L'ESSENTIEL DU SUP PREPAS_N°38_juin2020

headwayadvisory

L'Essentiel du Sup Prépas est le magazine numérique dédié aux professeurs des classes préparatoires, aux étudiants et à leurs parents.
Chaque mois, retrouvez toute l'actualité des classes préparatoires économiques et commerciales et des Grandes Ecoles.
Ce magazine vous est proposé par HEADway Advisory, cabinet de conseil en stratégie dédié à l'enseignement supérieur.

JUIN 2020 | N° 38

PRÉPAS ÉCONOMIQUES ET COMMERCIALES

ENTRETIENS

Christophe Germain (Audencia BS)

Florence Legros (ICN BS)

Elian Pilvin (EM Normandie)

Eric Cornuel (EFMD)

PAROLES DE PROFS

Les classes préparatoires

de proximité : une chance

pour l’égalité ?

DÉBAT

Comment organiser

examens et concours

à l’heure du Covid-19 ?

Les enjeux d’une rentrée

pas comme les autres


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS

ÉDITO + SOMMAIRE

JUIN 2020 N° 38

UNE ANNÉE PAS COMME LES AUTRES

C’est un coup de tonnerre dans le monde de

l’enseignement supérieur : il n’y aura pas de cours en face

à face à l’Université de Cambridge en 2020-21. Selon le

communiqué que publie l’université « étant donné qu’il est

probable que la distanciation sociale continuera d’être

requise, l’université a décidé qu’il n’y aura pas de cours en

face à face au cours de la prochaine année académique ».

Pour autant « il sera peut-être possible d’accueillir de plus

petits groupes d’enseignement en personne, pour autant

que cela soit conforme aux exigences de distanciation

sociale ».

Mixer distanciel et présentiel. Aujourd’hui aucun établissement d’enseignement

supérieur français n’a encore imaginé d’aller aussi loin que l’université de Cambridge.

Mais aucun n’imagine non plus que l’année 2020-21 sera celle du simple retour au

statu quo ante. Partout on imagine des dispositifs qui permettront à la fois de recevoir

tous les étudiants régulièrement et d’assurer la distanciation sociale indispensable

pour que le virus ne se répande pas de nouveau à l’automne. Ce qui signifie grosso

modo supprimer la moitié des places dans les salles de cours. Dans ce contexte ce

sont les cours en amphithéâtre qui seront sans doute tous donnés à distance quand

les travaux dirigés seront, autant que faire, préservés.

À distance… oui mais pas trop. Dans l’urgence l’ensemble des écoles a su

transposer ses cours en ligne. Et dans l’urgence les étudiants ont adhéré au dispositif.

Sur Zoom, Microsoft Teams, Blackboard, ils ont suivi des cours donnés par

des enseignants dont beaucoup découvraient l’enseignement en ligne. Mais si la

démonstration a été à la fois concluante – l’enseignement à distance ça fonctionne

très bien ! – elle a en aussi montré les limites. L’expérience étudiante ne saurait se

résumer aux cours ni même à des travaux de groupe finalement assez simples à

organiser en ligne. Alors que les écoles de management insistent plus que jamais sur

l’expérientiel les étudiants attendent de leurs années de cours qu’elles les réunissent

sur un même lieu pour y vivre des expériences associatives, culturelles, sportives…

À l’étranger… oui mais pas trop loin. Parmi ces expériences celle de l’international

se place généralement au premier rang des attentes des futurs étudiants des

écoles de management. Et s’ils ne rêvaient que de Chine ou d’Argentine ils risquent

d’être déçus. Cette année les échanges lointains semblent encore loin d’être prêts

de redémarrer et ce sont plutôt l’Allemagne ou le Portugal qui seront proposées par

les écoles. Parce qu’ils font partie de l’Espace Schengen mais surtout parce qu’ils

sont proches et qu’un retour précipité toujours envisageable sera bien plus simple à

gérer. Oui, vraiment 2020-21 ne sera pas une

année comme les autres…

Sommaire

LES ESSENTIELS DU MOIS

4 • « Classement des classements » :

le verdict final

5 • L’Essec lance une nouvelle démarche

stratégique

10 • ESCP BS réforme son PGE

11 • L’Edhec et Sciences Po Lille main dans

la main dans les affaires publiques

12 • 1 er emploi : KEDGE soutient ses jeunes

diplômés

• Art & Management : un nouveau cas

pédagogique à distance testé à GEM

PUBLI-INFORMATION

6 • PGE de TBS : les raisons du succès

PAROLES DE PROFS

13 • Les classes préparatoires de proximité :

une chance pour l’égalité ?

ENTRETIEN

20 • Christophe Germain,

directeur général d’Audencia BS

23 • Florence Legros, directrice générale

de l’ICN BS & Sarah Vaughan, responsable

des accréditations de l’ICN BS

25 • Elian Pilvin,

Directeur général de l’EM Normandie

34 • Eric Cornuel, directeur général de l’EFMD

DOSSIER

28 • Les enjeux d’une rentrée (vraiment) pas

comme les autres

DÉBAT

36 • Comment organiser examens

et concours à l’heure du Covid-19 ?

Olivier Rollot, rédacteur en chef

ORollot

« L’Essentiel du sup » est une publication du groupe HEADway

Advisory, SAS au capital de 30 000 €, RCS 53298990200046 Paris,

CPPAP 0920W93756, 33, rue d’Amsterdam, 75008 Paris.

Directeur de la publication : Sébastien Vivier-Lirimont.

Rédacteur en chef : Olivier Rollot (o.rollot@headway-advisory.com).

Responsable commerciale : Fanny Bole du Chomont

(f.boleduchomont@headway-advisory.com).

Création graphique et mise en pages : Élise Godmuse / olo.éditions

Photo de couverture : ICN BS

2


NANTES | PARIS | BEIJING | SHENZHEN | CHENGDU

PROGRAMME

GRANDE ÉCOLE

*

« Parce que l’audace s’affirme avec le savoir,

nous développons vos expériences,

Parce que le talent s’exprime grâce à la culture,

nous multiplions les influences,

Parce que leadership et responsabilité doivent

se faire écho, nous visons plus haut.

Notre vocation ? Vous permettre de

développer la vôtre ! »

Nicolas ARNAUD

Directeur Audencia Grande École

1 er

AU CLASSEMENT DES ÉCOLES DE COMMERCE

OÙ IL FAIT BON ÉTUDIER D’APRÈS LES ÉTUDIANTS

6 e 5 e

CLASSEMENT

SIGEM

DEPUIS 18 ANNÉES

CONSÉCUTIVES

INSERTION

PROFESSIONNELLE

l’Étudiant

*De l’audace, toujours !

audencia.com


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS L’ESSENTIEL DU MOIS

JUIN 2020 N° 38

Une nouvelle direction

pour emlyon BS

Après les départs successifs

de Bernard Belletante

et Tawhid Chtioui sa

nomination était très

attendue. Isabelle Huault, 52

ans, va prendre la présidence

du directoire et la direction

générale de l’emlyon business

school le 1er septembre

prochain. L’actuelle

présidente de l’Université

Paris-Dauphine est ellemême

diplômée de l’école de

mangement lyonnaise (1990).

Après son diplôme à emlyon

Isabelle Huault se dirige vers

une carrière universitaire en

soutenant sa thèse en sciences

de gestion à l’Université Jean-

Moulin Lyon 3. Agrégée du

supérieur en 1999 elle occupe

ensuite plusieurs postes dans

les universités de Versailles

Saint-Quentin, Paris 12 Val

de Marne puis Panthéon-

Assas et devient professeur

à Paris-Dauphine en 2005.

D’abord directrice de l’école

doctorale de gestion puis de

l’unité mixte de recherche

Dauphine Recherches en

management elle en devient

vice-présidente en 2015

puis succède à Laurent

Batsch en décembre 2016.

« Classement

des classements » :

le verdict final

Comme chaque année c’est au Parisien-Aujourd’hui en France

qu’il convient de clore la saison des classement des écoles de management.

Un classement sans trop de surprises qui

voir l’Edhec supplanter emlyon à la 4ème

place (comme pour Challenges mais pas les

trois autres), donne son meilleur résultat

à Audencia (7ème alors que Le Figaro et l’Etudiant

la classent 11 ème et Challenges 9 ème ), Rennes (10 ème ),

l’EM Normandie (16 ème ) et l’Inseec (19 ème ). Cela nous

permet également de clore notre « Classement des

classement » qui débouche sur le top 5 habituel suivi

de Skema, Neoma, GEM, Kedge et Audencia.

Le « classement des classements » des écoles de management 2020

A ses côtés Sylvie Jean a été

nommée à la direction de son

programme Grande école

(PGE) à compter de début

août. Alors qu’elle occupait

depuis trois ans le même

poste à Neoma, elle succède

à Nathalie Hector, Docteur

en Sciences de Gestion,

Sylvie Jean est professeur

et chercheur en marketing.

Dans le même temps le

directeur académique

de l’école, Philippe

Monin, a annoncé son

départ de emlyon.

4


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS L’ESSENTIEL DU MOIS

JUIN 2020 N° 38

L’Essec lance une nouvelle

démarche stratégique

Construite au cours des 18 derniers mois en

concertation avec l’ensemble des parties

prenantes, la stratégie Together vise à « transformer

en profondeur l’école dans toutes

ses dimensions : enseignement, recherche et vie

des campus ». D’ores et déjà de nombreuses actions

sont initiées, en phase avec « l’impérieuse nécessité

d’infléchir la courbe du réchauffement climatique pour

ne pas dépasser les +2°C en 2100 », mais aussi pour

« contribuer au développement d’économies plus

inclusives, moins inégalitaires, plus respectueuses

des hommes et des femmes dans leurs diversités ».

Ainsi, c’est l’ensemble de l’ESSEC Business School qui

entend se réinventer pour répondre aux attentes des

étudiants et autres parties prenantes, en transformant

sa pédagogie, sa recherche et la vie sur ses campus.

Parmi les 50 premiers projets de transformation

citons :

• la formation de 100% des étudiants aux enjeux

sociaux et environnementaux contemporains.

Ainsi, dès la rentrée 2020, tous les étudiants de formation

initiale suivront un enseignement obligatoire

conséquent sur les enjeux climatiques ;

• Le développement de la production de connaissances

et de ressources sur les enjeux de la

transition grâce à une mobilisation large du corps

professoral. En septembre 2020, un nouveau MOOC

“Climat et Entreprises” sera lancé en partenariat avec

le cabinet de conseil Carbone4 et une “Sustainability

Case Factory” créée pour produire et diffuser des cas

pédagogiques adaptés aux enjeux contemporains ;

• La mise en place d’une gestion environnementale

exemplaire des campus en s’engageant notamment à

diminuer de 25% son empreinte carbone dans les 3

années à venir, en proposant une alimentation plus

locale et plus saine dans ses points de restauration

et en démultipliant les ateliers d’éco-citoyenneté ;

• La poursuite du développement de la diversité

sociale avec l’objectif d’atteindre 27% de boursiers

parmi les étudiants de la grande école (contre 22%

actuellement).

Une journée pour vivre

l’expérience BSB

Ses oraux étaient réputés les

meilleurs de toutes les écoles

de management post prépas.

Alors qu’un nouveau site web

dédié aux Admissibles vient

d’être mis en ligne, toute

la journée du jeudi 7 mai

a permis aux candidats de

s’immerger dans l’expérience

BSB grâce à un Facebook

Live multi-dimensionnel.

Accueil par le Directeur,

présentation du programme,

interviews et webinars pour

tout savoir des expertises

et spécialités de l’Ecole,

visite du campus, mais aussi

ateliers détente, échanges

avec la Team Admissibles

et un DJ set en live : de

9h15 à 23h ce jeudi 7 mai,

BSB a invité les potentiels

candidats à la découvrir

sous de nombreuses facettes

via un Facebook Live géant

sur @AdmissiblesBSB.

Voir le film admissibles

Elles/ils bougent…

Isabelle Barth quittera dans

les semaines à venir la

direction de l’Inseec SBE

ainsi que celle de toute la

recherche du groupe Inseec

U. (Inseec Grande école,

ESCE, EBS, ECE, UIM).

Isabelle Barth avait pris la

tête de l’Inseec BS le 1er

juillet 2018, la transformant

ensuite, après un plan de

relance très ambitieux, en

Inseec School of Business

and Economics. L’ancienne

directrice de l’EM Strasbourg

(de 2011 à 2016) reprenait

alors la direction d’une école

de management post prépas

après deux années où elle

avait retrouvé son poste de

professeur des universités.

Thomas Allanic, le

directeur du campus parisien

de l’Inseec Grande école,

assure l’intérim à sa tête

alors que Sylvie Faucheux,

la directrice de IFG

Executive Education, prend

la direction de l’innovation

académique et recherche.

Fabio Fonti a été nommé

directeur général adjoint

Faculté et Recherche de

NEOMA Business School

à compter d’août 2020.

Il succède à Sandrine

Henneron, dont le mandat

arrive à échéance. Fabio

Fonti est titulaire d’un PhD

de l’Université de l’Illinois à

Urbana Champaign (Etats-

Unis). De nationalité italienne

et américaine, il a vécu 15

ans aux Etats-Unis et 8 ans

en France. Spécialiste des

théories des organisations

et du leadership, il a été

enseignant-chercheur au

Boston College (Etats-Unis),

à l’Université de Bozen-

Bolzano (Italie) et à Rennes

School of Business (France)

où il était jusqu’ici Doyen

Associé à la Recherche.

Lotfi Karoui a été nommé

directeur du programme

Grande école de EM

Normancie à compter du

1er juin 2020. Actuellement

directeur du campus de

Paris de l’école sa mission

est de « piloter l’ensemble

du programme en accord

avec la mission, les valeurs,

le positionnement de

l’EM Normandie et les

standards nationaux et

internationaux ». Il est docteur

en sciences de gestion de

l’université Paris-Dauphine,

et professeur associé en

stratégie et entrepreneuriat.

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L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS

PUBLI INFORMATION

JUIN 2020 N° 38

PGE de TBS :

les raisons du succès

Le Programme Grande Ecole de TBS nourrit de solides ambitions

pour ses étudiants et se donne les moyens de les réaliser.

Etude de cas d’une stratégie gagnante avec la directrice du programme,

Annabel-Mauve Bonnefous.

Densification des compétences, diversification des

parcours et spécialisation métier sont plus que jamais

les maîtres mots du Programme Grande Ecole de TBS.

Au service d’une ambition : donner aux étudiants

toutes les cartes pour s’épanouir et évoluer dans

leur vie professionnelle aujourd’hui et tout au long

de leur carrière. Pour cela, TBS leur propose une

offre de formation d’excellence conçue pour leur

transmettre un socle académique et pratique robuste

et un portefeuille de compétences très large qui en

feront des professionnels reconnus, responsables

et libres de leurs choix.

L’ÉCOLE DES DOUBLES-DIPLÔMES

La volonté d’ouverture et d’hybridation des compétences

qui est au cœur de la stratégie de l’école

depuis plus de 15 ans permet aujourd’hui à TBS

d’afficher l’offre de doubles-diplômes la plus importante

en France. Les étudiants ont accès à plus

de 100 propositions en France et à l’international,

dans des écoles aussi diversifiées et prestigieuses

que Sciences Po, l’Ecole des Mines, l’INSA ou encore

l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile. « Au terme de

leur scolarité, 100% de nos étudiants ont la garantie

d’avoir deux diplômes, explique Annabel-Mauve

Bonnefous, directrice du PGE. C’est un point fort

du programme, particulièrement apprécié par les

recruteurs et les étudiants. » L’ouverture, ce sont

également les partenariats avec 141 universités

étrangères et les campus de Barcelone, Casablanca

et Londres, qui donnent l’opportunité à ceux qui le

souhaitent d’effectuer tout ou partie de leur cursus

à l’international.

DES COMPÉTENCES DIVERSIFIÉES ET SPÉCIALISÉES

Autre singularité qui contribue à forger des profils

uniques, la grande diversité des parcours proposés :

TBS forme à plus de 2000 métiers, en portant une

attention particulière à l’approfondissement des

compétences. Les étudiants suivent au cours de leur

scolarité 450 h de spécialisation qui font d’eux des

experts dans leur discipline, 6 certificats d’excellence

leur permettent de maitriser des thématiques

qui seront centrales dans les prochaines années

comme le big data, le scale-up, ou encore les soft

skills. « Notre caractéristique est de développer

des expertises très pointues dans de nombreuses

disciplines, poursuit Annabel-Mauve Bonnefous.

Nous préparons ainsi nos étudiants à 10 certifications

professionnelles prestigieuses comme le

CFA en finance, ou le CMA (Certified Management

Accountant) en audit et contrôle de gestion, qui

figurent parmi les plus sélectives au monde. » En

marketing, ce sont plus de sept parcours différents

qui sont proposés avec des spécialisations en digital

marketing, industrie du luxe, communication, big

data marketing, ou encore B2B et B2C. TBS a par

ailleurs développé des programmes qui n’existent

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L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PUBLI INFORMATION

JUIN 2020 N° 38

dans aucune autre école en France. C’est le cas de

la spécialisation en management des Arts et de la

Culture, ou le management aérospatial, qui bénéficie

de la densité unique en Europe de l’écosystème

aéronautique et spatial toulousain. Plus récemment,

un cursus sur l’intelligence artificielle a vu le jour en

partenariat avec le pôle de compétences ANITI. Cet

éclectisme se traduit naturellement dans la diversité

des fonctions à responsabilité occupées par les

diplômés du PGE : chef d’entreprise, directeur de

musée, responsable marketing, directeur financier,

conseiller en stratégie, producteur de films, agent

d’artiste…

LE RÔLE CENTRAL DE L’EXCELLENCE ACADÉMIQUE

La mise en œuvre de cette ambition d’excellence

pédagogique s’appuie sur plusieurs éléments, et

d’abord sur l’excellence du corps professoral constitué

à 97% d’enseignants-chercheurs qui publient régulièrement

dans des revues scientifiques. Ces experts

contribuent à la reconnaissance internationale de

l’établissement et transmettent à leurs étudiants les

savoirs théoriques les plus pointus. Ils les accompagnent

aussi au quotidien par un engagement et

une proximité indispensables à leur réussite.

Ceux-ci profitent également de l’expertise de professionnels

en activité dans les entreprises qui partagent

leurs connaissances pratiques des différents

métiers. « Nous veillons à préserver l’équilibre entre

les apports académiques et pratiques, précise Annabel-Mauve

Bonnefous. La répartition est de 50%

sur les trois ans, avec une progressivité adaptée à

l’apprentissage pour travailler de plus en plus sur la

capacité à être opérationnel en entreprise au fur et à

mesure de l’avancée de la scolarité. » Et au-delà des

savoirs et des savoir-faire, l’école s’attache à leur

transmettre les savoir-être et les comportements

qui sont devenus la clé de la vie en entreprise et qui

sont de plus en plus recherchés par les recruteurs.

L’INNOVATION DANS TOUS LES DOMAINES

Autre moteur de l’ambition de TBS, l’innovation,

indispensable pour proposer aux étudiants une

expérience toujours plus riche et cohérente avec

leur projet professionnel. Des programmes innovants

font appel à de nouvelles formes de pédagogies

prenant en compte les avancées des neurosciences,

des sciences de l’apprentissage et des travaux récents

sur la psychologie et les structures mentales.

Cette année par exemple, un cours expérimental

avec l’humoriste américain Sammy Obeid a permis

d’appliquer en grandeur réelle les résultats d’une

étude scientifique sur l’utilisation de l’humour dans

la pédagogie. L’innovation s’est aussi invitée dans les

réflexions sur les futurs campus de TBS à Toulouse

et Barcelone. Ceux-ci ont été pensés dans un esprit

de co-construction, en impliquant l’ensemble de la

communauté éducative, collaborateurs, corps enseignant

et étudiants, chacun étant invité à donner

sa vision de l’école du futur.

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L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PUBLI INFORMATION

JUIN 2020 N° 38

Plus largement, chaque nouvelle année universitaire

donne lieu à des évolutions qui facilitent la vie des

étudiants et leur donnent de nouvelles possibilités

de construire un projet personnel et professionnel

en phase avec leurs valeurs et leurs talents. La rentrée

dernière avait été marquée par des nouveautés

très appréciées comme les semestres d’échange à

Berkeley et UCLA, les partenariats avec Microsoft,

Cisco et SAS, la possibilité de passer les 3 niveaux

du CFA en finance ou la création du parcours en

alternance sur le campus de Paris.

ENCORE DES ÉVOLUTIONS À LA RENTRÉE

La rentrée de septembre sera tout aussi riche en

innovations pour le PGE, avec notamment l’ouverture

de 28 Masters of science en Master 2 sur les

quatre campus de TBS et la possibilité offerte aux

étudiants en contrat d’apprentissage de réaliser un

double-diplôme dans 10 domaines d’expertise. L’entrepreneuriat,

qui figure au cœur de la pédagogie de

l’école, sera lui aussi renforcé, puisque les étudiants

entrepreneurs de dernière année pourront suivre

leur spécialisation métier sur 2 jours et consacrer

le reste de leur emploi du temps à la création ou au

développement de leur projet. Enfin tous les étudiants

auront accès au nouveau certificat d’excellence Action

Climat, lancé par Gilles Lafforgue et Luc Rouge,

deux professeurs de l’école bien connus pour leur

Une nouvelle reconnaissance internationale

en entrepreneuriat

Résolument engagée sur les thématiques

de l’entrepreneuriat et de l’innovation

pédagogique, TBS propose depuis 3 ans

un programme novateur à ses étudiants de

première année, le Séminaire d’Initiations

Entrepreneuriales (SEMIS). Cette initiative

pédagogique vise à encourager l’esprit

entrepreneurial des étudiants en les

mettant en situation durant une semaine,

avec l’objectif de faire émerger des idées

novatrices et applicables au sein de

l’école. Elle vient d’être couronnée par le

expertise et leur engagement en faveur du climat et

de l’économie durable. « Nous sommes la première

école en France à développer cette expertise parce

que nous avons des économistes spécialistes qui

délivreront des cours de très haut niveau et parce

que cela correspond totalement à nos valeurs »,

conclut Annabel-Mauve Bonnefous. Autant de raisons

supplémentaires de venir découvrir l’environnement

privilégié de Toulouse, ville à la pointe de l’innovation,

de l’entrepreneuriat et de l’art de vivre, atouts

majeurs de l’expérience étudiante à TBS.

prestigieux « Babson Collaborative Spotlight

Award », qui distingue chaque année la

meilleure innovation dans ce domaine. TBS,

seule école française membre du Babson

Collaborative, institution de référence

réunissant des établissements du monde

entier particulièrement actifs autour de

l’entrepreneuriat, voit ainsi récompensée

son excellence pédagogique et la place

centrale accordée à cette thématique

à tous les échelons de la formation.

8


ET SI

L’INSPIRATION

N’EXISTAIT PAS ?

CERTAINS RÊVES N’AURAIENT

PAS CHANGÉ LE MONDE.

TBS, l’école de

management engagée

qui vous rend inspiré.e

et inspirant.e

INSPIRING

EDUCATION

INSPIRING

LIFE

©campus com • Crédit photo : © Flip Schulke Archives / Corbis Premium Historical / via Getty Images


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS L’ESSENTIEL DU MOIS

JUIN 2020 N° 38

Une nouvelle identité

pour l’ISC Paris

Comme beaucoup d’écoles de

management avant elle l’ISC

Paris se structure aujourd’hui

autour d’une marque groupe,

le Groupe ISC Paris et de

deux marques source : ISC

Paris Grande Ecole et ISC

Paris Global Programs. Un

mouvement qui s’accompagne

de la divulgation de ses

nouvelle signature et nouvelle

identité graphique Le tout

sur une nouvelle plateforme

de marque qui met l’accent

sur l’« Action Learning

by ISC », une approche

pédagogique de l’école

fondée sur une « dynamique

et une interaction entre les

enseignements académiques

et des expérimentations

pratiques uniques ».

Le Groupe ISC Paris lance

également deux nouveaux

sites internet, pensés en

collaboration avec l’agence

Madame Monsieur : un

site ISC Paris Grande

École : iscparis.com, un site

Groupe ISC Paris et ISC

Paris Global Programs :

www.groupeisc.com.

Executive Education :

HEC et l’Essec sur

le podium mondial

Le Financial Times a publié

son classement 2020 des

programmes Executive

Education « customised

programmes ». Si l’Iese

l’emporte toujours HEC

et l’Essec progressent

respectivement de quatre

et deux places en un an et

occupent les deux autres

place du podium. L’année est

excellente pour la plupart des

business schools françaises :

l’Insead progresse de sept

places (6 ème ), l’Edhec de

deux (8 ème ), ESCP de quatre

(18 ème ), emlyon de sept (29 ème ),

Skema de 18 (43 ème ). Seules

Grenoble EM et Audencia

perdent des places : dix

places pour la première à la

69 ème , 23 pour la seconde à

la 73 ème . Kedge et NEOMA

Business School intègrent

pour la première fois de

classement, respectivement

au 71 ème et 77 ème rang.

ESCP BS réforme son PGE

« Nous devons apprendre à nos jeunes à ouvrir les yeux

sur le futur et le monde pour les aider à discerner et choisir. »

Durant toute l’année du bicentenaire de l’école,

en 2019, Frank Bournois et l’ensemble des

parties prenantes de ESCP BS ont travaillé

pour refonder le plus vieux programme de

management du monde toujours administré : son

Master in Management (programme Grande Ecole).

« Chaque époque historique nous place face à des

choix. Nos étudiants nous y poussent, nos professeurs

s’investissent dans tous les champs de recherche

liés au développement durable, à la transformation

numérique, depuis plusieurs années. Cette refonte,

fruit d’un travail de longue haleine, arrive à un moment

de l’Histoire qui confirme notre vision. »

28 nouvelles spécialisations. Les contenus ont

été revisités avec le lancement de nombreux cours

inédits. 28 nouvelles spécialisations sont créées

portant l’offre d’ensemble à 58 sur les campus, toutes

en phase avec les problématiques actuelles : sustainability,

IA, robotique, éthique, management à l’ère

du digital, data sciences, etc. L’année de pré-Master

commence par un séminaire sur Sustainability and

Business, tandis que le cycle de master est lancé

avec un séminaire centré la transformation digitale.

Deux thématiques qui servent de base aux différents

enseignements du programme.

La pédagogie digitale sera renforcée, permettant le

suivi des cours à distance d’un campus à l’autre. Ainsi

le séminaire annuel Designing Europe, qui rassemble

l’ensemble de la promotion au parlement européen de

Bruxelles pour une simulation grandeur nature sur la

négociation communautaire, est-il préparé par des

SPOC (Small Private Online Courses) portant sur le

fonctionnement des institutions européennes et les

fondamentaux de la négociation.

Comment s’adapter à un monde post-COVID ?

Alors que beaucoup de business schools s’interrogent

sur l’avenir de leurs accords internationaux

ESCP BS n’a pas vraiment ce problème se félicite

Frank Bournois : « La force de l’Europe, c’est d’être

multiculturelle. Avoir des campus dans différents

pays peu éloignés nous permet de proposer une

expérience totalement intégrée et maîtrisée, réellement

internationale, avec un coût carbone plus

faible (que nous compensons) et compatible avec une

situation sanitaire qui va nécessairement impacter

les déplacements à moyen terme ».

Cinq des six campus de ESCP BS en Europe

© ESCP BS

10


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS L’ESSENTIEL DU MOIS

JUIN 2020 N° 38

« One World » :

Neoma lance une

nouvelle campagne

de communication

En lien avec sa plateforme

de marque lancée fin 2019,

Neoma Business School

lance une nouvelle campagne

publicitaire qui illustre sa

signature « Be Passionate.

Shape The Future ». Baptisée

« One Word », elle repose

sur des mots qui incarnent ce

positionnement: Passionner,

S’épanouir, Encourager,

Transformer, Innover,

Vocation, Immersion…

« L’enseignement supérieur

fait partie d’un marché

mondial au sein duquel la

marque joue un rôle central.

Elle doit se composer

d’éléments forts pour qu’elle

vienne facilement à l’esprit »

analyse Benoit Anger,

directeur général adjoint

Corporate Development &

Communication de l’école.

Retrouver les visuels

publicitaires ici

Emlyon : le online

pour tous

Emlyon business school lance

une plateforme pédagogique

100% online ouverte à tous :

http://keeplearning.em-lyon.

com/ On y retrouve des

webinars en live ou en replay

animés par ses professeurs,

des interviews, des podcasts

et des articles de recherche

des experts de la faculté

ou encore des MOOCs

certifiants et des modules

de formation hybrides…

L’Edhec et Sciences Po Lille

main dans la main

dans les affaires publiques

Double diplôme autour du management des

politiques publiques, préparation de Sciences

Po Lille aux grands concours des fonctions

publiques ouverte aux étudiants de l’Edhec,

projets de recherche, Sciences Po Lille et l’Edhec

viennent de formaliser un rapprochement qui était

annoncé depuis plusieurs mois. « Il nous paraît très

intéressant de marier nos forces autour du management

de la fonction publique. Encore plus aujourd’hui

avec la pandémie même si nous avions lancé le projet

bien avant. Pourrions-nous aller plus loin sur le sujet

crucial de l’économie de la santé demain ? », s’interroge

le directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot.

« Nous sommes deux institutions lilloises qui n’avaient

jamais encore travaillé ensemble et qui se retrouvent

aujourd’hui sur la question des affaires publiques.

Un domaine qui a toujours intéressé nos étudiants »,

confirme son homologue de l’Edhec, Emmanuel Métais

qui voit là une illustration de la nouvelle stratégie de

l’Edhec, « Edhec for Future Generations » pour ouvrir

son école sur les questions de société.

Des étudiants « cousins ». Les champs de rapprochement

sont d’autant plus importants que leurs étudiants

sont souvent des « cousins », qui ont souvent passé les

mêmes concours, selon la formule de Pierre Mathiot :

« Nous avons beaucoup de points de convergence.

Les enjeux sociétaux entremêlent de plus en plus les

intérêts publics et privés. Il y aussi notre dimension

sur la métropole lilloise », commente pierre Mathiot

dont aucun étudiant n’aurait imaginer travailler dans

le secteur privé il y a 20 ans quand plus de la moitié

le font aujourd’hui.

Emmanuel Métais met quant à lui l’accent sur l’hybridation

des profils que va générer l’accord : « Il y a de vraies

vertus pédagogique à avoir des formations hybrides.

Etre confronté à d’autres disciplines, savoirs, permet

d’acquérir une gymnastique particulière. Cela facilitera

ensuite l’intégration dans des équipes hétérogènes

même s’il y a effectivement une sorte de cousinage

ente nos étudiants ».

Mais les deux établissements iront-ils plus loin un

jour ? « Notre rapprochement pose aussi la question

des modalités de croissance des établissements. Sans

aller jusqu’à l’acquisition/fusion les alliances, comme

celles que nous menons jusqu’à l’autre bout du monde,

sont des modalité agiles – 1 ans de travail pour notre

accord et Sciences Po Lille – et très enrichissant »,

reprend Emmanuel Métais avant d’insister : « Je milite

pour le mode de l’alliance ! »

Un double diplôme pour 24 étudiants. Les deux ans

de cours du double diplôme de niveau master autour du

management des politiques publiques seront ouverts

à 24 étudiants, douze de chaque école. Le cursus sera

basé sur la gestion de projet et l’étude de cas pratiques.

Dans un premier axe très « business management » ils

comprendront des cours de droit, gestion de projet,

management, etc. Dans un deuxième seront délivrés

des axe des cours en droit public, évaluation des politiques

publiques, connaissance des politiques locales,

etc. La première année a lieu à l’Edhec, la seconde à

Sciences Po Lille. Le tout avec deux stages dont un

de six mois à l’étranger pour valider le diplôme de

l’Edhec si une période de six mois à l’étranger n’a pas

été effectuée avant.

Un cours de l’Edhec bientôt ouvert

aux étudiants de Sciences Po Lille

© Edhec BS

11


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS L’ESSENTIEL DU MOIS

JUIN 2020 N° 38

1 er emploi : KEDGE soutient

ses jeunes diplômés

Dans un « contexte économique rendu difficile par la crise sanitaire actuelle »,

KEDGE BS Alumni propose à l’ensemble des diplômés

en recherche de leur premier emploi, en France et à l’international,

un programme complet pour faciliter leur insertion dans la vie active.

KEDGE BS Alumni met ainsi à disposition de

ses jeunes diplômés certains de ses outils et

leur propose d’être accompagnés dans leur

recherche d’emploi avec le dispositif « accompagnement

spécial jeunes diplômés » durant les trois

années suivant leur diplomation.

Art & Management : un nouveau cas

pédagogique à distance testé à GEM

Les jeunes diplômés pourront ainsi programmer 5h30

d’accompagnement sur les outils de candidature, prévoir

un plan d’action, identifier les offres pertinentes

et apprendre comment bien préparer son entretien de

recrutement. Le dispositif «accompagnement spécial

jeunes diplômés» se compose de l’accès à 4 webinars

gratuits (dont un portant sur « L’impact de cette crise

sur ma recherche d’emploi »), 3h de coaching individuel

et personnalisé et une inscription gratuite à un

ateliers emploi.

Visite virtuelle

à Neoma BS

Neoma Business School

propose aux candidats une

visite virtuelle de chacun de

ses campus (Reims, Rouen et

Paris), qui s’impose comme

« l’innovation majeure de son

dispositif de communication

pendant cette période de

concours ». Guidé par

Léo, étudiant « avatar »,

le candidat découvre en

immersion et de manière

interactive les campus.

L’idée : « aborder un sujet de management

en partant d’une œuvre d’art présentée

par un artiste afin d’innover dans

l’approche de l’étude de cas ». Les étudiants

sont ainsi amenés à « sortir du

cadre pour développer leur curiosité »

dans ce nouveau cours de marketing qui

a été délivré à distance à 40 étudiants de

2ème année du Programme Grande Ecole

de GEM. Pendant 3 heures, les étudiants

ont notamment interagi avec l’artiste Nathalie

Junod Ponsard autour de l’œuvre

« Deep Water » créée dans le cadre des

premières Nuits Blanches à Paris avant

d’imaginer 4 projets de marketing expérientiel

« dans la peau » des équipes marketing

de Nutella, Emmaüs, Picture et de

la Banque Postale.

12


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS

PAROLES DE PROFS

JUIN 2020 N° 38

SIMON

BADIOU

Membre du conseil

d’administration

de l’APHEC et

professeur de

mathématiques

en classes

préparatoires

au lycée Paul

Valéry à Paris.

CHRISTOPHE

VISCOGLIOSI

Membre du conseil

d’administration

de l’APHEC et

professeur

de sciences

économiques et

sociales en classes

préparatoires

au lycée Olympe

de Gouges à

Noisy-le-Sec.

Les classes préparatoires

de proximité : une chance

pour l’égalité ?

Dans la filière

économique et

commerciale,

les classes

préparatoires dites

de « proximité » ont

été créées dans le

but de démocratiser

l’accès aux classes

préparatoires aux

grandes écoles

(CPGE) et grandes

écoles de commerce.

La pari a-t-il été

réussi ? Peut-on

encore mieux faire

pour favoriser

l’égalité des

chances ?

Les classes préparatoires dites de

« proximité » sont très répandues

aujourd’hui. On en trouve dans

les trois principales filières des

classes préparatoires aux grandes

écoles (CPGE) : les filières littéraire,

scientifique et économique et

commerciale. Leur nombre n’est pas

clairement établi puisqu’elles sont

considérées comme des CPGE à part

entière et non pas comme des CPGE

à statut particulier. Si les effectifs

sont plus faibles dans ces classes

préparatoires, elles dispensent les

mêmes enseignements avec le même

volume horaire que n’importe quelle

autre CPGE ; les enseignants y sont

également nommés par l’Inspection

générale.

Ces similitudes s’expliquent par

l’objectif initial de ces classes

préparatoires de proximité :

démocratiser l’accès aux CPGE et, in

fine, aux « grandes écoles ». En effet,

traditionnellement, depuis la seconde

moitié du xix e siècle 1 , les CPGE ont eu

un recrutement élitiste. C’est encore

le cas aujourd’hui puisque en 2017-

2018, 48,5% des étudiants inscrits en

dans une CPGE classique ou intégrée

dans une école sont des enfants de

cadres ou professions intellectuelles

supérieures, alors que cette catégorie

ne représente que 30% effectifs

universitaires. L’objectif initial des

classes préparatoires de proximité

a-t-il été tenu ? Dans quelle mesure

parviennent-elles à démocratiser

l’accès aux CPGE et grandes

écoles ? Précisons que nous nous

focaliserons sur la filière économique

et commerciale 2 à partir de nos

expériences personnelles. 3

1. Bruno Belhoste, « La préparation aux

grandes écoles scientifiques au xix e siècle :

établissements publics et institutions

privées », Histoire de l’éducation, 90 |

2001, 101-130. https://journals.openedition.

org/histoire-education/834#quotation

2. Notons qu’une étude récente a été consacrée

aux classes préparatoires de proximité

dans la filière scientifique. Yves Dutercq,

Xavier Lanéelle, Christophe Michaut et

Pauline David, « Les classes préparatoires

de proximité, entre démocratisation et loi

du marché », Éducation et formations,

n°100, décembre 2019, p 169-184

3. Il ne s’agit pas ici d’un article de recherche

au sens académique du terme ; il s’agit

davantage d’un témoignage, d’une réflexion

personnelle à partir de nos expériences

respectives en tant qu’enseignants.

13


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PAROLES DE PROFS

JUIN 2020 N° 38

LES CLASSES

PRÉPARATOIRES

DE PROXIMITÉ,

UN ASCENSEUR SOCIAL

Le premier et principal constat

auquel nous aboutissons est que les

classes préparatoires de proximité

permettent largement à des étudiants

issus de milieux populaires (ouvriers,

employés) de bénéficier d’une

mobilité sociale ascendante. Tous les

étudiants qui présentent les concours

à la fin de la deuxième année en

réussissent au moins un et, le plus

souvent, plusieurs. Ils accèdent

à l’une des 25 grandes écoles de

commerce post-prépa qui leur offrent

à la fin de la formation un statut de

cadre et des conditions de vie très

favorables. La mobilité ascendante de

nos étudiants s’appuie également sur

l’acquisition d’une culture générale,

de savoir-faire (raisonnement,

argumentation, expression orale)

et savoir-être (travail de groupe),

qu’ils auraient eu sans doute plus

de difficultés à acquérir dans leur

milieu social d’origine. Il faut dire

qu’ils suivent une formation gratuite

de haut niveau, exigeante, complète

et rigoureuse avec près de 900h de

cours par an. Ces connaissances et

compétences ne leur sont pas utiles

uniquement pour les concours, mais

leur profiteront tout au long leur

formation et carrière professionnelle.

Nous ne disposons pas de données

chiffrées sur le taux de réussite et

l’intégration des étudiants de classes

préparatoires de proximité issus d’un

milieu modeste à l’échelle nationale,

mais il suffit de consulter les résultats

de quelques-unes d’entre elles

© Shutterstock

pour constater l’effet d’ascenseur

social. Au lycée Olympe de Gouges

de Noisy-le-Sec, environ 80% des

étudiants, qui ont passé les concours

en 2018-2019, étaient boursiers

(au sens du CROUS) avec une large

majorité d’échelon supérieur à 1. Tous

les étudiants ont eu au moins une

école et, sur les 15 qui ont décidé d’en

intégrer une, 14 avaient une école du

top 15 (d’après le classement SIGEM

de 2019).

PRENDRE SON BÂTON

DE PÈLERIN

La réussite des classes préparatoires

de proximité nécessite un

investissement considérable des

enseignants, en dehors des activités

pédagogiques, et des personnels de

direction pour attirer les étudiants.

Le « marché » de l’enseignement

supérieur dans lequel elles évoluent

est très concurrentiel. Par rapport

aux classes préparatoires du marché

primaire 4 , elles attirent moins

de candidatures sur Parcoursup

et le pourcentage de vœux 1 par

établissement est nettement plus

faible. Il revient aux enseignants, à la

direction et aux étudiants, lorsqu’ils

4. Dans leur article, Yves Dutercq, Xavier

Lanéelle, Christophe Michaut et Pauline David

distinguent deux marchés pour les classes

préparatoires scientifiques : le « marché

primaire » et le « marché secondaire ». Le

premier est constitué de 38 lycées qui ont un

taux de reçus dans les « très grandes écoles »

supérieur à ma moyenne. Le second, qui

regroupe 186 lycées, est scindé en deux sousgroupes

: le marché A avec 134 lycées qui

ont au moins un reçu au cours des 5 dernières

années dans les « très grandes écoles » et le

marché B avec 52 lycées qui n’en ont aucun.

14


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PAROLES DE PROFS

JUIN 2020 N° 38

de pré-rentrée, des stages en langues

et mathématiques, des séances de

coaching. Les étudiants bénéficient

également du programme de mentorat

« Trajet d’avenir » de la Fondation

RATP 5 grâce auquel nos étudiants

sont suivis, s’ils le souhaitent, par des

cadres de la RATP.

© Shutterstock

sont sollicités, de se mobiliser pour

faire la promotion de leur classe

préparatoire dans l’objectif unique,

le plus souvent, de faire le plein. Il

leur faut alors apprendre à maitriser

différents canaux de communication

alors qu’ils n’ont pas été formés pour.

Les stratégies de communication

peuvent être très diverses.

Elles peuvent mobiliser des

ressources en interne : création

d’un site internet, présence sur les

forums de l’enseignement, visites

des lycées environnants (Journées

portes ouvertes, intervention dans

les classes), proposer des journées

d’immersion, etc. Au lycée Olympe de

Gouges, toutes ces ressources ont

été utilisées, mais la plus importante,

parce qu’efficace, demeure les

visites de lycées. Il s’agit alors de

prendre son « bâton de pèlerin » et

de se répartir entre collègues les

visites des lycées environnants. En

général, l’équipe pédagogique, aidée

des étudiants, visite une trentaine

d’établissements chaque année,

soit 5-6 visites en moyenne par

enseignant. Les conditions d’accueil

peuvent être très variables : tantôt,

la participation à un forum de

l’orientation où l’enseignant reste

assis plusieurs heures à attendre

les rares étudiants qui viendront le

voir ; tantôt, une intervention devant

une classe de terminale enthousiaste

où l’enseignant a le sentiment d’être

écouté et de convaincre son auditoire.

Les ressources externes peuvent

être très utiles. Par exemple, toujours

au lycée Olympe de Gouges, il existe

un partenariat avec la mission pour

l’égalité des chances de HEC qui

propose aux étudiants un séminaire

DES REPRÉSENTATIONS

À DÉPASSER

La stratégie du bâton de pèlerin est

la stratégie de communication la

plus efficace car, non seulement elle

fait découvrir à un grand nombre de

lycéens (plus qu’on ne le pense sans

doute) l’existence des CPGE, mais en

plus, elle permet de lutter contre les

fausses croyances au sujet de ces

formations. Les classes préparatoires

sont encore trop souvent associées

à une formation très élitiste

socialement, fondée sur une hyper

compétition de chacun contre chacun,

où seuls les meilleurs réussiraient

et tous les autres échoueraient. Ces

représentations sont partagées

par un nombre non négligeable de

lycéens, leurs parents, mais aussi

par des enseignants. Rien de mieux

alors qu’une intervention dans un

lycée, préparée en amont par les

enseignants de l’établissement, pour

battre en brèche ces représentations.

Il faut faire comprendre que peu (voire

aucune à notre connaissance) de

classes préparatoires correspondent

à ce modèle et, encore moins, les

classes préparatoires de proximité.

5. « La Fondation Groupe RATP s’engage »

in L’essentiel du Sup, n°33, décembre 2019.

15


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PAROLES DE PROFS

JUIN 2020 N° 38

Elles sont mêmes génétiquement à

l’opposé de ces représentations car,

dès l’origine, les classes préparatoires

de proximité ont été conçues

pour démocratiser l’accès à cette

formation et aux grandes écoles.

Casser ces représentations constitue

un exercice difficile puisqu’elles

sont déjà solidement ancrées.

De plus, il faut trouver un point

d’équilibre dans le discours entre,

d’un côté, la nécessité de rassurer

les étudiants sur la bienveillance des

classes préparatoires de proximité,

le suivi individualisé et, d’un autre

côté, l’affirmation des exigences

académiques de la formation pour

maximiser les chances de réussite

aux concours.

Ces deux discours apparaissent

comme antagonistes pour les élèves :

si le discours sur la bienveillance

est trop marqué, les élèves auront

tendance à penser que cette classe

préparatoire de proximité est une

« sous-classe préparatoire » ; si le

discours sur l’exigence académique

ressort trop, le risque est de

conforter les élèves dans leurs

représentations élitistes des classes

préparatoires et de ne pas pouvoir

les recruter. Dans les faits, ces deux

réalités se complètent l’une et l’autre :

le suivi individualisé des étudiants

dans les classes préparatoires

de proximité les aide à s’épanouir,

progresser et mieux réussir aux

concours.

Une autre représentation, plus

spécifique à la filière économique

et commerciale, et compliquée

à désamorcer, porte sur le coût

des études. Contrairement à la

précédente représentation, celle-ci

se fonde sur une réalité tangible :

les frais de scolarité dans les

grandes écoles de commerce sont

effectivement très élevés. En 2019,

il faut compter en moyenne 40 313

euros pour financer l’intégralité de la

formation et ces frais ont augmenté

de 73% en 10 ans 6 . Cet argument,

dissuasif pour les élèves, est

particulièrement difficile à nuancer

lorsqu’on fait la promotion d’une

classe préparatoire de proximité

auprès d’élèves issus de milieux

modestes (et classes moyennes).

C’est notamment le cas au lycée

Olympe de Gouges dont le bassin de

recrutement se trouve principalement

en Seine-Saint-Denis. On présente

alors les différentes solutions de

6. https://major-prepa.com/ecoles/fraisde-scolarite-ecoles-de-commerce/

© Shutterstock

16


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PAROLES DE PROFS

JUIN 2020 N° 38

financement : le crédit bancaire

remboursable à partir du moment

où l’étudiant trouve un emploi ;

l’alternance pour que l’entreprise

prenne en charge les frais de scolarité

et verse une indemnité ; les écoles

qui proposent parfois des frais de

scolarité réduits voire nulles pour

les boursiers ; avoir un « petit job »

pendant les études, etc.

Même si ces arguments sont justes,

il est impossible de savoir s’ils

sont suffisamment convaincants

pour attirer des élèves de milieux

modestes en classe préparatoire

dans le but d’intégrer une grande

école de commerce. C’est la raison

pour laquelle un autre argument

complémentaire peut être mobilisé :

les classes préparatoires de proximité

ne débouchent pas uniquement sur

les grandes écoles de commerce. Les

CPGE économiques et commerciales

préparent directement aux concours

d’autres grandes écoles publiques et

gratuites (ENS Paris-Saclay, ENSAE,

ESM de Saint-Cyr), mais aussi,

plus largement, à de nombreuses

formations universitaires (économiegestion,

MASS, AES) dont les Écoles

de Management Universitaires. 7

Ces formations peuvent être

particulièrement appropriées (sans

s’y réduire bien entendu) pour des

étudiants de milieux populaires qui

fréquentent les classes préparatoires

de proximité et qui ne disposent

pas des ressources économiques

suffisantes pour financer une grande

école de commerce. D’expérience,

7. Il y en 35 en France qui proposent

des formations universitaires en

management (Licence, Master, Doctorat)

et sont regroupées au sein du réseau IAE

France - https://www.iae-france.fr

© Shutterstock

les lycéens que nous rencontrons,

les étudiants que nous recrutons,

ne connaissent pas assez ces

débouchés. Ils assimilent les CPGE

économiques et commerciales à une

préparation presque exclusivement

réservée aux grandes écoles

de commerce. Il apparaît alors

nécessaire de présenter ces

formations publiques, gratuites,

en plus des grandes écoles de

commerce, aux lycéens et étudiants

pour les attirer au sein des classes

préparatoires de proximité et faire

fonctionner l’ascenseur social.

PRENDRE L’ASCENSEUR

JUSQU’AU DERNIER ÉTAGE ?

Si les classes préparatoires de

proximité favorisent l’égalité des

chances, elles peuvent le faire

encore davantage en aidant les

élèves et étudiants à s’arracher

de leurs représentations biaisées,

parfois faussées, de la réalité grâce

à une meilleure communication.

C’est la raison pour laquelle l’APHEC,

ESCP BS et SKEMA BS ont créé

un MOOC à destination, entre

autres, des lycéens, étudiants et

de leurs parents, qui présente les

formations en CPGE économiques

et commerciales et grandes écoles

de commerce. 8 D’autres dispositifs

existent déjà et doivent être

renforcés. Il faut que les grandes

écoles de commerce poursuivent

leurs politiques d’aides financières

auprès des élèves de milieux

modestes (frais de scolarité réduits,

progressifs, gratuité), même si la

concurrence internationale accrue

et la baisse des aides publiques

les contraignent à augmenter leurs

frais de scolarité. Les partenariats

entre grandes écoles et classes

8. https://www.fun-mooc.

fr/courses/course-v1:cpgeeconomiques+153001+session02/about#

17


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PAROLES DE PROFS

JUIN 2020 N° 38

On pourrait imaginer que les meilleurs

élèves fréquentent davantage les

classes préparatoires de proximité au

lieu de fuir vers les CPGE du marché

primaire. Cette solution suppose de

rompre avec la logique permanente

du classement entre les CPGE

(classement dans les médias, dans les

représentations des enseignants, des

élèves) pour faire comprendre que ce

n’est pas la classe préparatoire qui

fait l’élève mais l’inverse.

préparatoires de proximité sont

également très utiles à l’image de

celui qui existe entre la mission pour

l’égalité des chances de HEC et le

lycée Olympe de Gouges. Enfin, il est

indispensable d’accentuer le maillage

territorial des classes préparatoires

de proximité, notamment dans les

zones où traditionnellement les

élèves ne s’orientent pas vers cette

formation.

Toutefois, malgré ces dispositifs

existants, on constate que le nombre

d’étudiants en provenance des

classes préparatoires de proximité

qui intègrent les meilleures écoles

de commerce reste très faible.

Ce constat interroge l’objectif des

classes préparatoires de proximité.

Doivent-elles se cantonner à ce

qu’elles font déjà très bien, c’està-dire

préparer des étudiants à

intégrer dans leur grande majorité de

« bonnes » écoles de commerce ? Ou

alors, doivent-elles être considérées

comme des CPGE au même titre que

celles du marché primaire et, si oui,

comment faire en sorte que leur taux

de réussite dans les meilleures écoles

de commerce soit plus élevé ? Si l’on

adopte le deuxième point de vue, il

faut envisager de nouvelles solutions.

© Shutterstock

On pourrait imaginer que les

meilleures écoles de commerce

modifient également leurs modalités

de recrutement. Quand on sait le

caractère socialement discriminant

des épreuves écrites dans la

filière économique et commerciale,

pourquoi ne pas augmenter le

nombre d’admissibles et donner

leurs chances à un plus grand

nombre de candidats, dont ceux

issus des classes préparatoires de

proximité, de faire valoir leurs qualités

personnelles à l’oral ? Même s’il faut

l’étudier plus en profondeur, cette

solution pourrait favoriser l’ouverture

sociale des grandes écoles et l’égalité

des chances comme l’a souhaité la

ministre de l’Enseignement supérieur,

de la Recherche et de l’innovation,

Frédérique Vidal, en octobre dernier.

18


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STATION F à Paris pour accélérer leur start up.

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EDHEC MASTER 2011

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la composition des produits

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Fondateur de la chaine Youtube musicale Electro Posé

et du label Inside Records

Classée 1 ère Grande Ecole en France pour la

dimension entrepreneuriale (FT Ranking

Top MBAs for Entrepreneurship 2018), l’ED-

HEC est partenaire de Station F, le plus grand

campus international de start-up au monde,

grâce au soutien décisif de diplômés EDHEC

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Cet hébergement complète l’offre de l’incubateur

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L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

JUIN 2020 N° 38

Christophe Germain

DIRECTEUR GÉNÉRAL D’AUDENCIA BS

« Nous conjuguerons enseignement

distanciel et présentiel »

Entre enseignement à distance et

présentiel, le casse-tête que sera la

rentrée 2020 n’en finit pas de remettre

en cause certitudes et habitudes.

Christophe Germain, le directeur général

d’Audencia BS, revient avec nous sur les

adaptations nécessaires.

Olivier Rollot : Vous avez rouvert vos campus

à certains personnels cette semaine. Une

première étape test pour préparer la rentrée

des étudiants. Comment envisagez-vous

cette rentrée 2020 ?

Christophe Germain : Elle s’effectuera à des dates

différentes selon les programmes. La première année

du programme Grande école (PGE) sera forcément

décalée de quelques semaines pour laisser le temps

aux étudiants, qui n’auront effectué leur choix d’école

que le 12 août, de trouver un logement et de gérer leur

installation. Pour les formations en mastère spécialisé®,

cela a toujours été un peu plus tard en septembre et

la date initialement prévue devrait être respectée.

Enfin, les programmes internationaux démarreront

vraisemblablement en distanciel.

O. R : Comment envisagez-vous l’arrivée des

étudiants internationaux ?

C. G : Nous n’avons pas encore d’idée précise sur les

effectifs. Au-delà de nos institutions, c’est la possibilité

de venir en France qui est en question. Dans ce contexte,

nous allons proposer aux étudiants internationaux un

début de programme en distanciel puis en présentiel

lorsque cela sera possible. Mais qu’est-ce que ces

étudiants vont décider le jour où on leur proposera

un début de formation en distanciel ? Espérer que les

frontières vont s’ouvrir dans l’année académique ou

attendre un an de plus pour aller à l’international ? Il

est impossible aujourd’hui de savoir quel sera le taux

de déperdition.

Un de nos atouts est de pouvoir délivrer nos cours

sur notre campus chinois de Shenzhen – qui vient de

rouvrir ses portes mi-mai - et Chengdu pour le BBA.

Nous pouvons y recevoir des étudiants chinois avec

une faculté dédiée composée de professeurs internationaux

et un staff chinois.

100% prépas

100% des élèves de première

année du programme Grande

école (PGE) sont issus de

classes préparatoires. « A

ce stade de formation, nous

considérons que ce sont les

meilleurs étudiants. Ce que

nous attendons aujourd’hui

et demain des classes

préparatoires (et c’est le

challenge qui se présente

à elles), c’est de toujours

former de très bons étudiants

tout en reconnaissant et

intégrant la diversité des

profils qui se présenteront à

elles dans le futur », explique

Christophe Germain.

Dans tous les cas, nous conjuguerons enseignement

distanciel et présentiel. Nous ne ferons pas du 100%

à distance. L’idée est d’alterner de façon à pouvoir

recevoir le nombre d’étudiants maximum sur place

en fonction des conditions sanitaires que nous allons

avoir à respecter. Ce qui signifie pour nous recevoir

moitié moins d’étudiants sur les campus. Mais si demain

toutes les consignes de distanciation venaient à être

levées, nous reviendrons bien sûr au tout présentiel.

C’est très important pour construire le lien social de

venir sur les sites. Mais il faut aussi que les étudiants

soient conscients des enjeux sanitaires alors que les

sondages montrent que les jeunes se sentent moins

concernés que le reste de la population par la crise

sanitaire.

La rentrée des élèves de classes préparatoires

s’effectuera cette année mi-septembre.

© Audencia BS

20


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

JUIN 2020 N° 38

O. R : Autre défi pour vous : l’emploi

des jeunes. Les entreprises françaises

connaissent et vont connaître d’importantes

difficultés économiques cette année.

Comment pourvoir stages et contrats

d’apprentissage auprès de vos étudiants, un

emploi à vos diplômés?

C. G : Des périodes de stage ont été arrêtées avant

de reprendre à distance. C’est le cas par exemple

d’étudiants qui effectuaient leurs stages à l’étranger.

Si beaucoup de secteurs vont recruter comme ils

l’avaient envisagé, d’autres vont être très impactés.

Quant à l’apprentissage, j’ai l’intuition que si les conditions

sanitaires sont résolues, cela repartira très vite.

O. R : S’il fallait voir un aspect positif

dans la crise que nous vivons, les yeux se

tourneraient vers l’enseignement à distance.

Votre passage au 100% distanciel s’est bien

passé !

C. G : C’est effectivement une vraie satisfaction d’avoir

su mener à bien aussi vite la bascule à 100% en distanciel.

Nous avons progressé beaucoup plus vite qu’en

période normale. Là où il existait des réticences vis à

vis de l’enseignement à distance, elles se sont tues.

Nous avons d’ailleurs été favorisés dans cette démarche

par une évolution des modalités de réalisation du plan

de charge de nos professeurs.

Mais il ne faut pas non plus oublier que l’enseignement

à distance tel que nous l’avons pratiqué est un dispositif

d’urgence qui ne présage en rien d’un dispositif

totalement distanciel ou blended demain.

O. R : Sur quelle plateforme d’enseignement

à distance travaillez-vous ?

C. G : Depuis 2008, nous utilisons Blackboard Collaborate.

Et toujours en synchrone.

O. R : Comment avez fait évoluer le plan de

charge de vos professeurs ? Cela doit être

très compliqué.

C. G : Depuis la rentrée 2019, le plan de charges des

professeurs est évalué en crédits ECTS et non plus en

nombre d’heures de face à face. Ce changement avait

été opéré pour promouvoir l’innovation pédagogique et

permettre à chaque enseignant de remplacer, à hauteur

de 20% les heures en présentiels par des dispositifs

pédagogiques innovants.

Cette mise en place a nécessité 2 années complètes

Le campus d’Audencia à Shenzhen recevra

à la rentrée essentiellement des étudiants chinois.

de façon à ce que nous homogénéisions le catalogue

de cours et qu’il y ait une stricte équivalence entre les

heures de cours et les crédits ECTS, tous programmes

confondus.

Pour que cela ne se fasse pas au détriment de certains,

nous avons conservé une double comptabilisation pendant

deux ans. Aujourd’hui, 90% des plans de charge

sont évalués avec cette nouvelle « unité d’œuvre ».

O. R : Les entreprises sont en plein désarroi.

Quand la formation continue va-t-elle

reprendre ?

C. G : Certains cours en présentiel ont été transférés

en distanciel. Aujourd’hui, nous pouvons de nouveau

recevoir des apprenants. C’est important car les entreprises

ont une vraie appétence pour le présentiel.

Il nous faut nous adapter aux nouvelles consignes de

sécurité, de désinfection et d’équipements des locaux.

Ce qui génère des coûts supplémentaires.

O. R : Le retour en activité va représenter

beaucoup de coûts supplémentaires.

Comment allez-vous y faire face ?

Notamment pour les travaux que vous avez

entrepris dans vos bâtiments.

C. G : Nous devons résoudre une équation compliquée

avec différents scénarios budgétaires. Nos travaux

sont presque finis et seuls certains seront décalés

dans le temps. Mais il faut surtout raison garder, retirer

des enseignements des deux mois écoulés et ne pas

se précipiter Cette situation n’est peut-être qu’une

parenthèse pour nos activités.

Audencia, c’est

aussi un groupe

Historiquement, Audencia

s’est construite autour de son

PGE, puis a développé son

portefeuille de programmes

en management, mais

l’Ecole délivre également

des programmes en

communication sous

la marque Audencia

SciencesCom. Le

Mediacampus, qui abrite ces

programmes, est aujourd’hui

l’incarnation de ce que l’école

entend développer en matière

d’éco-système d’apprentissage

et de formation. Les étudiants

y côtoient des professionnels

de la communication et

des médias, des start-ups

évoluant dans le domaine

des jeux vidéo et du

cinéma d’animation, et

ils peuvent également

bénéficier des installations

d’une chaîne de TV.

© Audencia BS

21


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN JUIN 2020 N° 38

Les travaux de rénovation du campus

sont presque achevés.

L’hybridation des

compétences

© Audencia BS

La mobilité à l’international est certes peut-être à

repenser, mais doit-elle pour autant être remise en

cause ? Depuis les Lumières, on sait qu’il faut voyager et

s’enrichir d’autres cultures pour parfaire son éducation.

O. R : C’est le meilleur moyen pour eux de se

préparer à vivre dans un monde incertain ?

C. G : Nous vivons aujourd’hui dans une incertitude

totale à très court terme. Une nouvelle information

peut changer totalement la donne à chaque instant.

Dans ce contexte, il nous faut repenser les équilibres

en permanence. Comme l’écrivait Rudyard Kipling dans

son poème : « SI »

« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir… »

O. R : Audencia est justement en pointe en

matière de RSE (responsabilité sociétale des

entreprises). Vous venez d’ailleurs d’obtenir

le renouvellement d’un label.

C. G : Le Label Lucie est l’équivalent de la norme ISO

26000 de la RSE. Nous avons obtenu son renouvellement

pour la seconde fois et pour la durée maximale

pour notre approche responsable du management.

Dans le même spectre, le Groupe Crédit Agricole SA

a rejoint ces dernières semaines la chaire RSE en tant

que grand mécène.

O. R : Une dernière question : le Triathlon

Audencia La Baule, qui reçoit près de 6000

participants chaque année, aura-t-il lieu à la

rentrée ?

C. G : Ce n’est pas décidé mais il y a peu de chances.

D’abord parce que nos étudiants de première année,

qui en assurent l’organisation, n’auront pas forcément

fait leur rentrée. Ensuite parce que nous ne savons pas

ce que décideront les sponsors ni si nous aurons les

autorisations de la préfecture et de la mairie. Enfin,

évidemment parce que nous ne voulons absolument

pas prendre le risque de déclencher un nouveau foyer

de cette pandémie.

Un des axes clés de la

stratégie d’Audencia

BS reste l’Alliance

Centrale – Audencia -

ENSA et l’hybridation

des compétences qui en

découle. « Nous voulons

associer passion et

professionnalisation, intérêt

pour les métiers de l’image,

les sciences politiques,

l’ingénierie, l’architecture,

les arts, la technologie,

etc… et le management.

Demain, le pourcentage

d’étudiants « hybrides »

devrait avoisiner les 40% »,

confie Christophe Germain.

22


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

JUIN 2020 N° 38

Florence Legros

DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’ICN BS

& Sarah Vaughan

RESPONSABLE DES ACCRÉDITATIONS DE L’ICN BS

« Etre accréditée par l’AACSB

est un accomplissement pour l’ICN »

L’ICN vient d’être accréditée par l’AACSB

(Association to Advance Collegiate

Schools of Business). Une consécration

pour une école maintenant triple

accréditée. Le regard de sa directrice

générale, Florence Legros, et de sa

responsable des accréditations, Sarah

Vaughan, sur ce long processus et,

plus largement, sur une actualité qui

s’appelle toujours Covid-19.

Olivier Rollot : ICN était déjà accréditée

par l’EFMD (Equis) et l’Amba. Qu’est-ce

que cela représente pour vous d’obtenir

l’accréditation de l’AACSB (Association to

Advance Collegiate Schools of Business) ?

Florence Legros : Etre accréditée par l’AACSB est

un accomplissement après un long travail pour l’ICN.

Avec ces trois accréditations nous sommes vraiment

passés en première classe. Nous allons ainsi avoir

accès aux meilleurs partenariats internationaux. C’est

un vrai nouveau départ ! A nous maintenant de nous

maintenir à ce niveau.

O. R : Vous parlez d’un long travail. Combien

d’années le processus a-t-il duré ?

F. L : Les démarches ont commencé en 2012 mais il y a

eu ensuite quelques péripéties dans la vie de l’école, un

relâchement des efforts à un moment et de mauvaises

habitudes reprises pendant un intérim à la direction.

Enfin la démarche a été mise en mode pause le temps

de mettre en place un nouveau positionnement de notre

Alliance Artem. Nous avons fait beaucoup de ménage

depuis trois ou quatre ans mais il reste encore un peu

de poussière dans les coins. Maintenant les bonnes

habitudes que nous avons prises pour obtenir et

conserver nos accréditations vont perdurer.

Sarah Vaughan : Nous avons su renforcer nos

singularités. Le label AACSB est le produit de cette

mutation en profondeur. Cette accréditation c’est un

nouveau voyage qui commence !

O. R : L’actualité c’est bien sûr la pandémie

du Covid-19 et son impact sur l’enseignement

supérieur. D’autant plus pour ICN qui se situe

en zone rouge. Comment allez-vous gérer

la rentrée de vos étudiants et déjà de vos

personnels ?

F. L : Toutes les rentrées se feront le 1er septembre.

Si on n’a pas tordu le coup au Covid d’ici là nous nous

demandons si nous ferons une rentrée en présentiel

sur la base du volontariat ; Ensuite nous proposerons

aux étudiants français de suivre les cours dans des

groupes réduits. Avec une partie de e-learning. Nous

n’aurons en effet pas assez de place pour recevoir

tous les étudiants avec une distanciation suffisante.

Sans parler du temps qu’il faudra pour faire entrer des

étudiants dans les salles au goutte à goutte en cours.

Ce n’est pas comme pour un concours où on peut leur

L’Alliance Artem

Dans le cadre de l’Alliance

Artem des étudiants de l’ICN

BS, Mines Nancy et l’Ecole

nationale supérieure d’art et

de design de Nancy ont des

ateliers communs et 20%

des cours sont en commun

dès la première année du

programme Grande Ecole.

23


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN JUIN 2020 N° 38

Cap sur

l’entrepreneuriat

© ICN BS

L’ICN, Mines Nancy et l’Ecole nationale supérieure d’art

et de design de Nancy sont réunies sur le campus Artem.

demander de venir deux heures avant. Les étudiants

étrangers pourront quant à eux commencer leur année

en e-learning avant d’intégrer progressivement nos

locaux. Enfin notre E-MBA démarrera entièrement

en ligne.

Le 11 mai seulement 14 personnes ont rejoint l’école

alors qu’une dizaine sont en chômage partiel depuis

un mois et quarante autres en congé maladie pour

garder leurs enfants. Avec une compensation de salaire

à 100%. Tous les autres vont rester en télétravail

jusqu’aux vacances d’été.

O. R : La bonne nouvelle c’est effectivement

que la mise en place des cours à distance

s’est très bien déroulée depuis le début du

confinement…

F. L : Les professeurs ont très bien travaillé. En six

jours nous avons par exemple scénarisé 89 cours

et mis en place une plateforme d’échanges entre les

étudiants et les professeurs sur Zoom. Le seul souci

c’est que certains parents n’ont pas compris pourquoi

nous ne maintenions pas les cours en direct. Nous leur

avons expliqué qu’il y avait des étudiants malades et

que nous voulions mettre des supports de cours en

ligne pour que chacun puisse travailler à son rythme.

Sinon les examens ont eu lieu sans problème avec

essentiellement des dossiers et des devoirs à rendre.

S. V : Il y a un immense avantage à donner la liberté de

temps et d’espace. Cela permet mieux d’atteindre ses

objectifs. Et même pour des travaux de groupe d’une

semaine comme celui que nos étudiants ont réalisé

pour la Caisse d’assurance retraite et de la santé au

travail, la Carsat. Des compétences que vont demander

de plus en plus les entreprises.

F. L : La crise a été un accélérateur forcé de cette

digitalisation. Je crois que si nos étudiants ont si bien

réagi c’est aussi parce que nous leur enseignons une

certaine souplesse au sein d’Artem. Nos étudiants sont

habitués à sortir de leur silo.

O. R : Les concours post prépas sont quelque

peu bousculés dans leur organisation. Vous

êtes satisfait de cette organisation ?

F. L : Il m’a très rapidement apparu tout juste impossible

d’organiser des oraux en temps comme en organisation.

On ne pouvait pas faire venir des étudiants de toute

la France sereinement. Maintenant serait souhaitable

que les lycées soient ouverts pour qu’on puisse y faire

passer les épreuves. S’ils sont fermés, notamment

dans les zones compliquées, cela sera plus difficile

à organiser.

O. R : Parmi les zones de vigilance que

doivent gérer les écoles la question de

l’accueil des étudiants internationaux

interpelle. Dans quelle proportion pensezvous

que ces étudiants pourront rejoindre

vos campus à la rentrée 2020 ?

F. L : Le ministère des Affaires étrangères comme celui

de l’Intérieur doivent prendre position vis à vis de la

venue des étudiants internationaux. Sans compter que

si les CROUS restent fermés il sera bien difficile de les

loger. Pendant ce temps d’autres pays, par exemple

la Suède, vont ouvrir plus vite leurs portes. Or on sait

qu’une fois une destination adoptée il est plus facile

de faire revenir des étudiants les années suivantes.

S. V : La destination France a déjà souffert avec les

gilets jaunes. Il va maintenant falloir reprendre toute

une dynamique.

ICN Business School

propose depuis la rentrée

2019 un accompagnement

professionnel à

l’entrepreneuriat à ses

étudiants. Ce nouveau

dispositif se traduit

notamment par la mise

en place d’un nouveau

référent accompagnement

professionnel entrepreneuriat,

David Gegonne, professeur

affilié à ICN et directeur

exécutif de Grand Nancy

Innovation et le lancement

du Prix de l’entrepreneuriat

étudiant. De même il est

dorénavant possible de

rejoindre l’association

ICN Entrepreneurs dès la

1ère année du programme

Grande Ecole.

24


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

JUIN 2020 N° 38

Elian Pilvin

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’EM NORMANDIE

« Nous saurons construire une proposition de valeur

en phase avec les grands enjeux de demain »

Un programme Grande école (PGE)

qui évolue vers plus de modularités et

une rentrée qui s’annonce compliquée

comme pour toutes les écoles. Le

directeur général de l’EM Normandie,

Elian Pilvin, établit avec nous le

plan de charge d’une école dont le

développement sur plusieurs campus

n’est pas obéré par la crise.

Olivier Rollot : Le Programme Grande école

(PGE) de l’EM Normandie évolue à la rentrée

2020. Dans quel esprit ?

Elian Pilvin : Après la première réforme engagée en

février 2019, nous avons souhaité aller plus loin en

mettant l’expérience étudiante au cœur du PGE. Nous

voulons que tout leur apprentissage (cours, stages,

alternance, expatriation, engagement associatif) devienne

un espace d’expérimentations permanentes, de

création et de partage au sein duquel les étudiants sont

les premiers acteurs. En capitalisant sur toutes ces

« tranches de vies », ils peuvent ainsi murir leur projet

personnel et professionnel et surtout développer leurs

compétences et leur savoir-être. La réforme intègre

donc de nouvelles disciplines, une internationalisation

renforcée, sur nos campus de Dublin et Oxford et chez

nos partenaires, de nouvelles spécialisations de M2

et des projets à visée professionnalisante. Côté technique,

nous mettons davantage l’accent sur le digital,

où nous avons un vrai savoir-faire, pour faire de ces

digital native des digital actifs.

Nous intégrons donc plus de modularité dans les enseignements

pour laisser plus de libre choix aux étudiants

dans leurs parcours dès la première année post bac.

Ainsi, chaque semestre, les étudiants choisissent des

matières électives telles que psychologie, astronomie,

gouvernance et éthique d’entreprise, management des

organisations sportives, art, histoire des organisations,

entreprendre en ESS, New Trends in Marketing, Managerial

Communication and Critical Thinking, etc., visant

à élargir à la fois leur culture générale et managériale.

Autant d’expertises de nos professeurs qui vont déboucher

sur des capsules de cours.

Nous allons également les faire travailler plus largement

en mode projet pour encourager le travail d’équipe,

l’innovation et l’engagement. En première année, nous

leur proposons un projet startupper sur la création d’une

entreprise réelle ou virtuelle. En deuxième année, des

projets citoyens ou associatifs pour qu’ils s’impliquent

dans une association caritative externe (Restos du

Cœur, Soupe populaire, club de sport, etc.) ou interne

à l’école (BDE, EM Cup, projet humanitaire en France

ou à l’étranger.). En 3ème année, là où se rejoignent les

élèves de CPGE et les admis sur titres, ils vont plancher

sur un projet responsable en participant au concours

parrainé par le Global Compact France pour produire

des recommandations concrètes quant à l’intégration

des objectifs de développement durable de l’ONU au

sein d’entreprises engagées.

© EM Normandie

Six nouvelles

spécialisations

Six nouvelles spécialisations

sont proposées en dernière

année du PGE dont 4

en anglais : « Artificial

Intelligence for Marketing

Strategy » en partenariat

avec l’EPITA, « Digital and

Marketing in Luxury and

Lifestyle », « Entrepreneuriat

Digital », « Financial

Data Management »,

« International Marketing and

Business Development » et

« Supply Chain, Logistique

et Innovations ».

25


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN JUIN 2020 N° 38

L’engagement et la quête

de sens au cœur de la

campagne e-admission

© EM Normandie

Dans ce même esprit de nouveaux électifs en RSE

(responsabilité sociale des entreprises) doivent permettre

aux étudiants d’allier sens du résultat, sens de

l’humain et sens du sociétal. Ils pourront ainsi choisir

des électifs comme économie alternative et appliquée,

entreprendre en économie sociale et solidaire ou

encore comprendre le dérèglement climatique et agir

pour la transition, etc. Dans un autre esprit, le module

de management des technologies vise à acquérir la

maîtrise des fondamentaux de la culture numérique

contemporaine avec une possible certification PIX.

O. R : C’est aujourd’hui votre sujet principal

de préoccupation, notamment avec toutes

les précautions sanitaires que vous allez

devoir prendre, comment se présente la

rentrée 2020 ?

E. P : Pratiquement tout le personnel reste en télétravail

jusqu’au 24 août. Seuls les services techniques sont

revenus sur les campus ainsi que certaines équipes

qui avaient besoin d’utiliser des outils complexes.

Les étudiants qui ont encore des cours les suivent à

distance. La rentrée aura lieu à partir du 3 septembre,

selon les programmes, comme prévu. Toutefois, nous

ne savons pas, à date, quelles conditions sanitaires

nous allons devoir appliquer. Et surtout combien nous

allons pouvoir avoir d’étudiants par classe. Nous prévoyons

donc de nous déployer à 50/50 en présentiel

et distanciel : les cours magistraux sur Zoom et les

travaux dirigés en présentiel. Il n’est pas question de

ne faire que du distanciel. Nous avons donc entrepris

d’équiper l’intégralité de nos espaces d’apprentissage

de matériels high-tech pour dispenser les cours en

présentiel et en distanciel de manière concomitante.

Au Havre, nous nous installerons comme prévu fin

juillet dans notre nouveau bâtiment qui est à la fois une

très belle réalisation architecturale et un lieu propice

au travail collaboratif et au déploiement des dernières

technologies digitales.

O. R : Qu’avez-vous prévu pour des

étudiants internationaux qui ne pourront

pas forcément rejoindre tout de suite vos

campus ?

E. P : Nous en recevons aujourd’hui un peu plus de

750 en échange et en « fee paying » pour un effectif

total de 4500 étudiants. A la rentrée, nous devrions

pouvoir recevoir 75 à 80% de notre objectif de « fee

paying ». Le problème, ce sont les visas et les conditions

d’accès en France. D’autant que les bureaux de

Campus France sont fermés dans de nombreux pays.

Il risque d’y avoir des embouteillages pour la délivrance

des visas et des permis de séjour lorsque cela sera

possible de les obtenir.

Tous les étudiants internationaux qui s’inscrivent pourront

en tout cas suivre les cours à distance avant de

rejoindre nos campus. Nous allons à la fois leur proposer

de les suivre en synchrone, si leurs fuseaux horaires

sont compatibles, et en asynchrone quand ce n’est pas

le cas comme en Amérique du Sud. Nous prévoyons

également des rentrées décalées en janvier 2021 pour

les étudiants inscrits en Bachelor, PGE, MS et MSc qui

ne pourront arriver en France dès septembre.

Pour accompagner les

candidats, EM Normandie

a développé avec EOTIM,

un cabinet de recrutement

informatique, un baromètre

leur permettant de mesurer

leur « taux de sens » ou,

autrement dit, d’identifier

les valeurs qui les animent.

Les candidats sont invités

à choisir 5 objectifs de

développement durable

parmi les 17 définis par

l’ONU (faim zéro, inégalités

réduites, éducation de

qualité, égalité entre les

sexes, etc.) pour déterminer

leur profil d’engagement

socio-environnemental

parmi 4 dominantes :

sociale, économique,

environnementale ou encore

sociétale. Des matchs leur

permettent ensuite d’identifier

les e-admisseurs qui leur

ressemblent le plus afin

d’échanger sur les sujets

qui leur tiennent à cœur.

Découvrir le baromètre

de calcul de taux de sens :

https://sowers-eotim.appspot.

com/sowers-emnormandie

26


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN JUIN 2020 N° 38

O. R : Vos campus à Oxford et Dublin sont-ils

toujours fermés ?

E. P : Ils doivent bientôt rouvrir et pourront recevoir nos

étudiants. S’il y a encore des questions de quarantaine

au Royaume-Uni, ils pourront suivre leurs cours sur

les plateformes distancielles. Nous n’enverrons pas

d’étudiants dans nos universités partenaires au premier

semestre 2020-21. Par contre, nous avons décidé

de garder ouvert l’accueil des étudiants d’échanges.

O. R : Votre passage à l’enseignement à

distance s’est bien déroulé ?

E. P : Sans souci sur la plateforme Zoom. Il y a vraiment

eu un élan de tous les personnels comme des étudiants

pour bien répondre à la proposition de valeur de l’école.

Nous avons basculé en 100% distanciel très vite et

accompli des progrès considérables en un temps

record. Mais c’était face à une question conjoncturelle,

dans une sorte d’effet de sidération, si cela devient

structurel cela sera différent.

O. R : Qu’est-ce qui pose le plus problème

dans l’enseignement à distance ?

E. P : Il reste des questions à résoudre. Sur les droits

à l’image, sur les droits d’auteur qu’il faut verser dès

lors que le cours devient une œuvre. Ce qui est le cas

dès qu’on passe en asynchrone. Cela implique de revoir

les contrats de travail de nos enseignants et de nos

intervenants extérieurs.

Au-delà de ces problèmes juridiques, il faut créer

de l’expérience étudiante. Si les cours ont bien été

dispensés à distance, si même le travail en groupe

a bien fonctionné, il manque évidemment toutes les

dimensions sociales, sportives, culturelles. Il faut donc

revenir sur les campus. C’est indispensable !

O. R : La santé des entreprises risquant

d’être chancelante, beaucoup de questions

se posent quant à l’avenir de l’alternance,

des stages ou de la formation continue ?

E. P : Sur les 850 contrats d’alternance que compte

l’école cette année, nous n’avons reçu que deux demandes

de rupture, dont seulement une parce que

l’entreprise avait des difficultés économiques. Aujourd’hui

la crise ne semble pas affecter les grands

donneurs d’ordre. Par ailleurs, nous avons maintenant

notre CFA en propre, qui supprime les quotas et nous

permet d’accompagner en direct les alternants. Cela

simplifie aussi les démarches administratives et les

coûts pour les entreprises…ce qui est intéressant

dans ce contexte économique lié à la crise sanitaire.

La situation des stages est plus complexe. Surtout

pour ceux qui ont lieu cet été alors que beaucoup

d’entreprises rouvrent juste leurs portes. Comme le

permet le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de

la Recherche et de l’Innovation, ils pourront toutefois

être repoussés jusqu’à juin 2021.

Quant aux actions de formation continue, elles se sont

quasiment tout arrêtées mais nous commençons à

recevoir de nouvelles demandes.

O. R : Avec tous ces soucis quelle est la

situation financière de l’école ?

E. P : Nous sommes en clôture de l’année 2019-20 donc

peu touchés. En formation continue, les formations sont

reportées, pas annulées. Il n’y a que dans notre filiale

spécialisée dans le maritime et le portuaire, l’IPER, qui

accueille des cadres internationaux, que des formations

ont été annulées. Nous avons dû par contre investir

pour nous adapter aux nouvelles consignes de sécurité

sur nos campus et fait l’acquisition de matériel hightech

comme je le disais précédemment. Pour l’année

2020-2021, même si nous nous sommes susceptibles

de subir quelques pertes sur certains de nos marchés,

notre situation financière est saine et nous pourrons

encaisser le choc économique post Covid.

O. R : Et demain quels vont être vos

challengers ?

E. P : Nous pourrions assister à un changement profond

du modèle de l’enseignement supérieur. Avec la

crise du Covid-19, nous avons encore plus ouvert les

portes aux grands opérateurs du numérique et ils s’y

sont engouffrés. Alors que, jusqu’ici, l’enseignement

supérieur a toujours été protégé par sa faculté à délivrer

des diplômes, ces grands acteurs vont délivrer leurs

propres certificats. D’abord dans le digital puis dans

d’autres domaines. Teams Education va bientôt être

couplé avec la plateforme Lynda / LinkedIn racheté

il y a quelque année par Microsoft. Les écoles qui

diplôment risquent de se retrouver en concurrence

avec ces entités. Notre challenge est d’anticiper ce

changement de paradigme et d’inventer le modèle

de demain qui devra être agile, pluridisciplinaire, et

expérientiel. La concurrence a toujours galvanisé

notre système Grande école et je suis persuadé que

nous saurons construire une proposition de valeur en

phase avec les grands enjeux de demain.

27


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS

DOSSIER

JUIN 2020 N° 38

© Shutterstock

Les enjeux d’une

rentrée (vraiment) pas

comme les autres

On ne sait pas encore dans quelles conditions

exactes mais les écoles de management

se préparent déjà à une rentrée – et une année – qui

ne sera vraiment pas comme les autres.

Entre enseignement 100% distanciel et distanciation

sociale raisonnable elles tentent de trouver

un équilibre.

28


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER JUIN 2020 N° 38

Si depuis le 11 mai universités et

Grandes écoles ont commencé

pour la plupart à rouvrir leurs campus

à leurs personnels, la rentrée des

étudiants ne se fera bien qu’à la rentrée.

Mais à quelle date ? Alors que dans les

universités rien ne laisse présager un

report il n’en est pas de même dans les

Grandes écoles. Et notamment pour celles

recevant des élèves de classes préparatoires

qui ne sauront pas avant le 12 août

dans quelle école ils iront finalement. « La

première année du programme Grande

école (PGE) sera forcément décalée de

quelques semaines pour laisser le temps

aux étudiants, qui n’auront effectué leur

choix d’école que le 12 août, de trouver un

logement et de gérer leur installation »,

explique Christophe Germain, le directeur

général de Audencia BS. De son côté

HEC maintient une rentrée au 30 août.

Comme l’ICN dont la directrice générale,

Florence Legros, assure : « Toutes les

rentrées se feront le 1er septembre. Si

on n’a pas tordu le coup au Covid d’ici

là nous nous demandons si nous ferons

une rentrée en présentiel sur la base du

volontariat. Ensuite nous proposerons

aux étudiants français de suivre les cours

dans des groupes réduits. Avec une

partie de e-learning ».

La rentrée des MSc et Mastères Spécialisés

sera également repoussée à octobre

Des étudiants de l’EM Normandie

dans la plupart des école de management.

« Pour les MSc (que suivent aussi les

étudiants de PGE en 3ème année), il s’agit

de laisser quelques semaines supplémentaires

aux étudiants internationaux

pour qu’ils puissent nous rejoindre. Pour

les Mastères Spécialisés, qui ont lieu en

alternance, que les étudiants aient le

temps de trouver un contrat dans une

entreprise », commente la directrice générale

de Neoma BS, Delphine Manceau.

Les étudiants internationaux pourraient

quant à eux ne faire leur rentrée qu’en

janvier quitte à commencer par travailler

à distance.

Moins d’élèves sur les campus !

S’il en était besoin, les difficultés que

rencontrent aujourd’hui proviseurs ou

directeurs d’écoles à rouvrir leurs classes

sont là pour montrer aux directeurs

de Grandes écoles combien la rentrée

s’annonce difficile. Distanciation sociale,

distribution de gels hydroalcoolique,

port du masque, il va falloir totalement

repenser l’organisation des campus. « Il

faut attendre les préconisations du MESRI

en termes de précautions sanitaires et

de distanciation. Là comme ailleurs cela

ne se passera pas comme avant. A nous

de savoir nous adapter sachant que le

e-learning et le télétravail fonctionnent

très bien. A nous de l’intégrer en liens

avec le changement climatique et le coût

Les écoles solidaires

Frais de scolarité élevés

obligent, les écoles

de management sont

particulièrement actives pour

aider leurs étudiants. Pour

aider ses étudiants confrontés

à d’importantes difficultés

financières liées à la crise

sanitaire, KEDGE a par

exemple débloqué 100 000€

de son fonds d’urgence en

abondant à l’euro-euro l’effort

financier de sa Fondation,

dotant ainsi de 50K€

supplémentaires le fonds

d’urgence. KEDGE étudie

les situations individuelles

de chaque étudiant: rupture

de convention de stage,

rupture de contrats de travail

étudiants, problématiques

de logement, difficultés

financières rencontrées par

les financeurs, difficultés

liées à l’expatriation à

l’étranger etc. Même chose

à emlyon dont la fondation

mobilise un fonds d’urgence

exceptionnel de 200K€ pour

aider ses élèves en grande

difficulté. « L’analyse de

leur situation familiale et

financière permettra l’octroi

d’une aide ponctuelle visant

à faciliter les conditions de

vie de nos étudiants en cette

période, tout en maintenant

un lien de proximité et

un accompagnement

individualisé », explique

Bénédicte Bost, directrice

de la RSE et de la

communication interne de

emlyon. Même volonté à

l’Edhec dont la Fondation

EDHEC a lancé un large

appel à la générosité de ses

diplômés. Et pour chaque

don effectué, l’EDHEC

triple son effort en abondant

du même montant à

concurrence d’une enveloppe

globale de 300 000 €.

© Alexis Chezières

29


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER

JUIN 2020 N° 38

des déplacements », explique le directeur

général adjoint de Grenoble EM,

Jean-François Fiorina quand le vice-dean

de Skema, Patrice Houdayer réfléchit

« à une demi-douzaine d’hypothèses

d’espacement des étudiants en baissant

les taux d’occupation grâce à une

rotation des étudiants et à plus de cours

en distanciel ».

Partout il va falloir réduire le nombre de

personnes par salle. ESCP BS envisage

ainsi un système de rotation, pour permettre

aux étudiants d’assister au plus

de modules en présentiel possible. A l’ICN

Florence Legros anticipe ainsi : « Nous

proposerons aux étudiants français de

suivre les cours dans des groupes réduits.

Avec une partie de e-learning.

Nous n’aurons en effet pas assez de

place pour recevoir tous les étudiants

avec une distanciation suffisante. Sans

parler du temps qu’il faudra pour faire

entrer des étudiants dans les salles au

goutte à goutte en cours. Ce n’est pas

comme pour un concours où on peut leur

demander de venir deux heures avant ».

Enseignement à distance :

ça marche !

La solution à tous les problèmes s’appelle

enseignement à distance. La ministre de

l’Enseignement supérieur, Frédérique

Vidal, encourage tous les établissements

à y recourir comme elles le font depuis

le 16 mars avec un succsè variable. Particulièrement

bien préparées du fait de

leurs implantations et contacts internationaux,

les écoles de management

ont été les premières à transférer leurs

cours. Sans trop de problèmes comme

le confie, Patrice Houdayer : « Avec l’expérience

acquise en Chine – où il nous

a fallu deux semaines pour basculer

tous nos enseignements en ligne – nous

avons ainsi pu aller beaucoup plus vite en

France où ce fut du vendredi au lundi ».

Un enseignement à distance certes opérationnel

mais dont les conditions sont

loin d’être optimales. « Il faut aussi être

conscient que les cours à distance tels

Crise du Covid-19 : quelles conséquences pour l’emploi,

les stages, l’alternance ?

2020 sera à n’en point douter une année

terrible sur le front de l’emploi et les jeunes

seront en première ligne qu’il s’agisse de

leur emploi, leurs stages ou encore leurs

contrats d’apprentissage. L’Organisation

de coopération et de développement

économiques (OCDE) prévoit ainsi une

entrée dans la vie active davantage

chaotique, sur des emplois plus précaires

et avec des effets durables possibles sur

une carrière. « Compte-tenu de la crise

économique liée au Covid-19, une part

importante des 700 000 jeunes terminant

cette année leur formation initiale risque

de se trouver sans emploi », écrivent ainsi

dans un communiqué commun la Cdefi, la

CPU, la CGE, la Fnege et Syntec Conseil.

Ensemble ils « alertent le gouvernement pour

qu’à la fin de l’année 2020, les entreprises

françaises soient accompagnées pour

être en capacité de continuer d’employer

la majeure partie des jeunes arrivant sur le

marché du travail, évitant ainsi une explosion

du taux de chômage des jeunes quittant

cette année leur formation initiale ».

Emploi : un complet retournement ? Dans

son baromètre de l’insertion professionnelle

2020 l’Apec met en regard les excellents

résultats de la dernière promotion entrée

sur le marché de l’emploi et le volume

d’offres d’emploi actuellement proposées

aux jeunes diplômés. D’un côté des

conditions favorables pour la promotion

2018 (85 % des bac+5 occupent un emploi

12 mois après l’obtention de leur diplôme

et sont 6,5 % mieux rémunérés que leurs

prédécesseurs de la promotion 2017 avec

un salaire brut médian de 32 000 €/an).

De l’autre des « points de fragilité » qui

pourraient s’accentuer pour les diplômés

2019 et 2020 : 31 % des diplômés 2018

actuellement en poste ont un contrat

de travail non pérenne (CDD ou contrat

d’intérim) et 43 % n’ont pas le statut de cadre.

De plus, 1 diplômé sur 5 interrogé qualifie

son emploi actuel de « job alimentaire ».

Pour le mois d’avril 2020, l’Apec constate

une chute des offres d’emploi destinées

aux jeunes diplômés : -69 % contre -62 %

pour l’ensemble des offres de cadres

par rapport à avril 2019. Les activités

informatiques, l’ingénierie R&D et le conseil

et gestion des entreprises, trois secteursclés

pour l’insertion professionnelle des

jeunes diplômés, sont également impactés

par cette baisse. Ils représentent, à

eux seuls, un peu plus de la moitié des

offres d’emploi proposées aux jeunes.

L’alternance en péril ? « La rentrée

en apprentissage s’annonce fortement

impactée : même si nous constatons une

présence des candidats, les prévisions

de baisse du nombre de contrats en

apprentissage se situent entre 30 et 50% ;

il est indispensable qu’un plan de soutien de

l’apprentissage soit mis en place », s’alarme

Pierre Goguet, le président CCI France qui

fait plusieurs propositions pour y remédier.

Même inquiétude dans une tribune publiée

dans Les Echos par le directeur général de

ESCP Business School, Frank Bournois et

les directrices de Neoma BS et Skema BS,

Delphine Manceau et Alice Guilhon. Ensemble

ils demandent ainsi une « reprise rapide

des contrats d’alternance ». Si peu ont été

rompus cette année, les perspectives pour

la rentrée s’annoncent en effet difficiles.

Or, comme ils l’expliquent « les entreprises

vont devoir réinventer leurs modèles

économiques et se doter de compétences

nouvelles pour être compétitives dans

une globalisation revisitée, avec un

management à distance intensifié et une

digitalisation accrue. Le pays a la chance

de disposer des talents de jeunes diplômés

totalement prêts à relever ces défis ».

Beaucoup de stages ont dû être annulés.

Alors que Frédérique Vidal, assure que

« les absences de stages ne doivent pas

pénaliser les étudiants pour l’obtention

de leur diplôme » les écoles ont dû gérer

de nombreuses annulations alors que

beaucoup d’entreprises ont fermé leurs

portes. La situation des stages d’études

est particulièrement tendue. Comme le

permet le MESRI ces stages pourront être

repoussés jusqu’à juin 2021. Mais les écoles

ont également imaginé différents processus

pour garantir une expérience professionnelle

à ceux qui en sont privés. Le stage peut

ainsi parfois être remplacé par un projet

tutoré, un mémoire ou encore une simulation

de mise en situation professionnelle.

30


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER JUIN 2020 N° 38

que nous les délivrons maintenant sont

des modalités exceptionnelles de crise.

Ce n’est pas ce type de distanciel que

nous pratiquons dans d’autres cadres »,

reprend Patrice Houdayer.

Dans une étude le BNEI (Bureau national

des élèves Ingénieurs) en fait le constat :

parmi les 11 000 étudiants répartis dans

165 écoles interrogés sur les conséquences

de la crise du Covid-19 seulement

14,3% ont suivi l’intégralité de leurs cours

et 55% en « grande partie ». Parmi les

quelques 9,6% qui n’ont suivi leurs cours

que « parfois » c’est à 42% par « manque

de motivation ». Par ailleurs si plus de

72% ont accès à l’ensemble des logiciels

à distance, 22% n’ont accès qu’à une

partie et que près de 6% en manquent

beaucoup. Pour autant ils sont plus de

57% à estimer que « l’enseignement à

distance est différent mais pas plus dur ».

Un satisfecit très relatif donc de la part

des élèves ingénieurs.

A distance : peut mieux faire

Dans un autre étude sur Comment les

E-C découvrent la formation à distance

et s’adaptent ce sont 72 % des enseignants-chercheurs

interrogés par News

Tank et Adoc Mètis qui se disent satisfaits

par les outils numériques mis à disposition

par leur établissement. Un chiffre

d’autant plus signifiant que les deux tiers

des enseignants interrogés n’avaient

jamais utilisé le distanciel. « Les outils

existent, les universités en disposent,

mais ils ne sont pas ou peu utilisés. Ils sont

sous-investis, soit par le manque d’appétence

des enseignants-chercheurs, soit

encore par l’impression de ne pas pouvoir

transposer les spécificités de sa propre

discipline à distance, soit encore parce

qu’ils n’en percevaient pas l’opportunité

et la plus-value ou qu’ils se sentaient en

déficit de compétence concernant leur

usage », commente Hugo Gaillard, enseignant-chercheur

à Le Mans Université

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L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER JUIN 2020 N° 38

© ISC Paris

Un amphithéâtre de l’ISC Paris.

quand le directeur général d’Audencia BS,

Christophe Germain, remarque : « Nous

avons progressé quatre fois plus vite

qu’en période normale. Là où il existait

des réticences vis à vis de l’enseignement

à distance elles se sont tues. »

Dans l’urgence le recours à l’enseignement

à distance a donc été accepté par tous

mais ce serait trop dire qu’il est plébiscité.

Delphine Manceau, la directrice

générale de Neoma, rappelle ainsi que

« l’enseignement à distance que nous

pratiquons aujourd’hui a été imposé par

les circonstances et n’est pas volontaire.

De plus il n’est pas blended et n’associe

pas le distanciel avec du présentiel ».

Son constat : « Le télétravail est parfaitement

adapté à des réunions courtes il

manque toute une dimension informelle

dans les échanges. Ces discussions avec

leurs professeurs, les contacts avec

les autres étudiants, c’est d’ailleurs ce

qu’attendent nos étudiants. Aujourd’hui

il nous manque tout l’informel, l’implicite

et le relationnel enrichi ».

Mixer présentiel et distanciel

A la rentrée sera sans doute privilégiée

une méthode « blended » avec des cours

réalisés en présentiel tant que possible

et retransmis en ligne en direct ou de

manière asynchrone pour les étudiants qui

ne pourraient se rendre sur les campus.

C’est le choix de ESCP BS comme de la

plupart des écoles. C’est celui d’Audencia

BS. « Nous ne ferons pas du 100% à

distance. L’idée est d’alterner de façon

à pouvoir recevoir le nombre d’étudiants

maximum sur place en fonction des conditions

sanitaires que nous allons avoir

à respecter. Ce qui signifie pour nous

recevoir moitié moins d’étudiants sur les

campus », signifie Christophe Germain.

Mais si demain toutes les consignes de

distanciation venaient à être levées,

Audencia reviendra bien sûr au tout

présentiel : « C’est très important pour

construire le lien social de venir sur les

sites. Mais il faut aussi que les étudiants

soient conscients des enjeux sanitaires

alors que les sondages montrent que

les jeunes se sentent moins concernés

que le reste de la population par la crise

sanitaire ».

Aujourd’hui seule Grenoble EM semble

privilégier le recours systématique à

l’enseignement à distance. « Nous allons

nous organiser selon des cycles de deux

mois pour gérer la progression de chaque

programme et décider ou non d’ouvrir les

campus », explique Jean-François Fiorina.

Que faire pour les étudiants

internationaux ?

Dans l’hypothèse où les frontières extra-européennes

resteraient fermées

en septembre, les écoles travaillent à

la création de cours 100% en ligne pour

leurs étudiants internationaux. A Kedge,

l’ensemble des programmes a ainsi été

adapté pour pouvoir accueillir les étudiants

internationaux en format distanciel

pour leurs cours et leurs examens sur le

premier semestre. « Ils seront libres d’in-

Les pays anglo-saxons

particulièrement touchés

L’enseignement supérieur sait

qu’il sera touché par la baisse

notable des flux d’étudiants

internationaux. Aux Etats-

Unis The Chronicle of

Higher Education titre Under

Covid-19, University Budgets

Like We’ve Never Seen

Before alors que, selon un

rapport que vient de publier

le cabinet ABC Insights, près

des trois quarts des présidents

de colleges et d’universités

prévoient des licenciements.

Au Royaume-Uni une étude

de University and College

Union (UCU) citée par The

Guardian estime la perte

des droits de scolarité de 2,5

milliards de livres l’année

prochaine - dont 1,5 liés

à la baisse du nombre des

étudiants internationaux

- et la disparition de

30 000 emplois.

32


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER JUIN 2020 N° 38

tégrer le campus à tout moment lorsque

leur situation leur permettra. Sur deux

MSc (Brand Marketing et International

Business), les étudiants qui ne pourraient

intégrer le programme qu’au deuxième

semestre pourront débuter le cursus en

janvier 2021 et le poursuivre en septembre

avec la promotion suivante », explique

le directeur des programmes de l’école,

Pascal Vidal. Après inscription et paiement

de l’acompte, les étudiants internationaux

auront accès à des cours en ligne via des

plateformes d’enseignement à distance

comme Crossknowledge.

Comme l’analyse Minh-Hà Pham, la

vice-présidente de PSL en charge des

relations internationales, « dans beaucoup

de cas la meilleure solution sera

de repousser les arrivées des étudiants

internationaux au deuxième semestre.

Les étudiants pourraient ainsi d’abord

suivre une partie de leurs cours en ligne.

Des discussions sont en cours pour

développer une telle offre et l’ouvrir aux

étudiants internationaux ».

La préférence de choix des étudiants européens

pour des pays proches pourrait

amortir le choc. Pus de 90% des étudiants

européens qui avaient initialement l’intention

d’aller étudier dans une université

de l’Union Européenne pensent toujours

le faire selon une étude du cabinet QS.

Mais pas forcément tout de suite : 46%

des personnes interrogées ont l’intention

de reporter leur entrée d’une année.

Mais cela ne suffira certainement pas

faire oublier l’absence de nombreux

étudiants asiatiques. Selon les chiffres

publiés le 14 avril par Studyportals, une

plate-forme mondiale de choix d’études

basée aux Pays-Bas, et cités par University

Wolrd News ce sont 40% des

étudiants internationaux potentiels qui

envisagent d’abandonner leurs projets

d’études à l’étranger. Parmi les étudiants

qui reconsidéraient leurs options un peu

plus de la moitié souhaitent reporter leur

inscription à l’année prochaine ou l’année

suivante, 40% de s’inscrire à un cours

en ligne et seulement 18% pensaient

définitivement renoncer à se rendre à

l’étranger.

Faudra-t-il gérer un

bouleversement pérenne ?

C’est LA question ! Faut-il simplement

s’adapter pour 2020-21, et oublier ensuite

le Covid-19 comme on a oublié le SRAS

après 2002, ou se préparer à des crises

récurrentes ? Sur son blog Academia Next

le futurologue spécialisé dans l’éducation

Bryan Alexander imagine ainsi trois scénarios

pour la rentrée 2020 : « le modèle du

Hubei: une seule vague courte », « vagues

virales: longue durée, impacts inégaux »,

« la longue peste ». Dans son analyse

Bryan Alexander imagine qu’un « pays

ou une région peut être relativement

exempt de Covid-19 pendant un certain

temps, puis la pandémie rugit, entraînée

par une mutation ou un nouveau vecteur

d’infection ».

Une analyse que confirme Jean-François

Fiorina : « Nous devons nous préparer à

revivre ce même type de situation. Avec

l’avantage de l’expérience. Il va falloir

nous demander s’il faut établir un régime

provisoire ou si nous devons accélérer un

certain nombre de décisions et réfléchir

à de nouveaux modèles en capitalisant

sur le télétravail et le e-learning ».

Olivier Rollot

Le campus de emlyon BS

Des étudiants

négligents ?

Les règles ne seront pas

toujours faciles à faire

respecter à des étudiants

pas forcément convaincus

de la nécessité de se

protéger. Selon le dispositif

d’études #MoiJeune le degré

d’inquiétude vis à vis du

Covid-19 des jeunes n’est que

de 3,1 / 10 quand il monte à

6/10 pour leurs proches. Un

niveau en baisse constante.

BSB croit toujours

en l’alternance

Dans le « contexte de

situation économique

complexe que traverse la

France, pour répondre aux

besoins des entreprises et

aux attentes des étudiants »,

Burgundy School of

Business (BSB) double le

nombre de places ouvertes

en apprentissage dans ses

programmes Bachelor et

Master Grande Ecole (MGE).

Sur Dijon et Lyon, dès la

rentrée prochaine, c’est un

potentiel de 300 jeunes.

© emlyon BS

33


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

JUIN 2020 N° 38

Eric Cornuel

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’EFMD

« Les business schools doivent conclure

des alliances stratégiques »

En 20 ans à la tête de l’EFMD

(European Foundation for Management

Development) il a profondément fait

évoluer les processus d’évaluation des

business schools dans le monde entier.

A l’heure du Covid-19 le regard d’Eric

Cornuel sur un univers des business

schools profondément bouleversé.

Cet entretien a été réalisé le 12

mars mais n’a pas pu paraître en avril

le numéro 37 de l’Essentiel du Sup

Prépas ayant été repoussé à mai. Il vient

aujourd’hui éclairer la problématique de

l’après Covid-19.

Olivier Rollot : Le 100% en ligne est

aujourd’hui la seule solution pour éviter une

fermeture totale des business school. Où

en est votre processus d’accréditation des

formations en ligne ?

Eric Cornuel : Il y a maintenant quinze ans que nous

avons commencé à nous intéresser aux cours en ligne.

Il y a quatre ans nous avons créé une accréditation

spécifique, EOCCS - que nous allons rebaptiser EFMD

Digital – qui est toujours la seule. Mais plus qu’au 100%

en ligne nous croyons plus au développement du panachage,

du blended.

O. R : Cette crise, qui en suit d’autres, metelle

en péril le mouvement de mondialisation

de l’enseignement supérieur ?

E. C : Beaucoup de phénomènes mettent en péril la

mondialisation : des mouvements populistes, une classe

moyenne laminée dont le niveau de vie est inférieur à

celui de ses parents, l’éclatement de la société, l’espérance

de vie qui baisse aux Etats-Unis, etc. Tout cela

amène à la dualité d’une société entre économie réelle

et manne financière sur fond de fusions-acquisitions

sans création de richesse. Un contexte dans lequel le

stress est la principale maladie du xxi e siècle.

O. R : Le monde que vous décrivez c’est

quand même un monde régi par les diplômés

de business schools que vous accréditez…

E. C : Avec la Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement

de la gestion des entreprises) et Michel Kalika

nous avons justement créé le BSIS (Business School

Impact System) pour comprendre comment les écoles

forment leurs étudiants. Les écoles doivent vivre dans

la société. Bien au-delà d’une école autocentrée elles

doivent avoir une dimension heuristique. Nos institutions

doivent se poser des questions sur leur impact global

et sur leurs territoires immédiats.

C’est aussi pour cela que nous avons contribué à

créer le réseau Responsible Research in Business

Management (RRBM). Après une parenthèse de 30

ans pendant lesquels on a seulement voulu maximiser

le profit et délocaliser les entreprises on relocalise.

937 membres

L’EFMD (European

Foundation for Management

Development) compte

aujourd’hui 937 membres

dans 91 pays dont plus de

la moitié (541) en Europe

et 160 en Asie. Dans ce

cadre l’accréditation Equis

est accordée à 189 business

school (dont une qui l’a

perdue et a une année pour

se remettre à niveau) dans

44 pays dont toujours plus

de la moitié en Europe. « Il

n’y a pas de quotas pour nos

accréditations. Ce n’est pas

parce qu’il y a tant d’écoles

dans un pays qu’il ne peut

pas y en avoir de nouvelle »,

insiste Eric Cornuel.

34


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN JUIN 2020 N° 38

Nous devons accompagner – et même précéder –

ce mouvement. Depuis 2013 nous avons introduit la

Sustainability comme l’un de nos trois critères les plus

importants dans l’accréditation EQUIS. Aujourd’hui nous

essayons de préparer les changements climatiques.

O. R : Qu’est-ce qui différencie l’EFMD de

l’AACSB (Association to Advance Collegiate

Schools of Business) ?

E. C : L’AACSB délivre des certifications, l’EFMD des

accréditations. L’AACSB est essentiellement américaine

avec quelques cadres aux Pays-Bas et Singapour

quand notre équipe de 80 personnes est composée

de 29 nationalités différentes. L’EFMD n’est pas qu’un

accréditeur, elle organise des conférences, des jobs

fair, forme des cadres des business schools, possède

une Executive Academy pour former plus largement

des managers et possède même une base de 450 000

CV d’étudiants à la recherche de stages.

O. R : Combien d’audits EQUIS l’EFMD

effectue-t-il chaque année ? Qui sont les

auditeurs ?

E. C : 50 environ en faisant tourner ceux qui président

les comités et peuvent en effectuer deux ou trois par

an. Tous les deans le font car c’est très enrichissant,

cela permet de mieux connaître chaque système local

et même de préparer de futurs partenariats.

O. R : Et le BSIS. Dans combien de pays le

dispensez-vous ?

E. C : Aujourd’hui dans 15 pays. Nous avons par exemple

audité l’IMD en Suisse, le CEIBS en Chine, Corvinus en

Hongrie BS et HEC Liège en Belgique. C’est très plaisant

à faire car on voit la finalité de chaque institution.

C’est révélateur d’actions d’impact que tout le monde

effectue sans toujours le savoir. Un peu comme M.

Jourdain ! Et cela donne de la fierté à l’école mais aussi

à sa région, sa ville, etc.

A terme nous voudrions réaliser dans le même temps

une « expérience EFMD », cumulant EQUIS et BSIS

pendant une ou deux semaines, avec des outils plus

sophistiqués permettant de donner plus de benchmarking.

Nous commençons déjà à tester le cumul des

audits EQUIS et BSIS ou EPAS et BSIS.

O. R : Beaucoup de business schools

françaises sont à la recherche d’un nouveau

business model. Quel regard jetez-vous sur

leur évolution ?

E. C : L’Etat français s’est énormément désengagé

de son enseignement supérieur. C’est une erreur

considérable pour le futur de la société française.

Les business schools françaises apportent un retour

sur investissement exceptionnel aux diplômés avec

beaucoup d’écoles au top des classements du Financial

Times. Les universités classiques comme les instituts

d’administration des entreprises (IAE) se paupérisent et

c’est gravissime. Globalement il faut désinvestir notre

enseignement secondaire pour mieux se concentrer

sur l’enseignement primaire et supérieur.

L’Etat a particulièrement failli dans les écoles consulaires

en s’évertuant à réduire les ressources des chambres

de commerce et d’industrie. Il faut maintenant définir

de nouveaux modèles hybrides en créant des relations

de long terme avec les stakeholders. Qui ne doivent

pas seulement entrer pour ressortir rapidement du

capital des écoles. Nous sommes dans une industrie

de long terme où trois à cinq ans sont nécessaires

pour sortir un programme. On découvre l’arrivée des

fonds sans savoir ce qu’il adviendra à moyen / long

terme. Si ce n’est pas au détriment des ressources

des écoles, bravo ! Aux Etats-Unis Hult International

Business School est accréditée EQUIS et 100% privée.

Aujourd’hui les écoles sont particulièrement attaquées

sur leurs produits profitables, comme la formation

continue ou les MBA (masters of business administration),

par d’autres acteurs comme les cabinets conseil

et même LinkedIn.

O. R : Comment les business schools peuvent

réagir face à cette baisse des moyens et à

ces nouvelles concurrences ?

E. C : Il faudrait conclure des alliances stratégiques

avec des acteurs mieux dotés plutôt que de travailler

avec des partenaires qui ne connaissent pas nos

métiers. Ces processus on ne les trouve aujourd’hui

qu’en France qui est un laboratoire d’expérimentation.

Il faut convaincre de grands acteurs mondiaux de

travailler ensemble alors que la Chine risque de se

fermer pendant un an.

La naissance de

« EFMD accredited »

L’EFMD rationalise son

offre en arrêtant deux de ses

accréditations – EPAS pour

les programmes et EOCCS

pour les cours en ligne –

pour lancer le tout nouveau

« EFMD accredited ». La

nouvelle accréditation sera

ouverte à toutes les écoles, y

compris accréditées Equis,

avec des accréditations

spécifique pour les MBA,

E-MBA, BSc, MSc, etc. A la

suite de ESCP et Skema, dix

business schools parmi les

meilleures (HEC Montréal,

The Hong Kong University

of Science and Technology,

Saint-Gallen, etc.) sont les

premières à sa lancer.

35


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DÉBAT

JUIN 2020 N° 38

Comment organiser

examens et concours

à l’heure du Covid-19 ?

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

a posé les conditions dans lesquels allaient pouvoir être organisés

les concours cette année. Et cela ne va pas être simple ! Dans le même temps

de très nombreux examens ont dû être organisés à distance. Avec parfois

de fortes réticences dans les universités.

Un candidat « présentant une

toux pendant l’épreuve devra

immédiatement être isolé

pour terminer l’épreuve s’il

est en état de le faire ou sera exclu ». Les

candidats devront « porter un masque

personnel grand public dès la file d’attente

». Celui-ci pourra être retiré pendant

l’épreuve « sous réserve d’application

stricte des consignes de distanciation,

en particulier pour les épreuves longues

et de l’aération des locaux ». Il est également

préconisé de « prévoir d’échelonner

les horaires de convocations avant le début

de l’épreuve pour éviter les regroupements

et les attentes trop longues ». Le

18 mai le ministère de l’Enseignement

supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

a publié ses recommandations sanitaires

liées au Covid-19 pour l’organisation

d’épreuves de concours.

Si la plupart sont de bons sens certaines

recommandations paraissent difficiles à

valider. Notamment à la fin des épreuves

où « les candidats restent à leur place

et les copies sont déposées directement

dans une bannette que le personnel de

surveillance présente aux candidats. »

OK. « La sortie est échelonnée comme

l’entrée sans croisement entre les candidats,

rangée par rangée. » Pas de problème.

Mais quand il est indiqué que les

candidats sont invités à « quitter les lieux

immédiatement, à ne pas stationner à

l’extérieur des salles d’examen ou des

bâtiments pour ne pas créer d’attroupements

» ça se complique. Parce que s’il

y a un jour dans sa vie où on ressent le

besoin de parler pour vérifier la validité

de ses réponses c’est bien à la sortie

d’un examen…

La moyenne pour tous ?

Dans les universités le passage des examens

est tout sauf un long fleuve tranquille.

Le 20 mai le tribunal administratif

de Paris a rejeté la requête formée par

des enseignants-chercheurs de l’université

Paris 1 Panthéon-Sorbonne suite à l’adoption

par la commission « formation et vie

universitaire » de l’université – en opposition

avec sa présidence - d’un mode de

contrôle des connaissances « renonçant

à l’évaluation rigoureuse des connaissances

des étudiants dans le cadre de

leurs examens » selon les mots de Frédérique

Vidal. Une douce litote puisque ce

sont tout simplement les notes inférieures

à 10 qui ne sont pas prises en compte pour

le second semestre afin de « lutter contre

les inégalités entre étudiants, exacerbées

par la crise du coronavirus ». Le tribunal

motive notamment son jugement par

le fait que « seuls 73 % des étudiants disposent

d’un équipement informatique

personnel et que 40 % ne s’estiment pas

en mesure de subir des épreuves à distance

en un temps réduit ».

Un fâcheux précédent pour la ministre qui

considère que la délibération de la commission

formation et vie universitaire de

l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

« remet en cause et méprise l’engagement

exceptionnel des enseignants-chercheurs

de cette université au service de la continuité

pédagogique pendant cette crise

sans précédent, ce qui n’est pas acceptable

». Surtout Frédérique Vidal considère

que cette délibération porte une « atteinte

directe à la qualité des diplômes

36


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DÉBAT

JUIN 2020 N° 38

délivrés par l’université et ce faisant, à

l’avenir de ses étudiants qui souhaitent

préserver la valeur de leur formation ».

Quatre-vingt-cinq enseignants-chercheurs

de l’université avaient en effet fait part

au ministère, par la voie d’un courrier,

de leur vive inquiétude devant ces modalités

qui ne permettent pas d’assurer

la qualité des diplômes nationaux. Résultat

le ministère « appuiera les enseignants-chercheurs

qui souhaiteront se

pourvoir en cassation devant le Conseil

d’Etat ». A suivre donc.

Comment contrôler

à distance ?

Le jugement du tribunal administratif

de Paris ne remet pas en cause la possibilité

même de faire passer les examens

à distance. Il note seulement la rupture

d’égalité devant l’examen qui résulte de

l’incapacité pour un nombre significatif

d’étudiants de disposer du matériel informatique

nécessaire. Ce qui ne semble pas

poser de problème majeur sur le reste du

territoire où de très nombreux examens

sont organisés à distance. La question

qui se pose est plutôt celle de la triche.

« Avant, il s’agissait de répondre à des

QCM (questionnaires à choix multiples,

NDLR) sur des tablettes, sous surveillance,

dans des amphithéâtres. Pour la

première fois, nous allons le faire de chez

nous et je vais m’appuyer sur mes fiches,

sur Google et sur quelques camarades »,

reconnaît par exemple Louise, 20 ans, en

deuxième année de médecine dans une

université de l’ouest de la France, interrogée

par France 24.

Pour éviter de tels comportements universités

et Grandes écoles font appel à

différentes solutions. Notamment de vidéo-surveillance.

Avec le risque de voir

la polémique enfler à mesure qu’on mêle

vie privée – captation forcément dans un

logement avec les problèmes potentiels

que cela peut poser dès lors qu’un environnement

est filmé – et nécessité de surveiller

quand même le passage des examens.

Ce fut le cas à Rennes 1 où, comme

l’explique Le Monde, suite aux protestations

des syndicats étudiants finalement

seul l’institut de gestion décida d’y recourir.

Et seulement avec une captation photographique

régulière effectuée par une

société de télésurveillance, Managexam,

qui travaille depuis 2017 avec l’université

de Caen pour les étudiants « empêchés

», comme les étudiants porteurs de

handicap.

On est loin du processus mis au point au

Canada par l’Université Concordia dont

les examens d’une dizaine de cours, sur

presque 800, seront télésurveillés cet été.

Comme l’explique Radio Canada le logiciel

de l’entreprise Proctorio aura ainsi

accès à la caméra, la localisation physique,

l’identité, le clavier, la localisation

de la souris, les fenêtres ouvertes dans

le navigateur, l’écran, les autres logiciels

qui sont en activité sur l’ordinateur, etc.

Les mouvements des yeux, de la bouche

et de la tête seront enregistrés par le logiciel.

Le candidat devra montrer sa carte

d’étudiant à la caméra afin de faire valider

son identité. Le tout est traité par

une intelligence artificielle qui informe

les professeurs en cas de comportement

anormal. La porte-parole de l’Université

Concordia, Vannina Maestracci, le certifie

: « Ce sont eux qui prendront la décision

de sanctionner ou pas l’étudiant,

qui pourra se défendre ».

Sébastien Gémon

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