COLLECT Belgique Avril 2022
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COllECT<br />
Mensuel ne paraît pas en janvier, en juillet ni en août - 6,95 € - P608061<br />
N° 515 / AVRIL <strong>2022</strong><br />
Francis Alÿs<br />
Une star belge à la Biennale<br />
Art Brussels<br />
Back to business<br />
Marketing & Galeries d’Art<br />
Une stratégie à la loupe
Être logé généreusement au<br />
milieu de votre collection?<br />
À VENDRE<br />
Vlissingen, Zélande (NL)<br />
Maison d’habitation avec étang de baignade<br />
Unique, multifonctionnel, confortable.<br />
Ancien château d’eau entouré de nouveaux<br />
bâtiments architecturaux sur une site de<br />
7.000 m2.<br />
Pavillons de présentation et jardin de sculptures<br />
1.617 m2 de surface pour vivre, travailler,<br />
présenter, accueillir et stocker.<br />
Prix demandé: € 2.500.000 k.k.<br />
Pavillon d’accueil au 6ème étage du château d’eau<br />
Tel. +31 (0)118) 620062 • www.sinke.nl
The Online Dutch<br />
Art & Antiques Fair<br />
thedaaf.com<br />
Par les membres de l’Association Royale<br />
Néerlandaise des Arts et Antiquités, KVHOK<br />
Édition <strong>2022</strong><br />
• Avec plus de cinquante participants<br />
• Images video<br />
Exclusivement en ligne<br />
Ouverture: jeudi 7 avril à 16.00 h. HEC<br />
Fermeture: dimanche 10 avril à 21.00 h. HEC<br />
<br />
Supporté par
Serge Vandercam, Composition, ca. 1959, huile sur toile, 146 x 114 cm<br />
Spécialisée<br />
dans l’art belge<br />
d’après-guerre<br />
Callewaert Vanlangendonck Gallery<br />
Nous avons le plaisir de<br />
vous accueillir au stand C19<br />
avec des œuvres de Serge<br />
Vandercam et Jan Dries<br />
Tour & Taxis<br />
28 April – 1 May <strong>2022</strong><br />
Callewaert Vanlangendonck Gallery<br />
Sint-Jacobstraat 17, 2000 Anvers<br />
gallery@callewaert-vanlangendonck.com<br />
www.callewaert-vanlangendonck.com<br />
Brecht Callewaert 0032475926724<br />
Yoeri Vanlangendonck 0032476444611<br />
Jan Dries, Pierres de méditation, 1962, sculpture en marbre, 8 x h 9 cm | 8 x h 18 cm
DU 21 AU 26 MARS<br />
2 018<br />
2 022<br />
M AI<br />
Palais Brongniart<br />
Place de la Bourse, 75002 Paris<br />
18 23<br />
M AI<br />
2 022<br />
www.salondudessin.com<br />
Nicolas Robert, Chouette effraie, collection M & Mme Pierre Rosenberg. © Photographie : Suzanne Nagy. Design : Olivier Andreotti (Toluca Studio)<br />
Invité d’honneur : Musée du Grand Siècle<br />
Et avec la participation exceptionnelle du musée des Arts décoratifs, Paris<br />
Symposium international les 18 et 19 mai : De l’art des jardins de papier : concevoir, projeter, représenter
Sommaire<br />
Fibules et broches<br />
Inspirants ornements<br />
EST. 1971 / avril <strong>2022</strong> - N°515<br />
www.collectaaa.be<br />
Giovanni Boldini<br />
à Paris<br />
62<br />
70<br />
Le monde<br />
selon<br />
Gagosian 46<br />
SUIVEZ-NOUS ÉGALEMENT<br />
SUR : @ARTMAGAZINE<strong>COLLECT</strong><br />
OURS<br />
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Begijnhoflaan 464 G<br />
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Tél. : 09/216.20.20<br />
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PUBLICITÉ<br />
Secteur Art : Joris van Glabbeek<br />
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Tout autre secteur : MAC-Strat SRL /<br />
Yves de Schaetzen<br />
Georges Huynenstraat 21A<br />
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Rédacteur en Chef<br />
Christophe Dosogne<br />
Rédaction<br />
Els Bracke<br />
Celine De Geest<br />
Christophe Dosogne<br />
Collaborateurs<br />
Gilles Bechet<br />
Laurent de Hemptinne<br />
Thijs Demeulemeester<br />
Gwenaëlle de Spa<br />
Gwennaëlle Gribaumont<br />
Elien Haentjens<br />
Johan Frederik Hel Guedj<br />
Diane Hennebert<br />
Anne Hustache<br />
Christine Vuegen<br />
Traduction<br />
Dynamics Translations<br />
Didier Vanhede<br />
Mise en pages<br />
Renaldo Candreva<br />
Freek Lukas<br />
Impression<br />
Graphius, Gand<br />
Distribution<br />
Librairies<br />
AMP<br />
La Poste<br />
Abonnements<br />
Pays d’Abonnements<br />
Ambachtenlaan 21 - Unit 2A -<br />
3001 Heverlee - Tél. 02/808.55.23<br />
serviceclient@paysdabonnements.be<br />
<strong>Belgique</strong> 49,5 €, Europe 70 €<br />
Les abonnements sont à reconduction<br />
automatique, sauf avis contraire<br />
envoyé au minimum deux mois avant<br />
la date d’échéance. Un abonnement<br />
offert en cadeau se termine automatiquement<br />
au bout d’un an. Pour un<br />
changement d’adresse, une résiliation,<br />
un numéro manquant, ou toute<br />
autre question, surfez sur :<br />
www.paysdabo.be<br />
En couverture<br />
Sandro Miller, Nina, Dakar, 2019, édition de 15,<br />
tirage pigmentaire signé, numéroté, titré et daté<br />
au crayon, 51 x 38 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />
Gallery Fifty One / Art Brussels<br />
Membre de l’Union des Editeurs<br />
de la Presse Périodique<br />
www.wemedia.be<br />
Editeur responsable :<br />
Patrick Snoeck, Begijnhoflaan 464G - 9000 Gand<br />
Pour les auteurs d’art visuel et les photographes :<br />
© CISAC / SABAM Belgium <strong>2022</strong><br />
Portrait : © Silvie Bonne<br />
Nulle partie de cette publication ne peut être reproduite<br />
et/ou publiée par impression, photocopie ou de toute<br />
autre manière que soit, sans l’autorisation écrite de<br />
l’éditeur. Ni la rédaction ni l’éditeur ne peuvent être tenus<br />
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les articles signés ou les contributions de ce magazine,<br />
lesquels n’engagent que leurs auteurs. <strong>COLLECT</strong> ne peut<br />
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publicitaires publiées, la responsabilité en incombant uniquement<br />
à l’annonceur. © Arts Antiques Auctions, Gand
Édito<br />
Marché de l’Art et Effet Veblen<br />
Alors que le monde se focalisait non sans<br />
angoisse sur la guerre en Ukraine, pays<br />
dont le patrimoine commence déjà à payer<br />
un lourd tribut sous le coup des bombardements,<br />
à l’heure de rédiger ces lignes, les<br />
sanctions économiques à l’égard de la Russie<br />
allaient bon train. Dernières en date, la<br />
décision conjointe de Christie’s, Sotheby’s<br />
et Bonhams d’annuler leurs ventes d’art<br />
russe, prévues traditionnellement à Londres<br />
en juin, et de geler également toutes<br />
relations commerciales avec leurs clients<br />
russes. De son côté, Phillips, troisième<br />
auctioneer mondial, dont le capital est détenu<br />
par le groupe de luxe russe Mercury,<br />
décidait de faire un don de 7,7 millions de<br />
dollars, le total de sa commission générée<br />
lors de la vente du soir du 3 mars en art du<br />
XXe siècle et contemporain, à la Croix-<br />
Rouge ukrainienne. Alors, déconnecté de<br />
la réalité, le marché international de l’art ?<br />
Pas si sûr, même si les résultats faramineux<br />
engendrés en 2021, malgré la pandémie,<br />
ont pu le laisser croire. Ainsi, selon le rapport<br />
annuel d’Artprice, loin d’être affaibli<br />
par les circonstances qui ont freiné les foires,<br />
fermé les galeries, empêché les voyages<br />
et barricadé les salles de ventes, le marché<br />
de l’art a au contraire été dopé après le<br />
hiatus de 2020, faisant preuve d’une résilience<br />
étonnante en trouvant de nouveaux<br />
relais de croissance. Le montant totaldes<br />
ventes aux enchères d’œuvres d’art, s’est<br />
établi à 17,08 milliards de dollars, un record<br />
absolu qui signe un bond spectaculaire de<br />
60% par rapport à 2020, année vraiment<br />
sinistrée, mais aussi de 28% en regard<br />
de 2019, qui avait plutôt été un bon cru.<br />
Atteignant 663 887, le nombre de lots vendus<br />
n’a jamais été aussi élevé, en progression<br />
de 18% sur 2019 (et de 29% sur 2020).<br />
Dans le même temps, le taux d’invendus<br />
n’a jamais été aussi bas, à 31% (contre 34%<br />
en 2020 et 38% en 2019). Comme il se doit,<br />
l’art contemporain a poursuivi sa marche<br />
triomphale, représentant désormais 20%<br />
des lots, soit 7 fois plus qu’en l’an 2000... Le<br />
secret de cette réussite : un basculement<br />
réussi vers les ventesen ligne, près de 90%<br />
des 6300 maisons de ventes recensées<br />
dans le monde étant maintenant équipées<br />
pour les mener à bien. Si la Chine poursuit<br />
sa montée en puissance, dépassant une<br />
fois encore les Etats-Unis, la France est<br />
désormais deuxième en nombre d’œuvres<br />
vendues, tandis que l’air de rien la <strong>Belgique</strong><br />
se range à la seizième place en termes<br />
de produit des ventes (+/- 100 millions de<br />
dollars). Evidemment, Sotheby’s et Christie’s<br />
se taillent toujours la part du lion en<br />
générant respectivement 4,4 et 4 milliards<br />
de dollars. Que faut-il penser de ces chiffres<br />
édifiants ? On l’oublie trop souvent,<br />
lorsqu’une spirale ascendante s’installe,<br />
elle a tendance à s’autoalimenter, notamment<br />
sous l’Effet Veblen, mis en évidence<br />
dès 1899 par l’économiste et sociologue<br />
américain Thorstein Veblen (1857-1929).<br />
Cet ‘‘effet de snobisme’’ se matérialise par<br />
le fait que les individus ont tendance à plus<br />
désirer et donc à acquérir d’autant les biens<br />
dont le prix élevé fait toute la valeur et dont<br />
la possession traduit un statut social…<br />
Or, si les prix des œuvres d’art ont très légèrement<br />
baissé sur l’année 2021 (–1%), ceux<br />
de l’art contemporain ont augmenté de<br />
3% ! Les grandes fortunes actives dans ce<br />
segment, qui inclut notamment celui des<br />
NFTs, ont donc considérablement soutenu<br />
le marché en 2021. Leur poids permettrat-il<br />
de contrecarrer les éventuels effets<br />
délétères d’un conflit de longue durée en<br />
Ukraine ? C’est tout l’enjeu des prochains<br />
mois, en espérant que…<br />
Christophe Dosogne<br />
RUBRIQUES<br />
8 Up to date<br />
12 Personalia<br />
14 Musées<br />
18 Galeries<br />
22 Le grand retour d’Art Brussels<br />
30 L’artiste du mois : Willie Morlon<br />
32 Zoom : Judith Joy Ross<br />
DOSSIERS<br />
34 Marketing et Galeries d’art :<br />
une stratégie à la loupe<br />
38 Doublé Els Dietvorst<br />
40 Francis Alÿs, la valeur d’une oeuvre<br />
généreuse<br />
46 Le monde selon Gagosian<br />
50 Barbara Kruger, l’art des mots<br />
52 Le marché des antiquités romaines<br />
58 Autour de Mondrian<br />
62 Giovanni Boldini à Paris<br />
66 Photographie, quelle durée de vie ?<br />
70 Au fil du temps, de la fibule à la broche<br />
74 Collection Joost Caen :<br />
le vitrail en question<br />
92 La cote de Christian Dotremont<br />
96 Bruno Claessens et Jacques Billen,<br />
à propos des armes africaines<br />
100 N. Vrouyr, une vente au musée<br />
du Quai Branly<br />
VENTES<br />
78 Focus International<br />
82 La surprise du mois : un brûleparfum<br />
Qing chez Coronari<br />
83 Ventes en <strong>Belgique</strong><br />
AGENDAS<br />
102 Auction calendar<br />
104 Fair calendar<br />
105 Expo calendar<br />
105 Gallery calendar<br />
108 Bonnes adresses & Sites web<br />
109 Petites annonces<br />
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UP TO DATE<br />
Signa temporum, ars temporis…<br />
-><br />
Vue de l’hôtel Lambert sur l’Île Saint-Louis, à Paris. © D. R.<br />
-><br />
Giovanni Ambrogio Miseroni (att.), Camée de Vénus et l’Amour sur sa coupe en<br />
forme de coquille, XVIe siècle, agate des Grisons, monture en argent doré.<br />
© Musée du Louvre, dist. RMN-GP / photo : Hervé Lewandowski<br />
Bonhams faisait l’acquisition, mi-mars, de<br />
la salle de vente de Boston, Skinner.<br />
Fondée en 1962, l’enseigne qui organise<br />
80 ventes par an sera désormais connue<br />
sous le nom de Bonhams Skinner. www.<br />
bonhams.com Koelnmesse a annoncé<br />
l’intégration du salon Cologne Fine Art &<br />
Design à la foire Art Cologne. Ce qui<br />
signifie la fin de cette foire traditionnelle<br />
axée sur l’art, les antiquités, les arts<br />
appliqués et le design, une issue inévitable<br />
au vu de la dynamique changeante<br />
du marché de l’art. Elle sera réincarnée en<br />
une nouvelle section ‘‘Art + Objet’’ au sein<br />
d’Art Cologne, dont la prochaine édition<br />
se tiendra en novembre. www.artcologne.<br />
com Dans le cadre de la foire Art<br />
Brussels (organisée sur le site de Tour &<br />
Taxis du 28-04 au 01-05, lire par ailleurs),<br />
la Fédération Wallonie-Bruxelles présentera,<br />
sous un commissariat de Maud<br />
Salembier, l’installation My, Our, Yours. de<br />
l’artiste français Valérian Goalec (1986).<br />
www.valeriangoalec.com Le concours<br />
ArtContest lance sa 18e édition qui<br />
s’adresse aux jeunes artistes belges ou<br />
résidant en <strong>Belgique</strong>, âgés de 35ans<br />
maximum. Dépôt des candidatures le<br />
20-06 à minuit. www.artcontest.be La<br />
Centrale for Contemporary Art lance, elle<br />
aussi, un appel à projets pour l’occupation<br />
de sa Vitrine, nouvel espace dédié à la<br />
création bruxelloise. Celui-ci s’adresse à<br />
des artistes émergent(e)s domicilié(e)s à<br />
Bruxelles, sans limite d’âge, y compris<br />
collectifs ou duos artistes-commissaires.<br />
Clôture des candidatures pour l’année<br />
2023 : le 02-05 à 23h59. www.centrale.<br />
brussels Début février, le commissaire<br />
d’exposition, critique d’art et théoricien<br />
français Nicolas Bourriaud créait Radicants,<br />
modèle coopératif organique et nomade,<br />
en phase avec l’évolution du monde de<br />
l’art. Conçu pour organiser des expositions<br />
inédites, imaginées par des commissaires<br />
indépendants au niveau international,<br />
cette coopérative intervient sur la production<br />
d’expositions, le conseil en ingénierie<br />
culturelle, l’édition et la vente d’œuvres. En<br />
mai, elle ouvrira un espace de 250 m² à<br />
Paris (18 rue de Comines), à la fois lieu de<br />
travail, de rencontres et d’exposition.<br />
A Bruxelles, les galeries Baronian et<br />
Xippas, qui avaient noué un partenariat il y a<br />
3 ans, ont annoncé avoir mis fin à leur<br />
relation formelle sans exclure des collaborations<br />
futures. La Galerie Baronian (Bruxelles<br />
/Knokke) fêtera cette année son 50e<br />
anniversaire en participant notamment à Art<br />
Brussels et à la BRAFA. www.baroniau.eu<br />
La Galerie Laurentin (Bruxelles / Paris) a<br />
annoncé la représentation exclusive de<br />
l’Estate Antoine Mortier, figure majeure de<br />
l’art moderne belge et surnommé ‘‘le<br />
peintre de l’absolu’’. www.galerie-laurentin.com<br />
Daniel Templon, qui a ouvert<br />
des galeries à Paris, à Bruxelles et même à<br />
Milan (de 1971 à 1976) mais n’avait jamais<br />
tenté de traverser l’Atlantique, va ouvrir un<br />
espace d’exposition à New York. A la tête de<br />
cette antenne de 600 m² de plain-pied au<br />
293 Tenth Avenue, entre les 26e et 27e Rues,<br />
tout près de la High Line, Mathieu Templon<br />
(1986). Ouverture en septembre avec une<br />
exposition consacrée à Omar Ba. www.<br />
templon.com La Fondation Kanal<br />
dévoilait, le 10 mars, les premières œuvres<br />
de sa collection (38 œuvres de 27 artistes<br />
originaires de 12 pays). Sélectionnées par un<br />
comité d’acquisition, elles devraient poser<br />
les bases des futures collections de Kanal<br />
Centre Pompidou. www.kanal.brussels<br />
Les prochaines nocturnes des musées<br />
bruxellois sont prévues du 21-04 au 09-06.<br />
Chaque jeudi soir, entre 5 et 10 institutions<br />
bruxelloises prolongeront ainsi l’ouverture<br />
de leurs portes. www.nocturnes.brussels.<br />
8
UP TO DATE<br />
-><br />
Une oeuvre de Younes Baba-Ali, désormais dans les collections de la Fondation Kanal. © photo :<br />
Veerle Vercauteren<br />
L’Arabie Saoudite annonce la première<br />
participation de son histoire à la Biennale<br />
de Venise. Elle sera représentée par l’artiste<br />
multidisciplinaire Muhannad Shono (1977).<br />
www.labiennale.org Le Fonds du<br />
Patrimoine de la Fondation Roi Baudouin a<br />
récemment fait l’acquisition de 66 œuvres<br />
originales de l’artiste belge Félicien Rops :<br />
11 dessins, 8 gravures avec texte en marge,<br />
43 gravures avec dessins en marge et 4<br />
lettres. Cette acquisition exceptionnelle<br />
permet d’enrichir la collection du musée<br />
Félicien Rops, à Namur, où elles seront<br />
accessibles au public. www.kbs-frb.be<br />
De leurs côtés, les bibliothèques de la KU<br />
Leuven et de la KBR se sont unies avec<br />
Google pour mettre en ligne des milliers<br />
de livres et documents historiques.<br />
Quantité d’ouvrages, dont certains<br />
remontent au XVe siècle, seront ainsi<br />
libres d’accès dans les années à venir via<br />
Google Books et les catalogues des<br />
bibliothèques des institutions concernées.<br />
Le milliardaire Xavier Niel, fondateur du<br />
groupe télécoms Iliad (maison mère de<br />
l’opérateur Free), a acquis l’hôtel Lambert<br />
sur l’Île Saint-Louis à Paris. Cet hôtel<br />
particulier, installé en bordure du pont<br />
Sully, fut bâti au XVIIe siècle (1640-1644)<br />
par l’architecte Louis Le Vau, qui avait<br />
notamment dessiné les plans du château<br />
de Vaux-le-Vicomte ou encore ceux des<br />
Grands Appartements du Roi et de la Reine<br />
et de la façade de pierre blanche côté<br />
jardin, à Versailles. Sa décoration a été<br />
assurée par le peintre Charles Le Brun<br />
(1619-1690) et son confrère Eustache Le<br />
Sueur (1616-1655), parfois surnommé ‘‘le<br />
Raphaël français’’. L’homme d’affaires<br />
envisagerait d’y installer une fondation<br />
culturelle. La 12e campagne de mécénat<br />
participatif du Louvre, achevée le 25 février,<br />
portait à nouveau ses fruits puisque le<br />
million d’euros visé a été atteint, permettant<br />
ainsi à l’institution de faire l’acquisition<br />
d’une pièce convoitée depuis longtemps :<br />
un camée intitulé Vénus et l’Amour attribué<br />
à Giovanni Ambrogio Miseroni (1551-1616),<br />
membre d’une prestigieuse dynastie de<br />
graveurs milanais. Taillé en forme de<br />
coquillage en agate des Grisons, l’objet,<br />
passé entre les mains du cardinal Mazarin<br />
et de Louis XIV, est le couvercle d’une<br />
coupe également réalisée par Miseroni et<br />
entrée pour sa part dans les collections du<br />
Louvre en 1968. Les deux parties avaient en<br />
effet été séparées suite à leur saisie, en<br />
1796, sous le Directoire.<br />
Fab Rideti<br />
L’espace bruxellois de la Galerie Frédérick Mouraux présente deux expositions solo de<br />
la photographe plasticienne Fab Rideti. En une approche esthétisante, elle réalise une<br />
œuvre engagée, imprégnée par les grandes questions contemporaines, scrutant autant<br />
la fragilité humaine que les failles de nos sociétés. On y décèle la récurrence de thèmes<br />
comme le jeu, la représentation et le spectacle. Un univers théâtral, fantasmé, souvent<br />
teinté de dérision, campé en des images faussement parfaites qui surprennent quand<br />
on ne s’y attend pas. S’adressant à l’enfant enfoui en chacun de nous, l’artiste met en<br />
scène ses photographies en créant des personnages imaginaires qu’elle costume à sa<br />
façon, comme en une pièce de théâtre racontée comme pour faire rêver et réfléchir.<br />
Autant d’histoires sans paroles, de récits suspendus, présentés ici en deux séries distinctes,<br />
à travers lesquelles est dépeinte la condition humaine.<br />
Frédérick Mouraux Gallery<br />
Bruxelles<br />
www.frederickmoureauxgallery.com<br />
jusq. 30-04<br />
-><br />
Fab Ribeti, image de la série Naphta Tribes,<br />
2020, éd. 8, tirage pigmentaire sur papier<br />
baryté Hahnemhüle PhotoRag, monté sur<br />
aluminium. © de l’artiste<br />
9
UP TO DATE<br />
Nathalie Campion<br />
Artiste plasticienne, diplômée entre autre en agriculture urbaine, Nathalie<br />
Campion est venue relativement tard à la céramique. Visant à exprimer la puissance<br />
et la fragilité du monde naturel, sa démarche se nourrit du végétal. Dans<br />
ces créations, le corps se révèle discrètement. Transfigurées en des sculptures<br />
triturées, voire brutalisées, ces sources d’inspiration y font souche et se voient<br />
sublimées par l’emploi d’un engobe, un temps sombre, désormais laiteux et<br />
presque lumineux, qui en caractérise la surface. Colère, angoisse, souffrances<br />
de la Terre génitrice et des arbres qui la protègent s’illustrent ici en un vertige<br />
plastique exprimant l’inéluctable avec force et mélancolie. Un travail incisif, à la<br />
grande force poétique, doublement exposé.<br />
-><br />
Nathalie Campion, Corpus 12, 2021, céramique<br />
vernissée, 66 x 10 x 41 cm. © de l’artiste / photo :<br />
Anthony Girardi<br />
OV Project<br />
Atelier Jespers @ The Solo Project<br />
Rue Van Eyck 57<br />
Circularium -Rue de Liverpool<br />
Bruxelles<br />
Bruxelles<br />
www.ovproject.com<br />
www.atelierjespers.com<br />
jusq. 16-04 du 28-04 au 01-05<br />
Perspectives minimales<br />
En près de quarante œuvres majeures,<br />
le Delta invite à découvrir les tendances<br />
minimales de l’art contemporain et de<br />
l’abstraction géométrique belges qui, dès<br />
les années 1920, ont jeté les premiers jalons<br />
de l’une des sensibilités artistiques majeures<br />
de notre pays. L’exposition souhaite d’abord<br />
montrer comment l’héritage de la peinture<br />
géométrique abstraite de la première moitié<br />
du XXe siècle, notamment le travail de Jo<br />
Delahaut, Josef Peeters, Victor Servranckx,<br />
Jules Schmalzigaug ou encore Georges<br />
Vantongerloo, a permis de cultiver très tôt<br />
en <strong>Belgique</strong> une sensibilité pour l’économie<br />
plastique et les formes épurées. Ensuite, la<br />
tendance minimale, née dans les années 1960<br />
aux Etats-Unis et toujours vivace aujourd’hui,<br />
n’étant pas toujours connue et comprise du<br />
grand public, en collaboration avec la Galerie<br />
Ronny Van de Velde, incontournable dans le<br />
paysage artistique belge, le centre culturel<br />
namurois propose de découvrir ou redécouvrir<br />
les œuvres d’inspiration minimaliste<br />
de nombreux artistes belges. Parmi ceux-ci,<br />
Ann-Veronica Janssens, Jan De Cock, Lili Dujourie,<br />
Guy Mees, Dan Van Severen, Marthe<br />
Wéry et beaucoup d’autres. (Le Delta, Namur,<br />
www.ledelta.be, jusq. 17-04)<br />
-><br />
Vue de l’exposition Perspectives minimales<br />
en <strong>Belgique</strong>, présentée au Delta de Namur.<br />
© Delta / D. R.<br />
Cent regards sur le monde de l’art<br />
-><br />
Frédéric de Sernaclens. © D. R.<br />
Lire : Frédéric de Sernaclens, Cent regards<br />
sur le monde de l’art. Aphorismes. Récits.<br />
Réflexions, éditions l’Art-Dit, Arles, 2021,<br />
ISBN 978-2-91922-122-6<br />
Marchand d’art et consultant, le Suisse Frédéric de Sernaclens a dirigé des galeries d’art<br />
moderne et contemporain à Genève et Singapour, y représentant des artistes tels que<br />
Bernar Venet, Fabienne Verdier, Armen Agop ou Pablo Reinoso. Créateur d’ArtMarketGuru,<br />
il s’intéresse particulièrement à l’impact des nouvelles technologies comme la blockchain<br />
et l’intelligence artificielle sur le marché de l’art. Dans Cent regards sur le marché de l’art, il<br />
nous raconte sous la forme de capsules littéraires des moments forts du métier de galeriste,<br />
partage ses expériences et divulgue quelques ‘‘secrets’’, pratiques ou us et coutumes d’un<br />
univers encore méconnu du grand public. Au fil des pages, l’auteur opère l’autopsie du seul<br />
secteur qui demeure aujourd’hui sans règles strictes, sans contrôles. Un Far West où l’audace<br />
s’allie à l’imagination pour faire rêver ou fructifier ses intérêts. Mélange de constats,<br />
d’anecdotes et de recherches, une plongée réaliste dans le monde et le marché de l’art.<br />
10
UP TO DATE<br />
Quelques foires d’avril<br />
-><br />
Paul César Helleu, L’actrice Marguerite<br />
Labady, ca. 1900, pointe sèche, 57,2 x 34,3<br />
cm. © Inter-Antiquariaat Mefferdt & De<br />
Jonge / DAAF<br />
-><br />
Un klinkglas ou drinkuyt, argent et verre ‘‘à la façon de Venise’’, Anvers, ca. 1580. H. 20,8 cm.<br />
© John Endlich / DAAF<br />
En 2021, en pleine pandémie, naissait une<br />
belle initiative : un groupe d’antiquaires<br />
néerlandais affiliés à la KVHOK (Koninklijke<br />
Vereeniging van Handelaren in Oude<br />
Kunst) s’unissaient pour fonder la DAAF,<br />
une foire d’art en ligne. Cette formule qui<br />
s’avérait fructueuse, se répète : une<br />
cinquantaine d’antiquaires y participent,<br />
dont Inter-Antiquariaat Mefferdt & De<br />
Jonge, VKD Jewels, Vanderven Oriental<br />
Art, Antiquariaat Forum & Asher Rare<br />
Books Frides Laméris Glass & Antiques,<br />
Tiny Esveld, Inez Stodel, Kunsthandel<br />
Pygmalion, John Endlich et WonderWood.<br />
www.thedaaf.com Le PAD Paris,<br />
rendez-vous incontournable des collectionneurs<br />
de design, revient pour une 24e<br />
édition, du 5 au 10 avril, au Jardin des<br />
Tuileries. L’événement réunit quelquesunes<br />
des meilleures galeries internationales<br />
et françaises en design historique et<br />
contemporain pour un voyage dans le<br />
passé et le présent des arts décoratifs.<br />
Venus de <strong>Belgique</strong> : Spazio Nobile,<br />
Maniera, Modern Shapes et Philippe<br />
Heim. La scénographie du PAD Studio,<br />
situé à l’entrée du hall de la foire, a été<br />
conçue par le duo OITOEMPONTO<br />
(Jacques Bec et Artur Miranda). www.<br />
padesignart.com Alors que leur<br />
institution est fermée pour rénovation<br />
jusqu’en 2024, l’équipe du Design<br />
Museum de Gand a mis sur pied une<br />
nouvelle initiative. Fin avril (du 22-04 au<br />
01-05) se déroulera la première édition du<br />
Design Fest Gent, festival biennal de dix<br />
jours qui offrira un espace aux designers<br />
pour présenter des idées novatrices. En<br />
mettant l’accent sur la durabilité, Design<br />
Fest souhaite inspirer, mais aussi interpeller<br />
et encourager le dialogue. Des œuvres du<br />
collectif BRUT et de Bram Van Breda, entre<br />
autres, seront exposées en divers endroits<br />
et dans des espaces publics. www.<br />
designfestgent.be The Solo Project,<br />
foire alternative plus petite qui a déjà<br />
connu neuf éditions réussies à Bâle, se<br />
tient à Bruxelles le même week-end qu’Art<br />
Brussels. Ce projet consiste en une<br />
plateforme qui permet aux artistes<br />
d’exposer leurs œuvres de manière plus<br />
approfondie et de donner à chacune<br />
d’entre elles un espace de liberté. De nombreuses<br />
galeries néerlandaises y seront,<br />
-><br />
Alberto Giacometti, lampe Etoile, ca.1935.<br />
© Jacques Lacoste / PAD Paris<br />
qui souhaitent toucher le public bruxellois.<br />
Willem Baars Projects et Galerie Franzis<br />
(Amsterdam) par exemple, et Contour<br />
Gallery (Rotterdam). Mais la Galerie Atiss<br />
de Dakar est également présente, ainsi que<br />
la Bab Iddeir Art Gallery de Bethléem.<br />
www.the-solo-project.com<br />
11
Têtes de l’Art<br />
Antonio Segui<br />
Dan Graham<br />
In memoriam : L’artiste conceptuel<br />
américain Dan Graham (1942) décédait<br />
le 19 février. Contemporain de<br />
Donald Judd, Sol LeWitt, Dan Flavin,<br />
Carl Andre et Richard Serra, il<br />
fut longtemps considéré comme pionnier<br />
du développement du minimalisme,<br />
du post-minimalisme et<br />
du conceptualisme, ainsi que de la<br />
vidéo en tant que médium artistique.<br />
Il était connu, notamment en<br />
<strong>Belgique</strong>, pour ses pavillons extérieurs<br />
transparents, dans lesquels<br />
s’applique un jeu de voir et d’être<br />
vu. Aux côtés de ses vidéos, photographies<br />
et performances, ils constituent<br />
l’essence de sa démarche en<br />
tant que réflexion sur l’architecture<br />
et la surveillance, mais également<br />
comme moyen de s’évader du musée<br />
en intégrant le dehors.<br />
© photo : Ken Adlard<br />
Mona Saudi<br />
In memoriam : La sculptrice jordanienne<br />
Mona Saudi décédait le 16<br />
février, à l’âge de 76 ans. Née en 1945<br />
à Amman, l’artiste avait fui son pays<br />
natal à 17 ans et s’était installée un<br />
temps à Beyrouth, où elle est décédée.<br />
Elle avait étudié à Paris à l’École<br />
nationale supérieure des Beaux-Arts<br />
dont elle était sortie diplômée en<br />
1973. Réalisant sa toute première<br />
sculpture, Mother/Earth, en 1965, elle<br />
exposa ses œuvres abstraites en<br />
pierre dans le monde entier. Cellesci<br />
font partie d’institutions comme<br />
la Sharjah Art Foundation, le British<br />
Museum de Londres ou encore le<br />
National Museum of Women in the<br />
Arts de Washington DC.<br />
© D. R.<br />
Carmen Herrera<br />
In memoriam : Peintre, dessinateur<br />
et graveur, partageant sa vie entre la<br />
France et l’Argentine, Antoni Segui<br />
décédait le 26 février, à l’âge de 88<br />
ans. Créateur des mythiques petits<br />
hommes à chapeau qui peuplaient<br />
son œuvre satirique, il était l’auteur<br />
d’une œuvre figurative prolifique de<br />
peintures, d’estampes, de lithographies<br />
et de gravures illustrant une vision<br />
ironique de la société, imprégnée<br />
de nostalgie et de poésie.<br />
© photo : Eduardo Grossman<br />
In memoriam : Elle faisait partie de<br />
cette cohorte d’artistes du XXe siècle<br />
que le genre avait privées des<br />
cimaises des musées comme des<br />
faveurs des collectionneurs, bien<br />
qu’elles fussent restées actives pendant<br />
de longues décennies. Née à La<br />
Havane en 1915, la peintre Carmen<br />
Herrera décédait le 12 février à New<br />
York. Elle n’avait connu la célébrité<br />
qu’en 2004 grâce à une exposition<br />
d’art minimal organisée par Frederico<br />
Sève en la Latin Collector Gallery<br />
de New York. Douze ans plus<br />
tard, le Whitney Museum lui consacrait<br />
sa première rétrospective, et<br />
en 2019 l’un de ses quadriptyques<br />
était proposé à 2,5 millions de dollars<br />
à Art Basel Miami Beach par la<br />
Lisson Gallery…<br />
© Courtesy Lisson Gallery / photo :<br />
Jason Schmidt<br />
Yves Bical<br />
In memoriam : Poète, comédien, galeriste<br />
et éditeur, fondateur avec Cristine<br />
Debras de la Galerie La Main à<br />
Bruxelles, en 1975, devenue ensuite<br />
la Galerie Debras-Bical, et ensuite les<br />
éditions Artgo, en 2007, Yves Bical<br />
décédait à Manosque le 1er mars. Né<br />
en France en 1942, il y poursuivait<br />
depuis 2006 des activités littéraires et<br />
artistiques, notamment la rédaction<br />
de recueils poétiques et d’ouvrages<br />
consacrés à des plasticiens.<br />
© D. R.<br />
12
Katharina Fritsch<br />
Maximilien Durand<br />
Nomination : Laurence des Cars<br />
l’avait annoncé à sa prise de fonction,<br />
le département des Arts de Byzance<br />
et des Chrétientés d’Orient qui<br />
devrait s’ouvrir en 2025 dans l’aile Denon<br />
du musée du Louvre s’est doté<br />
d’un directeur de préfiguration en<br />
la personne de Maximilien Durand.<br />
Né en 1976, diplômé de l’École du<br />
Louvre, il possède un DEA sur les<br />
textes hagiographiques du département<br />
des Antiquités égyptiennes et<br />
a contribué à l’étude du fonds de textiles<br />
byzantins et coptes de la Fondation<br />
Lloyd Cotsen à Los Angeles.<br />
Il a pris ses fonctions le 14 mars.<br />
© Musée du Louvre / photo : Guillaume<br />
Thomas<br />
Récompenses : Cette année, afin de<br />
combler l’interruption concomitante<br />
à la pandémie, la Biennale de Venise<br />
a sélectionné deux artistes comme<br />
récipiendaires du Lion d’or couronnant<br />
l’ensemble de leur carrière. Il<br />
Sandrine<br />
Vézilier-Dussart<br />
s’agit de l’artiste allemande Katharina<br />
Fritsch et de l’artiste chilienne<br />
Cecilia Vicuña.<br />
© D. R.<br />
Olivier Grasser<br />
Nomination : Professionnel de la création<br />
contemporaine et de la gestion<br />
culturelle, Olivier Grasser était désigné<br />
début février pour assurer la<br />
direction artistique et administrative<br />
de l’espace photographique Contretype,<br />
à Bruxelles. Son projet, ouvert<br />
sur la jeune création, s’inscrit dans<br />
la philosophie du lieu d’interroger<br />
le statut des images dans leur rapport<br />
avec les mutations culturelles<br />
et sociales de nos sociétés.<br />
© Facebook<br />
Mercato : Après 21 ans passés au<br />
musée de Flandre à Cassel (Nord),<br />
d’abord en tant que conservatrice<br />
puis comme directrice à partir de<br />
2007, Sandrine Vézilier-Dussart quittera<br />
ses fonctions en mai prochain<br />
pour rejoindre la DRAC Provence-<br />
Alpes-Côte d’Azur, où elle officiera<br />
en tant que conseillère musées. Diplômée<br />
en histoire, sa découverte<br />
de Rubens durant un travail d’été<br />
dans un musée l’oriente vers l’art flamand,<br />
et plus particulièrement les<br />
peintres du premier tiers du XVIe<br />
siècle, qu’elle a cherché à mettre en<br />
lumière dès sa prise de poste, permettant<br />
d’estampiller l’identité du<br />
musée de Flandre et de l’inscrire sur<br />
la carte de l’art.<br />
© photo : Emmanuel Watteau<br />
Laura Hanssens<br />
Nomination : Suite au décès de son<br />
fondateur Anton Herbert, le conseil<br />
d’administration de la Fondation<br />
Herbert désignait Laura Hanssens<br />
comme nouvelle directrice. Elle<br />
avait rejoint cette structure privée<br />
à la veille de son ouverture au public,<br />
en 2012. Elle sera responsable<br />
du devenir de la Fondation, conformément<br />
à son identité et à sa vision.<br />
Dans les années qui viennent, son<br />
fonctionnement devrait être axé sur<br />
une plus grande ouverture de la collection<br />
et de ses archives.<br />
© photo : Yuri van der Hoeven<br />
13
MUSÉES<br />
Charlotte<br />
Perriand<br />
du 01-04 au 28-08<br />
Design Museum<br />
Bruxelles<br />
www.design<br />
museum.brussels<br />
Picasso et<br />
les avant-gardes arabes<br />
du 02-04 au 10-07<br />
Institut du Monde<br />
Arabe<br />
Tourcoing<br />
www.imarabe.org<br />
Charlotte Perriand est avant tout connue<br />
pour son œuvre de designer et pour<br />
ses collaborations avec Le Corbusier et<br />
Fernand Léger. Cette exposition, présentée<br />
lors des dernières Rencontres d’Arles,<br />
révèle une facette méconnue de l’artiste<br />
qui a créé un ‘‘art d’habiter’’ en lien avec<br />
la nature. Perriand a utilisé la photographie<br />
comme outil d’observation du réel et<br />
aussi pour défendre sa conception d’un<br />
monde nouveau et le photomontage lui<br />
a servi à dénoncer l’urbanisme insalubre.<br />
L’exposition propose une plongée dans sa<br />
conception du monde, à travers sa méthode<br />
de travail et son incroyable collection de<br />
photographies, tirages d’époque, négatifs,<br />
magazines découpés ou photographies<br />
personnelles. Des archives mises en regard<br />
de la reconstitution de ses photomontages<br />
monumentaux. (ah)<br />
Charlotte Perriand, Sans titre. ca. 1930, Wide World<br />
Press, The New York Times. Courtesy Archives<br />
Charlotte Perriand (ACHP)<br />
Picasso a peu voyagé et ne s’est jamais rendu dans le monde arabe. Pourtant, à partir des<br />
années 1940 et jusqu’à sa mort, il a noué des liens avec des artistes arabes pour lesquels<br />
son œuvre d’avant-garde agissait comme un catalyseur. Cette exposition s’est donc<br />
donnée pour mission de présenter cette relation à travers un face-à-face des peintures,<br />
œuvres graphiques et céramiques de Picasso avec des œuvres d’artistes arabes issues de<br />
collections privées du Moyen-Orient. On découvre l’impact qu’a pu avoir Guernica sur les<br />
surréalistes égyptiens, reproduite dans leur manifeste. Picasso a représenté pour les avantgardes<br />
arabes la promesse d’un art universel, sans hiérarchie géographique ou stylistique.<br />
(ah)<br />
Dia Al Azzawi, Elle est venue vers la tendresse, 1970, huile sur toile. © Courtesy The Ramzi & Saeda Dalloul Art<br />
Foundation<br />
Van Gogh, Cézanne,<br />
Le Fauconnier<br />
du 29-04 au 03-09<br />
Stedelijk Museum<br />
Alkmaar<br />
www.stedelijkmuseumalkmaar.nl<br />
Le Stedelijk Museum Alkmaar organise une exposition présentant une sélection<br />
d’œuvres originales de trois des plus célèbres artistes du XXe siècle : Vincent van Gogh<br />
(1853-1890), Paul Cézanne (1839-1906) et Henri Le Fauconnier (1881-1946). Ceux-ci<br />
eurent une grande influence sur la genèse de l’école de Bergen et furent vus et étudiés<br />
par la ‘‘jeune garde’’ lors de la première décennie du XXe siècle. L’institution associe<br />
les œuvres des trois grands maîtres à celles des artistes de l’école de Bergen, depuis<br />
ses débuts : Leo Gestel, Gerrit Willem van Blaaderen, Else Berg, Mommie Schwarz,<br />
Dirk Filarski et les frères Wiegman. (eb)<br />
Gerrit Willem van Blaaderen, La Seine près de Samois,<br />
1908, huile sur toile, 100 x 120 cm. Collection privée.<br />
14
MUSÉES<br />
La Chine au féminin<br />
du 02-04 au 23-10<br />
Musée royal de Mariemont<br />
Morlanwelz<br />
www.musee-mariemont.be<br />
Frans<br />
Masereel<br />
du 02-04 au 05-06 (MSK)<br />
du 02-04 au 28-08 (Amsab-ISG)<br />
MSK<br />
Gand<br />
www.mskgent.be<br />
-<br />
Amsab-ISG<br />
Gand<br />
Quel regard portent les Occidentaux sur la femme chinoise du XXe siècle ? Et quel<br />
regard les Chinois ont-ils porté sur la femme au fil de ce siècle de tous les changements<br />
? Cette exposition offre des pistes de réponses en proposant un portrait<br />
renouvelé de la femme moderne. Impératrice, révolutionnaire, espionne, mais<br />
aussi anonyme, mère, travailleuse, … Chacune illustre un pan des forces culturelles,<br />
politiques et sociétales qui conditionnent leurs vies. Dans un parcours qui va de<br />
la sphère privée à l’espace public, l’exposition présente une septantaine d’objets<br />
authentiques (robes, bijoux, marionnettes, …), de photographies, de témoignages<br />
et de créations contemporaines. (ah)<br />
Wenjing Zhou, Elle, 2017, vidéo. © de l’artiste<br />
Cette double exposition, concoctée par le MSK<br />
et l’Institut d’Histoire sociale Amsab-ISG, rend<br />
hommage au graveur exceptionnel qu’était<br />
Frans Masereel, décédé il y a 50 ans, le 3 janvier<br />
1972. Puisant dans les collections des deux institutions,<br />
elle propose, au MSK, une vaste sélection<br />
de gravures couvrant l’ensemble de sa<br />
carrière. Une manière de redécouvrir l’évolution<br />
du langage graphique extrêmement personnel<br />
de Masereel qui lui valut, dès les premières années,<br />
une reconnaissance internationale. Voici<br />
l’occasion de comprendre l’engagement social<br />
de son travail pacifiste et la valeur prémonitoire<br />
de celui-ci. L’Amsab-ISG met en avant l’amitié<br />
entre Masereel, l’auteur autrichien Stefan<br />
Zweig et le traducteur français Léon Bazalgette.<br />
(ah)<br />
Frans Masereel, Houtsnede nr. 50 Mon Livre d’Heures,<br />
1919. MSK, Gand.<br />
Bestiaires fantastiques<br />
de la Bande Dessinée<br />
du 09-04 au 06-11<br />
Musée des Beaux-Arts<br />
Calais<br />
www.mba.calais.fr<br />
Lorenzo Palloni et Vittoria Macioci,<br />
Gravity level, 2/2 Désolation. © Editions<br />
Sarbacane, 2020<br />
Depuis 2019, la ville de Calais accueille un énorme Dragon, une plateforme panoramique dressée<br />
sur une impressionnante sculpture mouvante qui propose une balade le long de la digue. La<br />
drôle de créature et l’engouement qu’elle suscite ont encouragé les conservateurs à explorer le<br />
domaine du bestiaire fantastique, celui-ci étant particulièrement présent dans la bande dessinée.<br />
Cette exposition réunit ainsi des œuvres des musées des Hauts de France et des planches de BD.<br />
Car les dragons sont bien présents en art, comme le prouve la thématique prolifique de Saint<br />
Georges terrassant le dragon. A tout dragon correspond le héros qui parviendra à le dominer.<br />
Et les créatures fantastiques peuplent à suffisance les récits mythologiques et les légendes du<br />
Moyen Âge. Face à ces traditions, la BD n’est pas en reste d’imaginaire… (ah)<br />
15
MUSÉES<br />
Aristide Maillol,<br />
en rétrospective<br />
du 12-04 au 21-08<br />
Musée d’Orsay<br />
Paris<br />
www.musee-orsay.fr<br />
Rétrospective<br />
Simon Hantaï<br />
du 27-04 au 29-08<br />
Fondation<br />
Louis Vuitton<br />
Paris<br />
www.fondation<br />
louisvuitton.fr<br />
Depuis l’exposition de<br />
1961 au musée d’Art moderne,<br />
Aristide Maillol n’a<br />
plus bénéficié de présentation<br />
monographique<br />
dans un musée parisien.<br />
Le musée d’Orsay relève<br />
le gant en organisant<br />
cette vaste rétrospective<br />
dont le parcours est<br />
parsemé de découvertes.<br />
La première de celles-ci<br />
concerne les débuts de la<br />
carrière de l’artiste qui ne<br />
se destinait pas d’abord<br />
à la sculpture mais plutôt<br />
à la peinture et aux arts<br />
décoratifs. Il y viendra<br />
vers 1895, suite à diverses<br />
rencontres. L’évolution<br />
du sculpteur est retracée<br />
grâce à une confrontation<br />
entre une version de la<br />
Méditerranée de 1905 et<br />
une de 1923, cette dernière<br />
montrant combien<br />
Maillol est alors devenu un acteur majeur du ‘‘retour à l’ordre’’. Caractéristique de ces<br />
années proscrivant toute recherche d’expression, il instaure un nouveau classicisme<br />
et inscrit des corps féminins, à l’anatomie charpentée et sensuelle, dans des formes<br />
géométriques simples. (ah)<br />
Aristide Maillol, Méditerranée, 1923-1927, statue en marbre, 110,5 x 117,5 x 68,5 cm, poids 680 kg.<br />
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / photo : Patrice Schmidt<br />
Le centenaire d’une naissance offre l’occasion<br />
d’une exposition. C’est le cas de cette rétrospective<br />
qui annonce comme l’un des clous de<br />
son accrochage la présentation inédite du fonds<br />
d’atelier. Toutes les grandes périodes successives<br />
de l’œuvre de Simon Hantaï sont ensuite<br />
évoquées, les peintures à signes, les monochromes,<br />
les Mariales, les Catamurons, … Des<br />
œuvres de Matisse et de Pollock sont présentes<br />
afin de témoigner de leur influence sur l’artiste<br />
français d’origine hongroise. Enfin, les relations<br />
d’amitié nouées au début des années 1960 avec<br />
les jeunes artistes Michel Parmentier et Daniel<br />
Buren sont évoquées dans l’exposition par des<br />
confrontations. Une intervention inédite de<br />
Daniel Buren, conçue comme un hommage<br />
à l’artiste, est également présentée dans le<br />
parcours. (ah)<br />
Simon Hantaï, Tabula, Meun, 1975, acrylique sur toile, 291<br />
x 584,5 cm. Fondation Louis Vuitton, Paris. © Archives<br />
Simon Hantaï / Adagp, Paris / photo : Primae / Louis<br />
Bourjac<br />
Plastic:<br />
Remaking Our World<br />
jusq. 04-09<br />
Vitra Design Museum<br />
Weil-am-Rhein<br />
www.design-museum.de<br />
Studio Formafantasma, Botanica, commande<br />
de la Plart Foundation, 2011. © photo : Luisa<br />
Zanzani<br />
Le propos de cette exposition ne laissera personne indifférent. Elle retrace l’histoire du plastique<br />
et pose les questions de la dévastation qu’il opère sur l’environnement, tout en abordant<br />
les solutions pour le gérer à l’avenir. Considéré comme une matière géniale au fil du XXe<br />
siècle, il a envahi tous les secteurs du design, de l’outil ménager à l’automobile en passant<br />
par la construction, et autorisait une consommation effrénée et rapide parce qu’à bas prix. Le<br />
plastique alimenta aussi une société inédite du ‘‘jeter vite’’, une société du déchet. Ses icônes,<br />
de Tupperware à Barbie, restent des artefacts incontournables du XXe siècle. Il n’est donc pas<br />
banal et mérite toute notre attention. On pourra apprécier les parties de l’exposition apportant<br />
les solutions concrètes de designers, architectes, artistes et autres acteurs de notre environnement.<br />
Osons croire que le secteur économique et politique s’en inspirera. (ah)<br />
16
MUSÉES<br />
Louise<br />
Bourgeois :<br />
paintings<br />
du 12-04 au 07-08<br />
The Metropolitan<br />
Museum of Art<br />
New York<br />
www.metmuseum.org<br />
Anish Kapoor<br />
du 20-04 au 09-10<br />
Gallerie dell’Accademia<br />
Venise<br />
www.gallerieaccademia.it<br />
La célébrité de Louise<br />
Bourgeois est surtout<br />
basée sur quelques œuvres<br />
iconiques, comme<br />
Mother, sa fameuse<br />
araignée, ou encore<br />
sa série impertinente<br />
de Fillettes. On oublie<br />
souvent que sa pratique<br />
est bien plus étendue.<br />
Le premier contact de<br />
l’artiste française se fait<br />
d’ailleurs par le dessin,<br />
lorsque, jeune adolescente,<br />
elle dessine les<br />
morceaux manquants<br />
des tapisseries que ses<br />
parents restaurent. A<br />
Paris, elle suit des cours<br />
dans des ateliers privés<br />
de peintres comme<br />
André Lhote ou Fernand<br />
Léger. Même si l’artiste<br />
affirmera plus tard que<br />
ce dernier lui a ouvert<br />
l’esprit vers la sculpture, elle continuera à pratiquer la<br />
peinture lorsqu’elle habitera New York de 1937 jusqu’à<br />
sa mort en 2010. C’est précisément à cette première<br />
partie de la carrière de l’artiste que cette exposition<br />
est consacrée. A New York, Louise, jeune femme fraîchement<br />
mariée, rencontre les surréalistes européens<br />
ayant fui la guerre. (ah)<br />
Louise Bourgeois, Femme-maison, 1946-1947, huile et encre<br />
sur toile de lin, 91,5 x 35,5 cm. Collection particulière. © photo :<br />
Rafael Lobato<br />
Prévue l’an dernier mais reportée pour cause de pandémie, cette exposition<br />
consacrée à Anish Kapoor (1945) coïncide judicieusement avec La Biennale de<br />
Venise. Les moments clés de la carrière de l’artiste d’origine indienne, qui vit<br />
depuis toujours en Angleterre, sont inclus dans le parcours. Cependant, lle<br />
commissaire Tacco Dibbits, directeur général du Rijksmuseum Amsterdam, a<br />
réuni des œuvres récentes, jamais montrées, fruits de l’utilisation du Vantablack.<br />
Ce procédé novateur, composé de nanoparticules tubulaires de carbone,<br />
compose un noir extrêmement intense. En 2016, Kapoor avait suscité la<br />
controverse en s’arrogeant l’exclusivité des droits d’exploitation artistique de<br />
ce produit. Lorsque l’on connaît le travail de l’artiste, toujours à la recherche de<br />
l’immatérialité, on peut comprendre qu’il se soit emparé de ce medium dont<br />
il dit qu’il est « si profondément noir que vos yeux ne peuvent presque pas le<br />
voir, le plus noir de l’univers, après les trous noirs ». (ah)<br />
Anish Kapoor, Descent Into Limbo, 1992, technique mixte et pigment. © de l’artiste / All rights<br />
reserved DACS, 2021 / photo : Paola Martinez<br />
Les Etrusques, une civilisation<br />
méditerranéenne<br />
du 15-04 au 23-10<br />
Musée de la Romanité<br />
Nîmes<br />
www.museedelaromanite.fr<br />
L’impérialisme des Romains, leurs conquêtes géographiques et leur longévité ont éclipsé<br />
la civilisation étrusque. Pourtant, les Romains doivent beaucoup à ce peuple qui occupait<br />
le centre de la péninsule italienne et qu’ils intégreront après avoir trouvé chez lui leurs<br />
premiers rois. Ainsi, la divination, la maîtrise des chevaux et l’amour pour les courses hippiques,<br />
la gestion de l’eau sont des inventions étrusques perfectionnées par les Romains.<br />
Les Etrusques, entre Grèce et Orient, développèrent un art raffiné dont les vestiges,<br />
essentiellement funéraires, se révèlent en peintures murales, sculptures et remarquables<br />
pièces d’orfèvrerie. Cette exposition les met à l’honneur en réunissant des œuvres venues<br />
du Museo etrusco Guarnacci de Volterra et du Musée archéologique de Florence. (ah)<br />
Paire de boucles d’oreilles en ‘‘barillet’’,<br />
Volterra, fin du VIe s. av. J.-C., or, 2 x 1,5<br />
cm chacune. Florence, Musée national<br />
d’archéologie. © Su concessione del Museo<br />
Archeologico Nazionale di Firenze (Direzione<br />
regionale Musei della Toscana)<br />
17
GALERIES<br />
Danielle Kwaaitaal<br />
jusq. 30-04<br />
Michèle Schoonjans Gallery<br />
/ Rivoli<br />
Bruxelles<br />
www.msgallery.be<br />
Rétrospective<br />
Marthe Wéry<br />
jusq. 07-05<br />
La Patinoire Royale –<br />
Galerie Valérie Bach<br />
Bruxelles<br />
www.prvbgallery.com<br />
Le printemps débute au<br />
Rivoli avec les photographies<br />
de l’artiste<br />
néerlandaise Danielle<br />
Kwaaitaal (1964).<br />
L’accrochage présente<br />
trois séries, Florilegium,<br />
Ultraviolet et Zephyr,<br />
qui invitent le spectateur<br />
à se plonger dans<br />
le silence, à sentir la<br />
délicatesse des fleurs<br />
et à expérimenter le<br />
spectre de couleurs des<br />
vases. De 2017 à 2018,<br />
elle s'est concentrée<br />
exclusivement sur une<br />
série de natures mortes<br />
sous-marines. Dans ses<br />
nouvelles séries sousmarines<br />
(Ultraviolet en<br />
2020 et Zephyr en 2021),<br />
Danielle Kwaaitaal prend<br />
une nouvelle orientation<br />
artistique : les fleurs ont<br />
laissé place aux vases de verre et aux bocaux de céramique. Elle se concentre<br />
sur le choix des formes et des contours des objets, puis sur le choix des matériaux<br />
transparents ou opaques. Créées avec un véritable regard de peintre,<br />
ces œuvres distillent de subtils effets de clair-obscur, des jeux de transparence<br />
et d’échos formels entre les volumes. Cette série l’éloigne considérablement<br />
du medium photographique, puisqu’on trouve ici tous les ingrédients<br />
de la grande peinture. (gg)<br />
Danielle Kwaaitaal, Florilegium, 2018-2021, photographie, Ed. 1+1 EA, 80 x 55,5 cm. © de<br />
l’artiste / Courtesy Michèle Schoonjans Gallery – Prix : entre 2.200 et 12.500 €<br />
Considérée<br />
unanimement<br />
comme l’une<br />
des grandes artistes<br />
minimalistes<br />
du XXe siècle,<br />
Marthe Wéry<br />
(1930-2005)<br />
est parvenue à<br />
imposer dès les<br />
années 1970 une<br />
stature internationale.<br />
Sous le<br />
commissariat de<br />
Pierre-Olivier<br />
Rollin, spécialiste<br />
de son œuvre, cette exposition présente un large panorama<br />
de sa créativité à travers tous ses ‘‘déplacements’’.<br />
« Je préfère le terme de déplacement, expliquait-elle,<br />
à celui d’évolution. Lorsque je parle de déplacements,<br />
ceux-ci restent chargés de questions et de solutions<br />
rencontrées antérieurement. Je ne passe pas d’un ensemble<br />
de réalisations à un autre ensemble comme s’il<br />
s’agissait de périodes successives et clôturées ». Marthe<br />
Wéry a poursuivi sa carrière en multipliant ses expérimentations<br />
sur les différentes composantes du tableau<br />
(support, forme, cadre, couleur), dans de grandes séries<br />
qui se plaisent à jouer avec les architectures qui les<br />
accueillent. L’exposition se veut donc un cheminement<br />
à travers l’œuvre de l’artiste. Elle accorde de l’attention<br />
aux pièces plus anciennes, rarement montrées, comme<br />
aux travaux plus récents, en exploitant les potentialités<br />
architecturales du lieu. (gg)<br />
Marthe Wéry, de la série Montreal D 16, 1987, acrylique bleu sur<br />
toile, 4 x 81 x 30 cm. © Courtesy La Patinoire Royale - Galerie Valérie<br />
Bach – Prix : entre 2.500 et 70.000 €<br />
Première européenne<br />
pour Cornelius Annor<br />
du 02-04 au 02-05<br />
Maruani Mercier<br />
Knokke<br />
www.maruanimercier.com<br />
Cornelius Annor, Sir John, 2021, acrylique et<br />
transfert textile sur toile, 150 x 119 cm. © de<br />
l’artiste / Courtesy Maruani Mercier – Prix :<br />
de 20.000 à 50.000 €<br />
La Galerie Maruani Mercier accueille régulièrement des artistes noirs. Le peintre ghanéen Cornelius<br />
Annor (1990) s’est installé en février dans The Warehouse, à Zaventem, y travaillant sur de<br />
nouvelles toiles pour son exposition solo de Knokke, une première en Europe. L’avenir commence<br />
à lui sourire : il bénéficiait d’un premier solo à New York l’an dernier et, au cours de l’automne, la<br />
Kunsthalle de Krems en Autriche exposait certaines de ses œuvres dans le cadre de la présentation<br />
Contemporary African Portraiture. Shariat Collections, collections privées des frères Amir et Shahrokh<br />
Shariat, établis à Vienne. L’artiste insiste sur son histoire familiale et de rappeler des épisodes<br />
oubliés du passé pré- et postcolonial. Il use de photos, parfois de peinture, collage et transferts<br />
textiles, notamment de motifs d’étoffes ghanéennes, comme la veste de son oncle Sir John. L’art<br />
africain contemporain peut être résolument énergique et rafraîchissant. (cv)<br />
18
GALERIES<br />
Jacques Bage<br />
du 08-04 au 01-05<br />
Marc Minjauw Gallery<br />
Bruxelles<br />
www.mmgallery.be<br />
L’étonnante pratique<br />
artistique de<br />
Sara Bomans<br />
jusq. 01-05<br />
Galerie Pinsart<br />
Bruges<br />
www.pinsart.be<br />
Champs de couleurs douces ou vives, la peinture du Liégeois<br />
Jacques Bage (1942) invite au voyage. Ses contrastes<br />
chromatiques, tantôt apaisants, tantôt saisissants, ouvrent<br />
chacun de nouvelles perspectives imaginaires. Autant<br />
d’aplats qui conduisent à des dialogues d’une grande<br />
douceur, partagés entre deux surfaces qui se rencontrent.<br />
Dans cet accrochage, l’artiste a évité ses effets de transparence<br />
ou de texture, ne conservant que la couleur. Boris<br />
Almayer : « Les tons chauds, les tons froids ? Pure fiction<br />
socio-culturelle ! Et leur placement sensible dans l’espace<br />
pictural aussi (on le sait aujourd’hui). Mais qu’on le veuille<br />
ou non, cette ambiguïté génère, au fond, la vie même du<br />
tableau dans les renouvellements de notre modeste perception.<br />
(…) Répertoire labyrinthique des couleurs, l’art de<br />
Jacques Bage nous invite à en inventer les nouveaux noms.<br />
Les véritables coloristes, si rares, témoignent d’intentions<br />
souvent poétiques puisque leurs œuvres, excitant chez<br />
nous la mécanique faillible de nos yeux, ensemencent les<br />
territoires méconnus de notre imaginaire. » (gg)<br />
Il est grand temps de<br />
découvrir l’art de Sara<br />
Bomans (1982), peu<br />
connue mais toujours<br />
surprenante, dont sa<br />
série I used to be sexy,<br />
délicatement dessinée<br />
à l’aide de cheveux<br />
humains. Cette exposition<br />
solo présente<br />
de nouvelles séries et<br />
d’autres œuvres, des<br />
dessins récents avec<br />
cheveux, de la sérigraphie.<br />
En 2020, elle<br />
a entamé busy being<br />
born, où des poupées<br />
de tissu rose, parfois<br />
de plusieurs mètres<br />
de long, tiennent à la<br />
fois de Jérôme Bosch<br />
et de la barbe à papa.<br />
Elles sont malléables<br />
et capables d’exprimer<br />
des émotions. Des photos et une vidéo permettent de comprendre leur<br />
fonctionnement et leur interaction. À noter aussi la présence d’une sculpture<br />
textile masculine et flexible, nommée Honoré. Sa posture assise ne<br />
révèle pas d’emblée que ce personnage bleu vif est un interminable pénis<br />
attaché à un scrotum sur pattes. Drôle, tendre, intime, fragile, chaque<br />
œuvre se penche sur la condition humaine. (cv)<br />
Sara Bomans, Busy being born #7 – Honoré, <strong>2022</strong>, coton et rembourrage, 80 x 60 cm.<br />
© de l’artiste – Prix : de 1.000 à 3.000 €<br />
Jacques Bage, MODON, <strong>2022</strong>, acrylique sur toile, 100 x 100 cm.<br />
© de l’artiste / Courtesy MM Gallery – Prix : entre 1.200 et 15.000 €<br />
Une nouvelle exposition solo<br />
pour Eva De Leener<br />
jusq. 30-04<br />
Otty Park<br />
Anvers<br />
www.ottypark.be<br />
Eva De Leener (1978) est à nouveau sur les rails, son art étant désormais défendu par Otty<br />
Park. Cette première exposition solo nous fait découvrir des tableaux récents, des dessins<br />
et une série inédite d’objets picturaux en céramique qui trônent aux côtés d’armoiries et<br />
de triptyques aux couleurs fraîches, jamais montrés à ce jour. Il s’agit d’armoires ou de<br />
cours fermées, avec scène centrale et volets pouvant s’ouvrir et se fermer. D’emblée, Eva<br />
De Leener a développé un langage visuel tout en couleurs, qui évoque souvent des rituels<br />
énigmatiques. Avec des yeux, serpents et crânes, elle use de motifs universels anciens dont<br />
la signification varie selon les cultures et les époques, les mêlant à des aspects autobiographiques<br />
qui reflètent le monde contemporain. Conjurant le chaos et le mal, l’immense<br />
tableau Protector interpelle avec ses couleurs puissantes, intenses. (cv)<br />
Eva De Leener, Protector, 2021, huile sur toile, 180 x<br />
150 cm. © de l’artiste / Courtesy Otty Park / photo :<br />
Steven Decroos – Prix : de 1.450 à 8.000 €<br />
19
GALERIES<br />
En quelques<br />
mots...<br />
jusq. 30-04<br />
La Maison des Arts<br />
Bruxelles<br />
www.lamaisondesarts.be<br />
Michel Bocart<br />
du 21-04 au 13-05<br />
Les Écuries<br />
Waterloo<br />
www.waterloo.be<br />
Douze artistes interrogent<br />
la puissance<br />
des mots. Portée par<br />
la plasticienne Lucile<br />
Bertrand, pour la<br />
première fois curatrice,<br />
cette exposition<br />
propose un dialogue<br />
de pratiques<br />
singulières, ancrées<br />
dans une recherche<br />
autour du texte et<br />
des mots. Le parcours<br />
confronte des<br />
démarches variées,<br />
de la force de frappe<br />
des vidéos de D. Locus à la lumineuse obstruction des<br />
lettres de S. McClure, des balbutiements de Ch. Maes aux<br />
formes épurées de F. Kiniques, des éditions rigoureuses<br />
d’On Kawara aux carnets réactualisés de B. Geraci, des<br />
métamorphoses de G. Vandamme aux interpellants ‘‘caviardages’’<br />
de P. Buraglio. Avec les mots pour matériau,<br />
l’exposition confronte les recherches et les expérimentations<br />
les plus variées : sculptures et installations, photos ou<br />
vidéos, dessins, livres ou performances. S’ils ont chacun<br />
leur pratique spécifique, les mots sont bien leur objet de<br />
prédilection, leur matériau de recherche. Ils les interrogent,<br />
les soupèsent et les manipulent. (gg)<br />
Pierre Buraglio, 4 août, 1989, coll. Fonds national d Art contemporain,<br />
dépôt Centre de la Gravure. © Adagp, Paris<br />
Après avoir sondé les infinies possibilités créatrices du charbon, Michel Bocart<br />
(1955) explore la glace, le blanc et le bleu. L’artiste présente une série intitulée<br />
Ne perdons pas le Nord, directement inspirée de son séjour dans l’est du<br />
Groenland. Outre des peintures à l’huile, il propose également de petites<br />
œuvres sur papier. Soucieux de l’environnement, l’artiste travaille avec de<br />
la cire d’abeille et des pigments naturels sur papier de coton recyclé. Cette<br />
technique particulière l’a amené à devoir multiplier les essais infructueux.<br />
Mais quel plaisir quand il parvient à réaliser ce qu’il avait imaginé ! Michel<br />
Bocart tente de traduire ses émotions pour cette technique lui permettant<br />
d’approcher au plus près ce qu’il a vu, ce qu’il a ressenti. Le résultat traduit<br />
toute la fragilité de la glace qui fond irrémédiablement. L'artiste ne cesse de se<br />
renouveler, multipliant les supports (peintures, installations, sculptures, reliefs<br />
et photographies) sans perdre la moindre rigueur en matière d’unité. L’expo<br />
est complétée d’un habillage sonore permettant une immersion très réaliste<br />
et de panneaux scientifiques. (gg)<br />
Michel Bocart, 06-06-2021, 2021, huile-toile, 100 x 150 cm. © de l’artiste – Prix : entre 700<br />
et 18.000 €<br />
Sigalit Landau<br />
jusq. 16-04<br />
DVIR Brussels<br />
Bruxelles<br />
www.dvirgallery.com<br />
Depuis 2004, Sigalit Landau développe une série intitulée Salt Years. Dans le paysage désertique<br />
de la mer Morte, elle plonge divers objets inanimés dans des eaux que la salinité cristallise.<br />
Elle explore ce processus avec un ensemble d’objets tels que des chaussures, des manteaux,<br />
des robes mais aussi des nœuds coulants, des béquilles et des instruments de musique. Il<br />
font allusion à l’absence des personnes auxquelles ils appartiennent tout en devenant vivants.<br />
Transformés par le sel qui change leur couleur en un blanc chatoyant et épaissit leur surface,<br />
les objets perdent tout rapport à leur fonction première et deviennent les symboles de cette<br />
perte. Sur la toile de fond de la mer Morte, où Israël, la Palestine et la Jordanie partagent leurs<br />
frontières, ces objets agissent comme une ''archéologie du présent'', transformée en message<br />
d’espoir, d’amour et de coexistence entre ces trois pays. (gg)<br />
Sigalit Landau, Bride without flowers, 2018, voile enduit de cristaux de sel, 68 x 40 x 35 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />
DVIR Brussels / photo : Tal From – Prix : entre 2.000 et 40.000 €<br />
20
GALERIES<br />
Jacques Lacomblez<br />
jusq. 23-04<br />
Galerie Quadri<br />
Bruxelles<br />
www.galeriequadri.com<br />
Kiki Smith<br />
jusq. 01-05<br />
Fondation Thalie<br />
Bruxelles<br />
www.fondationthalie.com<br />
Alors qu’il vient de fêter<br />
ses 88 ans, le peintre,<br />
poète et éditeur<br />
Jacques Lacomblez<br />
présente ici des œuvres<br />
récentes. Autodidacte,<br />
il peint son premier<br />
tableau à 17 ans. En<br />
1956, il rencontre<br />
Magritte et adhère au<br />
mouvement surréaliste<br />
Phases. En 1961, il<br />
participe à l’Exposition<br />
internationale surréaliste<br />
Le Domaine des<br />
enchanteurs à New<br />
York. Parallèlement à sa<br />
pratique picturale, Jacques<br />
Lacomblez écrit<br />
en 1952 ses premiers<br />
poèmes influencés<br />
par Jacques Prévert, Henri Michaux et Benjamin Péret. En 1974, il fonde<br />
sa maison d’édition L’Empreinte et la Nuit, où il publie ses amis Tarnaud,<br />
Thiercelin et Chavée. Il illustre Guy Cabanel, Roger Brielle, Philippe Jones,<br />
Franklin Rosemont, Claude Tarnaud et Jean Thiercelin. Son dernier recueil,<br />
Blanc sommeil (éd. Quadri, 2021) a été illustré par Georges-Henri Morin.<br />
Laurens Vancreve : « À côté d›autres magiciens de la parole [...], Lacomblez<br />
a également ouvert de nouvelles voies à la poésie en canalisant les sources<br />
sublimes de la parole intemporelle et miraculeuse vers des domaines vierges<br />
de l’imagination. » (gg)<br />
Jacques Lacomblez, Les Mirages d’Ulysse, 2021, huile sur toile, 55 x 46 cm. © de l’artiste /<br />
Courtesy Galerie Quadri – Prix : entre 850 et 3.000 €<br />
Défendant la<br />
place des femmes<br />
sur la scène artistique<br />
contemporaine,<br />
la Fondation Thalie<br />
présente actuellement<br />
l’Américaine<br />
Kiki Smith (1954)<br />
avec une trentaine<br />
d’œuvres, sculptures,<br />
tapisseries et céramiques<br />
des années<br />
2000 qui sont, pour<br />
la plupart, présentées<br />
pour la première<br />
fois à Bruxelles. On y<br />
retrouve l'intérêt de<br />
l’artiste à représenter<br />
la matérialité des corps, mais aussi la cosmogonie au<br />
travers des cultures. Son œuvre incarne un panthéon du<br />
féminin dans des forêts habitées par un bestiaire cosmique.<br />
« Soyons attentifs à la nature », c’est ce que Kiki<br />
Smith exprime dans ses œuvres depuis une vingtaine<br />
d’années, en utilisant une diversité de médiums comme<br />
la gravure, la sculpture, la porcelaine, la tapisserie. Autant<br />
d’occasions d’explorer notre vulnérabilité, nos solitudes<br />
et nos doutes face aux crises que nous traversons. Son<br />
œuvre constitue un hommage au vivant qu'elle questionne<br />
de la naissance à la mort. (gg)<br />
Kiki Smith, Sky, 2012, tapisserie coton-jacquard. © de l’artiste /<br />
Courtesy Pace Gallery / Magnolia Editions / photo : Donald Farnsworth<br />
Catherine François<br />
jusq. 14-05<br />
Galerie La Forest Divonne<br />
Bruxelles<br />
www.galerielaforestdivonne.com<br />
Catherine François présente ses dernières œuvres, une quarantaine de têtes imaginées à<br />
partir de fragments ramassés sur les plages de la mer du Nord en plastique, bois ou métal.<br />
Ces rebuts, associés à la magie du bronze, deviennent un œil, une bouche, un nez et y impriment<br />
des expressions insolites. Toutes ses œuvres sont liées à la même obsession : respecter<br />
la nature. Ces inquiétudes constituaient, dès le début de sa production, le noyau central de<br />
ses préoccupations. Que laisserons-nous à nos enfants ? Son travail s’inscrit dans cet état<br />
d’urgence. Un appel à l’aide qu’elle traduit directement dans une dernière série de portraits.<br />
Avec ces détritus non-organiques récoltés sur la plage, l’artiste les transcende, en les intégrant<br />
à des faces hybrides qui crient leur effroi. Une série qui résonne comme un appel à une prise<br />
de conscience, un travail engagé dans lequel elle glisse une pointe d’humour, un soupçon de<br />
poésie. (gg)<br />
Catherine François, Confined, 2020, bronze et déchets rejetés par la mer et l’océan, 40 x 35 x 64 cm. © de<br />
l’artiste / Courtesy Galerie La Forest Divonne – Prix : entre 3.000 et 45.000 €<br />
21
Le grand retour<br />
d’Art Brussels<br />
“La visite d'une foire<br />
est différente d'un<br />
simple tour dans les<br />
galeries, et bien plus<br />
stimulante."<br />
ANNE VIERSTRAETE<br />
Les visiteurs d’Art Antwerp l’auront<br />
sans doute remarqué, l’équipe<br />
organisatrice d’Easy Fairs a tenu<br />
bon. En dépit de la crise sanitaire<br />
toujours latente, elle élaborait<br />
une version plus petite, tout aussi<br />
passionnante, de l’événement<br />
bruxellois. Cette fois, c’est bel et<br />
bien le grand retour de la grande<br />
sœur, Art Brussels, lors week-end<br />
suivant l’ouverture de la Biennale<br />
de Venise (lire par ailleurs).<br />
TEXTE : ELS BRACKE<br />
édition est une<br />
version actualisée de<br />
celle de 2020, annulée en<br />
«Cette<br />
raison de la pandémie<br />
comme en 2021, avec les mêmes partenaires,<br />
à peu près les mêmes participants et la<br />
même passion », souligne avec enthousiasme<br />
la directrice de la foire, Anne Vierstraete.<br />
« Les artistes ont énormément produit<br />
ces deux dernières années, car les conditions<br />
étaient optimales. Cette tendance<br />
s’exprime aussi dans les galeries dont nous<br />
percevons la volonté d’ouvrir au public. Il y<br />
aura donc davantage d’expositions en solo,<br />
mais nous constatons aussi une demande<br />
grandissante pour des espaces supplémentaires.<br />
Les galeries souhaitant rendre<br />
hommage à leurs artistes tout en accueillant<br />
généreusement les visiteurs ». Chaque<br />
participant, rigoureusement sélectionné<br />
par un jury, recevra une étiquette (PRIME,<br />
DISCOVERY, REDISCOVERY, SOLO,<br />
INVITED) afin de faciliter la lisibilité des<br />
visiteurs. Anne Vierstraete : « Nous souhaitons<br />
guider le public vers des sections qu’il<br />
aurait peut-être moins tendance à visiter,<br />
afin de saisir le dialogue global que nous<br />
proposons. Visiter un salon, ce n’est pas<br />
pareil que faire un saut dans des galeries,<br />
le défi est bien plus grand. » La foire propose<br />
ainsi tous les jours des visites guidées<br />
gratuites : « Il faut apprendre d’une manière<br />
ou d’une autre ce qu’il y a à voir. Nous<br />
avons, ces derniers temps, vu émerger un<br />
grand nombre d’œuvres de qualité réalisées<br />
dans de nouvelles techniques et sur<br />
de nouvelles thématiques qui font l’objet,<br />
entre autres, de passionnantes expositions<br />
monographiques. Une visite guidée mobilise<br />
l’esprit et nourrit le regard. »<br />
DIVERSITÉ ET ACTUALITÉ<br />
La foire accueillera donc des visages familiers<br />
et des connaissances anciennes. Mais<br />
Art Brussels suit aussi la tendance de près.<br />
Celle du nouveau marché des NFTs, par<br />
exemple, pour lequel un point de rencontre<br />
ser paorposé et une séance de discussion<br />
organisée en collaboration avec des<br />
partenaires extérieurs, iMAL et Parallel.<br />
art. Sans jugement de valeur, mais avec un<br />
regard interrogateur afin de tenter de saisir<br />
l’insaisissable propre à cette forme d’art<br />
neuve et dont on ne cesse d’entendre parler.<br />
Ces NFTs installent potentiellement<br />
un lien avec les jeunes amateurs d’art.<br />
Anne Vierstraete : « La jeune génération<br />
connaît davantage les crypto-monnaies et<br />
les portefeuilles NFT que les formes d’art<br />
traditionnelles. Tout le monde gagnerait à<br />
les familiariser par ce biais avec le marché<br />
de l’art. » Alors que l’ouverture d’Art Brussels<br />
a lieu après celle de la Biennale de<br />
Venise, une exposition organisée par Sam<br />
Steverlynck portera cet événement au niveau<br />
du salon, en proposant de découvrir<br />
à Bruxelles des œuvres d’artistes sélectionnés<br />
à Venise. Soit, tout ce qui fait le sel<br />
d’Art Brussels où les visiteurs se rendront<br />
une dernière fois en direction de Tour &<br />
Taxis, avant un grand retour au Heysel en<br />
2023. « Les visiteurs étrangers comptent<br />
beaucoup, pour nos partenaires culturels<br />
à Bruxelles aussi, précise Anne Vierstraete.<br />
Nous percevons déjà un vif intérêt. » Afin<br />
de vous en proposer un avant-goût, la rédaction<br />
vous fait part ci-après de ses coups<br />
de cœur…<br />
VISITER<br />
Art Brussels<br />
Tour & Taxis<br />
Bruxelles<br />
www.artbrussels.com<br />
du 28-04 au 01-05<br />
22
Coups de coeur<br />
Alin Bozbiciu<br />
C’est l’artiste du moment ! Le peintre qui<br />
agite déjà les collectionneurs de France<br />
et de Navarre. Le Roumain Alin Bozbiciu<br />
(1989) a été formé à la prestigieuse université<br />
d’art et de design de Cluj-Napoca, où<br />
il vit et travaille toujours. Peintre virtuose,<br />
il se confronte à tous les formats, pratique<br />
l’aquarelle, excelle dans les plus grands tableaux<br />
et manie l’huile de façon étonnante,<br />
avec une touche d’une folle liberté. De<br />
larges coups de brosse rendent aussi habilement<br />
compte de sujets statiques que du<br />
mouvement effréné. Ses tons froids, verts<br />
et bleus accompagnés de mauve, renforcent<br />
cette impression de vivacité. Une<br />
dynamique qui évoque tant la peinture<br />
baroque que la tradition du XIXe siècle,<br />
complètement revisitée en une magistrale<br />
leçon picturale.<br />
Alin Bozbiciu, Satyricon II, 2021, huile sur toile, 200 x 196 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Suzanne<br />
Tarasieve<br />
Galerie Suzanne Tarasieve<br />
Paris<br />
www.suzanne-tarasieve.com<br />
stand A07<br />
Alin Bozbiciu fait revivre<br />
les mouvements du passé<br />
en une magistrale leçon<br />
picturale.<br />
Klaas Rommelaere<br />
Klaas Rommelaere a une façon originale de raconter des histoires, avec<br />
une aiguille et des fils de couleur. Il ouvre en même temps un nouveau<br />
champ d’action à la broderie belge traditionnelle au point de Gobelin.<br />
L’œuvre de l’artiste, né en 1986 à Roulers et vivant à Anvers, parle<br />
d’urbanité, de culture Pop, d’histoire et, discrètement, d’une dimension<br />
sociale, tous genres et générations confondus. Michael Zink : « Nous<br />
suivons de près depuis des années la jeune scène artistique b elge. Il y a<br />
de nombreux artistes intéressants et talentueux, mais Klaas Rommelaere<br />
sort résolument du lot ! »<br />
Galerie Zink<br />
Waldkirchen<br />
www.zink-waldkirchen.de<br />
stand B87<br />
Klaas Rommelaere, Portrait Klaas, 2020, broderie de coton sur coton et<br />
lin, 131 x 131 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Zink<br />
23
Maarten Vanden Eynde<br />
Dans l'œuvre de<br />
Maarten Vanden Eynde,<br />
l'actualité est abordée<br />
de manière astucieuse.<br />
La Galerie Meessen De Clercq présente un accrochage monographique d’œuvres de<br />
Maarten Vanden Eynde (1977). Le point de départ de l’artiste est une étude des matériaux<br />
qui nous entourent. D’où viennent-ils, comment sont-ils extraits, transportés et transformés<br />
? Que deviennent-ils quand nous n’en avons plus besoin ? Il s’intéresse en particulier<br />
aux matériaux du négoce transatlantique, mais aussi à l’impact de ce dernier qui ne cesse<br />
de se faire sentir et aux structures de pouvoir correspondantes. Avec The Great Decline,<br />
l’artiste associe divers domaines, comme la technologie et la biologie. Il place des graines<br />
du Congo sur des écrans d’ordinateur et en même temps surgit une représentation de la<br />
banque mondiale de graines du Spitzberg, entrepôt de graines de plantes du monde entier.<br />
Un sujet brûlant d’actualité, subtilement abordé.<br />
Maarten Vanden Eynde, The Great Decline II, 2019,<br />
câbles imprimés (PCB), graines, 212,5 x 123,5 x 9 cm.<br />
© de l’artiste<br />
Meessen De Clercq<br />
Bruxelles<br />
www.meessendeclercq.be<br />
stand A18<br />
Marin Majic<br />
Marin Majic est né à Francfort (Allemagne),<br />
a étudié à l’Académie des Beaux-Arts<br />
de Zagreb (Croatie) et vit aujourd’hui à<br />
New York. Il n’est donc pas surprenant<br />
qu’il ait trouvé abri à la Galerie de Nino<br />
Mier, établie à Los Angeles et Bruxelles.<br />
Dès l’ouverture de l’enseigne, en 2015, le<br />
galeriste s’est concentré sur les artistes de<br />
sa région natale, la Rhénanie. Les tableaux<br />
de Marin Majic sont à la fois tropicaux et<br />
sombres. Ses dessins au crayon de couleur<br />
sont peuplés d’une foule de personnages<br />
bigarrés, dont chacun semble avoir échoué<br />
sur une île déserte. Ses sujets comme le<br />
décor environnant reflètent ses sources<br />
d’inspiration éclectiques, des expériences<br />
personnelles aux aventures, à l’histoire de<br />
l’art et à ce qu’il trouve sur Internet.<br />
Marin Majic, TBC (Bruxelles : Homme rouge et Guitare), 2021, crayon de couleur, peinture à l’huile,<br />
poussière de marbre sur toile, 33 x 50,8 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Nino Mier<br />
Galerie Nino Mier<br />
Los Angeles et Bruxelles<br />
www.miergallery.com<br />
stand B19<br />
24
Larisa Sitar<br />
Le béton constitue<br />
un puissant héritage<br />
visuel (à travers le<br />
modernisme, le réalisme<br />
social, le brutalisme)<br />
ainsi qu'une base pour<br />
la vie végétale.<br />
La pratique artistique de la Roumaine Larisa Sitar (1984) se concentre<br />
sur l’intersection de l’architecture et de l’art, avec au centre la<br />
portée sociopolitique de l’ornement. Après sa résidence au WIELS,<br />
en 2019, la Suprainfinit Gallery présente à Art Brussels de nouvelles<br />
sculptures en béton et bas-relief. Elle y poursuit son étude de la<br />
marchandisation culturelle des styles architecturaux et décoratifs<br />
occidentaux traditionnels et leur appropriation comme symbole<br />
statutaire dans le monde non-occidental. Elle recourt à des outils<br />
aussi bien techniques et numériques que traditionnels et analogiques.<br />
Les photos, vidéos, installations, dessins, objets et béton<br />
composent son œuvre. Le béton est en même temps un patrimoine<br />
visuel essentiel (via le modernisme, le réalisme social, le brutalisme),<br />
mais également une base pour la vie végétale.<br />
Resplendent, 2019, bas-relief en béton, diam. 36 cm. © de l'artiste / Courtesy<br />
Suprainfinit Gallery<br />
Suprainfinit Gallery<br />
Bucarest<br />
www.suprainfinit.com<br />
INVITED<br />
Abdelkader Benchamma<br />
La matière dessinée<br />
s’échappe du cadre<br />
en une forme de<br />
croissance organique.<br />
Né en 1975 en France, basé entre Paris<br />
et Montpellier, le plasticien Abdelkader<br />
Benchamma a choisi de travailler un seul<br />
médium, le dessin, dont il use de différentes<br />
façons. Tantôt en se déplaçant sur une<br />
feuille de papier avec les traits méticuleux<br />
d’un graveur, tantôt en s’étalant sur<br />
un mur en des gestes somptueux qui<br />
s’approprient l’espace, une des marques<br />
de son style étant le débordement dans<br />
l’espace. La matière dessinée s’échappe du<br />
cadre en une forme de croissance organique.<br />
Ses thèmes de prédilection sont<br />
d’une part la science, l’astrophysique, et<br />
d’autre part les croyances ou la spiritualité.<br />
S’emparant d’images trouvées sur le Net,<br />
illustrant croyances et autres phénomènes<br />
célestes, il les imbrique en un travail<br />
qui s’inscrit, dit-il, « entre la science et la<br />
magie ». Des œuvres qui créent des scénarios<br />
visuels interrogeant notre rapport à<br />
la réalité tout en sondant les frontières de<br />
l’invisible.<br />
Templon<br />
Paris / Bruxelles<br />
www.templon.com<br />
stand A47<br />
Abdelkader Benchamma, L.A Battle – Phenomenom,<br />
2021, fusain, graphite et encre sur papier, 210<br />
× 150cm. © de l’artiste / Courtesy Templon<br />
25
Ryo Kinoshita<br />
La Galerie Fons Welters propose une exposition d’œuvres de<br />
Ryo Kinoshita (1985). Cet artiste japonais crée avec originalité<br />
et ingéniosité des tableaux sur des matériaux comme la<br />
toile, le jute, le velours et le lin et en étudie la qualité poreuse,<br />
sculpturale. Ses œuvres semblent d’abord se composer de<br />
motifs décoratifs, abstraits, tissés ou brodés, à savoir un<br />
entrelacs d’innombrables traits de peinture à l’huile, qui<br />
laissent apparaître formes, personnages et objets. Kinoshita<br />
identifie les ouvertures dévoilant des structures tissées au<br />
concept asiatique de vide. La qualité sensorielle du matériau<br />
joue donc un rôle capital dans son processus de peinture.<br />
Galerie Fons Welters<br />
Amsterdam<br />
www.fonswelters.nl<br />
stand D04<br />
Ryo Kinoshita, We don’t care if you didn’t notice us, 2020, 63 x 56,5 cm, peinture à<br />
l’huile, perles, PVC sur velours. © de l’artiste / Courtesy Galerie Fons Welters<br />
Ricardo van Eyk<br />
Ricardo van Eyk, NIHIL 2020, installation en la galerie d’Amsterdam. © de l’artiste /<br />
Courtesy Tegenboschvanvreden<br />
Le Néerlandais Ricardo van Eyk (1993) se<br />
considère comme un peintre. Ses œuvres sont<br />
le produit d’une fascination particulière pour<br />
l’environnement urbain comme système en<br />
perpétuelle évolution. Il s’intéresse avant tout<br />
à la périphérie de la ville, aux zones ou lieux<br />
‘‘oubliés’’ ou en cours de développement. Il<br />
prend souvent des images de traces involontaires<br />
ou ‘‘secrètes’’ qu’il découvre en déambulant<br />
dans la ville, à vélo ou à pied. L’artiste<br />
utilise des constructions en divers matériaux<br />
comme l’aluminium, le fer ou le bois.<br />
Les objets trouvés et ustensiles ménagers<br />
ordinaires mettent en exergue sa manière<br />
ludique d’opérer. Martin van Vreden : « La<br />
présentation d’une installation de Ricardo<br />
van Eyk, dans le cadre de DISCOVERY, offre<br />
une dimension supplémentaire à la foire, car<br />
cette œuvre peut s’interpréter tant comme<br />
une réflexion visuelle sur le contexte du salon<br />
d’art que comme un phénomène stratifié. »<br />
Tegenboschvanvreden<br />
Amsterdam<br />
www.tegenboschvanvreden.com<br />
stand D14<br />
26
Tuukka Tammisaari<br />
L’artiste finlandais Tuukka Tammisaari (1984) parle un langage<br />
visuel intuitif dans ses tableaux, oscillant entre abstrait<br />
et figuratif. Il s’inspire de la nature, de l’histoire et de la culture<br />
populaire. Sous ses grossiers coups de pinceau caractéristiques,<br />
il fait apparaître formes, couleurs et histoires entières. La<br />
manière dont alternent ses couleurs fraîches et terreuses crée<br />
une dynamique à la fois ludique et poétique. Les titres servent<br />
de guides entre figures et motifs géométriques qui se superposent<br />
et se chevauchent : Award Cabinet, Table of Contents, Things<br />
I collected in the forest – a twig, a plant, some sort of berries and<br />
stuff, Garden Party et Pikachu & Matisse, pour n’en citer que<br />
quelques-uns.<br />
Kristof De Clercq gallery<br />
Gand<br />
www.kristofdeclercq.com<br />
stand A10<br />
Tuukka Tammisaari, Table of Contents, 2019, peinture à l’huile, fusain,<br />
graphite et crayon de couleur sur toile, 150 x 180 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />
Kristof De Clercq Gallery<br />
Chris Soal<br />
L'artiste souhaite nous faire<br />
réfléchir aux problèmes<br />
structurels de la vie urbaine<br />
et à ses conséquences<br />
écologiques.<br />
Le plasticien sud-africain Chris Soal (1994) vit et travaille à Johannesburg.<br />
Utilisant des objets trouvés non conventionnels, tels que cure-dents et<br />
bouchons de bouteille, en association avec le béton et d’autres matériaux<br />
industriels, l’artiste s’intéresse aux implications structurelles de la<br />
vie urbaine et s’enquiert de préoccupations écologiques. Faisant notamment<br />
des cure-dents le support de sa démarche artistique, il questionne la<br />
valeur accordée à ces objets utilitaires produits en série, conçus pour être<br />
jetés, dans le but d’envisager de manière critique la condition humaine et<br />
de leur offrir une nouvelle existence esthétique. Une approche spatiale qui<br />
révèle une sensibilité à la texture, à la lumière et à la forme, exprimée en<br />
un langage abstrait minimaliste.<br />
Chris Soal, Fate Has Become Me, 2021, capsules de bouteilles de<br />
bière jetées, enfilées sur un câble de clôture électrique, cure-dents<br />
en bambou et en bouleau brûlés et non brûlés, maintenus par un<br />
mastic en polyuréthane sur tissu et planche ripstop, 240 x 102 x 55<br />
cm. © de l’artiste / Courtesy WHATIFTHEWORLD<br />
WHATIFTHEWORLD<br />
Le Cap<br />
www.whatiftheworld.com<br />
stand D20<br />
27
Serge Vandercam<br />
Le Belge Serge Vandercam (1924-2005) fut photographe,<br />
peintre, dessinateur et sculpteur. Devenu membre<br />
de CoBrA en 1948, il se rendit célèbre, à partir de<br />
1952, avec ses œuvres d’art informelles (‘‘art sans<br />
forme’’). Il travailla et exposa régulièrement en Italie<br />
et à Paris et se lia d’amitié avec des artistes comme<br />
Piero Manzoni, Pierre Soulages et Cy Twombly, avec<br />
lequel il exposa en 1959. Il fut en outre étroitement lié<br />
à l’important groupe d’artistes italiens Arte nucleare.<br />
Brecht Callewaert : « Son œuvre est varié et identifiable<br />
à un mouvement désinhibé, libre. Le livre que<br />
nous publions à son sujet, Nucleaire Tijden. 1953-1963<br />
est consacré à son œuvre expressionniste abstrait.<br />
Nous montrons son évolution, du photographe de<br />
CoBrA au peintre figuratif. Sur notre stand, nous<br />
souhaitons le faire découvrir à un public jeune et<br />
international. »<br />
Callewaert Vanlangendonck<br />
Anvers<br />
www.callewaert-vanlangendonck.com<br />
REDISCOVERY<br />
Serge Vandercam, Composition, 1963, huile sur toile, 146 x 114 cm. © Courtesy Callewaert<br />
Van Langendonck<br />
Dankyi Mensah<br />
Dans ses portraits figuratifs colorés, le Ghanéen Dankyi Mensah (1978) souhaite<br />
capturer l’évolution du paysage urbain, social et politique contemporain<br />
de son pays. Sa nouvelle série Kumerica tourne autour de la rencontre<br />
entre deux cultures : ce terme vient de la scène musicale et fait référence à<br />
l’influence exagérée de la culture Pop américaine sur cette ville, deuxième<br />
plus grande du Ghana. L’artiste dépeint ce phénomène culturel en habillant<br />
ses sujets dans un style urbain américain, qui contraste avec les motifs du<br />
tissu traditionnel ghanéen au dos du tableau. Le choc qui s’ensuit est celui<br />
de la mondialisation et de la tradition.<br />
Maruani Mercier<br />
Knokke<br />
Bruxelles et Zaventem<br />
www.maruanimercier.com<br />
stand A24<br />
Dankyi Mensah, Kumerican Blue Bird, acrylique sur toile, 183 x 152,4<br />
cm. © de l’artiste / Courtesy Maruani Mercier<br />
28
Afra Eisma<br />
Afra Eisma (1993) est une artiste néerlandaise qui crée des<br />
installations textiles immersives et intimes, des sculptures et<br />
de la céramique. La tactilité et les textures constituent son<br />
fil conducteur. Tentures murales, maquettes, figurines en<br />
métal avec écorces d’orange en suspension, tapis et grottes<br />
en céramique, autant de rêves imaginaires enfantins hantés<br />
par d’étranges créatures. L’artiste narre des histoires captivantes,<br />
amusantes ou absurdes sur les habitudes et rituels du<br />
quotidien. Son œuvre a déjà été largement exposé et acquis<br />
au Pays-Bas, entre autres par l’AkzoNobel Art Foundation,<br />
le Fries Museum et le Gouvernement central. L’heure d’une<br />
percée internationale a peut-être sonné…<br />
No Man’s Art Gallery<br />
Amsterdam<br />
www.nomansart.com<br />
stand D39<br />
Afra Eisma, Club Sake, 2020, fils, 140 x 123 cm. © de l’artiste /<br />
photo : Gert Jan van Rooij<br />
Philip Aguirre y Otegui<br />
Son travail est<br />
généralement centré<br />
sur la migration et les<br />
réfugiés, l'eau et l'abri<br />
architectural.<br />
Né en 1961 à Schoten et installé à Borgerhout,<br />
le sculpteur et peintre Philip<br />
Aguirre y Otegui est diplômé de l’Académie<br />
d’Anvers. Usant d’une grande diversité de<br />
matériaux, notamment l’argile, le bois, le<br />
bronze ou le fer, il réalise des sculptures<br />
et des installations, toutes œuvres qui<br />
explorent en permanence la capacité de<br />
survie de l’être humain, ainsi que les récits<br />
liés à cette thématique. De fait, son travail<br />
est généralement centré sur la migration<br />
et les réfugiés, l’eau et l’abri architectural.<br />
Souvent exposées dans des espaces publics,<br />
ses sculptures aux formes épurées reflètent<br />
une conscience sociale et politique<br />
dans un style narratif visuel qu’il désigne<br />
comme une « poésie de l’image ».<br />
Valerie Traan Gallery<br />
Anvers<br />
www.valerietraan.be<br />
stand C45<br />
Philip Aguirre y Otegui, La Frontera, 2015, 27 x 14 cm.<br />
© de l’artiste / Courtesy Valerie Traan Gallery<br />
29
L’ARTISTE DU MOIS<br />
Willie Morlon<br />
Dans cette série, <strong>COLLECT</strong> s’intéresse à la place occupée par les jeunes<br />
artistes dans le monde contemporain. Pourquoi ont-ils choisi cette voie,<br />
d’où leur vient leur inspiration et comment se positionnent-ils ? Ce moisci,<br />
c’est au tour de Willie Morlon (1992) de s’exprimer.<br />
TEXTE : ELIEN HAENTJENS<br />
PORTRAIT : GUY KOKKEN<br />
Willie Morlon a une prédilection<br />
pour les matériaux nobles et<br />
les objets élaborés avec soin.<br />
Cet amour lui a été inculqué<br />
par ses parents, dans le magasin d’antiquités<br />
parisien desquels il a grandi : « Au<br />
XXe siècle, le fossé s’est creusé entre arts<br />
plastiques et arts décoratifs. Je souhaite<br />
rétablir le lien entre les deux avec mon<br />
art. C’est pourquoi, dans mon travail, je<br />
rends souvent hommage aux artisans. Je<br />
m’inspire, par exemple, de la marqueterie<br />
traditionnelle et des carreaux de faïence<br />
décorés à la main, mais aussi des vestiges<br />
de bâtiments que je rencontre dans le<br />
paysage urbain. Des artisans y ont souvent<br />
laissé des traces fortuites, à la beauté<br />
inhérente. J’intègre ces témoins muets du<br />
passé dans mon langage formel. Les matériaux<br />
bon marché dont nous bâtissons nos<br />
maisons et la numérisation galopante de<br />
notre monde risquent de laisser peu de<br />
traces de notre civilisation contemporaine.<br />
Par mon art, je souhaite faire réfléchir au<br />
caractère éphémère de notre société. Le<br />
souci forcené d’efficacité nous a fait perdre<br />
de vue la valeur ajoutée des matériaux<br />
nobles et des espaces bien décorés, alors<br />
qu’ils contribuent dans une large mesure à<br />
notre bien-être. Je n’imagine pas de vivre<br />
dans un intérieur IKEA standardisé. Ce<br />
n’est pas l’uniformité qui aide à forger une<br />
identité. La rationalité du modernisme et<br />
du Bauhaus ont cédé le pas à des ornements<br />
plus nombreux, comme ce fut déjà<br />
le cas dans l’Art nouveau et l’Art déco. »<br />
Néanmoins, l’artiste aborde la réalité<br />
avec un certain cynisme en utilisant des<br />
matériaux non nobles, précaires, comme<br />
le placoplatre, le béton armé ou le plâtre.<br />
Dans un avenir proche, il pense en même<br />
temps se familiariser avec la technique<br />
de la fresque : « Comme les peintures rupestres<br />
de Lascaux, ce sont des œuvres qui<br />
résistent très bien à l’épreuve du temps. »<br />
ART ET ORNEMENTS<br />
Non content de vouloir resserrer les<br />
liens entre art et artisanat, Willie Morlon<br />
envisage aussi la possibilité du renouveau<br />
d’une relation entre art et ornements :<br />
« Autrefois, cela ne dérangeait personne<br />
que quelqu’un comme Michel-Ange<br />
peigne aussi bien des fresques que des<br />
objets décoratifs. Les colonnes grecques<br />
30
L’ARTISTE DU MOIS<br />
« Je veux réduire le<br />
fossé entre artisanat,<br />
ornements et art »<br />
étaient à la fois ornementales et structurelles.<br />
Nous faisons aujourd’hui le<br />
distinguo entre les deux parce que nous<br />
utilisons des matériaux moins coûteux,<br />
parfois toxiques, sans nous en rendre<br />
compte, et que nous les camouflons<br />
ensuite. Je joue donc avec les qualités<br />
esthétiques du placoplatre en rendant les<br />
diverses couches colorées visibles. Dans<br />
Fresque Gyproc (2021), je mets la plasticité<br />
du matériau à l’honneur. » Dans d’autres<br />
œuvres, l’artiste associe ce placoplatre à<br />
du plâtre, de la céramique et de l’émail. Il<br />
explique : « Je crée d’abord divers petits<br />
éléments à partir d’esquisses, puis crée ma<br />
composition. Je réunit tous ces éléments<br />
sur une toile en plastique. Une fois l’œuvre<br />
terminée et tous les éléments fermement<br />
ancrés, je retourne la structure. Le résultat<br />
final est à chaque fois comme un cadeau.<br />
En tant qu’artiste, je renonce sciemment<br />
à tout contrôle et laisse faire le hasard.<br />
C’est ma manière de rapprocher artistes et<br />
artisans. »<br />
Grande chaise, 2021, plâtre, placoplatre, polystyrène,<br />
papier, peinture à l’huile et pigments.<br />
© de l’artiste - Prix : 1.200 €<br />
Papier peint, 2021, plâtre et céramique, papier, peinture acrylique, peinture à l’huile. © de l’artiste<br />
LA FORCE DU MATÉRIAU<br />
Willie Morlon a d’abord voulu étudier<br />
le cinéma, avant de découvrir l’atelier<br />
de l’Académie royale des Beaux-Arts<br />
de Bruxelles (ARBA) : « La plasticité et<br />
l’immédiateté qui permettent de concrétiser<br />
une idée m’ont interpellé. J’avais déjà<br />
appris à découvrir la force du matériau.<br />
J’ai toujours voulu que l’idée précède<br />
la mise en chantier de l’œuvre. Il m’est<br />
donc arrivé de ne rien produire du tout,<br />
jusqu’au jour où mes professeurs m’ont<br />
dit que je devais me considérer comme<br />
un ouvrier de l’art et expérimenter chaque<br />
jour de nouveaux matériaux. Dès lors, les<br />
idées fusèrent d’elles-mêmes. L’ambiance<br />
informelle et intime de l’atelier était, en<br />
outre, particulièrement agréable. Durant<br />
mon Erasmus au Central Saint Martins<br />
College of Art and Design de Londres, il y<br />
avait tellement d’étudiants qu’on se croyait<br />
parfois dans une usine. Je m’y suis imposé<br />
une discipline de fer, ce qui a facilité ma<br />
progression. » En ce mois d’avril, Willie<br />
Morlon s’installe avec quelques autres<br />
jeunes artistes bruxellois dans l’ancienne<br />
imprimerie de la Banque Nationale, boulevard<br />
du Berlaimont : « C’est un immeuble<br />
fascinant, avec les presses sur lesquelles<br />
nos billets de banque étaient encore<br />
récemment imprimés, et d’énormes coffres<br />
forts. Soit le cadre idéal pour continuer à<br />
me développer. J’ai terminé mes études en<br />
septembre dernier et me considère encore<br />
comme un débutant dans le monde de<br />
l’art. Pour pouvoir évoluer, je n’ai pas<br />
ouvert de compte Instagram. Je m’inspire<br />
davantage de l’art ancien. J’aime Henri<br />
Matisse pour la liberté de son langage<br />
formel et son affinité avec les arts décoratifs.<br />
J’ai une prédilection pour Giotto,<br />
dont j’admire l’utilisation de la couleur et<br />
le passage du temps. Des styles comme<br />
le maniérisme et le rococo me font aussi vibrer.<br />
» Même s’il vient de faire ses premiers<br />
pas dans le monde de l’art, Willie Morlon a<br />
déjà vendu diverses œuvres, notamment<br />
à d’anciens professeurs et à des amis : « Je<br />
suis content que mes œuvres puissent<br />
mener leur propre vie et trouvent leur<br />
place chez ceux qui les apprécient. Cela<br />
me permet de continuer à avancer. Pour<br />
une exposition collective chez Michel Rein,<br />
Patrick Vanbellinghen m’a demandé de<br />
créer une œuvre. Marqueterie (2021) fut<br />
la plus grande de toute l’exposition et ma<br />
première création in situ. Ses éléments<br />
décoratifs semblent faire partie intégrante<br />
de l’architecture de la galerie. Je souhaite<br />
que mes œuvres interpellent immédiatement<br />
le spectateur, sans devoir lui fournir<br />
d’explications superflues. À cet égard, je<br />
me trouve plutôt vieux jeu. »<br />
VISITER<br />
Intéressé.e par une visite d’atelier en mai ?<br />
Envoyez un e-mail à morlonwillie@gmail.com<br />
31
ZOOM<br />
Judith Joy Ross<br />
L’âme à découvert<br />
Qui ne croit pas en la perception<br />
de la personnalité d’autrui devrait<br />
regarder de près les œuvres de<br />
Judith Joy Ross. Car ce qui se<br />
produit à la vue de ses images<br />
transcende tout ce que l’on peut<br />
ressentir. Subtiles et prenantes,<br />
elles rendent l’anonymat tangible.<br />
TEXTE : ELS BRACKE<br />
Judith Joy Ross (1946) a grandi à Hazleton,<br />
petite ville charbonnière du<br />
nord-est de la Pennsylvanie (États-<br />
Unis). Son père gérait une chaîne de<br />
magasin à bas prix, tandis que sa mère cessa<br />
d’enseigner dans une crèche privée pour<br />
s’occuper de ses trois enfants. Bien ancrée<br />
dans le tissu local, la famille était, comme<br />
le dit l’artiste, « profondément attachée à<br />
l’environnement naturel, ce qui a donné<br />
une dimension salvatrice et poétique à notre<br />
vie ». Celle-ci développe son œuvre au<br />
début des années 1980, en se consacrant<br />
au portrait en une approche documentaire<br />
inspirée des images d’August Sander, de<br />
Walker Evans et de Diane Arbus.<br />
Eurana Park, Weatherly, Pennsylvania, 1985, tirage gélatino-argentique, 24,45 × 19,37 cm. © de l’artiste /<br />
Courtesy Galerie Thomas Zander<br />
APPAREIL VINTAGE<br />
Judith Joy Ross photographie les enfants à<br />
la piscine en plein air locale, les visiteurs<br />
du mémorial des vétérans du Vietnam<br />
à Washington, les membres du Congrès<br />
et leurs assistants, ainsi que les soldats<br />
32
ZOOM<br />
Untitled, Eurana Park, Weatherly, Pennsylvania, 1985, tirage gélatino-argentique, 24,45 × 19,37 cm.<br />
© de l’artiste / Courtesy Galerie Thomas Zander<br />
Persephone, 2015, tirage gélatin-argentique,, 24,45 × 19,37 cm.<br />
© de l’artiste / Courtesy Galerie Thomas Zander<br />
« ‘‘Voir’’, c’est quand<br />
vous parvenez<br />
à découvrir la<br />
signification<br />
profonde et la poésie<br />
dans ce que vous<br />
regardez. »<br />
en attente d’être envoyés sur le champ<br />
de bataille lors de la guerre du Golfe. Elle<br />
utilise, à cet effet, un ancien appareil<br />
8/10, avec soufflet et caisson de bois sur<br />
trépied, derrière lequel elle se glisse sous<br />
une toile, avec lampe flash sur trépied<br />
distinct. L’appareil réalise des clichés en<br />
noir et blanc de petite taille, qui sont en<br />
même temps des images d’ambiance, des<br />
témoignages contemporains : « Il faut<br />
voir quelque chose avant de prendre une<br />
photo. On ‘‘voit’’ à différents niveaux. Or,<br />
la plupart du temps, je ne vois rien. ‘‘Voir’’,<br />
c’est quand vous parvenez à découvrir la<br />
signification profonde et la poésie dans ce<br />
que vous regardez. Il faut placer l’appareil<br />
photo correctement, opération la plus difficile<br />
et la plus facile à la fois. » Le positionnement<br />
de l’appareil et la toile qui sert à<br />
se dissimuler exercent un effet libérateur<br />
sur le photographe et le sujet du portrait.<br />
Cette parité entre photographe et modèle<br />
se traduit également dans l’absence d’idée<br />
ou de sentiment partial lors de la réalisation.<br />
Ne subsiste qu’une attention pure et<br />
intuitive envers la complexité identitaire<br />
de la personne placée devant l’objectif.<br />
REPÉRER LES ÉTRANGERS<br />
Le sujet anonyme est récurrent dans<br />
l’œuvre de Judith Joy Ross. Il s’inscrit le<br />
plus souvent dans le cadre d’une série motivée<br />
par ses propres considérations morales,<br />
bourgeoises ou existentielles. Il s’agit<br />
d’adolescents, d’apprentis, de migrants<br />
ou d’étrangers qu’elle rencontre et auprès<br />
desquels elle s’arrête, car elle voit ‘‘quelque<br />
chose’’. Mais, elle braque aussi son objectif<br />
sur les figurants des conflits dans lesquels<br />
les États-Unis s’engagent : réservistes de<br />
l’armée américaine ou citoyens faisant<br />
campagne pour ou contre ces guerres.<br />
« Toute ma vie, j’ai voulu devenir artiste<br />
sans très bien savoir ce que cela signifiait<br />
jusqu’à ce que je découvre la photographie,<br />
explique-t-elle. L’appareil-photo m’a appris<br />
d’autres façons d’entrer en contact avec le<br />
monde. Les gens, les vies humaines, sont<br />
devenus mon sujet ! C’était des étrangers<br />
et j’ai pu apprendre à les connaître. »<br />
VISITER<br />
Judith Joy Ross – Photographies 1978-2015<br />
Le Bal<br />
Paris<br />
www.le-bal.fr<br />
jusq. 18-09<br />
33
Stratégie et galeries d’art<br />
Structures parfois complexes,<br />
les galeries d’art cumulent des<br />
enjeux et responsabilités qui<br />
dépassent largement le cadre<br />
de transactions commerciales.<br />
D’emblée, une précision<br />
terminologique s’impose :<br />
dans une galerie, ne dites pas<br />
‘‘clients’’, la vente et l’achat<br />
étant considérés comme des<br />
partenariats, il est donc préférable<br />
de parler d’amateurs, de visiteurs<br />
ou de collectionneurs.<br />
TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />
Et si toute stratégie commerciale<br />
commençait par un positionnement<br />
géographique ? Au rang des<br />
choix stratégiques, la question<br />
de la situation est cruciale. D’emblée,<br />
s’entourer d’enseignes réputées produit<br />
un effet stimulant. Chaque ville possède<br />
ses quartiers arty. Tous les galeristes<br />
concernés regardent cette concentration<br />
comme un facteur d’affluence, non de<br />
concurrence. À lui seul, l’emplacement a<br />
une influence substantielle sur l’image et<br />
la stratégie d’une enseigne. Par sa taille<br />
et la nature même du lieu, un bâtiment<br />
classé, la Patinoire royale – Galerie Valérie<br />
Bach occupe une place unique dans le<br />
paysage bruxellois. L’espace installé rue<br />
Veydt est ainsi l’institution culturelle<br />
privée à vocation commerciale la plus<br />
visitée de la capitale. En outre, la galerie<br />
est régulièrement assimilée par ses<br />
visiteurs à un musée ou à un centre d’art<br />
tant ses expositions sont denses et rigoureuses.<br />
Autre exemple, la Belgian Gallery,<br />
fondée en 2017, a rapidement misé sur<br />
l’expansion, s’installant à Namur, puis<br />
à Bruxelles et à Knokke. Stratégie supplémentaire<br />
: le positionnement lié aux<br />
artistes représentés. La Galerie Meesen De<br />
Clercq privilégie les artistes à la démarche<br />
discursive : « Cela a l’air simple, mais n’est<br />
pas si évident dans une société cacophonique.<br />
Que dire et comment le dire ?<br />
En 2015, nous avons par exemple monté<br />
une exposition ambitieuse, intitulée<br />
Anthropocène, réunissant 32 artistes sur<br />
des questions climatiques actuellement<br />
brûlantes», explique Olivier Meessen. En<br />
toute logique, la Belgian Gallery a choisi de<br />
défendre des artistes belges, qu’ils soient<br />
confirmés ou émergents, tout en laissant<br />
également une place à certains artistes de<br />
la fin du XIXe siècle, Rops en tête : « Nos<br />
choix d’artistes sont forcément subjectifs<br />
mais ne sont pas dictés par un désir impérieux<br />
de coller aux tendances du marché.<br />
Si le travail nous semble à la fois original,<br />
dense et esthétique, on essaie de rencon-<br />
Chaim van Luit, Sum of Part. © de l’artiste / Courtesy Meessen De Clercq<br />
« Ignasi Aballi va<br />
représenter l’Espagne<br />
à la Biennale de<br />
Venise. C’est un<br />
moment crucial<br />
dans la carrière d’un<br />
artiste et nous allons<br />
l’accompagner. »<br />
OLIVIER MEESSEN<br />
34
« Nos choix d’artistes<br />
sont forcément<br />
subjectifs mais ne<br />
sont pas dictés par<br />
un désir impérieux de<br />
coller aux tendances<br />
du marché. »<br />
SERGIO PESTIEAU, BERNADETTE<br />
FIERENS ET PIERRE BABUT<br />
DU MARES<br />
L’espace bruxellois de la Belgian Gallery. © Belgian Gallery / D. R.<br />
trer l’artiste pour échanger nos points de<br />
vue et envisager une collaboration qui<br />
peut être de plusieurs types », précisent<br />
Pierre Babut du Mares et Serge Pestieau.<br />
Directeur de La Patinoire royale – Galerie<br />
Valérie Bach, Constantin Chariot a investi<br />
de nouveaux champs exploratoires, l’art<br />
belge des Trente Glorieuses, les femmes<br />
artistes ou l’art monumental : « Chaque<br />
exposition est le fruit d’une étude détaillée<br />
de l’artiste ou de la thématique, laquelle<br />
débouche systématiquement sur une<br />
publication scientifique offrant au sujet de<br />
nouvelles perspectives. » Le plus souvent,<br />
les enseignes ménagent un bel équilibre<br />
entre valeurs sûres et artistes émergents,<br />
complétés quelquefois de la représentation<br />
d’estates, ce qui permet de mutualiser<br />
les risques. Un autre avantage consiste<br />
en une fourchette de prix très large, entre<br />
2.000 et 300.000 euros.<br />
COMMUNIQUER, C’EST EXISTER<br />
En théorie, soigner l’accueil de tous les<br />
visiteurs devrait être la base de toute<br />
démarche commerciale. En pratique,<br />
certaines galeries sont confiées à des<br />
assistant(e)s mutiques, les yeux rivés sur<br />
leurs écrans. Une attitude dramatique,<br />
car l’art, c’est d’abord l’échange d’interprétations,<br />
le partage d’émotions. Tous les<br />
galeristes interrogés insistent d’ailleurs sur<br />
l’importance de réserver à chaque visiteur<br />
un accueil chaleureux et professionnel, à<br />
l’image de celui tout aussi enthousiaste<br />
réservé à notre demande d’intervenir dans<br />
ces pages. Occupant une place essentielle<br />
et exponentielle, les réseaux sociaux<br />
font intégralement partie de la stratégie<br />
marketing d’une galerie. Aujourd’hui, une<br />
galerie se doit de communiquer sur Instagram,<br />
LinkedIn ou Facebook. Sofie Van de<br />
Velde en mesure toute l’importance : « Il<br />
est absolument nécessaire d’investir dans<br />
ces réseaux qui touchent de nouvelles<br />
générations de collectionneurs. Et parce<br />
qu’ils véhiculent très largement l’image de<br />
la galerie, nous faisons toujours un effort<br />
pour obtenir des photographies de qualité.<br />
» Aussi, les galeristes reconnaissent<br />
l’importance des plateformes de ventes, à<br />
l’instar d’Artsy, permettant de réaliser des<br />
transactions en ligne. Autre levier pour<br />
garder le contact avec des collectionneurs<br />
ou potentiels acheteurs : la newsletter. Les<br />
occasions de communiquer une actualité<br />
ne manquent pas, telles les expositions,<br />
foires, nouvelles représentations…<br />
PETITS ET GRANDS PRIVILÈGES<br />
Pour leurs clients ou contacts privilégiés, les<br />
galeries organisent cocktails ou dîners privés,<br />
événements sur mesure, rencontres et<br />
autres visites d’ateliers. Ces faveurs peuvent<br />
également prendre la forme d’invitations<br />
aux vernissages de foires, en <strong>Belgique</strong><br />
ou à l’étranger. Autant d’occasions de se<br />
rencontrer et de dialoguer dont l’objectif<br />
est de renforcer la relation et la confiance<br />
entre le galeriste et ses collectionneurs. A<br />
ce niveau, un galeriste n’est plus un simple<br />
marchand, mais un partenaire, voire le<br />
35
Galerie Barlonian, Bruxelles. © Baronian / D. R.<br />
conseiller privilégié d’un amateur d’art dans<br />
la constitution de sa collection. Il propose<br />
un accompagnement personnalisé, offrant<br />
des conseils, suggérant des œuvres qui<br />
répondraient aux exigences de la collection.<br />
Autre privilège que les galeristes réservent<br />
à quelques contacts favorisés, les previews.<br />
Il s’agit de présentations exclusives, le plus<br />
souvent organisées la veille du vernissage<br />
public. Si les œuvres les plus appréciées<br />
« Les collectionneurs<br />
sont volatiles.<br />
Il faut leur laisser<br />
la liberté d’évoluer,<br />
d’aller voir ailleurs<br />
et d’apprécier le<br />
programme d’autres<br />
galeries. »<br />
ALBERT BARONIAN<br />
d’un accrochage sont vendues avant le<br />
début de l’exposition - pour quelques stars,<br />
les pastilles rouges pullulent (même si elles<br />
sont souvent invisibles, c’est plus chic et<br />
surtout bien plus discret...) -, c’est tout simplement<br />
parce que les collectionneurs les<br />
plus respectés sont déjà passés.Ceux qui ne<br />
sont pas déplacés ont reçu directement par<br />
e-mail la photographie et le pedigree des<br />
œuvres présentées.<br />
CONFIANCE ET TRANSPARENCE<br />
Ces vingt dernières années, le marché a<br />
énormément évolué. Les frontières se sont<br />
numériquement effacées et les intéressés<br />
peuvent, sans se déplacer, visiter virtuellement<br />
une foire ou une galerie à l’étranger.<br />
La révolution numérique a redistribué<br />
bien des cartes : les amateurs étant plus<br />
informés, ils recherchent sur les sites spécialisés,<br />
Artnet ou Artprice, les données<br />
économiques d’un artiste ou de l’œuvre<br />
convoitée, toutes informations de nature<br />
à rendre l’offre plus transparente, même<br />
si on assiste à certaines dérives : « L’amateur<br />
a la possibilité de contacter en direct<br />
l’artiste, créant un by-pass dont la galerie<br />
est exclue. Cela implique pour nous un<br />
important risque financier et une certaine<br />
déception par rapport aux efforts fournis<br />
», observent Pierre Babut du Marès et<br />
Sergio Pestieau. Bien que cette démarche<br />
puisse se comprendre dans le chef des<br />
acheteurs, elle est en revanche inacceptable<br />
dans celui de l’artiste qui, ce faisant,<br />
avoue ne pas avoir compris la fonction de<br />
son galeriste. Or, ce dernier est bien plus<br />
qu’un simple acteur du marché puisqu’il<br />
multiplie sur le long terme les initiatives<br />
en vue de valoriser l’œuvre des artistes<br />
qu’il défend. « Ignasi Aballi va représenter<br />
l’Espagne à la Biennale de Venise. C’est un<br />
moment crucial dans la carrière d’un artiste.<br />
Nous allons l’accompagner et essayer<br />
d’attirer l’attention spécifique de grands<br />
« Chaque exposition<br />
est le fruit d’une étude<br />
détaillée qui débouche<br />
sur une publication<br />
offrant de nouvelles<br />
perspectives. »<br />
CONSTANTIN CHARIOT<br />
L’espace de La Patinoire Royale – Galerie Valérie Bach. © La Patinoire Royale –Galerie Valérie Bach / D. R.<br />
36
« Il est absolument<br />
nécessaire d’investir<br />
dans les réseaux<br />
sociaux qui touchent<br />
de nouvelles<br />
générations de<br />
collectionneurs. »<br />
SOFIE VAN DE VELDE<br />
L’espace de la Galerie Sofie Van de Velde. © Galerie Sofie Van de Velde / D. R.<br />
musées internationaux. Nous allons aussi<br />
contacter certains collectionneurs qui<br />
n’ont pas encore suivi en profondeur son<br />
travail, bien que sa pratique s’inscrive dans<br />
la lignée de leur collection », souligne ainsi<br />
Olivier Meessen.<br />
L’IMPORTANCE DES FOIRES<br />
Temps fort de la vie d’une galerie, la participation<br />
aux foires constitue désormais<br />
une obligation pour quiconque cherche<br />
à booster sa visibilité et asseoir sa notoriété.<br />
Dans certaines foires, notamment<br />
Art Basel, Frieze, la FIAC, ARCO ou Art<br />
Brussels, exposer est un privilège réservé<br />
aux enseignes les plus rénommées ou<br />
réalisant un travail engagé et d’une qualité<br />
reconnue. À chacune de ses éditions, Art<br />
Brussels reçoit quelque 400 candidatures<br />
dont elle retient moins de la moitié. Et<br />
si les places sont chères, au sens propre<br />
comme au figuré, c’est que ce long weekend<br />
draine chaque année des milliers<br />
de visiteurs, simples curieux, amateurs<br />
éclairés ou connaisseurs confirmés et de<br />
grands collectionneurs. Le top des big<br />
spenders internationaux se réserve plutôt<br />
pour Paris, Londres, New York, Hong Kong<br />
ou Bâle, mais quantité d’acheteurs sont<br />
conscients que les enseignes réservent,<br />
pour ces occasions spécifiques, des pièces<br />
exceptionnelles. D’un point de vue pratique,<br />
il est souvent plus facile de program-<br />
mer la visite d’une foire qui concentre<br />
un grand nombre de propositions que<br />
de multiplier les visites en galerie. Pour<br />
certaines enseignes, c’est là que se joue, en<br />
un espace-temps record, l’essentiel de leur<br />
chiffre d’affaire annuel (jusqu’à 70 %), tandis<br />
que d’autres insistent sur l’importance<br />
des contacts établis et leurs répercussions<br />
à moyen terme.<br />
LÉGITIMITÉ RIME AVEC MUSÉE<br />
Véritable ambassadeur de l’artiste qu’il<br />
représente, le galeriste doit faire sortir son<br />
protégé des murs de son enseigne. Cela<br />
passe notamment par des collaborations<br />
avec les musées ou les centres d’art. Ces<br />
interactions peuvent s’incarner à travers<br />
un soutien très concret à l’organisation<br />
d’expositions personnelles ou collectives<br />
et/ou une acquisition dans une collection<br />
institutionnelle. De telles collaborations<br />
renforcent la position d’un artiste<br />
sur la scène internationale. Enfin, il n’est<br />
plus rare de voir des galeries se réunir<br />
pour représenter un artiste. Ces partenariats<br />
apportent une plus grande surface<br />
financière, mais aussi intellectuelle, et de<br />
meilleures possibilités de promouvoir un<br />
travail. Cette stratégie de ‘‘partage’’ d’un<br />
artiste peut permettre à deux enseignes<br />
de se renforcer mutuellement. Mais, pour<br />
le vétéran Albert Baronian, « les collectionneurs<br />
sont volatiles. » Ce n’est pas<br />
forcément une mauvaise chose : « Il faut<br />
leur laisser la liberté d’évoluer, d’aller<br />
voir ailleurs et d’apprécier le programme<br />
d’autres galeries, lesquelles ne sont pas<br />
nécessairement considérées comme des<br />
concurrents. »<br />
SURFER<br />
www.prvbgallery.com<br />
www.baronian.eu<br />
www.meessendeclercq.be<br />
www.sofievandevelde.be<br />
www.belgiangallery.com<br />
37
Els Dietvorst<br />
Rituels intuitifs et collaboratifs<br />
Interrogeant sans cesse le rôle<br />
de l’artiste dans la société, Els<br />
Dietvorst se situe volontairement<br />
hors des circuits traditionnels.<br />
Sa pratique s’inscrit dans un<br />
processus créatif qui dépasse<br />
largement le cadre d’un atelier et<br />
d’une galerie. Découverte d’une<br />
démarche tenant du rituel et de<br />
l’échange mutuel.<br />
TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />
Figure montante de l’art contemporain,<br />
Els Dietvorst (1964) développe<br />
une pratique socialement engagée,<br />
abordant constamment des<br />
questions liées à l’actualité (migration,<br />
racisme, changements climatiques…), et<br />
à la condition humaine à travers une série<br />
de thèmes universels (la vie et la mort, la<br />
peur, l’aliénation et le désir…). Mais la vraie<br />
singularité de sa pratique se trouve dans<br />
sa transversalité et les médiums qu’elle<br />
manipule (dessins, sculptures, vidéos, performances,<br />
installations, éditions), dans la<br />
diversité de ses champs d’action (théâtres,<br />
espaces publics, lieux d’exposition, textes)<br />
et dans son approche de l’art comme expérience<br />
commune. Ce dernier engagement<br />
est central car, depuis la fin des années<br />
1990, sa création se nourrit de multiples<br />
collaborations avec d’autres artistes.<br />
Lauréate du dernier BelgianArtPrize, Els<br />
Dietvorst présente une double exposition<br />
dans deux institutions bruxelloises,<br />
La Centrale et Bozar. Ce projet en miroir<br />
relève des actions et créations que l’artiste<br />
a entamées lors du grand confinement de<br />
2020. Un travail qui mélange les disciplines<br />
(sculptures, installations, vidéos et performances)<br />
tout en revêtant un caractère<br />
largement collaboratif. Els Dietvorst noue<br />
ici des liens avec les membres du BARRA<br />
Movement, collectif cherchant à mettre les<br />
choses en mouvement, à l’image de la tempête<br />
à laquelle il emprunte son nom.<br />
Els Dietvorst a<br />
rassemblé des<br />
morceaux de bois flotté<br />
afin de créer un arbre<br />
offrant un abri contre<br />
les vents violents ou les<br />
averses de pluie.<br />
THIS INSTA GRID<br />
Soucieuse des interactions entre l’homme<br />
et la nature, Els Dietvorst offre régulièrement<br />
une place centrale à l’arbre. Installée<br />
depuis une douzaine d’année sur la côte<br />
irlandaise (Duncormick), l’artiste voue<br />
une certaine fascination à ceux que le vent<br />
oblige à se courber. Ces arbres, comme<br />
agenouillés, sont baptisés Shrugs par la<br />
population locale. Touchée par ce phénomène,<br />
elle a rassemblé différents morceaux<br />
de bois flottés pour créer un nouvel<br />
arbre offrant un abri contre les vents<br />
violents ou les averses. Plusieurs versions<br />
de ce travail végétal ont été développées,<br />
dont un spécimen coulé dans le bronze,<br />
intitulé windswept, pour la dernière édition<br />
de Beaufort. Cette œuvre monumentale<br />
est installée de façon permanente à<br />
Oostduinkerke. Proche de la philosophie<br />
38
Els Dietvorst, This insta grid, photographie. © de l’atiste / photo : Flor Maesen<br />
Ses œuvres constituent<br />
une invitation à<br />
embrasser la diversité,<br />
à s’engager, à<br />
rencontrer les autres<br />
et à créer ensemble.<br />
de Joseph Beuys, l’œuvre d’art telle que la<br />
conçoit Els Dietvorst n’est jamais une fin<br />
en soi mais un moyen de communication,<br />
un trait d’union entre public et environnement.<br />
En filigrane de ces arbres malmenés,<br />
on retrouve autant l’idée de vulnérabilité<br />
que celle de sécurité. À l’occasion de sa<br />
double exposition bruxelloise, un arbre<br />
aux branches assemblées et recouvertes<br />
de cire d’abeille voyagera, en procession,<br />
de Bozar à La Centrale. Cette performance<br />
n’est pas sans rappeler le folklorique<br />
Meyboom et y seront invités de nombreux<br />
artistes ainsi que le public. Leur intervention<br />
devrait faire évoluer l’œuvre, car c’est<br />
bien l’un des axes de sa pratique : tisser des<br />
liens entre personnes, situations et environnements.<br />
La création est ici prétexte à<br />
embrasser la diversité, à s’engager, à se rencontrer,<br />
à co-créer. Révélatrice à plus d’un<br />
titre, la photographie qui illustre cet article<br />
présente une bougie en forme de petit<br />
arbre en cire d’abeille se consumant dans<br />
le creux d’une main, la paume de Honey<br />
Zinzs, membre du BARRA Movement. Cet<br />
artéfact a été conçu par Els Dietvorst dans<br />
le cadre d’un rituel collectif qui insiste<br />
sur le recueillement et l’intensité d’être<br />
ensemble. Une image qui résume efficacement<br />
les tenants et aboutissants de sa<br />
démarche.<br />
VISITER<br />
Els Dietvorst. This is what you came for<br />
Bozar<br />
Bruxelles<br />
www.bozar.be<br />
du 28-04 au 21-07<br />
La Centrale<br />
Bruxelles<br />
www.centrale.brussels<br />
du 28-04 au 18-09<br />
39
Francis Alÿs<br />
La valeur d’une oeuvre généreuse<br />
40
Children’s Game #27b- Rubi Tabacongo, D.R.<br />
Congo, 2021 6’18’’, en collaboration avec Julien<br />
Devaux et Félix Blume, image du film.<br />
© de l’artiste<br />
41
Il a mobilisé la foule pour déplacer<br />
une montagne à Lima, a tiré<br />
jusqu’à ce qu’il fonde un bloc de<br />
glace dans les rues de Mexico City,<br />
a lancé le Sign Painting Project,<br />
tentative de sabotage du marché<br />
de l’art qui s’est soldé par un échec<br />
retentissant. Depuis les années<br />
1990, Francis Alÿs est une légende<br />
vivante, dont l’œuvre figure dans<br />
des expositions et d’innombrables<br />
collections muséales ou privées<br />
de par le monde. Cette année,<br />
il représente la <strong>Belgique</strong> à la<br />
Biennale de Venise.<br />
TEXTE : CHRISTINE VUEGEN<br />
La générosité est la valeur cardinale<br />
d’un art exceptionnel. Malgré<br />
leur apparence simple, les actions<br />
et performances de l’Anversois<br />
Francis Alÿs (1959) n’en sont pas moins<br />
élaborées et d’une grande précision.<br />
Elles sont incisives, stratifiées, généreuses,<br />
socialement engagées, poétiques<br />
et souvent politiques à la fois. L’artiste<br />
présente les vidéos de ses projets dans<br />
le monde, lesquelles sont gratuitement<br />
téléchargeables sur son site internet. Il<br />
s’agit de tableaux, sculptures, objets, films<br />
d’animation, dessins, études sur papiercalque,<br />
esquisses et notes. Grande ou petite,<br />
chaque œuvre est mémorable, il n’est<br />
donc pas surprenant qu’il figure parmi les<br />
artistes les plus influents. Sa contribution<br />
à l’art contemporain a été récompensée<br />
en 2020 par le prestigieux Art Icon Award<br />
(Whitechapel Gallery, Londres), en 2018<br />
par l’Eye Art & Film Prize (EYE Filmmuseum,<br />
Amsterdam), en 2010 par le BACA<br />
(Bonnefantenmuseum, Maastricht) et<br />
en 2004 par le BleuOrange (Martin-Gropius-Bau,<br />
Berlin). En 2002, il figurait déjà<br />
parmi les finalistes du Hugo Boss Prize<br />
(Guggenheim Foundation, New York).<br />
Francis Alÿs compte<br />
parmi les artistes<br />
les plus influents.<br />
THE <strong>COLLECT</strong>OR<br />
Francis Alÿs a grandi dans le Pajottenland<br />
et étudié l’architecture à Tournai et Venise.<br />
Son service civil l’a conduit au Mexique<br />
où il participa, en tant qu’architecte, à la<br />
reconstruction après le tremblement de<br />
terre de 1985. C’est à Mexico City qu’il<br />
est devenu artiste. Dans cette mégapole,<br />
chaotique, il s’est consacré à l’art afin de<br />
comprendre cette société, son inspiration<br />
tirée de ses balades urbaines et de ses<br />
rencontres. Dans la vidéo The Collector<br />
(1990-1992), on le voit tirer derrière lui un<br />
chien en jouet sur roulettes, bricolé par<br />
ses soins avec une boîte de conserve et des<br />
aimants de collecte de déchets métalliques.<br />
Il s’y promène dans le centre-ville<br />
historique où il possède un atelier, croisant<br />
Children’s Game #30 : La roue, Lubumbashi, RD Congo, 2021, en collaboration avec Félix Blume, Julien Devaux et Rafael Ortega, images fixes. © de l’artiste<br />
42
des musiciens et prenant des clichés de<br />
chiens. Les chiens errants sont chez lui<br />
un thème récurrent, presque un alter ego.<br />
Les balades étaient, à l’origine, une façon<br />
d’introduire des fables, métaphores ou<br />
allégories dont l’artiste s’ est expliqué dans<br />
un texte. Après qu’il ne soit apparu dans<br />
les rues, ceux qui l’avaient rencontré continuaient<br />
de gloser sur ce gringo ridicule<br />
avec son chien en boîte de conserve. Il s’est<br />
alors mis à développer l’idée d’intégrer<br />
récits et fables dans l’histoire d’un lieu :<br />
« Au fil des ans, je me suis penché sur cette<br />
méthode potentielle d’interaction, surtout<br />
à Mexico City, mais aussi ailleurs. » The<br />
Collector, ce chien roulant, est lui-même<br />
devenu un objet de collection. En 2003,<br />
Parkett, éditeur du magazine d’art américain<br />
éponyme publiait le numéro Ghetto<br />
Collector, soit 99 exemplaires de chiens<br />
multicolores sur roulettes, avec laisse. Un<br />
exemplaire réapparaît de temps à autre<br />
dans les maisons de vente. Chez Lempertz<br />
à Bruxelles, un Ghetto Collector changeait<br />
ainsi de mains en 2019 pour 1.612 euros,<br />
légèrement au-delà de l’estimation. Cette<br />
performance nomade donnait également<br />
lieu, en 2006, à la grande installation Collectors<br />
incluant 36 chiens-jouets au corps<br />
magnétique. Depuis 2007, elle figure dans<br />
les collections de la Tate.<br />
AUBAINE POUR <strong>COLLECT</strong>IONNEURS<br />
Francis Alÿs a commencé à exposer en<br />
1990 et a depuis enregistré dans le monde<br />
entier un grand nombre d’expositions en<br />
solo, de Los Angeles ou Bogotá à Hong<br />
Kong et Lausanne. Sa première exposition<br />
itinérante s’est tenue en 2002 à Rome,<br />
avant Zurich et Madrid. En 2010, l’expo-<br />
Untitled, Bamiyan, Afghanistan, 2010, huile sur toile, 13 x 18 cm. © de l’artiste<br />
sition rétrospective A Story of Deception,<br />
organisée à la Tate Modern de Londres,<br />
s’arrêtait au WIELS de Bruxelles, puis<br />
au MoMA de New York. À noter aussi,<br />
d’innombrables expositions collectives,<br />
dont la Documenta XIII de Cassel en 2012<br />
et les biennales de Sydney, Istanbul, São<br />
Paulo et Venise. Jack Tilton, à New York,<br />
et Lisson Gallery, à Londres, comptent<br />
parmi les galeries où il a exposé. L’artiste<br />
est représenté par Peter Kilchmann à<br />
Zurich depuis 1999, David Zwirner à New<br />
York, Londres, Paris et Hong Kong depuis<br />
2007 et Jan Mot à Bruxelles depuis 2017.<br />
L’art de Francis Alÿs se diffuse ainsi à<br />
l’échelle internationale. Il est difficile de<br />
dénombrer les collections qui possèdent<br />
Son œuvre est<br />
varié, des tableaux,<br />
sculptures et autres<br />
objets aux films<br />
d’animation, dessins,<br />
études, esquisses<br />
et notes. Et chaque<br />
création est<br />
mémorable.<br />
Artist Notebook, Sharya Camp, Dohuk, Irak, 2016, crayon sur papier, 13 x 42 cm. © de l’artiste<br />
43
The Ambassador,<br />
son ‘‘messager’’<br />
lors de l’ouverture<br />
de la Biennale de<br />
Venise, paradait<br />
comme une plaintive<br />
métaphore ‘‘m’as-tu-vu’’.<br />
Children’s Game #26 : Kisolo, Tabacongo, RD Congo, 2021, photo prise par l’artiste. © de l’artiste<br />
Children’s Game #23 : Step on a Crack, Hong Kong, 2020, 5’, en collboration avec Félix Blume, Julien<br />
Devaux et Rafael Ortega, images fixes. © de l’artiste<br />
l’une ou l’autre de ses œuvres, mais citons<br />
d’importantes collections muséales à<br />
New York, Los Angeles, Rome, Amsterdam,<br />
Paris, Londres, Madrid, Francfort,<br />
Munich, Luxembourg, Téhéran, Bueños<br />
Aires et Jérusalem. C’est sans compter un<br />
grand nombre de collections privées, dont<br />
la Rubell Family Collection de Miami, la<br />
Julia Stoschek Collection de Düsseldorf, la<br />
Collection Goetz de Munich et la Colección<br />
Jumex de Mexico City, l’une des plus<br />
grandes collections privées d’art contemporain<br />
du Mexique. Le 3 mars 2001, Francis<br />
Alÿs entrait dans le musée Jumex avec<br />
une souris dans sa poche et lâchait l’animal<br />
dans ce luxueux sanctuaire. Impos-<br />
sible de dire si la souris s’est bien tenue<br />
ou si elle fit ses dents sur les structures de<br />
l’institution artistique. Mais, une chose est<br />
claire,, la critique sociale n’est pas étrangère<br />
à l’artiste.<br />
RECONNAISSANCE EN BELGIQUE<br />
L’œuvre de Francis Alÿs était pratiquement<br />
invisible en <strong>Belgique</strong> avant 2010,<br />
même si sa pratique artistique y était déjà<br />
très appréciée dans les années 1990, du<br />
moins au sein de cercles très spécifiques.<br />
Il exposa en solo en 1995 dans l’Opus<br />
Operandi de Piet Vanrobaeys à Gand,<br />
participa la même année à une exposition<br />
collective de l’Espace 251 Nord de Laurent<br />
Jacob à Liège et, en 1997, dans Addenda<br />
au musée Dhondt-Dhaenens de Deurle.<br />
Lors de son arrivée en 1999 dans l’atelier<br />
d’Honoré δ’O à Gand, où je me trouvais<br />
moi-même, il donna des directives pour sa<br />
performance vénitienne Duett. Les deux<br />
artistes se promenèrent séparément dans<br />
la ville avec chacun la moitié d’un tuba,<br />
jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Lorsqu’en<br />
2001, il fut officiellement invité à la Biennale<br />
de Venise, Francis Alÿs envoya pour<br />
l’ouverture son messager, un paon. The<br />
Ambassador paradait autour d’une métaphore<br />
plaintive du côté ‘‘m’as-tu-vu’’ de cet<br />
événement artistique. Son succès international<br />
s’est accéléré après When Faith<br />
Moves Mountains (2002). On y voit cinq<br />
cents personnes munies de pelles déplacer<br />
une dune de sable à Lima, la capitale<br />
péruvienne, dans un pays à la situation<br />
désespérée. L’installation vidéo qui en<br />
découlait était acquise un an plus tard<br />
par la Communauté flamande et déposée<br />
au M HKA d’Anvers. En 2006, le MAC’s<br />
de Hornu achetait un certain nombre de<br />
réalisations de l’artiste et, depuis 2018,<br />
ses œuvres se trouvent au S.M.A.K. de<br />
Gand. Occuper le pavillon belge de Venise<br />
constitue une marque de reconnaissance<br />
pour l’artiste qui y présentera The Nature<br />
of the Game, une sélection de films et une<br />
série de tableaux. Au Congo, en <strong>Belgique</strong>,<br />
au Canada, en Irak et à Hong Kong, il a<br />
filmé une dizaine de nouveaux Children’s<br />
Games. Il convient de noter qu’une série<br />
de projets récents en Irak a donné lieu<br />
au long métrage Sandlines, the Story of<br />
History (2018-2020), reconstitution de<br />
44
l’Histoire par des enfants. La série Children’s<br />
Game vit le jour en 1999 avec le film<br />
d’un garçon lançant une bouteille en haut<br />
d’une pente dans une rue de Mexico City.<br />
Après chaque coup, la bouteille roule sur<br />
la pente tandis que le garçon court après<br />
elle. Ce rythme réptitif et son côté absurde<br />
sont récurrents dans ses œuvres. Partout<br />
où il va, l’artiste filme des jeux d’enfants,<br />
sur invitation ou de sa propre initiative,<br />
souvent dans des zones de conflit.<br />
ACCÈS GRATUIT<br />
Parallèlement à ses actions et performances,<br />
Francis Alÿs n’a cessé de peindre<br />
et de dessiner. Ce sont des pensées, des<br />
rêves et des idées, parfois des situations<br />
absurdes montrant des hommes en<br />
costume. Son appartenance au pays de<br />
Magritte et de Broodthaers est indéniable.<br />
En 1993, il demandait à des peintres de<br />
panneaux publicitaires de Mexico City de<br />
recopier un de ses petits tableaux et de<br />
l’agrandir à leur guise. Sign Painting Project<br />
(1993-1997) visait par cette production<br />
à saboter le marché de l’art. Francis Alÿs<br />
vendait ses séries de tableaux à bas prix,<br />
mais s’interrompit lorsqu’il s’aperçut que<br />
les prix grimpaient. En 2005, The Prompter<br />
(1995), série de quatre tableaux, se<br />
vendait à un prix record chez Sotheby’s à<br />
New York, 623.000 dollars (528.000 euros),<br />
soit 261% de plus que l’estimation. L’an<br />
dernier, Christie’s New York adjugeait trois<br />
tableaux du même projet pour la somme<br />
de 275.000 dollars (243.000 euros), soit<br />
57 % au-dessus de l’estimation. Comment<br />
l’artiste s’est-il accommodé de ces<br />
signes du marché de l’art ? Depuis 2002,<br />
il propose gratuitement ses vidéos en<br />
ligne, notamment sur son site internet,<br />
les inscrivant sciemment dans le domaine<br />
public. Comme ses performances sont peu<br />
à peu devenues des collaborations avec<br />
des populations locales, il trouve indécent<br />
de mettre ses films sur le marché. Il<br />
finance donc ses projets avec la vente de<br />
tableaux et autres œuvres, une solution<br />
qui lui permet une grande liberté.<br />
VISITER<br />
Francis Alÿs, The Nature of the Game<br />
Pavillon belge / Giardini de la Biennale<br />
Venise<br />
www.belgianpavilion.be<br />
du 23-04 au 27-11<br />
Children’s Game #10 : Papalote, Balkh, Afghanistan, 2011, 4’1”, en collaboration avec Félix Blume et Elena Pardo, images fixes. © de l’artiste<br />
45
Le monde selon<br />
Larry Gagosian<br />
Que signifient goût, argent et<br />
pouvoir dans la vie et le travail d'un<br />
artiste ? <strong>COLLECT</strong> s'est rendu à New<br />
York pour rendre visite au galeriste de<br />
renommée mondiale Larry Gagosian.<br />
S’il possède un œil pour dénicher<br />
les talents, il semble s'être libéré de<br />
sa quête de sophistication. « J’aime<br />
l’apparence des choses », précise-t-il.<br />
TEXTE : ROBERT ARMSTRONG*<br />
Larry Gagosian devant une oeuvre de Jean-Michel Basquiat. © D. R.<br />
Larry Gagosian, le plus important<br />
marchand d’art du monde, parle<br />
avant tout la langue des affaires, et<br />
ce avec une grande assurance. Dans<br />
la bibliothèque de son manoir new-yorkais<br />
de l’Upper East Side, nous l’avons interrogé<br />
sur ce qui, à l’heure actuelle, l’anime<br />
professionnellement. « Les mêmes choses<br />
que ces 40 dernières années, la réussite »,<br />
répond-il d’emblée. « La concurrence<br />
acharnée. L’émergence de nouvelles idées,<br />
de nouvelles situations pour le bien de mes<br />
artistes. Un travail de tous les instants, très<br />
prégnant. Quiconque souhaite s’engager<br />
dans le négoce de l’art et réussir dans la<br />
branche doit y consacrer beaucoup de<br />
temps et de travail. »<br />
Avec Gagosian, une grande partie de la<br />
conversation tourne autour des mêmes thèmes<br />
: concurrence, succès, travail acharné,<br />
énergie, opportunité, mouvement. Un<br />
immense tableau d’Andy Warhol, représentant<br />
Elvis en cow-boy, le pistolet pointé<br />
sur le spectateur nous toise. Le marchand<br />
s’exprime sur un ton posé ; il a un mauvais<br />
rhume (« C’est pas le top », dit-il après nous<br />
avoir serré la main). Il a 76 ans, porte un polo<br />
46
L'espace de la Galerie Gagosian à l'aéroport du Bourget. © Courtesy Gagosian<br />
sombre à manches longues, un pantalon de<br />
velours côtelé et des mocassins en alligator<br />
bleu. Il se déplace calmement, à pas feutrés,<br />
mais il y a quelque chose de plus profond<br />
en lui. Ce que l’on saisit dès que son regard<br />
vous tombe dessus. L’homme fait preuve<br />
d’une plus grande retenue lorsqu’on l’invite<br />
à parler peinture. Qu’est-ce qui l’attire dans<br />
l’œuvre de Cy Twombly, par exemple ? Cet<br />
artiste américain est l’une des nombreuses<br />
sommités qu’il a représentées, aux côtés<br />
d’Anselm Kiefer, Damien Hirst, Helen Frankenthaler,<br />
Ed Ruscha ou Donald Judd, en<br />
plus de Picasso, Warhol et De Kooning. Il<br />
réfléchit un instant : « [Le conservateur du<br />
MoMA] Kirk Varnedoe a dit un jour que Cy<br />
Twombly défiait Jackson Pollock avec un<br />
crayon. Ce que j’aime dans son art, c’est sa<br />
confiance, sa force, sa fraîcheur. Il n’y avait<br />
pas de Twombly avant Twombly. » Confiance,<br />
force, innovation, ces qualités ont bien<br />
évidemment attiré celui qui a œuvré à la<br />
transformation du monde de l’art depuis les<br />
années Reagan. L’élite mondiale a accumulé<br />
une incroyable fortune au cours des dernières<br />
décennies et Gagosian s’est trouvé là au<br />
bon moment, à miser sur l’art contemporain<br />
et à révolutionner la profession. Avant lui,<br />
ce négoce sentait la naphtaline et ses initiés<br />
se conformaient aux pratiques anciennes<br />
de l’argent, quelle que soit la manière dont<br />
ils avaient débuté dans le métier. Gagosian,<br />
quant à lui, a débuté en vendant des posters<br />
dans les rues de Los Angeles…<br />
"La combinaison entre instinct commercial<br />
et œil pour les images puissantes est ici<br />
exceptionnelle. Larry aime l'argent autant<br />
que l'art."<br />
JENNY SAVILLE<br />
AGRESSIVITÉ<br />
On lui signale en passant que les gens ont<br />
tendance à le qualifier d’‘‘agressif ’’. Boutade<br />
du monde de l’art ou blague de mauvais<br />
goût, il aurait ainsi vendu certains tableaux<br />
avant même que leurs propriétaires n’aient<br />
su qu’ils étaient à vendre. « Ce mot a des<br />
connotations plutôt déplaisantes », préciset-il.<br />
« Si vous n’êtes pas agressif en affaires,<br />
vous n’irez pas très loin. Je ne peux fonctionner<br />
que de cette façon. Être agressif ne<br />
signifie pas agir en monstre. Cela veut dire<br />
être opportuniste, se tourner vers l’avenir.<br />
C’est mon interprétation du mot agressif. »<br />
Et les simulacres de gentillesse qui caractérisaient<br />
autrefois les affaires ? « J’ai éliminé<br />
tout ça », dit-il en éclatant de rire. Nul ne<br />
suggère que Gagosian soit vulgaire ou ne<br />
doute de l’acuité de son regard. « Il a la plus<br />
incroyable mémoire visuelle que j’aie jamais<br />
rencontrée », déclare ainsi Nicholas Serota,<br />
directeur de la Tate pendant 29 ans. « Il<br />
est capable de dire quel tableau se trouvait<br />
dans quelle maison 30 ans après l’avoir vu. »<br />
Ce n’est pas seulement une question de<br />
mémoire, mais de reconnaissance. L’artiste<br />
britannique Jenny Saville, qui expose chez<br />
Gagosian, souligne qu’en plus de son flair<br />
pour le marché, il s’est forgé des goûts bien<br />
à lui : « Il aime les grandes formes structurelles.<br />
Il a l’œil pour une image très ancrée,<br />
à la forme prégnante. Il aime les œuvres<br />
ambitieuses. » La fusion de cet œil avec des<br />
instincts commerciaux le ‘‘démarque’’ »,<br />
ajoute-t-elle. « Son désir est identique, qu’il<br />
s’agisse d’argent ou d’art. »<br />
RICHESSE VISUELLE<br />
Originaire de Los Angeles, Larry Gagosian<br />
n’avait aucune inclination précoce pour<br />
cette profession. Issue d’un milieu modeste,<br />
sa famille ne possédait aucun tableau. Il n’a<br />
pas étudié l’art à l’Université de Californie<br />
(UCLA), mais s’y est spécialisé en anglais<br />
et faisait partie de l’équipe de natation.<br />
Il a ensuite décroché un premier emploi<br />
47
"Les gens n'en ont<br />
que pour les NFTs.<br />
Je ne suis pas expert<br />
en la matière, mais<br />
j'y prête attention."<br />
LARRY GAGOSIAN<br />
administratif dans l’agence artistique William<br />
Morris où il fut le secrétaire du magnat<br />
d’Hollywood Michael Ovitz. Après son<br />
licenciement, il trouve un emploi de voiturier,<br />
puis vend des posters dans la rue. Mais,<br />
sa force est d’avoir toujours été très visuel.<br />
« Avec le recul, je peux dire que le déclic<br />
[s’est produit] un jour que j’étais en colonie<br />
de vacances », raconte-t-il. « Un des gamins<br />
– j’avais neuf ou dix ans, je ne sais plus<br />
– a sorti ses fringues d’un sac de toile ; j’ai regardé<br />
son pantalon et l’ai trouvé beau et attrayant.<br />
Je n’avais pas de vêtements comme<br />
ça. Je me suis donc mis à regarder les choses<br />
d’un point de vue esthétique. Ce n’est pas<br />
ce qui m’a incité à devenir marchand d’art,<br />
mais je suis quelqu’un de très visuel, qu’il<br />
s’agisse d’une jolie femme ou d’un beau tableau.<br />
J’aime l’apparence des choses. » Larry<br />
Gagosian était aux premières loges lorsque<br />
la richesse extrême s’est mis à exploser. Ses<br />
riches clients sont-ils différents aujourd’hui<br />
de ce qu’ils étaient dans les années 1990 ?<br />
« C’est une question de zéros en plus, mais il<br />
y a riche et riche. » Alors que cette nouvelle<br />
richesse a élargi et approfondi le marché,<br />
elle l’a aussi considérablement compliqué.<br />
« Quand vous offrez disons 200 millions ou<br />
300 millions de dollars, peu importe le chiffre<br />
– nous parlons ici de sommes astronomiques<br />
– à des personnes qui possèdent des<br />
chefs-d’œuvre, ils vous répondent : ‘‘Je n’ai<br />
pas vraiment besoin de cet argent’’. On a du<br />
mal à le croire. À mon avis, lorsqu’ils vendent<br />
ce genre d’œuvres, ils se sentent plus<br />
pauvres, pas plus riches. C’est donc difficile<br />
pour eux. Les œuvres deviennent disponibles<br />
après un décès, un divorce compliqué,<br />
une faillite. Sinon, les gens se disent : ‘‘Je me<br />
fiche de votre offre. Je préfère l’art à l’argent’’.<br />
Et Dieu merci, il y en a encore qui réagissent<br />
de cette façon. »<br />
UN SYSTÈME GAGOSIAN<br />
Larry Gagosian peut se targuer de deux<br />
innovations dans la manière de vendre<br />
l’art contemporain. Il a d’abord renoncé au<br />
modèle existant d’exposition, de petite ou<br />
moyenne taille, de la plupart des œuvres<br />
récentes d’un artiste vivant. Il a acquis<br />
d’immenses espaces de galerie, idéalement<br />
situés, qui lui ont permis d’organiser des<br />
expositions ambitieuses, muséales, incluant<br />
plusieurs artistes ou mettant en exergue<br />
des aspects négligés de l’œuvre d’un artiste<br />
mort, en empruntant la plupart des œuvres<br />
à des musées ou collectionneurs et en les<br />
intégrant à celles qui étaient à vendre. Les<br />
œuvres produites et les publications y afférentes<br />
représentent le dessus du panier.<br />
« D’autres ont pu s’interroger : ‘‘Cela va-t-il<br />
déranger les musées ?’’ Mais comme Larry<br />
ne savait pas s’il avait raison ou tort, il l’a<br />
simplement fait », explique Jenny Saville. « Il<br />
a organisé plusieurs expositions là où il n’y<br />
avait auparavant aucun marché [pour ces<br />
œuvres]. La dernière période de Picasso ou<br />
de De Kooning… Larry a pris le taureau par<br />
les cornes, organisé une exposition et les<br />
œuvres furent automatiquement réévaluées.<br />
» Il fut aussi le premier grand galeriste<br />
à s’ouvrir à la mondialisation, à créer une<br />
marque visible dans le monde entier. Il y a<br />
quelques mois, Larry Gagosian s’est offert<br />
deux nouveaux espaces, portant le total<br />
de ses galeries à dix-neuf (six à New York,<br />
trois à Londres, trois à Paris, trois en Suisse,<br />
le reste à Rome, Athènes, Hong Kong et<br />
Beverly Hills). Il représente désormais près<br />
de cent artistes. Ses concurrents ont suivi.<br />
Il n’est pas exagéré de dire que le monde<br />
des galeries se compose aujourd’hui d’une<br />
poignée de marchands globalisés, aux revenus<br />
s’exprimant en centaines de millions,<br />
Gagosian, Hauser & Wirth, Zwirner, tous à<br />
une distance significative les uns des autres.<br />
Gagosian a compris qu’il « faut être une multinationale<br />
à la base locale solide », précise<br />
Max Hollein, directeur du Metropolitan<br />
Museum of Art de New York. Cette portée<br />
internationale est « clairement positive »,<br />
ajoute-t-il, surtout pour les artistes. « C’est<br />
Gagosian qui a créé ce modèle… Ce n’est pas<br />
un système parfait, mais il a changé tout un<br />
mode de fonctionnement. »<br />
ET L’ART DANS TOUT ÇA ?<br />
Le système Gagosian a-t-il profité aux<br />
artistes et amateurs d’art ? Jenny Saville et<br />
Nicholas Serota lui reconnaissent la création<br />
d’espaces qui inspirent aux artistes la<br />
réalisation d’œuvres ambitieuses. D’autres<br />
se montrent plus circonspects. Un célèbre<br />
professionnel, qui place Gagosian et sa<br />
qualité opérationnelle « au-dessus de tous<br />
les autres », constate que ce modèle de<br />
méga-galerie rend l’ouverture d’une galerie<br />
plus petite économiquement futile. « Par le<br />
passé, on ouvrait une galerie avec un groupe<br />
de jeunes artistes, les artistes évoluaient en<br />
même temps que la galerie… Aujourd’hui,<br />
lorsqu’un artiste obtient 1 million de dollars<br />
pour une œuvre, voire simplement 100.000<br />
ou 200.000 dollars, une des grandes galeries<br />
l’approche en lui susurrant à l’oreille : ‘‘Nous<br />
avons des hôtels, nous avons des jets privés,<br />
rejoignez-nous’’. Et l’artiste s’en va. Pourquoi<br />
dès lors faire de l’ouverture d’une galerie un<br />
plan de carrière ? À quoi bon ? Dès que vous<br />
devenez rentable, vous êtes en passe de<br />
redevenir non rentable. » D’autres considèrent<br />
ce système de grandes galeries comme<br />
autant de caisses de résonnance pour des<br />
artistes au talent discutable, pour répondre<br />
à une demande insatiable en œuvres<br />
coûteuses. Le critique Jerry Saltz s’est ainsi<br />
exprimé à ce sujet : « Il se passe quelques<br />
choses avec ceux qui signent avec les mégagaleries.<br />
Trop souvent, les artistes sont<br />
acceptés en milieu de carrière et, comme les<br />
types de 34 ans qui s’engageaient auprès des<br />
Yankees, ils sont bons pour le rebut. Chaque<br />
exposition d’un artiste vivant organisée par<br />
ces mastodontes est comme une rétrospective<br />
de carrière, un quasi-couronnement,<br />
toutes les œuvres étant souvent déjà vendues<br />
ou réservées. Il n’y a pas de place pour<br />
questionner les véritables mérites de ces<br />
œuvres. Beaucoup de ces expositions sont<br />
deux fois trop grandes, pleines de menu<br />
fretin. L’artiste y est devenu une marque et<br />
cette marque a remplacé l’Art. » Les artistes<br />
le plus souvent associés à ces ‘‘rebuts’’ commerciaux<br />
sont Jeff Koons et Damien Hirst,<br />
même s’ils ne sont pas les seuls. Mais, les affaires<br />
sont les affaires, et il est incontestable<br />
que Gagosian et ses homologues organisent<br />
également des expositions de grande valeur.<br />
LE POUVOIR DU DIGITAL<br />
Larry Gagosian lui-même nous avoue que le<br />
plus grand changement depuis ses débuts<br />
fut la transmission instantanée d’images via<br />
internet. Ce fut bon pour les affaires : « Cela<br />
a créé un dynamisme, une vélocité et multiplié<br />
les transactions. » En même temps,<br />
Internet « offre parfois une durée de vie bien<br />
moins longue aux choses. Parce qu’il y a<br />
une saturation d’images ou une saturation<br />
d’artistes. Il me semble que l’on assiste à un<br />
épuisement plus rapide des images et des<br />
48
"J'envisage de créer<br />
une entreprise<br />
durable, qui puisse<br />
continuer d'exister<br />
après moi, sans moi."<br />
LARRY GAGOSIAN<br />
se trouvent aujourd’hui dans des grands<br />
musées. C’était l’artiste le plus important au<br />
monde et il s’est dit : ‘‘C’est New York, mec !<br />
Ça va être la merde ! Tu vas devoir faire<br />
mieux !’’ Cela montre le changement actuel.<br />
Vous débarquez chez un artiste dont les œuvres<br />
ne sont peut-être pas bonnes et vous<br />
dites : ‘‘Oh, j’adore ce que vous faites.’’ »<br />
Jennifer Lawrence, oeuvre pour la couverture du magazine Vogue, septembre 2017. © de l'artiste<br />
artistes. » Le marchand se montre nettement<br />
moins enthousiaste vis à vis des NFTs,<br />
ces images reproductibles transformées en<br />
œuvres art : « Les gens n’en ont que pour les<br />
NFTs. Je ne suis pas un expert en la matière,<br />
mais j’y prête attention. » Il regrette l’époque<br />
où le monde de l’art était moins bureaucratique,<br />
laissait le champ libre à l’improvisation<br />
entrepreneuriale. « Pendant au moins 30<br />
ans, je me suis occupé de Cy Twombly, et il<br />
ne s’agissait pas que de dire ‘‘tope-là’’ dans<br />
sa main. De nombreux artistes fonctionnent<br />
encore comme ça, mais l’argent a pris<br />
une ampleur considérable. On a parfois<br />
l’impression de s’embourber dans des contrats.<br />
Lors de ma première exposition avec<br />
Twombly, j’étais impatient de travailler avec<br />
lui. Je lui ai dit : ‘‘Cy, je dois te poser une question<br />
: accorderions-nous une remise à un<br />
important collectionneur ou à un musée ?’’<br />
Sa réponse fut mémorable : ‘‘10 %, 20 %,<br />
30 % – vas-y, vends, Larry.’’ Ce fut dit sur un<br />
ton facétieux, comme pour me signifier :<br />
‘‘Je m’occupe de l’art, à toi de fixer les prix et<br />
de vendre’’. » Le marchand donne-t-il des<br />
conseils à ses artistes ? « Il est plus facile de<br />
faire l’éloge d’un artiste que de critiquer son<br />
travail récent, ce qui donne parfois lieu à des<br />
conversations embarrassantes. Mais c’est<br />
difficile désormais. Je pense que ce genre<br />
de conversation était plus facile autrefois,<br />
parce que les artistes importants ont aujourd’hui<br />
beaucoup de pouvoir. J’ai vu des<br />
marchands considérer l’œuvre d’un artiste<br />
de façon mitigée. Résultat, l’artiste a changé<br />
illico de galerie. Ce changement n’est pas<br />
toujours une bonne chose ». Et d’évoquer<br />
Paul Rosenberg, le marchand de Picasso qui<br />
organisa la première exposition de l’artiste<br />
à New York, au début du XXe siècle. Pour ce<br />
faire, Picasso lui avait envoyé des tableaux<br />
récents. « Rosenberg lui adressa ce message :<br />
‘‘Pablo, désolé, tes tableaux ne sont pas assez<br />
bons.’’ Un marchand rejetant une exposition<br />
de Picasso, on n’avait jamais vu ça ! Or,<br />
qu’a fait Picasso ? Il n’a pas dit : ‘‘Va te faire<br />
foutre, Paul.’’ Il a peint une nouvelle série<br />
pour l’exposition. Presque toutes ces œuvres<br />
UNE ENSEIGNE DU FUTUR<br />
Si les goûts personnels de Gagosian ne sont<br />
pas forcément emblématiques, la portée de<br />
sa galerie n’en est pas moins multiple. Des<br />
œuvres sociales, une exposition de grande<br />
envergure incluant douze artistes noirs présentés<br />
dans un de ses espaces new-yorkais<br />
en constitue l’illustration parfaite. Antwaun<br />
Sargent, jeune commissaire de 33 ans,<br />
précise : « L’exposition était risquée, avec<br />
des artistes essentiellement jeunes, dont la<br />
plupart n’avaient pas encore exposé chez<br />
nous, ni ailleurs. » L’enseigne se tourne donc<br />
résolument vers l’avenir. La fébrilité de son<br />
dirigeant a sa raison d’être. Car, une galerie<br />
qui n’évolue pas, dixit Gagosian, ne survivra<br />
pas à son fondateur et unique investisseur.<br />
« J’envisage de créer une entreprise durable<br />
qui continue d’exister après moi, sans moi »,<br />
souligne-t-il. Ces dernières années, il a engagé<br />
des personnes dynamiques et compétentes<br />
en leadership comme Laura Paulson,<br />
ancienne responsable de l’art de XXe siècle<br />
chez Christie’s et qui dirige maintenant<br />
Gagosian Art Advisory, de même que son<br />
mari, président directeur général d’Andrew<br />
Fabricant. Mais Gagosian préfère ne pas entrer<br />
dans les détails du futur développement<br />
de l’entreprise : « J’ai des projets. Je ne suis<br />
pas cachottier, mais je n’aime tout simplement<br />
parler des choses tant qu’elles ne sont<br />
pas finalisées. En affaires, la confidentialité<br />
est importante. »<br />
* © Courtesy The Financial Times, Londres, février <strong>2022</strong><br />
SURFER<br />
www.gagosian.com<br />
49
Barbara Kruger<br />
En quelques mots...<br />
C’est à coup de slogans et de<br />
punchlines concis et percutants,<br />
en blanc sur fond rouge, parfois<br />
combinés à des photographies,<br />
que Barbara Kruger s’empare<br />
du monde, le questionne et le<br />
remet en cause. Un art militant,<br />
incontournable et actuel, qui<br />
depuis les années 1980 n’a de<br />
cesse d’interpeller la culture et la<br />
jeunesse.<br />
TEXTE : GWENAËLLE DE SPA<br />
Associée au mouvement conceptuel,<br />
la designer et artiste américaine<br />
Barbara Kruger (1945)<br />
travaille les mots. Ses phrases<br />
provocantes peuplent les musées, les<br />
galeries et les rues pour secouer le système<br />
en place et la société. Féminisme, consumérisme,<br />
luttes raciales ou désir sont des<br />
thématiques dans lesquelles l’artiste puise<br />
inlassablement pour attirer l’attention<br />
du citoyen-consommateur-spectateur.<br />
Son travail a pour intention d’ébranler les<br />
stéréotypes d'une société construite sur la<br />
consommation de masse et de contester<br />
les systèmes de pouvoir et de représentation.<br />
Tout comme Andy Warhol, et forte<br />
de son expérience en tant que graphiste,<br />
Barbara Kruger utilise les images de la publicité,<br />
du cinéma et de la télévision pour<br />
porter ses messages. Ces tableaux-photos<br />
en noir et blanc cernent leur sujet en plan<br />
rapproché pour en accenter la puissance<br />
et sortir ces images de leur contexte. À<br />
cette iconographie décontextualisée se<br />
superposent des messages forts qui, au<br />
contact de l’image, ont un effet déconcertant.<br />
L’ensemble est alors indifféremment<br />
fixé sur des panneaux d’affichage, des<br />
tee-shirts ou des sacs de courses. À la suite<br />
de ces premières expérimentations qui<br />
la rendent célèbre, la plasticienne prend<br />
conscience que l’impact de son travail<br />
réside surtout dans ses slogans et, plus<br />
encore, lorsque ceux-ci sont placés dans<br />
des lieux inattendus, telle cette œuvre<br />
Sans Titre, peinte à la main sur la façade<br />
d’un bâtiment de cinq étages le long de la<br />
High Line de New York, face à des gradins<br />
conçus pour le repos des promeneurs.<br />
Ces quelques<br />
mots placardés en<br />
lettres capitales<br />
introduisent le<br />
doute dans l’esprit<br />
du spectateur.<br />
L’EXPRESSIVITÉ DU MUR AVEUGLE<br />
L’idéalisme aveugle est réactionnaire<br />
effrayant mortel (blind idealism is reactionary<br />
scary deadly) peut-on y lire en lettres<br />
majuscules blanches. Sur ce mur aveugle,<br />
jouxtant l’ancienne voie ferrée aérienne du<br />
Lower West Side, on s’attend d’avantage à<br />
voir placardée l’image publiciataire d’une<br />
jeune femme vantant les mérites d’un<br />
luxueux sac que l’adaptation d’une citation<br />
du philosophe afro-caribéen Frantz Fanon<br />
(1925-1961). La déclaration originale de<br />
ce penseur révolutionnaire postcolonial,<br />
« L’idéalisme aveugle est réactionnaire »,<br />
suggère que les convictions politiques ou<br />
religieuses découlent des situations dont<br />
elles sont issues, et non de la nature profonde<br />
des êtres humains. Or, la reprise de ce<br />
propos engagé dont Barbara Kruger choisit<br />
de barrer les deux avant-derniers mots fait<br />
pencher la signification de la phrase en<br />
faveur d’une lecture que l’on peut qualifier<br />
de plus hésitante, d’anxieuse même. L’interprétation<br />
de la plasticienne reflète, selon<br />
elle, « comment nous sommes les uns pour<br />
50
Sans Titre (Blind idealism is ...), 2016, peinture murale, High Line, New York. © de l’artiste / Courtesy The Friends of the High Line / Sprüth Magers / photo : Timothy<br />
Schenck<br />
Dans son travail, Kruger souhaite saper les<br />
stéréotypes de la société de consommation et<br />
remettre en question les structures de pouvoir.<br />
les autres au sein des jours et des nuits qui<br />
nous construisent ». Cette formule questionne<br />
la situation politique de son pays en<br />
2016, lorsque Donald Trump parvient au<br />
pouvoir, mais qui résonne encore au regard<br />
du climat politique actuel. Dépouillées de<br />
leurs images et présentées dans des lieux<br />
publics, les récentes œuvres de Barbara<br />
Kruger sont toujours plus radicales. Il s’agit<br />
pour elle de partager son point de vue sur<br />
l’actualité mais aussi d’attiser l’imaginaire<br />
et les émotions du spectateur. L’œuvre qui<br />
nous occupe ainsi que les créations in situ<br />
qui pourront être découvertes à l’occasion<br />
de son exposition à Berlin, proposent<br />
une expérience intense. Quelques mots<br />
placardés en lettres capitales introduisent<br />
le doute dans l’esprit du spectateur et ont<br />
pour objectif de lutter contre les certitudes<br />
et comportements établis de celles et ceux<br />
qui les découvrent.<br />
VISITER<br />
Barbara Kruger<br />
Neue Nationalgalerie – Kulturforum<br />
Berlin<br />
www.smb.museum<br />
du 29-04 au 28-08<br />
51
Satyre au repos, ca. 80 ap. J.-C., marbre de Thasos, Rome, Italie. Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. © Musée du<br />
Louvre / Dist. RMN-Grand Palais / photo : Daniel Lebee – Carine Deambrosis<br />
52
Rome, les vestiges<br />
de l’Empire<br />
Les antiquités romaines gardent<br />
toujours une place à part dans<br />
l’imaginaire occidental. Symbole<br />
du classicisme et affirmation de<br />
la puissance d’un Empire aux<br />
dimensions gigantesques, les<br />
objets et œuvres d’art attachés à<br />
cette civilisation demeurent une<br />
valeur sûre du marché, à l’abri de la<br />
spéculation.<br />
TEXTE : GILLES BECHET<br />
La fascination pour les pièces de<br />
l’Antiquité romaine a contribué à la<br />
naissance de la Society of Antiquaries<br />
de Londres, en 1718. Elle<br />
précéda de quelques dizaines d’années<br />
celle des Dilettanti, société savante qui<br />
rassemblait de jeunes hommes bien nés<br />
souhaitant étudier l’Antiquité à partir<br />
des objets plutôt que des textes. C’était<br />
aussi l’époque du Grand Tour par lequel<br />
les lords parachevaient leur éducation<br />
classique. De cet incontournable voyage<br />
à Rome, ils ramenaient divers objets en<br />
bronze, marbre, pierre ou verre pour en orner<br />
leurs country houses, et parfois acquis<br />
auprès de marchands anglais établis sur<br />
place. Ces premières collections privées en<br />
Grande-Bretagne, dont les pièces majeures<br />
battent toujours des records en salle de<br />
vente, expliquent pourquoi Londres est<br />
toujours une des places les plus actives sur<br />
le marché des antiquités romaines.<br />
FRAGMENT D’HISTOIRE<br />
Si l’on tient compte de la longévité d’une<br />
civilisation qui a prospéré pendant près<br />
de sept siècles du Northumberland au Détroit<br />
de Gibraltar, de la Galice à l’embouchure<br />
du Rhin et du Danube, et a exercé<br />
son influence jusqu’aux confins du Levant,<br />
le nombre d’objets et d’artefacts liés à la<br />
civilisation romaine est énorme, avec une<br />
qualité forcément très variable. « C’est<br />
un marché très stable à l’abri des spéculations<br />
», analyse maître Alexandre Giquello,<br />
commissaire-priseur et président<br />
du conseil d’administration de Drouot<br />
Patrimoine. « Les pièces exceptionnelles<br />
engendrent des prix exceptionnels tandis<br />
que les pièces moyennes demeurent très<br />
abordables. » Présente au Sablon depuis<br />
trente-cinq ans avec sa Galerie Archeo,<br />
Nelly Drees confirme cette tendance :<br />
« Les pièces de qualité ont toujours été<br />
difficiles à trouver et il a toujours fallu<br />
payer le prix pour les avoir, même à mes<br />
débuts. Le prix des pièces plus moyennes<br />
n’a pratiquement pas augmenté, à peine<br />
de 5 à 10 %. » Rome fascine toujours plus,<br />
il suffit de se rappeler le succès d’Astérix,<br />
partout en Europe, celui d’un jeu vidéo<br />
comme Rome : Total War ou les séries télévisées<br />
qui n’en finissent pas de revisiter le<br />
« Dans les grandes<br />
familles, vous<br />
trouverez toujours<br />
dans une vitrine<br />
quelques objets<br />
romains qui sont<br />
là depuis plusieurs<br />
générations. »<br />
NELLY DREES<br />
53
«L'origine et la qualité<br />
du matériau font la<br />
différence. Une pièce<br />
de marbre blanc est<br />
plus désirable qu'un<br />
morceau de calcaire<br />
ou de basalte.»<br />
DANIEL LEBEURRIER<br />
Buste à demi-nu représentant l’empereur Lucius Verus (130-169), Rome, période antonine, ca. 130-192 ap.<br />
J.-C., H. 72 cm. Binoche et Giquello, Paris, 09-02-2021 © Binoche Giquello / Drouot - 169.000 €<br />
genre du péplum. La collection d’antiquités<br />
romaines, moins prisée que celle des<br />
antiquités égyptiennes, et moins recherchée<br />
que les antiquités grecques constitue<br />
pourtant la mère des collections antiques.<br />
Elle séduit des connaisseurs attachés à<br />
l’histoire et peut faire remonter l’écume<br />
des études gréco-latines. « Dans les<br />
grandes familles, vous trouverez souvent<br />
dans une vitrine quelques objets romains<br />
qui sont là depuis plusieurs générations »,<br />
précise Nelly Drees. Il est indéniable que,<br />
au-delà de leur valeur archéologique, une<br />
statue d’Aphrodite ou un buste d’empereur<br />
ont aussi un effet décoratif. C’est<br />
un fragment d’histoire qui se mêle à des<br />
objets et pièces de mobilier classiques ou<br />
contemporains.<br />
LES BEAUX MARBRES<br />
Si les acheteurs se répartissent principalement<br />
en France, <strong>Belgique</strong>, Allemagne,<br />
Royaume-Uni et Europe centrale, les<br />
ventes en ligne des grands auctioneers<br />
attirent des acheteurs asiatiques. « Les<br />
antiquités romaines sont recherchées tant<br />
par des collectionneurs que par des décorateurs.<br />
Des pièces plus importantes, avec<br />
un caractère décoratif plus marqué, sont<br />
souvent vendues à des collectionneurs par<br />
l’intermédiaire d’un agent ou d’un décorateur.<br />
Les plus petits objets sont acquis<br />
directement par des collectionneurs ou<br />
amateurs. Mais les grandes pièces spectaculaires<br />
sont chères et rares », précise<br />
Allan Anawati du site de vente en ligne<br />
canadien Medusa-Art. Sans surprise,<br />
les pièces les plus recherchées sont les<br />
beaux marbres. La sculpture romaine se<br />
caractérise notamment par la finesse et le<br />
réalisme de ses portraits. L’art du portrait<br />
contribuait à l’élaboration d’un langage<br />
commun aux élites de l’Empire. Rome<br />
a popularisé le format du buste auquel<br />
étaient attachées des fonctions spécifiques,<br />
qu’elles soient honorifiques, funéraires<br />
ou cultuelles. « Il n’y a pas de ‘‘style<br />
romain’’, c’est la provenance et la qualité<br />
du matériau qui feront la différence. Un<br />
marbre blanc est plus recherché qu’une<br />
pièce en calcaire ou en basalte », note Daniel<br />
Lebeurrier de la Galerie Gilgamesch à<br />
Paris. Le 6 juillet dernier, un torse d’Hercule<br />
en marbre du IIe siècle avant notre ère<br />
était vendu 97.325 euros à un acheteur de<br />
54
Hong Kong. Dans la même vente, une Vénus<br />
en bronze était adjugée 20.660 euros.<br />
Le 7 décembre, un marbre d’Aphrodite du<br />
IIe siècle de notre ère, estimé entre deux et<br />
trois millions de livres sterling était adjugé<br />
18.582.000 livres (22.289.480 euros) chez<br />
Sotheby’s, à Londres. La statue, demeurée<br />
en Ecosse dans la famille du duc de Hamilton<br />
pendant 144 ans, était acquise, elle<br />
aussi, par un collectionneur asiatique.<br />
DE <strong>COLLECT</strong>ION EN <strong>COLLECT</strong>ION<br />
Dans l’intimité de sa petite galerie du<br />
Sablon, Nelly Drees mêle antiquités<br />
grecques, égyptiennes et romaines. On y<br />
voit quelques petites têtes en marbre, une<br />
statue d’Esculape, mais l’antiquaire tient<br />
à attirer l'attention sur une belle lampe à<br />
huile en bronze, en forme de pied, du IIe<br />
ou IIIe siècle. Proposée à 7.000 euros, elle<br />
ne devrait pas tarder à trouver preneur :<br />
« Les lampes à huile sont assez recherchées<br />
en ce moment. Les gens aiment en<br />
disposer trois ou quatre dans une vitrine. »<br />
Elle pointe aussi deux sesterces de Marc-<br />
Aurèle en excellent état, proposées à 950<br />
euros. Ce genre d’objet excite l’imagination<br />
lorsqu’on se met à penser à ce que, il y a un<br />
peu moins de deux millénaires, cette mon-<br />
Balsamaire à tête de femme représentant Turan,<br />
Atelier Etrusque, IVe siècle av. J.-C., bronze. Binoche<br />
et Giquello, Paris, 26-02-2021. © Binoche et Giquello /<br />
Drouot - 16.250 €<br />
Marcellus, ca. 20 av. J.-C., marbre. Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques,<br />
étrusques et romaines. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / photo : Hervé Lewandowski<br />
55
L’art du portrait<br />
contribue à<br />
l’élaboration<br />
d’un langage<br />
commun aux élites<br />
de l’Empire.<br />
naie permettait d’acheter. Comme souvent<br />
pour les antiquités, les pièces sortiespassé<br />
circulent de collection en collection.<br />
Nelly Drees : « D’anciens collectionneurs<br />
viennent me proposer des pièces qui n’intéressent<br />
plus leurs enfants plutôt attirés<br />
par l’art contemporain. Sinon, on achète<br />
beaucoup en salle de vente ou chez de<br />
jeunes confrères qui se trompent parfois<br />
sur la valeur d’une pièce. ».<br />
UN POISON QUI SAPE<br />
En 2020, les brigades de Carabinieri chargées<br />
de la protection du patrimoine culturel<br />
italien mettaient à jour dans la région<br />
de Pompeï et d’Herculanum 24 chantiers<br />
de fouilles clandestins, arrêtaient 68<br />
tombaroli, ou pilleurs de tombes, et récupéraient<br />
près de 17.503 objets archéologiques<br />
sortis illégalement de terre. Depuis<br />
quelques années, les autorités italiennes<br />
ont redoublé d’efforts pour assurer la protection<br />
de leur héritage culturel, sommant<br />
le musée Getty de Los Angeles de rétrocéder<br />
des fresques illégalement sorties de<br />
Pompeï, ou le Metropolitan de New York<br />
de rendre statues et vases sortis en fraude<br />
de la péninsule. En avril 2021, deux carabiniers<br />
en mission à Bruxelles repéraient<br />
dans la vitrine d’un antiquaire du Sablon<br />
une statue présumée volée à Rome en<br />
2011. Pour sa défense, le galeriste argua<br />
que la pièce avait été acquise en toute<br />
bonne foi dans une salle de vente réputée<br />
de Londres. « Bien sûr, je n’ai pas de problème<br />
à restituer un objet volé. Dans le cas<br />
qui nous occupe, on n’a pas présenté de<br />
preuves que l’objet a été volé. En <strong>Belgique</strong>,<br />
on ne sait plus ce qu’on a le droit d’acheter.<br />
L’Italie applique ses lois sur tout le territoire<br />
de l’Union européenne. On est dans<br />
le flou juridique le plus complet. Du coup,<br />
je n’achète et je ne vends plus d’antiquités<br />
romaines pour le moment et j’envisage de<br />
m’installer en France. » Le trafic d’anti-<br />
Casque de gladiateur, Rome ?, bronze. Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités grecques,<br />
étrusques et romaines. © Musée du Louvre, dist. RMN – Grand Palais / photo : Thierry Ollivier<br />
Flacon, Famars, Nord ?, 100-200 ap. J.-C. Paris, Musée<br />
du Louvre, département des Antiquités grecques,<br />
étrusques et romaines. © RMN-Grand Palais (musée<br />
du Louvre) / photo : Hervé Lewandowski<br />
56
« C’est un marché<br />
très stable, à l’abri<br />
des spéculations.<br />
Les pièces<br />
exceptionnelles<br />
ont des prix<br />
exceptionnels et<br />
les pièces moyennes<br />
restent très<br />
abordables. »<br />
ALEXANDRE GIQUELLO<br />
Tête d’Auguste portant la couronne de chêne, début du Ier siècle ap. J.-C. Ancienne collection Campana.<br />
Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. © RMN-Grand Palais<br />
(musée du Louvre)<br />
quités est un poison qui sape l’image des<br />
professionnels, même s’il demeure très<br />
minoritaire. « C’est une grande angoisse<br />
pour les commissaires-priseurs. On peut<br />
se retrouver face à de faux certificats<br />
d’origine souillés et laissés dehors pour les<br />
vieillir artificiellement », pointe Maître Giquello.<br />
Le vrai problème pour les salles de<br />
vente sont plutôt les objets restés depuis<br />
plusieurs générations dans des collections<br />
familiales et pour lesquels il n’y a pas de<br />
documents d’authenticité. « Il ne se passe<br />
pas une semaine sans qu’on reçoive trois<br />
ou quatre pièces de ce type à Drouot. Si<br />
on me présente un objet sans provenance,<br />
je ne le prends pas. Par contre, quand<br />
ils apparaissent dans une succession, je<br />
demande à la famille de me faire une déclaration<br />
sur l’honneur. Il y a aujourd’hui<br />
une tendance insidieuse à inverser la présomption<br />
d'innocence. C’est au collectionneur<br />
ou au marchand d’apporter la preuve<br />
que l’objet a été acquis légalement et non<br />
plus aux autorités à prouver qu’il a été volé<br />
ou pillé. » Si la convention de l’UNESCO<br />
de 1970 semblait avoir tracé les lignes de<br />
conduite sur le marché des antiquités,<br />
celui-ci n’est pas à l’abri du changement de<br />
regard qu’on porte sur l’Histoire, sur son<br />
passé, mais aussi sur son présent. Les collections<br />
d’antiquités romaines du Louvre<br />
comptent parmi les plus importantes<br />
hors d’Italie. A l’occasion de la fermeture<br />
temporaire des salles parisiennes, près<br />
de 300 chefs-d’œuvre sont exposés à Lens<br />
afin de raconter les grandes inflexions qui<br />
ont façonné Rome, contribué à sa grandeur<br />
et à la fascination qu’elle continue<br />
de susciter, de sa fondation légendaire en<br />
753 avant notre ère jusqu’à la chute de<br />
l’empire en 476.<br />
VISITER<br />
Rome, la cité et l’Empire<br />
Louvre-Lens<br />
www.louvrelens.fr<br />
du 06-04 au 25-07<br />
57
Il y a 150 ans,<br />
naissait Mondrian…<br />
Regarder, mesurer, danser, sentir<br />
Composition aux lignes jaunes, 1933, huile sur toile, 80,2 x 79,9 cm. La Haye, Kunstmuseum.<br />
L’immense collection de tableaux<br />
et dessins de Piet Mondrian que<br />
possède le Kunstmuseum de La<br />
Haye influence son fonctionnement<br />
de, comme en témoigne<br />
l’exposition Autour de Mondrian.<br />
TEXTE : BERNADETTE VAN DER GOES<br />
La conservatrice Caro Verbeek,<br />
responsable de Mondrian et du<br />
mouvement De Stijl au Kunstmuseum<br />
de La Haye, ne cache pas sa<br />
joie face au tableau Composition en losange<br />
avec lignes grises. Pour l’occasion, elle fait<br />
jouer un morceau de ragtime, précurseur<br />
du jazz dont Mondrian raffolait à l’époque<br />
où, en 1918, naquit cette toile en forme<br />
de losange : « La musique était à quatre<br />
temps. On retrouve ce rythme dans le<br />
tableau. Les quatre côtés du losange se<br />
composent de huit blocs auxquels celui-ci<br />
s’applique. Mondrian peignit deux diagonales<br />
dans chaque bloc. Là encore, avec le<br />
pied, on peut battre une mesure à quatre<br />
temps. » Ce n’est pas le seul tableau de<br />
Mondrian où la musique est présente. À<br />
côté du losange se trouve Composition avec<br />
grille 9, échiquier aux couleurs vives, réalisé<br />
un an plus tard. Un rectangle composé<br />
de seize blocs sur seize. Soit quatre fois le<br />
58
« En utilisant plusieurs<br />
sens, on ressent mieux<br />
ce que le peintre a<br />
voulu dire. »<br />
rythme à quatre temps. À première vue, il<br />
s’agit d’un tableau monotone, tant qu’on n’a<br />
pas découvert, en battant la mesure, que<br />
ses blocs de couleur possèdent leur propre<br />
rythme, par deux, par groupe ou séparément.<br />
Il n’y a donc là rien de laborieux,<br />
plutôt un bon swing !<br />
DES ORGANES SENSORIELS<br />
MIS À CONTRIBUTION<br />
Caro Verbeek s’est fixée pour mission de<br />
mieux faire comprendre l’œuvre de Piet<br />
Mondrian (1872-1944) à un large public.<br />
Depuis juin 2021, elle est la conservatrice<br />
de la plus grande collection de Mondrian<br />
au monde. Elle a succédé à Hans Janssen,<br />
grand connaisseur de l’artiste, qui a pris<br />
sa retraite et est décédé fin décembre.<br />
Que ressent-elle à diriger une collection<br />
aussi importante ? « C’est très particulier.<br />
Il m’arrive de me réveiller et de penser :<br />
est-ce bien réel ? Je le perçois comme un<br />
immense privilège, comme femme, universitaire<br />
et conservatrice. Mondrian fut l’un<br />
des artistes les plus influents et géniaux<br />
du XXe siècle. Il est merveilleux de pouvoir<br />
Composition en losange avec lignes grises, 1918,<br />
huile sur toile, 84,5 x 84,5 cm. La Haye,<br />
Kunstmuseum.<br />
Paysage marin, 1909, huile sur carton, 34,5 x 50,5 cm. La Haye, Kunstmuseum.<br />
s’intéresser à lui et d’étendre mes connaissances<br />
en ce lieu. » Spécialisée dans les<br />
avant-gardes du début du XXe siècle, elle<br />
nourrit un intérêt particulier pour ce qui<br />
est sensoriel dans l’art. Sa thèse, présentée<br />
en octobre 2020, portait sur l’odorat et<br />
l’odeur dans le futurisme. Elle se considère<br />
donc avant tout comme historienne de<br />
l’art et des sens : « Les connaissances ne<br />
s’acquièrent pas uniquement par la langue.<br />
Vous pouvez tenter de comprendre les<br />
tableaux de Mondrian en lisant des livres<br />
à leur sujet et en les examinant de près.<br />
Mais, en utilisant les autres organes sensoriels,<br />
on sent mieux ce que le peintre a<br />
voulu dire ; en écoutant la musique qu’il aimait,<br />
en battant la mesure de ses tableaux,<br />
en humant certaines odeurs et en faisant<br />
bouger son corps. J’appelle cela ‘‘embodied<br />
cognition’’, une approche qui émerge dans<br />
le monde tant universitaire que muséal. Il<br />
apparaît de plus en plus clairement que les<br />
connaissances et l’expérience peuvent se<br />
compléter sans pour autant être aux antipodes.<br />
Mondrian était également de cet<br />
avis. Ses œuvres abstraites, qu’il qualifiera<br />
plus tard de Néoplasticisme, étaient, selon<br />
lui, non seulement visuelles, mais aussi<br />
acoustiques et basées sur le mouvement. »<br />
Caro Verbeek a récemment appris à danser<br />
le boogie-woogie pour en savoir plus<br />
sur un des chefs-d’œuvre du musée, le dernier<br />
tableau de Mondrian, intitulé Victory<br />
Boogie Woogie (1942-1944) : « Nous étions<br />
« Trois senteurs<br />
aident le visiteur à<br />
percevoir l’évolution<br />
de Mondrian. »<br />
là à danser devant ce tableau, ce qui en<br />
soi est très particulier. J’ai alors remarqué<br />
que c’est une danse très saccadée, avec de<br />
nombreux mouvements horizontaux et<br />
verticaux. Mondrian aimait danser, il prenait<br />
cela très au sérieux. Nous savons qu’il<br />
dansait souvent le boogie-woogie à New<br />
York, à l’endroit même où ce tableau vit le<br />
jour. Ces mouvements y sont perceptibles.<br />
Mondrian a souhaité établir un lien avec<br />
l’essence sous-jacente de la réalité visible<br />
dans ses tableaux abstraits, à l’aide de<br />
compositions de surfaces, de couleurs primaires<br />
et de lignes. Il les qualifiait souvent<br />
des rythmes universels et a beaucoup écrit<br />
à ce sujet. En découvrant ses œuvres avec<br />
tous ses sens, le public peut en faire véritablement<br />
l’expérience. C’est la raison pour<br />
laquelle je souhaite organiser des visites<br />
guidées sensorielles spécifiques. »<br />
59
Composition avec grille 9 : Échiquier aux couleurs vives, 1919, huile sur toile, 86 x 106 cm. La Haye,<br />
Kunstmuseum.<br />
Lisette Model, ouverture de l’exposition Masters of<br />
Abstract Art dans le Helena Rubinstein New Art Center,<br />
New York, 1er avril 1942 (le deuxième à droite est Piet<br />
Mondrian). Collection RKD – Nederlands Instituut voor<br />
Kunstgeschiedenis.<br />
« Depuis les<br />
années 1970, notre<br />
collection Mondrian<br />
a revêtu une<br />
importance décisive<br />
pour le musée. »<br />
<strong>COLLECT</strong>IONNEURS IMPORTANTS<br />
À l’occasion de l’anniversaire de la naissance<br />
de Mondrian, Caro Verbeek et le<br />
directeur du musée Benno Tempel ont<br />
souhaité organiser une grande exposition.<br />
Celle-ci détaille son parcours exploratoire,<br />
depuis les paysages dans le style de l’École<br />
de La Haye, en passant par les paysages de<br />
mer et de dunes baignant dans la lumière<br />
et les couleurs, aux œuvres cubistes, à l’abstraction<br />
géométrique du mouvement De<br />
Stijl jusqu’au Néoplasticisme, en association<br />
avec les œuvres de ses contemporains<br />
et d’artistes actuels. Presque toutes ces<br />
œuvres proviennent de la collection du<br />
musée. Caro Verbeek : « Depuis les années<br />
1970, la collection Mondrian a revêtu une<br />
importance décisive dans notre politique<br />
d’acquisition, notre façon de collectionner<br />
et de considérer notre collection d’art<br />
contemporain. Nous achetons régulièrement<br />
des œuvres d’artistes actuels ayant<br />
une affinité avec Mondrian. Cela permet de<br />
considérer à quel point ce dernier continue<br />
d’exercer une influence artistique.<br />
Dans l’exposition, nous accompagnons les<br />
visiteurs et les invitons à établir ces liens<br />
eux-mêmes. » Avec trois cents dessins et<br />
tableaux, le Kunstmuseum de La Haye possède<br />
la plus grande collection de Mondrian<br />
au monde et en est devenu le plus important<br />
centre de connaissances. La collection<br />
a débuté dans les années 1930. Lorsque le<br />
musée a déménagé en 1935 dans le prestigieux<br />
bâtiment de l’architecte H.P. Berlage,<br />
il possédait déjà un petit nombre de ses<br />
premières œuvres figuratives. Parmi elles<br />
figurait aussi une œuvre de la période néoplasticiste,<br />
Composition aux lignes jaunes<br />
(1933). En 1931, l’artiste Charley Toorop<br />
réunit des fonds afin de l’offrir à un musée<br />
d’Amsterdam, à l’occasion du soixantième<br />
anniversaire de l’artiste. Le résultat ne fut<br />
hélas pas celui escompté, ni le Stedelijk<br />
Museum ne se montrèrent intéressés. Le<br />
musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam<br />
refusa également la toile qui fut<br />
dès lors proposée au Kunstmuseum dont<br />
elle constitue aujourd’hui un des chefsd’œuvre<br />
: « Il s’agit d’une des deux œuvres<br />
des années 1930 que nous possédons de<br />
lui. Mondrian a longtemps travaillé à Paris,<br />
où il fut découvert par des collectionneurs<br />
de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de<br />
Suisse et des États-Unis. Les œuvres de<br />
cette époque sont rares aujourd’hui aux<br />
Pays-Bas. » Le Kunstmuseum doit à deux<br />
collectionneurs et à un directeur dynamique<br />
de posséder la plus importante<br />
collection d’œuvres de Mondrian. Son ami<br />
d’enfance, Salomon B. Slijper, possédait<br />
de nombreuses œuvres. « J’apprécie que<br />
tu collectionnes mes œuvres et conserves<br />
les choses pour moi », écrivait Mondrian à<br />
Slijper en 1919. Dix ans plus tard, il exprima<br />
le souhait que ces œuvres soient si possible<br />
conservées ensemble, de préférence dans<br />
« l’abri sûr d’un musée ». Mondrian avait<br />
déjà auparavant fait part du même vœu<br />
à un autre ami d’enfance, Albert van den<br />
Briel qui possédait également un ensemble<br />
d’œuvres. Lorsqu’en 1951, Louis Wijsenbeek<br />
prit ses fonctions de directeur, il vit<br />
immédiatement l’importance de l’art de<br />
Mondrian pour l’institution et entretint dès<br />
lors des contacts intensifs avec ces deux<br />
collectionneurs, veillant ainsi à un rythme<br />
constant de prêts et de dons. À sa mort en<br />
1971, le musée hérita de toute sa collection<br />
qui comptait près de deux cents œuvres.<br />
SOINS DENTAIRES<br />
Des œuvres de Mondrian furent également<br />
acquises dans les années suivantes. En<br />
1998, le gouvernement néerlandais lui accordait<br />
le tableau Victory Boogie Woogie en<br />
prêt à long terme. Depuis lors, la collection<br />
s’est enrichie d’acquisitions et de dons. Caro<br />
60
Verbeek : « Mondrian intéresse toujours les<br />
collectionneurs. Nous avons récemment<br />
obtenu en prêt un dessin de grande taille<br />
que Mondrian a réalisé dans sa jeunesse à<br />
Winterswijk. Il appartenait à l’origine à un<br />
dentiste d’Amsterdam qui possédait aussi<br />
cinq œuvres avec lesquelles Mondrian avait<br />
payé ses soins dentaires. Au décès du dentiste,<br />
ses quatre enfants en héritèrent. Une<br />
de ses petites-filles a décidé de nous prêter<br />
son dessin à long terme. Lorsqu’une œuvre<br />
apparaît sur le marché, nous sommes<br />
toujours intéressés. En particulier des<br />
œuvres qui en disent plus sur l’évolution<br />
de Mondrian, du réalisme à l’abstraction,<br />
ou s’il s’agit d’un tableau inachevé. Mondrian<br />
travaillait beaucoup par intuition, il<br />
n’avait pas de plan préconçu, il changeait<br />
en permanence. Un processus de création<br />
parfois très perceptible, par exemple dans<br />
Victory Boogie Woogie. Il serait formidable<br />
de pouvoir acquérir un troisième tableau<br />
des années 1930. Des particuliers possèdent<br />
encore beaucoup d’œuvres. Dans les<br />
années qui viennent, je souhaite développer<br />
les relations avec ces collectionneurs.<br />
» L’institution investit en outre dans<br />
les objets et écrits aidant à mieux comprendre<br />
l’œuvre de Mondrian. L’aile spéciale<br />
réservée à Mondrian et au mouvement De<br />
Stijl montre que son art s’inscrivait dans<br />
une vaste évolution culturelle réunissant<br />
peinture, design et architecture. L’exposition<br />
actuelle accorde aussi une grande<br />
attention à nombre d’aspects singuliers de<br />
l’art et de la vie de Mondrian, à ses idées<br />
sur le mouvement et sur la musique. « En<br />
1921, dans une lettre à Nelly van Doesburg,<br />
Mondrian exprimait son enthousiasme<br />
pour les premiers instruments de musique<br />
électroniques et son intention d’en créer un<br />
lui-même. Il percevait ce progrès comme<br />
une possibilité d’associer art abstrait et<br />
musique. La même année, il présentait à<br />
Paris les machines à bruit du futuriste Luigi<br />
Russolo. Nous en avons emprunté des répliques<br />
pour l’exposition. » Afin de stimuler<br />
davantage leurs sens, les visiteurs pourront<br />
écouter une musique spécialement composée<br />
pour Victory Boogie Woogie. Mais les<br />
odeurs que Caro Verbeek a fait développer<br />
par les parfumeurs Birgit Sijbrands et Anh<br />
Ngo d’International Flavors & Fragrances,<br />
pour les trois maquettes des ateliers de<br />
« Il serait formidable<br />
de pouvoir acquérir<br />
un troisième tableau<br />
des années 1930. »<br />
CARO VERBEEK<br />
Mondrian, sont peut-être ce qui surprendra<br />
le plus. On pourra littéralement les humer<br />
sur place. « L’art de Mondrian a toujours<br />
eu une incidence sur l’aménagement de<br />
ses ateliers. Ces espaces sont au fond une<br />
extension de son art. À Paris, il tapissa<br />
ses murs blanc de morceaux de carton de<br />
couleur afin d’expérimenter une composition<br />
avec rythme et harmonie. Lettres,<br />
livres, articles de journaux et photographies<br />
ont largement décrit cette initiative. Nous<br />
en connaissons aussi les meubles, objets<br />
et matériaux. Trois odeurs perceptibles de<br />
l’évolution de Mondrian vers l’abstrait ont<br />
ainsi vu le jour. La première, de l’atelier amstellodamois,<br />
est lourde, tandis que celles<br />
des ateliers de Paris et New York sont plus<br />
légères et simples. Pourtant, à Paris, l’odeur<br />
du charbon en combustion faussait cette<br />
atmosphère de simplicité et légèreté. »<br />
VISITER<br />
Autour de Mondrian<br />
Kunstmuseum La Haye<br />
www.kunstmuseum.nl<br />
du 02-04 au 25-09<br />
LIRE<br />
Victory Boogie Woogie, 1942-1944, huile, ruban adhésif papier, fusain et crayon sur toile, 127,5 x 127,5 cm. La<br />
Haye, Kunstmuseum, en prêt du Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences.<br />
Hans Janssen, Benno Tempel et Lieke Wijnia,<br />
Piet Mondrian. L’homme qui a tout changé,<br />
Waanders, Zwolle, 2017,<br />
ISBN 978-9-46262-410-8<br />
61
Giovanni Boldini<br />
Chantre de l’esprit du temps<br />
Portraitiste virtuose, observateur<br />
attentif de la haute société qu’il<br />
admirait et fréquentait, Giovanni<br />
Boldini fut l’une des plus grandes<br />
gloires du Paris de la Belle Epoque<br />
rendant compte d’un œil acéré de<br />
l’effervescence d’une capitale à la<br />
pointe de la modernité, ce peintre<br />
mondain et opportuniste, proche<br />
d’Edgar Degas, fut très influencé<br />
par Edouard Manet. Sa touche vive<br />
et déliée annonce à certains égards<br />
les développements futurs de<br />
l’abstraction lyrique.<br />
TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE<br />
Portrait de Lady Colin Campbell, née Gertrude Elizabeth Blood, 1894, huile sur toile. Londres,<br />
National Portrait Gallery.<br />
Né à Ferrare en 1842, Giovanni<br />
Boldini passera la majeure<br />
partie de sa vie dans la Ville<br />
Lumière. Il y est vite introduit<br />
dans les milieux artistiques et devient<br />
proche de Degas. Protégé du marchand<br />
Adolphe Goupil, il se fait remarquer par le<br />
choix de ses sujets qui évoquent le bouillonnement<br />
de la vie parisienne. Boldini<br />
profite des loisirs qu’offre la capitale et sort<br />
tous les soirs au théâtre, au restaurant en<br />
emportant toujours avec lui ses crayons.<br />
Les lumières nocturnes créées par le<br />
nouvel éclairage électrique le fascinent<br />
ainsi que les mouvements incessants de<br />
cette ville qui ne s’arrête jamais, dont il<br />
tire d’abord quantité de scènes de genre.<br />
Pourtant, ce sont ses portraits qui vont lui<br />
apporter le succès. Car, Boldini saisit d’une<br />
manière très moderne, mais à contrecourant<br />
des avant-gardes, tout ce que la<br />
capitale française compte alors d’héritières,<br />
de princesses, de dandys, d’artistes<br />
62
Portrait de Miss Bell, 1903, huile sur toile. Gênes,<br />
Raccolte Frugone – Musei di Nervi.<br />
Portrait de Lawrence Alexander ‘‘Peter’’ Harrison, 1902, huile sur toile. Collection particulière, Larry Ellison.<br />
et d’écrivains. Ses portraits, qui vont fixer<br />
à jamais le tout-Paris de la Belle Epoque,<br />
rappellent les personnages d’À la Recherche<br />
du temps perdu de Marcel Proust, l’un de ses<br />
plus grands admirateurs. Dans ses tableaux,<br />
le peintre témoigne également de son goût<br />
prononcé pour la mode, brossant à grands<br />
traits les plus belles tenues des couturiers<br />
Worth, Poiret ou Doucet. Au fil de ses commandes,<br />
il développe un style qui sera sa<br />
signature : une touche rapide, une attention<br />
à la pose du modèle, une mise en valeur<br />
de la ligne serpentine des corps. Ll’historien<br />
de l’art Christophe Leribault, actuel<br />
directeur du musée d’Orsay, précise : « Sans<br />
vouloir à tout prix tirer Boldini du côté de la<br />
modernité, on osera tout de même suggérer<br />
qu’il fut capable d’une audace picturale<br />
certaine, qui le fit parfois presque cousiner,<br />
par sa quête gestuelle du mouvement, avec<br />
le futurisme, comme le remarqua d’ailleurs<br />
Guillaume Apollinaire. »<br />
DÉSARMANTE ASSIMILATION<br />
DE STYLES<br />
A Ferrare, Boldini travaille d’abord sous<br />
l’aile protectrice de son père Antonio,<br />
peintre et restaurateur d’un certain renom<br />
qui enseigne les rudiments de son métier<br />
au huitième de ses treize enfants. Très tôt,<br />
il s’intéresse aux grands peintres du Quattrocento<br />
et à l’œuvre de son compatriote<br />
Dosso Dossi. Ses condisciples et confrères<br />
ferrarais louent sa capacité d’observation<br />
perspicace, sa stupéfiante rapidité d’exécution<br />
et sa facilité désarmante d’assimilation<br />
de styles, de techniques et de genres<br />
très éloignés les uns des autres. Vite réputé<br />
pour la qualité de ses portraits, le jeune<br />
Giovanni s’installe dès 1861 à Florence où<br />
il étudie à l’Académie et entre en contact<br />
avec les Macchiaioli, groupe de peintres<br />
influencés par les impressionnistes qui<br />
rejettent l’académisme, préconisant l’immédiateté<br />
et la fraîcheur de la touche. À<br />
La sagacité de<br />
l’introspection<br />
psychologique de ses<br />
portraits va de pair<br />
avec la remarquable<br />
capacité de Boldini<br />
à restituer l’esprit du<br />
temps.<br />
Florence, il invente une nouvelle manière<br />
de portraiturer ses amis et commanditaires<br />
sur des tableautins caractérisés<br />
par leur fraîcheur naturaliste. En voyage<br />
à Paris, lors de sa visite de l’Exposition<br />
universelle de 1867, il rencontre Edgar<br />
Degas, Edouard Manet, Alfred Sisley, Gustave<br />
Caillebotte, et voue une admiration<br />
63
Portrait de la princesse Marthe-Lucile Bibesco, 1911, huile sur toile. Collection particulière.<br />
Feu d’artifice, 1892-1895, huile sur toile. Ferrare, Museo Giovanni<br />
Boldini. Cette toile imposante (200 x 99,5 cm) est l’une des plus<br />
fameuse de l’artiste. Avec sa touche caractéristique de ses œuvres<br />
de maturité, Boldini y dématérialise la robe de son modèle et<br />
enveloppe sa silhouette dans une sorte de halo vaporeux. Véritable<br />
sceau pictural de l’artiste, la touche semble effleurer l’abstraction et<br />
dénote une liberté formelle tout à fait inhabituelle pour l’époque.<br />
Boldini saisit d’une<br />
manière très moderne,<br />
mais à contre-courant<br />
des avant-gardes,<br />
tout ce que la capitale<br />
française compte<br />
alors d’héritières, de<br />
princesses, de dandys,<br />
d’artistes et d’écrivains.<br />
particulière à Camille Corot. A Londres,<br />
dès 1869, il connaît un premier succès<br />
mondain grâce aux nombreux petits portraits<br />
de dames de haut rang qu’il réalise.<br />
Mais, c’est Paris qui l’appelle, où il s’installe<br />
dès 1871. Il s’y consacre d’abord, avec un<br />
succès inattendu, au revival d’un XVIIIe<br />
siècle sensuel et pétillant, à des scènes de<br />
genre aux couleurs éclatantes, ciselées<br />
à la pointe du pinceau autant et mieux<br />
que celles d’un Ernest Meissonier ou d’un<br />
Mariano Fortuny. Ces scènes lui valent<br />
les faveurs des collectionneurs bourgeois<br />
européens et américains. Dans les années<br />
1880, lorsqu’il multiplie les études et les<br />
voyages, toujours en quête de sa propre<br />
dimension artistique, il se laisse tenter<br />
par les recherches des artistes ‘‘indépendants’’.<br />
Il se concentre sur d’audacieuses<br />
expérimentations d’effets de lumière et de<br />
compositions dynamiques, menées dans<br />
les rues, les cafés et les théâtres de la Ville-<br />
Lumière, comme l’avaient déjà fait Édouard<br />
Manet et Edgar Degas. L’élaboration de son<br />
futur style, qui atteindra sa pleine maturité<br />
à l’aube du XXe siècle, est le fruit de<br />
maintes expériences et d’une vaste culture<br />
picturale, comme le souligne la commis-<br />
64
saire de l’exposition parisienne, Barbara<br />
Guidi : « Les connaissances de Boldini<br />
vont de Jean-Auguste-Dominique Ingres<br />
aux écoles hollandaise, flamande et espagnole<br />
du XVIIe siècle, de la grande école<br />
du portrait anglais illustrée par Joshua<br />
Reynolds et Thomas Gainsborough, aux<br />
maîtres italiens. Parmi eux, on aurait tort<br />
d’oublier Gian Lorenzo Bernini, l’artiste<br />
qui, à travers la fusion de la commémoration<br />
et de la vie, avait forgé une nouvelle<br />
conception du portrait qui éternisait le<br />
modèle tout en le saisissant dans un instant<br />
éphémère et dont la portée novatrice<br />
fut bien comprise par Boldini. »<br />
BEAUTÉ ‘‘BOLDINIENNE’’<br />
Son talent pictural hors du commun, sa<br />
forte personnalité et la finesse de son sens<br />
des affaires permettent à Giovanni Boldini<br />
de rester à la mode pendant six longues<br />
décennies, durant lesquelles il parvient à<br />
apprivoiser la riche et impitoyable société<br />
cosmopolite parisienne. Au plus fort de<br />
ce succès, les plus grandes aristocrates se<br />
font ainsi maigrir en s’imposant de véritables<br />
tortures rien que pour ressembler<br />
à la femme idéale selon les canons de la<br />
beauté ‘‘boldinienne’’, longiligne et croulant<br />
sous les artifices. Aujourd’hui encore,<br />
ces portraits possèdent un fort pouvoir<br />
de séduction qui révèlent les dons d’un<br />
peintre impulsif, non dénué d’un certain<br />
regard sarcastique… De fait, le pinceau de<br />
Boldini a immortalisé des personnages de<br />
premier plan de toute une époque, allant<br />
de Robert de Montesquiou à la marquise<br />
Luisa Casati, de la danseuse étoile Cléo de<br />
Mérode aux membres de la famille Vanderbilt.<br />
Ces grands portraits en pied livrent<br />
ainsi à la postérité des princesses et des<br />
demi-mondaines, des aristocrates et des<br />
actrices, des artistes et des parvenus, mais<br />
aussi et surtout les épouses des riches<br />
magnats de l’industrie et de la finance du<br />
Vieux et du Nouveau Continent. Sur ces<br />
tableaux, elles apparaissent splendides,<br />
longilignes, élégamment vêtues d’un<br />
bruissant assemblage de satins, de soies,<br />
de taffetas, saisies dans des poses affectées<br />
et théâtrales. Le peintre les éternise sur de<br />
grandes toiles couvertes d’énergiques et<br />
larges coups de pinceau, avec leurs lèvres<br />
entrouvertes, leurs regards vifs, leurs corps<br />
hardiment exposés et animés d’une resplendissante<br />
vitalité nerveuse. Même sur<br />
ses portraits d’hommes, bien plus rares,<br />
l’introspection psychologique va de pair<br />
avec une remarquable capacité à restituer<br />
Le coup de pinceau<br />
ou de crayon relèvent<br />
d’un langage expressif,<br />
d’un style plutôt<br />
que d’un mode de<br />
représentation. C’est<br />
moins un penchant<br />
impressionniste que<br />
le désir de rendre<br />
par le pinceau<br />
le dynamisme et<br />
l’agitation d’une ville<br />
moderne.<br />
l’esprit du temps, fascinant mélange de<br />
frivolité, de mondanité, de snobisme et<br />
de sophistication. Icônes d’une époque,<br />
ces représentations imposent Boldini à<br />
partir des années 1890 comme l’un des<br />
portraitistes les plus recherchés et comme<br />
l’un des peintres qui inspireront le plus<br />
les générations suivantes de stylistes, de<br />
photographes et de costumiers. Mais la<br />
modernité de Boldini est ailleurs : chez lui,<br />
le coup de pinceau ou de crayon relèvent<br />
d’un langage expressif, d’un style plutôt<br />
que d’un mode de représentation. C’est<br />
moins un penchant impressionniste que le<br />
désir de rendre par le pinceau le dynamisme<br />
et l’agitation d’une ville moderne.<br />
En cela, Boldini annonce les futurs développements<br />
de la peinture qui, dès les<br />
années 1920, verra éclore les prémices de<br />
l’abstraction lyrique.<br />
FORTUNE CRITIQUE ET MARCHÉ<br />
La coïncidence entre l’image de l’artiste et<br />
celle d’un peintre mondain à succès, d’un<br />
interprète privilégié de l’insouciance de la<br />
Belle Époque et de la haute classe sociale<br />
qui la symbolise, s’établit lors des années<br />
qui précédent et qui suivent immédiatement<br />
la Première Guerre mondiale.<br />
Quelques mois après la mort de Boldini,<br />
en concomitance avec la publication de<br />
sa première biographie due à son épouse<br />
Emilia Cardona, sa première exposition<br />
rétrospective posthume se tient à l’hôtel<br />
Charpentier de Paris. A cette occasion, le<br />
critique d’art Jean-Louis Vaudoyer, alors<br />
conservateur au musée Carnavalet, note<br />
avec une certaine amertume que l’on<br />
réduit Boldini au statut de peintre ayant<br />
donné un visage à une période, le Paris de<br />
1900. Vaudoyer blâme cette lecture facile<br />
et superficielle d’un artiste devenu célèbre<br />
trop tôt, « esclave et victime de ses succès»,<br />
et résume sa situation en ces termes<br />
: « À force d’être connu, le voici, maintenant,<br />
presque inconnu. » Cette étiquette<br />
mondaine lui sera appliquée tout au long<br />
du XXe siècle, y compris lors de sa dernière<br />
rétrospective parisienne, en 1963. La<br />
modernité ayant la mondanité en horreur,<br />
cela a également nui à la reconnaissance<br />
commerciale de son talent. Aujourd’hui<br />
encore, son marché est en berne, Artprice<br />
signalant même une décote de -57,2 %<br />
en 2021. Ainsi, 100 euros investis en 2000<br />
dans une œuvre de Giovanni Boldini valaient<br />
en moyenne 40 euros en décembre<br />
dernier. Essentiellement concentrés aux<br />
Etats-Unis, ses acheteurs n’hésitèrent<br />
pourtant pas à faire monter les enchères<br />
au-delà du million, notamment lors d’une<br />
embellie de sa cote au début des années<br />
2010. Le record d’enchères pour l’artiste,<br />
détenu par Sotheby’s New York, était ainsi<br />
établi en octobre 2010 à 5,8 millions de<br />
dollars (4,1 millions d’euros) donnés pour<br />
le fameux Portrait de Giovinetta Errazuriz<br />
(1892), tandis que la même année, son Portrait<br />
de l’artiste Lawrence Alexander Peter<br />
Harrison (1902), était frappé 2 millions de<br />
dollars (1,5 million d’euros), toujours chez<br />
Sotheby’s New York. Chez Christie’s New<br />
York, la plus haute enchère était obtenue<br />
en octobre 2011 pour le Portrait de Marthe<br />
Régnier (1905), fameuse comédienne de la<br />
Belle Epoque, frappé 1,6 million de dollars<br />
(1,2 million d’euros).<br />
VISITER<br />
Boldini (1842-1931). Les plaisirs et les jours<br />
Petit Palais<br />
Paris<br />
www.petitpalais.paris.fr<br />
du 29-03 au 24-07<br />
65
Photographie,<br />
quelle durée de vie ?<br />
Toutes<br />
les questions<br />
qu’on se pose.<br />
La photographie est un média relativement jeune et qui n’a pas<br />
encore révélé tous ses secrets. En outre, avec l’essor du numérique, sa<br />
conservation gagne en complexité. Au Nederlands Fotomuseum de<br />
Rotterdam, on garde à l’œil temps et technologie. Il s’agit d’un des<br />
seuls musées du genre, dans le Benelux, qui dispose d’un atelier de<br />
restauration et de numérisation de photographies. Sa conservatrice,<br />
Loes van Harrevelt, nous détaille les arcanes d’une conservation<br />
optimale de même que les défis du futur.<br />
TEXTE : CELINE DE GEEST<br />
Ed van der Elsken, Vali Myers dansant dans un club de jazz, Paris (1950-1954). © Nederlands Fotomuseum<br />
66
Découverte de moisissures sur un echtachrome d’<br />
Ata Kandò. © Nederlands Fotomuseum<br />
Boîte de diapos du photographe d’origine hongroise Ata Kandò. © Nederlands Fotomuseum<br />
« La restauration<br />
de photographie<br />
n’a pris un caractère<br />
professionnel que dans<br />
les années 1990. »<br />
Le Nederlands Fotomuseum dispose<br />
d’un gigantesque trésor. Avec plus de<br />
5,6 millions de photographies, l’institution<br />
conserve le patrimoine photographique<br />
néerlandais. Loes van Harrevelt est<br />
en charge de la gestion de cette vaste collection.<br />
Elle s’est mise en quête des meilleures<br />
conditions de conservation des photographies,<br />
veillant à ce que tout soit enregistré et<br />
numérisé. La conservation de photographies<br />
réalisées en format numérique et le souci de<br />
leur présentation numérique constituent<br />
une mission relativement récente. Dans<br />
l’atelier de restauration, la surveillance s’est<br />
mise au diapason, alors que l’on recherche<br />
toujours de nouveaux restaurateurs de photos.<br />
« Il s’agit d’un domaine très spécialisé »,<br />
précise Loes Van Harrevelt, quatre personnes<br />
travaillant aujourd’hui dans l’atelier<br />
de numérisation.<br />
LE DEVENIR DE LA PHOTOGRAPHIE<br />
« À Rotterdam, nous avons commencé à<br />
stocker des archives photographiques en<br />
1989, précise Loes van Harrevelt. Auparavant,<br />
nulle part aux Pays-Bas, les archives<br />
n’étaient gérées de façon spécialisée. Bon<br />
nombre d’entre elles furent donc perdues ou<br />
abandonnées, se désintégrant d’elles-mêmes<br />
sous l’effet de la chaleur ou de l’humidité.<br />
C’est ainsi que nous avons aménagé des en-<br />
trepôts frigorifiques où les négatifs sont stockés<br />
à 3 degrés et 33 % d’humidité. Leur durée<br />
de vie peut ainsi être prolongée de plusieurs<br />
centaines d’années. À l’époque, nous étions<br />
logés avec le Nationaal Fotorestauratie Atelier<br />
et le Nederlands Foto Instituut dans la<br />
rue Witte de With de Rotterdam. En 2003, les<br />
trois institutions ont fusionné pour former le<br />
Nederlands Fotomuseum. L’atelier fait donc<br />
partie intégrante du département Collections.<br />
Des travaux de restauration pour<br />
particuliers y sont réalisés depuis longtemps,<br />
même si, pour l’instant, ils ont été suspendus<br />
car le musée est confronté à l’énorme défi de<br />
rendre sa collection accessible numériquement.<br />
» Cette numérisation est primordiale<br />
afin de partager avec le public les trésors<br />
cachés conservés dans le froid, tout en<br />
veillant à ce qu’ils puissent rester en toute<br />
sécurité. L’institution propose également des<br />
tirages argentiques de ces photographies,<br />
toujours développés ‘‘à l’ancienne’’ dans une<br />
chambre noire. Loes Van Harrevelt : « Il<br />
s’agit d’un marché en pleine croissance qui<br />
suscite un véritable enthousiasme. Plus nous<br />
numérisons d’images, plus l’offre s’agrandit.<br />
Pour nous aider dans cette tâche, nous<br />
avons engagé huit personnes supplémentaires.<br />
Aujourd’hui, 9 % de la collection est<br />
numérisée, notre objectif étant d’atteindre<br />
les 25 %, malgré l’énorme charge de travail.<br />
Lorsque des archives nous parviennent dans<br />
des boîtes de déménagement ou des boîtes<br />
à chaussures, nous devons les extraire de<br />
leur emballage poussiéreux et les négatifs en<br />
verre doivent être nettoyés à l’eau et à l’éthanol.<br />
On vérifie en outre s’ils sont exempts de<br />
moisissures. Tout doit être reconditionné et<br />
proprement décrit. »<br />
DÉCLIN DU VINTAGE<br />
La durée de vie d’une photographie dépend<br />
entièrement de la technique utilisée. Au<br />
XIXe siècle, on s’inquiétait déjà de la durabilité<br />
du tirage d’albumine, une des premières<br />
techniques apparues. Loes Van Harrevelt :<br />
« Aujourd’hui, on utilise essentiellement<br />
des tirages à jet d’encre, que bon nombre de<br />
fabricants prétendent éternels. Là aussi, le<br />
temps en décidera. On constate que les photographies<br />
en couleur sont très sensibles au<br />
changement. Cela constitue un défi majeur<br />
pour les photographes contemporains qui<br />
voient leur travail se déprécier ou constatent<br />
qu’ils pourraient obtenir de bien meilleurs<br />
tirages grâce aux nouvelles techniques. On<br />
touche alors directement à la question de<br />
l’authenticité. En un sens, la dégradation<br />
est inhérente aux photographies réalisées à<br />
une certaine époque. Si on remplace cette<br />
technique, ce n’est plus la même chose, ce<br />
n’est plus du vintage. Ce qui vaut également<br />
67
“Notre perspective<br />
s’élargit : nous<br />
collectionnons<br />
davantage de<br />
photographes aux<br />
origines culturelles<br />
diverses”.<br />
Marwan Bassiouni, New Dutch Views #6, Pays-Bas, 2018, de la série New Dutch Views, 2018. © de l’artiste<br />
pour les collectionneurs, car ils paient pour<br />
avoir un original. Or, ce qui détermine la<br />
valeur d’une photographie vintage, c’est le<br />
tirage, réalisé de préférence par le photographe<br />
lui-même, ou par un assistant sous<br />
sa supervision directe, peu après la prise de<br />
vue. Malheureusement, cela engendre des<br />
tricheries. En matière de photographie, il<br />
convient d’être très prudent, car on a souvent<br />
affaire à des tirages tardifs. Il est donc<br />
préférable, pour s’assurer de son authenticité,<br />
que la photographie soit signée ou<br />
estampillée au dos par le photographe. » La<br />
numérisation en assurera-t-elle la conservation<br />
éternelle ? La conservation numérique<br />
recèle pourtant une part d’ombre. En<br />
collaboration avec Canon, le Nederlands<br />
Fotomuseum a développé un système<br />
permettant de numériser, en une seule fois<br />
et en haute résolution, des rouleaux de pellicule.<br />
« Les photographies de nos archives<br />
ont été numérisées dans leur intégralité, y<br />
compris certains ratés. Pour un chercheur,<br />
c’est idéal, car cela donne des indications<br />
sur la façon dont un photographe a traité un<br />
sujet. C’est cette sérialité qui est intéressante,<br />
des pellicules qui racontent une histoire.<br />
Mais, nous sommes devenus sélectifs,<br />
cette numérisation massive induisant de<br />
sérieux problèmes de stockage numérique.<br />
Outre nos entrepôts frigorifiques, nous<br />
devons aujourd’hui également organiser un<br />
stockage numérique, ce qui est très onéreux.<br />
Il faut également veiller à développer plusieurs<br />
lieux de conservation, de préférence<br />
répartis géographiquement. Ces fichiers<br />
numériques requièrent également certains<br />
soins et doivent être régulièrement contrôlés.<br />
En outre, les hackers rôdent, ce qui fait<br />
de la sécurité une priorité. »<br />
CONSERVER CE QUI A DE LA VALEUR<br />
Il n’existe pas de solution miracle pour la<br />
conservation des photographies, qu’elles<br />
soient analogiques ou numériques. Il faut<br />
toujours procéder à des choix cornéliens,<br />
la question étant de savoir quelles histoires<br />
du passé sont les plus importantes pour le<br />
futur : « Dans la collection, nous ne comptons<br />
que des photographes néerlandais, nés<br />
ou actifs depuis longtemps ici, mais tous<br />
les sujets imaginables sont pris en considération.<br />
Les photographes néerlandais ont<br />
beaucoup voyagé et réalisé des documentaires<br />
photographiques. Ils étaient présents<br />
à des moments historiques, comme lors<br />
de l’occupation allemande. Le nom le plus<br />
connu dans la collection est Ed Van der<br />
Elsken. Ses archives étaient envahies par la<br />
moisissure. Un restaurateur en a nettoyé les<br />
diapositives pendant deux ans, un travail<br />
titanesque. Ce fut l’un des plus grands<br />
projets de restauration de photographies au<br />
monde. Heureusement, ces archives sont<br />
aujourd’hui intégralement sécurisées. Cas<br />
Oorthuys est également très important. Il<br />
s’est fait connaître pour ses photographies<br />
de voyous, réalisées dans les années 1950<br />
à Saint-Germain-des-Prés. Aard Klein est<br />
aussi bien représenté, auteur d’un superbe<br />
travail d’impression et de processus artistiques<br />
inédits en chambre noire. En jouant<br />
avec la lumière, il ajoutait des effets aux<br />
produits semi-finis. » Chaque archive est<br />
analysée par le Fotomuseum qui détermine<br />
si elle doit être conservée ou non, en raison<br />
de leur valeur historico-artistique et de<br />
leurs sujets. Ainsi, une note très élevée fut<br />
attribuée aux archives d’Ed van der Elsken.<br />
En cas de moisissures, les archives sont<br />
prioritaires. « Au sein d’une même archive,<br />
on détermine les parties importantes et<br />
celles qui ne le sont pas », précise Loes Van<br />
Harrevelt. « Par exemple, si un photographe<br />
amateur a pris des clichés durant<br />
la Seconde Guerre mondiale, c’est intéres-<br />
68
sant, alors qu’il se peut que le reste le soit<br />
moins. S’ils sont difficiles à faire, ces choix<br />
n’en demeurent pas moins nécessaires. »<br />
Grâce au soutien du Fonds Mondrian, le<br />
musée peut également acquérir et conserver<br />
des photographies contemporaines.<br />
Loes Van Harrevelt : « C’est une bonne<br />
chose, car nous pouvons ainsi soutenir la<br />
jeune génération. Nos perspectives s’élargissent<br />
de plus en plus et nous tentons de<br />
rassembler davantage de photographes<br />
d’horizons culturels très différents. Par<br />
exemple, nous avons acquis une œuvre du<br />
photographe américano-égyptien Marwan<br />
Bassiouni (1985) qui a longtemps vécu aux<br />
Pays-Bas, où il a photographié des paysages<br />
typiques depuis les fenêtres de mosquées.<br />
Nous achetons également de plus en plus<br />
d’œuvres tridimensionnelles. Cela fait longtemps<br />
que la photographie ne se cantonne<br />
plus à un encadrement derrière un passepartout.<br />
On le constate dans les foires d’art :<br />
la photographie devient de plus en plus<br />
expérimentale. Nous avons ainsi acquis le<br />
travail multidisciplinaire d’Anouk Kruithof<br />
(1981) qui combine photographie, sculpture,<br />
installation, collage, livres d’art, vidéo,<br />
texte et performance. »<br />
À FAIRE ET À NE PAS FAIRE<br />
Quiconque conserve des photographies<br />
peut s’adresser au Nederlands Fotomuseum<br />
pour connaître les principaux critères à respecter.<br />
Naturellement, il faut déterminer si<br />
Anouk Kruithof, Neutral (openhearted), 2015, de<br />
la série #EVIDENCE, 2015. © de l’artiste / Courtesy<br />
Boetzelaer|Nispen, Amsterdam<br />
Cas Oorthuys, Garçon transportant une carte de l’Indonésie, 1947, de la série Un Etat en devenir, 1947.<br />
© Nederlands Fotomuseum<br />
ces images sont simplement à regarder ou<br />
ont un but d’investissement. Pour les collectionneurs<br />
qui exposent leurs photographies,<br />
il est primordial d’éviter la lumière.<br />
« N’exposez jamais vos photographies à la<br />
lumière directe du soleil », recommande<br />
Loes Van Harrevelt. « Un verre résistant aux<br />
UV est fortement conseillé. Si vous faites<br />
encadrer une photographie, il est important<br />
de faire attention au matériau utilisé.<br />
Nous avons parfois reçu des photographies<br />
dont le dos était une plaque de MDF, lequel,<br />
en un rien de temps, en avait ruiné les<br />
couleurs. Il arrive que l’artiste ait lui-même<br />
encadré une image. Lorsqu’on débourse un<br />
très gros montant pour l’achat d’une image,<br />
il convient d’en parler au plus tôt au photographe.<br />
Il nous arrive également d’acheter<br />
une image en deux exemplaires pour pouvoir<br />
exposer l’un et conserver l’autre. Si on<br />
souhaite seulement conserver des images, il<br />
est préférable de les stocker dans une boîte<br />
portant la marque de qualité PAT (Photographic<br />
Activity Test). » Certaines images<br />
sont vouées à résister longtemps, d’autres<br />
non. Si on souhaite sécuriser sa collection<br />
en la confiant à une archive professionnelle,<br />
outre la dimension personnelle, il<br />
faut d’abord s’interroger sur sa pertinence :<br />
« Chaque semaine, je reçois des dizaines<br />
d’e-mails de personnes ayant quelque<br />
chose dans leur maison : des photos de<br />
famille, une boîte de négatifs en verre, les<br />
diapos de voyage de la grand-mère, c’est<br />
fou ! Tout le monde a déjà fait des photos et,<br />
aujourd’hui, tout le monde se photographie<br />
numériquement. Si quelqu’un conserve de<br />
belles images des rues d’Amsterdam dans<br />
les années 1920, je lui recommanderais de<br />
se rendre aux archives de la ville. J’essaie<br />
de penser à une autre destination, mais<br />
bien souvent, il n’y en a pas. Bien sûr, il faut<br />
se poser la question de savoir si tout doit<br />
être conservé. Je ne le pense pas. La tâche<br />
la plus cruciale consiste à choisir ce qui est<br />
important. »<br />
VISITER<br />
Nederlands Fotomuseum<br />
Rotterdam<br />
www.nederlandsfotomuseum.nl<br />
69
Fibules et broches<br />
Si elle fut inventée pour répondre à un besoin pratique, la fibule a fait,<br />
dès l’origine, l’objet d’une singulière attention. Réalisée en matériaux<br />
nobles et coûteux, finement décorée, elle assuma un rôle ornemental.<br />
Et lorsqu’elle perdit son rôle de fermoir, elle devint tout simplement une<br />
broche illuminant le vêtement, se déclinant à l’infini.<br />
TEXTE : ANNE HUSTACHE<br />
Apparue dès l’âge du bronze, la<br />
fibule (du latin fibula, attache)<br />
est avant tout une agrafe, soit<br />
une épingle servant à attacher<br />
les deux pans d’un vêtement. Généralement<br />
composée d’un ardillon (une pointe)<br />
et d’un arc, elle se décline en différents<br />
modèles. Constituant une amélioration<br />
efficace par rapport au nœud ou à l’aiguille,<br />
la fibule sera utilisée dans de nombreuses<br />
civilisations européennes, des Etrusques<br />
jusqu’aux Mérovingiens. L’abondance et<br />
la variété des fibules retrouvées lors de<br />
fouilles permettent de dater certains sites<br />
en se basant sur leur forme et leur style.<br />
Si la fibule disparaît en tant que fermoir<br />
au cours du Moyen Âge, cet accessoire<br />
utilitaire a également été signe de richesse<br />
mais aussi symbole de pouvoir. A Rome, au<br />
cours du troisième siècle, un type particulier<br />
de fibule constituait un insigne militaire<br />
donné en cadeau aux vétérans.<br />
Epigraphique<br />
seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C.<br />
(ca. -630)<br />
VISITER<br />
Brussels Jewellery Week<br />
www.brusselsjewelleryweek.com<br />
du 28-04 au 08-05<br />
Découverte dans une tombe de Castelluccio<br />
di Pienza (Chiusi), cette magnifique<br />
fibule est de type fibula a drago ( fibule à<br />
dragon) car elle se présente de profil sous<br />
la forme d’une boucle ronde prolongée<br />
par une aiguille et son fourreau. Ce bijou<br />
est décoré de chevrons, de palmettes,<br />
de méandres et de figures géométriques<br />
toutes réalisées en granulation de petites<br />
perles d’or déposées les unes à côté<br />
des autres. Une inscription en langue<br />
étrusque, également en granulation, s’étale<br />
en deux lignes sur le pied : « Mi araθia<br />
velaveθnaθ zamaθi manurke mulvenike<br />
tursikina, » soit : « Je (suis) le zamathi<br />
d’Aranθ Velavesna ; Mamurke Tursikina<br />
(m’)a donné ». Cette pratique du don entre<br />
aristocrates apparaît sur d’autres fibules,<br />
mais celle-ci s’impose comme l’une des<br />
plus anciennes mention épigraphique des<br />
Etrusques.<br />
Fibule d’Arath Velavesna, dite aussi de Chiusi,<br />
Etrurie, période orientalisante, or martelé, découpé,<br />
soudé, granulations, 1,7 x 11,1 x 1,7 cm, poids : 15,8 g.<br />
Paris, Musée du Louvre, inv. Bj 816.<br />
70
On retrouve des<br />
fibules dans de<br />
nombreuses<br />
civilisations, des<br />
Etrusques aux<br />
Mérovingiens.<br />
Combat<br />
ca. -250 à -200 av. J.-C.<br />
Cette remarquable fibule de type ‘‘à pied<br />
long’’ fut probablement fabriquée par<br />
un artisan grec pour un commanditaire<br />
ibérique. Son décor est particulièrement<br />
intéressant puisqu’il consiste en un guerrier<br />
nu, mais armé, combattant un fauve.<br />
L’épée cassée du personnage, ainsi que le<br />
casque et le bouclier constituent des motifs<br />
celtiques, caractéristiques des armes<br />
ibériques de l’époque. Plusieurs fibules<br />
ibériques de la même époque existent<br />
mais sont toutes en argent. Celle-ci est<br />
donc exceptionnelle tant en raison de son<br />
matériau que de la finesse de son décor.<br />
Les extrémités de l’arc prennent la forme<br />
de têtes de fauves tandis que le dessus est<br />
surmonté d’une crête de spirales évoquant<br />
des vagues. Des brins d’or torsadés ornent<br />
le pied, émergeant d’un côté de la gueule<br />
d’un chien, d’un sanglier de l’autre.<br />
Fibule Braganza, Espagne, or massif, verre incrusté,<br />
5 x 14 cm. Londres, The British Museum, inv. 2001,<br />
0501.1. © The Trustees of the British Museum<br />
Entrelacs<br />
début du VIIe siècle<br />
Typique du style développé en Lombardie<br />
au VIIe siècle, le décor de cette fibule combine<br />
des motifs d’entrelacs et des formes<br />
animales extrêmement stylisées : les onze<br />
boutons (il en reste 9) disposés en éventail<br />
sur la tête du bijou sont des masques d’animaux,<br />
tandis que des oiseaux garnissent<br />
la partie centrale ovale, dont la base se<br />
termine en tête de sanglier. Les entrelacs<br />
et autres motifs sont mis en valeur par<br />
l’usage du nielle.<br />
Fibule à tête rayonnante, Lombardie, argent doré,<br />
nielle. L. 16,3 cm. Londres, The British Museum, inv.<br />
1851,0806.10.<br />
Prestigieux<br />
ca. 775-800<br />
Trouvée en 1969 dans un puits à Dorestad,<br />
cette grande fibule s’est imposée comme<br />
l’une des découvertes archéologiques<br />
majeures des Pays-Bas. Fabriquée en or<br />
et sertie d’émaux cloisonnés de diverses<br />
couleurs ainsi que de perles et d’almandins<br />
(une pierre semi-précieuse de couleur<br />
rouge), c’est probablement au début du<br />
IXe siècle que cette pièce coûteuse fut<br />
dissimulée dans un puits, lors des invasions<br />
vikings qui menaçaient la région.<br />
Le travail en cloisonné, formant un motif<br />
chrétien de deux croix entrelacées, semble<br />
indiquer que le bijou fut fabriqué dans<br />
un atelier d’orfèvrerie de l’entourage de<br />
Charlemagne et qu’il fut porté par un haut<br />
dignitaire ecclésiastique.<br />
Fibule de Dorestad, Duurstede (Utrecht), or, émail,<br />
verre, almandin, perles, diam. 8,5 cm. Leyde, Rijksmuseum<br />
van Oudheden, inv. f 1978/1.1.<br />
71
Création divine<br />
fin du IXe siècle<br />
Le décor de cette broche en argent martelé et niellé est particulièrement<br />
soigné, sans doute parce que l’auteur souhaitait lui conférer une forte<br />
charge symbolique. Les seize petits médaillons qui entourent le disque<br />
central sont répartis en quatre groupes contenant chacun un visage humain,<br />
un motif floral, un oiseau et un quadrupède. Ces motifs renvoient<br />
à la création divine. Une composition également rigoureuse caractérise<br />
le cercle central, divisé en cinq zones présentant chacune une figure<br />
humaine. Ces personnages incarnent chacun l’un des cinq sens. Les<br />
origines inconnues de la broche ont pendant longtemps jeté un doute<br />
sur son authenticité, mais diverses analyses comparatives ont permis<br />
d’établir qu’elle fut bien façonnée à la fin du IXe ou au début du Xe siècle.<br />
Broche Fuller, culture anglo-saxonne, argent, nielle, diam. 11,4 cm. Londres, The British<br />
Museum, inv. OA 144.<br />
Bouquet de pierres<br />
premier quarti du XIVe siècle<br />
Découvert dans une maison de l’ancien quartier juif de la ville homonyme,<br />
le Trésor de Colmar réunit une cinquantaine de pièces d’orfèvrerie<br />
et trois cents monnaies. Il fut probablement enfoui lors de la Peste<br />
Noire qui déferla sur l’Europe au milieu du XIVe siècle et entraîna des<br />
persécutions contre la communauté juive tenue pour responsable de<br />
l’épidémie. Accessoire du costume féminin comme masculin, ce ‘‘fermail’’<br />
en forme de quadrilobe est richement orné de saphirs, de rubis,<br />
de grenats et de perles formant un bouquet de pierres, fréquents sur les<br />
bijoux des XIIIe et XIVe siècles.<br />
Fermail du Trésor de Colmar, France, saphirs, rubis, grenats et perles, 3,7 x 3,7 cm. Paris,<br />
Musée de Cluny, inv. Cl. 20672.<br />
Symbole de Cupidon<br />
ca. 1610-1620<br />
Comme les bagues, les broches décorées d’un cœur font partie des cadeaux<br />
très prisés au XVIIe siècle, alors donnés en gage d’amour. Le motif central,<br />
composé d’un rubis serti dans l’or formant un cœur et entouré d’un cœur<br />
de diamant lui-même percé de deux flèches contenant aussi des diamants,<br />
fait référence aux attributs de Cupidon, fils de Vénus, garnement qui tire<br />
aveuglément ses flèches sur celui ou celle qui n’a rien demandé mais tombe<br />
alors instantanément amoureux. Le revers du bijou conserve le portrait<br />
d’un homme peint à l’huile en miniature.<br />
Broche avec cœur, Prague, or, rubis, émeraudes, diamants, diam. 6,3 cm. Londres, The<br />
Victoria and Albert Museum, inv. M. 461-1936.<br />
72
En vogue<br />
XVIIIe siècle<br />
Le XVIIIe siècle voit le triomphe de la joaillerie et la prospérité qui s’installe au<br />
Siècle des Lumières entraîne la vogue des bijoux qui déborde du cercle jusqu’alors<br />
restreint des nobles et autres richissimes dignitaires. Par sa thématique et les matériaux<br />
utilisés, cette broche témoigne des somptueuses parures alors à la mode.<br />
Le thème du rinceau renvoie aux motifs floraux qui faisaient fureur, tandis que les<br />
diamants taillés en rose et en brillant sont caractéristiques de l’époque, surtout<br />
quand ils se marient aux pierres de couleurs, ici des émeraudes.<br />
Broche, France, or, émeraudes, diamants de taille rose et taille brillant, H. 8,5 cm. Paris, Musée des<br />
arts décoratifs, inv. 9912. © MAD, Paris / photo : Jean Tholance<br />
Les oiseaux du peintre<br />
1962<br />
Faune et flore<br />
ca. 1900<br />
Considéré comme l’inventeur du bijou<br />
moderne, René Lalique livre dans cette<br />
pièce la pleine mesure de sa virtuosité. Il y<br />
utilise des matériaux inusités à l’époque,<br />
mélangeant l’émail aux pierres fines, ici<br />
des aigues-marines. En outre, il confère<br />
une précieuse légèreté aux ailes des<br />
libellules en les traitant en plique-à-jour.<br />
Cette broche témoigne parfaitement de<br />
l’inspiration de la flore et de la faune qui<br />
amènera Lalique à concevoir des bijoux<br />
devenus référentiels dans l’Art nouveau.<br />
Ce bijou est aussi composé avec rigueur et<br />
inventivité : bien qu’entremêlées, les libel-<br />
Lalique osa user<br />
de matériaux très<br />
inhabituels pour<br />
l’époque.<br />
lules sont réparties symétriquement, leurs<br />
corps et pattes soulevant gracieusement<br />
les deux aigues-marines.<br />
René Lalique, broche Quatre libellules, or jaune et<br />
rose, diamants, émail plique-à-jour, aigues-marines,<br />
7,48 x11,75 cm, signé sur la tranche. Pescheteau-Badin,<br />
Paris, 02-12-2020. © Pescheteau-Badin.<br />
230.000 €<br />
Georges Braque ne s’est intéressé au<br />
domaine du bijou qu’à la fin de sa vie, suite<br />
à sa rencontre avec le diamantaire Heger<br />
de Löwenfeld qui produisit des modèles à<br />
partir de gouaches du maître. 110 gouaches<br />
ont ainsi servi de base aux bijoux exécutés<br />
entre 1952 et 1963, date de la mort de<br />
l’artiste. Outre les figures de la mythologie<br />
grecque, les oiseaux en vol s’imposent<br />
comme une thématique centrale dans ces<br />
œuvres. Cette broche figurant deux oiseaux<br />
se croisant fut créée pour Grace Kelly d’après<br />
la gouache intitulée Les Trois Grâces (1962).<br />
Une photographie réunissant la Princesse<br />
arborant Thalia et le peintre a immortalisé<br />
cette réalisation.<br />
Georges Braque, broche Thalia, New York, or jaune<br />
lisse et sauvage, diamants, éd. 5/8, gravée ‘‘bijoux<br />
de G. Braque’’, ca. 4 x 6 cm. © D. R.<br />
73
Joost Caen avec un vitrail néogothique. © photo : J. Willems<br />
Le vitrail en question<br />
Un vitrail coloré était jadis considéré<br />
comme le plus beau et le plus<br />
prestigieux des cadeaux. Cette<br />
forme d’art, peut-être la plus<br />
fragile, a résisté aux iconoclasmes<br />
et aux changements de mode. Les<br />
vitraux ayant subsisté témoignent<br />
d’un incroyable artisanat et d’une<br />
histoire turbulente. Ils sont ainsi<br />
parfois soigneusement préservés et<br />
collectionnés. Notamment par Joost<br />
Caen, dont l’immense collection<br />
est enfin montrée au public, en ce<br />
printemps.<br />
TEXTE : CELINE DE GEEST<br />
Décrétée par l’UNESCO, <strong>2022</strong> est<br />
l’année du verre et Roulers a saisi<br />
l’occasion de le célébrer. A l’occasion<br />
d’In Vitris, une des principales<br />
collections de vitraux au monde,<br />
celle de l’artiste verrier, restaurateur et<br />
collectionneur Joost Caen, est présentée au<br />
public. Ses vitraux, du Moyen Âge, du Siècle<br />
d’or et des Temps Modernes, révèlent<br />
l’émotion suscitée depuis des siècles chez<br />
les esprits tant religieux que séculiers<br />
par cet artisanat qui consiste à colorer le<br />
verre par cuisson d’oxydes métalliques, de<br />
cobalt, de cuivre ou de manganèse. Professeur<br />
émérite et auteur de nombreuses<br />
publications sur le verre coloré, Joost Caen<br />
possède aujourd’hui un savoir-faire unique<br />
et rare, reconnu au niveau international.<br />
Enfant, il accumulait un peu de tout dans<br />
« L’art verrier est<br />
en grande partie<br />
tombé en désuétude<br />
au XVIIIe siècle. »<br />
un vieux hangar derrière la maison familiale.<br />
Une pellicule retrouvée récemment le<br />
montre lors d’un voyage scolaire, photographiant<br />
des vitraux colorés. Lorsque,<br />
bien plus tard, il créa un vitrail lors de sa<br />
formation en art monumental à l’Académie<br />
des Beaux-Arts d’Anvers, l’étincelle<br />
jaillit enfin. Dix ans plus tard, Joost Caen<br />
lançait une nouvelle formation en conservation-restauration<br />
à l’ancien Institut<br />
74
National Supérieur, devenue aujourd’hui<br />
une formation universitaire : « À l’époque,<br />
nous n’étions pas aussi avancés dans les<br />
techniques de restauration du verre que<br />
dans la peinture, par exemple. Pour élever<br />
le niveau universitaire, nous avions besoin<br />
d’art verrier ancien afin d’essayer de nouvelles<br />
techniques. J’ai donc commencé par<br />
nécessité à en collecter ici et là. C’est vite<br />
devenu une passion. »<br />
CHEFS-D’ŒUVRE FLAMANDS<br />
De fil en aiguille, des marchés aux puces<br />
aux enseignes d’antiquités, Joost Caen a<br />
fini par s’adresser à des maisons de vente.<br />
Chez les antiquaires, il trouvait surtout<br />
des exemplaires des XIXe et XXe siècles<br />
alors que la formation portait sur toute<br />
l’histoire de l’art du verre. Dans les ventes<br />
aux enchères, il découvrit du verre ancien<br />
à bas prix, car ces pièces étaient souvent<br />
détériorées. Soit un état idéal pour remplir<br />
l’objectif qu’il s’était fixé : « Il y a très peu<br />
de connaisseurs et ceux-ci se connaissent<br />
entre eux. Mon collègue et co-auteur<br />
Kees Berserik et moi-même sommes en<br />
« J’ai accès à<br />
ces chefs-d’œuvre<br />
grâce à mon savoirfaire,<br />
pas grâce à<br />
mon argent. »<br />
(1502-1550) qui se trouvait dans un piteux<br />
état. Il en existe deux autres exemplaires au<br />
Rijksmuseum, un dans l’église de Bremley<br />
et deux au Victoria & Albert Museum. Le<br />
mien est le second panneau en provenance<br />
des chartreux flamands à demeurer sur le<br />
sol flamand, l’autre se trouve au musée M<br />
de Louvain. Quantité d’autres panneaux<br />
destinés aux chartreux sont à New York, au<br />
Metropolitan Museum of Art. » Les pièces<br />
les plus anciennes qu’il possède datent de<br />
la fin du XIIIe siècle. Ce verre ancien est<br />
très rare, en raison des nombreuses catastrophes<br />
qui frappèrent nos contrées. De<br />
fait, les Pays-Bas furent souvent le champ<br />
de bataille de l’Europe. Ainsi, les vitraux<br />
médiévaux entiers sont très rares. Joost<br />
Caen : « S’il arrive de trouver des vitraux<br />
d’avant 1400, ce sont souvent des panneaux<br />
composés de fragments médiévaux juxtaposés.<br />
Il s’agit aussi rarement de panneaux<br />
exécutés dans nos contrées. Les vitraux<br />
les plus anciens proviennent d’Italie et<br />
datent du VIe ou du VIIe siècle. Les traces<br />
les plus anciennes de l’art du vitrail dans le<br />
Benelux se trouvent à l’abbaye de Stavelot<br />
et remontent aux VIIIe ou IXe siècles. Il<br />
s’agit de fragments archéologiques de verre<br />
et de plomb. Le vitrail le plus ancien du<br />
Benelux est celui de l’église de Zichem et<br />
date d’environ 1380. Le château de Rumcontact<br />
avec quelques collectionneurs<br />
de France, d’Angleterre et des États-Unis.<br />
Nous connaissons le dada de chacun,<br />
échangeons des informations par téléphone<br />
et ne nous faisons pas concurrence.<br />
Je suis le plus accommodant de tous, car<br />
j’achète les pièces les plus endommagées.<br />
J’ai ensuite le plaisir de les restaurer pour<br />
les rendre dignes des musées. C’est un<br />
atout par rapport à d’autres antiquaires,<br />
qui craignent de mettre beaucoup d’argent<br />
dans la restauration. Ils préfèrent acheter<br />
les pièces présentables, vendables. J’ai<br />
récemment acquis et restauré un magnifique<br />
panneau de Pieter Coecke d’Alost<br />
Joost Caen, Horizon doré, Schoten, 2020, verre<br />
jaune argenté sur verre clair et opalescent soufflé<br />
à la bouche, plomb, 42,5 x 65 cm. © de l’artiste<br />
Groupe des “Pseudo Ortkens”, Le Triomphe de la Chasteté, Bruxelles, ca. 1525, peinture en grisaille et jaune<br />
d’argent sur verre cerclé teinté, diam. 22,9 cm.<br />
75
« J’ai le plaisir<br />
de restaurer ces pièces<br />
afin de les rendre<br />
dignes d’intégrer des<br />
musées. »<br />
Vitrail Art deco de l’atelier de Frans-David Crickx,<br />
Bruxelles, 1931, glace, verre structurel et opalescent<br />
«américain», 158,5 x 48 cm. Provenance :<br />
Couvent de Bethlehem, Duffel. © D. R.<br />
beke à Roulers possède le vitrail le plus<br />
ancien de l’ex-Comté de Flandre, et qui<br />
date de 1470. » Il n’est donc pas étonnant<br />
que Roulers, également lieu de naissance<br />
de Joost Caen, soit aujourd’hui le décor<br />
de la première exposition d’une collection<br />
qui compte à l’heure actuelle plus de 2 500<br />
panneaux et fragments, dont cinq chefsd’œuvre<br />
flamands.<br />
UNE DIFFUSION INTERNATIONALE<br />
Mais qu’est-ce qui fait d’un vitrail coloré<br />
un chef-d’œuvre ? Joost Caen explique :<br />
« Il s’agit d’un certain nombre de médaillons,<br />
ou petits vitraux ronds. Je me suis<br />
toujours intéressé aux médaillons ou ce<br />
que l’on appelle ‘‘petit verre’’. Un amateur<br />
privé aura du mal à collectionner les<br />
grands vitraux monumentaux parce qu’il<br />
ne peut les installer aisément dans une<br />
maison ou un atelier. Je possède un peu<br />
de verre monumental, rangé en panneaux<br />
individuels dans une caisse ou sur un<br />
rayonnage. Les vitraux d’église ont presque<br />
exclusivement un caractère religieux. Leur<br />
diversité est très grande, y compris dans<br />
les plus petits formats, ce que reflète ma<br />
Pieter Coecke d’Alost, Personification de la Géometrie,<br />
Anvers, ca. 1535, peinture en grisaille et<br />
jaune argenté sur verre cylindrique teinté, 24 x 13<br />
cm, inscription : “Geometeria / Verum mensuras<br />
(…)” (On mesure la vérité). © D. R.<br />
collection. » Les chefs-d’œuvre flamands<br />
incluent un médaillon du XVe siècle dont<br />
un losange similaire, peut-être du même<br />
atelier, se trouve au Metropolitan Museum<br />
of Art, un panneau du XVIIe siècle, provenant<br />
du béguinage de Hasselt et dont les<br />
deux autres sont au Victoria and Albert<br />
Museum, et un archevêque du XVe dont le<br />
Getty Museum possède le panneau correspondant.<br />
La majeure partie de la collection<br />
de Joost Caen remonte toutefois aux<br />
XVIe et XVIIe siècles, car Anvers était alors<br />
le centre de la production verrière, non<br />
seulement pour les Pays-Bas, mais pour<br />
l’ensemble du monde : « On trouve, par<br />
exemple, des vitraux du XVIe siècle d’artistes<br />
verriers anversois au King’s College<br />
de Cambridge. Le roi d’Angleterre trouvait<br />
la production des verriers brabançons supérieure<br />
à celle de Londres. Il fit donc venir<br />
des peintres verriers, mais la guilde locale<br />
leur interdit de s’établir à l’intérieur de la<br />
ville. Dès lors, le roi leur indiqua un territoire<br />
extra-muros. Des vitraux anversois<br />
figurent aussi dans la cathédrale de Grenade<br />
en Espagne et dans la bibliothèque<br />
de la basilique San Lorenzo de Florence,<br />
un bâtiment conçu par Michel-Ange. » Au<br />
XVIIIe siècle, l’art du vitrail est en grande<br />
partie tombé en désuétude. La collection<br />
des XIXe et XXe siècles de Joost Caen<br />
montre toutefois clairement l’évolution<br />
d’un renouveau à l’époque du néogothique<br />
et du romantisme jusqu’à l’Art nouveau et<br />
l’Art déco, puis le postimpressionnisme et<br />
le modernisme. «La collection touche des<br />
gens avec lesquels j’ai été en contact dans<br />
ma jeunesse, comme Michel Martens. »<br />
MECONNAISSANCE ET DESAMOUR<br />
« La notoriété de cet art verrier est très<br />
restreinte », soupire Joost Caen, « tant<br />
auprès du grand public que des historiens<br />
de l’art professionnels. » Au Moyen Âge<br />
ainsi qu’aux XVIe et XVIIe siècles, le vitrail<br />
constituait le cadeau le plus précieux qui<br />
soit. De riches citoyens, frères de guilde,<br />
évêques et membres de la cour s’offraient<br />
des vitraux colorés quand il importait de<br />
faire bonne impression. Un vitrail coûtait<br />
alors plus cher qu’un tapis, un tableau<br />
ou un retable, les tableaux arrivant juste<br />
derrière dans la liste des cadeaux de prix.<br />
« À la fin du XVIIIe siècle et pendant tout<br />
le XIXe, les historiens de l’art commencent<br />
à différencier les beaux-arts des arts appliqués.<br />
Peinture, sculpture et architecture<br />
sont alors considérées comme plus importantes<br />
et le vitrail passe de mode comme<br />
76
Pieter Coecke d’Alost, Le prieur Jan Gay et son saint patron Jean l’Évangéliste, Anvers, ca. 1540,peinture en grisaille, jaune d’argent et sanguine sur verre cylindrique<br />
teinté et coloré, 65,5 x 48 cm, inscription : “Donavit Dominus Johannes Gaÿ, Prior domus Hollandiae Cartusiensium” (Le révérend Jan Gaÿ, prieur de la maison hollandaise<br />
des chartreux, a fait don de cette maison à l’association.). Provenance : peut-être le monastère des Chartreux de Lier. Avant et après restauration. © D. R.<br />
« Lorsque des vitraux colorés font partie<br />
intégrante d’un bâtiment, ils ont une valeur<br />
patrimoniale. »<br />
autorités ont manifesté un certain intérêt.<br />
L’Angleterre, l’Allemagne et la Suisse possèdent<br />
leur musée du verre, il existe trois<br />
centres en France et il n’y a toujours rien<br />
dans le Benelux, à l’exception de celui de<br />
Charleroi. J’espère pouvoir apporter, avec<br />
ma collection, la contribution décisive à la<br />
création d’un futur musée du vitrail. »<br />
d’autres arts appliqués. Cette méconnaissance<br />
devient vite synonyme de désamour<br />
et la valeur historique des vitraux<br />
demeure négligée. » La situation n’a fait qu’<br />
empirer jusqu’à nos jours. Il arrive ainsi à<br />
Joost Caen de sauver des vitraux de la bulle<br />
à verre car ceux-ci n’ont plus leur place<br />
dans un intérieur moderne ou rendent la<br />
pièce trop sombre. A ceux qui ne savent<br />
quoi faire de leurs vitraux colorés anciens,<br />
il conseille de ne rien jeter ! Car ce qui est<br />
sans valeur aujourd’hui sera hors de prix<br />
demain : « Enfant, je me suis intéressé à<br />
un service Gallé et Daum vendu 200 francs<br />
belges dans une brocante. Ma mère ne<br />
m’a pas autorisé à l’acheter et je le regrette<br />
encore. Le marché de l’art a radicalement<br />
changé en l’espace de 20 ans. Lorsque<br />
des vitraux colorés font partie intégrante<br />
d’un bâtiment, ils ont une valeur patrimoniale.<br />
Les propriétaires futurs voudront<br />
donc peut-être remettre ces vitraux<br />
en place. J’invite tous ceux qui trouvent<br />
des panneaux dans des conteneurs à les<br />
prendre en photo et à me les envoyer. Je<br />
pourrai leur dire rapidement si cela a ou<br />
non de la valeur. » La collection de Joost<br />
Caen n’a rien à envier à celles des musées<br />
flamands : « Mais nos musées montrent<br />
relativement peu d’art verrier. Le Rijksmuseum<br />
remporte la palme, le M de Louvain<br />
possède une belle collection, mais n’en<br />
montre qu’une petite partie, le MAS et les<br />
musées de Bruges ne montrent pratiquement<br />
rien, ni le Bijloke de Gand, où il n’y a<br />
pas grand-chose à voir après la rénovation.<br />
Mon rêve est de fonder un centre d’étude<br />
et de documentation sur le verre qui hébergerait<br />
ma collection. Je souhaite offrir<br />
aux jeunes la chance d’y faire des études,<br />
tant en sciences naturelles qu’en histoire<br />
de l’art. J’ai déjà pris des contacts et les<br />
VISITER<br />
In Vitris<br />
Augustijnenkerk, Klein Seminarie College,<br />
Roulers<br />
www.erfgoedkleinseminarie.be<br />
du 22-04 au 29-05<br />
CONTACTER<br />
Prof. Joost Caen<br />
jc@joostcaen.be<br />
www.joostcaen.com<br />
SURFER<br />
Atelier Flores : www.vitrauxflores.be<br />
Pierre Majerus : www.majerus-vitrail.be<br />
77
Focus<br />
International<br />
85.120 €<br />
Melchior de Hondecoeter, Oiseaux de basse-cour<br />
dans un paysage, huile sur toile, 120 x 100 cm.<br />
Herbette, Doullens, 06-02. © Herbette<br />
190.000 £ (250.000 €)<br />
Paire de garnitures ‘‘à la chinoise’’, Angleterre, ca.<br />
1730, argent doré, H. 38 cm. Christie’s, Londres, 08-<br />
02. © Christie’s Images Ltd.<br />
35.560 €<br />
Frans Snyders, Nature morte avec femme portant un plat,<br />
plume et encre brune sur trait de crayon noir, 25 x 40 cm.<br />
Beaussant Lefèvre, Paris, 10 & 11-02. © Beaussant Lefèvre<br />
ON A VENDU<br />
Les poules de<br />
Hondecoeter<br />
s’envolent à<br />
Doullens<br />
Les oiseaux ont tenu une place<br />
de choix au sein de la nature<br />
morte du XVIIe siècle hollandais.<br />
Avec l’essor des cabinets de curiosités<br />
et des encyclopédies, les<br />
artistes découvrent les espèces<br />
des quatre coins du monde et<br />
peuvent étudier chacun de leurs<br />
aspects morphologiques, source<br />
d’inspiration inépuisable. Ainsi<br />
naquirent, sous les pinceaux<br />
de Frans Snyders, Paul de Vos<br />
ou encore Jan Van Kessel, des<br />
compositions baptisées ‘‘concert<br />
d’oiseaux’’ (vogelconcert), dans<br />
lesquelles les volatiles presque<br />
humanisés chantent autour<br />
d’une partition. Il s’agissait alors<br />
de mettre l’accent sur la diversité<br />
de leur genre. Les générations<br />
suivantes ont poursuivi cette thématique<br />
en oubliant la symbolique<br />
musicale pour se concentrer<br />
sur un vibrant réalisme, à<br />
l’instar de Melchior de Hondecoter<br />
(1636-1695). Issu d’une<br />
dynastie de peintres d’Utrecht,<br />
l’artiste apprit le métier auprès<br />
de son père, Gijsbert, et de son<br />
oncle Jan Baptist Weenix. De ce<br />
dernier, il retint une manière<br />
italianisante et un style décoratif.<br />
Après être passé par La Haye<br />
entre 1658 et 1662, il s’installe<br />
l’année suivante à Amsterdam,<br />
se spécialisant dans les peintures<br />
de natures mortes et d’oiseaux,<br />
qu’il place au cœur d’un paysage<br />
souvent coupé en partie centrale<br />
par un mur ou une clôture,<br />
comme c’est le cas dans la toile<br />
intitulée Oiseaux de basse-cour<br />
dans un paysage que proposait,<br />
le 6 février, la salle Herbette<br />
de Doullens, dans la Somme.<br />
Estimée fort chichement entre<br />
20.000 et 30.000 euros, cette<br />
famille de gallinacés dominée<br />
par un superbe coq, emblématique<br />
du travail sophistiqué<br />
de son auteur, quadruplait son<br />
estimation basse en s’adjugeant<br />
pas moins de 85.120 euros. Un<br />
prix plutôt conforme à la réalité<br />
du marché de ce peintre qui<br />
connaît une belle embellie et un<br />
engouement certain auprès des<br />
collectionneurs, notamment du<br />
Nord de l’Europe.<br />
Une paire de<br />
chinoiseries réjouit<br />
Christie’s<br />
Associant un singulier bol octogonal<br />
chinois avec couvercle,<br />
datant des environs de 1730, sa<br />
copie anglaise et des socles en<br />
argent doré, le tout fabriqué à<br />
Londres, en 1810, par l’orfèvre de<br />
la Cour Paul Storr, cette paire de<br />
garnitures au décor chinoisant<br />
d’oiseaux, d’animaux et de fleurs,<br />
est inscrite du blason de Thomas<br />
Reynolds Moreton, 4e baron de<br />
Ducie, puis 1er comte de Ducie<br />
(1776-1840), et de son épouse<br />
Lady Frances Herbert, fille de<br />
Henry Herbert, 1er comte de Carnarvon,<br />
épousée en 1797. Typique<br />
de la mode des chinoiseries,<br />
encouragée par les importations<br />
de la Compagnie anglaise<br />
des Indes orientales, la coupe<br />
originelle, rare exemple du XVIIIe<br />
siècle d’argenterie chinoise d’exportation<br />
qui nous soit parvenu,<br />
fit d’abord un crochet par la<br />
vice-royauté coloniale espagnole<br />
du Pérou, avant de se retrouver<br />
dans les ateliers londoniens des<br />
orfèvres royaux. Estimée entre<br />
50.000 et 80.000 livres sterling,<br />
la paire était proposée lors<br />
d’enchères en ligne par Christie’s<br />
Londres. A la clôture de celles-ci,<br />
le 8 février, son prix avait atteint<br />
190.000 livres (250.000 euros) !<br />
Succès pour la<br />
Collection Ulmann<br />
chez Beaussant<br />
Lefèvre<br />
Si le XVIIIe fut, en France, le<br />
siècle de prédilection du dessin,<br />
ce sont les feuilles des écoles<br />
hollandaises et flamandes du<br />
XVIIe qui eurent plus particulièrement<br />
les faveurs de Jacques<br />
(1917-2011) et Colette Ulmann<br />
(1920-2021), dont la collection<br />
était mise à l’encan, les 10 et<br />
11 février, à Drouot, par l’étude<br />
Beaussant Lefèvre. Un millier<br />
de dessins étaient inscrits au<br />
catalogue, pour certains vendus<br />
en lots, les plus modestes à partir<br />
de quelques centaines d’euros.<br />
Parmi les feuilles les plus attendues,<br />
cette Nature morte avec<br />
une femme portant un plat, de<br />
l’Anversois Franz Snyders (1579-<br />
1657), étude préparatoire, avec<br />
de nombreuses variantes, d’un<br />
tableau conservé dans la collection<br />
Fritz Frey à Burgenstock près<br />
de Lucerne. Estimée entre 15.000<br />
et 20.000 euros, cette plume et<br />
encre brune sur trait de crayon<br />
noir était emportée 35.560 euros.<br />
Citons encore les 44.950 euros<br />
donnés pour le projet d’Adriaen<br />
Pietersz. van de Venne pour le<br />
frontispice du Sinne-en-Minnebeelden<br />
(ou Livre des emblèmes)<br />
du poète Jacob Cats (1577-1660),<br />
publié aux Pays-Bas en 1618.<br />
L’ensemble de la collection générait<br />
plus d’un million d’euros.<br />
78
18.325.000 HKD (2.087.000 €)<br />
Rarissime parure (collier modulable en bracelet, pendants d’oreille et bague) de<br />
cabochons de jadéite (pour 307.55 carats) et diamants poire, montés sur or blanc<br />
18 carats. Sotheby’s, Hong Kong, 18-02. © Sotheby’s<br />
26.250 €<br />
Kees van Dongen, Conversation dans la<br />
rue, ca. 1900, aquarelle et lavis à l’encre<br />
noire, 27 x 21,5 cm. Rennes Enchères<br />
OVV, Rennes, 24-02. © Rennes<br />
Enchères<br />
27.048 €<br />
Jan I Borreman (att.), Annonciation,<br />
ca. 1480-1510, noyer sculpté en haut<br />
relief, 42 x 26 cm. Coutau-Bégarie,<br />
Paris, 25-02. © Coutau-Bégarie<br />
Fabuleuse jadéite<br />
chez Sotheby’s<br />
Une imposante parure volait la<br />
vedette lors de la vente de joaillerie<br />
organisée par Sotheby’s, le<br />
18 février à Hong Kong. Extrêmement<br />
rare, cet ensemble composé<br />
d’un collier transformable en<br />
bracelets, de pendants d’oreille<br />
et d’une bague, est orné de diamants<br />
poire et de cabochons de<br />
jadéite, pierre particulièrement<br />
vénérée en Chine où elle est<br />
réputée éloigner l’esprit du mal.<br />
Symbole de pouvoir en tant que<br />
pierre impériale, mais aussi de<br />
pureté et d’élégance, la jadéite<br />
était notamment l’apanage des<br />
impératrices, dont la fameuse<br />
Ci Xi, qui s’était constitué une<br />
imposante collection. Rarissime à<br />
l’état naturel, sa couleur verte est<br />
aussi la plus prisée. Apparaissant<br />
encore plus aléatoirement sur<br />
le marché de l’art, un ensemble<br />
aussi important (307.35 carats)<br />
s’est tout naturellement envolé à<br />
18,3 millions de dollars de Hong<br />
Kong (2 millions d’euros).<br />
Van Dongen et Van<br />
Orley à Rennes<br />
Une belle vente était proposée à<br />
Rennes, le 24 février. S’en détachait<br />
d’abord une Vierge à l’Enfant<br />
avec un ange peinte vers 1540<br />
dans l’atelier de Bernard van Orley<br />
(1488-1541). Ce panneau reprend<br />
toutes les caractéristiques de la<br />
manière de cet artiste bruxellois<br />
qui portraitura Charles Quint,<br />
l’empereur d’Allemagne Ferdinand<br />
Ier ou encore la reine du<br />
Danemark Isabelle, avant d’être<br />
nommé en 1518 peintre de la<br />
cour de Marguerite d’Autriche,<br />
gouvernante-générale des Pays-<br />
Bas. Cette jolie maternité récoltait<br />
56.250 euros. Dans un tout autre<br />
registre, on notait une aquarelle<br />
et lavis d’encre noire par Kees Van<br />
Dongen, mettant en scène une<br />
Conversation dans la rue. De cette<br />
curieuse feuille, signée en bas à<br />
gauche et datant visiblement des<br />
années 1900, Rennes Enchères<br />
OVV obtenait 26.250 euros.<br />
Le premier<br />
Borreman chez<br />
Coutau-Begarie<br />
Dynastie de sculpteurs belges,<br />
les Borreman s’étendent sur<br />
quatre générations, de 1460<br />
à 1590, Le plus célèbre représentant,<br />
Jan II dit l’Ancien (ca<br />
1460-1520), établi à Bruxelles,<br />
atteignit une maîtrise absolue de<br />
la sculpture sur bois. Son père,<br />
Jan I, était également sculpteur.<br />
On pense qu’il fut l’auteur du<br />
groupe sculpté dans le Brabant<br />
vers 1480-1510, proposé à Drouot<br />
par Coutau-Bégarie, le 25 février.<br />
Cette délicate Annonciation, qui<br />
faisait probablement partie d’un<br />
retable, est en noyer sculpté. Un<br />
haut relief adjugé 27.048 euros.<br />
Records en nombre<br />
à Londres<br />
Portés par de solides enchères<br />
asiatiques, les résultats enregistrés<br />
début mars par les<br />
grands auctioneers Christie’s<br />
et Sotheby’s, en deux jours de<br />
vente qui mélangeaient périodes<br />
et fuseaux horaires ont plus que<br />
jamais illustré l’état de déconnexion<br />
du marché international<br />
de l’art, pratiquement hors sol et<br />
paraissant totalement insensible<br />
à la guerre qui secoue l’Europe.<br />
A moins que ce n’ait été son<br />
chant du cygne… Quoi qu’il en<br />
soit, le 1er mars, le marathon<br />
de Christie’s, qui débutait à<br />
Shanghai avant de se poursuivre<br />
à Londres, s’inscrivait dans la<br />
fourchette d’estimations, avec<br />
un résultat total de 249 millions<br />
de livres sterling (297 millions<br />
d’euros) et 90 % de lots vendus.<br />
Le clou de la vente, Les Renards<br />
de Franz Marc, merveilleuse<br />
œuvre cubiste, spoliée par les<br />
nazis et récemment restituée par<br />
le musée Kunstpalast de Düsseldorf<br />
aux héritiers de Kurt et<br />
Else Grawi, doublait le précédent<br />
record de l’artiste avec une adjudication<br />
à 42,7 millions de livres<br />
sterling (51 millions d’euros). Le<br />
lendemain, Sotheby’s confirmait<br />
l’enthousiasme des acheteurs<br />
pour les grands noms de la<br />
modernité, en totalisant 221,4<br />
millions de livres sterling (264,2<br />
millions d’euros) en deux ventes<br />
d’art moderne et contemporain.<br />
Star de la soirée, L’empire<br />
des lumières de René Magritte<br />
dont se séparait la collectionneuse<br />
bruxelloise Anne-Marie<br />
Gillion-Crowet. L’œuvre, qui<br />
avait été garantie, était adjugée<br />
59,4 millions de livres (71<br />
millions d’euros), acquise par<br />
un collectionneur asiatique et<br />
triplant le précédent record du<br />
maître surréaliste. Le 3 mars et le<br />
jour d’après, l’auctioneer Phillips<br />
engrangeait pas moins de 7 nouveaux<br />
records du monde lors de<br />
sa double vente londonienne en<br />
art contemporain qui totalisait<br />
41,9 millions de livres sterling<br />
(50,7 millions d’euros). Parmi les<br />
artistes les plus suivis des enchérisseurs,<br />
Caroline Walker. Sa toile<br />
A Scattering (2011) n’était ainsi<br />
pas loin de décupler les estimations<br />
en s’adjugeant 327.600<br />
livres sterling (396.330 euros).<br />
79
Focus<br />
International<br />
42.700.000 £<br />
(56.300.000 €)<br />
Franz Marc, Les Renards, 1913, huile<br />
sur toile, 88 x 66 cm. Christie’s,<br />
Londres, 01-03.© Christie’s Images<br />
Ltd.<br />
59.422.000 £ (71.000.000 €)<br />
René Magritte, L’empire des lumières, 1961, huile sur toile,<br />
114,5 x 146 cm. Sotheby’s, Londres, 02-03. © Sotheby’s<br />
327.600 £ (396.330 €)<br />
Caroline Walker, A Scattering, 2011, huile sur toile, 166,7 x 199,8<br />
cm. Phillips, Londres, 04-03. © Phillips<br />
Nouveau record<br />
du monde pour<br />
Line Vautrin chez<br />
Christie’s<br />
Le 8 mars, à l’occasion de la<br />
Journée internationale des droits<br />
des femmes, Christie’s Paris<br />
organisait sa première vente en<br />
live de l’année. Intitulée Différents<br />
Éclats de Paradis : Œuvres<br />
de Line Vautrin, elle générait 3,3<br />
millions d’euros et attirait des<br />
enchérisseurs de 18 pays, venus<br />
rendre hommage à Line Vautrin et<br />
à sa fille Marie-Louise Bonnaud-<br />
Vautrin, décédée quelque jours<br />
auparavant. Un nouveau record<br />
d’enchères était établi avec un<br />
miroir en talosel orné de feuilles<br />
de verre vertes. Cette pièce, seul<br />
exemplaire jamais enregistré de<br />
ce modèle, était vendue 491.400<br />
euros, près de cinq fois l’estimation<br />
basse fixée à 120.000 euros.<br />
Sept ans après le succès de la<br />
vente de la collection personnelle<br />
de Marie-Laure Bonnaud-Vautrin,<br />
en mai 2015, cette vente réunissait<br />
un large éventail de créations de<br />
l’artiste provenant de plusieurs<br />
collections privées : miroirs, boîtes,<br />
bijoux et accessoires précieux<br />
illustrant l’univers poétique et la<br />
délicatesse de cette élégante Parisienne.<br />
Parmi les objets-phares<br />
de la vente, l’iconique miroir Folie<br />
en talosel noir plus que doublait<br />
son estimation en atteignant<br />
327.600 euros, tandis que le miroir<br />
Chardon, se vendait 107.100 euros,<br />
plus du double de l’estimation<br />
et que le miroir Sequins partait<br />
à 113.400 euros. Les boîtes et<br />
accessoires attiraient également<br />
l’attention des enchérisseurs : un<br />
poudrier en bronze doré (1940)<br />
représentant les constellations<br />
atteignait ainsi 40.320 euros, plus<br />
de huit fois l’estimation, tandis<br />
qu’une boîte en bronze doré<br />
était adjugée 27.720 euros, au<br />
triple de l’estimation. Le même<br />
jour, la maison Gros & Delettrez<br />
rendait, elle aussi hommage à<br />
un siècle de création féminine à<br />
travers les œuvres de Charlotte<br />
Perriand, Sonia Delaunay, Line<br />
Vautrin, Eileen Gray, Elizabeth<br />
Garouste et de nombreuses autres<br />
femmes dans les domaines de la<br />
peinture, du design, du mobilier,<br />
de la sculpture et même des<br />
bijoux d’art. Les collectionneurs<br />
pouvaient ainsi découvrir des<br />
miroirs de Line Vautrin et Marion<br />
de Crecy ainsi que des chaises de<br />
Claude Lalanne. De la première,<br />
un miroir modèle Romain, à<br />
structure en talosel et incrustations<br />
de plaquettes de verre,<br />
s’adjugeait 52.000 euros, dans la<br />
fourchette des estimations. De la<br />
deuxième, un miroir rectangulaire<br />
en céramique émaillée dépassait<br />
légèrement son estimation haute<br />
en s’adjugeant 3.640 euros (frais<br />
inclus), tandis que de la dernière<br />
une paire de chaises aux ‘‘branchettes’’,<br />
en bronze à patine dorée<br />
et laiton, était emportée 104.000<br />
euros (chaque exemplaire), soit au<br />
total 208.000 euros hors frais.<br />
ON VENDRA<br />
La Collection Edric<br />
van Vredenburgh<br />
chez Sotheby’s<br />
Le 13 avril, Sotheby’s disperse<br />
à Paris la collection du Bruxellois<br />
Edric van Vredenburgh.<br />
À contre-courant des cabinets de<br />
curiosités traditionnels connus<br />
en Europe depuis la Renaissance,<br />
cet ensemble propose un autre<br />
regard sur des œuvres précieuses<br />
et originales. Enfant déjà, le père<br />
d’Edric van Vredenburgh, formé<br />
aux arcanes de l’entomologie au<br />
British Museum, transmet à son<br />
fils cet intérêt pour les phénomènes<br />
et choses curieuses de la<br />
nature. En grandissant, son goût<br />
se porte naturellement vers les arts<br />
décoratifs, s’intéressant pour les<br />
mêmes raisons à l’origine des objets,<br />
à leur histoire et au contexte<br />
culturel dans lequel ils ont été<br />
créés. L’ensemble réuni dans cette<br />
vente représente la collection personnelle<br />
d’Edric van Vredenburgh.<br />
Ces œuvres sont celles dont il s’est<br />
entouré ces dernières années,<br />
principalement depuis son installation<br />
dans un loft du centre de<br />
la capitale belge. Ils sont le fruit<br />
d’une quête et de voyages incessants<br />
auprès des marchands du<br />
monde entier et dans les ventes<br />
aux enchères. De ses débuts dans<br />
le commerce d’antiquités de son<br />
père jusqu’à son propre succès,<br />
Edric van Vredenburgh sut gagner<br />
la reconnaissance de ses pairs et<br />
la confiance des plus grands collectionneurs<br />
et institutions. D’un<br />
ensemble exceptionnel d’objets<br />
sculptés en pierre dure, de vases<br />
et de mortiers en porphyre, à un<br />
relief italien en marbre de Porto<br />
80
491.400 €<br />
Line Vautrin, Miroir, ca. 1960, pièce<br />
unique. Christie’s, Paris, 08-03.<br />
© Christie’s Images Ltd.<br />
Est. 300.000-400.000 €<br />
Sceau impérial, Chine, dynastie Qing, époque Qianlong, XVIIIe<br />
siècle, néphrite. Beaussant Lefèvre, Paris, 15-04. © Beaussant<br />
Lefèvre<br />
Est. 48.000.000 $ (43.493.000 €)<br />
Le diamant De Beers Cullinan Blue, 15.10 carats. Sotheby’s,<br />
Hong Kong, 28-04. © Sotheby’s<br />
Santo représentant un lion, en<br />
passant par d’extraordinaires<br />
objets d’Alaska, d’appuie-têtes<br />
d’Afrique centrale et du Sud, de<br />
lances jumonji japonaises de<br />
l’époque Edo, de massues de Mélanésie<br />
et de Polynésie, ou encore<br />
un incroyable coffret moghol en<br />
marqueterie et un magnifique<br />
collier hawaïen lei niho provenant<br />
de la collection Nathaniel Bright<br />
Emerson, cet assortiment offre un<br />
saisissant voyage dans le temps et<br />
au fil des civilisations, qui propose<br />
aux collectionneurs un riche<br />
éventail illustrant les créations<br />
des hommes, de la nature et du<br />
temps.<br />
Un sceau impérial<br />
chinois à Drouot<br />
Le 15 avril, à l’Hôtel Drouot, la maison<br />
de ventes Beaussant Lefèvre &<br />
Associés présente, dans une vente<br />
d’arts d’Asie, un important sceau<br />
impérial de l’époque Qing (1644-<br />
1912) ayant appartenu à l’empereur<br />
Qianlong (1736-1795). Découvert<br />
par la maison de ventes au cours<br />
d’un inventaire, ce sceau provient<br />
d’une collection privée française,<br />
dans laquelle il est resté près<br />
d’un siècle. Sculpté en néphrite<br />
vert épinard et figurant un lion<br />
assis jouant avec une balle, ce<br />
rare cachet qui illustre à merveille<br />
la beauté et l’importance de la<br />
culture du sceau sous la dynastie<br />
Qing est estimé entre 300.000 et<br />
400.000 euros. Pour comprendre<br />
la culture du sceau en Chine, il est<br />
important de savoir qu’apposer<br />
son cachet – sur une œuvre, un<br />
document, etc. – n’exprime pas<br />
la notion de propriété. Apposer<br />
son sceau, c’est exprimer son<br />
approbation. On retrouve ainsi<br />
parfois, sur une même œuvre,<br />
plusieurs cachets d’Empereurs<br />
successifs. Le développement de<br />
la culture chinoise du cachet a<br />
atteint son apogée au cours des<br />
dynasties Ming et Qing. Les lettrés<br />
cherchaient en effet à combiner la<br />
calligraphie, la peinture et le sceau<br />
pour atteindre la perfection dans<br />
leurs créations artistiques. Les<br />
artisans explorent alors l’utilisation<br />
de matériaux très variés (néphrite,<br />
stéatite, ivoire, bambou, cristal de<br />
roche ou encore bronze), ainsi que<br />
des formes diverses (carrés, ronds,<br />
rectangulaires, ovales, etc.). Toutes<br />
ces possibilités leur permettent de<br />
développer un nouveau moyen<br />
d’expression artistique. Les 1 800<br />
cachets que possédait l’empereur<br />
Qianlong illustrent bien l’importance<br />
de cette culture du sceau<br />
de l’époque. Enfin, issus de la<br />
même collection, un ensemble<br />
d’objets sculptés dans des pierres<br />
dures sont également proposés.<br />
Les plus importants sont sculptés<br />
en néphrite, à l’instar d’une<br />
importante coupe de mariage en<br />
néphrite céladon du XVIIIe siècle,<br />
estimée entre 40.000 et 60.000<br />
euros, d’une chope couverte en<br />
néphrite brun noir estimée 30.000<br />
à 40.000 euros ou encore d’un<br />
poisson sculpté dans de l’aiguemarine,<br />
estimé entre 6.000 et<br />
8.000 euros.<br />
Un diamant bleu<br />
pour Sotheby’s<br />
Le 28 avril, surfant sur la vogue des<br />
diamants de couleur (lire <strong>COLLECT</strong><br />
AAA n°514, mars <strong>2022</strong>) Sotheby’s<br />
proposera à Hong Kong un<br />
exceptionnel diamant bleu de 15.10<br />
carats, le De Beers Cullinan Blue.<br />
Cet extraordinaire trésor naturel,<br />
taillé dans une pierre brute<br />
exceptionnelle découverte en avril<br />
2021, est l’un des diamants bleus<br />
les plus précieux jamais proposés<br />
aux enchères puisqu’il est le plus<br />
grand diamant bleu vif jamais<br />
présenté aux enchères et le plus<br />
grand diamant bleu vif taillé en<br />
gradins sans défaut interne que le<br />
Gemological Institute of America<br />
(GIA) ait jamais classé. Parmi les<br />
plus rares de tous les diamants<br />
de couleur, les diamants bleus<br />
constituent un fabuleux hasard<br />
de la nature, leur couleur étant<br />
généralement due à la présence<br />
de traces de bore, un élément<br />
rare, dans leur réseau cristallin. En<br />
outre, il existe très peu de sources<br />
d’approvisionnement, la plupart<br />
étant extraits de la mine Cullinan,<br />
en Afrique du Sud. Le De Beers<br />
Cullinan Blue a, qui plus est, été<br />
classé ‘‘Fancy Vivid Blue’’, le plus<br />
haut degré de couleur possible, et<br />
doté d’une clarté exceptionnelle,<br />
déclaré ‘‘Internally Flawless’’. C’est<br />
pourquoi, on l’estime aux environs<br />
de 48 millions de dollars (43,5<br />
millions d’euros).<br />
81
216.750 €<br />
La surprise du mois<br />
Les parfums jouaient un rôle prépondérant<br />
dans la culture chinoise et<br />
étaient présents dans presque tous<br />
les moments de la vie quotidienne.<br />
Dans les nombreux rituels (taoïstes, bouddhistes<br />
ou bien confucianistes) qui organisaient<br />
la société, les Chinois employaient<br />
résines et bois odoriférants pour délimiter<br />
un espace ou un temps sacrés. La présence<br />
seule du brûle-parfum suffisait à signaler<br />
ou à définir un lieu sacré. Pour le Chinois<br />
aisé (et le plus souvent pour la catégorie<br />
sociale que l’on nomme les Lettrés), les<br />
substances aromatiques faisaient partie de<br />
la vie quotidienne, nécessitant l’utilisation<br />
de nombreux objets raffinés, comme le<br />
brûle-parfum, témoignant du rang de son<br />
propriétaire. Le jeudi 10 mars, un exemplaire<br />
exceptionnel était proposé par la<br />
salle gantoise Coronari Auctions. Pesant<br />
près de 60 kilogrammes, ce brûle-parfum<br />
en bronze s’orne de dragons et de perles<br />
enflammées, motifs récurrents de l’art<br />
chinois, la perle représentant l’atteinte de<br />
la sagesse, du pouvoir ou de l’immortalité.<br />
Cette pièce, fabriquée sous la dynastie<br />
Qing, durant le règne prestigieux de<br />
l’empereur Qianlong (1735-1796), provenait<br />
d’une collection privée anversoise. Son<br />
propriétaire l’avait acquise sur le marché<br />
londonien dans le troisième quart du XXe<br />
siècle. Estimée dérisoirement entre 2.000<br />
et 4.000 euros, cette pièce, traditionnelle<br />
dans sa forme malgré l’absence de couvercle,<br />
semble avoir bien plus d’importance<br />
que ne le pensaient les experts de la salle<br />
puisqu’un enchérisseur n’hésitait pas à<br />
pousser le marteau jusqu’au prix faramineux<br />
de 216.750 euros !<br />
Important brûle-parfum, Chine, dynastie Qing,<br />
règne de Qianlong, XVIIIe siècle, bronze, H. 46,5<br />
cm, 60 kg. Coronari Auctions, Nazareth, 10-03.<br />
© Coronari<br />
82
Ventes<br />
<strong>Belgique</strong><br />
Collect-1/2pQ-avril.qxp_320 8/03/22 17:14 Page1<br />
VENTE PUBLIQUE<br />
MA. 26 & ME. 27 AVRIL<br />
à 18h30<br />
22.500 €<br />
Line Vautrin, Miroir Soleil XII, ca. 1955,<br />
résine et verre, 11,18 x 1,97 cm. Flanders<br />
Auctions, 09-02. © Flanders Auctions<br />
22.000 €<br />
Constantin Meunier, Le buste<br />
du puddleur, 1890, bronze à<br />
patine brune avec socle en<br />
marbre. Vanderkindere, 16-<br />
02. © Vanderkindere<br />
ON A VENDU<br />
Line Vautrin chez<br />
Flanders Auctions<br />
Les 9 et 10 février, Flanders Auctions<br />
vendait un miroir Soleil XII<br />
de Line Vautrin (1913-1997) pour<br />
la coquette somme de 22.000<br />
euros, nouveau résultat excellent<br />
pour la miroitière française. En<br />
outre, une sculpture en marbre<br />
de Carrare blanc, à l’effigie d’une<br />
dame avec son enfant et d'un<br />
satyre, faisait l’objet d’une offre<br />
à 11.250 euros. Une autre statue,<br />
du sculpteur français Adrien<br />
Etienne Gaudez (1845-1902),<br />
obtenait elle aussi un bon résultat.<br />
L’artiste avait étudié à l’École<br />
des Beaux-Arts de Paris et fait<br />
ses débuts au Salon de 1864. Il<br />
travailla presque exclusivement le<br />
bronze et se consacra aux scènes<br />
de genre, thèmes militaires et<br />
patriotiques. Sa statue en bronze<br />
d’une jeune fille à la mandoline<br />
était emportée 10.625 euros.<br />
Un calvaire du XVIIIe siècle, de<br />
plus de deux mètres de haut,<br />
composé d’un Christ crucifié et<br />
de deux pleurantes, quittait par<br />
ailleurs la salle à 8.750 euros. Du<br />
côté de l’art contemporain, citons<br />
une œuvre de l’artiste malinois<br />
Jef van Tuerenhout (1926-2006),<br />
dont l’expressionnisme évolua<br />
dans les années 1960 vers un style<br />
légèrement érotique, sensuel<br />
qui s’apparente au réalisme<br />
magique. Sa muse récurrente,<br />
femme mystique et exotique, fait<br />
partie de ce style et apparaît aussi<br />
dans ce portrait intitulé Avec ses<br />
yeux pleins d’ombre, qui trouvait<br />
acquéreur pour 8.125 euros.<br />
Lalanne chez<br />
Vanderkindere<br />
Une lampe de table du modèle<br />
Pigeon, créée par l’artiste français<br />
François-Xavier Lalanne (1927–<br />
2008) fut l’un des succès de la<br />
vente du 16 février chez Vanderkindere.<br />
L’artiste forma un duo<br />
avec son épouse Claude, connu<br />
pour ses sculptures surréalistes<br />
d’animaux et de végétaux. Il avait<br />
créé cette lampe en 1992, adjugée<br />
39.000 euros (est. 20.000-<br />
30.000 euros). Une grande nature<br />
morte attribuée au peintre<br />
du sud des Pays-Bas Alexander<br />
Adriaenssen (1587-1661) créait,<br />
par ailleurs, la surprise. Nombre<br />
de natures mortes d’Adriaenssen<br />
étaient de taille relativement<br />
réduite et d’un prix abordable, sa<br />
spécialité étant les produits de la<br />
mer. Cette représentation d’un<br />
homard et de fruits entourés<br />
de divers animaux, dont des<br />
perroquets, un singe, un écureuil<br />
"Christ en croix" maniériste en bronze doré<br />
Attribué à Guglielmo Della Porta. Epoque: XVIème<br />
Reposant sur un crucifix en bois. Travail italien. Epoque: XVIIème<br />
Dim: H.(Christ): 24cm. H.(Crucifix): 123,5cm<br />
Huile sur toile marouflée sur toile "L'histoire de David et d'Abigaïl"<br />
D'après Hugo van der Goes. Ecole flamande<br />
Epoque: XVIIème. Dim: 135,5x240cm<br />
EXPOSITION<br />
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83
Ventes<br />
<strong>Belgique</strong><br />
16.000 €<br />
Horloge à pendule attribuée à Pierre-Philippe<br />
Thomire (1751-1843), avec représentation de<br />
Bacchus, ca. 1805, bronze ciselé et doré. Galerie<br />
Moderne, 20 & 21-02. © Galerie Moderne<br />
12.000 €<br />
Gustave Van De Woestyne, Portrait<br />
de Félicien Brys, huile sur toile, 70 x<br />
50 cm. Horta, 21-02. © Horta<br />
24.000 €<br />
Bruno Catalano, Voyageur,<br />
2014, bronze patiné,<br />
H. 61 cm. Horta, 21-02.<br />
© Horta<br />
6.500 €<br />
Firmin Baes, Jeune fille aux fuchsias, huile<br />
sur toile, signé, 60 x 48 cm. Maison Jules,<br />
26-02. © Maison Jules<br />
et un chat, est plutôt exceptionnelle.<br />
Elle s’adjugeait 32.000<br />
euros (est. 8.000-12.000 euros).<br />
Constantin Meunier (1831-1905)<br />
était également présent avec le<br />
buste d’un ouvrier métallurgiste<br />
de 1890. Cette statue en bronze<br />
à patine brune, au prix indicatif<br />
de 7.000 à 10.000 euros était<br />
adjugée 22.000 euros. Enfin, le<br />
panneau Le Philosophe provenant<br />
de l’atelier de David Teniers<br />
le Jeune (1610-1690), estimé 600 à<br />
800 euros, quittait la salle contre<br />
20.000 euros.<br />
Maurice Wyckaert à<br />
la Galerie Moderne<br />
Les 20 et 21 février, la Galerie<br />
Moderne adjugeait, entre autres,<br />
deux horloges à pendule de<br />
la collection du baron et de la<br />
baronne François Duesberg.<br />
La première, datant de 1805,<br />
attribuée à l’artiste néoclassique<br />
français Pierre-Philippe Thomire<br />
(1751-1843), avec représentation<br />
du dieu Bacchus, était estimée<br />
7.000 à 8.000 euros, mais adjugée<br />
16.000 euros. La seconde était<br />
signée Claude Galle (1759-1815),<br />
important fondeur de bronze de<br />
la fin du XVIIIe siècle qui créa des<br />
ferrures pour meubles, horloges<br />
et autres objets de bronze doré<br />
pour les palais de Fontainebleau,<br />
Versailles, Saint-Cloud et Compiègne.<br />
Sur cette grande horloge<br />
de style Empire sont assises deux<br />
jeunes femmes, l’une lisant et<br />
l’autre étudiant une carte. Cette<br />
pendule, estimée 7.000-8.000<br />
euros, changeait de mains contre<br />
8.200 euros. Au rayon asiatique,<br />
une grande assiette ronde à<br />
décor de deux dragons en émail<br />
rouge et doré remportait, elle<br />
aussi, un vif succès. L’assiette<br />
portant la marque de la période<br />
Guangxu (1875-1908), était<br />
estimée 3.000-4.000 euros, mais<br />
faisait l’objet d’une offre à 15.000<br />
euros. Enfin, une oeuvre de Maurice<br />
Wyckaert (1923-1996) de 1985<br />
était frappée 14.000 euros (est.<br />
8.000-12.000 euros).<br />
Bruno Catalano<br />
chez Horta<br />
Horta vendait, le 21 février, un<br />
Voyageur du sculpteur français<br />
Bruno Catalano (1960), réalisé<br />
en 2014. Cette statue en bronze<br />
faisait l’objet d’une offre à 24.000<br />
euros. Parmi les bijoux, une<br />
bague en or blanc ornée d’un<br />
diamant de +/- 4,53 carats créait<br />
la surprise en quittant la salle<br />
contre 16.000 euros. Gustave Van<br />
De Woestyne était représenté<br />
dans la vente par un portait de<br />
Félicien Brys, mère de l’orateur<br />
et homme politique belge Arthur<br />
Brys. Un acheteur déboursait pas<br />
moins de 12.000 euros pour en<br />
faire l’acquisition. De son côté,<br />
une sculpture en albâtre d’une<br />
mise au tombeau, peut-être<br />
d’origine allemande et datant du<br />
début du XVIIIe siècle, était adjugée<br />
12.000 euros, tandis qu’un<br />
dessin au crayon d’un deux-mâts<br />
dans une tempête par le peintre<br />
russe Ivan Constantinovich<br />
Aivazovski (1817-1900) était payé<br />
10.000 euros.<br />
Firmin Baes chez<br />
Maison Jules<br />
La première vente aux enchères<br />
organisée par Maison Jules dans<br />
l’église paroissiale Sainte-Croix<br />
de Sint-Amandsberg générait<br />
quelques beaux résultats.<br />
Une Jeune fille aux fuchsias de<br />
Firmin Baes (1874-1945), estimée<br />
2.000 à 3.000 euros, rapportait<br />
finalement 6.500 euros, tandis<br />
que deux statues en marbre de<br />
la sculptrice belge Hilde Van<br />
Sumere (1932-2013), chacune<br />
estimée 3.000 à 5.000 euros,<br />
trouvaient acquéreur contre<br />
8.000 euros. Ces deux sculptures,<br />
témoignant du style sobre caractéristique<br />
de l’artiste, sont en<br />
marbre de Carrare. Une œuvre<br />
de Joseph Willaert, peintre belge<br />
connu pour ses tableaux colorés<br />
et enfantins de villages flamands<br />
et de la vie rurale, s’adjugeait audelà<br />
de la fourchette des estimations<br />
: sa Porte d’une écurie, singulière<br />
œuvre tridimensionnelle,<br />
avec sa porte en bois ouverte où<br />
est fixé le tableau, séduisait un<br />
collectionneur à 7.000 euros. Le<br />
catalogue proposait en outre un<br />
dessin au pastel de l’expressionniste<br />
gantoise Anna De Weert<br />
(1867-1950). Estimé 1.600 à 2.400<br />
euros, Le verger obtenait 5.000<br />
euros.<br />
Collections<br />
européennes chez<br />
FW Auctions<br />
FW Auctions mettait aux enchères,<br />
le 27 février, des œuvres<br />
en provenance de quelques<br />
collections européennes, dont un<br />
portrait miniature rond d’Olympe<br />
Desmaisieres (1766-1851), fille<br />
de l’officier français François<br />
Morin d’Arfeuille et épouse<br />
de Charles-François-Paulin<br />
Desmaisieres, propriétaire de<br />
Monchaux, en France. Un de<br />
ses fils était Léandre Desmaisieres<br />
(1794-1864), homme d’État<br />
belge, parlementaire, ministre<br />
des Finances et gouverneur de<br />
Flandre orientale. Ce délicat<br />
portrait miniature représente<br />
un témoignage précieux de la<br />
carrière précoce d’Augustin Ritt,<br />
né à Saint-Pétersbourg, mais<br />
84
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Maître le 1er Juillet 1750.<br />
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Breteuil puis Château Peltzer.<br />
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Deauville ou de l’avenue de Bellechasse à Paris)<br />
- La collection d’art contemporain de monsieur Peltzer (Œuvres<br />
de Yves Zurstrassen, Zender, Miguel Berrocal, Speddy<br />
Graphito, Ludo, André Lhote, Patrick Hugues, Ender, Quick,<br />
Britto, Chris Tap etc etc).<br />
- Maroquinerie de Luxe.<br />
Exposition du jeudi 28 au samedi 30 avril de 10 à 18 heures.<br />
Hermes, Gucci, Louis Vuitton.<br />
60 rue de Bertransart, 6280 Gerpinnes | Tel. +32 71 50 59 95 | +32 495 25 16 20 | info@mjvsoudant.be | www.mjvsoudant.be
Ventes<br />
<strong>Belgique</strong><br />
5.000 €<br />
Georges Lavroff, La Nuit,<br />
bronze doré, 77 x 57 x 14 cm.<br />
FW Auctions, 27-02. © FW<br />
Auctions<br />
James Ensor, Le Christ calmant la tempête, 1886, eau-forte<br />
sur japon magnifiquement rehaussée en couleurs par<br />
l’artiste, signée et titrée en bas, au crayon, contresignée au<br />
dos par l’artiste, 15,3 x 23 cm. Lhomme, 09-04. © Lhomme<br />
EST. 30.000-50.000 €<br />
Floris Jespers, Le Couple. Campo &<br />
Campo, 20-04. © Campo & Campo<br />
EST. 8.000-12.000 €<br />
Joseph Lacasse, Composition<br />
en bleu. Campo & Campo, 20-<br />
04. © Campo & Campo<br />
qui suivit une formation à Anvers<br />
dans l’atelier du portraitiste<br />
Andréas Bernardus de Quertemont<br />
(1750-1835). Ce portrait<br />
était emporté contre 6.000 euros.<br />
Quant à elle, une sculpture de<br />
Georges Lavroff qui, pour une<br />
fois, ne représente aucun animal,<br />
trouvait preneur à 5.000 euros.<br />
Cette statue en bronze doré, sur<br />
socle en marbre, représente une<br />
jeune femme tendant le bras<br />
vers la lune. Enfin, une vue de la<br />
cascade de la station thermale de<br />
Bad Gastein, en Autriche, par le<br />
peintre franco-polonais Simon<br />
Mondzain (1890-1979) quittait la<br />
salle à 3.000 euros.<br />
ON VENDRA<br />
Belles impressions<br />
chez Lhomme<br />
La prochaine vente publique chez<br />
Lhomme est prévue le samedi 9<br />
avril. On y présente, au chapitre<br />
des Beaux-Arts, un dessin de Jean<br />
Delville, des tableaux de Léon<br />
Wuidar, Ernest Marneffe, Auguste<br />
Donnay, Albert Raty, Edgar<br />
Scauflaire, Auguste Mambour ou<br />
encore Gaston Bogaert, … Mais<br />
aussi, des gravures de James Ensor,<br />
Sam Francis, Pierre Alechinsky<br />
ou Henri Michaux. Notons aussi<br />
plusieurs dessins originaux de<br />
Léonard Defrance, un beau petit<br />
ensemble d’estampes japonaises,<br />
ainsi qu’une importante collection<br />
de dessins et gravures de Félicien<br />
Rops. Au chapitre de la bandedessinée,<br />
un bel ensemble d’éditions<br />
originales de Tintin devrait<br />
ravir les amateurs de l’œuvre de<br />
Hergé. La vente se complète d’un<br />
important chapitre en affiches<br />
anciennes. Notons encore une<br />
lettre portant la signature manuscrite<br />
de Catherine de Médicis et<br />
un ensemble de bronzes, dont un<br />
superbe David d’Antonin Mercié.<br />
Floris Jespers chez<br />
Campo & Campo<br />
Le lot-phare de la vente aux<br />
enchères d’art moderne et<br />
contemporain, organisée par<br />
Campo & Campo le 20 avril, sera<br />
une magnifique huile sur toile<br />
de Floris Jespers. Le Couple (est.<br />
30.000-50.000 euros) figurait jadis<br />
dans la collection du poète Paul<br />
Van Ostaijen. Outre un églomisé<br />
(5.000-8.000 euros), d’autres<br />
œuvres de ce peintre seront<br />
mises aux enchères. Autre lotphare,<br />
une broderie de l’artiste<br />
conceptuel italien Alighiero Boetti,<br />
Cinque x cinque venticinque (est.<br />
25.000-35.000 euros). Parmi les<br />
autres lots d’artistes internationaux<br />
figurent un dessin au fusain<br />
d’Ernst Ludwig Kirchner (est.<br />
6.000-8.000 euros), une œuvre<br />
sur papier de l’artiste colombien<br />
Luis Caballero (est. 3.000-5.000<br />
euros), un collage inhabituel<br />
intitulé Reading, the Communist<br />
ideal du Britannique Nick Banks<br />
(est. 4.000-6.000 euros) et une<br />
œuvre abstraite en technicolor<br />
de l’artiste autrichien Thierry<br />
Feuz (est. 10.000-15.000 euros).<br />
Evidemment, l’offre inclura<br />
nombre d’artistes belges connus,<br />
ainsi d’une collection d’œuvres<br />
d’Eugène Van Mieghem, avec<br />
comme point d’orgue un pastel<br />
représentant un homme au repos<br />
avec une pipe au bord de l’eau<br />
(est. 3.000-5.000 euros). Jakob<br />
Smits sera représenté par un<br />
portrait de fille (est. 15.000-25.000<br />
euros). Un autre portrait, de la<br />
main de Théo Van Rysselberghe,<br />
est estimé entre 8.000 et 12.000<br />
euros. Signalons aussi plusieurs<br />
œuvres de Paul Joostens, dont<br />
une belle toile de 1937 (est. 4.000-<br />
6.000 euros). La liste se complètera<br />
d’œuvres d’artistes abstraits<br />
belges, dont une signée Maurice<br />
Wyckaert (est. 8.000-12.000 euros)<br />
et deux belles compositions de<br />
Joseph Lacasse. Sa Composition<br />
en bleu est attendue entre 8.000<br />
et 12.000 euros. Plusieurs œuvres<br />
de Bram Bogart sont en outre<br />
attendues, avec comme point<br />
d’orgue une peinture de 1964 (est.<br />
10.000-15.000 euros). Cerise sur le<br />
gâteau : six œuvres abstraites de<br />
Guy Vandenbranden. Sculptures<br />
et design seront également<br />
proposés.<br />
Grande collection<br />
d’animaux du<br />
Studio Steiff pour<br />
Flanders Auctions<br />
C’est un catalogue bien fourni en<br />
art, design et antiquités qui est<br />
proposé lors de la vente des 20<br />
et 21 avril chez Flanders Auctions.<br />
Cette fois, la salle présente une<br />
grande collection d’animaux du<br />
Studio Steiff. La société Steiff,<br />
connue dans le monde entier<br />
pour ses petits ours et autres animaux<br />
de compagnie en peluche,<br />
conçoit et produit depuis plus de<br />
100 ans des peluches réalistes et<br />
de grande qualité, principalement<br />
utilisées pour orner les plateaux<br />
de tournage, les intérieurs et les<br />
fêtes à thème. La collection mise<br />
aux enchères par Flanders Auctions<br />
comprend des ours bruns<br />
(est. 800-1.200 euros), des girafes<br />
(H. 240 cm, est. 800-1.200 euros),<br />
un tigre, une lionne et des huskies,<br />
ainsi qu’une peluche d’ours<br />
grandeur nature. Ce dernier fut<br />
fabriqué pour orner le département<br />
"enfants" de plusieurs<br />
succursales du magasin Inno<br />
en <strong>Belgique</strong> et est aujourd’hui<br />
considérée comme une véritable<br />
pièce de collection. Outre la<br />
Collection Steiff, des œuvres de<br />
Charles Catteau (est. 1.500-2.500<br />
euros), une impressionnante<br />
horloge en forme de cathédrale<br />
86
Medusa-Auctioneers – Breda<br />
LA salle de vente pour les Pays-Bas et la <strong>Belgique</strong><br />
Maiden Spring Auction<br />
ART – ANTIQUITES – ET OBJETS DE <strong>COLLECT</strong>ION<br />
Offres d’achat à partir du 11 avril<br />
Enchères en ligne et en direct à partir du 10 mai<br />
WWW.MEDUSA-AUCTIONEERS.NL
Ventes<br />
<strong>Belgique</strong><br />
EST. 800-1.200 €<br />
Ours brun de la Collection Steiff Studio Animals.<br />
Flanders Auctions, 20 et 21-04. © Flanders Auctions<br />
EST. 8.000-12.000 €<br />
Pendule en forme de cathédrale de<br />
Reims, bronze doré. Flanders Auctions,<br />
20 et 21-04. © Flanders Auctions<br />
André Lanskoy, Cortège, éd.Pierre<br />
Lecuire. Damien Voglaire, 22 & 23-<br />
04. © Damien Voglaire<br />
EST. 50.000-60.000 €<br />
Andy Warhol, Mick Jagger,<br />
1975, estampe, sérigraphie en<br />
couleurs sur papier, signée dans<br />
la plaque : Mick Jagger et hors<br />
plaque : Andy Warhol, justification<br />
de tirage 127/250, 110 x 73<br />
cm. Horta, 25 & 26-04.<br />
© Horta<br />
de Reims (est. 8.000-12.000<br />
euros), plusieurs œuvres du<br />
peintre anversois Pol Mara (entre<br />
autres des dames, est. 1.000-2.000<br />
euros) et bien d’autres seront<br />
mises à l’encan.<br />
Artistes et écrivains<br />
chez Damien<br />
Voglaire<br />
La vente de printemps, organisée<br />
les 22 et 23 avril en la salle des<br />
ventes Damien Voglaire se place<br />
sous les auspices de plusieurs<br />
grands artistes et écrivains. Ainsi,<br />
Le Voyage d’Urien d’André Gide<br />
est le premier livre illustré par<br />
Maurice Denis et le seul pour<br />
lequel il a gravé des lithographies<br />
en camaïeu. Il marque le début<br />
du mouvement Nabis, dont<br />
Maurice Denis rédigea le premier<br />
la définition, dès août 1890, dans<br />
la revue Art et Critique. Demeurons<br />
dans le XIXe siècle avec cette<br />
belle et rare épreuve sur Japon de<br />
James Ensor, La Bataille des Éperons<br />
d’or (1895), datée et signée<br />
au crayon ; une belle édition de<br />
Notre-Dame de Paris, illustrée<br />
de dix eaux fortes par Luc-Olivier<br />
Merson et finement reliée par<br />
Henri Blanchetière (avec un billet<br />
signé par Victor Hugo), ou encore<br />
la grammaire espagnole ayant<br />
appartenu à Arthur Rimbaud,<br />
avec la signature autographe du<br />
poète et son adresse. ‘‘L’homme<br />
à la grammaire espagnole’’ fut le<br />
nom dont Delahaye qualifia Rimbaud<br />
dans une lettre à Verlaine.<br />
Rimbaud, peut-être influencé par<br />
le côté hispanophile de Verlaine,<br />
voulait apprendre l’espagnol et<br />
avait dressé des listes de mots et<br />
de tableaux de conjugaison en<br />
Castillan. Il avait probablement<br />
l’intention d’accompagner son<br />
ami en Espagne et de s’engager<br />
comme volontaire du côté des<br />
Républicains. Le destin tragique<br />
des deux hommes empêcha ce<br />
projet. Passons à la modernité<br />
et à l’avant-garde avec Cortège<br />
(1959), livre de Pierre Lecuire<br />
illustré de vingt-quatre pochoirs<br />
d’André Lanskoy, dans une superbe<br />
reliure de Devauchelle. On<br />
continue avec un bel ensemble<br />
d’affiches, d’éditions originales et<br />
de cartons d’invitation de Marcel<br />
Broodthaers. À noter, le carton<br />
d’invitation de la toute première<br />
exposition de l’artiste à la Galerie<br />
Saint-Laurent, à Bruxelles, du<br />
10 au 25 avril 1964, exemplaire<br />
imprimé sur un feuillet de<br />
magazine en couleurs. Du fait du<br />
papier utilisé, chaque exemplaire<br />
est unique. Il y aura aussi de<br />
nombreux exemplaires illustrés<br />
par Derain, Picasso, Buffet, Villon,<br />
Maillol, Masson et aussi Dalí. On<br />
verra également une riche section<br />
de peintures, avec un ensemble<br />
de sept œuvres de Guillaume<br />
Vogels, dont le superbe tableau<br />
intitulé L’Inondation à Anderlecht,<br />
ainsi que six peintures africanistes<br />
de Guilherme Marques. A noter,<br />
un singulier et unique panorama<br />
photographique de la côte belge,<br />
composé de soixante-sept panneaux<br />
sur lesquels sont collées<br />
des centaines de photographies<br />
représentant toute la côte, de La<br />
Panne au Zoute, qui, mis bout<br />
à bout, constitue un panorama<br />
complet du littoral belge.<br />
Andy Warhol<br />
chez Horta<br />
Ce sont les 25 et 26 avril que se<br />
déroulera la traditionnelle vente<br />
cataloguée mensuelle organisée<br />
par la salle Horta. Au menu,<br />
entre autres, une estampe par<br />
Andy Warhol, sérigraphie en<br />
couleurs sur papier représentant<br />
Mick Jagger (1975), signée dans<br />
la plaque : Mick Jagger et hors<br />
plaque Andy Warhol, justification<br />
de tirage 127/250, estimée<br />
50.000 à 60.000 euros. Au rang<br />
des œuvres plus classiques, deux<br />
compositions pastorales signées<br />
Eugène Verboeckhoven, quelques<br />
chatons d’Henriette Ronner, une<br />
école hollandaise du XVIIe siècle,<br />
une école allemande vers 1600<br />
et une école lombarde du XVIe<br />
siècle, une Vue panoramique<br />
de Dinant par James Webb (est.<br />
13.000-15.000 euros), une Phryné<br />
en ivoire et onyx signées Charles<br />
Samuel (est. 6.000 à 8.000 euros),<br />
Camille Lemonnier en visite au<br />
jardin d’Isidore Verheyden (est.<br />
15.000-25.000 euros), ainsi que<br />
quelques bagues, dont une<br />
en or blanc agrémentée d’une<br />
tourmaline de ± 10,53 carats et de<br />
diamants taille brillant (est. 11.000-<br />
12.000 euros), et une en platine<br />
agrémentée d’un saphir de ±<br />
7,15 carats et de diamants tailles<br />
trillant et brillant pour ± 1,80 carat<br />
(est. 8.000-10.000 euros).<br />
Collections<br />
diverses et variées<br />
chez Haynault<br />
Haynault organise une vente de<br />
collections en deux volets, le 26<br />
avril. Le volet numismatique dispersera<br />
notamment la deuxième<br />
partie de la Collection Anvers,<br />
important ensemble de médailles<br />
belges et étrangères constitué<br />
pendant plusieurs décennies par<br />
le collectionneur. Provenant d’une<br />
autre source, d’autres médailles<br />
commémoratives belges, allant de<br />
la révolution belge de 1830 jusqu’à<br />
la période de la Première Guerre<br />
88
ABACA<br />
Association Brussels Art & Culture Auctions<br />
BOOKS & PRINTS<br />
LIVE AUCTION : SATURDAY 14 MAY <strong>2022</strong><br />
Session I : 9.30 A.M. / Session II : 2.00 P.M.<br />
VIEWING : by appointment : 2 - 7 MAY<br />
9 - 13 MAY : 10.00 A.M. - 6.00 P.M.<br />
Contact : Armelle Gasquet<br />
+32 468 46 51 28<br />
info@abaca.auction<br />
Live bidding<br />
Online catalogue : www.abaca.auction (starting : 14 April <strong>2022</strong>)<br />
Printed catalogue available on request<br />
325 Bld Emile Bockstael – 1020 Brussels – Belgium
Ventes<br />
<strong>Belgique</strong><br />
Guglielmo Della Porta (att.), Christ en croix sur crucifix, Italie,<br />
XVIe-XVIIe siècle, bronze doré, bois noirci, H. 123,5 cm. Vanderkindere,<br />
26 & 27-04. © Vanderkindere<br />
EST. 600-800 €<br />
Série d’assiettes de famille rose à décor de paons, Chine,<br />
dynastie Qing, époque Qianlong (1711-1799). Jordaens, 26<br />
et 27-04. © Jordaens<br />
Jean Brusselmans, Femme écrivant,<br />
technique mixte au pastel sur<br />
papier. DVC, du 30-04 au 02-05.<br />
© DVC<br />
mondiale, seront proposées.<br />
Le volet ‘‘autres collections’’ se<br />
décline en : bandes dessinées, où<br />
seront proposés une douzaine<br />
d’albums de Tintin en état de<br />
fraîcheur exceptionnel provenant<br />
d’une récente découverte.<br />
Son jeune propriétaire avait<br />
conservé ses albums, reçus de ses<br />
parents entre 1941 et 1950, sous<br />
papier kraft. Les couleurs des<br />
couvertures sont donc comme<br />
neuves, il s’agit d’une découverte<br />
importante pour les tintinophiles<br />
avertis ; documents et actions<br />
anciennes, témoins du glorieux<br />
passé industriel de la <strong>Belgique</strong> ;<br />
photographies, avec les archives<br />
d’un scientifique belge ayant vécu<br />
en Chine entre 1925 et 1950, et<br />
d’un autre Belge ayant participé<br />
à la campagne de Lybie conduite<br />
par le maréchal Montgomery<br />
durant la Seconde Guerre mondiale<br />
; textiles et tapis anciens ; et<br />
tabacologie, avec une importante<br />
collection de pipes, constituée sur<br />
deux générations.<br />
Un Christ en croix<br />
après Pâques chez<br />
Vanderkindere<br />
Issu d’une célèbre famille de<br />
sculpteurs originaires des lacs<br />
lombards, Guglielmo Della Porta<br />
(1510-1577) s’affirma à Rome grâce<br />
à Michel-Ange et aux Farnèse<br />
et fonda un des ateliers les plus<br />
cosmopolites de la ville. Actif à la<br />
fin de la Renaissance, son style<br />
s’inscrit plus particulièrement<br />
dans le maniérisme. Les experts<br />
de la salle Vanderkindere pensent<br />
pouvoir lui attribuer un Christ en<br />
croix maniériste en bronze doré,<br />
daté du XVIème, reposant sur un<br />
important crucifix en bois noirci<br />
serti de cabochons en cristal de<br />
roche biseauté, appliqués sur<br />
fond de tissu rouge, agrémenté<br />
de plaques en argent repoussé.<br />
Les branches de la croix sont<br />
terminées de têtes d’angelots en<br />
bronze doré. Ce travail italien du<br />
XVIIème siècle constituera le clou<br />
de la vente cataloguée mensuelle<br />
proposée les 26 et 27 avril.<br />
Porcelaine de<br />
Chine chez<br />
Jordaens<br />
Un certain nombre d’effets ménagers<br />
seront vendus par Jordaens<br />
les 26 et 27 avril. Le catalogue proposera,<br />
en outre, des peintures de<br />
maîtres anciens et romantiques,<br />
de même que des meubles du<br />
XVIIIe siècle et de la porcelaine de<br />
Chine et du Japon. Un ensemble<br />
d’assiettes en porcelaine de Chine<br />
de famille rose, à décor de paons,<br />
d’époque Qianlong, est estimé<br />
600 à 800 euros.<br />
Jean Brusselmans<br />
pour DVC Gand<br />
La vente organisée du 30 avril<br />
au 2 mai en la maison de vente<br />
gantoise DVC se divisera en une<br />
journée pour l’art classique et les<br />
antiquités et une journée pour<br />
l’art moderne et le design. Une<br />
des vedettes en sera une œuvre<br />
de Jean Brusselmans (1884-1953),<br />
VENTES AUX<br />
ENCHÈRES<br />
D'OBJETS D'ART<br />
ET D'ANTIQUITÉS<br />
JORDAENS SA<br />
VENTES<br />
LES MARDI 26 ET MERCREDI 27 AVRIL<br />
À PARTIR DE 19H.<br />
EXPOSITION<br />
LES VENDREDI 22 ET SAMEDI 23 AVRIL<br />
DE 10H À 17H.<br />
Drabstraat 74 I 2640 Mortsel I info@jordaens.eu<br />
03 449 44 30 I Catalogues et livestream: www.jordaens.eu<br />
90
EST. 15.000-20.000 €<br />
Francis Bacon, Study from the<br />
human body, 1987, aquatinte en<br />
couleurs signée et numérotée<br />
64/90, 160 x 130 cm. Cornette,<br />
Bruxelles, 01-05. © Cornette<br />
estimée entre 1.000 et 5.000 compositions géométriques et<br />
euros. Cette œuvre précoce présente<br />
des influences impression-<br />
surfaces de couleur. L’œuvre, une<br />
stylisées et l’utilisation de grandes<br />
nistes. Entre 1912 et 1920, influencé technique mixte au pastel sur papier<br />
s’intitule Femme écrivant et<br />
par son amitié avec Rik Wouters<br />
et Ferdinand Schirren, Brusselmans<br />
se rapproche du fauvisme soise. De la même collection, on<br />
provient d’une collection anver-<br />
brabançon. Ce n’est qu’à partir de trouve une œuvre de Victor Mahu<br />
1920 qu’il développe un style plus (XVIIe siècle), estimée entre 3.000<br />
personnel, caractérisé par des et 7.000 euros. Figurera égale-<br />
200X132 LOUIZA.qxp_Mise en page 1 14/03/<strong>2022</strong> 12:50 Page1<br />
ment une pièce unique tardive en<br />
marbre de George Minne (1866-<br />
1941), estimée entre 5.000 et 8.000<br />
euros. On notera enfin de belles<br />
collections privées d’antiquités<br />
de Knokke et de Gand, un certain<br />
nombre de peintures du monastère<br />
des Capucins à Anvers et une<br />
collection d’art surréaliste.<br />
Editions limitées<br />
chez Cornette<br />
La maison de vente Cornette de<br />
Saint Cyr, à Bruxelles, organisera<br />
le 1er mai une vente en<br />
éditions limitées, modernes et<br />
contemporaines, variées et de<br />
qualité. Ainsi, Francis Bacon<br />
(1909-1992), peintre inclassable<br />
à la personnalité complexe,<br />
sera mis à l’honneur à travers<br />
la présentation d’estampes<br />
de grand format. Ces pièces<br />
côtoieront d’autres lithographies,<br />
sérigraphies, gravures sur bois<br />
et eaux fortes en édition limitée<br />
portant les signatures d’artistes<br />
tels qu’Ensor, Picasso, Delaunay,<br />
Mirò, Dalí, Klein, Poliakoff, Vasarely,<br />
Kentridge, Beckman, Stella,<br />
Lewitt, Baselitz ou encore Kapoor<br />
et Banksy. Sans oublier de faire la<br />
part belle aux artistes nationaux<br />
tels que Alechinsky, Magritte<br />
et Folon. La maison de vente<br />
mettra également à l’honneur<br />
les multiples, notamment sous<br />
la forme de sculptures de César,<br />
Arman ou Arp, des objets de<br />
Klein, Raveel, Venet; ou encore<br />
un bel ensemble de Berrocal. La<br />
collection de cette vente est une<br />
incontestable illustration de la façon<br />
dont de grands noms se sont<br />
imprégnés de la réthorique de<br />
l’édition limitée dans l’art. Pour<br />
les amateurs et les collectionneurs<br />
avisés, il sera ainsi possible<br />
de jouir d’œuvres signées de<br />
grands noms et numérotées.<br />
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STREET ART - TABLEAUX & SCULPTURES CONTEMPORAINS<br />
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EMBALLAGE ET ENVOI DES OEUVRES<br />
SUR DEMANDE APRÈS LA VENTE<br />
91
Christian<br />
Dotremont<br />
La plasticité du langage<br />
À l’occasion du centenaire de la<br />
naissance du poète et peintre belge<br />
Christian Dotremont, une exposition<br />
exceptionnelle est présentée à Bruxelles.<br />
L’occasion de s’intéresser à la cote<br />
de cet artiste majeur de la seconde<br />
moitié du XXe siècle.<br />
TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE<br />
A bleu mentir qui vient de près, 1978, encre de Chine et mine de plomb sur papier, 21 x 27,5 cm. Fondation<br />
Roi Baudouin / Dépôt aux Archives & Musée de la Littérature.<br />
De fait, Christian Dotremont<br />
(1922-1979) fut l’un des premiers<br />
à élever l’écriture au rang<br />
des arts plastiques. Novateur,<br />
il invente les logogrammes, véritables<br />
poèmes visuels tracés au pinceau en une<br />
fabuleuse spontanéité. Ses mots, couchés<br />
impulsivement sur le papier, s’allongent et<br />
se distordent jusqu’à créer une composition<br />
d’une grande expressivité. Écriture et<br />
peinture y fusionnent, se voyant ainsi sans<br />
cesse réinventées. Pour l’artiste, il s’agit<br />
de tracer dans l’espace blanc et à l’aide de<br />
l’encre de Chine la plus noire des signes<br />
mimant une écriture cursive rêvée. Par<br />
cette technique, expliquait son contemporain<br />
Joseph Noiret, Dotremont « saisit la<br />
nature matérielle de l’acte d’écrire, devine<br />
le rôle initiateur de la main où le poids du<br />
corps au travail se porte jusqu’à la pointe<br />
de la plume. » Dès lors, le geste producteur<br />
et l’écriture formalisée s’offrent simultanément<br />
pour faire sens, pour restituer<br />
l’impulsion créatrice, dire l’immédiateté<br />
du poème, évacuer toute anecdote et en<br />
définitive pousser le langage vers sa propre<br />
disparition.<br />
92
Dans la plénitude de mes moyens, qui sont aussi les vôtres, 1977, encre de Chine et mine de plomb sur<br />
papier, 21,2 x 27,5 cm. Fondation Roi Baudouin / Dépôt aux Archives & Musée de la Littérature.<br />
Des mots, c’est la<br />
dimension matérielle<br />
que Dotremont<br />
cherche à exprimer.<br />
Car, pour lui,<br />
ils possèdent<br />
une réalité propre.<br />
DIMENSION MATÉRIELLE<br />
En 1940, Christian Dotremont découvre la<br />
revue surréaliste L’Invention Collective et à<br />
l’occasion d’un envoi de ses poèmes, prend<br />
contact avec le mouvement. Très attiré par<br />
l’association des mots et de la peinture, il<br />
s’intéresse plus particulièrement à l’œuvre<br />
de René Magritte et à l’ambigüité des liens<br />
qui s’y développent entre mot, chose et<br />
image. Toutefois, il souhaite pousser plus<br />
loin l’expérimentation. Des mots, c’est<br />
la dimension matérielle qu’il cherche à<br />
exprimer. Car, pour lui, ils ne servent pas<br />
seulement à représenter les choses et leur<br />
signification, mais possèdent une réalité<br />
propre. Aussi n’a-t-il de cesse, entre les<br />
expériences surréalistes et sa participation<br />
essentielle à la fondation et à l’organisation<br />
du mouvement CoBrA, en novembre 1948,<br />
d’en découvrir le potentiel plastique et la<br />
matérialité. Pour ce faire, il mène, entre<br />
autres, des expériences à quatre mains<br />
avec le Danois Asger Jorn, créant ensemble<br />
les premières peintures-mots, œuvres<br />
collectives que poursuivront plus tard<br />
d’autres artistes Cobra comme Constant,<br />
Appel ou Corneille. Dès 1949, Dotremont<br />
se rapproche de Pierre Alechinsky au<br />
contact duquel il se découvre peintre.<br />
Au fil d’expérimentations obstinées<br />
ayant pour but de tirer de la plasticité du<br />
langage et des mots, en 1962, il réussit à<br />
atteindre son objectif en inventant ces<br />
logogrammes qui l’occuperont jusqu’à la<br />
fin de sa vie. Pour Dotremont, il ne faut pas<br />
savoir les lire, mais plutôt les voir dans leur<br />
dimension graphique, matérielle. Le plus<br />
souvent, leur texte se retrouve en dessous,<br />
au crayon, à l’écriture régulière. Ce qui permet<br />
d’en comprendre le sens après l’avoir<br />
vu. Ses logogrammes seront montrés dans<br />
plusieurs expositions, dont la première, en<br />
1969, à la Galerie Maya de Bruxelles.<br />
ICONIQUE ET RARE<br />
Au regard de ce riche parcours, on se rend<br />
compte de l’aspect iconique des œuvres<br />
de Christian Dotremont, qui transcendent<br />
les catégories artistiques. Ces poèmes à<br />
voir et à lire que sont les logogrammes<br />
constituent ainsi une des principales<br />
découvertes plastiques de la seconde moitié<br />
du XXe siècle. Un constat qui explique<br />
la rareté de ces œuvres, particulièrement<br />
recherchées. En outre, après le décès de<br />
l’artiste, ses archives, documents, œuvres<br />
graphiques et correspondance, ainsi que<br />
sa bibliothèque, seront rassemblés en un<br />
fonds géré par son frère Guy. En 2011, celui-ci<br />
en confie une grande partie à la Fondation<br />
Roi Baudouin, tandis qu’en 2018,<br />
le reste de la succession est repris par la<br />
Galerie Samuel Vanhoegaerden (Knokke-<br />
Heist) qui contrôle aujourd’hui l’essentiel<br />
d’un marché peu fourni et très fluctuant.<br />
En conséquence, les œuvres atteignent<br />
parfois des prix très élevés, comme ce<br />
logogramme vendu 28.000 euros en mai<br />
2019 chez Christie’s Paris, alors que le<br />
record du monde est toujours détenu par<br />
l’antenne parisienne de Cornette de Saint-<br />
Cyr, qui adjugeait en octobre 2010 un important<br />
logogramme de 1971 pour 61.000<br />
euros. Sur un plan européen, de belles<br />
enchères ont été obtenues par la salle<br />
danoise Bruun Rasmussen (43.000 euros<br />
en octobre 2003 et décembre 2020). En<br />
<strong>Belgique</strong> (55,9 % des résultats), Cornette<br />
de Saint Cyr et De Vuyst se partagent le<br />
marché. Même si, selon Artprice, ces dernières<br />
années on assiste à un tassement<br />
des prix, la cote de Dotremont s’est tout de<br />
même appréciée de +175 % sur la dernière<br />
décennie ; la valeur moyenne d’une œuvre,<br />
toutes techniques confondues, se situant<br />
aux environs de 1.000 à 5.000 euros.<br />
VISITER<br />
Christian Dotremont. Peintre de l’écriture<br />
Musées royaux des Beaux-Arts de <strong>Belgique</strong><br />
Bruxelles<br />
www.fine-arts-museum.be<br />
du 28-04 au 07-08<br />
Christian Dotremont en 1951. © D. R.<br />
93
Contemporary<br />
Art Fair<br />
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Les armes secrètes<br />
de Jacques Billen<br />
Jacques Billen est<br />
internationalement connu en<br />
tant qu’éminent marchand<br />
d’antiquités égyptiennes. On le<br />
sait moins, depuis vingt-cinq ans,<br />
il collectionne en toute discrétion<br />
des armes d’Afrique Centrale. En<br />
collaboration avec le spécialiste<br />
Bruno Claessens, il en a tiré un<br />
prestigieux album illustré. Nous les<br />
avons rencontrés au milieu de ce<br />
singulier ensemble.<br />
TEXTE : THIJS DEMEULEMEESTER<br />
PHOTOS : KAREL DUERINCKX<br />
Jacques Billen et Bruno Claessens. Au premier plan, un couteau à lancer Vidri de la République Centrafricaine<br />
(ca. 1880-1920).<br />
Un ‘‘violon d’Ingres’’ désigne une<br />
passion secrète. Celle du peintre<br />
français Jean-Auguste-Dominique<br />
Ingres était de jouer du violon.<br />
Pour Jacques Billen, expert bruxellois et<br />
marchand d’antiquités égyptiennes, il s’agit<br />
d’armes africaines. Ce qui ne manque pas<br />
de surprendre lorsqu’on apprend qu’en un<br />
quart de siècle, il est parvenu à en réunir<br />
environ deux cents de diverses cultures. Cet<br />
ensemble est si discret que Bruno Claessens<br />
lui-même, un des meilleurs experts belges<br />
d’art africain, n’en avait jamais entendu parler.<br />
Pourtant, il y a dix ans, il avait organisé<br />
une exposition d’armes africaines de la collection<br />
de l’Université de Gand. L’an dernier,<br />
les deux hommes se sont rencontrés pour<br />
la première fois et décidèrent de réaliser<br />
ensemble un livre sur les armes africaines<br />
au départ de cette collection méconnue,<br />
Unû : Prestigieuses armes africaines. « Il<br />
existe déjà quantité d’ouvrages didactiques<br />
sur le sujet, avec beaucoup de textes. Nous<br />
souhaitions en réaliser le premier volume<br />
illustré en format de luxe. Il ne s’agit pas<br />
d’informer le lecteur sur la provenance d’un<br />
couteau à lancer, qu’il soit Ngbaka, Zandé<br />
ou Zaghawa. Nous voulions d’abord attirer<br />
son attention sur l’esthétique et le savoir-<br />
96
« Il faut savoir<br />
attendre patiemment<br />
que surgisse la pièce<br />
adéquate. »<br />
faire, avant qu’il ne se plonge dans le texte.<br />
Nous voulions mettre l’accent sur la beauté<br />
de ces armes. Certaines pièces portent donc<br />
des codes QR qu’il suffit de scanner pour<br />
observer les armes en 3D. » Plus insolite, le<br />
nom de Jacques Billen ne figure pas sur le<br />
livre. Il avait délibérément choisi de maintenir<br />
sa collection confidentielle, mais il s’est,<br />
par bonheur, ravisé : « Lorsqu’en qualité de<br />
marchand, vous vendez un objet, cela laisse<br />
relativement peu de traces. Mais lorsque<br />
vous réalisez un livre sur une collection,<br />
ce n’est plus le cas. Une publication aide<br />
à faire avancer la science et la recherche.<br />
Quand un objet figure dans un livre, il existe.<br />
L’ouvrage est là pour fournir des éléments<br />
non encore publiés, pour le futur. Mais il<br />
doit surtout servir à sensibiliser les personnes<br />
qui ne connaissent rien aux armes,<br />
un domaine négligé de l’art africain. »<br />
PATIENCE ET LONGUEUR DE TEMPS<br />
Il est étonnant que Jacques Billen se soit<br />
plongé dans le domaine des armes africaines.<br />
Tout a commencé il y a vingt-cinq<br />
ans lorsqu’un homme est entré dans sa<br />
Galerie Harmakhis, Jan Elsen : « Je ne le<br />
connaissais pas, mais il m’a dit qu’il souhaitait<br />
avoir un sarcophage égyptien dans<br />
sa collection. Nous avons fait plus ample<br />
connaissance et il m’a invité à venir voir sa<br />
collection. Ce fut une incroyable découverte,<br />
car il possédait un sublime ensemble<br />
d’armes africaines et était le plus grand<br />
expert en la matière, ayant déjà écrit une<br />
dizaine de livres sur le sujet. Il avait aussi<br />
organisé l’exposition Beauté fatale, présentée<br />
à Bruxelles en 1992. Il me fit cadeau du<br />
catalogue que j’ai entièrement lu. Les armes<br />
étaient un domaine totalement neuf pour<br />
moi. Je pensais jusqu’alors qu’il s’agissait<br />
d’objets rouillés sans valeur esthétique.<br />
Mais grâce à Elsen, j’ai vite rêvé d’avoir de<br />
telles pièces dans ma collection. Après un<br />
premier couteau à lancer, acheté au célèbre<br />
collectionneur René Vanderstraete, j’y<br />
ai pris goût. Jan Elsen est devenu un très<br />
bon ami et un conseiller, car je voulais au<br />
Couteaux Kuba (ca. 1850-1900) et épées Kuba (ca. 1880-1920) de la République Démocratique du Congo.<br />
début acheter tout ce qui me tombait sous<br />
la main, ce qui est une grave erreur. Il faut<br />
savoir attendre patiemment que surgisse la<br />
pièce de qualité. »<br />
LA BELGIQUE AU SOMMET<br />
À quelques rares exceptions près, les<br />
pièces de la collection de Jacques Billen<br />
datent des années 1850 à 1920, soit la<br />
période généralement reconnue comme<br />
la meilleure pour la production d’armes<br />
africaines. Bruno Claessens : « Ces objets<br />
furent collectionnés au début de la colonisation.<br />
On ne trouve pas d’armes plus<br />
anciennes, contrairement aux armes<br />
européennes dont on découvre parfois des<br />
cottes de maille ou des glaives médiévaux.<br />
» Ce marché a connu son apogée<br />
dans les années 1990, grâce aux expositions<br />
et publications de l’époque. « La<br />
<strong>Belgique</strong> compte toujours le plus grand<br />
nombre de collectionneurs d’armes africaines<br />
au monde », précise Bruno Claessens.<br />
Tout comme Jan Elsen, Jacques Billen<br />
se concentre essentiellement sur les pièces<br />
du Congo, du Gabon et de l’Afrique Centrale.<br />
Mais il possède aussi de singulières<br />
armes calligraphiées du Soudan : « Parce<br />
que le Soudan se trouve géographiquement<br />
dans le prolongement de l’Égypte<br />
ancienne, il a également connu des civilisations<br />
avancées qui édifièrent des pyramides.<br />
Le pays est, en outre, contigu au<br />
Congo par le sud. Les Zandé, peuple dont<br />
je possède quelques pièces, vivent dans<br />
cette zone frontalière. »<br />
LE FASTE DE L’ELITE<br />
Les armes d’Afrique Centrale sont en général<br />
les plus appréciées, en raison du délicat<br />
97
Bonne nouvelle pour<br />
les collectionneurs<br />
débutants : le marché<br />
des armes africaines<br />
est encore sousévalué.<br />
travail du fer. Dans cette région, riche en<br />
minerais de cuivre et de fer, le travail du<br />
métal était très élaboré. Bruno Claessens :<br />
« Un forgeron aurait aujourd’hui du mal à<br />
reproduire les détails que les artisans locaux<br />
étaient capables de réaliser. » Jacques Billen<br />
renchérit : « Ce qui fut conservé et collectionné,<br />
ce sont souvent les armes cérémonielles.<br />
Ces objets prestigieux n’ont jamais<br />
vraiment servi dans le cadre de combats. Ils<br />
appartenaient à d’importants chefs et rois.<br />
Certes, les gens du peuple possédaient des<br />
dagues, des faucilles et des couteaux, mais<br />
ceux-ci portaient des ornements beaucoup<br />
moins raffinés. Ces armes furent plus tard<br />
refondues. Ce qui subsiste aujourd’hui<br />
constitue le meilleur de cet art, car chez les<br />
peuples africains, les pièces les plus prestigieuses<br />
se transmettaient souvent d’une<br />
génération à l’autre, comme symbole de<br />
passation de pouvoir. » Les chefs-d’œuvre<br />
de la collection de Jacques Billen appartenaient<br />
à des dignitaires de la société<br />
hiérarchisée des peuples africains. Ceux-ci<br />
avaient souvent à leur service des sculpteurs<br />
sur bois et sur ivoire, des forgerons<br />
très qualifiés qui produisaient des armes<br />
prestigieuses ou des objets d’art exclusifs.<br />
Bruno Claessens : « Nombre de ces armes<br />
sont personnalisées, par exemple avec des<br />
manches anthropomorphes, des orne-<br />
Détail d’un couteau Mbuun, R.D. Congo (ca. 1880-1920), anciennement dans la Collection Alexis Van Opstal.<br />
ments ou incrustations en cuivre. Si votre<br />
poignard était doté d’un manche en ivoire,<br />
vous étiez apparenté au roi, car celui-ci en<br />
détenait le monopole. Reflest de votre place<br />
dans la société, ces symboles de pouvoir<br />
étaient parfois portés de manière ostentatoire,<br />
les poignards accrochés à la ceinture<br />
et les haches posées sur l’épaule. Il s’agit ici<br />
du faste et de l’apparat de l’élite. » Au début<br />
du XXe siècle, les coloniaux créaient souvent<br />
chez eux un cabinet congolais aux murs<br />
orné d’armes et de boucliers. Bruno Claessens<br />
: « Ces pièces arrivaient le plus souvent<br />
en Europe par le biais de militaires coloniaux.<br />
Ces soldats rapportaient en priorité<br />
ce qu’ils connaissaient, non des sculptures,<br />
mais des armes, surtout celles qui portaient<br />
les plus beaux ornements. Il s’agissait aussi<br />
de propagande pour leur mission civilisatrice<br />
: “Regardez, nous avons apporté la<br />
civilisation aux tribus africaines, elles n’ont<br />
plus besoin de leurs armes. L’ordre, le droit<br />
et la discipline règnent désormais grâce<br />
à l’occupant colonial.” Lors des premières<br />
expositions d’objets d’art africain, vers 1900,<br />
des murs entiers étaient souvent recouverts<br />
d’armes. Parfois même, il restait du poison<br />
sur certaines d’entre elles. »<br />
POSITIONNEMENT<br />
Comment s’intègrent les armes dans l’art<br />
africain ? Comment sont-elles considérées<br />
en regard des masques et autres sculptures<br />
plus visibles dans les musées ? Est-ce une<br />
niche méconnue des spécialistes, à l’instar<br />
des instruments de musique africains ?<br />
Bruno Claessens : « C’est assurément<br />
une niche dans laquelle je distingue trois<br />
types de collectionneurs : le premier est le<br />
collectionneur qui souhaite un exemplaire<br />
de chaque type ; le deuxième est celui qui<br />
achète en fonction de l’esthétique et de la<br />
qualité, comme Jacques ; le troisième est<br />
l’acheteur occasionnel qui achète des pièces<br />
décoratives pour son intérieur. » Certains<br />
couteaux, simples mais rares, valent<br />
plusieurs milliers d’euros. Les armes plus<br />
exceptionnelles apparaissent parfois lors<br />
d’importantes ventes aux enchères ou dans<br />
des foires comme la TEFAF ou la BRAFA<br />
et peuvent facilement trouver acquéreur<br />
pour 25.000 euros. De temps à autre, les<br />
prix s’envolent. Ainsi, Christie’s vendait, en<br />
2014, une hache Luba d’une exceptionnelle<br />
beauté pour 163.000 euros. Quant à Sotheby’s,<br />
une hache Songye y était vendue, en<br />
2011, pour 384.750 euros, montant semblet-il<br />
conforme au marché. Ces prix élevés<br />
restent toutefois insignifiants en regard des<br />
98
Couteau Mangbetu, R.D. Congo (ca. 1900-1920). / Jacques Billen et Bruno Claessens. Au premier plan, un couteau à lancer Vidri de la République Centrafricaine<br />
(ca. 1880-1920) et un couteau à lancer Zaghawa du Tchad (ca. 1850-1900).<br />
«Si je suis favorable à la restitution des biens<br />
volés, j’ai du mal à accepter la généralisation de<br />
l’étiquette ‘‘art volé’’.»<br />
sommes déboursées pour des masques et<br />
des sculptures de qualité équivalente. Autrement<br />
dit, le marché des armes africaines<br />
est encore largement sous-estimé. « Des<br />
pièces inconnues apparaissent de temps à<br />
autre », souligne Jacques Billen. « La plupart<br />
du temps, elles faisaient partie de collections<br />
anciennes dispersées après un décès.<br />
Si vous avez de la chance, vous pouvez faire<br />
une trouvaille au marché aux puces. J’ai<br />
ainsi récemment acquis un beau couteau<br />
de Cuba pour 100 euros. » Une bonne<br />
nouvelle pour les collectionneurs débutants<br />
: il est encore possible d’entamer une<br />
collection avec un peu de connaissances et<br />
relativement peu de moyens. Comme les<br />
armes africaines ne sont pas très rares, le<br />
risque que ce marché se tarisse est mince.<br />
« C’est aussi la raison pour laquelle ces<br />
pièces conservent une valeur financière,<br />
sont conservées, exposées, montrées et collectionnées.<br />
Sinon, elles rouilleraient tout<br />
simplement. »<br />
RESTITUTIONS<br />
Impossible de prendre congé de Bruno Claessens<br />
et Jacques Billen sans recueillir leur avis<br />
sur le débat actuel autour des restitutions.<br />
Ces spécialistes de l’art africain et des antiquités<br />
égyptiennes y sont souvent confrontés.<br />
Jacques Billen : « En soi, le mot restitution<br />
pose problème car il signifie rendre ce qui<br />
a été volé. Je suis favorable à la restitution<br />
d’objets volés, mais j’ai des problèmes avec<br />
une généralisation qui classerait tout comme<br />
art spolié sans autre forme de procès. Un musée,<br />
au Danemark, a voulu rendre quelques<br />
œuvres d’art au Nigeria, mais les autorités de<br />
ce pays ont estimé que ces pièces étaient les<br />
meilleurs ambassadeurs à l’étranger de leur<br />
fier passé. Il est arrivé la même chose pour<br />
L’Entrée du Christ à Bruxelles d’Ensor au musée<br />
Getty de Los Angeles. L’artiste y est notre<br />
meilleur ambassadeur qui soit. Pourquoi<br />
les Breughel du Kunsthistorisches Museum<br />
de Vienne devraient-ils revenir dans notre<br />
pays ? Breughel n’était même pas belge, car la<br />
<strong>Belgique</strong> n’existait pas encore. C’est une discussion<br />
complexe. Je m’interroge surtout sur<br />
l’avenir et la garantie de conservation de ces<br />
œuvres. Je me fiche qu’une œuvre se trouve<br />
à Tokyo, Sydney ou Anvers. Ce qui me pose<br />
problème, c’est que le musée de Tervuren soit<br />
désormais perçu comme le lieu qui symbolise<br />
notre effroyable passé colonial. Or, il s’agit à<br />
mes yeux d’une institution scientifique qui<br />
apporte une contribution essentielle à nos<br />
connaissances sur le Congo et son art. La plupart<br />
des gens ne connaissent pas bien l’histoire<br />
de ses collections ethnographiques, ce<br />
qui donne lieu à des conclusions trop souvent<br />
peu nuancées.» Bruno Claessens : « Nous<br />
vivons une époque de culpabilité coloniale, ce<br />
qui ne se justifie pas la restitution d’emblée de<br />
tous les trésors artistiques. Ce débat manque<br />
de nuances. Et cette discussion passe souvent<br />
au-dessus de la tête des intéressés. C’est à<br />
celui qui criera le plus fort pour attirer l’attention,<br />
même si ce n’est pas forcément le plus<br />
compétent en la matière. »<br />
LIRE<br />
Jacques Billen et Bruno Claessens, Unû :<br />
Prestigieuses armes africaines, autoédition<br />
disponible à la Galerie Harmakhis (Bruxelles)<br />
ou via : info@harmakhis.be<br />
99
De l’artisanat<br />
populaire devenu<br />
pièce de musée<br />
Le cheminement d’un sac fourretout<br />
d’Anatolie jusqu’au prestigieux<br />
musée du Quai Branly à Paris,<br />
en passant par Anvers, est dû<br />
au savoir-faire et à la notoriété<br />
internationale du marchand<br />
anversois N. Vrouyr.<br />
Un double sac fourre-tout d’Anatolie<br />
(Turquie) de la fin du XIXe<br />
siècle attirait l’attention de<br />
conservateurs parisiens. Les<br />
travaux de recherche de l’enseigne familiale<br />
N.Vrouyr ont permis de rendre histoire et<br />
contexte à cette iconographie singulière.<br />
« Nous avons d’abord recherché un lien<br />
entre le lieu de fabrication de l’objet et l’inscription<br />
qu’il porte », explique le marchand<br />
Naïry Vrouyr. « Nous avons été surpris d’y<br />
trouver des lettres latines au lieu d’une<br />
écriture arabe, comme nous l’escomptions.<br />
Le personnage à cheval présente également<br />
un aspect plus européen et chrétien<br />
qu’oriental. Des livres, des recherches en<br />
ligne, de longues années de savoir-faire et<br />
parfois aussi de la chance dans cette masse<br />
d’informations jouent un rôle majeur. Nous<br />
connaissons bien entendu nos limites et<br />
savons où nous adresser pour demander<br />
aide et savoir-faire ad hoc. Même si, dans le<br />
cas présent, ce ne fut pas suffisant, ce genre<br />
d’approche permet d’éviter les écueils. »<br />
Le sac en question date, en fait, de la fin du<br />
XIXe siècle et son ornementation est celle<br />
de saint Georges. Une représentation guère<br />
surprenante, car de nombreux chrétiens<br />
vivaient alors sur le littoral de l’Anatolie. De<br />
la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle<br />
jusqu’à la destruction de Smyrne (Izmir),<br />
nombre d’Italiens, de Français et d’Anglais,<br />
nommés Levantins, résidaient également<br />
dans le pays. Ce qui explique l’emploi d’initiales<br />
issues de l’alphabet latin. Ces Levantins<br />
commandaient souvent des tapis et<br />
travaux manuels à la population locale.<br />
CURIOSITÉ À PLUSIEURS NIVEAUX<br />
Naïry Vrouyr : « Ce sac en laine nouée, avec<br />
nœud symétrique et attaches en cuir, se<br />
trouve dans un parfait état de conservation.<br />
« La collaboration<br />
avec les musées<br />
ne diffère pas chez<br />
nous du contact avec<br />
les particuliers. »<br />
Il constitue une curiosité, car il est possible<br />
d’interpréter les illustrations de son iconographie<br />
tant occidentale qu’orientale. La<br />
sirène sur les petites surfaces, par exemple,<br />
renvoie à une légende locale et en même<br />
temps à une histoire occidentale qui prend<br />
de nombreuses formes différentes. Dans<br />
l’histoire orientale, Shahmaran (nom persan<br />
désignant la ‘‘maîtresse des serpents’’)<br />
est mi-femme, mi-dragon. La plupart du<br />
temps, elle figure avec une queue de poisson<br />
sur des amulettes, car elle était dotée de<br />
pouvoirs protecteurs. Suivant l’interprétation<br />
occidentale, il s’agit de la fée Mélusine,<br />
épouse du seigneur de Lusignan, proche<br />
parent des rois de France. Diverses histoires<br />
circulent à propos de son apparence, avec<br />
l’affirmation récurrente qu’elle se changea<br />
en sirène. Guy de Lusignan partit en<br />
croisade au XIIe siècle et devint, par son<br />
mariage avec Sybille de Jérusalem, roi de Jérusalem,<br />
mais aussi de Chypre et d’Arménie.<br />
Le royaume de Petite-Arménie se situait sur<br />
la côte sud-est de l’Asie ; il n’est pas à exclure<br />
que la représentation de la Mélusine occidentale<br />
parle encore à l’imaginaire de la population<br />
de cette région. Mais comme cela<br />
est souvent le cas dans l’Histoire, les apparences<br />
de Shamaran et Mélusine ont peu à<br />
peu fusionné dans la mythologie populaire.<br />
Saint Georges fut tour à tour un chrétien<br />
100
Handgeknoopt, dubbel tasje uit Anatolië, begin 20e eeuw.<br />
et un soldat romain (IVe siècle) de Cappadoce.<br />
À Lydda (aujourd’hui Lod) mourut un<br />
certain Nahfr, chef d’une bande de voleurs.<br />
Nahfr signifie ‘‘dragon’’ ou ‘‘serpent’’. Cette<br />
illustration pourrait donc représenter<br />
Nahfr, sous une apparence humaine, vaincu<br />
par saint Georges. » Cette pièce provenant<br />
d’une collection privée fut achetée il y a de<br />
nombreuses années par Christian Vrouyr<br />
et ensuite acquise par le musée du Quai<br />
Branly, à Paris. « Nous n’avions jamais proposé<br />
d’œuvres à des musées par le passé »,<br />
souligne Naïry Vrouyr. « Ils nous ont<br />
contactés, peut-être après avoir consulté<br />
notre site internet qui présente toutes nos<br />
pièces, ou par le biais de notre présence en<br />
foire. La collaboration avec les musées ne<br />
diffère pas chez nous du contact avec les<br />
particuliers. » La liste de ces institutions est<br />
en tout cas remarquable : le musée du Tapis<br />
de Téhéran, la Maison Rubens et le musée<br />
Plantin-Moretus à Anvers, le Rijksmuseum<br />
à Amsterdam et le Textielmuseum à Tilburg<br />
ont ainsi enrichi leur collection grâce à<br />
cette entreprise familiale. C’est maintenant<br />
le tour du musée du Quai Branly à Paris :<br />
« Le conservateur responsable de l’Afrique<br />
du Nord et du Proche-Orient nous a écrit<br />
pour nous faire part de son intérêt. Après<br />
l’envoi des informations et photos d’usage,<br />
l’acquisition fut proposée dans le cadre<br />
d’une commission. L’approbation fut alors<br />
donnée, sans autres négociations avec<br />
nous. Ces pièces complèteront la collection<br />
« La sirène sur le sac peut renvoyer à une<br />
légende locale ou à une histoire occidentale<br />
qui prend diverses formes. »<br />
Moyen-Orient de l’institution. » Une procédure<br />
fluide qui se base sur la réputation du<br />
marchand et sur la confiance placée en son<br />
savoir-faire.<br />
CRÉATIONS CONTEMPORAINES<br />
La prise de contact systématique avec<br />
des musées ne fait pas partie des objectifs<br />
prioritaires de N. Vrouyr, parce que ce type<br />
de vente est assez marginal, mais aussi<br />
parceque ses activités sont extensives et<br />
intensives. Naïry Vrouyr : « L’approche<br />
artistique du tapis n’a pas beaucoup<br />
évolué au fil des années. Des créations<br />
d’artistes vivants suscitent depuis peu un<br />
vif intérêt. Nous avons récemment acquis<br />
un tapis noué du Népal par Walter Van<br />
Beirendonck réalisé au Textielmuseum de<br />
Tilburg. Pour ce genre de tapis modernes,<br />
nous rencontrons les artistes qui souhaitent<br />
réaliser une œuvre textile et sont<br />
en quête du savoir-faire approprié. Ils nous<br />
soumettent le dessin d’un tapis ou d’une<br />
esquisse qui, selon eux, pourrait devenir<br />
un tapis. Nous pouvons faire réaliser leurs<br />
idées avec quelques adaptations et aboutissons<br />
à de nouvelles productions. KRJST,<br />
par exemple, a fait réaliser certains tapis<br />
par notre intermédiaire. » Le nouage de<br />
tapis nécessite une grande maestria. Ces<br />
pièces sont en général des objets usuels<br />
dans lesquels beaucoup de travail et de<br />
temps ont été investis. « Elles ont souvent<br />
vu le jour dans un contexte populaire. Le<br />
fait que cela ait engendré des pièces aussi<br />
magnifiques représente pour moi l’aspect<br />
le plus fascinant de mon travail de marchand<br />
d’art. Vendre à un musée constitue<br />
bien entendu une référence. Les musées<br />
achètent en connaissance de cause et il<br />
appartient souvent à une commission de<br />
prendre les décisions à partir de données<br />
précises. Ce compromis, conscient et<br />
réfléchi, confère à la vente à un musée une<br />
aura d’accomplissement et une reconnaissance<br />
supplémentaires. »<br />
SURFER<br />
www.vrouyr.com<br />
www.rocad.be<br />
101
Auction calendar<br />
APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />
Belgium<br />
APRIL<br />
1-17 Jordaens<br />
Kunst en antiek MORTSEL<br />
1-5 Rops<br />
Kunst en antiek NAMEN<br />
1-4 Maison des Huissiers de<br />
Justice<br />
Deurwaarderstukken BRUSSEL<br />
2 Louiza Auctions<br />
tableaux et sculptures<br />
contemporain, steet art,<br />
grafiti BRUSSEL<br />
2 Campo & Campo<br />
Grafiekveiling ANTWERPEN<br />
2 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
2-3 Cnock<br />
Juwelen en inboedels KNOKKE<br />
4 Amberes<br />
Burgerveiling ANTWERPEN<br />
4 Pictura<br />
Inboedel, kunst en antiek<br />
GENT<br />
7 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
7-9 Sylvie’s Wine Auction<br />
Lenteveiling ANTWERPEN<br />
8 Maison des Huissiers de<br />
Justice<br />
Deurwaarderstukken BRUSSEL<br />
9 Lhomme<br />
Boeken, prenten, tekeningen,<br />
schilderijen<br />
LUIK<br />
9 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
10 FW Auctions<br />
Vente de bijoux, montres et<br />
pierres précieuses NAMEN<br />
11 Amberes<br />
Burgerveiling ANTWERPEN<br />
16 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
16-18 Maison des Huissiers<br />
de Justice<br />
Deurwaarderstukken<br />
BRUSSEL<br />
18 Amberes<br />
Burgerveiling ANTWERPEN<br />
20 Campo & Campo<br />
Moderne en hedendaagse<br />
veiling ANTWERPEN<br />
20-21 Flanders Auctions<br />
Kunst, antiek, en design<br />
WINGENE<br />
22-23 Damien Voglaire<br />
Boeken en schilderijen<br />
BRUSSEL<br />
22-25 Maison des Huissiers de<br />
Justice<br />
Deurwaarderstukken BRUSSEL<br />
23 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
24 Millon<br />
Cave d’amateurs (Drouot)<br />
PARIS<br />
25 Amberes<br />
Burgerveiling ANTWERPEN<br />
25 Uccle Saint Job<br />
Kunst en antiek UKKEL<br />
25-26 Horta<br />
Kunst en antiek BRUSSEL<br />
25-26 Elysée Liège<br />
Kunst en antiek LUIK<br />
25-26 Galerie Moderne<br />
Kunst en antiek BRUSSEL<br />
26 Haynault<br />
Numismatiek, medailles, etc<br />
BRUSSEL<br />
26-27 Galerie Athena<br />
Kunst en antiek BRUSSEL<br />
26-27 Berg van<br />
Barmhartigheid<br />
Bijzondere verkoop keramiek,<br />
glas en kristal BRUSSEL<br />
26-27 Vanderkindere<br />
Kunst en antiek UKKEL<br />
28-3 Infinitas<br />
Kunst, antiek, oude<br />
bouwmaterialen, antiek<br />
tuinmeubilair PLOEGSTEERT<br />
28 Legros<br />
Kunst en antiek VERVIERS<br />
29 Phoenix Auctions<br />
Art Contemporain WAVRE<br />
29-1 Maison des Huissiers<br />
de Justice<br />
Deurwaarderstukken<br />
BRUSSEL<br />
30 DVC<br />
Klassieke veiling GENT<br />
30 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
30 Maison Jules<br />
Kunst, antiek en design<br />
GENT<br />
30 ABACA-Auction<br />
Boeken, prenten, tekeningen<br />
BRUSSEL<br />
MAY<br />
1 Cornette de Saint Cyr<br />
Editions limitées<br />
BRUSSEL<br />
1 Soudant<br />
Kunst en antiek GERPINNES<br />
1 DVC<br />
Modern, hedendaags en<br />
design GENT<br />
2 Cornette de Saint Cyr<br />
Art belge et contemporain<br />
BRUSSEL<br />
2 DVC<br />
Schatten op zolder GENT<br />
2 Amberes<br />
Burgerveiling ANTWERPEN<br />
3 Berg van Barmhartigheid<br />
Juwelen BRUSSEL<br />
7 ABS Veilingen Mechelen<br />
Deurwaarderstukken<br />
MECHELEN<br />
8 Soudant<br />
Kunst en antiek GERPINNES<br />
9 Amberes<br />
Burgerveiling ANTWERPEN<br />
10 Berg van Barmhartigheid<br />
Muziekinstrumenten en<br />
juwelen BRUSSEL<br />
The Netherlands<br />
APRIL<br />
28-4 Veilinghuis Korendijk<br />
Kunst en antiek MIDDELBURG<br />
1-4 BVA Auctions<br />
Kunst en antiek AMSTERDAM<br />
7-9 Twents veilinghuis<br />
Kunst en antiek TWENTHE<br />
11 Derksen<br />
Kunst en antiek<br />
ARNHEM<br />
11-13 Schulman<br />
Numismatiek AMSTERDAM<br />
11-15 Korst Vander Hoeff<br />
Kunst en antiek KEMPTEN<br />
15-25 Notarishuis Arnhem<br />
Online Klassieke Veiling<br />
ARNHEM<br />
24 Veilinghuis Peerdeman<br />
Kunst, antiek, design,<br />
sieraden en zilver MÜNCHEN<br />
25-29 Van Spengen<br />
Kunst en antiek HILVERSUM<br />
26-28 Omnia<br />
Kunst en antiek GRONINGEN<br />
MAY<br />
1-4 Botterweg<br />
Voorjaarsveiling AMSTERDAM<br />
France<br />
APRIL<br />
1 Drouot Estimations<br />
Important Bijoux (Drouot)<br />
PARIS<br />
1 Tessier & Sarrou et Associés<br />
Tableaux Mobilier (Drouot)<br />
PARIS<br />
1 Binoche et Giquello<br />
Mobilier et objets d’art<br />
(Drouot) PARIS<br />
1-14 Artprecium<br />
Egyptian Modern Art ONLINE<br />
2-9 Sotheby’s<br />
Living Contemporary PARIS<br />
3 Osenat<br />
Art Russe VERSAILLES<br />
3 Lombrail Teucquam<br />
Arts Premiers LA VARENNE-<br />
SAINT-HILAIRE<br />
4 Yann Le Mouel<br />
Bijoux Anciens (Drouot) PARIS<br />
5 Aguttes<br />
Les Collections Aristophil<br />
NEUILLY<br />
5 Maison R&C<br />
Bijoux et Montres (Drouot)<br />
PARIS<br />
5 Coutau Begarie<br />
Bijoux, objets de vitrine,<br />
orfèvrerie (Drouot)<br />
PARIS<br />
5 Lucien Paris<br />
Paris Mon Amour (Drouot)<br />
PARIS<br />
5 Cornette de Saint Cyr<br />
Art Contemporain PARIS<br />
5 Tajan<br />
Objets de Lettrés, Trésors de<br />
l’art en Asie PARIS<br />
5 Artcurial<br />
More PARIS<br />
5 Rouillac<br />
Cartes Postales TOURS<br />
5 Cannes Enchères<br />
Vente Courante CANNES<br />
5-21 Aguttes<br />
Online only: montres de<br />
poche et goussets NEUILLY<br />
6 De Baecque & Associés<br />
Poupees, jouets LYON<br />
6 Tajan<br />
Bijoux PARIS<br />
6 Boisgirard Antonini<br />
Presse-papiers - opalines -<br />
verrerie PARIS<br />
6 Cornette de Saint Cyr<br />
Design Moderne et<br />
Contemporain PARIS<br />
7 Rouillac<br />
Dessinsde Costumes TOURS<br />
7 Artcurial<br />
Bijoux Online PARIS<br />
7 Alde<br />
Bibliothèque d’un amateur<br />
PARIS<br />
7 Cornette de Saint Cyr<br />
Editions Limitées PARIS<br />
8 Tessier & Sarrou et Associés<br />
Tableaux, mobilier & objets<br />
d’art (Drouot) PARIS<br />
8 Binoche et Giquello<br />
Livres anciens et modernes<br />
(Drouot) PARIS<br />
8 Ferri & Associés<br />
Art Populaire (Drouot) PARIS<br />
8 Aguttes<br />
Arts d’Asie NEUILLY<br />
8 Ader<br />
Collection d’Estampes autoir<br />
de Bonnard PARIS<br />
102
Auction calendar<br />
APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />
8 Cornette de Saint Cyr<br />
Art Moderne et<br />
Contemporain PARIS<br />
10 Mercier Art<br />
Grande Vente d’Art Classique<br />
10 Osenat<br />
La Royauté à Versailles<br />
VERSAILLES<br />
11 Mercier Art<br />
Belle Vente de Bijoux<br />
12 Lucien Paris<br />
Une Vente Evénement PARIS<br />
12 Cannes Enchères<br />
Vente de timbres CANNES<br />
12 Nice Enchères<br />
Collections niçoises NICE<br />
12 Artcurial<br />
Design Italien PARIS<br />
13 Piasa<br />
Céramique française<br />
moderne, Brazilian design<br />
PARIS<br />
13 Cornette de Saint Cyr<br />
Haute Couture PARIS<br />
13-27 Aguttes<br />
Online only: design NEUILLY<br />
14 De Baecque & Associés<br />
Autographes &<br />
Photographies LYON<br />
14 Tajan<br />
Livres & Manuscrits PARIS<br />
14 Ader<br />
Livres Anciens et Modernes<br />
PARIS<br />
14 Piasa<br />
Aboudramane: Chambre<br />
à part, Art contemporain &<br />
photographie PARIS<br />
14 Bonhams<br />
Paul Scheurich, l’avant garde<br />
en céramique PARIS<br />
14 Lucien Paris<br />
Tableaux, dessins, objets<br />
d’art et de bel ameublement<br />
NOGENT<br />
14-26 Aguttes<br />
Online only: bijoux anciens &<br />
modernes NEUILLY<br />
15 Piasa<br />
Editions et bijoux d’artistes<br />
PARIS<br />
17 Besch<br />
Tableaux Modernes & Art<br />
Contemporain CANNES<br />
18 Besch<br />
Haute Joaillerie CANNES<br />
20 Aguttes<br />
Art Impressionniste &<br />
Moderne NEUILLY<br />
20 Artcurial<br />
Mobilier & Objets d’Art<br />
Online PARIS<br />
21 Artcurial<br />
Bandes Dessinées PARIS<br />
21 Boisgirard Antonini<br />
Tableaux Modernes PARIS<br />
22 Cannes Enchères<br />
Litographies CANNES<br />
22 Ader<br />
Dessins PARIS<br />
22 Alde<br />
Livres de voyage PARIS<br />
23 Osenat<br />
Montres de Collection &<br />
Horlogerie VERSAILLES<br />
23 Cannes Enchères<br />
Art Moderne CANNES<br />
24 Osenat<br />
Les Ecrins de Fontainebleau<br />
VERSAILLES<br />
24 Cannes Enchères<br />
Art Contemporain CANNES<br />
26 Tajan<br />
Estampes PARIS<br />
27 Piasa<br />
DESIGN, RUCTIC REVIVAL<br />
PARIS<br />
27 Boisgirard Antonini<br />
Bijoux, tableaux, objets d’Art<br />
PARIS<br />
28 Aguttes<br />
Art Contemporain: de l’Après<br />
Guerre à nos jours NEUILLY<br />
28 Bonhams<br />
Art Moderne & Contemporain<br />
Africain PARIS<br />
28 Tajan<br />
Art Urbain PARIS<br />
28 De Baecque & Associés<br />
Arts d’Asie LYON<br />
28 Boisgirard Antonini<br />
Bijoux, livres anciens PARIS<br />
28 Lucien Paris<br />
Collection de Madame V<br />
NOGENT<br />
28-19 Aguttes<br />
Online only: un printemps<br />
moderne NEUILLY<br />
29 Lombrail Teucquam<br />
Bijoux, monnaies LA VARENNE-<br />
SAINT-HILAIRE<br />
29 Ader<br />
Polonica, Art Russe PARIS<br />
30 Osenat<br />
Mobilier & Objets d’Art<br />
VERSAILLES<br />
MAY<br />
1 Osenat<br />
Les Intérieurs de Versailles<br />
VERSAILLES<br />
1 Aguttes<br />
Un premier Mai à Cassel<br />
CASSEL<br />
12 Nice Enchères<br />
Vente listée NICE<br />
3 Artcurial<br />
Modern & Vintage Watches<br />
Onlin PARIS<br />
4 Artcurial<br />
Bibliothèque Maurice<br />
Houdayer - Part 3 PARIS<br />
4-5 Cornette de Saint Cyr<br />
Bibliotheque d’un Grand<br />
Amateur PARIS<br />
6 Coutau Begarie<br />
Tableaux, mobilier et objets<br />
d’Art PARIS<br />
6 Ader<br />
Orfèvrerie & Art de la table<br />
PARIS<br />
7 Mercier Art<br />
Vente d’Art du Xxème Siècle<br />
7 Rouillac<br />
Collection Arsicaud de Coiffes<br />
Tourangelles TOURS<br />
9 Lucien Paris<br />
Deux collections Parisiennes<br />
NOGENT<br />
9 May Associés<br />
Livres & Manuscrits<br />
10 Tajan<br />
Mobilier et Objets d’Art PARIS<br />
10 Cannes Enchères<br />
Vente Courante CANNES<br />
United Kingdom<br />
APRIL<br />
1-6 Christie’s<br />
Meteorites from the<br />
collection of Michael Farmer<br />
LONDON<br />
1-6 Sotheby’s<br />
Sladmore: Life in Bronze<br />
LONDON<br />
1-6 Sotheby’s<br />
Old Master Paintings LONDON<br />
4-13 Sotheby’s<br />
History in Manuscript LONDON<br />
4-14 Sotheby’s<br />
Easter Feast LONDON<br />
6 Bonhams<br />
Knightsbridge Jewels<br />
(Knightsbridge) LONDON<br />
7 Phillips<br />
Design LONDON<br />
7 Bonhams<br />
Impressionist & Modern Art<br />
(New Bond) LONDON<br />
13 Bonhams<br />
Modern British and Irish Art<br />
(Knightsbridge) LONDON<br />
20-26 Sotheby’s<br />
Banksy LONDON<br />
22-28 Sotheby’s<br />
Contemporary Curated<br />
LONDON<br />
27 Bonhams<br />
London Jewels, The Library<br />
of an English Collector (New<br />
Bond) LONDON<br />
27 Bonhams<br />
Prints and Multiples, The<br />
Marine Sale (Knightsbridge)<br />
LONDON<br />
27-28 Christie’s<br />
Finest and Rarest Wines<br />
LONDON<br />
28 Phillips<br />
New Now LONDON<br />
28 Bonhams<br />
Fine & Rare Wines, Design<br />
(New Bond) LONDON<br />
MAY<br />
4 Bonhams<br />
Rock, Pop & Film<br />
(Knightsbridge) LONDON<br />
4 Modern Art Online<br />
Contemporary Curated<br />
LONDON<br />
9-10 Bonhams<br />
Asian Art (Knightsbridge)<br />
LONDON<br />
Germany<br />
APRIL<br />
31-1 Hampel<br />
Frühjahrs - Auktionen<br />
MÜNCHEN<br />
1 Jens Schölz<br />
Auktion 73 KÖLN<br />
1 Köller<br />
Alte Grafik, Zeichnungen<br />
Alter Meister, Gemälde Alter<br />
Meister ZÜRICH<br />
5-6 Koller<br />
Online Only ONLINE<br />
5-7 Bassenge<br />
Wertvolle Bücher BERLIN<br />
7 Lempertz<br />
Preußen KÖLN<br />
8 Jens Schölz<br />
Auktion 73 KÖLN<br />
9 Auktion Ruetten<br />
Antiquitäten, Kunst,<br />
Raritäten, Schöne MÜNCHEN<br />
27 Karl und Faber<br />
Spring Prints & Editions<br />
MÜNCHEN<br />
29 Jeschke Van Vliet<br />
Wertvolle Bücher und Alte<br />
Kunst BERLIN<br />
103
L’Hippocampe Secret, 2019- <strong>2022</strong>, pièce unique, grès blanc chamotté, émaux métalliques, émail ‘‘blister’’,<br />
traces de majolique et émaux rouges, 155 x 70 x 70 x 180 cm. © de l’artiste / Creten Studio / Courtesy<br />
Almine Rech, Paris / photo : Gerrit Schreurs<br />
60<br />
Nul n’est prophète en son pays.<br />
Johan Creten pourrait, à lui<br />
seul, être l’incarnation de cette<br />
expression. Car, existe-t-il un autre<br />
artiste belge dont la reconnaissance<br />
à l’étranger soit si inversement<br />
proportionnelle à celle rencontrée<br />
chez nous ? Du côté institutionnel,<br />
du moins. Car il est évident que<br />
les connaisseurs ne s’y sont jamais<br />
trompés.<br />
TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />
lasticien reconnu pour ses œuvres,<br />
terres cuites émaillées et bronzes,<br />
Johan Creten, né à Saint-Trond en<br />
1963, est très largement considéré<br />
comme l’homme fort du renouveau de la<br />
céramique en art contemporain. Et pour<br />
cause, lorsqu’il commence à en explorer<br />
les infinies possibilités dans les années<br />
1980, la discipline est franchement snobée<br />
par les prescripteurs de tendance qui<br />
l’étiquètent en mode mineur. C’est dès<br />
lors un vrai aboutissement d’observer que<br />
la bataille menée par Johan Creten, aussi<br />
longue et solitaire fut-elle, a porté ses fruits.<br />
Mieux, elle a encouragé des vocations.<br />
La céramique contemporaine s’invite à<br />
présent dans toutes les programmations.<br />
Conçue en partenariat avec la Galerie<br />
Almine Rech, cette exposition présente<br />
un ensemble de dix-sept sculptures<br />
inédites en terre cuite. Dix-sept animaux<br />
(Beasts), réalisés au cours des trois<br />
Ta dolupta eatis cum quam fugia as pro del ipsundicid<br />
quae nonsed que nim quias<br />
dernières années, qui n’ont encore jamais<br />
été présentés au public. On rencontre<br />
un sanglier englué dans une fange<br />
sanguinolente, une mouche endormie à la<br />
manière d’un transi ou encore un pélican<br />
pétrifié dans une insondable tristesse. Ce<br />
noyau dur se complète de deux pièces<br />
emblématiques dans sa carrière : C’est dans<br />
ma nature (2001) et De Vleermuis (2015-<br />
2019). La première compose un ensemble<br />
de dix bas-reliefs métamorphiques ; la<br />
seconde s’incarne en une monumentale<br />
chauve-souris. Cette mise en perspective<br />
de temporalités divergentes souligne la<br />
cohérence et la constance de sa démarche.<br />
Dans la veine d’un Georges Orwell ou d’un<br />
Jean de La Fontaine, Johan Creten appelle<br />
continuellement les animaux à parler de<br />
nos sociétés et de leurs changements, des<br />
dérives politiques, des conflits, des luttes et<br />
des résignations, mais aussi des joies, des<br />
consolations et des espoirs.<br />
La Chauve-Souris, 2014-2019, 1/3, éd. 3 + 1 EA, bronze patiné, fonte à la cire perdue, signé, titré, sceau ‘‘aigle’’,<br />
385 x 230 x 240 cm (1265 kg). © de l’artiste / Creten Studio / Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, Paris /<br />
photo : Peter Lennby<br />
JOUER AVEC LA TERRE ET LE FEU<br />
Lors de l’entretien que Johan Creten<br />
nous a chaleureusement accordé, nous<br />
avons pu l’interroger sur les fondements<br />
de son art, mais aussi sur ses joies, ses<br />
combats et les nombreux choix qu’il<br />
est amené à poser en tant qu’artiste<br />
contemporain. Nos premiers échanges<br />
éclairent le commencement ; le jour où il<br />
mesura le pouvoir magique de la matière.<br />
Une première anecdote en dit long sur<br />
l’homme, plus encore sur l’artiste : «Enfant,<br />
membre d’un groupe Chiro (équivalent<br />
des scouts), je fus projeté contre mon gré<br />
à la campagne. Étant un garçon un peu<br />
singulier, j’étais régulièrement harcelé…<br />
Jusqu’au jour où j’ai, moi-même, menacé<br />
un gamin qui venait m’attaquer. J’ai saisi<br />
un bout de matière (était-ce du pain ou<br />
de la terre ?), ai très rapidement modelé<br />
61<br />
Fair calendar<br />
APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />
Belgium<br />
APRIL<br />
26-12/6 Knokke<br />
FOTO KNOKKE-HEIST<br />
28-1/5 Brussels<br />
ART BRUSSELS<br />
28-1/5 Brussels<br />
SOLO PROJECT<br />
MAY<br />
11-15 Brussels<br />
TWENTY<br />
7-10 Amsterdam<br />
ART AFFAIR<br />
9-10 Utrecht<br />
VERZAMELJAARBEURS<br />
9-11 Amsterdam<br />
THE DAAF<br />
13-18 Amsterdam<br />
KUNSTRAI<br />
MAY<br />
8-15 Breda<br />
ART BREDA<br />
Germany<br />
APRIL<br />
28-1/5 Stuttgart<br />
KUNST & ANTIQUITÄTEN TAGE<br />
United Kingdom<br />
APRIL<br />
31-3/4 Bath<br />
BATH DECORATIVE ANTIQUES FAIR<br />
7-10 London<br />
CERALMIC ART LONDON<br />
Austria<br />
APRIL<br />
9-18 Salzburg<br />
ART & ANTIQUE<br />
23-1/5 Wien<br />
WIKAM<br />
Italy<br />
APRIL<br />
1-3 Milano<br />
MIART<br />
USA<br />
APRIL<br />
31-3/4 Los Angeles<br />
THE OTHER ART FAIR<br />
6-10 New York<br />
TEFAF NEW YORK<br />
14-12/6 Andenne<br />
CERAMIC ART ANDENNE<br />
The Netherlands<br />
APRIL<br />
30-03/4 Nooitgedacht<br />
KUNST AAN HET HOF<br />
2-3 Amsterdam<br />
DESIGN ICONS<br />
France<br />
APRIL<br />
5-10 Paris<br />
HOTEL LA LOUISIANE<br />
5-10 Paris<br />
PAD<br />
7-10 Paris<br />
ART PARIS<br />
MAY<br />
4-8 London<br />
SPRING FAIR<br />
Portugal<br />
APRIL<br />
30-8/5 Lisboa<br />
LAAF<br />
23-1/5 Assisi<br />
ASSISI ANTIQUARIATO<br />
28-1/5 Milano<br />
MILAN IMAGE ART FAIR<br />
Sweden<br />
APRIL<br />
1-3 Brösarp<br />
ANTIKMÄSSAN I BRÖSARP<br />
La force<br />
thaumaturgique<br />
de l’objet<br />
Johan Creten<br />
P<br />
Johan Creten geldt als de drijvende kracht<br />
achter de vernieuwing in de hedendaagse<br />
keramiek.<br />
9 numéros pour 49,50 €<br />
ou 25 € sur tablette<br />
www.collectaaa.be
Museum calendar<br />
APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />
Belgium<br />
ANTWERPEN<br />
FOMU<br />
△ Max Pinckers<br />
t/m 13-04<br />
M HKA<br />
△ Mash Up - Anthea<br />
Hamilton<br />
t/m 15-05<br />
BINCHE<br />
Musée du Carnaval<br />
et du Masque<br />
△ Bouffons !<br />
j. 11-09<br />
BRUGGE<br />
Adornesdomein<br />
△ Simply - Willy Vynck<br />
t/m 6-04<br />
Musea Brugge<br />
△ Verhalen uit de<br />
ondergrond. Brugge in<br />
het jaar 1000.<br />
t/m 27-10-2023<br />
BRUSSELS<br />
Art et marges musée<br />
△ Haute tension<br />
j. 16-06<br />
Cinematek<br />
△ contro-corrente - Op<br />
het pad van Pier Paolo<br />
Pasolini door Chantal Vey<br />
j. 18-04<br />
CIVA<br />
△ Expo: le logis-floréal -<br />
un project coopératif<br />
j. 26-06<br />
Design Museum<br />
Brussels<br />
△ Charlotte Perriand.<br />
Comment voulonsnous<br />
vivre? Politique du<br />
photomontage<br />
01-04 au 28-08<br />
Fondation A Stichting<br />
△ One, two, Three, More<br />
- Helen Levitt<br />
j. 10-04<br />
Jewish Museum of<br />
Belgium<br />
△ Sol Lewitt. Wall<br />
Drawings, Works on paper,<br />
Structures (1968-2002)<br />
j. 01-05<br />
△ Works on Paper.<br />
Gallila’s collection<br />
j. 17-04<br />
KBR<br />
△ Toots 100. The sound<br />
of a Belgian Legend<br />
22-04 au 31-08<br />
La Centrale<br />
△ This is what you came<br />
for. Els Dietvorst<br />
28-04 au 02-10<br />
Mima<br />
△ Mima reload<br />
j. 29-05<br />
Musée de la bande<br />
dessinée<br />
△ Bulles de Louvre -<br />
vingt auteurs de Bande<br />
Dessinée propose de<br />
découvrir le Louvre<br />
j. 11-09<br />
Musee Mode et<br />
Dentelle<br />
△ Brussels Touch<br />
j. 22-05<br />
Musées roayxu<br />
des Beaux-Arts de<br />
<strong>Belgique</strong><br />
△ Omar Ba - Christian<br />
Dotremont. Peintre de<br />
l’écriture - Tanya Goel<br />
01-04 au 07-08<br />
Museum Kunst &<br />
Geschiedenis<br />
△ Before Time Began<br />
t/m 29-05<br />
Villa Empain<br />
△ Michel Polak<br />
07-04 au 21-08<br />
△ Portrait of a Lady<br />
j. 04-09<br />
CHARLEROI<br />
BPS22<br />
△ Teen Spirit<br />
j. 22-05<br />
Musée de la<br />
Photographie<br />
Charleroi<br />
△ Michel Vanden<br />
Eeckhoudt<br />
j. 15-05<br />
△ Soleil Noir - Gaëlle<br />
Henkens et Roger Job<br />
j. 15-05<br />
△ Arbres-Troncs - Zoé<br />
Van der Haegen<br />
j. 15-05<br />
△ Melanie De Biasio<br />
j. 15-05<br />
△ Danielle Rombaut<br />
j. 15-05<br />
DEINZE<br />
Museum van Deinze<br />
en de Leiestreek<br />
△ Marcase. Aspects of<br />
the image<br />
t/m 03-04<br />
GENT<br />
Museum Dr. Guislain<br />
△ Circonstances. Fernand<br />
Deligny<br />
t/m 29-05<br />
S.M.A.K.<br />
△ POPART van Warhol<br />
tot Panamarenko Uit de<br />
Collectie Matthys-Colle<br />
& S.M.A.K.<br />
t/m 08-05<br />
HASSELT<br />
Cultuurcentrum<br />
Hasselt<br />
△ En toch is ook de nacht<br />
niet uitzichtloos zolang<br />
er sneeuw ligt<br />
t/m 22-05<br />
△ Genre ZERO - Diana<br />
Herz<br />
t/m 22-05<br />
△ Self-Portraits, Dated,<br />
Untitled - Mies Cosemans<br />
& Joke Timmermans<br />
t/m 22-05<br />
HORNU<br />
CID Grand Hornu<br />
△ Bricks beyond Walls<br />
j. 05-06<br />
MACS<br />
△ Gaillard & Claude. A<br />
Certain Decade - Aline<br />
Bouvy. Cruising Bye<br />
j. 18-09<br />
KNOKKE-HEIST<br />
Cultuurcentrum<br />
Scharpoord<br />
△ Foto Knokke-Heist<br />
- Frieke Janssens &<br />
Servaas Van Belle<br />
t/m 12-06<br />
LA HULPE<br />
Fondation Folon<br />
△ Tomi Ungerer. Enfant<br />
terrible<br />
j. 26-06<br />
LA LOUVIÈRE<br />
Keramis - Centre de<br />
la Céramique de la<br />
Fédération Wallonie-<br />
Bruxelles (asbl)<br />
△ Les collections de<br />
Verviers à Keramis<br />
j. 28-08<br />
LEUVEN<br />
Museum M<br />
△ Prendre le temps<br />
t/m 23-04-2023<br />
△ Dry Culture Wet<br />
Culture - Wael Shawky<br />
t/m 28-08<br />
LIÈGE<br />
Maison des Métiers<br />
d’Art<br />
△ Upcycling - Recycler<br />
avec style<br />
j. 25-06<br />
MECHELEN<br />
Kazerne Dossin<br />
△ Universal Human<br />
Rights. Why they matter<br />
t/m 11-12<br />
MONS<br />
Beaux-Arts Mons<br />
△ Anto-Carte. De terre<br />
et de ciel<br />
j. 21-08<br />
△ Souviens-toi -<br />
Emelyne Duval<br />
j. 29-05<br />
MORLANWELZ<br />
Musée Royal de<br />
Mariemont<br />
△ La Chine au féminin.<br />
Une aventure moderne<br />
02-04 au 23-10<br />
△ Le Mysthère Mithra.<br />
Plongée au coeur d’un<br />
culte romain<br />
j. 17-04<br />
OOSTENDE<br />
Mu.Zee<br />
△ België-Argentinië.<br />
Trans-Atlantische<br />
modernismen, 1910-1958<br />
t/m 12-06<br />
Fort Napoleon<br />
△ De Grote Ridder Muis<br />
- Doe-expo<br />
t/m 18-04<br />
PUURS-SINT-AMANDS<br />
Emile Verhaeren<br />
Museum<br />
△ La Ville abandannée -<br />
Koen Broucke<br />
t/m 22-05<br />
SINT-MARTENS LATEM<br />
Museum Dhondt-<br />
Dhaenens<br />
△ Blindsight – Manon<br />
de Boer in dialoog met<br />
Latifa Laâbissi en Laszlo<br />
Umbreit<br />
t/m 22-05<br />
△ Time, and time again<br />
– Werk uit de collectie<br />
Vermeire-Notebaert<br />
t/m 22-05<br />
△ Yvan Derwéduwé -<br />
Antichambre<br />
t/m 22-05<br />
△ untitled 2018 (the<br />
infinite dimensions<br />
of smallness) - Rirkrit<br />
Tiravanija<br />
t/m 31-05<br />
SINT-NIKLAAS<br />
Mercatormuseum<br />
△ Kaarten aan de wand<br />
- (Her)ontdek oldschool<br />
platen en kaarten<br />
t/m 01-05<br />
SINT-PIETERS-<br />
WOLUWE<br />
Museum van de<br />
Boekkunsten en de<br />
Boekband<br />
△ Touching, Moving,<br />
Reading Books<br />
j. 22-05<br />
TOURNAI<br />
Musée des Beaux-<br />
Arts de Tournai<br />
△ Toute une histoire,<br />
regard sur les collections<br />
#3<br />
j. 02-2023<br />
△ Open Field - Raffaella<br />
Crispi<br />
105
Gallery calendar<br />
APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />
Belgium<br />
AALST<br />
Netwerk Aalst<br />
△ Rewinding<br />
Internationalism<br />
t/m 01-05<br />
ANTWERPEN<br />
De Zwarte Panter<br />
△ Tabula Rasa - Kiro Urdin<br />
t/m 10-04<br />
△ Alles stroomt - Frieda<br />
Van Dun<br />
t/m 10-04<br />
Everyday Gallery<br />
△ Beliefs, Apples and<br />
Machines - Victor<br />
Delestre<br />
t/m 17-04<br />
△ Venus and Adonis -<br />
Magda Kirk<br />
t/m 17-04<br />
△ Newtro - Gao Hang,<br />
Ahn Tae Won, Botond<br />
Keresztesi<br />
t/m 17-04<br />
Gallery FIFTY ONE<br />
△ ON & ONE - Eamonn<br />
Doyle<br />
t/m 16-04<br />
△ Portraits - Jacques<br />
Sonck<br />
t/m 16-04<br />
Tim Van Laere Gallery<br />
△ Riding the Waves -<br />
Leiko Ikemura<br />
t/m 02-04<br />
Zeno X Gallery<br />
△ Le jour se lève -<br />
Pélagie Gbaguidi<br />
t/m 30-04<br />
BEERSEL<br />
LKFF Art Projects<br />
△ Bij mijn venster -<br />
A ma fenêtre -<br />
At my window<br />
t/m 02-04<br />
BRASSCHAAT<br />
Keteleer Gallery<br />
△ A Short Trip - Floris<br />
Van Look<br />
t/m 17-04<br />
BRUSSELS<br />
A. Galerie<br />
△ Elements - Terra<br />
Abstracta - Benoît Feron<br />
j. 09-04<br />
Almine Rech<br />
△ Otis Kwame Kye<br />
Quaicoe<br />
j. 16-04<br />
△ Brian Calvin<br />
27-04 au 28-05<br />
△ Peter Peri<br />
27-04 au 28-05<br />
△ BLACK RODEO:<br />
Cowboys of the 21st<br />
Century - Otis Kwame<br />
Kye Quaicoe<br />
j. 16-04<br />
Arthus Gallery<br />
△ “Materia” group<br />
exhibition - Alvina<br />
Jakobssen,<br />
Virginie de Limbourg,<br />
Joao Manardù<br />
j. 30-04<br />
Association<br />
du patrimoine<br />
artistique<br />
△ La révolte de la<br />
couleur. Le Fauvisme<br />
belge 1904-1918<br />
j. 23-04<br />
Atomium<br />
△ View from my window<br />
j. 29-05-2023<br />
Baronian<br />
△ Eric Poitevin<br />
27-04 au 04-06<br />
△ Olivier Mosset<br />
j. 14-05<br />
BE CULTURE<br />
△ New Horizons in<br />
Painting<br />
01-04 au 28-05<br />
Bernier/Eliades<br />
△ Softly and Forever -<br />
Romain Cadilhon<br />
j. 14-04<br />
Bruno Matthys<br />
Gallery<br />
△ Silences -<br />
Eric Herrman,<br />
Véronique Melotto<br />
j. 09-04<br />
Brussels Expo<br />
△ Antoine de Saint-<br />
Exupéry. Le Petit Prince<br />
parmi les Hommes<br />
j. 30-06<br />
Centre d’art<br />
Chapelle<br />
de Boondael<br />
△ Nature sacrée,<br />
nature enchantée –<br />
Geneviève Levivier<br />
j. 10-04<br />
CLEARING<br />
△ Pandemic<br />
Pandemonium - Neïl<br />
Beloufa<br />
j. 10-04<br />
Contretype<br />
△ Hernie & Plume -<br />
Katherine Longly<br />
j. 22-05<br />
△ Retour à<br />
La Louvière - Pauline<br />
Vanden Neste<br />
j. 22-05<br />
△ D’ici là - Jérôme<br />
Hubert<br />
j. 22-05<br />
Dauwens &<br />
Beernaert Gallery<br />
△ 1 x 4 = 5 -<br />
Loïc Van Zeebroek,<br />
Toon Boeckmans,<br />
Isa De Leener,<br />
Charlotte<br />
Vandenbroucke<br />
j. 01-05<br />
Deodato Arte -<br />
Brussels<br />
△ Editions - Mr.<br />
Brainwash<br />
j. 24-06<br />
Dvir Gallery<br />
△ Haletant et éclatant -<br />
Sigalit Landau<br />
j. 16-04<br />
Eleven Steens<br />
△ Matières Premières<br />
- Pauline Bonnet,<br />
Yoshikazu Goulven<br />
Le Maître, BeCraft,<br />
La Gadoue, Réjean<br />
Peytavin<br />
j. 10-04<br />
Esther Verhaeghe<br />
Art Concepts<br />
△ Jacqy duVal<br />
j. 10-04<br />
Fondation Thalie<br />
△ Inner Bodies - Kiki<br />
Smith<br />
j. 01-05<br />
Frédérick Mouraux<br />
Gallery<br />
△ Naphta Tribes &<br />
Impermanence<br />
j. 30-04<br />
Galerie ABC<br />
△ Quentin Smolders<br />
j. 07-05<br />
Galerie Aliénor<br />
Prouvost<br />
△ Figures anonymes -<br />
Bryan Ley<br />
j. 28-04<br />
Galerie Baronian<br />
△ The Last Cowboy<br />
Songs - Olivier Mosset<br />
j. 14-05<br />
Galerie de la<br />
Béraudière<br />
△ Germaine Richier & La<br />
Couleur<br />
j. 29-04<br />
Galerie Deletaille<br />
△ Natures Mortes -<br />
Living Country<br />
j. 02-04<br />
Galerie Dys<br />
△ Carnaval. Peintures<br />
et travaux sur papier -<br />
Yasemin Senel<br />
j. 03-04<br />
Galerie Horta<br />
△ Frida Khalo - The life of<br />
an icon<br />
j. 14-05<br />
Galerie La Forest<br />
Divonne<br />
△ L’Oeuvre au coprs. Un<br />
rencontre ente les arts et<br />
le goût<br />
19-05 au 18-06<br />
△ Catherine François<br />
j. 14-05<br />
△ Singularités -<br />
Catherine François<br />
j. 15-05<br />
Galerie Marie-Ange<br />
Boucher<br />
△ Noëlle Koning<br />
j. 02-04<br />
△ Philippe Desomberg<br />
j. 02-04<br />
Galerie<br />
Nathalie Obadia<br />
△ Foolhardy Boarding<br />
A Lost State of Mind -<br />
Joris Van de Moortel<br />
j. 07-05<br />
Galerie Templon<br />
Bruxelles<br />
△ Présences - Jeanne<br />
Vicéral<br />
j. 23-04<br />
Galerie The Palm<br />
Beach<br />
△ Eikonoklastes - JNG,<br />
Jean-Noël Guillemain<br />
j. 24-04<br />
Galleria<br />
Anna Marra<br />
△ Roshambo - Perino &<br />
Vele, Túlio Pinto<br />
j. 15-04<br />
Gallery Sofie Van den<br />
Bussche<br />
△ New Memories -<br />
Joke Raes & Jonas<br />
Vansteenkiste<br />
j. 10-04<br />
Grand-Place<br />
△ Pop Masters<br />
j. 29-05<br />
Horst<br />
△ The Act of Breathing<br />
12-05 au 31-07<br />
Huberty & Breyne<br />
△ Olivier Ledroit<br />
08-04 au 14-05<br />
△ Michel Vaillant Art<br />
Strips - Jean Graton<br />
j. 02-04<br />
Husk Gallery<br />
△ Enclosure undone -<br />
Akiko Ueda<br />
j. 30-04<br />
Irène Laub Gallery<br />
△ Meta-morphosis -<br />
Tatiana Wolska<br />
j. 09-04<br />
KULT XL<br />
△ Hypnagogie -<br />
Robberto & Milena Atzori<br />
21-04 au 22-05<br />
Kusseneers Gallery<br />
△ Dancing in the Dark -<br />
Laurent Impeduglia<br />
j. 02-04<br />
L’Enfant Sauvage<br />
△ Primitiv Acid - Thomas<br />
Valere Gosset<br />
j. 16-04<br />
△ Comme une sorte de<br />
respiration - Toinette<br />
Chaudron<br />
j. 16-04<br />
La patinoire Royale,<br />
Galerie Valérie Bach<br />
△ Illimités - Sahar<br />
Saâdaoui<br />
j. 07-05<br />
△ Au gré de ses<br />
“déplacements” -<br />
Marthe Wéry<br />
j. 07-05<br />
△ Au gré de ses<br />
“déplacements” -<br />
Marthe Wéry<br />
j. 07-05<br />
△ Illimités - Sahar<br />
Saâdaoui<br />
j.07-05<br />
Laurentin Galerie<br />
Bruxelles<br />
△ Prints - Geneviève<br />
Asse<br />
j. 16-04<br />
Le Botanique<br />
△ Ce débris dont rien<br />
n’est venu à bout - Alix<br />
Dussart<br />
j. 03-04<br />
△ SARA TM - Void<br />
Collective<br />
j. 17-04<br />
le salon d’art<br />
△ arbo-naissance -<br />
Simon Outers<br />
j. 14-05<br />
Lee-Bauwens Gallery<br />
△ The Earth of Memory -<br />
a collective exhibition<br />
j. 30-04<br />
Librairie Galerie<br />
Chapitre XII<br />
△ Reborn - Stephen Sack<br />
j. 23-04<br />
Maison Commune à<br />
Ixelles<br />
△ Bers Grandsinge<br />
& Friends. Avis de<br />
recherche<br />
j. 20-05<br />
Maison de l’Histoire<br />
européenne<br />
△ Quand les murs<br />
parlent !<br />
30-04 au 13-11<br />
Maison des Arts<br />
△ En quelques mots … -<br />
In enkele woorden ...<br />
j. 30-04<br />
Marc Minjauw Gallery<br />
△ Recent Works - Luis<br />
Salazar<br />
j. 03-04<br />
Marie-Laure Fleisch<br />
△ Sculptures of Stones -<br />
Ronny Delrue<br />
j. 16-04<br />
Mathilde<br />
Hatzenberger<br />
Gallery<br />
△ Old Farts ?! - Pierre<br />
Dessons, Richard<br />
Meitner<br />
j. 02-04<br />
Melissa Ansel<br />
△ Devenir l’estran<br />
- Alexane Sanchez,<br />
Hadrien Loumaye,<br />
Julia Renaudot<br />
j. 08-05<br />
106
Gallery calendar<br />
APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />
Mendes Wood DM<br />
△ Neïl Beloufa<br />
j. 10-04<br />
Michel Rein<br />
△ Rubber soul - Edgar<br />
Sarin<br />
j. 16-04<br />
Michèle Schoonjans<br />
Gallery<br />
△ Danielle Kwaaitaal. Still<br />
Water<br />
j. 30-04<br />
Modern Shapes<br />
Gallery<br />
△ Simon Oud,<br />
Andrew Clausen,<br />
Enric Mestre<br />
j. 30-04<br />
Modesti Perdriolle<br />
Gallery<br />
△ The Color of Light -<br />
Joël Denot<br />
j. 23-04<br />
Montoro12 Gallery<br />
△ Ochre Yellow - Simone<br />
Cametti<br />
j. 16-04<br />
△ I Saw a Blue Sphere<br />
Falling - Emmanuele de<br />
Ruvo<br />
j. 16-04<br />
NICC & The<br />
Aprognostic Temple<br />
△ Zebedee Armstrong<br />
02-04 au 01-05<br />
Nino Mier Gallery<br />
△ Good Morning -<br />
Monica Subidé<br />
j. 16-04<br />
Odradek<br />
△ De la matière -<br />
Fabienne Claesen &<br />
Christine Nicaise<br />
j. 30-04<br />
Pierre Marie Giraud<br />
△ Michaël Verheyden<br />
j. 21-04<br />
Rodolphe Janssen<br />
△ Sausage Party -<br />
exposition de groupe<br />
j. 30-04<br />
Rossicontemporary<br />
△ Matrix Verbatim -<br />
Charlotte Flamand<br />
j. 07-05<br />
Sophie Carrée<br />
△ I’ve Lost My Head -<br />
Nathalie Campion<br />
j. 16-04<br />
Spazio Nobile Gallery<br />
△ Arbre de Vie - Bela<br />
Silva & Vera Vermeersch,<br />
duo show<br />
01-04 au 15-05<br />
△ Serendipity - Kiki van<br />
Eijk & Joost van Bleisjwijk,<br />
Duo show<br />
17-05 au 04-09<br />
Stems Gallery<br />
△ I’ll Tell You Later -<br />
Susumu Kamijo<br />
j. 09-04<br />
Super Dakota<br />
△ Snowballing - Alex Clarke<br />
j. 16-04<br />
Xavier Hufkens<br />
△ Keyhole - Josh Smith<br />
j. 16-04<br />
Zedes Art Gallery<br />
△ The Lissitzky Case -<br />
Igor Tishin<br />
j. 23-04<br />
CHARLEROI<br />
Galerie Jacques<br />
Cerami<br />
△ La prière du coeur -<br />
Philippe Herbet<br />
j. 23-04<br />
GENT<br />
Tatjana Pieters<br />
△ Yawn Holding Fields -<br />
Indrikis Gelzis<br />
t/m 17-04<br />
△ Il faut cultiver son<br />
jardin - curated by Fleur<br />
De Roeck<br />
t/m 17-04<br />
GRIMBERGEN<br />
Cultuurcentrum<br />
Strombeek<br />
△ Open Source - Noah<br />
Latif Lamp<br />
t/m 01-05<br />
△ Sunny Afternoon -<br />
Rirkrit Tiravanija<br />
t/m 30-04<br />
HASSELT<br />
Z33<br />
△ Charging Myths - On-<br />
Trade-Off<br />
t/m 21-08<br />
HINGENE<br />
Den Heeck<br />
△ Wim Maes -<br />
eenmanstentoonstelling<br />
t/m 10-04<br />
HINGENE-BORNEM<br />
Den Heeck<br />
△ Eenmanstentoonstelling<br />
- Wim<br />
Maes<br />
t/m 10-04<br />
JAMBES<br />
Galerie Detour<br />
△ Alain Janssens. Le<br />
palabre des choses<br />
j. 30-04<br />
KNOKKE<br />
Baronian<br />
△ Max Frintrop<br />
j. 15-05<br />
KORTRIJK<br />
Be-Part<br />
△ Black Sun - Ruben<br />
Bellinkx<br />
t/m 05-06<br />
LA LOUVIÈRE<br />
Centre Daily-Bul & Co<br />
△ Cactus inébralable<br />
s’expose<br />
j. 17-04<br />
Galerie Nardone<br />
△ Carlo Galfione<br />
j. 23-04<br />
LIÈGE<br />
Europaexpo - Gare<br />
de Liège Guillemins<br />
△ I LOVE JAPAN<br />
j. 31-08<br />
Les Brasseurs art<br />
contemporain<br />
△ S!NGULIER - Andrea<br />
Radermacher-<br />
Mennicken<br />
j. 09-04<br />
Les Brasseurs art<br />
contemporain<br />
△ LUIK : panel that can<br />
be placed in front of<br />
a window - Maikel De<br />
Greve<br />
j. 09-04<br />
LINKEBEEK<br />
Huize Lismonde<br />
△ Gaandeweg - Anne<br />
Marie Finné<br />
t/m 22-05<br />
LOUVAIN-LA-NEUVE<br />
Espace 001<br />
△ Virginie de Limbourg<br />
j. 10-04<br />
NAMUR<br />
Galerie Ronny Van de<br />
Velde<br />
△ Perspectives minimales<br />
en <strong>Belgique</strong><br />
j. 17-04<br />
OOSTEEKLO<br />
Galerie William<br />
Wauters<br />
△ Wim Biewenga<br />
10-04 t/m 15-05<br />
△ Christian Verhelst<br />
10-04 t/m 15-05<br />
△ Marcase<br />
t/m 03-04<br />
TERVUREN<br />
Art Gallery van<br />
Lorreinen<br />
△ Joy of Life - Carla De<br />
Boeck<br />
t/m 03-04<br />
Spazio Nobile At<br />
Home<br />
△ Inner Landscapes<br />
j. 29-05<br />
VERVIERS<br />
ABC&Design<br />
△ Jacques Maréchal-<br />
Muller, Jenny Verplanke<br />
j. 09-04<br />
WAREGEM<br />
Be-Part<br />
△ Hips don’t lie -<br />
Hadassah Emmerich<br />
t/m 22-05<br />
WIJNEGEM<br />
Axel Vervoordt<br />
△ Shiro Tsujimura<br />
t/m 07-05<br />
△ Shen Chen<br />
t/m 07-05<br />
△ Chaos & Order -<br />
Group exhibition<br />
t/m 21-05<br />
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Luxembourgeoise des salles de ventes<br />
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Fax 02-741 60 70<br />
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T.03/226.99.69 -<br />
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Ellermanstraat 36-38 - 2060<br />
Antwerpen<br />
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Gecatalogiseerde kunst- en<br />
antiekveilingen schattingen<br />
en expertises van nalatenschappen<br />
en verzekeringen<br />
e-mail: dvc@dvc.be<br />
www.dvc.be<br />
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Godts)<br />
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Brussel<br />
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T.0475/74.49.25<br />
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www.pictura.be<br />
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(Dir. Cécile La Pipe,<br />
Peter en Natan Loeckx)<br />
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T.09/223.37.93<br />
F.09/233.76.71<br />
www.loeckx.be<br />
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9h00 à 12h00 et de 13h00 à<br />
17h00. Fermé le mercredi<br />
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& Vincent de Lange)<br />
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Tél. : 019/63.55.59<br />
0495/87.99.01 - 0475/27.73.87<br />
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SAMEDI 30/04 – de 10 à 18.00<br />
DIMANCHE 01/05 – de 10 à 18.00<br />
VENDREDI 06/05 – de 10 à 18.00<br />
LUNDI 02/05 au JEUDI 05/05 –<br />
de 14 à 18.00<br />
POSSIBILITÉ D’ENCHÉRIR<br />
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info@maisonjules.be - Tél. 0485/45 86 23 & 0478/84 30 58<br />
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Volume IV, Number 11<br />
1921<br />
Charles Leickert (1816-1907)<br />
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Théo Van Rysselberghe (Ghent 1862-1926 Le Lavandou),<br />
La Baie de Saint-Clair, 1923.<br />
Oil on canvas. 65 × 92 cm. Dated “juin 1923”.<br />
EXPERTISE • COMPETENCE • PROFESSIONNALISME<br />
Fondée en 1919, la ROCAD – Belgian Royal Chamber of Art Dealers – est<br />
l’association professionnelle belge des marchands d’art. Elle réunit 110 membres<br />
reconnus pour leur expertise dans les différentes spécialités du marché de l’art.<br />
La ROCAD est votre partenaire pour expertiser, acheter et vendre une œuvre d’art<br />
dans le strict respect d’un code éthique. Toutes les informations sur rocad.be<br />
Belgian Royal Chamber of Art Dealers<br />
rue Ernest Allard, 32, 1000 Bruxelles<br />
T +32 2 548 00 00 – info@rocad.be – www.rocad.be
Albert<br />
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Ça suffit?<br />
Notre Dame, 200 x 150 cm, aquarel and ink on paper, 1987<br />
28.04-01.05<br />
Art Brussels<br />
Booth A87<br />
Schönfeld Gallery<br />
Rivoli building<br />
690, Chaussée de Waterloo<br />
1180 Brussels<br />
www.schonfeldgallery.com