01.12.2020 Vues

Inseme_extrait

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<strong>Inseme</strong><br />

ASSOCIATION<br />

DECI ANNI INSEME<br />

Dix journalistes et témoins privilégiés<br />

nous font découvrir les coulisses d’une chaîne de solidarité<br />

désormais reconnue d’utilité publique au niveau national.


ommaire<br />

1<br />

2<br />

PAGE<br />

3<br />

PAGE<br />

4<br />

PAGE<br />

5<br />

PAGE<br />

PAGE 4<br />

PRÉFACE<br />

Par Gaston Pietri<br />

PAGE 7<br />

LE SENS DE L’UNIVERSALITÉ ET DE L’ALTÉRITÉ<br />

Par Philippe Martinetti<br />

13<br />

ENSEMBLE, C’EST TOUT<br />

Par Anne Chabanon<br />

27<br />

SIMU TUTTI INSEME...<br />

Par la rédaction de Tele Paese<br />

43<br />

LA FORCE D’INSEME<br />

Par Maria Lanfranchi<br />

53<br />

INFIRMIERS DE L’ÂME ET DU CORPS<br />

Par Jean Poletti


6<br />

PAGE<br />

59<br />

DEMU POCU, FEMU ASSAI<br />

Par Michael Andreani<br />

7<br />

PAGE<br />

71<br />

LE PRIX DE LA SOLIDARITÉ<br />

Par Charles Monti<br />

8<br />

PAGE<br />

79<br />

LE PLUS PRÉCIEUX DES LABEURS<br />

Par Cathy Rocchi-Acquaviva<br />

9<br />

PAGE<br />

89<br />

LE COMBAT INSTITUTIONNEL<br />

Par Roger Antech<br />

10<br />

PAGE<br />

97<br />

DIX ANS DÉJÀ ? DIX ANS DE TROP ?<br />

DIX ANS À PEINE ?<br />

Par Laetitia Descoin-Cucchi<br />

PAGE 104<br />

POSTFACE<br />

Par Gaston Pietri


Préface<br />

Tout a commencé par un<br />

« coup de cœur ». Et c’était une<br />

blessure comme peut l’être<br />

la maladie d’un enfant. Que<br />

faire sinon se lancer dans la quête d’un<br />

remède encore difficile à espérer ?<br />

Et avec cela, l’angoisse face aux difficultés<br />

qui, dans ces cas, s’ajoutent les<br />

unes aux autres. Et très vite, l’idée, si<br />

belle en sa simplicité, que d’autres<br />

sont dans une situation semblable.<br />

Donc c’est ensemble qu’il faut faire ce<br />

qui est possible : ainsi est née <strong>Inseme</strong>.<br />

Dix ans plus tard, elle est encore là, la<br />

petite graine dont l’association a surgi.<br />

L’arbre a étendu ses branches. Le coup<br />

de cœur de Laetitia en sa meurtrissure,<br />

sans se dénaturer, s’est mué en<br />

une organisation à vrai dire impressionnante.<br />

Où est le secret ? D’abord<br />

dans la belle et nécessaire alliance<br />

du cœur et de la raison. Ces chapitres<br />

témoignent de cette alliance tissée au<br />

jour le jour en cohérence avec l’élan<br />

initial.<br />

L’émotion pousse à inventer. Elle ne<br />

dure que si elle s’ajuste aux besoins. La<br />

raison se met au travail. Elle devra s’y<br />

remettre sans cesse. Les maladies se<br />

soignent mais comment, lorsque dans<br />

une île manquent certains services<br />

spécialisés liés à un CHU ? Les déplacements<br />

s’imposent. Et avec eux les<br />

démarches administratives, les tracas,<br />

les fatigues, les difficultés financières<br />

des familles, et toujours, oui toujours,<br />

ce lot d’angoisse auquel seuls les<br />

gestes et l’entraide apportent quelque<br />

soulagement.<br />

Le deuxième chapitre, « Ensemble,<br />

c’est tout », donne le ton. En rester<br />

à l’émotion serait se dérober aux<br />

nécessités de la véritable entraide,<br />

celle qui est à la mesure des besoins.<br />

Il faut penser l’association comme<br />

une « plateforme d’information et de<br />

solidarité ». Information : ce chapitre<br />

insiste sur cette mission. <strong>Inseme</strong> a<br />

misé sur la communication que ne<br />

pourrait entraver le relief avec ses<br />

monts et ses vallées, que ne pourrait<br />

surtout bloquer l’obstacle qu’est entre<br />

nous la simple et pourtant dramatique<br />

indifférence, alimentée notamment<br />

par l’ignorance. Trouver les concours<br />

et les relais : ce chapitre dit bien le<br />

labeur qu’il a fallu.<br />

Entraide, oui. Mais pour être efficace<br />

il faut passer sans tarder à la structuration.<br />

Au travers de ces chapitres, tel<br />

un axe omniprésent, se manifeste cet<br />

« inseme » dont le mot dit bien qu’on<br />

ne peut faire pour de bon que les<br />

uns avec les autres. Impressionnante<br />

structuration que celle qui d’emblée<br />

vise à associer les Corses habitant l’île<br />

et les Corses de la diaspora. Lisez les<br />

chapitres II et III. Ce qui s’est mis en<br />

place, avec une rapidité malgré tout<br />

surprenante, a réclamé et obtenu la<br />

participation des uns et des autres.<br />

Ce fut le cas des aides financières<br />

qui n’ont pu se limiter aux transferts.<br />

Il fallut s’enquérir aussi du droit des<br />

malades et finalement endosser une<br />

mission de représentation.<br />

4


Une première interrogation : pourquoi<br />

cette action est-elle limitée à la<br />

Corse et aux Corses ? Il était normal<br />

que la question soit posée. La réponse<br />

court d’un bout à l’autre de ces pages.<br />

Limitée ? Non, ce n’est pas le mot.<br />

Appropriée ou bien ajustée : telle est la<br />

visée. Rien à voir avec le chauvinisme<br />

qui, d’après certains, serait dans nos<br />

« gènes ». La réponse concerne les<br />

familles corses ou vivant sur le territoire<br />

corse. Si belle soit l’île, les familles<br />

connaissent la frontière qu’est la mer<br />

à sa façon et, dans l’île, l’absence d’un<br />

CHU. Les contraintes doivent être<br />

regardées en face. L’accès aux soins se<br />

heurte à une série d’entraves. Tenter<br />

de les surmonter exige des moyens<br />

singuliers. En somme, à situation<br />

singulière, réponses singulières. Du<br />

coup, c’est une « action faite par les<br />

Corses pour les Corses », observe<br />

clairement la présidente en 2009.<br />

Originale est aussi la conjonction du<br />

réalisme institutionnel et du recours<br />

si naturel aux « petits moyens ». Le<br />

chapitre IX mentionne, sur le plan institutionnel,<br />

un « combat » à mener. Il ne<br />

faut pas avoir peur du mot « combat ».<br />

Aucune transformation des règles ne<br />

se fait sans le temps, sans les revendications<br />

persistantes motivées par<br />

l’inégalité. Les luttes seraient souvent<br />

stériles si la petite flamme qui est<br />

dans les cœurs n’était entretenue avec<br />

les brindilles parfois que comporte<br />

tout foyer. Trouvailles anodines en<br />

apparence. Qui a dit : « Demu pocu<br />

è femu assai » ? C’est l’une des<br />

devises d’<strong>Inseme</strong>. Pas seulement des<br />

mots mais des actes. Ainsi de « l’arrondi<br />

». Pour n’évoquer qu’un groupe<br />

commercial, 60 000 € versés à la fin<br />

de 2019. Un autre chapitre note que,<br />

six mois après l’opération « arrondi »,<br />

11 000 € étaient récoltés. Petites<br />

choses pour dire une grande chose :<br />

« la voix des malades entendue ». C’est<br />

là ce qui importe.<br />

La voix des malades en souffrance et<br />

aussi celle des familles qui attendent<br />

le secours fraternel comme elles<br />

attendent les chances que donne la<br />

science médicale. Elles attendent les<br />

deux, car elles sont toutes deux les<br />

planches de salut. Il est beau de savoir,<br />

selon le récit intitulé : « Le plus précieux<br />

des labeurs », à quel point des malades<br />

quêtent des « visages » à travers « ceux<br />

qui ont placé la solidarité au cœur de<br />

leurs priorités ». Un journaliste, dans le<br />

chapitre V, cite avec bonheur le poète<br />

nicaraguayen qui a su dire de façon<br />

exquise combien « la solidarité est la<br />

tendresse des peuples ». Elle le devient<br />

pour les bénévoles, les partenaires<br />

(chapitres IV et V) lorsqu’ils laissent<br />

paraître ce qui les motive. <strong>Inseme</strong> ne<br />

connaît, parmi ses acteurs comme ses<br />

donateurs, que des personnes « habitées<br />

». Ce qui les habite, c’est l’autre en<br />

son attente, cet autre qu’on n’oubliera<br />

jamais alors même qu’il sera guéri.<br />

Gaston Pietri<br />

Prêtre de la paroisse d’Ajaccio en retraite,<br />

théologien, écrivain, chroniqueur dans<br />

La Croix et Le Monde, il a aussi contribué à<br />

la revue Études.<br />

5


C H A P I T R E<br />

1


Le sens<br />

de l’universalité<br />

et de l’altérité


LE SENS DE L’UNIVERSALITÉ ET DE L’ALTÉRITÉ<br />

LE FIL D’ARIANE D’INSEME 1<br />

<strong>Inseme</strong> a dix ans, et bien<br />

que la mémoire invite souvent<br />

à des détours, lorsque vint<br />

le moment où je dus écrire<br />

ce texte, mes pensées furent<br />

rattrapées par le souvenir<br />

des premiers mois<br />

d’action de l’association.<br />

Elle revendiquait, haut et<br />

fort, la possibilité d’une réelle<br />

égalité d’accès aux soins !<br />

Comment transformer cette<br />

utopie politique en réalité du<br />

quotidien ? Aux discours des<br />

autorités publiques, <strong>Inseme</strong> a<br />

toujours privilégié l’action, en<br />

favorisant l’écoute, le dialogue,<br />

en mobilisant des bénévoles.<br />

Comme le rappelle sa présidente,<br />

Laetitia Cucchi, « La<br />

Corse est la seule région française<br />

qui ne dispose pas de<br />

centre hospitalier universitaire (CHU)<br />

et certaines spécialités n’y sont pas<br />

pratiquées. L’offre de soins locale ne<br />

peut donc pas répondre totalement<br />

aux besoins des patients de la région.<br />

Ces “flux sanitaires” hors région, également<br />

appelés “fuites”, entraînent de<br />

nombreuses difficultés matérielles et<br />

financières que doivent surmonter<br />

le malade et sa famille. Si cet état de<br />

fait qui s’impose à la population existe<br />

ailleurs en France, il revêt en Corse une<br />

acuité particulière compte tenu du<br />

pourcentage important de la population<br />

concernée. Chaque année, la<br />

caisse primaire d’assurance maladie<br />

enregistre environ 26 000 déplacements<br />

sur le continent pour raison<br />

médicale. Cette problématique a<br />

affecté au moins une fois chaque<br />

famille résidant sur l’île. La spécificité<br />

sanitaire de la Corse constitue donc<br />

une entrave économique généralisée<br />

et permanente à l’accès aux soins. »<br />

J’eus, à plusieurs reprises, l’opportunité<br />

d’interviewer Laetitia Cucchi, et<br />

j’ai toujours été marqué par sa ténacité,<br />

la force de son caractère et son<br />

ambition pour les autres. Au fil des<br />

années et des rencontres, le sentiment<br />

d’être face à une personnalité<br />

aux convictions humanistes chevillées<br />

au corps s’est renforcé. Ce jour-là, au<br />

début de notre entretien, elle prévient,<br />

modeste : « J’espère que l’on ne va<br />

pas trop parler de moi, je ne souhaite<br />

pas personnaliser l’action de l’association,<br />

car ce n’est pas ce que je vis », et<br />

lorsqu’elle regarde dans le rétro, c’est<br />

bien « une grande aventure collective<br />

humaine » qu’elle souhaite évoquer.<br />

Collectif, le mot revient sans cesse<br />

dans les propos de la présidente de<br />

l’association : « Celles et ceux, bénévoles,<br />

qui, au quotidien, se mobilisent<br />

pour la réussite du projet <strong>Inseme</strong> sont<br />

remarquables d’altruisme. » À n’en<br />

point douter, ils constituent l’âme de<br />

l’association, et Laetitia Cucchi en est<br />

la cheffe d’orchestre, même si elle s’en<br />

défend. Femme de tête et de cœur,<br />

elle a structuré l’association pour<br />

permettre un meilleur maillage du<br />

territoire, indispensable à la cohérence<br />

de l’action associative. Pour atteindre<br />

cet objectif, <strong>Inseme</strong> a ouvert deux<br />

bureaux d’information et d’accompagnement<br />

à Ajaccio et Bastia 1 , où des<br />

chargées de mission accueillent le<br />

public et se déplacent sur le terrain<br />

1. Un bureau a également été créé à L’Île-Rousse. Il a été fermé en 2019.<br />

9


"<br />

Les valeurs<br />

et les droits<br />

qui constituent,<br />

de mon point<br />

de vue, le socle<br />

indispensable de<br />

notre société :<br />

l’égalité, la santé,<br />

le logement,<br />

l’éducation,<br />

la culture,<br />

l’équilibre des<br />

territoires.<br />

10<br />

Laetitia Cucchi<br />

"<br />

Ce sens de l’universalité et de<br />

l’altérité est le fil d’Ariane de<br />

l’association <strong>Inseme</strong>.<br />

dans les communes rurales pour<br />

renseigner, accompagner et soutenir<br />

les familles concernées. À cela<br />

s’ajoutent deux antennes locales dans<br />

le Centre-Corse et dans l’Extrême-Sud.<br />

Autre conquête importante, la prise<br />

en charge du billet du deuxième<br />

parent d’un enfant malade par l’assurance<br />

maladie. Dans une interview<br />

accordée au quotidien Corse-Matin,<br />

Laetitia Cucchi se dit heureuse que<br />

l’État ait accepté. « Très souvent, il est<br />

nécessaire de se rendre sur le continent<br />

pour accéder à des soins. C’est<br />

notamment le cas pour les enfants,<br />

par exemple dans le cas d’un cancer.<br />

Pour autant, les modalités de prise en<br />

charge de l’assurance maladie édictées<br />

au niveau national s’appliquent<br />

de manière uniforme dans toutes les<br />

régions, y compris en Corse qui ne<br />

dispose pas des mêmes infrastructures<br />

que les autres. De ce fait, seul<br />

le billet de transport d’un des deux<br />

parents était jusque-là pris en charge,<br />

même s’il est atteint d’une maladie<br />

très grave ou en fin de vie. C’était une<br />

injustice insupportable que de savoir<br />

qu’un enfant qui ne peut pas être<br />

soigné chez lui soit privé de l’un de<br />

ses deux parents dans des moments<br />

aussi douloureux. Même si, sur le plan<br />

local, nous nous sommes mobilisés<br />

avec <strong>Inseme</strong> et la collectivité de Corse<br />

pour pallier cette carence du mieux<br />

possible avec de faibles moyens, il était<br />

primordial que les règles évoluent et<br />

de supprimer cette double peine qui<br />

s’abattait sur les familles en plus de la<br />

maladie, et de faire en sorte que l’assurance<br />

maladie prenne en charge<br />

cette dépense de manière officielle et<br />

pérenne. » D’autres combats, d’autres<br />

rencontres auront lieu, et la volonté de<br />

Laetitia Cucchi restera la même : aider<br />

celles et ceux qui vivent une injustice,<br />

faire de l’égalité d’accès aux soins, non<br />

pas un slogan, mais une réalité, favoriser<br />

les solidarités entre les citoyens.<br />

L’entretien terminé, je suis marqué<br />

par la profondeur et la sérénité de<br />

son regard, par cette force intime qui<br />

me fait penser à ces mots, tendres, du<br />

songwriter Bob Dylan, dans ses Chroniques<br />

: « La ville entière se balançait<br />

devant mon nez. J’ai une idée nette de<br />

l’endroit où se trouvaient les choses. Il<br />

n’y avait pas à s’inquiéter pour l’avenir<br />

[…]. »<br />

Par Philippe Martinetti<br />

Journaliste, directeur des antennes<br />

et des programmes de France 3 Corse<br />

ViaStella.


LE SENS DE L’UNIVERSALITÉ ET DE L’ALTÉRITÉ<br />

LE FIL D’ARIANE D’INSEME 1<br />

<strong>Inseme</strong> est une association de type loi<br />

1901 créée en 2009. Reconnue d’intérêt<br />

général, elle soutient les personnes<br />

qui vivent en Corse (quel que soit leur<br />

âge et quelle que soit la pathologie<br />

concernée) et qui doivent se rendre<br />

sur le continent pour raison médicale<br />

dans le cadre d’une prise en charge<br />

par l’assurance maladie.<br />

INSEME EN CHIFFRES 2009-2019<br />

3 659 BÉNÉFICIAIRES<br />

4 413 AIDES FINANCIÈRES<br />

715 466 € REDISTRIBUÉS<br />

DONT 591 461 € AUX FAMILLES<br />

Ces aides ont été financées à 100 %<br />

par des dons de particuliers<br />

et d’entreprises mécènes ainsi<br />

que de nombreuses manifestations<br />

caritatives (plus de 150 !)<br />

UNE PLATEFORME<br />

QUI ASSURE<br />

UNE MISSION D’INFORMATION<br />

Soutien aux démarches<br />

administratives, aide à la<br />

recherche d›hébergement sur le<br />

continent, mise en relation avec<br />

les partenaires associatifs et<br />

institutionnels, animation de stands<br />

d’information du grand public lors de<br />

manifestations organisées partout<br />

en Corse, organisation de réunions<br />

d’information destinées aux acteurs<br />

professionnels du monde médicosocial,<br />

permanences d’information<br />

hebdomadaires délocalisées dans les<br />

communes rurales.<br />

UNE MISSION DE SOLIDARITÉ<br />

Mise en relation avec des bénévoles<br />

en Corse et sur le continent, délivrance<br />

d’avances remboursables et de<br />

soutiens financiers destinés à aider<br />

les familles à faire face aux frais<br />

non pris en charge par l’assurance<br />

maladie (hébergement, transport des<br />

accompagnateurs), soutien juridique…<br />

N.B. : 100 % des soutiens attribués sont<br />

financés par les dons récoltés par<br />

l’association.<br />

UNE MISSION DE REPRÉSENTATION<br />

des usagers du système de santé :<br />

depuis 2015, l’association dispose de<br />

l’agrément régional délivré par l’ARS<br />

pour représenter les intérêts des<br />

usagers du système de santé dans les<br />

instances prévoyant leur participation.<br />

À ce titre, lnseme siège dans : les<br />

conseils territoriaux de santé (CTS) 2B<br />

et 2A ; le CISS de Corse qui regroupe les<br />

associations de santé ; l’UDAF, chargée<br />

de promouvoir, défendre et représenter<br />

les intérêts des familles au sein de<br />

différentes instances locales ; le conseil<br />

de la CPAM 2A ; le CESEC de Corse (sur<br />

désignation des UDAF 2A et 2B). Dans<br />

ce cadre, l’association a élaboré des<br />

propositions de modification du code<br />

de la Sécurité sociale pour l’adapter<br />

à la spécificité insulaire ainsi que des<br />

améliorations liées aux compétences<br />

des caisses d’assurance maladie et de<br />

la politique régionale des transports<br />

de la CdC.<br />

11


C H A P I T R E<br />

2


Ensemble,<br />

c’est tout


14


ENSEMBLE,<br />

C’EST TOUT 2<br />

C’était un jour de 2009.<br />

Un jour de trop. De trop-plein.<br />

Un de ces jours où l’on prend<br />

une décision sans trop savoir<br />

comment mais en sachant<br />

pourquoi. Et ce jour-là,<br />

le pourquoi tenait dans<br />

une évidence : il fallait<br />

que cela s’arrête.<br />

Tout autour, des gens racontaient<br />

leur histoire. Depuis<br />

un moment déjà, des bribes<br />

revenaient à l’oreille de Laetitia<br />

Cucchi, parfois c’était l’histoire tout<br />

entière qu’elle entendait. À l’intérieur<br />

de cette corne de brume, des échos et<br />

des images d’un vécu personnel résonnaient.<br />

Et, finalement, au commencement<br />

de l’histoire, il y a la somme de<br />

ces histoires. Chacune différente dans<br />

la forme, toutes semblables au fond.<br />

Des histoires personnelles, collectives.<br />

Des histoires d’absences et de<br />

manques.<br />

« La Corse est la seule région de France<br />

à ne pas avoir de centre hospitalier<br />

universitaire, de CHU. Du coup, dans<br />

l’île, certains services spécialisés ne<br />

sont pas présents et, dès lors, plusieurs<br />

maladies et affections graves ne<br />

peuvent être traitées sur place. Il faut<br />

partir sur le continent. Les structures<br />

les plus proches, la plupart du temps,<br />

étant les villes de Marseille (à 85 %) ou<br />

Nice. »<br />

Tous cas confondus, 4 209 personnes<br />

ont « consulté » Laetitia Cucchi et son<br />

équipe depuis 2009, date à laquelle<br />

apparaît un logo, celui d’une tête de<br />

Maure, emblème du drapeau corse,<br />

ceinte d’une farandole de petits<br />

personnages se donnant la main.<br />

Derrière le logo, une association, une<br />

porte surtout. Qui va tant être poussée<br />

en dix ans qu’elle en est devenue<br />

aujourd’hui battante, naturellement.<br />

Battante, parce que derrière l’on se<br />

bat. Tous les jours.<br />

Sauf qu’au départ, il n’y avait pas<br />

de mots, pas d’entraide pignon sur<br />

rue, pas de dit, et même du silence,<br />

souvent, pour tout commentaire. Face<br />

au désarroi.<br />

« Lorsqu’un jour, à l’hôpital d’Ajaccio<br />

ou de Bastia, on diagnostique à votre<br />

gamin quelque chose de gravissime et<br />

que l’on vous dit qu’on va le transférer<br />

par avion sanitaire, le ciel vous tombe<br />

sur la tête. Et puis, très vite, se posent<br />

des questions auxquelles on ne<br />

sait pas répondre. À qui s’adresser,<br />

comment faire pour trouver le billet<br />

d’avion, un hébergement, comment<br />

payer si l’on ne dispose pas soi-même<br />

de l’argent nécessaire. Ce qui fait<br />

cruellement défaut, c’est d’abord<br />

l’accès à l’information. Parce qu’à ce<br />

moment-là, il n’y a personne pour<br />

vous donner une brochure en vous<br />

expliquant quelle est la procédure à<br />

suivre, personne. Aujourd’hui, de plus<br />

en plus souvent, on vous dit : “Appelez<br />

<strong>Inseme</strong>, ils vont pouvoir vous aider”,<br />

mais avant cela, il n’y avait rien. À la clé,<br />

une rupture brutale du parcours de<br />

soins qui ne reprend son cours qu’une<br />

15


fois que les parents sont à Marseille où<br />

le dossier est arrivé. Mais entre l’instant<br />

où on annonce la maladie et l’instant<br />

où le malade, enfant ou adulte, est<br />

entre les mains de quelqu’un sur le<br />

continent, c’est vraiment le trou noir.<br />

Le besoin d’information est apparu<br />

comme une évidence dès le départ.<br />

Cette mission, qui s’est imposée<br />

comme le premier palier de notre<br />

action, concerne tout le monde, parce<br />

que quel que soit le degré de fortune<br />

ou la catégorie sociale à laquelle<br />

on appartient, on ressent le même<br />

désarroi. Sans aucune signalétique<br />

humaine pour montrer la voie, dire ce<br />

qu’il faut faire. »<br />

Le déclic, c’est, un jour, une voix, dans<br />

l’entourage de Laetitia Cucchi, qui<br />

lui glisse à l’oreille : « Il faut s’engager<br />

et essayer de convaincre d’autres<br />

personnes. »<br />

Il faut un nom au fronton de l’association.<br />

Ce sera <strong>Inseme</strong> en langue corse,<br />

pour « ensemble ». Ensemble, c’est<br />

tout. Il n’y a ni discussion ni hésitation.<br />

<strong>Inseme</strong> est une évidence. Parce que<br />

l’association est portée par la nécessité<br />

d’être une chaîne de solidarité,<br />

mais sans pour autant s’inscrire dans<br />

« une forme de charité descendante<br />

en direction de populations qui sont<br />

particulièrement défavorisées, non.<br />

Au contraire, nous avons voulu une<br />

chaîne d’entraide horizontale dont<br />

chacun peut constituer un maillon.<br />

Cette chaîne, cela signifie qu’on est<br />

ensemble pour faire face à la difficulté.<br />

»<br />

<strong>Inseme</strong>, parce que la problématique<br />

des déplacements médicaux engendrée<br />

par la carence de CHU n’existe<br />

nulle part ailleurs. Dans l’île, toutes<br />

les familles sont concernées et « il n’y<br />

a qu’en Corse que la société civile se<br />

mobilise pour faire face à cette réalité,<br />

on n’a pas attendu que les pouvoirs<br />

publics réagissent ».<br />

<strong>Inseme</strong> naît donc, et aussitôt l’association<br />

a un cap : être une plateforme d’information<br />

et de solidarité se structurant<br />

autour de trois grandes missions.<br />

Sa mission historique, c’est évidemment<br />

de renseigner, dès lors que c’est<br />

le besoin premier, sur laquelle viendront<br />

ensuite se greffer une mission<br />

de solidarité, et enfin une mission de<br />

représentation des malades et plus<br />

largement des usagers du système de<br />

santé.<br />

INFORMER POUR FLÉCHER<br />

Un travail de fourmi commence en<br />

2009. L’action initiale consiste à donner<br />

des repères aux familles perdues<br />

dans le maquis administratif. C’est au<br />

cœur de cette jungle que l’association<br />

fraye des chemins, débroussaille des<br />

sentiers, balise, pose des jalons petit à<br />

petit et avec les moyens du bord.<br />

Ce n’est qu’au bout de quatre ans,<br />

en 2013, que Laetitia Cucchi peut<br />

commencer à souffler un peu, avec<br />

l’ouverture d’un premier bureau à<br />

Ajaccio et l’emploi d’une salariée.<br />

Dans la foulée, en 2015 et 2017, deux<br />

autres CDI seront recrutés à Bastia et<br />

L’Île-Rousse. S’ajouteront par la suite<br />

des antennes en Balagne, à Corte,<br />

dans l’Extrême-Sud, sur le continent,<br />

animées, cette fois, par des bénévoles.<br />

« Désormais, nous avons trois<br />

personnes qui accueillent les familles<br />

pour les aider à flécher le parcours<br />

et leur dire exactement ce qu’elles<br />

doivent faire, quel formulaire envoyer<br />

à la Sécu, ce qu’il faut demander à sa<br />

mutuelle. Nous pouvons nous prévaloir<br />

aujourd’hui de leur apporter un<br />

accompagnement sur mesure en<br />

fonction de leurs besoins face aux<br />

formalités à accomplir avant de partir.<br />

C’est d’autant plus important que si<br />

vous ne le faites pas, au retour, rien ne<br />

vous sera remboursé. Le suivi administratif<br />

personnalisé, le sur mesure, c’est<br />

un élément fondamental dans notre<br />

mission d’information. »<br />

16


ENSEMBLE,<br />

C’EST TOUT 2<br />

l’époque, mais ce n’était pas allé beaucoup<br />

plus loin. »<br />

Durant deux ans, il ne se passe pas<br />

grand-chose. Quasiment chaque<br />

week-end et parfois tard en semaine,<br />

la présidente de l’association revit la<br />

même scène. « Moi, sur mon ordinateur,<br />

cherchant à recenser tous les<br />

lieux d’hébergement possibles à proximité<br />

de chaque hôpital de Marseille,<br />

Nice ou Paris. »<br />

Mais à force de chercher des relais et<br />

d’en trouver, de solliciter les médias,<br />

de parler de l’association et de la faire<br />

connaître, les efforts payent.<br />

Le deuxième point, c’est l’hébergement.<br />

« Concrètement, où vais-je<br />

dormir ? J’avais vécu moi-même cette<br />

expérience en ayant été amenée à<br />

me rendre sur le continent à plusieurs<br />

reprises au cours de ma propre histoire<br />

et j’avais fini par tirer des enseignements<br />

du système D auquel j’avais<br />

recouru. Du coup, j’avais quelques<br />

adresses en poche, quelques plans<br />

pour éviter de trop galérer, j’avais noué<br />

des contacts aussi. Tout cela, je l’avais<br />

partagé sur les réseaux sociaux à<br />

Au point de pouvoir proposer, depuis<br />

quelques années, un très large panel<br />

d’offres aux familles qui se rendent<br />

dans différentes villes du continent<br />

pour y recevoir des soins.<br />

« Dans les hébergements que<br />

nous référençons, il y a d’abord le<br />

secteur marchand classique incluant<br />

l’ensemble des hôtels ainsi que le<br />

secteur marchand style “Airbnb”.<br />

Nous avons, en outre, dans notre<br />

fichier, des particuliers qui louent leur<br />

appartement, il y en a beaucoup à<br />

proximité de l’institut Paoli-Calmettes,<br />

par exemple. Là-bas, nombre de<br />

propriétaires possédant des maisons<br />

individuelles ont aménagé leur rez-dechaussée<br />

pour le louer aux familles des<br />

17


malades, aux Corses. Nous pouvons<br />

aussi compter sur un secteur associatif<br />

très important, ce qui permet<br />

de proposer des nuits à 10 ou 15 € ou<br />

encore des studios qui présentent<br />

l’avantage de pouvoir se préparer à<br />

manger, où il y a un lave-linge, un<br />

micro-ondes, et où chacun peut, a<br />

minima, reconstituer sa vie. »<br />

À l’autre bout, existe également<br />

une générosité sans limite avec des<br />

hébergements donnés gratuitement<br />

par des Corses de la diaspora. « C’est<br />

magnifique, il y a des gens qui vont<br />

jusque-là. Des gens qui ont payé un<br />

appartement à leur gamin pour qu’il<br />

fasse ses études de médecine et qui,<br />

lorsque le gamin rentre dans l’île en<br />

juillet-août, nous cèdent l’appartement<br />

pour les accompagnants ayant<br />

besoin d’être près d’un malade. »<br />

Actuellement, sur le site internet<br />

d’<strong>Inseme</strong> et également via l’application<br />

pour smartphone récemment<br />

lancée grâce à l’implication, bénévole<br />

là encore, de l’espace de coworking<br />

CampusPlex, une véritable cartographie<br />

a été reconstituée où chacun<br />

peut visualiser en temps réel les<br />

hébergements disponibles autour<br />

des hôpitaux de Marseille, Nice, Paris,<br />

Montpellier…<br />

« La totalité des huit cents familles que<br />

nous accompagnons chaque année<br />

bénéficie de la mission d’information<br />

pour laquelle nous sommes soutenus<br />

par les pouvoirs publics. Nous<br />

sommes destinataires d’une aide de<br />

l’ARS (agence régionale de santé),<br />

de la collectivité de Corse et de très<br />

nombreuses communes (cf. liste en<br />

annexe). Pendant longtemps, nous<br />

avons fait sans argent public, à présent<br />

il sert exclusivement à cette mission<br />

d’information. Très concrètement, il<br />

s’agit de contribuer à payer nos trois<br />

CDI – tandis que les bureaux sont<br />

tous mis à notre disposition gratuitement,<br />

ce qui évite les frais de fonctionnement<br />

de ce côté-là –, de faire<br />

notre site internet, des affiches, des<br />

brochures pour les déposer dans les<br />

salles d’attente, à Paoli-Calmettes ou<br />

la Timone. »<br />

Mais pas question de s’endormir, l’association<br />

n’a de cesse de monter en<br />

puissance.<br />

« Au bout de quelques mois, on s’est<br />

rendu compte que cela ne suffisait pas<br />

de dire à quelqu’un : “Voilà ce qu’il faut<br />

faire pour la Sécu et voilà une adresse<br />

d’hôtel ou de structure associative.”<br />

Parce que même à 15 ou 20 € la nuit,<br />

parfois les patients doivent rester<br />

dix-huit mois et lorsqu’ils ont, par<br />

ailleurs, un loyer à payer en Corse, cela<br />

reste très compliqué. À telle enseigne<br />

que des gens nous ont dit : “Merci pour<br />

l’information, mais nous n’avons pas<br />

les moyens.” Très vite est apparue la<br />

nécessité de lever des fonds pour aider<br />

financièrement ceux qui ne pouvaient<br />

pas s’en sortir seuls. C’est ce qu’on a<br />

appelé notre mission de solidarité. Elle<br />

s’est dessinée dès 2013-2014. »<br />

L’ARGENT, NERF DE LA GUERRE<br />

Contrairement à la mission information,<br />

la mission solidarité est à 100 %<br />

financée par la générosité des Corses,<br />

particuliers, entreprises, mécènes. « La<br />

difficulté a résidé dans la récolte des<br />

fonds pour ensuite les redistribuer. Il<br />

a fallu batailler pour expliquer notre<br />

démarche et convaincre. »<br />

Les aides financières sont distribuées<br />

dans deux directions, le transport et<br />

l’hébergement. « Nous avons, chaque<br />

jour, des demandes très variées. Mais<br />

pour certaines, nous nous tournons<br />

vers les partenaires qui savent faire.<br />

Si quelqu’un a un cancer et qu’il doit<br />

payer sa perruque, on l’oriente vers la<br />

Ligue contre le cancer ou la Marie-Do,<br />

si un enfant souhaite la télé dans sa<br />

chambre et que la famille n’a pas les<br />

moyens, on l’adresse aux services<br />

sociaux. Nous, on reste exclusivement<br />

sur notre créneau, parce qu’on est<br />

18


ENSEMBLE,<br />

C’EST TOUT 2<br />

commerçant, un fonctionnaire, un<br />

salarié d’une entreprise qui n’a droit<br />

à rien, ceux-là peuvent faire appel à<br />

nous. Cela ne veut pas dire que nous<br />

n’aidons pas davantage ceux qui ont<br />

besoin de plus, à l’image de ceux qui<br />

relèvent des minima sociaux et que<br />

nous dirigeons, de surcroît, vers les<br />

assistantes sociales et les mutuelles<br />

pour qu’ils puissent toucher des fonds<br />

d’urgence supplémentaires. »<br />

DU CÔTÉ DE L’AIDE AUX<br />

TRANSPORTS, DEUX OPTIONS<br />

tous complémentaires les uns des<br />

autres, on ne va pas aller faire ce que<br />

les autres font déjà. »<br />

Pas de critères sociaux dans l’attribution<br />

des aides financières, ce choix,<br />

Laetitia Cucchi l’a acté dès le départ.<br />

« L’idée, c’est de pouvoir être accessible<br />

à tous les Corses, y compris ceux<br />

appartenant à la classe moyenne, un<br />

Soit des aides directes sous forme de<br />

dons. Par exemple, lorsqu’un enfant<br />

est malade, la Sécurité sociale ne validant<br />

la prise en charge que d’un seul<br />

parent, l’association prend en charge<br />

le deuxième 1 . Autre exemple, quand<br />

un patient atteint d’une maladie grave<br />

part plus de trente jours sur le continent,<br />

l’association peut offrir jusqu’à<br />

deux billets d’avion aux proches pour<br />

qu’ils se relaient à son chevet.<br />

Soit les avances remboursables. « Dans<br />

certains cas, il arrive que la Sécurité<br />

sociale valide le déplacement mais à la<br />

1. La ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, puis la ministre des Solidarités et<br />

de la Santé, Agnès Buzyn, ont répondu favorablement à la demande d’<strong>Inseme</strong> en annonçant que la<br />

Sécurité sociale rembourserait dorénavant ce second billet à partir de juillet 2019.<br />

19


condition que le malade fasse l’avance.<br />

Ce dernier ne sera en effet remboursé<br />

qu’à son retour. Sauf que l’avance<br />

représente parfois 500 €. Et quand<br />

il faut partir une ou deux fois dans le<br />

mois, cela devient clairement impossible.<br />

Nous faisons donc l’avance pour<br />

les malades. Nous disposons d’une<br />

trésorerie qui se régénère en permanence.<br />

Les rares fois où quelqu’un<br />

nous a fait faux bond, c’est parce que<br />

le remboursement de la Sécu est<br />

tombé sur un compte qui était déjà<br />

à découvert depuis longtemps. Pour<br />

pallier cette difficulté, avec la caisse<br />

de Corse-du-Sud, nous avons passé<br />

une convention qui, si le patient l’accepte,<br />

permet de rembourser directement<br />

<strong>Inseme</strong>. Honnêtement, nous<br />

avons un taux de remboursement qui<br />

est très satisfaisant. La démarche est<br />

utile parce que cela évite à pas mal de<br />

personnes de basculer dans la précarité<br />

financière. »<br />

En ce qui concerne le volet des aides<br />

financières pour l’hébergement, il est<br />

utilisé pour les familles qui sont en<br />

affection de longue durée, les maladies<br />

les plus graves. L’association participe<br />

jusqu’à hauteur de 50 %, « nous<br />

ne pouvons pas aller au-delà pour<br />

l’instant, mais notre contribution n’en<br />

demeure pas moins très importante. Il<br />

faut en effet savoir que, pour le transport<br />

et l’hébergement, nous intervenons<br />

uniquement parce que la Sécu<br />

ne le fait pas de manière globale. Nous<br />

venons compléter ce que la Sécurité<br />

sociale ne fait pas et, en l’occurrence,<br />

elle ne finance jamais l’hébergement…<br />

»<br />

Autre rôle endossé par <strong>Inseme</strong>, au titre<br />

de sa mission de solidarité, le soutien<br />

aux associations qui mettent à disposition<br />

des hébergements sur le continent,<br />

notamment l’association Un toit<br />

pour mes parents, à Marseille. « Cela<br />

a conduit à leur acheter un véhicule<br />

parce que le gardien des neuf appartements<br />

– qui sont très majoritairement<br />

occupés par des Corses – avait<br />

endommagé le sien. Si nous l’avons<br />

fait, c’est pour qu’il puisse continuer<br />

à aller chercher les patients insulaires<br />

qui débarquent tard à l’aéroport et à<br />

leur montrer le parcours jusqu’à l’hôpital<br />

pour leur premier rendez-vous… »<br />

Ce que l’association a pu réaliser, c’est<br />

aussi l’acquisition d’un premier appartement<br />

en 2017, après que le président<br />

d’Un toit pour mes parents, le docteur<br />

Battesti, a informé Laetitia Cucchi<br />

qu’un dixième appartement était à<br />

vendre dans l’immeuble. « On aimerait<br />

l’acheter, mais on n’a pas d’argent,<br />

m’a-t-il dit. Nous avons alors décidé de<br />

lancer une collecte. À l’origine, nous<br />

visions l’achat d’un studio. Il nous fallait<br />

70 000 €. En trente jours, nous avons<br />

levé 128 000 €. Du coup, nous avons<br />

persuadé un autre propriétaire qui<br />

avait un T2 de nous le vendre et nous<br />

avons pu voir plus grand, l’acquérir, et<br />

en confier la gestion au gardien. Nous<br />

sommes toujours sur cette idée d’agir<br />

en complémentarité en matière de<br />

compétences. Il y a peu, nous avons<br />

également équipé les dix appartements<br />

de machines à laver. Chaque<br />

fois que c’est possible, nous aidons. »<br />

Par la suite, l’association a lancé une<br />

deuxième souscription pour l’achat du<br />

T2 à Nice en juin 2019 et a également<br />

réussi à acheter un studio à Marseille<br />

dans le même immeuble que le<br />

premier.<br />

Et puisqu’il est question de Nice, le<br />

soutien à l’hébergement s’est aussi<br />

traduit par une collaboration avec<br />

une autre association, La Maison<br />

du bonheur, pour rénover le grand<br />

salon commun où, le soir, les familles<br />

se retrouvent après la journée, pour<br />

discuter et se détendre.<br />

En outre, et toujours au titre de la<br />

mission de solidarité, <strong>Inseme</strong> favorise<br />

la relation entre malades et bénévoles.<br />

« C’est essentiel parce qu’il y a<br />

toujours un moment, même quand<br />

on doit rester hospitalisé longtemps,<br />

où l’accompagnant doit rentrer en<br />

Corse pour x raisons, familiales ou<br />

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