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NUMÉRO

423-424

EN VENTE

DEUX

MOIS

202

2

ANNÉE SUR LE FIL

Les rebonds de la pandémie de Covid-19, l’irruption de nouveaux variants,

les incertitudes économiques et politiques font peser un stress intense.

Pourtant, les scénarios de sortie de crise existent…

ET AUSSI

Côte d’Ivoire

Sur le chemin

de demain

Dossier spécial 26 pages

Le futur parc des expositions

d’Abidjan.

Entretien

MAHAMAT-SALEH

HAROUN

« JE VEUX

PROVOQUER

LE DÉBAT »

Interview

YASMINE

CHAMI

« QUELQUE

CHOSE EST

À RÉINVENTER

POUR LES HOMMES »

Rencontre

FEMI

ET MADE

KUTI

« LE SENS

DE NOTRE

HÉRITAGE »

France 5,90 € – Afrique du Sud 49,95 rands (taxes incl.) – Algérie 320 DA – Allemagne 6,90 €

Autriche 6,90 € – Belgique 6,90 € – Canada 9,99 $C – DOM 6,90 €

– Espagne 6,90 € – États-Unis 8,99 $ Grèce 6,90 € – Italie 6,90 € –

Luxembourg 6,90 € – Maroc 39 DH – Pays-Bas 6,90 € – Portugal cont. 6,90 €

Royaume-Uni 5,50 £ – Suisse 8,90 FS – TOM 990 F CFP – Tunisie 7,50 DT – Zone

CFA 3 500 FCFA ISSN 0998-9307X0

DÉCOUVERTE

Djibouti LES PILIERS

DE L’ÉMERGENCE

423-424 - DÉC.2021-JANV.2022

L 13888 - 423 - F: 5,90 € - RD


SÉROPOPSTAR

Aujourd’hui, avec les traitements,

une personne séropositive peut avoir des enfants

sans transmettre le VIH.

Plus d’infos sur QuestionSexualité.fr

Réalisé dans le respect des protocoles sanitaires. Continuons de respecter les gestes barrières.

Continuons de porter un masque partout où il est recommandé par les autorités scientifiques.


édito

PAR ZYAD LIMAM

DIVIDENDE DÉMOGRAPHIQUE

En 2100, c’est-à-dire dans un peu plus de

soixante-dix ans, ce qui n’est pas grand-chose à

l’échelle de l’histoire humaine, et ce qui n’est pas si

loin pour les enfants qui naissent aujourd’hui, 40 % des

Terriens seront africains. À cet horizon, nous serons

alors aux alentours de 4 milliards (dont 3 milliards pour

l’Afrique subsaharienne à elle seule) pour une population

globale de 8 à 9 milliards d’habitants.

Le Nigeria aura près de 700 millions de résidents.

Et le Niger aux alentours de 200 millions ! L’Afrique

sera alors, avec le Moyen-Orient, une exception, toutes

les autres régions du monde voyant leur population

diminuer ou se stabiliser. La Chine pourrait revenir à

1 milliard d’habitants (moins que sa population de

2021). Certains pays, comme le Japon ou la Russie,

l’Italie et même l’Espagne, pourraient perdre 40 % à

50 % de leur population. Les États-Uniens seraient alors

un peu plus de 400 millions dans un pays fortement

métissé avec une minorité « blanche ».

Ces chiffres, et leurs implications stupéfiantes

sur la marche du monde, sur les équilibres politiques

et sociaux internes sont à prendre avec précaution. Ils

sont basés sur des modèles mathématiques. Et 2100

reste un horizon très lointain, toutes sortes d’événements

politiques, sanitaires, climatiques pourraient intervenir.

Mais la tendance de fond est là, au moins sur

le moyen terme, sur une ou deux générations à venir.

C’est la puissance de « l’inertie démographique ». Sans

se projeter jusqu’à 2100, l’Afrique va devoir absorber

une formidable poussée démographique. Même si la

fécondité baisse et les taux de mortalité également, le

continent pourrait compter en 2050 entre 1,6 et 2 milliards

d’habitants. Dont l’immense majorité sera jeune,

très jeune. Un véritable choc qui n’est pas encore suffisamment

dans notre débat public. Sauf pour s’écharper

sur les questions religieuses ou sur la question hautement

taboue du contrôle des naissances.

Pourtant, la question démographique est

au cœur des enjeux africains. La limitation des

naissances est la pierre angulaire des scénarios positifs

et de la théorie du « dividende démographique ».

Quand la fécondité chute rapidement dans un pays, la

part des très jeunes diminue fortement, sans que la part

des personnes âgées n’augmente sensiblement au

début. Par contre, la population d’âge actif augmente

nettement, offrant une opportunité de développement

économique : création d’un marché de consommateurs,

emplois… Cette fenêtre ne dure qu’un temps,

quelques décennies. Lorsque la population vieillit à

nouveau, la fenêtre se ferme progressivement, faute

d’un nombre de nouveaux actifs suffisants et avec le

poids des gens âgés…

Mais pour que cette opération magique

fonctionne, il faut aussi et surtout créer des emplois,

des potentialités pour cet afflux de jeunes. Il faut de

la croissance et des économies en marche. Il faut

former également ces cohortes de nouveaux travailleurs.

Sinon, les actifs rejoignent le rang des chômeurs

et de la précarité informelle, entraînant une situation

sociale explosive…

Le chemin vertueux du dividende démographique

(croissance, opportunités, contrôle des

naissances), c’est le parcours que la Chine a vécu. Au

Brésil, en Argentine, en Amérique latine, d’une manière

générale, faute d’emplois suffisants et de créativité

économique, le « dividende » fonctionne nettement

moins bien.

Pour nous, Africains, les choix sont limpides.

Quoi qu’en disent les théoriciens de la population nombreuse,

pour qu’il y ait un futur jouable, notre nombre

doit se stabiliser, les naissances doivent baisser, nous

devons nous orienter vers des familles nucléaires à

quatre ou cinq. Et les énergies doivent toutes tendre

vers le développement économique et l’imagination

de nouveaux modèles.

D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous une

année 2022 plus paisible, d’être pleinement vaccinés,

énergiques et actifs au cœur du monde. ■

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 3


France 5,90 € – Afrique du Sud 49,95 rands (taxes incl.) – Algérie 320 DA – Allemagne 6,90 €

Autriche 6,90 € – Belgique 6,90 € – Canada 9,99 $C – DOM 6,90 €

– Espagne 6,90 € – États-Unis 8,99 $ Grèce 6,90 € – Italie 6,90 € –

Luxembourg 6,90 € – Maroc 39 DH – Pays-Bas 6,90 € – Portugal cont. 6,90 €

Royaume-Uni 5,50 £ – Suisse 8,90 FS – TOM 990 F CFP – Tunisie 7,50 DT – Zone

CFA 3500 FCFA ISSN 0998-9307X0

423-424 - DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022

3 ÉDITO

Dividende démographique

par Zyad Limam

6 ON EN PARLE

C’EST DE L’ART, DE LA CULTURE,

DE LA MODE ET DU DESIGN

Les rois sont de retour

26 PARCOURS

Youness Miloudi

par Fouzia Marouf

29 C’EST COMMENT ?

Bonne année !

par Emmanuelle Pontié

100 CE QUE J’AI APPRIS

Dobet Gnahoré

par Astrid Krivian

130 VINGT QUESTIONS À…

Willy Dumbo

par Astrid Krivian

NUMÉRO

423-424

EN VENTE

DEUX

MOIS

202

2

ANNÉE SUR LE FIL

Les rebonds de la pandémie de Covid-19, l’irruption de nouveaux variants,

les incertitudes économiques et politiques font peser un stress intense.

Pourtant, les scénarios de sortie de crise existent…

ET AUSSI

Côte d’Ivoire

Sur le chemin

de demain

Dossier spécial 26 pages

Le futur parc des expositions

d’Abidjan.

Entretien

MAHAMAT-SALEH

HAROUN

« JE VEUX

PROVOQUER

LE DÉBAT »

Interview

YASMINE

CHAMI

« QUELQUE

CHOSE EST

À RÉINVENTER

POUR LES HOMMES »

Rencontre

FEMI

ET MADE

KUTI

« LE SENS

DE NOTRE

HÉRITAGE »

DÉCOUVERTE

Djibouti LES PILIERS

DE L’ÉMERGENCE

423-424 - DÉC.2021-JANV.2022

L 13888 - 423 - F: 5,90 € - RD

TEMPS FORTS

30 2022, année sur le fil

par Zyad Limam,

Frida Dahmani,

Emmanuelle Pontié

et Cédric Gouverneur

44 Éthiopie :

Le géant à terre

par Cédric Gouverneur

DOSSIER CÔTE D’IVOIRE

54 En allant vers demain

par Zyad Limam

58 Stratégie :

Le PND fixe le cap

par Jean-Michel Meyer

60 Agriculture :

Le défi de la

transformation

par Francine Yao

63 Inclusivité :

Lutter contre

les inégalités

par Francine Yao

64 Infrastructures :

Une envergure

stratégique

par Francine Yao

66 Secteur privé :

La priorité nationale

par Francine Yao

68 Environnement :

Les dossiers chauds

du développement

durable

par Jihane Zorkot

et Nabil Zorkot

72 Portfolio : Abidjan,

au centre

de son monde

par Zyad Limam

P.06

AM 423 COUV UNIQUE.indd 1 06/12/21 10:26

PHOTOS DE COUVERTURE : PAUL GRANDSARD/SAIF IMAGES -

et Emmanuelle Pontié

P.44

AMANDA ROUGIER - DR - AMANDA ROUGIER

Afrique Magazine est interdit de diffusion en Algérie depuis mai 2018. Une décision sans aucune justification. Cette grande

nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lecture) à exercer une mesure de censure d’un autre temps.

Le maintien de cette interdiction pénalise nos lecteurs algériens avant tout, au moment où le pays s’engage dans un grand mouvement

de renouvellement. Nos amis algériens peuvent nous retrouver sur notre site Internet : www.afriquemagazine.com

DR - FINBARR O’REILLY/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

4 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


FONDÉ EN 1983 (38 e ANNÉE)

31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE

Tél. : (33) 1 53 84 41 81 – Fax : (33) 1 53 84 41 93

redaction@afriquemagazine.com

Zyad Limam

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION

DIRECTEUR DE LA RÉDACTION

zlimam@afriquemagazine.com

Assisté de Laurence Limousin

llimousin@afriquemagazine.com

RÉDACTION

Emmanuelle Pontié

DIRECTRICE ADJOINTE

DE LA RÉDACTION

epontie@afriquemagazine.com

Isabella Meomartini

DIRECTRICE ARTISTIQUE

imeomartini@afriquemagazine.com

Jessica Binois

PREMIÈRE SECRÉTAIRE

DE RÉDACTION

sr@afriquemagazine.com

Amanda Rougier PHOTO

arougier@afriquemagazine.com

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Muriel Boujeton, Thibaut Cabrera,

Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani,

Catherine Faye, Alexandra Fisch,

Marc Frohwirth, Glez, Cédric Gouverneur,

Dominique Jouenne, Aimé Kalagadi,

Astrid Krivian, Fouzia Marouf, Jean-Michel

Meyer, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont,

Francine Yao, Jihane Zorkot, Nabil Zorkot.

VIVRE MIEUX

Danielle Ben Yahmed

RÉDACTRICE EN CHEF

avec Annick Beaucousin, Julie Gilles.

VENTES

EXPORT Laurent Boin

TÉL. : (33) 6 87 31 88 65

FRANCE Destination Media

66, rue des Cévennes - 75015 Paris

TÉL. : (33) 1 56 82 12 00

ABONNEMENTS

Com&Com/Afrique Magazine

18-20, av. Édouard-Herriot

92350 Le Plessis-Robinson

Tél. : (33) 1 40 94 22 22

Fax : (33) 1 40 94 22 32

afriquemagazine@cometcom.fr

NABIL ZORKOT - SÉBASTIEN LEBAN/DIVERGENCE - PATRICK ROBERT

80 Mahamat-Saleh Haroun :

« Je veux provoquer le débat »

par Astrid Krivian

86 Yasmine Chami :

« Quelque chose est

à réinventer pour les hommes »

par Catherine Faye

90 Femi et Made Kuti :

« Le sens de notre héritage »

par Astrid Krivian

96 Arab et Tarzan

Nasser : « Cette histoire

peut être universelle »

par Fouzia Marouf

DÉCOUVERTE

103 Djibouti : Les piliers du futur

par Zyad Limam et Thibaut Cabrera

104 Une ouverture

vers le grand large

108 Ahmed Osman :

« Nous devons compter aussi

sur nos propres forces »

110 Les 10 piliers de l’émergence

BUSINESS

120 La bataille du rail

124 Vers la fin du monopole

d’Air Algérie

125 Le Nigeria lance sa propre

monnaie numérique

126 L’Afrique a (enfin)

son plan pour le climat

128 Ça bouge dans

le mobile banking

129 Un outil pour booster

les échanges intrarégionaux

par Jean-Michel Meyer

P.96

P.54

P.103

COMMUNICATION ET PUBLICITÉ

regie@afriquemagazine.com

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AFRIQUE MAGAZINE

EST UN MENSUEL ÉDITÉ PAR

31, rue Poussin - 75016 Paris.

SAS au capital de 768 200 euros.

PRÉSIDENT : Zyad Limam.

Compogravure : Open Graphic

Média, Bagnolet.

Imprimeur : Léonce Deprez, ZI,

Secteur du Moulin, 62620 Ruitz.

Commission paritaire : 0224 D 85602.

Dépôt légal : décembre 2021.

La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos

reçus. Les indications de marque et les adresses figurant

dans les pages rédactionnelles sont données à titre

d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction,

même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique

Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction.

© Afrique Magazine 2022.

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 5


ON EN PARLE

C’est maintenant, et c’est de l’art, de la culture, de la mode, du design et du voyage

Le musée du quai Branly a exposé

ces trésors royaux du 26 au 31 octobre

dernier, avant leur restitution.

LÉO DELAFONTAINE/MUSÉE

DU QUAI BRANLY-JACQUES CHIRAC

6 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


RESTITUTION

LES ROIS SONT

DE RETOUR

Quelque 26 PIÈCES DU PATRIMOINE

BÉNINOIS, prises de guerre datant de 1892,

ont été rendues par la France à leur pays natal.

SARAH MEYSSONNIER/POOL/AFP

AU TERME D’UN LONG VOYAGE dans

l’histoire et à travers le temps, les fiertés

dahoméennes vont se reposer pour un bon

mois encore dans leurs caisses sécurisées.

Les regalia de trois rois souverains

(Béhanzin, Glèlè, Ghézo), enjeux

d’une bataille diplomatique inédite, ont

regagné le Bénin « pour notre bien, notre

tranquillité, notre sérénité », a souligné

Patrice Talon. Après leur long exil parisien,

ils seront bientôt présentés au palais de la

Marina, puis transportés au Fort portugais

de Ouidah le temps d’édifier à Abomey

le musée de l’épopée des Amazones

La signature de l'acte de transfert

a eu lieu en France, à l’Élysée, le 9 novembre,

en présence des deux chefs d'État

(au second plan), du ministre béninois

du Tourisme Jean-Michel Abimbola

et de la ministre française de la Culture

Roselyne Bachelot (au premier plan).

et des rois du Danhomè, l’écrin ultime

présenté comme le symbole de la nouvelle

alliance culturelle franco-béninoise. D’ici

là, peut-être auront-ils été rejoints par

les œuvres restées derrière, « le dieu Gou

des métaux et de la forge, la tablette du

fâ, l’œuvre mythique du devin Guèdègbé,

et beaucoup d’autres », comme l’a rappelé

le président béninois devant Emmanuel

Macron à l’occasion de la signature

officielle à l’Élysée le 9 novembre. Manière

de pointer que tout ne fût pas si facile,

entre la demande de restitution refusée

en 2016 par François Hollande, l’ouverture

macronienne en 2017 à Ouagadougou, la

pression maintenue par l’exécutif béninois,

et enfin le rapport Sarr-Savoy de 2018

qui devait faire sauter tous les verrous.

Offertes au musée d’ethnographie du

Trocadéro entre 1893 et 1895, les prises

de guerre du colonel Alfred Dodds

auront connu un départ en fanfare en

octobre, lors d’une semaine culturelle

du Bénin au musée du quai Branly,

conclue par un concert quasi liturgique

de Sagbohan Danialou. Une opération

gagnant-gagnant pour Paris et Cotonou,

un « moment post-colonial » qui envoie

des signaux au Nord comme au Sud,

ici pour questionner l’attentisme, là

pour aiguillonner les pusillanimes. Très

à la manœuvre, le diplomate Aurélien

Agbenonci peut se féliciter d’avoir ouvert

la piste avec ce premier épisode d’une

série de restitutions de biens patrimoniaux

au continent. ■ Aimé Kalagadi

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 7


ON EN PARLE

SOUNDS

À écouter maintenant !


Mykki Blanco

Broken Hearts & Beauty

Sleep, Transgressive

Records/[PIAS]

Après un premier album

éponyme, en 2016, Mykki Blanco revient

avec neuf nouveaux titres nourris de son

amour pour le R’n’B des années 1990.

Il y parle de ses relations affectives, lui qui

s’assume comme personne transgenre, avec

ses blessures et ses angoisses – et ne cache pas

sa séropositivité. S’offrant de jolis featurings

(Jamila Woods, Blood Orange), Mykki Blanco

balance ici son flow puissant avec sensibilité.

DOCU

LES GARDIENS

MUSULMANS DE

LA MÉMOIRE JUIVE

La JUDAÏTÉ MAROCAINE est

entretenue avec respect, et parfois

nostalgie, en bien des lieux du royaume.

« QU’EST-CE QUE LE MAROC serait devenu si les Juifs étaient

restés ? » se demande un journaliste dans le nouveau documentaire

de Simone Bitton. La cinéaste, après avoir beaucoup tourné

auprès de Palestiniens, retrouve le pays de son enfance, où près

de 300 000 juifs vivaient jusque dans les années 1950. Depuis leur

départ, les synagogues, cimetières et sanctuaires sont entretenus

par des musulmans, gardiens scrupuleux d’une mémoire qui

souvent s’efface. L’occasion de traverser des paysages méconnus,

à la découverte de bâtiments ou de ruines, parfois de simples

sources. Et de rencontrer ces musulmans, femmes et hommes de

tous âges, qui perpétuent cette mémoire pour des raisons financières

mais aussi familiales et sentimentales, apprenant l’hébreu pour

déchiffrer les tombes ou manipulant avec respect les objets les plus

sacrés du judaïsme. Un beau dialogue des religions en terre d’islam,

au prix de quelques ellipses sur les raisons de cet exode. Le film

ne l’évoque pas non plus, mais il éclaire le récent rapprochement

opéré par le royaume chérifien avec Israël. ■ Jean-Marie Chazeau

ZIYARA (France-Maroc-Belgique), de Simone Bitton. En salles.

❷ Majid Soula

Chant amazigh,

Habibi Funk

Notre nouveau coup

de cœur du label Habibi

Funk, dénicheur de trésors

orientaux oubliés ? L’Algérien Majid Soula,

dont la musique croise avec aisance

highlife, funk et disco. Sans oublier un

sens de l’engagement, qui s’entend dans

cette compilation. Elle ouvre les portes

de l’univers de cet artiste exilé à Paris mais

toujours attaché à la langue tamazight, dont

il est l’un des plus fascinants défenseurs.


Meskerem Mees

Julius, Mayway Records

Attention, révélation ! La

voix bien perchée, les textes

délicats et la guitare acoustique

en bandoulière, Meskerem Mees est une

nouvelle recrue de la scène belge, fière de

ses origines éthiopiennes. « Seasons Shift »,

« Parking Lot », « Queen Bee », « Where

I’m From »… Le temps de 13 morceaux,

cette musicienne, autrice et compositrice

de seulement 22 ans enchaîne des bijoux

de folk dépouillé, mélancoliques sans être

moroses. Lumineux aussi. ■ Sophie Rosemont

DR

8 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


Le chorégraphe

et DJ ougandais

Faizal Mostrixx.

AFRICOLOR,

FESTIVAL

ENTRE HÉRITAGE

ET MODERNITÉ

Cette 33 e édition croise artistes

légendaires, NOUVEAUX TALENTS

et projets transculturels.

AFRICOLOR,

dans différents

lieux de

l’Île-de-France,

jusqu’au

22 décembre.

africolor.com

FAIZAL MOSTRIXX

JALONNÉE DE CRÉATIONS INÉDITES, la programmation

bigarrée du festival Africolor, qui a démarré le 12 novembre,

poursuit l’ambition de faire résonner le large spectre des

créativités musicales du continent, conjuguant héritage

et modernité, sonorités traditionnelles et fièvre électro des

scènes urbaines. La voix d’or de la Guinée, Sékouba Bambino,

ex-membre du mythique Bembeya Jazz, se produira avec

Afriquatuors, un projet de musique de chambre africaine

(à cordes et à vent), qui revisite l’âge d’or des orchestres des

années 1965-1975 (afrobeat, highlife, rumba…). Girls band

malien, Les Go de Bamako seront, elles, accompagnées par

DJ Majo. Conteur, producteur, chorégraphe et DJ ougandais,

Faizal Mostrixx offrira quant à lui un show afrofuturiste,

entre danse et art visuel. Avec Concerto pour soku, les

violonistes Adama Sidibé et Clément Janinet feront dialoguer

cordes mandingues et peules avec le jazz. Et les spectacles

Indépendances Cha Cha nous raconteront les premières années

des indépendances de plusieurs pays à travers la voix de

leaders emblématiques : Sékou Touré, Patrice Lumumba

ou encore Léopold Sédar Senghor. ■ Astrid Krivian

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 9


ON EN PARLE

Amina (Achouackh Abakar

Souleymane) va tout faire

pour aider sa fille de 15 ans,

Maria (Rihane Khalil Alio),

qui est enceinte.

DRAME UN COMBAT DE FEMMES

Un film PRO-AVORTEMENT lumineux dans un Tchad

dominé par le patriarcat et LA RELIGION…

POUR SON RETOUR AU PAYS (quatre ans après Une saison

en France), le cinéaste franco-tchadien Mahamat-Saleh

Haroun [voir son interview en pp. 80-85] a posé sa caméra

dans les faubourgs de N’Djamena et inscrit sa nouvelle fiction

dans la lumière mordorée de la capitale du Tchad. On y voit

vivre et travailler Amina, qui élève seule Maria, sa fille de

15 ans, ce qui est mal vu par ses voisins, sa famille, et l’imam

du quartier… Mais Amina se débrouille, gagne de l’argent

en récupérant des pneus pour en tirer astucieusement de quoi

réaliser des petits fourneaux, séquences particulièrement

réussies qui ancrent le personnage dans la réalité d’un

quotidien de labeur et montre une personnalité volontaire.

De la volonté, il lui en faudra encore quand sa fille tombera

enceinte : le scénario réserve quelques surprises, dénonçant

au passage un patriarcat toujours aussi violent, même lorsqu’il

se cache derrière des sourires faussement protecteurs… Maria

est exclue de son lycée qui craint pour sa réputation, rejetée

par les médecins qui ne veulent pas pratiquer un avortement

strictement prohibé, mais l’adolescente et sa mère vont finir

par trouver de l’aide et du réconfort auprès d’autres femmes.

« Lingui » signifie « lien » : ici, une sororité se fait sentir et

montre une réalité plus complexe qu’il n’y paraît, même si

les hommes accaparent tous les pouvoirs. Un film résolument

du côté des femmes (jusqu’à la vengeance, discutable…),

servi par l’interprétation intense de son actrice principale,

et toujours chez ce grand cinéaste un sens graphique de

l’image qui fait aussi le bonheur des spectateurs. ■ J.-M.C.

LINGUI, LES LIENS SACRÉS (France-Tchad ),

de Mahamat-Saleh Aroun. Avec Achouackh Abakar

Souleymane, Rihane Khalil Alio, Youssouf Djaoro. En salles.

CINÉ

Les enfants de la soul Memphis est l’une des villes les plus pauvres

des États-Unis, et pourtant, son héritage artistique est plus qu’impressionnant. En témoigne

l’histoire cousue (de disques) d’or de son légendaire label, Stax Records, lequel revit, depuis 2000,

grâce à une école de musique gratuite et extrascolaire. C’est ce qu’est allé filmer le Français Hugo

Sobelman, en insider accueilli à bras ouverts. Au programme : reprises de grands classiques,

tel « Soul Man », de Sam & Dave, et tables rondes autour de la question du racisme systémique.

Ici, une artiste activiste demande aux jeunes de sortir du rap négatif qui enferme les nouvelles

générations dans une représentation très loin de leur réalité et de leurs désirs. Comme le montre

ce documentaire épuré et nécessaire, la soul leur sert de moteur autant que de refuge. Vive

la Stax Music Academy ! ■ S.R. SOUL KIDS (France), d’Hugo Sobelman. En salles.

PILI FILMS MATHIEU GIOMBINI - DR

10 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


LITTÉRATURE

AHMET

ALTAN

L’ART D’AIMER

Quelques mois après sa

libération, le journaliste

et ÉCRIVAIN TURC

a reçu le prix Femina

étranger 2021 pour

Madame Hayat. Un

roman flamboyant, à la

fois politique et érotique.

DR

LES MOTS PÉNÈTRENT de part en part

ce fervent défenseur de la démocratie et

de la liberté. Lorsqu'il était incarcéré dans

la prison de haute sécurité de Silivri, à la

périphérie d’Istanbul, après avoir été accusé

d’avoir indirectement participé au coup d’État

raté du 15 juillet 2016, c’est l’écriture qui

lui a permis à la fois de résister à la prison

et d’en sortir, avec trois livres, tous imaginés

depuis sa cellule. Pendant quatre ans et sept

mois, l’écrivain et essayiste turc a vécu par

l’imagination en ignorant la réalité carcérale

qu’on lui imposait. « Je ne suis ni où je suis, ni

où je ne suis pas. Vous pouvez m’enfermer où

vous voulez. Sur les ailes de mon imagination

infinie, je parcourrai le monde entier »,

écrit-il dans Je ne reverrai plus le monde, paru

en 2019. La cour de cassation a finalement

annulé sa condamnation (à perpétuité dans

un premier temps, puis à dix ans et demi),

et il a été libéré le 14 avril dernier. La veille,

la Cour européenne des droits de l’homme

avait condamné la Turquie pour la détention de

l’intellectuel, âgé de 71 ans. Madame Hayat a

été écrit avant qu’il ne recouvre sa liberté. C’est

peut-être pour cela que cette poignante histoire

d’amour, évoquant en creux la Turquie actuelle,

respire à la fois la mélancolie, la solitude, mais

aussi le désir, le trouble. Fazil, jeune étudiant

en lettres, a un coup de foudre pour une femme

d’âge mûr, fascinante, voluptueuse : « Soudain,

je vis les chaussures café, elles étaient là, sous

mes yeux, leurs pointes tournées vers moi.

− Qu’est-ce que tu attends avec cet air triste ? »

Dans ce récit d’une éducation sentimentale et

d’une prise de conscience politique, l’héroïne

incarne l’ardeur, l’effusion, le libre arbitre.

Et la littérature, un ultime recours face aux

violences et à l’arbitraire. ■ Catherine Faye

AHMET ALTAN,

Madame Hayat, Actes Sud,

272 pages, 22 €.

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ON EN PARLE

COLLECTIF

SUPER BITON

DE SÉGOU MALI STYLE

SUPER BITON

DE SÉGOU,

Afro Jazz Folk

Collection vol.1,

Deviation Records.

Une porte d’entrée pour les néophytes et des retrouvailles pour les amateurs :

cette compilation éclaire le brillant corpus du CÉLÈBRE ORCHESTRE.

APRÈS AVOIR REMIS au goût du jour le groupe de

musique mandingue The Lost Maestros, le label Deviation

Records poursuit son travail d’exploration de la ville

de Ségou et publie une compilation des morceaux de

Super Biton de Ségou : un collectif riche d’instrumentistes

tout dévoués à la fusion du jazz, des mélodies cubaines

et mandingues, du funk et du folk, et, bien sûr, de la

tradition malienne, lancé au début des années 1960.

Si l’un de ses piliers, Amadou Bah, a depuis disparu,

le guitariste Mama Sissoko a pris la relève depuis

une vingtaine d’années, cultivant l’énergie live légendaire

de l’orchestre. Sur ce disque – le premier d’une série

à venir –, Afro Jazz Folk Collection, on entend plusieurs

grands classiques du groupe remastérisés par l’ingénieur

du son français Raphaël Jonin, tels le majestueux

« Kamalen Wari » et le fiévreux « Ndossoke ». ■ S.R.

DOCU

Les yeux brûlés « SI J’AVAIS SU ce qui se passait en Lybie, je n’y serais jamais allé. »

Traumatisé par ce qu’il a vu et subi dans les geôles libyennes, où sont entassés et torturés les migrants

voulant rejoindre l’Europe, Yancouba Badji a renoncé à une cinquième tentative. Accueilli dans un

centre tunisien, débordé, il est retourné en Casamance pour mettre en garde les candidats à un exil,

qui est d’abord un chemin pavé de rackets, de violences et de morts. Deux réalisatrices françaises l’ont

rencontré en Tunisie, puis au Sénégal. Elles l’ont filmé au contact de ses camarades d’infortune, mais

aussi en pleine création : il transcende par la peinture ce que ses yeux, brûlés par le soleil du désert

et le sel de la mer, ont enregistré, désormais exposé dans les galeries d’art. Comme ce film pudique

mais frappant, ses toiles témoignent d’une terrible réalité que beaucoup refusent de voir… ■ J.-M.C.

TILO KOTO (France), de Sophie Bachelier et Valérie Malek. En salles.

FRANÇOISE HUGUIER - DR (2)

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PHOTOSL’UN EST

L’AUTRE

À la fois livre et revue, cette PUBLICATION HYBRIDE

questionne la manière dont les artistes mettent

en images les identités plurielles.

Peckham Road,

Union Jack Cap,

Peckham High Street,

Johny Pitts, 2021.

JOHNY PITTS

JAUNE ET BLEUE. La nouvelle édition

de The Eyes claque. Elle joue sur le yin

et le yang. La confluence et la fusion.

Ce n’est pas un hasard si elle s’intitule

B-Side. Comme une invitation à découvrir

la face cachée. L’autre part de soi-même.

Plus exactement, elle explore ce que

signifie être « afropéen » (c’est-à-dire à la

fois noir et européen), à l’aune du collage

percutant, en début d’ouvrage, de la

photographe Jazz Grant : un montage

d’images où un jeune homme translucide

porte en lui un instantané de son père

à la peau sombre, pêchant dans le fleuve.

C’est cet entre-deux identitaire que

The Eyes a choisi d’explorer, en écho aux

propos sur la liberté de l’écrivain nigérian

Chinua Achebe, cités en préambule :

« L’art est l’effort constant de l’homme

pour créer pour lui-même un ordre

de réalité différent de celui qui lui est

imposé ; une aspiration à s’accorder,

par le biais de son imagination,

une deuxième prise sur l’existence. »

Ce numéro s’en fait le reflet. Et

l’investigateur. À travers photographies,

création visuelle et textes engagés. ■ C.F.

The Eyes #12: B-Side,

240 pages, 25 €.

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 13


ON EN PARLE

MUSIQUE

Muthoni

Drummer

Queen

Rappeuse

de diamants

La REINE DU HIP-HOP

KÉNYAN revient

avec un quatrième album,

River, qui résume

à lui seul la dextérité

de son flow.

MUTHONI

DRUMMER

QUEEN,

River,

Yotanka.

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BRET HARTMAN/COURTESY OF TED - DR

DEPUIS TOUJOURS, Muthoni Drummer

Queen est très active sur la scène kenyane.

« Parce que celle-ci est très dynamique,

dans toute son émergence et son effervescence,

affirme-t-elle. Nous ne formons pas qu’un

ensemble uniforme. Au contraire, notre

musique ne cesse de grandir et d’évoluer, et

je cherche à ce que les gens découvrent cette

expérience qui est la nôtre. Je suis convaincue

que nous avons l’une des cultures urbaines

les plus intéressantes et complexes de toute

l’Afrique. » Née dans la capitale, Muthoni

Ndonga ne l’a jamais quittée. Diplômée en

relations internationales et en philosophie

à l’United States International University

Africa, elle a fondé à Nairobi deux festivals :

Blankets and Wine et Africa Nouveau. Grande

lectrice, notamment de Maya Angelou, elle

est non seulement chanteuse, mais également

batteuse et percussionniste. Et c’est ce qui

donne, sans doute, tant de saveur à ses

mélodies percussives depuis la sortie de

son premier album, The Human Condition,

en 2009. Et quel meilleur langage que le

rap pour exprimer ses convictions ? « Grâce

à la pluralité des sons du hip-hop, les sujets

sont nombreux et permettent de parler

de politique, de société, ou tout simplement

de faire le vantard, analyse l’artiste. De

plus, la culture du sample apporte des

influences éclectiques et de l’authenticité. »

Après un She (2018) revendiquant sans

détours son féminisme, la voici de retour

avec le très réussi River. À la production,

ses fidèles complices suisses, Greg Escoffey

et Jean Geissbuhler. Après une tournée

bouillonnante en 2019, le trio a eu envie de

traduire cette énergie en studio où l’ambiance

était, selon les termes de Muthoni Drummer

Queen, « joyeuse, lumineuse, fun » : « Nous

cherchions à faire une musique qui rende

les gens heureux. » De l’impressionnante

ouverture « Automatic » à la conclusion épique

(bien nommée) « Greatness », la rappeuse

se nourrit d’un terreau R’n’B comme des

possibilités de l’électronique. Elle s’allie avec

Sauti Sol sur une « Love Potion » endiablée,

rappelle ce qu’est l’« African Fever »…

et met en lumière son « Power » ! ■ S.R.

ÉPÉE DE

DAMOCLÈS

THRILLER

Un JEU DE DOMINOS,

où les principales

puissances planétaires

défient l’inéluctable.

CE GALLOIS AFFABLE et rieur est

aujourd’hui considéré comme l’un des

écrivains les plus populaires du monde.

Traduits en plus de 30 langues, les romans

de la saga médiévale de Ken Follett,

intitulée « la fresque de Kingsbridge »,

ont captivé une foule de lecteurs, avec

47 millions d’exemplaires vendus. Si

l’histoire, l’espionnage ou le thriller n’ont

plus de secrets pour lui, c’est l’actualité

brûlante et la peur d’une guerre nucléaire

qui l’ont guidé dans l’écriture de ce récit.

Hyperréaliste, le propos s’appuie sur

une escalade progressive de conflits,

de réactions, de décisions. Comme

dans la vraie vie. Cap sur le Tchad et le

Soudan, où la Chine étend sournoisement

son pouvoir dans le désert, tandis que

les renseignements français pistent des

djihadistes qui exploitent à la fois mines

d’or et camps d’esclaves. Le massacre d’une

centaine de Chinois par un drone américain

met soudain le feu aux poudres. Et le

fragile équilibre mondial bascule. ■ C.F.

KEN FOLLETT, Pour rien au monde,

Robert Laffont, 880 pages, 24,90 €.

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ON EN PARLE

Coffret, Iran, XIX e siècle.

EXPOSITION

PARURES ENCHANTÉES

L’impact de la découverte des ARTS

DE L’ISLAM dans le processus

de création de l’illustre maison

de haute joaillerie CARTIER.

Diadème Cartier, 1936.

Plus de 500 bijoux

d’exception sont exposés.

« CARTIER ET LES

ARTS DE L’ISLAM :

AUX SOURCES

DE LA MODERNITÉ »,

Musée des arts

décoratifs,

Paris (France),

jusqu’au 20 février 2022.

madparis.fr

Panneau

de revêtement,

Iran, fin

XIV e -XV e siècle.

À TRAVERS PLUS DE 500 BIJOUX d’exception et objets

de la maison Cartier (chefs-d’œuvre de l’art islamique,

dessins, livres, photographies et documents d’archives),

cette flamboyante exposition du musée des Arts

décoratifs allie raffinement et modernité. D’un plumier

indien du XVI e siècle, dit de « Mirza Muhammad Munshi »,

en ivoire de morse sculpté, gravé et incrusté d’or, de

turquoises, de pâte noire et de soie, à un collier draperie

signé Cartier, en or, platine, diamants, améthystes et

turquoises, commandé en 1947 par le duc de Windsor

pour la duchesse, chaque pièce est un trésor. En montrant

de quelle manière les arts de l’islam ont inspiré la

maison de haute joaillerie du début du XX e siècle à nos

jours, c’est aussi tout un pan de l’histoire du goût et de

l’effervescence créatrice de Paris, haut lieu du commerce

de l’art islamique, qui est évoqué. À cette époque, Cartier,

créée en 1847, commence à concevoir ses propres

bijoux et cherche de nouvelles sources d’inspiration.

Le langage géométrique, aux confins de l’abstraction,

des arts et de l’architecture de l’islam, insufflant

ainsi une esthétique nouvelle. Et moderne. ■ C.F.

HERVÈ LEWANDOWSKI/RMN-GP - DR (3) - RAPHAEL CHIPAULT/RMN-GP

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DR

BIOPIC

LA VICTOIRE EN DOUBLE

Une PASSIONNANTE PLONGÉE dans l’Amérique

des années 1990 et le business du tennis. Et un WILL SMITH

inattendu en père des sœurs Williams, strictement coachées

pour devenir « un modèle pour toutes les petites filles

noires de la planète »…

« NE PAS PLANIFIER, c’est planifier ton échec » : la pancarte

est accrochée sur les grilles du pauvre court de tennis

de la ville de Compton (Californie) par Richard Williams

quand il emmène ses filles, Venus et Serena, s’entraîner après

les cours et les devoirs, même sous la pluie. Car il a un plan

précis pour deux de ses cinq enfants : une carrière au sommet

du tennis mondial… Partir de rien et devenir « un modèle

pour toutes les petites filles noires de ce pays, et de la planète ».

Il est tout aussi exigeant avec ses trois autres filles, mais joueur

de tennis lui-même, il est sûr d’amener Venus, puis Serena,

au sommet avec le soutien de son épouse. Il a d’ailleurs tout

prévu avant leur naissance, écrit un plan en 75 pages pour

y parvenir, sans moyens financiers mais en approchant les

meilleurs entraîneurs, et en ne lâchant jamais sa progéniture.

C’est à la mise en pratique de cette méthode que nous

assistons pendant 2 h 40, mélange de feel good movie et de

film sportif, mené tambour battant par ce père entraîneur

parfaitement incarné par Will Smith, personnage roublard,

têtu, ordurier et égocentré, mais aussi sensible et audacieux.

Sans oublier le couple qu’il forme avec sa femme (Aunjanue

Ellis), forte personnalité elle aussi et complice de cette ambition

à pousser les deux sœurs hors du ghetto afro-américain dans

lequel tout conduirait à les enfermer. Leurs repères : Dieu,

la famille, l’éducation et le tennis. Et beaucoup, beaucoup

de travail. Manque pourtant à ce parcours et ce coaching pas

comme les autres le ressenti des enfants, et la violence sourde

du racisme ordinaire, à peine évoqué, alors que les joueuses

ont dû l’affronter plus d’une fois dans leur carrière. Une scène

l’évacue d’un sourire quand, traversant un club de tennis où

tout le monde est blanc et les regarde avec insistance, Richard

Williams dit à ses filles : « Ils sont pas habitués, on est trop

beaux… » Le jeune cinéaste afro-américain Reinaldo Marcus

Green a réussi un film (coproduit par les sœurs Williams et

Will Smith) tendu du début à la fin, comme une partie de tennis

magique, où la balle est relancée sans fin et sans faute. ■ J.-M.C.

LA MÉTHODE WILLIAMS (États-Unis),

de Reinaldo Marcus Green. Avec Will Smith,

Aunjanue Ellis, Saniyya Sidney. En salles.

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 17


ON EN PARLE

Inspirés de la structure circulaire

des habitations traditionnelles

du continent, les sacs du défilé

étaient signés de la marque

sud-africaine Hamethop.

FASHION

MAISON D’AFIE,

L’HISTOIRE

FAIT LA MODE

Une collection qui célèbre

la CULTURE MÉDIÉVALE

CAMEROUNAISE et met

en lumière son héritage.

Les broderies

valorisent

le savoir-faire

artisanal.

La styliste Sarah

Divine-Garba.

Ce chapeau rend

hommage à la reine

Soukda, fondatrice

du royaume

du Mandara peu

avant 1500.

« MYANGO » est le nom de la dernière collection de

Maison d’Afie, une maison de mode créée en 2010 par

la Camerounaise Sarah Divine-Garba. Abréviation de

la phrase « Myango Ma Kwang », qui veut dire « histoires

du passé » en douala, ce nom rend hommage au royaume

du Mandara, l’un des petits royaumes qui ont contribué

à la naissance du Cameroun. La collection, qui s’inscrit

dans une recherche de la designeuse sur ses origines et le

concept d’africanisme, veut mettre en avant les liens qui

existent entre les styles médiéval, colonial et post-colonial

dans le pays. C’est pour cette raison qu’elle a choisi d’utiliser

des lins rayés, des broderies et des soies imprimées

avec des motifs touaregs qui valorisent le savoir-faire

artisanal. Ces tissus, en fibres naturelles personnalisées

et tissées à la main, évoquent le prestige culturel de

l’Afrique au Moyen-Âge, mais rappellent également les

liens commerciaux qui existaient entre les Nord-Africains

et les populations subsahariennes. Des échanges qui ont

fortement influencé la culture de l’époque et laissé des

traces jusque dans le style camerounais contemporain.

La styliste a aussi choisi d’intégrer des tailles cintrées à des

silhouettes amples (synonymes de liberté). Un symbole de

soumission qui rappelle l’époque coloniale. Pour la première

fois de son histoire, Maison d’Afie a présenté sa collection

printemps/été lors d’un défilé qui a capturé tous les regards

durant la Portugal Fashion Week, grâce au programme

Creative Africa Nexus. L’occasion de s’associer avec d’autres

marques africaines pour proposer des accessoires uniques,

comme les chaussures Heel The World, du Ghana, les

bijoux faits à la main d’Adèle Dejak, du Kenya, ou encore les

magnifiques sacs signés Hamethop, d’Afrique du Sud, inspirés

de la structure circulaire des habitations traditionnelles du

continent. La valeur symbolique est également présente chez

Maison d’Afie : un chapeau, par exemple, rend hommage

à la reine Soukda, qui a fondé le royaume du Mandara

peu avant 1500. ■ Luisa Nannipieri maisondafie.com

DR

18 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


DESIGN

SOSHIRO, UNE FENÊTRE

SUR D’AUTRES CULTURES

La marque italo-kényane travaille à la synergie des techniques

et exalte le potentiel de l’HÉRITAGE TRIBAL.

NÉE À NAIROBI, Shiro Muchiri

s’interroge depuis longtemps sur la

façon dont la conception de l’espace et

le design sont interconnectés. Pendant

ses études puis sa vie professionnelle,

en Italie et au Royaume-Uni, elle

remarque à quel point la mentalité

européenne influence le design des

objets du quotidien et l’aménagement

des lieux de vie, même au Kenya.

Elle décide alors de lancer SoShiro

en 2018 et réalise sa première

collection, « Pok », dans laquelle elle

célèbre le savoir-faire du peuple Pokot

(nord-ouest du Kenya), en l’associant

autrement à l’artisanat italien : « Les

Pokot sont des experts en broderie

perlée, mais ils n’avaient jamais orné

des matériaux haut de gamme comme

le cuir italien. La beauté du résultat

les a laissés sans voix. » Les panneaux,

recouverts de cuir et brodés avec

des motifs symboliques, tapissent

des meubles faits par des menuisiers

vénitiens. « Cette synergie permet

de réunir ce qu’il y a de meilleur dans

les deux héritages culturels, et de

redonner de la valeur à des techniques

que les Pokot considéraient comme

Un panneau

en bois gravé

à la main recouvre

ce meuble.

acquises », pointe Shiro Muchiri.

La création même de ces pièces

a été une expérience de partage.

Une façon, à travers le design,

d’ouvrir une fenêtre sur une culture

différente. ■ L.N. soshiro.co

NICK ROCHOWSKI PHOTOGRAPHY - GERARDO JACONELLI

Shiro

Muchiri.

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 19


ON EN PARLE

LA FORCE DES IMAGES

Une sélection de beaux livres à DÉCOUVRIR pour commencer

une nouvelle année en émotions. par Catherine Faye et Sophie Rosemont

VIRTUOSE

DU CINÉMA

Où est la maison

de mon ami ?, Le Goût

de la cerise, Au travers

des oliviers… Film

par film, les auteurs

décryptent avec érudition

la richesse sémantique

de l’œuvre du réalisateur

iranien, intelligemment

illustrée. S.R.

AGNÈS DEVICTOR ET JEAN-MICHEL FRODON,

Abbas Kiarostami : L’Œuvre ouverte,

Gallimard, 304 pages, 29 €.

SPECTACULAIRE

DUBAÏ

Comment cette ville est devenue

l’une des plus emblématiques

du Moyen-Orient ? C’est

ce à quoi répond en images

et en références cet ouvrage,

revenant sur les points d’orgue

architecturaux de la ville,

de la tour Burj Khalifa

à l’aéroport international. S.R.

MYRNA AYAD, Dubaï Wonder, Assouline,

296 pages, 95 €.

PETITS MAIS

SI PRÉCIEUX

Un livre plein de surprises

pour les plus de 6 ans, et une

plongée dans l’infiniment

petit, à la rencontre des

insectes sociaux. Fourmis,

termites, abeilles, guêpes

et autres frelons n’auront

plus de secrets. C.F.

ANNE JANKELIOWITCH

ET ISABELLE SIMLER,

Royaumes minuscules,

La Martinière, 64 pages,

21,90 €.

UN CONTINENT

EN MOUVEMENT

Au fil des pages,

une œuvre, un plasticien,

un pays. À travers 52 artistes

contemporains africains

engagés, acteurs reconnus

de la scène artistique

mondiale, le voyage

se fait multiforme et

invite à (re)découvrir

la richesse d’un continent

pluriel. C.F.

ELIZABETH TCHOUNGUI, Oh! AfricArt,

Le Chêne, 224 pages, 42 €.

BARACK OBAMA

ET BRUCE SPRINGSTEEN,

Born in the USA,

Fayard, 320 pages,

49,90 €.

SWAG & ROCK’N’ROLL

Quand un président star et un

musicien de légende se rencontrent,

le dialogue envoie. Avec plus

de 350 photographies, des textes

exclusifs et des documents d’archives

inédits, voici le rêve américain vu

par deux icônes. Et une conversation

intime sur la vie, la musique

et le pays de l’oncle Sam. C.F.

DR (3) - SPRINGSTEEEN FAMILY ARCHIVES - OBAMA-ROBINSON FAMILY ARCHOVES - DR (2)

20 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


JOAQUIM PAULO

ET JULIUS

WIEDEMANN,

Funk & Soul

Covers, Taschen,

432 pages,

50 €.

DR

FUNKY BEAT

L’âge d’or de la musique afro-américaine, entre funk,

soul et jazz, est ici retracé en pochettes, décryptant

les disques de stars comme Aretha Franklin ou

James Brown, mais aussi des noms moins connus,

tels Mulatu Astatke ou Fontella Bass. S.R.

QUI DE L’HOMME OU DU COCHON

C’est l’une des meilleures fables politiques jamais

écrites, mais aussi une dystopie. Les animaux

d’une ferme se révoltent et mettent en place

un nouveau régime politique, pire que celui

des humains. Son adaptation en bande dessinée

prend au collet dans une mise en scène efficace

où la formule orwellienne « Tous les animaux

sont égaux, mais certains sont plus égaux

que d’autres » prend tout son sens. L’ouvrage

s’achève sur un constat amer pour les autres

animaux asservis : plus rien ne semble distinguer

les cochons de leurs anciens maîtres. C.F.

RODOLPHE ET PATRICE LE SOURD,

La Ferme des animaux de George Orwell,

Delcourt, 48 pages, 10,95 €.

ENVIES

D’AILLEURS

Il y a cent ans, il fallait des

semaines, voire des mois, pour

parvenir à destination. C’était un

temps où le voyage était la chasse

gardée d’une caste de privilégiés.

Ou d’aventuriers. À travers des

trésors documentaires (photos d’époque souvent inédites, affiches

publicitaires, billets, menus, étiquettes à bagage), cette anthologie

ressuscite les fascinants balbutiements du voyage (1869-1939)

et retrace la magie des grands périples. Du Grand Tour de l’Europe

à l’Extrême-Orient, à bord de l’Orient Express, du Transsibérien

ou du Titanic, chaque voyage résonne de passages célèbres tirés

de récits des premiers écrivains voyageurs, tels Charles Dickens,

Jules Verne, Francis Scott Fitzgerald ou encore Mark Twain. C.F.

MARC WALTER ET SABINE ARQUÉ, The Grand Tour :

L’Âge d’or du voyage, Taschen, 616 pages, 60 €.

ESPRIT SUBVERSIF

Quatre cents ans et pas une ride. Est-ce

la liberté de ton de Jean de La Fontaine,

né en 1621, la justesse des mots ou le jeu

subtil entre représentations animale et

humaine de ses personnages qui investissent

les Fables d’une inaltérable modernité ? Il

n’en reste pas moins que l’acuité de sa vision

sur la nature humaine est saisissante et

que d’un tableau à l’autre, chacun de nous

s’y trouve dépeint. Doué pour le bonheur,

ce « garçon de belles lettres » n’en finit pas

de nous instruire. Cette nouvelle édition

illustrée a tout d’un coffret enchanteur. C.F.

JEAN DE LA FONTAINE, Fables, La Pléiade, 1248 pages, 55 €.

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 21


ON EN PARLE

INTERVIEW

Léonie Pernet,

le retour aux sources

Dans son second album, Cirque de consolation,

la musicienne française chante mieux

que jamais. Et mêle des propos engagés

à l’électronique occidentale ou des musiques

traditionnelles ouest-africaines.

AM : Après la révélation de votre premier album,

que c’était un leurre, et que je portais par ailleurs

Crave, comment avez-vous abordé le virage toujours un racisme à mon encontre en moi. C’est ce que

risqué que représente un second disque ?

raconte notamment le morceau « Intérieur négro ».

Léonie Pernet : Rien n’aurait pu être plus douloureux

Il fallait que j’aille chercher ma part noire…

que la naissance de Crave, donc ça a été moins stressant Quelle musique africaine écoutez-vous ?

que ce qu’on pourrait imaginer ! Ce qui a changé, c’est

J’ai longtemps écouté de la musique arabe, mais

que j’ai travaillé ma voix, j’ai écouté d’autres musiques… quand j’ai découvert la scène ouest-africaine, ça a été

Mon besoin d’ouverture était profond. J’avais envie de texte, un choc ! J’aime Tinariwen et le blues touareg, les modes

de chant, de plus de percussions et d’éléments organiques. harmoniques de la musique malienne… J’emprunte même

D’être moins vaporeuse, en quelque sorte ! Surtout, j’ai décidé une kora dans « À rebours ». Pour mon concert parisien

de travailler avec un réalisateur, Jean-Sylvain Le Gouic. de la Cigale [le 25 mars prochain, ndlr], je rêve d’inviter

À mes débuts, j’étais seule aux commandes car j’avais peur Toumani Diabaté ! La scène électronique africaine est

qu’en collaborant avec un homme, on puisse

également très enthousiasmante, je suis

penser que les idées venaient de lui, alors

fan du collectif et label Nyege Nyege.

que j’écris et compose tous mes morceaux.

Pourquoi ce très beau titre, quelque peu

Mais cette fois, j’étais en confiance, et j’ai pu

mélancolique, Cirque de consolation ?

aller plus loin encore du point de vue créatif.

C’est un endroit qui existe, mais que je

Dans Cirque de consolation,

n’ai jamais visité ! J’en ai découvert l’existence

les influences africaines s’imposent.

par hasard, en rentrant d’un concert en Suisse,

Un retour aux sources ?

il y a quelques années. C’était un trajet long,

Oui, elles accompagnent l’acceptation

pénible, un peu étrange. Par la fenêtre du van,

des origines de mon père biologique,

j’ai vu ce panneau qui indiquait « Cirque de

touareg du Niger. Je l’ai enfin rencontré

consolation ». J’ai eu l’impression qu’il m’était

Cirque de consolation, InFiné.

il y a quelques années… et je n’ai pas de

adressé ! Quelques mois plus tard, j’ai écrit

mots pour expliquer à quel point cela a été fort. Cette grande un morceau du même nom. Ce titre est littéraire, poétique,

réconciliation personnelle m’a naturellement ouverte à et résonne avec mon chemin familial. Outre le clin d’œil

d’autres espaces culturels, notamment cette part africaine à La Société du spectacle, de Guy Debord, il y a dans ce titre

que je porte en moi. Car pendant longtemps, je n’ai pas eu quelque chose qui interroge notre humanité d’aujourd’hui…

conscience de la richesse artistique du continent, même si j’ai Vous chantez en français, les rythmiques sont

toujours parlé de métissage et d’hybridation, et que je suis très présentes… C’est un nouveau départ ?

férue de la littérature de Frantz Fanon et d’Édouard Glissant Cet album, c’est la suite de Crave, qui parlait beaucoup

– le concept de Tout-Monde m’a beaucoup impressionnée. du manque. Sa suite naturelle, c’est la consolation. Puis la

Dans cet album très personnel, vous évoquez l’addiction, tentative de joie… À la sortie de mon premier disque, j’avais

la reconstruction, l’amour, mais aussi le racisme… déjà commencé à chanter en français et trouver un nouveau

Jusqu’à ce que je rencontre mon père, j’avais l’impression ton. Après mes premières chansons dotées de beaucoup de

d’être libre, de bien vivre mon homosexualité et

passages lents et sombres, je voulais ramener de la lumière

mon métissage, par exemple. Mais j’ai compris

en ce bas monde ! ■ Propos recueillis par Sophie Rosemont

JEAN-FRANÇOIS ROBERT - DR

22 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


COURTESY DANIELE GENADRY & GALERIE IN SITU-FABIENNE LECRLERC, GRAND PARIS - DR

FOIRE

Proposal (Mountain Time), Daniele Genadry, 2014.

LE MENA

À L’HONNEUR

Avec 15 galeries et 100 œuvres provenant

d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, MENART

FAIR crée une nouvelle fois la surprise.

APRÈS AVOIR INVESTI PARIS au printemps dernier, Menart Fair fait escale

à Bruxelles, en janvier, pour sa seconde édition. Exclusivement dévolue à l’art

contemporain et moderne d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA), cette foire

a été lancée sous l’impulsion de Laure d’Hauteville. Férue d’art, celle-ci œuvre activement

au dialogue interculturel entre le Moyen-Orient et l’Occident depuis près d’une trentaine

d’années. Elle a ainsi fondé en 1998, à Beyrouth, le premier salon international d’art

contemporain consacré à la création de la région MENA. Forte du succès de l’exposition

« Regards d’Orient » en octobre dernier – suivie de la vente aux enchères au sein de la

maison Cornette de Saint Cyr, à Paris –, Laure d’Hauteville assure : « L’art du Liban, de la

Tunisie et du Maroc est très prisé. » Menart Fair, dont la direction artistique a été confiée

à Joanna Chevalier, se tiendra durant la 66 e Brussels Art Fair et réunira 15 galeries

(Nathalie Obadia, La La Lande, ou encore 193 Gallery). Les pièces emblématiques

de talents émergents comme la Yéménite Alia Ali ou le Tunisien Bechir Boussandel

se tailleront une place parmi la centaine d’œuvres exposées. ■ Fouzia Marouf

MENART FAIR, Cornette de Saint Cyr, Bruxelles (Belgique),

du 21 au 23 janvier 2022. menart-fair.com

ROMAN

NOUVELLE AURORE

L’économiste et écrivain sénégalais

Felwine Sarr livre un récit poétique

sur le destin et l’éveil.

DÉTERMINÉ, ce professeur

de philosophie africaine

contemporaine à l’université Duke,

en Caroline du Nord, arpente

le monde comme on explore ses

rêves, son histoire. Inlassablement,

obstinément. Forgé à l’école de

pensée de Nietzsche, de Dante,

des philosophes indiens et chinois,

il a cofondé avec l’historien et

politologue camerounais Achille

Mbembe les Ateliers de la pensée

à Dakar et à Saint-Louis, en 2016,

pour réfléchir aux mutations

du monde contemporain. Après

l’essai Afrotopia, pour une nouvelle

manière de regarder « l’Afrique en

mouvement », ou encore La Saveur

des derniers mètres, carnet de

voyage singulier dans lequel

il prend le pouls du monde, ce libre

penseur revient avec un roman

sur la fraternité et les chemins,

parfois ardus, qui mènent à

l’apaisement. Une quête initiatique,

sous le signe du double, où des

jumeaux font route, l’un porté par

une spiritualité ancestrale, l’autre

par une nécessaire rédemption.

Jusqu’à la métamorphose. ■ C.F.

FELWINE SARR,

Les lieux qu’habitent

mes rêves, Gallimard, 15 €.

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 23


ON EN PARLE

La Cuisine de Gagny, à Marseille,

propose les recettes originales

de son chef malien, Gagny Sissoko.

SPOTS

CUISINE

INTUITIVE ET

CLASSIQUES

Que ce soit à Marseille ou à Paris,

la CRÉATIVITÉ DU CHEF

fait le charme de l’adresse.

À La Cuisine de Gagny, on ne trouvera pas de plats

africains ou occidentaux classiques, mais on aura le plaisir

de découvrir les recettes originales du Malien Gagny

Sissoko. Adepte de la cuisine intuitive, le chef créé ses

assiettes à partir de produits de saison, en circuit court

et à 90 % bio, dans ce restaurant marseillais, ouvert

en 2018, qui a été nommé aux Fork Awards 2021. On

retrouve ses racines dans certaines saveurs, comme

dans les gnocchis au manioc, ou dans les modalités

de cuisson qui lui servent d’inspiration. Si vous passez

par là pour la première fois, on vous conseille de

Situé à Paris, Lokita est né en 2018.

goûter sa daube de poulpe ou de lui faire confiance

sur le poisson du jour : il saura vous conquérir.

Également né en 2018, mais à Paris, Lokita laisse toute

leur place aux grands classiques. Pourtant, les vraies stars

de cette cantine, ce sont les pastels farcis et roulés à la main

d’Aissata Coundio, ses accras auxquels la farine de niébé

donne un twist inattendu et ses jus de fruits traditionnels

(lokitajus.fr). Chaque recette naît d’une recherche de la cheffe,

d’origines mauritanienne et sénégalaise. Avant d’ouvrir son

restaurant, elle a testé ses produits sur les marchés, modifiant

ses tapas africaines, élaborés à partir d’une recette familiale,

pour leur donner un goût qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Comme les pastels aux légumes ou son jus Néno (du nom

de sa grand-mère), à base d’hibiscus blanc. Un assortiment

qu’elle propose aussi à emporter, par exemple dans une box

apéro spécial week-end, qui met l’eau à la bouche. ■ L.N.

DR

24 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


ARCHI

Pal_maison, la villa

qui respecte la palmeraie

Avec ce projet judicieux, le CABINET TUNISIEN Ï+Ï

vient d’être nommé aux EU Mies Awards 2022.

POUR LA PREMIÈRE FOIS, quatre projets

tunisiens sont en compétition pour

obtenir le prix de l’Union européenne

pour l’architecture contemporaine

Mies van der Rohe 2022, qui sera remis

en mai prochain. Parmi les ouvrages

présélectionnés, Pal_maison, signé par

Souleïma Fourati du cabinet ï+ï, a un nom

qui est tout un programme : cette villa

de 220 m 2 surgit au cœur de la palmeraie

de Tozeur, dans une oasis de 3 hectares

qu’il fallait à tout prix préserver.

Les deux parallélépipèdes en H, construits

sur un socle carré pavé de briques en terre

cuites – disposées de façon à rappeler

les motifs des tapis traditionnels de la

région –, s’harmonisent parfaitement avec

le paysage. L’entrée principale du bâtiment

sépare l’espace jour de l’espace nuit. Les

salons et la cuisine, lieux de convivialité

par excellence, relient les deux rectangles

tout en s’ouvrant sur la piscine. Le

bassin est une interprétation sous forme

contemporaine des canaux d’irrigation

des palmiers, dont l’eau, non traitée,

est réutilisée pour arroser la plantation.

Tout est construit pour assurer l’intimité

et le confort des occupants. L’orientation

de la villa protège les intérieurs du soleil

du Sahara et les ouvertures sont occultées

par des façades en briques ajourées,

qui filtrent la lumière du sud.

En même temps, les volets en bois de

palmier limitent les chocs thermiques

le soir et l’été. Protagoniste absolu

du projet, le palmier a également

été utilisé pour créer les meubles

de la cuisine, les dressings ainsi que

les magnifiques portes. ■ L.N.

DR

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 25


PARCOURS

Youness Miloudi

LES IMAGES DE CE PHOTOGRAPHE MAROCAIN

montrent une esthétique contemporaine de la jeunesse iranienne.

Il participera à un group show lancé par Hassan Hajjaj à la Hannah

Traore Gallery, à New York, en janvier. par Fouzia Marouf

Dans « PerseFornia, avoir 20 ans à Téhéran », sa série consacrée à la jeunesse iranienne

exposée en novembre à la galerie parisienne Nouchine Pahlevan, Youness Miloudi

proposait une déambulation singulière. Les visages rieurs des filles et des garçons

s’offrant au crépuscule, les mains gantées d’une street artist s’attardant sur une œuvre

qu’elle finalise à la bombe de peinture sont autant de réflexions sur la liberté en

Iran : « J’ai découvert cette vitalité à la suite d’une rencontre très forte avec un jeune

couple, avec lequel je me suis lié d’amitié. En 2017, je me suis attaché à réaliser

un travail d’inspiration documentaire, durant lequel j’ai suivi des jeunes dans leur

quotidien. Je souhaitais donner un visage différent de l’Iran. À l’image de cette

jeunesse créative, dont j’étais témoin, et qui recourait à un mode de vie totalement alternatif, tout en composant

avec les lois de la république islamique », souligne-t-il. Réalisées en extérieur et en intérieur, ces images révèlent

un autre personnage emblématique, Téhéran : noctambule, jouissive, la ville a été saisie sous divers angles.

Pugnace et entier, Youness Miloudi sillonne l’Iran durant plusieurs mois afin de s’imprégner de la culture perse.

Ses premiers travaux sont éclairés par son envie de comprendre ce pays aussi vaste que complexe. Cette série

intimiste prend peu à peu forme hors du cadre traditionnel :

« La photographie est un médium indéniable pour aller vers l’autre,

elle incarne une ouverture sur le monde. Les Iraniens sont très

accueillants, d’un contact direct et plein de curiosité à la vue de

voyageurs. J’ai ressenti le besoin de m’attarder un certain temps aux

côtés de cette jeunesse underground afin de la documenter au plus près

de la réalité. J’en retiens des jeunes qui mènent leur propre révolution

en silence. Surprenants, contournant les interdits, ils s’expriment

grâce à l’art et la culture. » Né en 1984 à Fès, l’artiste met le cap sur

la France en 2005 afin de suivre des études d’ingénierie à l’université

Sans titre, série « PerseFornia,

avoir 20 ans à Téhéran ».

de Picardie Jules Verne. Féru de cinéma et de musique, marqué par l’univers du cinéaste Tony Gatlif, il organise

des concerts dédiés à la culture urbaine, comme la danse, le hip-hop ou le breakdance. La création documentaire

l’interpellant, il décide de se consacrer pleinement à la photographie et au voyage en 2013 et se met en quête

de sujets hors de sa zone de confort : « J’ai toujours été fasciné par l’image et ses multiples aspects. Arrivé en

France, j’ai enchaîné en parallèle des petits jobs afin de m’offrir mon premier appareil photo. J’ai commencé

par travailler dans l’événementiel et par faire de la photo en studio. Puis, ma pratique et mes choix se sont affinés,

et j’ai décidé de me tourner vers la photographie de témoignage », se souvient-il. En 2018, il présente pour la

première fois une partie de son projet « PerseFornia » sous la forme d’un collectif à la foire d’art contemporain

africain 1-54 Marrakech. Suit une deuxième exposition en 2019 à Photo Doc, rendez-vous incontournable

de la photographie documentaire à Paris. Dans l’optique de s’ouvrir à de nouvelles perspectives, il participera

en janvier prochain à un group show initié par Hassan Hajjaj à la Hannah Traore Gallery, à New York. ■

YOUNESS MILOUDI

26 AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022


WIAME B.

« Je souhaitais

donner un visage

différent

de l’Iran. »


Communiqué

Radisson Hotel Group s’attend à une année solide, avec une expansion dans les principales villes

d’Afrique de l’Ouest et Centrale. Erwan Garnier, Directeur Senior,

Afrique, Radisson Hotel Group, nous parle des projets du groupe

Radisson Hotel Gr oup réalise sa

grande ambition pour l’Afrique

Exterieur du Radisson Collection Bamako

Quel est le portefeuille actuel de Radisson

Hotel Group et quelles sont ses ambitions

pour l’Afrique de l’ouest et centrale ?

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

représentent des marchés clés dans notre

stratégie de développement continentale,

en faisant passer notre portefeuille d’une

unité en 2008 à 25 hôtels en exploitation

et en développement aujourd’hui. Grâce

à cette solide stratégie d’expansion, nous

sommes en passe de consolider notre

leadership et de doubler notre portefeuille

pour atteindre 50 hôtels d’ici 2025.

Quelles ont été les réalisations marquantes

dans cette région au cours des

deux dernières années ?

Malgré la pandémie, nous avons été en

mesure d’accroître notre portefeuille en

Afrique de l’Ouest et centrale avec la signature

de trois nouveaux hôtels, ajoutant

plus de 625 chambres. Nous avons renforcé

notre présence sur des marchés clés tels

que le Nigeria et le Mali, tout en pénétrant

sur un nouveau marché, le Ghana. Les conversions

étant au cœur de notre stratégie

de croissance, nous avons pu ouvrir des

hôtels en accélérant le repositionnement

de structures existantes. Une autre étape

importante a été le lancement de notre

marque Radisson Collection en Afrique,

avec l’ouverture du Radisson Collection de

Bamako en décembre 2020

En avril de cette année, nous avons également

lancé notre première propriété Radisson

Individuals en Afrique, avec la signature

de l’hôtel Earl Heights Suites, membre de

Radisson Individuals, à Accra, au Ghana.

L’ouverture est prévue au cours du premier

trimestre 2022. Radisson Individuals est une

marque de conversion qui offre aux hôtels

indépendants et aux chaînes locales et

régionales l’opportunité de faire partie de

la plateforme mondiale de Radisson Hotel

Group, de bénéficier de la notoriété et

de l’expérience internationale du Groupe,

tout en ayant la liberté de conserver leur

caractère unique et leur identité.

Quel est la stratégie d’expansion et les

priorités en Afrique de l’ouest et centrale ?

Nous avons identifié six pays avec une

stratégie claire de croissance, axé sur les

capitales, les centres financiers et les destinations

touristiques. Huit villes sont au

cœur de notre ambition : Abuja, Lagos,

Accra, Abidjan, Dakar, Yaoundé, Douala et

Kinshasa. Notre stratégie se développe les

hôtels d’affaires, les centres de villégiature,

Erwan Garnier, Directeur Senior, Afrique,

Radisson Hotel Group.

Reception du Radisson Collection Bamako.

les appart-hôtels et les développements à

usage mixte.

Au Nigeria, nous avons pour objectif

d’augmenter de 50 % notre portefeuille de

neuf hôtels d’ici 2025. L’objectif principal est

la capitale Abuja, suivie de Lagos et Port

Harcourt. Nous prévoyons de développer

chacune de nos six marques au Nigeria,

y compris notre toute nouvelle marque

Radisson Individuals, afin de soutenir les

conversions potentielles.

Au Ghana, nous souhaitons développer

l’ensemble de notre portefeuille, en mettant

l’accent sur l’expansion de la capitale,

Accra, ainsi que Kumasi, la seconde ville

du pays et Takoradi sur le positionnement

resort.

En Côte d’Ivoire, Abidjan est au cœur de

notre action et nous avons pour objectif de

répondre aux besoins du marché en ayant

chacune de nos six marques présentes d’ici

la fin 2025. Cela inclut Plateau, Cocody,

Marcory and Zone 4. De plus nous souhaitons

nous développer dans le pays sur

le segment affaires à Yamoussoukro et

San-Pedro ainsi que sur le segment loisirs

à Assini et Grand Bassam.

Au Sénégal, nous souhaitons également

développer chacune de nos marques, en

concentrant notre expansion dans le centre

de Dakar avec le Plateau, la Corniche, Ngor

et Point E ainsi que Diamniadio et Saly. Les

autres villes que nous avons identifiées

pour notre expansion sont Touba, Saint

Louis et Cap Skirring.


C’EST COMMENT ?

PAR EMMANUELLE PONTIÉ

BONNE ANNÉE !

DOM

Je viens de me rendre compte, à la relecture des « C’est comment ? » des numéros

doubles de fin d’année sur cinq ans, que les vœux pieux se juxtaposent. Pour que

le terrorisme cesse, pour que la redistribution des richesses soit effective, pour que les

démocraties et la bonne gouvernance s’installent, pour que la demande d’emploi exponentielle

soit satisfaite, pour que les filles aillent à l’école, pour que l’environnement et sa

dégradation galopante soit enrayée, pour que, pour que… Et les Cassandre argueront

que ça ne marche pas. Les esprits chagrins comptabiliseront les non-avancées, voire

les violents reculs dans certains pays. Et surtout, tout en souhaitant que tout s’arrange,

on ne parle que de catastrophes, de négatif, de ce qui ne bouge pas, ne change pas.

Alors, pour 2022, on va faire différent. En regardant un peu notre continent

par une lorgnette positive, inversée. Et d’abord pour parler

de l’actualité : le retour du coronavirus, des frontières qui se

ferment et du stress qui se généralise à nouveau. À l’heure

où cette édition boucle, nul ne sait quelle sera l’évolution du

nouveau variant Omicron, venu d’Afrique du Sud. Mais on

peut espérer, déjà, que l’Afrique (hormis l’Afrique australe,

peut-être) devrait continuer à prouver sa résistance face à

la pandémie, aux pandémies. Avec des systèmes de santé

bien plus défaillants que ceux du Nord, une couverture vaccinale

quasiment nulle (moins de 7,5 % début décembre),

le continent a montré la force de sa population jeune et

les résiliences étonnantes de la plupart de ses économies.

Malgré, là encore, les prédictions les plus funestes.

Sa jeunesse, justement, celle qui a décidé dans un

pays sahélien – demain deux, peut-être plus – de prendre

son destin en mains en descendant dans la rue pour dire

stop. Cette jeunesse encore qui se lance dans l’autoemploi,

monte des entreprises, crée de la richesse, sans

trop attendre que les États aident, soutiennent.

De nombreux autres signes positifs existent, si l’on

regarde bien, comme l’appropriation des nouvelles technologies de demain en un temps

record. Ou encore les premiers fruits, ici et là, des programmes de développement mis en

place par les États. Et aussi, la prise de conscience sur les questions environnementales,

le ras-le-bol des paysannes qui dénoncent la destruction de la couche d’ozone par

les pays riches…

Certes, le trait est un peu forcé. Volontairement sur-enthousiaste. C’est juste pour

montrer que le continent résiste et avance en même temps. À petits pas. À son rythme.

Vers demain. C’est bon de l’écrire. Et de lui souhaiter une belle année 2022 ! ■

AFRIQUE MAGAZINE I 423-424 – DÉCEMBRE 2021-JANVIER 2022 29


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