Magazine CNC, printemps 2021
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PRINTEMPS <strong>2021</strong><br />
Retour<br />
aux<br />
sources<br />
TKTKTKTKTKTKT<br />
Pourquoi la relocalisation d’espèces<br />
sauvages dans les milieux d’où elles<br />
ont disparu importe autant pour la<br />
nature que pour nous<br />
natureconservancy.ca<br />
WINTER <strong>2021</strong> 1
Aire de conservation des prairies<br />
patrimoniales Old Man on His Back,<br />
Saskatchewan<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong><br />
SOMMAIRE<br />
Conservation de la nature Canada<br />
4 Petits gestes de<br />
conservation<br />
Joignez-vous à des gens de partout au pays<br />
pour venir en aide à la nature en participant<br />
au défi Petits gestes de conservation de <strong>CNC</strong>.<br />
6 Méandres d’Osoyoos<br />
Ce réseau de milieux humides parcouru de<br />
méandres se situe dans la vallée de l’Okanagan,<br />
en Colombie-Britannique.<br />
7 Pour un ciel plus sécuritaire<br />
pour les oiseaux<br />
Quatre façons de réduire les risques de<br />
collisions d’oiseaux dans vos fenêtres.<br />
7 Les indispensables<br />
Le journal de Melissa Polak l’aide à se<br />
connecter à la nature de manière significative<br />
quand elle y dessine des croquis en plein air.<br />
8 Retour à l’état sauvage<br />
Des bisons des prairies sont de retour sur<br />
une propriété de <strong>CNC</strong> en Saskatchewan.<br />
Un événement significatif d’un point de<br />
vue écologique mais aussi culturel.<br />
12 Tortue-molle à épines<br />
Chaque <strong>printemps</strong>, cette tortue en voie de<br />
disparition se dirige vers un étang peu profond<br />
du Québec pour s’y réchauffer et se nourrir.<br />
14 <strong>CNC</strong> à l’œuvre<br />
Bonne nouvelle pour les orignaux du Canada<br />
atlantique; conserver des espèces en péril en<br />
Nouvelle-Écosse; chérir une prairie indigène.<br />
16 Au nom de la Terre<br />
Autochtone, biologiste et artiste, Rick Beaver<br />
tisse les savoirs traditionnels autochtones à<br />
ceux de la science.<br />
18 Grandeur nature<br />
En Alberta, un fils et son père font une<br />
découverte préhistorique sur la propriété<br />
Nodwell de <strong>CNC</strong>.<br />
Conservation de la nature Canada<br />
245, avenue Eglinton Est, bureau 410 | Toronto (Ontario) Canada M4P 3J1<br />
magazine@conservationdelanature.ca | Tél. : 416 932-3202 | Sans frais : 1 877 231-3552<br />
Conservation de la nature Canada (<strong>CNC</strong>) est le chef de file au pays en matière de conservation des terres, œuvrant à la<br />
protection de nos milieux naturels les plus précieux et des espèces qu’ils abritent. Depuis 1962, <strong>CNC</strong> et ses partenaires<br />
ont contribué à la protection de plus de 14 millions d’hectares (35 millions d’acres), d’un océan à l’autre et à l’autre.<br />
Le magazine Conservation de la nature Canada est distribué aux donateurs et sympathisants de <strong>CNC</strong>.<br />
MC<br />
Marque de commerce de La Société canadienne pour la conservation de la nature<br />
FSC MD n’est pas responsable des calculs concernant<br />
l’économie des ressources réalisée<br />
en choisissant ce papier.<br />
Imprimé sur du papier Supreme Soie fait à 30 % de fibres post-consommation, certifié Procédé sans chlore.<br />
Ce papier est fabriqué en utilisant des sources d’énergie renouvelables. L’impression est effectuée au Canada,<br />
avec des encres végétales sans COV par Warrens Waterless Printing. La publication de ce magazine<br />
a sauvegardé 25 arbres et 88 796 litres d’eau*.<br />
TKTKTKTKTKTKT<br />
ÉCOCALCULATEUR : ROLLANDINC.COM/FR. PHOTO : JASON BANTLE.<br />
*<br />
2 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca
Le chœur de la nature<br />
TKTKTKTKTKTKT<br />
SENS HORAIRE À PARTIR DU HAUT : GENEVIÈVE LESIEUR. CHEYENNE RAE. TENILLE CAMPBELL.<br />
Il y a quelques semaines, pendant ma course à pied<br />
quotidienne, j’ai entendu un son familier : le chant d’un<br />
carouge à épaulettes de retour de son aire d’hivernage.<br />
Tout comme la fonte des neiges et l’écoulement de la sève, ce<br />
chant me rappelle le <strong>printemps</strong>.<br />
Cet hiver nous a peut-être semblé plus long, puisque le<br />
monde a changé à cause de la pandémie. La nature n’a jamais<br />
été aussi importante que durant la dernière année. Pour nombre<br />
d’entre nous, elle a été un baume apaisant, même pendant les<br />
journées les plus courtes et froides de l’hiver. Un sondage Ipsos<br />
mené récemment pour le compte de Conservation de la nature<br />
Canada (<strong>CNC</strong>) le confirme. En effet, 94 % des Canadiennes et<br />
des Canadiens estiment que la nature contribue à soulager le<br />
stress et l’anxiété, et 86 % affirment que passer du temps en plein<br />
air a été important pour leur santé mentale pendant la pandémie<br />
de COVID-19. Ces résultats n’ont surpris personne à <strong>CNC</strong>. Comme<br />
vous, nous croyons qu’il est essentiel de prendre soin de la nature,<br />
tout comme elle prend soin de nous.<br />
Pendant que le temps continue de s’adoucir, la nature<br />
continuera d’être là pour nous tous. Je vous invite donc à aller<br />
prendre l’air, sur une de nos propriétés peut-être, pour profiter<br />
de tout ce que la nature a à offrir. Il n’y a pas de meilleure façon<br />
de célébrer l’arrivée du <strong>printemps</strong> qu’en se promenant sur un<br />
sentier, en observant le paysage reprendre ses tons de vert et<br />
en admirant le retour des oiseaux!<br />
Maintenant que le chœur de la nature recommence à se faire<br />
entendre à travers le pays, je vous souhaite un <strong>printemps</strong> rempli<br />
de souvenirs heureux en plein air. Faites attention à vous.<br />
Avec vous pour la conservation,<br />
Catherine Grenier<br />
Catherine Grenier<br />
Présidente et chef de la direction<br />
Collaboratrices<br />
Susan Peters est une<br />
auteure et réviseure<br />
basée à Winnipeg<br />
(Manitoba). Elle a écrit<br />
Retour à l’état sauvage,<br />
en page 8. Ses articles<br />
ont été publiés dans<br />
Canadian Geographic,<br />
Report on Business et<br />
The Walrus.<br />
Nadya Kwandibens<br />
(@_redworks) est une<br />
photographe anishinabe<br />
(ojibwée) de la<br />
Première Nation<br />
Animakee Wa Zhing 37<br />
(nord-ouest ontarien).<br />
Elle a photographié Rick<br />
Beaver pour l’article<br />
Au nom de la Terre, en<br />
page 16.<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 3
D’UN OCÉAN<br />
À L’AUTRE<br />
Petits<br />
gestes de<br />
conservation<br />
Joignez-vous à des gens<br />
d’à travers le pays pour<br />
aider la nature en relevant<br />
le défi Petits gestes de conservation.<br />
Nos efforts collectifs peuvent<br />
avoir des impacts positifs pour<br />
les animaux et leurs habitats naturels<br />
d’un océan à l’autre.<br />
Monarque récoltant<br />
le nectar d’une<br />
eupatoire maculée<br />
Inscrivez-vous<br />
au défi pour<br />
courir la chance<br />
de gagner un<br />
prix de <strong>CNC</strong>!<br />
ROBERT MCCAW.<br />
4 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca
Inscrivez-vous dès aujourd’hui à conservationdelanature.ca/petitsgestes<br />
<strong>CNC</strong>.<br />
Aidez les<br />
oiseaux<br />
Chaque année, des milliards<br />
d’oiseaux chanteurs<br />
entreprennent un périple<br />
qui les mène au Canada<br />
pour une seule raison.<br />
L’explosion de vie qui<br />
caractérise le <strong>printemps</strong><br />
dans notre pays nordique<br />
en fait un excellent endroit<br />
pour élever une famille.<br />
COMMENT AIDER<br />
Venez en aide aux oiseaux<br />
migrateurs en créant chez<br />
vous des aires de repos prêtes<br />
à les accueillir.<br />
1. Plantez des arbres et<br />
des arbustes indigènes<br />
qui fourniront un habitat<br />
aux oiseaux.<br />
2. Fabriquez une mangeoire<br />
à oiseaux.<br />
3. Contribuez à la science<br />
citoyenne en utilisant<br />
l’application eBird pour noter<br />
vos observations d’oiseaux<br />
migrateurs présents sur<br />
votre propriété.<br />
QUE FAIT <strong>CNC</strong>?<br />
À travers le pays, le<br />
personnel de <strong>CNC</strong> mène<br />
des inventaires fauniques<br />
et floristiques sur ses<br />
propriétés et travaille à<br />
l’élimination des espèces<br />
envahissantes, avec l’appui<br />
des Bénévoles pour la<br />
conservation. Ces efforts<br />
permettent d’améliorer<br />
l’habitat des plantes et des<br />
animaux indigènes.<br />
Devenez ami<br />
des chauvessouris<br />
Même si elles sont associées<br />
à un populaire superhéros,<br />
les chauves-souris sont<br />
souvent mal comprises et<br />
confrontées à de nombreuses<br />
menaces, dont la<br />
perte d’habitat et le<br />
syndrome du museau blanc,<br />
une maladie fongique qui se<br />
propage très rapidement.<br />
COMMENT AIDER<br />
Allumez le « Bat-signal » et<br />
faites votre part pour aider les<br />
populations de chauvessouris<br />
en déclin au Canada.<br />
1. Fabriquez et installez un<br />
dortoir à chauves-souris.<br />
2. Restez à l’affût de leur<br />
présence en transformant<br />
votre téléphone en détecteur<br />
de chauves-souris.<br />
3. Si vous devez chasser des<br />
chauves-souris de votre<br />
maison, utilisez des<br />
méthodes sans cruauté et<br />
empêchez-les de revenir<br />
(sceller les trous situés près<br />
de la cheminée et les<br />
espaces entre les bardeaux).<br />
QUE FAIT <strong>CNC</strong>?<br />
<strong>CNC</strong> protège l’habitat de<br />
chauves-souris à travers le<br />
pays, fait le suivi de leurs<br />
populations sur ses<br />
propriétés et collabore avec<br />
le Zoo de Toronto dans le<br />
cadre de son programme<br />
de conservation des<br />
chauves-souris indigènes).<br />
Ne craignez<br />
pas de vous<br />
mouiller<br />
La bonne santé des eaux<br />
douces du Canada est<br />
essentielle à celle de la nature<br />
et à notre bien-être. Réduire<br />
le ruissellement de surface et<br />
la pollution peut contribuer à<br />
améliorer la qualité de notre<br />
environnement.<br />
COMMENT AIDER<br />
Améliorez la qualité de l’eau de<br />
nos lacs et de nos cours d’eau.<br />
1. Réduisez les eaux de<br />
ruissellement sur votre<br />
terrain à l’aide de barils<br />
récupérateurs d’eau de pluie<br />
et en redirigeant cette eau<br />
vers votre jardin. Utilisez des<br />
matériaux poreux pour vos<br />
allées, votre terrasse et<br />
votre entrée.<br />
2. Évitez d’utiliser des<br />
pesticides et des fertilisants<br />
pour votre pelouse;<br />
ramassez les excréments<br />
des animaux domestiques,<br />
car ils peuvent polluer les<br />
plans d’eaux locaux.<br />
3. Renseignez-vous sur la<br />
provenance de votre eau.<br />
QUE FAIT <strong>CNC</strong>?<br />
Grâce à votre appui, <strong>CNC</strong><br />
protège depuis près de<br />
60 ans des habitats d’eau<br />
douce à travers le pays au<br />
bénéfice des espèces<br />
sauvages et de la population.<br />
Nous restaurons<br />
également des milieux<br />
humides, des forêts et des<br />
prairies, qui filtrent l’eau et<br />
l’emmagasinent.<br />
Accueillez les<br />
pollinisateurs<br />
Au Canada, les abeilles,<br />
papillons et autres pollinisateurs<br />
indigènes aident les<br />
plantes à prospérer; les<br />
moyens ne manquent pas<br />
pour les aider à accomplir<br />
leur important travail.<br />
COMMENT AIDER<br />
Faites de votre cour un<br />
refuge pour les pollinisateurs<br />
indigènes.<br />
1. Apprenez-en plus sur les<br />
plantes indigènes pour<br />
pouvoir en cultiver et attirer<br />
ainsi papillons, abeilles et<br />
autres pollinisateurs.<br />
2. Créez des recoins où les<br />
abeilles pourront passer<br />
l’hiver. Entassez des<br />
branches mortes entre vos<br />
plantes et gardez le sol<br />
dégagé à certains endroits.<br />
3. Fabriquez un hôtel<br />
pour abeilles.<br />
QUE FAIT <strong>CNC</strong>?<br />
En plus de protéger des<br />
habitats, <strong>CNC</strong> mène des<br />
projets de restauration<br />
d’écosystèmes parmi les<br />
plus ambitieux au pays et<br />
crée de nouveaux habitats<br />
pour les pollinisateurs.<br />
Certains des papillons et<br />
des bourdons les plus<br />
menacés au Canada<br />
peuvent être observés sur<br />
des propriétés de <strong>CNC</strong>.<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 5
SUR LES<br />
SENTIERS<br />
International Hike & Bike Trail (sentier)<br />
SOWMA<br />
Ted Pendergraft and Sons<br />
Conservation Area<br />
Route 22<br />
3<br />
4<br />
1<br />
The Nature Trust<br />
of BC<br />
<br />
N<br />
Rivière Okanagan<br />
Bobolink<br />
Bobolink<br />
Meadows<br />
2<br />
South Okanagan<br />
Wildlife Management<br />
Area<br />
(SOWMA)<br />
Autoroute 97<br />
Méandres<br />
d’Osoyoos<br />
Canards Illimités<br />
Canada<br />
SOWMA<br />
Découvrez un réseau de milieux humides prisé<br />
des ornithologues et situé dans le sud de la vallée de<br />
l’Okanagan, près d’Osoyoos, en Colombie-Britannique<br />
South Kettle Valley Railway Trail (sentier)<br />
Reconnue pour l’observation d’oiseaux, cette région est désignée Zone<br />
importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) en raison de la diversité des<br />
espèces qui en dépendent et qui la fréquentent pour se reproduire, nicher et chasser.<br />
Elle représente également une halte migratoire cruciale.<br />
On peut y observer le courlis à long bec, la grue du Canada, la buse à queue rousse<br />
et de nombreuses espèces de sauvagines. Vous pourriez même apercevoir un<br />
goglu des prés (bobolink), cet oiseau chanteur en péril pour qui les méandres<br />
d’Osoyoos sont l’une des seules aires de reproduction de la vallée de l’Okanagan.<br />
Deux sentiers communautaires sont accessibles aux marcheurs et aux cyclistes.<br />
Nous vous recommandons tout particulièrement l’International Hike & Bike Trail, un<br />
sentier qui longe le chenal de la rivière Okanagan et qui offre des vues imprenables.<br />
N’oubliez pas d’apporter vos jumelles!1<br />
VEILLEZ À VOTRE SÉCURITÉ<br />
Nous vous prions de veiller à votre sécurité et de respecter les directives de distanciation<br />
physique et des autorités sanitaires locales lorsque vous visitez des propriétés de <strong>CNC</strong>.<br />
LÉGENDE<br />
1. Stationnement et kiosque<br />
d’interprétation<br />
2. Méandre restauré de Bobolink Meadows<br />
3. Méandres de la Ted Pendergraft and Sons<br />
Conservation Area<br />
4. Station de nettoyage de bottes pour retirer<br />
les graines nuisibles pouvant s’être logées<br />
dans les semelles de vos chaussures<br />
••• Sentier<br />
Lac<br />
Osoyoos<br />
CARTE : JACQUES PERRAULT. PHOTOS : <strong>CNC</strong>.<br />
6 PRINTEMPS <strong>2021</strong><br />
conservationdelanature.ca
ACTIVITÉ<br />
LES<br />
INDISPENSABLES<br />
Pour un ciel plus<br />
sécuritaire pour<br />
les oiseaux<br />
Quatre façons de réduire les<br />
risques de collisions d’oiseaux<br />
dans vos fenêtres<br />
PHOTO : ALBERT LAW. ILLUSTRATION : CORY PROULX.<br />
Chaque année au Canada, on estime que<br />
plus de 20 millions d’oiseaux meurent à la suite<br />
de collisions avec des bâtiments. Bien que la<br />
présence de grands immeubles soit souvent<br />
à l’origine des collisions de grandes volées<br />
d’oiseaux migrateurs, 90 % des mortalités se<br />
produiraient sur des maisons.<br />
Les oiseaux de passage dans nos quartiers<br />
peuvent confondre la réflexion d’un paysage<br />
naturel dans une fenêtre avec une trajectoire<br />
qui paraît sécuritaire. Voici quatre moyens<br />
peu coûteux pour rendre vos fenêtres<br />
moins réfléchissantes :<br />
MOUSTIQUAIRES ET STORES<br />
Ne retirez pas les moustiquaires de vos fenêtres<br />
et laissez vos stores verticaux à moitié ouverts.<br />
RIDEAU DE CORDES<br />
Installez un rideau de cordes devant la vitre<br />
en suspendant des cordes de couleur sombre<br />
(3,2 mm de diamètre) espacées également<br />
(10 cm) sur toute la largeur de votre fenêtre.<br />
PEINTURE TEMPERA<br />
Utilisez de la tempera, une peinture non<br />
permanente, pour tracer du côté extérieur de<br />
vos fenêtres une grille qui créera des carreaux<br />
de 10 x 5 cm au maximum. Pour les colibris,<br />
réduisez de moitié l’espacement vertical.<br />
AUTOCOLLANTS ANTICOLLISION<br />
Décorez vos fenêtres avec des autocollants, du<br />
ruban-cache ou même des notes autocollantes.<br />
Plus ils seront rapprochés, mieux ce sera. Veuillez<br />
noter que des recherches démontrent que les<br />
autocollants en forme de silhouette de faucon<br />
sont inefficaces pour éloigner les oiseaux.1<br />
Inspiration<br />
naturelle<br />
Le journal de Melissa Polak l’aide à se connecter à la nature de<br />
manière significative quand elle y dessine des croquis en plein air<br />
Je me souviens de la première fois où je me suis promenée dans le parc Stanley,<br />
après mon déménagement à Vancouver, en Colombie-Britannique. J’ai été impressionnée<br />
et inspirée par les thuyas, les grands pins et les pousses de végétaux qui<br />
se disputaient quelques rayons de soleil parmi les arbres anciens. Je me souviens aussi<br />
du tapis de mousse parcouru de petits ruisseaux qui alimentaient en eau glacée toute la<br />
forêt et ses résidents hétéroclites.<br />
Comme tout ce qui nous devient familier avec le temps, il est facile de ne plus<br />
s’émerveiller devant la nature. Votre promenade habituelle — celle au cours de laquelle<br />
vous trébuchiez sur vos propres pieds parce que vous cherchiez des pousses de l’année<br />
cachées sous la canopée — est lentement envahie par vos listes de choses à faire et le<br />
repas du souper.<br />
J’ai commencé à emporter mon journal lors de mes promenades pour m’accorder un<br />
moment de contemplation forcé dans la nature. Un jour, en voyage d’affaires à Montréal<br />
et après une plaisante promenade jusqu’au sommet du Mont-Royal, j’ai voulu capturer la<br />
beauté du paysage de la ville d’une manière plus significative qu’avec mon téléphone<br />
portable. Je me suis soudainement mise à faire des croquis en plein air.<br />
La beauté de ce passe-temps est qu’il oblige à apprécier et à noter tous les petits<br />
détails : le mouvement lent d’un arbre, la disposition des aiguilles sur une branche de<br />
conifère, la lumière qui traverse les différents étages de la canopée pour créer des ombres.<br />
Dans les forêts reculées de la Colombie-Britannique ou dans ma propre arrière-cour<br />
près de la baie English à Vancouver, les croquis que je dessine dans mon journal m’ont<br />
permis de retomber en amour avec tous mes lieux naturels favoris!1<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 7
Retour à l’état<br />
sauvage<br />
Ramener des espèces sur des sites d’où elles avaient disparu, comme<br />
le bison des prairies de retour à l’aire de conservation des prairies<br />
patrimoniales Old Man on His Back de <strong>CNC</strong>, en Saskatchewan, est une<br />
bonne chose pour la faune, la flore et la population.<br />
PAR Susan Peters<br />
La nuit était déjà tombée à l’arrivé du convoi à l’aire<br />
de conservation des prairies patrimoniales Old Man on His Back (OMB) de<br />
Conservation de la nature Canada (<strong>CNC</strong>). Au petit matin, les remorques<br />
remplies de bisons des prairies avaient pris la route en direction sud. Les arbres<br />
poudrés de neige du parc national Elk Island, à l’est d’Edmonton (Alberta),<br />
avaient peu à peu cédé la place au ciel dégagé de la Saskatchewan. Voisins et équipes de<br />
télévision, qui attendaient ce moment, surveillaient l’ouverture des portes devant la lumière<br />
des phares. Les bisonneaux d’un an ont sauté hors des remorques, puis se sont dirigés en<br />
trottant vers le fond de l’enclos. Ne voulant pas effaroucher les nouveaux venus, les personnes<br />
présentes, dont Peter et Sharon Butala, les anciens propriétaires du ranch devenu aire de<br />
conservation, se regardèrent en silence. Pour la première fois depuis un siècle, des bisons<br />
étaient de retour dans cette prairie.<br />
On a assisté à d’extraordinaires réussites en observant des espèces en voie de disparition<br />
utiliser très rapidement des habitats restaurés. Mais, parfois, les espèces que nous<br />
protégeons ne peuvent tout simplement pas revenir sans aide. La Décennie des Nations<br />
Unies pour la restauration des écosystèmes est une occasion de restaurer certains des<br />
habitats naturels les plus menacés au Canada et d’y ramener leur faune.<br />
D’autres projets que celui de 2003 pour le retour du bison des prairies à OMB se<br />
déroulent à travers le pays pour ramener des végétaux et des animaux là où ils vivaient<br />
autrefois, soit en les réintroduisant, soit en augmentant leurs populations actuelles. Les<br />
retombées de ces projets peuvent avoir une importance écologique et culturelle énorme.<br />
Suite à la page 10 >><br />
JASON BANTLE.<br />
8 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca<br />
natureconservancy.ca
Vacher à tête brune sur<br />
le dos d’un bison, OMB,<br />
Saskatchewan.<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 9
G. à D. : Bisons à OMB; bruant à ventre noir;<br />
plantes indigènes à OMB.<br />
Refaçonner le territoire<br />
En franchissant la barrière à bétail d’OMB, on<br />
sent parfois un parfum d’armoise flotter dans<br />
l’air alors que le chant des oiseaux, comme<br />
celui du plectrophane à ventre noir (en voie<br />
de disparition), se fait de plus en plus audible.<br />
« La diversité de la flore, de la faune, et de la<br />
quantité d’oiseaux augmentent considérablement<br />
quand on traverse la barrière et qu’on<br />
quitte des terres cultivées pour la prairie indigène<br />
», dit Jennifer McKillop, vice-présidente<br />
de <strong>CNC</strong> pour la région de la Saskatchewan.<br />
Au fil des millénaires, les bisons ont évolué<br />
en tandem avec les graminées des prairies,<br />
dont les énormes racines peuvent s’enfoncer<br />
jusqu’à 4,5 mètres de profondeur pour emmagasiner<br />
les ressources qui leur permettent<br />
d’affronter l’hiver et la sécheresse. Les bisons<br />
qui vivent aujourd’hui sur la propriété<br />
peuvent être difficiles à repérer sur les<br />
5 000 hectares (12 355 acres) de collines<br />
arides et sans arbres, à moins bien sûr qu’ils<br />
décident de se montrer le bout du museau.<br />
Même s’ils semblent parfois invisibles<br />
pour les visiteurs, les quelque 100 bisons<br />
d’OMB en façonnent le territoire et améliorent<br />
la santé et la biodiversité de la prairie.<br />
Cela inclut la laine qu’ils laissent sur les<br />
gros blocs erratiques (abandonnés par d’anciens<br />
glaciers) lorsqu’ils s’y frottent pour se<br />
débarrasser de leur pelage d’hiver ou pour<br />
soulager leurs démangeaisons. Au <strong>printemps</strong>,<br />
les oiseaux chanteurs s’empressent<br />
de ramasser ces poils dont ils tapissent leur<br />
nid pour mieux contrôler la température<br />
pour leurs oisillons dépourvus de plumage.<br />
Les bisons adorent aussi se rouler dans la<br />
terre, ce qui crée des dépressions dans le<br />
sol. Au <strong>printemps</strong>, ces « cratères » se remplissent<br />
d’eau pour former des mares bourbeuses;<br />
en été, leur sol asséché et dénudé<br />
devient un habitat de choix pour des végétaux<br />
rares.<br />
OMB fait partie de l’écorégion de la prairie<br />
mixte, une mosaïque d’herbes courtes et<br />
de tailles moyennes. En Saskatchewan, les<br />
prairies indigènes occupent moins de 20 %<br />
de leur étendue originelle. Ce type de prairie<br />
tempérée est l’un des écosystèmes les plus<br />
menacés au monde. Il y a 22 ans, Peter Butala<br />
(aujourd’hui décédé) et son épouse Sharon<br />
ont décidé de faire don de 422 hectares<br />
(1 043 acres) de leurs terres à <strong>CNC</strong>, sous la<br />
condition qu’elles demeurent un milieu de<br />
prairies et que les bisons y reviennent.<br />
Bison de la plaine, culture<br />
de la Prairie<br />
À OMB, les cercles de tipis et les traces laisées<br />
au sol par les roues médicinales témoignent<br />
du passé autochtone, mais aussi de<br />
la présence actuelle et de l’implication continues<br />
des Premières Nations sur ce territoire.<br />
Pour l’équipe de <strong>CNC</strong> de Saskatchewan, l’objectif<br />
dépasse celui d’assurer le retour du bison<br />
des prairies. Il consiste en effet aussi à ce<br />
que les peuples autochtones puissent dans<br />
l’avenir exercer leurs activités qui dépendent<br />
de ces prairies, comme la récolte de plantes<br />
traditionnelles, l’approvisionnement en<br />
viande, et la tenue de cérémonie.<br />
<strong>CNC</strong> a créé un Groupe consultatif autochtone<br />
qui le conseille sur les relations culturellement<br />
appropriées entre les humains et les<br />
troupeaux de bisons, ainsi que sur les savoirs<br />
culturels relatifs à la prairie. Le groupe, composé<br />
d’une diversité de personnes d’âge et de<br />
genre différents, provient de 3 régions visées<br />
par des traités, de 6 Nations et de 11 communautés.<br />
Philip Brass, conseiller autochtone<br />
auprès de <strong>CNC</strong> en Saskatchewan et membre<br />
de la Nation Crie Peepeekisis, située dans le<br />
sud de la province, a contribué à la formation<br />
du groupe.<br />
« Nous avons fait un tour de table en<br />
posant la question “qu’est-ce que le bison<br />
signifie pour vous?”, explique-t-il, évoquant<br />
la première réunion du groupe. C’était toute<br />
une expérience de voir les larmes monter<br />
aux yeux de toutes les personnes d’origine<br />
autochtone présentes. Nous entendons<br />
beaucoup parler des pensionnats autochtones,<br />
mais nous ne parlons pas de l’extermination<br />
du bison et des impacts que cela<br />
continue d’avoir sur les Premières Nations.<br />
Je vois des gens trembler sous le poids de<br />
cette tristesse que nous portons. Cette tristesse<br />
est spirituelle. »<br />
M. Brass aimerait voir s’établir une relation<br />
de cogestion avec les peuples autochtones<br />
d’OMB ainsi qu’avec d’autres communautés<br />
où <strong>CNC</strong> protège des terres en territoire traditionnel.<br />
Il aimerait aussi que des Autochtones<br />
occupent des postes de direction à <strong>CNC</strong> afin<br />
d’instaurer des changements systémiques. Il<br />
estime que les besoins traditionnels font partie<br />
de l’équation de la conservation.<br />
Philip Brass souligne aussi à quel point la<br />
langue est étroitement liée aux descriptions<br />
du monde naturel, comme pour le nom des<br />
plantes : « Moins de 3 à 4 % des Autochtones<br />
du sud de la Saskatchewan parlent couramment<br />
la langue de leurs ancêtres. Si on<br />
considère qu’aussi peu que 10 % de la prairie<br />
indigène est encore intacte, nous pouvons<br />
voir la corrélation directe avec la disparition<br />
des langues autochtones, puisqu’il n’en reste<br />
que 10 % aussi. Lorsque nous sommes dépossédés<br />
de notre mode de vie fondé sur le territoire,<br />
la langue perd sa raison d’être pour la<br />
jeune génération. »<br />
Le bison est intrinsèquement lié aux pratiques<br />
linguistiques et culturelles des Prairies.<br />
« C’était formidable d’écouter deux<br />
G. À D. : JASON BANTLE; ALAMY STOCK PHOTO; JASON BANTLE.<br />
10 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca
G. À D. : <strong>CNC</strong>; ALAMY STOCK PHOTO; GLENN BARTLEY.<br />
membres du Groupe de travail discuter des<br />
noms et usages des plantes selon les Cris et<br />
les Pieds-noirs, se remémore Jennifer McKillop.<br />
Le bison et le feu, voilà d’où provient le<br />
remède. Les lieux où le feu est passé et où<br />
les bisons ont brouté sont plus forts. »<br />
Philip Brass aimerait que la communauté<br />
des organismes de conservation intègre au<br />
travail de gestion des terres les valeurs, les<br />
besoins culturels et les services des peuples<br />
autochtones. Sans leur présence, l’écosystème<br />
est incomplet. Cette approche des relations<br />
axée sur le territoire est un pas vers la<br />
réconciliation qui peut favoriser la revitalisation<br />
et la résurgence des cultures et des langues<br />
autochtones.<br />
Les espèces sauvages à<br />
travers le Canada<br />
Une autre résurgence, celle d’une espèce<br />
cette fois, est en cours à la réserve des prairies<br />
à herbes hautes, au Manitoba. C’est là que<br />
des efforts se poursuivent pour protéger une<br />
petite population d’hespéries de Poweshiek.<br />
Cette réserve est le seul endroit connu au Canada<br />
pour abriter une population de ce papillon,<br />
dont le nombre est estimé à moins de<br />
500 individus à l’échelle mondiale. Depuis<br />
2017, l’Assiniboine Park Zoo de Winnipeg (Manitoba)<br />
élève des chenilles issues d’œufs récoltés<br />
dans la nature de ce papillon rare, pour<br />
ensuite relâcher les adultes sur deux propriétés<br />
de <strong>CNC</strong> situées dans la réserve. « L’hespérie<br />
de Poweshiek est si rare dans la nature que<br />
sa survie dépend de ces mesures pour augmenter<br />
ses populations », explique Melissa<br />
Grantham, biologiste en conservation à <strong>CNC</strong>.<br />
En 2020, un jalon important a été franchi<br />
quand le zoo a réussi le tout premier accouplement<br />
en captivité de ce papillon. Des mâles<br />
capturés dans la nature ont été accouplés avec<br />
des femelles élevées en captivité au zoo. Les<br />
œufs fécondés ont ensuite été collectés, puis<br />
les adultes accouplés ont tous été relâchés<br />
dans la réserve. La réussite de ces travaux a<br />
encouragé le Poweshiek Skipperling International<br />
Partnership, un partenariat voué au rétablissement<br />
de l’espèce, à envisager la remise<br />
en liberté d’hespéries de Poweshiek à d’autres<br />
endroits au Manitoba ou aux États-Unis. Avec<br />
un peu de chance, les apprentissages qu’aura<br />
permis ce projet guideront d’autres efforts<br />
d’élevage de papillons menacés dans le but<br />
d’augmenter les populations sauvages.<br />
En réaction au déclin de la vie sauvage à<br />
l’échelle mondiale, les efforts de relocalisation<br />
d’espèces se sont intensifiés au cours des<br />
30 dernières années, selon Axel Moehrenschlager,<br />
directeur de la science et de la<br />
conservation à la Calgary Zoo Foundation<br />
(Alberta) et président du Groupe de spécialistes<br />
en relocalisation de l’Union<br />
internationale pour la conservation de la nature<br />
(UICN). « Le déplacement d’espèces<br />
est l’une des méthodes les plus directes,<br />
concrètes et porteuses d’espoir que nous<br />
ayons pour montrer au public que passer à<br />
l’action peut avoir des retombées positives »,<br />
commente-t-il, notant au passage que des<br />
mesures de relocalisation sont proposées pour<br />
favoriser le rétablissement de plus de 200 espèces<br />
en péril au Canada. « Très peu d’expériences<br />
sont aussi profondes et significatives<br />
que de tenir un animal dans votre main et de<br />
le relâcher dans la nature. » Il observe aussi<br />
que les espèces peuvent avoir une importance<br />
qui va au-delà de leur niche écologique,<br />
comme c’est le cas pour le bison des prairies,<br />
qui revêt une profonde signification culturelle<br />
pour les peuples autochtones.<br />
En Ontario, <strong>CNC</strong> collabore avec des<br />
partenaires pour assurer le retour d’un arbre<br />
presque disparu de la province, le châtaignier<br />
d’Amérique. Marcher dans une forêt peuplée<br />
de ces arbres gigantesques, parfois appelés<br />
« séquoias de l’Est », est une expérience<br />
que très peu de gens ont vécue, puisque le<br />
chancre du châtaignier, un parasite, a décimé<br />
la quasi-totalité de l’espèce dans les années<br />
1920. Il en pousse encore sur des propriétés<br />
de <strong>CNC</strong> près de Long Point, sur la berge nord<br />
du lac Érié, mais ceux-ci sont trop isolés les<br />
uns des autres pour échanger leur pollen et<br />
se reproduire naturellement. Il y a 5 ans, des<br />
membres du personnel de <strong>CNC</strong> ont entrepris<br />
un projet de plantation de 1 000 jeunes<br />
pousses de châtaignier d’Amérique, en collaboration<br />
avec le Conseil canadien du châtaignier<br />
qui est responsable d’assurer leur suivi.<br />
« Si nous pouvons démontrer la réussite de<br />
ce projet et déterminer quelles lignées sont<br />
résistantes au parasite, cela pourra servir<br />
de modèle à d’autres projets pour le rétablissement<br />
du châtaigner d’Amérique dans les<br />
forêts du sud de l’Ontario », explique Liv<br />
Monck-Whipp, biologiste en conservation<br />
à <strong>CNC</strong>. Avant l’introduction du parasite, le<br />
quart des arbres de la région était des châtaigniers<br />
d’Amérique. Dans 50 ans, il pourrait<br />
être de nouveau possible de marcher à<br />
l’ombre de ces arbres.<br />
En Saskatchewan, où le bison des prairies<br />
continue de refaçonner l’habitat à son image,<br />
c’est encore un rare privilège que de l’observer<br />
sous l’immense ciel des Prairies. Par un<br />
samedi matin, après avoir quitté la petite<br />
localité de Frontier, les membres du Groupe<br />
consultatif autochtone empruntaient dans un<br />
nuage de poussière la route de gravier pour<br />
une réunion-déjeuner au centre d’interprétation<br />
quand ils aperçurent un comité d’accueil<br />
pour le moins inattendu; derrière la barrière,<br />
tout le troupeau de vaches, veaux et taureaux<br />
les attendait.1<br />
Merlebleu<br />
de l’Ouest<br />
POUR LE RETOUR DU<br />
MERLEBLEU DE L’OUEST<br />
En Colombie-Britannique, à la réserve<br />
naturelle de chênes de Garry de Cowichan,<br />
près de Victoria (île de Vancouver), <strong>CNC</strong><br />
restaure depuis 20 ans les habitats indigènes<br />
de cette espèce de chêne qui occupait jadis<br />
une grande partie de la région, mais qui a<br />
largement disparu. Ces écosystèmes, qui sont<br />
d’une grande richesse, peuvent abriter une<br />
centaine d’espèces en péril. Pourtant, ils<br />
n’occupent plus aujourd’hui que 5 % de leur<br />
superficie originelle au Canada. La réserve<br />
naturelle joue un rôle essentiel dans la<br />
conservation et la restauration de<br />
ce qu’il reste des écosystèmes de chênes<br />
de Garry dans la vallée Cowichan. Des<br />
bénévoles y veillent sur une pépinière où l’on<br />
fait pousser des plantes communes et des<br />
espèces plus rares qui sont ensuite<br />
transplantées dans les prés de la réserve. Ceci<br />
permet de restaurer la diversité d’origine des<br />
espèces dont tant d’autres vies dépendent.<br />
Grâce à ces efforts continus, la réserve<br />
naturelle de chênes de Garry de Cowichan<br />
est l’un des sites au cœur d’une initiative<br />
multipartite visant à ramener le merlebleu de<br />
l’Ouest sur l’île de Vancouver. Ces magnifiques<br />
oiseaux chanteurs ont disparu de l’île<br />
en 1995; leur absence est attribuable à la<br />
disparition des habitats de chênes de Garry<br />
dont ils dépendent pour nicher et élever leurs<br />
oisillons. Le projet Bring Back the Bluebirds a<br />
commencé en 2012 par le déplacement de<br />
merlebleus de l’Ouest depuis l’État voisin de<br />
Washington, aux États-Unis. La réserve<br />
naturelle de chênes de Garry a servi de site<br />
d’accueil pour les premiers oiseaux déplacés.<br />
« C’est toujours excitant de voir si les<br />
merlebleus nés ici survivront et se réinstalleront<br />
dans la vallée Cowichan au terme de<br />
leur migration », explique Steve Godfrey,<br />
directeur des programmes de Conservation<br />
de la nature Canada pour la côte Ouest.<br />
« Notre rôle de partenaire dans ce projet est<br />
de faire en sorte de maintenir des habitats<br />
viables pour l’espèce, afin que cette population<br />
ait de quoi survivre une fois établie. »<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 11
PROFIL<br />
D’ESPÈCE<br />
Tortue-molle<br />
à épines<br />
Espèce en voie de disparition au Canada, cette tortue doit son nom à sa<br />
carapace souple ayant l’apparence du cuir et aux petites protubérances<br />
épineuses sur le devant de sa carapace<br />
TKTKTKTKTKTKT<br />
ROBERT MCCAW.<br />
12 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca
APPARENCE<br />
Cette tortue de taille moyenne à<br />
grande doit son nom à sa carapace souple<br />
qui ressemble à du cuir ainsi qu’aux petites<br />
protubérances épineuses et rugueuses trouvées<br />
sur le devant de sa carapace.<br />
Sa dossière (dessus de la carapace) est d’une couleur<br />
qui varie d’un vert olive à un brun clair, avec des<br />
taches noires. Son plastron (dessous de la<br />
carapace) est blanc crème. Son cou est long,<br />
son nez en forme de trompe est effilé et<br />
ses pattes palmées sont bien<br />
adaptées à la nage.<br />
Suivi et nidification<br />
Depuis 1998, du côté québécois du lac<br />
Champlain, Conservation de la nature<br />
Canada (<strong>CNC</strong>) fait partie d’une équipe<br />
formée de plusieurs partenaires qui ont<br />
recours à la radiotélémétrie pour comprendre<br />
les besoins des tortues-molles à<br />
épines en matière d’habitat. En documentant<br />
les mouvements et les dynamiques des<br />
populations de cette espèce en voie de<br />
disparition, des spécialistes ont déterminé<br />
la présence de sites de nidification de<br />
femelles à seulement quatre kilomètres<br />
de leurs zones d’hibernation.<br />
HABITAT<br />
À la suite de cette découverte, <strong>CNC</strong><br />
s’est affairé à protéger les sites avec des<br />
partenaires, ainsi que des donatrices<br />
et des donateurs.<br />
AIRE DE<br />
DISTRIBUTION<br />
On trouve la tortue-molle à<br />
épines dans une variété<br />
d’habitats aquatiques à fond mou,<br />
comme les rivières, les lacs, les<br />
marais et les étangs. Elle creuse<br />
son nid près des berges situées<br />
en zone sablonneuse ou<br />
graveleuse.<br />
En Amérique du Nord, l’aire de<br />
distribution de la tortue-molle à épines<br />
s’étend des Grands Lacs jusqu’au golfe du<br />
Mexique (plus au sud). Au Canada, l’espèce<br />
n’est présente que dans le sud de l’Ontario<br />
et le sud-ouest du Québec. Cette tortue<br />
a disparu de plusieurs régions, dont<br />
celle de la rivière des Outaouais<br />
et du lac Ontario.<br />
Maintenant, une équipe de bénévoles pour<br />
la conservation visite chaque <strong>printemps</strong> la<br />
zone de nidification pour la débarrasser de<br />
tout détritus ainsi que pour la préparer à<br />
l’arrivée des femelles au début de juin. <strong>CNC</strong><br />
et ses partenaires continuent de faire le suivi<br />
des tortues de façon intermittente, en<br />
surveillant l’incidence de l’activité humaine<br />
sur leur bien-être. <strong>CNC</strong> s’est aussi associé au<br />
Zoo de Granby pour contribuer à la conservation<br />
de cette espèce. Le Zoo recueille<br />
d’abord les œufs des nids et, après leur<br />
éclosion, libère les petits pour accroître le<br />
nombre d’individus de l’espèce.<br />
Comme les tortues-molles à épines ont<br />
tendance à revenir aux mêmes sites de<br />
nidification année après année, il est<br />
d’autant plus crucial pour les spécialistes<br />
d’étudier leurs besoins en matière d’habitats<br />
et d’en assurer la conservation.<br />
Un étang sur mesure<br />
Grâce à la collaboration entre <strong>CNC</strong> et le<br />
ministère des Forêts, de la Faune et des<br />
Parcs du Québec, des habitats de la tortuemolle<br />
à épines sont restaurés.<br />
CORY TKTKTKTKTKTKT<br />
PROULX.<br />
COMMENT<br />
AIDER<br />
Visitez<br />
conservationdelanature.ca<br />
MENACES<br />
La tortue-molle à épines est<br />
désignée comme en voie de<br />
disparition au Canada. La perte d’habitat,<br />
la prédation des nids par les ratons laveurs<br />
et les collisions avec les bateaux représentent<br />
toutes des menaces pour cette espèce. Sa<br />
vulnérabilité est encore plus accentuée par le<br />
fait que les femelles n’atteignent pas leur<br />
maturité sexuelle avant l’âge de 12 à<br />
15 ans et que peu de petits<br />
parviennent à l’âge adulte.<br />
L’étang Reynolds, un plan d’eau peu profond<br />
relié au lac Champlain, joue un rôle important<br />
dans le cycle de vie de la tortue-molle<br />
à épines. Au <strong>printemps</strong>, après la fonte des<br />
neiges, la température de l’étang augmente<br />
rapidement et les tortues adultes y accourent<br />
pour s’y nourrir et s’y réchauffer. En y<br />
aménageant des sites d’exposition au soleil<br />
et en améliorant sa connectivité avec le lac<br />
Champlain, l’étang Reynolds est devenu une<br />
oasis pour les tortues-molles à épines et pour<br />
une multitude d’autres espèces.1<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 13
<strong>CNC</strong><br />
À L’ŒUVRE<br />
1<br />
Un trésor de prairie indigène<br />
FORT ELLICE, MANITOBA<br />
1<br />
MERCI!<br />
Votre appui a permis la réalisation de<br />
ces projets. Pour en savoir plus, visitez :<br />
conservationdelanature.ca/nous-trouver.<br />
Tournés vers l’avenir<br />
« Quand je vois une carte des terres conservées<br />
évoluer et sur laquelle se fusionnent des parcelles<br />
pour former de grands corridors d’aires<br />
protégées, ça me rend très heureux. <strong>CNC</strong> est un<br />
organisme résolument tourné vers l’avenir. Il<br />
ne s’agit pas seulement de la terre sur laquelle<br />
on se trouve, mais aussi du prochain quart de<br />
mille et du quart de mille suivant. Tout doit être<br />
relié. C’est du concret que je peux suivre sur<br />
une carte et qui ne requiert pas que je sois un<br />
scientifique pour comprendre. Je peux me tenir<br />
devant les prairies à herbes hautes et embrasser<br />
l’horizon du regard en sachant que tout ce<br />
que je vois sera encore là pour mes enfants. »<br />
~ Raif Richardson, de la Richardson<br />
Foundation, appuie <strong>CNC</strong> depuis 2003.<br />
3<br />
2<br />
Vous pouvez dès maintenant vous joindre aux efforts pour la<br />
conservation de Fort Ellice, un important site historique qui<br />
assure la connectivité des milieux naturels aujourd’hui et aussi<br />
pour demain. Pour en savoir plus sur cette importante occasion de<br />
conservation, visitez fortellice.ca (en anglais).<br />
Fort Ellice 3 est une parcelle de 261 hectares (645 acres) essentielle<br />
pour compléter l’une des dernières vastes étendues de prairies indigènes<br />
intactes du Manitoba.<br />
Les terres comme celles de Fort Ellice, sont depuis longtemps emblématiques<br />
de la région des Prairies canadiennes. Elles filtrent l’eau qui<br />
alimente les rivières, stockent le carbone, fournissent un habitat aux pollinisateurs<br />
et sont le fondement même d’une économie rurale durable<br />
axée sur l’élevage du bétail.<br />
Fort Ellice, qui abrite une grande diversité d’espèces, se compose de<br />
prairies mixtes, de forêts de trembles, de forêts riveraines et de plaines<br />
inondables, de dunes (dont certaines couvertes par la prairie), de milieux<br />
humides, cours d’eau, de sources d’eau douce et de zones arbustives<br />
peuplées de saules.<br />
De grands mammifères comme le wapiti, l’orignal et le lynx du Canada<br />
y circulent. Des espèces d’oiseaux menacées, comme le bruant de<br />
Baird, le pipit de Sprague et le plectrophane à ventre noir, dépendent de<br />
cet habitat de prairie unique pour leur survie.<br />
Bien que la générosité de la population ait permis de jeter les bases<br />
pour conserver cette propriété, il reste beaucoup de travail à accomplir.<br />
La vision de <strong>CNC</strong> inclut la restauration de secteurs de la propriété qui ont<br />
été altérés dans le passé.<br />
Fort Ellice, Manitoba<br />
KAROL DABBS; MÉDAILLON : THOMAS FRICKE.<br />
Réserve des prairies à herbes hautes de <strong>CNC</strong>, Manitoba<br />
PARTAGEZ VOS HISTOIRES AVEC NOUS!<br />
magazine@conservationdelanature.ca<br />
14 SPRING <strong>2021</strong><br />
conservationdelanature.ca
Construction d’un sentier, Ontario<br />
G. À D. : NATURE PHOTOGRAPHERS LTD/ALAMY STOCK PHOTO; PAUL JAMES/ALAMY STOCK PHOTO; <strong>CNC</strong>.<br />
2 Conserver des milieux pour des espèces en péril<br />
UPPER OHIO, NOUVELLE-ÉCOSSE<br />
<strong>CNC</strong> a lancé une campagne de financement pour l’acquisition de 1 093 hectares (2 701 acres) près<br />
d’Upper Ohio, au nord de Shelburne. Ce projet permettra de protéger plus de 25 kilomètres de berges<br />
lacustres (en bordure de lac), une forêt acadienne ancienne et des milieux humides d’eau douce.<br />
Le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse est reconnu en tant que réserve de biosphère de l’UNESCO.<br />
Des espèces en péril, comme la tortue mouchetée, la couleuvre mince, la paruline du Canada et le<br />
moucherolle à côtés olive s’y trouvent.<br />
Le lac d’eau douce et les rives des cours d’eau du secteur abritent la flore de la plaine côtière de l’Atlantique,<br />
un groupe de plus de 90 plantes de milieux humides, dont certaines qui ne poussent nulle<br />
part ailleurs au Canada. Treize de ces végétaux sont en péril, dont le coréopsis rose et la sabatie de<br />
Kennedy. Sans mesures de conservation et de rétablissement, ces espèces risquent de disparaître.<br />
Les milieux humides de la propriété fournissent des habitats à diverses espèces de tortues, dont<br />
la tortue peinte de l’Est, qui y a été observée.<br />
La forêt acadienne est un type de forêt parmi les plus diversifiés au Canada. Celle du secteur<br />
d’Upper Ohio est ancienne, ce qui est rare en Nouvelle-Écosse. Elle abrite des espèces en voie de<br />
disparition, comme l’est l’orignal continental dans cette province.<br />
3<br />
Bonne nouvelle pour les orignaux<br />
ISTHME DE CHIGNECTOU, NOUVEAU-BRUNSWICK ET NOUVELLE-ÉCOSSE<br />
Paruline du Canada<br />
Un don récent à <strong>CNC</strong> fait en sorte que les orignaux de l’isthme de Chignectou ont encore plus<br />
d’espace pour se déplacer. Ce don de Monika Caemmerer en mémoire de son père, Hans Caemmerer,<br />
a permis à <strong>CNC</strong> de recevoir des terres qu’il avait acquises. M. Caemmerer était tombé amoureux du<br />
Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse au cours des années 1970. Il en aimait les bois, lacs,<br />
rivières, prairies et, évidemment, l’abondante faune. « Mon père a acheté une terre sur l’isthme de<br />
Chignectou parce qu’il aimait cette région sauvage et ses animaux sauvages, et qu’il voulait protéger<br />
cet endroit du développement », explique Mme Caemmerer. « Quand je suis venue habiter ici, c’était<br />
comme si je commençais à vivre son rêve, ce qui l’a rendu très heureux. C’est maintenant à moi de<br />
décider comment protéger ces terres sauvages pour toujours. Conservation de la nature Canada me<br />
semble l’organisme parfait pour en assurer l’intendance. »<br />
À ce jour, <strong>CNC</strong> a conservé plus de 2 190 hectares (5 412 acres) sur l’isthme de Chignectou, et ce,<br />
au Nouveau-Brunswick comme en Nouvelle-Écosse. Les terres reçues en don augmentent la superficie<br />
protégée de 397 hectares (981 acres).<br />
L’isthme de Chignectou est l’un des habitats naturels les plus importants des Maritimes. Ce pont<br />
terrestre crucial, large de 24 km, est l’unique passage que peuvent emprunter des espèces sauvages<br />
comme l’orignal continental (en voie de disparition en Nouvelle-Écosse), le lynx du Canada et le<br />
lynx roux pour se déplacer entre les deux provinces reliées par l’isthme.<br />
Il est important que la faune puisse continuer de se déplacer librement sur le territoire pour trouver<br />
à manger. L’accouplement d’orignaux des deux provinces permettra aussi d’assurer le maintien<br />
de la diversité génétique des prochaines générations de cette espèce.1<br />
Pleins feux sur nos<br />
partenaires<br />
La Canada Vie appuie le<br />
programme Bénévoles pour la<br />
conservation de <strong>CNC</strong> depuis<br />
2012, marquant 9 années<br />
passées à connecter la population<br />
à des projets très concrets,<br />
et ce, d’un océan à l’autre.<br />
Avec l’appui de la Canada Vie,<br />
des Canadiennes et des<br />
Canadiens de tous âges ont<br />
donné un coup de main à la<br />
nature en menant à terme des<br />
travaux de conservation<br />
importants aux côtés d’experts<br />
de <strong>CNC</strong>.<br />
Au fil des ans, les bénévoles ont<br />
aidé <strong>CNC</strong> dans ses activités<br />
d’intendance, notamment en<br />
plantant des végétaux indigènes,<br />
en construisant et en entretenant<br />
des sentiers, en menant des<br />
suivis d’espèces, comme des<br />
papillons, et en retirant des<br />
espèces envahissantes.<br />
L’an dernier, <strong>CNC</strong> a tenu un<br />
Grand bioblitz virtuel à l’échelle<br />
du pays. La population a été<br />
encouragée à utiliser la technologie,<br />
comme l’application<br />
iNaturalist, pour appuyer les<br />
efforts de conservation en toute<br />
sécurité à partir de la maison.<br />
Près de 1 400 bénévoles nous<br />
ont aidés à dénombrer et<br />
identifier des espèces. Les<br />
participantes et participants ont<br />
fait près de 20 700 observations<br />
durant cette activité!<br />
Merci à la Canada Vie pour son<br />
soutien aux activités bénévoles<br />
en nature au Canada.<br />
conservationdelanature.ca
UNE FORCE POUR<br />
LA NATURE<br />
Au nom<br />
de la Terre<br />
Biologiste, Autochtone et artiste, Rick Beaver met les savoirs<br />
écologiques traditionnels et la science au service de la planète.<br />
NADYA KWANDIBENS.<br />
16 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca
Rick Beaver est biologiste, mais il est détective tout autant.<br />
Son ardente curiosité et son lien étroit avec le monde<br />
naturel l’ont mené dans des lieux parmi les plus fascinants<br />
et exceptionnels au Canada. Des rives rocheuses du Pacifique<br />
sur l’île de Vancouver, aux Prairies, il a travaillé et vécu dans des<br />
milieux sauvages qui définissent ce pays; il a même un chandail<br />
souvenir pour le prouver!<br />
NADYA KWANDIBENS.<br />
« J’ai passé à Saskatoon l’un des hivers les plus froids jamais enregistrés.<br />
Tous ceux qui y ont survécu ont reçu un chandail souvenir », se<br />
souvient-il en riant.<br />
La boucle a été bouclée lorsque son parcours l’a ramené au lieu de<br />
sa naissance, le territoire de la Première Nation d’Alderville, au nord<br />
de Cobourg, en Ontario. En tant que Michi Saagiig, Rick Beaver voit<br />
un lien entre sa culture autochtone et son travail de biologiste et environnementaliste.<br />
Ce lien fait le pont entre sa formation et son enfance<br />
avec un père dont le travail d’ingénieur en électricité a amené sa famille<br />
à vivre partout au Canada.<br />
« C’était merveilleux de faire l’expérience d’autant d’expressions<br />
du territoire et des eaux, se souvient-il. Plus tard, j’ai été exposé à de<br />
nombreuses réalités sociales et culturelles dans mon travail en science<br />
de l’environnement. L’un des aspects qui m’intéressent tout particulièrement<br />
est la manière dont les peuples autochtones abordent les problèmes<br />
environnementaux. »<br />
L’approche de M. Beaver pour la protection du territoire est profondément<br />
ancrée dans la vue d’ensemble qu’on les environnementalistes<br />
quant aux questions liées à l’environnement.<br />
En tant que biologiste, Autochtone et artiste,<br />
j’estime qu’il faut avoir le cœur à l’ouvrage<br />
pour protéger la Terre.<br />
« Les savoirs, qu’ils soient occidentaux ou traditionnels autochtones,<br />
sont tous deux nécessaires pour protéger le territoire. Alors<br />
que les connaissances occidentales accordent une importance prépondérante<br />
aux statistiques et au fait de confirmer ou d’infirmer des hypothèses,<br />
les connaissances autochtones mettent l’accent sur la survie<br />
en tant que finalité, dit-il. C’est essentiel pour avoir un portrait d’ensemble<br />
d’une région. Sans les savoirs traditionnels autochtones, il est<br />
impossible de comprendre le territoire dans sa dimension historique. »<br />
Cette manière d’envisager le territoire a été employée avec grand<br />
succès par Conservation de la nature Canada (<strong>CNC</strong>) dans sa collaboration<br />
avec des communautés autochtones pour protéger les plaines du<br />
lac Rice, en Ontario. Depuis son retour dans cette province en 1992<br />
jusqu’à sa retraite en 2015, M. Beaver a collaboré avec <strong>CNC</strong> et la Rice<br />
Lake Plains Joint Initiative, maintenant appelée Rice Lake Plains Partnership,<br />
pour protéger la prairie et la savane dans la région du lac Rice.<br />
« Les subtilités et nuances de ce coin du monde sont fascinantes,<br />
en particulier quand on pense à ses sécheresses, sa chaleur, ses feux<br />
et ses espèces rares et en voie de disparition », dit-il.<br />
Val Deziel, coordonnatrice en biologie de la conservation de <strong>CNC</strong><br />
pour les plaines du lac Rice, explique que grâce à son expérience<br />
et à ses connaissances de la région, M. Beaver a aidé <strong>CNC</strong> à mieux<br />
comprendre cet écosystème complexe, ce qui s’est traduit par de<br />
meilleurs résultats pour la conservation des<br />
terres et des eaux.<br />
« Je consulte souvent Rick pour nos travaux<br />
de restauration. Je lui décris ce que nous<br />
faisons et pourquoi, et il est toujours d’un<br />
grand soutien, dit-elle. Il m’encourage à<br />
continuer quand c’est difficile. Le travail de<br />
restauration n’est pas une mince affaire ici;<br />
nous avons un long héritage agricole à surmonter<br />
sur de minuscules vestiges. »<br />
Mark Stabb, le directeur des programmes<br />
de <strong>CNC</strong> pour le Centre-Est de l’Ontario, fait<br />
écho aux propos de Val Deziel. « Au fil des<br />
ans, Rick a été un leader de la communauté<br />
et un mentor pour tant de personnes, dont<br />
des membres du personnel de <strong>CNC</strong>, dit-il.<br />
Il a allié parfaitement ses savoirs écologiques<br />
traditionnels à sa solide formation en science.<br />
Il est aussi extrêmement généreux et a beaucoup<br />
partagé avec d’innombrables personnes.<br />
Des générations de chercheurs et de personnel<br />
de terrain ont appris de ses travaux et<br />
résultats. Il vit et respire pour la savane,<br />
et son travail a été une inspiration pour nous<br />
à <strong>CNC</strong>. »<br />
Aujourd’hui à la retraite, Rick Beaver utilise<br />
l’art pour illustrer la vérité au sujet des<br />
paysages et des périls actuellement associés<br />
aux changements climatiques.<br />
« Que ce soit de manière explicite ou implicite,<br />
toute œuvre d’art est porteuse du<br />
point de vue de l’artiste. Mes œuvres parlent<br />
au nom de la Terre. Je sens vraiment que<br />
l’énergie contenue dans mes œuvres émane<br />
des liens et des émotions qui m’unissent à ces<br />
lieux. En tant que biologiste, Autochtone et<br />
artiste, j’estime qu’il faut avoir le cœur à l’ouvrage<br />
pour protéger la Terre. »<br />
Rick Beaver continue de chercher les histoires<br />
enfouies sous la surface des terres et<br />
des eaux du Canada.<br />
« Une chose qui attise toujours ma curiosité<br />
est la conscience des lieux que je visite. Le<br />
territoire recèle de grands mystères que l’on<br />
peut découvrir en étant patient et attentif. Ce<br />
sont ces enseignements que j’ai emportés<br />
avec moi tout au long de ma carrière et dans<br />
mon art. »1<br />
conservationdelanature.ca<br />
PRINTEMPS <strong>2021</strong> 17
GRANDEUR<br />
NATURE<br />
Des fossiles, vraiment?<br />
Propos de Dion Hrushkin, recueillis par Wendy Ho, coordonnatrice à l’édition à <strong>CNC</strong>.<br />
AVERTISSEMENT DE<br />
NON-RESPONSABILITÉ<br />
Il est illégal de déterrer<br />
des ossements sans<br />
permis ni autorisation.<br />
La meilleure façon de<br />
protéger une découverte<br />
est d’en prendre<br />
des photos et de<br />
signaler son emplacement<br />
aux autorités.<br />
Puisque la propriété<br />
Nodwell est une aire de<br />
conservation, nous vous<br />
prions de demeurer sur<br />
les sentiers pour que<br />
tous puissent continuer<br />
de profiter de ce<br />
magnifique paysage.<br />
C’était une chaude journée d’été. Sous nos pieds,<br />
un sol aride composé de sable et de roches.<br />
Mon fils Nathan et moi venions de passer la<br />
matinée en randonnée à travers les badlands de l’Alberta,<br />
sur les sentiers de la propriété Nodwell de <strong>CNC</strong> dans le<br />
canyon Horseshoe, un lieu que nous fréquentons depuis<br />
plusieurs années. En tant que géologue, je savais que dans<br />
ces roches se cachaient des os de dinosaures. Difficile de<br />
s’imaginer que pendant le Crétacé, il y a environ 70 millions<br />
d’années, ce site était couvert de forêts luxuriantes<br />
et de marécages.<br />
En serpentant la vallée à travers les nombreuses collines<br />
couvertes de pierres, nous nous sommes retrouvés devant<br />
des fragments d’os jonchant le sol. Des os de dinosaure?<br />
Probablement pas avons-nous pensé. C’était sans doute les<br />
restes d’un mammifère. Mais, j’en doutais un peu.<br />
Deux ans plus tard, en 2020, nous sommes retournés au<br />
même endroit. Nous n’avons pas trouvé d’autres os, et j’ai<br />
expliqué à Nathan que ceux que nous avions trouvés la dernière<br />
fois étaient probablement tombés du haut de la pente<br />
à cause de l’érosion. Nathan s’est alors dépêché de gravir<br />
la colline; une fois en haut, il m’a lancé quelques roches<br />
pour que je les examine. Malheureusement, aucune trace<br />
de dinosaures. Soudain, son ton a complètement changé.<br />
« Papa, il faut que tu viennes me rejoindre! » cria-t-il<br />
rempli d’enthousiasme. Pendant que je grimpais, je<br />
le voyais fixer le sol. Des os dépassaient des flancs de la<br />
colline! Au total, nous avons découvert quatre os que<br />
nous avons photographiés pour qu’ils soient identifiés.<br />
François Therrien, paléontologue au musée Royal Tyrell<br />
(situé à proximité) et réputé pour ses découvertes archéologiques<br />
dans les badlands, a confirmé que les fragments<br />
d’os provenaient de l’humérus d’un jeune hadrosaure<br />
(communément appelé dinosaure à bec de canard). Encore<br />
plus excitant fut d’apprendre que notre découverte<br />
était importante, car les mentions de fossiles sont très<br />
rares pour ce site, puisqu’il se situe dans une section de la<br />
formation rocheuse dépourvue d’ossements.<br />
Mon fils est fasciné par les dinosaures et les fossiles<br />
depuis l’âge de six ans. Donc, pour mon paléontologue en<br />
herbe, découvrir un dépôt d’ossements et être invité à se<br />
joindre à des professionnels pour participer à des fouilles<br />
a été incroyablement inspirant!<br />
Quelle expérience extraordinaire. Grâce à des sites<br />
protégés comme la propriété Nodwell de <strong>CNC</strong>, nous<br />
pouvons en apprendre davantage sur l’histoire naturelle<br />
de ce territoire et sur ses espèces du passé comme<br />
du présent.1<br />
MATHIAS BALL.<br />
18 PRINTEMPS <strong>2021</strong> conservationdelanature.ca
METTEZ VOTRE<br />
PASSION AU<br />
CŒUR DE<br />
VOTRE<br />
HÉRITAGE<br />
Votre passion pour les espaces naturels qui nous entourent est au<br />
cœur de votre vie. Et maintenant, vous pouvez en faire votre héritage.<br />
Un don testamentaire à Conservation de la nature Canada, quel que soit<br />
le montant, vous permet de contribuer à la protection de nos habitats<br />
les plus vulnérables et de la faune qu’ils abritent. Pour aujourd’hui,<br />
pour demain, et pour les générations à venir.<br />
Commandez votre livret d’information sur<br />
les dons planifiés dès aujourd’hui.<br />
Communiquez avec Marcella au 1 877 231-3552,<br />
poste 2276 ou visitez natureenheritage.ca.
VOTRE<br />
IMPACT<br />
Aire naturelle du Sillon des Rocheuses, Colombie-Britannique<br />
Votre appui permet de réaliser<br />
de grandes choses<br />
Voici quelques faits saillants des derniers mois<br />
TIM ENNIS.<br />
195<br />
hectares<br />
3 463<br />
espèces<br />
100<br />
hectares<br />
2<br />
ans<br />
À la propriété Zen-<br />
Ridge, en Saskatchewan,<br />
conservation de<br />
195 hectares (483 acres)<br />
d’habitat de prairie, un<br />
écosystème parmi les plus<br />
menacés au monde.<br />
Lors du premier Grand<br />
Bioblitz de <strong>CNC</strong>, dénombrement<br />
de 3 463 espèces<br />
différentes, grâce à<br />
20 700 observations.<br />
À l’aire naturelle du<br />
Sillon des Rocheuses,<br />
en Colombie-Britannique,<br />
restauration de 100 hectares<br />
(250 acres) de prairies et<br />
de forêts ouvertes pour<br />
l’amélioration de l’habitat<br />
de la faune et de la flore,<br />
et pour la diminution du<br />
risque d’incendie dans les<br />
communautés locales.<br />
Célébration de deux années<br />
d’un partenariat fructueux<br />
avec le Gouvernement<br />
du Canada, dans le<br />
cadre du Programme de<br />
conservation du<br />
patrimoine naturel.<br />
Merci pour tout ce que vous faites pour la conservation au Canada!