The Red Bulletin Decembre 2020 (FR)

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FRANCE

DÉCEMBRE 2020

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

Le rider explosif

MATTHIAS DANDOIS

au casting d’une

superproduction sur

le VTT et le BMX

THE OLD WORLD

Quand la crème du vélo européen passe

en mode cinématographique


MOURIR PEUT ATTENDRE, et autres logos associés à James Bond © 1962-2020 Danjaq, LLC et MGM.

MOURIR PEUT ATTENDRE, et autres logos marques associés associées à James à James Bond Bond © 1962-2020 sont la propriété Danjaq, de LLC Danjaq. et MGM. Tous droits réservés

MOURIR PEUT ATTENDRE, et autres marques associées à James Bond sont la propriété de Danjaq. Tous droits réservés


Éditorial

LE PLUS VIEUX

SPOT DU MONDE

Des endroits et du riding de fou au bout du

monde. C’est ce que proposent les meilleures

vidéos dédiées aux sports d’action. Concernant le

VTT, c’est généralement en Colombie-Britannique

ou aux USA qu’on tourne. Cette fois, c’est en

Europe, sur le « vieux » continent, que ça se passe,

en Espagne, en Pologne, ou encore à Paris. Et ça

va faire mal aux yeux.

Malgré la pandémie, les riders blessés et le

matos qui part en sucette, trois frères allemands,

les Tillmann, ont achevé leur plus beau projet à

date : un film de vélo tourné en Europe, avec les

top pilotes européens. Dont deux Français : le

coriace Vincent Tupin, un spécialiste du VTT

freeride, et l’épatant Matthias Dandois, multiple

champion du monde de BMX flatland.

Cette union européenne qui roule sortira sur

Red Bull TV sous le nom de The Old World. Nous

dédions douze pages à ce film d’anthologie qui

vient clôturer cette année de m**de en beauté.

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

ALEX KING

Le journaliste et documentariste

britannique s’est installé

à Athènes en 2017. Il y a rencontré

une clique de roller

girls, Chicks in Bowls, qui a

fait l’objet d’un court- métrage

et d’un reportage dans ce

numéro. « Je voulais montrer

Athènes d’une manière que

les étrangers n’avaient jamais

vue auparavant, dit King. Le

résultat, c’est grâce aux filles.

Elles ont vraiment poussé fort

et ont tout donné ! »

Page 58

JULIAN MITTELSTAEDT(COUVERTURE), OSSI PIISPANEN, JULIAN MITTELSTAEDT

Belle lecture !

Votre Rédaction

Ceci est le tournage d’un super film sur le vélo : dans

The Old World, les top riders européens transforment

le vieux continent en spot géant de VTT et de BMX.

MARK BAILEY

En tant que journaliste indépendant,

Bailey a rencontré

des alpinistes, des astronautes

et des explorateurs

polaires, mais pour ce numéro

il a traqué ceux qui s’aventurent

au centre de la Terre

pour la science et des frissons

d’un autre genre. « Il y a

un monde extraordinaire sous

nos pieds, que nous connaissons

à peine, dit-il. Ces aventuriers

sans peur amènent

la lumière dans un monde

souterrain. » Page 48

THE RED BULLETIN 3


CONTENUS

décembre 2020

22

The Old World : le

top des riders vélo

européens dans un

film d’anthologie.

6 Galerie : le sport comme vous

ne le voyez jamais...

12 L’une des plus grosses collec’

de mags de skate en accès libre

14 La photographe Magali Chesnel

a fait de son vertige un art

16 Le rappeur Benny The Butcher

désosse ses classiques du rap

18 Un simulateur de vol tranquille

20 Comment Vinsky est passé de

Fifa à Ronaldo et à manager

d’une équipe de football

amateur

22 Tous ensemble

Le vélo d’action européen à

l’honneur d’un blockbuster :

The Old World.

34 Stefflon Don

Comment la MC anglaise passée

par les Pays-Bas veut élever le

niveau du rap game. Vraiment.

40 Besoin de personne

Ce que la Française Mélusine

Mallender a appris, seule sur sa

moto à travers le monde. Avec la

liberté pour GPS.

48 Le sens du dessous

Sous la surface terrestre, ces

scientifiques spéléologues lisent

l’avenir… et le passé.

58 En roues libres

Comment des filles en roller

d’Athènes se bougent pour leur

espace vital et du respect.

66 L’eau sacrée

Avec la communauté Navajo

aux États-Unis pour vivre l’un de

ses combats les plus acharnés :

l’accès à l’eau.

4 THE RED BULLETIN


48

Là, sous nos pieds :

ils explorent un monde

où l’homme a la capacité

de remonter dans

le temps.

JULIAN MITTELSTAEDT, ROBBIE SHONE, SALIM ADAM

Stefflon Don : la baronne du rap anglais n’a pas sa langue dans sa poche.

34

79 Voyage : les vertus du kayak

de mer en Écosse

84 Gaming : manettes mania

87 Gaming : la recette Min-Liang

88 Red Bull TV : plein écran

90 Montres : le temps fort

96 Ils et elles font The Red Bulletin

98 Instant magique : phare ouest

THE RED BULLETIN 5


FRODE SANDBECH/RED BULL CONTENT POOL

LOFOTEN, NORVÈGE

Du haut

niveau

Quel sport vous vient immédiatement à l’esprit

en voyant cette image ? C’est exact : le beachvolley.

Les médaillés du championnat du monde

Anders Mol et Christian Sørum – chacun sur un

sommet – ont décidé le mois dernier qu’il n’y

avait pas de meilleur endroit pour un entraînement

d’avant-match que les Lofoten, dans leur

Norvège natale. Le pilier de granit de 150 mètres

de haut connu sous le nom de Svolværgeita

(trad. la chèvre) et l’archipel environnant, qui se

trouve à l’intérieur du cercle polaire, offrent un

cadre spectaculaire pour cette photo, réalisée

par leur compatriote Petter Foshaug.

petterfoshaug.com

7


RUSSELL ORD

TEAHUPOO, TAHITI,

POLYNÉSIE FRANÇAISE

Aquaman

Quand l’un des meilleurs photographes

de surf au monde fait équipe avec l’un

des jeunes surfeurs les plus chauds de

Tahiti, la magie opère. C’est lors d’un

workshop à Teahupoo l’an dernier que

l’Australien Russell Ord a pris cette

photo du surfeur local Matahi Drollet

dans un tube parfait. Drollet, qui a

maintenant 23 ans, n’en avait que huit

lorsqu’il a surfé la vague notoirement

coriace de Teahupoo la première fois…

russellordphoto.com

9


CRANS-MONTANA, SUISSE

L’emmuré

Certains enfants ont un coin d’herbe boueuse

ou un jardin à la maison pour se défouler ;

pour d’autres, il faut se rendre au parc du coin.

Nicolas Vuignier et son frère Anthony, autoproclamés

« broyeurs professionnels d’étendues

gelées », avaient en revanche le luxe de disposer

à leur porte de la station de ski de Crans-

Montana, dans les Alpes suisses. Ici, nous

voyons le freeskieur sur son propre terrain

(ou plutôt, sur le rocher) à l’âge adulte, shooté

par le photographe genevois Dom Daher. Sur

Instagram, Nicolas décrit modestement cette

image extraordinaire comme une « séance de

photos de wallride pluvieux ». Qui aurait cru

que défier la gravité pourrait devenir si banal ?

domdaher.com

DOM DAHER


11


MÉMOIRE DU SKATE

Mags à l’âme

En fan de skateboard, Kevin Marks possède la plus grosse collection de

magazines dédiés à cette scène, et il la partage avec les passionnés.

Chez Kevin Marks, à San Diego,

en Californie, se trouve la plus

grande collection de revues de

skateboard au monde. Son

énorme bibliothèque s’étend

sur plusieurs pièces, du sol au

plafond, avec des numéros

classés minutieusement par

titre, date et pays de publication,

allant des premiers zines

indépendants au Thrasher du

mois dernier.

Cette collection est plus

qu’un simple passe-temps :

Marks a pour mission de trouver

et de partager avec les

skateurs du monde entier tous

les magazines de skate de

l’Histoire, afin de préserver un

Marks et sa collec’ : « Celui-là, c’est un mag de… skate. »

héritage imprimé de la scène.

En 2020, le skateboard vit en

ligne. Avec des millions d’édits

sur YouTube et des canaux de

médias sociaux dédiés, quiconque

cherche à s’immerger

dans la culture du skate n’a qu’à

se tourner vers son téléphone.

Mais dans les années 80,

c’était une autre histoire. « Mon

amour des magazines de skate

est né du fait que j’ai grandi

en faisant du skateboard au

milieu du Kansas, dit Marks.

Je me sentais très loin de la

culture, alors quand j’ai trouvé

les publications américaines

Thrasher et Transworld

Skateboarding et que je m’y

suis abonné, ils sont devenus

ma bouée de sauvetage. »

En 2015, après trente ans à

constituer sa collection, Kevin

lance Look Back Library, une

archive publique pour les fans

de skate. « L’idée n’était pas de

consulter les magazines chez

moi, explique Marks, qui a travaillé

pour une organisation

à but non lucratif promouvant

le skate dans le Colorado, et qui

a également chanté et joué de

la guitare dans des groupes

punk et metal. Il s’agissait de

constituer de petites collections

et de les transporter dans

des endroits où ils peuvent être

lus, comme les skate-shops,

les skateparks indoor et les

associations liées au skate. »

Look Back Library est

devenu une communauté

tentaculaire de bibliothèques

et d’expositions dans tous les

USA. Au cours de ses voyages

en van à travers le pays, Marks

a collecté des milliers de

magazines, et a mis en place

de nombreuses expos et du

libre accès dans les skateparks

et les skate-shops, tant temporaires

que de longue durée.

« J’ai quitté San Diego en

avril 2019, pensant que j’allais

monter quatre bibliothèques,

mais j’ai fini par en créer une

trentaine en six mois, dit-il.

Cela m’a donné la chance de

me dédier à quelque chose que

j’adore, avec des skateurs. »

lookbacklibrary.org

JEFFREY HALLERAN LOU BOYD

12 THE RED BULLETIN


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1

MAGALI CHESNEL

La force de

l’illusion

Cette artiste peintre s’est tournée vers la photographie

aérienne en autodidacte, malgré son vertige. En

quelques mois seulement, ses œuvres sont primées.

La Française Magali Chesnel,

45 ans, entraîne ceux qui la

suivent à la frontière entre

microcosme et macrocosme.

Quatre ans plus tôt, elle-même

portée par la curiosité et son

intuition, elle se surprend à surmonter

sa peur du vide en prenant

place à bord d’un ULM,

appareil photo en main. « J’arrivais

depuis la terre à me dire

que ça devait être hyper graphique

vu d’en haut, avec ces

grandes parcelles géométriques.

J’aime tout ce qui est

carré, propre. »

L’expérience la récompense

au-delà de ses attentes : les

couleurs des marais salants

au sol, en Camargue où elle

passe ses vacances, prennent

une ampleur extraordinaire

à 400 mètres d’altitude. « En

Magali Chesnel maîtrise l’art de

sublimer la peur du vide.

découvrant le monde selon une

autre perspective, j’ai appris

à dépasser mes limites et à

suivre mon instinct. » Depuis,

les salins sont devenus le sujet

de prédilection de l’artiste.

Elle transforme une scène de

récolte de sel avec tracteur, peu

glamour à hauteur d’homme,

en un sublime paysage abstrait

aux couleurs exceptionnelles.

« En avion ou en ULM, j’ai le

cordon de l’appareil photo, un

Nikon D500, autour du cou,

seule la ceinture de sécurité

me retient. Le pilote est devant

moi. Je mets ma tête et l’appareil

face au sol, et je mitraille. »

En gommant les échelles,

elle brouille les pistes de l’illusion

et de la réalité, de la peinture

et de la photographie,

et joue avec les perceptions.

Ses photos de paysages vus

du ciel (clin d’œil à Yann Arthus-

Bertrand), qu’elle qualifie de

painting-like, ressemblent,

de près comme de loin, à des

tableaux abstraits aux larges

aplats de couleurs, minutieusement

structurés en lignes,

carrés et rectangles.

Certains voient dans son

travail une source de sérénité ;

Magali Chesnel y ajoute une

dimension « thérapeutique,

relaxante, toujours gratifiante ».

Pour elle, la photographie

aérienne a quelque chose de

« complètement électrisant ».

Notamment lors des premières

3

5

4

14 THE RED BULLETIN


2

6 7

1 Painting-Like. L’une des photos

favorites de l’artiste. Aigues-Mortes,

Camargue, juillet 2017.

2 Flamants roses en vol, mention

honorable aux International Color

Awards 2020. Sète, sept. 2019.

3 Pantone Vert. Marais salants

de Guérande, juin 2019.

4 Visite du Salin de Gruissan.

Sa couleur rose/orangée vient de

la Dunaliella Salina, une micro algue.

Juillet 2020.

5 Mouette volant au-dessus d’une

station d’épuration aux verts profonds.

Camargue, juillet 2020.

6 Bassin naturel d’ostréiculture

à Guérande, juin 2019.

7 Récolte du sel de déneigement

à Gruissan. International Photograph

of the Year 2019 : 1 er prix. Sept. 2019.

MAGALI CHESNEL, AUGUSTE WENGER/AÉRODROME D’ANNEMASSE

CHRISTINE VITEL

minutes de vol, où elle se

concentre sur sa respiration et

se coache pour ne pas succomber

à l’angoisse du vertige. Puis

lâche prise, car le temps est

compté : 45 minutes pour réaliser

des centaines de photos

parmi lesquelles une dizaine

sortiront du lot. « C’est une sensation

très grisante. Je ne sais

plus où donner de la tête tant

je suis en alerte. Mes yeux sont

de véritables radars. Il faut aller

là-bas ! Je regarde devant, à

droite, à gauche… Je scanne

tout. J’essaie de ne pas perdre

une seule miette de ces paysages

à l’état brut. »

Si Magali Chesnel sait

concrétiser ses rêves, elle a

aussi vu ses pires cauchemars

devenir réalité : dernièrement,

elle s’est fait voler tout son

matériel photo. Elle se dit « chat

noir », on pense ironie de la vie.

Comme en 2017, quand elle

se rend aux prestigieuses Rencontres

de la Photographie à

Arles, et qu’un accident de la

route, dont elle est victime, la

cloue au sol pendant deux ans.

Mais au lieu de se laisser sombrer

dans la mélancolie, la

photographe investit dans un

drone et déploie un nouveau

champ des possibles dans son

art, en attendant de pouvoir

décoller à nouveau. « J’espère

que mon travail incitera toutes

celles et ceux qui aspirent à se

dépasser. »

Suite à cet accident, Magali

Chesnel a remporté de nombreux

concours, lui valant des

expositions au niveau international.

Exploiter son mental de

manière positive, pour rebondir

malgré l’adversité ou affronter

ses peurs, donne toujours

accès à des tickets pour de

nouvelles aventures… quand

on ose déployer ses ailes !

Exposition à Gruissan jusqu’au

5 déc. ; magalichesnel.com

THE RED BULLETIN 15


BENNY THE BUTCHER

Made in

New York

Le rappeur new-yorkais et

membre du collectif hip-hop

Griselda partage quatre classiques

de la Grosse Pomme

qui ont façonné sa carrière.

Le hip-hop new-yorkais connaît

une renaissance, et parmi ceux

qui mènent la charge se trouve le

rappeur Jeremie Pennick, 35 ans,

alias Benny the Butcher. Benny et

son collectif hip-hop Griselda, formé

à Buffalo, New-York, en 2012, ont

repris le flambeau des Wu-Tang Clan

et Mobb Deep dans les années 90,

en offrant leur propre interprétation

du son hardcore de la côte est.

En 2017, Eminem a signé Griselda

sur son label Shady Records, et

l’année dernière, Benny a signé un

contrat avec l’agence de management

de Jay-Z, Roc Nation. Avec

plus de quinze ans d’expérience,

il est temps pour Benny de briller.

Ici, il rend hommage à certains des

morceaux qui l’ont aidé à y parvenir.

Dispo : Benny The Butcher & DJ

Drama Presents: Gangsta Grillz X

BSF Da Respected Sopranos ;

blacksopranofamily.com

Marley Marl feat

Masta Ace, Craig G, Kool

G Rap & Big Daddy Kane

The Symphony (1988)

« Mon père était l’un des plus

grands fans de hip-hop au

monde. Il écoutait tout, et j’ai

pu tout savourer depuis le siège

arrière de sa voiture. Dont ce

morceau. Ce clavier que Marley

Marl a pris à Otis Redding était

ouf, et la façon dont Kool G Rap

fait rimer ses mots est folle.

Monumental ! »

The Notorious B.I.G.

Juicy (1994)

« Juicy a été un grand moment

pour New York. Il est sorti à un

moment où la côte ouest avait

le jeu en main, donc nous

étions heureux d’avoir un tel

track. J’étais gosse, et chaque

fois qu’il passait à la radio,

tout le monde avait la banane.

Ce n’est pas juste l’un des plus

grands hymnes de New York,

c’est aussi l’un des plus grands

hymnes hip-hop, point final. »

Nas feat Lauryn Hill

If I Ruled The World (Imagine

That) (1996)

« Nas et Lauryn sur le même

titre, c’était unique. Ça n’aurait

pas été pareil sans eux. C’était

tellement New York – la vidéo

a été tournée à Times Square –

et pourtant ce titre avait un

attrait universel indéniable.

Il a fini par être une référence

pour tant d’artistes qui voulaient

recréer cette même

vibe pour les années à venir. »

Puff Daddy & The Family

It’s All About The Benjamins

(1997)

« La première fois que j’ai entendu

ce truc, j’ai trouvé son

beat incroyable. Puis ce couplet

de Sheek (du groupe The LOX,

ndlr) m’a retourné : “J’essaie

simplement de me débarrasser

de ces Picasso de taille colossale…”

Trop fort ! Puff est tellement

doué pour rassembler

les gens ; ce truc a clairement

influencé Griselda. »

WILL LAVIN

16 THE RED BULLETIN


L’A BUS D’A LCOOL EST DANGEREUX POUR L A S A NTÉ. À CONSOMMER AV EC MODÉR ATION.


Vol virtuel. Bonne nouvelle : il y a des dessins animés. Mauvaise nouvelle : voilà votre repas.

EN MODE AVION

Voler sans voler

Préparez-vous au décollage avec un nouveau

genre de simulateur de vol. Pas d’atterrissage

périlleux à réaliser ou d’avions ennemis à abattre,

mais ça risque de taper dans votre siège.

L’avion inspire le monde du jeu

vidéo depuis des décennies,

avec des titres qui mettent

généralement le joueur dans

un cockpit pour voir comment

il se comporte sous pression.

Le développeur de jeux

Hosni Auji (à droite) va à

contre-pied avec son projet

Airplane Mode (trad. en mode

avion). Dans le jeu unique de ce

New-Yorkais, vous ne contrôlez

rien de l’action mais jouez plutôt

le rôle passif d’un passager

de tous les jours sur un vol

long-courrier en temps réel.

Airplane Mode place le

joueur dans un siège de classe

économique sur un vol de six

heures de l’aéroport JFK de

New York à Reykjavík, en

Islande, ou sur un vol plus

court de deux heures et demie

vers Halifax, au Canada. Il n’y

a pas deux vols identiques, et

la seule certitude est que la

banalité du jeu correspondra

à la réalité qu’il imite. Des

bébés peuvent pleurer, des

turbulences peuvent survenir

et le Wi-Fi va très probablement

lâcher ; il faut recharger

son smartphone, lancer des

films et lire des magazines.

De la nourriture et du vin sont

servis à bord, et le suivi de vol

sur l’écran devant vous indique

la distance parcourue.

« Ce que j’ai trouvé intéressant

au début du processus,

c’est que tout le monde semblait

avoir une forte opinion

sur l’avion, plus que sur toute

autre forme de voyage, dit

Auji, originaire de Beyrouth,

au Liban. À un certain niveau,

tout ce qui concerne l’avion

n’est pas naturel. En tant

qu’espèce, notre envie de voler

a dépassé nos limites évolutives.

Que nous volions tout

court, c’est de la folie ; que

nous volions en sirotant à

contrecœur du vin sur des

sièges inclinables est manifestement

absurde. En mettant

les joueurs dans la position

où ils sont confrontés au vol –

non pas comme ils sont habitués

à le voir dans les jeux mais

plutôt comme ils le voient dans

la vie – nous espérons capturer

un peu de cette absurdité. »

À une époque où les déplacements

sont limités, il a pu

être surprenant de constater

à quel point nous avions envie

non seulement de visiter des

destinations, mais aussi de

revivre le processus pour y

arriver. Le jeu d’Auji questionne

notre envie pour cette nécessité

fastidieuse et souvent

tortueuse. « Les vols apparaissant

désormais comme nostalgiques,

notre intention est

d’offrir aux joueurs une expérience

de jeu unique. »

Pour que les joueurs soient

vraiment immergés dans la

simulation, il n’y a pas de possibilité

de faire une pause et de

revenir plus tard. « Nous avons

décidé que le joueur devait

effectuer le vol en une seule

séance car le jeu ne sauvegarde

pas votre progression en

milieu de vol. Mais vous obtiendrez

des miles aériens une fois

que vous aurez atterri. »

Peut-être qu’un jour, nous

pourrons jouer à ce jeu durant

un vrai vol.

playairplanemode.com

AMC GAMES LOU BOYD

18 THE RED BULLETIN


« Un club de foot,

ça ne se prend pas

à la légère, c’est

presque un projet

de vie. »

20 THE RED BULLETIN


RAPHAEL SCELLIER SMAEL BOUAICI

VINSKY

Step by step

Il y a dix ans, il gérait ses équipes sur le jeu vidéo FIFA. Aujourd’hui, il est

manager d’un club amateur. Avec la plus grosse communauté football

francophone sur YouTube (1,23 million d’abonnés), Vincent Maduro, ou

Vinsky, n’a pas de secret : il prend les matches les uns après les autres.

La vie de Vinsky est comme un grand

escalier, qu’il a construit marche

après marche. Star de YouTube et

aujourd’hui manager du club amateur

le plus connu de France, Vincent

Maduro a toujours fourmillé d’idées.

Et les a concrétisées. « J’ai toujours eu

la fibre créative et entrepreneuriale,

explique-t-il. Je ne savais pas quelle

forme ça allait prendre, mais au fond

de moi, je savais que j’allais créer

mon propre projet. » Ou plutôt ses

propres projets, tant il en a enchaînés

depuis une décennie. En 2010, à

19 ans, son pseudo, Vinsky, émerge

sur la toile avec son site de compétition

pour le plus fameux des jeux de

foot, FIFA. À l’époque, il est en école

d’ingénieurs du côté de Troyes,

une formation qui lui apporte une

« rigueur de travail et une logique »

dont il a toujours l’utilité. Deux ans

plus tard, il lance une chaîne You-

Tube à son nom, avec l’ambition de

« libérer les geeks » sur le carré vert.

« J’adore surprendre et casser les

codes. Je voulais montrer qu’on

Un club de foot IRL

Vinsky pousse le foot amateur avec le Vinsky FC,

équipe de Buchelay évoluant en Ligue de Paris Île de

France. À l’aube de sa 4 e saison (après une montée

en 5 e division), le capitaine Vinsky a changé de rôle,

et devient manager. Après avoir tenté de gérer seul

sponsors, entraînements et matches, il s’est autorisé

à déléguer, à une présidente, et a recruté un préparateur

physique et un coach. L’objectif : une montée

chaque saison. « Que puis-je apporter à ces

joueurs qui pourraient évoluer au niveau régional ?,

dit Vincent. On doit les faire progresser avec des

vrais entraînements, pas des crossbar challenges. »

pouvait aimer jouer aux jeux vidéo et

être fort en sport. » Comme toujours,

Vinsky fait les choses sans se presser.

« Je vais d’objectif en objectif. Je

me suis d’abord demandé comment

augmenter ma communauté, puis

le nombre de vues, etc. Et à chaque

étape, de nouvelles opportunités

s’ouvrent. Je ne suis pas un youtubeur

qui a explosé en deux ans. C’est

un projet sur le long terme, auquel

j’essaye de donner du sens. »

Ce positionnement d’amateur

éclairé attire le public et bientôt les

marques, qui lui proposent de rencontrer

des joueurs et joueuses professionnel(le)s.

Vinsky installe alors

son personnage de grand ado qui

s’amuse autour d’un ballon avec ses

idoles. Un vrai plaisir, qu’il fait vivre

par procuration à sa communauté.

« L’une des clés pour devenir youtubeur,

c’est de produire un sentiment

d’identification. Je n’ai jamais proclamé

être fort au foot. Au contraire,

même si je fais un peu de freestyle,

je suis un joueur assez lambda qui

rencontre des pros et mon public vit

à travers moi une espèce de rêve. »

Face à Cristiano Ronaldo, Didier

Drogba, Florian Thauvin, Sergio

Ramos ou Eugénie Le Sommer,

Vinsky enchaîne crossbar challenges

(jeu dont le but est de taper la barre

transversale), concours de tirs et un

contre un. « C’est intéressant de montrer

qu’un amateur peut rivaliser avec

des pros sur des jeux de précision.

En un contre un, Thauvin me met à

l’amende mais je peux le battre au

crossbar. Ça rappelle que les pros

aussi sont des êtres humains. »

Après deux ans de vidéos avec des

footballeurs, Vinsky se pique d’un

nouveau projet, bien plus ambitieux :

sortir de YouTube pour monter un

vrai club de football. Il lance en 2017

le Vinsky FC, une équipe composée

de copains (voir encadré). Au bout

de deux saisons de matches amicaux,

il l’inscrit à la Fédération française

de football. « Au début, c’était une

histoire très digitale. Mais on était

arrivés à un tournant : c’était bien de

jouer contre des youtubeurs, mais les

gens avaient besoin de savoir où je

voulais aller. Il fallait devenir un vrai

club de foot. Ce n’est pas un choix

que j’ai fait à la légère. Un club, il faut

des années pour avoir des résultats,

c’est presque un projet de vie. »

Aujourd’hui, Vincent partage son

emploi du temps entre le club et sa

chaîne. Et le premier pourrait prendre

l’ascendant. Le manager Vinsky,

ambitieux, s’est fixé comme mission

de promouvoir l’équipe, dont tous

les matches sont filmés, et la marque

Vinsky FC, déclinée sur une ligne

sportswear. Sa marque de produits

dérivés lifestyle nommée Peace and

Game (sa devise sur YouTube) est

mise de côté au profit de Vinsky FC.

« Pour ne pas s’éparpiller. C’est la

marque qui a le plus de potentiel

en merchandising. » Mais il faudra

des résultats, « parce qu’une équipe

nulle ne vend pas de maillots ».

Pour Vincent, la prochaine

marche de l’escalier est déjà en vue :

pour monter plus haut dans le foot

français, il veut ouvrir une seconde

section dans son club, dédiée aux

moins de 18 ans, le cœur de sa communauté

sur YouTube. « Avec deux

équipes, on sera un véritable club

de foot et ça va être impressionnant.

Les parents qui viendront assister

aux matches de leurs enfants. Là, on

ne comptera plus le nombre de vues,

ce sera la vraie vie. »

Retrouvez Vinsky sur YouTube ;

et le Vinsky FC sur tightr.com/vinsky

THE RED BULLETIN 21


France, 2019 : le BMX

a amené Matthias

Dandois partout dans

le monde. Mais rien

ne vaut un spot local.

22


L’union

européenne

Sept pays, quinze riders,

huit nationalités, huit

disciplines, des drones

en miettes et des blessures

pour un film épique…

Les coulisses du plus gros

film européen sur le vélo.

Texte TOM GUISE, STU KENNY,

PIERRE-HENRI CAMY

Photos JULIAN MITTELSTÄDT


Premières heures du jour à Strandafjellet

(Norvège). Nous sommes au

printemps 2019 et une couverture

nuageuse surplombe les pentes verdoyantes.

Le rider Martin Söderström

surgit de nulle part, suivi dans tous

ses mouvements par une équipe de

cinéma. À 28 ans, il est l’un des meilleurs

freeriders de Suède. Pourtant,

force est de constater qu’il s’agit là

de son tout premier long métrage…

Pourquoi l’un des riders les plus influents au monde n’a-t-il

jamais été la vedette d’une grosse production cinématographique

? L’Allemand Andi Tillmann, pilote de VTT professionnel,

s’est posé la question en 2018. Pour lui, la réponse est simple :

tous les grands films de sports extrêmes ont été réalisés en Amérique

du Nord. « Ils choisissent leur région et leurs riders », explique

Andi Tillmann qui, à 32 ans et en compagnie de ses frères

Toni et Michi, a déjà produit des films de VTT dont il était la tête

d’affiche et qui ont été vus par des millions de personnes. « Les

grands riders européens ne sont pas mis en avant. » Ce fut le

déclic pour le projet le plus ambitieux des frères Tillmann, et

peut-être de tous les réalisateurs de films sur le vélo en Europe.

2020 : The Old World est prêt. Ce film nous fait voyager des

fjords norvégiens aux spots désertiques de La Poma (Espagne),

en passant par les banlieues de Berlin et de Paris, et il réunit

une flopée de riders européens dans un casting inédit. Mais

l’aventure n’a pas été de tout repos (blessures, problèmes techniques,

pandémie mondiale). « En Europe, la fenêtre météo est

très étroite. Et chaque pays applique ses propres restrictions en

matière de drones et de tournage », dit Andi, qui a carrément

perdu ses cheveux à cause du stress. Avec d’autres riders, il

évoque le premier blockbuster européen consacré au vélo…

The Old World sortira le 22 nov sur Red Bull TV ; redbull.com

Le réalisateur Andi

Tillmann filme

Martin Söderström à

Stranda (Norvège).

Ci-contre : Andi

Tillmann (au centre)

avec ses frères Toni

(à gauche) et Michi

(à droite) .

24 THE RED BULLETIN


STRANDA

(NORVÈGE)

Riders : Martin Söderström

(photo), Emil et Simon

Johansson (tous SWE)

Discipline : trail et slopestyle

Tillman : Il a fallu un an pour

convaincre les autorités de

nous laisser tourner : le paysage

ne doit en aucun cas être

endommagé, car il fait partie

intégrante de leurs pistes.

Nous voulions faire découvrir

la parfaite maîtrise des Scandinaves,

et nos trois riders se

sont livrés à une magnifique

démonstration du « style suédois

». Nous avons développé

un équipement constitué d’une

caméra de cinéma Arri Alexa

fixée à une armature sur un sac

à dos, porté par un autre rider,

en l’occurrence moi.

Söderström : C’était surréaliste

d’assister au lever du

soleil avec mes potes, Emil

et Simon, et d’avoir les pistes

pour nous. Je suis le premier

rider suédois à être passé

pro, mais une foule d’athlètes

incroyables est arrivée depuis.

J’ose croire que certains se

sont inspirés de ma technique,

et que tout cela est devenu

le « style suédois ». En hiver,

on ride indoor à cause de la

météo. C’est pourquoi les Suédois

ont un excellent bagage

technique. On fait beaucoup

de barspins et de tailwhips. Je

préfère faire des tricks moins

compliqués mais propres plutôt

que de perdre le contrôle.

THE RED BULLETIN 25


Le freerider Vincent

Tupin (en haut)

filme sa « partie

été » avec son comparse

Robin Delale

en Rhône-Alpes.

BERLIN,

ALLEMAGNE

Riders : Bruno Hoffmann

(ci-dessus), Mo Nussbaumer

(tous deux GER)

Discipline : BMX street

CHÂTEL, FRANCE

Rider : Vincent Tupin (FRA)

Discipline : snow freeride, downhill MTB

Tillmann : À la base, ce devait être une partie filmée en

hiver au snowpark de Châtel, avec un caméraman pour

suivre les moves et les sauts de freeride de Vinny.

Tupin : Au début mars 2019, tout allait bien. Puis j’ai

planté ma roue avant dans la neige, j’ai fait un soleil et

me suis démis l’épaule. On a reporté à l’hiver suivant.

Tillmann : Mais le mois de février 2020 s’est révélé le

pire de tous les temps. Les températures étaient si

élevées que la descente dans la vallée était fermée.

Tupin : Et avec la pandémie, les stations ont fermé.

Alors on a tourné sur les pistes à côté de chez moi,

à Maxilly-sur-Léman, et on a réalisé une dernière

séquence à la fin de l’été, dans la boue.

Tillmann : Pour le BMX, nous

avons uniquement filmé avec

une caméra portative afin

de capturer la façon dont

les pilotes de BMX street

détournent les restrictions

de la ville pour s’exprimer.

Hoffmann : Le street riding

est souvent illégal, mais cette

fois-ci, nous avions des autorisations

sur presque tous les

spots. Cela nous a ôté un peu

de pression, mais la taille de

la production en a ajouté de

son côté : on ne pouvait pas se

contenter de rider au hasard.

Je pense que le BMX street

est plus accessible que le VTT :

on n’a pas besoin d’investir des

sommes dingues dans un vélo

ou d’aller sur des pistes spéciales.

Avec un BMX, on voit

la ville sous un autre angle.

On observe tout ce qui nous

entoure : les escaliers, les

rampes, les rebords. Tout

devient un spot potentiel.

26 THE RED BULLETIN


Bruno Hoffman,

pilote de BMX

street professionnel,

en août 2019 :

« J’adore venir

à Berlin, surtout

l’été. »

« Avec un BMX,

on voit la ville

sous un autre

angle. Tout

devient un spot

potentiel. »


« Suivre Chris en

reconnaissance ?

Il ride des trucs

que personne

ne veut rider ! »

Chris Akrigg,

trialiste dans les

Highlands d’Écosse,

en septembre 2019 :

« Tous les matins, le

planning changeait à

cause de la météo. »


ÉCOSSE,

ROYAUME-UNI

Rider : Chris Akrigg (GBR)

Discipline : trial

Tillmann : Chris Akrigg est

connu pour son humour et son

style un peu fou mais engagé.

Le suivre en reconnaissance

est particulier : il ride des trucs

que personne d’autre ne veut

rider, et ça glisse tout seul !

On a repéré des spots dans les

Highlands et sur les îles alentour,

tout ça pour rien : à notre

arrivée, le mauvais temps nous

a empêchés de tourner. On a

donc travaillé dans l’instant

pour trouver des lieux à filmer.

Akrigg : Dès que j’arrive sur un

spot, les idées affluent. Parfois,

il me suffit de cinq minutes

pour élaborer une stratégie.

Mais ce n’est pas toujours facile

de transmettre la technicité

de choses plus complexes en

vidéo. À la moitié du tournage,

je me suis pris une antenne

radio dans les côtes, j’ai

déchaussé et je me suis

ramassé, recroquevillé sur moimême.

J’avais une radio, et elle

était dans mon pantalon et elle

s’est coincée pile entre ma

cuisse et ma cage thoracique.

Je ne sais pas vraiment ce qui

s’est passé, mais ça ne sentait

pas bon. J’ai réussi à rider pendant

encore deux ou trois jours,

mais à un moment donné,

j’étais trop à l’ouest pour continuer.

Vers la fin, je prenais de

quoi assommer un éléphant

pour calmer la douleur.

« Pour ce genre

de films, vous

voulez être

au sommet de

votre art. »

PAYS DE GALLES,

ROYAUME-UNI

Rider : Rachel Atherton (GBR)

Discipline : downhill

Tillmann : Cette partie du film

était initialement consacrée

à la passion, mais elle a pris un

tout autre sens. Nous avions

prévu d’utiliser uniquement

des drones pour filmer, mais

le vent et la pluie rendaient les

conditions de tournage extrêmement

mauvaises pour la

première session sur Cadair

Idris (montagne de Snowdonia,

ndlr). Le drone s’est crashé dès

la première prise. J’ai dû alors

descendre la montagne à toute

blinde pour récupérer le matériel

de remplacement, et c’est

à ce moment-là que je me suis

rendu compte d’un problème

logiciel. Puis juste avant la

session de tournage suivante,

Rachel Atherton s’est déchiré

le tendon d’Achille…

Atherton : Je m’en souviens

comme si c’était hier (la blessure

date de juillet 2019, ndlr).

On passe par tout un processus,

un peu comme un deuil.

D’abord, on se sent bouleversé

La pro du VTT

descente Rachel

Atherton en

tournage aux environs

de Cadair Idris

(Pays de Galles).

et en colère, puis juste

dévasté. Avec une blessure à

la mi-saison (dans le calendrier

de la Coupe du monde de VTT

descente UCI, ndlr), on passe

des podiums au néant. Il faut

une énergie titanesque pour

changer d’état d’esprit et se

concentrer sur le long chemin

qui nous attend. Neuf mois se

sont écoulés avant que je ne

puisse de nouveau enfourcher

un vélo. Dans ce genre de

films, vous voulez être au sommet

de votre art. J’ai eu l’impression

de bien rider lors de

la reprise du tournage. La première

moitié des prises se

sont déroulées en montagne,

avec des rides en pleine cambrousse

et sur d’énormes montagnes,

pour dévoiler un sentiment

de liberté totale. Ensuite,

nous sommes allés sur les

pistes à côté de chez moi, au

Pays de Galles. Cette grosse

blessure en plein milieu du

tournage a un peu chamboulé

les plans, mais heureusement,

les efforts et l’envie de revenir

ont payé. Et j’ai retrouvé ma

vitesse ainsi que mes sensations

en tant que rideuse.

THE RED BULLETIN 29


PARIS, FRANCE

Rider : Matthias Dandois

(FRA)

Discipline : BMX flatland

Tillmann : À Paris, Matthias

nous a offert son interprétation

toute en fluidité du BMX

flatland. Cela n’a pas été

facile de trouver un nouvel

angle d’approche dans la

ville, car il y avait déjà multiplié

les tournages. Nous

avons mis au point une nouvelle

façon de le filmer avec

un supertéléobjectif de

600 mm sur une armature

fixée à un Segway pour capturer

la technicité de ses tricks.

Dandois : Il faut des mois

pour obtenir des autorisations

de tournage à Paris,

mais la production a facilité

les choses. Ce film est une

véritable collaboration artistique

et sportive, un juste

milieu avec des images de

riding hors du commun. Pour

ma part, ce sera l’un des plus

grands moments d’une année

particulière. Je suis très fier

d’avoir été choisi pour en faire

partie, de faire partie de cette

communauté du vélo européen

qui est à l’honneur dans

The Old World. Le film sort

au moment où la pratique

du vélo explose, c’est le transport

de demain : roulez tous

à vélo !


Août 2019 : Matthias

Dandois réalise un

MC circle one-hand

dans une gare du

Nord en pleine effervescence

à Paris.

31


LA POMA, ESPAGNE

Riders : Nico Scholze (GER, ci-contre), Dawid Godziek (POL),

Diego Caverzasi (ITA), Bienve Aguado Alba (ESP)

Discipline : dirt

Tillmann : Le dirt rassemble une grande communauté sur ce

bikepark (à 30 minutes de Barcelone, ndlr), un peu comme le surf.

On a tourné avec un gros cable-cam et une grue. Pendant la troisième

journée de tournage, Nico Scholze a été violemment projeté

au sol, ce qui lui a causé plusieurs fractures au niveau des vertèbres.

Heureusement, rien de grave.

Scholze : C’était un trick classique, un 360 tailwhip sur un énorme

saut, mais j’ai raté mon coup et je suis passé par-dessus le guidon.

Quand je pense que je venais de dire à Andi : « Je sens que ça va

être une bonne journée ! »… Je voulais montrer que c’était possible

de faire des tricks de motocross freestyle sur un VTT.

La star polonaise

du dirt jump Dawid

Godziek réalise

un one-foot tabletop

au bikepark de

La Poma.

« Je voulais

montrer à tout

le monde qu’il

était possible

de faire des

tricks de FMX

sur un VTT. »

32 THE RED BULLETIN


Un manual de feu

pour Nico Vink :

« Andi nous a

demandé d’apporter

un casque supplémentaire,

car il

était possible qu’on

nous transforme en

torches humaines. »

KUDOWA-ZDRÓJ,

POLOGNE

Riders : Nico Vink (BEL, à droite),

Szymon Godziek (POL)

Discipline : big air

Tillmann : Nous avons filmé des performances

de big air et de vitesse à l’aide d’une

grue, d’un sac à dos sur lequel était fixée

une caméra dont la valeur avoisinait les

85 000 €, mais aussi d’une caméra Super 8.

Cette course folle va éblouir les spectateurs.

Et pour cause : les gars à l’écran

prennent littéralement feu. En règle générale,

des cascadeurs sont là pour doubler

les acteurs, mais aucun ne pouvait rider

à ce niveau. L’équipe responsable des cascades

a donné son accord seulement après

avoir constaté que les athlètes ne paniqueraient

pas lorsqu’ils s’embraseraient.

Vink : Nous avions des sous-couches

d’équipements couverts de gel de protection,

et la couche du dessus était imbibée

de combustible : c’est elle qui a pris feu.

Nos performances n’étaient pas hyperlongues

et il y avait deux extincteurs au

bout du parcours, mais si on se plantait à

mi-chemin, on cramait pour de bon. Quand

on ride, tout est une question de maîtrise :

on prend tous les risques sans franchir les

limites. C’est la ligne de conduite de tous

les sportifs de l’extrême. C’est notre vie.

THE RED BULLETIN 33


« Je voulais

être sûre de

les détruire

au micro »

Née à Birmingham,

cette artiste à la

croisée des

cultures a forgé

son propre style

de rap, qui résonne

de Londres à L.A.,

STEFFLON DON

parle des sages

conseils de Drake,

de sa maîtrise du

néerlandais et du

côté naze d’Insta.

Texte FLORIAN OBKIRCHER

Photos SALIM ADAM

34


Alerte rouge :

Stefflon Don,

29 ans, n’a jamais

l’air à moins de

100 % – même

lorsqu’elle inspecte

votre vaisselle.


L

orsque la rappeuse britannique Stefflon

Don a surgi en 2016, des têtes ont

tourné. Son flow sur sa première mixtape

Real Ting était sans faille, avec

des paroles qui mélangeaient le patois

jamaïcain, l’argot de l’Est de Londres

et les références au hip hop américain.

Et, contrairement à l’attitude terre-àterre

de la plupart des rappeurs britan-

Sur

niques, elle s’est présentée comme

une superstar en devenir, glamour

et effrontée.

En novembre de la même année,

elle a été sélectionnée parmi les talents

de 2017 à suivre par la BBC. Quatre

mois plus tard, elle a signé un contrat

de 1,2 million de livres sterling avec un

grand label et, en août 2017, son single

Hurtin’ Me, avec le rappeur américain

French Montana, a atteint la septième

place du classement des singles britanniques.

Depuis, la jeune femme de 28 ans

– de son vrai nom Stephanie Allen – a

collaboré avec des artistes tels que Sean

Paul, Nile Rodgers, Charli XCX, Skepta,

Drake et Mariah Carey et, en 2018, est

devenue la première artiste anglaise à

figurer sur la liste annuelle des nouveaux

talents du légendaire magazine américain

de hip-hop XXL.

Née à Birmingham de parents jamaïcains,

la rappeuse s’est installée avec sa

famille à Rotterdam aux Pays-Bas à l’âge

de cinq ans, avant de revenir au Royaume-

Uni, à Hackney, à 14 ans. La musique

de Stefflon Don est donc un mélange de

dance hall, de grime, de R’n’B et de house,

ses rimes incorporant des influences de

Londres, de la Jamaïque, de la Hollande

et des USA. Elle dit que le fait d’avoir

grandi au milieu de différentes cultures

lui a ouvert l’esprit et a élargi sa musique

et, en ce sens, c’est le secret de son

succès.

THE RED BULLETIN : Vous avez une

gouaille caractéristique de l’Est de

Londres, mais vous utilisez aussi

du patois jamaïcain et de l’argot

américain. Vous rappez même en

néerlandais…

STEFFLON DON : C’est à cause de mon

éducation diversifiée. J’ai passé la plupart

de mon enfance à Rotterdam. Les

gens y parlent l’anglais américain, et j’ai

grandi dans un foyer jamaïcain. J’avais

des amis blancs, turcs, marocains. Les

gens y sont très accueillants, j’ai donc

beaucoup appris sur leur culture, leurs

traditions, leur nourriture, leur musique.

Quelles influences musicales y avezvous

absorbées ?

Les Pays-Bas contrôlaient le Suriname

(le pays sud-américain était sous domination

néerlandaise entre 1667 et 1975,

ndlr) et la culture surinamaise a une

forte influence à Rotterdam – similaire

à l’influence de la culture jamaïcaine à

Londres. La langue qu’ils parlent au

Suriname est un mélange d’espagnol,

de français, de néerlandais et d’anglais.

En étant proche de cette communauté,

j’écoutais tout le temps des chansons

surinamaises ; on utilisait aussi leurs

mots d’argot. Je pense que cela a même

marqué ma prononciation : j’étais en

Espagne l’autre jour et certains habitants

pensaient que j’étais de là-bas. Pourtant,

je ne parle pas l’espagnol couramment !

Pensez-vous que le fait de parler couramment

le néerlandais a eu un

impact sur vos talents de rappeuse ?

Sans aucun doute. Quand je parle néerlandais,

je parle très vite. C’est pour ça

que je suis rapide avec ma langue quand

je rappe. C’était un gros avantage quand

j’ai commencé.

votre nouvelle mixtape, Island 54,

vous ajoutez des sons afrobeats à

votre mélange déjà éclectique. Les

directeurs artistiques ne préfèreraient-ils

pas que vous vous en teniez

à une seule chose afin de ne pas submerger

votre fanbase ?

J’ai l’impression qu’il y a certains artistes

que l’on peut mettre sur n’importe quel

morceau – que ce soit un morceau latino,

un truc posé ou une chanson alternative

– parce que leur voix est comme un instrument.

Leur voix apporte un certain

son, et j’ai l’impression que c’est le cas

pour moi. Dans mon prochain single,

je parle le yoruba, une langue parlée

principalement en Afrique de l’Ouest.

Je pense que le public va être choqué :

c’est encore une fois totalement nouveau.

Mais, pour moi, c’est quelque chose que

j’ai toujours expérimenté. En tant qu’artiste,

je me sens tellement libre.

Il y a deux ans, vous êtes entrée dans

l’Histoire en étant la première artiste

anglaise à figurer sur la Freshman List

du magazine américain XXL. Pensezvous

que votre perspective globale est

la raison pour laquelle le public américain

vous a plus adoptée que les autres

MCs britanniques ?

À fond ! Je sens que c’est seulement

maintenant que les Américains acceptent

mieux l’accent britannique sur un morceau

de rap. Avant cela, c’était du genre :

« J’aime quand vous parlez, mais quand

quelqu’un rappe, je ne peux pas vous

36 THE RED BULLETIN


« Dans mon prochain single,

je parle le yoruba, une langue

parlée principalement en

Afrique de l’Ouest. Je pense que

le public va être choqué. »


« Dans tout ce que vous faites,

que vous soyez plombier, gamer

ou menuisier, vous devez

toujours vouloir être le meilleur.

Sinon, pourquoi le faire ? »


prendre au sérieux. J’ai l’impression

que vous mangez des biscuits et que vous

buvez du thé toute la journée. » Littéralement,

c’est ce qu’ils me disaient ! Mais

quand ils ont entendu mes chansons,

ils m’ont sorti : « Tu ne sonnes pas vraiment

comme une Britannique. » Encore

une fois, cela vient du fait que j’ai grandi

en Hollande, où je parlais l’anglais américain.

Le rap avec un véritable accent

britannique était en fait un défi pour

moi au début.

Drake vous a donné des conseils au

début de votre carrière. Il vous a dit :

« Assure-toi, quoi que tu fasses, que

ton adversaire ait peur de toi. » Est-ce

quelque chose dont vous vous inspirez

encore ?

Oui, à 100 %. Dans tout ce que vous

faites, que vous soyez plombier, menuisier

ou un gamer, vous devez toujours

vouloir être le meilleur. Sinon, pourquoi

le faire ? En arrivant dans le rap, je me

suis retrouvée dans tellement de situations

où il y avait un rythme qui jouait

et où on se disait : « Qui va rapper dessus

? » Et j’étais toujours prête dans ces

situations. Je m’assurais toujours d’avoir

beaucoup de rimes prêtes, pour être sûre

de détruire qui que ce soit au micro.

Impitoyable…

Oui, j’ai toujours eu cette mentalité. Je

veux donner envie aux gens de réécrire

leurs textes. Parce que ça m’est déjà

arrivé… J’entendais certaines nanas rapper

et je me disais : « Oh mon Dieu, ce que

j’ai écrit n’est pas aussi bon. J’ai besoin

de poser là-dessus et de réécrire mon

bordel. » C’est ça que je veux que les gens

ressentent quand ils m’écoutent. Parce

que c’est comme ça qu’on maintient une

dynamique saine, c’est comme ça qu’on

se pousse les uns les autres. Si les gens ne

se défient pas, s’ils se contentent de faire

comme les autres, alors on est foutus.

Et c’est ce qui se passe depuis un certain

temps. Personne n’essaie vraiment d’être

le meilleur. Je vois beaucoup de suiveurs.

Je vois beaucoup de gens qui se disent :

« Ça marche. Laissez-moi faire quelque

chose de similaire. »

Pourquoi pensez-vous que c’est le cas ?

En tant qu’artiste, la façon dont vous êtes

critiqué aujourd’hui est différente de celle

que j’ai connue à mes débuts. À l’époque,

« Si les gens ne

se défient pas,

se contentent de

faire comme les

autres, alors on

est foutus. »

il n’y avait pas de trolls Instagram. Je

n’avais pas peur d’échouer en sortant des

vidéos qui n’étaient peut-être pas ce que

je voulais qu’elles soient – je devais juste

le faire, parce que c’est tout ce que je pouvais

me permettre. Je ne peux pas imaginer

comment c’est pour les jeunes artistes

d’aujourd’hui avec tant de gens qui les

observent ; tant d’yeux de personnes qui

ne savent pas ce dont elles parlent, qui

projettent leurs doutes sur les autres sur

les médias sociaux. Les plateformes

comme Instagram sont responsables du

manque de créativité de la nouvelle génération

d’artistes. Et même pour les artistes

établis, il est très difficile de dire ce qu’ils

veulent vraiment dire ou d’exprimer ce

qu’ils ressentent.

On sent que vous parlez d’après votre

expérience...

J’avais l’habitude d’enregistrer ma

famille sur Snapchat très souvent. Je

disais toujours ce que je pensais sur

certains sujets qui m’ont causé des problèmes

à plusieurs reprises. (En 2018,

elle s’est excusée pour des tweets de 2013

dans lesquels elle disait que les filles « à

la peau foncée » changeraient de couleur

de peau si elles le pouvaient, ndlr.) J’ai

eu des ennuis pour des choses que je

ne pensais pas de la façon dont je les

ai dites, et les choses ont été sorties de

leur contexte. Je me disais : « Est-ce que

tu mérites vraiment de savoir qui je suis

si tu te contentes de ne prendre que des

petites séquences de ma réalité et de les

utiliser pour me faire passer pour

quelqu’un que je ne suis pas ? » C’est ce

qu’Internet est devenu aujourd’hui. Les

gens regardent votre image et se disent :

« Qu’est-ce que je peux en exploiter de

négatif ? » Et la deuxième chose est :

« Voyons les commentaires », pour trouver

quel angle exploiter. Vous n’êtes pas

censé y être vous-même. Vous n’êtes pas

censé y être un libre penseur. Il s’agit

de jouer la sécurité, de suivre les autres.

Et je veux vraiment m’éloigner de cela.

Y a-t-il un moyen de refaire d’Internet

un lieu de positivité à nouveau ?

En fait, j’ai eu plusieurs réunions avec

l’un des responsables d’Instagram, et j’ai

notamment suggéré que l’on retire les

likes des commentaires.

C’est-à-dire ?

Fut un temps où vous pouviez commenter

les messages, mais vous ne le faisiez

pas pour obtenir des appréciations sur

votre commentaire. Désormais, les gens

sont plus extrêmes et plus méchants dans

leurs commentaires parce qu’ils veulent

se démarquer afin d’être appréciés, c’est

comme une compétition. En conséquence,

vous regardez votre message et

vous vous rendez compte que 3 000 personnes

ont aimé un commentaire vraiment

détestable à votre sujet. C’est horrible

! Je ne pense pas que les gens se

rendent compte à quel point Instagram

est préjudiciable pour nous et la prochaine

génération. Tout le monde tourne

autour du pot et dit : « Oh oui, c’est mauvais.

» Mais les gens sont tellement mal

à l’aise à cause de cela, les gens ne créent

pas à cause de cela, les gens ne partagent

pas de nouvelles idées à cause de cela.

C’est une chose très sérieuse et j’aimerais

que plus de gens en parlent davantage

et appellent au changement.

Cela étant dit, quelle est votre stratégie

pour rester saine d’esprit ?

Je suis si chanceuse d’avoir ma famille.

J’ai acheté une grande maison, et mon

fils (de 11 ans, ndlr), la plupart de mes

six frères et sœurs et ma mère vivent

avec moi. C’est la principale raison pour

laquelle je vais bien. Je me considère

également chanceuse de ne pas avoir

émergé dans l’ère des médias sociaux.

J’ai le sens de la réalité. Je sais ce que

cela signifie d’être originale. Je sais

ce que cela signifie de ne pas vraiment

se soucier de ce que pensent les autres.

Et personne ne peut m’enlever cela.

Island 54, la nouvelle mixtape de Stefflon

Don, est dispo ; stefflondonofficial.com

THE RED BULLETIN 39


Népal, dans la vallée

des Annapurnas.

Mélusine, 40 ans,

avec sa moto

« idéale, celle dont

on accepte les

défauts » !


Sur les

roues de

la liberté

Elle a un nom d’héroïne de BD. Seule sur sa

moto de 800 cm³, MÉLUSINE MALLENDER

parcourt le monde en quête d’humanité, une

question en tête : c’est quoi, la liberté ? En

particulier celle des femmes, avec autant de

réponses inspirées que de droits bafoués.

De l’Asie à l’Afrique en passant par l’Amérique

latine, retour sur cinq moments et rencontres

clés qui ont jalonné ses expéditions, et ce que

ses virées de par le monde lui ont enseigné.

Texte PATRICIA OUDIT

XX MALLENDER/CHRISTIAN EDITOR ILLUSTRATOR CLOT ZEPPELIN

41


Dans la circulation

chaotique de Dhaka

(Bangladesh) et ses

rickshaws, lors

de son expédition

de la Route du tigre

en 2016.

Vivre des aventures, « Mélu » en avait envie

depuis son enfance. Elle commence par faire

du volontariat en Afrique à 18 ans, mais c’est

en 2010, à 30 ans, que cette costumière de

métier enfourche sa très vieille Honda, une

125 cm³ pour sa première expédition solo

à moto en Asie. Quatre mois et 22 500 km

qui la conduiront jusqu’à Vladivostok où

« Poupy », 110 000 km au compteur finira sa

vie, avant le terme du voyage initial, le Japon, sa terre natale

(de la Honda, pas de Mélusine). Depuis, toujours en solo, elle

n’a cessé d’arpenter l’asphalte, du Népal à l’Éthiopie, de l’Iran

au Kazakhstan, de la Bolivie à la Birmanie, lors d’expéditions

au long cours.

Troquant sa 125 cm³ pour de plus grosses cylindrées. « C’est

un vrai choix d’avoir une grosse machine, un symbole de s’être

emparée d’un emblème de virilité. Dans beaucoup de pays, peu

de femmes se sentent autorisées à piloter une moto, et si moi je

peux le faire avec une grosse moto, cela prouve qu’une femme

peut le faire ! Et puis, c’est un sésame extraordinaire qui intrigue

et incite au partage. » Son credo : prendre le temps d’aller

à la rencontre des gens, tenter de les comprendre en profondeur

dans des pays qui n’ont souvent pas bonne réputation, à

tort ou à raison. « J’ai toujours eu une fascination pour l’humain

et une grande empathie pour ses contradictions, une sensibilité

de justice, de féminisme, c’est-à-dire vouloir qu’une femme ait

les mêmes droits qu’un homme, tout simplement », insiste

Mélusine.

Au fil du temps et sans que Mélusine ne s’en rende compte,

cette question autour de la liberté est devenue l’axe principal

de sa quête « sans fin, passionnante, où ma propre vision évolue

au fil des réponses que je reçois »… Juste avant le confinement,

la quarantenaire qui cumule 150 000 km à moto et 55 pays explorés

sur les cinq continents était partie repérer son prochain

trip, en Arabie saoudite. Avec la même approche pétrie de

tolérance. « En voyageant, on s’aperçoit que l’immense majorité

des gens recherche la même chose. »

Elle ne sait ni quand ni où elle repartira, mais son message

à l’adresse de tous, femmes et hommes, lui, ne changera pas :

« Avance, tente l’aventure, fais-toi ta propre opinion, et surtout :

ne te dégonfle pas ! »

À lire : Les voies de la liberté, 21 €, Robert Laffont.

Pour partager votre vision de la liberté, en mots, photos,

films, dessins : shareyourfreedom@melusinemallender.com ;

melusinemallender.com

PARIS

UKRAINE

RUSSIE

KAZAKHSTAN MONGOLIE

Volgograd

Oulan-Bator

Almaty

Samarcande

VLADIVOSTOK

42 THE RED BULLETIN


MALLENDER/SUMAN PAUL ZEPPELIN

2010 : BACK TO JAPAN

4 mois, 22 500 km

Moto : « Poupy », 125 Varadero (Honda)

« Je suis en Mongolie, à environ 600 km de la capitale Oulan-Bator, sur des pistes sublimes avec

cette impression d’être minuscule, mais d’être à ma place. La Mongolie, j’en rêvais depuis toujours…

Lors d’une pause dans une station-service, je tombe sur Sukh Oshir, un géologue japonais d’origine

mongole, qui fait de la prospection, et je lui raconte ce que je fais là. Il est épaté, mais il me dit : “Quand

même, tu es toute seule au milieu de rien, sans moyen de communication…” Je reprends la route et là,

je le vois, arrêté avec sa camionnette sur le bas-côté… Et voilà qu’il me tend son téléphone de secours :

“Au moins s’il t’arrive quelque chose, tu auras quelqu’un à qui demander de l’aide ! Tu me le rendras

à Oulan-Bator.” J’ai trouvé l’acte tellement improbable, spontané, gentil. Cet inconnu qui me donne

quelque chose de précieux, c’est tellement symbolique du voyage, de ces rencontres venues de nulle

part, ces marques de confiance qui me font avancer. On s’est retrouvés dans la capitale, dans un pub

où jouait le groupe de punk metal diaphonique Altan Urag. Je ne lui ai pas dit mais je n’ai jamais eu

à me servir de son téléphone : la seule fois où j’ai essayé de l’utiliser, il n’y avait aucun réseau ! »

THE RED BULLETIN 43


PARIS

UKRAINE

2011 : ROUTES PERSANES

4 mois, 28 000 km

Moto : « Shirine », 800 Crossrunner (Honda)

TURQUIE

IRAN

ALMATY

« Le choc de ce voyage, c’est l’Iran ! En France, on me dissuadait

de partir dans ce pays “à risques”, et sur place à la frontière,

quelqu’un me crie, joyeux : “Bienvenue en Iran !” Le déclic de

parler du sort des femmes m’est venu dans ce pays. Il fallait que

je montre cette réalité beaucoup plus nuancée, réparer cette

forme d’injustice. Rien n’est simple là-bas, mais par rapport

à d’autres pays musulmans, la femme est éduquée, autonome,

elle a une place. La rencontre sur une route de montagne avec

ces quatre jeunes femmes illustrent bien leur audace. En descendant

de leur voiture, elles se mettent aussitôt à danser autour de

ma moto, volume de leur autoradio à fond. Avant de partir, Laila,

la plus exubérante d’entre elles, me glisse un petit cafard en

plastique dans la main : “Nous sommes du mouvement pour la

liberté me dit-elle. Nous sommes comme les cafards, on nous

écrase, mais on revient toujours !” Cette scène fugace résume

tout : cette envie de vivre, d’être soi, malgré tout. »

Désert du Dasht-e

Lut (Iran). Dans sa

tente, ses essentiels

: chocolat,

outils, sel, sangles et

bons sacs étanches.

PAS DE PROBLÈMES,

QUE DES SOLUTIONS !

Comment faire de ses peurs et

des contraintes une force. Les

trucs et les mantras de « Mélu »

qu’elle s’est forgés sur la route,

à moto.

MISER SUR

L’ADAPTABILITÉ

« Lors de mon premier voyage, n’ayant pas de

repères par rapport à la difficulté, cette naïveté

et cette spontanéité m’ont paradoxalement

aidée. Comme je pensais que tout allait être

très difficile, j’ai pris chaque problème l’un

après l’autre, et j’envisageais de la même façon

les solutions. Je me remettais constamment en

question. Il m’est arrivé de fondre en larmes

suite à un souci, mais j’ai vite su être réactive,

en misant sur cette plasticité depuis. »

SE DIRE QU’ÊTRE UNE

FEMME SEULE PEUT

ÊTRE UN AVANTAGE

« Je suis persuadée qu’on accueille plus souvent

une femme chez soi pour la nuit, que l’on

rentre plus facilement dans l’intimité des gens

lorsqu’on est une femme. Cela s’est vérifié,

surtout dans les pays où les femmes sont

considérées comme vulnérables. Les femmes

elles-mêmes deviennent alors une source de

protection. Ce sont aussi elles qui savent où

il y a de la nourriture et de l’eau. »

44 THE RED BULLETIN


À Kampala

(Ouganda),

Mélusine est

accueillie en famille.

« Être une femme

seule est souvent

gage d’hospitalité. »

Almaty

MALLENDER/CHRISTIAN CLOT ZEPPELIN, MALLENDER/MALLENDER ZEPPELIN

2014 : LES GRANDS LACS D’AFRIQUE

4 mois, 15 000 km

Moto : « Lucy », Tiger 800 (Triumph)

« Me restent gravées en mémoire ces boxeuses de Kampala (Ouganda). Parmi elles,

Hélène et Diana, deux sœurs qui s’entraînent comme des dingues pour sortir de leur

bidonville où elles vivent dans des conditions d’insalubrité inimaginables. Hélène s’est

mise à la boxe parce qu’elle a été tabassée dans la rue et laissée pour morte… À ce

moment, je me dis qu’il est possible de prendre sa vie en main. Leurs réponses sont la

base de ce questionnement sur la liberté : “Je veux faire ce que je veux, sans plus avoir

peur, mais cela doit être juste.” La deuxième rencontre, ce sont les tambourineuses du

Rwanda. Vingt ans après le génocide, ces femmes décident de jouer du tambour, pratique

réservée aux hommes. Dans le groupe, il y a des veuves de génocidaires, des femmes de

génocidaires, des filles de génocidaires. En jouant ensemble, elles disent que le pardon

est possible, que l’on peut construire, aller de l’avant, même après la pire des barbaries. »

FAIRE FI DES PRÉJUGÉS,

ÊTRE À L’ÉCOUTE

« Quand Habiba l’ancienne exciseuse éthiopienne

me raconte comment elle procédait,

j’ai le cœur qui se soulève, mais qui suis-je pour

juger et comment comprendre si on ne fait que

s’indigner sans écouter ? Au fil de mes voyages,

j’ai appris à laisser les gens être eux-mêmes,

accepter que l’humain est hyper complexe,

qu’il soit bon ou mauvais. Ne pas espérer de

l’autre ce qu’il n’est pas, ne pas lui demander

plus que ce qu’il peut donner. »

BIEN SÉCURISER

SON BIVOUAC

« Soit je m’approche de la civilisation, soit je

m’en éloigne. C’est le cas dans les pays considérés

comme risqués : je vais là où il n’y a plus

de route, et personne ne doit deviner que je suis

seule. J’ai une tente deux place pour plus de

confort, avec une double entrée pour pouvoir

sortir par l’autre côté si quelqu’un rentre. Tout

ce qui est précieux est avec moi, dans ma tente.

Je dors d’un œil, un couteau à côté de moi, et

mon casque peut servir d’arme redoutable. »

ÉTHIOPIE

TANZANIE

ANTICIPER LA FUITE

KENYA

SOMALI-

LAND

DAR ES

SALAM

« Que je bivouaque en pleine nature ou que je

campe chez l’habitant, la moto, parfois cachée

sous une bâche, est toujours garée dans le sens

où je peux m’échapper le plus vite possible.

Si j’ai un doute sur les gens qui m’entourent,

je dors tout habillée. »

THE RED BULLETIN 45


2016 : JAKARTA-PARIS

9 mois, 28 000 km

Moto : « Mustang », Tiger 800 (Triumph)

PARIS

« J’ai entendu parler d’une association au Népal qui aide

les gens à sortir de l’esclavage, encore légal dans le pays.

J’y rencontre Sanu, jeune femme de 25 ans que l’association

a formée pour devenir mécanicienne. C’est la première fois

que je suis face à quelqu’un qui a été esclave durant des

années. Je sens chez cette femme que tout se mesure à l’aune

de cette privation de liberté. Elle n’a pas de rancœur envers

sa famille, elle sait que c’est le destin réservé aux pauvres,

que sa famille n’aurait pas eu de quoi la nourrir, qu’elle n’avait

pas le choix. Quand elle a pu enfin sortir de cette situation,

au début, elle ne savait pas quoi faire de cette liberté

qu’elle n’avait jamais connue… »

Istanbul

Téhéran

Islamabad

Katmandou

New Dehli Mandalay

Bangkok

JAKARTA

Village de

Tatopani (Népal).

« Mustang », sa

moto a une devise :

« Il n’y a pas de

mauvaise météo,

seulement du mauvais

équipement ! »

POUVOIR LÂCHER PRISE,

FAIRE CONFIANCE

« Me faire voler, ça ne m’est arrivé qu’une fois !

De manière générale, les gens sont honnêtes,

j’ai appris à faire confiance et à ne plus m’en

inquiéter. Il faut bien laisser la moto pour aller

boire, manger et pisser. Si on est sur ses gardes

en permanence, on ne vit plus. »

ÉLIMINER TOUTE

FORME D’AMBIGUÏTÉ

« Une femme seule est naturellement étiquetée

“aventurière de l’amour”, a fortiori si elle

vient de France ! Je prends donc soin d’affirmer

ma respectabilité de femme mariée avec une

fermeté qui ne laisse aucune place au doute !

J’essaie aussi de calquer mon comportement

autant que possible sur celui des femmes

du pays. »

SAVOIR NÉGOCIER…

MAIS S’IMPOSER

« Si la personne insiste, comme c’est arrivé,

j’essaie de comprendre ce que veut l’autre,

je négocie pour trouver un compromis qui ne

soit pas vexant pour l’autre mais sécurisant

pour moi. Après, j’ai des bonnes bases de selfdefense

: même si le langage a toujours suffi

jusqu’à présent, ces sports de combat m’ont

appris à m’imposer dans l’espace, à montrer

que je suis dominante, pas victime. »

46 THE RED BULLETIN


À gauche, à La Paz, le marché

des sorcières… Ci-dessus, un

graffiti du collectif anarchoféministe

bolivien Mujeres

Creando : « Femme, pour être

libre : aime-toi ! »

LOS ANGELES

MEXIQUE

PANAMA

COLOMBIE

VENEZUELA

PÉROU

BOLIVIE

SANTIAGO

2018-19 : AMÉRIQUE LATINE

9 mois, 25 000 km

Moto : « Tania », Tiger 800 (Triumph)

« Ma rencontre avec Rosario, à La Paz (Bolivie), résume bien la rage et la

difficulté de changer de vie pour une femme en Amérique latine. Cette jeune

femme est modèle dans une agence de mannequins Cholitas (ces femmes

de l’Altiplano qui conservent le style vestimentaire caractéristique de la

tradition aymara, ndlr). Avec l’envie de montrer qu’on peut être fière de

poser dans une tenue traditionnelle, de défendre ses valeurs et sauver une

culture moribonde. On est aux antipodes des canons de la mode occidentale

: ces femmes n’ont pas l’habitude de s’exposer et dire “Je suis là, belle,

fière”. Cela va à l’encontre de cet héritage colonial qui montre les Cholitas

comme les bonnes à tout faire, soumises. Rosario prouve le contraire. »

CRÉDIT MALLENDER/CHRISTIAN CLOT ZEPPELIN, MALLENDER

SAVOIR FAIRE PREUVE

DE PATIENCE

« Dans les moments d’extrême frustration,

comme quand ma moto est restée bloquée

quinze jours à la douane en Éthiopie à cause

d’un papier pouvant compromettre la suite du

voyage, ne pas s’énerver. Au contraire : c’est un

jeu de psychologie et de patience pour trouver

la personne ayant le pouvoir de débloquer la

situation. Idem pour la mécanique, quand vous

devez attendre une pièce de rechange plusieurs

jours pour réparer votre moto. Patience ! »

TRANSFORMER SA

PEUR EN FORCE

« Parce que j’ai peur, je vais analyser le pourquoi.

Je garde cette peur en tête, comme un

point de vigilance. C’est mon côté chercheur

(Mélusine a fait des études en géographie

sociale, ndlr) : je suis dans le doute, prête

à accepter que ce qui va venir sera différent

de ce que j’avais anticipé. Le nombre de fois

où j’ai gardé le sourire, même quand je flippais

à mort… Ça donne un signal : même pas peur,

je ne serai pas ta victime. »

SE MONTRER CRÉATIVE

« Le virus m’oblige, comme tout le monde,

à revoir mes projets de voyage. Qui vont,

dans le futur proche, être forcément francophones

! C’est peut-être le pays que je connais

le moins bien… J’y réfléchis, et me dit une

fois de plus que la contrainte, moins qu’un

obstacle, est une façon de le contourner. »

THE RED BULLETIN 47


Dans un puits circulaire

de la grotte Um

Ladaw en Inde, où

des scientifiques

ont découvert l’année

dernière une

nouvelle espèce de

poisson souterrain.

À la rencontre des

« ASTRONAUTES

SOUTERRAINS »,

dont les aventures

dans le monde

sous nos pieds

aident à éclairer

notre passé et

à façonner

notre avenir.

Texte MARK BAILEY

ROBBIE SHONE


la Terre

49

Au

centre

de


Nous vivons notre vie au jour le

jour à la surface de la planète.

Mais sous cette croûte familière,

il existe de mystérieux labyrinthes

de grottes, crevasses, cavernes

marines et lacs souterrains.

C’est la frontière

oubliée de l’humanité.

Nous avons exploré les pôles, les montagnes et la

lune. Pourtant, plus de la moitié des cavernes de

la planète n’ont pas encore été découvertes. Même

la plus grande grotte connue au monde, Hang So’n

Đoòng au Vietnam, n’a été cartographiée qu’en

2009. Avec 38,5 millions de mètres cubes, elle pourrait

abriter un gratte-ciel de quarante étages. Pourtant,

l’année dernière des explorateurs ont découvert

que la grotte est plus grande de 1,6 millions

de mètres cubes que ce que l’on pensait auparavant.

Elle possède son propre système fluvial, sa jungle

et son microclimat, avec des arbres de 30 mètres

de haut, et des stalagmites de 70 mètres.

Au plus profond du monde souterrain, des scientifiques

ont découvert des organismes qui produisent

des antibiotiques ; une vie microbienne apparentée

aux formes de vie les plus anciennes, existant il y a

des milliards d’années ; et des pierres fantastiques et

des dunes aussi étrangères à nous que les déserts de

Vénus. En 2017, des experts de la NASA ont fait revivre

une forme de vie microbienne qui était restée

endormie dans des cristaux de gypse au fond d’une

grotte mexicaine pendant près de 50 000 ans, faisant

émerger l’espoir que des organismes extraterrestres

puissent être trouvés dans des environnements extrêmes

sur des planètes éloignées.

« J’ai exploré des grottes partout sur la planète et

vu des choses les plus spectaculaires qui soient, dit

l’exploratrice souterraine et microbiologiste Hazel

Barton, qui a travaillé avec la NASA au Mexique. Et

mes yeux ont été les premiers à voir ces microbes.

Quand vous pensez au premier alunissage et à Neil

Armstrong… L’expérience du “premier homme sur la

lune” est un phénomène rare. Mais dans les grottes,

c’est quelque chose qui arrive régulièrement. »

Les spéléologues doivent se faufiler dans des fissures

semblables à des étaux et naviguer dans l’obscurité

totale. Savoir par où commencer est la première

difficulté. « Les grottes sont uniques en ce sens

qu’on ne peut pas les voir, dit Dr Barton. Les montagnes

sont visibles, l’espace est visible. La meilleure

comparaison que nous puissions faire est avec

l’océan, mais on peut le cartographier à l’aide d’un

sonar. Avec les radars à pénétration de sol, on peut

s’estimer heureux si on récolte des résultats à 30

mètres de profondeur. Le seul moyen d’obtenir des

résultats, c’est d’aller sur le terrain. »

Avec le changement climatique et l’accroissement

de la pollution, les calottes glaciaires qui fondent

et les infections résistantes aux médicaments qui

prolifèrent, explorer le monde souterrain n’a jamais

été aussi urgent. Les glaciologues descendent en

rappel dans des trous de glace pour surveiller les

taux de fonte, les microbiologistes vont en profondeur

à la recherche de nouveaux antibiotiques,

et les plongeurs s’enfoncent dans des grottes pour

démontrer la vulnérabilité de nos réserves d’eau

potable.

Selon MacFarlane, le monde souterrain invite

à une perspective de “temps profond” qui va bien

au-delà de notre propre courte durée de vie. Les

paléoclimatologues étudient les stalagmites qui

éclairent sur le changement climatique d’il y a

650 000 ans, alors que les astronautes de l’Agence

spatiale Européenne nagent dans des grottes de

lave en vue d’une éventuelle mission sur Mars.

Les grottes sont donc une métaphore des failles

dans nos connaissances. « Loin des yeux, loin du

cœur, et donc loin de la tête – c’est là le problème,

alerte l’anthropologiste environnemental Dr Kenny

Broad. Nous avons du mal à concevoir que 95 % de

l’eau potable du monde est stockée sous nos pieds,

sous forme d’eau souterraine. » Avec moins d’1 %

de l’eau douce accessible stockée dans les rivières et

les lacs de surface, les eaux souterraines invisibles

constituent le principal système de soutien pour

toute la vie humaine et animale.

Mais comme nous continuons à polluer et à empoisonner

la planète, les photographies, les histoires

et les découvertes exceptionnelles des spéléologues

contribuent à sensibiliser à la beauté et à la fragilité

du monde souterrain. Ils nous forcent à réfléchir

d’où vient notre eau potable, ce que nous faisons

de nos déchets, et combien il nous reste encore à

apprendre. Ici, nous rendons hommage aux « astronautes

souterrains » qui nous donnent des visions

pour le monde de demain dans l’obscurité du

monde du dessous.

ROBBIE SHONE

50 THE RED BULLETIN


Dr Hazel Barton a trouvé

des microbes susceptibles

de sauver des vies dans la

grotte de Lechuguilla au

Nouveau Mexique (USA).

La microbiologiste

Dr Hazel Barton

Surnommée la Lara Croft de la microbiologie,

Hazel Barton a exploré des grottes sur les six

continents, de Lechuguilla au Nouveau-Mexique

(USA) et ses 242 km de tunnels, à la vaste

Cloud Ladder Hall dans la grotte Er Wang Dong

en Chine, tellement grande qu’elle possède son

propre système fluvial. « Je fais du sport tous

les jours, car il faut être en forme pour faire

mon métier, détaille la scientifique de 48 ans

qui dirige le programme de doctorat de biosciences

intégrées à l’université d’Akron (Ohio,

USA). Lors d’une expédition dans la grotte

Lechuguilla, on reste en général huit jours sous

THE RED BULLETIN 51


terre. On porte des sacs de 17 à 20 kilos, on fait

du rappel dans des tunnels étroits. J’ai traversé

la jungle de Bornéo pour atteindre des grottes

où il faisait 25 ou 27 °C. Elles sont pleines de

sangsues, vous avez de l’eau jusqu’à la taille,

les chauve-souris vous frôlent le crâne. Comme

pour tout dans la vie, même en vous donnant

à 100 %, vous risquez de ne récolter que 3 %

en retour, mais ces 3 % en valent vraiment la

peine. »

Les recherches du Dr Barton portent sur la

résistance aux antibiotiques. Ces dérivés de

composés naturels fabriqués par des microbes

dans le sol aident à combattre les maladies

infectieuses. Mais leur consommation abusive

a conduit les microbes nuisibles à développer

une résistance, affaiblissant l’efficacité des

traitements de maladies telles que la pneumonie

ou la tuberculose. Les Nations Unies ont

averti que le nombre de décès dus à des infections

résistantes aux médicaments pourraient

atteindre dix millions par an d’ici 2050, qualifiant

ce phénomène de « l’une des plus grandes

menaces auxquelles nous soyons confrontées ».

Mais Hazel Barton a fait une découverte prometteuse

dans la grotte de Lechuguilla, à

près de 500 mètres de profondeur.

« Je sais que personne n’est jamais passé

par là, dit-elle. L’endroit est immaculé. L’eau de

pluie depuis la surface met mille ans à s’infiltrer,

soit depuis bien avant les années 1940, lorsque

les premiers antibiotiques ont été utilisés.

Nous avons testé les insectes qui vivent ici, et

ils étaient résistants à tous les types d’antibiotiques

utilisés en médecine. Pourtant, cette

« En vous donnant à 100 %,

vous risquez de ne récolter

que 3 % en retour, mais ces

3 % en valent la peine. »

grotte est restée intacte et vierge depuis quatre

millions d’années. Ce qui suggère que la résistance

aux antibiotiques est solidement et

anciennement ancrée. »

Elle prévoie de passer au crible un million

de bactéries souterraines afin de trouver de

nouveaux microbes qui pourraient constituer

la base de nouveaux antibiotiques.

Née à Bristol, Hazel Barton a commencé

la spéléologie à 14 ans et s’est enthousiasmée

pour l’exploration des grottes en trois dimensions.

Pendant qu’elle préparait son doctorat

à l’Université du Colorado, elle est partie faire

des expéditions dans des grottes du Dakota du

Sud et du Nouveau-Mexique. C’est durant ses

recherches postdoc qu’elle a décidé de conjuguer

ses deux passions.

« Peu de scientifiques aiment partir à l’aventure

dans des conditions humides et effrayantes.

Cela m’a donné l’opportunité de visiter des

grottes qu’un microbiologiste n’avait jamais

pénétrées avant moi, dit-elle. Et d’y découvrir

de nouvelles choses. L’exploration souterraine

est très similaire à la science car on résout des

problèmes et on acquiert une forme de persévérance.

»

L’explorateur

urbain Steve Duncan

brave les égouts

d’Aix-la-Chapelle

près de Cologne,

en Allemagne.

Hazel Barton

étudie une formation

séculaire de

gypse dans la grotte

de Lechuguilla.

DAVE BUNNELL, STEVE DUNCAN/UNDERCITY.ORG

52 THE RED BULLETIN


L’explorateur urbain

Steve Duncan

Équipé d’une pontonnière, de mousquetons,

de cordes et de torches, l’explorateur urbain

Steve Duncan se faufile dans les égouts de

Londres, derrière des portes secrètes des

tunnels du métro new-yorkais, ou dans les

catacombes de Paris. Ses escapades souterraines

nous rappellent brutalement à la fragilité

de l’écologie urbaine.

« La nature est une source d’inspiration

géniale, mais pour ce qui est des environnements

urbains, ça reste à voir, explique Duncan,

41 ans, qui vit à New York. Nous supposons que

l’homme est un expert en matière de gestion

de la ville. Il suffit d’ouvrir le robinet pour que

de l’eau coule. Mais aller sous terre pour voir

d’où vient cette eau, et où elle va, cela change

tout. Si l’on coupait l’alimentation en eau de

New York dans un rayon de 65 à 120 km, les

habitants seraient privés d’eau en moins

de 24 heures. »

L’exploration des égouts a convaincu

Duncan qu’il n’y a pas de distinction entre

les environnements naturels et humains.

Les égouts modernes suivent les anciennes

rivières souterraines, les égouts des villes

côtières connaissent des raz-de-marée, et

l’eau obéit à la loi de la gravité. « Les inondations

sont causées par l’activité humaine.

Ce n’est pas l’eau qui s’infiltre là où elle ne

devrait pas, ce sont les bâtiments qui ont été

construits là où il ne fallait pas. Avec le changement

climatique, nous allons assister à

de redoutables inondations en milieu urbain.

Si New York et Londres veulent perdurer

quelque mille ans, il faut se débarrasser de

la dichotomie monde urbain/monde naturel,

et impérativement se consacrer à concevoir

des infrastructures durables et des planifications

intelligentes. »

Duncan a grandi dans le Maryland (USA),

et a commencé à explorer ce qu’il y avait

sous nos pieds alors qu’il était à l’université,

à New York, en se faufilant dans les galeries

techniques du métro à la recherche de sensations

fortes. Il a échappé de justesse à

des rames de métro dans des tunnels, a été

arrêté pour intrusion à New York et à Paris,

et a failli se noyer dans un raz-de-marée. Il

a appris à neutraliser ses peurs avec une

préparation minutieuse.

« J’essaye de maîtriser mes craintes en

prenant des mesures intelligentes et en

avançant pas à pas. Je me renseigne sur les

collecteurs d’eaux pluviales et les marées.

Je possède un compteur de gaz pour vérifier

la présence de sulfure d’hydrogène dans

les égouts. Je ne veux pas m’évanouir et me

noyer dans quelques centimètres d’eau… »

Duncan a dû être hospitalisé à trois

reprises à cause d’infections, mais même

ces maladies avaient leur utilité. « C’est un

bon rappel : les agents pathogènes d’origine

hydrique sont les plus grands meurtriers de

l’histoire de l’urbanisation. Nos égouts sont

une révolution sanitaire, certes, pourtant

ces agents pathogènes ne cessent de circuler

sous nos pieds. Pourquoi continuonsnous

de mélanger nos eaux souillées aux

eaux de précipitation propres ? Il faut

rendre nos cours d’eau plus propres. »

Il espère que ses photographies éveilleront

la curiosité et inspireront les gens à

repenser les agglomérations dans lesquelles

ils habitent. « Les cartes modernes n’offrent

qu’une représentation incomplète des paysages

urbains, dit Duncan. La réalité, elle,

est tridimensionnelle. »

THE RED BULLETIN 53


L’anthropologiste

environnemental

Dr Kenny Broad

Voilà un professeur digne d’Indiana Jones

auquel le National Geographic a déjà décerné

le prix de l’explorateur de l’année. À 53 ans, ce

chercheur sait piloter un hélicoptère, a joué les

cascadeurs à Hollywood, et adore les tenues

de plongée. Il enseigne l’anthropologie environnementaliste

à l’université de Miami et plonge

dans toutes les grottes sous-marines qui se

présentent à lui, des Bahamas au Mexique, pour

étudier le changement climatique, l’évolution

et la gestion de l’eau douce.

« Explorer une grotte sous-marine, c’est

comme pénétrer dans la cathédrale de Saint-

Jacques-de-Compostelle, sauf qu’au lieu

d’avancer dans la nef, vous plongez et vous

glissez sous les voûtes en l’espace d’un instant,

raconte Kenny Broad. C’est une explosion

de beauté qui passe par tous vos sens, une

sensation de flow incroyable. »

Il a appris à plonger gamin ; son hobby est

devenu une aptitude majeure dans ses

recherches. Les sédiments et les stalagmites

sous-marins renferment des indices vitaux sur

les changements climatiques qui ont déjà eu

lieu, sur l’environnement anoxique (ou sans

oxygène) qui a permis la préservation des fossiles.

Son équipe a trouvé des restes d’oiseaux

et de vertébrés jusque-là non répertoriés.

« En plongeant dans ces

cavernes, vous revenez

aux principes fondamentaux

de la vie : chaque

respiration compte. »

Kenny Board plonge dans des trous bleus

(cavernes marines submergées) aux Bahamas

qui servent de comparaison avec les océans

tels qu’ils existaient il y a des millénaires.

« Toutes les vies sont reliées à la plus ancienne

forme de vie sur Terre, il y a plus de deux milliards

et demi d’années. Ils reflètent autant

que possible ce qui peut se passer sur d’autres

planètes. J’ai parlé à quelqu’un de la NASA,

parce qu’il pourrait y avoir quelque chose

d’équivalent, un océan souterrain, sous la

croûte d’Europe, à l’une des lunes de Jupiter.

Ils sont intéressés par les organismes extrêmophiles,

qui supportent des conditions de vie

normalement mortelles pour d’autres. »

Le Dr Broad a fait une apparition dans la

série documentaire du National Geographic,

One Strange Rock (commentée par Will Smith).

Il aime partager le fruit de ses recherches avec

les écoles et les entreprises. Transmettre ce

savoir est aussi important que la recherche

pure, explique-t-il, car « ce n’est pas une nouvelle

publication dans une revue scientifique

spécialisée qui va faire changer la politique ni

les comportements ou les habitudes en matière

d’utilisation de l’eau courante ».

Malgré les dangers de la plongée dans des

cavernes sous-marines, il reste convaincu que

les explorateurs comme lui ramènent de précieuses

leçons de vie à la surface. « Vous revenez

aux principes fondamentaux de la vie :

chaque respiration compte. Et vous réalisez

que vous nagez dans les veines de la Terre. »

Dr Kenny Broad

nage dans un trou

bleu aux Bahamas.

WES C. SKILES/NATGEO, JILL HEINERTH, ROBBIE SHONE

54 THE RED BULLETIN


D’énormes stalagmites

dans le

spectaculaire

Er Wang Dong, en

Chine : un ensemble

de grottes si vastes

qu’elles ont leur

propre système météorologique,

comme

l’a photographié le

spéléologue et photographe

britannique

Robbie Shone.

ROBBIE SHONE

Le photographe

souterrain

Robbie Shone

L’Anglais Robbie Shone prend de sublimes

images de grottes qui, il l’espère, inspireront

un sens du miracle et un profond respect

pour le monde qui coexiste de l’autre côté de

la croûte terrestre. Ses plus belles photos

regroupent la grotte Veryovkina en Géorgie,

2 212 m de fond, la plus profonde connue sur

Terre et la vaste grotte Sarawak à Bornéo et

ses 164 459 m 2 , assez longue pour abriter

huit Boeing 747.

« Quand j’ai commencé la spéléologie,

c’était pour l’excitation que ça procurait.

Je continue d’être grisé dès je descends le

long d’une corde dans une totale obscurité,

raconte Shone, 40 ans, qui vit à Innsbruck,

en Autriche. Mais surtout, j’aime photographier

les grottes où personne n’est jamais allé.

Sur une île en Papouasie Nouvelle-Guinée, j’ai

exploré des grottes formées bien longtemps

avant l’apparition des dinosaures. Elles

n’avaient jamais été vues par l’homme auparavant,

et ne le seront peut-être plus jamais. »

Shone a commencé à faire de la spéléologie

dans les Yorkshire Dales (Angleterre) alors

qu’il étudiait l’art et la photographie à l’université

de Sheffield Hallam. « J’ai eu une vive

réaction à l’obscurité et l’adrénaline déchargée

par le monde du dessous », dit-il. Plus

« Rencontrer tous ces

scientifiques a rempli un

grand vide en moi et a

donné un sens nouveau

à mon travail. »

tard, il met ses compétences en matière de

cordage à profit en nettoyant des gratte-ciels

pour financer des voyages de spéléologie,

avant que magazines et scientifiques ne lui

passent commande.

Lors de son expédition à Veryovkina en

2018, il a été pris dans une étrange inondation.

« Je me souviens du bruit de l’eau qui

déferlait comme un train fonçant sur moi. En

grimpant pour sortir de la grotte, l’eau m’emportait

violemment. Il fallait que je garde ma

tête à l’horizontal pour respirer. Cette expérience

m’a traumatisé pendant des mois. Je

me suis saoulé. Je n’arrivais plus à dormir. »

Il a retrouvé confiance en dialoguant avec

lui-même. « Je m’efforçais de me remémorer

que les grottes sont normalement des

endroits sûrs. Les murs ne s’effondrent pas

comme les puits de mine construits par les

hommes. Et j’ai aussi suivi un cours de plongée

en eau libre pour être en confiance. »

Shone aime documenter le travail des

microbiologistes, des scientifiques et des

géologues. Il a même accompagné des astronautes

de l’ESA dans des tunnels de lave à

Lanzarote, où les géologues leur ont appris

à ramasser des échantillons de roches pour

une éventuelle mission sur Mars. « Rencontrer

tous ces scientifiques a rempli un grand vide

en moi et a donné un sens nouveau à mon travail.

J’espère que mes photos pourront révéler

ces brillants esprits qui nous aident à comprendre

notre planète, pour la sauver. »

THE RED BULLETIN 55


« On se sert de la spéléologie

et de l’escalade sur glace pour

trouver des crevasses que les

alpinistes cherchent à éviter. »

La glace sur les cordes est dangereuse pour le

Dr Sam Doyle lors de la descente en rappel d’un

moulin vertical sur le glacier suisse du Gorner.

56 THE RED BULLETIN


ROBBIE SHONE (2)

Le glaciologue

Dr Sam Doyle

Environ 10 % de la surface terrestre

est couverte de calotte

glaciaire, d’inlandsis et de glaciers,

dont le mouvement et la

fonte sont essentiels pour l’étude

du changement climatique et de

l’élévation du niveau de la mer.

Pour analyser les glaciers de

Suisse, du Groenland et de l’Antarctique,

Sam Doyle – glaciologue

de terrain à l’université

d’Aberystwyth (Pays de Galles) –

descend en rappel des puits de

glace verticaux appelés « moulins

» qui se forment lorsque

l’eau de fonte creuse un trou dans

le glacier au fil du temps. « C’est

très exigeant physiquement, il

fait froid, c’est humide, précise

Sam Doyle. Vous êtes dans un

espace étroit, glissant, et il y a

toujours un risque d’écoulement

d’eau. Nous partons à 2 ou 3

heures du matin en automne,

alors qu’il gèle, parce qu’on ne

veut pas que la glace se mette

à fondre pendant qu’on est en

bas. On utilise des techniques

de spéléologie et d’escalade sur

glace, à la recherche de crevasses

que les alpinistes, eux, essaient

à tout prix d’éviter. Sur le glacier

du Gorner en Suisse, nous avons

exploré un moulin vertical d’une

profondeur de 86 mètres. Nos

cordes super fines de 7 mm de

diamètre étaient gelées, si bien

que nos appareils de descente

ont commencé à glisser de façon

inquiétante. La descente est

devenue très rapide et difficile

à contrôler. »

Doyle perce des trous à l’aide

de jets d’eau chaude pour déposer

des capteurs qui vont enregistrer

les changements de pression

et de mouvements de l’eau.

« La fonte de la glace de surface

s’écoule vers le lit et peut accélérer

ou ralentir la progression

d’un glacier, selon les conditions.

Mes recherches posent la question

suivante : la fonte de la glace

va-t-elle s’accélérer si le climat

se réchauffe ? Est-ce que plus

de glace va être déversée dans

l’océan ? »

Travailler de nuit par des températures

de − 10 °C peut être à

la fois éreintant et décourageant.

« Il faut contrôler sa peur en

évaluant le risque et en ayant les

bonnes notions, poursuit celui

qui a grandi en pratiquant la spéléologie

en Écosse. Se déplacer

sous la glace est incroyable. Tout

est d’un bleu éclatant. »

Des grottes telles

que Lechuguilla

révèlent le passé au

paléoclimatologue

Dr Gina Moseley.

La paléoclimatologue

Dr Gina Moseley

Les grottes sont des capsules temporelles qui

aident les scientifiques à explorer le passé –

et à prévoir l’avenir. « Elles sont connectées

mais aussi préservées de la surface. Ainsi, elles

peuvent conserver des informations sur le climat

depuis des centaines de milliers d’années,

développe Gina Moseley, paléoclimatologue

à Innsbruck, en Autriche. Nous sommes les

témoins d’un changement climatique rapide

qui n’a pas de précédent. Nous pouvons regarder

en arrière, à une époque où le climat a évolué

rapidement, en libérant du gaz carbonique

dans l’atmosphère, et nous demander ce qu’il

s’est passé. Quelles ont été les conséquences ? »

Pendant l’ère quaternaire, qui dure depuis

2,6 millions d’années, la Terre a connu des

variations entre des périodes glaciaires

(froides) et interglaciaires (chaudes), dues

à l’orbite de la planète par rapport au soleil.

Les périodes chaudes déclenchent la fonte des

océans et libèrent le CO 2 retenu au fond des

océans dans l’air, ce qui accélère le réchauffement

climatique ; l’étude de ces phénomènes

permet d’anticiper le changement climatique.

Gina Moseley dirige un projet sur les cavernes

du Groenland. La région arctique est particulièrement

vulnérable au changement climatique ;

ses conséquences se font sentir partout sur

le globe, notamment avec l’élévation du niveau

de la mer et avec les perturbations climatiques.

Pour atteindre les grottes isolées du Groenland,

elle part en expédition de longue durée, enchaînant

randonnées et voyages en bateau, équipée

de forets, de marteaux et de cordes.

« J’étudie les stalagmites – ces chandeliers

qui se forment sur le sol des grottes, sculptés

par les gouttes d’eau qui tombent du plafond.

L’eau transporte avec elle une signature

chimique qui fonctionne tel un indicateur de

la température, du taux d’humidité, de la présence

de végétation aux abords de la grotte,

ou même d’une présence humaine. Nous coupons

un bout de ces stalagmites pour analyser

les informations qu’ils renferment. Notre champ

d’étude couvre une période de 650 000 ans…

Au Groenland, nous avons trouvé de magnifiques

coulées rocheuses formées par de fines

nappes d’eau. Cela prouve que malgré le permafrost

qui couvre le sol, il a dû faire plus chaud

et plus humide sur Terre par le passé. Ces éléments

aident à prévoir ce qu’il risque d’arriver

si les températures continuent de changer. »

Originaire de Cannock (Angleterre), Gina

Moseley s’est essayé à la spéléologie à douze

ans, en famille. Plus tard, elle part explorer

des grottes aux Bahamas dans le cadre de son

doctorat en Sciences géographiques à l’université

de Bristol. « J’ai réalisé qu’il était possible

d’étudier les grottes sous un angle scientifique,

et tout s’est mis en place. Si j’arrive à captiver

les gens par le biais de l’aventure, et qu’ils

finissent par se mobiliser au changement

climatique, alors je suis comblée. »

THE RED BULLETIN 57


Les patins

de l’espoir

Dans la ville historique d’Athènes, de jeunes

femmes grecques, les CHICKS IN BOWLS,

reconquièrent l’espace, naviguent dans un

avenir incertain et se bougent pour le progrès.

Et ça se passe sur des patins.

Texte ALEX KING

Photos MARK LEAVER


Suzana Bakatsia

glisse sur le tarmac

miteux de l’ancien

aéroport d’Hellinikon,

au sud d’Athènes.

59


« Après avoir commencé

le patin, j’ai imaginé des filles

radicales, conquérant la ville

sur leurs rollers. »

L orsque vous vous approchez de l’ancien

aéroport d’Athènes, des panneaux de signalisation

ternis par le soleil vous dirigent vers les arrivées

nationales et les départs internationaux. Mais rien

n’a décollé ici depuis des décennies. De vieux avions

attendent dans un silence sinistre, et la tour de

contrôle contemple une piste aux fissures perforées

par la végétation.

Cet après-midi, un groupe de patineuses s’est

retrouvé dans l’ancienne salle de départ. Elles se

promènent, explorent ses recoins oubliés et slaloment

entre ses piliers délabrés. Pour beaucoup de

ces femmes, faire du roller ici a toujours été un rêve.

Alors qu’Athènes émerge timidement d’une

décennie de chaos économique, de jeunes patineuses

se battent pour l’espace dans leur ville. Cette génération

de Grecques a grandi avec peu d’opportunités,

mais cela leur a appris une leçon précieuse : si vous

voulez assouvir votre passion, faites-le vous-même.

Alors que l’aide et les infrastructures destinées aux

jeunes ont été victimes de la crise économique historique

que traverse la Grèce, les Chicks in Bowls

Athens utilisent le patin à roulettes pour créer leur

propre communauté, s’exprimer et forger une nouvelle

relation avec leur ville. Jour après jour, elles

se présentent sur les spots de skate à dominante

masculine, exigeant respect et intégration. « Ici, tous

les skateparks sont dominés par les hommes, point !,

Depuis 2001, rien ni personne n’a décollé à l’aéroport Hellinikon d’Athènes.

Le site est resté vide pendant des années, attendant d’être réaménagé.

60 THE RED BULLETIN


(De gauche à droite)

Stefania Malama,

Suzana Bakatsia et

Sofia Argyraki patinent

dans le terminal vide

de l’aéroport.


« Pratiquer le roller nous aide

à sortir de ce qui est, pour

la plupart des gens, une réalité

vraiment difficile. »

62 THE RED BULLETIN


Ci-dessous : le team

en virée freestyle

autour du parking

vide près du sommet

du mont Lycabette

d’Athènes,

juste avant le lever

du soleil.

Page opposée :

(de gauche à droite)

Suzana Bakatsia,

Constantina Xafi

et Lydia Panagou

attendent le lever

du soleil au sommet

du Lycabette

après avoir ridé

toute la nuit.

dit Constantina Xafi, 28 ans. Quel que soit votre

niveau et le type de personne que vous êtes, vous

méritez une place au skatepark. » Xafi est l’une des

forces motrices du groupe. Elle travaille dans le

monde du théâtre, a fondé sa propre entreprise de

sérigraphie et est bénévole en tant qu’enseignante

pour Free Movement Skateboarding, qui offre des

cours gratuits de skateboard à de jeunes Grecs et à

des réfugiés. Xafi travaille à la réalisation de son rêve

de créer un skatepark rempli de bowls adaptés aux

pratiquants du patin à roulettes, mais ouvert à tous.

Même si chaque type de rider considère que le skatepark

est le sien – sur un skate, une BMX, une trottinette

ou des rollers en ligne – les patineuses sont

presque toujours des femmes. Et la construction

d’une communauté forte a changé la donne.

« Après avoir commencé le patin à roulettes, je me

suis mise à imaginer des filles radicales, conquérant

la ville sur leurs rollers », se souvient Sofia Argyraki,

31 ans, co-fondatrice de Chicks in Bowls Athens. En

janvier 2015, Sofia est allée patiner sur la rampe de

BMX de Vrilissia, aujourd’hui démolie, une ville de

la banlieue nord d’Athènes, avec ses amies Christina

Rodopoulou et Akylina Palianopoulou. Le trio a

passé la plus grande partie de l’après-midi à attaquer

la rampe ensemble, s’encourageant mutuellement à

y aller plus fort. Épatées par leur propre motivation,

elles ont créé un team pour encourager d’autres

femmes à partager leur passion. Le groupe compte

aujourd’hui environ trente à quarante filles qui

se réunissent régulièrement pour rider dans leurs

parks favoris et explorer la ville ensemble.

métropole d’Athènes n’est pas un

paradis pour riders ; c’est une ville à la planification

chaotique, très dense, dispersée sur de

L’ancienne

nombreuses collines escarpées, et truffée de

nids de poule et de trottoirs cabossés, particulièrement

dangereux pour les petites roues en uréthane

des patins. Si vous voulez rider une rampe de skate

à Athènes, il n’y a pas beaucoup d’options ; la ville

ne dispose pas de skateparks municipaux somptueux

ni d’une administration encline à tolérer les spots

faits maison. Certaines banlieues disposent de petits

parks, mais les meilleurs spots ont été construits

par les riders eux-mêmes, qu’il s’agisse du vaste

park indépendant de Galatsi ou de l’unique bowl

d’Athènes, l’espace expérimental de skate/art

Latraac du côté de Kerameikos. Mais, malgré ces

conditions défavorables, la ville abrite une communauté

de plus en plus dynamique de skateurs, de

BMXers et, plus récemment, de roller girls.

Lydia Panagou, 23 ans, l’une des rideuses les

plus accomplies du groupe, est l’un des moteurs de

cette scène en progression. « Ce que j’aime le plus

dans le roller, c’est qu’il me permet de me rapprocher

des autres, dit-elle. Nous organisons des rencontres,

nous avons notre musique et nous nous déplaçons

dans la ville vers nos endroits préférés. Chacun se

déplace et s’habille comme il le souhaite. Il est

important de ne faire qu’un avec ses patins : le style,

l’esthétique, le rythme. C’est ce qui ressort quand

il y a une harmonie et que vous vous sentez à l’aise

avec vous-même et avec les gens qui vous entourent.

Vos amis vous encouragent et vous élèvent. »

N’importe qui peut connecter avec les Chicks in

Bowls Athens sur Instagram et participer à l’une de

leurs sessions régulières, de la nouvelle rideuse à la

fille de passage en quête de relations locales. « Avoir

une communauté est vraiment important, déclare

l’artiste et architecte Foteini Korre, 29 ans. De nombreux

spots sont éloignés, ce qui motive moyennement

à y aller seule. Mais lorsqu’on bouge et ride

ensemble, on s’aide et se soutient mutuellement,

on se nourrit de l’énergie des autres. »

Korre n’a pas souvenir d’avoir pratiqué le patin

à roulettes quand elle était gamine. « Ma génération

de filles n’a pas eu l’occasion de faire ça. On nous

demandait de jouer à la poupée ou de rester à la

maison pour les tâches ménagères, pendant que nos

frères jouaient dans la rue. J’ai commencé le roller

à 28 ans, et j’aurais aimé en avoir eu la possibilité

à six. C’est difficile quand on réalise qu’à vingt ans,

on veut récupérer le temps perdu. »

Les skateparks à dominance masculine ne sont

pas uniques à Athènes. Partout dans le monde, des

efforts énormes ont été faits ces dernières années

pour rendre la culture du skate plus inclusive, mais

cela reste en grande partie un territoire d’hommes.

« Aller dans cet espace en tant que femme alors que

la majorité des riders sont des garçons crée une

division, automatiquement, explique la fondatrice

de Chicks in Bowls, Samara Buscovick, alias Lady

Trample. Que ce soit intentionnel ou non, on a

THE RED BULLETIN 63


l’impression que tous les yeux sont tournés vers

nous. Cela peut être vraiment intimidant, surtout

si vous êtes nouvelle. La majorité des interactions

que j’ai eues dans les parks ont été en fait très positives,

mais il y a toujours le sentiment que vous

êtes un extraterrestre dans leur espace – vous devez

prouver que vous y avez votre place. »

Originaire d’Auckland, en Nouvelle-Zélande,

et désormais basée à Kremmling, dans le Colorado

(USA), la pro du roller derby Lady Trample a été initiée

aux patins dans des bowls par son amie Michelle

« Cutthroat » Hayes en novembre 2012. Elle en est

immédiatement devenue accro. Au cours d’une session

quelques semaines plus tard, une amie s’est

exclamée : « “C’est tellement cool de voir toutes ces

poulettes dans des bowls !”, et le nom est resté. »

Sept ans après que Trample a commencé à construire

cette communauté inclusive, Chicks in Bowls (CIB)

compte plus de 300 clubs dans le monde.

« Une des belles choses que vous permet le CIB,

c’est de connecter avec votre section locale et de ne

plus vous sentir isolée, dit Trample. Un changement

culturel a eu lieu ; les femmes et les patins de type

quad sont désormais plus nombreux dans les parks

– et ces parks sont devenus des espaces plus sûrs. »

Pourtant, il reste du travail à faire, notamment

en Grèce, historiquement l’un des pays les plus

La jungle de béton tentaculaire qui constitue la capitale grecque,

vue du sommet du mont Lycabette.

conservateurs d’Europe, où les attitudes patriarcales

ont la vie dure. Pour les femmes du CIB

Athènes, il y a parfois des rappels frustrants que

la ville est encore en train de rattraper son retard.

« L’espace public est principalement occupé par les

hommes, et c’est un fait, déclare Korre. On le voit

dans la rue : s’il n’y a de la place que pour une personne

sur le trottoir, un homme va simplement

marcher droit et on attend de vous que vous bougiez.

C’est l’héritage des femmes qui sont restées

enfermées dans leur maison pendant tant d’années

sans aucun droit. Ici, les femmes n’ont obtenu le

droit de vote qu’en 1952. »

Les skateparks grecs reflètent la situation de la

société en général, qui évolue lentement, mais

pas assez vite pour beaucoup. « Je sais que je

suis loin d’être une pro du patin, mais certains

jeunes hommes du park m’ont complètement manqué

de respect, dit Korre avec un sentiment d’exaspération.

Une grande partie de notre pratique

consiste à récupérer de l’espace. Pour moi, c’est

politique en soi – c’est une question de féminisme

et d’autonomie en tant que femme. La plupart des

gens dans les skateparks sont cool, mais vous devez

parfois faire face à des comportements sexistes et

misogynes. Plus on se présente là où les gens rident,

plus on est acceptées. Maintenant, la plupart ont

commencé à se rendre compte que nous sommes

là pour rester. »

Pour les jeunes rideuses de la ville, il y a bien

d’autres raisons pour lesquelles il est si important

d’avoir une section athénienne du CIB et la communauté

qu’elle contribue à construire. « La vérité est

que j’aime la Grèce, j’aime Athènes et j’aime l’endroit

où j’ai grandi, dit Panagou. D’une certaine

manière, nous nous sommes habituées à vivre

comme ça, mais les choses sont difficiles pour la

jeune génération. »

La crise de la dette grecque a éclaté fin 2009 et

est devenue la pire catastrophe économique de l’histoire

de l’Union européenne. Avec un taux de chômage

avoisinant les 60 %, les jeunes ont été particulièrement

touchés. Après des années d’austérité et

de réductions des dépenses, de nombreux services

sur lesquels les jeunes comptent – écoles, universités,

installations sportives – ont un besoin urgent

de rénovations et d’investissements.

Les politiciens ont annoncé à plusieurs reprises

que la crise était terminée, mais les jeunes Grecs

n’ont guère vu leurs perspectives s’améliorer. La plupart

des emplois disponibles, généralement dans le

tourisme, sont mal payés. Cela laisse donc Panagou,

qui est sur le point de terminer son diplôme de

l’École des beaux-arts d’Athènes, face à un choix

déchirant : « C’est difficile pour quelqu’un de mon

âge qui a des espoirs et des rêves pour l’avenir. Pour

trouver du travail dans les arts, je vais probablement

devoir partir à l’étranger. Mais j’aimerais trouver

quelque chose qui me permette de rester en Grèce

et participer au changement. »

64 THE RED BULLETIN


Le terminal négligé

d’Hellinikon est un

terrain de jeu pour

l’équipe des CIB

Athènes : un endroit

pour se retrouver et

essayer de nouveaux

mouvements en

totale liberté.

Avec son économie si dépendante du tourisme,

la Grèce est sévèrement touchée par

la pandémie de COVID-19. Le désastre financier

plane au-dessus des Athéniens comme

une épée de Damoclès. Tandis que Panagou essaie

de se concentrer sur la fin de ses études et ce qu’elle

fera ensuite, le roller lui procure un réconfort salutaire.

« Il ne s’agit pas seulement d’étudier ; je ressens

le stress et la pression de la ville et du rythme

dans lequel nous vivons, explique-t-elle. Le patin

m’aide à m’éloigner de tout cela. Sortir avec des

amis pour faire notre truc, faire des figures, ou simplement

rire et parler de choses anodines... Tout

cela me fait du bien. Pratiquer le roller nous aide

à sortir de ce qui est, pour la plupart des gens, une

réalité vraiment difficile. »

Xafi et sa pote de roller Eva Balasi, trente ans, se

sont retrouvées pour une soirée à la mini-rampe de

Vyronas, nichée dans la forêt sous le mont Hymette.

Après avoir dépensé toute leur énergie, elles

« Chacun appartient au

putain d’endroit auquel

il veut appartenir,

où il se sent libre. »

reprennent leur souffle au pied de la grande rampe

en béton. « La plupart des rampes d’Athènes sont

construites pour les skateurs et sont grandes,

glissantes et dangereuses pour les quads, comme

celle-ci », raconte Balasi, qui s’est cassé le tibia en

deux endroits après être tombée ici en mars dernier.

Pourtant, même avec une tige en titane de 34 cm

dans la moelle osseuse, deux vis dans le genou et

deux autres dans la cheville, la photographe de

mode ne pouvait pas s’empêcher de rider : six

semaines après l’opération, elle patinait à nouveau,

bien qu’on lui ait dit de se reposer pendant six mois.

« Patiner, c’est tomber, ajoute Xafi, philosophiquement.

Quand tu tombes, tu dois te relever et te

remettre sur pied. »

Elle poursuit : « Le féminisme consiste à répandre

l’égalité ; je ne vois pas de frontières dans le roller.

Quand vous voyez des garçons et des filles qui se

soutiennent mutuellement, c’est là que la magie

opère. Il n’est pas nécessaire de dire qui appartient

et qui n’appartient pas à cet endroit. Chacun appartient

au putain d’endroit auquel il veut appartenir,

où il se sent libre. En Grèce, nous n’avons pas les

infrastructures ni les opportunités pour les jeunes.

Mais c’est la beauté du “fais-le toi-même” : nous

avons des rues et nous pouvons nous rassembler

pour construire ce que nous voulons. Nous pouvons

être le changement que nous voulons voir arriver. »

Le CIB d’Athènes en action, c’est dans le documentaire

court Athena Skates, sur redbull.com

THE RED BULLETIN 65


La vie du peuple

navajo est définie par le

besoin d’eau potable.

Leurs membres qui

alimentent le Navajo

Water Project sont

donc des héros.

L’ E AU SAC R É E

Dans cette réserve navajo aux États-Unis, l’association caritative

NAVAJO WATER PROJECT procure l’eau quotidienne et essentielle à

une communauté indienne sévèrement touchée par la pandémie.

Texte BILL GIFFORD

Photos JIM KRANTZ

67


A

u cœur de la nation Navajo, à une dizaine

de kilomètres de la route goudronnée la

plus proche, Donovan Smallcanyon pilote

un Ford F350 blanc sur une voie sableuse.

Devant lui, la terre s’éloigne vers le Little

Colorado River, qui rejoint bientôt son

grand frère pour former le Grand Canyon.

Mais ici, tout est sec. La seule eau à disposition

s’agite dans un énorme réservoir

en plastique sur une remorque derrière

le camion de Smallcanyon.

Pour un observateur local, Smallcanyon

et son partenaire, Steven Chief,

ressemblent à une paire de « transporteurs

d’eau » navajos, transportant le

précieux liquide vers les réservoirs

d’abreuvement du bétail ou vers les

maisons de la famille ou des amis. Les

camionnettes qui s’affaissent sous le

poids des barils d’eau sont un spectacle

courant dans la réserve. Mais celle-ci

a une mission différente.

Enfin, la route s’enfonce dans un

creux et on aperçoit une petite enceinte,

avec une habitation traditionnelle en

terre ronde appelée hogan, et un logement

plus moderne en pierre et en

brique. Derrière, un corral en bois est

occupé par des moutons et des chèvres.

Howard et Lily Dugi, éleveurs de moutons

navajos octogénaires, s’occupent

de leurs animaux à notre arrivée. Emma

Robbins et Shanna Yazzie, deux femmes

navajos d’une trentaine d’années, sortent

de leur véhicule suiveur et s’approchent

du couple, portant des masques et les

saluant en navajo : « Yá’át’ééh ! »

chantent-elles.

Emma est la directrice du Navajo

Water Project, une association novatrice

à but non lucratif dont la mission est

d’apporter de l’eau courante et propre

aux habitants de la nation Navajo qui

en manquent, comme les Dugi. Sa camarade

Shanna est la coordinatrice du

projet pour cette zone de la réserve,

qui s’étend à travers l’Arizona, l’Utah et

le Nouveau-Mexique, occupant un territoire

plus grand que la Virginie occidentale.

Toutes deux ont grandi à proximité.

Howard ouvre un portail et ses animaux

sortent du corral, se précipitant

vers un abreuvoir à une cinquantaine

de mètres de là. Leur pelage est hirsute,

prêt à être tondu. Un mouton boite dans

une autre direction, et Howard soupire,

attrape un lasso et saute sur son quad

pour le poursuivre. En faisant tourner

la corde avec grâce, il attrape le fuyard

avec un lancer d’expert. « Ces animaux,

c’est la richesse des Navajos », plaisante

Shanna, les yeux pétillants.

Nous sommes le 11 septembre 2020,

six mois après le début de la pandémie,

et les nations Navajo et Hopi comptent

parmi les régions les plus touchées du

pays. Plus de 10 000 Navajos ont été diagnostiqués

avec la maladie, et 540 sont

morts, parmi lesquels un employé du

Navajo Water Project qui a probablement

contracté la maladie lors d’une cérémonie

sacrée en Arizona. Le nombre de nouveaux

cas a fortement diminué, pour

atteindre presque zéro, mais la communauté

est toujours confinée, avec des

couvre-feux nocturnes. L’économie locale

a été écrasée. Des panneaux sur les routes

invitent à rester chez soi : « PROTÉGEZ

NOS AÎNÉS ! » Howard et Lily ont reçu

à l’occasion des livraisons de leurs

enfants, mais pas de longues visites.

Nous sommes les premiers visiteurs

extérieurs qu’ils ont vus depuis des mois.

Pour compliquer les choses, il n’a pas

plu depuis deux mois, raconte Lily Dugi à

Shanna, en navajo. Leur ancienne citerne

d’eau, située au sommet d’une petite élévation

à côté de leur maison, est presque

à sec. Son mari vieillit, poursuit- elle, et

a du mal à suivre les travaux de leur

ranch. Maintenir leur troupeau en vie

est devenu leur seul objectif de vie. Notre

cargaison – un réservoir en plastique tout

neuf rempli de 1 000 litres d’eau – est la

68


PLUS QUE TOUTE AUTRE DES

« COMMODITÉS » MODERNES,

L’EAU DÉFINIT UNE CIVILISATION.

Donovan Smallcanyon, qui

travaille avec le Navajo

Water Project, remplit une

citerne dans la réserve.


Talents locaux : Emma Robbins (à gauche)

et Shanna Yazzie ont de profondes racines

locales et dirigent le Navajo Water Project.

bienvenue. Donovan Smallcanyon et son

collègue Steven Chief, les transporteurs

d’eau, manœuvrent leur remorque en

position, et se mettent au travail.

Il y a cinq ans, Emma Robbins travaillait

dans une galerie d’art à Chicago lorsqu’elle

a lu un article de journal sur une

association à but non lucratif appelée

DigDeep qui commençait à s’attaquer au

problème de l’accès à l’eau dans la réserve

navajo. Elle était elle-même intimement

liée à la question de l’eau, ayant grandi

dans la réserve. Son père est navajo, mais

sa mère était juive, et a déménagé de

Chicago, faisant de Robbins une « Nava-

Juive » autoproclamée.

Bien que sa galerie et sa carrière artistique

soient florissantes, une part d’elle

s’est senti attirée par un retour au bercail.

Elle a donc envoyé un courriel au fondateur

de DigDeep, un millénial nommé

George McGraw, lui proposant de faire

du bénévolat. « Pour les gens qui viennent

de la réserve, il y a ce désir constant de

rentrer à la maison, soit pour aider notre

peuple, soit pour revenir et être avec

votre famille », dit-elle.

McGraw était un profil improbable

pour monter un projet caritatif visant

à aider les Navajos : il avait grandi sur

un lac dans le nord du Wisconsin, aussi

loin de la nation Navajo qu’il est possible

de l’être. « J’ai passé ma vie entourée

d’eau, à jouer avec l’eau, à vivre par

l’eau, raconte le jeune homme de 33 ans.

Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé

qu’un milliard de personnes dans le

monde n’en ont pas. »

Issu d’une famille riche, conservatrice

et religieuse, il a vécu comme enfermé

jusqu’à la fin de sa vingtaine, étant

homosexuel. « Je n’ai pas grandi dans

un environnement qui m’a pleinement

soutenu ou qui a préservé mon bonheur

et ma dignité, dit-il. Fondamentalement,

cela m’a conduit à être plus empathique

avec d’autres, qui étaient confrontés à

des défis insurmontables. » La vie sans

eau représentait le défi ultime. Après

avoir étudié le développement de l’eau

dans une école supérieure, il a fondé

DigDeep alors qu’il n’avait que 25 ans,

en se concentrant sur des projets au

Sud-Soudan. « C’est la partie qui est

un peu embarrassante, dit-il. J’ai pris

l’avion et me suis rendu en Afrique pour

résoudre le problème de quelqu’un

d’autre. Je n’avais même pas pris la

peine de gérer les miens. »

Un don de 50 dollars l’a incité à changer

d’orientation. En 2013, il a reçu un

appel d’une femme nommée Karen

Reynolds, qui avait aidé à construire

des maisons dans la réserve navajo, où

elle a été surprise de constater que les

maisons n’avaient ni cuisine ni salle de

bain. Cela s’expliquait par le fait que

ces maisons n’avaient pas l’eau courante,

lui a-t-on dit. Elle s’est renseignée sur les

organisations caritatives dédiées au sujet

de l’eau et est tombée sur le projet de

McGraw. Elle a proposé de lui donner

50 dollars, mais seulement si McGraw

les utilisait pour améliorer la situation

de l’eau dans la réserve.

Le fils de bonne famille s’est rendu

au Nouveau-Mexique et Reynolds lui a

permis de connecter avec ses relations

dans la réserve. McGraw a réalisé que

DigDeep devait monter en puissance, et

le Navajo Water Project est né. Son premier

projet consista à améliorer un puits

pour une communauté proche de Grants,

au Nouveau- Mexique, pour alimenter

70 THE RED BULLETIN


La nation Navajo

a été durement

touchée par la pandémie,

ce qui a rendu

la question de l’approvisionnement

en eau

encore plus critique.

THE RED BULLETIN 71


leur camion d’eau qui faisait des livraisons

aux maisons qui n’étaient pas raccordées

à l’eau municipale. Lors d’une

réunion municipale pour discuter du projet,

une femme s’est levée pour le remercier

de son effort : « Elle a dit, merci, c’est

super, je suis sûre que cela aidera ces

familles à avoir 1 200 litres par mois au

lieu de 800 litres », se souvient- il. Mais

elle a ajouté : « Mes enfants vont à l’école

avec des enfants qui ont pris une seule

douche ce mois-ci. Nous n’avons pas

besoin de plus d’eau dans un baril à notre

porte d’entrée. Nous avons besoin d’eau

courante chaude et froide dans nos

maisons. »

Selon un rapport de DigDeep et

de la Water Alliance datant de

2018, quelque 2,2 millions

d’Américains, d’El Paso aux

Appalaches, n’ont pas l’eau courante ni de

toilettes à chasse d’eau dans leur maison.

Dans des endroits comme Flint, dans le

Michigan, 44 millions d’autres n’ont pas

accès à une eau potable fiable. Dans la

nation Navajo, le problème est particulièrement

grave : peu de foyers de la réserve

aride ont leur propre puits, et les puits

des communautés locales sont souvent

inconstants ou contaminés. Environ un

tiers des foyers navajos ne disposent pas

de plomberie intérieure, et doivent donc

faire venir de l’eau et la stocker pour un

usage ultérieur, y compris celle de Yazzie.

Plus de cent ans après la création de la

nation Navajo, les revendications tribales

concernant les précieux droits sur l’eau

n’ont toujours pas été finalisées. Les

Navajos ont conclu un accord avec le

Metric Smith remplit un

réservoir neuf de mille

litres. Les bénéficiaires

en seront propriétaires

et responsables.

ENVIRON UN TIERS DES

MÉNAGES NAVAJOS NE

DISPOSENT PAS DE

PLOMBERIE INTÉRIEURE.

Nouveau-Mexique en 2010, mais les poursuites

judiciaires continuent ; les négociations

avec l’Utah et l’Arizona n’ont pas

encore été inscrites dans la loi. Ainsi, alors

que la réserve est bordée par l’énorme lac

Powell, les Navajos ne sont pas autorisés

à utiliser une partie de son eau. Et alors

qu’une grande partie de l’Amérique rurale

a bénéficié de projets d’eau massifs financés

par l’État qui ont vu le jour dans le

cadre du New Deal dans les années 1930,

ces projets n’ont pas été retenus dans la

réserve – ni d’ailleurs dans de nombreuses

autres régions noires et brunes du pays.

Ainsi, de nombreux habitants de la

réserve sont obligés de forer des puits

dans des aquifères en déclin ou de se fier

à des transporteurs d’eau.

Le projet Navajo Water de DigDeep

a trouvé une solution créative au problème,

en s’inspirant de certaines choses

que les locaux faisaient déjà, et en les

améliorant. Avant la pandémie, DigDeep

aurait aidé un ménage comme les Dugi

à obtenir une nouvelle citerne souterraine

d’une capacité de 4 500 litres,

reliée à la maison par des tuyaux en PVC

et une pompe électrique à 30 dollars,

comme celle utilisée dans les véhicules

de loisirs. Il suffit d’appuyer sur un bouton

pour avoir de l’eau courante. De

façon permanente. L’ingrédient-clé,

cependant, est intangible : la propriété

locale. Après son expérience en Afrique,

McGraw a réalisé que le projet Navajo

Water lui-même devait être détenu et

géré par le peuple navajo. « Ce n’était

évidemment pas idéal pour moi de venir,

en tant que gay blanc, riche et cisgenre

qui vit à Los Angeles, et de leur dire

comment résoudre leur problème,

expose McGraw. Nous avons commencé

à embaucher sur la nation Navajo dans le

but d’en faire une organisation indigène,

dirigée par une personne indigène. Et

cette personne était Emma Robbins. »

Quelques semaines après avoir rencontré

McGraw, Robbins et son concubin

avaient déménagé à Los Angeles, et elle

inaugurait un poste de directrice et de

première employée à plein temps du tout

jeune projet Navajo Water de DigDeep.

À l’époque, Emma Robbins n’avait même

pas de permis de conduire ; aujourd’hui,

la jeune femme de 34 ans fait l’allerretour

entre Los Angeles et la réserve

dans un pick-up F150 qu’elle appelle le

Truckasaurus, portant le slogan de Dig-

Deep : « Chaque Américain mérite d’avoir

accès à de l’eau courante propre. » Elle

constate souvent qu’elle a des liens personnels

avec les gens qu’elle sert, soit

par le biais de sa famille, soit parce que

beaucoup d’entre eux connaissent son

père, un employé local de longue date

du Bureau des affaires indiennes qui

conseille les petits éleveurs sur les questions

de pâturage.

En collaboration avec les sections

locales et les aides sanitaires de la communauté,

Robbins et son équipe ont

identifié les foyers dans le besoin et ont

installé plus de 200 systèmes de citernes

dans les foyers de la réserve, en commençant

par le Nouveau-Mexique, puis

en s’installant en Arizona et dans une

partie de l’Utah. Les résidents sont propriétaires

de leurs systèmes d’eau et

responsables de leur entretien. L’eau

est fournie par des « sections » locales,

comme les organes de gouvernance

locaux connus dans la réserve, pour un

prix symbolique. « Nous ne faisons pas

de travaux de secours, explique Emma

Robbins, qui va à l’essentiel, discrètement.

Nous faisons des projets d’accès

à l’eau à long terme. »

Mais la pandémie a frappé, et tout a

été revu.

Notre journée dans ce monde des

Navajos a commencé au champ

de foire de Tuba City, où Smallcanyon

et Chief étaient en train

de charger leur remorque quand je suis

arrivé à 9 heures du matin. En temps

normal, ce site aurait dû être occupé par

72 THE RED BULLETIN


Dans la culture navajo, les moutons sont

un symbole de prospérité, mais maintenir

un troupeau hydraté et en bonne santé de

nos jours est un sacré défi.

Alberta Yuzzie (à l’extrême gauche), Metric Smith et

Kaitlin Harris font partie de la petite équipe du Navajo

Water Project qui change la vie des familles de la réserve.


les préparatifs de la foire annuelle des

Navajos de l’Ouest, l’un des plus grands

événements de l’année dans toute la

réserve. Au lieu de cela, il a été transformé

en un lieu de logistique pour

diverses organisations d’aide aux

populations.

Dans un local, Robbins nous montre

des tas de caisses de bouteilles d’eau

Arrowhead, vestiges d’un énorme don

de Nestlé du début de la pandémie, qui

a obligé DigDeep à cesser d’installer ses

systèmes d’eau. Il ne semblait plus sûr

pour les plombiers et les techniciens de

travailler chez les gens pendant des

heures d’affilée. Dans le même temps,

la pandémie n’avait fait qu’accroître les

besoins en eau. « Le don d’une tonne de

bouteilles d’eau par Nestlé fut le bienvenu,

explique Robbins, mais il n’a pas

résolu le problème sous-jacent : comment

se laver les mains avec de l’eau

embouteillée ? »

DigDeep s’est positionné comme un

astucieux bouche-trou : au lieu d’installer

des systèmes d’eau dans les maisons

des gens, comme ils le faisaient auparavant,

ils ont placé des réservoirs d’eau

temporaires à côté des maisons des

Navajos. Des réservoirs en plastique

de forme cubique logés dans des cages

métalliques, une méthode déjà largement

utilisée sur ce territoire. Ils

contiennent mille litres, sont durables

et faciles à empiler sur un camion. Dig-

Deep a amélioré la conception existante,

en ajoutant un robinet qui peut être

Pré-pandémie, le programme

installait des citernes qui

donnaient l’eau courante aux

bénéficiaires, mais il a pivoté sur

ce système de citernes pour

minimiser les risques sanitaires.

allumé et éteint, et en élevant le réservoir,

pour faciliter le remplissage des

seaux. Mille litres représentent moins

de deux jours de consommation par

l’Arizonien moyen, non navajo, mais

cela devrait suffire pour l’instant. « Nous

sommes en train d’apprendre énormément

de choses », dit Robbins.

Plus tard, au ranch du couple Dugi,

Smallcanyon nivelle un carré de terre

avec une pelle, et Chief, le plus grand,

le plus fort et le moins expérimenté des

deux, fait passer des parpaings et une

plaque de contreplaqué du camion pour

construire une petite plate-forme sur

laquelle le réservoir pourra être posé.

Ensemble, ils soulèvent le réservoir de

la remorque et le mettent en place, puis

ils font passer un gros tuyau bleu sur le

dessus, en le vaporisant d’abord avec

une solution d’eau de javel pour éviter

la contamination.

Yazzie présente au couple un accord

à signer, qu’elle explique patiemment

en navajo : le réservoir leur appartiendra,

et ils seront responsables de son nettoyage

et de son entretien. Il sera rempli

par DigDeep toutes les deux ou trois

« LES VISAGES DES

DUGI S’ILLUMINENT.

QUI N’AIME PAS

LE BRUIT DE L’EAU

COURANTE ? »

semaines, ou peut-être tous les mois,

jusqu’à la fin décembre. Après cela, ils

devront fournir leur propre eau. Elle

leur conseille de couvrir le réservoir avec

une bâche, pour empêcher la croissance

des algues, et de le rincer au moins une

fois par mois. Ensuite, Smallcanyon met

en marche une petite pompe à essence

qui donne vie à la cuve et fait jaillir de

l’eau pure et claire. Les visages des Dugi

s’illuminent. Qui n’aime pas le bruit de

l’eau courante ?

Les Dugi vivent dans un luxe

relatif par rapport à certains

des endroits que nous visitons

ce jour-là. Leur maison est en

dur, pas une caravane accidentée, ils

ont des fenêtres intactes et une porte

qui fonctionne -– et des moutons, bien

sûr. La richesse des Navajos. Au fur et

à mesure que la journée avance, nous

voyons des situations bien pires. J’ai

voyagé et fait des reportages en Afrique

et en Amérique du Sud, mais j’ai rarement

été témoin d’une pauvreté aussi

désespérée que pendant les deux jours

où j’ai suivi les équipes de DigDeep dans

les coins les plus reculés de la réserve.

Nous concevons souvent la pauvreté

comme un manque d’argent, mais le

manque d’eau représente un niveau

de besoin bien plus profond.

« Quand vous vivez sans eau, c’est

un souci qui détermine, dit McGraw.

Cela détermine la façon dont vous organisez

votre journée. Vous vous réveillez

en pensant : comment vais-je avoir assez

d’eau pour moi et ma famille ? »

De nombreuses personnes de la

réserve, comme les Dugi (et même les

Yazzie), ont des problèmes d’eau structurels

à long terme. Ils vivent dans des

endroits reculés où il n’y a pas beaucoup

d’eau. Ou si elle est disponible, elle est

chère : une famille peut dépenser près

de 300 dollars par mois pour l’eau transportée,

des douches façon camping

et l’essence pour le camion-citerne,

explique Shanna Yazzie. Les besoins

dans la réserve sont énormes : rien que

dans la petite communauté de Dilkon,

en Arizona, il y a une liste d’attente de

près de 200 foyers qui ont besoin d’un

système d’approvisionnement en eau.

DigDeep a réussi à en installer neuf

avant l’arrêt dû à la pandémie.

Pour d’autres personnes que nous

rencontrons, leurs problèmes d’eau sont

conjoncturels. Quelques mauvaises

passes dans la vie, et leur accès à cette

ressource vitale est soudainement mis

en danger. C’est le cas de notre premier

client aujourd’hui. Juste à la sortie de

74 THE RED BULLETIN


« Quand vous vivez

sans eau, c’est un souci

qui détermine », dit

George McGraw, le fondateur

de DigDeep, l’organisme

qui finance le

Navajo Water Project.


Lily Dugi, qui a 80 ans, vit avec

son mari dans un ranch de

moutons isolé. Ils ont reçu peu

de visiteurs depuis le début de

la pandémie.

Tuba City, nous quittons la route principale

pour nous rendre dans une petite

cabane, d’environ 3 mètres sur 4, peinte

en marron. Homer Bancroft en émerge,

une queue de cheval grise serpentant

sous une casquette bleu turquoise. Son

pantalon est maintenu par une jolie ceinture

en cuir avec une boucle argentée,

mais sa situation est difficile. Sa caravane

a été brûlée par un pyromane l’année

dernière. Il a ensuite été blessé par

un conducteur ivre lors d’un délit de

fuite, qui a détruit sa voiture et l’a laissé

pour mort. Il est allé rendre visite à ses

enfants dans le sud de l’Utah pour récupérer,

et maintenant il est de retour,

vivant dans cette cabane. D’autres

proches s’occupent de lui.

Bancroft me montre son tonneau

d’eau en plastique bleu, à l’intérieur

d’un hangar en contreplaqué à côté de

sa maison. Un mur de la remise est

adossé à une série de vieux appareils :

un réfrigérateur, un lave-vaisselle et

quelques cuisinières. Un ami livre de

l’eau toutes les semaines environ. Un

court chemin mène à une remise en bois

d’apparence vieillie, face à l’autoroute.

Maintenant que sa voiture n’est plus là,

il se rend à pied sur la route pour faire

du stop jusqu’à la ville, ce qui n’est guère

sûr en cas de pandémie. Il peut survivre

sans sa voiture ou sans un lave-vaisselle

en état de marche, mais pas sans eau.

Pendant deux jours, en sillonnant la

nation Navajo, je vois différentes facettes

d’une certaine Amérique. Les Navajos qui

travaillaient ou vivaient hors réserve sont

retournés chez eux, vivant avec leurs

parents et d’autres membres de la famille,

et mettant à rude épreuve les ressources

disponibles, liquides ou autres. Lionel

Nebitsi travaillait dans une raffinerie près

de Salt Lake City lorsqu’il a été diagnostiqué

avec un cancer et est revenu à la maison

; aujourd’hui, il se sert d’un déambulateur,

incapable de travailler, vulnérable

au virus à cause de sa maladie sous-

76 THE RED BULLETIN


jacente. À quelques kilomètres de là, Roy

Hale avait fait du bon travail en installant

des systèmes de plomberie et de climatisation

dans les hôtels et les supermarchés

Walmart du Sud-Ouest.

« Mon patron n’aime pas embaucher

des Blancs, seulement des Navajos,

précise-t-il. Il dit que les Blancs fument

trop. » Mais son patron ne l’a pas appelé

au travail depuis six mois. Maintenant,

il est retourné vivre avec sa mère et

d’autres membres de sa famille dans leur

ancienne ferme, près d’une petite butte

cramoisie que les gens du coin appellent

Red Rock. « J’ai travaillé dix-sept ans,

me dit-il. Dix-sept putain d’années. »

« L’UNE DES PIRES

CHOSES QUE L’ON

PUISSE FAIRE À UN

NAVAJO ? L’ÉLOIGNER

DE SA TERRE. »

Il fait une pause. « Tu veux un morceau

de pain frit ? »

La réserve elle-même reste en état de

fermeture prolongée, ce qui rend presque

impossible la recherche d’un emploi.

Dans la ville de Kayenta, Arizona, près

de Monument Valley, normalement un

haut lieu pour les touristes du monde

entier, je séjourne dans un hôtel de trois

cents chambres avec peut-être une douzaine

d’autres clients seulement. Tous les

parcs tribaux et les sentiers sont fermés,

et de nombreuses routes de terre en

dehors des autoroutes principales sont

bloquées par des panneaux annonçant :

« FERMÉ. PAS DE VISITEURS. »

Il n’a pas plu depuis deux mois. Les

lavoirs et les lits de ruisseaux sont tous

secs, et même le Little Colorado River

est une tache boueuse. Le coronavirus

a entravé les livraisons d’eau, et certaines

personnes avec lesquelles je parle n’ont

pas eu d’eau depuis des mois. Les animaux

souffrent tout autant : sur le chemin

du retour, nous croisons un cheval

sauvage couché dans la terre au bord de

la route, les hanches et la colonne vertébrale

saillantes, haletant et mourant de

soif. Nous continuons. Nous ne pouvons

lui apporter aucune aide.

Notre dernier arrêt est une habitation

ronde en bois au bout

d’une autre longue route rocailleuse

– un hogan, une maison

navajo typique, modifiée et moderne,

dit Yazzie. Un panneau collé sur la porte

avertit : « LE PATIENT A UNE MALADIE

RESPIRATOIRE. VEUILLEZ NE PAS

ENTRER. MERCI. »

Shanna Yazzie et Emma Robbins font

le tour de la maison pour évaluer la

situation. Il y a une citerne souterraine,

mais son niveau d’eau semble bas. Elles

décident d’installer la dernière citerne

d’eau, au cas où. Smallcanyon et Chief

se mettent au travail. Finalement, la

porte s’ouvre et une vieille femme apparaît,

portant un masque. Elle s’approche

timidement, et Yazzie se dirige vers elle.

Ils parlent, et il s’avère qu’elle connaît

la famille de Yazzie. La porte s’ouvre à

nouveau, et le mari émerge, se déplaçant

lentement, serrant son déambulateur,

courbé par l’âge, en direction des

toilettes extérieures. Ce sont les Netzsosie,

Bessie et David. L’homme a récemment

été à l’hôpital, explique-t-elle, d’où

le panneau sur la porte. Leur fille vit

dans une caravane voisine, mais elle est

au travail maintenant. En se traînant,

David s’installe lourdement sur une

chaise, la tête en bas. Nous gardons nos

distances alors que, d’une voix forte,

Bessie commence à expliquer ce que

nous faisons. Elle se met à pleurer. Le

réservoir d’eau est la première bonne

nouvelle qu’ils ont eue depuis des mois.

Nous continuons de parler, et il

s’avère que David a cent ans, ou presque,

en tout cas. Les certificats de naissance

ont tendance à être quelque peu vagues,

et un agent du gouvernement a marqué

son anniversaire comme étant le jour de

Noël 1926, ce qui est probablement

inventé. Ce qui est plus certain, c’est que

David était un coureur dans sa jeunesse

– les Navajos sont des coureurs de fond

réputés, qui parcourent des dizaines de

kilomètres sur ce terrain rude et sec.

« Pas possible !, dit Yazzie. Mon grandpère

était aussi un coureur. » Il s’avère

qu’ils couraient ensemble, autrefois,

avec des mocassins en cuir. David sourit

à présent, il vit dans ses souvenirs. Tout

comme Yazzie.

Je repense à quelque chose que

Robbins me disait : « Chaque fois que

nous perdons un aîné, nous perdons

une grande partie de notre culture. »

Pendant que nous parlons, un cheval

noir maigre s’agite, comme pour se

joindre à la conversation. « Il s’appelle

Sweetie Boy », nous dit Bessie, et il a

quinze ans. D’après ce que l’on voit, il

n’a plus beaucoup de temps à vivre : sa

colonne vertébrale s’affaisse et ses côtes

dépassent. Je m’éloigne, effrayé par son

regard. Mais Robbins décide de passer

à l’action. Elle retourne à son camion

et prend une grande cruche d’eau Arrowhead,

provenant du don de Nestlé. Elle

la vide dans un seau en plastique blanc

et la donne à Sweetie Boy, qui s’en

délecte. En se frappant joyeusement les

lèvres, il se retourne vers son corral.

« La première question est souvent :

pourquoi ne déménagent-ils pas ?, dira

Robbins plus tard. S’ils devaient déménager,

pourraient-ils avoir leur mode de

vie traditionnel, et leur cheval ? Non,

bien sûr que non. L’une des pires choses

que l’on puisse faire à un Navajo est de

l’éloigner de sa terre, après qu’il se soit

tant battu pour elle. C’est comme mourir

d’une autre façon. »

L’eau leur permettra de rester ici, dans

cette terre silencieuse, belle et sèche, au

moins un peu plus longtemps.

THE RED BULLETIN 77


ALPHATAURI.COM


PERSPECTIVES

Expériences et équipements pour une vie améliorée

WILLIAM COPESTAKE WILLIAM COPESTAKE

LE KAYAK

TRANQUILLE

Îles Summer, au

nord de l’Écosse

79


PERSPECTIVES

voyage

« Le plaisir du kayak de mer,

c’est d’être dans l’eau plutôt que

sur l’eau. Vous serez au plus

près de la faune et de la flore. »

Will Copestake, aventurier et guide

Il est six heures du matin et, à l’horizon,

le soleil s’étend sur un panorama

de montagnes déchiquetées

et fait miroiter la mer. Je suis éveillé

avant les autres participants qui commencent

à remuer dans leurs sacs de

couchage. Un matin d’été typique dans

les îles Summer en Écosse : tout est

calme, une brise légère amène une

odeur de mer, le grondement régulier

du ressac roule contre les falaises à

proximité, les phoques chantent mélodieusement

depuis les rochers.

Depuis 2013, je poursuis des aventures

autour du monde, à la fois personnelles

et en tant que guide, tant pour

des virées d’une durée d’un an qui

incluent kayak, vélo et escalade à travers

l’Écosse que pour des expéditions

de mille kilomètres en kayak à travers

la Patagonie. Mais je considère les îles

Summer comme mon chez-moi. En tant

que responsable de notre entreprise,

Kayak Summer Isles, c’est à la fois mon

boulot et mon plaisir d’encourager les

gens à s’aventurer hors des sentiers

battus et à marquer une pause. Nous

fournissons la confiance et les compétences

nécessaires afin de profiter de

ce qui nous entoure tout en visitant des

endroits reculés et en renouant avec

la nature. Je passe la plupart de mes

journées à enseigner puis à mener des

groupes le long de voûtes naturelles,

de grottes, de falaises et de plages de

sable sauvages au milieu de paysages

à couper le souffle.

C’est une pratique qui va de pair

avec le concept croissant de « tourisme

doux », la contrepartie de la liste d’endroits

à visiter que l’on raye au fur et

à mesure. L’industrie du voyage est

actuellement animée par une volonté,

en partie alimentée par les médias

sociaux, d’accumuler le plus d’expériences

possible tout en prenant le

moins de temps possible. C’est certes

un moyen rapide de voir beaucoup

de choses formidables et cela s’inscrit

dans la vie active que beaucoup d’entre

nous mènent. Mais les voyages rapides

ont aussi d’énormes limites. Rares

sont ceux qui prennent le temps de

réellement découvrir les communautés

locales, les paysages et les merveilles

qu’ils survolent lorsqu’ils courent vers

la prochaine attraction. En fait, le trajet

importe autant que la destination.

Plus tôt cette année, pendant le

confinement, il était inspirant de voir

tant de nos voisins découvrir les joyaux

locaux qu’ils avaient jusqu’ici rarement

explorés, encouragés par la nécessité

d’explorer plus près de chez eux.

C’est le dernier jour de notre aventure

de plusieurs jours et, avant de partir,

nous discutons de la façon de préparer

un kayak, de charger le bateau également

avec le poids centré sur la coque, de

préparer plusieurs petits sacs plutôt

qu’un seul grand, de garder les objets

L’écrivain Will Copestake connaît les îles Summer comme sa poche.

WILLIAM COPESTAKE

80 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES

voyage

Comment

s’y rendre

L’archipel compte

environ vingt îles,

rochers et îlots et se

trouve au large de la

côte nord-ouest des

Highlands écossais.

On peut y accéder

par bateau depuis

le port d’Achiltibuie,

qui se trouve à un peu

moins de 2 h 30 de

voiture d’Inverness.

Le kayak de mer au milieu des paysages pittoresques des îles d’Été est l’antithèse du « voyage rapide ».

Les couchers de soleil impressionnants sont monnaie courante dans cette partie du pays.

métalliques loin du compas du pont.

Nous terminons en comblant les espaces

restants avec les détritus ramassés sur le

bord de mer, un flux infini de plastique en

provenance des océans charrié par les

vagues, ce qui suscite une discussion sur

l’impact de l’humain sur ces zones sauvages

et sur la façon dont nous laissons

notre empreinte partout où nous voyageons.

Nous avons déjà fait en sorte d’éliminer

les traces de nos tentes et de nos

sacs de déchets mais il reste encore

quelques traces de pas. En tant qu’entreprise,

nous ne reviendrons plus sur ce site

pendant quelques mois afin de permettre

une régénération entre nos visites.

Une vague déferle sur la proue alors

que je pousse mon kayak depuis le rivage

THE RED BULLETIN 81


PERSPECTIVES

voyage

TRAPPE ARRIÈRE

Nourriture, sac de couchage, tapis

de sol, piquets de tente, set de cuisine

(casserole, couverts, bol et tasse).

TRAPPE VIDE-POCHE

Crayon et bloc-notes, boussole, lampe

frontale, kit de pagaie de nuit, couteau,

fusées éclairantes, chocolat.

Chargé, le kayak !

La formule : bien répartir son

approvisionnement.

TRAPPE DE PONT

Trousse médicale, sac d’hypothermie,

sac bothy, kit de réparation d’urgence,

thermos, bâche, réchaud et gaz.

TRAPPE AVANT

Nourriture, vêtements de rechange,

bottes, toile de tente (aucun objet

métallique n’est autorisé sous le pont).

Poids léger

Poids moyen

Poids moyen

à lourd

Poids moyen

à lourd

Poids moyen

Poids léger

avec un murmure d’algues sous ma

coque. L’eau fraîche me saisit la main

alors que je plonge ma pagaie pour le

premier coup d’une nouvelle journée

qui s’annonce. Un phoque fait surface

derrière moi alors qu’il nous escorte

hors du camp. Le plaisir du kayak de

mer, c’est d’être dans l’eau plutôt que

sur l’eau. Vous êtes au plus près de la

faune et de la flore, ce qu’il est difficile

de faire depuis un autre bateau. Ce lien

éveille l’attention puis, par la suite, naît

un sentiment de responsabilité face à

l’environnement dont nous profitons.

Lorsque je travaillais en Patagonie

pendant mes saisons d’hiver, j’admirais

l’approche chilienne de la gestion du

tourisme d’aventure durable qui, tout

comme le nord de l’Écosse, a connu

une croissance exponentielle plus rapide

que les infrastructures nécessaires

pour l’assurer. Flux, friction, rythme :

ralentir le flux, réduire la friction, prévoir

le rythme. Encourager les visiteurs à

une journée d’aventure en kayak ou

en randonnée les siphonne vers une

zone plus importante et ralentit le flux

en provenance de la voie principale.

Là où il existe des attractions plus fréquentées,

les frictions sont gérées par

des installations et des infrastructures.

Comprendre les rythmes des boums

de l’été et du calme hivernal permet

d’adapter et de récupérer.

Les oiseaux marins s’envolent des

falaises voisines dans un claquement

d’ailes, apportant une odeur de guano

frais qui me pique le nez. Mon sens

olfactif n’est pas meilleur après quelques

nuits loin du luxe de la maison mais avec

ce petit sacrifice vient une régénération

de l’énergie qui se transmet à l’âme

comme la houle transmet la vie à l’océan.

La relation entre l’environnement et

nous, en tant que pagayeurs, se développe

sur l’eau. Lorsque nous rentrerons

chez nous, rafraîchis par une évasion

authentique, nous aurons une nouvelle

histoire à raconter au moment du café

du lendemain matin.

Will Copestake est un aventurier, photographe

et guide et mène des expéditions

en plein air en Écosse et en Patagonie.

Suivez-le sur willcopestakemedia.com ;

et apprenez comment voyager avec lui

sur kayaksummerisles.com

En faisant du kayak en Patagonie, vous aurez des

glaciers et des icebergs entiers pour vous.

Nouveau rythme

Embrassez le slow travel.

EXPLOREZ LE LOCH BROOM ET LES

ÎLES SUMMER

Les villes voisines d’Ullapool et d’Achiltibuie

constituent le point de départ idéal

pour découvrir certains des endroits

sauvages, un géoparc de l’UNESCO et un

centre d’arts et de musique traditionnels.

L’AVENTURE DANS LES CAIRNGORMS

Tout au long de l’année, ski en hiver et randos

à n’en plus finir en été. Les activités

s’adressent aux débutants et aux experts,

de la montagne aux sports nautiques.

LES CÔTES DES CORNOUAILLES

Les côtes et des plages magnifiques et

des centaines de sentiers côtiers à explorer,

il y a quelque chose en Cornouailles

pour chaque intérêt. Installez-vous dans

l’une des nombreuses communautés

locales et découvrez la culture, les arts

et la musique, ainsi que les promenades

et les baignades qui y sont offertes.

KAYAK SUR LE LAC TYNDALL EN

PATAGONIE

Sans doute l’une des excursions les plus

sauvages que l’on puisse faire en kayak

sur la planète. Il ne faudra pas ménager

les efforts dans cette nature sauvage mais

vous aurez les icebergs et les glaciers pour

récompense. Vous ne verrez personne

d’autre que le guide pour la majeure partie

de ce voyage. kayakenpatagonia.com

DÉCOUVREZ REYKJAVÍK

La capitale islandaise est une base d’activités

fantastiques. Pour faire du snowboard

dans les montagnes, se ressourcer dans

un bain de boue ou apprendre à tricoter

un pull pour un arbre (hé oui, cela existe),

c’est un centre d’aventures méconnu.

WILLIAM COPESTAKE

82 THE RED BULLETIN


PROMOTION

PRÊT

POUR LES

PISTES

Compact et puissant

Avec le couple maximum

poussé à 85 Nm, les

montées les plus raides

et les sentiers les plus

difficiles peuvent être

surmontés.

Véritable bête de trail, en montée et en descente, le

Husqvarna Hard Cross 8 équipé du Shimano EP8 assure

une autonomie encore plus longue sur les pistes.

Plus de puissance et d’autonomie

chez Husqvarna : avec

un débattement de 180 mm,

le nouveau Husqvarna Hard

Cross 8 est fait pour les parcours

exigeants ! Dotée du

nouveau Shimano EP8, la

nouvelle e-génération fait

son entrée avec les modèles

haut de gamme de VTT électriques

Husqvarna. L’EP8

offre puissance immédiate

et contrôle optimal.

Performances optimales

Le mode Trail, extrêmement

polyvalent, vous permet de

vaincre presque tous les sentiers.

Plus vous pédalez fort,

plus l’EP8 fournit de la puissance.

Vous êtes soutenu au

moment précis où vous en

avez le plus besoin avec une

traction et un contrôle optimaux,

vous permettant de

vous concentrer pleinement

sur le terrain.

HUSQVARNA E-BICYCLES

E-VTT pour tous

De la ville aux sentiers

extrêmes, Husqvarna

E-Bicycles a le modèle

adéquat pour

chaque cycliste et

chaque terrain.

husqvarna-bicycles.com


PERSPECTIVES

gaming

MANETTES DE JEU

Gardez la main

En 1972, la première console de jeu commerciale, la

Magnavox Odyssey, arrive sur le marché. Sa manette,

un boîtier à trois boutons rotatifs, est une révolution.

Les contrôleurs de jeux ont fait beaucoup de chemin

depuis. Avec la sortie de la PlayStation 5 et de la Xbox

Series X/S, trois experts examinent comment les

manettes ont changé notre façon de jouer...

DUALSHOCK 3, 2008

« Avec la PS3 en 2006, Sony sort un

contrôleur de mouvement sans fil, sans

grand succès, mais revient finalement

aux vibrations. »

PLAYSTATION, 1994

« La première manette de PlayStation

est une icône à part entière, déclare

Tailby. Les boutons triangle, cercle, X

et carré sont restés à chaque version. »

DUALSHOCK 2, 2000

Sortie avec la PlayStation 2. « Deux

baguettes facilitent la navigation dans

les jeux en 3D, et la vibration rend

l’action plus percutante. »

DUALSHOCK 4, 2013

De plus grandes poignées, une surface

tactile et un bouton pour partager vos

moments de jeu. « Sans hésitation, la

meilleure manette de Sony à l’époque. »

DUALSENSE, 2020

« La manette de la PlayStation 5 est la

plus grande nouveauté de la série. Elle

délivre des vibrations plus nuancées

grâce à la rétroaction haptique. »

PLAYSTATION « J’ai grandi avec la manette DualShock, raconte Stephen Tailby, rédacteur en chef adjoint

du site de jeux PS Push Square (pushsquare.com). Les poignées ergonomiques, qui ont donné à l’appareil une

silhouette unique, ont depuis lors influencé la conception de la manette. » Toutefois, Tailby pense que la manette

DualSense, qui fait ses débuts avec la PlayStation 5, va transformer l’expérience de jeu. « La rétroaction haptique

et les déclencheurs L2 et R2 adaptatifs rendent la pression plus facile ou plus difficile en fonction de ce qui se

passe dans le jeu, et devraient améliorer l’immersion de manière tactile. Mais les fondamentaux restent intacts :

l’ADN de la première manette de Sony existe dans tous ses successeurs. » playstation.com

SONY COMPUTER ENTERTAINMENT INC, MICROSOFT

84 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES

gaming

XBOX, 2001

La manette originale. « Un modèle plus

compact est sorti peu de temps après,

dit Gilbert. Mais les fans sont restés

nostalgiques de la première. »

XBOX 360, 2005

« Le design est modernisé, des boutons

sont ajoutés ainsi qu’un port pour

casque et accessoires. Elle est

nettement plus confortable à utiliser. »

XBOX ONE, 2013

« La manette de la Xbox 360 est si

populaire qu’il n’est pas nécessaire de

procéder à des changements

radicaux. »

XBOX SERIES X/S, 2020

« Ergonomie améliorée, latence d’entrée

réduite, nouveau design de la croix

directionnelle : elle est aussi compatible avec

Windows 10 et Android. »

XBOX « La manette d’origine n’a pas eu la meilleure réception en 2001, explique Fraser Gilbert, rédacteur

en chef du site de jeux Xbox Pure Xbox (purexbox.com). Elle était très volumineuse, mais elle a posé les bases

de ce que nous attendons aujourd’hui dans la disposition des boutons, le placement des manettes analogiques

et la conception des gâchettes. » Microsoft a adapté sa nouvelle manette à la taille de la main d’un enfant de

huit ans après avoir constaté qu’elle fonctionnait aussi bien dans des mains plus petites que dans des mains

plus grandes. « C’est une évolution plutôt qu’une révolution. La popularité de chaque version témoigne de la

manière dont l’entreprise a perfectionné son contrôleur au cours des vingt dernières années. »

THE RED BULLETIN 85


PERSPECTIVES

gaming

RAZER BOOMSLANG, 1999

La première souris de jeu mécanique.

« Avant cela, les souris avaient une

sensibilité de 1 000 DPI. » En 2000

sort une version à 2 000 DPI.

RAZER DIAMONDBACK, 2004

C’est la deuxième souris à capteur

optique de Razer. « Elle est plus précise

et plus fiable que la précédente »,

déclare Jennings.

RAZER NAGA CHROMA, 2014

Une sensibilité optique de 8 200 DPI,

avec des boutons que les joueurs

peuvent associer à des actions de jeu.

RAZER MAMBA, 2015

Une sensibilité optique de 16 000 DPI

qui permet aux joueurs d’ajuster la force

des clics de leurs doigts.

RAZER DEATHADDER, 2020

Les souris sans fil peuvent souffrir

de latence, et peuvent changer de

fréquence pour une connexion rapide.

LA SOURIS DE JEU Il est difficile de se souvenir de l’époque où les jeux se jouaient avec une souris

de bureau mécanique, comme lors du lancement de Boomslang. « Elle est née de la nécessité, dit le

journaliste Mike Jennings (mike-jennings.net), qui a écrit pour Tech Radar, Wired, Custom PC, etc. Comme

les jeux PC devenaient plus complexes, il fallait plus de boutons et une plus grande précision. » Depuis, les

souris de jeu se sont diversifiées. « Les boutons supplémentaires de Naga sont parfaits pour les jeux en ligne

multijoueurs ; la sensibilité améliorée de Mamba pour les tireurs nerveux et rapides. Les exigences des

joueurs ont conduit à l’innovation. Ces souris de jeu excellent là où les souris de bureau sont défaillantes. »

RAZER

86 THE RED BULLETIN


RAZER TOM GUISE

JOUER AUTREMENT

Changer

la donne

La nécessité d’un gamer d’aller

de l’avant a bouleversé les codes.

Min-Liang Tan joue présentement

à Fall Guys: Ultimate

Knockout, un jeu multijoueur

qui a pris le monde d’assaut.

Son avantage ? Le matériel

avec lequel il joue a été conçu

par lui et réalisé par Razer,

sa société de jeux. Cette

entreprise lui vaut de figurer

parmi les quarante personnes

les plus puissantes dans le

monde du jeu vidéo en 2012.

Cinq ans plus tard, à 40 ans,

il est le plus jeune milliardaire

parti de rien de Singapour.

Et pourtant, le succès de

cet ancien avocat n’est né que

du simple désir d’être un meilleur

joueur. « Tout ce que je

voulais, c’était une meilleure

souris. Alors on en a construit

une. » C’était en 1999, et le

résultat a été la Boomslang,

la première souris au monde

dédiée au jeu.

Aujourd’hui, Razer fabrique

des ordis portables, des

casques et des smartphones.

On voue à la firme un culte de

la personnalité. « Nous recevons

des milliers de photos

de gens qui se sont fait

tatouer le logo de Razer, dit

Tan. Quelqu’un s’est même

fait tatouer mon visage. »

Pour Tan cependant, la

réussite de l’entreprise

compte moins que la communauté.

« Je ne me suis jamais

considéré comme un PDG,

dit-il. Je suis un gamer. Et je

cherche l’avantage qui me

fera gagner. »

J’ai appris à me fier

à mon instinct

« Nous n’avons pas cherché

à gagner beaucoup d’argent

avec le Boomslang. Je me

disais que comme j’en avais

besoin, j’étais sûr que d’autres

en auraient besoin aussi.

Quand nous avons redessiné

l’ordi portable destiné au jeu

afin qu’il soit super fin, les

réactions furent très négatives

: “Ce n’est pas ce que

veulent les gamers ; ils veulent

quelque chose de massif et

de solide.” Mais nous avons

persévéré dans notre idée en

faisant appel à des ingénieurs

thermiques. Maintenant, la

plupart des portables de

gaming sont fins et puissants.

»

Une mauvaise idée

est une bonne idée

mal exécutée

« Nous avons été les premiers

à choisir le noir mat qui est

devenu la couleur des gamers.

Nous avons ensuite ajouté

des LEDs en commençant

par une seule couleur puis un

éclairage RGB. Créer avec des

lumières est incroyablement

difficile : si vous en utilisez

trop peu, ça ne sert à rien ;

trop et c’est criard. Nous

PERSPECTIVES

gaming

Min-Liang Tan, 43 ans : gamer, milliardaire et zombie

(dans le film dérivé du jeu Dead Rising : Watchtower).

faisons des réunions pour

décider combien de millimètres

de lumières nous

allons mettre dans l’escalier

de notre nouveau bâtiment :

il fait quatre étages et nous

faisons plusieurs modèles

pour obtenir l’intensité lumineuse

parfaite. »

Le Razer BlackShark V2 Pro,

un casque de jeu sans fil à la

pointe de la technologie.

Si ça marche avec les

gamers, c’est gagné

avec les autres

« C’est cool de voir d’autres

utilisateurs que des gamers

opter pour nos produits.

Nous avons des professionnels

de la santé qui les utilisent

pour leur précision, j’ai

vu un programme spatial qui

utilisait nos tapis de souris

à la télé. Nous avons aussi

reçu des demandes de l’industrie

financière : ”Nos traders

utilisent des souris et des claviers

Razer. Pouvez-vous faire

des produits pour le bureau ?”

Nous n’allons pas vers le

client ; c’est le client qui

vient à nous. »

L’excellence est

toujours demandée

« Récemment, je me suis fait

une hernie discale. Des tas

de gamers m’ont dit qu’ils

avaient eu le même problème

parce qu’ils jouaient trop.

J’ai convoqué mon chef ingénieur

et lui ai demandé ce qu’il

comptait faire. Il m’a répondu

qu’on devrait s’adresser à un

chirurgien orthopédique, pour

concevoir quelque chose car

la demande sera forte pour

la solution à ce problème

apparemment courant. »

Parfois, je ferais

mieux de me taire

« Un gamer tenait absolument

à avoir un grille-pain Razer.

Je lui ai lancé un défi : “si vous

récoltez un million de likes,

je le fais.” Je me renseignais

de temps en temps. Un autre

m’a dit qu’il allait se faire

tatouer un grille-pain Razer.

J’ai eu la bêtise de lui lancer

un défi similaire au précédent

: “Trouvez dix personnes

qui se tatouent avec vous, je

le fais.” Aujourd’hui, ils sont

quinze à porter le tattoo.

J’ai promis de le faire… mais

je n’ai pas dit quand ! Nous

avons réalisé quelques prototypes

préliminaires, mais

ce n’est pas encore ça. Je

travaille donc toujours làdessus.

Ce sera un pur

grille-pain de compète ! »

razer.com

THE RED BULLETIN 87


PERSPECTIVES

au programme

déjà disponible

ONE DAY, 4061 M & 4478 M

Ces chiffres font référence aux hauteurs du Grand Paradis et du Cervin, deux sommets des Alpes

que l’ultrarunner Fernanda Maciel a atteint en un jour (le 20 août 2020), le premier lui faisant gagner

le titre féminin du Fastest Known Time (FKT). L’exploit est d’autant plus remarquable que la colocataire

de la Brésilienne de 40 ans a perdu la vie sur le Cervin un an plus tôt et que Maciel a eu les yeux

gelés lors de sa tentative d’ascension deux ans auparavant. Un jour seulement après son ascension,

25 grimpeurs étaient coincés dans un glissement de terrain. Un film exaltant sur le dépassement

des limites physiques et la victoire sur ses démons personnels. redbull.com

déjà

disponible

ENTRETIEN

AVEC

CHARLI XCX

Pour Charli XCX,

comme pour le reste

du monde, l’année

2020 ne s’est pas déroulée

comme prévu.

Ayant dû reporter des

projets, la pop star anglaise

a décidé d’enregistrer

un album de

confinement, How I’m

Feeling Now, qu’elle a

annoncé sur Zoom en

avril et qui a été salué

par la critique un mois

plus tard. Avant que

la distanciation sociale

n’entre en vigueur,

elle a donné une interview

au journaliste

Wilbert L. Cooper, en

public et en direct au

Hammer Museum de

Los Angeles. A Conversation

with Charli XCX,

une discussion ouverte

sur le travail et la carrière

de la musicienne.

redbull.com

déjà disponible

PUSHING

PROGRESSION : RED

BULL STREET STYLE

La scène du foot freestyle a

explosé ces dix dernières années,

passant de l’art de la performance

au sport pro et culminant

avec la finale mondiale du

Red Bull Street Style (le 14 nov.).

Mêlant acrobaties, danse et

contrôle de balle éblouissant,

le Street Style est une forme

d’expression pour ses adeptes.

Ce film examine l’évolution de la

scène, de la rue au stade en passant

par Internet, pour découvrir

ce qu’il faut pour être le ou la

meilleur(e), comme Mélanie

Donchet (photo). redbull.com

MATHIS DUMAS/RED BULL CONTENT POOL, SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL, MARK HUNTER

88 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Retrouvez votre prochain numéro le 28 janvier avec et le 4 février avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement.

LITTLE SHAO / RED BULL CONTENT POOL


PERSPECTIVES

montres

Le facteur temps

Retour vers le futur ? Les grandes marques horlogères

remettent l’esprit pionnier au goût du jour. Des montres

destinées aux aventuriers, artistes, agents secrets,

aviateurs, astronautes et… tous les autres.

Texte WOLFGANG WIESER

JEU DE LIGNES

Un chef-d’œuvre de

précision : 45 mm

de diamètre et un

amour du détail

superbement assumé.

COMME UN TATOUAGE

Lignes éternelles

Hublot Big Bang Unico Sang Bleu II

Psychologue, graphiste et tatoueur :

Maxime Plescia-Büchi est un véritable

touche-à-tout, et sa collaboration avec Hublot

particulièrement réussie. Pour preuve,

cette version « en 3D » de la Sang Bleu, avec

un design géométrique tout en relief. Hublot

semble nous rappeler que l’art de maîtriser

le temps, c’est avant tout… de l’art.

hublot.com


PERSPECTIVES

montres

DROIT DE REGARD

MIDO COMMANDER GRADIENT

Son cadran transparent permet à la Mido

Commander Gradient d’afficher sans

complexe la beauté de sa mécanique interne.

Original, le cadran s’assombrit sur

les bords, ce qui confère à la montre un

côté mystérieux… tout en faisant apparaître

la date en clair, grâce au contraste.

midowatches.com

COSMOPOLITE

Globe-trotteuse

Carl F. Bucherer Manero Flyback

Depuis sa fondation en 1888, la maison Bucherer a toujours mis son savoirfaire

au service des aviateurs et des aventuriers. C’est cette passion du

voyage qui a inspiré le joli bleu de la Manero. Autre atout apprécié des pilotes :

la fonction Flyback (trad. retour en vol), qui permet d’enregistrer plusieurs

laps de temps sans manipulation. carl-f-bucherer.com

TOUR DE FORCE

PANERAI LUMINOR MARINA

Petit bijou de légèreté et de solidité,

la nouvelle venue dans la gamme Luminor

ne pèse que 96 g : fidèle à l’esprit d’innovation

de la maison italienne, la Marina

est conçue dans un matériau de haute

technologie ultra-résistant, le Carbotech,

qui résulte de la compression de fibres

de carbone. panerai.com

SOUVENIR

IWC BIG PILOT’S BIG DATE SPITFIRE

Août 2019 : une montre, un avion de

légende et un tour du monde. 43 000 km

parcourus en quatre mois par les pilotes

Steve Boultbee Brooks et Matt Jones, à

bord d’un Silver Spitfire de l’année 1943.

Pour commémorer l’événement, IWC

a sorti sa Big Date Spitfire, une édition

limitée à 500 exemplaires. iwc.com

UNE POUR TOUS

TISSOT T-TOUCH CONNECT SOLAR

Tissot poursuit dans l’innovation avec une

montre qui se connecte via Bluetooth

à tous les téléphones portables (iOS,

Android, Harmony) grâce à un système

d’exploitation baptisé SwALPS. Les affichages

classiques (calendrier perpétuel,

météo, altimètre, etc.) sont disponibles

hors connexion. tissotwatches.com

THE RED BULLETIN 91


PERSPECTIVES

montres

LOOK VINTAGE

Le retour

du marin

Rado Captain Cook

Elle fait son grand retour,

58 ans après sa première

« mise à l’eau », la montre de

plongée qui porte le nom du

célèbre navigateur anglais

Thomas Cook. Cette fois-ci

en version automatique avec

un joli bracelet en titane et

acier, elle conserve son

diamètre de 42 mm et son

charme d’antan. Pour faire

honneur à son nom, elle est

évidemment taillée pour les

profondeurs marines, avec

une étanchéité à 30 bar.

rado.ch

ESPRIT PIONNIER

LONGINES SPIRIT

Que ses montres ornèrent le poignet

de légendes comme Amelia Earhart,

Paul-Émile Victor ou Howard Hughes

prouve que Longines est une marque faite

pour les aventuriers. C’est cet esprit

de conquérant qui est célébré dans

la toute nouvelle collection Spirit.

longines.ch

BAROUDEUSE

VICTORINOX I.N.O.X. CARBON LE

Opération camouflage réussie pour la

I.N.O.X. Carbon LE, qui exhibe avec fierté

le logo mythique de son fabricant.

La marque persiste et signe dans son

amour des détails pratiques : les chiffres

du cadran Super-LumiNova brillent dans

le noir et son bracelet est fabriqué en cordelette

de survie. victorinox.com

AÉRIENNE

G-SHOCK GRAVITYMASTER

La marque G-Shock équipe les militaires

britanniques, en service et hors service,

dans le monde entier. Conçue en étroite

collaboration avec la Royal Air Force,

cette G-Shock Gravitymaster a été étudiée

pour s’adapter aux environnements

les plus difficiles des pilotes.

g-shock.eu

ICONIQUE

HAMILTON PSR

Elle fut la première montre à affichage

digital au monde. Cinquante ans après sa

création, alors que la marque Hamilton

ressort son modèle fétiche, on comprend

l’engouement qu’elle a suscité à l’époque,

y compris chez des stars hors du commun

comme Elton John.

hamiltonwatch.com

92 THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES

montres

LE CALIBRE QU’IL

VOUS FAUT

Il est fabriqué avec les

meilleurs fournisseurs

suisses, qui utilisent

des techniques industrielles

de pointe.

EN MOUVEMENT

Un temps

très fort

Oris Aquis Date Calibre 400

Entièrement conçue par

les ingénieurs hautement

qualifiés de la société horlogère

suisse indépendante

Oris, l’Aquis Date Calibre

400 (nouvelle référence

en matière d’horlogerie

mécanique) est la première

montre dotée du mouvement

automatique révolutionnaire

d’Oris. Il offre à

ce modèle de plongée une

réserve de marche de cinq

jours et une forte résistance

antimagnétique. oris.ch


PERSPECTIVES

montres

SUR LA VAGUE

L’Instinct Solar Surf

Edition offre des

données de marée et

un profil d’activité surf,

pour une pratique

optimisée.

PERFORMANCE

Du genre

physique

Garmin Instinct Solar Surf

Cette gamme de montres GPS connectées

de Garmin, dotées de la technologie Power

Glass, offre une autonomie généreuse

dans les modes smartwatch et expédition.

Fréquence cardiaque, niveau de stress,

analyse du sommeil et profils d’activités

sportives préchargés… votre corps appréciera

ses fonctionnalités et sa compagnie.

garmin.com


PERSPECTIVES

montres

PARTENAIRE FIABLE

CERTINA DS SUPER PH500M

Ce modèle se rapporte à son prédécesseur

de 1969 qui a accompagné l’expédition

subaquatique Tektite : quatre scientifiques

ont vécu deux mois dans un caisson

immergé. La Certina fit ses preuves.

Aujourd’hui, elle reste une marque très

appréciée des plongeurs (étanchéité :

50 bar). certina.com

UNDERCOVER

Celle de 007

Omega Seamaster Diver 300M

On le sait : pour James Bond, une montre est bien plus qu’une simple

montre. Rien d’étonnant, donc, à ce que l’agent 007 alias Daniel Craig ait

lui-même participé au design de sa montre, pour l’opus 25 Mourir peut

attendre. « Le résultat est magnifique », paraît-il. Ce dont elle est capable ?

Réponse prochainement, sur les écrans. omega.com

INNOVANTE

BLANCPAIN FIFTY FATHOMS

Dans les années 60, Blancpain était le

fournisseur de la Marine américaine. Les

bracelets de la collection Fifty Fathoms

sont fabriqués dans un titane nouvellement

breveté, gage de fiabilité et de

nouveauté, car les vis ne sont pas sur

les côtés, mais au dos du boîtier.

blancpain.com

ASTRONAUTE

RAKETA BAÏKONOUR

803 jours dans l’espace : un record établi

par le cosmonaute russe Sergueï Krikalev.

La manufacture Raketa a pensé à lui en

mettant au point une montre faite pour la

vie spatiale, avec un cadran 24 heures

permettant de distinguer le jour et la nuit,

et un mécanisme automatique de grande

fiabilité. La classe. raketa.com

MESSAGÈRE

SWATCH

“Don’t be too late!” Cette montre ne

vous dit pas simplement l’heure qu’il est,

elle vous délivre aussi d’importants

messages, à prendre au sérieux… ou pas !

Sont également disponibles les versions

“Tell me more”, “Call to action” et “Same

same but different”. Qu’on se le dise !

swatch.com

THE RED BULLETIN 95


MENTIONS LÉGALES

THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans six pays.

La Une de l’édition

américaine met les stars

de la WNBA Natasha

Cloud et Renee Montgomery

à l’honneur.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

SO PRESS n’est pas responsable des textes,

photos, illustrations et dessins qui engagent

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Fabienne Peters,

fabienne.peters@redbull.com

THE RED BULLETIN

Suisse, ISSN 2308-5886

Country Editor

Wolfgang Wieser

Secrétariat de rédaction

Hans Fleißner (Dir.),

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Billy Kirnbauer-Walek

Country Project Management

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commerciaux

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Marcel Bannwart (D-CH),

marcel.bannwart@redbull.com

Christian Bürgi (W-CH),

christian.buergi@redbull.com

Goldbach Publishing

Marco Nicoli,

marco.nicoli@goldbach.com

THE RED BULLETIN USA,

ISSN 2308-586X

Rédacteur en chef

Peter Flax

Rédactrice adjointe

Nora O’Donnell

Éditeur en chef

David Caplan

Directrice de publication

Cheryl Angelheart

Country Project Management

Laureen O’Brien

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Todd Peters,

todd.peters@redbull.com

Dave Szych,

dave.szych@redbull.com

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tanya.foster@redbull.com

96 THE RED BULLETIN


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TRBMAG


Pour finir en beauté.

L’incroyable remontada

En aéronautique, une ressource est une manœuvre de redressement de l’avion

à la suite d’un piqué : un changement vertical de trajectoire. C’est également

applicable à la wingsuit, notamment grâce à Fred Fugen et Vince Reffet, un duo

français d’hommes volants : les Soul Flyers. Cette photo issue de leur récente

vidéo montre Vince en ressource, après un piqué à 270 km/h sur le phare de la

Coubre de La Tremblade (Charente-Maritime). À voir sur redbull.com

Le prochain

THE RED BULLETIN

sera disponible

dès le 28 janvier

2021

MAX HAIM/RED BULL CONTENT POOL

98 THE RED BULLETIN


PEU IMPORTE LA RAISON,

Le tableau

Persos

FORERUNNER

945

- NOUVEAU -

FORERUNNER

745

du matin

entre amis

FORERUNNER

245

FORERUNNER

45


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