Le Livre V des Guerres Civiles d'Appien d'Alexandrie

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Le Livre V des Guerres Civiles d'Appien d'Alexandrie

Université Nancy 2

Ecole Doctorale « Langages, Temps et Sociétés »

EA 1132 —HISCANT— « Histoire et Cultures de l’Antiquité Grecque et Romaine »

Thèse

Présentée pour l’obtention du titre de

Docteur de l’Université Nancy 2 en Langues et Littérature grecques

Par Maud ETIENNE

Le Livre V des Guerres Civiles d’Appien d’Alexandrie

Edition critique, Traduction et Commentaire

—Volume II—

Composition du jury :

Monsieur Alain BILLAULT,

Professeur de Langues et Littérature Grecques à l’Université Paris IV

Madame Valérie FROMENTIN,

Professeur de Langues et Littérature Grecques à l’Université Bordeaux III

Monsieur Paul GOUKOWSKY,

Professeur émerite de Langues et Littérature Grecques à l’Université Nancy 2 (Directeur)

Monsieur François HINARD,

Professeur d’Histoire à l’Université Paris IV

Madame Bernadette PUECH,

Professeur de Langues et Littérature Grecques à l’Université Nancy 2

—15 décembre 2007—


TRADUCTION

FRANÇAISE


NOTES

COMPLÉMENTAIRES


Les lendemains de Philippes

LE LIVRE V DES GUERRES CIVILES

I. 1 Après la mort de Cassius et de Brutus, César se dirigea vers l’Italie, et Antoine vers

l’Asie : c’est là que Cléopâtre, reine d’Egypte, le rencontre, et sa vue le subjugue

aussitôt. 2 Cet amour eut une fin des plus malheureuses pour eux-mêmes, et il concerna

l’Egypte entière en dehors d’eux. C’est pourquoi il y aura, pourrait-on dire, une sorte de

« partie » de ce livre consacrée à l’Egypte, une petite partie qui ne mérite pas encore

d’avoir un titre particulier, puisqu’elle s’insère dans le récit même des guerres civiles,

qui est bien plus abondant. 3 De fait, même après la mort de Cassius et de Brutus, il se

produisait d’autres guerres civiles, semblables aux précédentes, même s’il n’y avait plus

de général en chef, comme cela avait été le cas de leur temps 1 , mais des généraux

différents pour chaque secteur, jusqu’à ce que Sextus Pompée, le fils cadet de Pompée

le Grand et l’héritier encore 2 restant de cette faction, fût éliminé après Brutus 3 , que

Lépide fût déchu de sa part de commandement et que la totalité de l’empire romain

revint à deux hommes seulement : Antoine et César. Voici comment se déroula chacun

de ces événements.

II. 4 Cassius de Parme, comme on le surnommait, avait été laissé par Cassius et Brutus

sur les côtes de la province d’Asie, à la tête de navires et de troupes, pour prélever de

l’argent. Mais à la mort de Cassius, comme il ne fondait pas les mêmes espérances sur

Brutus, il choisit trente navires rhodiens, autant qu’il croyait en équiper, et incendia le

reste, à l’exception du navire sacré, afin que les Rhodiens ne fussent pas à même de se

révolter 4 . 5 Cela fait, il gagna le large avec ses propres navires et les trente navires

rhodiens. Mais Clodius, envoyé à Rhodes par Brutus à la tête de treize navires, trouva

les Rhodiens en révolte (car Brutus était désormais mort, lui aussi), au point qu’il fit

sortir de la ville la garnison, qui comptait trois mille légionnaires, et alla retrouver

Cassius de Parme. 6 Se joignit aussi à eux Turulius, avec de nombreux autres navires et

tout l’argent qu’il avait perçu auparavant de Rhodes. Vers cette force navale donc,

comme vers ce qui constituait désormais une sorte de point fort, se pressaient tous ceux

qui, dans différents secteurs de la province d’Asie, étaient chargés d’exiger


Le Livre V des Guerres Civiles

l’accomplissement des corvées, et ils complétaient les équipages avec des légionnaires,

pris parmi tous ceux dont ils pouvaient disposer, avec des rameurs, pris parmi des

esclaves ou des prisonniers, et, comme ils attaquaient les îles par mer, parmi les

insulaires eux-mêmes. 7 Vinrent aussi à eux Cicéron, fils de Cicéron, et tous les autres

nobles qui avaient fui de Thasos. Ce fut bientôt une foule et un rassemblement

considérable de chefs militaires, de troupes et de navires. 8 Après s’être aussi adjoints

Lépide, avec d’autres forces qui avaient soumis la Crète à Brutus, ils firent voile vers la

mer ionienne pour rejoindre Murcus et Domitius Ahenobarbus, qui étaient à la tête

d’une importante force armée. 9 Certains d’entre eux passèrent en Sicile avec Murcus

et joignirent leurs forces à celles de Sextus Pompée ; les autres restèrent auprès

d’Ahenobarbus et formèrent leur faction séparée 5 .

III. 10 Tels furent les premiers regroupements qui se constituèrent à partir des restes du

potentiel militaire de Cassius et de Brutus. Quant à César et à Antoine, aussitôt après la

victoire de Philippes, ils offraient de magnifiques sacrifices et décernaient des éloges à

leur armée. 11 Et, en vue de donner les récompenses de la victoire, le premier se rendait

en Italie pour répartir la terre entre les soldats et pour enregistrer les colons (c’était lui

qui avait choisi cette tâche en raison de sa mauvaise santé), le second, dans les

provinces transmarines, pour récolter tout l’argent qu’elles leur avaient promis. 12 Ils

s’attribuèrent à nouveau les mêmes provinces qu’au premier partage et prirent en outre

celles de Lépide. Car ils jugeaient bon, à la demande de César, d’accorder son

autonomie à la Gaule Cisalpine, conformément aux intentions du premier César, et

Lépide était accusé de trahir leurs intérêts au profit de Pompée 6 . Et il fut fixé que, si

l’accusation apparaissait comme fausse à César, il donnerait en échange d’autres

provinces à Lépide. 13 Ils libérèrent aussi du service ceux qui avaient accompli leur

temps de campagne, à l’exception de huit mille d’entre eux, qui avaient demandé à faire

encore campagne pour eux et avaient reçu une réponse positive de leur part, si bien

qu’ils se les partagèrent et les réunirent pour former des cohortes prétoriennes 7 . 14

Quant à l’armée qui leur restait, en incluant les troupes de Brutus qui étaient passées

dans leur camp, elle comptait onze légions d’infanterie et quatorze mille cavaliers. Sur

ces effectifs, Antoine eut six légions et dix mille cavaliers, parce qu’il partait à

l’étranger, et César, quatre mille cavaliers et cinq légions ; il céda deux de ces mêmes

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Le Livre V des Guerres Civiles

légions à Antoine, pour recevoir en compensation deux légions d’Antoine, laissées en

Italie sous les ordres de Calenus.

Antoine en Orient

Discours d’Ephèse

IV. 15 César se dirigeait donc vers la mer ionienne. Quant à Antoine, arrivé à Ephèse, il

offrit de somptueux sacrifices à la déesse et fit grâce à ceux qui, après le malheur arrivé

à Brutus et à Cassius, s’étaient réfugiés comme suppliants dans le temple, à l’exception

de Petronius, qui était impliqué dans le meurtre de César, et de Quintus, qui, à Laodicée,

avait livré Dolabella à Cassius. 16 Après avoir réuni les Grecs et

tous les autres peuples qui habitent l’Asie autour de Pergame, venus en ambassade

pour conclure 8 un arrangement ou convoqués, il tint ce discours : 17 « Grecs ! Attale,

votre roi, vous a légués à nous par des dispositions testamentaires et aussitôt, nous

avons été pour vous meilleurs qu’Attale. De fait, les tributs que vous versiez à Attale,

nous vous en avons fait remise, jusqu’à ce que, après l’apparition de démagogues chez

nous aussi, nous ayons besoin de lever des tributs. 18 Mais lorsque ce besoin s’est fait

sentir, nous ne vous avons pas imposés au prorata de votre fortune, de manière à ce que

nous autres, nous prélevions un tribut non soumis aux fluctuations, mais nous vous

avons demandé d’apporter comme tribut une part de vos récoltes annuelles, afin de

partager jusqu’aux vicissitudes avec vous. 19 Comme ceux auxquels le Sénat affermait

la perception des impôts usaient avec vous d’une violence extrême et vous demandaient

bien plus que vous ne deviez, Gaius César vous a fait une remise du tiers de l’argent que

vous leur versiez et a fait cesser les violences. C’est à vous, en effet, qu’il a confié la

tâche de collecter les tributs levés sur les cultivateurs. 20 Et lui, un homme de cette

trempe, nos « bons » concitoyens l’appelaient tyran. Et vous, c’est à eux que vous

versiez de fortes contributions, eux qui étaient pourtant les assassins de votre

bienfaiteur, et ce, contre nous, qui étions pourtant ses vengeurs.

V. 21 Maintenant que la juste Fortune a décidé du sort de la guerre, non comme vous le

vouliez, mais comme il convenait, s’il fallait vous traiter en agents de l’ennemi, il

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Le Livre V des Guerres Civiles

faudrait vous punir ; mais puisque nous voulons bien 9 croire que vous avez agi ainsi par

nécessité, nous vous épargnons les punitions majeures. Cela dit, nous avons besoin

d’argent, de terres et de villes pour récompenser l’armée victorieuse. Nous avons vingt-

huit légions de fantassins, qui, avec leurs auxiliaires, représentent plus de cent soixante-

dix mille hommes 10 , et ce, sans compter les cavaliers et autres troupes légères de nos

deux armées 11 . 22 D’après l’importance des hommes, vous pouvez imaginer la quantité

des besoins. César est parti pour l’Italie afin de leur distribuer les terres et les villes, 12 , s’il faut appeler les choses par leur nom, afin de faire émigrer l’Italie. 23 Mais

vous, pour vous éviter d’émigrer loin de vos terres, de vos villes, de vos maisons, de vos

temples et de vos tombeaux, nous ne vous avons fait entrer en ligne de compte que pour

l’argent, non pas même pour la totalité de la somme nécessaire (car vous ne le pourriez

pas), mais pour une partie, très petite de surcroît. J’imagine qu’une fois informés du

montant, vous serez satisfaits : 24 ce que vous avez donné à nos ennemis personnels en

deux ans (vous leur avez donné environ 13 dix années de tributs), voilà seulement ce que

nous nous contenterons de prendre, mais en une seule année. Car nos besoins sont

pressants. Maintenant que vous êtes bien 14 conscients de notre indulgence, j’aimerais

ajouter cette petite chose : pour aucune de fautes, on ne fixe une peine

proportionnée 15 . »

VI. 25 Il parla en ces termes, n’accordant finalement la récompense qu’à vingt-huit

légions d’infanterie, parce qu’ils avaient quarante-trois légions, je crois, lorsqu’ils

s’étaient réconciliés à Modène et qu’ils avaient fait ces promesses, mais la guerre les

avait réduites à ce nombre. 26 Les Grecs, alors qu’il tenait encore ces propos, se jetaient

à terre, ajoutant que la contrainte et la violence exercées sur eux par Brutus et Cassius

ne méritaient pas de punitions, mais de la pitié, et que, tout disposés qu’ils avaient été à

offrir des dons à leurs bienfaiteurs, ils étaient dans le dénuement à cause des ennemis,

auxquels ils avaient remis non seulement leur argent, mais leur vaisselle et leurs bijoux

en guise d’argent, lesquels ennemis avaient fait fondre ces objets chez eux, pour en faire

de la monnaie. 27 Finalement, par leurs prières, ils obtinrent de ne verser que neuf

années de tributs en deux ans. Aux rois, aux dynastes et aux cités libres furent imposés

d’autres tributs selon les possibilités de chacun.

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Le Livre V des Guerres Civiles

VII. 28 Alors qu’Antoine faisait le tour des provinces, Lucius, frère de Cassius, et tous

les autres qui craignaient pour leur personne se présentèrent à lui en suppliants, après

avoir appris qu’il en avait pardonné à Ephèse. Et il leur fit grâce à tous, sauf aux

complices du meurtre de César : avec ceux-là seuls il était irréconciliable. 29 Par

ailleurs, il soulageait les cités qui avaient le plus terriblement souffert, exemptant, d’une

part, les Lyciens de tributs et les encourageant à reconstruire Xanthos, donnant, d’autre

part, aux Rhodiens Andros ainsi que Ténos, Naxos et Myndos, dont ils furent dépouillés

peu de temps après, parce qu’ils gouvernaient trop durement. 30 Il accorda la liberté aux

habitants de Laodicée et de Tarse et les exempta de tributs. Quant aux Tarsiens vendus

comme esclaves, il les délivra de la servitude par un édit. Aux Athéniens venus le voir

pour Ténos 16 , il donna Egine, Ikos, Kéos, Sciathos et Péparèthos 17 . 31 Traversant la

Phrygie, la Mysie et le pays des Galates d’Asie, ainsi que la Cappadoce, la Cilicie, la

Coelé-Syrie, la Palestine, l’Iturie et les pays de toutes les autres peuplades syriennes, il

imposait à tous de lourdes contributions et servait d’arbitre aux cités et aux rois : en

Cappadoce, il arbitra le conflit entre Ariarathès et Sisinnès, dans lequel il aida Sisinnès

à monter sur le trône, parce que Glaphyra, la mère de ce Sisinnès, lui avait paru belle 18 ;

en Syrie, d’autre part, il élimina les tyrans de différentes cités.

Rencontre avec Cléopâtre

VIII. 32 Alors que Cléopâtre était venue le trouver en Cilicie, il lui reprocha de ne pas

avoir pris part aux pénibles combats menés pour César ; mais au lieu de se défendre 19 ,

elle énuméra ce qu’elle-même 20 avait fait : elle avait aussitôt envoyé à Dolabella les

quatre légions qui étaient auprès d’elle et, alors qu’elle disposait, en outre, d’une flotte

prête à appareiller, elle avait été empêchée par le vent et par Dolabella lui-même, lequel

avait subi une trop prompte défaite ; elle ne s’était pas alliée à Cassius, bien qu’il l’eût

menacée à deux reprises, mais pour les soutenir, eux, tandis qu’ils faisaient la guerre à

ces hommes-là, elle-même avait navigué vers la mer ionienne avec sa flotte très

lourdement équipée, sans craindre Cassius ni éviter Murcus, qui mouillait pourtant en

embuscade, jusqu’à ce qu’une tempête endommageât sa flotte et la fît elle-même tomber

malade, raison pour laquelle elle ne put même pas reprendre la mer plus tard, alors

qu’ils étaient déjà vainqueurs. 33 Antoine donc, aussitôt frappé de stupeur par son

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Le Livre V des Guerres Civiles

intelligence, qui s’ajoutait à sa belle apparence 21 , se trouva pris au piège de Cléopâtre,

tel un gamin, bien qu’il eût quarante ans ; on dit qu’il avait toujours été naturellement

très porté sur ces choses et on dit aussi que par le passé déjà, alors que Cléopâtre n’était

encore qu’une toute jeune fille, il avait ressenti à sa vue une sorte d’excitation, lorsque,

jeune chef de cavalerie, il suivait Gabinius dans son expédition contre Alexandrie.

IX. 34 Aussitôt donc, l’attention qu’Antoine prêtait jusqu’alors à toute chose se mit à

baisser d’un seul coup. Quant à Cléopâtre, tout ce qu’elle pouvait ordonner était

exécuté, sans que fût maintenue une distinction entre ce qu’autorisent les lois divines et

ce qu’autorisent les lois humaines, puisque Antoine envoya tuer Arsinoé, la sœur de

Cléopâtre, venue à Milet 22 comme suppliante d’Artémis Leucophrys. 35 Aux Tyriens, il

ordonna de livrer à Cléopâtre Sérapion, son stratège à Chypre, qui s’était allié à Cassius

et était venu comme suppliant auprès des Tyriens ; aux Aradiens, par ailleurs, de livrer

un autre suppliant que, depuis la disparition de Ptolémée, frère de Cléopâtre, lors de la

bataille navale livrée contre César sur le Nil, les Aradiens gardaient et qui disait être

Ptolémée. 36 Quant au prêtre d’Artémis à Ephèse, qu’on tenait pour le Mégabyze, il

ordonna qu’on l’amenât devant son tribunal parce qu’il avait autrefois accueilli Arsinoé

comme une reine, mais les Ephésiens ayant supplié Cléopâtre en personne, il le relâcha.

Tel fut le brusque changement subi par Antoine et cette passion marqua le début et la fin

de ses malheurs ultérieurs. 37 Après que Cléopâtre se fut embarquée pour regagner son

royaume, Antoine envoya sa cavalerie piller la ville de Palmyre, située non loin de

l’Euphrate ; il n’avait que de légers reproches à leur faire : limitrophes des Romains et

des Parthes, ils ménageaient habilement les uns et les autres (car étant marchands, ils

importent de Perse les produits d’Inde et d’Arabie et les vendent dans les territoires

romains), mais en réalité, il songeait à enrichir ses cavaliers 23 . 38 Comme les

Palmyréniens avaient été prévenus, ils avaient transporté le nécessaire au-delà du

fleuve, et postés sur la rive dans l’éventualité d’une attaque, ils s’étaient équipés d’arcs,

arme pour laquelle ils sont remarquablement doués, si bien que les cavaliers, ayant

trouvé la ville déserte, s’en retournèrent sans avoir engagé le combat ni même 24 fait de

butin.

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Le Livre V des Guerres Civiles

X. 39 Et cette action d’Antoine alluma, pense-t-on, une guerre contre les Parthes peu de

temps après, étant donné que beaucoup de tyrans syriens s’étaient réfugiés chez eux. De

fait, la Syrie, jusqu’au règne d’Antiochos le Pieux et d’Antiochos, fils d’Antiochos le

Pieux, était gouvernée par les descendants du roi Séleucos Nicator, comme je l’ai dit

dans mon récit sur les Syriens. 40 Après que Pompée l’ajouta aux conquêtes romaines et

qu’il lui désigna Scaurus comme gouverneur, le Sénat envoya d’autres gouverneurs à la

suite de Scaurus, notamment Gabinius, qui fit la guerre aux Alexandrins ; après

Gabinius, Crassus, qui mourut chez les Parthes, et Bibulus, après Crassus. 41 A la mort

de Gaius César et pendant la période troublée qui la suivit, la Syrie était aux mains de

tyrans locaux, tyrans auxquels les Parthes s’étaient associés. De fait, les Parthes avaient

envahi la Syrie, après le malheur arrivé à Crassus, et agissaient de concert avec les

tyrans. 42 Tout en chassant ces derniers, qui se réfugiaient en pays parthe, tout en

imposant aux masses populaires de très lourdes contributions et tout en commettant à

l’égard des Palmyréniens la faute évoquée précédemment, Antoine, sans même attendre

d’avoir consolidé le pays en proie à la confusion, mais après avoir réparti son armée

dans les provinces pour les quartiers d’hiver, se rendit lui-même en Egypte auprès de

Cléopâtre.

Antoine à Alexandrie avec Cléopâtre

XI. 43 Celle-ci l’accueillit en grande pompe. Et il passa l’hiver là, sans les insignes du

pouvoir, portant le vêtement et menant la vie d’un simple particulier, soit parce qu’il

était dans un royaume étranger et dans un Etat souverain 25 , soit qu’il fût en quartiers

d’hiver comme en période de fête, puisqu’il avait mis de côté les soucis et le cortège des

chefs militaires, il revêtait le manteau rectangulaire grec au lieu de la toge romaine et

portait la sandale blanche attique, que portent aussi les prêtres athéniens et alexandrins

et que l’on appelle phaikasion . 44 Il ne sortait que pour se rendre aux temples, aux

gymnases et aux réunions d’érudits, et il passait son temps avec des Grecs, soumis à

Cléopâtre 26 , à laquelle il consacrait principalement son séjour.

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César en Italie

Le Livre V des Guerres Civiles

XII. 45 Telle était la situation d’Antoine. Quant à César, tandis qu’il revenait à Rome,

sa maladie prit à Brindes de nouvelles et très dangereuses proportions, et la rumeur

publique fit courir le bruit qu’il était même mort. 46 Après s’être rétabli, il fit son entrée

dans la Ville et montra aux amis d’Antoine les lettres d’Antoine. Ceux-ci ordonnèrent à

Calenus de remettre à César ses deux légions et envoyèrent en Afrique un message à

Sextius lui demandant de céder, lui aussi 27 , cette province à César. 47 Tandis qu’ils

s’exécutaient, César donna l’Afrique à Lépide, qui, selon toute apparence, n’avait

commis aucune faute irréparable, en échange de ses précédentes provinces, et il vendit

aux enchères le reste des biens confisqués lors des proscriptions. 48 Mais inscrire

l’armée sur les listes de colons et partager les terres était pour lui une tâche difficile. Car

tandis que les soldats réclamaient les villes qui avaient été choisies pour eux avant la

guerre, parce qu’elles étaient les meilleures, les villes en question demandaient que la

répartition s’étendît à toute l’Italie ou qu’elle se fît dans d’autres 28 tirées au

sort, et elles réclamaient le prix des terres 29 aux bénéficiaires des dons. 49 Et il n’y avait

pas d’argent, mais 30 venant tour à tour se rassembler à Rome, les jeunes et les vieux, ou

les femmes accompagnées de leurs enfants, allaient se lamenter sur le Forum ou dans

les temples, disant qu’ils n’avaient rien fait de mal et que, quoiqu’ils fussent italiens, ils

étaient contraints de quitter terres et foyer, comme des peuples conquis par la lance. 50

Les Romains compatissaient à leur peine et déploraient leur sort, surtout lorsqu’ils

réfléchissaient au fait que ce n’étaient pas pour la défense de la Ville, mais contre eux-

mêmes et contre le rétablissement de la constitution, que l’on avait fait la guerre, que

l’on offrait les récompenses de la victoire et que l’on établissait des colonies, pour que

la démocratie ne pût pas même refaire surface, puisque auprès des gouvernants étaient

installés des mercenaires prêts à faire tout ce qu’ils pouvaient désirer.

XIII. 51 César donnait aux villes l’excuse de la nécessité. Or, dans cette situation, les

villes semblaient ne même pas devoir suffire aux besoins, et elles ne suffisaient pas : les

soldats attaquaient jusqu’à leurs voisins avec une violence extrême, s’appropriant plus

de terres qu’on ne leur en donnait et choisissant les meilleures. César avait beau les

réprimander et leur offrir beaucoup d’autres récompenses, ils ne cessaient pas,

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Le Livre V des Guerres Civiles

puisqu’ils méprisaient les gouvernants, sachant que ces derniers avaient besoin d’eux

pour affermir leur pouvoir. 52 De fait, leur quinquennat passait, et la nécessité imposait

aux uns et aux autres d’assurer mutuellement leur sécurité : les chefs, afin d’exercer le

pouvoir, par les soldats ; quant aux

soldats, afin d’être maîtres sur les terres qu’ils avaient reçues, la

permanence du pouvoir de ceux qui les leur avaient données. De fait, persuadés de ne

pas être incontestés , si les gouvernants

qui les leur avaient données n’exerçaient pas un pouvoir , ils défendaient

ceux-ci avec une bienveillance forcée. 53 Et si quelqu’un offrait beaucoup d’autres

récompenses aux soldats démunis, en contractant des emprunts auprès des temples,

c’était bien César. C’est pourquoi l’armée était dans des dispositions favorables à son

égard et une plus grande reconnaissance lui revenait, puisque faisant don de terres, de

villes, d’argent et de maisons, il était accablé d’odieuses injures par ceux que l’on

dépouillait, mais supportait cette offense pour complaire à l’armée.

Rupture entre César et Lucius Antonius

XIV. 54 Voyant cela, le frère d’Antoine, Lucius Antonius, qui était alors consul, la

femme d’Antoine, Fulvie, et celui qui gérait les affaires d’Antoine en son absence 31 ,

Manius, pour éviter que toute l’opération parût être le fait de César uniquement, que lui

seul en retirât de la reconnaissance et qu’Antoine fût privé de la bienveillance des

soldats, employaient tout leur art à différer l’installation des colonies jusqu’au retour

d’Antoine. 55 Or, comme cela semblait impossible, tant l’armée était pressée, ils

réclamaient que ce fût d’eux-mêmes que César reçût les chefs des colonies

antoniennes 32 , et bien que l’accord conclu avec Antoine réservât ce droit à César, ils

reprochaient à celui-ci de ne pas en avoir confié le soin 33 à Antoine. 56 Et faisant passer

Fulvie et les jeunes enfants d’Antoine devant les troupes, eux-mêmes les suppliaient en

des termes vraiment haineux, de ne pas tolérer que l’on privât Antoine de sa gloire et de

la reconnaissance due à ses bons offices en leur faveur. 57 Antoine était à cette époque

au sommet de sa renommée, aussi bien auprès de l’armée que de tous les autres, parce

que les actions menées à Philippes étaient toutes considérées comme le fait d’Antoine

uniquement, César étant alors en mauvaise santé. 58 César n’ignorait pas qu’il était

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Le Livre V des Guerres Civiles

victime d’une injuste atteinte aux accords, mais il céda pour complaire à Antoine. Ceux-

là donc firent connaître les chefs de colonies ayant autorité sur les légions antoniennes

et ces chefs, pour paraître un peu mieux disposés que César envers les soldats, leur

permettaient de commettre encore plus d’injustices. 59 Il y avait donc un grand nombre

d’autres villes qui, voisines de celles que l’on partageait et victimes de nombreuses

injustices de la part des soldats, invectivaient César : l’installation de colonies était plus

injuste que les proscriptions ! Celles-ci condamnaient des ennemis personnels, celles-là,

des innocents !

XV. 60 César n’ignorait pas qu’ils étaient victimes d’injustes traitements, mais il était

impuissant. De fait, il n’y avait pas d’argent à donner aux cultivateurs pour prix de leurs

terres et il n’était pas possible de différer les récompenses de la victoire, en raison des

guerres qui restaient encore à mener : Pompée était maître de la mer et bloquait la Ville

pour l’affamer, Ahenobarbus et Murcus réunissaient une armée et d’autres navires, et

ceux qui avaient fait campagne 34 seraient moins ardents à l’avenir, s’ils ne recevaient

pas les récompenses de leur première victoire. 61 Or, l’heure était grave : ils arrivaient

au terme de leur magistrature quinquennale et avaient de nouveau besoin de l’appui des

soldats. C’est pourquoi César voulait bien, pour le moment, fermer les yeux sur leur

violence extrême et leur irrespect. 62 Au théâtre notamment, en présence de César, un

soldat qui ne trouvait pas de place appropriée vint s’asseoir au milieu de ceux que l’on

appelle « chevaliers ». Le peuple le hua et César fit lever le soldat, mais la soldatesque

s’en indigna et, ayant entouré César à son départ du théâtre, elle réclamait le soldat,

parce que faute de le voir, elle s’imaginait qu’on l’avait tué. 63 Lorsqu’il survint, elle

croyait que l’on venait de le faire sortir de prison 35 et comme il niait et racontait les

faits, elle disait qu’il mentait, parce qu’on lui avait fait la leçon, et elle l’injuriait comme

un traître à la cause commune.

XVI. 64 Tel fut l’incident qui eut lieu au théâtre 36 . Convoqués au Champ de Mars,

d’autre part, pour procéder à ce moment-là à la répartition des terres 37 , les soldats

arrivèrent en hâte alors qu’il faisait encore nuit et comme César mettait trop de temps à

les rejoindre, ils étaient indignés. 65 Le centurion Nonius les réprimanda sans

ménagement, soulignant que les subordonnés avaient des devoirs envers leur supérieur

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Le Livre V des Guerres Civiles

et que le retard de César était dû à sa santé chétive, non à l’arrogance. Les autres

commencèrent par le railler, en le traitant de flatteur, mais lorsque les esprits

s’échauffèrent de part et d’autre, ils se mirent à l’injurier, à le frapper, à le poursuivre

dans sa fuite et, après l’avoir retiré du fleuve dans lequel il avait sauté, ils le tuèrent et

jetèrent son corps à un endroit par où César devait passer. 66 Les amis de César lui

conseillaient de ne pas même les approcher, mais de reculer devant leur mouvement de

folie. Il avança malgré tout, pensant qu’il ne ferait qu’alimenter encore leur folie, s’il

n’arrivait pas. A la vue du corps de Nonius, il fit un détour, mais faisant comme si ce

n’était le fait que d’un petit nombre, il se contenta de leur adresser des reproches et de

les exhorter à s’épargner les uns les autres à l’avenir. Il procédait ensuite à la répartition

des terres, permettait à ceux qui le méritaient de réclamer des gratifications et en

accordait même, contre toute attente, à certains soldats qui n’en méritaient pas, tant et si

bien que la troupe, frappée de stupeur, regrettait d’avoir fait preuve de brutalité 38 , se

faisait honte, se condamnait elle-même et lui demandait de trouver ceux qui avaient mal

agi envers Nonius pour les punir. 67 César dit qu’il les connaissait et qu’il leur

infligerait pour punition : « leur seule et unique mauvaise conscience et la

condamnation que vous portez contre eux ». Les soldats, pour avoir été jugés dignes à la

fois de pardon, de considération et de gratifications, se mirent à l’acclamer par un

revirement immédiat.

XVII. 68 Voilà deux illustrations, parmi d’autres plus nombreuses, de la difficulté que

l’on avait alors à se faire obéir. Les raisons en étaient que la plupart des généraux

n’avaient pas été élus, comme cela arrive en période de guerres civiles, et que leurs

armées n’avaient pas été formées à partir des listes de conscrits, conformément aux

usages ancestraux, ni formées pour répondre aux besoins de la patrie : les soldats

faisaient moins campagne pour la république que pour leurs seuls chefs-recruteurs,

qu’ils servaient non sous la contrainte des lois, mais en raison de promesses qui leur

avaient été faites à titre individuel, non contre des ennemis publics, mais contre des

ennemis personnels, ni non plus contre des étrangers, mais contre des concitoyens et des

pairs. 69 Tout cela dissipait en eux la crainte qu’éprouve le soldat, parce qu’ils

pensaient moins faire campagne que porter assistance par gratitude et penchant

personnel, et estimaient que leurs chefs avaient nécessairement besoin d’eux pour

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Le Livre V des Guerres Civiles

réaliser leurs propres plans. 70 La désertion, jugée autrefois impardonnable par les

Romains, méritait en ce temps-là jusqu’à des gratifications. Et elle était le fait non

seulement des armées en masse, mais de certains nobles, qui croyaient que passer d’un

parti à un autre semblable n’était pas « déserter ». 71 De fait, les partis se ressemblaient

à tous égards et ni l’un ni l’autre d’entre eux n’avait été choisi par les Romains pour être

voué à la haine publique. Les généraux jouaient la même comédie, prétendant tous venir

au secours de la patrie pour défendre ses intérêts, ce qui facilitait les défections de

soldats, persuadés de venir au secours de la patrie dans n’importe quel parti. Les

généraux en étaient conscients, mais ils le supportaient, parce qu’ils commandaient

moins leurs hommes en vertu de la loi qu’à force de gratifications.

XVIII. 72 Ainsi, tout n’était plus alors que factions, et c’était par les chefs de factions

que les armées avaient été dénaturées et rendues indociles, tandis que Rome était réduite

à la famine, la mer n’apportant plus rien à ses habitants à cause de Pompée et l’Italie

n’étant plus cultivée à cause des guerres. Le peu qui arrivait était dépensé pour les

armées. 73 Le petit peuple chapardait de nuit dans la Ville et commettait des agressions

encore plus violentes que les vols, agressions qu’il commettait impunément et dont

l’opinion rejetait la responsabilité sur les soldats. Le peuple faisait fermer les ateliers et

chassait les magistrats de leur siège, pensant que l’on n’avait besoin ni d’autorités ni de

métiers dans une ville en proie au dénuement et au brigandage.

XIX. 74 Lucius, partisan du peuple et mécontent contre le triumvirat, qui ne semblait

même pas devoir prendre fin à l’échéance prévue, avait des heurts avec César et des

différends assez importants. A tous les cultivateurs dépossédés de leurs terres, qui

venaient supplier chaque homme influent, lui seul faisait bon accueil et promettait son

secours, tandis que ceux-ci promettaient de combattre, quels que fussent ses ordres. 75

C’est pourquoi l’armée d’Antoine le blâmait, ainsi que César, qui l’accusait d’agir

contre les intérêts d’Antoine, et Fulvie, qui l’accusait d’exciter une guerre à

contretemps 39 . Mais lorsque Manius fit habilement changer d’avis Fulvie, en lui

expliquant que, si l’Italie était en paix, Antoine resterait auprès de Cléopâtre 40 , mais que,

si elle était en guerre, il reviendrait vite, Fulvie, piquée d’un sentiment féminin, excita

Lucius à la contestation. 76 Comme César partait pour procéder à l’installation des

12


Le Livre V des Guerres Civiles

dernières colonies, elle envoya à sa suite les enfants d’Antoine accompagnés de Lucius,

pour que leur vue empêchât César de gagner plus d’importance au sein de l’armée. 77

Et comme des cavaliers de César quittaient Rome en hâte pour gagner la côte du

Bruttium, ravagée par Pompée, Lucius, croyant ou feignant de croire que cette cavalerie

avait été envoyée contre lui et les enfants d’Antoine, se sauva dans les colonies

d’Antoine, où il se constitua une garde du corps, et accusa faussement César devant

l’armée de déloyauté envers Antoine. 78 César démentit en expliquant aux troupes

qu’entre Antoine et lui, tout n’était qu’amitié et communauté de vues, mais que Lucius,

animé d’autres intentions, les excitait à une guerre mutuelle, en agissant contre le

triumvirat, grâce auquel les soldats qui avaient fait campagne 41 tenaient fermement leurs

colonies ; quant aux cavaliers, ils étaient en ce moment même dans le Bruttium et

observaient les ordres.

Vaines tentatives de réconciliation

XX. 79 Informés de cette situation, les chefs militaires arbitrèrent leurs différends à

Teanum 42 et les réconcilièrent aux conditions suivantes : les consuls administreraient les

institutions traditionnelles, sans en être empêchés par les triumvirs ; les terres ne

seraient distribuées à personne d’autre qu’aux anciens combattants de Philippes ; de

l’argent retiré des ventes des biens confisqués et du produit estimé des ventes encore en

cours, l’armée d’Antoine stationnée en Italie toucherait elle aussi une part, d’un

montant égal ; 80 aucun des deux triumvirs ne continuerait à lever des troupes en Italie ;

pour l’appuyer dans sa campagne contre Pompée, César recevrait deux légions

d’Antoine ; les Alpes seraient ouvertes à ceux que César envoyait en Ibérie et Asinius

Pollion ne leur ferait plus obstacle ; Lucius, réconcilié avec César à ces conditions,

licencierait sa garde du corps et remplirait ses fonctions sans crainte. 81 Telles étaient

les clauses de l’accord conclu entre eux par l’entremise des chefs militaires, mais seules

les deux dernières furent appliquées. Dès lors, Salvidienus plus d’obstacle <

et son armée> franchit les Alpes avec lui 43 .

XXI. 82 Comme les autres clauses n’étaient pas appliquées ou tardaient à l’être, Lucius

se retira à Préneste, disant craindre César, qui en vertu de sa charge avait des gardes du

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Le Livre V des Guerres Civiles

corps, alors que lui-même était sans défense. Fulvie s’y retira elle aussi, disant que

Lépide, désormais seul, lui faisait craindre pour ses enfants 83 (car c’est lui qu’elle

mettait en avant, plutôt que César) 44 . Voilà ce que l’un et l’autre écrivaient à Antoine et

ils lui envoyaient, avec leurs lettres, des amis qui devaient l’instruire de la situation en

détail. Et en dépit de mes recherches, je n’ai pas trouvé les authentiques réponses écrites

qui leur furent faites. 84 S’étant engagés par serment à trancher de nouveau le désaccord

entre les gouvernants, en choisissant ce qui semblerait juste, et à y contraindre les

contrevenants, les chefs des armées convoquèrent Lucius et ses amis à cet effet. Celui-ci

ayant refusé de se présenter, César lui adressa des reproches en des termes haineux aussi

bien devant les chefs militaires que devant les plus nobles Romains. 85 Ces derniers

quittèrent Rome, pour accourir auprès de Lucius, et l’exhortèrent à prendre pitié de la

Ville et de l’Italie, qui sortaient à peine des guerres civiles, et, partageant 45 , à

accepter que le différend fût tranché soit devant eux, soit devant les chefs militaires.

XXII. 86 Comme Lucius éprouvait des scrupules à l’écoute des propos qui lui étaient

tenus et de ceux qui les lui tenaient, Manius disait, comble d’audace, qu’Antoine ne

faisait rien d’autre que récolter de l’argent chez des peuples étrangers, alors que César

prenait les devants, en s’emparant de l’armée et des positions avantageuses de l’Italie à

force de prévenances. 87 Car à la Gaule, précédemment donnée à Antoine, il accordait

la liberté, en trompant Antoine ; quoique dix-huit villes seulement fussent prévues,

c’était toute l’Italie ou presque dont il transférait la propriété par donation aux vétérans ;

quoique vingt-huit légions seulement eussent combattu avec eux, c’était à trente-quatre

légions qu’il distribuait non seulement des terres, mais aussi l’argent emprunté aux

temples, argent qu’il prétendait collecter pour attaquer Pompée (auquel il ne livre pas

encore de bataille rangée, disait-on, alors que la Ville souffre, ô combien, de la famine),

mais qu’il partageait entre les armées, pour obtenir leur sollicitude au détriment

d’Antoine ; et les biens confisqués, il les mettait moins en vente qu’il ne les leur

donnait. 88 S’il voulait réellement vivre en paix, il lui fallait rendre compte de son

administration passée et ne faire à l’avenir que ce qu’ils décideraient au cours d’une

délibération commune. 89 Telle fut l’audace avec laquelle Manius prétendait que César

n’avait autorité sur aucune affaire et que l’accord conclu avec Antoine n’avait aucune

validité, puisqu’il était bien établi que chacun des deux triumvirs aurait autorité suprême

14


Le Livre V des Guerres Civiles

sur les affaires qui lui auraient été confiées et que leurs actes feraient l’objet d’une

ratification réciproque. César voyait donc que l’on désirait la guerre de tous côtés, et

chacun des deux camps s’y préparait.

XXIII. 90 Deux légions installées dans la ville d’Ancône 46 , que César avait hérité de son

père, mais qui avaient servi sous Antoine, informées des préparatifs de guerre que

chacun faisait de son côté et respectant l’amitié qui les liait à l’un et à l’autre,

envoyèrent à Rome des délégués pour les prier tous deux de parvenir à un accord. 91

Comme César leur dit que ce n’était pas lui qui faisait la guerre à Antoine, mais Lucius

qui la lui faisait, les délégués s’entretinrent avec les chefs de cette armée 47 , puis tous en

commun envoyèrent une délégation à Lucius, lui demandant de rencontrer César en vue

d’un arbitrage. Et ils laissaient entendre ce qu’ils feraient s’il refusait de se soumettre à

la décision rendue. 92 Lucius et ses amis ayant accepté, on fixa le lieu de l’arbitrage à

Gabies, ville située à mi-chemin entre Rome et Préneste, et l’on installa un lieu de

réunion pour les juges et deux tribunes au centre pour les orateurs, comme dans un

procès. 93 Arrivé le premier, César envoya des cavaliers sur le passage de Lucius, sans

doute pour un repérage des lieux, au cas où ils verraient une quelconque embuscade

quelque part. Et ces cavaliers, ayant rencontré d’autres cavaliers appartenant à Lucius,

sans doute des éclaireurs ou des espions eux aussi, en tuèrent quelques-uns. 94 Et

Lucius se retira, par crainte, disait-il, d’un complot. Quoique convoqué par les chefs de

l’armée, qui promettaient de l’escorter, il ne se laissa plus persuader.

XXIV. 95 Ainsi avaient échoué les tentatives de réconciliation ; ils étaient décidés à

faire la guerre et publiaient l’un contre l’autre des édits désormais incisifs. Lucius avait

une armée comprenant six légions de fantassins, que lui-même avaient enrôlées en

arrivant au consulat, et onze autres qui appartenaient à Antoine et que commandait

Calenus, l’ensemble de ces légions étant réparti à travers l’Italie. 96 César, quant à lui,

avait quatre légions à Capoue et les cohortes prétoriennes qui l’entouraient, et

Salvidienus ramenait six autres légions d’Ibérie. 97 Lucius tirait de l’argent des

provinces soumises à Antoine qui ne subissaient pas de guerre, alors que César, n’ayant

obtenu que des provinces ou en proie à la guerre 48 , à l’exception de la Sardaigne,

empruntait aux temples en promettant de rembourser avec gratitude : il empruntait à

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Le Livre V des Guerres Civiles

Rome (en prélevant de l’argent du Capitole), à Antium, à Lanuvium, à Nemi et à Tibur,

principales villes dans lesquelles se trouvent encore maintenant d’abondants dépôts

d’argent sacré.

Situation hors de l’Italie

XXV. 98 Des troubles, César le savait, avaient aussi atteint l’extérieur de l’Italie. Car en

raison des proscriptions, de l’installation de colonies militaires, et de cette contestation

provoquée par Lucius, Pompée s’était élevé à un haut degré de gloire et de puissance :

99 ceux qui craignaient pour leur personne, qui étaient dépouillés de leurs biens ou qui

abhorraient le régime de manière générale, se retiraient auprès de lui principalement. Du

reste, la jeunesse, qui était poussée à faire campagne par l’appât du gain et qui jugeait

indifférent de servir sous tel ou tel général, puisque dans tous les cas elle faisait

campagne 49 avec des Romains, préférait se rendre auprès de Pompée, parce qu’il

embrassait, pensait-on, une cause plus juste. 100 Lui s’était enrichi grâce au butin fait

sur mer et avait de nombreux navires ainsi que des équipages complets. Murcus l’avait

rejoint avec deux légions, cinq cents archers, beaucoup d’argent et quatre-vingts dix

navires, et faisait venir le reste de son armée de Cephalénie. 101 C’est pourquoi certains

pensent que si Pompée avait alors pris l’offensive, il se serait facilement rendu maître de

l’Italie, qui était ruinée par la famine et les rivalités politiques, et dont les regards étaient

fixés sur lui. Mais Pompée eut la folie de croire qu’il ne devait pas attaquer mais

seulement se défendre, et ce jusqu’au jour où, dans la défensive aussi, il eut le dessous.

XXVI. 102 En Afrique, Sextius, gouverneur antonien, venait de remettre son armée, sur

ordre de Lucius, à Fango, gouverneur césarien, lorsqu’il reçut l’ordre de la récupérer.

Comme Fango ne la lui rendait pas, il lui faisait la guerre, après avoir réuni un certain

nombre de vétérans 50 , une forte troupe d’Africains et d’autres hommes envoyés par les

rois. Après la défaite de ses deux ailes et la prise de ses camps, Fango crut qu’une

trahison était à l’origine de ce désastre et se donna donc la mort. 103 Et Sextius redevint

maître des deux provinces d’Afrique. Lucius, d’autre part, persuada Bocchus, roi de

Maurétanie 51 , de faire la guerre à Carrinas, qui gouvernait l’Ibérie au nom de César. 104

Ahenobarbus, qui longeait les côtes ioniennes avec soixante-dix navires, deux légions

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Le Livre V des Guerres Civiles

d’infanterie, des archers, quelques frondeurs, des fantassins légers et des gladiateurs,

dévastait les régions soumises aux triumvirs, et après avoir attaqué Brindes par mer, il

captura une partie des trirèmes de César, incendia les autres, enferma les habitants de

Brindes à l’intérieur des murs de la ville et pilla la campagne 52 .

Marche vers la guerre de Pérouse

XXVII. 105 César envoya une légion de soldats à Brindes et rappela en hâte

Salvidienus, qui était en route vers l’Ibérie 53 . A travers toute l’Italie, Lucius et lui

envoyaient des agents leur recruter des armées. Ces chefs-recruteurs de mercenaires

s’opposaient dans des engagements plus ou moins longs et se tendaient souvent des

embuscades. 106 Mais c’était surtout avec Lucius que les Italiens agissaient avec

bienveillance, persuadés qu’il faisait la guerre aux colons pour leur défense à eux. Ce

n’était plus seulement les villes transférées par donation à l’armée, mais toute l’Italie ou

presque qui s’était soulevée, parce qu’elle craignait le même sort. Chassant de leurs

villes ou tuant ceux qui empruntaient pour César de l’argent aux temples, les habitants

gardaient le contrôle de leurs murailles et se rangeaient du côté de Lucius. Se

rangeaient, en revanche, du côté de César les soldats que l’on installait dans les

colonies. Comme pour une guerre désormais intérieure, les uns et les autres

choisissaient pour la défense de leurs intérêts.

Discours de César devant les sénateurs et les chevaliers

XXVIII. 107 En dépit de ces événements, César réunit une fois encore le Sénat et ceux

que l’on appelle « chevaliers », et s’exprima en ces termes : « Je suis accusé, je le sais

bien, par Lucius et les siens, de faiblesse et de pusillanimité, étant donné que je ne les

combats pas, et ils vont bientôt porter contre moi ces mêmes accusations, parce que je

vous ai réunis aujourd’hui. Mais mon armée, je le sais, est forte, aussi bien les troupes

qui subissent avec moi l’injustice de Lucius, puisqu’elles sont privées par lui de leurs

colonies, que les autres troupes dont je dispose, et le reste aussi est fort, excepté

seulement le moral. 108 Car je n’éprouve aucun plaisir à mener une guerre civile sans

une grave nécessité, ni à user et abuser des citoyens survivants, en les opposant les uns

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Le Livre V des Guerres Civiles

aux autres, et ce, d’autant plus que cette guerre ne sera pas pour vous un simple écho

en Macédoine ou en Thrace, mais se déroulera au coeur

même de l’Italie. Combien de maux devra-t-elle subir, outre les pertes humaines, si elle

devient pour nous un amphithéâtre? 109 Telles sont donc les raisons pour lesquelles j’ai

personnellement des hésitations et aujourd’hui encore j’atteste que je ne commets

aucune injustice à l’égard d’Antoine ni n’en subis aucune de sa part. Quant à vous, je

vous exhorte à prouver cela à Lucius par vous-mêmes et à le réconcilier avec moi. 110

S’il ne se laisse pas non plus persuader maintenant, à lui, je lui montrerai aussitôt que la

conduite que j’ai menée jusqu’à présent n’était que prudence et non lâcheté, et à vous, je

vous demande de témoigner en ma faveur, aussi bien chez vous que devant Antoine, et

de vous ranger à mes côtés, vu l’arrogance de Lucius. »

XXIX. 111 Tels furent les propos de César. Certains de ses auditeurs repartirent en hâte

vers Préneste ; Lucius ne dit que ceci : les deux camps avaient déjà pris de l’avance

dans les travaux de guerre et César jouait la comédie, puisqu’il venait d’envoyer une

légion à Brindes pour empêcher Antoine de rentrer. 112 Quant à Manius, il montra

même une lettre d’Antoine, fabriquée par ses soins ou authentique, ordonnant de faire la

guerre si quelqu’un attentait à sa dignité. 113 Comme les membres du Sénat

demandaient si quelque atteinte avait été portée à la dignité d’Antoine et engageaient

à un arbitrage sur ce point, Manius avança bien d’autres arguments de

sophiste, jusqu’à ce qu’il s’en allassent sans avoir rien obtenu 54 . Ils n’eurent pas

d’entrevue commune avec César pour lui donner la réponse , soit que

chacun lui eût fait son rapport en particulier, soit qu’ils eussent des avis partagés, soit

qu’ils fussent honteux 55 . 114 La guerre était ouverte et César partait la faire, laissant

Lépide garder Rome avec deux légions. Ce fut alors surtout que la majorité des nobles

montrèrent qu’ils n’étaient pas satisfaits du triumvirat, puisqu’ils se rendaient auprès de

Lucius.

Phases de la guerre de Pérouse

XXX. 115 Voici quels furent les principaux moments de la guerre. Deux légions de

Lucius donc se mutinèrent aux environs d’Albe et, après avoir chassé leurs chefs,

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Le Livre V des Guerres Civiles

s’apprêtaient à faire défection. Mais dans la hâte que mirent César et Lucius à les

rejoindre, Lucius devança César et se les conserva, moyennant de grosses sommes

d’argent et de grandes promesses. 116 Comme Furnius amenait une autre armée à

Lucius, César accrocha son arrière-garde. Furnius courut se retirer au sommet d’une

colline et, de nuit, se pressa de gagner la ville de Sentinum, qui partageait ses tendances

politiques. De nuit, César ne le suivit pas, parce qu’il soupçonnait une embuscade, mais

de jour, il assiégea à la fois Sentinum et le camp de Furnius. 117 Lucius, qui, de son

côté, se pressait de gagner Rome, envoya en avant-garde trois cohortes, qui, de nuit,

sans se faire remarquer, firent irruption dans la ville ; lui-même suivait avec une armée

nombreuse, des cavaliers et des gladiateurs. 118 Comme Nonius, le gardien des portes,

l’avait admis dans la ville et avait remis entre ses mains les troupes placées sous ses

ordres, Lépide s’enfuit auprès de César, tandis que Lucius haranguait les Romains :

César et Lépide allaient bientôt être punis pour avoir gouverné par la force; quant à son

frère, il abdiquerait spontanément et abandonnerait au profit du consulat, magistrature

plus légitime et héritée des ancêtres, un régime contraire aux institutions et tyrannique 56 .

XXXI. 119 Sur ces mots, comme tous se réjouissaient et croyaient le triumvirat déjà

dissout, Lucius, salué par le peuple du titre d’imperator, se mit en marche contre César

et chercha à former une nouvelle armée, en recrutant dans les colonies d’Antoine, qu’il

soumit à son autorité. 120 Celles-ci étaient favorables à Antoine mais Barbatius, le

questeur d’Antoine, qui, pour avoir eu quelques heurts avec Antoine, était revenu , disait à ceux qui l’interrogeaient qu’Antoine était fâché contre ceux qui

faisaient la guerre à César au détriment de la domination qu’eux-mêmes se partageaient.

121 Tous ceux qui ne comprirent pas la tromperie de Barbatius abandonnèrent le camp

de Lucius pour celui de César. Quant à Lucius, il marchait à la rencontre de Salvidienus

qui revenait de Gaule avec une armée nombreuse pour rejoindre César. Asinius et

Ventidius, généraux d’Antoine eux aussi, suivaient Salvidienus, cherchant à l’empêcher

d’aller plus avant. 122 Mais Agrippa, le plus cher ami de César, par crainte que

Salvidienus ne fût encerclé, s’empara de Sutrium, une place avantageuse pour Lucius 57 ,

parce qu’il avait pensé qu’il détournerait Lucius de Salvidienus, en l’attirant vers lui, et

que Salvidienus, qui se retrouverait derrière Lucius, lui porterait secours. 123 Et tout

cela se déroula comme l’avait prévu Agrippa. Ayant échoué dans les plans qu’il avait

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Le Livre V des Guerres Civiles

imaginés, Lucius se porta vers Asinius et Ventidius, tandis que Salvidienus et Agrippa

le harcelaient sur ses deux flancs et guettaient le moment précis de le cerner dans les

défilés.

XXXII. 124 Mais le piège s’étant révélé, alors que Lucius était à leur hauteur, celui-ci,

n’osant en venir aux mains avec les deux adversaires postés sur ses deux flancs, entra

dans Pérouse, ville solidement fortifiée auprès de laquelle il établit son camp, en

attendant Ventidius. 125 Mais Agrippa, Salvidienus et César, qui les avait rejoints,

l’encerclèrent avec leurs trois armées, et Pérouse en même temps. César rappelait en

hâte de partout le reste de son armée, persuadé que le point crucial de la guerre se

trouvait précisément là où il tenait Lucius enfermé. 126 Il envoya aussi en avant-garde

d’autres troupes faire obstacle à Ventidius et aux autres généraux qui s’avançaient. Mais

ceux-ci, d’eux-mêmes, traînaient les pieds au lieu de presser le pas, parce qu’ils

réprouvaient totalement la guerre et ignoraient les intentions d’Antoine, et parce

qu’aucun, en considération de son rang, ne cédait le commandement de l’armée aux

autres. 127 Quant à Lucius, il n’engageait pas le combat contre les assiégeants, qui

étaient plus valeureux, plus nombreux et plus endurcis, alors que lui disposait

essentiellement d’une armée de recrues ; il ne se remettait pas non plus en marche, parce

que tout ce monde l’aurait harcelé en même temps. 128 Mais il envoya Manius auprès

de Ventidius et d’Asinius pour qu’il les presse de secourir Lucius assiégé, et Tisenius,

avec quatre mille cavaliers, pour qu’ils pillent les territoires dépendants de César, afin

de lui faire lever le siège 58 . Lui-même entra dans Pérouse pour prendre ses quartiers

d’hiver dans une ville fortifiée, si besoin était, en attendant l’arrivée de Ventidius.

XXXIII. 129 Aussitôt, César, avec toute son armée, s’empressa d’isoler Pérouse au

moyen d’un retranchement formé d’une palissade et d’un fossé, traçant un périmètre de

cinquante-six stades, parce que la ville occupait une colline, et déployant des « longs

murs » jusqu’au Tibre, pour que rien ne fût introduit dans Pérouse. De son côté, certes,

Lucius procédait à des travaux également, fortifiant le pied de la colline avec d’autres

palissades et fossés du même genre. 130 Et Fulvie pressait Ventidius, Asinius, Atéius 59

et Calenus de venir de Gaule porter secours à Lucius, et elle envoyait

Plancus conduire à Lucius une nouvelle armée qu’elle avait réunie. 131 Plancus donc

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Le Livre V des Guerres Civiles

détruisit une légion césarienne qui faisait route vers Rome. Comme Asinius et

Ventidius, s’ils traînaient les pieds et étaient en désaccord sur les intentions d’Antoine 60 ,

ne se portaient pas moins vers Lucius à cause de Fulvie et de Manius, et repoussaient de

vive force ceux qui leur barraient le passage, César alla à leur rencontre avec Agrippa,

après avoir laissé sur place une garde pour surveiller Pérouse. 132 Asinius et Ventidius,

qui n’avaient pas encore fait leur jonction et avançaient sans entrain, s’enfuirent en

même temps, l’un à Ravenne, l’autre à Ariminum, et Plancus à Spolète. 133 Et César,

après avoir posté une armée devant chacun d’eux, pour éviter qu’ils ne se réunissent,

regagna Pérouse. Là, il s’empressait d’élever une palissade devant les fossés 61 et de

doubler leur profondeur et leur largeur, de manière à ce qu’ils atteignent trente pieds ; il

surélevait l’enceinte fortifiée et installait au-dessus mille cinq cents tours de bois,

espacées de soixante pieds les unes des autres ; cette enceinte était surmontée d’une

ligne dense de mantelets et tout le reste du dispositif présentait deux faces, l'une tournée

vers les assiégés, l'autre, vers l’extérieur, en cas d’attaque. 134 Durant ces travaux, se

multipliaient les engagements et les batailles, les soldats de César étant meilleurs au

lancer de javelot, les gladiateurs de Lucius, au corps à corps. Ils tuaient d’ailleurs

beaucoup de monde dans ces corps à corps.

XXXIV. 135 Lorsque César eut achevé tous ses travaux, la famine atteignit Lucius et le

mal prit une ampleur considérable, dans la mesure où ni lui-même ni la ville ne s’étaient

prémunis. S’en étant rendu compte, César redoublait de vigilance. 136 Comme le

premier jour de l’année tombait le lendemain, Lucius, qui avait guetté la fête, persuadé

qu’elle occasionnerait de la négligence du côté des ennemis, fit une sortie, de nuit, et se

lança contre la porte de leurs fortifications, afin de se frayer un chemin à travers eux et

d’introduire une autre armée. De fait, il avait beaucoup de troupes en beaucoup

d’endroits. 137 Mais comme rapidement la légion en réserve à proximité

et César lui-même, avec ses cohortes prétoriennes, avaient couru lui faire obstacle,

Lucius fut repoussé en dépit de sa grande ardeur au combat . 138 Dans les mêmes jours,

à Rome, comme le grain était gardé pour les armées en campagne, la foule lançait

ouvertement des imprécations contre la guerre et contre la victoire, et faisant irruption

dans les maisons à la recherche de grain, s’emparait de tout ce qu’elle trouvait.

21


Le Livre V des Guerres Civiles

XXXV. 139 Honteux d’abandonner Lucius qu’ils voyaient souffrir de la famine,

Ventidius et les autres généraux se portèrent tous vers lui, en repoussant de vive force

les hommes de César qui les entouraient de toutes parts et les harcelaient. 140 Comme

Agrippa et Salvidienus allaient à leur rencontre avec une force armée encore plus

nombreuse, ils craignirent d’être encerclés et obliquèrent vers une place appelée

Fulginium, distante de Pérouse de cent soixante stades. Là, comme Agrippa et ses

hommes étaient campés autour d’eux, ils allumèrent de nombreux feux pour signaler

leur présence à Lucius. 141 Ventidius et Asinius préféraient marcher pour combattre

malgré tout, mais Plancus objectait qu’ils seraient pris entre César et Agrippa et qu’ils

devaient encore attendre en observant les événements. Et les paroles de Plancus

prévalurent. 142 Ceux qui étaient dans Pérouse se réjouissaient à la vue des feux, mais,

comme les hommes tardaient, ils se figurèrent que ces derniers étaient harcelés et quand

le feu fut éteint, qu’ils avaient été anéantis. 143 Pressé par la famine, Lucius livra une

nouvelle bataille de nuit, de la première veille jusqu’à l’aube, sur toute la périphérie de

la circonvallation. Mais faute d’avoir réussi, il regagna vivement Pérouse et après avoir

inventorié ce qui restait de vivres, il interdit que l’on en donnât aux esclaves et veilla à

ce qu’ils ne puissent même pas s’enfuir, pour éviter que le désastre ne fût encore mieux

connu des ennemis. 144 Les esclaves vagabondaient donc en foule et s’affaiblissaient,

cherchant pâture dans la ville elle-même et jusque dans le retranchement ami, et

mangeant des herbes ou des feuilles vertes, lorsqu’ils en trouvaient. Lucius faisait

enterrer dans des fosses profondes ceux qui expiraient, pour éviter d’attirer l’attention

des ennemis en les incinérant, et pour éviter également les miasmes des corps en

décomposition ainsi que la maladie.

XXXVI. 145 Puisque la famine n’avait pas de fin, ni non plus les morts, les

légionnaires, accablés par les événements, incitaient Lucius à faire une nouvelle

tentative contre les remparts ennemis, pour y ouvrir dans tous les cas une brèche. 146

Celui-ci, approuvant cet allant, dit : « Notre combat d’hier n’était pas à la hauteur de la

nécessité présente. Dorénavant, il faut ou se rendre, ou, si l’on considère cela comme

pire que la mort, combattre jusqu’à la mort ». Comme tous approuvaient avec ardeur et

demandaient à ce qu’il les menât au combat au grand jour, pour que nul ne pût trouver

quelque échappatoire, comme on en trouve la nuit, Lucius les mena au combat avant

22


Le Livre V des Guerres Civiles

l’aube 62 . 147 Ils disposaient d’un abondant outillage en fer pour attaquer les remparts et

d’échelles préparées pour toutes formes . On transportait aussi des

machines pour combler les fossés, des tours articulées qui projetaient des passerelles

vers les remparts, des projectiles de toutes sortes, des pierres 63 , ainsi que des claies

destinées à être jetées sur les pals. 148 S’étant précipités dans un élan impétueux, ils

comblèrent le fossé, franchirent les chausse-trappes et, arrivés près des remparts, les uns

les sapaient, les autres en approchaient les échelles, les autres enfin, les tours

. Ils attaquaient, tout en se défendant, avec des pierres, des flèches et des

balles de plomb, avec un grand mépris de la mort. 149 Et cela se déroulait sur de

nombreux points . Les ennemis, qui se divisaient pour mener toute forme de

combat 64 , et ce en de nombreux endroits, voyaient l’ensemble

affaibli.

XXXVII. 150 Ce fut probablement lorsque les passerelles furent déployées en direction

des remparts que l’emploi de la force devint plus dangereux, maintenant que les soldats

de Lucius combattaient sur les passerelles, et de partout ils recevaient de flanc des

projectiles et des javelots. 151 Ils se frayèrent cependant un passage de force ; quelques-

uns sautèrent sur le rempart, suivis par d’autres. Et peut-être seraient-ils parvenus à

quelque résultat dans leur folle témérité, si, lorsqu’on sut que les machines de cette sorte

n’étaient pas nombreuses, les meilleurs réservistes de César, qui étaient frais et dispos,

ne s’étaient pas mis en marche contre eux, qui étaient recrus de fatigue. 152 Ce fut alors

en effet qu’ils les jetèrent à bas des remparts, qu’ils mirent en pièces leurs engins et que,

méprisant , ils se mirent désormais à tirer d’en haut . Les soldats

de Lucius avaient vu leur bouclier et leur corps entièrement lacérés, et la force de crier

les avait abandonnés ; mais ils persistaient cependant dans leur ardeur. 153 Comme de

surcroît les cadavres dépouillés des hommes tués sur le rempart étaient jetés en bas, ils

ne supportaient pas cette injure, mais étaient bouleversés par cette scène et, désemparés,

ils s’arrêtèrent un instant, comme ceux qui font une pause dans les compétitions

sportives 65 . 154 Ayant pitié de leur état, Lucius les appelait à battre en retraite par une

sonnerie de trompette. Les soldats de César s’en réjouirent et firent résonner leurs

boucliers, comme on le fait en cas de victoire. En réponse à cette provocation, les

soldats de Lucius saisirent à nouveau les échelles (car ils n’avaient plus de tours) et les

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Le Livre V des Guerres Civiles

portèrent vers les remparts avec une folle témérité, sans nuire davantage : ils n’en étaient pas capables. Faisant le tour de ses hommes, Lucius les

priait de ne plus combattre en désespérés et les ramena au camp malgré eux, gémissants.

XXXVIII. 155 De cette prise d’assaut, qui avait été des plus ardentes, tel était donc le

point d’aboutissement. Mais pour éviter que les ennemis n’aient l’audace de lancer un

nouvel assaut contre les remparts, César posta au pied même du rempart toutes les

troupes de réserve, qui intervenaient en fonction des événements, et il les entraîna à

grimper sur ce rempart, chacune dans son propre secteur, à un signal de trompette.

Même s’il n’y avait aucune urgence, ils y grimpaient constamment, pour leur propre

entraînement et pour faire peur aux ennemis. 156 Le découragement paralysait les

soldats de Lucius et, chose qui arrive généralement dans de telles circonstances, les

gardes négligeaient leur surveillance. Cette négligence était à l’origine de nombreuses

désertions, et non seulement les sans-grade mais même certains officiers agissaient

ainsi. 157 Lucius se résignait déjà à une cessation des hostilités, par pitié pour une si

nombreuse troupe à l’agonie, mais comme certains ennemis de César craignaient pour

eux-mêmes, il attendait encore. 158 Or, quand on vit que César accueillait avec

humanité les déserteurs et comme tous en concevaient un désir plus vif de cesser les

hostilités, Lucius fut saisi de crainte à l’idée d’être livré s’il s’y refusait.

Discours de Lucius Antonius à ses hommes

XXXIX. 159 Ainsi, comme une tentative avait eu lieu en ce sens et ne laissait rien

attendre de déplaisant, Lucius assembla son armée et lui parla en ces termes : « J’avais

l’intention de vous rendre, compagnons d’armes, la constitution de nos ancêtres, parce

que je voyais que le triumvirat était une tyrannie et qu’il n’avait même pas été dissout

après la mort de Cassius et de Brutus, qui avaient servi de prétexte à son instauration.

160 De fait, comme Lépide se trouvait dépouillé de sa part de pouvoir et comme

Antoine récoltait de l’argent fort loin, ce seul homme gouvernait tout, à sa guise, et les

institutions ancestrales des Romains n’étaient plus qu’un paravent et une farce. 161

Personnellement, ce fut en songeant à remplacer cela par le régime libre 66 et

démocratique d’autrefois que je réclamais la dissolution de la monarchie, une fois

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Le Livre V des Guerres Civiles

distribuées les récompenses de la victoire. Puisque je ne l’en persuadais pas, j’ai tenté

de l’y contraindre dans l’exercice de mes fonctions. 162 Mais il m’accusait

calomnieusement devant l’armée d’empêcher l’établissement de colonies par pitié pour

les propriétaires terriens. Cette calomnie, je l’ai longtemps ignorée, pour ma part. Mais

même lorsque j’en ai eu connaissance, je n’ai pas cru que l’on y croirait, attendu que

l’on voyait que les chefs de colonie, qui devaient vous distribuer vos lots de terres,

avaient été nommés par moi aussi. 163 Pourtant, la calomnie l’a effectivement rendu

populaire auprès de certains et ils se sont rangés de son côté pour vous faire la guerre,

pensent-ils ; mais avec le temps, ils verront que c’est contre eux-mêmes qu’ils auront

fait campagne. 164 Pour ma part, je témoigne que vous avez embrassé la meilleure

cause et souffert au-delà des forces humaines. Nous ne sommes pas vaincus par

l’ennemi mais par la famine, à laquelle précisément nous avons été abandonnés par les

généraux de notre propre parti ! 165 Pour moi, en vérité, il aurait été beau de combattre

pour la patrie jusqu’à la mort qui m’est destinée 67 : cela me valait, en effet, un bel éloge

pour mes intentions et une belle mort. Mais je ne prends pas sur moi de le faire, à cause

de vous, que je place avant ma gloire. 166 J’enverrai donc au

vainqueur et le prierai d’user à sa discrétion non de vous tous, mais de moi seul, et

d’accorder une amnistie non à moi, mais à vous, qui êtes ses concitoyens, qui avez été

autrefois ses soldats, qui même maintenant n’avez rien fait de mal, qui n’avez pas fait la

guerre sans une noble cause et qui êtes vaincus moins par la guerre que par la famine. »

XL. 167 Il parla en ces termes et envoya aussitôt trois hommes qu’il avait choisis dans

l’aristocratie. Les plébéiens éclataient en gémissements, les uns pour eux-mêmes, les

autres pour leur général, qui par ses intentions leur était apparu à la fois comme un

aristocrate et un partisan du peuple, mais qui avait été vaincu par la dernière nécessité.

168 Lors de leur entrevue avec César, les trois émissaires rappelèrent que les deux

armées appartenaient à la même nation et qu’elles avaient fait campagne ensemble ; ils

rappelaient aussi les liens d’amitié unissant les nobles et la vertu des ancêtres, qui

n’avaient pas poussé leurs différends jusqu’à l’irrémédiable. Et ils tenaient tous les

autres propos conciliants du même genre que ceux-là et qu’il était naturel de tenir. 169

Sachant que parmi les ennemis, les uns étaient encore des soldats inexpérimentés, les

autres des colons aguerris, César, usant d’artifice, dit qu’il accordait l’amnistie à ceux

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Le Livre V des Guerres Civiles

qui avaient servi sous Antoine, par reconnaissance pour ce dernier, mais il ordonnait

aux autres de se livrer à lui. 170 Tels furent les propos qu’il tint aux trois émissaires

réunis ; mais ayant pris à part l’un d’eux, Furnius, il fit espérer un traitement plus

humain à Lucius et aux autres, excepté à ses ennemis personnels.

Entrevue entre César et Lucius Antonius

XLI. 171 Cela étant, ces ennemis de César, soupçonnant que l’entretien particulier

accordé à Furnius était dirigé contre eux, accablèrent Furnius lui-même de reproches à

son retour et réclamèrent à Lucius, ou de demander de nouvelles conditions d’accord

identiques pour tous, ou de faire la guerre jusqu’à la mort. La guerre n’avait nullement

été une affaire personnelle, mais une entreprise menée en commun, pour la défense de la

patrie ! 172 Et Lucius approuvait, par pitié pour des hommes du même rang que lui, et

disait qu’il enverrait d’autres ; mais ayant ajouté qu’il n’avait personne de

meilleur que lui à sa disposition, il s’en alla sur le champ, sans héraut, tandis que les

messagers couraient devant lui à toutes jambes annoncer à César que Lucius descendait.

173 Celui-là alla aussitôt à sa rencontre. Ils se voyaient donc désormais l’un l’autre en

compagnie de leurs amis respectifs et ils étaient reconnaissables de partout à leurs

insignes et à la tenue que portait chacun d’eux, à savoir celle des généraux. 174 Après

avoir déposé ses amis 68 , Lucius s’avança avec deux licteurs

seulement, manifestant en même temps ses intentions par son attitude. Ayant compris,

César l’imitait en retour, pour montrer, lui aussi, la bienveillance dont il ferait preuve à

l’égard de Lucius. 175 Lorsqu’il vit que Lucius s’approchait même à grands pas de son

camp retranché, pour faire voir qu’il se livrait désormais à lui, César prit les devants en

sortant de son camp retranché, pour que Lucius fût encore libre de délibérer et de

décider de son propre sort. Voilà ce que, en s’approchant l’un de l’autre, ils révélaient

par leur tenue comme par leurs attitudes.

Discours adressé à César par Lucius Antonius

XLII. 176 Lorsqu’ils arrivèrent au fossé, ils se saluèrent et Lucius dit : « Si c’était en

qualité d’étranger que j’avais fait la guerre, César, je considèrerais comme honteux

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Le Livre V des Guerres Civiles

d’avoir été vaincu de la sorte et comme plus honteux encore d’avoir capitulé. Et j’avais

un moyen facile d’échapper de moi-même à cette honte. Mais puisque j’ai eu un

différend avec un concitoyen et un homme de mon rang, et concernant la défense de la

patrie, je ne considère pas comme honteux d’être vaincu pour un tel motif et par un tel

homme. 177 Et je dis cela non pour écarter par mes prières tout ce que tu peux vouloir

me faire subir (raison pour laquelle, je l’affirme, je suis venu dans ton camp sans trêve

), mais afin de demander pour les autres un pardon juste et servant tes

intérêts. 178 Dans mon argumentation, je dois séparer le plaidoyer en leur faveur de

celui me concernant, afin que, après m’avoir reconnu seul responsable des faits, tu

concentres ta colère sur moi. Ne crois pas que les accusations que je vais porter contre

toi seront l’expression d’une liberté de langage excessive (car ce serait déplacé), mais

celle de la vérité, sans laquelle il m’est impossible de parler.

XLIII. 179 Pour ma part, j’ai engagé la guerre contre toi non pour te succéder dans

l’exercice du commandement, après t’avoir abattu, mais pour rendre à la patrie le

régime aristocratique, dissout par le triumvirat, comme même toi tu ne peux le

contester. De fait, lorsque vous avez instauré cette magistrature, en reconnaissant

qu’elle était inconstitutionnelle, vous la considériez comme nécessaire et temporaire,

attendu que Cassius et Brutus résistaient encore et que vous ne pouviez pas vous

réconcilier avec eux. 180 Mais à la mort de ces deux hommes, qui étaient les têtes de la

sédition, comme les survivants (si tant est qu’il y ait quelques survivances) ne

combattaient pas le régime, mais vous craignaient, et comme, en outre, le quinquennat

arrivait à échéance, je réclamais que les magistratures refassent surface, pour revenir au

régime de nos ancêtres, sans même préférer mon frère à la patrie, mais en espérant le

persuader d’agir ainsi de son plein gré à son retour, et pressé que cela ait lieu pendant

mon mandat. 181 Si c’était toi qui en avais pris l’initiative, c’était toi aussi qui en aurais

retiré la gloire. Or, puisque je ne t’en ai pas persuadé, j’ai imaginé de venir à Rome pour

aller jusqu’à te contraindre, attendu que j’étais citoyen, notable et consul. 182 Ce sont

les seules raisons pour lesquelles j’ai fait la guerre ; rien à voir avec mon frère, ni avec

Manius, ni avec Fulvie, ni avec l’attribution de lots de terre aux anciens combattants de

Philippes, ni avec un sentiment de pitié pour les propriétaires terriens dépouillés de

leurs biens, puisque moi-même j’ai donné aux légions de mon frère des chefs de

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Le Livre V des Guerres Civiles

colonie, qui dépouillaient de leurs terres les propriétaires pour les partager entre les

vétérans. 183 Mais pour ta part, voilà de quoi tu m’as accusé calomnieusement auprès

d’eux, te déchargeant de la responsabilité de la guerre en la déplaçant sur l’attribution

de lots, et si tu l’as emporté sur moi, c’est surtout parce qu’ainsi tu t’es assuré d’eux. On

les avait persuadés, en effet, que c’était moi qui faisais la guerre et que c’était contre

moi qu’on se défendait, parce que je cherchais à faire du mal. 184 Sans doute devais-tu

user d’artifice, étant donné que tu faisais la guerre ; mais maintenant que tu as vaincu 69 ,

si vraiment tu es hostile à notre patrie, considère moi bien comme un ennemi, puisque

j’ai voulu ce que je croyais lui être profitable, mais j’ai été vaincu par la famine 70 .

XLIV. 185 Pour ma part, je dis cela en remettant, certes, ma personne entre tes mains,

comme je l’ai dit, pour tout ce que tu peux vouloir, mais en montrant dans quel

état d’esprit j’étais à ton égard autrefois et naguère encore, état d’esprit dans lequel

j’étais toujours, lorsque je suis venu seul. 186 En voilà assez pour ce qui me concerne.

Mais pour ce qui est de mes amis et de toute mon armée, si tu ne mets pas en doute mes

propos, voici les conseils que je te donne, conseils de loin les plus utiles pour toi : ne

leur inflige aucun traitement indigne en raison de notre rivalité à toi et à moi, et, comme

tu n’es qu’un homme soumis à la fortune, chose incertaine, n’écarte pas non plus ceux

qui, un jour, voudront bien courir des dangers pour toi dans les situations d’infortune ou

de nécessité, parce qu’ils sauront par ta présente règle de conduite que, contre toute

attente, il y a un salut en cas d’échec. 187 Même si tout conseil venant d’un ennemi est

suspect et indigne de foi, je n’hésite pas non plus à te prier de ne pas faire payer à mes

amis ma propre faute et ma propre infortune mais de tout concentrer sur moi, qui suis

responsable de tout. C’est précisément dans cette intention que je les ai laissés en

arrière, afin de ne pas paraître tenir un discours artificieux pour ma propre défense, si je

te parlais ainsi en leur présence. »

Réponse faite par César à Lucius Antonius

XLV. 188 Après que Lucius eut tenu des propos de cette nature et eut fait silence, César

dit : « En te voyant descendre vers moi sans trêve , Lucius, je me suis

empressé d’aller à ta rencontre tant que tu étais encore en dehors de mes défenses, afin

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Le Livre V des Guerres Civiles

que tu puisses méditer, dire et faire ce que tu penses t’être profitable en étant encore

maître de ta personne. Puisque, ce qui est le fait de ceux qui reconnaissent leur tort, tu te

livres à nous, je n’ai plus besoin de réfuter tous les mensonges qu’avec ruse tu as

proférés contre moi. 189 Ayant choisi de me nuire dès le début, tu m’as nui naguère

encore. De fait, si tu avais cherché à conclure un armistice, tu l’aurais obtenu de

quelqu’un qui a subi une injustice et a remporté la victoire. Mais en te livrant à nous,

sans trêve , ainsi que tes amis et ton armée, tu nous ôtes, d’une part, tout

colère, tu nous ôtes, d’autre part, jusqu’au pouvoir de décision qu’en

concluant un armistice, tu nous aurais accordé par nécessité 71 . 190 De fait, la relation

entre ce que vous méritez de subir et ce que j’ai le droit de faire est complexe. C’est

précisément cela que je ferai passer devant, à cause des dieux, à cause de moi-même, à

cause de toi aussi, Lucius, et je ne tromperai pas les attentes que tu plaçais en moi 72 ,

lorsque tu es descendu. » 191 Voilà les paroles qu’ils échangèrent, autant que pouvait

les traduire à partir des Actes, selon les ressources de notre langue, quelqu’un qui

cherchait se faire une idée du sens des propos tenus. Et ils se séparèrent, César louant et

admirant Lucius, qui n’avait rien dit d’indigne ni d’inintelligent, comme on le fait dans

l’adversité, et Lucius faisant de même avec César, pour son caractère et sa concision.

Les autres se faisaient une idée des propos tenus d’après l’expression de chacun des

deux.

Reddition de Lucius Antonius

XLVI. 192 Lucius envoya les tribuns militaires recevoir de César le mot d’ordre pour

l’armée. Ceux-ci lui apportaient les effectifs de l’armée, comme il est d’usage

aujourd’hui encore que le tribun demandant le mot d’ordre remette à l’empereur une

tablette indiquant au jour le jour les effectifs présents. 193 Après avoir donc reçu le mot

d’ordre, ils continuaient à assurer les veilles, César lui-même ayant ordonné que chacun

patrouillât de nuit son propre camp. Au lever du jour, César offrit un sacrifice, tandis

que Lucius lui envoyait ses soldats, armés et équipés comme dans une marche. 194

Ceux-ci saluèrent de loin César comme un imperator et s’arrêtèrent, tour à tour, légion

par légion, là où l’avait ordonné César, séparément, les colons d’un côté, les recrues de

l’autre. 195 Une fois le sacrifice achevé, César, qui s’était couronné de laurier, symbole

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Le Livre V des Guerres Civiles

de victoire, vint siéger sur un tribunal ; il commanda à tous de déposer leurs armes là où

ils s’étaient arrêtés et, une fois déposées, il ordonna aux colons de s’avancer plus près,

ayant sans doute décidé de leur reprocher leur ingratitude et de leur faire peur. 196 Mais

on avait prévu qu’il allait agir ainsi et les soldats de César, soit délibérément (attendu

que souvent on leur fait le leçon à l’avance), soit sous le coup de l’émotion (comme on

en ressent pour des proches), étant incapables de rester au poste qui leur avait été

assigné et se jetant au cou des soldats de Lucius qui s’avançaient (comme on le fait avec

d’anciens compagnons d’armes), les embrassaient, pleuraient avec eux, adressaient à

César des prières en leur faveur et ne cessaient plus de crier ni de s’enlacer, tandis que

les recrues elles-mêmes commençaient à partager l’émotion des uns et des autres. Plus

rien n’était délimité ni clairement différencié.

XLVII. 197 C’est pourquoi César lui-même n’était plus maître de sa décision, mais

après avoir péniblement fait cesser les cris, il dit aux siens : « Vous, compagnons

d’armes, vous vous êtes toujours comportés à mon égard de manière à ce qu’il n’y ait

rien que vous ne puissiez pas obtenir de moi 73 . 198 Pour ma part, je pense que les

recrues ont fait campagne pour Lucius par nécessité ; mais ces hommes, qui ont souvent

fait campagne avec vous et que vous cherchez maintenant à sauver, je songeais à les

interroger, afin de savoir quel mal ils avaient subi de notre part, quelle faveur ils

n’avaient pas obtenue ou quel plus grand ils attendaient d’un autre, pour en

arriver à lever les armes contre moi, contre vous et contre eux-mêmes. Car tout ce que

pour ma part j’ai enduré, c’était pour l’attribution des lots de terre, dont eux-mêmes

avaient leur part. Et si vous me l’accordez, c’est maintenant que je les interrogerai. »

199 Comme ils ne le lui permettaient pas, mais lui adressait des prières incessantes, il

dit : « Je vous accorde tout ce que vous voulez : qu’ils soient absous de leurs fautes,

sans avoir subi quoi que ce soit, à condition qu’à l’avenir, ils soient dans les mêmes

dispositions d’esprit que vous. » 200 Tandis que les deux groupes le promettaient, des

cris et des témoignages de reconnaissance allaient à César. Il permit même à certains

d’entre eux d’accueillir quelques personnes et ordonna aux hommes de troupe de

camper à l’endroit précis où ils s’étaient arrêtés, à distance, jusqu’à ce que César leur

eût assigné des villes pour prendre leurs quartiers d’hiver et eût désigné ceux qui les

conduiraient vers ces villes.

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Le Livre V des Guerres Civiles

XLVIII. 201 Siégeant sur son tribunal, il fit venir Lucius de Pérouse avec les Romains

exerçant des fonctions officielles. Descendirent de nombreux membres du Sénat et de

nombreux membres de ce que l’on appelle « l’ordre équestre », qui étaient exposés au

regard, par un revirement pitoyable et soudain 74 . 202 Pendant que ceux-ci sortaient de

Pérouse, un cordon de sentinelles entoura la ville. Lorsqu’ils furent arrivés, César fit

installer Lucius à ses côtés ; pour le reste, les amis de César se chargèrent des uns, les

centurions, des autres, tous ayant préalablement reçu comme instructions de les

conduire à l’écart pour leur faire honneur, tout en les plaçant sous une surveillance

imperceptible 75 . 203 Quant aux habitants de Pérouse, qui lui adressaient des prières du

haut des murailles, il leur ordonna de venir, à la seule exception du

Sénat . A leur venue, il leur pardonna. Les sénateurs, sur le moment, furent mis

sous surveillance et, peu de temps après, tués, excepté Lucius Aemilius qui, exerçant les

fonctions de juge à Rome après le meurtre de Gaius César, avait ouvertement porté un

vote de condamnation et exhorté tout le monde à voter pareillement, comme on le fait

pour se laver d’une souillure.

Fin de la guerre de Pérouse

XLIX. 204 Quant à Pérouse elle-même, César avait décidé de la livrer à l’armée pour

qu’elle la mît au pillage ; mais Cestius, un habitant un peu fou, qui avait fait la guerre en

Macédoine et par suite se donnait le surnom de « Macédonien », incendia sa maison et

se jeta dans le feu ; les vents, s’étant levés, propagèrent les flammes dans Pérouse

entière, et elle fut incendiée à la seule exception du temple de Vulcain 76 . 205 Telle fut

donc la fin que connut Pérouse, réputée être une ville ancienne et considérable. De fait,

on dit qu’autrefois, sous le règne des Etrusques, elle comptait parmi les douze

principales villes d’Italie. 206 C’est pourquoi on vénérait aussi Junon, comme le

faisaient les Etrusques 77 . Mais à l’époque qui nous concerne, tous ceux qui obtinrent du

sort les restes de la ville reconnurent Vulcain comme dieu de leur patrie, au lieu de

Junon. 207 Le lendemain, César concluait la paix avec tous, mais l’armée ne cessait de

pousser des clameurs hostiles contre certaines personnes, jusqu’au moment où elles

furent tuées. Il s’agissait des principaux ennemis de César : Cannutius, Gaius Flavius,

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Le Livre V des Guerres Civiles

Claudius Bithynicus et d’autres. 208 Telle fut donc la fin du siège soutenu à Pérouse par

Lucius et ainsi se dénoua la guerre, dont on avait craint qu’elle ne fût très difficile et

longue pour l’Italie.

L. 208 Aussitôt, en effet, Asinius, Plancus, Ventidius, Crassus, Atéius et tous les autres

généraux de cette tendance, qui disposaient d’une armée non négligeable mais forte

d’environ treize unités bien entraînées et de six mille cinq cents cavaliers, considérant

que Lucius avait été la tête de cette guerre, se dirigèrent vers la mer. 209 Ils prirent des

chemins différents : les uns gagnèrent Brindes, d’autres Ravenne, d’autres enfin

Tarente, les uns pour rejoindre Murcus et Ahenobarbus, les autres, Antoine, tandis que

les amis de César les poursuivaient, leur proposaient des arrangements et devant leur

refus, les harcelaient, notamment les troupes d’infanterie. Ce fut parmi ces troupes et

elles seules qu’Agrippa réussit à persuader de changer de camp deux légions

appartenant à Plancus, abandonnées à Cameria. 210 Fulvie fuyait, elle aussi, avec ses

enfants, se rendant à Dicaearchia, puis de Dicaearchia à Brindes, avec trois mille

cavaliers, que les généraux d’Antoine lui avaient envoyés comme escorte. 211 Comme à

Brindes se trouvaient cinq navires de guerre que l’on avait fait venir de Macédoine pour

elle, elle embarqua et prit la mer. Avec elle naviguait Plancus, qui par lâcheté avait

abandonné ce qui restait encore de sa propre armée. 212 Celle-ci se choisit Ventidius

comme commandant. Quant à Asinius, il négociait avec Ahenobarbus la conclusion

d’un pacte d’amitié avec Antoine 78 ; tous deux envoyaient à ce sujet des messages à

Antoine et lui préparaient des lieux de débarquements et des stocks de vivres dans toute

l’Italie, persuadés qu’il arriverait bientôt.

Crise entre César et Antoine : vers la guerre

César en Gaule

LI. 213 César avait des vues sur une autre armée nombreuse appartenant à Antoine, qui

se trouvait dans la région des Alpes et que commandait Fufius Calenus : d’un côté, il

soupçonnait déjà Antoine, de l’autre, il espérait lui conserver cette armée, s’il restait son

ami, ou bien renforcer considérablement la sienne, s’il lui faisait la guerre. 214

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Le Livre V des Guerres Civiles

Cependant, comme il temporisait encore et considérait les moyens de sauver les

apparences, Calenus mourut. Aussi César, ayant trouvé là un beau prétexte dans l’une et

l’autre éventualité, alla-t-il s’emparer de l’armée et, outre celle-ci, de la Gaule et de

l’Ibérie, dépendant elles aussi d’Antoine 79 : Fufius, fils de Calenus, avait été frappé de

crainte devant lui et avait tout livré sans combat. 215 César, ayant donc pris par cette

seule action onze légions et de si grandes provinces, destitua les généraux qui en avaient

le commandement, pour y établir des hommes à lui, et s’en retourna à Rome.

Retour d’Antoine en Italie

LII. 216 Quant à Antoine, durant l’hiver, il avait retenu auprès de lui les députés des

colonies venus le voir, soit qu’il dissimulât le fond de sa pensée 80 . Mais au

printemps, il quitta Alexandrie pour faire route jusqu’à Tyr et tandis que de Tyr il

passait par mer à Chypre, puis à Rhodes et enfin dans la province d’Asie, il apprit ce qui

s’était déroulé à Pérouse et en faisait le reproche à son frère, à Fulvie et surtout à

Manius. 217 Fulvie donc, ce fut à Athènes qu’il la trouva, après sa fuite de Brindes.

Quant à Julia, sa mère, qui s’était réfugiée auprès de Pompée, celui-ci la lui renvoya de

Sicile sur des navires de guerre, et les membres les plus distingués de l’entourage de

Pompée l’escortèrent, à savoir Lucius Libon, le beau-père de Pompée, ainsi que

Saturninus et de nombreux autres personnages, qui, ayant besoin de la capacité

d’Antoine à mener à bien de grandes entreprises 81 , lui demandaient de se réconcilier

avec Pompée et de le prendre pour allié contre César. 218 Antoine leur répondit qu’il

savait gré à Pompée d’avoir recueilli sa mère et qu’il lui revaudrait cela en temps

voulu ; d’autre part, si lui-même faisait la guerre à César, il traiterait Pompée en allié,

mais si César s’en tenait aux accords conclus avec lui, il s’efforcerait de réconcilier

Pompée, lui aussi, avec César.

LIII. 219 Telle fut la réponse qu’il leur fit. César, quant à lui, revenu de Gaule à Rome,

apprit l’identité de ceux qui étaient passés par mer à Athènes, mais faute de connaître

évidemment la réponse exacte qu’ils avaient reçue, il excitait les colons contre Antoine,

en prétendant qu’il voulait ramener Pompée avec les propriétaires terriens dont eux-

mêmes possédaient les domaines. Car c’était auprès de Pompée que la plupart des

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Le Livre V des Guerres Civiles

propriétaires terriens s’étaient réfugiés. 220 Quoique cette affirmation provocante fût

plausible, les colons ne montraient pourtant aucune ardeur à faire campagne contre

Antoine. Tant les glorieuses actions accomplies à Philippes rendaient Antoine

populaire. 221 César croyait qu’il l’emporterait sur Antoine, Pompée et Ahenobarbus

par le nombre de fantassins (il commandait alors plus de quarante légions), mais faute

d’avoir le moindre navire à sa disposition ou l’opportunité d’en construire, il redoutait

que ceux-là, avec leurs cinq cents navires, ne réduisissent l’Italie à la famine en croisant

le long des côtes. 222 Songeant à cela, bien qu’on lui eût parlé de nombreuses jeunes

filles à marier, il écrivit à Mécène 82 de conclure un accord avec Scribonia, sœur de

Libon, lui-même beau-père de Pompée, afin de pouvoir, grâce à elle, amorcer une

réconciliation avec Pompée, en cas de besoin. Une fois informé, Libon écrivit à sa

famille de la donner de bon cœur en mariage à César. 223 César envoya ici et là 83 , sous

divers prétextes, tous les amis d’Antoine et toutes les troupes antoniennes qu’il

soupçonnait, et il envoya Lépide en Afrique, province qui lui avait été assignée par

décret, avec, sous sa conduite, les six légions antoniennes les plus suspectes.

Entrevue entre César et Lucius Antonius

LIV. 224 D’autre part, ayant convoqué Lucius, il louait son amour fraternel, s’il était

vrai qu’il avait soutenu jusqu’au bout la cause d’Antoine, au point d’assumer la

responsabilité de son erreur, mais il lui reprochait son ingratitude, s’il était vrai que,

même après l’avoir trouvé si bien disposé envers lui, il ne reconnaissait toujours pas ce

qu’il en était d’Antoine, dont on disait désormais ouvertement qu’il avait conclu un

accord avec Pompée. 225 « Mais moi qui te fais confiance, disait-il, je t’avoue qu’à la

mort de Calenus, les provinces qui dépendaient de lui et son armée, je ne les ai

administrées, par l’intermédiaire de mes amis, que pour éviter qu’elles ne se retrouvent

sans chef, et ce, dans l’intérêt d’Antoine. Mais maintenant que le piège est apparu au

grand jour, je considère tout cela comme m’appartenant et je t’accorde, si tu veux, de

partir rejoindre ton frère en tout sécurité. » 226 César parla en ces termes, soit qu’il

cherchât à sonder Lucius, soit qu’il voulût que ses paroles vinssent aux oreilles

d’Antoine. Mais Lucius lui répondit comme la première fois : « Pour ce qui est de

Fulvie, j’ai pris conscience qu’elle était favorable au régime monarchique, mais pour ma

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Le Livre V des Guerres Civiles

part, je me servais des troupes de mon frère pour votre destruction à tous. 227 Et

maintenant, si mon frère vient abolir le régime monarchique, j’irai le rejoindre,

ouvertement ou incognito, afin de lutter de nouveau contre toi pour la défense de la

patrie, bien que par le passé tu aies été mon bienfaiteur. 228 Mais si celui-ci aussi

choisit et met à part ceux qui partageront avec lui le pouvoir monarchique 84 , je lui ferai

la guerre avec toi, tant que je penserai que tu ne cherches pas, toi non plus, à établir un

régime monarchique. Car je ferai toujours passer l’intérêt de la patrie avant la gratitude

comme avant la famille. » 229 Telle fut la réponse de Lucius et César, qui jusque-là

était encore en admiration devant lui, lui dit que même s’il le voulait, il ne le pousserait

pas contre son frère, mais qu’il lui confierait, comme à un homme d’une si bonne

trempe, toute l’Ibérie et l’armée qui s’y trouvait, avec pour lieutenants les chefs actuels

de cette province, à savoir Peduceus et Lucius .

Réconciliation entre Antoine et Ahenobarbus

LV. 230 Ce fut donc ainsi que César éloigna Lucius avec honneur, tout en le faisant

surveiller dans l’ombre par ses lieutenants. Quant à Antoine, il laissa Fulvie souffrante à

Sicyone, tandis que de Corcyre, il voguait vers la mer ionienne, avec une armée peu

nombreuse, mais avec deux cents navires qu’il avait faits construire en Asie. 231

Informé qu’Ahenobarbus venait à sa rencontre avec un grand nombre de navires et de

troupes, et bien que certains ne jugeassent point cet homme fiable, même après les

accords conclus par députés interposés (Ahenobarbus étant de ceux qui avaient été

condamnés en justice après le meurtre de Gaius César et proscrits après cette

condamnation, et de ceux qui à Philippes avaient livré bataille à Antoine et à César 85 ),

Antoine continua sa navigation à bord de ses cinq meilleurs navires, afin de paraître

confiant, après avoir ordonné au reste de ses navires de suivre à distance. 232 Comme

on apercevait désormais Ahenobarbus qui, avec toute son armée et toute sa flotte,

voguait vers eux à force de rames, Plancus, qui se tenait près d’Antoine, prit peur et lui

demanda de mettre en panne et d’envoyer quelques hommes en éclaireurs pour sonder

Ahenobarbus, comme on le fait avec un individu aux intentions douteuses. Celui-ci lui

dit qu’il préférait mourir, victime d’une traîtrise, que garder la vie sauve, coupable

d’une lâcheté manifeste ; puis il continua sa navigation. 233 Ils étaient désormais

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Le Livre V des Guerres Civiles

proches les uns des autres, et les navires amiraux, reconnaissables à leurs enseignes,

naviguaient l’un vers l’autre 86 . Le chef des licteurs d’Antoine, qui se tenait debout à la

proue, selon l’usage, soit qu’il eût oublié que c’était un individu aux intentions

douteuses, et à la tête, lui aussi, d’une armée lui appartenant en propre, qui voguait vers

eux, soit pour le motif plus noble qu’il était animé de fierté, donna l’ordre de baisser

pavillon, comme s’il adressait à des sujets ou à des gens de rang inférieur croisant sa

route. Ceux-ci le baissèrent et firent virer de bord leur navire pour le ranger contre le

navire d’Antoine. 234 Dès qu’ils se virent, les deux généraux échangèrent des politesses

et l’armée d’Ahenobarbus salua Antoine du titre d’imperator : Plancus reprenait

péniblement courage, lorsque Antoine, après avoir accueilli Ahenobarbus sur son propre

navire, alla aborder à Palé, où Ahenobarbus avait son armée de terre, et Ahenobarbus

céda sa tente à Antoine.

Blocus autour de Brindes

LVI. 235 De là, ils passèrent par mer à Brindes, gardée par cinq cohortes de César, et

les habitants de Brindes fermèrent leurs portes à Ahenobarbus, parce qu’il était,

disaient-ils, un ennemi de longue date, et à Antoine, parce qu’il leur amenait un ennemi.

236 Ce dernier, indigné et estimant que ce n’était là que de belles histoires, mais qu’en

vérité, les portes lui étaient fermées par la garnison césarienne, sur décision de César 87 ,

isola l’isthme de la ville par un fossé et un retranchement. 237 La ville forme en effet

une presqu’île dans un port en demi-lune 88 , et il n’était plus possible à ceux qui venaient

du continent d’approcher une colline escarpée, qui en était désormais coupée et séparée

par un retranchement. Antoine fortifia le port, malgré son étendue, en installant des

fortins proches les uns des autres sur le périmètre ainsi que sur les îles intérieures. Il

envoya également des troupes sur toutes les côtes d’Italie, avec ordre d’occuper les

positions avantageuses. 238 D’autre part, il ordonna à Pompée d’attaquer l’Italie par

mer et de faire tout le mal qu’il pourrait. Celui-ci, ravi, envoya aussitôt Ménodore avec

de nombreux navires et quatre légions d’infanterie, et attira dans son camp la Sardaigne,

qui appartenait à César, ainsi que les deux légions qui s’y trouvaient, son entente avec

Antoine les ayant frappées de stupeur. 239 En Italie, les hommes d’Antoine prirent

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Le Livre V des Guerres Civiles

Siponte d’Ausonie, tandis que Pompée assiégeait Thourioi et Consentia, et qu’il se

répandait sur leur territoire avec ses cavaliers.

LVII. 240 Comme cette attaque avait été rapide et générale, César envoya Agrippa en

Ausonie pour secourir les villes en détresse. Agrippa emmenait avec lui les colons

rencontrés en chemin, lesquels suivaient à distance, en pensant marcher contre Pompée.

Mais dès qu’ils apprirent que c’était sur décision d’Antoine que ces opérations avaient

lieu, ils firent demi-tour sans se faire remarquer. Cela frappa César de stupeur plus que

tout. 241 Néanmoins, faisant lui-même route vers Brindes avec une autre armée, il avait

de nouvelles entrevues avec les colons, il leur apprenait des faits susceptibles des les

faire changer d’avis et emmenait avec lui ceux qu’il avait personnellement installés dans

leurs colonies, lesquels avaient honte et avaient secrètement décidé de réconcilier

Antoine et César, ou, si Antoine faisait la guerre au lieu de se laisser persuader, de

défendre César. 242 Bien que César eût été malade et qu’il eût passé quelques jours à

Canusium pour se soigner, il gardait tout son avantage numérique sur Antoine ; mais il

trouva Brindes isolée par un retranchement et ne faisait donc rien d’autre que de camper

à proximité et de surveiller les événements.

LVIII. 243 Antoine tirait le meilleur parti de ses fortifications, en ce qu’il pouvait

combattre du haut de celles-là en toute sécurité contre des adversaires beaucoup plus

nombreux 89 . D’autre part, il faisait venir en hâte l’armée de Macédoine et usait de

l’artifice que voici : le soir, à l’abri des regards, il faisait prendre la mer à des navires de

guerre et de transport chargés d’un grand nombre d’hommes en civil, qui, de jour, les

uns après les autres, rentraient au port en armes, comme s’ils arrivaient de Macédoine,

tandis que César les regardait aborder. Du reste, Antoine avait désormais ses machines

construites et allait attaquer les habitants de Brindes, au grand mécontentement de

César, qui ne pouvait venir les protéger. 244 Dans la soirée, on annonce à l’un et l’autre

qu’Agrippa a repris Siponte et que Pompée a été repoussé de Thourioi, mais qu’il tient

toujours Consentia assiégée. Antoine en était fâché. 245 Lorsqu’on lui rapporta en outre

que Servilius se rendait auprès de César avec mille cinq cents cavaliers 90 , ne pouvant

contrôler son ardeur, Antoine, aussitôt après le repas, avec les amis qu’il trouva prêts et

quatre cents cavaliers, se hâta de partir, plein d’audace, et tomba sur les mille cinq cents

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Le Livre V des Guerres Civiles

cavaliers, encore couchés, près de la ville d’Hyria : les ayant intimidés, il les rallia sans

combat et le jour même les ramena à Brindes. Tant ils avaient été intimidés devant

Antoine, encore considéré comme invincible depuis la glorieuse bataille de Philippes.

LIX. 246 Les cohortes prétoriennes d’Antoine, enorgueillies de cette glorieuse

réputation, s’approchaient tour à tour du camp retranché de César et reprochaient à leurs

anciens compagnons d’armes de venir faire la guerre à Antoine, qui pourtant les avait

tous sauvés à Philippes. 247 Comme les Césariens leur retournaient le reproche, en

disant que c’étaient eux, les Antoniens, qui venaient leur faire la guerre, leurs rencontres

donnaient lieu à des échanges verbaux, et ils s’accusaient mutuellement : les uns se

plaignaient de ce que les portes de Brindes eussent été fermées et de ce que l’armée de

Calenus eût été soustraite ; les autres, de ce que Brindes 91 eût été isolée par un

retranchement 92 et assiégée, de ce que l’Ausonie eût été ravagée, et de ce que l’on eût

traité avec Ahenobarbus, un meurtrier de Gaius César, et avec Pompée, un ennemi

public. 248 Enfin, les Césariens dévoilèrent leurs propres intentions aux autres : ils

s’étaient unis à César, non parce qu’ils avaient oublié la valeur d’Antoine, mais parce

qu’ils songeaient à les réconcilier l’un avec l’autre ou comptaient repousser Antoine,

s’il ne se laissait pas persuader et faisait la guerre. Tel était l’avertissement que les

Césariens eux-mêmes donnaient en s’approchant des retranchements d’Antoine. 249

Durant ces événements, on annonce la mort de Fulvie : on dit qu’après les reproches

d’Antoine, elle perdit le moral et tomba malade, et l’on pense qu’elle aggrava même

volontairement sa maladie à cause de la colère d’Antoine. Car bien qu’elle fût malade, il

l’avait laissée, et il l’avait laissée 93 sans même l’avoir vue. 250 Cette mort semblait

pleine de promesses aux deux camps, qui se voyaient délivrés d’une femme qui se

mêlait de tout et qui par jalousie envers Cléopâtre avait allumé une telle guerre. Cette

épreuve Antoine la supporta néanmoins avec faiblesse, parce qu’il se tenait en quelque

sorte pour responsable.

Entremise de Cocceius : vers la paix

LX. 251 Lucius Cocceius, qui était ami à la fois de César et d’Antoine, avait été envoyé

par César en Phénicie l’été précédent auprès d’Antoine avec Caecina et tandis que

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Le Livre V des Guerres Civiles

Caecina était reparti, lui était resté auprès d’Antoine. 252 Ce fut alors que ce même

Cocceius, loin de laisser passer l’occasion, joua la comédie en prétendant que César

l’avait convoqué pour le saluer. Ayant reçu d’Antoine l’autorisation de partir, Cocceius

le sonda en lui demandant si lui aussi, Antoine, voulait envoyer quelque lettre à César

en réponse à celle qui lui avait été transmise par lui, Cocceius. 253 Et Antoine répondit :

« Pourquoi nous écrire, maintenant que nous sommes ennemis personnels, sinon pour

nous insulter ? D’ailleurs, j’ai rédigé des réponses aux lettres passées, lesquelles ont été

transmises par Caecina. Si tu veux, prends-en les copies. » 254 Antoine ironisa ainsi,

mais Cocceius n’admettait pas encore qu’il qualifiât César d’ennemi, après la conduite

louable qu’avait eue celui-ci envers Lucius et les autres amis d’Antoine. 255 Et Antoine

de dire : « En me barrant l’accès à Brindes et en me soustrayant de surcroît mes

provinces et l’armée de Calenus, il n’est bienveillant qu’envers mes amis, et il ne

cherche vraisemblablement pas à me les conserver comme amis, mais à faire d’eux mes

ennemis par ses bienfaits. » Et Cocceius, instruit de l’objet de ses reproches, n’agaça

pas davantage Antoine, qui était d’un naturel déjà suffisamment irritable, mais se rendit

auprès de César.

LXI. 256 A sa vue, celui-ci s’étonna de ce qu’il ne fût pas venu plus tôt. « Car, dit-il, je

n’ai pas sauvé ton frère pour que tu sois mon ennemi. » Celui-ci répondit : « Pourquoi

traites-tu tes ennemis en amis et qualifies-tu d’ennemis tes amis, auxquels tu soustrais

leur armée et leurs provinces ? » 257 Et César dit : « Parce qu’à la mort de Calenus, il

ne fallait pas que tant de moyens militaires tombent aux mains du fils de Calenus, qui

n’est qu’un adolescent, alors qu’Antoine était encore absent. Lucius fut saisi d’une folle

excitation 94 , tandis qu’Asinius et Ahenobarbus, qui étaient à proximité, voulaient les

employer contre nous. De même donc, je me suis empressé de m’emparer des légions de

Plancus pour éviter qu’elles ne se rendent auprès de Pompée. Les cavaliers attachés à

celles-ci, néanmoins, passèrent par mer en Sicile. » 258 Et Cocceius dit : « D’autres

versions des faits ont été fabriquées et Antoine n’y prêtait pas foi, jusqu’à ce que l’accès

à Brindes lui soit interdit, comme s’il était un ennemi. » 259 César dit n’avoir lui-même

donné aucun ordre à ce sujet (ne sachant pas d’avance qu’Antoine voguait vers la ville

et ne s’attendant pas à ce qu’il arrivât avec des ennemis). « Ce sont les habitants de

Brindes eux-mêmes et le tribun militaire laissé sur place, à cause des incursions

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Le Livre V des Guerres Civiles

d’Ahenobarbus, qui de leur propre chef ont interdit l’accès à Antoine, pour avoir traité

avec Pompée, un ennemi public, et pour avoir amené avec lui Ahenobarbus, un

meurtrier de mon père, qui a été condamné par un vote, un jugement et une proscription,

qui a assiégé Brindes après la bataille de Philippes, qui fait encore le blocus de la mer

ionienne, qui a brûlé mes navires et qui a pillé l’Italie.»

LXII. 260 Cocceius dit : « Il était convenu entre vous que vous traiteriez avec qui vous

voudriez. Et Antoine n’a traité avec aucun des meurtriers de ton père, qu’il n’honore pas

moins que toi. 261 Ahenobarbus ne fait pas partie des meurtriers : on a voté contre lui

dans un élan de colère, parce qu’à ce moment il n’était pas encore membre du Sénat. Si

nous pensions ne pas pouvoir lui pardonner, sous prétexte qu’il était un ami de Brutus, il

serait inévitable, ou il s’en faudrait de peu, que nous tenions rigueur à tout le monde.

262 Antoine n’a pas traité avec Pompée pour être son allié, mais pour le prendre à son

service comme allié, si tu lui fais la guerre, ou pour le réconcilier aussi avec toi, étant

donné que lui non plus n’a rien fait d’irréparable. C’est toi le responsable de la situation

actuelle. Car si l’on n’avait pas fait la guerre dans toute l’Italie, ces gens n’auraient

même pas osé envoyer une ambassade auprès d’Antoine négocier cela. » 263 César,

continuant ses accusations, dit : « Ce sont Manius, Fulvie et Lucius qui sont partis en

guerre contre l’Italie et contre moi avec elle. Quant à Pompée, il n’a pas débarqué sur

nos côtes par le passé, mais il le fait depuis qu’il fait confiance à Antoine. » 264 Et

Cocceius dit : « Ce n’est pas parce qu’il fait confiance à Antoine, mais parce

qu’Antoine l’y a envoyé. Car je ne te cacherai pas que même le reste de l’Italie,

dépourvue de force navale, il courra l’attaquer, avec de nombreuses forces navales, si

vous ne vous réconciliez pas. » 265 Et César, loin de prêter une oreille distraite à cette

ruse, dit, après un bref silence : « Mais Pompée n’aura pas lieu de se réjouir, puisque,

n’étant qu’un lâche, il vient lâchement de se laisser chasser de Thourioi. » 266 Et ayant

identifié tout ce qui était sujet à controverse, Cocceius aborda la mort de Fulvie et les

circonstances de sa mort (aigrie par la colère d’Antoine, elle était tombée malade et

avait aggravé sa maladie, affligée de ce qu’Antoine ne fût pas venu la voir, alors qu’elle

était malade), accusant Antoine 95 d’être responsable de la mort de sa femme.

« Maintenant que celle-ci a disparu, dit-il, il ne vous reste qu’à vous dire franchement

l’un à l’autre ce qui fait l’objet de vos soupçons réciproques. »

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Le Livre V des Guerres Civiles

LXIII. 267 Tout en se conciliant ainsi César, Cocceius fut son hôte durant cette journée

et lui demanda, comme il était le plus jeune, d’écrire quelque chose à Antoine, qui était

le plus âgé. César dit qu’il n’écrirait pas à quelqu’un qui lui faisait encore la guerre et

qui ne lui écrirait pas non plus. Mais il se plaindrait à sa mère de ce que, quoique étant

sa parente et ayant été plus comblée d’honneurs que quiconque de sa part, elle eût

pourtant fui l’Italie comme si elle ne devait pas obtenir pleine satisfaction de lui, comme

d’un fils. 268 Tel était l’artifice dont usait César, et il écrivait à Julia. Mais lorsque

Cocceius sortit du camp, de nombreux tribuns militaires lui révélèrent les sentiments de

l’armée. Outre les précédents renseignements qu’il avait obtenus, Cocceius transmit ce

tout dernier à Antoine, afin qu’il sût que les troupes de César lui feraient la guerre, s’il

ne concluait pas d’accord avec lui. 269 Il lui conseillait donc de faire revenir Pompée

des territoires qu’il dévastait pour le renvoyer en Sicile et d’expédier Ahenobarbus

quelque part ailleurs, jusqu’à ce que les accords fussent conclus. 270 Sa mère l’y

exhortant, elle aussi (car elle appartenait à la famille julienne), Antoine avait honte à

l’idée de faire un jour appel à Pompée pour une alliance, si ces accords n’étaient pas

conclus. 271 Mais comme sa mère ne désespérait pas de leur conclusion, comme

Cocceius donnait des assurances à leur sujet et comme l’on espérait qu’il en savait plus,

Antoine céda : il ordonna à Pompée de repartir en Sicile, en prétextant qu’il s’occuperait

de ce dont ils avaient convenu, et envoya Ahenobarbus gouverner la

Bithynie.

Paix de Brindes

LXIV. 272 Lorsque l’armée de César en fut informée, elle désigna des députés, les

mêmes pour les deux triumvirs. Ils ne s’arrêtèrent pas sur leurs griefs respectifs, n’ayant

pas été désignés pour trancher leur différend, mais seulement pour ménager leur

réconciliation : s’étant adjoints Cocceius, parce qu’il était un ami commun aux deux

hommes 96 , ainsi que Pollion, qui faisait partie de l’entourage d’Antoine, et Mécène, de

celui de César, ils décidèrent que César et Antoine se pardonneraient mutuellement le

passé et qu’ils vivraient en amitié à l’avenir. 273 Comme depuis peu était mort

Marcellus, qui avait pour femme Octavie, sœur de César, les conciliateurs jugèrent

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Le Livre V des Guerres Civiles

légitime que César donnât Octavie en mariage à Antoine. Il la lui donna aussitôt, les

deux hommes s’embrassèrent et l’armée cria et acclama chacun d’eux sans interruption,

tout au long de la journée et au cours de la nuit entière.

LXV. 274 César et Antoine se partagèrent à nouveau, de leur propre autorité, l’empire

romain tout entier, décidant que la limite de leurs territoires respectifs serait Scodra,

ville d’Illyrie, qui se trouve, à ce qu’il paraît, au centre de l’enfoncement creusé par la

mer ionienne : Antoine aurait toutes les provinces et les îles situées à l’est de Scodra,

jusqu’à l’Euphrate, et César, celles situées à l’ouest, jusqu’à l’Océan. Lépide

gouvernerait l’Afrique, telle que César la lui avait donnée. 275 César ferait la guerre à

Pompée, s’il ne trouvait pas un terrain d’entente avec lui, et Antoine, aux Parthes, pour

venger la traîtrise commise envers Crassus. Ahenobarbus aurait avec César les mêmes

accords que ceux passés avec Antoine. Et chacun des deux serait libre de lever une

armée supplémentaire de force égale en Italie. 276 Tels furent les derniers accords

conclus entre César et Antoine 97 . Aussitôt, chacun des deux envoya ses amis là où il y

avait urgence : Antoine envoya Ventidius en Asie pour refouler les Parthes et Labienus,

fils de Labienus, qui avec les Parthes, en ces temps troublés, avait fait des incursions en

Syrie et jusqu’en Ionie. Ce que Labienus et les Parthes subirent en conséquence de leurs

actes, le Livre Parthique le montrera.

LXVI. 277 Quant à Hélénus, général césarien, qui avec ardeur avait envahi la

Sardaigne, Ménodore, général pompéien, l’en avait de nouveau chassé 98 :

particulièrement fâché de cet événement, César ne prêtait pas l’oreille à Antoine, qui

tentait de le réconcilier avec Pompée. 278 Mais arrivés à Rome, ils célébrèrent le

mariage. Antoine fit tuer Manius pour avoir excité Fulvie en calomniant Cléopâtre 99 et

pour avoir causé tant de malheurs, et révéla à César que Salvidienus, qui commandait

pour le compte de César l’armée stationnée dans la région du Rhône, avait médité une

désertion et lui avait envoyé un émissaire à ce sujet, pendant le siège de Brindes. 279 Et

si Antoine fit cette dénonciation, qui ne reçoit pas l’approbation générale, ce ne fut

évidemment qu’en raison de sa bonté naturelle et de sa promptitude à la bienveillance.

César convoqua aussitôt Salvidienus en hâte, prétendant bien évidemment qu’il avait

besoin de le voir seul pour quelque affaire urgente et qu’il le renverrait aussitôt à son

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Le Livre V des Guerres Civiles

armée ; à son arrivée, il le fit tuer, après l’avoir confondu 100 , et considérant l’armée qu’il

avait sous ses ordres comme suspecte, il la mit à la disposition d’Antoine.

Révolte populaire à Rome

LXVII. 280 La faim tenaillait les Romains, dans la mesure où les marchands d’Orient

ne naviguaient plus par crainte de Pompée et de la Sicile 101 , ceux d’Occident, parce que

la Sardaigne et la Corse étaient aux mains des Pompéiens, et il n’en venait plus de la

province d’Afrique située de l’autre côté , parce que les mêmes

Pompéiens dominaient la mer des deux côtés. 281 Toutes les denrées coûtaient donc

plus cher et les Romains, imputant cela aux querelles entre chefs, maudissaient ces

derniers et les poussaient à se réconcilier avec Pompée. Comme César ne cédait pas

malgré cela, Antoine lui demanda de se dépêcher au moins de faire la guerre en raison

de la disette. 282 Mais faute d’argent pour cela, on publia un édit : les maîtres

payeraient une contribution pour leurs esclaves, laquelle serait égale pour chacun à la

moitié de celle de vingt-cinq deniers fixée pour la guerre contre Cassius et Brutus, et les

personnes qui jouissaient de revenus provenant d’un héritage verseraient aussi une

quote-part. 283 Ce texte, le peuple l’arracha dans un élan de fureur, indigné de ce que,

après avoir complètement vidé le trésor public, pillé les provinces et écrasé l’Italie elle-

même sous les contributions, les taxes et les confiscations 102 , non pas dans le but de

mener des guerres 103 ni de faire de nouvelles conquêtes, mais dans le but

de combattre des ennemis particuliers pour établir une domination personnelle (en vue

de laquelle des proscriptions, des massacres et, après cela, une famine extrêmement

douloureuse avaient eu lieu), on le dépouillât encore de ce qui lui restait. 284 Les gens

se rassemblaient en poussant des cris et, ceux qui ne participaient pas au rassemblement,

ils les lapidaient et ils menaçaient de piller leur maison et de la réduire en cendres,

jusqu’à ce que toute la foule fût en émoi et que César, suivi de ses amis et de quelques

gardes personnels, vînt au milieu d’elle, voulant faire une allocution et rendre compte

des faits qui lui étaient reprochés.

LXVIII. 285 Mais dès qu’ils le virent, les Romains se mirent à le lapider sans

ménagement aucun, et bien qu’il fît preuve de patience, qu’il s’offrît lui-même aux

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Le Livre V des Guerres Civiles

coups et qu’il fût blessé, ils ne lui témoignaient même pas du respect. 286 Une fois

informé, Antoine s’empressa de venir à son secours. Comme il descendait la Voie

Sacrée, les Romains ne le lapidaient pas, persuadés qu’il était disposé à se réconcilier

avec Pompée, mais ils l’incitaient à rebrousser chemin : 287 comme il s’y refusait, ils se

mirent à le lapider. Celui-ci appela des légionnaires en plus grand nombre, lesquels se

trouvaient hors des murs de la ville. Comme les Romains ne lui laissaient pas pour

autant libre accès, les légionnaires, qui s’étaient divisés en deux groupes et disposés

latéralement à la Voie et au Forum, attaquèrent par les ruelles en tuant tous

ceux qu’ils rencontraient. Les gens ne pouvaient même plus fuir aisément, parce qu’ils

étaient bloqués par la foule compacte et n’avaient plus d’échappatoire, mais , il y avait des corps morts ou blessés, et du haut des toits retentissaient plaintes

et cris. 288 Antoine arriva sur place avec peine et ce fut lui qui, aux yeux de tous et à ce

moment précis, arracha César au danger et le ramena chez lui sain et sauf 104 . Après que

la foule se fut enfuie à un certain moment, les cadavres furent jetés dans le fleuve, afin

d’éviter que l’on fût troublé à leur vue. 289 On avait une autre raison d’être endeuillé en

voyant les cadavres glisser au fil de l’eau ; et comme les soldats les dépouillaient, tous

les malfaiteurs qui étaient avec eux emportaient de préférence les vêtements élégants,

comme si c’était leur bien. Cette émeute prit fin dans un climat de crainte et de haine à

l’égard des gouvernants, tandis que la famine empirait et que le peuple gémissait, sans

bouger.

Négociations entre César, Antoine et Sextus Pompée

LXIX. 290 Antoine donna pour instructions aux proches de Libon de demander à Libon

de venir de Sicile conclure le mariage entre leurs familles 105 , et ce, afin de le faire

travailler à quelque chose de plus important encore. De la sécurité de Libon, lui-même

en répondait. Ses proches lui envoyèrent donc un message rapidement et Pompée donna

son autorisation à Libon. 291 A son arrivée, Libon jeta l’ancre à l’île de Pithécuses, que

l’on nomme aujourd’hui Aenaria. Lorsque le peuple l’apprit, il se réunit de nouveau et

exhorta César d’une voix plaintive à envoyer un sauf-conduit à Libon, puisqu’il voulait

négocier la paix avec lui. César lui en envoya un à contrecœur, tandis que le peuple,

menaçant Mucia, la propre mère de Pompée, d’incendier , envoyait celle-ci

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Le Livre V des Guerres Civiles

oeuvrer à une réconciliation. 292 Ayant compris que ses adversaires cédaient, Libon

invita les chefs eux-mêmes à se réunir pour faire les concessions mutuelles qu’ils

jugeraient utiles. Comme le peuple les forçait à cela aussi, César et Antoine quittèrent

pour se rendre à Baïes.

LXX. 293 Tout le monde, d’une voix unanime, cherchait à persuader Pompée de faire la

paix, sauf Ménodore, qui de Sardaigne lui écrivait ou de faire la guerre vigoureusement

ou de temporiser encore, puisque la famine combattait pour eux et que les accords de

paix, s’il restait aux aguets, seraient conclus à de meilleures conditions. Il lui

recommandait de garder l’œil sur Murcus, qui exprimait un avis opposé au sien, parce

qu’il cherchait, disait-il, à acquérir du pouvoir en plus pour lui-même. 294 Pompée, qui

jusqu’alors avait déjà du mal à supporter Murcus, à cause de son haut rang et de son

caractère opiniâtre, le vomissait encore plus et ne lui prêtait plus attention dans aucun

domaine, jusqu’à ce que Murcus, indigné, se retirât à Syracuse et que, se voyant suivi de

quelques espions envoyés par Pompée, il l’injuriât ouvertement devant ces espions. 295

Ayant corrompu un tribun militaire et un centurion de Murcus lui-même, Pompée leur

envoya l’ordre de le tuer et de dire qu’il avait été tué par des esclaves. Et, pour que l’on

crût à cette comédie, il fit crucifier les esclaves en question. 296 Néanmoins, nul

n’ignorait que c’était lui qui avait commis ce crime abominable, le second après le

meurtre de Bithynicus 106 , à l’encontre d’un homme qui avait brillé par ses actions

guerrières, qui était un solide allié de son parti depuis le début, qui avait rendu service à

Pompée lui-même en Ibérie et qui spontanément était venu en Sicile.

LXXI. 297 Murcus était donc mort, mais comme les autres pressaient Pompée de se

réconcilier et accusaient Ménodore d’aimer le pouvoir, prétendant que ce n’était pas par

bienveillance envers son patron, mais plutôt pour commander lui-même une armée et

une province, qu’il exprimait son opposition, Pompée céda et passa par mer à Aenaria

avec plusieurs de ses meilleurs navires, lui-même étant à bord d’un splendide navire à

six rangs de rames 107 . 298 Ce fut ainsi que, de manière imposante, il longea la côte de

Dicaearchia dans la soirée, sous les yeux de ses ennemis. A l’aube, après avoir planté

des pieux dans la mer à peu de distance les uns des autres, on posa un plancher sur ces

pieux. En personne 108 , César et Antoine gagnèrent la plateforme qui était construite près

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Le Livre V des Guerres Civiles

de la terre, Pompée et Libon, celle qui était plus loin en mer, n’étant séparés que par un

étroit couloir d’eau, afin de s’entendre les uns les autres sans avoir à hurler. 299 Attendu

que, si Pompée s’imaginait être venu pour prendre la place de Lépide au gouvernement,

ceux-là en revanche ne comptaient lui accorder qu’un rappel d’exil, pour lors ils se

séparèrent sans que rien eût abouti, mais ils envoyaient fréquemment leurs amis comme

intermédiaires 109 , pour faire chacun des propositions de toutes sortes. 300 Pompée

demandait que parmi ceux qui avaient été proscrits et qui se trouvaient avec lui, les

meurtriers de Gaius César obtinssent l’exil pur et simple, et les autres leur rappel d’exil,

avec la restitution de leurs honneurs ainsi que celle des biens qu’ils avaient perdus 110 .

301 Pressés de conclure ces accords par la famine et par le peuple, César et Antoine

firent péniblement des concessions se limitant au quart des biens en question, sous

prétexte de devoir les racheter aux propriétaires actuels ; ils envoyaient à ce sujet des

messages aux proscrits eux-mêmes, espérant ainsi les satisfaire 111 . 302 Ces derniers

acceptèrent tout, parce qu’ils craignaient désormais Pompée lui-même en raison du

crime abominable dont Murcus avait été victime. Se rendant auprès de Pompée, ils

l’exhortaient à conclure un accord. Ce fut alors que Pompée déchira ses vêtements,

voyant qu’il était trahi par ceux-là mêmes en faveur desquels il luttait, et répéta le nom

de Ménodore, pensant qu’il avait l’étoffe d’un général et qu’il était le seul à lui vouloir

du bien.

Paix de Baïes

LXXII. 303 Mais comme sa mère Mucia et celle d’Antoine ainsi que son épouse

Scribonia faisaient pression sur lui 112 , les trois chefs se réunirent à nouveau sur le môle

de Dicaearchia, baigné par les flots des deux côtés, autour duquel mouillaient les

navires de garde, et ils se mirent d’accord aux conditions suivantes : 304 c’en serait fini

de la guerre entre eux, tant sur terre que sur mer, et les échanges commerciaux ne

seraient nulle part empêchés ; Pompée retirerait toutes les garnisons qu’il avait sur le sol

italien, et ne recueillerait plus les esclaves fugitifs, ni ne bloquerait la côte italienne avec

des navires ; 305 il gouvernerait la Sardaigne, la Sicile, la Corse et toutes les autres îles

qu’il possédait à ce jour (et ce, aussi longtemps qu’Antoine et César gouverneraient les

autres provinces), tout en envoyant aux Romains le tribut de blé qui depuis longtemps

46


Le Livre V des Guerres Civiles

était imposé à celles-ci ; outre ces îles, il recevrait aussi le Péloponnèse ; enfin, en son

absence, il exercerait le consulat par l’intermédiaire d’un ami personnel de son choix, et

il serait inscrit parmi les prêtres titulaires du sacerdoce majeur. 306 Tel était le

compromis trouvé avec Pompée. Pour le reste, tous les nobles encore bannis

reviendraient d’exil, excepté ceux qui pour le meurtre de Gaius César avaient été

condamnés par un vote et un jugement ; quant aux propriétés particulières, tous ceux qui

n’avaient fui que par crainte et auxquels on avait enlevé leurs biens de force en

récupèreraient l’intégralité, à l’exception du mobilier, et les proscrits, un quart ; 307

enfin, parmi ceux qui avaient fait campagne avec Pompée, les esclaves seraient

affranchis et les hommes libres, à la fin de leur service, recevraient les mêmes privilèges

que les soldats ayant fait campagne avec César et Antoine.

LXXIII. 308 Telles furent les conditions de l’accord qu’ils conclurent. Ils le rédigèrent,

le scellèrent et l’envoyèrent à Rome pour le laisser à la garde des vierges sacrées.

Aussitôt après, ils se reçurent mutuellement à leur table, dans l’ordre fixé par tirage au

sort : le premier fut Pompée, qui les reçut sur un navire à six rangs de rames, mouillant

près du môle 113 ; les jours suivants, ce furent Antoine et César qui reçurent Pompée sous

des tentes qu’eux-mêmes avaient fait dresser sur le môle, prétextant que tout le monde

pourrait festoyer sur le rivage, mais voulant vraisemblablement assurer leur sécurité

sans éveiller les soupçons. 309 Car même dans ces circonstances, ils ne négligeaient

aucune précaution : leurs navires mouillaient à proximité, leurs gardes étaient postés

alentour et les gens qui s’occupaient du repas proprement dit étaient ceints de poignards

cachés sous leurs vêtements. 310 On raconte que, pendant que les triumvirs

festoyaient sur le navire, Ménodore envoya à Pompée un message, dans lequel il

l’incitait à les attaquer, pour venger le forfait commis contre son père et contre son

frère, et pour reprendre le pouvoir paternel par un moyen des plus expéditifs (car lui-

même, se trouvant à bord de ses navires, veillerait à ce que personne ne s’enfuît). 311

Pompée aurait répondu, comme il convenait à sa famille et à la nécessité du moment :

« Si seulement Ménodore pouvait accomplir cela sans moi ! Car le parjure sied à un

Ménodore, pas à un Pompée. » 312 Lors de ce repas, ils fiancèrent la fille de Pompée,

qui était donc la petite-fille de Libon, à Marcellus, beau-fils d’Antoine et neveu de

César. 313 Le lendemain, ils désignèrent des consuls pour quatre ans : Antoine et Libon

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Le Livre V des Guerres Civiles

pour commencer (Antoine pouvant cependant se faire remplacer par la personne de son

choix) ; après eux, César et Pompée ; ensuite, Ahenobarbus et Sosius ; puis de nouveau

Antoine et César : pour la troisième fois donc, ils devaient alors exercer le consulat, et

l’on espérait qu’à ce moment-là 114 , ils rendraient aussi au peuple sa constitution.

Réactions à Rome et en Italie

LXXIV. 314 Cela fait, ils se séparèrent : Pompée vogua vers la Sicile, tandis que César

et Antoine faisaient route vers Rome. Dès que la Ville et l’Italie en furent informées,

tous les habitants entonnèrent un chant d’allégresse en vue de la paix, délivrés qu’ils

étaient aussi bien de la guerre civile que du recrutement de leurs fils comme

mercenaires, des violences des garnisons, de la désertion des esclaves, du pillage des

campagnes, de la stagnation de l’agriculture et par dessus tout de la famine, qui les avait

réduits à la dernière extrémité. A leur passage, César et Antoine, tels des

sauveurs, se voyaient donc offrir des sacrifices. 315 Et la Ville était prête à les accueillir

en grande pompe, n’eût été de nuit que, évitant ce fardeau 115 , ils avaient fait leur entrée

dans Rome, à l’insu de tous. 316 Les seuls à être mécontents étaient tous ceux auxquels

avaient été attribués les domaines de ceux qui devaient revenir avec Pompée, parce

qu’ils pensaient que ces gros propriétaires, qui pour eux seraient d’irréductibles

ennemis, habiteraient dans leur voisinage et que, si jamais ils le pouvaient, ils s’en

prendraient à eux. 317 Mis à part quelques-uns, la plupart des exilés formant

l’entourage de Pompée rentrèrent aussitôt par mer à Rome, après avoir pris congé de

Pompée à Dicaearchia. Et la plèbe éprouvait une joie nouvelle et poussait des clameurs

diverses en voyant que tant de personnages si illustres étaient sauvés contre toute

attente.

César en Gaule et Antoine en Orient

LXXV. 318 Aussitôt après ces événements, César se précipita vers la Gaule, qui était en

proie à des troubles, et Antoine partit en guerre contre les Parthes. Et comme le Sénat

lui avait accordé par vote la ratification de tous ses actes passés et futurs, il envoyait à

nouveau des généraux de tous côtés et arrangeait tout le reste comme il l’entendait. 319

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Le Livre V des Guerres Civiles

Il établissait également ici et là des rois dont il jugeait qu’ils avaient fait leurs preuves,

moyennant évidemment le paiement de tributs imposés : roi du Pont, Darius, fils de

Pharnace, lui-même fils de Mithridate ; roi d’Idumée et de Samarie, Hérode ; Amyntas,

roi de Pisidie, ainsi que Polémon, roi d’une partie de la Cilicie, et d’autres pour d’autres

provinces. 320 Voulant enrichir et exercer toutes les troupes qui devaient prendre leurs

quartiers d’hiver avec lui, il envoya une partie d’entre elles combattre les Parthéniens,

peuple d’Illyrie, établi près d’Epidamne, qui avait mis un très grand empressement à

soutenir Brutus, en envoya une autre partie combattre les Dardaniens, autre nation

d’Illyrie, qui faisait de perpétuelles incursions en Macédoine, et ordonna au reste de

demeurer en Epire, afin d’avoir toutes ses troupes aux alentours 116 , lui-même allant

prendre ses quartiers d’hiver à Athènes. 321 Il envoya également Furnius en Afrique

pour conduire contre les Parthes les quatre légions placées sous les ordres de Sextius.

De fait, il n’était pas encore informé que Lépide les avait enlevées à Sextius.

Antoine à Athènes avec Octavie

LXXVI. 322 Après avoir pris ces dispositions, il passa l’hiver à Athènes avec Octavie,

tout comme il l’avait fait à Alexandrie avec Cléopâtre, ne prêtant attention qu’aux

lettres envoyées par les armées, menant de nouveau la vie modeste d’un simple

particulier détaché du commandement, portant le vêtement rectangulaire et la sandale

attique, sans être dérangé par une foule à sa porte. 323 Il sortait de la même manière,

sans enseignes, avec deux amis et deux accompagnateurs, pour se rendre à des cours ou

à des conférences de rhéteurs. Il prenait des repas à la mode grecque et s’exerçait au

gymnase avec des Grecs, célébrant joyeusement les fêtes locales avec Octavie 117 . Car il

se livra à elle aussi avec une grande effusion de sentiments, prompt qu’il était à aimer

les femmes. 324 A la fin de l’hiver, il était comme un autre homme : il changeait à

nouveau de vêtement et en même temps que de vêtement, d’aspect ; à ses portes se

pressait aussitôt une foule de porte-enseignes, d’officiers et de gardes personnels, et

partout régnait la crainte et l’intimidation ; les ambassades, qui jusqu’alors avaient ordre

de ne pas déranger étaient reçues, les procès, décidés, les navires, mis à flots, et tous les

autres préparatifs militaires, mis en branle en même temps.

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Le Livre V des Guerres Civiles

Paix rompue entre César et Sextus Pompée

LXXVII. 325 Tandis qu’Antoine était occupé à cela, César et Pompée voyaient leur

accord se rompre, pour des raisons que l’on soupçonnait être autres, mais

celles produites en public par César étaient les suivantes : 326 Antoine avait cédé le

Péloponnèse à Pompée en stipulant que Pompée recevrait de lui ce territoire, après lui

avoir versé tout ce que les Péloponnésiens lui devaient encore, ou après s’être engagé à

rembourser personnellement, ou qu’il attendrait qu’ils aient réglé leurs dettes. 327 Mais

Pompée n’avait pas accepté le territoire à ces conditions, croyant qu’il lui était cédé

créances incluses. Mécontent, à ce que disait César, soit en raison de la situation, soit en

vertu de son caractère méfiant, soit par jalousie envers les autres qui disposaient de

grandes armées, soit parce que Ménodore l’incitait à considérer la convention comme

une trêve plutôt que comme une paix solide, il faisait construire d’autres navires,

enrôlait des rameurs et avait dit un jour, dans une harangue adressée à ses soldats, qu’il

fallait se préparer à toute éventualité. 328 Des équipages de pirates clandestins

infestaient de nouveau la mer et les Romains n’avaient trouvé aucun soulagement ou

presque à la famine, aussi criaient-ils que l’on ne les avait pas délivrés de leurs maux,

mais que l’on s’était adjoint un quatrième tyran sous couvert d’une convention. 329

César, ayant capturé quelques équipages de pirates, les mit à la torture : c’était Pompée,

disaient-ils, qui les avait envoyés attaquer. César produisit devant le peuple ces aveux

seuls et les adressa par lettre à Pompée lui-même. Celui-ci se justifia sur ce point et se

plaignit à son tour au sujet du Péloponnèse.

LXXVIII. 330 Tous les nobles qui étaient encore auprès de Pompée, voyant qu’il

obéissait toujours à ses affranchis, corrompirent quelques-uns de ces affranchis, soit de

leur propre initiative, soit pour complaire à César, afin qu’ils excitassent leur patron

contre Ménodore, qui gouvernait encore la Corse et la Sardaigne. 331 Ceux-ci, eux-

mêmes jaloux de l’influence de Ménodore, le firent volontiers. Et Pompée fut manipulé

de telle sorte qu’il devint hostile à Ménodore. Dans le même temps, Philadelphe,

affranchi de César, se rendit par mer auprès de Ménodore, afin d’embarquer du blé, et

Micylion, le plus fidèle ami de Ménodore, auprès de César, pour parler de la désertion

de Ménodore. 332 Celui-ci promettait de remettre entre ses mains la Sardaigne et la

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Le Livre V des Guerres Civiles

Corse, trois légions d’infanterie et, d’autre part, de nombreuses troupes légères. Cette

offre, qu’elle résultât des démarches de Philadelphe ou des fausses accusations portées

contre Ménodore par Pompée 118 , César ne l’accepta pas tout de suite, mais finit

cependant par le faire, considérant la paix comme rompue de fait. 333 Il invita Antoine

à quitter Athènes pour se rendre à Brindes à une date fixée, en vue de délibérer avec lui

au sujet de cette guerre. Il se dépêcha de faire circuler des navires de guerre venant de

Ravenne, des troupes venant de Gaule et d’autres moyens militaires vers Brindes et vers

Dicaearchia, afin d’attaquer la Sicile par mer, en partant de ces deux points, si Antoine

était d’accord.

LXXIX. 334 Ce dernier arriva à la date prévue avec quelques hommes, mais bien qu’il

n’eût pas trouvé César, il ne l’attendit pas, soit parce qu’il blâmait sa décision de faire

cette guerre, qu’il considérait comme une violation de l’accord, soit parce qu’il avait vu

que les préparatifs militaires de César étaient importants (car jamais le désir de

gouverner seul ne laissait de répit à leurs craintes), soit parce qu’il avait été effrayé par

quelque prodige. 335 De fait, l’un de ceux qui dormaient autour de sa tente fut trouvé

entièrement dévoré par des bêtes sauvages, excepté seulement son visage, laissé intact

comme pour permettre d’identifier la victime, celle-ci n’ayant poussé aucun cri et aucun

de ceux qui dormaient au même endroit ne s’étant rendu compte de quelque chose : les

habitants de Brindes disaient qu’avant l’aube était apparu un loup qui sortait en courant

du campement. 336 Néanmoins, Antoine écrivit à César de ne pas rompre la convention

et menaça Ménodore de le citer en justice comme esclave fugitif lui appartenant. De

fait, Ménodore avait appartenu à Pompée le Grand, mais Antoine avait racheté les biens

du même Pompée, légalement mis en vente comme étant ceux d’un ennemi.

LXXX. 337 Mais César envoyait en Sardaigne et en Corse ceux qui devaient recevoir ce

que Ménodore remettait entre ses mains, et renforçait les côtes d’Italie avec de

nombreux postes de garde, pour éviter que Pompée n’y refît des incursions. 338 Il

ordonnait que d’autres trirèmes fussent construites à Rome et à Ravenne et faisait venir

une armée nombreuse d’Illyrie. Dès que Ménodore arriva, il le déclara libre, d’affranchi

qu’il était, et lui permit de commander les navires que lui-même avait amenés, en

qualité de lieutenant de Calvisius, préfet de la flotte. 339 Tout en prenant ces

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Le Livre V des Guerres Civiles

dispositions et en concentrant encore plus de moyens militaires, César temporisa et

reprocha à Antoine de ne pas l’avoir attendu ; il ordonna à Cornificius de transférer les

moyens militaires dont ils disposaient déjà de Ravenne à Tarente. 340 Tandis que

Cornificius longeait donc les côtes, une tempête survient : le seul navire à être détruit fut

le navire amiral construit pour César, et l’on y vit un présage pour l’avenir. 341 Comme

planait encore un soupçon, celui que cette guerre avait lieu en violation de l’accord , voici ce que César écrivit à la Ville et ce dont il instruisit personnellement son

armée, pour lever ce soupçon : c’était Pompée qui avait brisé la convention en infestant

la mer de pirateries, et ce, de l’aveu des pirates qui l’en avaient accusé ; Ménodore avait

aussi révélé toute la pensée de Pompée ; enfin, Antoine en avait lui aussi été informé,

raison pour laquelle il n’avait pas cédé le Péloponnèse.

Première année de la guerre de Sicile (38 av. J.-C.)

Bataille de Cumes

LXXXI. 342 Comme les forces dont il disposait étaient prêtes, il attaqua la Sicile par

mer, lui-même partant de Tarente, tandis que Calvisius Sabinus et Ménodore partaient

d’Etrurie ; il passa aussi en revue ses troupes terrestres à Rhegium et tout était

rondement mené. 343 Pompée apprit la désertion de Ménodore, alors que César

attaquait déjà la Sicile par mer. Pour faire face à l’offensive navale lancée des deux

côtés, il attendit lui-même César à Messine et ordonna à Ménécratès, qui était de loin

l’affranchi le plus hostile à Ménodore, d’aller au devant de Calvisius et de Ménodore à

la tête d’une flotte nombreuse. 344 Ledit Ménécratès paraît donc soudainement à la vue

des ennemis, vers la tombée du soir, au large. Ceux-ci se réfugièrent ensemble dans le

golfe situé au-delà de Cumes, où ils s’arrêtèrent pour la nuit, et Ménécratès avança vers

Aenaria. Au lever de l’aube, ils longeait le golfe en serrant la terre elle-même, avec leur

flotte formée en demi-lune 119 , pour éviter que les ennemis ne brisent leur ligne en la

traversant, lorsque Ménécratès reparaît à leur vue : il s’approcha aussitôt, d’une nage

énergique et rapide, mais ne pouvant pas faire grand mal aux ennemis, puisqu’ils ne

gagnaient pas le large, il les acculait au rivage de manière à les faire talonner. Ceux-ci,

tout en dérivant vers la côte, repoussaient ses attaques. 345 Les Pompéiens avaient la

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Le Livre V des Guerres Civiles

possibilité de prendre du recul vers le large pour revenir à la charge, chaque fois qu’ils

le voulaient, et de faire alterner différentes embarcations, tandis que les Césariens

pâtissaient des rochers contre lesquels ils allaient donner et de l’immobilité à laquelle

étaient réduits leurs navires ; ils avaient, en effet, l’impression d’être des forces

terrestres livrant bataille à des forces navales 120 , faute de pouvoir poursuivre ou

esquiver.

LXXXII. 346 Telle était la situation lorsque Ménodore et Ménécratès s’aperçoivent :

sitôt abandonné le reste de la pénible bataille, ils naviguèrent l’un contre l’autre, en

poussant des cris de colère, faisant résider la victoire et le moment crucial de la guerre

dans ce duel où l’un d’eux allait l’emporter. 347 Leurs navires se ruèrent donc l’un sur

l’autre, d’une nage énergique, et la collision causa des dommages à l’éperon du navire

de Ménodore, d’une part, au timon de celui de Ménécratès, d’autre part. Après que des

grappins de fer furent jetés des deux côtés sur les navires, lesdits navires n’étaient plus

d’aucune utilité, puisqu’ils étaient reliés l’un à l’autre, mais les hommes, comme dans

un bataille terrestre, ne ménageaient pas leur peine ni ne perdaient courage. 348 De fait,

une pluie de javelots, de pierres et de flèches tombait sur les uns et les autres, et sur les

navires étaient jetés des passerelles, que l’on empruntait pour monter à l’abordage. Le

navire de Ménodore étant plus haut, les passerelles étaient plus faciles à emprunter pour

ceux qui s’y risquaient et les projectiles plus contondants car lancés de plus haut. 349

Alors que beaucoup d’hommes étaient déjà morts et les survivants, couverts de

blessures, Ménodore fut blessé au bras par une pointe de javelot, pointe que l’on parvint

à extraire, et Ménécratès, à la cuisse par une javeline ibérique à plusieurs pointes, tout

en fer, qu’il fut impossible d’extraire. 350 Si Ménécratès était donc devenu impropre au

combat, il n’en continuait pas moins, malgré son état, à exciter les autres, jusqu’au

moment où, à la capture de son navire, il se précipita dans les profondeurs de la haute

mer. Ménodore prit son navire en remorque et vogua vers la terre, ne pouvant plus rien

faire lui non plus.

LXXXIII. 351 Telle fut l’issue du combat mené sur l’aile gauche de la bataille navale.

Calvisius, en traversant , pour passer de l’aile droite vers l’aile

gauche, coupa du gros de la flotte quelques navires appartenant à Ménécratès et les

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Le Livre V des Guerres Civiles

poursuivit dans leur fuite vers le large ; quant à Démocharès, à la fois affranchi du

même patron que Ménécratès et lieutenant de ce dernier, après être venu se jeter sur le

reste des navires de Calvisius, il mit les uns en fuite, il fit se fracasser les autres contre

les rochers, en les percutant, et une fois que les hommes eurent sauté pour fuir, il

incendia leurs embarcations 121 , jusqu’à ce que Calvisius, revenant de sa poursuite,

ramenât avec lui ceux de ses navires qui avaient fui et remorqua ceux qui brûlaient 122 .

La nuit venue, tous campèrent au même endroit que la nuit précédente. 352 Tel était

donc le point d’aboutissement de la bataille navale où la flotte de Pompée avait été de

loin la plus forte. Démocharès, accablé par la mort de Ménécratès, comme on l’est par

une défaite des plus cuisantes (car les deux principaux hommes de mer de Pompée,

c’étaient eux, Ménécratès et Ménodore), lâcha prise tout à fait et vogua aussitôt vers la

Sicile 123 , comme si au lieu d’avoir perdu le corps de Ménécratès et un seul navire,

il avait perdu sa flotte entière.

LXXXIV. 353 Quant à Calvisius, tant qu’il s’attendait à ce que Démocharès l’attaquât

par mer, il restait à l’endroit même où il avait jeté l’ancre, faute de pouvoir livrer une

bataille navale. Car les plus puissants de ses navires étaient détruits et les autres étaient

impropres à livrer une bataille navale. Mais lorsqu’il apprit que Démocharès était parti

pour la Sicile, il fit réparer ses navires et longea la côte en suivant la courbure des

golfes. 354 César, quant à lui, était passé par mer de Tarente à Rhegium avec de

nombreux navires et une armée nombreuse, et avait surpris Pompée près de Messine

alors qu’il n’avait que quarante navires. Aussi ses amis lui conseillaient-ils, en une

occasion très favorable comme celle-ci, d’attaquer au moyen d’une flotte aussi grande

Pompée avec ses quelques navires, tant que celui-ci n’avait pas le reste de sa force

navale à sa disposition. 355 César ne se laissait pas convaincre, parce qu’il attendait

Calvisius et disait qu’il n’était pas prudent de courir des risques alors même qu’il

comptait sur des renforts alliés . 356 Lorsque Démocharès débarqua à Messine, Pompée

nomma Démocharès lui-même et Apollophanès, un autre de ses affranchis, amiraux à la

place de Ménodore et de Ménécratès.

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Bataille de Messine

Le Livre V des Guerres Civiles

LXXXV. 357 Quant à César, une fois informé des événements qui s’étaient déroulés

près de Cumes et de leur issue, il sortit du détroit pour aller à la rencontre de Calvisius.

Il avait accompli la plus grande partie du trajet, longeait déjà la côte de la Stylis et virait

vers le Scyllaeum, lorsque Pompée, sorti brusquement de Messine, accrochait son

arrière-garde, poursuivait son avant-garde, se jetait sur toute sa flotte et la provoquait au

combat. 358 Quoique harcelés, ses navires ne viraient pas de bord pour livrer une

bataille navale, parce que César n’y consentait pas, soit qu’il craignît de livrer une

bataille navale dans un bras de mer, soit qu’il s’en tînt à son choix initial de ne pas livrer

de bataille navale sans Calvisius. Mais sur sa décision, tous se retiraient près de la côte,

se mettaient à l’ancre et, proue en avant, ils combattaient pour repousser les assaillants.

359 Comme Démocharès avait chargé deux de ses navires de s’occuper de chacun

d’entre eux, le tumulte régnait désormais à bord, parce qu’ils se heurtaient aussi bien

contre les rochers que les uns contre les autres, et ils faisaient eau ; ils étaient détruits,

eux aussi, réduits à l’impuissance 124 , comme l’avaient été ceux près de Cumes, qui, au

mouillage, avaient été assaillis par des ennemis qui attaquaient puis prenaient du

recul 125 .

LXXXVI. 360 César sauta donc de son navire sur les rochers, puis tirait de l’eau ceux

qui fuyaient à la nage et les faisait escorter vers le haut, dans la montagne. Mais

Cornificius et tous ses autres généraux, après s’être encouragés mutuellement, coupèrent

les câbles d’ancrage, sans en avoir reçu l’ordre, et gagnèrent le large pour attaquer

l’ennemi, considérant qu’il valait mieux disparaître en pleine action que de se laisser

attaquer sans bouger ni combattre. 361 Avec une hardiesse téméraire, Cornificius

commença par ébranler le navire amiral de Démocharès et le captura ; Démocharès le

quitta en sautant sur un autre navire, tandis que, au milieu d’un si pénible combat et

d’un si grand désastre, paraissaient Calvisius et Ménodore, qui, venant du large,

naviguaient désormais vers eux. 362 Les Césariens ne les voyaient pas, ni de la terre ni

depuis la mer, mais les Pompéiens, étant plus loin en mer, les virent distinctement et à

leur vue, se retirèrent. Car les ténèbres envahissaient déjà le ciel, et recrus de fatigue, ils

n’osaient pas se mesurer à des ennemis frais et dispos.

55


Le Livre V des Guerres Civiles

LXXXVII. 363 Voilà donc une coïncidence qui survient à point nommé pour les

survivants, en leur permettant de rompre avec l’inefficacité qui avait été jusqu’alors la

leur. La nuit venue, ceux qui s’étaient échappés des navires se réfugiaient ensemble

dans les montagnes, allumaient de nombreux feux, pour faire des signaux à ceux qui

étaient encore en mer, et passaient ainsi la nuit, sans vivres, sans soins et dans un

complet dénuement. 364 César, qui était dans les mêmes conditions, courait d’un

homme à l’autre, en exhortant chacun à prendre son mal en patience jusqu’à l’aube.

Mais alors qu’il se fatiguait à cette tâche, on ne savait même pas que la flotte de

Calvisius approchait, et il ne recevait aucun secours de ses navires, lesquels

s’occupaient des épaves. 365 Par un autre heureux hasard, la treizième légion arrivait

par les montagnes : informés du désastre, les soldats franchirent promptement les

précipices, en devinant leur chemin à la lueur des torches 126 ; lorsqu’ils trouvèrent leur

chef suprême et ceux qui avaient fui avec lui dans cet état de fatigue et ce dénuement de

nourriture, ils prirent soin d’eux, en les répartissant, les uns d’un côté, les autres de

l’autre, tandis que les tribuns militaires conduisaient le chef suprême dans une tente

improvisée, aucun des esclaves attachés à sa personne n’étant à sa disposition, parce que

dans la nuit et dans une si grande confusion, ils s’étaient dispersés ici et là. 366 Alors

qu’il avait aussitôt envoyé des messagers de tous côtés annoncer qu’il était sain et sauf,

on l’informe que Calvisius débarque avec l’avant-garde de sa flotte. Comme de raison,

après ces deux événements favorables et inattendus, il prit du repos.

Première tempête

LXXXVIII. 367 Au lever du jour, observant la mer, il avait sous les yeux le spectacle de

navires entièrement brûlés, à moitié partis en flammes ou encore à moitié réduits en

cendres, et d’autres navires complètement disloqués ; celui aussi de la haute mer

couverte à la fois de voiles, de gouvernails et d’agrès, et des navires encore conservés

qui pour la plupart étaient sérieusement endommagés. 368 Ayant donc mis en avant la

flotte de Calvisius en guise de protection, il faisait réparer les dégâts les plus urgents de

ses vaisseaux 127 , qu’il avait fait coucher sur le flanc, tandis que les ennemis eux-mêmes

se tenaient tranquilles, soit à cause de Calvisius, soit parce qu’ils avaient décidé de les

56


Le Livre V des Guerres Civiles

attaquer lorsqu’ils reprendraient le large. 369 Tandis que les uns et les autres étaient

dans cette situation, le vent du sud, qui s’était levé à la mi-journée, soulevait de

violentes vagues dans cet espace étroit parcouru par un courant impétueux. Pompée était

donc à l’intérieur du port de Messine, tandis que les navires de César, qui

s’entrechoquaient de nouveau près d’un rivage au relief accidenté et à l’abord difficile,

étaient projetés à la fois contre les rochers et les uns contre les autres, sans même avoir

leurs équipages au complet pour les maîtriser.

LXXXIX. 370 Aussi Ménodore, redoutant que le danger naissant n’augmente, alla-t-il

se mettre au mouillage plus loin en mer, et son navire tanguait sur ses ancres. Bien qu’il

eût affaire à des vagues moins fortes du fait de la profondeur, c’était pourtant à force de

rames qu’il résistait à ce flot, pour éviter d’être déporté vers la terre. 371 Et si quelques

autres l’imitaient, la majorité restante de ses équipages, en revanche, croyant que le vent

cesserait rapidement de souffler, comme cela arrive au printemps, maintenaient leurs

navires à l’aide d’ancres jetées des deux côtés, vers la haute mer et vers la terre, et ils les

écartaient les uns des autres à l’aide de gaffes. 372 Mais le vent ayant forci, tout fut

plongé dans le désordre, et les navires se fracassaient les uns contre les autres, arrachant

leurs ancres, avant d’être ballottés jusqu’au rivage tout en s’entrechoquant. Une clameur

confuse émanait tout à la fois de ceux qui étaient remplis de crainte, de ceux qui se

lamentaient et de ceux qui s’encourageaient mutuellement 128 , si bien que l’on ne

s’entendait plus. De fait, on ne percevait plus les paroles, et le pilote ne se distinguait

même plus du simple marin, ni par sa science, ni par l’exercice de son autorité. 373

Mais périssaient aussi bien ceux qui étaient sur les navires eux-mêmes que tous ceux

qui tombaient des navires, heurtés par les vagues , les déferlantes et les débris de bois.

De fait, la mer était pleine de voiles, de débris de bois, d’hommes et de cadavres. Et

tous ceux qui s’étaient enfuis et gagnaient la terre ferme à la nage s’écrasaient, eux

aussi, contre les rochers, sous la force des vagues. 374 Lorsque la mer était en proie à la

déchirure qui affecte habituellement ce détroit, ce phénomène frappait de stupeur ceux

qui n’en avaient pas l’habitude, et c’était alors que les embarcations, prises dans un

tourbillon, entraient en collision. A la tombée de la nuit, le vent se mit à redoubler de

violence, au point de tout détruire sur son passage, non plus à la lumière du jour mais

dans les ténèbres.

57


Le Livre V des Guerres Civiles

XC. 375 Des plaintes retentissaient durant toute la nuit, ainsi que des cris de rappel

lancés par les proches qui couraient de tous côtés d’un bout à l’autre du rivage,

appelaient par leur nom ceux qui étaient en mer, et poussaient des lamentations

funèbres, chaque fois que ces derniers ne répondaient pas, persuadés qu’ils avaient péri.

Et à l’inverse les cris lancés par d’autres qui, sur toute l’étendue de la

mer, sortaient la tête de l’eau et appelaient à leur secours ceux qui se trouvaient sur le

rivage. 376 Mais tout était sans remède pour les uns et les autres. Et la mer n’était pas la

seule à être impraticable pour ceux qui plongeaient dedans et pour tous ceux qui étaient

encore à bord des navires : le rivage ne l’était pas moins que les déferlantes, parce qu’ils

avaient à craindre que les vagues ne les fassent se fracasser contre les rochers. 377 Ils

essuyaient une tempête particulièrement extraordinaire parmi celles jamais connues, et

ce, alors qu’ils étaient au plus près du rivage, qu’ils craignaient ce rivage et qu’ils ne

pouvaient ni s’en éloigner en allant au large, ni s’écarter suffisamment les uns des

autres. Car l’étroitesse du lieu, la difficulté naturelle à en sortir, le déferlement des

vagues, le vent qui, refoulé par les montagnes situées de part et d’autre, se transforme en

tornades, ainsi que le fond marin qui, pris d’une convulsion, forme des tourbillons

entraînant tout ne permettaient ni de rester ni de fuir. On était d’ailleurs désorienté par

les ténèbres d’une nuit particulièrement sombre. 378 Aussi mourait-on sans même plus

pouvoir se distinguer réciproquement : les uns étaient en proie à la confusion et

poussaient des cris, les autres se résignaient au silence et acceptaient la mort, et pour

certains, se la donnaient, persuadés d’être complètement perdus. 379 Car le désastre

dépassait l’imagination au point de leur ôter l’espoir que l’on peut fonder sur les

événements imprévus, jusqu’à ce que, à un certain moment, au point du jour, le vent se

mît soudain à faiblir et au lever du soleil, tombât tout à fait. 380 En revanche, alors

même que le vent avait perdu sa force, les vagues furent longtemps agitées par la houle.

D’après les souvenirs des habitants eux-mêmes, jamais aucun désastre de cette

importance ne s’était produit ; mais dépassant les désastres habituels et normaux, il

avait causé la perte de la plupart des navires et des hommes de César 129 .

XCI. 381 Ce dernier, qui avait subi, la veille aussi, de sérieux dommages du fait de la

guerre et qui était confronté à ces deux malheurs concomitants, s’empressa aussitôt de

58


Le Livre V des Guerres Civiles

gagner Hipponion, cette même nuit, par les montagnes, sans soutenir ce malheur de pied

ferme, dans un moment où il ne pouvait être d’aucun secours. 382 Il écrivit à tous ses

amis et à tous ses généraux de se tenir prêts, afin d’éviter qu’on ne formât contre lui un

complot d’un côté ou de l’autre, comme il arrive lorsque des entreprises échouent.

D’autre part, il envoya vers tous les points du littoral italien dans toute son étendue les

troupes terrestres dont il disposait, de peur que Pompée, encouragé par sa bonne

fortune, n’osât lancer aussi une attaque terrestre. 383 Celui-ci n’avait pas envisagé de

livrer de bataille terrestre et n’attaqua pas les navires qui avaient résisté au naufrage

(qu’ils fussent sur les lieux ou qu’ils les eussent quittés, une fois retombée l’agitation

des vagues), mais il regarda négligemment les Césariens renforcer autant que possible la

coque de leurs embarcations, en la ceinturant , et passer par

mer à Hipponion, poussés par le vent 130 , soit qu’il crût que leur malheur lui suffisait, soit

qu’il ne sût pas exploiter la victoire, soit que, comme je l’ai déjà dit ailleurs, il ne voulût

absolument pas se donner la peine d’attaquer, mais eût seulement décidé de se défendre

contre ceux qui l’attaquaient par mer.

XCII. 384 César n’avait même pas sauvé la moitié de ses navires, et ceux-ci étaient très

endommagés. Néanmoins, après avoir laissé quelques hommes sur place pour s’en

occuper, il se rendit en Campanie, exaspéré. Car il n’avait pas d’autres navires, alors

qu’il en avait besoin d’un grand nombre, et il n’avait pas non plus le temps d’en faire

construire, parce qu’il était pressé par la famine et par le peuple, lequel l’avait à

nouveau harcelé pour des accords et avait tourné en dérision cette guerre, comme faite

en violation de l’accord conclu. Il avait besoin d’argent mais il en manquait, les

Romains ne payant pas leurs contributions et n’autorisant pas les mesures financières

auxquelles il songeait. 385 Mais toujours habile à voir au premier coup d’œil où se

trouvait son intérêt, il envoya Mécène auprès d’Antoine pour lui donner des

informations susceptibles de le faire changer d’avis sur les questions à propos

desquelles ils s’étaient fait récemment des reproches mutuels, et pour l’amener à s’allier

à lui, sans en avoir l’air. Au cas où il ne l’en persuaderait pas, il songeait à embarquer

ses légionnaires sur des navires de transport pour les faire passer en Sicile et à

abandonner la mer pour préparer la guerre sur terre. 386 Il était plongé dans ce désarroi,

lorsqu’on lui annonce, d’une part, qu’Antoine s’est engagé à combattre à ses côtés,

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Le Livre V des Guerres Civiles

d’autre part, la brillante victoire remportée sur les Gaulois d’Aquitaine par Agrippa, qui,

dirigeant les opérations, avait fait savoir 131 . Ses amis et certaines villes lui

promettaient des navires et en construisaient.

Deuxième année de la guerre de Sicile (37 av. J.-C.)

Crise entre César et Antoine & entremise d’Octavie

XCIII. 387 Il cessa donc de se désoler pour se lancer dans un programme de

constructions plus grandiose que le précédent. Au début du printemps,

Antoine quitta Athènes et passa par mer à Tarente avec trois cents navires pour

combattre aux côtés de César, comme il le lui avait promis ; mais celui-ci avait changé

d’avis et différait le combat jusqu’au moment où ses navires encore en construction

seraient prêts. 388 Comme on le relançait, pour qu’il rejoignît les forces d’Antoine qui

étaient prêtes et suffisantes, il avança qu’il avait d’autres choses à faire, mais il était

clair qu’il avait de nouveaux griefs contre Antoine ou qu’il ne faisait plus cas de leur

alliance, vu l’abondance de ses propres ressources. 389 Quoique mécontent, Antoine

attendait et relançait César. Car étant accablé par les frais d’entretien de sa force navale

et ayant besoin de troupes italiennes pour faire la guerre aux Parthes, il songeait à

donner ses navires à César en échange : il avait été énoncé dans leurs accords que

chacun des deux pourrait recruter des mercenaires en Italie, mais il allait être difficile et

pénible à Antoine de le faire 132 , maintenant que César avait pris possession de l’Italie 133 .

390 Octavie se rendit donc auprès de César pour les réconcilier, Antoine et lui 134 . César

disait qu’il avait été abandonné au milieu des périls survenus dans le détroit 135 , mais

Octavie répliqua que ce problème avait été réglé par l’intermédiaire de Mécène. 391

César déclarait qu’Antoine avait aussi envoyé auprès de Lépide un affranchi nommé

Callias, qui était en train de conclure avec Lépide un accord dirigé contre lui 136 , César,

mais Octavie répondit qu’elle savait que Callias avait été envoyé pour négocier un

mariage. De fait, Antoine avait voulu donner, avant la guerre contre les Parthes, sa fille

en mariage au fils de Lépide, comme convenu. 392 Tels furent les propos que tint

Octavie. Quant à Antoine, il envoya Callias lui-même, en autorisant César à le mettre à

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Le Livre V des Guerres Civiles

la question. Ce dernier refusa, mais dit qu’il viendrait s’entretenir avec Antoine entre

Métaponte et Tarente, là où ils seraient séparés par le fleuve du même nom.

Accords de Tarente

XCIV. 393 Le hasard voulut que les deux arrivassent au cours d’eau en même temps :

Antoine, qui d’un bond était descendu de sa voiture, sauta seul dans l’une des

embarcations à l’amarre, pour rejoindre César sur l’autre rive, se fiant à lui comme à un

ami. Ayant vu cela, César l’imitait en retour, et les voilà qui se rencontrent au fil de

l’eau ; ils étaient en discussion, chacun des deux voulant débarquer sur la rive de l’autre.

394 César l’emporta en prétextant qu’il irait aussi voir Octavie à Tarente ; assis sur la

voiture d’Antoine, il délibérait avec lui, et ce fut sans escorte qu’il se rendit dans sa

résidence à Tarente, comme ce fut sans garde à son chevet qu’il se reposa, la nuit

durant. 395 Le lendemain, Antoine donnait les mêmes marques de confiance. Telle était

la perpétuelle inconstance de ces deux hommes, poussés à former des soupçons par

amour du pouvoir, puis à offrir des garanties par nécessité.

XCV. 396 César différait donc jusqu’à l’année suivante son expédition maritime contre

Pompée. Mais, bien qu’Antoine ne fût pas en mesure d’attendre à cause des Parthes, ils

firent cependant un échange entre eux : à César, d’une part, Antoine céda cent vingt

navires, qu’il livra aussitôt en les envoyant à Tarente, et à Antoine, d’autre part, César

céda vingt mille légionnaires italiens, qu’il promettait d’envoyer 137 . 397 Octavie fit aussi

don à son frère, après en avoir fait la demande à Antoine, de dix phasèles aménagés

comme des trirèmes (ils combinaient des éléments empruntés aux navires de transport et

aux navires de guerre) 138 et César fit don à Octavie de mille gardes du corps d’élite,

qu’il laissait au choix d’Antoine. 398 Comme s’achevait pour eux la durée du mandat

qui avait été voté aux triumvirs, ils repoussèrent pour eux-mêmes l’échéance de cinq

ans, sans avoir eu besoin du peuple cette fois 139 . 399 Ainsi donc, ils se séparèrent et

Antoine se pressa aussitôt de gagner la Syrie, après avoir laissé Octavie auprès de son

frère, avec la fille qu’ils avaient déjà.

61


Le Livre V des Guerres Civiles

Troisième année de la guerre de Sicile (36 av. J.-C.)

XCVI. 400 Quant à Ménodore (soit qu’il fût quelqu’un d’enclin à trahir chaque parti

tour à tour, soit qu’il craignît la menace passée d’Antoine, qui avait dit qu’il le traînerait

en justice comme esclave fauteur de guerre, soit qu’il estimât recevoir moins de

marques de considération qu’il ne l’avait attendu, soit parce que les autres affranchis de

Pompée lui reprochaient continuellement son infidélité envers son patron et lui

conseillaient de revenir, puisque Ménécratès était mort), après avoir demandé et reçu

une garantie, il déserta et rejoignit Pompée avec sept navires, à l’insu de Calvisius,

l’amiral de César. Après cela, César destitua Calvisius de ses fonctions d’amiral et le

remplaça par Agrippa 140 . 401 Comme la flotte était prête, César la purifia selon le rituel

suivant : les autels touchent la mer et les équipages de chaque navire se tiennent autour

en gardant un très profond silence ; les prêtres sacrificateurs procèdent à l’immolation,

en se tenant debout près de la mer, et tournent trois fois autour de la flotte sur des

embarcations, en portant les victimes expiatoires, tandis que les généraux tournent avec

eux et font des imprécations, pour que les sinistres présages ne visent pas la flotte mais

ces victimes expiatoires. 402 Après avoir dépecé celles-ci, ils en jettent une partie dans

la mer, brûlent l’autre partie sur les autels où ils l’ont déposée, et le peuple pousse des

acclamations 141 .

XCVII. 403 C’est ainsi que les Romains purifient leurs forces navales. César, en partant

de Dicaearchia, Lépide, d’Afrique, et Taurus, de Tarente, devaient attaquer la Sicile par

mer de manière à pouvoir la cerner en venant du levant, du couchant et du midi. 404 Le

jour où César devait prendre le large avait été communiqué d’avance à tous 142 : il

s’agissait du dixième jour à partir du solstice d’été, que les Romains considèrent comme

les Calendes du mois qu’en l’honneur du premier César, ils appellent Julius au lieu de

Quintilis. Si César avait fixé ce jour, c’était peut-être parce qu’il le jugeait propice, son

père ayant toujours été victorieux. 405 Pour ce qui est de Pompée, à Lilybée, il opposait

Plinius à Lépide, avec une légion de fantassins et, d’autre part, une foule de soldats

armés à la légère ; sur toute la côte orientale et occidentale de la Sicile, et surtout sur les

îles de Lipara et de Cossyra, il installait des garnisons, afin que ni Cossyra pour Lépide,

ni Lipara pour César, ne fussent des bases navales ou des ports d’escale bien situés pour

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Le Livre V des Guerres Civiles

attaquer la Sicile ; enfin, il rassemblait à Messine la meilleure partie de sa force navale,

qui attendait de partir là où la situation l’exigerait.

Seconde tempête

XCVIII. 406 Tels étaient les préparatifs militaires de chacun des deux adversaires.

Lorsque le jour des Calendes arriva, tous prirent le large à l’aube : Lépide partait

d’Afrique avec mille navires de transport, soixante-dix navires de guerre, douze légions

d’infanterie, cinq mille cavaliers numides et bien d’autres moyens ; Taurus, de Tarente,

avec cent deux navires seulement sur les cent trente d’Antoine, puisque les rameurs des

navires restants étaient morts durant l’hiver 143 ; César, de Dicaearchia, en faisant à la

fois des sacrifices et des libations, depuis son navire amiral, en pleine mer, aux Vents

favorables, à Neptune le Tutélaire et à la Mer sereine 144 , pour qu’ils l’assistassent dans

son action contre des ennemis hérités de son père. 407 Quelques-uns de ses navires

d’avant-garde exploraient les enfoncements creusés par la mer et Appius suivait avec

de nombreux navires d’arrière-garde. 408 Deux jours après leur départ du port, le vent

du Sud, qui s’était levé, fit chavirer de nombreux navires de transport appartenant à

Lépide, mais celui-ci n’en jeta pas moins l’ancre en Sicile et, tout en assiégeant Plinius

à Lilybée, il soumettait certaines villes par la persuasion, d’autres par la force. 409

Lorsque le vent commença à souffler, Taurus retourna à Tarente. Alors qu’Appius était

en train de contourner le promontoire de Minerve, certains de ses navires se brisèrent

sur les rochers, d’autres s’échouèrent sur les bas-fonds, emportés par le vent impétueux,

d’autres enfin furent dispersés, non sans subir de dommages. 410 Quant à César,

lorsque la tempête commença à se déchaîner, il était dans le golfe d’Elée, lieu sûr où il

s’était réfugié avec tous ses navires, à l’exception d’un seul navire à six rangs de rames,

qui avait été détruit en contournant le promontoire. Mais lorsque le vent du Sud-Ouest

succéda au vent du Sud, le golfe fut agité par les vagues, parce qu’il ouvrait sur le

couchant ; il n’était plus possible d’en sortir en naviguant contre le vent qui portait vers

le golfe, ni rames ni ancres ne retenaient , mais ceux-ci se heurtaient les

uns contre les autres ou contre les rochers. Et, de nuit, l’horreur était encore plus

monstrueuse 145 .

63


Le Livre V des Guerres Civiles

XCIX. 411 La tourmente s’étant calmée à la longue, César fit ensevelir les cadavres et

soigner les blessés ; il rhabillait ceux qui fuyaient à la nage et leur fournissait d’autres

armes ; il remettait en état toute la flotte avec les moyens à disposition. Il voyait

qu’avaient été détruits six grands navires, cinq petits et un plus grand nombre encore de

liburnides 146 . 412 Et pour que ces dégâts fussent réparés, il devait perdre trente jours,

alors que l’été était déjà bien avancé. C’est pourquoi, le mieux pour lui était de différer

la guerre jusqu’à l’été suivant. 413 Mais comme le peuple était troublé par les

privations, il fit radouber les navires de toute urgence, en les faisant tirer jusqu’au

rivage, et envoya les équipages des navires détruits remplir les navires vides qui se trouvaient auprès de Taurus. 414 Comme il s’agissait d’un désastre

majeur, il fit partir Mécène pour Rome à cause de ceux qu’excitait encore le souvenir de

Pompée le Grand (car la pensée de ce glorieux personnage ne les avait pas quittés). Lui-

même courait rendre visite aux colons répartis en Italie et dissipait les craintes que leur

inspiraient les récents événements. 415 Il courut aussi jusqu’à Tarente, où il inspecta la

force navale placée sous les ordres de Taurus, et il se rendit à Hipponion, où il

encouragea les troupes terrestres et hâta la réparation des navires. Et la deuxième

expédition maritime contre la Sicile était désormais proche.

Dernière désertion de Ménodore

C. 416 Or, même en une occasion favorable de cette sorte, après de si nombreux

naufrages, Pompée ne daignait pas attaquer, mais se contentait d’offrir des sacrifices à

la Mer et à Neptune, et osait se faire appeler leur fils, persuadé que ce n’était pas sans la

volonté d’un dieu que les ennemis avaient essuyé des échecs à deux reprises au cours de

la belle saison. 417 On dit que, gonflé d’orgueil par ces événements, il troqua le

manteau de pourpre porté habituellement par les imperatores contre un manteau de

couleur bleu foncé 147 , se donnant ainsi pour fils adoptif de Neptune 148 . 418 Lui qui avait

espéré que César se replierait, lorsqu’il fut informé que celui-ci faisait construire des

navires et allait lancer une nouvelle expédition maritime au cours de ce même été, il fut

frappé de stupeur à l’idée de faire la guerre contre une volonté invincible et des moyens

militaires analogues, et envoya Ménodore, avec les sept navires qu’il avait amenés avec

lui, épier les chantiers navals de César et faire tout le mal qu’il pourrait. 419 Mais

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Le Livre V des Guerres Civiles

Ménodore, jusqu’alors indigné de ce que le commandement de la flotte ne lui eût pas été

donné en contrepartie et prenant alors conscience de ce qu’on le tenait en suspicion,

puisqu’on ne l’avait jugé digne de commander que les navires qu’il avait amenés avec

lui, projetait une nouvelle désertion.

CI. 420 Songeant avant tout à accomplir une action d’éclat 149 , persuadé que cela lui

serait utile à tous égards, il distribua tout l’or qu’il avait à ses compagnons de bord, puis

parcourut à la rame mille cinq cents stades en trois jours. En tombant de manière

imprévisible, tel la foudre, sur les gardiens des navires en construction de César, puis en

se retirant soudainement 150 , c’était par deux voire par trois qu’il capturait des navires de

garde; quant aux navires de transport, qui portaient les vivres, il les coulait, les prenait

en remorque ou les brûlait, lorsqu’ils étaient à l’ancre ou longeaient les côtes. Tout était

plongé dans le tumulte à cause de Ménodore, César étant encore absent ainsi

qu’Agrippa. Ce dernier parcourait, en effet, les terres, en quête de bois de construction.

421 Un jour, rayonnant d’orgueil, Ménodore nargua l’ennemi en faisant volontairement

échouer son propre navire sur un atterrissement fangeux et joua la comédie en faisant

croire que son navire était retenu par la vase, jusqu’à ce que, les ennemis ayant dévalé

des montagnes pour faire la chasse à Ménodore 151 , qu’ils croyaient être une proie facile,

il fît reculer et partît en riant, tandis qu’un chagrin mêlé d’admiration

s’emparait de l’armée césarienne.

CII. 422 Comme il avait suffisamment montré quel genre d’ennemi ou d’ami il était, il

relâcha Rebilus, membre du Sénat qu’il avait capturé, se préoccupant déjà de l’avenir.

D’autre part, s’étant lié d’amitié avec Mindius Marcellus, un des compagnons de César,

lors de sa première désertion, il dit à ceux de son entourage que Mindius projetait de

déserter et de trahir son camp, puis après s’être approché des ennemis, il demanda à

Mindius de le retrouver sur une petite île en vue de pourparlers susceptibles d’être

utiles. 423 Mindius l’ayant retrouvé, Ménodore lui dit, sans aucun témoin, que s’il avait

fui pour repasser dans le camp de Pompée, c’était qu’il subissait de mauvais traitements

de la part de Calvisius, alors commandant de la flotte ; mais maintenant qu’Agrippa

avait reçu le commandement de la flotte en remplacement de Calvisius, il reviendrait

auprès de César, qui n’avait commis aucune injustice à son égard, si Mindius lui

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Le Livre V des Guerres Civiles

obtenait une garantie de la part de Messala, qui gérait les affaires en l’absence

d’Agrippa. 424 Il ajouta que, une fois de retour, il réparerait son erreur par de brillantes

actions, mais que, en attendant de recevoir les garanties demandées, il continuerait à

causer quelques dommages à César, pour ne pas éveiller les soupçons. 425 Et il causa

de nouveaux dommages. Messala, quant à lui, hésita, comme on le fait dans une affaire

honteuse, mais il céda néanmoins, soit qu’il pensât que c’étaient là les nécessités de la

guerre, soit qu’il connût déjà ou eût deviné plus ou moins les intentions de César. 426

Ménodore désertait donc une nouvelle fois, et à l’arrivée de César, il se jeta à ses pieds

en lui demandant de lui faire grâce, sans lui donner les raisons de sa fuite. César lui fit

grâce en vertu des accords conclus, jusqu’à lui accorder la vie sauve, tout en le faisant

surveiller dans l’ombre 152 , et laissa ses capitaines se retirer là où ils voudraient.

CIII. 427 Lorsque la flotte fut prête, César reprit la mer et, arrivé à Hipponion en

longeant la côte, il ordonna à Messala de passer en Sicile avec deux légions d’infanterie,

pour rejoindre le camp de Lépide, et d’aller établir une station navale dans le golfe situé

à l’opposé de Tauromenium, lorsqu’il aurait franchi ; d’autre

part, il envoyait trois légions à Stylis et à l’extrémité du détroit observer la suite des

événements. 428 Il ordonnait à Taurus de quitter Tarente et de longer la côte jusqu’au

mont Scylakion, situé en face de Tauromenium. Celui-ci longeait la côte, étant préparé

aussi bien à combattre qu’à ramer. Ses troupes d’infanterie l’accompagnaient, tandis

que sur terre allaient en éclaireurs des cavaliers et sur mer, des liburnides. Il était dans

cette situation, lorsque paraît soudain à la hauteur du mont Skylakion César, qui

d’Hipponion avait accouru vers lui et qui, après avoir approuvé le bon ordre de ses

troupes, regagna Hipponion. 429 Quant à Pompée, comme je l’ai dit précédemment, il

surveillait tous les lieux de débarquement sur l’île et tenait ses navires réunis à Messine

pour aller porter secours là où la situation l’exigerait.

CIV. 430 Ils en étaient là de leurs préparatifs militaires, tandis que les navires de

transport revenaient d’Afrique en ramenant à Lépide le reste de son armée, à savoir

quatre légions. Papias, envoyé par Pompée, alla à leur encontre, en pleine mer, et les

détruisit, alors qu’ils l’accueillaient en ami 153 : 431 ils croyaient, en effet, que c’étaient

les navires de Lépide qui venaient à leur rencontre. Ceux-ci n’avaient été mis à flot que

66


Le Livre V des Guerres Civiles

lentement par Lépide et, à leur arrivée tardive, les navires de transport les évitèrent,

pensant que c’étaient là d’autres navires ennemis : au final, certains furent brûlés,

d’autres capturés, d’autres encore se firent chavirer et le reste regagna les côtes

d’Afrique. 432 Deux des légions furent anéanties en mer, et les soldats qui avaient fui à

la nage, Tisénius, général de Pompée, les fit périr, eux aussi, alors qu’ils nageaient pour

gagner la terre ferme. Les autres touchèrent terre près de Lépide, les uns,

aussitôt, les autres, plus tard. Et Papias partit par mer rejoindre Pompée.

CV. 433 Quant à César, il quitta Hipponion avec toute sa flotte pour passer à Strongyle,

qui est l’une des cinq îles éoliennes, des éclaireurs explorant pour lui la mer. Lorsqu’il

vit une armée assez nombreuse sur le front de mer de la Sicile, à Pelorias, ainsi qu’à

Myles et à Tyndaris, il se figura que Pompée en personne était présent. Aussi chargea-t-

il Agrippa de prendre le commandement des forces qu’il avait sur place, 434 tandis que

lui-même repartait par mer à Hipponion et que d’Hipponion, il galopait jusqu’au camp

de Taurus avec trois légions, en compagnie de Messala, dans l’intention de s’emparer de

Tauromenium, pendant que Pompée était encore absent, et de lui donner des coups

d’éperon de deux côtés. 435 Agrippa quitta donc Strongyle pour passer par mer à Hiéra

et comme les garnisons de Pompée ne lui avaient pas opposé de résistance, il s’empara

de Hiéra. Le lendemain, il devait gagner Myles pour attaquer Démocharès, général

pompéien, qui avait quarante navires. 436 Mais Pompée, qui redoutait la violence

d’Agrippa, envoya de Messine quarante-cinq autres navires à Démocharès, sous la

conduite d’Apollophanès, un affranchi, et lui-même suivait avec soixante-dix autres

navires.

Bataille de Myles

CVI. 437 Il faisait encore nuit lorsque Agrippa quitta Hiéra et gagna le large avec la

moitié de ses navires, persuadé de devoir livrer un combat naval contre le seul Papias 154 .

Mais lorsqu’il vit et les navires d’Apollophanès et les soixante-dix de l’autre côté, il fit

aussitôt savoir à César que Pompée était à Myles avec la plus grande partie de sa force

navale, tandis que lui-même conduisait ses navires lourds au centre et faisait venir en

hâte de Hiéra le reste de sa flotte. 438 Des deux côtés, tout avait été préparé avec

67


Le Livre V des Guerres Civiles

magnificence, et ils avaient des tours fixées sur les navires, à la proue et à la poupe 155 .

Une fois terminées les exhortations de circonstance et hissées les enseignes sur chaque

navire, ils s’élancèrent les uns contre les autres, les uns, attaquant de front, les autres,

tentant un mouvement tournant 156 , avec, comme accompagnement, les clameurs des

équipages et le battement des navires ainsi que diverses mesures

d’intimidation. 439 Les vaisseaux de Pompée étaient plus petits, légers et rapides pour

assaillir et tourner autour ; ceux de César, plus gros, plus lourds et de ce

fait, plus lents également, mais cependant plus forts dans l’attaque et moins vulnérables

aux dommages. 440 Pour ce qui était des hommes, ceux de Pompée étaient des marins

plus habiles que ceux de César, ceux de César étaient plus robustes.

Proportionnellement , ceux de Pompée avaient l’avantage

non en éperonnant, mais seulement en effectuant des manœuvres de contournement : ils

brisaient les rangées de rames et les gouvernails des navires plus gros, fendaient les

manches de rames par en dessous ou isolaient tout simplement les embarcations, et ils

ne causaient pas moins de dommages qu’en éperonnant. 441 Ceux de César, au

contraire, soulevaient les navires (car ils étaient plus petits), après les avoir

fendus à coups d’éperon, les coulaient en les disloquant ou les fracassaient en les

transperçant, 157 , lorsqu’ils étaient aux prises avec eux, ils leur lançaient d’en haut

des projectiles (car ils étaient plus bas), et ils jetaient plus facilement sur eux des

grappins ou des mains de fer 158 . Mais les hommes de Pompée, chaque fois qu’ils étaient

vaincus, fuyaient en plongeant en pleine mer.

CVII. 442 Et les canots de Pompée, qui naviguaient autour, les recueillaient. Quant à

Agrippa, il se porta tout droit sur Papias et, s’étant abattu sur lui, à la hauteur de l’oreille

de la proue, il disloqua son navire et le transperça jusqu’à la cale. Sous le choc, le navire

fit tomber ceux qui se trouvaient dans les tours et prit l’eau de toutes parts ; tous les

rameurs qui se trouvaient au rang inférieur furent abandonnés 159 , tandis que les autres,

après avoir percé une ouverture dans le pont, fuyaient à la nage ; enfin, Papias, recueilli

sur le navire ancré à proximité, repartit attaquer les ennemis. 443 Pompée, observant

depuis une montagne que ses propres navires n’étaient guère efficaces et qu’ils étaient

dégarnis de leurs fantassins embarqués, chaque fois qu’ils étaient aux prises avec , et observant que le reste de la flotte d’Agrippa arrivait de Hiéra 160 ,

68


Le Livre V des Guerres Civiles

donna le signal de la retraite en ordre ; on se retirait donc peu à peu, sans cesser de faire

volte-face et d’attaquer. 444 Mais lorsque Agrippa pesa sur eux de tout son poids, au

lieu de fuir vers les rivages, ils fuirent partout où la mer était peu profonde du fait des

fleuves.

CVIII. 445 Agrippa, empêché par ses pilotes d’entrer dans des eaux à bas-fond pour

attaquer avec de gros navires, jeta l’ancre en pleine mer pour bloquer les ennemis et

combattre de nuit, si besoin était. 446 Comme ses amis lui conseillaient de ne pas se

laisser emporter par un courage déraisonnable, de ne pas épuiser son armée par des

veilles et de pénibles travaux, et de ne pas non plus se fier à une mer si étale 161 , il eut

bien du mal, le soir, à se replier. 447 Les Pompéiens longeaient la côte pour regagner

leurs ports, après avoir perdu trente de leurs propres navires, mais coulé cinq navires

ennemis, et après avoir causé d’autres dommages considérables et en avoir subi de

semblables. 448 Et, lorsqu’il les loua d’avoir résisté à tant de navires, Pompée déclara

qu’ils avaient livré un combat de siège plus qu’une bataille navale ; il leur offrit des

récompenses comme à des vainqueurs et leur fit espérer d’avoir l’avantage dans le

détroit en raison du courant, dans la mesure où ils étaient plus légers ; enfin, il ajouta

que lui-même augmenterait quelque peu la hauteur de ses navires.

Attaque de Tauromenium

CIX. 449 Ainsi donc s’achevait la bataille navale qui avait opposé Agrippa et Papias

près de Myles. Pompée, qui avait supposé que César était parti pour le camp de Taurus

et qu’il allait attaquer Tauromenium (ce qui était le cas), prit la mer aussitôt après le

dîner et longea la côte jusqu’à Messine, ayant laissé une partie de ses forces à Myles,

afin qu’Agrippa crût qu’il y était encore. 450 Agrippa donc, après avoir accordé un

moment de repos à son armée, vogua vers Tyndaris, qui voulait se rendre, aussi vite que

l’exigeait la situation. Il pénétra à l’intérieur de la ville, mais comme la garnison

combattait brillamment, il en fut chassé. D’autres villes, en revanche, se rangèrent à ses

côtés et accueillirent des garnisons. Lui-même regagna la rive opposée 162 . 451 César

était déjà passé par mer du Scylakion à Leucopétra, croyant savoir avec encore plus de

certitude que Pompée était parti de Messine pour Myles à cause d’Agrippa. De

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Le Livre V des Guerres Civiles

Leucopetra, il devait traverser le détroit, de nuit, pour gagner Tauromenium. 452 Mais

informé de l’issue de la bataille navale, il changea d’avis : étant vainqueur, il ne

cacherait plus sa traversée, mais ferait le trajet en plein jour avec son armée, qui était

confiante. Car il était encore entièrement persuadé que Pompée attendait Agrippa. 453

De jour donc, après avoir observé la pleine mer depuis les montagnes et constaté qu’elle

était vierge d’ennemis, il entreprit sa navigation avec autant de troupes que ses navires

en accueillaient, ayant laissé Messala à la tête des troupes restantes jusqu’à ce que les

navires revinssent le prendre. 454 Arrivé à Tauromenium, il envoya des émissaires pour

pousser la ville à se soumettre, mais sur le refus de la garnison, il longea fleuve Onobala et le sanctuaire d’Aphrodite, et jeta l’ancre près de

l’Archégète, tenant ce dieu en honneur 163 , pour y établir un camp retranché et mener un

engagement contre Tauromenium. 455 L’Archégète est une statuette d’Apollon

qu’érigèrent en premier les Naxiens émigrés en Sicile.

CX. 456 Ce fut là que César, en débarquant de son navire, glissa et tomba, mais se

releva très vite de lui-même. Et pendant qu’il était encore en train d’établir son

campement, Pompée l’attaqua par mer avec une flotte nombreuse, surprise inattendue.

Car César croyait qu’il avait été impliqué dans un combat du fait d’Agrippa. 457

Arrivait aussi au galop la cavalerie pompéienne, qui rivalisait de rapidité avec la force

navale, et apparaissait d’un autre côté l’infanterie, si bien que tous furent saisis de

crainte, étant pris au milieu de trois armées ennemies, et que César le fut aussi, faute de

pouvoir rappeler Messala. 458 Les cavaliers pompéiens donc se mirent aussitôt à

harceler les Césariens qui étaient encore en train de construire le camp retranché. Et si

les fantassins et la force navale avaient donné l’assaut juste après les cavaliers, Pompée

aurait peut-être obtenu un résultat relativement plus important. 459 Mais en réalité,

comme ils manquaient d’expérience guerrière, ignoraient dans quelle confusion étaient

les Césariens et hésitaient à engager un combat à la tombée du soir, ses marins jetèrent

l’ancre au promontoire de Coccynum, tandis que ses fantassins, ne jugeant pas bon de

camper à proximité des ennemis, se retiraient vers la ville de Phénice. 460 De nuit,

tandis que ces derniers se reposaient, les Césariens finissaient d’établir leur camp

retranché, mais fatigués par l’effort et la veille, ils partaient au combat avec un

handicap. 461 César avait trois légions, cinq cents cavaliers sans chevaux, mille

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Le Livre V des Guerres Civiles

fantassins légers, deux mille colons en marge de la liste des soldats réguliers 164 et, en

outre, une armée navale.

CXI. 462 Après avoir remis toutes ses forces terrestres à Cornificius, il lui ordonna de

repousser celles des ennemis et d’accomplir tout ce que l’urgence exigerait. Lui-même

prit la mer juste avant le jour et gagna le large avec ses navires, de peur que les ennemis

ne lui en fermassent aussi l’accès. 463 Il confia l’aile droite à Titinus, l’aile gauche à

Carisius, tandis que lui-même embarquait sur une liburnide 165 et faisait le tour de ses

navires en encourageant tous ses hommes. Après avoir adressé cet encouragement, il

déposa ses insignes de général en chef, parce qu’il s’estimait particulièrement en grand

danger. 464 Pompée étant venu l’attaquer au large, ils s’affrontèrent à deux reprises et la

bataille finit vers la nuit. Mais parmi les navires de César que l’on cherchait à capturer

ou à incendier 166 , certains, après avoir hissé leur petite voile 167 , s’éloignaient et

voguaient vers l’Italie, au mépris de ordres reçus ; après les avoir poursuivis sur une

courte distance, les hommes de Pompée firent volte-face pour attaquer ceux qui

restaient derrière : pareillement, ils en capturèrent une partie et incendièrent l’autre. 465

Parmi tous ceux qui fuyaient leur navire en nageant vers la terre, les uns furent tués ou

faits prisonniers par les cavaliers de Pompée, tandis que les autres grimpaient en

s’élançant vers le camp de Cornificius, lequel Cornificius les soutenait 168 dans leur

course en envoyant uniquement ses fantassins légers. Car il ne jugeait pas opportun de

faire avancer en ordre de bataille une légion découragée, lorsque lui faisaient face des

fantassins enorgueillis de la victoire, comme il était naturel.

CXII. 466 César passa la plus grande partie de la nuit stationné au milieu des canots, et

il délibérait en lui-même s’il retournerait auprès de Cornificius en passant au milieu de

tant d’épaves ou s’il se réfugierait auprès de Messala, lorsque la Divinité l’entraîna vers

le port de Balarus 169 avec un seul écuyer, sans amis, sans gardes personnels ni esclaves.

467 Quelques hommes, dévalant des montagnes pour s’informer sur l’issue des

événements, le trouvèrent dans un état de prostration physique et morale, et en le

transbordant de barque en barque, afin qu’il passât inaperçu, ils l’emmenèrent auprès de

Messala qui n’était pas loin. 468 Aussitôt, avant que l’on eût pris soin de sa personne,

César expédia une liburnide à Cornificius et envoya des messagers partout à travers les

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Le Livre V des Guerres Civiles

montagnes annoncer qu’il était sain et sauf ; il ordonna également à tous de venir en

aide à Cornificius, auquel il écrivait de sa propre main qu’il lui enverrait très bientôt des

secours. 469 Après avoir pris soin de sa personne et pris un peu de repos, il partit de

nuit vers Stylis, escorté par Messala, pour se rendre auprès de Carrinas, qui avait trois

légions prêtes pour les opérations préliminaires de débarquement 170 . César lui ordonna

de passer sur la rive opposée, où lui-même allait aussi se rendre par mer ; d’autre part, il

demandait par écrit à Agrippa d’envoyer rapidement auprès de Cornificius, qui était en

danger, Laronius avec une armée. 470 Il envoyait de nouveau Mécène à Rome à cause

des agitateurs politiques ; certains d’entre eux furent même punis parce qu’ils semaient

le trouble. Et il envoyait Messala à Dicaearchia pour qu’il conduisît à Hipponion celle

que l’on appelait la « première » légion 171 .

Anabase de Cornificius

CXIII. 471 Messala était cet homme que les triumvirs avaient condamné à mort sur les

listes de proscriptions affichées à Rome, en promettant par la voix du héraut argent et

liberté à celui qui le tuerait. A la mort de Cassius et de Brutus, auprès desquels il s’était

réfugié, il avait remis sa flotte à Antoine, après avoir conclu un accord avec lui. 472 J’ai

jugé bon de rappeler ici ce fait pour que l’on ait l’envie d’imiter la vertu des Romains 172 ,

en voyant que Messala, qui tenait celui qui l’avait proscrit, seul dans une si grande

adversité, prit soin de lui comme d’un chef suprême et lui sauva la vie. 473 De son côté,

Cornificius pouvait facilement repousser les ennemis depuis son camp retranché, mais

comme il était en danger, faute de ressources, il fit sortir son armée en ordre de bataille

et provoqua l’ennemi au combat. 474 Or, Pompée ne voulait pas lutter contre des

hommes dont tout l’espoir reposait sur ce combat, mais attendait qu’ils fussent réduits à

se rendre par la famine. Cornificius faisait donc route, gardant au centre de la formation

ceux qui avaient fui loin de leur navire sans leurs armes. Et il avançait, quoique frappé à

distance et mis en difficulté, en terrain plat, par les cavaliers, en terrain accidenté, par

les soldats dépourvus d’armes lourdes et légers à la course 173 , qui étant des Numides

d’Afrique, lançaient des javelots très loin puis s’esquivaient devant ceux qui contre-

attaquaient 174 .

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Le Livre V des Guerres Civiles

CXIV. 475 Trois jours après, ils arrivèrent non sans peine jusqu’à la « Terre sans eau » :

on raconte qu’à cette époque un torrent de lave, descendant tel jusqu’à

la mer 175 , l’avait recouverte et avait tari les sources qui s’y trouvaient. Les habitants

locaux ne font route sur cette terre que la nuit, parce que, depuis cette époque, l’air y est

suffocant et chargé de poussières de cendres. Or, Cornificius et ses hommes n’osaient

pas avancer de nuit, surtout en phase de nouvelle lune, parce qu’ils ne connaissaient pas

les chemins et craignaient des embuscades. Il leur était aussi insupportable de le faire de

jour, mais ils étouffaient et avaient la plante des pieds en feu, comme à la saison chaude

et en période de canicule, surtout ceux qui étaient pieds nus. 476 Faute de pouvoir

s’attarder, à cause de la soif qui les tourmentait, ils ne lançaient plus de contre-attaque

sur aucun de ceux-là même qui les frappaient à distance, mais ils se laissaient blesser

sans couverture. 477 Comme d’autres ennemis occupaient de surcroît les issues de cette

terre de feu, ceux qui en avaient la force, sans faire cas de ceux qui étaient plus faibles

et pieds nus, s’élançaient vers les gorges avec une hardiesse téméraire et repoussaient

les ennemis dans la limite de leurs forces. 478 Mais les gorges suivantes étant elles

aussi occupées, ils commencèrent dès lors à désespérer de leur salut et à se laisser aller,

accablés par la soif, la chaleur et la fatigue. Comme Cornificius les stimulait et leur

montrait une source à proximité, ils cherchèrent de nouveau à forcer le passage, au prix

de lourdes pertes dans leurs rangs, mais d’autres ennemis occupaient la source, et les

hommes de Cornificius, dès lors envahis par un total découragement, abandonnaient.

CXV. 479 Ils étaient dans cet état, lorsqu’ils voient apparaître au loin Laronius, qui

avait été envoyé par Agrippa avec trois légions ; ils ne distinguaient pas encore si c’était

un ami, mais comme poussés par l’espoir, ils ne cessaient de s’attendre à un événement

de cette sorte, ils se ressaisirent de nouveau avec vigueur 176 . 480 Lorsqu’ils virent aussi

les ennemis abandonner le point d’eau afin de ne pas être pris en tenaille par

l’adversaire, ils hurlèrent de joie, aussi fort qu’ils pouvaient, et, après que Laronius leur

eut répondu par des cris, ils coururent s’emparer de la source. Leurs chefs les

empêchaient de boire à grands traits, mais tous ceux qui n’en tinrent pas compte

mouraient en buvant.

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Le Livre V des Guerres Civiles

CXVI. 481 Ce fut ainsi que, alors qu’ils se trouvaient dans une situation désespérée,

Cornificius et la partie de son armée qui avait devancé le reste trouvèrent leur salut

auprès d’Agrippa à Myles. Agrippa venait de prendre Tyndaris, place forte remplie de

vivres et bien située pour une guerre consécutive à un débarquement, et César y

transporta ses troupes d’infanterie et ses cavaliers. Il eut au total en Sicile vingt et une

légions de fantassins, ainsi que vingt mille cavaliers et plus de cinq mille fantassins

légers. 482 Mais Myles et toute la zone côtière allant de Myles jusqu’à Nauloque et au

cap de Pelorias étaient encore occupées par des garnisons pompéiennes, qui craignant

surtout Agrippa, avaient des feux constamment allumés pour incendier ceux qui les

attaqueraient. 483 Pompée contrôlait aussi chacun des deux défilés. Autour de

Tauromenium et près de Myles, il avait fait fortifier les voies permettant de contourner

les montagnes, et il harcelait César, qui progressait depuis Tyndaris, sans toutefois que

celui-ci engageât le combat. 484 Mais comme il pensait qu’Agrippa voulait attaquer le

cap de Pelorias, il vola vers cet endroit, après avoir abandonné les défilés proches de

Myles. César les occupa, ainsi que Myles et Artémision, très petite localité où se

trouvaient, dit-on, les bœufs du Soleil et où le sommeil s’était emparé d’Ulysse 177 .

CXVII. 485 Comme sa conjecture sur les intentions d’Agrippa s’était révélée fausse,

Pompée fut informé 178 qu’il avait été dépossédé des défilés et fit venir Tisienus avec son

armée. César marcha à la rencontre de Tisienus, mais il se trompa de chemin près du

mont Myconium, où il passa la nuit sans tente. Une pluie torrentielle, comme il s’en

produit à la fin de l’automne, s’étant mise à tomber, quelques-uns de ses écuyers

passèrent la nuit entière à tenir un bouclier gaulois au-dessus de lui pour l’abriter. 486

L’Etna lançait des grondements violents, de longs mugissements et des éclairs

flamboyants 179 qui illuminaient l’armée de partout, si bien que les Germains, saisis

d’effroi 180 , sautaient de leur lit 181 , tandis que les autres, qui avaient entendu parler l’Etna, n’étaient pas sans croire qu’en des circonstances si

extraordinaires, le torrent de lave allait les submerger, lui aussi. 487 Après cela, César

ravagea le territoire ayant autrefois appartenu aux Lestrygons 182 , et Lépide, qui

fourrageait, vint à sa rencontre : tous deux campèrent près de Messine.

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Le Livre V des Guerres Civiles

CXVIII. 488 Comme de nombreuses escarmouches avaient lieu à travers la Sicile

entière, mais aucune opération plus importante, César envoya Taurus couper les vivres à

Pompée et prendre pour commencer les villes qui lui en fournissaient. 489

Particulièrement éprouvé par cette tactique, Pompée optait pour une grande bataille qui

déciderait de l’issue globale de la guerre. C’étaient les troupes terrestres de César qu’il

redoutait, mais fier de ses propres navires, il envoya un messager demander à César s’il

acceptait qu’une bataille navale décidât de l’issue de la guerre 183 . Celui-ci était terrifié

par tout ce qui était opérations maritimes, étant donné qu’il n’en avait mené aucune

avec succès jusqu’ici 184 , mais ayant jugé honteux de refuser, il accepta. 490 Ils se

fixèrent un jour, pour lequel devaient être préparés, dans chacun des deux camps

séparés, trois cents navires portant toutes sortes d’engins balistiques 185 , des tours et

toutes les machines imaginables. 491 Agrippa imagina l’engin appelé harpax , pièce de

bois longue de cinq coudées, cerclée de fer et munie d’anneaux à chacune des deux

extrémités : à l’un des anneaux était attaché l’harpax, pièce de fer recourbée, et à

l’autre, de nombreux filins, qui grâce à des machines tiraient l’harpax lorsque,

catapulté, il s’accrochait au navire ennemi 186 .

Bataille de Nauloque

CXIX. 492 Lorsque le jour fut arrivé, c’étaient d’abord les rameurs qui rivalisaient de

vitesse et poussaient des cris, et des projectiles volaient, lancés mécaniquement pour les

uns, manuellement pour les autres, comme des pierres 187 , des traits enflammés et des

flèches. 493 C’étaient ensuite les navires eux-mêmes qui se fracassaient les uns contre

les autres, certains de flanc, d’autres à la hauteur des oreilles de proue, d’autres enfin du

côté de l’éperon, là où les coups sont particulièrement vigoureux, pour déséquilibrer les

soldats de marine et neutraliser le navire, mieux que des coups portés ailleurs. 494

D’autres navires, de part et d’autre, coupaient la ligne ennemie, en lançant des

projectiles et des javelots. Et les canots recueillaient ceux qui tombaient à l’eau. La

violence était à l’oeuvre, comme la vigueur des marins et l’habileté des pilotes ;

c’étaient des cris et des encouragements lancés par les généraux, et il y avait tous les

engins possibles. 495 Mais c’était l’harpax qui avait le plus de succès, dans la mesure

où, lancé de loin grâce à sa légèreté, il tombait sur les navires et s’y accrochait, surtout

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Le Livre V des Guerres Civiles

dès qu’il était tiré en arrière par la traction des filins. Pour ceux qui en subissaient les

dommages, il n’était pas facile à couper à cause du fer qui l’entourait, et sa longueur

rendait les filins très difficiles à atteindre pour ceux qui cherchaient à les couper. Cet

engin n’était pas connu jusqu’alors, sans quoi l’on aurait fixé des faux à des lances. 496

Pris au dépourvu, les Pompéiens n’imaginaient qu’une seule solution, celle de faire

marche arrière, en ramant en sens contraire. Mais comme les ennemis faisaient de

même, les forces des équipages s’équilibraient et l’harpax produisait son effet propre.

CXX. 497 Chaque fois que les navires se retrouvaient donc côte à côte, on combattait

par tous les moyens et, de part et d’autre, on se lançait à l’abordage. Dès lors, il n’était

plus aussi facile qu’avant de distinguer l’ennemi. Car les soldats utilisaient le plus

souvent les mêmes armes et parlaient presque tous la langue latine ; dans la mêlée, on

donnait le mot d’ordre à ses compagnons comme à ses adversaires, ce qui était surtout à

l’origine de nombreux pièges diverses dans les deux camps, et il en résultait une

méfiance envers ceux qui les avaient prononcés ; enfin, tous étaient dans l’incapacité de

se reconnaître les uns les autres, étant donné qu’ils étaient en pleine bataille et au milieu

d’une mer remplie de corps, d’armes et d’épaves 188 . 498 Ils n’avaient pas manqué, en

effet, de tenter tous les moyens, à la seule exception du feu. Après les premiers

abordages, ils s’étaient abstenus de l’employer, les navires étant coque contre coque.

499 Depuis le rivage, chacune des deux armées terrestres regardait au loin vers la mer,

dans la crainte et la tension 189 , parce que c’était sur cette bataille navale qu’elles aussi

fondaient l’espoir de leur propre salut. Mais en vérité, elles ne distinguaient rien, et elles

ne le pouvaient pas, aussi grande que fût l’attention avec laquelle elles observaient,

étant donné que six cents navires environ étaient rangés en ordre de bataille sur une très

grande distance et que les cris de lamentation se déplaçaient tour à tour, venant d’un

côté puis de l’autre.

CXXI. 500 Ce ne fut pas sans peine qu’à la longue, grâce aux couleurs des tours (car

c’était par ces seules couleurs que les navires se différenciaient les uns des autres),

Agrippa comprit que Pompée avait perdu un plus grand nombre de navires, et il se mit

donc à encourager les équipages proches de lui, comme si le succès leur était déjà

acquis ; tombé de nouveau sur les ennemis, il les harcelait sans répit, tant et si bien que,

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Le Livre V des Guerres Civiles

contraints par la force, tous ceux qui se trouvaient en face de lui renversèrent leurs

tours 190 et après avoir viré de bord, prirent la fuite vers le détroit. 501 Dix-sept navires

eurent le temps de s’y engouffrer. Quant au reste d’entre eux, comme Agrippa leur avait

fermé le passage, certains s’échouaient sur le rivage, parce qu’ils étaient poursuivis ;

dans leur élan, ceux qui les poursuivaient s’échouaient avec eux, ou bien ils tiraient à

l’eau les navires immobilisés, ou bien encore ils les incendiaient. Tous ceux qui

combattaient encore au large, ayant observé ce qui se passait autour d’eux, se rendaient

aux ennemis. En mer, l’armée navale de César entonna donc un chant de victoire et, sur

le rivage, l’armée terrestre répondit par des cris. 502 Les Pompéiens se répandirent en

lamentations et Pompée lui-même, quittant précipitamment Nauloque, se pressa de

gagner Messine, sans même avoir fait de recommandations concernant ses troupes

terrestres, tant il était frappé de stupeur. Aussi, comme Tisienus négociait sa reddition,

César les accueillit sous conditions et accueillit après eux les cavaliers, comme les

préfets de la cavalerie offraient de se rendre. 503 Avaient coulé dans cette pénible

bataille trois navires appartenant à César et vingt-huit à Pompée ; le reste de la flotte

pompéienne avait été complètement détruit par les flammes, avait été capturé ou s’était

fracassé, en s’échouant sur le rivage ; seuls les dix-sept navires avaient réussi à fuir.

CXXII. 504 Informé en chemin de ce que son armée terrestre avait changé de camp,

Pompée troqua son vêtement d’imperator contre celui de simple particulier et envoya

des hommes à Messine charger tout ce qu’ils pouvaient sur les navires, avant son

arrivée : tout était prêt depuis longtemps. 505 Il faisait aussi venir en hâte Plinius de

Lilybée avec les huit légions dont il disposait, pour fuir avec ces dernières. Plinius se

pressait de le rejoindre, mais comme d’autres (amis, garnisons et troupes) faisaient

défection et comme la flotte ennemie entrait dans le détroit, sans même attendre

patiemment Plinius dans une ville pourtant bien fortifiée, Pompée s’enfuit de Messine à

la tête de ses dix-sept navires pour rejoindre Antoine, puisque c’était dans des

circonstances analogues, se disait-il, qu’il avait sauvé la mère de ce dernier. 506 Plinius,

faute de l’avoir trouvé à temps, entra dans Messine et occupa la ville. Mais si César

restait lui-même dans le camp près de Nauloque, il ordonna, en revanche, à Agrippa de

prendre position près de Messine. Et celui-ci prit position avec Lépide 191 . 507 Lorsque

Plinius envoya une ambassade négocier un armistice, Agrippa était d’avis d’attendre

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Le Livre V des Guerres Civiles

César jusqu’à l’aube, mais Lépide accorda l’armistice et, cherchant à s’approprier

l’armée de Plinius, il consentait à ce qu’elle pillât la ville avec le reste de l’armée. 508

Ayant trouvé un butin inattendu, outre la vie sauve, qui était le seul et unique objet de

leur sollicitation, les hommes de Plinius employèrent la nuit entière à piller Messine

avec ceux de Lépide et passèrent dès lors sous le commandement de Lépide.

Elimination de Lépide

CXXIII. 509 Disposant (les hommes de Plinius inclus) de vingt-deux légions

d’infanterie et de nombreux cavaliers, Lépide éprouvait une fière assurance et il se

figurait qu’il serait maître de la Sicile, en avançant comme prétexte qu’il était le

premier à avoir débarqué sur cette île et qu’il avait rallié plus de villes que les autres.

Aussitôt, il envoya à ses garnisons une circulaire disant de ne pas laisser approcher ceux

qui viendraient de la part de César, tandis que lui-même se rendait maître de tous les

défilés. 510 César arriva le lendemain et adressa des reproches à Lépide par l’entremise

de ses amis, qui déclaraient qu’il était venu en Sicile en tant qu’allié de César et non

pour la conquérir dans son propre intérêt. Celui-ci répliqua qu’il avait perdu sa position

primitive, que César l’occupait à lui seul et que, s’il le voulait, il lui donnait maintenant

l’Afrique et la Sicile en échange de celle-là. 511 Mécontent, César, dans un accès de

colère, vint en personne reprocher son ingratitude à Lépide, et après s’être violemment

menacés, ils se séparèrent ; aussitôt après, les gardes cessèrent d’être assurées en

commun, tandis que les navires mouillaient à l’ancre 192 , parce que Lépide songeait, dit-

on, à les incendier.

CXXIV. 512 L’armée était accablée à l’idée de devoir mener une nouvelle guerre civile

et de ne jamais devoir être délivrée des séditions. Néanmoins, les soldats ne plaçaient

pas César et Lépide sur le même plan, pas même ceux qui servaient sous Lépide, mais

ils admiraient César pour sa valeur et pouvaient témoigner de l’indolence de Lépide,

auquel ils reprochaient même le pillage de Messine, parce qu’ils avaient été mis sur un

pied d’égalité avec les vaincus. 513 Comme on l’informait de cette situation, César

envoyait des émissaires de tous côtés donner secrètement à chaque groupe des conseils

éclairant leurs intérêts. Lorsqu’il vit que de nombreux soldats avaient été corrompus,

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Le Livre V des Guerres Civiles

surtout les anciens soldats de Pompée, parce qu’ils craignaient que l’armistice conclu

avec Lépide ne fût pas valide tant que César ne l’aurait pas ratifié, et alors que Lépide

ignorait encore cela, tant il était insouciant, César gagna son campement avec de

nombreux cavaliers, qu’il laissa devant le camp retranché pour n’entrer qu’avec

quelques-uns, et passa devant chaque unité, en lui certifiant que c’était contre son gré

qu’il était engagé dans cette guerre. 514 Tandis que les soldats présents le saluaient du

titre d’imperator, tous ceux des Pompéiens qui avaient été corrompus couraient vers lui

les premiers et le priaient de leur faire grâce. Celui-ci se dit étonné de ce qu’ils

demandassent grâce avant même de faire ce qui devait servir leurs propres intérêts.

Ayant compris , ceux-ci se saisirent aussitôt des enseignes et les

remirent à César, tandis que d’autres démontaient des tentes 193 .

CXXV. 515 Lorsque Lépide entendit ce tumulte, il sortit en courant de sa tente pour

faire prendre les armes. On se lançait déjà des projectiles et l’un des écuyers de César

tombait mort, lorsque César lui-même fut frappé à la cuirasse ; mais le trait n’atteignit

pas la peau et César s’enfuit au galop vers ses cavaliers 194 . 516 A un poste de garde de

Lépide, on se moqua de lui, en le voyant ainsi courir, et César eut un tel accès de colère

qu’il ne se ressaisit pas avant de l’avoir pris avec ses cavaliers et détruit. 517 A

l’inverse, les commandants d’autres postes de garde, les uns aussitôt, les autres, de nuit

seulement 195 , abandonnèrent le parti de Lépide pour celui de César, les uns sans avoir

subi aucun engagement, les autres après s’être fait harcelés par des cavaliers juste pour

opposer un semblant de résistance. 518 Il y en avait, d’autre part, qui continuaient à

supporter patiemment les attaques et à les repousser. Car Lépide envoyait partout des

renforts à tous . Mais comme les renforts eux-mêmes changeaient

de parti, le reste de l’armée de Lépide opéra lui aussi un revirement d’intentions, même

tous ceux qui lui étaient encore favorables. 519 Tous ceux des Pompéiens restés auprès

de lui étaient une fois encore les premiers à s’élancer pour changer de camp, une unité

après l’autre. Lépide avait fait armer ses autres soldats pour leur faire obstacle, mais

ceux qui avaient pris les armes pour faire obstacle aux autres emportaient avec eux leurs

enseignes et se retiraient avec les autres auprès de César. 520 Tandis qu’ils s’en allaient,

Lépide leur adressait des menaces et des prières, s’accrochait à leurs enseignes et disait

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Le Livre V des Guerres Civiles

qu’il ne lâcherait pas, jusqu’à ce que l’un des porte-enseignes lui dît qu’il lâcherait une

fois mort. Et saisi de crainte, il lâcha.

CXXVI. 521 Les cavaliers, qui étaient les derniers à se retirer, envoyèrent un messager

à César pour savoir s’ils devaient tuer Lépide, puisqu’il n’était plus imperator. Mais

César donna une réponse négative. 522 Ainsi, Lépide, confronté à une déloyauté

générale et inattendue, se retrouva en peu de temps privé d’un si grand succès et d’une

si grande armée. Après avoir changé son vêtement, il accourut vers César à toutes

jambes, tandis que les témoins de la scène couraient avec lui, comme pour assister à un

spectacle. 523 Il accourait vers César, lorsque celui-ci se leva devant lui et, après l’avoir

empêché de se jeter à ses pieds, comme il le voulait, l’envoya à Rome dans le vêtement

qu’il portait précisément à ce moment-là, simple particulier d’imperator qu’il était,

n’étant plus rien, sinon prêtre titulaire du pontificat qu’il exerçait. 524 Celui-ci donc,

qui avait été imperator à bien des reprises, ainsi que membre du triumvirat, et qui avait

désigné des magistrats, ainsi que condamné à mort par proscription tant d’hommes de

son rang, passa le reste de sa vie comme un simple particulier et comme le subordonné

de certains proscrits, devenus magistrats ultérieurement.

CXXVII. 525 Quant à Pompée, César ne se lança point à sa poursuite et il ne chargeait

personne d’autre de le poursuivre, soit qu’il se gardât de faire une incursion dans des

territoires relevant d’une autre autorité, celle d’Antoine, soit qu’il attendît de voir la

suite des événements et le comportement qu’aurait Antoine envers Pompée, pour avoir

un motif de dispute, au cas où se produiraient des manquements aux accords conclus

(car ils n’étaient assurément pas sans soupçonner depuis longtemps que par amour du

pouvoir, ils se chercheraient querelle, une fois les autres écartés), soit, comme César lui-

même le dit ultérieurement, parce que Pompée n’était pas un meurtrier de son père 196 .

526 Mais il réunissait son armée, qui comptait quarante-cinq légions de fantassins, ainsi

que vingt-cinq mille cavaliers, auxquels s’ajoutaient un nombre de fantassins légers

supérieur à la moitié des cavaliers, ainsi que six cents navires de guerre. Les navires de

transport, comme leur nombre était incalculable 197 , il les renvoyait de tous côtés à leurs

propriétaires. 527 Il offrait à son armée victorieuse des récompenses, dont il donnait dès

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Le Livre V des Guerres Civiles

à présent une partie et promettait le reste, il distribuait des couronnes et des honneurs, et

faisait grâce aux officiers de Pompée 198 .

Mutinerie de l’armée

CXXVIII. 528 Alors qu’il était plein de prétention après ces événements, la justice

divine le punit pour cette prétention 199 : l’armée se mutina, surtout ses propres troupes,

faisant pression pour être libérée du service et recevoir les mêmes privilèges que ceux

qui s’étaient battus à Philippes 200 . 529 César savait que la présente bataille ne

ressemblait pas à la précédente, mais il promettait pourtant de les récompenser comme

ils le méritaient, en même temps que les soldats servant sous Antoine, lorsque celui-ci

aussi arriverait. Concernant le refus de servir, il leur rappelait, sur le ton de la menace,

les lois ancestrales, le serment qu’ils avaient prêté et les punitions qu’ils encouraient.

530 Mais comme ils ne l’écoutaient pas avec obéissance, il abandonna la menace, pour

éviter que ne s’élevât, de surcroît, quelque tumulte parmi les troupes qu’il avait

récemment recueillies ; il dit que le moment venu, il les licencierait, avec Antoine, et

que pour l’heure, il ne les conduirait plus vers des guerres civiles, qui s’étaient achevées

sur un heureux succès, mais contre les Illyriens et contre d’autres peuples barbares, qui

ébranlaient la paix durement acquise, guerres qui lui permettraient de les enrichir

grandement. 531 Ceux-ci affirmèrent qu’ils ne referaient pas campagne avant d’avoir

reçu des récompenses et des honneurs pour leurs précédentes actions. Celui-ci dit que,

pour ce qui était des honneurs, il n’allait pas les différer plus longtemps maintenant ;

aux nombreux honneurs accordés, il ajoutait encore, entre autres gratifications, des

couronnes pour les légions, et pour les centurions et les tribuns, des vêtements bordés de

pourpre et le rang de sénateur dans leurs patries respectives. 532 Tandis qu’il ajoutait

encore d’autres gratifications de ce genre, un tribun militaire nommé Ophillius rétorqua

que des couronnes et de la pourpre n’étaient que des hochets pour enfants : des

récompenses dignes d’une armée, c’étaient des domaines et de l’argent ! Après que la

troupe se fut écriée qu’Ophillius disait vrai, César s’éloigna du tribunal, mécontent,

tandis que les autres entouraient le tribun, en le couvrant d’éloges et en insultant ceux

qui ne se rangeaient pas de son côté. 533 Celui-ci disait que même seul, il suffirait,

81


Le Livre V des Guerres Civiles

s’agissant de revendications aussi justes. Mais le lendemain de ces propos, il avait

disparu, sans même que l’on sût ce qui était arrivé.

CXXIX. 534 Au sein de l’armée, la crainte était telle que plus personne ne prononçait la

moindre parole à titre individuel, mais les soldats criaient de concert, en se réunissant

unité après unité, qu’on les libérât du service 201 . César se conciliait leurs chefs de

diverses manières et accordait leur congé, s’ils le voulaient, à ceux qui avaient fait

campagne à Philippes et à Modène, puisqu’ils avaient évidemment dépassé le temps du

service. 535 Il s’en présenta environ vingt mille auquel il donnait aussitôt leur congé et

qu’il renvoyait de l’île, de peur qu’ils n’en corrompissent d’autres, après avoir apporté à

ceux-là seuls qui avaient servi à Modène, cette simple précision : il leur donnerait ce

qu’il avait alors promis, bien qu’ils eussent été licenciés de la sorte. 536 Après s’être

dirigé vers le reste de la troupe, il remit en mémoire aux mutins le parjure dont ils

s’étaient rendus coupables, en se faisant libérer du service contre le gré de leur

imperator ; par contre, il décernait des éloges aux soldats présents à ses côtés, leur

faisait espérer qu’il leur donnerait bientôt leur congé, lorsqu’il n’aurait plus aucune

raison de le regretter 202 , et qu’il les enrichirait grandement, au moment de leur donner

leur congé ; pour l’heure, il les gratifiait chacun de cinq cents deniers supplémentaires.

537 Après avoir tenu ces propos, il imposait à la Sicile une contribution de mille six

cents talents ; il désignait, d’autre part, des gouverneurs d’Afrique et de Sicile,

répartissait des troupes dans chacune des deux provinces, faisait passer par mer les

navires d’Antoine à Tarente, embarquait une partie de ses troupes restantes pour l’Italie,

où il les envoyait en avant-garde, et, menant avec lui l’autre partie, quittait lui-même

l’île en franchissant .

César de retour en Italie

CXXX. 538 A son arrivée, le Sénat lui décerna par un sénatus-consulte des honneurs

immenses, le laissant décider de tous les recevoir ou bien de ne recevoir que ceux qu’il

jugerait bon d’accepter. Ceints de couronnes, les sénateurs ainsi que le peuple

s’avançaient le plus loin possible à sa rencontre et l’escortaient dans les temples et, des

temples, jusque chez lui, où il se retirait. 539 Le lendemain, lui-même adressa un

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Le Livre V des Guerres Civiles

discours au Sénat et un autre au peuple, énumérant les actions qu’il avait accomplies et

les mesures qu’il avait prises depuis le début de son mandat jusqu’à ce jour. Et après

avoir couché par écrit ces discours, il les publia sous forme de livre. 540 Il annonçait

Paix et Joie 203 , maintenant que les guerres civiles étaient complètement éteintes, il

exonérait des impôts ordinaires et extraordinaires ceux qui étaient encore redevables, et

les percepteurs de taxes, ainsi que les fermiers publics, de ce qu’ils devaient encore. 541

Parmi les honneurs qui lui étaient décernés par sénatus-consulte, il acceptait une

ovation, des supplications annuelles à la date de ses victoires et l’érection, sur le Forum,

d’une colonne surmontée d’une statue dorée de sa personne, avec le vêtement qu’il

portait en entrant dans le Ville, laquelle colonne serait entourée de rostres de navires.

542 Et la statue fut érigée, portant l’inscription : « La Paix, depuis longtemps troublée

par des séditions, il l’a solidement établie sur terre et sur mer ».

CXXXI. 543 Alors que le peuple voulait dépouiller Lépide de sa dignité de souverain

pontife pour la lui remettre, dignité dont il est d’usage qu’une seule personne soit

revêtue à vie, César refusait et il n’admettait pas, comme le peuple l’invitait à le faire,

d’exécuter Lépide comme un ennemi. 544 Il envoya à toutes ses armées des lettres

scellées, avec ordre de toutes les ouvrir le même jour et d’exécuter ensuite les consignes

qu’elles contenaient. Ces directives concernaient tous les esclaves qui, après s’être

sauvés durant la sédition, servaient comme soldats et pour qui Pompée avait demandé

l’affranchissement, lequel avait été accordé par le Sénat et par les accords conclus. 545

Ces esclaves furent tous arrêtés dans la même journée et après qu’ils eurent été conduits

à Rome, César les rendit à leurs maîtres romains et italiens ou aux héritiers de ces

derniers 204 , et il les rendit aussi à leurs maîtres siciliens. Et tous ceux qui n’avaient

personne pour en reprendre possession, il les faisait tuer près des villes mêmes dont ils

s’étaient sauvés.

CXXXII. 546 Cela semblait donc marquer la fin des séditions de cette époque. César

avait alors atteint l’âge de vingt-huit ans et les villes lui élevaient des statues près de

celles de leurs propres dieux. 547 Comme Rome elle-même et l’Italie étaient infestées

de pillards qui 205 , par bandes, se livraient ouvertement à des actes de brigandage, et

comme ces événements ressemblaient plus à du pillage audacieux qu’à du brigandage

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Le Livre V des Guerres Civiles

clandestin, Sabinus, chargé par César de redresser la situation, procéda à l’extermination

des qui étaient capturés, mais malgré leur nombre, après une année révolue

seulement, il avait ramené tout à une paix telle que l’on n’avait plus de précautions à

prendre 206 . Et c’est depuis cette époque qu’est restée, dit-on, l’habitude d’avoir un corps

de vigiles ainsi que leur mode d’action. 548 César, admiré pour ce redressement de

situation si rapide et inattendu, permettait aux magistrats annuels d’exercer une grande

partie du gouvernement conformément aux usages ancestraux, faisait brûler tous les

documents constituant des traces de la sédition et disait qu’il rendrait au peuple

l’intégralité de sa constitution, lorsque Antoine serait revenu de chez les Parthes. Car il

était persuadé que ce dernier voulait, lui aussi, démissionner de la magistrature qu’ils

exerçaient, maintenant que c’en était fini des guerres civiles 207 . Après ce discours, au

milieu des acclamations, on l’élut tribun de la plèbe à vie, en lui donnant sans doute une

magistrature perpétuelle pour le pousser à quitter la précédente. 549 Celui-ci accepta

cette charge aussi et envoya de sa propre autorité un message à Antoine concernant leur

magistrature. Ce dernier donnait également des instructions à Bibulus 208 , qui partait

auprès de César, pour une entrevue avec lui. D’autre part, lui-même envoyait ses chefs

militaires dans ses provinces, tout en songeant à participer à l’expédition contre les

Illyriens.

Fin de Sextus Pompée

Fuite en Orient

CXXXIII. 550 Quant à Pompée, il quitta la Sicile pour aborder au cap lacinien et pilla le

sanctuaire de Junon, riche d’offrandes, dans sa fuite vers Antoine. Après avoir débarqué

à Mitylène, il séjourna dans cet endroit où son père, lorsqu’il faisait la guerre à Gaius

César, l’avait mis à l’abri avec sa mère 209 , alors qu’il était encore enfant, et où, une fois

vaincu, il était venu les rechercher. 551 Comme Antoine faisait la guerre en Médie

contre les Mèdes et les Parthes, Pompée projetait de se livrer à lui à son retour. Mais

lorsqu’il fut informé qu’Antoine avait été vaincu et lorsque la rumeur publique colporta

les faits en les grossissant 210 , il reprit espoir, persuadé qu’il succèderait à Antoine, s’il

était mort, ou qu’il partagerait avec lui à son retour. A son esprit s’imposait une idée

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Le Livre V des Guerres Civiles

fixe, celle de Labienus, qui peu de temps auparavant avait fait une incursion dans la

province d’Asie. 552 Il était donc dans ces dispositions, lorsqu’on lui annonce

qu’Antoine est rentré à Alexandrie. Jouant encore double jeu 211 , il envoyait des

ambassadeurs à Antoine, en se livrant à lui et en se donnant à lui pour ami et allié 212 ,

alors qu’en réalité, il examinait en détail l’état de ses affaires. 553 D’autre part, il

envoyait secrètement des ambassadeurs en Thrace et dans le Pont aux dynastes de ces

deux pays, songeant, si les projets qu’il roulait dans son esprit échouaient, à fuir par le

Pont en Arménie. 554 Il en envoyait aussi aux Parthes, dans l’espoir que, pour finir la

guerre qu’ils menaient contre Antoine, ils s’empresseraient d’accueillir un général

romain et surtout un fils de Pompée le Grand 213 . Il préparait ses navires et exerçait ses

troupes qui étaient à bord, en jouant la comédie : il feignait ou de craindre César ou de

faire ces préparatifs militaires pour Antoine.

Discours des ambassadeurs pompéiens à Antoine

CXXXIV. 555 Aussitôt informé des dispositions prises par Pompée, Antoine avait

choisi Titius comme général pour le contrer, et il lui ordonnait de prendre des navires et

des troupes en Syrie, pour faire vigoureusement la guerre à Pompée, s’il faisait la

guerre, ou pour le traiter avec honneur, s’il se livrait à lui, Antoine. 556 Par ailleurs, il

donnait audience aux ambassadeurs venus lui apporter ce message : « Si Pompée nous

a envoyés, ce n’est pas faute d’avoir le recours de passer par mer en Ibérie, s’il était

décidé à faire la guerre, puisqu’elle lui est favorable en mémoire de son père, qu’elle l’a

protégé, lorsqu’il était encore assez un jeune homme, et qu’elle l’invite à cet effet,

aujourd’hui encore : c’est qu’il préfère être en paix avec toi et faire la guerre, si jamais

la situation l’exigeait, sous tes ordres. 557 Et ces propositions, ce n’est pas la première

fois aujourd’hui qu’il les fait : du temps où il dominait la Sicile et ravageait l’Italie,

lorsqu’il t’envoyait ta mère après l’avoir sauvée, il les faisaient déjà. 558 Et si tu les

avais acceptées, Pompée n’aurait pas été chassé de Sicile (car tu n’aurais pas fourni à

César tes navires contre lui) et toi, tu n’aurais pas été vaincu chez les Parthes, faute

d’avoir reçu les troupes que César avait promis de t’envoyer ; au contraire, tu

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Le Livre V des Guerres Civiles

dominerais actuellement l’Italie elle-même, outre les territoires que tu possédais déjà.

559 Bien que tu aies refusé ces propositions, qui pourtant seraient intervenues alors à un

moment particulièrement opportun pour toi, même aujourd’hui, Pompée te demande de

ne pas te laisser fréquemment piéger par César, ni par des propos qu’il tient, ni par la

parenté qui vous a liés et ce, en te rappelant que, quoique parent de Pompée, après avoir

conclu des accords avec lui, il lui a fait la guerre sans motif, et aussi que, quoique

Lépide lui fût associé dans l’exercice du pouvoir, il l’a dépouillé de sa part, sans

partager avec toi les bénéfices de ces deux actions.

CXXXV. 560 La dernière personne qui reste maintenant pour l’empêcher de gouverner

seul comme il le désire ardemment, c’est toi. Car il serait actuellement aux prises avec

toi, si Pompée n’était pas là entre vous. 561 Ces conséquences, tu les prévois

vraisemblablement toi aussi de toi-même, mais si Pompée, lui aussi, les souligne, c’est

par l’effet de sa bienveillance, parce qu’il préfère un homme dénué de méchanceté et

magnanime à un homme faux, rusé et artificieux. 562 Il ne te reproche même pas le don

des navires que tu as donnés contre lui à César par nécessité, puisque tu avais besoin de

recevoir des troupes en échange pour attaquer les Parthes, mais il se contente de te

rafraîchir la mémoire, en soulignant que ces troupes ne t’ont pas été envoyées. 563 En

un mot, Pompée se livre à toi avec les navires dont il dispose encore et avec les troupes

qui lui sont assurément les plus fidèles et qui ne l’ont pas abandonné, même dans sa

fuite ; si tu restes en paix, ce sera une grande gloire pour toi de sauver le fils de Pompée

le Grand, et si tu fais la guerre, tu auras un parti suffisamment puissant pour la guerre à

venir, laquelle est imminente. »

CXXXVI. 564 Après que les ambassadeurs eurent tenu ces propos, Antoine leur fit

connaître les consignes qu’il avait données à Titius. Si Pompée avait réellement ces

intentions, il disait qu’il vienne sous l’escorte de Titius. 565 Durant ces négociations,

les ambassadeurs envoyés chez les Parthes par Pompée furent capturés par les généraux

d’Antoine et conduits à Alexandrie. Instruit de la situation en détail, Antoine convoqua

les ambassadeurs de Pompée et leur fit voir ceux qui avaient été capturés. 566 Et eux,

même dans ces circonstances, priaient Antoine de pardonner à un jeune homme qui,

plongé dans des malheurs extrêmes, avait été contraint, par la crainte qu’Antoine ne

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Le Livre V des Guerres Civiles

l’accueillît pas en ami, de faire jusqu’à des tentatives de rapprochement avec les éternels

et pires ennemis des Romains ; il montrerait, dès qu’il serait instruit des dispositions

d’Antoine, qu’il n’avait plus besoin de faire aucune tentative ni aucune autre

machination. Antoine prêta foi à ces propos, parce que dans tous les domaines, c’était

un esprit simple, élevé et dénué de méchanceté.

Poursuite de Pompée par les généraux antoniens

CXXXVII. 567 Pendant ce temps, Furnius, qui gouvernait la province d’Asie pour

Antoine, accueillait Pompée, qui était arrivé là et ne créait aucun remous ; Furnius, en

effet, n’était pas de taille à combattre Pompée, pour lui faire obstacle, et ne connaissait

pas les intentions d’Antoine. Mais lorsqu’il le vit exercer son armée, il enrôla quelques-

uns de ses sujets, et fit venir en hâte Ahenobarbus, qui commandait une armée voisine,

et Amyntas, qui venait d’ailleurs. 568 Comme ils avaient fait leur jonction

promptement, Pompée se plaignait de ce qu’ils le considéraient comme un ennemi, lui

qui avait pourtant bien envoyé des ambassadeurs à Antoine et qui attendait une réponse

de sa part. Tout en tenant ces propos, il songeait toutefois à capturer Ahenobarbus,

grâce à la trahison de Curius, un membre de l’entourage d’Ahenobarbus, parce qu’il

espérait avoir en la personne d’Ahenobarbus un otage important à échanger contre sa

propre personne. 569 Mais comme la trahison fut finalement découverte, Curius,

convaincu de ce crime devant les Romains présents, fut mis à mort, tandis que Pompée

faisait tuer Théodore, le seul de ses affranchis à être dans le secret de son plan, persuadé

qu’il l’avait révélé. 570 N’espérant plus agir à l’insu de Furnius, il s’empara par

trahison de Lampsaque, qui comptait de nombreux Italiens depuis l’établissement d’une

colonie par Gaius César, et il engageait aussitôt ces Italiens moyennant des soldes

élevées. 571 Comme il disposait déjà de deux cents cavaliers et de trois légions de

fantassins, il attaqua Cyzique par terre et par mer. Mais les habitants le repoussèrent des

deux côtés. Car Antoine avait à Cyzique une petite armée qui surveillait les gladiateurs

qu’il faisait entretenir là. De retour au port des Achéens, Pompée chercha à

s’approvisionner en vivres.

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Le Livre V des Guerres Civiles

CXXXVIII. 572 Mais si Furnius ne prenait pas l’initiative du combat, en revanche il

campait toujours auprès de lui avec de nombreux cavaliers et ne le laissait pas

s’approvisionner en vivres ni se concilier les villes. Aussi Pompée, qui ne disposait pas

de cavaliers, attaqua-t-il le campement de Furnius, de front et à revers, après avoir

exécuté à son insu une manœuvre de contournement. 573 C’est pourquoi, Furnius, qui

faisait face à Pompée 214 , fut chassé de son camp par ceux qui venaient de derrière. En

les poursuivant, lui et les siens, alors qu’ils fuyaient par la plaine du Scamandre,

Pompée tuait bon nombre d’entre eux. Car la plaine était détrempée, à la suite de pluies.

574 Ceux qui avaient gardé la vie sauve se retiraient alors, n’étant pas de taille à

combattre. Mais tandis qu’on attendait des renforts de Mysie 215 , de Propontide et

d’ailleurs, les habitants appauvris à force de payer des contributions étaient heureux de

se mettre à la solde de Pompée, surtout en considération de la gloire qu’il avait tirée de

sa victoire au port des Achéens 216 . 575 D’autre part, Pompée, qui manquait de cavalerie

et qui de ce fait était gêné pour se ravitailler, fut informé qu’un escadron de cavaliers

italiens marchait pour rejoindre Antoine, lequel escadron avait été envoyé par Octavie,

qui passait l’hiver à Athènes. Aussitôt, il expédia quelques hommes corrompre cet

escadron à prix d’or. Mais celui qui gouvernait la province de Macédoine pour Antoine

les captura et distribua les pièces d’or aux cavaliers.

CXXXIX. 576 Cela étant, après s’être emparé de Nicée et de Nicomédie, Pompée

s’enrichit considérablement, et toutes ses affaires connurent un essor rapide et inespéré.

577 Mais en renfort de Furnius, qui ne campait pas loin, arrivèrent d’abord de Sicile, au

début du printemps, les soixante navires sauvés, parmi ceux qu’Antoine avait prêtés à

César contre Pompée (car après son action en Sicile, César les avait renvoyés) ; arriva

également de Syrie Titius, avec cent vingt autres navires et une armée nombreuse, et

tous débarquèrent à Proconnèse. 578 De ce fait, saisi de crainte, Pompée incendia ses

navires et arma ses rameurs, persuadé d’être plus fort s’il combattait sur terre tous ses

ennemis réunis. 579 Lorsque Cassius de Parme, Nasidius, Saturninus, Thermus,

Antistius et tous les autres personnages importants restés aux côtés de Pompée par

amitié, ainsi que Fannius, son ami le plus précieux, et Libon, le propre beau-père de

Pompée, virent que, malgré la présence de Titius, chargé par Antoine de régler le sort de

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Le Livre V des Guerres Civiles

Pompée 217 , il persistait à faire la guerre à plus fort que lui, ils désespérèrent de lui et

après avoir obtenu pour eux un sauf-conduit, passèrent dans le camp d’Antoine.

CXL. 580 Dès lors, dépourvu d’amis, Pompée se retirait vers l’intérieur de la Bithynie,

pressé, disait-on, de gagner l’Arménie. Alors qu’il avait levé le camp de nuit sans être

vu, Furnius et Titius, rejoints par Amyntas, se lancèrent à sa poursuite. 581 Après

l’avoir surpris vers le soir au terme d’une traque acharnée, chacun campa séparément au

sommet d’une colline, sans creuser de fossé ni construire de retranchement, parce que

c’était le soir et qu’ils étaient assommés de fatigue. 582 Ils étaient dans cette situation,

lorsque Pompée, de nuit, les attaqua avec trois mille peltastes, et il tuait nombre d’entre

eux, alors qu’ils étaient encore couchés ou au saut du lit. Ces derniers, sans même leurs

armes, prenaient la fuite de manière tout à fait honteuse. 583 Selon toute apparence, si

Pompée les avait alors attaqués avec toute son armée, de nuit, ou si au moins il avait

marché contre eux, après qu’ils furent mis en déroute, il en serait peut-être venu

complètement à bout. Mais en réalité, égaré par la Divinité, celui-ci ne daigna pas

opérer ainsi, et ne fit rien de plus, après ce coup d’éclat, que de progresser vers

l’intérieur des terres. 584 Or, une fois regroupés, les autres se mirent à le suivre, et

pendant qu’il s’approvisionnait en vivres, ils le harcelaient, tant et si bien qu’il se trouva

dans un dénuement si dangereux qu’il jugea bon d’entrer en pourparlers avec Furnius,

celui-ci ayant été ami de Pompée le Grand, étant plus élevé que les autres en dignité et

d’un caractère plus sûr.

Négociations entre Pompée et Furnius

CXLI. 585 Séparé de Furnius par un fleuve 218 , Pompée disait qu’il avait envoyé une

ambassade à Antoine et ajoutait que c’était parce qu’il avait besoin de ravitaillement,

pendant tout ce temps, et parce qu’ils négligeaient de lui en fournir, qu’il avait agi de la

sorte. 586 « Quant à vous, si c’est sur décision d’Antoine que vous me faîtes la guerre,

c’est qu’Antoine calcule mal ses propres intérêts, ne prévoyant pas la guerre qui le

menace. Si au contraire, vous devancez la décision d’Antoine, j’élève une protestation

et je vous prie d’attendre le retour des ambassadeurs que j’ai envoyés à Antoine ou de

vous saisir de ma personne pour me conduire dès maintenant auprès de lui. Mais moi, je

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Le Livre V des Guerres Civiles

ne me livrerai qu’à toi, Furnius, en te demandant pour seule garantie de me conduire

sain et sauf à Antoine. » 587 Pompée parla en ces termes, se fiant à Antoine, comme à

un homme naturellement bon, et craignant seulement ce qui arriverait entre-temps. Et

Furnius lui fit cette réponse : « Si tu voulais te livrer à Antoine, il était de ton devoir de

te rendre auprès de lui, dès le début, ou d’attendre sa réponse à Mitylène, sans créer de

remous ; mais tout ce que tu as fait est le propre d’un homme en guerre. Est-il vraiment

besoin de raconter cela à quelqu’un qui est déjà au courant ? 588 Si maintenant tu as des

remords, ne nous monte pas les uns contre les autres, nous les généraux, mais livre-toi à

Titius. Car c’est Titius qui est chargé par Antoine de régler ton sort. Et la garantie que tu

nous demandes, tu peux aussi la demander à Titius. Il a reçu d’Antoine l’ordre de te

tuer, si tu faisais la guerre, et de t’envoyer à lui avec honneur, si tu te remettais entre ses

mains. »

Capture de Pompée par les généraux antoniens

CXLII. 589 Pompée était en colère contre Titius, qui avait fait preuve d’ingratitude, en

acceptant la responsabilité de mener cette guerre contre lui. Car il lui avait sauvé la vie,

après l’avoir fait prisonnier. 590 Outre cette colère, il jugeait indigne de lui, un Pompée,

de dépendre de Titius, qui n’avait rien de noble, et il le soupçonnait de ne pas être une

personne sûre, se méfiant de son caractère et ayant conscience de lui avoir fait injure,

bien avant de lui avoir rendu service 219 . 591 C’était au contraire à Furnius qu’il se livrait

de nouveau et c’est lui qu’il priait de l’accueillir. Faute de réussir à le persuader, il disait

qu’il se livrerait même à Amyntas. Mais après que Furnius affirma qu’Amyntas n’aurait

pas accepté, lui non plus, de faire une telle injure à celui qu’Antoine avait chargé de

toute l’affaire, ils se séparèrent. 592 Furnius croyait que Pompée, parce qu’il manquait

de subsistances, se donnerait le lendemain à Titius. Mais de nuit, après avoir laissé les

feux habituels flamber et les trompettes signaler les veilles de la nuit, comme c’était

l’usage, Pompée, à l’insu de l’ennemi, sortit discrètement du camp avec ses soldats

armés à la légère, sans même leur avoir dit d’avance, à eux, où il avait l’intention de se

retirer. 593 Il songeait à gagner la mer, pour incendier la force navale de Titius. Et peut-

être aurait-il réussi, si Scaurus, qui avait déserté son camp, n’avait pas signalé son

départ et indiqué la route qu’il suivait, sans connaître toutefois son plan. 594 Ce fut

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Le Livre V des Guerres Civiles

alors que, avec mille cinq cents cavaliers 220 , Amyntas se lança à la poursuite de Pompée,

qui n’avait pas de cavaliers. Lorsque Amyntas arriva à proximité, les hommes de

Pompée firent défection, les uns en s’enfuyant secrètement, les autres, bien

ouvertement. 595 Se retrouvant donc seul et craignant dès lors pour son propre sort,

Pompée se livra sans conditions à Amyntas, lui qui avait jugé indigne de le faire sous

conditions à Titius.

Vie et mort de Pompée

CXLIII. 596 Ainsi fut pris Sextus Pompée, le fils qui restait encore à Pompée le Grand,

lui que son père, lorsqu’il était un jeune garçon, et son frère, lorsqu’il était déjà un

adolescent, avaient quitté, qui était resté pendant longtemps inconnu, après la mort de

ces deux hommes, et qui s’était livré au brigandage clandestin en Ibérie, jusqu’à ce que,

une fois rejoint par de nombreux combattants, qui avaient accouru, après avoir appris

qu’il était fils de Pompée, il se livrât plus ouvertement au brigandage et, après la mort

de Gaius César, fît vigoureusement le guerre, réunît une armée nombreuse, des navires

et des fonds, prît des îles, devînt maître de la mer d’Occident, réduisît l’Italie à la

famine et ses adversaires, à signer les accords qu’il voulait. 597 Le plus important, c’est

qu’en portant secours, pendant les proscriptions, à la Ville en proie à un massacre

général, il sauva la vie à de nombreux nobles, qui grâce à lui étaient alors dans leur

patrie. En revanche, influencé par une divinité malfaisante, lui-même n’attaqua jamais

ses ennemis, bien que la Fortune lui offrît de nombreuses occasions favorables, mais se

contenta de se défendre.

CXLIV. 598 Et Pompée, un homme de cette trempe, fut pris. Quant à Titius, il fit passer

l’armée de Pompée sous le commandement d’Antoine et tua Pompée lui-même, âgé de

quarante ans 221 , à Milet, soit de son propre chef, parce qu’il lui gardait rancune pour

l’injure autrefois subie et parce qu’il ne lui savait pas gré du service qu’il lui avait

ensuite rendu, soit sur ordre d’Antoine. 599 Certains, disant que cela ne vient pas

d’Antoine, pensent même que ce fut Plancus qui en donna l’ordre 222 , en qualité de

gouverneur de Syrie, autorisé à écrire les lettres au nom d’Antoine pour les affaires

urgentes et à utiliser son sceau 223 . 600 Les uns pensent que Plancus écrivit avec la

91


Le Livre V des Guerres Civiles

complicité d’Antoine, qui avait honte d’écrire à cause du renom de Pompée et à cause

de Cléopâtre, laquelle était bien disposée à l’égard de Pompée en mémoire de Pompée

le Grand, son père. Les autres pensent que Plancus le fit personnellement de sa propre

initiative, parce qu’il avait compris cela même et avait veillé à ce que Pompée, aidé de

Cléopâtre, ne ruinât pas le respect mutuel qui opérait entre Antoine et César 224 .

CXLV. 601 Mais Pompée était mort, tandis qu’Antoine repartait faire campagne en

Arménie et César, contre les Illyriens, qui se livraient au brigandage en Italie, les uns ne

s’étant pas encore soumis aux Romains, les autres s’étant révoltés pendant les guerres

civiles. 602 Les affaires d’Illyrie, dont je n’ai pas une connaissance exacte et dont le

récit complet n’est pas assez long pour constituer un livre à part entière et n’a pas de

place ailleurs, la période à laquelle ils furent conquis 225 , en l’embrassant jusqu’à la

fin, il m’a semblé bon de le raconter avant et de le placer en annexe du Livre traitant de

la Macédoine, province limitrophe.

92


Le Livre V des Guerres Civiles

1 Le datif seul ejkeivnoiı se construit mal. En supposant une haplographie avec w{sper qui

précède, on peut ajouter la préposition parav à valeur temporelle, puisque Appien

compare bien ici deux époques.

2 A rapprocher du § 596 : oJ loipo ;ı e[ti pai~ı. La correction de Schweighäuser est à

retenir.

3 Devant l’article toi~ı, Combes-Dounous proposait soit de déplacer la préposition ejpiv

(sans retenir la correction de Schweighäuser) soit d’ajouter quelque chose comme

oJmoivwı. Il traduisait correctement : « [jusqu’à ce que Sextus Pompée], dernier soutien

du parti de son père, eût péri, après Brutus ». Mais le datif peut se construire

directement avec le verbe ejpanh/revqh comme complément du préverbe ejp-.

4 Cf. R. B. Berthold, Rhodes in the Hellenistic Age, Ithaca, 1984, p. 216 sqq.

5 Le texte des manuscrits se comprend (article à valeur possessive) – cf.

Schweighäuser : propriam factionem constituit. La traduction de Candido est sans

autorité et la correction de Mendelssohn qui en découle ne se justifie pas.

6 La correction proposée par Schweighäuser s’explique mieux que celle de Bekker du

point de vue paléographique, d’où notre préférence. En effet, si l’on pose la séquence

TAPARAUTWNPOMPHIW, on voit qu’une haplographie par mélecture a pu survenir

entre la finale du pronom aujtw~n et l’initiale du nom Pomphivw/.

7 Mendelssohn veut ajouter un article devant strathgivdaı. Cela ne se justifie pas et

risque même d’entraîner un anachronisme, à savoir une confusion entre la garde

personnelle qui entourait l’empereur à l’époque impériale et le corps d’élite qui

accompagnait le général à la guerre à l’époque républicaine. Aux autres occurrences du

nom (§ 96, 137, 246), l’article a une valeur possessive.

8 Le texte des manuscrits se comprend et ne nécessite pas d’être corrigé – cf.

Schweighäuser : pacis petendae causa.

9 Schweighäuser veut corriger le texte d’après la traduction de Candido (non libenter).

Mais l’antithèse entre « nous » (eJkovnteı) et « vous » (kata ; ajnavgkhn) est à conserver.

10 Cf. L. Keppie, Colonisation and veteran settlement in Italy 47-14 B. C., Londres,

1983 : « the computation of 170 000 men is either Appian’s own, or if genuinely from

the mouth of Antony, then a deliberate over-estimate » (p. 60). Voir aussi P. Wallmann,

« Untersuchungen zu militärischen Problemen des perusinischen Krieges », Talanta 6,

1975, p. 58-89 (notamment p. 66).

11 A la fin d’un discours adressé aux troupes avant la bataille de Philippes (BC, IV, §

507), Antoine promet une récompense de 5000 drachmes à chaque soldat, 25000 à

chaque centurion et 50000 à chaque tribun. Ici, Antoine dit devoir récompenser un

grand nombre de fantassins, d’auxiliaires, de cavaliers et ej{teroı o{miloı eJtevrou

stratou~. Si les fantassins, auxiliaires et cavaliers du livre V sont les soldats du livre IV,

93


Le Livre V des Guerres Civiles

l’expression ej{teroı o{miloı pourrait renvoyer aux centurions et aux tribuns (d’où

electa multitudo chez Candido). Mais le mot o{miloı s’emploie plutôt pour désigner la

troupe, par opposition aux chefs. Chez Thucydide (4, 125), on trouve une autre

opposition, celle entre oJpli~tai et to ;n yilo ;n o{milon. C’est sans doute à ces « troupes

légères » qu’Appien fait référence. Par ailleurs, la répétition de l’adjectif eJtevrou est

suspecte. Sachant qu’Antoine parle ici des deux armées césarienne et antonienne, on

peut facilement corriger en eJkatevrou.

12 La subordonnée conditionnelle qui introduit une épanorthose se rattache mal à ce qui

précède, d’où l’ajout d’une coordination.

13 Mendelssohn veut supprimer l’adverbe, comme le fait Candido. Tout dépend si les

Grecs ont versé approximativement ou exactement le tribut de10 années. Comparer avec

BC, IV, § 316, où Appien parle de 16000 talents reçus comme tribut de l’Asie.

14 La répétition de la particule gavr est suspecte. Elle peut facilement avoir été confondue

avec ge, ce qui s’accorde d’ailleurs avec le reste du discours : Antoine a construit son

argumentation de manière à ce que les Grecs ne puissent « évidemment » pas discuter

ses exigences.

15 Cf. E. Huzar, « The litterary efforts of Mark Antony », ANRW II, 30, 1, 1982, p. 639-

657. Ce discours d’Antoine, dit-il, est une compostion littéraire d’Appien.

16 Ce passage a donné lieu à de nombreuses discussions, d’aucuns voyant une

contradiction avec le paragraphe précédent, où Appien dit que Ténos fut donnée aux

Rhodiens. Mais la préposition metav suivie de l’accusatif n’a pas ici une valeur

temporelle, ce qui signifierait que les Athéniens s’étaient vu accorder divers territoires,

« après » avoir déjà obtenu Ténos. Elle a une nuance finale, comme cela se rencontre

chez Homère, ce qui indique que les Athéniens étaient venus « pour » réclamer Ténos,

sans succès. Voir R. Etienne, Ténos, II, p. 143. Voir aussi P. Chantraine, Grammaire

homérique, p. 118-9.

17 Cf. C. Habicht, Athènes hellinistique — Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à

Marc Antoine, Paris, Belles Lettres, 2000.

18 Cf. G. Marasco, Aspetti della politica di Marco Antonio in Oriente, Florence, 1987, p.

15 sqq. L’auteur rejette cette explication triviale comme étant issue de la propagande

augustéenne. Si Antoine aida Sisinnès à monter sur le trône, c’était évidemment pour

des raisons politiques.

19 Combes-Dounous commet un grave contresens en traduisant : « [Cléopâtre] entra,

pour se justifier, dans le détail de tout ce qu’elle avait fait ». Au contraire, le

balancement oujk / ma~llon h[ indique que la reine était assez sûre d’elle pour ne pas

s’abaisser à des justifications.

20 Le passage brutal du singulier (Antoine) au pluriel (Antoine et César) avec aujtoi~ı est

suspect. Or, cette forme est souvent confondue avec d’autres, notamment aujth~ı (§ 22).

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Le Livre V des Guerres Civiles

D’ailleurs, on retrouve un peu plus loin aujthv, d’où notre correction. Appien souligne

ainsi le caractère de Cléopâtre, qui n’adopte pas le profil bas, malgré les reproches qui

lui sont faits.

21 Au lieu de construire le nom suvnesin comme complément du participe kataplageivı,

Geslen, suivi par Desmares, en fait un accusatif de relation et traduit : ex aspectu

mentem saucius. Autrement dit, le nom ne renverrait pas à Cléopâtre mais à Antoine.

Pourtant, après la tirade de la reine, le triumvir n’avait sans doute pas tant « l’esprit

frappé par son aspect » qu’il n’était « frappé par son intelligence doublée d’une belle

apparence ». D’ailleurs, le récit d’Appien rejoint celui de Plutarque (Ant., 27, 3) qui

montre que Cléopâtre n’était pas particulièrement belle mais néanmoins séduisante,

grâce à une subtile alchimie entre son physique et sa conversation. Sur ce point,

Combes-Dounous ne s’est pas trompé qui traduit : « étonné de son esprit autant que de

sa beauté ».

22 Appien raconte qu’Arsinoé fut tuée sur ordre d’Antoine, alors qu’elle était « venue à

Milet comme suppliante d’Artémis Leucophrys ». Dion Cassius raconte pour sa part

qu’Antoine « chassa les frères de Cléopâtre hors de temple d’Artémis d’Ephèse, puis les

fit tuer » (48, 24, 2 : tou ;ı ajdelfouvı aujth~ı ajpo ; tou~ ejn jEfevsw/ jArtemisivou

ajpospavsaı ajpevketine). Arsinoé IV n’est pas citée nommément, mais, à moins

d’admettre ici une grossière erreur de Dion, le pluriel fautif ajdelfouvı ne peut renvoyer

qu’à elle seule, puisque les autres enfants de Ptolémée XII Aulète étaient déjà morts,

Bérénice IV en 55 av. J.-C. (exécutée sur ordre de son propre père), Ptolémée XIII

Dionysos en 47 av. J.-C. (par noyade accidentelle) et Ptolémée XIV Philopator en 44

av. J.-C. (empoisonné par Cléopâtre). Quant à Flavius Josèphe, il dit explicitement qu’à

la demande de Cléopâtre, Antoine fit tuer Arsinoé « réfugiée comme suppliante dans le

temple d’Artémis à Ephèse » (A. J., XV, 89). Appien évoque lui aussi le sanctuaire

éphésien mais dans un autre épisode, avec lequel Dion Cassius et Flavius Josèphe ont

peut-être fait une confusion. Selon lui, Antoine fit citer devant son tribunal l’un des

Mégabyzes, « parce qu’il avait autrefois accueilli Arsinoé comme une reine » (IX, 36).

En quittant Rome, où elle avait figuré dans le cortège triomphal de César, Arsinoé se

serait donc réfugiée à Ephèse, avant de gagner Milet, où elle aurait trouvé la mort.

Pourtant, si la cité de Milet est bien liée au temple apollinien de Didyme, elle n’est pas

connue pour avoir un sanctuaire dédié à Artémis. Dans le Dictionnaire de Daremberg et

Saglio (s.u. Diana), la seule référence à un tel lieu consacré est précisément le passage

du livre V d’Appien. Aussi R. Rochette avait-il proposé de lire non pas Milet mais

Magnésie (Journal de Savants, 1845, p. 583). Car le culte d’Artémis Leucophrys est

bien attesté à Magnésie du Méandre, et Pausanias en parle dès l’époque des guerres

médiques (I, 26, 4). Le temple consacré à la déesse est d’ailleurs mentionné par

Xénophon (Hell., III, 2, 19) et Strabon, (Géo., XIV, 40). Quant à Vitruve, il précise

qu’« Hermogène [publia un livre] sur le temple pseudodiptère de Diane, d'ordre ionique,

qui est à Magnésie » (De architectura, VII, Praef.), temple que cet architecte

hellénistique avait lui-même construit (id., III, 2, 6). Ce n’est pas tout. Parmi les

inscriptions de Magnésie du Méandre répertoriées par O. Kern (Die Inschriften von

Magnesia am Meander,1900), certaines méritent une attention particulière.

L’inscription n° 16 trouvée sur l’agora et datée de 221-0 av. J.-C. signale l’apparition de

la déesse et l’institution d’un concours en son honneur. Elle consigne également l’envoi

95


Le Livre V des Guerres Civiles

d’ambassades dans différents royaumes et cités pour que soit reconnue l’asylie du

sanctuaire d’Artémis, ainsi que celle de la ville et du territoire de Magnésie. Or, dans la

lettre conservée par l’inscription n°23, un roi lagide identifié comme étant Ptolémée IV

Philopator reconnaît non seulement l’institution du concours mais l’inviolabilité du

sanctuaire. Parallèlement, Tacite rapporte que le droit d’asylie fut confirmé par L.

Scipion, vainqueur d’Antiochos III, puis par L. Sylla, vainqueur de Mithridate. Il paraît

donc tout à fait vraisemblable qu’Arsinoé ait cherché à se protéger à la fois contre

Cléopâtre et Antoine en trouvant refuge dans un sanctuaire dont l’inviolabilité était

reconnue aussi bien par les Lagides que par les Romains. Malheureusement, elle ne

pouvait imaginer que le couple violerait l’enceinte sans le moindre scrupule religieux.

Si donc Arsinoé fut tuée à Magnésie du Méandre, comment expliquer la version

d’Appien ? Peut-être a-t-il confondu le lieu de la mort d’Arsinoé avec celui d’une autre

victime directe ou indirecte d’Antoine, Sextus Pompée, tué à Milet par Titius (CXLIV,

598). Peut-être a-t-il été victime d’une autre confusion, induite par le fait que la cité

milésienne avait déjà servi de refuge dans des circonstances différentes : à la mort de

Brutus, Paulus, le frère de Lépide, gagna Milet et finit ses jours en Asie mineure, alors

même que la paix conclue lui permettait de rentrer à Rome (BC, IV, XXXVII, 155).

23 Cf. O. Hekster et T. Kaiser, « Mark Antony and the raid on Palmyra : reflections on

Appian BC V, 9 », Latomus 63, 2004, p. 70-80. A propos de la position des

Palmyréniens : « The river, in Appian’s perception, was the limit of the civilized world.

It is unlikely that the inhabitants of Palmyra would flee over 200 kilometres, with all

their possessions (or in any case their essentials), to hide behind a river, but the point

was that they retreated beyond the boundary of Roman power. For Appian, to cross the

Euphrates was to leave the Empire ». A propos de la description des Palmyréniens :

« [Appian] portrays the Palmyrenes with primarily Parthian skills ».

24 Bekker veut corriger la seconde négation. Mais il faut conserver le balancement ou[te

/ oujdev, qui insiste sur le fait que les cavaliers n’avaient pas fait de butin, ce qui était

pourtant le but de la manœuvre (§ 37 : diarpavsai).

25 Sans la retenir, il faut néanmoins commenter la conjecture de Mend (basileuomevnh/).

Car en employant l’expression « cité souveraine » (voix active) plutôt que « cité

gouvernée par une reine » (passive), Appien insiste plus sur le rayonnement

d’Alexandrie que sur le pouvoir de Cléopâtre. Et pour cause : si Antoine n’était pas

indifférent à Cléopâtre, il était surtout conscient de l’atout que constituait l’Egypte dans

sa politique orientale. Par ailleurs, l’auteur met Alexandrie sur un pied d’égalité avec

Rome, puisque l’expression hJ basileuvoush povliı s’emploie aussi pour désigner la

cité impériale de Rome(Athénée, 3, 98c).

26 Au lieu de construire le groupe uJpo ; Kleopavtra/ avec le pronom aujtw/~, Desmares en

fait un complément du nom JEllhnvnwn et traduit : « les Grecs qui étaient au service de

Cléopâtre ». Mais si quelqu’un est « au service » de la reine, c’est évidemment Antoine,

comme en a répandu l’idée la propagande augustéenne. Sur ce point, Combes-Dounous

construit correctement, puisqu’il traduit : « et tout cela pour faire sa cour à Cléopâtre ».

Toutefois, nous pouvons voir à travers cet exemple combien la traduction littéraire peut

s’éloigner du texte littéral.

96


Le Livre V des Guerres Civiles

27 Le démonstratif tou~ton donné par P est plus clair : il renvoie au dernier cité, c’est-àdire

à Sextius, et non à Calenus. En outre, il permet d’expliquer les autres variantes,

d’où notre préférence.

28 Le texte des manuscrits se comprend et ne nécessite pas d’être corrigé : les

propriétaires demandent que la répartition s’étende au-delà des 18 villes choisies avant

la guerre. Comparer avec BC, IV, III, 10-12. Voir aussi Gabba, p. LIX sqq. et Keppie,

op. cit., p. 61 sqq.

29 A rapprocher du § 60 : ejı timh ;n th~ı gh~ı. L’ajout d’un article voulu par

Mendelssohn est inutile.

30 A rapprocher du § 515. Le balancement oujk / ajllav est quelque peu abrupt, mais il

n’est pas nécessaire d’indiquer une lacune : c’est une brachylogie, comme on en trouve

de nombreux exemple chez Appien.

31 Tous les manuscrits donnent le génitif seul th~ı ajpodhmivaı. On peut supposer une

omission de préposition, dans la mesure où ce groupe répond au ejı th ;ı ejpidhmivan des

lignes suivantes. On peut également supposer une confusion de cas, si l’on étudie les

autres occurrences du nom ajpodhmiva chez Appien. Au livre V (CII, 423), pour dire que

Messala « gérait les affaires en l’absence d’Agrippa », l’auteur emploie l’accusatif seul

à valeur durative (tou~ th ;n ajpodhmivan jAgrivppa/ dioikou~ntoı). Il en va de même au

livre III (L, 205), à propos de Lucius Pison, qui « gérait les affaires d’Antoine en son

absence » (oJ tw/~ jAntwnivw/ th ;n ajpodhmivan ejpitropeuvwn). Ce dernier exemple qui

ressemble fort au nôtre nous invite à privilégier l’hypothèse de la confusion de cas et à

corriger th~ı ajpodhmivaı en th ;n ajpodhmivan, comme le proposait Mendelssohn.

32 Combes-Dounous ne pense pas que Lucius, Fulvie et Manius aient demandé à

conduire eux-mêmes les légions antoniennes dans les colonies. C’est pourquoi il

traduit : « qu’il prît parmi les officiers des légions d’Antoine les chefs de colonies qu’il

formait de ces légions mêmes ». Il suit en cela la version de Schweighaüser : ut

Antonianas legiones amicis Antonii in colonias traderet deducendas. Or, il n’est pas

question ici de conduire personnellement les légions mais de nommer les chefs chargés

de les conduire. Et de fait, lorsque César y eut consenti, Lucius, Fulvie et Manius

« firent connaître les chefs de colonies » chargés de conduire les légions antoniennes (§

58). Le contresens résulte d’une mauvaise interprétation de l’expression à double sens

para ; sfw~n labei~n. Celle-ci ne signifie pas « prendre parmi eux-mêmes », mais

« recevoir d’eux-mêmes ». En d’autres termes, les proches d’Antoine ne demandaient

effectivement pas à être chefs de colonies mais à nommer ces chefs. Cela s’accorde

avec le texte de Dion Cassius, selon lequel ils « réclamaient le droit (…) d’envoyer euxmêmes

fonder des colonies dans les villes » (48, 6, 2 : ta ;ı povleiı aujtoi ; ajpoikivsai

hjxivoun).

33 Le participe paradovnti donné par P est clair : il est employé absolument au sens de

« donner l’autorisation » et répond au didouvshı qui précède. En outre, il permet

d’expliquer les autres variantes, d’où notre préférence.

97


Le Livre V des Guerres Civiles

34 Il est question ici de « ceux qui ont combattu », et Appien les désigne presque

toujours par le participe parfait substantivé (§ 13, 87, 90, 102, 198, 307). D’ailleurs, si

dans le fond, notre correction reprend celle de Viereck, dans la forme, elle permet

mieux de rendre compte du texte donné par les manuscrits : les mots ejstrateumevnwn et

ejsovmena ayant la même initiale, l’omission peut s’expliquer par un saut du même au

même.

35 Au livre II des Guerres Civiles, Appien emploie le nom desmwthvrion à deux

reprises, en le faisant toujours précéder de l’article (§ 22 et 44). C’est sans doute une

manière de distinguer la prison publique (carcer) des prisons privées. Quoique le

manuscrit L soit le seul à employer l’article, c’est donc son texte que nous retenons.

36 Combes-Dounous tombe dans la surtraduction en concluant « tel fut l’excès

d’insolence dont cet événement donna l’exemple », là où Appien dit seulement « tel fut

l’incident qui eut lieu au théâtre ». Sans trahir le propos illustré, il s’éloigne du texte

littéral en anticipant sur les commentaires que l’auteur fait par la suite (§ 68 sqq.).

37 A rapprocher des § 11, 22, 48 ou encore 66, où le nom gh~ est précédé de l’article.

Ainsi s’expliquent les variantes des manuscrits, d’où notre correction.

38 On peut hésiter sur la valeur à donner à auJtou~ ou aujtou~ (donné par l’ensemble des

manuscrits), réfléchi renvoyant aux soldats ou homérisme exprimant l’immédiateté.

Mais le réfléchi auJtou~ paraît inutile, puisque l’article th~ı à valeur possessive peut

suffire à indiquer que les soldats regrettent « leur (propre) brutalité ». Quant à l’adverbe

aujtou~, traduisant peut-être le latin illico, il aurait l’inconvénient de précipiter le

«revirement » des soldats et affaiblirait l’effet voulu par l’auteur. Ne faut-il pas

simplement voir ici une faute d’onciale portant sur la préposition ajpov : APO > AUTO

(dédoublement de la consonne P) > AUTOU ? Dans ce cas, la syntaxe d’Appien

n’aurait rien que de très régulier, la construction du verbe metanow~ avec ajpov étant bien

attestée.

39 L et P donnent Foulbivan wJı polemopoiou~san, là où B et J donnent Foulbiva wJı

polemopoiou~nta. Dans le premier cas, Fulvie est accusée de faire la guerre au même

titre que Lucius, dans le second, elle se joint aux accusations portées par César. Le

contexte permet de trancher, puisque la proposition suivante évoque la manière dont

Manius parvint à retourner cette femme jalouse. C’est donc que Fulvie ne partageait pas

les motivations républicaines de Lucius, raison pour laquelle elle n’adhéra pas tout de

suite à son combat. La leçon à retenir est ainsi celle de BJ, le copiste de O ayant sans

doute compris que l’expression était parallèle à oJ Kai~sar wJı ajntipravssonta.

40 Combes-Dounous force le texte en traduisant : « Antoine demeurerait auprès de sa

Cléopâtre ». Certes, Manius cherchait à attiser la jalousie de Fulvie. Mais l’emploi du

possessif introduit une nuance péjorative qui n’est pas exprimée par Appien. Sur cette

question, voir Gabba, p. XLIII sqq.

98


Le Livre V des Guerres Civiles

41 A rapprocher du § 79, où tous les manuscrits donnent strateusamevnouı, sauf J qui

fait une confusion avec le participe présent. C’est probablement la même erreur qui a

été commise ici. En tout cas, le sens impose un participe aoriste, d’où notre correction.

42 Cf. Keppie, op. cit., p. 139-141 : « The sequence of events in Appian’s narrative could

suggest that Octavian was then precisely at Teanum establishing colonists there ».

43

Au § 80, Appien rapporte les clauses des accords conclus entre César et Lucius

Antonius, accords sitpulant ceci : « les Alpes seraient ouvertes à ceux que César

envoyait en Ibérie et Asinius Pollion ne leur ferait plus obstacle (mh ; kwluvein

aujtouvı) ». Au § 81, l’auteur évoque la marche de Salvidienus vers les Alpes. Les

manuscrits donnent a[kwn aujtw/~ [aujtoi~ı] sumperih~lqe. Mendelssohn propose d’abord

de corriger a[kwn (ou a[kwn aujtw/~) en ajkwluvtwı. Cette correction est tout à fait

judicieuse, l’adverbe ajkwluvtwı répondant au groupe mh ; kwluvein du paragraphe

précédent. Mendelssohn propose ensuite de corriger sumperih~lqe en uJperh~lqe,

s’inspirant peut-être de BC, II, 4, 31 (ta ;ı “Alpeiı oJ Kai~sar uJperelqwvn). Cette fois,

la correction paraît arbitraire et élude la difficulté posée par le préverbe sun-. Le pluriel

aujtouvı du paragraphe précédent signale que Salvidienus n’était pas seul et invite à

conserver ce préverbe. Nous sommes donc amenés à supposer une lacune incluant un

verbe dont Salvidienus serait le sujet et un sujet accordé au verbe sumperih~lqe. Pour

tenter de la combler, il convient d’abord d’étudier les autres emplois de l’adverbe

ajkwluvtwı ou de l’adjectif correspondant dans le livre V. On relève deux occurrences

dans le même contexte d’accords, ceux de Brindes (§ 275) et ceux de Baïes (§ 304).

Concernant ce dernier cas, on lit que les échanges commerciaux « ne seraient nulle part

empêchés » (ajkwluvtouı ei\nai pantacou~). Sur ce modèle (adjectif + eijmi), on pourrait

proposer de corriger en ajkwluvtwı ei\ce. Cette construction (adverbe + e[cw) apparaît à

plusieurs reprises dans le livre (§ 37, 165, 309 ou encore 473). Reste à suppléer le sujet

de sumperih~lqe. Selon toute vraisemblance, Salvidienus était accompagné de son

armée. On pourrait donc proposer : oJ strato ;ı aujtw/~ sumperih~lqe. Cette tournure

rappelle celle que l’on trouve au § 320 à propos d’Antoine et de ses hommes : to ;n de ;

strato ;n, o{soı e[mellen aujtw/~ sugceimavsein. On obtiendrait ainsi : ajkwluvtwı ei\ce

kai ; oJ strato ;ı aujtw/~ sumperih~lqe. L’omission commune à tous les manuscrits

s’expliquerait par un saut du même au même avec mélecture, l’adverbe ajkwluvtwı et le

pronom aujtw/ ~ étant sources de confusion en onciale : —LUTWC / AUTWI.

44 Le passage est d’autant plus obscur que les manuscrits divergent sur deux points

(provı d’une part, ei\nai / h[dh, d’autre part) et que toute éventuelle correction doit

s’accorder avec la phrase explicative qui lui fait suite (tou~ton gavr…) et qui offre

diverses interprétations, étant donné la polysémie du verbe protivqhmi. Si la préposition

provı est une omission de L et P, il faut construire pro ;ı Levpidon comme complément

du verbe levgousa : Fulvie « disant à Lépide ». Si la préposition provı est une addition

de B et J, il faut construire Levpidon soit comme sujet de l’infinitive introduite par

levgousa, soit comme complément du verbe dedievnai : Fulvie « disant que Lépide

craignait » ou « disant craindre Lépide ». La proposition forme visiblement un chiasme

avec celle qui précède : dedievnai levgwn Kaivsara (Lucius « disant craindre César »),

ce qui nous amène à considérer provı comme une addition tardive de BJ et à faire de

Levpidon le complément du verbe de crainte. Ensuite, L donne ei\nai, là où P et BJ

99


Le Livre V des Guerres Civiles

donnent h[dh. La différence formelle entre ces variantes laisse penser que les deux ont

initialement coexisté. Pour tenter d’élucider cette partie, il faut rappeler le contexte.

Lucius parcourait l’Italie en quête de soldats (Dion Cass., 48, 10, 3), pendant que César

procédait à l’installation des colonies (App., BC, V, XXIX, 76). Tous deux se trouvaient

donc hors de Rome. Inversement, Fulvie était avec ses enfants dans la Ville, laissée à la

garde de Lépide par César. Aussi pourrions-nous corriger ei\nai en e{na, l’adverbe h[dh

restant inchangé. Autrement dit, Fulvie quittait Rome pour Préneste, « disant que

Lépide, désormais seul, lui faisait craindre pour ses enfants ». De même que Lucius

Antonius donne les raisons de ses craintes (la garde du corps entourant désormais

César), de même Fulvie donnerait les siennes (l’attitude de Lépide). Appien aurait

employé l’adjectif ei{ı de préférence à movnoı pour signifier qu’un seul des « trois

hommes » (les triumvirs étant généralement désignés par l’ expression oiJ trei~ı)

devenait pour elle un objet de crainte. Cet adjectif se retrouve au § 160, lorsque Lucius

dénonce le pouvoir personnel de César. Il apparaît déjà au livre IV, lorsque Appien

oppose César aux deux autres triumvirs en évoquant « la dignité des trois hommes et

surtout la vertu et le fortune de l’un d’entre eux » (XVI, 62 : ajxiwvsei te tw~n triw~n

ajndrw~n kai ; tou~ eJno ;ı aujtw~n mavlista ajreth/~ kai ; tuvch/). La double variante des

manuscrits, s’expliquerait par une confusion entre e{na / ei\nai, puis une suppression

pure et simple dans le cas de P et BJ, et une haplographie avec mélecture dans le cas de

L. En effet, la confusion entre e{na et ei\nai serait non seulement induite par la

ressemblance entre les deux mots, mais elle serait facilitée par la présence de levgousa

juste après, le participe appelant un infinitif. Faute de parvenir à construire cet infinitif,

les manuscrits P et BJ l’auraient supprimé, de la même manière que la préposition provı

aurait été ajoutée. Comment comprendre alors la phrase explicative ? Si Fulvie craignait

Lépide, le verbe protivqhmi ne peut pas signifier « préférer » (traduction adoptée par

Gabba). D’ailleurs, dans ce sens, Appien n’emploie généralement pas la préposition

ajntiv pour introduire la personne dédaignée, mais il se contente du génitif seul. Si en

revanche Fulvie affectait de craindre Lépide, le verbe signifie « mettre en avant »,

comme on « avance » un prétexte (traduction adoptée par White). Cela expliquerait la

variante de P qui donne le neutre (tou~to), renvoyant aux allégations de Fulvie, là où L

et BJ donnent le masculin (tou~ton), renvoyant à la personne de Lépide. Car Fulvie

n’avait assurément pas peur de Lépide et n’avait aucune raison de le faire. S’étant déjà

vu confier la garde de Rome tout le temps de la bataille de Philippes, Lépide n’avait pas

saisi l’occasion de s’imposer, au point qu’il « n’avait rien entrepris de nouveau » au

retour de César (Dion Cass., 48, 5, 1). Aussi Fulvie ne faisait-elle « aucun cas de

Lépide en raison de sa nonchalance » (Dion Cass., 48, 4, 1). Mais à la veille de la guerre

de Pérouse, elle devait justifier son départ de Rome pour Préneste. Or, César était

absent. Elle fit donc semblant de croire que Lépide était redoutable car « seul » maître à

bord, et « c’est lui qu’elle mettait en avant, plutôt que César » (comprenons : elle

accusait Lépide, tandis que Lucius accusait César). La dernière phrase peut recevoir une

interprétation légèrement différente, si l’on conserve la leçon de P et si l’on admet une

ellipse : « c’est cela qu’elle mettait en avant, au lieu à César »

(comprenons : elle invoquait la crainte de Lépide, peut-être pour devancer les reproches

de César, qui plus tard, au § 267, allait blâmer Julia d’avoir fui l’Italie).

45 Tous les manuscrits donnent la leçon fautive koinwno ;n w|. Madvig propose de la

corriger en koinw/~ novmw/. Cette expression est attestée chez Appien. A propos de Livius

100


Le Livre V des Guerres Civiles

Drusus qui essaie de réconcilier sénateurs et chevaliers, l’auteur écrit en effet : ejpi ;

koinw/~ novmw/ sunagagei~n ejpeira~to (BC, I, 35, 157), ce que J. Carter traduit par « tried

by an impartial law to bring together ». Cette idée d’impartialité pourrait s’accorder

avec le contexte du livre V : pour convaincre Lucius de venir trancher le différend, on

doit lui garantir que ni les nobles Romains ni les chefs militaires n’auront de parti pris,

quel que puisse être leur intérêt à défendre César. Mais au livre I, l’expression est

précédée d’une préposition, ce qui n’est pas le cas au livre V. Si l’on établit un

rapprochement avec le § 92, on pourrait traduire l’expression koinw/~ novmw par

« conformément à l’usage traditionnel » et comprendre « comme dans un procès ». On

s’oriente vers une autre piste, si l’on compare le récit d’Appien à celui de Dion Cassius

(48, 10, 2 et 11, 1-2). Celui-ci oppose en effet les tentatives de réconciliation faites à

titre privé par l’intermédiaire d’amis et celles faites par l’intermédiaire des vétérans.

Cela pourrait justifier la correction koinw`/ lovgw/ proposée par Mendelssohn. Mais chez

Appien, il n’est pas question de négociations privées, les amis étant au contraire

envoyés auprès d’Antoine pour l’informer de la situation (§ 83). Enfin, si l’on s’en tient

à l’idée que la faute commise dans les manuscrits provient d’une mauvaise coupure de

mot, on peut proposer la correction koinw/~ novw/, mais cette expression n’est pas attestée

chez Appien. Une autre solution serait de voir dans l’adjectif koinwnovn une déformation

du participe de koinwnw~. Lucius serait prié de se montrer coopératif. Mais la

construction de la phrase appelle un accusatif (koinwnou~nta), sans compter que la

présence du pronom w/\ reste à expliquer. Au livre V, Appien emploie des mots de la

famille de koinwnovı, et ce dans deux contextes différents : le partage de l’autorité et

celui de la souffrance. Lors de leur entrevue avec Antoine (§ 559), les ambassadeurs

pompéiens rappelaient que César avait déposé Lépide qui était pourtant « associé dans

l’exercice du pouvoir ». Pendant les négociations de Baïes (§ 298), Pompée croyait

« prendre la place de Lépide au gouvernement » (littéralement « partager le pouvoir à la

place de Lépide »). Lors de la reddition de Lucius (§ 196), les recrues « commençaient à

partager l’émotion » des anciens compagnons d’armes. Dans son discours d’Ephèse (§

18), Antoine rappelle aux Grecs que si Rome avait demandé une part des récoltes

annuelles, c’était pour « partager jusqu’aux vicissitudes » avec eux. Or, si l’idée de

collégialité n’a pas de sens dans le passage qui nous occupe, celle de compassion en a

un. Car au début de la phrase, la noblesse romaine demande à Lucius de « prendre pitié

de la Ville et de l’Italie ». Les nobles insistent plus particulièrement sur le triste épisode

des récentes guerres civiles. Cela nous amène à supposer une construction où l’adjectif

koinwnovı, accompagné d’un participe, aurait eu pour compléments un datif de personne

renvoyant à Rome et à l’Italie et un génitif de chose désignant les souffrances partagées.

Dans ces conditions, il paraît justifié d’indiquer une lacune entre koinwnovn et w|/, qui peut

représenter la désinence d’un mot non identifiable.

46 Cf. Keppie, op. cit., p. 184.

47 Le démonstratif tou~de donné par l’ensemble des manuscrits est relativement clair : il

renvoie à « l’armée ici présente », c’est-à-dire à l’armée basée à Rome. C’est ainsi que

l’entend Mendelssohn, mais il éprouve le besoin de corriger le texte (tou~ th/~de), alors

que le démonstratif de la 1 ère personne désignant les choses actuelles suffit à rendre

l’idée. Autrement dit, les délégués s’entretinrent à Rome avec les chefs de l’armée

césarienne, puis gagnèrent Préneste pour rencontrer Lucius.

101


Le Livre V des Guerres Civiles

48 A rapprocher de Dion Cass., 48, 2, 1 : « [César et Antoine] se partagèrent au sort ces

seules régions, parce que Sextus occupait (katei~ce) encore la Sardaigne et la Sicile et

que les autres régions en dehors de l’Italie étaient encore remplies de troubles (ejn

tarach/~ ). » Dion Cassius distingue les régions occupées des régions troublées. Appien

faisait probablement la même distinction dans un balancement h[ / h[, l’omission du

premier membre pouvant s’expliquer par un saut du même au même. Notons que chez

Appien, l’occupation de la Sardaigne est postérieure (§ 238), d’où cwri ;ı Sardou~ı.

49 Le verbe strateuvsontai et le participe sustrateuvomenoi sont à envisager

conjointement. Tous deux doivent être employés soit au présent soit au futur. Or, dans

ce passage décrivant la crise de l’armée, il est question de l’indistinction des chefs et de

l’indifférence des soldats. Ce qui est exprimé, ce n’est donc pas la perspective de partir

en campagne mais plutôt l’uniformité des camps. Aussi préférons-nous au futur le

présent à valeur généralisante.

50 Décrivant l’armée de Sextius, Appien mentionne « un certain nombre de vétérans ».

Combes-Dounous parle quant à lui de « déserteurs de Fangon qui repassèrent sous ses

drapeaux ». A moins qu’il n’anticipe sur la suite, où Appien dit que Fango croyait avoir

été trahi, on ne voit pas comment le traducteur est parvenu à une telle version !

51 Evoquant les affrontements indirects qui eurent lieu hors d’Italie à la veille de Pérouse

(en 41 av. J.-C.), Appien raconte que Lucius Antonius poussa « Bocchus, roi de

Maurétanie » à attaquer Carrinas, qui gouvernait l’Ibérie au nom de César. Selon Dion

Cassius (48, 45, 1), ce n’est pas Bocchus, roi de Maurétanie orientale et allié césarien,

mais Bogud, roi de Maurétanie occidentale et allié antonien, qui attaqua la péninsule

ibérique sur ordre de Marc Antoine, et ce vers 38 av. J.-C. Ou bien il s’agit

d’événements distincts, ou bien les deux auteurs sont dans l’erreur. On s’accorde à

penser que Dion Cassius commet une erreur chronologique et confond les deux frères

Antonii. Quant à Appien, il confondrait les deux rois de Maurétanie. Reste à savoir si

cette confusion est le fait du copiste ou d’Appien lui-même. Dans le récit d’Actium

(Ant., 61, 2), Plutarque raconte qu’Antoine avait pour allié « Bocchus, roi d’Afrique »,

alors qu’il s’agissait de Bogud, roi déchu de Maurétanie. La confusion présente dans le

récit d’Appien n’est donc pas un cas isolé. Cela nous amène à penser que la leçon

Bovkgon donnée par l’ensemble des manuscrits n’est pas une faute de copie mais une

méprise de l’auteur. Aussi conservons-nous le texte sans le corriger. Sur cette question,

voir Gabba, p. 54-5.

52 Cf. E. Deniaux, « La traversée de l’Adriatique à l’époque des guerres civiles : liberté

et contrôle, Cn. Domitius Ahenobarbus et le canal d’Otrante (42-40 av. J.-C.) », in

L’Illyrie méridionale et l’Epire dans l’Antiquité 3, Actes du 3 ème colloque de Chantilly

(1996), Paris, 1998, p. 249-254.

53 Schweighäuser qui voit une contradiction entre le § 96 (ejx jIbhrivaı) et le § 105 (ejk

th~ı ejı jIbhrivan) propose de corriger le premier par ejı jIbhrivan. Cette correction est

adoptée par Combes-Dounous qui traduit : « Salvidienus, à la tête de six légions, allait

se rendre en Ibérie », puis « Salvidienus qui était en route pour se rendre en Ibérie ».

102


Le Livre V des Guerres Civiles

Pourtant, la contradiction entre les deux paragraphes n’est peut-être qu’apparente. Car si

l’on étudie la structure du passage concerné, on constate que les chapitres XXV à

XXVII viennent développer le chapitre XXIV. En effet, les troubles des provinces

évoqués au chapitre XXIV sont détaillés aux chapitres XXV et XXVI (Sicile et

Afrique). Quant aux emprunts d’argent, ils le sont au chapitre XXVII. D’ailleurs, le

plus-que-parfait tetavrakto qui ouvre le chapitre XXV semble bien indiquer que l’on a

affaire à une analepse. Dans ce cas, l’imparfait du § 105 aurait une valeur d’antériorité,

ce qui éliminerait toute contradiction avec le § 96 : « Salvidienus ramenait six autres

légions d’Ibérie », parce que « [César] avait rappelé en hâte Salvidineus qui était en

route vers l’Ibérie ».

54 Cette phase de négociations n’est pas relatée de la même manière chez Appien et

Dion Cassius. Le premier distingue cinq tentatives de réconciliation, le second

seulement quatre : la rencontre de Teanum à l’initiative des chefs militaires (App., XX,

79 = Dion Cass., 48, 10, 2), la deuxième intervention des chefs militaires (App., XXI,

84 = Dion Cass., 48, 11, 1-2), l’ambassade des nobles romains (App., XXI, 85), la

rencontre avortée de Gabies à l’initiative des chefs militaires (App., XXIII, 90 = Dion

Cass., 48, 12), l’ambassade inutile des sénateurs, après le discours de César (App.,

XXVIII-XXIX, 107-113 = Dion Cass., 48, 11, 3-4). Dion Cassius semble confondre

l’ambassade des nobles et celle des sénateurs, d’où une version et une chronologie

différentes de celles d’Appien.

55 Combes-Dounous traduit le groupe ternaire de la manière suivante : « soit que chacun

lui en rendît compte en particulier, soit par pudeur, soit pour toute autre raison ».

Autrement dit, comme Schweighäuser, il rejette le groupe di j eJtevran gnwvmhn en

troisième position. Et de fait, si l’expression a bien le sens que lui donne le traducteur,

elle est attendue en fin d’énumération. Mais la place qu’elle occupe, et ce dans

l’ensemble des manuscrits, donne à penser que le nom polysémique gnwvmh a ici une

autre signification, comme c’est le cas au § 327 avec le groupe kata ; gnwvmhn a[piston

figurant en deuxième position. Sans doute faut-il comprendre que les sénateurs ne

s’entretinrent pas en commun avec César, « parce qu’ils avaient des avis partagés ». Car

de nombreux membres du Sénat soutenaient Lucius, comme l’a bien montré Roddaz

(Historia, p. 337). Du reste, Dion Cassius (48,11, 4) explique que si l’entrevue avec

Lucius n’aboutit à rien, c’est en raison des contre-propositions faites à César et de la

loyauté affichée envers Antoine. Dans ces conditions, on comprend que certains

sénateurs se soient sentis en porte-à-faux au moment de présenter leur rapport à César.

56 Que faire du mot paranovmou ? Mendelssohn qui veut le supprimer ne fait qu’éluder la

difficulté. Viereck propose d’ajouter une seconde préposition ajntiv, mettant ainsi

paranovmou sur le même plan que turannikh~ı. Cela rappellerait la formule ejpi ; to ;

nomimwvteron ejk tou~ monarcikou~ employée par Appien au livre II (CXXIX, 540). Un

copiste aurait peut-être pris le génitif paranovmou pour un complément du comparatif

nomimwvteran et aurait par conséquent omis la préposition. Mais la phrase serait

relativement décousue. Faut-il précisément construire paranovmou comme complément

de nomimwvteran ? Comment comprendre alors l’expression nomimwvteran ajrch ;n

paranovmou ? On aboutirait à une tautologie : le consulat était « un régime plus légitime

qu’une magistrature contraire aux institutions », à moins de voir là une formulation

103


Le Livre V des Guerres Civiles

subtile employée par Lucius pour opposer le consulat, régime légal et constitutionnel,

au triumvirat, magistrature certes légale (par la lex Titia) mais inconstitutionnelle

(puisque méprisant les institutions républicaines qu’elle prétendait restaurer). Cela dit,

on peut se demander si l’on n’a pas plutôt affaire ici à un accident comme il en arrive

quelquefois : un mot sauté et rajouté au dessus de la ligne par un copiste, puis inséré au

mauvais endroit par le copiste suivant. Si l’on écrit simplement nomimwtevran ajrch ;n

kai ; pavtrion ajnti ; paranovmou kai ; turannikhì, on obtient un texte limpide.

57 Cf. Keppie, op. cit., p. 169-170 : position avanatgeuse, car Sutrium « was then in the

lands of Antonian veterans (…) [and] astride the Cassia, facilitating communication

with the capital ». Sur les opérations militaires pendant la guerre de Pérouse, voir

Gabba, p. XLVII sqq.

58 Selon Combes-Dounous, Lucius envoya Tisienus « pour piller les convois de vivres

d’Octave et le forcer par là à s’éloigner ». Le traducteur préfère en effet suppléer ta ;

Kaivsaroı plutôt que ta ; . En outre, considérant que César n’a

pas encore à proprement parler assiégé Lucius, il évite de donner au verbe ajnivsthmi le

sens technique de « lever le siège ». Certes, Lucius était cerné par trois armées

césariennes, sans que des travaux de fortifications autour de Pérouse aient déjà été

entrepris. Mais s’il est vrai qu’on ne peut pas encore appeler cela un « siège », est-il

cohérent de parler de « convois de vivres » ? Autrement dit, César aurait-il fait

transporter du ravitaillement jusqu’à Pérouse, s’il n’avait pas déjà établi des bases

solides autour de la ville ? Le raisonnement de Combes-Dounous semble quelque peu

contradictoire. Quoiqu’il en soit, pour faire partir César, Lucius a plus

vraisemblablement attaqué des territoires que des convois. Cette tactique de diversion

venait d’être employée par Agrippa. Pour que Salvidienus ne fût pas cerné par les trois

armées de Lucius, Asinius et Ventidius, le général césarien avait en effet attiré à lui le

consul en attaquant la ville stratégique de Sutrium. Cela montre que la guerre s’étendait

à toute l’Italie, même si Appien, à la différence de Dion Cassius, concentre son récit sur

Pérouse.

59 La forme Sthvion (la transcription grecque du latin Staius) donnée par l’ensemble des

manuscrits doit être corrigée en jAthvion, et Schweighäuser l’a bien fait d’après la

traduction de Candido (Ateium). Cela ne signifie pas que le philologue lombard

disposait d’un meilleur manuscrit, aujourd’hui perdu, comme on l’a longtemps cru : il a

simplement introduit une bonne correction dans sa version latine, et ce en s’appuyant

sur le § 208.

60 A rapprocher du § 126 : w[knoun (…) oujk ejpistavmenoi. L’ajout proposé par

Mendelssohn est intéressant, sans être indispensable.

61 Le verbe prostaurw~ n’est pas autrement attesté que chez Thucydide (IV, 9 ; VI, 75).

Voir Gottlieb Strebel, p. 75.

62 Combes-Dounous voit une contradiction entre kata ; fw~ı et pro ; hJmevraı, ce qui

l’amène à traduire la seconde expression par « de très grand matin ». Il suit en cela la

version de Schweighäuser : sub diluculum. Mais pour comprendre l’indication

104


Le Livre V des Guerres Civiles

temporelle donnée par Appien, peut-être faut-il partir des données topographiques. La

ville de Pérouse étant située sur une colline, César a tracé un long périmètre de

palissades autour d’elle. Appien donne des chiffres contradictoires en parlant d’abord de

56 stades (§ 129) puis de 1500 tours à 60 pieds de distance les unes des autres (§ 133).

L’explication est fournie par Gabba (p. 63-4), qui conclut que la circonvallation devait

se situer à environ 1,5 km de la ville. Descendre la colline et atteindre la ligne ennemie,

tout en transportant du matériel (§ 147), devait donc prendre un certain temps. C’est la

raison pour laquelle Lucius aurait fait sortir ses hommes « avant l’aube », de manière à

pouvoir attaquer les Césariens dès le lever du jour.

63 Appien parle littéralement de « tours pliantes ». Il s’agit plus exactement de tours

mobiles articulées. Celles-ci étaient munies de ponts volants que l’on déployait sur les

remparts pour donner l’assaut. Elles étaient également équipées de balistes. C’est la

raison pour laquelle nous préférons l’accusatif livqouı donné par L et P au nominatif

livqoi donné par B et J, et nous le construisons sur le même plan que sanivdaı et bevlh :

les tours projetaient des passerelles, des projectiles et des pierres. Sur cette question,

voir Daremberg et Saglio, s. u. turris (p. 550).

64 Le texte donné par les manuscrits est inintelligible. Pour tenter de l’élucider, il faut se

reporter aux lignes précédentes, où Appien parle d’échelles préparées « pour toutes

formes » (§ 147 : ejı ei[dh pavnta) et d’attaques lancées « sur de

nombreux points » (kata ; mevrh pollav). Par ailleurs, il faut noter

l’expression signalée dans LSJ s. u. ei\doı, à savoir ejpi ; ei\doı trevpesqai signifiant

« se tourner vers un plan d’action ». On peut alors supposer une mauvaise coupure de

mot (ejpeivdh pour ejp j ei[dh), comparable à celle commise au § 181 (ejpeivdh dev pour

ejpei ; de ; dh v), puis une confusion entre ı final et kaiv abrégé (tinaı pour tina kaiv), et

lire : ejp j ei[dh de v tina kai ; ejı pollav. On comprendrait que les ennemis étaient

fragilisés non seulement par la multiplicité, mais par la diversité des combats à mener.

Autrement dit, ils devaient être sur tous les fronts à la fois et riposter de manière adaptée

à chaque attaque.

65 Appien emploie à propos des soldats de Lucius une comparaison sportive, que

Combes-Dounous rend de la manière suivante : ils étaient « semblables à des athlètes

qui, dans les jeux gymniques, se voient forcés d’abandonner l’arène ». Pourtant,

l’adverbe mikrovn employé juste avant par Appien montre qu’il s’agit d’une pause et non

d’un abandon. D’ailleurs, dans le paragraphe suivant, les soldats de Lucius repartent au

combat. Sur ce point, Schweighäuser ne s’y était pas trompé, puisqu’il traduisait : sicut

athletae inter certamen interquiescentes.

66 Cf. C. Wirzubski, Libertas as a political idea at Rome during the late Republic and

early Principate, Cambridge, 1950.

67 A rapprocher de BC, II, CV, 492 : à la veille de mourir, Sylla rêva o{ti aujto ;n oJ

daivmwn h[dh kaloivh (« que la mort l’appelait déjà »). C’est en ce sens que doit être

entendu le nom daivmwn dans notre passage.

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Le Livre V des Guerres Civiles

68 Pour comprendre la suite, il faut supposer une lacune. Mendelssohn restitue à juste

titre thvn stolhvn comme complément du participe ajpoqevmenoı (à rapprocher du § 43 :

ajpetevqeito). En revanche, l’adjectif strathgikh vn alourdirait inutilement la phrase,

puisqu’il est employé dans la phrase précédente. Mendelssohn restitue d’autre part un

second participe complété par tou ;ı fivlouı. Mais uJpolipovmenoı (proposé par Viereck)

paraît plus satisfaisant que ajpopemyavmenoı (Mendelssohn), dans la mesure où l’on

retrouve plus loin uJpelipovmhn (§187). L’omission s’expliquerait par un saut du même

au même occasionné par la similitude finale des deux participes.

69 La variante nikh~sai donnée par L P n’a pas de sens dans la phrase. Mendelssohn

propose de la corriger par nikhvsaı. Et de fait, la confusion entre I et C est des plus

banales en onciale. D’ailleurs, cette correction, qui amène à construire la forme

hJgei~sqai comme un infinitif à valeur d’impératif, est grammaticlament juste. Dès lors,

la variante nikhvsanta donnée par BJ a tout l’air d’une correction tardive résultant d’une

mauvaise compréhension (hJgei~sqai étant mis sur le même plan que tecnavzein et

nikhvsanta étant accordé au sujet non répété de la proposition infinitive).

70 La variante hJtthqevnta donnée par P est sans doute celle à retenir. Car lorsque Lucius

réconforte son armée en évoquant le rôle de la famine dans leur défaite (tout comme il

relativise ici la victoire de César en faisant valoir le manque de nourriture), il emploie à

deux reprises le verbe hJssw~ (§ 164 et 166). L’omission commise dans le manuscrit L

s’explique par un saut du même au même. Confronté au même texte lacunaire, O aurait

introduit dans le texte une addition (me ;n ouj dunhqevnta), certes pertinente, puisque

fondée sur l’opposition traditionnelle entre vouloir et pouvoir, ou peut-être inspirée du

§ 143 (ouj dunhqeivı), mais pas totalement convaincante.

71 Cf. M. Sordi, « Deditio in fidem e perdono », Responsabilità, perdono e vendetta nel

mondo antico, Milan, Storia antica, 1998 p. 157-166.

72 La construction de prosdokivan e[cein avec periv (suivi du génitif) est douteuse. Au §

198, Appien construit le verbe prosdokw~ avec parav (suivi du génitif). Or, ce passage

présente non seulement la construction attendue, mais il répond à celui qui nous

intéresse. En effet, César oppose ce que les hommes de Lucius attendaient d’un autre

(Lucius) et ce que Lucius attend de lui-même (César). Il convient donc de corriger peri ;

ejmautou~ en par j ejmou~ aujtou~. La confusion de prépositions comme parav et periv est

tout à fait banale. Quant au réfléchi, il provient sans doute de l’accusatif ejmautovn

employé juste avant.

73 Combes-Dounous préférait la leçon donnée par la famille i (eujtuch~sai) à celle

donnée par O (ajtuch~sai), ce qui l’amenait à traduire : « je ne peux rien exécuter à mon

gré ». Au lieu de rattacher l’infinitif dunavnasqai au sujet de la principale, il en faisait

donc un impersonnel, ce qui est plutôt rare. Mais surtout, comment articulait-il le

groupe par j ejmou~ au reste de la phrase pour parvenir à une telle traduction ? Quoique

usuelle, la construction de parav (suivi du génitif) comme complément de tugcavnw (ou

des ses composés) semble lui avoir échappé. Au contraire, Schweighäuser avait retenu

la leçon donnée par la majorité des manuscrits et traduisait correctement : nihil frustra a

me petere possitis.

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Le Livre V des Guerres Civiles

74 Le texte des manuscrits est plus clair qu’il n’y paraît. Les éditeurs précédents ont

généralement supposé une lacune et construit oijktra/~ avec ejn o[yei en traduisant :

« avec une apparence pitoyable ». Il faut pourtant observer que l’adjectif n’est pas

enclavé et qu’il est séparé du groupe prépositionnel par pavnteı. En outre, pour dire « en

apparence », on emploie de préférence ajpov ou ejk suivi du génitif du nom o[yiı.

L’expression ejn o[yei signifie plutôt « à la vue (de) », d’où « en présence (de) » (Plut.,

TG, 12 : ejn o[yei tou~ dhvmou). Et son équivalent eijı o[yin peut se construire

absolument (Hdt, 5, 106 : kalevsaı ejı o[yin jIstai~on to ;n Milhvsion). Par ailleurs, il

faut rappeler que les personnages décrits sont des sénateurs et des chevaliers, dont

certains étaient des ennemis de César. Pendant le siège de Pérouse, craignant pour euxmêmes,

ils avaient demandé à Lucius Antonius de poursuivre le combat (§ 157) plutôt

que se rendre. Après l’entrevue entre César et Furnius, ils avaient demandé à Lucius

Antonius de négocier de nouvelles conditions, parce que César avait annoncé qu’il

serait intraitable à l’égard de ses ennemis personnels. Compte tenu de ces différents

éléments, au lieu de supposer une lacune, pourquoi ne pas isoler ejn o[yei et mettre

oijktra/~ sur le même plan que ojxeiva/ ? En effet, les sénateurs et chevaliers qui étaient

jusqu’alors en sécurité à l’intérieur de Pérouse se retrouvaient face à César (placé en

position d’observation sur son tribunal), c’est-à-dire « exposés » dans tous les sens du

terme (ejn o[yei), ce qui constituait un « changement pitoyable et soudain » (oijktra/~ kai ;

ojxeiva/ metabolh/~), notamment pour les ennemis personnels de César. Cette construction

appelle un participe apposé, dont l’omission s’expliquerait par un saut du même au

même : pavnteı .

75 Au contraire, selon Dion Cassius (48, 14, 3-5), « la plupart des sénateurs et des

chevaliers furent tués », peut-être même « sacrifiés ». Et « la plupart des habitants de

Pérouse et des autres qui y furent pris périrent ».

76 Cette version est confirmée par Velleius Paterculus (II, 74), infirmée par Tite-Live

(Per., 126). Selon ce dernier, la ville de Pérouse aurait été détruite par César lui-même.

77 Cf. V. Fromentin, « Appien, les Etrusques et l’Etrusca disciplina », Caesarodunum,

Suppl. 65, 1996, p. 81-95 (notamment p. 84). Junon correspond à la déesse étrusque

Uni.

78 Dion Cassius ne parle pas d’un telle intervention d’Asinius. Selon lui, si Ahenobarbus

était allé à la rencontre d’Antoine, c’est parce qu’il « désespér[ait] de pouvoir encore

tenir tout seul » (48, 16, 2). De manière générale, l’auteur donne du personnage une

image négative, puisqu’il le compte parmi les assassins de Jules César (48, 9, 5 ; 29, 2 ;

54, 4), ce qui n’est pas le cas d’Appien (§ 261).

79 Selon Dion Cassius, César s’empara de la Gaule (48, 20, 3). Selon Appien, il

s’empara « de la Gaule et de l’Ibérie, kai ; tavsde ou[saı uJpo ; jAntwnivw/ ». Comment

comprendre cette apposition qui par la place qu’elle occupe dans la phrase ne peut pas

renvoyer seulement aux deux provinces gauloises ? « Celles-ci dépendaient d’Antoine »

(tavsde renvoyant à la Gaule et à l’Ibérie, et uJpov indiquant qu’elles étaient antoniennes

de droit) ? « Ces dernières étaient contrôlées par Antoine (tavsde renvoyant aux deux

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Le Livre V des Guerres Civiles

provinces ibériques, et uJpov indiquant qu’elles étaient antoniennes de fait) ? Il y a de

toute façon soit un problème soit une ellipse. Car l’Espagne était normalement échue à

César. Ce passage est à rapprocher du § 215, lorsque César établit ses propres hommes

dans de « si grandes provinces », et du § 255, lorsque Antoine reproche à son collègue

de lui avoir dérobé « [ses] provinces » (pluriel dans les deux cas). Rappelons qu’en 43,

César obtint l’Afrique, la Sicile et la Sardaigne ; Antoine, la Gaule Chevelue et la

Cisalpine ; Lépide, la Narbonnaise et l’Espagne (App., BC, IV, II, 7 et Dion Cass., 46,

55, 3-5). En 42, César et Antoine « se partagèrent à nouveau les mêmes provinces qu’au

premier partage et prirent en outre celles de Lépide » (BC, V, III, 12). Appien ne donne

pas plus de précisions. Dion Cassius ajoute : « César obtint l’Espagne et la Numidie, et

Antoine eut la Gaule et l’Afrique. Ils convinrent d’accorder l’Afrique à Lépide au cas

où celui-ci s’indignerait quelque peu de ce partage. Ils se partagèrent par tirage au sort

ces seules régions, parce que Sextus occupait encore la Sardaigne et la Sicile et que les

autres régions en dehors d’Italie étaient encore remplies de troubles » (48, 1, 3 – 2, 1).

Si l’on revient alors à Appien, on en arrive à se demander si César et Antoine ne

s’étaient pas partagés les deux provinces d’Espagne (Hispania Citerior / Hispania

Vlterior), comme ils l’avaient fait pour l’Afrique (Africa Noua pour le premier / Africa

Vetus pour le second). Cela expliquerait que César propose ensuite à Lucius Antonius

de lui confier « toute l’Ibérie », l’adjectif pouvant rappeler une ancienne bipartition de

l’Espagne (§ 229). Le silence des autres historiens sur cette question tiendrait au fait que

le nom jIbhriva a deux sens, l’un politique, l’autre géographique. Mais une telle

hypothèse paraît invraisemblable. Il faut plutôt supposer une confusion d’Appien ou une

altération du texte. Sur cette question, voir Gabba, p. 86. Voir aussi M. Salinas de Frías,

El gobierno de las provincias hispanas durante la República romana (218-27 AC),

Salamanque, 1995 ainsi que J.-M. Roddaz, « Pouvoir et provinces. Remarques sur la

politique de colonisation et de municipalisation dans la péninsule Ibérique entre César

et Auguste », in Teorías y práctica del ordenamiento municipal en Hispania (E. Ortiz

de Urbina & J. Santos Yanguas éd.), Vitoria, 1996.

80 La variante e[ti donnée par B et J est suspecte dans la mesure où l’adverbe est déjà

employé plus haut dans la phrase. La variante ei[te donnée par L et P paraît meilleure.

Car Appien emploie volontiers des balancements ei[te / ei[te pour exposer les

motivations réelles ou prétendues des différents personnages. Or, dans ce passage relatif

à l’attitude d’Antoine pendant la guerre de Pérouse, l’auteur tentait vraisemblablement

d’expliquer son remarquable silence. Il faudrait supposer un saut du même au même (L

P), puis une faute par analogie ou paronymie (BJ). Sur cette question, voir Gabba, p. LV

sqq.

81 Tandis que César s’emparait des légions de Calenus, Libon et d’autres Pompéiens

cherchaient à conclure une alliance avec Antoine pour profiter de sa megalopragiva.

C’est un hapax, que Geslen traduit par le nom magnificentiam, Schweighäuser plus

exactement par la périphrase ingenium maioribus rebus gerendis aptum. Combes-

Dounous qui a vainement cherché le mot dans les lexiques ne se satisfait pas de ces

traductions et préfère parler de « l’amour qu’Antoine avait pour les nouveautés ». Mais

on voit mal comment interpréter une telle traduction et surtout comment tirer du nom

megalopragiva (ou de l’adjectif megalopravgmwn) l’idée de « nouveautés ». D’ailleurs,

même si cette idée peut correspondre au caractère changeant d’Antoine, en revanche

108


Le Livre V des Guerres Civiles

elle ne s’accorde pas avec le contexte. Car si l’on en croit Dion Cassius (48, 20, 1),

Agrippa était chargé de combattre Pompée, pendant que César était en Gaule. Si les

Pompéiens avaient donc besoin d’Antoine, c’était plutôt pour sa capacité à mener des

actions de grande ampleur, dont il avait apporté la preuve à l’occasion des deux batailles

de Philippes. On peut considérer megalopragiva comme un terme fabriqué sur le

modèle de megaloergiva.

82 Chez Dion Cassius, le personnage de Mécène n’apparaît pas avant la fin de la guerre

de Sicile et le retour de César en Italie (49, 16, 2).

83 Tous les amis ou les soldats d’Antoine qui lui paraissent suspects, César les envoie

« ailleurs » et souhaitent qu’ils y restent, d’où ajllacou~ (sans mouvement) au lieu

ajllacoi~ (avec mouvement) proposé par Nauck.

84 Au verbe ejpilevgw (ejpilevgomai), Appien donne généralement le sens de « choisir » (§

4, 48, 167 et 397). Pour le verbe diakrivnw coordonné, il convient donc d’adopter la

traduction « séparer ». Lucius Antonius émettrait ainsi l’hypothèse de plans calculés à

l’avance : Antoine sélectionnerait des hommes (ejpilevgoito) puis les mettrait à part

(diakrivnoi), en attendant de conquérir le pouvoir. Loin d’être redondants, les deux

verbes sont donc complémentaires, le second précisant le premier.

85 Combes-Dounous traduit l’expression ejn Filivppoiı non par « à Philippes », mais par

« à l’époque de la bataille de Philippes », notant à juste titre qu’Ahenobarbus n’était pas

présent à cette bataille. Dans le livre IV, Appien raconte en effet que Murcus et

Ahenobarbus attaquèrent Calvinus alors qu’il transportait par voie maritime des troupes

destinées à César, et il répète à deux reprises (CXV, 479 et CXVI, 488) que cette

attaque navale en mer ionienne était concomitante avec la bataille terrestre de Philippes.

Néanmoins, il ne faut pas en conclure que l’auteur fait erreur dans le livre V. Car la

préposition ejn suivie du datif peut traduire une localisation approximative. Pour

désigner « ceux qui avaient livré un combat naval Chypre »,

Hérodote écrit : oiJ ejn Kuvrnw/ naumachvsanteı (5, 115). C’est sans doute dans ce sens

que doit être entendu le groupe prépositionnel employé par Appien, qui indique le

centre des hostilités (Philippes) et englobe les actions périphériques (comme celle en

mer ionienne).

86 Cf. Casson, Ships and seamanship in the Ancient World, p. 247.

87 Mendelssohn veut supprimer pro ;ı tw~n Kaivsaroı frourw~n, comme le fait Candido.

Certes, le nom Kaivsaroı est répété deux fois. Mais cet effet est voulu : Antoine veut

insister sur la responsabilité de César et répond point par point aux allégations des

habitants de Brindes (§ 235). Qui lui a fermé les portes ? Non pas eux mais les

garnisons de César. Pourquoi lui a-t-on fermé les portes ? Non pas parce

qu’Ahenobarbus était un ennemi, mais parce que César en avait donné l’ordre.

88 Gottlieb Strebel (p. 81) établit un rapprochement avec Thucydide (VI, 97) : e[sti de ;

cersovnhsoı me ;n ejn stenw / ~ ijsqmw/ ~.

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Le Livre V des Guerres Civiles

89 Les manuscrits donnent deux variantes antithétiques, à savoir plevonaı pour L et P,

meivonaı pour B et J. Si la proposition introduite par wJı est une consécutive à l’infinitif,

la variante à retenir est celle donnée par B et J : « Antoine tirait le meilleur parti de ses

fortifications, de manière à repousser l’adversaire du haut de celles-ci en toute sécurité,

malgré sa grande infériorité numérique ». Mais cette construction est discutable. Car

s’il est d’usage dans une proposition infinitive que l’attribut soit au nominatif lorsque le

sujet de la principale est semblable à celui de la subordonnée, il est plus rare de

rencontrer pareil accord dans une consécutive. Le nominatif e[cwn pose donc problème,

sans compter que la place qu’il occupe donne à la proposition un tour heurté. En outre,

pour introduire une conséquence, Appien emploie plus généralement w{ste. Cela nous

amène à reconsidérer la proposition introduite par wJı et à la traiter plutôt comme une

causale au participe. La variante à retenir serait alors celle donnée par L et P :

« Antoine tirait le meilleur parti de ses fortifications, en ce qu’il pouvait combattre du

haut de celles-ci en toute sécurité contre des adversaires beaucoup plus nombreux ». Le

participe e[cwn normalement accordé au sujet jAntwvnioı aurait une valeur de possibilité

et serait complété par l’infinitif ajpomavcesqai, lui-même complété par le COD polu ;

plevonaı. Une telle construction serait grammaticalement plus correcte et plus conforme

au style d’Appien. Du reste, cette phrase ne serait qu’un développement de la

précédente dans laquelle l’auteur oppose la supériorité numérique de César à la force

stratégique d’Antoine. C’est pourquoi nous préférons la variante donnée par L et P. La

faute commise dans B et J peut s’expliquer par une incompréhension de la valeur

donnée au verbe e[cw.

90 Sur le nombre de cavaliers accompagnant Servilius, les manuscrits B et J donnent

mille cinq cents (meta ; cilivwn kai ; pentakosivwn), les manuscrits L et P seulement

mille deux cents (… diakosivwn). Mais Appien poursuit en disant qu’Antoine attaqua

« les mille cinq cents cavaliers », et cette fois, les manuscrits sont unanimes sur le

nombre. C’est pourquoi la leçon de B et J doit être préférée à celle donnée par L et P

lors de la première occurrence.

91 Il est possible que la répétition fautive entre les lignes 3 et 4 ne se limite pas au nom

ajpovkleisin mais s’étende à son complément tou~ Brentesivou. Dans ce cas, il faudrait

supprimer ce génitif, comme le suggérait Musgrave. Mais il est plus vraisemblable

qu’Appien ait volontairement répété tou~ Brentesivou pour tenter de reproduire les

échanges verbaux entre Césariens et Antoniens autour du point de discorde : Brindes.

C’est d’ailleurs ce que donne à penser le parallélisme de construction.

92 Le nom ajpoteivcisiı ne paraît attesté que chez Appien, Thucydide (I, 65) et Polyen

(II, 22, 3). Voir Gottlieb Strebel, p. 74.

93 A rapprocher du § 230 : ajpevlipen (…) ajpo ; de ; Kerkuvraı (…) e[plei. La correction

proposée par Mendelssohhn est intéressante, mais elle ne s’impose pas. Car la répétition

du verbe ajpoleivpw est probablement destinée à souligner la responsabilité d’Antoine.

94 Ce passage pose problème. César se justifie en invoquant la menace représentée par

Lucius, d’un côté, par Asinius et Ahenobarbus, de l’autre. Au participe geitoneuvonteı

apposé à Asinius et à Ahenobarbus correspond un autre participe apposé à Lucius, pour

110


Le Livre V des Guerres Civiles

lequel les manuscrits donnent deux variantes très différentes : ejparqeivı et ajniaqeivı. On

peut penser que l’une et l’autre ne sont que des formes corrompues. On doit dans ce cas

partir d’elles deux, pour tenter de restituer le participe initial, ce qui implique que celuici

présentait les deux préverbes ejp- et ajn-. On pourrait d’abord songer à ejpanaivrw

signifiant au sens propre « (se) lever », mais ce verbe très rare n’est pas attesté chez

Appien. On pourrait ensuite proposer ejpanavgw qui employé absolument au passif veut

dire « gagner le large ». Il est employé à deux reprises par Appien dans le livre V, la

première fois à propos de Cléopâtre qui n’avait pas pu prendre le large avant la victoire

de Philippes (VIII, 32), la seconde à propos de Pompée qui était venu combattre César

au large après l’attaque de Tauromenium (CXI, 464). Il s’accorderait assez bien avec le

contexte. Car ce qui opposait Lucius aux deux généraux antoniens, c’était entre autres

sa position : tandis qu’Asinius et Ahenobarbus étaient à proximité de la Gaule

(geitoneuvonteı), Lucius était en Ibérie où il s’était certainement rendu par voie

maritime (d’où ejpanacqeivı). Ce ne serait pas là le seul exemple d’opposition entre

proximité et éloignement : pour faire face à Pompée (CXXXVII, 567), Furnius fit appel

à Ahenobarbus, « qui commandait une armée voisine » (geitovnoı), et à Amyntas « qui

venait d’ailleurs » (eJtevrwqen). La forme ejpanacqeivı pourrait d’ailleurs avoir abouti à

la double variante donnée par les manuscrits. L’un des deux préverbes aurait été d’abord

omis par un copiste, puis rajouté supra lineam. Parmi les copistes suivants, les uns

n’auraient tout simplement pas vu ce préverbe supra lineam, les autres l’auraient

considéré comme une correction. Enfin, le participe tronqué aurait été corrigé en accord

avec le verbe qui suit (ejmavnh) : les copistes auraient compris que Lucius était fou

d’excitation dans un cas (ejparqeivı), de mécontentement dans l’autre (ajniaqeivı). Mais

même si ce passage est à rapporter à la subjectivité de César, qui n’hésiterait sans doute

pas à faire passer pour fou un adversaire dans le but de justifier ses propres actes, le

motif de la folie paraît néanmoins surprenant dans la mesure où il tranche avec l’image

habituelle de Lucius. Notons que chez Dion Cassius (48, 20, 4), il n’est pas question de

Lucius mais de Lépide, qui « s’irritait (ajganaktou~nta) d’être privé de la province qui

lui revenait ». Or, selon Appien, au moment de l’affaire relative à Calenus, Lépide se

trouvait déjà en Afrique (§ 223). Serait-ce finalement Lépide qui « était furieux à l’idée

d’avoir pris le large » ? Fautes d’éléments supplémentaires, nous en sommes réduits à

des conjectures. Nous préférons donc signaler ce passage comme un locus desperatus.

95 Le participe genovmenon se construit mal, à moins de rapprocher ce passage de son

équivalent chez Dion Cassius (48, 28, 3) : « Antoine fut accusé de la mort de [Fulvie] ».

Parmi les verbes signifiant « accuser », Appien emploie souvent mevmfomai ou son

composé ejpimevmfomai, lesquels peuvent se construire avec wJı suivi du participe

(comme aux § 32 et 55). Si l’on restitue memfovmenoı jAntwvnion après jAntwnivou,

l’omission du verbe s’expliquerait par un saut du même au même. Le participe serait

apposé au sujet de la phrase, c’est-à-dire Cocceius. Celui-ci n’a pas hésité à accuser

César d’être responsable de la guerre de Pérouse (§ 262). Il ne serait donc pas

surprenant qu’il dénonce ici le comportement d’Antoine envers Fulvie.

96 A rapprocher du § 251 : eJkatevrw/ fivloı. Le texte des manuscrits (koinovn) se

comprend, même s’il est elliptique – cf. Schweighäuser : ut communi amborum amico.

La correction introduite par Viereck (oijkei~on) est inutile.

111


Le Livre V des Guerres Civiles

97 Selon Dion Cassius, (48, 30, 1), « ils s’offrirent mutuellement des banquets, César

d’une manière militaire et romaine, Antoine à la mode asiatique et égyptienne ». Cette

remarque illustre bien la guerre de propagande de l’époque.

98 Si l’on construit l’adverbe au\qiı avec le verbe ejxevbale, comme invite à le faire la

ponctuation de l’édition Teubner, on comprend que Ménodore avait « de nouveau

chassé » Hélénus, ce qui laisse entendre qu’il l’avait déjà chassé une première fois. Or,

au § 238, où Appien évoque la prise de la Sardaigne par Ménodore, il n’est pas question

d’Hélénus. En fait, les événements semblent s’être déroulés de la manière suivante :

Ménodore vainquit d’abord M. Lurius (pour ce personnage dont Appien ne parle pas,

voir Dion Cassius, 48, 30, 78) ; César envoya ensuite Hélénus pour reconquérir l’île ;

enfin, Hélénus fut chassé par Ménodore. Peut-être faudrait-il alors déplacer la virgule et

construire l’adverbe au\qiı avec le participe katasxovnta. On comprendrait ceci :

Hélénus qui avait « occupé de nouveau » (c’est-à-dire « reconquis ») la Sardaigne fut

chassé par Ménodore. Sur cette question, voir Gabba, p. 110.

99 Cf. J. Carcopino, « Note sur deux passages d’Appien concernant Antoine et

Cléopâtre », RH 229, 1963, p. 363-4. Selon lui, la calomnie ne portait pas sur l’hiver

passé à Alexandrie en 41/40 mais sur une relation adultère entre Antoine et Cléopâtre

remontant à 45 av. J.-C.

100 Cf. F. di Martino, « Sugli aspetti giuridici del triumvirato », in A. Gara et al., Il

triumvirato costituente alla fine della Repubblica romana, Côme, 1993, p. 67-83. A

propos de l’exécution de Salvidienus, l’auteur écrit : « Si Appiano ha raccolta una

notizia vera, si può supporre che l’accusa contro Salvidieno era di abbandono della

provincia di cui aveva il governo e di trasferire le legioni del Rodano in apoggio ad

Antonio che assediava Brindisi, il che mutava non solo l’assegnazione delle province e

dei comandi militari tra i triumviri e gli uomini da essi destinati a tali incarichi, ma

anche la disposizione strategica delle armate romane. Appiano però dice che dopo la

condanna Cesare, non fidandosi di quelle legioni, le diede ad Antonio e riduce quindi

tutto ad una rivalità tra i due capi ed alle loro manovre, di cui Salvidieno fece le spese »

(p. 76-7). Notons que pour Dion Cassius (48, 33, 3), Salvidienus « fut accusé en plein

Sénat par César lui-même et égorgé comme son ennemi et celui du peuple tout entier ».

Pour Tite-Live (Per., 127), Salvidienus n’a pas été exécuté, mais s’est suicidé.

101 Mendelssohn propose de corriger kaiv par kratou~ntoı. Et pour cause, l’expression

« par peur de Pompée et de la Sicile » est quelque peu abrupte. Ce n’est effectivement

pas la Sicile en elle-même mais la Sicile dominée par Pompée qui fait peur aux

marchands. Néanmoins, la correction paraît inutile : il s’agit encore d’une brachylogie.

102 Cf. R. Scuderi, « Problemi fiscali a Roma in età triumvirale », Klio 15, 1979, p. 341-

368.

103 A rapprocher du § 68 : oujd j ejpi ; polemivouı koinouvı, ajlla ; ejı ijdivouı ejcqrouvı.

La correction proposée par Mendelssohn est juste, mais elle ne s’impose pas. Car le §

283 est une sorte de uariatio des § 50 et 68 réunis.

112


Le Livre V des Guerres Civiles

104 C’est la chose inverse qui se produisit lors d’une manifestation de vétérans, absente

du récit d’Appien mais présente dans celui de Dion Cassius (48, 30, 1-3) : les soldats

réclamaient à Antoine l’argent promis avant Philippes, et « ils l’auraient fait périr

puisqu’il ne leur donnait rien si César ne les avait pas par quelque moyen retenus en

leur donnant des espoirs ».

105 L’expression ejpi ; sunhsqhvsei, qui comprend un hapax, est suspecte. Musgrave

propose à juste titre de la corriger en ejpi ; sunqevsei (comme au § 16). Reste à savoir

comment l’interpréter. Gabba (p. 116) donne à la préposition une valeur « causaloconditionnelle

». Selon lui, Antoine aurait fait venir Libon « en vertu » de leur lien de

parenté consécutif au mariage conclu entre César et Scribonia. Car Scribonia étant

femme du beau-frère d’Antoine, elle était par conséquent belle sœur d’Antoine. Cette

explication paraît néanmoins compliquée. Si l’on donne à la préposition une valeur

finale, on peut comprendre que Libon venait « pour conclure » le mariage entre César et

Scribonia. Car Appien mentionnne précédemment les négociations relatives à ce

mariage, sans dire qu’il avait été conclu dans l’instant (§ 222). Autrement dit, à la veille

de la crise de Brindes, César aurait fait une promesse de mariage avec Scribonia. Après

sa réconciliation avec Antoine, il aurait été contraint d’honorer ladite promesse, même

si cela n’avait plus d’intérêt politique pour lui, d’où le sauf-conduit envoyé « à

contrecoeur » à Libon (§ 291).

106 Selon Dion Cassius (48, 19, 1), Pompée avait fait tuer Bithynicus « sous prétexte

qu’il avait comploté contre lui ». Les précisions d’Appien relatives au meurtre de

Murcus (§ 293) s’accordent avec cette version. Dans les deux cas, on voit Pompée

éliminer une personne susceptible de lui faire de l’ombre.

107 Cf. Casson, op. cit., p. 99 : « presumably his most impressive unit ».

108 Que faire de la préposition diav ? Schweighäuser propose de la corriger en duvo. Mais

il est peu vraisemblable qu’Appien ait ajouté cette précision inutile. Mendelssohn veut,

quant à lui, la supprimer. Sans doute suppose-t-il que la préposition est une addition

faite au texte par un copiste qui n’aurait pas compris la construction du génitif partitif

tw~nde tw~n katastrwmavtwn. Mais il serait surprenant qu’un copiste n’ait pas réussi à

identifier une construction si usuelle. On peut imaginer que le mot diav est employé avec

une idée de séparation : « (à choisir) entre ces plateformes ». Mais on ne voit pas bien

pourquoi Appien aurait éprouvé le besoin d’ajouter une préposition qui ne ferait que

renforcer la valeur partitive du génitif. Pour clarifier ce passage, il faut poser la

séquence KAIDIATWNDETWNKATASTRWMATWN. On voit alors apparaître la forme

ijdiva/, dont la voyelle initiale aurait disparu par haplograhie. Autrement dit, les triumvirs

et Sextus Pompée se seraient rencontrés « en particulier ». Cela rejoindrait le récit de

Dion Cassius qui explique que les trois hommes avaient négocié par l’intermédiaire

d’amis avant d’entrer « directement » (aujtoiv) en pourparlers près de Misène (48, 36, 1).

109 Le nom diapomphv ne paraît attesté que chez Appien et Thucydide (VI, 41). Voir

Gottlieb Strebel, p. 73.

113


Le Livre V des Guerres Civiles

110 A rapprocher du § 306 : ajpwlwvlei. La correction proposée par Schweighäuser est

juste, mais elle ne s’impose pas.

111 L’expression aujtoi~ı aujtou ;ı est d’autant plus suspecte que les deux pronoms sont

raturés dans le manuscrit B. Le verbe ajgapw~ est généralement employé de manière

absolue par Appien. Dans son discours d’Ephèse, Antoine dit en effet ceci : « J’imagine

qu’une fois informés du montant, vos serez satisfaits » (V, 23). Il paraît donc surprenant

qu’Appien ait ajouté ici un complément au datif, inutile de surcroît à la compréhension,

puisque l’objet de satisfaction des proscrits, autrement dit les concessions faites par les

triumvirs, est déjà repris dans l’expression peri ; touvtwn. Cela nous amène à proposer

deux solutions. Soit on décide de conserver aujtou ;ı seul. L’accusatif aurait été

confondu avec le datif (confusion facilitée par la présence du pronom aujtoi~ı à la ligne

précédente), puis aujtoi~ı aurait été corrigé en aujtou ;ı (type d’autocorrection fréquent).

Le copiste aurait réécrit la forme en marge pour plus de lisibilité et les copistes suivants

l’auraient ajouté au texte au lieu de le substituer à la forme raturée. C’est ainsi qu’ils

seraient passés de la leçon initiale aujtou ;ı à aujtoi~ı aujtou ;ı. Soit on décide de restituer

aujtou ;ı ou{twı comme invite à le faire le manuscrit B. L’accusatif aujtou ;ı aurait été

confondu avec le datif, puis l’adverbe ou{twı aurait été corrigé en pronom, la

proposition infinitive demandant un sujet à l’accusatif. C’est ainsi que les copistes

seraient passés de la leçon initiale aujtou ;ı ou{twı à aujtoi~ı aujtou ;ı. Etant donné que

tous les manuscrits présentent deux mots et non un seul, nous privilégions cette seconde

solution.

112 La leçon jIoulivaı th~ı gunaiko vı donnée par l’ensemble des manuscrits présente une

contradiction. Schweighäuser (suivi deViereck) suspecte le nom jIoulivaı. Münzer

pense plutôt que l’erreur porte sur th~ı gunaiko vı (cf. Gabba, p. 121). Mais aucun de

ces deux points de vue ne paraît totalement satisfaisant. Car de la même manière qu’elle

avait poussé Antoine à se réconcilier avec César (§ 270-1), pourquoi Julia n’aurait-elle

pas poussé Pompée à se réconcilier avec les deux triumvirs ? S’étant réfugiée un temps

en Sicile (§ 217), elle pouvait vraisemblablement se permettre une telle démarche. Le

nom jIoulivaı semble donc devoir être conservé. Pour désigner la mère de Pompée et

« celle d’Antoine », Appien pouvait soit répéter le nom mhtrovı soit le sous-entendre.

Dans un cas comme dans l’autre, on voit mal avec quelle forme le nom gunaiko vı aurait

pu être confondu. Cela nous amène à supposer une lacune. On aurait jIoulivaı th~ı <

jAntwnivou kai ; Skribwnivaı th~ı> gunaiko ;ı. L’omission s’expliquerait par un saut du

même au même (th~ı).

113 Contrairement à Dion Cassius (48, 38, 2-3), Velleius Paterculus (II, 77) et Florus (II,

18), Appien ne mentionne pas le bon mot de Sextus jouant sur les deux sens de

« carènes » (coques de navires où il accueillait César et Antoine / quartier de Rome où

Antoine occupait la maison de Magnus). Voir J.-P. Guilhembet, « Sur un jeu de mots de

Sextus Pompée : domus et propagande politique lors d’un épisode des guerres civiles »,

MEFRA 104, 1992, p. 787-816.

114 Combes-Dounous commet un grave contresens en traduisant : César et Antoine

« espéraient » restaurer les institutions républicaines lors de leur troisième consulat.

Sans doute a-t-il vu le problème puisqu’il ajoute en note que cette espérance était feinte.

114


Le Livre V des Guerres Civiles

En réalité, la forme ejlipizomevnouı est à la voix passive, ce qui signifie que « l’on

attendait de leur part » un retour à la république. Schweighäuser l’avait bien compris,

puisqu’il traduisait : sperabantur.

115 Après la paix de Baïes, le peuple n’eut pas l’occasion de rendre honneur à César et à

Antoine, puisque ces derniers choisirent d’arriver à Rome de nuit, ejkklivnonteı to ;

fortikovn. Selon Schweighäuser, les triumvirs cherchaient ainsi à « esquiver les

manifestations d’antipathie » (declinantes eius rei inuidiam). Combes-Dounous estime

pour sa part qu’ils voulaient « épargner la dépense ». Mais ni l’une ni l’autre de ces

traductions ne paraît satisfaisante. Car dans leur grande majorité, les Romains était

réjouis et soulagés par la paix de Baïes, ce qui limitait les « manifestations

d’antipathie ». En outre, si César et Antoine avaient accepté l’accueil presque triomphal

qui leur avait été réservé après la paix de Brindes, comme le rapporte Dion Cassius (48,

31, 3), c’est qu’ils ne regardaient pas tellement à la « dépense ». Pour comprendre le

sens de to ; fortikovn, il faut replacer les faits dans leur contexte. Appien a bien montré

que les triumvirs avaient conclu des accords avec Pompée moins de leur propre gré que

sous la pression du peuple. Dans ces conditions, on comprend qu’ils n’aient pas eu le

cœur à la fête et que les démonstrations populaires leur aient été plus pénibles qu’autre

chose. Le terme fortikovı qui qualifie tout ce qui est « pesant » au propre comme au

figuré désigne donc ici le fardeau de festivités qui leur pèsent.

116 Les éditeurs précédents ont adopté le subjonctif e[ch/ (donné par O). Nous préférons

pour notre part l’optatif oblique e[coi (donné par L et P), ce mode étant fréquemment

employé par Appien. Telle est la dualité de sa langue qui oscille entre koinè et atticisme.

Sur cette question, cf. S. Swain, Hellenism and Empire : language, classicism and

power in the Greek world (a.d. 50-250), Oxford, 1996, chp. 7.

117 Musgrave propose de corriger le passage en te qew~n et Viereck en te fivlwn.

Pourtant, la variante telw~n donnée par L est claire et satisfaisante, le verbe telw~ étant

couramment employé à propos de sacrifices que l’on accomplit. En tout cas, elle est

meilleure que celle donnée par O et adoptée par Schweighäuser. Car si l’on ajoute une

coordination, le membre de phrase se rattache mal à ce qui précède. D’ailleurs, le

chiasme (repas-mode grecque/ Grecs-gymnase) forme un tout et appelle une

ponctuation après gumnasiva. La variante de B et de J semble influencée par la présence

de te quelques lignes plus haut. Le copiste se serait laissé entraîner par le rythme de

l’énumération. Quant à la variante de P, elle semble plutôt influencée par la présence de

l’adverbe tevwı quelques lignes plus bas. Le texte serait passé par plusieurs étapes :

telw~n < tevwn < tevwı < q j wJı.

118 Schweighäuser veut corriger parav Pomphivou en parav Pomphivw/ (ou pro ;ı

Pomphvion) ce qui amènerait à la traduction suivante : « les fausses accusations portées

contre Ménodore auprès de Pompée ». Mais pour exprimer cette idée, Appien emploie

plutôt diabavllw suivi du datif (§ 77, 162, 183). En fait, on peut conserver le texte et

comprendre : « les fausses accusations portées contre Ménodore par Pompée ». Car

« Pompée fut manipulé de telle sorte qu’il devint hostile à Ménodore », comme Appien

le dit juste avant (§ 331). Pompée se serait donc fait l’écho des calomnies que ses

affranchis lançaient contre Ménodore.

115


Le Livre V des Guerres Civiles

119 Gottlieb Strebel (p. 79) établit un rapprochement avec Thucydide (I, 84) : ejn crw/~

aijei ; paraplevonteı.

120 Gottlieb Strebel (p. 79) établit un autre rapprochement avec Thucydide (I, 49, 2) :

naumaciva/ pezomaciva/ to ; plevon prosferh ;ı ou\sa.

121 Chez Dion Cassius, le personnage de Démocharès n’apparaît pas avant la bataille de

Myles (49, 2, 1). Le récit des batailles de Cumes et de Messine est centré

respectivement sur Ménécratès et Apollaphanès.

122 L’expression ta ;ı ejmpipramevnaı ejkwvluse est soit lacunaire soit corrompue. Les

éditeurs précédents ont opté pour la seconde hypothèse, Nauck proposant par exemple :

ta ;ı ejmpipramevnaı. Cela dit, si lacune il y a, elle se trouverait plutôt

après ta ;ı ejmpipramevnaı (qui ne serait donc pas un participe, mais un participe

substantivé), étant donné qu’au début de la phrase, Appien oppose dans un balancement

mevn / dev les navires en fuite et les navires en feu, opposition qui serait reprise ici dans le

balancement te / kaiv. On aurait alors ta ;ı ejmpipramevnaı ejkwvluse. Tout en

proposant de combler la lacune, Viereck laisse entendre que la forme ejkwvluse est peutêtre

corrompue. Et de fait, cette hypothèse est la plus vraisemblable. Comme les navires

étaient incendiés, ils devaient être tirés jusqu’au rivage, d’où notre correction ei{lkuse,

la confusion avec ejkwvluse pouvant s’expliquer par la paronymie.

123 Combes-Dounous voit une contradiction entre le mot eujquvı et le paragraphe

précédent où Appien dit que tous les combattants restèrent la nuit sur place. C’est

pourquoi il traduit : Démocharès « ne songea plus qu’à faire voile vers la Sicile en

grande hâte ». Mais si l’on donne une valeur temporelle à l’adverbe, on peut

comprendre que Démocharès passa la nuit à Cumes et regagna la Sicile « aussitôt »

après, c’est-à-dire à l’aube. Du reste, on peut lui donner une valeur de lieu et

comprendre que Démocharès repartit « directement » en Sicile, comme le fait

Schweighäuser (recta), suivi d’Egger (lequel propose la correction eujquv).

124 Le texte des manuscrits se comprend : « ils étaient détruits, eux aussi, sans rien

pouvoir faire » (meta ; ajrgivaı). La correction proposée par Mendelssohn est inutile :

« ils étaient détruits, eux aussi, parce qu’ils ne pouvaient rien faire » (uJpo ; ajrgivaı).

125 Le vers de Sophocle donné par L seul est une interpolation, sans doute une note

marginale faite par un lecteur érudit dans un manuscrit, puis intégrée ultérieurement au

texte par un copiste inattentif. Ce genre d’annotation apparaît à la fin du manuscrit P, où

l’on peut lire en dessous d’une colonne : feu~ feu~ tineı kteivnousi pollavkiı tinavı.

Notons que le vers du Philoctète (v. 446), est cité dans la version des manuscrits

(oujdevpw), alors que les éditeurs ont opté, metri causa, pour le texte de la Souda (oujdevn

pw). Dans le passage évoqué, Philoctète dénonce l’injustice des dieux qui entourent de

soins les méchants comme Thersite et qui envoient les bons chez Hadès. Le lecteur

auquel on doit la citation considérait-il César comme une sorte de Thersite ?

116


Le Livre V des Guerres Civiles

126 Musgrave proposait d’ajouter periv devant th~ı oJdou~ et Viereck a introduit cette

addition dans le texte. Et de fait, l’omission de periv après puriv pourrait facilement

s’expliquer. Mais la construction tekmaivromai suivi du génitif est bien attestée chez

Appien, notamment pour parler de quelqu’un qui « juge de l’avenir » (BC, II, 52, 172 ;

Mithr., 1, 5), qui « jauge le caractère » (BC, I, 81, 371) ou qui « diagnostique une

maladie » (Syr., 10, 59). Au livre V, il l’a déjà employée à deux reprises, tout d’abord

au sujet de l’historien qui cherche à interpréter le sens des propos échangés entre Lucius

et César, puis au sujet des soldats qui cherchent à en deviner la teneur (§ 191). C’est

pourquoi il est inutile d’ajouter une préposition.

127 A rapprocher du § 413 : meta ; ejpeivxevwı. La correction proposée par Schweighäuser

(ejpivloipa pour ejpeivgonta) n’est pas à retenir. Quant à Viereck, il suppose une lacune

après ejpeivgonta, mais le texte des manuscrits se comprend, même si la formulation est

abrupte : César faisait réparer « ceux des bateaux dont il avait un besoin urgent » ou

« ceux des bateaux qui avaient besoin de réparations urgentes ».

128 Plutôt que de signaler ce passage comme la seule occurrence de l’actif parakeleuvw

suivi du datif au sens de « se donner des instructions les uns aux autres » (Bailly), il faut

observer les variantes données par les manuscrits et rappeler le contexte. D’une part, il y

a une hésitation entre le datif ajllhvloiı (PBJ) et l’accusatif ajllhvlouı (L). D’autre part,

dans la confusion et le désarroi, les soldats s’adressaient plus vraisemblablement des

encouragements que des instructions. Or, pour exprimer cette idée, Appien emploie en

général le verbe parakalw~ (et les mots de la même famille), d’où notre correction :

parakalouvntwn ajllhvlouı. Les copistes auraient confondu avec le moyen

parakeleuvomai suivi du datif, qui signifie également « encourager ».

129 Cf. P. Goukowsky, « L’homme face aux calamités naturelles dans l’Antiquité et au

Moyen-Age », Cahiers de la Villa « Kérylos » 17, Paris, De Boccard, 2006, p. 73-117 ;

F. E. Brenk, « Wind and waves, sacrifice and treachery : Diodoros, Appian and the

death of Palinurus in Virgil », Aeuum 62, 1988, p. 69-80.

130 Faisant un rapprochement avec le § 406, Viereck veut ajouter un adjectif qualifiant

ajnevmw/. Un telle addition est inutile. Appien emploie souvent ce nom sans déterminant,

au singulier comme au pluriel. Ainsi, à la fin du siège de Pérouse, « les vents, s’étant

levés, propagèrent les flammes » dans toute la ville (§ 204). Mais surtout, lors de la

bataille de Philippes, la flotte de Cléopâtre fut « empêchée par le vent » de venir

appuyer César et Antoine (§ 32). Nous n’avions pas jugé alors nécessaire de préciser

qu’elle avait été « empêchée par un vent ». Pourquoi préciserions-nous

donc ici que les navires de César ont gagné Hipponion, « poussés par un vent

» ? Avec ou sans adjectif, le lecteur comprend que le vent est un acteur de

l’Histoire. En témoigne encore le § 32, où Appien ajoute que Cléopâtre fut « empêchée

par le vent et par Dolabella », personnifiant ainsi le premier en le mettant sur le même

plan que le second.

131 Proche de l’adjectif ejpifanhvı et redondant avec le verbe ajggevlletai, le verbe

ejfavnh paraît suspect. Bien plus, il contredit la version de Dion Cassius, dans laquelle

on lit ceci : alors que César avait accordé à Agrippa les honneurs triomphaux, celui-ci

117


Le Livre V des Guerres Civiles

« ne célébra pas le triomphe, pensant qu’il était mal venu pour lui de montrer de

l’orgueil, alors que César venait de subir un échec, et mit la plus grande ardeur à

achever la préparation de la flotte » (48, 49, 3-4). Ainsi, loin de chanter haut et fort sa

victoire sur les Gaulois, Agrippa se serait montré plutôt discret, préférant que cette

victoire passe inaperçue par égard pour César. Dès lors, nous serions tentés de corriger

ejfavnh en ajfavnh dans le texte d’Appien. Pour construire cet adjectif, on pourrait

suppléer un verbe comme ajfivei et comprendre qu’Agrippa, « qui dirigeait les

opérations, reléguait dans l’ombre » sa victoire. L’omission s’expliquerait par un saut

du même au même, les mots ajfivei et ajfavnh ayant la même initiale. Quant au participe

a[gwn, essentiel puisqu’il est le seul mot indiquant que la victoire a été remportée par

Agrippa, il resterait inchangé. Mais faute d’éléments supplémentaires permettant

d’affirmer que la version d’Appien corrobore celle de Dion Cassius, nous devons

conserver le texte et pouvons simplement indiquer une lacune avant la forme suspecte

ejfavnh. Le composé ejpanaivrw serait une correction plus satisfaisante du point de vue

paléographique. Mais ce verbe très rare n’est pas attesté chez Appien.

132 L’expression kai ; baru ; (donnée par L et P) et le nom Kaivsaroı (donné par B et J)

sont à la fois trop différents pour avoir été confondus et assez ressemblants pour avoir

occasionné un saut du même au même, d’où l’idée de conserver les deux. L’adjectif

baru v serait sur le même plan que duscerevı. On comprendrait alors que le recrutement

de mercenaires en Italie allait être non seulement difficile pour Antoine à cause de

César, mais aussi pénible, parce que cela représentait une lourde charge financière, pour

lui qui était déjà « accablé par les frais d’entretien de sa force navale » (début du même

paragraphe).

133 Si l’on suit le texte des manuscrits, l’Italie « était échue » à César (eijlhcovtoı).

Pourtant, aux lendemains de Philippes, César « avait choisi » (§ 11 : ei{leto) de rentrer

en Italie pour distribuer les terres aux vétérans, en raison de sa mauvaise santé. Les

territoires qu’il avait « obtenus (par le sort) » (§ 97 : eijlhvcei) n’incluaient pas l’Italie.

Dion Cassius le confirme (48, 2, 1-2) : César et Antoine « s’étaient partagés par tirage

au sort » (dievlacon) la plupart des provinces, mais ils avaient laissé l’Italie « en

commun » (ejn koinw/~). Cela nous amène à corriger eijlhcovtoı en eijlhfovtoı dans le

texte d’Appien, la confusion entre les deux formes étant facilitée par la paronymie.

Autrement dit, César n’avait pas reçu en partage l’Italie, mais il « s’en était emparé »,

comme il s’était emparé des provinces antoniennes de Gaule à la mort de Calenus (§

214).

134 Cf. M. W. Singer, « Octavia’s mediation at Tarentum », CJ 42, 1947, p. 173-7.

135

L’article est omis devant certains noms géographiques, surtout lorsque ceux-ci sont

précédés d’une préposition ou lorsqu’ils forment une locution adverbiale. Mais ici César

fait référence à un détroit bien particulier, celui de Messine. Aussi serions nous tentés

avec Mendelssohn d’ajouter un article. Mais Appien a sans doute considéré que le

contexte était assez clair et qu’il pouvait faire l’ellipse de l’article. Peut-être donne-t-il

également à la formule une valeur d’exemplarité : de même que l’expression ejn jIsqmw/~

suffit à identifier le célèbre Isthme de Corinthe (cf. Diodore de Sicile, XI, 3,3, entre

autres), de même ejn porqmw/ ~ désignerait le terrible Détroit de Messine.

118


Le Livre V des Guerres Civiles

136 Avec un verbe de mouvement comme ejkpevmyai, on attend plutôt un participe futur.

Néanmoins, le participe présent suntiqevmenon se construit sans difficulté, à condition

d’y voir l’expression de la mauvaise foi de César, qui prétendait que Callias était en

train de conclure un accord avec Lépide.

137 D’après Dion Cassius, aucun des engagements pris à Tarente ne fut respecté (48, 54,

5). D’après Appien, seul César ne respecta pas les siens (§ 558).

138 Cf. Casson, op. cit., p. 132 et 167-8 : « Trireme-equipped would mean that the

vessels were given rams, screens, turrets, and the like, but not that they were given three

banks of rowers ; Appian (Praefatio 10) uses the word trireme-equipped generically, of

gear belonginig to war galleys of all sizes ».

139 Sur les limites chronologiques du second triumvirat, cf. P. Anello, « La fine del

secondo triumvirato », Filivaı cavrin, MStudStor I (in onore di E. Manni), 1980, p. 103-

114. Il n’y aurait pas erreur d’Appien, mais falsification volontaire d’Auguste : celui-ci

passa sous silence la situation illégale de l’année 37 (sachant que le précédent

quinquennat était fini depuis décembre 38) et exclut de la période triumvirale l’année 32

(car il cherchait à cette époque à trouver une autre forme de légitimité auprès du

peuple). Voir aussi Gabba, p. LXVIII sqq.

140 Cf. J.-M. Roddaz, Marcus Agrippa, p. 92 sqq.

141 Cf. F. E. Brenk, op. cit., p. 74-75. L’auteur étudie la scène de lustratio et estime que

White fait une erreur en traduisant le verbe ejpeufhmei~ par « chantait à l’unisson ». Il

comprend plutôt que le peuple « gardait un silence religieux ». Mais si le verbe simple

eujfhmw~ s’emploie couramment dans le cadre de cérémonies religieuses avec un sens

équivalent au bona uerba quaeso (ou fauete linguis) latin, en revanche le composé

ejpeufhmw~ se rencontre plutôt à propos de personnes qui entonnent des prières, d’où

notre traduction.

142 Si l’on conserve le texte tel quel, on comprend que le jour du départ de César avait

été communiqué ; si l’on suit Viereck, qui veut ajouter la préposition uJpov devant tou~

Kaivsaroı, on doit comprendre que le jour avait été communiqué par César. Cela

soulève une question relative à la chronologie et à la stratégie : quel était le plan de

César ? Un départ simultané pour des arrivées échelonnées et des attaques sur trois

fronts au coup par coup ? Des départs échelonnés pour une arrivée simultanée et une

attaque sur trois fronts à la fois ? S’il voulait que Lépide, Taurus et lui-même partent en

même temps, il leur communiqua la date à laquelle tous trois devaient prendre le large

(d’où uJpov). Si en revanche le but était que tous trois arrivent en même temps, c’est la

date à laquelle César devait prendre le large, indépendamment des deux autres, qui fut

communiquée (d’où génitif seul). Car la durée du trajet Afrique-Sicile ou Tarente-Sicile

n’est pas la même celle entre Dicaearchia et la Sicile. Lépide et Taurus devaient donc

définir la date de leur propre départ en fonction de celle de César. D’après le récit de

Dion Cassius (49, 1, 1), les départs semblent avoir été échelonnés. Car Taurus était déjà

dans le détroit, alors que César naviguait encore vers l’île. Mais à en juger par

119


Le Livre V des Guerres Civiles

l’expression « César […] leva l’ancre » (au singulier), Taurus n’est pas parti en même

temps que lui. Concernant Lépide, Dion Cassius dit juste qu’il avait promis à

contrecoeur d’aider César. D’après le récit d’Appien, les trois hommes semblent être

partis ensemble et arrivés l’un après l’autre. Au § 406, on lit en effet : « lorsque le jour

des Calendes arriva, tous prirent le large à l’aube ». Et au § 509, Lépide revendique le

fait d’être « le premier à avoir débarqué sur cette île », plus précisément à Lilybée où il

assiégea Plenius (§ 408). Cela pourrait justifier l’ajout voulu par Viereck. Mais face à

une tradition incertaine, le plus prudent est de conserver le texte.

143 Si l’on conserve le texte des manuscrits (ceimw~noı), comme le fait Viereck, on

comprend que les rameurs avaient péri pendant l’hiver. Si l’on suit Schweighäuser, qui

d’après la traduction de Candido propose d’ajouter une préposition (uJpo ; ceimw~noı), on

doit comprendre que les rameurs avaient péri dans la tempête. Il faut rappeler que les

130 vaisseaux dont il est ici question sont les 120 navires et les 10 phasèles qu’Antoine

et Octavie avaient cédé à César lors des accords de Tarente. Or, entre ces accords, qui

eurent lieu vers « le printemps » (§ 387), et le départ pour la Sicile, qui fut différé à

« l’année suivante » (§ 396), il y eut bien une saison d’hiver, mais aucune tempête

(celle-ci survenant juste après). Cela invite à maintenir le texte, à moins de supposer une

erreur chronologique. Car selon Appien, c’est à cause des rigueurs de l’hiver que

certains des navires de Taurus étaient vides de rameurs, et c’est après la tempête qu’ils

furent remplis par les équipages des navires détruits (§ 413). Mais selon Dion Cassius

(49, 1, 5), on remplit les navires qui s’étaient vidés pendant la tempête : « [César

assigna] les marins de réserve à la flotte d’Antoine qui manquaient d’hommes

(beaucoup en effet s’étaient sauvés à la nage des embarcations détruites dans la

naufrage) ». Cela étant, les deux récits ne sont pas forcément contradictoires : on peut

supposer qu’une première évaporation des rameurs eut lieu pendant l’hiver et une

seconde pendant la tempête.

144 Cf. F. E. Brenk, op. cit., p. 77. L’auteur, qui établit un rapprochement avec les

sacrifices accomplis par Scipion l’Africain à Lilybée en 204 av. J.-C., tels qu’ils sont

décrits par Tite-Live (XXIX, 27, 1-6), dit ceci : « influenced by the Neptunus

propaganda of Sextus, Appian may have incorrectly reproduced the ritual words used by

Scipio and presumably used again by Octavian ».

145 A rapprocher du § 376 : terre, mer et vagues sont ajporwtevra. La correction proposée

par Nauck est juste, sans être indispensable.

146 Dion Cassius mentionne une intervention de Ménodore au cours de la tempête (49, 1,

3). Roddaz (n. 14) suppose que l’auteur fait une confusion avec l’épisode relaté par

Appien au moment de la troisème désertion (§ 420). La comparaison entre les deux

passages confirme cette hypothèse. Le participe ejpigenovmenoı (« tombant à

l’improviste ») employé par Dion Cassius répond en effet à l’expression oi|a skhpto ;ı

ajfanw~ı ejmpivptwn chez Appien ; l’adjectif sucna ;ı (« en masse ») répond à kata ; duvo

kai ; trei~ı ; enfin, les verbes e[kause (« brûla ») et ajnedhvsato (« remorqua »)

répondent à ajnedei~to h[ ejnepivmprh.

120


Le Livre V des Guerres Civiles

147 Selon Dion Cassius, Pompée l’avait revêtu dès la première tempête (48, 48, 5). Pire,

pour remercier Neptune, « il fit jeter vivants dans le détroit ds chevaux et même, selon

certains, des hommes » ! Florus parle quant à lui de « cents bœufs ornés d’or » et d’un

« cheval vivant avec de l’or » jetés au cap Pelorias et dans le détroit de Messine (II, 18).

Cela reflète bien la guerre de propagande de l’époque.

148 Mendelssohn propose à juste titre d’ajouter un réfléchi. L’expression n’en reste pas

moins surprenante. Pour dire « se donner comme fils adoptif de qqn », on attend en effet

la construction eijspoiw~ (actif : « donner en adoption ») avec un pronom réfléchi et un

datif de personne. Elle se rencontre chez Plutarque (Alex., 50) : “Ammwni sautovn

eijspoiei~n (« tu prétends être le fils d’Hammon »). Mais Appien emploie ici

eijspoiou~mai (moyen : « adopter »). C’était déjà le cas au livre III (XCIV, 389), à

propos d’Octavien qui faisait ratifier son adoption par le peuple en vertu de la lex

Curiata : eJauto ;n eijspoiei~to tw/~ patriv (« il se faisait adopter par son père »). Or, il

faut rappeler que Jules César était mort et qu’il était représenté par son seul testament.

Appien semble donc avoir forgé la construction avec eijspoiou~mai pour rendre compte

de cette situation si particulière. Dans la mesure où le livre V en offre la seule autre

attestation, on peut se demander si l’auteur ne pousse pas le lecteur à établir un

rapprochement entre les deux passages : de même qu’Octavien s’était fait adopté par le

divin César, de même Sextus voulait se faire adopter par le dieu Neptune. Ce serait une

manière de railler les folles prétentions du personnage. La particule ironique a[ra nous

oriente aussi vers cette interprétation.

149 Le verbe rare ajndragaqivzesqai est attesté chez Thucydide (II, 63, 2). Voir Gottlieb

Strebel, p. 75.

150 L’emploi de l’adverbe ajfanw~ı et de l’adjectif substantivé ajfanevı à quelques mots

d’intervalle et dans deux sens différents est suspect. Dans ce passage, Ménodore est

comparé à la foudre, c’est-à-dire à un phénomène court, imprévisible et localisé se

caractérisant par une détonation et un éclair. Si l’on corrige l’adverbe ajfanw~ı par a[fnw

(Schenkl), en conservant ejı ajfanevı, il faut traduire : Ménodore tombait « de manière

soudaine », puis se retirait « dans l’ombre » ou « dans un endroit hors de portée de

vue ». Mais comment comprendre la fin ? Ménodore disparaissait, telle la lumière, une

fois l’éclair passé ? Si l’on corrige le groupe ejı ajfanevı par ejxaivfnhı (confusion

possible du fait de la paronymie), en conservant ajfanw~ı, il faut traduire : Ménodore

tombait « de manière imprévisible », puis « soudain » se retirait. Cela semble mieux

s’accorder au contexte. De fait, Ménodore est si rapide qu’il parvient à capturer

plusieurs navires d’un coup, sans que les gardiens de navires n’aient le temps de réagir.

D’autre part, loin de se cacher, il veut se faire remarquer, parce qu’il projette de repasser

dans le camp de César.

151 A rapprocher du § 467 : ejk tw~n ojrw~n (…) kataqevonteı. L’ajout voulu par

Mendelssohn (kaqorwvtwn), qui s’appuie sur la traduction sans autorité de Candido, qui

elle-même repose sur le texte fautif d’un apographe, n’est pas à retenir.

152 A rapprocher du § 230 : Leuvkion oJ Kai~sar (…) ejfuvlassen ajfanw~ı. De même

qu’il fit surveiller Lucius, de même César mit Ménodore sous une surveillance discrète

121


Le Livre V des Guerres Civiles

(ejfuvlassen aujtovn), plutôt que de se tenir sur ses gardes en toute discrétion

(ejfulavsseto). La correction proposée par Musgrave paraît s’imposer.

153 Les navires de Lépide n’accueillirent pas Papias « en feignant d’être amis », ce qui

exclut le féminin donné par le manuscrit P, mais ils lui firent bon accueil « parce qu’ils

le croyaient ami », ce qui rend problématique le pluriel donné par les autres manuscrits.

Même si l’on devine que Papias n’a pas été envoyé seul contre les navires de Lépide, le

pluriel filivouı est douteux, faute de tournure à laquelle le rattacher (oiJ periv suivi de

l’accusatif, par exemple). Compte tenu du singulier Papivaı et de la construction du

verbe devcomai (suivi d’un COD et d’un attribut du COD), on attend filivon. Mais on

peut corriger par filivwı, ce qui explique les variantes des manuscrits. Dans ce cas,

l’adverbe wJı se construit soit avec decomevnaı (valeur causale), soit avec filivwı

(certains adverbes de manière pouvant être précédés de wJı sans que cela modifie leur

sens).

154 Dans le récit de la bataille de Myles, Appien semble se contredire. Il annonce

d’abord qu’Agrippa « devait gagner Myles pour attaquer Démocharès » (§ 435 :

e[mellen ejpiceirhvsein ejı Muvlaı Dhmocavrei). Il explique ensuite que le même

Agrippa était « persuadé de devoir livrer un combat contre le seul Papias » (§ 437 : wJı

Papiva/ movnw/ naumachvswn). Le texte laisse donc un doute sur l’identité de l’adversaire

rencontré par l’amiral césarien. L’hypothèse d’une faute de copie est à exclure, et ce à

double titre. Premièrement, le passage de Dhmocavrhı à Papivaı ne s’explique pas du

point de vue paléographique. Deuxièmement, le nom de Papias n’apparaît pas

uniquement dans le passage cité mais revient à deux reprises dans le récit de la bataille

(§ 442). D’aucuns ont émis une autre hypothèse, celle selon laquelle Papias et

Démocharès seraient deux noms désignant une même personne. Cela semble assez peu

vraisemblable. On voit mal quel intérêt aurait l’auteur à multiplier les appellations,

sinon à égarer le lecteur. En outre, les deux noms sont déjà apparus séparément sans que

rien ne laissât supposer que l’un devait être identifié à l’autre. Pour Appien, comme

pour le lecteur, ce sont visiblement deux personnages distincts. En effet, lors de la

bataille de Cumes, c’est Démocharès qui s’opposa à Ménodore aux côtés de Ménécratès

(§ 342-352). En revanche, dans le passage qui précède immédiatement le nôtre, c’est

Papias qui intercepta et détruisit les navires de transport appartenant à Lépide et arrivant

d’Afrique (§ 430-432). D’ailleurs, après cette attaque, il « partit par mer rejoindre

Pompée » (§ 432), lequel se trouvait à Messine. La présence de Papias sur la côte

septentrionale de la Sicile au moment de la bataille de Myles est donc avérée. Celle de

Démocharès ne l’est pas, du moins dans le récit d’Appien. La dernière apparition du

personnage remonte en effet à la première année de guerre, lorsque Démocharès fut

nommé amiral par Pompée et mis en difficulté par Cornificius dans le détroit de

Messine (§ 356 et 361). Sa présence est en revanche attestée par le récit d’autres

historiens. Selon Dion Cassius, Pompée « ordonna à Démocharès de mouiller à Myles

en face d’Agrippa » (49, 2, 1 : tw/~ d j jAgrivppa/ Dhmocavrhn ajnqormei~n ejn Muvlaiı

ejkevleusen). Selon Orose, après la troisième désertion de Ménodore, « Agrippa livra un

combat naval à Démochas et Pompée, entre Myles et les îles Lipari » (Hist., 18, 26 :

Agrippa inter Mylas et Liparas aduersus Democham et Pompeium nauale proelium

gessit). Orose emploie le nom Démochas. Est-ce un diminutif de Démocharès (comme

Ménas doit être celui de Ménodore) ou s’agit-il d’une forme amalgamée de Démocharès

122


Le Livre V des Guerres Civiles

et de Papias ? Dans ce dernier cas, très peu probable, on pourrait supposer qu’Orose

contamine deux sources mentionnant le même peronnage, l’une par son nom, l’autre

son surnom. Quoi qu’il en soit, pour Dion Cassius comme pour Orose, la bataille de

Myles opposa Agrippa à Démocharès. Appien est le seul à mentionner Papias. A en

juger par son propre récit, confronté aux autres témoignages, il semble que combattre

Démocharès revienne à combattre Papias, et inversement. Cela nous amène à émettre

l’hypothèse suivante : Papias ne serait-il pas le lieutenant de Démocharès ? Ce ne serait

pas là un cas isolé. En effet, lors de la bataille de Cumes, Démocharès lui-même avait

combattu sous les ordres de Ménécratès. Une telle hypothèse permettrait d’expliquer la

confusion commise par Appien. Elle s’accorderait aussi avec le récit de Dion Cassius,

qui donne une version légèrement différente et plus complète des événements. Ce

dernier explique en effet qu’Agrippa et Démocharès ignoraient l’un comme l’autre leurs

forces respectives (49, 2, 2). Agrippa partit se mettre en observation à Myles avec

quelques navires (49, 2, 3). Mais « faute d’avoir pu voir toutes [les forces adverses] et

comme aucune d’elles ne voulut gagner le large, il les sous-estima et, une fois de retour,

lança des préparatifs dans l’intention d’attaquer Myles le lendemain avec tous ses

navires » (49, 2, 3 : ejpeidh ;… ejpipleusouvmenoı). Démocharès fit la même erreur

d’appréciation : « ayant supposé que les navires venus étaient seuls et ayant vu qu'ils

naviguaient très lentement du fait de leur taille, il envoya chercher Sextus dans la nuit et

s’apprêtait à combattre Lipari même » (49, 2, 4 : movnaı… prosmivxwn). Appien

n’évoque ni l’expédition de reconnaissance d'Agrippa ni le projet d'offensive de

Démocharès. Cette ellipse pourrait être à l’origine de la confusion entre Démocharès et

Papias. Voici en effet le déroulement des opérations tel que nous pourrions le

reconstituer à partir des récits d’Appien et de Dion Cassius : Agrippa comptait

« attaquer Démocharès » ; avant de mettre ce plan à exécution, il vint observer

l’ennemi, dont il ne vit qu’une partie de la flotte ; les forces observées seraient celles de

Papias, lieutenant de Démocharès, raison pour laquelle Agrippa était « persuadé de

devoir livrer un combat naval contre le seul Papias » en revenant attaquer Myles dès le

lendemain ; quant à l’amiral pompéien, il aurait confié à son lieutenant la garde de la

côte et serait allé combattre plus loin en mer ; c’est ainsi que la bataille aurait « opposé

Agrippa et Papias près de Myles » (§ 449), tandis que Démocharès attaquait Lipari.

155 Cf. Casson, op. cit., p. 122.

156 Le nom perikuvklwsiı ne paraît attesté que chez Appien et Thucydide (III, 78). Il en

va de même pour le nom ejfovrmhsiı du paragraphe suivant (Thc, II, 89 ; III, 33 ; VI,

48). Voir Gottlieb Strebel, p. 74.

157 La subordonnée temporelle ne se rapporte pas à ce qui précède, mais à ce qui suit,

d’où l’ajout de kaiv introduit par Schweighäuser d’après Candido. C’est en effet la

proximité des navires qui rend possible le jet de projectiles et de grappins.

158 Cf. Mardsen, Greek and Roman artillery, p. 178.

159 Cf. Casson, op. cit., p. 83 : « The thalamites, deep in the hold, had the least chance of

escaping if their vessels was struck a mortal blow ».

123


Le Livre V des Guerres Civiles

160 A rapprocher du § 438 : to ;n a[llon stovlon. C’est bien « le reste de la flotte »

(e{teron) et non « la flotte sacrée » (iJero ;n) d’Agrippa qui arrivait de Hiéra. La

confusion commise dans L et P s’explique précisément par la proximité du nom JIera~ı.

161 Schweighäuser a choisi d’introduire dans le texte la variante donnée par O

(poluceivmoni orthographié poluceivmwni par le philologue). Mais comment expliquer la

variante donnée par L et P (poluv ajceivmoni) ? On peut y voir une forme corrompue de

l’adjectif poluschvmwn (« aux multiples facettes »), mais celui n’est pas attesté chez

Appien et n’a que de rares occurrences chez Pollux (6, 171), Artémidore (1, 2, à propos

du rêve), et Strabon (2, 5, 18, à propos de l’Europe). Sachant que l’adjectif poluceivmwn

est un hapax, on peut proposer une autre explication : face à la forme inconnue

poluceivmoni, le copiste a coupé (volontairement ou non) en poluv / ceivmoni, puis, faut

de pouvoir construire, a corrigé en quelque chose de connu et de grammaticalement

possible : le neutre adverbial poluv et l’adjectif ajceivmoni. Cela dit, l’adjectif ajceivmwn

(« sans tempête ») ne semble guère attesté que chez Nonnius (1, 142, par exemple). Le

contexte nous lance sur une autre piste. En effet, Agrippa se trouve en pleine mer, mais

non loin d’eaux peu profondes. Dans ces conditions, la mer n’est peut-être pas très

mouvementée. Les hommes d’Agrippa ne l’invitent peut-être donc pas à se méfier d’une

« mer souvent agitée par des tempêtes », mais d’une mer « très (trop) calme »,

autrement dit, à se méfier de l’eau qui dort. Cela nous amène à corriger en polu ;

ajkuvmoni. Car cet adjectif est non seulement attesté plusieurs fois chez les poètes

(Eschyle et Euripide), mais il l’est chez Appien, dans ce livre V des Guerres Civiles !

De fait, au § 406, César offre des sacrifices à la « Mer sereine » (ajkuvmoni qalavssh/).

162 Chassé de Tyndaris, Agrippa regagne Hiéra, dont il s’est emparé dès avant la bataille

de Myles (§ 435). Or, Hiéra ne se trouve pas à l’ouest, mais au nord de Tyndaris. La

leçon ejı eJsperavn donnée par l’ensemble des manuscrits ne peut donc être conservée.

Dorn Seiffen a proposé de corriger en ejı jIeravn, ce qui se justifie du point de vue

géographique. Nous proposons pour notre part de corriger en ejı to ; pevran, comme le

fait plus loin Hitze avec ejı Lipavran (§ 469). Dans le fond, cette correction ne modifie

rien. En effet, si Agrippa passe de Tyndaris à « la rive opposée », cela signifie bien qu’il

regagne Hiéra. Mais dans la forme, elle permet peut-être d’expliquer plus facilement la

faute commise dans les manuscrits.

163 Tous les manuscrits donnent ajxiw~n to ;n qeovn. Musgrave a proposé la correction

Naxivwn to ;n qeovn. Schweighäuser considère l’expression apposée comme inutile, sans

doute parce qu’Appien mentionne à nouveau les Naxiens au paragraphe suivant pour

expliquer l’origine de la statuette d’Apollon Archégète. Carter le suit en supprimant

l’apposition de sa traduction. Pourtant, si l’on édite Naxivwn, on doit admettre que le

nom ne renvoie pas aux mêmes personnes au § 454 et au § 455. Les Naxiens qui

honoraient encore l’Archégète à l’époque de César sont les habitants de la ville de

Naxos en Sicile. Quant aux Naxiens qui avaient autrefois émigré en Sicile et érigé la

statue d’Apollon, ce sont les habitants de l’île de Naxos dans les Cyclades. On attribue

généralement la fondation de la ville sicilienne de Naxos aux Chalcidiens d’Eubée.

Mais une étude épigraphique récente a montré que les Naxiens des Cyclades avaient

participé à la colonisation (cf. M. Guarducci, « Una nuova dea a Naxos in Sicilia e gli

antichi legami fra la Naxos siceliota e l’omonima isola delle Cicladi », MEFRA, 1985,

124


Le Livre V des Guerres Civiles

97, p. 7-34). Certes, le rapprochement établi par Appien entre les Naxiens de Grèce et

ceux de Grande Grèce ne serait peut-être pas fondé sur des faits mais seulement sur

l’étymologie. Néanmoins, loin d’être redondante, la précision Naxivwn to ;n qeovn

servirait à introduire la remarque généalogique de l’auteur qui vient confirmer les

sources documentaires. Mais pourquoi corriger le texte ? Si l’on conserve ajxiw~n, on

comprend que César installait son camp près du sanctuaire d’Apollon « parce qu’il

tenait le dieu en honneur ». Et de fait, il faut rappeler que César-Auguste fut considéré

comme « fils d’Apollon » (Suétone, Auguste, 94), qu’il fut accusé de s’être déguisé en

Apollon au fameux « repas des douze des divinités » donné en pleine période de famine,

avant la guerre de Sicile (Suétone, ibid.,70), mais surtout qu’il fit agrandir à Actium le

temple d’Apollon, après avoir vaincu Antoine (Suétone, ibid.,18), et qu’il fit construire

à Rome le magnifique temple d’Apollon Palatin (Suétone, ibid., 29), sa victoire étant

attribuée à la protection que le dieu lui avait accordée (Virgile, Enéide, VIII, v. 704 ;

Properce, Elégies, IV, 6). D’ailleurs, sur les plaques en terre cuite qui ornaient le temple

du Palatin, on pouvait voir représentés Apollon et Héraclès en train de lutter pour le

tripode, scène dont l’interprétation la plus courante reste la rivalité entre les deux

triumvirs, Antoine étant associé à Héraclès, César à Apollon (M.-J. Strazzulla, Il

Principato di Apollo, L’Erma di Bretschneider, Studia Archeologica 57, Roma, 1990, p.

17-22). C’est la raison pour laquelle nous pensons devoir conserver le texe des

manuscrits.

164 Certes, l’expression cwri ;ı katalovgou est inhabituelle, d’où la version de Candido :

exceptis qui ex ordine descripti fuerant, qui traduit en réalité : cwri ;ı

katalovgou . Mais le texte des manuscrits est compréhensible : les colons constituent une

force d’appoint irrégulière (« en marge de la liste des soldats enrôlés régulièrement »).

Gabba (p. 188) précise que ces colons sont « volontaires », en faisant un rapprochement

avec le § 414.

165 Cf. Casson, op. cit., p. 141-2 : « The earliest certain mention of liburnians is at the

Battle of Naulochus in 36 B.C., but there is no reason why they could not have been in

use long before. »

166 Bien que le sujet des deux participes présents soit semblable à celui du verbe

principal, on peut voir dans aJliskomevnwn – new~n un génitif absolu, l’usage grec étant

moins strict que l’usage latin sur ce point. C’est ainsi, semble-t-il, que Schweighäuser

construit la phrase, lui qui propose d’ajouter povllwn devant tw~n ou de corriger tw~n en

tinw~n : « comme de nombreux [ou comme certains] navires césariens étaient capturés

ou incendiés, certains (…) s’éloignaient ». Mais le texte des manuscrits peut

être conservé tel quel, à condition de donner une valeur aspectuelle d’effort aux

participes présents. Dans ce cas, le groupe aJliskomevnwn – new~n doit être pris non pas

comme un génitif absolu irrégulier, mais comme un simple génitif partitif : « parmi les

navires césariens que l’on cherchait à capturer ou à incendier, certains (…)

s’éloignaient ».

167 Cf. Casson, op. cit., p. 238 : « the ships, then, had two sets of sails, the short and the

regular ».

125


Le Livre V des Guerres Civiles

168 Cornificius n’attaque évidemment pas les Césariens (ejpiceivrei), mais les aide

(ejpikouvrei). La correction proposée par Schweighäuser s’impose. Elle est d’ailleurs

adoptée par J. Carter dans sa récente traduction. La faute commise dans l’ensemble des

manuscrits est sans doute une faute d’onciale remontant à l’archétype.

169 Nissen propose de lire Balarus au lieu d’Abala. Le port de Balarus est déjà

mentionné en BC, IV, § 361 : uJpocwrhvsaı ejı limevna pro ; tou~ poqmou~ Balarovn.

Dans ce passage du livre IV, Salvidienus, qui vient d’affronter Pompée dans un combat

naval autour du Scyllaeum (§ 360), va faire réparer ses navires au « port de Balarus

situé devant le détroit ». Dans le passage du livre V qui nous occupe, César, qui vient

d’être attaqué par Pompée à Tauromenium (§ 456), arrive dans un port situé près d’une

zone montagneuse et non loin de Leucopétra, où se trouve Messala (§ 467). Du point de

vue géographique, la conjecture de Nissen est donc bonne. Elle l’est aussi du point de

vue paléographique. Le A initial du nom proviendrait d’un dédoublement du N final de

l’article : TONBALARON > TONABALARON. La fin du nom s’expliquerait par une

confusion entre r et n, doublée d’une omission de la désinence –on abrégée, le mot étant

alors pris pour la transcription d’un nom latin masculin en —a : ajbalarovn > ajbalanovn

> ajbavlan (ou ajbalarovn > ajbavlar > ajbavlan).

170 Ce passage est signalé dans LSJ comme la seule occurrence de substantivation de

l’adjectif provplouı au masculin. Car cet adjectif est habituellement employé à propos

de navires et donc substantivé au féminin (§ 357, § 366 et 407). Considérant cet hapax

comme suspect, les éditeurs précédents ont proposé diverses corrections. S’appuyant

sans doute sur le § 427, où il est dit que « [César] envoyait trois légions à Stylis et à

l’extrémité du détroit (ejpi ; Stulivda kai ; porqmo ;n) observer la suite des événements »,

Mendelssohn propose de corriger en ejpi ; tou~ porqmou~. Mais comment expliquer le

passage de porqmou~ à provplou ? Supposant une faute sur le préfixe, Schweighäuser

propose pour sa part de corriger en ejpi ; tou~ paravplou (« trois légions chargées

d’effectuer la traversée »), ce qui pourrait convenir, puisque « César ordonna [à

Carrinas] de passer sur la rive opposée ». Mais pourquoi Appien aurait-il ajouté un

groupe prépositionnel qui n’apporte rien au sens ? Quitte à corriger le préfixe, on

pourrait penser à ejpi ; tou~ provsplou (« trois légions chargées d’attaquer par mer »).

Mais à ce moment du récit, César n’engage pas le combat, pas plus qu’aux paragraphes

suivants (§ 482 et 488). Il redoute d’ailleurs les combats sur mer (§ 489). En fait, le

préfixe pro- doit être conservé. Car si « César ordonna [à Carrinas] de passer sur la rive

opposée, où lui-même allait aussi se rendre par mer », cela signifie qu’il l’envoya en

avant-garde. A tout bien considérer, Appien a effectivement forgé le nom oJ provplouı,

en appliquant simplement ce qui existait déjà pour la plupart des composés de plou~ı,

comme oJ ajpovplouı, oJ diavplouı ou encore oJ ejpivplouı.

171 Cf. A. Aiello, « Il nuovo piano di attaco del triumvirato Ottaviano alla Sicilia dopo la

rotta di Tauromenio », Raccolta di Studi di Storia antica, I, Catane, 1893, p. 40-110 ;

« La spedizione di Ottaviano a Tauromenium e la via ritirita di Cornificio », Raccolta di

Studi di Storia antica, II, Catane, 1896, p. 181-264.

172 Si Appien souligne le comportement de Messala envers César, c’est pour donner au

lecteur un modèle de la « la vertu romaine ». Considérant que César et Messala ne

126


Le Livre V des Guerres Civiles

peuvent pas être mis sur le même plan d’un point de vue moral et que les Romains de

l’époque triumvirale ne sont plus ceux de du début de la République, Combes-Dounous

se refuse à parler de « la vertu romaine » et préfère traduire : « la vertu de quelques

Romains ». C’est là trahir la pensée de l’auteur pour qui les guerres civiles sont une

parenthèse malheureuse dans l’histoire romaine. Autrement dit, ce n’est pas Messala qui

faisait preuve d’une vertu exceptionnelle en sauvant César, mais bien plutôt César qui

avait manqué à la vertu ancestrale en proscrivant Messala. En témoigne la préface

générale de l’oeuvre où Appien vante les qualités des Romains (XI : … ajreth/~ kai ;

feroponiva/ kai ; talaipwriva/…).

173 Loin d’être redondante, l’expression uJpo ; tw~n yilw~n te kai ; kouvfwn indique soit

que les soldats n’avaient pas tout le lourd armement du légionnaire, comprenant armes

offensives et défensives, soit qu’ils étaient des fantassins « légers » et « allégés (de leurs

bagages) », d’où deux mots. On peut voir aussi dans le balancement te / kaiv un lien de

cause à conséquence : les soldats étaient « armés à la légère et (donc) légers à la

course ». Cf. C. Hamdoune (Les auxilia externa africains des armées romaines (III e s.

av.-IV e s. ap. J.-C., Montpellier, 1999, p. 66-67), qui décrit l’armement des fantassins

africains dans les armées d’époque républicaine.

174 En s’appuyant sur la traduction de Candido, Mendelssohn a proposé d’ajouter la

coordination kaiv entre les deux ethniques Novmadeı et Livbueı. Peut-être a-t-il été induit

en erreur par le balancement mevn / dev précédent. Appien oppose en effet les cavaliers,

qui opèrent sur terrain plat, et les fantassins, sur terrain accidenté. Or, les alliés africains

sont connus pour avoir fourni aux Romains des unités légères, plus précisément des

cavaliers, dans le cas des Numides (d’ailleurs évoqués au § 406), et des fantassins, dans

le cas « Libyens ». La distinction Novmadeı Livbueı pourrait donc renvoyer à cette

opposition. Mais les Numides ont fourni aux Romains à la fois des corps de cavalerie et

des unités d’infanterie. Cf. C. Hamdoune (op. cit., p. 66), qui cite un exemple de Tite-

Live et donne les références de plusieurs passages du Bellum Africum, où il est fait

mention de fantassins d’origine numide. Peut-être Mendelssohn a-t-il aussi été trompé

par les verbes coordonnés hjkovntizon et uJpevfeugon. Car la tactique ainsi décrite du tir à

distance et de la fuite est connue pour être celle des cavaliers numides. Voir C.

Hamdoune (op. cit., p. 78-93 ), qui dresse une typologie des interventions de cavaliers

africains dans l’armée romaine. Voir aussi A. K. Goldsworthy (The roman army at

war…, p. 228), qui dresse une typologie des combats opposant cavaliers et fantassins.

Mais les cavaliers numides ont pour autre caractéristique de mener une action combinée

et synchronisée avec les fantassins. Voir C. Hamdoune (op. cit., p. 67), qui cite

plusieurs exemples tirés du Bellum Africum, dont celui-ci : « des Numides, aidés par

une infanterie légère, merveilleusement rapide, combattant entre les rangs de la

cavalerie et entraînée à charger et à battre en retraite exactement en même temps que les

cavaliers. » (LXIX, 4 : Numidae leuisque armaturae mirabili uelocitate praediti, qui

inter equites pugnabant et una pariterque cum equitibus accurrere et refugere

consueuerant ). Voir aussi A. K. Goldsworthy (op. cit., p. 242), à propos des opérations

menées par César en Afrique : « the Numidian cavalry were very closely supported by

light infantry, a common Numidian tactic (Sall., Jug., 59). » Compte tenu des ces

différents éléments, l’ajout de la coordination kaiv voulu par Mendelssohn ne paraît pas

justifié. Reste à savoir où et comment Sextus Pompée avait recruté des troupes

127


Le Livre V des Guerres Civiles

africaines. Comme en Ibérie (§ 556), Sextus était apprécié en Afrique grâce au souvenir

laissé par Magnus. Dans le cadre des liens de clientèle, dit Hamdoune (op. cit., p. 59-

60), les Numides restent plutôt fidèles aux Pompéiens, les Maures aux Césariens. Ainsi,

raconte Appien (BC, IV, 54, § 234), « après la mort de César, […] Arabio n’arrêt[ait]

pas d’envoyer des hommes d’Afrique au plus jeune Pompée et les récupér[ait], une fois

exercés ». Certes, « malgré sa bienveillance à l’égard des Pompéiens », Arabio finit par

rejoindre Sextius (ibid.). Mais la précision qu’Appien juge bon d’ajouter à travers la

concessive donne à penser que le recrutement a pu continuer même après le ralliement

d’Arabio à Sextius.

175 La variante katiou~san donnée par B et J est erronée. En effet, au lieu du féminin, on

attend le masculin katiovnta, comme l’a bien vu Schweighäuser. Cette faute est

comparable à celle commise plus loin dans le manuscrit P (§ 501 : katidovnteı au lieu

de katidou~sai). Elle provient sans doute de l’incompréhension d’un copiste, qui aurait

accordé le participe avec le relatif h{n plutôt qu’avec le nom rJuvaka. Quant à la variante

oi{an te ou\san donnée par L et P, elle est dénuée de sens, mais relativement facile à

expliquer. En effet, la présence de te ou\san quelques lignes plus bas ressemble à la fin

en -tiou~san du participe et pourrait avoir engendré un lapsus calami. Mais d’où peut

venir le relatif oi{an ? Lorsqu’ils décrivent des phénomènes naturels, tels que les

éruptions volcaniques, les auteurs ont volontiers recours à des comparaisons. D’ailleurs,

les coulées de lave sont souvent comparées aux vagues, aux fleuves voire à la mer.

C’est le cas dans le poème intitulé l’Etna, lorsque le poète évoque la lave « qui enfin

commence à s’avancer sous l’aspect d’un doux fleuve et laisse d’abord ses ondes

descendre le long des flancs » (v. 485-6 : …fluminis in speciem mitis

procedere tandem / incipit ac primis demittit collibus undas »). Il ne serait donc pas

surprenant de trouver une semblable comparaison chez Appien. Le contexte s’y prête.

Car la coulée de lave descend « jusqu’à la mer », ce qui est le propre d’un fleuve. Et le

verbe ejpikluvzw, qui signifie « inonder », s’applique souvent à des fleuves. Appien

l’emploie uniquement dans ce passage, où il l’oppose au verbe sbevnnumi, qui signifie

« assécher ». A en juger par cet oxymore, l’auteur veut souligner tout le paradoxe de

l’éruption et conférer ainsi un caractère presque surnaturel au phénomène : la lave

abreuve autant le sol qu’elle ne l’assèche. Or, cette image d’un fleuve de feu descendant

de l’Etna n’est pas sans rappeler celui qui coule aux Enfers : le Phlégéthon. D’ailleurs,

la comparaison figure déjà dans les Guerres Puniques de Silius Italicus, où l’Etna

soulève un « torrent de flammes qui déborde, comme s’il prenait sa source dans les eaux

noires du Phlégéthon » (XIV, 61-2 : …fonte e Phlegethonis ut atro / flammarum

exundat torrens…). Aussi peut-on proposer la correction oi\a Flegevqonta katiovnta.

L’omission du comparant s’expliquerait par l’homéotéleute –onta, et cette omission

aurait été le point de départ des erreurs décrites précédemment.

176 Que faire du pronom auJtw~n (ou aujtw~n) donné par l’ensemble des manuscrits ?

Schweighäuser veut le corriger en auJtouvı. Mendelssohn propose de le supprimer. Et

pour cause, le verbe ajnafevrw au sens de « se remettre » peut s’employer absolument et

ne nécessite pas d’être complété par un pronom à l’accusatif, encore moins au génitif.

Cela dit, d’autres conjectures peuvent être formulées. On peut conserver auJtw~n et

indiquer une lacune, en supposant une expression du type au\qiı auJtw~n ejgkratei~ı

(« de nouveau maîtres d’eux-mêmes »), puisque les soldats étaient juste avant « envahis

128


Le Livre V des Guerres Civiles

par un total encouragement » (le verbe katei~cen indiquant bien qu’ils ne se dominaient

plus). On peut au contraire corriger auJtw~n en aujtw/~. Ce datif indiquerait la cause du

soulagement éprouvé par les soldats de Cornificius. Une telle construction se rencontre

chez Hérodote (III, 22) : tw/~ povmati ajnevferon (« ils se remontaient grâce à cette

boisson »). Elle se rencontre chez Appien lui-même (BC, IV, CXXVIII, 535) : tai~ı te

oJrmai~ı ajnevferon (« [les généraux] remotivaient [les soldats] par leur ardeur »). Mais

ici, le pronom aujtw/~ renverrait à la venue de Laronius, ce qui serait inutilement

redondant. On peut voir dans auJtw~n une déformation de dunatoiv. Car le nom dunavmiı

et le participe dunavmenoi apparaissent à plusieurs reprises dans les lignes précédentes (§

476-7). En faisant porter l’adverbe au\qiı sur dunatoiv, on comprendrait qu’à l’arrivée de

Laronius, les soldats de Cornificius avaient « retrouvé leur force ». La confusion

inititale DU / AU serait un bel exemple de faute d’onciale, la suite resterait néanmoins à

expliquer. En revanche, si l’on pose la séquence AUQISAUTWNWS, on voit apparaître

la forme suntovnwı. Cet adverbe est bien attesté chez Appien. L’adjectif correspondant

est d’ailleurs employé au § 581 pour qualifier la course soutenue des généraux

antoniens qui poursuivent Pompée. La leçon fautive des manuscrits peut provenir d’une

haplographie : ajnevferon au \qiı suntovn wJı.

177 Le public cultivé côtoyait assez l’Odyssée pour identifier l’épisode évoqué par

Appien, sans que celui-ci eût besoin de rentrer dans les détails. Mais Combes-Dounous

tient à rappeler l’incident survenu, ce qui l’amène à surtraduire. Il parle en effet de la

ville où « les compagnons d’Ulysse volèrent les bœufs du Soleil », alors qu’Appien

parle seulement de la ville où « se trouvaient les bœufs du Soleil ».

178 Le participe hJsqeivı donné par l’ensemble des manuscrits n’a évidemment pas de

sens ici. Dans sa traduction, J. Carter adopte la conjecture signalée sur le mode

interrogatif par Viereck (dhcqeivı traduit par « was stung »). Mais cela ne paraît pas plus

satisfaisant que les nombreuses autres corrections proposées. On peut supposer une

lacune après le participe hJsqeivı. Mais Pompée a-t-il vraiment lieu de se réjouir de

quelque chose ? On peut tenter de corriger le texte, en s’appuyant sur le récit de Dion

Cassius (49, 7, 4-5). Selon lui, c’est Agrippa (et non César) qui s’empara de Myles

(comme de Tyndaris), et s’il put le faire, c’est parce que Pompée avait trouvé refuge à

Messine. Car celui-ci, « croyant » (oijhqeivı) qu’Agrippa allait débarquer à Myles, avait

pris peur et s’était retiré. Comme on peut le voir, Dion Cassius donne ici une version

des faits différente, si bien que son récit ne permet pas d’éclaircir celui d’Appien, à

moins que le participe hJsqeivı soit une forme corrompue de oijhqeivı : après avoir

« pensé » à tort qu’Agrippa voulait attaquer le cap de Pélorias (§ 484 : nomisqevntoı),

Pompée se serait « imaginé » autre chose encore. Dans ce cas, il faudrait indiquer une

lacune après oijhqeivı. Plus loin (49, 8, 5), Dion Cassius dit que Pompée « avait des

forces bien inférieures à celles [de César et d’Agrippa] », qui avaient respectivement

déployé leurs forces terrestres et navales. Le participe hJsqeivı serait-il une forme

corrompue de hJsshqeivı (non pas au sens de « vaincu » mais de « plus faible ») ? Dans

ce cas, il faudrait encore indiquer une lacune après hJsshqeivı. Mais n’est-il pas plus

simple de corriger hJsqeivı en h[/sqeto ? Le verbe se construirait avec le participe

ajfh/rhvmenoı et serait sur le même plan que ejkavlei (auquel il serait coordonné par kaiv) :

« il prit conscience qu’il avait été dépossédé… et fit venir ». La faute remonterait à

l’onciale et viendrait d’une confusion entre T et I, d’une part, entre C (sigma lunaire) et

129


Le Livre V des Guerres Civiles

O, d’autre part. C’est ainsi que Candido interprète le texte, puisqu’il traduit Candido :

angusta illa intercepta audiens.

179 Le nom sevlaı se décline normalement sur le modèle des neutres contractes en -aı

type krevaı, qui fait au génitif krevwı. Ainsi s’explique la variante sevla donnée par B et

J. Mais parallèlement à cette flexion, on rencontre le nom sevlaı décliné sur le modèle

des neutres à liquide type sw~ma, qui fait au génitif swvmatoı. Dans le récit de la tempête

essuyée par les Argonautes, le mythographe Conon emploie en effet la forme sevlatoı

(49, 2). De là vient la variante sevlata donnée par L et P. Si dès l’époque augustéenne

(celle de Conon), la flexion ancienne était déjà supplantée par une autre, plus aisée, elle

l’était à plus forte raison à l’époque antonine (celle d’Appien). Cela nous amène à

préférer sevlata (LP) à sevla (BJ), cette dernière forme n’étant probablement qu’une

réfection de grammairien puriste.

180 Cette image des Germains apeurés tranche avec celle de bêtes redoutables donnée

d’eux dans le livre Celtique (I, 3). Sans doute Appien veut-il souligner le caractère

surnaturel de l’éruption de l’Etna en montrant combien le phénomène impressionnait

jusqu’aux plus coriaces. Sur cette question, cf. F. J. Gómez Espelosín, « La imagen del

barbaro en Apiano : la adaptabilidad de un modelo retórico », Habis 24, 1993, p. 105-

124.

181 La forme eujnevwn donnée par B et J est un adjectif dérivé du nom nevwı. Le mot se

rencontre chez le seul Maxime de Tyr à propos de la mer « dominée par les navires » de

Polycrate (V, 5). Or, il n’est pas question ici de « navires » mais de « lits ». La forme

eujnivwn conservée par L et P est un synonyme du nom eujnhv. Le mot est attesté non

seulement dans ce passage d’Appien, mais dans une citation anonyme de la Souda

(3588), dont le début est d’ailleurs très proche de notre texte : oiJ me ;n ejk tw~n eujnivwn

ajnephvdwn, oiJ de ; wJplivzonto ajmelw~ı (« les uns sautaient de leur lit, les autres

s’armaient sans soin »). Il s’agit évidemment d’une armée ou d’une garnison attaquée

par surprise : les hommes sautent du lit et n’ont pas le temps d’attacher soigneusement

toutes les pièces de leur équipement. Cette citation est sans aucun doute tirée d’un

historien, et il n’est pas exclu qu’il s’agisse d’Appien, les rédacteurs de la Souda ayant

utilisé les Extraits Constantiniens, qui couvraient les neuf premiers livres de l’Histoire

Romaine.

182 Les manuscrits donnent tous le même texte inintelligible : th ;n Palaisthnw~n gh~n

(« la terre des Palestiniens »). Supposant une mauvaise coupure de mot puis une

haplographie, nous avons proposé de corriger par th ;n pavlai Laistrugovnwn gh~n (« la

terre ayant autrefois appartenu aux Lestrygons »). Cette correction se justifie du point de

vue littéraire, puisque Appien fait explicitement référence à l’Odyssée dans le chapitre

précédent (§ 484). Elle se justifie du point de vue géographique, puisque les terres des

Lestrygons, identifiées comme étant les plaines de Léontini, se situaient en dessous de

l’Etna, dont vient justement César (§ 486). Elle se justifie enfin du point de vue

historique et stratégique : César et Lépide étaient occupés à faire provision de blé dans

des plaines connues pour leur richesse céréalière. Pour plus de détails, voir M. Etienne,

« César et Lépide au pays des Lestrygons : à propos d’un passage corrompu du

130


Le Livre V des Guerres Civiles

cinquième livre des Guerres Civiles d’Appien d’Alexandrie », REG 119, 2006, p. 552-

567.

183 Cf. E. Gabba, « Sesto Pompeo a Nauloco », RCCM 19, 1977, p. 389-392. Chez Dion

Cassius (49, 8, 4-6), c’est César qui a l’initiative de la bataille, chez Appien, c’est

Pompée. Cela doit être mis en rapport « all’ antica prassi bellica romana (collegata alle

norme del ius fetiale, ma anche confrontabile con vetuste consuetudini e regole presenti

nel mondo greco), per cui, per dirla con Livio XLII, 47, 5, i Romani indicere prius

quam gerere solitos bella, denuntiare etiam interdum pugnam et locum finire, in quo

dimicaturi essent ». En respectant ainsi les principes de la guerre juste, Pompée se

mettait « in una posizione di superiorità morale, perché, qualunque fosse l’esito della

battaglia, egli appariva il rappresentante della tradizione romana ».

184 En complément de mevcri, P donne tou~de, là où L et BJ donnent deu~ro. Chez Appien,

qui emploie plus souvent mevcri comme conjonction que comme préposition, nous

trouvons déjà l’expression mevcri deu~ro en BC, II, XLVII, 194. Mais les mots deu~ro et

tou~de sont synonymes, lorsqu’il s’agit de désigner le moment présent, et l’on peut

hésiter entre P et L BJ. Chez Thucydide toutefois, si l’expression usuellement employée

est mevcri tou~de, celle qui lui est préférée en III, 64 est mevcri tou~ deu~ro (seule

occurrence). On peut se demander si Appien n’aurait pas voulu imiter Thucydide, ce qui

ne serait pas le seul exemple, auquel cas la variante de P s’expliquerait par un mauvaise

lecture d’un mevcri tou` de figurant dans son modèle.

185 Cf. Mardsen, op. cit., p. 172.

186 Cf. Casson, op. cit., p. 122.

187 L’adverbe oi|a (proposé par Musgrave) semble mieux convenir ici que o{sa (donné

par les manuscrits). Liés au balancement mevn / dev (« mécaniquement » /

« manuellement »), les exemples donnés par Appien sont plus destinés à montrer la

variété des projectiles que leur nombre. D’ailleurs, en onciale, la confusion I / C est tout

à fait banale.

188 Faisant peut-être un rapprochement avec les § 361-2, Mendelssohn propose de

corriger polevmw/ en povnw/ (et d’ajouter te). Mais cette correction n’est pas nécessaire

dans la mesure où povlemoı a le double sens de « guerre » et de « combat ». Bien plus,

ne trahirait-elle pas la pensée de l’auteur ? Car il n’est pas impossible qu’Appien ait

volontairement choisi le nom povlemoı pour montrer que « l’incapacité de se

reconnaître » (ajgnwsiva) n’était pas une caractéristique de ce combat en particulier mais

une réalité de la guerre civile en général. Ce thème de l’indistinction revient en effet de

manière récurrente dans le livre V : les soldats ne se distinguent plus à cause de la nuit

(§ 378) ou de l’éloignement (§ 479), parce qu’ils portent les mêmes armes et parlent la

même langue (§ 497). Visiblement plus gêné par l’alliance d’un mot abstrait (polevmw/)

et d’un mot concret (qalavssh/), Schweighäuser considère l’expression wJı ejn polevmw/

kaiv comme suspecte. Mais peut-être s’agit-il là encore d’un effet de style voulu par

Appien : pour traduire la confusion régnante, il aurait recours à un zeugma.

131


Le Livre V des Guerres Civiles

189 A rapprocher du § 375 : lors de la tempête, ceux qui sont sur le rivage appellent ceux

qui sont en mer. Ici, le contexte a beau ne pas être celui d’une tempête, mais celui d’une

bataille, il est peu vraisemblable que les hommes à terre gardent le « silence » (variante

donnée par le manuscrit P), même pour entendre les cris des hommes en mer. Le

participe periskopou~nteı montre plutôt qu’ils observent avec « attention » (variante

donnée par les autres manuscrits). D’ailleurs, la variante de P peut provenir d’une

confusion p / i, doublée d’une mélecture de la diphtongue abrégée ou, prise à tort pour

g, d’où : spoudh~ı > *sigdh~ı > sigh~ı.

190 Cf. Casson, op. cit., p. 122.

191 Cf. L. Hayne, « The defeat of Lepidus in 36 B. C. », AClass. 17, 1974, p. 59-65.

192 Encore une fois, Combes-Dounous ajoute un commentaire dans la traduction en

précisant que les navires de César restaient au large « au lieu d’entrer dans le port de

Messine ».

193 Faut-il ajouter ou non un article devant le nom skhnavı ? Si nous conservons le texte

tel quel, on comprend que « des tentes » étaient démontées, c’est-à-dire une partie

d’entre elles. Et de fait, à ce moment du récit, Lépide n’est pas encore abandonné de

tous. Par conséquent, si l’on ajoute un article, on doit lui donner une valeur possessive

ou distributive : de même que les soldats de Pompée remettaient « leurs enseignes »

(propres à leur unité), de même d’autres démontaient « leurs tentes » (communes à

plusieurs hommes regroupés par unité), et non « les tentes » (ce qui laisserait entendre

qu’elles sont toutes démontées). L’article indiquerait que les soldats n’abandonnaient

pas Lépide individuellement ou massivement, mais unité par unité. Dans les deux cas, le

récit d’Appien confirme celui de Dion Cassius, qui dit : « Craignant d’être capturés, [les

soldats de Lépide] ne se soulevèrent nullement dans un mouvement général (koinh/~ me ;n

oujde ;n), par respect pour Lépide, mais séparément, par petits groupes, chacun pour soi

(ijdiva/ de ; kat j ojlivgouı wJı e{kastoi), ils le quittèrent et passèrent dans l’autre camp »

(49, 12, 3).

194 Le balancement oujk / ajllav est quelque peu abrupt, le sujet du second membre,

différent de celui du premier, devant être déduit de la phrase précédente. C’est encore

un exemple de brachylogie.

195 Aux soldats de Lépide qui rejoignirent aussitôt César, Combes-Dounous oppose les

transfuges de « la nuit précédente », ce qui l’oblige à inverser le balancement mevn / dev,

aboutissant à une traduction aussi éloignée qu’erronée. Schweighäuser faussait moins le

sens en évoquant les transfuges de « la nuit suivante » (nocte insequenti). Mais le texte

grec donne nuktovı et signifie simplement « de nuit ».

196 A rapprocher du § 261 : oujk e[sti tw~n ajndrofovnwn. Pompée ne compte pas parmi

les meurtriers de Jules César, pas plus qu’Ahenobarbus. Le présent givgnoito (donnée

par tous les manuscrits) montre que c’est une vérité indubitable. L’idée d’antériorité est

tout à fait secondaire, ce qui rend inutile la correction par l’aoriste gevnoito introduite

par Viereck.

132


Le Livre V des Guerres Civiles

197 La subordonnée concessive kaivper o[n a[peiron n’est pas claire. César aurait

renvoyé « les navires de transport, quoique leur nombre fût incalculable ». Ne les a-t-il

pas plutôt renvoyé « parce que leur nombre était incalculable » ? Partant de cette idée,

soit nous supprimons kaivper o[n (Mendelssohn veut supprimer uniquement kaivper), en

considérant que l’expression résulte d’une dittographie doublée d’une mélecture de

l’adjectif a[peiron (attribut avec participe sous-entendu), d’où : a[peiron > *ai[peron

a[peiron > kaivper o[n a[peiron. Soit nous corrigeons kaivper en kaqavper, une

confusion similaire étant suspectée chez Dion Cassius (37, 54) dans LSJ s. u. kaqav. La

seconde hypothèse paraît la plus plausible.

198 Selon Dion Cassius (49, 12, 4), parmi « ceux qui avaient pris le parti de Sextus, les

chevaliers et les sénateurs furent punis sauf un petit nombre et, parmi les militaires en

exercices, les hommes libres furent enrôlés dans l’armée de César ».

199 Mendelssohn veut supprimer la répétition de zhvlou. Mais c’est là un trait récurrent

du style d’Appien. Au § 377, il répète le nom gh~ı pour montrer que les marins étaient

prisonniers de Charybde. Ici, l’auteur veut sans doute souligner l’hybris de César.

Zerdik avait très justement rapproché ce passage du début du fragment 19 du Livre

Macédonien, où l’on peut lire : Pauvlw/ ejp j eujtucivaı tosh~sde genomevnw/ to ;

daimovnion ejfqovnhse th~ı eujtucivaı.

200 Cf. G. Mundubeltz, « Octavien et son armée au lendemain de la guerre de Sicile »,

Athenaeum 88, 2000, p. 166-201.

201 Pour désigner le « service militaire », on emploie le nom strateiva aussi bien au

singulier qu’au pluriel (cf. LSJ). Appien choisit généralement le singulier (§ 13, 307,

528 et 536), sauf dans ce passage, d’où la correction proposée par Mendelssohn. Peutêtre

le pluriel s’explique-t-il par l’expression ajna ; mevrh qui précède : chaque unité

demande à être libérée des fonctions particulières qu’elle remplit. Plus

vraisemblablement, ce pluriel englobe l’activité militaire présente et future : les soldats

demandent non seulement à être démobilisés mais à ne plus être mobilisés. Cela

rejoindrait le récit de Dion Cassius (49, 13, 3), qui explique en ces termes le chantage

exercé sur César par les soldats : « ils demandèrent à être au moins licenciés (…), non

pas parce qu’ils voulaient être débarassés du service militaire (la plupart d’entre eux

étaient en effet dans la force de l’âge), mais parce qu’ils pressentaient la guerre qui

aurait lieu entre Antoine et lui et pour cette rauson faisaient monter leurs prix, car ce

qu’ils n’obtenaient pas en le demandant, ils s’attendaient à le recevoir en menaçant de le

quitter ».

202 Viereck propose de corriger la temporelle o{te mhdeni ; metanohvsei par la

consécutive wJı mhdeni ; [mhdena ; ?] metanohvsein. Il semble d’ailleurs suivi par J.

Carter qui traduit : « so that none of them changed his mind ». Certes, César renvoya de

Sicile les soldats congédiés « de peur qu’ils n’en corrompent d’autres » (§ 534). Cela

pourrait justifier une consécutive exprimant la crainte éprouvée par César à l’idée d’un

revirement de la part des soldats restants. Mais tout l’épisode des mutineries repose sur

la question du « quand », César faisant des promesses, tandis que les soldats réclament

133


Le Livre V des Guerres Civiles

des actes. Aussi la temporelle se justifie-t-elle mieux que la consécutive. D’ailleurs, elle

développe l’adverbe tacevwı qui la précède immédiatement et s’oppose à nu~n qui suit.

En cela, le § 536 reprend le § 530, où sont opposés le « moment venu » (ejn kairw/~ ) et

le moment présent (nu~n). Il faut alors comprendre que César « n’aur[a] plus à se

repentir » de licencier ses soldats, une fois menées les guerres « contre les Illyriens et

contres d’autres peuples barbares ». Si Viereck a voulu corriger la subordonnée, c’est

sans doute en raison de sa construction inhabituelle. Car pour évoquer un fait futur dans

une subordonnée temporelle, l’usage est d’employer la conjonction de temps

accompagnée de la particule a[n et suivie du subjonctif (avec la négation mhv le cas

échéant). Ici, César se projette bien dans le futur en promettant aux soldats un congé

imminent, « lorsqu’il n’aurait plus à se repentir de rien ». Pourtant, les manuscrits

donnent o{te mhdeni ; metanohvsei, c’est-à-dire une conjonction sans a[n suivie de

l’indicatif futur. Ce problème se pose déjà de manière un peu différente au § 529. César

promet en effet aux mutins de leur offrir des récompenses « lorsque [Antoine]

arriverait ». Là, les manuscrits donnent o{te kajkei~noı ajfivkhtai, c’est-à-dire une

conjonction sans a[n suivie du subjonctif aoriste. Isidore qui avait senti le problème

corrige o{te en o{tan supra lineam. Mais plutôt que de voir dans ces deux exemples une

faute grammaticale de l’auteur ou une erreur de copiste, peut-être faut-il prendre acte

d’un flottement dans la syntaxe des temporelles, qui apparaît dès l’époque classique.

Car Bizos (p. 185) signale l’emploi de la conjonction e{wı sans a[n suivie de l’indicatif

futur chez Xénophon (Cyr., 7, 5, 39), ce que certains éditeurs ont jugé bon de corriger.

Cette construction comparable à celle d’Appien (§ 536) s’explique sans doute par une

analogie avec le système conditionnel. Car pour exprimer un fait futur dans une

subordonnée hypothétique, l’usage est d’employer la conjonction e[an suivie du

subjonctif ou bien eiJ et l’indicatif futur. L’analogie elle-même tiendrait au fait que les

subordonnées introduites par eij peuvent avoir une valeur temporelle. C’est le cas au §

548, où César promet au peuple de rétablir les institutions républicaines, « lorsque

Antoine serait revenu de chez les Parthes » (eij paragevnoito ejk Parquaivwn

jAntwvnioı, le discours indirect au passé justifiant l’emploi de l’optatif oblique).

Concernant l’autre construction (celle du § 529), Bizos cite plusieurs références où

Thucydide fait suivre les conjonctions mevcri et mecvri ou| du subjonctif sans a[n

(notamment 1, 137, 2). Le passage d’Appien n’est donc pas un cas isolé et la

subordonnée temporelle doit être laissée en l’état. Pour ce qui est du verbe metanow~, on

le trouve construit avec le datif chez Plutarque, mais Appien semble lui préférer le

génitif précédé d’une préposition (§ 66). Soit nous conservons le pronom mhdevni, en

considérant que l’auteur varie les constructions, soit nous le corrigeons en mhd j e[ti,

sans bouleverser le sens de la phrase. Ce ne serait pas le premier exemple de faute

portant sur les négations : au § 38, le copiste du manuscrit L écrit oujde[ti en un seul mot,

voulant sans doute corriger la forme fautive oujd j e[ti qu’il a commencé à tracer en la

forme correcte oujdev ti donnée par les autres manuscrits.

203 Quoique courant, le nom eujqumiva n’est employé par Appien nulle part ailleurs. Aussi

faut-il se demander si la forme n’est pas corrompue. Rappelons le contexte. D’une part,

César vient de rendre compte de sa politique (§ 539), ce que confirme Dion Cassius (49,

15, 3). D’autre part, il va charger Sabinius de redresser la situation (§ 547-8). On

pourrait donc penser à corriger eujqumiva en eu[quna, nom bien attesté chez Appien. Il

faudrait alors comprendre que César « déclara paix et transparence » ou qu’il « annonça

134


Le Livre V des Guerres Civiles

paix et reddition de comptes ». Cela dit, le nom eu[quna se rencontre plutôt au pluriel et

son association au mot eijrhvnh n’est pas courante. Mendelssohn a proposé de corriger en

eujqhniva. D’après le contexte, cette correction se justifie tout à fait. Car la fin de la

guerre de Sicile marque aussi la fin de la famine en Italie, ce à quoi s’ajoutent les

exonérations accordées par César. En outre, après la conquête de l’Egypte et dans la

nouvelle province uniquement, Eujqhniva est une allégorie divinisée correspondant à

l’Abundantia et à l’Annona romaines (LIMC, IV, 1, 1988, s. u. Euthenia, p. 120-4). Bien

plus, une monnaie frappée sous Trajan porte l’inscription : EUQHNIA KAI EIRHN[H].

Il ne serait donc pas surprenant qu’Appien, qui était originaire d’Alexandrie et qui vécut

à l’époque antonine, associe ici la prospérité à la paix. Enfin, nous serions tentés de citer

Orose à l’appui de cette conjecture. Celui-ci raconte que dans la période où César rentra

à Rome, « une source d’huile jaillit de terre depuis une auberge située au-delà du Tibre,

et coula pendant toute la journée en un très large flot. » (6, 18, 34). Or, l’olivier, attribut

de Minerve (Athéna), est symbole de paix et de prospérité. Mais ce serait donner une

interprétation païenne à ce prodige, dans lequel l’auteur chrétien voit au contraire

l’annonce de la naissance du Christ (6, 20, 6).

204 Après la guerre de Sicile, César fit arrêter les esclaves, puis il « les rendit à leurs

maîtres romains et italiens ou aux héritiers de ces derniers ». La répétition du pronom

aujtw~n est suspecte en ce qu’elle renvoie à deux groupes de personnes différents au sein

de la même phrase, aux esclaves d’abord, aux maîtres ensuite. Or, si le second aujtw~n

est nécessaire à la compréhension, le premier ne l’est pas, puisque l’article toi~ı

précédant le nom despovtaiı suffit à exprimer la possession et renvoie clairement aux

esclaves. Cela donne à penser que le premier aujtw~n n’est que la forme corrompue d’un

ancien article tw~n s’accordant à JRwmaivwn et à jItalw~n. La faute peut s’expliquer par la

présence du pronom aujtw~n à la ligne suivante.

205 Au lieu de corriger le texte, Combes-Dounous ajoute la conjecture de Schweighäuser

et traduit : « Rome, l’Italie et la Sicile étaient en proie à des bandes de brigands ». Mais

Appien fait probablement référence ici aux agitateurs qui sévissaient déjà à Rome

pendant la guerre de Sicile et contre lesquels César avait envoyé Mécène (§ 414 et 470).

En tout cas, si Dion Cassius évoque des troubles en Etrurie (49, 15, 1), il ne dit rien de

la Sicile.

206 D’après le texte, Sabinus « procéda à l’extermination des qui étaient

capturés, mais cependant, après une année révolue, il avait tout ramené à une paix telle

que l’on n’avait plus de précaution à prendre ». Plusieurs corrections ont été proposées

pour la particule adversative o{mwı, et pour cause : le rapport d’opposition n’est pas

évident entre le premier et le second membre de la phrase. Il apparaît plus clairement si

l’on observe le balancement mevn / dev et si l’on identifie ainsi le mot sur lequel porte

o{mwı : Appien oppose polu ;n me ;n fqovron et ejniautw/~ d j o{mwı, c’est-à-dire la grande

envergure de l’entreprise et la courte durée de la réalisation. Le rapport d’opposition est

donc d’ordre quantitatif : Sabinus a fait beaucoup en peu de temps, ce qui explique que

César soit « admiré pour ce redressement de situation si rapide et inattendu » (§ 548).

Le texte ne nécessite donc pas d’être corrigé. En revanche, pour clarifier cette phrase

concise, il convient d’adapter la traduction.

135


Le Livre V des Guerres Civiles

207 Cf. R. E. A. Palmer., « Octavian’s first attempt to restore the constitution (36 B.

C.) », Athenaeum 56, 1978, p. 315-328.

208 Gabba (p. 222), qui s’interroge sur le sens du verbe ejdivdasken, rejette la traduction

« donnait des instructions », et il traduit lui-même par « chargeait (de) ». Mais on peut

penser qu’au lendemain de l’élimination de Lépide, Antoine avait donné à Bibulus des

indications précises sur les propos à tenir à César, s’il voulait éviter l’incident

diplomatique.

209 Appien fait ici une confusion entre la mère et la belle-mère de Sextus. Ce n’est pas

Mucia, mais Cornélie, la dernière épouse de Magnus, qui accompagnait le jeune Sextus

à Mitylène. Plutarque le confirme (Pomp., 74, 1). Voir aussi Dion Cassius, 42, 2, 3-4 et

Velleius Paterculus, II, 53, 2. Appien lui-même mentionne Cornélie dans un livre

précédent (BC, II, LXXXIII, 349).

210 A rapprocher de Syr., 33 (meizovnwı + metevferon) ou Mithr., 81 (meizovnwı + to ;

suvmban) La conjecture de Mendelssohn est à retenir.

211 Si l’on suit le texte, Pompée « employ[a] encore tout son art » en négociant

parallèlement avec Antoine et avec les Parthes. Pourtant, dans le livre V, le verbe

tecnavzw n’est jamais employé à propos de Pompée, la ruse étant plutôt caractéristique

de César. L’adverbe e[ti n’est donc pas clair. Appien doit faire implicitement référence

au meurtre de Murcus, dont Pompée fit accuser des esclaves à sa place (§ 295). Cela

illustre à nouveau le style elliptique de l’auteur.

212 L’expression diapresbeuveto pro ;ı aujto ;n, ejpitrevpwn ejkeivnw/ pose problème. En

effet, si le pronom réfléchi complément du verbe ejpitrevpw est généralement sousentendu

(cf. LSJ), Appien préfère toujours l’exprimer (§ 169, 175, 188, 189, 551, 555,

563, 586-588, 591). Aussi Mendelssohn propose-t-il d’ajouter eJauto ;n. Mais la

répétition aujtovn / eJautovn (auJtovn) peut paraître suspecte, à moins de voir dans cette

répétition l’origine même de l’omission du pronom complément. Viereck propose,

quant à lui, de supprimer la préposition pro ;ı et de corriger le non-réfléchi en réfléchi.

Mais au groupe prépositionnel provı aujtovn répond pro ;ı tou ;ı eJkatevrwn dunavstaı,

à moins que la préposition pro ;ı ait justement été ajoutée au § 552 par analogie avec le

§ 553. En nous inspirant de la correction proposée par Schweighäuser au § 568, nous

proposons une autre solution qui aurait l’avantage de répondre aux difficultés posées par

les deux précédentes. Si nous ajoutons un accusatif complément de provı (susceptible

d’avoir été confondu avec auJtovn puis omis) et si nous corrigeons le non-réfléchi en

réfléchi, nous pouvons en effet restituer : diapresbeuveto pro ;ı < jAntwvnion>, auJto ;n

ejpitrevpwn ejkeivnw.

213 En complément du verbe d’espoir ejlipivsaı, L et P donnent devxasqai, là où B et J

donnent devxesqai. Les deux temps sont possibles, quoique l’infinitif aoriste sans a[n soit

assez rare dans la prose classique (Bizos, p. 137). D’ailleurs, dans le livre V, le verbe

ejlpivzw est presque toujours suivi de l’infinitif futur. La confusion entre les désinences

–esqai et –asqai est très fréquente dans les manuscrits d’Appien et la forme devxasqai

peut être considérée soit comme une faute de L et P, soit comme la forme correcte

136


Le Livre V des Guerres Civiles

corrigée abusivement par O. L’aoriste en tant qu’il indique l’aspect verbal pur

apporterait une nuance sémantique intéressante. Car il est question ici de Sextus

Pompée qui négociait avec les Parthes, en espérant que ceux-ci « s’empresseraient

d’accueillir un général romain et surtout un fils de Pompée le Grand ». Le futur indique

juste que Sextus se projette dans l’avenir. L’aoriste signifierait que Sextus espérait être

accueilli purement et simplement, c’est-à-dire accueilli sans réserve, comme si un tel

traitement lui était dû. Cela s’accorderait bien avec le contexte et surtout avec la

personnalité de Sextus, qui tirait une grande fierté de son nom et qui manifestait une

confiance excessive en lui-même.

214 Si nous retenons la périphrase h\n ejpestrammevnoı donnée par L et P, il faut ajouter

o{ı après Fouvrnioı. Comment expliquer l’omission de ce relatif dans l’ensemble des

manuscrits ? Tout simplement par une haplographie avec la désinence du nom qui

précède ou par la ressemblance avec la préposition qui suit. Comment expliquer par

ailleurs l’omission du verbe h\n dans B et J ? Ne pouvant plus construire la périphrase

après l’omission du relatif, un copiste a sans doute corrigé le texte en supprimant le

verbe conjugué pour conserver le seul participe.

215 Le participe prosdecomevnwn, de forme moyenne et de sens actif, se construit mal. A

en juger par le contexte, ce n’est pas un génitif attribut partitif lié au nom oiJ penovmenoi

mais un génitif absolu répondant à l’expression tovte me ;n de la phrase

précédente (« alors » / « en attendant »). Il n’y a pas de COD exprimé. L’emploi absolu

du verbe prosdevcomai n’est pourtant pas attesté, d’où la question : qu’attend-on ? Selon

toute vraisemblance, il s’agit de renforts, raison pour laquelle Geslen propose d’ajouter

ejpikourivan. Il n’y a pas non plus de sujet exprimé, d’où cette autre question : qui

attend ? Selon toute vraisemblance, il s’agit des généraux antoniens, mais cela n’est pas

dit clairement. Aussi serions-nous tentés d’indiquer une lacune ou de corriger le

participe. Car pour dire « attendre, compter sur », Appien emploie plutôt le verbe

prosdokw~ (§ 198, 259, 353, 400, 474 ou 479). Il l’emploie même à propos de l’attente

d’alliés (§ 355). Or, la confusion entre les deux verbes peut s’expliquer sans grande

difficulté, d’autant plus que le premier est étymologiquement un composé du second. Le

participe prosdokwmevnwn (de forme et de sens passifs) se construirait comme un génitif

absolu avec ellipse du sujet : « comme était attendu de Mysie… ».

216 Schweighäuser a proposé de corriger le relatif (oi{) en article (oiJ déterminant

penovmenoi). Viereck, au contraire, veut conserver le relatif. Mais si l’on fait de oi} –

nivkhı une proposition relative, un problème se pose, celui de la particule de ; après

iJppikou~, puisque celle-ci ne doit normalement pas établir de balancement entre une

principale et une subordonnée. Même si cette règle est enfreinte dans certains cas

particuliers, la conjecture de Schweighäuser semble plus pertinente que celle de

Viereck. Dans tous les cas, le sens de la phrase invite à poser une ponctuation forte

après nivkhı.

217 Bien que tous les manuscrits donnent le présent ejpitrevpei, les éditeurs ont corrigé

par l’imparfait ejpevtrepe. Sans doute étaient-ils gênés par le fait que les autres verbes

de la phrase sont à des temps secondaires. Mais le grec emploie fréquemment le présent

de narration et n’hésite pas à mêler différents temps dans une même phrase en

137


Le Livre V des Guerres Civiles

considération de leur valeur aspectuelle. En outre, le choix du présent plutôt que de

l’imparfait est tout à fait significatif dans ce passage où le comportement de Pompée

déconcerte ses amis et ses proches au point qu’ils passent dans le camp d’Antoine. Le

présent vient en effet souligner la totale inconséquence du personnage qui refusait de

négocier avec Titius, « qu’Antoine avait (pourtant bien) chargé de régler [son] sort ».

Aussi conservons-nous la leçon des manuscrits.

218 Au § 392, Appien précisait que César et Antoine s’étaient rencontrés de part et

d’autre du fleuve passant entre Métaponte et Tarente, c’est-à-dire au fleuve Taras. Ici, il

ne donne aucune indication permettant d’identifier le fleuve séparant Pompée et

Furnius. En suivant la progression de Pompée, dont les différentes étapes sont bien

détaillées par Appien, et en tenant compte de la précision donnée par Dion Cassius,

selon laquelle Pompée fut capturé à Midaeum (49, 18, 4), on peut néanmoins se

demander s’il ne s’agit pas du fleuve Sangarios.

219 Selon Dion Cassius (49, 18, 3), Pompée n’a pas négocié avec Furnius, mais avec

Titius, « sur qui il espérait pouvoir compter du fait des services qu’il lui avait rendus ».

220 Sur le nombre de cavaliers accompagnant Amyntas, le manuscrit P donne deux mille

cinq cents (discilivoiı kai ; pentakosivoiı), les manuscrits L, B et J seulement mille

cinq cents (dh ; cilivoiı…). Nous ne disposons pas d’autres informations permettant de

trancher avec certitude, mais nous préférons retenir le nombre de mille cinq cents. C’est

d’abord la variante donnée par la majorité des manuscrits. Ensuite, la particule dhv est

nécessaire à relier la phrase à la précédente. La confusion faite par le manuscrit P entre

DH et DIS remonterait à l’onciale.

221 La date de naissance de Sextus Pompée est une question épineuse. Voici ce qui

ressort de l’analyse lexicale : lors du conflit entre Jules César et Pompée le Grand (vers

49 av. J.-C.), Sextus était un pai~ı (§ 550) ; à la mort de son père (en 48), c’était un

newvteroı et à celle de son frère (en 45), un meiravkion (§ 596) ; en 43, c’était un

adulescens (Vell., II, 73) et en 36, un iuuenis (Flor., II, 18). Si l’on s’en tient aux usages

dénominatifs grec et latin, on en arrive à la conclusion que Sextus Pompée est né vers

66 av. J.-C. (date avancée par Hitze et privilégiée par Gabba). Dans ce cas, à sa mort (en

35), il n’était pas âgé d’une quarantaine, mais d’une trentaine d’années. La version

divergente du § 598 serait imputable soit à un copiste qui aurait commis une erreur de

préfixe (tria- / tessara-), soit à Appien lui-même qui aurait confondu Sextus et son

frère Gnaeus. Sur cette question, voir Gabba (p. 236-7).

222 Ce passage a donné lieu à diverses modifications. Viereck choisit pour sa part de

supprimer le groupe kai ; nomivzousi. Pourtant, si Appien avait voulu dire « certains

disent que ce n’est pas Antoine mais Plancus qui en donna l’ordre », n’aurait-il pas

employé un simple balancement ouj / ajllav au lieu de compliquer ainsi la phrase ?

D’ailleurs, la tournure initiale eijsi ; d j oiJ (que l’on peut facilement corriger en eijsi ; d j

oi{) appelle un verbe conjugué. Si l’on conserve le groupe kai ; nomivzousi, on

comprend : « certains, niant le fait qu’Antoine en ait donné l’ordre, pensent même que

c’est Plancus


Le Livre V des Guerres Civiles

(Plancus), alors qu’au paragraphe précédent, seuls deux coupables potentiels sont

opposés dans un balancement ei[te / ei[te (Titius et Antoine). L’infinitif ejpistei~lai se

construirait avec le participe levgonteı et serait sous-entendu avec le verbe nomivzousi,

l’ordre des mots permettant d’éviter la répétition au profit de l’ellipse.

223 Selon Dion Cassius (49, 18,4-5, texte lacunaire), Antoine aurait envoyé une première

lettre ordonnant l’exécution de Pompée, puis une seconde annulant la première, mais

elles seraient parvenues dans l’ordre inverse…

224 Tous les manuscrits donnent didw~. La correction aijdw~ proposée par Mendelssohn se

justifie d’abord du point de vue paléographique : la confusion A / D est récurrente en

onciale. Elle trouve ensuite une justification contextuelle, si l’on établit un

rapprochement avec la Préface des Guerres Civiles (BC, I, 1, § 1). Appien y oppose en

effet les combats physiques, d’un côté, les querelles en règle, de l’autre, et il explique

que les querelles s’arrangeaient grâce aux concessions que l’on se faisait « avec une

grande retenue » (meta ; pollh~ı aijdou~ı). Or, il est bien question de cela ici : durant la

période couverte par le livre V, César et Antoine ont cherché à éviter la confrontation

directe et se sont ménagés, en faisant des compromis mutuels (accords de Brindes et de

Tarente). Dans tous les manuscrits, ce nom aijdw~ se trouve qualifié par l’adjectif aijtivan

(« cause de »). Si l’on choisit de conserver le texte, on doit indiquer une lacune,

l’adjectif aijtivan appelant un complément au génitif (construction que l’on rencontre au

§ 136). Mais il en résulterait une phrase décousue. Si l’on décide au contraire de

corriger le texte, on peut penser à des adjectifs comme ajrtivan (« parfait »), ajgrivan

(« sauvage »), aJgivan (« sacré ») ou encore ajpivan (« lointain »). Mais aucun d’entre eux

ne fait sens dans le passage. Viereck propose pour sa part aijsivan (« propice, de bon

augure »). Mais cet adjectif ne s’accorde pas avec l’atmosphère qu’Appien veut créer

tout au long du livre. L’auteur s’est en effet employé à montrer que l’entente entre César

et Antoine était fragile, que leur affrontement était inévitable et qu’ils en avaient l’un et

l’autre conscience, d’où leurs palinodies. Viendrait-il donc parler d’un « respect de bon

augure » alors que l’on approche de la confrontation finale ? Non, à moins de faire un

trait d’ironie. Cela nous amène à envisager une autre piste, celle de l’adverbe enclavé.

En effet, si l’on suppose que la désinence -an de l’adjectif aijtivan est une dittographie

de l’initiale jAn- du nom jAntwnivou, on obtient une forme *aiti. La faute d’onciale

DIDW /AIDW de la ligne suivante nous oriente vers une corruption ancienne du passage.

Or, dans l’onciale, AITI peut recouvrir ARTI, par effacement de la boucle du R. Il

faudrait alors lire th ;n a[rti jAntwnivou kai ; Kaivsaroı ejı ajllhvlouı aijdw~. On

pourrait comprendre que les deux triumvirs se ménageaient « depuis peu ». Mais à quel

passé récent renverrait l’adverbe ? Les accords de Tarente sont déjà loin. Ceux de

Brindes, scellés par le mariage d’Antoine et d’Octavie, sur lequel pèserait la menace

d’une alliance entre Pompée et Cléopâtre, le sont encore plus. On pourrait aussi

comprendre que les deux triumvirs allaient se ménager « sous peu », Appien donnant

parfois ce sens à l’adverbe (Mithr., 69, 291). Or, après la mort de Sextus Pompée, les

deux triumvirs partirent chacun de leur côté, Antoine en Arménie, César en Illyrie. On

pourrait enfin comprendre que Plancus cherchait à préserver leur entente « du

moment ». Appien suggèrerait ainsi la précarité de leur relations, ce qui annoncerait la

suite et tiendrait le lecteur en haleine. Mais faute d’éléments supplémentaires, nous en

139


Le Livre V des Guerres Civiles

sommes réduits à des conjectures. Nous préférons donc signaler ce passage comme un

locus desperatus.

225 Ce passage n’est guère compréhensible. On peut tenter de construire tou~ crovnou

comme un génitif seul à valeur temporelle ou comme un complément de

proanagravyai. On peut aussi chercher dans le groupe ejpi ; jIlluriouvı le sujet du verbe

ejlhvfqhsan. Mais cela donne à la phrase un tour heurté, sans compter que le

raisonnement est difficile à suivre entre les deux e[doxe. Aussi avons-nous indiqué une

lacune.

140


PROSOPOGRAPHIE


Le Livre V des Guerres Civiles

PROSOPOGRAPHIE

Ne sont pas traités ici les triumvirs. Les autres personnages mentionnés dans le livre V

sont classés alphabétiquement en trois catégories : 1) les citoyens romains ; 2) les

affranchis ; 3) les rois, dynastes et dignitaires étrangers.

* * *

Romains et Romaines

L. Aemilius (§ 203)

Cf. Klebs, RE 1 1 (1893) s. u. Aemilius 15 , qui propose de l’identifier avec « L. Aemilius,

décurion de la cavalerie gauloise » (César, BG, I, 23, 2). Voir aussi Gabba, p. 81.

P. Aemilius (§ 8)

Cf. R. D. Weigel, « A note on P. Lepidus », CPh 73 (1978), p. 42-5. Le personnage

pourrait être identifié à partir d’une monnaie de bronze émise conjointement par P.

Lepidus et P. Licinius vers la fin de la République romaine à la fois en Crète et en

Cyrénaïque. Il s’agirait de Paullus Aemilius Lepidus, ancien lieutenant de Brutus. Voir

aussi Gabba, p. 6.

M. Aemilius Scaurus (§ 40)

Cf. Klebs, RE 1 1 (1893), 588-589, s. u. Aemilius 141 . Ce personnage avait été questeur de

Pompée le Grand à l’époque de la guerre contre Mithridate, et lui était uni par des liens

familiaux étroits. Pompée le Grand avait en effet épousé Aemilia, sœur de Scaurus, et

les deux hommes furent aussi les maris succesifs de Mucia, fille de Mucius Scaevola.

Voir aussi Gabba, p. 29.

M. Aemilius Scaurus (§ 593)

Cf. Klebs, RE 1 1 (1893), 590, s. u. Aemilius 142 . Fils du précédent et de Mucia, il était

ainsi le demi-frère de Sextus Pompée, ce qu’Appien oublie de dire. Il combattit dans le

camp d’Antoine à Actium. Fait prisonnier, il obtint son pardon sur les instances de

Mucia (Dion Cassius, 51, 2 et 56, 38). Voir aussi Gabba, p. 236.

C. Antistius Reginus (?) (§ 579)

Cf. Klebs, RE 1 2 (1894) s. u. Antistius 39 . On sait peu de choses de ce personnage. Klebs

dit seulement qu’il fut l’un des légats de Jules César en Gaule (53 av. J.-C.). Selon

Willems, il pourrait s’agir du proscrit identifié en BC 4, 168 par son seul cognomen (

JRhgi`noı). Voir aussi Gabba, p. 233.

L. Antonius

Cf. Klebs, RE 1 2 (1894), 2585-2590, s. u. Antonius 23 . Retenons seulement que, fils

cadet de M. Antonius Creticus et frère du triumvir, Lucius, consul en 41 avec P.

Servilius Vatia, disparaît de l’Histoire après son envoi en Ibérie par César. Voir aussi

Broughton, p. 370, 381 ; Gabba, p. 34.

141


Le Livre V des Guerres Civiles

C. Asinius Pollio

Cf. J. André, La vie et l’œuvre de C. Asinius Pollion (Paris, 1949), p. 12-24. En 49, il

accompagne son ami Curion en Afrique (où ce dernier trouve la mort) ; en 48, suit

César jusqu’à Pharsale ; en 47, se trouve à Rome, où il se heurte à Dolabella ; en 46-45,

suit César en Afrique et en Espagne ; aux Ides de mars, se trouve en Espagne, comme

propréteur. Tergiverse avant de rejoindre Lépide et Antoine, mais finit par le faire avec

Plancus. Se montre hésitant durant la guerre de Pérouse, mais apporte finalement son

appui à Lucius Antonius. Représente les intérêts d’Antoine aux accors de Brindes. Se

retire de la vie politique après son consulat (et son proconsulat). Se consacre ensuite à

l’écriture. Voir aussi Broughton, p. 372, 377, 378, 381, 387 ; Gabba, p. 45.

Ateius (§ 130, 208)

Cf. Klebs, RE 2 2 (1896), 1902, s. u. Ateius 2 . Ce personnage, légat d’Antoine en Gaule

Transalpine, n’est pas autrement connu. On connaît un L. Ateius (RE s. u. Ateius 4 ),

centurio Sullanus selon Tacite (Annales, 3, 75). Le légat d’Antoine aurait l’âge d’être

son fils, mais ce n’est pas un argument suffisant. Constatons que notre Ateius disparaît

aussi subitement qu’il est apparu dans le récit d’Appien. Voir aussi Broughton, p. 373,

381 ; Gabba, p. 64.

M. Barbatius Philippus (§ 120, 121)

Cf. Klebs, RE 3 1 (1897), s. u. Barbatius 1 . Ce personnage fut quaestor pro praetore en

41, la date étant assurée par les monnaies. Voir aussi Broughton, p. 372 ; Gabba, p. 60.

Caecina (§ 251, 253)

Cf. Münzer, RE 3 1 (1897), 1237, s. u. Caecina 4 . Ce personnage épisodique appartenait,

semble-t-il, à une famille équestre originaire de Volterra, en Etrurie, sans que l’on sache

quels étaient ses liens avec les clients et amis de Cicéron portant le même nom. Voir

aussi Broughton, p. 375 ; Gabba, p. 101.

L. Calpurnius Bibulus (§ 549)

Cf. Münzer, RE 3 1 (1897), s. u. Calpurnius 27 . Le ralliement à Antoine de ce

personnage, qui avait combattu avec Brutus et Cassius, a été mentionné par Appien (BC

4, 38, 162), en même temps que celui de Valerius Messala. Appien signale par la même

occasion qu’il commanda une flotte d’Antoine, servit à plusieurs reprises d’émissaire

entre celui-ci et César, et fut enfin nommé gouverneur de Syrie, où il mourut. Voir aussi

Broughton, p. 401, 404 ; Gabba, p. 162.

M. Calpurnius Bibulus (§ 40)

Cf. Münzer, RE 3 1 (1897), 1367-1370, s. u. Calpurnius 28. . Il fut consul en 59 avec Jules

César, et Appien (BC 2) avait détaillé les efforts déployés par ce personnage pour

empêcher son collègue de réaliser son programme de réformes. Voir aussi Gabba, p. 29.

C. Calvisius Sabinus

Cf. Münzer, RE 3 1 (1897), 1411-1412, s. u. Calvisius 13 . Déjà au service de Jules César

à l’époque du Bellum Civile. Préteur en 45, il obtient l’Africa Vetus. Cicéron (ad Fam.

10, 26, 3), le qualifie de homo magni iudicii. Consul en 39. César lui confie en 38 le

commandement de sa flotte. Mais il n’essuie que des échecs. Selon Plutarque (Antoine,

142


Le Livre V des Guerres Civiles

58, 3 et 59, 1), il aurait lancé en 32 de nombreuses accusations contre Antoine. En 28, il

célèbre un triomphe ex Hispania, ce qui donne à penser qu’il avait gouverné cette

province. Voir aussi Broughton, p. 386, 392, 397, 407 ; Gabba, p. 138.

P. Canidius Crassus (§ 208)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), s. u. Canidius 2. . Partisan déterminé d’Antoine, consul

suffect en 40. Il suivit Antoine en Orient et prit part à toutes ses campagnes jusqu’à

Actium. Il fut mis à mort par le vainqueur. Voir aussi Broughton, p. 373, 378, 381, 397,

401, 407 ; Gabba, p. 84.

C. Caninius Rebilus (§ 422)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), s. u. Caninius 9 . On connaît un C. Caninius Rebilus, légat de

Jules César en Gaule, qui participa ensuite aux opérations menées en Afrique et en

Gaule. Mais il s’agirait plutôt chez Appien du proscrit « Rebilus » [Caninius 6 dans la

RE] dont Appien signale la fuite en Sicile (BC 4, 48, 209). Voir aussi Broughton, p.

376, 401 ; Gabba, p. 173.

Ti. Cannutius (§ 207)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), s. u. Cannutius 3 . Il s’agirait de Ti. Cannutius, tribun de la

plèbe en 44, adversaire déclaré d’Antoine, puis du jeune César. Voir aussi Gabba (p.

83) , qui établit un rapprochement avec un passage de Dion Cassius (48, 14, 4), où un

Ti. Cannutius figure parmi les victimes de la guerre de Pérouse.

Ti. Carisius (§ 463)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), s. u. Carisius 1 et Carisius 2 . Il s’agirait du monétaire césarien

Ti. Carisius, ce que n’exclut pas Gabba (p. 188). On connaît aussi un Publius Carisius,

Legatus Augusti pro praetore en Espagne, dont l’activité se situe sensiblement plus tard,

autour des années 25 av. J.-C. Voir aussi Broughton, p. 404.

C. Carrinas (§ 103, 469)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), 1612, s. u. Carrinas 2 . Fils d’un partisan de Marius mis à

mort par Sylla, C. Carrinas obtient la préture en 46 av. J.-C. En 45, César l’envoie en

Ibérie combattre Sextus Pompée (BC 4 83). Consul suffect en 43 avec P. Ventidius.

César l’envoie en 41 gouverner l’Ibérie, et L. Antonius pousse le roi de Maurétanie

Bogud à l’attaquer (BC 5, 26). Il est de retour à Rome en 39 et prend part en 36 à la

lutte contre Sextus Pompée. Il sera proconsul en Gaule en 30 et triomphera en 28. Voir

aussi Broughton, p. 373, 404 ; Gabba, p. 191.

C. Cassius Longinus

Instigateur, avec Brutus, du complot contre Jules César, ce personnage n’est évoqué ici

que rétrospectivement.

L. Cassius Longinus (§ 28)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), 1739-1740, s. u. Cassius 65 . Frère du tyrannicide, mais fidèle

partisan de Jules César, à l’assassinat duquel il n’eut aucune part, il jugea néanmoins

prudent de s’éloigner et on le retrouve en Asie, où il s’était gardé de soutenir son frère.

Voir aussi Gabba, p. 20-21.

143


Le Livre V des Guerres Civiles

C. Cassius Parmensis (§ 4, 5, 579)

Cf. Skutsch, RE 3 2 (1899), 1743-1744, s. u. Cassius 80 . Ce personnage avait participé à

la conspiration contre Jules César et combattit aux côtés de Cassius et de Brutus. Il se

rallia ensuite à Antoine et combattit à Actium. Il fut tué sur l’ordre de César, comme

l’un des derniers assassins survivants de son père. Voir aussi Gabba, p. 4-5.

Cestius Macedonicus (§ 204)

Cf. Groag, RE 3 2 (1899), 2007, s. u. Cestius 12 . La conduite étrange de ce personnage

est également évoquée par Velleius Paterculus, 2, 74. Voir aussi Gabba, p. 82.

C. Claudius Marcellus (§ 273)

Cf. Münzer, RE 3 2 (1899), 2734-2736, s. u. Claudius 216 . Ce personnage, consul en 50,

mort en 40, n’est mentionné par Appien en BC 5 que comme époux d’Octavie, dont il

avait eu trois enfants, un fils et deux filles. Sur son rôle au début de la guerre civile, voir

BC 2, 33, 131 sq. Voir aussi Gabba, p. 106.

M. Claudius Marcellus (§ 312)

Cf. Gaheis, RE 3 2 (1899), 2764-2770, s. u. Claudius 230 . Fils du précédent et d’Octavie,

neveu et gendre d’Auguste, auquel sa mort précoce l’empêcha de succéder. Voir aussi

Gabba, p. 107.

App. Claudius Pulcher (§ 407, 409)

Cf Münzer, RE 3 2 (1899), s. u. Claudius 14 et Claudius 298 . Personnage difficile à

identifier. Il pourrait s’agir, selon Münzer, du proscrit « Appius » mentionné par Appien

en BC 4, 44, 185, ou de son homonyme mentionné en ibid., 51, 222, à condition que

l’un ou l’autre se soit rallié à César après la conclusion de la paix. Il semblerait plutôt

que l’Appius auquel est ainsi confiée une partie de la flotte césarienne ne soit pas un

rallié de fraîche date. Il pourrait donc s’agir d’App. Claudius Pulcher, dont la carrière

est mal connue : on sait néanmoins qu’il fut consul en 38 avant d’exercer un

commandement en Espagne (il célébra son triomphe en juin 32). Voir aussi Gabba, p.

168.

C. (?) Clodius (§ 5)

Cf. Münzer, RE 4 1 (1900), 64, s. u. Clodius 3 . Il pourrait s’agir du personnage

mentionné par Plutarque, Brutus, 47, 3. Voir aussi Gabba (p. 5), qui, au passage de

Plutarque, ajoute Dion Cassius, 47, 24, 2. Selon lui, le Clodius d’Appien peut

effectivement être identifié à C. Clodius. En revanche, l’identification avec App.

Clodius ne lui paraît pas convaincante.

Clodius Bithynicus (§ 207)

Cf. Münzer, RE 4 1 (1900) s. u. Clodius 18 . César le fit mettre à mort après la prise de

Pérouse, sans que l’on sache comment ce Clodius s’était attiré l’inimitié du vainqueur.

Selon Gabba (p. 83), l’identification avec L. Clodius est douteuse.

L. Cocceius Nerva

Cf. Groag, RE 4 1 (1900),130-131, s. u. Cocceius 11 . Probablement originaire de Narni,

en Ombrie, et arrière-grand-père de l’empereur Nerva. Connu pour avoir joué un rôle

144


Le Livre V des Guerres Civiles

important dans la réconciliation entre César et Antoine (Horace, Sat. 1, 5, 29). Consul

suffect en 39. En 37, entreprend de nouvelles négociations avec Antoine, en compagnie

de Mécène : Horace faisait partie du voyage (Sat. 1, 5). Voir aussi Broughton, p. 398 ;

Gabba, p. 101.

P. Cornelius Dolabella (§ 15, 32)

Cf. Münzer, RE 4 1 (1900), 1300-1308, s. u. Cornelius 141 . Gendre de Cicéron et consul

en 44, Dolabella avait été envoyé en Asie comme proconsul, et Appien avait raconté

aux livres III et IV ses déboires et sa mort. Le personnage était donc bien connu du

lecteur. Voir aussi Gabba, p. 13.

L. Cornificius

Cf. Wissowa, RE 4 1 (1900), 1623-1624, s. u. Cornificius 5 . Partisan de César (Plutarque,

Brutus, 27, 2), reçoit un commandement naval en 38 lorsque reprennent les hostilités

contre Sextus Pompée. Consul en 35. Triomphe en 32 ex Africa, ce qui donne à penser

qu’il avait succédé à Statilius Taurus dans cette province. Voir aussi Broughton, p. 393,

404, 406 ; Gabba, p. 138-139.

Curius (§ 569, 569)

Cf. Münzer, RE 4 2 (1901), s. u. Curius 3 . Il s’agirait du Curius mentionné par Cicéron

(Philippiques 5, 13 et 8, 27). Voir aussi Gabba (p. 228), qui juge peu probable

l’hypothèse de Münzer.

Cn. Domitius Ahenobarbus

Cf. Münzer, RE 5 1 (1903), 1328-1331, s. u. Domitius 23 . Fils de l’adversaire de Jules

César, apparenté à Brutus par sa mère et partisan de Pompée le Grand comme son père.

Ne participe pas à l’assassinat du dictateur selon Appien et Suétone (Néron, 3), alors

que Dion Cassius (48, 9, 5 ; 29 et 2, et 54, 4) admet sa culpabilité. En 44, accompagne

Brutus et Cassius en Orient. Ceux-ci partagent entre Murcus et lui les navires dont ils

disposent dans l’Adriatique. Après la bataille de Philippes, Murcus rejoint Sextus

Pompée en Sicile alors que Domitius continue à opérer dans l’Adriatique avec soixantedix

navires et deux légions. Il attaque Brindes (Appien, BC 5, 25 sq., 61 ; Velleius

Paterculus, 2, 72, 3 ; 76, 2 ; Tacite, Annales, 4, 44 ; Suétone, Néron, 3 ; Dion Cassius,

48, 7, 4 sq). Après la guerre de Pérouse, il négocie avec Asinius Pollion et se réconcilie

avec Antoine (Velleius Paterculus, 2, 76, 2). Après la conclusion des accords de

Brindes, il reçoit le gouvernement de la Bithynie. L’un des articles de la paix de Misène

prévoit qu’il exercera le consulat avec Sosius (Dion Cassius, 48, 35, 1). En 36, il

accompagne Antoine dans son expédition contre les Parthes et en 35, il lui faut régler

avec Furnius le problème posé par la présence de Sextus Pompée en Asie Mineure. Il

exerce le consulat en 32 avec Sosius : tous deux sont partisans d’Antoine et Sosius

manifeste immédiatement son hostilité à l’égard de César. Avec Sosius, il rejoint

Antoine à Ephèse. Ahenobarbus s’irrite de l’influence de Cléopâtre et se propose de

rallier le camp d’Auguste ; mais il meurt avant la bataille d’Actium (Velleius

Paterculus, 2, 84, 2 ; Tacite, Annales, 4, 44 ; Suétone, Néron, 3 ; Plutarque, Antoine, 63,

2 ; Dion Cassius, 50, 13, 6). Voir aussi Broughton, p. 373, 382, 388, 392, 397, 401, 407)

; Gabba, p. 7.

145


Le Livre V des Guerres Civiles

C. Fannius Caepio (§ 579)

Cf. Münzer, RE 6 2 (1909), 1991-1992, s. u. Fannius 9 . C. Fannius paraît avoir

commencé sa carrière politique dans les années 60 av. J.-C. et il prend le parti de

Pompée le Grand contre Jules César durant le Bellum Ciuile. Pompée le Grand lui

confie la province d’Asie. Il paraît avoir été pardonné par Jules César après Pharsale,

car un C. Fannius est envoyé par le Sénat, au début de 43, en compagnie de L. Æmilius

Paulus et de Q. Minucius Thermus, auprès de Sextus Pompée, qui se trouvait à

Marseille (Cicéron, Philippiques, 13, 13). Au moment des proscriptions, il se réfugie en

Sicile, auprès de Sextus (Appien, BC 4, 84). En 35, on le retrouve en Asie en compagnie

de Thermus et d’autres Pompéiens. Il abandonne comme eux Sextus pour se réfugier

auprès d’Antoine. Voir aussi Gabba, p. 233.

C. Flavius (§ 507)

Cf. Münzer, RE 6 2 (1909), 1526, s. u. Flavius 13 . Personnage obscur dont les liens de

parenté avec les chevaliers romains C. Flavius [Flavius 11 ] et L. Flavius [Flavius 16 ] sont

invérifiables. Voir aussi Gabba, p. 83.

C. Fuficius Fango (§ 102)

Cf. Münzer, RE 7 1 (1910), 200, s. u. Fuficius 5 . D’origine modeste et ancien vétéran des

armées de Jules César, qui le fit entrer au Sénat, Fango fut envoyé en Afrique par César

après la victoire de Philippes pour prendre possession de cette province que devait lui

remettre l’antonien Sextius. La guerre de Pérouse eut des retentissements en Afrique et,

vaincu par Sextius, Fango se suicida en 40 av. J.-C. Voir aussi Broughton, p. 373, 382 ;

Gabba, p. 53-54.

Q. Fufius Calenus

Cf. Münzer, RE 7 1 (1910), 204-207, s. u. Fufius 10 . Au service de Jules César dès 51, il

combat à ses côtés durant le Bellum Ciuile. Après Pharsale, il gouverne l’Achaïe comme

légat propréteur. Il exerce le consulat avec P. Vatinius durant les derniers mois de 47.

Après la mort de Jules César, il s’emploie à éviter la crise ouverte entre Antoine et le

Sénat , si bien que Cicéron, Philippiques, 12, 18, le qualifie de procurator d’Antoine.

En 42, Antoine lui confie deux légions pour assurer la protection de l’Italie. En 41, il est

légat d’Antoine en Narbonnaise et, après le départ de P. Ventidius pour l’Italie, il

gouverne aussi la Gaule chevelue, avec douze légions à sa disposition. Mais il meurt en

40 et son fils livre légions et provinces à César. Voir aussi Broughton, p. 373, 382 ;

Gabba, p. 11.

Q. Fufius Calenus (§ 214)

Cf. Münzer, RE 7 1 (1910), 207, s. u. Calenus 11 . On ignore ce qu’il advint de lui après sa

soumisssion. Voir aussi Gabba, p. 86.

Fulvia

Cf. Münzer, RE 7 1 (1910), 281-284, s. u. Fulvia 113 . Fille de M. Fulvius Bambalio, elle

épousa d’abord le tribun Clodius, puis un autre tribun, C. Scribonius Curio puis enfin,

après la mort de celui-ci en Afrique, Marc Antoine (sans doute en 45 av. J.-C.). Voir

aussi Gabba, p. 35.

146


Le Livre V des Guerres Civiles

C. Furnius

Cf. Groag, RE 7 1 (1910), 375-377, s. u. Furnius 3 . C. Furnius, né vers 85 av. J.-C., ami

de Cicéron et bon orateur, légat en Gaule de L. Munatius Plancus dans la période qui

suit l’assassinat de Jules César. Il se rallie ensuite à Antoine comme Plancus et soutient

L. Antonius en 42 av. J.-C. En 41, il est assiégé dans Sentinum (Dion Cassius, 48, 13 ;

Appien BC 5, 30). Appien (BC 5, 40) montre comment César l’utilise pour obtenir la

reddition des partisans de Lucius asiégés dans Pérouse. En 39, réconcilié avec César,

Antoine envoie Furnius en Afrique (BC 5, 75). En 36/5, on retrouve Furnius gouvernant

la province d’Asie pour le compte d’Antoine. Il doit régler le problème posé par

l’arrivée de Sextus Pompée (Dion Cassius, 49, 17, 8 ; Appien, BC 5, 137-144 ; Orose, 6,

19, 2). Amnistié par Auguste après Actium (son fils C. Furnius ayant combattu dans les

rangs césariens) et réintégré parmi les sénateurs (Dion Cassius, 52, 42). Voir aussi

Broughton, p. 376, 384, 389, 401, 408 ; Gabba, p. 58-59.

A. Gabinius (§ 33, 40)

Cf. Vonder Mühl, RE 7 1 (1910), 424-430, s. u. Gabinius 11 . Aulus Gabinius, mort en 47,

est évoqué ici pour ses actions passées. Consul en 58, il obtint comme province

proconsulaire la Syrie et se lança en 55 dans une expédition militaire contre les

Alexandrins pour rétablir Ptolémée XII Aulète, qu’ils avaient chassé de son trône. Marc

Antoine, qui commandait sa cavalerie, aurait alors fait la connaissance de la toute jeune

Cléopatre. Voir aussi Gabba, p. 25.

Iulia (§ 217, 268, 303)

Cf. Münzer, RE 10 1 (1918), 892-893, s. u. Iulia 543 . Fille de L. Caesar et de Fulvia [fille

de M. Fulvius Flaccus, consul en 125], elle épousa M. Antonius Creticus, dont elle eut

trois fils. Deux d’entre eux occupent des rôles de premier plan au livre V : Marc

Antoine et son cadet Lucius Antonius. Iulia avait épousé en secondes noces P. Lentulus

Sura, exécuté en 63 comme complice de Catilina. Elle était donc veuve, et sa fuite en

Sicile est également rapportée par Plutarque (Antoine, 32, 1) et par Dion Cassius (48,

15, 2). Voir aussi Gabba, p. 87-8.

C. Iulius Caesar

Appien a consacré un livre entier (le livre II des Guerres Civiles) à ce célèbre

personnage, dont il compare la carrière à celle d’Alexandre. Il voit en lui le véritable

fondateur du régime monarchique dont son assassinat retarda de quelques années

l’instauration.

M. Iunius Brutus

Mort à la bataille de Philippes, ce célèbre personnage n’est évoqué ici que

rétrospectivement. Il intervient comme acteur aux livres II, III et IV des Guerres

Civiles.

Q. Labienus (§276, 551)

Cf. Münzer, RE 12 1 (1924), 258-260, s. u. Labienus 5 . C’était le fils du légat de Jules

César. A la fin de 43, Brutus et Cassius l’envoyèrent négocier une alliance avec le roi

des Parthes Orodes, ce qu’Appien ne signale pas. Après Philippes, il jugea plus sûr de

rester chez les Parthes. Avec le général parthe Pacorus, il envahit la Syrie en 41 et

remporta d’importants succès. L. Munatius Plancus réussit à contenir la poussée des

147


Le Livre V des Guerres Civiles

Parthes, et Q. Labienus périt en même temps que Pacorus dans une bataille gagnée en

39 par le légat d’Antoine, P. Ventidius Bassus. Appien se proposait de raconter ces

événements dans le Livre Parthique. Voir aussi Gabba, p. 109.

T. Labienus (§ 276)

Cf. Münzer, RE 12 1 (1924), 260-270, s. u. Labienus 6 . Titus Labienus est surtout connu

comme légat de Jules César durant la guerre des Gaules. Mais il se rangea aux côtés de

Pompée le Grand durant la guerre civile et périt en 45 à la bataille de Munda. Voir aussi

Gabba, p. 109.

Q. Laronius (§ 469, 479, 480)

Cf. Lieben, RE 12 1 (1924), 876, s. u. Laronius 2 . On sait peu de choses de ce

personnage. Probablement originaire du Bruttium. Consul suffect en 33 avec L.

Vinicius. Voir aussi Broughton, p. 404 ; Gabba, p. 191-192.

M. Licinius Crassus Diues (§ 40, 41, 275)

Cf. Gelzer, RE 13 1 (1926), 295-321, s. u. Licinius 68 . Le rôle joué par ce richissime

romain est évoqué au livre I des Guerres Civiles à propos de sa victoire sur Spartacus et

de sa réconciliation avec Pompée le Grand, puis au Livre III à propos de la conclusion

du premier Triumvirat. Appien racontait sans doute son expédition contre les Parthes et

sa mort à la bataille de Carrhes dans le Livre Parthique. Voir aussi Broughton, p. 397,

401, 408 ; Gabba, p. 29.

Lucius (§ 229)

Cf. Münzer, RE 13 2 (1927), 1652, s. u. Lucius 1 , qui ne propose pas de solution. Voir

aussi Broughton (p. 381 et 384) qui signale l’hypothèse de Grant, fondée sur les

monnaies, selon laquelle le personnage serait à identifier avec C. Liuius (Leukivou serait

dans ce cas un nomen corrompu). Broughton avance pour sa part le nom de L. Cornelius

Balbus (Leukivou serait alors un praenomen). Mais on objectera qu’Appien aurait plutôt

donné le nomen ou le cognomen d’un personnage cité abruptement. On connaît aussi un

M. Lurius [RE 13 2 (1927) 1853] mentionné par Dion Cassius 48, 30, 7, et par Velleius

Paterculus, 2, 85. Le nomen Lurius, peu fréquent, transcrit LOURIOS, pourrait sans

doute avoir été lu LEUKIOS. Mais aucun texte ne met ce Césarien en relation avec

l’Ibérie. Voir enfin Gabba, p. 93.

C. Maecenas

Cf. Kappelmacher, RE 14 1 (1928), 207-229 s. u. Maecenas 6 , à compléter par la mise à

jour de P. L. Schmidt, Brill’s New Pauly, 8 (2006), 109-111. Ce personnage fameux ne

fait que de timides apparitions dans le récit d’Appien, tantôt comme négociateur, tantôt

comme responsable du maintien de l’ordre. Voir aussi Broughton, p. 393, 398 ; Gabba,

p. 90.

Manius

Cf. Münzer, RE 14 1 (1928), 1147-1148, s. u. Manius 1 . En dehors d’Appien, la seule

référence à ce personnage se trouverait chez Martial, 11, 20, 3-8, où le poète reprend

une épigramme de César visant Fulvie et Manius. Voir aussi Broughton, p. 375 ; Gabba,

p. 35-36.

148


Le Livre V des Guerres Civiles

M. Mindius Marcellus (§ 422, 423)

Cf. Münzer, RE 15 2 (1932), 1772-1773, s. u. Mindius 5 . Originaire de Velitrae, comme

la famille des Octavii. Mentionné en 46 dans une lettre de Cicéron (ad Fam. 15, 17, 2)

comme chargé des approvisionnements de César (macellarius). Une inscription

honorifique bilingue trouvée à Velitrae et datée de 30 av. J.-C., publiée en 1924, atteste

qu’Auguste lui confia les fonctions de praefectus classis (e[parcoı tou` stovlou) et

donne ses tria nomina (Mavrkoı Mivndioı Mavrkelloı). Voir aussi Broughton, p. 405 ;

Gabba, p. 173.

Q. Minucius Thermus (§ 579)

Cf. Münzer, RE 15 2 (1932), 1972-1974 s. u. Minucius 67 . Gouverneur de la province

d’Asie en 51/50, il correspondit avec Cicéron, qui parle de lui comme d’un homme

honnête. Il se rallia à Pompée le Grand au début de la guerre civile, mais ne joua aucun

rôle important et se réconcilia avec Jules César. Après l’assassinat du dictateur, il paraît

avoir soutenu Cicéron contre Antoine et fut proscrit en 43. Il se retira alors auprès de

Sextus Pompée en Sicile. Voir aussi Gabba, p. 173.

Mucia Tertia (§291, 293)

Cf. Fluss, RE 16 1 (1933), 449-450 s. u. Mucia 28 . C’était la fille de Q. Mucius Scaevola,

qui fut consul en 95. Pompée le Grand l’épousa en troisièmes noces, et elle eut de lui

trois enfants : Gnaeus, Sextus et une fille. Pompée le Grand la répudia, et elle épousa

ensuite M. Scaurus, dont elle eut un fils. Elle était encore en vie à l’époque de la bataille

d’Actium. Voir aussi Gabba, p. 116-117.

L. Munatius Plancus

Cf. Hanslik, RE 16 1 (1933), 545-551, s. u. Munatius 30 . L. Munatius Plancus était

originaire de Tibur. Il aurait, selon Suétone, étudié la rhétorique auprès de Cicéron. En

54, il est légat de Jules César, qu’il continue à servir durant le Bellum Ciuile. En 46/45,

il se voit confier la préfecture de Rome, qu’il partage avec Lépide. Après l’assassinat de

César, Plancus est envoyé en Gaule avec trois ou plutôt cinq légions (Appien, BC 3, 46),

mais se montre très hésitant sur la conduite à tenir à l’égard d’Antoine, déclaré ennemi

public par le Sénat. Asinius Pollion finit par le convaincre de prendre le parti d’Antoine.

En 42, il exerce le consulat avec Lépide. Au cours de la guerre de Pérouse, il soutient la

cause d’Antoine, mais mollement (Velleius Paterculus, 2, 74, 3). Après la reddition de

Pérouse, il se retire à Athènes et vit dans l’entourage d’Antoine. Après les accords de

Brindes, il est envoyé comme légat d’Antoine dans la province d’Asie. En 34, on le

retrouve à Alexandrie, auprès d’Antoine, où on lui reproche d’avoir flatté outre mesure

la reine d’Egypte. Après la défaite d’Antoine, il se rallie à César. Voir aussi Broughton,

p. 374, 382, 388, 392, 408 ; Gabba, p. 64-65.

Q. Nasidius (§ 579)

Cf. F. Münzer, RE 16 2 (1935), 1789-1790 s. u. Nasidius 4 . Des monnaies à son nom,

frappées entre 38 et 36, attestent que ce chevalier romain, dont le père avait été au

service de Pompée le Grand, avait exercé en Sicile un commandement naval dont

Appien ne parle pas. Voir aussi Broughton, p. 394 ; Gabba, p. 232.

149


Le Livre V des Guerres Civiles

Nonius (§ 65, 66)

Cf. F. Münzer, RE 17 1 (1935), 863 s. u. Nonius 2 . Ce personnage n’est pas autrement

connu. Probablement un centurion, comme le suppose Gabba (p. 39).

Nonius (§ 118)

Cf. F. Münzer, RE 17 1 (1935), 863 s. u. Nonius 3 . Ce personnage n’est pas autrement

connu. Probablement un centurion ou un tribun militaire, comme le suppose Gabba (p.

59).

Octavia Minor

Cf. Hammond, RE 17 2 (1937), 1859-1958 s. u. Octauia 96 . C. Octavius épousa

successivement Ancharia, dont il eut une fille, Octavia maior, puis Atia, dont il eut deux

enfants, César et Octavia minor. La mère d’Atia était la sœur de Jules César. Octavie

avait épousé en premières noces C. Claudius Marcellus, dont elle eut trois enfants, deux

filles et un fils. A peine veuve, on lui fit épouser Antoine. Voir aussi Gabba, p. 106-107.

Ophillius (§ 532)

Cf. F. Münzer, RE 17 2 (1937), 2039-2040, s. u. Ofellius 2 . Ce personnage n’est pas

autrement connu. Son nom dénoterait une origine sud-italienne. Voir aussi Broughton,

p. 404 ; Gabba, p. 213.

Sex. Peducaeus

Cf. F. Münzer, RE 19 1 (1937), s. u. Peducaeus. Personnage difficile à identifier. Il ne

peut s’agir de Q. Peducaeus 3 , magistrat municipal de Carteia, colonie romaine de

l’Hispania Ulterior. Un Sextus Peducaeus, ami de Cicéron, avait pris le parti de Jules

César durant la guerre civile. Münzer supposait que c’était probablement à ce

personnage que le jeune César avait confié le gouvernement de l’une des provinces

ibériques. Voir aussi Broughton, p. 385 ; Gabba, p. 93.

Petronius (§ 15)

Cf. Münzer, RE 19 1 (1937), 1231, s. u. Petronius 85 . Ce personnage n’est pas autrement

connu. Probablement un sénateur, comme le suppose Gabba (p. 13).

L. Plinius Rufus

Cf. F. Münzer, RE 21 1 (1951), 270-271, s. u. Plinius 4 . Le Plevnioı ou Plevnnioı des

manuscrits d’Appien est en fait L. Plinius Rufus, ainsi qu’il ressort d’une inscription

trouvée à Lilybée. C’était l’un des lieutenants de Sextus Pompée. Il fut inclus dans les

accords de Misène et désigné pour exercer la préture en 38. Sextus lui confia le

commandement des forces stationnées à Lilybée et le chargea de défendre la Sicile

occidentale contre Lépide. Il fut rappelé à Messine après la bataille de Nauloque, mais,

assiégé par Lépide et Agrippa, il préféra traiter avec le premier, ce qui se révéla un

mauvais choix. Appien est le seul auteur à le mentionner. Voir aussi Broughton, p. 405 ;

Gabba, p. 166-167.

A. Pompeius Bithynicus (§ 296)

Cf. Miltner, RE 21 2 (1951), 2061-2062, s. u. Pompeius 26 . Césarien, préteur en 45, il

était en 44 propréteur de Sicile et, assiégé dans Messine par Sextus Pompée, il finit par

150


Le Livre V des Guerres Civiles

se rendre, ce que relate Appien en BC 4, 84, 354. Mais, à la différence de Dion Cassius

(48, 19, 1), il ne raconte pas son exécution. Voir aussi Gabba, p. 118.

Cn. Pompeius Magnus

Pompée le Grand n’est évoqué ici que rétrospectivement. Les principaux moments de sa

carrière ont été évoqués dans le Livre I des Guerres Civiles (période syllanienne), dans

le livre II, à propos de la stasis qui l’oppose à Jules César, et enfin dans le Livre

Mithridatique (guerre contre Mithridate et guerre contre les pirates).

Sex. Pompeius Magnus Pius

Cf. Miltner, RE 21 2 (1951), 2213-2250, s. u. Pompeius 33 . Fils cadet de Pompée le

Grand, il incarne, après la mort de son frère aîné Gnæus, les espoirs du courant

républicain. Appien a suivi aux livres III et IV des Guerres Civiles les étapes de sa

carrière et montré que, d’abord simple chef de bande en Ibérie, il avait été légitimé par

le Sénat après l’assassinat de Jules César, recevant un commandement naval qui lui

permit notamment de prendre possession de la Sicile, laquelle devint au moment des

proscriptions une véritable terre d’accueil. Voir aussi Broughton, p. 374, 382, 388, 390,

392, 397, 402, 408 ; Gabba, p. 236-237.

Quintus (§ 15)

Ce personnage n’est pas autrement connu. Probablement un centurion, comme le

suppose Gabba (p. 13).

Sabinus

Cf. Stein, RE 1 A 2 (1920), 1595, s. u. Sabinus 3 . Ce personnage, mentionné par Appien

BC 5, 547 sans indication de son nomen, pourrait être C. Calvisius Sabinus, auquel

César aurait confié la mission de rétablir l’odre en Italie. C’était l’opinion de

Gardthausen. D’autre estiment qu’il s’agit d’un homonyme de moindre rang. Voir aussi

Broughton, p. 401 ; Gabba, p. 219-220.

Q. Saluidienus Rufus Saluius

Cf. Münzer, RE 1 A 2 (1920), 2019-2021, s. u. Salvidienus 4 . Q. Salvidienus Rufus

Salvius appartenait à l’ordre équestre (Velleius Paterculus, 2, 76, 4) et sa famille était

tout à fait obscure. C’était, comme Agrippa, un ami d’enfance de César et il se trouvait

avec lui à Apollonia au moment de l’assassinat de César. En 42, il est chargé de

défendre l’Italie méridionale contre Sextus Pompée (Appien, BC 4, 358 ; Dion Cassius,

48, 18, 1). Mais il n’obtient pas les succès espérés. En 41, César lui confie l’Espagne

Citérieure, où il l’envoie avec six légions. Mais les généraux antoniens lui barrent la

route. Après la guerre de Pérouse, César, profitant de la mort de Fufius Calenus, César

lui confie la Gaule. Salvidienus est même désigné pour exercer le consulat, alors qu’il

n’appartenait pas au Sénat (Velleius Paterculus, 2, 76, 4 ; Suétone, Auguste, 66, 1 ; Dion

Cassius, 48, 33, 2). Mais il engage des négociations secrètes avec Antoine qui, après sa

réconciliation avec César, révèle sa déloyauté à ce dernier. Certaines sources affirment

que Salvidienus fut jugé par le Sénat (Tite-Live, Epit. 127 ; Suétone, Auguste, 66, 2 ;

Dion Cassius, 48, 33, 3). Voir aussi Broughton, p. 374, 383 ; Gabba, p. 46.

151


Le Livre V des Guerres Civiles

Scribonia (§ 222)

Cf. Fluss, RE 2 A 1 (1921), 891-892, s. u. Scribonia 32 . Fille de L. Scribonius Libon,

sœur de Libon (consul en 34), elle avait épousé en premières noces Cn. Cornelius

Marcellinus, consul en 56, puis en secondes noces Scipion. Elle épousa César en 40 et

fut répudiée après la naissance d’une fille, la fameuse Julia. Voir aussi Gabba, p. 90-91.

Scribonia (§ 303)

Cf. Fluss, RE 2 A 1 (1921), 891, s. u. Scribonia 31 . On ne sait rien de l’épouse de Sextus

Pompée. Voir aussi Gabba, p. 121.

L. Scribonius Libo

Cf. Münzer, RE 2 A 1 (1921), 881-885, s. u. Scribonius 20 . Préteur en 50, il rejoignit

Pompée le Grand quand éclata la guerre civile et commanda une partie de sa flotte.

Après Pharsale, il se réconcilia avec Jules César. Bien qu’il n’eût pas participé à la

conjuration contre le dictateur, il fut proscrit en 43 et rejoignit Sextus Pompée en Sicile.

Après les accords de Misène, il fut consul en 34. Voir aussi Broughton, p. 384 ; Gabba,

p. 88.

C. Sentius Saturninus

Cf. Groag, RE 2 A 2 (1923), 1512, s. u. Sentius 9 . Ce personnage, mentionné par Appien

BC 5, 52, 217 et 139, 579. C. Sentius Saturninus Vetulo. C’est l’hypothèse privilégiée

par Gabba (p. 88). C. Sentius Saturninus Vetulo, proscrit en 43 (Valère-Maxime, 7, 3,

9). Essaie, avec Libon, de dissocier Antoine de César (BC 5, 52, 217). S’enfuit en Asie

avec Sextus Pompée en 36, puis rejoint Antoine (BC 5, 139, 179). C’était sans doute

déjà un homme âgé, et la date de sa mort n’est pas connue. Son fils, G. Sentius

Saturninus, proscrit en même temps que lui, rentre à Rome après les accords de Misène

(Velleius Paterculus 2, 77, 3) et se rallie à César. Voir aussi Broughton, p. 384.

P. Seruilius Rullus (§ 245)

Cf. Stein, RE 2 A 2 (1923),1809, s. u. Servilius 81 . Dion Cassius (48, 28) et Appien (BC

5, 245) sont nos seules sources sur ce personnage. Probablement un fils de P. Servilius

Rullus, tribun de la plèbe en 63 av. J.-C. Voir aussi Broughton, p. 385 ; Gabba, p. 99.

T. Sextius

Cf. Münzer, RE 2 A 2 (1923), 2041-2043, s. u. Sextius 13 . Légat de Jules César en Gaule,

il reçut de celui-ci, en 44, le gouvernement de l’Africa Noua et, après l’assassinat du

dictateur, il se rangea aux côtés d’Antoine. Au livre IV des Guerres Civiles, Appien

avait relaté comment Sextius avait forcé Cornificius à lui céder l’Africa Vetus, de telle

sorte qu’il avait réuni les deux provinces sous son autorité : il était censé les gouverner

au nom de César, auquel les accords de Modène avaient attribué l’Afrique, la Sicile et la

Sardaigne (BC 4, 2, 7). Pour justifier son action, Sextius s’était appuyé sur une lh`xiı

(BC 4, 53, 227 : ejn th`/ lhvxei tw`n triw`n ajndrw`n), le terme désignant ici sans doute

moins un « tirage au sort » (ce qui était le cas pour les consuls, qui tiraient au sort une

province) qu’un partage à l’amiable auquel Cornificius, selon Appien (ibid.), ne

reconnaissait aucune valeur. Au livre V, on voit Sextius, partisan déterminé d’Antoine,

éliminer à la faveur de la guerre de Pérouse le gouverneur Fango, envoyé en Afrique par

César, puis remettre pacifiquement ses provinces à Lépide. On ne sait pas ce qu’il

advint de lui ensuite. Voir aussi Broughton, p. 374, 383 ; Gabba, p. 31.

152


Le Livre V des Guerres Civiles

C. Sosius (§ 313)

Cf. Fluss, RE 3 A 1 (1927), 1176-1179, s. u. Sosius 2 . Fidèle ami d’Antoine dès les

années 40, il reçut de celui-ci, en 38, le gouvernement de la Syrie et de la Cilicie. Il prit

part à la restauration d’Hérode à Jérusalem en 38/7 (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs,

1, 18, 2). Consul en 32, il se déclara ouvertement en faveur d’Antoine et combattit à

Actium à ses côtés. Fait prisonnier, il fut grâcié. Voir aussi Broughton, p. 387, 393, 397,

402, 408 ; Gabba, p. 126.

L. Staius Murcus

Cf. Münzer, RE 3 A 2 (1929), 2136-2139, s. u. Staius 2 . L. Staius Murcus, appartenant à

une famille osque, avait été légat de Jules César durant le Bellum Civile. Préteur en 45,

désigné pour gouverner la Syrie, il est encore à Rome en 44 et se rallie aux meurtriers

de Jules César. A son arrivée en Syrie, il se heurte à Bassus et, après diverses péripéties,

reconnaît l’autorité de Cassius, qui lui confie une partie de la flotte républicaine. Durant

l’été 42, il est envoyé dans l’Adriatique et s’emploie à empêcher l’armée des triumvirs

de passer en Macédoine. Appien relate longuement ses exploits au livre IV des Guerres

Civiles. Après Philippes, il rejoint Sextus Pompée en Sicile. Reçu chaleureusement, il

est victime des intrigues des affranchis de Sextus et meurt assassiné (Velleius

Paterculus, 2, 77, 3 ; Dion Cassius, 48, 19, 3). Voir aussi Broughton, p. 374, 383 ;

Gabba, p. 6-7.

T. Statilius Taurus

Cf. Nagl, RE 3 A 2 (1929), 2199-2203, s. u. Statilius (Taurus) 34 . Homo nouus (Velleius

Paterculus, 2, 127), membre du Sénat en 43 (Cicéron, ad Fam. 12, 25) et partisan

d’Antoine. Consul suffect en 37 avec M. Agrippa. Reçoit en 36 le commandement

d’une escadre (fournie par Antoine). Après la conquête de la Sicile, il reçoit, à la place

de Lépide, le gouvernement des deux provinces africaines, qu’il exerce durant deux

années (35 et 34). Il triomphe en 34, pour avoir remporté des succès sur des populations

révoltées ou insoumises. Tertullien (de pallio, 1) lui attribue la construction des

remparts de la colonie romaine de Carthage. Il est ensuite envoyé combattre contre les

Dalmates et se range aux côtés d’Auguste au moment de la confrontation avec Antoine.

En 29, il combat en Espagne et reçoit pour la troisième fois l’appellation d’imperator.

En 26, il est de nouveau consul, avec Auguste lui-même comme collègue. Il paraît être

mort vers 10 av. J.-C. Voir aussi Broughton, p. 380, 396, 402, 408 ; Gabba, p. 161-162.

Tisienus Gallus

Cf. F. Münzer, RE 6 A 2 (1937), 1480, s. u. Tisienus Gallus. Ce personnage, peut-être

d’origine sabine, apparaît brusquement comme légat de Lucius Antonius durant la

guerre de Pérouse (il repoussa l’attaque de César contre Nursia : Dion Cassius, 48, 13,

2) et, à la différence de ceux qui s’étaient enfermés dans la ville, il réussit à se réfugier

en Sicile auprès de Sextus Pompée (BC 5, 104, 432). On ne sait s’il faut faut le classer

parmi les Antoniens obligés, bien malgré eux, de soutenir Lucius, ou parmi les

« républicains » rangés sous sa bannière. Cf. T. P. Wisemann, CR, 15, 1965 p. 19-20.

Voir aussi F. Hinard, Les proscriptions de la Rome républicaine, p. 532, n. 136 : il

s’agirait d’un officier proscrit par César en tant que partisan d’Antoine. Au contraire,

selon J.-M. Roddaz, Historia, p. 341, ce serait un républicain. Voir enfin Broughton, p.

376, 405 et Gabba, p. 63.

153


Le Livre V des Guerres Civiles

Titinius (§ 463)

Ce personnage n’est pas autrement connu. Sans doute distinct du centurion Titinius

mentionné au livre IV des Guerres Civiles (113, 474 sq.). Voir aussi Broughton, p. 405 ;

Gabba, p. 188.

M. Titius

Cf. Hanslik, RE 6 A 2 (1937), 1559-1562, s. u. Titius 18 . C’était le neveu de L. Munatius

Plancus, le père de Titius ayant épousé une sœur de Plancus. Le père de Titius, proscrit

en 43, se réfugia en Sicile et rentra à Rome après les accords de Misène. Titius luimême

fut capturé par Ménas, l’affranchi de Sextus (Dion Cassius, 48, 30, 5), puis

libéré. Titius rejoint alors son oncle Plancus auprès d’Antoine et, comme lui, se rallie à

César avant Actium. Ce retournement paraît avoir contribué à discréditer les deux

hommes. Voir aussi Broughton, p. 385, 401, 408 ; Gabba, p. 224-5.

M. Tullius Cicero (§ 7)

Le célèbre orateur ne joue aucun rôle dans notre livre.

M. Tullius Cicero (§ 7)

Cf. Hanslik, RE 7 A (1948), 1282-1286, s. u. Tullius 30 . Fils de l’orateur. En 49, il

participe à la guerre civile aux côtés de Pompée le Grand. En 44, il intègre l’armée de

Brutus. En 43, il est proscrit. En 42, il participe à la bataille de Philippes, puis il rejoint

Sextus Pompée. Voir Gabba (p. 6).

M. Messala Coruinus

Cf. J. Carcopino, « Notes biographiques sur M. Valerius Messala Corvinus », RPh 20,

1946, p. 96-117. En 44, il se trouvait à Athènes pour études. Il ne comptait donc pas

parmi les assassins de Jules César. En 43, il fut néanmoins proscrit. Il participa à la

bataille de Philippes aux côtés de Brutus. Réfugié auprès d’Antoine après la défaite des

républicains, il reçut de celui-ci un commandement. Il prit part aux opérations de Sicile

menées contre Sextus Pompée. En mauvais termes avec Cléopâtre et désapprouvant les

actions d’Antoine, il finit par se rallier à César. Il devint consul en 31 et commanda une

escadre césarienne à Actium. Parallèlement, il se consacra à l’écriture et anima un

cercle littéraire. Voir aussi Broughton, p. 380, 402, 406 ; Gabba, p. 193.

P. Ventidius Bassus

Cf. Gundel, RE 8 A 1 (1955), 795-816, s. u. Ventidius 5 . P. Ventidius Bassus appartenait

à une noble famille du Picenum ruinée par la Guerre Sociale. Pour refaire fortune, il

n’hésita pas à monter une entreprise de transports (ses ennemis le traitaient de

« muletier ») et entra dès 58 au service de Jules César, qui le fit entrer au Sénat,

probablement en 47. Après l’assassinat du dictateur, il paraît s’être rangé sans hésitation

du côté d’Antoine et, lorsque le Sénat entra en guerre contre celui-ci, il leva des troupes

dans le Picenum, si bien qu’il fut lui aussi déclaré ennemi public. Il réussit à joindre ses

forces à celles d’Antoine, dans la région de Gênes, et le soutient jusqu’à la conclusion

du Triumvirat. Il devient, après la mort subite de Q. Pedius, consul suffect pour la fin de

43. En 42, il est envoyé par Antoine en Gaule chevelue comme légat. En 41, de concert

avec Q. Fufius Calenus, il s’emploie à empêcher les légions de César de franchir les

Alpes pour se rendre en Espagne (Dion Cassius, 48, 10, 1). Il participe aux opérations

154


Le Livre V des Guerres Civiles

autour de Pérouse. Après la reddition de Lucius, Ventidius paraît avoir battu en retraite

vers Tarente (Plancus vers Brindes, Asinius Pollion vers Ravenne). On ne sait pas s’il a

réussi à conserver pour Antoine quelques positions en Italie du Sud. En 39, Ventidius

est envoyé comme légat d’Antoine combattre les Parthes en Syrie et en Asie, ainsi que

leur allié, l’ancien lieutenant de Jules César Q. Labienus. Les opérations victorieuses

menées par ventidius ont occupé les années 39-38 et étaient racontées par Appien dans

le Livre Parthique, perdu. Gundel expose (807-813) les péripéties de cette guerre. Le 27

novembre 38, Ventidius, de retour à Rome, célèbre son triomphe sur les Parthes. On

n’entend plus parler de lui ensuite et tout donne à penser qu’il mourut avant la rupture

entre Antoine et César. Il laisse le souvenir d’un homme énergique et d’un excellent

général (Velleius Paterculus, 2, 78 ; Plutarque, Antoine, 34, 9). Voir aussi Broughton, p.

375, 383, 388, 393, 398 ; Gabba, p. 60-61.

M. Vispanius Agrippa

Cf. J.-M. Roddaz, Marcus Agrippa, Rome, BEFAR, 253, 1984. Voir aussi Broughton,

p. 375, 380, 383, 388, 393, 395, 402, 408 ; Gabba, p. 61.

* * *

Les affranchis

Apollophanès

Cf. Klebs, RE 2 1 (1895), 165, s. u. Apollophanes 10 . Affranchi de Sextus Pompée et

commandant de la flotte pompéienne. Son activité en 38 est signalée par Appien (BC 5 ,

84), Dion Cassius (48, 47 ) et Suétone (Auguste, 16). Après la bataille de Nauloque, il

livre à César les restes de la flotte pompéienne (Appien, BC 5, 105 ; Dion Cassius, 49,

10). Voir aussi Gabba, p. 129-130.

Callias (§ 391, 392)

Cf. Münzer, RE 10 2 (1919), 1627, s. u. Kallias 19 . Cet affranchi d’Antoine n’est pas

autrement connu. Voir aussi Gabba, p. 159-160.

Démocharès

Cf. Münzer, RE 4 2 (1901), s. u. Demochares 7 , 2867-2868. Affranchi de Sextus Pompée

et commandant de la flotte pompéienne. La forme « Demochas », attestée chez Orose 6,

18, 26, serait un diminutif ou une faute de copiste. Voir aussi Broughton, p. 394, 405 ;

Gabba, p. 144.

Helenus

Cf. Münzer, RE 7 2 (1912), 2848, s. u. Helenus 8 . Affranchi de César investi de

responsabilités militaires. Le nom du personnage est assuré par une inscription (CIL X

5808) : C. Iulius Helenus. Il est mentionné par Dion Cassius (48, 30, 8 et 45, 5). Voir

aussi Broughton, p. 384 ; Gabba, p. 110.

155


Le Livre V des Guerres Civiles

Ménodore / Ménas

Cf. Münzer, RE 15 1 (1931), s. u. Menodoros 1 , 896-900 et Modrze, RE 15 1 (1931), s. u.

Menas 3 , 774-775. Affranchi de Pompée le Grand, désigné sous le nom de Ménodore par

Appien, sous celui de Mh`naı ou de Mena par les autres auteurs (Dion Cassius, 48, 30,

4 ; Velleius Paterculus, 2, 73, 3 ; Pline, NH, 35, 200 ; Orose, 6, 18, 21 ; Florus, 2, 18, 2 ;

Plutarque, Antoine,1 et 6 : Mh`naı oJ peirathvı). Ménodoros porte un nom théophore

renvoyant à Mên, dieu anatolien, ce qui donne à penser qu’il était originaire d’Asie

Mineure. Commandant de la flotte de Sextus Pompée. Sur sa mésentente avec Murcus,

voir Velleius Paterculus, 2, 77, 3. Sur les honneurs que lui accorde César après son

ralliement, voir Suétone, Auguste, 74 (citant Valerius Messala). Münzer retrace, d’après

Appien, Dion Cassius et Orose, sa vie marquée par de nombreux retournements.

Ménodore trouve la mort en 35, au service de César (Dion Cassius, 49, 37, 6). Voir

aussi S. Treggiari, Roman freedmen during the late Republic, Oxford, 1969, p. 188 :

« The names of Menas-Menodoros and of Menecrates suggest Anatolian origin, and as

Plutarch refers to Menas as a pirate, it is suggested that he was one of the pirates

captured by Pompey in his campaign og 67 B.C. » Voir enfin Broughton, p. 384, 389,

394, 398, 405 ; Gabba, p. 96.

Ménécratès

Cf. Münzer, RE 15 1 (1931), s. u. Menekrates 15 , 799-800. Affranchi de Sextus Pompée

et commandant de la flotte pompéienne. Seul Velleius Paterculus (2, 73, 3) fait de lui un

affranchi de Pompée le Grand, sans doute par erreur, son nom étant souvent associé à

celui de Ménodore. Après sa mort, Sextus lui donna pour successeur Démocharès, qui

était jusqu’alors son lieutenant. Voir aussi Broughton, p. 384, 389, 394 ; Gabba, p. 140.

Micylio (§ 331)

Ce personnage n’est pas autrement connu. Ami de Ménodore. Probablement affranchi

lui aussi. Voir aussi Gabba (p. 135).

Papias

Cf. Münzer, RE 18 3 (1949), 965-966, s. u. Papias 1 . Les historiens estiment

généralement que Papias et Démocharès sont une seule et même personne désignée sous

deux appellations différentes. Münzer souligne qu’Appien donne la forme grécisée

d’un nom d’esclave attesté en latin sous la forme Papia. Mais il ne voit pas le rapport

avec Démocharès. Nous avons émis l’hypothèse selon laquelle Papias serait le

lieutenant de Démocharès, comme Démocharès avait été celui de Ménécratès. Voir

aussi Gabba, p. 144 (renvoi à Démocharès).

Philadelphos

Cf. Münzer, RE 19 2 (1938), 2097-2098, s. u. Philadelphos 2 . Cet affranchi d’Antoine

n’est pas autrement connu. Voir aussi Gabba, p. 135.

Theodoros

Cf. Münzer, RE 5 A 2 (1934), s. u. Theodoros 13 , 1807-1808. Il pourrait s’agir du Cn.

Pompeius Theodorus mentionné par Cicéron (Verr. II, 102). Mais un affranchi de

Pompée le Grand mentionné en 70 av. J.-C. à propos des agissements de Verres devait

être très âgé en 35 av. J.-C.

156


Le Livre V des Guerres Civiles

* * *

Les rois, dynastes et dignitaires étrangers

Amyntas

Cf. von Rohden, RE 1 2 (1894), 2007-2008, s. u. Amyntas 21 et R. D. Sullivan, Near

Eastern Royalty and Rome, 100-30 B. C. (Toronto 1990), p. 171-174. Ancien secrétaire

du roi Deiotaros (Dion Cassius, 49, 32, 3), il commanda les troupes galates au service

de Brutus et de Cassius, puis se rallia à Antoine (Dion Cassius, 47, 48, 2). Celui-ci le

récompensa (en 39) en le nommant roi d’un vaste territoire englobant la Galatie, la

Pisidie ainsi qu’une partie de la Lycaonie et de la Pamphylie (Dion Cassius, 49, 32, 3,

Plutarque, Antoine, 61). Puis, en 36, il lui donna la succession de Castor II en Galatie.

Avant Actium, il trahira Antoine pour se rallier à César et périra au cours de guerres

difficiles contre les tribus rebelles des montagnes de Pisidie et de Cilicie. Voir aussi

Gabba, p. 129-130.

Antiochus X Eusébès Philopator (§ 39)

Appien avait évoqué brièvement ce roi falot, incapable de résister à Tigrane d’Arménie,

dans le Livre Syriaque, 48, 248 et 69, 366. Voir aussi Gabba, p. 28-29.

Antiochus XIII Asiaticus (§ 39)

Fils d’Antiochos X Eusébès, ses droits furent reconnus par Lucullus en 69 (Livre

Syriaque, 49, 250), mais il fut déçu par Pompée le Grand qui créa en 65 la province

romaine de Syrie, dont le premier gouverneur fut M. Aemilius Scaurus. Voir aussi

Gabba, p. 28-29.

Archelaos Sisinnès (§ 31)

Cf. Wilcken, RE 2 1 (1895), s. u. Archelaos 15 et Sullivan, op. cit., p. 182-185. Cet

Archélaos appartenait à la dynastie des grands-prêtres de Comana, dans le Pont. En 41,

Antoine le nomma roi de Cappadoce, mais sa royauté ne devint effective qu’en 36,

après l’élimination d’Ariarathe X. Les monnaies donnent sa titulature officielle :

Archélaos Philopatris Ktistès. Il combattit aux côtés d’Antoine à Actium et se rallia

ensuite à César. Voir aussi Gabba, p. 23.

Ariarathès X Eusébès Philadelphos (§ 31)

Cf. Niese, RE 2 1 (1895), 820-821, s. u. Ariarathes 10 et Sullivan, op. cit., p. 180-182. Ce

personnage, frère cadet d’Ariobarzanès III, appartenait à la dynastie des rois de

Cappadoce (Appien, La Guerre de Mithridate, 8, 24-9, 29). Il paraît avoir régné de 42 à

36 et fut éliminé par Antoine au bénéfice de son protégé Archélaos.

Arsinoé IV (§ 34, 36)

Cf. Wilcken, RE 2 1 (1895), 1288-1289, s. u. Arsinoe 28 et Sullivan, op. cit., p. 259-260.

C’était la fille cadette de Ptolémée XII Aulète et, comme son frère Ptolémée XIII, elle

s’opposa à Jules César durant la guerre d’Alexandrie. Elle figura dans le triomphe du

dictateur, célébré en 46 (Dion Cassius, 43, 19), puis fut libérée et trouva refuge à

Ephèse. Voir aussi Gabba, p. 26.

157


Le Livre V des Guerres Civiles

Attalus III Philometor (§ 17)

Cf. Ed. Will, Histoire Politique du monde Hellénistique, 2 (1982), p. 417-419. Le

dernier roi de Pergame (de 139/8 à 133), reste une figure énigmatique, la seule action

importante de son règne étant précisément le legs de son royaume aux Romains. Voir

aussi Gabba, p. 14-15.

Bocchus II (§ 103)

Cf.Klebs, RE 3 1 (1897), 578-579, s. u. Bocchus 2 , qui juge invraisemblable le soutien

prétendument apporté à Lucius Antonius par Bocchus. Ce dernier soutenait en effet

César, et non pas Antoine. Voir aussi Gabba, p. 54-55.

Bogud II

Cf. Klebs, RE 3 1 (1897), 608-609, s. u. Bogud. Reconnu par Jules César en 49, ce

personnage, peut-être apparenté à Bocchus, régnait sur la Maurétanie Tingitane, d’où les

communications aisées avec l’Ibérie. Il soutint fidèlement le dictateur au cours des

guerres livrées aux Pompéiens en Ibérie et en Afrique. Allié indéfectible d’Antoine, il

fut tué en 31, lors de la prise de Méthone par Agrippa. Klebs estime qu’Appien, en BC

5, 27, confond Bogud avec Bocchus, de la même manière que Plutarque, Antoine, 61,

fait de Bocchus, et non de Bogud, le compagnon d’armes d’Antoine à Actium.

Cleopâtre VII Philopator

Sur la fameuse reine d’Egypte, fille de Ptolémée XII Aulète, renvoyons seulement à

Ed. Will, op. cit., p. 527-553.

Darius (§ 319)

Cf. Willrich, RE 4 2 (1901), 2212, s. u. Darius 8 et Sullivan, op. cit., 160-161. Fils du roi

du Pont, Pharnace, il descendait de Mithridate Eupator. Son règne paraît avoir été très

court (peut-être de 39 à 37).Les rois du Pont prétendant descendre des Achéménides,

d’où le nom prestigieux du personnage. Voir aussi Gabba, p. 129.

Glaphyra (§ 31)

Cf. Willrich, RE 7 1 (1910), 1381, s. u. Glaphyra 1 . C’était la compagne d’Archélaos,

Grand-Prêtre de Comana, auquel elle avait donné un fils, Sisinnès, qu’Antoine fit roi de

Cappadoce. Voir aussi Gabba, p. 23-24.

Hérode (§ 319)

Cf. Sullivan, op. cit., p. 222-228. C’est avec raison qu’Appien ne mentionne pas les

Juifs parmi les peuples soumis à Hérode. Les Hasmonéens conservaient encore le

pouvoir à Jérusalem et Antigonos, fils d’Aristoboulos II, soutenu par les Parthes et

l’aristocratie juive, était seul reconnu comme roi et Grand-Prêtre. Dans la perspective

d’une guerre contre les Parthes, Antoine et César reconnurent certes Hérode comme roi

des Juifs, mais cette royauté demeura fictive jusqu’au moment où il fut assez puissant

pour l’imposer par la force, Cléopâtre lui étant d’ailleurs hostile. Voir aussi Gabba, p.

129.

158


Le Livre V des Guerres Civiles

Mithridate VI Dionysos Eupator (§ 319)

Appien avait consacré un livre entier (le Livre Mithridatique), aux guerres menées par le

fameux roi du Pont contre les Romains. C’était donc un personnage bien connu du

lecteur.

Pharnaces II (§ 319)

Pharnace II, fils et successeur de Mithridate VI, est mentionné dans le Livre

Mithridatique où Appien raconte la conspiration qui aboutit au suicide de son père, puis

revient brièvement (120, 590-595) sur le conflit qui l’opposa à son compétiteur

Asandros. Il est également question de Pharnace au livre II des Guerres Civiles, où l’on

voit comment Jules César remporta sur lui une rapide victoire. Voir aussi Gabba, p. 129.

Polemon (§ 319)

Cf. W. Hoffmann, RE 21 2 (1951), 1282-1285, s. u. Polemo 2 et Sullivan, op. cit., p. 161-

163. Fils du rhéteur Zénon et natif de Laodicée du Lycos, sans lien de parenté connu

avec la famille royale du Pont, il s’était distingué avec son père en résistant à l’invasion

des Parthes conduits par Labienus et Pacorus. Antoine, pour le récompenser, lui

constitua un royaume en Cilicie. Puis il reçut, à la mort de Darios, le royaume du Pont,

qu’il gouverna sous le nom de Polémon (I) Eusébès. Il se rallia à Auguste après Actium

et mourut en 8 av. J.-C. Voir aussi Gabba, p. 130.

Ptolemaeus XIII (§ 35)

Cf. Ed. Will, op. cit., 2, p. 529-531. Fils aîné de Ptolémée XII Aulète et marié à sa sœur

Cléopâtre, il périt noyé à l’issue de la « bataille du Nil » qui mit fin à la guerre

d’Alexandrie : cf. Bellum Alexandrinum, 31, 6. Voir aussi Gabba, p. 27.

Seleucus I Nicator (§ 39)

Dans le Livre Syriaque (52, 260-63, 336), Appien consacre un long développement au

fondateur de la dynastie des Séleucides. Voir aussi Gabba, p. 28-29.

Serapio (§ 35)

Ce dignitaire avait accompagné Cléopâtre à Rome en 44 (Cicéron, ad Att. 15, 15, 2).

Les quelques renseignements dont on dispose sur lui sont cités par W. Peremans-E.

van’T Dack, Prosopographia Ptolemaica 6 (1968), n° 15 077, avec bibl. Voir aussi

Gabba, p. 129.

159


BIBLIOGRAPHIE


Le Livre V des Guerres Civiles

BIBLIOGRAPHIE

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Concernant Appien

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Le Livre V des Guerres Civiles

PHOTIUS (Phot.), Bibliothèque, texte établi et traduit par R. Henry, t. 1, Paris, CUF,

1959.

Concernant le contenu littéraire

ACHILLE TATIUS (A. Tat.), Leucippe et Clitophon, texte établi et traduit par J.-P.

Garnaud, Paris, CUF, 2003.

AELIUS THÉON (Théon), Progymasmata, texte établi et traduit par M. Patillon, Paris,

CUF, 1997.

Anonyme, L’Etna, texte établi et traduit par J. Vessereau, Paris, CUF, 2003 (nlle éd.).

Anthologie grecque, Anthologie Palatine (Anth.), livre VII, texte établi par P. Waltz

et traduit par A. M. Desrousseaux, A. Dain, P. Camelot, E. des Places, M. Dumitrescu,

H. le Maitre et G. Soury, t. 4-5, Paris, CUF, 1960.

APOLLONIOS DE RHODES, Argonautiques, III, texte établi et commenté par F.

Vian et traduit par E. Delage, t. 2, Paris, CUF, 1995 (2 ème éd.).

ARATOS (Arat.), Phénomènes, texte établi,traduit et commenté par J. Martin, 1998.

ARISTOTE (Arstt.), Politique, livre V, texte établi et traduit par J. Aubonnet, t. 2,

Paris, CUF, 1973.

ARISTOTE, Météorologiques, livre II, texte établi et traduit par P. Louis, t. 1, Paris

Cuf, 1982.

ARISTOTE, Problèmes, livre XXII, texte établi et traduit par P. Louis, t. 2, Paris,

CUF, 1993.

ARRIEN (Arr.), Anabase d’Alexandre, livre VI, trad. anglaise de E. Iliff Robson, t. 2,

Londres, coll. Loeb, 1949 (nlle éd.).

CÉSAR (Cés.), Bellum Gallicum, livre VII, texte établi et traduit par L.-A. Constans, t.

2, Paris, CUF, 1937.

HÉLIODORE (Hld.), Les Ethiopiques, Théagène et Chariclée, texte établi par R. M.

Rattenbury et T. W. Lumb, et traduit par J. Maillon, 3 vol.,1960 (nlle éd.).

HOMÈRE (Hom.), Odyssée, texte établi et traduit par V. Bérard, 3 vol., Paris, CUF,

1987-1996.

HORACE (Hor.), Epodes, in Odes et Epodes, texte établi et traduit par F. Villeneuve,

Paris, CUF, 2002 (nlle éd.).

161


Le Livre V des Guerres Civiles

LIBANIOS (Lib.), Progymasmata, coll. Teubner, vol. VIII.

LUCIEN (Luc.), Histoires Vraies, I, in Œuvres, texte établi et traduit par J. Bompaire,

t. 2, Paris, CUF, 1998.

LUCIEN, Le navire ou les souhaits, trad. anglaise de K. Kilburn, coll. Loeb, t. 6, 1968.

OVIDE (Ov.), Tristes, livre I, texte établi et traduit par J. André, Prais, CUF, 1968.

PÉTRONE (Petr.), Satyricon, texte établi et traduit par A. Ernout, Paris, CUF, 1982.

PLATON (Plat.), République, livre VIII-IX, texte établi et traduit par E. Chambry, t. 7,

2 ème partie, Paris, CUF, 1948.

PROPERCE (Prop.), Elégies, texte établi et traduit par S. Varre, Paris, CUF, 2005 (nlle

éd.).

SILIUS ITALICUS (Sil.), La Guerre Punique, livre XIV, texte établi et traduit par M.

Martin, t. 4, Paris, CUF, 1992.

STRABON (Str.), Géographie, livres I et V-VI, texte établi et traduit respectivement

par G. Aujac et F. Lasserre, t. 1 1 ère partie et t. 3, Paris , CUF, 1967-9.

SYNÉSIOS DE CYRÈNE (Syn.), Correspondance, texte établi par A. Garzya et

traduit par D. Roques, t. 2, Paris, CUF, 2000.

VIRGILE (Virg.), Enéide, livres V et VIII, texte établi et traduit par J. Perret, t. 2,

Paris, CUF, 1978 (nlle éd.).

THÉOCRITE (Thcr.), Idylles, in Bucoliques grecs, texte établi et traduit P.-E.

Legrand, t. 1, Paris, CUF, 1946.

THUCYDIDE (Thc.), livre VII, Guerre du Péloponnèse, t. 4, texte établi et traduit par

J. de Romilly et L. Bodin, Paris, CUF, 1975.

Concernant le contenu historique

AUGUSTE (Aug.), Res Gestae Diui Augusti, texte établi et traduit par J. Scheid, Paris,

CUF, 2007.

DION CASSIUS (Dion Cass.), Histoire Romaine, livres 48 et 49, texte établi, traduit et

annoté par M .-L . Freyburber et J.-M. Roddaz, Paris, CUF, 1994.

FLORUS (Flor.), Œuvres, texte établi et traduit par P. Jal, t. 1 et 2, Paris , CUF, 1967.

162


Le Livre V des Guerres Civiles

OROSE (Oros.), Histoires, livre VI, texte établi et traduit par M.-P. Arnaud-Lindet, t.

2, Paris, CUF, 1991.

PLUTARQUE (Plut.), Vie d’Antoine, texte établi et traduit par R. Flacelière et E.

Chambry, t. 13, Paris, CUF, 1977.

SUÉTONE (Suét.), Vie d’Auguste, texte établi et traduit par H. Ailloud, t. 1, Paris,

CUF, 1989.

TITE-LIVE (Liv.), Periochae, texte établi et traduit par P. Jal, Paris, CUF, 1984.

VELLEIUS PATERCULUS (Vell.), Histoire romaine, livre II, texte établi et traduit

par J. Hellegouarc’h, Paris, CUF, 1935.

VIRGILE, Bucoliques, texte établi et traduit par E. de St Denis, Paris, CUF, 1992 (nlle

éd.).

Pour le travail d’édition et traduction

OUVRAGES GÉNÉRAUX

CHANTRAINE P., Grammaire homérique, Paris, Klincsieck, 1953.

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TABLE

DES MATIÈRES


PRÉSENTATION

VOLUME I

APPIEN D’ALEXANDRIE : VIE & ŒUVRE.................................................................................... I

CONTENU DU LIVRE .................................................................................................................... IX

COMPOSITION DU LIVRE

Place du livre V au sein des Guerres Civiles ...............................................................XXVIII

Structuration du livre V des Guerres Civiles...............................................................XXXV

VALEUR LITTÉRAIRE

Panorama de l’œuvre ...................................................................................................... XLII

Exemple commenté : l’ekphrasis de tempête.......................................................................LI

VALEUR HISTORIQUE

Une enquête sérieuse et personnelle............................................................................. LXVII

Quelques faiblesses et zones d’ombre .......................................................................... LXXX


LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE VUE PAR DEUX HISTORIENS GRECS

D’ÉPOQUE IMPÉRIALE

Etude comparative des récits d’Appien et de Dion Cassius .................................. LXXXIV

Tableau chronologique et comparatif...................................................................... LXXXIX

REPRÉSENTATION DES PERSONNAGES

Les triumvirs

Le personnage de César ..........................................................................................XCVI

Le personnage d'Antoine ....................................................................................... CXVII

Le personnage de Lépide................................................................................... CXXXIII

Les autres protagonistes

Le personnage de Lucius Antonius....................................................................... CXLIV

Le personnage de Sextus Pompée............................................................................. CLV

Les personnages féminins

Le personnage de Cléopâtre................................................................................. CLXIX

Le personnage de Fulvie.................................................................................... CLXXIV

Le personnage d'Octavie .....................................................................................CLXXX


Les personnages collectifs

Le peuple .........................................................................................................CLXXXIII

L'armée .................................................................................................................. CXCII

Les affranchis ........................................................................................................... CCII

Les esclaves .......................................................................................................... CCVIII

Les personnages allégoriques : la Famine et la Divinité ............................................ CCXII

TRADITION MANUSCRITE

Classement et description des manuscrits.................................................................CCXVII

Stemma du livre........................................................................................................CCXXVII

Variantes majeures................................................................................................. CCXXVIII

Variantes mineures................................................................................................CCXXXVII

Autres principes d'édition......................................................................................... CCXLIV

TRADUCTIONS ET ÉDITIONS

Traductions ..................................................................................................................CCXLV

Editions....................................................................................................................... CCXLIX


CONSPECTVS SIGLORVUM

TEXTE GREC & APPARAT CRITIQUE ............................................................... 1

VOLUME II

TRADUCTION FRANÇAISE.................................................................................... 1

NOTES COMPLÉMENTAIRES............................................................................. 93

PROSOPOGRAPHIE ............................................................................................. 141

BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................. 160

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