02.12.2020 Vues

AR n°53 — Extrait

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— COTENTIN —

DU BON CÔTÉ

DE LA MANCHE

Sur la côte ouest de la péninsule du Cotentin, on trouve

des falaises empanachées d’oiseaux de mer, des havres

sablonneux où l’eau douce ose se confronter à l’eau

de mer, et des îles où les hommes se révèlent aussi

rugueux que le granit local. Tournons le dos au bocage

et retroussons la Manche du sud au nord.

TEXTE & PHOTOS CHRISTOPHE MIGEON

Après avoir profité de la faible affluence

sur les plages normandes au mois de juin

et baguenaudé dans le bocage pendant

tout l’été, Eisenhower parvint fin août 44

au-dessus des falaises de Champeaux,

retira sa casquette, mis les mains sur ses

hanches et lança à son aide de camp « Fi

d’chien, ça a de la gueule ! » que les hagiographes

s’empressèrent de corriger en

« De Saint Jean le Thomas, on découvre l’un

des plus beaux panoramas du monde ! ». Le

commandant suprême des forces expéditionnaires

alliées avait bien raison.

Comment ne pas s’émouvoir devant cette

baie où palpitent des splendeurs dorées

de soleil, tout juste froissées par les doigts

nerveux du vent d’ouest tandis que dans

des lointains vaporeux, flottant au beau

milieu de cette mer aux nuances de

potage, le Mont-Saint-Michel hérissé de

clochers semble tout juste tombé de

l’espace ? Face à un tel spectacle, il est

possible de s’allonger dans l’herbe au

milieu des bruyères et des ajoncs tout en

boulottant un bol de bulots, trésor gastronomique

de la région. On peut aussi

mettre ses pas dans ceux d’un guide

ornithologique et détacher les yeux de ce

tableau impressionniste pour les lever

vers un ciel strié d’oiseaux. Ces quatre

kilomètres de falaises granitiques

finissent par former un genre d’entonnoir

dans lequel s’engouffrent à l’automne

plus d’un million de migrateurs en route

pour leurs quartiers d’hiver. Les îles

Chausey, les seules des îles normandes à

avoir échappé aux griffes avides de la

perfide Albion — la carte dont disposaient

les Anglais lors du traité de Paris

de 1763 les avait tout simplement

oubliées ! — clôturent au nord le panorama

de leurs silhouettes longilignes.

L’appel de l’archipel

À vrai dire, seule la Grande Île, à 17 km

de Granville, est visible. Pendant longtemps,

elle était avec le Mont-Saint-

Michel, l’une des extrémités de la ligne

de démarcation entre les zones de pêche

normande et bretonne. Pour que les

choses soient plus claires encore, et éviter

les algarades émaillées d’abordages sauvages

et de coups de mousquet, deux

petites tours jadis peinturlurées de blanc

avaient été érigées sur l’île en guise

d’amers.

En règle générale, les pêcheurs sont des

hommes remarquablement doués pour

se taire. Ceux de Chausey, encore plus

rugueux que les coquilles d’huître, ne

font pas exception. C’est tout juste si on

parvient à soutirer deux-trois borborygmes

de ces insulaires aux humeurs de

congre. Ici, les pêcheurs en pincent pour

LA MANCHE

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