L'ESSENTIEL DU SUP PREPAS_N°43_05112020
L'Essentiel du Sup Prépas est le magazine numérique dédié aux professeurs des classes préparatoires, aux étudiants et à leurs parents. Chaque mois, retrouvez toute l'actualité des classes préparatoires économiques et commerciales et des Grandes Ecoles. Ce magazine vous est proposé par HEADway Advisory, cabinet de conseil en stratégie dédié à l'enseignement supérieur.
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NOVEMBRE 2020 | N° 43<br />
PRÉPAS ÉCONOMIQUES ET COMMERCIALES<br />
ENTRETIENS<br />
Isabelle Huault (emlyon)<br />
Delphine Manceau (NEOMA)<br />
et Laurent Champaney (Arts et Métiers)<br />
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
Toute l’actualité<br />
et les nominations de la rentrée<br />
DÉBAT<br />
Quelle liberté académique ?<br />
Réforme des prépas EC :<br />
entre inquiétudes et espoirs
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS<br />
ÉDITO + SOMMAIRE<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
LES CLASSES PRÉPARATOIRES<br />
RESTENT OUVERTES !<br />
Alors que l’ensemble de l’enseignement supérieur passe en<br />
distanciel les classes préparatoires mas aussi les sections<br />
de technicien supérieur peuvent continuer à recevoir leurs<br />
élèves. Un état de fait qui a provoqué l’ire de la Conférence<br />
des présidents d’université (CPU).<br />
À l’exception des travaux pratiques, les étudiants ne peuvent plus accéder<br />
aux enseignements en présentiel dans l’ensemble des établissements<br />
d’enseignement supérieur. Ce qui ne signifie pas tout l’enseignement supérieur.<br />
Les lycées restant quant à eux ouverts c’est en effet également le cas des classes<br />
préparatoires et des sections de technicien supérieur (STS) qu’ils reçoivent. Ce<br />
que dénonce la Conférence des présidents d’université (CPU) en « faisant part de<br />
sa stupéfaction » au motif que « chacun le sait, les classes préparatoires, souvent<br />
bondées, accueillent des élèves issus de milieux sociaux plus favorisés » et que<br />
« rien ne peut justifier, en dehors d’un réflexe sociologique de reproduction, une<br />
telle différence de traitement ». Et d’affirmer même que « cette décision ôte toute<br />
crédibilité aux annonces du gouvernement en faveur de l’égalité des chances, dont<br />
il prétend faire son cheval de bataille ».<br />
Une réaction dont la virulence en stupéfie plus d’uns. Depuis cet été nombreux<br />
sont en effet les présidents d’université à combattre l’idée même du travail<br />
à distance. Au motif notamment que l’éloignement des campus frappe d’abord les<br />
étudiants de première année. Et cette année encore plus puisqu’ils ont déjà souffert<br />
d’une année de terminale très difficile. Mais peut-on vraiment comparer des classes<br />
préparatoires, qui accueillent 85 000 étudiants, et des universités qui en reçoivent<br />
plus d’1,6 million ? Leur impact sur la santé publique est sans mesure. Et pourquoi<br />
faudrait-il absolument fermer les CPGE mais aussi les STS ? La CPU n’en parle pas<br />
alors que ces dernières reçoivent largement ces mêmes profils « fragiles » qu’entend<br />
défendre la conférence.<br />
L’APLCPGE déplore un « ton combatif ». La réaction de la CPU en amène une<br />
autre de la part de l’APLCPGE (association des proviseurs de lycée à CPGE) qui<br />
dit « déplorer ce ton combatif alors que la période devrait être à la solidarité » et<br />
s’interroge sur l’absence de remarques sur l’ouverture également des sections de<br />
technicien supérieur (STS) : « Cette omission de la CPU relève au mieux d’une maladresse,<br />
au pire d’une volonté avérée de diabolisation des classes préparatoires alors<br />
que toutes les formations privées et payantes ne sont jamais citées par celles-ci ».<br />
Vouloir opposer les systèmes, les professeurs, leurs étudiants est toujours<br />
détestable. La CPU est parfaitement audible quand elle demande « des gestes<br />
forts à l’attention des étudiantes et étudiants<br />
et de l’ensemble de la jeunesse ». Pas quand<br />
elle s’en prend à une partie.<br />
Sommaire<br />
LES ESSENTIELS <strong>DU</strong> MOIS<br />
4 • Un directeur par intérim pour HEC<br />
5 • Comment se former aux métiers de demain ?<br />
6 • L’Essec présente sa nouvelle stratégie<br />
7 • Twitter : qui sont les « influenceurs » ?<br />
13 • Sciences Po révolutionne ses admissions<br />
14 • Tribune. COVID : sensibiliser toujours<br />
plus les étudiants<br />
PUBLI INFORMATION<br />
10 • Quelle vision académique à ICN Business<br />
School ?<br />
ENTRETIENS<br />
16 • Isabelle Huault, Présidente du directoire<br />
de emlyon<br />
28 • Laurent Champaney, Directeur général<br />
des arts et métiers et Delphine Manceau,<br />
directrice générale de neoma bs<br />
DOSSIER<br />
20 • Réforme des prépas EC :<br />
entre inquiétudes et espoirs<br />
DÉBAT<br />
30 • Après l’assassinat de Samuel Paty :<br />
la liberté académique en question<br />
« L’Essentiel du sup » est une publication du groupe HEADway<br />
Advisory, SAS au capital de 30 000 €, RCS 53298990200046 Paris,<br />
CPPAP 0920W93756, 33, rue d’Amsterdam, 75008 Paris.<br />
Directeur de la publication : Sébastien Vivier-Lirimont.<br />
Rédacteur en chef : Olivier Rollot (o.rollot@headway-advisory.com).<br />
Responsable commerciale : Fanny Bole du Chomont<br />
(f.boleduchomont@headway-advisory.com).<br />
Création graphique et mise en pages : Élise Godmuse / olo. éditions<br />
Photo de couverture : shutterstock<br />
Olivier Rollot, rédacteur en chef<br />
ORollot<br />
2
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Un directeur par intérim<br />
pour HEC<br />
Eloïc Peyrache s’est vu confier la direction générale par intérim d’HEC<br />
pour une période de neuf mois par le conseil d’administration d’HEC Paris<br />
tenu sous la direction de son président, Jean-Paul Vermès,<br />
le 12 octobre 2020 suite à la démission pour raison de santé en date<br />
du 30 septembre dernier de Peter Todd.<br />
Pendant cette période d’intérim, le<br />
« Search Comittee » en charge<br />
de proposer au conseil d’administration<br />
un candidat au poste<br />
de directeur général d’HEC, poursuivra<br />
son travail engagé depuis cet été.<br />
Directeur général adjoint en charge de<br />
l’ensemble des programmes du groupe<br />
HEC depuis février 2019, Éloïc Peyrache<br />
est entré dans le groupe en 2003 comme<br />
assistant professeur et a ainsi franchi<br />
tous les échelons en étant notamment<br />
en charge de tous les programmes<br />
pré-expérience de 2009 à 2019. Très impliqué dans<br />
les questions d’inclusion sociale il est président de<br />
la Sextant Foundation for Education depuis 2016. Il<br />
est également membre de la CEFDG (Commission<br />
d’évaluation des formations et diplômes de gestion)<br />
depuis 2012.<br />
Éloïc Peyrache est diplômé de l’École normale supérieure<br />
de Paris-Saclay, agrégé d’économie et titulaire<br />
d’un master d’économie mathématique et d’économétrie<br />
de la Toulouse School of Economics (TSE). Il a obtenu<br />
son doctorat d’économie en 2003 et a été doctorant<br />
visitant à l’Université Northwestern de Chicago (2 000)<br />
ainsi qu’à l’Université Autonoma de Barcelone (2001).<br />
NOMINATIONS<br />
Sophie Gay a été nommée<br />
directrice adjointe programmes<br />
et de l’international<br />
de NEOMA. Elle était<br />
depuis six ans directrice du<br />
programme Grande école<br />
de Skema après avoir dirigé<br />
le campus de Paris de l’EM<br />
Normandie. Elle est elle-même diplômée<br />
de Neoma (Rouen BS) et d’un MBA puis<br />
d’un PhD de l’université Laval.<br />
Matar Mbaye a été nommé<br />
directeur des programmes<br />
de SCBS, l’école de management<br />
du groupe Y<br />
SCHOOLS. Il est docteur<br />
en sociologie de l’université<br />
de Lille (1999), université<br />
dans laquelle il a également<br />
obtenu son DEA. Il évolue<br />
depuis une vingtaine d’années<br />
dans le monde de l’enseignement supérieur<br />
(ESC Clermont Business School et<br />
Excelia Group La Rochelle) avec quelques<br />
incursions dans le monde la formation<br />
professionnelle.<br />
Nicolas Pejout rejoint<br />
le directoire d’emlyon<br />
business school en<br />
tant que directeur de<br />
la stratégie et du développement<br />
le 1 er décembre.<br />
Aujourd’hui<br />
directeur général des<br />
services de l’université<br />
Paris-Dauphine il suit ainsi la même<br />
trajectoire qu’Isabelle Huault qui a pris la<br />
tête de l’école lyonnaise le 1 er septembre.<br />
Diplômé de Sciences Po, de l’université de<br />
Stellenbosch (Afrique du Sud) et docteur<br />
de l’Ecole des Hautes études en sciences<br />
sociales (EHESS), Nicolas Péjout exerce<br />
des fonctions de direction depuis près<br />
de 10 ans dans l’enseignement supérieur<br />
et la recherche, après des expériences<br />
professionnelles dans la diplomatie (Ministère<br />
français de l’Europe et des affaires<br />
étrangères) et le conseil en organisation et<br />
management (Eurogroup Consulting, dans<br />
les secteurs de la défense et de la santé).<br />
4<br />
Federico Pigni,<br />
45 ans, a été élu<br />
doyen du corps<br />
professoral de<br />
Grenoble Ecole<br />
de Management<br />
(GE). Il succède<br />
à Mark Smith.<br />
Federico Pigni est professeur en systèmes<br />
d’Information à GEM depuis 2010.<br />
Il est diplômé en gestion d’entreprise et<br />
titulaire d’un doctorat en Systèmes d’Information<br />
et gestion de la supply chain.<br />
Il est également co-auteur de l’ouvrage<br />
« Information Systems for Managers »,<br />
un manuel adopté dans près de 100 universités<br />
dans le monde. Depuis 1999, il a<br />
occupé le poste d’enseignant chercheur à<br />
l’Université Carlo Cattaneo – LIUC (Italie), à<br />
l’Université Catholique de Milan et à l’Université<br />
Commerciale Luigi Bocconi (Italie),<br />
au Lab#ID (laboratoire sur les systèmes<br />
d’identification par radio fréquence de<br />
LIUC). Il a également réalisé un post-doctorat<br />
chez France Télécom R&D.
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
EN BREF<br />
• Le groupe Bouygues<br />
et HEC Paris créent la<br />
chaire « Smart city et Bien<br />
commun ». Son titulaire est<br />
Bertrand Quélin, professeur<br />
de stratégie et politique<br />
d’entreprise à HEC Paris.<br />
• La start-up YDOL, incubée<br />
à la Business Nursery de<br />
KEDGE a remporté le<br />
concours national « Be a<br />
boss » dédié aux jeunes<br />
femmes entrepreneures.<br />
• La chaire Management de la<br />
transformation numérique<br />
de l’EM Normandie publie<br />
le lundi 19 octobre 2020<br />
une étude intitulée « Savoir<br />
penser et savoir être au<br />
cœur des enseignements<br />
dans le supérieur ».<br />
• Pour accueillir et<br />
accompagner l’intégration<br />
réussie de ses étudiants,<br />
Rennes School of Business<br />
a lancé la campagne « une<br />
voie, un toit » auprès des<br />
bailleurs et propriétaires de<br />
la métropole de Rennes.<br />
Comment se former<br />
aux métiers de demain ?<br />
Digitalisation, hybridation, agilité, confiance, bien avant la pandémie<br />
les entreprises se posaient toutes sortes de questions sur leur organisation.<br />
Autant de sujets qu’Arts et Métiers et NEOMA BS, de concert<br />
avec HEADway Advisory, ont décidé de mettre en musique dans le Livre blanc<br />
« Se former aux métiers de demain » que vous pouvez télécharger ici.<br />
Ces nouvelles organisations les Grandes écoles<br />
ont plus que jamais à cœur de les comprendre<br />
et de les enseigner à leurs étudiants. Ces<br />
derniers mois Arts et Métiers et NEOMA Business<br />
School ont su faire profondément évoluer leurs<br />
enseignements pour les dispenser à distance. Des<br />
dizaines de milliers d’étudiants ont ainsi suivi leurs<br />
cours à distance sans que leur niveau en pâtisse.<br />
Bien sûr ce n’est pas la panacée et tous apprécient<br />
aujourd’hui de retourner, autant que faire se peut, sur<br />
leurs campus. Mais ils ont aussi bien conscience que<br />
le mode de travail qu’ils ont expérimenté est également<br />
celui que pratiquent les entreprises aujourd’hui. « Nous<br />
devons encore plus former nos étudiants à manager<br />
dans l’incertitude et à manager à distance, un sujet<br />
jusqu’ici assez négligé qui va devenir crucial », explique<br />
Delphine Manceau, la directrice générale de NEOMA.<br />
Ce que confirme Laurent Champaney, son homologue<br />
des Arts et Métiers (lire leur entretien complet pages 27<br />
et suivantes ) : « L’impact est d’autant plus fort que les<br />
Grandes écoles préparent leurs étudiants à travailler<br />
dans une entreprise. Beaucoup plus que les universités.<br />
Quand les entreprises font de plus en plus appel<br />
au télétravail nous devons y préparer nos étudiants.<br />
C’est ce que nous avons fait avec la détemporalisation<br />
de la formation. Et nous<br />
n’allons pas revenir à l’ancien modèle ».<br />
Digital tu seras ! Ces nouvelles compétences<br />
attendues par les entreprises<br />
sont bien évidemment liées à une autre,<br />
prédominante, a compétence digitale. La<br />
capacité à utiliser les data aujourd’hui,<br />
l’intelligence artificielle très bientôt, pour<br />
résoudre les problèmes en s’appuyant<br />
sur les données. Aujourd’hui on est digital<br />
ou on n’est pas. « L’université d’Oxford<br />
évoque une disparition de 40 % des emplois.<br />
Nous ne sommes pas en ligne avec<br />
cette prospective. McKinsey a examiné<br />
l’impact potentiel de l’automatisation et<br />
des technologies sur 800 métiers, scindés<br />
en 2000 tâches. Nous arrivons à la conclusion qu’en<br />
2030, ce sont 60 % des emplois à l’échelle mondiale qui<br />
verront au moins 30 % de leurs tâches automatisées.<br />
Les professions pour lesquelles 90 % des activités<br />
seront automatisées représentent moins de 10 % du<br />
total au sein des économies matures », relève Eric<br />
Hazan, directeur de McKinsey Digital en France.<br />
Faire évoluer les entreprises oui mais pourquoi ?<br />
Pas seulement pour maximiser le profit ! « À NEOMA,<br />
nous avons justement développé tout un cycle de<br />
conférences sur la RSE. Le président directeur général<br />
de Danone, Emmanuel Faber, a par exemple montré que<br />
la maximisation du profit ne pouvait pas être l’alpha et<br />
l’oméga de l’entreprise. Il a souligné qu’il fallait connaître<br />
les fondements classiques de la finance pour pouvoir<br />
ensuite les réformer », confie Delphine Manceau.<br />
Car les étudiants le revendiquent : ils ont aussi pour<br />
mission de rendre le développement de l’économie<br />
compatible avec celui de toute la planète. De l’entreprise<br />
publique ou privée, de l’association ou de<br />
l’administration qui les accueillera une fois diplômés<br />
ils attendent un profond intérêt pour les questions<br />
sociétales et environnementales. C’est comme cela<br />
que les entreprises les convaincront de les rejoindre<br />
et de s’investir.<br />
Des compétences pour un monde incertain.<br />
Les entreprises ont plus que jamais besoin des compétences<br />
d’étudiants dont les capacités d’innovation<br />
sont reconnues par tous. Maurice Thévenet, professeur<br />
de gestion et ancien président de la Fnege (Fondation<br />
nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises)<br />
l’analyse ainsi : « Si on parle autant de soft<br />
skills aujourd’hui c’est justement parce qu’il y a une<br />
réflexion sur l’incertain. On ne sait pas quels seront les<br />
emplois de demain et il faut développer des aptitudes<br />
à se remettre en cause. Or on n’enseigne pas plus les<br />
softs skills qu’à fonctionner dans un monde incertain.<br />
Savoir être à l’aise en toutes circonstances, être curieux,<br />
savoir apprendre à apprendre, ce sont autant de soft<br />
skills, de talents, qu’il faut développer soi-même ».<br />
5
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
L’Essec présente<br />
sa nouvelle stratégie<br />
« Nous prenons l’engagement de devenir l’école de référence<br />
pour répondre aux grandes questions qui agitent les entreprises et la société. »<br />
C’est sur sa plateforme Deck dédiée à l’enseignement à distance<br />
que le directeur général de l’Essec, Vincenzo Esposito Vinzi,<br />
a présenté la nouvelle stratégie de l’Essec.<br />
Cet été l’Essec a investi deux millions d’euros<br />
pour équiper ses quatre campus pour dispenser<br />
un enseignement hybride. Le tout<br />
en assurant l’équilibre financier pour l’année<br />
2019-2020. Dernière bonne nouvelle : l’apprentissage<br />
n’a pas trop pâti de la crise et 750 apprentis sont attendus<br />
cette année sur un objectif de 1 000 à terme.<br />
Reste à en assurer le financement. « Nous sommes en<br />
négociation avec le ministère du Travail pour résoudre<br />
la question du coût contrat qui est significativement<br />
moins important à l’Essec que dans d’autres écoles. Ce<br />
qui remet en cause sa pérennité », regrette Vincenzo<br />
Esposito Vinzi<br />
« Together ». Sous l’appellation « Together » l’Essec<br />
entend former 100 % de ses étudiants aux enjeux sociaux<br />
et environnementaux. « Tous nos cours doivent<br />
évoquer ces sujets. Nous devons aussi baisser de<br />
25 % notre empreinte carbone ce qui passe par une<br />
optimisation des déplacements et la prise en compte<br />
de leur impact environnemental », explique Anne-Claire<br />
Pache, professeur au sein du département Droit et<br />
environnement de l’entreprise.<br />
L’ESSEC vise ainsi la neutralité carbone à échéance de<br />
2040, un premier objectif de réduction de -25 % étant<br />
fixé pour 2023. Le projet « Campus 2020 » à Cergy<br />
a pour objectif de le rendre « exemplaire en matière<br />
d’énergie, de recyclage, de biodiversité et d’économie<br />
circulaire ». Au cœur de ce projet, le « Pierre Nanterme<br />
Center for Responsible Leadership » (du nom de l’ancien<br />
P-DG d’Accenture décédé en 2019, Accenture finançant<br />
d’ailleurs le projet) sera un lieu d’innovation pédagogique<br />
et de recherche sur les nouvelles pratiques de<br />
leadership responsable.<br />
« Enlightening Entrepreneurship ». L’Essec s’engage<br />
également à former tous ses étudiants aux fondamentaux<br />
de l’entreprenariat avec un doublement du<br />
nombre de professeurs dédiés pour passer à 20. Dans<br />
un incubateur Tech for Impact seront reçus l’ensemble<br />
des projets technologiques menés par les étudiants<br />
de CentraleSupélec et de l’Essec.<br />
« Le Metalab ». Enfin l’Essec crée un « Metalab »<br />
pour réfléchir à l’impact des nouvelles technologies<br />
sur la société. « L’Essec est dans une situation unique<br />
en France et souvent en Europe car nous proposons<br />
depuis plusieurs années des programmes sur<br />
la transformation numérique, avons de nombreuses<br />
chaires et même un PhD dédié », explique Guillaume<br />
Chevillon, professeur d’économétrie et statistiques,<br />
co-responsable du « Metalab », convaincu qu’il est<br />
temps de « changer d’échelle »<br />
Un nouveau manifeste de marque. « Il fallait faire<br />
évoluer notre stratégie de marque avec la stratégie<br />
globale et c’est que nous avons fait avec l’agence Havas<br />
Paris », explique Natalie Kettner, la directrice de la<br />
communication et du marketing de l’Essec qui adopte<br />
une nouvelle base line, « Enlighten. Lead. Change »,<br />
et toute une campagne de communication autour des<br />
questions que pose un monde en mutation.<br />
La solution technique que<br />
présente l’Essec permet de<br />
choisir son préféré parmi<br />
trois angles de caméra<br />
différents. Un mur digital<br />
permet au professeur de<br />
voir tous ses apprenants.<br />
EN BREF<br />
• L’EDHEC a été réaccréditée<br />
EQUIS pour la période<br />
maximale de 5 ans en même<br />
temps que Imperial College<br />
Business School, Kozminski<br />
University (Pologne), QUT<br />
Business School, QUT –<br />
Queensland University of<br />
Technology, (Australie) et<br />
UCD College of Business,<br />
University College Dublin.<br />
• Il a dû être annulé cette<br />
année. La 34e édition du<br />
triathlon Audencia - La<br />
Baule aura lieu le weekend<br />
du 18 et 19 septembre,<br />
« sous réserve que la<br />
situation sanitaire et<br />
sportive le permette ».<br />
• KEDGE et Apprentis<br />
d’Auteuil ont procédé à<br />
la rentrée de la première<br />
promotion d’étudiants de<br />
l’« École Entrepreneuriale ».<br />
6
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Twitter :<br />
qui sont les « influenceurs » ?<br />
Pour la cinquième année consécutive HEADway Advisory<br />
a étudié l’influence des établissements d’enseignement supérieur<br />
et de leurs directions sur Twitter. Des enseignements précieux<br />
alors que la communication se fait de plus en plus à distance.<br />
Côté établissements. Toutes catégories<br />
confondues Sciences Po l’emporte largement<br />
comme en 2019 avec même treize<br />
points d’avance sur l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne<br />
au bénéfice d’un nombre d’abonnés<br />
très supérieur : plus de 125 000 contre un peu plus de<br />
55 000. HEC et l’École polytechnique sont troisième<br />
ex-aequo et devancent Audencia et PSL, première<br />
université « recomposée » classée qui fait une très<br />
belle progression en passant en un an de la 15 e à la<br />
5 e place.<br />
Si le leader des écoles de management sur Twitter<br />
est également le leader de tous les classements<br />
habituels, évidemment HEC Paris, son dauphin n’est<br />
pas ici l’Essec ou ESCP mais Audencia qui devance<br />
l’Iéseg, Skema et l’Essec.<br />
Côté personnalités. Toutes catégories confondues<br />
Jean-Michel Blanquer s’impose pour la troisième année<br />
consécutive en surfant notamment sur ses quelques<br />
254 000 abonnés (soit près de 120 000 de plus en un<br />
an !). Ministre de l’Éducation son influence s’exerce<br />
très largement au-dessus de ce strict environnement,<br />
notamment avec la réforme du bac – premier<br />
diplôme de l’enseignement supérieur – qu’il porte.<br />
Il devance donc son homologue de l’enseignement<br />
supérieur, Frédérique Vidal, classée sixième. Derrière<br />
Jean-Michel Blanquer s’imposent des « professeurs<br />
stars » (Thomas Porcher, Dominique Reynié, Thomas<br />
Piketty, Alice Coffin, Philippe Merieu, etc.). Un seul<br />
directeur d’école ou président d’université atteint<br />
le top 20 : Thomas Froehlicher, directeur général de<br />
Rennes SB, qui a gagné pas moins de sept points<br />
d’influence en un an.<br />
Top 20 des établissements d’enseignement supérieur les plus influents sur Twitter<br />
MÉTHODOLOGIE<br />
Ce classement a été réalisé<br />
pendant la semaine du<br />
12 au 16 octobre 2020 en<br />
s’appuyant sur l’application<br />
Followerwonk à partir<br />
de laquelle HEADway<br />
Advisory calcule un score<br />
d’influence sur 100. Comme<br />
en 2019 HEADway a choisi<br />
d’optimiser ce score en<br />
prenant également en compte<br />
le nombre d’abonnés de<br />
chaque compte Twitter. Mais<br />
pourquoi ne pas s’appuyer<br />
seulement sur le nombre<br />
d’abonnés comme le font<br />
d’autres classements ? Mais<br />
parce que, sans même<br />
parler des faux abonnés qui<br />
sont légion sur Twitter, un<br />
compte peut être très suivi<br />
par simple curiosité quand<br />
un autre compte, même<br />
beaucoup moins suivi, génère<br />
beaucoup plus d’engagement<br />
de ses followers et donc plus<br />
d’influence. Un exemple : en<br />
ne prenant en compte que<br />
le nombre de ses abonnés le<br />
Prix Nobel d’économie, Jean<br />
Tirole, qui en compte près de<br />
15 000, serait parmi les plus<br />
influents de l’enseignement<br />
supérieur. Oui mais voilà<br />
Jean Tirole n’a tweeté que dix<br />
fois depuis son Prix Nobel…<br />
7
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Les présidents d’université et directeurs de grandes écoles les plus influents sur Twitter<br />
Top 20 des écoles de management les plus influentes sur Twitter<br />
Si le leader des écoles<br />
de management sur<br />
Twitter est également le<br />
leader de tous les classements<br />
habituels, évidemment HEC<br />
Paris, son dauphin n’est<br />
pas ici l’Essec ou ESCP<br />
mais Audencia qui devance<br />
l’Iéseg, Skema et l’Essec.<br />
8
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Top 20 des professeurs les plus influents sur Twitter<br />
Les professeurs<br />
« stars », ces enseignants<br />
qui sontrégulièrement<br />
interviewés dans les médias,<br />
connaissent une popularité<br />
plus en plus importante<br />
sur Twitter. L’économiste<br />
Thomas Porcher s’impose<br />
dans cette catégorie devant<br />
le politologue Dominique<br />
Reynié et le géopoliticien<br />
Pascal Boniface.<br />
Top 15 des directeurs de pôles et d’activités les plus influents sur Twitter<br />
Autre catégorie, celle<br />
des directeurs de<br />
pôle ou d’activités,<br />
dans laquelle Frank<br />
Dormont, le directeur de la<br />
communication d’Audencia<br />
s’impose. Philippe Monin,<br />
directeur de la faculté et<br />
de la recherche de Skema<br />
BS le suit et Alain Goudey,<br />
directeur de la transformation<br />
digitale de Neoma BS,<br />
complète le podium.<br />
9
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS<br />
PUBLI INFORMATION NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Quelle vision académique<br />
à ICN Business School ?<br />
ICN Business School met à l’honneur son corps professoral,<br />
à travers l’interview de son Directeur Académique et de la Recherche,<br />
et ses étudiants avec des témoignages venus tout droit de Paris et Berlin,<br />
ainsi qu’une étude menée auprès des nouveaux étudiants. Eclairage.<br />
Interview Dr Wolfram Berger,<br />
DIRECTEUR DÉLÉGUÉ ACADÉMIQUE ET DE LA RECHERCHE<br />
WOLFRAM, VOUS ÊTES DIRECTEUR ACADÉMIQUE<br />
ET DE LA RECHERCHE À ICN DEPUIS LE PRINTEMPS<br />
2020, QUELS SONT LES GRANDS ENJEUX DE VOTRE<br />
DIRECTION POUR LES ANNÉES À VENIR ?<br />
ICN est en plein développement. Nous avons obtenu la<br />
triple accréditation, nous développons nos nouveaux<br />
campus à Berlin et à Paris, et nous sommes sur le<br />
point d’ouvrir notre Learning Lab pour l’enseignement<br />
transdisciplinaire de la gestion, la Station A.<br />
Ce développement de l’école est soutenu par le développement<br />
dynamique de nos activités de recherche.<br />
Nos chercheurs élargissent « the state of knowledge<br />
» . Ils travaillent également avec des entreprises, et<br />
leurs recherches apportent directement des réponses<br />
innovantes aux problèmes actuels. Dans le même<br />
temps, nous nous efforçons de renforcer notre<br />
position en tant que lieu d’excellence en matière de<br />
recherche dans le domaine du DD et RSE. La preuve<br />
de notre excellence est que nous sommes la seule<br />
école de commerce en France à disposer d’une Chaire<br />
UNESCO. Cette chaire explore les liens entre l’art et<br />
la gestion qui peuvent travailler ensemble pour faire<br />
avancer le développement durable.<br />
L’objectif principal pour les prochaines années sera<br />
de promouvoir continuellement cette dynamique sur<br />
tous les campus, faisant ainsi progresser l’excellence<br />
académique de l’école.<br />
SELON VOUS, COMMENT SERA<br />
L’ÉTUDIANT ICN DE DEMAIN ?<br />
COMMENT TRANSFORME-T-<br />
ON, À ICN, L’ÉLÈVE DE CLASSE<br />
PRÉPARATOIRE D’AUJOURD’HUI<br />
EN UN CREACTIVE MANAGER DE<br />
DEMAIN ?<br />
Ce qui nous distingue, c’est notre<br />
approche transdisciplinaire de<br />
l’enseignement. Nous dépassons<br />
les frontières disciplinaires et obtenons<br />
des aperçus sous forme<br />
de design et d’art pour stimuler<br />
la créativité et l’innovation et<br />
aider nos étudiants à explorer<br />
leur potentiel. Nous travaillons<br />
en étroite collaboration avec nos entreprises partenaires<br />
et créons des situations auxquelles nos<br />
étudiants seront également confrontés dans leur<br />
vie professionnelle : travailler dans des équipes<br />
de projet hétérogènes, utiliser l’hétérogénéité de<br />
l’équipe comme source de succès.<br />
Cette philosophie éducative est très particulière et<br />
vise à promouvoir et à former l’ouverture intellectuelle,<br />
la pensée latérale et la capacité à trouver des<br />
solutions créaCtives et innovantes. C’est l’essence<br />
de la formation à l’école - et c’est la qualité la plus<br />
importante qu’un futur manager doit avoir. En ce sens,<br />
l’ICN crée une expérience unique pour les étudiants,<br />
une expérience transformatrice.<br />
10
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS<br />
PUBLI INFORMATION NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Etudiants de classes préparatoires :<br />
pourquoi ont-ils rejoint ICN ?<br />
301 nouveaux étudiants de PGE (150 issus de classes prépa) à ICN<br />
ont offert à leur école leur éclairage personnel sur une vingtaine de questions analysant<br />
les choix marketing et communication. ICN a décidé de partager avec vous<br />
un focus sur les critères de choix des étudiants de classes préparatoires.<br />
LE ZOOM <strong>DU</strong> SERVICE MARKETING :<br />
L’ambition affichée était de mieux connaître nos<br />
étudiants, pour à la fois, challenger nos choix stratégiques<br />
en matière d’investissements média, communication,<br />
et structurer un plan d’action commercial<br />
2020-2021 en concordance avec les résultats à cette<br />
enquête. ICN souligne le sérieux et l’engagement de<br />
ses étudiants qui ont répondu en nombre à cette<br />
enquête, pour la rendre significative. C’est ainsi que<br />
301 étudiants PGE y ont répondu, dont 150 issus de<br />
classes préparatoires. Quelques mots d’analyse sur<br />
les résultats :Il apparaît incontestable que la triple<br />
accréditation a joué le rôle principal dans les motivations<br />
des étudiants à rejoindre ICN, à Paris encore<br />
plus qu’à Nancy. Quant aux classements nationaux<br />
et internationaux, ils jouent à la fois un rôle majeur<br />
dans la notoriété de l’école, mais également dans les<br />
critères de décision. Notons que l’accompagnement<br />
aux révisions proposé aux classes préparatoires a<br />
pesé dans la décision, signe que la proximité avec les<br />
étudiants est essentielle. C’est par ailleurs confirmé<br />
dans les critères de sélection. Lorsque l’on croise<br />
le critère de «qualité de vie» en pôle position des<br />
critères de sélection avec le succès rencontré par<br />
les campus parisiens et nancéiens dans les motivations<br />
à rejoindre ICN, nous comprenons que Nancy<br />
et Paris jouent un rôle d’attractivité pour ICN, dans<br />
des registres différents mais complémentaires. Le<br />
classement 2020 des meilleures villes étudiantes<br />
du Figaro plaçant Nancy en 6ème position, et Paris<br />
en 8ème le confirme.<br />
Ce nuage de mots est proportionnel aux réponses des étudiants<br />
Les 10 forces d’ICN Business School<br />
• ICN est triple accréditée<br />
AACSB – AMBA – EQUIS<br />
• Une pédagogie #ArtTechnologyManagement<br />
sur les trois campus en partenariat<br />
avec des écoles d’Art et de Design<br />
et des écoles d’ingénieurs<br />
• Une force internationale reconnue (8 è<br />
pour son excellence internationale,<br />
classement Le Point 2020)<br />
• Un programme pédagogique centré sur<br />
l’action avec 3 étapes de formation (Wake<br />
up, Experiment, Jump), les associations,<br />
séminaires, ateliers Artem …<br />
• Plus de 70 doubles diplômes pour<br />
chaque étudiant à Paris, Nancy et<br />
Berlin dans plus de 20 spécialisations<br />
dont le luxe, les industries culturelles,<br />
finances de marché et d’entreprise,<br />
marketing international, innovation, etc.<br />
• Un accompagnement individuel pour<br />
chacun des élèves (1 professeur ou<br />
cadre de l’école pour 8 élèves)<br />
• A ICN, l’étudiant entrepreneur est roi<br />
avec un accompagnement individuel<br />
pour le conseiller, construire sa création<br />
d’entreprise au sein de la nouvelle<br />
Station A[rt, Technology, Management]<br />
• 3 campus contemporains et<br />
complémentaires à Paris, Nancy et Berlin<br />
au cœur de l’activité économique<br />
• Des relations entreprises performantes<br />
avec de nombreux partenariats<br />
stratégiques, des ateliers, Career Center,<br />
forums et rendez-vous personnalisés.<br />
• Une école engagée qui forme des managers<br />
responsables soucieux de minimiser les<br />
impacts négatifs et maximiser les impacts<br />
positifs que leurs décisions peuvent avoir<br />
sur les êtres vivants et sur l’environnement.<br />
11
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS<br />
PUBLI INFORMATION NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Témoignages d’étudiants<br />
TÉMOIGNAGE DE ERWAN FENEUX,<br />
NOUVEL ÉTUDIANT SUR LE CAMPUS<br />
DE PARIS LA DÉFENSE<br />
« Je me présente je suis Erwan<br />
FENEUX, un étudiant de l’école<br />
de commerce à ICN Business<br />
School à Paris. J’ai intégré cette<br />
école suite à deux années en<br />
classe préparatoire en filière<br />
ECT au lycée Turgot à Paris.<br />
Ce sont les masters proposés<br />
par cette école et notamment<br />
son programme grande école<br />
spécialisation mode et luxe qui<br />
ont guidé mon choix. De plus,<br />
c’est une école à taille humaine<br />
et tout y est fait pour que l’étudiant puisse s’instruire<br />
et se développer dans les meilleures conditions.<br />
Mieux encore : ICN Business School s’est implantée<br />
depuis peu dans le quartier des affaires de Paris et<br />
le campus se trouve dans une dynamique positive<br />
de continuité et de perfectionnement.<br />
C’est une véritable chance pour les étudiants de<br />
pouvoir étudier dans cet environnement : Le campus<br />
se trouve en effet à proximité de nombreux pôles<br />
culturels (Théâtre, Opéra, street art etc…) mais aussi<br />
des évènements de dimension internationale comme<br />
la Fashion week, la FIAC ou des salons renommés<br />
comme Maisons et Objets.<br />
Autant d’atouts pour un étudiant déterminé à préparer<br />
son insertion dans le monde du travail à travers<br />
l’approfondissement de nouvelles connaissances<br />
professionnelles et le défi de nouveaux challenges.<br />
C’est la raison pour laquelle ICN incite ses étudiants à<br />
s’intégrer dans un projet associatif dans le triple but :<br />
- développer le savoir<br />
- développer le « savoir être »<br />
- développer le travail en équipes au plus proche<br />
des besoins des entreprises<br />
En ce qui me concerne pour être en lien avec mon<br />
projet professionnel, j’ai choisi de faire partie d’une<br />
association centrée sur le monde de la mode :<br />
Vertige Mode. Une des associations les plus influentes<br />
de l’école puisque certains de ses anciens étudiants<br />
ont pu intégrer, grâce aux partenariats, des firmes<br />
au prestige mondial comme CHANEL ou HERMES.<br />
C’est donc une excellente nouvelle que l’association<br />
Vertige Mode ait développé une antenne à Paris<br />
créant ainsi de nouvelles opportunités. »<br />
TÉMOIGNAGE EMILIEN PERES,<br />
NOUVEL ÉTUDIANT SUR LE CAMPUS<br />
DE BERLIN (2ÈME ANNÉE DE PGE)<br />
« Quand je suis arrivé à Berlin, j’ai été particulièrement<br />
marqué par la densité du réseau de transport<br />
en commun et son accessibilité. La signalisation<br />
est claire et efficace. On reconnaît déjà le fameux<br />
mythe autour de la rigueur allemande.<br />
Mais Berlin est avant tout, une ville où il fait bon<br />
vivre. On n’a pas l’impression d’être dans une capitale<br />
mais plutôt dans une grande ville de province<br />
très aérée et végétalisée. On y croise de multiples<br />
nationalités et il suffit parfois de tendre l’oreille<br />
pour reconnaître l’origine linguistique. C’est une<br />
ville ouvertement cosmopolite et branchée. Son<br />
architecture déstructurée donne à Berlin un cachet<br />
assez unique. On y observe une alternance entre<br />
le modernisme et les reproductions des façades à<br />
l’ancienne. Les quartiers branchés de Kreuzberg et<br />
Neukhölln sont particulièrement agréables avec leurs<br />
rues décaties qui contribuent fortement au charme<br />
de ces lieux. Vous l’aurez donc compris, Berlin est<br />
aussi la capitale de la culture. On y compte un grand<br />
nombre de musées, d’expositions, et de théâtres…<br />
Enfin, en ce qui concerne le campus d’ICN Business<br />
School à Berlin, il est bien desservi et bien pensé et<br />
parfaitement adapté pour suivre les cours de manière<br />
assidue. Le corps enseignant est très présent et<br />
réactif aux différentes demandes des étudiants. Par<br />
ailleurs, la taille des promotions<br />
contribue à créer une<br />
forte cohésion et une proximité<br />
entre les différentes<br />
spécialités. La localisation<br />
du campus est aussi idyllique<br />
car nous sommes à<br />
proximité des monuments<br />
bercés d’histoire ainsi que<br />
des grands magasins. »<br />
12
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Sciences Po révolutionne<br />
ses admissions<br />
La réforme tant discutée des admissions en première année<br />
à Sciences Po entre en vigueur en 2021. Finies les épreuves classiques,<br />
place à un recrutement très largement sur dossier tout en conservant un oral.<br />
« Nous voulons déconstruire le portrait de l’étudiant<br />
idéal de Sciences Po. C’est tout l’enjeu avec la réforme du bac en étant intéressé par tous les<br />
Les nouvelles épreuves. « Sciences Po s’est articulée Le nouvel oral<br />
de la construction de cette nouvelle procédure profils et en accueillant avec un regard équivalent tous<br />
d’évaluation. » Explicitée par Bénédicte Durand, les mixtes de spécialités », reprend Bénédicte Durand.<br />
la directrice de la formation, cette réforme doit permettre Les trois premières épreuves sont rassemblées en un<br />
à Sciences Po de recevoir 30 % de boursiers dès 2021 dossier qui « montre la diversité des qualités scolaires et<br />
(25 à 27 % aujourd’hui) et surtout 15 % d’étudiants extra-scolaires, leur solidité et leur complémentarité ».<br />
issus de la procédure CEP (Conventions Education Il est constitué de trois notes sur 20 :<br />
Prioritaire en 2023), soit la moitié des boursiers puisque • une note pour les résultats du baccalauréat ou de<br />
la voie CEP sera réservée aux boursiers. « C’est un son équivalent étranger ;<br />
objectif, pas un quota. Nous pensons que passer sur • une note pour la performance académique et la trajectoire<br />
de la candidate ou du candidat qui prend en<br />
Parcoursup va augmenter notre vivier de candidats.<br />
De même ne pas avoir à se déplacer fera sauter une compte toutes les notes obtenues au lycée sur trois<br />
barrière mentale. Nous aurons plus de candidats de ans, mais aussi la progression de l’élève durant son<br />
familles moins favorisées. Nous sommes très confiants parcours et les appréciations de ses professeurs ;<br />
sur cet objectif », reprend la directrice.<br />
Renforcer les CEP. Dans ce cadre 15 % des places<br />
vont être peu à peu réservées aux lycéens des CEP<br />
classiques mais aussi de lycées ruraux très éloignés du<br />
parcours classique. « Nous allons signer de nouvelles<br />
conventions avec de nouveaux lycées début 2021.<br />
D’abord avec nos lycées partenaires aujourd’hui avec<br />
lesquels nous travaillons en amont comme en aval du<br />
processus d’admission pour rattraper des handicaps<br />
socio-scolaires », explique la directrice des admissions,<br />
Gabriella Crouzet.<br />
Il faudra dorénavant être boursier alors que le pourcentage<br />
baissait constamment et n’atteignait plus<br />
que les trois quarts des élèves en CEP. « Pour autant<br />
il n’est pas question de fermer l’entrée aux non boursiers<br />
dans les conventions alors qu’ils y apportent de<br />
la mixité sociale. Nous devons trouver un instrument<br />
pour amener les candidats non boursiers vers la voie<br />
ordinaire », commente Bénédicte Durand.<br />
• une note pour trois exercices écrits : un texte où<br />
l’élève expose ses activités et centres d’intérêts, un<br />
autre où il défend sa motivation et son choix pour<br />
Sciences Po et un essai personnel.<br />
Pour passer à l’oral, quatrième et dernière épreuve<br />
de l’admission, la candidate ou le candidat devra avoir<br />
obtenu une note égale ou supérieure à une note minimale,<br />
notée sur 60, que le jury de Sciences Po définit<br />
chaque année.<br />
L’échange, d’une durée<br />
de 30 minutes, se déroule<br />
à distance, et comprend<br />
trois séquences :<br />
• la présentation de la<br />
candidate ou du candidat ;<br />
• le commentaire et l’analyse<br />
d’une image choisie par la<br />
candidate ou le candidat<br />
parmi deux au choix ;<br />
• un échange libre avec les<br />
examinateurs pour mieux<br />
comprendre la candidate ou<br />
le candidat et ses motivations.<br />
À l’issue de l’oral, les quatre<br />
notes sur 20 point sont<br />
additionnées en une note<br />
finale d’admission, sur 80, qui<br />
devra atteindre ou dépasser<br />
une note d’admission<br />
minimale, fixée par le jury de<br />
Sciences Po chaque année. »<br />
13
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Tribune. COVID : sensibiliser<br />
toujours plus les étudiants<br />
Par Frank Dormont, Directeur de la Communication<br />
et des Relations Institutionnelles d’Audencia, et Séverine Blanc,<br />
Responsable communication de l’ARS Pays de la Loire<br />
On le sait, 8 étudiants d’Audencia Sciences-<br />
Com sont positifs à la Covid-19 à la suite de<br />
l’organisation d’une soirée étudiante privée<br />
(donc, en dehors des campus) la semaine<br />
passée et cela, malgré les consignes données et<br />
répétées par la direction des programmes. Comme<br />
l’a rappelée l’ARS Pays de la Loire en conférence de<br />
presse, la responsabilité de l’école n’est aucunement<br />
engagée, son protocole sanitaire au sein de<br />
ses campus a toujours été, et est toujours opérant.<br />
Cette situation n’est bien sûr pas spécifique à l’école<br />
nantaise. Le non-respect des gestes barrières par<br />
les élèves, dans la sphère privée, a des effets sur<br />
l’ensemble des écoles et universités.<br />
C’est donc l’enseignement supérieur dans sa globalité<br />
qui est concerné. Suite à l’intervention du Président<br />
de la République, Emmanuel Macron, le 28 octobre<br />
2020, annonçant le reconfinement, il nous a semblé<br />
opportun de prendre un peu de recul<br />
en revenant sur cette situation pour tenter de mieux<br />
la comprendre.<br />
Les ingrédients de la deuxième vague<br />
Par définition, une « vague » n’est pas un phénomène<br />
instantané et immédiat.<br />
Dans le cas de la COVID, elle est ainsi la résultante<br />
d’un ensemble d’éléments notamment liés (mais pas<br />
seulement), à la période de « post déconfinement ».<br />
Dans les faits, il est incontestable que le déconfinement<br />
a été vécu par tous et pas seulement par les étudiants,<br />
comme une « libération », avec tout le poids que ce mot<br />
possède dans notre histoire et l’inconscient collectif.<br />
C’est-à-dire, plus ou moins consciemment comme une<br />
autorisation à baisser la garde, comme une « fête ».<br />
Or, du déconfinement au relâchement, il n’y a qu’un<br />
pas qui, trop souvent hélas a été franchi. C’est l’effet<br />
on-off que critiquent aujourd’hui beaucoup d’experts<br />
scientifiques.<br />
Nous « déconfiner » a correspondu à nous rendre<br />
nos libertés, en nous permettant de reprendre une<br />
vie quasi-normale, après de longues semaines d’isole-<br />
ments individuels. Un phénomène, donc, amplifié par<br />
la période estivale avec une envie de « rattraper le<br />
temps perdu » d’un printemps perçu comme « volé ».<br />
En toute conformité avec les restrictions sanitaires<br />
applicables à ce moment-là, et renforçant ainsi l’incitation<br />
à en profiter, parcs et terrasses de café ont<br />
donc naturellement recommencé à se remplir et à<br />
jouer leurs rôles de lieux d’échanges et de convivialité.<br />
Deux mots qui sont en opposition directe avec les<br />
gestes barrières : distanciation sociale, absence de<br />
contacts tactiles…<br />
« Bas les masques » ! Ce geste hautement symbolique,<br />
ces dernières semaines, que nous avons tous trop<br />
souvent vu, notamment en vacances, n’était trop<br />
souvent rien d’autre qu’un geste de ras-le-bol, et dans<br />
certains cas de défiance à l’autorité et à l’interdiction,<br />
au sens large.<br />
La situation que nous vivons actuellement, est donc la<br />
somme d’un ensemble de comportements individuels,<br />
marqués du sceau de l’insouciance à l’indiscipline, ou<br />
pour être plus mesuré, de l’absence de discernement.<br />
« Tous responsables », comme le souligne avec à<br />
propos, le journaliste Patrick Cohen dans l’éditorial<br />
de « C’est à vous » (27 octobre).<br />
En réalité, nous avons tous à différents niveaux<br />
contribué à semer les graines de cette « COVID 2 »<br />
et à nourrir cette seconde vague, lorsque nous avons<br />
baissé la garde dans la sphère privée<br />
Il est donc absolument injuste de vouloir aujourd’hui<br />
stigmatiser les étudiants dans leur ensemble.<br />
Parce qu’ils constituent une minorité. Si certains<br />
d’entres-eux (dans un cadre privé rappelons-le), ont<br />
fait preuve d’insouciance et d’irresponsabilité, la<br />
grande majorité a tenu bon (4 % d’étudiants contaminés<br />
depuis août sur l’ensemble de la communauté<br />
étudiante d’Audencia) et il est important de le souligner<br />
afin que l’arbre ne cache plus la forêt.<br />
Gageons que les chiffres actuels à l’échelle nationale<br />
qui ont conduit à un reconfinement d’envergure,<br />
participeront peut-être à rendre plus prudents les<br />
moins raisonnables.<br />
14
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> MOIS<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
La rentrée des étudiants d’Audencia dument masqués au sein du Palais des Congrès de Nantes<br />
© O.R.<br />
Vers toujours plus de sensibilisation<br />
Notre rôle est, et restera toujours, de remplir notre<br />
mission de sensibilisation auprès de nos étudiants. Car<br />
c’est aussi cela l’éducation, et notre devoir citoyen.<br />
En parallèle de l’application de son protocole sanitaire<br />
salué et défendu par l’ARS, l’école a ainsi multiplié<br />
depuis plusieurs mois, les actions de sensibilisation<br />
auprès des étudiants et des parents.<br />
• Mails avant les rentrées (et régulièrement depuis),<br />
afin de rappeler le protocole sanitaire sur les campus,<br />
et d’appeler au respect des gestes barrière dans les<br />
sphères privées<br />
• Rappel de ces messages aux amphis de rentrée<br />
• Interdiction des événements associatifs (Triathlon<br />
Audencia La Baule et Week-end d’intégration annulés)<br />
• Nomination d’étudiants référents COVID<br />
• Conférence en présentiel et distanciel du Pr. François<br />
Raffi, Chef du service des maladies infectieuses<br />
et tropicales du CHU de Nantes, en collaboration<br />
avec l’ARS<br />
• Incitations via des messages sur les écrans internes<br />
au sein des campus, et via les réseaux sociaux, à<br />
télécharger l’appli « TousAntiCovid »<br />
En conclusion, depuis le début de cette crise, d’importants<br />
moyens et un ensemble de méthodes ont été<br />
mises en place par l’ensemble des acteurs : Audencia,<br />
ARS, Ministère de l’intérieur…<br />
Les dispositifs de solidarité, notamment ont apporté<br />
une réponse efficace aux problèmes économiques<br />
engendrés par la COVID. Il faut bien sûr persévérer<br />
dans cette voie.<br />
Continuons, tous ensemble et à tous niveaux à effectuer<br />
ce travail de sensibilisation de nos étudiants, tout en<br />
étant à leur écoute et dans un dialogue constructif.<br />
C’est ainsi que nous améliorerons le niveau de responsabilité<br />
de chacun, que nous protègerons les<br />
plus vulnérables.<br />
Et que nous pourrons continuer à enseigner…<br />
Sereinement.<br />
15
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS ENTRETIEN<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Isabelle Huault<br />
PRÉSIDENTE <strong>DU</strong> DIRECTOIRE DE EMLYON<br />
« Les fondamentaux de emlyon<br />
sont solides »<br />
Depuis la rentrée Isabelle Huault a<br />
pris la direction d’une emlyon qui a<br />
connu bien des crises ses dernières<br />
années. Gouvernance, actionnaires,<br />
développement international,<br />
recrutement son regard à quelques<br />
mois de la publication d’une nouvelle<br />
stratégie.<br />
Olivier Rollot : Vous avez pris la direction<br />
d’emlyon cette rentrée. Une école que vous<br />
connaissez bien pour en être vous-même<br />
diplômée. Mais une école forcément très<br />
différente de l’université Paris Dauphine-PSL<br />
que vous dirigiez depuis 2016 ?<br />
Isabelle Huault : emlyon et Paris-Dauphine ont des<br />
activités semblables. Elles promeuvent toutes deux<br />
la recherche, délivrent des connaissances, des programmes<br />
de formation. Je n’ai pas changé de métier, ni<br />
d’identité professionnelle, en passant de l’une à l’autre !<br />
Les fondamentaux sont identiques. Les différences<br />
résident dans la gouvernance – la démocratie universitaire<br />
– et dans le modèle économique. Mais je tiens à<br />
rappeler que 50 % des ressources de Dauphine-PSL<br />
lui sont propres. C’est une université hybride, à la fois<br />
membre de la Conférence des Grandes Écoles (CGE)<br />
et de la Conférence des Présidents d’Université (CPU).<br />
O. R : Ces derniers mois on a plus<br />
parlé d’emlyon pour des questions de<br />
gouvernance, de structure capitalistique<br />
et de réduction de la durée de son grade<br />
de master que pour sa qualité académique.<br />
Aujourd’hui considérez-vous que ces<br />
questions sont derrière vous ?<br />
I. H : emlyon a traversé une période de transition avec<br />
l’évolution de sa structure juridique et capitalistique.<br />
À la différence des évaluateurs internationaux, ce<br />
changement de capital a forcément beaucoup intrigué<br />
les parties prenantes externes. Aujourd’hui il nous faut<br />
expliquer et stabiliser, le modèle notamment dans sa<br />
valeur académique. Si demain emlyon déclinait, perdait<br />
ses accréditations, baissait dans les classements,<br />
tout le monde serait perdant. Sur tous ces points nous<br />
bénéficions d’un véritable alignement entre la direction<br />
générale de l’école et les fonds Qualium et Bpifrance<br />
qui nous soutiennent.<br />
Je rappelle que nos investisseurs ne sont pas entrés<br />
dans le capital de l’École dans n’importe quelles conditions.<br />
Après la crise de financement qu’ont connu les<br />
chambres de commerce et d’industrie, c’est un modèle<br />
spécifique qui a été construit. Le principe du pacte<br />
d’actionnaires est à la fois de garantir le maintien de<br />
l’excellence académique – et donc des accréditations<br />
-, l’absence de versement de dividendes pendant les<br />
premières années, la promesse de rester au moins<br />
cinq ans au capital de l’École – c’est-à-dire un cycle<br />
académique – et le maintien de sa mission d’intérêt<br />
général. La présence de Bpifrance, le fait que la CCI<br />
Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne reste majoritaire,<br />
la présence au capital des salariés et bientôt des alumni<br />
sont autant de gages de la non-financiarisation de l’École.<br />
O. R : En janvier 2021 vous allez présenter un<br />
16<br />
emlyon BS<br />
emlyon renforce sa lutte<br />
contre les violences<br />
sexuelles et sexistes<br />
Pour renforcement la lutte<br />
contre les discriminations<br />
et les violences sexuelles<br />
et sexistes (VSS) emlyon<br />
a mobilisé un groupe<br />
de travail composé de<br />
différentes directions (RSE,<br />
Juridique, Ressources<br />
Humaines), d’étudiantes<br />
et d’étudiants et de<br />
professeurs, pour développer<br />
les dispositifs suivant :<br />
- la formalisation d’un<br />
protocole de signalement<br />
et d’accompagnement<br />
spécifique à emlyon, avec<br />
la mobilisation d’un réseau<br />
de référents en interne<br />
(personnes de confiance<br />
vers lesquelles pourront<br />
se tourner étudiantes,<br />
étudiants et collaboratrices,<br />
collaborateurs concernés) ;<br />
- le lancement de la<br />
plateforme de signalement<br />
en ligne « speakup » qui<br />
permet à toute personne<br />
concernée de signaler les<br />
faits de discrimination ou de<br />
violence sexiste ou sexuelle<br />
(cette plateforme est ouverte<br />
au personnel de l’école ainsi<br />
qu’aux étudiantes, étudiants<br />
et participants français et<br />
internationaux de emlyon) ;<br />
- l’organisation de<br />
conférences et d’actions de<br />
sensibilisation à destination<br />
de l’ensemble de l’équipe<br />
encadrante et pédagogique ;<br />
- des modules de formation<br />
pour les collaboratrices<br />
et collaborateurs les plus<br />
proches des étudiantes<br />
et étudiants ;<br />
- des modules de formation<br />
et des campagnes de<br />
sensibilisation à destination<br />
des étudiantes et étudiants,<br />
et plus particulièrement<br />
des bureaux associatifs en<br />
partenariat avec l’association<br />
Handsaway notamment.
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS ENTRETIEN<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
nouveau plan stratégique. Le fonds Qualium<br />
a-t-il son mot à dire ?<br />
I. H : Nous établissons ce plan stratégique dans une<br />
démarche collégiale qui inclut tous les collaborateurs<br />
comme les directions. Nous voulons que tous se l’approprient.<br />
Ce plan se décide au niveau de l’École et le fonds nous<br />
en laisse la maîtrise. Nous le lui présenterons pour avis<br />
à mi-parcours et pour la validation finale.<br />
O. R : L’objectif d’atteindre un chiffre<br />
d’affaires de 170 millions d’euros en 2023 –<br />
contre 120 M€ aujourd’hui – qui faisait partie<br />
du précédent plan stratégique sera-t-il<br />
maintenu ?<br />
I. H : Il est trop tôt pour en parler. Nous ne sommes pas<br />
encore dans la traduction budgétaire de nos objectifs.<br />
O. R : Le BBA de emlyon n’est pas dispensé<br />
à Lyon mais à Paris et Saint-Étienne. À Lyon<br />
ce sont l’Esdes, l’Essca et même BSB qui<br />
délivrent des bachelors. Pourquoi se priver<br />
d’un relai de croissance aussi évident ?<br />
I. H : Nous réfléchissons à la création d’un BBA à Lyon,<br />
tout en le maintenant également à Saint-Étienne où il<br />
correspond à de vrais besoins locaux. D’ailleurs le<br />
taux de satisfaction de nos étudiants y est parmi les<br />
plus élevés.<br />
O. R : Le statut de société anonyme vous<br />
paraît-il adapté à la gestion d’une institution<br />
d’enseignement ? Pourquoi ne pas adopter<br />
celui de « société à mission » ?<br />
I. H : Nous souhaitons clairement nous orienter vers<br />
le statut d’entreprise à mission, notamment parce que<br />
nos diplômes sont visés par l’Etat. La raison d’être d’un<br />
établissement d’enseignement supérieur est d’agir pour<br />
l’intérêt social, le bien commun et il faut rassurer toutes<br />
les parties sur nos objectifs.<br />
O. R : Autre question stratégique pour<br />
emlyon : où en est le déménagement de<br />
vos locaux dans le centre-ville de Lyon, à<br />
Gerland ?<br />
I. H : Avec la crise sanitaire nous avons pris un peu de<br />
retard et nous pensons nous implanter dans le quartier<br />
de Gerland début 2024. Nous procéderons à l’acquisition<br />
des terrains dans les prochaines semaines et les<br />
travaux pour construire notre « Hub » de 30 000 m 2<br />
débuteront au premier trimestre 2021.<br />
immobilier. C’est aussi un nouvel environnement qui<br />
nous donne des capacités de croissance grâce à un<br />
meilleur agencement des espaces. Nous aurons ainsi<br />
plus de salles de petite taille ou d’espace collaboratifs<br />
pour développer la pédagogie par projet. En organisant<br />
des plages horaires plus larges tout en maintenant les<br />
acquis du travail à distance, c’est tout un projet éducatif<br />
qui se projette dans ces nouveaux locaux.<br />
O. R : Beaucoup de responsables de<br />
différents services de emlyon ont changé<br />
de poste ces derniers mois. Votre structure<br />
est-elle stabilisée ?<br />
I. H : Nous avons effectivement renouvelé l’équipe avec<br />
l’arrivée d’Annabel-Mauve Bonnefous à la direction des<br />
programmes, Sylvie Jean à la direction du programme<br />
Grande école et bientôt Nicolas Pejout en tant que<br />
directeur de la stratégie et du développement. Au<br />
sein du directoire il rejoint Annabel-Mauve Bonnefous<br />
et la doyenne de la Faculté, Tessa Melkonian. Une<br />
équipe renouvelée donc mais en s’appuyant sur des<br />
personnes plus anciennes comme Tugrul Atamer, qui<br />
a assuré l’intérim à la direction et nous éclaire sur les<br />
enjeux de l’École.<br />
O. R : Vous envisagez l’arrivée d’un autre<br />
Sport et géopolitique :<br />
l’IRIS et emlyon lancent<br />
la plateforme GéoSport<br />
L’IRIS (Institut de<br />
relations internationales<br />
et stratégiques) et emlyon<br />
business school lancent<br />
conjointement GéoSport,<br />
une plateforme digitale et<br />
internationale dédiée au<br />
sport et à la géopolitique.<br />
L’objectif de GéoSport est<br />
de « proposer des analyses<br />
d’experts reconnus sur les<br />
enjeux contemporains de<br />
la géopolitique et du sport,<br />
tels que la diplomatie, les<br />
relations internationales,<br />
l’image de marque d’un<br />
État, la politique et le<br />
soft power etc. ».<br />
GéoSport s’adresse aux<br />
membres d’instances<br />
gouvernementales, décideurs<br />
politiques, dirigeants<br />
d’entreprises, managers,<br />
universitaires, étudiants et<br />
fans de sport. En d’autres<br />
termes, la plateforme<br />
vise à interpeller toutes<br />
celles et tous ceux qui<br />
s’intéressent au sport dans<br />
ses dimensions stratégiques.<br />
emlyon BS<br />
Mais cette initiative est beaucoup plus qu’un projet<br />
17
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS ENTRETIEN<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
en éducation sont importants pour nous inscrire dans<br />
des écosystèmes locaux en lien avec des incubateurs,<br />
des partenaires socio-économiques et scientifiques,<br />
en nous appuyant aussi sur nos alumni, dans une<br />
perspective de « glocalisation » : faire rayonner la<br />
marque partout dans le monde tout en s’appuyant sur<br />
les spécificités locales.<br />
xxxxxxxx<br />
membre dans le directoire ?<br />
I. H : Les statuts prévoient que nous pouvons aller<br />
jusqu’à cinq membres ; donc c’est possible.<br />
O. R : emlyon emploie aujourd’hui de l’ordre<br />
de 175 professeurs permanents. Allez-vous<br />
en recruter de nouveaux dans les années à<br />
venir ?<br />
I. H : Nous venons d’en recruter 10 nouveaux et nous<br />
voulons maintenir cette cadence de recrutement pour<br />
proposer un taux d’encadrement satisfaisant et des<br />
capacités de recherche qui correspondent à notre<br />
rang. Je note d’ailleurs qu’emlyon est très attractive<br />
auprès des professeurs internationaux comme des<br />
doctorants qui nous viennent des meilleures universités<br />
dans le monde.<br />
O. R : Quels développements prévoyezvous<br />
à l’international. On parlait beaucoup<br />
de l’Inde où en êtes-vous ? Et comment se<br />
comportent vos campus en Chine et du<br />
Maroc ?<br />
I. H : Notre campus chinois de Shanghai fonctionne très<br />
bien et la marque emlyon y est dynamique dans le cadre<br />
de notre accord avec l’université d’East China Normal<br />
University (ECNU). À Casablanca nous possédons un très<br />
beau campus que nous souhaitons encore développer.<br />
En Inde nous sommes déjà installés à Bhubaneswar où<br />
nous délivrons des formations sur le management du<br />
sport en partenariat avec la Xavier University. C’est<br />
une belle porte d’entrée pour développer maintenant<br />
un campus plus généraliste à Bombay. Et nous réfléchissons<br />
également à une implantation en Amérique du<br />
Sud ou Centrale dans les prochaines années.<br />
emlyon BS<br />
De plus, avoir des campus à l’international nous permet<br />
de maintenir notre activité en période de pandémie.<br />
Aujourd’hui nous accueillons sur les campus à l’étranger,<br />
des étudiants internationaux qui ne pourraient pas se<br />
rendre en France : les étudiants africains peuvent ainsi<br />
se rendre au Maroc en bénéficiant de l’ensemble des<br />
ressources de l’École.<br />
O. R : Où en êtes-vous de vos accords avec<br />
les autres établissements d’enseignement<br />
supérieur lyonnais, notamment votre voisine<br />
de Centrale ?<br />
I. H : Nous avons repris langue avec Centrale Lyon<br />
mais aussi Mines Saint-Étienne avec laquelle nous<br />
entretenons des relations privilégiées. Nous dispensons<br />
avec ce dernier un Master spécialisé en Health<br />
Management and Data Intelligence. Avec l’Ecam Lyon<br />
nous avons un autre Mastère spécialisé en Management<br />
de la transition énergétique. Et puis nous envisageons<br />
une collaboration intense avec la Cité du Design de<br />
Saint-Étienne pour créer ensemble des formations.<br />
L’hybridation est aujourd’hui un élément essentiel de<br />
notre stratégie. Nous ne pouvons plus nous satisfaire<br />
de connaissances univoques alors que l’évolution des<br />
métiers requiert des regards pluridisciplinaires pour<br />
former des citoyens éclairés et responsables.<br />
O. R : L’actualité est terrible pour le monde<br />
éducatif avec l’assassinat de Samuel Paty.<br />
Comment gérez-vous la liberté académique<br />
de vos enseignants ? Y a-t-il des thèmes que<br />
vous savez éruptifs ? Qu’il faudrait éviter ?<br />
I. H : La liberté académique des enseignants est un<br />
principe constitutionnel inscrit dans la loi pour les<br />
universités publiques. Elle est essentielle dans le milieu<br />
de l’enseignement supérieur de manière générale. Le<br />
pluralisme des enseignements est une donnée capitale<br />
pour apprendre à se faire sa propre opinion. Il ne faut<br />
surtout pas s’autocensurer.<br />
O. R : La question des violences sexuelles et<br />
Pas de « Petit<br />
paumé » en 2021<br />
« Le Petit paumé », le célèbre<br />
guide de Lyon réalisé chaque<br />
année par les étudiants de<br />
emlyon, ne paraitra pas en<br />
2021. « Les conséquences<br />
financières de la crise<br />
sanitaire ainsi que son<br />
influence sur organisation<br />
de nos activités ne nous<br />
permettent pas cette année de<br />
réaliser l’impression papier du<br />
guide », arguent les étudiants.<br />
Nous nous implantons dans des zones où les besoins<br />
18
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS ENTRETIEN<br />
sexistes reste un sujet prégnant dans les écoles<br />
de management françaises. On le sait c’est un<br />
sujet auquel vous étiez déjà particulièrement<br />
attentive à Paris-Dauphine. Vous venez également<br />
d’agir à emlyon.<br />
I. H : La mission d’emlyon est de promouvoir l’ouverture<br />
et le respect mutuel. Nous devons faire de l’École,<br />
et des établissements d’enseignement supérieur de<br />
manière générale, des espaces de formation et de<br />
lutte contre les discriminations, les violences sexuelles<br />
et sexistes qui sont de véritables plaies de la société.<br />
Nous avons donc créé il y a quelques semaines une<br />
cellule de veille que tout étudiant ou tout membre du<br />
personnel peut saisir, ainsi qu’un programme de lutte<br />
contre les discriminations, qui passe par la sensibilisation<br />
et la formation de l’intégralité des parties prenantes<br />
de l’École. Déjà ce sont trois étudiants d’emlyon qui<br />
ont lancé le mouvement « Balance ton stage » pour<br />
dénoncer le sexisme en entreprise. Une action qui a<br />
permis la publication d’un guide pédagogique à destination<br />
des étudiants.<br />
O. R : Vous prévoyez d’autres actions,<br />
notamment dans la RSE (responsabilité<br />
sociétale des entreprises) ?<br />
I. H : Nous voulons mettre l’accent sur la RSE en<br />
général et, plus spécifiquement, sur les enjeux environnementaux,<br />
tant les domaines de la recherche que<br />
de la formation.<br />
De même nous voulons accroître la diversité de notre<br />
recrutement en réactivant notre Fondation de façon<br />
à ce qu’elle propose plus de bourses et fasse vivre<br />
nos accords avec les lycées partenaires pour notre<br />
programme ‘Egalité des chances’<br />
Enfin nous allons développer les formations en apprentissage<br />
alors que c’est un domaine dans lequel nous<br />
sommes peu présents aujourd’hui. Nous allons pour<br />
ce faire créer notre propre CFA (centre de formation<br />
d’apprentis) dès 2021.<br />
O. R : Comme tout l’enseignement supérieur<br />
emlyon subit les conséquences de la<br />
pandémie. Comment vos étudiants vivent-ils<br />
ces moments ?<br />
I. H : Dans le respect des mesures barrière bien évidemment.<br />
Nous essayons de faire venir sur le campus<br />
tous les primo-arrivants alors qu’ils n’ont pas pu venir<br />
sur le campus lors des oraux. Nos étudiants sont très<br />
demandeurs de présence physique, notamment pour<br />
faire vivre le très riche tissu associatif de l’École.<br />
O. R : Les relations entre emlyon et les<br />
classes préparatoires se sont dégradées<br />
ces dernières années. Qu’allez-vous faire<br />
pour les améliorer ?<br />
I. H : Nous voulons reconstruire le dialogue avec les<br />
classes préparatoires et Sylvie Jean y travaille. Il faut<br />
retrouver le lien, dire aux élèves à quel point ils sont les<br />
bienvenus. Notre pédagogie « early maker » est très<br />
différenciante, mais elle mérite d’être mieux expliquée :<br />
elle allie un socle de connaissances fondamentales et la<br />
pédagogie par l’action, l’expérience, l’expérimentation.<br />
Elle met aussi l’accent sur l’altérité, la collaboration ;<br />
l’ensemble de ces éléments visant à mieux comprendre<br />
la complexité et à façonner le monde de demain.<br />
Je connais particulièrement bien les vertus des classes<br />
préparatoires pour en avoir moi-même été une élève, les<br />
capacités de travail et d’organisation qu’elles apportent<br />
outre l’acquisition d’un socle culturel très important ; à<br />
la fois pour la suite des études et pour l’employabilité<br />
des étudiants.<br />
Nous souhaitons désormais mieux équilibrer les effectifs<br />
de notre programme Grande école entre les élèves issus<br />
de classes préparatoires et les admis sur titre (AST).<br />
Nous allons stabiliser la part de ces derniers, voire la<br />
diminuer pour faire la part belle aux élèves de classes<br />
préparatoires, aux AST internationaux et aux AST issus<br />
d’autres disciplines que l’économie et la gestion.<br />
O. R : C’est la question de l’année dans les<br />
classes préparatoires. L’Edhec a-t-elle dépassé<br />
emlyon dans le choix des préparationnaires ?<br />
I. H : Comme vous le savez ce résultat est issu d’une<br />
statistique que les écoles de management ont choisi de<br />
ne pas publier cette année. Ce que je peux indiquer c’est<br />
notre excellente place dans les classements. emlyon<br />
business school se classe cette année au 4 e rang des<br />
universités françaises pour les thématiques Management<br />
et Business Administration dans le classement<br />
de Shanghai ARWU 2020. Le Programme Grande École<br />
se hisse au 10 e rang mondial des meilleurs masters<br />
en management (4 e en France) d’après le dernier QS<br />
Rankings et nous progressons également dans le<br />
classement des masters in management du Financial<br />
Times. Les fondamentaux de emlyon sont solides.<br />
emlyon lance l’Institut<br />
de l’Intrapreneuriat<br />
Créé et dirigé par Véronique<br />
Bouchard, professeur de<br />
stratégie et pionnière dans le<br />
domaine de l’intrapreneuriat<br />
dès le début des années<br />
2000, l’Institut a pour<br />
vocation d’accompagner<br />
les entreprises dans leur<br />
démarche intrapreneuriale.<br />
19
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Réforme<br />
des prépas EC :<br />
entre inquiétudes<br />
et espoirs<br />
© Shutterstock<br />
La réforme des CPGE économiques<br />
et commerciales s’inscrit dans l’esprit de celle<br />
du lycée et de la mise en place de spécialités.<br />
Bien que les changements dans l’offre de formation<br />
soient limités, sa mise en œuvre est loin d’être aisée<br />
et suscite autant d’inquiétudes que d’espoirs.<br />
20
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Dans un environnement souvent<br />
stigmatisé pour son traditionalisme<br />
ou son immobilisme, c’est une véritable<br />
révolution qui s’annonce. Finies les<br />
prépas économiques et commerciales<br />
telles qu’on les connaissait. Les ECE et<br />
ECS, respectivement destinées aux élèves<br />
de terminale issus de filières économique<br />
et sociale (ES) et scientifiques (S) vont<br />
fusionner en une seule et même voie : la<br />
prépa ECG, économique et commerciale<br />
voie générale. Les ECT, destinées aux<br />
bacheliers technologiques, resteront<br />
quant à elles comme elles sont.<br />
La transformation du paysage des prépas<br />
HEC était inévitable. Calquées jusqu’à<br />
présent sur les séries du baccalauréat,<br />
les CPGE devaient donc évoluer avec<br />
leur disparition. La réforme du lycée, en<br />
mettant en place un système de spécialités<br />
– plus ou moins à la carte – , obligeait<br />
l’enseignement supérieur à s’adapter. Les<br />
prépas économiques et commerciales<br />
ont donc créé une seule et même voie<br />
pour les étudiants du bac général et ce,<br />
quelles que soient les disciplines suivies<br />
en première puis en terminale.<br />
Au programme : culture générale (humanités,<br />
lettres et philosophie), deux langues<br />
vivantes dans le tronc commun puis un<br />
choix, d’une part, entre « économie, sociologie<br />
et histoire du monde contemporain »<br />
et « histoire, géographie et géopolitique<br />
du monde contemporain » et, d’autre part,<br />
entre « mathématiques appliquées » et<br />
« mathématiques approfondies ». Une<br />
seule contrainte pour les lycéens ? Ils<br />
Création<br />
de la filière MPI<br />
Les CPGE scientifiques vont<br />
elles aussi connaître quelques<br />
transformations. Une nouvelle<br />
filière est ainsi créée : MPI<br />
(Mathématiques, physique,<br />
informatique). Elle est surtout<br />
destinée aux élèves qui<br />
auraient suivi en terminale les<br />
spécialités « mathématiques »<br />
et « numérique et sciences<br />
informatiques. »<br />
shutterstock<br />
21
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
devront au minimum suivre la spécialité<br />
« mathématiques » en première et, s’ils<br />
l’abandonnent en terminale, se diriger<br />
vers l’option maths expertes. Dans ce<br />
cas de figure, ils seront orientés vers<br />
les mathématiques appliquées en CPGE.<br />
La réforme aura mis quelques temps à<br />
se dessiner. Les textes officiels des programmes<br />
ne sont pas encore publiés – ils<br />
devraient l’être d’ici la fin de l’année – ,<br />
« mais cela fait huit mois que les choses<br />
sont absolument claires et arbitrées »,<br />
assure Olivier Sidokpohou, inspecteur<br />
général de l’éducation, du sport et de<br />
la recherche, missionné pour adapter<br />
les classes préparatoires à la réforme<br />
du lycée.<br />
Le ministère, l’Association des professeurs<br />
de classes préparatoires économiques<br />
et commerciales (APHEC), les<br />
proviseurs de CPGE ou encore les écoles<br />
de commerce ont élaboré ensemble la<br />
nouvelle configuration. « Nous avions<br />
plusieurs lignes rouges à ne pas franchir.<br />
Tout d’abord, il était hors de question<br />
de remettre en cause les disciplines<br />
enseignées. Nous considérons que la<br />
valeur ajoutée des classes prépas repose<br />
justement sur cette pluridisciplinarité<br />
qui fonctionne très bien », rapporte<br />
Alain Joyeux, le président de l’APHEC.<br />
Un autre impératif allait de pair : il était<br />
inenvisageable que les professeurs de<br />
classe préparatoire perdent leur poste<br />
ou soient obligés de muter.<br />
des effectifs (1,6 % par rapport à 2018<br />
d’après le système d’information et études<br />
statistiques (SIES) du ministère de l’Enseignement<br />
supérieur), elle avait connu<br />
une perte de 5,4 % à la rentrée 2018.<br />
Ces classes préparatoires souffrent en<br />
effet d’une concurrence accrue. Entre<br />
les licences, les BTS et l’émergence et le<br />
développement des bachelors créés par<br />
les écoles de management elles-mêmes,<br />
elles ne parviennent peut-être plus autant<br />
à convaincre, encore souvent affectées<br />
par l’image d’une formation difficile, privant<br />
les jeunes qui la suivent de « toute<br />
vie sociale » pendant deux voire trois ans.<br />
« Il faut ajouter à cela tout un segment<br />
de très bons étudiants qui auraient eu<br />
tout à fait leur place en classe prépa,<br />
qui auraient fait d’ailleurs d’excellents<br />
élèves en CPGE mais qui préfèrent partir<br />
à l’étranger dès après bac pour rejoindre<br />
des bons établissements européens.<br />
Même si le Covid va peut-être un peu<br />
modifier tout ça », estime Jean-François<br />
Fiorina, directeur adjoint de Grenoble<br />
Ecole de Management.<br />
Les classes préparatoires commençaient<br />
donc à s’inquiéter, notamment les plus<br />
« petites », préoccupées par la baisse de<br />
leurs effectifs. Elles pourraient voir dans<br />
cette réforme l’opportunité de rebondir.<br />
Souvent restreintes à une seule classe,<br />
ECE ou ECS, elles ne recrutaient que des<br />
étudiants, respectivement de ES et de S.<br />
« Je pense que cela peut aider certaines<br />
CPGE dans leur taux de remplissage,<br />
85 100<br />
À la rentrée 2019, on comptait<br />
85 100 étudiants inscrits<br />
en CPGE dont 19 219 dans<br />
les filières économiques.<br />
Soit un peu plus de 3 % des<br />
effectifs de l’enseignement<br />
supérieur en 2019-2020.<br />
Un moyen pour rendre de nouveau<br />
attractif les classes préparatoires ?<br />
Si la transformation des CPGE économiques<br />
et commerciales est consécutive<br />
à celle du lycée et s’inscrit dans la<br />
même logique, elle pourrait cependant,<br />
pour certains de ses acteurs, être une<br />
véritable opportunité, un moyen d’attirer<br />
un plus large public. De quoi susciter<br />
de nouvelles espérances pour une voie<br />
qui redoutait une stagnation voire une<br />
diminution de ses élèves.<br />
Si l’année dernière, la filière économique<br />
des CPGE a enregistré une légère hausse<br />
22
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
quand elles ne sont pas au maximum de<br />
leur capacité », estime Vincent Cornu,<br />
vice-président de l’APLCPGE, association<br />
des proviseurs de lycée à CPGE et<br />
chef d’établissement du lycée La Folie<br />
Saint-James à Neuilly-sur-Seine. « Elles<br />
pourraient attirer des élèves qui, jusqu’à<br />
présent, ne se projetaient pas en classe<br />
prépa dans le carcan ECE ou ECS. Quelles<br />
que soient les spécialités suivies au lycée,<br />
il sera possible de très bien réussir. Il<br />
n’y a plus désormais une voie amenant<br />
vers tel parcours. En ECE, comme chez<br />
nous, nous pourrions ainsi attirer des<br />
profils très scientifiques, ayant fait de<br />
la physique ou de la SVT en terminale »,<br />
poursuit-il.<br />
Ainsi, les réformes du lycée et celle de<br />
CPGE pourraient élargir le vivier de potentiels<br />
étudiants. « Désormais, toutes<br />
les prépas peuvent recruter n’importe<br />
quel profil. Cela va véritablement ouvrir<br />
le choix des élèves. Jusqu’à présent, il y<br />
avait une construction un peu artificielle.<br />
Pourquoi les étudiants ayant suivi la<br />
filière S devaient forcément suivre l’enseignement<br />
histoire-géographie ? Nous<br />
sommes ainsi dans la continuité de l’état<br />
d’esprit de la réforme du lycée », rappelle<br />
Olivier Sidokpohou.<br />
Une réforme difficile à mettre en<br />
œuvre<br />
Si sur le papier, la réforme a de quoi<br />
séduire, la mise en pratique risque<br />
d’être difficile. L’immense majorité des<br />
établissements conserveront le même<br />
schéma de spécialités qu’avant, le ministère<br />
ayant imposé une évolution à coûts<br />
constants. Ceux qui disposaient d’une<br />
classe préparatoire ECE proposeront des<br />
mathématiques appliquées et un enseignement<br />
en économie, afin de respecter<br />
les compétences des professeurs en<br />
poste. Ceux qui comportaient une prépa<br />
ECS devraient ainsi offrir les spécialités<br />
« mathématiques approfondies » et<br />
« histoire-géographie et géopolitique ».<br />
« Certains lycées pourraient profiter de<br />
la réforme pour modifier leur offre de<br />
formation notamment en mathématiques.<br />
Mais ces ajustements ne devraient intervenir<br />
qu’à la marge », confie Frédéric<br />
Munier, professeur d’histoire-géographie<br />
et de géopolitique en classe préparatoire.<br />
Or, cette répartition induite pourrait susciter<br />
quelques craintes. « La réforme ne<br />
fait pas consensus, elle soulève plusieurs<br />
inquiétudes. Et notamment la question<br />
Diversité<br />
Le ministère de<br />
l’Enseignement supérieur,<br />
de la Recherche et de<br />
l’Innovation (MESRI)<br />
souhaite que la réforme<br />
des classes préparatoires<br />
économiques et commerciales<br />
soit aussi l’occasion d’engager<br />
une réflexion sur l’ouverture<br />
sociale des grandes écoles,<br />
notamment à travers les<br />
concours. Selon le MESRI,<br />
sur l’année 2018-2019, le<br />
taux de boursiers en classe<br />
préparatoire (public et privé)<br />
s’élevait à 28,8 % mais<br />
redescendait à 12,7 % dans<br />
les écoles de management.<br />
23
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
des mathématiques. Il y a la peur chez<br />
certains que les élèves optent massivement<br />
pour les mathématiques appliquées,<br />
alors qu’ils ont suivi une spécialité voire<br />
une option de haut niveau au lycée, dans<br />
l’optique de réaliser un choix stratégique<br />
et peut-être intégrer plus facilement une<br />
école », s’interroge Alain Joyeux. Si un tel<br />
phénomène a lieu, cela pourrait pénaliser<br />
les classes préparatoires ne proposant<br />
que les mathématiques approfondies, bien<br />
que les différents acteurs assurent qu’ils<br />
cherchent à limiter ces effets d’aubaine,<br />
en travaillant à l’élaboration d’un concours<br />
juste pour chacun et en discutant avec<br />
les élèves.<br />
Si les plus grandes classes préparatoires<br />
déjà attractives ne sont pas inquiètes,<br />
ayant parfois la possibilité d’offrir toutes<br />
les combinaisons possibles aux étudiants,<br />
les plus petites, ne faisant pas<br />
automatiquement le plein et victimes<br />
d’une grande concurrence immédiate,<br />
pourraient redouter ses effets. « Si telle<br />
ou telle prépa peine à recruter et est<br />
confrontée à des problèmes de remplissage,<br />
elle aura toujours la possibilité<br />
de changer d’offre de parcours l’année<br />
suivante. Le ministère autorise de telles<br />
évolutions », veut rassurer Alain Joyeux.<br />
Mais avec les contraintes économiques<br />
imposées, ces transformations pourraient<br />
être compliquées à mettre en<br />
œuvre. Impossible pour les classes<br />
préparatoires de recruter des enseignants<br />
supplémentaires pour proposer<br />
un nouveau parcours. Si passer de la<br />
spécialité « mathématiques appliquées »<br />
à « mathématiques approfondies » ou<br />
vice-versa ne sera pas – ou peu – difficile,<br />
une évolution entre histoire-géographie<br />
et économie pourrait s’avérer beaucoup<br />
plus complexe : il faudra attendre un<br />
départ à la retraite ou une mutation de<br />
professeur.<br />
Une rupture d’égalité entre élèves ?<br />
Des académies comme Paris ou Amiens<br />
ont demandé la création de « pôles » :<br />
des classes préparatoires doivent s’organiser<br />
pour proposer ensemble tous les<br />
parcours possibles aux élèves. « Nous<br />
n’étions pas favorables à l’APHEC et l’initiative<br />
n’a pas été très bien accueillie par<br />
les collègues. Cela oblige les élèves à<br />
parcourir plusieurs kilomètres », raconte<br />
Alain Joyeux. Une difficulté relevée aussi<br />
par Simon Badiou, professeur de mathématiques<br />
en prépa ECS à Paris : « Si<br />
elle est intéressante sur le papier cette<br />
réforme rencontre des difficultés dans sa<br />
mise en pratique. Dans mon lycée, nous<br />
n’avons qu’un seul parcours possible.<br />
Pour pouvoir offrir les quatre, il faudrait<br />
créer un pôle avec l’établissement le plus<br />
proche proposant déjà « économie »<br />
et « mathématiques appliquées ». Cependant,<br />
ce lycée est à 25 minutes en<br />
métro. Il est impossible pour les élèves<br />
préparationnaires de suivre des cours<br />
dans deux établissements : ils ont des<br />
horaires déjà importants et le temps<br />
de transport n’est pas à négliger. Cela<br />
pourrait créer une rupture d’égalité dans<br />
la préparation au concours avec les<br />
étudiants qui n’auraient pas à se déplacer<br />
pour suivre leur parcours. »<br />
De plus, les élèves ne seront pas tous<br />
égaux en termes de temps de travail<br />
en classe. Ceux qui suivent le couplage<br />
mathématiques appliquées/histoire-géo-<br />
24
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
graphie feront deux heures de cours de<br />
moins que ceux qui suivront le parcours<br />
mathématiques approfondies/économie.<br />
Cette différence inquiète d’ailleurs<br />
tout particulièrement les professeurs<br />
d’économie et de sociologie qui voient<br />
leur nombre d’heures d’enseignement<br />
diminuer.<br />
Autre source d’inquiétude ? Les enseignants<br />
seront confrontés à un public<br />
encore plus hétéroclite qu’auparavant.<br />
Mais finalement, pour eux, le problème<br />
n’en est pas vraiment un. « La question de<br />
l’adaptation ne m’inquiète pas vraiment.<br />
Nous avons déjà en face de nous des<br />
élèves avec des niveaux très hétérogènes<br />
dans chaque discipline », explique Simon<br />
Badiou. « Il est évident que le profil des<br />
nouveaux bacheliers sera plus divers.<br />
C’est un véritable défi pédagogique pour<br />
nous. Mais fort heureusement, nous bénéficions<br />
d’atouts pour y répondre. Nous<br />
pouvons par exemple utiliser les khôlles<br />
en début d’année pour accompagner les<br />
élèves et lisser les disparités », assure<br />
Frédéric Munier. Pour l’enseignant, il faut<br />
faire en sorte que les élèves puissent<br />
avoir la possibilité et le choix de mettre en<br />
valeur leurs atouts : « Nous ne pouvons<br />
pas nous restreindre à un cadre rigide<br />
alors que nos futurs étudiants auront<br />
développé des points forts au lycée.<br />
Nous devrons les accompagner pour<br />
qu’ils puissent rattraper des retards<br />
éventuels dans certaines disciplines,<br />
tout en essayant de les aider à valoriser<br />
ces points forts. Cela pourrait passer par<br />
une adaptation des concours. »<br />
Horizon 2023<br />
Si l’organisation interne des classes préparatoires<br />
économiques et commerciale<br />
est actée, tout en laissant une place à<br />
des ajustements d’une année sur l’autre<br />
pour s’adapter aux flux d’étudiants, les<br />
programmes prêts à être publiés, il reste<br />
encore tout à construire pour 2023, date<br />
à laquelle une partie de la promotion du<br />
premier « bac Blanquer » passera les<br />
concours pour espérer intégrer une<br />
école de management. Cependant, les<br />
modalités ne sont pas clairement définies.<br />
Personne ne sait à ce jour quelles seront<br />
Parcoursup 2021 :<br />
les dates<br />
La procédure Parcoursup se<br />
déroulera en trois étapes :<br />
• au 1 er trimestre, la phase<br />
d’information et de<br />
découverte des formations ;<br />
• à partir du 20 janvier 2021,<br />
la phase d’inscription<br />
sur la plateforme<br />
et de formulation/<br />
confirmation des vœux ;<br />
• entre le 27 mai et le<br />
16 juillet 2021, la phase<br />
principale d’admission<br />
au cours de laquelle les<br />
lycéens reçoivent les<br />
réponses des formations<br />
et font leurs choix.<br />
La phase complémentaire<br />
qui s’ouvrira à compter<br />
du 16 juin 2021 sera close<br />
au 16 septembre 2021.<br />
25
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DOSSIER<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
les épreuves organisées. Et encore moins<br />
comment les écoles sélectionneront les<br />
étudiants. Elles se concertent actuellement<br />
pour trouver la bonne formule. Qui<br />
ne sera d’ailleurs peut-être pas unique…<br />
Le principe de l’interclassement pourrait<br />
par exemple être remis en question. Ce<br />
système permettant à tous les préparationnaires,<br />
qu’ils soient issus de classe<br />
ECE, ECS, ECT (et mêmes littéraires pour<br />
la BCE), de rejoindre un classement unique<br />
pourrait disparaître. « Est-ce qu’il y aura<br />
un interclassement entre les différentes<br />
filières ECG, ECT ou littéraires ? Ce n’est<br />
pas encore pleinement finalisé. Plusieurs<br />
scénarios se développent et la fin de ce<br />
système a été évoquée. Nous pourrions<br />
avoir un interclassement local, on pourrait<br />
avoir deux formules différentes pour<br />
chaque banque d’épreuves… Il est encore<br />
beaucoup trop tôt pour se prononcer,<br />
les écoles elles-mêmes n’ont pas encore<br />
déterminé ce qu’elles préféraient », explique<br />
Patrice Houdayer, vice Dean de<br />
Skema Business School.<br />
Pourquoi d’ailleurs ne pas imaginer des<br />
écoles qui « feraient leur marché » en<br />
attribuant des coefficients différents<br />
sur chaque épreuve afin de privilégier<br />
des profils plutôt que d’autres ? Aucune<br />
hypothèse n’est à ce jour écartée. « Au<br />
niveau de GEM, j’aimerais qu’on puisse<br />
prendre en compte la spécificité des<br />
profils. Comment ? Je suis encore incapable<br />
de vous le dire. Le concours<br />
pourrait en être l’occasion. Mais cela<br />
peut se faire sur l’écrit ou sur l’oral. Les<br />
élèves auront fait des choses sympas en<br />
terminale. Quand je vois les programmes<br />
des spécialités du lycée, je me dis qu’il<br />
serait peut-être intéressant de valoriser<br />
tout ce qu’ils ont découvert », estime<br />
Jean-François Fiorina.<br />
Et après ?<br />
Ce sera ensuite aux établissements de<br />
management de s’adapter à ces élèves<br />
aux profils divers. Mais la tâche ne les<br />
effraie pas. « Notre chance, c’est que<br />
nous le faisons depuis plus de trente ans.<br />
Nous recrutons des élèves issus de classe<br />
préparatoire mais pas seulement : des<br />
étudiants de licence de biologie, des BTS…<br />
On intègre des étudiants de pharmacie<br />
qui viennent faire un double-diplôme chez<br />
nous. Sans parler des internationaux !<br />
Cette hétérogénéité est déjà une des<br />
marques de fabrique de nos écoles de<br />
management. Cette expérience va nous<br />
permettre d’intégrer cette diversité issue<br />
des classes prépas et de la réforme du<br />
lycée », se félicite Patrice Houdayer.<br />
Les écoles de management ont encore<br />
le temps de voir venir. Les classes préparatoires,<br />
elles, doivent commencer à<br />
informer et surtout rassurer les jeunes,<br />
au sein des établissements, lors des<br />
journées portes ouvertes ou des salons.<br />
Même si le contexte covid peut fortement<br />
perturber leur communication.<br />
Eva Mignot<br />
26
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS ENTRETIEN NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Laurent Champaney<br />
DIRECTEUR GÉNÉRAL DES ARTS ET MÉTIERS<br />
Delphine Manceau<br />
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE NEOMA BS<br />
« Il faut croiser les compétences des écoles<br />
d’ingénieurs et de management »<br />
Arts et Métiers et NEOMA BS se sont<br />
associés pour réaliser ce Livre blanc.<br />
Leurs directeurs respectifs, Laurent<br />
Champaney et Delphine Manceau,<br />
reviennent sur leur vision d’un monde<br />
en mutation qui est aujourd’hui au cœur<br />
de leurs stratégies.<br />
Olivier Rollot : Comment vous est venue l’idée<br />
de réaliser ce Livre blanc ?<br />
Laurent Champaney : La montée en puissance du<br />
digital transforme tous les métiers et encore plus ceux<br />
d’ingénieur. Des nouvelles organisations du travail voient<br />
le jour et nous devons imaginer comment former de<br />
plus en plus des ingénieurs managers. Ce Livre blanc<br />
reprend de nombreuses réflexions que nous menons.<br />
Delphine Manceau : Les compétences demandées<br />
par les entreprises sont en forte évolution. C’est un sujet<br />
de fond dont nous nous sommes emparés récemment<br />
en réformant notre programme Grande école (PGE).<br />
Les compétences de demain seront hybrides parce qu’il<br />
faut absolument apprendre à travailler avec des profils<br />
différents. C’est donc important de croiser les points de<br />
vue et d’échanger avec les écoles d’ingénieurs. Nous<br />
travaillons beaucoup ensemble au sein de la Conférence<br />
des grandes écoles pour multiplier les passerelles. Le<br />
tout est de se poser les bonnes questions – même si<br />
nous ne connaissons pas toutes les réponses – et ce<br />
Livre blanc est là pour y contribuer.<br />
L. C : Il est encore rare de voir se croiser les contributions<br />
des écoles d’ingénieurs et de management. Or<br />
nous constatons que nos pratiques ne sont finalement<br />
pas si éloignées. L’avenir du financement des écoles<br />
d’ingénieurs nous rapproche. Et même si je ne suis pas<br />
un partisan forcené des doubles diplômes je suis certain<br />
que nous devons travailler de plus en plus ensemble.<br />
O. R : Quand nous avons commencé à<br />
travailler à ce Livre blanc la pandémie du<br />
Covid-19 n’était absolument pas d’actualité.<br />
Qu’est-ce qu’elle change pour vous ?<br />
L. C : L’impact est d’autant plus fort que les Grandes<br />
écoles préparent leurs étudiants à travailler dans une<br />
entreprise. Beaucoup plus que les universités. Quand<br />
les entreprises font de plus en plus appel au télétravail<br />
nous devons y préparer nos étudiants. C’est ce que nous<br />
avons fait avec la détemporalisation de la formation. Et<br />
nous n’allons pas revenir à l’ancien modèle.<br />
D. M : Nous avons testé de nouveaux modes de management,<br />
de nouvelles pratiques qui valent la peine d’être<br />
conservées. Notamment parce que le management à<br />
distance permet de communiquer sur plusieurs sites à<br />
la fois, apporte plus d’entraide et de<br />
transversalité entre les personnels,<br />
limite les déplacements. Autant de<br />
modes d’organisation de demain<br />
que la pandémie nous a obligé à<br />
appliquer dès aujourd’hui.<br />
L. C : Arts et Métiers possède<br />
huit campus dont les personnels<br />
se sont mieux rendu compte qu’ils<br />
constituaient en fait un établissement<br />
unique grâce à une communication<br />
plus directe, qui a réduit<br />
les échelons tout en produisant<br />
plus d’entraide et d’échanges. Pour<br />
beaucoup d’entreprises dont les<br />
organisations sont proches de la<br />
nôtre cela a été le même constat.<br />
28
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS ENTRETIEN NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
O. R : Les entreprises transformaient déjà<br />
leurs organisations avant la pandémie. Elles<br />
ont accéléré le mouvement. Comment y<br />
préparez-vous vos étudiants ?<br />
D. M : Nous devons encore plus les former à manager<br />
dans l’incertitude et surtout à manager à distance,<br />
un sujet jusqu’ici assez négligé qui va devenir crucial.<br />
L. C : Les jeunes que nous formons sont souvent militants<br />
des causes environnementales et sociétales. Nous<br />
devons confronter ces jeunes adultes à une réalité qui<br />
est qu’on ne peut pas arrêter de produire de l’acier ou<br />
du béton. Nous leur disons donc qu’ils peuvent changer<br />
le monde, qu’ils doivent conserver leurs convictions,<br />
mais qu’ils doivent également les conjuguer avec la<br />
réalité économique. Récemment nous avons d’ailleurs<br />
décidé de nous appuyer encore plus sur l’histoire de<br />
l’école - et des « Gadz’arts » qui l’incarnent - pour<br />
montrer comment toute cette expérience accumulée<br />
permet de conduire le changement.<br />
O. R : Les questions environnementales et de<br />
RSE (responsabilité sociale des entreprises)<br />
sont prioritaires pour vos étudiants ?<br />
D. M : Nos étudiants aspirent toujours autant à travailler<br />
à l’international et peu revendiquent de ne pas prendre<br />
l’avion. Sur tous ces sujets climatiques nous nous<br />
efforçons de leur démontrer la complexité. Au-delà de<br />
ses convictions profondes il nait toujours un dilemme<br />
entre différentes solutions dont aucune n’est parfaite.<br />
L. C : Le changement dans l’entreprise doit concerner<br />
toute l’entreprise. On ne peut pas être seul.<br />
D. M : Oui et il faut connaître le système pour le changer<br />
de l’intérieur. Nous avons justement développé tout un<br />
cycle de conférences sur la RSE. Le directeur général<br />
de Danone, Emmanuel Faber, a par exemple montré que<br />
la maximisation du profit ne pouvait pas être l’alpha et<br />
l’oméga de l’entreprise. Et si nous enseignons encore<br />
un mode hyper classique de financement de l’entreprise<br />
c’est parce qu’il faut bien le connaître si on veut un jour<br />
le réformer. Nous devons à la fois ne pas décourager<br />
les velléités de changement de nos étudiants et leur<br />
démontrer qu’on ne peut pas construire des entreprises<br />
plus responsables sans posséder toute l’expertise<br />
technique nécessaire.<br />
L. C : Quand la demande d’une économie circulaire<br />
se fait plus forte cela impacte toute la supply chain et<br />
nos étudiants doivent apprendre comment la gérer.<br />
Dans le même esprit nous avons conclu un important<br />
partenariat avec Dassault Systèmes pour imaginer<br />
la ville du futur. Notamment en Asie naissent de nouvelles<br />
métropoles dans lesquelles il est possible de<br />
modéliser les expériences de vie. Ainsi nos ingénieurs<br />
sont amenés à travailler sur des<br />
sujets d’ingénierie qui ne sont pas<br />
seulement technologiques. Nous<br />
menons également beaucoup de<br />
projets autour de l’environnement,<br />
de l’économie circulaire ou encore<br />
des énergies durables.<br />
O. R : Comment préparezvous<br />
vos étudiants à traiter<br />
ces sujets de société ?<br />
L. C : C’est essentiellement un sujet<br />
de vie étudiante. Nous poussons<br />
nos étudiants à se mettre au service<br />
de la société et notamment des<br />
municipalités sur chaque campus.<br />
D. M : Au sein de notre PGE nous<br />
avons prolongé l’enseignement de<br />
certaines disciplines de classes<br />
préparatoires, dont la philosophie, et créé des séminaires<br />
et ce que nous appelons des « capsules académiques »<br />
pour confronter les points de vue.<br />
L. C : La gestion des risques est aujourd’hui un élément<br />
très présent dans nos enseignements avec des outils à<br />
acquérir pour comprendre les risques liés aux pratiques<br />
humaines. Nous sommes d’ailleurs bien conscients<br />
que nous avons encore trop tendance à proposer des<br />
enseignements théoriques, qui permettent uniquement<br />
de résoudre un problème type. Il faudrait aller plus loin<br />
en évaluant leur capacité à proposer et argumenter des<br />
solutions à des problèmes pas forcément bien posés.<br />
O. R : En France on a encore trop tendance à<br />
apprendre des recettes toutes faites ?<br />
L. C : Je pense même que cela peut amener des étudiants<br />
à ne pas venir dans une école d’ingénieurs parce<br />
qu’ils craignent, toute leur vie, d’avoir ainsi à résoudre<br />
des problèmes types - ce qui ne sera surement pas le<br />
cas – plutôt qu’à innover.<br />
D. M : Il faut absolument apprendre à poser les problèmes.<br />
Or notre système d’enseignement n’est pas assez<br />
orienté là-dessus dès le secondaire. Nous le faisons<br />
ensuite en amenant nos étudiants à résoudre des cas<br />
pratiques ou à se mettre en situation. Aujourd’hui il faut<br />
développer ses capacités d’adaptation, de réactivité<br />
et ce sont des compétences qu’ont nos étudiants.<br />
L. C : Nos étudiants savent s’adapter et n’ont pas peur de<br />
l’échec. Ce qui en fait aussi des créateurs d’entreprise.<br />
D. M : Ils sont aptes à la prise de risque et savent que<br />
créer une entreprise ce n’est pas forcément réussir.<br />
En fait ils ne doutent de rien.<br />
6 0000<br />
Arts et Métiers compte<br />
6 000 étudiants et en<br />
diplôme 2 000 chaque année<br />
sur ses huit campus.<br />
9 500<br />
NEOMA BS compte<br />
9 500 étudiants sur<br />
ses trois campus.<br />
CGE<br />
NEOMA BS et Arts<br />
et Métiers travaillent<br />
de concert au sein<br />
de la Conférence des<br />
Grandes écoles (CGE)<br />
29
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DÉBAT<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
Après l’assassinat<br />
de Samuel Paty : la liberté<br />
académique en question<br />
Sidération. Le monde enseignant, et plus largement tous ceux qui font<br />
confiance à la République pour former les jeunes dans le respect des valeurs<br />
de la République, est sidéré après l’assassinat, la décapitation, de Samuel<br />
Paty. La question de la liberté académique est plus que jamais d’actualité.<br />
Comment peut-on assassiner, décapiter,<br />
un enseignant en raison<br />
d’un acte éducatif ? On le<br />
sait, enseigner certaines disciplines<br />
dans les collèges et les lycées est<br />
devenu de plus en plus difficile. Mais dans<br />
les universités aussi les atteintes aux principes<br />
de la liberté académique existent et<br />
se sont multipliées en 2019 avant que le<br />
confinement de 2020 fasse quelque peu<br />
oublier la question. Dans ce contexte l’ensemble<br />
de l’enseignement supérieur se<br />
sent solidaire et c’est la cour de La Sorbonne<br />
qui a été choisie pour rendre un<br />
hommage national à Samuel Paty.<br />
L’enseignement<br />
supérieur solidaire<br />
Les minutes de silence comme les rassemblements<br />
ont été nombreux comme<br />
les messages de soutien à la mémoire<br />
de Samuel Paty. « L’horreur que nous<br />
a inspiré l’acte barbare de l’assassinat<br />
de Samuel Paty dévoile le profond<br />
malaise qui se vit dans trop de classes<br />
de nos écoles. Il nous faut aujourd’hui<br />
prendre conscience de ce que signifie<br />
cet assassinat. Cet « attentat islamiste<br />
caractérisé », selon les termes du président<br />
de la République, revêt l’horrible<br />
dimension d’une violence symbolique<br />
contre les valeurs qui fondent la<br />
France. Notre République est en danger.<br />
Ne nous voilons pas la face », écrit ainsi<br />
Michel Deneken, le président de l’université<br />
de Strasbourg (lire sa réaction complète<br />
ci-dessous). Quant au président de<br />
l’université du Mans, Rachid El Guerjouma,<br />
il affirme dans un mail envoyé<br />
dimanche à l’ensemble des personnels et<br />
des étudiants une réponse que d’autres<br />
universités ont repris : « Contre toutes les<br />
censures et les violences morales et phy-<br />
siques, contre l’ignorance et l’obscurantisme,<br />
d’où qu’ils viennent, nous réaffirmons<br />
notre attachement inconditionnel<br />
aux valeurs républicaines, à la laïcité<br />
qui protège la liberté de conscience, et à<br />
la liberté d’expression. L’École, comme<br />
l’Université, doit rester un lieu de circulation<br />
des idées, de débat et de formation<br />
à l’esprit critique ».<br />
Dans un communiqué commun HEC,<br />
ESCP et l’Essec rappellent de leur côté :<br />
« Nos écoles qui réunissent au sein de<br />
leurs campus des étudiants, des femmes<br />
et des hommes de plus de cent nationalités<br />
différentes et de toutes confessions<br />
religieuses tiennent à défendre publiquement<br />
la liberté d’expression et l’importance<br />
d’un débat respectueux des opinions.<br />
Plus que jamais, notre mission est<br />
de contribuer à former la jeunesse aux<br />
enjeux de liberté et de diversité, socle<br />
commun de notre société ».<br />
Jusqu’où peuton<br />
tout dire ?<br />
Les exemples de débats quant à la liberté<br />
de pensée dans les universités sont<br />
nombreux. Récemment un professeur de<br />
droit de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,<br />
Aram Mardirossian, a ainsi été<br />
stigmatisé pour ses propos. Manifestant<br />
son opposition au mariage pour tous il<br />
s’était en effet risqué devant ses étudiants<br />
à une comparaison jugée unanimement<br />
scandaleuse : « Donc, il va y avoir forcément<br />
quelqu’un, un jour, qui va aller<br />
devant un tribunal et qui va dire : “Voilà,<br />
je suis discriminé, j’ai une jument, je<br />
l’adore, je ne peux pas l’épouser, c’est un<br />
scandale. C’est une discrimination ! ».<br />
Depuis, des étudiants ayant menacé de<br />
« bordeliser » ses cours il ne les donne<br />
plus qu’à distance. La direction de l’uni-<br />
Shutterstock<br />
30
L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DÉBAT<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
versité fait quant à elle le dos rond en attendant<br />
une hypothétique action en justice<br />
qu’aurait promis le garde des Sceaux.<br />
Dans une tribune qu’a relayée Le Point<br />
dix professeurs de droit n’en sont pas<br />
moins venus à sa rescousse. Leurs arguments<br />
: « Cette affaire pose dans toute sa<br />
gravité la faculté qui doit être reconnue<br />
à un professeur de critiquer l’évolution<br />
du droit positif et d’user de provocation<br />
pour faire réfléchir les étudiants. C’est<br />
cette liberté que le lynchage médiatique<br />
dont a été l’objet cet enseignant remet en<br />
cause frontalement. Or, l’enseignant en<br />
question a déclaré à ses étudiants de façon<br />
liminaire la nature « polémique » de<br />
ses propos. Il a donc pris la précaution<br />
de distinguer soigneusement son opinion<br />
personnelle de l’exposé du droit positif<br />
et de son histoire ». Et d’insister : « La liberté<br />
de l’universitaire doit lui permettre<br />
de déranger son auditoire, si sa compréhension<br />
d’un phénomène, d’une réglementation,<br />
d’un procédé, d’une technique<br />
le conduit à identifier en son sein<br />
des faiblesses, des contradictions, des<br />
dangers. Voudrait-on limiter l’office des<br />
professeurs de droit à la seule présentation,<br />
sans commentaire, du droit positif ?<br />
Ne sont-ils pas là d’abord pour stimuler<br />
la réflexion de leurs étudiants ? » Et<br />
de conclure : « Par ailleurs, que deviendrait<br />
un enseignement universitaire s’il<br />
devait ménager constamment la « sensibilité<br />
» d’un auditoire d’étudiants forcément<br />
divers ? »<br />
Censures à l’université<br />
Revenons un peu en arrière. Le 24 octobre<br />
2019 une opposante à la gestation<br />
pour autrui, la philosophe Sylviane Agacinski,<br />
était empêchée de venir animer<br />
une conférence consacrée à « L’être humain<br />
à l’époque de sa reproductibilité<br />
technique » à l’université Bordeaux-Montaigne.<br />
Des organisations LGBT+ avaient<br />
en effet appelé les étudiants à mettre<br />
« tout en œuvre afin que cette conférence<br />
n’ait pas lieu ». L’université avait alors<br />
préféré céder à la menace. Interrogé à<br />
l’époque sur France 3 Bernard Lachaise,<br />
professeur d’histoire contemporaine à<br />
l’université Bordeaux-Montaigne et coorganisateur<br />
de la conférence annulée, expliquait<br />
ainsi les raisons de son renoncement<br />
: « Nous ne savions pas du tout à<br />
quoi nous attendre, quel était le degré de<br />
la menace. Les conférences se tiennent<br />
dans un amphithéâtre, et l’escalier d’accès<br />
est assez étroit. Nous avons quand<br />
même un quart de notre public qui est<br />
extérieur à l’université, dont des personnes<br />
âgées ».<br />
La même année c’était à Paris-1 Panthéon-Sorbonne<br />
que Mohamed Sifaoui,<br />
journaliste, écrivain et réalisateur, connu<br />
pour ses positions anti-islamistes, avait dû<br />
annuler un séminaire consacré à la lutte<br />
contre la radicalisation intitulé « Prévention<br />
de la radicalisation : compréhension<br />
des phénomènes et détection des signaux<br />
faibles ». Là encore ce sont des syndicats<br />
étudiants et enseignants – mais aucun<br />
musulman – qui s’étaient manifestés.<br />
Dans Le Figaro le président de l’université,<br />
Georges Haddad, expliquait alors :<br />
« Assez vite, j’ai vu apparaître une protestation<br />
des syndicats étudiants et enseignants<br />
contre ces formations, mais aucune<br />
plainte de la part d‘un quelconque<br />
groupe musulman, ni bien sûr de la mosquée<br />
de Paris qui était demandeur de<br />
cette formation et qui est notre partenaire<br />
depuis vingt ans ».<br />
Une polémique qui en<br />
rappelait d’autres.<br />
En février 2019 un colloque sur la « Nouvelle<br />
histoire polonaise de la Shoah » fut<br />
Shutterstock<br />
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L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DÉBAT<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
gravement perturbé par des militants nationalistes<br />
venus de Pologne qui contestaient<br />
le rôle des autorités polonaises. En<br />
mars 2019 la représentation de la pièce<br />
d’Eschyle « Les Suppliantes » prévue à<br />
La Sorbonne n’avait finalement pas pu<br />
avoir lieu dans un premier temps. Des<br />
associations et étudiants s’étaient en effet<br />
réunis pour manifester contre une pièce<br />
qu’ils jugeaient « raciste et racialiste »<br />
sous prétexte que les acteurs portaient<br />
des masques sombres proches des « black<br />
faces » tant honnis. Deux mois plus tard,<br />
la pièce avait finalement été jouée à La<br />
Sorbonne avec des… masques dorés. « Il<br />
faut distinguer la tradition du masque qui<br />
est théâtrale et la tradition de se peindre<br />
en noir qui elle est raciale et raciste », expliquait<br />
à l’époque Ghyslain Vedeux, le<br />
président du CRAN (Conseil représentatif<br />
des associations noires).<br />
Comment analyser<br />
Peu après l’annulation de l’intervention<br />
de Sylviane Agacinski le directeur de Libération,<br />
Laurent Joffrin, évoquait L’esprit<br />
de censure à l’université : « En interdisant<br />
la discussion, ces groupes LGBT<br />
se posent en policiers de la pensée et affaiblissent<br />
la cause – juste – qu’ils sont<br />
censés défendre ». En avril 2019 des étudiants<br />
avaient voulu interdire à Alain<br />
Finkielkraut de donner une conférence à<br />
Sciences Po Paris. Le même mois, en prélude<br />
aux élections européennes, Sciences<br />
Po Lille organisait un débat et invitait<br />
l’ensemble des grands partis. Dont un<br />
représentant du Rassemblement national.<br />
Un collectif d’étudiants s’y opposait<br />
et taguait « Sciences Po collabo avec les<br />
fachos » sur les murs de la bibliothèque.<br />
« Nous avons beaucoup échangé et dialogué<br />
et au final les choses se sont déroulées<br />
d’une façon je crois satisfaisante.<br />
Ma position est de préférer le débat avec<br />
tous et la possibilité de réfuter les arguments<br />
de ceux avec lesquels on n’est pas<br />
d’accord », commentait alors le directeur<br />
de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot, bien<br />
obligé de constater qu’il « est de plus en<br />
plus difficile de débattre sur un certain<br />
nombre de sujets de « société » ».<br />
Les instituts d’études politiques ont toujours<br />
eu une tradition de débats qui s’accompagnait<br />
parfois d’une hostilité à<br />
certaines invitations. Ce qui a changé<br />
selon lui « ce sont d’abord les thèmes<br />
concernés, ensuite les manières de faire<br />
des groupes qui se mobilisent. Ceux-ci<br />
passent beaucoup par les réseaux sociaux,<br />
n’ont pas de porte-parole, se méfient<br />
de la négociation et peuvent avoir<br />
tendance à s’ériger en censeurs ». L’absence<br />
de syndicats étudiants organisés<br />
ou de groupes politiques structurés avec<br />
lesquels discuter d’un côté, la force croissante<br />
des réseaux sociaux, des affrontements<br />
médiatisés sur internet, constitue<br />
pour lui « un défi très complexe ».<br />
Dans une tribune publiée en novembre<br />
2019 par Le Monde un collectif<br />
d’universitaires, dont Pierre Nora, Marcel<br />
Gauchet et Nathalie Heinich, exhortait<br />
ainsi les présidents d’université à préserver<br />
la liberté académique : « Ce qui nous<br />
indigne dans ces atteintes à la liberté<br />
académique, ce n’est pas seulement que<br />
des combats légitimes, dont nous sommes<br />
solidaires – la lutte contre le racisme, le<br />
sexisme, l’homophobie – soient accaparés<br />
par des ennemis des règles démocratiques,<br />
des lois républicaines et de l’autonomie<br />
du savoir, qui s’autorisent de<br />
leurs seules convictions militantes pour<br />
tenter de les imposer par la force, dans<br />
la droite ligne des menées totalitaires du<br />
xx e siècle, dont ils semblent avoir oublié<br />
jusqu’à l’histoire. Ce qui nous indigne<br />
aussi, c’est que des présidents d’université,<br />
chargés de faire respecter la liberté<br />
académique et la circulation des savoirs,<br />
aient accepté, trahissant ainsi leur mission,<br />
de céder aux menaces d’un quarteron<br />
de militants ».<br />
Ces mêmes présidents d’université avaient<br />
réagi en novembre 2019 dans un communiqué<br />
en arguant que si, dans certains cas,<br />
« les présidentes et présidents ont pu décider<br />
en conscience, et en fonction de la<br />
gravité des menaces proférées, soit de<br />
prendre des mesures de protection, soit<br />
de reporter l’événement, car ils sont également<br />
responsables de la sécurité des<br />
conférenciers » ils ont toujours « fait en<br />
sorte que les événements aient finalement<br />
lieu, avec l’assurance que toutes les dispositions<br />
ont bien été prises à l’encontre<br />
des fauteurs de trouble ». Pour que la liberté<br />
d’expression soit sanctuarisée ils<br />
demandent même que « la liberté académique<br />
soit inscrite dans la constitution ».<br />
Shutterstock<br />
Face<br />
à la « cancel culture »<br />
Le refus du débat et l’ostracisation de<br />
ceux qui emploient des termes offensants<br />
– la « cancel culture », « culture de l’annulation<br />
» -nous viennent tout droit des<br />
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L’ESSENTIEL <strong>DU</strong> <strong>SUP</strong> PRÉPAS DÉBAT<br />
NOVEMBRE 2020 N° 43<br />
États-Unis. Depuis une dizaine d’années<br />
une nouvelle génération d’étudiants y<br />
remet en cause le principe d’une liberté<br />
d’expression absolue. Cinquante ans<br />
après la victoire du « free speech » sur<br />
les campus ce sont ainsi aujourd’hui des<br />
étudiants progressistes qui s’y opposent.<br />
Le plus souvent au nom de la justice sociale,<br />
la priorité est à la « bonne parole »<br />
(« correct speech ») et non plus à la liberté<br />
de parole (« free speech »). La venue<br />
d’orateurs conservateurs est ainsi régulièrement<br />
empêchée sur les campus de<br />
Berkeley ou New York. Au point que le<br />
gouvernement américain met dans la balance<br />
respect du free speech et financements<br />
des universités publiques.<br />
Un exemple de ces polémiques nous vient<br />
cette semaine du Canada. Une professeure<br />
de l’université d’Ottawa a fait l’objet<br />
d’une suspension et affronté une tempête<br />
sur les réseaux sociaux provoquée par des<br />
étudiants. Ceux-ci se sont en effet indignés<br />
qu’elle ait utilisé le mot « nègre »<br />
en anglais dans sa classe pour illustrer<br />
le concept de récupération nous apprend<br />
La Presse. Une étudiante aurait fait valoir<br />
qu’une blanche n’avait jamais le droit<br />
d’employer le mot « nègre ». La professeure<br />
a présenté ses excuses par courriel<br />
à ses étudiants mais rien n’y fait, sa<br />
suspension est maintenue. Depuis des<br />
professeurs de l’université d’Ottawa se<br />
sont portés à sa défense dans une lettre<br />
de soutien intitulée « Libertés surveillées<br />
» où ils arguent qu’on mélangerait<br />
d’une part, « le racisme sur le campus,<br />
les micro-agressions, la discrimination<br />
parfois inconsciente, mais quand même<br />
réelle, dont sont victimes les minorités,<br />
et qu’il faut dénoncer », et, d’autre part,<br />
« le rôle de l’enseignement universitaire,<br />
des professeurs et des salles de classe<br />
qui est de nourrir la réflexion, développer<br />
l’esprit critique ». Depuis le Premier<br />
ministre québécois, François Legault a<br />
qualifié de « dérapage important » la suspension<br />
controversée d’une professeure<br />
de l’Université d’Ottawa victime, selon<br />
lui, « d’une espèce de police de la censure<br />
». La ministre responsable de l’Enseignement<br />
supérieur étudie maintenant<br />
la possibilité de prendre des « mesures<br />
précises » pour assurer la liberté d’expression<br />
dans les universités.<br />
« It makes me<br />
uncomfortable »<br />
Quand on évoque les limites à la liberté<br />
académique telles qu’elles nous viennent<br />
des États-Unis, il peut ut simplement<br />
s’agir d’éviter d’évoquer tel ou tel sujet<br />
pour ne pas heurter ue sensibilité de quiconque.<br />
Au nom d’un « It makes me uncomfortable<br />
» de plus en plus d’étudiants<br />
demandent que l’université soit à l’abri de<br />
tout propos non seulement haineux mais<br />
parfois simplement dérangeant. Derrière<br />
ce mouvement tout une réflexion sur le<br />
« dommage émotionnel » provoqué par<br />
tel ou tel propos. « Les étudiants s’attendent<br />
de plus en plus à être prévenus<br />
quand le contenu d’un cours peut les<br />
choquer. Certains vont jusqu’à quitter<br />
la salle lors des discussions de groupe,<br />
pour ne pas entendre des opinions qui<br />
les blessent », établit la journaliste Laure<br />
Andrillon dans un article très complet de<br />
Libération publié en avril 2018 : Sur les<br />
campus américains, la nouvelle guerre du<br />
« free speech ». Quelque part ce fut d’ailleurs<br />
la démarche de Samuel Paty quand<br />
il proposa aux étudiants musulmans de<br />
ne pas regarder les caricatures de Mahomet<br />
pour ne pas être blessés. Ce qu’on lui<br />
a d’ailleurs reproché au motif qu’il « divisait<br />
la classe entre non musulmans et<br />
musulmans ».<br />
Dans l’Opinion, Christophe de Voogd,<br />
professeur d’histoire des idées politiques<br />
et de rhétorique à Sciences Po, analyse<br />
cette montée de l’intolérance : « Elle comporte<br />
une dimension très française, celle<br />
de la pénalisation de certaines opinions.<br />
On en arrive à parler d’opinion délinquante<br />
! Par ailleurs, la loi Gayssot a<br />
été le point de départ d’une concurrence<br />
victimaire (chaque groupe voulant voir<br />
reconnaître ses souffrances historiques)<br />
qui a alimenté une véritable guerre des<br />
mémoires dans la société, et en particulier<br />
à l’université. À quoi s’ajoute le glissement,<br />
venu des États-Unis et du Canada,<br />
vers une politique des identités<br />
(“identity politics”) qui interdit le débat<br />
d’idées, puisque toute opinion est assignée<br />
à l’identité de chacun, réelle ou<br />
supposée : genre, race, etc. »<br />
Sébastien Gémon<br />
Un droit reconnu<br />
Le principe d’indépendance des<br />
enseignants-chercheurs dans l’exercice<br />
de leurs fonctions d’enseignement et de<br />
leurs activités de recherche a été consacré<br />
comme principe fondamental reconnu<br />
par les lois de la République. Dans sa<br />
décision n° 83-165 DC du 20 janvier 1984,<br />
le Conseil constitutionnel a ainsi déclaré<br />
que « les fonctions d’enseignement et de<br />
recherche non seulement permettent mais<br />
demandent, dans l’intérêt même du service,<br />
que la libre expression et l’indépendance<br />
des personnels soient garanties par les<br />
dispositions qui leur sont applicables » et<br />
« qu’en ce qui concerne les professeurs,<br />
(…) la garantie de l’indépendance résulte<br />
en outre d’un principe fondamental<br />
reconnu par les lois de la République ».<br />
L’indépendance et la liberté d’expression<br />
des enseignants-chercheurs sont<br />
reconnues au niveau législatif dans l’art.<br />
58 de la loi n° 84-52 du 26 janvier 1984<br />
sur l’enseignement supérieur, dite loi<br />
Savary : « Les enseignants-chercheurs,<br />
les enseignants et les chercheurs<br />
jouissent d’une pleine indépendance et<br />
d’une entière liberté d’expression dans<br />
l’exercice de leurs fonctions d’enseignement<br />
et de leurs activités de recherche,<br />
sous les réserves que leur imposent,<br />
conformément aux traditions universitaires<br />
et aux dispositions du présent code, les<br />
principes de tolérance et d’objectivité. »<br />
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