat solitaire d’un Premier<br />
Grand Prix de Rome », article de presse sans référence<br />
conservé dans les archives du BAL. Publié en 1964<br />
car il se réfère au Tireur olympique.<br />
6. En collaboration avec son élève Charles Fourneau, Les<br />
signes du zodiaque, peinture murale (auj. détruite), 1952.<br />
7. Li côp d’pêd qui fait l’bon hotchet (chant wallon), peinture<br />
murale, 1942.<br />
8. Naissance d’une Cité, peinture murale, 1947.<br />
9. Jacques Parisse, « Tel Rimbaud… », dans Wégimont Culture<br />
n° 157 (Rétrospective H. Brasseur), sept. 2000, p. 17.<br />
10. Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la<br />
Wallonie (APIAW), créée en 1943.<br />
11. Groupe d’artistes, actif de 1945 à 1948, de styles particulièrement<br />
hétérogènes.<br />
12. Marie-Josée Thiel, surnommée Vevey.<br />
13. À la suite de dépressions chroniques, il devient pharmacodépendant.<br />
14. Pour des raisons de chauffage notamment, il préfère peindre<br />
dans sa chambre à coucher, relate Christiane Willemsen<br />
dans « Henri Brasseur – Trois témoignages » dans Wégimont<br />
Culture n° 157 (Rétrospective H. Brasseur), sept. 2000, p. 6.<br />
15. Cité par erreur comme « Sleg » dans La Représentation humaine<br />
dans les collections du Musée de l’Art wallon, <strong>Liège</strong>,<br />
1983, p. 66 ; Léon Lewillie, Francine Noël, Le sport dans<br />
l’art belge, Bruxelles, 1982, p. 106-107.<br />
16. Il est membre de l’équipe olympique soviétique aux Jeux<br />
olympiques d’été de 1960, à Rome. Son équipe, constituée<br />
de trois athlètes, obtient la Médaille d’argent. Il occupe la<br />
dixième place au classement personnel.<br />
17. Le pentathlon moderne est constitué de cinq disciplines :<br />
l’escrime, la natation, l’équitation, le tir au pistolet et la course<br />
à pied. Ces épreuves, inventées par Pierre de Coubertin,<br />
s’inspirent des compétences du soldat idéal. L’épreuve<br />
du tir comprend deux volets : une épreuve libre et une autre<br />
de vitesse. Il existe deux classements : un classement par<br />
équipe de trois athlètes représentant une nation et un classement<br />
individuel.<br />
18. Igor Novikov (Drezna, 1929 – Saint-Pétersbourg, 2007). Il a<br />
participé aux Jeux olympiques d’été de 1956, à Melbourne<br />
(Médaile d’or pour l’équipe), aux Jeux olympiques d’été de<br />
1960, à Rome (Médaille d’argent pour l’équipe ; en individuel,<br />
il est classé 5 e ; Selg, quant à lui, est 10 e ), aux Jeux<br />
olympiques d’été de 1964, à Tokyo (Médaille d’or pour<br />
l’équipe et d’argent à titre individuel). Il est par ailleurs champion<br />
du monde à quatre reprises, en 1957, 1958, 1959, 1961.<br />
19. Programme officiel de la XVII e olympiade, Rome, 1960,<br />
vol. II, p. 670.<br />
20. « Les dieux du stade », Paris Match, 10 sept. 1960, p. 42-43.<br />
21. Voir la carte postale de 1980 des archives du BAL ; le site<br />
officiel des J.O. http://www.olympic.org ; le blog très bien<br />
documenté http://www.andyarchibald.com/gallery/1960s/ ;<br />
le site Visualrian ; le site de British Pathé http://www.british<br />
pathe.com/search/query/igor+novikov<br />
22. La chanson La plus belle pour aller danser, écrite par Charles<br />
Aznavour et Georges Garvarentz, est sortie en avril 1964,<br />
enregistrée à Nashville avec les choristes d’Elvis Presley.<br />
23. « 30 questions à Sylvie Vartan », dans Salut les copains<br />
n° 18, janvier 1964, p. 36-38.<br />
24. J.-L. D., « Henri Brasseur ou le combat solitaire… », op. cit.<br />
25. Idem.<br />
26. Jean-Pierre Rouge, « Le mystère Brasseur », dans Wégimont<br />
Culture n° 157 (Rétrospective H. Brasseur), sept. 2000,<br />
p. 12.<br />
27. Guy Vandeloise, « Henri Brasseur – Trois témoignages »,<br />
dans Wégimont Culture n° 157 (Rétrospective H. Brasseur),<br />
sept. 2000, p. 10.<br />
28. Pour ce chapitre, consulter le mémoire de Thibaut Wauthion,<br />
Le Pop Art en Belgique, 2011-2012.<br />
29. Début 1964, une exposition intitulée Art U.S.A. Now au<br />
Palais des Beaux-Arts de Bruxelles a une importance capitale<br />
car elle donne un aperçu de toutes les tendances contemporaines<br />
de la peinture états-unienne. La même année,<br />
Jean Antoine tourne trois documentaires qui révèlent au<br />
public européen des artistes anglo-saxons peu connus du<br />
Pop Art et du Nouveau Réalisme. Gand présente une autre<br />
exposition, intitulée Figuration et Défiguration, qui montre<br />
la récente rupture entre l’abstraction et la figuration.<br />
30. Ce retard de diffusion s’explique par le fait que les mutations<br />
de la société belge sont plus tardives que dans le<br />
monde anglo-saxon. Dès 1964, le Pop Art est manifeste<br />
chez des artistes belges : Paul Mara et Evelyne Axell.<br />
31. J.-L. D., « Henri Brasseur ou le combat solitaire… », op. cit.<br />
32. Guy Vandeloise, « Henri Brasseur », dans Jacques Parisse<br />
(dir.), Actuel XX – La peinture à <strong>Liège</strong> au XX e siècle, p. 74.<br />
33. Pour preuve, l’acronyme « CCCP » de Novikov n’apparaît<br />
pas sur l’œuvre de Brasseur.<br />
34. G. Szabo dans La Meuse, 1981.<br />
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<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
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Jean-Patrick Duchesne<br />
Professeur ordinaire,<br />
Université de <strong>Liège</strong><br />
Napoléon Bonaparte Premier Consul<br />
La reconstruction du faubourg d’Amercœur, détruit par la garnison autrichienne au<br />
moment de sa retraite en 1794, fait référence au décret signé par Napoléon en 1803<br />
à la préfecture du Département de l’Ourthe pour le restaurer. La cathédrale, déjà à<br />
l’état de ruine lors du passage de Bonaparte en 1803, est reproduite fidèlement sur<br />
base de gravures d’époque.<br />
Peint pour commémorer la reconstruction d’un quartier populaire, le tableau est éminemment<br />
politique. La discrétion avec laquelle l’événement est signalé, soit par le<br />
décret qui l’arrête, peut surprendre, à moins de considérer que le peintre s’est accommodé<br />
de cette solution pour figurer littéralement la mainmise de la France sur la cidevant<br />
principauté. Plus étonnante encore est la substitution de la cathédrale Saint-<br />
Lambert à la vue du quartier d’Amercœur que l’on serait en droit d’attendre. Le détail<br />
paraît rien moins qu’innocent, compte tenu de la mission de maintien de l’ordre dévolue<br />
par l’État français à l’Église catholique, elle-même ramenée à l’obéissance par le<br />
Concordat de 1801. L’idée de subordination est par ailleurs renforcée par l’inversion<br />
du rapport d’échelle, aboutissant à élever le protecteur au-dessus de l’édifice, et par<br />
la relégation de celui-ci à l’arrière-plan du tableau, derrière des tentures à peine écartées.<br />
Ainsi la bonne action se laisse-t-elle réduire à un prétexte, saisi par le conquérant<br />
pour s’ériger en maître.<br />
Napoléon Bonaparte est sur le point<br />
d’être sacré empereur lorsque Ingres,<br />
âgé de 23 ans et lauréat du concours<br />
de Rome de 1801, reçoit en 1803 la<br />
commande d’un portrait du Premier<br />
Consul. Bonaparte n’accorde même<br />
pas une séance de pose à Ingres. Il se<br />
contente de se montrer dans la Galerie<br />
du Palais de Saint-Cloud. Ingres s’inspire<br />
alors de la pose d’un portrait du<br />
Consul de 1802 par Jean-Antoine Gros.<br />
Bonaparte est représenté âgé de 34 ans,<br />
la main posée sur l’acte à signer où se<br />
lit : « Faubourg d’Amercœur rebâti ». Il<br />
est dans une chambre avec des rideaux<br />
ouvrant sur un paysage avec la cathédrale<br />
Saint-Lambert sur fond de colline<br />
dominée par la Citadelle.<br />
Les mutations dans la représentation de Bonaparte, qui entend troquer son image<br />
de général contre celle d’un souverain, sont déjà perceptibles, amplifiant encore l’effet<br />
(et la taille) du tableau archétypal, produit par Antoine-Jean Gros deux ans auparavant<br />
(Bonaparte Premier Consul, 1802, Paris, Musée national de la Légion d’honneur et<br />
des ordres de chevalerie). Le bientôt empereur pose en homme mature, l’uniforme<br />
militaire est délaissé au profit d’un ensemble pourpre, couleur royale. La fenêtre<br />
ouverte symbolise ses perspectives d’avenir.<br />
De ce point de vue, ce portrait fait aussi date dans l’iconographie napoléonienne,<br />
puisqu’il montre pour une des deux premières fois Napoléon glissant sa main sous<br />
son gilet. Contrairement à la légende, il ne s’agit pas de soulager une douleur à<br />
l’estomac, c’est en fait une licence iconographique à portée rhétorique. Loin des représentations<br />
bellicistes qui rappellent le guerrier, on voit ici le Premier consul dans<br />
l’attitude calme du législateur. Bien avant Napoléon, la peinture montrait déjà ainsi<br />
des hommes de pouvoir, monarques ou militaires ; cette posture symbolisant la pondération<br />
prend son origine dans la pose oratoire du philosophe grec Eschine représenté<br />
ainsi dans la statuaire antique. L’imaginaire collectif va associer ce geste à<br />
l’image de Napoléon, au point de le symboliser encore aujourd’hui à travers le cinéma<br />
et la télévision.<br />
Chef-d’œuvre de jeunesse (et chef-d’œuvre tout court) d’un des plus importants<br />
artistes du 19 e siècle, portrait parmi les plus célèbres de Napoléon Bonaparte,<br />
tableau spécialement réalisé pour être offert à la ci-devant capitale principautaire,<br />
Bonaparte Premier Consul d’Ingres s’impose comme un des fleurons du patrimoine<br />
artistique et historique de la Fédération Wallonie-Bruxelles.<br />
•<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
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Dominique Ingres<br />
(Montauban, 1780 – Paris, 1867),<br />
Napoléon Bonaparte Premier Consul, 1804<br />
Huile sur toile, 227,5 x 147 cm.<br />
Daté et signé en bas à droite : Ingres an XII<br />
(12 juillet 1804).<br />
AM 873/BA1<br />
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n° 9, février 2015<br />
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Régine Rémon<br />
Première conservatrice,<br />
BAL<br />
<strong>Liège</strong> et Napoléon<br />
Maillon essentiel dans la production du<br />
peintre, ce tableau sur toile de grand format<br />
a figuré en bonne place à de très nombreuses<br />
expositions, de Paris à Amsterdam, en<br />
passant par Saint-Pétersbourg ou Tokyo.<br />
Déjà en 1855, lors de l’Exposition universelle<br />
de Paris, Ingres avait tenu tout spécialement<br />
à ce que l’œuvre soit présente, signe de son<br />
attachement particulier. Après avoir séjourné<br />
au Musée d’Armes en souvenir du séjour de<br />
Napoléon à l’hôtel de Hayme de Bomal, il<br />
est actuellement exposé au Musée des<br />
Beaux-Arts.<br />
Une réflexion est en cours à propos du lieu<br />
de conservation qu’il convient de lui attribuer<br />
: soit au sein des collections du BAL, en<br />
qualité de chef-d’œuvre de la peinture, soit<br />
au cœur des bâtiments qui accueillirent<br />
Napoléon au début du 19 e siècle. Prédominance<br />
de l’argument esthétique ou historique<br />
? Les avis sont partagés.<br />
Quoi qu’il en soit, l’œuvre est classée trésor<br />
depuis le 14 mai 2012. Et sa qualité intrinsèque<br />
fait l’unanimité.<br />
Les liens entre la Ville de <strong>Liège</strong> et Napoléon<br />
Bonaparte sont loin d’être anodins. Il a séjourné<br />
dans notre ville à deux reprises, en qualité<br />
de premier consul puis d’empereur. Il effectue<br />
une première visite de trois jours en août 1803,<br />
accompagné de son épouse Joséphine de<br />
Beauharmais. Il revient à <strong>Liège</strong> huit ans plus<br />
tard, en novembre 1811, avec Marie-Louise<br />
d’Autriche. Il est hébergé par deux fois à l’hôtel<br />
de Hayme de Bomal, alors résidence du préfet<br />
du département de l’Ourthe. Destiné à accueillir<br />
des personnalités, ce petit bijou architectural<br />
néo-classique, attribué à l’architecte liégeois<br />
Barthélemy Digneffe, est doté de salons prestigieux,<br />
dont le fameux Salon des Palmiers.<br />
Ensuite, et c’est là que nos musées lui sont<br />
redevables, au terme de son premier séjour<br />
dans la cité, Bonaparte fait don à la Ville de <strong>Liège</strong><br />
de son portrait en pied réalisé par Dominique<br />
Ingres, peintre néo-classique prolifique.<br />
Dès qu’il est élu premier Consul, en 1802,<br />
Bonaparte se révèle soucieux de faire réaliser<br />
son portrait par des artistes en vue en ce début<br />
de siècle. Le premier peintre consulté est<br />
Antoine-Jean Gros, peintre d’histoire, formé<br />
dans l’atelier du peintre David dont il fut le disciple<br />
préféré, et très vite apprécié du consul.<br />
Gros représente Bonaparte debout, dans son<br />
environnement de travail, le regard conquérant<br />
et volontaire. Le réalisme épique naissant trouvera<br />
toute son expression dans les compositions<br />
ultérieures mettant en scène un Bonaparte<br />
héroïque visitant les pestiférés (1804) ou les<br />
soldats tombés au champ de bataille (1808).<br />
En 1803, Jean-Baptiste Greuze reçoit à son<br />
tour une commande pour un grand portrait en<br />
pied. En fin de vie, le peintre confie le travail à<br />
son atelier et reprend partiellement un portrait<br />
plus ancien de Napoléon Bonaparte alors jeune<br />
capitaine, réalisé en 1792. Ce tableau est conservé<br />
au Musée du Château de Versailles.<br />
En juillet 1803, Bonaparte s’adresse au jeune<br />
Ingres qui réalise une version tout aussi officielle,<br />
inspirée du tableau de Gros au niveau<br />
de l’attitude et de l’habillement. Mais Ingres<br />
s’en écarte toutefois en apportant plusieurs<br />
variantes : le regard du Consul est plus intériorisé,<br />
plus réfléchi. Ingres meuble l’espace<br />
de travail en ajoutant des éléments de mobilier,<br />
un fauteuil empire, des rideaux de velours,<br />
entrouverts sur la vue d’une ville fortifiée. Par<br />
cette nouvelle commande, Bonaparte souhaite<br />
effectivement commémorer son récent séjour<br />
à <strong>Liège</strong> reconnaissable par sa citadelle et sa<br />
cathédrale, mais aussi faire connaître la générosité<br />
dont il a fait preuve en dotant la ville d’un<br />
montant important – 300 000 francs – qui permettra<br />
la reconstruction d’un quartier, le faubourg<br />
d’Amercoeur, détruit par les Autrichiens,<br />
ainsi que le précise l’inscription figurant sur le<br />
parchemin.<br />
Le portrait du consul est daté précisément du<br />
12 juillet 1804 (22 Messidor An 12). Une fois<br />
terminé, il est envoyé par Bonaparte à <strong>Liège</strong><br />
où il reçoit un accueil triomphal.<br />
Pour ce portrait de Napoléon, Ingres apporte<br />
un soin particulier. Les broderies du costume,<br />
les incrustations du fauteuil, le velours des<br />
rideaux, les franges de la nappe : tout est prétexte<br />
à rendre les matières avec minutie et<br />
subtilité. Excellent dessinateur, Ingres a réalisé<br />
plusieurs croquis préparatoires à l’encre de<br />
Chine, détaillant les souliers, le paysage ou la<br />
composition dans son ensemble. Ses esquisses<br />
font partie de la collection du Musée Ingres à<br />
Montauban, ainsi que de collections privées.<br />
La représentation de la citadelle et de la cathédrale<br />
Saint-Lambert est elle aussi précise et<br />
relativement fidèle. De l’édifice, on distingue la<br />
grande tour, les deux tours de sable, le portail<br />
ouvragé – privé de ses pinacles –, la chapelle<br />
des Flamands et l’église Notre-Dame-aux-Fonts.<br />
L’année où Ingres réalise le portrait, la cathédrale<br />
n’est déjà plus qu’une ruine, toitures,<br />
voûtes et charpentes sont démolies. L’auteur,<br />
qui ne connaît pas <strong>Liège</strong>, s’inspire de représentations<br />
de cette imposante cathédrale considérée<br />
comme une des plus importantes en<br />
Occident. On pense à la gravure de Mérian,<br />
datée de 1626 et réalisée à Paris, qui donne<br />
une vue d’ensemble de la ville et détaille ses<br />
différents monuments avec précision.<br />
Si Napoléon est soucieux de laisser de lui une<br />
image noble et généreuse, il accorde beaucoup<br />
moins d’intérêt aux artistes eux-mêmes,<br />
ne leur concédant guère de séance de pose.<br />
À la suite de Gros, Greuze et Ingres, d’autres<br />
peintres réaliseront des portraits de Napoléon<br />
sacré empereur : Jacques-Louis David, François<br />
Gérard en 1805, Robert Lefèvre en 1811. Ingres<br />
lui-même réalisera en 1806 un deuxième portrait<br />
grandiloquent de Napoléon I er sur le trône<br />
impérial qui reçut un accueil très mitigé. •<br />
Matthaeus Mérian, plan de <strong>Liège</strong>, 1647.<br />
Orientation bibliographique<br />
En plus des nombreuses études de Georges Vigne,<br />
on consultera les notices de :<br />
- Philip Conisbee dans le catalogue de l’exposition Portraits<br />
de Ingres - Images d’une époque, National Gallery<br />
de Londres, National Gallery of Art à Washington et<br />
Metropolitan <strong>Museum</strong> of Art à New York, 1999-2000,<br />
p. 46-50 ;<br />
- Vincent Pomarède dans le catalogue de la rétrospective<br />
Ingres 1780-1867, Musée du Louvre, Paris, 2006, p. 141 145.<br />
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On le sait, Nicolas de Staël a entretenu des liens étroits avec la Belgique durant son<br />
enfance et son adolescence. À la suite du décès de ses parents, après les soubresauts<br />
de la Révolution russe de 1917, lui et ses sœurs Marina et Olga trouvent en<br />
1923 une famille d’accueil à Bruxelles, chez Emmanuel et Charlotte Fricero. Les<br />
Fricero vont élever les enfants de Staël aux côtés de leurs propres enfants, les inscrivant<br />
dans de bonnes écoles, leur faisant apprendre le français tout en les encourageant<br />
à pratiquer la langue russe. Nicolas de Staël fera des études secondaires au<br />
collège Saint-Michel de Bruxelles, puis au collège Cardinal-Mercier de Braine-l’Alleud.<br />
Familiarisé par les Fricero et ses études à la culture littéraire et artistique, il entre en<br />
1933 à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Gilles et à l’Académie royale de Bruxelles.<br />
Il suit notamment les cours du peintre Georges (ou Geo) de Vlamynck, artiste ouvert<br />
à une certaine modernité, qui lui fait découvrir aussi bien l’expressionisme allemand<br />
que les Nabis ou les peintres de la Renaissance italienne. Vlamynck apprécie les premiers<br />
travaux de son étudiant : il lui propose donc une collaboration pour l’élaboration<br />
de six grands panneaux décoratifs, à réaliser pour le pavillon du Verre d’Art, lors de<br />
l’Exposition universelle de Bruxelles de 1935. C’est là la toute première trace d’une<br />
œuvre publique de Nicolas de Staël, qui sera suivie en février 1936 d’une exposition,<br />
avec deux amis, à la galerie Dietrich de Bruxelles – galerie où exposeront cinq ans plus<br />
tard René Magritte et Raoul Ubac. Nicolas de Staël présente chez Dietrich quelques<br />
aquarelles réalisées lors d’un récent voyage en Espagne, ainsi que des icônes russes<br />
d’influence byzantine. Il a vingt-deux ans 1 .<br />
Les couleurs du Sud<br />
Durant l’été 1936, Staël et deux condisciples de l’Académie entreprennent un voyage<br />
au Maroc, sur les traces de Delacroix et Matisse. Financé par un collectionneur belge,<br />
ce voyage qui durera jusqu’à la fin de 1937 sera décisif pour Staël : peintre figuratif<br />
encore malhabile – mais épistolier au verbe précis, comme en témoigne sa correspondance<br />
– , il y perçoit des paysages, des formes, des intensités de couleurs que<br />
l’on retrouvera ultérieurement dans son œuvre, notamment dans les paysages de<br />
Sicile ou du Luberon. Autre point décisif de ce périple africain, sa rencontre à Marrakech<br />
avec Jeannine Guillou, jeune peintre engagée dans la figuration, et de cinq ans son<br />
aînée. Jeannine quitte alors son mari Olek, de qui elle a un fils, et, rapidement, fait<br />
route commune avec Staël. Ils ne se quitteront plus et, rentrés en France, auront<br />
ensemble une fille, Anne, en 1942, avant que Jeannine, épuisée par les privations et<br />
une vie de grande précarité, ne décède brutalement, en 1946 2 .<br />
Un bref passage par <strong>Liège</strong> en 1939<br />
Staël, qui a rompu les liens avec sa famille bruxelloise, peu réceptive à ses choix artistiques,<br />
avait acquis un certain savoir-faire dans la décoration et la réalisation de<br />
fresques. Il gagne très modestement un peu d’argent par des travaux de commande.<br />
C’est ainsi qu’il vient à <strong>Liège</strong>, en 1939, à l’occasion de l’Exposition internationale de<br />
l’Eau qui doit s’ouvrir sur le site de Coronmeuse. Le peintre Lucien Fontanarosa, qui<br />
Alain Delaunois<br />
Journaliste,<br />
critique d’art<br />
Nicolas de Staël et Alberto Magnelli<br />
Une porte ouverte sur l’abstraction<br />
L’année 2014 a marqué le centenaire de<br />
la naissance du peintre Nicolas de Staël,<br />
né à Saint-Pétersbourg en 1914. Et<br />
l’année 2015 est celle des soixante ans<br />
de son décès tragique, le 16 mars 1955<br />
à Antibes. C’est donc l’occasion de<br />
revenir sur une œuvre essentielle de<br />
Nicolas de Staël, Composition, de 1942,<br />
appartenant depuis 1980 aux collections<br />
des Musées de <strong>Liège</strong>.<br />
Cette huile sur toile est l’un des rares et<br />
premiers témoignages du passage de<br />
Nicolas de Staël à l’abstraction. Elle porte<br />
les traces de l’influence sur le jeune<br />
peintre de l’un de ses aînés, Alberto<br />
Magnelli, dont le BAL vient de présenter<br />
une sélection d’œuvres gravées, sous le<br />
commissariat de l’historien d’art Daniel<br />
Abadie.<br />
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Nicolas de Staël (1914-1955), Composition, 1942<br />
Huile sur toile, 131 x 71,5 cm.<br />
Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
L’œuvre de Nicolas de Staël appartenant aux collections<br />
des Musées de <strong>Liège</strong> fut acquise par la Ville,<br />
lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s à<br />
Londres, le 2 juillet 1980.<br />
Son intérêt particulier est qu’elle constitue l’un des<br />
rares témoignages des premières peintures abstraites<br />
de l’artiste. Son premier propriétaire fut Jan Heyligers,<br />
l’un des soutiens de Nicolas de Staël lorsqu’il séjournait<br />
à Nice, entre 1940 et 1943. Elle est passée<br />
ensuite par les mains de Jacques Dubourg, le principal<br />
marchand de Staël en France, avant de faire<br />
partie de différentes collections privées.<br />
Elle a notamment été exposée en 1956 à Bâle, à la<br />
galerie Beyeler, après le décès de l’artiste. Par la<br />
suite, elle a figuré dans de grandes rétrospectives à<br />
l’étranger, parmi lesquelles celles du Grand Palais à<br />
Paris et de la Tate Gallery en 1981, celle du Centre<br />
Georges-Pompidou à Paris en 2003, ou encore<br />
l’exposition « Le Grand Atelier du Midi » à Aix-en-<br />
Provence en 2013.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
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avait également séjourné au Maroc, et que Staël rencontre à Rome en rentrant de<br />
son périple africain, lui propose de l’assister pour la réalisation de fresques, sur l’une<br />
des quatre portes d’entrée du Pavillon français. La participation de Staël au travail<br />
monumental sous la conduite de Geo de Vlamynck, quatre ans plus tôt à Bruxelles,<br />
a certainement également joué dans cet engagement. Curieusement, alors que <strong>Liège</strong>,<br />
dans l’après-guerre, grâce aux efforts de la Société royale des Beaux-Arts et de<br />
l’A.P.I.A.W. (Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie), a pu<br />
bénéficier d’expositions d’artistes étrangers reconnus ou émergents, on ne trouve<br />
guère trace de la présence de Nicolas de Staël dans ses expositions ou collections.<br />
À peine est-il fait mention de la présence probable d’une aquarelle de Staël dans la<br />
collection Graindorge, au milieu des années 1960 3 . La chose est d’autant plus surprenante<br />
que Fernand Graindorge était lui-même très proche d’Alberto Magnelli,<br />
dont il collectionnait les œuvres. Et que Magnelli, qui exposa à l’A.P.I.A.W. à <strong>Liège</strong><br />
en 1951 – avant le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1954 – a lui-même eu une<br />
influence déterminante sur la réflexion plastique menée par Nicolas de Staël au début<br />
des années 1940.<br />
Une œuvre charnière<br />
C’est de cette influence que témoigne Daniel Abadie, historien d’art, ancien conservateur<br />
au Musée national d’Art moderne à Paris, ancien directeur du Jeu de Paume,<br />
et commissaire de nombreuses expositions monographiques (Magritte, Dubuffet,<br />
Alechinsky, Tàpies, Antonio Segui…). Spécialiste de l’œuvre d’Alberto Magnelli, il a<br />
publié le Catalogue raisonné des estampes (Ides et Calendes, 2011), et prépare<br />
actuellement le Catalogue de l’œuvre peint. Il est également co-auteur, avec Jean-<br />
Louis Andral et Anne de Staël, du catalogue de l’exposition La rencontre Nicolas de<br />
Staël – Jeannine Guillou. La vie dure, publié à l’occasion de l’exposition éponyme au<br />
Musée d’Antibes (2011). Il est encore le commissaire de l’exposition Magnelli, Un et<br />
multiple, qui a été présentée au BAL cet été.<br />
Alain Delaunois : On connaît peu d’œuvres de Nicolas de Staël du début des années<br />
1940, au moment où, peintre venu de la figuration, il cherche une nouvelle voie d’expression.<br />
L’œuvre des Musées de <strong>Liège</strong>, Composition, de 1942, est donc essentielle<br />
pour saisir le parcours de l’artiste.<br />
Daniel Abadie : Oui, c’est une œuvre charnière, un moment très important en raison de<br />
sa date : 1942. Ce sont les débuts, les premiers tableaux abstraits de Nicolas de Staël.<br />
Le problème qui se pose à lui est de savoir comment on passe d’une peinture complètement<br />
figurative, d’un petit appartement qu’il partage avec sa femme Jeannine Guillou<br />
et dans lequel elle peint des tableaux totalement figuratifs, à une peinture abstraite<br />
qu’il vient de découvrir à travers les artistes qu’il a rencontrés lorsqu’il s’est installé<br />
à Nice.<br />
À cette époque en effet, le couple Staël-Guillou rencontre essentiellement des artistes<br />
réfugiés dans le Midi, des peintres comme Henri Goetz, Alberto Magnelli, Sonia<br />
Delaunay, Jean Arp – il n’a pas pu rencontrer Sophie Taeuber-Arp parce qu’elle disparaît<br />
accidentellement en 1943. Mais ce qui l’a intéressé, ce qu’il a retenu, finalement,<br />
c’est ce qu’Alberto Magnelli faisait. Magnelli l’accueille, le voit régulièrement,<br />
le recommande aussi. J’ai cherché pendant longtemps les œuvres qui portaient les<br />
traces de ces influences, et elles sont en nombre relativement limité.<br />
Cette Composition de 1942 est particulièrement intéressante parce qu’on voit<br />
comment il reçoit l’influence de Magnelli et ce qu’il essaie de faire de différent,<br />
comment il essaie de s’en sortir pour ne pas être seulement un étudiant bien appliqué.<br />
Ce qui est le plus curieux, c’est de voir que les formes elles-mêmes, le jeu des<br />
angles et courbes, qui est une constante des œuvres de Magnelli de cette époque,<br />
se retrouvent en plein dans ce tableau. Staël et Magnelli se rencontrent en 1942, je
Nicolas de Staël (1914-1955), Composition, 1942<br />
Huile sur toile, 131 x 71,5 cm.<br />
Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
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Nicolas de Staël (1914-1955), Composition, 1943<br />
Huile sur toile, 114 x 72 cm.<br />
Musée d’Art moderne et d’Art contemporain, Nice.<br />
Don Jacques et Jacqueline Matarasso en 2002.<br />
© ADAGP, Paris, 2014. Photo : Mureil Anssens.<br />
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ne sais qui les a présentés… peut-être Marie Raymond, la mère de Yves Klein, qui<br />
était dans le Sud également, avec qui Staël était en relation, et qui faisait elle aussi<br />
une sorte de peinture abstraite.<br />
Courbes, lignes et triangles<br />
Autre point important, ce que Staël a vu de Magnelli n’est pas ce qu’on connaît de lui<br />
habituellement. Cette période est l’une des plus curieuses de Magnelli : il a fui Paris et<br />
les troupes nazies avec son épouse Susi Gerson, d’origine juive allemande. Il n’a plus<br />
de toiles, ne parvient pas à s’en procurer, encore moins sur la Côte d’Azur qu’à Paris.<br />
Il se retrouve donc piégé dans le Midi, sans avoir pu évidemment faire venir ses tableaux.<br />
Son activité majeure des années 1941-42 se réalise donc à partir de papier à lettre<br />
généralement coloré sur lequel il dessine. C’est ce qui apparaîtra après la guerre, jusqu’aux<br />
années 1946-47 : Magnelli reprendra ces dessins antérieurs qu’il trouve particulièrement<br />
intéressants, et dont il fait alors des tableaux. Et au dos, il mentionne<br />
toujours : dessin, ou esquisse de telle année, puis tableau, telle année. En précisant<br />
bien qu’il a eu l’idée plus tôt, mais qu’elle était non réalisable à ce moment-là.<br />
Ce sont donc ces œuvres sur papier, où il y a justement en permanence ce jeu de<br />
tracés, que découvre Nicolas de Staël. La plupart des tracés de Magnelli sont faits<br />
à l’encre, ensuite au crayon, puis emplis de peinture. Ce qui intéresse Nicolas de<br />
Staël, ce sont ces tensions d’image à travers des rapports de lignes droites et de<br />
lignes courbes. De petits éléments noirs, triangulaires ou presque en losanges aussi,<br />
que l’on retrouvera plus tard dans certaines œuvres de Magnelli, dans ses collages<br />
notamment, sont présents également.<br />
Nicolas de Staël récupère même des détails infimes comme, par exemple, à mi-hauteur<br />
de la toile, de petits grattages en carré. Magnelli, qui n’avait donc pas de toile<br />
pour peindre, utilisait à cette époque un matériau particulier, et notamment dans ses<br />
collages, du papier goudronné armé – c’est la terminologie précise. C’est un papier<br />
d’emballage avec une couche de goudron noir et, dans la couche de goudron, des<br />
fils tissés en petits carrés irréguliers qui donnent la rigidité et empêchent le papier de<br />
se déchirer. Et l’on retrouve ce tramage si singulier dans la peinture de Staël.<br />
On voit d’un seul coup le monde qui s’ouvre à lui, dans un embrouillamini de jeune<br />
homme qui vient de découvrir l’abstraction. Il est, disons-le, un peintre figuratif faible.<br />
C’est l’abstraction qui va lui permettre de se révéler à lui-même. Cette Composition<br />
de 1942 est donc à regarder comme une sorte d’hypothèse de la peinture. Et cette<br />
hypothèse, il va lui falloir une quinzaine d’années pour la mener à bien.<br />
S’enfoncer dans l’image<br />
Alain Delaunois : Vous relevez une accumulation de citations – les lignes, les courbes,<br />
les formes, des textures… – et cependant, personne ne prendrait cette œuvre de<br />
Staël pour un tableau de Magnelli.<br />
Daniel Abadie : Non, en effet, car ce qui apparaît, c’est la volonté claire de Staël de<br />
fusionner les éléments de l’image pour obtenir un tableau global. On a une espèce<br />
de densité qui apparaît à ce moment-là, à partir du début des années 1940, se traduisant<br />
par la matière, la peinture épaisse plus tard étalée au couteau, et même une<br />
prémonition des œuvres ultimes de Staël, dans lesquelles il y a un sujet évident mais<br />
qu’il va essayer de dissimuler durant des années. Dans les années 1940, il y a le dessin<br />
qui apparaît sur un fond, comme il y aura un dessin qui réapparaîtra dans les tableaux<br />
de l’époque d’Antibes. Et ce rapport du dessin et du fond dans lequel il se noie est<br />
une chose tout à fait personnelle à Nicolas de Staël. Il est très contraire au principe<br />
des séparations de zones, de la découpe de formes précises, qui chez Magnelli immobilisent<br />
l’image. L’un immobilise l’image, l’autre essaie de s’enfoncer dedans.<br />
Alain Delaunois : C’est une orientation prise par Nicolas de Staël qui ne cesse de traverser<br />
son œuvre, un jeu permanent, constant, entre abstraction et figuration 4 .<br />
Daniel Abadie : Disons que dans la période qu’on appelle abstraite de Nicolas de Staël<br />
– qu’on peut situer entre les années 1946-47 et les années 1951-52 – il y a souvent,<br />
si l’on y regarde bien, une sorte de structure préexistante, qui est un objet de la<br />
réalité. C’est plutôt la manière de faire disparaître l’objet qui va intéresser Nicolas de<br />
Staël durant cette période. Jusqu’au moment où, finalement, pour des tas de raisons<br />
– et peut-être parce que son succès grandissant l’amène à peindre plus qu’il n’aurait<br />
voulu : s’il avait eu un peu plus de temps, s’il n’avait pas eu la pression de ses marchands<br />
réclamant des expositions à tour de bras –, c’est finalement cette image<br />
sous-jacente qui remonte à la surface. Et, dans les chefs-d’œuvre des dernières<br />
années, et pas seulement dans les paysages magnifiques d’Agrigente, on retrouve<br />
ces éléments, comme les vues d’atelier, les étagères et les natures mortes avec des<br />
objets du quotidien, pot, bocal, cafetière.<br />
La Composition de Nice<br />
Alain Delaunois : Le Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice a reçu en<br />
donation une œuvre postérieure de quelques mois à celle de <strong>Liège</strong> : elle est également<br />
intitulée Composition, et date de 1943. Elle faisait partie de la collection de<br />
Jacques Matarasso, libraire à Nice, qui entretenait de nombreux liens avec les avantgardes,<br />
et qui est l’un des premiers à acheter et encourager Nicolas de Staël. C’est<br />
d’ailleurs dans ce cercle étroit que l’on trouve Jan Heyligers, le premier acquéreur,<br />
en 1942, du tableau aujourd’hui présent dans les collections liégeoises 5 .<br />
Daniel Abadie : Jacques Matarasso possédait en effet ce tableau très proche de celui<br />
de <strong>Liège</strong>, notamment en raison de son format. C’est un format « marine », de mêmes<br />
dimensions ou presque, 114 sur 72 cm, que Staël a traité également dans un sens<br />
vertical. Ce tableau a les mêmes dimensions, lui ressemble, mais il est déjà dégagé<br />
de choses étranges : toutes les expérimentations que le peintre s’essaie à faire. La<br />
partie du bas du tableau de <strong>Liège</strong> est complètement gestuelle, beaucoup plus proche<br />
de ce qui deviendra la peinture informelle que de ce que deviendra la peinture de<br />
Nicolas de Staël. Dans le fond, en 1942, tout tente Nicolas de Staël, et il additionne<br />
les possibilités. Le tableau de Nice montre l’instant où il a déjà tranché dans ce que<br />
doit devenir sa peinture.<br />
Alain Delaunois : On retrouve dans les deux œuvres les mêmes tonalités sombres, les<br />
mêmes apports de lumière, mais inversés.<br />
Daniel Abadie : C’est une constante des tableaux de cette époque. Introduire un élément<br />
lumineux qui donne une espèce de vie. Dans l’œuvre de 1942, si mentalement<br />
on supprime ces lignes blanches qui serpentent, on a sous les yeux une masse<br />
amorphe. Et tout ne vit justement que par ce trait de lumière très graphique qui<br />
parcourt le tableau.<br />
Des œuvres anciennes méconnues ?<br />
Alain Delaunois : Existe-t-il encore d’autres œuvres de cette époque qui seraient non<br />
connues, non répertoriées ?<br />
Daniel Abadie : Le Catalogue raisonné revu et augmenté par Françoise de Staël avant<br />
son décès montre bien que, de cette période-là, tout est pratiquement connu. Pour<br />
plusieurs raisons, et la première est qu’à cette époque il peint peu. Il partage l’appartement<br />
avec Jeannine Guillou, peintre qui, elle, vend ses tableaux et fait vivre la maisonnée<br />
: eux deux, le fils de Jeannine, Antek, et leur bébé, Anne de Staël qui naît en<br />
1942. Staël travaille donc dans des conditions précaires. Et la deuxième raison, c’est<br />
que la demande actuelle du marché sur les œuvres de Nicolas de Staël aurait fait<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
18<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
19
éapparaître d’une façon ou d’une autre ces peintures « oubliées ». Cela fait plus<br />
d’un demi-siècle que l’artiste a disparu…<br />
Mais il y a des tableaux qui, vraisemblablement, ne sont pas reconnus, ne sont pas<br />
retrouvés. Ce sont des tableaux figuratifs, notamment peints durant son séjour au<br />
Maroc, en 1936-1937. Il a un commanditaire en Belgique, Jean de Brouwer, qui<br />
finance son séjour sur place durant un an, et qui attend des tableaux que Staël dit<br />
lui avoir envoyés. Ces tableaux, les a-t-il annoncés simplement pour calmer l’impatience<br />
de son bienfaiteur ? Ou bien sont-ils réellement arrivés ? J’ai tendance à penser<br />
que ces tableaux existent bel et bien, et qu’ils sont aujourd’hui dans une collection<br />
privée des environs de Bruges. Mais ce sont bien sûr des tableaux figuratifs, et qui<br />
sont à regarder en relation avec ce que fait à ce moment Jeannine Guillou. Elle est,<br />
elle, plus avancée dans son concept de la peinture que lui. Jeannine Guillou a été<br />
pour Nicolas de Staël la révélatrice de ce que sa propre peinture figurative n’était<br />
pas la fin de sa réflexion, et qu’il devait aller plus loin. La rencontre avec Magnelli<br />
n’en a été que plus cruciale : c’est un basculement.<br />
Vers une autre abstraction<br />
Alain Delaunois : Au milieu des années 1940, Staël rencontre également d’autres artistes,<br />
et notamment le peintre hollandais César Domela, qui avait rejoint la « plastique<br />
pure » de Piet Mondrian et Theo Van Doesburg au sein du groupe « De Stijl », vingt<br />
ans plus tôt, en 1924. Peut-on voir un lien avec Domela dans la peinture de Nicolas<br />
de Staël ? Ils exposent deux fois ensemble, en 1944, et avec Magnelli et Kandinsky,<br />
chez la galeriste parisienne Jeanne Bucher, puis dans une autre galerie.<br />
Daniel Abadie : La rencontre avec Domela est postérieure à celle de Magnelli, et à un<br />
moment où Staël, à peu près déjà, a trouvé son écriture. Le caractère néerlandais,<br />
un peu… rigoriste et rugueux de Domela, a convaincu Staël qu’il ne pouvait pas y<br />
avoir d’autre solution que celle dans laquelle il était entré lui-même. Je ne pense pas<br />
qu’il y ait une trace de Domela chez Nicolas de Staël, et cela même s’ils se sont amicalement<br />
fréquentés. Les courbes, notamment, sont antérieures à leur rencontre et<br />
il les a trouvées d’une autre façon chez Magnelli. Domela avait surtout l’autorité d’être<br />
plus âgé. Il faut se rendre compte que tous ces artistes, Magnelli, Domela, Braque…,<br />
ont quinze ou vingt ans de plus que Staël qui est un très jeune peintre. Ils ont connu<br />
d’autres artistes qu’il ne pourra jamais connaître. Ils ont vécu l’histoire des avantgardes,<br />
le cubisme, le futurisme, et l’abstraction dès son départ. Lui a très nettement<br />
l’impression qu’il arrive tard, et qu’il ne lui reste plus à faire, dans le fond, qu’une<br />
nouvelle abstraction, une autre abstraction.<br />
Alain Delaunois : Entre Magnelli et Staël, y a-t-il eu des échanges d’œuvres, souvent<br />
fréquents entre artistes qui s’estiment ?<br />
Daniel Abadie : Il y a peut-être eu un échange d’œuvres sur d’autres supports, des<br />
fusains, pastels, gouaches… Dans une lettre de 1943, que Staël adresse à Magnelli,<br />
alors qu’il est remonté à Paris avec Jeannine, il lui envoie des crayons « Crayocolor »<br />
qui permettaient de dessiner puis de rajouter de l’eau, ce qui faisait une sorte de<br />
mélange. Et il lui écrit ceci : « Magnelli, pour avoir une gouache de vous, je suis capable<br />
de vous envoyer une caisse spéciale ou charger quelqu’un de me la faire parvenir.<br />
Combien je serais heureux de la pendre ici sur mon mur 6 .» Magnelli a dû lui en<br />
envoyer une, même s’il était plutôt… attentif à la sortie de ses œuvres. Mais je pense<br />
qu’un jeune artiste comme Staël, avec qui il avait des liens d’amitié véritable, a dû y<br />
réfléchir. Il y avait aussi un grand portrait de Jeannine Guillou qui avait été donné par<br />
Staël aux Magnelli… et dont on ne sait pas vraiment s’il s’agit d’un autoportrait de<br />
Jeannine, ou d’un portrait de Jeannine fait par Staël. Mais par contre on n’a pas de<br />
trace de cette gouache de Magnelli dans les archives de Staël. Donc heureusement,<br />
il reste une part de mystère.<br />
1. Anne de Staël, « Biographie », in Nicolas de Staël, 1914-<br />
1955, catalogue de l’exposition, Fundació Caixa Catalunya,<br />
Barcelone, 2003, p. 181-190.<br />
2. Jean-Louis Andral, Daniel Abadie, Anne de Staël, La rencontre<br />
Nicolas de Staël – Jeannine Guillou. La vie dure, catalogue<br />
de l’exposition, Musée Picasso, Antibes, 2011.<br />
3. Marc Renwart, « Essai de reconstitution de l’ensemble des<br />
œuvres de la Collection Graindorge », in Fernand Graindorge<br />
1903-1985, collectionneur et mécène. Donation à la Communauté<br />
française de Belgique, catalogue d’exposition,<br />
<strong>Liège</strong>, Musée de l’Art wallon, 2009.<br />
4. Positionnement plastique autant qu’existentiel, ainsi que<br />
le rappelle Virginie Delcourt à propos des œuvres ultimes :<br />
« Staël éprouvait en permanence le besoin de briser les<br />
acquis pour avancer. Et c’est bien parce que l’abstraction<br />
avait permis de mettre la peinture à nu, et d’arriver ainsi au<br />
cœur véritable du sujet – l’expression du réel dans toute<br />
sa vertigineuse profondeur de visible et d’invisible –, que<br />
la nature pouvait désormais être embrassée en pleine lumière.<br />
» Virginie Delcourt, « Être paysage », in Nicolas de<br />
Staël, Lumières du Nord/Lumières du Sud, catalogue<br />
d’exposition (Gallimard), Musée d’Art moderne André<br />
Malraux, Le Havre, 2014, p. 14.<br />
5. Françoise de Staël, Catalogue raisonné de l’œuvre peint,<br />
Ides et Calendes, Lausanne, 2000.<br />
6. Daniel Abadie (dir.), Magnelli, catalogue d’exposition, Centre<br />
Georges-Pompidou, Paris, 1989. Lettre citée dans Alberto<br />
Magnelli 1888-1971, Magnelli en Belgique, catalogue d’exposition,<br />
Musée des Beaux-Arts, Verviers, 2001, p. •<br />
126.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
20<br />
Edith Schurgers<br />
Fanny Moens<br />
Service Animations des Musées<br />
Intimités (dé)voilées : « BAL masqué »<br />
En 2011 et 2013, ont eu lieu deux<br />
éditions de « Curtius Circus ». Ces expositions<br />
proposaient une relecture et une<br />
réinterprétation des objets des collections<br />
du Grand Curtius. Cette année, ce<br />
sont les collections du BAL qui ont été<br />
au centre de l’attention des étudiantes<br />
de première année de master en<br />
Publicité de l’Académie royale des<br />
Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Dans le cadre de « Bal masqué », les<br />
étudiants ont donné une autre vie aux<br />
œuvres, pour rendre compte de la limite<br />
entre le réel et le rêve. Bustes sculptés<br />
déguisés, scènes mythologiques revisitées<br />
: voilà le bal masqué. Qui veut<br />
être vu ? Comment se faire voir ? Que<br />
vouloir faire croire ? Qui nous croira en<br />
nous voyant ? Que veut-on faire croire<br />
par ce qui est vu ?<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
21<br />
Julie Peeters, d’après<br />
Frans Pourbus, Portrait d’homme, 1600,<br />
huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Katheleen Thiernagant, d’après<br />
Ernest Stroobants, Tête de femme, 1940,<br />
plâtre, Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.
Mikaïl Koçak, d’après<br />
Constantin Meunier, Jeune fille<br />
à sa toilette, 19 e siècle,<br />
huile sur toile, Musée<br />
des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Bernard Kingen, Fanny Levaux,<br />
Émilie Moray, d’après<br />
Gérard de Lairesse, Judith, v. 1687,<br />
huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Bernard Kingen, Fanny Levaux,<br />
Émilie Moray, d’après<br />
Antoine-Joseph Wiertz, Les Grecs et les Troyens<br />
se disputant le corps de Patrocle, 19 e siècle,<br />
huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Mikaïl Koçak, d’après<br />
Antoine-Joseph Wiertz,<br />
Rosine à sa toilette, 19 e siècle,<br />
huile sur toile, Musée<br />
des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
22<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
23
Célèbres<br />
Lambert de Liverloo, Albert d’Otreppe de<br />
Bouvette, Ulysse Capitaine, César Franck,<br />
André Modeste Grétry, Ferdinand de Bavière<br />
et quelques autres se retrouvent désormais<br />
dans le Jardin des Bustes au Grand<br />
Curtius… Privés de bras, ils reposent en<br />
paix, leurs yeux se perdant parfois dans le<br />
lointain, à moins qu’ils ne s’observent les uns<br />
les autres.<br />
Cet aménagement, rendant gloire à nombre<br />
de célébrités de tous horizons, est un des<br />
éléments d’une nouvelle zone en accès<br />
gratuit, au rez-de-chaussée du musée : les<br />
histoires de <strong>Liège</strong>, avec notamment la<br />
maquette de la cathédrale Saint-Lambert,<br />
une exposition sur l’urbanisme d’un quartier<br />
de la ville, une table graphique permettant de<br />
visualiser en 3D nombre d’œuvres du musée<br />
en sont les autres points forts.<br />
L’âge d’or de la bande dessinée<br />
belge - La collection du Musée<br />
des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong><br />
Jusqu’au 1 er mars 2015<br />
BAL, salle Saint-Georges<br />
/ Ouvert de 10 à 18 h, fermé les lundis<br />
/ 86, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 92 31<br />
/ www.beauxartsliege.be<br />
Le BAL possède une collection de planches<br />
originales de bande dessinée recelant plusieurs<br />
trésors. Les signatures les plus exemplaires<br />
de l’âge d’or de la bande dessinée<br />
belge s’y côtoient : Hergé, Jacobs, Franquin,<br />
Morris, Peyo, Tillieux, Will, Macherot, Martin,<br />
Hermann, Comès, Graton, Sirius,…<br />
En janvier 2015, est paru aux Impressions<br />
Nouvelles un ouvrage de référence sur cette<br />
collection. Sous la direction de Thierry<br />
Bellefroid, le livre retrace la genèse de la collection<br />
et la replace dans le contexte historique<br />
de la bande dessinée belgo-française. Il se<br />
penche également sur la marchandisation<br />
des originaux et s’interroge sur le devenir de<br />
la planche lorsqu’elle est exposée. Enfin, une<br />
vingtaine d’auteurs belges contemporains<br />
jettent un regard personnel sur certaines pièces.<br />
À l’occasion de la parution du livre, le BAL<br />
expose ses meilleures planches originales de<br />
bande dessinée, avant qu’elles n’aillent au<br />
Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, de juin à<br />
octobre, pour une exposition de l’intégralité du<br />
fonds, comportant une centaine de dessins.<br />
Expositions temporaires<br />
Rétrospective Jeunes Artistes<br />
Jusqu’au 15 mars 2015<br />
BAL, salle Saint-Georges<br />
/ Ouvert de 10 à 18 h, fermé les lundis et le 1 er mai<br />
/ 86, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 92 31<br />
/ www.beauxartsliege.be<br />
Après quarante-trois expositions, il semblait<br />
utile d’organiser une exposition rassemblant<br />
les artistes ayant été choisis depuis cinq ans<br />
et de leur demander de présenter un aperçu<br />
de leur travail actuel. L’idée ayant présidé à la<br />
création du cycle d’expositions « Jeunes<br />
Artistes » était de permettre à des artistes<br />
ayant peu ou pas exposé individuellement de<br />
se faire connaître. Il était temps de faire le<br />
bilan, de voir si ce projet a pu constituer un<br />
tremplin. Au vu de cette exposition, le pari<br />
est réussi. La plupart de ces jeunes artistes<br />
exposent régulièrement, même à l’étranger.<br />
Certains ont obbtenu des prix (Prix de la<br />
création, Prix Collignon, etc.). D’autres ont<br />
été accueillis en résidence.<br />
L’expérience semble donc très positive et<br />
l’exposition montre clairement, en confrontant<br />
ces artistes aux personnalités diverses qui<br />
depuis ont acquis une maturité et un professionnalisme,<br />
que <strong>Liège</strong> est une véritable<br />
fourmillière de talents et que les arts plastiques<br />
y sont bien vivants.<br />
FSC<br />
Prochaine exposition « Jeunes artistes » :<br />
Marianne Henry,<br />
du 19 mars au 3 mai 2014.<br />
Thierry Adam<br />
Cathy Avarez<br />
Églantine Chaumont<br />
Martin Coste<br />
Alexia Creusen<br />
Ludovic Demarche<br />
Éric Deprez<br />
Elka Duo<br />
Thierry Falisse<br />
Sarah Galante<br />
Christophe Gilot<br />
Florent Girard<br />
Raymond Gosin<br />
Fabienne Guerens<br />
Frédéric Hainaut<br />
Thierry Hanse<br />
Waterloo, 1845<br />
Jusqu’au 31 mars 2015<br />
Grand Curtius<br />
/ Ouvert de 10 à 18h, fermé les mardis<br />
/ 136, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 68 40<br />
/ www.grandcurtiusliege.be<br />
Le Grand Curtius accueille la bataille de<br />
Waterloo (1815), reconstituée dans un diorama<br />
qui mesure 19 m sur 3. Son concepteur,<br />
Jean-Pierre Leclercq, a commencé son<br />
travail en 1987 et ne cesse d’étendre sa<br />
réalisation.<br />
L’exposition est accessible gratuitement. Sur<br />
présentation du badge qu’y reçoit le visiteur,<br />
l’accès est gratuit au BAL, lui offrant ainsi<br />
l’opportunité d’admirer le Napoléon<br />
Bonaparte Premier Consul (voir p. 10).<br />
CG<br />
Couverture, © Olivier Grenson.<br />
Didier Heyman<br />
Tatiana Klejniak<br />
Kresh<br />
Laetitia Lefevre<br />
Sophie Legros<br />
Aydrey Lo Bianco<br />
Mathieu Nozières<br />
Cécile Menendez<br />
Bénédicte Moyersoen<br />
Naïma Berriah<br />
Michaël Nicolaï<br />
Geneviève Otte<br />
Alice Pichault<br />
Andrea Radermacher<br />
Charles-Henry Sommelette<br />
Thomas Urban<br />
Un catalogue a été édité à cette occasion.<br />
Antoine Van Impe<br />
Sofie Vangor<br />
Valérie Vrindts<br />
Grazizella Vrunna<br />
Marie Zolamian<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
24<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
25
10 e Biennale internationale<br />
de Gravure de <strong>Liège</strong><br />
Du 27 mars au 24 mai 2015<br />
BAL, salle Saint-Georges<br />
/ Ouvert de 10 à 18 h, fermé les lundis et le 1 er mai<br />
/ 86, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 92 31<br />
/ www.beauxartsliege.be<br />
Pour cette 10 e édition, les 250 œuvres<br />
exposées donnent un aperçu des tendances<br />
et techniques contemporaines de l’estampe.<br />
Les 47 artistes, sélectionnés parmi 450<br />
candidatures, représentent 13 pays.<br />
La Biennale s’intègre dans un événement qui<br />
mobilise <strong>Liège</strong> et sa région : la Fête de la Gravure<br />
propose, pour ses 30 ans d’existence,<br />
30 manifestations dans des galeries d’art,<br />
écoles, musées, centres culturels en lien avec<br />
l’estampe. Le programme de la Fête de la<br />
Gravure est téléchargeable sur le site du BAL.<br />
Babé bel<br />
Edward Bateman éua<br />
Derek Michael Besant can<br />
Marcin Bialas pol<br />
Cyr Boitard fra<br />
Marie Boralevi fra<br />
Elmyna Bouchard can<br />
Patricia Bouffard-Lavoie can<br />
Iwona Burnat pol<br />
Luvier Casali pry<br />
Mélanie Duchaussoy fra<br />
Fernando Feijoo gbr<br />
Nadine Fis bel<br />
Mylène Gervais can<br />
Barbara Gorska pol<br />
Alexandra Haeseker can<br />
Marcelle Hanselaar can<br />
Florin Hategan can<br />
Wuon-Gean Ho gbr<br />
Saskia Jetten can<br />
Zhao Jianghua chn<br />
Frederik Langhendries bel<br />
Jo Ann Lanneville can<br />
Marta Lech pol<br />
Anne Leloup bel<br />
Vladimir Milanović scg<br />
Annabelle Milon bel<br />
Lu Yan Min chn<br />
Charles Myncke bel<br />
Mijee Michelle Parck deu<br />
Marjolaine Pigeon fra<br />
Jaco Putker nld<br />
Diana Quinby éua<br />
Andrea Radermacher-Mennicken bel<br />
Michael Runschke deu<br />
Grace Sippy éua<br />
Olivier Sonck bel<br />
Martine Souren bel<br />
Magda Stawarska-Beavan pol<br />
Randi Annie Strand nor<br />
Andrew Super éua<br />
Waltrault Taenzler deu<br />
Lihie Talmor isr<br />
Nathalie Van de Walle bel<br />
Haomin Yang chn<br />
Marek Zajko pol<br />
Expositions temporaires<br />
Demandeurs d’avenir<br />
Du 17 avril au 22 mai 2015<br />
BUC (Bibliothèque Ulysse-Capitaine)<br />
/ Ouvert du lundi au vendredi, de 14 à 17 h, fermé le 1 er mai.<br />
/ 120, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 94 71<br />
/ www.lesmuseesdeliege.be<br />
Fruit de la collaboration entre le Centre<br />
d’accueil de la Croix-Rouge « L’Amblève », le<br />
service Animations des Musées de la Ville et<br />
le service de la Lecture publique de la Ville de<br />
<strong>Liège</strong>, l’exposition raconte le parcours des<br />
demandeurs d’asile à travers des livresobjets<br />
qu’ils ont créés. S’inspirant d’objets<br />
des collections des musées, les participants<br />
se sont exprimés en mots, puis en images<br />
sur leur histoire personnelle. Entre les pages<br />
de ces livres, ils ont gravé des souvenirs de<br />
leur vie et un nouvel avenir.<br />
Exposition intégrée dans le programme<br />
de la Fête de la Gravure 2015.<br />
FM et ÉS<br />
à gauche<br />
Derek Michael Besant, Gravity 8, 2013<br />
Impression à l’encre thermique UV sur voile.<br />
© D. M. Besant, Canada<br />
Jaco Putker, The Girls and the Divers, 2014<br />
Photogravure. © J. Putker, Pays-Bas.<br />
Grace Sippy, Slipping, 2013<br />
Impression digitale, eau-forte et aquatinte. © G. Sippy, ÉUA.<br />
en bas<br />
Atelier de création de livres « Demandeurs d’avenir ».<br />
à droite<br />
Lola Läufer, Cité du Parc Papier (détail), 2014<br />
Impression jet d’encre et fineliner sur papier. © Lola Läufer.<br />
Impressions givrées<br />
de Lola Läufer<br />
Du 28 février au 26 avril 2015<br />
Grand Curtius<br />
/ Ouvert de 10 à 18h, fermé les mardis<br />
/ 136, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 68 40<br />
/ www.grandcurtiusliege.be<br />
La lauréate de la Biennale de Gravure 2013<br />
présente au Palais Curtius ses récentes<br />
impressions sur soie, plexiglas ou papier.<br />
À l’origine des impressions à jet d’encre de<br />
Lola Läufer, il y a d’abord une idée visuelle.<br />
Ces répétitions de champs, de bandes et de<br />
motifs suivent toutefois leur propre voie durant<br />
la suite du processus de création. La frontière<br />
entre l’idée de départ et les possibilités technologiques<br />
chavire constamment : l’incompatibilité<br />
entre l’imprimante de bureau ordinaire<br />
et le support d’impression inapproprié laisse<br />
des traces sur la texture délicate de la soie :<br />
taches, bavures et alignements décalés constituent<br />
les éléments imprévisibles de son travail.<br />
Les accidents et imperfections donnent lieu à<br />
des œuvres tout à fait uniques, dont la palette<br />
délicate aux tons pastel renforce la légèreté<br />
et la luminosité de ces compositions abstraites.<br />
Marouflées sur plexiglas, leur transparence<br />
floue et brumeuse crée un univers paisible et<br />
chaleureux dans lequel il est doux de se<br />
promener.<br />
Wan Zhang chn<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
26<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
27
J’ai du bon tabac<br />
Collection Rappe<br />
Jusqu’au 29 mars 2015<br />
Musée d’Ansembourg<br />
/ Ouvert de 10 à 18 h, du jeudi au dimanche<br />
/ 114, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 94 02<br />
/ www.lesmuseesdeliege.be<br />
L’art de fumer est ancestral, mais le tabac<br />
n’est connu que depuis la découverte de<br />
l’Amérique. De son arrivée en Europe par<br />
l’Espagne et le Portugal, son utilisation dans<br />
la société a été une traînée de poudre. C’est<br />
en premier à la bonne société de l’époque<br />
que revint le privilège d’en consommer. De<br />
nombreux objets de toutes matières et de<br />
tous types ont été conçus pour priser le<br />
tabac en poudre, le fumer en feuille ou le<br />
mâcher. La faïencerie de Delft, alors au faîte<br />
de sa gloire, n’a pas mis longtemps pour<br />
produire des pots adaptés à la conservation<br />
du tabac, lequel ne doit être ni trop sec ni<br />
trop humide pour être fumé.<br />
Stéphane Cassoth<br />
Du 2 avril au 3 mai 2015<br />
Musée d’Ansembourg<br />
/ Ouvert de 10 à 18 h, du jeudi au dimanche<br />
/ 114, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 94 02<br />
/ www.lesmuseesdeliege.be<br />
La force, le mystère et l’inexplicable<br />
complexité du vivant, tous ces systèmes,<br />
structures qui nous entourent et nous<br />
constituent, cachés dans les tréfonds du<br />
fondamentalement petit et de l’infiniment<br />
grand, s’organisent, communiquent.<br />
Ils nous parlent, agissent sur nous et nous<br />
intègrent dans leur univers. Il ne nous reste<br />
plus qu’à les sentir, les écouter pour nous<br />
découvrir en tant que système complexe en<br />
interaction. Nombreuses sont les portes<br />
d’accès, à chacun d’utiliser celle qui lui<br />
convient ou de développer la sienne. Dans<br />
tous les cas, la sculpture, de tous les temps<br />
et de toutes les formes, témoigne en<br />
Expositions temporaires<br />
Christian Satin,<br />
peintre et architecte<br />
Jusqu’au 15 mars 2015<br />
Grand Curtius<br />
/ Ouvert de 10 à 18h, fermé les mardis<br />
/ 136, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 68 40<br />
/ www.grandcurtiusliege.be<br />
Christian Satin nous plonge dans une nouvelle<br />
expression qu’il dénomme le « transsurréalisme<br />
». Il peint avec la volonté d’effacer<br />
les frontières entre les mondes réel et imaginaire.<br />
Architecte depuis quarante-cinq ans,<br />
il a notamment participé à la restauration du<br />
« Grand Curtius » où il expose aujourd’hui.<br />
Le Bassinia de Huy<br />
Jusqu’au 19 avril 2015<br />
Grand Curtius, salle d’actualité<br />
des fouilles archéologiques de la Région wallonne<br />
/ Ouvert de 10 à 18h, fermé les mardis<br />
/ 136, rue Féronstrée / +32 (0)4 221 68 40<br />
/ www.grandcurtiusliege.be<br />
La fontaine de la Grand-Place de Huy a été<br />
érigée en 1406 ; elle est classée depuis 1933<br />
et fait partie du patrimoine exceptionnel de<br />
Wallonie. L’eau qui alimente la fontaine est<br />
captée dans le quartier Sainte-Catherine à<br />
1 km de la place, dans la vallée du Hoyoux.<br />
Elle s’écoule par gravité sous les anciennes<br />
voiries où la conduite de plomb est protégée<br />
par un caniveau en pierre. Le monument du<br />
captage et le site parcouru par le chenal<br />
d’adduction sont classés depuis 2013 et<br />
font l’objet des études archéologiques<br />
nécessitées par les travaux urbains.<br />
L’exposition résume l’histoire du Bassinia et<br />
ses transformations, mieux comprises après<br />
Avec la présentation de cette exceptionnelle<br />
matérialisant l’invisible de notre besoin<br />
les travaux de restauration et de recherche<br />
collection de plus de cent-soixante pots à<br />
impérieux de transcendance.<br />
(analyses effectuées sur les bronzes médié-<br />
tabac, nous traversons un morceau d’histoire<br />
tout en profitant de l’excellence technique des<br />
Stéphane Cassoth<br />
vaux, résultats des interventions archéologiques,<br />
à la source comme à la fontaine et<br />
manufactures de faïence comme Bruxelles,<br />
sur le chenal d’adduction).<br />
Rouen, Lille, Bordeaux, Saint-Omer, etc. qui,<br />
aux 18 e et 19 e siècles, fabriquaient pour les<br />
plus grands.<br />
Service de l’Archéologie<br />
de la Région wallonne<br />
D’après Cédric Piechowski,<br />
conservateur du musée<br />
de la Céramique d’Andenne<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
28<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
29
Jean-Luc Schütz<br />
Conservateur,<br />
département d’archéologie,<br />
Grand Curtius<br />
Le gisement archéologique<br />
de Sainte-Walburge (<strong>Liège</strong>)<br />
1. 2.<br />
3.<br />
4.<br />
5. 6.<br />
Il y a un peu plus d’un siècle, le géologue<br />
et préhistorien français Louis Victor<br />
Commont (1866-1918), connu pour ses<br />
recherches méthodiques sur les dépôts<br />
quaternaires de la vallée de la Somme,<br />
découvrait le gisement préhistorique de<br />
Sainte-Walburge, un des trente-et-un<br />
sites en plein air majeurs de Belgique<br />
pour le Paléolithique moyen 1 .<br />
Venu en septembre 1911 sur les hauteurs de <strong>Liège</strong> pour y examiner le « limon hesbayen<br />
», il recueillit dans une carrière de sable exploitée par la société « Veuve L.<br />
Dupont et A. Ghaye 2 » (fig. 1, 2) des silex taillés de facture moustérienne 3 . Il fit aussitôt<br />
part de sa découverte à Marcel De Puydt (1855-1940), archéologue amateur et<br />
membre de l’Institut archéologique liégeois, qui se rendit sur le site et découvrit, le<br />
1 er novembre 1911, comme l’atteste la prise de date (fig. 3), à la base du limon, un<br />
second niveau de silex taillés, appelé niveau inférieur.<br />
À cette époque, près des trois quarts de la superficie de la carrière de sable avaient<br />
déjà été exploités 4 , ayant irrémédiablement détruit une partie importante du gisement.<br />
Une coupe stratigraphique dressée par le géomètre Ghaye, exploitant de la<br />
sablière, nous indique que la couche de limon recouvrant les sables, dans laquelle<br />
se trouvaient les artefacts 5 , atteignait jusqu’à 9,10 m d’épaisseur ! (fig. 4)<br />
Sur un cliché pris le 14 novembre 1911 par le photographe G. Janssens (fig. 5),<br />
on aperçoit Marcel De Puydt, accroupi, fouillant le niveau inférieur. Dans ce niveau,<br />
furent découverts, malgré l’exploitation avancée de la carrière, quelque 8 000 artefacts<br />
parmi lesquels quelques bifaces (fig. 6). Le préhistorien Joseph Hamal-Nandrin (1869-<br />
1958), alors conservateur-adjoint de l’Institut archéologique liégeois, indique aussi,<br />
du bout de sa canne, la position d’un cailloutis à silex taillés vers le milieu des limons.<br />
Dans la carrière de sable dite du Château de Xhovémont exploitée par la<br />
même firme, Marcel De Puydt découvrit en février, mars et avril 1912, des artefacts<br />
en silex de même nature que ceux découverts quelques mois plus tôt. De toute évidence,<br />
il s’agissait du même gisement qui s’étendait en direction d’Ans et de Rocourt,<br />
comme le confirment quelques découvertes fortuites d’artefacts.<br />
Le gisement de Sainte-Walburge est un des rares sites du Nord-Ouest européen à<br />
dater de l’interglaciaire Éémien (110000 ans avant notre ère). Considéré comme un<br />
vaste atelier de taille ayant exploité le silex de manière quasi exclusive, il a livré une<br />
industrie lithique composée de nombreux produits de débitage (essentiellement des<br />
déchets de taille) et caractérisée par la rareté de l’outillage.<br />
Deux méthodes de débitage ont été mises en évidence. À côté du débitage<br />
classique sur éclat (qui prédomine), existe une nette tendance au débitage laminaire.<br />
Cette méthode, qui apparaît dans la phase<br />
1. Kevin Di Modica, Les productions lithiques du Paléolithique<br />
récente du Paléolithique moyen et qui sera<br />
moyen de Belgique. Variabilité des systèmes d’acquisition<br />
et des technologies en réponse à une mosaïque d’environnements<br />
contrastés, thèse de doctorat présentée à l’ULg<br />
employée de manière systématique durant<br />
le Paléolithique supérieur, consistait à produire<br />
des lames servant de support à des<br />
et au <strong>Museum</strong> national d’Histoire naturelle, 2010, p. 92.<br />
2. La sablière se situait entre les rue Bontemps, Vieille-Voiede-Tongres<br />
et Jean-de-Wilde.<br />
outils variés.<br />
•<br />
3. Le Moustérien est la principale culture du Paléolithique moyen<br />
(- 300000 à - 35000). Ce terme fut donné par l’archéologue<br />
Gabriel de Mortillet à l’industrie lithique mise au jour dans<br />
l’abri sous roche du Moustier (Dordogne, France).<br />
4. L’exploitation de la sablière a commencé en mars 1905.<br />
5. Marguerite Ulrix-Closset, Le Paléolithique moyen dans le<br />
bassin mosan en Belgique, Universa, Wetteren, 1975, p. 123.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
30<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
31
Philippe Joris<br />
Conservateur,<br />
département des armes,<br />
Grand Curtius<br />
Fusil de grand luxe réalisé en 1865<br />
Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles<br />
Acquisition du département des armes du Grand Curtius<br />
Ce fusil de grand luxe réalisé en 1865 par Pierre Joseph-Lemille et décoré par Joseph<br />
Boussart, est la première arme reconnue comme trésor de la Fédération Wallonie-<br />
Bruxelles. À la base, il s’agit d’un fusil de chasse pour cartouches à broche, à deux<br />
canons juxtaposés de calibre 16, un modèle courant à l’époque mais que distingue<br />
une présentation exceptionnelle qui en fait un chef-d’œuvre de ciselure et d’incrustation<br />
d’une qualité remarquable.<br />
L’arme fut présentée par le fabricant d’armes Pierre-Joseph Lemille à l’Exposition<br />
universelle de Paris en 1867, en même temps qu’une autre très semblable, décorée<br />
par Cuvelier. Lemille fut en 1882 le fondateur du Musée d’Armes, installé alors dans<br />
l’ancien hôtel de Hayme de Bomal.<br />
En 2013, la Ville de <strong>Liège</strong> a acquis un fusil<br />
ayant appartenu au graveur sur armes René<br />
Delcour (1930-2012) et qui était en possession<br />
d’un parent du défunt. L’histoire de cette<br />
arme n’a pu être totalement élucidée.<br />
À la base, il s’agit d’un modèle liégeois<br />
courant : l’École d’armurerie de <strong>Liège</strong> (Institut<br />
Léon-Mignon) les acquérait bruts auprès des<br />
Fabriques Armes Unies de <strong>Liège</strong> (entreprise<br />
aujourd’hui disparue), les élèves de l’école<br />
étant chargés de les terminer à titre d’exercice<br />
1 . Notre fusil a été offert à René Delcour<br />
en 1973, peut-être pour célébrer ses dix ans<br />
d’enseignement au sein de l’École. Les noms<br />
de ceux qui ont participé à sa réalisation sont<br />
gravés sur la queue de sous-garde : J. Deliège,<br />
Fr. Barchy, P. Roland, J. Meale, A. Dimarco,<br />
J. Morai, J.-M. Smets, Semmeling. Les initiales<br />
entrelacées de René Delcour sont<br />
incrustées en or sur le pontet. Ce fusil montre<br />
quelques-unes des différentes techniques de<br />
décor que l’on peut appliquer à une arme à<br />
feu : gravure en taille douce, à fond creux,<br />
ciselure, incrustations.<br />
René Delcour comptait dans l’élite de la gravure<br />
sur armes à <strong>Liège</strong>. Il a suivi les cours de<br />
l’École d’armurerie de <strong>Liège</strong> avant de rejoindre<br />
la FN comme apprenti-graveur en 1946. En<br />
1963, il a quitté l’entreprise herstalienne pour<br />
devenir professeur de gravure à l’École<br />
d’Armurerie, fonction qu’il a occupée jusqu’à<br />
sa retraite en 1992. Comme la plupart des<br />
graveurs liégeois, René Delcour a pratiqué<br />
tous les genres de gravure. Il a beaucoup<br />
fréquenté les États-Unis d’Amérique où il se<br />
rendait pour exécuter des commandes spéciales<br />
à la demande de marchands ou de<br />
collectionneurs. Ouvert aux innovations technologiques<br />
et artistiques, il se savait néanmoins<br />
limité par les contraintes d’un art<br />
décoratif soumis au goût d’une clientèle<br />
volontiers traditionaliste 2 .<br />
En dépit du caractère un peu « scolaire » de<br />
son exécution, c’est un des rares témoignages<br />
de gravure sur armes contemporaines<br />
au sein de nos collections. •<br />
Les canons sont en « damas torche », bronzés, fabriqués par le célèbre Léopold<br />
Bernard de Paris, dont la signature est frappée sous les culasses. Les parties métalliques<br />
sont décorées de ciselure et d’incrustations réalisées par Joseph Boussart.<br />
Ces incrustations d’or en relief se composent de rinceaux de style « néo-Renaissance »<br />
et d’animaux. Les marteaux des chiens sont ciselés en forme de chimères. Au pontet<br />
est ciselé en ronde-bosse un chien guettant un couple de perdreaux. L’extrémité de<br />
la clé est ciselée d’un feuillage, rehaussé d’un filet d’or. La monture est en noyer de<br />
qualité supérieure.<br />
Fusil de chasse de grand luxe, pour cartouches à broche,<br />
<strong>Liège</strong>, 1865. Et détail du pontet.<br />
GC.ARM.12a.1883.37621<br />
Fusil de chasse à canons juxtaposés et chiens extérieurs,<br />
calibre 12, École d’armurerie de <strong>Liège</strong>, 1973<br />
GC.ARM.12a.2013.004648<br />
Ce fusil compte parmi les plus belles pièces des collections du département des<br />
armes du Grand Curtius, qui est une des plus importantes collections d’armes en<br />
Europe et dont la présentation va se trouver totalement renouvelée au cours des<br />
prochains mois. Il illustre à merveille le savoir-faire des armuriers liégeois du 19 e siècle,<br />
qui constitue le « siècle d’or » de l’armurerie liégeoise. Les Liégeois pouvaient alors<br />
rivaliser avec les meilleurs artisans de Londres et de Paris. Cette industrie a fait (et<br />
fait encore dans une moindre mesure) la renommée de <strong>Liège</strong>.<br />
•<br />
1. Renseignements communiqués par M. René Desneux,<br />
directeur honoraire de l’École d’armurerie.<br />
2. Claude Gaier, « René Delcour. Un graveur sur armes et<br />
une carrière d’exception », dans Le Musée d’Armes n° 124,<br />
juillet 2012, p. 14-15.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
32<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
33
Philippe Joris<br />
Conservateur,<br />
département d’art religieux et d’art mosan,<br />
Grand Curtius<br />
Plaquette émaillée à décor de palmettes<br />
Acquisition au département d’art religieux et d’art mosan du Grand Curtius<br />
1.<br />
Le travail du métal a fait la renommée des ateliers mosans 1 aux 12 e et 13 e siècles.<br />
Comme leurs collègues rhénans, les artistes maîtrisaient des techniques particulièrement<br />
élaborées dans la confection d’œuvres affectées pour l’essentiel à des usages<br />
liturgiques – châsses, reliquaires, autels portatifs, reliures, croix, encensoirs… –, sans<br />
exclure pour autant des réalisations à caractère profane. Les orfèvres et les fondeurs<br />
mosans ont alors souvent transposé sur le plan matériel des programmes théologiques<br />
élaborés.<br />
2. 3. 4.<br />
1. Plaquette émaillée à décor de palmettes<br />
Région mosane, vers 1170.<br />
Cuivre émaillé et doré.<br />
GC.REL.10b.2012.004643<br />
2. Plaquette émaillée<br />
Région mosane, vers 1170.<br />
Paris, Musée du Louvre, OA 10028.<br />
© Musée du Louvre<br />
3. Plaquette émaillée<br />
Région mosane, vers 1170.<br />
Paris, Musée du Louvre, OAR 357.<br />
© Musée du Louvre<br />
4. Plaquette émaillée<br />
Région mosane, vers 1170-1180.<br />
Ancienne collection Brummer.<br />
5. Phylactère<br />
Région mosane, 12 e s.<br />
Namur, Musée diocésain et Trésor<br />
de la cathédrale Saint-Aubain.<br />
© KIK-IRPA, Bruxelles<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
34<br />
5.<br />
1. Sur la question du territoire de l’art mosan, on lira : Sophie<br />
Balace, « L’art mosan versus l’art de la France du Nord.<br />
Essai historiographique », dans Une renaissance. L’art entre<br />
Flandre et Champagne. 1150-1250, Paris, RMN, 2013,<br />
p. 37-55.<br />
2. Sotheby’s. European Sculptures & Work of Art, Medieval<br />
to Modern, Londres, 3 juillet 2012, lot n° 11 « Decorative<br />
Lunette ».<br />
3. Heather Egan, « Les phylactères mosans : notes sur leur<br />
signification métaphorique et fonctionnelle », dans Benoît<br />
Van Den Bossche et Jacques Barlet (dir.), L’art mosan.<br />
<strong>Liège</strong> et son pays à l’époque romane du xi e au xiii e siècle,<br />
<strong>Liège</strong>, Éditions du Perron, 2007, p. 152-153.<br />
4. The Ernest Brummer Collection. Medieval, Renaissance and<br />
Baroque Art, vol. 1, Galerie Koller, Zurich, 16-19 octobre<br />
1979, lot n° 200, p. 300-301.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
35<br />
À côté des techniques du repoussé-ciselé, de la gravure, du filigrane, du nielle, du<br />
vernis brun, du sertissage des pierreries, celle de l’émaillerie champlevée fut particulièrement<br />
maîtrisée par ces artistes qui la portèrent à un degré de raffinement inégalé<br />
jusqu’alors. « Cette technique consiste à appliquer, dans les alvéoles creusées dans<br />
l’épaisseur d’une plaque de cuivre, une matière vitreuse composée d’une masse incolore<br />
transparente, de nature cristalline (la fritte ou fondant), additionnée de colorants<br />
constitués d’oxydes métalliques. Opacifié à l’aide d’oxyde d’étain, l’émail est obtenu<br />
par passages successifs au four de cuisson, aux environs de 800°. Le métal laissé<br />
en réserve est ensuite doré » (Albert Lemeunier).<br />
À côté d’œuvres complètes qui témoignent de la profondeur des programmes iconographiques<br />
illustrés à cette époque, subsiste une grande quantité d’émaux isolés,<br />
vestiges d’objets démembrés. Cette plaquette (fig. 1), acquise en vente publique 2<br />
par l’asbl « Les Amis du MARAM », est du nombre. Malgré quelques lacunes, on<br />
pourra apprécier la subtile manière dont les couleurs sont savamment et harmonieusement<br />
juxtaposées au sein d’une même alvéole. Elle est semblable à deux<br />
plaques émaillées conservées au Musée du Louvre (fig. 2 et 3) et est sans doute un<br />
fragment de phylactère. Les phylactères (terme appliqué par les érudits du 19 e siècle)<br />
sont des reliquaires de forme généralement lobée ou discoïde. Le terme dérive de<br />
phylacterium, qui provient du grec phulassein (garder, conserver). Beaucoup d’entre<br />
eux sont munis d’un anneau, ce qui donne à penser qu’ils pouvaient être suspendus<br />
au-dessus d’un autel voire portés autour du cou. D’autres sont munis d’un pied de<br />
manière à pouvoir être posés sur l’autel 3 .<br />
D’autres plaques semi-circulaires sont connues : ainsi celles de l’ancienne collection<br />
Ernest Brummer 4 (fig. 4). Le phylactère incomplet conservé au Musée diocésain de<br />
Namur (fig. 5) donne une indication de la disposition habituelle de ces plaques émaillées.<br />
Quant au décor de palmettes, il est assez courant dans l’art rhéno-mosan. •
Soo Yang Geuzaine<br />
Département des arts décoratifs,<br />
Grand Curtius<br />
Jean-Remy de Chestret (1739-1809)<br />
Bourgmestre de <strong>Liège</strong> et figure emblématique dans l’affaire des jeux de Spa<br />
Le Grand Curtius abrite une œuvre peu<br />
connue de Léonard Defrance (1735-<br />
1805), qui gagne à être mise en lumière.<br />
Il s’agit du portrait d’un personnage<br />
d’importance que <strong>Liège</strong> a compté,<br />
Jean-Remy de Chestret (1739-1809).<br />
Un nom Jean-Remy de Chestret, chevalier du Saint-Empire,<br />
baron de Haneffe, seigneur de Donceel, Stiers, Ferrières, Harduémont,<br />
élu bourgmestre de <strong>Liège</strong> à deux reprises, en 1784 et 1789, commandant de<br />
la garde patriotique bourgeoise et colonel commandant le régiment municipal<br />
pendant la Révolution, membre du Corps législatif sous l’Empire<br />
Il est né à <strong>Liège</strong> le 15 mars 1739 et mort à Paris le 3 juillet 1809. Il entre dans<br />
la Société d’Émulation en 1784. Son ambition est de jouer un rôle dans l’État.<br />
Il fait partie de l’octovirat du Tribunal des XXII qui, le 4 août 1787, est favorable<br />
au dernier recours de Redouté dans l’affaire des jeux de Spa. Les douze décrétés<br />
de prise de corps sont Redouté et onze autres citoyens, dont la cause, liée à celle<br />
des XXII, est défendue avec succès en 1787 par Chestret à la Cour impériale de<br />
Wetzlar contre le prince-évêque de <strong>Liège</strong> Hoensbroeck. Il est bourgmestre de <strong>Liège</strong><br />
à la Révolution de 1789 et membre du Corps législatif sous l’Empire.<br />
Il figure comme Compagnon lors de la création de la loge La Parfaite Intelligence<br />
dès 1771 et, comme Rose-Croix, il compte parmi les réédificateurs de la loge,<br />
puis du Chapitre en 1806.<br />
Une rue C’est en 1854 que le Conseil communal décrète l’ouverture d’une voie,<br />
allant de l’actuelle place de Bronckart à la rue du Plan-incliné, en lui donnant douze<br />
mètres de largeur. L’exécution est entreprise en 1857. En 1866, elle reçoit la dénomination<br />
« rue de Chestret ».<br />
Léonard Defrance, Portrait de Jean-Remy de Chestret, 1788<br />
Huile sur bois, 12 × 9 cm. Ci-desssus : à taille réelle.<br />
Grand Curtius. GC.ADC.05b.1911.61555 (CAP/1213)<br />
« Honneurs funèbres rendus dans la R... L... de la Parfaite<br />
Intelligence à l’Or... de Liege, le 25 e jour du 3 e mois de l’an<br />
de la V... L... 5812 », <strong>Liège</strong>, 1812. Coll. privée.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
36<br />
Bibliographie<br />
A. Borgnet, Histoire de la Révolution liégeoise de 1789,<br />
2 volumes, <strong>Liège</strong>, 1865.<br />
Fr. Dehousse, M. Pacco, M. Pauchen, Léonard Defrance.<br />
L’œuvre peint, <strong>Liège</strong>, 1985.<br />
Th. Gobert, « Rue de Chestret », dans <strong>Liège</strong> à travers les<br />
âges. Les rues de <strong>Liège</strong>, tome IV, rééd. illustrée, Bruxelles,<br />
1975-1978, p. 168-169.<br />
H. Helbig et M. Grandjean, Catalogue des collections<br />
léguées à la Ville de <strong>Liège</strong> par Ulysse Capitaine, tome III,<br />
<strong>Liège</strong>, 1872, n° 1236, p. 84.<br />
J. Helbig, « La collection de tableaux appartenant à Henkart,<br />
Defrance et Fassin », dans Bulletin de l’Institut archéologique<br />
liégeois, tome XVI, 1882, p. 387-403.<br />
A. Le Roy, « Chestret (Jean Remy de) », dans Biographie<br />
nationale publiée par l’Académie royale des Sciences, des<br />
Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, tome IV, Bruxelles,<br />
1873, p. 55-73.<br />
Papiers de Jean-Remi de Chestret pour servir à l’Histoire de<br />
la Révolution liégeoise (1787-1791) publiés par un de ses<br />
descendants, <strong>Liège</strong>, 1881-1885.<br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
37<br />
Un portrait Parmi les importantes collections léguées à la Ville de <strong>Liège</strong> par Ulysse<br />
Capitaine (1828-1871), membre fondateur de l’Institut archéologique liégeois, se<br />
trouve un portrait de Jean-Remy de Chestret peint par Léonard Defrance.<br />
Léonard Defrance (1735-1805), ami de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806),<br />
s’affirme être le meilleur peintre de genre du 18 e siècle liégeois finissant. Son nom est<br />
souvent associé à la démolition de la cathédrale Saint-Lambert par les révolutionnaires<br />
liégeois. Il s’intéresse aux évolutions politiques de son temps et se lie d’amitié avec<br />
des révolutionnaires liégeois dont Jean Nicolas Bassenge et Pierre Joseph Henkart.<br />
Se retirant de la vie politique, Defrance devient professeur de dessin à l’École centrale<br />
et fonde, avec Nicolas Henri Joseph de Fassin (1728-1811), l’Académie des Beaux-<br />
Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
Léonard Defrance a peint d’autres portraits de Jean-Remy de Chestret, mais<br />
notons que cette miniature a appartenu à Pierre Joseph Henkart, ami du peintre. La<br />
peinture à l’huile montre Jean-Remy de Chestret à mi-corps de trois quarts à dextre.<br />
Il est coiffé d’une perruque à rouleaux et vêtu d’un costume rouge avec jabot de<br />
dentelle. De la main gauche, il indique un papier sur lequel on lit : « Sauf Conduit //<br />
pour les 12 // Décrétés // 1788 », allusion claire aux événements spadois. À gauche du<br />
papier, une branche de chêne. Derrière le personnage, à sa gauche, son bâton magistral<br />
armorié et daté 1784. On peut dès lors considérer que le tableau est antérieur<br />
à l’Heureuse Révolution qui verra Jean-Remy de Chestret et Jacques-Joseph Fabry<br />
(1722-1798) accéder au mayorat le 18 août 1789.<br />
•
Régine Rémon<br />
Première conservatrice,<br />
BAL<br />
Une aquarelle de Delacroix<br />
Souvenir d’Alger un jour d’octobre 1832<br />
En janvier 1832, à 34 ans, Eugène Delacroix quitte son atelier situé quai Voltaire à<br />
Paris, pour se rendre au Maroc. Jusqu’alors, l’artiste n’a guère quitté son pays, si ce<br />
n’est pour un court séjour en Angleterre. Il vient de terminer une de ses œuvres<br />
majeures, La liberté guidant le peuple, qui commémore la Révolution de Juillet, et ne<br />
reçoit qu’un accueil mitigé au Salon de 1831. Déçu, Delacroix se met à rêver à<br />
d’autres cieux ensoleillés et lumineux.<br />
Aussi, quand le comte Charles-Henry de Mornay lui propose de l’accompagner<br />
dans la mission diplomatique organisée par Louis-Philippe à la suite de la conquête<br />
de l’Algérie par les Français en 1830, le peintre accepte aussitôt. Il prépare<br />
minutieusement son matériel de peintre et de dessinateur, convaincu de l’opportunité<br />
de capter un maximum d’informations sur le vif : architecture, paysages, habitants,<br />
scènes d’intérieur, de rue, de chasse… Le voyage durera six mois, de janvier à juillet,<br />
et marquera en profondeur la production ultérieure de l’artiste : il y aura un avant et<br />
un après 1832.<br />
À bord du vaisseau La Perle, la délégation arrive à Tanger le 24 janvier. Le<br />
peintre se dit « tout étourdi, comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu’il<br />
craint de voir lui échapper ». Six semaines à Tanger, une expédition difficile à travers<br />
les collines à Meknès pour rendre visite au sultan, une courte excursion en Andalousie,<br />
à Cadix et Séville. Avant de reprendre la route de la France, Delacroix fait une escale,<br />
courte mais capitale, en Algérie, à Oran puis à Alger, où il séjourne quatre jours, du<br />
25 au 28 juin.<br />
Durant ces six mois, le peintre n’a de cesse de dessiner, de capter les couleurs, de<br />
noter des renseignements précis de lieu, d’ambiance, au crayon, à l’aquarelle ou à<br />
l’encre. Autant d’instantanés de la vie marocaine, appelés pour la plupart à devenir<br />
des compositions importantes peintes dans son atelier à Paris. Ces carnets « ont<br />
quelque chose d’imparfait, quelque chose de vivant, une sorte de dynamisme venant<br />
de la rapidité du mouvement, de l’apparition fugace des personnages, de la vie enroulée<br />
dans le tourbillon du temps », pour reprendre les termes de l’écrivain et poète<br />
marocain Tahar Ben Jelloun dans son vibrant hommage à Delacroix (Lettre à<br />
Delacroix, Gallimard, 2003). Cet immense travail, semblable à celui d’un documentaliste,<br />
fait aujourd’hui l’objet de sept carnets de croquis conservés au Louvre.<br />
L’aquarelle intitulée Femme d’Alger porte deux inscriptions : dans le coin inférieur<br />
droit, les initiales ED que l’on retrouve sur de nombreux croquis et, en haut à<br />
droite, la date « 9 xbre 1833 » (octobre), soit quinze mois après avoir quitté l’Algérie.<br />
De retour à Paris, le peintre nostalgique – « Paris m’ennuie profondément » –, restera<br />
fasciné par l’Orient : « À chaque pas, il y a des tableaux tout faits qui feraient la fortune<br />
et la gloire de vingt générations de peintres ».<br />
L’Algéroise, allongée sur un divan recouvert de coussins, est vue de dos dans<br />
un raccourci marqué, le visage tourné vers le spectateur. Elle porte une tunique sur<br />
un sarouel, pantalon court et bouffant, et des babouches. Aucun mobilier ou décor<br />
ne situe la scène, la partie droite du papier est laissée vierge. Les rehauts aquarellés<br />
dans une gamme dominante de rose et de gris pastel sont soulignés ça et là par des<br />
Cette Femme d’Alger est très peu<br />
connue. En dehors d’une présentation<br />
à l’église Saint-Mengold de Huy, dans le<br />
cadre de l’exposition Couleurs Orient en<br />
1999, elle n’a guère quitté le musée où<br />
elle a fait, dès son entrée dans les<br />
collections, l’objet d’une restauration et<br />
d’un conditionnement conformes aux<br />
normes muséales.<br />
Eugène Delacroix, Femme d’Alger, 1833<br />
Crayon, aquarelle et fusain sur papier, 200 x 258 mm.<br />
Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>,<br />
donation A. De Neuville.<br />
BA.CED. 23a.1996.27727<br />
Eugène Delacroix, Étude préparatoire pour<br />
Femmes d’Alger dans leur appartement<br />
Aquarelle et crayon.<br />
Paris, Musée du Louvre.<br />
Eugène Delacroix, Femmes d’Alger<br />
dans leur appartement, 1834<br />
Huile sur toile, 180 x 229 cm (détail).<br />
Paris, Musée du Louvre.<br />
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n° 9, février 2015<br />
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<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
39<br />
traits de fusain et de crayon rapidement esquissés, le tout avec nuance et légèreté.<br />
Par ses habits, son attitude lascive, cette femme d’Alger annonce le chef-d’œuvre de<br />
l’artiste peint un an plus tard, Femmes d’Alger dans leur appartement, premier grand<br />
tableau réalisé après le séjour marocain. Le tableau fait référence à l’épisode de la<br />
découverte d’un harem à Alger, ou plutôt de l’appartement privé d’un dignitaire turc,<br />
« moment de fascination et d’étrange bonheur ». Delacroix dessinera, plusieurs aprèsmidis<br />
durant, les courtisanes assises ou alanguies, bavardant ou fumant le narguilé.<br />
Exposée au Salon de 1834, l’œuvre reçoit une fois encore un accueil très mitigé,<br />
certains parlent de barbouillage, d’extrême négligence. Une deuxième version verra<br />
le jour quinze ans plus tard, en 1849 (actuellement conservée à Montpellier). Mais le<br />
tableau trouvera rapidement des admirateurs inconditionnels auprès de grands peintres,<br />
dont Cézanne, qui décrira « ces roses pâles et ces coussins brodés, cette babouche,<br />
toute cette limpidité […] vous entrent dans l’œil comme un verre de vin dans le gosier,<br />
et on en est tout de suite ivre », ou Renoir qui « sentait l’odeur des pastilles du sérail »<br />
ou encore Picasso qui en donnera plusieurs versions personnelles en 1954.<br />
Femmes d’Alger est entrée dans les collections communales liégeoises en 1996,<br />
par la donation d’Albert de Neuville. Celle-ci comporte aussi, parmi de multiples<br />
œuvres sur papier, un dessin au fusain de Vincent Van Gogh. Le mécène et industriel<br />
liégeois côtoie régulièrement les artistes liégeois Heintz, Maréchal, mais aussi Ensor.<br />
Il est à l’origine des salons triennaux et quadriennaux qui permirent à de nombreux<br />
artistes de se faire connaître. Président de la Société royale des Beaux-Arts, il entretient<br />
des relations suivies avec Antonin Terme à qui il achète l’aquarelle de Delacroix.<br />
D’origine lyonnaise, ce dernier séjourne à <strong>Liège</strong> de 1865 à 1885 où il joue un rôle<br />
actif au sein des institutions culturelles. Il participe à l’organisation de l’exposition<br />
d’Art ancien au pays de <strong>Liège</strong> en 1880 et est élu président de l’Institut archéologique<br />
liégeois en 1885, pour ensuite rejoindre Lyon où il est nommé conservateur au Musée<br />
industriel. Collectionneur dans l’âme, très sensible à l’orientalisme, il s’entoure d’objets<br />
orientaux, et acquiert plusieurs dessins de Delacroix en lien avec son séjour au Maroc,<br />
dont l’aquarelle aujourd’hui dans les collections liégeoises.<br />
•
Pauline Bovy<br />
Conservatrice<br />
adjointe à la Direction des musées<br />
Françoise Safin-Crahay<br />
Conservatrice,<br />
BAL<br />
Émile Alexandre (<strong>Liège</strong>, 1935-1973)<br />
Un peintre méconnu<br />
L’Occupant de Closon<br />
L’exposition qui a été présentée au<br />
Musée d’Ansembourg à l’été 2014, sur<br />
proposition de Halinka Jacuboswka,<br />
Marie-Claude Gaspard et Dominique<br />
Dauby, rassemblait une sélection inédite<br />
d’œuvres d’Émile Alexandre, réunies<br />
grâce à la complicité de son épouse et<br />
de leurs enfants Étienne et Emmanuelle.<br />
Formé à l’Académie des Beaux-Arts de<br />
<strong>Liège</strong> et licencié en histoire de l’art et<br />
archéologie de l’Université de <strong>Liège</strong>,<br />
Émile Alexandre s’est toujours considéré<br />
comme un autodidacte. Passionné par<br />
l’Antiquité grecque, étrusque et romaine,<br />
adepte du Nombre d’or, de métaphysique<br />
et d’ésotérisme, il a développé<br />
une peinture allant à contre-courant des<br />
styles en vogue, un style né-expressionniste,<br />
spontané, lyrique, presque fauve,<br />
rempli d’émotion et de mouvement.<br />
Rien, dans ses visages aux yeux tragiques,<br />
ou dans ses paysages aux<br />
couleurs explosives, n’est léger ou<br />
anecdotique. De ses toiles semblent<br />
jaillir un cri qui ne peut laisser indemne.<br />
Ce très beau dessin de 1914 amorce<br />
déjà le chemin vers l’abstraction à<br />
laquelle Closon adhérera définitivement<br />
en 1929. Offert récemment à la Fondation<br />
<strong>Liège</strong>-Patrimoine par Luc Lesaffer<br />
(de Blankenberge) à l’occasion du centenaire<br />
du début de la Première Guerre<br />
mondiale, mais aussi pour rendre à<br />
<strong>Liège</strong> l’œuvre d’un Liégeois, il a été mis<br />
en dépôt au BAL.<br />
Closon aimait la musique dans laquelle il<br />
baignait depuis son enfance. On pourrait<br />
dire qu’il pratiquait le contrepoint dans<br />
sa peinture en mêlant les couleurs et<br />
leurs complémentaires mais aussi dans<br />
ses dessins en faisant se côtoyer ou se<br />
superposer les droites et les courbes,<br />
scandées par des obliques. « Par la<br />
courbe on ajoute à la tension de la droite,<br />
on la valorise tout comme le féminin<br />
valorise le masculin » dit-il dans ses<br />
Entretiens (propos recueillis par Jacques<br />
Billot, 1964).<br />
Ici, seulement le nécessaire, pas de<br />
détail, pas d’effets de lumière. L’Unité,<br />
l’harmonie, les justes traits s’inscrivant<br />
dans l’espace pour arriver à l’essentiel.<br />
Émile Alexandre, Autoportrait,<br />
entre 1955 et 1957<br />
Huile sur toile, 55 x 60 cm.<br />
Coll. privée.<br />
Henri-Jean Closon, L’Occupant, 1914<br />
Encre de chine et crayon de couleur sur papier,<br />
17 x 12 cm.<br />
Henri-Jean Closon (<strong>Liège</strong> 1988 - Paris 1975) étudie<br />
les arts plastiques dans le Limbourg hollandais puis à<br />
<strong>Liège</strong>, Aix-la-Chapelle et Düsseldorf où, à 16 ans, il<br />
rencontre Auguste Macke. Tous deux se passionnent<br />
pour La Loi du contraste simultané de Chevreul et le<br />
Traité des couleurs de Goethe, ce qui leur permet de<br />
découvrir que l’harmonie naît du rapport entre les couleurs.<br />
Pratiquant la musique et le sport, Closon s’intéresse<br />
aussi au mouvement, au rythme et aux cadences.<br />
En 1914, soldat dans l’armée belge, il est fait prisonnier<br />
puis libéré. Jusqu’en 1921, date de son arrivée<br />
à Paris, sa peinture reste figurative, s’exprimant par<br />
la couleur mais aussi par la structure, surtout dans<br />
ses dessins, à l’instar de Cézanne qu’il admire. Il participe<br />
à la fondation de la Société des Beaux-Arts<br />
d’Antibes et, dès 1929, se tourne définitivement vers<br />
la non-figuratoin, devenant en 1932 membre actif du<br />
groupe Abstraction-Création.<br />
En 1935, il s’installe à Voiron (Isère) où il vit très simplement<br />
tout en participant à de nombreuses expositions,<br />
à Paris principalement, jusqu’en 1954, date de<br />
son retour à la capitale. Entretemps, il est naturalisé<br />
Français (1952). Il meurt à Paris en 1975.<br />
Deux rétrospectives lui ont été consacrées à <strong>Liège</strong> :<br />
en 1969 au Musée des Beaux-Arts et en 1989 à la<br />
Salle Saint-Georges.<br />
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Catherine Galimont<br />
Historienne de l’art,<br />
cellule Art public<br />
de la Ville de <strong>Liège</strong><br />
La fontaine de la Tradition à <strong>Liège</strong><br />
La Fontaine de la Tradition située sur la<br />
Place du Marché, voisine du Perron, est<br />
un monument emblématique de <strong>Liège</strong>.<br />
Elle fut érigée en 1719. Son appellation<br />
actuelle provient des trois bas-reliefs en<br />
bronze apposés en 1931 qui évoquent<br />
d’anciennes coutumes liégeoises.<br />
Le monument est classé depuis 1936.<br />
Avant 1930, elle était appelée fontaine des Savetresses parce qu’autrefois, les jours<br />
de marché, se regroupaient autour d’elle les vendeurs de souliers (savetiers). Elle servit<br />
de base, à l’origine, à la statue du bourgmestre Bukman jusqu’à son enlèvement en<br />
1649.<br />
La construction en pierre, disposée sur un emmarchement qui englobe quatre vasques<br />
en forme de coquilles placées aux coins de la fontaine et qui recueillent l’eau<br />
jaillissant des mascarons à visage humain, a été entreprise par I. J. Cramillon.<br />
Sur la porte de bronze, placée sur une des faces, on trouve les armoiries du<br />
prince Joseph-Clément de Bavière (1671-1723) et le nom des bourgmestres<br />
régents N. D. de Trappé et J. M. de Lambinon, ainsi que l’inscription « faite<br />
par Pierre Levache » qui révèle le nom du fondeur de la porte.<br />
Trois autres panneaux en bronze furent placés en 1930. Ils représentent<br />
en bas-relief des scènes de la vie populaire liégeoise : le<br />
cramignon (farandole), les marionnettes, les botteresses<br />
(femmes transportant des produits au moyen d’une<br />
hotte) et les côtiresses (maraîchères). Ceux-ci sont<br />
l’œuvre du statuaire Georges Petit. L’ensemble s’achève<br />
par un couronnement mouluré, à nouveau orné de blasons<br />
et surmonté de la pomme de pin. Toute l’enveloppe extérieure<br />
est en pierres bleues. Les calcaires d’origine sont du<br />
type « calcaire de Meuse ». Tous les remplacements tardifs,<br />
ainsi que les greffes et « bouchons », sont en « petit granit ».<br />
Les travaux de démontage ont révélé l’existence, sous le niveau<br />
de la fontaine existante, de deux autres fontaines, plus<br />
anciennes (milieu du 17 e siècle et 16 e siècle). Il est presque<br />
certain que sous cette fontaine se situe un point d’eau médiéval.<br />
La place du Marché constituait donc un point central<br />
pour la distribution ou la prise d’eau dans le quartier, en plein<br />
cœur historique de la ville.<br />
L’épopée de la restauration<br />
2003 Travaux de sécurisation en maintenance.<br />
2004 Ouverture du certificat de Patrimoine (août).<br />
2006 Réalisation des études préalables de stabilité et de l’état<br />
sanitaire des pierres à la demande<br />
de la Région wallonne.<br />
2007 Désignation d’un bureau d’études<br />
(TGI) pour seconder la Ville de <strong>Liège</strong><br />
dans la rédaction des clauses techniques<br />
du cahier spécial des charges.<br />
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2008 Clôture du certificat de patrimoine (juillet).<br />
2009 Délivrance du certificat de patrimoine (juin) et introduction du permis d’urbanisme<br />
(août).<br />
2010 Obtention du permis d’urbanisme (janvier).<br />
Les trois dossiers d’adjudication (démontage, bronzes et petit granit) sont envoyés<br />
à la Direction de la Restauration du Patrimoine pour demande de subsides (février).<br />
Nouvelle inscription budgétaire (150 000 e) pour le marché global sur le budget<br />
2011 (septembre).<br />
2012 Début de la restauration, octroi des subsides par le Ministre du Patrimoine (mai),<br />
démontage de la fontaine (juin), découverte de structures de fontaines plus anciennes<br />
entraînant des relevés complémentaires par le service de l’Archéologie<br />
du Service public de Wallonie (juillet) et démontage de la structure du 17 e siècle.<br />
2013 Restauration des quatre-vingt huit pièces constituant la fontaine en atelier (janvierseptembre),<br />
première phase de remontage : marches et vasques (octobre).<br />
2014 Deuxième phase de remontage : pierres du corps central et dôme ; mise en<br />
place de la structure métallique interne ; sablage final et joints de finition ; préparation<br />
des fontainiers pour remise en fonction, placement des coquilles et des<br />
bronzes ; placement du coffret électrique ; sablage et joints de finition des marches<br />
et des vasques (avril) et finitions fontainiers et nettoyage des abords (mai).<br />
Inauguration le 8 mai 2014.<br />
La méthodologie de la restauration<br />
L’étude de stabilité et l’étude sanitaire des pierres avaient révélé un état de dégradation<br />
avancé et une fatigue générale de la structure qui avait tendance à s’ouvrir.<br />
La méthodologie de restauration proposée fut un démontage minutieux complet de<br />
l’édifice et le transport des éléments en atelier. Les pierres ont ensuite été examinées<br />
afin de déterminer le traitement à appliquer : remplacement à l’identique, réparation<br />
au mortier minéral, pose de greffons, …. L’option de restauration fut la moins interventionniste<br />
possible, l’optique générale étant de préserver au maximum les éléments<br />
authentiques. Le comité d’accompagnement a ensuite validé tous les choix de remplacement<br />
ou de réparations des éléments dégradés. Sur les 88 pierres qui constituent<br />
la fontaine, 70 ont dû subir une intervention dont 21 pierres ont dû être entièrement<br />
remplacées.<br />
Les panneaux et les mascarons en bronze ont été confiés à un artisan restaurateur<br />
pour un nettoyage complet et des interventions localisées.<br />
L’objectif de cette restauration à l’identique est de restituer la fonction première de<br />
la fontaine en rétablissant la circulation d’eau en circuit fermé. Ces travaux doivent<br />
permettre d’assurer la pérennité de cet édifice et de lui rendre l’harmonie esthétique<br />
qu’il avait perdue.<br />
En haut : démontage, été 2012.<br />
Ci-contre : restauration en atelier,<br />
2013.<br />
En bas : remontage, 2013-2014.<br />
L’équipe de restauration<br />
Ville de <strong>Liège</strong><br />
- Catherine Galimont, coordinatrice,<br />
historienne de l’art à la cellule Art public.<br />
- Frédéric Nandrin, dessinateur.<br />
Tailleurs de pierre<br />
- Guillaume Stassar et Philippe Deward, qui travaillent<br />
à temps plein depuis deux ans sur le<br />
projet, aidés ponctuellement par toute l’équipe,<br />
composée de huit autres ouvriers et leurs<br />
responsables Christian Hulsen, Frédéric<br />
Bronckart et Henri Becks.<br />
Fontainiers<br />
- Marc Claesen et Luc Paternotre<br />
et leurs ouvriers-fontainiers.<br />
- 1 ère division de voirie et leur responsable<br />
Sébastien Lemaire.<br />
Adjudicataires<br />
- Bureau d’études TGI, Yves Jacques et Xavier<br />
Tonon.<br />
- Entreprise Liégeois (manutention) : 5 ouvriers et<br />
leur responsable, Bernard Allelyn.<br />
- Entreprise Métafose (restauration des bronzes) :<br />
Derek Biront.<br />
Comité d’accompagnement<br />
du Certificat de Patrimoine<br />
- Géraldine Chaîneux et Nadine Reginster (SPW-<br />
Direction de la Restauration du Patrimoine).<br />
- Francis Tourneur (Commission royale des Monuments,<br />
Sites et Fouilles).<br />
- Le Service de l’Archéologie de la Province de<br />
<strong>Liège</strong> (SPW), Guillaume Mora-Dieu.<br />
La Ville de <strong>Liège</strong> a opté pour un partenariat public-privé. Elle a fait appel à des entreprises<br />
spécialisées pour les phases de manutention, transport, démontage mais a<br />
confié la restauration de la fontaine au savoir-faire de ses services communaux,<br />
notamment au service des tailleurs de pierre et au service des fontainiers spécialement<br />
formés pour l’occasion au Centre de Perfectionnement des Métiers du Patrimoine<br />
de la Paix-Dieu.<br />
•<br />
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Régine Rémon<br />
Première conservatrice,<br />
BAL<br />
Jean-Luc Herman<br />
est mort ce 14 août 2014, en toute discrétion, à son image.<br />
Quoique originaire de Theux, où il est né en<br />
1936, et installé à Paris depuis de nombreuses<br />
années, Jean-Luc Herman s’est toujours<br />
senti Liégeois dans l’âme.<br />
C’est à l’Académie royale des Beaux-Arts de<br />
<strong>Liège</strong> qu’il suit sa première formation artistique.<br />
En 1959, il s’inscrit à Paris, à l’École<br />
Estienne, école supérieure des arts et industrie<br />
graphiques, spécialisée dans les métiers<br />
de l’imprimerie, du design de communication<br />
et des métiers d’art du livre. C’est de cette<br />
période que date son attrait pour le livre<br />
d’artiste et sa collaboration avec des écrivains<br />
et poètes. Peu après, il est appelé à travailler<br />
avec André Malraux pour la collection L’Univers<br />
des Formes, aux éditions Gallimard. Il<br />
évoque volontiers cette collaboration, qui durera<br />
sept ans, de 1962 à 1969, comme étant une<br />
période riche en contacts et découvertes.<br />
Dès 1971, Jean-Luc Herman commence à<br />
exposer dans divers lieux, à Paris, Genève,<br />
Marseille, au Canada, à Bruxelles et <strong>Liège</strong>. De<br />
cette première période, datent des pastels et<br />
aquarelles où la couleur joue déjà un rôle<br />
dominant. En superposant des bandes colorées,<br />
il évoque de larges horizons, sans verdure,<br />
sans présence humaine, rien que « des<br />
aubes passagères déjà prémonitoires des<br />
plénitudes lumineuses postérieures » (Claude<br />
Lorent, 1996). Les eaux-fortes, lithographies<br />
et sérigraphies de cette décennie relèvent de<br />
la même démarche.<br />
En 1965, l’artiste choisit d’illustrer un ouvrage<br />
de Federico Garcia Lorca, Huit poèmes sur la<br />
nature, par une série d’eaux-fortes. Il multipliera<br />
les collaborations avec les poètes français,<br />
belges ou d’autres horizons : Philippe Jaccottet,<br />
Gaëtan Lodomez, Jean-Michel Reynard,<br />
Jacques Siriez de Longeville, Michel Couturier,<br />
Jacques Dupin, André du Bouchet, Israël<br />
Eliraz, Yves Namur, sans oublier, plus près de<br />
nous, Gaspard Hons, Robert Gérard et<br />
Jacques Izoard. Il participe de plus en plus<br />
volontiers à des livres d’artistes collectifs :<br />
Langue d’Izoard, Le texte sans nom de<br />
Gilbert-Dominique Laporte, Une nouvelle<br />
poussière de Joseph Guglielmi. Très souvent<br />
ce travail à plusieurs mains débouche sur<br />
une amitié solide et sincère, comme ce fut le<br />
cas avec Guy Boulay ou Costa Lefkochir.<br />
C’est dans cet esprit qu’il crée avec Guy<br />
Boulay une maison d’édition parisienne, Les<br />
Éditions de la Séranne.<br />
Le point culminant de cette démarche collective<br />
est sans nul doute Placard-écriture réalisé<br />
entre 1998 et 2000, qui rassemble 15 interventions<br />
sérigraphiées sur 15 écritures originales<br />
: l’arabe, l’hébreu, le bengali, le persan,<br />
une partition musicale, le braille, le tifinar, le<br />
chinois, le japonais, le russe, l’éthiopien, le<br />
géorgien, le mi’kmag, l’inuit, les formules<br />
mathématiques. En 2009, l’artiste réalise,<br />
dans le même ordre d’idée, Peintures-poésie<br />
qui rassemble, en 60 lavis originaux, 10 poètes<br />
d’horizons différents.<br />
En 1993, Herman participe activement à la<br />
création d’un nouveau collectif qui rassemble<br />
cinq artistes autour de l’Atelier 18, en référence<br />
au lieu de rendez-vous, 18 rue Pierreuse.<br />
Guy Boulay, Nic Joosen, Terry Haas, Costa<br />
Lefkochir et Jean-Luc Herman forment le<br />
noyau dur de cet atelier particulier : « Il ne<br />
s’agit nullement d’un manifeste. Les artistes<br />
de l’Atelier 18 cultivent trop la part d’indicible<br />
de l’art, celle-là qui ne se laisse appréhender<br />
par aucune parole, aucun mot, et surtout<br />
aucune affirmation, que pour se glisser dans<br />
un quelconque carcan » (Claude Lorent).<br />
La démarche de Jean-Luc s’oriente de plus<br />
en plus vers le monochrome. Il réalise, dans<br />
son atelier de la rue Amelot au centre de<br />
Paris, à quelques pas de la place de la Bastille,<br />
de grands tissus polyester qu’il recouvre<br />
d’encres diluées à l’aide d’un pinceau,<br />
patiemment.<br />
De nature généreuse, Jean-Luc Herman a<br />
fait plusieurs donations importantes en faveur<br />
d’institutions liégeoises : la Bibliothèque<br />
Ulysse-Capitaine, le Musée d’Art moderne et<br />
d’Art contemporain et le Cabinet des Estampes.<br />
De plus, il a suscité plusieurs collaborations<br />
qui ont marqué le CED de manière indélébile.<br />
On se souvient avec émotion des rencontres<br />
avec Terry Haas, Aurélie Nemours, Martin<br />
Müller-Reinhardt, Denise Frélaut, l’âme du<br />
célèbre atelier parisien Lacourière, qui furent<br />
l’occasion d’expositions remarquées.<br />
Une complicité rare qui ne s’est jamais<br />
démentie au fil des années.<br />
Jean-Luc Herman, Clarté, 1984<br />
Huile sur toile, 146 x 114 cm.<br />
Musée des Beaux-Arts de <strong>Liège</strong>.<br />
BA.AMC.05b.2012.002448<br />
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n° 9, février 2015<br />
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musée des beaux-arts de <strong>Liège</strong><br />
Grand Curtius<br />
Mulum<br />
Musée d’Ansembourg<br />
BAL<br />
Fonts baptismaux<br />
Musée de la Vie wallone<br />
Office du tourisme<br />
Gare de <strong>Liège</strong>-Palais<br />
Archéoforum<br />
<strong>Liège</strong>• museum<br />
n° 8, février 2015<br />
Opéra<br />
Musée Grétry<br />
Galerie Wittert, Université de <strong>Liège</strong><br />
Théâtre de <strong>Liège</strong><br />
Trésor de la cathédrale<br />
Musée Tchantchès<br />
Maison de la Science, Aquarium<br />
Les musées de la Ville de <strong>Liège</strong><br />
museum@liege.be<br />
www.lesmuseesdeliege.be<br />
Grand Curtius<br />
136, rue Féronstrée<br />
+32 (0)4 221 68 40<br />
BAL (musée des beaux-arts de <strong>Liège</strong>)<br />
86, rue Féronstrée<br />
+32 (0)4 221 92 31<br />
Conservatoire<br />
MADmusée<br />
Mulum (musée du luminaire)<br />
2, rue Mère-Dieu<br />
+32 (0)4 221 42 25<br />
Musée d’Ansembourg<br />
114, rue Féronstrée<br />
+32 (0)4 221 94 02<br />
Musée Grétry<br />
34, rue des Récollets<br />
+32 (0)4 223 06 27 ou (0)4 221 68 17<br />
Maison de la Métallurgie et de l’Industrie<br />
Musée des Transports en commun du pays de <strong>Liège</strong><br />
Chantier du Centre international d’Art et de Culture<br />
Gare de <strong>Liège</strong>-Guillemins<br />
Musée en plein Air, Sart Tilman, Université de <strong>Liège</strong><br />
<strong>Liège</strong>•museum<br />
n° 9, février 2015<br />
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