AR n°53 — Extrait
- Aucun tag trouvé…
Transformez vos PDF en papier électronique et augmentez vos revenus !
Optimisez vos papiers électroniques pour le SEO, utilisez des backlinks puissants et du contenu multimédia pour maximiser votre visibilité et vos ventes.
ÉTIENNE KLEIN
Physicien de renom et docteur en philosophie des sciences,
Étienne Klein est également un amoureux de la montagne
qui pratique l’alpinisme en amateur très éclairé et très éclairant.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT DELMAS
PHOTOS FRANCK FERVILLE
Vous souvenez-vous de votre premier voyage ?
J’avais huit ans environ. C’était un voyage en Italie, avec la Peugeot 504 break
familiale. Nous devions être quatre enfants assis à l’arrière. Nous sommes
allés dans plusieurs villes de l’Italie du Nord en passant notamment par le lac
Majeur et le lac de Côme qui m’ont beaucoup impressionné. Je me souviens
particulièrement du retour par le col du Grand Saint-Bernard, car la montée a été
provisoirement interrompue par une panne sèche. Mon père avait quelque peu
sous-estimé la charge pondérale de la voiture et de ses occupants. Mais il a fait
alors l’hypothèse que la jauge, confrontée elle aussi à la pente, lui jouait des tours.
Il a donc décidé de partir en sens inverse et dans la pente, le moteur a en effet
continué de fonctionner, comme si de rien n’était. Arrivés en bas, nous en avons
fait le plein et nous sommes repartis à l’assaut du col. Victorieusement cette fois.
Avez-vous vécu ce premier voyage comme un dépaysement ?
Assurément. Nous venions de quitter un appartement parisien pour emménager
dans une grande maison avec jardin à Orsay, à 25 kilomètres de la capitale.
Mes parents avaient en effet le projet tenace d’avoir un nombre considérable
d’enfants : il nous fallait donc beaucoup de place. Entre Orsay et l’Italie, on peut
parler d’un véritable exotisme initial. En premier lieu à cause de la langue.
Je crois que c’est la première fois que j’entendais parler une langue étrangère :
c’est toujours un dépaysement radical cette découverte-là. De fait, quand
on ne comprend pas une langue parlée par d’autres, ça distille un sentiment
de bêtise. On se sent tout simplement bête. Toute personne qui parle une langue
que l’on ne parle pas nous paraît plus intelligente que nous-mêmes. Comment
pourrait-il en être autrement, puisqu’il dit des choses incompréhensibles pour
nous, mais que lui en revanche comprend parfaitement ?
Après l’Italie, quelle fut la seconde destination familiale ?
Famille nombreuse oblige, dès que nous avons été cinq enfants, les vacances
se sont déroulées en France, dans un petit village de l’Yonne, connu pour son
merveilleux château, Tanlay. C’est là que j’ai découvert qu’on peut radicalement
s’ennuyer durant de longues semaines d’été. Ce fut pour moi une interminable
période de stagnation géographique ! Certes, nous faisions un peu de vélo,
quelques baignades dans la vase immobile de l’Armançon, la rivière locale.
ENTRETIEN
13