04.05.2020 Vues

The Red Bulletin Mai 2020 (FR)

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<strong>FR</strong>ANCE<br />

MAI <strong>2020</strong><br />

HORS DU COMMUN<br />

LA<br />

PROCHAINE<br />

VAGUE<br />

JUSTINE DUPONT a surfé<br />

une falaise d’eau de plus de<br />

20 mètres, mais pourquoi<br />

s’en contenter ?<br />

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mois avec


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Éditorial<br />

ELLE L’A DIT…<br />

ELLE L’A FAIT !<br />

CONTRIBUTEURS<br />

NOS ÉQUIPIERS<br />

« Je veux dominer la plus grosse vague jamais<br />

surfée par une fille et être championne du monde<br />

de longboard. » Ces propos sont tirés de <strong>The</strong> <strong>Red</strong><br />

<strong>Bulletin</strong> de septembre 2013 et le talent qui s’exprime<br />

alors est Justine Dupont, la surfeuse en<br />

Une de l’édition de ce mois de mai. Ce que Justine<br />

annonçait à l’époque, elle l’a réalisé depuis, en<br />

devenant l’une des surfeuses les plus audacieuses<br />

sur les grosses vagues, et une waterwoman accomplie.<br />

Depuis 2013, nous avons régulièrement soutenu<br />

Justine dans le magazine, et ce n’est pas près<br />

de s’arrêter, car malgré cette ascension jusqu’aux<br />

sommets du big wave riding, l’athlète n’est pas<br />

rassasiée : elle veut surfer encore plus gros, et renforcer<br />

l’aspect sécurité de sa discipline, dans ce<br />

fameux spot de Nazaré qui l’a vue monter en puissance.<br />

Vous le savez à présent, si la Française vous<br />

annonce des choses dans cette nouvelle interview,<br />

on risque de s’en reparler dans quelques marées.<br />

TOM WARD<br />

« Ma rencontre avec le Team<br />

Rubicon a mis en perspective<br />

ma vie de journaliste. Ces<br />

hommes et ces femmes<br />

mettent leur vie sur pause<br />

pour aider les personnes dans<br />

les environnements les plus<br />

dangereux et les plus défavorisés,<br />

la plupart du temps sur la<br />

base du volontariat. » Éditeur<br />

et écrivain basé à Brighton, UK,<br />

Tom Ward écrit sur l’aventure<br />

et ceux qui innovent pour aider<br />

les autres. Lisez-le page 70.<br />

Le futur du surf de gros, c’est de suite !<br />

Votre Rédaction<br />

Moment méditatif à Nazaré pour le photographe<br />

londonien Rick Guest et Justine Dupont.<br />

RICK GUEST<br />

« Justine est incroyablement<br />

courageuse mais en même<br />

temps prudente, elle est forte<br />

mais vulnérable, belle mais<br />

sans prétention. La voir surfer,<br />

c’est voir l’esprit humain dans<br />

sa forme la plus pure. » Rick<br />

Guest est spécialisé dans<br />

la photographie de performances<br />

d’élite qui constituent<br />

un moyen d’expression et<br />

d’épanouissement pour les<br />

athlètes. Il développe sa vision<br />

de Justine Dupont en page 24.<br />

RICK GUEST (COUVERTURE)<br />

4 THE RED BULLETIN


CONTENUS<br />

mai <strong>2020</strong><br />

24 Toujours plus gros<br />

Comment Justine Dupont est<br />

parvenue à surfer les plus<br />

grosses vagues du monde<br />

34 L’autre hard<br />

Pyramides et transcendance<br />

spirituelle sur fond de metal<br />

48 La voie du rookie<br />

Ce que peut vous apprendre un<br />

ex-jeune pilote entré dans l’élite<br />

52 Alter égaux<br />

Ils oublient leurs heures sombres<br />

dans l’immensité de l’extrême<br />

62 L’aidante de la mer<br />

Sauver les requins, ça peut être<br />

impliquer ceux qui les tuaient<br />

70 Experts du chaos<br />

Les forces spéciales de l’espoir<br />

48<br />

Qu’auriez-vous fait à<br />

13 ou 17 ans sur un tel<br />

engin de compétition ?<br />

8 Galerie : 3 preuves que la nature<br />

reste le plus beau terrain de jeu<br />

14 Un hôtel dans l’espace designé<br />

par Starck ? Va falloir allonger…<br />

16 Ce qu’apportent à Julia Virat ses<br />

nuits passées à flanc de falaise<br />

18 L’Exolung : pour respirer sous<br />

l’eau sans s’encombrer<br />

19 Elly Jackson (de La Roux) et sa<br />

musique pour tourner la page<br />

20 Cours Forrest ! Cours ! Sauf que<br />

c’est Rob Pope, pas Tom Hanks<br />

22 Cette course auto vers la Sibérie<br />

orientale avec des épaves est<br />

annoncée comme débile<br />

81 Courir, nager, courir, nager,<br />

courir… bienvenue dans une<br />

course hardcore : Ötillö !<br />

86 Fitness : découvrez le dispositif<br />

de récupération par compression<br />

pneumatique<br />

87 Matos : équipez-vous bien,<br />

filmez- vous et projetez le tout…<br />

91 Défis : faites comme Colin<br />

O’Brady, procédez par étapes !<br />

92 Gaming : les bienfaits de votre<br />

petit jeu – vite fait – sur mobile !<br />

93 Une pompe de running conçue<br />

d’après vos coups de mou<br />

94 Reste-t-il un événement dans<br />

notre calendrier du mois ?<br />

96 Ils et elles font <strong>The</strong> <strong>Red</strong> <strong>Bulletin</strong><br />

98 Il était une fois dans l’Ouest...<br />

52<br />

Comment le projet Icarus<br />

a réuni des hommes aussi<br />

semblables que différents.<br />

GOLD & GOOSE/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES, PERRIN JAMES<br />

6 THE RED BULLETIN


62<br />

Madison Stewart aime<br />

les requins dans l’eau,<br />

pas dans son assiette.<br />

THE RED BULLETIN 7


PIOTREK DESKA/RED BULL ILLUME<br />

MIRÓW, POLOGNE<br />

Le roi de<br />

l’incruste<br />

« Dans mes clichés, j’essaie de montrer<br />

plus qu’un athlète en action. Le rôle d’un<br />

photographe, c’est de saisir l’instant, et<br />

pour cela, la fenêtre temporelle est très<br />

brève. C’est pourquoi il est essentiel<br />

de donner à voir plus que l’évidence,<br />

raconte le Polonais Piotrek Deska.<br />

À chaque fois que je prends une photo,<br />

j’imagine comment elle rendrait en<br />

grand format sur un mur. » En immortalisant<br />

le Jura cracovien, dans le sud de<br />

la Pologne, reconnaissable à ses cuestas<br />

de calcaire et ses ruines médiévales,<br />

Deska pensait faire un beau paysage.<br />

C’était sans compter l’apparition de<br />

Wojciech Kujawski sur la falaise d’en<br />

face. « Les éléments du puzzle se sont<br />

assemblés comme par magie : le paysage<br />

était sublime, le timing idéal (juste<br />

avant le coucher du soleil), avec ce<br />

grimpeur qui venait parfaire la composition.<br />

Ma nature morte est devenue une<br />

photo d’aventure. » piotrekdeska.com<br />

9


JASPER, CANADA<br />

Bonjour<br />

Randy !<br />

Les cyclistes ont beau s’acharner<br />

à s’entraîner sur toutes les pistes afin<br />

d’être encore plus affûtés pour se la<br />

donner avec leurs potes, il reste des<br />

obstacles du genre infranchissable,<br />

même pour les meilleurs. Lors de<br />

ce reportage dans le parc national<br />

de Jasper où les sentiers abondent,<br />

le photographe canadien Bruno Long<br />

et ses amis ont croisé sur leur route<br />

ce majestueux élan. Ils n’ont eu<br />

d’autre choix que d’attendre que ce<br />

dernier regagne les bois. « À notre<br />

retour, nous avons relaté notre rencontre<br />

à un ami qui travaille pour le<br />

parc. “Vous avez fait connaissance<br />

avec Randy ! s’est-il exclamé en riant.<br />

Ici, le roi c’est lui !” »<br />

Instagram : @eye_b_long


BRUNO LONG/RED BULL ILLUME<br />

11


LE CAP,<br />

A<strong>FR</strong>IQUE DU SUD<br />

Un peu à<br />

l’écart<br />

L’été, des kitesurfeurs du monde<br />

entier affluent au Cap, attirés par<br />

le mix idéal de vent et de vagues<br />

de la région. Spectateur privilégié<br />

pendant de nombreuses années,<br />

le photographe néerlandais Ydwer<br />

van der Heide cherche une nouvelle<br />

perspective avec l’aide de son<br />

compatriote et kitesurfeur Kevin<br />

Langeree. Sa quête aboutit à ce<br />

bassin de marée juste à l’extérieur<br />

de la ville, à l’abri des vagues qui<br />

fouettent sur les rochers environnants<br />

: le spot parfait pour échapper<br />

à la foule.<br />

Instagram : @ydwer


YDWER VAN DER HEIDE/RED BULL ILLUME<br />

13


L’intérieur est un cocon aux murs<br />

matelassés constellés de LEDs.<br />

AXIOM SPACE<br />

Chambre avec vue<br />

Le tour de la Terre, seize fois par jour : bienvenue au sein du premier hôtel<br />

de l’espace… Si vous n’aviez pas trouvé quoi faire de vos millions sur terre.<br />

Le farfelu designer Philippe<br />

Starck est un habitué des projets<br />

branchés (intérieur des<br />

appartements de Mitterrand<br />

à l’Élysée au début des années<br />

80 ou la conception du yacht<br />

Venus de Steve Jobs) mais<br />

aucun n’est aussi insolite que<br />

le dernier en date : un « hôtel »<br />

relié à la Station spatiale internationale.<br />

Dans le cadre de la<br />

privatisation de cette dernière<br />

arrivée en fin de vie, la NASA<br />

a choisi Axiom Space, une<br />

start-up de Houston, pour<br />

développer trois modules<br />

qui s’amarreront à l’ISS. Le<br />

L’horizon du segment Axiom, sans limites : vous avez dit vue mer ?<br />

« segment Axiom » comprendra<br />

un environnement de recherche<br />

et de fabrication en microgravité,<br />

un dôme d’observation<br />

avec une vue spectaculaire de<br />

la Terre à 360 ° et un module<br />

d’habitation. C’est dans ce dernier<br />

qu’intervient l’esthétisme<br />

de Starck. L’intérieur capitonné<br />

avec un matériau semblable au<br />

daim est décrit comme « un nid<br />

en forme d’œuf moelleux et<br />

confortable dont les matériaux<br />

et les couleurs évoquent un univers<br />

fœtal ».<br />

Des nano-LEDs aux couleurs<br />

évolutives tapissent les murs<br />

et s’adaptent aux vues de la<br />

Terre tandis que l’ISS voit défiler<br />

chaque jour seize levers et<br />

couchers de soleil. « Je suis ravi<br />

de jouer un rôle dans ce projet :<br />

l’espace est l’intelligence du<br />

futur », déclare Starck.<br />

Le premier module ne sera<br />

pas lancé avant 2024 et une<br />

fois en place, il n’accueillera<br />

que ceux qui auront les moyens<br />

de s’offrir les vols commerciaux<br />

opérés par Crew Dragon de<br />

SpaceX (env. 38,5 millions<br />

d’euros) ou Starliner CST-100<br />

de Boeing (près de 63,5 millions<br />

d’euros). Après la mise<br />

hors service de l’ISS en 2028,<br />

le segment Axiom deviendra<br />

une station spatiale de vol libre.<br />

« Notre objectif est le progrès<br />

de l’humanité et de ses<br />

connaissances, déclare Kam<br />

Ghaffarian, co-fondateur et<br />

PDG d’Axiom Space. Et d’enclencher<br />

un tournant dans la<br />

société comparable à celui<br />

vécu par les astronautes en<br />

voyant la planète depuis l’espace.<br />

» axiomspace.com<br />

AXIOM LOU BOYD<br />

14 THE RED BULLETIN


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JULIA VIRAT<br />

Ses nuits en l’air<br />

Guide de haute-montagne à Chamonix, Julia Virat, 37 ans, passionnée de<br />

snow à l’adolescence, a réalisé sur le tard que la montagne était l’endroit où<br />

elle était heureuse. Ce qu’elle partage avec enthousiasme avec ses clients.<br />

the red bulletin : Emmener vos<br />

clients vivre ce que vous vivez,<br />

c’est quelque chose d’un peu<br />

périlleux : escalader des sommets,<br />

traverser des cascades de glace,<br />

passer une nuit en hauteur sur<br />

une micro-plateforme…<br />

julia virat : Ça peut sembler surprenant<br />

mais moi-même j’ai peur et<br />

‘je n’aime pas le danger ! Au début,<br />

à cinq mètres du sol, je pleurais de<br />

vertige. Je n’étais pas destinée à ça !<br />

Ce que j’aime, c’est accompagner<br />

des gens motivés dans les émotions<br />

qu’ils vont vivre en dehors de leur<br />

zone de confort. Peu importe leur<br />

niveau de départ, je les prends là<br />

où ils sont, et je les emmène un peu<br />

plus loin, là où ils ont envie d’aller.<br />

Vous les guidez à la fois dans la<br />

pratique, et dans la dimension<br />

émotionnelle ?<br />

Effectivement, je suis guide, et ce<br />

n’est pas un métier anodin. La montagne<br />

te met à nu, elle épure les<br />

couches sociales, financières, etc.<br />

Elle enlève les artifices pour te ramener<br />

à quelque chose d’assez brut et<br />

universel qui est la gestion de tes<br />

émotions, et ta survie dans un milieu<br />

rude qui ne pardonne pas. On est<br />

tous égaux face à ça. Quand mes<br />

clients ressentent des émotions<br />

fortes, ils ont besoin que je les aide<br />

à les traverser. En allant ensemble<br />

vers l’objectif fixé, ils vont dépasser<br />

la peur, la fatigue, les barrières<br />

psychologiques, le manque de confiance.<br />

Je leur montre l’exemple :<br />

je vis ça tout le temps. C’est mon défi<br />

personnel. Ce n’est pas parce que je<br />

suis plus forte qu’eux que je ne comprends<br />

pas ce qu’ils traversent.<br />

J’adore partager cela avec les gens.<br />

Comment vous êtes-vous retrouvée<br />

à passer vos nuits accrochée<br />

à une paroi ?<br />

Le portaledge, c’est cette petite plateforme<br />

sur laquelle les grimpeurs<br />

dorment. J’ai commencé à me familiariser<br />

avec pendant des vacances<br />

aux États-Unis pour le plaisir, il y a<br />

douze ans. J’ai découvert le parc du<br />

Yosemite, La Mecque du big wall, des<br />

voies d’escalade vraiment grandes<br />

qu’on ne peut pas gravir à la journée<br />

parce qu’elles sont trop dures et trop<br />

longues. On est donc obligé de<br />

dormir à mi- chemin pour pouvoir<br />

arriver au sommet.<br />

Cela ne vous a donc pas effrayée ?<br />

<strong>Mai</strong>ntenant, j’aime vraiment ça,<br />

dormir suspendue. Je suis attachée<br />

au rocher avec des cordes et du<br />

matériel vraiment fiable. La nuit,<br />

même si je tombe, je suis retenue<br />

par une corde, car je dors avec un<br />

harnais, encordée. L’enjeu sur le<br />

portaledge, ce n’est pas le danger,<br />

mais vraiment les émotions et la<br />

logistique qui va autour. <strong>Mai</strong>s ça<br />

reste une pratique assez marginale.<br />

Combien de temps dure une<br />

journée d’escalade de ce type ?<br />

Contrairement à l’idée qu’on s’en<br />

fait, ce n’est pas de l’escalade pure.<br />

Il y a une grosse partie de logistique,<br />

de manœuvres de cordes, de hissages<br />

de sac. Mes journées font entre 15<br />

et 18 heures. Je mets le réveil à 5 ou<br />

6 heures du matin et je termine vers<br />

22 heures.<br />

Le niveau d’exigence extrême<br />

est-il le même, tant du point de<br />

vue physique que mental ?<br />

Le défi est plus facile à aborder si<br />

tu le fais sur un, deux ou trois jours,<br />

car malgré la fatigue, tu sais que tu<br />

touches bientôt au but, donc ça te<br />

donne un peu d’élan. Mon ascension<br />

d’El Capitan en solo, à l’automne<br />

2018, a duré onze jours. Le problème,<br />

c’est que le premier jour,<br />

j’étais déjà épuisée. Au pied du mur,<br />

j’avais 120 kilos de chargement à<br />

hisser. J’ai beau être solide, je ne<br />

peux pas bouger 120 kilos à la force<br />

de mes bras, je suis forcée d’avoir<br />

un système de cordes et de poulies.<br />

Cela permet de soulager le poids,<br />

et de déplacer mon chargement à<br />

l’aide de systèmes complexes.<br />

S’autorise-t-on, dans certains cas,<br />

à effleurer l’idée de reculer ?<br />

Il faut se connaître suffisamment<br />

bien pour savoir si on va pouvoir<br />

gérer la fatigue qui s’accumule pendant<br />

une dizaine de jours, ou abandonner.<br />

Tous les alpinistes passent<br />

par ces moments d’échec ou de frustration,<br />

on appelle ça prendre un<br />

but. Quand on prend un but, on fait<br />

demi-tour, on va digérer ça tranquillement<br />

chez soi. Et on grandit.<br />

On vous imagine contre la paroi,<br />

dans le Yosemite, sous la voûte<br />

étoilée… Cette sensation-là<br />

efface-t-elle les difficultés techniques<br />

et les souffrances ?<br />

Les journées sont très très très longues,<br />

très fatigantes. C’est vraiment<br />

éprouvant. Bien que j’aie un gros<br />

entraînement, je ne pourrais pas<br />

faire ça toute l’année. Ça demande<br />

énormément d’énergie, de concentration,<br />

de fatigue. C’est dur. Ça ne<br />

se fait pas avec le sourire aux lèvres<br />

du matin au soir. C’est vraiment un<br />

sport exigeant. Alors le soir, quand<br />

j’ai enfin fini le boulot de la journée,<br />

que tout est réglé, rangé, organisé<br />

pour dormir et pour le lendemain,<br />

le temps s’arrête. Assise sur le<br />

portal edge, je contemple la nuit,<br />

les étoiles ; je sens la chaleur de la<br />

journée restituée par la roche ; la<br />

vallée est silencieuse ; mon rythme<br />

se calme, je peux enfin apprécier<br />

tout ce qu’il s’est passé dans la<br />

journée. Et rien que pour ça, je<br />

recommencerai toujours cette expérience-là,<br />

pour ce moment où le<br />

temps s’arrête. Le portaledge, c’est<br />

vraiment un endroit hors du temps.<br />

julia-guide.com<br />

JULIA VIRAT CHRISTINE VITEL<br />

16 THE RED BULLETIN


« Le portaledge,<br />

c’est vraiment<br />

un endroit hors<br />

du temps. »<br />

THE RED BULLETIN 17


Une bouffée d’air<br />

frais : avec seulement<br />

3,5 kg et des<br />

dimensions<br />

de 40×30×20 cm,<br />

l’Exolung nécessite<br />

peu d’entretien<br />

contrairement<br />

aux encombrantes<br />

bouteilles d’air<br />

comprimé.<br />

EXOLUNG<br />

Réflexion profonde<br />

Respirer sous l’eau avec un minimum d’encombrement, c’est pour bientôt.<br />

George W. Bush a déclaré<br />

qu’un jour, humains et poissons<br />

pourraient coexister pacifiquement.<br />

L’ingénieur autrichien<br />

Jörg Tragatschnig a fait<br />

de cette vision une réalité.<br />

Comparable à des poumons<br />

artificiels externes, Exolung<br />

est un dispositif de plongée qui<br />

permet de respirer sous l’eau<br />

sans limite de temps et sans<br />

recours aux bouteilles de plongée<br />

lourdes à la capacité limitée.<br />

« L’Exolung est un rêve<br />

d’enfant, confie Tragatschnig.<br />

Lors de mes études de design,<br />

j’ai commencé à réfléchir<br />

sérieusement au concept :<br />

un appareil respiratoire sousmarin<br />

simple d’usage et technologiquement<br />

rudimentaire. »<br />

Ici, point de bouteille d’air<br />

comprimé, Exolung utilise le<br />

mouvement du corps pour<br />

aspirer l’air en surface, le long<br />

d’un tuyau de 5 m jusqu’à une<br />

cloche à air fixée sur le torse<br />

du plongeur.<br />

À l’intérieur de la cloche,<br />

un diaphragme compressible<br />

permet de respirer en toute<br />

sécurité. Compact et léger,<br />

l’Exolung est relié à une bouée<br />

de surface pour plus de sécurité,<br />

et la formation à son utilisation<br />

est bien plus simple que<br />

celle exigée par la plongée à air<br />

comprimé. « L’Exolung vise trois<br />

types d’utilisateurs, explique<br />

Jörg Tragatschnig, dont l’invention<br />

est actuellement en phase<br />

finale de prototypage. Les plongeurs<br />

en masque et tuba qui<br />

veulent aller plus loin sans s’encombrer<br />

d’un matériel lourd ;<br />

les adeptes d’exercices en<br />

milieu aquatique ; et ceux qui<br />

l’utilisent pour des tâches<br />

précises comme les techniciens<br />

de bateaux ou de piscines, les<br />

biologistes marins ou les chasseurs<br />

de trésors équipés de<br />

détecteurs de métaux. »<br />

La longueur du tuyau d’air<br />

limite la profondeur de plongée,<br />

reflétant la philosophie<br />

du produit et la volonté de<br />

Jörg Tragatschnig d’adopter<br />

une approche plus sereine de<br />

la plongée. « Avec Exolung, la<br />

plongée est plus accessible,<br />

plus mobile et sans contrainte.<br />

Un high-tech minimaliste. »<br />

exolung.com<br />

LOU BOYD<br />

18 THE RED BULLETIN


LA ROUX<br />

Passez<br />

à autre<br />

chose<br />

Après avoir surmonté<br />

difficultés personnelles et<br />

professionnelles, la chanteuse<br />

Elly Jackson opère<br />

un retour flamboyant.<br />

Il y a onze ans, La Roux cartonnait<br />

sur les ondes avec des tubes<br />

électro- pop comme Bulletproof<br />

ou In For <strong>The</strong> Kill. Puis Elly<br />

Jackson, vocaliste du duo londonien,<br />

connaît une série de revers.<br />

En situation de quasi-faillite, elle<br />

rompt avec son coauteur Ben<br />

Langmaid et sa maison de disques.<br />

Une succession de déceptions<br />

amoureuses finit par créer un état<br />

d’angoisse tel qu’elle n’arrive plus<br />

à exercer son métier. Aujourd’hui,<br />

le nouvel et troisième album de<br />

La Roux, Supervision — « BO d’un<br />

avenir optimiste » — sonne comme<br />

une renaissance, une thérapie<br />

créative pour oublier les jours<br />

sombres. Elle nous présente ici<br />

sa playlist « bonjour tristesse »…<br />

laroux.co.uk<br />

Ken Boothe<br />

Set Me Free (1983)<br />

Carly Simon<br />

Why (1982)<br />

Depeche Mode<br />

New Life (1981)<br />

Gerry Rafferty<br />

Right Down <strong>The</strong> Line (1978)<br />

ANDREW WHITTON MARCEL ANDERS<br />

« J’aime toutes les versions de<br />

cette chanson (plus connue<br />

sous le titre de You Keep Me<br />

Hangin’ On). Elle a été beaucoup<br />

reprise, par Kim Wilde<br />

notamment en 1986. <strong>Mai</strong>s<br />

j’adore le reggae et cette<br />

version est excellente. Le titre<br />

Set Me Free (trad. libère-moi)<br />

est tout indiqué quand vous<br />

essayez d’oublier quelqu’un.<br />

Je sais de quoi je parle. »<br />

« Ce titre est bien meilleur que<br />

You’re So Vain (tube de Simon<br />

de 1972). Je n’arrive pas à haïr<br />

les gens que je veux oublier,<br />

à rompre violemment. Je suis<br />

plus du genre “Je t’aime, mais<br />

j’aimerais ne plus penser à<br />

toi” ou “Je ne cesse de penser<br />

à toi, et certaines chansons<br />

me ramènent encore plus à<br />

toi”. Ce dernier état marque<br />

en général la dernière étape. »<br />

« Un morceau idéal pour tourner<br />

la page. J’aurais aimé<br />

l’avoir dans mon album tellement<br />

je le trouve incroyable.<br />

Depeche Mode a été une<br />

grande source d’inspiration<br />

pour mon premier opus<br />

en 2009. Sans leur album<br />

Speak & Spell, en 1981, La<br />

Roux serait devenu un autre<br />

groupe. C’est un excellent<br />

remontant. »<br />

« C’est ma chanson préférée<br />

de tous les temps. <strong>Mai</strong>s les<br />

gens ne connaissent que Baker<br />

Street, le tube de Rafferty<br />

de 1978. Ils s’agacent de ses<br />

fréquents passages radio et<br />

de son solo de saxophone à<br />

répétition. <strong>Mai</strong>s Rafferty,<br />

c’est tellement plus que ça.<br />

J’adore ce type de chansons.<br />

Elles sont mes compagnes<br />

des mauvais jours. »<br />

THE RED BULLETIN 19


ROB POPE<br />

Pourquoi<br />

courez-vous ?<br />

Après avoir parcouru les States façon Forrest Gump,<br />

l’animateur d’un nouveau podcast dédié à des<br />

gens extraordinaires a lui aussi une histoire à raconter.<br />

En 2016, Rob Pope, 38 ans, un véto<br />

britannique spécialiste des urgences,<br />

a décidé de se lancer dans une course<br />

à pied, à travers les USA. Lorsqu’il<br />

arrivait à un océan, il faisait demitour<br />

et continuait de faire des allersretours<br />

d’un bout à l’autre du pays.<br />

Si ce récit vous semble familier, c’est<br />

que vous avez probablement vu le<br />

film Forrest Gump. Au cours de son<br />

voyage, Pope est devenu l’incarnation<br />

vivante du personnage de Tom<br />

Hanks : longue barbe broussailleuse,<br />

casquette Bubba Gump et tout le<br />

reste. Lorsqu’il a terminé, 422 jours<br />

plus tard, il avait traversé les États-<br />

Unis plus de quatre fois, couvrant<br />

plus de 25 000 kilomètres, l’équivalent<br />

de 600 marathons, et était<br />

devenu la première personne à avoir<br />

retracé l’ensemble du parcours de<br />

Gump. Forrest courait « sans raison<br />

particulière ». Pope avait une motivation<br />

plus forte.<br />

« Pour rendre hommage à ma<br />

mère, dit-il aujourd’hui. Elle m’a<br />

dit de réaliser une chose dans ma<br />

vie qui ferait la différence. Ce n’est<br />

qu’au moment de la planification<br />

que j’ai réalisé que ce pouvait être<br />

cela. » Durant sa longue course, Rob<br />

a recueilli l’équivalent de 44 000 €<br />

pour les organisations caritatives<br />

Peace Direct et le Fonds mondial<br />

pour la nature. Et après avoir franchi<br />

la ligne d’arrivée, il a demandé sa<br />

petite amie en mariage.<br />

Aujourd’hui, Pope a un nouveau<br />

projet : trouver d’autres personnes<br />

exceptionnelles et découvrir ce qui<br />

les motive pour le podcast How to be<br />

Superhuman. « Certains écouteront<br />

peut-être ces histoires, et quelles<br />

que soient les difficultés qu’ils<br />

rencontrent, ils se diront : “Ces gens<br />

ont fait face à d’énormes obstacles<br />

et, même si tout ne s’est pas passé<br />

comme prévu, ils vont toujours bien.”<br />

Cela me donne envie de croire que<br />

nous sommes tous surhumains. »<br />

the red bulletin : Parlez-nous<br />

de certains de ces surhommes...<br />

rob pope : Ce sont des athlètes,<br />

mais pas du genre habituel. Il y a<br />

Yusra Mardini (la jeune femme de<br />

22 ans qui a fui la Syrie en 2015 et<br />

a rejoint l’équipe des athlètes olympiques<br />

réfugiés à Rio en 2016, ndlr).<br />

Des roquettes RPG sont tombées<br />

dans la piscine où elle s’entraînait et<br />

elle a aidé sa sœur à tirer un bateau<br />

de réfugiés jusqu’au rivage de la mer<br />

Égée. Le triathlète Tim Don qui,<br />

après s’être cassé le cou en 2017 a<br />

porté un halo fixé à son crâne pour<br />

aider à unifier sa colonne vertébrale<br />

avant de retourner à l’Ironman.<br />

Mark Beaumont a fait le tour du<br />

monde à vélo en 80 jours, et la<br />

coureuse Jasmin Paris allaitait<br />

encore lorsqu’en 2019, elle a battu<br />

de 12 heures le record masculin de<br />

la Spine Race (un ultramarathon de<br />

431 kilomètres sur le Pennine Way au<br />

Royaume-Uni, ndlr). Les gens disent<br />

que je fais partie de ces surhommes.<br />

Ce n’est pas le cas. Je ne fais que les<br />

interviewer.<br />

<strong>Mai</strong>s vous avez traversé beaucoup<br />

de choses. Quelle distance couriezvous<br />

chaque jour ?<br />

Je faisais en moyenne 60 kilomètres<br />

par jour. En traversant le Wyoming,<br />

on pouvait franchir 65 kilomètres<br />

sans rien voir. Les températures<br />

allaient de− 18 °C à 43 °C. Le plus<br />

froid a été en Alabama avec des<br />

vents de près de 100 km/h. Il neigeait<br />

quand j’ai traversé la Vallée<br />

de la Mort, qui est parfois l’endroit<br />

le plus chaud sur Terre. Il y a eu<br />

d’énormes pics d’émotion.<br />

Ces traversées des USA ont dû<br />

laisser des traces sur votre corps...<br />

Les premières ampoules étaient inévitables.<br />

Puis j’ai eu une tendinite<br />

dans le muscle tibial antérieur, une<br />

tendinite au tendon d’Achille de<br />

l’autre jambe, je me suis déchiré<br />

un quadriceps, j’ai eu des problèmes<br />

chroniques au niveau des fessiers<br />

et du bassin, une intoxication alimentaire<br />

qui a duré cinq jours.<br />

Où dormiez-vous ?<br />

Ma copine m’a accompagné dans<br />

un camping-car pendant la moitié<br />

de l’expédition, mais une fois seul,<br />

je me suis arrêté dans des stationsservice<br />

ou des églises. J’allais dans<br />

un bar, je prenais une bière et je<br />

demandais si je pouvais camper<br />

derrière. Presque à chaque fois, on<br />

me disait : « Non, viens chez moi. »<br />

La définition d’un surhomme ?<br />

La détermination. Ces personnes ont<br />

toutes en elles cette capacité. La plupart<br />

du temps, nous nous heurtons<br />

à des obstacles imaginaires pour<br />

nous empêcher de faire quelque<br />

chose, peut-être pour ne pas se blesser<br />

émotionnellement ou physiquement.<br />

On est tous réticents à accepter<br />

l’échec. On a l’impression que si<br />

ces personnes avaient échoué, elles<br />

l’auraient bien vécu, car elles avaient<br />

fait tout ce qui était en leur pouvoir.<br />

Avez-vous eu envie d’arrêter ?<br />

Tous les jours. Je me réveillais et je<br />

me disais : « Je ne peux pas courir<br />

60 kilomètres aujourd’hui. » Ensuite<br />

je me disais : «Tu l’as fait hier, avanthier,<br />

tu vas probablement aussi<br />

le faire aujourd’hui. Ça va aller. »<br />

How to be Superhuman, sur Spotify,<br />

Apple et vos plateformes de podcast.<br />

SIMON LAPISH TOM GUISE<br />

20 THE RED BULLETIN


« Je courais<br />

en moyenne<br />

60 km par<br />

jour. »<br />

THE RED BULLETIN 21


MONGOL RALLY<br />

La route de l’infortune<br />

Comment aller au bout d’une course automobile folle à bord d’une épave.<br />

Qualifié de « course la plus<br />

stupide au monde », le Mongol<br />

Rally reste une compétition à<br />

part. Ce rallye intercontinental<br />

démarre en Europe — cette<br />

année dans le Hampshire en<br />

Angleterre, mais à l’origine<br />

en République tchèque — et<br />

s’achève à Oulan-Oudé en<br />

pleine Sibérie orientale.<br />

L’itinéraire est libre et les<br />

participants, dont le seul objectif<br />

est d’atteindre l’arrivée en<br />

moins de deux mois, ne bénéficient<br />

d’aucune assistance.<br />

Seuls des véhicules décrits par<br />

les organisateurs comme « voitures<br />

poubelles » avec une puissance<br />

n’excédant pas 1 000 ch<br />

peuvent prendre le départ. Une<br />

manière de garantir la panne en<br />

cours de route. L’an dernier,<br />

Alicia Schneider, Racheli Aye et<br />

Adina Korn, de l’équipe Little<br />

Missadventurists de Tel-Aviv,<br />

effectuent les 16 000 km à bord<br />

d’une Fiat Panda cabossée.<br />

« Nous l’avons achetée en Israël<br />

et expédiée en Europe, explique<br />

Schneider. Avant le rallye, elle a<br />

passé tous les week-ends chez<br />

le mécanicien, l’occasion pour<br />

nous d’accumuler des compétences<br />

en mécanique. »<br />

Les équipes n’ont droit qu’à<br />

une seule voiture et voyagent<br />

indépendamment, mais faire un<br />

bout de chemin avec d’autres<br />

participants est une tradition<br />

du Mongol Rally. « Les deux<br />

premières nuits en montagne,<br />

nous étions un convoi d’une<br />

dizaine de voitures, se souvient<br />

Schneider. Nous avons cuisiné<br />

autour d’un grand feu et beaucoup<br />

bu. Arriver le plus vite<br />

possible, ce n’est pas l’esprit<br />

du rallye. Vous roulez dans des<br />

épaves et traversez de magnifiques<br />

chaînes de montagnes<br />

dans des régions reculées.<br />

Cette expérience unique exige<br />

du temps pour être appréciée. »<br />

Les 5 conseils<br />

de l’équipe Little<br />

Missadventurists<br />

pour finir le<br />

Mongol Rally…<br />

1. Familiarisezvous<br />

autant que<br />

possible avec la<br />

mécanique<br />

Comprendre pourquoi<br />

la voiture fait<br />

un bruit bizarre ou<br />

ne démarre pas<br />

vous sera utile.<br />

2. Faites vos<br />

recherches en<br />

amont, mais évitez<br />

de trop planifier<br />

Dès le début, ça ne<br />

se passe pas comme<br />

prévu de toute<br />

façon.<br />

3. Emportez un<br />

max de provisions<br />

Nous avons misé sur<br />

les boîtes de thon,<br />

le riz et les pâtes.<br />

4. Gardez un<br />

esprit ouvert<br />

L’itinéraire est fou,<br />

n’ayez donc pas<br />

peur d’entreprendre<br />

des choses<br />

inhabituelles.<br />

5. Prévoyez un<br />

gros stock de<br />

lingettes<br />

Vous les consommerez<br />

vite. Plusieurs<br />

jours peuvent passer<br />

avant de pouvoir<br />

se doucher. <strong>Mai</strong>s<br />

ne les jetez pas<br />

n’importe où !<br />

littlemiss<br />

adventurists.com ;<br />

theadventurists.com<br />

ALICIA SCHNEIDER LOU BOYD<br />

22 THE RED BULLETIN


SON PRO<br />

ÉCOUTEURS SANS FIL JBL<br />

JBL.COM


TOUJOURS<br />

PLUS GROS<br />

Le 13 novembre dernier, la waterwoman<br />

JUSTINE DUPONT surfait un monstre de plus<br />

de 20 mètres à Nazaré (Portugal). Rebelote le<br />

11 février lors du Nazaré Tow Surfing Challenge,<br />

où la jeune femme de 28 ans remporte<br />

le titre de la meilleure vague. Ces deux méga<br />

houles pourraient lui valoir le record du monde de<br />

la plus grosse vague surfée, tous sexes<br />

confondus lors des prochains Big Wave Awards.<br />

Une première dans le club très fermé du surf de<br />

gros. Comment en est-elle arrivée à surfer ce que<br />

l’océan a de plus puissant, de plus redoutable ?<br />

À repousser sans cesse les limites de<br />

l’humain ? Justine nous dit tout d’une carrière<br />

qui se construit pas à pas, dans les règles de<br />

l’art et la plus grande humilité.<br />

Texte PATRICIA OUDIT<br />

Photos RICK GUEST<br />

24


À 28 ans, Justine<br />

Dupont est l’une<br />

des meilleures surfeuses<br />

de gros (et<br />

pas que) au monde.


Il y a des 13 novembre<br />

qui ne s’oublient pas.<br />

Celui de l’année 2019 restera à jamais gravé dans la<br />

mémoire de la Canaulaise comme l’un de ces graals<br />

enfin conquis, d’un mythe presque atteint, celui de la<br />

vague sans fin. Ce jour-là, lorsqu’elle lâche la corde<br />

qui la tracte au sommet d’une ogresse de plus de 20<br />

mètres, elle éprouve d’autres vibrations. Ivresse d’un<br />

autre monde ressentie par ce point microscopique<br />

qu’elle est devenue au centre d’un mur écumant de<br />

rage. Un run de 15 à 30 secondes où l’on est dans sa<br />

bulle, étanche au fracas, où la moindre vibration est<br />

anticipée. « Je sens rapidement qu’il se passe quelque<br />

chose. Je prends une vitesse folle dans cette succession<br />

de petites vagues sans fin, comme si une ombre<br />

me poursuivait. » Sur cette vague portugaise de<br />

Nazaré, devenue en quelques années le pays des<br />

chargeuses et chargeurs (surfeuses et surfeurs de<br />

grosses vagues), Justine gagne encore en vitesse.<br />

« C’est inimaginable, dit-elle. Sur la vague, je n’ai<br />

aucun repère, hormis mes propres sensations pour<br />

évaluer la vitesse… »<br />

Trois mois plus tard, le 11 février, la surfeuse est à<br />

nouveau pourchassée par un swell en furie. « Cette<br />

fois, bien que la vague n’ait pas encore été mesurée,<br />

je pense qu’elle est encore plus énorme. Je dirais plus<br />

de 20 mètres. Cette fois encore, je sens que Fred,<br />

mon compagnon, qui me tracte jusque dans les<br />

vagues avec un jet-ski, a choisi la bonne vague. Elle<br />

ne cesse de se former sous ma planche en même<br />

temps que je la descends. Je sens que dans mon dos<br />

elle grossi, elle se lisse et se creuse bien plus que<br />

d’habitude. Il y a plus de puissance autour de moi…<br />

Après avoir pris une ligne plus proche du creux, je<br />

file vers le bas de la vague et je me prépare à l’explosion<br />

derrière moi. La mousse m’a dépassée, je me<br />

sens faire partie de la vague et heureuse de sortir<br />

d’elle toujours debout sur ma planche. » Pour parvenir<br />

à dompter ces tonnes de chaos liquide, Justine a<br />

œuvré dans la plus grande discrétion, prenant tout<br />

son temps pour écumer les hotspots du Big Wave<br />

Riding, de Belharra (Pays Basque) à Mavericks (Californie)<br />

en passant par Mullaghmore (Irlande), Jaws<br />

(Hawaï) et bien sûr Nazaré (Portugal) où elle a fini<br />

par s’installer. Depuis sept ans, époque où elle revendiquait<br />

déjà son envie de se frotter aux éléments<br />

dans ce qu’ils ont de plus puissant, elle apprend,<br />

réapprend, chute parfois, recommence. Affronte ses<br />

peurs, ou renonce, se lance des défis très hauts, et<br />

bien réfléchis. <strong>Mai</strong>s ne s’arrêtera pas là, à ce fabuleux<br />

record peut être récompensé prochainement par un<br />

Big Wave Award, genre d’Oscar du surf de gros. Il va<br />

falloir féminiser le lexique et élargir ses horizons. Car<br />

peu importe les codes en vigueur, il ne s’agit ici que<br />

d’une chose : la quête de toute une vie.<br />

the red bulletin : Sur ces deux vagues monstres<br />

de novembre et de février, à aucun moment vous<br />

n’avez eu peur de vous faire avaler ?<br />

justine dupont : Quand je suis sur la vague, quelle<br />

que soit sa puissance, sa taille, je suis tellement<br />

dedans, concentrée à 300 % que je ne pense qu’aux<br />

3 ou 4 mètres qui me précèdent. Au sommet, avant<br />

la descente, je prends toutes les informations possibles<br />

: forme, vitesse, déclivité, et j’en déduis ma<br />

future ligne, là où je vais pouvoir prendre de l’énergie<br />

pour surfer le plus longtemps possible. Sur la<br />

vague de novembre, il y avait pas mal de perturbations,<br />

à cause du vent, l’eau devenait dure à cause<br />

du clapot, c’était un peu comme un champ de bosses<br />

ultra pentu qu’il fallait dévaler avec la plus extrême<br />

vigilance. Celle de février en revanche m’a autorisée<br />

à plus de liberté, à faire ce que je préfère dans le<br />

surf : négocier une belle ligne, planche sur le côté<br />

pour prendre de l’angle et de la vitesse, comme dans<br />

de la poudreuse. La peur arrive avant, comme un<br />

repère. Si elle est trop présente, c’est que je ne suis<br />

surement pas encore prête, et ça m’est déjà arrivé de<br />

renoncer. Elle est aussi rétrospective. En visionnant<br />

mes images de GoPro, sur l’une de ces vagues, je<br />

vois deux étapes. Sur la première, mon visage traduit<br />

une grande concentration, je vis le moment, je<br />

suis en alerte maximum, tous mes sens sont en éveil.<br />

Sur la deuxième, j’affiche un sourire qui veut dire :<br />

« Ça y est, je viens de passer la phase la plus critique<br />

de la vague. » Je suis dans l’émotion, puis je me<br />

concentre pour bien terminer la vague, en sécurité.<br />

Pendant ces quelques secondes, mon cerveau passe<br />

par tous les stades.<br />

Quelques secondes… Le surf de gros, c’est une<br />

attente énorme pour un plaisir furtif !<br />

Pour parvenir à dompter ces tonnes<br />

de chaos liquide, Justine Dupont a œuvré<br />

dans la plus grande discrétion.<br />

26 THE RED BULLETIN


L’ADN de Nazaré :<br />

un phare rouge, du<br />

swell, des vagues<br />

monstrueuses et<br />

Justine Dupont.


« Il faut aussi être capable de renoncer.<br />

La nature est toujours la plus forte,<br />

elle gagnera peu importe vos efforts. »<br />

C’est une à une et<br />

humblement que<br />

Justine a gravi les<br />

marches de l’élite<br />

aquatique.


Temps calme pour une surfeuse française heureuse sur le sable de Nazaré.<br />

Dans les vagues de ce spot portugais, c’est le chaos qu’elle affronte.<br />

La vague la plus longue dure peut-être 20 ou 30<br />

secondes. Un jour, il faudrait que je me mette des<br />

capteurs pour mesurer l’intensité de ces moments en<br />

termes de battements cardiaques. Le moment est<br />

bref, mais tellement dingue et magique qu’il doit<br />

sacrément faire monter le cœur.<br />

Ces moments se vivent avec toute une équipe…<br />

J’ai la chance fabuleuse de vivre cela avec mon compagnon<br />

Fred David, qui a été champion du monde<br />

de bodysurf et dont la présence indispensable me<br />

rassure totalement dans ma prise de décisions. On a<br />

un tel niveau de complicité que dans l’eau, on n’a<br />

plus besoin de se parler… Fred est sur le jet-ski. En<br />

cas de gros swell, Clément Nantes, qui est sauveteur<br />

en mer vient prêter main forte en pilotant un deuxième<br />

jet-ski, au cas où Fred qui m’a larguée sur la<br />

vague en tow-in (surf tracté, ndlr) me perdrait de<br />

vue. Il y a également quelqu’un qui surveille mon<br />

évolution dans l’eau depuis la falaise. À terme, on<br />

aimerait avoir notre propre « veilleur » afin de renforcer<br />

la sécurité.<br />

À Nazaré où vous surfez depuis quatre saisons,<br />

comment la pratique a-t-elle évolué ?<br />

C’est un endroit d’une intensité sans égal. Avec des<br />

saisons qui se suivent sans jamais se ressembler.<br />

Cette vague, on croit la connaître, mais elle finit tou-<br />

THE RED BULLETIN 29


jours par vous surprendre. Deux à trois fois par<br />

mois, surtout d’octobre à mars, il y a des grosses<br />

houles, il arrive qu’il y ait des conditions énormes<br />

dix jours d’affilée, où l’on reste jusqu’à six heures<br />

dans l’eau. Les grands jours il y a les meilleurs du<br />

monde au pic. C’est un moment de partage assez<br />

fou. Il y a de la solidarité entre nous. En ce moment,<br />

un de nos jet-ski est hors service. Fred s’est crashé<br />

en portant secours à un autre surfeur.<br />

Vous évoquiez plus haut la sécurité…<br />

Les deux jet-skis et le veilleur depuis la falaise<br />

constituent la base du dispositif. Quand c’est gros,<br />

il y a un médecin urgentiste qui vient sur la plage en<br />

complément des lifeguards qui sont parfois présents.<br />

On aimerait que le médecin soit là tout le temps<br />

pour améliorer encore la sécurité. On travaille dans<br />

ce sens avec la mairie qui prend les choses très à<br />

cœur mais qui n’envoie les renforts qu’à plus de<br />

15 mètres. À ces hauteurs, c’est déjà très tendu en<br />

termes de risques…<br />

Quand vous-êtes vous dit : « Je vais être la première<br />

à surfer la plus grosse vague du monde ? »<br />

Depuis que je surfe à Nazaré. Avant moi, une femme<br />

surfait déjà ici, c’est la brésilienne Maya Gabeira.<br />

Quand je suis arrivée, j’ai eu de la chance : les<br />

vagues étaient parfaites pour débuter, j’ai pu enchaîner<br />

les petites sessions afin de m’approprier le spot.<br />

Le swell a grossi avec mon expérience comme par<br />

magie. Et puis Nazaré, contrairement à d’autres<br />

lieux comme Belharra qui ne casse pas à moins de<br />

8 mètres, fonctionne aussi quand c’est petit.<br />

Y a-t-il eu une chronologie du swell pour procéder<br />

par étapes, en fonction des vagues ?<br />

Avec Fred on est arrivés à Nazaré de manière discrète.<br />

Humblement, on n’a jamais hésité à demander<br />

des conseils. Ne pas se focaliser que sur la grosseur<br />

des vagues. Ce n’est pas le critère le plus important<br />

pour moi. Plus que la taille, c’est la façon de la<br />

prendre, l’engagement, l’esthétique. Avoir l’impression<br />

de véritablement surfer plus que de descendre.<br />

Avant Nazaré, j’ai pris de l’expérience partout où<br />

je pouvais. D’abord à Belharra, où je suis allée à<br />

petit pas, où il y a du fond des deux côtés et des<br />

possibilités d’échappatoire. Là-bas, le risque est de<br />

se noyer, j’ai donc renforcé ma résistance sous l’eau<br />

en m’entraînant régulièrement à l’apnée.<br />

Puis il y a eu Jaws… Où vous vous êtes blessée.<br />

En novembre 2018, je suis arrivée à Jaws après un<br />

super début d’hiver à Nazaré. J’étais en confiance<br />

et j’ai pris une très bonne vague. En retournant<br />

au large une série m’a cassé sur la tête. J’étais au<br />

mauvais endroit au mauvais moment. Je m’y suis<br />

fracturé l’épaule et abîmé le genou. Ça a mis fin<br />

à mon hiver, c’était frustrant mais ça fait aussi<br />

partie du jeu.<br />

Ça ne vous a pas refroidie ?<br />

Au contraire. J’ai bien fait ma rééducation au CERS<br />

de Capbreton. Dans un sport comme le mien, la<br />

patience est essentielle. Il faut aussi être capable<br />

de renoncer. La nature est toujours la plus forte,<br />

elle gagnera peu importe vos efforts. Il faut savoir<br />

rester à sa place. Ne pas y aller quand le doute est<br />

trop fort.<br />

Vous doutez souvent ?<br />

Ça m’arrive ! Je me pose souvent des questions.<br />

« Est-ce que ce que je fais a un sens, est-ce trop dangereux<br />

? » Sur le moment, je ne doute pas, jamais j<br />

e ne suis allée à l’eau avec la peur au ventre. Quand<br />

je repense à la compétition de février et à cette<br />

vague record, c’était un jour magique. On était<br />

tous à l’eau au petit matin, avant le coup d’envoi,<br />

à enchaîner des vagues de rêve. C’est en renvoyant<br />

les images ensuite que j’ai eu peur, que je me suis<br />

questionnée. Ces images, c’était bizarre de les<br />

regarder. C’était presque trop. Je me suis demandé<br />

où est la limite de l’humain. Est-on vraiment en<br />

train de surfer les plus grosses vagues de la<br />

planète ?<br />

Où se situe la notion d’ego dans ces murs d’eau ?<br />

De l’ego, sûrement, il doit y en avoir. Plus jeune,<br />

avec mon grand-frère, je voulais toujours rivaliser<br />

Tout ce qu’il faut pour envoyer du gros<br />

Un gilet de flottaison en<br />

mousse placé sous la<br />

combinaison néoprène.<br />

Un gilet gonflable avec les<br />

cartouches de CO 2 à<br />

déclencher en cas de wipe-out.<br />

Des chaussons pour tenir<br />

chaud et avoir une meilleure<br />

accroche sur la planche.<br />

Une cagoule en néoprène<br />

à quoi Justine préfère le<br />

casque (pas toujours agréable<br />

pour la nuque en cas de choc<br />

violent). La jeune femme<br />

réfléchit à un type de casque<br />

plus adapté à la pratique.<br />

Des bouchons d’oreille<br />

depuis que la surfeuse a eu<br />

ses tympans percés à Hawaï.<br />

Une planche de tow-in de<br />

6 pieds (1,80 m) lestée d’un<br />

poids de 10 kilos et garnie de<br />

footstraps pour fixer les pieds.<br />

Elle est constituée de carbone<br />

à l’arrière pour que la rigidité<br />

la rende plus rapide et de PVC<br />

à l’avant pour amortir les<br />

perturbations de la vague.<br />

Une planche de rame fait<br />

quant à elle 3 à 4 m de long.<br />

Les deux jet-skis font<br />

respectivement 240 et 260 ch.<br />

Les pilotes ont une radio.<br />

Le sled (traineau) qui sert à<br />

récupérer la surfeuse est muni<br />

de cordes afin qu’elle puisse<br />

l’attraper plus facilement.<br />

30


« La vague de Nazaré, on croit la<br />

connaître, mais elle finit toujours<br />

par vous surprendre. »


Sa bio<br />

express<br />

Justine Dupont,<br />

28 ans,<br />

surfe du gros, mais<br />

pas que. Comme son<br />

palmarès éclectique<br />

en témoigne, elle<br />

est une waterwoman<br />

polyvalente.<br />

Vice-championne du<br />

monde de surf<br />

de grosses vagues.<br />

Championne du<br />

monde de<br />

Stand up paddle.<br />

Vice-championne<br />

du monde<br />

de longboard.<br />

4 fois championne<br />

du monde par<br />

équipe de Stand<br />

up paddle, de<br />

longboard (2 fois)<br />

et de surf.<br />

« Est-on vraiment en train de surfer les plus<br />

grosses vagues de la planète ? »


« Dans ce sport, on a fini par transcender<br />

les questions de genre. Fille ou garçon, qu’importe,<br />

on surfe des grosses vagues, c’est tout. »<br />

d’apnée pour apprendre et m’entraîner, et je suis<br />

aussi allée plusieurs fois à la fosse à La Teste-de-<br />

Buch, en Gironde. Puis j’ai fait des exercices très<br />

ciblés pour apprendre à économiser l’oxygène.<br />

Désormais, je continue, mais c’est plus de l’entretien.<br />

J’ai pas mal progressé en bodysurf avec palmes<br />

grâce à Fred, ça permet d’assurer quand je me<br />

prends des grosses vagues dans la tête. Je pratique<br />

aussi la course à pied sur des distances courtes ainsi<br />

que les montées d’escaliers. L’idée est de travailler<br />

le cardio via du fractionné. Sans oublier le crossfit<br />

pour le gainage et la musculation en salle pour<br />

bosser les appuis à coups de squats. Le soir, séances<br />

de yoga et étirements !<br />

RAFAEL G. RIANCHO/ RED BULL CONTENT POOL<br />

Fred, son compagnon, sécurise sa quête du gros.<br />

avec les garçons. Braver les plus grosses vagues,<br />

on le fait avant tout pour soi. Pour réussir à maîtriser<br />

ses émotions, à dominer sa peur. Dans ce milieu<br />

où les prises de décision doivent se faire vite, sans<br />

hésiter, on apprend à se connaître mieux et plus<br />

rapidement que partout ailleurs, c’est un concentré<br />

de vie. <strong>Mai</strong>s ce qui est fou dans ce sport, c’est qu’on<br />

a fini par transcender les questions de genre. On<br />

n’est que sur l’humain. Fille ou garçon, qu’importe,<br />

on surfe des grosses vagues, c’est tout.<br />

Il y a encore quelques années, le milieu se montrait<br />

moins ouvert aux femmes…<br />

Depuis 2016, les compétitions ont une catégorie<br />

masculine et une catégorie féminine. En février<br />

dernier, le Nazaré Tow Surfing Challenge nous a<br />

permis avec Maya de participer à la compétition<br />

en même temps que les hommes. Ils applaudissent<br />

nos exploits, j’ai eu droit aux éloges de Garrett<br />

McNamara, une légende du milieu.<br />

Tout cela est le fruit d’années de préparation.<br />

Vous vous entraînez comment ?<br />

Il y a cinq ans, j’ai intégré le BCO à Biarritz, un club<br />

Le fait que vous veniez du surf classique vous<br />

donne-t-il un avantage ?<br />

Oui, je suis plus technique que des surfeurs qui ne<br />

seraient pas passés par la compétition que ce soit en<br />

shortboard ou en longboard. Mes manœuvres sont<br />

plus précises, je suis en capacité de bien gérer ma<br />

planche. Comme j’ai pratiqué beaucoup le longboard,<br />

je n’ai pas été trop gênée quand je suis<br />

passée sur les longboards de gros pour surfer<br />

à la rame.<br />

La rame est-elle en train de gagner sur le tow-in ?<br />

Il y a deux ou trois ans, tout le monde s’est remis<br />

à la rame. La saison 2018, je me suis un peu plus<br />

focalisée sur cette approche assez pure. Là, il faut<br />

se retourner et partir, sans aucun coup de pouce.<br />

C’est votre décision. Et ça change tout. Cela dit, j’ai<br />

le sentiment que les mœurs ont évolué. On se rend<br />

bien compte que ramer Nazaré a ses limites. Si l’on<br />

veut surfer gros, le tow-in est plus adapté, et il<br />

revient à fond sur le devant de la scène depuis cette<br />

année. En fait, il s’agit juste de ne pas rester bloqué<br />

sur une façon ou une autre, mais de s’adapter aux<br />

conditions du moment. J’adore les deux, c’est une<br />

question d’équilibre.<br />

Ce sera quoi la prochaine vague ?<br />

Mon programme pour <strong>2020</strong> : performer sur Jaws<br />

à la rame, et découvrir au printemps le spot de<br />

Teahupoo, à Tahiti, pour progresser dans les tubes.<br />

Je compte aussi faire une grosse préparation pour<br />

faire une super saison à Nazaré l’hiver prochain.<br />

Notre équipe devient vraiment professionnelle et<br />

on progresse bien sur la sécurité, c’est top.<br />

justinedupont.fr<br />

THE RED BULLETIN 33


LE SON<br />

D’UNE CIVILISATION<br />

Deux groupes de black metal aux racines mexicaines<br />

offrent une fenêtre sur une culture musicale complexe<br />

qui éclaire leur identité personnelle et précoloniale.<br />

Texte et photos ANGELA BOATWRIGHT<br />

34


Faire face<br />

à la vérité<br />

Les membres de Mictlantecuhtli, de<br />

L.A., portent des tenues de scène reflétant<br />

leur héritage aztèque, conçues sur<br />

mesure par Soul Sick Leather.


En force<br />

Les trois membres du<br />

groupe de black metal<br />

Xibalba Itzaes, basé à<br />

Mexico, prennent une<br />

pose dramatique sur le<br />

site des pyramides de<br />

Teotihuacán.


Nous décidons de nous retrouver aux pyramides de<br />

Teotihuacán. En compagnie d’Arturo, frontman du<br />

groupe de black metal Mictlantecuhtli basé à Los<br />

Angeles, nous sommes partis au Mexique afin de<br />

faire connaissance avec l’un des premiers groupes<br />

de black metal du pays, Xibalba Itzaes. Les musiciens<br />

ont accordé peu d’interviews en trente ans de carrière.<br />

Même au bout de plusieurs semaines d’échange,<br />

nous ne sommes pas sûrs de les rencontrer.<br />

Les groupes Mictlantecuhtli et Xibalba Itzaes<br />

sont des âmes sœurs. Leurs noms font référence aux<br />

enfers, respectivement dans les mythologies aztèque<br />

et maya. Ils ne se connaissent pas encore. Choisir<br />

les pyramides comme lieu de premier rendezvous,<br />

n’est pas fortuit. Teotihuacán a été interprété<br />

comme « le lieu de naissance des dieux », ce qui en<br />

fait un endroit parfait pour réunir ces énigmatiques<br />

groupes de black metal. L’importance de cette<br />

rencontre imminente nous enveloppe comme<br />

une brume épaisse tout au long des 90 minutes<br />

de route dans la circulation du week-end depuis<br />

Mexico. Pour Arturo, qui est originaire du Mexique<br />

mais qui a immigré aux États-Unis dans sa jeunesse,<br />

les pyramides sont sacrées. Nous avons l’espoir<br />

qu’aujourd’hui, à l’ombre des anciens dieux, Teotihuacán<br />

soit l’endroit où deux groupes de pays différents<br />

mais à l’héritage commun, unis dans le désir<br />

d’éclairer les histoires de ceux qui les ont précédés,<br />

se retrouvent enfin.<br />

Une fois arrivés à Teotihuacán, le frontman de<br />

Xibalba Itzaes, Marco, et le bassiste, Victor, nous<br />

retrouvent à l’heure prévue. Marco a apporté des<br />

cassettes de son enfance, copiées à partir d’albums<br />

37


Le culte<br />

du temps<br />

On ne pouvait pas<br />

trouver mieux que<br />

Teotihuacán comme<br />

décor photo. D’après<br />

les Aztèques, c’est ici,<br />

sur ce site qui a servi<br />

de fondations à la ville,<br />

que sont nés les dieux.<br />

qui à l’époque étaient trop chers pour la plupart des<br />

jeunes métalleux mexicains. Des vendeurs entreprenants<br />

ont tiré profit de cette situation en vendant<br />

les cassettes copiées à partir des disques originaux<br />

à bien meilleur prix. Il manquait souvent les légendaires<br />

illustrations des albums (pensez à celles<br />

d’Iron <strong>Mai</strong>den) mais le jeune Marco trouva une solution.<br />

Il passa des heures à reproduire à la main les<br />

dessins détaillés sur les inserts vierges qui accompagnaient<br />

les cassettes. Il était tellement motivé et<br />

inspiré qu’il copiait aussi souvent chaque ligne de<br />

l’insert du disque, y compris toute la section des<br />

remerciements.<br />

Marco retire délicatement une cassette qui comprend<br />

un rendu presque parfait de l’illustration de<br />

l’album révolutionnaire de Venom, Black Metal. Il<br />

me tend lentement les cassettes comme s’il s’agissait<br />

de reliques. Je crains que si l’on perd ou qu’on abîme<br />

ces cassettes, une partie de Marco le sera également.<br />

Je manipule chacune d’entre elles avec soin, en<br />

examinant les efforts d’un adolescent à la recherche<br />

d’une identité, de quelque chose pour définir son<br />

monde et l’univers et tout ce qui se trouve au-delà.<br />

Teotihuacán était le plus grand centre urbain de<br />

Méso-Amérique avant l’ère aztèque. Bien que les<br />

Aztèques ne l’aient pas construit, ils lui ont néanmoins<br />

donné son nom. Ils vénéraient ce lieu comme<br />

le site où les dieux avaient créé l’univers. De la<br />

même manière, les cassettes de Marco constituent<br />

la genèse de son univers, une porte d’entrée vers<br />

un chemin que, adulte, Marco poursuit encore.<br />

Marco remballe ses cassettes. Puis nous nous dirigeons,<br />

Arturo, Victor et Jorge, le batteur de Xibalba<br />

Itzaes qui vient d’arriver avec sa femme Haydee,<br />

vers les pyramides du Soleil et de la Lune. Comme<br />

notre plan est de prendre des photos, les membres<br />

38 THE RED BULLETIN


« NOUS SOMMES AU MEXIQUE.<br />

NOUS FAISONS DU BLACK<br />

METAL MEXICAIN QUI PARLE<br />

DE NOTRE CULTURE. »<br />

Les Xibalba Itzaes sondent les origines et le centre de l’univers.<br />

de Xibalba Itzaes portent leur tenue de scène ainsi<br />

qu’une peinture faciale obsédante. Aux mal informés,<br />

ces marques tribales rappellent Alice Cooper<br />

ou Kiss mais sont en fait un clin d’œil à des groupes<br />

de black metal contemporains du Brésil et de Scandinavie.<br />

Les musiciens attirent beaucoup l’attention<br />

et sont plus qu’heureux de poser pour des photos.<br />

Arturo évite l’agitation et se concentre plutôt sur les<br />

pyramides, transpirant sous le poids de son lourd<br />

blouson de cuir. Tandis que le soleil se couche, nous<br />

nous retirons tous les sept, écrasés par la chaleur<br />

et épuisés, sur l’allée des Morts puis vers la sortie.<br />

Plus tard, je réfléchis aux cassettes adorées de<br />

Marco. Elles sont peut-être ses offrandes à la jeunesse<br />

et au rock’n’roll bien sûr, mais aussi à l’éternelle<br />

recherche d’identité, d’acceptation et de sens.<br />

« À l’école, il me semblait que j’étais le seul à aimer<br />

le heavy metal. C’était comme quelque chose qui<br />

n’appartenait qu’à moi », note Marco. Sans la découverte<br />

de ces précieuses bandes et de la musique<br />

qu’elles renfermaient, qui sait qui ce qu’il serait<br />

devenu.<br />

DANS LES ANNÉES 1980, il était difficile<br />

d’accéder à la bonne parole du heavy metal<br />

à Mexico. « Nous n’avions pas d’argent pour<br />

acheter des disques. Alors c’était comme si celui que<br />

nous avions choisi d’acheter devait être le meilleur. »<br />

Fan de heavy metal précoce grâce à un grand frère<br />

bien informé, Marco découvre le groupe Venom<br />

à l’âge de dix ans, sur le célèbre marché Tianguis<br />

Cultural del Chopo de Mexico. El Chopo était un<br />

phare pour les jeunes métalleux et les punks dans<br />

les années 80 et 90, et l’est encore aujourd’hui.<br />

Le passage très étroit serpente à travers les étals<br />

de taille réduite sur lesquels s’entassent une quantité<br />

impressionnante d’articles à vendre. « Sans El<br />

Chopo, nous aurions peut-être découvert la musique<br />

malgré tout, mais beaucoup plus tard, avec l’arrivée<br />

d’Internet. Qui sait si nous aurions formé le<br />

groupe », s’interroge Marco.<br />

Xibalba Itzaes est un trio composé des frères<br />

Jorge, Marco et Victor (qui se produisent sous les<br />

noms de Jorge « Ah Ektenel », Marco « Ek Balam »<br />

THE RED BULLETIN 39


La collection de cassettes de heavy metal de Marco et les dessins<br />

très fouillés illustrant les albums préférés de son enfance.<br />

et Victor « Ehxibchac »). Quand les Xibalba Itzaes<br />

commencent à composer des chansons, Marco est<br />

encore lycéen. C’est à cette époque qu’il lit Popol<br />

Vuh, un texte du XVI e siècle qui détaille la conception<br />

maya de la création et de la cosmologie avant la<br />

colonisation espagnole. « Nous sommes au Mexique.<br />

Nous faisons du black metal mexicain qui parle de<br />

notre culture, parce que comme les Norvégiens sont<br />

fiers d’avoir Odin et Thor, nous devrions être fiers<br />

d’avoir Kukulkán et Huitzilopochtli », dit Jorge.<br />

L’histoire du black metal est complexe. Ian<br />

Christe, animateur de radio basé à Brooklyn,<br />

éditeur et auteur de Sound of the Beast: <strong>The</strong> Complete<br />

Headbanging History of Heavy Metal, résume<br />

ses origines au téléphone : « Le nom black metal<br />

vient d’un disque de 1982 du groupe britannique<br />

Venom, commence-t-il. Ils étaient, au point de vue<br />

sonore, comme un groupe de rock’n’roll qui jouait<br />

vite et “sale”. Quelques années plus tard, un groupe<br />

suédois appelé Bathory a commencé à faire le premier<br />

véritable black metal. Une fois que Bathory<br />

a commencé à faire des disques sur le thème des<br />

Vikings, on s’est rendu compte que la Norvège<br />

n’avait pas toujours été une nation chrétienne. Les<br />

chrétiens étaient venus et avaient converti quelques<br />

rois vikings qui traversaient ensuite le pays en massacrant<br />

tout le monde, et scandaient : “Convertissezvous<br />

ou crevez !” Ces jeunes voulaient donc inverser<br />

le processus de colonisation. Cela s’est répercuté<br />

à travers le monde. »<br />

Le lendemain de notre visite à Teotihuacán,<br />

Alfredo Nieves Molina, ethnomusicologue à l’Institut<br />

de recherches anthropologiques de l’UNAM<br />

(Université nationale autonome du Mexique) à<br />

Mexico, nous invite, Arturo et moi, à visiter le musée<br />

du Templo Mayor, situé dans le Zócalo, le cœur de la<br />

Le groupe Xibalba Itzaes, formé il y a près de trente ans, planifie la sortie d’un nouvel album.<br />

40 THE RED BULLETIN


Naissance<br />

d’une passion<br />

Marco, le frontman de<br />

Xibalba Itzaes, revisite le<br />

marché toujours en effervescence<br />

d’El Chopo à<br />

Mexico où il a acheté pour<br />

la première fois des cassettes<br />

de heavy metal dans<br />

les années 1980.<br />

ville moderne de Mexico. Cette zone correspond<br />

à ce qui constituait autrefois la grande ville-État<br />

mexicaine de Tenochtitlán, devenue la capitale de<br />

l’empire aztèque au XV e siècle. Les Espagnols ont<br />

conquis Tenochtitlán au XVI e siècle et ont construit<br />

une église sur les ruines du temple aztèque<br />

aujourd’hui connu sous le nom de Templo Mayor.<br />

Alfredo nous guide à travers le musée en nous<br />

faisant découvrir la musique et la culture mésoaméricaine.<br />

Il explique que des groupes comme<br />

Xibalba Itzaes et Mictlantecuhtli ne se contentent<br />

pas de raconter de vieilles histoires mais évoquent<br />

la conception de l’univers par leurs ancêtres. « La<br />

cosmologie est une conception complète du monde ;<br />

un mythe n’est qu’une histoire. »<br />

Alfredo est un métalleux de longue date : « J’ai<br />

grandi seul, donc la musique est devenue une partie<br />

de moi. Quand j’ai découvert Iron <strong>Mai</strong>den et des<br />

groupes comme Slayer, le monde s’est ouvert. »<br />

Alfredo a fait de sa passion d’adolescent une carrière<br />

à plein temps et, en plus de son statut d’ethnomusicologue,<br />

il dirige le séminaire d’études sur le heavy<br />

metal au Museo Nacional de las Culturas del Mundo<br />

à Mexico. Le programme accueille des panels<br />

académiques sur des sujets aussi pointus que « Des<br />

extrêmes. L’inexprimable et le grotesque. Formes<br />

de transgression dans le goregrind : une étude de<br />

l’iconographie musicale » et « Metal tombé du ciel :<br />

la religion et le heavy metal. »<br />

Alors que nous nous promenons dans l’ancien<br />

temple, Alfredo et Arturo continuent de partager<br />

leurs histoires personnelles. Arturo est né à Mexico<br />

et a déménagé aux États-Unis à l’âge de 7 ou 8 ans.<br />

« Ce fut vraiment difficile pour moi de trouver une<br />

identité aux États-Unis. Cela m’a pris des années,<br />

car à Los Angeles, nous n’avons pas de pyramides,<br />

pas de statues… Tout ce que nous avons, ce sont<br />

des livres, mais les livres sont en anglais et le professeur<br />

d’histoire vous parle de l’histoire locale. Je suis<br />

retourné au Mexique il y a quatre ou cinq ans. Je<br />

me suis rendu aux pyramides. À l’époque, je traversais<br />

une période difficile et quand je suis arrivé au<br />

sommet, je me suis posé là. Ça peut sembler bizarre,<br />

pourtant je jure que je pouvais entendre et sentir<br />

une certaine présence. À ce moment-là, j’ai eu<br />

l’impression d’être le centre de l’univers, comme<br />

les pyramides. On peut lire des tas de choses sur<br />

le sujet, mais cela n’a rien à voir avec l’expérience<br />

telle qu’on peut la vivre. Ce n’est qu’en étant dans<br />

cette forme de ressenti que vous comprenez qui<br />

vous êtes vraiment. »<br />

DE RETOUR À LOS ANGELES, c’est une journée<br />

d’été chaude et humide à Boyle Heights, une<br />

communauté soudée à prédominance latino,<br />

adjacente au centre-ville de Los Angeles. Toutes les<br />

fenêtres sont ouvertes dans l’appartement d’Arturo.<br />

Un ventilateur oscille et disperse un air poisseux.<br />

La circulation bourdonne constamment en arrièreplan,<br />

ponctuée par les bavardages sur le trottoir et<br />

la musique qui provient des voitures qui passent.<br />

« Grandir à Boyle Heights était dangereux, dit<br />

Arturo. Le taux de criminalité était très élevé ; les<br />

meurtres étaient nombreux. » Arturo se souvient<br />

d’une époque où ses cousins venaient du Mexique<br />

en visite. « Nous attendions le bus, et je ne vous<br />

mens pas, il y avait des membres de gang avec des<br />

fusils qui tiraient comme des cow-boys et des<br />

Indiens. Ils étaient là, juste en face. Boum, boum,<br />

boum ! Et moi, j’étais planté là, à regarder. Je les<br />

THE RED BULLETIN 41


egardais, fasciné. J’ai eu de la chance, poursuit<br />

Arturo. J’étais “le mec heavy metal” qui déambulait<br />

au pied des HLM. Les gangsters se levaient en me<br />

voyant passer, ils m’alpaguaient : “Hey, tu viens<br />

d’où ? Ah, c’est juste un rockeur”, puis me laissaient<br />

partir. » Le black metal a souffert d’une mauvaise<br />

réputation au milieu des années 90 avec une série<br />

d’églises incendiées, un suicide et deux meurtres<br />

commis par des membres du groupe de la scène<br />

black metal norvégienne. Ces événements très<br />

médiatisés ont inspiré des dizaines d’articles, de<br />

documentaires et un livre tristement célèbre<br />

devenu un long métrage, Lords of Chaos (2018).<br />

Cependant, le black metal a explosé sur la scène<br />

underground internationale bien avant les meurtres.<br />

Henry Yuan, audiophile heavy metal et guitariste<br />

du groupe de black metal Impure, explique au téléphone<br />

depuis Brooklyn : « Certains, en regardant<br />

Lords of Chaos, pensent qu’il s’agit d’une représentation<br />

réaliste du milieu du black metal ». Il fait remarquer<br />

que la plupart des gens, même ceux qui se<br />

disent au courant, croient que le black metal est<br />

une forme d’art norvégienne et rejettent donc ses<br />

racines non norvégiennes. « Ils ont déjà rejeté l’idée<br />

qu’il existe des groupes au Japon, au Mexique, en<br />

Colombie, en Hongrie, en Italie, en France, partout. »<br />

Contrairement à la croyance populaire, le black<br />

metal n’est pas une création strictement eurocentrique.<br />

Un représentant de Greyhaze Records, le<br />

distributeur nord-américain de certains des groupes<br />

black metal parmi les plus respectés du Brésil, et<br />

qui demande à être appelé « MQC », explique plus en<br />

détail : « Les métalleux trouvent toujours un terrain<br />

d’entente, quelle que soit leur nationalité. Prenez<br />

le Brésil et la Norvège par exemple, deux scènes<br />

influentes, reliées entre elles de manière élémentaire.<br />

Pourtant, les cultures générales du Brésil et de la<br />

Norvège ne sauraient différer davantage. Peu de gens<br />

considèrent le Brésil comme un foyer de metal et<br />

sont étonnés du fait qu’un groupe à succès comme<br />

Entre deux<br />

mondes<br />

Les membres de Mictlantecuhtli<br />

vivent à Los Angeles, mais leur<br />

identité avec la culture aztèque<br />

précoloniale est au cœur de<br />

leurs textes.<br />

Arturo a quitté Mexico pour Los Angeles à l’âge de 7 ou 8 ans.<br />

42 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 43


Jeu de pouvoir<br />

« Ce n’est pas seulement de la<br />

musique, explique l’historien<br />

du heavy metal Ian Christe.<br />

Ces groupes recherchent<br />

quelque chose d’ancien et<br />

de vrai pour s’y accrocher et<br />

en extraire leur force. »<br />

Sepultura ait pu émerger d’un tel pays. En vérité, un<br />

groupe comme Sepultura ne pouvait émerger que<br />

d’une scène très effervescente. » L’un des groupes de<br />

cette scène brésilienne, Sarcófago, a sorti son premier<br />

album, I.N.R.I., en 1987. Il a eu un effet massif<br />

sur l’évolution générale du black metal et est toujours<br />

considéré comme un chef d’œuvre.<br />

En 1991, quelques années après la sortie<br />

d’I.N.R.I., et avant les incendies d’églises, les<br />

meurtres en Scandinavie et le chaos qui allait propulser<br />

le black metal norvégien à la une des journaux<br />

du monde, les Xibalba Itzaes utilisaient déjà<br />

le black metal pour propager les histoires de leurs<br />

ancêtres mayas. « Xibalba » est le nom du monde<br />

souterrain dans la mythologie maya et « Itzaes » fait<br />

référence au peuple maya qui a construit la ville de<br />

Chichén Itzá (située sur la péninsule du Yucatán)<br />

où se trouve le temple de Kukulkán, l’une des sept<br />

merveilles du monde construites par l’Homme.<br />

Comme les pyramides de Teotihuacán et de Templo<br />

Mayor, le temple de Kukulkán est considéré comme<br />

un axis mundi, un point de convergence où les<br />

mondes des esprits et des mortels se rencontrent,<br />

le centre de l’univers, le berceau autour duquel tout<br />

tourne, bref un lieu symbolique où chaque moment<br />

représente une éternité et où chaque action est un<br />

acte d’hommage à ses dieux.<br />

LE MERROW EST UN PETIT BAR situé dans une<br />

ruelle près de l’avenue University, bondée,<br />

au cœur du quartier Hillcrest de San Diego,<br />

un quartier accueillant pour les LGBTQ. C’est un<br />

endroit sombre et intime baigné de lumière rose ;<br />

un épais brouillard d’encens flotte dans chaque<br />

pièce. Une foule est là pour voir le show de black<br />

metal. Tout le monde porte des tee-shirts célébrant<br />

le black metal – mais ici, pas de Motörhead, d’Iron<br />

<strong>Mai</strong>den ni de Metallica sérigraphiés. Même les<br />

vestes sont entièrement constituées de patchs black<br />

metal avec des logos exotiques ressemblant à la<br />

44 THE RED BULLETIN


« Tous les bons<br />

moments que j’ai<br />

eus dans ma vie<br />

sont liés au groupe »,<br />

dit Arturo.<br />

« LES MÉTALLEUX TROUVENT<br />

TOUJOURS UN TERRAIN<br />

D’ENTENTE, QUELLE QUE<br />

SOIT LEUR NATIONALITÉ. »<br />

Plan de<br />

bataille<br />

Arturo a vu beaucoup<br />

de violence croître à<br />

Los Angeles, mais ces<br />

jours-ci, il s’intéresse<br />

davantage aux batailles<br />

métaphoriques qui se<br />

déroulent sur scène.<br />

THE RED BULLETIN 45


Le metal<br />

célébré<br />

Un concert de Mictlantecuhtli en<br />

2019 au Merrow, dans le quartier<br />

Hillcrest de San Diego (USA).<br />

« JE N’AI PAS D’ENFANTS.<br />

MES ENFANTS À MOI, CE SONT<br />

LES NOTES DE MUSIQUE. »<br />

structure complexe des racines des arbres. Depuis<br />

la fin des années 90, les Mictlantecuhtli ont utilisé<br />

le black metal comme véhicule pour embrasser leurs<br />

ancêtres aztèques précoloniaux. Ils sont cinq amis<br />

de longue date : Arturo, Hector, Sam, Manny et<br />

Frank, ou « Temoc », « Tlaloc », « Cuitlahuac »,<br />

« Mixcoatl » et « Itzcoatl », noms empruntés à la<br />

langue aztèque nahuatl, langue encore parlée par<br />

plus d’un million de personnes au Mexique.<br />

Les gars se connaissent depuis leur enfance alors<br />

qu’ils apprenaient à jouer des riffs de Slayer à la guitare<br />

et assistaient à des concerts populaires pas tout<br />

à fait légaux, de backyard punk à Boyle Heights. Le<br />

guitariste Sam et le bassiste Hector placent des teeshirts<br />

de Mictlantecuhtli sur une table de billard au<br />

milieu de la salle. Le frère d’Hector, Peter, et son père<br />

de 79 ans, Pedro, donnent un coup de main. Pedro<br />

a emmené Hector voir des concerts alors que son fils<br />

n’avait que treize ans, « les grands Scorpions, Iron<br />

<strong>Mai</strong>den », dit-il en déballant, triant et arrangeant les<br />

t-shirts par dizaines. Arturo développe : « Tous les<br />

bons moments que j’ai passés dans ma vie sont liés<br />

au groupe. En tournée, en spectacle, sur scène. Le<br />

simple fait de savoir que vous avez vos frères de<br />

combat à côté de vous est puissant. » L’arôme fort et<br />

fumé du copal sacré signifie que les Mictlantecuhtli<br />

sont sur le point d’entrer en scène. « Je n’ai pas<br />

d’enfants. Mes enfants à moi, ce sont les notes de<br />

musique, vous voyez ? »<br />

Mictlantecuhtli joue devant un public enthousiaste<br />

d’une centaine de personnes. Le mur sonore<br />

technique mais guttural, emblématique de l’ambiance<br />

trance du black metal, est ponctué de riffs<br />

des années 80 qui reprennent des influences atypiques<br />

du black metal, comme le virtuose suédois<br />

de la guitare Yngwie Malmsteen et Dave Murray<br />

d’Iron <strong>Mai</strong>den. Un solo de batterie typiquement<br />

arena rock gagne en intensité jusqu’à ce que les cinq<br />

membres du groupe lèvent le poing et saluent la<br />

foule. Panama de Van Halen suit immédiatement<br />

après leur set riche en décibels.<br />

L’historien du heavy metal Ian Christe explique :<br />

« Ce n’est pas que de la musique. Il s’agit de l’ambiance<br />

et de l’esprit et souvent, d’un sentiment<br />

effroyable, cruel et désagréable. Peu importe l’inélégance<br />

des moyens utilisés, ces groupes recherchent<br />

quelque chose d’ancien et de vrai pour s’y accrocher<br />

et en extraire leur force. Il y a une curiosité pour<br />

le passé et pour ce qui a été perdu afin de créer le<br />

monde moderne dans lequel nous vivons et dont,<br />

tous, nous ne nous satisfaisons pas. Quelque chose<br />

a mal tourné en cours de route. Peut-être qu’en<br />

retournant à ces civilisations premières et à ces<br />

mythes originaux, nous pourrons redécouvrir ce<br />

qui a fait que cette civilisation a existé. »<br />

Instagram : @xibalbaitzaes<br />

46 THE RED BULLETIN


Arturo<br />

Quand on l’interroge<br />

sur Mictlantecuhtli, le<br />

chanteur répond : « Oui,<br />

c’est mon héritage. »


« En Rookies<br />

Cup, seul<br />

le pilotage<br />

compte. »<br />

48 THE RED BULLETIN


Dans le<br />

futur du<br />

MotoGP<br />

Lancée en 2007, la <strong>Red</strong> Bull MotoGP Rookies Cup, un<br />

championnat de moto de vitesse dédié à des pilotes<br />

de 13 à 17 ans, permet à de jeunes talents d’envisager<br />

le plus haut niveau (le MotoGP) dans les conditions<br />

des « grands ». Avec une première étape historique en<br />

France cette année lors du Grand Prix de France moto<br />

du Mans, l’événement recroise l’un de ses participants<br />

historiques, JOHANN ZARCO. Engagé en MotoGP<br />

depuis 2017, le pilote français du team Avintia Ducati<br />

revient sur les enseignements tirés de sa Rookies Cup.<br />

Texte HANS HAMMER<br />

GOLD AND GOOSE/RED BULL CONTENT POOL<br />

the red bulletin : Johann, vous avez<br />

intégré la <strong>Red</strong> Bull MotoGP Rookies<br />

Cup à 16 ans, en 2007, et en avez remporté<br />

la première édition, quel souvenir<br />

en gardez-vous, et qui étiez-vous<br />

à l’époque ?<br />

johann zarco : Un gamin… Le plus<br />

grand des gamins, car j’étais le plus âgé<br />

de la sélection. Je m’en souviens comme<br />

d’une aubaine : pouvoir participer à un<br />

championnat de moto et n’avoir rien à<br />

financer, si ce n’est tes déplacements,<br />

alors que jusque-là, c’était mon père<br />

qui finançait mes évolutions en moto.<br />

Quand je suis arrivé en Rookies Cup, on<br />

te passait une moto, un équipement, un<br />

casque, on te fournissait un mécano, et<br />

tous les pilotes étaient logés à la même<br />

enseigne.<br />

Le côté uniforme du programme, avec<br />

une égalité d’équipement, de moyens<br />

et d’accompagnement était quelque<br />

chose de déterminant pour vous ?<br />

En MotoGP, aujourd’hui, je me bats<br />

contre d’autres équipes et leurs moyens<br />

respectifs, en Rookies Cup, tu pars avec<br />

les mêmes chances, et seul le pilotage<br />

compte. Moi je n’étais pas un gars du milieu,<br />

je n’avais pas accès aux paddocks.<br />

La moto, j’en rêvais devant la télé, alors<br />

quand tu te retrouves à courir en ouverture<br />

de rideau d’un Grand Prix de Moto3,<br />

le samedi précédant la course de Moto-<br />

GP, c’est une aubaine incroyable.<br />

Qu’est-ce qu’un tel programme peut<br />

apporter à un jeune pilote ?<br />

Déjà, on peut pratiquer l’anglais, et on<br />

court sur les mêmes circuits que les<br />

pilotes de GP. Ensuite, ça t’apporte des<br />

repères, pour le futur, ça te permet<br />

d’essayer ces pistes dans de très bonnes<br />

conditions. Tu as donc de grosses possibilités<br />

d’apprendre. Ça te permet aussi de<br />

découvrir tout l’univers <strong>Red</strong> Bull sur les<br />

GP, l’hospitalité, les excellents buffets…<br />

(rires)<br />

THE RED BULLETIN 49


De ces jeunes pilotes<br />

émergeront probablement<br />

les grands noms<br />

du MotoGP de demain.<br />

« J’essaie d’apprendre<br />

de tous<br />

mes adversaires. »<br />

Qui étiez-vous en sortant de la<br />

Rookies Cup ?<br />

Quand j’ai gagné la Rookies Cup à 17 ans,<br />

c’était mon premier championnat avec<br />

des victoires devant le grand public et ça<br />

m’a permis de me faire connaître. Quand<br />

il sort de la Rookies Cup, le pilote a beaucoup<br />

plus confiance en lui, il sent qu’il<br />

peut rouler vite sur une moto.<br />

Quel est le plus grand enseignement<br />

que vous tirez de la Rookies Cup ?<br />

Je me souviens de l’un des conseils de<br />

notre coach, August Auinger : rentrer les<br />

coudes en ligne droite. J’avais tendance à<br />

les garder un peu ouverts, et c’est devenu<br />

un réflexe, fermer les coudes en ligne<br />

droite. Il y a aussi l’aspect stratégique, la<br />

stratégie de course. Et j’ai pris conscience<br />

que je pouvais aller vite... de ce truc :<br />

tu pars, tu t’échappes !<br />

Comment voyiez-vous la catégorie<br />

MotoGP, l’élite, à l’époque ?<br />

Le MotoGP, je ne savais même pas vraiment<br />

à quoi ça correspondait quand j’en<br />

voyais, c’était un autre monde… Moi,<br />

j’étais concentré sur la catégorie 125 cm³,<br />

pour progresser. Je ne m’imaginais pas<br />

encore dans les catégories supérieures,<br />

en 250 ou Moto2. Je cherchais à travailler<br />

tous les détails, à décortiquer le pilotage<br />

de chacun, pour être le meilleur,<br />

mais en 125 d’abord.<br />

Même si vous n’étiez pas fixé sur le<br />

MotoGP dans l’immédiat, quelle vision<br />

en aviez-vous ?<br />

J’aimais bien l’Italien Andrea Dovizioso<br />

à l’époque, qui est entré en MotoGP en<br />

2008 et qui a été vice-champion du<br />

monde en 2019. J’aimais bien le regarder<br />

et j’appréciais ses bons résultats. Et aussi<br />

l’Espagnol Jorge Lorenzo, qui a eu le<br />

même cursus qu’Andrea. C’était les deux<br />

mecs que j’aimais mettre en comparaison.<br />

Après, le MotoGP c’était déjà Valentino<br />

Rossi, toujours unique, toujours parfait<br />

dans sa combinaison, dans ses couleurs,<br />

je suis resté fan de ça, admiratif. J’ai<br />

aussi en tête des images de Pedrosa,<br />

pour lequel j’ai toujours eu beaucoup de<br />

respect. Je n’arrivais pas à m’expliquer<br />

comment il pouvait être aussi fort. En<br />

2007, il y avait le pilote <strong>Red</strong> Bull Chris<br />

Vermeulen, l’Australien, qui venait nous<br />

donner les trophées à la fin des courses.<br />

Depuis trois ans que vous évoluez en<br />

MotoGP, comment percevez-vous ces<br />

pilotes à présent, vous l’ex-vainqueur<br />

de la Rookies Cup 2007 ?<br />

Je reste assez fan de Valentino, il reste<br />

la légende. Il y a un côté affect avec lui,<br />

on est devenus adversaires et il y a eu de<br />

belles passes d’arme, mais si je peux lui<br />

parler c’est toujours avec un côté fan.<br />

Concernant les autres pilotes, je fais partie<br />

d’eux, je les analyse, qu’ils soient nouveaux<br />

ou plus anciens dans la catégorie.<br />

Je peux analyser des mecs qui ont eu des<br />

50 THE RED BULLETIN


GOLD AND GOOSE/RED BULL CONTENT POOL<br />

bonnes phases, de moins bonnes phases,<br />

qui ont dû revenir. J’essaie d’apprendre de<br />

tous mes adversaires. Le but, c’est d’être<br />

plus fort qu’eux, et si je peux comprendre<br />

leurs failles, ça va m’aider. J’ai peut-être<br />

perdu un peu de temps et des sensations<br />

par rapport à eux la saison dernière, mais<br />

je suis très motivé à donner ce qu’il faut<br />

pour aller me battre avec eux.<br />

Que retenez-vous de votre saison 2019<br />

(entamée chez KTM et terminée chez<br />

LCR Honda, ndlr) ? En quoi fut-elle<br />

intéressante ?<br />

J’ai pris une grosse décision, risquée,<br />

quitte à ne pas courir en <strong>2020</strong>, et j’ai la<br />

chance de courir à nouveau en <strong>2020</strong>,<br />

d’avoir ce plaisir de rouler à nouveau,<br />

dans une bonne structure, bien aidé<br />

par Ducati. Les sensations commencent<br />

à revenir. J’aurais pu faire quelque chose<br />

avec la KTM que je n’ai pas su faire.<br />

<strong>Mai</strong>s j’ai grandi pendant un an sur bien<br />

d’autres aspects, pour réussir à dompter<br />

la Ducati cette saison. Je me rends<br />

compte que j’ai pu faire des erreurs,<br />

mais je prends le bon de tout ça. Je<br />

cours dans de bonnes conditions, avec<br />

un groupe que j’aime beaucoup, ça me<br />

donne beaucoup de fraîcheur, car j’ai<br />

joué gros.<br />

La première course de la saison, au<br />

Qatar, vient d’être annulée, en catégorie<br />

MotoGP du moins, pour cause de<br />

Coronavirus… Quels enseignements<br />

tirez-vous de ce genre de situation,<br />

et comment les mettez-vous à profit ?<br />

J’en profite pour faire des entraînements<br />

plus durs avec mon préparateur physique,<br />

Romain. Des séances que nous ne<br />

pouvons pas nous permettre de réaliser<br />

une fois la saison lancée. L’entraînement<br />

dur qu’on n’a peut-être pas pu bien faire<br />

pendant l’hiver avec une blessure et le<br />

temps de pause des fêtes, on a l’opportunité<br />

de le faire maintenant. Ce type<br />

d’entraînement peut beaucoup apporter,<br />

car le corps et la tête, en début de saison,<br />

dans une période dynamique, sont prêts<br />

à les encaisser. C’est être un bel athlète<br />

dont j’ai besoin maintenant, à l’exemple<br />

de Márquez.<br />

« C’est être un<br />

bel athlète dont j’ai<br />

besoin maintenant,<br />

à l’exemple de<br />

Marc Márquez. »<br />

RED BULL MOTOGP<br />

ROOKIES CUP<br />

Ils ont un but : s’imposer au plus haut<br />

niveau de la compétition moto. Des<br />

centaines de candidats postulent<br />

chaque année pour intégrer le programme<br />

et 26 pilotes de 14 nations,<br />

entre 13 et 17 ans, ont été choisis<br />

pour la saison <strong>2020</strong>. Les jeunes<br />

pilotes s’affrontent sur des motos<br />

KTM spécialement développées pour<br />

ce concept, identiques pour chacun<br />

des pilotes, avec des spécificités<br />

proches des engins de Moto3 : des<br />

250 cc dont la vitesse maximum est<br />

220 km/h, et le poids 80,5 kg. Cette<br />

compétition de moto pour jeunes talents<br />

est une passerelle vers la catégorie<br />

suprême, le MotoGP, et en 2019,<br />

plus de 50 % des pilotes présents sur<br />

le championnat Moto3 étaient passés<br />

par la Rookies Cup.<br />

LES DATES DE L’ÉDITION <strong>2020</strong><br />

(la Rookies Cup s’arrête en<br />

France pour la première fois)<br />

ESPAGNE<br />

2-3 mai (Jerez), 2 manches<br />

<strong>FR</strong>ANCE<br />

16-17 mai (Le Mans), 2 manches<br />

ITALIE<br />

30 mai (Mugello), 1 manche<br />

ALLEMAGNE<br />

20-21 juin (Sachsenring),<br />

2 manches<br />

FINLANDE<br />

11-12 juillet (Kymi Ring),<br />

2 manches<br />

AUTRICHE<br />

15-16 août (Spielberg),<br />

2 manches<br />

ARAGON<br />

3-4 octobre (Alcañiz), 2 manches<br />

Retrouvez la <strong>Red</strong> Bull MotoGP<br />

Rookies Cup lors du Grand Prix<br />

de France moto, organisé<br />

du 15 au 17 mai sur le circuit<br />

du Mans.<br />

gpfrancemoto.com<br />

Bartholomé Perrin, le Français engagé<br />

en <strong>2020</strong> avec Gabin Planques.<br />

« Il faut viser haut,<br />

la Rookies Cup<br />

est une étape de<br />

carrière. »<br />

Il semble que vous soyez en route pour<br />

l’Espagne avec Romain, pourquoi ?<br />

Oui, on y trouvera de belles pistes pour<br />

s’entraîner, et une météo plus clémente<br />

qu’en France. Et puisque nous étions partis<br />

pour aller au Qatar, se faire quelques<br />

heures en camion pour l’Espagne ça n’est<br />

pas un souci. En avion ou en camion,<br />

dans la tête, on voyage.<br />

Quels tuyaux, de pilote à pilote, aimeriez-vous<br />

prodiguer aux jeunes participants<br />

à la Rookies Cup cette saison,<br />

dont les deux Français, Gabin<br />

Planques, déjà présent sur l’édition<br />

2019, et un nouveau talent engagé<br />

cette année, Bartholomé Perrin ?<br />

Le vainqueur de la Rookies Cup 2019,<br />

Carlos Tatay, est rentré dans mon team,<br />

Avintia Ducati cette année, en Moto3, et<br />

je lui ai dit qu’il devait passer un cap au<br />

niveau de la hargne : « Il faut que tu sois<br />

méchant, sinon tu vas te faire manger ».<br />

Après la Rookies Cup, il faut avoir la<br />

rage, une vraie faim. Je n’ai pas encore<br />

vu Bartholomé rouler, donc je ne peux<br />

pas lui donner de conseils de pilotage<br />

spécifiques, mais à ce Français qui vient<br />

de rentrer en Rookies Cup, je dirais de<br />

ne pas se satisfaire d’être le premier des<br />

nouveaux. Il faut viser haut, la Rookies<br />

Cup est une étape de carrière.<br />

Qu’est-ce qui peut arriver de mieux<br />

à un pilote de la Rookies Cup ?<br />

Ce genre d’anecdote : quand j’ai gagné la<br />

deuxième course de la Rookies Cup 2007<br />

à Mugello, en Italie, tout heureux, avec<br />

la Marseillaise et tout ça, je suis reparti<br />

directement le samedi soir pour rentrer<br />

chez moi sur la Côte d’Azur. Ce soir-là,<br />

mon voisin fêtait son anniversaire dans<br />

son garage, qu’il avait transformé en<br />

discothèque. J’y suis arrivé vers minuit,<br />

en pleine fête, avec un pack de <strong>Red</strong> Bull<br />

que l’on m’avait donné à Mugello. D’un<br />

coup, j’étais la star de la nuit, le sauveur<br />

de la soirée, sachant que la boisson énergisante<br />

n’était pas encore vendue en<br />

France à cette époque-là. J’étais le mec<br />

trop «privilégié» qui revient d’une compétition<br />

moto avec un pack de <strong>Red</strong> Bull.<br />

« Johann il est génial ! » (rires) C’était fun.<br />

rookiescup.redbull.com<br />

THE RED BULLETIN 51


Alter<br />

égaux<br />

Avant de se connaître, ils ont<br />

sillonné la planète, chacun de<br />

leur côté, pour fuir des vies qui<br />

les enfermaient. Le jour où ils<br />

se sont rencontrés, le projet<br />

Icarus s’est déployé. Déterminés<br />

et soudés comme les doigts<br />

de la main, les explorateurs<br />

français MATTHIEU BÉLANGER<br />

et LOURY LAG s’élancent dans<br />

un tour du monde corsé, à l’assaut<br />

des sept sommets, un défi<br />

colossal pour le commun des<br />

mortels, un défi tout court<br />

pour eux.<br />

Texte CHRISTINE VITEL<br />

GETTY IMAGES/OLIVIER MORIN/AFP


« Être deux, c’est<br />

juste une force,<br />

explique Matthieu, ici<br />

à gauche. On est<br />

hyper francs dans<br />

notre relation, un peu<br />

durs l’un avec l’autre<br />

quand on se parle, on<br />

est très directs. On a<br />

décidé de mettre<br />

notre ego de côté,<br />

parce que c’est le<br />

projet avant tout ! »<br />

53


Denali<br />

Elbrouz<br />

Everest<br />

Kilimanjaro<br />

Puncak Jaya<br />

Aconcagua<br />

Vinson<br />

PROJET ICARUS<br />

Le chapitre 1, réalisé par Matthieu Bélanger en 2017 (Loury Lag ne faisant pas encore partie du projet à l’époque),<br />

comptait une traversée de la Patagonie à vélo qui s’est conclue par l’ascension de l’Aconcagua (6 962 m) en solo.<br />

Les chapitres et les sommets suivants, calqués sur la liste de Reinhold Messner, s’échelonnent sur les six années<br />

à venir : le Dénali (6 190 m) ; l’Elbrouz (5 642 m) et le Kilimanjaro (5 892 m) ; le Puncak Jaya (4 884 m) ; l’Everest<br />

(8 848 m); et enfin le Vinson (4 892 m). Certains chapitres ne comprenant pas d’ascension seront consacrés à rallier<br />

les sommets entre eux par tous les moyens possibles, non motorisés, et en relevant des défis inédits.<br />

Depuis le début du mois de mars, Matthieu<br />

Bélanger, 32 ans, originaire de Montpellier,<br />

et Loury Lag, 33 ans, de Biarritz,<br />

sont en expédition direction le Denali.<br />

Ce périple en Alaska les mènera jusqu’à<br />

Anchorage le 7 juillet, si leurs pronostics<br />

se révèlent justes : c’est un rythme fou pour tenter<br />

de déloger Mike Horn et Børge Ousland de leurs<br />

trônes, détenteurs du record sur la partie à ski, avec<br />

l’approbation de ce dernier : comme ils sont la nouvelle<br />

génération, il faut qu’ils prennent la relève,<br />

fassent tomber le record et apportent quelque chose<br />

de nouveau dans la discipline. « Je voulais trouver<br />

un défi sportif qui me fasse repousser mes limites.<br />

Quitte à me lancer corps et âme dans un projet, je<br />

voulais que ce soit une première », précise Matthieu.<br />

En ligne de mire donc pour ce chapitre 2 du projet<br />

Icarus : le Denali (6 190 m). 135 jours au total.<br />

Matthieu et Loury seront les premiers Français à le<br />

faire. « Notre objectif est de 30 km/jour en<br />

moyenne, sachant qu’une grosse journée, c’est du<br />

20 ou 22 km/jour, développe Matthieu. La plupart<br />

du temps, on aura des vents de face, et on se rattrapera<br />

avec les vents de travers ou dans le dos pour<br />

kiter et accélérer, et faire 150 bornes dans la journée<br />

au lieu de 20. Et élever notre moyenne à 30 km/<br />

jour. C’est le but sinon, il va falloir vraiment accélérer.<br />

Une journée comme celle-là tous les dix jours<br />

nous suffirait, mais il faudra les avoir… » 3 000 km<br />

de ski sur la mer gelée du passage du Nord-Ouest.<br />

90 kilos de matériel dans les traîneaux. 1 000 km de<br />

vélo à travers l’Alaska. Puis l’ascension du sommet<br />

par la voie nord, qui est loin d’être la plus facile.<br />

Pourquoi se donner tant de mal et se compliquer<br />

la vie à ce point ?<br />

Retour en arrière. En vadrouille à travers la planète<br />

pendant cinq ans, c’est au fin fond du désert<br />

australien où les conditions de (sur)vie sont dignes<br />

d’un écran 16:9 que Matthieu mûrit son projet du<br />

haut de ses 24 ans. « C’était un peu Mad Max. Je travaillais<br />

dans la plus grande exploitation de moutons<br />

au monde. C’était absolument immense. On était<br />

en motocross toute la journée avec le manager audessus<br />

de nous qui vole en avion. On communiquait<br />

ICARUS-PROJECT.COM<br />

54 THE RED BULLETIN


Matthieu et Loury,<br />

à Naujaat, village<br />

Inuit dans le Nord<br />

du Canada, point de<br />

départ de l’expédition<br />

vers le Denali.<br />

« Quitte à me<br />

lancer corps et<br />

âme dans un projet,<br />

je voulais que ce<br />

soit une première. »<br />

Matthieu


Faire fondre de la<br />

neige pour préparer<br />

à dîner… un rituel<br />

qui se répétera<br />

135 jours de suite<br />

lors du chapitre 2<br />

du projet Icarus.<br />

GETTY IMAGES/OLIVIER MORIN/AFP, ICARUS-PROJECT.COM, TRAIN KOLBEINSSON<br />

par radio, il nous donnait les indications où sont<br />

les bêtes… On était couverts de sang de mouton et<br />

de terre rouge australienne. On avait des tronches<br />

de déterrés. » C’est là qu’il lit les aventures de Mike<br />

Horn et Jean-Louis Étienne (pendant que Loury se<br />

nourrit des récits de Bear Grylls et Romain Gary),<br />

qui font germer dans son esprit l’idée d’en faire<br />

au moins autant.<br />

Pendant ce temps, son comparse qu’il ne connaît<br />

pas encore, roule sa bosse lui aussi. Son premier<br />

voyage fut une libération, loin de ses années de maltraitance<br />

familiale physique et psychologique. Il part<br />

aux États-Unis, qu’il traverse pieds nus. « J’ai dû user<br />

de plein de techniques différentes pour réussir à<br />

survivre, je me suis perdu dans les Everglades, je<br />

n’ai pas mangé pendant douze jours… » Il poursuit<br />

au Mexique et en Colombie, avant de regagner la<br />

France et Paris, toujours pieds nus. L’école de<br />

cinéma qu’il démarre ne le convaint pas. Le timing<br />

n’était pas bon. Il y reviendra.<br />

Au moment de leur rencontre, début 2019,<br />

Matthieu était revenu depuis deux ans du premier<br />

chapitre de son expédition, effectué seul. L’article<br />

en ligne qui lui était consacré stipulait : « Explorateur<br />

cherche aventurier ». « Ça faisait très profil<br />

Tinder, se souvient Loury, je continue de me moquer<br />

de lui avec ça encore aujourd’hui. » Un ami de Loury,<br />

« L’extrême, c’est<br />

ce qui me permet de<br />

trouver tout ce dont<br />

j’ai besoin. »<br />

Loury<br />

qui savait qu’il avait vécu un temps à Montpellier,<br />

la ville de Matthieu, le taggue. À l’époque, Loury<br />

s’apprêtait à faire sa première expédition polaire<br />

au Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe en<br />

Islande, et à établir un record. Voilà la connexion<br />

établie, sans vraiment savoir où ça allait les mener.<br />

Tous deux sont formels : « La symbiose a été instantanée<br />

dès le premier coup de fil. On sentait qu’on<br />

avait le même parcours. » Loury, très pragmatique<br />

dans ses relations, n’y va pas par quatre chemins :<br />

« Les grandes rencontres, c’est toujours très beau,<br />

mais tant qu’il n’y a pas de passage à l’acte ou d’expérience<br />

de vie dans la douleur ou dans la difficulté,<br />

on ne peut pas se dire que ça peut marcher. »<br />

Très vite, ils décident de se « tester » en situation<br />

et partent faire connaissance quelques jours dans<br />

les Alpes. Matthieu expose le projet Icarus à Loury,<br />

dont la dimension essentielle réside dans le fait que<br />

« ce soit quelque chose qui n’avait jamais été accompli<br />

». De là découle leur motivation.<br />

Matthieu souhaite donner une dimension d’épopée<br />

à ce projet : « Montrer que les anciens explorateurs<br />

partaient sans savoir pour combien de temps,<br />

deux trois quatre, cinq ans. Aujourd’hui, les expéditions<br />

durent trois ou quatre semaines, elles sont<br />

prévues au cordeau. Et puis on revient et on partage<br />

des images sur Instagram, et on commence le projet<br />

d’après. Je voulais qu’il soit beaucoup plus dans<br />

la durée et à une échelle vraiment grande. »<br />

C’est à travers des expériences extrêmes que<br />

l’on peut trouver le maximum de défis à<br />

accomplir. « L’extrême, de la manière dont<br />

je le vis aujourd’hui, c’est ce qui me permet<br />

de trouver tout ce dont j’ai besoin : l’adrénaline, la<br />

difficulté, des sensations très puissantes. » Pour<br />

pallier au syndrome de l’analgésie congénitale dont<br />

il est atteint ? « C’est une maladie qui ne me permet<br />

pas d’avoir un seuil de douleur normal. Cela<br />

Loury Lag<br />

en Islande lors<br />

de sa traversée en<br />

solitaire du plus<br />

grand glacier<br />

d’Europe.<br />

56 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 57


« Je n’ai pas<br />

peur de la mort,<br />

mais j’ai peur<br />

de mourir. »<br />

Loury<br />

58 THE RED BULLETIN


GETTY IMAGES/OLIVIER MORIN/AFP, ICARUS-PROJECT.COM<br />

Peu après avoir fait<br />

connaissance virtuellement<br />

début 2019,<br />

Matthieu Bélanger<br />

(à gauche) et Loury<br />

Lag partent faire du<br />

trek dans les Alpes<br />

pendant une semaine.<br />

Et c’est là que le<br />

projet a décollé :<br />

« On s’est rendu<br />

compte très vite<br />

qu’on était très<br />

complémentaires. »<br />

« Se préparer au<br />

maximum implique<br />

un certain degré<br />

d’égoïsme, regrette<br />

Loury. Pourtant, il<br />

n’y a que comme<br />

ça que je peux aller<br />

encore plus loin dans<br />

l’introspection et<br />

la recherche de<br />

difficulté. »<br />

« Les anciens<br />

explorateurs partaient<br />

sans savoir pour<br />

combien de temps. »<br />

Matthieu<br />

explique que je me retrouve souvent dans des situations<br />

vraiment très extrêmes parce ce qui est censé<br />

être une barrière pour les autres n’existe pas pour<br />

moi. Ce qui nous différencie avec Matthieu, c’est que<br />

moi je suis né dans l’extrême, je vis dans l’extrême<br />

depuis mon plus tendre âge, tandis que Matthieu<br />

s’est dirigé vers l’extrême », souligne Loury.<br />

Dans leurs biographies, plusieurs points communs,<br />

dont celui-ci : embrasser des expériences<br />

douteuses par envie d’expérimenter, l’ascension<br />

dans la délinquance allant jusqu’à la détention<br />

pour Loury. Les voyages en backpacking et les<br />

expériences pointues furent donc leurs échappatoires<br />

pour s’extraire de leurs environnements<br />

toxiques respectifs. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?<br />

Pour Loury, une soif de vivre intensément, sans<br />

perdre son temps avec de faux problèmes ou de<br />

mauvaises personnes : « Je n’ai pas peur de la mort,<br />

mais j’ai peur de mourir. Je n’ai pas le temps d’attendre<br />

que la mort vienne me cueillir. J’ai fait des<br />

morts médicales. Je pars du principe que mes jours<br />

sont comptés. »<br />

Bercé par les histoires de son grand-père aventurier,<br />

Matthieu, lui, a compris, à force d’aller à la<br />

découverte de pays et de cultures différentes, qu’il<br />

réduisait lui-même son champ des possibles en ne<br />

s’en croyant pas capable. « Au fil des voyages, mes<br />

peurs sont tombées les unes après les autres. On a<br />

souvent peur pour pas grand-chose. » Leurs parcours<br />

de vie se ressemblent étonnamment (pères charpentiers,<br />

mères psychothérapeutes, enfances difficiles,<br />

backpackers dans leurs jeunes années, expéditions<br />

en solitaire, jeunes pères de famille, le même âge à<br />

un an près), mais leurs personnalités diffèrent suffisamment<br />

pour qu’ils puissent se compléter dans la<br />

concrétisation du projet. C’est là que la mécanique<br />

du duo s’enclenche. Il semblerait que les adultes<br />

qu’ils sont devenus ne redoutent rien.<br />

« On est des êtres humains, on a des hauts et des<br />

bas. On l’a encore vécu en Norvège le mois dernier :<br />

en général, on a nos hauts et nos bas de manière<br />

décalée. Lui, il part souvent très très fort, avec un<br />

gros moral, à fond, au taquet. Alors que moi je pars<br />

assez doucement. Par contre, Loury au bout d’un<br />

moment il a un gros coup de mou, et moi c’est le<br />

moment où je suis assez constant, je suis dans le<br />

même état qu’au démarrage et c’est là où j’arrive<br />

à le porter, à l’aider, à le soulager ou à lui gueuler<br />

dessus s’il a besoin qu’on lui gueule dessus. Et inversement,<br />

quand lui reprend du poil de la bête, c’est<br />

moi qui commence à faiblir et c’est lui qui fait le<br />

taf de l’autre côté. Dès qu’on est deux, on a souvent<br />

ça, pas au même moment, et il y en a toujours un<br />

qui peut faire un peu plus que l’autre. C’est une<br />

vraie force. »<br />

Loury acquiesce. « On se connaît tellement bien<br />

avec Matthieu, que le moment où il sait qu’il va<br />

lâcher, c’est moi qui vais le pousser beaucoup plus<br />

loin. Matthieu, c’est lui qui va marcher tous les<br />

jours, qui va guider. Et moi je suis là, le moment où<br />

il pense qu’il n’a plus de jus. » Comme un clin d’œil<br />

à leurs mentors : « Lui, c’est Børge Ousland, et moi<br />

je suis Mike Horn, pose Loury. Il est cent fois plus<br />

compétent que moi dans plein de domaines, mais<br />

ne sait pas se mettre en lumière. Tandis que moi, je<br />

suis certainement moins compétent, mais je sais me<br />

THE RED BULLETIN 59


Matthieu et Loury<br />

en Norvège, en début<br />

d’année. La mise en<br />

situation est la meilleure<br />

préparation.


Les explorateurs à ski en entraînement à Alta, dans le nord de la Norvège, janvier <strong>2020</strong>.<br />

GETTY IMAGES/OLIVIER MORIN/AFP, ICARUS-PROJECT.COM<br />

« Je ne sais pas si on<br />

est très inspirants,<br />

mais en tout cas, on<br />

fait des choses. »<br />

Loury<br />

vendre. C’est la combinaison parfaite pour nous.<br />

Si on ne s’était pas rencontrés, on n’en serait pas là<br />

dans le projet Icarus. J’ai décidé d’apporter une<br />

dimension commerciale au projet, et lui il apporte<br />

une dimension très technique, organisationnelle.<br />

Icarus, ça n’aurait pas fonctionné l’un sans l’autre. »<br />

Le projet se veut la réalisation de deux hommes,<br />

confiants, déterminés, assidus, préparés, et<br />

prêts à faire des sacrifices. « Ce que Matthieu<br />

et moi avons décidé d’apporter au monde de<br />

l’exploration, c’est ça aussi : désacraliser le côté très<br />

brut, très violent, très bad boy du mec qui part en<br />

expédition, qui est très fort et qui déclame :<br />

“Regarde, ce que je fais, tu ne pourras jamais le<br />

faire !” Peut-être que tout le monde ne sait pas ce<br />

que l’on fait, mais on est des gens comme tout le<br />

monde. On est pères de famille, on a des problématiques<br />

comme tout le monde, des enfants à gérer,<br />

des problèmes à la maison… On ne veut pas montrer<br />

seulement le côté surhumain de l’événement. »<br />

Modeste, Loury ajoute : « Je ne sais pas si on est<br />

très inspirants, mais en tout cas, on fait des choses. »<br />

N’est-ce pas cela qui est inspirant justement ? Ça l’est<br />

déjà assez pour l’équipe de cinq personnes qui les<br />

entourent. Et pour leurs familles. « Ce que nous<br />

faisons, des tas de gens rêvent de le faire aussi. <strong>Mai</strong>s<br />

cela est rendu possible grâce à nos proches, nos compagnes,<br />

nos enfants, parce qu’elles se sacrifient : dix<br />

personnes changent des choses dans leur vie pour<br />

que je puisse partir. Tout le monde participe à nos<br />

expéditions et fait des efforts pour que ça marche.<br />

Le jour où elles décident d’arrêter de nous aider, on<br />

ne pourra plus rien faire. C’est un projet qu’on fait<br />

en équipe, et dans l’équipe, il y a elles. Le plus gros<br />

soutien affectif et moral, c’est encore elles. »<br />

<strong>Mai</strong>s alors, pourquoi faire de tels sacrifices ?<br />

Pourquoi partir ? Pour trouver une sérénité jamais<br />

connue ? « Pour me connecter aux émotions les plus<br />

pures : le manque, l’amour, la difficulté physique…<br />

C’est cela qui me permet de faire des choix différents<br />

d’une année sur l’autre concernant ma famille,<br />

mes enfants, mon entourage, etc. C’est très important.<br />

C’est une dimension que Matthieu n’a pas<br />

encore. C’est la première fois qu’il part depuis la<br />

naissance de son fils. C’est très éprouvant. On part<br />

pendant longtemps encore, et on est là pour s’entraider<br />

aussi à traverser tous ces moments dans la solitude.<br />

Car on est seuls même si on est deux. »<br />

Sur les 135 jours d’expédition, ils seront accompagnés<br />

35 jours par un vidéaste. « La dimension du<br />

film, c’est pour apporter une légitimité, et un statut<br />

en tant que sportif de haut niveau… » En effet,<br />

l’autre enjeu du duo, aussi grand que ce défi personnel<br />

de sept ans autour du monde, est que l’exploration<br />

soit un jour reconnue comme une discipline de<br />

sport extrême. Ils souffrent de toutes les contraintes<br />

de grands sportifs, sans l’avantage d’avoir un sponsor<br />

à l’année, et pas seulement pour la durée des<br />

aventures. « Aujourd’hui, on paye nos expéditions,<br />

on ne se paye pas nous. <strong>Mai</strong>s pour que ça marche,<br />

il faut qu’on soit considérés comme de vrais sportifs,<br />

il faut la jouer à 100 %. C’est un travail sérieux, ce<br />

n’est pas un loisir. »<br />

icarus-project.com<br />

61


L’aidante<br />

de la mer<br />

Ado, ses animaux préférés ont commencé à disparaître<br />

des océans. Aujourd’hui, MADISON STEWART parvient<br />

à convaincre des pêcheurs qui décimaient les requins de<br />

protéger les squales. Pour leur bien-être commun.<br />

Texte LOU BOYD


L’Australienne Madison Stewart,<br />

défenseure de l’environnement, a<br />

reconverti des pêcheurs de requins<br />

en guides qui la soutiennent<br />

aujourd’hui dans son combat<br />

contre la disparition<br />

de ces animaux fascinants.<br />

PERRIN JAMES<br />

63


« La première fois que<br />

j’ai vu de près un requin de<br />

l’espèce avec laquelle<br />

j’avais toujours rêvé de<br />

nager, c’était sur l’étal du<br />

marché. Il était mort. »<br />

Chacun a un endroit bien<br />

à lui où il peut se ressourcer.<br />

Une maison,<br />

une ville ou un pays.<br />

Pour l’environnementaliste<br />

Madison Stewart,<br />

cet endroit, ce sont les<br />

fonds-marins – et la compagnie des<br />

requins. « Je ne sais pas quand a débuté<br />

cet amour pour l’océan, dit-elle. Je<br />

savoure simplement la liberté de nager<br />

avec ces animaux fascinants. »<br />

Depuis qu’elle est toute petite, elle a<br />

toujours été encouragée par ses parents<br />

à explorer la nature. « C’est mon père qui<br />

m’a initiée si tôt à la plongée. Il a décidé<br />

de me scolariser à domicile pour pouvoir<br />

m’emmener plonger plus souvent. » Un<br />

jour – Madison n’avait que quatorze ans<br />

– ils prévoyaient d’observer un grand<br />

groupe de requins le long de la Grande<br />

Barrière de Corail, comme ils l’avaient<br />

souvent fait. <strong>Mai</strong>s pas la moindre trace<br />

des squales.<br />

Des années plus tard, elle fait le lien :<br />

« Mon amour des requins s’est enflammé<br />

au moment où ils ont progressivement<br />

commencé à disparaître. » La pêche aux<br />

requins a augmenté de façon exponentielle<br />

au cours des dernières décennies.<br />

Si cela ne change pas, d’après l’estimation<br />

de défenseurs de la vie marine, un<br />

grand nombre d’espèces disparaîtra à<br />

jamais d’ici trente ans. D’après le World<br />

Wide Fund for Nature, presque quarante<br />

espèces de requins sont menacées par<br />

la surpêche, un quart d’entre elles sont<br />

même en danger d’extinction. En<br />

revanche, dans les médias, les requins<br />

continuent d’être présentés comme des<br />

animaux marins dangereux et non pas<br />

en danger eux-mêmes. Pourtant, tous les<br />

ans, jusqu’à cent millions de requins sont<br />

tués par l’Homme – soit par prise accessoire<br />

(capturés accidentellement lors de<br />

la pêche d’autres poissons et animaux<br />

marins), soit parce qu’on leur coupe illégalement<br />

les ailerons avant de les rejeter<br />

dans la mer pour mourir.<br />

Malgré l’interdiction de plusieurs pays<br />

de posséder ou de vendre des requins, on<br />

trouve toujours de la soupe aux ailerons<br />

de requin et de la viande de requin dans<br />

les restaurants et les marchés de Chine<br />

et du Vietnam. D’après Stewart, cela doit<br />

impérativement changer.<br />

À 26 ans, elle a vu trop de requins<br />

morts. « Même si ce que je vois est horrible,<br />

on finit par s’habituer. Au début, je<br />

pleurais. <strong>Mai</strong>ntenant, ça m’attriste, mais<br />

je ne verse plus de larmes. La première<br />

fois que j’ai vu de près un requin de l’espèce<br />

avec laquelle j’avais toujours rêvé<br />

de nager, c’était sur l’étal du marché.<br />

Il était mort. C’était très dur. »<br />

Après des années d’engagement et<br />

d’activisme – Stewart a été élue Young<br />

Conservationist of the Year (trad. jeune<br />

défenseure de l’environnement de l’année)<br />

par l’Australian Geographic Society<br />

– elle a dû admettre que son combat semblait<br />

vain. Non seulement elle,<br />

mais le monde entier était las de voir<br />

des requins morts. Il fallait trouver de<br />

nouvelles voies pour arrêter cette folie.<br />

L’organisation qu’elle a fondée il y a trois<br />

ans, Project Hiu (« hiu » signifie requin<br />

en indonésien), combat le commerce de<br />

64 THE RED BULLETIN


Comme un poisson dans l’eau : lorsqu’elle fait de la plongée aux côtés de requins impressionnants, Madison Stewart, 26 ans, se sent parfaitement à l’aise.<br />

KARINA HOLDEN<br />

La tragédie des squales étalés aux pieds de Madison Stewart, lors de sa visite de l’île<br />

indonésienne de Lombok, haut-lieu de la pêche illégale aux requins.<br />

requins à la source, grâce à une méthode<br />

surprenante, qui elle-même a connu un<br />

succès tout aussi surprenant. Car au lieu<br />

de condamner les pêcheurs d’un village<br />

sur la côte de l’île indonésienne de<br />

Lombok, Project Hiu les a invités à collaborer<br />

de manière cordiale. « Les protecteurs<br />

de l’environnement connaissent très<br />

bien cette île. Ils la détestent. On tombe<br />

sur des requins tués à chaque coin de rue.<br />

Au bout d’un moment, j’en ai eu assez<br />

de faire des photos puis de disparaître.<br />

J’ai donc décidé de suivre une nouvelle<br />

voie. » Dans un premier temps, Madison<br />

Stewart est retournée dans le village<br />

avec des amis et a rencontré le pêcheur<br />

Odi. « Le lendemain, il est venu faire de la<br />

plongée avec nous. C’est là que nous<br />

avons réalisé à quel point la région était<br />

belle. Odi nous a parlé de la pêche : elle<br />

THE RED BULLETIN 65


lui rapportait tellement peu qu’il était<br />

obligé de quitter sa famille des jours<br />

durant, pour ne revenir qu’avec une prise<br />

qui suffisait tout juste à couvrir le strict<br />

nécessaire. Je me suis dit que si nous trouvions<br />

une alternative à la pêche au requin,<br />

nous pourrions aider les pêcheurs. C’est<br />

ainsi qu’est né Project Hiu. »<br />

Une idée folle si l’on considère que<br />

l’industrie de la pêche au requin est la<br />

source de revenu majeure des familles<br />

de l’île depuis plusieurs générations – un<br />

grand nombre des habitants de Lombok<br />

dépendant entièrement de ses recettes.<br />

Qui serait prêt à perdre son travail parce<br />

qu’une jeune fille prétend que tuer des<br />

requins, c’est mal ? La jeune Australienne<br />

savait que Project Hiu ne pourrait fonctionner<br />

que s’il apportait aux pêcheurs<br />

une alternative viable.<br />

Stewart, se remémorant son arrivée<br />

à Lombok, se tourna vers le<br />

tourisme. « Tant les pêcheurs<br />

que les défenseurs de l’environnement<br />

doivent interchanger leur vision<br />

des choses. Il est primordial qu’ils comprennent<br />

le point de vue de l’autre. Il est<br />

important de montrer que les hommes<br />

ne tuent pas les requins par haine, mais<br />

par manque d’options. »<br />

Le projet propose à des groupes de dix<br />

visiteurs maximum d’explorer l’habitat<br />

des requins dans trois à quatre barques<br />

de pêcheurs. « En reconvertissant les<br />

pêcheurs de requins en guides touristiques,<br />

nous empêchons que les bateaux<br />

ne partent à la pêche, et protégeons les<br />

requins, explique Stewart. Project Hiu<br />

s’attache à croire que seuls les hommes<br />

ayant été élevés à tuer les requins sont<br />

en mesure de les sauver. » Pour l’instant<br />

Project Hiu ne fait que de petites vagues<br />

et Stewart se sent parfois isolée. <strong>Mai</strong>s<br />

elle sait que son idée peut engendrer<br />

un changement de perspectives pour<br />

de nombreuses personnes à travers le<br />

monde. « Je collabore avec la commune<br />

et voudrais investir plus d’argent (provenant<br />

des visiteurs de Lombok, ndlr) dans<br />

le système scolaire, développe-t-elle.<br />

Pour moi, le succès le plus important des<br />

dernières années est le nombre de touristes<br />

qui ont participé à nos voyages, et<br />

la manière dont les autochtones les ont<br />

accueillis. Ils sont témoins du massacre<br />

en voyant tous ces requins morts ; et en<br />

montant sur un bateau le lendemain, ils<br />

savent qu’ils sont en train de sauver des<br />

squales. Chaque participant veut contribuer<br />

au changement. »<br />

« Nous reconvertissons<br />

les pêcheurs de requins<br />

en guides touristiques,<br />

ainsi leurs bateaux ne<br />

sont plus utilisés pour<br />

la pêche illicite. »<br />

66


PERRIN JAMES<br />

La probabilité d’être frappé<br />

par la foudre est plus<br />

grande que celle de se faire<br />

attaquer par un requin.


Stewart agit devant et derrière la caméra afin d’attirer l’attention sur la crise des squales.<br />

Les films Blue (2017) et Sharkwater Extinction (2018) sont disponibles en DVD et en streaming.<br />

« La seule erreur<br />

que l’on puisse<br />

commettre, c’est<br />

de ne rien faire. »<br />

En neuf ans, de ses plongées avec<br />

son père sur la Grande Barrière<br />

jusqu’à la direction d’une organisation<br />

de militants écologistes<br />

très présente sur la scène médiatique,<br />

Madison Stewart a fait du chemin et a dû<br />

renoncer à beaucoup de choses. « Si cela<br />

ne tenait qu’à moi, j’aurais gardé mon<br />

monde sous-marin secret. <strong>Mai</strong>s l’industrie<br />

et certains gouvernements ont créé<br />

un vide entre l’océan et les hommes, et<br />

ils en profitent. Ils se servent comme ils<br />

veulent. Je suis obligée de réagir. »<br />

D’après elle, ceux qui partagent ses<br />

idées et veulent protéger la faune maritime<br />

n’ont pas besoin de venir sur les<br />

côtes. « J’ai des followers sur Instagram<br />

qui pensent devoir venir nager avec des<br />

requins pour les sauver. Ce n’est pas<br />

nécessaire. L’océan, l’environnement, est<br />

influencé par nous en tant que personne,<br />

où que nous soyons. »<br />

Alors comment contribuer à sauvegarder<br />

les espèces et à préserver la planète ?<br />

« On trouve de l’huile de foie de requin<br />

dans des compléments alimentaires, et<br />

on peut acheter des os de requin. Il y a<br />

du requin dans les friandises pour animaux<br />

domestiques, de l’huile de foie de<br />

requin dans des produits cosmétiques et<br />

la soupe aux ailerons de requin est un<br />

plat proposé dans tous les quartiers<br />

chinois du monde. Il s’agit donc tout simplement<br />

de devenir des consommateurs<br />

responsables, qui remettent en cause ce<br />

qui nuit aux océans, et plus largement<br />

à l’environnement. »<br />

Sauver l’océan et ses habitants seraitil<br />

une mission impossible ? L’ampleur de<br />

la tâche est titanesque. Avons-nous déjà<br />

atteint le point de non-retour ? « À vrai<br />

dire, je n’en sais rien, confie Madison<br />

Stewart. Lorsque j’étais plus jeune, je<br />

savais que je ne pourrais pas empêcher<br />

la pêche aux requins, mais j’ai continué<br />

à me battre – par principe. Aujourd’hui,<br />

je constate que les habitants de Lombok<br />

ont trouvé un nouveau sens à leur vie, et<br />

qu’ils peuvent dédier plus de temps à leurs<br />

familles. Parallèlement à cela, l’océan à<br />

cet endroit se repeuple de requins petit<br />

à petit. La seule erreur que l’on puisse<br />

commettre, c’est de ne rien faire. Car cela<br />

signifierait que l’on a baissé les bras avant<br />

d’avoir donné le maximum. »<br />

projecthiu.com<br />

PERRIN JAMES, KARINA HOLDEN<br />

68 THE RED BULLETIN


DONNE DES AIIILES.<br />

NOUVEAU : GOÛT PASTÈQUE.<br />

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Kyle Kotowick,<br />

membre du Team<br />

Rubicon Canada,<br />

participe aux efforts<br />

de secours au<br />

Mozambique après<br />

le cyclone Idai en<br />

mars 2019.<br />

Une équipe de<br />

secours parmi les<br />

plus réactives de<br />

la planète, le<br />

TEAM RUBICON<br />

se rend dans les<br />

zones à risques à<br />

travers le monde<br />

afin d’aider les<br />

personnes les<br />

plus vulnérables.<br />

Des vétérans<br />

de l’armée sont<br />

à l’origine de<br />

sa création.<br />

70 THE RED BULLETIN


Les experts du<br />

CHAOS<br />

TEAM RUBICON<br />

Texte<br />

TOM WARD<br />

THE RED BULLETIN 71


LE 12 JANVIER 2010 À<br />

16 H 53, UN TREMBLEMENT<br />

DE TERRE <strong>FR</strong>APPAIT L’ÎLE<br />

D’HISPANIOLA.<br />

Dans la capitale haïtienne, Port-au-<br />

Prince, 25 km au nord-est de l’épicentre,<br />

les gens vaquaient à leurs occupations.<br />

Soudain, le sol s’est mis à trembler, les<br />

bâtiments se sont fissurés jusqu’à leurs<br />

fondations et le monde entier n’a plus<br />

été le même. Lorsque le séisme de<br />

magnitude 7 a cessé, près de 300 000<br />

bâtiments s’étaient effondrés ou avaient<br />

été gravement endommagés. Une catastrophe<br />

qui, selon diverses estimations<br />

gouvernementales, a fait entre 230 000<br />

et 316 000 victimes.<br />

Parmi les milliers de morts, du personnel<br />

d’ambassade, l’archevêque de<br />

Port-au-Prince et 32 membres de la<br />

Fédération haïtienne de football. Plus un<br />

million et demi de personnes qui se sont<br />

retrouvées sans abri, incluant le président<br />

René Préval dont la maison et le<br />

palais présidentiel ont été détruits. Dans<br />

les nuits qui ont suivi le séisme, de nombreux<br />

Haïtiens ont dormi dans leurs<br />

voitures, sous des portails et dans des<br />

bidonvilles de fortune.<br />

Le 14 janvier, les morgues de la ville<br />

étaient pleines et de nombreux corps ont<br />

donc été abandonnés dans les rues pendant<br />

que les équipes transportaient des<br />

milliers de cadavres vers les fosses communes.<br />

Pendant ce temps, les milliers de<br />

corps qui n’avaient pas été retrouvés<br />

parmi les décombres ont commencé à se<br />

décomposer sous l’effet de la chaleur et de<br />

l’humidité. Avec cinq hôpitaux détruits ou<br />

endommagés à Port-au-Prince et des<br />

routes bloquées par les débris, la situation<br />

dans ce pays, le plus pauvre de l’hémisphère<br />

occidental, était désespérée.<br />

Alors que la communauté internationale<br />

organisait des opérations de<br />

secours, l’ancien marine américain Jake<br />

Wood regardait les événements aux<br />

informations. Après un séjour de quatre<br />

ans au Moyen-Orient à son actif, incluant<br />

des missions anti-insurrectionnelles dans<br />

la province d’Al-Anbâr en Irak et huit<br />

mois au sein d’une équipe de snipers en<br />

Afghanistan, il s’est senti obligé d’apporter<br />

son aide. Wood avait quitté l’armée<br />

quelque soixante jours auparavant, il<br />

était donc en forme, avait l’expérience<br />

des opérations dans des pays fragilisés<br />

et possédait de nombreuses compétences<br />

transférables.<br />

Wood, alors âgé de 27 ans, a appelé<br />

une organisation locale de secours en cas<br />

de catastrophe pour offrir ses services<br />

mais on l’a remercié. Déterminé à se<br />

rendre en Haïti par ses propres moyens,<br />

il a mis une annonce sur Facebook,<br />

demandant si quelqu’un voulait se<br />

joindre à lui. L’ancien officier de renseignement<br />

de la Marine William McNulty,<br />

33 ans et l’ami d’un ami, a répondu à<br />

l’appel. Les deux hommes se sont envolés<br />

pour la République dominicaine (le pays<br />

limitrophe d’Haïti sur l’île d’Hispaniola)<br />

où ils ont rencontré un autre marine et<br />

camarade de Wood qui s’y trouvait à titre<br />

de pompier. En route, ils ont rencontré<br />

un ancien infirmier des forces spéciales<br />

et deux médecins, dont l’un était un vétéran<br />

de la guerre du Vietnam. Le groupe<br />

hétéroclite s’est posé à la capitale dominicaine,<br />

Saint-Domingue, et a été transféré<br />

à la frontière haïtienne qu’il a<br />

atteinte quatre jours après le séisme.<br />

ALAMY<br />

72 THE RED BULLETIN


Le tremblement de<br />

terre de 2010 en Haïti<br />

a détruit 300 000<br />

bâtiments, tué<br />

316 000 personnes<br />

et fait de nombreux<br />

sans-abri.<br />

THE RED BULLETIN 73


Dans le sens de l’horloge, en haut à gauche : le vétéran britannique Matt Fisher aide à la reconstruction au Népal ; l’entrepôt de l’organisation ; un médecin<br />

du Team Rubicon au Mozambique pour l’opération Macuti Light ; planification des secours dans les îles Mariannes du Nord touchées par un typhon en 2018.<br />

74 THE RED BULLETIN


TEAM RUBICON (3), GETTY IMAGES (1)<br />

RIEN QU’EN 2019,<br />

TEAM RUBICON<br />

A RÉAGI À 310<br />

CATASTROPHES<br />

DANS LE MONDE<br />

ENTIER, DES<br />

BAHAMAS AU<br />

YORKSHIRE.<br />

« C’était le chaos complet, se souvient<br />

Wood. Il y avait un nuage de poussière<br />

dans l’air provenant des décombres.<br />

Les gens creusaient pour trouver des<br />

survivants. Il n’y avait pas assez de travailleurs<br />

humanitaires sur toute la planète<br />

pour répondre adéquatement aux<br />

besoins là-bas. » Déterminée à faire ses<br />

preuves et à aider le plus grand nombre<br />

de personnes possible, l’équipe de<br />

Wood a entrepris d’emmener des médecins<br />

et du personnel infirmier dans les<br />

zones les plus touchées, de mettre en<br />

place des cliniques de triage mobiles<br />

et d’amener les patients en état critique<br />

à l’hôpital. « Les organisations se<br />

concentrent généralement sur les hôpitaux<br />

et la mise en place de cliniques<br />

fixes, dit Wood, mais souvent les véhicules<br />

des gens sont détruits, ou alors<br />

ceux-ci hésitent à quitter leur maison<br />

à cause des pillards. La moitié des personnes<br />

que nous traitions avaient subi<br />

d’horribles blessures suite aux écroulements<br />

et ne pouvaient se rendre à l’hôpital<br />

à pied. Nous nous sommes rendus<br />

dans ces quartiers de la ville et avons<br />

soigné les gens sur place. »<br />

Le 23 janvier, onze jours seulement<br />

après le séisme, le gouvernement haïtien<br />

a déclaré la fin de la phase de<br />

recherche et de sauvetage de l’opération<br />

de secours. <strong>Mai</strong>s l’équipe de Jake<br />

Wood allait rester vingt jours supplémentaires<br />

sur place, ne quittant les<br />

lieux (ou ce qu’il en restait) que lorsqu’il<br />

devint évident que d’autres<br />

agences étaient mieux équipées pour<br />

faire face aux retombées à plus long<br />

terme.<br />

<strong>FR</strong>APPEZ LES CATASTROPHES<br />

D’UN COUP DANS LES GENCIVES<br />

L’expérience de Wood et McNulty leur<br />

a insufflé la détermination de continuer<br />

à aider les personnes vulnérables<br />

et c’est ainsi que le Team Rubicon a été<br />

créé. Si cette opération de secours leur<br />

avait appris une chose, c’est qu’en tant<br />

que vétérans de l’armée, ils avaient<br />

beaucoup à offrir.<br />

Au cours des années qui se sont<br />

écoulées depuis Haïti, Team Rubicon a<br />

gagné en importance. Rien qu’en 2019,<br />

l’organisation a répondu à 310 catastrophes<br />

à travers le monde, des Bahamas<br />

au Mozambique, de l’Indonésie<br />

au Yorkshire.<br />

Aujourd’hui, son personnel, que<br />

Team Rubicon recrute avec humour<br />

(« Inscrivez-vous. Formezvous.<br />

Frappez les catastrophes d’un<br />

coup dans les gencives »), est passé<br />

à environ 105 000 volontaires. 75 %<br />

d’entre eux sont soit des vétérans de<br />

l’armée, soit encore en service actif, et<br />

20 % sont des pompiers, des médecins<br />

ou des professionnels de l’application<br />

des lois. Il a fallu du temps pour faire<br />

grandir l’organisation et prouver<br />

qu’elle était digne d’un soutien<br />

(Carhartt, Bank of America et Microsoft<br />

figurent aujourd’hui parmi ses<br />

sponsors).<br />

L’ouragan Sandy, la catastrophe<br />

de 2012 qui a coûté la vie à 223 personnes<br />

et causé plus de 70 milliards<br />

de dollars de dommages aux Bahamas,<br />

aux Grandes Antilles, aux États-Unis<br />

et au Canada, a joué un rôle non négligeable<br />

dans l’évolution du Team Rubicon.<br />

L’équipe s’est mise au travail dans<br />

l’une des zones les plus touchées, la<br />

ville de New York, une métropole riche<br />

dont l’image contraste fortement avec<br />

Haïti. « Nous avons dormi dans un<br />

entrepôt à Brooklyn, explique Wood.<br />

Nous pouvions marcher dans la rue<br />

couverts de boue et prendre une bière<br />

fraîche. C’était comme si aucun ouragan<br />

n’était passé par là. »<br />

Malgré le confort, Team Rubicon<br />

a tenu à aider les citoyens les plus<br />

exposés de la ville. « Il y avait de nombreux<br />

pompiers et policiers dans la<br />

zone où nous travaillions, dit Wood.<br />

Des gens qui devaient revêtir leur<br />

uniforme tous les jours afin d’aider<br />

d’autres personnes alors que leur<br />

propre maison pourrissait. » En nettoyant<br />

leurs maisons, l’équipe de<br />

Wood les a un peu payés en retour.<br />

THE RED BULLETIN 75


Un « tee-shirt gris » relève les dommages de l’ouragan Dorian aux Bahamas en septembre dernier (en haut). Des bénévoles secourent une survivante de l’ouragan<br />

Harvey qui a provoqué de terribles inondations au Texas et en Louisiane en août 2017 (ci-dessus). Soutien dans les îles Mariannes du Nord (ci-contre).<br />

76 THE RED BULLETIN


TEAM RUBICON<br />

« LA GRATITUDE<br />

MANIFESTÉE PAR<br />

LES SURVIVANTS<br />

EST ÉNORME. »<br />

Le désir du Team Rubicon d’aider les plus<br />

démunis est naturel. « Nous dirigeons<br />

toujours notre aide vers les personnes les<br />

plus vulnérables, et cela ne signifie pas<br />

nécessairement à l’endroit où se trouvent<br />

les dégâts les plus importants, explique<br />

Wood. Nous allons, une rue à la fois, en<br />

faisant la liste des destructions. Ces<br />

informations sont ensuite cartographiées<br />

et combinées avec des ensembles de données<br />

tels que l’indice de vulnérabilité<br />

sociale, les niveaux des plaines inondables,<br />

les niveaux de criminalité –<br />

toutes les informations démographiques<br />

que nous pouvons obtenir. À partir de là,<br />

nous déterminons qui sont les personnes<br />

les plus vulnérables. »<br />

Si Sandy est l’événement qui a attiré<br />

l’attention sur le Team Rubicon, l’ouragan<br />

Harvey de 2017 a mis ses capacités à<br />

l’épreuve. Lorsque Harvey a frappé<br />

Houston, l’équipe a déployé plus de deux<br />

mille volontaires à partir de neuf bases<br />

d’opérations avancées couvrant un peu<br />

plus de 300 km. Pour son intervention,<br />

l’équipe a acheté ses propres bateaux et<br />

les a envoyés repêcher les survivants qui<br />

étaient à l’eau. Avec son opération de<br />

sauvetage et de nettoyage, ils ont réussi<br />

à ramener plus de 1 000 familles dans<br />

leurs foyers. Puis, en 2019, l’ouragan<br />

Dorian frappe les Bahamas, devenant l’un<br />

des plus puissants jamais enregistrés dans<br />

l’océan Atlantique, avec des vents culminant<br />

à 300 km/h. Le team s’est déployé<br />

sur les îles le lendemain du passage de<br />

la tempête. « Cela ressemblait à un désert<br />

nucléaire, dit Wood. Tous les arbres ont<br />

été étêtés jusqu’à environ 2,4 mètres du<br />

sol et les troncs étaient tous pliés dans<br />

la même direction, comme si une explosion<br />

nucléaire avait eu lieu. »<br />

RECONSTRUIRE MAISONS ET VIES<br />

En pénétrant dans la réception du centre<br />

national des opérations du Team Rubicon<br />

à Grand Prairie au Texas, nous tombons<br />

sur des photos des employés et<br />

bénévoles les plus méritants du dernier<br />

trimestre, dont celle de William « TJ »<br />

Porter, directeur adjoint du soutien opérationnel.<br />

Après une carrière de treize<br />

ans dans l’armée, puis comme officier<br />

de police, Porter a rejoint Team Rubicon<br />

en 2012 et a depuis été déployé à la suite<br />

de nombreuses tornades, incendies de<br />

forêts, etc. « Team Rubicon se distingue<br />

[des autres organisations de secours] de<br />

deux façons, explique-t-il. Nous pouvons<br />

soit faire partie de l’intervention en faisant<br />

tout, de la recherche et du sauvetage<br />

à l’abattage des arbres et à l’ouverture<br />

des routes, soit fournir une<br />

assistance directe aux survivants. »<br />

Cette assistance consiste généralement<br />

à aider ceux dont la couverture<br />

de l’assurance est insuffisante (ou ceux<br />

qui n’en ont pas du tout) à retourner<br />

chez eux. Team Rubicon vide la maison<br />

puis pose un nouveau revêtement de sol<br />

et des murs secs – une initiative qui a<br />

déclenché un programme de reconstruction<br />

à long terme à Houston. Cette aide<br />

est l’un des aspects les plus gratifiants<br />

de ce travail, explique Porter. « Quand<br />

quelque chose comme l’ouragan Harvey<br />

survient, les gens ne savent pas vers qui<br />

se tourner. Nous les amenons au point<br />

où ils ont une maison stable pour y vivre.<br />

La gratitude manifestée par les survivants<br />

est énorme. Voir quelqu’un passer<br />

d’un état de choc, le regard hagard, à la<br />

réalisation que : «Hé, au moins j’ai maintenant<br />

quelque chose, et je peux partir<br />

de là» est vraiment enivrant. » Le bureau<br />

texan de l’équipe est l’un des trois<br />

bureaux aux États-Unis qui accueillent<br />

un total de 150 personnes à temps plein.<br />

Située à une courte distance en voiture<br />

de Dallas, la base a été choisie pour sa<br />

situation centrale et sa proximité avec<br />

deux aéroports internationaux. Team<br />

Rubicon s’est installé ici au début de<br />

2016 et compte aujourd’hui 29 employés<br />

dans les bureaux. Pas de décoration ici :<br />

on dirait qu’ils sont arrivés un jour, il y<br />

a quatre ans, qu’ils ont déposé leurs<br />

affaires et se sont immédiatement mis<br />

au travail. C’est à partir de ce bureau<br />

que toutes les opérations sont organisées,<br />

incluant le transport, la logistique,<br />

la direction sur le terrain<br />

et la mobilisation.<br />

Team Rubicon opère au niveau national<br />

et international, avec Adam Martin,<br />

Lauren Vatier et Jacqueline Pherigo –<br />

des associés à la planification des opérations<br />

-, qui passent quotidiennement à<br />

travers les sources d’information pour<br />

suivre l’évolution de la situation. En cas<br />

de catastrophe, la question est de savoir<br />

si le Team Rubicon a les capacités et les<br />

ressources nécessaires pour soutenir<br />

une autre opération en plus de celles<br />

déjà en cours. « Quand nous avons des<br />

volontaires déjà déployés en mission sur<br />

le terrain, la priorité est de nous occuper<br />

d’eux, qu’il s’agisse de petites opérations<br />

localisées ou de volontaires se dirigeant<br />

THE RED BULLETIN 77


L’opération Hard Hustle déblaie les débris laissés par l’ouragan Harvey au Texas en 2017 (en haut). De la gratitude envers l’équipe d’urgence qui a sauvé<br />

des vies et reconstruit des communautés (ci-dessus). Erin Noste, directeur médical adjoint de Team Rubicon, soigne un patient au Mozambique (ci-contre).<br />

XX EDITOR ILLUSTRATOR<br />

78 THE RED BULLETIN


TEAM XX RUBICON EDITOR ILLUSTRATOR<br />

vers une intervention internationale,<br />

explique Martin. Que devons-nous<br />

faire pour les soutenir ? De quoi ont-ils<br />

besoin aujourd’hui ? »<br />

Cela implique notamment d’établir<br />

des contacts avec d’autres organisations<br />

pour déterminer quelle intervention<br />

est en cours ailleurs et comment<br />

Team Rubicon peut mieux la soutenir,<br />

dit Vatier. Parfois, la demande d’aide<br />

provient d’agences extérieures telles<br />

que l’Organisation mondiale de la<br />

santé (OMS). C’est une source de<br />

fierté qu’après un processus rigoureux<br />

de 18 mois, Team Rubicon ait été la<br />

première ONG en Amérique du Nord<br />

à être certifiée par l’OMS en tant<br />

qu’équipe médicale mobile d’urgence<br />

– « un titre de compétence difficile à<br />

obtenir », précise Porter. Cela signifie<br />

qu’elle répond à des normes rigoureuses<br />

pour le déploiement d’unités<br />

dans des environnements éloignés ou<br />

rudes et pour le maintien de son autonomie<br />

pendant sept jours.<br />

Au fond des bureaux se trouve un<br />

grand entrepôt – un véritable fantasme<br />

de survivaliste - rempli de tout,<br />

des scies à chaîne aux lits pliants en<br />

passant par les tech boxes. Chacune<br />

de celles-ci contient trois ordinateurs<br />

portables, cinq iPhones, un connecteur,<br />

un routeur et plus encore, ce qui<br />

permet à chaque équipe de rester<br />

connectée même dans les zones les<br />

plus reculées. Grâce à cet équipement,<br />

l’équipe peut également consulter un<br />

médecin à distance qui peut intervenir<br />

et donner des conseils lorsque le personnel<br />

médical sur le terrain est peu<br />

nombreux.<br />

Bien entendu, on retrouve aussi en<br />

abondance des médicaments pour les<br />

soins préhospitaliers comme dans le<br />

cas de coupures, de fractures et de<br />

tétanos, ainsi que des conteneurs en<br />

plastique remplis de packs médicaux<br />

avec tout le nécessaire, des tentes aux<br />

systèmes de purification d’eau. « La<br />

plupart du temps, en mission, nous<br />

nous retrouvons face à des gens qui<br />

n’ont pas accès à des soins de santé,<br />

explique Porter. Nous avons dû faire<br />

face à des blessures infectées. Nous<br />

devons être prêts à soigner temporairement<br />

un os cassé. Il peut s’agir de<br />

malnutrition ou d’un manque d’accès<br />

à l’eau potable, alors nous avons aussi<br />

des antibiotiques. »<br />

Le centre d’opérations abrite également<br />

un impressionnant gymnase<br />

« LORSQUE TOUT<br />

SOMBRE DANS LE<br />

CHAOS, LES GENS<br />

ONT BESOIN DE SE<br />

RASSEMBLER. »<br />

équipé de matériel de TRX (entraînement<br />

à la résistance du corps), de<br />

bancs d’entraînement et de barres de<br />

traction ; il est essentiel que l’équipe<br />

puisse tenir bon dans les endroits<br />

éloignés. « La forme physique est<br />

importante pour nous, déclare Porter.<br />

Les zones dans lesquelles nous travaillons<br />

sont généralement très chaudes<br />

et humides. Souvent, vous devrez faire<br />

jusqu’à 16 km de marche avec ces<br />

sacs à dos. Vous devez être capable de<br />

fonctionner sans affecter l’équipe. »<br />

LE SCEAU DE L’OPTIMISME<br />

Lors de la visite de <strong>The</strong> <strong>Red</strong> <strong>Bulletin</strong><br />

début décembre 2019, Team Rubicon<br />

venait tout juste de déployer une unité<br />

aux îles Marshall dans le Pacifique<br />

central afin de lutter contre l’épidémie<br />

de dengue qui sévit actuellement et<br />

recherchait également parmi sa base<br />

de volontaires des fournisseurs de<br />

services médicaux pouvant se rendre<br />

aux Samoa sur ordre de l’OMS pour<br />

aider à lutter contre une épidémie de<br />

rougeole. L’organisation a également<br />

été en première ligne lors des incendies<br />

de forêt en Australie, et ailleurs.<br />

« Au cours des quatre derniers mois,<br />

nous avons mené plus d’opérations<br />

qu’au cours des trois années précédentes<br />

», déclare Geoff Evans, le chef<br />

de Team Rubicon Australia.<br />

L’équipe attend maintenant le feu<br />

vert pour se déployer dans le Victoria<br />

et le sud de la Nouvelle-Galles du Sud,<br />

où les incendies font toujours rage.<br />

En Australie, le défi consistera à<br />

maintenir le soutien sur le terrain<br />

dans les trois zones d’opération, ainsi<br />

qu’à gérer l’impact psychologique subi<br />

par les propriétaires, dont beaucoup,<br />

selon Evans, ont « perdu tout espoir ».<br />

Malgré cela, de l’Australie à Dallas,<br />

la philosophie de l’entreprise est marquée<br />

du sceau de l’optimisme, de<br />

l’espoir au milieu du chaos. Porter<br />

se rappelle une mission à Moore, dans<br />

l’Oklahoma, à la suite de la tornade<br />

de 2013 : « Il y avait cet arbre au bout<br />

d’une impasse. La tornade est passée<br />

par là et a arraché toutes ses feuilles.<br />

Il ne restait que le tronc et les<br />

branches. <strong>Mai</strong>s quelqu’un a cloué un<br />

drapeau américain à l’arbre qui est<br />

devenu un point central. Lorsque tout<br />

sombre dans le chaos, les gens ont<br />

besoin de se rassembler. »<br />

teamrubiconglobal.org<br />

THE RED BULLETIN 79


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TRBMAG


PERSPECTIVES<br />

Expériences et équipements pour une vie améliorée<br />

ÖTILLÖ<br />

Swimrun :<br />

LA COURSE QUE<br />

L’ON REGRETTE<br />

D’AVANCE<br />

JAKOB EDHOLM<br />

81


PERSPECTIVES<br />

voyage<br />

ÖTILLÖ SWIMRUN<br />

Épreuve de fond<br />

Cette compétition d’endurance est parmi les plus<br />

rudes. Triple vainqueur de l’ÖTILLÖ, Jonas Colting<br />

livre son attrait quasi masochiste pour la course.<br />

I<br />

l est près de six heures du matin.<br />

L’horizon dissimule encore le soleil<br />

et l’air est glacé. Pourtant, quelque 400<br />

hommes et femmes se pressent sur la<br />

ligne de départ. Ils s’étirent, s’échauffent<br />

et se concentrent pour rassembler toutes<br />

leurs forces. Ils en auront besoin. Ils s’apprêtent<br />

à vivre une épreuve d’endurance<br />

hors du commun : le Championnat du<br />

monde de swimrun d’Ötillö. Certains mettront<br />

plus de 13 heures avant de franchir<br />

la ligne d’arrivée, exténués. Pas de quoi<br />

entamer leur hâte à plonger dans la mer<br />

Baltique. Il est six heures précises, le<br />

coup d’envoi retentit. Les voilà partis.<br />

L’histoire commence dans un bar en<br />

2002. Quatre hommes — deux frères du<br />

coin, un aubergiste et son ami — font le<br />

pari de créer une épreuve en équipe, combinant<br />

course à pied et nage en eau libre à<br />

travers l’archipel de Stockholm — le deuxième<br />

groupe d’îles de la mer Baltique par<br />

la taille. Quatre ans plus tard, la première<br />

édition de swimrun voit le jour. Le pari fou<br />

est gagné. Dérivé du suédois ö till ö signifiant<br />

« d’île à île », l’Ötillö a pour règle clé la<br />

distance entre les deux coéquipiers.<br />

Celle-ci ne doit pas excéder 15 mètres.<br />

L’itinéraire long de 74,68 km dont 65 km<br />

de course à pied et près de 9,5 km de<br />

nage, traverse 24 îles, de Gotska Sandön<br />

au nord à Utö au sud. Le triathlonien passionné<br />

que je suis (Colting est détenteur<br />

de six médailles aux championnats du<br />

monde et d’Europe, ndlr) est de tous les<br />

départs. Je suis à ce jour le seul à avoir<br />

participé à toutes les éditions de l’Ötillö.<br />

À ses débuts, l’Ötillö suscite peu d’intérêt.<br />

Personne ne sait comment s’y préparer<br />

et les règles sont variables. Une faiblesse<br />

dont profite sans vergogne un duo<br />

néerlandais qui utilise des matelas gonflables<br />

pour les sections en mer, alors<br />

que le reste des concurrents s’efforce de<br />

nager dans une mer Baltique houleuse.<br />

Les règles sont depuis plus strictes. Si<br />

l’Ötillö demeure sans doute le plus difficile<br />

swimrun au monde, cette discipline<br />

se pratique aujourd’hui sur toute la planète,<br />

du Brésil à l’Australie. Chaussures<br />

de course, combinaison en néoprène et<br />

lunettes constituent l’essentiel de l’équipement<br />

requis. Les vétérans comme moi<br />

se munissent aussi de pagaies à main<br />

pour faciliter la progression dans l’eau,<br />

de manchons pour prévenir les crampes<br />

et accroître la flottabilité, et d’une combinaison<br />

de plongée.<br />

Le principe de la course est simple,<br />

courir, nager, courir, nager, sauf que cela<br />

tourne à la torture. La première traversée<br />

est la plus longue (1,75 km), suivie de<br />

cross assassins sur 24 îles minées de<br />

rochers glissants. Le cross le plus long<br />

(19,7 km) a lieu à mi-parcours, étape<br />

fatale pour nombre de participants.<br />

Se focaliser uniquement sur la section<br />

en cours et celle qui suit est essentiel.<br />

Anticiper davantage mène à l’échec. Les<br />

transitions entre terre et mer exigent une<br />

grande concentration pour ne pas laisser<br />

échapper de précieuses secondes. Pour<br />

ce faire, les concurrents enfilent combi-<br />

Suède<br />

Stockholm<br />

Sandhamn<br />

S’y rendre<br />

L’aéroport international le plus<br />

proche du site de la course est<br />

l’aéroport Arlanda de Stockholm.<br />

De là, un ferry au départ du pont<br />

Klarabergsviadukten près de la<br />

gare de Stockholm, vous acheminera<br />

à Sandhamn sur Gotska<br />

Sandön (île de sable en suédois),<br />

point de départ de la course.<br />

JAKOB EDHOLM, PIERRE MANGEZ FLORIAN STURM<br />

82 THE RED BULLETIN


Le syndrome de<br />

Stockholm<br />

L’épreuve qui vous attend<br />

(si vous osez) en chiffres<br />

Distance totale : 74,68 km<br />

Course à pied : 65,135 km<br />

Natation : 9,545 km<br />

Étapes de natation : 23<br />

Nage la plus longue : 1,750 km<br />

Cross le plus long : 19,7 km<br />

Départ<br />

Arrivée<br />

10 km<br />

THE RED BULLETIN 83


PERSPECTIVES<br />

voyage<br />

D’île à île : rochers glissants, cross éprouvants et mains gelées sont quelques-unes des « réjouissances » qui attendent les<br />

concurrents entre Gotska Sandön, au nord de l’archipel et l’île de Utö, au sud.<br />

naison, bonnet, lunettes et pagaies en<br />

courant, car il faut avancer. De 2008 à<br />

2010, mon partenaire de l’époque et moi<br />

remportons les trois éditions d’affilée. En<br />

2011, nous sommes en tête durant une<br />

grande partie de la course, mais ce coéquipier<br />

tombe malade et nous sommes<br />

contraints à l’abandon.<br />

Ma première victoire reste la plus belle,<br />

celle de 2010 la plus étrange. Lors de<br />

cette dernière, nous atteignons l’île où a<br />

lieu le cross le plus long avec plus de vingt<br />

minutes d’avance sur nos poursuivants.<br />

Dans les bois, des enfants ont arraché les<br />

panneaux de direction. Résultat : nous<br />

nous égarons et nous retrouvons cinq<br />

minutes derrière ces mêmes poursuivants.<br />

Cela nous motive et nous finissons<br />

premiers avec trois minutes d’avance.<br />

Aujourd’hui, je prends le départ avec<br />

ma femme, Elin. Je connais l’itinéraire par<br />

cœur, mais je ne vise plus de record personnel.<br />

C’est une journée idéale au grand<br />

air, mais où l’on va tout donner.<br />

otilloswimrun.com<br />

Leaders : en catégorie femme, les Suédoises Fanny<br />

Danck wardt et Desirée Andersson, de l’équipe Envol,<br />

remportent la dernière édition en 9 h 5 min 29 sec.<br />

Best of du pire<br />

Colting sur ses hantises et les<br />

faits marquants de l’Ötillö<br />

Munkö : l’île terrible<br />

(course de 2 450 mètres)<br />

« Mon cauchemar de l’année.<br />

La course à pied y est quasi impossible.<br />

Rochers pointus et glissants,<br />

troncs d’arbres morts et<br />

ronces parsèment l’île. L’enfer. »<br />

Nämdö : point de passage<br />

(course de 8 300 mètres)<br />

« Le point de ravitaillement<br />

s’écarte de l’itinéraire de 500 m.<br />

Un aller-retour dont on se passerait.<br />

<strong>Mai</strong>s c’est la seule des 24 îles<br />

où vous croisez brièvement<br />

d’autres équipes. Ça motive. »<br />

Utö : l’ultime étape<br />

(course de 3 650 mètres)<br />

« L’idée d’arriver au bout de la torture<br />

déclenche une forte poussée<br />

d’adrénaline. Vous sortez de l’eau,<br />

passez par-dessus les rochers et<br />

filez sur une piste de gravier en<br />

guise de tour d’honneur jusqu’à<br />

l’arrivée. »<br />

JAKOB EDHOLM<br />

84 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN<br />

Retrouvez votre prochain numéro le 28 mai avec et le 29 mai avec<br />

dans une sélection de points de vente et en abonnement.<br />

JAANUS REE / RED BULL CONTENT POOL


PERSPECTIVES<br />

fitness<br />

L’impulsion séquentielle<br />

part<br />

de la zone 1<br />

(pieds) et va vers<br />

la cuisse.<br />

Les pulsations<br />

imitent le flux<br />

unidirectionnel<br />

des veines et des<br />

vaisseaux<br />

lymphatiques<br />

La réduction de<br />

pression en bas de<br />

la jambe maximise<br />

la récupération<br />

entre deux cycles.<br />

SE REMETTRE<br />

Régénérateur<br />

de corps<br />

Un kinésithérapeute portable<br />

qui vous soigne après<br />

l’entraînement. Magique !<br />

La progression atteint<br />

les cuisses tandis que<br />

les deux dernières<br />

zones restent sous<br />

compression.<br />

Les sciences du sport ont un<br />

nouveau maître mot : le repos.<br />

Si la performance est l’affaire<br />

de l’entraînement, l’on sait à<br />

présent que l’organisme se<br />

renforce en phase de récupération.<br />

Celle-ci régénère les<br />

tissus, élimine les déchets<br />

métaboliques et reconstitue<br />

l’énergie naturelle comme le<br />

glycogène. Les compétitions<br />

sportives intenses, telles que<br />

le triathlon et l’ultrafond,<br />

disposent désormais d’une<br />

« zone de récupération » où<br />

l’on peut croiser des athlètes<br />

équipés d’un NormaTec Pulse<br />

2.0 Recovery.<br />

Ce dispositif de récupération<br />

par compression pneumatique<br />

cible trois parties du<br />

corps : les bras, les hanches<br />

et les jambes. La troisième est<br />

la plus populaire. Dans un<br />

premier temps, les bottes de<br />

compression reliées à un<br />

compresseur d’air se gonflent<br />

pour envelopper les jambes,<br />

puis exercent une compression<br />

progressive des pieds aux<br />

cuisses en effectuant un massage<br />

intense par impulsions.<br />

Résultat : le flux sanguin<br />

s’accélère, les muscles sont<br />

oxygénés, récupération plus<br />

rapide et la douleur due à<br />

Personnalisez votre<br />

récupération depuis<br />

votre téléphone.<br />

Au départ<br />

destiné à des<br />

patients, le<br />

dispositif est<br />

leader en matière<br />

de récupération<br />

sportive.<br />

l’effort se dissipe. Outre la<br />

capacité de cibler des zones<br />

spécifiques, l’unité de contrôle<br />

régule le niveau de compression<br />

dont la puissance égale<br />

celle d’un boa constricteur.<br />

L’appareil est rechargeable et<br />

peut donc s’utiliser partout.<br />

À l’origine, le système n’est<br />

pas conçu pour les athlètes.<br />

En 1998, Laura P. Jacobs,<br />

médecin à Boston, ingénieure<br />

biomédicale et fondatrice de<br />

Normatec, travaille à un traitement<br />

non-invasif de patients<br />

sujets aux caillots sanguins<br />

ou aux troubles de la circulation.<br />

<strong>Mai</strong>s sa technologie à<br />

impulsion séquentielle brevetée<br />

suscite rapidement l’intérêt<br />

de sportifs célèbres cherchant<br />

à accélérer leur temps<br />

de récupération.<br />

Aujourd’hui, les footballeurs<br />

Gareth Bale et Paul<br />

Pogba, la légende de la NBA<br />

LeBron James et le double<br />

champion du monde de boxe<br />

poids lourd Anthony Joshua<br />

l’ont tous adoptée. L’exchampion<br />

du monde d’escrime<br />

Miles Chamley- Watson<br />

découvre ses remarquables<br />

vertus lors des Jeux de Rio,<br />

en 2016. « Au début, j’étais<br />

sceptique, mais ce truc est<br />

incroyable, confie l’athlète<br />

de 30 ans. J’ai besoin de vite<br />

récupérer après une période<br />

d’efforts intenses, et cet<br />

appareil rend cela possible. »<br />

Cette année-là, il repart de<br />

Rio avec la médaille de<br />

bronze ; et grâce à son<br />

NormaTec Pulse Pro 2.0,<br />

il compte bien viser plus<br />

haut, et ce dès cet été.<br />

normatecrecovery.com<br />

TOM MACKINGER FLORIAN STURM<br />

86 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES<br />

équipement<br />

RÉGÉNÉRER<br />

Pilonner la douleur<br />

Hypervolt Plus<br />

TOM GUISE<br />

2011, un an après avoir fondé<br />

son entreprise de thérapie<br />

sportive Hyperice, Anthony<br />

Katz lance une campagne<br />

inédite : il se rend sur des<br />

événements sportifs et offre<br />

aux athlètes célèbres de tester<br />

ses produits. L’attaquant<br />

de Chelsea Olivier Giroud<br />

ou encore les légendes de la<br />

NBA Kobe Bryant et LeBron<br />

James approuvent. Pour<br />

Katz, les performances de<br />

haut niveau ne sont pas le<br />

fruit des seuls entraînements<br />

; la récupération est<br />

tout aussi cruciale. Sa<br />

dernière invention incarne<br />

cette vision : un pistolet<br />

d’automassage qui traite<br />

les tissus profonds pour<br />

hâter l’échauffement et la<br />

récupération. L’Hypervolt<br />

Plus inclut 5 accessoires —<br />

balle, tête plate, tête arrondie,<br />

fourchette et coussin<br />

— adaptés à chaque groupe<br />

musculaire. 30 % plus puissant<br />

que la version précédente,<br />

il agit en silence (du<br />

coup, vos cris deviennent<br />

audibles). hyperice.com<br />

THE RED BULLETIN 87


PERSPECTIVES<br />

équipement<br />

SE CHAUSSER<br />

D’un pas<br />

très assuré<br />

Danner Arctic 600 Side-Zip<br />

Il y a près d’un siècle, dans la région sauvage<br />

du Nord-Ouest Pacifique aux USA, Charles<br />

Danner fabrique pour la première fois des<br />

chaussures pour les bûcherons. Robustesse,<br />

confort et chaleur sont alors plus qu’une priorité,<br />

une question de survie. Ses boots surpassent<br />

tous ces critères. Réalisée en daim<br />

durable et 100 % imperméable, la semelle<br />

extérieure moulée en Vibram Arctic Grip de ce<br />

modèle assure une excellente traction même<br />

sur le verglas. Dotée de l’isolant thermique<br />

Primaloft et doublée d’une semelle intérieure<br />

Ortholite amovible, le soulier arbore une glissière<br />

latérale facilitant chaussage et déchaussage.<br />

L’Amérique à vos pieds. danner.com


PERSPECTIVES<br />

équipement<br />

SE PROJETER<br />

Cinéma de poche<br />

BenQ GV1<br />

Pour certains, l’avènement<br />

du smartphone sonne le glas<br />

du cinéma sur grand écran.<br />

<strong>Mai</strong>s ne serait-ce pas plutôt<br />

le début de sa mobilité ? Ce<br />

vidéo projecteur de poche<br />

sans fil affiche un écran de<br />

2,5 mètres pour diffuser les<br />

contenus de votre téléphone<br />

ou de sites comme YouTube<br />

ou Netflix. benq.eu<br />

SE BRANCHER<br />

Écouteurs 3.0<br />

AirPods Pro<br />

Ces AirPods Pro d’Apple sont adaptés à l’audition de<br />

chacun. Lors de la première utilisation, des capteurs<br />

testent la pression dans le canal auditif pour ajuster<br />

le fit. Puis deux micros (externe et interne) filtrent et<br />

réduisent 200 fois par seconde les bruits ambiants<br />

mieux qu’un téléphone supra-auriculaire haut de<br />

gamme. Et le monde externe redevient audible avec<br />

pression sur la tige. Le micro intérieur analyse en<br />

continu le son tel qu’il vous parvient et adapte l’égaliseur<br />

pour une expérience optimale. apple.com<br />

TIM KENT TOM GUISE<br />

S’ÉLEVER<br />

Un smart drone<br />

DJI Mavic Mini<br />

Il n’y a pas si longtemps encore,<br />

s’adonner aux joies du drone<br />

nécessitait d’avoir un grand sac à dos<br />

aux multiples poches à batterie.<br />

À présent, ce quadricoptère de la taille<br />

d’un smartphone et d’à peine<br />

250 grammes tient dans la paume<br />

de main et se range dans l’une de<br />

ses poches à piles. Autonomie de vol :<br />

30 minutes. dji.com<br />

THE RED BULLETIN 89


PERSPECTIVES<br />

équipement<br />

SURVIVRE<br />

Gilet airbag<br />

Quiksilver Highline Pro Airlift Vest<br />

« Ce gilet est un outil de sécurité non destiné à améliorer vos performances. Ne prenez pas<br />

de risques supplémentaires en l’utilisant. » Voilà ce qu’indique la notice de ce produit destiné<br />

aux surfeurs les plus aguerris. Quatre tirettes reliées à des cartouches de CO 2 gonflent des<br />

vessies placées stratégiquement pour envoyer vite le surfeur à la surface et maintenir sa tête<br />

hors de l’eau. Une languette dégonfle le gilet aussi vite pour éviter la lame suivante. quiksilver.fr<br />

SE PROTÉGER<br />

Une forte tête<br />

Hedkayse ONE<br />

En Europe, la norme de sécurité EN1078<br />

impose un test de résistance à tous les<br />

casques de vélo. Le test ne tient cependant<br />

pas compte des chocs quotidiens<br />

qui réduisent l’efficacité des casques<br />

classiques en polystyrène. Pour y remédier,<br />

des ingénieurs de l’université de<br />

Loughborough développent un nouveau<br />

matériau, le Enkayse. Le casque absorbe<br />

les impacts sans se déformer même<br />

après de multiples chocs. Il reste, selon<br />

ses créateurs, conforme aux normes<br />

EN1078 et protège contre des impacts<br />

mineurs dont la récurrence peut endommager<br />

le cerveau à long terme.<br />

hedkayse.com<br />

VIVRE<br />

Heure<br />

de gloire<br />

AVI-8 Hawker<br />

Hurricane Bader<br />

Edition Limitée<br />

Chronographe<br />

L’histoire de Sir<br />

Douglas Bader, un<br />

des as britanniques<br />

de la Seconde Guerre<br />

mondiale, est dingue.<br />

Doublement amputé,<br />

le pilote londonien<br />

de la Royal Air Force<br />

a remporté 22 victoires<br />

aériennes et<br />

l’absence de ses<br />

jambes aurait pu être<br />

un « avantage » dans<br />

ses combats en l’air<br />

pour résister aux évanouissements<br />

provoqués<br />

par la force G.<br />

Car son sang ne pouvait<br />

pas s’écouler loin<br />

de son cerveau. Mort<br />

en 1982 à l’âge de 72<br />

ans, il s’est échappé<br />

à plusieurs reprises<br />

de camps de prisonniers<br />

de guerre. Cette<br />

montre, conçue en<br />

collaboration avec<br />

la famille du pilote,<br />

porte l’insigne du<br />

242 e Escadron sur le<br />

bracelet et son avion<br />

sur la trotteuse.<br />

10 % des bénéfices<br />

de sa vente vont à la<br />

fondation caritative<br />

Douglas Bader.<br />

avi-8.co.uk<br />

TIM KENT TOM GUISE<br />

90 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES<br />

Les leçons de l’extrême<br />

Homme des<br />

neiges : Colin<br />

O’Brady en<br />

Antarctique.<br />

« Se fixer<br />

des objectifs<br />

intermédiaires<br />

est essentiel. »<br />

COLIN O’BRADY HOWARD CALVERT<br />

EN MAÎTRISE<br />

Réussir l’impossible<br />

Selon Colin O’Brady, entre vous et le record seul le doute fait obstacle.<br />

Au cours des cinq dernières<br />

années, l’aventurier américain<br />

Colin O’Brady a réalisé<br />

l’ascension la plus rapide<br />

des sept plus hauts sommets<br />

et l’Explorers Grand<br />

Slam (gravir le plus haut<br />

sommet de chaque continent<br />

et se rendre sur les<br />

deux pôles). En 2018, il est<br />

le premier à parcourir l’Antarctique<br />

sans assistance<br />

(son projet « <strong>The</strong> Impossible<br />

First »). Et en décembre<br />

dernier, il traverse à la rame<br />

le passage de Drake entre<br />

l’Antarctique et l’Amérique<br />

du Sud, « <strong>The</strong> Impossible<br />

Row ». « Nous avons tous<br />

une voix intérieure qui nous<br />

répète : “Ce n’est pas possible’’,<br />

confie O’Brady. <strong>Mai</strong>s<br />

il est possible de la reprogrammer<br />

autrement. »<br />

Prendre de l’avance<br />

« Dans mon livre, <strong>The</strong> Impossible<br />

First, j’évoque la difficulté<br />

de réunir 500 000 dollars.<br />

Cela exige 18 mois de persévérance<br />

pour avoir le droit de<br />

prendre le départ. Les sponsors<br />

que nous contactons<br />

exigent d’être convaincus<br />

O’Brady en route<br />

vers l’exploit.<br />

pour nous soutenir. Ainsi, la<br />

détermination commence<br />

bien avant le défi lui-même. »<br />

La force du réalisme<br />

« Lors des sept sommets, une<br />

tempête nous surprend sur<br />

l’Everest au niveau du camp IV<br />

dans la “zone de la mort”. Mon<br />

guide Pasang Bhote hausse<br />

simplement les épaules et<br />

m’explique qu’il convient d’accepter<br />

les aléas du climat. Et<br />

repartir une fois le calme revenu.<br />

Une attitude exemplaire.<br />

De fait, quelques jours après,<br />

le ciel s’éclaircit. »<br />

L’atout flexibilité<br />

« Lors de mon défi des 50 plus<br />

hauts sommets des États<br />

américains (juin-juillet 2018),<br />

le pic Humphreys en Arizona<br />

connaît une sécheresse avec<br />

de gros risques d’incendies de<br />

forêt. Nous optons alors pour<br />

le mont Whitney en Californie,<br />

mais la foudre y déclenche un<br />

feu. L’accès est fermé. Nous<br />

apprenons alors qu’il pleut sur<br />

l’Arizona et y retournons illico.<br />

Un impondérable n’en est plus<br />

un lorsqu’on y est préparé. »<br />

Décomposer l’objectif<br />

« En Antarctique, au bout<br />

du premier kilomètre, je me<br />

retrouve en larmes, qui se<br />

congèlent, et à bout de forces,<br />

incapable de tirer mon<br />

traîneau. Une situation que<br />

je n’avais pas envisagée. Ma<br />

femme Jenna me dit alors<br />

“C’est un voyage de 1 600 km.<br />

Nous savions que ce serait<br />

difficile. Te sens-tu capable<br />

d’atteindre la première<br />

étape ?” Se fixer des objectifs<br />

intermédiaires est essentiel. »<br />

Ignorer les rabat-joies<br />

« Avant <strong>The</strong> Impossible Row,<br />

les rameurs sur océan me font<br />

remarquer que je n’ai jamais<br />

ramé auparavant, et ajoutent :<br />

“C’est une première mondiale<br />

et pour cause, le passage de<br />

Drake est redoutable.” Nous<br />

avons balayé les critiques et<br />

renforcé notre confiance. »<br />

<strong>The</strong> Impossible First, éditions<br />

Scribner ; colinobrady.com<br />

THE RED BULLETIN 91


PERSPECTIVES<br />

gaming<br />

FOCUS<br />

Le pouvoir du<br />

coup de pouce<br />

Un gameplay élémentaire qui rapporte gros :<br />

réflexions sur les jeux de plateforme.<br />

plateforme, elle se produit en<br />

temps réel, le moindre faux<br />

pas est immédiatement sanctionné.<br />

Le défi permanent ne<br />

laisse aucune place à la distraction<br />

— c’est une forme de<br />

jeu totale. » L’activité constitue<br />

aussi une source de bien-être<br />

subliminal en soi.<br />

Singularité technologique,<br />

le smartphone a engendré<br />

bien des miracles : l’internet<br />

mobile, la perche à selfie,<br />

l’appli TikTok. Il a aussi permis<br />

les jeux de plateforme — jeux<br />

de course à obstacles contrôlables<br />

d’un seul doigt — dont<br />

le format séduit même les<br />

joueurs occasionnels et suscite<br />

l’intérêt des spécialistes<br />

du comportement, intrigués<br />

par une popularité persistante.<br />

Temple Run 2, par<br />

exemple, enregistre 50 millions<br />

de téléchargements<br />

dans les quinze jours suivant<br />

sa sortie en 2013, ou Subway<br />

Surfers, deuxième jeu iOS le<br />

plus téléchargé de l’histoire.<br />

Flappy Bird, phénomène viral<br />

de 2014, est retiré des App<br />

Stores par son créateur après<br />

avoir déclaré que la popularité<br />

du jeu avait « ruiné sa vie. »<br />

L’attrait pour ces jeux satisfaitil<br />

un besoin humain plus profond<br />

? Le Dr Matthew Barr,<br />

spécialiste des jeux vidéo,<br />

nous répond…<br />

Apprendre en jouant<br />

Les jeux constituent un<br />

système d’apprentissage<br />

ludique spontané : apprendre<br />

en jouant et jouer pour apprendre.<br />

La simplicité linéaire<br />

des jeux de plateforme amplifie<br />

cette dynamique. « Dès<br />

l’apparition d’un nouvel obstacle,<br />

ou d’un nouveau pouvoir,<br />

le joueur s’en empare immédiatement,<br />

explique M. Barr.<br />

L’apprentissage prend tout<br />

son sens avec l’intériorisation<br />

des nouvelles compétences.<br />

Là réside en partie la motivation<br />

des joueurs. »<br />

Pendant une courte<br />

période, les joueurs de<br />

Temple Run 2 ont pu<br />

débloquer l’avatar<br />

d’Usain Bolt.<br />

Suivre le mouvement<br />

Le flow cognitif appelé aussi<br />

zone est l’état mental d’un<br />

sujet accomplissant une tâche<br />

réalisable et stimulante. Le<br />

sujet est en état de réceptivité<br />

totale à l’apprentissage qui<br />

devient source de satisfaction.<br />

« Les concepteurs de<br />

jeux perpétuent cet état en<br />

maintenant le joueur entre<br />

anxiété et ennui, habileté et<br />

défi. Ce type de jeu s’y prête<br />

idéalement ; la difficulté augmente<br />

au même rythme que<br />

votre habileté. La course est<br />

ainsi infinie. »<br />

Rétroaction en boucle<br />

La rétroaction constante est<br />

un autre aspect du flow. « Au<br />

travail ou à l’université, celleci<br />

peut prendre plusieurs<br />

semaines avant de se manifester.<br />

Dans les jeux de<br />

« Avec ces<br />

jeux, la rétroaction<br />

est<br />

immédiate. »<br />

Conférencier à l’Université<br />

de Glasgow,<br />

le Dr Matthew Barr<br />

examine dans son livre<br />

Graduate Skills and<br />

Game-Based Learning,<br />

l’acquisition de compétences,<br />

de flexibilité et<br />

d’esprit critique grâce<br />

aux jeux vidéo.<br />

L’ivresse du joueur<br />

« Les gratifications libèrent de<br />

la dopamine, précise M. Barr<br />

à propos de la substance libérée<br />

par le cerveau après un<br />

plaisir ressenti. Pratiqué le<br />

matin dans le train, le jeu<br />

d’obstacles agit comme un<br />

shoot de dopamine. Vous<br />

arrivez au boulot de bonne<br />

humeur, le cerveau opérationnel,<br />

bien plus que celui qui<br />

entre son réveil et le bureau<br />

s’est contenté d’un café. »<br />

Décisions express<br />

Les jeux de plateforme améliorent<br />

la capacité de décision.<br />

Des études montrent que les<br />

jeux vidéo exigeant réflexion<br />

et intervention constantes<br />

développent les capacités<br />

cognitives. « Si les enjeux n’influent<br />

pas la vie réelle, la prise<br />

de décision sous pression<br />

excluant l’échec, génère une<br />

panique qui renforce votre<br />

confiance dans le monde réel.<br />

Sid Meier, créateur du jeu de<br />

stratégie au tour par tour<br />

Civilization, a déclaré que les<br />

jeux sont une série de décisions<br />

tactiques. Un principe<br />

que les jeux d’obstacles<br />

poussent à l’extrême. »<br />

Parties éclairs<br />

Le rythme effréné du monde<br />

moderne n’est pas propice<br />

aux loisirs. « Le format des<br />

jeux de plateforme intègre<br />

ce facteur en rendant les jeux<br />

accessibles partout, confie<br />

Barr. On peut y jouer avec<br />

un seul pouce. Idéal dans les<br />

transports publics. »<br />

IMANGI STUDIOS JOE ELLISON<br />

92 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES<br />

équipement<br />

PERFECTIONNER<br />

La pompe<br />

qui coache<br />

Under Armour HOVR Machina<br />

TIM KENT TOM GUISE<br />

Le coup de mou, tel est le<br />

cauchemar des coureurs<br />

à pied en mal de glucose<br />

dans le sang. Lors du marathon<br />

de Boston en 2016, la<br />

marque américaine Under<br />

Armour observe le phénomène<br />

afin de trouver une<br />

solution pour aider.<br />

Bien placée pour relever<br />

ce défi, l’entreprise acquiert<br />

en 2013 le réseau social de<br />

remise en forme MapMyRun.<br />

Grâce à son appli smartphone,<br />

les sportifs peuvent<br />

effectuer le suivi de leurs<br />

séances d’entraînement et<br />

les comparer avec des millions<br />

d’autres. En 2018,<br />

UA lance la HOVR, première<br />

chaussure de course connectée,<br />

équipée de capteurs<br />

mesurant longueur, cadence<br />

et rythme de la foulée et<br />

qui transfèrent ensuite ces<br />

données stockées dans<br />

MapMyRun.<br />

La Machina est la<br />

dernière­ née de UA. Sa<br />

semelle intermédiaire amortit<br />

les chocs et protège les<br />

capteurs dont la façon de<br />

collecter et de traiter les<br />

données rend ce modèle<br />

unique. En étudiant les statistiques<br />

des coureurs sur<br />

plusieurs années, UA comprend<br />

ce qui sépare les bons<br />

des moins bons coureurs.<br />

Le nouveau système de Form<br />

Coachin de l’appli compare<br />

le style d’un coureur équipé<br />

du HOVR au profil d’un coureur<br />

idéal puis corrige la<br />

technique de l’utilisateur et<br />

minimise le risque de blessures<br />

en temps réel. L’observation<br />

exclusive de marathoniens<br />

anonymes (identifiés<br />

via la date, la géolocalisation<br />

et la distance) a permis de<br />

recueillir d’importantes données<br />

sur les courses de fond.<br />

Under Armour a ainsi établi<br />

que les coureurs ayant une<br />

cadence (nombre de pas<br />

par minute) très fluctuante<br />

par rapport à la longueur de<br />

foulée obtiennent de moins<br />

bons résultats que ceux<br />

dont le rapport cadence/<br />

longueur de foulée est<br />

constant. Ces derniers<br />

s’avèrent plus rapides et<br />

plus réguliers. Conclusion :<br />

une cadence stable est le<br />

meilleur remède contre<br />

le coup de mou.<br />

underarmour.com<br />

L’amorti d’une chaussure<br />

longue distance<br />

et la légèreté d’une<br />

chaussure de sprint.<br />

À l’avant, la plaque<br />

de vitesse en carbone<br />

restitue l’énergie à<br />

chaque pas.<br />

THE RED BULLETIN 93


CALENDRIER<br />

mai <strong>2020</strong><br />

3<br />

MAI<br />

WINGS FOR LIFE WORLD RUN<br />

Le Wings for Life World Run, la seule course au monde où la ligne d’arrivée vous<br />

rattrape, revient en <strong>2020</strong>, et chaque foulée compte, car l’intégralité du montant des<br />

inscriptions est reversée à la recherche sur les lésions de la moelle épinière. Cette<br />

année, vous pourrez participer (et contribuer) grâce à l’App Run sur mobile, et<br />

organiser votre course perso en visitant le site wingsforlifeworldrun.com.<br />

27<br />

avril et au-delà<br />

THE ORIGINAL<br />

SKATEBOARDER<br />

En 1975, la défunte publication<br />

américaine Skateboarder Magazine<br />

a été relancée. Elle a mis fin à son<br />

activité cinq ans plus tard, mais elle<br />

a documenté à cette époque la façon<br />

dont cette pratique naissante est<br />

passée des surfeurs de rue aux<br />

premiers skateparks. Ce film parle<br />

aux skateurs qui ont orné ses pages<br />

et aux photographes qui les ont pris<br />

en photo, racontant le moment où<br />

la planche à roulettes a décollé.<br />

À retrouver via redbull.com<br />

déjà disponible<br />

MOTO SPY SEASON 4<br />

Un regard en coulisses sur ce que<br />

certains des meilleurs concurrents de<br />

la série AMA Supercross <strong>2020</strong> vivent<br />

dans les semaines qui séparent les<br />

courses. Les fans de la discipline<br />

apprécieront cette expérience auprès<br />

des pilotes les plus audacieux et les<br />

novices comprendront mieux la réalité<br />

d’un sport mécanique d’action qui se<br />

vit au-delà des arènes incroyables où<br />

les as du Supercross mettent le feu.<br />

À retrouver via redbull.com<br />

29<br />

au 31 mai<br />

LE BON AIR<br />

Une « floppée de courants électroniques<br />

» vous attend au Festival Le<br />

Bon Air à la Friche la Belle de <strong>Mai</strong>,<br />

avec en bonus, le projet live Helmut<br />

d’Emma DJ et Jackson développé<br />

en amont aux <strong>Red</strong> Bull Studios Paris.<br />

Marseille ; le-bon-air.com<br />

VINCENT CURUTCHET FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN, GARTH MILAN/RED BULL CONTENT POOL<br />

94 THE RED BULLETIN


CALENDRIER<br />

mai <strong>2020</strong><br />

20<br />

au 24 mai<br />

NUITS SONORES<br />

Elles se vivent le jour, le soir, la nuit (bien sûr), sur l’eau, voire<br />

dans les locaux d’Arty Farty, l’équipe à l’origine de ce festival<br />

de musiques modernes pointu, qui accueilleront une soirée<br />

mystérieuse, sous le concept Enigma. Pour cette édition, on<br />

hallucine déjà sur les « journées avec » (A Day with) Jeff Mills ou<br />

DJ Harvey, et leurs multiples invités. Et on ne manquera pas les<br />

conférences du projet Dance to Act ! Lyon ; nuits-sonores.com<br />

20<br />

au 24 mai<br />

QUE DU FISE !<br />

600 000 spectateurs et 2 000 athlètes pros venus du monde<br />

entier, des soirées à n’en plus finir et une ambiance de feu –<br />

toujours conviviale. En plus de vingt ans, le FISE, pour Festival<br />

International des Sports Extrêmes, à Montpellier, s’est installé<br />

comme le 3 e événement sportif français après le Tour de France<br />

et le Vendée Globe. Que vous soyez fan de roller, BMX, skate,<br />

trottinette, wakeboard, VTT ou parkour, le hot spot de l’Hérault<br />

sera votre destination fin mai. Montpellier ; fise.fr<br />

14<br />

ROBERT BRICE, TOMISLAV MOZE/RED BULL CONTENT POOL, CHRIS BURKARD PHOTOGRAPHY<br />

avril et au-delà<br />

UNDER THE<br />

ARCTIC SKY<br />

Il y a cinq ans, le filmeur<br />

Ben Weiland et le<br />

photographe d’aventure<br />

Chris Burkard ont mis<br />

le cap sur la côte nord<br />

de l’Islande avec six<br />

surfeurs à la recherche<br />

d’une houle légendaire.<br />

Ce qu’ils ont trouvé est la<br />

pire tempête islandaise<br />

depuis un quart de siècle<br />

qui a transformé leur<br />

quête en un voyage en<br />

voiture à travers un hiver<br />

arctique brutal. Un film<br />

de surf unique en son<br />

genre. À retrouver via<br />

redbull.com<br />

THE RED BULLETIN 95


Mentions légales<br />

LA RÉDACTION<br />

THE RED<br />

BULLETIN<br />

WORLDWIDE<br />

<strong>The</strong> <strong>Red</strong> <strong>Bulletin</strong><br />

est actuellement<br />

distribué dans six pays.<br />

Vous voyez ici la une<br />

de l’édition britannique,<br />

honorant le prodige du<br />

football local, Trent<br />

Alexander-Arnold.<br />

Le plein d’histoires<br />

hors du commun sur<br />

redbulletin.com<br />

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris<br />

part à la réalisation de <strong>The</strong> <strong>Red</strong> <strong>Bulletin</strong>.<br />

SO PRESS n’est pas responsable des textes,<br />

photos, illustrations et dessins qui engagent<br />

la seule responsabilité des auteurs.<br />

Rédacteur en chef<br />

Alexander Macheck<br />

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Kasimir Reimann (DC adjoint),<br />

Miles English, Tara Thompson<br />

Directrice photo<br />

Eva Kerschbaum<br />

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Jakob Hübner, Andreas Wollinger<br />

Responsable de la production<br />

Marion Lukas-Wildmann<br />

Managing Editor<br />

Ulrich Corazza<br />

Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de<br />

Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz<br />

Booking photo<br />

Susie Forman, Ellen Haas, Tahira Mirza<br />

Directeur du management<br />

Stefan Ebner<br />

Directeur des ventes médias et partenariats<br />

Lukas Scharmbacher<br />

Publishing Management<br />

Sara Varming (Dir.), Ivona Glibusic, Bernhard<br />

Schmied, Melissa Stutz, Mia Wienerberger<br />

Marketing B2B & Communication<br />

Katrin Sigl (Dir.), Agnes Hager, Alexandra Ita,<br />

Teresa Kronreif, Stefan Portenkirchner<br />

Directeur créatif global<br />

Markus Kietreiber<br />

Co-publishing<br />

Susanne Degn-Pfleger & Elisabeth Staber (Dir.),<br />

Mathias Blaha, Raffael Fritz, Thomas<br />

Hammerschmied, Marlene Hinterleitner,<br />

Valentina Pierer, Mariella Reithoffer,<br />

Verena Schörkhuber, Sara Wonka,<br />

Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart<br />

Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.), Sasha<br />

Bunch, Simone Fischer, Martina <strong>Mai</strong>er, Florian Solly<br />

Emplacements publicitaires<br />

Manuela Brandstätter, Monika Spitaler<br />

Production Friedrich Indich, Walter O. Sádaba,<br />

Sabine Wessig<br />

Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.),<br />

Claudia Heis, Nenad Isailovi c, ̀<br />

Sandra <strong>Mai</strong>ko Krutz, Josef Mühlbacher<br />

Fabrication Veronika Felder<br />

MIT Michael Thaler, Christoph Kocsisek<br />

Opérations Alexander Peham, Yvonne Tremmel<br />

Assistante du Management général<br />

Patricia Höreth<br />

Abonnements et distribution Peter Schiffer<br />

(Dir.), Klaus Pleninger (Distribution), Nicole Glaser<br />

(Distribution), Yoldaş Yarar (Abonnements)<br />

Siège de la rédaction<br />

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Directeur de la publication<br />

Andreas Kornhofer<br />

Directeurs généraux<br />

Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier,<br />

Dietmar Otti, Christopher Reindl<br />

THE RED BULLETIN<br />

France, ISSN 2225-4722<br />

Country Editor<br />

Pierre-Henri Camy<br />

Country Coordinator<br />

Christine Vitel<br />

Country Project Management<br />

Alessandra Ballabeni,<br />

alessandra.ballabeni@redbull.com<br />

Contributions,<br />

traductions, révision<br />

Lucie Donzé, Fred & Susanne Fortas,<br />

Suzanne Kříženecký, Audrey Plaza,<br />

Claire Schieffer, Jean-Pascal Vachon,<br />

Gwendolyn de Vries<br />

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getredbulletin.com<br />

Siège de la rédaction<br />

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Thierry Rémond,<br />

tremond@profil-1830.com<br />

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Edouard Fourès<br />

efoures@profil-1830.com<br />

THE RED BULLETIN<br />

Allemagne, ISSN 2079-4258<br />

Country Editor<br />

David Mayer<br />

Révision<br />

Hans Fleißner (Dir.),<br />

Petra Hannert, Monika Hasleder,<br />

Billy Kirnbauer-Walek<br />

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Natascha Djodat<br />

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Thomas Keihl,<br />

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Martin Riedel,<br />

martin.riedel@redbull.com<br />

THE RED BULLETIN<br />

Autriche, ISSN 1995-8838<br />

Country Editor<br />

Christian Eberle-Abasolo<br />

Révision<br />

Hans Fleißner (Dir.),<br />

Petra Hannert, Monika Hasleder,<br />

Billy Kirnbauer-Walek<br />

Publishing Management<br />

Bernhard Schmied<br />

Sales Management <strong>The</strong> <strong>Red</strong> <strong>Bulletin</strong><br />

Alfred Vrej Minassian (Dir.),<br />

Thomas Hutterer, Stefanie Krallinger<br />

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THE RED BULLETIN<br />

Royaume-Uni, ISSN 2308-5894<br />

Country Editor<br />

Ruth Morgan<br />

Rédacteurs associés<br />

Lou Boyd, Tom Guise<br />

Rédacteur musical<br />

Florian Obkircher<br />

Directeur Secrétariat de rédaction<br />

Davydd Chong<br />

Secrétaire de rédaction<br />

Nick Mee<br />

Publishing Manager<br />

Ollie Stretton<br />

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Mark Bishop,<br />

mark.bishop@redbull.com<br />

Fabienne Peters,<br />

fabienne.peters@redbull.com<br />

THE RED BULLETIN<br />

Suisse, ISSN 2308-5886<br />

Country Editor<br />

Wolfgang Wieser<br />

Révision<br />

Hans Fleißner (Dir.),<br />

Petra Hannert, Monika Hasleder,<br />

Billy Kirnbauer-Walek<br />

Country Project Management<br />

Meike Koch<br />

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Marcel Bannwart (D-CH),<br />

marcel.bannwart@redbull.com<br />

Christian Bürgi (W-CH),<br />

christian.buergi@redbull.com<br />

Goldbach Publishing<br />

Marco Nicoli,<br />

marco.nicoli@goldbach.com<br />

THE RED BULLETIN USA,<br />

ISSN 2308-586X<br />

Rédacteur en chef<br />

Peter Flax<br />

Rédactrice adjointe<br />

Nora O’Donnell<br />

Éditeur en chef<br />

David Caplan<br />

Directrice de publication<br />

Cheryl Angelheart<br />

Country Project Management<br />

Laureen O’Brien<br />

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Todd Peters,<br />

todd.peters@redbull.com<br />

Dave Szych,<br />

dave.szych@redbull.com<br />

Tanya Foster,<br />

tanya.foster@redbull.com<br />

96 THE RED BULLETIN


Pour finir en beauté.<br />

Juste à temps<br />

Une image insolite d’un bolide que l’hélicoptère de l’organisation du<br />

Championnat du monde des rallyes (WRC) peine à suivre malgré une voie<br />

aérienne dégagée... Il s’agit du Français Sébastien Ogier et de son copilote<br />

Julien Ingrassia qui remportent là leur premier succès de la saison lors<br />

d’un Rallye du Mexique qui s’est achevé un samedi soir plutôt qu’un<br />

dimanche – en raison de la pandémie du virus que l’on a connue.<br />

Le prochain<br />

THE RED BULLETIN<br />

n° 100 sera<br />

disponible dès le<br />

28 mai <strong>2020</strong><br />

JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL<br />

98 THE RED BULLETIN


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TOUJOURS PARTANTS POUR UNE<br />

BONNE SOIRÉE AU COIN DU FEU<br />

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