syndicom magazine N° 25 ¦ Le flux caché de la dette publique
Le syndicom magazine aborde des thèmes syndicaux et politiques avec des explications de fond, sans oublier les domaines de la culture et du divertissement. Il entretient le dialogue au travers des médias sociaux et informe sur les prestations, événements et offres de formation du syndicat et de ses organisations affiliées.
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<strong>syndicom</strong><br />
N o <strong>25</strong> octobre 2021<br />
<strong>magazine</strong><br />
<strong>Le</strong> <strong>flux</strong><br />
<strong>caché</strong> <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> <strong>de</strong>tte<br />
<strong>publique</strong>
P<strong>la</strong>cer son argent durablement<br />
en faveur du climat<br />
<strong>Le</strong> changement climatique imputable à l’homme menace notre habitat. Pour endiguer<br />
les inci<strong>de</strong>nces sur les générations futures et atteindre les objectifs <strong>de</strong> l’accord <strong>de</strong> Paris,<br />
nous <strong>de</strong>vons fournir <strong>de</strong>s efforts considérables. Dans ce contexte, les investisseurs ne font<br />
pas exception : le choix <strong>de</strong> p<strong>la</strong>cements responsables oriente en effet les <strong>flux</strong> <strong>de</strong> capitaux<br />
vers les entreprises soucieuses du développement durable, au détriment <strong>de</strong> celles<br />
particulièrement productrices <strong>de</strong> CO ²<br />
. Voici un récapitu<strong>la</strong>tif <strong>de</strong> <strong>la</strong> situation actuelle.<br />
Et comme membre <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong>, vous recevez une prime* <strong>de</strong> 10 %<br />
sur vos versements dans <strong>la</strong> Solution <strong>de</strong> p<strong>la</strong>cement Durable.<br />
* Ces données revêtent uniquement une visée publicitaire<br />
et ne représentent pas un conseil en p<strong>la</strong>cement.<br />
Conditions, dispositions et offre complète sur<br />
cler.ch/<strong>syndicom</strong><br />
Hausse <strong>de</strong>s températures et concentration en CO ²<br />
À l’échelle <strong>de</strong>s 300 000 ans d’existence <strong>de</strong> l’homo sapiens ainsi que <strong>de</strong>s 10 000 ans d’histoire <strong>de</strong>puis l’apparition <strong>de</strong>s premières<br />
sociétés agraires et <strong>de</strong>s 4000 ans <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s civilisations humaines, les 200 années <strong>de</strong> l’ère industrielle semblent dérisoires.<br />
Pourtant, durant cette pério<strong>de</strong> en effet très courte, <strong>la</strong> consommation massive <strong>de</strong> charbon, <strong>de</strong> pétrole et <strong>de</strong> gaz, ainsi que <strong>la</strong><br />
transformation <strong>de</strong>s forêts en surfaces <strong>de</strong> pâturage et <strong>de</strong> culture, ont entraîné une hausse sans précé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> <strong>la</strong> concentration<br />
<strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone (CO2) dans notre atmosphère et ainsi menacé notre habitat.<br />
Inci<strong>de</strong>nce du changement climatique<br />
<strong>Le</strong>s conséquences du changement climatique et les dangers qui en découlent sont incommensurables. <strong>Le</strong> réchauffement<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> terre fait disparaître les g<strong>la</strong>ciers et les surfaces <strong>de</strong> g<strong>la</strong>ce po<strong>la</strong>ires, accroît <strong>la</strong> température et l’acidité <strong>de</strong>s océans,<br />
faisant augmenter le niveau <strong>de</strong> <strong>la</strong> mer. <strong>Le</strong>s événements climatiques extrêmes tels que les orages violents, les canicules et<br />
les sécheresses, d’une part, et les épiso<strong>de</strong>s <strong>de</strong> précipitations abondantes entraînant <strong>de</strong>s inondations, d’autre part, sont<br />
<strong>de</strong> plus en plus fréquents. De plus en plus <strong>de</strong> biens – y compris <strong>de</strong>s infrastructures – se retrouvent donc endommagés, <strong>la</strong><br />
biodiversité diminue, l’habitat <strong>de</strong> millions d’humains est menacé, l’approvisionnement en aliments et en eau potable <strong>de</strong>vient<br />
plus difficile. Dans <strong>la</strong> mesure où les inci<strong>de</strong>nces les plus fortes <strong>de</strong> ces changements affectent les pays en développement et les<br />
pays émergents, il est probable que l’écart <strong>de</strong> niveau <strong>de</strong> vie continue <strong>de</strong> se creuser à l’échelle mondiale, accentuant <strong>la</strong> pression<br />
migratoire.<br />
Investir durablement en faveur du climat<br />
<strong>Le</strong>s immobilisations financières sous <strong>la</strong> forme <strong>de</strong> participations ou <strong>de</strong> crédits financent les activités économiques qui<br />
participent souvent à l’émission <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre. En qualité d’intermédiaires, les banques et les assurances sont<br />
d’autant plus tenues <strong>de</strong> proposer à leur clientèle <strong>de</strong>s solutions <strong>de</strong> p<strong>la</strong>cement compatibles avec les objectifs climatiques.<br />
Dans le domaine <strong>de</strong> <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong> fortune, les décisions d’investissement sont certes prises par <strong>de</strong>s propriétaires privés ou<br />
institutionnels, mais les banques jouent un rôle central en matière <strong>de</strong> conseil, <strong>de</strong> c<strong>la</strong>rification et <strong>de</strong> composition <strong>de</strong>s produits<br />
<strong>de</strong> p<strong>la</strong>cement. Elles peuvent encourager leur clientèle à opter volontairement pour <strong>de</strong>s solutions responsables.<br />
Pour en savoir plus : cler.ch/changement-climatique
Sommaire<br />
4 Une fine équipe<br />
6 Interview <strong>de</strong> <strong>la</strong> PostCom<br />
7 L’invité<br />
8 Dossier : Dettes et<br />
investissements publics<br />
16 Au cœur <strong>de</strong> nos métiers<br />
22 Notre souveraineté<br />
numérique décryptée<br />
<strong>25</strong> Droit au but<br />
26 Suggestions<br />
27 1000 mots<br />
28 Evènements<br />
30 Tranches <strong>de</strong> vie<br />
31 Mots croisés<br />
32 <strong>syndicom</strong> social<br />
Chères lectrices, chers lecteurs,<br />
Et si <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte <strong>publique</strong> suisse n’était qu’un mythe<br />
conçu <strong>de</strong> toutes pièces pour promouvoir <strong>de</strong>s<br />
coupes dans les dépenses <strong>de</strong> <strong>la</strong> main <strong>publique</strong> ?<br />
Cette thèse un brin provocante pourrait prêter à<br />
sourire. Et pourtant...<br />
<strong>Le</strong> dossier <strong>de</strong> votre nouveau <strong>magazine</strong><br />
<strong>syndicom</strong> s’est penché sur l’instrumentalisation<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte <strong>publique</strong> et les politiques d’investissements<br />
<strong>de</strong>s pouvoirs publics. Nous avons<br />
décortiqué les leviers économiques perpétuellement<br />
brandis par les néolibéraux pour justifier<br />
leurs p<strong>la</strong>ns d’austérité. Et surprise (pas vraiment<br />
à vrai dire...), les chiffres sont sans équivoque :<br />
cette thèse n’a rien <strong>de</strong> délirant.<br />
N’en dép<strong>la</strong>ise au camp bourgeois qui voit dans<br />
le contexte sanitaire une (nouvelle) opportunité<br />
d'exiger <strong>de</strong>s économies : les coûts <strong>de</strong> <strong>la</strong> crise<br />
sanitaire menaceraient notre stabilité économique,<br />
notre croissance (toujours <strong>la</strong> croissance…)<br />
et <strong>de</strong>vront être remboursés au plus<br />
vite, peut-on lire ici et là. Faux.<br />
Dès lors, il est primordial <strong>de</strong> ne pas succomber<br />
au discours culpabilisateur et à l’obsession d’une<br />
orthodoxie budgétaire. Au contraire, le service<br />
public a démontré dans <strong>la</strong> crise combien il était<br />
essentiel. Il est désormais nécessaire <strong>de</strong> le renforcer<br />
et <strong>de</strong> façonner <strong>de</strong>s politiques d’investissements<br />
qui répon<strong>de</strong>nt aux besoins <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
popu<strong>la</strong>tion, plutôt qu’à ceux du capital.<br />
Notamment dans le contexte <strong>de</strong> <strong>la</strong> transition<br />
écologique et numérique. Ce<strong>la</strong> s’appelle le principe<br />
économique du service public (voir page 12).<br />
4<br />
8<br />
30<br />
Robin Moret, rédacteur en chef
4<br />
Une fine équipe<br />
La commission <strong>de</strong>s professionnel-le-s<br />
<strong>de</strong>s médias indépendant-e-s<br />
La commission, <strong>de</strong> gauche à droite :<br />
Michael Moser (36),<br />
Secrétaire central Médias, <strong>syndicom</strong><br />
Theodora Peter (57)<br />
Journaliste indépendante, Berne<br />
Thomas Bürgisser (37)<br />
Journaliste indépendant, Winterthour<br />
Miriam Künzli (44)<br />
Photographe indépendante, Zurich<br />
Pieter Pol<strong>de</strong>rvaart (54)<br />
Journaliste indépendant, Bâle<br />
Eva Hirschi (31)<br />
Journaliste indépendante, Lausanne<br />
Markus Forte (44)<br />
Photographe indépendant, Zurich<br />
Mireille Guggenbühler (50 – absente)<br />
Journaliste indépendante, Thoune<br />
Nicole Krättli (33 – absente)<br />
Journaliste indépendante, Londres<br />
Barbara Sa<strong>la</strong>din (45 – absente)<br />
Journaliste indépendante et autrice,<br />
Hemmiken (BL)<br />
Texte : Eva Hirschi<br />
Image : Markus Forte<br />
« Nous nous engageons<br />
pour <strong>la</strong> représentation<br />
<strong>de</strong>s intérêts, l’échange<br />
et <strong>la</strong> mise en réseau <strong>de</strong><br />
nos compères. »<br />
« Pas d’équipe <strong>de</strong> rédaction, pas <strong>de</strong><br />
chefs ni <strong>de</strong> collègues pour les soutenir<br />
: les professionnel-le-s <strong>de</strong>s médias<br />
indépendant-e-s sont souvent<br />
livré-e-s à eux-mêmes. C’est pourquoi<br />
il existe chez <strong>syndicom</strong> <strong>la</strong> commission<br />
<strong>de</strong>s indépendant-e-s <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
branche Presse et médias électroniques.<br />
Nous nous occupons <strong>de</strong>s<br />
requêtes spécifiques <strong>de</strong>s membres<br />
<strong>de</strong> cette branche (qui compte 40 %<br />
d’indépendant-e-s et free<strong>la</strong>nces),<br />
défendons leurs intérêts dans les<br />
affaires politiques (par exemple au<br />
sujet <strong>de</strong>s allocations pour perte <strong>de</strong><br />
gain COVID-19) et organisons <strong>de</strong>s<br />
événements et cours à leur intention.<br />
Pandémie oblige, <strong>la</strong> 18 e Journée<br />
<strong>de</strong>s indépendant-e-s a été reportée<br />
en 2021. Elle s’est déroulée le 18 septembre<br />
à Zurich. Au travers <strong>de</strong> cet<br />
événement annuel, nous créons une<br />
importante opportunité <strong>de</strong> mise en<br />
réseau. <strong>Le</strong>s points <strong>de</strong> rencontre permettent<br />
<strong>de</strong> mettre l’accent sur certains<br />
contenus, les débats offrent<br />
un espace d’échange et l’apéritif se<br />
prête au networking. Cette fois-ci, <strong>la</strong><br />
conférence était consacrée au journalisme<br />
et aux re<strong>la</strong>tions <strong>publique</strong>s.<br />
Au travers <strong>de</strong> notre travail, nous<br />
nous engageons ainsi pour <strong>la</strong> représentation<br />
<strong>de</strong>s intérêts, l’échange et <strong>la</strong><br />
mise en réseau <strong>de</strong> nos compères indépendant-e-s.<br />
Nous mettons notamment<br />
à disposition <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>-mémoire<br />
concernant les frais et recommandations<br />
d’honoraires, et proposons à<br />
intervalle irrégulier <strong>de</strong>s panels en<br />
ligne, par exemple sur le travail indépendant<br />
en temps <strong>de</strong> crise, le marketing<br />
personnel ou l’image <strong>de</strong><br />
marque.<br />
Notre commission est composée<br />
d’indépendant-e-s <strong>de</strong>s domaines les<br />
plus variés et représente pratiquement<br />
tous les champs professionnels<br />
<strong>de</strong>s médias : rédacteurs-trices<br />
spécialisé-e-s, reporters, auteur-e-s,<br />
photographes et journalistes multimédias.<br />
Pour pouvoir suivre les développements<br />
actuels et répondre aux appréhensions<br />
et souhaits existants <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> branche, nous avons en outre réalisé<br />
un sondage auprès <strong>de</strong>s indépendant-e-s<br />
et free<strong>la</strong>nces <strong>de</strong> <strong>la</strong> branche.<br />
Et les résultats viennent d’être<br />
publiés (voir en page 18) ! »
Brèves<br />
Sondage sur les frais <strong>de</strong>s coursiers-ères à vélo \ Vous avez <strong>de</strong>s<br />
idées ? \ <strong>Le</strong>s sa<strong>la</strong>ires chez Epsilon et DMC encore trop bas \<br />
Initiative 10 % \ La diversité médiatique s’appauvrit \ L’avenir <strong>de</strong><br />
Skygui<strong>de</strong> \ Nouveau programme Movendo 2022<br />
5<br />
<strong>Le</strong>s frais <strong>de</strong>s coursiers-ières à<br />
vélo doivent être remboursés<br />
<strong>Le</strong> financement <strong>de</strong> <strong>la</strong> LAMal<br />
reste très antisocial<br />
Agenda<br />
Réparations du vélo, pièces <strong>de</strong> rechange<br />
et équipement, frais <strong>de</strong> téléphone :<br />
les coursiers-ères à vélo continuent à<br />
payer ces frais <strong>de</strong> leur poche. Une enquête<br />
nationale a montré que ces dépenses<br />
peuvent rapi<strong>de</strong>ment dépasser<br />
1 000 francs par an. En tant que syndicat<br />
<strong>de</strong>s coursiers urbains, nous exigeons<br />
que les employeurs participent <strong>de</strong><br />
façon équitable aux dépenses professionnelles.<br />
<strong>syndicom</strong> confrontera les représentants<br />
<strong>de</strong>s employeurs à ce sujet.<br />
Nous avons besoin <strong>de</strong> vous !<br />
Avez-vous <strong>de</strong>s suggestions <strong>de</strong> contenus<br />
pour votre <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong> ? Nous<br />
sommes toujours ouverts à <strong>de</strong> nouvelles<br />
idées <strong>de</strong> nos lecteurs et lectrices.<br />
Envoyez-nous vos propositions <strong>de</strong> sujets,<br />
photos, événements ou autres à<br />
l’adresse : redaction@<strong>syndicom</strong>.ch.<br />
<strong>Le</strong>s sa<strong>la</strong>ires <strong>de</strong>s filiales <strong>de</strong> La<br />
Poste restent bas<br />
Après <strong>de</strong>s récentes protestations contre<br />
un sa<strong>la</strong>ire <strong>de</strong> misère scandaleux, La<br />
Poste relève les sa<strong>la</strong>ires horaires <strong>de</strong>s<br />
distributeurs et distributrices d’imprimés<br />
publicitaires à 18.27 francs <strong>de</strong><br />
l’heure au sein <strong>de</strong> leurs filiales DMC et<br />
Epsilon – soit le sa<strong>la</strong>ire minimum recommandé<br />
par <strong>la</strong> PostCom. <strong>syndicom</strong><br />
estime que c’est un pas dans <strong>la</strong> bonne<br />
direction, mais un petit pas. <strong>Le</strong> sa<strong>la</strong>ire<br />
minimum <strong>de</strong> <strong>la</strong> PostCom doit être adapté<br />
et segmenté par catégories professionnelles.<br />
<strong>syndicom</strong> poursuivra son engagement<br />
pour <strong>de</strong> meilleures conditions<br />
<strong>de</strong> travail dans <strong>la</strong> branche et une revalorisation<br />
<strong>de</strong> ce groupe professionnel.<br />
En Suisse, un ven<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> chaussures<br />
continue à payer les mêmes primes<br />
d’assurance-ma<strong>la</strong>die qu’une avocate<br />
d’affaires. Il faut que ce<strong>la</strong> cesse,<br />
comme l’exige l’initiative 10 %. <strong>Le</strong><br />
contre-projet à l’initiative d’allègement<br />
<strong>de</strong>s primes récemment présenté par le<br />
Conseil fédéral est absolument insuffisant.<br />
<strong>Le</strong> Parlement doit faire en sorte<br />
que le financement <strong>de</strong> l’assurance <strong>de</strong><br />
base repose enfin sur <strong>de</strong>s bases socialement<br />
et économiquement viables.<br />
Faute <strong>de</strong> quoi l’initiative 10 % <strong>de</strong>vra être<br />
mise en votation dès que possible.<br />
Concentration <strong>de</strong>s médias<br />
Alors qu’à Berne, <strong>la</strong> fusion du Bund et<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> Berner Zeitung est progressivement<br />
mise en œuvre, le groupe<br />
Saint-Paul <strong>de</strong> Fribourg annonce le<br />
regroupement <strong>de</strong> ses quatre journaux,<br />
réduction <strong>de</strong> personnel incluse. La<br />
dégradation <strong>de</strong> <strong>la</strong> branche a déjà eu<br />
un impact notable sur <strong>la</strong> qualité <strong>de</strong>s<br />
débats publics et pourtant, l’ai<strong>de</strong> aux<br />
médias est encore attaquée par référendum<br />
(voir page 16).<br />
Quel avenir pour Skygui<strong>de</strong> ?<br />
L’effondrement du trafic aérien lié à<br />
<strong>la</strong> pandémie soulève <strong>la</strong> question <strong>de</strong><br />
l’avenir <strong>de</strong> Skygui<strong>de</strong> ainsi que <strong>de</strong>s interrogations<br />
concernant ses liquidités.<br />
Suite à une récente interpel<strong>la</strong>tion, le<br />
Conseil fédéral indique que l’on s’attend<br />
à un retour au niveau précé<strong>de</strong>nt<br />
et qu’il « veille(ra) à ce que soient fixés<br />
<strong>de</strong>s objectifs <strong>de</strong> performance qui<br />
permettent à Skygui<strong>de</strong> <strong>de</strong> fonctionner<br />
en toute sécurité et <strong>de</strong> couvrir ses<br />
coûts ». La Confédération est tenue, si<br />
nécessaire, <strong>de</strong> garantir suffisamment<br />
<strong>de</strong> capital à Skygui<strong>de</strong>.<br />
Programme Movendo 2022<br />
<strong>Le</strong> programme 2022 <strong>de</strong> Movendo, l’institut<br />
<strong>de</strong> formation <strong>de</strong>s syndicats, sera<br />
publié sur Movendo.ch le 12 octobre. Et<br />
il s’annonce déjà riche en surprises !<br />
Une brochure avec toute l’offre <strong>de</strong> formation<br />
2022, y compris les cours pour<br />
nos groupes d’intérêt et nos branches,<br />
vous parviendra prochainement.<br />
Octobre<br />
22.10<br />
Grève internationale du<br />
climat<br />
Ren<strong>de</strong>z-vous sur <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce Fédérale à<br />
Berne <strong>de</strong> 13h00 à 14h30 pour une mobilisation<br />
visant à attirer l’attention,<br />
aux quatre coins du globe, sur les<br />
enjeux liés à l’urgence climatique.<br />
23.10<br />
Conférence <strong>de</strong>s femmes<br />
<strong>syndicom</strong><br />
Cette réunion en présentiel à l’hotel<br />
Bern à Berne sera l’occasion <strong>de</strong> traiter<br />
<strong>de</strong>s propositions du congrès et autres<br />
sujets réglementaires, ainsi que tirer<br />
un bi<strong>la</strong>n <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> <strong>la</strong> Grève <strong>de</strong>s<br />
femmes. <strong>Le</strong>s inscriptions sont encore<br />
ouvertes sur <strong>syndicom</strong>.ch/avWfP.<br />
30.10<br />
Manifestation<br />
interprofessionnelle<br />
Pour <strong>de</strong> meilleures conditions <strong>de</strong> travail,<br />
<strong>de</strong> bons sa<strong>la</strong>ires et <strong>de</strong>s CCT dans<br />
toutes les branches essentielles, <strong>de</strong>s<br />
mobilisations auront lieu en Suisse,<br />
notamment à Genève. Dès 13h00 à <strong>la</strong><br />
P<strong>la</strong>ce <strong>de</strong>s Vingt-Deux-Cantons.<br />
Novembre<br />
12-13<br />
Congrès <strong>de</strong>s femmes <strong>de</strong> l’USS<br />
<strong>Le</strong> 14 e Congrès <strong>de</strong>s femmes <strong>de</strong> l’USS<br />
se tiendra sur <strong>la</strong> colline du Gurten. <strong>Le</strong>s<br />
congressistes discuteront <strong>de</strong>s interactions<br />
entre activisme féministe et<br />
travail syndical. <strong>Le</strong>s femmes qui souhaitent<br />
participer peuvent se renseigner<br />
sur gleichstellung@<strong>syndicom</strong>.ch.<br />
26-27<br />
Update congrès <strong>syndicom</strong><br />
<strong>Le</strong> congrès <strong>syndicom</strong> se tiendra en<br />
présentiel du 26 au 27 novembre à<br />
Langenthal. Un certificat Covid sera<br />
exigé. Infos : <strong>syndicom</strong>.ch/congres21<br />
<strong>syndicom</strong>.ch/agenda
6 Du côté <strong>de</strong>s<br />
Après un riche parcours politique au sein du légis<strong>la</strong>tif <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville<br />
autres<br />
<strong>de</strong> Delémont, du Parlement jurassien puis du Conseil <strong>de</strong>s Etats,<br />
Anne Seydoux-Christe a pris <strong>la</strong> prési<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> <strong>la</strong> Commission<br />
fédérale <strong>de</strong> La Poste (PostCom), l’autorité indépendante<br />
chargée <strong>de</strong> <strong>la</strong> surveil<strong>la</strong>nce <strong>de</strong> La Poste, au 1 er février 2021.<br />
1<br />
La PostCom va établir <strong>de</strong> nouvelles<br />
normes minimales pour 2023.<br />
Sur quelle base allez-vous établir ces<br />
chiffres ?<br />
La PostCom réalise actuellement<br />
une étu<strong>de</strong> détaillée, sous forme d’enquête,<br />
sur les conditions <strong>de</strong> travail<br />
auprès <strong>de</strong>s entreprises enregistrées.<br />
Un groupe consultatif d’experts (prestataires,<br />
syndicats et autres experts) a<br />
été constitué pour suivre ces travaux.<br />
La PostCom établira ses nouvelles<br />
normes minimales sur <strong>la</strong> base du<br />
rapport final <strong>de</strong> cette étu<strong>de</strong>, qui est<br />
attendu au printemps 2022.<br />
2<br />
La Poste pourrait ouvrir ses bureaux<br />
qu’une minute par semaine et respecterait<br />
les critères d’accessibilité. <strong>Le</strong>s<br />
critères actuels sont-ils appropriés ?<br />
La Poste doit garantir que 90 % <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
popu<strong>la</strong>tion en Suisse puisse accé<strong>de</strong>r<br />
à un office <strong>de</strong> poste ou une agence<br />
postale, à pied ou par les transports<br />
publics, en 20 minutes au plus. Un<br />
critère <strong>de</strong> <strong>de</strong>nsité s’applique aussi.<br />
La PostCom contrôle ces valeurs.<br />
Pour les heures d’ouverture, La Poste<br />
doit s’orienter sur les besoins <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
popu<strong>la</strong>tion et <strong>de</strong> l’économie.<br />
En 2020, les heures d’ouverture<br />
moyennes <strong>de</strong>s bureaux <strong>de</strong> poste et<br />
<strong>de</strong>s agences se situaient entre six et<br />
huit heures.<br />
3<br />
La PostCom peut-elle faire quelque<br />
chose pour réduire les temps<br />
d’attente aux guichets <strong>de</strong>s bureaux<br />
<strong>de</strong> poste, <strong>de</strong> plus en plus longs pour<br />
économiser sur le personnel ?<br />
Il n’existe pas <strong>de</strong> directives réglementaires<br />
sur les temps d’attente aux<br />
guichets et <strong>la</strong> PostCom ne dispose<br />
pas d’informations à ce sujet. En<br />
moyenne, cependant, <strong>la</strong> fréquence<br />
<strong>de</strong>s client-e-s par jour a diminué dans<br />
les bureaux <strong>de</strong> poste en 2020 et a<br />
augmenté dans les agences pendant<br />
<strong>la</strong> même pério<strong>de</strong>. Toutefois, <strong>la</strong><br />
PostCom ignore si ce<strong>la</strong> a eu un effet<br />
sur les temps d’attente.<br />
4<br />
De nombreuses entreprises<br />
travaillent dans les services postaux<br />
mais ne sont pas enregistrées<br />
(ex. livraison <strong>de</strong> repas à domicile).<br />
Que peut faire <strong>la</strong> PostCom à ce sujet ?<br />
La PostCom est très active pour que<br />
tous les prestataires postaux s’enregistrent.<br />
Elle prend systématiquement<br />
contact avec les entreprises et<br />
ouvre <strong>de</strong>s procédures, après avoir<br />
mené préa<strong>la</strong>blement une analyse<br />
approfondie pour déterminer s’il<br />
s’agit bien <strong>de</strong> prestataires postaux.<br />
Texte : Giovanni Valerio<br />
Image : PostCom<br />
5<br />
Comment <strong>la</strong> PostCom peut-elle faire<br />
en sorte que <strong>la</strong> politique et les lois<br />
réduisent l’impact <strong>de</strong> l’économie <strong>de</strong>s<br />
p<strong>la</strong>teformes sur les travailleurs- euses ?<br />
La principale difficulté provient <strong>de</strong><br />
l’externalisation <strong>de</strong> <strong>la</strong> distribution<br />
<strong>de</strong>s colis à <strong>de</strong>s sous-traitants, car <strong>la</strong><br />
PostCom n’est pas autorisée à les surveiller<br />
directement. La PostCom fera<br />
<strong>de</strong>s propositions visant à renforcer<br />
son rôle <strong>de</strong> surveil<strong>la</strong>nce dans ce domaine.<br />
Mais <strong>la</strong> PostCom est déjà active<br />
dans ce domaine et applique les<br />
dispositions légales existantes pour<br />
éviter que <strong>la</strong> concurrence ne se développe<br />
avec <strong>de</strong>s pratiques <strong>de</strong> dumping<br />
sa<strong>la</strong>rial.<br />
6<br />
Quels sont les prochains défis <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
PostCom ?<br />
Tant les questions du service universel<br />
– quelle définition lui donner,<br />
quels critères <strong>de</strong> qualité appliquer,<br />
comment le financer, etc. – que <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
concurrence – standards minimums,<br />
nouveaux acteurs, logistique en ville,<br />
considérations environnementales –<br />
offrent <strong>de</strong> <strong>la</strong> matière à <strong>la</strong> PostCom.<br />
Nous rassemblons actuellement nos<br />
réflexions et suggestions dans un rapport<br />
à l’attention du Conseil fédéral.<br />
Nous y soumettrons nos conclusions<br />
et recommandations en vue <strong>de</strong> modifier<br />
<strong>la</strong> légis<strong>la</strong>tion postale et d’étendre<br />
nos compétences.
L’invité<br />
La Suisse fait partie <strong>de</strong>s pays qui<br />
ont l’avantage d’être émetteurs <strong>de</strong> leur propre<br />
monnaie. La Confédération peut dès lors créer<br />
autant <strong>de</strong> francs qu’elle en a besoin, tout en<br />
faisant preuve <strong>de</strong> sagesse pour ce qui est <strong>de</strong>s<br />
risques (au <strong>de</strong>meurant faibles) d’inf<strong>la</strong>tion.<br />
<strong>Le</strong>s discours prétendument réalistes sur les<br />
« déficits publics » et l’« en<strong>de</strong>ttement fédéral »<br />
relèvent d’une incompréhension souvent délibérée<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> part <strong>de</strong>s partis bourgeois. La Confédération<br />
n’est ni un ménage, ni une entreprise, ni<br />
un canton. Elle ne « s’en<strong>de</strong>tte » pas : elle injecte<br />
<strong>de</strong> l’argent dans l’économie quand c’est nécessaire,<br />
pour poursuivre d’importants objectifs<br />
d’entreprenariat public. Tout « déficit » public<br />
engendre <strong>de</strong>s surplus financiers dans le secteur<br />
privé.<br />
La « <strong>de</strong>tte » fédérale doit être vue comme un<br />
simple indicateur <strong>de</strong> traçage. Elle représente <strong>la</strong><br />
synthèse <strong>de</strong> tous les efforts passés <strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération<br />
pour injecter judicieusement dans l’économie<br />
davantage <strong>de</strong> francs qu’elle n’en retire par<br />
l’impôt. Ce<strong>la</strong> s’appelle <strong>la</strong> finance <strong>publique</strong> fonctionnelle<br />
: <strong>la</strong> Confédération doit envisager sa<br />
politique <strong>de</strong> dépense en évaluant avec rigueur le<br />
« pour quoi » et le « pour qui » <strong>de</strong> ses dépenses –<br />
qu’est-ce qui est urgent, quelles sont les priorités<br />
sociales et environnementales, quels secteurs<br />
doivent dès lors être soutenus, et quelle<br />
dynamique <strong>de</strong> long terme souhaite-t-on pour<br />
rendre l’économie suisse plus sociale et plus<br />
durable tout en évitant une inf<strong>la</strong>tion supérieure<br />
à 2 %?<br />
De même que les banques commerciales<br />
n’atten<strong>de</strong>nt pas d’avoir suffisamment <strong>de</strong> dépôts<br />
avant <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s crédits, <strong>la</strong> Confédération<br />
n’« attend » pas d’avoir suffisamment <strong>de</strong> recettes<br />
pour effectuer ses dépenses : elle se trouverait<br />
dans l’impossibilité <strong>de</strong> générer <strong>de</strong> <strong>la</strong> richesse<br />
chez les ménages, les entreprises et les collectivités<br />
qui en ont besoin. Or, en situation <strong>de</strong> crise,<br />
c’est précisément ce qu’on attend d’elle.<br />
<strong>Le</strong> faux problème du<br />
déficit public<br />
Christian Arnsperger est économiste et<br />
professeur à l’Université <strong>de</strong> Lausanne,<br />
où il se spécialise sur les questions <strong>de</strong><br />
transition écologique, d’anthropologie<br />
économique et <strong>de</strong> théorie monétaire<br />
alternative. Auteur notamment <strong>de</strong><br />
« Ethique <strong>de</strong> l’existence<br />
post-capitaliste » (2009) et <strong>de</strong><br />
« Ecologie intégrale : Pour une société<br />
permacircu<strong>la</strong>ire » (avec D. Bourg, 2017),<br />
il publiera en 2022 un nouvel ouvrage<br />
intitulé « L’existence écologique »,<br />
consacré à une critique anthropologique<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> croissance économique.<br />
Il a par ailleurs été, pendant <strong>de</strong> nombreuses<br />
années, conseiller scientifique<br />
auprès <strong>de</strong> <strong>la</strong> Banque Alternative Suisse<br />
(BAS).<br />
7
8<br />
Dossier<br />
10 Non, <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte <strong>publique</strong> n’existe pas<br />
12 <strong>Le</strong> principe économique du service public<br />
13 Investir dans l’avenir avant qu’il ne soit trop tard<br />
Quand les<br />
investisse<br />
publics<br />
stagnent
ments
10 Dossier<br />
<strong>Le</strong> mensonge <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ttes,<br />
une vérification <strong>de</strong>s faits<br />
La droite néolibérale et les banques veulent<br />
soumettre le service public à un nouveau<br />
régime d’économies brutal. <strong>Le</strong> prétexte : <strong>la</strong><br />
<strong>de</strong>tte « COVID ». C’est un épouvantail. Nous<br />
n’avons pas <strong>de</strong> problème <strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes, mais nous<br />
souffrons d’un manque d’investissement.<br />
Texte : Oliver Fahrni<br />
Images : Thierry Porchet<br />
<strong>Le</strong> ministre <strong>de</strong>s finances UDC Ulrich « Ueli » Maurer s’est<br />
récemment p<strong>la</strong>int d’une montagne <strong>de</strong> nouvelles <strong>de</strong>ttes.<br />
D’une montagne « si haute et si enneigée » qu’on aurait pu<br />
y tenir <strong>de</strong>s jeux olympiques. Alors nous avons analysé les<br />
<strong>de</strong>ttes <strong>publique</strong>s <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse. Et <strong>la</strong> montagne s’avère<br />
n’être qu’une maigre colline.<br />
Ueli Maurer connaît les chiffres. Son département atteste<br />
un en<strong>de</strong>ttement net <strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération <strong>de</strong> 10 % <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> performance économique du pays (PIB). Un taux si bas<br />
qu’il frise le record du mon<strong>de</strong>. Et les mesures COVID n’y<br />
changent rien. Comme l’expliquait Serge Gail<strong>la</strong>rd, qui dirigeait<br />
l’Administration <strong>de</strong>s finances <strong>de</strong> Ueli Maurer<br />
jusqu’à fin janvier 2021, dans une interview au journal<br />
syndical work : « La Suisse peut sans autre s’en<strong>de</strong>tter davantage.<br />
»<br />
Une réalité que <strong>la</strong> droite ne semble pas vouloir entendre.<br />
Depuis quatre décennies, les néolibéraux attisent<br />
en effet <strong>la</strong> panique au sujet <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ttes <strong>publique</strong>s pour démonter<br />
le service public, rendre les pouvoirs publics impuissants<br />
et imposer encore davantage <strong>de</strong> baisses d’impôt<br />
pour le capital. Partout dans le mon<strong>de</strong>, en Suisse aussi, ils<br />
ont réussi à faire inscrire dans les lois <strong>de</strong>s « freins aux dépenses<br />
», « un frein à l’en<strong>de</strong>ttement » ou le « zéro noir »<br />
(règle d’excé<strong>de</strong>nt obligatoire sur le budget <strong>de</strong> l’Allemagne<br />
édictée en 2009 après <strong>la</strong> crise).<br />
En manipu<strong>la</strong>nt les chiffres, <strong>la</strong> majorité bourgeoise à<br />
Berne est en outre parvenue à dicter sans aucune nécessité<br />
cinq p<strong>la</strong>ns d’économies dévastateurs, qui ont d’ailleurs<br />
été critiqués par le Contrôle fédéral <strong>de</strong>s finances.<br />
<strong>Le</strong> coronavirus est donc tombé à pic. L’occasion était<br />
plus que favorable pour exiger que <strong>la</strong> Suisse adopte le prochain<br />
train <strong>de</strong> mesures d’austérité. En juin, Ueli Maurer<br />
affirmait <strong>de</strong>vant le Conseil <strong>de</strong>s Etats que <strong>la</strong> pandémie<br />
nous coûterait au moins 30 milliards <strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes supplémentaires,<br />
qui <strong>de</strong>vraient être économisés dans le budget<br />
<strong>de</strong> l’Etat ces six prochaines années « conformément à <strong>la</strong><br />
loi ».<br />
Des coupes sévères sont prévues dans les services publics<br />
et les assurances sociales. Et aussi <strong>de</strong>s privatisations<br />
accélérées. <strong>Le</strong>s décisions <strong>de</strong>vraient tomber au plus tard en<br />
juin 2022 lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> session parlementaire d’été. Sauf si les<br />
syndicats arrivent à stopper ces <strong>de</strong>structeurs néolibéraux<br />
du service public avant.<br />
L’Etat a certes un budget, mais il n’est pas un ménage<br />
<strong>Le</strong> Conseil fédéral a présenté <strong>de</strong>ux variantes moins douloureuses<br />
pour « diminuer les <strong>de</strong>ttes ». Il craint <strong>de</strong>s résistances<br />
s’il <strong>de</strong>vait amortir 5 milliards par année comme<br />
souhaité par notre ministre <strong>de</strong>s finances. Mais <strong>de</strong> nombreuses<br />
interventions <strong>de</strong> l’UDC et du PLR incitent toutefois<br />
à prendre <strong>de</strong>s mesures plus drastiques, par exemple<br />
avec <strong>de</strong>s coupes <strong>de</strong> personnel à <strong>la</strong> Confédération. C’est<br />
bien gentil pour les travailleurs et travailleuses du service<br />
public qui sont au front pour sauver le pays <strong>de</strong> <strong>la</strong> pandémie.<br />
Autour <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ttes, certaines idées bizarres ont toujours<br />
gravité. <strong>Le</strong> crédit et les <strong>de</strong>ttes sont le moteur <strong>de</strong> toute économie.<br />
<strong>Le</strong> capitalisme est même entièrement construit<br />
sur les crédits. Mais en parallèle, les « maîtres <strong>de</strong> l’argent »<br />
ont connoté moralement les <strong>de</strong>ttes. Toute personne en<strong>de</strong>ttée<br />
est « coupable ». On doit rembourser les <strong>de</strong>ttes,<br />
quitte à ce qu’il en coûte <strong>la</strong> vie. Même certains politiciens<br />
qui se considèrent comme éc<strong>la</strong>irés croient au mantra<br />
« beaucoup <strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes, gros problèmes ».<br />
L’amalgame consiste à confondre l’économie d’un<br />
ménage avec l’économie nationale. À trop prendre <strong>de</strong> crédits,<br />
les gens se suren<strong>de</strong>ttent. Mais ce<strong>la</strong> ne s’applique déjà<br />
plus aux entreprises. Et encore moins à l’Etat. Il a certes<br />
un budget, mais il n’est pas un ménage. <strong>Le</strong> calcul sommaire<br />
d’Ueli Maurer (« on ne peut dépenser que ce qu’on<br />
gagne ») est un non-sens économique. Car l’Etat ne se<br />
borne pas à consommer, il investit <strong>la</strong> plus gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong><br />
ses revenus (par exemple dans <strong>la</strong> formation ou <strong>la</strong> sécurité<br />
<strong>de</strong> ses citoyen-ne-s).<br />
Procédons donc à une vérification <strong>de</strong>s faits : à combien se<br />
montent vraiment les <strong>de</strong>ttes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse ? <strong>Le</strong> Département<br />
<strong>de</strong>s finances constate que <strong>la</strong> Confédération est dans le<br />
rouge avec un en<strong>de</strong>ttement <strong>de</strong> 15 % <strong>de</strong> <strong>la</strong> production économique<br />
suisse. Brut.<br />
Mais les néolibéraux attisent <strong>la</strong> panique <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte<br />
avec un chiffre plus élevé : 42,9 % du PIB. Notre montagne<br />
<strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes est donc censée s’élever à cette hauteur. Ce ne<br />
serait pas peu, mais resterait minime par rapport à<br />
d’autres pays. <strong>Le</strong> Japon était en<strong>de</strong>tté à hauteur <strong>de</strong> 266 % <strong>de</strong><br />
son PIB au début <strong>de</strong> l’année (voir page 15). <strong>Le</strong>s Etats-Unis<br />
étaient à 131 % – encore avant les programmes d’investissement<br />
chiffrés à <strong>de</strong>s billions. Même <strong>la</strong> zone euro dépasse<br />
les 100 %. Et l’Allemagne, championne <strong>de</strong>s économies, se<br />
rapproche elle aussi rapi<strong>de</strong>ment <strong>de</strong> <strong>la</strong> barre <strong>de</strong>s 80 %.<br />
Ec<strong>la</strong>irons un peu cette jungle <strong>de</strong> chiffres. <strong>Le</strong> SECO a effectivement<br />
annoncé 42,9 % au Fonds monétaire international<br />
(FMI). Ce chiffre inclut toutes les <strong>de</strong>ttes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération,<br />
<strong>de</strong>s cantons, <strong>de</strong> toutes les communes et <strong>de</strong>s<br />
assurances sociales. Mais aussi les versements promis par<br />
<strong>la</strong> Confédération aux cantons, aux assurances sociales et<br />
aux entreprises <strong>publique</strong>s.<br />
« Nous pouvons<br />
sans autre<br />
nous en<strong>de</strong>tter<br />
davantage. »<br />
Serge Gail<strong>la</strong>rd, ancien directeur <strong>de</strong><br />
l’Administration fédérale <strong>de</strong>s finances
Définir tous ces engagements comme <strong>de</strong>s « <strong>de</strong>ttes » relève<br />
<strong>de</strong> l’idéologie, et non pas <strong>de</strong> l’économie. Pour<br />
connaître l’en<strong>de</strong>ttement réel, il faudrait au moins en soustraire<br />
les énormes réserves. En effet, imaginons qu’une<br />
personne contracte un prêt <strong>de</strong> 10 000 francs mais dispose<br />
<strong>de</strong> 150 000 francs sur son dépôt <strong>de</strong> titres : elle doit un crédit,<br />
mais elle n’est pas « suren<strong>de</strong>ttée ». Au contraire, cette<br />
personne est fortunée. <strong>Le</strong>s cantons disposent à eux seuls<br />
d’une fortune nette <strong>de</strong> 40 milliards <strong>de</strong> francs. C’est pourquoi<br />
les statistiques officielles chiffrent les <strong>de</strong>ttes nettes<br />
<strong>de</strong> tous les niveaux étatiques à <strong>25</strong> % du PIB.<br />
Stop, dit l’OCDE. Dans ce calcul, quelques postes <strong>de</strong><br />
réserve <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse ont été « oubliés ». 1,9 milliard <strong>de</strong><br />
francs au FMI. 12,7 milliards <strong>de</strong> droits <strong>de</strong> tirage spéciaux<br />
(une unité <strong>de</strong> compte internationale qui vaut actuellement<br />
environ 1,31 franc). Des réserves d’or supérieures à<br />
55,3 milliards. Et 929,3 milliards <strong>de</strong> réserves monétaires.<br />
Au total, un billion juteux (en août 2021). Conclusion <strong>de</strong><br />
l’OCDE : l’en<strong>de</strong>ttement réel s’élèverait, exprimé en pourcentage<br />
du PIB, à moins –13,1 %. Autrement dit : <strong>la</strong> Confédération<br />
ne connaît pas un problème d’en<strong>de</strong>ttement,<br />
mais dispose d’une confortable fortune nette, disponible<br />
immédiatement.<br />
Et les biens publics (immeubles, Swisscom, Poste,<br />
CFF, banques cantonales, etc.) incluant au moins 4 billions<br />
<strong>de</strong> francs ne sont pas pris en compte. Ici, un autre<br />
fait <strong>de</strong>vient c<strong>la</strong>ir : si les pouvoirs publics dépensent, ils<br />
créent <strong>de</strong> nouvelles valeurs. Une « montagne <strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes<br />
pour <strong>la</strong> prochaine génération » comme l’affirme Ueli Maurer<br />
? Non, elle héritera avant tout d’emplois, <strong>de</strong> routes,<br />
d’écoles, d’hôpitaux, <strong>de</strong> chemins <strong>de</strong> fer, d’eau propre, <strong>de</strong><br />
réseaux <strong>de</strong> communication mo<strong>de</strong>rnes, <strong>de</strong> services publics<br />
performants et d’assurances sociales. Et aussi <strong>de</strong>s obligations<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte <strong>de</strong> l’Etat, qui valent leur pesant d’or.<br />
<strong>Le</strong> montant <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte en pour cent du PIB est <strong>de</strong> toute<br />
façon un indice <strong>de</strong> mesure inadapté. Car les pays riches<br />
ayant leur propre monnaie, comme <strong>la</strong> Suisse, ne remboursent<br />
jamais leurs <strong>de</strong>ttes. Ils ne font que les transférer.<br />
<strong>Le</strong> seul facteur déterminant est le coût <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte<br />
( intérêts). Or, on découvre quelque chose <strong>de</strong> surprenant<br />
dans les comptes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération : <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte augmente,<br />
mais <strong>la</strong> charge liée au service <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte diminue. En 2020,<br />
<strong>la</strong> Confédération a dû consacrer moins <strong>de</strong> 1 % <strong>de</strong> ses<br />
dépenses aux intérêts. Rien que le droit <strong>de</strong> timbre, que le<br />
Conseil fédéral veut supprimer par tranches, rapporte<br />
trois fois plus.<br />
C’est pourquoi on pourrait parler <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte et <strong>de</strong>s investissements<br />
avec sang-froid. S’il n’y avait pas les têtes <strong>de</strong><br />
pioche néolibérales. Certes, <strong>la</strong> crise multiple (économique,<br />
sociale et écologique) a fini par démasquer chacune<br />
<strong>de</strong> leurs croyances comme une idéologie <strong>de</strong> <strong>la</strong> lutte<br />
<strong>de</strong>s c<strong>la</strong>sses. Mais ils gar<strong>de</strong>nt le contrôle sur <strong>la</strong> politique,<br />
les médias, l’université.<br />
La question fiscale le prouve. Il est absur<strong>de</strong> <strong>de</strong> baisser<br />
les impôts <strong>de</strong>s nantis, alors que les pouvoirs publics ont<br />
besoin <strong>de</strong> plus d’argent, par exemple pour payer <strong>la</strong> mo<strong>de</strong>rnisation<br />
écologique <strong>de</strong>s infrastructures. C’est pourquoi<br />
les néolibéraux ont inventé <strong>la</strong> théorie du ruissellement,<br />
appelée <strong>la</strong> théorie du crottin <strong>de</strong> cheval : si tu donnes beaucoup<br />
d’avoine au cheval, il produira tant <strong>de</strong> crottin dans<br />
les rues que les moineaux pourront aussi s’en nourrir. En<br />
d’autres termes : plus les bénéfices <strong>de</strong>s entreprises sont<br />
élevés, plus les riches s’enrichissent, plus le taux <strong>de</strong> création<br />
d’emplois est élevé et plus les sa<strong>la</strong>ires <strong>de</strong> <strong>la</strong> gran<strong>de</strong><br />
majorité (les moineaux) augmentent. Par conséquent,<br />
les néolibéraux estiment qu’il faudrait fortement réduire<br />
les impôts sur <strong>la</strong> fortune et les hauts revenus, ainsi que sur<br />
les bénéfices d’entreprises, les titres et les transactions<br />
financières.<br />
Problème : le capital est en grève d’investissement<br />
Mais que s’est-il réellement passé ? Partout les impôts<br />
baissent. Et les investissements promis font défaut. Au<br />
lieu d’investir les bénéfices croissants dans l’innovation
12<br />
Dossier<br />
et les emplois, le capital en a porté une gran<strong>de</strong> partie sur<br />
les marchés financiers qui promettaient <strong>de</strong>s profits plus<br />
élevés et plus rapi<strong>de</strong>s. De nombreux investisseurs ont dé<strong>la</strong>issé<br />
l’économie réel. Ils désinvestissent. <strong>Le</strong>s conséquences<br />
concrètes se traduisent dans <strong>la</strong> désindustrialisation<br />
<strong>de</strong> tous les pays capitalistes. Depuis les années 70, les<br />
investissements <strong>de</strong> ces pays n’ont cessé <strong>de</strong> diminuer fortement<br />
– d’un peu moins <strong>de</strong> 20 % du PIB à moins <strong>de</strong> 3 %<br />
(avant 1960, ils étaient d’environ <strong>25</strong> %). La cause essentielle<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> gravité croissante <strong>de</strong>s crises se trouve là :<br />
le capital est en grève d’investissement.<br />
Ainsi, <strong>la</strong> dure réalité économique montre que le « ruissellement<br />
» n’est qu’un mauvais tour <strong>de</strong> passe-passe pour<br />
soutirer <strong>de</strong>s impôts à <strong>la</strong> société au profit <strong>de</strong>s riches. Une<br />
étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>la</strong> London School of Economics a examiné dans<br />
18 pays <strong>la</strong> corré<strong>la</strong>tion entre les baisses d’impôt et l’évolution<br />
économique sur 50 ans. Résultat : rien ne ruisselle,<br />
l’effet <strong>de</strong> ruissellement est une frau<strong>de</strong>. Ni les réductions<br />
d’impôts ni <strong>la</strong> déréglementation <strong>de</strong>s marchés du travail<br />
n’ont stimulé les investissements. Seuls les bénéfices ont<br />
augmenté. <strong>Le</strong> coauteur Julian Limberg : « Si nous regardons<br />
en arrière, nous constatons que <strong>la</strong> pério<strong>de</strong> où les impôts<br />
pour les riches étaient les plus élevés – <strong>la</strong> pério<strong>de</strong><br />
d’après-guerre – est celle où <strong>la</strong> croissance a été <strong>la</strong> plus forte<br />
et le chômage le plus faible. »<br />
Il ne fait <strong>de</strong>puis longtemps plus aucun doute que<br />
1 franc dépensé par l’Etat crée au moins <strong>de</strong>ux fois plus<br />
d’incitation économique que 1 franc économisé en impôt<br />
par les nantis. Ceci n’empêche toutefois pas les néolibéraux<br />
<strong>de</strong> l’UDC et du PLR <strong>de</strong> justifier leurs <strong>de</strong>rnières baisses<br />
d’impôt par <strong>la</strong> perspective d’entasser du fumier frais <strong>de</strong><br />
cheval en quantité. Ça pue.<br />
Officiellement, <strong>la</strong> Suisse se vante d’avoir un quota d’investissement<br />
d’environ <strong>25</strong> %. Ce serait beaucoup. Ce<strong>la</strong> signifierait<br />
que 1 franc sur 4 du PIB serait utilisé pour développer<br />
<strong>la</strong> prospérité, l’innovation et les conditions <strong>de</strong><br />
travail pour ces prochaines 10, <strong>25</strong> ou 50 années.<br />
Ici encore, on se retrouve en face d’un chiffre brut sans<br />
valeur. <strong>Le</strong> néolibéralisme a dilué le concept d’investissement.<br />
Si une entreprise accor<strong>de</strong> un crédit à sa filiale en<br />
Hol<strong>la</strong>n<strong>de</strong>, pays fiscalement avantageux (pour dissimuler<br />
les bénéfices réalisés dans le pays), le responsable <strong>de</strong>s finances<br />
le fera apparaître comme un « investissement ». En<br />
réalité, le capital est retiré <strong>de</strong> <strong>la</strong> production, il s’agit d’un<br />
désinvestissement.<br />
Pourquoi <strong>de</strong>s chiffres « bruts » sont-ils inappropriés<br />
pour refléter le taux d’investissement ? Prenons un<br />
exemple : <strong>la</strong> véhicule <strong>de</strong> livraison d’une PME doit être remp<strong>la</strong>cé.<br />
La PME « investit », mais n’a finalement toujours<br />
qu’un véhicule <strong>de</strong> livraison. Et il en va <strong>de</strong> même <strong>de</strong>s machines,<br />
immeubles, logiciels, etc. <strong>Le</strong>s ressources<br />
s’épuisent. <strong>Le</strong>s amortissements doivent donc être déduits<br />
<strong>de</strong>s investissements bruts – le taux d’investissement net<br />
est le chiffre déterminant. Mais le Secrétariat d’Etat à<br />
l’économie nous écrit : « <strong>Le</strong> SECO ne publie aucune donnée<br />
sur les investissements en actifs nets. »<br />
Il faut donc se rabattre sur les comptes nationaux.<br />
Voici ce qui ressort : investissements en actifs bruts<br />
181,8 milliards <strong>de</strong> francs (y c. bâtiments). Amortissements<br />
163,45 milliards. Faisons le calcul. <strong>Le</strong>s investissements<br />
nets s’élevaient en 2020 au taux dérisoire <strong>de</strong> 2,6 %.<br />
Une valeur dramatiquement basse. Surtout si l’on sait que<br />
l’investissement public compte à lui seul plus <strong>de</strong> 2 %.<br />
Presque pas <strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes, mais une grève d’investissement<br />
et un déficit d’investissement énorme : <strong>de</strong>s pouvoirs<br />
publics forts doivent intervenir.<br />
<strong>Le</strong> meilleur principe économique : le service public<br />
Dans le capitalisme, le capital organise <strong>la</strong> production, mais<br />
aussi <strong>la</strong> société selon ses propres règles : profit, accumu<strong>la</strong>tion<br />
et assujettissement du travail.<br />
<strong>Le</strong> capitalisme financier néolibéral est sa forme exacerbée.<br />
Il cherche à éliminer toutes les forces opposées,<br />
comme les syndicats. <strong>Le</strong> capital instrumentalise <strong>la</strong> politique<br />
et transforme l’Etat. Il paralyse le rôle équilibrant <strong>de</strong>s pouvoirs<br />
publics dans <strong>la</strong> société avec <strong>de</strong>s privatisations, dérégu<strong>la</strong>tions,<br />
mesures d’austérité et <strong>de</strong>s attaques sur le service<br />
public (y c. les assurances sociales). Et il fait <strong>de</strong> l’Etat son<br />
coffre-fort.<br />
Pourtant, les crises économiques à répétition et toujours<br />
plus violentes, <strong>la</strong> catastrophe écologique et l’explosion <strong>de</strong>s<br />
injustices sociales montrent que cette forme d’économie<br />
nous mène droit dans le mur. Peu importe, disent les néolibéraux,<br />
« fonçons ! ». Encore moins d’impôts pour les riches,<br />
encore moins <strong>de</strong> réglementation et moins <strong>de</strong> service public.<br />
Aujourd’hui, les innombrables milliards que les Etats et<br />
les banques centrales doivent à nouveau réunir pour sauver<br />
le système sont une bonne occasion <strong>de</strong> promouvoir un<br />
meilleur principe économique. Il n’est pas nécessaire <strong>de</strong> l’inventer,<br />
nous le connaissons et nous le défendons <strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s<br />
années : c’est le principe économique du service public.<br />
Renverser <strong>la</strong> vapeur<br />
Comment fonctionne ce principe ? D’abord, il change <strong>la</strong><br />
donne <strong>de</strong> <strong>la</strong> politique économique : ce sont les besoins<br />
humains qui doivent gui<strong>de</strong>r les investissements publics et<br />
non plus le profit maximal pour le capital. L’objectif premier<br />
consiste à créer plus <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> vie, <strong>de</strong> sécurité sociale et<br />
d’opportunités. En d’autres termes, plus <strong>de</strong> biens communs.<br />
<strong>Le</strong>s règles <strong>de</strong> base : utilité maximale et accès pour toutes<br />
et tous. De manière concrète, ce<strong>la</strong> signifie que les pouvoirs<br />
publics ne <strong>la</strong>issent pas <strong>la</strong> numérisation uniquement aux<br />
mains <strong>de</strong>s entreprises, mais font <strong>de</strong> sorte d’en exploiter les<br />
opportunités et d’éviter les risques qui y sont liés.<br />
Par exemple, pour réduire le temps <strong>de</strong> travail. Pour une<br />
gouvernance écologique (énergie, transport...). Et pour plus<br />
<strong>de</strong> transparence démocratique.<br />
La condition préa<strong>la</strong>ble est une politique d’investissement<br />
débattue et décidée démocratiquement. Ce<strong>la</strong> nécessite<br />
<strong>de</strong> nouvelles formes <strong>de</strong> contrôle par les travailleurs et<br />
travailleuses (démocratie économique) et les habitant-e-s<br />
(par exemple avec <strong>de</strong>s comités budgétaires, comme ce<strong>la</strong> se<br />
pratique <strong>de</strong>puis longtemps dans certaines villes et régions<br />
européennes).
13<br />
300 milliards <strong>de</strong> francs pour l’avenir<br />
Face à <strong>la</strong> grève <strong>de</strong>s investissements du capital<br />
privé, les pouvoirs publics sont appelés à bâtir<br />
l’avenir. Ils peuvent obtenir l’argent nécessaire<br />
<strong>de</strong> trois façons. Et assez facilement.<br />
Texte : Oliver Fahrni<br />
L’Etat ne doit pas gagner d’argent, il doit le dépenser<br />
intelligemment. En faveur <strong>de</strong> tous les citoyen-ne-s. C’est<br />
<strong>la</strong> banale règle <strong>de</strong> base <strong>de</strong> toutes les finances <strong>publique</strong>s.<br />
Banal ? Pas pour les politiciens néolibéraux <strong>de</strong> droite<br />
qui vantent leurs programmes d’austérité et les excé<strong>de</strong>nts<br />
budgétaires <strong>de</strong> l’Etat. Rien qu’en 2019, <strong>la</strong> Confédération a<br />
réalisé 4,6 milliards <strong>de</strong> francs <strong>de</strong> bénéfice. Et plus <strong>de</strong> 34<br />
milliards au cours <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>rnière décennie. C’est absur<strong>de</strong>.<br />
<strong>Le</strong>s pouvoirs publics ont-ils perçu trop d’impôts ? Non.<br />
La « quote-part fiscale » <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse est l’une <strong>de</strong>s plus<br />
basses au mon<strong>de</strong> (du moins pour les entreprises et les<br />
riches). <strong>Le</strong> problème est l’inverse : l’Etat dépense trop peu.<br />
Il n’en fait pas assez pour le bien commun.<br />
C’est même doublement absur<strong>de</strong>, car le Conseil fédéral<br />
ne réinvestit pas ces bénéfices dans un service public<br />
plus fort, dans <strong>la</strong> santé, <strong>la</strong> formation, <strong>la</strong> recherche, le care,<br />
les infrastructures ou <strong>la</strong> sécurité sociale. Mais il gave les<br />
banques et les riches investisseurs avec les excé<strong>de</strong>nts, à<br />
travers <strong>de</strong>s ca<strong>de</strong>aux fiscaux et en amortissant <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte.<br />
Quand le capital échoue<br />
Ce pil<strong>la</strong>ge néolibéral touche bientôt à sa fin. Pas à cause<br />
d’une soudaine prise <strong>de</strong> conscience <strong>de</strong> l’UDC, du PLR et<br />
C ie . Ce sont les conditions réelles qui imposent un changement<br />
radical <strong>de</strong> politique. En Europe et aux Etats-Unis,<br />
il est déjà en cours. Toutes les gran<strong>de</strong>s économies ont <strong>la</strong>ncé<br />
<strong>de</strong>s programmes d’investissement <strong>de</strong> plusieurs billions.<br />
Seul Berne s’y refuse encore : le paquet d’ai<strong>de</strong>s <strong>de</strong><br />
crise contre le COVID du Conseil fédéral (quelque 15 milliards<br />
<strong>de</strong> francs en 2020) ne comprend pas 1 centime d’investissement.<br />
Bien <strong>de</strong>s années avant <strong>la</strong> pandémie, l’OCDE<br />
avait enjoint à <strong>la</strong> Suisse d’augmenter fortement les investissements.<br />
Car le capital privé, qui amasse <strong>de</strong>s fortunes <strong>de</strong> plus en<br />
plus inimaginables, ne peut ni ne veut empêcher <strong>la</strong> crise<br />
climatique, maîtriser intelligemment <strong>la</strong> numérisation, favoriser<br />
une réindustrialisation écologique et sociale<br />
(comme le font les pays voisins) et résoudre le problème<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> disparition progressive du travail sa<strong>la</strong>rié. Au<br />
contraire : sa mécanique – profit et accumu<strong>la</strong>tion – est à<br />
l’origine <strong>de</strong> ces problèmes. Elle est aveugle aux besoins<br />
sociaux et écologiques <strong>de</strong>s humains.<br />
Il appartient par conséquent aux pouvoirs publics <strong>de</strong><br />
bâtir l’avenir <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse avec <strong>de</strong> soli<strong>de</strong>s programmes<br />
d’investissement ainsi qu’un service public réinventé et<br />
renforcé, tel que l’a conçu <strong>syndicom</strong>.<br />
Où l’Etat peut-il s’en procurer les moyens ? Trois possibilités<br />
s’offrent à lui : augmenter les impôts. Contracter<br />
<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ttes. Ou créer lui-même l’argent nécessaire. Si l’on<br />
examine ces options, on constate rapi<strong>de</strong>ment que <strong>de</strong>s programmes<br />
d’investissement <strong>de</strong> 200 ou même 300 milliards<br />
<strong>de</strong> francs pourraient facilement être levés.<br />
1 Au niveau fiscal, il y a une gran<strong>de</strong> marge vers le haut<br />
Ceux qui ont une fiche <strong>de</strong> paie doivent passer à <strong>la</strong> caisse.<br />
<strong>Le</strong>s bénéfices <strong>de</strong>s entreprises, en revanche, ne sont imposés<br />
que <strong>de</strong> façon marginale. A 8,5 % pour l’impôt fédéral.<br />
Dans beaucoup <strong>de</strong> cantons, à moins <strong>de</strong> 10 %. Et dans les<br />
cantons à faible imposition comme Nidwald et Zoug, les<br />
impôts prélevés sur les entreprises ten<strong>de</strong>nt même vers<br />
zéro. Avec pas moins <strong>de</strong> 16 projets fiscaux <strong>la</strong>ncés <strong>de</strong>puis<br />
1999, rien qu’au niveau fédéral, les néolibéraux ont systématiquement<br />
raboté les impôts pour les entreprises, les<br />
actionnaires, les héritiers, les hauts revenus et les patrimoines<br />
financiers. <strong>Le</strong> prétexte : l’arnaque <strong>de</strong> <strong>la</strong> théorie du<br />
trickle-down, l’effet <strong>de</strong> ruissellement (voir page ci-contre).<br />
<strong>Le</strong> ministre UDC <strong>de</strong>s finances Ueli Maurer, alors même<br />
qu’il se p<strong>la</strong>int <strong>de</strong> déficits trop élevés, creuse actuellement<br />
<strong>de</strong> nouvelles niches fiscales pour les nantis : droit <strong>de</strong><br />
timbre, droits <strong>de</strong> douane industriels, impôt anticipé, déductions<br />
sur l’impôt fédéral, valeur locative. Des pertes en<br />
<strong>Le</strong>s pouvoirs publics doivent<br />
bâtir l’avenir <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse<br />
avec <strong>de</strong> soli<strong>de</strong>s programmes<br />
d’investissement
14 Dossier<br />
milliards. <strong>Le</strong> secret bancaire pour les contribuables<br />
suisses coûte 5 à 10 milliards supplémentaires par an.<br />
C’est un système d’imposition injuste et antisocial. Mais<br />
à l’UDC et au PLR, les discussions portent actuellement<br />
sur les moyens <strong>de</strong> contourner l’impôt minimum <strong>de</strong> 15 %<br />
sur les entreprises, décidé en juillet par le G20.<br />
Partout dans le mon<strong>de</strong>, les néolibéraux affrontent <strong>de</strong>puis<br />
quelque temps <strong>de</strong> puissants vents contraires. <strong>Le</strong>s<br />
Etats-Unis sont en passe <strong>de</strong> relever l’impôt sur les sociétés<br />
à 28 %. Un groupe <strong>de</strong> milliardaires américains a même <strong>de</strong>mandé<br />
<strong>publique</strong>ment : « S’il-vous-p<strong>la</strong>ît, taxez-nous davantage<br />
! » Même le premier ministre britannique Boris Johnson,<br />
fervent néolibéral, veut augmenter les impôts pour<br />
les riches. Et dans l’UE, on songe à introduire un impôt<br />
sur <strong>la</strong> fortune pour les gagnants <strong>de</strong> <strong>la</strong> crise du COVID.<br />
L’Argentine, pour sa part, a pris les <strong>de</strong>vants.<br />
Sachant que les 30 plus gran<strong>de</strong>s entreprises <strong>de</strong> Suisse<br />
ont versé 70 milliards <strong>de</strong> divi<strong>de</strong>n<strong>de</strong>s à leurs actionnaires<br />
pour l’année COVID 2020, on mesure combien pourraient<br />
rapporter à <strong>la</strong> caisse <strong>de</strong> l’Etat <strong>de</strong>s impôts même très modiques.<br />
Même une légère harmonisation fiscale pourrait<br />
générer <strong>de</strong>s dizaines <strong>de</strong> milliards. Et le retour à une véritable<br />
progression fiscale serait non seulement juste et<br />
économiquement sensé – il permettrait aussi <strong>de</strong> financer<br />
tous les paquets d’investissement.<br />
Il y a donc une gran<strong>de</strong> marge <strong>de</strong> manœuvre au niveau<br />
fiscal. En particulier avec <strong>de</strong>s innovations comme les différentes<br />
formes <strong>de</strong> micro-impôts, les impôts sur les transactions<br />
financières en <strong>de</strong>vises, etc. Une taxe sur les opérations<br />
<strong>de</strong> paiement <strong>de</strong> seulement 1 ‰ ou ½ % permettrait<br />
d’asseoir les finances <strong>publique</strong>s sur une nouvelle base soli<strong>de</strong><br />
pendant <strong>de</strong>s années.<br />
2 Une augmentation <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte serait utile<br />
<strong>Le</strong> moment n’a jamais été aussi favorable pour augmenter<br />
les <strong>de</strong>ttes, en vue <strong>de</strong> bâtir <strong>la</strong> Suisse du futur pour nos enfants.<br />
Car avec chaque <strong>de</strong>tte qu’elle contracte, <strong>la</strong> Confédération<br />
encaisse <strong>de</strong>s profits supplémentaires : sur les 45<br />
<strong>de</strong>rniers emprunts d’Etat, 42 ont été émis avec <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments<br />
négatifs et trois d’entre eux à un taux nul. En<br />
d’autres termes : les investisseurs paient pour pouvoir<br />
prêter <strong>de</strong> l’argent à <strong>la</strong> Confédération. L’avenir nous serait<br />
offert quasiment à coût zéro.<br />
Toutefois, une légère augmentation <strong>de</strong>s intérêts serait<br />
même utile. <strong>Le</strong>s caisses <strong>de</strong> pension pourraient alors investir<br />
leur argent en toute sécurité auprès <strong>de</strong> l’Etat et non<br />
dans <strong>de</strong>s titres à haut risque spécu<strong>la</strong>tif.<br />
Il serait néanmoins logique et plus sûr que les pouvoirs<br />
publics puisent l’argent nécessaire aux investissements<br />
dans leur propre maison, à <strong>la</strong> Banque nationale. C’est ce<br />
que faisait l’Etat auparavant. Mais <strong>de</strong>puis que les néolibéraux<br />
ont inscrit l’« indépendance » <strong>de</strong> <strong>la</strong> BNS dans <strong>la</strong> loi et<br />
<strong>la</strong> Constitution, ce<strong>la</strong> lui est interdit. Pure hypocrisie : <strong>la</strong><br />
BNS rachète régulièrement <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s parties <strong>de</strong>s titres<br />
<strong>de</strong> créances <strong>publique</strong>s sur le « marché secondaire », les<br />
investisseurs privés empochent les bénéfices.<br />
3 L’argent, nous n’en parlons pas, nous le créons<br />
La BNS appartient en fait au service public. La Confédération<br />
pourrait donc y puiser <strong>de</strong> l’argent. Dans <strong>la</strong> crise<br />
actuelle, ce n’est pas un hasard si une nouvelle théorie<br />
monétaire a vu le jour, soulevant <strong>de</strong> vifs débats parmi les<br />
économistes: <strong>la</strong> « théorie monétaire mo<strong>de</strong>rne » (MMT). On<br />
<strong>la</strong> doit notamment à Stephanie Kelton, qui faisait partie<br />
<strong>de</strong> l’équipe <strong>de</strong> campagne électorale <strong>de</strong> Joe Bi<strong>de</strong>n. Professeure<br />
à l’Université <strong>de</strong> New York, elle est l’une <strong>de</strong>s têtes<br />
pensantes <strong>de</strong> <strong>la</strong> MMT, avec l’Australien Bill Mitchell, le<br />
Français Bernard Friot et sa collègue américaine Pavlina<br />
Tcherneva. En substance, ces économistes nous disent:<br />
oubliez le mythe du déficit étatique. Oubliez <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte <strong>publique</strong>.<br />
L’Etat peut créer son propre argent (voir aussi page<br />
7). Sans impôts, ni emprunts. En théorie, sans limite. Ainsi,<br />
il échappe à <strong>la</strong> dictature <strong>de</strong>s marchés financiers, affirme<br />
Pavlina Tcherneva. Elle p<strong>la</strong>i<strong>de</strong> pour que les pouvoirs<br />
publics garantissent un emploi à tous les citoyen-ne-s, car<br />
« c’est <strong>la</strong> politique économique <strong>la</strong> plus efficace. »<br />
En résumé : l’argent n’est pas le problème prépondérant.<br />
Il n’y en a jamais eu autant et il n’a jamais été aussi<br />
bon marché. <strong>Le</strong>s questions fondamentales (auxquelles<br />
même <strong>la</strong> MMT ne répond pas) sont ailleurs : quels investissements<br />
sont prioritaires ? A qui doivent-ils bénéficier ?<br />
Et qui déci<strong>de</strong> ?<br />
Photos<br />
Pour transcrire en images <strong>de</strong>s thèmes aussi abstraits et<br />
complexes que les <strong>de</strong>ttes et les <strong>flux</strong> monétaires, le photographe<br />
Thierry Porchet a eu l’idée d’utiliser <strong>la</strong> métaphore <strong>de</strong><br />
l’eau : en mouvement, stagnante ou endiguée, canalisée, salie,<br />
qui s’évapore... <strong>Le</strong>s possibilités créatives sont immenses.<br />
« D’un point <strong>de</strong> vue technique, je maîtrise parfaitement <strong>de</strong>s<br />
instruments comme Photoshop», explique le photographe.<br />
« Mais je préfère travailler sur le réel et trouver dans <strong>la</strong> nature<br />
les endroits qui correspon<strong>de</strong>nt à ce que je cherche.<br />
Heureusement, personne ne m’a vu accrocher un billet <strong>de</strong><br />
20 francs à une canne à pêche avant <strong>de</strong> l’immerger dans <strong>la</strong><br />
rivière. On se serait sinon inquiété <strong>de</strong> ma santé mentale... »<br />
Thierry Porchet n’aime pas parler <strong>de</strong> ses images : il préfère<br />
qu’elles parlent d’elles-mêmes.<br />
Ses photos sont à voir sur le site: thierryporchet.com
<strong>Le</strong>s <strong>de</strong>ttes <strong>publique</strong>s<br />
La Suisse n’a pas un problème <strong>de</strong> <strong>de</strong>ttes. D’après l’OCDE, notre pays n’aurait<br />
même aucune <strong>de</strong>tte nette. Pourtant, les partis bourgeois veulent nous imposer<br />
un nouveau train d’économies brutal. Contrairement à l’Europe et aux<br />
Etats-Unis, qui investissent à l’heure actuelle massivement dans leur avenir. La<br />
<strong>la</strong>cune béante en matière d’investissement est le vrai problème <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse.<br />
$<br />
<strong>Le</strong>s <strong>de</strong>ttes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération<br />
15%/10%<br />
La Confédération est dans le rouge avec<br />
15 % du PIB suisse, selon le Conseil fédéral.<br />
Mais ce chiffre concerne les <strong>de</strong>ttes<br />
brutes. Si l’on en soustrait les liquidités<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération, le taux d’en<strong>de</strong>ttement<br />
baisse à 10 %. <strong>Le</strong>s <strong>de</strong>ttes nettes<br />
officielles <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse atteignent donc<br />
un bas niveau record.<br />
<strong>Le</strong>s <strong>de</strong>ttes officielles selon l’OCDE<br />
−13,1%<br />
L’OCDE aboutit à un calcul différent <strong>de</strong><br />
celui du Conseil fédéral. Elle met en<br />
rapport l’ensemble <strong>de</strong>s réserves financières<br />
<strong>de</strong> l’Etat avec <strong>la</strong> performance<br />
économique (PIB). Résultat: l’en<strong>de</strong>ttement<br />
s’élève à moins 13 %. La Suisse<br />
n’est donc pas en<strong>de</strong>ttée, mais dispose<br />
<strong>de</strong> soli<strong>de</strong>s liquidités nettes.<br />
<strong>Le</strong>s réserves <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse<br />
1 003<br />
milliards<br />
<strong>Le</strong>s pouvoirs publics disposent <strong>de</strong> gigantesques<br />
réserves financières, que<br />
le FMI présente chaque mois (avoir au<br />
FMI, or, réserves monétaires, etc.). En<br />
août 2021, elles atteignaient un juteux<br />
billion <strong>de</strong> francs.<br />
Source: Département fédéral <strong>de</strong>s finances Source: OCDE Sources: BNS, FMI<br />
<strong>Le</strong> chiffre déterminant: le poids du service <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte<br />
<strong>Le</strong>s pays riches ayant leur propre monnaie ne remboursent pas leurs<br />
<strong>de</strong>ttes – ils se contentent <strong>de</strong> les transférer. Ce n’est donc pas le montant<br />
<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ttes qui compte, mais uniquement les intérêts payés. Or, le poids<br />
<strong>de</strong> ce service <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>de</strong>tte diminue d’année en année.<br />
<strong>Le</strong> chiffre dangereux: une énorme <strong>la</strong>cune en matière<br />
d’investissement<br />
<strong>Le</strong>s investissements (du capital privé et <strong>de</strong>s pouvoirs publics) forgent<br />
l’avenir. <strong>Le</strong> taux d’investissement net en baisse explique pour l’essentiel<br />
les crises capitalistes toujours plus aiguës. En 2020, ces investissements<br />
se situaient en Suisse à 2,6% du PIB. Un niveau a<strong>la</strong>rmant.<br />
7%<br />
6%<br />
2007<br />
3,6<br />
2014 2020 2021<br />
5%<br />
4%<br />
3%<br />
2%<br />
2020: 2,6%<br />
mrd 2 mrd 0,9<br />
mrd<br />
0,7<br />
mrd<br />
1%<br />
0%<br />
1995<br />
2000<br />
2005<br />
2010<br />
2015<br />
2020<br />
Source: Département fédéral <strong>de</strong>s finances<br />
Sources: Economie nationale, SECO, OFS, calculs propres<br />
<strong>Le</strong>s <strong>de</strong>ttes <strong>de</strong>s autres pays<br />
<strong>Le</strong> taux d’en<strong>de</strong>ttement brut, mesuré à <strong>la</strong> performance économique, est un indicateur, mais il ne donne aucun renseignement fiable sur <strong>la</strong> prospérité d’un<br />
pays. Il réfute cependant <strong>la</strong> thèse néolibérale, selon <strong>la</strong>quelle un taux d’en<strong>de</strong>ttement supérieur à 60 % (critère <strong>de</strong> Maastricht) serait dangereux. <strong>Le</strong> Japon se<br />
porte parfaitement bien malgré <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ttes <strong>publique</strong>s élevées.<br />
USA<br />
131%<br />
Gran<strong>de</strong>-Bretagne<br />
144%<br />
France<br />
123%<br />
69%<br />
Allemagne<br />
(2019)<br />
91%<br />
Suisse/Confédération<br />
15%<br />
Russie<br />
Japon<br />
266%<br />
Sources: FMI, OCDE
16<br />
Au cœur <strong>de</strong><br />
nos métiers<br />
<strong>Le</strong> train <strong>de</strong> mesures en<br />
faveur <strong>de</strong>s médias,<br />
l’instrument efficace<br />
Disons-le d’emblée : oui, dans un<br />
mon<strong>de</strong> idéal, les subventions <strong>de</strong>vraient<br />
être attribuées uniquement à<br />
<strong>de</strong>s médias dotés d’une CCT et, oui, <strong>la</strong><br />
limitation <strong>de</strong>s divi<strong>de</strong>n<strong>de</strong>s <strong>de</strong>vrait également<br />
être obligatoire. Toutefois, les<br />
éléments positifs du paquet d’ai<strong>de</strong> aux<br />
médias l’emportent. Il renforce <strong>la</strong> diversité<br />
<strong>de</strong>s médias, en particulier dans<br />
le journalisme local, et il offre une<br />
chance <strong>de</strong> survie aux petits et moyens<br />
médias ainsi qu’aux médias en ligne.<br />
Progrès importants pour <strong>la</strong> branche<br />
<strong>Le</strong>s revendications communes <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
branche sont un élément central du<br />
projet : un soutien pour <strong>la</strong> formation et<br />
le perfectionnement <strong>de</strong>s professionnel-le-s<br />
<strong>de</strong>s médias, le conseil <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
presse en tant qu’organe d’autosurveil<strong>la</strong>nce<br />
et le service <strong>de</strong> base trilingue<br />
<strong>de</strong> l’ATS. Autant d’institutions nécessaires,<br />
dont <strong>la</strong> branche entière bénéficie.<br />
Un autre élément important est<br />
le soutien accordé désormais aux médias<br />
en ligne. Un é<strong>la</strong>n pour les petits<br />
portails d’information, comme alternative<br />
aux acteurs dominants. La réduction<br />
plus élevée <strong>de</strong>s taxes postales<br />
est également utile, car elle favorise<br />
une distribution meilleur marché <strong>de</strong>s<br />
journaux. Tout comme <strong>la</strong> nouvelle<br />
subvention dédiée à <strong>la</strong> distribution<br />
matinale par <strong>de</strong>s entreprises tierces.<br />
Celles-ci sont tenues <strong>de</strong> négocier<br />
d’abord une CCT avec les syndicats.<br />
Nos collègues du secteur logistique<br />
s’y attellent déjà afin d’améliorer les<br />
conditions <strong>de</strong> travail <strong>de</strong> <strong>la</strong> branche. <strong>Le</strong><br />
soutien indirect à <strong>la</strong> presse associative<br />
sera également accru. Un coup <strong>de</strong><br />
pouce bienvenu pour les nombreux<br />
médias associatifs et <strong>de</strong>s fondations.<br />
Et pour finir, les chaînes <strong>de</strong> radio et <strong>de</strong><br />
télévision concessionnées bénéficieront<br />
<strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong> leur part<br />
sur les re<strong>de</strong>vances.<br />
Médias diversifiés et indépendants<br />
<strong>Le</strong> reproche selon lequel les médias<br />
ainsi soutenus se transformeront en<br />
« médias d’Etat » n’est qu’un discours<br />
polémique absur<strong>de</strong>. L’ai<strong>de</strong> aux médias<br />
contribue au contraire à préserver<br />
leur indépendance et celle <strong>de</strong>s journalistes<br />
et à les protéger contre <strong>la</strong> pression<br />
<strong>de</strong> l’industrie publicitaire. <strong>Le</strong><br />
soutien alloué à <strong>la</strong> formation et au perfectionnement<br />
constitue un investissement<br />
public dans <strong>la</strong> qualité <strong>de</strong> leur<br />
travail. Dans les villes, les régions et<br />
les cantons où les nouveaux médias<br />
en ligne contribuent <strong>la</strong>rgement à faire<br />
revivre <strong>la</strong> pluralité <strong>de</strong>s médias, cette<br />
nouvelle forme <strong>de</strong> soutien représente<br />
un progrès important.<br />
Drôles d’« amis »<br />
<strong>Le</strong>s milieux qui ont <strong>la</strong>ncé le référendum<br />
contre les mesures d’ai<strong>de</strong> à <strong>la</strong><br />
presse recouvrent un véritable fatras<br />
d’intérêts politiques : on y trouve <strong>de</strong>s<br />
corona-sceptiques, <strong>de</strong> riches banquiers<br />
privés et souvent d’(anciens)<br />
journalistes <strong>de</strong> <strong>la</strong> droite conservatrice<br />
qui gravitent dans l’entourage <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
Weltwoche. Or, même si l’on peut comprendre<br />
certains points <strong>de</strong> leur critique,<br />
une chose est certaine : les employé-e-s<br />
<strong>de</strong> cette branche n’ont jamais<br />
été au centre <strong>de</strong> leur préoccupation.<br />
A travers les pressions qu’ils<br />
exercent contre <strong>de</strong>s journalistes critiques<br />
et indépendants <strong>de</strong> médias publics<br />
et privés, ils se trahissent euxmêmes.<br />
Ne nous <strong>la</strong>issons pas berner :<br />
ces « amis <strong>de</strong> <strong>la</strong> Constitution » autoproc<strong>la</strong>més<br />
ne sont pas les amis <strong>de</strong>s professionnel-le-s<br />
<strong>de</strong>s médias. Il n’y aura<br />
donc pas d’alliance profane.<br />
L’ai<strong>de</strong> aux médias doit permettre d’améliorer les conditions <strong>de</strong> travail <strong>de</strong>s journalistes et ne pas renforcer les tendances monopolistiques. (© Keystone-ATS)
« Il faut promouvoir <strong>la</strong> carrière et une répartition du travail<br />
non rémunéré équitable entre les sexes » Patrizia Mordini<br />
17<br />
Contre le grand stress<br />
En Suisse, 800 000 adultes ont <strong>de</strong>s difficultés à lire et écrire.<br />
Aussi au sein <strong>de</strong>s branches <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong>. Une campagne<br />
nationale veut changer <strong>la</strong> donne.<br />
Voilà ce qu’il avait appréhendé : se retrouver<br />
comme formateur, un feutre à<br />
<strong>la</strong> main, <strong>de</strong>vant un tableau b<strong>la</strong>nc dans<br />
une salle pleine <strong>de</strong> mon<strong>de</strong>. Reto Toma<br />
(nom d’emprunt), qui travaille dans le<br />
secteur logistique, n’a pas su écrire<br />
correctement pendant longtemps. A<br />
l’école déjà, il en était incapable. Mais<br />
personne n’en a cherché les causes à<br />
l’époque et il n’a jamais reçu d’ai<strong>de</strong>.<br />
Il a donc <strong>caché</strong> ses difficultés à écrire<br />
dès son apprentissage. « Ça a toujours<br />
été un grand stress. »<br />
<strong>Le</strong> droit <strong>de</strong> se former<br />
En Suisse, près <strong>de</strong> 800 000 adultes<br />
rencontrent <strong>de</strong>s difficultés à lire et à<br />
écrire. « Une réalité que beaucoup<br />
ignorent en Suisse », explique Tonja<br />
Bollinger <strong>de</strong> <strong>la</strong> Fédération suisse Lire<br />
et écrire. « <strong>Le</strong>s personnes concernées<br />
n’osent souvent pas avouer leur handicap<br />
parce qu’elles en ont honte. » <strong>Le</strong>s<br />
conséquences : stress, surmenage,<br />
stratégies d’évitement, etc.<br />
La campagne nationale « Simplement<br />
mieux ! », menée par <strong>la</strong> Conférence<br />
intercantonale <strong>de</strong> <strong>la</strong> formation<br />
continue (CIFC) et l’organisation faîtière<br />
suisse « Lire et Écrire », souhaite y<br />
remédier. Elle bénéficie également du<br />
soutien <strong>de</strong> nombreux cantons et <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
Confédération. Pour <strong>syndicom</strong>, qui<br />
Une campagne <strong>de</strong> publicité s’est déployée à<br />
travers toute <strong>la</strong> Suisse. (© Simplement mieux !)<br />
défend un droit à <strong>la</strong> formation dans <strong>la</strong><br />
négociation <strong>de</strong> CCT, l’accès aux formations<br />
<strong>de</strong> compétences <strong>de</strong> base pour<br />
les personnes qui en ont besoin est capital.<br />
Tout le mon<strong>de</strong> a un rôle à jouer<br />
Cette campagne sensibilise le grand<br />
public à cette question et propose <strong>de</strong>s<br />
cours dans toute <strong>la</strong> Suisse pour inculquer<br />
<strong>de</strong>s compétences <strong>de</strong> base comme<br />
l’écriture et <strong>la</strong> lecture ainsi que le<br />
calcul et l’informatique. Elle cible<br />
directement les personnes concernées<br />
et les rend attentives aux cours.<br />
<strong>Le</strong>ur entourage doit toutefois aussi<br />
être approché. Car ce sont souvent les<br />
proches qui motivent les personnes<br />
concernées à suivre un cours, explique<br />
Bollinger. <strong>Le</strong>s employeurs peuvent<br />
recourir à « Simplement mieux… au<br />
travail » pour organiser <strong>de</strong>s cours en<br />
entreprise, qui permettent à leur<br />
personnel <strong>de</strong> combler leurs <strong>la</strong>cunes et<br />
d’acquérir les compétences <strong>de</strong> base<br />
indispensables.<br />
Eliminer les préjugés<br />
Quand Reto a voulu suivre une formation<br />
complémentaire en ressources<br />
humaines il y a quelques années, il a<br />
hésité. Dans ce nouveau domaine professionnel,<br />
il savait que l’on remarquerait<br />
ses <strong>la</strong>cunes d’écriture. Il a<br />
donc décidé <strong>de</strong> s’attaquer à ces difficultés.<br />
Mais il a d’abord dû en parler à<br />
son chef, afin d’obtenir <strong>de</strong>s congés<br />
pour les journées <strong>de</strong> cours. « C’était<br />
très gênant, mais il a parfaitement<br />
réagi », dit-il.<br />
Après <strong>de</strong>ux cours suivis sur plusieurs<br />
mois, il ne fait plus que <strong>de</strong> rares<br />
fautes d’orthographe, dit Toma. Il a<br />
aussi achevé sa formation complémentaire<br />
en RH. Il s’engage désormais<br />
comme ambassa<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
campagne « Simplement mieux ! ». Il<br />
veut ai<strong>de</strong>r à éliminer les préjugés et<br />
motiver les gens à suivre un cours :<br />
« N’atten<strong>de</strong>z pas aussi longtemps que<br />
moi ! »<br />
Basil Weingartner<br />
Toutes les informations sur <strong>la</strong> campagne :<br />
simplement-mieux.ch<br />
Des modèles d’activité<br />
professionnelle<br />
progressistes<br />
Patrizia Mordini, responsable Egalité et<br />
membre du comité directeur<br />
Cet été, l’Office fédéral <strong>de</strong> <strong>la</strong> statistique<br />
a publié <strong>de</strong>s indicateurs actuels<br />
sur <strong>la</strong> manière dont les ménages<br />
suisses concilient <strong>la</strong> vie professionnelle<br />
et familiale. Parmi les couples <strong>de</strong><br />
<strong>25</strong> à 54 ans avec <strong>de</strong>s enfants <strong>de</strong> moins<br />
<strong>de</strong> <strong>25</strong> ans, le modèle le plus fréquent<br />
est celui où l’homme travaille à plein<br />
temps et <strong>la</strong> femme à temps partiel<br />
(53 %), suivi du modèle « homme à<br />
plein temps/femme sans activité rémunérée<br />
» (un sixième). <strong>Le</strong> modèle<br />
« les <strong>de</strong>ux partenaires à plein temps »<br />
atteint 13 %, mais prévaut chez 52 %<br />
<strong>de</strong>s ménages sans enfant. En revanche,<br />
il est toujours rare que les<br />
<strong>de</strong>ux partenaires travaillent à temps<br />
partiel (8 % <strong>de</strong>s couples). 63 % <strong>de</strong>s<br />
femmes (entre <strong>25</strong> et 54 ans) et 16 % <strong>de</strong>s<br />
hommes travaillent à temps partiel.<br />
<strong>Le</strong> travail à temps partiel, qui permet<br />
<strong>de</strong> s’occuper <strong>de</strong>s enfants et <strong>de</strong>s<br />
proches ainsi que du ménage, a son<br />
revers <strong>de</strong> <strong>la</strong> médaille : <strong>de</strong>s rapports <strong>de</strong><br />
travail souvent précaires, <strong>de</strong>s chances<br />
<strong>de</strong> carrière impactées et une sécurité<br />
sociale moins bonne, notamment<br />
pour <strong>la</strong> caisse <strong>de</strong> pension. <strong>Le</strong>s rentes<br />
<strong>de</strong>s femmes sont ainsi aujourd’hui<br />
d’un tiers inférieures à celles <strong>de</strong>s<br />
hommes. Finalement, l’inégalité sa<strong>la</strong>riale<br />
aggrave encore <strong>la</strong> situation.<br />
Par conséquent, il faut une répartition<br />
du travail non rémunéré équitable<br />
entre les sexes, <strong>de</strong>s offres <strong>de</strong><br />
gar<strong>de</strong> à prix abordable en suffisance,<br />
mais aussi <strong>de</strong> bonnes CCT, <strong>de</strong>s mesures<br />
pour promouvoir <strong>la</strong> carrière et<br />
une AVS soli<strong>de</strong>. Une réduction du<br />
temps <strong>de</strong> travail avec maintien du sa<strong>la</strong>ire<br />
aurait elle aussi tout son sens.<br />
<strong>syndicom</strong> s’engage dans ce sens. Des<br />
modèles d’activité à temps partiel<br />
progressistes ont donc <strong>de</strong> l’avenir.
18<br />
<strong>Le</strong> mon<strong>de</strong><br />
du travail<br />
« Concilier les RP et le journalisme, tout en les distinguant,<br />
est un défi majeur <strong>de</strong>s indépendant-e-s <strong>de</strong>s médias » Michael Moser<br />
L’enquête suit son cours<br />
Quatre mois après son <strong>la</strong>ncement, dix projets journalistiques<br />
ont déjà été soutenus par le Pacte <strong>de</strong> l’enquête et du reportage,<br />
un fonds qui vise à promouvoir et financer <strong>de</strong>s projets d’investigation<br />
et <strong>de</strong> reportage journalistique sur <strong>de</strong>s sujets d’intérêt<br />
public. <strong>Le</strong> <strong>de</strong>uxième tour <strong>de</strong> subventionnements suivra bientôt.<br />
<strong>Le</strong> Pacte vise à renforcer les capacités d’investigation et <strong>de</strong> reportage <strong>de</strong>s journalistes. (© Keystone-ATS)<br />
Lancé début juin <strong>de</strong> cette année par<br />
neuf associations, syndicats et<br />
groupes <strong>de</strong> réflexions, parmi lesquels<br />
<strong>syndicom</strong>, le Pacte <strong>de</strong> l’enquête et du<br />
reportage a délivré cet été son premier<br />
tour <strong>de</strong> subventionnements. Au total,<br />
dix projets se sont vu attribuer <strong>de</strong>s<br />
soutiens al<strong>la</strong>nt <strong>de</strong> 1500 à 10 000 francs<br />
en Suisse alémanique, Suisse roman<strong>de</strong><br />
et Suisse italienne pour un total<br />
<strong>de</strong> 52 000 francs. La secon<strong>de</strong> session,<br />
disposant d’un budget <strong>de</strong><br />
50 000 francs comme les autres<br />
phases, a permis à <strong>de</strong>s professionnel-le-s<br />
<strong>de</strong>s médias <strong>de</strong> proposer leurs<br />
projets d’enquête jusqu’au 30 septembre<br />
<strong>de</strong>rnier.<br />
Soutiens recherchés<br />
Doté pour sa pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>la</strong>ncement<br />
d’un budget <strong>de</strong> 2<strong>25</strong> 000 francs, financé<br />
par <strong>de</strong>s dons <strong>de</strong> sources <strong>publique</strong>s et<br />
privées telles que <strong>de</strong>s fondations, sociétés<br />
<strong>de</strong> droits d’auteur ou fonds du<br />
secteur public, le Pacte espère consoli<strong>de</strong>r<br />
son financement à compter <strong>de</strong><br />
2022 afin <strong>de</strong> pouvoir soutenir d’avantage<br />
<strong>de</strong> projets. <strong>Le</strong> futur du Pacte dépend<br />
donc <strong>de</strong> ses donateurs, et chaque<br />
personne qui souhaite contribuer à<br />
un journalisme indépendant et <strong>de</strong><br />
qualité a <strong>la</strong> possibilité <strong>de</strong> le faire sur<br />
lepacte.ch.<br />
24 projets variés présentés au 1 er tour<br />
Premier projet <strong>de</strong> ce type et <strong>de</strong> cette<br />
ampleur en Suisse, <strong>Le</strong> Pacte répond<br />
assurément à un besoin. <strong>Le</strong>s journalismes<br />
d’investigation ou <strong>de</strong> reportage<br />
nécessitent beaucoup <strong>de</strong> temps, ce qui<br />
manque toujours plus aux rédactions<br />
décimées par les suppressions <strong>de</strong><br />
postes ou aux free<strong>la</strong>nces qui n’ont pas<br />
toujours <strong>la</strong> possibilité <strong>de</strong> consacrer<br />
plusieurs semaines ou mois à un sujet.<br />
Lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> première session, 24 dossiers<br />
ont été présentés aux jurys <strong>de</strong>s<br />
trois régions linguistiques. L’occasion<br />
<strong>de</strong> tirer une première leçon <strong>de</strong> ces débuts<br />
: « Ce qui bénéficiera à une candidature<br />
est que le ou <strong>la</strong> journaliste ait<br />
déjà commencé son enquête et puisse<br />
présenter <strong>de</strong>s premiers résultats en<br />
soutien <strong>de</strong> <strong>la</strong> thèse <strong>de</strong> son projet lors<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> soumission », précise Jean-François<br />
Tanda, secrétaire général du<br />
Pacte <strong>de</strong> l’enquête et du reportage.<br />
Un projet déjà un peu nourri donc<br />
mais sans limitation liée au support<br />
journalistique. Des dossiers aussi divers<br />
que <strong>de</strong>s reportages télévisés, <strong>de</strong>s<br />
podcasts pour <strong>la</strong> radio ou <strong>de</strong>s sujets <strong>de</strong><br />
presse écrite ou pour les médias électroniques<br />
ont été déposés pour le premier<br />
tour. La date butoir pour le<br />
3 e subventionnement n’est pas encore<br />
fixée mais les journalistes intéressé-e-s<br />
peuvent préparer leurs dossiers<br />
pour <strong>la</strong> fin <strong>de</strong> cette année.<br />
Melina Schröter<br />
Plus d’informations sur le Pacte et<br />
son fonctionnement : lepacte.ch.<br />
Comment se portent<br />
les indépendant-e-s ?<br />
Michael Moser, secrétaire central Médias<br />
J’ai exploré cette question avec <strong>la</strong> commission<br />
<strong>de</strong>s indépendant-e-s (voir<br />
portrait d’équipe en page 4) au printemps<br />
<strong>de</strong>rnier dans le cadre d’un sondage.<br />
<strong>Le</strong>s indépendant-e-s et free<strong>la</strong>nces<br />
dans <strong>la</strong> branche <strong>de</strong>s Médias ne<br />
sont pas seulement sous pression <strong>de</strong>puis<br />
<strong>la</strong> crise pandémique. C’était déjà<br />
le cas avant : les mandats et les honoraires<br />
étaient en baisse, les frais ne<br />
pouvaient plus être facturés et les<br />
forfaits é<strong>la</strong>borés par <strong>syndicom</strong> étaient<br />
<strong>de</strong> moins en moins acceptés. <strong>Le</strong> confinement<br />
et le recul corrélé <strong>de</strong>s annonces<br />
dans les médias ont aggravé<br />
cette situation.<br />
Une année après le début <strong>de</strong> <strong>la</strong> pandémie,<br />
nous voulions savoir plus précisément<br />
ce qu’il en était. <strong>Le</strong>s résultats<br />
du sondage ont été publiés entretemps.<br />
Ce qui en ressort nous ai<strong>de</strong> à<br />
ajuster notre position syndicale à <strong>la</strong><br />
réalité <strong>de</strong>s collègues. Nous savons <strong>de</strong>puis<br />
que <strong>la</strong> majorité <strong>de</strong>s personnes interrogées<br />
ne travaillent pas seulement<br />
dans le journalisme, mais aussi dans<br />
les re<strong>la</strong>tions <strong>publique</strong>s (RP). <strong>Le</strong> fait<br />
que seuls 16 % peuvent se contenter<br />
du journalisme pour vivre a toutefois<br />
surpris. Concilier le journalisme et les<br />
RP, tout en les distinguant, est ainsi<br />
un défi majeur <strong>de</strong>s professionnel-le-s<br />
<strong>de</strong>s médias indépendant-e-s.<br />
Lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> 18 e journée <strong>de</strong>s indépendant-e-s,<br />
nous avons donc thématisé<br />
pour <strong>la</strong> première fois cette question <strong>de</strong><br />
manière concrète. D’autres évènements<br />
suivront. <strong>Le</strong>s résultats du sondage<br />
peuvent être consultés en ligne<br />
sur <strong>syndicom</strong>.ch/sondagelibres.
« La moitié <strong>de</strong>s jeunes journalistes n’a pas assez <strong>de</strong> temps<br />
pour gérer les tâches quotidiennes. » Lauro Mombelli<br />
19<br />
« La majorité accomplit<br />
plus <strong>de</strong> trois heures<br />
supplémentaires par<br />
semaine »<br />
Dans son travail <strong>de</strong> Master réalisé au Département<br />
<strong>de</strong>s sciences <strong>de</strong> <strong>la</strong> communication et <strong>de</strong>s<br />
médias à l’Université <strong>de</strong> Fribourg, Lauro<br />
Mombelli a examiné les conditions <strong>de</strong> travail<br />
actuelles <strong>de</strong> jeunes journalistes en Suisse.<br />
C’est <strong>la</strong> première étu<strong>de</strong> spécifique concernant<br />
<strong>la</strong> relève dans <strong>la</strong> branche <strong>de</strong>s médias. Pas<br />
moins <strong>de</strong> 200 journalistes nés en 1990 ou plus<br />
tard ont participé au sondage. Pour <strong>la</strong> diffusion<br />
du questionnaire, l’auteur <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> a été<br />
soutenu par <strong>syndicom</strong>.<br />
Lauro Mombelli, <strong>la</strong> profession <strong>de</strong> journaliste présentet-elle<br />
encore un attrait pour les jeunes ?<br />
Il faut différencier. Il y a <strong>de</strong>s aspects positifs en faveur <strong>de</strong><br />
l’attractivité. La majorité <strong>de</strong>s personnes interrogées ont<br />
indiqué disposer <strong>de</strong> suffisamment <strong>de</strong> temps pour vérifier<br />
les sources et informations, et pour écrire leurs textes. Elles<br />
jugent aussi positive leur gran<strong>de</strong> autonomie <strong>de</strong> travail. <strong>Le</strong><br />
revers <strong>de</strong> <strong>la</strong> médaille est que <strong>la</strong> majorité doit effectuer plus<br />
<strong>de</strong> trois heures supplémentaires <strong>de</strong> travail par semaine. Et<br />
aussi que <strong>la</strong> moitié <strong>de</strong>s personnes sondées manque <strong>de</strong><br />
temps pour gérer les tâches quotidiennes d’une manière<br />
satisfaisante pour elles.<br />
Ces <strong>de</strong>rniers mois, l’association Jeunes Journalistes<br />
suisses (JJS) a abordé le problème du stress et <strong>de</strong>s heures<br />
supplémentaires dans une campagne sur les médias sociaux.<br />
Dans <strong>de</strong>s déc<strong>la</strong>rations impressionnantes, les jeunes<br />
journalistes ont fait part <strong>de</strong> leurs problèmes psychologiques<br />
causés par <strong>la</strong> charge <strong>de</strong> travail. Quelle est l’ampleur<br />
<strong>de</strong> ce problème ?<br />
J’ai enquêté sur diverses situations <strong>de</strong> stress dans mon sondage.<br />
En réponse, 71 % <strong>de</strong>s personnes interrogées ont indiqué<br />
: « Je dois penser à trop <strong>de</strong> choses en même temps »,<br />
« très souvent, voire toujours ». D’autre part, j’ai aussi <strong>de</strong>mandé<br />
dans quelle mesure elles parvenaient à gérer le<br />
stress. Ici, une majorité a répondu qu’elle y faisait face assez<br />
bien ou parfaitement bien.<br />
<strong>Le</strong> sa<strong>la</strong>ire constitue bien entendu aussi un facteur important<br />
dans l’attractivité <strong>de</strong> <strong>la</strong> profession. L’année <strong>de</strong>rnière,<br />
<strong>syndicom</strong> et l’USS ont découvert dans une enquête sur les<br />
sa<strong>la</strong>ires que ceux <strong>de</strong>s journalistes stagnent <strong>de</strong>puis une<br />
décennie. Quelle est <strong>la</strong> situation ?<br />
En ce qui concerne le niveau sa<strong>la</strong>rial <strong>de</strong>s jeunes, j’ai déterminé<br />
un revenu mensuel brut médian <strong>de</strong> 5000 à 6000 francs.<br />
Cependant, mon échantillon a également confirmé que les<br />
journalistes masculins gagnent légèrement plus que leurs<br />
collègues femmes, et que les employé-e-s fixes gagnent<br />
plus que les free<strong>la</strong>nces. Par rapport aux étu<strong>de</strong>s précé<strong>de</strong>ntes,<br />
je considère comme positif le fait que <strong>la</strong> proportion<br />
<strong>de</strong> personnes gagnant moins <strong>de</strong> 4000 francs par mois a légèrement<br />
diminué.<br />
Dans le contexte <strong>de</strong>s recettes publicitaires en baisse,<br />
les médias traversent une crise qui dure déjà <strong>de</strong>puis longtemps.<br />
Tu as aussi <strong>de</strong>mandé aux jeunes journalistes comment<br />
ils envisagent leur avenir et celui <strong>de</strong> leur profession<br />
et <strong>de</strong> <strong>la</strong> branche. Qu’en est-il ressorti ?<br />
<strong>Le</strong>s personnes interrogées voient leur avenir <strong>de</strong> façon<br />
plutôt positive. En revanche, seul un quart est optimiste<br />
quant à l’avenir <strong>de</strong> <strong>la</strong> profession et <strong>de</strong> <strong>la</strong> branche. <strong>Le</strong>s réponses<br />
<strong>la</strong>issent naturellement p<strong>la</strong>ce à l’interprétation sur<br />
<strong>la</strong> raison <strong>de</strong> cette appréciation différente. Il serait intéressant<br />
que cette question soit examinée dans un prochain<br />
travail.<br />
Où les personnes interrogées voient-elles avant tout un<br />
potentiel d’amélioration par rapport aux conditions <strong>de</strong><br />
travail ?<br />
Je n’ai pas posé <strong>la</strong> question <strong>de</strong> façon aussi directe.<br />
Néanmoins, une <strong>de</strong>s questions consistait à connaître les<br />
raisons <strong>de</strong> quitter le journalisme. Et là, l’un <strong>de</strong>s motifs<br />
principaux évoqués est le manque <strong>de</strong> prise en compte <strong>de</strong><br />
l’équilibre nécessaire entre vie professionnelle et privée.<br />
C’est pourquoi il serait utile que les employeurs s’assurent<br />
que les journalistes ne soient pas obligé-e-s d’effectuer<br />
<strong>de</strong>s heures supplémentaires chaque semaine.<br />
Interview réalisée par Lorenzo Bonati<br />
Lauro Mombelli a réalisé cette étu<strong>de</strong> dans le cadre <strong>de</strong> son Master of Arts en<br />
Communication et Médias. (© Mise à disposition)<br />
<strong>Le</strong> travail <strong>de</strong> Master complet en allemand :<br />
<strong>syndicom</strong>.ch/NY9hw
20<br />
<strong>Le</strong> mon<strong>de</strong><br />
du travail<br />
« Malgré l’incertitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> ces investissements,<br />
le lobby financier a une fois <strong>de</strong> plus prévalu. » Matteo Antonini<br />
De longues nuits sous terre<br />
<strong>Le</strong> Conseil fédéral veut assouplir les dispositions re<strong>la</strong>tives au<br />
travail <strong>de</strong> nuit dans <strong>la</strong> branche <strong>de</strong>s infrastructures <strong>de</strong> réseau.<br />
<strong>Le</strong>s conditions <strong>de</strong> travail pourraient ainsi <strong>de</strong>venir plus difficiles.<br />
<strong>Le</strong> travail <strong>de</strong> nuit, néfaste pour <strong>la</strong> santé, doit absolument resté encadré <strong>de</strong> façon stricte. (© <strong>syndicom</strong>)<br />
Travailler dans un puits étroit, en<br />
plein milieu <strong>de</strong> <strong>la</strong> nuit : pour Martina<br />
Rist et ses collègues qui exercent <strong>la</strong><br />
profession d’épisseur cuivre et fibre<br />
optique, ce<strong>la</strong> fait partie <strong>de</strong> <strong>la</strong> routine<br />
quotidienne. Ils assurent le fonctionnement<br />
<strong>de</strong>s raccor<strong>de</strong>ments téléphoniques<br />
et Internet pour <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />
et les entreprises suisses.<br />
Sous terre, ils relient les câbles<br />
pour permettre <strong>la</strong> circu<strong>la</strong>tion <strong>de</strong>s <strong>flux</strong><br />
<strong>de</strong> données. « En principe, ces travaux<br />
pourraient toujours être réalisés <strong>de</strong><br />
jour. » Mais les clients s’y opposent<br />
souvent lors <strong>de</strong> raccor<strong>de</strong>ments d’envergure.<br />
<strong>Le</strong>s travaux ne débutent alors<br />
qu’après <strong>la</strong> fermeture <strong>de</strong>s bureaux,<br />
restaurants ou commerces situés alentour.<br />
Commencer à travailler seulement<br />
le soir est éprouvant, explique<br />
Martina Rist. C’est aussi l’avis <strong>de</strong> Jonny<br />
Fontanive, épisseur dans <strong>la</strong> filiale<br />
<strong>de</strong> Swisscom cablex. « Ça fait pas mal<br />
<strong>de</strong> temps que j’y suis, c’est pourquoi je<br />
me suis habitué à ce travail. »<br />
Il est primordial <strong>de</strong> dormir suffisamment<br />
avant <strong>de</strong> travailler <strong>la</strong> nuit.<br />
« Mais même si l’on est reposé, <strong>la</strong> fatigue<br />
nous prend durant <strong>la</strong> nuit. » Au<br />
fond <strong>de</strong>s puits, le danger guette lorsqu’on<br />
est déconcentré. Il faut aussi<br />
veiller à éviter toute erreur dans le raccor<strong>de</strong>ment<br />
<strong>de</strong>s câbles. Un peu <strong>de</strong> café<br />
ou <strong>de</strong> choco<strong>la</strong>t, ou discuter avec les<br />
collègues ai<strong>de</strong> à tenir le coup. <strong>Le</strong>s collègues<br />
sur les chantiers et chez cablex<br />
veillent les uns sur les autres. Martina<br />
Rist et Jonny Fontanive jugent par ailleurs<br />
bonnes leurs conditions <strong>de</strong> travail,<br />
qui sont réglées dans une CCT.<br />
<strong>Le</strong> travail <strong>de</strong> nuit est éprouvant<br />
Des étu<strong>de</strong>s montrent que le travail <strong>de</strong><br />
nuit et en équipe augmente le risque<br />
<strong>de</strong> surpoids ou <strong>de</strong> ma<strong>la</strong>die chronique.<br />
<strong>Le</strong> CF prévoit néanmoins d’assouplir<br />
les dispositions re<strong>la</strong>tives au travail <strong>de</strong><br />
nuit. Il entend ainsi lever l’obligation<br />
<strong>de</strong> solliciter une autorisation <strong>de</strong> nuit<br />
et du dimanche pour les travaux<br />
d’exploitation et d’entretien <strong>de</strong> tous<br />
les transports publics. Ce<strong>la</strong> concerne<br />
aussi <strong>la</strong> branche <strong>de</strong>s infrastructures<br />
<strong>de</strong> réseau, « alors que même les entreprises<br />
<strong>de</strong> réseau elles-mêmes ne l’exigent<br />
pas », souligne Daniel Hügli, secrétaire<br />
central TIC chez <strong>syndicom</strong>. Il<br />
craint une dégradation <strong>de</strong>s conditions<br />
<strong>de</strong> travail du personnel concerné.<br />
« Sans l’obligation <strong>de</strong> solliciter une<br />
autorisation, <strong>la</strong> surveil<strong>la</strong>nce est<br />
moindre. »<br />
Toutefois, le travail <strong>de</strong> nuit est exigeant,<br />
même lorsqu’aucun événement<br />
particulier ne vient le perturber,<br />
comme un orage inattendu qui inon<strong>de</strong><br />
le puits ou <strong>de</strong>s noctambules agressifs<br />
qui s’approchent <strong>de</strong>s travailleurs <strong>de</strong><br />
nuit. Lorsque le travail <strong>de</strong> nuit s’achève<br />
au petit matin, certains ouvriers<br />
boivent un <strong>de</strong>rnier café avant <strong>de</strong> rentrer<br />
chez eux. Pour dormir, enfin. Et<br />
dès 7h le len<strong>de</strong>main matin, il faudra à<br />
nouveau rouvrir les lourds couvercles<br />
<strong>de</strong>s puits. Afin d’éviter que le travail<br />
<strong>de</strong>s constructeurs <strong>de</strong> réseau ne <strong>de</strong>vienne<br />
plus difficile encore, <strong>syndicom</strong><br />
s’oppose à un assouplissement <strong>de</strong><br />
l’obligation <strong>de</strong> solliciter une autorisation<br />
pour le travail <strong>de</strong> nuit.<br />
Basil Weingartner<br />
En savoir plus sur <strong>la</strong> branche Infrastructure<br />
<strong>de</strong> réseau : <strong>syndicom</strong>.ch/VXHRD<br />
Un vote juste contre le<br />
risque <strong>de</strong> spécu<strong>la</strong>tion<br />
Matteo Antonini, responsable du secteur<br />
Logistique et membre du comité directeur<br />
En septembre, <strong>la</strong> Commission <strong>de</strong><br />
l’économie et <strong>de</strong>s re<strong>de</strong>vances du<br />
Conseil national (CER-N) a autorisé<br />
les caisses <strong>de</strong> pension à accé<strong>de</strong>r à <strong>de</strong>s<br />
fonds hautement spécu<strong>la</strong>tifs. Face aux<br />
risques que présentent ces produits financiers,<br />
notre capital prévoyance,<br />
constitué tout au long <strong>de</strong> notre vie<br />
professionnelle, est donc menacé <strong>de</strong><br />
s’évaporer. Malgré l’incertitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> ces<br />
investissements (qui ont conduit à <strong>de</strong>s<br />
crises importantes comme celle <strong>de</strong>s<br />
subprimes <strong>de</strong> 2007-2008), le lobby financier<br />
a une fois <strong>de</strong> plus prévalu.<br />
Nous l’avions déjà prédit dans le<br />
<strong>de</strong>rnier numéro du <strong>magazine</strong> <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong>,<br />
au travers <strong>de</strong> l’article au titre<br />
prophétique « <strong>Le</strong> problème à 1200 milliards<br />
<strong>de</strong>s travailleuses et travailleurs<br />
». On y voyait nos épargnes <strong>de</strong><br />
vieillesse jouées sur une table <strong>de</strong> roulette.<br />
Cette nouvelle déréglementation<br />
dangereuse met encore davantage<br />
en péril notre système <strong>de</strong> rente,<br />
déjà menacé par les intermédiaires financiers<br />
et les partis bourgeois.<br />
C’est pourquoi il est plus que jamais<br />
important et nécessaire que les<br />
travailleuses et travailleurs puissent<br />
participer aux décisions <strong>de</strong>s caisses <strong>de</strong><br />
pension. Ils-elles doivent avoir leur<br />
mot à dire sur <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong> leur argent<br />
économisé grâce à leur travail. Et pour<br />
cette raison, il est fondamental <strong>de</strong> voter<br />
<strong>la</strong> liste <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong> aux élections<br />
du conseil <strong>de</strong> fondation <strong>de</strong> <strong>la</strong> caisse <strong>de</strong><br />
pensions Poste. Il est encore temps <strong>de</strong><br />
le faire jusqu’au 29 octobre !
« Des solutions basées sur le partenariat social sont préférables<br />
en matière <strong>de</strong> modèles <strong>de</strong> temps <strong>de</strong> travail. » Daniel Hügli<br />
21<br />
Une nouvelle CCT innovante<br />
ratifiée chez CarPostal<br />
La nouvelle CCT <strong>de</strong> CarPostal, récemment ratifiée par les organes<br />
compétents et qui entrera en vigueur au 1 er janvier 2022,<br />
offre <strong>de</strong>s conditions d’engagement mo<strong>de</strong>rnes pour tout le personnel.<br />
<strong>Le</strong> résultat <strong>de</strong> plusieurs mois <strong>de</strong> négociations.<br />
<strong>Le</strong>s progrès obtenus touchent les employé-e-s <strong>de</strong> CarPostal et <strong>de</strong>s entrepreneurs postaux. (© Keystone-ATS)<br />
Que nous avons souffert, pleuré, chanté<br />
et surtout négocié. Mais nous y voilà<br />
enfin, <strong>la</strong> nouvelle CCT et le règlement<br />
EP sont là. Et avec eux leur lot d’améliorations<br />
en matière <strong>de</strong> conditions <strong>de</strong><br />
travail.<br />
Nouveau modèle d’horaires <strong>de</strong> travail<br />
Une <strong>de</strong>s principales améliorations <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> nouvelle CCT CarPostal concerne<br />
les col<strong>la</strong>borateurs-trices à temps partiel<br />
qui ont désormais <strong>la</strong> possibilité <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s jours <strong>de</strong> congé et <strong>de</strong> services<br />
bloqués. Sur <strong>de</strong>man<strong>de</strong> et si les<br />
impératifs d’exploitation le permettent,<br />
le personnel à temps partiel<br />
peut définir <strong>de</strong>s jours bloqués fixes<br />
durant <strong>la</strong> semaine, pendant lesquels<br />
on ne peut pas prévoir leur affectation.<br />
Si CarPostal peut prévoir dans <strong>la</strong> p<strong>la</strong>nification<br />
annuelle <strong>de</strong>s « jours <strong>de</strong> réserve<br />
», modifiables jusqu’à l’avantveille,<br />
les autres modifications <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
p<strong>la</strong>nification mensuelle requièrent<br />
dorénavant l’accord <strong>de</strong>s col<strong>la</strong>borateurs-trices,<br />
qui seront alors in<strong>de</strong>mnisés<br />
s’ils acceptent <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> prise<br />
<strong>de</strong> service à court terme.<br />
Plus <strong>de</strong> temps pour sa famille<br />
Des améliorations <strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong><br />
travail ont aussi été apportées dans le<br />
souci d’un bon équilibre entre vie professionnelle<br />
et vie familiale : les col<strong>la</strong>borateurs-trices<br />
ayant <strong>de</strong>s enfants à<br />
l’école peuvent ainsi prendre au moins<br />
<strong>de</strong>ux semaines <strong>de</strong> congé durant les vacances<br />
sco<strong>la</strong>ires. En parallèle, le congé<br />
paternité a été doublé <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux à quatre<br />
semaines. Et les futures mères ont<br />
droit à six semaines <strong>de</strong> congé non<br />
payé, afin <strong>de</strong> prolonger le congé maternité<br />
<strong>de</strong> 18 semaines.<br />
Conditions d’engagement uniformes<br />
En plus <strong>de</strong> <strong>la</strong> nouvelle CCT, les partenaires<br />
sociaux sont également parvenus<br />
à un accord sur les conditions<br />
d’engagement du personnel <strong>de</strong><br />
conduite <strong>de</strong>s entreprises CarPostal : à<br />
partir du 1 er janvier 2022, <strong>de</strong>s valeurs<br />
<strong>de</strong> référence uniformes pour <strong>de</strong>s<br />
conditions d’engagement équivalentes<br />
s’appliqueront à toutes les<br />
entreprises CarPostal. Sans une délégation<br />
<strong>de</strong> négociation forte et compétente,<br />
ce résultat n’aurait pas été<br />
possible. <strong>syndicom</strong> a ainsi démontré<br />
que les efforts collectifs paient.<br />
Mais il ne s’agit là que d’une brève<br />
sélection <strong>de</strong>s nombreuses améliorations<br />
obtenues. Vous travaillez chez<br />
CarPostal et souhaitez en savoir plus<br />
sur <strong>la</strong> nouvelle CCT ? Inscrivez-vous<br />
aux cours proposés gratuitement et<br />
pendant votre temps <strong>de</strong> travail.<br />
Matteo Antonini<br />
Toutes les améliorations <strong>de</strong> <strong>la</strong> nouvelle CCT<br />
en un coup d’oeil sur <strong>syndicom</strong>.ch/j4WTJ<br />
Non à un décloisonnement<br />
massif du temps<br />
<strong>de</strong> travail<br />
Daniel Hügli, Secrétaire central TIC<br />
En janvier 2021, les partenaires sociaux<br />
se réunissaient à une table ron<strong>de</strong><br />
virtuelle du Secrétariat d’Etat à l’économie<br />
pour parler d’un modèle spécial<br />
d’annualisation du temps <strong>de</strong> travail<br />
dans l’ordonnance 2 re<strong>la</strong>tive à <strong>la</strong><br />
loi sur le travail. D’un côté, les associations<br />
patronales et un représentant<br />
<strong>de</strong>s associations <strong>de</strong>s branches <strong>de</strong>s auditeurs,<br />
fiduciaires et TIC. Avec eux,<br />
<strong>de</strong>s représentant-e-s <strong>de</strong>s organisations<br />
<strong>de</strong> cadres et organisations professionnelles,<br />
lesquelles ont soumis<br />
conjointement avec les associations<br />
<strong>de</strong> branche une proposition prévoyant<br />
ce modèle spécial <strong>de</strong> temps <strong>de</strong> travail.<br />
Au travers d’une formu<strong>la</strong>tion ouverte,<br />
le décloisonnement massif du<br />
temps <strong>de</strong> travail toucherait un grand<br />
nombre <strong>de</strong> travailleurs-euses <strong>de</strong> diverses<br />
branches.<br />
De l’autre côté se trouvait <strong>la</strong> délégation<br />
<strong>de</strong> l’USS, dans <strong>la</strong>quelle siégeait<br />
aussi notre représentant <strong>syndicom</strong>.<br />
<strong>Le</strong>s syndicats ont rejeté cette proposition,<br />
car un modèle d’annualisation<br />
du temps <strong>de</strong> travail existe déjà aujourd’hui<br />
et <strong>de</strong>s solutions basées sur<br />
le partenariat social sont préférables.<br />
Par exemple, par le biais <strong>de</strong> CCT qui<br />
couvrent mieux les besoins <strong>de</strong> l’entreprise<br />
et protègent en même temps <strong>la</strong><br />
santé <strong>de</strong>s employé-e-s.<br />
Certes, le projet <strong>de</strong> révision envoyé<br />
ensuite en consultation par le Conseil<br />
fédéral ne mentionne plus les<br />
branches TIC. Mais ce <strong>de</strong>rnier ferait<br />
mieux <strong>de</strong> veiller à <strong>la</strong> mise sur pied et au<br />
renforcement <strong>de</strong> partenariats sociaux<br />
dans les branches encore concernées<br />
par ce projet.
22 Politique<br />
<strong>Le</strong>s enjeux <strong>de</strong> notre<br />
souveraineté numérique<br />
En juin <strong>de</strong>rnier, <strong>la</strong> Confédération a décidé <strong>de</strong> confier à quatre<br />
entreprises américaines (Amazon, IBM, Microsoft et Oracle) et<br />
à <strong>la</strong> société chinoise Alibaba <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong>s données <strong>de</strong>s différents<br />
départements et <strong>de</strong> <strong>la</strong> Chancellerie fédérale. Google, qui<br />
a été exclu, a fait appel. Dans l’attente <strong>de</strong> <strong>la</strong> décision du<br />
Tribunal administratif fédéral, Jean-Henry Morin, <strong>de</strong><br />
l’Université <strong>de</strong> Genève, s’interroge sur <strong>la</strong> souveraineté <strong>de</strong> nos<br />
données et dénonce le retard pris par <strong>la</strong> Suisse dans <strong>la</strong> gestion<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> transition numérique.<br />
Texte : Fe<strong>de</strong>rico Franchini<br />
Image : Keystone-ATS<br />
Pour stocker ses données, <strong>la</strong> Confédération<br />
a choisi quatre entreprises<br />
américaines et une chinoise. Quels<br />
sont les risques ?<br />
<strong>Le</strong>s risques sont nombreux et immenses.<br />
La simple perte <strong>de</strong> souveraineté<br />
sur notre infrastructure numérique<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> part <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
Confédération comporte un risque<br />
énorme. Mais l’on pourrait décortiquer<br />
les risques à l’infini : ceux liés à<br />
<strong>la</strong> surveil<strong>la</strong>nce, au blocage <strong>de</strong>s données<br />
et <strong>de</strong>s services, en passant par<br />
une série d’activités liées au renseignement,<br />
jusqu’à <strong>la</strong> protection et<br />
l’intégrité <strong>de</strong> données <strong>de</strong>s citoyens<br />
et <strong>de</strong> l’administration.<br />
La Suisse n’aura donc pas <strong>la</strong> capacité<br />
<strong>de</strong> pouvoir vérifier dans le détail<br />
ce que <strong>de</strong>viennent les données<br />
confiées à ces p<strong>la</strong>teformes ?<br />
La manière dont seront traitées ces<br />
données va complètement dépendre<br />
<strong>de</strong>s contrats spécifiques qui seront<br />
signés avec chacun <strong>de</strong> ces prestataires.<br />
Ces contrats, SLA (Service<br />
<strong>Le</strong>vel Agreement), spécifient très<br />
concrètement ce qui est offert en<br />
termes <strong>de</strong> service, les pénalités, les<br />
conditions d’utilisation, etc. De ce<br />
fait, tout est lié à l’interprétation et<br />
à l’acceptation <strong>de</strong> ces contrats qui<br />
seront effectivement conclus dans<br />
cette externalisation <strong>de</strong> services.<br />
Est-ce qu’il y a une marge <strong>de</strong><br />
manœuvre pour <strong>la</strong> Confédération<br />
dans le cadre <strong>de</strong> l’établissement <strong>de</strong><br />
ces contrats ?<br />
En général pas. La plupart <strong>de</strong> ces<br />
prestataires sont <strong>de</strong>s importants<br />
groupes internationaux <strong>de</strong> l’industrie<br />
du numérique qui ont <strong>de</strong>s<br />
contrats-types. Dans ce contexte,<br />
<strong>la</strong> marge <strong>de</strong> négociation est quasi<br />
nulle. On peut essayer <strong>de</strong> changer<br />
quelques détails, mais il faut bien<br />
comprendre qu’en face, on a <strong>de</strong>s<br />
machines <strong>de</strong> guerre techniques et<br />
juridiques qui ne sont pas <strong>de</strong>s phi<strong>la</strong>nthropes.<br />
La négociation risque<br />
d’être compliquée, voire impossible.<br />
<strong>Le</strong> choix d’Alibaba est surprenant<br />
alors que les entreprises chinoises<br />
sont pointées du doigt pour leur<br />
proximité avec Pékin. La Suisse sera,<br />
elle aussi, sous l’œil du Gouvernement<br />
chinois ?<br />
Cette manière <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r <strong>de</strong> <strong>la</strong> part<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse est d’une extrême naïveté.<br />
On sait comment se comporte <strong>la</strong><br />
Chine d’un point <strong>de</strong> vue démocratique.<br />
Et, grâce aux révé<strong>la</strong>tions d’Edward<br />
Snow<strong>de</strong>n en 2013, on sait aussi<br />
comment les Etats-Unis se comportent.<br />
Il n’y a donc aucun doute<br />
sur les potentielles situations problématiques.<br />
A-t-on les moyens <strong>de</strong> concurrencer<br />
les géants étrangers d’un point <strong>de</strong><br />
vue technique ?<br />
Gérer un cloud pour un petit pays tel<br />
que <strong>la</strong> Suisse, qui d’ailleurs est au<br />
sommet <strong>de</strong> c<strong>la</strong>ssements internationaux<br />
en termes d’innovation, ne<br />
représente aucun défi technique.<br />
La question, d’un point <strong>de</strong> vue technique,<br />
ne se pose même pas : nous<br />
avons tout ce qu’il faut pour faire ce<br />
qu’il faut en matière <strong>de</strong> souveraineté<br />
numérique.<br />
Où se situe le retard <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse ?<br />
<strong>Le</strong> retard colossal que nous avons<br />
accumulé est politique. Il faut<br />
l’attribuer à l’absence total <strong>de</strong><br />
lea<strong>de</strong>rship et <strong>de</strong> gouvernance en<br />
matière <strong>de</strong> transition numérique.<br />
En Suisse, c’est seulement en 2021<br />
qu’on a commencé à en parler,<br />
tandis que <strong>la</strong> plupart <strong>de</strong>s Etats et<br />
l’Union européenne ont débuté aux
« La responsabilité numérique va avoir une inci<strong>de</strong>nce croissante sur <strong>la</strong> valorisation <strong>de</strong>s<br />
entreprises. Elles doivent être capables <strong>de</strong> répondre à <strong>de</strong>s questions concrètes qui touchent à <strong>la</strong><br />
transition numérique. Dans ce sens, on a fait un travail en 2020 avec <strong>la</strong> fondation Ethos autour <strong>de</strong><br />
sept questions-clés en matière <strong>de</strong> responsabilité numérique d’entreprise. Une prise <strong>de</strong> conscience<br />
simi<strong>la</strong>ire doit être prise par l’Etat et conduire à une responsabilité numérique <strong>publique</strong>. »<br />
23<br />
alentours <strong>de</strong> 2010. Cet année-là,<br />
Doris <strong>Le</strong>uthard, alors conseillère fédérale,<br />
avait déjà fait le constat que<br />
<strong>la</strong> Suisse était en retard : onze ans<br />
plus tard, ceci est un sujet qui n’est<br />
toujours pas incarné. Aujourd’hui,<br />
on commence à en payer les conséquences.<br />
L’option <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s infrastructures<br />
propres en Suisse a été<br />
ba<strong>la</strong>yée par le Conseil fédéral en<br />
2020. Comment jugez-vous cette<br />
décision ?<br />
Ce choix est simplement catastrophique<br />
et incompréhensible.<br />
Quelques mois auparavant, le<br />
Conseil fédéral avait dit c<strong>la</strong>irement<br />
que l’objectif était d’améliorer <strong>la</strong><br />
souveraineté <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse en matière<br />
<strong>de</strong> données pour réduire au minimum<br />
<strong>la</strong> dépendance du pays par<br />
rapport aux prestataires <strong>de</strong>s services<br />
cloud. En 2021, il procè<strong>de</strong> à l’adjudication<br />
auprès <strong>de</strong>s cinq prestataires<br />
chinois et américains : une attitu<strong>de</strong><br />
schizophrénique ! Que s’est-il passé<br />
entretemps ?<br />
La question ne se<br />
pose pas : <strong>la</strong> Suisse<br />
a les capacités<br />
d’assurer sa souveraineté<br />
numérique.<br />
Dans le contexte actuel, <strong>la</strong> nécessité<br />
<strong>de</strong> créer une structure technique<br />
indépendante <strong>de</strong> droit public – une<br />
sorte <strong>de</strong> service public digital –<br />
est-elle nécessaire ?<br />
Je pense qu’on ne peut pas abor<strong>de</strong>r<br />
les exigences <strong>de</strong> cette question sans<br />
avoir eu un débat public en <strong>la</strong> matière.<br />
<strong>Le</strong> service public digital est<br />
une voie parmi d’autres : il y a plusieurs<br />
options possibles, mais il faut<br />
qu’on puisse en débattre en tant que<br />
société pour qu’on arrive enfin à<br />
avancer. Si démocratiquement on a<br />
un débat public et que le résultat<br />
c’est d’externaliser aux multinationales<br />
étrangères, alors d’accord.<br />
Mais si, en revanche, le résultat relève<br />
d’une nécessité d’une forme <strong>de</strong><br />
souveraineté en <strong>la</strong> matière et d’un<br />
service public digital, il faudra alors<br />
exclure tout ce qui va dans le sens <strong>de</strong><br />
ce qui a été fait récemment et se doter<br />
<strong>de</strong> l’infrastructure et d’une gouvernance<br />
adéquates.<br />
S’il faut une telle strcture <strong>publique</strong>,<br />
comme l’imaginez-vous ?<br />
A qui appartiendront les données ?<br />
Qui sera le responsable ? Où seront<br />
déposées les données ? Qui peut y<br />
accé<strong>de</strong>r ? <strong>Le</strong>s réponses à ces questions<br />
doivent nécessairement être le<br />
résultat d’un débat qui permet <strong>de</strong><br />
définir les exigences qui serviront à<br />
un appel d’offre ou à une réalisation<br />
technique si ce <strong>de</strong>vait être entre les<br />
mains <strong>de</strong> <strong>la</strong> Confédération. Ce qu’il<br />
faut d’abord, et avec urgence, c’est<br />
un débat qui définisse <strong>la</strong> société numérique<br />
que nous souhaitons<br />
construire et <strong>la</strong>isser aux générations<br />
futures.<br />
<strong>Le</strong> projet d’une initiative popu<strong>la</strong>ire<br />
sur <strong>la</strong> souveraineté numérique, dont<br />
vous êtes l’un <strong>de</strong>s promoteurs,<br />
a-t-il l’objectif d’ouvrir ce débat si<br />
<strong>la</strong>cunaire jusqu’à maintenant ?<br />
Oui, nous partons <strong>de</strong> ce qui s’est<br />
passé cet été avec cette adjudication<br />
aux géants étasuniens et chinois.<br />
Il faut certes remettre en question<br />
cette décision. On est cependant<br />
conscient qu’il faut du temps pour<br />
<strong>la</strong>ncer une initiative, mais l’un <strong>de</strong>s<br />
objectifs <strong>de</strong> notre démarche est justement<br />
celui d’ouvrir <strong>de</strong>s discussions<br />
<strong>publique</strong>s et y faire intervenir<br />
non seulement les lobbys du numériques<br />
et les EPF, mais aussi les universités,<br />
les hautes écoles et <strong>la</strong> société<br />
civile. L’idée à long terme est<br />
d’attacher dans <strong>de</strong>s textes légaux<br />
tels que <strong>la</strong> Constitution les enjeux<br />
<strong>de</strong> notre souveraineté numérique.<br />
<strong>Le</strong> seul débat sur ces thématiques a<br />
été celui sur l’i<strong>de</strong>ntité numérique au<br />
mois <strong>de</strong> mars <strong>de</strong>rnier. La position<br />
du peuple a été assez c<strong>la</strong>ire…<br />
Oui, alors qu’en Suisse nous discutons<br />
<strong>de</strong> tout, <strong>de</strong>s minarets aux<br />
cornes <strong>de</strong> vaches et aux loups, là<br />
c’était <strong>la</strong> première fois que les citoyen-ne-s<br />
suisses ont pu affronter<br />
une discussion sur l’un <strong>de</strong>s aspects<br />
fondamentaux <strong>de</strong> notre société et se<br />
poser <strong>de</strong>s questions sur l’enjeu numérique.<br />
Et le peuple a dit c<strong>la</strong>irement<br />
(65 %) qu’il ne vou<strong>la</strong>it pas externaliser<br />
à <strong>de</strong>s opérateurs privés<br />
son i<strong>de</strong>ntité numérique nationale.<br />
C’est un signal fort, dont il va falloir<br />
tenir compte.<br />
L’initiative sur <strong>la</strong> souveraineté numérique:<br />
<strong>syndicom</strong>.ch/4HwKx<br />
Pendant ce<br />
temps-là...<br />
Numéros d’AVS et <strong>de</strong> téléphone,<br />
dates <strong>de</strong> naissance, rapports d’évaluation<br />
<strong>de</strong>s employé-e-s, <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s<br />
d’exonération fiscale et même <strong>de</strong>s<br />
notes sco<strong>la</strong>ires. Depuis quelques<br />
mois, ce genre <strong>de</strong> données absolument<br />
personnelles sont disponibles<br />
en ligne sur le darknet, <strong>la</strong> « zone<br />
grise » d’Internet échappant à toute<br />
loi. Ce<strong>la</strong> touche <strong>la</strong> commune vaudoise<br />
<strong>de</strong> Rolle. Des données sensibles<br />
concernant 5000 habitant-e-s<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> « perle du Léman », enregistrées<br />
sur le système informatique<br />
communal, ont été piratées par <strong>de</strong>s<br />
hackers. Ils auraient ensuite fait<br />
une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> rançon, à <strong>la</strong>quelle<br />
<strong>la</strong> commune n’a pas répondu. A <strong>la</strong><br />
fin du mois d’août, <strong>la</strong> tentative <strong>de</strong><br />
cyberattaque a été révélée par le<br />
quotidien <strong>Le</strong> Temps, faisant couler<br />
beaucoup d’encre. Pourquoi les citoyen-e-s<br />
n’avaient pas été prévenu-e-s<br />
? <strong>Le</strong>s réseaux suisses, à tous<br />
les niveaux (communal, cantonal et<br />
fédéral), sont-ils en mesure <strong>de</strong> résister<br />
aux cyberattaques <strong>de</strong> ces multinationales<br />
<strong>de</strong> pirates informatiques,<br />
qui essaiment <strong>de</strong> plus en plus dans<br />
le mon<strong>de</strong> ?<br />
<strong>Le</strong> Conseil fédéral ne semble pas<br />
inquiet<br />
La vraie question n’est pas <strong>de</strong> savoir<br />
si nous <strong>de</strong>viendrons les victimes <strong>de</strong><br />
pirates, mais quand ce sera le cas et<br />
<strong>de</strong> quelle manière. Voilà comment<br />
ont répondu les experts. Il est donc<br />
primordial <strong>de</strong> savoir qui gère nos<br />
données et quels sont les risques <strong>de</strong><br />
sécurité directement liés à notre<br />
souveraineté numérique. <strong>Le</strong> risque<br />
ne pourrait-il pas augmenter si <strong>de</strong>s<br />
données sensibles étaient confiées<br />
aux géants du Big Tech américains<br />
ou chinois ? Cette perspective ne<br />
semble en tout cas pas inquiéter le<br />
Conseil Fédéral qui a réaffirmé sa<br />
position, dénoncée dans notre interview<br />
ci-contre, en enterrant définitivement<br />
le projet d’une solution<br />
<strong>de</strong> cloud helvétique par <strong>la</strong> voix du<br />
chancelier fédéral lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> session<br />
parlementaire d’automne. Plus d’infos<br />
sur <strong>syndicom</strong>.ch/8MVur<br />
Giovanni Valerio
24 Politique<br />
Un micro-impôt pour<br />
soutenir l’économie<br />
Une initiative pour l’introduction<br />
d’un « micro-impôt<br />
sur le trafic <strong>de</strong>s paiements<br />
sans espèces » vise à augmenter<br />
le pouvoir d’achat <strong>de</strong>s travailleurs<br />
et travailleuses, soutenir<br />
l’activité économique et<br />
contribuer au financement<br />
<strong>de</strong> l’AVS. Explications.<br />
Texte : Sergio Rossi, professeur <strong>de</strong><br />
macroéconomie et d’économie monétaire<br />
à l’Université <strong>de</strong> Fribourg<br />
Image : Maurizio So<strong>la</strong>ri<br />
<strong>Le</strong>s raisons justifiant l’introduction<br />
d’un micro-impôt sur le trafic <strong>de</strong>s<br />
paiements sans espèces sont nombreuses<br />
et montrent à quel point il<br />
est important <strong>de</strong> le mettre en p<strong>la</strong>ce<br />
rapi<strong>de</strong>ment. D’une part afin <strong>de</strong> re<strong>la</strong>ncer<br />
<strong>de</strong> manière durable les activités<br />
économiques tout en renforçant<br />
<strong>la</strong> cohésion sociale en Suisse, mais<br />
également afin <strong>de</strong> réduire <strong>la</strong> durée<br />
et l’ampleur <strong>de</strong> <strong>la</strong> crise actuelle sur<br />
le p<strong>la</strong>n socio-économique.<br />
En effet, comme le propose le<br />
texte <strong>de</strong> l’initiative, un tel microimpôt<br />
permettrait <strong>de</strong> remp<strong>la</strong>cer plusieurs<br />
prélèvements fiscaux dont <strong>la</strong><br />
taxe sur <strong>la</strong> valeur ajoutée (TVA), qui<br />
réduit <strong>la</strong> capacité d’achat <strong>de</strong>s<br />
consommateurs-trices et pèse finalement<br />
aussi sur les entreprises qui<br />
doivent supporter le far<strong>de</strong>au bureaucratique<br />
que <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
TVA comporte. Pendant que les<br />
banques et les autres institutions<br />
financières ne paient aucunement<br />
<strong>la</strong> TVA, alors qu’elles font <strong>de</strong>s transactions<br />
sur les marchés financiers<br />
pour <strong>de</strong>s centaines <strong>de</strong> milliards <strong>de</strong><br />
francs chaque jour.<br />
Stimuler <strong>la</strong> consommation<br />
Pour un ménage <strong>de</strong> <strong>la</strong> c<strong>la</strong>sse<br />
moyenne formé par <strong>de</strong>ux adultes et<br />
<strong>de</strong>ux enfants, l’abolition <strong>de</strong> <strong>la</strong> TVA<br />
et l’introduction d’un micro-impôt<br />
sur le trafic <strong>de</strong>s paiements sans espèces<br />
augmenterait sa capacité<br />
d’achat <strong>de</strong> plusieurs milliers <strong>de</strong><br />
francs par année. Ce<strong>la</strong> contribuerait<br />
à re<strong>la</strong>ncer <strong>la</strong> consommation et soutenir<br />
les activités <strong>de</strong>s entreprises<br />
tournées vers le marché domestique,<br />
accélérant dès lors <strong>la</strong> sortie <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> crise économique et augmentant<br />
le niveau d’emploi.<br />
Selon le barème du micro-impôt,<br />
il sera possible <strong>de</strong> récolter <strong>de</strong>s<br />
recettes fiscales permettant <strong>de</strong> verser<br />
<strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s à fonds perdu aux entreprises<br />
touchées par <strong>la</strong> pandémie.<br />
Ces ai<strong>de</strong>s seront ainsi payées par les<br />
institutions financières qui ne<br />
paient aucune TVA et contribuent à<br />
l’instabilité financière par leurs opérations<br />
d’achat ou vente <strong>de</strong> titres qui<br />
très souvent n’ont rien à voir avec<br />
les activités économiques censées<br />
satisfaire <strong>de</strong>s besoins quelconques.<br />
Renouveler le système fiscal<br />
Lorsque <strong>la</strong> pandémie <strong>de</strong> COVID-19<br />
ne sera plus qu’un mauvais souvenir,<br />
un micro-impôt sur le trafic <strong>de</strong>s<br />
paiements sans espèces permettra<br />
<strong>de</strong> récolter les ressources fiscales<br />
nécessaires pour le financement <strong>de</strong>s<br />
assurances sociales, notamment<br />
l’AVS et l’assurance-chômage.<br />
Notamment à une époque où <strong>la</strong><br />
digitalisation <strong>de</strong>s activités économiques<br />
menace d’éro<strong>de</strong>r <strong>la</strong> base fiscale<br />
constituée par les revenus du<br />
travail, qui ne pourront plus suffire<br />
à financer l’AVS – quitte à augmenter<br />
sans cesse le barème <strong>de</strong> <strong>la</strong> TVA et<br />
induire une chute considérable <strong>de</strong>s<br />
dépenses <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong>s<br />
ménages à même <strong>de</strong> provoquer une<br />
nouvelle crise économique.<br />
<strong>Le</strong> micro-impôt sur les paiements<br />
sans espèces ne nuira pas à <strong>la</strong><br />
p<strong>la</strong>ce financière suisse, étant donné<br />
qu’il induira les institutions financières<br />
à réduire leurs activités spécu<strong>la</strong>tives<br />
et à se focaliser sur les activités<br />
économiques visant à satisfaire<br />
les besoins <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s parties<br />
prenantes. Ce<strong>la</strong> permettra <strong>de</strong><br />
réduire <strong>la</strong> fragilité financière dans<br />
l’ensemble <strong>de</strong> l’économie nationale,<br />
d’augmenter les profits <strong>de</strong>s entreprises<br />
(y compris les banques) tout<br />
en assurant <strong>la</strong> maximisation <strong>de</strong><br />
l’emploi ainsi que l’équilibre <strong>de</strong>s<br />
finances <strong>publique</strong>s.<br />
Un micro-impôt renouvellera le<br />
système fiscal suisse <strong>de</strong> manière durable<br />
pour l’économie et <strong>la</strong> société,<br />
contribuant à augmenter <strong>la</strong> capacité<br />
d’achat <strong>de</strong>s travailleurs et travailleuses,<br />
soutenant les activités économiques<br />
et permettant <strong>de</strong> financer<br />
les rentes <strong>de</strong> l’AVS à long terme.<br />
Signez l’initiative jusqu’au 5 novembre sur :<br />
mikrosteuer.ch/fr/
Droit au but !<br />
<strong>25</strong><br />
Cher conseil juridique <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong> :<br />
Je travaille dans <strong>la</strong> branche informatique à<br />
plein temps. Conformément à mon contrat<br />
<strong>de</strong> travail, mon lieu <strong>de</strong> travail se trouvait au<br />
siège <strong>de</strong> l’entreprise à Zurich avant que <strong>la</strong><br />
pandémie n’éc<strong>la</strong>te. Depuis le début <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
crise du coronavirus, je travaille pour l’essentiel<br />
à domicile et ne dois que très rarement<br />
me rendre à Zurich. Cette situation<br />
me convient, car j’habite à <strong>la</strong> campagne et<br />
je <strong>de</strong>vrais sinon effectuer trois heures <strong>de</strong><br />
trajet par jour. Lorsque l’obligation <strong>de</strong> télétravailler<br />
a été partiellement levée, j’ai <strong>de</strong>mandé<br />
à continuer à travailler à 100 % chez<br />
moi, vu que j’ai trois heures <strong>de</strong> trajet par<br />
jour. Mon bureau au siège <strong>de</strong> l’entreprise<br />
reste toutefois disponible. Entre-temps,<br />
j’ai reçu un nouveau contrat individuel <strong>de</strong><br />
travail avec mon lieu <strong>de</strong> domicile comme<br />
lieu <strong>de</strong> travail et une réduction significative<br />
<strong>de</strong> sa<strong>la</strong>ire. Est-ce que ce<strong>la</strong> est légalement<br />
autorisé ?<br />
Rien n’a changé dans le profil du poste.<br />
J’accomplis toujours le même travail<br />
qu’auparavant. L’employeur justifie l’adaptation<br />
sa<strong>la</strong>riale par une baisse <strong>de</strong> mes<br />
dépenses courantes <strong>de</strong>puis que je télétravaille<br />
car je peux par exemple prendre<br />
mon repas <strong>de</strong> midi chez moi et je n’ai plus<br />
besoin d’AG.<br />
En raison <strong>de</strong> mon télétravail, l’employeur<br />
économise toutefois les coûts liés à mon<br />
poste <strong>de</strong> travail et au siège <strong>de</strong> l’entreprise.<br />
Alors que <strong>de</strong> mon côté, je dépense plus,<br />
p. ex. pour <strong>la</strong> consommation d’électricité et<br />
les frais <strong>de</strong> téléphone. Ce<strong>la</strong> s’oppose donc<br />
à une réduction du sa<strong>la</strong>ire.<br />
Réponse du service juridique :<br />
Oui. Si <strong>la</strong> situation économique ou <strong>de</strong> l’entreprise change,<br />
l’employeur peut adapter le contrat <strong>de</strong> travail en respectant<br />
le dé<strong>la</strong>i contractuel <strong>de</strong> résiliation du contrat <strong>de</strong> travail.<br />
Cette pério<strong>de</strong> d’avis <strong>de</strong> modification doit être respectée<br />
en vertu <strong>de</strong> <strong>la</strong> loi. Toutefois, d’un commun accord, les<br />
parties contractantes peuvent également mettre en œuvre<br />
les adaptations du contrat <strong>de</strong> travail avec effet immédiat.<br />
Ce<strong>la</strong> a du sens en cas d’améliorations du contrat <strong>de</strong> travail.<br />
S’il est par contre péjoré, l’employé-e peut insister<br />
pour que le dé<strong>la</strong>i <strong>de</strong> résiliation soit respecté. La réduction<br />
du sa<strong>la</strong>ire dépend du règlement interne du personnel ou<br />
d’une éventuelle convention collective <strong>de</strong> travail en vigueur.<br />
S’il existe un règlement, l’employeur ne peut adapter<br />
le contrat que dans ces limites.<br />
En l’absence d’un règlement sa<strong>la</strong>rial, le montant du sa<strong>la</strong>ire<br />
est une pure question <strong>de</strong> négociation. L’employeur<br />
doit toutefois veiller à éviter une inégalité sa<strong>la</strong>riale <strong>de</strong>s<br />
employé-e-s au sein <strong>de</strong> l’entreprise et à respecter l’égalité<br />
sa<strong>la</strong>riale entre femmes et hommes. Dans ton cas, l’employeur<br />
prétend que tu as <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie moins élevés<br />
en travail<strong>la</strong>nt à domicile plutôt qu’à Zurich. Il peut invoquer<br />
le sa<strong>la</strong>ire usuel local, qui est légalement autorisé<br />
s’il est factuellement et objectivement justifié.<br />
Tu travailles volontairement à 100 % à domicile. L’employeur<br />
continue <strong>de</strong> te mettre à disposition un poste <strong>de</strong><br />
travail au siège <strong>de</strong> l’entreprise. C’est pourquoi il n’est pas<br />
tenu <strong>de</strong> te payer ces dépenses supplémentaires. Toutefois,<br />
elles n’incluent pas les frais que tu as pour l’exécution <strong>de</strong><br />
ton travail. L’employeur doit par exemple te fournir<br />
l’infrastructure technique et payer tes cartouches<br />
d’imprimante.<br />
<strong>syndicom</strong>.ch/droitaubut
26 Loisirs<br />
Suggestions<br />
© Musée Historique Lausanne<br />
© Editions S<strong>la</strong>tkine<br />
Vos formations automnales<br />
Alors que le nouveau programme <strong>de</strong><br />
cours Movendo pour l’année 2022<br />
sera annoncé le 12 octobre sur le<br />
site <strong>de</strong> l’institut – et il s’annonce<br />
riche en surprises – nous avons le<br />
p<strong>la</strong>isir <strong>de</strong> vous informer que <strong>de</strong><br />
nombreuses formations sont encore<br />
disponibles jusqu’en fin d’année.<br />
Et nous vous en avons concocté une<br />
sélection pour cet automne :<br />
Rester en santé malgré <strong>de</strong>s horaires<br />
<strong>de</strong> travail irréguliers<br />
<strong>25</strong>.10.2021<br />
Morges, Hôtel La Longeraie<br />
<strong>Le</strong> tableur Excel, les bases<br />
<strong>25</strong>.10-26.10.2021<br />
Yverdon-les-Bains, Synergic/<br />
Perform<br />
Renforcer <strong>la</strong> communication et <strong>la</strong><br />
solidarité entre collègues<br />
26.10.2021<br />
Morges, Hôtel La Longeraie<br />
Améliorer sa rédaction <strong>de</strong> lettres et<br />
courriels<br />
02.11-23.11.2021<br />
Morges, Hôtel La Longeraie<br />
Parler en public : le débat<br />
8.11.2021<br />
Morges, Hôtel La Longeraie<br />
Pour rappel, en tant que membre <strong>de</strong><br />
<strong>syndicom</strong>, vous avez le droit à un<br />
cours Movendo gratuit par année.<br />
Nous prenons en charge les frais <strong>de</strong><br />
cours, <strong>de</strong> repas, <strong>de</strong> voyage en train et<br />
payons selon le cours les frais <strong>de</strong><br />
nuitée. Vous bénéficiez aussi d’un<br />
prix <strong>de</strong> membre avantageux si vous<br />
souhaitez suivre plusieurs cours.<br />
Finalement, si vous vous engagez<br />
dans un organe <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong>, il est<br />
possible <strong>de</strong> suivre plusieurs cours<br />
gratuitement.<br />
Robin Moret<br />
Une exposition retrace<br />
150 ans d’immigration<br />
italienne<br />
Avant <strong>de</strong> <strong>de</strong>venir un pays d’immigration,<br />
<strong>la</strong> Suisse était un pays d’émigration<br />
au XIX e siècle. <strong>Le</strong> <strong>flux</strong> migratoire<br />
s’est inversé à <strong>la</strong> fin <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
Deuxième Guerre mondiale, et c’est<br />
alors, dès 1946, que <strong>de</strong>s milliers <strong>de</strong><br />
personnes sont venues en Suisse<br />
contribuer à son essor économique.<br />
Parmi elles, nombre d’Italiennes<br />
et d’Italiens font halte à Lausanne,<br />
le premier grand centre urbain sur<br />
les routes venant du Saint-Bernard<br />
et du Simplon. Confronté-e-s à <strong>la</strong> xénophobie<br />
d’une partie <strong>de</strong> <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />
et soumi-e-s à <strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong><br />
travail très dures que leur impose le<br />
statut <strong>de</strong> saisonnier, les ressortissant-e-s<br />
vont pourtant durablement<br />
marquer notre façon <strong>de</strong> vivre.<br />
Actifs-ves dans les secteurs <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
construction, <strong>de</strong> l’hôtellerie-restauration,<br />
du commerce et <strong>de</strong> l’industrie,<br />
les Italien-ne-s ont répandu<br />
l’italianità et impacté notre société<br />
également via l’alimentation, <strong>la</strong> musique,<br />
le cinéma, le sport et <strong>la</strong><br />
<strong>la</strong>ngue. <strong>Le</strong>ur contribution à <strong>la</strong> prospérité<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse a été décisive et<br />
comme le rappelle un ouvrier italien<br />
à <strong>la</strong> retraite. « Si les ponts et les maisons<br />
pouvaient parler, ils le feraient<br />
en italien ! »<br />
L’ exposition « Losanna, Svizzera<br />
: 150 ans d’immigration italienne<br />
à Lausanne » rend un bel hommage<br />
à cette partie <strong>de</strong> notre histoire. A découvrir<br />
jusqu’au 9 janvier 2022 au<br />
Musée Historique <strong>de</strong> Lausanne.<br />
Marc Rezzonico<br />
Notre si précieuse intégrité<br />
numérique<br />
Installer une nouvelle application<br />
mobile nécessite généralement<br />
d’accepter plusieurs conditions<br />
d’utilisation telles qu’offrir un accès<br />
à nos photos, notre localisation, nos<br />
contacts, etc. En donnant notre accord,<br />
il est fréquent d’éprouver une<br />
forme <strong>de</strong> ma<strong>la</strong>ise. Pour cause, nous<br />
sommes conscient-e-s d’ouvrir <strong>la</strong><br />
porte sur une quantité importante<br />
<strong>de</strong> données privées sans opposer <strong>la</strong><br />
moindre résistance (et réticence).<br />
Si ces données sont aujourd’hui<br />
très prisées <strong>de</strong>s GAFAM (Google,<br />
Apple, Facebook, Amazon et Microsoft),<br />
<strong>de</strong> nombreux autres acteurs<br />
du numérique ainsi que <strong>de</strong>s Etats<br />
semblent également y vouer un intérêt<br />
<strong>de</strong> plus en plus important. Avec<br />
quels risques pour <strong>la</strong> protection <strong>de</strong>s<br />
individus au travers <strong>de</strong> leurs vies numériques<br />
?<br />
Alexis Roussel, cofondateur et<br />
prési<strong>de</strong>nt du courtier en cryptomonnaies<br />
Bity, et le journaliste Grégoire<br />
Barbey, ont rédigé un « P<strong>la</strong>idoyer<br />
pour une révolution humaniste » qui<br />
nous plonge dans l’économie <strong>de</strong> ces<br />
données personnelles et p<strong>la</strong>ce <strong>la</strong><br />
question <strong>de</strong> notre intégrité numérique<br />
au coeur <strong>de</strong>s droits fondamentaux.<br />
Au même niveau que notre<br />
intégrité physique et morale.<br />
Invitant les citoyens et<br />
citoyennes à se soucier du contrôle<br />
<strong>de</strong> leur vie numérique, les auteurs<br />
prônent pour <strong>de</strong> nouvelles<br />
réflexions politiques sur <strong>la</strong> question<br />
<strong>de</strong> l’intégrité numérique.<br />
Marc Rezzonico<br />
Consultez l’ensemble du catalogue<br />
Movendo sur movendo.ch/fr/ereignis<br />
Plus d’informations sur l’exposition :<br />
<strong>syndicom</strong>.ch/Huvdm<br />
Pour se procurer le livre aux éditions<br />
S<strong>la</strong>tkine : <strong>syndicom</strong>.ch/tBbwA
1000 mots<br />
Ruedi Widmer<br />
27
28 Evènements 15 000 personnes ont défilé à Berne contre les baisses <strong>de</strong> rentes /<br />
Assemblée suprarégionale <strong>de</strong>s coursier-ère-s à vélo à Berne /<br />
La campagne téléphonique nationale pour l’élection au CP Poste bat son plein /<br />
Rencontre <strong>de</strong>s indépendant-e-s à Zurich / Parapluies <strong>syndicom</strong> à <strong>la</strong> pétanque<br />
1<br />
2<br />
3<br />
4
1-4. 15 000 personnes se sont rassemblées sur <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce Fédérale le 18 septembre à Berne pour dénoncer les attaques sur les retraites et<br />
<strong>la</strong> révision <strong>de</strong> l’AVS sur le dos <strong>de</strong>s femmes. (© Yoshiko Kusano)<br />
5. Organisée par le comité <strong>de</strong> branche, <strong>la</strong> 3 e assemblée suprarégionale <strong>de</strong>s coursiers et coursières à vélo s’est tenue le <strong>25</strong> septembre à Berne.<br />
L’occasion <strong>de</strong> discuter <strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong> travail <strong>de</strong> <strong>la</strong> branche au travers <strong>de</strong> workshops thématiques. (© <strong>syndicom</strong>)<br />
6. Une campagne téléphonique d’envergure se déroule dans toutes les régions pour les élections du conseil <strong>de</strong> fondation <strong>de</strong> <strong>la</strong> caisse <strong>de</strong> pensions <strong>de</strong><br />
La Poste. Ici à Berne, un participant contacte <strong>de</strong>s membres afin <strong>de</strong> présenter et promouvoir <strong>la</strong> liste <strong>syndicom</strong>. (© <strong>syndicom</strong>)<br />
7. Après avoir dû reporter l’évènement en 2020 et 2021 en raison <strong>de</strong> <strong>la</strong> pandémie, <strong>la</strong> journée <strong>de</strong>s indépendant-e-s a pu être organisée à Zurich fin<br />
septembre autour du thème « <strong>Le</strong>s re<strong>la</strong>tions <strong>publique</strong>s sont-elles <strong>la</strong> seule chance ? ». (© Markus Forte)<br />
8. <strong>Le</strong> Club <strong>de</strong> pétanque <strong>de</strong> Genève pourra désormais jouer à l’abri <strong>de</strong>s intempéries grâce aux parapluies <strong>syndicom</strong>. (© Yannick Cornu)<br />
29<br />
5<br />
6<br />
7<br />
8
30<br />
Tranches<br />
<strong>de</strong> vie<br />
« Ma réalité quotidienne est au cœur <strong>de</strong><br />
ma position artistique militante. »<br />
Nistiman Er<strong>de</strong><strong>de</strong> est né en 1979 en Turquie,<br />
dans <strong>la</strong> partie nord <strong>de</strong> <strong>la</strong> région<br />
kur<strong>de</strong>. Avant <strong>de</strong> se réfugier en Suisse<br />
en 2008, il a exercé à l’hôpital municipal<br />
<strong>de</strong> Dyarbakir en tant qu’analyste <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong>boratoire médical. Il travail<strong>la</strong>it aussi<br />
pour divers médias et ONG étrangères.<br />
En raison <strong>de</strong> cette activité, il a été<br />
arrêté à plusieurs reprises. C’est aussi<br />
pourquoi il s’est ensuite enfui vers <strong>la</strong><br />
Suisse, où il a attendu six ans avant <strong>de</strong><br />
recevoir une décision positive en matière<br />
d’asyle. Pendant ce temps, grâce<br />
au soutien <strong>de</strong> fondations privées, il a<br />
pu commencer un bachelor à <strong>la</strong> Haute<br />
école d’art <strong>de</strong> Zurich, achevé avec succès<br />
en 2016. Nistiman vit et travaille à<br />
Zurich comme artiste, journaliste radio<br />
et concepteur <strong>de</strong> textes. Depuis 2016,<br />
il est membre <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong>.<br />
Texte : Idris Djelid<br />
Image : Patrick Gutenberg<br />
« Je traite mon vécu<br />
au travers <strong>de</strong> l’art. »<br />
« J’ai achevé une formation <strong>de</strong> technicien<br />
chimiste, accumulé <strong>de</strong> l’expérience<br />
comme <strong>la</strong>borantin médical,<br />
obtenu un diplôme et un stage dans<br />
<strong>la</strong> médiation culturelle et je ne trouve<br />
pourtant aucun emploi. J’ai l’impression<br />
que <strong>de</strong> nombreux employeurs<br />
sont très réticents à engager <strong>de</strong>s réfugié-e-s.<br />
Un grand nombre <strong>de</strong> personnes<br />
réfugiées très qualifiées ont<br />
<strong>de</strong> mauvaises perspectives sur le<br />
marché du travail en Suisse. Pour<br />
commencer, un diplôme étranger<br />
n’est souvent pas reconnu en Suisse.<br />
Malheureusement, <strong>la</strong> Suisse se prive<br />
ainsi d’un fort potentiel. La <strong>la</strong>ngue<br />
constitue elle aussi un gros obstacle.<br />
Dans mon cas, j’ai eu <strong>la</strong> chance <strong>de</strong><br />
pouvoir suivre plusieurs cours<br />
d’allemand grâce à <strong>la</strong> Croix-Rouge et<br />
plusieurs fondations.<br />
Après mon arrivée en Suisse,<br />
j’ai vite réalisé que je n’aurais guère<br />
l’opportunité <strong>de</strong> travailler à nouveau<br />
comme <strong>la</strong>borantin médical. <strong>Le</strong>s événements<br />
subis dans mon pays et l’expérience<br />
<strong>de</strong> l’asile m’ont alors amené<br />
à traiter mon vécu dans l’art. C’est<br />
ainsi que j’ai achevé avec succès <strong>de</strong>s<br />
étu<strong>de</strong>s d’art. <strong>Le</strong>s thèmes <strong>de</strong> <strong>la</strong> migration,<br />
<strong>de</strong> l’intégration, du racisme et<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> décolonisation entourent mes<br />
activités et créations artistiques.<br />
Actuellement, je travaille au projet<br />
d’exposition « Fractured Spine –<br />
Wi<strong>de</strong>rstand durch Sichtbarkeit von<br />
Zensur in Journalismus & Kunst »<br />
(La résistance par <strong>la</strong> visibilité <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
censure dans le journalisme et l’art)<br />
pour l’association Migrart. Ce projet<br />
est censé montrer comment les artistes<br />
expriment <strong>de</strong>s formes spécifiques<br />
<strong>de</strong> résistance dans le domaine<br />
<strong>de</strong> l’art. <strong>Le</strong>s œuvres que je souhaite<br />
présenter visent à illustrer le thème<br />
<strong>de</strong>s droits <strong>de</strong> l’homme, du droit à <strong>la</strong><br />
liberté d’expression et <strong>de</strong> sa vio<strong>la</strong>tion<br />
par <strong>la</strong> répression étatique.<br />
Je considère que l’exposition<br />
d’œuvres qui confrontent <strong>de</strong>s réalités<br />
contraires aux droits humains<br />
avec <strong>de</strong>s moyens et stratégies artistiques<br />
contribue gran<strong>de</strong>ment à <strong>la</strong><br />
discussion. En temps <strong>de</strong> crise notamment,<br />
les conflits autour <strong>de</strong>s droits<br />
humains en vigueur prennent <strong>de</strong><br />
l’ampleur. Par exemple, le soutien<br />
financier <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse à l’agence européenne<br />
<strong>de</strong> gar<strong>de</strong>-frontières et <strong>de</strong><br />
gar<strong>de</strong>-côtes Frontex, qui refoule <strong>de</strong><br />
manière illégale <strong>de</strong>s migrant-e-s en<br />
mer Egée. Ou le non-respect <strong>de</strong>s<br />
mesures COVID au sein <strong>de</strong>s centres<br />
d’hébergement pour requérant-e-s<br />
d’asile. Ces conflits ébranlent<br />
l’image <strong>de</strong> <strong>la</strong> Suisse en tant que pays<br />
<strong>de</strong>s droits <strong>de</strong> l’homme.<br />
<strong>Le</strong>s différentes crises et mes expériences<br />
m’ont non seulement beaucoup<br />
appris, elles m’ont aussi permis<br />
<strong>de</strong> développer une attitu<strong>de</strong> créative.<br />
Ma réalité quotidienne est le point<br />
<strong>de</strong> départ <strong>de</strong> mon engagement et se<br />
trouve au cœur <strong>de</strong> ma position artistique<br />
militante. Je souhaite représenter<br />
cette position dans ce projet d’exposition,<br />
qui se tiendra du 28 octobre<br />
au 17 novembre au Photobastei à<br />
Zurich – sauf si je dois à nouveau <strong>la</strong><br />
repousser en raison <strong>de</strong> <strong>la</strong> pandémie. »<br />
L’exposition : migrart.ch/fractured-spine<br />
Site personnel <strong>de</strong> Nistiman : nistiman.ch
Mots-croisés Impressum Syndicom septembre 2021 SPECIAL 8 LIGNES<br />
I<br />
II<br />
III<br />
IV<br />
V<br />
VI<br />
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15<br />
9 8 2 11<br />
4<br />
12 10<br />
om septembre 2021 SPECIAL 8 LIGNES<br />
1 13<br />
3<br />
Horizontalement : I. Conserve. Taxe.<br />
Personne. II. Descendre. G<strong>la</strong>ndu. Ça roule. III.<br />
Vieux bloc. Parfois noble. IV. Exclut. Existe.<br />
Programme <strong>de</strong> base. V. Unité du talion.<br />
Médaille <strong>de</strong> bronze. VI. Canal salé. Portion.<br />
Chef <strong>de</strong> guerre. VII. Voie. Exécutent. Trois.<br />
VIII. In<strong>de</strong>mnité du légionnaire. Pour<br />
l'accostage.<br />
Verticalement : 1. Travailleurs <strong>de</strong>s marais. 2.<br />
Cours d'Espagne. Abattit. 3. Pelle <strong>de</strong> saunier.<br />
Bile. 4. Demi-sommeil. 5. Jeté par SMS. Carton<br />
rouge. 6. Bordure. Babylonienne. 7. Gemme<br />
suisse. Eurêka. 8. Tenu hors du Styx. 9. Bon<br />
gras. <strong>Le</strong>s Petite mots formule. croisés10. Sociable. 11. Branché.<br />
12. Charme. 13. I<strong>de</strong>ntifiant. Plus petit qu'un<br />
VII<br />
4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23<br />
7 5<br />
Mots-croisés Syndicom septembre 2021 SPECIAL 8 LIGNES <strong>Le</strong>-<strong>la</strong> gagnant-e, dont le nom paraîtra<br />
VIII<br />
DÉFINITIONS<br />
orchestre. 14. Vaste projet. 15. Atome. Grivois.<br />
6 7 8 9 10 11 12 13 14 15<br />
6<br />
LIGNES<br />
Rédaction : Robin Moret et Giovanni Valerio<br />
Changements d’adresse : <strong>syndicom</strong>, gestion<br />
Editeur : <strong>syndicom</strong> – syndicat <strong>de</strong>s médias<br />
Courriel : redaction@<strong>syndicom</strong>.ch<br />
<strong>de</strong>s adresses, Monbijoustrasse 33, case postale, et <strong>de</strong> <strong>la</strong> communication, Monbijoustr. 33,<br />
Traductions : Alexandrine Bieri, Laurence Strasser et 3001 Berne. Tél. 058 817 18 18, fax 058 817 18 17 case postale, 3001 Berne<br />
Gabriele Alleva<br />
Annonces : priska.zuercher@<strong>syndicom</strong>.ch<br />
Mot Illustrations, mystère : <strong>de</strong>ssins <strong>de</strong> portrait : Katja <strong>Le</strong>udolph Comman<strong>de</strong> d’abonnements : info@<strong>syndicom</strong>.ch <strong>Le</strong> <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong> paraît six fois par an.<br />
Images sans © : mises à disposition<br />
1 2 3 4 5 6<br />
<strong>Le</strong> prix <strong>de</strong> l’abonnement est inclus dans <strong>la</strong> cotisation<br />
7 8 9 10 11 12 13 14<br />
<strong>Le</strong> numéro 26 paraîtra le 26 novembre 2021.<br />
15 16 17 18 19 20 21 22 23<br />
Layout, correction, imprimerie : Stämpfli AG,<br />
Wölflistrasse 1, 3001 Berne<br />
<strong>de</strong> membre. Non-membres : Fr. 50.– (Suisse),<br />
Fr. 70.– (étranger)<br />
Dé<strong>la</strong>i rédactionnel pour le prochain numéro :<br />
le 18 octobre 2021.<br />
DÉFINITIONS<br />
dans le prochain <strong>magazine</strong>, recevra<br />
une Hotelcard. Prière d’envoyer votre<br />
solution (le mot-mystère seulement)<br />
Horizontalement : I. Conserve. Taxe.<br />
Personne. II. Descendre. G<strong>la</strong>ndu. Ça roule. III.<br />
8 Mot mystère : 2 11<br />
Vieux bloc. Parfois noble. IV. Exclut. Existe. jusqu’au 1er novembre à Rédaction <strong>syndicom</strong>,<br />
Monbijoustrasse 33, case pos-<br />
1 2 3 4 5 Programme 6 7 8 <strong>de</strong> base. 9 10 V. Unité 11 du 12 talion. 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23<br />
Médaille <strong>de</strong> bronze. VI. Canal salé. Portion.<br />
13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23<br />
tale, 3001 Berne.<br />
Chef <strong>de</strong> guerre. VII. Voie. Exécutent. Trois.<br />
10<br />
VIII. In<strong>de</strong>mnité du légionnaire. Pour<br />
DÉFINITIONS<br />
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15<br />
DÉFINITIONS<br />
l'accostage.<br />
La solution du mots croisés du<br />
15<br />
Horizontalement : I. Conserve. Taxe.<br />
I<br />
<strong>magazine</strong><br />
Horizontalement : I. Conserve. Taxe. Verticalement : 1. Travailleurs <strong>de</strong>s marais. 2. Personne.<br />
<strong>syndicom</strong><br />
II. Descendre.<br />
n° 24<br />
G<strong>la</strong>ndu.<br />
était<br />
Ça roule. III.<br />
9 8 2 11<br />
Personne. II. Descendre. G<strong>la</strong>ndu. Ça roule. III. Cours d'Espagne. Abattit. 3. Pelle <strong>de</strong> saunier. «<br />
3<br />
Vieux TREIZIEME bloc. AVS Parfois ». noble. IV. Exclut. Existe.<br />
Vieux II bloc. Parfois noble. IV. Exclut. Existe. Bile. 4. Demi-sommeil. 5. Jeté par SMS. Carton <strong>Le</strong> Programme gagnant est <strong>de</strong> Monsieur base. V. C<strong>la</strong>u<strong>de</strong>- Unité du talion.<br />
4<br />
Programme <strong>de</strong> base. V. Unité du talion. rouge. 6. Bordure. Babylonienne. 7. Gemme<br />
1 13<br />
Bernard Médaille Saudan <strong>de</strong> bronze. à St-Pierre-<strong>de</strong>-C<strong>la</strong>ges.<br />
VI. Canal salé. Portion.<br />
Médaille III <strong>de</strong> bronze. VI. Canal salé. Portion. suisse. Eurêka. 8. Tenu hors du Styx. 9. Bon<br />
Il Chef recevra <strong>de</strong> un guerre. bon d’une VII. Voie. valeur Exécutent. <strong>de</strong> 40 CHF Trois.<br />
Chef <strong>de</strong> 12 guerre. VII. Voie. Exécutent. Trois. gras. Petite formule. 10. Sociable. 1011. Branché. VIII. In<strong>de</strong>mnité du légionnaire. Pour<br />
5<br />
VIII. In<strong>de</strong>mnité du légionnaire. Pour 12. Charme. 13. I<strong>de</strong>ntifiant. Plus petit qu'un chez notre partenaire Coop.<br />
IV<br />
l'accostage.<br />
l'accostage.<br />
orchestre. 14. Vaste projet. 15. Atome. Grivois. Chaleureuses félicitations !<br />
6<br />
Verticalement : 1. Travailleurs <strong>de</strong>s marais. 2.<br />
Verticalement V : 1. Travailleurs <strong>de</strong>s marais. 2.<br />
3<br />
Cours d'Espagne. Abattit. 3. Pelle <strong>de</strong> saunier.<br />
Cours d'Espagne. Abattit. 3. Pelle <strong>de</strong> saunier.<br />
Annonce<br />
Bile. 4. Demi-sommeil. 5. Jeté par SMS. Carton<br />
Bile. VI 4. Demi-sommeil. 5. Jeté par SMS. Carton<br />
rouge. 6. Bordure. Babylonienne. 7. Gemme<br />
rouge. 6. Bordure. Babylonienne. 7. Gemme<br />
1 13<br />
suisse. Eurêka. 8. Tenu hors du Styx. 9. Bon<br />
suisse. Eurêka. 8. Tenu hors du Styx. 9. Bon<br />
VII<br />
gras. Petite formule. 10. Sociable. 11. Branché.<br />
gras. Petite formule. 10. Sociable. 11. Branché.<br />
5<br />
7 5<br />
12. Charme. 13. I<strong>de</strong>ntifiant. Plus petit qu'un<br />
12. Charme. 13. I<strong>de</strong>ntifiant. Plus petit qu'un<br />
orchestre. VIII Réduction 14. Vaste projet. 15. Atome. <strong>de</strong> Grivois. primes et rabais attractifs orchestre. à <strong>la</strong> KPT 14. Vaste projet. 15. Atome. Grivois.<br />
6<br />
31<br />
Bonne nouvelle! En 2022, les assurés<br />
<strong>de</strong> <strong>la</strong> KPT verront leurs primes <strong>de</strong><br />
l’assurance <strong>de</strong> base baisser <strong>de</strong> plus<br />
<strong>de</strong> 3 % en moyenne par rapport aux<br />
tarifs actuels. Pour ce faire, <strong>la</strong> caissema<strong>la</strong>die<br />
organisée en coopérative<br />
fait usage <strong>de</strong> ses réserves et augmente<br />
les rabais.<br />
Mais ce n’est pas tout. En tant que<br />
membre <strong>de</strong> <strong>syndicom</strong>, les membres<br />
<strong>de</strong> votre famille et vous-même bénéficiez<br />
d’autres avantages.<br />
Rabais collectif: vous profitez <strong>de</strong><br />
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à savoir l’assurance <strong>de</strong>s soins<br />
et l’assurance Natura, et <strong>de</strong> 5 % sur<br />
les assurances <strong>de</strong>s frais d’hospitalisation.<br />
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un rabais <strong>de</strong> fidélité <strong>de</strong> 6,7 % si vous<br />
souscrivez une assurance <strong>de</strong>s soins<br />
ou <strong>de</strong>s frais d’hospitalisation pour<br />
une durée <strong>de</strong> trois ans.<br />
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<strong>de</strong>s frais d’hospitalisation et <strong>de</strong>s soins<br />
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comportements sains et préventifs.<br />
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32 Interactifs<br />
<strong>syndicom</strong> social<br />
Humanrights.ch<br />
@humanrightsCH<br />
Grand jour pour une politique <strong>de</strong> <strong>la</strong> paix<br />
crédible : le National ne veut pas d’exceptions<br />
pour les exportations d’armes vers<br />
les pays en guerre civile !<br />
L’initiative correctrice a été retirée.<br />
humanrights.ch/fr/pfi/initiativesparlement/initiative-correctrice/<br />
Combattre les inégalités @UNI_Europa<br />
<br />
Notre nouvelle analyse montre que lorsque les<br />
travailleurs ont le droit <strong>de</strong> négocier collectivement,<br />
les sociétés sont plus cohésives et les démocraties<br />
plus saines. Plus d’infos t.co/U0KnikqTvs<br />
Podcast <strong>Le</strong>s métiers du futur » (sur Spotify)<br />
Que dit Virginie ? » (sur Spotify)<br />
Prends une pause, souffle un peu,<br />
récupère : c’est fondamentale pour<br />
gar<strong>de</strong>r <strong>la</strong> tête sur les épaules quand<br />
on roule toute <strong>la</strong> journée et transporte<br />
<strong>de</strong>s colis lourds. Mais une<br />
pause est-elle obligatoire ? Et garantie<br />
? Virginie vous répond... <strong>Le</strong> <strong>de</strong>rnier<br />
épiso<strong>de</strong> <strong>de</strong> notre podcast pour le<br />
personnel <strong>de</strong> livraison est disponible<br />
maitenant sur <strong>syndicom</strong>.ch/vFNoR.<br />
Partez à <strong>la</strong> rencontre <strong>de</strong> cadres, entrepreneurs et<br />
chercheurs qui créent <strong>de</strong>s emplois. Ils partageront leurs<br />
expériences et vision <strong>de</strong> l’avenir, et vous amèneront à<br />
découvrir <strong>de</strong>s secteurs innovants en pleine croissance.<br />
75 ans d’ai<strong>de</strong> humanitaire en Suisse<br />
En 75 ans, <strong>la</strong> Chaîne du Bonheur est <strong>de</strong>venue l’une<br />
<strong>de</strong>s principales sources <strong>de</strong> financement <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong><br />
humanitaire en Suisse en récoltant presque 2 milliards<br />
<strong>de</strong> francs. Rétrospective : <strong>syndicom</strong>.ch/4MnHc<br />
Sommet sur les systèmes alimentaires<br />
@publiceye_ch<br />
Au lieu <strong>de</strong> se tourner vers les entreprises mondiales<br />
pour résoudre <strong>la</strong> crise croissante <strong>de</strong> <strong>la</strong> faim et <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> malnutrition, l’ONU et les gouvernements nationaux doivent<br />
mettre fin à <strong>la</strong> capture <strong>de</strong> l’alimentation par les entreprises et<br />
promouvoir une transition vers l’agroécologie.<br />
twitter.com/publiceye_ch<br />
#Hungry4Change #OurFoodSystems #UNFSS2021<br />
Documentaire sur les 50 ans <strong>de</strong> Greeenpeace<br />
En un <strong>de</strong>mi-siècle, Greenpeace est <strong>de</strong>venue<br />
l’un <strong>de</strong>s organisations majeures <strong>de</strong> <strong>la</strong> préservation<br />
<strong>de</strong> l’environnement et <strong>de</strong> <strong>la</strong> biodiversité.<br />
Comment doit-elle désormais se réinventer ?<br />
Quels défis doit-elle relever ? A voir sur arte.tv<br />
Académies suisses <strong>de</strong>s sciences :<br />
communiquer (mieux) @aca<strong>de</strong>mies_ch<br />
<strong>Le</strong>s chercheurs doivent être formés à <strong>la</strong> communication<br />
scientifique. Et les journalistes mieux payés, notamment<br />
les indépendants. <strong>syndicom</strong>.ch/ORZ8q<br />
Tout le mon<strong>de</strong> à bord pour un<br />
avenir plus équitable, plus vert et<br />
numérique ! @etuc_ces<br />
La Confédération européenne <strong>de</strong>s<br />
syndicats appelle à un #Peoples<br />
Recovery : ne pas revenir en arrière,<br />
mais construire un avenir numérique,<br />
socialement plus juste et respectueux<br />
du climat ! Plus d’informations<br />
sur <strong>syndicom</strong>.ch/Vryme<br />
Coopération suisse au développement<br />
@SwissDevCoop<br />
Plus <strong>de</strong> 30 villes du département <strong>de</strong> Santa Cruz en<br />
Bolivie s’unissent à <strong>la</strong> lutte contre <strong>la</strong> violence à<br />
l’encontre <strong>de</strong>s femmes ! Merci à Swedish International<br />
Development Agency Sida (sida.se) et à l’Ambassa<strong>de</strong><br />
<strong>de</strong> Suisse en Bolivie (@EmbajadaSuizaLaPaz) qui ont<br />
permis à cette initiative <strong>de</strong> voir le jour. solidar.ch<br />
L’apprentissage à vie @ILO_SKILLS<br />
<strong>Le</strong> rôle <strong>de</strong>s compétences et <strong>de</strong><br />
l’apprentissage tout au long <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie<br />
est essentiel pour sortir <strong>de</strong> <strong>la</strong> crise du<br />
COVID-19 avec un modèle centré sur<br />
l’humain. @ILO_SKILLS favorise l’emploi<br />
et l’accès à <strong>de</strong>s emplois décents.