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360° magazine / septembre 2021

No.206

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360° N 0 206

Sept. 2021

Le magazine

queer suisse

Militantisme

Fossé générationnel :

ouvrons le dialogue !

XY Média

La nouvelle plateforme

audiovisuelle transféministe

Rentrée littéraire

Les 7 incontournables

de notre sélection

L’insatiable Valerie Reding

débarque avec HVNGRY

CHF 6.-

00206

9 771660 188001


ila.

QUEER

lila.milchjugend.ch

FESTIVAL

17. – 19. SEPT

ROTE FABRIK

ZURICH

Presented by:

Media Partner:

Main Partners:

Supported by:

KOMMUNI KATIO N

& DESIG N


Rédaction en chef

Alexandre Lanz

→ alexandre@magazine360.ch

Rédaction textes

Antoine Bal, Camille Beziane,

Julien Burri, Edmée Cuttat,

Aymeric Dallinge, Laure

Dasinières, Marlon Dietrich,

Greta Gratos, Dr. Hazbi

Julien Hennequin, Alexandre

Lanz, Tal Modesta, Monokini,

Léon Salin, Rafaela Santos,

Libraire, Payot Vevey, Labrini

Amanda Terzidis, François

Touzain, Vagin Pirate

Corrections

Arnaud Gallay, Alexandre Lanz

Relecture experte en diversité

Marius Diserens

Rédaction image

Ester Paredes

Direction artistique et graphisme

Balmer Hählen

Typographies

Newglyph

Photo couverture

Valerie Reding

Collages

Amina Belkasmi

(signes du zodiaque)

Publicité

Philippe Scandolera

→ pub@360.ch

Chia-Chia Thu

→ chiachia.thu@magazine360.ch

Christina Kipshoven

→ christina@mannschaft.com

Jérémy Uberto

→ marketing@360.ch

Abonnement

→ abo@360.ch

Expédition

Alain, André, Claude, Erdal,

Jacques, Laurentiù, Otto,

Giovanni, Jérôme

Editeur

Association Presse 360

Impression

Appi, Gland

Portrait édito

Ricardo Caldas

Sommaire

n˚206

Édito

p. 5

ACTU

Mariage égalitaire

iels voteront oui mais

ne souhaitent pas se marier

p. 7

Suisse et international

p. 8 – 9

SOCIÉTÉ

Agressions et crimes

homophobes les communautés

protestent

p. 10 – 12

XY Média

Le premier média transféministe

p. 14 – 16

Rencontres

Ce que révèlent

les apps pour femmes*

p. 18 – 20

Militantisme

Le fossé générationnel

p. 22 - 23

Sida: 40 ans déjà

David Wojnarowicz,

la quintessence queer du

New York des eighties

p. 24 – 25

L’humeur de Dr. Hazbi

p. 25

Le monde selon Greta Gratos

p. 26

Rentrée littéraire

Notre sélection queer

p. 30 – 31

Cinéma

François Ozon

la mort en face

p. 34

Festivals

Une rentrée queer et ludique

p. 36, 38

Portfolio

Valerie Reding arrive à Genève

avec son projet HVNGRY

P. 40 – 45

Vagin Pirate

Les pépites de septembre

p. 48 - 49

L’humeur de Léon Salin

p. 49

Quotient Queer

Hoshi

p. 50 – 51

Relecture

L’Empereur, le prince et ses

mignons

p. 52 - 53

Le clip du grenier

Video Killed the Radio Star, des

Buggles

p. 54

L’humeur de Julien Burri

p. 56

L’oracul du mois

p. 57

Horoscope

p. 60 – 61

Questionnaire de Proust

Salomé Kiner

p. 62

360

36, rue de la Navigation

CP 2217 - CH-1211 Genève 2

Tél. 022 741 00 70

Toute reproduction est strictement interdite

pour tous les pays, sauf autorisation écrite

de 360 .

Des exemplaires vous sont offerts dans tous

les lieux partenaires LGBTIQ+ et friendly

de Suisse romande. 360 est un magazine

indépendant dont le contenu rédactionnel ne

reflète pas nécessairement les positions de

l’Association 360.

CULTURE

Extrait du projet Grattaculs de

Paulette éditrice

Pope Story, de Labrini Amanda

Terzidis

p. 28 – 29

L’humeur d’Aymeric Dallinge

p. 29

@magazine_360

@magazine_360

/magazine360lgbt

Retrouvez

toutes les infos

sur 360.ch

N 206

3


Septembre2021

Le Grütli Centre

Le Grütli de production

Le Grütli et

Le Grütli de diffusion

Le Grütli des Arts vivants

Old Masters

Balestra

Cardellini

Gonzalez

Forced

Entertainment

Général-Dufour 16

CH-1204 Genève

www.grutli.ch

Dans le cadre de

Réservations : www.batie.ch

La Bâtie – Festival de Genève


Par

Alexandre Lanz

Rédacteur en chef

Point

de

Ces attaques sont nombreuses. Qui n’a pas

dans son entourage un·e·x· ami·e·x qui s’est

fait agresser ? Chaque récit de ces actions

haineuses pose la même question : existe-t-il

au moins un endroit où l'on est réellement en

sécurité ? Un endroit dans lequel on ne soit

pas contraint·e·x à l'hyper-conscience du pobascule

© Ricardo Caldas

Dilués sur le fil des réseaux sociaux entre une publicité,

un post sur le retour des Talibans en Afghanistan

et une diatribe antivax, les faits rapportés d’une nouvelle

agression homophobe sont chaque fois plus

insupportables, faisant monter la colère d’un cran.

Généralement accompagnés de photos des visages

ensanglantés des victimes encore sous le choc à l’hôpital,

les témoignages attestent d’une barbarie sourde

et sans limite. D’une haine parfaitement inhumaine

menant dans certains cas à la mort. Comme ce fut le

cas pour Samuel Luiz, passé à tabac à la sortie d’un

club de la Corogne dans le nord-ouest de l’Espagne,

la nuit du 2 au 3 juillet 2021, et décédé peu de temps

après son arrivée à l’hôpital. Il avait 24 ans. Ce énième

homicide est le point de bascule, autour duquel les

communautés LGBTIQ+ se rassemblent pour dénoncer

les crimes homophobes et les violences envers

les personnes queer, comme l’a vécu dans des

manifestations importantes notre correspondant en

Espagne Julien Hennequin (lire en page 10). Au milieu

des foules, on pouvait voir le portrait affiché de

Samuel Luiz en martyr, brandi en sa mémoire et en

celles des autres victimes avant et après lui.

DOUBLE PEINE

tentiel danger de dérapage ? Un endroit dans

lequel on ne soit pas obligé·e·x de développer

un don d’invisibilité surhumain pour ne pas

« provoquer » en restant le plus « discret·e·x »

possible ? À elle seule, cette notion de provocation

est irrecevable, au même titre que la

double peine infligée aux femmes* agressées

sexuellement, trop souvent stigmatisées

pour leur style vestimentaire lorsqu’elles

osent porter plainte. Sérieusement, en quoi

un accoutrement, même le plus excentrique,

justifie-t-il de se faire violer, tabasser par un

groupe surgi de nulle part au milieu de la

nuit ? Il y a quelques années, les ami·e·x·s

d’un couple gay lausannois apprenaient avec

effroi sur leur Instagram l’agression que ces

derniers avaient subie en rentrant d’une soirée

à Mykonos. Oui, la dernière île au monde

où l’on imaginerait ce type d’acte abject. Le

concept d’un safe space ne serait-il alors

qu’un mirage ? Premier canton de Suisse à recenser

les cas de discrimination et de harcèlement

à l’encontre des personnes LGBTIQ+,

Fribourg est précurseur en la matière. À la

question des lieux et des situations où sont

dénoncées ces agressions, le commandant

de la police cantonale Philippe Allain répond

sans détour : « En l’état, partout. » Découvrez

son interview en page 12.

N 206 ÉDITO

5


ARSENIC

Centre d’art scénique contemporain

SEP–DÉC 2021

arsenic.ch

Marco Berrettini, Jonathan Capdevielle, Jérôme Marin, Philippe Saire,

Garrett Nelson, Rebecca Balestra, Alpina Huus, Alex Baczynski-Jenkins,

Anne Lise Le Gac, Lemaniana Performances, Audrey Cavelius, François

Gremaud, Victor Lenoble, Jean-Daniel Piguet, Soraya Lutangu Bonaventure,

Aurélien Patouillard, Julien Mages, Les Urbaines, Marion Duval, Camille

Mermet, Aurélien Patouillard, Joël Maillard, Théâtre La Grange de Dorigny

× Fabrice Gorgerat, Théâtre La Grange de Dorigny × Sandra Gaudin


SUISSE

OUI ! MAIS NON...

Sans hésitation, iels voteront oui pour le mariage civil pour tou·te·x·s le 26

septembre, sans être fondamentalement pour le mariage à titre personnel.

Témoignages à chaud sur un sujet brûlant. Propos recueillis

par Alexandre Lanz

« CE N’EST PAS À L’ÉTAT

DE JUGER SI UNE PERSONNE

A LE DROIT DE SE MARIER

OU PAS »

Olaya, pan*, travailleuse sociale, 25 ans

« Évidemment, je vais voter oui. Tout le monde

devrait pouvoir avoir accès au mariage, ce

n’est pas à l’État de juger si une personne y

a droit ou pas. Il s’agit du libre choix de tout le

monde. Il serait temps que la Suisse rattrape

le retard énorme sur tous les pays d’Europe

occidentale à ce niveau-là ! Il ne suffit pas de

se prétendre un pays civilisé et ouvert sur les

droits de l’Homme, il faut maintenant le prouver.

D’un point de vue personnel, le mariage

représente une institution qui a instrumentalisé

les femmes pendant des milliers d’années.

On en sort de plus en plus, mais cela pose

encore beaucoup de problèmes aujourd’hui

dans le monde, y compris en Suisse. Mis à

part pour des raisons financières ou d’assurance

sociale, de succession ou même

d’adoption, le mariage n’est pas vraiment

pas une nécessité à mon sens. Cette institution

à tendance à enfermer les gens dans

des cases. Mais si une personne souhaite se

marier, elle doit pouvoir le faire. »

ces avantages-là. Je vois le mariage comme

un contrat sur une relation amoureuse dont les

clauses sont liées uniquement à des critères

capitalistes. L’aspect contractuel cloisonne, on

peut vivre notre amour et en faire une fête sans

ça. D’un point de vue religieux, mes croyances

ne correspondent pas aux religions telles qu’on

les connaît. Du coup, un mariage religieux ne me

parle pas non plus. Beaucoup de mes ami·e·x·s

se sont marié·e·x·s pour se simplifier la vie avec

leurs enfants, je trouve un peu triste de devoir le

faire pour cette raison. Je souhaite adopter depuis

longtemps, cette votation nous en donnerait

le droit théoriquement. Dans les faits, j’ai de

la peine à croire que d’un coup, deux hommes

ou deux femmes vont pouvoir adopter si facilement

dans un pays qui montre son homophobie

tous les jours. Institutionnellement, à part

mettre un drapeau une journée par année ou

pendant la Pride, la Suisse ne montre pas beaucoup

de soutien aux communautés LGBTIQ+.

Par contre, je trouverais super qu’il y ait d’un

coup un gros boom des mariages queer ! »

« JE VAIS VOTER OUI POUR

DES QUESTIONS D’ÉGALITÉ »

Sylvie, travailleuse sociale, 26 ans, s’est longtemps

définie comme bisexuelle et se sent plus proche de

la définition de pansexuelle aujourd’hui

« Si les personnes hétéro peuvent se marier, il

n’y a aucune raison que les autres ne puissent

pas, ça devient vraiment scandaleux qu’on n’y

ait pas accès. C’est de la discrimination pure !

Si ça existe, ça doit exister pour tout le monde.

On me posait souvent la question du mariage

lorsque j’étais en relation avec un homme cis,

beaucoup moins maintenant que je suis avec

une fille, pour la simple raison qu’on ne peut pas.

Ma copine voudrait qu’on se marie, on en parle

beaucoup. Selon elle, s’il nous arrive respectivement

quelque chose d’un point de vue sanitaire,

on n’est personne aux yeux de la loi. Je trouve

injuste de devoir se marier pour bénéficier de

« MON OUI SE PORTERA AU

NOM D’UN PAYS SOLIDAIRE »

Grégoire, gay, 25 ans, travaille dans le tourisme

« Je ne me vois pas me marier actuellement,

mais je vais voter oui parce qu’on vit dans un

pays solidaire dans beaucoup de domaines,

je pense par exemple à l’assurance maladie.

Dans ce contexte, cela me semble invraisemblable

que deux personnes du même sexe

ne puissent pas se marier en Suisse actuellement.

Le mariage est un symbole d’union

unique et fort, il ne faut pas le prendre à la

légère. Le partenariat enregistré n’est pas

équivalent au mariage. Les aspects financiers

de l'institution du mariage sont également

intéressants en termes de prévoyance et de

sécurité sociale. Il n’est pas normal que tout le

monde n’y ait pas droit de la même manière.


N 206

ACTU

7


Je suis moi-même encore jeune, je ne suis pas du tout

posé dans ma vie en termes relationnels et à l’heure

où je vous parle, je ne me vois pas m’engager de façon

aussi forte, ni dans les années à venir. Mais je ne dis pas

que je ne me marierai jamais. »

BRÈVES

« NOUS SOMMES TRÈS EN

RETARD EN SUISSE »

Flora, 24 ans, lesbienne, bi ou pan, actuellement en

questionnement, travaille dans la culture

« Il est important que tout le monde ait les

mêmes droits, nous sommes en retard en

Suisse à ce niveau-là. On tente de se faire

passer pour un pays moderne, mais l’air

de rien, les mentalités ne le sont pas du

tout. D’un point de vue hétéro, le mariage

qu’on connaît le mieux, le mariage est très

invisibilisant pour les femmes : on prend

le nom de l’homme, sur les papiers on est

« la femme de » et c’est encore souvent la

femme qui arrête de travailler. En conséquence,

le mariage ne m’a jamais vraiment

fait envie. Mes parents sont divorcés et

j’avoue, je n’ai jamais vu de mariage heureux

! Même pour les papiers, mieux vaut

rester en concubinage. En Suisse, quand

on est marié·e·x, on est plus taxé·e·x aux

niveau des impôts. »

« ON A TOU·TE·X·S UNE ÂME,

UN CORPS ET UN CŒUR »

Titiana, bisexuelle, 18 ans, employée de commerce

« Je vais voter oui parce que j’estime que

nous vivons dans un pays où tout le monde

devrait avoir les mêmes droits. Je trouve

injuste de faire des différences, alors qu’au

fond, on a tou·te·x·s une âme, un corps et

un cœur et on est tous les mêmes. Je souhaite

que les gens s’en rendent compte.

Une bonne partie du travail a déjà été faite

depuis plusieurs années, les gens commencent

à ouvrir leurs esprits, mais il reste

beaucoup à faire. À cet effet, le mariage

jouera certainement un rôle positif, même

s’il y aura toujours des gens pour penser

que ce n’est pas normal. Personnellement,

je ne pense pas que l’on soit forcément

obligé·e·x d’être marié·e·x pour vivre heureu·se·x

! Le mariage a du sens quand on

est croyant·e·x, mais on peut se promettre

fidélité sans être en possession d’un papier

qui le prouve. Mes parents vivent très bien

ensemble et se sont mariés à 35 ans. Cette

institution représente à mes yeux une promesse

sur laquelle on a tendance à se renfermer

et couper les ponts avec certaines

choses. »

Pour pédaler

jusqu'au bout de l'arc-en-ciel

Les Verts de la ville de Lucerne ont déposé en

juillet un postulat demandant la création d'une

piste cyclable arc-en-ciel, comme celle dévoilée

en juin à Utrecht, aux Pays-Bas (photo

ci-dessus). Ce symbole « de tolérance, de

diversité et d'inclusion » serait déjà très apprécié

des cyclistes, mais aussi des promeneur·euse·x·s

et adeptes de selfies, justifie

le texte, qui suggère un rainbow path de 1 km

jusqu'à Kriens, histoire de battre d'emblée le

record de la voie néerlandaise.

Activiste LGBTIQ+ et

bientôt ambassadeur à Berne

Elle doit encore être avalisée par le Sénat, mais

la nomination de Scott Miller, 42 ans, a été

confirmée au poste convoité d'ambassadeur

des États-Unis en Suisse. Cet ancien gestionnaire

chez UBS à Denver et son compagnon

depuis presque 20 ans, le milliardaire Tim Gill,

sont à la tête d'une fondation de lutte pour les

droits LGBTIQ+ basée dans le Colorado. Ce

couple gay discret est néanmoins très en vue

à Washington, où il fait partie des plus généreux

donateurs du Parti démocrate.

À la santé des femmes

qui aiment les femmes !

Vaud se dote à son tour d’une structure vouée

à la santé des femmes qui aiment les femmes.

Sous l’égide de PROFA, le L-Check a été inauguré

le 2 juillet à Renens. Au programme des

consultations hebdomadaires : dépistages (IST,

cancers), contrôles gynécologiques, santé psychique

et toutes les thématiques en lien avec la

santé et l’intimité. En mars, un service analogue

avait été lancé à Checkpoint-Genève.

© Twitter/H. van de Kamp

8 ACTU 360 SEPTEMBRE 2021


© DR

INTERNATIONAL

Les cacahuètes

restent en travers de la gorge

Le bad buzz provoqué en Espagne par la

nouvelle déclinaison d'une célèbre pub

mesure le changement de vision autour

du stéréotype de la folle.

Souvenez-vous : en 2012, ces spots de pubs Snickers

avaient crevé l'écran. Joan Collins et Aretha Franklin

y incarnaient des mecs rendus insupportables parce

qu'ils avaient la dalle. « Arrête de faire ta diva, et prends

ça », leur disaient leurs potes avant de leur tendre un

Snickers. La barre chocolatée leur restituait comme par

magie leur apparence masculine. « T'es pas toi quand

t'as faim », concluait la pub en français ; « Get some nuts »

en vo, jouant audacieusement sur l'analogie entre les

cacahuètes du Snickers et les couilles.

Neuf ans plus tard, le monde a manifestement

changé, comme l’a constaté le groupe Mars

Espagne après avoir réalisé une nouvelle variation

de cette pub. En guise de diva, c'est

le très maniéré influenceur Aless Gibaja qui

était filmé en train de commander d'une voix

haut perchée un « jus d'orange sexy » devant

des amis consternés. Les ingrédients sont

presque les mêmes, mais les cacahuètes

restent cette fois en travers de la gorge. La

fédération LGBTIQ+ nationale espagnole a

immédiatement qualifié le spot de « honte »

et accusé Mars de perpétuer l'homophobie.

Il faut dire que le film a été diffusé sur les réseaux

sociaux au moment même du meurtre

de Samuel Luiz (lire p. 10). Des critiques partagées

jusque par la ministre de l'Égalité. Mars

a fini par retirer le spot des réseaux sociaux

et présenter des excuses.

OnlyFans se fait peur

Le site de streaming prisé des pros du sexe a annoncé qu'il renonçait au porno,

avant de faire machine arrière. Chez les performers, le soulagement reste teinté

d’inquiétude.

Sous la pression de PayPal, Mastercard et consorts,

OnlyFans avait annoncé le 19 août l’interdiction du

« contenu sexuellement explicite à compter du 1 er octobre.

La mesure avait suscité incrédulité et colère parmi

les centaines de milliers de performers, dont bon nombre

de queers pour qui la plateforme de streaming est une

planche de salut depuis le début de la pandémie.

Cependant, une solution aurait été trouvée

entre OnlyFans et ses partenaires financiers.

Le 25 août, la société basée au Royaume-Uni a

annoncé la suspension de son nouveau règlement

– sans donner de détails dans l'immédiat.

Sur Twitter, le revirement a été accueilli par une salve de

paires de fesses et de bites en érection. Mais les performers

n'étaient pas dupes. « Ils ont dit suspendu mais pas

annulé », « Vous devriez nous octroyer un soutien financier

pour ces montagnes russes émotionnelles », pouvait-on

lire, ainsi que la revendication d'une vraie prise en compte

de la contribution des travailleurs·euse·x·s du sexe dans

la prospérité de l'entreprise aux 150 millions d’abonnés.

N 206

ACTU

9


INTERNATIONAL

Par Julien Hennequin

Samuel, le crime

de trop

Dans la nuit du 3 juillet 2021, Samuel Luiz, jeune gay de 24 ans, a été

battu à mort par un groupe d'une douzaine de personnes alors qu'il

sortait d'une boîte de nuit. En pleine semaine de la Pride en Espagne,

ce meurtre a déclenché une vague de protestations contre la violence

à l'égard des personnes queer.

© DR

La foule crie son nom et demande justice. Ce lundi

soir, plusieurs milliers de personnes se sont données

rendez-vous à 20 heures sur l’emblématique place de

la Puerta del Sol, en plein centre de Madrid. Tout·e·x·s

sont venu·e·x·s rendre hommage à Samuel Luiz, mort

deux jours auparavant à la Corogne, en Galice. Depuis

leurs balcons, quelques habitant·e·x·s observent la

place se remplir aux couleurs des nombreux drapeaux

arc-en-ciel et des pancartes. « Justice pour Samuel »,

«Ils sont en train de nous tuer », « Pédé de merde ne

devrait pas être la dernière chose que l’on entend avant

de mourir » peut-on lire sur certaines d’entre elles. En

moins d’une journée, plus d’une centaine de manifestations

se sont spontanément organisées dans tout

le pays. À Madrid, le collectif Movimento Marika de

Madrid (MMM, mouvement « pédé » de Madrid) est à

l’origine du rassemblement. Les membres, « des pédés

organisés et intersectionnels se battant avec plumes

et paillettes dans les rues » selon leur bio Twitter, ont

la rage. Quelques heures plus tôt, la police annonçait

que les premiers éléments de l’enquête excluaient la

piste de l’homophobie. « Samuel a été tué parce qu’il

était pédé. Nous le répétons : Samuel a été tué parce

qu’il était pédé ! Nous le répéterons autant de fois que

nécessaire », crie au micro l’un des membres, ému.

SAMUEL, UN SYMBOLE DE LUTTE

Après le meurtre de Samuel et face à la recrudescence

des agressions homophobes, les collectifs LGBTIQ+

alertent. « On nous tue et les ordures des partis politiques

ne lèvent pas le petit doigt. On ne veut plus de

parades, on veut des barricades », revendique le collectif

MMM. Depuis quelques semaines, la série d’agressions

contre les personnes LGBTIQ+ relayée par la

presse avait mobilisé les différentes organisations

militantes. Alors que l’Espagne a été l’un des premiers

pays européens à adopter le mariage homosexuel en

juillet 2005, la communauté LGBTIQ+ est aujourd’hui

plus visible qu’avant, donc plus en proie aux agressions.

« Ce ne sont pas des actes isolés. Ces agressions

font partie d’une violence structurelle, analyse Carlos,

Madrilène de 25 ans. Le meurtre de Samuel, aussi douloureux

soit-il, doit être un tournant pour que la société

réalise que les discriminations envers le collectif sont

toujours très présentes. »

10 ACTU

360 SEPTEMBRE 2021


© Calonge

Un participant manifeste avec une bannière pendant la manifestation

contre le meurtre homophobe de Samuel Luiz Muñiz à Madrid le 5 juillet.

L’IRRUPTION DE VOX

Depuis son arrivée dans le spectre politique en

2019, l’extrême droite a un discours ouvertement

homophobe. « Nous sommes passés de frapper les

homosexuel·le·x·s à ce qu’ils nous imposent leurs

lois », déclarait par exemple en 2020 Iván Espinosa

de los Monteros, porte-parole de Vox, au Congrès

espagnol. Alicia Rubio, députée du parti de Santiago

Abascal à Madrid affirmait quant à elle que les lois

LGBTIQ+ violaient les droits fondamentaux. « En

nourrissant les discours homophobes, Vox alimente

la haine et les discriminations contre les personnes

LGBTIQ+ et contribue à légitimer et normaliser ces

violences », analyse l'Observatoire madrilène contre

les LGBTIQ-phobies. Aucun membre de l’extrême

droite n’a condamné le meurtre de Samuel. Isabel

Díaz Ayuso, présidente de la communauté de Madrid

et membre du Parti Populaire, la droite conservatrice,

certifiait le 8 juillet devant l’Assemblée de Madrid qu’il

ne fallait pas « accuser sans raison ni preuve » et niait

le caractère homophobe du meurtre de « ce garçon »,

sans prendre la peine de le nommer.

UN SENTIMENT D’INSÉCURITÉ

En Espagne, cet événement tragique a mis

en lumière la violence que les communautés

LGBTIQ+ continuent de subir malgré

les progrès réalisés au cours des dernières

décennies. Pour le collectif, cet assassinat

a été traumatisant. « Ce n’est que la partie

cachée de l’iceberg », s’alarment les différentes

associations LGBTIQ+ en Espagne.

« La sensation de sécurité dans l’espace public

est brisée, s’émeut une militante. Face

à cette violence, il faut nous défendre nousmêmes.

La police ne nous protège même

pas. À Madrid, ils ont réprimé des manifestant·e·x·s

alors que le rassemblement en

hommage à Samuel était pacifique. »

S’UNIR, TOUS ENSEMBLE

Il est 21h15. Sur la Puerta del Sol, la foule commence

à se disperser. Une partie se dirige vers la Gran Vía,

l‘une des artères principales de la ville, pour manifester,

« prendre d’assaut l’espace public » et « ainsi être

visible ». Quelques minutes auparavant, le collectif

MMM terminait son discours : « Nous voulons inciter

tout le monde à se mobiliser, à s’unir en communauté et

à ne pas laisser passer un seul fait de pouvoir et de violence.

Nous sommes ensemble et nous sommes organisé·e·x·s.

Nous pouvons et nous devons le faire. Et nous

allons le faire à notre manière: avec les paillettes, avec la

fête, avec le cri et les hurlements, avec nos griffes, avec

nos poings, avec tout notre corps, en squattant les espaces,

en les faisant nôtres. » Au loin, un homme brandit

une pancarte : « Si je suis le prochain Samuel, je veux

que vous brûliez tout. » Alors que les manifestant·e·x·s

se donnent rendez-vous la semaine d’après, le collectif

semble s’unir. Il y aura un avant et un après Samuel.

organisé·e·x·s. Nous pouvons et nous devons le faire.

Et nous allons le faire à notre manière: avec les paillettes,

avec la fête, avec le cri et les hurlements, avec

nos griffes, avec nos poings, avec tout notre corps, en

squattant les espaces, en les faisant nôtres. » Au loin,

un homme brandit une pancarte : « Si je suis le prochain

Samuel, je veux que vous brûliez tout. » Alors que les

manifestant·e·x·s se donnent rendez-vous la semaine

d’après, le collectif semble s’unir. Il y aura un avant et

un après Samuel.

À MADRID, UNE AGRESSION HOMOPHOBE

TOUS LES DEUX JOURS

En Espagne, les attaques contre les personnes

LGBTIQ+ ces dernières années ont

progressé. Selon les chiffres du Ministère de

l’égalité publiés fin juillet, près d’une plainte

sur cinq concerne une LGBTIQ-phobie.

Entre 2013 et 2019, les agressions contre la

communauté ont augmenté de 45 % dans

l’espace public et de 88,2 % sur internet.

Face aux LGBTIQ-phobies, seulement une

personne sur dix porterait plainte. Les organisations

de défense des droits des LGBTIQ+

avertissent également que dans plus de la

moitié des cas, le profil des agresseurs correspond

à celui d’hommes de moins de 30

ans et que les agressions « en meute » sont

de plus en plus nombreuses.

N 206

ACTU

11


SUISSE

En Suisse, Fribourg est le premier canton

qui a accepté un mandat visant à enregistrer

les actes de violence homophobe et à

former les policiers pour gérer ces agressions.

Nous avons posé quelques questions

à Philippe Allain, le commandant de police

cantonale fribourgeoise.

Propos recueillis par Alexandre Lanz

En quoi consiste le mandat concernant les agressions

LGBTIQ+ phobes dans le canton de Fribourg ?

Le Grand Conseil fribourgeois, dans sa séance

d’automne 2019, a donné la mission à la

Police cantonale fribourgeoise de recenser

les cas de discrimination et de harcèlement

à l’encontre des personnes LGBTIQ+.

De quelle manière formez-vous les policier·ère·s pour

les sensibiliser à ce type d'agressions ?

Nous avons établi une directive opérationnelle

qui fixe le cadre dans lequel les

agent·e·s doivent accueillir les personnes

confrontées à du harcèlement / discrimination

en lien avec l’identité de genre. En

automne 2020 devait se dérouler une formation

avec des intervenant·e·s professionnel·le·s.

En raison de la pandémie, elle a dû

être reportée. Elle se déroulera en plusieurs

modules adaptés au niveau opérationnel des

participant·e·s, en septembre – octobre –

novembre cette année.

Que disent les statistiques depuis leur création ?

Elles confirment l’existence de phénomènes

de harcèlement et de discrimination en lien

avec l’identité de genre et donnent des indications

spatio-temporelles permettant

de mieux cibler les présences policières en

uniforme mais également discrètes. Elles

démontrent l’émergence d’autres phénomènes

de discrimination et de harcèlement

(discrimination raciale, harcèlement de rue,

discrimination liée à l’apparence).

Voyez-vous une progression dans les dénonciations

d'actes depuis deux ans ?

L’interaction avec des représentantes et

représentants des associations LGBTIQ+

du canton a permis de mieux comprendre

les personnes qui étaient confrontées à la

discrimination / harcèlement en lien avec

l’identité de genre, et à les inviter sans hésitation,

même en cas de situation a priori

non pénale, à s’annoncer dans un poste de

police. Toutefois, afin d’obtenir une juste appréciation

de la situation, il est nécessaire de

bénéficier d’encore un peu de temps pour

établir si ces agressions sont en augmentation

ou diminution.

Qu'en est-il du poste de préposé à ces questions prévu

au sein de la Police cantonale ?

Un officier a été désigné et ce dossier a été

intégré à son cahier des charges. Il pilote

entre autres une plate-forme opérationnelle

qui regroupe deux membres des principales

associations LGBTIQ+ du canton ainsi qu’une

procureure du Ministère public. Elle se réunit

deux fois par an.

Observe-t-on une recrudescence de ce type d'agressions

ces dernières années ?

À ce stade du recensement des annonces des

cas pénaux et non pénaux, il n’est pas possible

de répondre de manière rigoureuse à la

question. Toutefois, en complément à ce qui a

été précédemment évoqué, nous constatons

que les personnes confrontées (pas seulement

des victimes), osent s’annoncer dans un

poste de police. Nous sommes parfaitement

conscient·e·s que les chiffres dont nous disposons

ne reflètent qu’une infime partie de la

réalité. Chaque annonce faite à la police nous

permet d’améliorer notre connaissance du

phénomène ainsi que la prise en charge des

personnes.

En fin de compte, toutes ces démarches contribuent

finalement à l’augmentation des dénonciations d’auteur·e·s.

Même si elle pourrait parfois paraître vaine,

la démarche de se rendre à la police est importante.

Existe-t-il un profil type des agresseurs ?

Il est toujours très délicat de procéder au

profilage des auteur·e·s sans encadrement

scientifique. À ce stade, nous ne disposons

pas de suffisamment de cas recensés pour

fournir des données pertinentes. Par contre,

nous pouvons déjà vous annoncer que les auteur·e·s

déjà répertoriés sont masculins et

féminins et d’un âge moyen de 35 ans.

Dans quels types de lieux et de situations sont dénoncées

ce type d'agressions ?

En l’état, partout.

12 ACTU

360 SEPTEMBRE 2021


MUSIQUE • CIRQUE • DÈS 12 ANS

FLASH INFO

MEET SO HAM

JULIE CAMPICHE QUARTET & VANESSA PAHUD

VENDREDI 17 SEPTEMBRE 2021 • 20H

SALLE DU LIGNON

Culture et communication

022 306 07 80 • scc@vernier.ch

www.vernier.ch/billetterie

Ville de Vernier

© Piero Fumagalli


MÉDIA

XY Média, nouvelle plateforme audiovisuelle transféministe,

a été lancée avec succès grâce à un financement

participatif. Retour avec ses fondatrices sur cette initiative

unique au monde.

Par Tal Madesta

XY Média,

plateforme d’autodéfense

par &

pour les

personnes trans*

© Carol Sibony

De gauche à droite : Sasha Yaropolskaya,

Nima Santonja, Camille Lupo et Ouri Fresco.

14 SOCIÉTÉ

360 SEPTEMBRE 2021


« On s’est rencontrées au sein de groupes de paroles

transféminins. On se disait qu’on craignait la

vague transphobe de plus en plus grande qui s’abat

sur la France, comme ça a été le cas au Royaume-

Uni. Avec Carol, Vénus, Sofia et d’autres, on a décidé

de se réunir pour former un média, en combinant

nos expériences mais aussi nos compétences techniques

de graphistes, vidéastes, monteuses… », explique

Sasha Yaropolskaya, journaliste et militante

au sein de l’association Acceptess-T. L’objectif des

co-fondatrices est simple: créer une plateforme

en non-mixité trans* qui servirait d’outil d’autodéfense

face au traitement médiatique délétère des

parcours trans*. « Outre-Manche, le cas du Times est

par exemple assez parlant : le magazine a écrit 324

articles sur les personnes trans en 2020… Aucun n’a

été rédigé par une personne concernée », déplore

Sasha. « On voulait faire une exception à la règle de

n’importe quelle rédaction journalistique, qui engage

très peu les personnes trans*. »

250'000 VUES SUR TWITTER

L’équipe fondatrice lance officiellement la

plateforme le 8 mars 2021, lors de la Journée

internationale de lutte pour les droits des

femmes, avec une vidéo sur la transmisogynie,

soit la violence spécifique exercée à

l’encontre des femmes trans*, présentée par

Vénus Liuzzo et Anna Balsamo. « Un extrait de

cette vidéo a été republié sur Twitter et a été

vu 250’000 fois. Il a atterri ensuite sur un site

fasciste, FdeSouche. Dès ce moment, Vénus et

Anna ont été la cible d’un déluge de commentaires

violents, racistes et transmisogynes »,

explique Sasha. Preuve s’il en est du caractère

hautement nécessaire du travail produit.

D’autres contenus suivent jusqu’au lancement

de la campagne de financement le 1er juin, sur

des thématiques diverses telles que les représentations

trans*, le combat des femmes trans*

colombiennes contre la répression militaire, la

non-binarité face à la colonisation…

Le positionnement du média s’inscrit en outre dans un

contexte particulier, à savoir une période pré-électorale

en France, ainsi qu’une structuration de plus en

plus inquiétante des groupes féministes transphobes,

aussi appelés TERF, pour « Trans-Exclusionary Radical

Feminists ». Dernier événement en date qui vient illustrer

cette montée en puissance des mouvements

réactionnaires anti-trans*, l’action organisée par un

groupe de militantes transphobes pendant la Pride

parisienne du 26 juin. Celles-ci ont déployé au milieu

du cortège des banderoles où l’on pouvait lire « les lesbiennes

n’aiment pas les pénis » et scandaient des slogans

transmisogynes du type « les hommes en jupe ne

sont pas des femmes ». Face à elles, peu de réaction de

la foule, si ce n’est celle des fondatrices de XY Média,

comme le raconte Sasha dans une vidéo d’explication.

« Cette attaque transphobe a été très lourde

sur le plan humain et émotionnel, mais elle a

aussi permis de rendre compte du sentiment

d’urgence à financer des initiatives transféministes

», raconte Carol Sibony, co-fondatrice

du média et cinéaste. « Ça a donné un dernier

coup de boost à la campagne. »

Un peu plus d’un mois plus tard, lors de la clôture de la

campagne de financement, XY Média comptait plus de

91’000 euros de dons (un peu moins de 100’000 francs),

un montant bien au-dessus de l’objectif de 12’000 euros

(13’000 francs) fixé initialement. « On n’aurait jamais pu

envisager une telle somme a priori. Je pense que c’est

parce que la stratégie de communication a été très bien

organisée. On l’a aussi lancée pour le mois des fiertés,

puis la campagne a été soutenue par de nombreuses

personnalités publiques… Ça a créé un momentum »,

détaille Sofia Versaveau, co-fondatrice, réalisatrice et

créatrice de la chaîne YouTube Game Spectrum.

UNE CAMPAGNE DE CHOC AVEC ALICE COFFIN

ET BILAL HASSANI

Sasha confirme : « Durant toute la campagne,

on publiait tous les trois jours une vidéo de

soutien d’une personnalité publique que

nous avions préalablement démarchée.

Cela pouvait être des journalistes comme

Alice Coffin, jusqu’à des artistes comme Bilal

Hassani. L’objectif consistait à utiliser leur

plateforme pour porter la campagne, mais

aussi montrer qu’il y a aussi des figures un

peu « mainstream » du féminisme qui nous

soutiennent publiquement. Cela a contribué

non seulement à assurer la promotion

de la campagne, mais aussi à nous donner

une légitimité dans l’espace médiatique. On

a demandé à tout le monde, même à Judith

Butler et à Noam Chomsky (rires) ! Ça nous a

permis de nous démarginaliser, en fait. »

Le montant récolté servira à financer un ensemble de

projets sur le moyen terme : « On veut faire des documentaires

moyen et long formats, mais aussi un projet

d’émission mensuelle. L’objectif du média, c’est de

devenir à terme une plateforme, un lieu où l’on crée

un ensemble d’images autour de notre communauté »,

explique Carol. Mais l’intérêt d’une telle levée de fonds

réside également dans sa possibilité à juguler la précarisation

économique des personnes trans*, souvent

écartées des sphères professionnelles traditionnelles.

C’est ce que soulève Sofia : « Grâce à l’argent reçu,

nous allons pouvoir salarier des personnes trans* en

intermittence et en auto-entreprise. » Une double vocation

pour la plateforme, qui souhaite ainsi à la fois porter

les parcours et revendications trans* dans la sphère

médiatique, mais également encourager l’entraide et

l’autonomie intra-communautaire.


N 206

SOCIÉTÉ

15


LE LOCAL DE XY MÉDIA, FUTUR LIEU

DE PRODUCTIONS ET DE RENCONTRES

La campagne de financement a permis à XY Média de

trouver un local dans Paris pour centraliser ses activités

et faciliter la mise en lien de l’équipe. « Nous souhaitons

en faire un lieu de travail et de rencontres », s’enthousiasme

Sofia. « On veut aussi y faire des formations

à destination des personnes trans* pour transmettre

les techniques de montage, de cadrage… » Carol

ajoute : « C’est aussi un espace où on va pouvoir installer

une station de montage afin de créer les vidéos. »

À contre-courant d’un nombre important de collectifs

s’organisant principalement sur des outils virtuels,

notamment Discord, l’équipe reconnaît l’importance

pour une communauté marginalisée de pouvoir se retrouver

physiquement. « Ça permet de se fédérer entre

nous et d’humaniser les rapports au sein de l’équipe »,

confirme la militante. Par ailleurs, le futur local remplira

un objectif central d’archivage du contenu produit. « Il

nous permettra de stocker les rushs de nos vidéos, afin

qu’ils soient à la disposition de tous les membres de

l’équipe », conclut Carol.

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libre-pensee.ch laïque . humaniste . rationnel


ENQUÊTE

Tinder, Her, Parship, Meetic, ElitePartner, OkCupid,

Wapa, Bumbl, GayPax… Encensées ou stigmatisées,

les applications qui permettent à des femmes* de

rencontrer d’autres femmes existent. Que racontent

les utilisatrices ?

Applications de

rencontre

à la recherche

de femmes queers

Par Camille Beziane,

responsable de l’association les Klamydia’s

Après 18 mois de semi-confinements, 360˚ vous propose,

à travers les expériences partagées d’une quinzaine

d’usagères d’âges et de profils différents, une

excursion dans le monde des datings apps.


DE QUELLES APPS ON PARLE ?

« J’ai testé à peu près toutes les applications après

différentes ruptures et elles m’ont toutes

apporté quelque chose », rapporte Auria** (57

ans). Si les apps semblent avoir notamment

le mérite d’aider à vivre la solitude ou à surmonter

une certaine forme de timidité, elles

ne fonctionnent pas toutes exactement de la

même façon.

18 Société 360 SEPTEMBRE 2021


PETIT APERÇU

Certaines apps, comme Tinder, proposent de liker ou

non la photo et le profil d’une personne. Her fonctionne

aussi avec des mots-clés. D’autres, à l’image d’OkCupid

et de Parship, donnent la possibilité de répondre à

des questions destinées à dresser un profil plus complet.

Parship propose de liker un profil sans photo et de

demander une photo après quelques échanges. Autre

différence de taille : le prix. S’il est possible d’utiliser certaines

de ces applications gratuitement, elles proposent

également des services payants qui permettent de voir

les likes ou les messages. Les types d’engagement diffèrent.

À titre d’exemple, s’il est possible de payer un

abonnement d’un mois sur OkCupid, Her ou Tinder, la

durée minimum d’inscription sur Parship est de 6 mois.

APPS SAFE OU PAS SAFE

Les applications comme Tinder conçues

pour tout le monde donnent la possibilité aux

femmes* de rencontrer d’autres femmes. Cela

étant, les usagères ayant testé cette application,

comme Paula (35 ans), disent être « excédées

» de se voir proposer des profils d’hommes

cisgenres hétéros alors qu’elles pensaient, par

le profil de recherche qu’elles avaient créé, se

trouver dans un relatif safe space. « Si on voulait

juste pécho un gars pour un café, on saurait

comment s’y prendre depuis le temps » ironise

Paula. Certaines craignent, comme Marion (28

ans) et Elodie (40 ans) qu’un collègue apprenne

qu’elles sont lesbiennes par l’application.

Nombre d’entre elles se sentent par ailleurs obligées

d’indiquer dans leur bio qu’elles ne sont pas intéressées

par des plans à trois avec des couples hétéros.

« A la fin, il ne te reste plus beaucoup de place pour

dire ce que tu cherches vraiment » commente Elodie

(40 ans). De guerre lasse, certaines préfèrent tenter

leur chance sur des applications uniquement pour les

femmes* comme Her ou Wapa, ou encore des applications

payantes comme Parship qui, selon elles, permet,

du fait de leurs coûts élevés, de filtrer les faux profils

tout en augmentant la sécurité lors des premiers dates

(d’autant plus s’ils ont lieu, COVID oblige, at home).

ON COUCHE OU ON COUCHE PAS

Selon les interviewées, la plupart des femmes*

recherchant des femmes sur les apps indiquent

souhaiter une relation sérieuse. Pour

Auria (57 ans) : « Les femmes n’assument pas

l’envie d’un one night stand ». Socialisation

oblige, le regard sur les femmes queers ou lesbiennes

qui veulent seulement du sexe reste

assez jugeant et normatif, même si ce constat

semble évoluer pour les femmes plus jeunes.

Ce constat est d’autant plus paradoxal que

nombre d’entre elles rapportent qu’elles ont

une relation sexuelle au premier rendez-vous

si leur partenaire leur plaît.

DES MATCHS TRÈS ORIENTÉS

Les applications ne se servent pas uniquement des données

personnelles qu’elles nous réclament, comme

l’âge ou la géolocalisation. Comme le montre Judith

Duportail dans son livre L’amour sous algorithme, Tinder

et bien d’autres collectent des données, issues par

exemple des cookies et des réseaux sociaux. Elles

permettent de dresser un profil socio-professionnel et

d’estimer nos potentiels physique (sur la base de notre

taille et de notre poids) et intellectuel. Ces données servaient

à établir, jusqu’à récemment, une note de désirabilité.

Tinder a indiqué, à la suite de la publication du

livre, avoir renoncé à cette pratique. On peut se demander

légitimement par quel calcul cette note a été remplacée.

Laure (33 ans), pour sa part, trouve cette note :

« non éthique et irrespectueuse ». Lysa (39 ans) pointe,

quant à elle, les limites des critères de recherche : « Je

n’aurais pas liké mes relations précédentes. Je trouve

que tu peux facilement passer à côté de quelqu’un

de super à cause de mots-clés comme « bière artisanale

» qui ne veulent finalement pas dire grand-chose ».

Si le travail de Judith Duportail a permis notamment

de mettre en lumière l’évaluation

différenciée et sexiste des hommes et des

femmes sur Tinder, la journaliste indique

qu’elle ignore quel est le système d’évaluation

pour les femmes qui souhaitent rencontrer

des femmes. Nonobstant les orientations

sexuelles, l’intérêt des concepteurs·trices

d’apps reste malgré tout et avant tout que leur

produit génère de l’argent, pas des rencontres.

COMPORTEMENT ÉTHIQUE SUR LES APPS

Les femmes* grandissent dans une société où elles

sont souvent objectivées et la plupart de ces apps

les confrontent, une fois de plus, à l’exposition de leur

corps comme une marchandise devant correspondre

à des normes pour susciter le désir. Les réactions

face à ce tri des profils sur la base de la photo sont

ambivalentes. Pour certaines personnes, il est perçu

comme dénigrant. Elles dénoncent ce que Auria (57

ans) nomme le « shopping émotionnel » qui requiert

d’être fortes psychiquement. Pour d’autres, comme

Caroline (26 ans) et Laure (33 ans), il est important de

d’abord savoir si la personne leur plaît physiquement

avant de s’intéresser à son profil.

De même, certaines vivent le ghosting comme

un rejet, alors que d’autres arguent que l’utilisation

des apps est souvent intense, mais

restreinte dans le temps. Dès lors, il est compréhensible

de « ghoster » des personnes à

un moment donné. Pour d’autres encore, il

est difficile de dire à la personne qu’elles ne

sont pas intéressées. C’est pourquoi Léonore

(40 ans) trouve utile que : « Parship te donne

des conseils pour ne pas blesser la personne

si jamais elle ne te plait pas ». Comme pour

tous les réseaux sociaux, elle estime en effet

important de ne pas oublier qu’il y a un être

humain derrière l’écran.

N 206

Société 19


DATING FATIGUE

La plupart des interviewées rapportent avoir pu

construire de belles relations amicales ou amoureuses

grâce aux apps. La majorité d’entre elles expriment

toutefois une lassitude face à ce mode de rencontres.

Elles évoquent notamment, comme Lysa (39 ans), le

ras-le-bol d’avoir l’impression de « passer un entretien

d’embauche ». Ce phénomène a également été interrogé

par Judith Duportail dans Dating fatigue - Amours et

solitudes dans les années (20)20. Elle dénonce le profit

que les apps tirent de la misère émotionnelle et estime

que les apps fonctionnant avec des swipes ne peuvent

être éthiques, puisqu’elles imposent, une fois de plus,

des normes de désirabilité à déconstruire.

UN GRINDR SAFE POUR LES FILLES ?

Que ce soit pour être amies, pour une nuit ou pour la

vie, les personnes interrogées sont unanimes : les

lieux, virtuels ou réels, pour rencontrer des femmes

queers sont trop rares. Manquent également des

lieux safe pour des rencontres sexuelles. Certaines

trouvent qu’un Grindr pour simplement aller boire un

verre serait aussi utile.

S’il est vrai que les bars et discothèques sont

de plus en plus LGBTIQ-friendly dans les

grands centres urbains, il manque néanmoins

des lieux moins mixtes où il est possible

d’aborder une femme avec la quasi-certitude

qu’elle est queer/lesbienne et sans risquer

d’avoir des propositions sexuelles émanant

d’hommes cisgenres. Font également défaut

des applications non mixtes et véritablement

féministes qui seraient assez fréquentées

pour concurrencer les applications mainstream.

Concepteurs·trices, à vous de jouer !

QUELQUES CONSEILS DES UTILISATRICES

• Soigner son profil (orthographe, messages

clairs)

• Indiquer, si on le sait, quelle(s) sorte(s) de

relation(s) on cherche

• Trouver une phrase qui accroche et/ou

une description sympa et personnalisée

• Ne pas hésiter à faire preuve d’un peu

d’autodérision

• Choisir une photo relativement récente

sur laquelle on se plaît

• Bien regarder les profils proposés, ne pas

se fier seulement à la photo

• Ne pas hésiter à poser clairement ses limites

tout en respectant la personne

FIRST DATE

• Donner l’adresse à une personne de

confiance et l’informer à la fin du date

• Aller boire un verre dans un espace public

(échappatoire possible si, par exemple, la

personne a menti sur son identité ou si la

conversation est trop ennuyeuse)

• Si on est intimidée, proposer une balade

pour être côte à côte et non pas face-àface.

Choisir un endroit fréquenté

20 Société 360 SEPTEMBRE 2021


Pavillon adc

Association pour la

danse contemporaine

Place Sturm 1

1206 Genève pavillon-adc.ch

Mark Lorimer — Jan Martens & Dance On Ensemble —

Ioannis Mandafounis & Manon Parent — Maud Blandel,

Maya Masse & L’Ensemble Contrechamps — La Tierce —

Marco Berrettini, Jonathan Capdevielle & Jérôme Marin —

Adél Juhász, Diana Akbulut, Romane Peytavin & Pierre Piton,

Baptiste Cazaux — Lenio Kaklea — Claudia Castellucci

sept

— déc

2021


ACTIVISME

Par Laure Dasinières

Deux militantes, trente ans d'écart, s'interrogent sur

les malentendus qui s'installent au sein du mouvement.

Un malaise grandissant, mais pas irréversible.

Fossé générationnel entre les

militant·e·x·s LGBTIQ+ ? Discutons!

© Diana Davis

© Pierre Albouy

la première Christopher Street Libération Day

à New York le 28 juin 1970

Genève, le 6 juillet - Geneva Pride 2019 - La marche des Fiertés

entre le palais Wilson et la Parc des Bastions.

Lorsque l’on écoute les quinquas militant·e·x·s ou

ex-militant·e·x·s LGBTIQ+, un discours revient souvent.

Celui-ci évoque une perte de sens par rapport

aux nouvelles formes de militantisme, vues comme

moins structurées et plus individualistes. Il pointe

du doigt des divergences et des incompréhensions

en termes de revendications, faisant notamment

des questions de genre une priorité remplaçant les

questions de sexualité. Et il déplore une rupture nette

avec des jeunes qui seraient déconnecté·e·x·s de l’histoire

du mouvement et peu désireux·ses de s’affirmer

comme des héritier·e·x·s. Au final, c’est une sorte de

désenchantement, sinon de résignation que l’on observe

de la part de bon nombre de celleux qui ont pris

de plein fouet la pandémie de sida et qui ont lutté pour

l’égalité des droits. « J’ai le sentiment d’être dépossédé

de nos luttes », glisse un de ces « dinosaures » du militantisme

LGBTIQ+. « Je vois bien qu’il y a un bouillonnement

en ce moment, mais je ne m’y sens plus vraiment

à ma place, il est peut-être temps de passer la main »,

s’interroge-t-il, fataliste. Celleux qui ont commencé

à militer dès les 90s sont-iels désormais « inutiles et

hors d’usage » pour reprendre l’expression chantée par

Daniel Darc ? Les jeunes générations n'ont-elles plus

rien à apprendre d’elleux – et inversement – alors que

les discriminations et les violences LGBTIQ-phobes

persistent et que nous avons toujours des causes et

des ennemi·e·x·s commun·e·x·s ?

Pour y réfléchir, il faut écouter celleux qui sont sur le

terrain toute l’année. « De toute évidence, il existe des

ruptures générationnelles », admet Gwen Fauchois,

militante et activiste lesbienne, ex-chargée de communication

et vice-présidente d’Act-up, 56 ans. « Les

priorités sont différentes et la jeune génération qui se

prend en pleine gueule l’immobilisme de l’État sur les

questions de droits se retourne vers l’autogestion.»

Ce qui la heurte aujourd’hui, c’est avant tout la manière

dont les jeunes semblent refuser le débat d’idées : « Ces

jeunes sont à fleur de peau. Ils ont tendance à prendre

la contradiction pour de l’agression, ce qui nous prive

d’échanges pourtant essentiels. »

Sasha Anxiety, militante trans* lesbienne et

co-fondatrice de XY Média (lire pages 14-16),

24 ans, le concède et explique qu’une unité

totale et entière du mouvement est parfois

difficile : « De toute évidence, c’est extrêmement

précieux d’échanger entre générations»,

explique-t-elle. « Mais, pour les personnes

trans*, il est parfois délicat de débattre avec

des personnes cis et de militer à leurs côtés,

soit parce qu’elles sont maladroites, soit parce

qu’elles sont franchement désagréables. »

Et force est de reconnaître que les personnes trans*

sont aujourd’hui écartées d’un certain nombre d’avancées

concrètes telles que l’accès à la PMA en Suisse

et en France, alors que celle-ci devrait être possible

pour les femmes seules et les couples de lesbiennes au

début de l’automne 2021 en France. Ces disparités sont

ainsi susceptibles d’induire des ruptures qui ne sont

pas tant générationnelles que revendicatives. Sasha

22 Société 360 SEPTEMBRE 2021


constate aussi des disparités idéologiques : « Nous

sommes davantage dans un militantisme moral qui vise

à la reconnaissance et au respect des identités. Les

plus anciens étaient davantage dans le concret. » Elle

note aussi une certaine colère des jeunes face à des

militant·e·x·s de plus longue date qui, selon elles, ont

dépolitisé les prides et les ont bradées sur l’autel du capitalisme.

« Nous sommes sans doute plus radicaux »,

concède-t-elle. Elle remarque aussi que l’ancienne

génération était sans doute plus décomplexée sur

les questions de sexualité que ne le sont certain·e·x·s

jeune·x·s : « Il y a une forme de puritanisme queer chez

certain·e·x·s, ce qui peut interroger les plus âgé·e·x·s. »

Reste que les disparités au sein du mouvement

LGBTIQ+ sont du pain bénit pour l’extrême

droite et tous les mouvements conservateurs

qui, de leur côté, trouvent des moyens d’accéder

à des consensus pour s’opposer à toute

avancée sociétale. En outre, ces divergences

peuvent aussi amener à créer de nouvelles

exclusions. Gwen Fauchois prend l’exemple

des gays qui, de glissements en glissements,

ont été assimilés à des dominants, alors même

que les violences et les discriminations homophobes

persistent.

Pour Gwen Fauchois, les militant·e·x·s de tous âges auraient

besoin de « dépasser les réactions à chaud sur les

réseaux sociaux pour effectuer un travail de fond, des

moments où on débat et où on s’engueule pour finir par

trouver des solutions et des stratégies collectives. » Et

elle insiste sur l’importance de la transmission – de vive

voix et par le biais d’archives : « On a parfois l’impression

que les jeunes repartent à zéro ou réinventent ce qui a

été fait, plutôt que d’essayer de voir ce qui a marché

ou pas par le passé. » Pour Sasha Anxiety, il n'est pas

question de faire table rase du passé : « Il faut rester en

contact avec les plus anciens au risque d’une dommageable

amnésie des luttes. » Selon elle, cela ne peut

guère se faire que dans les associations : « Il y a en fait

peu d’espace de socialisation où les jeunes et les vieux

peuvent se réunir. En effet, ces lieux de socialisation

sont souvent des lieux festifs où les générations ne se

mélangent pas. Reste pour cela les associations. » Loin

de vouloir exclure les plus ancien·ne·x·s, la jeune femme

insiste sur l’importance de leur donner une visibilité et

de lutter contre l’isolement des seniors LGBTIQ+.

In fine, l'impression qui se dégage de tout

cela est celle de deux camps qui voudraient

bien échanger, mais n’y arrivent pas, alors

que chacun y gagnerait. Peut-être que par

le biais d’inter-associations ces débats nécessaires

pourraient voir le jour de façon à

trouver une unité face à l’adversité, quitte

à conserver des divergences. Après tout,

qu’est ce qu’une famille sinon un groupe de

personnes qui s’engueulent ?

PUBLICITÉ

« Une

question ?»

drgay.ch

J'ai eu un petit rapport sexuel avec un inconnu. Il a mis sa

bite environ 1 minute à l’intérieur de mon anus, sans

préservatif. Qu’est-ce que je risque ?

Que l’on pénètre ou que l’on soit pénétré·x·e, quelle que soit

la durée et la profondeur de la pénétration du pénis dans le

vagin/rectum, une pénétration vaginale/anale constitue une

voie de transmission du VIH, qu’il y ait ou non éjaculation. Le

simple contact, même réduit et bref (dipping), entre les muqueuses

du pénis et celles du rectum/vagin peut suffire à la

transmission du VIH mais aussi d’autres IST.

C’est pourquoi, lors d’un rapport sexuel avec un·x·e partenaire

dont on ne connait pas le statut VIH avec certitude et qui

pourrait vivre avec le VIH sans le savoir, il est recommandé de

se protéger. Il est possible d’utiliser un préservatif tout au long

de la pénétration et avec suffisamment de lubrifiant. En cas

d’oubli ou de rupture de préservatif, il faut se rendre au plus

tôt à l’hôpital le plus proche afin d’initier un traitement d’urgence

anti-VIH (PEP). Il est également possible de se protéger

du VIH en prenant la PrEP.

Par ailleurs, il est recommandé d’être vacciné·x·e lorsque cela

est possible (hépatites A et B, HPV) et, si l’on n’est pas dans

une relation stable exclusive sexuellement, il est recommandé

de faire régulièrement un dépistage des IST majeures

(VIH, syphilis, gonorrhée, chlamydia). 1 à 4 fois par an selon le

nombre de partenaires.

Cher Dr Gay

Combien de temps faut-il attendre avant de pouvoir

réaliser des tests pour les IST principales après une

possible prise de risque ?

Les informations ici ↓

N 206

Société 23


SIDA : 40 ANS DÉJÀ

Le spectre du sida entre avec fracas dans nos vies en 1981. Une des pires tragédies

du 20 e siècle. Quarante ans plus tard, les auteur·e·x·s de 360˚ se souviennent

des artistes qui les ont marqué·e·x·s et qui sont parti·e·x·s trop tôt.

Par Antoine Bal

24 Société 360 SEPTEMBRE 2021


On sacralise certains livres sur un coin de table de

nuit. Ils sont venus à nous, ils ont été décisifs. Ils

perdurent en nous. Sur la couverture de la version

traduite et malheureusement épuisée du roman autobiographique

de l’artiste et écrivain new-yorkais

David Wojnarowicz Au bord du Gouffre, des bisons dégringolent

les uns derrière les autres le long d’un précipice.

C’était une technique de chasse des peuples

amérindiens qui rabattaient ces troupeaux, acculés à

leur chute inexorable. Menés au trou, collectivement.

Fallen Buffalo est aussi une photographie du même

artiste, mort du sida en 1992.

Au bord du gouffre raconte les années de

tapin de Wojnarowicz pour survivre dans le

Lower East Side, après avoir fui une enfance

battue. Ce New York des quais et des squats

de fortune était la ligne de crête de nombre

de jeunes queers comme lui dans les années

1980. Avec Peter Hujar, Cookie Mueller, Nan

Goldin, Kathy Acker ou encore Lydia Lunch, il

appartient au mouvement de l’East village. Sa

longue gueule de boxeur abîmé par les coups

de la vie est impressionnante. Les pièces, les

films, les photos, l’œuvre entière du plasticien

est habitée par un activisme frontal dans

les pires années de l’épidémie. Il se coud la

bouche d’une cordelette pour protester

contre cette abîme de silence dans laquelle

on laisse crever les premières victimes, face

au déni et au mépris des pouvoirs publics.

Je crois qu’avec Reinaldo Arenas, planqué dans les

arbres à Cuba pour écrire ses romans sulfureux et

anticastristes – lui aussi mort du sida à New York en

1990 –, David Wojnarowicz est le premier auteur homosexuel

que ma main a osé sortir d’un rayonnage

de librairie. Le premier vrai repère familial d’élection.

Avec sa couverture noire et blanche, cette édition

est devenue un trésor. Un uppercut annoncé par cet

« autoportrait en vingt-trois rounds » qui ouvre le roman.

L’écriture, les tribulations précaires et le cul à

risque hantent un jeune pédé encore trop timide,

trop flippé pour assumer d’aller jusqu’au bout de son

excitation en plein air.

Alors je la vis par procuration au fond de mon

lit. Reste cette litanie : elle revient comme une

injonction de l’artiste à lui-même, en même

temps qu’il critique, en même temps qu’il

raconte, en même temps qu’il se débat pour

faire entendre un cri qui compte. Ces mots,

il les assène dans la morbidité ambiante,

comme une adresse à ses contemporains qui

tombent déjà comme des bisons condamnés :

« Humez l’odeur des fleurs pendant qu’il est

encore temps ».

L’HUMEUR DE DR. HAZBI

UNE D’CES COUCHES !

Dr. Hazbi est enseignant·x universitaire, artiste, hôtesse

et politicien·x. Son téléphone est bourré de

réflexions qu’iel s’empresse de retranscrire, couche

par couche.

Couche Cet été, j’ai bien investi les cinq grandes

#20 villes de Suisse (sorry not sorry Ticino) et

j’ai fait les plus belles rencontres de l’amour. Surtout

vous : les personnes queer racisées


FRAGRANCES

Par Greta Gratos

Kaléidoscopique

Goulue, avide de langage artistique sans limites, en moi se mêlent bien des disciplines.

Une seule ne peut me contenter et me laisserait un goût d'inachevé.

Kaléidoscopique.

Suis-je distraite ou multi concentrée ?

Dans mon esprit, tant de choses se

mêlent ; je ne me sens complète que

lorsque je peux visiter toutes les eaux

de ma pensée créative. Trop de paysages

s'offrant à mes yeux capturent

mon regard pour que je ne suive qu’une

unique direction. Dispersée ? Plutôt éclatée,

comme une mosaïque hétéroclite

dont il ne m'est pas nécessaire de savoir

quel en sera le résultat final. Car je n'aime

que l'intensité de ces instants où chaque

pièce s'élabore sans préméditation, avec

cette étrange conviction qu'elle trouvera

aisément sa place dans l'ensemble.

À l'instar d'une nef folle, apparemment

sans boussole ni compas pour la guider,

qui suivrait tous les vents qu'elle rencontre

sans autre destination que celle

imprimée par le désir impérieux d'être

ici et là à la fois, je navigue au gré des

vagues de ces espaces divers où

mes amours m’appellent. Sans

pour autant se disloquer, mon navire

vogue sans ordre précis, se dirige en zigzags,

élaborant point par point comme un

labyrinthe de couture. Le fil qui alors se

noue, résonne sous mes doigts, évoque

en moi des rythmes, une succession de

notes, décide pour moi d'un chant futur.

Au fil de la musique qui se déploie des

mots surgissent, noircissent les pages

vierges, dessinent des arabesques, appellent

le dessin, l'image fixe ou en mouvement.

Peinture, chant, couture, image,

écriture ; comment pourrais-je rejeter

l'impérieuse nécessité qui me guide à visiter

les propositions qui se chevauchent

et s’entremêlent dans mon esprit ? Il m'a

fallu du temps et des encouragements

pour comprendre que je n'avais nul désir

de me spécialiser en me confinant dans

une discipline spécifique qui ne pourrait

que m'enfermer dans une cage dorée

où, prisonnière, je perdrais la particularité

de mon chant.

26 SOCIÉTÉ

360 SEPTEMBRE 2021


En septembre

à la Comédie de Genève

01–03

03–05

08–18

08–18

13–14

17–19

18–19

30

Huit minutes (nous

y étions presque)

Rébecca

Olympia Balestra

Summer Break

Natacha

Après Hamlet Koutchoumov

Sonoma La Veronal

La troisième vérité

Mal - Embriaguez

Marlene

Divina Monteiro Freitas

Entre chien et loup

Operalab.ch

Natacha

Koutchoumov

Camille

Mermet

Christiane

Jatahy

01—12.09 Composons notre histoire

15.09 Mercredi Comédie

25—30.09 No Photo

Le théâtre d'expériences démultipliées

La Comédie de Genève est supervisée par la Fondation d’art dramatique.

comedie.ch

Esplanade Alice-Bailly 1, 1207 Genève

N 206

Design : basedesign.com

Société 27


LITTÉRATURE

POPE

Par

Labrini Amanda Terzidis

19 juillet

1h36

Je dors. Le téléphone sonne. Je sais qu’une voix au

bout du fil va m’annoncer ta mort mais je n’y crois pas.

J’ai toujours pensé que je la sentirais avant, que d’une

certaine manière tu viendrais me faire signe, éteindre

l’ampoule, faire grésiller la radio, souffler imperceptiblement

sur ma joue, me dire au revoir, quoi. Mais je

dormais et, à vrai dire, je dormais bien.

Une sonnerie, deux, trois, je regarde le numéro,

c’est bien l’EMS. Je réponds.

« Je viens de finir ma ronde, votre père est

décédé, je suis désolé·e·x. »

Je marmonne quelque chose, je réalise que je n’ai pas

enlevé ma gouttière ; merde. Je l’attrape, l’expédie et

je remercie la personne sans ce zozotement si particulier

à nous, les porteur·se·x·s de gouttières, les grinceur·se·x·s

de dents.

Infos sur le projet et pré-commande :

www.paulette-editrice.ch

STORY

3h20

Je pense que je dors ; tu n’es définitivement pas venu

me dire au revoir, baba, ni dans mes rêves, ni dans mes

cauchemars.

8h15

Le prénom de ma sœur apparaît sur l’écran de mon

portable, mon estomac se contorsionne. « J’ai un appel

en absence de l’EMS… c’est fini, c’est ça ? » Pourquoi

elle n’a pas rappelé directement le home ? Pourquoi je

dois continuer à jouer le rôle de celle qui est assez forte

pour ces annonces, celle qui sait ménager ? En réalité,

je ne sais pas ; je ne sais pas comment lui dire, je ne sais

pas si elle sera sortie de l’hôpital pour l’enterrement,

je ne sais pas si son cœur – qui s’est récemment arrêté

pour repartir miraculeusement – le supportera.

10h10

La personne des pompes funèbres semble sincèrement

désolée pour moi. Elle l’est encore davantage

lorsqu’elle doit me dire qu’une cérémonie orthodoxe

n’est pas possible dans ta ville. Je n’y avais pas pensé.

Je déteste les longues soutanes noires et les discours

qui vont avec, mais l’idée de t’enterrer sans tes rituels

m’est insupportable.

Elle prend le téléphone, le répondeur de la

seule église grecque orthodoxe sur sol romand

nous annonce que le pope est en vacances

et nous renvoie vers un autre numéro,

qui nous renvoie vers un autre et ainsi de

suite. Je me décompose. Je n’arrête pas de

visualiser ton enterrement dans une chapelle

protestante sans l’odeur de l’encens et sans

ces satanées soutanes. Devant ma tête déconfite,

l’employé·e·x me propose d’insister

et de me donner des nouvelles dans la journée.Il

faut bien, me dit-iel, conduire demain

le corps de votre père quelque part.

Tu n’as jamais été très bavard sur l’après toi, le seul vœu

que tu as formulé, je ne peux pas l’exaucer : t’enterrer

chez toi, au pays, à côté de mama.

28 CULTURE

360 SEPTEMBRE 2021


Mais tu vois, baba, je refuse d’y aller sans que Pauline

puisse me tenir la main ; sans que je puisse raconter

ma vie au village, ma vie de gouine, de lesbienne, de

migrante, de précaire. Contrairement à ce que tu leur

racontes, je ne travaille pas à l’ONU et je n’en ai aucune

envie. J’aurais continué à connaître des fins de mois

difficiles si Pauline n’avait pas ce sens aigu d’une justice

sociale qui l’amène à partager sans rien attendre.

Être migrante, en Suisse, ce n’est pas la descente d’un

long fleuve tranquille pendant que Heidi me salue de la

tête en croquant une tablette de chocolat. Et tout ça,

baba, je pense que ça aurait pu être compris.

12h30

Elo m’attend en bas de l’EMS, je lui tombe

dans les bras. Elle se pose devant ta chambre,

présence rassurante, quand j’ouvre la porte.

Tu n’es plus là. Il y a cette odeur des deux dernières

années, l’odeur des murs de l’institution,

de l’enfermement, de ta tristesse. Je suis

bloquée, je regarde, je respire péniblement.

Puis je la vois : ta montre. Son tic-tac continue

alors que le tien a cessé. À ce détail, je

ressens le manque, un manque viscéral qui

me surprend.

On n’a jamais été aussi proches que quand on ne pouvait

pas se parler. Je t’ai tenu la main toute l’après-midi

d’hier. J’ai mis ta musique, notre musique, nos chants.

Au son de ton frère, ta main s’est levée en défiant les

lois de la morphine, tu m’as cherchée, j’en suis sûre, et

je suis encore restée.

12h55

Ta photo trône sur une table devant l’ascenseur

de ton étage, la flamme d’une bougie

LED vacille au passage d’un vent imaginaire.

Ma gorge se noue, une aide-soignante s’approche

: « Il était formidable, votre père. »

Décalage.

Nous descendons au sous-sol où, me dit-on, « tu

reposes ». Je réalise. C’est fini. Je prononce cette

phrase absurde « on se pardonne, on va tout se pardonner

». Est-elle venue par dévouement, par culpabilité

ou pour me délester de tout le poids ? J’ai peine

à te laisser, baba, mais je dois te trouver un pope, un

pope et une église.

LA CHRONIQUE D'AYMERIC DALLINGE

LE PARFUM DES FLEURS

Aymeric Dallinge est militant pour l’amour et la

liberté. Lorsque le temps lui est offert, il s’octroie

rêves et douceur.

Alors que la pluie et les nuages mènent le bal au

dehors, ces petits soleils illuminent les jours qui

se suivent. Juché sur la table basse du salon, le

bouquet resplendissant apporte lumière et joie.

Je me laisse aller à les imaginer grandir en pleine

nature face au soleil éclatant. C'est si beau de voir

de petites graines devenir des joyaux de la nature.

Les fleurs sont douces et parfaites. elles

marquent ces instants que l'on vit. Ce

geste affectueux lors d'un rendez-vous,

ces arrangements pour un « au revoir » à

la personne que l'on a aimée, cette boutonnière

pour un mariage ou le lancer du

bouquet, symbole de tradition. Elles sont

là, partout autour de nous. On y marque de

vives attentions ou de l'ignorance.

Rappelez-vous pourtant le merveilleux parfum de

la rose. Qu'elle soit rouge, jaune ou blanche, laissez-vous

emporter par sa délicatesse. Caressez

ses pétales de velours.

Il est temps de saisir l'éphémère, cet instant

qui apporte jouissance alors qu'il disparaîtra

aussitôt. Respirons ensemble la

saveur du moment et figeons-le dans nos

mémoires.

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LITTÉRATURE

Rentrée littéraire

Finies les vacances, on retrouve le rythme de croisière

du quotidien et son lot de nouvelles lectures. Payot

Libraire nous fait sa sélection de littérature queer de

la rentrée.

Par Rafaela Santos

1 YOUNG ADULTS (COUP DE CŒUR)

FELIX EVER AFTER

Kacen Callender

Slalom

Kacen Callender (1989, Philadelphie)

est est un écrivain reconnu et récompensé

pour ses romans jeunesse

et young adults. Dans Felix

Ever After, Callender s’inspire de

son parcours avec le récit d’une

adolescence qui cumule les étiquettes.

Noir, queer, trans*: Felix

ne se retrouve dans aucune d’entre

elles. Tout le trouble, son identité,

ses amis, sa famille, ses pensées…

Comment faire les bons choix ?

Comment avancer dans la vie, comment

expliquer à ceux qu’on aime

qui l’on est, si on n’arrive pas à le

savoir réellement ? Comment vivre

sa vie en étant un homme alors que

certaines cicatrices lui rappellent ce

qu’il a été, et qu’elles sont exposées,

vues par les autres ? Tandis qu’il lutte

pour se découvrir et s’affirmer, le

jeune homme doit faire face aux

critiques sociales et aux difficultés

familiales, dans un monde qui n’est

pas prêt à accepter la diversité des

genres et des sexualités. Mais d’une

belle épreuve vont éclore les plus

grandes amitiés, et la plus belle des

histoires d’amour ! L’auteur invite les

lecteurs à explorer leurs identités,

leurs émotions et leurs doutes. Ce

personnage qui s’interroge encore

beaucoup sur lui-même, comme

beaucoup de queers et de trans*,

montre que nous méritons tous

d’être aimé·e·x·s., respecté·e·x·s, et

surtout que le plus important est de

s’aimer soi-même et de respecter

son corps et son âme. Le récit splendide,

vibrant d’émotions d’un adolescent

en quête d’amour, d’identité

et de reconnaissance. (Dès 14 ans)

2 TÉMOIGNAGE 3 JEUNESSE 4 SOCIOLOGIE

MA PLUS BELLE VICTOIRE,

Guillaume Cizeron,

XO

Le Français Guillaume Cizeron, 26

ans, qui vit et s’entraîne à Montréal,

est quadruple champion du monde

et vice-champion olympique de

danse sur glace. Un parcours professionnel

brillant, qui s’est doublé,

ainsi qu’il le raconte ici sans fard,

d’une évolution personnelle chaotique

et éprouvante – jusqu’à sa

« vraie » victoire : Vivre son homosexualité

est toujours un combat…

(PS : je vous conseille de regarder

sur YouTube ses prestations avec

sa partenaire artistique Gabriella

Papadakis, c’est sublime !)

ET TOI, TA FAMILLE ?

Charlotte Bellière et Ian De Haes,

Alice

À la récréation, des enfants se préparent

à jouer au papa et à la maman.

Ils discutent, et découvrent

que tous n’ont pas un papa ou une

maman, que certains vivent dans

des familles très différentes. Les

petit·e·x·s vont donc adapter les

règles de ce jeu traditionnel à leur

époque, pour que chacun·e·x puisse

se sentir accepté·e·x. Accompagné

d’une douceur d’illustrations, cet

album bienveillant fait découvrir

aux enfants qu’une famille, c’est là

où se trouvent les câlins, le respect,

la patience, le confort et, surtout,

l’amour. (Dès 3 ans)

VOUS N’ÊTES PAS BINAIRE

(PERSONNE NE L’EST !),

Alex Iantaffi, Meg-John Barker,

Améthyste

Cet essai s’intéresse à la diversité

des genres (non-binaire, agenré,

genderfluid) et des sexualités, à

l’opposition cisgenre-transgenre,

et analyse les problèmes que pose

la pensée binaire au niveau des

relations, du corps, du sentiment

identitaire. En plus d’aborder des

problèmes de société (intersectionnalité,

origine ethnique, handicap,

etc.), il invite à des exercices

qui aideront à penser de façon plus

inclusive! Un ouvrage original qui

casse les codes binaires et permet

de réfléchir à la façon dont on appréhende

le monde.

30 CULTURE

360 SEPTEMBRE 2021


5 ROMAN 6 SOCIÉTÉ 7 ROMAN

LES PROPHÈTES,

Robert Jones Jr,

Grasset

Le roman qui « fait » la rentrée

étrangère chez Grasset est déjà un

best-seller aux États-Unis. Il aura

fallu plus de dix ans de recherches

et d’écriture à Robert Jones Jr pour

combler par la fiction le vide abyssal

des archives et témoignages

sur la situation des esclaves homosexuels

du XIX e siècle sudiste.

Ce beau premier roman, à la fois

tendre et cruel, interroge la société

patriarcale et le capitalisme

naissant, mais aussi le rôle de la religion

dans l’oppression contre une

communauté doublement victime.

C’EST ÇA, NOTRE LIBERTÉ.

50 ANS DE LUTTE LGBTQ+

DE PARIS À NEW YORK,

Collectif, Harper Collins

Comme le titre l’indique, ce sont

là les témoignages très touchants

de dizaines de personnes : des

avocats, des médecins, des artistes,

des militaires, des personnalités

publiques, des anonymes.

De genres, sexualités, religions et

cultures différentes, ces militants

LGBTIQ+ racontent leur incessant

combat pour une véritable égalité,

humaine et humaniste, au cœur du

monde occidental. Un demi-siècle

d’évolution, mais encore beaucoup

de chemin à parcourir…

DANS LA MAISON RÊVÉE,

Carmen Maria Machado,

Bourgois

Conquis souvent de haute lutte,

contre les pressions familiales,

sociétales et professionnelles,

l’amour des couples homosexuels

n’échappe pas pour autant aux dérives:

prête à tout pour vivre une

passion incandescente, la narratrice

tombe dans un engrenage de

jeux de pouvoir et de domination

que rien ne semble pouvoir arrêter…

Brûlant et glaçant, le premier

roman de Carmen Maria Machado

est en outre un exercice de style

intéressant, dont le rythme épouse

les aléas de cette relation à la fois

enfiévrée et toxique.

2

3 4 5

6 7

N 206

CULTURE

31


CINÉMA

Par Edmée Cuttat

Dans Tout s’est bien passé, le réalisateur français change à

nouveau radicalement de registre en s’attaquant au sujet

polémique et puni en France du suicide médicalement assisté.

François Ozon, face à la

mort. Sans pathos

L’éclectisme est une constante chez François Ozon,

auteur d’une quarantaine de métrages longs et courts.

Soucieux de construire une œuvre en évitant de se répéter,

il ne cesse de surprendre en passant du fantastique

au musical, de la comédie à la tragédie, du thriller au mélo.

Après Été 85, teen-movie gay romanesque

sur fond de pacte délirant, où il donnait libre

cours à son appétence pour la subversion des

normes sociales, le cinéaste change radicalement

de registre et nous plonge dans l’actualité,

en proposant Tout s’est bien passé.

Comme il l’avait fait en 2018 avec Grâce à

Dieu, remarquable fiction sur la pédophilie

au sein de l’Église catholique, sortie en plein

procès du père Bernard Preynat.

Dans ce drame familial, le réalisateur, pour la quatrième

fois en compétition au récent Festival de

Cannes dont il est reparti les mains vides, aborde de

front le sujet polémique et puni en France du suicide

médicalement assisté. Son film, de facture classique,

est adapté du roman autobiographique d’Emmanuèle

Bernheim (elle-même morte d’un cancer en 2017), qui

a aidé son propre père à mourir.

© DR

UNE COURSE CONTRE LA MONTRE

À 85 ans, celui-ci (André Dussollier) est hospitalisé

à la suite d’un AVC. Il se réveille dans un

lit d’hôpital très diminué, totalement dépendant.

Face à une insupportable déchéance,

ce riche industriel, collectionneur d’art, bisexuel,

qui a trop aimé la vie, ses plaisirs et

ses folies pour se voir réduit à un personnage

délabré, demande l’assistance de sa fille pour

en finir rapidement. Déchirée, elle va finalement

accepter. Mais comment s’y prendre en

tenant compte des réalités triviales de la vie

quotidienne ? S’engage alors une véritable

course contre la montre.

Tout s’est bien passé, qui interroge au plus profond la

question de la fin de vie, doit beaucoup à ses comédiens,

dirigés de main de maître par son brillant auteur.

Emmanuèle est incarnée par une Sophie Marceau

juste et intense qui opère un retour convaincant dans

un grand rôle. Charlotte Rampling est comme toujours

parfaite en ex-épouse dépressive, à l’image

de Grégory Gadebois en ancien amant mystérieux

d’André en grande souffrance, et surnommé « grosse

merde » par Emmanuèle et sa sœur (Géraldine Pailhas).

CYNISME ET SECOND DEGRÉ

Mais ce qui domine dans le combat de cet homme farouchement

déterminé à partir dans la dignité, c’est la

formidable prestation d’André Dussollier, personnage

par ailleurs un rien curieusement abordé sous l’angle

d’un désir homosexuel. Le visage redoutablement

transformé et figé à l’aide de prothèses, s’exprimant

très difficilement, il se révèle bouleversant dans son

immense détresse physique.

Cela ne l’empêche pas de se montrer agaçant,

égoïste et capricieux, tout en faisant

preuve d’humour et de causticité. Par

exemple quand il demande à sa fille comment

font les pauvres, en découvrant le prix

d’un suicide assisté en Suisse. « Bah, ils attendent

la mort », lui répond Emmanuèle… Un

cynisme et un second degré à l’image du film

de François Ozon et de son plaidoyer pour

une liberté de choix. Évitant les écueils du

film à sujet, il sait émouvoir sans pathos ni

complaisance.

Dans les salles romandes le 29 septembre

34 CULTURE

360 SEPTEMBRE 2021


UNE

OCCASION

TANT

ATTENDUE !

Le 25 septembre, se tiendra

le deuxième Secondhand Day

national. Achète de seconde

main plutôt que neuf et économise

des ressources en

toute simplicité !

Par ici

les infos:

secondhandday.ch

Une initiative de


FESTIVALS QUEER DE LA RENTRÉE

Par la rédaction

Lila. : musique,

drags

et runways

En septembre, deux jeunes festivals embrassent les cultures queer. Spielact essaime

ses installations dans l’espace public de Genève et le Lila.Queer Festival performe

à la Rote Fabrik de Zurich. Point commun : jouer, jouer, jouer, au-delà de la binarité !

© Silvija Valeišaitė

Trois jours d’amour, de flamboyance et de queer power :

voilà ce que propose Lila., festival nommé d’après une

grande chanson de cabaret berlinoise de 1921, salve

contre toutes les moralités. Depuis 2017, dragshows,

spectacles, concerts et ateliers font le suc violacé

de ce rendez-vous qui s’amuse entre programmation

pointue, burlesque et conscientisée. En égrainant

le programme de cette année, on on lit par exemple

que la rappeuse Finna est une femme de pouvoir pour

qui « l’'amour, la colère, la morve et les paillettes rencontrent

des déclarations claires et une prise de pouvoir

queerfeministe ». Message reçu.

Trois jours d’amour, de flamboyance et de

queer power : voilà ce que propose Lila., festival

nommé d’après une grande chanson

de cabaret berlinoise de 1921, salve contre

toutes les moralités. Depuis 2017, dragshows,

spectacles, concerts et ateliers font le suc

violacé de ce rendez-vous qui s’amuse

entre programmation pointue, burlesque et

conscientisée. En égrainant le programme

de cette année, on on lit par exemple que la

rappeuse Finna est une femme de pouvoir

pour qui « l’'amour, la colère, la morve et les

paillettes rencontrent des déclarations claires

et une prise de pouvoir queerfeministe ».

Message reçu.

Quasi H24, pièces et performances sont suivies de DJ

sets pour faire penser et se dépenser sur des thématiques

intimes et sociétales fortes : la pièce de Fabio

Liberti, par exemple, questionne les addictions et les

co-dépendances relationnelles. Ladies & Gentlemen

est une critique du système binaire et le travail chorégraphique

de Yeheniya Kravets traite, entre ironie et

frontalité, de micro-agressions et de discrimination ordinaire

à l’intersection du racisme et de l’homophobie.

À côté des drags shows de Mona Gamie ou de

LaMer, qui miaule en monologues satiriques,

deux moments collectifs sont particulièrement

attendus. Inspiré par Parliament Funkadelic,

Prince et Liberace, Sado Opera est un projet

scénique originaire de Saint-Pétersbourg.

Aujourd'hui basé à Berlin, ce collectif de pédés

résident du club Wilde Renate est devenu

l'une des importations musicales les plus provocantes

et excentriques de la ville. Et puis, Lila.

c’est aussi la célébration localisée du voguing :

pour s’écharper en attitude sur le runway du mini-bal

de cette année – devant un jury national

ET international – vous pouvez vous inscrire

en ligne via un formulaire sur le site du festival.

Lila.Queer Festival, du 17 au 19.09 à Zurich

Toute la programmation sur lila.milchjugend.ch

36 CULTURE 360 SEPTEMBRE 2021


SOUS-SECTION LAURÉAT D’UN OSCAR ®

COLIN FIRTH

NOMMÉ AUX OSCARS®

STANLEY TUCCI

HHHHH

SUPERNOVA EST

UN CONCENTRÉ DE

CHARME ET D’HUMOUR!

THE OBSERVER

PAR LES PRODUCTEURS DU FILM MULTI-RÉCOMPENSÉ 45 ANS

UN FILM DE HARRY MACQUEEN

N 206

8 SEPTEMBRE AU CINÉMA

CULTURE ascot-elite.ch

37


FESTIVALS QUEER DE LA RENTRÉE

Spielact :

l’art et le jeu pour un futur

plus inclusif

Par la rédaction

Depuis trois éditions, un petit festival fait de plus en

plus parler de lui du côté des arts visuels à Genève.

Par le jeu revendiqué, par la mise en lien d’artiste·x·s

avec d’autres intervenant·e·x·s, scientifique·x·s, militante·x·s

ou chercheur.se.x.s, Spielact propose des

créations autour d’enjeux brûlants auxquels la manifestation

entend bien nous faire cogiter : un futur

plus inclusif, un futur valorisant les relations avec le

vivant, humain ou non-humain, et un futur numérique

plus éthique.

Cette année, six installations interactives

en extérieur seront disséminées entre l’île

Rousseau et la pointe de la Jonction. L’une

d’elle, Invasion intertranstellaire, est un bar

faisant office de pièce en soi autour de la

non-binarité. Au Théâtre du Grütli, un programme

est pensé autour du même thème.

Il comprend le jeu narratif « Rencontre d’un

autre genre » et la table ronde « Iels sont

nombreuxes, fluides et non binaires ».

Jouer, penser, donc… mais aussi agir : l’autre spécificité

de Spielact est d’organiser des ateliers collectifs

et des hackathons destinés à développer des

outils ludiques à portée sociétale concrète. Le projet

Queercube entamé l’an passé est parlant : une équipe

composée de spécialiste·x·s de la santé, de personnes

LGBTIQ+ et d’artiste·x·s s’est réunie pendant trois

jours afin de concevoir un jeu sur le thème des déterminants

biopsychosociaux de la santé mentale et sur

les ressources existantes. Cette collaboration soutenue

par la Ville de Genève et l’association Dialogai a

pour objectif d’améliorer ce médium ludique afin qu’il

puisse être mis à disposition d’institutions publiques

telles que l’hôpital. Les nouvelles versions du jeu seront

testées en public pendant le festival.

Spielact, du 22.09 au 03.10 à Genève

Plus d’information sur spielact.ch

38 CULTURE 360 SEPTEMBRE 2021


N 206

CULTURE 39


PORTFOLIO

DÉ-

CONSTRUIRE

LES

MÉ-

CANISMES

Valerie Reding prend

la pose dans la série

HVNGRY FOR MORE.

DE

DISCRIMATION

40 CULTURE 360 SEPTEMBRE 2021


Le projet artistique et politique HVNGRY de l’artiste Valerie Reding a l’ambition

de toucher un public jeune et moins familiarisé avec les thématiques queer et féministes.

Interdisciplinaire, interactif et à la croisée de plusieurs médias, le projet

itinérant passe par Genève. A ne manquer sous aucun prétexte.

Propos

recueillis par

Alexandre

Lanz

Comment est née l’idée du projet interdisciplinaire et

itinérant HVNGRY ?

HVNGRY mêle une exposition photographique

avec une performance interactive,

de la musique en live ainsi que des workshops

de voguing, de maquillage et de costume.

Il s'agit d'une tentative de déconstruire les

stéréotypes sexistes de genre et de créer

un espace pour une exploration ludique de

représentations alternatives des identités de

genre fem* et queer les plus diverses. Tout en

étant fortement ancré dans mon expérience

personnelle du sexisme et de l’homophobie

au quotidien, le projet HVNGRY, né en 2019,

est également une réaction aux déchaînements

de haine sexiste et homophobe liés

à l’élection de Trump et est nourri par les

mouvements #metoo et #iamanastywoman

(Nasty Woman par Nina Donovan).

A qui s’adresse le projet ?

Il ne s’adresse pas uniquement à un public

fem* ou queer, mais également à un public

plus général, particulièrement aux jeunes.

En effet, il y a encore très peu de possibilités

pour les jeune·x·s (queer) en Suisse pour discuter

des questions d’identités et de sexualités

dans des safe spaces. Comme ma pratique

artistique en général, le projet HVNGRY

est aussi interdisciplinaire, mêlant plusieurs

médias afin de toucher le public à travers

des biais différents. Le projet s’adressant

aussi aux jeunes et à des personnes moins

familiarisées avec les thématiques queer et

féministes, un grand accent est mis sur l’interactivité

et la participation.

Quelles ont été les réactions du public jusqu’à présent ?

Jusqu’à présent, les événements HVNGRY

ont pu avoir lieu dans trois cantons suisses

ainsi qu’à l’étranger, à chaque fois dans des

contextes et communautés très différents.

Avec l’événement à Lausanne à La Datcha

et celui à Sion à Alpagai fin 2019, avec l’événement

à Zurich au sein du festival queer

Lila. à la Rote Fabrik en collaboration avec la

Milchjugend ainsi qu’avec une exposition au

Centre de création chorégraphique luxembourgeois

et une autre dans le cadre du festival

Queer Little Lies à Esch au Luxembourg

en 2020, nous avons déjà pu toucher presque

2000 personnes directement par ce projet!

Malgré les défis imposés par Covid-19 et les

difficultés générales pour financer et réaliser

des projets mêlant des pratiques artistiques

et communautaires à des questions

sociales et politiques en Suisse, HVNGRY a

donc pu susciter un grand intérêt public et

une participation enthousiasmée, comme

en témoignent certains propos rapportés:

« Incroyable et cela m’a donné plus confiance

en moi et en mon corps », se réjouit V., 18 ans,

à Sion. « J'ai apprécié de me sentir vulnérable

et forte à la fois. J'ai apprécié la performance

interactive. Elle m'a vraiment remué d'une

manière inattendue », constate S., 27, de Bâle.

Enfin, R., 26 ans, de Uster, observe : « C'était

magnifique de voir des gens se soutenir et

se célébrer mutuellement, quel que soit leur

type de corps ou leur sexe ».

Que racontent les sept figures archétypales du projet

et les insultes sexistes qui s’y rapportent.

La genèse des sept portraits a été fortement

inspirée par sept figures archétypales

- Sorcière, Salope, Hystérique, Vieille,

Gouine, Frigide et Furie. Ce choix est ancré

dans mon expérience personnelle et surtout

dans les vécus des personnes fem* et queer

de mon entourage, notamment des sept personnes

portraiturées. L’exploration de ces

archétypes, souvent utilisés dans notre société

pour dévaloriser des personnes fem* et

queer, m’ont permis de mieux comprendre

les mécanismes systémiques de marginalisation,

nourrissant la haine et la violence contre

elles. Le point commun entre ces figures est

de diaboliser, d’objectifier et de pathologiser

les personnes en question en les déshumanisant,

afin de pouvoir nier leurs revendications

d’avoir les mêmes droits que les autres.

HVNGRY est ainsi une tentative d’empowerment

et de réappropriation de l'insulte sexiste

tout en utilisant des éléments du grotesque,

de l'esthétique drag et camp, ainsi que des

références à l'iconographie religieuse.

Quels sont les messages et les réflexions que tu souhaites

diffuser avec ce projet ?

HVNGRY cherche à donner des moyens à

tou·te·x·s de comprendre ces mécanismes

de discrimination. D’un côté, le projet veut

motiver chacun·e·x à se libérer soi-même

de ces stéréotypes de genre sexistes, afin

de se les réapproprier et de s’en émanciper.

→ lire la suite en pages 44 et 45

N 206

CULTURE 41


42 CULTURE 360 SEPTEMBRE 2021


N 206

CULTURE 43


C’est aussi une invitation à l’auto-réflexion, afin de

ne pas reproduire inconsciemment envers autrui ces

mêmes stéréotypes qui nous oppriment. Ici encore, l’aspect

interactif et participatif des événements joue un

grand rôle : Le but est de créer un safe space pour des

personnes fem* et queer afin de pouvoir explorer ces

questions collectivement, pour mieux comprendre soimême

et autrui à travers une pratique communautaire.

Observes-tu plus de violences envers les personnes

queer ces dernières années ?

C’est difficilement évaluable, mais personnellement,

j’ai l’impression qu’il n’y a pas plus

de violences qu’avant envers des personnes

queer – les gens se mobilisent plus pour les dénoncer

! Les violences, non seulement contre

la communauté queer, mais aussi les violences

sexistes, racistes et autres, sont enfin moins

banalisées et les gens s’organisent collectivement

pour lutter contre ces violences systémiques

ensemble. En outre, les média sociaux

figurent également comme un important vecteur

de réseautage et comme un porte-voix qui

permettent à ces problèmes de devenir plus

médiatisés et donc plus visibles, ce qui permet

de donner des forces aux individus souhaitant

sortir de l’isolement et du silence – même si les

algorithmes en vigueur sur les réseaux sociaux

essaient d’empêcher ces alliances.

Comment l’expliques-tu ?

J’ai l'impression que nous nous trouvons actuellement

dans un moment charnière : nous

vivons la plus grande crise du capitalisme depuis

le début du XX e siècle – un capitalisme

patriarcal, sexiste, hétéronormatif, raciste,

validiste et classiste. L’augmentation de la

violence policière est juste un exemple de

l’acharnement des dominant·e·x·s de délégitimer

la parole de tou·te·x·s celleux qui mettent

en question l’ordre en vigueur et qui se révoltent

contre ces violences systémiques.

En tant qu’artiste, estimes-tu que ton travail a une portée

politique ?

Dans tous mes projets, il y a une forte dimension

politique, même si elle n’est pas toujours

explicite. Comme notre vie privée, tout ce

que nous vivons et donc aussi mon art est

inscrit dans un système social, et pose donc

forcément des questions politiques.

L’art contemporain est-il un safe space pour les personnes

queer ?

Non ! L’art contemporain est un espace traversé

par les mêmes mécanismes d’exclusion,

rapports de force et systèmes de valeurs que

toute notre société. C’est un espace capitaliste,

dominé par des hommes blancs, riches, valides

et cis-hétéronormés. Ainsi, les institutions artistiques

(à part quelques précieuses exceptions)

privilégient la production d’œuvres qui sont

destinées au marché de l’art, aux galeries et aux

collections privées et non pas à un public queer,

fem* ou racisé. Si des sujets queer sont traités

dans l’art contemporain, c’est plutôt à la surface,

comme une mode, sans pour autant prendre au

sérieux les réelles intentions et questions politiques

brûlantes qui se cachent derrière cette

esthétique « flamboyante » et « excentrique » si

convoitée. Ceci est également reflété par la difficulté

en Suisse de trouver du soutien financier

durable et juste pour des projets artistiques qui

touchent explicitement aux questions queer

et féministes. Cependant, il y a de l’espoir et la

volonté de beaucoup d’artistes et de quelques

institutions de créer des micro safe spaces

pour ces communautés marginalisées, notamment

dans le domaine de la performance

et surtout aussi en collaboration avec le monde

de la nuit. Ces espaces éphémères permettent

aux personnes queer de se connecter et de se

construire ensemble.

Le projet HVNGRY for more apporte-t-il des angles

différents ?

Bien qu'au cours des dernières années, de nombreuses

avancées législatives aient été réalisées

qui accordent davantage de droits et de

protection aux personnes queer et au BIPOC

(Black, Indigenous and People Of Colour), il

reste un grand besoin de réforme avant que

l'on puisse parler d'une société où tou·te·x·s

auraient des droits égaux. En Suisse, le droit

pénal précédemment applicable contre le racisme

a finalement été étendu pour inclure la

discrimination fondée sur l'orientation sexuelle

– l’homophobie est désormais punissable en

Suisse. Cependant, la discrimination fondée

sur l'identité de genre n'est toujours pas

incluse – la violence contre les personnes

trans* et intersexes n’est actuellement pas

punissable en Suisse. Ma nouvelle série photographique

HVNGRY for more est une suite du

projet HVNGRY. Composée de portraits de personnes

non-binaires, de personnes trans* et de

QTPOC (Queer and Trans People Of Colour), la

série traite moins de la réappropriation d’insultes

sexistes. Il s'agit plutôt de donner aux

personnes représentées l'espace pour exprimer

librement leurs identités de genre, leurs

sexualités et leurs corps de façon authentique,

non-censurée et en accord avec leurs désirs

les plus intimes. HVNGRY for more, fortement

influencée par l'esthétique du monde des jeux

vidéos, représente un collectif de créatures

queer dans lequel l'altérité, l'individualité et la

vulnérabilité partagées sont célébrées et deviennent

un terrain propice au développement

du sentiment de communauté, à la solidarité et

aux rencontres interpersonnelles.

Découvrez et participez à l’événement HVNGRY à l’espace

d’art contemporain Forde de Genève, les 22 et

23 octobre 2021.

44 CULTURE 360 SEPTEMBRE 2021


valeriereding.com

N 206

CULTURE 45


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SOUS-SECTION

N 206

CULTURE 47


VAGIN PIRATE

Vagin Pirate est un compte Instagram lesbien romand qui

s’engage à amplifier les messages des communautés marginalisées.

Notre Vagin est un vagin mental, c’est un totem

au féminisme queer, anti-terf et intersectionnel.

Les pépites de

septembre

Au menu du mois de septembre, un docu coup de poing, une machine à remonter

le temps, des bisous lesbiens, un bouquin qui tape, un artiste transgalactique

et la célébration de l’amour queer !

RÉCITS DE NOS SŒURS

WENDY DELORME

VIENDRA LE TEMPS DU FEU

Clip de Mistress Violet © Youtube, Violet Chachki

Viendra le temps du feu (Éditions Cambourakis) est un

récit dystopique qui pose son décor dans un monde qui

tente tant bien que mal de survivre à une crise climatique.

Le roman est structuré par le récit, les souvenirs

et les témoignages de quatre personnes, Louise, Eve,

Grâce et Raphaël. Tour à tour, iels nous livrent un aperçu

de cette société où la liberté est inexistante et les corps

voués au travail et à la reproduction. Ce livre nous parle

de sororité, d'insoumission et de survie.

Vagin Pirate aime la plume de Wendy Delorme,

sa poésie et le rythme presque musical de ce

roman, mais aussi cet hommage à la littérature

et aux livres, qui nous permettent à tou·te·x·s

de nous évader, de rêver, de militer et de vivre !

BRONCO LOVE

SYD

FAST CAR

Ancien membre du collectif Odd Future et leader du

groupe The Internet, Syd sort son 2 e single solo de 2021.

Fast Car est une chanson douce et sexy qui est accompagnée

d’un super clip dans lequel l’artiste et sa meuf

cruisent dans le désert et se font des becs. Dans un statement

à propos du nouveau single, Syd dit : « Je voulais

faire quelque chose pour les filles noires lesbiennes. Je

veux qu'elles se voient dans ce clip et en moi. »

Vagin Pirate aime les Bronco vintage et les

gens qui baisent à l’arrière des Bronco vintage

48 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


PLANET VIOLET

VIOLET CHACHKI

MISTRESS VIOLET

On embarque à bord du vaisseau de Mistress Violet, le

nouveau hit de Violet Chachki en featuring avec Allie X.

Attachez vos ceintures, le clip de 4 minutes nous téléporte

dans les années 80. Dans ce percutant revival new

wave, nous participons à un jeu de domination, un combat

en alter ego d’une sombre élégance. On connaissait davantage

Violet pour ses performances burlesques et ses

corsets, la gagnante de la saison 7 de Rupaul Drag Race

nous surprend encore et on en redemande !

Vagin Pirate aime le styling du clip avec des

pièces de Schiaparelli, les lunettes mythiques

d’Alain Mikli et ce duo tout droit sorti de nos

plus beaux fantasmes !

L’ART DE SMITH

SMITH

SMITH est un artiste parisien né en 1985. Après des

études de littérature et philosophie, c’est dans la photographie

qu’il trouvera sa passion. Son travail photographique

est principalement orienté sur les questions de

genres, la visibilisation des corps et le rapport aux autres.

Star de cet été aux Rencontres de la photographie à Arles

(l’une de ses photographies est l’affiche de cette édition)

avec son exposition Désidération, SMITH nous emporte

dans une exposition poétique et puissante. Vous pouvez

retrouver aussi son travail dans le numéro 11 de la revue

The Eyes, Carte blanche à SMITH & PITON. On y découvre

une multitude de portfolios, ainsi que des textes de Paul

B. Preciado et Élisabeth Lebovici autour de la question du

genre en photographie.

Vagin Pirate aime son travail axé sur la nonbinarité

au sens large du terme, sa mélancolie

et le regard qu’il porte sur notre société.

QUEER HAPPINESS

PLANNINGTOROCK

GAY DREAMS DO COME TRUE

Jam Rahuoja Rostron, plus connue sous le nom de

Planningtorock est un·e artiste genderqueer qui

nous offre depuis les années 2010 de superbes hits.

Planningtorock sort un nouveau single, Gay Dreams Do

Come True, qui se positionne en opposition au cliché de

l'histoire d'amour queer qui finit mal. « Je sens qu’il y a

quelque chose de très politique dans le fait de posséder

mon bonheur queer », nous dit Jam quand iel parle de

cette chanson.

Vagin Pirate aime particulièrement la pochette

du single, qui représente Planningtorock et sa

femme Riinu, illustrée par l’artiste Joyce Lee.

Instagram : @Vaginpirate

Découvrir la suite de

notre sélection sur 360.ch

L’HUMEUR DE LÉON SALIN

OBJET,

TU SERAS MOI

Léon est un activiste transgenre. Il tient le compte

Instagram @salinleon dans lequel il lutte pour plus de

représentation positive des personnes transgenres.

Dans cette chronique, je m’adresse à Julien. Un

homme cisgenre, hétéro, avec qui je partage certaines

de mes pensées. Il est fictif, sans être irréel.

Julien ça pourrait être toi, moi et/ou nous.

Cher Julien, as-tu déjà ressenti qu’une partie

de toi se trouvait à l’extérieur de ta personne?

Peut-être qu’étant enfant, tu avais

un doudou dont tu ne pouvais te séparer, tu le

considérais comme faisant partie de toi. Moi,

j’ai cette relation avec un bout de silicone.

Un jour, si on se retrouve tous les deux au pissoir

en même temps, tu seras sûrement surpris de ma

capacité à pisser comme toi, debout, dans un pissoir

peu appétissant. Magie? non, je dispose simplement

d’une prothèse; un bout de silicone acheté

en toute discrétion sur un des milliers de sites proposant

de tels gadgets.

Cet objet industriellement produit est aujourd’hui

une partie de mon corps, comme

ma main ou mon oreille.

Figure-toi qu’au début, j’ai dû me battre avec ma

prothèse. Combien de fois je me suis uriné dessus

en public? Encore aujourd’hui, quand je m’approche

d’un pissoir (et je vais toujours au pissoir) mes muscles

se tendent, le stress monte. Toute ma force fusionne:

il faut pisser droit, pas trop fort, avec la bonne

inclinaison, sans comprimer le conduit afin de ne pas

déborder. Mon souffle se coupe et je me soulage.

Tout ça pendant que toi, tu urines.

Au bout d’un certain temps, j’ai maîtrisé

ce bout de silicone. Il est devenu mien, il

est devenu mon pénis, ma bite.

Chaque soir, je range mon pénis dans un petit bocal

après l’avoir soigneusement nettoyé. Il se trouve à

plusieurs mètres de mon corps, mais il reste mien.

Tous les matins, je la dépose dans mon slip et je ne

quitte jamais mon appartement sans lui.

Malgré tout, Julien, ne l'oublie jamais; que

ma bite soit en silicone, plastique, plomb,

verre, papier, elle est tout aussi vraie que

la tienne.

N 206 205

Culture 49


Hoshi,

la sublime combattante

SOUS-SECTION

QUOTIENT QUEER

L’artiste sera en concert aux Docks

de Lausanne le 24 septembre pour

une date unique en Suisse. L’occasion

rêvée de célébrer son combat

sincère, sans faille et engagé pour

les communautés LGBTIQ+.

Par

Alexandre

Lanz

Jusqu’au sommet de son toupet relevé en chignon, elle

ne ressemble à aucune autre. En japonais, Hoshi signifie

étoile. Un nom de scène qui lui va comme un gant. Si

l’artiste de 24 ans a tristement été la cible des propos

nauséeux d’un obscur attaché de presse français sur

le retour qui ne mérite pas que l’on rappelle son nom

ici, la vérité d’Hoshi est ailleurs. D’une ère chaotique

où la lente déconstruction de la société patriarcale se

conjugue avec des actes homophobes particulièrement

violents et des enjeux climatiques sans précédent, elle

mène sa carrière avec la lucidité d’une artiste bien de

son époque. Comme une de ses célèbres aînées, icône

de la pop française à la crinière rousse, Hoshi est aussi

d’une génération désenchantée et elle aime aussi

la mélancolie. Au lieu d’attribuer des notes selon un

barème établi pour calculer son Quotient Queer qui

est de toute façon irréprochable, saluons plutôt le militantisme

continu de l’artiste que Benjamin Biolay ne

se lasse pas d’encenser. À elle seule, Hoshi représente

une certaine idée du queer et des nombreuses batailles

que cette condition humaine implique.

© Axel Vanhessche

50 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


LA PATRONNE

Elle n’a jamais cherché à l’instrumentaliser à

des fins marketing, Hoshi ne cherche pas non

plus à cacher son homosexualité. La preuve,

en novembre 2018, elle pose main dans la

main avec sa compagne Gia Martinelli sur le

tapis rouge des NRJ Music Awards avant de

dénoncer le « coming out forc » un mois plus

tard dans les colonnes de Paris Match. Là

où un épilogue vite fait risquerait de la taxer

d'ambiguïté, elle se montre au contraire authentique

et cohérente sur toute la ligne: sa

sexualité et sa vie amoureuse, elle en parle

elle-même avec qui elle veut, quand elle veut.

En pleine possession de son image, elle ne

s’en laissera pas déposséder par un journal

en quête de buzz, prêt pour cela à déformer

ses propos. Dans un message posté sur

Facebook après la parution du magazine,

elle exprime son sentiment de trahison face

à la journaliste : « Je vomis en lisant cet article

aujourd'hui, je vomis en voyant à quel point

certains journalistes ne respectent rien, sont

juste là pour faire scandale, pour faire du fric

et prennent des raccourcis ». Savoir où se

situent ses propres limites et savoir les exprimer

clairement, quelle meilleure façon de

se respecter soi-même ?

AMOUR SINCÈRE

Les baisers lesbiens façon MTV au début

des années 2000, ce n’est pas son truc, à

Hoshi. Par contre, lorsqu’elle interprète sa

chanson Amour Censure aux Victoires de la

Musique où elle est nommée dans la catégorie

Révélation Scène de l’année en 2020

et qu’elle invite Gia Martinelli à la rejoindre

sur scène, le couple échange un baiser que

les deux millions de téléspectateurs ne

sont pas près d’oublier. Ce grand moment

de télévision doublé d’un message politique

contre l’homophobie n’est pas sans

conséquence : les commentaires haineux

ne tardent pas à déferler. Quelques jours

plus tard, Hoshi dépose plainte pour harcèlement.

Contrairement à l’idée reçue que les

mentalités se sont adoucies ces dernières

années, les temps sont durs pour les personnes

queer. Comme un boomerang aux

LGBTIQphobes incapables de gérer leurs

pulsions hostiles résonnent les paroles de

sa chanson : « Est-ce qu'on va un jour en finir

avec la haine et les injures ? Est-ce que

quelqu'un viendra leur dire qu'on s'aime et

que c'est pas impur ? »

N 206

Culture 51


RELECTURE

Par François Touzain

De 1907 à 1909, un scandale de mœurs dans les hautes

sphères de l'Empire consterne la jeune Allemagne et familiarise

l'Europe avec un nouveau mot : « homosexualité ».

L'EMPEREUR,

LE PRINCE

ET SES

MIGNONS

« Il y a des choses bien comiques », glousse Marcel

Proust dans sa correspondance. Comme l'auteur de

La Recherche, une bonne partie de l'Europe se délecte

de la saga qui se joue dans l'entourage de l'Empereur

d'Allemagne Guillaume II dès 1907. En trois ans, six

procès déballent en place publique fantaisies et intrigues

d'une occulte coterie homosexuelle censée tirer

les ficelles du Reich, la « Camarilla ».

Au centre de ce feuilleton, Philipp zu Eulenburg,

un prince prussien dans la force

de l'âge. C'est cet influent confident de

Guillaume II que le polémiste juif Maximilian

Harden choisit dès 1906 comme cible de tribunes

virulentes. « L’Allemagne, assène-t-il

dans sa revue Die Zukunft, est dirigée par des

invertis maladifs et dégénérés qui pervertissent

l’empereur. »

52 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


COUPABLE MOLLESSE

Décrit insidieusement comme un diplomate davantage

porté sur la harpe, la poésie et le spiritisme que

sur les affaires internationales, Eulenburg fait l’objet

d’un outing à peine voilé. Il n’est pas le seul. Le lecteur

averti des articles de Harden y reconnaîtra bientôt

sous le surnom de Süsse (« Sucrerie ») le gouverneur

militaire de Berlin Kuno von Moltke, ainsi que d'autres

éminences (« les mignons ») qui donnent du « Notre

chéri » quand ils parlent de l'empereur. Plus grave :

autour de la Camarilla graviterait le premier conseiller

de l'Ambassade de France à Berlin, « pédéraste »

notoire. Car le péril que dénonce Harden n'est pas

l'infâme sodomie, mais la coupable mollesse du Reich

face à ses ennemis français. Les membres de cette

clique, ironise-t-il, « ne rêvent pas d'embrasement

mondial, ils sont déjà bien assez chauds ».

L'offensive se borne encore aux pages de Die

Zukunft quand Guillaume II somme son ami

Eulenburg de laver sa réputation. Car on ne rigole

pas avec le « commerce contre nature »,

passible de la prison dans l'Allemagne du début

de siècle. Ulcéré, Eulenburg s'exécute néanmoins.

Pour éviter un face-à-face avec Harden,

il choisit de porter plainte... contre lui-même.

Le cas est instruit par des amis magistrats, qui

s'empressent d'établir sa « totale innocence ».

Mais il a mis le doigt dans l'engrenage.

L'affaire commence à dérailler quand Moltke saisit la

justice à son tour, et attaque Harden pour « offense ».

Comparaît alors l'ex-épouse du colonel, laquelle déclare

sous serment avoir demandé le divorce en raison des

tendances sexuelles de son mari, qui ne l'aurait honorée

que deux fois en neuf ans d'union. Débouté et humilié,

Moltke tente de se rebiffer. D'appel en cassation, l'affaire

alimente une chronique aux relents de vaudeville, dont la

presse nationale et internationale ne perd pas une miette.

MOT À LA MODE DE BERLIN

C'est à cette occasion que le mot « homosexualité »

débarque dans les gazettes. Évoquant l'affaire le 24 octobre

1907, le quotidien vaudois La Revue le met entre

guillemets, ajoutant « comme dit le mot maintenant à

la mode de Berlin ». Ce tout nouveau terme médical

est utilisé par la défense de Harden, qui alerte sur la

dégénérescence de l’État sous l’influence de cette

pernicieuse « maladie » poussant à l'inconstance, à

la rêverie et à la luxure. « Ne savez-vous pas que ces

passions contre nature ont contaminé des régiments

de cavalerie entiers ? Allez donc vous promener au

Tiergarten ! », lance Harden devant le juge, faisant allusion

au déjà célèbre haut lieu de la drague berlinoise.

Des savants sont convoqués à la barre pour se

prononcer sur les traits « efféminés » de tel ou

tel protagoniste. Le précurseur de la libération

LGBT Magnus Hirschfeld, ami de Harden,

se prête au jeu. Il fait toutefois sensation en

défendant l'homosexualité, « une passion nullement

maladive, qui peut même être mise au

nombre des penchants naturels. »

En tout cas, le outing est en vogue en cette année 1907.

Bientôt, c'est le chancelier Bernhard von Bülow, chef du

gouvernement, qu'une revue accuse de fricoter avec

son secrétaire. Re-procès. Cité à la barre, Eulenburg

en profite pour en rajouter une couche : Non, il ne s'est

jamais adonné à ces pratiques « dégoûtantes », déclare-t-il

sous serment. Il ignore que Harden s'apprête

à sortir de sa botte des témoins à charge. S'ensuit l'incarcération

du prince et son procès pour parjure. Les

audiences chaotiques voient se succéder des récits

d'actes innommables observés – littéralement – par le

trou de la serrure. Clou du spectacle: l'abracadabrante

déposition du dénommé Georg Riedel. Ce laitier affirme

avoir cédé aux avances du prince après moult

cadeaux et bouteilles de vin, une vingtaine d'années

auparavant, lors de balades en barque au pied du

château de Neuschwanstein (oui, celui de Louis II de

Bavière !). « On a joué à la Caramilla (sic), et mon collègue

Ernst aussi », avoue le bonhomme devant une

audience partagée entre rigolade et indignation.

GÉNÉRAL EN TUTU

Dans la foulée, les scandales homosexuels éclatent

en cascade dans l'Empire, relayés par une presse frénétique.

Dans les garnisons, on assiste à une véritable

chasse à l'inverti. Le pompon, fin 1908 : on retrouve

le chef du cabinet militaire de Guillaume II mort d'un

arrêt cardiaque. Le général d'infanterie de 56 ans était

vêtu d'un tutu, coiffé d'un chapeau à plumes de paon et

venait de jouer les ballerines dans un spectacle donné

pour le Kaiser.

La fête est aussi finie pour Eulenburg. Il est

trop tard pour se retirer loin du tumulte avec

sa famille, dans sa villégiature favorite de

Territet, au bord du Léman.Tout au long de ce

calvaire judiciaire, il se sera muré dans un silence

de martyr face à un tapage médiatique

que personne, dans sa génération d'aristocrates,

n'avait anticipé. « Nous vivons dans un

monde où la presse, la juiverie, l’argent, l’opinion

exercent leur domination et où les gouvernements

doivent faire de l’équilibrisme

entre la défense de leur dignité et le spectre

du qu’en dit-on », écrit-il du fond de sa cellule.

Son procès n'arrivera jamais à son terme. Il

est libéré pour raison de santé et ramené en

civière dans son château de Liebenberg, où

il meurt oublié en 1921.

N 206

Culture 53


CLIP DU GRENIER

1981,

l’odyssée de MTV

S’il existe bien un terrain d’entente entre les générations X, Y et Z, ce sont les

vieux clips des années 80 qui n’en finissent pas de hanter nos écrans après une

soirée bien arrosée.

Par Alexandre Lanz

1 er août 1981. Pendant que le peuple suisse grille ses

cervelas entourés de lampions imprimés de croix

blanches sur fond rouge, un nouveau chapitre de

l’histoire de la musique pop est entamé à New York :

MTV est née. À partir de ce jour-là, plus rien ne sera

comme avant. Titre prémonitoire de la nouvelle ère

du vidéo clip, Video Killed the Radio Star des Buggles

inaugure la chaîne musicale. La voix filtrée façon vieux

transistor du chanteur Trevor Horn tranche avec les

voix féminines métalliques des « Oh-a oh-a » et du refrain

scandant que «la vidéo a tué la star de la radio ».

Dans le clip irrésistiblement naïf, une créature

disco est propulsée du cosmos sur terre

dans un tube transparent. Saura-t-elle divertir

le grand public pour le détourner de ses

préocupations existentielles, de la même

manière que la femme-robot du Metropolis

(1927) de Fritz Lang ? La réponse arrivera sous

forme de tsunami clipesque. À l’image des

nouveaux venus, la scène pop s'articule désormais

à travers ces petits films autant – si

ce n’est plus – importants que les chansons

elles-mêmes. Au même titre que les musées

et la mode misent aujourd’hui sur des scénographies

à haute teneur instagrammable

pour résonner, les stars des débuts de MTV

sont lookées comme de rutilants camions

pour mieux envahir les écrans et les âmes des

ados d’alors

À ce jeu-là, les Britanniques ont une longueur d’avance

sur les States, grâce au mouvement androgyne des

New Romantics, au croisement musical entre la New

Wave, la pop synthétique et le punk. Iels s’appellent

Culture Club, Duran Duran, Wham !, Eurythmics,

Depeche Mode, Bananarama, Grace Jones, Kate

Bush, Kim Wilde. Ce n’est que deux ans plus tard que

les États-Unis sortent le grand jeu en créant de toutes

pièces des monstres sacrés du clip, le clan très sélect

des superstars de la pop Michael Jackson, Prince et

Madonna. Coiffée au poteau par sa rivale punkette en

bustier, Cyndi Lauper peut aller se rhabiller. À l’image

de Prince qui se délecte à brouiller les pistes, savamment

dévêtu en dentelle sur scène, l'ambiguïté

sexuelle fait les belles heures de MTV. Le reste, c’est

de l’histoire.

Music video by The Buggles performing Video Killed

The Radio Star. (C) 1979 Island Records Ltd.

54 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


DEVIENS MEMBRE DE PVA-GENÈVE EN 2021

VOTRE SOUTIEN EST ESSENTIEL, CETTE ANNÉE PLUS QUE LES PRÉCÉDENTES !

LA COTISATION 2021 RESTE À CHF 60.- À VERSER SUR LE COMPTE:

PVA-GENÈVE CCP 12-4193-9

VOTRE NOUVELLE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA DIRECTEMENT CHEZ VOUS !!!

Association Genevoise

des Personnes Vivant Avec

le VIH/SIDA et leurs proches

Lu. / Je. 14h00 - 18h00

Rue des Pâquis 35

1201 Genève - 5ème étage

T. +41 22 732 44 45

secretariat@pvageneve.ch

www.pvageneve.ch

PVA-GENÈVE SE PRÉPARE À DÉFILER!

Vous êtes invité.e.s à participer !

PVA-Genève se mobilise pour la Geneva Pride 2021.

Votre Association sera présente avec son stand au Village de la Pride au

Parc des Bastions du 8 au 12 septembre !

De plus le 11 septembre PVA-Genève défilera lors de la marche des fiertés!

Comme en 2019, à partir du 8 juillet vous êtes invité.e.s tous

les jeudis de cette été entre 14h et 16h à venir partager un

moment d’échange et bricolage pour préparer cet important

défilé!

Nous vous attendons nombreuses et nombreux !

Photo: © Laurent Guiraud

Soutenez PVA en devenant

membre ou en faisant un don :

PVA-Genève, 1201 Genève

CCP 12-4193-9

PVA est désormais

aussi sur Instagram !!!

Abonnez-vous au

profil de votre association:

pva_geneve

TOUTES LES COULEURS

DE NOS DIFFERENCES


Agenda

L’HUMEUR DE JULIEN BURRI

SAMEDI 11 SEPTEMBRE

Participez avec Lestime à la Marche

des Fiertés

La Geneva Pride, c’est une grande manifestation qui

vise à rassembler la communauté LGBTIQA+, à en visibiliser

les enjeux, à mettre fin à la haine et à revendiquer

des droits égaux tel que le mariage pour tou·te·x·s.

Infos sur www.lestime.ch | Public*

VENDREDI 17 SEPTEMBRE

« Mosaïque »

Artiste pluridisciplinaire,

Catherine-Pier Favre nous parlera

de son travail d’artiste et

de la genèse du projet « Hélio

Fille », un projet mandaté par

Lestime, réalisé et personnalisé

pour le local de l’association à

l’occasion du « reloocking » des

lieux (inauguration août 2020).

Dès 18 h 30, suivi d’un apéro « mosaïque »

Réservation à info@lestime.ch | Infos sur www.lestime.ch | Public*

JEUDI 23 SEPTEMBRE

Soirée Jeux vidéo Queer

Animé par Isabelle Sentis et Emilie Brusseaux – Queer

code. Cette soirée évoquera les jeux vidéos conçus par

les personnes LBTQ et la présentation de personnages

lesbiens et queers dans les jeux vidéos.

Réservation à info@lestime.ch | Infos sur www.lestime.ch | Public*

*Ouvert à toutes les femmes, transgenres, non-binaires, intersexes,

qui se reconnaissent comme lesbiennes, et aussi tou.te.x.s celle.eu.x.s

non uniquement hétérosexuelles qui ne se reconnaissent pas dans

ces catégories.

Et bien plus encore sur

www.lestime.ch

Consultation en santé sexu-elle pour les femmes

qui ont du sexe avec les femmes.

Contact : entre.nous.consult@lestime.ch

Devenez membre en vous inscrivant sur notre site

Faire un don : CCP 17-177538-7

Lestime, communauté lesbienne

5, rue de l‘Industrie | 1201 Genève | Tél. 022 797 27 14

info@lestime.ch | www.lestime.ch

JULIETTE, JE T’AIME

Julien Burri est poète, romancier et journaliste.

Il écrit sur les corps, la nuit et les glaces en bâtons.

Tu étais une attraction dans la cour de l’école. Ta

façon de chalouper en marchant et de plier tes

poignets leur paraissait stupéfiante : chaque jour,

tes camarades riaient et te montraient du doigt :

Tapette ! Pédale ! Tu étais célèbre. Tu as développé

des techniques de camouflage pour te fondre dans

le décor : ne pas parler, ne pas bouger, respirer le

plus doucement possible. Tu as essayé de devenir

invisible : un fantôme. Mais la cour de récréation était

si grande, sans arbres, sans ombre, sans cachette…

À cette époque, le dessin animé Juliette, je t’aime

passait à la télévision. « Juliette je t’aime », répétait

le refrain chanté par Bernard Minet, « c’est bien toi

la plus jolie. » Alors tout le monde t’a appelé Juliette.

Aujourd’hui encore, traverser l’espace public

n’est pas anodin. C’est retrouver cette

vieille peur qui t’attend en bas de chez toi,

te prend en filature partout où tu vas. Elle

ressemble au détective d’un film policier

des années quarante, portant imperméable

et chapeau, le visage dans l’ombre.

Parfois, c’est un grand chien timide qui te

colle aux basques et qui a faim. Parfois,

c’est cette jeune fille romantique à la voix

de crécelle, la fameuse Juliette du dessin

animé de ton enfance. Où que tu ailles, tu

n’arrives pas à semer cette jeune fille mal

dégourdie, ses yeux écarquillés de manga.

Chaque fois que tu fais l’amour avec un homme,

tu deviens un peu moins un fantôme. Tu déplies ta

peau, ton corps, tu crées de l’espace. Tu dois être

assez fort pour que ta peur, qui te regarde par la fenêtre,

cesse de rire et disparaisse. Alors tu sais que

tu pourras ouvrir la porte et sortir dans la lumière.

Que la ville sera à toi. Libre et léger, tu fredonneras

une chanson au hasard, sur le trottoir, un de

ses airs dont on ne connait ni le titre ni l’interprète

et qui vous habite malgré vous. « À la pension des

Mimosas, tout le monde est heureux… Elle est arrivée

un jour, et d’un seul coup l’amour / Est venu enchanter

tous ceux qui l’habitaient… Juliette je t’aime,

Juliette je t’aime… Notre rayon de soleil c’est toi… »

56 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


L’ORACLE DU MOIS

ET MAINTENANT, EMBRASSEZ-VOUS !

SEMAINE DU 122

AU 5 SEPTEMBRE

Après des lustres

mars

de rêveries

solitaires, on aimerait beaucoup

beaucoup partager son petit lit

d’amour, collé, serré.

23

juillet

SEMAINE DU 6 AU 12 SEPTEMBRE

Alors quand on tombe enfin

sur cette perle rare avec qui

l’on s’imbrique si souvent

et si bien…

25

27 avril

SEMAINE DU 13 AU 19 SEPTEMBRE

… que les moments de rires

partagés, de connivence avril et

de tendresse complice

se multiplient…

SEMAINE DU 20 AU 26 SEPTEMBRE

… on aimerait trop montrer

au monde entier qu’on s’aime

à s’en faire péter le cœur

et les plombs.

@monokini.ch


King

SAUNA

NOUVEAU BAR

NOUVEAUX VESTIAIRES

NOUVEAUX ESPACES DE JEUX

OUVERT 7/7 DÈS 14:00

39 rue Jean Jaurès

F-74100 AMBILLY

Tram ligne 17, arrêt Croix d'Ambilly

kingsauna.com


Les prochaines

rencontres des groupes

Groupe Trans*

◗ ME 1er septembre, Groupe de discussion Trans*

◗ ME 15 septembre, Atelier de peinture avec Yannick

Bonvin-Rey

◗ ME 8 octobre, sortie à l’expo Nophoto (infos sur

association360.ch)

◗ Groupe de rencontre et de discussion Trans* de

19h à 21h30 au local de 360

◗ Infos, conseils et entretiens…

w :association360/trans

e : trans@association360.ch, t : 078 322 34 60

Groupe Familles LGBTQ+

◗ JE 23 septembre de 19h à 21h, réunion infos

Familles, discussions et partages

◗ Infos, conseils et entretiens : association360.ch/

homoparents, familleslgbtq@association360.ch,

t : 079 236 03 58

Groupe Tamalou

◗ Pour le mois de septembre, suivez le programme

des Tamalou sur leur Facebook : https://www.

facebook.com/groups/tamalou360

◗ Tous les mardis dès 17h30 : apéros convivial

en ville ! Pour intégrer le groupe WhatsApp : envoyer

un courriel à andr.lauper@yahoo.com

◗ Renseignements et inscription :

https://association360.ch/seniors2020

Groupe les Babayagas

◗ Mercredi 8 septembre, buffet canadien dès 18h30

au local de 360 ou Picnik en extérieur !

◗ Marche nordique toutes les semaines, pour le

plaisir de bouger et de se retrouver ! Contactez

Chris au 079 544 94 30 pour connaître le lieu du

rendez-vous.

◗ Restez en contact avec les membres des

Babayagas grâce à son groupe WhatsApp !

Pour participer, veuillez adresser un courriel à

babayagas@association360.ch

◗ Infos, conseils et entretiens t : 079 544 94 30

Groupe BiPan+

◗ VE 17 septembre dès 20h, réunion conviviale

mensuelle au local de 360 !

◗ Infos, conseils et entretiens :

e : bipanplus@association360.ch, t : 079 632 70 48

Service Juridique

Lu 9h – 13h et 14h – 18h

Ve 14h – 18h

« Uniquement sur

rendez-vous »

juri@360.ch

022 731 42 13

Retrouvons-nous au stand de 360

au Village de la Pride aux Bastions

du mercredi 8 au samedi

11 septembre !

Et lors de la Marche des Fiertés

le samedi 11 !

Permanence Trans

au 078 322 34 60 du lu

au ve, 10h à 12h et 14h

à 17h30

Infos, conseils et

entretien sur RDV

Perm. d’accueil au local

Lu au Ve 14h – 18h

Association 360 | 022 741 00 70 | association360@360.ch

Rue de la Navigation 36 | 1201 Genève

LES AVANCHETS

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DANS LE PLUS GRAND

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DE LA RÉGION!

7 JOURS SUR 7

Mixte toute tendance, gay,

bi, femme, hétéro tolérant

lundi à jeudi 12h-24h

vendredi 12h-1h

samedi 12h-2h

dimanche GAY 12h-23h

Gays dimanches :

entrée CHF 10.- pour

les moins de 31 ans !

PARKING

Tram 14 et 18 ou Bus 10

Arrêts à 100m du sauna

Avenue de Baptista

Genève

T +41 22 796 90 66

saunalesavanchets.ch


HOROSCOPE

La tête dans

les étoiles

Par

Un peu d’esprit, d’humour et d’astrologie

fantaisiste, la formule est infaillible

: pour garder les pieds sur terre,

rien ne vaut un plongeon la tête dans

les étoiles. Ce mois, le signe à l’honneur

est Vierge.

Marlon

Dietrich

SIGNE

DU MOIS

VIERGE

23 AOÛ – 22 SEP

Ta chanson du mois :

Money, Success, Fame, Glamour, Felix da Housecat

Rentrée triomphante pour toi, Vierge ! En couple,

tu es foudroyé·e·x par la passion : face à toi, iel n’a

d’yeux que pour toi. Hors d’une relation fixe, le teint

hâlé ramené des vacances te promet de torrides

perspectives. Professionnellement, aie confiance en

toi, ton instinct demeure ton indéfectible allié !

Tu prends des risques, tu as bien raison, tu en récolteras

les fruits dès l’automne.

BALANCE

23 SEP – 22 OCT

SCORPION

23 OCT – 21 NOV

SAGITTAIRE

22 NOV – 21 DÉC

Collages : Amina Belkasmi

Ta chanson du mois :

Follow Me, Amanda Lear

Ouf, les vacances t’ont été

bénéfiques : tes batteries

rechargées à bloc, tu

attaques cette rentrée à

pleines dents. L’âme de

leader·euse·x qui sommeille

en toi n’attendait que ce

répit estival pour se sortir de

sa torpeur ! Non seulement

ton énergie positive sait

convaincre tes collègues,

tu donnes envie à tout le

monde de te suivre. Fonce !

Ta chanson du mois :

Let’s Talk About Sex,

Salt-N-Pepa

Tu la sentais arriver, la voilà :

ta révolution sexuelle !

Tes sens exaltés t’emmènent

vers de nouveaux terrains

de jeux. Sois créatif·ve·x !

Cette énergie féconde déborde

sur tes autres projets.

Ton souci du détail et ton

goût pour les belles finitions

te démarquent de la concurrence.

Tu détectes les ondes

négatives pour mieux les

maintenir à distance, bravo.

Du coup, le stress et les

tensions ne passeront pas

par toi.

Ta chanson du mois :

Manchild, Neneh Cherry

Tu n’aimes pas avoir tort,

d’accord. Relaxes-toi un

peu, c’est pas si grave !

Et ça t’évitera toutes ces

embrouilles inutiles avec

ton entourage et au boulot.

Si tu continues, tes sautes

d’humeur ne t’amèneront

qu’à faire le vide autour de

toi, et ce n’est pas ce que tu

souhaites. À fleur de peau

et terriblement irritable, trouve-toi

une activité pour

te défouler, tout ira bien.

60 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


CAPRICORNE

22 DÉC – 19 JAN

VERSEAU

20 JAN – 18 FÉV

POISSON

19 FÉV – 20 MAR

BÉLIER

21 MARS – 19 AVRIL

Ta chanson du mois :

Successful,

Drake & Trey Songz

Tu portes un regard lucide

sur ton entourage, c’est

sage. Il ne s’agit pas de se

méfier de tout le monde,

plutôt de recentrer tes

objectifs pour mieux les

atteindre. N’aie pas honte

d’être ambitieux·se, ce n’est

pas un défaut. À ce titre, tu

risques bien de te voir confier

une mission dans les

hautes sphères qui ajoutera

une ligne prestigieuse à

ton CV. Gloire à toi !

Ta chanson du mois :

Free Your Mind, En Vogue

Marre de la routine ? Fais

tout péter, la vie est trop

courte pour la vivre comme

un poisson rouge dans un

aquarium. Les astres veillent

sur tes finances, c’est

le moment de faire un bon

investissement. Ose les placements,

ne néglige aucune

transaction, mais ne flambe

pas trop. Ton moral se porte

bien, ton corps aussi, qui se

réjouit que tu reprennes les

exercices physiques après

le farniente de l’été.

Ta chanson du mois :

You Should See Me In A

Crown, Billie Eilish

Tu fais preuve de grande

diplomatie avec ton entourage.

Évite de t’oublier

toi-même à force de

consoler les autres. Ton

bien-être est ce qui compte

le plus, ne perds pas trop

de temps à rassurer tout le

monde autour de toi, même

si ta générosité désintéressée

est une de tes plus

grandes qualités ! Au boulot,

tes efforts acharnés pour

atteindre le rythme de croisière

paient enfin.

Ta chanson du mois :

I Want To Break Free, Queen

Ne pas faire porter le poids

des angoisses et des problèmes

sur l’autre est une

des clés de la réussite

des relations, ne l’oublie pas

et essaie d’appliquer !

En couple ou pas, l’indépendance

permet de respirer

sans s’oublier soi-même.

Au travail, il est temps de

te décontracter pour mieux

affronter les affaires courantes.

Sortir de ta zone de

confort te donnera le goût

du risque. Le grand frisson !

TAUREAU

20 AVRIL – 20 MAI

GÉMEAUX

21 MAI – 20 JUIN

CANCER

21 JUN – 22 JUL

LION

23 JUL – 22 AOÛ

Ta chanson du mois :

I Had A King, Joni Mitchell

Tu excelles dans l’art de

prolonger les vacances avec

des petites bouffes et des

weekends entre ami·e·x·s. Ne

t’en prive pas, le plus longtemps

possible. Tes ondes

positives se reflètent sur ton

entourage, qui te renvoie

cette belle énergie au centuple.

Professionnellement,

ça sent la promo à plein nez,

tu aurais tort de refuser, tu

as toutes les compétences

requises.

Ta chanson du mois :

Burning Down the House,

Talking Heads

On dit qu’il vaut mieux être

seul·e·x que mal accompagné·e·x,

ça semble évident.

Pourtant il arrive qu’on se

trompe dans la pratique. Tu

as le flair, sers-t’en pour

éviter la toxicité relationnelle.

Frustré·e·x de voir ta créativité

étouffée professionnellement,

prends le large !

Tu es prêt·e·x à commencer

ta propre révolution, il n’en

tient qu’à toi. Vas-y, tu peux

le faire. D’autres y sont

parvenu·e·x avant toi, leurs

récits pourraient t’inspirer.

Ta chanson du mois :

Changes, David Bowie

Une rencontre pourrait bien

te décider à tout plaquer

pour partir à l’aventure…

à l’étranger ! Et ce départ

pourrait bien correspondre

avec une opportunité professionnelle

dans laquelle

tu te sentiras enfin stimulé·e·x

intellectuellement à la

hauteur de tes espérances.

Côté moral, c’est les montagnes

russes. Rassure-toi,

il ne s’agit certainement que

de l’effet de la rentrée.

Ta chanson du mois :

Feeling Serene, Hale

L’attention que tu portes à

ton entourage t’attire toutes

les sympathies, ton magnétisme

fait des merveilles.

Et oui, ce sentiment de sérénité

dans le ventre est bien

réel, il est le fruit de ta voie

vers l’équilibre intérieur.

Ce serait vraiment dommage

de tout foutre en l’air en

dilapidant tes économies

frénétiquement ! Calme sur

les dépenses.

N 206

Culture 61


© Wiktoria Bosc

QUESTIONNAIRE DE PROUST

« J’aime

Propos

recueillis par

Alexandre

Lanz

la lecture et

le sexe,

idéalement

les deux en

même temps »

Journaliste à la plume exquise en Suisse romande, notamment au Temps et

parfois dans les colonnes de 360˚, Salomé Kiner sort son premier roman, Grande

Couronne, aux éditions Christian Bourgois. En attendant de le dévorer, délectonsnous

de ses réponses au questionnaire de Proust.

LE PRINCIPAL TRAIT DE MON CARACTÈRE

Je suis infiniment curieuse des autres. Dans le

train, au restaurant, en voyage, j’ai toujours envie

d’aller voir des inconnu·e·x·s pour qu’iels me

parlent de leur vie. Je suis vraiment heureuse

d’être journaliste.

CE QUE J’APPRÉCIE LE PLUS CHEZ MES AMI·E·X·S

J’aime leur humour, leur gentillesse et leurs talents.

J’aime leurs obsessions, et les mondes qu’ils

me font découvrir. J’aime quand ils vivent pour la

légende et qu’ils viennent me le raconter.

MON PRINCIPAL DÉFAUT

J’ai du mal à dire non. Avant, je m’entraînais avec un

copain. Il me faisait des propositions que je devais

décliner. Même pour rire, ça me coûtait.

MON OCCUPATION PRÉFÉRÉE

La lecture, le sexe, et idéalement les deux en

même temps.

LA COULEUR QUE JE PRÉFÈRE

Celle des malabars bigoûts. Elle me rappelle la

complexité des émotions contradictoires et surprenantes

qui nous traversent en permanence:

la nostalgie dans les moments de grand bonheur,

la pulsion de vie qu’on trouve pour traverser certaines

épreuves.

LA FLEUR QUE J’AIME

Les hibiscus rouges. Je les trouve à la fois dramatiques

et généreux. À Buenos Aires, je vivais dans

un quartier pauvre, mais leurs fleurs éclatantes

égayaient les rues comme des cœurs accrochés

aux maisons. Ou comme des taches de sang, dans

les jours de violence.

MES HÉROÏNES FAVORITES DANS LA FICTION

Yvonne dans Au-dessous du volcan de Malcolm

Lowry. Yvonne dans Villa Triste de Patrick Modiano.

Yvonne dans Le Grand Meaulnes.

LE DON DE LA NATURE QUE JE VOUDRAIS AVOIR

La danse. Mon corps m’a beaucoup empêchée et

fait souffrir. Quand j’observe des danseur·euse·x·s,

j’ai l’impression qu’iels foulent une dimension de

l’existence qui m’est totalement inaccessible.

LES FAUTES QUI M’INSPIRENT LE PLUS D’INDULGENCE

Les fautes d’orthographe. Juger l’orthographe

de quelqu’un, c’est nier beaucoup d’inégalités

sociales et d’accès à l’éducation.

MA DEVISE FAVORITE

«Everything is gonna be OK at the end. So if it’s

not OK, it’s not the end», soit en français : « À la fin

tout ira bien. Donc si ce n’est pas le cas, cela veut

dire que ce n’est pas la fin ».

62 Culture 360 SEPTEMBRE 2021


Oui au mariage civil pour

toutes et tous: 26.09.2021

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