It takes two FR

COLLECT

« J’ose aussi exposer des

œuvres moins évidentes. »

ISABEL FREDEUS

« Un artiste doit s’occuper à

100 % de son travail. »

BERT VERLINDEN

IT TAKES TWO...

Polyamoureuses, amicales, monogames ou strictement professionnelles

: les relations entre artistes et galeristes revêtent différentes

formes. COLLECT s’est entretenu avec les deux parties. Qu’est-ce qui

fonctionne le mieux aujourd’hui ? Qu’en est-il des sensibilités ? D’où

naît la confiance ? Et comment gérer le succès ?

TEXTE : ELENA LOMBARDO / PORTRAITS : KAREL DUERINCKX


« J’ose aussi exposer des

œuvres moins évidentes. »

ISABEL FREDEUS

« Un artiste doit s’occuper à

100 % de son travail. »

BERT VERLINDEN

IT TAKES TWO...

Polyamoureuses, amicales, monogames ou strictement professionnelles

: les relations entre artistes et galeristes revêtent différentes

formes. COLLECT s’est entretenu avec les deux parties. Qu’est-ce qui

fonctionne le mieux aujourd’hui ? Qu’en est-il des sensibilités ? D’où

naît la confiance ? Et comment gérer le succès ?

TEXTE : ELENA LOMBARDO / PORTRAITS : KAREL DUERINCKX


IT TAKES TWO...

Jeune talent

Whitehouse Gallery x Isabel Fredeus

Sa collaboration avec

Bert Verlinden de la

Whitehouse Gallery a

ouvert un nouvel univers à la

jeune artiste Isabel Fredeus

(1991). Dans son œuvre

varié, elle associe divers

supports sous forme d’installations,

sculptures, vidéos et

interventions. Elle remportait

le Young Artist Prize du

musée Middelheim en 2018

pour son œuvre Under The

Weather, sculpture en verre

sur pierre bleue. C’est en

découvrant cette sculpture

que le galeriste et sa future

épouse se sont rencontrés :

« J’ai fait la connaissance

de Bert et d’Elly à l’automne

2018, par l’intermédiaire

d’un de mes camarades

d’atelier. Je venais de remporter

le prix du Middelheim,

ce qui a permis à ma sculpture

de rester six mois dans

le parc de ce musée. Nous

nous sommes mis d’accord

sur place et avons étudié les

possibilités », se remémoret-elle.

Une rencontre est

le déclencheur pour Bert

qui donne invariablement

la place centrale à l’œuvre

dans l’histoire de la galerie.

« Confiez la technique à

l’artiste et laissez-nous gérer

notre entreprise », déclaret-il.

En échange, il attend

investissement et enthousiasme.

« Nous présentons

aussi des œuvres non traditionnelles,

par exemple des

installations de grande taille.

Même si nous savons qu’elles

sont difficiles à vendre, il

nous paraît crucial de présenter

tout le potentiel d’un

artiste. Celui-ci doit faire

preuve d’engagement à nos

yeux. Nous déployons une

grande énergie et pas mal de

moyens lors d’une exposition

ou pour participer à une foire

et nous attendons de nos

artistes qu’ils s’acquittent

de leur tâche avec sérieux.

Et Isabel en fait partie. Les

importants prix qu’elle a déjà

remportés sont gage de ce

professionnalisme. »

Commencer quelque

part

Bert Verlinden représente

huit artistes qui, pour la

plupart, sont en début ou

en milieu de carrière. Il

s’explique : « Nous sommes

nous-mêmes une galerie relativement

jeune (Whitehouse

Gallery ouvrait ses portes en

2014, ndlr) et représentons

à l’heure actuelle essentiellement

des talents émergents,

avec lesquels nous

souhaitons grandir. Notre

participation à des salons

et l’existence d’un solide

réseau de collectionneurs

garantissent cette évolution

continue. » Isabel Fredeus

faisait ses premiers pas dans

le monde des galeries grâce

à Whitehouse. Elle y participait

pour la première fois à

une exposition collective et

décidait d’y rester : « Cette

première collaboration fut

agréable et on a bien accroché.

Bert et Elly sont très

motivés et comprennent mon

œuvre. Comme je travaille

très systématiquement et

que la chimie et la biologie

jouent un grand rôle dans

mon œuvre, il est crucial

qu’ils puissent traduire ma

recherche et les aspects

scientifiques de celle-ci vers

le collectionneur. Leur galerie

(un bâtiment historique et un

arboretum perdu au milieu de

la nature) est, en outre, tout

à fait atypique et ses divers

espaces offrent un potentiel

Isabel Fredeus, Vitrine #2 (Multiple

circles), 2018, verre et papier,

62 x 30,5 cm. Courtesy Whitehouse

Gallery. © de l’artiste

pour exposer mon œuvre de

manière variée. Ce facteur

fut décisif dans le choix de la

Whitehouse Gallery. »

Chances et subsides

Une galerie offre à de jeunes

artistes comme Isabel

Fredeus la chance de s’épanouir

: « Quand vous n’avez

pas à vous occuper de toutes

sortes d’aspects pratiques

comme l’organisation d’expositions

et la vente d’œuvres,

vous pouvez vous consacrer

à 100 % à votre art. Ce

temps est précieux. Vous

devez pouvoir le suspendre

dans votre atelier pour

évoluer. Il ne faut pas oublier

non plus que, grâce aux subsides,

la Belgique compte de

nombreux artistes valables.

J’ai obtenu moi-même une

bourse au développement, ce

qui m’a permis de ne travailler

qu’à temps partiel et de

me consacrer à mon art. Les

subsides et la structure de la

galerie éliminent nombre de

soucis. Je ne m’occupe pas

d’argent dans mon atelier.

L’aspect commercial ne doit

pas déterminer ce qui est

bon ou mauvais. » Bert Verlinden

s’efforce de conserver

le volet commercial au

niveau de la galerie et non

dans l’atelier. « La galerie

est un environnement commercial.

Nous veillons à ce

que l’art atteigne le collectionneur.

Nous participerons,

par exemple, à Art Brussels,

dans la section Discovery,

moins coûteuse pour une

jeune galerie que la section

‘‘principale’’. » Isabel Fredeus

propose des oeuvres

souvent très engagées,

dénonçant par exemple,

l’acidification des océans et

la difficulté de survie de la

faune et de la flore : « Mon

œuvre raconte, à chaque

fois, une histoire et je suis

heureuse de pouvoir le faire

dans un lieu commercial

comme Art Brussels. Bert

m’offre cette chance. »

Whitehouse Gallery

Groot Park 2

Lovenjoel

www.whitehousegallery.be

Art Brussels

Tour & Taxis

www.artbrussels.com

du 25 au 28-06

!!! En raison de l’épidémie de

Covid-19, la première foire

d’art contemporain de Belgique

est reportée au mois

de juin prochain. Nous avons

toutefois choisi de maintenir

la publication de ce dossier

qui concerne quelques-uns

des participants prévus initialement.

Merci de vérifier

l’effectivité de leur présence

à la foire.

COLLECT l 27


ART IT TAKES BRUSSELS TWO...

Coup de coeur

Rossicontemporary x Lore Stessel

Francesco Rossi, dont la

galerie RossiContemporary

est, depuis des

années, une valeur sûre sur

la scène contemporaine,

prouve que collectionneurs

et galeries peuvent avoir un

‘‘coup de cœur’’. Il découvrait

l’œuvre de Lore Stessel

(1987) dans l’exposition

Youth. Portraits of Artists

Between Freedom and Fight

(2014), en à la Maison

Particulière de Bruxelles.

« Lore y exposait deux

tirages analogiques sur toile,

technique très personnelle

qu’on lui connaît depuis

et qui est la base de son

langage plastique. J’en ai été

très touché et je l’ai tout de

suite contactée. » Francesco

représente des talents belges

émergents et cherche en

permanence le renouvellement

: « Ce qui me touche

initialement est une forme

d’intelligence de l’œuvre,

ce qui veut dire fraîcheur,

finesse, cohérence et modernité.

Dès lors, je me lance

volontiers dans une aventure

commune que j’espère la plus

longue possible. » Il a trouvé

certains des quinze artistes

qu’il représente à l’heure

actuelle lors d’expositions de

fin d’année, en surfant sur le

Web ou sur les conseils d’un

artiste de la galerie. « Mes

artistes sont d’excellents

conseillers ! », précise-t-il en

riant.

Cela prend tout son

sens

Francesco rencontra Lore

Stessel alors qu’elle venait de

finir ses études. « Francesco

m’a demandé si cela me tentait

de participer à une exposition

collective. Avant de

m’engager, j’ai voulu savoir

quels artistes s’y trouvaient

et si mon œuvre cadrait avec

eux. Quand j’ai vu l’œuvre

d’Ane Vester (1963) au mur,

j’ai tout de suite pensé : c’est

là que je veux être ! Cela prenait

tout son sens », déclare

Lore. Elle a depuis exposé

trois fois chez RossiContemporary

et participé à nombre

d’expositions collectives.

Francesco préfère toutefois

les solos : « J’ai toujours

considéré les expositions collectives

comme des évènements

éphémères sans réelle

prise de responsabilité de la

part de l’artiste. J’aime alors

plutôt leur offrir des solos

dans les différents espaces

de ma galerie, ce qui est pour

moi un apprentissage et une

façon de construire l’œuvre

et son public. »

Travail d’équipe

Francesco Rossi encadre

volontiers de jeunes artistes

dans leur carrière : « J’aime

beaucoup l’image quelque

peu romantique du galeriste

qui découvre un artiste et

qui l’accompagne dans son

parcours. Le dialogue est

important. Oui, je critique

sans gêne, car je considère

que c’est mon rôle de premier

complice de regarder

ses œuvres sans complaisance.

» Ce dialogue ouvert

entre artiste et galeriste est

impératif et captive de jeunes

artistes comme Lore Stessel

quand ils débutent dans le

monde de l’art : « Un artiste

débutant a du mal à trouver

sa place. L’école lui apprend

à réaliser une œuvre, mais

pas à traiter avec le monde

de l’art. C’est flippant.

Aujourd’hui, j’ai confiance.

Nous nous connaissons

bien et Francesco souhaite

obtenir ce qu’il y a de mieux

pour moi et mon œuvre.

J’ose aussi plus facilement

agir à ma guise. Je confie

mon œuvre à Francesco et

apprécie ses efforts. »

Dualité

Lore sait qu’une galerie

joue un rôle crucial sur le

marché. Un galeriste choisit

et représente ses artistes en

permettant à ceux-ci de se

développer. « Les artistes qui

ne trouvent pas leur place

dans le système des galeries

rencontrent davantage de

difficultés financières et n’ont

pas la possibilité de faire

évoluer leur œuvre. La représentation

par une galerie

garantit une stabilité. Il s’agit

en fin de compte de vendre.

J’ai toujours cette idée présente

à l’esprit. Il doit exister

un lieu pour la création, mais

votre œuvre doit pouvoir

se vendre sans que vous

interveniez dans les opérations

commerciales. Cette

dualité est considérable :

une œuvre invendable doit

pouvoir exister, mais l’artiste

doit aussi pouvoir vivre. Ce

genre de doutes n’influe

heureusement pas sur

mon œuvre. J’ai la chance

d’attirer des amateurs avec

ma démarche spontanée

empreinte d’une immense

passion. » Francesco est,

par bonheur, conscient de ce

dilemme : « Le galeriste est

là pour promouvoir l’œuvre

et établir les contacts avec

les collectionneurs. Je dois

dire que la première pièce

de Lore que j’ai vendue était

absolument formidable.

Mais, depuis lors, elle m’a

surpris à chaque fois avec

ses superbes pièces, et

chaque fois je vends ‘‘la plus

belle’’. »

RossiContemporary

Chee de Waterloo 690

Bruxelles

www.rossicontemporary.be

Lore Stessel, MX #05, 2018, tirage gélatino-argentique sur toile au

départ d’un négatif, 140 x 160 cm. © de l’artiste / Courtesy RossiContemporary

28 l COLLECT


« Le travail de galeriste est une

tâche particulièrement noble. »

FRANCESCO ROSSI

« La galerie représente mon

œuvre, mais je représente

aussi la galerie. »

LORE STESSEL


« Frank peut et souhaite

montrer mon œuvre sous toutes

ses facettes, c’est important. »

PHILIP METTEN

« Un galeriste doit réfléchir

avec son artiste. »

FRANK DEMAEGD


IT TAKES TWO...

Out of the box

Zeno X Gallery x Philip Metten

L’art ne doit pas se cantonner

aux limites de la

galerie. Certains artistes

en sortent et entraînent leur

galeriste dans l’aventure.

Philip Metten (1977) est de

ceux-là. Il crée des œuvres

sur papier, sculptures,

performances, collages,

mais aussi de grandes

installations accessibles. En

2013, il rencontrait Frank

Demaegd, de la Zeno X

Gallery, sur la place Saint-

Paul d’Anvers où se trouvait

sa spectaculaire œuvre Bar,

café transformé en sculpture

accessible. Frank Demaegd

s’en souvient : « Quand j’ai

vu l’installation de Philip, j’ai

immédiatement décidé de

suivre son œuvre de près.

Quelques années plus tard,

je l’ai à nouveau rencontré à

New York, où il avait conçu la

façade de la Galerie Kai Matsumiya.

Nous sommes restés

en contact et une première

exposition collective, intitulée

Off Road, a très rapidement

eu lieu dans notre galerie. »

Les expositions collectives

sont pour Frank Demaegd un

moyen idéal pour travailler

avec une large palette d’artistes.

« Nous aimons réunir

les artistes que nous suivons

depuis quelque temps et

dont l’œuvre nous paraît

intéressante. Cette collaboration

permet de savoir si vous

avez des atomes crochus

et si vous allez décider de

travailler en solo. »

Langage visuel

architectural

Philip Metten est une valeur

sûre dans l’art contemporain,

mais il n’a pas toujours été

représenté par une galerie.

« Une représentation ne fait

pas de vous un artiste ; je me

suis toujours senti artiste.

J’ai sciemment choisi de

ne pas travailler avec une

galerie car j’expérimentais

et créais des sculptures

qu’il m’était impossible de

montrer dans un circuit

ordinaire. Frank me représente

aujourd’hui, mais ne

se contente pas de vendre. Il

fait connaître mon œuvre et

recherche les moyens de les

intégrer dans le monde. Il en

montre toutes les facettes,

pas un segment spécifique.

Lors de ma première exposition

solo, en 2019, j’ai pu

présenter des œuvres sur

papier dans sa galerie, ainsi

que de petites sculptures et

la gigantesque installation

Cinema. A la même époque,

j’ai aussi créé l’intérieur d’un

restaurant à Borgerhout, où

s’est tenu le dîner inaugural

de mon exposition. Le point

fort de Frank est d’esquisser

un contexte autour de mon

œuvre et de le communiquer

au public. »

Caisse de résonance

La formation d’architecte de

Frank Demaegd aide Philip

à mieux comprendre son

œuvre. C’est important pour

l’artiste. Il exige beaucoup

de lui-même et attend que

le galeriste jette un regard

critique et différent sur son

œuvre. « C’est en m’entourant

de personnes à l’esprit

critique que j’identifie les

problématiques dans mon

œuvre et peut en tester

l’expérience et la fonctionnalité.

» Frank Demaegd

partage cette vision : « Un

bon galeriste pourra toujours

évaluer à sa juste valeur

l’œuvre d’un artiste. Je réfléchis

avec Philip. Un galeriste

constitue finalement une

sorte de caisse de résonance.

Comme il est celui qui va

vendre l’œuvre, il doit faire

Philip Metten, C-220519, 2019, collage sur papier, 27,8 x 27,8 cm.

© de l’artiste / Courtesy Zeno X Gallery, Anvers / photo : Peter Cox

preuve de sincérité. Je

vends les œuvres qui me

paraissent bonnes. Si vous

entrez avec un regard frais

dans l’atelier d’un artiste qui

y trime depuis longtemps,

vous pouvez entamer un

dialogue. Libre à l’artiste

d’en faire ce qu’il veut. »

Texte et explications

Un galeriste réfléchit avec

son artiste, déclare Frank

Demaegd. « Philip se

demande parfois comment

il doit faire connaître son

œuvre. Je peux l’aider à cet

égard. Un galeriste peut

assurer la communication

et la promotion et offrir

une plateforme. Il dispose

aussi d’un réseau étendu.

J’expose Philip eu Europ,

mais aussi aux Etats-Unis.

C’est un énorme avantage

pour un artiste. » Frank

Demaegd attend toutefois

de l’artiste qu’il ne se cache

pas dans son atelier en laissant

la communication aux

soins de son galeriste. «Il

est important de se mêler

à la foule et d’affronter les

collectionneurs et critiques

d’art », souligne-t-il. « Un

artiste en tire des leçons et

développe une vision. Plus

il sera émancipé, mieux ce

sera pour tout le monde. Les

gens aiment qu’un artiste

fasse des déclarations

publiques. A cet égard aussi,

le galeriste doit sentir ce qui

est mieux pour lui. Certains

donnent des conférences

devant des salles combles,

d’autres se sentent plus

à l’aise aux côtés de leur

œuvre. »

Zeno X Gallery

Godtsstraat 15

Anvers

www.zeno-x.com

COLLECT l 31


ART IT TAKES BRUSSELS TWO...

Forts ensemble

Callewaert Vanlangendonck Gallery x Jef Meyer

Artistes et galeristes

peuvent aussi devenir

bons amis, comme le

prouvent Jef Meyer (1989),

Yoeri Vanlangendonck

(1987) et Brecht Callewaert

(1971). « Notre collaboration

est née tout à fait par hasard.

J’ai appris l’existence d’une

nouvelle et bonne galerie à

Anvers et ai décidé d’aller y

jeter un coup d’œil. J’adore

l’art abstrait et cette galerie

en propose justement », explique

Jef Meyer. Il terminait

quelques mois plus tôt ses

études à l’Académie royale

des Beaux-Arts d’Anvers,

dans la section arts abstraits

de béton. Le fait que ces

trois hommes aient plus ou

moins le même âge et les

mêmes centres d’intérêt fut

comme un déclic. Jef Meyer

participa à une exposition de

master à Gand. Après avoir

vu son œuvre, Yoeri et Brecht

décidaient de l’intégrer dans

une exposition collective, en

2015.

Obsession

La Callewaert Vanlangendonck

Gallery présente des

artistes abstraits belges

comme Guy Vandenbranden,

Pol Bury, Jef Verheyen,

Walter Leblanc ou Jan Cox,

dans un dialogue avec l’art

contemporain qui permet à

certains artistes d’accéder

à des expositions solo. Il lui

paraît important que ces

artistes continuent à raconter

une histoire claire. « Nous

sélectionnons toujours de

jeunes artistes en phase

avec des artistes établis des

années 1950 qui complètent

ce langage plastique par

l’utilisation de moyens

actuels. Jef fut de ceux-là,

s’inscrivait dans notre

histoire et était sur la même

longueur d’ondes que nous.

La réaction fut instinctive. Il

est très motivé et souhaite

s’engager à 100 %. On le

sent obsédé par son œuvre,

créant pour créer. Son œuvre

est donc tout à fait authentique.

Il tire du béton brut

une démarche très poétique.

Ce qui nous passionne

beaucoup », déclare Yoeri

Vanlangendonck. Inutile

de préciser que Jef Meyer

est un artiste pur sang. Il

s’adonne à son art dans son

atelier et laisse à Brecht et

Yoeri le soin de s’occuper du

reste : « L’idée de collaborer

avec une galerie ne m’avait

pas effleuré au premier

abord, mais je me suis rendu

compte que j’en avais besoin.

La communication n’est pas

mon fort et la représentation

par une galerie ne peut

m’être que bénéfique. »

Solide collection

La première exposition solo

de Jef Meyer chez Callewaert

Vanlangendonck fut organisée

dans le cadre d’un microsalon.

Ce fut sa première

expérience dans le circuit des

galeries : « J’ai participé avec

de petites œuvres et ils m’ont

demandé le prix de chaque

pièce. A mes modestes

cent euros, ils répondirent

mille. Je me suis senti mal

à l’aise. Quelle est la valeur

de l’art ? Je ne voulais pas

me ridiculiser en affichant

un prix trop élevé. Ils m’ont

aidé à prendre confiance et

m’ont expliqué la réalité de la

fixation des prix. Mes œuvres

s’étant toutes vendues le

premier jour, je leur laisse

désormais le soin de fixer

le prix », confie l’artiste en

riant. Celui-ci est surpris

Jef Meyer, Untitled, béton. © de

l’artiste / Courtesy Callewaert Vanlangendonck

Gallery

du professionnalisme de

Yoeri et Brecht. « L’urgence

naturelle de l’artiste est de

faire quelque chose. C’est

une émotion que je ne peux

expliquer, contrairement à un

galeriste. J’entends parfois

Brecht ou Yoeri parler avec

passion et poésie de mon

œuvre dans la galerie. Je ne

suis pas capable de m’exprimer

de cette façon. Je suis

gâté à cet égard. Ils trouvent

aussi pour chacune de mes

œuvres le collectionneur

qui convient. C’est génial ! »

Yoeri et Brecht cherchent

le partenaire idéal : « Nous

veillons à ce que l’œuvre de

Jef entre dans des collections

importantes et mettons

notre réseau au service de sa

carrière. Nous nous réjouissons

donc que son œuvre se

trouve au Fibac de Berchem

ou à la Fondation Musae

Rudy Joseph de Bredene. Jef

a de l’ambition et se tourne

lui-même vers certaines

collections ou lieux publics.

Nous conservons, en outre,

une collection d’œuvres de

référence de nos artistes

que nous prêtons à des

musées et j’ai aussi chez

moi une œuvre de Jef. Ces

acquisitions permettent

d’épauler l’artiste. »

Amitié

L’amitié entre les trois

hommes rend tout cela

possible. En cas de doutes,

l’artiste peut parler de son

œuvre avec les galeristes.

Yoeri Vanlangendonck

explique : « Un galeriste est

une sorte de coach. Nous

entretenons des relations

très étroites et pouvons

parler de tout ouvertement.

L’amitié profite à nos

relations, mais il faut faire

des compromis clairs. » Jef

Meyer partage cet avis :

« Comme dans chaque

relation, l’honnêteté est la

base de notre collaboration.

Nous n’avons pas peur de

dire ce qui ne va pas et d’en

discuter, parfois même de

façon houleuse. Nous nous

voyons beaucoup, mais pas

trop souvent. Je ne voudrais

pas qu’ils soient tous les

jours dans mon atelier, cela

influencerait inconsciemment

mon œuvre. Il faut

savoir garder ses distances.

C’est ce que je fais. »

Callewaert Vanlangendonck

Gallery

Sint-Jacobstraat 17

Anvers

www.callewaert-vanlangendonck.com

32 l COLLECT


ART BRUSSELS

« Il est crucial que l’œuvre

d’un jeune artiste entre dans

d’importantes collections, et

qu’elle soit donc vue. »

YOERI VANLANGENDONCK

« L’artiste évolue avec la

galerie, ce qui est très agréable. »

JEF MEYER

COLLECT l 33


« Une grande œuvre touche

le cerveau, le cœur, l’œil et

les tripes. »

OLIVIER MEESSEN

« La galerie ne doit pas impérativement

faire la promotion de

tout l’œuvre. »

MAARDEN VANDEN EYNDE


IT TAKES TWO...

Sparringpartners

Meessen De Clercq x Maarten Vanden Eynde

Maarten Vanden Eynde

(1977) est la preuve

vivante que certains

artistes établissent des

relations durables et fructueuses

avec leurs galeristes.

Cela fait onze ans qu’Olivier

Meessen et Jan De Clercq le

représentent. Leurs relations

se sont-elles intensifiées

au fil des ans ? « Il est très

enrichissant de demeurer

longtemps dans une galerie.

Nous avons évolué ensemble

et nous nous connaissons

parfaitement. » Ils se sont

rencontrés lorsque Maarten

suivait une formation complémentaire

au HISK de Gand.

« Nous suivions Maarten

depuis un moment et voulions

exposer son œuvre intitulée

The Moon seen from the Earth,

dans ce que nous appelions

alors notre wunderkammer.

L’idée de cette wunderkammer

était de réaliser un focus sur

une œuvre, faisant contrepoint

aux expositions ayant

lieu dans les autres espaces

de la galerie. Maarten fut l’un

des plus jeunes à y exposer »,

explique Olivier Meessen.

À chacun son histoire

Pour promouvoir leurs

artistes, Olivier Meessen et

Jan De Clercq organisent des

expositions solo et participent

à des salons nationaux et

internationaux. Ils tentent

d’y présenter le concept

intégral de la technique

artistique de Maarten Vanden

Eynde, chose que l’artiste

ne peut qu’encourager. « Le

galeriste doit promouvoir ma

technique artistique, et ce le

plus largement possible, pas

uniquement les œuvres vendables.

Mon œuvre se nourrit

de beaucoup de recherches.

Cette façon de travailler, de

Maarten Vanden Eynde, Future Flora: Manono II, 2019, platine et graines,

62,5 x 62,5 cm. © de l’artiste / Courtesy Meessen De Clercq, Bruxelles

la recherche de matériaux au

Congo à celle dans des livres

ou sur Internet, fait aussi

partie de l’ensemble. » Olivier

Meessen estime crucial d’en

parler : « Maarten a un langage

singulier. C’est un artiste

qui met en forme les enjeux

de notre temps, qu’ils soient

écologiques, économiques

ou culturels. Il y a également

dans son travail une dose

d’humour qui nous permet de

sourire face au tragique. » Le

galeriste aime manifestement

ce que fait son artiste. Olivier

Meessen a aussi son œuvre

favorite : la série Industrial

Evolution. « Il s’agit de cent

photographies que Maarten

a réalisées à Birmingham, en

Angleterre. C’est une œuvre

forte qui traite de la dérive

de la globalisation, de la

délocalisation de la maind’œuvre

et, par extension, de

la problématique du chômage

dans certaines régions

européennes. Elle parle du

malaise social, mais de façon

subtile. Je me réjouis qu’elle

ait été acquise par la FEB

(Fédération des entreprises de

Belgique) ! »

Discussion ouverte

L’art constitue le cœur même

de la relation entre artiste et

galeriste et doit être discutable,

selon Maarten Vanden

Eynde. « On doit pouvoir

parler de tout quand il existe

une bonne entente. C’est une

discussion ouverte. La galerie

doit pouvoir dire quand elle

trouve une œuvre moins

intéressante, qu’il s’agisse de

son contenu, de son aspect

ou de soin prix. Meessen

De Clercq n’a pas besoin de

montrer toutes mes œuvres.

La plupart de mes expositions

n’ont pas forcément à voir

avec le contexte commercial ;

certaines pièces d’exposition,

comme pour le Belgian Art

Prize à BOZAR, peuvent atterrir

plus tard dans la galerie

et s’y vendre quand même.

Alain Servais a, par exemple,

acheté mon arbre penché,

The Gadget, à Art Brussels. »

Olivier Meessen partage cet

avis : « Une discussion doit

toujours être constructive. Le

galeriste peut avoir un rôle

de sparringpartner. Parler

avec l’artiste, lui demander

le pourquoi ou le comment

d’une œuvre, peut souvent

déboucher sur de nouvelles

visions. »

Partners in crime

Chacun, dans le circuit de

l’art, s’acquitte de sa tâche.

Cela signifie aussi que les

artistes participent à des

activités publiques. « Plus

l’artiste sera actif de son

côté, plus il pourra gagner

une visibilité utile. Certains

font ça très bien et Maarten

est l’un d’eux, d’autres

ont plus de difficultés.

Cela peut se comprendre et

évidemment se respecter.

Une collaboration est avant

tout une aventure humaine

et un respect mutuel est

important », déclare Olivier

Meessen. Artiste et galeriste

collaborent dont étroitement

et évoluent peu à peu. « Il y

a toujours des hauts et des

bas dans une relation à long

terme, mais la confiance

mutuelle est indispensable.

L’essentiel est de garder un

bon contact et de continuer à

parler. Et il faut pouvoir parler

de tout, pas uniquement

d’art ! », précise Maarten

Vanden Eynde en riant.

Meessen De Clercq

Rue de l’Abbaye 2A

Bruxelles

www.meessendeclercq.be

COLLECT l 35

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