The Red Bulletin Octobre 2020 (FR)

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FRANCE

OCTOBRE 2020

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Stefanie Millinger,

acrobate de classe

mondiale, croit en

vos capacités...


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… Avez-vous bien regardé notre photo de couverture

? (Prenez quelques secondes pour y revenir.)

Ce que vous voyez semble impossible à réaliser.

C’est faux. Si Stefanie Millinger est à l’honneur

dans ce numéro, ce n’est pas seulement pour ses

incroyables contorsions et les endroits vertigineux

où elle se plaît à les réaliser, c’est aussi (et peutêtre

surtout – finalement) parce que sa motivation

est transmissible, et applicable à chacun et

chacune d’entre nous. Si vous ne devenez pas

contorsionniste en lisant l’interview de cette

Autrichienne, vous gagnerez probablement en

détermination et positivité. Sans douleur.

Progresser en skate sans se faire mal semble

par contre délicat, mais le portfolio de Fred

Mortagne vous convie dans son esthétique en

douceur. Et nous vous offrons en complément

deux visions des opportunités aquatiques : celles

développées depuis son plus jeune âge par le

waterman Kai Lenny, et celles exploitées, sur le

tard, par un ex-chauffeur de tram devenu navigateur

en solitaire. Vous pouvez à présent regarder

notre couverture pour la troisième fois.

Belle lecture !

Votre Rédaction

Le talent de Stefanie Millinger, c’est donner l’impression

que ses acrobaties ont l’air faciles à réaliser.

PAULINE LUISA

KRÄTZIG

La journaliste et auteure

allemande entretient un rapport

presque érotique avec

la langue. Les subtilités linguistiques

lui permettent de

saisir la singularité de celles

et ceux qu’elle interroge. Le

port du masque pour le trajet

en train Berlin- Vienne, neuf

heures durant, afin de réaliser

le portrait de l’acrobate

Stefanie Millinger, en valait

vraiment la peine, page 48.

FRED MORTAGNE

Vainqueur du premier

concours photo Red Bull

Illume en 2007, Fred est un

photographe reconnu dans

le monde du skate, et audelà.

« Le skateboard m’ayant

appris la faculté à m’adapter

à tous types de situations,

puisque les spots et les conditions

varient tout le temps,

je suis assez à l’aise quand

il s’agit de documenter des

domaines que je ne connais

pas de premier abord », dit

ce collaborateur de la marque

Leica. Sa vision esthétique

du skate est en page 22.

THE RED BULLETIN 3


36

Le waterman hawaïen

Kai Lenny explore

toutes les facettes

du surf à l’envi.

6 Galerie : quatre athlètes et

quatre photographes qui ne

touchent plus terre

12 Comme si vous vous retrouviez

dans l’espace en maillot de bain

14 Cette Népalaise a préféré la

course à pied à l’uniforme

16 Un petit-fils de Marley nous

éclaire sur les titres de Bob

17 Vous allez pouvoir créer vos

propres compils sur vinyle

18 La genèse de la bière et le génie

des hommes préhistoriques

20 Le combo véhicule-logement

parfait pour bouger en congés

85

Un saut en Angleterre pour améliorer votre niveau en VTT à la sauce Atherton.

RICHARD HALLMAN, MOONHEAD MEDIA, RICK GUEST

4 THE RED BULLETIN


CONTENUS

octobre 2020

48

Stefanie Millinger,

acrobate de l’extrême,

ne se laisse

pas mettre en boîte.

22 Beauté dure

Ce que le béton et des as du

skate aux quatre coins du globe

révèlent au photographe

Fred Mortagne.

36 Lenny gravite

Immobilisé, le waterman Kai

Lenny revient sur son parcours

déjà copieux et ses envies sans

cesse affirmées.

48 Confiance est force

Stefanie Millinger est l’un des

talents les plus particuliers

(et flexibles) que nous ayons

rencontrés.

56 Une autre Jamaïque

Si cette île se résume pour vous

à son reggae, sa violence et son

herbe, lisez ce sujet d’urgence.

60 Tous gagnants !

Aux États-Unis, l’esport (les

sports électroniques) ont leur

place à l’université. Et c’est bien.

72 Un autre cap

Ce type normal conduisait des

tramways en Autriche, puis il est

devenu un navigateur de renom.

85 Vélo : la fratrie Atherton vous

convie sur son terrain de jeu

89 Focus Merrell : c’est le pied

90 Course : prenez de l’altitude

91 Matos : quelque chose cloche

92 Gaming : LE jeu de skate. Point

94 Agenda : passion écluses...

96 Ils et elles font The Red Bulletin

98 Carte postale : elle est timbrée

THE RED BULLETIN 5


DÉSERT DE

MOJAVE, USA

Combiné

Bradley « Slums » O’Neal est le pionnier

du BASE jump en moto : décollage

en dirt bike (un engin conçu par ses

soins) et atterrissage en parachute.

À ce jour, aucune autre cascade ne

rivalise avec ce saut, le plus grand

jamais effectué dans le désert, dans

les dunes du Mojave. « Mon instinct

était à l’affût du moindre détail qui ne

collerait pas, car Bradley aurait pu y

rester, narre le photographe californien

Chris Tedesco, qui, grâce à ce cliché

spectaculaire, est arrivé en finale

du concours Red Bull Illume Special

Image Quest. Nous nous trouvions à

des heures de toute assistance médicale,

sans réseau. J’ai failli lâcher l’appareil

quand j’ai vu Bradley atterrir. »

bradleyslums.com ;

Instagram : @tedescophoto


CHRIS TEDESCO/RED BULL ILLUME

7


CERGY, FRANCE

L’énergie

de Cergy

La connaissance d’un lieu peut s’avérer

inestimable pour un photographe.

Théo Burette le vérifie avec ce cliché

de Jonathan Viardot, « trickeur » d’arts

martiaux. « Nous avons tous les deux

grandi à Cergy, confie-t-il, et nous

connaissons très bien son amphithéâtre

où la principale source de lumière vient

du pont. L’endroit idéal pour ce genre

de photo. » Encore peu connu, le tricking

combine des éléments d’arts martiaux,

de gym et de breakdance. « Je voulais

rendre la beauté de ses mouvements,

au moment précis où le temps semble

s’arrêter », explique Burette.

theoburette.com


LAC DU BOURGET,

FRANCE

Tel un

mirage

Depuis quand des VTT jaillissent des

lacs ? Ne vous laissez pas bluffer par

ce cliché de l’inventif photographe

français Germain Favre-Felix : l’action

qu’il a documentée est quasi normale.

« L’idée m’est venue assez simplement,

explique-t-il. Le lac du Bourget

s’est mis à déborder et j’ai remarqué

que l’eau commençait à passer sur les

pontons. Du coup j’ai téléphoné à mon

pote Léo Nobile pour lui dire qu’il y

avait une super photo à faire. Il a un

peu hésité, et puis il s’est pointé avec

son vélo pour tenter le coup. »

Instagram : @germ_photography

THEO BURETTE/ RED BULL ILLUME, GERMAIN FAVRE FELIX/RED BULL ILLUME

9


MATTEO PAVANA/RED BULL ILLUME


CASTELMEZZANO,

ITALIE

Parlons

de toits

Considéré comme l’un des plus beaux

villages d’Italie, Castelmezzano, dans

la province de Potenza, est un pôle

d’attraction touristique. Mais voici un

spectacle que ni les visiteurs ni les

habitants ne s’attendaient à voir : le

slackliner italien Benjamin Kofler

s’aventurant au- dessus des toits.

« Même avec le bruit ambiant, je pouvais

entendre les commentaires de la

foule rassemblée sur la Piazza Emilio

Caizzo, rapporte le photographe italien

Matteo Pavana, dont celui d’une

dame âgée : “Oh mon Dieu, je ne peux

pas regarder ce fou !” »

theverticaleye.com

11


TK

Vue panoramique :

voici la caméra

360° montée sur

Overview 1.

RV SPATIALE

Être sur orbite

Du sulfate de magnésium dans l’eau pour simuler l’apesanteur.

Le créateur d’une start-up techno américaine veut

populariser l’expérience de la Terre vue de l’espace.

Pour ce voyage interstellaire, un maillot suffit.

Sous surveillance : une esquisse du satellite Overview 1

qui transmet la vue depuis l’orbite terrestre basse.

Observer la Terre en étant

sur orbite a un impact psychologique

indéniable. Un phénomène

constaté dès les débuts

des voyages dans l’espace,

comme en témoignent les

astronautes de la mission

Apollo 11 en 1969 : voir leur

propre planète dans sa globalité

fut encore plus bouleversant

que les premiers pas

qu’ils ont effectués sur la lune.

Ce moment où l’on réalise

que la vie que nous connaissons

repose sur la surface

d’un monde fragile suspendu

dans l’espace, est appelé

overview effect ou effet d’ensemble,

par l’écrivain Frank

White dans son livre du même

nom publié en 1987.

Une source d’inspiration

pour Ryan Holmes, fondateur

et PDG de SpaceVR, qui a

demandé à Frank White de

l’aider à développer sa grande

idée : expérimenter cet effet

d’ensemble sans quitter la

Terre. « Aller dans l’espace

coûte environ 90 millions de

dollars ; seulement 500 personnes

ont eu l’occasion de

vivre cette expérience, explique

Holmes. Notre prix est de 99 $

par personne. » Pour ce tarif, le

sujet est placé dans un bassin

de flottaison rempli d’eau et de

sel d’Epsom pour transmettre

cette sensation d’apesanteur

puis, grâce à un casque étanche

4K VR, plongé au cœur d’un

enregistrement vidéo à 360 °

de la Terre vue de l’espace.

« De nombreux participants

sont tellement émus par la profondeur

de cette expérience

qu’ils fondent en larmes », nous

raconte Holmes.

Aux États-Unis, l’expérience

est déjà opérationnelle dans

de nombreux spas. Mais ce

n’est que la première étape du

projet d’Holmes : l’an prochain,

SpaceVR prévoit d’envoyer un

satellite équipé d’une caméra

à 360 ° – Overview 1 – dans

l’orbite terrestre basse au

moyen d’une fusée SpaceX.

Financé par sa société et par

une campagne Kickstarter,

ce projet permettrait de diffuser

la vue de la Terre en direct

dans les bassins de flottaison.

Pour Holmes, cela va bien

au-delà d’une belle expérience ;

il souhaite des changements

positifs sur le public. « Il faut

opérer un renversement dans

le fondement même de l’humanité,

déclare-t-il. Ceux qui

reviennent sur Terre ont une

idée plus claire de la manière

dont fonctionne le monde et

se sentent davantage concernés

par la planète. »

spacevr.co

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12 THE RED BULLETIN


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MIRA RAI

Le bonheur est

dans les pieds

À 14 ans, elle quitte l’isolement familial pour rejoindre la guerre. Aujourd’hui,

cette Népalaise court pour soutenir et motiver les femmes de son pays.

Mira Rai, 31 ans, a remporté le 80 km

du Mont-Blanc (un ultra- marathon

très exigeant à travers les Alpes françaises)

en juin 2015 avec 22 minutes

d’avance sur le second et en explosant

le record du vainqueur de 2014

de six minutes. C’était la première

course européenne de haut-niveau

à laquelle participait cette Népalaise

– 26 ans à l’époque. Seize mois plus

tôt, elle ne savait même pas ce

qu’était un ultra-marathon ; et douze

ans auparavant, elle s’était enfuie

de son village natal de Bhojpur pour

s’engager comme enfant soldat

dans la guerre civile népalaise. Huit

semaines avant la course du Mont-

Blanc, son pays était frappé par le

tremblement de terre de Gorkha,

causant la mort de 9 000 personnes.

En franchissant la ligne d’arrivée,

Rai a déployé le drapeau de son pays

au-dessus de sa tête – un symbole

d’espoir pour son pays qui a résonné

dans le monde entier.

Si Rai rejoint la révolution

maoïste, ce n’est pas par choix politique

mais parce qu’elle aspire à une

vie meilleure que celle des femmes

de son village. À la fin de la guerre,

elle veut rester dans l’armée, mais

on le lui refuse car à 17 ans, elle est

encore mineure. Sa carrière de coureuse

naît d’une rencontre fortuite

lorsqu’en 2014, elle croise le chemin

de deux coureurs qui l’invitent à une

course. Rai s’inscrit au Himalayan

Outdoor Festival 50 km. Elle n’a

aucune préparation, court cette

distance pour la première fois, et

pourtant remporte la victoire. La

première d’une longue série.

À présent, Rai veut encourager

les autres femmes népalaises à

pratiquer ce sport et à reprendre le

contrôle de leurs vies. « Courir me

rend heureuse, nous confie-t-elle de

son domicile à Katmandou, capitale

du Népal. Quand on fait quelque

chose qui rend heureux, la souffrance

passe au second plan. »

the red bulletin : Comment imaginiez-vous

votre futur quand

vous étiez jeune ?

mira rai : Je viens d’un village très

isolé. Faire de la course sportive

était hors de question, mais je trottais

dans les montagnes du matin au

soir pour assurer la bonne tenue de

notre foyer. Je me disais que si j’étais

née ailleurs, dans une ville, j’aurais

pu étudier, aller à l’école, poursuivre

une carrière. Quand l’armée m’a disqualifiée,

je me suis inscrite à l’université.

Deux ans plus tard j’ai

achevé mes études secondaires.

Vous avez été enrôlée dans l’armée

à 14 ans…

Pas vraiment par choix. Je suis

entrée dans l’armée populaire de

libération (PLA, People’s Liberation

Army, ndlr), pour offrir un meilleur

futur à ma famille. J’y ai découvert

la course sous son aspect sportif.

L’Himalayan Outdoor Festival

était votre premier marathon.

J’avais participé à un semi-marathon

de 21 km, mais je m’étais effondrée

à 400 m de l’arrivée à cause de la

chaleur. En ce qui concerne le HOF,

je n’avais aucune idée du parcours

ou de la distance, j’avais simplement

été invitée par des coureurs de l’armée

népalaise. Je n’en attendais

rien. J’ai couru, et j’ai fini première.

Vous étiez à peine équipée…

Je portais des chaussures bon marché.

Mes pieds étaient recouverts

d’ampoules et les chaussures étaient

complètement ruinées.

Quand on vous regarde courir,

même en compétition, vous avez

l’air tellement calme.

Je suis agile dans les montagnes et

les collines escarpées me rappellent

mon enfance. Quand on a couru

dans les montagnes du Népal, on

peut courir partout dans le monde.

Mais j’ai du mal avec la course sur

route, avec le plat.

Dans quel état d’esprit étiez-vous

pour la course du Mont-Blanc

juste après les séismes ?

Je me sentais forte. Après ma victoire,

j’étais folle de joie, parce

qu’elle appartenait à tous les Népalais

du monde. J’étais heureuse de

pouvoir offrir une médaille à notre

pays si durement frappé.

Aujourd’hui vous êtes plus qu’une

coureuse : vous êtes une activiste.

J’ai fondé la Mira Rai Initiative, une

association de soutien aux femmes

népalaises qui veulent devenir coureuses.

Je veux leur offrir une plateforme

– des cours d’anglais, des

études universitaires, un entraînement

physique, une prise en charge

thérapeutique. Nous recrutons cinq

coureuses par an et avons déjà complété

deux cursus.

À quels défis êtes-vous confrontée

lorsque vous introduisez des

femmes au monde du sport ?

Il faut convaincre les parents, et

ensuite faire comprendre à ces

femmes que si elles s’y mettent

sérieusement, ce ne sera que du

positif. Nous avons envoyé plusieurs

coureuses à Hong Kong, au Japon,

à Oman – Sunmaya Budha et Humi

Budha Magar – elles ont participé

à des courses internationales et les

ont gagnées. Mission accomplie.

Suivez la fondation de Mira sur

miraraiinitiative.org. Regardez son

histoire dans l’épisode The Way

of the Wildcard sur redbull.com

MARTINA VALMASSOI TOM GUISE

14 THE RED BULLETIN


« Courir me rend

heureuse. La

souffrance passe

au second plan. »

THE RED BULLETIN 15


SKIP MARLEY

Mettons

un Bob

Cette année, Bob Marley, l’ambassadeur

du reggae, aurait eu 75 ans.

Son petit-fils a sélectionné quatre

chansons majeures du formidable

catalogue de Mr Bobby.

Comme beaucoup dans son illustre

famille, Skip Marley, 24 ans, s’est

taillé une carrière dans la musique.

Ayant fait ses premiers pas sur la

scène en 2015, l’auteur-compositeur-interprète

jamaïcain est revenu

sur le devant de la scène l’année

dernière avec les singles That’s Not

True et Slow Down, ce dernier mettant

en scène la star du R&B H.E.R.,

récompensée par un Grammy

Award. Cette année, la légende du

reggae Bob Marley, mort en 1981

à l’âge de 36 ans, aurait fêté ses

75 ans. Skip se souvient de l’impact

de la musique de son grand-père :

« Sa détermination, sa discipline et

son éthique de travail ont influencé

le monde, y compris moi et la

musique que je fais. » Voici ses

quatre titres préférés.

Le nouveau single de Skip, Make

Me Feel, avec Rick Ross et Ari

Lennox, est déjà disponible.

Natty Dread

(de l’album Natty Dread)

« Mon grand-père a influencé

ma façon de vivre et de penser.

Il m’a inculqué une mission, et

c’est pourquoi j’aime Natty

Dread. C’est comme un hymne

pour le rasta : “Peu importe le

monde, je ne pourrais jamais

m’égarer.” C’est une chanson

qui m’a toujours accompagné

dans mon travail, elle me

conforte dans ma mission. »

Revolution

(également de Natty Dread)

« Nous vivons une révolution en

ce moment, ce titre est toujours

d’actualité car il parle de

vérité. Des chansons comme

celle-ci nous rappellent la ferveur

de mon grand-père. Nous

sommes sa famille, nous vivons

dans l’amour, nous sommes lui.

Nous continuons à transmettre

son héritage. L’amour ne peut

pas prendre de congés. »

The Heathen

(de l’album Exodus)

« C’est l’une des premières

chansons où j’ai appris à tout

jouer : batterie, basse, guitare,

piano. The Heathen est une

véritable racine brute. La vie est

un combat. Nous devons continuer

à survivre. Nous sommes

en train de nous battre en ce

moment. Il faut rester ferme,

aller de l’avant et être assurés

au plus haut niveau.»

Redemption Song

(de l’album Uprising)

« Un de mes souvenirs d’enfance

préférés : sur la plage

avec ma famille, en train de

chanter Redemption Song.

C’est un hymne mondial, une

histoire de survie, de combat

qui a changé le monde : “Les

vieux pirates, oui, ils me volent,

ils me vendent aux navires

marchands.” La chanson vous

colle à la peau différemment. »

JACK MCCAIN WILL LAVIN

16 THE RED BULLETIN


On s’en

grave un

petit ?

Le mini

dubplate,

un rêve

devenu

réalité.

GAKKEN, PENTAGRAM LOU BOYD

À l’époque où Yuri Suzuki était

étudiant dans les années 90 à

Tokyo, il avait deux obsessions :

la musique punk et les vinyles.

« J’ai toujours rêvé de fabriquer

une machine me permettant

de créer mes propres disques,

raconte cet artiste sonore japonais

âgé de 40 ans. Quand

j’étais étudiant, j’essayais de

réparer de vieilles machines à

graver achetées dans des

ventes au rabais, mais ça ne

marchait jamais. » Trente ans

plus tard, il invente un appareil

qui permet de graver et de lire

des enregistrements maison.

L’Instant Record Cutting

Machine (trad. machine de gravure

de disque instantanée) –

élaborée en partenariat avec

Gakken, un fabricant de jeux

éducatifs – se compose de

deux bras : l’un pour la gravure

des sillons sur le vinyle, l’autre

pour la lecture audio.

« On utilise la prise casque

du portable pour se connecter

via USB, explique-t-il. C’est

assez sommaire : l’audio reçoit

l’information sous formes de

vibrations et le stylet grave le

tout sur le vinyle. Mon projet

n’était pas de fabriquer un

équipement hifi, le son rendu a

un côté bricolé et low-fi. »

Certains s’en servent également

pour créer de la musique.

« Je connais un DJ qui s’en sert

pour enregistrer des boucles

lors de ses performances en

public », ajoute Suzuki. Il les

grave en situation sur un

disque de 13 cm qu’il utilise

pour la suite du show, ce qui en

fait quasiment un instrument

de musique à part entière.

« Quand j’étais ado, je faisais

tout le temps des mixtapes

pour mes amis », raconte

Suzuki. C’est cette touche

émotionnelle des compilations

K7 de l’époque que les gens

retrouvent avec le procédé

vinyle du Japonais. « Le côté

palpable d’une galette vinyle

sur laquelle tu poses le diamant

– surtout si tu as créé ce vinyle

toi-même – c’est quelque

chose de vraiment unique. »

yurisuzuki.com/design-studio/

easyrecordmaker

MACHINE DE GRAVURE

Disque dure

On pensait que le streaming avait enterré

la bonne vieille compil K7. Mais un passionné

japonais de son la fait revivre façon vinyle.

Suzuki et son IRCM (comme on aime à l’appeler).

THE RED BULLETIN 17


CODY CASSIDY

L’histoire questionnée

Qui a bu la première bière ? Qui a inventé les blagues ? En quoi les hommes

préhistoriques sont-ils plus avancés que nous le pensons ? Un Américain

s’est attaqué à ce genre de questions et y a apporté certaines réponses.

Il y a encore des questions auxquelles

même une recherche google

n’apporte pas de réponse satisfaisante.

Des questions qui nous

passent soudain par la tête, comme

« qui a bu la première bière ? » et

« qui a inventé les inventions ? ».

L’écrivain scientifique Cody Cassidy,

âgé de 36 ans et originaire de San

Francisco, a passé plus de trois ans

à arpenter les librairies, à débattre

avec des experts et à parcourir le

monde pour résoudre tous ces mystères

cachés derrière les innovations

les plus significatives de l’humanité.

Son nouvel ouvrage, Who Ate the

First Oyster? The Extraordinary

People Behind the Greatest Firsts

in History (trad. Qui a mangé la première

huître ?) déterre les histoires

de 17 pionniers majeurs mais injustement

méconnus – de la personne

qui a découvert le feu à celle qui a

raconté la première blague.

the red bulletin : Quelle était

l’idée derrière le livre ?

cody cassidy : Quand on pense

à l’histoire ancienne, on ne pense

pas forcément en termes d’individus.

Et pourtant, ce sont bien des génies

singuliers qui ont inventé et découvert

des choses que nous utilisons

encore et toujours aujourd’hui. Mon

livre s’intéresse à ces personnes et

décrit leurs vies et les circonstances

qui ont conduit à leur première fois.

Comment avez-vous sélectionné

ces premières fois ?

Je me suis concentré sur ce que l’on

sait qu’un individu a accompli. Il

existe de nombreux exemples de

premières fois qui ont probablement

évolué au cours du temps, comme

par exemple la première personne

qui a inventé la religion ou parlé une

langue – cela n’a pas été accompli

par un seul et unique individu.

Quel a été votre procédé de

recherches ?

Je me suis rendu dans des endroits

tels que le nord de l’Italie pour

visiter la scène du crime d’Ötzi

(« l’homme des glaces » âgé de plus de

5 300 ans, dont le corps momifié et

bien conservé a été découvert en 1991,

ndlr) et dans la grotte Chauvet pour

voir le premier chef-d’œuvre pictural.

Et j’ai lu énormément de publications

scientifiques, qui m’ont

certes apporté une base de compréhension

nécessaire pour le sujet,

mais souvent pas assez à mon goût,

sur un individu spécifique. Je suis

donc allé parler avec les auteurs et

je les ai invités à émettre des hypothèses

avec moi sur les motivations

d’innover. Certaines de ces histoires

prennent une direction inattendue.

Comme l’invention de la roue, qui

a probablement contribué à la diffusion

de la peste noire en Europe.

Quel est le point commun entre

tous ces innovateurs ?

Tous avaient un problème qu’ils

essayaient de résoudre ; déjà il y

a trois millions d’années de cela

lorsqu’une jeune mère devait tenir

un bébé dans ses bras. Faire une

écharpe ne paraît pas très compliqué,

mais à l’époque, les jeunes

mères ont eu du mal. La taille de

la tête des bébés grossissait mais le

canal génital des mères restait identique,

condition nécessaire pour

marcher debout. Du coup, les bébés

naissaient de manière prématurée,

ce qui en faisaient des proies faciles.

Alors, une maman a trouvé la

manière de porter son bébé tout

en continuant à récolter de la nour-

riture. Grâce à l’écharpe, on pouvait

enfin naître au début de notre développement

– comme aujourd’hui –

et les mères pouvaient nous porter

environ un an avant que nous puissions

marcher par nos propres

moyens.

Avons-nous trop de mépris pour

le génie des inventions

préhistoriques ?

Oui. On fait cette erreur classique de

penser que les hommes des cavernes

étaient des sauvages illettrés et stupides.

À cet égard, les BD et autres

caricatures n’ont rien arrangé. En

fait, ils étaient plus sophistiqués,

ou en tout cas ils avaient bien plus

de connaissances générales de leur

environnement que nous actuellement.

Ils devaient connaître tous les

types de plantes et savoir comment

les préparer et les manger. Regardez

ce que nous considérons comme

le premier chef-d’œuvre de l’art

(le groupe de chevaux dans la cave

Chauvet, ndlr) : il a été peint il y a

33 000 ans pendant l’âge de glace.

Impossible de le regarder sans y

voir du génie.

Que vous a apporté l’écriture de

ce livre ?

On part souvent du principe que

c’est parce que nous sommes intelligents

que nous avons des outils.

Mais j’ai réalisé que c’est parce que

nous avons inventé ces outils que

nous sommes devenus intelligents.

On pense souvent que ces outils sont

de simples extensions naturelles de

ce que nous sommes, alors que c’est

souvent le contraire. La découverte

de la bière a eu pour résultat l’un

des plus grands changements de

notre mode de vie. Ces outils et ces

découvertes ne font pas qu’améliorer

ou simplifier nos vies : très souvent,

elles ont changé le cours de

notre évolution.

Who Ate the First Oyster?

The Extraordinary People Behind

the Greatest Firsts in History,

en anglais, chez Penguin Books

WOLFGANG ZAC FLORIAN OBKIRCHER

18 THE RED BULLETIN


« Tous les

innovateurs

essayaient de

résoudre un

problème. »

THE RED BULLETIN 19


Le Z-Triton :

un genre de

remake des

Transformers

(mais à petit

budget).

Z-TRITON

Vacances à emporter

Ce tricycle/caravane amphibie qui adapte le concept de minimaison au

voyage d’évasion pourrait être la réponse aux vacances loin des foules.

Il y a quelques années, lorsque

le designer urbain Aigars

Lauzis a imaginé le Z-Triton –

un mélange de bateau, tricycle

électrique et camping-car –

l’idée de voyager dans une

minimaison autosuffisante en

aurait laissé plus d’un perplexe.

En 2020, l’invention de Lauzis

passe pour visionnaire.

Il a développé le concept

lors d’un périple de 31 100 km

à vélo entre Londres et Tokyo.

Au cours du séjour, il s’est mis

à imaginer comment il pouvait

faire de ce voyage une expérience

familiale. « J’ai imaginé

une minimaison amphibie avec

une alimentation électrique et

solaire, explique-t-il. On peut

rouler, naviguer, et le petit

camping-car permet d’y dormir

en totale immersion dans

la nature. »

Tous les

frissons

du tour du

monde à

vélo et du

sommeil

à la belle

étoile, mais

sans les

piquets

de tente.

Le Z-Triton peut passer pour

un gros jouet flottant, mais en

fait, c’est un concentré de technologies

: le tricycle peut parcourir

les routes à une vitesse

de 40 km/h et se transforme

en bateau à moteur pour naviguer

en eau douce. L’habitacle

dispose d’éclairage, de chauffage

et abrite une kitchenette.

À l’avant, il y a suffisamment

de place pour un passager pendant

que l’autre pédale et il y a

même un siège d’appoint pour

les animaux.

Lauzis espère que le Z-Triton

sera une source d’inspiration

pour lancer une nouvelle mode

de voyages naturalistes à propulsion

humaine.

« Même s’il y a une assistance

électrique, la première

source d’énergie c’est nousmême,

affirme-t-il. J’ai envie

de rester en forme et de voyager

au moyen de ma propre

énergie – pour créer quelque

chose à la fois sympa et un

peu dingue tout en abordant

certains enjeux mondiaux. »

zeltini.com

AIGARS LAUZIS, GATIS PRIEDNIEKS-MELNACIS LOU BOYD

20 THE RED BULLETIN


ALPHATAURI.COM


BEAUTÉ DURE

Les skateurs n’appréhendent pas la ville comme vous

et moi : là où nous voyons du béton, ils voient un

immense espace d’expression. Un instinct créatif que

le photographe français FRED MORTAGNE a sublimé.

Texte ANDREAS WOLLINGER

Photos FRED MORTAGNE

À PLEIN TUBE

Ces énormes cylindres traînaient

devant une usine de chaudronnerie,

en banlieue lyonnaise – de quoi

ravir le Grenoblois Charles Collet,

grand nom du skate et ébéniste.

23


ITINÉRAIRE BIS

Charles Collet, encore lui : cette

fois-ci, c’est un pilier d’autoroute

près de Mâcon qu’il prend pour

terrain de jeu.

25


DÉCOLLAGE IMMINENT

À voir la détermination sur le visage

de Nick Garcia, on se dit que le

Californien est sur le point de nous

livrer un trick somptueux.

26


POUR LA JOIE DE

MONSIEUR LE MAIRE

Si la place devant la mairie de

Créteil fascine Fred depuis vingt

ans, ce n’est que très récemment

qu’il est parvenu à mettre en lumière

toute sa beauté. Avec cette

photo du Finlandais Jaakko Ojanen.


COUP DOUBLE

On a souvent comparé le musée

d’art contemporain de Niterói

(près de Rio de Janeiro), conçu par

l’architecte-star Oscar Niemeyer,

à un ovni. Ce cliché y mettant en

scène Hernando « ÑaÑo » Ramirez

ne peut que le confirmer.

29


L’EFFET MIROIR

Dans un recoin de l’Institut du

monde arabe, à Paris : un Australien

(Sammy Winter), un switch

kickflip… Une seconde de grâce.

30


PARKING LOINTAIN

Jérémie Daclin évoluant dans le

parking du Centre des congrès

à Tokyo… Une photo que Fred

a prise du dix-septième étage

de son hôtel.


ET LA LUMIÈRE FUT

Un aqueduc au milieu de nulle part,

dans un coin paumé de la Californie :

pour l’Américain Brandon Westgate,

il s’agit surtout de ne pas se cogner

la tête sur les poutres en métal.

« J’ai attendu trois ans pour avoir

la lumière parfaite », dit Fred.

33


« Tu as beau essayer

encore et encore,

il y a toujours un truc

qui cloche. Et puis

tout à coup, bam,

on y est ! »

Fred Mortagne


RESTER DE GLACE

Les risques du métier : Charles

Collet vient de se tordre la cheville

et se repose avec une compresse

refroidissante posée dessus…

ah non pardon, c’est un sachet de

petits pois surgelés.

35


À Jaws, Hawaï,

en 2016, le swell

produit par El Niño

s’associe au surfeur

pro Kai Lenny.

FRED POMPERMAYER

36


A U X S O U R C E S

D U W A T E R M A N

À la veille de la sortie de sa série, Life of Kai, l’as des sports d’eau,

KAI LENNY, 28 ans, ravive son étincelle créative à domicile,

à Hawaï, et redécouvre pourquoi il est tombé amoureux

de l’océan en premier lieu.

Texte CHRISTINE YU


Kai Lenny devant

les vagues, à

domicile, à Paia, Maui,

en octobre 2019.


JAKE MAROTE

Kai Lenny dit qu’il est à la recherche du

plaisir à l’état pur. Ne l’a-t-il pas toujours

été ? Mais il aura finalement fallu une

pandémie mondiale pour parvenir

à ralentir l’Américain.

Je ne vous étonnerai pas si je vous dis

qu’il n’aura fallu que deux minutes pour

que le surfeur professionnel de 28 ans

ne commence à s’agiter. Même au téléphone,

son énergie contagieuse se transmet

et il ne fait aucun doute qu’il n’aime

pas l’immobilité. Après tout, c’est le

même gars que ses parents emmenaient

tous les jours à la plage quand il était

petit afin de l’épuiser pour qu’il dorme

toute la nuit. Désormais, il a l’habitude

de prendre l’avion toutes les semaines.

Ou presque. « C’est probablement la

plus longue période passée à la maison

depuis mes 12 ans ou quelque chose

comme ça », nous dit-il.

C’est ainsi qu’il a fini par traverser le

Canal de Kauai sur un catamaran à foils

avec le double champion de la World

Surf League, John John Florence, à la

mi-juillet. « Nous étions au téléphone et

nous nous sommes dit : “Hey, on devrait

faire quelque chose d’amusant. Et si

nous naviguions sur notre catamaran

d’Oahu à Kauai ? On le fait !” », rembobine

Lenny.

Une semaine plus tard, ils quittaient

Oahu à bord du Flying Phantom de

Florence. Ce bateau ressemble à un vaisseau

spatial. Les foils descendent des

coques rouge vif, soulevant le bateau et

lui permettant de filer sur l’eau. Lenny

et Florence sont suspendus sur le côté,

de façon assez précaire. Neuf heures plus

tard, ils arrivaient à Hanalei sur l’île de

Kauai. Interrogé sur la traversée, Lenny

répond, enthousiaste : « C’était super ! »

Mais ce qui a emballé Lenny n’est pas

tant le défi de la traversée du Canal que

la spontanéité derrière cela. En temps

normal, il aurait fallu un an ou plus

pour réaliser quelque chose de semblable.

Lenny et Florence (et leurs collaborateurs)

auraient dû coordonner leurs

horaires. Entre les compétitions, les obligations

liées au sponsoring et les autres

projets, les chances de trouver un jour

ou deux de chevauchement où les deux

auraient été chez eux à Hawaï auraient

été pratiquement nulles.

Cette spontanéité constitue un

contraste énorme avec la façon dont

Lenny mène généralement sa vie méticuleusement

concentrée sur la poursuite de

grands projets et d’objectifs importants.

« Il est incroyable de candeur – “Je peux

le faire, je vais le faire !” – pendant que

tout le monde dit : “Tu es complètement

fou, mec” », dit Johnny DeCesare, le

fondateur de Poor Boyz Productions

qui filme Lenny depuis l’âge de 11 ans.

« Il voit les choses différemment. Ce qu’il

voit vraiment, c’est l’occasion et la

possibilité. »

Lenny avait des projets pour 2020 :

voyager avec ses amis, pourchassant

les vagues gigantesques de chacune

des grandes houles du monde tout en

se donnant à fond sur le circuit de la

compétition. « Dès que je me suis vraiment

engagé, c’est littéralement comme

si le monde entier s’était arrêté », dit-il.

Alors que ses objectifs sont pour

l’instant en suspens, son dernier projet,

Life of Kai, lancé en octobre, offre un

aperçu de certains des exploits innovants

et époustouflants que l’athlète

professionnel a réalisés et dont il est

capable. Ses autres séries web, comme

Positively Kai et 20@20, qui ont débuté

cet été, présentent les aventures amu-

Enfant de Maui, le jeune Kai Lenny a trouvé ses mentors en s’inspirant

de Laird Hamilton, Dave Kalama et Robby Naish.

39


santes de Lenny et ses performances

qui défient la physique, tant au niveau

national qu’international. En revanche,

Life of Kai suit Lenny dans sa quête et

sa réalisation d’importants projets, qu’il

s’agisse d’un stage de survie surf ou de

compétitions comme le Peahi Challenge

ou le Nazaré Tow Surfing Challenge.

« Je pense que la vision générale

qu’ont les gens de la plupart des athlètes

professionnels, la mienne y compris, est

qu’il ne suffit que d’y aller et de le faire,

dit-il. Je souhaitais vraiment capturer

ce que je dois traverser – les bons et les

mauvais moments, les plus difficiles

aussi, tout ce qui mène à mes meilleurs

moments, que ce soit sur le podium ou

sur la plus grosse vague de ma vie. » Il

veut aussi inspirer les gens. « Combien

de toi es-tu prêt à investir pour accomplir

quelque chose… et quelle passion

alimente ce feu ? Cette détermination

indéfectible est mon secret. J’espère que

j’inspirerai les jeunes à suivre leur passion

et à se dire que si je peux le faire,

ils peuvent le faire aussi », déclare-t-il.

« Combien de toi es-tu prêt

à investir pour accomplir

quelque chose… et quelle

passion alimente ce feu ? »

Lenny est un jeune prodige dont les

parents ont déménagé à Maui pour

faire du windsurf. Il a lui-même

été un jeune prodige de cette discipline,

un petit garçon qui volait haut au-dessus

des vagues au Hookipa Beach Park et

qui cousait des mini-voiles et des cerfsvolants

alors qu’il était à l’école Montessori.

Parmi ses mentors figurent Laird

Hamilton, Dave Kalama, Robby Naish

et d’autres pionniers célèbres qui inventaient

littéralement de nouveaux sports

nautiques tout près de chez lui. Cela a

déteint sur Lenny. Il est plusieurs fois

champion du monde de stand up paddle

(il a remporté son premier titre à l’âge

de 18 ans), vainqueur des éreintants

Molokai 2 Oahu Paddleboard World

Championships et l’un des meilleurs

wind et kitesurfeurs. Hé oui, il surfe

aussi et peut aussi faire des aerials

impressionnants sur shortboard.

Lenny n’est pas seulement un

excellent athlète. C’est un waterman

doué. Il a une vision aiguë de l’océan

et l’observe différemment que la plupart

des gens. « Il voit la surface de la mer

et ce qui se trouve dessous, et utilise

cette énergie », dit DeCesare. Dans les

grosses vagues, DeCesare dit que l’esprit

de Lenny est comme une calculatrice,

mettant la peur de côté pour calculer les

variables et les facteurs. Cela lui donne la

confiance pour performer dans des

conditions qui effraieraient des humains

FRED POMPERMAYER

40


Jaws, janvier 2015 :

Lenny fait avec

la pluie pour trouver

son climax au bout

de l’arc-en-ciel.


normalement constitués. Difficile d’imaginer

que le gamin au large sourire

espiègle n’ait pas eu automatiquement

son ticket d’entrée quand il était plus

jeune. En vérité, il n’était pas pris au

sérieux car c’était un athlète multisports.

Ses premières amours étaient le windsurf,

le stand up paddle et le kitesurf

alors que tout le monde faisait du surf.

Même ses mentors comme Naish ont

essayé de le préparer au jour où il devrait

ranger une partie de son équipement et

se consacrer à un seul sport. Son père

Martin se souvient d’avoir vu d’autres

jeunes asticoter son fils et lui demander

s’il voulait uniquement se concentrer sur

le surf. Lenny a regardé son père et lui a

dit : « Pourquoi voudrais-je faire ça ? Tout

ce que je fais est tellement chouette. »

Au fond de lui-même, Lenny savait

qu’il pouvait être un waterman complet.

Il aimait l’océan et ne voulait pas se

laisser cataloguer. Il voulait profiter de

toutes les conditions offertes et utiliser

tout l’équipement dont il avait besoin

pour sortir et s’amuser. Mais même

quand Lenny est devenu un athlète doué

et un champion de stand up paddle, il

n’avait toujours pas vraiment acquis de

crédibilité. Les autres surfeurs étaient

du genre : « Stand up paddle kid, windsurfeur,

weirdo. Ils ne lui ont pas vraiment

accordé beaucoup de crédit en tant

que surfeur », raconte DeCesare.

Il a fallu un certain temps à Lenny

pour gagner le respect de ses pairs et

c’est son surfing sur les grosses vagues

qui l’a aidé à faire ses preuves. Lenny a

surfé sur les énormes vagues de Peahi,

le célèbre break de Maui, également

connu sous le nom de Jaws, sur tous les

types de planches depuis l’âge de 16 ans.

Il est capable de réaliser de bonnes performances

justement grâce à son expérience

en windsurf et en kitesurf. On a

commencé à parler de lui, d’autant plus

lorsqu’il s’est mis à se concentrer davantage

sur le surf.

« On a réalisé que Lenny n’était pas

un surfeur unidimensionnel, mais un

surfeur complet, des grosses vagues à

celles de Sunset, du Pipeline aux figures

aériennes de shortboard et aux vagues

géantes de tow-in surfing. C’est maintenant

un champion dans le monde des

grosses vagues », explique DeCesare. En

2019, Lenny a remporté deux Big Wave

Awards : XXL Biggest Wave et performance

globale chez les hommes. Pour

les Red Bull Big Wave Awards 2020, il

a été nominé à cinq reprises dans trois

catégories.

Un tournant majeur s’est produit

lorsque Lenny a commencé à performer

sur le circuit des grosses vagues. Il a

remporté la compétition de Puerto

Escondido en 2017. Il a répété l’exploit

en remportant le Nazare Tow Surfing

Challenge avec son coéquipier Lucas

« Chumbo » Chianca en février 2020.

Lenny et Chianca sont à la fois bons amis

et adversaires. Ils étaient ensemble au

camp de survie surf, ce qui a renforcé

leur amitié et leur confiance aveugle :

en tant que partenaires, ils savaient que

l’un irait chercher l’autre sur un jet-ski

si des vagues de vingt mètres menaçaient

de les engloutir. Cette solide camaraderie

a permis à Lenny de participer à la

compétition en étant calme, concentré

et serein.

Le talent de Lenny et de Chianca sur

les grosses vagues est devenu manifeste

au Portugal. « Lucas et moi voulons surfer

sur les plus grosses vagues du monde,

mais pas seulement glisser dessus et survivre.

Nous voulons accomplir des performances

et des manœuvres géantes,

dit-il. Depuis des années, je me concentre

sur la manière dont je peux transposer

les manœuvres de snowboard vers le surf

sur grosses vagues. Ces gars peuvent le

faire sur de grosses montagnes en

Alaska. Pourquoi ne pourrais-je pas le

faire sur de grosses vagues dans

l’océan ? » Alors que d’autres ont peutêtre

choisi des voies plus sûres, Lenny a

choisi d’autres avenues et fait des 360 °

tout en dévalant les parois abruptes des

vagues de Praia do Norte.

Une fois hors de l’eau, Lenny a

regardé les images sur un portable. Il a

gloussé et a dit : « J’adore le surf sur les

grosses vagues. »

Kai Lenny savait qu’il pouvait

être un waterman complet.

Il aimait l’océan et ne voulait

pas se laisser cataloguer.

JAKE MAROTE

42


Un instant de

réflexion : Lenny

en toute quiétude

avant une session

de surf à Hookipa le

6 octobre 2019.


« Il n’a jamais été question de

battre quelqu’un, mais plutôt

de me battre moi-même. »


Pourtant, malgré son succès et la reconnaissance

qu’il a acquise au sein de la

communauté du surf, on s’attendrait

à ce que Lenny ait conservé une certaine

rancœur. Mais il se concentre plutôt sur

la performance au plus haut niveau et

sur l’élimination du plus grand nombre

possible de zones d’ombre.

« Pour moi, il n’a jamais été question

de battre quelqu’un d’autre, mais plutôt

de me battre moi-même », concède-t-il.

Il aime se montrer à la hauteur dans les

compétitions où il affronte les meilleurs

du monde. Cela l’oblige à se surpasser,

à aller là où il n’irait pas s’il n’y avait pas

de pression – ou ce qu’il appelle l’encouragement

– de quelqu’un qui surfe mieux

que lui. « La raison pour laquelle j’ai été

si constant et que je me suis amélioré

dans tous mes sports vient de ma passion

profonde pour ce que je fais. J’aime le

sport jusqu’à ses aspects techniques,

comme mon équipement. J’aime le fait

que, en fin de compte, je peux réaliser

quelque chose que je ne pouvais pas faire

avant. En plus, j’aime l’aspect artistique

de tout cela », développe-t-il.

Cette poussée inlassable vers le progrès

et l’innovation est inscrite dans

l’ADN de Lenny. Dès son plus jeune âge,

ses parents l’ont aidé à se fixer des objectifs,

des petits pas qui lui ont permis de

se frayer peu à peu un chemin jusqu’à

chevaucher des vagues de la taille d’une

montagne. Par exemple, lorsqu’il avait

environ neuf ans, son père Martin lui a

montré le spot de Hookipa où tous les

windsurfeurs finissent par se retrouver.

Martin lui a appris par où arriver afin

de pouvoir monter au milieu des rochers.

« Quand il y allait et qu’il poussait ses

limites, il prenait des coups. Mais on

le voyait négocier autour des rochers.

Il savait ce qu’il faisait et ça allait », se

remémore Martin.

Ado, Lenny s’asseyait avec son père

pour établir la feuille de route des

objectifs qu’il voulait atteindre. Ils la

revoyaient ensemble chaque année,

la peaufinaient ici et là et ajoutaient

d’autres buts. Aujourd’hui, au lieu de

déterminer la date à laquelle il deviendra

champion du monde, son père dit

que Lenny pense à des objectifs plus

ambitieux et trace sa voie vers une

carrière d’athlète professionnel qui

durera toute sa vie.

JAKE MAROTE

Prouesses du

quotidien, octobre

2019 : Lenny réalise

un backflip avec son

foil board dans les

vagues de Hookipa.

45


Quand vous donnez à Lenny un

peu de corde et de liberté, il est

difficile de le suivre. En fait, la

contrainte de rester à la maison a permis

à Lenny de devenir encore plus créatif

et de s’amuser davantage. Au lieu de

s’entraîner pour sa prochaine compétition,

de vérifier méticuleusement son

matériel pour son prochain voyage ou

de s’inquiéter de ses obligations liées

au sponsoring, il se reconnecte avec ce

qu’il veut faire.

« J’ai maintenant la possibilité de me

concentrer sur ce qui a attiré mon attention

quand j’étais petit, lorsque je suis

tombé amoureux de ce sport, c’est-à-dire

le sport lui-même au lieu de ce qui l’entoure,

vous comprenez ? » Il est plus soucieux

de perfectionner les subtilités de

diverses manœuvres comme la sensation

de regarder par-dessus son épaule

gauche quand il fait un flip en windsurf

ou de bien négocier l’amerrissage quand

il fait un 360 ° dans les airs lorsqu’il surfe.

Il a aussi développé de nouvelles figures.

Après des mois de cocooning à la maison,

de reconstruction, d’entraînement et

de préparation sans distractions ni obligations

externes, il ne serait pas surprenant

que Lenny explose à nouveau sur la scène

une fois que les compétitions reprendront

et que les restrictions de voyage seront

levées. Il dit que cela lui a donné une

nouvelle perspective, plus introspective

et plus analytique. Au cours des derniers

mois, Lenny a essayé de décomposer les

situations pour comprendre ce qui lui

permet d’être qui il est et de vivre ses

meilleurs moments. « Est-ce quand

mon équipement est ajusté d’une telle

manière ? Est-ce la façon dont je me

réveille ou celle dont je l’aborde ? Est-ce

que j’aime être un peu plus détendu ou

plutôt concentré ? Ce genre de choses me

permettra d’être encore plus performant

quand tout reviendra à la normale ».

Et Lenny est impatient de retrouver

tout cela car il a encore beaucoup d’objectifs.

« Avec le foiling, je veux chevaucher

une énorme houle au milieu de

l’océan et voyager d’une masse terrestre

à l’autre. Avec le big wave riding, je veux

surfer sur les plus grandes vagues du

monde et sur des parties de la vague que

personne ou presque n’a jamais faites. »

Il y aura peut-être aussi une deuxième

partie de Life of Kai dans le futur. Et

encore, ce n’est que ce qui lui vient à

l’esprit pour le moment. Il y a beaucoup

de missions qu’il n’a même pas encore

imaginées.

« Ce que je veux, c’est tout faire. Je

vois quelqu’un à l’autre bout du monde

réaliser quelque chose d’incroyable et il

faut ensuite que je m’y essaie. L’approche

de ces personnes m’inspire tellement. En

ce qui me concerne, bien plus que d’arriver

à ce point, c’est son accomplissement

qui m’intéresse. Pour le reste de ma vie,

tant que j’aurai des objectifs devant moi,

j’aurai toujours du plaisir et je m’éclaterai

», assure Kai Lenny dans un sourire.

« Ce que je veux, c’est tout

faire. Tant que j’aurai des

objectifs, j’aurai du plaisir. »

FRED POMPERMAYER


Le photographe

Fred Pompermayer

a capturé cet instant à

Jaws, en janvier 2020 :

« Dès que Kai est à

l’eau, quelque chose

de spécial est sur le

point de se produire. »

47


Confiance

est force

Elle tord son corps dans

des positions incroyables,

fait des équilibres au bord

de précipices, réalise

des records du monde

démentiels… L’artiste ATR

et athlète de l’extrême

autrichienne STEFANIE

MILLINGER va toujours

plus loin. Une discussion

sur l’art de se rester fidèle,

celui d’éviter les erreurs

et le courage, de vivre

pleinement son talent.

Texte PAULINE LUISA KRÄTZIG

Photos RICK GUEST

48 THE RED BULLETIN


Stefanie Millinger,

28 ans, en équilibre

au sommet de l’Hôtel

Daniel (dans le centre

de Vienne, Autriche).


« Mon corps se régénère

rapidement et me

pardonne beaucoup. »

I l est difficile de décrire Stefanie Millinger.

C’est une acrobate, une contorsionniste, une

équilibriste, une star des sports extrêmes – sauf

qu’aucun de ces termes ne lui convient parfaitement.

C’est parce que l’Autrichienne de 28 ans,

1,54 mètre, s’est taillé une place incomparable

dans son domaine, faisant preuve d’une force

et d’une souplesse extraordinaires : en réalisant

une série de 342 équilibres en équerre en

52 minutes sans que ses pieds ne touchent le sol,

un record du monde officieux ; elle peut aussi

utiliser n’importe quel support pour ses exercices

(elle peut porter le poids de son corps rien

qu’avec la bouche). Il est tout aussi probable

de la voir sur un toit, accrochée à un pont ou

au bord d’une falaise, et presque toujours sans

filet. La seule sécurité dont elle dispose est sa

confiance en elle.

Cela vaut tant dans la vie de tous les jours

qu’au sommet d’une falaise. Stefanie Millinger

a dû enchaîner les petits boulots pour payer

son loyer tout en consacrant six à dix heures par

jour à son entraînement. Elle a balayé les critiques

qui ne voyaient pas d’avenir dans ses spectacles

acrobatiques hallucinants. Grâce à ses

400 000 followers Instagram ou le soutien de

fans très en vue comme le comédien et podcasteur

américain Joe Rogan, Stefanie Millinger

assure sa voie : à l’envers, n’utilisant que ses

pieds. Et ses mains.

50 THE RED BULLETIN


Au premier abord,

Stefanie Millinger

est timide. À bien y

regarder, c’est une

femme aux muscles

qui en imposent.


Freestyle au-dessus

de la ville. Le voilier

est une œuvre de

l’artiste autrichien

Erwin Wurm, sur le

toit de l’Hôtel Daniel.


the red bulletin : Hello, Stefanie !

Je peux vous interviewer pendant

qu’on vous maquille ?

stefanie millinger : Bien sûr, je suis

flexible.

Ça se voit : personne ne se contorsionne

sur une chaise comme vous.

Demeurer assise bien droit n’est manifestement

pas votre truc…

Ne rien faire du tout est la chose la plus

difficile pour moi. Ma mère pourrait

vous le confirmer. Même enfant, j’avais

l’habitude d’être toujours fourrée partout

et de me suspendre aux branches et à

tout ce qui se trouvait en hauteur.

On prend souvent modèle sur ses

parents. Que font les vôtres ?

Mon père est entrepreneur de pompes

funèbres ; ma mère, employée des télécommunications

autrichiennes. Personne

d’autre dans ma famille n’est acrobate

ou gymnaste.

D’où vous vient cet amour pour le

contorsionnisme ?

J’ai commencé à faire de la voltige

équestre à l’âge de 13 ans. J’ai donc fait

de la gymnastique à cheval et aussi de

l’équilibre sur les mains. J’aimais cette

position et l’amplitude des mouvements

qu’elle permettait et je l’ai essayée chez

moi dans ma chambre. Puis je suis devenue

accro, comme pour les tatouages –

je voulais m’arrêter au dixième et depuis

deux semaines, j’en ai douze.

© MISCONCEIVABLE PAR ERWIN WURM/HÔTEL DANIEL VIENNE, AUTRICHE

Vous aviez un but en particulier ?

Rien du tout. Je l’ai d’abord fait juste pour

moi et j’aimais la sensation. Puis j’ai augmenté

le nombre de minutes où je pouvais

me tenir en équilibre sur les mains.

J’ai monté un programme d’entraînement

avec des exercices de stabilisation, de

force et d’étirement et me suis levée à

4 heures tous les matins pour m’entraîner

avant l’école à la voltige équestre.

Comment vous est venue l’idée de

faire de l’ATR (appui tendu renversé)

votre métier ?

Comme la plupart des gens, j’étais désorientée

au sujet de mon avenir pendant

que j’étais à l’école et après. Enfant, je

jouais souvent au cirque, je construisais

une piste avec des chaises, je faisais du

pop-corn et faisais ensuite tous les numéros

pour mon public. J’étais tour à tour

animal, acrobate et clown. J’ai pris les

faits en considération ainsi que mes

« Je me suis levée

à 4 heures tous les

jours pour m’entraîner

avant l’école. »

attentes et j’ai trouvé quelque chose qui

m’a plu, quelque chose que je voulais

prendre comme base.

Vous avez en effet passé trois

semaines avec le Cirque du Soleil

au Canada en 2014.

C’était un grand honneur pour moi de

pouvoir faire partie de ce monde du

cirque que j’aimais tant enfant. Mais j’ai

compris assez vite que le monde du

showbiz ne me correspondait pas. Je suis

une artiste, j’ai besoin de me renouveler

quotidiennement.

Vous avez eu beaucoup de succès avec

la voltige équestre et avez remporté la

médaille de bronze au pas de deux

avec votre partenaire aux Championnats

d’Europe en 2015.

J’avais 25 ans à l’époque, il fallait que je

me décide. La voltige équestre est un

sport marginal, on y investit beaucoup

d’argent mais cela ne rapporte rien. Et

comme passe-temps, cela n’allait plus.

Je ne fais pas les choses à moitié.

Mais vous ne pouviez pas savoir que

l’ATR rapporterait davantage…

C’est vrai. Pendant les premières années,

j’ai tenu bon grâce à des emplois à temps

partiel : la livraison de journaux, la distribution

de prospectus.

Vous deviez avoir une très grande

confiance en vos talents acrobatiques…

Je n’ai aucun talent acrobatique.

THE RED BULLETIN 53


Vous vous contorsionnez dans tous

les sens en souriant, vous êtes en

équilibre sur les mains avec des

disques d’haltères attachés aux

pieds… et vous dites n’avoir aucun

talent pour cela ?

La plupart des gens pensent que je suis

née hyperflexible. Ce n’est pas le cas.

En fait, avant, j’étais plutôt raide. Que

mon anatomie soit adaptée à toutes ces

contorsions est un gène positif. Peut-être

de la chance, mais pas du talent. Mais

j’ai toujours été très ambitieuse. Les gens

me disent souvent : « J’aimerais bien faire

ton boulot ! » Parce que ça a l’air si facile

quand je repasse avec mes pieds ou que

je fais une figure à une altitude de

2 700 mètres. S’ils travaillaient aussi

dur que moi, ils pourraient le faire.

Je m’entraîne six à dix heures par jour

depuis huit ans. Sans exception. Même

en vacances.

Jamais de congés ?

Quand je dors.

Mais la régénération est essentielle

dans les sports de compétition.

Mon corps se régénère rapidement et

me pardonne beaucoup.

Cela semble impitoyable.

Pourquoi ne pas utiliser ce qui, manifestement,

fonctionne bien pour moi ? Je

sais que je suis un peu folle. Mais je sais

aussi ce que je peux supporter, je connais

mon corps par cœur. En janvier 2019, je

me suis cassé le scaphoïde du poignet

droit en grimpant. Cinq jours plus tard,

je me suis à nouveau produite. Bien sûr,

les gens ont pensé que j’étais folle quand

j’ai enlevé le plâtre et fait mon spectacle.

C’était vraiment cool.

Comment va votre main aujourd’hui ?

Ça va. Pendant six mois, je n’ai pu m’entraîner

qu’en position de ménagement,

sur le poing. Quand je suis en équilibre

sur les mains, la douleur est toujours là.

Mais bon, les médecins disaient que je

ne pourrais plus faire de l’ATR.

Vos évolutions se déroulent le plus

souvent à des hauteurs extrêmes,

parfois même à côté de précipices.

Pourquoi ces risques ?

La plupart des gens ont beaucoup de mal

à comprendre que tous les risques que je

prends sont calculés. Je ne laisse pas de

place au hasard. Ma vie, c’est le sport

extrême, c’est la raison pour laquelle je

fais ce métier. Je suis née pour l’altitude.

Enfant, je m’amusais à faire des tractions

sur la gouttière de la maison de mes

parents… Je me définis comme une

artiste et une sportive de l’extrême.

C’est pourquoi je me mets constamment

au défi, ce qui veut dire jusqu’au kick

ultime. Le pire dans mon boulot, c’est

la routine, l’habitude – cela ne fait pas

avancer et rend négligent. Le premier

moment d’une cascade est celui qu’il faut

le plus respecter. Si je le répète trop souvent,

avec l’adrénaline qui pompe, je

risque de perdre la sensation du danger.

Vous faites toujours des prestations

sans filet.

Car il n’y a que comme cela que je peux

éprouver ce sentiment de liberté intense,

qui est ma sécurité : concentrée à fond,

mes sens sont ultra développés et à

l’affût, je ne peux pas m’autoriser la

moindre erreur. J’apprends, mais je ne

me fie pas aux protections. Je ne fais

confiance qu’à moi-même. Je suis une

control freak finie, c’est pourquoi

le solo de style libre me convient si bien.

Je ne peux compter que sur moi-même

et ne suis responsable que de moi.

Contrairement à la voltige équestre

où tu t’entraînes comme une folle pour

ton programme libre avant que ton

cheval ne prenne peur parce que

quelqu’un dans le public s’est levé.

Tout ça pour rien.

Vous n’avez pas peur que l’âge ne vous

rattrape ? Pas de plan B ?

Je ne pense pas à demain. Je fais ce que

j’aime et cela n’a pas de prix.

54 THE RED BULLETIN


« Que mon anatomie

soit adaptée à toutes

ces contorsions est

un gène positif. Peutêtre

de la chance,

mais pas du talent. »

Chaque pose est

ultra maîtrisée.

Pour acquérir une

telle souplesse,

un entraînement

intensif est la clé.

N’est-ce pas un peu naïf ?

Oui ce sont des idées puériles. Mais ce

sont probablement elles qui me donnent

ma confiance, ma foi en moi. Cela ne me

sert à rien de m’inquiéter pour l’avenir.

J’ai 28 ans – c’est très vieux en termes de

gymnastique et d’acrobatie. Mais il y a

une mamie qui a plus de 90 ans et qui

fait encore des exercices sur des barres

parallèles (Johanna Quaas, une gymnaste

de 94 ans, ndlr).

Mais si quelque chose ne se passe pas

comme vous le souhaitez ?

Si une cascade échoue par ma faute, je

persiste jusqu’à ce que je réussisse. Il y

a toujours place à amélioration et si je

ne vois pas de progrès, je deviens grincheuse.

Mon ambition devient souvent

de l’entêtement, c’est ma grande

faiblesse. Je me mets en colère contre

moi-même parce que je ne peux pas aller

à plein régime – et ensuite en colère

parce que je suis en colère… Blocage

complet. Je dois absolument trouver un

moyen de travailler sur ce point.

Mauvaise perdante ?

Je me fixe des objectifs ambitieux, et ça

me pousse. Malheureusement, l’art de

l’ATR n’est pas une discipline olympique

sinon j’aurais un record mondial. Mais

dans l’art, il n’est pas question de concurrence

mais de création ; on cherche son

propre style, on le soigne. On n’est pas

dans la compétition.

Vous l’avez établi en avril dernier :

342 ATR en force de l’équerre en

52 minutes sans toucher le sol une

seule fois avec vos pieds. Respect !

Je me suis entraînée pendant douze ans

pour cela. Le Guinness des records m’a

rejetée plusieurs fois. J’ai donc décidé de

me filmer moi-même selon les directives

pour une candidature normale et de

mettre la vidéo en ligne. Finalement, la

Record Holders Republic m’a approchée

et a reconnu le record.

Y a-t-il quelque chose qui peut se

mettre en travers de votre chemin ?

Je mentirais si je disais que les critiques

ne m’affectent pas. Il n’est pas facile

d’être insultée par des gens qu’on ne

connaît pas parce qu’ils n’apprécient pas

mon art ou qu’ils ne m’aiment pas. Mais

heureusement, j’ai le soutien de mes

proches, ma mère, mon copain, mon

manager.

STYLISME : SIMON WINKELMÜLLER, COIFFURE ET MAQUILLAGE : INA MAURER

Comment gérez-vous la situation avec

les réseaux sociaux ?

Je suis fière de mes 400 000 followers

Instagram et c’est cool quand un gars

comme l’humoriste américain Joe Rogan

poste sur Twitter que mon compte est

l’un des plus inspirants qu’il connaisse.

Mais je n’oublie pourtant pas que les

meilleurs moments de ma vie sont ceux

où j’ai réussi quelque chose de très particulier,

de majeur ou d’extraordinaire, et

que j’étais complètement en phase avec

moi-même, hautement concentrée. La

seule chose qui compte alors, c’est de

savoir que j’ai réalisé ce que je voulais,

et d’en être consciente. Et dans ces

moments-là, il n’y a jamais de public.

Instagram : @stefaniemillinger

THE RED BULLETIN 55


Une nouvelle île

en vue : Louis

Josek, 26 ans,

veut montrer

une Jamaïque

qui motive.

REDÉCOUVREZ

LA JAMAÏQUE

Selon le réalisateur LOUIS JOSEK, un kid de Kingston

ou de Cologne se pose les mêmes questions. Son documentaire

Out Deh honore des destins surprenants.

Texte RUTH MCLEOD

Photos JÉRÉMY BERNARD

Lorsque le cinéaste allemand

Louis Josek s’est rendu en

Jamaïque pour la première

fois, il ne s’attendait pas à se

faire des amis pour la vie, ni

à se lancer, cinq ans durant,

dans un projet personnel de

film qui le mènerait aussi aux

États-Unis et même jusqu’au Japon. Son

premier film, Out Deh, témoigne des destinations

inattendues que la vie nous fait

parfois atteindre. Il se concentre sur les

histoires de trois jeunes hommes dans

leur vingtaine, alors qu’ils s’efforcent

de trouver leur voie : Elishama Beckford,

un surfeur pro, Romar Rose qui vit dans

l’un des quartiers les plus chauds de

Kingston, et le rappeur Daniel Simpson,

surnommé Bakersteez. Louis Josek, un

ancien surfeur professionnel de 26 ans,

nous explique comment son histoire s’est

mêlée à celle de ses protagonistes.

the red bulletin : C’est votre premier

projet en tant que réalisateur. Comment

cela est-il arrivé ?

louis josek : Mon père était photographe

et le cinéma m’accompagne

depuis longtemps. J’ai surfé à un niveau

professionnel jusqu’à l’âge de 18 ans,

puis il y a environ sept ans, quand j’ai

arrêté, j’ai commencé à suivre mes amis

surfeurs pros avec une caméra et à me

concentrer davantage là-dessus. Mais je

suis allé en Jamaïque sans projet en tête.

Un ami m’a invité, et j’y suis allé. Et je

suis tombé amoureux de cette île.

Qu’est-ce qui a particulièrement

stimulé votre imagination ?

Les jeunes gens là-bas m’ont vraiment

inspiré par leur énergie et leur résilience.

Dès leur plus jeune âge, on leur a dit :

« Vous ne pouvez pas être ceci, vous ne

serez jamais cela. » Ça m’a rappelé

OUTDEH – THE YOUTH OF JAMAICA

56


« Les jeunes

gens à Kingston

m’ont vraiment

inspiré par leur

énergie et leur

résilience. »


Cologne en Allemagne, la ville où j’ai

grandi. Cela peut ne pas sembler être le

cas, mais c’est semblable en Europe. On

est supposé aller à l’école, étudier, puis

aller travailler. Je me suis senti vraiment

proche de ces gens qui ont trouvé le

moyen de faire ce qu’ils voulaient au lieu

de suivre une voie toute tracée. Ils avaient

beaucoup de rêves, et surtout la passion et

le courage de les poursuivre. Une compréhension

et une confiance réciproques ont

été le fondement de ce film.

Tournage aux Caraïbes.

Vous avez donc senti que vos histoires

étaient en quelque sorte connectées

dès le début ?

Exactement. J’ai senti que le type d’énergie

que ces gars avaient manquait en

Europe, dans notre génération. Ils m’ont

vraiment inspiré à réfléchir à ce que je

veux faire.

Quels sont les trois personnages que

vous présentez dans le film ?

Shama a 23 ans, il vit à Eight Miles, Bull

Bay, et est le premier surfeur professionnel

de l’île. Romar vit à Tivoli Gardens,

à Kingston, qui est connu pour être l’un

des quartiers les plus chauds de Jamaïque.

Il est devenu papa après avoir perdu

presque toute sa famille lorsqu’il était

très jeune. Bakersteez vit à Kingston

Downtown. Dans une île où règne le reggae,

il débute une carrière de musicien,

l’un des rares rappeurs émergents.

Votre relation avec ces protagonistes

a-t-elle changé au cours du projet ?

Lorsque j’ai commencé à tourner avec

eux, nous savions quel était notre sujet,

mais nous ignorions où cela nous mènerait.

Nous avons grandi ensemble pendant

les cinq années qu’a duré ce projet.

J’ai rencontré Shama lorsqu’il n’était

qu’un môme de 17 ans qui racontait à

tout le monde : « Je vais devenir un surfeur

professionnel. » On lui répondait :

« Comment comptes-tu t’y prendre ? »

Et puis nous avons commencé à tourner.

Nous nous sommes retrouvés à Hawaï

après qu’il ait décroché un contrat avec

Hurley. Pendant le tournage, nous avons

toujours essayé de nous aider les uns les

autres. Nous nous sommes vus grandir,

prendre des raclées, etc. Et toujours,

nous nous sommes aidés mutuellement

pour nous relever. Le film montre une

grande partie de la vie de chacun d’entre

eux, leurs premiers pas. J’espère surtout

qu’il permettra de changer le regard du

Bakersteez balance ses rimes.

« Nous avons

essayé de

montrer une

Jamaïque

différente. »

public sur notre île. Tout le monde a une

image très arrêtée de ce pays. Nous

avons essayé de montrer une Jamaïque

différente.

Quel est l’élément qui procure à chacun

de vos protagonistes la capacité

de vivre autrement ?

Ils sont intelligents, humbles et ils ont

un cœur en or. Ils possèdent une énergie

incroyable. Ils ont le courage de suivre

leur voie. Ils font des choses différentes,

58 THE RED BULLETIN


« Ils ouvrent un

nouveau monde

aux jeunes. »

Shama en pleine action.

communauté. Ce qui n’a pas été facile.

Puis on nous a dit qu’il aimait les livres,

nous nous sommes donc retrouvés à en

ramener toute une cargaison à Tivoli et

à les apporter chez lui. Heureusement,

ça a marché.

OUTDEH – THE YOUTH OF JAMAICA ,

MARIAMI KURTISHVILI, DONALD DE LA HAYE

Le noyau dur de Out Deh (depuis la gauche) : le surfeur Elishama Beckford aka Shama, le skateur

Romar Rose, le réalisateur Louis Josek et le rappeur Daniel Simpson aka Bakersteez.

mais sont reliés par cette même

confiance en soi, c’est ce qui les distingue

des autres. Ils se sont dit : « Je peux y

arriver » même quand tout le monde leur

soutenait le contraire. Aujourd’hui, ils

incarnent des modèles pour beaucoup

de personnes en Jamaïque. Je l’ai senti

dès le début. Il n’y avait pas de skateurs

là-bas, mais il y avait une vingtaine de

surfeurs. Il n’y avait pas beaucoup de

rap. Maintenant, la Jamaïque construit

son deuxième skate park, la communauté

de skateurs s’est développée, avec

beaucoup de très bons surfeurs et

rappeurs. Ces gars influencent les jeunes

et leur ouvrent un nouveau monde.

C’est en train d’exploser là-bas.

Vous êtes-vous retrouvé dans des

situations qui vous ont surpris ?

Constamment. Par exemple, lorsque

nous avons voulu tourner dans l’un des

logements sociaux de Tivoli, nous avions

besoin d’obtenir l’accord du boss de la

Dans le film, vous allez à Hawaï avec

Shama et aussi au Japon, lorsque

Bakersteez effectue sa première tournée.

Était-ce prévu ?

Non. Retrouver Bakersteez et son équipe

à Osaka pour lancer sa première tournée

a été surréaliste. Il y avait un show par

jour dans différentes villes – Osaka,

Fukuoka, Sendai, Tokyo. Nous ne savions

jamais à quoi nous attendre, ni où nous

irions. À Sendai, la plus petite ville de

notre tournée, on nous a conduits dans

un petit club souterrain au milieu de rues

sombres. Le club était bondé. Il faisait

chaud, il y avait plein de bruit et la foule

scandait “Sendai neva die” (trad. Sendai

ne mourra jamais). Trois mois auparavant,

nous tournions au milieu de

Kingston, Bakersteez rêvait de partir en

tournée, de faire une carrière internationale.

Ce soir-là, Bakersteez a donné son

meilleur concert de la tournée. La foule

continuait de chanter ses paroles lorsqu’il

a quitté la scène.

Quel est le meilleur souvenir que vous

gardez du tournage ?

Le dernier jour. Nous nous sommes mis

en route à 3 heures du matin. Il y avait

une grande croix rouge illuminée en

ville, nous avons voulu la filmer. Alors

nous avons demandé à Shama de parcourir

le plan de gauche à droite. À la

seconde précise où il a quitté le côté droit

du cadrage, les lumières se sont éteintes.

Puis une demi-heure plus tard, il s’est mis

à pleuvoir. Le lendemain, il a plu aussi.

Je sentais enfin que le travail était achevé.

C’était comme si l’île nous disait :

« C’est bon, c’est dans la boîte. On éteint

tout, vous pouvez rentrer chez vous. »

Le film sur redbull.com/outdeh

THE RED BULLETIN 59


Tous gagnants !

Plus de 130 universités aux USA proposent des cursus esport.

Avec un secteur du jeu vidéo en expansion, les établissements

scolaires les plus clairvoyants se bougent pour attirer les élèves

désireux de faire carrière dans un nouveau monde d’opportunités.

Texte SCOTT JOHNSON

Pionnière des sports

universitaires, l’université

Full Sail (Floride) a ouvert

en 2019 sa salle esport

à 6 millions de dollars.


FULL SAIL UNIVERSITY

61


Megan Danaher,

étudiante à Full Sail,

est capitaine de

l’équipe Armada sur

Overwatch.

imanche matin, en mars. Megan Danaher

pénètre The Fortress, un auditorium de

la Full Sail University. Situé à Orlando

(Floride), cet établissement supérieur

propose des formations sur deux ans et

prépare les étudiants à faire carrière

dans l’industrie du divertissement. Avec

ses 1 000 m², The Fortress est la plus

grande arène de sport électronique, ou

e-sport, aux États-Unis : un symbole fort

pour cette nouvelle mission universitaire.

Un écran géant surplombe une scène

parée de la bannière « Hall of Fame

Week ». Du R&B tabasse dans d’énormes

haut-parleurs. Cameramen et photographes

fendent une foule de jeunes.

Certains portent des maillots noir et

orange pour marquer leur appartenance

à Armada, l’équipe d’esport universitaire

de la Full Sail University. Confiante,

Megan se dirige à grands pas vers un

groupe de garçons réunis en cercle. Elle

ôte son sweat-shirt, révélant son maillot

Armada. Son pseudo de gamer est brodé

en lettres capitales en haut du dos :

PeptoAbysmal.

Megan Danaher est la capitaine de

l’équipe universitaire Overwatch d’Armada,

et c’est la seule fille de l’équipe.

Dans le domaine des jeux de tir subjectif

en équipes, Overwatch se caractérise par

sa rapidité et la complexité de son graphisme.

Plusieurs coéquipiers de Megan

ont peint des traits noirs sous leurs yeux.

Ils sont tous rassemblés, leurs maillots

scintillant sous les stroboscopes. Lleaf,

Anarchy, Yakisoba, 2A1Z et Beaverbiskit

font tous partie de l’équipe. Alors que la

menace de la COVID-19 pointe le bout de

son nez, les organisateurs ont tout prévu :

du gel hydroalcoolique, des lingettes

désinfectantes, et même des autocollants

62 THE RED BULLETIN


Megan, alias

PeptoAbysmal, seule

femme de son équipe.

Ci-dessous : goodies

Covid lors d’un event

début mars 2020.

FULL SAIL UNIVERSITY

afin de signaler si l’on préfère un salut

du coude plutôt qu’une poignée de main,

mais le groupe ne tient pas en place : tout

le monde est impatient de monter sur

scène pour le tournoi à venir.

Ce jour-là, The Fortress est le paradis

des gamers : compétitions acharnées,

commentaires pointus réalisés par des

spécialistes, sessions pratiques sur des

ordinateurs Stealth Thin haut de gamme

fournis par le sponsor MSI, goodies et la

possibilité de rencontrer vos joueurs favoris.

Une douzaine d’étudiants appartenant

aux deux équipes League of Legends s’affrontent

déjà. L’action est retransmise sur

l’écran géant. Jonglant avec leurs crayons,

deux commentateurs décryptent les

actions. Dans un coin de la salle, un élève

se mesure à Toxsic, un gamer pro, sur le

jeu de basketball NBA 2K. L’un des animateurs

s’époumone sur scène : « Restez avec

nous ! Ne manquez pas le prochain

match ! ».

Au début, le tournoi est déséquilibré.

Les joueurs s’affrontent, crient dans leur

casque, pianotent frénétiquement sur leur

clavier et cliquent sans relâche sur leur

souris. Les équipes esport d’Armada sont

fortes. Très fortes.

Les challengers, les espoirs universitaires

de la Full Sail University, ne font

pas le poids. Mais la débâcle imminente

ne semble pas freiner leur enthousiasme.

Un fan particulièrement expressif au

premier rang hurle et conspue sans

aucune retenue, bondissant de son siège,

insensible aux regards, tandis que derrière

lui, une jeune femme assiste avec

inquiétude et fascination au drame qui

se joue à l’écran. L’événement est retransmis

dans son intégralité et en direct sur

Twitch, la plateforme fétiche des gamers

du monde entier.

Le secteur de l’esport se développe

depuis plusieurs années. Récemment, des

universités ont commencé à s’y frotter.

Et si elles ne s’y intéressent pas encore,

elles devraient sérieusement y penser. En

effet, l’esport devrait dépasser 1,5 milliard

de revenus d’ici à 2023, selon l’Esports

Ecosystem Report, publié par Business

Insider Intelligence. Selon le cabinet d’audit

Deloitte, les investissements en capital

de risque ont doublé entre 2017 et 2018,

ce qui représente une augmentation de

plus de 800 % en dollars réels, pour un

montant dépassant les 4,5 milliards de

dollars. Dans tous les États-Unis, des centaines

d’écoles ont ouvert des cursus

esport ces dernières années, et le phénomène

n’en est qu’à ses prémices. La

Robert Morris University de Chicago, qui

a fusionné avec la Roosevelt University

cette année, a été le premier établissement

scolaire à faire le choix de l’esport

en 2014. Par la suite, plus de 130 cursus

universitaires ont vu le jour dans des

dizaines d’États à travers le pays. Toutes

les universités sont concernées, des plus

petites comme la Roosevelt University aux

plus grandes comme l’université de Californie,

Irvine, qui a été la première université

publique à créer un cursus d’esport

en 2015. En 2018, lorsque la Boise State

University (Idaho) a ouvert son cursus

d’esport, 20 élèves se sont inscrits. L’an

dernier, on comptait 200 candidats. « L’intérêt

de notre université pour l’esport

délie les langues », explique Chris Haskell,

responsable du cursus de la Boise State

Dans tous les États-Unis, des

centaines d’écoles ont ouvert des

cursus esport ces dernières années.

THE RED BULLETIN 63


« Les gens issus de l’esport ont

dû résoudre des tas de problèmes

pour en arriver là où ils en sont. »

University. « Nous conseillons aux universités

qui envisagent l’ouverture d’un cursus

d’esport de doubler toutes les prévisions

de la première année pour l’année

suivante », assure Michael Brooks de la

National Association of Collegiate

Esports, organisme qui régit l’esport

universitaire.

Mais ce n’est pas tout. Un écosystème

tout entier est en train de voir le jour : il

alimentera presque tous les aspects de la

vie créative et professionnelle susceptibles

de découler de l’omniprésence des jeux

vidéo dans la société actuelle. Avant que

le monde n’entre en confinement, les

stades étaient souvent remplis de dizaines

de milliers de spectateurs venus assister

à des tournois professionnels de

l’Overwatch League. Aux USA, les audiences

des compétitions de jeux vidéo

ont éclipsé celles des ligues sportives plus

traditionnelles telles que la NFL ou la

NBA. Et les universités ressentent de plus

en plus les retombées économiques. Les

établissements scolaires membres de la

NACE ont accordé environ 15 millions

de dollars de bourses pour l’étude des

jeux vidéo en 2019.

Dans les écoles et les entreprises

du pays tout entier, un rapprochement

s’opère. D’un côté, les employeurs

recherchent des esprits indépendants et

dotés de compétences variées : gestion

d’une communauté en ligne, construction

ou bidouillage de PC pour accélérer ou

optimiser son travail ou pour améliorer

le graphisme, etc. De l’autre côté, compte

tenu de sa capacité à résoudre les problèmes,

l’immense communauté gaming

actuelle est parfaitement adaptée à cette

demande. « Si votre société évolue rapidement,

vos collaborateurs doivent disposer

de compétences techniques dans le domaine

logiciel et matériel, mais aussi être

en mesure de résoudre les problèmes.

Or, le monde de l’esport foisonne de personnes

de cette trempe, se réjouit Michael

Brooks. Car elles ont dû résoudre des tas

de problèmes pour en arriver là où elles

en sont. »

À commencer par le suivi de leurs

études en période de pandémie. À la Full

Sail University, où une bonne moitié des

élèves ont initialement choisi une formation

à distance, l’ensemble des élèves a

repris les cours à distance dans la semaine

qui a suivi les premières fermetures d’établissements.

Les élèves ont continué leur

apprentissage sur Zoom et ils se sont

davantage impliqués dans des actions

collaboratives au travers de réunions

de clubs en ligne.

Ici, on vient

vibrer pour les

jeux vidéo.

64


FULL SAIL UNIVERSITY

Nommée The Fortress,

l’arène esport de Full Sail

est la plus grande des

USA. Elle a une capacité

d’accueil jusqu’à 500

spectateurs sur 1000 m 2 .


Selon la NACE, les

écoles ont dépensé

15 millions de dollars

dans les bourses de

gaming en 2019.

Les événements à

l’université Full Sail

sont gelés, mais s’il y

a un secteur qui peut

passer à une réalité

purement virtuelle,

c’est celui du gaming.


FULL SAIL UNIVERSITY

« J’adorerais vivre de l’esport.

Mener une vie confortable grâce

aux jeux vidéo serait formidable. »

En mars dernier, alors que Megan

Danaher et ses équipiers savourent

leur victoire sur Overwatch, Gus

Hernandez rallie la foule devant un

match NBA 2K, de l’autre côté de The

Fortress. Véritable boute-en-train, Gus

Hernandez est très reconnaissable avec

ses boucles rousses. Il s’est inscrit au

cursus de commentateur sportif de la

Full Sail University, et tandis qu’il suit

Toxsic, le gamer pro, il met ses compétences

à l’épreuve. « Et… Booker se déplace,

passe et… marque ! », s’écrie-t-il,

vraisemblablement aussi ravi par les feux

des projecteurs que par le jeu à l’écran.

Élevé dans une famille brésilienne

au nord de Boston, Gus a grandi en regardant

son beau-père jouer à Fifa et Pro

Evolution Soccer sur une PlayStation 2

dans le modeste T3 familial. Gus a passé

des heures à écouter la légende Jack

Edwards commenter les rencontres sportives

locales sur une vieille radio et il s’est

vite imaginé derrière le micro. Il a aussi

commencé à apprécier les « commentaires

intenses et pleins d’énergie » des matches

de foot de la New England Revolution

qu’il a découverts sur des stations de

son secteur. « Ça m’a tout de suite attiré »,

raconte-t-il.

Jeune adolescent lorsque Twitch est

apparu, Gus Hernandez a commencé à

commenter des parties sur sa propre

chaîne. La société Sinai Village l’a repéré

et lui a demandé de commenter plusieurs

matches de football Pro Clubs. Lorsqu’il

a eu 17 ans, une ligue britannique lui a

offert l’avion pour venir commenter l’une

de ses parties. Le voyage a finalement

été annulé, mais une étincelle avait jailli.

Avec le développement de sa chaîne

Twitch, Gus s’est intéressé à d’autres jeux,

comme Counter-Strike. Récemment, Gus

a ouvert le stream Twitch Counter-Strike:

Global Offensive, et sa chaîne s’est retrouvée

en top tendance. « Je me dis que ces

streams attireront des patrons d’entreprises

», a-t-il expliqué. À 19 ans seulement,

il a déjà une belle image de marque

et son positionnement sur le marché peut

attirer l’attention. « Certains disent que

mes commentaires sont passionnants. »

« J’adorerais vivre de l’esport à plein

temps, se confie-t-il. Mener une vie

confortable grâce aux jeux vidéo serait

formidable. Quand on pense que le gaming

était un refuge pendant mon adolescence…

» Celui qui rêvait d’un poste

de commentateur sportif traditionnel

dans un média local ou une chaîne

comme ESPN entrevoie des possibilités

grâce à des compétitions de sports électroniques.

« Avec l’esport, mon objectif

devient réaliste. »

Les profils comme celui de Gus

Hernandez sont de plus en plus recherchés,

alors même que les infrastructures

qui nourrissent les rêves de ces personnes

continuent à se développer. Les choix de

carrière abondent : commentateur pour

inviter des millions de fans à suivre les

parties, organisateur d’un nombre croissant

d’événements en direct qui égalisent

voire surpassent les audiences de la NFL

ou de la NHL… Mais aussi codeurs,

designers, animateurs, copywriters,

responsables produits, concepteurs de

jeux ou encore techniciens. Tous ces

métiers sont très demandés dans le secteur

du divertissement. C’est le boom

que tout le monde attendait, en particulier

les étudiants. « La dynamique actuelle

est totalement différente », décrit

Sari Kitelyn, responsable des cursu s

esport de la Full Sail University. « Aujourd’hui,

les jeux vidéo offrent de véritables

opportunités d’emploi. »

Aux USA, le sport a toujours été

une voie vers l’emploi. Les athlètes

traditionnels conjuguaient

leurs compétences à des cursus de gestion

du sport pour se reconvertir. Mais

les compétences et les outils développés

dans l’esport mènent à des opportunités

différentes. « Pensez aux marques et à

leur engagement vis-à-vis du grand public

», suggère Michael Brooks, responsable

de la NACE. « Désormais, presque

tout tourne autour des interactions en

ligne, de la gestion des communautés,

du streaming – surtout du streaming en

live, et implique des personnalités et

des événements dédiés. La publicité,

Gus Hernandez, talent à suivre, commente les matches esport dans toute la Floride.

THE RED BULLETIN 67


le marketing et le journalisme sont particulièrement

présents. Dans ce contexte,

l’esport constitue un moyen idéal d’acquérir

ces compétences. »

En début d’après-midi, The Fortress

commence à se vider. Megan

Danaher, Gus Hernandez et un

autre élève de la Full Sail University, Eric

Alpizar, font une pause dans le lounge.

La conversation dévie vers les jeux vidéo.

Eric Alpizar, qui a fait un bref passage

dans la Navy, est un joueur assidu de

Dragonball (un jeu de combat de type

joueur contre joueur), l’un des meilleurs

compétiteurs en Floride. Il évoque le cas

d’Arslan Ash, le joueur pakistanais de

Tekken sponsorisé par Red Bull, apparemment

venu de nulle part : en battant

un champion sud-coréen nommé Knee

lors de l’EVO 2019, Arslan s’est emparé

du titre de champion du monde. Tekken

a ainsi mis la lumière sur le Pakistan de

manière assez inattendue, explique Eric.

Ce pays souvent à la une des journaux

pour des questions de terrorisme ou de

géopolitique fait maintenant parler de

lui grâce aux jeux vidéo. « C’est l’un des

avantages de l’esport, précise Eric. Il n’y

a aucun préjugé sur les Pakistanais, car

tout le monde s’en fiche. Les joueurs s’en

fichent. Avec la mondialisation et l’essor

de l’esport, n’importe quelle communauté

peut très facilement débouler et dire

“Eh, nous voilà ! Salut, nous sommes

du Pakistan. Salut, nous sommes de

Jordanie. Salut, nous sommes de tous

ces endroits du monde et nous pouvons

tous jouer ensemble.” »

La Hall of Fame Week de la Full Sail

University a lieu chaque année depuis

plus de dix ans. Un cercle restreint de

diplômés qui ont excellé dans leur

domaine et apporté une contribution

Eric Alpizar, étudiant de Full Sail, est un joueur

dévoué du jeu de combat Dragonball.

68 THE RED BULLETIN


La prochaine génération de jeunes

actifs viendra directement du

monde de l’esport universitaire.

FULL SAIL UNIVERSITY

Les membres d’Armada,

l’équipe sportive universitaire

de l’université Full Sail,

affrontent leurs adversaires

sur Overwatch.

à l’université d’une manière ou d’une

autre sont invités chaque année pour être

intronisés et s’adresser aux étudiants

actuels. Erin Eberhardt fait partie des

diplômés honorés en mars dernier : elle

est sortie de l’université il y a dix ans et

travaille aujourd’hui chez Blizzard

Entertainment, le géant du jeu vidéo

à Los Angeles. Élevée sur un terrain de

3 hectares dans la campagne de l’Ohio,

Erin Eberhardt a grandi en toute liberté.

Le soir, la famille se rassemblait pour

regarder son père, contrôleur aérien,

jouer aux jeux vidéo avec ses amis.

« Nous étions assis sur nos chaises, derrière

papa, et nous regardions par-dessus

son épaule. Nous passions juste la tête

et nous criions comme des hystériques. »

Erin a étudié dans une université classique,

mais elle s’y ennuyait ferme. Elle

a finalement obtenu son diplôme de la

Full Sail University en 2010. Lorsqu’elle

est arrivée sur le marché du travail,

YouTube et les autres services de

streaming n’en étaient qu’à leurs balbutiements.

Twitch n’existait pas encore.

Elle a obtenu un poste chez Disney, dans

la branche Développement, puis elle a

rejoint PlayStation pendant cinq ans.

En 2016, l’esport a enregistré une

forte hausse avec l’annonce de

l’Overwatch League. Erin a postulé chez

l’éditeur du jeu, Blizzard Entertainment,

et elle a été retenue. Depuis lors, elle observe

un afflux constant de professionnels

d’autres secteurs qui viennent dans

l’univers du gaming. « Beaucoup de gens

arrivent des secteurs traditionnels de la

télévision et du cinéma, mais aussi de

la NFL et de la NBA », raconte-t-elle.

« Nous avons une incroyable cellule de

personnes fantastiques qui travaillent

toutes ensemble sur ce produit. »

Selon elle, la prochaine génération

de jeunes actifs viendra directement

du monde de l’esport universitaire.

« Voilà ce qui forme la prochaine

génération des professionnels d’esport »,

explique-t-elle. « Tout se passe à l’université.

Pratiquement chaque major de la Full

Sail University pourra travailler dans l’esport

à un moment de sa vie, car c’est un

peu “tout le monde sur le pont” en ce moment.

» La Full Sail University a rendu

hommage à Erin Eberhardt notamment

pour son rôle dans l’organisation d’un gigantesque

événement live l’an dernier

pour un jeu appelé Hearthstone. Megan

Danaher, disciple d’Erin Eberhardt, considère

cet événement comme une étape clé

de son propre développement. « C’était

juste parfait », s’extasie-t-elle.

D’une certaine manière, les parcours

respectifs de Megan Danaher et d’Erin

Eberhardt reflètent l’essor de l’industrie.

Il y a dix ans, lorsqu’Erin est arrivée sur le

marché du travail, le jeu vidéo était encore

un secteur naissant. La Full Sail University

n’avait pas encore d’équipe esport.

Aujourd’hui, Megan Danaher se trouve

face à une multitude d’opportunités plus

alléchantes les unes que les autres.

À présent, Megan Danaher rêve d’organiser

de gros événements live dédiés

aux jeux vidéo et qui rassemblent des

centaines de milliers de personnes dans

les arènes du monde entier. Ses parents

ont fini par se rallier à son avis. « À une

époque, ils se disaient sans doute :

“Lâche ces fichus jeux vidéo et fais tes

devoirs”, ou quelque chose du même

genre, explique-t-elle. Mais aujourd’hui,

ils voient qu’il existe des débouchés professionnels

dans ce domaine. Et que je

ne fais pas que m’amuser. »

Lorsqu’elle sera diplômée au mois

d’octobre, Megan Danaher débutera un

Master en gestion du sport à la Full Sail

University. Elle envisage de faire carrière

dans l’esport, et notamment dans la gestion

de projet, la gestion d’équipe et la cohésion

d’équipe. Elle observe du coin de

l’œil une équipe texane qui dirige un

stade esport. « J’aimerais aider à renforcer

la cohésion de l’équipe, gérer l’équipe,

et m’assurer que tout le monde s’entraîne.

Dorme correctement. Se sente bien mentalement,

révèle-t-elle. Je veux juste faire

tout mon possible pour la bonne entente

de l’équipe, en gros ce que je fais déjà

maintenant, mais à plus grande échelle…

et être rémunérée pour ça. »

Pour la Full Sail University, tout a commencé

dans un camion, au sens littéral du

terme : un camping-car GMC de 8 mètres

de long. C’était à l’origine un studio d’enregistrement

de musique mobile, dans

L’ex-étudiante

Erin Eberhardt

raconte sa voie

dans le gaming.

THE RED BULLETIN 69


Au moins un étudiant diplômé de la

Full Sail University a travaillé dans

chacun des films Marvel diffusés.

Le campus

de l’université de

Full Sail à Winter

Park, Floride.

lequel les artistes pouvaient apprendre les

bases de la production musicale lors de

sessions courtes et ciblées.

Aujourd’hui, le campus compte plusieurs

bâtiments à un étage dans

une zone assez déserte où seuls

quelques espaces de bureaux et petites

entreprises se sont installés au nord-est

d’Orlando. Ses étudiants diplômés ont

été embauchés par les plus grands studios

d’Hollywood, parmi lesquels Netflix,

Amazon et Disney. Au moins un – et souvent

plus d’un – étudiant diplômé de la

Full Sail University a travaillé dans chacun

des films Marvel sortis au cinéma à

ce jour. L’école de commentateurs sportifs

porte le nom d’un de ses fondateurs,

Dan Patrick, qui vient souvent sur place.

Dave Arneson, le créateur de Donjons

et Dragons, a enseigné la conception de

jeux au sein de l’université jusqu’en 2008.

Sachant que les cours coûtent 450 dollars

de l’heure, ce n’est pas donné. Mais les

candidatures continuent à affluer.

Le lendemain du tournoi Overwatch,

Megan Danaher revient sur le campus

pour assister à d’autres événements Hall

of Fame. Vers midi, elle se dirige vers un

salon de l’emploi destiné aux étudiants,

accompagnée par l’un de ses coéquipiers

Overwatch, un ancien marine de New

York qui consacre actuellement sa thèse

aux effets positifs des jeux vidéo sur les

syndromes de stress post-traumatiques.

(« Et il y en a beaucoup ! ») Ils consultent

les brochures entre deux saluts de coude

et quelques giclées de gel hydroalcoolique.

Quelques recruteurs tentent d’appâter

Megan avec des contrats temporaires,

et elle accepte poliment de réfléchir à ces

offres. Un homme qui faisait la queue derrière

elle lui demande ce qu’elle aimerait

faire. « Je m’intéresse aux shows en live et

à la production », répond-elle. Marquant

son approbation d’un signe de tête, il lui

explique qu’il travaille pour une petite société

de production en Virginie. « Super ! »,

s’exclame-t-elle en lui remettant sa carte

de visite. Après avoir discuté quelques minutes

avec une femme qui tenait un stand,

Megan raconte à son coéquipier : « Elle me

disait : “Ce job est fait pour vous. N’attendez

pas pour poser votre candidature !” »

On ne parle pas seulement de gosses

qui jouent à des jeux vidéo et qui font

baver d’envie les cadres d’Hollywood

jusqu’à Orlando. « Twitch propose actuellement

un millier de postes, mais les candidats

qualifiés ne sont pas assez nombreux

», explique Michael Brooks de la

NACE. Les ingénieurs en informatique, les

responsables de bases de données et les

ingénieurs du son, surtout ceux qui s’y

connaissent en jeux vidéo, sont particulièrement

demandés. « Et nous entendons

le même refrain chez Microsoft. Ils

constatent naturellement que leurs collaborateurs

actuels sont aussi des gamers.

C’est là qu’ils vont chercher leurs collaborateurs.

Voilà le genre de personnes qu’ils

souhaitent avoir dans leurs équipes. »

Les paysages professionnel et universitaire

sont étroitement liés, et

cela commence même beaucoup

plus tôt. « Des gamins semi-pro, à moitié

entraînés, débarquent de leur lycée et

sont recrutés dans des cursus universitaires,

raconte Erin Eberhardt. Ils sont

là pour leurs compétences dans les jeux

vidéo. » Elle évoque le tournoi Overwatch

organisé au sein de The Fortress, et toute

l’expérience Hall of Fame proposée par

la Full Sail University. « C’était des étudiants,

dit-elle. Les gars au son, les

runners, les assistants de production,

les personnes chargées de la lumière,

70 THE RED BULLETIN


Du son à la

retransmission,

la production

des tournois de

Full Sail, est

entièrement

auto-gérée par

les étudiants.

FULL SAIL UNIVERSITY

les truqueurs… une production 100 %

estudiantine. Les studios recherchent

exactement ce type d’expérience. »

La journée touche à sa fin. À la Full

Sail University, la foule se rassemble devant

une immense scène extérieure : un

écran y a été installé derrière deux chaises

et une console de jeux. Pendant que les

spectateurs s’installent, Gus Hernandez

et Eric Alpizar montent sur scène.

L’équipe Super Smash Bros de la Full Sail

University affrontera des challengers

choisis dans le public. Quelques courageux

se manifestent. D’autres spectateurs

viennent s’asseoir et s’apprêtent à assister

à une longue soirée de jeux vidéo. Sur

scène, Gus Hernandez et Eric Alpizar

trouvent leur rythme. En cette agréable

soirée, il semble que toutes les personnes

présentes soient exactement là où elles

souhaitent être. « C’est ça, l’esport ! »,

s’exclame Erik Alpizar.

De Twitch à Microsoft, des employeurs cherchent des talents avec un background dans le gaming.

THE RED BULLETIN 71


VOILIER

VOLCANIQUE

Norbert Sedlacek,

58 ans, teste son yacht

en fibre de roche

volcanique au large de

la côte vendéenne.

L’homme qui a

fui l’ordinaire

Un tour du monde de sept mois en solitaire et sans

escale, sur un tracé qu’aucun autre navigateur n’a

jamais tenté avant lui. NORBERT SEDLACEK évoque

cette force qui sommeille en chacun de nous – et qui ne

s’éveille que si l’on porte le regard au-delà de l’horizon.

Texte ALEXANDER MACHECK

Photos KONSTANTIN REYER

73


« J’étais fonctionnaire.

Un jour, j’ai décidé de changer

radicalement de vie. »


EN SOLITAIRE

Sedlacek gère son

projet titanesque tout

seul à bord du yacht

qu’il a construit avec

son équipe.

75


LA COURSE

AU RECORD

DU MONDE

Norbert Sedlacek au

gouvernail de son

bateau. Le reste du

temps, c’est le pilote

automatique qui

prend le relais.


Appareillage aux Sables d’Olonne sur la côte atlantique, point de départ et d’arrivée de la tentative de record du monde.

Norbert Sedlacek,

navigateur de légende

1977 – 1984

Serveur à l’hôtel Hilton de Vienne (Autriche).

1984 – 1992

Conducteur de tramway.

1996 – 1998

Premier tour du monde en solitaire. Entrée

sur la scène internationale des navigateurs

professionnels.

2000 – 2001

Norbert Sedlacek est le premier Autrichien

à faire le tour de l’Antarctique sans escale

en 93 jours.

2004

Sedlacek termine dans les dix premiers de la

TRANSAT en 17 jours, 18 heures, 35 minutes

et 36 secondes.

2004 – 2005

Sedlacek est le premier navigateur germanophone

à participer au Vendée Globe, course

à la voile en solitaire autour du monde.

En raison d’une sévère avarie technique, il

doit abandonner la course prématurément

avant d’arriver au Cap.

2008 – 2009

Vendée Globe, deuxième essai. Au bout de

126 jours 5 heures 31 minutes et 56 secondes,

Sedlacek franchit la ligne d’arrivée

au onzième rang sur trente participants, et

fait ainsi son entrée au panthéon des grands

navigateurs de ce monde.

Des tempêtes de la force d’un

ouragan, des vagues hautes

comme des maisons, des températures

allant de − 45 °C

à + 40 °C, des icebergs, la solitude,

la lutte jusqu’à l’épuisement. L’ancien

conducteur de tramway viennois

Norbert Sedlacek, 58 ans, s’est lancé le

12 juillet 2020 dans une aventure qu’aucun

navigateur n’a encore jamais tentée

avant lui : un tour du monde intégrant la

traversée du mythique passage du Nord-

Ouest. Un parcours de 63 000 kilomètres

sans escale à travers tous les océans du

monde, sept mois en solitaire et sans

assistance extérieure.

C’est autour d’un café que nous rencontrons

le navigateur de légende autrichien

aux Sables d’Olonne, sur la côte

atlantique, point de départ et d’arrivée

de sa tentative de record du monde –

dans le hangar-même où, ces dernières

années, Norbert Sedlacek et son équipe

ont construit le bateau de près de vingt

mètres de long avec lequel il a pris la mer.

Ici, à la Mecque des navigateurs épris

de tours du monde, l’Autrichien est une

véritable star et il répond en français

quand on l’aborde dans la rue. Il est l’un

d’entre eux, tous unis par cette même

passion pour la navigation. Alors que

nous nous asseyons à notre table, encerclés

par des centaines de caisses de matériel,

de nourriture et d’équipement et de

vêtements techniques, l’expression fait

sourire l’Autrichien. Il reconnaît bien

volontiers qu’il est – encore et toujours –

le même Norbert qui, voilà déjà presque

trente ans, a osé s’aventurer plus loin

que la majorité des gens. Il me demande :

« Un café ? » Bien sûr, avec du lait et du

sucre. Et c’est parti.

the red bulletin : Comment vous

sentiez-vous quelques semaines avant

de lever l’ancre ? Anxieux ? Inquiet ?

Impatient ?

norbert sedlacek : Je dirais plutôt

concentré. Et submergé de doutes : estce

que je n’ai pas oublié quelque chose

d’important ? Ne me serais-je pas trompé

quelque part ? Est-ce que tous mes calculs

et toutes mes prévisions sont bons ?

« Anxieux ? Inquiet ?

Non. Je dirais

plutôt concentré. »

THE RED BULLETIN 77


Une grande

première !

Passage du

Nord-Ouest

Pour le Vendée Globe,

la course en haute mer

la plus difficile au monde,

les navigateurs partent

de la côte française pour

rallier l’Afrique du Sud

et font ensuite le tour du

monde, des mers du Sud

au nord de l’Antarctique,

avant de franchir le Cap

Horn, de traverser l’Atlantique

puis revenir à leur

point de départ. Sedlacek

en rajoute une couche :

il va tenter un détour par

le passage du Nord-Ouest

avant de redescendre

en longeant toute la côte

ouest du continent

américain pour ensuite

rejoindre le parcours

du Vendée Globe.

Cap Horn, CHI

Les Sables, FRA

Cap de Bonne-Espérance,

RSA

Cap Leeuwin,

AUS

Par exemple ?

Eh bien, déjà, le passage du Nord-Ouest.

Il se trouve au nord du continent américain.

C’est assez rare que les navigateurs

le franchissent. Là-bas, il y a soit beaucoup

de vent, soit pas du tout. Si c’est

le calme plat, il y a un risque de ne plus

pouvoir avancer et de se retrouver piégé

dans les glaces. C’est ce qui est arrivé

à un équipage argentin. Ils ont pu être

récupérés juste à temps par un hélicoptère

avant que les ours polaires ne

viennent les dévorer. Ce que je veux

dire par là, c’est qu’on a que très peu

de retours d’expérience pour pouvoir

évaluer correctement la situation.

Pourquoi vous infligez-vous cela ?

Parce que je veux prouver que c’est possible

avec mon bateau. Nous l’avons

construit en fibre de roche volcanique.

C’est un tout nouveau matériau, à la fois

léger et extrêmement solide. Le bateau

est un Open60AAL, un yacht de course.

Il est suffisamment rapide pour pouvoir

avancer, même avec très peu de vent,

dans le passage du Nord-Ouest.

« Un hélicoptère les

a récupérés juste

avant qu’ils ne se

fassent dévorer par

les ours polaires. »

De la fibre de roche volcanique ?

Oui, en fait, des roches volcaniques sont

d’abord transformées en fibres, et puis

en nappes, dont nous nous servons

ensuite pour fabriquer les éléments du

bateau. Contrairement aux yachts fabriqués

dans les matériaux habituels, notre

coque en fibre de roche volcanique est

entièrement recyclable. On peut broyer

la fibre pour en faire des palettes, qui

peuvent par exemple servir à fabriquer

des receveurs de douche. C’est véritablement

une seconde vie que l’on offre au

matériau.

Soyons clairs : vous allez naviguer avec

un bateau fabriqué dans un nouveau

matériau qui n’a encore jamais été

soumis à des conditions extrêmes, sur

un tracé que personne n’a jamais suivi

parce qu’il n’y a pas assez de retours

d’expérience. C’est plutôt risqué, non ?

C’est vrai que le matériau n’a pas été

testé dans des régions glaciaires, mais il

l’a été avec un plus petit prototype quand

mon fils a traversé l’Atlantique. Le risque

et la sécurité, c’est toute une histoire.

Même dans la vie quotidienne, on pense

que tout est sous contrôle. Mais la vérité,

c’est qu’on ne maîtrise pas grand-chose.

Prenons le travail par exemple. On

apprend tous un métier lambda, on se

cherche une entreprise, grosse, de préférence,

et on y reste. Mais ce sentiment

de sécurité est trompeur. Aujourd’hui,

les entreprises passent tellement vite de

main en main, ou bien il peut toujours

VAISSEAU

SPATIAL

Le « tableau de bord »

du yacht sous le pont.

C’est ici que Norbert

dort par tranches de

quinze minutes.

arriver quelque chose (ces choses inattendues

qui peuvent arriver, on est justement

en plein dedans, ndlr) et pouf – on

se retrouve sans boulot. Ou bien on est

éjecté parce qu’on est trop vieux. Ce qui

est encore plus tragique, c’est quand on

accepte un boulot pour cette apparente

sécurité et que l’on n’aime même pas ce

que l’on fait. Moi, le déclic, je l’ai eu à

trente ans. J’étais fonctionnaire et je travaillais

pour les transports en commun

viennois, en Autriche. Je m’asseyais tous

les jours dans mon tram, je m’efforçais

d’être aussi sympathique que possible et

j’attendais que tout cela soit enfin fini.

Mais ce n’est pas une vie ! C’est là que j’ai

décidé de prendre un risque et de gagner

ma vie en faisant quelque chose qui me

plaît, à savoir naviguer.

Et donc vous avez eu de la chance.

Si c’est de la chance, c’est la chance

du bosseur.

ALAMY STOCK VECTOR

78 THE RED BULLETIN


Ce n’est pas un peu arrogant ?

Je ne trouve pas. C’est une manière de

voir la vie et ses propres capacités. Je

vois cela tellement souvent, des gens

qui pensent qu’ils ne peuvent pas faire

ce qu’ils veulent, mais la vérité, c’est

qu’ils n’ont jamais vraiment rien fait

pour. Ils ont une idée, ils commencent

à y réfléchir et puis, ouh, ça a l’air compliqué,

je n’y arriverai jamais. Ce qu’ils

voudraient en fait, c’est quelqu’un qui

vienne les prendre par la main. C’est le

grand classique de notre époque. Je veux

dire : quand un carton est trop lourd à

porter, il suffit d’en faire trois plus petits

et de les prendre les uns après les autres.

Quand on fait ça, au bout d’un moment,

on arrive aussi à porter les gros. Mais il

faut vraiment le vouloir. C’est pour cela

que c’est important de découvrir ce qu’on

aime vraiment faire dans la vie. Et quand

on a trouvé quelque chose, on prend ses

responsabilités et on s’améliore de jour

LE MATOS POUR UN TOUR DU MONDE

Provisions, matériel technique, vêtements spécifiques et matériel médical. Tout est fin prêt.

Le navigateur aura la possibilité de faire escale en chemin pour embarquer du nouveau matériel.

THE RED BULLETIN 79


Le bateau

Catégorie Open60AAL

Longueur 18,28 mètres

Largeur 5,82 mètres

Hauteur de mât au-dessus

du niveau de la mer 29 mètres

Matériau de construction de

la coque Fibre de roche

volcanique et balsa écocertifié

Moteurs Deux moteurs Oceanvolt

(électriques, de 10 kW et 14 CV

chacun) pour la navigation et

l’électricité ; le bateau bénéficie

ainsi d’une alimentation 100 %

sans énergies fossiles


en jour. À chaque pas dans cette direction,

le risque diminue.

Votre tour du monde est probablement

le meilleur exercice en la matière.

Vous naviguerez en solitaire pendant

sept mois. Sans personne à bord sur

qui rejeter la faute quand quelque

chose se passera de travers.

Exact. J’ai même construit mon bateau

moi-même. Donc quand je veux savoir

qui a fait une connerie, je me regarde

dans le miroir et je me dis : « Tu as

déconné, mais maintenant, tu vas tout

arranger. » C’est la base : quand on foire

quelque chose, on répare. Et quand on

y arrive, il n’y a rien de mal à être fier

de ce que l’on a fait.

Être fier de ce qu’on fait, c’est un peu

passé de mode, il me semble.

Je trouve aussi. Et pourtant, c’est une

très bonne manière de transformer les

épreuves en succès.

En mode : « Si j’assume maintenant,

je pourrai être fier de ce que j’ai fait

ensuite. »

Oui, et il faut aussi se bouger avant qu’il

n’arrive quelque chose qui nous tire vers

le bas. Un exemple : selon nos estimations,

le bateau devra résister à environ

40 millions de vibrations en sept mois

passés en mer. Donc il y aura toujours

quelque chose à réparer. Il faut repérer

les failles avant qu’elles ne deviennent

graves. Toutes les zones de frottement

par exemple. On voit une corde qui est

un peu déchirée. On se dit que ça ira

bien. Faux ! Trois jours plus tard – bam !

Elle se déchire. Là, pas de bol, la voile

vous glisse des mains et tombe dans

l’eau, ça fait un trou et la corde de la

voile se prend dans l’hélice – réaction

en chaîne classique. C’est pour cela qu’il

faut être vraiment méticuleux. Si on

remarque quelque chose qui cloche, pas

le choix : il faut réparer ou remplacer –

même quand on est fatigué.

Et ça marche à tous les coups ?

C’est sûr qu’il y a des moments où j’ai

envie de tout laisser tomber. Je me dis

que je m’en tape de tout ça, mais au

même moment, je remarque qu’il y a une

partie de mon cerveau qui cherche déjà

une solution dans son coin.

OCEAN RACER

Le yacht devra résister à

40 millions de vibrations

pendant sa course autour

du monde.

81


Ça aide d’exprimer ses émotions ?

De hurler en pleine mer ?

Bien sûr. Il faut faire redescendre la pression.

Ensuite, on est plus à même de

réfléchir et de trouver une solution. C’est

mieux que de ronger son frein, de râler,

etc. C’est aussi de cette manière que l’on

fonctionne dans notre couple avec ma

femme. Quand quelque chose ne va pas,

on le dit. Au moment où ça ne va pas.

Et pas : oui, bon, je l’aime après tout, et

puis, vient un moment où les rancunes

s’accumulent et on finit par se déchirer

sans savoir pourquoi.

En parlant des amis et de la famille,

comment supporte-t-on sept mois

de solitude ? Est-ce que ça vous aide

d’avoir des contacts avec l’extérieur ?

C’est à double tranchant. Il faut bien se

dire que quand on part comme ça, au

bout d’un ou deux jours, on est déjà dans

un autre monde. On se retrouve seul face

à soi-même, la mer et son bateau et,

« Ne pas dormir

plus de quinze

minutes d’affilée

pendant sept mois ?

On s’y fait. »

quand c’est possible, on s’assure de

reprendre quelques forces, de dormir

un peu et de se la couler douce ou de

faire ce qu’on a à faire. Ce n’est pas bon

de trop communiquer avec ses proches.

Et ce qu’il faut éviter à tout prix, ce sont

les mauvaises nouvelles. On a établi une

règle entre nous : je ne me plains pas

et ils en font autant. Cela ne nous apporterait

rien.

Vous allez naviguer d’une traite et

vous n’accosterez jamais pour vous

reposer. Comment faites-vous pour

dormir ?

En faisant des siestes éclair. Je m’équipe

de pied en cap et je m’installe devant les

armatures. Elles m’avertissent quand

quelque chose ne va pas. Et mon réveil

sonne toutes les quinze minutes. Là, je

fais une vérification d’ensemble et je me

rendors.

Donc vous passez 200 jours à ne pas

dormir huit heures d’affilée, mais

seulement par tranches de quinze minutes.

Est-ce que vous gardez un semblant

de rythme jour/nuit ?

Non. Il faut se consacrer entièrement aux

besoins de son bateau. Et ils dépendent

principalement de la météo. Donc je profite

de vraiment toutes les opportunités,

quelle que soit l’heure, pour me reposer

et me détendre. D’une manière générale,

je suis un petit dormeur. Mais c’est sûrement

une question de tempérament.

Qu’en est-il des repas ?

Je les ai répartis très précisément.

Les provisions que j’embarque représentent

en tout 1,3 million de kilocalories.

Je mange plus souvent, mais en

petites portions, pour pouvoir réagir

de la manière la plus flexible possible

à mes besoins en calories selon mon

activité du moment.

Que faites-vous en cas de blessure ou

de problème de santé ?

J’ai trois grosses caisses de matériel

médical à bord. Elles contiennent à peu

près tout ce dont on peut avoir besoin

pour les premiers soins et les traitements

complémentaires quand il n’y a aucun

médecin à la ronde sur plusieurs centaines

de milles marins.

Même en cas de problème plus grave,

vous vous débrouillez seul ?

Dans ce cas-là, je contacte un spécialiste,

un dentiste ou un chirurgien pour qu’il

m’explique ce qu’il faut que je fasse et

quels médicaments je dois prendre. Mais

c’est plus facile à dire qu’à faire. Parce

que la plupart des médecins diront : « Ce

n’est pas possible, vous devez tout de

suite vous rendre à l’hôpital. » Mais en

plein milieu de l’Atlantique, il faut se

POSTE DE

TRAVAIL

Dans le cockpit,

Sedlacek manipule

les voiles pour

diriger le bateau.

82 THE RED BULLETIN


AU-DELÀ DE

L’HORIZON

Norbert Sedlacek,

en pleine mer sur son

bateau, mettant le cap

sur l’inconnu, là où

l’on peut se découvrir

soi-même.

débrouiller avec ce que l’on a. Donc on

n’arrête jamais d’apprendre, c’est aussi

ça, la beauté de la chose.

Quelle superficie avez-vous à bord ?

Le pont fait 75 m², mais il n’est pas habitable

et pas facilement praticable, vu

qu’il est toujours humide dès qu’on prend

un peu de vitesse. Donc il y a le cockpit

à l’extérieur et il y a l’intérieur – en tout,

ça doit faire 10 ou peut-être 12 m².

Et ça vous va d’y passer des mois ?

C’est un domicile que l’on choisit de

son plein gré. On en a besoin pour partir

à la quête de soi-même. Vivre de nouvelles

choses, faire tout ce que l’on n’a

pas le temps de faire en temps normal.

Apprendre de nouvelles choses par soimême

au lieu d’appeler des gens quinze

fois par jour ou de surfer sur Internet.

De temps en temps, on peut aussi tout

simplement se poser, observer la nature

et s’écouter soi-même. Ou alors s’interroger

: est-ce que je vis la vie que j’ai envie

de vivre ? C’est important de se poser

cette question de temps en temps.

Une introspection en environnement

spartiate, en somme. À ce propos,

est-ce vrai que vous n’avez pas de

chauffage à bord, alors que vous allez

endurer des températures de – 20 °C

dans les zones arctiques et antarctiques

?

C’est vrai. D’après ce que j’ai vécu en

Antarctique, la température, c’est un

stress permanent pour le corps, parce

qu’il doit sans cesse s’adapter à une

alternance chaud-froid-chaud-froid. Il

faut monter sur le pont toutes les deux

minutes parce qu’on est le seul à faire

le job. Donc, on enfile deux ou trois

couches de vêtements spéciaux pour

résister au froid. Et puis, on retourne

dans la cabine et là, on se prend les

+ 20 °C dans la face. Donc on enlève

tout. Mais déjà, il faut ressortir. Donc

on renfile tout. En fait, on a le choix :

soit on transpire comme pas possible à

l’intérieur, soit on sort pas assez habillé

à l’extérieur, soit on perd des plombes

à renfiler toutes ces couches de vêtements

encore et encore.

« Je n’ai pas besoin

de chauffage, même

dans les régions

glaciaires. »

Oui, et donc, le froid ?

On s’y habitue avec le temps. À l’intérieur,

il ne fait pas aussi froid que sur

le pont en plein vent. Et puis, je porte

des vêtements spéciaux. Comme ça, par

exemple (il prend un tee-shirt à manches

longues super fin sur une pile de vêtements),

ça permet au moins de garder

le buste bien au chaud, qu’il fasse – 10 °C

ou + 15 °C. Ce n’est pas encore vendu en

magasin – je fais le cobaye sur ce coup.

Quelqu’un qui envisagerait de laisser

sa vie ordinaire derrière soi et de

réaliser ses rêves – quels conseils

auriez-vous à lui donner ?

D’abord, soyez honnête avec vous-même.

Trouvez ce que vous voulez vraiment

faire et ce dont vous êtes capable.

Ensuite, allez-y à fond, sans filet de sécurité.

C’est la meilleure manière de mobiliser

son énergie, sa détermination, et les

soutiens. Et aussi, profitez de toutes les

occasions pour apprendre. Enfin, gardez

les pieds sur terre. Vous n’êtes pas un

champion, seulement un être humain qui

évolue sans cesse et qui fait chaque jour

avec une grande détermination un petit

peu plus de ce qui le fait vraiment vibrer.

ant-arctic-lab.com

THE RED BULLETIN 83


RED BULL SANS SUCRE

MAIS RED BULL QUAND MÊME.

Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

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PERSPECTIVES

Expériences et équipements pour une vie améliorée

DANS LE

SILLAGE DES

ATHERTON

Dyfi Bike Park,

Pays de Galles

85


PERSPECTIVES

voyage

Dan Atherton mène une clique de pilotes

sur les pistes du Dyfi. Ci-dessous, de

gauche à droite : Dan et son frère Gee

veillent sur les 260 hectares de leur bike

park ; Al Bond convie les riders à une

séance d’entraînement ; vous serez peutêtre

le prochain à prendre de l’altitude.

86 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES

voyage

A four-blade design

made from layers of

woodA four-bla A fourblade

design made

from layers of woodA

four-blade design

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of woodA four-blade

design made from

layers of wood

de design made from

layers of wood

« Il y a des trails partout, ils vous

font parcourir un paysage fantastique

de rivières, de forêts et

de vues à couper le souffle. »

Al Bond, entraîneur VTT de la Fédération

de Cyclisme de Grande-Bretagne

Je me trouve juste en dessous

du sommet de Tarren y Gesail

en Snowdonia, au Pays de

Galles, avec ses 667 m d’altitude surplombant

les cimes de la forêt d’Esgair

et les plages de sable de Cardigan Bay.

C’est ici que commence la piste – une

descente à pic à travers Dyfi Valley, qui

se terminera pratiquement au niveau de

la mer. Avec ses 263 hectares, le Dyfi

Bike Park est le plus grand bikepark du

Royaume-Uni et le terrain d’entraînement

des Atherton, vététistes et champions

de descente et d’enduro.

Voilà six ans que Dan Atherton – le

technicien de la famille – a construit les

trails d’origine dans ces collines pour

que sa sœur et son frère, Rachel et Gee,

puissent s’entraîner. Depuis, ils ont remporté

huit championnats du monde et

49 coupes du monde. C’est également ici

que se trouve le bébé le plus redoutable

de Dan, le parcours Red Bull Hardline.

Ils ont décidé d’ouvrir le parc au public

l’année dernière, afin que tout le monde

puisse en profiter.

Je fais du VTT avec les Atherton

depuis que j’ai 17 ans, et je parcours les

trails de Dyfi Valley depuis que Dan les a

construits. Ils m’ont beaucoup appris, j’ai

participé à des coupes du monde et au

Red Bull Hardline, et ai remporté le titre

de British Elite overall DH champion en

2011, avant que des blessures ne

m’obligent à arrêter la compétition.

Désormais je suis entraîneur et enseigne

l’art du VTT dans ce superbe bikepark.

Je n’ai jamais vu de paysage comparable

en Grande-Bretagne. Lorsque vous

êtes au sommet, des trails partent dans

toutes les directions et vous font parcourir

un paysage fantastique de rivières, de

forêts et de vues à couper le souffle. Les

descentes palpitantes mettant la gravité

à profit n’ont de semblable que dans les

Alpes. Il y a des pistes pour tous les

types de pilotes, dont deux pistes rouges

toutes neuves, pour acquérir de nouvelles

compétences, que vous pourrez

appliquer sur les pistes noires ensuite.

La piste que j’emprunte aujourd’hui

est la 50 Hits, qui porte bien son nom

étant donné les cinquante sauts qu’elle

vous fera effectuer. Elle commence à

400 m d’altitude, juste en dessous de la

zone de vols militaires à basse altitude

de la Royal Air Force. Sur 3 600 mètres,

elle suit la crête tandis que les avions de

chasse sifflent au-dessus de vos têtes.

Même à fond, il y en a pour huit minutes

de descente, truffées de passerelles,

à faire pomper l’adrénaline.

Chaque saut est conçu de manière

à vous lancer dans les airs et à vous faire

atterrir exactement là où vous entamerez

le prochain, à la bonne vitesse ; je n’ai

quasiment aucun de coup de pédale à

donner. La répétition est une base parfaite

pour le processus d’apprentissage

– il est plus simple d’apprendre à sauter

en effectuant cinquante sauts en sécurité,

sur un seul trail. Il en est de même

pour les bosses et les virages ; si vous

vous trouvez sur une piste étroite et

rocheuse bordée d’arbres, votre cerveau

ne pourra pas traiter plus d’informations.

Un Land Rover aura beau vous emmener

au sommet en onze minutes, il vous

THE RED BULLETIN 87


PERSPECTIVES

voyage

LA FOURCHE AVANT

ET LES AMORTIS-

SEURS ARRIÈRE

Absorption des chocs

avec la fourche et le

système DW6 : 150 mm

de débattement.

LE CADRE

Une géométrie sophistiquée

permet une

position parfaite du

corps pour les descentes

raides et pour

pédaler efficacement.

LES ROUES

Les roues de 29

pouces encaissent

mieux que les anciens

standards de 26.

Atherton Bikes

Enduro 29”

Comment les VTT Atherton vous permettent

de « flotter » en descente.

TOUS TERRAINS

Le design est inspiré

de l’expérience de Dan

Atherton en compétition

de VTT enduro.

faudra mériter votre descente. Avec

chaque passerelle et chaque drop, vos

bras et vos jambes servent de suspension,

tandis que les muscles de la partie

supérieure du corps vous maintiennent

en position et votre tronc solidifie l’ensemble.

En travaillant votre agilité vous

aurez une meilleure posture sur votre

VTT, peut-être même que vous éviterez

quelques chutes.

Le secret du succès de Dan, Gee et

Rachel est d’être partis dans la forêt et

d’avoir construit leurs propres sauts et

pistes. Leur savoir réuni sur la manière

de combiner les sauts à la vitesse et à la

pente, ainsi que leur compréhension du

virage parfait, ont abouti à des pistes

intelligentes.

Lorsqu’un trail vous porte, vous

n’avez pas à vous efforcer de gagner en

vitesse, en fait cela vous aidera même

à accélérer. Concentrez- vous sur les

trajectoires que vous trouvez les plus

confortables, puis efforcez- vous de lever

consciemment les yeux et de regarder

ce qui se trouve devant vous.

D’ici votre dernière descente vers la

base, vous aurez un immense sentiment

d’accomplissement, et vous réaliserez

que vous êtes capable de dévaler les

mêmes pistes que les meilleurs pilotes

du monde empruntent pour s’entraîner

tous les jours.

Dyfi Bike Park

Localisation Bordure sud du

Snowdonia National Park

Surface 263 hectares

Distance des trails

0,62 km à 3,6 km

Durée des descentes

5 à 10 min par trail

Ascension

Remontée uniquement

Niveau

Rouge à « triple black diamond »

dyfibikepark.co.uk

Liverpool

Dyfi Bike

Park

The Super

Swooper

Rachel Atherton, multiple

championne du monde,

nous décrit l’un des

nouveaux trails du Dyfi :

la piste rouge.

« Cette piste vous permet de

développer vos compétences

en matière de bosses et de

sauts, ce qui s’ajoutera

parfaitement au savoir-faire

acquis dans les bikeparks plus

classiques, afin de devenir un

pilote accompli.

Le trail part du sommet

de la montagne, et lors des

quinze premières bosses, sur

la partie haute de la montagne,

la vue sur les alentours est

imprenable.

Vous dévalez la pente d’une

bosse à l’autre, presque

comme un oiseau. Puis trois

grands tunnels de bois vous

font passer sous la piste de

downhill et la jumpline.

Ensuite, vous passez sous

les arbres avec encore plus de

bosses. Puis viennent deux

passerelles, plutôt faciles, qui

vous permetteront de gagner

en confiance pour les sauts.

C’est le trail le plus fun sur

lequel je suis descendue

depuis des années. »

DAN GRIFFITHS/MOONHEAD MEDIA, ALAMY MATT RAY

88 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES

équipement

RANDO

Un pas

assuré

Merrell MQM Flex 2

Les lacets intégrés

à la languette et une

semelle intérieure

doublée de mérinos

assurent confort

et maintien sur tous

les terrains.

TIM KENT

Les randonneurs se divisent en deux groupes : ceux qui marchent et ceux qui courent. Pour les distinguer, un coup d’œil à

leurs chaussures suffit. Ces dernières années, les randonneurs se sont habitués à porter des chaussures de trail running

lors de leurs promenades, c’est pourquoi Merrell a conçu une chaussure spécialement pour eux. L’acronyme MQM signifie

Move Quickly in the Mountains et, à cet égard, elles sont dotées d’une semelle extérieure antidérapante, de rainures

flexibles sur la semelle intermédiaire qui facilitent le contact avec le sol et d’un talon à coussin d’air qui absorbe les chocs.

La partie supérieure est constituée d’une maille imperméable, d’une membrane Gore-TEX respirante et d’une languette

à soufflet, ainsi que d’un embout en polyuréthane thermoplastique. Une plaque en dur sous la semelle matelassée protège

contre les pierres tranchantes. Elles sont si belles que vous pourriez même les porter en ville. merrell.com

THE RED BULLETIN 89


PERSPECTIVES

fitness

« Lorsque l’air

est pauvre en

oxygène, notre

corps produit

plus de globules

rouges. »

Dylan Bowman

Dylan a remporté

des ultramarathons

en Australie et

Nouvelle-Zélande.

Manquer

d’air pour se

surpasser !

Comment produire plus

de globules rouges sans

technologie coûteuse.

ENTRAÎNEMENT AU TOP

Air raréfié pour

perf de pointe

Des sportifs de haut niveau s’entraînent avec de l’air à

faible teneur en oxygène pour booster leurs capacités.

Moins il y en a, mieux c’est.

Les sportifs de haut niveau

le savent bien : plus l’altitude

à laquelle on s’entraîne est

élevée, moins il y a d’oxygène

dans l’air. Ainsi, pour rester

performant, notre corps produit

plus de globules rouges

afin d’optimiser l’apport

d’oxygène aux muscles. Cette

concentration plus élevée en

globules rouges perdure

quinze jours, ce qui, à une

altitude plus basse, a pour

effet d’améliorer la performance

lors de compétitions.

Et si l’on ne peut pas s’entraîner

en haute montagne ?

Des entreprises comme

Hypoxico ont développé des

outils qui simulent les conditions

que l’on trouve en altitude.

Ainsi, le coureur américain

d’ultramarathon Dylan

Bowman, 34 ans, se prépare

aux courses en passant ses

nuits à dormir dans une tente

à l’intérieur de laquelle la

teneur en oxygène correspond

à celle à 4 200 mètres

d’altitude. Si vous préférez

vous entraîner de jour, vous

pouvez vous équiper d’un

masque spécial connecté

à un générateur d’air raréfié

– par exemple lors de vos

séances à l’ergomètre.

hypoxico.com

À pleins poumons :

un générateur

d’air raréfié pour

l’entraînement

à la maison.

ENTRAÎNEMENT À

L’HYPERVENTILATION

Retenir son souffle pendant

un nombre fixéde tours de

pédale, de brasses ou de pas.

L’EFFET

Comme lors d’une séance

en haute montagne, le corps

est en stress hypoxique et

augmente l’apport d’oxygène

vers les muscles.

ATTENTION !

L’équilibre entre intensité

de l’entraînement et hypoxie

est crucial. 3 à 5 secondes

de pause respiratoire

suffisent.

AARON ROGOSIN/RED BULL CONTENT POOL, MICHAEL CLARK/RED BULL CONTENT POOL

FLORIAN OBKIRCHER TOM MACKINGER

90 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES

équipement

MUSCU

Matière

grise

JaxJox KettlebellConnect

Cet accessoire d’entraînement

a des racines historiques.

Les Grecs anciens

connaissaient déjà la

forme originale du kettlebell

(un poids avec une

poignée de préhension).

Sa forme actuelle remonte

à la girya russe, un poids

en fonte qui servait à

peser le grain avant que

les haltérophiles et les

entraîneurs de fitness

ne s’en emparent. Le

plus jeune rejeton de la

famille des girya se

nomme JaxJox Kettlebell­

Connect, et se connecte

à votre smartphone pour

mesurer vos progrès à

l’entraînement. En outre,

des poids sous forme

de disques, allant de 5,5

jusqu’à 19 kilos, peuvent

être ajoutés en appuyant

sur un bouton situé dans

la poignée. Les Grecs de

l’Antiquité auraient salué

une telle ingéniosité.

jaxjox.com

TIM KENT

THE RED BULLETIN 91


PERSPECTIVES

gaming

JOUER

Pourquoi

il restera

légendaire

La postérité d’un classique du jeu

vidéo, Tony Hawk’s Pro Skater.

La fin du XX e siècle a été une

période faste pour Tony Hawk.

En juin 1999, le skateur californien

a réalisé le tout premier

900 (deux rotations

et demie à mi-hauteur) puis

a abandonné le skate de compétition.

Mais ce dont on se

souvient le plus de cette

année-là, c’est d’un jeu vidéo.

Avec sa bande-son punk rock

et son gameplay qui vous

permettait de pénétrer dans

l’univers des plus grands

talents de ce sport, Tony

Hawk’s Pro Skater a été un

moment culturel pour tous

ceux qui l’ont vécu – les

gamers, les skateurs et Hawk,

qui est devenu une superstar

mondiale. Un an plus tard,

Tony Hawk’s Pro Skater 2 est

paru et a remporté encore

plus de succès. Vingt ans

plus tard, les deux jeux ont

été remasterisés sous le nom

de Tony Hawk’s Pro Skater

1+2 et une nouvelle génération

s’est jointe à l’équipe

originale de skateurs (que

l’on voit à leur âge actuel).

Trois des pros qui apparaissent

dans le jeu nous

parlent de l’impact que la

série a eu sur eux…

Il m’a rendue célèbre

« C’est une chose incroyable

qui m’est arrivée, raconte la

skateuse américaine Elissa

Steamer, qui est apparue dans

le jeu original quand elle avait

25 ans. C’était bizarre d’aller

dans des endroits où les gens

ne faisaient pas de skate et

de se faire dire : “Hey, tu es

dans le Tony Hawk !” Je suis

devenue super reconnaissable

pour les gens qui ne faisaient

même pas de skate. »

Fait de la même étoffe : Riley Hawk, le fils de Tony Hawk, tel

qu’il apparaît dans Tony Hawk’s Pro Skater 1+2.

Il m’a encouragé à

passer pro

Leo Baker (ci-dessus) est un

skateur trans californien qui

fait ses débuts dans la version

remasterisée. « J’avais la

version pour la Nintendo 64

quand j’avais huit ans, dit

Baker, qui en a maintenant

28. Rien que le titre, Pro

Skater, m’a fait réaliser que

ça pouvait être une carrière.

Tu t’imagines faire des

figures, traverser les niveaux.

Maintenant que je me vois

dans le jeu, c’est difficile à

décrire. J’ai envoyé un texto

à ma mère : “Je suppose que

je suis devenu un skateur

professionnel.” J’ai fait ce

que j’avais dit que je ferais

il y a vingt ans. »

Sa bande-son a

marqué les joueurs

« Entendre toute cette

musique pour la première

fois a été un choc pour moi,

dit Riley Hawk. Ces chansons

sont gravées dans mon cerveau.

Je ne pense pas que

beaucoup d’enfants de mon

âge auraient écouté quelque

chose de semblable si cela

n’avait pas fait partie du jeu. »

Les skateurs ont été

mis à contribution

« Il y a eu plusieurs réunions

pendant la conception de la

première version. On parlait

de ce que nous voulions porter,

on nous apportait des

vêtements puis on prenait

quelques photos de nous,

explique Steamer à propos

du processus de création.

La conception de la nouvelle

version a été pratiquement

identique sauf qu’il y avait

ce gros appareil photo 360 °

en forme de grosse boule

avec des flashes. Je suis

super sensible à la lumière

et cela m’a fortement affectée

pendant trois jours – tout

ce que je voyais, c’était des

boules de lumière. »

C’est une source

d’inspiration pour une

nouvelle génération

« Depuis que j’ai posté sur

Instagram que je suis dans

le jeu, beaucoup de gens qui

s’identifient comme queer,

non- binaires et trans ont dit

qu’ils auraient aimé avoir ça

en grandissant, dit Baker.

Je suis tout simplement heureux

pour ces jeunes queer

qui voient un trans dans un

jeu vidéo et qui se sentent

capables de le faire aussi. »

Cela nous rassemble,

qui que nous soyons

« Je pense que c’est un point

commun entre les skateurs,

les non-skateurs et les

gamers, dit Steamer. Tous

les gens que vous rencontrez

vous demandent : “Qu’est-ce

que tu fais ?” Toi : “Je fais du

skate.” Et ils disent : “Oh, tu

connais Tony Hawk ? T’as déjà

vu le jeu vidéo ?” C’est toujours

la première question. »

Tony Hawk’s Pro Skater 1+2

sur PS4, Xbox One et Windows ;

tonyhawkthegame.com

ACTIVISION JAKE TUCKER

92 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Retrouvez votre prochain numéro le 29 octobre avec et le 5 novembre avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement.

LITTLE SHAO / RED BULL CONTENT POOL


PERSPECTIVES

agenda

30

octobre

RED BULL NEPTUNE STEPS

À vos maillots, combinaisons et bonnets de bain : le Red Bull Neptune Steps revient à Hédé-Bazouges,

en Bretagne ! Et le concept reste inédit pour un événement sportif et convivial hors normes : une

course de natation avec franchissement d’écluses. Une épreuve de nage en eau libre sur 670 mètres

à contre-courant qui intègre une série de cinq obstacles (dont les fameuses trois écluses). Le tout

dans une eau très froide, autour de 10 °C, ce qui rend la mission d’autant plus exigeante. Ce format

de course séduira assurément les passionnés de natation et de défis extrêmes. 500 vaillants nageurs

et nageuses sont attendus, et ça vaudra aussi le coup côté public… Hédé-Bazouges ; redbull.com

Déjà dispo

A LAND SHAPED

BY WOMEN

Les snowboardeuses freeride Anne-

Flore Marxer et Aline Bock ont passé

un hiver à réaliser ce film, dans les

paysages inspirants de l’Islande, pays

classé en tête pour l’égalité des sexes

par le Forum économique mondial

onze ans de suite. Cette production

originale honore l’égalité des droits

dans un sport historiquement dominé

par les hommes.

redbull.com

Déjà dispo

RETURN TO

EARTH

On se souviendra de

2020 pour ces longues

périodes passées à domicile.

Ce film de VTT

célèbre le temps qui

s’écoule, et ceux qui

savent en profiter. Tourné

dans des lieux magnifiques,

des déserts de

l’Utah aux montagnes

de Patagonie, et mettant

en lumière les performances

de Brett Rheeder,

Thomas Vanderham

et Casey Brown, ce

voyage cinématographique

va vous reconnecter

avec la nature.

redbull.com

Déjà dispo

OPEN THE

DOORS

Ce documentaire se voulait

une célébration d’une

nouvelle équipe de F1 :

LA Scuderia AlphaTauri,

ex-Toro Rosso. Mais suite

à l’annulation du Grand

Prix d’Australie en mars,

il est devenu un témoignage

sans précédent

de l’état d’esprit d’une

équipe de Formule 1

pendant la période de

confinement, et ses

débuts tardifs au GP

d’Autriche en juillet.

redbull.com

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL, NICK PUMPHREY

94 THE RED BULLETIN


PROMOTION

Grâce à l’application

komoot, Sofiane

Sehili optimise ses

itinéraires.

NILS LAENGNER

L’AVENTURE

À VÉLO EN

EXCLUSIVITÉ

Komoot propose des parcours

à vélo sans stress, conçus sur

des itinéraires à votre envergure.

Voyager à vélo est une manière très

enrichissante de découvrir le monde.

Mais si vos sorties vous font tourner

en rond, il est temps de changer

votre façon de rouler.

Bienvenue dans komoot : l’application

de planification d’itinéraire et

de navigation permet de vivre de

nouvelles expériences et de rouler

dans des endroits où vous n’êtes

jamais allé auparavant, en toute

sérénité. Plus de déconvenues : vous

ne vous perdrez plus, vous ne roulerez

plus sur des routes encombrées,

des sentiers impraticables ou des

chemins inexistants.

Komoot offre ces spécificités

grâce à un algorithme éprouvé qui

donne la priorité au type de routes

et pistes que vous préférez et en

basant les itinéraires suggérés sur

les recommandations d’autres utilisateurs.

Komoot vous mène à votre

destination via des itinéraires

approuvés par les riders et truffés

de joyaux cachés à découvrir.

Pour utiliser cette application en

téléchargement gratuit, il vous suffit

d’entrer vos points de départ et

d’arrivée, votre niveau de forme

physique et de préciser le type de

sortie envisagée (route, gravel ou

VTT). Komoot vous proposera un

parcours exclusif affichant distance,

profil de dénivelé et type de surface :

plus de mauvaises surprises !

Coursier à Paris et cycliste

d’ultra- endurance, Sofiane Sehili a

l’esprit curieux de nature. « Komoot

est la meilleure appli pour planifier

ses itinéraires », explique celui qui

a remporté l’édition inaugurale de

la PEdALED Atlas Mountain Race

au Maroc (soit 1 145 km réalisés en

trois jours).

Pour des sorties en France ou des

challenges à travers l’Europe, l’appli

lui assure des parcours exclusifs.

« Avec komoot, j’apprécie les informations

ultra précises qui sont données

sur la nature des routes empruntées,

explique celui qui a roulé en Turquie,

à Taïwan, en Ouzbékistan, en

Nouvelle- Zélande ou encore au Tibet.

Mais surtout, j’apprécie la capacité

de komoot à calculer des itinéraires

directs tout en évitant les routes fréquentées

», se réjouit Sofiane.

Suivez notre

cycliste aventurier

avec ce QR Code.


MENTIONS LÉGALES

THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans six pays.

Vous voyez ici la une

de l’édition américaine

qui convie la phénoménale

rappeuse Saweetie.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

SO PRESS n’est pas responsable des textes,

photos, illustrations et dessins qui engagent

la seule responsabilité des auteurs.

Rédacteur en chef

Alexander Macheck

Rédacteur en chef adjoint

Andreas Rottenschlager

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Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de

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96 THE RED BULLETIN


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TRBMAG


Pour finir en beauté.

Un flip sans flop

Au cas où vous l’ignoriez, Dimitris Kyrsanidis adore la plage. « L’archipel

de San Blas au Panama est unique en son genre », dit le freerunner né

à Thessalonique. Ce projet de parkour, tourné dans les Caraïbes en février

dernier, s’intitule From the Office to the After Office. Heureusement,

le job de Kyrsanidis ne nécessite pas de costard, ni de bureau.

Regardez-le en action sur redbull.com.

Le prochain

THE RED BULLETIN

sera disponible

dès le 29 octobre

2020

EDUARDO VASQUEZ/RED BULL CONTENT POOL

98 THE RED BULLETIN


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