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Magazine CNC: automne 2021

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AUTOMNE 2021

Signes

d’espoir

La restauration d’écosystèmes est bénéfique pour les

espèces en péril, la lutte contre la perte de biodiversité et

la sauvegarde des bienfaits que nous procure la nature.


Aire de conservation du ranch

de la rivière Kootenay, C.-B.

AUTOMNE 2021

SOMMAIRE

Conservation de la nature Canada

4 Bienfaits mutuels

Passer du temps dans la nature a des bienfaits

considérables pour la santé physique et mentale.

6 Bunchberry Meadows

Cette vaste aire naturelle située à quelques

minutes de route d’Edmonton, en Alberta,

abrite plusieurs types de forêts, des milieux

humides et des prés.

7 Des asclépiades au menu

Le Canada compte pas moins de 13 espèces

indigènes d’asclépiades. Cet automne, pensez

à intégrer cette plante à votre aménagement

paysager pour aider les pollinisateurs indigènes.

7 Collection de souvenirs

Tina Singh collectionne les souvenirs familiaux

avec la caméra de son téléphone intelligent.

Selon elle, il n’est pas nécessaire de se déconnecter

complètement pour profiter de la nature.

8 Un équilibre à restaurer

La restauration d’écosystèmes est cruciale

pour le rétablissement des espèces en péril,

la lutte contre la perte de biodiversité et la

sauvegarde des bienfaits et services que

fournit la nature aux humains.

12 La buse rouilleuse

Ce grand rapace peut atteindre les 160 km/h

lorsqu’il plonge en piqué sur une proie.

14 CNC à l’œuvre

À la rescousse d’une amie fragile au Québec; Le

sommet virtuel Making Nature Investable; De la

recherche en intelligence artificielle pour aider

la conservation.

16 Sur sa propre voie

Chúk Odenigbo crée un nouveau récit autour

de la nature au Canada.

18 Une araignée pas comme

les autres

Découverte d’une veuve noire sur une propriété

de CNC dans la prairie à herbes mixtes.

C’est extra!

Visitez magazinecnc.ca pour accéder à du

contenu supplémentaire en lien avec ce

numéro de notre magazine.

Conservation de la nature Canada

245, avenue Eglinton Est, bureau 410 | Toronto (Ontario) Canada M4P 3J1

magazine@conservationdelanature.ca | Tél. : 416 932-3202 | Sans frais : 1 877 231-3552

Conservation de la nature Canada (CNC) est le chef de file au pays en matière de conservation des terres, œuvrant à la

protection de nos milieux naturels les plus précieux et des espèces qu’ils abritent. Depuis 1962, CNC et ses partenaires

ont contribué à la protection de plus de 14 millions d’hectares (35 millions d’acres), d’un océan à l’autre et à l’autre.

Le magazine Conservation de la nature Canada est offert aux personnes qui appuient CNC.

MC

Marque de commerce de La Société canadienne pour la conservation de la nature

FSC MD n’est pas responsable des calculs concernant

l’économie des ressources réalisée

en choisissant ce papier.

Imprimé sur du papier Enviro100 fait à 100 % de fibres post-consommation, certifié Écologo et Procédé

sans chlore. Ce papier est fabriqué au Canada par Rolland, qui utilise le biogaz comme source d’énergie.

L’impression est effectuée au Canada, avec des encres végétales par Warrens Waterless Printing. La

publication de ce magazine a sauvegardé 172 arbres et 56 656 litres d’eau*.

TKTKTKTKTKTKT

ÉCOCALCULATEUR : ROLLANDINC.COM. PHOTO SUR CETTE PAGE ET COUVERTURE : COLIN WAY.

*

2 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


TKTKTKTKTKTKT

LISA MCLAUGHLIN : MIKE FORD. NIKI WILSON : BRIAN VAN TIGHEM/ASHLEY KENNEDY.

Leader de la restauration

Comme on a pu le voir cet été dans un grand nombre de communautés et de

paysages à travers le pays, ainsi que partout dans le monde, les changements

climatiques et la perte de biodiversité sont sans conteste deux des

plus grands défis que doit maintenant relever la société en raison des menaces

qu’ils constituent pour la santé et le bien-être de notre planète, de nos collectivités

et de notre économie. Au Canada, les impacts du réchauffement climatique,

associés à plus de 200 ans de culture et de conversion intensives des terres, ont

considérablement réduit la résilience naturelle qui permettait à notre environnement

de se remettre des pressions auxquelles il est soumis. Ces pressions affectent

notre mode de vie actuel et menacent la qualité de vie des générations futures en

détruisant l’habitat essentiel de pollinisateurs et d’autres espèces, en réduisant la

protection que la nature nous procure contre les inondations et les incendies, en

mettant en péril notre sécurité alimentaire et notre approvisionnement en eau

potable et en détruisant des ressources essentielles à notre économie.

En mars 2021, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a déclaré les années 2021

à 2030 « Décennie pour la restauration des écosystèmes », afin de promouvoir un

mouvement de restauration motivé par la recherche scientifique, le soutien politique

et l’investissement financier partout sur le globe. La vision globale de la Décennie

des Nations Unies est d’instaurer un monde où, pour la santé et le bien-être de toute

vie sur Terre et des générations futures, la relation entre les humains et la nature

est restaurée, où la superficie des écosystèmes sains va en augmentant et où la

perte, la fragmentation et la dégradation des écosystèmes ont cessé.

À titre de chef de file des organismes de conservation de terres privées au

Canada, qui protège et gère directement plus de 386 000 hectares (953 827 acres)

de milieux naturels, Conservation de la nature Canada (CNC) participe déjà à des

travaux de restauration d’un océan à l’autre, là où plus de 90 % des Canadiennes

et des Canadiens vivent, travaillent et se divertissent. Dans l’article principal de ce

numéro, la journaliste scientifique Niki Wilson donne un aperçu des innombrables

manières dont les membres du personnel et les bénévoles de CNC mènent des

activités de restauration qui donnent des résultats concrets sur le terrain.

En tant qu’organisation qui s’appuie sur la science, nous savons toutefois que

nous devons en faire davantage et plus rapidement. Avec votre appui, nous

pouvons fournir le leadership qui s’impose. Vous pouvez aider CNC à amplifier et

à réaliser les objectifs de la Décennie de l’ONU pour la restauration des

écosystèmes en tant que leader et défenseur de la restauration.

Merci de votre appui continu,

Lisa McLaughlin

Lisa McLaughlin

Vice-présidente, Politiques et planification en conservation

Ont collaboré

à ce numéro

Niki Wilson écrit sur le

monde naturel pour

des publications comme

BBC Earth et Canadian

Geographic/Géographica.

Aussi, elle coanime

d’Anthropomania, une

baladodiffusion qui

explore les relations

entre les êtres humains

et la nature. Elle a écrit

Rétablir l’équilibre en

page 8.

Brianna Roye est une

photographe portraitiste

qui pratique la photographie

argentique (sur

pellicule). Avec comme

principe directeur

l’intention, elle s’efforce

de donner à ses images

un certain caractère

organique. Brianna a

photographié Chúk

Odenigbo pour l’article

Sur sa propre voie en

page 16 et Tina Singh

pour Collection de

souvenirs en page 7.

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 3


D’UN OCÉAN

À L’AUTRE

Bienfaits

mutuels

Passer du temps dans la nature a des

bienfaits considérables pour la santé

physique et mentale. Toutefois, pour

profiter au mieux de notre relation

avec la nature, nous devons lui donner

en retour.

L

a nature est extrêmement généreuse.

Globalement, elle nous fournit d’innombrables

et irremplaçables services écologiques.

Au plan personnel, elle nous fournit des

bienfaits considérables pour notre santé physique

et mentale, et peut nous aider à créer des liens

avec d’autres personnes.

Ces bienfaits sont depuis longtemps reconnus

dans certains systèmes de croyances et certaines

cultures qui encouragent la connexion à la nature.

Aussi, plusieurs systèmes de soins de santé, dont

celui de la Colombie-Britannique et de l’Ontario,

reconnaissent aujourd’hui ces bienfaits et prescrivent

maintenant de la nature. Ces ordonnances

encouragent les patients à passer un peu de temps

dans la nature pour profiter de ses bienfaits physiques

et psychologiques.

Mais, pour avoir une relation mutuellement bénéfique

avec la nature, nous devons nous demander :

que peut-on lui offrir en retour? Heureusement, la

réponse à cette question n’est pas compliquée du

tout! Avec un peu de bonne volonté et quelques

gestes simples, nous pouvons passer du temps dans

la nature d’une manière respectueuse et durable.

Randonnée estivale dans

la forêt Happy Valley, Ont.

NILA SIVATHEESAN/CNC.

4 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


Sept conseils simples pour une relation mutuellement bénéfique avec le monde naturel

1Choisissez vos

destinations

Choisissez des destinations

peu fréquentées et explorez

des joyaux naturels cachés.

Ces lieux ne sont pas

dépourvus d’attraits, ils sont

simplement moins connus.

Votre excursion n’en sera pas

moins mémorable! Si vous

souhaitez tout de même

visiter des sites populaires,

allez-y quand ils sont moins

achalandés, par exemple en

basse saison ou durant la

semaine; vous contribuerez

ainsi à réduire l’impact

cumulatif de leur usage

récréatif.

Baie Big Trout, Ont.

2Choisissez vos activités

Faites en sorte que les activités auxquelles vous

souhaitez vous adonner sont permises en vous

renseignant d’avance ou en consultant les panneaux

d’information sur place. Les directives varient d’un site

à l’autre, mais elles sont toujours importantes pour

assurer une utilisation sécuritaire et responsable des

lieux. Choisissez des activités de faible impact, comme

la randonnée pédestre, le canot ou d’autres activités

non motorisées.

Réserve naturelle de l’estuaire de la Musquash, N.-B.

SENS HORAIRE À PARTIR D’EN HAUT : ROBERT BERDAN; COSTAL PRODUCTIONS; BRAINWORKS.

Nodwell, Alb.

5

Pensez aux autres

Gardez à l’esprit que vous partagez le site avec des personnes qui

pratiquent peut-être d’autres activités. Sur les sentiers, cédez le

passage aux gens qui se déplacent plus rapidement que vous ou qui

gravissent une pente. Sur l’eau, laissez passer les embarcations non

motorisées. Si vous avez emmené votre animal de compagnie,

assurez-vous d’en avoir le contrôle en tout temps. Gardez-le en laisse

pour éviter des contacts indésirables avec la faune et avec d’autres

personnes et leurs animaux domestiques. Se soucier des autres

garantit à tous une expérience positive. La courtoisie et un sourire

peuvent faire toute la différence!

3Quoi apporter

Apportez tout ce dont vous aurez

besoin pendant votre visite, et rapportez-le

à votre départ. Par exemple,

apportez nourriture et eau, et repartez

avec tous les déchets que votre visite

aura générés. De cette manière, vous

contribuerez à la propreté des lieux et

éviterez d’attirer la faune et les risques

qui pourraient s’ensuivre.

6Pensez à

la faune

Vous partagerez les lieux avec des

espèces sauvages. Si vous avez

la chance de croiser des animaux,

rappelez-vous de garder vos distances

et d’éviter toute interaction, et ce, tant

pour leur sécurité que pour la vôtre.

4

Quoi rapporter

Lorsque vous visitez un milieu naturel,

n’en rapportez que des photos. Les

expériences vécues sont les souvenirs

les plus mémorables après tout. En

rapportant tout autre souvenir, vous en

priverez ceux et celles qui vous suivront.

7

Contribuez au travail de

conservation

Vous pouvez donner un coup de pouce

à la nature et appuyer notre travail sur

le terrain en participant à une activité

bénévole de CNC ou en contribuant

à notre travail d’intendance à

conservationdelanature.ca/faitesundon.1

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 5


SUR LES

SENTIERS

Range Road 261

P

Grand-duc d’Amérique

Ball Dr


N

Découverte de la propriété

Fleurs

Bénévoles pour la conservation

Bunchberry

Meadows

Cette vaste aire naturelle située à quelques minutes de route

d’Edmonton, en Alberta, abrite plusieurs types de forêts, des

milieux humides et des prés. Elle constitue un habitat essentiel

pour des espèces comme le pin gris et le grand-duc d’Amérique.

Bunchberry Meadows appartenait auparavant à cinq familles qui assuraient son entretien. Ce sont

elles qui ont aménagé plusieurs des sentiers dont la population peut aujourd’hui profiter. Pendant des

années, elles y ont pratiqué le ski de fond et la randonnée. Lorsqu’il a été décidé que le temps était venu de

vendre la propriété, ces familles ont choisi de collaborer avec Conservation de la nature Canada (CNC) et

l’Edmonton & Area Land Trust pour s’assurer que leur propriété serait protégée à long terme pour les espèces

qui y vivent et pour offrir à la population un endroit où s’évader de la ville et profiter de la nature. Sans la

générosité de ces familles et leur amour pour Bunchberry Meadows, nous n’aurions pas cette extraordinaire

propriété de 260 hectares (640 acres) à explorer à seulement 30 kilomètres du centre-ville d’Edmonton.

DEMEUREZ EN SÉCURITÉ

Lorsque vous vous rendez sur une propriété de CNC, nous vous prions de pratiquer la distanciation physique

et de respecter les directives sanitaires locales. Pour plus d’informations, visitez destinationsnature.ca.1

Couleurs automnales

LÉGENDE

P : Stationnement

--- Sentier Parkland

--- Sentier de liaison Blueberry

--- Sentier Tamarack

--- Sentier Meadow View

ESPÈCES À OBSERVER

• autour des palombes • hirondelle rustique

• cerf de Virginie • marmotte commune

• grand-duc d’Amérique • orignal

• grand héron

• petit garrot

• grand pic

• petite buse

G. À D. : CNC; ROBERT MCCAW; CNC; KYLE MARQUARDT; CNC. CARTE : JACQUES PERRAULT.

6 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


ACTIVITÉ

LES

INDISPENSABLES

ILLUSTRATION : CHANTAL BENNETT. PHOTO : BRIANNA ROYE.

Des asclépiades

au menu

Apprenez comment cultiver la

plante hôte essentielle au cycle

de vie du papillon monarque

On compte à travers le Canada pas moins de 13 espèces

indigènes d’asclépiades. Cet automne, pensez à en

inclure dans votre aménagement paysager pour donner

un coup de pouce aux pollinisateurs indigènes. Au

printemps, vous pourriez voir vos efforts récompensés

en y découvrant des œufs (de la taille d’une tête

d’épingle) et des chenilles de monarque.

Asclépiade commune

(SASK., MAN., ONT., QC, N.-B., N.-É., Î.-P.-É., T.-N.-L.)

Cette plante vivace résistante à la sécheresse peut croître

dans une variété de sols pauvres. Dès sa deuxième année,

elle produit des fleurs roses parfumées de juin à août.

Mentionnons que cette espèce peut proliférer rapidement.

Asclépiade incarnate

(SASK., MAN., ONT., QC, N.-B., N.-É., Î.-P.-É.)

L’asclépiade incarnate affectionne les sols riches et

humides et s’épanouit particulièrement dans les milieux

humides et en bordure des étangs. Ses fleurs sont rose

foncé à mauve.

Belle asclépiade

(C.-B., ALB., SASK., MAN.)

Cette espèce constitue une précieuse source de nectar

pour les papillons, abeilles, bourdons et colibris. Elle

prospère dans les sols secs et sablonneux ou dans la terre

de jardin ordinaire, et peut être cultivée en pot.

Pour faire pousser l’asclépiade à partir de semences

La stratification à froid (exposer les semences au froid

pendant un certain temps) est nécessaire pour permettre

aux semences de germer :

• Plantez les semences à l’extérieur à l’automne en les

enfonçant à 3 mm dans le sol.

• Vous pouvez aussi mettre les semences dans un

substrat humide (sable, perlite ou mousse) dans un sac

de plastique que vous laisserez au réfrigérateur de 6 à

8 semaines avant de les mettre en terre après le dernier

gel du printemps.

• Les asclépiades peuvent s’auto-ensemencer, et certaines

espèces se propagent grâce à leurs rhizomes (racines

souterraines) qui leur permettent de coloniser de petits

espaces. Une fois les plants établis, vous pouvez les

multiplier grâce à leurs semences ou en les divisant.1

Collection

de souvenirs

La créatrice de contenu numérique Tina Singh croit qu’il

n’est pas nécessaire de se déconnecter complètement des

appareils électroniques pour profiter de la nature.

Le plein air

n’occupait pas

une grande place

dans ma vie quand j’étais

jeune, et ce n’était pas

trop mon truc non plus

en grandissant. Je ne suis

pas tombée amoureuse

de la nature avant d’avoir

atteint l’âge adulte et

d’avoir mes enfants. Ce

n’est que lorsque mes

garçons, âgés aujourd’hui

de 6, 7 et 9 ans, ont

commencé à grandir

que j’ai perçu la nature

comme ils la voyaient,

la ressentaient et

l’exploraient. Et j’avais

toujours avec moi

mon fidèle téléphone

intelligent pour croquer

tout ça sur le vif.

Le plus extraordinaire

est de voir les choses à

travers les yeux de mes

garçons et de les regarder

gagner en confiance

dans la nature. Le sentier à usages multiples Caledon Trailway (Ontario) est depuis

des années l’une de nos destinations de prédilection pour nos sorties en famille.

Depuis notre première visite à cet endroit pittoresque qui traverse des collines et

des champs, j’ai vu grandir l’amour que mes enfants vouent à la nature. Avant, il

fallait les convaincre pour qu’ils s’amusent avec leurs petites voitures sur un sentier

en pente. Aujourd’hui, ils s’empressent d’enfourcher leurs vélos pour dévaler les

collines. Voilà toute une transformation et une grande fierté parentale pour moi que

de les voir grandir et jouer à cet endroit au fil des saisons.

Même si certaines personnes voient la technologie comme une source de distractions

qui les empêche de profiter de la nature, pour moi, elle améliore l’expérience

de ma famille. Mes photos et vidéos sont des souvenirs que mes enfants et moi pouvons

regarder et apprécier. Et avec des applications comme iNaturalist, nous pouvons

en apprendre plus, en temps réel, sur les plantes et les animaux que je photographie.

Récemment, un mini labradoodle d’un an nommé Hudson s’est joint à notre

famille (c’est « mon plus jeune »!). Il partage désormais avec nous notre amour pour

ce sentier de terre battue... et j’ai bien sûr des photos pour le prouver!1

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 7


Un équilibre

à restaurer

Le travail de restauration d’écosystèmes est crucial pour le rétablissement

des espèces en péril, la lutte contre la perte de biodiversité et le maintien

des bienfaits et services que fournit la nature aux humains.

PAR Niki Wilson

TKTKTKTKTKTKT

8 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


Aire de conservation

du ranch de la rivière

Kootenay, C.-B.

TKTKTKTKTKTKT COLIN WAY.

C’est le début de l’été et nous voici dans

la vallée du Haut-Columbia, en Colombie-Britannique.

Tandis que nous marchons dans l’aire de conservation

du ranch de la rivière Kootenay, nous sommes saluées

par un petit cri strident, suivi d’un deuxième, puis d’un

troisième. Parmi les pins ponderosa épars et les herbes sèches, des

spermophiles du Columbia (petits rongeurs de la même famille que les

marmottes) s’envoient des signaux depuis l’entrée de leurs terriers

poussiéreux qui parsèment la forêt ouverte. Quelques mètres plus

loin, deux d’entre eux détalent sur ce qu’il reste d’un ancien chemin

désormais couvert de sable. « De la nourriture pour les blaireaux », dit

Kate MacKenzie, non loin de moi, en les regardant déguerpir.

Mme MacKenzie est coordonnatrice à l’intendance des terres à

Conservation de la nature Canada (CNC).

Le spermophile du Columbia est une proie particulièrement appréciée

du blaireau d’Amérique, un mammifère figurant sur la liste des

espèces en péril de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Kate

MacKenzie explique que si la réintégration du blaireau sur ce territoire

est l’un des objectifs de conservation de la propriété, il n’est cependant

pas le seul. Depuis que CNC a commencé à acquérir des

terres dans cette partie du sillon des Rocheuses en 2004, son personnel

s’emploie à éclaircir les forêts denses pour les restituer à l’état de

forêt ouverte et de savane herbeuse qui caractérisaient la région avant

l’arrivée des Européens. Cet écosystème plaît non seulement au blaireau,

mais à une foule d’autres espèces en péril, dont le pic de Lewis,

espèce menacée, qui fait son nid dans les cavités abandonnées de

vieux arbres morts.

Mme MacKenzie compte parmi les centaines de membres du personnel

qui travaillent à des projets de restauration similaires dans l’ensemble

du pays. La restauration d’écosystèmes est l’une des activités

principales de CNC. Son personnel collabore avec des bénévoles pour

planter des arbres et des graminées, contrôler l’érosion, éliminer les

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 9


G. à D. : Kate MacKenzie; Pic de Lewis; Arbre criblé

de cavités de nidification, Aire de conservation du

ranch de la rivière Kootenay, C.-B.

espèces non indigènes, désobstruer les ruisseaux

et aider à stabiliser les rives.

La restauration est si essentielle à la santé

des écosystèmes de la planète, que 2021-2030

a été désignée Décennie des Nations Unies

pour la restauration des écosystèmes. Cette

initiative vise à promouvoir l’importance de

la restauration afin de prévenir, freiner et

renverser la dégradation des écosystèmes dans

le monde entier. CNC espère jouer un rôle

central dans l’amplification et la réalisation des

objectifs des Nations Unies au Canada.

CNC déploie déjà beaucoup d’effectifs sur

le terrain. L’organisation a montré au fil des

ans qu’elle sait « réunir les fonds et faire ce

qu’il y a à faire », affirme Stephen Murphy,

expert en restauration écologique à l’Université

de Waterloo (Ontario). Selon lui, CNC a

également su éviter un écueil courant associé

aux efforts de restauration et qui surgit

quand les responsables de projets n’affirment

pas explicitement ce qu’ils tentent

d’accomplir. « CNC est très clair et réaliste »,

conclut-il au sujet des objectifs que l’organisation

se donne.

L’un de ces objectifs est de créer des écosystèmes

fonctionnels. Selon Dan Kraus,

ancien biologiste national de la conservation

à CNC, cet objectif suppose de remettre en

place les processus naturels qui façonnent

les écosystèmes. « Dans les prairies à herbes

hautes du Manitoba, par exemple, il faut restaurer

le flux des eaux », explique-t-il. Ailleurs,

comme dans l’aire de conservation du ranch

de la rivière Kootenay [Colombie-Britannique],

il peut s’agir de réintroduire le feu intentionnellement.

Maintenant que des coupes

d’éclaircie ont ouvert la forêt, Kate MacKenzie

Malgré l’imminence de la crise

climatique et la perte de biodiversité,

il est possible de changer les choses.

La restauration exprime l’espoir.

Lisa McLaughlin, v.-p. des politiques et de la planification en conservation à CNC

et ses collègues sont censés faire un brûlage

dirigé l’an prochain pour reproduire l’effet des

fréquents feux de forêt qui survenaient sur ce

territoire. Ce processus assure le maintien des

prairies et des forêts sèches ouvertes qui ont

durant des millénaires permis à la faune et

aux peuples autochtones de survivre.

CNC a déjà recours au brûlage dirigé pour

restaurer les prairies à herbes hautes et la savane

de chênes dans l’aire naturelle des

plaines du lac Rice, en Ontario. « Le paysage

en ressort radicalement transformé », indique

M. Kraus. Cette aire est gravement fragmentée

et envahie par des espèces non indigènes.

Conjugués à des coupes d’éclaircie et à du sarclage,

les brûlages dirigés permettent d’éliminer

les jeunes arbres et arbustes sans endommager

les spécimens matures. De plus, le feu

prépare le sol pour la germination d’herbes et

de fleurs indigènes. « Il arrive que des graines

restent en dormance durant des décennies, en

attendant le retour de ce processus naturel »,

explique M. Kraus. Dans certains sites restaurés,

il a pu contempler des étendues d’herbes

indigènes parsemées de vieux chênes des

teinturiers. « Je me suis dit que c’est ce à

quoi devait ressembler le paysage il y a plus

de cent ans » explique-t-il. Les plaines du lac

Rice abritent de nombreuses espèces en péril,

dont la couleuvre à nez plat, la sturnelle

des prés (un oiseau) et le monarque.

La restauration d’écosystèmes est cruciale

pour rétablir les espèces en péril et freiner

la perte de biodiversité et, de manière plus

générale, pour sauvegarder les bienfaits et

services que la nature offre aux humains.

Les écosystèmes intacts sont plus résilients

face aux changements climatiques, ils représentent

un habitat essentiel pour de nombreuses

espèces qui pollinisent les cultures

et sont importants pour la santé mentale et

physique des humains. Selon M. Kraus, la

restauration de milieux humides de l’île Pelée

(lac Érié), en Ontario, est un exemple de

projet qui apporte plusieurs de ces bienfaits.

En plus de créer un lieu d’observation des

oiseaux, les milieux humides ont pour fonction

importante de retenir et de filtrer l’eau

et d’atténuer les risques d’inondation pour la

population locale.

G. À D. : COLIN WAY; GLENN BARTLEY; COLIN WAY.

10 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


PHOTO : KRISTINA SMITH; CARTE : CORY PROULX.

Engagement communautaire

Pour mener à bien des projets de restauration

de ce genre, il est essentiel d’établir des

collaborations et des partenariats respectueux

avec la population locale.

Megan Jensen est responsable de la gestion

des aires naturelles pour le sud-ouest de

l’Alberta à CNC. Depuis 2019, elle travaille

avec ses collègues à la restauration des prairies

tempérées sur une parcelle de terre

située dans l’habitat essentiel du tétras des

armoises (un oiseau). Le projet vise à soutenir

les efforts de restauration du Zoo de

Calgary et de l’équipe du Gouvernement du

Canada vouée au rétablissement des espèces

en péril. Quand CNC a acquis la propriété,

le personnel a dû composer avec des plantes

non indigènes persistantes et des sols compactés.

L’équipe a travaillé avec des soustraitants

et un agriculteur de la région pour

défricher les terres, y ajouter des plantes

qui ameublissent le sol, engraisser le sol et le

préparer à recevoir les semences d’espèces

indigènes. Des plants et des graines d’armoise

ont été récoltés en collaboration avec

l’Alberta Conservation Association qui possède

une propriété attenante. Lorsque nécessaire,

les propriétaires de terrains et les

éleveurs des environs sont venus prêter

main-forte. « La population locale nous a été

d’un grand soutien », d’ajouter Mme Jensen.

De la même manière, des membres de

la communauté, des bénévoles et des

organisations aux vues similaires ont offert

une contribution essentielle aux travaux

de restauration de la forêt acadienne dans les

provinces de l’Atlantique. Ce type de forêt se

compose de plus de 60 espèces d’arbres, et

Riv. Kootenay

Aire de

conservation

du ranch

de la rivière

Kootenay

Banff

Radium

Hot Springs

Vieux chêne des teinturiers,

Plaines du lac Rice, Ont.

COLOMBIE-

BRITANNIQUE

ALBERTA

Calgary


N

sa restauration suppose une vaste opération

de plantation. Laurel Bernard, directrice à

l’intendance des terres pour les provinces de

l’Atlantique à CNC, raconte que les bénévoles

plantent des semis même à la pluie battante.

« Les gens sont vraiment motivés à venir

travailler sur le terrain », ajoute-t-elle.

En plus d’offrir un solide programme de

bénévolat, CNC a créé un partenariat avec

Community Forests International, un

organisme sans but lucratif qui lui fournit les

semis et apprend au personnel et aux

bénévoles comment planter des arbres

efficacement. La collaboration joue un rôle

crucial dans la réussite de ce projet.

Diversité et inclusion

Les organismes qui oeuvrent à la restauration

écologique apportent certes une contribution

positive avec leurs programmes de bénévolat

et leurs activités de sensibilisation communautaire.

Néanmoins, comme c’est le cas pour

de nombreux projets en science occidentale,

il reste encore beaucoup à faire pour accroître

la diversité et l’inclusion dans le domaine.

Selon Stephen Murphy, les choses commencent

toutefois à changer. En plus d’être

chercheur et enseignant à l’Université de

Waterloo, il est rédacteur en chef du journal

scientifique Restoration Ecology. À ce titre,

il est aux premières loges de cette évolution.

« De nos jours, les chefs de file dans le domaine

sont des personnes en début de carrière,

issues de divers pays et cultures. Beaucoup

sont des femmes », fait-il remarquer

avant d’ajouter que la composition du comité

de rédaction du journal se transforme pour

refléter cette nouvelle réalité.

Le journal reçoit de plus en plus d’articles

qui se consacrent à la manière dont la

restauration écologique « interagit — ou

n’interagit pas — avec les peuples

autochtones », renchérit M. Murphy. Lisa

McLaughlin, vice-présidente des politiques

et de la planification en conservation à CNC,

abonde dans le même sens. « Cette question

nous préoccupe beaucoup », affirme-t-elle,

précisant que l’organisation est en train

d’élaborer un nouveau cadre pour la

restauration écologique. « Il nous permettra

entre autres d’en apprendre plus sur les

pratiques culturelles autochtones qui ont

façonné le paysage durant des milliers

d’années », se réjouit-elle. Mais ce qui compte

plus encore, selon elle, c’est « que nous avons

l’occasion d’unir les objectifs de la restauration

écologique au lien qui existe entre les peuples

et le territoire, ce qui représente une

composante primordiale de tout projet ».

D’une manière plus générale, le cadre

sera un point de départ pour mieux cerner

les priorités et pour coordonner et accélérer

les travaux de restauration actuels de

CNC. « En ce moment, nous accomplissons

beaucoup sur le terrain, poursuit Lisa

McLaughlin, mais en dehors du site en restauration,

nous n’avons pas de canal de

« La Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes

2021-2030 est un appel au ralliement pour la protection et la renaissance

des écosystèmes dans le monde entier, au bénéfice des populations et de

la nature. Elle vise à mettre un terme à la dégradation des écosystèmes

et à les restaurer pour atteindre les objectifs mondiaux. »

Programme des Nations Unies pour l’environnement

diffusion et de moyen coordonné pour

parler de l’impact de notre travail. » Dans le

contexte de ce nouveau cadre et dans l’optique

de la Décennie des Nations Unies pour

la restauration des écosystèmes, CNC entend

collaborer avec le gouvernement fédéral

et ceux des provinces en vue d’accroître

au maximum l’efficacité de son travail collectif

dans une multitude de paysages.

Pendant ce temps, dans l’aire de conservation

du ranch de la rivière Kootenay, une buse

à queue rousse décrit des cercles dans le ciel

en faisant retentir son cri. Presque au même

moment, un cerf mulet file à toute allure devant

nous à la poursuite d’un coyote rusé qui

s’est peut-être trop approché de son faon caché

dans les herbes hautes. Nous passons devant

un scarabée vert métallique aux pattes

jaune clair qui manœuvre parmi les étamines

aux extrémités arrondies de la fleur d’un zigadène

vénéneux. Dans l’air de l’après-midi,

les grillons font entendre leur mélodie.

Ce lieu regorge de vie sauvage et de promesses.

On le voit dans les fleurs sauvages

qui se réapproprient l’ancien chemin, et on

l’entend dans le bruissement des petits mammifères

qui s’activent dans les rémanents

(débris végétaux) laissés au sol pour abriter

la faune. On le voit aussi sur le visage de

Kate MacKenzie, qui considère d’un regard

satisfait le travail que son équipe a accompli

ici. Malgré l’imminence de la crise climatique

et la perte de biodiversité, Lisa McLaughlin

pense que nos actions peuvent encore changer

les choses. « Par la restauration, nous exprimons

l’espoir ».1

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 11


PROFIL

D’ESPÈCE

Buse rouilleuse

Ce grand rapace peut atteindre 160 kilomètres à l’heure

lorsqu’il plonge en piqué sur une proie.

TKTKTKTKTKTKT

EVELYN HARRISON / ALAMY STOCK PHOTO.

12 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


APPARENCE

La buse rouilleuse est l’une des plus

grosses buses d’Amérique du Nord. Elle peut

plonger à plus de 160 kilomètres à l’heure pour

attaquer sa proie. Cet oiseau migrateur au plumage

brun roux est plus facile à identifier quand on l’observe

de dessous : son abdomen est blanc et l’extrémité de ses

ailes est de couleur rouille.

Ce rapace a une petite tête et de grandes ailes dont

l’envergure est de 122 à 152 cm. Une forme moins

courante d’individus a un plumage brun foncé

et une queue gris clair avec des tons rosâtres.

Les pattes de la buse rouilleuse sont

emplumées jusqu’aux serres.

Ranch Sandstone, Alb.

TKTKTKTKTKTKT

PHOTO : LEVI WILLIAMS WHITNEY. ILLUSTRATION : CORY PROULX.

HABITAT

Les régions arides sont un

type d’habitat recherché par la

buse rouilleuse. Au Canada, cela

correspond au sud des prairies,

de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Les prés et les basses terres font

également partie de ses

habitats de prédilection.

AIRE DE

DISTRIBUTION

Cet oiseau de proie migre sur de

courtes à moyennes distances. Les

individus nichant en Alberta migrent

généralement vers le sud pour l’hiver, et ce,

parfois jusqu’au Texas. Dans les régions plus

chaudes de son aire de distribution, comme

le Colorado ou l’Utah, une partie de sa

population demeure à l’année. Pendant

leur migration vers le sud, les buses

rouilleuses ont tendance à

suivre les prairies.

MENACES

Pour survivre, la buse rouilleuse

dépend des prairies, un écosystème qui

a presque disparu au Canada. L’espèce est

actuellement désignée comme préoccupante

par le Comité sur la situation des

espèces en péril au Canada. Les principales

menaces qui la guettent sont la perte et

la dégradation de son habitat et le

développement industriel.

Que fait CNC pour

protéger l’habitat

de cette espèce?

CNC travaille à la conservation

de la prairie, qui est l’un des

écosystèmes les plus menacés au

monde. D’innombrables espèces

sont tributaires de cet habitat

pour leur survie, mais plus de

80 % des prairies indigènes du

Canada ont disparu. CNC œuvre

à la protection de sites comme le

Missouri Coteau, en Saskatchewan,

et le Ranch Sandstone, en

Alberta, qui servent d’habitat

à la buse rouilleuse et à d’autres

espèces des prairies.

Comment vous

pouvez aider

Une excellente façon de

contribuer à conserver les

habitats menacés dans les

Prairies est de s’impliquer dans

des programmes de science

participative. Ces programmes

invitent les personnes qui se

passionnent pour la nature à

aider les biologistes en observant

et en identifiant les espèces qui

les entourent. C’est grâce à ces

bénévoles enthousiastes que les

biologistes peuvent compiler

des observations qui proviennent

de partout au Canada.1

AIDEZ À PROTÉGER

CETTE ESPÈCE

Pour aider à conserver l’habitat

naturel de cette espèce, visitez

conservationdelanature.ca/

donnez.

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 13


CNC

À L’ŒUVRE

1

À la rescousse d’une amie fragile

RIVIÈRE AUX BROCHETS, QUÉBEC

MERCI!

Votre appui a permis la réalisation de

ces projets. Pour en savoir plus, visitez :

conservationdelanature.ca/nous-trouver.

Le champ des rêves

« Quand j’ai appris que des personnes habitant

notre province étaient sur le point de recevoir

une ristourne de la Saskatchewan Government

Insurance (SGI), je me suis dit que ce serait

formidable de rassembler cet argent pour faire

une bonne action. »

3

1

2

À70 kilomètres au sud-est de Montréal, dans une petite section

de la rivière aux Brochets, se trouve un lieu bien spécial, car

c’est l’un des rares sites de ponte connus de la tortue-molle

à épines. Malgré qu’il soit de moins de 2 hectares (5 acres), ce site demeure

d’une grande valeur.

« Même s’il est petit, il est très important pour la survie d’espèces

fragiles, comme la tortue-molle à épines », explique Valérie René, coordonnatrice

de projets à Conservation de la nature Canada (CNC). « La

modification rapide du littoral est l’un des facteurs qui menacent sa

survie. Le rivage de deux nouvelles propriétés de CNC fait partie des

quelques berges naturelles qui subsistent sur la rivière aux Brochets. »

Les suivis télémétriques effectués par le Zoo de Granby, partenaire de

CNC dans ce projet, ont démontré l’utilisation de ce secteur comme aire

d’alimentation et d’hibernation par les bébés tortues. CNC a récemment

annoncé l’acquisition de deux propriétés à Pike River, le long de la rivière

aux Brochets, en Montérégie. Ces acquisitions ont été rendues possibles

grâce à la famille Gasser — des producteurs laitiers — et à Jean Lapierre,

un propriétaire foncier de la région. Désireux de voir ces habitats

conservés à long terme, ils ont choisi de vendre leurs terres à CNC.

La tortue-molle à épines est désignée en voie de disparition au Canada

en vertu de la Loi sur les espèces en péril et menacée au Québec en

vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Au Québec,

on la trouve maintenant seulement dans la région du lac Champlain.

Étant donné que cette espèce de tortue a tendance à retourner sur les

mêmes sites de nidification et d’hibernation chaque année, il est donc

encore plus crucial de conserver ces habitats essentiels.

La propriété a également été acquise grâce au financement du Gouvernement

du Canada, par l’entremise du Programme de conservation

du patrimoine naturel, du Gouvernement du Québec, par l’intermédiaire

du Projet de partenariat pour les milieux naturels (PPMN), et à la générosité

de donatrices et donateurs.

MICHELLE GILDERS / ALAMY STOCK PHOTO. MÉDAILLON : AVEC LA PERMISSION DE MARK SPOONER.

« J’ai donc créé le groupe Facebook Field of

Dreams. C’est un projet qui transforme nos ristournes

SGI inattendues (et d’autres dons) en

un patrimoine permanent, par la conservation

de prairies menacées pour les générations et

les espèces futures. Ce qui est remarquable,

c’est que notre groupe a amassé 103 500 $ pour

la protection des prairies de la Saskatchewan. »

Tortue-molle à épines

« Pendant la pandémie, nous avons souvent

eu l’impression de vivre sous un ciel gris, mais

ce projet s’est avéré être le rayon de soleil

dont nous avions besoin. Nous nous réunissons

pour mettre notre argent en commun et faire

une différence. »

~ Marc Spooner, professeur à

l’Université de Regina (Sask.)

Marc Spooner

14 AUTOMNE 2021

conservationdelanature.ca


Qat'muk, C.-B.

G. À D. : JASON BANTLE; PAT MORROW.

Aire de conservation des prairies patrimoniales Old Man on His Back, Sask.

2

Le sommet Making Nature Investable,

une première mondiale sur le Web

TOILE MONDIALE

Le 11 mai 2021, CNC, appuyé par la Metcalf Foundation et le Groupe Banque TD, a tenu un sommet

virtuel pour souligner le besoin critique en investissement de capitaux privés et publics supplémentaires

pour la nature partout au pays. Les possibilités d’accroître les investissements dans les vastes paysages

naturels du Canada ont été abordées à l’aide d’exemples internationaux de financement pour la

conservation, grâce à la présence de spécialistes, de conférencières et conférenciers de marque, dont

Mark Carney, vice-président du conseil d’administration de Brookfield Asset Management et envoyé

spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique, et Jonathan Wilkinson, ministre

canadien de l’Environnement et du Changement climatique.

Plus de 1 200 personnes se sont jointes à ces expertes et experts nationaux et internationaux de

tous les ordres de gouvernement, du secteur des finances, de la conservation et des communautés

universitaires pour discuter de l’état du financement pour la conservation au Canada, ce qui en a fait

le plus grand événement virtuel organisé par CNC à ce jour.

Pour faire suite au succès du sommet, CNC, avec l’aide de l’Institut pour l’intélliProspérité (un

laboratoire d’idées « think-tank » national sur l’économie propre établi à Ottawa), a publié un compte

rendu des grandes lignes et des mesures à adopter présentées lors du sommet.

Vous trouverez le compte rendu (en anglais) du sommet et des informations sur les événements

à venir en ligne à natureconservancy.ca/mni.

3

De la recherche en intelligence artificielle

pour aider la conservation

OTTAWA, ONTARIO

CNC est ravi de s’associer à l’Université Carleton pour développer des outils basés sur l’intelligence

artificielle, l’informatique et des approches systématiques de planification de la conservation pour

orienter ses décisions. Ce partenariat contribuera à renforcer ce que CNC fait de mieux : prendre des

décisions fondées sur les meilleures informations disponibles.

À une époque où nous sommes confrontés à la double crise de la perte de biodiversité et des

changements climatiques, nous devons prendre des mesures de conservation rapides et efficaces.

Cette collaboration avec l’Université Carleton, qui vise à moderniser les outils de CNC en matière

de planification et de prise de décision, aidera l’organisation à concentrer ses efforts aux bons endroits,

en vue d’obtenir les meilleures retombées possibles.

Cette collaboration scientifique est également un excellent moyen de générer davantage de

connaissances et de développer de nouveaux outils qui pourront être utilisés par d’autres membres

de la communauté des organismes de conservation.1

Pleins feux sur

nos partenaires

La Fondation canadienne

Donner, qui appuie la recherche

en matière de politiques

publiques ainsi que des projets

dans les domaines de l’environnement

et des services sociaux

à travers le Canada et le monde

entier, soutient Conservation de

la nature Canada (CNC) depuis

plus de deux décennies.

Une des pierres angulaires de

la démarche philanthropique

de la fondation est de contribuer

à faire entendre les voix des

communautés autochtones et

au renforcement de leurs

communautés. Les subventions

de la fondation ont permis à

CNC de mettre son expertise

en conservation au service de

multiples communautés

autochtones menant des projets

de conservation novateurs d’un

océan à l’autre et à l’autre.

Cela inclut le travail de CNC

auprès du Gouvernement de la

Nation Crie pour l’identification et

la protection d’aires d’importance

écologique et culturelle dans le

territoire traditionnel et ancestral

des Cris d’Eeyou Istchee, au

Québec, et avec le Conseil de la

Nation Ktunaxa, pour contribuer

à protéger du développement

le territoire sacré de Qat’muk,

en Colombie-Britannique. Les

subventions de la fondation

aident CNC et des communautés

autochtones à entreprendre et à

poursuivre des projets essentiels

de conservation.

Nous tenons à remercier la

Fondation canadienne Donner

pour son engagement à long

terme envers CNC et la conservation

menée par les Autochtones.

conservationdelanature.ca


UNE FORCE POUR

LA NATURE

Sur sa

propre

voie

Chúk Odenigbo crée un

nouveau récit autour de la

nature au Canada

BRIANNA ROYE.

16 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


Au cœur de Calgary, en Alberta, se trouve

le lieu préféré de Chúk Odenigbo pour

s’évader dans la nature. On peut s’y perdre

parmi les grands arbres et les herbes verdoyantes

et luxuriantes. Ce paradis de 1 hectare (2 acres)

abrite plus de 50 espèces végétales. Sur ses sentiers

sinueux, plus de 500 arbres vous entourent. Et à la

sortie de cette oasis, vous pouvez sentir les mets

chinois du restaurant situé tout près.

BRIANNA ROYE.

L’un des sites naturels préférés de Chúk

Odenigbo est un jardin botanique intérieur

situé juste en face de l’aire de restauration

du centre commercial CORE, au centre-ville

de Calgary. C’est un lieu où les gens de la

ville, comme lui, peuvent trouver le calme là

où ils s’y attendent le moins.

« J’ai plusieurs endroits préférés dans

la nature, et chacun est porteur d’un souvenir

ou d’une émotion particulière », dit-il.

« J’aime les Jardins Devonian (Devonian

Gardens) parce que les gens peuvent y accéder

si facilement. Ce jardin permet d’entrer

en contact avec la nature au cœur du

centre-ville pour y faire une pause nature,

et d’être entouré d’arbres, de plantes et de

tout ce qui s’y rattache. Je crois que cela

illustre parfaitement l’idée que tout le

monde a le droit d’accéder à la nature. »

M. Odenigbo est un Franco-Albertain noir

qui a littéralement grandi autour du monde.

Avec des parents tous deux à l’emploi de

l’Organisation des Nations Unies, il se retrouvait,

enfant, dans un pays différent presque

chaque année.

« Je suis né à Genève, en Suisse, pendant

la lune de miel de mes parents », dit-il en

riant. « Peu après ma naissance, nous avons

quitté le pays, et depuis, j’ai vécu dans tellement

d’endroits différents; tous ces lieux ont

approfondi mon amour pour la nature et

l’environnement. »

Maintenant établi à Gatineau, au Québec,

M. Odenigbo admet avoir eu du mal à se reconnaître

dans les paysages culturels et naturels

du Canada. Il constate la présence d’obstacles

pour les personnes racisées, les Autochtones,

les femmes et d’autres personnes

marginalisées qui souhaitent accéder aux

milieux naturels du pays.

Que ce soit à cause d’un manque d’éducation

sur la nature, d’une absence de représentation

dans les médias verts (nature/environnement),

de problèmes d’accès ou de sécurité,

Chúk Odenigbo espère contribuer à faire tomber

les barrières entre les gens et la nature.

« Quand j’étais jeune, mes parents ne

me laissaient pas aller camper », admet-il.

« Ils me disaient : si tu voulais aller camper,

nous aurions dû te laisser dans un village en

Afrique. » Il ajoute qu’au Canada, 94 % de

la population noire habite en milieu urbain.

« Nous sommes la population la plus urbanisée

du pays par peur d’être considéré(e)s

comme non civilisé(e)s [par les autres] »,

fait-il remarquer. M. Odenigbo croit que les

relations litigieuses historiques, autant que

les plus contemporaines, vécues par les

personnes noires ont créé des obstacles pour

les Noir(e)s d’aujourd’hui qui cherchent à se

faire une place sur le territoire.

De nos jours, Chúk Odenigbo mène le

récit et crée l’espace nécessaire pour que les

jeunes, les femmes et les personnes de couleur

trouvent leur voix afin de protéger, de

profiter et de s’épanouir dans la nature. Il fait

partie des personnes qui ont fondé Future

Ancestors Services inc., une jeune entreprise

sociale dirigée par une équipe noire et autochtone

offrant des services professionnels. Lancée

en avril 2020, l’organisation aide sa clientèle

à faire progresser la justice climatique et

l’équité par l’entremise d’une « perspective

antiraciste et de responsabilité ancestrale ».

« Nous sommes les ancêtres de la future

génération et nous devons agir en toute

conscience », dit-il. « Nous reconnaissons aussi

que nous sommes le futur de nos ancêtres,

et nous savons qu’il y a des erreurs du passé à

réparer, et que c’est notre responsabilité. »

M. Odenigbo et Future Ancestors Services

remettent en question le récit qu’on associe à

la nature au Canada. Ils encouragent d’autres

personnes, et plus particulièrement celles qui

sont exclues des discussions, à « réimaginer »

la manière dont nous faisons l’expérience de

la nature. « À travers sa clientèle, l’entreprise

aide la communauté à créer et à maintenir des

relations significatives et à aborder les enjeux

systémiques qui désavantagent des groupes

en mal d’équité. »

« La culture de la nature [au Canada] a

créé des barrières : une fausse dichotomie

quant aux comportements à adopter dans la

nature », fait-il remarquer. « Il y a cette idée

selon laquelle il faut se déconnecter quand

on est dans la nature. Pourtant, vous n’avez

pas à choisir entre la technologie et la nature.

Nous invitons les gens à trouver leur propre

façon de s’y connecter. Sans blague, ce que je

préfère faire dans la nature, c’est de m’installer

sous un arbre et regarder un film sur ma

tablette », dit-il en riant.

M. Odenigbo est doctorant en géographie

médicale à l’Université d’Ottawa. Ses recherches

portent sur les relations entre la

santé humaine, la nature et la culture. Selon

lui, l’égalité et la promotion de la santé de la

population et des espaces naturels impliquent

que nous devons nous assurer que ces lieux

sont sécuritaires et accessibles pour tout le

monde et qu’ils peuvent inciter des personnes

de tous horizons à contribuer à la protection

du territoire.

« La nature est pour tout le monde, peu

importe la couleur de la peau ou l’identité

de genre », affirme-t-il. « Il est important que

les gens fassent l’expérience de la nature à

leur manière. Dès qu’ils le feront, ils seront

motivés par le désir de la protéger. »1

conservationdelanature.ca

AUTOMNE 2021 17


GRANDEUR

NATURE

Une araignée pas

comme les autres

Par Mike Burak, directeur de programmes à Conservation de la nature Canada (CNC) pour le sud-ouest de la Saskatchewan

Au travail comme dans mes loisirs, j’ai

eu la chance de passer beaucoup de

temps dans le sud des provinces des

Prairies. En 2011, une séance d’information sur

la sécurité à la Base des Forces canadiennes

Suffield, près de Medicine Hat, en Alberta, m’a

rappelé que la veuve noire est une espèce qui

habite les prairies d’herbes mixtes du Canada,

bien qu’elle n’y soit qu’en petit nombre.

Je ne suis pas un grand « fan » d’araignées,

mais j’ai quand même l’habitude de vérifier

les terriers abandonnés pour y détecter la

présence de nouveaux locataires.

Ce n’est toutefois qu’en juin 2020 que j’ai

aperçu pour la toute première fois une veuve

noire pendant que j’effectuais l’inventaire

de base de la propriété Zen-Ridge de CNC,

dans le sud-ouest de la Saskatchewan. En y

inspectant les anciens terriers de blaireaux,

je me souviens m’être dit que les toiles

d’araignée tissées à l’entrée de la plupart

d’entre eux étaient le signe qu’aucun animal

n’y était entré ou n’en était sorti récemment.

En m’approchant d’un des terriers, j’ai remarqué

à l’intérieur la présence d’une grosse

araignée noire. Si j’étais arrivé par un autre

angle, je ne l’aurais probablement pas vue.

Elle était à 20-25 centimètres sur le côté de

l’entrée, installée sur une grosse masse

blanche remplie d’œufs. Ayant déjà eu la

chance d’observer d’intéressants spécimens

d’araignées dans les prairies, je me suis agenouillé

pour mieux observer celui-ci.

En me voyant bouger, l’araignée a sursauté

et s’est enfoncée plus loin à l’intérieur du

terrier. Alors qu’elle s’éloignait pour se tirer

du danger, j’ai clairement vu une marque

rouge en forme de sablier sur la partie inférieure

de son abdomen. Cette marque a

automatiquement réduit le nombre d’espèces

potentielles à une seule : la veuve

noire de l’Ouest.

En poursuivant mon inventaire durant les

jours qui ont suivi, je n’ai pu m’empêcher de

chercher d’autres individus de cette espèce.

En tout, mon collègue et moi avons observé

sept veuves noires de l’Ouest, qui avaient

toutes des masses d’œufs.

Il est facile de s’intéresser aux oiseaux, aux

mammifères, aux autres animaux sauvages

et même aux plantes qui bénéficient des aires

protégées comme celle de la propriété Zen-

Ridge, mais cette expérience m’a fait prendre

conscience qu’il existe beaucoup d’autres espèces

plus petites et moins charismatiques qui

en bénéficient aussi. Elles ne sont tout simplement

pas aussi faciles à repérer, à moins de

prendre le temps de les chercher.

Bien qu’elle puisse être un peu répugnante

ou effrayante, la veuve noire de l’Ouest nous

rappelle que la biodiversité n’est pas, et ne

devrait pas, être une question de préférences

parmi les espèces.1

CHANTAL BENNETT.

18 AUTOMNE 2021 conservationdelanature.ca


METTEZ VOTRE

PASSION AU

CŒUR DE

VOTRE

HÉRITAGE

Votre passion pour les espaces naturels qui nous entourent est au

cœur de votre vie. Et maintenant, vous pouvez en faire votre héritage.

Un don testamentaire à Conservation de la nature Canada, quel que soit

le montant, vous permet de contribuer à la protection de nos habitats

les plus vulnérables et de la faune qu’ils abritent. Pour aujourd’hui,

pour demain, et pour les générations à venir.

Commandez votre livret d’information sur

les dons planifiés dès aujourd’hui.

Communiquez avec Marcella au 1 877 231-3552,

poste 2276 ou visitez natureenheritage.ca


VOTRE

IMPACT

Aire de conservation Sage and Sparrow, C.-B.

Votre appui permet de

réaliser de grandes choses

Voici quelques faits saillants des derniers mois

STEVE AUSTIN.

Plus de 150

inventaires

Cet été, en Colombie-Britannique,

des membres du personnel ont

mené des inventaires dans plus de

150 milieux humides situés sur des

propriétés de CNC dans le cadre

d’une initiative provinciale visant à

évaluer l’état de santé et guider la

gestion de ces écosystèmes vitaux.

36 000

observations

Plus de 6 500 personnes se

sont inscrites au Grand BioBlitz

de CNC. Plus de 36 000

observations d’espèces ont été

soumises à iNaturalist.

20 548

hectares

Au cours de la dernière année,

l’appui de nos donatrices et

donateurs a permis de conserver

20 584 hectares (50 864 acres)

répartis sur 53 propriétés.

Merci pour tout ce que vous faites pour la conservation au Canada!

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