The Red Bulletin Juillet/Août 2020 (FR)

online.magazines

FRANCE

JUILLET/AOÛT 2020

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

LA PUISSANCE DE

LA VIE

100 INVITÉS SPÉCIAUX

POUR ALLER DE L’AVANT

Avec

CYRIL DESPRES

NEYMAR JR

CHARLI XCX

BBOY JUNIOR

MIKE HORN

MAX VERSTAPPEN

J.K. ROWLING

DOMINIC THIEM

ROSALIA

BRIAN ENO

… et 90 autres

talents inspirants


ALPHATAURI.COM


Éditorial

CENT TALENTS

POUR UN 100

C’est le propre de la nature humaine que de résoudre les problèmes

auxquels elle doit faire face. Depuis des milliers d’années,

dans les moments difficiles, l’humanité a fait preuve de

créativité pour envisager les situations inquiétantes sous un

angle nouveau et trouver des contre-mesures inventives.

BEN THOUARD (COUVERTURE), LOUIS AREVALO

OPEN SPACE

Pour ce numéro, nous

avons passé beaucoup

d’appels, de « calls ».

Le plus mémorable fut

celui passé par notre

éditrice de la photo,

Tahira Mirza, avec

les astronautes de

la Station spatiale

internationale. P. 82

Grâce à notre capacité d’adaptation, nous avons survécu et

vaincu des famines, des changements environnementaux et

des maladies. En cours de route, de nombreux exemples de

ce génie de l’évolution ont émergé des

communautés technologiques, sociales,

économiques, artistiques et philosophiques.

Une capacité de transformation qui est un

fondement de notre existence.

Les événements récents nous ont offert un

enseignement : chacun de nous a le pouvoir

d’ajuster sa pensée et ses actions pour évoluer

positivement. C’est bien l’idée derrière

ce numéro spécial, pour lequel l’ensemble

de nos éditions internationales (en France,

en Suisse, en Autriche, en Allemagne, aux États-Unis ou en

Grande-Bretagne) ont convié cent personnes.

Penseurs, athlètes, auteurs, innovateurs, photographes et

artistes... cent talents au cœur des processus d’adaptation et

de dépassement. À travers des photos, citations, interviews,

textes et dessins, ils partagent avec vous leurs expériences personnelles

sur la façon dont ils ont identifié des opportunités

dans des situations de désespoir ou

d’incertitude.

Ce numéro 100 (!) de notre édition

française, aux cent invités, vous est

proposé tel un manuel d’initiatives et

d’encouragements, pour persévérer,

avancer et nous épanouir.

Bonne lecture ! Vos Rédactions

FAIRE FACE

AU RÉEL

Sébastien Thibault,

Canadien de 39 ans

et contributeur

régulier du TIME, a

illustré ce sujet environnementaliste

sur le triomphe

de la science et

du réel. P. 34

LA THÉRAPIE

DU DEHORS

Florence Williams

explore la valeur

biologique et émotionnelle

du temps

que nous passons

en extérieur. P. 48

THE RED BULLETIN 3


CONTENUS

juillet / août 2020

1 BEN THOUARD

2 CHRIS SAUNDERS

3 NORMAN KONRAD

4 DAN KRAUSS

5 TYRONE BRADLEY

6 JIM KRANTZ

7 JANE STOCKDALE

8 KRYSTLE WRIGHT

9 KONSTANTIN REYER

10 ALEX DE MORA

11 MICHAEL MULLER

12 CAITLIN HUGHES

13 PETER RIGAUD

14 TOMASZ GUDZOWATY

15 PIP HARE

16 RYAN SHECKLER

17 YVON CHOUINARD

18 MAVI PHOENIX

19 THOMAS DRESSEN

20 ADRIAN MATTERN

21 CRISTAL RAMIREZ

22 ALISA RAMIREZ

23 KATIE HENDERSON

24 McKENNA PETTY

25 BILL McKIBBEN

26 CORINNA SCHWIEGERSHAUSEN

27 FANNY SMITH

28 J. K. ROWLING

29 DANITSA

30 ADAM YEARSLEY

31 ROSALÍA

32 MATTHIAS WALKNER 52

34–36

Rachel, Dan &

Gee Atherton

86

Charli

XCX

42

Dominic

Thiem

Cent invités partagent leur expérience

31

Rosalía

48

Mike

Horn

47

Cyril

Despres

55

BBoy

Junior

33 ANGELA EITER

34 DAN ATHERTON

35 GEE ATHERTON

36 RACHEL ATHERTON

37 JIMMY CHIN

38 ED O’BRIEN

39 BRIAN ENO

40 JOJO

41 STACY BARE

42 DOMINIC THIEM

43 ED JACKSON

44 KATIE ORMEROD

45 JILL KINTNER

46 KATE COURTNEY

47 CYRIL DESPRES

48 MIKE HORN

49 GRANDPOOBEAR

50 MICHAEL STRASSER

51 PAROV STELAR

52 PASQUALE ROTELLA

53 WOLGANG ZAC

54 CEDAR ANDERSON

55 BBOY JUNIOR

56 MAX VERSTAPPEN

57 NEYMAR JR

58 SÉBASTIEN BUEMI

59 THOMAS ULRICH

60 MARCO WALTENSPIEL

61 FELIX SEIFERT

62 MARCO FÜRST

63 MAX MANOW

64 NATASCHA BADMANN

65 DANIELA RYF

66 MARC WALLERT

67 MIKE McCASTLE

68 PHILIPP VENETZ

69 MICHÈLE IMHASLY

70 DOMINIK IMHOF

71 STEPHAN DREESEN

72 PINEAPPLECITI

73 GÉRALDINE FASNACHT

74 ZUNA

75 HILAREE NELSON

76 ANDREW MORGAN

77 JESSICA MEIR

78 CHRIS CASSIDY

79 VLADIK SCHOLZ

80 KATSUYA EGUCHI

81 TITOUAN BERNICOT

82 MARK VAIL

83 TOM ÖHLER

84 MARCEL HIRSCHER

85 JIMMY SPITHILL

86 CHARLI XCX

87 MAX HEINZER

88 ANDREAS BREITFELD

89 PÉTER GULÁCSI

90 MARCEL HALSTENBERG

91 NORDI MUKIELE

92 LUKAS KLOSTERMANN

93 DAYOT UPAMECANO

94 MARCEL SABITZER

95 DIEGO DEMME

96 KONRAD LAIMER

97 TIMO WERNER

98 YUSSUF POULSEN

99 EMIL FORSBERG

100 FRANCK SEGUIN

57

Neymar Jr

81 Titouan

40

JoJo

Bernicot 74 Zuna 56 Max

39

Brian

Eno

28

Verstappen

93 Dayot

Upamecano

Pasquale

Rotella

16

Ryan

Sheckler

J. K.

Rowling

PHILIP PLATZER, DAN WILTON, MARCUS COOPER, FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL, ROGER KISBY/REDUX/LAIF,

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPE JACOB/RED BULL CONTENT POOL, HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL, LOANE BERNICOT,

DIESERBOBBY, SHAMIL TANNA, WMG, FORMULA 1, GETTY IMAGES, EASTON SCHIRRA, SEBAS ROMERO/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES

4 THE RED BULLETIN


1

Photographe, 34 ans, FRA

Avec sa vision du surf, il a remporté le

Red Bull Illume 2019, plus grand concours

de photos d’action et d’aventure au monde.

Ben

Thouard

6 THE RED BULLETIN


La lumière au

bout du tunnel

« Cette photo a été prise dans un

tube de Teahupoo, célèbre spot

de surf au large de Tahiti, et futur

théâtre des olympiades de surf

en 2024. D’ici là, tous nos soucis

actuels ne seront que de vagues

souvenirs. Cette image du surfeur

Anthony Walsh est une promesse

de beaux jours à venir. »

Instagram : @benthouard

benthouard.com

THE RED BULLETIN 7


2

Photographe, 36 ans, RSA

Installé à Paris, le natif de Johannesburg

documente les scènes culturelles de son

pays d’origine et celles du monde entier.

Chris

Saunders

Cette femme

est source

d’inspiration

« Elle, c’est Manthe Ribane,

musicienne et artiste sudafricaine,

dansant ici sur le toit

de la station de taxis de Bree

Street à Johannesburg. Nous

collaborons depuis des années.

Manthe ne se contente pas

d’aimanter tous ceux qui

croisent son chemin : à travers

ses représentations, elle communique

aux spectateurs sa

liberté et son énergie positive. »

Instagram : @chrissaundersphoto

chrissaunders.co

8 THE RED BULLETIN


3

Photographe, 43 ans, GER

Berlinois et lauréat de l’European Design

Award, il est connu pour son langage visuel

alliant surréalisme et humour habile.

Norman

Konrad

Bonjour

voisin !

« Mes compositions d’images

interrogent souvent notre vision

de la normalité. Cette photo

évoquait au départ la solidarité

entre voisins. Depuis, elle a pris

un nouveau sens pour moi :

quand vous ne pouvez plus

rendre visite à vos proches,

communiquer avec eux devient

encore plus important. »

Instagram : @norman.konrad

normankonrad.de

THE RED BULLETIN 9


4

Photographe, 48 ans, USA

Il a démarré dans le photojournalisme

au Wall Street Journal et propose une

vision épique de la photo de paysages.

Dan

Krauss

10 THE RED BULLETIN


La madeleine

du grimpeur

« Moses Potter escalade la voie

Once Upon a Time extrêmement

difficile, dans les montagnes

de San Jacinto, chez lui dans

le sud de la Californie. J’ai dû

patienter un an avant de trouver

un athlète capable de dominer

sans corde cet OVNI en forme

de bloc de roche. Pour moi,

l’image symbolise la force et

l’assurance qu’une personne

peut développer en elle-même. »

Instagram : @dankrauss

dankraussphoto.com

THE RED BULLETIN 11


5

Photographe, 39 ans, RSA

Venu d’Afrique du Sud, Tyrone fut pilote de

BMX. Il utilise à présent son sens du timing

pour créer des images d’action ou de pub.

Tyrone

Bradley

Mon miracle

« La naissance de ma fille Lyra

le 24 décembre 2019 est ce qui

me vient à l’esprit lorsque

je pense à la part de lumière chez

l’humain. Nous avions à l’époque

opté pour un accouchement

naturel. Mais la nature en a décidé

autrement. Aujourd’hui, grâce

aux progrès accomplis par la

médecine, ma famille se porte

bien. Ma gratitude va particulièrement

à cette équipe de

femmes qui a pratiqué la

césarienne en urgence. »

Instagram : @tyrone_bradley

tyronebradley.co.za

12 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 13


6

Photographe, 65 ans, USA

Connu comme chroniqueur de l’Ouest des

États-Unis, il a remporté de nombreux prix,

notamment pour ses sujets de The Red Bulletin.

Jim

Krantz

La force

originelle

de la nature

« Pour réaliser cette photo, j’ai

cueilli une fougère dans mon

jardin, je l’ai imbibée de résine

d’époxy et l’ai posée sur une

photo imprimée du virus. Les

fougères sont extrêmement

résistantes. Voilà plus de

300 millions d’années qu’elles

poussent sur Terre. L’une

d’elles s’est enroulée autour

d’un tronc d’arbre juste devant

ma fenêtre, d’où chaque jour, je

vois la vie s’épanouir malgré

des conditions très difficiles. »

Instagram : @jimkrantzphoto

jimkrantz.com

14 THE RED BULLETIN


7

Photographe, 37 ans, GBR

L’Écossaise a couvert nombre d’événements

sportifs et documenté les Coupes du monde

de football à travers la liesse des supporteurs.

Jane

Stockdale

Champions !

« Paris, 15 juillet 2018, 65 e minute de la finale de

la Coupe du monde de football entre la France et

la Croatie. Près de la tour Eiffel, ce jeune supporteur

de la France laisse éclater sa joie après le but de

Kylian Mbappé qui porte le score à 4-1. Pour moi,

c’est un grand moment d’émotion et d’énergie

au terme d’un grand tournoi. »

Instagram : @janestockdale_

janestockdale.co.uk

THE RED BULLETIN 15


8

Photographe, 33 ans, AUS

Spécialisée dans l’outdoor, ses reportages

se font en compagnie d’aventuriers, d’explorateurs

et de chasseurs de tornades.

Krystle

Wright

Et l’espoir

apparaît

« Cette photo a été prise lors

d’une expédition de base-jump

sur l’île de Baffin, à l’extrême

nord-est du Canada. Un blizzard

nous surprend et nous force

au confinement sous la tente

plusieurs jours durant. Grande

est ma surprise lorsqu’un Inuk

avec un attelage de chiens passe

près du campement. À peine

le temps de faire deux clichés

et déjà le blizzard engloutit

l’apparition. Je garde de cette

expérience notre aptitude à développer

d’incroyables capacités

lorsque la nature nous impose de

rester dans un isolement total. »

Instagram : @krystlejwright

krystlewright.com

16 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 17


9

Photographe, 33 ans, AUT

Cet homme est attiré par l’action, et ceux

qui lui ont dédié leur vie. Il collabore donc

régulièrement avec The Red Bulletin.

Konstantin

Reyer

Une lumière surgit

des ténèbres

« Peu après mon trentième anniversaire, je me rends

avec ma petite amie à Cape Cod, au sud-est de Boston.

Ce jour-là, un gros orage sévit lorsque soudain j’aperçois

au loin cet arc-en-ciel. “C’est incroyable”, me dis-je tout

en immortalisant l’instant. Depuis, j’ai cette photo

toujours avec moi en signe d’optimisme et elle trône

dans un cadre sur le mur de mon studio. »

Instagram : @konstantinreyer

konstantinreyer.com

18 THE RED BULLETIN


10

Photographe, 38 ans, GBR

Ce Londonien immortalise l’expressivité

des légendes du rock comme celle des

artistes underground (encore) inconnus.

Alex

de Mora

Chevalier

flamboyant

« J’ai photographié le musicien

britannique Goldie en 2017 pour

The Red Bulletin. Goldie est un

producteur de drum and bass,

membre de l’Ordre de l’Empire

britannique, et il apparaît dans la

distribution d’un James Bond –

Le monde ne suffit pas. C’est un

homme qui a toujours su profiter

de tout ce que la vie a à offrir,

et cela m’inspire. »

Instagram : @alexdemora

alexdemora.com

THE RED BULLETIN 19


11

Photographe, 59 ans, USA

S’il a plutôt l’habitude de photographier

les stars d’Hollywood, Muller s’intéresse

aussi à la protection des requins blancs.

Michael

Muller

Agir quand

il le faut

« Au fil des années passées à nager avec les requins,

j’ai remarqué de plus en plus d’objets parasites

accrochés aux animaux : des crochets dans

la mâchoire, des émetteurs sur le ventre… Mais

ce que notre expédition a vu ce matin-là dans le

Pacifique nous a laissés pantois : un gros requin

blanc traînant, accroché à sa nageoire, un lambeau

de plastique. L’Homme a, heureusement, aussi une

grande qualité : il est capable d’agir quand il le faut. »

Instagram : @michaelmuller7

mullerphoto.com

20 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 21


12

PDG de l’agence Magnum Photos, 40 ans, GBR

Elle nous a adressé les photos de la légende

de la boxe Mohammed Ali, pour qui les

épreuves ont toujours été source de force.

Caitlin

Hughes

Les planchescontacts

de

Thomas Hoepker,

photographe chez

Magnum, saisissent,

en 1966, le champion

du monde de boxe

Mohammed Ali.

22 THE RED BULLETIN


Le portrait de

Mohammed Ali

réalisé par

Thomas Hoepker

a fait la une de

The Red Bulletin

en mai 2017, un

hommage au 70 e

anniversaire de

l’agence Magnum.

« Utilisons notre

génie pour nous

réinventer »

Les photoreporters de l’Agence Magnum couvrent

des événements à travers le monde entier. Créée

en 1947, l’agence est dirigée par Caitlin Hughes

depuis 2019 : « En période d’agitation, la photographie

est un média clé, explique la Galloise. Elle

documente les bouleversements et interpelle les

gens où qu’ils soient. Aujourd’hui, le soutien mutuel

est primordial. À l’instar des fondateurs de cette

agence il y a 70 ans, nous pouvons utiliser notre

génie pour nous réinventer. »

Instagram : @magnumphotos

magnumphotos.com

THOMAS HOEPKER

THE RED BULLETIN 23


13

Photographe, 52 ans, AUT

Il séjourne entre Vienne et Berlin et voit ses

portraits publiés dans Vogue, The New Yorker,

Vanity Fair ou National Geographic.

Peter

Rigaud

Un homme

d’exception

« Cette photo de 2015 montre Josef Penninger

généticien et virologue viennois, qui s’emploie

actuellement avec son équipe à développer

activement un traitement contre la Covid-19.

J’admire l’attitude et le sang-froid de Penninger

face à la crise. Les œuvres en arrière-plan s’intitulent :

Et si Dieu avait tort ? Une manière d’interroger

la science sur ce qu’elle peut et doit faire. »

Instagram : @rigaudpeter

peterrigaud.com

24 THE RED BULLETIN


14

Photographe, 48 ans, POL

Doté de neuf prix du World Press Photo, ses

voyages l’ont conduit dans plus de cent pays

où il shoote essentiellement en noir et blanc.

Tomasz

Gudzowaty

Toujours un

premier pas

« Le titre de cette photo est

un vers emprunté au Dao de jing,

un recueil d’aphorismes du sage

chinois Lao Tseu. Il dit ceci :

“Un voyage de mille lieues commence

toujours par un premier

pas.” Cette image incarne la

persévérance et la résilience

de l’être humain. »

Instagram : @tomaszgudzowaty

gudzowaty.com

THE RED BULLETIN 25


15

Navigatrice, 45 ans, GBR

Cette année, elle veut devenir la huitième

femme à faire le tour du monde à la voile

sans assistance lors du Vendée Globe.

Pip

Hare

« Il y a toujours

une éclaircie qui

vous attend »

Alors que sa préparation pour le fameux

Vendée Globe est en stand-by, Pip Hare se

remémore les moments délicats qui ont

fait d’elle une véritable navigatrice.

Texte JESSICA HOLLAND

Au tout début de ma carrière, alors que

je voguais entre les îles Canaries et le

Royaume-Uni, je me suis retrouvée la tête

en bas dans un bateau qui fonçait, mât

en avant, vers une énorme vague. C’était

terrifiant. Les vagues dépassaient les 40 pieds

(12 mètres), donc elles étaient plus hautes que le

mât ! Et la vitesse du vent, supérieure à 70 nœuds

(130 km/h), était celle d’un ouragan. Lorsque vous

êtes dans le creux d’une vague, le vent est complètement

étouffé. Tout est étrangement calme et

il règne un silence de mort. Puis, quand le bateau

arrive en haut de la vague, vous entendez un

grondement et vous ressentez les vibrations de la

vague qui se brise, tel un train de marchandises

à l’approche. Lorsque le bateau a frappé la vague,

j’ai eu l’impression d’être percutée sur le côté par

un troupeau d’éléphants. J’étais ballottée dans tous

les sens. Totalement impuissante.

Je ne pouvais pas aller sur le pont, au risque

de passer par-dessus bord ou de me casser quelque

chose. Tout ce que je pouvais faire, c’était me cacher

dans la cabine pendant les six heures les plus

critiques de la tempête. Et sur un coup de roulis,

je me suis retrouvée au plafond. Tout ce qui n’était

pas solidement attaché me dégringolait dessus. Des

bocaux en verre remplis de sauce chili sont tombés

RICHARD LANGDON/OCEAN IMAGES

La Britannique sort de

Poole, son port d’attache,

et s’engage dans la

Manche pour une journée

d’entraînement.

26 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 27


du réfrigérateur et ont explosé : il y avait du verre

et de la sauce chili partout. Je me souviens encore

de cette odeur, vingt ans plus tard.

Lorsque la tempête s’est enfin calmée, mon bateau

était en piteux état, mais j’étais bien vivante.

Cette expérience aurait pu me dégoûter de la navigation

à jamais, et cela reste les pires conditions

météorologiques que j’aie jamais endurées, mais

elle m’a beaucoup appris. Vous ne vous rendez

pas vraiment compte de la force qui est en vous

jusqu’à ce que vous vous retrouviez dans ce type

de situation, et même si j’étais morte de peur, j’ai

simplement continué à faire ce que je devais faire.

Départ de la Fastnet Race, en Irlande, en juillet de l’année dernière.

« SEULE AU MILIEU

DE L’OCÉAN, VOUS

NE POUVEZ PAS

ESQUIVER. »

J’ai découvert que je pouvais compter sur moimême

en cas d’urgence.

Cela m’a aussi appris que le mauvais temps ne

dure pas éternellement. Certaines tempêtes sont

dantesques – et les éclairs me filent encore une

sacrée frousse – mais vous devez accepter le fait

que vous ne pouvez rien y changer. Parfois, tout

ce que vous êtes en mesure de faire, c’est de baisser

les voiles et patienter. Il y a toujours une éclaircie

qui vous attend.

Lun des exploits dont je suis la plus fière, c’est

de monter seule au mât. La première fois que

j’ai grimpé au mât en pleine mer, je n’étais vraiment

pas rassurée. C’était pendant ma première

course transatlantique en solitaire, à destination

du Brésil, sur ce bateau de 21 pieds (6,4 mètres).

Un tel bateau peut facilement dépasser les 20 nœuds

(37 km/h). Ce sont de vraies fusées, avec des mâts

de 12 mètres environ.

Aucune communication satellite, aucun contact.

Je naviguais depuis environ deux semaines et

j’étais épuisée physiquement. J’avais perdu beaucoup

de poids et j’étais à bout de forces. Je me trouvais

au beau milieu de l’Atlantique, au point le plus

éloigné de toute assistance. La tempête était très

violente et un élément s’est détaché en haut de

mon mât. Il s’est enroulé autour du mât, et le bateau

aurait été en danger si je n’avais pas effectué

la réparation nécessaire. J’ai réalisé que je devais

grimper tout en haut, sous la voile déployée, et

régler le problème.

J’avais déjà grimpé au mât en solo quand j’étais

à quai, mais jamais en pleine navigation. Mes

mains tremblaient, j’entendais mon cœur battre

dans mes oreilles, et mon cerveau était en surchauffe.

Qui plus est, vous êtes totalement dépendant

du pilotage automatique (la machine) qui ne

doit pas changer de direction, ni rencontrer de problème

quand vous êtes là-haut. Mais c’est le sport

que j’ai choisi, et ce sont des situations dans lesquelles

je me retrouve délibérément. C’est comme

si vous vous saisissiez par le col et vous secouiez un

bon coup en hurlant : « C’est ce que je veux être ! »

Comme j’avais perdu plusieurs kilos et gagné

en musculature dans la partie supérieure du

corps, il m’a suffi, à mi-chemin, de me hisser

en haut du mât à la force des bras. Lorsque je suis

arrivée au sommet, je me suis dit : « Waouh, je ne

savais pas que j’en étais capable. » C’est impressionnant

tout ce que vous pouvez faire quand vous avez

peur. J’ai réussi à régler le problème, prendre un

selfie de la plus haute importance (sic) et redescendre.

Après ce type d’épreuve, vous goûtez à un

sentiment exceptionnel de fierté et d’endurance.

Seule au milieu de l’océan, vous n’avez pas le

choix : vous devez repousser vos limites. Il peut

s’agir de quelque chose qui vous terrifie, que vous

n’êtes pas sûr de pouvoir gérer physiquement, ou

que vous n’avez jamais fait auparavant, mais il n’y

a pas d’autre solution. Vous ne pouvez pas esquiver.

Vous ne pouvez pas dire non. Lorsque je navigue en

solitaire, je suis la meilleure version de moi-même.

MAXIME HORLAVILLE

28 THE RED BULLETIN


DONNE DES AIIILES.

NOUVEAU : GOÛT PASTÈQUE.

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16

Skateur, 30 ans, USA

Sa fondation est dédiée aux enfants et

aux athlètes souffrant de blessures.

Ryan

Sheckler

Table rase

Le skateur Ryan Sheckler a su

s’accommoder du confinement et

s’adonner à sa passion chez lui,

comme ici sur sa table basse.

« Mon programme d’entraînement

varie chaque semaine au gré des

consignes liées au confinement.*

Au début, je m’entraînais seul au

gymnase, en prenant soin de désinfecter

le matériel. Puis, j’ai privilégié

les séances à la maison, au skatepark,

et le surf. Mais depuis la fermeture

des plages, mon espace se limite

pour l’essentiel à la maison.

Quand la pandémie a commencé,

j’ai usé ma planche dans nombre de

spots locaux normalement interdits,

des parkings et bâtiments vides,

et j’ai atteint ainsi certains de mes

objectifs. À présent, je fais profil

bas, je respecte le confinement et

éprouve un grand respect pour les

personnes qui combattent le virus

en première ligne. L’une de mes

distractions consiste à transformer

mon intérieur en un mini spot. J’ai

même fait du skate sur ma table

basse récemment. Après un défi de

pompes et un autre de kickflip sur

Instagram, je varie les plaisirs et improvise

un spot de skate parmi les

meubles. Tout compte fait, la table

basse s’y prête parfaitement. Une

pratique prometteuse dans la

situation actuelle.

L’an dernier, au terme de la

dixième édition de Skate for a Cause,

organisée par la Sheckler Foundation,

j’avais très envie d’étendre la

portée de notre action. Les idées ne

font pas défaut et cette pandémie ne

manquera pas d’élargir les domaines

de notre soutien à celles et ceux qui

en auront besoin. »

*Propos recueillis en avril 2020

SABAS ROMERO/RED BULL CONTENT POOL(2), COURTESY OF RYAN SHECKLER JEN SEE

30 THE RED BULLETIN


17

Entrepreneur, 81 ans, USA

Ce pionnier de l’escalade a forgé ses premiers

pitons en 1957 et fondé la célèbre

marque de plein air Patagonia en 1973.

Yvon

Chouinard

18

Mavi

Phoenix

Chanteur, 24 ans, AUT

Il s’est fait un nom en tant que

rappeuse. Depuis fin 2019,

il s’épanouit au masculin.

MAŠA STANIC, IMAGO/AURORA FOTOS SEBASTIAN FASTHUBER

CITATION D’YVON CHOUINARD TIRÉE DU LIVRE SOME STORIES: LESSONS FROM THE EDGE

OF BUSINESS AND SPORT, PATAGONIA PUBLISHING

« Il n’y a vraiment

aucune différence

entre le pessimiste

qui dit : “C’est sans

espoir, il n’y a plus rien

à faire” et l’optimiste

qui dit : “Il n’y a rien

à faire, tout s’arrangera

tout seul“. Dans

les deux cas, rien ne

se passe. Le meilleur

remède contre la

dépression, c’est

l’activité. »

Le fondateur de la

marque Patagonia,

Yvon Chouinard, alors

jeune homme, à son

marteau-pilon « Little

Giant » à Yosemite,

Californie. Il vendait

ensuite les pitons au

cul de sa voiture.

Le premier pas

« J’aurais dû être un homme, je le sais

depuis longtemps. Mais il y avait cette

idée que je ne pouvais rien faire contre

le fait d’être né femme. Ma décision de

vivre en tant qu’homme a été prise lors

de l’enregistrement de mon album.

Tout s’est emballé, et j’ai été très créatif.

Les gens autour de moi ne se doutaient

de rien. J’ai été aidé par des témoignages

d’hommes trans sur YouTube.

Le fait qu’ils apparaissent sains et heureux

m’a permis de dissiper beaucoup

de mes craintes. Je dois réfléchir soigneusement

à la façon dont je veux

continuer. Un traitement hormonal

modifie l’apparence et la voix. Ensuite

on passe aux choses sérieuses. Je suis

heureux d’avoir fait le premier pas. »

Le premier album de Mavi Phoenix, Boys Toys, est sorti sur

le label LLT Records.

THE RED BULLETIN 31


19

Skieur, 26 ans, GER

Après sa victoire d’enfer à Kitzbühel en

2018, il a fait une grave chute et a reçu une

aide inattendue alors qu’il était au plus bas.

Thomas

Dressen

20

Kayakiste, 24 ans, GER

Il a l’habitude de conquérir les eaux les

plus sauvages. Mais le vol qu’il a subi en

2018 a été son épreuve la plus difficile.

Adrian

Mattern

« LE SOUTIEN DE

MES ADVERSAIRES

M’A DONNÉ LA

FORCE POUR MON

COMEBACK. »

Après son accident de Beaver Creek,

dans le Colorado, Dressen a manqué une

saison. « Quand j’étais encore à l’hôpital,

beaucoup de mes adversaires m’ont écrit,

se souvient-il. Lire comment ils avaient

géré des situations similaires m’a donné

de la force. » La saison suivante, il a terminé

deuxième de la Coupe du monde de

descente.

Le jour où j’ai tout

perdu, sauf ce câble...

« J’étais au Chili pour une

expédition en kayak quand des

voleurs ont vidé ma voiture :

appareils photo, ordi, téléphone…

Tout avait disparu sauf mon câble

de chargement. En tant que sportif

professionnel, je vis de mes vidéos.

Sans équipement, je ne pouvais plus

rien produire – une catastrophe ! Je

me suis alors dit : “Regarde ce que

tu as déjà accompli : tu es sorti de

nulle part pour devenir un pro du

kayak.” Cela m’a donné du courage.

Plus jeune, j’avais travaillé dans le

bâtiment et j’avais aussi été videur.

J’ai recommencé pour me payer du

nouveau matos. Quelques mois plus

tard, j’étais de nouveau sur l’eau. »

PANTHERMEDIA, DANE JACKSON/RED BULL US ATHLETE, ENNO KAPITZA, GETTY IMAGES (2)

MARC BAUMANN, NICLAS SEYDACK

32 THE RED BULLETIN


21 – 24

The Aces

21

Cristal

Ramirez

Voix/guitare, 24 ans

Très précoce, Cristal a

monté son premier groupe

avec sa sœur Alisa dès

l’âge de huit ans.

22

Alisa

Ramirez

Batterie, 22 ans

Aiisa a réalisé le clip de

Daydream, le premier

single de leur prochain

album Under My Influence.

23

Katie

Henderson

Guitare, 24 ans

Dernière à rejoindre le

groupe en 2008, elle est la

spécialiste de la technique

et du studio des Aces.

24

McKenna

Petty

Basse, 24 ans

Comme tous les membres

du groupe, elle a grandi en

Utah. Cristal la surnomme

son « gourou du yoga, de la

cuisine et des réseaux ».

Groupe indie-pop, USA

Leur premier LP, When My Heart Felt V olcanic,

fut décrit par le magazine musical anglais

NME comme « sacrément brillant ».

« Mon mantra est un refrain »

Lorsqu’elle s’est lancée dans le

grand bain de la musique, Cristal

Ramirez du groupe The Aces a

trouvé l’inspiration dans un titre

de rock.

« J’ai toujours été fan de

Paramore et de Hayley Williams

(chanteuse de ce groupe de rock

US, ndlr), confie-t-elle, et j’écoutais

beaucoup l’un de leurs titres,

Last Hope, à sa sortie en 2013. Je

terminais le lycée, déterminée à

poursuivre une carrière musicale,

mais évidemment, j’avais des

doutes. C’est Last Hope qui m’a

incitée à suivre mon rêve. J’aime

le refrain: “Gotta let it happen, so

let it happen” (trad. il faut laisser

aller, donc laisse aller) – c’est

puissant. La fille reconnaît qu’elle

n’est pas dans la meilleure des

situations, mais qu’il faut rester

calme et laisser les choses advenir.

Ça rejoint cette idée de se

concentrer sur les choses qu’on

peut contrôler et ne pas perdre

son énergie pour les choses qui

échappent à notre contrôle. Ce

refrain, c’est comme un mantra,

dans un sens. Il m’a aidée quand

j’ai déménagé à L.A. et que je

n’avais pas encore signé notre

contrat d’enregistrement. Ça me

rappelle des moments de joie et

de découverte de moi-même. »

The Aces, Under My Influence,

dispo sur Red Bull Records ;

theacesofficial.com

Le groupe Paramore et son

Last Hope ont positivement

inspiré Cristal, des Aces.

RED BULL RECORDS FLORIAN OBKIRCHER

The Aces :

(de la gauche)

Cristal, Katie,

Alisa et

McKenna.

THE RED BULLETIN 33


25

Auteur et militant écologiste, 59 ans, USA

McKibben a écrit 17 livres et a fondé une

organisation internationale luttant contre

le réchauffement climatique : 350.org.

Bill

McKibben

Courage,

soyons réalistes !

Dans cet essai, Bill McKibben nous questionne sur une

approche courageuse de la vie, tels des aventuriers

ou des athlètes outdoor. En champions du réel.

Texte BILL McKIBBEN

Illustrations SÉBASTIEN THIBAULT

Le petit microbe hirsute pourrait tout aussi

bien être une armée d’envahisseurs extraterrestres

: il est apparu soudainement,

a frappé la planète entière en l’espace de

quelques jours et nous a menacés avec des

dégâts bel et bien réels. Pour une fois, nous avions

un ennemi commun, et cet ennemi nous a incités

à définir ce qui est « humain » de nos jours.

Quelques-unes des réponses que nous avons

apportées à cette question étaient effrayantes.

Des chefs d’État ont essayé de rendre responsables

d’autres pays, et certaines personnes se

sont servies de la maladie pour masquer leur

racisme. Cette méchanceté a vu le jour dès le

début : comme pour cet Américain d’origine asiatique,

chef du service des urgences d’un hôpital

de Manhattan, qui, en allant essayer et acheter

des masques de protection pour son équipe, s’est

vu assailli par trois voyous sous prétexte que « les

Chinois » étaient à l’origine du virus.

Mais la plupart du temps les gens ont été

remarquables. Ce médecin de l’hôpital de Manhattan,

justement : son équipe, tout comme une

multitude de médecins du monde entier, ont

voulu poursuivre leur travail malgré le manque

de protection adéquate. À compter du tout premier

docteur à Wuhan, qui s’est exposé non seulement

à la maladie mais aussi à l’inquisition des

autorités locales, des médecins et infirmières ont

surmonté leurs inquiétudes et ont tout donné.

Non seulement les médecins, formés pour travailler

avec des malades, mais aussi les caissières. Les

gars qui approvisionnent les rayons de boulangerie

dans les supermarchés. Les types qui livrent

à moto tous ceux qui n’ont pas le droit de quitter

leur appartement. Chacun d’entre eux savait qu’il

prenait un risque, et ils savaient également qu’ils

assuraient un service essentiel. Ils ont donc pris

sur eux et ont fait ce qu’il fallait faire.

En agissant ainsi, ils ont tous – par leurs actes,

non par leurs mots – exprimé une vérité fondamentale

: la science relève de la réalité. Et c’est la

réalité qui importe. Cela semble évident, mais ne

l’est pas. Depuis des générations, une trop grande

partie de notre société s’est comportée comme si la

réalité n’était qu’une option. Nous avons regardé le

monde à travers nos écrans. Des scientifiques nous

disaient que la température était en train de grimper,

que c’était grave. Les satellites nous disaient

que les calottes polaires étaient en train de fondre

et les océanographes annonçaient que l’équilibre

chimique de l’eau de mer basculait, avec une acidité

croissante. Mais nous n’y avons pas vraiment

prêté attention.

En fait, il semblait parfois que les seules personnes

à prendre les changements au sérieux

étaient celles (de moins en moins nombreuses)

qui passaient le plus clair de leur temps à

l’extérieur. Des agriculteurs qui ne pouvaient pas

mettre en culture ; des pompiers qui se trouvaient

confrontés à des incendies de plus en plus graves.

Et des athlètes qui trouvaient la glace trop fragile

pour l’escalader, des skieurs qui cherchaient la

34 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 35


neige lors d’hivers de plus en plus chauds. Lorsque

vous vous trouvez au beau milieu d’une cascade

de glace, votre vie suspendue à vos crampons et à

votre piolet, vous devez sérieusement tenir compte

de la physique : la température de l’air est une

question de vie ou de mort. Mais la plupart d’entre

nous, la plupart du temps, ne ressentions pas cela.

Nous avons commencé à nous convaincre qu’après

tout, la science était peut-être négociable, que la

physique viendrait peut-être à notre rencontre. Il

est tellement simple de se réfugier dans un monde

imaginaire lorsqu’on passe la majorité de son

temps sur Facebook et Instagram.

« Tout à coup,

chacun d’entre nous

avait un point commun

avec l’aventurier. »

Le coronavirus a mis fin à cela, pour l’instant

tout du moins. Tout à coup, nous avons été

obligés de voir que la biologie était bien réelle.

Il n’y avait pas moyen de faire faire demi-tour à ce

virus, pas moyen de le forcer à un compromis.

Nous étions dans l’obligation de changer, car lui

n’allait pas le faire – et du coup nous avons chamboulé

nos vies. Nous nous sommes mis à l’abri,

avons gardé nos distances. Tout à coup, chacun

d’entre nous avait un point commun avec l’aventurier

tirant son traîneau en Antarctique ou chevauchant

son VTT sur la ligne de partage des eaux

d’Amérique du Nord : c’est la réalité qui décidait.

Nous allions devoir obéir à ses lois, pas aux nôtres.

Beaucoup de personnes se sont retrouvées désarmées

face à ces bouleversements : elles avaient

grandi dans des villes ou des banlieues où la

nature était masquée par toute une infrastructure.

(Savez-vous d’où vient votre eau ? Et où partent

vos eaux usées ?) D’un seul coup, la nature dictait

les règles : il faut garder une distance de deux

mètres. Il faut se laver les mains dix fois par jour.

Il faut rester à la maison. Enfreignez les règles et

vous pourriez bien mourir.

Le temps est l’une des caractéristiques les plus

perceptibles de la réalité physique. C’est capital.

Si vous avez pour 3 heures d’oxygène dans votre

bouteille, mieux vaut être de retour à la surface

au bout de 2 h 45. Si la météo prévoit un orage au

sommet de la montagne pour 17 heures, mieux

vaut planifier votre randonnée de façon à être

36 THE RED BULLETIN


« Il serait bien possible

que le courage ultime

consiste simplement

à faire face à la

réalité, à être honnête

avec soi-même. »

arrivé au parking avant les premiers éclairs, ou

d’être au moins descendu sous la ligne de faîte des

arbres. Si vous participez à une course, l’heure

tourne. Mais dans le monde abstrait de la politique,

le temps est suspendu : vous pouvez littéralement

mener les mêmes débats pendant des années,

d’une élection à l’autre.

C’est une des raisons pour lesquelles les problèmes

comme le réchauffement climatique sont

tellement difficiles à traiter par les politiques.

Car ces perturbations physiques reposent sur une

réalité concrète, elles exigent des actions adéquates

en temps utile : si vous ne faites rien, elles

empirent irrévocablement. La molécule de dioxyde

de carbone ne peut être persuadée ou contrainte

à trouver un compromis. La physique et la chimie

ne se négocient pas ; elles sont. Si vous mettez une

quantité x de carbone dans l’atmosphère, la température

augmentera de y degrés ; pas la peine

d’argumenter qu’il ne faut pas qu’elle le fasse. C’est

comme de dire à une avalanche de ne pas glisser :

si l’angle et la neige remplissent les conditions, elle

va se déclencher. Votre seul choix dans cette histoire

est d’être sur son chemin, ou pas.

Ainsi, imaginons qu’il y a trente ans, nous

ayons pris au sérieux les mises en garde des

scientifiques, lorsqu’ils nous ont prévenus de

l’augmentation anthropogène de la température

de la planète et de ses conséquences désastreuses.

Nous aurions pu prendre un minimum de mesures

et aujourd’hui, nous aurions surmonté le pire de la

crise climatique. Une petite taxe sur les émissions

de carbone, et cet énorme pétrolier qu’est notre

économie mondiale aurait changé sa trajectoire de

quelques degrés à tribord – et, comme chaque

marin le sait, un changement de cap minimal se

répercute considérablement. Pour finir, vous vous

retrouvez complètement ailleurs. Mais ce n’est pas

ce que nous avons fait – nous avons continué tout

droit, et maintenant nous sommes vraiment dans

le pétrin, face à des changements si importants

que même avec un effort considérable, nous ne

pouvons plus les empêcher. Il est toujours plus

simple pour ceux qui contrôlent le monde de continuer

à faire comme ils font ; l’inertie est une force

puissante et profitable. Nous avons donc fini par

vivre dans ce monde imaginaire parce qu’il était

plus simple pour nous tous de ne pas changer.

La pandémie du coronavirus a donné un coup

de projecteur sur ce problème. Les pays qui ont agi

très vite – en faisant des tests, en empêchant les

rassemblements de personnes – ont connu des perturbations

et leur économie en a pris un coup. Puis

le pire est passé. Or les pays qui on tardé – qui ont

simplement espéré s’en sortir en attendant que

tout passe – se sont retrouvés avec beaucoup plus

de victimes, beaucoup plus de dépenses et beaucoup

plus de peur.

Le fait est que l’on ne peut échapper à la réalité.

Un monde habitué à vivre par le biais de ses

écrans oublie cela. Si quelque chose se passe

mal dans votre jeu vidéo, vous pouvez le réinitialiser

et tout recommencer. Mais si quelque chose

tourne mal dans le monde réel, il faut y faire face.

Si vous n’affrontez pas le problème immédiatement,

ou si vous prenez la mauvaise décision, les

difficultés s’amplifient. Si vous oubliez de vous

alimenter, vous allez vous déshydrater, avoir des

malaises et finalement vous « frappez le mur » ; si

vous choisissez la mauvaise descente le long d’un

couloir, vous risquez de vous retrouver au-dessus

d’un surplomb infranchissable. Dans le monde

réel il n’y a pas moyen de tricher.

Nous parlons beaucoup de courage lorsqu’il

s’agit d’aventure : le courage de surmonter ses

peurs, le courage de voguer vers l’inconnu, le courage

de risquer sa vie. Mais il serait bien possible

que le courage ultime consiste simplement à faire

face à la réalité, à être honnête avec soi-même. Il

n’y a absolument aucun point positif concernant

la pandémie qui a dévoré cette année – qui a

consumé tellement de personnes. Mais la majorité

d’entre nous a survécu, et ce qui ne nous tue pas

devrait nous rendre plus intelligents. Dans ce cas

précis, cela veut dire comprendre que la réalité

n’est pas une option. Le courage, c’est se confronter

au monde dans lequel nous vivons, et non le monde

dans lequel nous aimerions vivre. C’est se confronter

à la réalité, très concrètement, et très vite.

THE RED BULLETIN 37


26

Deltaplaniste, 48 ans, GER

Pour cette cinq fois championne du

monde de deltaplane, la perspective à vol

d’oiseau aide aussi lors des crises au sol.

Corinna

Schwiegershausen

Changeons

de point

de vue...

« Quand je me retrouve dans

une situation périlleuse en

deltaplane, je laisse passer

le moins d’émotions possible.

Ce qui m’aide : faire face, établir

un plan, mettre à exécution. En

Jordanie, par exemple, j’ai chuté

d’un chameau et me suis fracturé

la hanche. Blessée dans le désert,

le plan est de demander de l’aide :

à une touriste qui était médecin,

puis aux gens qui m’accompagnaient.

Au deltaplane, je dois les

meilleurs moments de ma vie –

et le pire : mon fiancé s’est écrasé

et a péri dans l’accident juste

avant que je ne parte vivre avec

lui en Australie. Mais j’ai appris que

la vie vous réserve un plan B qui

peut vous rendre heureux. Là-haut,

je me sens comme un moustique.

Ce silence, cette sensation d’être

dans l’ici et le maintenant…

Beaucoup ont oublié qu’ils pouvaient

s’octroyer ce genre d’instants

à leur manière, sur terre. »

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES MARC BAUMANN

38 THE RED BULLETIN


27

Fanny

Smith

Athlète de skicross, 27 ans, SUI

Que peut bien faire la championne de ski

Fanny Smith en temps de confinement ?

Elle affûte les skis de ses amis.

28

Auteure, 54 ans, GBR

La maman de la saga Harry Potter (450 millions

de livres vendus) vivait de l’aide sociale

et a essuyé douze refus de publication.

J. K.

Rowling

« J’AI TRAVERSÉ

PENDANT TROIS ANS

UNE CRISE DIFFICILE,

MAIS C’EST AUSSI

SUR ELLE QUE

J’AI PU BÂTIR MA

NOUVELLE VIE. »

Après maints refus, le premier manuscrit de

Harry Potter a finalement été accepté par

un éditeur, mais uniquement parce qu’il

avait plu à sa fille de 8 ans. Une visionnaire.

29

Chanteuse, 25 ans, SUI

Danitsa répand le funk depuis son domicile,

chaque vendredi, en postant un clip vidéo

sur Instagram : @danitsa_m

Affûtage des carres et fartage des semelles :

que du plaisir pour Fanny Smith.

Danitsa

COURTESY OF FANNY SMITH, GETTY IMAGES, STELLA KNUCHEL WOLFGANG WIESER

CITATION DE J.K. ROWLING TIRÉE DU LIVRE LA MEILLEURE DES VIES, GRASSET & FASQUELLE

La championne qui

choyait vos skis

Avril 2020. Fanny Smith affiche sa bonne humeur.

Dans son garage, elle enchaîne les paires de skis,

d’abord ceux de sa famille, puis ceux de ses amis.

Elle en est déjà à plus de vingt paires. Si la météo

le permet, elle travaille dehors, sinon le garage fait

très bien l’affaire. Dès qu’une paire est prête, elle

la dépose devant la porte de son propriétaire.

Première au classement général de la Coupe du

monde 2019 et deuxième en 2020, la spécialiste

de skicross reste au contact de son métier (bien sûr,

le service de la championne est ici gratuit) durant

le confinement. Fanny Smith a même pensé à protéger

les semelles des skis avec une couche de cire

qui se retirera aisément lorsque la saison reprendra

: « C’est ma façon de me rassurer et d’affirmer

que tout finira par rentrer dans l’ordre. »

fanny-smith.com

Samedi

Choix du morceau

Dimanche

Composer ou retravailler le

morceau avec le producteur

Lundi

Répétitions + mood board pour

la réalisation du clip vidéo

Mardi

Enregistrement studio

chez mon frère + mixage

Mercredi

mini-clip vidéo filmé sur İphone

avec ma sœur

Jeudi

Montage vidéo

Vendredi

MON EMPLOI DU TEMPS

Publication du mini-clip vidéo

THE RED BULLETIN 39


30

Psychologue, 48 ans, AUS/GBR

Il a contribué au test Red Bull Wingfinder

(wingfinder.com) avec lequel vous pouvez

analyser vos qualités professionnelles.

Adam

Yearsley

Comment bénéficier de la situation

Dans le cas d’un travail à domicile forcé, on

retrouve fréquemment les phases suivantes.

SIGNIFICATION

« Je vais tirer une leçon

de cette expérience. »

HUMEUR

REJET

« Cela ne me

concerne pas. »

FRUSTRATION

« C’est plus difficile

que je ne le pensais. »

EXPÉRIMENTATION

« Je vais essayer quelque

chose de nouveau. »

STUPÉFACTION

« Qu’est-ce qui se passe ?

Je n’y crois pas. »

RÉSISTANCE

« Il va falloir que

cela cesse. »

ACCEPTATION

« Les choses sont comme elles sont. »

TEMPS

L’espace… de travail

Un psy nous parle du rapport entre le télétravail et les

voyages dans l’espace, et comment une crise peut nous

aider à mieux considérer nos collègues à l’avenir.

the red bulletin : Quel est

le plus grand défi lorsqu’on

est contraint au télétravail des

semaines durant ?

adam yearsley : C’est passionnant,

car lorsque nous sommes en

télétravail pendant plusieurs mois,

nous devons faire face au même

genre de problèmes que ceux que

rencontrent les astronautes qui se

préparent à des voyages prolongés

dans l’espace : comment se débrouiller

en terrain confiné, tout

seul ou en compagnie de peu de

personnes ?

Vous avez développé un programme

de télétravail en dix

points, que nous conseillezvous

?

Deux points parmi les plus importants

: créer son propre espace

de travail bien défini – aussi petit

soit-il et même si vous devez diviser

une pièce. Autre chose importante

: habillez-vous le matin pour

travailler.

Il faut donc s’habiller comme

si on allait au bureau ?

Exactement. Et le soir, lorsque

vous avez fini, vous pouvez revêtir

une tenue décontractée. Ainsi

vous rentrez « mentalement à la

maison ».

Dans l’ensemble, le télétravail

joue un rôle de plus en plus important.

Maintenant que nous

nous sommes beaucoup entraînés,

que peut nous apporter

cette période ?

Dans le meilleur des cas, la

confiance de votre supérieur hiérarchique.

En revanche les cadres

devraient s’assurer du fait que

leurs collaborateurs sont toujours

conscients de l’utilité de leurs

tâches. Et de manière générale,

nous pouvons apprendre à être

attentifs les uns aux autres.

En vidéoconférence ou une fois

retournés au bureau ?

Les deux. Je vous conseille de toujours

placer la personne avant le

sujet à aborder : avant d’entamer

la discussion, prenez une minute

et demandez à votre collègue comment

il ou elle va en ce moment.

Dix stratégies de télétravail :

redbulletin.com

SANDRA SCHARTEL/DIE-PHOTOGRAPHIE ANDREAS ROTTENSCHLAGER FARGO CIRCLE STUDIO/TOBY LEIGH

40 THE RED BULLETIN


31

Rosalía

Chanteuse, 26 ans, ESP

Son mix de flamenco et de sons urbains lui

a valu une ascension mondiale. Sa volonté

est source d’inspiration pour ses fans.

SONY, ROGER KISBY/REDUX/LAIF MARCO PAYAN

J’ai rencontré

une future star

Le journaliste Marco Payan a interviewé

cette artiste alors en devenir,

début 2019 : « Lorsque je l’ai quittée,

j’étais transformé. Son discours a eu

un impact plus important sur moi que

ses six Grammys, avec une telle clarté

sur ce qu’elle voulait réaliser. Rosalía

est restée fidèle à ses propos, que ce

soit au travers de sa détermination

ou de ses actions, et son succès international

n’a rien changé. Ses règles

restent les suivantes : travail acharné,

intuition, vision. “Il n’y a pas de plan

B. J’ai donné ma vie à la musique. Je

ne joue pas, je suis sérieuse depuis le

début”, me disait-elle alors. La même

année, elle devenait une star. »

Instagram : @rosalia.vt

THE RED BULLETIN 41


32

Pilote moto, 33 ans, AUT

Pour Walkner, vainqueur du Rallye Dakar

2018, seules la préparation et la rigueur

réduisent la dépendance aux aléas.

Matthias

Walkner

Vaincre d’abord

les petits détails

« Foncer dans les dunes à pleine

vitesse peut sembler risqué,

à moins d’y être préparé. En revanche,

il serait bien plus hasardeux

de survoler les instructions

du carnet de route, de s’égarer,

ou encore de se doucher au

bivouac avec la bouche ouverte

(et avaler de l’eau potentiellement

polluée). Cela reviendrait à

se mettre soi-même hors course.

L’échec ou le succès dépendent

de ces détails qui n’ont l’air de

rien, mais qui, au bout du compte,

font toute la différence. »

33

Grimpeuse, 34 ans, AUT

Retirée des compétitions d’escalade en

2013, elle devient, en 2017, la première

femme à finaliser une voie 9b sur falaise.

Angela

Eiter

« Soyez à l’écoute

de votre corps »

En 2017, Angela Eiter devient la première femme à escalader

la route La Planta de Shiva en Andalousie (9b).

« Au début de ma carrière, la

préparation n’intégrait pas la

nutrition. L’idée qui avait alors

cours était que plus on est

léger, mieux on grimpe. Déterminée

à réussir, je mangeais

donc peu, d’abord en diminuant

mes portions de moitié,

puis de plus en plus jusqu’à

glisser dans l’anorexie. Mon

entraîneur a fini par le découvrir,

par me réprimander et

même m’interdire de grimper

jusqu’à ce que j’ai retrouvé

une alimentation normale.

C’était l’incompréhension

pour moi : on m’avait toujours

vanté des modèles de minceur,

et voilà qu’on me som-

mait de manger. Le déclic est

arrivé lorsque j’ai compris que

la faim entravait ma progression.

Je n’accumulais plus la

masse musculaire nécessaire

pour effectuer les mouvements

compliqués. Ma force

mentale diminuait tout

comme la capacité à me

concentrer. En reprenant du

poids, j’ai senti mes forces revenir

et mon estime de moi

remonter. Par bonheur, mon

entourage a su réagir rapidement

à ma perte de poids.

La leçon que je retiens de cette

expérience est que les signaux

que nous envoie notre corps

doivent être entendus. Ils sont

comme une injonction à laquelle

nous devons obtempérer

pour ne pas avoir un jour

à le regretter. »

PHILIPP CARL RIEDL/RED BULL CONTENT POOL, KFOTO-KOCO MONCADA/KTM,

BERNHARD HÖRTNAGL/ASP/RED BULL CONTENT POOL, LUKA FONDA/RED BULL CONTENT POOL

WERNER JESSNER, SIMON SCHREYER

42 THE RED BULLETIN


34

Dan

Atherton

Pilote VTT, 38 ans, GBR

Un pionnier du VTT descente et

un passionné d’enduro, toujours

en quête de nouveaux trails.

35

36

Gee

Atherton

Pilote VTT, 35 ans, GBR

Double champion du monde et

une victoire en Coupe du monde.

Il a aussi été pilote de rallye.

Rachel

Atherton

Pilote VTT, 32 ans, GBR

Cinq titres de championne du

monde, six Coupes du monde :

son palmarès est historique.

L’union fait

la force

La famille anglaise

la plus couronnée

en VTT : Rachel,

Dan (dans son dos

à gauche) et Gee

Atherton.

DAN WILTON RUTH MORGAN

Ce n’est pas un hasard si les trois Atherton,

fratrie la plus célèbre de la course de descente,

vivent côte à côte (au Pays de Galles),

font partie de la même équipe et ont lancé

ensemble leur marque de vélo. Comme le

dit Rachel, c’est le fait de savoir qu’ils

peuvent compter sur la fratrie qui leur a

permis d’atteindre des sommets.

« La compétition avec mes deux frères nous

a toujours poussés à aller plus loin. Quand

j’étais gamine, Dan me disait : “Tu peux être

la meilleure pilote du monde si tu t’y mets

à fond.’’ C’est grâce à cette foi que j’ai pu

avoir la carrière que j’ai eue. Savoir que ta

famille t’aime comme tu es, ça te donne

des ailes. Si tu échoues, cela n’a aucune

importance. À l’époque des réseaux sociaux,

il est vital de savoir nouer des liens physiques

avec les gens. Facebook et Instagram,

c’est du vent, alors que ma famille et mon

équipe savent qui je suis vraiment, et ils

sont là, que je perde ou que je gagne. »

THE RED BULLETIN 43


37

Alpiniste et cinéaste, 46 ans, USA

Le co-réalisateur du film récompensé

aux Oscars en 2019, Free Solo,

a escaladé (et skié) l’Everest.

Jimmy

Chin

Chin a organisé et dirigé des

expéditions d’alpinisme et

d’escalade en Chine, au Népal,

en Argentine, au Groenland,

au Pakistan, à Bornéo, en

Tanzanie et sur d’autres

montagnes aux quatre coins

de la planète.

44 THE RED BULLETIN


La vie sous cloche

L’alpiniste et vidéaste Jimmy Chin

a vu passer bien des tempêtes

au-dessus de sa tente.

Jimmy Chin, athlète, photographe et cinéaste d’aventure

de North Face, a accompagné des équipes dans

la réalisation de grandes choses, et il en sait beaucoup

sur l’isolement. En effet, l’ascension de sommets de

8 000 mètres implique souvent de passer des journées

entières en confinement avec quelques personnes,

dans une tente. Lors de cet entretien, en avril, Jimmy

Chin était au calme avec sa femme et partenaire de

cinéma, Elizabeth Chai Vasarhelyi, ainsi que leurs deux

enfants, dans leur maison du Wyoming. Chin nous livre

ses réflexions sur les moments de promiscuité entre

humains, sous une cloche de toile, quand l’altitude se

fait importante, le climat menaçant, et l’espace réduit.

CHRIS FIGENSHAU, MIKEY SHAEFER TRACY ROSS

Soyez bien entouré

« Les expéditions d’alpinisme de haut niveau exigent

une grande confiance, il est donc essentiel de choisir

les bonnes personnes. En général, je m’entoure d’individus

qui peuvent non seulement rester calmes dans

des situations difficiles, mais qui s’y impliquent, et

s’y épanouissent ».

Être bloqué autorise à bouger

« Quand vous êtes confiné pendant longtemps, vous

devez rester en mouvement. Sinon, vous vous raidissez.

Il y a beaucoup d’exercices que vous pouvez réaliser

dans une tente. Je fais des pompes, des abdominaux,

des planches, des supermans et beaucoup

d’étirements. »

Garder son calme et transporter

de la neige : une source de bienfaits

« Rester positif dans une situation que vous ne pouvez

pas contrôler constitue un défi mental. Si vous ne voulez

pas laisser la peur ou l’anxiété prendre le dessus,

évaluez votre situation, réfléchissez aux résultats potentiels,

analysez-les, et soyez productif. Prendre soin

des autres de manière proactive est aussi étrangement

apaisant. Personne ne veut sortir et faire fondre la

neige pour trouver de l’eau. Mais si vous vous levez,

que vous mettez tout votre équipement, que vous sortez

dans la tempête et que vous revenez préparer des

boissons chaudes pour tout le monde, vous finirez par

vous sentir utile, et bien. »

Les bénéfices de l’imprévu

« On parle souvent de la façon dont les tempêtes

passent. Mais c’est surtout la façon dont on les surmonte

qui compte. J’ai voyagé pratiquement sans

arrêt ces dernières années. Alors la situation que je

vis actuellement, cette forme particulière de promiscuité,

me permet de ralentir, de passer du temps avec

ma famille et d’évoluer, dans une certaine limite, dans

un endroit que j’aime — j’en suis reconnaissant. »

THE RED BULLETIN 45


38

Pointure du rock, 52 ans, GBR

Avec Radiohead, le guitariste a joué dans

des stades partout sur la planète. Mais

pour trouver l’inspiration, il tient à s’isoler.

Ed

O’Brien

« Les oiseaux

ont des talents

naturels de

chanteurs

d’opéra »

À chaque fois qu’il se sent vide

et épuisé, le guitariste de

Radiohead se ressource en

écoutant le chant des oiseaux.

« En 1998, je n’étais pas satisfait de ce qui se passait

avec le groupe. Nous étions en tournée pour

OK Computer (troisième album, multi-platine,

ndlr) et c’était tout simplement trop pour moi.

J’étais épuisé, déprimé, et je buvais trop. Je n’arrivais

pas à gérer ce succès rapide et soudain,

ni l’exposition médiatique.

Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai retrouvé

la solitude grâce à de longues balades dans la

nature. C’était le meilleur moyen pour me vider

la tête et chasser les idées noires. Écouter et

observer les oiseaux faisait partie de ce rituel.

Mon grand-père adorait observer les oiseaux.

Dans mes souvenirs d’enfance les plus anciens,

lors de nos vacances en Cornouailles, il portait

des jumelles et nous montrait les oiseaux. Ils

l’émerveillaient. Je n’appréciais pas tellement

cela lorsque j’étais jeune, mais en vieillissant,

je suis tombé moi-même de plus en plus sous le

charme. Ce que je préfère, c’est être au beau

milieu de la nature, parmi les arbres, en compagnie

de tous les oiseaux.

Les sons qu’ils sont capables de produire

sont fantastiques si l’on considère la taille de

leur corps. La gamme vocale de certains en fait

l’équivalent de chanteurs d’opéra. J’aime tout

particulièrement les écouter à l’heure bleue du

petit matin, lorsqu’ils entrent en concurrence

pour trouver un partenaire d’accouplement…

C’est vraiment magnifique. L’ambiance est tellement

joyeuse, vitale et inspirante. Les oiseaux

représentent la liberté et l’indépendance, voilà.

Le Pays de Galles (où O’Brien a composé la

musique pour son premier album solo, Earth,

ndlr) est un paradis ornithologique. Les populations

d’oiseaux y sont incroyablement variées.

J’aime tout particulièrement les phragmites

aquatiques. Ils sont extrêmement rares, mais ce

sont des créatures merveilleuses et leur chant

est spectaculaire. C’est toujours exaltant de

les regarder vaquer à leurs petites affaires. »

La voix des oiseaux sur Birdsong Radio ; rspb.org.uk

UNIVERSAL MUSIC, NATURE PHOTOGRAPHERS LTD/ALAMY MARCEL ANDERS

46 THE RED BULLETIN


SHAMIL TANNA, SOME WONDERFUL OLD THINGS/ALAMY, WARNER MUSIC FLORIAN OBKIRCHER

39

Musicien et producteur, 71 ans, GBR

Eno est celui qui a propulsé Roxy Music,

inspiré David Bowie, réinventé Coldplay et

inventé la musique ambient. Entre autres.

Brian

Eno

Il y a du changement

dans la répétition

En 1975, avec l’artiste Peter Schmidt, il publie une

boîte de 113 cartes pour aider les artistes en panne

d’inspiration. David Bowie, REM et Coldplay ont utilisé

ses Stratégies obliques pour explorer de nouvelles

voies dans leur créativité. Sur l’une d’entre elles, on lit

« La répétition est une forme de changement », qui invite

à l’inspiration même quand la vie semble stagner.

« La répétition est une occasion pour votre cerveau

de devenir inventif, dit Eno. Il existe un essai écrit en

1959 par le cybernéticien Warren McCulloch intitulé

Ce que l’œil de la grenouille transmet au cerveau de la

grenouille. On venait de découvrir que l’œil de la grenouille

reste immobile. Essayez de fixer quelque chose

du regard, et progressivement, tout ce que vous regardiez

va disparaître, car les cônes et les bâtonnets dans

votre œil saturent et vous ne voyez plus ce que vous

observiez. L’œil de la grenouille fonctionne ainsi. Elle

est assise, son regard sature, et lorsqu’une mouche

passe, c’est la seule chose qu’elle voit. Lorsque vous

êtes absorbé dans une boucle, vous vous concentrez

sur des détails que vous ignoriez jusque-là. Ainsi ne

désespérez pas si la vie semble tourner en boucle.

La répétition est un exercice extrêmement utile. »

À la fin des années 70,

David Bowie a utilisé

les Stratégies obliques

pour créer sa légendaire

trilogie berlinoise d’albums,

dont Heroes.

40

Chanteuse, 29 ans, USA

Numéro un des charts US à 13 ans, elle

s’est brouillée avec son label et n’a pas

pu sortir de musique pendant dix ans.

JoJo

En 2004, le premier album de

Joanna « JoJo » Levesque arrive

en tête du Top 40 américain et

dans le Top 10 européen.

Où vous mènera

le tapis de course ?

« Pendant dix longues années de ma

vie, je n’étais pas en possession de ma

propre voix. C’était horrible. Comment

faire face ? Je pense qu’il est important

d’avoir une structure de soutien composée

de personnes qui croient en vous

coûte que coûte, même lorsque vous

ne voyez pas encore où vous allez.

Je me concentrais sur ce que je pouvais

contrôler et avançais pas à pas.

C’est comme sur un tapis de course :

on court à fond pendant trois minutes,

puis on ralentit deux minutes. Pendant

ce temps, on reprend ses forces pour

les mobiliser lors du sprint suivant. »

Good to Know, le nouvel album de la chanteuse JoJo vient de

sortir sous son propre label, Clover Music ; iamjojoofficial.com

THE RED BULLETIN 47


41

Aventurier et militant, 41 ans, USA

Co-fondateur du Great Outdoors Lab, un

projet qui étudie l’impact des activités en

plein air sur la santé physique et mentale.

Stacy

Bare

La plus belle des

thérapies au monde

Le temps passé dans la nature est vital à notre bien-être. Mais il

nous a manqué ou nous manque peut-être encore actuellement.

Pour Stacy Bare, vétéran de l’US Army, les activités d’action en

plein air ont d’immenses vertus thérapeutiques. Des chercheurs

tentent de mesurer ce phénomène. Texte FLORENCE WILLIAMS

48 THE RED BULLETIN


La nouvelle vie de Bare, ancien soldat sauvé par ses aventures outdoor :

« L’escalade m’a sauvé la vie et le ski m’a redonné le goût de vivre. »

KENNY CHURCH

Lorsque Stacy Bare est rentré chez lui après

plusieurs années passées à combattre en

Irak, il ne savait plus vraiment qui il était.

Sa petite amie ne l’avait pas attendu, ses

potes d’avant ne l’intéressaient plus, il souffrait

d’un léger traumatisme cérébral causé par une

attaque à la bombe, et avait perdu la foi dans cette

armée américaine qu’il admirait tant jadis. Rentré

au pays avec une médaille de l’armée comme

cadeau de consolation et le droit de faire des

études (en aménagement urbain), Bare s’est

retrouvé en proie aux symptômes bien connus

des anciens soldats : cauchemars, culpabilité du

survivant et stress post-traumatique.

Le vétéran se souvient : « J’avais perdu des potes,

vu des Irakiens se faire tuer sous nos balles…

Certaines morts sont plus difficiles à oublier que

d’autres. Il y a ces images qui me hantent, comme

cette petite fille ou ce chien bouffant le cou d’un

type mort allongé sous un tas d’ordures. » Pour

oublier, il plonge dans l’alcool et la coke. « J’étais

devenu un vrai connard. » En 2010, quelques

années après son retour, Bare n’a plus goût à la vie.

C’est alors qu’un ancien pote de l’armée l’invite à

faire de l’escalade dans les montagnes du Colorado

– une expérience que les deux amis vont répéter

plusieurs fois. Au fil de ces escapades, Bare sent un

profond changement s’opérer en lui : les paysages

grandioses des Rocky Mountains lui ouvrent de

nouveaux horizons, il devient plus concentré, plus

sociable aussi, à force de partager les mêmes expériences

avec d’autres. Très vite, il se met à multiplier

les sorties à ski, en rafting ou avec son sac à

dos aux quatre coins de l’Ouest américain.

« L’escalade m’a sauvé la vie, le ski m’a redonné le

goût de vivre. Quand j’ai découvert ce sport, le sentiment

de liberté et la joie que je ressentais dépassaient

même ce que l’escalade m’avait procuré. »

Il décide de faire profiter d’autres vétérans de

son expérience sur les extraordinaires bienfaits de

la nature, et devient directeur d’un programme au

sein de l’ONG Sierra Club qui s’occupe justement

de thérapie verte. Six ans plus tard, le constat est

sans appel : nous sommes finalement tous plus ou

moins traumatisés, que ce soit en raison de relations

conflictuelles ou violentes, de chocs émotionnels

ou de situations anxiogènes – une crise sanitaire

mondiale, par exemple.

En ces temps de pandémie et de récession économique,

difficile de ne pas adhérer à son message.

Les gens doivent tout à coup gérer des niveaux de

stress et d’anxiété rarement observés, le monde tel

THE RED BULLETIN 49


que nous le connaissions est en train de changer.

Quand on est confronté à de tels bouleversements,

explique Bare, « on essaie forcément de comprendre

qui on est, et ça fait mal ». Cette faculté de résilience,

d’apaisement intérieur, et cette force dont

nous avons besoin, c’est dans l’espace naturel que

nous pouvons les trouver. Si évident que cela puisse

paraître en pratique, il manquait pourtant une

chose : les preuves scientifiques.

Frustré de constater que le corps médical, les

psychologues et les compagnies d’assurance ne

reconnaissent pas les activités outdoor comme des

outils thérapeutiques, il décide en 2014 de participer

à la fondation du Great Outdoors Lab, avec le

Sierra Club et l’université de Californie à Berkeley.

Une des premières expériences menées par les

chercheurs a été de faire participer des vétérans de

l’US Army et des jeunes défavorisés à deux jours

de rafting en eaux vives sur l’American River en

Californie, et d’évaluer leur stress, leur moral et

Stacy Bare, ici avec un groupe de grimpeurs dans l’Utah, veut apporter

les preuves scientifiques des vertus thérapeutiques du sport extrême en

pleine nature : « On est tous plus ou moins traumatisés. »

Bare et deux autres guides ont conduit une expédition de ski et de

snowboard au Kirghizistan, dans le cadre du projet Silk Road Freeride.

Lors d’un trip organisé par le Great Outdoors Lab, des vétérans ont descendu

en rafting l’American River dans les montagnes de la Sierra Nevada.

leur bien-être avant et après l’expérience. Le résultat

: une baisse de 29 % des symptômes de stress

post-traumatique.

J’ai pu m’en rendre compte lors d’un voyage sur

la Green River du Lodore Canyon, que Bare organisait

pour des vétérans de l’armée, dans le cadre d’un

projet avec l’université de l’Utah : les chercheurs

voulaient mesurer les ondes cérébrales des participants

durant les quatre jours que durait l’excursion.

Plus précisément : les ondes thêta produites dans

le cortex préfrontal médial et les ondes alpha de

la région occipitale. Pour une raison toute simple,

m’a alors expliqué Rachel Hopman, l’une des doctorantes

qui participait au projet : ce sont ces ondes

qui renseignent sur l’état de sérénité et de concentration

d’un individu lorsqu’il vit un moment particulièrement

intense. Pendant les quatre jours, on a

constaté une chute progressive des ondes thêta et

une augmentation des ondes alpha : un très bon

signe, puisque « les participants sont plus en phase

avec leur environnement, le flot de pensées négatives

ou anxiogènes diminue ». Rachel Hopman,

aujourd’hui post-doctorante à l’université de

Boston, revient sur les conclusions du projet :

« Le niveau de stress avait clairement baissé chez la

plupart des participants. » L’un d’entre eux, Aaron

Wolf, m’avait confié, alors que nous discutions

devant le feu de camp : « Dans la nature, je me sens

en sécurité, reconnecté à notre profonde nature

commune en tant qu’êtres humains. J’ai l’impression

que mon cerveau est en ébullition, que cette

reconnexion aiguise mes sens et mes capacités intellectuelles.

» Ancien Marine, Wolf souffrait de crises

KENNY CHURCH, COURTESY OF STACY BARE (2)

50 THE RED BULLETIN


De plus en plus de médecins

commencent à prescrire des

heures de thérapie verte.

d’angoisse à son retour de service : aujourd’hui, fort

de ses expériences avec Bare, il a fondé sa propre

agence de guides d’aventure et travaille lui aussi

avec des adultes et des enfants en difficulté.

Se perdre dans les éléments pour se retrouver,

retrouver le calme intérieur et le sens de la vie dans

le cycle immuable de la nature : c’est, finalement,

ce que les Hommes font depuis des millénaires.

Pensons à George Mallory, qui s’est lancé dans

l’ascension de l’Everest pour guérir ses blessures

de l’âme, ou encore à la quête intérieure (certes,

semée d’embûches) qu’Ulysse accomplit d’un bout

à l’autre de la mer Égée. Stacy Bare : « Après tant

de batailles, Ulysse veut se confronter à lui-même

pour savoir qui il est. Se sortir d’une situation pour

en vivre une nouvelle afin d’en apprendre davantage

sur lui-même : c’est exactement ce que nous

proposons avec nos projets. »

Aujourd’hui, alors que nous sommes confrontés

à un stress à la fois collectif et individuel, il est rassurant

de savoir que les nouvelles recherches sur

la thérapie verte se concentrent davantage sur les

zones vertes péri-urbaines que sur les espaces sauvages.

Des études internationales montrent que les

gens qui y passent régulièrement du temps ont une

meilleure forme physique et mentale.

Une étude britannique réalisée sur 40 000 individus

a ainsi révélé un taux de mortalité plus faible,

pendant qu’une autre, menée aux Pays-Bas sur la

base de 340 000 données, a relevé une plus faible

occurrence de quinze maladies liées au stress,

comme l’infarctus, l’AVC, l’anxiété, la dépression ou

certains cancers. Une baisse du niveau de stress

améliorerait donc notre état de santé et notre système

immunitaire. La bonne nouvelle pour les habitants

des villes (soit plus de la moitié de la population

mondiale), c’est qu’il ne faut pas forcément

résider à la campagne : après avoir étudié le mode

de vie et la santé de 19 000 personnes, des chercheurs

de la Exeter Medical School en Angleterre

ont constaté que ceux qui se mettaient au vert deux

heures par semaine, même près de chez eux, augmentaient

de 59 % leurs chances d’avoir une bonne

santé et un bien-être général.

Preuves scientifiques à l’appui, de plus en plus de

médecins et de psychologues, partout dans le

monde, commencent à prescrire des heures de thérapie

verte à leurs patients. « C’est comme une soupape

de décompression », explique David Sabgir, directeur

médical d’un centre de réadaptation cardiaque à

Colombus (Ohio) et fondateur du programme

Bare, ancien soldat médaillé de l’US Army, a servi pendant six ans lors de

différentes missions, dont une pendant la guerre en Irak en 2006-2007.

international Walk with a Doc. « On constate une

baisse de trois facteurs essentiels pour le cœur :

l’anxiété, l’adrénaline et la tension artérielle. »

Pourquoi la nature a-t-elle cet effet magique sur

nous ? Bare et le psychologue Dacher Keltner, de

l’université de Californie à Berkeley, pensent que la

nature nous permet d’éprouver des sentiments positifs,

comme l’émerveillement que nous éprouvons

devant un paysage naturel. Des études ont prouvé

que dans un tel état, nous nous sentons davantage

connectés à notre environnement et aux autres.

La nature ne serait donc pas simplement essentielle

à notre civilisation, elle serait surtout la base

de toute communication civilisée. Aujourd’hui,

Stacy Bare poursuit sa mission dans d’autres secteurs,

comme le cinéma et le ski professionnel.

Et parce qu’il sait qu’il ne faut pas forcément aller

loin pour chercher l’aventure, il a créé Adventure

United, un programme qui permet aux gens de

retrouver leurs capacités d’émerveillement, même

dans leur univers quotidien. « Nous sommes tous

plus ou moins traumatisés, dit-il. Et ça craint.

Mais je pense que le contact avec la nature est la

seule solution qui existe. »

Florence Williams, journaliste

américaine, est l’auteure de Ma

dose de nature : pourquoi la nature

nous rend plus heureux, plus sains

et plus créatifs, ainsi que du livre

audio The 3 Day Effect, qui revient

sur l’expérience d’un trip dans le

Lodore Canyon et les effets sur la

santé mentale d’un séjour en nature.

THE RED BULLETIN 51


42

Tennisman, 26 ans, AUT

Vingt années sur les courts à encaisser

les bons comme les mauvais coups :

Thiem est troisième au classement ATP.

Dominic

Thiem

Maîtriser la courbe

Comment un champion gère-t-il la pression ?

Le joueur autrichien revient sur sa finale de

l’Open d’Australie 2020 contre Djokovic.

Une poignée de main après 3 h 59

heures de combat. Vainqueur de

justesse : Novak Djokovic (à droite).

2

3

4

1

« Perdre le premier set,

ça fait toujours mal. Surtout

contre d’excellents

joueurs comme Djokovic.

Alors pendant la

pause, je respire un bon

coup et je fais le point.

C’était chaud, mais mon

tour va venir. Et là, je

sens un petit vent dans

le dos : on ne peut pas

influencer les éléments

extérieurs, mais on peut

s’y accrocher, s’en servir

pour remonter. »

1

1 er set 2 e set 3 e set 4 e set 5 e set après le tournoi

2

« Djoko est maintenant

exactement là où je veux

l’avoir : son jeu est moins

bon, hésitant. Mais il

faut que je reste calme

et concentré pour le

maintenir dans cette situation

aussi longtemps

que possible. Ses fautes,

plus nombreuses que

les miennes, ne doivent

pas me faire perdre mon

calme, car il s’agit de

ne pas l’énerver. »

3

« Je suis dans un bon

flow : finis les moments

de doute, on est passé

au vrai tennis. Si je joue

mal ou que je rate deux

ou trois points, ça ne me

fait rien, car je connais

mes points forts, ceux

qui m’ont amené à ce

stade de ma carrière.

Les erreurs sont vite oubliées,

je me concentre

sur la prochaine occasion,

le prochain point

à marquer. »

4

« Trois heures que je

suis sur le court : on

peut s’y sentir très seul.

Dans ces moments-là, je

me tourne vers mon box,

où sont assis mon coach

et ma famille. Je vois

ces visages familiers

qui me soutiennent, et

leur énergie me booste

énormément. Plus ça

va mal, plus je les regarde

: l’effet positif

est immédiat. »

5

5

« J’ai perdu. Et maintenant

: le grand vide !

Les félicitations au

vainqueur, la presse, les

obligations. Pas cool.

Pendant cinq jours, j’en

bave. Mais ensuite, j’arrive

à voir les choses

autrement : contre celui

qui a remporté huit fois

le tournoi, j’ai quand

même assuré. Et il y

aura certainement une

revanche à prendre… »

PHILIPP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES CHRISTIAN EBERLE-ABASOLO

52 THE RED BULLETIN


43

Ex-rugbyman, 31 ans, GBR

Paralysé suite à un mauvais plongeon, il

épate les médecins par la détermination

avec laquelle il retrouve sa mobilité.

Ed

Jackson

44

Katie

Ormerod

Snowboardeuse, 22 ans, GBR

En 2018, elle se brise l’os du talon droit

en s’entraînant pour les JO. Après un an

et demi de lutte, c’est le titre mondial.

SYO VAN VLIET/RED BULL CONTENT POOL, MATT KELLY RUTH MORGAN

Rire et se reconstruire

Depuis son accident qui l’a

rendu quadriplégique en

2017, Jackson écrit dans un

journal les hauts et les bas

de son incroyable aventure.

Presque totalement paralysé,

il a travaillé sans relâche

à la poursuite de son objectif.

Aujourd’hui, il peut marcher,

et il a même gravi plusieurs

sommets, comme le

mont Snowdon (au Pays de

Galles) ou le pic Mera (au

Népal), au profit de son association

caritative, M2M

Presents. Extrait du 289 e

jour de son journal…

« J’ai vite compris que l’humour

serait une super manière

d’apporter de la légèreté

dans mes périodes les

plus sombres. La plupart

des rugbymen me comprendront

si je dis qu’il y a

quelque chose d’incroyablement

réconfortant à se faire

emmerder par ses potes.

Ed s’est fracturé les vertèbres C6

et C7 et brisé un disque après un

plongeon dans une piscine lors

d’un barbecue familial en 2017.

Il n’ont pas mis bien longtemps

avant de commencer

à me mettre en boîte. Le

premier cadeau auquel j’ai

eu droit à l’hôpital de la part

d’un de mes amis – qui savait

parfaitement que je ne

pouvais pas bouger du cou

jusqu’aux orteils –, c’était

des balles de jonglage. Il me

les a fait tomber sur la poitrine

en me disant : “Voilà,

mon gars. Comme tu vas

rester ici un moment, je me

suis dit, autant que tu apprennes

quelque chose de

nouveau.” Certains trouveront

ça dégueulasse, moi,

ça m’a bien fait marrer.

J’ai alors réalisé à quel

point il était important de

continuer à rire malgré

toute cette merde – et je

n’ai pas arrêté depuis.

J’ai encore les balles : elles

m’ont aidé à améliorer ma

force de préhension, donc

rira bien qui rira le dernier. »

Katie a été sacrée championne

du monde de slopestyle – elle est

la première snowboardeuse

britannique à remporter ce titre.

« Katie, tu referas du

snowboard un jour »

« Me remettre de cette

blessure, ça a été la chose

la plus difficile que j’aie

eu à vivre (Katie s’est

blessée en sortant trop

tôt d’un rail, à peine trois

jours avant le début des

Jeux olympiques d’hiver

à PyeongChang, ndlr). Je

m’en souviens comme si

c’était hier. Je n’ai pas pu

me lever de mon canapé

pendant trois mois. Je ne

savais pas si je pourrais

refaire du snowboard un

jour. Je ne pouvais pas

marcher, j’avais tout le

temps mal et j’ai dû me

faire opérer sept fois.

Même si ça me semblait

impossible, il fallait que

je me le répète : “Katie, tu

referas du snowboard un

jour.” Je n’y aurais pas cru

à l’époque, mais le fait

d’avoir traversé ces

moments difficiles, ça a

fait de moi une meilleure

athlète aujourd’hui.

J’ai complètement changé

d’état d’esprit. Avant

ma blessure, il n’y avait

que les résultats qui

comptaient pour moi.

Maintenant, je suis simplement

satisfaite de pouvoir

faire du snow et d’avoir

la possibilité d’aller dans

les montagnes. Je sais

maintenant que si je me

donne à fond, les résultats

suivront d’eux-mêmes.

C’est cet état d’esprit

qui m’a aidée à gagner

le titre de championne

du monde cette année.

Et cette saison a été de

loin la meilleure de toute

ma carrière. En sachant

ce par quoi je suis passée,

ça la rend encore plus

spéciale. »

THE RED BULLETIN 53


45

Pilote VTT, 38 ans, USA

Trois fois championne du monde de

4-cross et médaillée olympique en

BMX, elle brille par sa polyvalence.

Jill

Kintner

Suivez-la à la trace

Talentueuse sur deux roues, Jill Kintner l’est aussi

en illustration, sa formation initiale. Les récents événements

à travers le monde l’ont poussée à partager

des posters à imprimer et à colorier comme ici à droite.

Un échantillon de son dernier projet, Bandit Hill,

un court-métrage où des créatures imaginaires

peuplent une forêt où l’on voit Jill passer à toute allure.

À vos crayons de couleur pour un moment créatif.

Sans déborder ! jillkintner.com

46

Pilote VTT, 24 ans, USA

En quelques années parmi l’élite du

VTT cross-country, elle accumule déjà

les titres en nationaux et mondiaux.

Kate

Courtney

Son seul horizon

Dans une tribune pour le Wall Street

Journal, la vététiste revient sur le report

des Jeux olympiques. Extraits.

« Il y a les moments où je suis

submergée par le sentiment

d’amour, de lien et de gratitude

pour l’occasion qui nous

est donnée d’apprendre et de

créer alors que le monde ralentit

et reprend son souffle.

Puis il y a ceux où dominent

la peine et le découragement

liés à l’incertitude persistante

et la peur croissante du tout.

Ma tête raisonne, mon cœur

me souffle de petits messages

d’espoir.

La vérité adviendra sans

nul doute. Cette période aussi

passera. En attendant, le

mieux que nous pouvons

faire est d’être bienveillants

les uns envers les autres et indulgents

envers nous-mêmes.

Malgré l’isolement, les

points positifs sont nombreux.

Je ne me suis jamais

sentie aussi connectée aux

autres. J’échange avec des

gens touchés par cette crise

dans le monde entier. La communauté

cycliste reste forte

et unie. Récemment, j’ai fait

du vélo à la rencontre d’un

ami et partenaire d’entraînement,

histoire de se croiser et

se saluer.

Chacun arrêté sur le bas

côté opposé de la route, nous

avons évoqué nos craintes,

nos efforts pour rester

motivés et notre envie résolue

de pédaler pour préserver un

sentiment de normalité. Au

dîner, j’ai beaucoup ri avec

mes parents sur FaceTime.

J’échange des séances d’entraînement

sur les réseaux

sociaux et partage des sorties

virtuelles sur internet. La

générosité des gens est partout

à l’œuvre. Tous ces moments

de grâce me rappellent

que nous sommes tous dans

le même bateau.

Les Jeux olympiques célèbrent

cet esprit humain. Ils

symbolisent la lutte contre

l’incertitude, une concurrence

acharnée dans l’union

de tous. Un test de résilience,

une perspective de progrès

et de transformation par l’accomplissement

de tâches

exigeantes, épiques.

Pour l’heure, l’introspection

est mon seul horizon,

je fais le dos rond et me

concentre sur la prochaine

étape à franchir. Je dois

continuer à croire qu’au bout

du tunnel, je rejoindrai la

ligne de départ des Jeux,

là où l’espoir côtoie la déception…

»

DARREN CARROLL/RED BULL CONTENT POOL, JESSE DEYOUNG/RED BULL CONTENT POOL NORA O’DONNELL JILL KINTNER

54 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 55


47

Pilote d’exception, 46 ans, FRA

Quintuple vainqueur du Dakar à moto, puis

passé pilote auto, cette légende du rallyeraid

connaît Mike Horn depuis douze ans.

Cyril

Despres

48

Aventurier, 53 ans, RSA

Son nom est connu partout : Mike a fait

des dizaines de fois le tour de la Terre,

mais n’avait jamais pris part au Dakar.

Mike

Horn

Familier des missions glaciales

(photo à gauche), Horn est passé

de l’Arctique à l’Arabie saoudite

en juste un mois pour le Dakar.

« Mike m’a fait

me surpasser !»

Extirpé d’une mission en Arctique, Mike Horn

rejoint le Dakar pour y épauler Cyril Despres.

Boosté par l’aventurier, le pilote se souvient.

« Fin octobre 2019, je n’ai pas de co-pilote pour le

rallye Dakar. Je pense de suite que Mike est la seule

personne capable de faire ça au pied levé. Je parviens

à le contacter début décembre. Il est dans le

dur, dans une expédition en Arctique (qu’il terminera

le 29 décembre, ndlr), à reculer sur la glace, à passer

au travers. Mais il dit oui de suite : il est super

motivé par le désert, car il veut toujours apprendre.

Le 3 janvier, à 6 heures du matin, je le récupère

à Djeddah (Arabie saoudite) et à 11 heures, il est à

ma droite dans le buggy où l’on va passer 12 heures

par jour d’ici deux jours. Physiquement, Mike vient

de vivre l’une de ses plus dures expéditions, il n’a

pas du tout récupéré, pas vu le soleil depuis quatre

mois, il est très amaigri, boursouflé. Malgré son état

de fatigue, il est passé de − 30 °C à + 30 °C, il ingurgite

deux mois de données en 48 heures. Dans la

voiture, il me fait me surpasser en allant plus vite,

il donne une telle énergie…

Quand on doit abandonner ce Dakar 2020 pour

donner notre moteur à un des deux jeunes du

Red Bull Off Road Junior Team, il réagit vite et

bien. Je me souviens d’un moment fort en émotion,

où l’un des jeunes qui avait perdu tout espoir de

bien figurer au classement était limite en larmes.

Mike lui explique alors que le plus important est la

rapidité avec laquelle il va rebondir. Il est toujours

à l’écoute, avec des messages percutants. Dès qu’il

sentait que les gens du team étaient fatigués, il faisait

un speech. “Si on tient deux minutes de plus,

si on fait une bêtise de moins, on sera plus forts.”

De ce Dakar à ses côtés, j’ai retenu une chose : Mike

n’est pas un surhomme, il est juste super humain. »

@cyril_despres ; @mikehornexplorer

SEBASTIAN DEVENISH, FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPE JACOB/RED BULL MEDIA HOUSE

PATRICIA OUDIT

56 THE RED BULLETIN


49

David

Hunt

Gamer-streamer, 35 ans, USA

Il s’est constitué une fanbase en devenant l’un

des speedrunners les plus éblouissants du monde.

50

51

Cycliste d’endurance, 37 ans, AUT

En 2018, il traverse le continent américain en

un temps record. Il anime des entraînements

en ligne sur la musique de Parov Stelar.

Michael

Strasser

DJ et producteur, 45 ans, AUT

Le co-fondateur du genre électro swing

a fait un carton en 2018 avec son titre

The Sun, en tête des charts électro US.

Parov

Stelar

CAMERON BAIRD, JAN KOHLRUSCH, CRAIG KOLESKY, SAMUEL RENNER JEN SEE, CHRISTIAN EBERLE-ABASOLO

Parties communes

David « GrandPOOBear » Hunt a fondé sa

communauté en ligne suite à une galère.

Voici sa vision pour vous lancer.

Un grave accident de

snowboard oblige le

streamer David « Grand-

POOBear » Hunt à changer

de passion. Condamné

à rester chez lui, sa longue

convalescence lui pèse.

Un jour, un ami l’invite

à le regarder jouer à Halo

en ligne. À sa grande surprise,

Hunt est immédiatement

conquis.

Amis instantanés

« Streamer, c’est comme

avoir plein de nouveaux

potes d’un coup. Quelle

que soit votre passion,

les jeux vidéo ou dire du

mal d’Harry Potter, votre

cercle d’amis s’élargit

instantanément. Et même

si seules cinquante personnes

partagent vos

goûts à travers le monde,

vous les rencontrerez sur

internet. C’est génial. »

Trouvez vos semblables

« Imaginons que vous

êtes passionné de Fortnite.

Vous allez sur Twitch à

la page Fortnite et sélectionnez

les utilisateurs

qui semblent vous correspondre

; le genre de

personne avec qui vous

traîneriez volontiers.

Puis intéressez-vous aux

amis de ces derniers. Mes

streamers préférés sont

souvent les streamers

favoris de mes amis

streamers. »

Créez votre stream

« Un débutant expert ça

n’existe pas. Et jouer tout

en dialoguant avec 2 000

personnes est très difficile.

Le gaming c’est une

histoire de communautés

et quand vous débutez,

votre communauté reste

à construire. Le plus dur

est d’attirer les dix premiers

spectateurs. Aussi,

lancez- vous avec l’idée

de vous amuser. »

Soyez vous-même

« N’imitez personne. Être

original sera plus payant.

Mais sachez que vous ne

ferez pas l’unanimité : si

vous connaissez Internet

vous savez que c’est loin

d’être un endroit bienveillant

et rationnel. Trouvez

votre voie, imposez-vous,

en y prenant du plaisir.

Et pensez à le partager ! »

Sur le bon tempo

Michael Strasser a parcouru 22 642 km à vélo en 84 jours,

11 h et 50 min, de l’Alaska à la Patagonie, en résistant à des

rafales de 100 km/h au Pérou. Une performance qu’il doit

en partie à la musique et aux encouragements d’une même

personne, un artiste qu’il ne connaissait pas en se lançant.

Cher Michael, je m’appelle Marcus, alias Parov

Stelar, nom qui te parlera sans doute plus.

Si je comprends bien, tu t’apprêtes à vivre des

moments exceptionnels. Avant tout, sache que

tu as tout mon respect. C’est formidable de voir

des êtres qui repoussent les limites du possible.

Ton expédition me rappelle beaucoup mes

débuts en musique. À ce moment-là, nombreux

dans mon entourage ne me parlaient que de ce

qui n’était pas réalisable. Mais tu es un battant

toi aussi. Comme on dit, « qui veut, peut ».

Je te souhaite la réussite dans ton projet, dans

ton aventure ! Et si ma musique peut contribuer

à te porter sur un ou deux kilomètres, j’en

serais d’autant plus ravi. Bonne route.

Merci Marcus ! Ces mots m’ont porté déjà

à travers onze pays. Salutations du Pérou !

Et oui, le Mambo Rap que j’écoute en boucle

m’a poussé à lui seul sur 2 000 km.

THE RED BULLETIN 57


52

Promoteur de spectacles, 45 ans, USA

Depuis 2007, son entreprise Insomniac

est à l’origine des plus grands événements

de musique électronique aux États-Unis.

Pasquale

Rotella

Rien ne peut

arrêter la fête

Un monde en confinement, un roi de

la culture festive qui ne perd pas le

nord, et l’histoire d’un moment d’autoisolement

qui fut le point de départ

d’une party à l’échelle planétaire.

Texte LOU BOYD

Photos WOLFGANG ZAC

Quinze jours après la fête Beyond Wonderland, le photographe Wolfgang Zac a pris ces clichés lors du HARD Summer Staycation Virtual-A-Thon, du promoteur

Insomniac, dirigeant ses modèles depuis son ordi. En bas à droite, Disinfecto assainit le DJ booth des bureaux d’Insomniac, entre deux sets d’artistes.

58 THE RED BULLETIN


Pour documenter les

mega teufs virtuelles d’Insomniac,

Wolfgang Zac

est devenu photographe

de fête à distance : « Je ne

me rappelle plus qui est la

fille sur la photo, mais

plus de 50 000 personnes

la suivent sur Insta. Je l’ai

appelée sur FaceTime et

me suis retrouvé dans son

salon. J’ai eu du mal à la

prendre en photo, car elle

tenait toujours à prendre

la pose. Lorsque je lui ai

demandé si elle avait à

boire, elle a pris son verre

de vin. J’avais ma photo. »

THE RED BULLETIN 59


Le vendredi 20 mars 2020 devait être le coup

d’envoi du festival tant attendu Beyond

Wonderland, en Californie du Sud. Mais

alors qu’une crise mondiale s’apprêtait à tout

arrêter, les fans d’EDM commencèrent à s’inquiéter.

Le 19 mars, la Californie imposa un confinement

dans tout l’état : le festival était mort. Mais pas pour

le fondateur de Beyond Wonderland, Pasquale

Rotella, qui y vit une occasion de faire quelque

chose d’exceptionnel, et transforma ce week-end en

premier rave virtuel du monde. La fête dura deux

jours, et 3,5 millions de fêtards se sont retrouvés

pour ce qui pourrait bien être le plus grand rassemblement

musical de tous les temps – sauf que personne

n’était présent physiquement.

En tant que boss d’une boîte de promotion

d’événements et festivals, Insomniac, Rotella est

notamment en charge du plus grand festival d’EDM

d’Amérique du Nord, l’Electric Daisy Carnival. Mais

cette fois, un nouveau défi l’attendait lui et son

équipe. « Ce n’est pas une idée particulièrement

géniale ni folle que nous avons eue là, mais nous

sommes les premiers à l’avoir réalisée à cette

échelle, dit-il depuis sa maison de Los Angeles. Ça

s’est passé de manière très naturelle : “Il va falloir

tout repousser et organiser un rave-a-thon virtuel.”

Je ne sais même pas comment le mot rave-a-thon

m’est venu, mais l’équipe n’a pas hésité un instant.

Ils étaient tous d’accord : “Bien sûr, on va faire un

rave virtuel.” »

Le rave-a-thon virtuel de Beyond Wonderland fut

diffusé en direct sur Twitch et YouTube, les artistes

prévus pour le festival jouaient leurs sets dans un espace

prévu à cet effet. Tandis que les participants

publiaient des photos et des vidéos live les montrant

en train de danser « à la soirée », le hashtag #virtualbeyond

afficha une montée en flèche et le trafic internet

explosa. L’Electric Daisy Carnival compte

400 000 participants ; le rave-a-thon en

avait neuf fois plus. Si les gens s’étaient déplacés

comme pour les précédentes éditions, cela aurait

été un événement sur place, la foule aurait rempli

une quarantaine de fois le Stade de France.

« Je ne pensais pas que cela prendrait une telle

ampleur, dit Rotella. Il s’agissait d’abord de satisfaire

notre communauté, ceux qui avaient acheté

des tickets, mais c’est allé bien plus loin. Nous

avons toujours été un événement très californien,

donc pour le coup, avoir des participants qui nous

ont rejoint depuis la Chine, la Corée, l’Australie et

partout sur terre, c’était exceptionnel. »

Des scènes classiques de festival sont apparues

sur les écrans. « Les gens brandissaient des bâtonnets

luminescents, étaient sur leur trente-et-un,

« Casey (en haut à

gauche) est apparue

dans l’appartement

de son copain qui

dansait à l’écran, puis

elle a disparu. » En

bas, Ducky prend la

pose après son DJ set

du HARD Summer

Staycation.

60 THE RED BULLETIN


53

Photographe, 52 ans, AUT

Un « créateur d’instantanés » basé à L.A. :

« J’utilise peu de matos : pas de lumières ni

de réflecteurs, juste un flash sur l’appareil. »

Wolfgang

Zac

« J’ai adoré Devault (le DJ

à gauche, ndlr), dit Zac.

Son style de musique est

underground, sombre,

différent. Je voulais que

sa musique soit visible

dans ma photo. Je l’ai fait

marcher dans les bureaux

d’Insomniac. Cette

lumière sur son front est

un pur hasard, elle provient

d’une enseigne de

sortie de secours. Pour

moi, cela décrit sa

musique. »

Quand une

fête bat son

plein… loin.

Comment notre

photographe a

documenté une fête

en ligne à travers

un écran d’ordi.

Wolfgang Zac et sa femme

Claudia, qui est également sa

partenaire créative, étaient dans

l’impossibilité de rentrer à Los

Angeles lors du confinement.

Elle a élaboré le screen shoot

utilisé pour immortaliser la fête

pendant qu’elle battait son plein

(voir ci-dessous). « Nous nous

sommes dit : “Comment pouvons-nous

vaincre l’isolement et

rester créatifs ?”, explique Zac.

À force de faire des images à

travers mon objectif et celui du

téléphone de quelqu’un d’autre,

tout en passant par l’écran de

mon ordinateur, j’en ai eu le

tournis. Je suis fasciné par l’intimité

que dégagent ces clichés,

même par écrans interposés. »

THE RED BULLETIN 61


« Gerhard et Uschi sont

des Autrichiens établis à

Londres, se souvient Zac.

J’ai pris ces photos sur

leur terrasse. J’ai été

surpris par leurs tenues

légères, car c’était déjà le

petit matin, et dans leur

fuseau horaire il faisait

froid. Ce sont des ravers

inconditionnels. »

62 THE RED BULLETIN


« Ce cliché de @_sriacha

(en bas) est l’un de mes

préférés. Elle était avec

son chien, encerclée de

canettes de bière – un peu

comme une fille dans les

étoiles qui boit de la bière.

J’ai pris Pasquale Rotella

(à gauche) tout à la fin.

Il cherchait l’afterparty. »

dansaient avec des totems – c’était dingue », rit

Rotella. Les fêtards faisaient tourner des cerceaux

de LED et se mettaient sur les épaules de leurs

amis, les bras en l’air. Le plus curieux, c’était de

voir les lasers illuminant des murs de salons, des

bébés ébahis observant leurs parents qui dansaient,

et des chiens faisant la sieste sur des canapés derrière

trois personnes qui dansaient le pogo – la liberté

des festivals saisie dans des millions de foyers

individuels. Un message circulait en bas de l’écran :

“Stay home. Stay safe. Stay positive.” (trad. Restez

chez vous. Restez en bonne santé. Restez positifs.)»

Pour l’équipe de Rotella, l’expérience était également

unique. « Nous avons organisé toute la partie

artistique de l’événement dans nos bureaux,

chaque membre de l’équipe était doté de masques

et de gants. » Une équipe de sept personnes s’est

occupée de transformer la zone d’accueil des bureaux

d’Insomniac en une scène pour DJ d’un niveau

costaud avec lasers, animations et effets digitaux.

« Notre hall d’entrée classique avec ses flyers

sur une table et une télé diffusant les vidéos de nos

fêtes s’est transformé en un monde fantastique.

Nous ne pourrons plus jamais revenir à notre hall

d’entrée d’avant. »

Le Jour J, Rotella s’est installé en sécurité à

deux mètres des platines, trônant dans un fauteuil

tel un roi fou savourant son spectacle privé.

Chaque personne sur scène avait deux mètres

d’espace libre, tous les DJs portaient des masques,

et entre les sets, un personnage mystérieux en

combinaison Hazmat nettoyait les tables de mixage.

« Ce n’est pas n’importe qui ; c’est Disinfecto,

explique Rotella. Il a fait un carton. Les artistes

n’avaient pas le droit d’accéder à la scène avant

qu’il n’ait tout passé au désinfectant. »

« Des panneaux encourageaient les ravers à Levez

vos mains aseptisées et les samples de la vedette

Kill the Noise criaient Restez dans votre putain de

maison ! » Rotella explique que « nous ne voulions

surtout pas passer pour des inconscients qui ne

prennent pas au sérieux la situation actuelle. Notre

communauté de danseurs est bâtie sur l’idée d’être

la meilleure version de nous-mêmes, capable de

faire les bons choix. Il y a assez de distractions

négatives par ailleurs ; nous prônons la positivité ».

Après l’immense succès du premier rave-athon

virtuel, Rotella a fait de cette fête en ligne

un événement hebdomadaire, accumulant des millions

de personnes par-delà toutes les frontières.

« Désormais les membres de notre communauté

sont plus interconnectés que jamais, s’émerveille

Rotella. Nous allons continuer ! »

socal.beyondwonderland.com/livestream

THE RED BULLETIN 63


54

Inventeur, 40 ans, AUS

Cet as de l’autonomie inventive

devenu apiculteur développe des

prototypes dans son jardin.

Cedar

Anderson

Le miel a du pot

Comment le bricolage de jardin

d’un inventeur australien obstiné a

révolutionné l’apiculture moderne.

Cedar Anderson a pour habitude de trouver

lui-même des solutions à ses problèmes

depuis qu’il s’est fabriqué son propre kart

pour aller à l’école, à huit ans. Aujourd’hui,

sa voiture est adaptée pour fonctionner à

l’huile végétale usagée, et il vole au travail

à l’aide d’un paramoteur électrique qu’il a

construit lui-même.

« Quand j’étais gosse, nous n’avions

pas la télé, alors nous allions bricoler dans

l’atelier, raconte Anderson, qui a été élevé

au sein d’une communauté de la Nouvelle-

Galles du Sud orientée vers la nature et

le développement durable. Nous étions

pauvres, nous devions être inventifs. On

nous encourageait à tout expérimenter.

Lorsque j’ai réalisé que la récolte de miel

était un travail difficile et pas très propre,

et qu’un certain nombre d’abeilles se fait

écraser lors de la procédure, je me suis

dit qu’on pouvait faire mieux. »

Au bout de dix ans de recherche avec

son père Stuart, apiculteur, il a trouvé une

solution : la ruche à écoulement (flow hive

en anglais). Les alvéoles dans chaque

cadre sont séparées verticalement et non

horizontalement, afin que le miel puisse

être extrait à l’aide d’un robinet, ne causant

aucun stress aux abeilles. « C’était

fou, explique Anderson, nous développions

nos inventions et vivions dans une cabane,

et un jour nous avons lancé une campagne

de crowdfunding qui déboucha sur des

commandes de l’ordre d’un million de

dollars en deux heures ! »

Aujourd’hui, plus de 75 000 ruches Flow

Hive sont utilisées dans 130 pays. Cette

invention a fait des dizaines de milliers de

nouveaux apiculteurs, mais malgré son

succès, Anderson reste un authentique

inventeur bricoleur. « Je pense que beaucoup

d’entre nous ont des idées géniales,

déclare-t-il, or peu d’entre nous les réalisent.

Un trait de caractère essentiel est

l’obstination. Je ne lâche pas le morceau. »

honeyflow.com

La ruche Flow Hive est taillée au laser dans du bois issu d’une gestion forestière durable,

ici du thuya occidental (en haut). L’homme au miel, Cedar Anderson (ci-contre).

FLOW RACHAEL SIGEE

64 THE RED BULLETIN


55

Breakdancer, 39 ans, FRA

Enfant, Junior Bosila Banya pouvait à peine courir. Depuis,

le Franco-Congolais a percé dans l’élite mondiale du break.

BBoy

Junior

TYRONE BRADLEY/RED BULL CONTENT POOL, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL FLORIAN OBKIRCHER

« Je me focalise sur

ce que j’ai et veux »

BBoy Junior a vécu une enfance difficile,

mais grâce à son mental, il a transformé

ses désavantages en une force formidable.

« J’ai attrapé la polio à l’âge de trois ans. J’ai

découvert ma différence en constatant que

je ne courais pas aussi vite que les autres

enfants. Je n’ai pas baissé les bras pour autant

et me suis orienté vers des sports tels que

le tennis de table et la boxe ; au football, je

gardais les buts. Quand les gens font allusion

à mes limites, je redouble d’efforts et leur

prouve ainsi qu’ils ont tort. J’essaie toujours

de faire de mon handicap une force.

La danse est le meilleur exemple de ma

façon de voir les choses. Petit, j’imitais Michael

Jackson en regardant ses vidéos. Les pas que

je n’arrivais pas à reproduire, je les compensais

en inventant des mouvements inspirés de la

gymnastique et des arts martiaux et que j’exécutais

sur les mains. À 12 ans, j’ai découvert

des danseurs de rue à la télévision et à ma

grande surprise, leurs mouvements ressemblaient

aux miens. Je dansais le break sans

le savoir. Dès cet instant, j’ai mis les bouchées

doubles, ma passion était toute trouvée. Très

vite, les autres enfants ne voyaient plus en

moi le petit handicapé, mais le gars aux mouvements

incroyables. Puis deux coachs de breakdance

m’ont remarqué et pris sous leur aile.

Face à l’adversité, j’adopte la même attitude.

Plutôt que de m’attarder sur ce que je

n’ai pas ou sur ce qui me fait défaut, je me

focalise sur ce que j’ai et ce que je veux. »

Instagram : @bboyjuniorofficiel

THE RED BULLETIN 65


56

Pilote de Formule 1, 22 ans, NED

Le pilote Aston Martin de Red Bull Racing

est aussi un grand fan de sim racing et

de compétitions esport.

Max

Verstappen

Un très Grand Prix

Comment Max Verstappen a fait de l’annulation

du GP d’Australie la compétition esport en direct

la plus suivie de l’histoire.

Texte TOM GUISE

Verstappen était bien sûr d’attaque

pour piloter cette année, mais

lorsque le premier Grand Prix de

la saison 2020 de F1 – prévu à

Melbourne – a été annulé un jour

avant les qualifications, c’était mal

barré. De l’autre côté de la planète,

dans un bureau près de Silverstone,

en Angleterre, Darren Cox trouvait

tout cela palpitant. L’organisateur

d’événements esport y vit un défi,

car il avait déjà transformé des

joueurs ordinaires en pilotes réels

comme avec GT Academy sur

Playstastion. Une idée germe dans

son esprit : mettre sur pied une

compétition esport de très haut

niveau... en seulement trois jours.

Max Verstappen était LE pilote en

or pour y participer. « J’ai toujours

possédé un simulateur, mais

lorsque j’ai commencé la F1, je n’y

ai plus joué, dit le pilote Red Bull.

Je m’y suis remis il y a un an. »

C’est cette course qu’il attendait.

Voici comment ces 72 heures se

sont déroulées...

11 h 30 UTC, mardi 12 mars

L’idée

darren cox : Je me suis réveillé,

ai lu le journal et me suis dit qu’il

n’y aurait pas de course dimanche.

max verstappen : McLaren s’était

retirée, et dans l’après-midi, les

écuries ont toutes décidé de ne

pas participer à la course.

dc : J’ai eu une conversation avec

mon équipe, et nous avons concocté

un plan. Nous n’avions encore de

confirmation d’aucun commentateur,

studio ou pilote de course.

Nous ne savions pas quelles voitures

ni quels circuits nous allions

utiliser, mais d’ici 72 heures, nous

serions en direct.

mv : J’ai commencé à planifier

mon temps libre. Entre mon planning

de F1, j’ai des séances en

simulateur chez Red Bull, mais

une fois chez moi je suis sur mon

propre simulateur. Il n’est pas

aussi sophistiqué que celui de

Red Bull, mais assez pour jouer.

13 heures UTC, vendredi 13 mars

La course est annoncée

dc : Il nous fallait au moins dix

pilotes. Nous avions déjà António

Félix da Costa, qui est sur les

podiums de championnat de

Formule E, et Rudy van Buren

(qui a remporté la première saison

de World’s Fastest Gamer en 2017,

ndlr). Il s’est très vite investi et s’est

enquis si nous avions de la place

pour Max.

mv : Un ami m’a demandé si je

pouvais participer à cette course.

Tout s’est décidé à la dernière

minute.

dc : Il n’y a pas eu de négociations

tendues avec son management. Il

s’est proposé de lui-même. Le seul

problème était de savoir s’il arriverait

à rentrer d’Australie à temps.

14 h 50 UTC, samedi 14 mars

Verstappen est confirmé

dc : Nous avons discuté du meilleur

logiciel de simulation : iRacing ou

rFactor. Nous avons opté pour le

second. Il y a cinq ans, des équipes

de F1 se sont servies d’une version

comme outil de simulation pour

leur écurie. Il est très avancé.

mv : Je participe surtout à des événements

iRacing, et ce n’est pas

idéal de changer si l’on veut être

à la hauteur. Il faut du temps pour

s’adapter. J’aurais aimé avoir plus

de temps pour me préparer.

dc : Nous avons opté pour des

manches de 15 minutes, l’approche

dynamique du rallycross, avec une

finale de 20 minutes.

mv : Ils voulaient plus de pilotes

de F1 réels que de coureurs sim

afin d’attirer les spectateurs. J’en

avais affronté quelques-uns en

F3, en karting ou en F1 – dont un

certain nombre de grands noms.

dc : Nous avions des pilotes en

Grande-Bretagne, en Europe, aux

USA, dont certains n’avaient jamais

utilisé rFactor. Il est impossible de

juste se connecter et se lancer ; donc

sept gars se sont occupés du centre

d’assistance afin de les aider. L’un

d’eux a fait 48 heures d’une traite.

mv : Les huit meilleurs pilotes

des trois manches passaient

en finale. Le combat entre les

coureurs de sim était rude.

dc: En mettant pilotes réels et sim

dans les mêmes manches, les pilotes

réels ne se qualifieraient pas.

66 THE RED BULLETIN


dc : Nous avons réglé les dommages

de collision en les diminuant de

50 %. Nous ne voulions pas que

tout le monde réintègre son stand

après le premier tour, mais pas non

plus que tout le monde se rentre

dedans au premier virage.

13 h 03 UTC, dimanche 15 mars

La course commence

dc : 72 heures après avoir planifié

notre course, le départ est donné.

mv : J’ai remporté ma qualification,

en grande partie contre

d’autres pilotes de course de

la vie réelle. Mais la vraie course

a eu lieu dans un autre groupe.

dc : Au bout de dix minutes, nous

avions 52 000 spectateurs – le

stream le plus suivi toutes plateformes

confondues à ce moment.

En tout, plus de 500 000 personnes

ont regardé l’événement en ligne.

14 h 47 UTC, dimanche 15 mars

La finale

VERSTAPPEN.NL, RED BULL RACING/GETTY IMAGES

11 heures UTC, dimanche 15 mars

Max arrive deux heures

avant le début de la course

dc : Le circuit était celui du Nürburgring

et la voiture inspirée d’un

modèle de F1 de 2012, que certains

pilotes F1 trouvaient trop nerveuse.

mv : C’est la première fois que je

la conduisais. Même si tu es bon

dans la vraie vie, dans le simulateur,

tu ne peux pas aller vite tout

de suite. Les coureurs de sim

avaient plus l’habitude de la

conduire.

Verstappen dans un simulateur :

« C’est un bon moment pour

le gaming. Les gens sont

nombreux à nous regarder. »

« Dans le simulateur,

tu ne peux

pas aller vite

tout de suite. »

Max Verstappen

mv : J’ai été éjecté au premier

tour et me suis retrouvé dernier.

Ma course était terminée, mais

je n’ai pas abandonné. J’ai essayé

de dépasser le plus de personnes

possible (Max a terminé onzième ;

Van Buren troisième, ndlr).

dc : Contre d’autres pilotes de

course, en simulateur, Max est probablement

le meilleur. Mais il ne

passe pas douze heures par jour

dans le simulateur. S’il s’y mettait,

il serait parmi les premiers d’ici peu.

mv : J’aime la course en simulateur,

mais je préfère nettement

la vraie. Peut-être qu’un jour je

combinerai les deux, mais je ne

lâcherai jamais la Formule 1.

dc : En 72 heures seulement, nous

avons trouvé des gens aux Pays-Bas

pour gérer le jeu, à Londres pour

la retransmission chez eux, et

46 pilotes du monde entier prêts

à se connecter. Si trois jours plus tôt

vous m’aviez dit qu’un jeu de course

ferait partie des vingt canaux les

plus visionnés sur YouTube ou

Twitch, je vous aurais ri au nez.

THE RED BULLETIN 67


57

Footballeur, 28 ans, BRA

L’attaquant du PSG, et international brésilien,

compte parmi les meilleurs joueurs de football

au monde, et les plus suivis sur les réseaux.

Neymar Jr

Inbox: THE POWER OF LIFE ISSUE

Re

To

From

Thoughts in these times

The Red Bulletin

Neymar da Silva Santos Júnior

Friday, 10 April, 2020 at 09:57

Message

d’un ami

au Brésil

À l’heure où le

monde vivait

une expérience

commune, nous

avons reçu cet

email inhabituel…

Olá

Se eu pensar só em mim e na minha equipe, o PSG, pergunto a você: Tinha momento mais

inadequado para os campeonatos pararem ?? Mas acho que agora é hora da gente cuidar do

planeta, de salvar vidas. É hora dos especialistas e governantes tomarem as decisões mais

corretas possíveis para salvar o maior número de vidas. Os dirigentes de clubes e federações terão

as respostas adequadas para esta questão. Eu vou continuar treinando, todos os dias, esperando

o retorno aos gramados porque eu sei que o esporte voltará. O esporte é muito importante na

vida de cada ser humano e voltará ainda mais forte, tenho certeza.

Eu passei um bom tempo em reclusão, isolamento em razão das lesões que sofri em 2018 e 2019.

Foram momentos muito difíceis mas que me deram um aprendizado muito grande relacionado

a manter foco, me recompor e recuperar a autoconfiança. Então este momento, individualmente,

eu conheço bem e sei exatamente o que fazer para pra manter a cabeça boa. A grande diferença

é que agora não e uma questão individual. Essa pandemia parou o mundo e não sabemos quando

nem como as coisas ficarão depois que isso tudo passar. Não é só uma questão de “manter o

foco”, mas de preocupação com as nossas famílias, com as pessoas que amamos e com o planeta.

Vamos ficar em casa, cuidando uns dos outros e esperar esse momento passer

São três cães, o Poker, o Flush e o Truco. São meus zagueiros neste período.

Hahahahaha

Eles moram no Brasil e é muito bom passar esse período com eles, sempre gostei muito

de cachorros. E não tem muita técnica pra treinar com eles não, é só jogar à bola e correr q eles

vêm todos juntos pra me desarmar...

E vou te falar, eles dão trabalho pra mim… hahahahaha

Eu que tenho que melhorar pra enfrentá-los. Hahahahahahaha

TRADUCTION

Salut,

Si je ne pensais qu’à moi et à mon équipe, le PSG, je me dirais : est-ce vraiment le moment

le plus opportun pour que les championnats s’arrêtent. Mais je pense que l’heure est à la

sauvegarde de la planète et des vies humaines. Les experts et les autorités étatiques

doivent à présent prendre les décisions adéquates pour sauver le plus grand nombre de

vies. Les responsables des clubs et des fédérations sauront faire face à la situation.

Je m’entraîne tous les jours, en attendant de retrouver le terrain. Le sport sera bientôt de

retour, j’en suis sûr. Il tient dans la vie de chacun une place importante, qui ne manquera

pas de se développer à l’avenir.

En 2018-19, mes blessures m’ont imposé de longues périodes d’isolement, des périodes

difficiles, mais où j’ai beaucoup appris, notamment à rester concentré, à guérir et à

retrouver la confiance en moi. De ce fait, le moment que nous vivons me parle, et je sais

comment agir pour garder la tête froide. La nouveauté tient au fait que je ne suis pas

le seul à vivre cette situation. La pandémie a figé le monde et nous ignorons ce qu’il

adviendra lorsqu’elle s’arrêtera. Nous ne savons même pas quand elle finira. Nous devons

garder la tête froide, mais nous préoccuper aussi de nos proches, de ceux qui nous sont

chers en ce monde. Soyons patients, respectons le confinement et prenons soin les uns

des autres.

Mes trois chiens, Poker, Flush et Truco sont mes adversaires ces temps-ci. Hahahahaha

Ils ne quittent jamais le Brésil, et c’est super de passer du temps avec eux. J’ai toujours

aimé les chiens. L’entraînement avec eux reste techniquement limité. Je me contente

de courir avec le ballon en les empêchant de me le chiper… Et croyez-moi, ce n’est pas

une mince affaire… Hahahahaha

Je dois m’améliorer pour les battre ! Hahahahahahaha

Courage et prenez soin de vous,

Neymar Jr

Valeu, um abraço,

Neymar Jr

Neymar Jr, chez lui, au Brésil, près de Rio de

Janeiro avec ses « partenaires » du moment.

HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL TOM GUISE

68 THE RED BULLETIN


« Le sport sera

bientôt de retour,

j’en suis sûr. »

Neymar Jr et son tee-shirt

du tournoi de football à cinq

qui porte son nom.


58

Pilote, 31 ans, SUI

Il est double vainqueur des 24 heures

du Mans et a deux fils avec lesquels il

construit des voitures de course LEGO.

Sébastien

Buemi

Quand le pilote

auto passe en

catégorie LEGO

« Quand on ne peut sortir d’entre ses

quatre murs, le LEGO offre une super

occasion de créer quelque chose de

ses mains, en famille ou en solo.

Au début, c’est un amoncellement

de pièces et à la fin, vous obtenez un

morceau de technologie qui fonctionne,

avec lequel les adultes

peuvent aussi s’amuser. Jules, l’aîné

de mes deux fils, a quatre ans. Avec

lui, j’ai l’impression de construire

Une Porsche 911 RSR,

avec ses 1 580 pièces :

un jouet cool à l’échelle 1:8.

des véhicules Lego 24 heures sur 24.

En ce moment, nous travaillons sur

une moto de cascadeur avec un

camion, ensuite nous ferons une

Porsche du Mans qu’il a choisie.

Trois conseils de ma part : soyez

organisé et ne mélangez pas les kits.

Deuxièmement : assurez-vous d’avoir

suffisamment d’espace pour assembler

les kits. Troisièmement : faites

participer les enfants à la recherche

de pièces. Leurs petits yeux de lynx

trouvent parfois ce que nous, les

adultes, avons manqué dix fois ! »

THOMAS STÖCKLI/RED BULL CONTENT POOL, THE LEGO GROUP WERNER JESSNER

70 THE RED BULLETIN


59

Aventurier/photographe, 52 ans, SUI

Basé dans le canton de Berne, il dirige

des expéditions exclusives pour des

petits groupes – par exemple au pôle Nord.

Thomas

Ulrich

Survivre sur un

terrain mouvant

Coincé quatre jours sur un morceau

de banquise, il en tire une leçon :

la force réside dans le sang froid.

L’homme qui se débat dans l’océan Arctique avec

sa combinaison étanche orange sur la photo du bas

s’appelle Thomas Ulrich. C’est un habitué des aventures

du grand Nord qui sait pourquoi la force ne

peut découler que du calme. C’est la raison pour

laquelle il est encore en vie.

En 2006, Ulrich veut traverser l’Arctique en solitaire,

de la Russie jusqu’au Canada. Lorsqu’il prend

la route, il vient de passer une semaine au cap Arctique,

sur l’île Komsomolets, un lieu peu hospitalier.

« J’ai perdu patience, c’était une grave erreur. »

De plus, la banquise était très mince cette année-là

– 15 cm seulement à certains endroits. Au bout de

quelques kilomètres seulement, l’expédition tourne

au désastre. Une tempête pousse la banquise contre

la terre ferme. La glace se brise. « Une brèche s’est

ouverte à un mètre de ma tente, puis une autre de

l’autre côté, puis une troisième, une quatrième »,

se souvient-il. Thomas Ulrich est bloqué sur son

morceau de banquise pendant quatre jours. Il

En haut : les adieux avec l’alpiniste Christine Kopp,

au cap Arctique, sur l’île Komsomolets, à exactement

990,7 kilomètres du pôle Nord. Ci-dessus : la tente de

Thomas Ulrich, son seul refuge pendant quatre jours,

avant qu’il ne soit sauvé. La banquise est encore

intacte ; plus tard, elle se brisera en morceaux.

panique, puis, bercé par le va et vient de l’océan

Arctique, il retrouve un calme presque méditatif.

Il reconnaît que « la vie est incertaine – mais les

changements ne sont pas une catastrophe ».

Lorsque un hélico arrive à sa rescousse, il a appris

à manœuvrer en terrain mouvant. « Depuis, je sais

comment garder mon sang-froid en cas de crise.

Les bouleversements ne me font plus paniquer. »

thomasulrich.com

THOMAS ULRICH, ULI WIESMEIER WOLFGANG WIESER

THE RED BULLETIN 71


60 – 63

L’équipe

Red Bull Skydive

Goût de la liberté, indépendance et décision

spontanée, voilà ce qui unit les quatre athlètes

de l’équipe Red Bull Skydive. Mais alors,

comment vivent-ils une inactivité imposée ?

Optimiser son temps...

60

Marco

Waltenspiel

35 ans, AUT

62

Marco

Fürst

29 ans, AUT

61

Felix

Seifert

27 ans, AUT

63

Max

Manow

31 ans, GER

Quelques minutes

Quelques heures

Quelques jours

« Briquer la cuisine pour

pouvoir à nouveau la

nettoyer après avoir essayé

une nouvelle recette. »

Felix Seifert

« Observer les abeilles

et rempoter les plantes

en souffrance. »

Marco Fürst

« Regarder la machine à

laver tourner afin de

m’assurer qu’elle est bien

branchée. »

Marco Waltenspiel

« Passer l’équipement en

revue, me promener et

trouver de nouveaux spots

de BASE jump. »

Max Manow

« Développer et mettre

en place de nouvelles

approches pédagogiques

pour former les jeunes

parachutistes. »

Marco Fürst

« Je médite. »

Max Manow

« Tester la durée de vie

d’une PlayStation. »

Felix Seifert

« Me faire une boule à zéro

et regarder mes cheveux

pousser. »

Marco Waltenspiel

« Penser à de nouvelles

chorégraphies. »

tous en chœur

redbullskydiveteam.com

Les gars, il faut

que vous alliez

prendre l’air.

Il y a urgence !

WOLFGANG LIENBACHER, MICHAEL GROESSINGER/RED BULL CONTENT POOL WERNER JESSNER

72 THE RED BULLETIN


64

Triathlète, 53 ans, SUI

Elle a remporté six fois l’Ironman à Hawaï.

Avec un peu d’ingéniosité, elle poursuit les

entraînements sur la Grande Canarie.

Natascha

Badmann

65

Triathlète, 33 ans, SUI

Daniela Ryf garde espoir pour le triathlon

d’Hawaï en octobre. Elle ne perd pas le

sourire en s’entraînant dans sa baignoire.

Daniela

Ryf

COURTESY OF NATASCHA BADMANN, DAN VOJTECH/RED BULLCONTENT POOL,

IGNAZ KOENIG/RED BULL CONTENT POOL, @DANIELARYF WOLFGANG WIESER

Une chambre à air autour des chevilles, un mousqueton...

… un élastique à fixer dans le bassin de 8 mètres et...

… c’est parti pour enchaîner les longueurs. Malin.

Natascha s’attache

Le monde de Natascha s’est rétréci d’un coup :

finies les longues courses au grand air, les embardées

à vélo et les vagues de l’Atlantique à parcourir

à la nage. Au lieu de ça, une petite piste de

500 mètres, un vélo d’appartement, un tout petit

bassin de 8 mètres de long… et un séjour sur la

Grande Canarie qui se prolonge, involontairement,

les vols vers la Suisse étant tous annulés.

Des conditions qui auraient pu devenir étouffantes,

si Natascha Badmann n’avait pu compter sur

les bonnes idées de son compagnon : « Toni est à

la fois coach, cuisinier, mécano, etc. »

Après avoir adapté le circuit et le vélo d’appartement

aux entraînements de Natascha, il a eu

l’idée de l’attacher par les pieds dans le petit bassin,

la chambre à air de son vélo faisant office de

fixation. Un pis-aller qui lui permet, finalement, de

découvrir « chaque jour de nouveaux avantages ».

nataschabadmann.ch

« UN MOIS SANS

NAGER ? IMPOSSIBLE

POUR MOI. J’AI

DONC CHERCHÉ

UNE SOLUTION DÈS

LE PREMIER JOUR

DE CONFINEMENT.

LA CRÉATIVITÉ FAIT

UN BIEN FOU. »

Daniela Ryf est confinée chez elle à Feldbrunnen,

dans le canton de Soleure. Toutes

les piscines étant fermées, la triathlète

effectue donc ses longueurs dans sa baignoire.

Plus sérieusement, la multiple championne

du monde applique les consignes du

Conseil fédéral. Elle reste chez elle et s’entraîne

à l’intérieur avec la roue abdominale

et le tapis roulant. Daniela focalise ses efforts

sur son objectif de la saison, l’Ironman

d’Hawaï prévu au mois d’octobre.

L’humour est de mise : Daniela Ryf reste dans le bain.

THE RED BULLETIN 73


66

Marc

Wallert

Coach en résilience, 47 ans, GER

Pris en otage par un groupe terroriste il y a vingt ans,

il est aujourd’hui spécialiste des situations de crise.

Comment sa

captivité peut

vous aider

Otage durant 140 jours : face au défi

de sa vie, il découvre en lui des

ressources insoupçonnées. Aujourd’hui,

il vous aide à surmonter les crises.

Texte PETER PRASCHL

Le dimanche de Pâques de l’année 2000, Marc

Wallert (27 ans à l’époque) et ses parents se

trouvent sur l’île de Sipadan en Malaisie,

quand ils sont enlevés, avec 18 autres touristes

et employés de leur hôtel, par un groupe de

terroristes islamistes. Emmenés au fin fond de la

jungle sur une petite île des Philippines, ils y resteront

quatre mois et demi, à subir le manque de

nourriture, les menaces de mort, les attaques régulières

de l’armée philippine, tout ceci dans des

conditions sanitaires déplorables.

Marc Wallert, qui travaillait avant cet événement

tragique comme conseiller et manager pour

des entreprises internationales, est aujourd’hui

expert et coach en résilience auprès de personnes

et d’organisations. Comment a-t-il fait pour surmonter

la plus dure épreuve de sa vie ? Réponse

en neuf points.

1

Accepter la situation

Lorsque mes parents et moi avons été pris

en otages, notre première pensée a été : « Ah, si

seulement nous n’avions pas annulé cette plongée

de nuit, nous serions certainement libres à l’heure

qu’il est. » S’il est normal et compréhensible d’avoir

une telle réaction, c’est aussi terriblement contreproductif.

Parce que lorsqu’on est pris dans une

situation difficile, la première des choses à faire

est de l’accepter, et non de lui tourner le dos :

c’est comme ça, on ne peut pas revenir en arrière,

on ne peut plus changer le passé. Mais ce que l’on

peut faire, c’est y faire face et l’affronter du mieux

possible. Et parce que cela va nous demander toute

notre énergie, autant ne pas la gaspiller.

2

Rester réaliste

Cela veut dire ne pas céder à la panique, sans

basculer non plus dans un optimisme irréaliste.

Il y a un équilibre à trouver entre trop de stress

et pas assez. Si la peur paralyse, il est tout aussi

dangereux de se voiler la face, car on risque de

s’effondrer si la situation empire. Nos kidnappeurs

nous avait dit (au début) que nous serions libérés

74 THE RED BULLETIN


Marc et d’autres otages (en haut à g.), auprès de sa mère malade (en haut à dr.), dans le camp (en bas à g.) et lors de sa libération .

STEPHANIE WOLFF, REUTERS

au bout de deux, trois jours… et au final, nous

sommes restés prisonniers pendant 140 jours.

Il est donc primordial de rester réaliste quant aux

risques que l’on court, de se préparer mentalement

et physiquement à un très long scénario, d’apprendre

à gérer ses sentiments et son alimentation…

Sans cela, chaque coup dur supplémentaire

peut nous entraîner un peu plus vers le bas.

3

Imaginer une fin heureuse

Avant de participer à une compétition importante,

les sportifs de haut niveau se préparent aussi

mentalement, ils font un travail de visualisation :

certains se projettent des images dans la tête, par

exemple en s’imaginant sur le podium, ou en train

de battre leur propre record. Cette technique, je l’ai

aussi utilisée en captivité, en visualisant une fin

heureuse à ce qui m’arrivait. Je me suis ainsi imaginé

après ma libération, assis à la terrasse d’un café

au Luxembourg (où je travaillais à l’époque) en

train de commander un cappuccino. Cela m’aidait

à renforcer mon état émotionnel.

« Nos ravisseurs on dit

vouloir couper nos têtes…

J’ai lâché aux autres :

“Là, il s’agit de garder la

tête sur les épaules !“ »

4

Se retirer dans sa bulle

À trop se laisser ronger par les difficultés,

on devient fou. D’où l’importance de savoir aussi

déconnecter de temps en temps : en lisant, en

méditant, en s’adonnant à une pratique spirituelle.

Pendant notre captivité sur l’île, nous avions pris

l’habitude de nous raconter, le soir, toutes les

choses positives de la journée. Nous imaginions des

plats délicieux, nous nous racontions des histoires.

Le fait de sortir la tête de mes problèmes me donne

ainsi plus de force pour pouvoir les affronter.

THE RED BULLETIN 75


Se bouger

5 C’est justement dans ces situations où l’on est

contraint à la passivité et à l’attente qu’il convient

de ne pas y céder et de rester actif, tant qu’on peut.

Quand nous étions dans la jungle, nous avons

construit des toits pour nous protéger de la pluie,

nous avons écrit ce qui nous arrivait. Subir entièrement

une situation affaiblit encore davantage,

alors que rester actif crée une dynamique de

renforcement.

6

Aider les autres

Surmonter une situation de crise est beaucoup

plus facile à plusieurs que lorsqu’on est tout seul,

c’est évident. Il est donc essentiel de garder le

contact avec les gens, tant qu’on a accès à un

téléphone ou à Internet. Pouvoir échanger des

conseils ou des expériences, apporter du réconfort,

s’aider mutuellement ou tout simplement rire avec

quelqu’un de temps en temps : tout ça permet de

mieux supporter la situation. Sans oublier le fait

que se sentir utile, investi d’une mission, peut être

incroyablement salvateur lorsqu’on est contraint

à la passivité. Durant ces 140 jours, je me suis

surtout occupé de ma mère, qui supportait très

mal les conditions de détention. Voir que l’on avait

besoin de moi m’a donné encore plus de force

pour tenir.

7

Garder le sens de l’humour

Lorsque plus rien ne marche, la dernière des

armes pour venir à bout d’une situation, c’est de

savoir en rire. Certes, l’humour n’apporte aucune

solution, mais il permet, au moins pour un instant,

de libérer la tension. Lorsque nos ravisseurs nous

ont dit qu’ils allaient nous couper la tête, j’ai lâché

aux autres : « Là, il s’agit de garder la tête sur les

épaules ! » Évidemment, l’humour ne doit pas

se faire aux dépens des autres, chacun ayant sa

propre sensibilité, surtout en situation de crise.

« Quelles sont les choses

que je veux encore faire

avant de mourir et celles

dont je peux me passer ? »

Marc Wallert avec les otages libérés (deuxième à gauche) ;

retrouvailles avec sa mère, libérée avant lui (en bas).

8

Prendre soin de soi

Faire du sport, se bouger, faire attention à son

alimentation et à son hygiène corporelle : toutes ces

choses qui sont déjà importantes en temps normal

deviennent absolument vitales lorsqu’on est face

à soi-même. Pour plusieurs raisons : parce que

c’est important pour l’estime de soi, parce que ça

nous occupe l’esprit, mais aussi (et surtout) parce

que ça nous permet de tenir physiquement face aux

difficultés. Si nous n’avions pas accordé un soin

méticuleux à notre hygiène corporelle lorsque nous

étions prisonniers au fin fond de la jungle, les conséquences

auraient pu être fatales, tout simplement.

9

Tirer des leçons

Même si ça peut paraître étrange, il faut voir

chaque crise comme une opportunité pour avancer

et faire évoluer sa vie. Reprendre exactement la

même vie qu’avant, comme un robot, c’est laisser

passer cette chance. Au contraire, il est important

d’utiliser le temps qui nous est offert pour réfléchir

aux questions auxquelles on n’a pas le temps de

penser : qui suis-je ? Quelles sont les choses que je

veux encore faire avant de mourir, quelles sont celles

dont je peux complètement me passer ? De telles situations

nous apprennent à mieux apprécier la vie.

Crises :

les surmonter,

les utiliser,

chez Econ Verlag.

En allemand.

REUTERS, PICTUREDESK.COM

76 THE RED BULLETIN


* Parce que nous prenons soin...

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Quelque soit votre véhicule,

Motul est là pour vous accompagner.

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67

Mike

McCastle

Athlète d’endurance, 32 ans, USA

Parmi les hommes les plus forts du monde, il détient

le record mondial de tractions sur une journée

(5 804) réalisées avec un sac à dos de 15 kilos.

Et si on se musclait

là tout de suite ?

Le fitness maison vous botte ? Le costaud

McCastle explique comment transformer

votre salon ou votre chambre d’hôtel en

salle de muscu. Côté mental, il fait chaque

exercice au nom d’une personne précise.

« QUAND LES

CHOSES DEVIENNENT

DIFFICILES, JE PENSE

À UNE PERSONNE

DE QUI JE PRENDS

LE FARDEAU. »

Extension

du triceps

Le matos

Drap, cadre de porte

Comment faire

Faites un nœud au bout

du drap, calez-le dans

la porte. Prenez le drap

au-dessus de votre tête.

Mettez-vous sur la pointe

des pieds, vos talons

touchant le battant de la

porte. Maintenant, pliez

les deux bras derrière

votre tête et étirez-vous.

Le dos doit rester droit.

Les bénéfices

Exerce les triceps,

la ceinture scapulaire et

la tension corporelle.

Répétitions

De 15 à 20, en plusieurs

séries.

Flexion de

l’avant-bras

Le matos

Serviette, valise avec

un poids (de 15 à 25 kg)

Comment faire

Enfilez une serviette

dans la poignée de la

valise, attrapez ses

extrémités par en-dessous.

Le dos droit, levez

les deux bras jusqu’à la

hauteur de la poitrine et

abaissez-les à nouveau

complètement.

Les bénéfices

Renforce la ceinture

scapulaire et les bras,

façonne les biceps.

Répétitions

De 15 à 20, par séries.

Vous pouvez augmenter

le poids de chaque série.

Extension

du dos

Le matos

Fauteuil, oreiller

Comment faire

Mettez l’oreiller sur

le dossier de la chaise.

Posez vos hanches sur le

bord, appuyez vos pieds

contre le mur. Croisez

vos bras sur votre poitrine.

Penchez-vous

lentement vers l’avant

jusqu’à ce que le haut du

corps soit incliné à 45 °,

redressez- vous en serrant

les fesses. Respirez

lentement !

Ce que cela apporte

Renforce le bas du dos.

Répétitions

Au moins 15, par deux

ou trois séries.

CAMERON BAIRD, GETTY PREMIUM WERNER JESSNER

78 THE RED BULLETIN


68 – 71

Air Zermatt

Pour la survie

d’une fillette

Une intervention hors du

commun des Suisses d’Air

Zermatt : le sauvetage d’une

petite fille après 13 heures

de lutte acharnée.

Air Zermatt a été fondée en 1968.

À ce jour, ces spécialistes du secours

en montagne ont assuré plus de

50 000 sauvetages par hélicoptère.

68

Philipp

Venetz

Soins, 44 ans, SUI

Il est le directeur médical

d’Air Zermatt depuis 2020 :

« La fillette s’en est sortie

pratiquement indemne. »

70

Dominik

Imhof

Paramédical, 28 ans, SUI

Le secouriste n’est pas prêt

d’oublier l’intervention : « J’en

avais des sueurs froides. »

69

Michèle

Imhasly

Transport, 40 ans, SUI

L’ambulancière de 40 ans,

à la tête du centre de formation

d’Air Zermatt, a relaté

l’intervention dans les détails.

71

Stephan

Dreesen

Pilotage, 47 ans, SUI

Arrivé illico sur place avec

son équipage : « Nous avons

tout tenté pour la sauver. »

TERO REPO, PASCAL GERTSCHEN, CHRISTIAN PFAMMATTER WOLFGANG WIESER

Située dans le canton du Valais,

en Suisse, cette crevasse rocheuse

mesure à peine 20 centimètres

de large. Mais en ce jour d’octobre

2017, une fillette de 2 ans y tombe

en jouant. Elle en ressortira près de

13 heures plus tard, pratiquement

indemne : « Cette expérience nous

a tous marqués », dit le directeur

médical d’Air Zermatt, Philipp.

En effet, pendant ces 13 heures,

les secouristes ont tout tenté pour

sortir la fillette de cette crevasse

de six à sept mètres de profondeur.

« Toute idée était bonne à prendre »,

raconte le pilote, Stephan Dreesen.

Michèle Imhasly, secouriste,

avait notamment proposé de faire

descendre un enfant assuré dans la

crevasse pour récupérer la fillette.

Cette idée s’est avérée irréalisable

de par la forme de la crevasse,

de plus en plus étroite. Finalement,

les sauveteurs se sont armés de

pelles, de pioches et d’une excavatrice

pour creuser une issue. Et

enfin, des spécialistes ont fendu

le dernier rocher qui les séparait

de la fillette. À deux heures du

matin, elle était transférée en

hélicoptère à l’hôpital de Berne.

Air Zermatt lors

d’une de leurs

interventions avec

le Cervin en toile

de fond.

THE RED BULLETIN 79


72

Rappeuse et auteure, 28 ans, USA

Brittany Dickinson se distingue par son

style énergique et son message positif.

PineappleCITI

À quelque chose

malheur est bon

« En 2016, je renonce à mon

travail d’enseignante pour

me consacrer entièrement

à la musique, rembobine

PinneappleCITI. Je sors

mon premier album et mon

single devient viral, c’est

l’emballement. Un jour, ma

voiture percute un arbre.

Je me réveille à l’hôpital et

je comprends aussitôt que

ma vie a basculé : je ne peux

plus marcher (pendant

deux ans, ndlr), et je suis

donc privée de scène. Je

suis dévastée. Mon label

me propose d’écrire pour

d’autres artistes, j’y vois

une régression. Mais je finis

par me dire que c’est un

moyen de canaliser ma

créativité durant cette

suspension de carrière

imposée. Je compose donc

un de mes premiers morceaux

pour la chanteuse

Kelly Rowland. Je préfère le

rap, mais le prends comme

un défi. J’écris la chanson,

et alors que je l’interprète

en studio, Kelly débarque et

me lance : “Ça a l’air génial.

Tu devrais chanter plus

souvent.” Ses paroles

modifient ma perspective,

et m’incitent à travailler le

chant. Mon nouveau single,

Recognize, illustre la

confiance que Kelly m’a

insufflée. À quelque chose

malheur est bon. Le provisoire

a fini par perdurer

et aider ma carrière. »

redbullrecords.com

THOMAS FALCONE/RED BULL RECORDS FLORIAN OBKIRCHER

80 THE RED BULLETIN


73

Snowboardeuse (et plus), 39 ans, SUI

Cette pro du snow freeride, du base-jump

et du wingsuit a dû, avant de réaliser des

exploits, apprendre la patience.

Géraldine

Fasnacht

74

Zuna

Rappeur, 26 ans, GER

Star du rap allemand, il a puisé dans ce son la

force de supporter son périple le plus difficile.

En attendant Verbier

Aucune pente n’était trop raide ou

trop rapide pour elle. Dès ses quinze

ans, Géraldine Fasnacht trépigne,

elle n’a qu’une obsession : participer

à l’Xtreme de Verbier, la compétition

de ski freeride la plus dingue

des années 90. Refus des organisateurs

: trop jeune ! L’intrépide ado

ravale sa déception… et patiente :

« Je m’entraînais énormément et

participais souvent à des courses,

que je remportais, la plupart du

temps. » En 2001, six années après

le premier refus, un coup de fil :

elle est admise à Verbier. Géraldine

remporte la compétition. Le début

de sa carrière pro dans le freeride.

Un modèle : le rappeur 50 Cent a inspiré sa propre carrière.

« LE RAP DE 50 CENT

M’A AIDÉ DANS L’EXIL »

Ghassan Ramlawi, aka.

Zuna, a 15 ans lorsque lui

et sa famille fuient le Liban.

Trimballés de pays en pays,

de frontière en frontière,

ils entament une longue

errance qui les fera traverser

la Méditerranée, puis

la France, la Belgique, la

Suisse pour atterrir enfin

à Dresde, en Allemagne, où

on les autorise à s’installer.

Ce qui l’aide à tenir le

coup pendant tout ce

temps ? « Dès que je pouvais,

j’écoutais le rappeur

50 Cent. Qu’un type comme

lui, venu de rien, puisse

connaître un tel succès,

ça m’a vraiment donné du

courage. J’avais hâte de

grandir pour prendre ma vie

en main, comme lui. » Peu

après son arrivée à Dresde,

il rencontre Granit Musa et

Ali Rihilati, puis plus tard

Yassine Baybah. Les quatre

forment aujourd’hui l’un des

crew les plus connus du rap

allemand : le KMN Gang.

Trois morceaux qui ont aidé

le jeune Zuna sur la route :

21 Questions – 50 Cent (2003)

Hate It or Love It – The Game

feat. 50 Cent (2005)

Changes – 2pac (2007)

@DIESERBOBBY, UNIVERSAL MUSIC, SÉBASTIEN BARITUSSIO, GETTY PREMIUM

WOLFGANG WIESER, DAVID MAYER, SIMON SCHREYER

Géraldine Fasnacht s’éclate

à Verbier. Suivez-la sur Insta :

@geraldinefasnacht

75

Skieuse, 47 ans, USA

Celle qui est aussi skieuse-alpiniste et

la capitaine de l’équipe des athlètes

North Face est… sujette au vertige.

Hilaree

Nelson

« Comment je gère mon vertige dans les situations

que mon sport impose ? Quand je me déplace sur

un versant particulièrement abrupt et que je sens

monter en moi la peur du vide, j’ai un truc pour y

remédier : ne pas regarder en bas et me concentrer

uniquement sur les 150 cm devant moi. Comme

si je me mettais des œillères invisibles. »

Hilaree Nelson s’est lancée en 2017 du Peak of Evil dans l’Himalaya

indien et en 2018 dans le terrible couloir (un ravin de neige et de glace

très encaissé) du Lhotse, 4 e sommet du monde avec 8 516 mètres.

THE RED BULLETIN 81


76 – 78

Satellite habitable en orbite terrestre

basse, la Station spatiale internationale

(ISS) héberge de trois à six humains qui

se relaient tous les six mois environ.

L’équipage de l’ISS

Flanquée de Morgan (à gauche) et de Cassidy, Jessica Meir discutait avec The Red Bulletin depuis l’ISS le 10 avril.

-0:45

J’avais un call,

avec l’espace...

Le chat vidéo est devenu normal. Banal.

Dans la conversation en direct à laquelle

nous dédions cet article, une seule des

deux personnes était sur Terre. Original.

Texte TOM GUISE

Alors que Jessica Meir préparait son vol de

retour sur Terre depuis la Station spatiale

internationale en avril dernier, elle allait

retourner dans un monde différent de

celui qu’elle avait quitté le 25 septembre

2019, lorsque sa fusée avait décollé du cosmodrome

de Baïkonour au Kazakhstan. Mais en tant

qu’astronaute, Meir a une vision du monde différente

de celle de la plupart d’entre nous. Il y a même

une expression pour cela : overview effect (l’effet

de surplomb). Lorsque vous contemplez la Terre

pour la première fois depuis l’espace, vous vivez

une expérience absolument unique car vous la

voyez telle qu’elle est vraiment : une petite boule

de vie fragile, sans frontières nationales ni conflits

humains, suspendue dans le vide, protégée par la

simple enveloppe de l’atmosphère. C’est dans cette

atmosphère que le 10 avril, l’un des habitants de

cette planète s’est préparé avec enthousiasme à

parler à Jessica Meir. Tahira Mirza, éditrice photo

pour The Red Bulletin basée à Londres, est une fan

de l’espace depuis qu’elle a vu les images de l’alunissage

quand elle était enfant. Ayant organisé une

séance photo avec l’ancien astronaute de la NASA,

Mike Massimino, il y a quelques années, Mirza pouvait

être considérée comme notre correspondante

la plus au fait des choses de l’espace. Et elle n’allait

pas laisser passer cette occasion. « Peu de gens ont

la chance de parler aux astronautes, surtout lorsqu’ils

sont à bord de l’ISS. Je me suis sentie si privilégiée

et si humble », dit-elle à propos de l’invitation

à parler à Meir qu’elle a reçue lors de la conférence

de presse finale de l’équipage avant son

départ de la station spatiale.

Alors que les trois astronautes – Meir, Morgan

et Cassidy – se serraient devant l’écran à bord de

l’ISS, à 350 km au-dessus de la Terre, Tahira Mirza

attendait son tour, regardant le live stream chez

elle. « Le voyage a été incroyable, a déclaré Chris

Cassidy, arrivé dans la station spatiale la veille. Peu

importe le nombre de fois où l’on va dans l’espace

à bord d’une fusée, comment s’en lasser ? »

NASA

82 THE RED BULLETIN


76

Andrew

Morgan

Ingénieur de vol de la NASA,

44 ans, USA. L’ancien médecin

de l’équipe de parachutistes

de l’armée américaine est

devenu astronaute en 2013.

Sa dernière mission à bord

de l’ISS a duré neuf mois.

77

Jessica

Meir

Ingénieure de vol de la NASA,

42 ans, USA. Le 18 octobre

2019, Jessica Meir a effectué

la première sortie dans l’espace

entièrement féminine

avec son homologue américaine

Christina Koch.

78

Chris

Cassidy

Ingénieur de vol de la NASA,

50 ans, USA. Ancien membre

de l’armée américaine et des

Navy SEALs, Cassidy a entrepris

sa formation d’astronaute

en 2004. Actuellement à bord

de l’ISS pour la seconde fois.

Meir (photographiée par sa collègue Christina Koch) lors d’une sortie de maintenance dans l’espace

au cours de sa récente expédition. Sous elle, l’océan Pacifique au large de la Nouvelle-Zélande.

« L’une de nos

réalités qui peut

s’appliquer sur

Terre est de

penser à l’impact

de nos gestes

sur les autres. »

Andrew Morgan

16 levers et couchers de soleil par jour, 109 m de largeur et 73 m de long : l’ISS orbite autour de la Terre

à une altitude maintenue entre 350 et 400 km toutes les 90 minutes, à plus de 27 500 km/h.

THE RED BULLETIN 83


En mode ISS : Cassidy rêve à travers la coupole de l’ISS (module d’observation) ; Morgan se colle un running, attaché

à un tapis roulant à résistance externe ; Meir coupe des feuilles de moutarde pour une étude d’agriculture spatiale.

« La vie en isolement est une chose pour laquelle

nous avons été formés et tout le monde sur Terre

en fait maintenant l’expérience d’une manière

nouvelle, développe de son côté Andrew Morgan,

qui en était lui à son neuvième mois continu à bord

du satellite en orbite. L’une des choses les plus

importantes est de vivre selon une routine. Nous

avons un programme et nous le suivons à la lettre.

Nos exercices, notre hygiène personnelle, notre

sommeil… Tout est programmé. Une autre de nos

réalités qui s’applique très bien à la situation sur

Terre en ce moment est d’être un bon équipier,

de penser à l’impact de nos gestes sur les autres. »

À15 h 27 UTC ce jour-là, Mirza reçoit le feu

vert du Centre de contrôle des missions de

Houston, au Texas. « Tahira, c’est maintenant

votre tour. » Mirza : « Bonjour. Merci de répondre

à ma question. Comment pouvons- nous [sur Terre]

tirer quelque chose de positif des défis que nous

appréhendons actuellement ? »

Meir : « Pour nous, s’adapter aux changements

et aux obstacles imprévus fait partie de notre travail

quotidien. C’est l’une des choses auxquelles les astronautes

sont préparés. Il y a beaucoup d’aspects

terribles à ce qui se passe maintenant [sur Terre],

mais j’espère que tout cela aura des résultats positifs.

Ce que nous pouvons faire, c’est essayer d’en

voir les bons côtés. L’un d’eux est de privilégier les

liens avec nos êtres chers. Les gens correspondent

davantage qu’avant cette pandémie et contactent

« Il peut y avoir

de bons côtés.

Comme entretenir

des liens avec

nos proches. »

Jessica Meir

les membres de leur famille plus régulièrement.

Faire ressortir un peu plus cette dimension humaine

innée, rappeler aux gens ce qui est vraiment

important… avec un peu de chance, nous allons y

accorder plus d’importance. »

Puis l’ISS a poursuivi sa trajectoire. La question

de Tahira Mirza avait atteint l’espace et la réponse

qu’elle avait reçue encourageait la création de liens.

Deux personnes – l’une tournant autour du soleil

en 365 jours, l’autre autour de la Terre toutes les

90 minutes, toutes deux isolées pour des raisons

différentes – se connectaient par-delà le gouffre

de l’espace.

Visionnez dans son entièreté la conférence

spatiale sur la chaîne YouTube du site de la NASA ;

youtube.com

NASA

84 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Retrouvez votre prochain numéro le 3 septembre avec et le 10 septembre avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement.

RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL


79

Skateur, 31 ans, GER

Connu pour ses vidéos, ce natif d’Allemagne

de l’Ouest a dû surmonter les conséquences

d’une erreur médicale avant de percer.

Vladik

Scholz

Un revenant : grâce à son style élégant, Vladik Scholz s’est imposé dans le street, mais il revient de loin.

« Dans mon quotidien je

ne voyais que des choses

positives. Même marcher

avec des béquilles »

Maintenir sa tête hors de l’eau quand

les kickflip ne sont plus possibles.

Vladik raconte sa rude épreuve.

« À 23 ans, je subis une rupture du ligament au pied

gauche dont on se remet normalement en quelques

mois. Mais le médecin omet de constater une lésion

du cartilage. L’articulation s’enflamme et ma guérison

est remise à on ne sait quand. Mon sponsor me lâche

et je dois vivre avec 300 € par mois. Une résistance

à la frustration grandit en moi. Je décide de ne voir

dans les gestes du quotidien que l’aspect positif.

Ainsi, prendre l’escalier avec les béquilles est avant

tout un excellent exercice ! Je m’inscris à l’université

et lis abondamment. Un an et trois opérations plus

tard, je suis sur pieds. Je décroche un partenariat

avec Red Bull grâce à des vidéos réalisées avant la

blessure. Voyages et vidéos s’enchaînent à nouveau.

La vie reprend son cours. »

Instagram : @vladikscholz

LORENZ HOLDER/RED BULL CONTENT POOL, JONATHAN MEHRING/RED BULL CONTENT POOL MARC DECKERT

86 THE RED BULLETIN


80

Développeur de jeux, 55 ans, JPN

Il a rejoint Nintendo en 1986, a travaillé sur

Super Mario World, Star Fox et Wii Sports.

Son jeu le plus célèbre : Animal Crossing.

81

Plongeur et surfeur, 21 ans, FRA

Basé à Moorea, où 2019 fut une année

noire pour les coraux, le Polynésien

a fondé Coral Gardeners.

Katsuya

Eguchi

Titouan

Bernicot

NINTENDO, BEN ONO TOM GUISE, PATRICIA OUDIT

Quand la console…

console

Nous sommes le 27 mars,

un vent de panique souffle sur

la planète gaming : la Nintendo

Switch n’est plus disponible.

Une semaine plus tôt, le nouveau

jeu d’Animal Crossing

pour Switch, New Horizons,

arrivait sur le marché, lancé

en même temps qu’une édition

limitée de la console. La popularité

du jeu, exacerbée par

des adeptes cherchant à

se distraire pendant le confinement,

s’est également

manifestée à un niveau plus

profond. Votre personnage

vit sur une île où il peut cueillir

des fruits, pêcher, décorer sa

maison et, surtout, découvrir

les îles des autres joueurs,

dont les fuseaux horaires et

les saisons correspondent à

leur emplacement réel. Une

consolation pour ceux qui ne

peuvent plus rendre visite à

leurs amis ou aux membres

de leur famille. Pour sortir son

Captures d’écran d’Animal Crossing: New Horizons :

« Il y est question de la famille et d’amitié », dit Eguchi.

jeu original en 2001, Eguchi

s’est inspiré de sa propre

expérience de déménagement.

À 21 ans, il s’est déplacé de

près de 500 km pour aller travailler

au bureau de Nintendo

à Kyoto. « J’avais laissé ma

famille et mes amis derrière

moi. Il était important de pouvoir

parler et jouer avec eux. »

Il a donc conçu un jeu qui,

plus tard, lorsqu’il fut père,

permettait à ses enfants de

savoir qu’il leur rendait visite

pendant leur dodo : « Mes

enfants pouvaient y jouer

après l’école, et moi je m’y

adonnais quand je rentrais à

la maison, le soir. C’était une

façon de participer à leurs

activités, même en étant

absent. » Très personnelle,

sa création a, depuis, touché

des millions de personnes.

animal-crossing.com

Régénérer les récifs coralliens, c’est continuer à respirer.

L’espoir est permis

40 % des coraux sont morts, mais Titouan Bernicot

se bat pour sauver les 60 % restants, et envisager

leur régénération. C’est essentiel.

« Une bouffée d’oxygène sur deux que vous prenez

vient des océans, et leurs poumons sont les

coraux, explique le surfeur et plongeur. Pour continuer

à respirer, il nous est impératif de les préserver.

La mission première de mon projet Coral

Gardeners est d’y sensibiliser le grand public via

des actions dans les écoles et des campagnes en

ligne. Nous avons donc mis au point un programme

original en proposant aux gens, où qu’ils soient,

d’adopter un corail. J’ai planté mon premier spécimen

à 16 ans : en quelques mois, il avait triplé de

volume, et fourmillait de crabes ! Si l’on y parvient

à grande échelle, nos lagons renaîtront. Retrouver

les récifs coralliens d’antan peu sembler utopique,

et pour certains, le corail actuel est foutu… Moi, j’ai

envie d’imaginer des alternatives ! Il existe des coraux

super résistants, comme ceux de la mer Rouge,

capables de supporter une chaleur extrême. Les

coraux profonds sont aussi une source d’optimisme :

les scientifiques cherchent à savoir s’ils peuvent se

reproduire, et éventuellement produire des larves

capables de ré-ensemencer des récifs de surface,

plus fragiles face au réchauffement. Si le monde

de demain réduit drastiquement son empreinte

carbone, l’espoir est donc permis. »

coralgardeners.org

THE RED BULLETIN 87


82

Partisan de l’auto-subsistance, 62 ans, USA

Depuis 1987, Vail vit de la terre, tout seul, dans un coin

de l’Alaska : le plus grand parc naturel des États-Unis.

Mark

Vail

Vail… que Vail

Habitant de la nature sauvage de l’Alaska

depuis des lustres, Mark Vail a fait de

l’isolement social un mode de vie assumé.

Depuis 33 ans, il vit seul dans une cabane qu’il

a construite sur un terrain de 4 hectares dans la

brousse de l’Alaska, en bordure du parc national

Wrangell-Saint-Élie. Vail vit à presque 500 km

du prochain grand supermarché et a adopté un

mode de vie qui lui permet d’assurer la quasi-totalité

de sa subsistance – l’année dernière il n’est allé

en ville que deux fois, à pied, pour se procurer

certaines denrées comme du café. En été, lorsque

McCarthy – une ancienne ville minière devenue

un spot touristique – passe de 33 habitants à 150,

Vail rencontre des humains une fois par semaine.

Lorsque l’hiver revient, il est heureux de se retrouver

seul. Ses conseils pour une belle vie en solo.

Se rapprocher de la nature

« Depuis huit ans, le même pic vient me rendre

visite tous les jours. J’ai aussi appris que le meilleur

moment pour observer les loups qui redescendent

des montagnes était lorsque les grenouilles se

mettent à croasser en avril. »

Créer votre propre routine

« Mon emploi du temps varie selon les saisons, mais

c’est toujours moi qui le détermine. En ce moment,

je me lève avec le jour, prends un café, vais sur

Internet, puis je sors chercher de l’eau et ramasser

du bois. Ensuite je fais du sport – avec mon fatbike,

mes skis ou en partant en rando. »

Manger est déjà valorisant en soi

« Je mange ce que j’ai cultivé, cueilli et stocké moimême.

Je mange du saumon pêché dans la rivière

Copper, et lorsque je le mets en bouche, je ne fais

plus qu’un avec l’endroit où je vis. J’éprouve un

sentiment de réussite à défier l’économie. »

Rester (partiellement) connecté

« J’ai Internet, et je déteste ça – c’est l’une des

pires choses qui soient survenues dans ma vie.

J’y passe bien trop de temps, et c’est pour l’essentiel

du temps perdu. Mais cela m’a aussi permis

de rester connecté à distance avec des gens. Et

à présent, les commandes par correspondance

sont super simples à effectuer. »

NATHANIEL WILDER TRACY ROSS

88 THE RED BULLETIN


83

Pilote de VTT, 36 ans, AUT

Multiple champion du monde de trial au

style engagé, il a fait du mal à plus d’un

vélo, tout en sachant vite les réparer.

Tom

Öhler

Réparer son vélo

comme un chef

Oui, c’est possible. Chaîne rouillée, roues

voilées ou crevées… Ses astuces permettent

de réparer son vélo dans sa cuisine, avec des

ustensiles qui se transforment en outils

1

CHAMBRE À AIR

Extraction à l’aide de cuillères

Changer le boyau exige de batailler avec un pneu

récalcitrant. Voici comment y parvenir sans peine.

Couchez la roue à terre. Insérez

deux cuillères à soupe, entre la jante

et le pneu, à une largeur de main de

distance de l’une de l’autre.

2

Appuyez sur les deux cuillères simultanément

pour extraire le pneu de

la jante. En cas d’échec, augmentez

la distance entre les cuillères.

LA CHAÎNE

La bougie élimine la rouille

La paraffine est efficace contre le grincement de

la chaîne et lubrifie les engrenages.

3

Redressez la roue et tirez le pneu

vers le bas. Vous pouvez à présent

retirer le boyau défectueux.

ARMIN WALCHER/RED BULL CONTENT POOL WERNER JESSNER SASCHA BIERL

2

La roue arrière doit être

démontée. Pour ce faire,

retournez le vélo et rabattez les

attaches rapides vers l’arrière.

3

4

Remettez la roue

en place et supprimez

l’excès de cire à l’aide

d’un chiffon.

Le tour est joué !

1

Nettoyez la chaîne

avec un chiffon pour

éliminer saleté et huile.

Les bougies sont à base de paraffine, composant de nombreux

lubrifiants. Faites défiler plusieurs fois la chaîne dans un récipient

contenant la cire préalablement fondue dans une casserole.

DÉVOILER UNE ROUE

À l’aide d’un couteau à beurre

Le centrage d’une roue voilée s’avère moins

fastidieux qu’on pourrait l’imaginer.

Augmentez la tension des rayons

dans les zones non marquées en

serrant les vis avec le couteau.

« EN CAS DE NÉCESSITÉ, VOTRE

CUISINE VOUS FOURNIT TOUT CE

DONT VOUS AVEZ BESOIN POUR

REDEVENIR MOBILE. »

3

1

Retirez le pneu et

le fond de jante.

(La tâche ne nécessite

pas d’outil

normalement.)

2

Coincez un stylo sur

le cadre avec la pointe

alignée sur le bord de

la jante. Puis faites

tourner celle-ci, pour

repérer les parties

à recentrer.

THE RED BULLETIN 89


84

Marcel

Hirscher

Légende du ski alpin, 31 ans, AUT

8 victoires en Coupe du monde, 2 fois l’or aux JO et

7 titres de champion du monde… et jeune retraité.

« Réfléchir en sportif pro

ne me sert plus à rien »

Déjà un an de retraite pour celui dont le nom aura

marqué à jamais l’histoire du ski alpin : comment

Marcel Hirscher a dû apprivoiser sa nouvelle vie.

Entretien DANIEL WINKLER

Photos FELIX KRÜGER

the red bulletin : Par les temps

qui courent (l’interview a eu lieu

en avril 2020, ndlr), on va commencer

sans originalité avec une

question que l’on vous posait tout

le temps quand vous étiez un

sportif professionel et que vous

détestiez : comment allez-vous ?

marcel hirscher : Bien, aucun

problème de santé à signaler, donc

tout va bien.

On vit une époque où les gens

aiment tout planifier et organiser.

Êtes-vous aussi un adepte

des to-do-lists ?

Plus vraiment. Mais avant, oui,

j’étais une to-do-list à moi tout

seul, il était inévitable d’être hyper

méthodique si je voulais arriver au

résultat souhaité. Aujourd’hui, je

suis tellement content de ne plus

être dans ce schéma-là. Pendant

dix ans, ça a très bien fonctionné,

mais maintenant, je ne suis plus

obligé de le faire. Au contraire, il

s’agit pour moi d’en faire moins.

Et ça marche ?

Au début, c’était horrible, extrêmement

difficile, parce qu’on croit,

en tant que sportif de haut niveau,

que chaque jour doit être mis à

profit à 100 % : c’est une approche

qui n’a plus aucun sens maintenant,

car elle peut être épuisante

à la longue.

Épuisante pour qui ?

En première ligne, pour les gens

qui bossent avec moi. Les prestataires,

artisans ou ouvriers auxquels

je peux faire appel. En les côtoyant,

j’ai vite remarqué que ce ne sont

pas eux qui sont bizarres, comme je

pouvais le penser, c’est moi. Ils ont

un rythme de travail qu’ils vont devoir

tenir durant toute leur carrière,

alors que je n’ai eu à tenir le mien

qu’une dizaine d’années maximum.

Personne ne supporte une vie professionnelle

à un tel rythme. J’ai

dû comprendre que ça ne me servait

plus à rien, dans ce nouveau

quotidien, de réfléchir en sportif

pro. Sauf si l’on veut à tout prix

être le meilleur dans n’importe

quel domaine.

Depuis que vous avez pris votre

retraite sportive en 2019, vous

souhaitez donc vous détacher

du « système Hirscher » dans

votre vie de tous les jours ?

Oui, je suis en plein dans cette

phase, voire uniquement au tout

début. Toutes les habitudes que

j’ai acquises dans ma vie passée,

il va me falloir du temps pour

les déconstruire. C’est un autre

type d’entraînement, sauf que là,

je ne suis pas pressé. Il est midi,

j’ai bossé dans mon jardin depuis

sept heures et demie, et je remarque

que c’est une magnifique

journée. Alors pourquoi terminer

aujourd’hui ce que j’ai commencé ?

Avant, il ne fallait jamais remettre

au lendemain ce que je pouvais

faire le jour-même : allez, je me

fais encore deux descentes, on ne

sait jamais. Et puis on va essayer

ces chaussures aujourd’hui, on

ne sait jamais. Ce qui marchait

pour le sport n’est pas tenable au

quotidien. Mais ça, je dois encore

apprendre à le faire.

Votre vie de sportif vous a aussi

infligé de sacrées leçons, comme

lors de votre fracture à la cheville

en août 2017. À l’époque, vous

disiez que ça vous permettait de

souffler un peu.

Cette blessure a été une véritable

aubaine. Enfin une pause – si douloureuse,

pénible et amère fut-elle

d’un point de vue purement sportif.

Évidemment, la rééducation n’a

90 THE RED BULLETIN


pas été une partie de plaisir, mais

au bout du compte, j’ai vécu cette

période comme un cadeau, car elle

m’a permis de me maintenir encore

deux années à ce niveau. Sans ça,

j’aurais dû arrêter plus tôt.

Cette période spéciale de votre

carrière ressemble plus à un nouveau

départ revigorant qu’à une

véritable pause.

Pendant six semaines, j’ai enfin pu

lâcher la pression. Ça ne veut pas

dire que je n’ai plus rien fait, mais

l’intensité a changé, je n’aurais pas

pu continuer à ce rythme. Et puis,

au bout d’un moment, l’horloge

interne reprend : tic-tac, tic-tac…

Aucune patience ! Avoir six globes

en poche, c’est un bonheur, mais

aussi une malédiction : à chaque

nouvelle victoire, la pression

augmente, on se dit que l’année

suivante sera encore plus difficile.

Même si je savais que je pouvais le

faire, ça commençait à devenir de

plus en plus lourd. Avec cette fracture

de la cheville, la pression a disparu

d’un coup. Jusqu’à ce que mon

horloge interne recommence et que

les JO se pointent à l’horizon.

Durant votre carrière, est-ce

que vous perceviez cette admiration

que les gens vous portent

toujours aujourd’hui, quels que

soient vos résultats ?

Chaque victoire ne dure qu’une

journée et je me disais toujours

que je pouvais faire mieux. Alors,

je n’avais aucunement conscience

de ce rapport qu’avaient les gens

« Chaque jour doit

servir à évoluer.

Stagner, c’est

ennuyant. »

avec moi. Je m’en rends compte

maintenant, mieux que jamais. Ce

n’est pas que l’estime des gens à

mon égard ait changé, mais j’y prête

maintenant plus attention et surtout

je l’accepte enfin, ce qui n’était pas

évident avant.

Faut-il vraiment se jeter à fond,

voire à l’extrême, dans ses projets

pour réussir ?

C’est en tout cas comme ça que je

le vivais. Mieux valait être premier

pendant deux ou trois ans que de

rester dans la moyenne. Lors de

ma troisième ou quatrième Coupe

du monde, sur les 21 jours qui

ont précédé la finale, j’en ai passé

18 sur la piste, les trois autres sur

la route. Et tant pis si je devais

m’écrouler complètement le lendemain

de la finale.

Vous avez donc décidé de raccrocher

en 2019. Ressentez-vous

encore le choc du passage à la

retraite ?

(Il rit.) Je comprends le désarroi de

ces retraités qui se retrouvent tout

à coup dans un quotidien flou et

presque vide. Mais une fois qu’on

y remédie, ça devient un pur bonheur.

Je suis ravi d’avoir découvert

le ski de randonnée, l’hiver dernier.

Je prépare tout mon matos pour le

lendemain, et au moment de partir

en montagne, je suis super excité.

Ce que je préfère dans le ski de rando,

c’est que tu peux vraiment aller

où tu veux, davantage qu’en été. J’ai

eu un vrai déclic quand j’ai senti que

j’avais une passion, une fascination

pour ce sport.

Ça sonne comme un retour à

l’enfance, que vous avez passée

dans un refuge alpin dans les

montagnes autrichiennes, juché

à 1 500 mètres d’altitude...

C’est la sérénité de mon enfance, le

silence, que j’aime retrouver grâce

à ça. Pouvoir profiter de la nature

est un véritable privilège. Un jour

où je traversais une période particulièrement

stressante, j’ai calculé que

j’avais donné plus d’une centaine

de coups de fil en une seule journée.

La plupart concernaient des détails,

des questions logistiques du genre

qui amène quoi, qui s’occupe de

quoi… Aujourd’hui, il y a des jours

où mon portable ne sonne pas et

je mesure la chance que c’est. Au

début, ça te manque peut-être, mais

« En une journée,

j’avais donné plus

d’une centaine de

coups de fil. »

très vite, tu te mets à aimer ça. Ce

fut le changement le plus significatif

dans ma première année de retraite.

En devenant papa en octobre

2018, vous avez accueilli un miniprof

dans votre vie. Que vous

enseigne votre fils ?

La patience, ce qui, quand on a des

enfants, devient le projet de toute

une vie. J’avais dit après sa naissance

que l’aventure commençait

pour moi, et c’est vrai. Avant, c’était

sympa, mais c’est maintenant que

les choses sérieuses commencent,

celles qui comptent !

Et qu’est-ce qui compte ?

De comprendre que chaque jour

doit servir à évoluer. Stagner, c’est

ennuyant.

Qu’espérez-vous aujourd’hui ?

J’espère que les gens sauront tirer

de la situation actuelle les leçons

nécessaires pour faire enfin bouger

les lignes.

Que diriez-vous au Marcel

Hirscher d’avant la retraite, celui

qui vivait tout à fond, si vous le

rencontriez aujourd’hui ?

(Il réfléchit longuement.) Qu’est-ce

qu’on veut ? Le succès tout de suite,

ou peut-on se satisfaire de quelques

globes de cristal en moins ? J’ai

souvent senti que j’avais besoin de

faire des pauses, mais si je m’étais

écouté, aurais-je fini ma carrière

avec huit globes chez moi ?

Instagram : @marcel__hirscher

THE RED BULLETIN 91


85

Skipper, 40 ans, AUS

Il rêvait de gagner la Coupe de l’America

depuis qu’il avait quatre ans. À 30 ans, il fut

le plus jeune skipper à obtenir ce trophée.

Jimmy

Spithill

Le grand monocoque volant AC75 de Luna Rossa, l’équipe de Spithill, a démâté dans les eaux agitées au large de Marina di Capitana, en Sardaigne,

pendant l’entraînement pour les AC World Series de Cagliari. Le mât ne s’est pas brisé et aucun équipier n’a été blessé.

« Lorsque les temps

sont durs, on voit ce

qui nous anime »

Seule la victoire compte pour ce double

vainqueur de la Coupe de l’America. Mais c’est

bien la difficulté et l’échec qui l’ont élevé.

« Pour moi, la Coupe de l’America a été le terrain

d’entraînement le plus dur mais aussi le plus honnête.

Il n’y a pas de seconde place, vous êtes premier

ou rien. Même frôler la victoire est un échec. Le

sport est épanouissant et gratifiant de nombreuses

manières. On y apprend comment se relever après

une défaite. Cette pression pousse la technologie,

le design et la construction à leurs limites extrêmes,

jusqu’au point de rupture. Le fait est que si vous

n’avez pas quelques avaries en chemin, c’est que vous

ne repoussez probablement pas assez vos limites.

Dans ces conditions extrêmes, ce n’est pas en

gagnant que l’on apprend à se connaître mutuellement

; c’est lorsque les temps sont durs que l’on voit

ce qui nous anime. Qui est capable d’être sincère ?

Et d’apprendre ? Et surtout, de ressortir plus fort de

cette situation. C’est là que naissent les meneurs : ils

saisissent cette occasion d’apprendre, et de devenir

de meilleures personnes. Un meilleur co-équipier.

J’ai vécu cela lors de chaque compétition, l’épisode

le plus célèbre étant probablement celui de la

Coupe de l’America dans la baie de San Francisco

(en 2013, lorsque l’équipe de Spithill, Oracle Team

USA, pénalisée avant même le début de la compétition,

a fait un comeback extraordinaire en enchaînant huit

régates victorieuses, ndlr). Aussi lors de la Coupe de

l’America qui se déroule actuellement, lorsque des

erreurs techniques ont provoqué le démâtage du

bateau par mon équipe, Luna Rossa, dans les deux

cas, nos erreurs ne nous ont ni affaiblis, ni coûté la

victoire ; elles nous ont rapprochés et forcés à progresser.

Aujourd’hui, la planète entière a un gros

défi à relever. Nous pouvons profiter de ce que nous

a appris le sport pour être francs, honnêtes et en

ressortir plus forts et plus intelligents pour le futur. »

lunarossachallenge.com

BRETT HEMMINGS/RED BULL CONTENT POOL, LUNA ROSSA/CARLO BORLENGHI RUTH MORGAN

92 THE RED BULLETIN


86

Charli XCX

Chanteuse, 27 ans, GBR

Découverte avec ses titres sur MySpace

en 2008, la star née à Cambridge a écrit,

chanté et produit des succès mondiaux.

87

Escrimeur, 32 ans, SUI

Lors des championnats du monde 2018, ce

spécialiste de l’épée, dans le top 10 depuis

2009, a remporté l’or avec l’équipe suisse.

Max

Heinzer

MARCUS COOPER/WARNER MUSIC, RDB/BLICKSPORT/BENJAMIN SOLAND WOLFGANG WIESER, TOM GUISE

« JE CONÇOIS CET

ALBUM AVEC LES

OUTILS QUE J’AI

À PORTÉE DE MAIN,

EN PHASE AVEC

LA PÉRIODE QUE

NOUS TRAVERSONS.

ÇA PEUT DECHIRER. »

Le 6 avril dernier, Charli XCX annonçait à mille fans via

Zoom qu’elle reportait son album pour en créer un

nouveau « de zéro, en utilisant des choses chez moi,

des gens que je peux joindre en ligne ». Et avec des

commentaires de ses fans à propos des paroles et des

productions, jusqu’à la pochette de l’album : How I’m

Feeling Now, paru le 15 mai. twitter.com/charli_xcx

Face au mur : Max Heinzer s’entraîne chez lui.

L’adversaire sympa qui

vous attend à la maison

Chaque fois que Max Heinzer commence

son entraînement privé dans

sa maison de Küssnacht, son partenaire

l’attend déjà depuis longtemps.

Pour une raison simple : il est toujours

prêt. L’adversaire du champion suisse

est en effet un bras articulé fixé au

mur, avec une épée. « Je me le suis

fabriqué en 2011, après une blessure,

pour pouvoir continuer à m’entraîner

directement chez moi. » Avec une

ossature en acier chromé et une coque

faite en matériaux d’isolation, de

mousse et de film plastique, l’engin

est fixé sur une armature de douche,

ce qui permet de régler la hauteur.

Dans les circonstances actuelles, une

chose est sûre, Max Heinzer est ravi

d’avoir ce compagnon chez lui,

toujours prêt à croiser le fer : « Il est

mon plus féroce adversaire. »

THE RED BULLETIN 93


88

Andreas

Breitfeld

Biohacker, 46 ans, GER

Cet homme sait comment « hacker » son organisme

pour améliorer sa santé et ses performances.

Comment se

passer du stress

Rouge de bonheur :

Breitfeld se laisse

irradier tous les jours.

Les situations difficiles peuvent faire reculer

notre cerveau de 500 millions d’années, selon

ce biohacker allemand réputé. Ses astuces

quotidiennes peuvent le maintenir au présent.

« C’est dingue : le stress a pour conséquence de

nous replonger 500 millions d’années en arrière,

tout au fond de la partie la plus primitive – sur

l’échelle de l’évolution – de notre cerveau : le

cerveau reptilien. C’est cette zone qui gère toutes

les fonctions nécessaires à la seule survie, la respiration,

le cœur, la digestion, la faim, la reproduction…

et la peur – court-circuitant automatiquement

la créativité et la réflexion.

Bien sûr, c’est parfois très utile, mais en ces

temps particulièrement anxiogènes, il est important

de ne pas laisser le petit crocodile dicter ses

lois dans notre tête afin de conserver une bonne

qualité de vie : un sommeil réparateur, un système

immunitaire au top et une bonne humeur

à toute épreuve. Pour cela, il suffit d’aller biohacker

son jardin intérieur. Mode d’emploi. »

Tenir un journal personnel le soir

Ce truc marche à tous les coups, car il nous oblige

à « pré-digérer » les expériences et émotions de

la journée, permettant au cerveau de mieux tirer

profit des phases de sommeil profond.

Couper le wifi la nuit !

Le sommeil est vital pour notre système immunitaire,

lutter contre le stress, nous régénérer et

intégrer les informations reçues dans la journée.

Mais pour un vrai sommeil réparateur, trois

choses essentielles : obscurité totale, température

fraîche et, surtout, n’oubliez pas d’éteindre le

wifi, nom de nom ! La pollution des ondes est

un véritable facteur de stress.

Le matin : pas de téléphone

Les premières trente minutes de ma journée sont

sans écran. Ni téléphone, ni PC, ni radio, rien que

la lumière, l’air, la fraîcheur du petit matin, un

grand verre d’eau filtrée, regarder le ciel, sentir

les éléments. En laissant votre cerveau reptilien

faire une bonne grasse matinée, vous abaissez

votre niveau de stress pour toute la journée.

La câlinothérapie

Autre possibilité pour commencer une belle

journée sans stress : prendre un bain d’ocytocine

en faisant le plein de câlins. L’ocytocine est cette

hormone dite « de l’attachement » qui agit comme

un inhibiteur de stress. Personne à serrer dans

vos bras ? Peut-être avez-vous un chat ? Sinon,

une Echobell, ce dispositif qui émet des sons et

des vibrations, marche vraiment bien.

Méditation et lumière rouge

Pour remettre de l’ordre dans mes idées, je n’ai

pas trouvé mieux que la méditation quotidienne.

Chaque jour, je médite face à un appareil diffusant

de la lumière rouge, ça booste le renouvellement

cellulaire et l’énergie. J’utilise un matos

sophistiqué trouvé sur theflexbeam.com, mais

une simple lampe infrarouge fait l’affaire.

De l’eau filtrée et enrichie, toujours

30 dl pour 10 kg de masse corporelle, voilà la

quantité d’eau (évidemment filtrée) qu’il faut

boire tous les jours. Le matin, l’eau que je bois est

enrichie en oxygène, ce qui aide à inhiber les inflammations

internes. Mon générateur d’oxygène

est un Aquacentrum, une marque allemande.

Sortir prendre l’air

Cela peut paraître une banalité, mais l’air frais

et la lumière naturelle valent toujours mieux

que l’air confiné sous lumière artificielle.

Respirer par le nez

La bouche est faite pour parler, manger et embrasser.

Pour la respiration, il y a le nez. Respirer

par le nez, c’est essentiel. Faites-y attention.

Instagram : @breitfeld_biohacking

ANDREAS BREITFELD STEFAN WAGNER

94 THE RED BULLETIN


89 – 99

RB Leipzig

Équipe de football, GER

Quel est le secret de leurs romontadas ?

L’énergie que ce groupe puise dans les émotions,

comme lors de son match à Dortmund.

Impossibles à stopper

« Cette saison, nous avons été menés sérieusement au

score à Dortmund et à Mönchengladbach, des situations

mal engagées que nous avons su renverser. Bien sûr,

être menés à la pause met un coup au moral, mais dans

ces moments, l’émotion peut faire la différence. Comme

celle que peut susciter un discours enflammé de notre

entraîneur. Grâce à lui, nous abordons la seconde période

avec une énergie renouvelée. Les cadres comme Marcel

Sabitzer ou Konrad Laimer sont alors particulièrement

sollicités. Leurs petites actions, gestes ou duels remportés

signalent la révolte de l’équipe, preuve que l’équipe vit

toujours. Et une fois que nous inscrivons le premier but,

nous devenons impossibles à stopper. Nous sommes revenus

contre ces deux équipes grâce à cette dynamique. »

Duels décisifs :

l’attaquant du

RB Leipzig Yussuf

Poulsen saute

plus haut que

Dan-Axel Zagadou

de Dortmund.

89

Péter

Gulácsi

30 ans, HUN,

gardien

91

Nordi

Mukiele

22 ans, FRA,

arrière droit

93

Dayot

Upamecano

21 ans, FRA,

arrière central

95

Diego

Demme

28 ans, GER,

milieu relayeur

97

Timo

Werner

24 ans, GER,

attaquant

90

Marcel

Halstenberg

28 ans, GER,

arrière gauche

92

Lukas

Klostermann

23 ans, GER,

latéral droit

94

Marcel

Sabitzer

26 ans, AUT,

milieu offensif

96

Konrad

Laimer

22 ans, AUT,

milieu relayeur

98

Yussuf

Poulsen

25 ans, DEN,

attaquant

99

Emil

Forsberg

28 ans, SWE,

attaquant

IMAGO IMAGES, RB LEIPZIG (11) JOHANNES MITTERER

THE RED BULLETIN 95


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de l’édition américaine,

illustrée par Sébastien

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96 THE RED BULLETIN


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100

Photographe, 50 ans, FRA

Au-delà de son travail de directeur de la photo

pour L’Équipe, le Français est largement connu pour

ses photos sous-marines à couper le souffle.

Franck

Seguin

Préserver et transmettre

« Nous avons tous la responsabilité de préserver la Création dont nous avons hérité,

estime l’auteur de cette photographie qui met en scène l’apnéiste renommé Guillaume

Néry, évoluant auprès de cachalots dans les eaux de l’île Maurice. Ce n’est pas notre

propriété, nous devrons la transmettre aux futures générations. En tant que personne

et photographe, j’essaie modestement de rendre compte de la beauté de la planète,

pour encourager le monde à la protéger. Prenez soin de vous et de la planète. »

Le prochain

THE RED BULLETIN

disponible dès

le 3 septembre

2020.

L’EQUIPE, FRANCK SEGUIN

98 THE RED BULLETIN


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