28.03.2022 Vues

COLLECT Belgique Avril 2022

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COllECT<br />

Mensuel ne paraît pas en janvier, en juillet ni en août - 6,95 € - P608061<br />

N° 515 / AVRIL <strong>2022</strong><br />

Francis Alÿs<br />

Une star belge à la Biennale<br />

Art Brussels<br />

Back to business<br />

Marketing & Galeries d’Art<br />

Une stratégie à la loupe


Être logé généreusement au<br />

milieu de votre collection?<br />

À VENDRE<br />

Vlissingen, Zélande (NL)<br />

Maison d’habitation avec étang de baignade<br />

Unique, multifonctionnel, confortable.<br />

Ancien château d’eau entouré de nouveaux<br />

bâtiments architecturaux sur une site de<br />

7.000 m2.<br />

Pavillons de présentation et jardin de sculptures<br />

1.617 m2 de surface pour vivre, travailler,<br />

présenter, accueillir et stocker.<br />

Prix demandé: € 2.500.000 k.k.<br />

Pavillon d’accueil au 6ème étage du château d’eau<br />

Tel. +31 (0)118) 620062 • www.sinke.nl


The Online Dutch<br />

Art & Antiques Fair<br />

thedaaf.com<br />

Par les membres de l’Association Royale<br />

Néerlandaise des Arts et Antiquités, KVHOK<br />

Édition <strong>2022</strong><br />

• Avec plus de cinquante participants<br />

• Images video<br />

Exclusivement en ligne<br />

Ouverture: jeudi 7 avril à 16.00 h. HEC<br />

Fermeture: dimanche 10 avril à 21.00 h. HEC<br />

<br />

Supporté par


Serge Vandercam, Composition, ca. 1959, huile sur toile, 146 x 114 cm<br />

Spécialisée<br />

dans l’art belge<br />

d’après-guerre<br />

Callewaert Vanlangendonck Gallery<br />

Nous avons le plaisir de<br />

vous accueillir au stand C19<br />

avec des œuvres de Serge<br />

Vandercam et Jan Dries<br />

Tour & Taxis<br />

28 April – 1 May <strong>2022</strong><br />

Callewaert Vanlangendonck Gallery<br />

Sint-Jacobstraat 17, 2000 Anvers<br />

gallery@callewaert-vanlangendonck.com<br />

www.callewaert-vanlangendonck.com<br />

Brecht Callewaert 0032475926724<br />

Yoeri Vanlangendonck 0032476444611<br />

Jan Dries, Pierres de méditation, 1962, sculpture en marbre, 8 x h 9 cm | 8 x h 18 cm


DU 21 AU 26 MARS<br />

2 018<br />

2 022<br />

M AI<br />

Palais Brongniart<br />

Place de la Bourse, 75002 Paris<br />

18 23<br />

M AI<br />

2 022<br />

www.salondudessin.com<br />

Nicolas Robert, Chouette effraie, collection M & Mme Pierre Rosenberg. © Photographie : Suzanne Nagy. Design : Olivier Andreotti (Toluca Studio)<br />

Invité d’honneur : Musée du Grand Siècle<br />

Et avec la participation exceptionnelle du musée des Arts décoratifs, Paris<br />

Symposium international les 18 et 19 mai : De l’art des jardins de papier : concevoir, projeter, représenter


Sommaire<br />

Fibules et broches<br />

Inspirants ornements<br />

EST. 1971 / avril <strong>2022</strong> - N°515<br />

www.collectaaa.be<br />

Giovanni Boldini<br />

à Paris<br />

62<br />

70<br />

Le monde<br />

selon<br />

Gagosian 46<br />

SUIVEZ-NOUS ÉGALEMENT<br />

SUR : @ARTMAGAZINE<strong>COLLECT</strong><br />

OURS<br />

Administration,<br />

Rédaction, Agenda<br />

Begijnhoflaan 464 G<br />

9000 Gand<br />

Tél. : 09/216.20.20<br />

Fax : 09/216.20.21<br />

collect@ips.be<br />

www.collectaaa.be<br />

ING 310-0657650-76<br />

IBAN BE91 3100 6576 5076<br />

SWIFT BBRU BE BB<br />

TVA BE 432.544.477<br />

PUBLICITÉ<br />

Secteur Art : Joris van Glabbeek<br />

Tél. : 09/216.20.24<br />

collect.net@ips.be<br />

Tout autre secteur : MAC-Strat SRL /<br />

Yves de Schaetzen<br />

Georges Huynenstraat 21A<br />

1560 Hoeilaart<br />

GSM : 0475/82.96.00<br />

yves@macstrat.be<br />

Rédacteur en Chef<br />

Christophe Dosogne<br />

Rédaction<br />

Els Bracke<br />

Celine De Geest<br />

Christophe Dosogne<br />

Collaborateurs<br />

Gilles Bechet<br />

Laurent de Hemptinne<br />

Thijs Demeulemeester<br />

Gwenaëlle de Spa<br />

Gwennaëlle Gribaumont<br />

Elien Haentjens<br />

Johan Frederik Hel Guedj<br />

Diane Hennebert<br />

Anne Hustache<br />

Christine Vuegen<br />

Traduction<br />

Dynamics Translations<br />

Didier Vanhede<br />

Mise en pages<br />

Renaldo Candreva<br />

Freek Lukas<br />

Impression<br />

Graphius, Gand<br />

Distribution<br />

Librairies<br />

AMP<br />

La Poste<br />

Abonnements<br />

Pays d’Abonnements<br />

Ambachtenlaan 21 - Unit 2A -<br />

3001 Heverlee - Tél. 02/808.55.23<br />

serviceclient@paysdabonnements.be<br />

<strong>Belgique</strong> 49,5 €, Europe 70 €<br />

Les abonnements sont à reconduction<br />

automatique, sauf avis contraire<br />

envoyé au minimum deux mois avant<br />

la date d’échéance. Un abonnement<br />

offert en cadeau se termine automatiquement<br />

au bout d’un an. Pour un<br />

changement d’adresse, une résiliation,<br />

un numéro manquant, ou toute<br />

autre question, surfez sur :<br />

www.paysdabo.be<br />

En couverture<br />

Sandro Miller, Nina, Dakar, 2019, édition de 15,<br />

tirage pigmentaire signé, numéroté, titré et daté<br />

au crayon, 51 x 38 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />

Gallery Fifty One / Art Brussels<br />

Membre de l’Union des Editeurs<br />

de la Presse Périodique<br />

www.wemedia.be<br />

Editeur responsable :<br />

Patrick Snoeck, Begijnhoflaan 464G - 9000 Gand<br />

Pour les auteurs d’art visuel et les photographes :<br />

© CISAC / SABAM Belgium <strong>2022</strong><br />

Portrait : © Silvie Bonne<br />

Nulle partie de cette publication ne peut être reproduite<br />

et/ou publiée par impression, photocopie ou de toute<br />

autre manière que soit, sans l’autorisation écrite de<br />

l’éditeur. Ni la rédaction ni l’éditeur ne peuvent être tenus<br />

pour responsables des opinions et faits contenus dans<br />

les articles signés ou les contributions de ce magazine,<br />

lesquels n’engagent que leurs auteurs. <strong>COLLECT</strong> ne peut<br />

être tenu pour responsable du contenu des annonces<br />

publicitaires publiées, la responsabilité en incombant uniquement<br />

à l’annonceur. © Arts Antiques Auctions, Gand


Édito<br />

Marché de l’Art et Effet Veblen<br />

Alors que le monde se focalisait non sans<br />

angoisse sur la guerre en Ukraine, pays<br />

dont le patrimoine commence déjà à payer<br />

un lourd tribut sous le coup des bombardements,<br />

à l’heure de rédiger ces lignes, les<br />

sanctions économiques à l’égard de la Russie<br />

allaient bon train. Dernières en date, la<br />

décision conjointe de Christie’s, Sotheby’s<br />

et Bonhams d’annuler leurs ventes d’art<br />

russe, prévues traditionnellement à Londres<br />

en juin, et de geler également toutes<br />

relations commerciales avec leurs clients<br />

russes. De son côté, Phillips, troisième<br />

auctioneer mondial, dont le capital est détenu<br />

par le groupe de luxe russe Mercury,<br />

décidait de faire un don de 7,7 millions de<br />

dollars, le total de sa commission générée<br />

lors de la vente du soir du 3 mars en art du<br />

XXe siècle et contemporain, à la Croix-<br />

Rouge ukrainienne. Alors, déconnecté de<br />

la réalité, le marché international de l’art ?<br />

Pas si sûr, même si les résultats faramineux<br />

engendrés en 2021, malgré la pandémie,<br />

ont pu le laisser croire. Ainsi, selon le rapport<br />

annuel d’Artprice, loin d’être affaibli<br />

par les circonstances qui ont freiné les foires,<br />

fermé les galeries, empêché les voyages<br />

et barricadé les salles de ventes, le marché<br />

de l’art a au contraire été dopé après le<br />

hiatus de 2020, faisant preuve d’une résilience<br />

étonnante en trouvant de nouveaux<br />

relais de croissance. Le montant totaldes<br />

ventes aux enchères d’œuvres d’art, s’est<br />

établi à 17,08 milliards de dollars, un record<br />

absolu qui signe un bond spectaculaire de<br />

60% par rapport à 2020, année vraiment<br />

sinistrée, mais aussi de 28% en regard<br />

de 2019, qui avait plutôt été un bon cru.<br />

Atteignant 663 887, le nombre de lots vendus<br />

n’a jamais été aussi élevé, en progression<br />

de 18% sur 2019 (et de 29% sur 2020).<br />

Dans le même temps, le taux d’invendus<br />

n’a jamais été aussi bas, à 31% (contre 34%<br />

en 2020 et 38% en 2019). Comme il se doit,<br />

l’art contemporain a poursuivi sa marche<br />

triomphale, représentant désormais 20%<br />

des lots, soit 7 fois plus qu’en l’an 2000... Le<br />

secret de cette réussite : un basculement<br />

réussi vers les ventesen ligne, près de 90%<br />

des 6300 maisons de ventes recensées<br />

dans le monde étant maintenant équipées<br />

pour les mener à bien. Si la Chine poursuit<br />

sa montée en puissance, dépassant une<br />

fois encore les Etats-Unis, la France est<br />

désormais deuxième en nombre d’œuvres<br />

vendues, tandis que l’air de rien la <strong>Belgique</strong><br />

se range à la seizième place en termes<br />

de produit des ventes (+/- 100 millions de<br />

dollars). Evidemment, Sotheby’s et Christie’s<br />

se taillent toujours la part du lion en<br />

générant respectivement 4,4 et 4 milliards<br />

de dollars. Que faut-il penser de ces chiffres<br />

édifiants ? On l’oublie trop souvent,<br />

lorsqu’une spirale ascendante s’installe,<br />

elle a tendance à s’autoalimenter, notamment<br />

sous l’Effet Veblen, mis en évidence<br />

dès 1899 par l’économiste et sociologue<br />

américain Thorstein Veblen (1857-1929).<br />

Cet ‘‘effet de snobisme’’ se matérialise par<br />

le fait que les individus ont tendance à plus<br />

désirer et donc à acquérir d’autant les biens<br />

dont le prix élevé fait toute la valeur et dont<br />

la possession traduit un statut social…<br />

Or, si les prix des œuvres d’art ont très légèrement<br />

baissé sur l’année 2021 (–1%), ceux<br />

de l’art contemporain ont augmenté de<br />

3% ! Les grandes fortunes actives dans ce<br />

segment, qui inclut notamment celui des<br />

NFTs, ont donc considérablement soutenu<br />

le marché en 2021. Leur poids permettrat-il<br />

de contrecarrer les éventuels effets<br />

délétères d’un conflit de longue durée en<br />

Ukraine ? C’est tout l’enjeu des prochains<br />

mois, en espérant que…<br />

Christophe Dosogne<br />

RUBRIQUES<br />

8 Up to date<br />

12 Personalia<br />

14 Musées<br />

18 Galeries<br />

22 Le grand retour d’Art Brussels<br />

30 L’artiste du mois : Willie Morlon<br />

32 Zoom : Judith Joy Ross<br />

DOSSIERS<br />

34 Marketing et Galeries d’art :<br />

une stratégie à la loupe<br />

38 Doublé Els Dietvorst<br />

40 Francis Alÿs, la valeur d’une oeuvre<br />

généreuse<br />

46 Le monde selon Gagosian<br />

50 Barbara Kruger, l’art des mots<br />

52 Le marché des antiquités romaines<br />

58 Autour de Mondrian<br />

62 Giovanni Boldini à Paris<br />

66 Photographie, quelle durée de vie ?<br />

70 Au fil du temps, de la fibule à la broche<br />

74 Collection Joost Caen :<br />

le vitrail en question<br />

92 La cote de Christian Dotremont<br />

96 Bruno Claessens et Jacques Billen,<br />

à propos des armes africaines<br />

100 N. Vrouyr, une vente au musée<br />

du Quai Branly<br />

VENTES<br />

78 Focus International<br />

82 La surprise du mois : un brûleparfum<br />

Qing chez Coronari<br />

83 Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

AGENDAS<br />

102 Auction calendar<br />

104 Fair calendar<br />

105 Expo calendar<br />

105 Gallery calendar<br />

108 Bonnes adresses & Sites web<br />

109 Petites annonces<br />

La rédaction de <strong>COLLECT</strong> envoie<br />

régulièrement une newsletter<br />

d’actualité des ventes, foires et salons...<br />

Inscrivez-vous y en faisant parvenir votre<br />

adresse électronique à : collect@ips.be


UP TO DATE<br />

Signa temporum, ars temporis…<br />

-><br />

Vue de l’hôtel Lambert sur l’Île Saint-Louis, à Paris. © D. R.<br />

-><br />

Giovanni Ambrogio Miseroni (att.), Camée de Vénus et l’Amour sur sa coupe en<br />

forme de coquille, XVIe siècle, agate des Grisons, monture en argent doré.<br />

© Musée du Louvre, dist. RMN-GP / photo : Hervé Lewandowski<br />

Bonhams faisait l’acquisition, mi-mars, de<br />

la salle de vente de Boston, Skinner.<br />

Fondée en 1962, l’enseigne qui organise<br />

80 ventes par an sera désormais connue<br />

sous le nom de Bonhams Skinner. www.<br />

bonhams.com Koelnmesse a annoncé<br />

l’intégration du salon Cologne Fine Art &<br />

Design à la foire Art Cologne. Ce qui<br />

signifie la fin de cette foire traditionnelle<br />

axée sur l’art, les antiquités, les arts<br />

appliqués et le design, une issue inévitable<br />

au vu de la dynamique changeante<br />

du marché de l’art. Elle sera réincarnée en<br />

une nouvelle section ‘‘Art + Objet’’ au sein<br />

d’Art Cologne, dont la prochaine édition<br />

se tiendra en novembre. www.artcologne.<br />

com Dans le cadre de la foire Art<br />

Brussels (organisée sur le site de Tour &<br />

Taxis du 28-04 au 01-05, lire par ailleurs),<br />

la Fédération Wallonie-Bruxelles présentera,<br />

sous un commissariat de Maud<br />

Salembier, l’installation My, Our, Yours. de<br />

l’artiste français Valérian Goalec (1986).<br />

www.valeriangoalec.com Le concours<br />

ArtContest lance sa 18e édition qui<br />

s’adresse aux jeunes artistes belges ou<br />

résidant en <strong>Belgique</strong>, âgés de 35ans<br />

maximum. Dépôt des candidatures le<br />

20-06 à minuit. www.artcontest.be La<br />

Centrale for Contemporary Art lance, elle<br />

aussi, un appel à projets pour l’occupation<br />

de sa Vitrine, nouvel espace dédié à la<br />

création bruxelloise. Celui-ci s’adresse à<br />

des artistes émergent(e)s domicilié(e)s à<br />

Bruxelles, sans limite d’âge, y compris<br />

collectifs ou duos artistes-commissaires.<br />

Clôture des candidatures pour l’année<br />

2023 : le 02-05 à 23h59. www.centrale.<br />

brussels Début février, le commissaire<br />

d’exposition, critique d’art et théoricien<br />

français Nicolas Bourriaud créait Radicants,<br />

modèle coopératif organique et nomade,<br />

en phase avec l’évolution du monde de<br />

l’art. Conçu pour organiser des expositions<br />

inédites, imaginées par des commissaires<br />

indépendants au niveau international,<br />

cette coopérative intervient sur la production<br />

d’expositions, le conseil en ingénierie<br />

culturelle, l’édition et la vente d’œuvres. En<br />

mai, elle ouvrira un espace de 250 m² à<br />

Paris (18 rue de Comines), à la fois lieu de<br />

travail, de rencontres et d’exposition.<br />

A Bruxelles, les galeries Baronian et<br />

Xippas, qui avaient noué un partenariat il y a<br />

3 ans, ont annoncé avoir mis fin à leur<br />

relation formelle sans exclure des collaborations<br />

futures. La Galerie Baronian (Bruxelles<br />

/Knokke) fêtera cette année son 50e<br />

anniversaire en participant notamment à Art<br />

Brussels et à la BRAFA. www.baroniau.eu<br />

La Galerie Laurentin (Bruxelles / Paris) a<br />

annoncé la représentation exclusive de<br />

l’Estate Antoine Mortier, figure majeure de<br />

l’art moderne belge et surnommé ‘‘le<br />

peintre de l’absolu’’. www.galerie-laurentin.com<br />

Daniel Templon, qui a ouvert<br />

des galeries à Paris, à Bruxelles et même à<br />

Milan (de 1971 à 1976) mais n’avait jamais<br />

tenté de traverser l’Atlantique, va ouvrir un<br />

espace d’exposition à New York. A la tête de<br />

cette antenne de 600 m² de plain-pied au<br />

293 Tenth Avenue, entre les 26e et 27e Rues,<br />

tout près de la High Line, Mathieu Templon<br />

(1986). Ouverture en septembre avec une<br />

exposition consacrée à Omar Ba. www.<br />

templon.com La Fondation Kanal<br />

dévoilait, le 10 mars, les premières œuvres<br />

de sa collection (38 œuvres de 27 artistes<br />

originaires de 12 pays). Sélectionnées par un<br />

comité d’acquisition, elles devraient poser<br />

les bases des futures collections de Kanal<br />

Centre Pompidou. www.kanal.brussels<br />

Les prochaines nocturnes des musées<br />

bruxellois sont prévues du 21-04 au 09-06.<br />

Chaque jeudi soir, entre 5 et 10 institutions<br />

bruxelloises prolongeront ainsi l’ouverture<br />

de leurs portes. www.nocturnes.brussels.<br />

8


UP TO DATE<br />

-><br />

Une oeuvre de Younes Baba-Ali, désormais dans les collections de la Fondation Kanal. © photo :<br />

Veerle Vercauteren<br />

L’Arabie Saoudite annonce la première<br />

participation de son histoire à la Biennale<br />

de Venise. Elle sera représentée par l’artiste<br />

multidisciplinaire Muhannad Shono (1977).<br />

www.labiennale.org Le Fonds du<br />

Patrimoine de la Fondation Roi Baudouin a<br />

récemment fait l’acquisition de 66 œuvres<br />

originales de l’artiste belge Félicien Rops :<br />

11 dessins, 8 gravures avec texte en marge,<br />

43 gravures avec dessins en marge et 4<br />

lettres. Cette acquisition exceptionnelle<br />

permet d’enrichir la collection du musée<br />

Félicien Rops, à Namur, où elles seront<br />

accessibles au public. www.kbs-frb.be<br />

De leurs côtés, les bibliothèques de la KU<br />

Leuven et de la KBR se sont unies avec<br />

Google pour mettre en ligne des milliers<br />

de livres et documents historiques.<br />

Quantité d’ouvrages, dont certains<br />

remontent au XVe siècle, seront ainsi<br />

libres d’accès dans les années à venir via<br />

Google Books et les catalogues des<br />

bibliothèques des institutions concernées.<br />

Le milliardaire Xavier Niel, fondateur du<br />

groupe télécoms Iliad (maison mère de<br />

l’opérateur Free), a acquis l’hôtel Lambert<br />

sur l’Île Saint-Louis à Paris. Cet hôtel<br />

particulier, installé en bordure du pont<br />

Sully, fut bâti au XVIIe siècle (1640-1644)<br />

par l’architecte Louis Le Vau, qui avait<br />

notamment dessiné les plans du château<br />

de Vaux-le-Vicomte ou encore ceux des<br />

Grands Appartements du Roi et de la Reine<br />

et de la façade de pierre blanche côté<br />

jardin, à Versailles. Sa décoration a été<br />

assurée par le peintre Charles Le Brun<br />

(1619-1690) et son confrère Eustache Le<br />

Sueur (1616-1655), parfois surnommé ‘‘le<br />

Raphaël français’’. L’homme d’affaires<br />

envisagerait d’y installer une fondation<br />

culturelle. La 12e campagne de mécénat<br />

participatif du Louvre, achevée le 25 février,<br />

portait à nouveau ses fruits puisque le<br />

million d’euros visé a été atteint, permettant<br />

ainsi à l’institution de faire l’acquisition<br />

d’une pièce convoitée depuis longtemps :<br />

un camée intitulé Vénus et l’Amour attribué<br />

à Giovanni Ambrogio Miseroni (1551-1616),<br />

membre d’une prestigieuse dynastie de<br />

graveurs milanais. Taillé en forme de<br />

coquillage en agate des Grisons, l’objet,<br />

passé entre les mains du cardinal Mazarin<br />

et de Louis XIV, est le couvercle d’une<br />

coupe également réalisée par Miseroni et<br />

entrée pour sa part dans les collections du<br />

Louvre en 1968. Les deux parties avaient en<br />

effet été séparées suite à leur saisie, en<br />

1796, sous le Directoire.<br />

Fab Rideti<br />

L’espace bruxellois de la Galerie Frédérick Mouraux présente deux expositions solo de<br />

la photographe plasticienne Fab Rideti. En une approche esthétisante, elle réalise une<br />

œuvre engagée, imprégnée par les grandes questions contemporaines, scrutant autant<br />

la fragilité humaine que les failles de nos sociétés. On y décèle la récurrence de thèmes<br />

comme le jeu, la représentation et le spectacle. Un univers théâtral, fantasmé, souvent<br />

teinté de dérision, campé en des images faussement parfaites qui surprennent quand<br />

on ne s’y attend pas. S’adressant à l’enfant enfoui en chacun de nous, l’artiste met en<br />

scène ses photographies en créant des personnages imaginaires qu’elle costume à sa<br />

façon, comme en une pièce de théâtre racontée comme pour faire rêver et réfléchir.<br />

Autant d’histoires sans paroles, de récits suspendus, présentés ici en deux séries distinctes,<br />

à travers lesquelles est dépeinte la condition humaine.<br />

Frédérick Mouraux Gallery<br />

Bruxelles<br />

www.frederickmoureauxgallery.com<br />

jusq. 30-04<br />

-><br />

Fab Ribeti, image de la série Naphta Tribes,<br />

2020, éd. 8, tirage pigmentaire sur papier<br />

baryté Hahnemhüle PhotoRag, monté sur<br />

aluminium. © de l’artiste<br />

9


UP TO DATE<br />

Nathalie Campion<br />

Artiste plasticienne, diplômée entre autre en agriculture urbaine, Nathalie<br />

Campion est venue relativement tard à la céramique. Visant à exprimer la puissance<br />

et la fragilité du monde naturel, sa démarche se nourrit du végétal. Dans<br />

ces créations, le corps se révèle discrètement. Transfigurées en des sculptures<br />

triturées, voire brutalisées, ces sources d’inspiration y font souche et se voient<br />

sublimées par l’emploi d’un engobe, un temps sombre, désormais laiteux et<br />

presque lumineux, qui en caractérise la surface. Colère, angoisse, souffrances<br />

de la Terre génitrice et des arbres qui la protègent s’illustrent ici en un vertige<br />

plastique exprimant l’inéluctable avec force et mélancolie. Un travail incisif, à la<br />

grande force poétique, doublement exposé.<br />

-><br />

Nathalie Campion, Corpus 12, 2021, céramique<br />

vernissée, 66 x 10 x 41 cm. © de l’artiste / photo :<br />

Anthony Girardi<br />

OV Project<br />

Atelier Jespers @ The Solo Project<br />

Rue Van Eyck 57<br />

Circularium -Rue de Liverpool<br />

Bruxelles<br />

Bruxelles<br />

www.ovproject.com<br />

www.atelierjespers.com<br />

jusq. 16-04 du 28-04 au 01-05<br />

Perspectives minimales<br />

En près de quarante œuvres majeures,<br />

le Delta invite à découvrir les tendances<br />

minimales de l’art contemporain et de<br />

l’abstraction géométrique belges qui, dès<br />

les années 1920, ont jeté les premiers jalons<br />

de l’une des sensibilités artistiques majeures<br />

de notre pays. L’exposition souhaite d’abord<br />

montrer comment l’héritage de la peinture<br />

géométrique abstraite de la première moitié<br />

du XXe siècle, notamment le travail de Jo<br />

Delahaut, Josef Peeters, Victor Servranckx,<br />

Jules Schmalzigaug ou encore Georges<br />

Vantongerloo, a permis de cultiver très tôt<br />

en <strong>Belgique</strong> une sensibilité pour l’économie<br />

plastique et les formes épurées. Ensuite, la<br />

tendance minimale, née dans les années 1960<br />

aux Etats-Unis et toujours vivace aujourd’hui,<br />

n’étant pas toujours connue et comprise du<br />

grand public, en collaboration avec la Galerie<br />

Ronny Van de Velde, incontournable dans le<br />

paysage artistique belge, le centre culturel<br />

namurois propose de découvrir ou redécouvrir<br />

les œuvres d’inspiration minimaliste<br />

de nombreux artistes belges. Parmi ceux-ci,<br />

Ann-Veronica Janssens, Jan De Cock, Lili Dujourie,<br />

Guy Mees, Dan Van Severen, Marthe<br />

Wéry et beaucoup d’autres. (Le Delta, Namur,<br />

www.ledelta.be, jusq. 17-04)<br />

-><br />

Vue de l’exposition Perspectives minimales<br />

en <strong>Belgique</strong>, présentée au Delta de Namur.<br />

© Delta / D. R.<br />

Cent regards sur le monde de l’art<br />

-><br />

Frédéric de Sernaclens. © D. R.<br />

Lire : Frédéric de Sernaclens, Cent regards<br />

sur le monde de l’art. Aphorismes. Récits.<br />

Réflexions, éditions l’Art-Dit, Arles, 2021,<br />

ISBN 978-2-91922-122-6<br />

Marchand d’art et consultant, le Suisse Frédéric de Sernaclens a dirigé des galeries d’art<br />

moderne et contemporain à Genève et Singapour, y représentant des artistes tels que<br />

Bernar Venet, Fabienne Verdier, Armen Agop ou Pablo Reinoso. Créateur d’ArtMarketGuru,<br />

il s’intéresse particulièrement à l’impact des nouvelles technologies comme la blockchain<br />

et l’intelligence artificielle sur le marché de l’art. Dans Cent regards sur le marché de l’art, il<br />

nous raconte sous la forme de capsules littéraires des moments forts du métier de galeriste,<br />

partage ses expériences et divulgue quelques ‘‘secrets’’, pratiques ou us et coutumes d’un<br />

univers encore méconnu du grand public. Au fil des pages, l’auteur opère l’autopsie du seul<br />

secteur qui demeure aujourd’hui sans règles strictes, sans contrôles. Un Far West où l’audace<br />

s’allie à l’imagination pour faire rêver ou fructifier ses intérêts. Mélange de constats,<br />

d’anecdotes et de recherches, une plongée réaliste dans le monde et le marché de l’art.<br />

10


UP TO DATE<br />

Quelques foires d’avril<br />

-><br />

Paul César Helleu, L’actrice Marguerite<br />

Labady, ca. 1900, pointe sèche, 57,2 x 34,3<br />

cm. © Inter-Antiquariaat Mefferdt & De<br />

Jonge / DAAF<br />

-><br />

Un klinkglas ou drinkuyt, argent et verre ‘‘à la façon de Venise’’, Anvers, ca. 1580. H. 20,8 cm.<br />

© John Endlich / DAAF<br />

En 2021, en pleine pandémie, naissait une<br />

belle initiative : un groupe d’antiquaires<br />

néerlandais affiliés à la KVHOK (Koninklijke<br />

Vereeniging van Handelaren in Oude<br />

Kunst) s’unissaient pour fonder la DAAF,<br />

une foire d’art en ligne. Cette formule qui<br />

s’avérait fructueuse, se répète : une<br />

cinquantaine d’antiquaires y participent,<br />

dont Inter-Antiquariaat Mefferdt & De<br />

Jonge, VKD Jewels, Vanderven Oriental<br />

Art, Antiquariaat Forum & Asher Rare<br />

Books Frides Laméris Glass & Antiques,<br />

Tiny Esveld, Inez Stodel, Kunsthandel<br />

Pygmalion, John Endlich et WonderWood.<br />

www.thedaaf.com Le PAD Paris,<br />

rendez-vous incontournable des collectionneurs<br />

de design, revient pour une 24e<br />

édition, du 5 au 10 avril, au Jardin des<br />

Tuileries. L’événement réunit quelquesunes<br />

des meilleures galeries internationales<br />

et françaises en design historique et<br />

contemporain pour un voyage dans le<br />

passé et le présent des arts décoratifs.<br />

Venus de <strong>Belgique</strong> : Spazio Nobile,<br />

Maniera, Modern Shapes et Philippe<br />

Heim. La scénographie du PAD Studio,<br />

situé à l’entrée du hall de la foire, a été<br />

conçue par le duo OITOEMPONTO<br />

(Jacques Bec et Artur Miranda). www.<br />

padesignart.com Alors que leur<br />

institution est fermée pour rénovation<br />

jusqu’en 2024, l’équipe du Design<br />

Museum de Gand a mis sur pied une<br />

nouvelle initiative. Fin avril (du 22-04 au<br />

01-05) se déroulera la première édition du<br />

Design Fest Gent, festival biennal de dix<br />

jours qui offrira un espace aux designers<br />

pour présenter des idées novatrices. En<br />

mettant l’accent sur la durabilité, Design<br />

Fest souhaite inspirer, mais aussi interpeller<br />

et encourager le dialogue. Des œuvres du<br />

collectif BRUT et de Bram Van Breda, entre<br />

autres, seront exposées en divers endroits<br />

et dans des espaces publics. www.<br />

designfestgent.be The Solo Project,<br />

foire alternative plus petite qui a déjà<br />

connu neuf éditions réussies à Bâle, se<br />

tient à Bruxelles le même week-end qu’Art<br />

Brussels. Ce projet consiste en une<br />

plateforme qui permet aux artistes<br />

d’exposer leurs œuvres de manière plus<br />

approfondie et de donner à chacune<br />

d’entre elles un espace de liberté. De nombreuses<br />

galeries néerlandaises y seront,<br />

-><br />

Alberto Giacometti, lampe Etoile, ca.1935.<br />

© Jacques Lacoste / PAD Paris<br />

qui souhaitent toucher le public bruxellois.<br />

Willem Baars Projects et Galerie Franzis<br />

(Amsterdam) par exemple, et Contour<br />

Gallery (Rotterdam). Mais la Galerie Atiss<br />

de Dakar est également présente, ainsi que<br />

la Bab Iddeir Art Gallery de Bethléem.<br />

www.the-solo-project.com<br />

11


Têtes de l’Art<br />

Antonio Segui<br />

Dan Graham<br />

In memoriam : L’artiste conceptuel<br />

américain Dan Graham (1942) décédait<br />

le 19 février. Contemporain de<br />

Donald Judd, Sol LeWitt, Dan Flavin,<br />

Carl Andre et Richard Serra, il<br />

fut longtemps considéré comme pionnier<br />

du développement du minimalisme,<br />

du post-minimalisme et<br />

du conceptualisme, ainsi que de la<br />

vidéo en tant que médium artistique.<br />

Il était connu, notamment en<br />

<strong>Belgique</strong>, pour ses pavillons extérieurs<br />

transparents, dans lesquels<br />

s’applique un jeu de voir et d’être<br />

vu. Aux côtés de ses vidéos, photographies<br />

et performances, ils constituent<br />

l’essence de sa démarche en<br />

tant que réflexion sur l’architecture<br />

et la surveillance, mais également<br />

comme moyen de s’évader du musée<br />

en intégrant le dehors.<br />

© photo : Ken Adlard<br />

Mona Saudi<br />

In memoriam : La sculptrice jordanienne<br />

Mona Saudi décédait le 16<br />

février, à l’âge de 76 ans. Née en 1945<br />

à Amman, l’artiste avait fui son pays<br />

natal à 17 ans et s’était installée un<br />

temps à Beyrouth, où elle est décédée.<br />

Elle avait étudié à Paris à l’École<br />

nationale supérieure des Beaux-Arts<br />

dont elle était sortie diplômée en<br />

1973. Réalisant sa toute première<br />

sculpture, Mother/Earth, en 1965, elle<br />

exposa ses œuvres abstraites en<br />

pierre dans le monde entier. Cellesci<br />

font partie d’institutions comme<br />

la Sharjah Art Foundation, le British<br />

Museum de Londres ou encore le<br />

National Museum of Women in the<br />

Arts de Washington DC.<br />

© D. R.<br />

Carmen Herrera<br />

In memoriam : Peintre, dessinateur<br />

et graveur, partageant sa vie entre la<br />

France et l’Argentine, Antoni Segui<br />

décédait le 26 février, à l’âge de 88<br />

ans. Créateur des mythiques petits<br />

hommes à chapeau qui peuplaient<br />

son œuvre satirique, il était l’auteur<br />

d’une œuvre figurative prolifique de<br />

peintures, d’estampes, de lithographies<br />

et de gravures illustrant une vision<br />

ironique de la société, imprégnée<br />

de nostalgie et de poésie.<br />

© photo : Eduardo Grossman<br />

In memoriam : Elle faisait partie de<br />

cette cohorte d’artistes du XXe siècle<br />

que le genre avait privées des<br />

cimaises des musées comme des<br />

faveurs des collectionneurs, bien<br />

qu’elles fussent restées actives pendant<br />

de longues décennies. Née à La<br />

Havane en 1915, la peintre Carmen<br />

Herrera décédait le 12 février à New<br />

York. Elle n’avait connu la célébrité<br />

qu’en 2004 grâce à une exposition<br />

d’art minimal organisée par Frederico<br />

Sève en la Latin Collector Gallery<br />

de New York. Douze ans plus<br />

tard, le Whitney Museum lui consacrait<br />

sa première rétrospective, et<br />

en 2019 l’un de ses quadriptyques<br />

était proposé à 2,5 millions de dollars<br />

à Art Basel Miami Beach par la<br />

Lisson Gallery…<br />

© Courtesy Lisson Gallery / photo :<br />

Jason Schmidt<br />

Yves Bical<br />

In memoriam : Poète, comédien, galeriste<br />

et éditeur, fondateur avec Cristine<br />

Debras de la Galerie La Main à<br />

Bruxelles, en 1975, devenue ensuite<br />

la Galerie Debras-Bical, et ensuite les<br />

éditions Artgo, en 2007, Yves Bical<br />

décédait à Manosque le 1er mars. Né<br />

en France en 1942, il y poursuivait<br />

depuis 2006 des activités littéraires et<br />

artistiques, notamment la rédaction<br />

de recueils poétiques et d’ouvrages<br />

consacrés à des plasticiens.<br />

© D. R.<br />

12


Katharina Fritsch<br />

Maximilien Durand<br />

Nomination : Laurence des Cars<br />

l’avait annoncé à sa prise de fonction,<br />

le département des Arts de Byzance<br />

et des Chrétientés d’Orient qui<br />

devrait s’ouvrir en 2025 dans l’aile Denon<br />

du musée du Louvre s’est doté<br />

d’un directeur de préfiguration en<br />

la personne de Maximilien Durand.<br />

Né en 1976, diplômé de l’École du<br />

Louvre, il possède un DEA sur les<br />

textes hagiographiques du département<br />

des Antiquités égyptiennes et<br />

a contribué à l’étude du fonds de textiles<br />

byzantins et coptes de la Fondation<br />

Lloyd Cotsen à Los Angeles.<br />

Il a pris ses fonctions le 14 mars.<br />

© Musée du Louvre / photo : Guillaume<br />

Thomas<br />

Récompenses : Cette année, afin de<br />

combler l’interruption concomitante<br />

à la pandémie, la Biennale de Venise<br />

a sélectionné deux artistes comme<br />

récipiendaires du Lion d’or couronnant<br />

l’ensemble de leur carrière. Il<br />

Sandrine<br />

Vézilier-Dussart<br />

s’agit de l’artiste allemande Katharina<br />

Fritsch et de l’artiste chilienne<br />

Cecilia Vicuña.<br />

© D. R.<br />

Olivier Grasser<br />

Nomination : Professionnel de la création<br />

contemporaine et de la gestion<br />

culturelle, Olivier Grasser était désigné<br />

début février pour assurer la<br />

direction artistique et administrative<br />

de l’espace photographique Contretype,<br />

à Bruxelles. Son projet, ouvert<br />

sur la jeune création, s’inscrit dans<br />

la philosophie du lieu d’interroger<br />

le statut des images dans leur rapport<br />

avec les mutations culturelles<br />

et sociales de nos sociétés.<br />

© Facebook<br />

Mercato : Après 21 ans passés au<br />

musée de Flandre à Cassel (Nord),<br />

d’abord en tant que conservatrice<br />

puis comme directrice à partir de<br />

2007, Sandrine Vézilier-Dussart quittera<br />

ses fonctions en mai prochain<br />

pour rejoindre la DRAC Provence-<br />

Alpes-Côte d’Azur, où elle officiera<br />

en tant que conseillère musées. Diplômée<br />

en histoire, sa découverte<br />

de Rubens durant un travail d’été<br />

dans un musée l’oriente vers l’art flamand,<br />

et plus particulièrement les<br />

peintres du premier tiers du XVIe<br />

siècle, qu’elle a cherché à mettre en<br />

lumière dès sa prise de poste, permettant<br />

d’estampiller l’identité du<br />

musée de Flandre et de l’inscrire sur<br />

la carte de l’art.<br />

© photo : Emmanuel Watteau<br />

Laura Hanssens<br />

Nomination : Suite au décès de son<br />

fondateur Anton Herbert, le conseil<br />

d’administration de la Fondation<br />

Herbert désignait Laura Hanssens<br />

comme nouvelle directrice. Elle<br />

avait rejoint cette structure privée<br />

à la veille de son ouverture au public,<br />

en 2012. Elle sera responsable<br />

du devenir de la Fondation, conformément<br />

à son identité et à sa vision.<br />

Dans les années qui viennent, son<br />

fonctionnement devrait être axé sur<br />

une plus grande ouverture de la collection<br />

et de ses archives.<br />

© photo : Yuri van der Hoeven<br />

13


MUSÉES<br />

Charlotte<br />

Perriand<br />

du 01-04 au 28-08<br />

Design Museum<br />

Bruxelles<br />

www.design<br />

museum.brussels<br />

Picasso et<br />

les avant-gardes arabes<br />

du 02-04 au 10-07<br />

Institut du Monde<br />

Arabe<br />

Tourcoing<br />

www.imarabe.org<br />

Charlotte Perriand est avant tout connue<br />

pour son œuvre de designer et pour<br />

ses collaborations avec Le Corbusier et<br />

Fernand Léger. Cette exposition, présentée<br />

lors des dernières Rencontres d’Arles,<br />

révèle une facette méconnue de l’artiste<br />

qui a créé un ‘‘art d’habiter’’ en lien avec<br />

la nature. Perriand a utilisé la photographie<br />

comme outil d’observation du réel et<br />

aussi pour défendre sa conception d’un<br />

monde nouveau et le photomontage lui<br />

a servi à dénoncer l’urbanisme insalubre.<br />

L’exposition propose une plongée dans sa<br />

conception du monde, à travers sa méthode<br />

de travail et son incroyable collection de<br />

photographies, tirages d’époque, négatifs,<br />

magazines découpés ou photographies<br />

personnelles. Des archives mises en regard<br />

de la reconstitution de ses photomontages<br />

monumentaux. (ah)<br />

Charlotte Perriand, Sans titre. ca. 1930, Wide World<br />

Press, The New York Times. Courtesy Archives<br />

Charlotte Perriand (ACHP)<br />

Picasso a peu voyagé et ne s’est jamais rendu dans le monde arabe. Pourtant, à partir des<br />

années 1940 et jusqu’à sa mort, il a noué des liens avec des artistes arabes pour lesquels<br />

son œuvre d’avant-garde agissait comme un catalyseur. Cette exposition s’est donc<br />

donnée pour mission de présenter cette relation à travers un face-à-face des peintures,<br />

œuvres graphiques et céramiques de Picasso avec des œuvres d’artistes arabes issues de<br />

collections privées du Moyen-Orient. On découvre l’impact qu’a pu avoir Guernica sur les<br />

surréalistes égyptiens, reproduite dans leur manifeste. Picasso a représenté pour les avantgardes<br />

arabes la promesse d’un art universel, sans hiérarchie géographique ou stylistique.<br />

(ah)<br />

Dia Al Azzawi, Elle est venue vers la tendresse, 1970, huile sur toile. © Courtesy The Ramzi & Saeda Dalloul Art<br />

Foundation<br />

Van Gogh, Cézanne,<br />

Le Fauconnier<br />

du 29-04 au 03-09<br />

Stedelijk Museum<br />

Alkmaar<br />

www.stedelijkmuseumalkmaar.nl<br />

Le Stedelijk Museum Alkmaar organise une exposition présentant une sélection<br />

d’œuvres originales de trois des plus célèbres artistes du XXe siècle : Vincent van Gogh<br />

(1853-1890), Paul Cézanne (1839-1906) et Henri Le Fauconnier (1881-1946). Ceux-ci<br />

eurent une grande influence sur la genèse de l’école de Bergen et furent vus et étudiés<br />

par la ‘‘jeune garde’’ lors de la première décennie du XXe siècle. L’institution associe<br />

les œuvres des trois grands maîtres à celles des artistes de l’école de Bergen, depuis<br />

ses débuts : Leo Gestel, Gerrit Willem van Blaaderen, Else Berg, Mommie Schwarz,<br />

Dirk Filarski et les frères Wiegman. (eb)<br />

Gerrit Willem van Blaaderen, La Seine près de Samois,<br />

1908, huile sur toile, 100 x 120 cm. Collection privée.<br />

14


MUSÉES<br />

La Chine au féminin<br />

du 02-04 au 23-10<br />

Musée royal de Mariemont<br />

Morlanwelz<br />

www.musee-mariemont.be<br />

Frans<br />

Masereel<br />

du 02-04 au 05-06 (MSK)<br />

du 02-04 au 28-08 (Amsab-ISG)<br />

MSK<br />

Gand<br />

www.mskgent.be<br />

-<br />

Amsab-ISG<br />

Gand<br />

Quel regard portent les Occidentaux sur la femme chinoise du XXe siècle ? Et quel<br />

regard les Chinois ont-ils porté sur la femme au fil de ce siècle de tous les changements<br />

? Cette exposition offre des pistes de réponses en proposant un portrait<br />

renouvelé de la femme moderne. Impératrice, révolutionnaire, espionne, mais<br />

aussi anonyme, mère, travailleuse, … Chacune illustre un pan des forces culturelles,<br />

politiques et sociétales qui conditionnent leurs vies. Dans un parcours qui va de<br />

la sphère privée à l’espace public, l’exposition présente une septantaine d’objets<br />

authentiques (robes, bijoux, marionnettes, …), de photographies, de témoignages<br />

et de créations contemporaines. (ah)<br />

Wenjing Zhou, Elle, 2017, vidéo. © de l’artiste<br />

Cette double exposition, concoctée par le MSK<br />

et l’Institut d’Histoire sociale Amsab-ISG, rend<br />

hommage au graveur exceptionnel qu’était<br />

Frans Masereel, décédé il y a 50 ans, le 3 janvier<br />

1972. Puisant dans les collections des deux institutions,<br />

elle propose, au MSK, une vaste sélection<br />

de gravures couvrant l’ensemble de sa<br />

carrière. Une manière de redécouvrir l’évolution<br />

du langage graphique extrêmement personnel<br />

de Masereel qui lui valut, dès les premières années,<br />

une reconnaissance internationale. Voici<br />

l’occasion de comprendre l’engagement social<br />

de son travail pacifiste et la valeur prémonitoire<br />

de celui-ci. L’Amsab-ISG met en avant l’amitié<br />

entre Masereel, l’auteur autrichien Stefan<br />

Zweig et le traducteur français Léon Bazalgette.<br />

(ah)<br />

Frans Masereel, Houtsnede nr. 50 Mon Livre d’Heures,<br />

1919. MSK, Gand.<br />

Bestiaires fantastiques<br />

de la Bande Dessinée<br />

du 09-04 au 06-11<br />

Musée des Beaux-Arts<br />

Calais<br />

www.mba.calais.fr<br />

Lorenzo Palloni et Vittoria Macioci,<br />

Gravity level, 2/2 Désolation. © Editions<br />

Sarbacane, 2020<br />

Depuis 2019, la ville de Calais accueille un énorme Dragon, une plateforme panoramique dressée<br />

sur une impressionnante sculpture mouvante qui propose une balade le long de la digue. La<br />

drôle de créature et l’engouement qu’elle suscite ont encouragé les conservateurs à explorer le<br />

domaine du bestiaire fantastique, celui-ci étant particulièrement présent dans la bande dessinée.<br />

Cette exposition réunit ainsi des œuvres des musées des Hauts de France et des planches de BD.<br />

Car les dragons sont bien présents en art, comme le prouve la thématique prolifique de Saint<br />

Georges terrassant le dragon. A tout dragon correspond le héros qui parviendra à le dominer.<br />

Et les créatures fantastiques peuplent à suffisance les récits mythologiques et les légendes du<br />

Moyen Âge. Face à ces traditions, la BD n’est pas en reste d’imaginaire… (ah)<br />

15


MUSÉES<br />

Aristide Maillol,<br />

en rétrospective<br />

du 12-04 au 21-08<br />

Musée d’Orsay<br />

Paris<br />

www.musee-orsay.fr<br />

Rétrospective<br />

Simon Hantaï<br />

du 27-04 au 29-08<br />

Fondation<br />

Louis Vuitton<br />

Paris<br />

www.fondation<br />

louisvuitton.fr<br />

Depuis l’exposition de<br />

1961 au musée d’Art moderne,<br />

Aristide Maillol n’a<br />

plus bénéficié de présentation<br />

monographique<br />

dans un musée parisien.<br />

Le musée d’Orsay relève<br />

le gant en organisant<br />

cette vaste rétrospective<br />

dont le parcours est<br />

parsemé de découvertes.<br />

La première de celles-ci<br />

concerne les débuts de la<br />

carrière de l’artiste qui ne<br />

se destinait pas d’abord<br />

à la sculpture mais plutôt<br />

à la peinture et aux arts<br />

décoratifs. Il y viendra<br />

vers 1895, suite à diverses<br />

rencontres. L’évolution<br />

du sculpteur est retracée<br />

grâce à une confrontation<br />

entre une version de la<br />

Méditerranée de 1905 et<br />

une de 1923, cette dernière<br />

montrant combien<br />

Maillol est alors devenu un acteur majeur du ‘‘retour à l’ordre’’. Caractéristique de ces<br />

années proscrivant toute recherche d’expression, il instaure un nouveau classicisme<br />

et inscrit des corps féminins, à l’anatomie charpentée et sensuelle, dans des formes<br />

géométriques simples. (ah)<br />

Aristide Maillol, Méditerranée, 1923-1927, statue en marbre, 110,5 x 117,5 x 68,5 cm, poids 680 kg.<br />

© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / photo : Patrice Schmidt<br />

Le centenaire d’une naissance offre l’occasion<br />

d’une exposition. C’est le cas de cette rétrospective<br />

qui annonce comme l’un des clous de<br />

son accrochage la présentation inédite du fonds<br />

d’atelier. Toutes les grandes périodes successives<br />

de l’œuvre de Simon Hantaï sont ensuite<br />

évoquées, les peintures à signes, les monochromes,<br />

les Mariales, les Catamurons, … Des<br />

œuvres de Matisse et de Pollock sont présentes<br />

afin de témoigner de leur influence sur l’artiste<br />

français d’origine hongroise. Enfin, les relations<br />

d’amitié nouées au début des années 1960 avec<br />

les jeunes artistes Michel Parmentier et Daniel<br />

Buren sont évoquées dans l’exposition par des<br />

confrontations. Une intervention inédite de<br />

Daniel Buren, conçue comme un hommage<br />

à l’artiste, est également présentée dans le<br />

parcours. (ah)<br />

Simon Hantaï, Tabula, Meun, 1975, acrylique sur toile, 291<br />

x 584,5 cm. Fondation Louis Vuitton, Paris. © Archives<br />

Simon Hantaï / Adagp, Paris / photo : Primae / Louis<br />

Bourjac<br />

Plastic:<br />

Remaking Our World<br />

jusq. 04-09<br />

Vitra Design Museum<br />

Weil-am-Rhein<br />

www.design-museum.de<br />

Studio Formafantasma, Botanica, commande<br />

de la Plart Foundation, 2011. © photo : Luisa<br />

Zanzani<br />

Le propos de cette exposition ne laissera personne indifférent. Elle retrace l’histoire du plastique<br />

et pose les questions de la dévastation qu’il opère sur l’environnement, tout en abordant<br />

les solutions pour le gérer à l’avenir. Considéré comme une matière géniale au fil du XXe<br />

siècle, il a envahi tous les secteurs du design, de l’outil ménager à l’automobile en passant<br />

par la construction, et autorisait une consommation effrénée et rapide parce qu’à bas prix. Le<br />

plastique alimenta aussi une société inédite du ‘‘jeter vite’’, une société du déchet. Ses icônes,<br />

de Tupperware à Barbie, restent des artefacts incontournables du XXe siècle. Il n’est donc pas<br />

banal et mérite toute notre attention. On pourra apprécier les parties de l’exposition apportant<br />

les solutions concrètes de designers, architectes, artistes et autres acteurs de notre environnement.<br />

Osons croire que le secteur économique et politique s’en inspirera. (ah)<br />

16


MUSÉES<br />

Louise<br />

Bourgeois :<br />

paintings<br />

du 12-04 au 07-08<br />

The Metropolitan<br />

Museum of Art<br />

New York<br />

www.metmuseum.org<br />

Anish Kapoor<br />

du 20-04 au 09-10<br />

Gallerie dell’Accademia<br />

Venise<br />

www.gallerieaccademia.it<br />

La célébrité de Louise<br />

Bourgeois est surtout<br />

basée sur quelques œuvres<br />

iconiques, comme<br />

Mother, sa fameuse<br />

araignée, ou encore<br />

sa série impertinente<br />

de Fillettes. On oublie<br />

souvent que sa pratique<br />

est bien plus étendue.<br />

Le premier contact de<br />

l’artiste française se fait<br />

d’ailleurs par le dessin,<br />

lorsque, jeune adolescente,<br />

elle dessine les<br />

morceaux manquants<br />

des tapisseries que ses<br />

parents restaurent. A<br />

Paris, elle suit des cours<br />

dans des ateliers privés<br />

de peintres comme<br />

André Lhote ou Fernand<br />

Léger. Même si l’artiste<br />

affirmera plus tard que<br />

ce dernier lui a ouvert<br />

l’esprit vers la sculpture, elle continuera à pratiquer la<br />

peinture lorsqu’elle habitera New York de 1937 jusqu’à<br />

sa mort en 2010. C’est précisément à cette première<br />

partie de la carrière de l’artiste que cette exposition<br />

est consacrée. A New York, Louise, jeune femme fraîchement<br />

mariée, rencontre les surréalistes européens<br />

ayant fui la guerre. (ah)<br />

Louise Bourgeois, Femme-maison, 1946-1947, huile et encre<br />

sur toile de lin, 91,5 x 35,5 cm. Collection particulière. © photo :<br />

Rafael Lobato<br />

Prévue l’an dernier mais reportée pour cause de pandémie, cette exposition<br />

consacrée à Anish Kapoor (1945) coïncide judicieusement avec La Biennale de<br />

Venise. Les moments clés de la carrière de l’artiste d’origine indienne, qui vit<br />

depuis toujours en Angleterre, sont inclus dans le parcours. Cependant, lle<br />

commissaire Tacco Dibbits, directeur général du Rijksmuseum Amsterdam, a<br />

réuni des œuvres récentes, jamais montrées, fruits de l’utilisation du Vantablack.<br />

Ce procédé novateur, composé de nanoparticules tubulaires de carbone,<br />

compose un noir extrêmement intense. En 2016, Kapoor avait suscité la<br />

controverse en s’arrogeant l’exclusivité des droits d’exploitation artistique de<br />

ce produit. Lorsque l’on connaît le travail de l’artiste, toujours à la recherche de<br />

l’immatérialité, on peut comprendre qu’il se soit emparé de ce medium dont<br />

il dit qu’il est « si profondément noir que vos yeux ne peuvent presque pas le<br />

voir, le plus noir de l’univers, après les trous noirs ». (ah)<br />

Anish Kapoor, Descent Into Limbo, 1992, technique mixte et pigment. © de l’artiste / All rights<br />

reserved DACS, 2021 / photo : Paola Martinez<br />

Les Etrusques, une civilisation<br />

méditerranéenne<br />

du 15-04 au 23-10<br />

Musée de la Romanité<br />

Nîmes<br />

www.museedelaromanite.fr<br />

L’impérialisme des Romains, leurs conquêtes géographiques et leur longévité ont éclipsé<br />

la civilisation étrusque. Pourtant, les Romains doivent beaucoup à ce peuple qui occupait<br />

le centre de la péninsule italienne et qu’ils intégreront après avoir trouvé chez lui leurs<br />

premiers rois. Ainsi, la divination, la maîtrise des chevaux et l’amour pour les courses hippiques,<br />

la gestion de l’eau sont des inventions étrusques perfectionnées par les Romains.<br />

Les Etrusques, entre Grèce et Orient, développèrent un art raffiné dont les vestiges,<br />

essentiellement funéraires, se révèlent en peintures murales, sculptures et remarquables<br />

pièces d’orfèvrerie. Cette exposition les met à l’honneur en réunissant des œuvres venues<br />

du Museo etrusco Guarnacci de Volterra et du Musée archéologique de Florence. (ah)<br />

Paire de boucles d’oreilles en ‘‘barillet’’,<br />

Volterra, fin du VIe s. av. J.-C., or, 2 x 1,5<br />

cm chacune. Florence, Musée national<br />

d’archéologie. © Su concessione del Museo<br />

Archeologico Nazionale di Firenze (Direzione<br />

regionale Musei della Toscana)<br />

17


GALERIES<br />

Danielle Kwaaitaal<br />

jusq. 30-04<br />

Michèle Schoonjans Gallery<br />

/ Rivoli<br />

Bruxelles<br />

www.msgallery.be<br />

Rétrospective<br />

Marthe Wéry<br />

jusq. 07-05<br />

La Patinoire Royale –<br />

Galerie Valérie Bach<br />

Bruxelles<br />

www.prvbgallery.com<br />

Le printemps débute au<br />

Rivoli avec les photographies<br />

de l’artiste<br />

néerlandaise Danielle<br />

Kwaaitaal (1964).<br />

L’accrochage présente<br />

trois séries, Florilegium,<br />

Ultraviolet et Zephyr,<br />

qui invitent le spectateur<br />

à se plonger dans<br />

le silence, à sentir la<br />

délicatesse des fleurs<br />

et à expérimenter le<br />

spectre de couleurs des<br />

vases. De 2017 à 2018,<br />

elle s'est concentrée<br />

exclusivement sur une<br />

série de natures mortes<br />

sous-marines. Dans ses<br />

nouvelles séries sousmarines<br />

(Ultraviolet en<br />

2020 et Zephyr en 2021),<br />

Danielle Kwaaitaal prend<br />

une nouvelle orientation<br />

artistique : les fleurs ont<br />

laissé place aux vases de verre et aux bocaux de céramique. Elle se concentre<br />

sur le choix des formes et des contours des objets, puis sur le choix des matériaux<br />

transparents ou opaques. Créées avec un véritable regard de peintre,<br />

ces œuvres distillent de subtils effets de clair-obscur, des jeux de transparence<br />

et d’échos formels entre les volumes. Cette série l’éloigne considérablement<br />

du medium photographique, puisqu’on trouve ici tous les ingrédients<br />

de la grande peinture. (gg)<br />

Danielle Kwaaitaal, Florilegium, 2018-2021, photographie, Ed. 1+1 EA, 80 x 55,5 cm. © de<br />

l’artiste / Courtesy Michèle Schoonjans Gallery – Prix : entre 2.200 et 12.500 €<br />

Considérée<br />

unanimement<br />

comme l’une<br />

des grandes artistes<br />

minimalistes<br />

du XXe siècle,<br />

Marthe Wéry<br />

(1930-2005)<br />

est parvenue à<br />

imposer dès les<br />

années 1970 une<br />

stature internationale.<br />

Sous le<br />

commissariat de<br />

Pierre-Olivier<br />

Rollin, spécialiste<br />

de son œuvre, cette exposition présente un large panorama<br />

de sa créativité à travers tous ses ‘‘déplacements’’.<br />

« Je préfère le terme de déplacement, expliquait-elle,<br />

à celui d’évolution. Lorsque je parle de déplacements,<br />

ceux-ci restent chargés de questions et de solutions<br />

rencontrées antérieurement. Je ne passe pas d’un ensemble<br />

de réalisations à un autre ensemble comme s’il<br />

s’agissait de périodes successives et clôturées ». Marthe<br />

Wéry a poursuivi sa carrière en multipliant ses expérimentations<br />

sur les différentes composantes du tableau<br />

(support, forme, cadre, couleur), dans de grandes séries<br />

qui se plaisent à jouer avec les architectures qui les<br />

accueillent. L’exposition se veut donc un cheminement<br />

à travers l’œuvre de l’artiste. Elle accorde de l’attention<br />

aux pièces plus anciennes, rarement montrées, comme<br />

aux travaux plus récents, en exploitant les potentialités<br />

architecturales du lieu. (gg)<br />

Marthe Wéry, de la série Montreal D 16, 1987, acrylique bleu sur<br />

toile, 4 x 81 x 30 cm. © Courtesy La Patinoire Royale - Galerie Valérie<br />

Bach – Prix : entre 2.500 et 70.000 €<br />

Première européenne<br />

pour Cornelius Annor<br />

du 02-04 au 02-05<br />

Maruani Mercier<br />

Knokke<br />

www.maruanimercier.com<br />

Cornelius Annor, Sir John, 2021, acrylique et<br />

transfert textile sur toile, 150 x 119 cm. © de<br />

l’artiste / Courtesy Maruani Mercier – Prix :<br />

de 20.000 à 50.000 €<br />

La Galerie Maruani Mercier accueille régulièrement des artistes noirs. Le peintre ghanéen Cornelius<br />

Annor (1990) s’est installé en février dans The Warehouse, à Zaventem, y travaillant sur de<br />

nouvelles toiles pour son exposition solo de Knokke, une première en Europe. L’avenir commence<br />

à lui sourire : il bénéficiait d’un premier solo à New York l’an dernier et, au cours de l’automne, la<br />

Kunsthalle de Krems en Autriche exposait certaines de ses œuvres dans le cadre de la présentation<br />

Contemporary African Portraiture. Shariat Collections, collections privées des frères Amir et Shahrokh<br />

Shariat, établis à Vienne. L’artiste insiste sur son histoire familiale et de rappeler des épisodes<br />

oubliés du passé pré- et postcolonial. Il use de photos, parfois de peinture, collage et transferts<br />

textiles, notamment de motifs d’étoffes ghanéennes, comme la veste de son oncle Sir John. L’art<br />

africain contemporain peut être résolument énergique et rafraîchissant. (cv)<br />

18


GALERIES<br />

Jacques Bage<br />

du 08-04 au 01-05<br />

Marc Minjauw Gallery<br />

Bruxelles<br />

www.mmgallery.be<br />

L’étonnante pratique<br />

artistique de<br />

Sara Bomans<br />

jusq. 01-05<br />

Galerie Pinsart<br />

Bruges<br />

www.pinsart.be<br />

Champs de couleurs douces ou vives, la peinture du Liégeois<br />

Jacques Bage (1942) invite au voyage. Ses contrastes<br />

chromatiques, tantôt apaisants, tantôt saisissants, ouvrent<br />

chacun de nouvelles perspectives imaginaires. Autant<br />

d’aplats qui conduisent à des dialogues d’une grande<br />

douceur, partagés entre deux surfaces qui se rencontrent.<br />

Dans cet accrochage, l’artiste a évité ses effets de transparence<br />

ou de texture, ne conservant que la couleur. Boris<br />

Almayer : « Les tons chauds, les tons froids ? Pure fiction<br />

socio-culturelle ! Et leur placement sensible dans l’espace<br />

pictural aussi (on le sait aujourd’hui). Mais qu’on le veuille<br />

ou non, cette ambiguïté génère, au fond, la vie même du<br />

tableau dans les renouvellements de notre modeste perception.<br />

(…) Répertoire labyrinthique des couleurs, l’art de<br />

Jacques Bage nous invite à en inventer les nouveaux noms.<br />

Les véritables coloristes, si rares, témoignent d’intentions<br />

souvent poétiques puisque leurs œuvres, excitant chez<br />

nous la mécanique faillible de nos yeux, ensemencent les<br />

territoires méconnus de notre imaginaire. » (gg)<br />

Il est grand temps de<br />

découvrir l’art de Sara<br />

Bomans (1982), peu<br />

connue mais toujours<br />

surprenante, dont sa<br />

série I used to be sexy,<br />

délicatement dessinée<br />

à l’aide de cheveux<br />

humains. Cette exposition<br />

solo présente<br />

de nouvelles séries et<br />

d’autres œuvres, des<br />

dessins récents avec<br />

cheveux, de la sérigraphie.<br />

En 2020, elle<br />

a entamé busy being<br />

born, où des poupées<br />

de tissu rose, parfois<br />

de plusieurs mètres<br />

de long, tiennent à la<br />

fois de Jérôme Bosch<br />

et de la barbe à papa.<br />

Elles sont malléables<br />

et capables d’exprimer<br />

des émotions. Des photos et une vidéo permettent de comprendre leur<br />

fonctionnement et leur interaction. À noter aussi la présence d’une sculpture<br />

textile masculine et flexible, nommée Honoré. Sa posture assise ne<br />

révèle pas d’emblée que ce personnage bleu vif est un interminable pénis<br />

attaché à un scrotum sur pattes. Drôle, tendre, intime, fragile, chaque<br />

œuvre se penche sur la condition humaine. (cv)<br />

Sara Bomans, Busy being born #7 – Honoré, <strong>2022</strong>, coton et rembourrage, 80 x 60 cm.<br />

© de l’artiste – Prix : de 1.000 à 3.000 €<br />

Jacques Bage, MODON, <strong>2022</strong>, acrylique sur toile, 100 x 100 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy MM Gallery – Prix : entre 1.200 et 15.000 €<br />

Une nouvelle exposition solo<br />

pour Eva De Leener<br />

jusq. 30-04<br />

Otty Park<br />

Anvers<br />

www.ottypark.be<br />

Eva De Leener (1978) est à nouveau sur les rails, son art étant désormais défendu par Otty<br />

Park. Cette première exposition solo nous fait découvrir des tableaux récents, des dessins<br />

et une série inédite d’objets picturaux en céramique qui trônent aux côtés d’armoiries et<br />

de triptyques aux couleurs fraîches, jamais montrés à ce jour. Il s’agit d’armoires ou de<br />

cours fermées, avec scène centrale et volets pouvant s’ouvrir et se fermer. D’emblée, Eva<br />

De Leener a développé un langage visuel tout en couleurs, qui évoque souvent des rituels<br />

énigmatiques. Avec des yeux, serpents et crânes, elle use de motifs universels anciens dont<br />

la signification varie selon les cultures et les époques, les mêlant à des aspects autobiographiques<br />

qui reflètent le monde contemporain. Conjurant le chaos et le mal, l’immense<br />

tableau Protector interpelle avec ses couleurs puissantes, intenses. (cv)<br />

Eva De Leener, Protector, 2021, huile sur toile, 180 x<br />

150 cm. © de l’artiste / Courtesy Otty Park / photo :<br />

Steven Decroos – Prix : de 1.450 à 8.000 €<br />

19


GALERIES<br />

En quelques<br />

mots...<br />

jusq. 30-04<br />

La Maison des Arts<br />

Bruxelles<br />

www.lamaisondesarts.be<br />

Michel Bocart<br />

du 21-04 au 13-05<br />

Les Écuries<br />

Waterloo<br />

www.waterloo.be<br />

Douze artistes interrogent<br />

la puissance<br />

des mots. Portée par<br />

la plasticienne Lucile<br />

Bertrand, pour la<br />

première fois curatrice,<br />

cette exposition<br />

propose un dialogue<br />

de pratiques<br />

singulières, ancrées<br />

dans une recherche<br />

autour du texte et<br />

des mots. Le parcours<br />

confronte des<br />

démarches variées,<br />

de la force de frappe<br />

des vidéos de D. Locus à la lumineuse obstruction des<br />

lettres de S. McClure, des balbutiements de Ch. Maes aux<br />

formes épurées de F. Kiniques, des éditions rigoureuses<br />

d’On Kawara aux carnets réactualisés de B. Geraci, des<br />

métamorphoses de G. Vandamme aux interpellants ‘‘caviardages’’<br />

de P. Buraglio. Avec les mots pour matériau,<br />

l’exposition confronte les recherches et les expérimentations<br />

les plus variées : sculptures et installations, photos ou<br />

vidéos, dessins, livres ou performances. S’ils ont chacun<br />

leur pratique spécifique, les mots sont bien leur objet de<br />

prédilection, leur matériau de recherche. Ils les interrogent,<br />

les soupèsent et les manipulent. (gg)<br />

Pierre Buraglio, 4 août, 1989, coll. Fonds national d Art contemporain,<br />

dépôt Centre de la Gravure. © Adagp, Paris<br />

Après avoir sondé les infinies possibilités créatrices du charbon, Michel Bocart<br />

(1955) explore la glace, le blanc et le bleu. L’artiste présente une série intitulée<br />

Ne perdons pas le Nord, directement inspirée de son séjour dans l’est du<br />

Groenland. Outre des peintures à l’huile, il propose également de petites<br />

œuvres sur papier. Soucieux de l’environnement, l’artiste travaille avec de<br />

la cire d’abeille et des pigments naturels sur papier de coton recyclé. Cette<br />

technique particulière l’a amené à devoir multiplier les essais infructueux.<br />

Mais quel plaisir quand il parvient à réaliser ce qu’il avait imaginé ! Michel<br />

Bocart tente de traduire ses émotions pour cette technique lui permettant<br />

d’approcher au plus près ce qu’il a vu, ce qu’il a ressenti. Le résultat traduit<br />

toute la fragilité de la glace qui fond irrémédiablement. L'artiste ne cesse de se<br />

renouveler, multipliant les supports (peintures, installations, sculptures, reliefs<br />

et photographies) sans perdre la moindre rigueur en matière d’unité. L’expo<br />

est complétée d’un habillage sonore permettant une immersion très réaliste<br />

et de panneaux scientifiques. (gg)<br />

Michel Bocart, 06-06-2021, 2021, huile-toile, 100 x 150 cm. © de l’artiste – Prix : entre 700<br />

et 18.000 €<br />

Sigalit Landau<br />

jusq. 16-04<br />

DVIR Brussels<br />

Bruxelles<br />

www.dvirgallery.com<br />

Depuis 2004, Sigalit Landau développe une série intitulée Salt Years. Dans le paysage désertique<br />

de la mer Morte, elle plonge divers objets inanimés dans des eaux que la salinité cristallise.<br />

Elle explore ce processus avec un ensemble d’objets tels que des chaussures, des manteaux,<br />

des robes mais aussi des nœuds coulants, des béquilles et des instruments de musique. Il<br />

font allusion à l’absence des personnes auxquelles ils appartiennent tout en devenant vivants.<br />

Transformés par le sel qui change leur couleur en un blanc chatoyant et épaissit leur surface,<br />

les objets perdent tout rapport à leur fonction première et deviennent les symboles de cette<br />

perte. Sur la toile de fond de la mer Morte, où Israël, la Palestine et la Jordanie partagent leurs<br />

frontières, ces objets agissent comme une ''archéologie du présent'', transformée en message<br />

d’espoir, d’amour et de coexistence entre ces trois pays. (gg)<br />

Sigalit Landau, Bride without flowers, 2018, voile enduit de cristaux de sel, 68 x 40 x 35 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />

DVIR Brussels / photo : Tal From – Prix : entre 2.000 et 40.000 €<br />

20


GALERIES<br />

Jacques Lacomblez<br />

jusq. 23-04<br />

Galerie Quadri<br />

Bruxelles<br />

www.galeriequadri.com<br />

Kiki Smith<br />

jusq. 01-05<br />

Fondation Thalie<br />

Bruxelles<br />

www.fondationthalie.com<br />

Alors qu’il vient de fêter<br />

ses 88 ans, le peintre,<br />

poète et éditeur<br />

Jacques Lacomblez<br />

présente ici des œuvres<br />

récentes. Autodidacte,<br />

il peint son premier<br />

tableau à 17 ans. En<br />

1956, il rencontre<br />

Magritte et adhère au<br />

mouvement surréaliste<br />

Phases. En 1961, il<br />

participe à l’Exposition<br />

internationale surréaliste<br />

Le Domaine des<br />

enchanteurs à New<br />

York. Parallèlement à sa<br />

pratique picturale, Jacques<br />

Lacomblez écrit<br />

en 1952 ses premiers<br />

poèmes influencés<br />

par Jacques Prévert, Henri Michaux et Benjamin Péret. En 1974, il fonde<br />

sa maison d’édition L’Empreinte et la Nuit, où il publie ses amis Tarnaud,<br />

Thiercelin et Chavée. Il illustre Guy Cabanel, Roger Brielle, Philippe Jones,<br />

Franklin Rosemont, Claude Tarnaud et Jean Thiercelin. Son dernier recueil,<br />

Blanc sommeil (éd. Quadri, 2021) a été illustré par Georges-Henri Morin.<br />

Laurens Vancreve : « À côté d›autres magiciens de la parole [...], Lacomblez<br />

a également ouvert de nouvelles voies à la poésie en canalisant les sources<br />

sublimes de la parole intemporelle et miraculeuse vers des domaines vierges<br />

de l’imagination. » (gg)<br />

Jacques Lacomblez, Les Mirages d’Ulysse, 2021, huile sur toile, 55 x 46 cm. © de l’artiste /<br />

Courtesy Galerie Quadri – Prix : entre 850 et 3.000 €<br />

Défendant la<br />

place des femmes<br />

sur la scène artistique<br />

contemporaine,<br />

la Fondation Thalie<br />

présente actuellement<br />

l’Américaine<br />

Kiki Smith (1954)<br />

avec une trentaine<br />

d’œuvres, sculptures,<br />

tapisseries et céramiques<br />

des années<br />

2000 qui sont, pour<br />

la plupart, présentées<br />

pour la première<br />

fois à Bruxelles. On y<br />

retrouve l'intérêt de<br />

l’artiste à représenter<br />

la matérialité des corps, mais aussi la cosmogonie au<br />

travers des cultures. Son œuvre incarne un panthéon du<br />

féminin dans des forêts habitées par un bestiaire cosmique.<br />

« Soyons attentifs à la nature », c’est ce que Kiki<br />

Smith exprime dans ses œuvres depuis une vingtaine<br />

d’années, en utilisant une diversité de médiums comme<br />

la gravure, la sculpture, la porcelaine, la tapisserie. Autant<br />

d’occasions d’explorer notre vulnérabilité, nos solitudes<br />

et nos doutes face aux crises que nous traversons. Son<br />

œuvre constitue un hommage au vivant qu'elle questionne<br />

de la naissance à la mort. (gg)<br />

Kiki Smith, Sky, 2012, tapisserie coton-jacquard. © de l’artiste /<br />

Courtesy Pace Gallery / Magnolia Editions / photo : Donald Farnsworth<br />

Catherine François<br />

jusq. 14-05<br />

Galerie La Forest Divonne<br />

Bruxelles<br />

www.galerielaforestdivonne.com<br />

Catherine François présente ses dernières œuvres, une quarantaine de têtes imaginées à<br />

partir de fragments ramassés sur les plages de la mer du Nord en plastique, bois ou métal.<br />

Ces rebuts, associés à la magie du bronze, deviennent un œil, une bouche, un nez et y impriment<br />

des expressions insolites. Toutes ses œuvres sont liées à la même obsession : respecter<br />

la nature. Ces inquiétudes constituaient, dès le début de sa production, le noyau central de<br />

ses préoccupations. Que laisserons-nous à nos enfants ? Son travail s’inscrit dans cet état<br />

d’urgence. Un appel à l’aide qu’elle traduit directement dans une dernière série de portraits.<br />

Avec ces détritus non-organiques récoltés sur la plage, l’artiste les transcende, en les intégrant<br />

à des faces hybrides qui crient leur effroi. Une série qui résonne comme un appel à une prise<br />

de conscience, un travail engagé dans lequel elle glisse une pointe d’humour, un soupçon de<br />

poésie. (gg)<br />

Catherine François, Confined, 2020, bronze et déchets rejetés par la mer et l’océan, 40 x 35 x 64 cm. © de<br />

l’artiste / Courtesy Galerie La Forest Divonne – Prix : entre 3.000 et 45.000 €<br />

21


Le grand retour<br />

d’Art Brussels<br />

“La visite d'une foire<br />

est différente d'un<br />

simple tour dans les<br />

galeries, et bien plus<br />

stimulante."<br />

ANNE VIERSTRAETE<br />

Les visiteurs d’Art Antwerp l’auront<br />

sans doute remarqué, l’équipe<br />

organisatrice d’Easy Fairs a tenu<br />

bon. En dépit de la crise sanitaire<br />

toujours latente, elle élaborait<br />

une version plus petite, tout aussi<br />

passionnante, de l’événement<br />

bruxellois. Cette fois, c’est bel et<br />

bien le grand retour de la grande<br />

sœur, Art Brussels, lors week-end<br />

suivant l’ouverture de la Biennale<br />

de Venise (lire par ailleurs).<br />

TEXTE : ELS BRACKE<br />

édition est une<br />

version actualisée de<br />

celle de 2020, annulée en<br />

«Cette<br />

raison de la pandémie<br />

comme en 2021, avec les mêmes partenaires,<br />

à peu près les mêmes participants et la<br />

même passion », souligne avec enthousiasme<br />

la directrice de la foire, Anne Vierstraete.<br />

« Les artistes ont énormément produit<br />

ces deux dernières années, car les conditions<br />

étaient optimales. Cette tendance<br />

s’exprime aussi dans les galeries dont nous<br />

percevons la volonté d’ouvrir au public. Il y<br />

aura donc davantage d’expositions en solo,<br />

mais nous constatons aussi une demande<br />

grandissante pour des espaces supplémentaires.<br />

Les galeries souhaitant rendre<br />

hommage à leurs artistes tout en accueillant<br />

généreusement les visiteurs ». Chaque<br />

participant, rigoureusement sélectionné<br />

par un jury, recevra une étiquette (PRIME,<br />

DISCOVERY, REDISCOVERY, SOLO,<br />

INVITED) afin de faciliter la lisibilité des<br />

visiteurs. Anne Vierstraete : « Nous souhaitons<br />

guider le public vers des sections qu’il<br />

aurait peut-être moins tendance à visiter,<br />

afin de saisir le dialogue global que nous<br />

proposons. Visiter un salon, ce n’est pas<br />

pareil que faire un saut dans des galeries,<br />

le défi est bien plus grand. » La foire propose<br />

ainsi tous les jours des visites guidées<br />

gratuites : « Il faut apprendre d’une manière<br />

ou d’une autre ce qu’il y a à voir. Nous<br />

avons, ces derniers temps, vu émerger un<br />

grand nombre d’œuvres de qualité réalisées<br />

dans de nouvelles techniques et sur<br />

de nouvelles thématiques qui font l’objet,<br />

entre autres, de passionnantes expositions<br />

monographiques. Une visite guidée mobilise<br />

l’esprit et nourrit le regard. »<br />

DIVERSITÉ ET ACTUALITÉ<br />

La foire accueillera donc des visages familiers<br />

et des connaissances anciennes. Mais<br />

Art Brussels suit aussi la tendance de près.<br />

Celle du nouveau marché des NFTs, par<br />

exemple, pour lequel un point de rencontre<br />

ser paorposé et une séance de discussion<br />

organisée en collaboration avec des<br />

partenaires extérieurs, iMAL et Parallel.<br />

art. Sans jugement de valeur, mais avec un<br />

regard interrogateur afin de tenter de saisir<br />

l’insaisissable propre à cette forme d’art<br />

neuve et dont on ne cesse d’entendre parler.<br />

Ces NFTs installent potentiellement<br />

un lien avec les jeunes amateurs d’art.<br />

Anne Vierstraete : « La jeune génération<br />

connaît davantage les crypto-monnaies et<br />

les portefeuilles NFT que les formes d’art<br />

traditionnelles. Tout le monde gagnerait à<br />

les familiariser par ce biais avec le marché<br />

de l’art. » Alors que l’ouverture d’Art Brussels<br />

a lieu après celle de la Biennale de<br />

Venise, une exposition organisée par Sam<br />

Steverlynck portera cet événement au niveau<br />

du salon, en proposant de découvrir<br />

à Bruxelles des œuvres d’artistes sélectionnés<br />

à Venise. Soit, tout ce qui fait le sel<br />

d’Art Brussels où les visiteurs se rendront<br />

une dernière fois en direction de Tour &<br />

Taxis, avant un grand retour au Heysel en<br />

2023. « Les visiteurs étrangers comptent<br />

beaucoup, pour nos partenaires culturels<br />

à Bruxelles aussi, précise Anne Vierstraete.<br />

Nous percevons déjà un vif intérêt. » Afin<br />

de vous en proposer un avant-goût, la rédaction<br />

vous fait part ci-après de ses coups<br />

de cœur…<br />

VISITER<br />

Art Brussels<br />

Tour & Taxis<br />

Bruxelles<br />

www.artbrussels.com<br />

du 28-04 au 01-05<br />

22


Coups de coeur<br />

Alin Bozbiciu<br />

C’est l’artiste du moment ! Le peintre qui<br />

agite déjà les collectionneurs de France<br />

et de Navarre. Le Roumain Alin Bozbiciu<br />

(1989) a été formé à la prestigieuse université<br />

d’art et de design de Cluj-Napoca, où<br />

il vit et travaille toujours. Peintre virtuose,<br />

il se confronte à tous les formats, pratique<br />

l’aquarelle, excelle dans les plus grands tableaux<br />

et manie l’huile de façon étonnante,<br />

avec une touche d’une folle liberté. De<br />

larges coups de brosse rendent aussi habilement<br />

compte de sujets statiques que du<br />

mouvement effréné. Ses tons froids, verts<br />

et bleus accompagnés de mauve, renforcent<br />

cette impression de vivacité. Une<br />

dynamique qui évoque tant la peinture<br />

baroque que la tradition du XIXe siècle,<br />

complètement revisitée en une magistrale<br />

leçon picturale.<br />

Alin Bozbiciu, Satyricon II, 2021, huile sur toile, 200 x 196 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Suzanne<br />

Tarasieve<br />

Galerie Suzanne Tarasieve<br />

Paris<br />

www.suzanne-tarasieve.com<br />

stand A07<br />

Alin Bozbiciu fait revivre<br />

les mouvements du passé<br />

en une magistrale leçon<br />

picturale.<br />

Klaas Rommelaere<br />

Klaas Rommelaere a une façon originale de raconter des histoires, avec<br />

une aiguille et des fils de couleur. Il ouvre en même temps un nouveau<br />

champ d’action à la broderie belge traditionnelle au point de Gobelin.<br />

L’œuvre de l’artiste, né en 1986 à Roulers et vivant à Anvers, parle<br />

d’urbanité, de culture Pop, d’histoire et, discrètement, d’une dimension<br />

sociale, tous genres et générations confondus. Michael Zink : « Nous<br />

suivons de près depuis des années la jeune scène artistique b elge. Il y a<br />

de nombreux artistes intéressants et talentueux, mais Klaas Rommelaere<br />

sort résolument du lot ! »<br />

Galerie Zink<br />

Waldkirchen<br />

www.zink-waldkirchen.de<br />

stand B87<br />

Klaas Rommelaere, Portrait Klaas, 2020, broderie de coton sur coton et<br />

lin, 131 x 131 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Zink<br />

23


Maarten Vanden Eynde<br />

Dans l'œuvre de<br />

Maarten Vanden Eynde,<br />

l'actualité est abordée<br />

de manière astucieuse.<br />

La Galerie Meessen De Clercq présente un accrochage monographique d’œuvres de<br />

Maarten Vanden Eynde (1977). Le point de départ de l’artiste est une étude des matériaux<br />

qui nous entourent. D’où viennent-ils, comment sont-ils extraits, transportés et transformés<br />

? Que deviennent-ils quand nous n’en avons plus besoin ? Il s’intéresse en particulier<br />

aux matériaux du négoce transatlantique, mais aussi à l’impact de ce dernier qui ne cesse<br />

de se faire sentir et aux structures de pouvoir correspondantes. Avec The Great Decline,<br />

l’artiste associe divers domaines, comme la technologie et la biologie. Il place des graines<br />

du Congo sur des écrans d’ordinateur et en même temps surgit une représentation de la<br />

banque mondiale de graines du Spitzberg, entrepôt de graines de plantes du monde entier.<br />

Un sujet brûlant d’actualité, subtilement abordé.<br />

Maarten Vanden Eynde, The Great Decline II, 2019,<br />

câbles imprimés (PCB), graines, 212,5 x 123,5 x 9 cm.<br />

© de l’artiste<br />

Meessen De Clercq<br />

Bruxelles<br />

www.meessendeclercq.be<br />

stand A18<br />

Marin Majic<br />

Marin Majic est né à Francfort (Allemagne),<br />

a étudié à l’Académie des Beaux-Arts<br />

de Zagreb (Croatie) et vit aujourd’hui à<br />

New York. Il n’est donc pas surprenant<br />

qu’il ait trouvé abri à la Galerie de Nino<br />

Mier, établie à Los Angeles et Bruxelles.<br />

Dès l’ouverture de l’enseigne, en 2015, le<br />

galeriste s’est concentré sur les artistes de<br />

sa région natale, la Rhénanie. Les tableaux<br />

de Marin Majic sont à la fois tropicaux et<br />

sombres. Ses dessins au crayon de couleur<br />

sont peuplés d’une foule de personnages<br />

bigarrés, dont chacun semble avoir échoué<br />

sur une île déserte. Ses sujets comme le<br />

décor environnant reflètent ses sources<br />

d’inspiration éclectiques, des expériences<br />

personnelles aux aventures, à l’histoire de<br />

l’art et à ce qu’il trouve sur Internet.<br />

Marin Majic, TBC (Bruxelles : Homme rouge et Guitare), 2021, crayon de couleur, peinture à l’huile,<br />

poussière de marbre sur toile, 33 x 50,8 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Nino Mier<br />

Galerie Nino Mier<br />

Los Angeles et Bruxelles<br />

www.miergallery.com<br />

stand B19<br />

24


Larisa Sitar<br />

Le béton constitue<br />

un puissant héritage<br />

visuel (à travers le<br />

modernisme, le réalisme<br />

social, le brutalisme)<br />

ainsi qu'une base pour<br />

la vie végétale.<br />

La pratique artistique de la Roumaine Larisa Sitar (1984) se concentre<br />

sur l’intersection de l’architecture et de l’art, avec au centre la<br />

portée sociopolitique de l’ornement. Après sa résidence au WIELS,<br />

en 2019, la Suprainfinit Gallery présente à Art Brussels de nouvelles<br />

sculptures en béton et bas-relief. Elle y poursuit son étude de la<br />

marchandisation culturelle des styles architecturaux et décoratifs<br />

occidentaux traditionnels et leur appropriation comme symbole<br />

statutaire dans le monde non-occidental. Elle recourt à des outils<br />

aussi bien techniques et numériques que traditionnels et analogiques.<br />

Les photos, vidéos, installations, dessins, objets et béton<br />

composent son œuvre. Le béton est en même temps un patrimoine<br />

visuel essentiel (via le modernisme, le réalisme social, le brutalisme),<br />

mais également une base pour la vie végétale.<br />

Resplendent, 2019, bas-relief en béton, diam. 36 cm. © de l'artiste / Courtesy<br />

Suprainfinit Gallery<br />

Suprainfinit Gallery<br />

Bucarest<br />

www.suprainfinit.com<br />

INVITED<br />

Abdelkader Benchamma<br />

La matière dessinée<br />

s’échappe du cadre<br />

en une forme de<br />

croissance organique.<br />

Né en 1975 en France, basé entre Paris<br />

et Montpellier, le plasticien Abdelkader<br />

Benchamma a choisi de travailler un seul<br />

médium, le dessin, dont il use de différentes<br />

façons. Tantôt en se déplaçant sur une<br />

feuille de papier avec les traits méticuleux<br />

d’un graveur, tantôt en s’étalant sur<br />

un mur en des gestes somptueux qui<br />

s’approprient l’espace, une des marques<br />

de son style étant le débordement dans<br />

l’espace. La matière dessinée s’échappe du<br />

cadre en une forme de croissance organique.<br />

Ses thèmes de prédilection sont<br />

d’une part la science, l’astrophysique, et<br />

d’autre part les croyances ou la spiritualité.<br />

S’emparant d’images trouvées sur le Net,<br />

illustrant croyances et autres phénomènes<br />

célestes, il les imbrique en un travail<br />

qui s’inscrit, dit-il, « entre la science et la<br />

magie ». Des œuvres qui créent des scénarios<br />

visuels interrogeant notre rapport à<br />

la réalité tout en sondant les frontières de<br />

l’invisible.<br />

Templon<br />

Paris / Bruxelles<br />

www.templon.com<br />

stand A47<br />

Abdelkader Benchamma, L.A Battle – Phenomenom,<br />

2021, fusain, graphite et encre sur papier, 210<br />

× 150cm. © de l’artiste / Courtesy Templon<br />

25


Ryo Kinoshita<br />

La Galerie Fons Welters propose une exposition d’œuvres de<br />

Ryo Kinoshita (1985). Cet artiste japonais crée avec originalité<br />

et ingéniosité des tableaux sur des matériaux comme la<br />

toile, le jute, le velours et le lin et en étudie la qualité poreuse,<br />

sculpturale. Ses œuvres semblent d’abord se composer de<br />

motifs décoratifs, abstraits, tissés ou brodés, à savoir un<br />

entrelacs d’innombrables traits de peinture à l’huile, qui<br />

laissent apparaître formes, personnages et objets. Kinoshita<br />

identifie les ouvertures dévoilant des structures tissées au<br />

concept asiatique de vide. La qualité sensorielle du matériau<br />

joue donc un rôle capital dans son processus de peinture.<br />

Galerie Fons Welters<br />

Amsterdam<br />

www.fonswelters.nl<br />

stand D04<br />

Ryo Kinoshita, We don’t care if you didn’t notice us, 2020, 63 x 56,5 cm, peinture à<br />

l’huile, perles, PVC sur velours. © de l’artiste / Courtesy Galerie Fons Welters<br />

Ricardo van Eyk<br />

Ricardo van Eyk, NIHIL 2020, installation en la galerie d’Amsterdam. © de l’artiste /<br />

Courtesy Tegenboschvanvreden<br />

Le Néerlandais Ricardo van Eyk (1993) se<br />

considère comme un peintre. Ses œuvres sont<br />

le produit d’une fascination particulière pour<br />

l’environnement urbain comme système en<br />

perpétuelle évolution. Il s’intéresse avant tout<br />

à la périphérie de la ville, aux zones ou lieux<br />

‘‘oubliés’’ ou en cours de développement. Il<br />

prend souvent des images de traces involontaires<br />

ou ‘‘secrètes’’ qu’il découvre en déambulant<br />

dans la ville, à vélo ou à pied. L’artiste<br />

utilise des constructions en divers matériaux<br />

comme l’aluminium, le fer ou le bois.<br />

Les objets trouvés et ustensiles ménagers<br />

ordinaires mettent en exergue sa manière<br />

ludique d’opérer. Martin van Vreden : « La<br />

présentation d’une installation de Ricardo<br />

van Eyk, dans le cadre de DISCOVERY, offre<br />

une dimension supplémentaire à la foire, car<br />

cette œuvre peut s’interpréter tant comme<br />

une réflexion visuelle sur le contexte du salon<br />

d’art que comme un phénomène stratifié. »<br />

Tegenboschvanvreden<br />

Amsterdam<br />

www.tegenboschvanvreden.com<br />

stand D14<br />

26


Tuukka Tammisaari<br />

L’artiste finlandais Tuukka Tammisaari (1984) parle un langage<br />

visuel intuitif dans ses tableaux, oscillant entre abstrait<br />

et figuratif. Il s’inspire de la nature, de l’histoire et de la culture<br />

populaire. Sous ses grossiers coups de pinceau caractéristiques,<br />

il fait apparaître formes, couleurs et histoires entières. La<br />

manière dont alternent ses couleurs fraîches et terreuses crée<br />

une dynamique à la fois ludique et poétique. Les titres servent<br />

de guides entre figures et motifs géométriques qui se superposent<br />

et se chevauchent : Award Cabinet, Table of Contents, Things<br />

I collected in the forest – a twig, a plant, some sort of berries and<br />

stuff, Garden Party et Pikachu & Matisse, pour n’en citer que<br />

quelques-uns.<br />

Kristof De Clercq gallery<br />

Gand<br />

www.kristofdeclercq.com<br />

stand A10<br />

Tuukka Tammisaari, Table of Contents, 2019, peinture à l’huile, fusain,<br />

graphite et crayon de couleur sur toile, 150 x 180 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />

Kristof De Clercq Gallery<br />

Chris Soal<br />

L'artiste souhaite nous faire<br />

réfléchir aux problèmes<br />

structurels de la vie urbaine<br />

et à ses conséquences<br />

écologiques.<br />

Le plasticien sud-africain Chris Soal (1994) vit et travaille à Johannesburg.<br />

Utilisant des objets trouvés non conventionnels, tels que cure-dents et<br />

bouchons de bouteille, en association avec le béton et d’autres matériaux<br />

industriels, l’artiste s’intéresse aux implications structurelles de la<br />

vie urbaine et s’enquiert de préoccupations écologiques. Faisant notamment<br />

des cure-dents le support de sa démarche artistique, il questionne la<br />

valeur accordée à ces objets utilitaires produits en série, conçus pour être<br />

jetés, dans le but d’envisager de manière critique la condition humaine et<br />

de leur offrir une nouvelle existence esthétique. Une approche spatiale qui<br />

révèle une sensibilité à la texture, à la lumière et à la forme, exprimée en<br />

un langage abstrait minimaliste.<br />

Chris Soal, Fate Has Become Me, 2021, capsules de bouteilles de<br />

bière jetées, enfilées sur un câble de clôture électrique, cure-dents<br />

en bambou et en bouleau brûlés et non brûlés, maintenus par un<br />

mastic en polyuréthane sur tissu et planche ripstop, 240 x 102 x 55<br />

cm. © de l’artiste / Courtesy WHATIFTHEWORLD<br />

WHATIFTHEWORLD<br />

Le Cap<br />

www.whatiftheworld.com<br />

stand D20<br />

27


Serge Vandercam<br />

Le Belge Serge Vandercam (1924-2005) fut photographe,<br />

peintre, dessinateur et sculpteur. Devenu membre<br />

de CoBrA en 1948, il se rendit célèbre, à partir de<br />

1952, avec ses œuvres d’art informelles (‘‘art sans<br />

forme’’). Il travailla et exposa régulièrement en Italie<br />

et à Paris et se lia d’amitié avec des artistes comme<br />

Piero Manzoni, Pierre Soulages et Cy Twombly, avec<br />

lequel il exposa en 1959. Il fut en outre étroitement lié<br />

à l’important groupe d’artistes italiens Arte nucleare.<br />

Brecht Callewaert : « Son œuvre est varié et identifiable<br />

à un mouvement désinhibé, libre. Le livre que<br />

nous publions à son sujet, Nucleaire Tijden. 1953-1963<br />

est consacré à son œuvre expressionniste abstrait.<br />

Nous montrons son évolution, du photographe de<br />

CoBrA au peintre figuratif. Sur notre stand, nous<br />

souhaitons le faire découvrir à un public jeune et<br />

international. »<br />

Callewaert Vanlangendonck<br />

Anvers<br />

www.callewaert-vanlangendonck.com<br />

REDISCOVERY<br />

Serge Vandercam, Composition, 1963, huile sur toile, 146 x 114 cm. © Courtesy Callewaert<br />

Van Langendonck<br />

Dankyi Mensah<br />

Dans ses portraits figuratifs colorés, le Ghanéen Dankyi Mensah (1978) souhaite<br />

capturer l’évolution du paysage urbain, social et politique contemporain<br />

de son pays. Sa nouvelle série Kumerica tourne autour de la rencontre<br />

entre deux cultures : ce terme vient de la scène musicale et fait référence à<br />

l’influence exagérée de la culture Pop américaine sur cette ville, deuxième<br />

plus grande du Ghana. L’artiste dépeint ce phénomène culturel en habillant<br />

ses sujets dans un style urbain américain, qui contraste avec les motifs du<br />

tissu traditionnel ghanéen au dos du tableau. Le choc qui s’ensuit est celui<br />

de la mondialisation et de la tradition.<br />

Maruani Mercier<br />

Knokke<br />

Bruxelles et Zaventem<br />

www.maruanimercier.com<br />

stand A24<br />

Dankyi Mensah, Kumerican Blue Bird, acrylique sur toile, 183 x 152,4<br />

cm. © de l’artiste / Courtesy Maruani Mercier<br />

28


Afra Eisma<br />

Afra Eisma (1993) est une artiste néerlandaise qui crée des<br />

installations textiles immersives et intimes, des sculptures et<br />

de la céramique. La tactilité et les textures constituent son<br />

fil conducteur. Tentures murales, maquettes, figurines en<br />

métal avec écorces d’orange en suspension, tapis et grottes<br />

en céramique, autant de rêves imaginaires enfantins hantés<br />

par d’étranges créatures. L’artiste narre des histoires captivantes,<br />

amusantes ou absurdes sur les habitudes et rituels du<br />

quotidien. Son œuvre a déjà été largement exposé et acquis<br />

au Pays-Bas, entre autres par l’AkzoNobel Art Foundation,<br />

le Fries Museum et le Gouvernement central. L’heure d’une<br />

percée internationale a peut-être sonné…<br />

No Man’s Art Gallery<br />

Amsterdam<br />

www.nomansart.com<br />

stand D39<br />

Afra Eisma, Club Sake, 2020, fils, 140 x 123 cm. © de l’artiste /<br />

photo : Gert Jan van Rooij<br />

Philip Aguirre y Otegui<br />

Son travail est<br />

généralement centré<br />

sur la migration et les<br />

réfugiés, l'eau et l'abri<br />

architectural.<br />

Né en 1961 à Schoten et installé à Borgerhout,<br />

le sculpteur et peintre Philip<br />

Aguirre y Otegui est diplômé de l’Académie<br />

d’Anvers. Usant d’une grande diversité de<br />

matériaux, notamment l’argile, le bois, le<br />

bronze ou le fer, il réalise des sculptures<br />

et des installations, toutes œuvres qui<br />

explorent en permanence la capacité de<br />

survie de l’être humain, ainsi que les récits<br />

liés à cette thématique. De fait, son travail<br />

est généralement centré sur la migration<br />

et les réfugiés, l’eau et l’abri architectural.<br />

Souvent exposées dans des espaces publics,<br />

ses sculptures aux formes épurées reflètent<br />

une conscience sociale et politique<br />

dans un style narratif visuel qu’il désigne<br />

comme une « poésie de l’image ».<br />

Valerie Traan Gallery<br />

Anvers<br />

www.valerietraan.be<br />

stand C45<br />

Philip Aguirre y Otegui, La Frontera, 2015, 27 x 14 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy Valerie Traan Gallery<br />

29


L’ARTISTE DU MOIS<br />

Willie Morlon<br />

Dans cette série, <strong>COLLECT</strong> s’intéresse à la place occupée par les jeunes<br />

artistes dans le monde contemporain. Pourquoi ont-ils choisi cette voie,<br />

d’où leur vient leur inspiration et comment se positionnent-ils ? Ce moisci,<br />

c’est au tour de Willie Morlon (1992) de s’exprimer.<br />

TEXTE : ELIEN HAENTJENS<br />

PORTRAIT : GUY KOKKEN<br />

Willie Morlon a une prédilection<br />

pour les matériaux nobles et<br />

les objets élaborés avec soin.<br />

Cet amour lui a été inculqué<br />

par ses parents, dans le magasin d’antiquités<br />

parisien desquels il a grandi : « Au<br />

XXe siècle, le fossé s’est creusé entre arts<br />

plastiques et arts décoratifs. Je souhaite<br />

rétablir le lien entre les deux avec mon<br />

art. C’est pourquoi, dans mon travail, je<br />

rends souvent hommage aux artisans. Je<br />

m’inspire, par exemple, de la marqueterie<br />

traditionnelle et des carreaux de faïence<br />

décorés à la main, mais aussi des vestiges<br />

de bâtiments que je rencontre dans le<br />

paysage urbain. Des artisans y ont souvent<br />

laissé des traces fortuites, à la beauté<br />

inhérente. J’intègre ces témoins muets du<br />

passé dans mon langage formel. Les matériaux<br />

bon marché dont nous bâtissons nos<br />

maisons et la numérisation galopante de<br />

notre monde risquent de laisser peu de<br />

traces de notre civilisation contemporaine.<br />

Par mon art, je souhaite faire réfléchir au<br />

caractère éphémère de notre société. Le<br />

souci forcené d’efficacité nous a fait perdre<br />

de vue la valeur ajoutée des matériaux<br />

nobles et des espaces bien décorés, alors<br />

qu’ils contribuent dans une large mesure à<br />

notre bien-être. Je n’imagine pas de vivre<br />

dans un intérieur IKEA standardisé. Ce<br />

n’est pas l’uniformité qui aide à forger une<br />

identité. La rationalité du modernisme et<br />

du Bauhaus ont cédé le pas à des ornements<br />

plus nombreux, comme ce fut déjà<br />

le cas dans l’Art nouveau et l’Art déco. »<br />

Néanmoins, l’artiste aborde la réalité<br />

avec un certain cynisme en utilisant des<br />

matériaux non nobles, précaires, comme<br />

le placoplatre, le béton armé ou le plâtre.<br />

Dans un avenir proche, il pense en même<br />

temps se familiariser avec la technique<br />

de la fresque : « Comme les peintures rupestres<br />

de Lascaux, ce sont des œuvres qui<br />

résistent très bien à l’épreuve du temps. »<br />

ART ET ORNEMENTS<br />

Non content de vouloir resserrer les<br />

liens entre art et artisanat, Willie Morlon<br />

envisage aussi la possibilité du renouveau<br />

d’une relation entre art et ornements :<br />

« Autrefois, cela ne dérangeait personne<br />

que quelqu’un comme Michel-Ange<br />

peigne aussi bien des fresques que des<br />

objets décoratifs. Les colonnes grecques<br />

30


L’ARTISTE DU MOIS<br />

« Je veux réduire le<br />

fossé entre artisanat,<br />

ornements et art »<br />

étaient à la fois ornementales et structurelles.<br />

Nous faisons aujourd’hui le<br />

distinguo entre les deux parce que nous<br />

utilisons des matériaux moins coûteux,<br />

parfois toxiques, sans nous en rendre<br />

compte, et que nous les camouflons<br />

ensuite. Je joue donc avec les qualités<br />

esthétiques du placoplatre en rendant les<br />

diverses couches colorées visibles. Dans<br />

Fresque Gyproc (2021), je mets la plasticité<br />

du matériau à l’honneur. » Dans d’autres<br />

œuvres, l’artiste associe ce placoplatre à<br />

du plâtre, de la céramique et de l’émail. Il<br />

explique : « Je crée d’abord divers petits<br />

éléments à partir d’esquisses, puis crée ma<br />

composition. Je réunit tous ces éléments<br />

sur une toile en plastique. Une fois l’œuvre<br />

terminée et tous les éléments fermement<br />

ancrés, je retourne la structure. Le résultat<br />

final est à chaque fois comme un cadeau.<br />

En tant qu’artiste, je renonce sciemment<br />

à tout contrôle et laisse faire le hasard.<br />

C’est ma manière de rapprocher artistes et<br />

artisans. »<br />

Grande chaise, 2021, plâtre, placoplatre, polystyrène,<br />

papier, peinture à l’huile et pigments.<br />

© de l’artiste - Prix : 1.200 €<br />

Papier peint, 2021, plâtre et céramique, papier, peinture acrylique, peinture à l’huile. © de l’artiste<br />

LA FORCE DU MATÉRIAU<br />

Willie Morlon a d’abord voulu étudier<br />

le cinéma, avant de découvrir l’atelier<br />

de l’Académie royale des Beaux-Arts<br />

de Bruxelles (ARBA) : « La plasticité et<br />

l’immédiateté qui permettent de concrétiser<br />

une idée m’ont interpellé. J’avais déjà<br />

appris à découvrir la force du matériau.<br />

J’ai toujours voulu que l’idée précède<br />

la mise en chantier de l’œuvre. Il m’est<br />

donc arrivé de ne rien produire du tout,<br />

jusqu’au jour où mes professeurs m’ont<br />

dit que je devais me considérer comme<br />

un ouvrier de l’art et expérimenter chaque<br />

jour de nouveaux matériaux. Dès lors, les<br />

idées fusèrent d’elles-mêmes. L’ambiance<br />

informelle et intime de l’atelier était, en<br />

outre, particulièrement agréable. Durant<br />

mon Erasmus au Central Saint Martins<br />

College of Art and Design de Londres, il y<br />

avait tellement d’étudiants qu’on se croyait<br />

parfois dans une usine. Je m’y suis imposé<br />

une discipline de fer, ce qui a facilité ma<br />

progression. » En ce mois d’avril, Willie<br />

Morlon s’installe avec quelques autres<br />

jeunes artistes bruxellois dans l’ancienne<br />

imprimerie de la Banque Nationale, boulevard<br />

du Berlaimont : « C’est un immeuble<br />

fascinant, avec les presses sur lesquelles<br />

nos billets de banque étaient encore<br />

récemment imprimés, et d’énormes coffres<br />

forts. Soit le cadre idéal pour continuer à<br />

me développer. J’ai terminé mes études en<br />

septembre dernier et me considère encore<br />

comme un débutant dans le monde de<br />

l’art. Pour pouvoir évoluer, je n’ai pas<br />

ouvert de compte Instagram. Je m’inspire<br />

davantage de l’art ancien. J’aime Henri<br />

Matisse pour la liberté de son langage<br />

formel et son affinité avec les arts décoratifs.<br />

J’ai une prédilection pour Giotto,<br />

dont j’admire l’utilisation de la couleur et<br />

le passage du temps. Des styles comme<br />

le maniérisme et le rococo me font aussi vibrer.<br />

» Même s’il vient de faire ses premiers<br />

pas dans le monde de l’art, Willie Morlon a<br />

déjà vendu diverses œuvres, notamment<br />

à d’anciens professeurs et à des amis : « Je<br />

suis content que mes œuvres puissent<br />

mener leur propre vie et trouvent leur<br />

place chez ceux qui les apprécient. Cela<br />

me permet de continuer à avancer. Pour<br />

une exposition collective chez Michel Rein,<br />

Patrick Vanbellinghen m’a demandé de<br />

créer une œuvre. Marqueterie (2021) fut<br />

la plus grande de toute l’exposition et ma<br />

première création in situ. Ses éléments<br />

décoratifs semblent faire partie intégrante<br />

de l’architecture de la galerie. Je souhaite<br />

que mes œuvres interpellent immédiatement<br />

le spectateur, sans devoir lui fournir<br />

d’explications superflues. À cet égard, je<br />

me trouve plutôt vieux jeu. »<br />

VISITER<br />

Intéressé.e par une visite d’atelier en mai ?<br />

Envoyez un e-mail à morlonwillie@gmail.com<br />

31


ZOOM<br />

Judith Joy Ross<br />

L’âme à découvert<br />

Qui ne croit pas en la perception<br />

de la personnalité d’autrui devrait<br />

regarder de près les œuvres de<br />

Judith Joy Ross. Car ce qui se<br />

produit à la vue de ses images<br />

transcende tout ce que l’on peut<br />

ressentir. Subtiles et prenantes,<br />

elles rendent l’anonymat tangible.<br />

TEXTE : ELS BRACKE<br />

Judith Joy Ross (1946) a grandi à Hazleton,<br />

petite ville charbonnière du<br />

nord-est de la Pennsylvanie (États-<br />

Unis). Son père gérait une chaîne de<br />

magasin à bas prix, tandis que sa mère cessa<br />

d’enseigner dans une crèche privée pour<br />

s’occuper de ses trois enfants. Bien ancrée<br />

dans le tissu local, la famille était, comme<br />

le dit l’artiste, « profondément attachée à<br />

l’environnement naturel, ce qui a donné<br />

une dimension salvatrice et poétique à notre<br />

vie ». Celle-ci développe son œuvre au<br />

début des années 1980, en se consacrant<br />

au portrait en une approche documentaire<br />

inspirée des images d’August Sander, de<br />

Walker Evans et de Diane Arbus.<br />

Eurana Park, Weatherly, Pennsylvania, 1985, tirage gélatino-argentique, 24,45 × 19,37 cm. © de l’artiste /<br />

Courtesy Galerie Thomas Zander<br />

APPAREIL VINTAGE<br />

Judith Joy Ross photographie les enfants à<br />

la piscine en plein air locale, les visiteurs<br />

du mémorial des vétérans du Vietnam<br />

à Washington, les membres du Congrès<br />

et leurs assistants, ainsi que les soldats<br />

32


ZOOM<br />

Untitled, Eurana Park, Weatherly, Pennsylvania, 1985, tirage gélatino-argentique, 24,45 × 19,37 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy Galerie Thomas Zander<br />

Persephone, 2015, tirage gélatin-argentique,, 24,45 × 19,37 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy Galerie Thomas Zander<br />

« ‘‘Voir’’, c’est quand<br />

vous parvenez<br />

à découvrir la<br />

signification<br />

profonde et la poésie<br />

dans ce que vous<br />

regardez. »<br />

en attente d’être envoyés sur le champ<br />

de bataille lors de la guerre du Golfe. Elle<br />

utilise, à cet effet, un ancien appareil<br />

8/10, avec soufflet et caisson de bois sur<br />

trépied, derrière lequel elle se glisse sous<br />

une toile, avec lampe flash sur trépied<br />

distinct. L’appareil réalise des clichés en<br />

noir et blanc de petite taille, qui sont en<br />

même temps des images d’ambiance, des<br />

témoignages contemporains : « Il faut<br />

voir quelque chose avant de prendre une<br />

photo. On ‘‘voit’’ à différents niveaux. Or,<br />

la plupart du temps, je ne vois rien. ‘‘Voir’’,<br />

c’est quand vous parvenez à découvrir la<br />

signification profonde et la poésie dans ce<br />

que vous regardez. Il faut placer l’appareil<br />

photo correctement, opération la plus difficile<br />

et la plus facile à la fois. » Le positionnement<br />

de l’appareil et la toile qui sert à<br />

se dissimuler exercent un effet libérateur<br />

sur le photographe et le sujet du portrait.<br />

Cette parité entre photographe et modèle<br />

se traduit également dans l’absence d’idée<br />

ou de sentiment partial lors de la réalisation.<br />

Ne subsiste qu’une attention pure et<br />

intuitive envers la complexité identitaire<br />

de la personne placée devant l’objectif.<br />

REPÉRER LES ÉTRANGERS<br />

Le sujet anonyme est récurrent dans<br />

l’œuvre de Judith Joy Ross. Il s’inscrit le<br />

plus souvent dans le cadre d’une série motivée<br />

par ses propres considérations morales,<br />

bourgeoises ou existentielles. Il s’agit<br />

d’adolescents, d’apprentis, de migrants<br />

ou d’étrangers qu’elle rencontre et auprès<br />

desquels elle s’arrête, car elle voit ‘‘quelque<br />

chose’’. Mais, elle braque aussi son objectif<br />

sur les figurants des conflits dans lesquels<br />

les États-Unis s’engagent : réservistes de<br />

l’armée américaine ou citoyens faisant<br />

campagne pour ou contre ces guerres.<br />

« Toute ma vie, j’ai voulu devenir artiste<br />

sans très bien savoir ce que cela signifiait<br />

jusqu’à ce que je découvre la photographie,<br />

explique-t-elle. L’appareil-photo m’a appris<br />

d’autres façons d’entrer en contact avec le<br />

monde. Les gens, les vies humaines, sont<br />

devenus mon sujet ! C’était des étrangers<br />

et j’ai pu apprendre à les connaître. »<br />

VISITER<br />

Judith Joy Ross – Photographies 1978-2015<br />

Le Bal<br />

Paris<br />

www.le-bal.fr<br />

jusq. 18-09<br />

33


Stratégie et galeries d’art<br />

Structures parfois complexes,<br />

les galeries d’art cumulent des<br />

enjeux et responsabilités qui<br />

dépassent largement le cadre<br />

de transactions commerciales.<br />

D’emblée, une précision<br />

terminologique s’impose :<br />

dans une galerie, ne dites pas<br />

‘‘clients’’, la vente et l’achat<br />

étant considérés comme des<br />

partenariats, il est donc préférable<br />

de parler d’amateurs, de visiteurs<br />

ou de collectionneurs.<br />

TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />

Et si toute stratégie commerciale<br />

commençait par un positionnement<br />

géographique ? Au rang des<br />

choix stratégiques, la question<br />

de la situation est cruciale. D’emblée,<br />

s’entourer d’enseignes réputées produit<br />

un effet stimulant. Chaque ville possède<br />

ses quartiers arty. Tous les galeristes<br />

concernés regardent cette concentration<br />

comme un facteur d’affluence, non de<br />

concurrence. À lui seul, l’emplacement a<br />

une influence substantielle sur l’image et<br />

la stratégie d’une enseigne. Par sa taille<br />

et la nature même du lieu, un bâtiment<br />

classé, la Patinoire royale – Galerie Valérie<br />

Bach occupe une place unique dans le<br />

paysage bruxellois. L’espace installé rue<br />

Veydt est ainsi l’institution culturelle<br />

privée à vocation commerciale la plus<br />

visitée de la capitale. En outre, la galerie<br />

est régulièrement assimilée par ses<br />

visiteurs à un musée ou à un centre d’art<br />

tant ses expositions sont denses et rigoureuses.<br />

Autre exemple, la Belgian Gallery,<br />

fondée en 2017, a rapidement misé sur<br />

l’expansion, s’installant à Namur, puis<br />

à Bruxelles et à Knokke. Stratégie supplémentaire<br />

: le positionnement lié aux<br />

artistes représentés. La Galerie Meesen De<br />

Clercq privilégie les artistes à la démarche<br />

discursive : « Cela a l’air simple, mais n’est<br />

pas si évident dans une société cacophonique.<br />

Que dire et comment le dire ?<br />

En 2015, nous avons par exemple monté<br />

une exposition ambitieuse, intitulée<br />

Anthropocène, réunissant 32 artistes sur<br />

des questions climatiques actuellement<br />

brûlantes», explique Olivier Meessen. En<br />

toute logique, la Belgian Gallery a choisi de<br />

défendre des artistes belges, qu’ils soient<br />

confirmés ou émergents, tout en laissant<br />

également une place à certains artistes de<br />

la fin du XIXe siècle, Rops en tête : « Nos<br />

choix d’artistes sont forcément subjectifs<br />

mais ne sont pas dictés par un désir impérieux<br />

de coller aux tendances du marché.<br />

Si le travail nous semble à la fois original,<br />

dense et esthétique, on essaie de rencon-<br />

Chaim van Luit, Sum of Part. © de l’artiste / Courtesy Meessen De Clercq<br />

« Ignasi Aballi va<br />

représenter l’Espagne<br />

à la Biennale de<br />

Venise. C’est un<br />

moment crucial<br />

dans la carrière d’un<br />

artiste et nous allons<br />

l’accompagner. »<br />

OLIVIER MEESSEN<br />

34


« Nos choix d’artistes<br />

sont forcément<br />

subjectifs mais ne<br />

sont pas dictés par<br />

un désir impérieux de<br />

coller aux tendances<br />

du marché. »<br />

SERGIO PESTIEAU, BERNADETTE<br />

FIERENS ET PIERRE BABUT<br />

DU MARES<br />

L’espace bruxellois de la Belgian Gallery. © Belgian Gallery / D. R.<br />

trer l’artiste pour échanger nos points de<br />

vue et envisager une collaboration qui<br />

peut être de plusieurs types », précisent<br />

Pierre Babut du Mares et Serge Pestieau.<br />

Directeur de La Patinoire royale – Galerie<br />

Valérie Bach, Constantin Chariot a investi<br />

de nouveaux champs exploratoires, l’art<br />

belge des Trente Glorieuses, les femmes<br />

artistes ou l’art monumental : « Chaque<br />

exposition est le fruit d’une étude détaillée<br />

de l’artiste ou de la thématique, laquelle<br />

débouche systématiquement sur une<br />

publication scientifique offrant au sujet de<br />

nouvelles perspectives. » Le plus souvent,<br />

les enseignes ménagent un bel équilibre<br />

entre valeurs sûres et artistes émergents,<br />

complétés quelquefois de la représentation<br />

d’estates, ce qui permet de mutualiser<br />

les risques. Un autre avantage consiste<br />

en une fourchette de prix très large, entre<br />

2.000 et 300.000 euros.<br />

COMMUNIQUER, C’EST EXISTER<br />

En théorie, soigner l’accueil de tous les<br />

visiteurs devrait être la base de toute<br />

démarche commerciale. En pratique,<br />

certaines galeries sont confiées à des<br />

assistant(e)s mutiques, les yeux rivés sur<br />

leurs écrans. Une attitude dramatique,<br />

car l’art, c’est d’abord l’échange d’interprétations,<br />

le partage d’émotions. Tous les<br />

galeristes interrogés insistent d’ailleurs sur<br />

l’importance de réserver à chaque visiteur<br />

un accueil chaleureux et professionnel, à<br />

l’image de celui tout aussi enthousiaste<br />

réservé à notre demande d’intervenir dans<br />

ces pages. Occupant une place essentielle<br />

et exponentielle, les réseaux sociaux<br />

font intégralement partie de la stratégie<br />

marketing d’une galerie. Aujourd’hui, une<br />

galerie se doit de communiquer sur Instagram,<br />

LinkedIn ou Facebook. Sofie Van de<br />

Velde en mesure toute l’importance : « Il<br />

est absolument nécessaire d’investir dans<br />

ces réseaux qui touchent de nouvelles<br />

générations de collectionneurs. Et parce<br />

qu’ils véhiculent très largement l’image de<br />

la galerie, nous faisons toujours un effort<br />

pour obtenir des photographies de qualité.<br />

» Aussi, les galeristes reconnaissent<br />

l’importance des plateformes de ventes, à<br />

l’instar d’Artsy, permettant de réaliser des<br />

transactions en ligne. Autre levier pour<br />

garder le contact avec des collectionneurs<br />

ou potentiels acheteurs : la newsletter. Les<br />

occasions de communiquer une actualité<br />

ne manquent pas, telles les expositions,<br />

foires, nouvelles représentations…<br />

PETITS ET GRANDS PRIVILÈGES<br />

Pour leurs clients ou contacts privilégiés, les<br />

galeries organisent cocktails ou dîners privés,<br />

événements sur mesure, rencontres et<br />

autres visites d’ateliers. Ces faveurs peuvent<br />

également prendre la forme d’invitations<br />

aux vernissages de foires, en <strong>Belgique</strong><br />

ou à l’étranger. Autant d’occasions de se<br />

rencontrer et de dialoguer dont l’objectif<br />

est de renforcer la relation et la confiance<br />

entre le galeriste et ses collectionneurs. A<br />

ce niveau, un galeriste n’est plus un simple<br />

marchand, mais un partenaire, voire le<br />

35


Galerie Barlonian, Bruxelles. © Baronian / D. R.<br />

conseiller privilégié d’un amateur d’art dans<br />

la constitution de sa collection. Il propose<br />

un accompagnement personnalisé, offrant<br />

des conseils, suggérant des œuvres qui<br />

répondraient aux exigences de la collection.<br />

Autre privilège que les galeristes réservent<br />

à quelques contacts favorisés, les previews.<br />

Il s’agit de présentations exclusives, le plus<br />

souvent organisées la veille du vernissage<br />

public. Si les œuvres les plus appréciées<br />

« Les collectionneurs<br />

sont volatiles.<br />

Il faut leur laisser<br />

la liberté d’évoluer,<br />

d’aller voir ailleurs<br />

et d’apprécier le<br />

programme d’autres<br />

galeries. »<br />

ALBERT BARONIAN<br />

d’un accrochage sont vendues avant le<br />

début de l’exposition - pour quelques stars,<br />

les pastilles rouges pullulent (même si elles<br />

sont souvent invisibles, c’est plus chic et<br />

surtout bien plus discret...) -, c’est tout simplement<br />

parce que les collectionneurs les<br />

plus respectés sont déjà passés.Ceux qui ne<br />

sont pas déplacés ont reçu directement par<br />

e-mail la photographie et le pedigree des<br />

œuvres présentées.<br />

CONFIANCE ET TRANSPARENCE<br />

Ces vingt dernières années, le marché a<br />

énormément évolué. Les frontières se sont<br />

numériquement effacées et les intéressés<br />

peuvent, sans se déplacer, visiter virtuellement<br />

une foire ou une galerie à l’étranger.<br />

La révolution numérique a redistribué<br />

bien des cartes : les amateurs étant plus<br />

informés, ils recherchent sur les sites spécialisés,<br />

Artnet ou Artprice, les données<br />

économiques d’un artiste ou de l’œuvre<br />

convoitée, toutes informations de nature<br />

à rendre l’offre plus transparente, même<br />

si on assiste à certaines dérives : « L’amateur<br />

a la possibilité de contacter en direct<br />

l’artiste, créant un by-pass dont la galerie<br />

est exclue. Cela implique pour nous un<br />

important risque financier et une certaine<br />

déception par rapport aux efforts fournis<br />

», observent Pierre Babut du Marès et<br />

Sergio Pestieau. Bien que cette démarche<br />

puisse se comprendre dans le chef des<br />

acheteurs, elle est en revanche inacceptable<br />

dans celui de l’artiste qui, ce faisant,<br />

avoue ne pas avoir compris la fonction de<br />

son galeriste. Or, ce dernier est bien plus<br />

qu’un simple acteur du marché puisqu’il<br />

multiplie sur le long terme les initiatives<br />

en vue de valoriser l’œuvre des artistes<br />

qu’il défend. « Ignasi Aballi va représenter<br />

l’Espagne à la Biennale de Venise. C’est un<br />

moment crucial dans la carrière d’un artiste.<br />

Nous allons l’accompagner et essayer<br />

d’attirer l’attention spécifique de grands<br />

« Chaque exposition<br />

est le fruit d’une étude<br />

détaillée qui débouche<br />

sur une publication<br />

offrant de nouvelles<br />

perspectives. »<br />

CONSTANTIN CHARIOT<br />

L’espace de La Patinoire Royale – Galerie Valérie Bach. © La Patinoire Royale –Galerie Valérie Bach / D. R.<br />

36


« Il est absolument<br />

nécessaire d’investir<br />

dans les réseaux<br />

sociaux qui touchent<br />

de nouvelles<br />

générations de<br />

collectionneurs. »<br />

SOFIE VAN DE VELDE<br />

L’espace de la Galerie Sofie Van de Velde. © Galerie Sofie Van de Velde / D. R.<br />

musées internationaux. Nous allons aussi<br />

contacter certains collectionneurs qui<br />

n’ont pas encore suivi en profondeur son<br />

travail, bien que sa pratique s’inscrive dans<br />

la lignée de leur collection », souligne ainsi<br />

Olivier Meessen.<br />

L’IMPORTANCE DES FOIRES<br />

Temps fort de la vie d’une galerie, la participation<br />

aux foires constitue désormais<br />

une obligation pour quiconque cherche<br />

à booster sa visibilité et asseoir sa notoriété.<br />

Dans certaines foires, notamment<br />

Art Basel, Frieze, la FIAC, ARCO ou Art<br />

Brussels, exposer est un privilège réservé<br />

aux enseignes les plus rénommées ou<br />

réalisant un travail engagé et d’une qualité<br />

reconnue. À chacune de ses éditions, Art<br />

Brussels reçoit quelque 400 candidatures<br />

dont elle retient moins de la moitié. Et<br />

si les places sont chères, au sens propre<br />

comme au figuré, c’est que ce long weekend<br />

draine chaque année des milliers<br />

de visiteurs, simples curieux, amateurs<br />

éclairés ou connaisseurs confirmés et de<br />

grands collectionneurs. Le top des big<br />

spenders internationaux se réserve plutôt<br />

pour Paris, Londres, New York, Hong Kong<br />

ou Bâle, mais quantité d’acheteurs sont<br />

conscients que les enseignes réservent,<br />

pour ces occasions spécifiques, des pièces<br />

exceptionnelles. D’un point de vue pratique,<br />

il est souvent plus facile de program-<br />

mer la visite d’une foire qui concentre<br />

un grand nombre de propositions que<br />

de multiplier les visites en galerie. Pour<br />

certaines enseignes, c’est là que se joue, en<br />

un espace-temps record, l’essentiel de leur<br />

chiffre d’affaire annuel (jusqu’à 70 %), tandis<br />

que d’autres insistent sur l’importance<br />

des contacts établis et leurs répercussions<br />

à moyen terme.<br />

LÉGITIMITÉ RIME AVEC MUSÉE<br />

Véritable ambassadeur de l’artiste qu’il<br />

représente, le galeriste doit faire sortir son<br />

protégé des murs de son enseigne. Cela<br />

passe notamment par des collaborations<br />

avec les musées ou les centres d’art. Ces<br />

interactions peuvent s’incarner à travers<br />

un soutien très concret à l’organisation<br />

d’expositions personnelles ou collectives<br />

et/ou une acquisition dans une collection<br />

institutionnelle. De telles collaborations<br />

renforcent la position d’un artiste<br />

sur la scène internationale. Enfin, il n’est<br />

plus rare de voir des galeries se réunir<br />

pour représenter un artiste. Ces partenariats<br />

apportent une plus grande surface<br />

financière, mais aussi intellectuelle, et de<br />

meilleures possibilités de promouvoir un<br />

travail. Cette stratégie de ‘‘partage’’ d’un<br />

artiste peut permettre à deux enseignes<br />

de se renforcer mutuellement. Mais, pour<br />

le vétéran Albert Baronian, « les collectionneurs<br />

sont volatiles. » Ce n’est pas<br />

forcément une mauvaise chose : « Il faut<br />

leur laisser la liberté d’évoluer, d’aller<br />

voir ailleurs et d’apprécier le programme<br />

d’autres galeries, lesquelles ne sont pas<br />

nécessairement considérées comme des<br />

concurrents. »<br />

SURFER<br />

www.prvbgallery.com<br />

www.baronian.eu<br />

www.meessendeclercq.be<br />

www.sofievandevelde.be<br />

www.belgiangallery.com<br />

37


Els Dietvorst<br />

Rituels intuitifs et collaboratifs<br />

Interrogeant sans cesse le rôle<br />

de l’artiste dans la société, Els<br />

Dietvorst se situe volontairement<br />

hors des circuits traditionnels.<br />

Sa pratique s’inscrit dans un<br />

processus créatif qui dépasse<br />

largement le cadre d’un atelier et<br />

d’une galerie. Découverte d’une<br />

démarche tenant du rituel et de<br />

l’échange mutuel.<br />

TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />

Figure montante de l’art contemporain,<br />

Els Dietvorst (1964) développe<br />

une pratique socialement engagée,<br />

abordant constamment des<br />

questions liées à l’actualité (migration,<br />

racisme, changements climatiques…), et<br />

à la condition humaine à travers une série<br />

de thèmes universels (la vie et la mort, la<br />

peur, l’aliénation et le désir…). Mais la vraie<br />

singularité de sa pratique se trouve dans<br />

sa transversalité et les médiums qu’elle<br />

manipule (dessins, sculptures, vidéos, performances,<br />

installations, éditions), dans la<br />

diversité de ses champs d’action (théâtres,<br />

espaces publics, lieux d’exposition, textes)<br />

et dans son approche de l’art comme expérience<br />

commune. Ce dernier engagement<br />

est central car, depuis la fin des années<br />

1990, sa création se nourrit de multiples<br />

collaborations avec d’autres artistes.<br />

Lauréate du dernier BelgianArtPrize, Els<br />

Dietvorst présente une double exposition<br />

dans deux institutions bruxelloises,<br />

La Centrale et Bozar. Ce projet en miroir<br />

relève des actions et créations que l’artiste<br />

a entamées lors du grand confinement de<br />

2020. Un travail qui mélange les disciplines<br />

(sculptures, installations, vidéos et performances)<br />

tout en revêtant un caractère<br />

largement collaboratif. Els Dietvorst noue<br />

ici des liens avec les membres du BARRA<br />

Movement, collectif cherchant à mettre les<br />

choses en mouvement, à l’image de la tempête<br />

à laquelle il emprunte son nom.<br />

Els Dietvorst a<br />

rassemblé des<br />

morceaux de bois flotté<br />

afin de créer un arbre<br />

offrant un abri contre<br />

les vents violents ou les<br />

averses de pluie.<br />

THIS INSTA GRID<br />

Soucieuse des interactions entre l’homme<br />

et la nature, Els Dietvorst offre régulièrement<br />

une place centrale à l’arbre. Installée<br />

depuis une douzaine d’année sur la côte<br />

irlandaise (Duncormick), l’artiste voue<br />

une certaine fascination à ceux que le vent<br />

oblige à se courber. Ces arbres, comme<br />

agenouillés, sont baptisés Shrugs par la<br />

population locale. Touchée par ce phénomène,<br />

elle a rassemblé différents morceaux<br />

de bois flottés pour créer un nouvel<br />

arbre offrant un abri contre les vents<br />

violents ou les averses. Plusieurs versions<br />

de ce travail végétal ont été développées,<br />

dont un spécimen coulé dans le bronze,<br />

intitulé windswept, pour la dernière édition<br />

de Beaufort. Cette œuvre monumentale<br />

est installée de façon permanente à<br />

Oostduinkerke. Proche de la philosophie<br />

38


Els Dietvorst, This insta grid, photographie. © de l’atiste / photo : Flor Maesen<br />

Ses œuvres constituent<br />

une invitation à<br />

embrasser la diversité,<br />

à s’engager, à<br />

rencontrer les autres<br />

et à créer ensemble.<br />

de Joseph Beuys, l’œuvre d’art telle que la<br />

conçoit Els Dietvorst n’est jamais une fin<br />

en soi mais un moyen de communication,<br />

un trait d’union entre public et environnement.<br />

En filigrane de ces arbres malmenés,<br />

on retrouve autant l’idée de vulnérabilité<br />

que celle de sécurité. À l’occasion de sa<br />

double exposition bruxelloise, un arbre<br />

aux branches assemblées et recouvertes<br />

de cire d’abeille voyagera, en procession,<br />

de Bozar à La Centrale. Cette performance<br />

n’est pas sans rappeler le folklorique<br />

Meyboom et y seront invités de nombreux<br />

artistes ainsi que le public. Leur intervention<br />

devrait faire évoluer l’œuvre, car c’est<br />

bien l’un des axes de sa pratique : tisser des<br />

liens entre personnes, situations et environnements.<br />

La création est ici prétexte à<br />

embrasser la diversité, à s’engager, à se rencontrer,<br />

à co-créer. Révélatrice à plus d’un<br />

titre, la photographie qui illustre cet article<br />

présente une bougie en forme de petit<br />

arbre en cire d’abeille se consumant dans<br />

le creux d’une main, la paume de Honey<br />

Zinzs, membre du BARRA Movement. Cet<br />

artéfact a été conçu par Els Dietvorst dans<br />

le cadre d’un rituel collectif qui insiste<br />

sur le recueillement et l’intensité d’être<br />

ensemble. Une image qui résume efficacement<br />

les tenants et aboutissants de sa<br />

démarche.<br />

VISITER<br />

Els Dietvorst. This is what you came for<br />

Bozar<br />

Bruxelles<br />

www.bozar.be<br />

du 28-04 au 21-07<br />

La Centrale<br />

Bruxelles<br />

www.centrale.brussels<br />

du 28-04 au 18-09<br />

39


Francis Alÿs<br />

La valeur d’une oeuvre généreuse<br />

40


Children’s Game #27b- Rubi Tabacongo, D.R.<br />

Congo, 2021 6’18’’, en collaboration avec Julien<br />

Devaux et Félix Blume, image du film.<br />

© de l’artiste<br />

41


Il a mobilisé la foule pour déplacer<br />

une montagne à Lima, a tiré<br />

jusqu’à ce qu’il fonde un bloc de<br />

glace dans les rues de Mexico City,<br />

a lancé le Sign Painting Project,<br />

tentative de sabotage du marché<br />

de l’art qui s’est soldé par un échec<br />

retentissant. Depuis les années<br />

1990, Francis Alÿs est une légende<br />

vivante, dont l’œuvre figure dans<br />

des expositions et d’innombrables<br />

collections muséales ou privées<br />

de par le monde. Cette année,<br />

il représente la <strong>Belgique</strong> à la<br />

Biennale de Venise.<br />

TEXTE : CHRISTINE VUEGEN<br />

La générosité est la valeur cardinale<br />

d’un art exceptionnel. Malgré<br />

leur apparence simple, les actions<br />

et performances de l’Anversois<br />

Francis Alÿs (1959) n’en sont pas moins<br />

élaborées et d’une grande précision.<br />

Elles sont incisives, stratifiées, généreuses,<br />

socialement engagées, poétiques<br />

et souvent politiques à la fois. L’artiste<br />

présente les vidéos de ses projets dans<br />

le monde, lesquelles sont gratuitement<br />

téléchargeables sur son site internet. Il<br />

s’agit de tableaux, sculptures, objets, films<br />

d’animation, dessins, études sur papiercalque,<br />

esquisses et notes. Grande ou petite,<br />

chaque œuvre est mémorable, il n’est<br />

donc pas surprenant qu’il figure parmi les<br />

artistes les plus influents. Sa contribution<br />

à l’art contemporain a été récompensée<br />

en 2020 par le prestigieux Art Icon Award<br />

(Whitechapel Gallery, Londres), en 2018<br />

par l’Eye Art & Film Prize (EYE Filmmuseum,<br />

Amsterdam), en 2010 par le BACA<br />

(Bonnefantenmuseum, Maastricht) et<br />

en 2004 par le BleuOrange (Martin-Gropius-Bau,<br />

Berlin). En 2002, il figurait déjà<br />

parmi les finalistes du Hugo Boss Prize<br />

(Guggenheim Foundation, New York).<br />

Francis Alÿs compte<br />

parmi les artistes<br />

les plus influents.<br />

THE <strong>COLLECT</strong>OR<br />

Francis Alÿs a grandi dans le Pajottenland<br />

et étudié l’architecture à Tournai et Venise.<br />

Son service civil l’a conduit au Mexique<br />

où il participa, en tant qu’architecte, à la<br />

reconstruction après le tremblement de<br />

terre de 1985. C’est à Mexico City qu’il<br />

est devenu artiste. Dans cette mégapole,<br />

chaotique, il s’est consacré à l’art afin de<br />

comprendre cette société, son inspiration<br />

tirée de ses balades urbaines et de ses<br />

rencontres. Dans la vidéo The Collector<br />

(1990-1992), on le voit tirer derrière lui un<br />

chien en jouet sur roulettes, bricolé par<br />

ses soins avec une boîte de conserve et des<br />

aimants de collecte de déchets métalliques.<br />

Il s’y promène dans le centre-ville<br />

historique où il possède un atelier, croisant<br />

Children’s Game #30 : La roue, Lubumbashi, RD Congo, 2021, en collaboration avec Félix Blume, Julien Devaux et Rafael Ortega, images fixes. © de l’artiste<br />

42


des musiciens et prenant des clichés de<br />

chiens. Les chiens errants sont chez lui<br />

un thème récurrent, presque un alter ego.<br />

Les balades étaient, à l’origine, une façon<br />

d’introduire des fables, métaphores ou<br />

allégories dont l’artiste s’ est expliqué dans<br />

un texte. Après qu’il ne soit apparu dans<br />

les rues, ceux qui l’avaient rencontré continuaient<br />

de gloser sur ce gringo ridicule<br />

avec son chien en boîte de conserve. Il s’est<br />

alors mis à développer l’idée d’intégrer<br />

récits et fables dans l’histoire d’un lieu :<br />

« Au fil des ans, je me suis penché sur cette<br />

méthode potentielle d’interaction, surtout<br />

à Mexico City, mais aussi ailleurs. » The<br />

Collector, ce chien roulant, est lui-même<br />

devenu un objet de collection. En 2003,<br />

Parkett, éditeur du magazine d’art américain<br />

éponyme publiait le numéro Ghetto<br />

Collector, soit 99 exemplaires de chiens<br />

multicolores sur roulettes, avec laisse. Un<br />

exemplaire réapparaît de temps à autre<br />

dans les maisons de vente. Chez Lempertz<br />

à Bruxelles, un Ghetto Collector changeait<br />

ainsi de mains en 2019 pour 1.612 euros,<br />

légèrement au-delà de l’estimation. Cette<br />

performance nomade donnait également<br />

lieu, en 2006, à la grande installation Collectors<br />

incluant 36 chiens-jouets au corps<br />

magnétique. Depuis 2007, elle figure dans<br />

les collections de la Tate.<br />

AUBAINE POUR <strong>COLLECT</strong>IONNEURS<br />

Francis Alÿs a commencé à exposer en<br />

1990 et a depuis enregistré dans le monde<br />

entier un grand nombre d’expositions en<br />

solo, de Los Angeles ou Bogotá à Hong<br />

Kong et Lausanne. Sa première exposition<br />

itinérante s’est tenue en 2002 à Rome,<br />

avant Zurich et Madrid. En 2010, l’expo-<br />

Untitled, Bamiyan, Afghanistan, 2010, huile sur toile, 13 x 18 cm. © de l’artiste<br />

sition rétrospective A Story of Deception,<br />

organisée à la Tate Modern de Londres,<br />

s’arrêtait au WIELS de Bruxelles, puis<br />

au MoMA de New York. À noter aussi,<br />

d’innombrables expositions collectives,<br />

dont la Documenta XIII de Cassel en 2012<br />

et les biennales de Sydney, Istanbul, São<br />

Paulo et Venise. Jack Tilton, à New York,<br />

et Lisson Gallery, à Londres, comptent<br />

parmi les galeries où il a exposé. L’artiste<br />

est représenté par Peter Kilchmann à<br />

Zurich depuis 1999, David Zwirner à New<br />

York, Londres, Paris et Hong Kong depuis<br />

2007 et Jan Mot à Bruxelles depuis 2017.<br />

L’art de Francis Alÿs se diffuse ainsi à<br />

l’échelle internationale. Il est difficile de<br />

dénombrer les collections qui possèdent<br />

Son œuvre est<br />

varié, des tableaux,<br />

sculptures et autres<br />

objets aux films<br />

d’animation, dessins,<br />

études, esquisses<br />

et notes. Et chaque<br />

création est<br />

mémorable.<br />

Artist Notebook, Sharya Camp, Dohuk, Irak, 2016, crayon sur papier, 13 x 42 cm. © de l’artiste<br />

43


The Ambassador,<br />

son ‘‘messager’’<br />

lors de l’ouverture<br />

de la Biennale de<br />

Venise, paradait<br />

comme une plaintive<br />

métaphore ‘‘m’as-tu-vu’’.<br />

Children’s Game #26 : Kisolo, Tabacongo, RD Congo, 2021, photo prise par l’artiste. © de l’artiste<br />

Children’s Game #23 : Step on a Crack, Hong Kong, 2020, 5’, en collboration avec Félix Blume, Julien<br />

Devaux et Rafael Ortega, images fixes. © de l’artiste<br />

l’une ou l’autre de ses œuvres, mais citons<br />

d’importantes collections muséales à<br />

New York, Los Angeles, Rome, Amsterdam,<br />

Paris, Londres, Madrid, Francfort,<br />

Munich, Luxembourg, Téhéran, Bueños<br />

Aires et Jérusalem. C’est sans compter un<br />

grand nombre de collections privées, dont<br />

la Rubell Family Collection de Miami, la<br />

Julia Stoschek Collection de Düsseldorf, la<br />

Collection Goetz de Munich et la Colección<br />

Jumex de Mexico City, l’une des plus<br />

grandes collections privées d’art contemporain<br />

du Mexique. Le 3 mars 2001, Francis<br />

Alÿs entrait dans le musée Jumex avec<br />

une souris dans sa poche et lâchait l’animal<br />

dans ce luxueux sanctuaire. Impos-<br />

sible de dire si la souris s’est bien tenue<br />

ou si elle fit ses dents sur les structures de<br />

l’institution artistique. Mais, une chose est<br />

claire,, la critique sociale n’est pas étrangère<br />

à l’artiste.<br />

RECONNAISSANCE EN BELGIQUE<br />

L’œuvre de Francis Alÿs était pratiquement<br />

invisible en <strong>Belgique</strong> avant 2010,<br />

même si sa pratique artistique y était déjà<br />

très appréciée dans les années 1990, du<br />

moins au sein de cercles très spécifiques.<br />

Il exposa en solo en 1995 dans l’Opus<br />

Operandi de Piet Vanrobaeys à Gand,<br />

participa la même année à une exposition<br />

collective de l’Espace 251 Nord de Laurent<br />

Jacob à Liège et, en 1997, dans Addenda<br />

au musée Dhondt-Dhaenens de Deurle.<br />

Lors de son arrivée en 1999 dans l’atelier<br />

d’Honoré δ’O à Gand, où je me trouvais<br />

moi-même, il donna des directives pour sa<br />

performance vénitienne Duett. Les deux<br />

artistes se promenèrent séparément dans<br />

la ville avec chacun la moitié d’un tuba,<br />

jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Lorsqu’en<br />

2001, il fut officiellement invité à la Biennale<br />

de Venise, Francis Alÿs envoya pour<br />

l’ouverture son messager, un paon. The<br />

Ambassador paradait autour d’une métaphore<br />

plaintive du côté ‘‘m’as-tu-vu’’ de cet<br />

événement artistique. Son succès international<br />

s’est accéléré après When Faith<br />

Moves Mountains (2002). On y voit cinq<br />

cents personnes munies de pelles déplacer<br />

une dune de sable à Lima, la capitale<br />

péruvienne, dans un pays à la situation<br />

désespérée. L’installation vidéo qui en<br />

découlait était acquise un an plus tard<br />

par la Communauté flamande et déposée<br />

au M HKA d’Anvers. En 2006, le MAC’s<br />

de Hornu achetait un certain nombre de<br />

réalisations de l’artiste et, depuis 2018,<br />

ses œuvres se trouvent au S.M.A.K. de<br />

Gand. Occuper le pavillon belge de Venise<br />

constitue une marque de reconnaissance<br />

pour l’artiste qui y présentera The Nature<br />

of the Game, une sélection de films et une<br />

série de tableaux. Au Congo, en <strong>Belgique</strong>,<br />

au Canada, en Irak et à Hong Kong, il a<br />

filmé une dizaine de nouveaux Children’s<br />

Games. Il convient de noter qu’une série<br />

de projets récents en Irak a donné lieu<br />

au long métrage Sandlines, the Story of<br />

History (2018-2020), reconstitution de<br />

44


l’Histoire par des enfants. La série Children’s<br />

Game vit le jour en 1999 avec le film<br />

d’un garçon lançant une bouteille en haut<br />

d’une pente dans une rue de Mexico City.<br />

Après chaque coup, la bouteille roule sur<br />

la pente tandis que le garçon court après<br />

elle. Ce rythme réptitif et son côté absurde<br />

sont récurrents dans ses œuvres. Partout<br />

où il va, l’artiste filme des jeux d’enfants,<br />

sur invitation ou de sa propre initiative,<br />

souvent dans des zones de conflit.<br />

ACCÈS GRATUIT<br />

Parallèlement à ses actions et performances,<br />

Francis Alÿs n’a cessé de peindre<br />

et de dessiner. Ce sont des pensées, des<br />

rêves et des idées, parfois des situations<br />

absurdes montrant des hommes en<br />

costume. Son appartenance au pays de<br />

Magritte et de Broodthaers est indéniable.<br />

En 1993, il demandait à des peintres de<br />

panneaux publicitaires de Mexico City de<br />

recopier un de ses petits tableaux et de<br />

l’agrandir à leur guise. Sign Painting Project<br />

(1993-1997) visait par cette production<br />

à saboter le marché de l’art. Francis Alÿs<br />

vendait ses séries de tableaux à bas prix,<br />

mais s’interrompit lorsqu’il s’aperçut que<br />

les prix grimpaient. En 2005, The Prompter<br />

(1995), série de quatre tableaux, se<br />

vendait à un prix record chez Sotheby’s à<br />

New York, 623.000 dollars (528.000 euros),<br />

soit 261% de plus que l’estimation. L’an<br />

dernier, Christie’s New York adjugeait trois<br />

tableaux du même projet pour la somme<br />

de 275.000 dollars (243.000 euros), soit<br />

57 % au-dessus de l’estimation. Comment<br />

l’artiste s’est-il accommodé de ces<br />

signes du marché de l’art ? Depuis 2002,<br />

il propose gratuitement ses vidéos en<br />

ligne, notamment sur son site internet,<br />

les inscrivant sciemment dans le domaine<br />

public. Comme ses performances sont peu<br />

à peu devenues des collaborations avec<br />

des populations locales, il trouve indécent<br />

de mettre ses films sur le marché. Il<br />

finance donc ses projets avec la vente de<br />

tableaux et autres œuvres, une solution<br />

qui lui permet une grande liberté.<br />

VISITER<br />

Francis Alÿs, The Nature of the Game<br />

Pavillon belge / Giardini de la Biennale<br />

Venise<br />

www.belgianpavilion.be<br />

du 23-04 au 27-11<br />

Children’s Game #10 : Papalote, Balkh, Afghanistan, 2011, 4’1”, en collaboration avec Félix Blume et Elena Pardo, images fixes. © de l’artiste<br />

45


Le monde selon<br />

Larry Gagosian<br />

Que signifient goût, argent et<br />

pouvoir dans la vie et le travail d'un<br />

artiste ? <strong>COLLECT</strong> s'est rendu à New<br />

York pour rendre visite au galeriste de<br />

renommée mondiale Larry Gagosian.<br />

S’il possède un œil pour dénicher<br />

les talents, il semble s'être libéré de<br />

sa quête de sophistication. « J’aime<br />

l’apparence des choses », précise-t-il.<br />

TEXTE : ROBERT ARMSTRONG*<br />

Larry Gagosian devant une oeuvre de Jean-Michel Basquiat. © D. R.<br />

Larry Gagosian, le plus important<br />

marchand d’art du monde, parle<br />

avant tout la langue des affaires, et<br />

ce avec une grande assurance. Dans<br />

la bibliothèque de son manoir new-yorkais<br />

de l’Upper East Side, nous l’avons interrogé<br />

sur ce qui, à l’heure actuelle, l’anime<br />

professionnellement. « Les mêmes choses<br />

que ces 40 dernières années, la réussite »,<br />

répond-il d’emblée. « La concurrence<br />

acharnée. L’émergence de nouvelles idées,<br />

de nouvelles situations pour le bien de mes<br />

artistes. Un travail de tous les instants, très<br />

prégnant. Quiconque souhaite s’engager<br />

dans le négoce de l’art et réussir dans la<br />

branche doit y consacrer beaucoup de<br />

temps et de travail. »<br />

Avec Gagosian, une grande partie de la<br />

conversation tourne autour des mêmes thèmes<br />

: concurrence, succès, travail acharné,<br />

énergie, opportunité, mouvement. Un<br />

immense tableau d’Andy Warhol, représentant<br />

Elvis en cow-boy, le pistolet pointé<br />

sur le spectateur nous toise. Le marchand<br />

s’exprime sur un ton posé ; il a un mauvais<br />

rhume (« C’est pas le top », dit-il après nous<br />

avoir serré la main). Il a 76 ans, porte un polo<br />

46


L'espace de la Galerie Gagosian à l'aéroport du Bourget. © Courtesy Gagosian<br />

sombre à manches longues, un pantalon de<br />

velours côtelé et des mocassins en alligator<br />

bleu. Il se déplace calmement, à pas feutrés,<br />

mais il y a quelque chose de plus profond<br />

en lui. Ce que l’on saisit dès que son regard<br />

vous tombe dessus. L’homme fait preuve<br />

d’une plus grande retenue lorsqu’on l’invite<br />

à parler peinture. Qu’est-ce qui l’attire dans<br />

l’œuvre de Cy Twombly, par exemple ? Cet<br />

artiste américain est l’une des nombreuses<br />

sommités qu’il a représentées, aux côtés<br />

d’Anselm Kiefer, Damien Hirst, Helen Frankenthaler,<br />

Ed Ruscha ou Donald Judd, en<br />

plus de Picasso, Warhol et De Kooning. Il<br />

réfléchit un instant : « [Le conservateur du<br />

MoMA] Kirk Varnedoe a dit un jour que Cy<br />

Twombly défiait Jackson Pollock avec un<br />

crayon. Ce que j’aime dans son art, c’est sa<br />

confiance, sa force, sa fraîcheur. Il n’y avait<br />

pas de Twombly avant Twombly. » Confiance,<br />

force, innovation, ces qualités ont bien<br />

évidemment attiré celui qui a œuvré à la<br />

transformation du monde de l’art depuis les<br />

années Reagan. L’élite mondiale a accumulé<br />

une incroyable fortune au cours des dernières<br />

décennies et Gagosian s’est trouvé là au<br />

bon moment, à miser sur l’art contemporain<br />

et à révolutionner la profession. Avant lui,<br />

ce négoce sentait la naphtaline et ses initiés<br />

se conformaient aux pratiques anciennes<br />

de l’argent, quelle que soit la manière dont<br />

ils avaient débuté dans le métier. Gagosian,<br />

quant à lui, a débuté en vendant des posters<br />

dans les rues de Los Angeles…<br />

"La combinaison entre instinct commercial<br />

et œil pour les images puissantes est ici<br />

exceptionnelle. Larry aime l'argent autant<br />

que l'art."<br />

JENNY SAVILLE<br />

AGRESSIVITÉ<br />

On lui signale en passant que les gens ont<br />

tendance à le qualifier d’‘‘agressif ’’. Boutade<br />

du monde de l’art ou blague de mauvais<br />

goût, il aurait ainsi vendu certains tableaux<br />

avant même que leurs propriétaires n’aient<br />

su qu’ils étaient à vendre. « Ce mot a des<br />

connotations plutôt déplaisantes », préciset-il.<br />

« Si vous n’êtes pas agressif en affaires,<br />

vous n’irez pas très loin. Je ne peux fonctionner<br />

que de cette façon. Être agressif ne<br />

signifie pas agir en monstre. Cela veut dire<br />

être opportuniste, se tourner vers l’avenir.<br />

C’est mon interprétation du mot agressif. »<br />

Et les simulacres de gentillesse qui caractérisaient<br />

autrefois les affaires ? « J’ai éliminé<br />

tout ça », dit-il en éclatant de rire. Nul ne<br />

suggère que Gagosian soit vulgaire ou ne<br />

doute de l’acuité de son regard. « Il a la plus<br />

incroyable mémoire visuelle que j’aie jamais<br />

rencontrée », déclare ainsi Nicholas Serota,<br />

directeur de la Tate pendant 29 ans. « Il<br />

est capable de dire quel tableau se trouvait<br />

dans quelle maison 30 ans après l’avoir vu. »<br />

Ce n’est pas seulement une question de<br />

mémoire, mais de reconnaissance. L’artiste<br />

britannique Jenny Saville, qui expose chez<br />

Gagosian, souligne qu’en plus de son flair<br />

pour le marché, il s’est forgé des goûts bien<br />

à lui : « Il aime les grandes formes structurelles.<br />

Il a l’œil pour une image très ancrée,<br />

à la forme prégnante. Il aime les œuvres<br />

ambitieuses. » La fusion de cet œil avec des<br />

instincts commerciaux le ‘‘démarque’’ »,<br />

ajoute-t-elle. « Son désir est identique, qu’il<br />

s’agisse d’argent ou d’art. »<br />

RICHESSE VISUELLE<br />

Originaire de Los Angeles, Larry Gagosian<br />

n’avait aucune inclination précoce pour<br />

cette profession. Issue d’un milieu modeste,<br />

sa famille ne possédait aucun tableau. Il n’a<br />

pas étudié l’art à l’Université de Californie<br />

(UCLA), mais s’y est spécialisé en anglais<br />

et faisait partie de l’équipe de natation.<br />

Il a ensuite décroché un premier emploi<br />

47


"Les gens n'en ont<br />

que pour les NFTs.<br />

Je ne suis pas expert<br />

en la matière, mais<br />

j'y prête attention."<br />

LARRY GAGOSIAN<br />

administratif dans l’agence artistique William<br />

Morris où il fut le secrétaire du magnat<br />

d’Hollywood Michael Ovitz. Après son<br />

licenciement, il trouve un emploi de voiturier,<br />

puis vend des posters dans la rue. Mais,<br />

sa force est d’avoir toujours été très visuel.<br />

« Avec le recul, je peux dire que le déclic<br />

[s’est produit] un jour que j’étais en colonie<br />

de vacances », raconte-t-il. « Un des gamins<br />

– j’avais neuf ou dix ans, je ne sais plus<br />

– a sorti ses fringues d’un sac de toile ; j’ai regardé<br />

son pantalon et l’ai trouvé beau et attrayant.<br />

Je n’avais pas de vêtements comme<br />

ça. Je me suis donc mis à regarder les choses<br />

d’un point de vue esthétique. Ce n’est pas<br />

ce qui m’a incité à devenir marchand d’art,<br />

mais je suis quelqu’un de très visuel, qu’il<br />

s’agisse d’une jolie femme ou d’un beau tableau.<br />

J’aime l’apparence des choses. » Larry<br />

Gagosian était aux premières loges lorsque<br />

la richesse extrême s’est mis à exploser. Ses<br />

riches clients sont-ils différents aujourd’hui<br />

de ce qu’ils étaient dans les années 1990 ?<br />

« C’est une question de zéros en plus, mais il<br />

y a riche et riche. » Alors que cette nouvelle<br />

richesse a élargi et approfondi le marché,<br />

elle l’a aussi considérablement compliqué.<br />

« Quand vous offrez disons 200 millions ou<br />

300 millions de dollars, peu importe le chiffre<br />

– nous parlons ici de sommes astronomiques<br />

– à des personnes qui possèdent des<br />

chefs-d’œuvre, ils vous répondent : ‘‘Je n’ai<br />

pas vraiment besoin de cet argent’’. On a du<br />

mal à le croire. À mon avis, lorsqu’ils vendent<br />

ce genre d’œuvres, ils se sentent plus<br />

pauvres, pas plus riches. C’est donc difficile<br />

pour eux. Les œuvres deviennent disponibles<br />

après un décès, un divorce compliqué,<br />

une faillite. Sinon, les gens se disent : ‘‘Je me<br />

fiche de votre offre. Je préfère l’art à l’argent’’.<br />

Et Dieu merci, il y en a encore qui réagissent<br />

de cette façon. »<br />

UN SYSTÈME GAGOSIAN<br />

Larry Gagosian peut se targuer de deux<br />

innovations dans la manière de vendre<br />

l’art contemporain. Il a d’abord renoncé au<br />

modèle existant d’exposition, de petite ou<br />

moyenne taille, de la plupart des œuvres<br />

récentes d’un artiste vivant. Il a acquis<br />

d’immenses espaces de galerie, idéalement<br />

situés, qui lui ont permis d’organiser des<br />

expositions ambitieuses, muséales, incluant<br />

plusieurs artistes ou mettant en exergue<br />

des aspects négligés de l’œuvre d’un artiste<br />

mort, en empruntant la plupart des œuvres<br />

à des musées ou collectionneurs et en les<br />

intégrant à celles qui étaient à vendre. Les<br />

œuvres produites et les publications y afférentes<br />

représentent le dessus du panier.<br />

« D’autres ont pu s’interroger : ‘‘Cela va-t-il<br />

déranger les musées ?’’ Mais comme Larry<br />

ne savait pas s’il avait raison ou tort, il l’a<br />

simplement fait », explique Jenny Saville. « Il<br />

a organisé plusieurs expositions là où il n’y<br />

avait auparavant aucun marché [pour ces<br />

œuvres]. La dernière période de Picasso ou<br />

de De Kooning… Larry a pris le taureau par<br />

les cornes, organisé une exposition et les<br />

œuvres furent automatiquement réévaluées.<br />

» Il fut aussi le premier grand galeriste<br />

à s’ouvrir à la mondialisation, à créer une<br />

marque visible dans le monde entier. Il y a<br />

quelques mois, Larry Gagosian s’est offert<br />

deux nouveaux espaces, portant le total<br />

de ses galeries à dix-neuf (six à New York,<br />

trois à Londres, trois à Paris, trois en Suisse,<br />

le reste à Rome, Athènes, Hong Kong et<br />

Beverly Hills). Il représente désormais près<br />

de cent artistes. Ses concurrents ont suivi.<br />

Il n’est pas exagéré de dire que le monde<br />

des galeries se compose aujourd’hui d’une<br />

poignée de marchands globalisés, aux revenus<br />

s’exprimant en centaines de millions,<br />

Gagosian, Hauser & Wirth, Zwirner, tous à<br />

une distance significative les uns des autres.<br />

Gagosian a compris qu’il « faut être une multinationale<br />

à la base locale solide », précise<br />

Max Hollein, directeur du Metropolitan<br />

Museum of Art de New York. Cette portée<br />

internationale est « clairement positive »,<br />

ajoute-t-il, surtout pour les artistes. « C’est<br />

Gagosian qui a créé ce modèle… Ce n’est pas<br />

un système parfait, mais il a changé tout un<br />

mode de fonctionnement. »<br />

ET L’ART DANS TOUT ÇA ?<br />

Le système Gagosian a-t-il profité aux<br />

artistes et amateurs d’art ? Jenny Saville et<br />

Nicholas Serota lui reconnaissent la création<br />

d’espaces qui inspirent aux artistes la<br />

réalisation d’œuvres ambitieuses. D’autres<br />

se montrent plus circonspects. Un célèbre<br />

professionnel, qui place Gagosian et sa<br />

qualité opérationnelle « au-dessus de tous<br />

les autres », constate que ce modèle de<br />

méga-galerie rend l’ouverture d’une galerie<br />

plus petite économiquement futile. « Par le<br />

passé, on ouvrait une galerie avec un groupe<br />

de jeunes artistes, les artistes évoluaient en<br />

même temps que la galerie… Aujourd’hui,<br />

lorsqu’un artiste obtient 1 million de dollars<br />

pour une œuvre, voire simplement 100.000<br />

ou 200.000 dollars, une des grandes galeries<br />

l’approche en lui susurrant à l’oreille : ‘‘Nous<br />

avons des hôtels, nous avons des jets privés,<br />

rejoignez-nous’’. Et l’artiste s’en va. Pourquoi<br />

dès lors faire de l’ouverture d’une galerie un<br />

plan de carrière ? À quoi bon ? Dès que vous<br />

devenez rentable, vous êtes en passe de<br />

redevenir non rentable. » D’autres considèrent<br />

ce système de grandes galeries comme<br />

autant de caisses de résonnance pour des<br />

artistes au talent discutable, pour répondre<br />

à une demande insatiable en œuvres<br />

coûteuses. Le critique Jerry Saltz s’est ainsi<br />

exprimé à ce sujet : « Il se passe quelques<br />

choses avec ceux qui signent avec les mégagaleries.<br />

Trop souvent, les artistes sont<br />

acceptés en milieu de carrière et, comme les<br />

types de 34 ans qui s’engageaient auprès des<br />

Yankees, ils sont bons pour le rebut. Chaque<br />

exposition d’un artiste vivant organisée par<br />

ces mastodontes est comme une rétrospective<br />

de carrière, un quasi-couronnement,<br />

toutes les œuvres étant souvent déjà vendues<br />

ou réservées. Il n’y a pas de place pour<br />

questionner les véritables mérites de ces<br />

œuvres. Beaucoup de ces expositions sont<br />

deux fois trop grandes, pleines de menu<br />

fretin. L’artiste y est devenu une marque et<br />

cette marque a remplacé l’Art. » Les artistes<br />

le plus souvent associés à ces ‘‘rebuts’’ commerciaux<br />

sont Jeff Koons et Damien Hirst,<br />

même s’ils ne sont pas les seuls. Mais, les affaires<br />

sont les affaires, et il est incontestable<br />

que Gagosian et ses homologues organisent<br />

également des expositions de grande valeur.<br />

LE POUVOIR DU DIGITAL<br />

Larry Gagosian lui-même nous avoue que le<br />

plus grand changement depuis ses débuts<br />

fut la transmission instantanée d’images via<br />

internet. Ce fut bon pour les affaires : « Cela<br />

a créé un dynamisme, une vélocité et multiplié<br />

les transactions. » En même temps,<br />

Internet « offre parfois une durée de vie bien<br />

moins longue aux choses. Parce qu’il y a<br />

une saturation d’images ou une saturation<br />

d’artistes. Il me semble que l’on assiste à un<br />

épuisement plus rapide des images et des<br />

48


"J'envisage de créer<br />

une entreprise<br />

durable, qui puisse<br />

continuer d'exister<br />

après moi, sans moi."<br />

LARRY GAGOSIAN<br />

se trouvent aujourd’hui dans des grands<br />

musées. C’était l’artiste le plus important au<br />

monde et il s’est dit : ‘‘C’est New York, mec !<br />

Ça va être la merde ! Tu vas devoir faire<br />

mieux !’’ Cela montre le changement actuel.<br />

Vous débarquez chez un artiste dont les œuvres<br />

ne sont peut-être pas bonnes et vous<br />

dites : ‘‘Oh, j’adore ce que vous faites.’’ »<br />

Jennifer Lawrence, oeuvre pour la couverture du magazine Vogue, septembre 2017. © de l'artiste<br />

artistes. » Le marchand se montre nettement<br />

moins enthousiaste vis à vis des NFTs,<br />

ces images reproductibles transformées en<br />

œuvres art : « Les gens n’en ont que pour les<br />

NFTs. Je ne suis pas un expert en la matière,<br />

mais j’y prête attention. » Il regrette l’époque<br />

où le monde de l’art était moins bureaucratique,<br />

laissait le champ libre à l’improvisation<br />

entrepreneuriale. « Pendant au moins 30<br />

ans, je me suis occupé de Cy Twombly, et il<br />

ne s’agissait pas que de dire ‘‘tope-là’’ dans<br />

sa main. De nombreux artistes fonctionnent<br />

encore comme ça, mais l’argent a pris<br />

une ampleur considérable. On a parfois<br />

l’impression de s’embourber dans des contrats.<br />

Lors de ma première exposition avec<br />

Twombly, j’étais impatient de travailler avec<br />

lui. Je lui ai dit : ‘‘Cy, je dois te poser une question<br />

: accorderions-nous une remise à un<br />

important collectionneur ou à un musée ?’’<br />

Sa réponse fut mémorable : ‘‘10 %, 20 %,<br />

30 % – vas-y, vends, Larry.’’ Ce fut dit sur un<br />

ton facétieux, comme pour me signifier :<br />

‘‘Je m’occupe de l’art, à toi de fixer les prix et<br />

de vendre’’. » Le marchand donne-t-il des<br />

conseils à ses artistes ? « Il est plus facile de<br />

faire l’éloge d’un artiste que de critiquer son<br />

travail récent, ce qui donne parfois lieu à des<br />

conversations embarrassantes. Mais c’est<br />

difficile désormais. Je pense que ce genre<br />

de conversation était plus facile autrefois,<br />

parce que les artistes importants ont aujourd’hui<br />

beaucoup de pouvoir. J’ai vu des<br />

marchands considérer l’œuvre d’un artiste<br />

de façon mitigée. Résultat, l’artiste a changé<br />

illico de galerie. Ce changement n’est pas<br />

toujours une bonne chose ». Et d’évoquer<br />

Paul Rosenberg, le marchand de Picasso qui<br />

organisa la première exposition de l’artiste<br />

à New York, au début du XXe siècle. Pour ce<br />

faire, Picasso lui avait envoyé des tableaux<br />

récents. « Rosenberg lui adressa ce message :<br />

‘‘Pablo, désolé, tes tableaux ne sont pas assez<br />

bons.’’ Un marchand rejetant une exposition<br />

de Picasso, on n’avait jamais vu ça ! Or,<br />

qu’a fait Picasso ? Il n’a pas dit : ‘‘Va te faire<br />

foutre, Paul.’’ Il a peint une nouvelle série<br />

pour l’exposition. Presque toutes ces œuvres<br />

UNE ENSEIGNE DU FUTUR<br />

Si les goûts personnels de Gagosian ne sont<br />

pas forcément emblématiques, la portée de<br />

sa galerie n’en est pas moins multiple. Des<br />

œuvres sociales, une exposition de grande<br />

envergure incluant douze artistes noirs présentés<br />

dans un de ses espaces new-yorkais<br />

en constitue l’illustration parfaite. Antwaun<br />

Sargent, jeune commissaire de 33 ans,<br />

précise : « L’exposition était risquée, avec<br />

des artistes essentiellement jeunes, dont la<br />

plupart n’avaient pas encore exposé chez<br />

nous, ni ailleurs. » L’enseigne se tourne donc<br />

résolument vers l’avenir. La fébrilité de son<br />

dirigeant a sa raison d’être. Car, une galerie<br />

qui n’évolue pas, dixit Gagosian, ne survivra<br />

pas à son fondateur et unique investisseur.<br />

« J’envisage de créer une entreprise durable<br />

qui continue d’exister après moi, sans moi »,<br />

souligne-t-il. Ces dernières années, il a engagé<br />

des personnes dynamiques et compétentes<br />

en leadership comme Laura Paulson,<br />

ancienne responsable de l’art de XXe siècle<br />

chez Christie’s et qui dirige maintenant<br />

Gagosian Art Advisory, de même que son<br />

mari, président directeur général d’Andrew<br />

Fabricant. Mais Gagosian préfère ne pas entrer<br />

dans les détails du futur développement<br />

de l’entreprise : « J’ai des projets. Je ne suis<br />

pas cachottier, mais je n’aime tout simplement<br />

parler des choses tant qu’elles ne sont<br />

pas finalisées. En affaires, la confidentialité<br />

est importante. »<br />

* © Courtesy The Financial Times, Londres, février <strong>2022</strong><br />

SURFER<br />

www.gagosian.com<br />

49


Barbara Kruger<br />

En quelques mots...<br />

C’est à coup de slogans et de<br />

punchlines concis et percutants,<br />

en blanc sur fond rouge, parfois<br />

combinés à des photographies,<br />

que Barbara Kruger s’empare<br />

du monde, le questionne et le<br />

remet en cause. Un art militant,<br />

incontournable et actuel, qui<br />

depuis les années 1980 n’a de<br />

cesse d’interpeller la culture et la<br />

jeunesse.<br />

TEXTE : GWENAËLLE DE SPA<br />

Associée au mouvement conceptuel,<br />

la designer et artiste américaine<br />

Barbara Kruger (1945)<br />

travaille les mots. Ses phrases<br />

provocantes peuplent les musées, les<br />

galeries et les rues pour secouer le système<br />

en place et la société. Féminisme, consumérisme,<br />

luttes raciales ou désir sont des<br />

thématiques dans lesquelles l’artiste puise<br />

inlassablement pour attirer l’attention<br />

du citoyen-consommateur-spectateur.<br />

Son travail a pour intention d’ébranler les<br />

stéréotypes d'une société construite sur la<br />

consommation de masse et de contester<br />

les systèmes de pouvoir et de représentation.<br />

Tout comme Andy Warhol, et forte<br />

de son expérience en tant que graphiste,<br />

Barbara Kruger utilise les images de la publicité,<br />

du cinéma et de la télévision pour<br />

porter ses messages. Ces tableaux-photos<br />

en noir et blanc cernent leur sujet en plan<br />

rapproché pour en accenter la puissance<br />

et sortir ces images de leur contexte. À<br />

cette iconographie décontextualisée se<br />

superposent des messages forts qui, au<br />

contact de l’image, ont un effet déconcertant.<br />

L’ensemble est alors indifféremment<br />

fixé sur des panneaux d’affichage, des<br />

tee-shirts ou des sacs de courses. À la suite<br />

de ces premières expérimentations qui<br />

la rendent célèbre, la plasticienne prend<br />

conscience que l’impact de son travail<br />

réside surtout dans ses slogans et, plus<br />

encore, lorsque ceux-ci sont placés dans<br />

des lieux inattendus, telle cette œuvre<br />

Sans Titre, peinte à la main sur la façade<br />

d’un bâtiment de cinq étages le long de la<br />

High Line de New York, face à des gradins<br />

conçus pour le repos des promeneurs.<br />

Ces quelques<br />

mots placardés en<br />

lettres capitales<br />

introduisent le<br />

doute dans l’esprit<br />

du spectateur.<br />

L’EXPRESSIVITÉ DU MUR AVEUGLE<br />

L’idéalisme aveugle est réactionnaire<br />

effrayant mortel (blind idealism is reactionary<br />

scary deadly) peut-on y lire en lettres<br />

majuscules blanches. Sur ce mur aveugle,<br />

jouxtant l’ancienne voie ferrée aérienne du<br />

Lower West Side, on s’attend d’avantage à<br />

voir placardée l’image publiciataire d’une<br />

jeune femme vantant les mérites d’un<br />

luxueux sac que l’adaptation d’une citation<br />

du philosophe afro-caribéen Frantz Fanon<br />

(1925-1961). La déclaration originale de<br />

ce penseur révolutionnaire postcolonial,<br />

« L’idéalisme aveugle est réactionnaire »,<br />

suggère que les convictions politiques ou<br />

religieuses découlent des situations dont<br />

elles sont issues, et non de la nature profonde<br />

des êtres humains. Or, la reprise de ce<br />

propos engagé dont Barbara Kruger choisit<br />

de barrer les deux avant-derniers mots fait<br />

pencher la signification de la phrase en<br />

faveur d’une lecture que l’on peut qualifier<br />

de plus hésitante, d’anxieuse même. L’interprétation<br />

de la plasticienne reflète, selon<br />

elle, « comment nous sommes les uns pour<br />

50


Sans Titre (Blind idealism is ...), 2016, peinture murale, High Line, New York. © de l’artiste / Courtesy The Friends of the High Line / Sprüth Magers / photo : Timothy<br />

Schenck<br />

Dans son travail, Kruger souhaite saper les<br />

stéréotypes de la société de consommation et<br />

remettre en question les structures de pouvoir.<br />

les autres au sein des jours et des nuits qui<br />

nous construisent ». Cette formule questionne<br />

la situation politique de son pays en<br />

2016, lorsque Donald Trump parvient au<br />

pouvoir, mais qui résonne encore au regard<br />

du climat politique actuel. Dépouillées de<br />

leurs images et présentées dans des lieux<br />

publics, les récentes œuvres de Barbara<br />

Kruger sont toujours plus radicales. Il s’agit<br />

pour elle de partager son point de vue sur<br />

l’actualité mais aussi d’attiser l’imaginaire<br />

et les émotions du spectateur. L’œuvre qui<br />

nous occupe ainsi que les créations in situ<br />

qui pourront être découvertes à l’occasion<br />

de son exposition à Berlin, proposent<br />

une expérience intense. Quelques mots<br />

placardés en lettres capitales introduisent<br />

le doute dans l’esprit du spectateur et ont<br />

pour objectif de lutter contre les certitudes<br />

et comportements établis de celles et ceux<br />

qui les découvrent.<br />

VISITER<br />

Barbara Kruger<br />

Neue Nationalgalerie – Kulturforum<br />

Berlin<br />

www.smb.museum<br />

du 29-04 au 28-08<br />

51


Satyre au repos, ca. 80 ap. J.-C., marbre de Thasos, Rome, Italie. Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. © Musée du<br />

Louvre / Dist. RMN-Grand Palais / photo : Daniel Lebee – Carine Deambrosis<br />

52


Rome, les vestiges<br />

de l’Empire<br />

Les antiquités romaines gardent<br />

toujours une place à part dans<br />

l’imaginaire occidental. Symbole<br />

du classicisme et affirmation de<br />

la puissance d’un Empire aux<br />

dimensions gigantesques, les<br />

objets et œuvres d’art attachés à<br />

cette civilisation demeurent une<br />

valeur sûre du marché, à l’abri de la<br />

spéculation.<br />

TEXTE : GILLES BECHET<br />

La fascination pour les pièces de<br />

l’Antiquité romaine a contribué à la<br />

naissance de la Society of Antiquaries<br />

de Londres, en 1718. Elle<br />

précéda de quelques dizaines d’années<br />

celle des Dilettanti, société savante qui<br />

rassemblait de jeunes hommes bien nés<br />

souhaitant étudier l’Antiquité à partir<br />

des objets plutôt que des textes. C’était<br />

aussi l’époque du Grand Tour par lequel<br />

les lords parachevaient leur éducation<br />

classique. De cet incontournable voyage<br />

à Rome, ils ramenaient divers objets en<br />

bronze, marbre, pierre ou verre pour en orner<br />

leurs country houses, et parfois acquis<br />

auprès de marchands anglais établis sur<br />

place. Ces premières collections privées en<br />

Grande-Bretagne, dont les pièces majeures<br />

battent toujours des records en salle de<br />

vente, expliquent pourquoi Londres est<br />

toujours une des places les plus actives sur<br />

le marché des antiquités romaines.<br />

FRAGMENT D’HISTOIRE<br />

Si l’on tient compte de la longévité d’une<br />

civilisation qui a prospéré pendant près<br />

de sept siècles du Northumberland au Détroit<br />

de Gibraltar, de la Galice à l’embouchure<br />

du Rhin et du Danube, et a exercé<br />

son influence jusqu’aux confins du Levant,<br />

le nombre d’objets et d’artefacts liés à la<br />

civilisation romaine est énorme, avec une<br />

qualité forcément très variable. « C’est<br />

un marché très stable à l’abri des spéculations<br />

», analyse maître Alexandre Giquello,<br />

commissaire-priseur et président<br />

du conseil d’administration de Drouot<br />

Patrimoine. « Les pièces exceptionnelles<br />

engendrent des prix exceptionnels tandis<br />

que les pièces moyennes demeurent très<br />

abordables. » Présente au Sablon depuis<br />

trente-cinq ans avec sa Galerie Archeo,<br />

Nelly Drees confirme cette tendance :<br />

« Les pièces de qualité ont toujours été<br />

difficiles à trouver et il a toujours fallu<br />

payer le prix pour les avoir, même à mes<br />

débuts. Le prix des pièces plus moyennes<br />

n’a pratiquement pas augmenté, à peine<br />

de 5 à 10 %. » Rome fascine toujours plus,<br />

il suffit de se rappeler le succès d’Astérix,<br />

partout en Europe, celui d’un jeu vidéo<br />

comme Rome : Total War ou les séries télévisées<br />

qui n’en finissent pas de revisiter le<br />

« Dans les grandes<br />

familles, vous<br />

trouverez toujours<br />

dans une vitrine<br />

quelques objets<br />

romains qui sont<br />

là depuis plusieurs<br />

générations. »<br />

NELLY DREES<br />

53


«L'origine et la qualité<br />

du matériau font la<br />

différence. Une pièce<br />

de marbre blanc est<br />

plus désirable qu'un<br />

morceau de calcaire<br />

ou de basalte.»<br />

DANIEL LEBEURRIER<br />

Buste à demi-nu représentant l’empereur Lucius Verus (130-169), Rome, période antonine, ca. 130-192 ap.<br />

J.-C., H. 72 cm. Binoche et Giquello, Paris, 09-02-2021 © Binoche Giquello / Drouot - 169.000 €<br />

genre du péplum. La collection d’antiquités<br />

romaines, moins prisée que celle des<br />

antiquités égyptiennes, et moins recherchée<br />

que les antiquités grecques constitue<br />

pourtant la mère des collections antiques.<br />

Elle séduit des connaisseurs attachés à<br />

l’histoire et peut faire remonter l’écume<br />

des études gréco-latines. « Dans les<br />

grandes familles, vous trouverez souvent<br />

dans une vitrine quelques objets romains<br />

qui sont là depuis plusieurs générations »,<br />

précise Nelly Drees. Il est indéniable que,<br />

au-delà de leur valeur archéologique, une<br />

statue d’Aphrodite ou un buste d’empereur<br />

ont aussi un effet décoratif. C’est<br />

un fragment d’histoire qui se mêle à des<br />

objets et pièces de mobilier classiques ou<br />

contemporains.<br />

LES BEAUX MARBRES<br />

Si les acheteurs se répartissent principalement<br />

en France, <strong>Belgique</strong>, Allemagne,<br />

Royaume-Uni et Europe centrale, les<br />

ventes en ligne des grands auctioneers<br />

attirent des acheteurs asiatiques. « Les<br />

antiquités romaines sont recherchées tant<br />

par des collectionneurs que par des décorateurs.<br />

Des pièces plus importantes, avec<br />

un caractère décoratif plus marqué, sont<br />

souvent vendues à des collectionneurs par<br />

l’intermédiaire d’un agent ou d’un décorateur.<br />

Les plus petits objets sont acquis<br />

directement par des collectionneurs ou<br />

amateurs. Mais les grandes pièces spectaculaires<br />

sont chères et rares », précise<br />

Allan Anawati du site de vente en ligne<br />

canadien Medusa-Art. Sans surprise,<br />

les pièces les plus recherchées sont les<br />

beaux marbres. La sculpture romaine se<br />

caractérise notamment par la finesse et le<br />

réalisme de ses portraits. L’art du portrait<br />

contribuait à l’élaboration d’un langage<br />

commun aux élites de l’Empire. Rome<br />

a popularisé le format du buste auquel<br />

étaient attachées des fonctions spécifiques,<br />

qu’elles soient honorifiques, funéraires<br />

ou cultuelles. « Il n’y a pas de ‘‘style<br />

romain’’, c’est la provenance et la qualité<br />

du matériau qui feront la différence. Un<br />

marbre blanc est plus recherché qu’une<br />

pièce en calcaire ou en basalte », note Daniel<br />

Lebeurrier de la Galerie Gilgamesch à<br />

Paris. Le 6 juillet dernier, un torse d’Hercule<br />

en marbre du IIe siècle avant notre ère<br />

était vendu 97.325 euros à un acheteur de<br />

54


Hong Kong. Dans la même vente, une Vénus<br />

en bronze était adjugée 20.660 euros.<br />

Le 7 décembre, un marbre d’Aphrodite du<br />

IIe siècle de notre ère, estimé entre deux et<br />

trois millions de livres sterling était adjugé<br />

18.582.000 livres (22.289.480 euros) chez<br />

Sotheby’s, à Londres. La statue, demeurée<br />

en Ecosse dans la famille du duc de Hamilton<br />

pendant 144 ans, était acquise, elle<br />

aussi, par un collectionneur asiatique.<br />

DE <strong>COLLECT</strong>ION EN <strong>COLLECT</strong>ION<br />

Dans l’intimité de sa petite galerie du<br />

Sablon, Nelly Drees mêle antiquités<br />

grecques, égyptiennes et romaines. On y<br />

voit quelques petites têtes en marbre, une<br />

statue d’Esculape, mais l’antiquaire tient<br />

à attirer l'attention sur une belle lampe à<br />

huile en bronze, en forme de pied, du IIe<br />

ou IIIe siècle. Proposée à 7.000 euros, elle<br />

ne devrait pas tarder à trouver preneur :<br />

« Les lampes à huile sont assez recherchées<br />

en ce moment. Les gens aiment en<br />

disposer trois ou quatre dans une vitrine. »<br />

Elle pointe aussi deux sesterces de Marc-<br />

Aurèle en excellent état, proposées à 950<br />

euros. Ce genre d’objet excite l’imagination<br />

lorsqu’on se met à penser à ce que, il y a un<br />

peu moins de deux millénaires, cette mon-<br />

Balsamaire à tête de femme représentant Turan,<br />

Atelier Etrusque, IVe siècle av. J.-C., bronze. Binoche<br />

et Giquello, Paris, 26-02-2021. © Binoche et Giquello /<br />

Drouot - 16.250 €<br />

Marcellus, ca. 20 av. J.-C., marbre. Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques,<br />

étrusques et romaines. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / photo : Hervé Lewandowski<br />

55


L’art du portrait<br />

contribue à<br />

l’élaboration<br />

d’un langage<br />

commun aux élites<br />

de l’Empire.<br />

naie permettait d’acheter. Comme souvent<br />

pour les antiquités, les pièces sortiespassé<br />

circulent de collection en collection.<br />

Nelly Drees : « D’anciens collectionneurs<br />

viennent me proposer des pièces qui n’intéressent<br />

plus leurs enfants plutôt attirés<br />

par l’art contemporain. Sinon, on achète<br />

beaucoup en salle de vente ou chez de<br />

jeunes confrères qui se trompent parfois<br />

sur la valeur d’une pièce. ».<br />

UN POISON QUI SAPE<br />

En 2020, les brigades de Carabinieri chargées<br />

de la protection du patrimoine culturel<br />

italien mettaient à jour dans la région<br />

de Pompeï et d’Herculanum 24 chantiers<br />

de fouilles clandestins, arrêtaient 68<br />

tombaroli, ou pilleurs de tombes, et récupéraient<br />

près de 17.503 objets archéologiques<br />

sortis illégalement de terre. Depuis<br />

quelques années, les autorités italiennes<br />

ont redoublé d’efforts pour assurer la protection<br />

de leur héritage culturel, sommant<br />

le musée Getty de Los Angeles de rétrocéder<br />

des fresques illégalement sorties de<br />

Pompeï, ou le Metropolitan de New York<br />

de rendre statues et vases sortis en fraude<br />

de la péninsule. En avril 2021, deux carabiniers<br />

en mission à Bruxelles repéraient<br />

dans la vitrine d’un antiquaire du Sablon<br />

une statue présumée volée à Rome en<br />

2011. Pour sa défense, le galeriste argua<br />

que la pièce avait été acquise en toute<br />

bonne foi dans une salle de vente réputée<br />

de Londres. « Bien sûr, je n’ai pas de problème<br />

à restituer un objet volé. Dans le cas<br />

qui nous occupe, on n’a pas présenté de<br />

preuves que l’objet a été volé. En <strong>Belgique</strong>,<br />

on ne sait plus ce qu’on a le droit d’acheter.<br />

L’Italie applique ses lois sur tout le territoire<br />

de l’Union européenne. On est dans<br />

le flou juridique le plus complet. Du coup,<br />

je n’achète et je ne vends plus d’antiquités<br />

romaines pour le moment et j’envisage de<br />

m’installer en France. » Le trafic d’anti-<br />

Casque de gladiateur, Rome ?, bronze. Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités grecques,<br />

étrusques et romaines. © Musée du Louvre, dist. RMN – Grand Palais / photo : Thierry Ollivier<br />

Flacon, Famars, Nord ?, 100-200 ap. J.-C. Paris, Musée<br />

du Louvre, département des Antiquités grecques,<br />

étrusques et romaines. © RMN-Grand Palais (musée<br />

du Louvre) / photo : Hervé Lewandowski<br />

56


« C’est un marché<br />

très stable, à l’abri<br />

des spéculations.<br />

Les pièces<br />

exceptionnelles<br />

ont des prix<br />

exceptionnels et<br />

les pièces moyennes<br />

restent très<br />

abordables. »<br />

ALEXANDRE GIQUELLO<br />

Tête d’Auguste portant la couronne de chêne, début du Ier siècle ap. J.-C. Ancienne collection Campana.<br />

Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. © RMN-Grand Palais<br />

(musée du Louvre)<br />

quités est un poison qui sape l’image des<br />

professionnels, même s’il demeure très<br />

minoritaire. « C’est une grande angoisse<br />

pour les commissaires-priseurs. On peut<br />

se retrouver face à de faux certificats<br />

d’origine souillés et laissés dehors pour les<br />

vieillir artificiellement », pointe Maître Giquello.<br />

Le vrai problème pour les salles de<br />

vente sont plutôt les objets restés depuis<br />

plusieurs générations dans des collections<br />

familiales et pour lesquels il n’y a pas de<br />

documents d’authenticité. « Il ne se passe<br />

pas une semaine sans qu’on reçoive trois<br />

ou quatre pièces de ce type à Drouot. Si<br />

on me présente un objet sans provenance,<br />

je ne le prends pas. Par contre, quand<br />

ils apparaissent dans une succession, je<br />

demande à la famille de me faire une déclaration<br />

sur l’honneur. Il y a aujourd’hui<br />

une tendance insidieuse à inverser la présomption<br />

d'innocence. C’est au collectionneur<br />

ou au marchand d’apporter la preuve<br />

que l’objet a été acquis légalement et non<br />

plus aux autorités à prouver qu’il a été volé<br />

ou pillé. » Si la convention de l’UNESCO<br />

de 1970 semblait avoir tracé les lignes de<br />

conduite sur le marché des antiquités,<br />

celui-ci n’est pas à l’abri du changement de<br />

regard qu’on porte sur l’Histoire, sur son<br />

passé, mais aussi sur son présent. Les collections<br />

d’antiquités romaines du Louvre<br />

comptent parmi les plus importantes<br />

hors d’Italie. A l’occasion de la fermeture<br />

temporaire des salles parisiennes, près<br />

de 300 chefs-d’œuvre sont exposés à Lens<br />

afin de raconter les grandes inflexions qui<br />

ont façonné Rome, contribué à sa grandeur<br />

et à la fascination qu’elle continue<br />

de susciter, de sa fondation légendaire en<br />

753 avant notre ère jusqu’à la chute de<br />

l’empire en 476.<br />

VISITER<br />

Rome, la cité et l’Empire<br />

Louvre-Lens<br />

www.louvrelens.fr<br />

du 06-04 au 25-07<br />

57


Il y a 150 ans,<br />

naissait Mondrian…<br />

Regarder, mesurer, danser, sentir<br />

Composition aux lignes jaunes, 1933, huile sur toile, 80,2 x 79,9 cm. La Haye, Kunstmuseum.<br />

L’immense collection de tableaux<br />

et dessins de Piet Mondrian que<br />

possède le Kunstmuseum de La<br />

Haye influence son fonctionnement<br />

de, comme en témoigne<br />

l’exposition Autour de Mondrian.<br />

TEXTE : BERNADETTE VAN DER GOES<br />

La conservatrice Caro Verbeek,<br />

responsable de Mondrian et du<br />

mouvement De Stijl au Kunstmuseum<br />

de La Haye, ne cache pas sa<br />

joie face au tableau Composition en losange<br />

avec lignes grises. Pour l’occasion, elle fait<br />

jouer un morceau de ragtime, précurseur<br />

du jazz dont Mondrian raffolait à l’époque<br />

où, en 1918, naquit cette toile en forme<br />

de losange : « La musique était à quatre<br />

temps. On retrouve ce rythme dans le<br />

tableau. Les quatre côtés du losange se<br />

composent de huit blocs auxquels celui-ci<br />

s’applique. Mondrian peignit deux diagonales<br />

dans chaque bloc. Là encore, avec le<br />

pied, on peut battre une mesure à quatre<br />

temps. » Ce n’est pas le seul tableau de<br />

Mondrian où la musique est présente. À<br />

côté du losange se trouve Composition avec<br />

grille 9, échiquier aux couleurs vives, réalisé<br />

un an plus tard. Un rectangle composé<br />

de seize blocs sur seize. Soit quatre fois le<br />

58


« En utilisant plusieurs<br />

sens, on ressent mieux<br />

ce que le peintre a<br />

voulu dire. »<br />

rythme à quatre temps. À première vue, il<br />

s’agit d’un tableau monotone, tant qu’on n’a<br />

pas découvert, en battant la mesure, que<br />

ses blocs de couleur possèdent leur propre<br />

rythme, par deux, par groupe ou séparément.<br />

Il n’y a donc là rien de laborieux,<br />

plutôt un bon swing !<br />

DES ORGANES SENSORIELS<br />

MIS À CONTRIBUTION<br />

Caro Verbeek s’est fixée pour mission de<br />

mieux faire comprendre l’œuvre de Piet<br />

Mondrian (1872-1944) à un large public.<br />

Depuis juin 2021, elle est la conservatrice<br />

de la plus grande collection de Mondrian<br />

au monde. Elle a succédé à Hans Janssen,<br />

grand connaisseur de l’artiste, qui a pris<br />

sa retraite et est décédé fin décembre.<br />

Que ressent-elle à diriger une collection<br />

aussi importante ? « C’est très particulier.<br />

Il m’arrive de me réveiller et de penser :<br />

est-ce bien réel ? Je le perçois comme un<br />

immense privilège, comme femme, universitaire<br />

et conservatrice. Mondrian fut l’un<br />

des artistes les plus influents et géniaux<br />

du XXe siècle. Il est merveilleux de pouvoir<br />

Composition en losange avec lignes grises, 1918,<br />

huile sur toile, 84,5 x 84,5 cm. La Haye,<br />

Kunstmuseum.<br />

Paysage marin, 1909, huile sur carton, 34,5 x 50,5 cm. La Haye, Kunstmuseum.<br />

s’intéresser à lui et d’étendre mes connaissances<br />

en ce lieu. » Spécialisée dans les<br />

avant-gardes du début du XXe siècle, elle<br />

nourrit un intérêt particulier pour ce qui<br />

est sensoriel dans l’art. Sa thèse, présentée<br />

en octobre 2020, portait sur l’odorat et<br />

l’odeur dans le futurisme. Elle se considère<br />

donc avant tout comme historienne de<br />

l’art et des sens : « Les connaissances ne<br />

s’acquièrent pas uniquement par la langue.<br />

Vous pouvez tenter de comprendre les<br />

tableaux de Mondrian en lisant des livres<br />

à leur sujet et en les examinant de près.<br />

Mais, en utilisant les autres organes sensoriels,<br />

on sent mieux ce que le peintre a<br />

voulu dire ; en écoutant la musique qu’il aimait,<br />

en battant la mesure de ses tableaux,<br />

en humant certaines odeurs et en faisant<br />

bouger son corps. J’appelle cela ‘‘embodied<br />

cognition’’, une approche qui émerge dans<br />

le monde tant universitaire que muséal. Il<br />

apparaît de plus en plus clairement que les<br />

connaissances et l’expérience peuvent se<br />

compléter sans pour autant être aux antipodes.<br />

Mondrian était également de cet<br />

avis. Ses œuvres abstraites, qu’il qualifiera<br />

plus tard de Néoplasticisme, étaient, selon<br />

lui, non seulement visuelles, mais aussi<br />

acoustiques et basées sur le mouvement. »<br />

Caro Verbeek a récemment appris à danser<br />

le boogie-woogie pour en savoir plus<br />

sur un des chefs-d’œuvre du musée, le dernier<br />

tableau de Mondrian, intitulé Victory<br />

Boogie Woogie (1942-1944) : « Nous étions<br />

« Trois senteurs<br />

aident le visiteur à<br />

percevoir l’évolution<br />

de Mondrian. »<br />

là à danser devant ce tableau, ce qui en<br />

soi est très particulier. J’ai alors remarqué<br />

que c’est une danse très saccadée, avec de<br />

nombreux mouvements horizontaux et<br />

verticaux. Mondrian aimait danser, il prenait<br />

cela très au sérieux. Nous savons qu’il<br />

dansait souvent le boogie-woogie à New<br />

York, à l’endroit même où ce tableau vit le<br />

jour. Ces mouvements y sont perceptibles.<br />

Mondrian a souhaité établir un lien avec<br />

l’essence sous-jacente de la réalité visible<br />

dans ses tableaux abstraits, à l’aide de<br />

compositions de surfaces, de couleurs primaires<br />

et de lignes. Il les qualifiait souvent<br />

des rythmes universels et a beaucoup écrit<br />

à ce sujet. En découvrant ses œuvres avec<br />

tous ses sens, le public peut en faire véritablement<br />

l’expérience. C’est la raison pour<br />

laquelle je souhaite organiser des visites<br />

guidées sensorielles spécifiques. »<br />

59


Composition avec grille 9 : Échiquier aux couleurs vives, 1919, huile sur toile, 86 x 106 cm. La Haye,<br />

Kunstmuseum.<br />

Lisette Model, ouverture de l’exposition Masters of<br />

Abstract Art dans le Helena Rubinstein New Art Center,<br />

New York, 1er avril 1942 (le deuxième à droite est Piet<br />

Mondrian). Collection RKD – Nederlands Instituut voor<br />

Kunstgeschiedenis.<br />

« Depuis les<br />

années 1970, notre<br />

collection Mondrian<br />

a revêtu une<br />

importance décisive<br />

pour le musée. »<br />

<strong>COLLECT</strong>IONNEURS IMPORTANTS<br />

À l’occasion de l’anniversaire de la naissance<br />

de Mondrian, Caro Verbeek et le<br />

directeur du musée Benno Tempel ont<br />

souhaité organiser une grande exposition.<br />

Celle-ci détaille son parcours exploratoire,<br />

depuis les paysages dans le style de l’École<br />

de La Haye, en passant par les paysages de<br />

mer et de dunes baignant dans la lumière<br />

et les couleurs, aux œuvres cubistes, à l’abstraction<br />

géométrique du mouvement De<br />

Stijl jusqu’au Néoplasticisme, en association<br />

avec les œuvres de ses contemporains<br />

et d’artistes actuels. Presque toutes ces<br />

œuvres proviennent de la collection du<br />

musée. Caro Verbeek : « Depuis les années<br />

1970, la collection Mondrian a revêtu une<br />

importance décisive dans notre politique<br />

d’acquisition, notre façon de collectionner<br />

et de considérer notre collection d’art<br />

contemporain. Nous achetons régulièrement<br />

des œuvres d’artistes actuels ayant<br />

une affinité avec Mondrian. Cela permet de<br />

considérer à quel point ce dernier continue<br />

d’exercer une influence artistique.<br />

Dans l’exposition, nous accompagnons les<br />

visiteurs et les invitons à établir ces liens<br />

eux-mêmes. » Avec trois cents dessins et<br />

tableaux, le Kunstmuseum de La Haye possède<br />

la plus grande collection de Mondrian<br />

au monde et en est devenu le plus important<br />

centre de connaissances. La collection<br />

a débuté dans les années 1930. Lorsque le<br />

musée a déménagé en 1935 dans le prestigieux<br />

bâtiment de l’architecte H.P. Berlage,<br />

il possédait déjà un petit nombre de ses<br />

premières œuvres figuratives. Parmi elles<br />

figurait aussi une œuvre de la période néoplasticiste,<br />

Composition aux lignes jaunes<br />

(1933). En 1931, l’artiste Charley Toorop<br />

réunit des fonds afin de l’offrir à un musée<br />

d’Amsterdam, à l’occasion du soixantième<br />

anniversaire de l’artiste. Le résultat ne fut<br />

hélas pas celui escompté, ni le Stedelijk<br />

Museum ne se montrèrent intéressés. Le<br />

musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam<br />

refusa également la toile qui fut<br />

dès lors proposée au Kunstmuseum dont<br />

elle constitue aujourd’hui un des chefsd’œuvre<br />

: « Il s’agit d’une des deux œuvres<br />

des années 1930 que nous possédons de<br />

lui. Mondrian a longtemps travaillé à Paris,<br />

où il fut découvert par des collectionneurs<br />

de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de<br />

Suisse et des États-Unis. Les œuvres de<br />

cette époque sont rares aujourd’hui aux<br />

Pays-Bas. » Le Kunstmuseum doit à deux<br />

collectionneurs et à un directeur dynamique<br />

de posséder la plus importante<br />

collection d’œuvres de Mondrian. Son ami<br />

d’enfance, Salomon B. Slijper, possédait<br />

de nombreuses œuvres. « J’apprécie que<br />

tu collectionnes mes œuvres et conserves<br />

les choses pour moi », écrivait Mondrian à<br />

Slijper en 1919. Dix ans plus tard, il exprima<br />

le souhait que ces œuvres soient si possible<br />

conservées ensemble, de préférence dans<br />

« l’abri sûr d’un musée ». Mondrian avait<br />

déjà auparavant fait part du même vœu<br />

à un autre ami d’enfance, Albert van den<br />

Briel qui possédait également un ensemble<br />

d’œuvres. Lorsqu’en 1951, Louis Wijsenbeek<br />

prit ses fonctions de directeur, il vit<br />

immédiatement l’importance de l’art de<br />

Mondrian pour l’institution et entretint dès<br />

lors des contacts intensifs avec ces deux<br />

collectionneurs, veillant ainsi à un rythme<br />

constant de prêts et de dons. À sa mort en<br />

1971, le musée hérita de toute sa collection<br />

qui comptait près de deux cents œuvres.<br />

SOINS DENTAIRES<br />

Des œuvres de Mondrian furent également<br />

acquises dans les années suivantes. En<br />

1998, le gouvernement néerlandais lui accordait<br />

le tableau Victory Boogie Woogie en<br />

prêt à long terme. Depuis lors, la collection<br />

s’est enrichie d’acquisitions et de dons. Caro<br />

60


Verbeek : « Mondrian intéresse toujours les<br />

collectionneurs. Nous avons récemment<br />

obtenu en prêt un dessin de grande taille<br />

que Mondrian a réalisé dans sa jeunesse à<br />

Winterswijk. Il appartenait à l’origine à un<br />

dentiste d’Amsterdam qui possédait aussi<br />

cinq œuvres avec lesquelles Mondrian avait<br />

payé ses soins dentaires. Au décès du dentiste,<br />

ses quatre enfants en héritèrent. Une<br />

de ses petites-filles a décidé de nous prêter<br />

son dessin à long terme. Lorsqu’une œuvre<br />

apparaît sur le marché, nous sommes<br />

toujours intéressés. En particulier des<br />

œuvres qui en disent plus sur l’évolution<br />

de Mondrian, du réalisme à l’abstraction,<br />

ou s’il s’agit d’un tableau inachevé. Mondrian<br />

travaillait beaucoup par intuition, il<br />

n’avait pas de plan préconçu, il changeait<br />

en permanence. Un processus de création<br />

parfois très perceptible, par exemple dans<br />

Victory Boogie Woogie. Il serait formidable<br />

de pouvoir acquérir un troisième tableau<br />

des années 1930. Des particuliers possèdent<br />

encore beaucoup d’œuvres. Dans les<br />

années qui viennent, je souhaite développer<br />

les relations avec ces collectionneurs.<br />

» L’institution investit en outre dans<br />

les objets et écrits aidant à mieux comprendre<br />

l’œuvre de Mondrian. L’aile spéciale<br />

réservée à Mondrian et au mouvement De<br />

Stijl montre que son art s’inscrivait dans<br />

une vaste évolution culturelle réunissant<br />

peinture, design et architecture. L’exposition<br />

actuelle accorde aussi une grande<br />

attention à nombre d’aspects singuliers de<br />

l’art et de la vie de Mondrian, à ses idées<br />

sur le mouvement et sur la musique. « En<br />

1921, dans une lettre à Nelly van Doesburg,<br />

Mondrian exprimait son enthousiasme<br />

pour les premiers instruments de musique<br />

électroniques et son intention d’en créer un<br />

lui-même. Il percevait ce progrès comme<br />

une possibilité d’associer art abstrait et<br />

musique. La même année, il présentait à<br />

Paris les machines à bruit du futuriste Luigi<br />

Russolo. Nous en avons emprunté des répliques<br />

pour l’exposition. » Afin de stimuler<br />

davantage leurs sens, les visiteurs pourront<br />

écouter une musique spécialement composée<br />

pour Victory Boogie Woogie. Mais les<br />

odeurs que Caro Verbeek a fait développer<br />

par les parfumeurs Birgit Sijbrands et Anh<br />

Ngo d’International Flavors & Fragrances,<br />

pour les trois maquettes des ateliers de<br />

« Il serait formidable<br />

de pouvoir acquérir<br />

un troisième tableau<br />

des années 1930. »<br />

CARO VERBEEK<br />

Mondrian, sont peut-être ce qui surprendra<br />

le plus. On pourra littéralement les humer<br />

sur place. « L’art de Mondrian a toujours<br />

eu une incidence sur l’aménagement de<br />

ses ateliers. Ces espaces sont au fond une<br />

extension de son art. À Paris, il tapissa<br />

ses murs blanc de morceaux de carton de<br />

couleur afin d’expérimenter une composition<br />

avec rythme et harmonie. Lettres,<br />

livres, articles de journaux et photographies<br />

ont largement décrit cette initiative. Nous<br />

en connaissons aussi les meubles, objets<br />

et matériaux. Trois odeurs perceptibles de<br />

l’évolution de Mondrian vers l’abstrait ont<br />

ainsi vu le jour. La première, de l’atelier amstellodamois,<br />

est lourde, tandis que celles<br />

des ateliers de Paris et New York sont plus<br />

légères et simples. Pourtant, à Paris, l’odeur<br />

du charbon en combustion faussait cette<br />

atmosphère de simplicité et légèreté. »<br />

VISITER<br />

Autour de Mondrian<br />

Kunstmuseum La Haye<br />

www.kunstmuseum.nl<br />

du 02-04 au 25-09<br />

LIRE<br />

Victory Boogie Woogie, 1942-1944, huile, ruban adhésif papier, fusain et crayon sur toile, 127,5 x 127,5 cm. La<br />

Haye, Kunstmuseum, en prêt du Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences.<br />

Hans Janssen, Benno Tempel et Lieke Wijnia,<br />

Piet Mondrian. L’homme qui a tout changé,<br />

Waanders, Zwolle, 2017,<br />

ISBN 978-9-46262-410-8<br />

61


Giovanni Boldini<br />

Chantre de l’esprit du temps<br />

Portraitiste virtuose, observateur<br />

attentif de la haute société qu’il<br />

admirait et fréquentait, Giovanni<br />

Boldini fut l’une des plus grandes<br />

gloires du Paris de la Belle Epoque<br />

rendant compte d’un œil acéré de<br />

l’effervescence d’une capitale à la<br />

pointe de la modernité, ce peintre<br />

mondain et opportuniste, proche<br />

d’Edgar Degas, fut très influencé<br />

par Edouard Manet. Sa touche vive<br />

et déliée annonce à certains égards<br />

les développements futurs de<br />

l’abstraction lyrique.<br />

TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE<br />

Portrait de Lady Colin Campbell, née Gertrude Elizabeth Blood, 1894, huile sur toile. Londres,<br />

National Portrait Gallery.<br />

Né à Ferrare en 1842, Giovanni<br />

Boldini passera la majeure<br />

partie de sa vie dans la Ville<br />

Lumière. Il y est vite introduit<br />

dans les milieux artistiques et devient<br />

proche de Degas. Protégé du marchand<br />

Adolphe Goupil, il se fait remarquer par le<br />

choix de ses sujets qui évoquent le bouillonnement<br />

de la vie parisienne. Boldini<br />

profite des loisirs qu’offre la capitale et sort<br />

tous les soirs au théâtre, au restaurant en<br />

emportant toujours avec lui ses crayons.<br />

Les lumières nocturnes créées par le<br />

nouvel éclairage électrique le fascinent<br />

ainsi que les mouvements incessants de<br />

cette ville qui ne s’arrête jamais, dont il<br />

tire d’abord quantité de scènes de genre.<br />

Pourtant, ce sont ses portraits qui vont lui<br />

apporter le succès. Car, Boldini saisit d’une<br />

manière très moderne, mais à contrecourant<br />

des avant-gardes, tout ce que la<br />

capitale française compte alors d’héritières,<br />

de princesses, de dandys, d’artistes<br />

62


Portrait de Miss Bell, 1903, huile sur toile. Gênes,<br />

Raccolte Frugone – Musei di Nervi.<br />

Portrait de Lawrence Alexander ‘‘Peter’’ Harrison, 1902, huile sur toile. Collection particulière, Larry Ellison.<br />

et d’écrivains. Ses portraits, qui vont fixer<br />

à jamais le tout-Paris de la Belle Epoque,<br />

rappellent les personnages d’À la Recherche<br />

du temps perdu de Marcel Proust, l’un de ses<br />

plus grands admirateurs. Dans ses tableaux,<br />

le peintre témoigne également de son goût<br />

prononcé pour la mode, brossant à grands<br />

traits les plus belles tenues des couturiers<br />

Worth, Poiret ou Doucet. Au fil de ses commandes,<br />

il développe un style qui sera sa<br />

signature : une touche rapide, une attention<br />

à la pose du modèle, une mise en valeur<br />

de la ligne serpentine des corps. Ll’historien<br />

de l’art Christophe Leribault, actuel<br />

directeur du musée d’Orsay, précise : « Sans<br />

vouloir à tout prix tirer Boldini du côté de la<br />

modernité, on osera tout de même suggérer<br />

qu’il fut capable d’une audace picturale<br />

certaine, qui le fit parfois presque cousiner,<br />

par sa quête gestuelle du mouvement, avec<br />

le futurisme, comme le remarqua d’ailleurs<br />

Guillaume Apollinaire. »<br />

DÉSARMANTE ASSIMILATION<br />

DE STYLES<br />

A Ferrare, Boldini travaille d’abord sous<br />

l’aile protectrice de son père Antonio,<br />

peintre et restaurateur d’un certain renom<br />

qui enseigne les rudiments de son métier<br />

au huitième de ses treize enfants. Très tôt,<br />

il s’intéresse aux grands peintres du Quattrocento<br />

et à l’œuvre de son compatriote<br />

Dosso Dossi. Ses condisciples et confrères<br />

ferrarais louent sa capacité d’observation<br />

perspicace, sa stupéfiante rapidité d’exécution<br />

et sa facilité désarmante d’assimilation<br />

de styles, de techniques et de genres<br />

très éloignés les uns des autres. Vite réputé<br />

pour la qualité de ses portraits, le jeune<br />

Giovanni s’installe dès 1861 à Florence où<br />

il étudie à l’Académie et entre en contact<br />

avec les Macchiaioli, groupe de peintres<br />

influencés par les impressionnistes qui<br />

rejettent l’académisme, préconisant l’immédiateté<br />

et la fraîcheur de la touche. À<br />

La sagacité de<br />

l’introspection<br />

psychologique de ses<br />

portraits va de pair<br />

avec la remarquable<br />

capacité de Boldini<br />

à restituer l’esprit du<br />

temps.<br />

Florence, il invente une nouvelle manière<br />

de portraiturer ses amis et commanditaires<br />

sur des tableautins caractérisés<br />

par leur fraîcheur naturaliste. En voyage<br />

à Paris, lors de sa visite de l’Exposition<br />

universelle de 1867, il rencontre Edgar<br />

Degas, Edouard Manet, Alfred Sisley, Gustave<br />

Caillebotte, et voue une admiration<br />

63


Portrait de la princesse Marthe-Lucile Bibesco, 1911, huile sur toile. Collection particulière.<br />

Feu d’artifice, 1892-1895, huile sur toile. Ferrare, Museo Giovanni<br />

Boldini. Cette toile imposante (200 x 99,5 cm) est l’une des plus<br />

fameuse de l’artiste. Avec sa touche caractéristique de ses œuvres<br />

de maturité, Boldini y dématérialise la robe de son modèle et<br />

enveloppe sa silhouette dans une sorte de halo vaporeux. Véritable<br />

sceau pictural de l’artiste, la touche semble effleurer l’abstraction et<br />

dénote une liberté formelle tout à fait inhabituelle pour l’époque.<br />

Boldini saisit d’une<br />

manière très moderne,<br />

mais à contre-courant<br />

des avant-gardes,<br />

tout ce que la capitale<br />

française compte<br />

alors d’héritières, de<br />

princesses, de dandys,<br />

d’artistes et d’écrivains.<br />

particulière à Camille Corot. A Londres,<br />

dès 1869, il connaît un premier succès<br />

mondain grâce aux nombreux petits portraits<br />

de dames de haut rang qu’il réalise.<br />

Mais, c’est Paris qui l’appelle, où il s’installe<br />

dès 1871. Il s’y consacre d’abord, avec un<br />

succès inattendu, au revival d’un XVIIIe<br />

siècle sensuel et pétillant, à des scènes de<br />

genre aux couleurs éclatantes, ciselées<br />

à la pointe du pinceau autant et mieux<br />

que celles d’un Ernest Meissonier ou d’un<br />

Mariano Fortuny. Ces scènes lui valent<br />

les faveurs des collectionneurs bourgeois<br />

européens et américains. Dans les années<br />

1880, lorsqu’il multiplie les études et les<br />

voyages, toujours en quête de sa propre<br />

dimension artistique, il se laisse tenter<br />

par les recherches des artistes ‘‘indépendants’’.<br />

Il se concentre sur d’audacieuses<br />

expérimentations d’effets de lumière et de<br />

compositions dynamiques, menées dans<br />

les rues, les cafés et les théâtres de la Ville-<br />

Lumière, comme l’avaient déjà fait Édouard<br />

Manet et Edgar Degas. L’élaboration de son<br />

futur style, qui atteindra sa pleine maturité<br />

à l’aube du XXe siècle, est le fruit de<br />

maintes expériences et d’une vaste culture<br />

picturale, comme le souligne la commis-<br />

64


saire de l’exposition parisienne, Barbara<br />

Guidi : « Les connaissances de Boldini<br />

vont de Jean-Auguste-Dominique Ingres<br />

aux écoles hollandaise, flamande et espagnole<br />

du XVIIe siècle, de la grande école<br />

du portrait anglais illustrée par Joshua<br />

Reynolds et Thomas Gainsborough, aux<br />

maîtres italiens. Parmi eux, on aurait tort<br />

d’oublier Gian Lorenzo Bernini, l’artiste<br />

qui, à travers la fusion de la commémoration<br />

et de la vie, avait forgé une nouvelle<br />

conception du portrait qui éternisait le<br />

modèle tout en le saisissant dans un instant<br />

éphémère et dont la portée novatrice<br />

fut bien comprise par Boldini. »<br />

BEAUTÉ ‘‘BOLDINIENNE’’<br />

Son talent pictural hors du commun, sa<br />

forte personnalité et la finesse de son sens<br />

des affaires permettent à Giovanni Boldini<br />

de rester à la mode pendant six longues<br />

décennies, durant lesquelles il parvient à<br />

apprivoiser la riche et impitoyable société<br />

cosmopolite parisienne. Au plus fort de<br />

ce succès, les plus grandes aristocrates se<br />

font ainsi maigrir en s’imposant de véritables<br />

tortures rien que pour ressembler<br />

à la femme idéale selon les canons de la<br />

beauté ‘‘boldinienne’’, longiligne et croulant<br />

sous les artifices. Aujourd’hui encore,<br />

ces portraits possèdent un fort pouvoir<br />

de séduction qui révèlent les dons d’un<br />

peintre impulsif, non dénué d’un certain<br />

regard sarcastique… De fait, le pinceau de<br />

Boldini a immortalisé des personnages de<br />

premier plan de toute une époque, allant<br />

de Robert de Montesquiou à la marquise<br />

Luisa Casati, de la danseuse étoile Cléo de<br />

Mérode aux membres de la famille Vanderbilt.<br />

Ces grands portraits en pied livrent<br />

ainsi à la postérité des princesses et des<br />

demi-mondaines, des aristocrates et des<br />

actrices, des artistes et des parvenus, mais<br />

aussi et surtout les épouses des riches<br />

magnats de l’industrie et de la finance du<br />

Vieux et du Nouveau Continent. Sur ces<br />

tableaux, elles apparaissent splendides,<br />

longilignes, élégamment vêtues d’un<br />

bruissant assemblage de satins, de soies,<br />

de taffetas, saisies dans des poses affectées<br />

et théâtrales. Le peintre les éternise sur de<br />

grandes toiles couvertes d’énergiques et<br />

larges coups de pinceau, avec leurs lèvres<br />

entrouvertes, leurs regards vifs, leurs corps<br />

hardiment exposés et animés d’une resplendissante<br />

vitalité nerveuse. Même sur<br />

ses portraits d’hommes, bien plus rares,<br />

l’introspection psychologique va de pair<br />

avec une remarquable capacité à restituer<br />

Le coup de pinceau<br />

ou de crayon relèvent<br />

d’un langage expressif,<br />

d’un style plutôt<br />

que d’un mode de<br />

représentation. C’est<br />

moins un penchant<br />

impressionniste que<br />

le désir de rendre<br />

par le pinceau<br />

le dynamisme et<br />

l’agitation d’une ville<br />

moderne.<br />

l’esprit du temps, fascinant mélange de<br />

frivolité, de mondanité, de snobisme et<br />

de sophistication. Icônes d’une époque,<br />

ces représentations imposent Boldini à<br />

partir des années 1890 comme l’un des<br />

portraitistes les plus recherchés et comme<br />

l’un des peintres qui inspireront le plus<br />

les générations suivantes de stylistes, de<br />

photographes et de costumiers. Mais la<br />

modernité de Boldini est ailleurs : chez lui,<br />

le coup de pinceau ou de crayon relèvent<br />

d’un langage expressif, d’un style plutôt<br />

que d’un mode de représentation. C’est<br />

moins un penchant impressionniste que le<br />

désir de rendre par le pinceau le dynamisme<br />

et l’agitation d’une ville moderne.<br />

En cela, Boldini annonce les futurs développements<br />

de la peinture qui, dès les<br />

années 1920, verra éclore les prémices de<br />

l’abstraction lyrique.<br />

FORTUNE CRITIQUE ET MARCHÉ<br />

La coïncidence entre l’image de l’artiste et<br />

celle d’un peintre mondain à succès, d’un<br />

interprète privilégié de l’insouciance de la<br />

Belle Époque et de la haute classe sociale<br />

qui la symbolise, s’établit lors des années<br />

qui précédent et qui suivent immédiatement<br />

la Première Guerre mondiale.<br />

Quelques mois après la mort de Boldini,<br />

en concomitance avec la publication de<br />

sa première biographie due à son épouse<br />

Emilia Cardona, sa première exposition<br />

rétrospective posthume se tient à l’hôtel<br />

Charpentier de Paris. A cette occasion, le<br />

critique d’art Jean-Louis Vaudoyer, alors<br />

conservateur au musée Carnavalet, note<br />

avec une certaine amertume que l’on<br />

réduit Boldini au statut de peintre ayant<br />

donné un visage à une période, le Paris de<br />

1900. Vaudoyer blâme cette lecture facile<br />

et superficielle d’un artiste devenu célèbre<br />

trop tôt, « esclave et victime de ses succès»,<br />

et résume sa situation en ces termes<br />

: « À force d’être connu, le voici, maintenant,<br />

presque inconnu. » Cette étiquette<br />

mondaine lui sera appliquée tout au long<br />

du XXe siècle, y compris lors de sa dernière<br />

rétrospective parisienne, en 1963. La<br />

modernité ayant la mondanité en horreur,<br />

cela a également nui à la reconnaissance<br />

commerciale de son talent. Aujourd’hui<br />

encore, son marché est en berne, Artprice<br />

signalant même une décote de -57,2 %<br />

en 2021. Ainsi, 100 euros investis en 2000<br />

dans une œuvre de Giovanni Boldini valaient<br />

en moyenne 40 euros en décembre<br />

dernier. Essentiellement concentrés aux<br />

Etats-Unis, ses acheteurs n’hésitèrent<br />

pourtant pas à faire monter les enchères<br />

au-delà du million, notamment lors d’une<br />

embellie de sa cote au début des années<br />

2010. Le record d’enchères pour l’artiste,<br />

détenu par Sotheby’s New York, était ainsi<br />

établi en octobre 2010 à 5,8 millions de<br />

dollars (4,1 millions d’euros) donnés pour<br />

le fameux Portrait de Giovinetta Errazuriz<br />

(1892), tandis que la même année, son Portrait<br />

de l’artiste Lawrence Alexander Peter<br />

Harrison (1902), était frappé 2 millions de<br />

dollars (1,5 million d’euros), toujours chez<br />

Sotheby’s New York. Chez Christie’s New<br />

York, la plus haute enchère était obtenue<br />

en octobre 2011 pour le Portrait de Marthe<br />

Régnier (1905), fameuse comédienne de la<br />

Belle Epoque, frappé 1,6 million de dollars<br />

(1,2 million d’euros).<br />

VISITER<br />

Boldini (1842-1931). Les plaisirs et les jours<br />

Petit Palais<br />

Paris<br />

www.petitpalais.paris.fr<br />

du 29-03 au 24-07<br />

65


Photographie,<br />

quelle durée de vie ?<br />

Toutes<br />

les questions<br />

qu’on se pose.<br />

La photographie est un média relativement jeune et qui n’a pas<br />

encore révélé tous ses secrets. En outre, avec l’essor du numérique, sa<br />

conservation gagne en complexité. Au Nederlands Fotomuseum de<br />

Rotterdam, on garde à l’œil temps et technologie. Il s’agit d’un des<br />

seuls musées du genre, dans le Benelux, qui dispose d’un atelier de<br />

restauration et de numérisation de photographies. Sa conservatrice,<br />

Loes van Harrevelt, nous détaille les arcanes d’une conservation<br />

optimale de même que les défis du futur.<br />

TEXTE : CELINE DE GEEST<br />

Ed van der Elsken, Vali Myers dansant dans un club de jazz, Paris (1950-1954). © Nederlands Fotomuseum<br />

66


Découverte de moisissures sur un echtachrome d’<br />

Ata Kandò. © Nederlands Fotomuseum<br />

Boîte de diapos du photographe d’origine hongroise Ata Kandò. © Nederlands Fotomuseum<br />

« La restauration<br />

de photographie<br />

n’a pris un caractère<br />

professionnel que dans<br />

les années 1990. »<br />

Le Nederlands Fotomuseum dispose<br />

d’un gigantesque trésor. Avec plus de<br />

5,6 millions de photographies, l’institution<br />

conserve le patrimoine photographique<br />

néerlandais. Loes van Harrevelt est<br />

en charge de la gestion de cette vaste collection.<br />

Elle s’est mise en quête des meilleures<br />

conditions de conservation des photographies,<br />

veillant à ce que tout soit enregistré et<br />

numérisé. La conservation de photographies<br />

réalisées en format numérique et le souci de<br />

leur présentation numérique constituent<br />

une mission relativement récente. Dans<br />

l’atelier de restauration, la surveillance s’est<br />

mise au diapason, alors que l’on recherche<br />

toujours de nouveaux restaurateurs de photos.<br />

« Il s’agit d’un domaine très spécialisé »,<br />

précise Loes Van Harrevelt, quatre personnes<br />

travaillant aujourd’hui dans l’atelier<br />

de numérisation.<br />

LE DEVENIR DE LA PHOTOGRAPHIE<br />

« À Rotterdam, nous avons commencé à<br />

stocker des archives photographiques en<br />

1989, précise Loes van Harrevelt. Auparavant,<br />

nulle part aux Pays-Bas, les archives<br />

n’étaient gérées de façon spécialisée. Bon<br />

nombre d’entre elles furent donc perdues ou<br />

abandonnées, se désintégrant d’elles-mêmes<br />

sous l’effet de la chaleur ou de l’humidité.<br />

C’est ainsi que nous avons aménagé des en-<br />

trepôts frigorifiques où les négatifs sont stockés<br />

à 3 degrés et 33 % d’humidité. Leur durée<br />

de vie peut ainsi être prolongée de plusieurs<br />

centaines d’années. À l’époque, nous étions<br />

logés avec le Nationaal Fotorestauratie Atelier<br />

et le Nederlands Foto Instituut dans la<br />

rue Witte de With de Rotterdam. En 2003, les<br />

trois institutions ont fusionné pour former le<br />

Nederlands Fotomuseum. L’atelier fait donc<br />

partie intégrante du département Collections.<br />

Des travaux de restauration pour<br />

particuliers y sont réalisés depuis longtemps,<br />

même si, pour l’instant, ils ont été suspendus<br />

car le musée est confronté à l’énorme défi de<br />

rendre sa collection accessible numériquement.<br />

» Cette numérisation est primordiale<br />

afin de partager avec le public les trésors<br />

cachés conservés dans le froid, tout en<br />

veillant à ce qu’ils puissent rester en toute<br />

sécurité. L’institution propose également des<br />

tirages argentiques de ces photographies,<br />

toujours développés ‘‘à l’ancienne’’ dans une<br />

chambre noire. Loes Van Harrevelt : « Il<br />

s’agit d’un marché en pleine croissance qui<br />

suscite un véritable enthousiasme. Plus nous<br />

numérisons d’images, plus l’offre s’agrandit.<br />

Pour nous aider dans cette tâche, nous<br />

avons engagé huit personnes supplémentaires.<br />

Aujourd’hui, 9 % de la collection est<br />

numérisée, notre objectif étant d’atteindre<br />

les 25 %, malgré l’énorme charge de travail.<br />

Lorsque des archives nous parviennent dans<br />

des boîtes de déménagement ou des boîtes<br />

à chaussures, nous devons les extraire de<br />

leur emballage poussiéreux et les négatifs en<br />

verre doivent être nettoyés à l’eau et à l’éthanol.<br />

On vérifie en outre s’ils sont exempts de<br />

moisissures. Tout doit être reconditionné et<br />

proprement décrit. »<br />

DÉCLIN DU VINTAGE<br />

La durée de vie d’une photographie dépend<br />

entièrement de la technique utilisée. Au<br />

XIXe siècle, on s’inquiétait déjà de la durabilité<br />

du tirage d’albumine, une des premières<br />

techniques apparues. Loes Van Harrevelt :<br />

« Aujourd’hui, on utilise essentiellement<br />

des tirages à jet d’encre, que bon nombre de<br />

fabricants prétendent éternels. Là aussi, le<br />

temps en décidera. On constate que les photographies<br />

en couleur sont très sensibles au<br />

changement. Cela constitue un défi majeur<br />

pour les photographes contemporains qui<br />

voient leur travail se déprécier ou constatent<br />

qu’ils pourraient obtenir de bien meilleurs<br />

tirages grâce aux nouvelles techniques. On<br />

touche alors directement à la question de<br />

l’authenticité. En un sens, la dégradation<br />

est inhérente aux photographies réalisées à<br />

une certaine époque. Si on remplace cette<br />

technique, ce n’est plus la même chose, ce<br />

n’est plus du vintage. Ce qui vaut également<br />

67


“Notre perspective<br />

s’élargit : nous<br />

collectionnons<br />

davantage de<br />

photographes aux<br />

origines culturelles<br />

diverses”.<br />

Marwan Bassiouni, New Dutch Views #6, Pays-Bas, 2018, de la série New Dutch Views, 2018. © de l’artiste<br />

pour les collectionneurs, car ils paient pour<br />

avoir un original. Or, ce qui détermine la<br />

valeur d’une photographie vintage, c’est le<br />

tirage, réalisé de préférence par le photographe<br />

lui-même, ou par un assistant sous<br />

sa supervision directe, peu après la prise de<br />

vue. Malheureusement, cela engendre des<br />

tricheries. En matière de photographie, il<br />

convient d’être très prudent, car on a souvent<br />

affaire à des tirages tardifs. Il est donc<br />

préférable, pour s’assurer de son authenticité,<br />

que la photographie soit signée ou<br />

estampillée au dos par le photographe. » La<br />

numérisation en assurera-t-elle la conservation<br />

éternelle ? La conservation numérique<br />

recèle pourtant une part d’ombre. En<br />

collaboration avec Canon, le Nederlands<br />

Fotomuseum a développé un système<br />

permettant de numériser, en une seule fois<br />

et en haute résolution, des rouleaux de pellicule.<br />

« Les photographies de nos archives<br />

ont été numérisées dans leur intégralité, y<br />

compris certains ratés. Pour un chercheur,<br />

c’est idéal, car cela donne des indications<br />

sur la façon dont un photographe a traité un<br />

sujet. C’est cette sérialité qui est intéressante,<br />

des pellicules qui racontent une histoire.<br />

Mais, nous sommes devenus sélectifs,<br />

cette numérisation massive induisant de<br />

sérieux problèmes de stockage numérique.<br />

Outre nos entrepôts frigorifiques, nous<br />

devons aujourd’hui également organiser un<br />

stockage numérique, ce qui est très onéreux.<br />

Il faut également veiller à développer plusieurs<br />

lieux de conservation, de préférence<br />

répartis géographiquement. Ces fichiers<br />

numériques requièrent également certains<br />

soins et doivent être régulièrement contrôlés.<br />

En outre, les hackers rôdent, ce qui fait<br />

de la sécurité une priorité. »<br />

CONSERVER CE QUI A DE LA VALEUR<br />

Il n’existe pas de solution miracle pour la<br />

conservation des photographies, qu’elles<br />

soient analogiques ou numériques. Il faut<br />

toujours procéder à des choix cornéliens,<br />

la question étant de savoir quelles histoires<br />

du passé sont les plus importantes pour le<br />

futur : « Dans la collection, nous ne comptons<br />

que des photographes néerlandais, nés<br />

ou actifs depuis longtemps ici, mais tous<br />

les sujets imaginables sont pris en considération.<br />

Les photographes néerlandais ont<br />

beaucoup voyagé et réalisé des documentaires<br />

photographiques. Ils étaient présents<br />

à des moments historiques, comme lors<br />

de l’occupation allemande. Le nom le plus<br />

connu dans la collection est Ed Van der<br />

Elsken. Ses archives étaient envahies par la<br />

moisissure. Un restaurateur en a nettoyé les<br />

diapositives pendant deux ans, un travail<br />

titanesque. Ce fut l’un des plus grands<br />

projets de restauration de photographies au<br />

monde. Heureusement, ces archives sont<br />

aujourd’hui intégralement sécurisées. Cas<br />

Oorthuys est également très important. Il<br />

s’est fait connaître pour ses photographies<br />

de voyous, réalisées dans les années 1950<br />

à Saint-Germain-des-Prés. Aard Klein est<br />

aussi bien représenté, auteur d’un superbe<br />

travail d’impression et de processus artistiques<br />

inédits en chambre noire. En jouant<br />

avec la lumière, il ajoutait des effets aux<br />

produits semi-finis. » Chaque archive est<br />

analysée par le Fotomuseum qui détermine<br />

si elle doit être conservée ou non, en raison<br />

de leur valeur historico-artistique et de<br />

leurs sujets. Ainsi, une note très élevée fut<br />

attribuée aux archives d’Ed van der Elsken.<br />

En cas de moisissures, les archives sont<br />

prioritaires. « Au sein d’une même archive,<br />

on détermine les parties importantes et<br />

celles qui ne le sont pas », précise Loes Van<br />

Harrevelt. « Par exemple, si un photographe<br />

amateur a pris des clichés durant<br />

la Seconde Guerre mondiale, c’est intéres-<br />

68


sant, alors qu’il se peut que le reste le soit<br />

moins. S’ils sont difficiles à faire, ces choix<br />

n’en demeurent pas moins nécessaires. »<br />

Grâce au soutien du Fonds Mondrian, le<br />

musée peut également acquérir et conserver<br />

des photographies contemporaines.<br />

Loes Van Harrevelt : « C’est une bonne<br />

chose, car nous pouvons ainsi soutenir la<br />

jeune génération. Nos perspectives s’élargissent<br />

de plus en plus et nous tentons de<br />

rassembler davantage de photographes<br />

d’horizons culturels très différents. Par<br />

exemple, nous avons acquis une œuvre du<br />

photographe américano-égyptien Marwan<br />

Bassiouni (1985) qui a longtemps vécu aux<br />

Pays-Bas, où il a photographié des paysages<br />

typiques depuis les fenêtres de mosquées.<br />

Nous achetons également de plus en plus<br />

d’œuvres tridimensionnelles. Cela fait longtemps<br />

que la photographie ne se cantonne<br />

plus à un encadrement derrière un passepartout.<br />

On le constate dans les foires d’art :<br />

la photographie devient de plus en plus<br />

expérimentale. Nous avons ainsi acquis le<br />

travail multidisciplinaire d’Anouk Kruithof<br />

(1981) qui combine photographie, sculpture,<br />

installation, collage, livres d’art, vidéo,<br />

texte et performance. »<br />

À FAIRE ET À NE PAS FAIRE<br />

Quiconque conserve des photographies<br />

peut s’adresser au Nederlands Fotomuseum<br />

pour connaître les principaux critères à respecter.<br />

Naturellement, il faut déterminer si<br />

Anouk Kruithof, Neutral (openhearted), 2015, de<br />

la série #EVIDENCE, 2015. © de l’artiste / Courtesy<br />

Boetzelaer|Nispen, Amsterdam<br />

Cas Oorthuys, Garçon transportant une carte de l’Indonésie, 1947, de la série Un Etat en devenir, 1947.<br />

© Nederlands Fotomuseum<br />

ces images sont simplement à regarder ou<br />

ont un but d’investissement. Pour les collectionneurs<br />

qui exposent leurs photographies,<br />

il est primordial d’éviter la lumière.<br />

« N’exposez jamais vos photographies à la<br />

lumière directe du soleil », recommande<br />

Loes Van Harrevelt. « Un verre résistant aux<br />

UV est fortement conseillé. Si vous faites<br />

encadrer une photographie, il est important<br />

de faire attention au matériau utilisé.<br />

Nous avons parfois reçu des photographies<br />

dont le dos était une plaque de MDF, lequel,<br />

en un rien de temps, en avait ruiné les<br />

couleurs. Il arrive que l’artiste ait lui-même<br />

encadré une image. Lorsqu’on débourse un<br />

très gros montant pour l’achat d’une image,<br />

il convient d’en parler au plus tôt au photographe.<br />

Il nous arrive également d’acheter<br />

une image en deux exemplaires pour pouvoir<br />

exposer l’un et conserver l’autre. Si on<br />

souhaite seulement conserver des images, il<br />

est préférable de les stocker dans une boîte<br />

portant la marque de qualité PAT (Photographic<br />

Activity Test). » Certaines images<br />

sont vouées à résister longtemps, d’autres<br />

non. Si on souhaite sécuriser sa collection<br />

en la confiant à une archive professionnelle,<br />

outre la dimension personnelle, il<br />

faut d’abord s’interroger sur sa pertinence :<br />

« Chaque semaine, je reçois des dizaines<br />

d’e-mails de personnes ayant quelque<br />

chose dans leur maison : des photos de<br />

famille, une boîte de négatifs en verre, les<br />

diapos de voyage de la grand-mère, c’est<br />

fou ! Tout le monde a déjà fait des photos et,<br />

aujourd’hui, tout le monde se photographie<br />

numériquement. Si quelqu’un conserve de<br />

belles images des rues d’Amsterdam dans<br />

les années 1920, je lui recommanderais de<br />

se rendre aux archives de la ville. J’essaie<br />

de penser à une autre destination, mais<br />

bien souvent, il n’y en a pas. Bien sûr, il faut<br />

se poser la question de savoir si tout doit<br />

être conservé. Je ne le pense pas. La tâche<br />

la plus cruciale consiste à choisir ce qui est<br />

important. »<br />

VISITER<br />

Nederlands Fotomuseum<br />

Rotterdam<br />

www.nederlandsfotomuseum.nl<br />

69


Fibules et broches<br />

Si elle fut inventée pour répondre à un besoin pratique, la fibule a fait,<br />

dès l’origine, l’objet d’une singulière attention. Réalisée en matériaux<br />

nobles et coûteux, finement décorée, elle assuma un rôle ornemental.<br />

Et lorsqu’elle perdit son rôle de fermoir, elle devint tout simplement une<br />

broche illuminant le vêtement, se déclinant à l’infini.<br />

TEXTE : ANNE HUSTACHE<br />

Apparue dès l’âge du bronze, la<br />

fibule (du latin fibula, attache)<br />

est avant tout une agrafe, soit<br />

une épingle servant à attacher<br />

les deux pans d’un vêtement. Généralement<br />

composée d’un ardillon (une pointe)<br />

et d’un arc, elle se décline en différents<br />

modèles. Constituant une amélioration<br />

efficace par rapport au nœud ou à l’aiguille,<br />

la fibule sera utilisée dans de nombreuses<br />

civilisations européennes, des Etrusques<br />

jusqu’aux Mérovingiens. L’abondance et<br />

la variété des fibules retrouvées lors de<br />

fouilles permettent de dater certains sites<br />

en se basant sur leur forme et leur style.<br />

Si la fibule disparaît en tant que fermoir<br />

au cours du Moyen Âge, cet accessoire<br />

utilitaire a également été signe de richesse<br />

mais aussi symbole de pouvoir. A Rome, au<br />

cours du troisième siècle, un type particulier<br />

de fibule constituait un insigne militaire<br />

donné en cadeau aux vétérans.<br />

Epigraphique<br />

seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C.<br />

(ca. -630)<br />

VISITER<br />

Brussels Jewellery Week<br />

www.brusselsjewelleryweek.com<br />

du 28-04 au 08-05<br />

Découverte dans une tombe de Castelluccio<br />

di Pienza (Chiusi), cette magnifique<br />

fibule est de type fibula a drago ( fibule à<br />

dragon) car elle se présente de profil sous<br />

la forme d’une boucle ronde prolongée<br />

par une aiguille et son fourreau. Ce bijou<br />

est décoré de chevrons, de palmettes,<br />

de méandres et de figures géométriques<br />

toutes réalisées en granulation de petites<br />

perles d’or déposées les unes à côté<br />

des autres. Une inscription en langue<br />

étrusque, également en granulation, s’étale<br />

en deux lignes sur le pied : « Mi araθia<br />

velaveθnaθ zamaθi manurke mulvenike<br />

tursikina, » soit : « Je (suis) le zamathi<br />

d’Aranθ Velavesna ; Mamurke Tursikina<br />

(m’)a donné ». Cette pratique du don entre<br />

aristocrates apparaît sur d’autres fibules,<br />

mais celle-ci s’impose comme l’une des<br />

plus anciennes mention épigraphique des<br />

Etrusques.<br />

Fibule d’Arath Velavesna, dite aussi de Chiusi,<br />

Etrurie, période orientalisante, or martelé, découpé,<br />

soudé, granulations, 1,7 x 11,1 x 1,7 cm, poids : 15,8 g.<br />

Paris, Musée du Louvre, inv. Bj 816.<br />

70


On retrouve des<br />

fibules dans de<br />

nombreuses<br />

civilisations, des<br />

Etrusques aux<br />

Mérovingiens.<br />

Combat<br />

ca. -250 à -200 av. J.-C.<br />

Cette remarquable fibule de type ‘‘à pied<br />

long’’ fut probablement fabriquée par<br />

un artisan grec pour un commanditaire<br />

ibérique. Son décor est particulièrement<br />

intéressant puisqu’il consiste en un guerrier<br />

nu, mais armé, combattant un fauve.<br />

L’épée cassée du personnage, ainsi que le<br />

casque et le bouclier constituent des motifs<br />

celtiques, caractéristiques des armes<br />

ibériques de l’époque. Plusieurs fibules<br />

ibériques de la même époque existent<br />

mais sont toutes en argent. Celle-ci est<br />

donc exceptionnelle tant en raison de son<br />

matériau que de la finesse de son décor.<br />

Les extrémités de l’arc prennent la forme<br />

de têtes de fauves tandis que le dessus est<br />

surmonté d’une crête de spirales évoquant<br />

des vagues. Des brins d’or torsadés ornent<br />

le pied, émergeant d’un côté de la gueule<br />

d’un chien, d’un sanglier de l’autre.<br />

Fibule Braganza, Espagne, or massif, verre incrusté,<br />

5 x 14 cm. Londres, The British Museum, inv. 2001,<br />

0501.1. © The Trustees of the British Museum<br />

Entrelacs<br />

début du VIIe siècle<br />

Typique du style développé en Lombardie<br />

au VIIe siècle, le décor de cette fibule combine<br />

des motifs d’entrelacs et des formes<br />

animales extrêmement stylisées : les onze<br />

boutons (il en reste 9) disposés en éventail<br />

sur la tête du bijou sont des masques d’animaux,<br />

tandis que des oiseaux garnissent<br />

la partie centrale ovale, dont la base se<br />

termine en tête de sanglier. Les entrelacs<br />

et autres motifs sont mis en valeur par<br />

l’usage du nielle.<br />

Fibule à tête rayonnante, Lombardie, argent doré,<br />

nielle. L. 16,3 cm. Londres, The British Museum, inv.<br />

1851,0806.10.<br />

Prestigieux<br />

ca. 775-800<br />

Trouvée en 1969 dans un puits à Dorestad,<br />

cette grande fibule s’est imposée comme<br />

l’une des découvertes archéologiques<br />

majeures des Pays-Bas. Fabriquée en or<br />

et sertie d’émaux cloisonnés de diverses<br />

couleurs ainsi que de perles et d’almandins<br />

(une pierre semi-précieuse de couleur<br />

rouge), c’est probablement au début du<br />

IXe siècle que cette pièce coûteuse fut<br />

dissimulée dans un puits, lors des invasions<br />

vikings qui menaçaient la région.<br />

Le travail en cloisonné, formant un motif<br />

chrétien de deux croix entrelacées, semble<br />

indiquer que le bijou fut fabriqué dans<br />

un atelier d’orfèvrerie de l’entourage de<br />

Charlemagne et qu’il fut porté par un haut<br />

dignitaire ecclésiastique.<br />

Fibule de Dorestad, Duurstede (Utrecht), or, émail,<br />

verre, almandin, perles, diam. 8,5 cm. Leyde, Rijksmuseum<br />

van Oudheden, inv. f 1978/1.1.<br />

71


Création divine<br />

fin du IXe siècle<br />

Le décor de cette broche en argent martelé et niellé est particulièrement<br />

soigné, sans doute parce que l’auteur souhaitait lui conférer une forte<br />

charge symbolique. Les seize petits médaillons qui entourent le disque<br />

central sont répartis en quatre groupes contenant chacun un visage humain,<br />

un motif floral, un oiseau et un quadrupède. Ces motifs renvoient<br />

à la création divine. Une composition également rigoureuse caractérise<br />

le cercle central, divisé en cinq zones présentant chacune une figure<br />

humaine. Ces personnages incarnent chacun l’un des cinq sens. Les<br />

origines inconnues de la broche ont pendant longtemps jeté un doute<br />

sur son authenticité, mais diverses analyses comparatives ont permis<br />

d’établir qu’elle fut bien façonnée à la fin du IXe ou au début du Xe siècle.<br />

Broche Fuller, culture anglo-saxonne, argent, nielle, diam. 11,4 cm. Londres, The British<br />

Museum, inv. OA 144.<br />

Bouquet de pierres<br />

premier quarti du XIVe siècle<br />

Découvert dans une maison de l’ancien quartier juif de la ville homonyme,<br />

le Trésor de Colmar réunit une cinquantaine de pièces d’orfèvrerie<br />

et trois cents monnaies. Il fut probablement enfoui lors de la Peste<br />

Noire qui déferla sur l’Europe au milieu du XIVe siècle et entraîna des<br />

persécutions contre la communauté juive tenue pour responsable de<br />

l’épidémie. Accessoire du costume féminin comme masculin, ce ‘‘fermail’’<br />

en forme de quadrilobe est richement orné de saphirs, de rubis,<br />

de grenats et de perles formant un bouquet de pierres, fréquents sur les<br />

bijoux des XIIIe et XIVe siècles.<br />

Fermail du Trésor de Colmar, France, saphirs, rubis, grenats et perles, 3,7 x 3,7 cm. Paris,<br />

Musée de Cluny, inv. Cl. 20672.<br />

Symbole de Cupidon<br />

ca. 1610-1620<br />

Comme les bagues, les broches décorées d’un cœur font partie des cadeaux<br />

très prisés au XVIIe siècle, alors donnés en gage d’amour. Le motif central,<br />

composé d’un rubis serti dans l’or formant un cœur et entouré d’un cœur<br />

de diamant lui-même percé de deux flèches contenant aussi des diamants,<br />

fait référence aux attributs de Cupidon, fils de Vénus, garnement qui tire<br />

aveuglément ses flèches sur celui ou celle qui n’a rien demandé mais tombe<br />

alors instantanément amoureux. Le revers du bijou conserve le portrait<br />

d’un homme peint à l’huile en miniature.<br />

Broche avec cœur, Prague, or, rubis, émeraudes, diamants, diam. 6,3 cm. Londres, The<br />

Victoria and Albert Museum, inv. M. 461-1936.<br />

72


En vogue<br />

XVIIIe siècle<br />

Le XVIIIe siècle voit le triomphe de la joaillerie et la prospérité qui s’installe au<br />

Siècle des Lumières entraîne la vogue des bijoux qui déborde du cercle jusqu’alors<br />

restreint des nobles et autres richissimes dignitaires. Par sa thématique et les matériaux<br />

utilisés, cette broche témoigne des somptueuses parures alors à la mode.<br />

Le thème du rinceau renvoie aux motifs floraux qui faisaient fureur, tandis que les<br />

diamants taillés en rose et en brillant sont caractéristiques de l’époque, surtout<br />

quand ils se marient aux pierres de couleurs, ici des émeraudes.<br />

Broche, France, or, émeraudes, diamants de taille rose et taille brillant, H. 8,5 cm. Paris, Musée des<br />

arts décoratifs, inv. 9912. © MAD, Paris / photo : Jean Tholance<br />

Les oiseaux du peintre<br />

1962<br />

Faune et flore<br />

ca. 1900<br />

Considéré comme l’inventeur du bijou<br />

moderne, René Lalique livre dans cette<br />

pièce la pleine mesure de sa virtuosité. Il y<br />

utilise des matériaux inusités à l’époque,<br />

mélangeant l’émail aux pierres fines, ici<br />

des aigues-marines. En outre, il confère<br />

une précieuse légèreté aux ailes des<br />

libellules en les traitant en plique-à-jour.<br />

Cette broche témoigne parfaitement de<br />

l’inspiration de la flore et de la faune qui<br />

amènera Lalique à concevoir des bijoux<br />

devenus référentiels dans l’Art nouveau.<br />

Ce bijou est aussi composé avec rigueur et<br />

inventivité : bien qu’entremêlées, les libel-<br />

Lalique osa user<br />

de matériaux très<br />

inhabituels pour<br />

l’époque.<br />

lules sont réparties symétriquement, leurs<br />

corps et pattes soulevant gracieusement<br />

les deux aigues-marines.<br />

René Lalique, broche Quatre libellules, or jaune et<br />

rose, diamants, émail plique-à-jour, aigues-marines,<br />

7,48 x11,75 cm, signé sur la tranche. Pescheteau-Badin,<br />

Paris, 02-12-2020. © Pescheteau-Badin.<br />

230.000 €<br />

Georges Braque ne s’est intéressé au<br />

domaine du bijou qu’à la fin de sa vie, suite<br />

à sa rencontre avec le diamantaire Heger<br />

de Löwenfeld qui produisit des modèles à<br />

partir de gouaches du maître. 110 gouaches<br />

ont ainsi servi de base aux bijoux exécutés<br />

entre 1952 et 1963, date de la mort de<br />

l’artiste. Outre les figures de la mythologie<br />

grecque, les oiseaux en vol s’imposent<br />

comme une thématique centrale dans ces<br />

œuvres. Cette broche figurant deux oiseaux<br />

se croisant fut créée pour Grace Kelly d’après<br />

la gouache intitulée Les Trois Grâces (1962).<br />

Une photographie réunissant la Princesse<br />

arborant Thalia et le peintre a immortalisé<br />

cette réalisation.<br />

Georges Braque, broche Thalia, New York, or jaune<br />

lisse et sauvage, diamants, éd. 5/8, gravée ‘‘bijoux<br />

de G. Braque’’, ca. 4 x 6 cm. © D. R.<br />

73


Joost Caen avec un vitrail néogothique. © photo : J. Willems<br />

Le vitrail en question<br />

Un vitrail coloré était jadis considéré<br />

comme le plus beau et le plus<br />

prestigieux des cadeaux. Cette<br />

forme d’art, peut-être la plus<br />

fragile, a résisté aux iconoclasmes<br />

et aux changements de mode. Les<br />

vitraux ayant subsisté témoignent<br />

d’un incroyable artisanat et d’une<br />

histoire turbulente. Ils sont ainsi<br />

parfois soigneusement préservés et<br />

collectionnés. Notamment par Joost<br />

Caen, dont l’immense collection<br />

est enfin montrée au public, en ce<br />

printemps.<br />

TEXTE : CELINE DE GEEST<br />

Décrétée par l’UNESCO, <strong>2022</strong> est<br />

l’année du verre et Roulers a saisi<br />

l’occasion de le célébrer. A l’occasion<br />

d’In Vitris, une des principales<br />

collections de vitraux au monde,<br />

celle de l’artiste verrier, restaurateur et<br />

collectionneur Joost Caen, est présentée au<br />

public. Ses vitraux, du Moyen Âge, du Siècle<br />

d’or et des Temps Modernes, révèlent<br />

l’émotion suscitée depuis des siècles chez<br />

les esprits tant religieux que séculiers<br />

par cet artisanat qui consiste à colorer le<br />

verre par cuisson d’oxydes métalliques, de<br />

cobalt, de cuivre ou de manganèse. Professeur<br />

émérite et auteur de nombreuses<br />

publications sur le verre coloré, Joost Caen<br />

possède aujourd’hui un savoir-faire unique<br />

et rare, reconnu au niveau international.<br />

Enfant, il accumulait un peu de tout dans<br />

« L’art verrier est<br />

en grande partie<br />

tombé en désuétude<br />

au XVIIIe siècle. »<br />

un vieux hangar derrière la maison familiale.<br />

Une pellicule retrouvée récemment le<br />

montre lors d’un voyage scolaire, photographiant<br />

des vitraux colorés. Lorsque,<br />

bien plus tard, il créa un vitrail lors de sa<br />

formation en art monumental à l’Académie<br />

des Beaux-Arts d’Anvers, l’étincelle<br />

jaillit enfin. Dix ans plus tard, Joost Caen<br />

lançait une nouvelle formation en conservation-restauration<br />

à l’ancien Institut<br />

74


National Supérieur, devenue aujourd’hui<br />

une formation universitaire : « À l’époque,<br />

nous n’étions pas aussi avancés dans les<br />

techniques de restauration du verre que<br />

dans la peinture, par exemple. Pour élever<br />

le niveau universitaire, nous avions besoin<br />

d’art verrier ancien afin d’essayer de nouvelles<br />

techniques. J’ai donc commencé par<br />

nécessité à en collecter ici et là. C’est vite<br />

devenu une passion. »<br />

CHEFS-D’ŒUVRE FLAMANDS<br />

De fil en aiguille, des marchés aux puces<br />

aux enseignes d’antiquités, Joost Caen a<br />

fini par s’adresser à des maisons de vente.<br />

Chez les antiquaires, il trouvait surtout<br />

des exemplaires des XIXe et XXe siècles<br />

alors que la formation portait sur toute<br />

l’histoire de l’art du verre. Dans les ventes<br />

aux enchères, il découvrit du verre ancien<br />

à bas prix, car ces pièces étaient souvent<br />

détériorées. Soit un état idéal pour remplir<br />

l’objectif qu’il s’était fixé : « Il y a très peu<br />

de connaisseurs et ceux-ci se connaissent<br />

entre eux. Mon collègue et co-auteur<br />

Kees Berserik et moi-même sommes en<br />

« J’ai accès à<br />

ces chefs-d’œuvre<br />

grâce à mon savoirfaire,<br />

pas grâce à<br />

mon argent. »<br />

(1502-1550) qui se trouvait dans un piteux<br />

état. Il en existe deux autres exemplaires au<br />

Rijksmuseum, un dans l’église de Bremley<br />

et deux au Victoria & Albert Museum. Le<br />

mien est le second panneau en provenance<br />

des chartreux flamands à demeurer sur le<br />

sol flamand, l’autre se trouve au musée M<br />

de Louvain. Quantité d’autres panneaux<br />

destinés aux chartreux sont à New York, au<br />

Metropolitan Museum of Art. » Les pièces<br />

les plus anciennes qu’il possède datent de<br />

la fin du XIIIe siècle. Ce verre ancien est<br />

très rare, en raison des nombreuses catastrophes<br />

qui frappèrent nos contrées. De<br />

fait, les Pays-Bas furent souvent le champ<br />

de bataille de l’Europe. Ainsi, les vitraux<br />

médiévaux entiers sont très rares. Joost<br />

Caen : « S’il arrive de trouver des vitraux<br />

d’avant 1400, ce sont souvent des panneaux<br />

composés de fragments médiévaux juxtaposés.<br />

Il s’agit aussi rarement de panneaux<br />

exécutés dans nos contrées. Les vitraux<br />

les plus anciens proviennent d’Italie et<br />

datent du VIe ou du VIIe siècle. Les traces<br />

les plus anciennes de l’art du vitrail dans le<br />

Benelux se trouvent à l’abbaye de Stavelot<br />

et remontent aux VIIIe ou IXe siècles. Il<br />

s’agit de fragments archéologiques de verre<br />

et de plomb. Le vitrail le plus ancien du<br />

Benelux est celui de l’église de Zichem et<br />

date d’environ 1380. Le château de Rumcontact<br />

avec quelques collectionneurs<br />

de France, d’Angleterre et des États-Unis.<br />

Nous connaissons le dada de chacun,<br />

échangeons des informations par téléphone<br />

et ne nous faisons pas concurrence.<br />

Je suis le plus accommodant de tous, car<br />

j’achète les pièces les plus endommagées.<br />

J’ai ensuite le plaisir de les restaurer pour<br />

les rendre dignes des musées. C’est un<br />

atout par rapport à d’autres antiquaires,<br />

qui craignent de mettre beaucoup d’argent<br />

dans la restauration. Ils préfèrent acheter<br />

les pièces présentables, vendables. J’ai<br />

récemment acquis et restauré un magnifique<br />

panneau de Pieter Coecke d’Alost<br />

Joost Caen, Horizon doré, Schoten, 2020, verre<br />

jaune argenté sur verre clair et opalescent soufflé<br />

à la bouche, plomb, 42,5 x 65 cm. © de l’artiste<br />

Groupe des “Pseudo Ortkens”, Le Triomphe de la Chasteté, Bruxelles, ca. 1525, peinture en grisaille et jaune<br />

d’argent sur verre cerclé teinté, diam. 22,9 cm.<br />

75


« J’ai le plaisir<br />

de restaurer ces pièces<br />

afin de les rendre<br />

dignes d’intégrer des<br />

musées. »<br />

Vitrail Art deco de l’atelier de Frans-David Crickx,<br />

Bruxelles, 1931, glace, verre structurel et opalescent<br />

«américain», 158,5 x 48 cm. Provenance :<br />

Couvent de Bethlehem, Duffel. © D. R.<br />

beke à Roulers possède le vitrail le plus<br />

ancien de l’ex-Comté de Flandre, et qui<br />

date de 1470. » Il n’est donc pas étonnant<br />

que Roulers, également lieu de naissance<br />

de Joost Caen, soit aujourd’hui le décor<br />

de la première exposition d’une collection<br />

qui compte à l’heure actuelle plus de 2 500<br />

panneaux et fragments, dont cinq chefsd’œuvre<br />

flamands.<br />

UNE DIFFUSION INTERNATIONALE<br />

Mais qu’est-ce qui fait d’un vitrail coloré<br />

un chef-d’œuvre ? Joost Caen explique :<br />

« Il s’agit d’un certain nombre de médaillons,<br />

ou petits vitraux ronds. Je me suis<br />

toujours intéressé aux médaillons ou ce<br />

que l’on appelle ‘‘petit verre’’. Un amateur<br />

privé aura du mal à collectionner les<br />

grands vitraux monumentaux parce qu’il<br />

ne peut les installer aisément dans une<br />

maison ou un atelier. Je possède un peu<br />

de verre monumental, rangé en panneaux<br />

individuels dans une caisse ou sur un<br />

rayonnage. Les vitraux d’église ont presque<br />

exclusivement un caractère religieux. Leur<br />

diversité est très grande, y compris dans<br />

les plus petits formats, ce que reflète ma<br />

Pieter Coecke d’Alost, Personification de la Géometrie,<br />

Anvers, ca. 1535, peinture en grisaille et<br />

jaune argenté sur verre cylindrique teinté, 24 x 13<br />

cm, inscription : “Geometeria / Verum mensuras<br />

(…)” (On mesure la vérité). © D. R.<br />

collection. » Les chefs-d’œuvre flamands<br />

incluent un médaillon du XVe siècle dont<br />

un losange similaire, peut-être du même<br />

atelier, se trouve au Metropolitan Museum<br />

of Art, un panneau du XVIIe siècle, provenant<br />

du béguinage de Hasselt et dont les<br />

deux autres sont au Victoria and Albert<br />

Museum, et un archevêque du XVe dont le<br />

Getty Museum possède le panneau correspondant.<br />

La majeure partie de la collection<br />

de Joost Caen remonte toutefois aux<br />

XVIe et XVIIe siècles, car Anvers était alors<br />

le centre de la production verrière, non<br />

seulement pour les Pays-Bas, mais pour<br />

l’ensemble du monde : « On trouve, par<br />

exemple, des vitraux du XVIe siècle d’artistes<br />

verriers anversois au King’s College<br />

de Cambridge. Le roi d’Angleterre trouvait<br />

la production des verriers brabançons supérieure<br />

à celle de Londres. Il fit donc venir<br />

des peintres verriers, mais la guilde locale<br />

leur interdit de s’établir à l’intérieur de la<br />

ville. Dès lors, le roi leur indiqua un territoire<br />

extra-muros. Des vitraux anversois<br />

figurent aussi dans la cathédrale de Grenade<br />

en Espagne et dans la bibliothèque<br />

de la basilique San Lorenzo de Florence,<br />

un bâtiment conçu par Michel-Ange. » Au<br />

XVIIIe siècle, l’art du vitrail est en grande<br />

partie tombé en désuétude. La collection<br />

des XIXe et XXe siècles de Joost Caen<br />

montre toutefois clairement l’évolution<br />

d’un renouveau à l’époque du néogothique<br />

et du romantisme jusqu’à l’Art nouveau et<br />

l’Art déco, puis le postimpressionnisme et<br />

le modernisme. «La collection touche des<br />

gens avec lesquels j’ai été en contact dans<br />

ma jeunesse, comme Michel Martens. »<br />

MECONNAISSANCE ET DESAMOUR<br />

« La notoriété de cet art verrier est très<br />

restreinte », soupire Joost Caen, « tant<br />

auprès du grand public que des historiens<br />

de l’art professionnels. » Au Moyen Âge<br />

ainsi qu’aux XVIe et XVIIe siècles, le vitrail<br />

constituait le cadeau le plus précieux qui<br />

soit. De riches citoyens, frères de guilde,<br />

évêques et membres de la cour s’offraient<br />

des vitraux colorés quand il importait de<br />

faire bonne impression. Un vitrail coûtait<br />

alors plus cher qu’un tapis, un tableau<br />

ou un retable, les tableaux arrivant juste<br />

derrière dans la liste des cadeaux de prix.<br />

« À la fin du XVIIIe siècle et pendant tout<br />

le XIXe, les historiens de l’art commencent<br />

à différencier les beaux-arts des arts appliqués.<br />

Peinture, sculpture et architecture<br />

sont alors considérées comme plus importantes<br />

et le vitrail passe de mode comme<br />

76


Pieter Coecke d’Alost, Le prieur Jan Gay et son saint patron Jean l’Évangéliste, Anvers, ca. 1540,peinture en grisaille, jaune d’argent et sanguine sur verre cylindrique<br />

teinté et coloré, 65,5 x 48 cm, inscription : “Donavit Dominus Johannes Gaÿ, Prior domus Hollandiae Cartusiensium” (Le révérend Jan Gaÿ, prieur de la maison hollandaise<br />

des chartreux, a fait don de cette maison à l’association.). Provenance : peut-être le monastère des Chartreux de Lier. Avant et après restauration. © D. R.<br />

« Lorsque des vitraux colorés font partie<br />

intégrante d’un bâtiment, ils ont une valeur<br />

patrimoniale. »<br />

autorités ont manifesté un certain intérêt.<br />

L’Angleterre, l’Allemagne et la Suisse possèdent<br />

leur musée du verre, il existe trois<br />

centres en France et il n’y a toujours rien<br />

dans le Benelux, à l’exception de celui de<br />

Charleroi. J’espère pouvoir apporter, avec<br />

ma collection, la contribution décisive à la<br />

création d’un futur musée du vitrail. »<br />

d’autres arts appliqués. Cette méconnaissance<br />

devient vite synonyme de désamour<br />

et la valeur historique des vitraux<br />

demeure négligée. » La situation n’a fait qu’<br />

empirer jusqu’à nos jours. Il arrive ainsi à<br />

Joost Caen de sauver des vitraux de la bulle<br />

à verre car ceux-ci n’ont plus leur place<br />

dans un intérieur moderne ou rendent la<br />

pièce trop sombre. A ceux qui ne savent<br />

quoi faire de leurs vitraux colorés anciens,<br />

il conseille de ne rien jeter ! Car ce qui est<br />

sans valeur aujourd’hui sera hors de prix<br />

demain : « Enfant, je me suis intéressé à<br />

un service Gallé et Daum vendu 200 francs<br />

belges dans une brocante. Ma mère ne<br />

m’a pas autorisé à l’acheter et je le regrette<br />

encore. Le marché de l’art a radicalement<br />

changé en l’espace de 20 ans. Lorsque<br />

des vitraux colorés font partie intégrante<br />

d’un bâtiment, ils ont une valeur patrimoniale.<br />

Les propriétaires futurs voudront<br />

donc peut-être remettre ces vitraux<br />

en place. J’invite tous ceux qui trouvent<br />

des panneaux dans des conteneurs à les<br />

prendre en photo et à me les envoyer. Je<br />

pourrai leur dire rapidement si cela a ou<br />

non de la valeur. » La collection de Joost<br />

Caen n’a rien à envier à celles des musées<br />

flamands : « Mais nos musées montrent<br />

relativement peu d’art verrier. Le Rijksmuseum<br />

remporte la palme, le M de Louvain<br />

possède une belle collection, mais n’en<br />

montre qu’une petite partie, le MAS et les<br />

musées de Bruges ne montrent pratiquement<br />

rien, ni le Bijloke de Gand, où il n’y a<br />

pas grand-chose à voir après la rénovation.<br />

Mon rêve est de fonder un centre d’étude<br />

et de documentation sur le verre qui hébergerait<br />

ma collection. Je souhaite offrir<br />

aux jeunes la chance d’y faire des études,<br />

tant en sciences naturelles qu’en histoire<br />

de l’art. J’ai déjà pris des contacts et les<br />

VISITER<br />

In Vitris<br />

Augustijnenkerk, Klein Seminarie College,<br />

Roulers<br />

www.erfgoedkleinseminarie.be<br />

du 22-04 au 29-05<br />

CONTACTER<br />

Prof. Joost Caen<br />

jc@joostcaen.be<br />

www.joostcaen.com<br />

SURFER<br />

Atelier Flores : www.vitrauxflores.be<br />

Pierre Majerus : www.majerus-vitrail.be<br />

77


Focus<br />

International<br />

85.120 €<br />

Melchior de Hondecoeter, Oiseaux de basse-cour<br />

dans un paysage, huile sur toile, 120 x 100 cm.<br />

Herbette, Doullens, 06-02. © Herbette<br />

190.000 £ (250.000 €)<br />

Paire de garnitures ‘‘à la chinoise’’, Angleterre, ca.<br />

1730, argent doré, H. 38 cm. Christie’s, Londres, 08-<br />

02. © Christie’s Images Ltd.<br />

35.560 €<br />

Frans Snyders, Nature morte avec femme portant un plat,<br />

plume et encre brune sur trait de crayon noir, 25 x 40 cm.<br />

Beaussant Lefèvre, Paris, 10 & 11-02. © Beaussant Lefèvre<br />

ON A VENDU<br />

Les poules de<br />

Hondecoeter<br />

s’envolent à<br />

Doullens<br />

Les oiseaux ont tenu une place<br />

de choix au sein de la nature<br />

morte du XVIIe siècle hollandais.<br />

Avec l’essor des cabinets de curiosités<br />

et des encyclopédies, les<br />

artistes découvrent les espèces<br />

des quatre coins du monde et<br />

peuvent étudier chacun de leurs<br />

aspects morphologiques, source<br />

d’inspiration inépuisable. Ainsi<br />

naquirent, sous les pinceaux<br />

de Frans Snyders, Paul de Vos<br />

ou encore Jan Van Kessel, des<br />

compositions baptisées ‘‘concert<br />

d’oiseaux’’ (vogelconcert), dans<br />

lesquelles les volatiles presque<br />

humanisés chantent autour<br />

d’une partition. Il s’agissait alors<br />

de mettre l’accent sur la diversité<br />

de leur genre. Les générations<br />

suivantes ont poursuivi cette thématique<br />

en oubliant la symbolique<br />

musicale pour se concentrer<br />

sur un vibrant réalisme, à<br />

l’instar de Melchior de Hondecoter<br />

(1636-1695). Issu d’une<br />

dynastie de peintres d’Utrecht,<br />

l’artiste apprit le métier auprès<br />

de son père, Gijsbert, et de son<br />

oncle Jan Baptist Weenix. De ce<br />

dernier, il retint une manière<br />

italianisante et un style décoratif.<br />

Après être passé par La Haye<br />

entre 1658 et 1662, il s’installe<br />

l’année suivante à Amsterdam,<br />

se spécialisant dans les peintures<br />

de natures mortes et d’oiseaux,<br />

qu’il place au cœur d’un paysage<br />

souvent coupé en partie centrale<br />

par un mur ou une clôture,<br />

comme c’est le cas dans la toile<br />

intitulée Oiseaux de basse-cour<br />

dans un paysage que proposait,<br />

le 6 février, la salle Herbette<br />

de Doullens, dans la Somme.<br />

Estimée fort chichement entre<br />

20.000 et 30.000 euros, cette<br />

famille de gallinacés dominée<br />

par un superbe coq, emblématique<br />

du travail sophistiqué<br />

de son auteur, quadruplait son<br />

estimation basse en s’adjugeant<br />

pas moins de 85.120 euros. Un<br />

prix plutôt conforme à la réalité<br />

du marché de ce peintre qui<br />

connaît une belle embellie et un<br />

engouement certain auprès des<br />

collectionneurs, notamment du<br />

Nord de l’Europe.<br />

Une paire de<br />

chinoiseries réjouit<br />

Christie’s<br />

Associant un singulier bol octogonal<br />

chinois avec couvercle,<br />

datant des environs de 1730, sa<br />

copie anglaise et des socles en<br />

argent doré, le tout fabriqué à<br />

Londres, en 1810, par l’orfèvre de<br />

la Cour Paul Storr, cette paire de<br />

garnitures au décor chinoisant<br />

d’oiseaux, d’animaux et de fleurs,<br />

est inscrite du blason de Thomas<br />

Reynolds Moreton, 4e baron de<br />

Ducie, puis 1er comte de Ducie<br />

(1776-1840), et de son épouse<br />

Lady Frances Herbert, fille de<br />

Henry Herbert, 1er comte de Carnarvon,<br />

épousée en 1797. Typique<br />

de la mode des chinoiseries,<br />

encouragée par les importations<br />

de la Compagnie anglaise<br />

des Indes orientales, la coupe<br />

originelle, rare exemple du XVIIIe<br />

siècle d’argenterie chinoise d’exportation<br />

qui nous soit parvenu,<br />

fit d’abord un crochet par la<br />

vice-royauté coloniale espagnole<br />

du Pérou, avant de se retrouver<br />

dans les ateliers londoniens des<br />

orfèvres royaux. Estimée entre<br />

50.000 et 80.000 livres sterling,<br />

la paire était proposée lors<br />

d’enchères en ligne par Christie’s<br />

Londres. A la clôture de celles-ci,<br />

le 8 février, son prix avait atteint<br />

190.000 livres (250.000 euros) !<br />

Succès pour la<br />

Collection Ulmann<br />

chez Beaussant<br />

Lefèvre<br />

Si le XVIIIe fut, en France, le<br />

siècle de prédilection du dessin,<br />

ce sont les feuilles des écoles<br />

hollandaises et flamandes du<br />

XVIIe qui eurent plus particulièrement<br />

les faveurs de Jacques<br />

(1917-2011) et Colette Ulmann<br />

(1920-2021), dont la collection<br />

était mise à l’encan, les 10 et<br />

11 février, à Drouot, par l’étude<br />

Beaussant Lefèvre. Un millier<br />

de dessins étaient inscrits au<br />

catalogue, pour certains vendus<br />

en lots, les plus modestes à partir<br />

de quelques centaines d’euros.<br />

Parmi les feuilles les plus attendues,<br />

cette Nature morte avec<br />

une femme portant un plat, de<br />

l’Anversois Franz Snyders (1579-<br />

1657), étude préparatoire, avec<br />

de nombreuses variantes, d’un<br />

tableau conservé dans la collection<br />

Fritz Frey à Burgenstock près<br />

de Lucerne. Estimée entre 15.000<br />

et 20.000 euros, cette plume et<br />

encre brune sur trait de crayon<br />

noir était emportée 35.560 euros.<br />

Citons encore les 44.950 euros<br />

donnés pour le projet d’Adriaen<br />

Pietersz. van de Venne pour le<br />

frontispice du Sinne-en-Minnebeelden<br />

(ou Livre des emblèmes)<br />

du poète Jacob Cats (1577-1660),<br />

publié aux Pays-Bas en 1618.<br />

L’ensemble de la collection générait<br />

plus d’un million d’euros.<br />

78


18.325.000 HKD (2.087.000 €)<br />

Rarissime parure (collier modulable en bracelet, pendants d’oreille et bague) de<br />

cabochons de jadéite (pour 307.55 carats) et diamants poire, montés sur or blanc<br />

18 carats. Sotheby’s, Hong Kong, 18-02. © Sotheby’s<br />

26.250 €<br />

Kees van Dongen, Conversation dans la<br />

rue, ca. 1900, aquarelle et lavis à l’encre<br />

noire, 27 x 21,5 cm. Rennes Enchères<br />

OVV, Rennes, 24-02. © Rennes<br />

Enchères<br />

27.048 €<br />

Jan I Borreman (att.), Annonciation,<br />

ca. 1480-1510, noyer sculpté en haut<br />

relief, 42 x 26 cm. Coutau-Bégarie,<br />

Paris, 25-02. © Coutau-Bégarie<br />

Fabuleuse jadéite<br />

chez Sotheby’s<br />

Une imposante parure volait la<br />

vedette lors de la vente de joaillerie<br />

organisée par Sotheby’s, le<br />

18 février à Hong Kong. Extrêmement<br />

rare, cet ensemble composé<br />

d’un collier transformable en<br />

bracelets, de pendants d’oreille<br />

et d’une bague, est orné de diamants<br />

poire et de cabochons de<br />

jadéite, pierre particulièrement<br />

vénérée en Chine où elle est<br />

réputée éloigner l’esprit du mal.<br />

Symbole de pouvoir en tant que<br />

pierre impériale, mais aussi de<br />

pureté et d’élégance, la jadéite<br />

était notamment l’apanage des<br />

impératrices, dont la fameuse<br />

Ci Xi, qui s’était constitué une<br />

imposante collection. Rarissime à<br />

l’état naturel, sa couleur verte est<br />

aussi la plus prisée. Apparaissant<br />

encore plus aléatoirement sur<br />

le marché de l’art, un ensemble<br />

aussi important (307.35 carats)<br />

s’est tout naturellement envolé à<br />

18,3 millions de dollars de Hong<br />

Kong (2 millions d’euros).<br />

Van Dongen et Van<br />

Orley à Rennes<br />

Une belle vente était proposée à<br />

Rennes, le 24 février. S’en détachait<br />

d’abord une Vierge à l’Enfant<br />

avec un ange peinte vers 1540<br />

dans l’atelier de Bernard van Orley<br />

(1488-1541). Ce panneau reprend<br />

toutes les caractéristiques de la<br />

manière de cet artiste bruxellois<br />

qui portraitura Charles Quint,<br />

l’empereur d’Allemagne Ferdinand<br />

Ier ou encore la reine du<br />

Danemark Isabelle, avant d’être<br />

nommé en 1518 peintre de la<br />

cour de Marguerite d’Autriche,<br />

gouvernante-générale des Pays-<br />

Bas. Cette jolie maternité récoltait<br />

56.250 euros. Dans un tout autre<br />

registre, on notait une aquarelle<br />

et lavis d’encre noire par Kees Van<br />

Dongen, mettant en scène une<br />

Conversation dans la rue. De cette<br />

curieuse feuille, signée en bas à<br />

gauche et datant visiblement des<br />

années 1900, Rennes Enchères<br />

OVV obtenait 26.250 euros.<br />

Le premier<br />

Borreman chez<br />

Coutau-Begarie<br />

Dynastie de sculpteurs belges,<br />

les Borreman s’étendent sur<br />

quatre générations, de 1460<br />

à 1590, Le plus célèbre représentant,<br />

Jan II dit l’Ancien (ca<br />

1460-1520), établi à Bruxelles,<br />

atteignit une maîtrise absolue de<br />

la sculpture sur bois. Son père,<br />

Jan I, était également sculpteur.<br />

On pense qu’il fut l’auteur du<br />

groupe sculpté dans le Brabant<br />

vers 1480-1510, proposé à Drouot<br />

par Coutau-Bégarie, le 25 février.<br />

Cette délicate Annonciation, qui<br />

faisait probablement partie d’un<br />

retable, est en noyer sculpté. Un<br />

haut relief adjugé 27.048 euros.<br />

Records en nombre<br />

à Londres<br />

Portés par de solides enchères<br />

asiatiques, les résultats enregistrés<br />

début mars par les<br />

grands auctioneers Christie’s<br />

et Sotheby’s, en deux jours de<br />

vente qui mélangeaient périodes<br />

et fuseaux horaires ont plus que<br />

jamais illustré l’état de déconnexion<br />

du marché international<br />

de l’art, pratiquement hors sol et<br />

paraissant totalement insensible<br />

à la guerre qui secoue l’Europe.<br />

A moins que ce n’ait été son<br />

chant du cygne… Quoi qu’il en<br />

soit, le 1er mars, le marathon<br />

de Christie’s, qui débutait à<br />

Shanghai avant de se poursuivre<br />

à Londres, s’inscrivait dans la<br />

fourchette d’estimations, avec<br />

un résultat total de 249 millions<br />

de livres sterling (297 millions<br />

d’euros) et 90 % de lots vendus.<br />

Le clou de la vente, Les Renards<br />

de Franz Marc, merveilleuse<br />

œuvre cubiste, spoliée par les<br />

nazis et récemment restituée par<br />

le musée Kunstpalast de Düsseldorf<br />

aux héritiers de Kurt et<br />

Else Grawi, doublait le précédent<br />

record de l’artiste avec une adjudication<br />

à 42,7 millions de livres<br />

sterling (51 millions d’euros). Le<br />

lendemain, Sotheby’s confirmait<br />

l’enthousiasme des acheteurs<br />

pour les grands noms de la<br />

modernité, en totalisant 221,4<br />

millions de livres sterling (264,2<br />

millions d’euros) en deux ventes<br />

d’art moderne et contemporain.<br />

Star de la soirée, L’empire<br />

des lumières de René Magritte<br />

dont se séparait la collectionneuse<br />

bruxelloise Anne-Marie<br />

Gillion-Crowet. L’œuvre, qui<br />

avait été garantie, était adjugée<br />

59,4 millions de livres (71<br />

millions d’euros), acquise par<br />

un collectionneur asiatique et<br />

triplant le précédent record du<br />

maître surréaliste. Le 3 mars et le<br />

jour d’après, l’auctioneer Phillips<br />

engrangeait pas moins de 7 nouveaux<br />

records du monde lors de<br />

sa double vente londonienne en<br />

art contemporain qui totalisait<br />

41,9 millions de livres sterling<br />

(50,7 millions d’euros). Parmi les<br />

artistes les plus suivis des enchérisseurs,<br />

Caroline Walker. Sa toile<br />

A Scattering (2011) n’était ainsi<br />

pas loin de décupler les estimations<br />

en s’adjugeant 327.600<br />

livres sterling (396.330 euros).<br />

79


Focus<br />

International<br />

42.700.000 £<br />

(56.300.000 €)<br />

Franz Marc, Les Renards, 1913, huile<br />

sur toile, 88 x 66 cm. Christie’s,<br />

Londres, 01-03.© Christie’s Images<br />

Ltd.<br />

59.422.000 £ (71.000.000 €)<br />

René Magritte, L’empire des lumières, 1961, huile sur toile,<br />

114,5 x 146 cm. Sotheby’s, Londres, 02-03. © Sotheby’s<br />

327.600 £ (396.330 €)<br />

Caroline Walker, A Scattering, 2011, huile sur toile, 166,7 x 199,8<br />

cm. Phillips, Londres, 04-03. © Phillips<br />

Nouveau record<br />

du monde pour<br />

Line Vautrin chez<br />

Christie’s<br />

Le 8 mars, à l’occasion de la<br />

Journée internationale des droits<br />

des femmes, Christie’s Paris<br />

organisait sa première vente en<br />

live de l’année. Intitulée Différents<br />

Éclats de Paradis : Œuvres<br />

de Line Vautrin, elle générait 3,3<br />

millions d’euros et attirait des<br />

enchérisseurs de 18 pays, venus<br />

rendre hommage à Line Vautrin et<br />

à sa fille Marie-Louise Bonnaud-<br />

Vautrin, décédée quelque jours<br />

auparavant. Un nouveau record<br />

d’enchères était établi avec un<br />

miroir en talosel orné de feuilles<br />

de verre vertes. Cette pièce, seul<br />

exemplaire jamais enregistré de<br />

ce modèle, était vendue 491.400<br />

euros, près de cinq fois l’estimation<br />

basse fixée à 120.000 euros.<br />

Sept ans après le succès de la<br />

vente de la collection personnelle<br />

de Marie-Laure Bonnaud-Vautrin,<br />

en mai 2015, cette vente réunissait<br />

un large éventail de créations de<br />

l’artiste provenant de plusieurs<br />

collections privées : miroirs, boîtes,<br />

bijoux et accessoires précieux<br />

illustrant l’univers poétique et la<br />

délicatesse de cette élégante Parisienne.<br />

Parmi les objets-phares<br />

de la vente, l’iconique miroir Folie<br />

en talosel noir plus que doublait<br />

son estimation en atteignant<br />

327.600 euros, tandis que le miroir<br />

Chardon, se vendait 107.100 euros,<br />

plus du double de l’estimation<br />

et que le miroir Sequins partait<br />

à 113.400 euros. Les boîtes et<br />

accessoires attiraient également<br />

l’attention des enchérisseurs : un<br />

poudrier en bronze doré (1940)<br />

représentant les constellations<br />

atteignait ainsi 40.320 euros, plus<br />

de huit fois l’estimation, tandis<br />

qu’une boîte en bronze doré<br />

était adjugée 27.720 euros, au<br />

triple de l’estimation. Le même<br />

jour, la maison Gros & Delettrez<br />

rendait, elle aussi hommage à<br />

un siècle de création féminine à<br />

travers les œuvres de Charlotte<br />

Perriand, Sonia Delaunay, Line<br />

Vautrin, Eileen Gray, Elizabeth<br />

Garouste et de nombreuses autres<br />

femmes dans les domaines de la<br />

peinture, du design, du mobilier,<br />

de la sculpture et même des<br />

bijoux d’art. Les collectionneurs<br />

pouvaient ainsi découvrir des<br />

miroirs de Line Vautrin et Marion<br />

de Crecy ainsi que des chaises de<br />

Claude Lalanne. De la première,<br />

un miroir modèle Romain, à<br />

structure en talosel et incrustations<br />

de plaquettes de verre,<br />

s’adjugeait 52.000 euros, dans la<br />

fourchette des estimations. De la<br />

deuxième, un miroir rectangulaire<br />

en céramique émaillée dépassait<br />

légèrement son estimation haute<br />

en s’adjugeant 3.640 euros (frais<br />

inclus), tandis que de la dernière<br />

une paire de chaises aux ‘‘branchettes’’,<br />

en bronze à patine dorée<br />

et laiton, était emportée 104.000<br />

euros (chaque exemplaire), soit au<br />

total 208.000 euros hors frais.<br />

ON VENDRA<br />

La Collection Edric<br />

van Vredenburgh<br />

chez Sotheby’s<br />

Le 13 avril, Sotheby’s disperse<br />

à Paris la collection du Bruxellois<br />

Edric van Vredenburgh.<br />

À contre-courant des cabinets de<br />

curiosités traditionnels connus<br />

en Europe depuis la Renaissance,<br />

cet ensemble propose un autre<br />

regard sur des œuvres précieuses<br />

et originales. Enfant déjà, le père<br />

d’Edric van Vredenburgh, formé<br />

aux arcanes de l’entomologie au<br />

British Museum, transmet à son<br />

fils cet intérêt pour les phénomènes<br />

et choses curieuses de la<br />

nature. En grandissant, son goût<br />

se porte naturellement vers les arts<br />

décoratifs, s’intéressant pour les<br />

mêmes raisons à l’origine des objets,<br />

à leur histoire et au contexte<br />

culturel dans lequel ils ont été<br />

créés. L’ensemble réuni dans cette<br />

vente représente la collection personnelle<br />

d’Edric van Vredenburgh.<br />

Ces œuvres sont celles dont il s’est<br />

entouré ces dernières années,<br />

principalement depuis son installation<br />

dans un loft du centre de<br />

la capitale belge. Ils sont le fruit<br />

d’une quête et de voyages incessants<br />

auprès des marchands du<br />

monde entier et dans les ventes<br />

aux enchères. De ses débuts dans<br />

le commerce d’antiquités de son<br />

père jusqu’à son propre succès,<br />

Edric van Vredenburgh sut gagner<br />

la reconnaissance de ses pairs et<br />

la confiance des plus grands collectionneurs<br />

et institutions. D’un<br />

ensemble exceptionnel d’objets<br />

sculptés en pierre dure, de vases<br />

et de mortiers en porphyre, à un<br />

relief italien en marbre de Porto<br />

80


491.400 €<br />

Line Vautrin, Miroir, ca. 1960, pièce<br />

unique. Christie’s, Paris, 08-03.<br />

© Christie’s Images Ltd.<br />

Est. 300.000-400.000 €<br />

Sceau impérial, Chine, dynastie Qing, époque Qianlong, XVIIIe<br />

siècle, néphrite. Beaussant Lefèvre, Paris, 15-04. © Beaussant<br />

Lefèvre<br />

Est. 48.000.000 $ (43.493.000 €)<br />

Le diamant De Beers Cullinan Blue, 15.10 carats. Sotheby’s,<br />

Hong Kong, 28-04. © Sotheby’s<br />

Santo représentant un lion, en<br />

passant par d’extraordinaires<br />

objets d’Alaska, d’appuie-têtes<br />

d’Afrique centrale et du Sud, de<br />

lances jumonji japonaises de<br />

l’époque Edo, de massues de Mélanésie<br />

et de Polynésie, ou encore<br />

un incroyable coffret moghol en<br />

marqueterie et un magnifique<br />

collier hawaïen lei niho provenant<br />

de la collection Nathaniel Bright<br />

Emerson, cet assortiment offre un<br />

saisissant voyage dans le temps et<br />

au fil des civilisations, qui propose<br />

aux collectionneurs un riche<br />

éventail illustrant les créations<br />

des hommes, de la nature et du<br />

temps.<br />

Un sceau impérial<br />

chinois à Drouot<br />

Le 15 avril, à l’Hôtel Drouot, la maison<br />

de ventes Beaussant Lefèvre &<br />

Associés présente, dans une vente<br />

d’arts d’Asie, un important sceau<br />

impérial de l’époque Qing (1644-<br />

1912) ayant appartenu à l’empereur<br />

Qianlong (1736-1795). Découvert<br />

par la maison de ventes au cours<br />

d’un inventaire, ce sceau provient<br />

d’une collection privée française,<br />

dans laquelle il est resté près<br />

d’un siècle. Sculpté en néphrite<br />

vert épinard et figurant un lion<br />

assis jouant avec une balle, ce<br />

rare cachet qui illustre à merveille<br />

la beauté et l’importance de la<br />

culture du sceau sous la dynastie<br />

Qing est estimé entre 300.000 et<br />

400.000 euros. Pour comprendre<br />

la culture du sceau en Chine, il est<br />

important de savoir qu’apposer<br />

son cachet – sur une œuvre, un<br />

document, etc. – n’exprime pas<br />

la notion de propriété. Apposer<br />

son sceau, c’est exprimer son<br />

approbation. On retrouve ainsi<br />

parfois, sur une même œuvre,<br />

plusieurs cachets d’Empereurs<br />

successifs. Le développement de<br />

la culture chinoise du cachet a<br />

atteint son apogée au cours des<br />

dynasties Ming et Qing. Les lettrés<br />

cherchaient en effet à combiner la<br />

calligraphie, la peinture et le sceau<br />

pour atteindre la perfection dans<br />

leurs créations artistiques. Les<br />

artisans explorent alors l’utilisation<br />

de matériaux très variés (néphrite,<br />

stéatite, ivoire, bambou, cristal de<br />

roche ou encore bronze), ainsi que<br />

des formes diverses (carrés, ronds,<br />

rectangulaires, ovales, etc.). Toutes<br />

ces possibilités leur permettent de<br />

développer un nouveau moyen<br />

d’expression artistique. Les 1 800<br />

cachets que possédait l’empereur<br />

Qianlong illustrent bien l’importance<br />

de cette culture du sceau<br />

de l’époque. Enfin, issus de la<br />

même collection, un ensemble<br />

d’objets sculptés dans des pierres<br />

dures sont également proposés.<br />

Les plus importants sont sculptés<br />

en néphrite, à l’instar d’une<br />

importante coupe de mariage en<br />

néphrite céladon du XVIIIe siècle,<br />

estimée entre 40.000 et 60.000<br />

euros, d’une chope couverte en<br />

néphrite brun noir estimée 30.000<br />

à 40.000 euros ou encore d’un<br />

poisson sculpté dans de l’aiguemarine,<br />

estimé entre 6.000 et<br />

8.000 euros.<br />

Un diamant bleu<br />

pour Sotheby’s<br />

Le 28 avril, surfant sur la vogue des<br />

diamants de couleur (lire <strong>COLLECT</strong><br />

AAA n°514, mars <strong>2022</strong>) Sotheby’s<br />

proposera à Hong Kong un<br />

exceptionnel diamant bleu de 15.10<br />

carats, le De Beers Cullinan Blue.<br />

Cet extraordinaire trésor naturel,<br />

taillé dans une pierre brute<br />

exceptionnelle découverte en avril<br />

2021, est l’un des diamants bleus<br />

les plus précieux jamais proposés<br />

aux enchères puisqu’il est le plus<br />

grand diamant bleu vif jamais<br />

présenté aux enchères et le plus<br />

grand diamant bleu vif taillé en<br />

gradins sans défaut interne que le<br />

Gemological Institute of America<br />

(GIA) ait jamais classé. Parmi les<br />

plus rares de tous les diamants<br />

de couleur, les diamants bleus<br />

constituent un fabuleux hasard<br />

de la nature, leur couleur étant<br />

généralement due à la présence<br />

de traces de bore, un élément<br />

rare, dans leur réseau cristallin. En<br />

outre, il existe très peu de sources<br />

d’approvisionnement, la plupart<br />

étant extraits de la mine Cullinan,<br />

en Afrique du Sud. Le De Beers<br />

Cullinan Blue a, qui plus est, été<br />

classé ‘‘Fancy Vivid Blue’’, le plus<br />

haut degré de couleur possible, et<br />

doté d’une clarté exceptionnelle,<br />

déclaré ‘‘Internally Flawless’’. C’est<br />

pourquoi, on l’estime aux environs<br />

de 48 millions de dollars (43,5<br />

millions d’euros).<br />

81


216.750 €<br />

La surprise du mois<br />

Les parfums jouaient un rôle prépondérant<br />

dans la culture chinoise et<br />

étaient présents dans presque tous<br />

les moments de la vie quotidienne.<br />

Dans les nombreux rituels (taoïstes, bouddhistes<br />

ou bien confucianistes) qui organisaient<br />

la société, les Chinois employaient<br />

résines et bois odoriférants pour délimiter<br />

un espace ou un temps sacrés. La présence<br />

seule du brûle-parfum suffisait à signaler<br />

ou à définir un lieu sacré. Pour le Chinois<br />

aisé (et le plus souvent pour la catégorie<br />

sociale que l’on nomme les Lettrés), les<br />

substances aromatiques faisaient partie de<br />

la vie quotidienne, nécessitant l’utilisation<br />

de nombreux objets raffinés, comme le<br />

brûle-parfum, témoignant du rang de son<br />

propriétaire. Le jeudi 10 mars, un exemplaire<br />

exceptionnel était proposé par la<br />

salle gantoise Coronari Auctions. Pesant<br />

près de 60 kilogrammes, ce brûle-parfum<br />

en bronze s’orne de dragons et de perles<br />

enflammées, motifs récurrents de l’art<br />

chinois, la perle représentant l’atteinte de<br />

la sagesse, du pouvoir ou de l’immortalité.<br />

Cette pièce, fabriquée sous la dynastie<br />

Qing, durant le règne prestigieux de<br />

l’empereur Qianlong (1735-1796), provenait<br />

d’une collection privée anversoise. Son<br />

propriétaire l’avait acquise sur le marché<br />

londonien dans le troisième quart du XXe<br />

siècle. Estimée dérisoirement entre 2.000<br />

et 4.000 euros, cette pièce, traditionnelle<br />

dans sa forme malgré l’absence de couvercle,<br />

semble avoir bien plus d’importance<br />

que ne le pensaient les experts de la salle<br />

puisqu’un enchérisseur n’hésitait pas à<br />

pousser le marteau jusqu’au prix faramineux<br />

de 216.750 euros !<br />

Important brûle-parfum, Chine, dynastie Qing,<br />

règne de Qianlong, XVIIIe siècle, bronze, H. 46,5<br />

cm, 60 kg. Coronari Auctions, Nazareth, 10-03.<br />

© Coronari<br />

82


Ventes<br />

<strong>Belgique</strong><br />

Collect-1/2pQ-avril.qxp_320 8/03/22 17:14 Page1<br />

VENTE PUBLIQUE<br />

MA. 26 & ME. 27 AVRIL<br />

à 18h30<br />

22.500 €<br />

Line Vautrin, Miroir Soleil XII, ca. 1955,<br />

résine et verre, 11,18 x 1,97 cm. Flanders<br />

Auctions, 09-02. © Flanders Auctions<br />

22.000 €<br />

Constantin Meunier, Le buste<br />

du puddleur, 1890, bronze à<br />

patine brune avec socle en<br />

marbre. Vanderkindere, 16-<br />

02. © Vanderkindere<br />

ON A VENDU<br />

Line Vautrin chez<br />

Flanders Auctions<br />

Les 9 et 10 février, Flanders Auctions<br />

vendait un miroir Soleil XII<br />

de Line Vautrin (1913-1997) pour<br />

la coquette somme de 22.000<br />

euros, nouveau résultat excellent<br />

pour la miroitière française. En<br />

outre, une sculpture en marbre<br />

de Carrare blanc, à l’effigie d’une<br />

dame avec son enfant et d'un<br />

satyre, faisait l’objet d’une offre<br />

à 11.250 euros. Une autre statue,<br />

du sculpteur français Adrien<br />

Etienne Gaudez (1845-1902),<br />

obtenait elle aussi un bon résultat.<br />

L’artiste avait étudié à l’École<br />

des Beaux-Arts de Paris et fait<br />

ses débuts au Salon de 1864. Il<br />

travailla presque exclusivement le<br />

bronze et se consacra aux scènes<br />

de genre, thèmes militaires et<br />

patriotiques. Sa statue en bronze<br />

d’une jeune fille à la mandoline<br />

était emportée 10.625 euros.<br />

Un calvaire du XVIIIe siècle, de<br />

plus de deux mètres de haut,<br />

composé d’un Christ crucifié et<br />

de deux pleurantes, quittait par<br />

ailleurs la salle à 8.750 euros. Du<br />

côté de l’art contemporain, citons<br />

une œuvre de l’artiste malinois<br />

Jef van Tuerenhout (1926-2006),<br />

dont l’expressionnisme évolua<br />

dans les années 1960 vers un style<br />

légèrement érotique, sensuel<br />

qui s’apparente au réalisme<br />

magique. Sa muse récurrente,<br />

femme mystique et exotique, fait<br />

partie de ce style et apparaît aussi<br />

dans ce portrait intitulé Avec ses<br />

yeux pleins d’ombre, qui trouvait<br />

acquéreur pour 8.125 euros.<br />

Lalanne chez<br />

Vanderkindere<br />

Une lampe de table du modèle<br />

Pigeon, créée par l’artiste français<br />

François-Xavier Lalanne (1927–<br />

2008) fut l’un des succès de la<br />

vente du 16 février chez Vanderkindere.<br />

L’artiste forma un duo<br />

avec son épouse Claude, connu<br />

pour ses sculptures surréalistes<br />

d’animaux et de végétaux. Il avait<br />

créé cette lampe en 1992, adjugée<br />

39.000 euros (est. 20.000-<br />

30.000 euros). Une grande nature<br />

morte attribuée au peintre<br />

du sud des Pays-Bas Alexander<br />

Adriaenssen (1587-1661) créait,<br />

par ailleurs, la surprise. Nombre<br />

de natures mortes d’Adriaenssen<br />

étaient de taille relativement<br />

réduite et d’un prix abordable, sa<br />

spécialité étant les produits de la<br />

mer. Cette représentation d’un<br />

homard et de fruits entourés<br />

de divers animaux, dont des<br />

perroquets, un singe, un écureuil<br />

"Christ en croix" maniériste en bronze doré<br />

Attribué à Guglielmo Della Porta. Epoque: XVIème<br />

Reposant sur un crucifix en bois. Travail italien. Epoque: XVIIème<br />

Dim: H.(Christ): 24cm. H.(Crucifix): 123,5cm<br />

Huile sur toile marouflée sur toile "L'histoire de David et d'Abigaïl"<br />

D'après Hugo van der Goes. Ecole flamande<br />

Epoque: XVIIème. Dim: 135,5x240cm<br />

EXPOSITION<br />

22, 23 ET 24 AVRIL DE 10 HA18 H<br />

HOTEL DE VENTES VANDERKINDERE S.A.<br />

CHAUSSÉE D’ALSEMBERG 685-687-1180 BRUXELLES<br />

PARKING PRIVÉ • TÉL. 02 344 54 46<br />

info@vanderkindere.com<br />

w w w . v a n d e r k i n d e r e . c o m<br />

83


Ventes<br />

<strong>Belgique</strong><br />

16.000 €<br />

Horloge à pendule attribuée à Pierre-Philippe<br />

Thomire (1751-1843), avec représentation de<br />

Bacchus, ca. 1805, bronze ciselé et doré. Galerie<br />

Moderne, 20 & 21-02. © Galerie Moderne<br />

12.000 €<br />

Gustave Van De Woestyne, Portrait<br />

de Félicien Brys, huile sur toile, 70 x<br />

50 cm. Horta, 21-02. © Horta<br />

24.000 €<br />

Bruno Catalano, Voyageur,<br />

2014, bronze patiné,<br />

H. 61 cm. Horta, 21-02.<br />

© Horta<br />

6.500 €<br />

Firmin Baes, Jeune fille aux fuchsias, huile<br />

sur toile, signé, 60 x 48 cm. Maison Jules,<br />

26-02. © Maison Jules<br />

et un chat, est plutôt exceptionnelle.<br />

Elle s’adjugeait 32.000<br />

euros (est. 8.000-12.000 euros).<br />

Constantin Meunier (1831-1905)<br />

était également présent avec le<br />

buste d’un ouvrier métallurgiste<br />

de 1890. Cette statue en bronze<br />

à patine brune, au prix indicatif<br />

de 7.000 à 10.000 euros était<br />

adjugée 22.000 euros. Enfin, le<br />

panneau Le Philosophe provenant<br />

de l’atelier de David Teniers<br />

le Jeune (1610-1690), estimé 600 à<br />

800 euros, quittait la salle contre<br />

20.000 euros.<br />

Maurice Wyckaert à<br />

la Galerie Moderne<br />

Les 20 et 21 février, la Galerie<br />

Moderne adjugeait, entre autres,<br />

deux horloges à pendule de<br />

la collection du baron et de la<br />

baronne François Duesberg.<br />

La première, datant de 1805,<br />

attribuée à l’artiste néoclassique<br />

français Pierre-Philippe Thomire<br />

(1751-1843), avec représentation<br />

du dieu Bacchus, était estimée<br />

7.000 à 8.000 euros, mais adjugée<br />

16.000 euros. La seconde était<br />

signée Claude Galle (1759-1815),<br />

important fondeur de bronze de<br />

la fin du XVIIIe siècle qui créa des<br />

ferrures pour meubles, horloges<br />

et autres objets de bronze doré<br />

pour les palais de Fontainebleau,<br />

Versailles, Saint-Cloud et Compiègne.<br />

Sur cette grande horloge<br />

de style Empire sont assises deux<br />

jeunes femmes, l’une lisant et<br />

l’autre étudiant une carte. Cette<br />

pendule, estimée 7.000-8.000<br />

euros, changeait de mains contre<br />

8.200 euros. Au rayon asiatique,<br />

une grande assiette ronde à<br />

décor de deux dragons en émail<br />

rouge et doré remportait, elle<br />

aussi, un vif succès. L’assiette<br />

portant la marque de la période<br />

Guangxu (1875-1908), était<br />

estimée 3.000-4.000 euros, mais<br />

faisait l’objet d’une offre à 15.000<br />

euros. Enfin, une oeuvre de Maurice<br />

Wyckaert (1923-1996) de 1985<br />

était frappée 14.000 euros (est.<br />

8.000-12.000 euros).<br />

Bruno Catalano<br />

chez Horta<br />

Horta vendait, le 21 février, un<br />

Voyageur du sculpteur français<br />

Bruno Catalano (1960), réalisé<br />

en 2014. Cette statue en bronze<br />

faisait l’objet d’une offre à 24.000<br />

euros. Parmi les bijoux, une<br />

bague en or blanc ornée d’un<br />

diamant de +/- 4,53 carats créait<br />

la surprise en quittant la salle<br />

contre 16.000 euros. Gustave Van<br />

De Woestyne était représenté<br />

dans la vente par un portait de<br />

Félicien Brys, mère de l’orateur<br />

et homme politique belge Arthur<br />

Brys. Un acheteur déboursait pas<br />

moins de 12.000 euros pour en<br />

faire l’acquisition. De son côté,<br />

une sculpture en albâtre d’une<br />

mise au tombeau, peut-être<br />

d’origine allemande et datant du<br />

début du XVIIIe siècle, était adjugée<br />

12.000 euros, tandis qu’un<br />

dessin au crayon d’un deux-mâts<br />

dans une tempête par le peintre<br />

russe Ivan Constantinovich<br />

Aivazovski (1817-1900) était payé<br />

10.000 euros.<br />

Firmin Baes chez<br />

Maison Jules<br />

La première vente aux enchères<br />

organisée par Maison Jules dans<br />

l’église paroissiale Sainte-Croix<br />

de Sint-Amandsberg générait<br />

quelques beaux résultats.<br />

Une Jeune fille aux fuchsias de<br />

Firmin Baes (1874-1945), estimée<br />

2.000 à 3.000 euros, rapportait<br />

finalement 6.500 euros, tandis<br />

que deux statues en marbre de<br />

la sculptrice belge Hilde Van<br />

Sumere (1932-2013), chacune<br />

estimée 3.000 à 5.000 euros,<br />

trouvaient acquéreur contre<br />

8.000 euros. Ces deux sculptures,<br />

témoignant du style sobre caractéristique<br />

de l’artiste, sont en<br />

marbre de Carrare. Une œuvre<br />

de Joseph Willaert, peintre belge<br />

connu pour ses tableaux colorés<br />

et enfantins de villages flamands<br />

et de la vie rurale, s’adjugeait audelà<br />

de la fourchette des estimations<br />

: sa Porte d’une écurie, singulière<br />

œuvre tridimensionnelle,<br />

avec sa porte en bois ouverte où<br />

est fixé le tableau, séduisait un<br />

collectionneur à 7.000 euros. Le<br />

catalogue proposait en outre un<br />

dessin au pastel de l’expressionniste<br />

gantoise Anna De Weert<br />

(1867-1950). Estimé 1.600 à 2.400<br />

euros, Le verger obtenait 5.000<br />

euros.<br />

Collections<br />

européennes chez<br />

FW Auctions<br />

FW Auctions mettait aux enchères,<br />

le 27 février, des œuvres<br />

en provenance de quelques<br />

collections européennes, dont un<br />

portrait miniature rond d’Olympe<br />

Desmaisieres (1766-1851), fille<br />

de l’officier français François<br />

Morin d’Arfeuille et épouse<br />

de Charles-François-Paulin<br />

Desmaisieres, propriétaire de<br />

Monchaux, en France. Un de<br />

ses fils était Léandre Desmaisieres<br />

(1794-1864), homme d’État<br />

belge, parlementaire, ministre<br />

des Finances et gouverneur de<br />

Flandre orientale. Ce délicat<br />

portrait miniature représente<br />

un témoignage précieux de la<br />

carrière précoce d’Augustin Ritt,<br />

né à Saint-Pétersbourg, mais<br />

84


Grotesteenweg<br />

Anno 1897<br />

Vente design,<br />

d’art & d’antiquités<br />

MERCREDI 20 AVRIL <strong>2022</strong><br />

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Vente d’art moderne<br />

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Salle de ventes aux enchères d’antiquités<br />

VENTE XIV :<br />

Dimanche 1er mai à 13 heures.<br />

400 lots comprenant la collection de monsieur Jacques<br />

Peltzer, fils de l’industriel verviétois Georges Peltzer et de<br />

madame la Comtesse Hélène le Tonnelier de Breteuil. Petitfils<br />

de la Princesse Elisabeth Chavchavadze née Ridgway.<br />

André-Antoine LARDIN (1724<br />

- 1790), ébéniste parisien reçu<br />

Maître le 1er Juillet 1750.<br />

Provenance : Comtesse de<br />

Hélène de Breteuil.<br />

Collection familiale Jacques<br />

Peltzer : Comtesse Hélène de<br />

Breteuil puis Château Peltzer.<br />

Speedy GRAPHITO (1961)<br />

Constructivisme méditerranéen ou les<br />

bateaux rentrant au port. Huile sur toile monogrammée,<br />

datée en 1990, contresignée<br />

et intitulée au dos, 65 x 54 cm. Provenance :<br />

Galerie Polaris Paris. Collection privée Paris.<br />

Collection privée d’art moderne et Street<br />

Art Jacques Peltzer.<br />

Les 150 lots liés à la famille Peltzer-de Breteuil comprennent :<br />

- Du mobilier et des arts décoratifs du XVIII, XIX et XXème<br />

siècle ayant appartenu aux membres de cette illustre famille<br />

ou ayant meublé leur prestigieuses propriétés (Château Breteuil,<br />

Château Peltzer, Palais Polignac à Venise, propriétés de<br />

Deauville ou de l’avenue de Bellechasse à Paris)<br />

- La collection d’art contemporain de monsieur Peltzer (Œuvres<br />

de Yves Zurstrassen, Zender, Miguel Berrocal, Speddy<br />

Graphito, Ludo, André Lhote, Patrick Hugues, Ender, Quick,<br />

Britto, Chris Tap etc etc).<br />

- Maroquinerie de Luxe.<br />

Exposition du jeudi 28 au samedi 30 avril de 10 à 18 heures.<br />

Hermes, Gucci, Louis Vuitton.<br />

60 rue de Bertransart, 6280 Gerpinnes | Tel. +32 71 50 59 95 | +32 495 25 16 20 | info@mjvsoudant.be | www.mjvsoudant.be


Ventes<br />

<strong>Belgique</strong><br />

5.000 €<br />

Georges Lavroff, La Nuit,<br />

bronze doré, 77 x 57 x 14 cm.<br />

FW Auctions, 27-02. © FW<br />

Auctions<br />

James Ensor, Le Christ calmant la tempête, 1886, eau-forte<br />

sur japon magnifiquement rehaussée en couleurs par<br />

l’artiste, signée et titrée en bas, au crayon, contresignée au<br />

dos par l’artiste, 15,3 x 23 cm. Lhomme, 09-04. © Lhomme<br />

EST. 30.000-50.000 €<br />

Floris Jespers, Le Couple. Campo &<br />

Campo, 20-04. © Campo & Campo<br />

EST. 8.000-12.000 €<br />

Joseph Lacasse, Composition<br />

en bleu. Campo & Campo, 20-<br />

04. © Campo & Campo<br />

qui suivit une formation à Anvers<br />

dans l’atelier du portraitiste<br />

Andréas Bernardus de Quertemont<br />

(1750-1835). Ce portrait<br />

était emporté contre 6.000 euros.<br />

Quant à elle, une sculpture de<br />

Georges Lavroff qui, pour une<br />

fois, ne représente aucun animal,<br />

trouvait preneur à 5.000 euros.<br />

Cette statue en bronze doré, sur<br />

socle en marbre, représente une<br />

jeune femme tendant le bras<br />

vers la lune. Enfin, une vue de la<br />

cascade de la station thermale de<br />

Bad Gastein, en Autriche, par le<br />

peintre franco-polonais Simon<br />

Mondzain (1890-1979) quittait la<br />

salle à 3.000 euros.<br />

ON VENDRA<br />

Belles impressions<br />

chez Lhomme<br />

La prochaine vente publique chez<br />

Lhomme est prévue le samedi 9<br />

avril. On y présente, au chapitre<br />

des Beaux-Arts, un dessin de Jean<br />

Delville, des tableaux de Léon<br />

Wuidar, Ernest Marneffe, Auguste<br />

Donnay, Albert Raty, Edgar<br />

Scauflaire, Auguste Mambour ou<br />

encore Gaston Bogaert, … Mais<br />

aussi, des gravures de James Ensor,<br />

Sam Francis, Pierre Alechinsky<br />

ou Henri Michaux. Notons aussi<br />

plusieurs dessins originaux de<br />

Léonard Defrance, un beau petit<br />

ensemble d’estampes japonaises,<br />

ainsi qu’une importante collection<br />

de dessins et gravures de Félicien<br />

Rops. Au chapitre de la bandedessinée,<br />

un bel ensemble d’éditions<br />

originales de Tintin devrait<br />

ravir les amateurs de l’œuvre de<br />

Hergé. La vente se complète d’un<br />

important chapitre en affiches<br />

anciennes. Notons encore une<br />

lettre portant la signature manuscrite<br />

de Catherine de Médicis et<br />

un ensemble de bronzes, dont un<br />

superbe David d’Antonin Mercié.<br />

Floris Jespers chez<br />

Campo & Campo<br />

Le lot-phare de la vente aux<br />

enchères d’art moderne et<br />

contemporain, organisée par<br />

Campo & Campo le 20 avril, sera<br />

une magnifique huile sur toile<br />

de Floris Jespers. Le Couple (est.<br />

30.000-50.000 euros) figurait jadis<br />

dans la collection du poète Paul<br />

Van Ostaijen. Outre un églomisé<br />

(5.000-8.000 euros), d’autres<br />

œuvres de ce peintre seront<br />

mises aux enchères. Autre lotphare,<br />

une broderie de l’artiste<br />

conceptuel italien Alighiero Boetti,<br />

Cinque x cinque venticinque (est.<br />

25.000-35.000 euros). Parmi les<br />

autres lots d’artistes internationaux<br />

figurent un dessin au fusain<br />

d’Ernst Ludwig Kirchner (est.<br />

6.000-8.000 euros), une œuvre<br />

sur papier de l’artiste colombien<br />

Luis Caballero (est. 3.000-5.000<br />

euros), un collage inhabituel<br />

intitulé Reading, the Communist<br />

ideal du Britannique Nick Banks<br />

(est. 4.000-6.000 euros) et une<br />

œuvre abstraite en technicolor<br />

de l’artiste autrichien Thierry<br />

Feuz (est. 10.000-15.000 euros).<br />

Evidemment, l’offre inclura<br />

nombre d’artistes belges connus,<br />

ainsi d’une collection d’œuvres<br />

d’Eugène Van Mieghem, avec<br />

comme point d’orgue un pastel<br />

représentant un homme au repos<br />

avec une pipe au bord de l’eau<br />

(est. 3.000-5.000 euros). Jakob<br />

Smits sera représenté par un<br />

portrait de fille (est. 15.000-25.000<br />

euros). Un autre portrait, de la<br />

main de Théo Van Rysselberghe,<br />

est estimé entre 8.000 et 12.000<br />

euros. Signalons aussi plusieurs<br />

œuvres de Paul Joostens, dont<br />

une belle toile de 1937 (est. 4.000-<br />

6.000 euros). La liste se complètera<br />

d’œuvres d’artistes abstraits<br />

belges, dont une signée Maurice<br />

Wyckaert (est. 8.000-12.000 euros)<br />

et deux belles compositions de<br />

Joseph Lacasse. Sa Composition<br />

en bleu est attendue entre 8.000<br />

et 12.000 euros. Plusieurs œuvres<br />

de Bram Bogart sont en outre<br />

attendues, avec comme point<br />

d’orgue une peinture de 1964 (est.<br />

10.000-15.000 euros). Cerise sur le<br />

gâteau : six œuvres abstraites de<br />

Guy Vandenbranden. Sculptures<br />

et design seront également<br />

proposés.<br />

Grande collection<br />

d’animaux du<br />

Studio Steiff pour<br />

Flanders Auctions<br />

C’est un catalogue bien fourni en<br />

art, design et antiquités qui est<br />

proposé lors de la vente des 20<br />

et 21 avril chez Flanders Auctions.<br />

Cette fois, la salle présente une<br />

grande collection d’animaux du<br />

Studio Steiff. La société Steiff,<br />

connue dans le monde entier<br />

pour ses petits ours et autres animaux<br />

de compagnie en peluche,<br />

conçoit et produit depuis plus de<br />

100 ans des peluches réalistes et<br />

de grande qualité, principalement<br />

utilisées pour orner les plateaux<br />

de tournage, les intérieurs et les<br />

fêtes à thème. La collection mise<br />

aux enchères par Flanders Auctions<br />

comprend des ours bruns<br />

(est. 800-1.200 euros), des girafes<br />

(H. 240 cm, est. 800-1.200 euros),<br />

un tigre, une lionne et des huskies,<br />

ainsi qu’une peluche d’ours<br />

grandeur nature. Ce dernier fut<br />

fabriqué pour orner le département<br />

"enfants" de plusieurs<br />

succursales du magasin Inno<br />

en <strong>Belgique</strong> et est aujourd’hui<br />

considérée comme une véritable<br />

pièce de collection. Outre la<br />

Collection Steiff, des œuvres de<br />

Charles Catteau (est. 1.500-2.500<br />

euros), une impressionnante<br />

horloge en forme de cathédrale<br />

86


Medusa-Auctioneers – Breda<br />

LA salle de vente pour les Pays-Bas et la <strong>Belgique</strong><br />

Maiden Spring Auction<br />

ART – ANTIQUITES – ET OBJETS DE <strong>COLLECT</strong>ION<br />

Offres d’achat à partir du 11 avril<br />

Enchères en ligne et en direct à partir du 10 mai<br />

WWW.MEDUSA-AUCTIONEERS.NL


Ventes<br />

<strong>Belgique</strong><br />

EST. 800-1.200 €<br />

Ours brun de la Collection Steiff Studio Animals.<br />

Flanders Auctions, 20 et 21-04. © Flanders Auctions<br />

EST. 8.000-12.000 €<br />

Pendule en forme de cathédrale de<br />

Reims, bronze doré. Flanders Auctions,<br />

20 et 21-04. © Flanders Auctions<br />

André Lanskoy, Cortège, éd.Pierre<br />

Lecuire. Damien Voglaire, 22 & 23-<br />

04. © Damien Voglaire<br />

EST. 50.000-60.000 €<br />

Andy Warhol, Mick Jagger,<br />

1975, estampe, sérigraphie en<br />

couleurs sur papier, signée dans<br />

la plaque : Mick Jagger et hors<br />

plaque : Andy Warhol, justification<br />

de tirage 127/250, 110 x 73<br />

cm. Horta, 25 & 26-04.<br />

© Horta<br />

de Reims (est. 8.000-12.000<br />

euros), plusieurs œuvres du<br />

peintre anversois Pol Mara (entre<br />

autres des dames, est. 1.000-2.000<br />

euros) et bien d’autres seront<br />

mises à l’encan.<br />

Artistes et écrivains<br />

chez Damien<br />

Voglaire<br />

La vente de printemps, organisée<br />

les 22 et 23 avril en la salle des<br />

ventes Damien Voglaire se place<br />

sous les auspices de plusieurs<br />

grands artistes et écrivains. Ainsi,<br />

Le Voyage d’Urien d’André Gide<br />

est le premier livre illustré par<br />

Maurice Denis et le seul pour<br />

lequel il a gravé des lithographies<br />

en camaïeu. Il marque le début<br />

du mouvement Nabis, dont<br />

Maurice Denis rédigea le premier<br />

la définition, dès août 1890, dans<br />

la revue Art et Critique. Demeurons<br />

dans le XIXe siècle avec cette<br />

belle et rare épreuve sur Japon de<br />

James Ensor, La Bataille des Éperons<br />

d’or (1895), datée et signée<br />

au crayon ; une belle édition de<br />

Notre-Dame de Paris, illustrée<br />

de dix eaux fortes par Luc-Olivier<br />

Merson et finement reliée par<br />

Henri Blanchetière (avec un billet<br />

signé par Victor Hugo), ou encore<br />

la grammaire espagnole ayant<br />

appartenu à Arthur Rimbaud,<br />

avec la signature autographe du<br />

poète et son adresse. ‘‘L’homme<br />

à la grammaire espagnole’’ fut le<br />

nom dont Delahaye qualifia Rimbaud<br />

dans une lettre à Verlaine.<br />

Rimbaud, peut-être influencé par<br />

le côté hispanophile de Verlaine,<br />

voulait apprendre l’espagnol et<br />

avait dressé des listes de mots et<br />

de tableaux de conjugaison en<br />

Castillan. Il avait probablement<br />

l’intention d’accompagner son<br />

ami en Espagne et de s’engager<br />

comme volontaire du côté des<br />

Républicains. Le destin tragique<br />

des deux hommes empêcha ce<br />

projet. Passons à la modernité<br />

et à l’avant-garde avec Cortège<br />

(1959), livre de Pierre Lecuire<br />

illustré de vingt-quatre pochoirs<br />

d’André Lanskoy, dans une superbe<br />

reliure de Devauchelle. On<br />

continue avec un bel ensemble<br />

d’affiches, d’éditions originales et<br />

de cartons d’invitation de Marcel<br />

Broodthaers. À noter, le carton<br />

d’invitation de la toute première<br />

exposition de l’artiste à la Galerie<br />

Saint-Laurent, à Bruxelles, du<br />

10 au 25 avril 1964, exemplaire<br />

imprimé sur un feuillet de<br />

magazine en couleurs. Du fait du<br />

papier utilisé, chaque exemplaire<br />

est unique. Il y aura aussi de<br />

nombreux exemplaires illustrés<br />

par Derain, Picasso, Buffet, Villon,<br />

Maillol, Masson et aussi Dalí. On<br />

verra également une riche section<br />

de peintures, avec un ensemble<br />

de sept œuvres de Guillaume<br />

Vogels, dont le superbe tableau<br />

intitulé L’Inondation à Anderlecht,<br />

ainsi que six peintures africanistes<br />

de Guilherme Marques. A noter,<br />

un singulier et unique panorama<br />

photographique de la côte belge,<br />

composé de soixante-sept panneaux<br />

sur lesquels sont collées<br />

des centaines de photographies<br />

représentant toute la côte, de La<br />

Panne au Zoute, qui, mis bout<br />

à bout, constitue un panorama<br />

complet du littoral belge.<br />

Andy Warhol<br />

chez Horta<br />

Ce sont les 25 et 26 avril que se<br />

déroulera la traditionnelle vente<br />

cataloguée mensuelle organisée<br />

par la salle Horta. Au menu,<br />

entre autres, une estampe par<br />

Andy Warhol, sérigraphie en<br />

couleurs sur papier représentant<br />

Mick Jagger (1975), signée dans<br />

la plaque : Mick Jagger et hors<br />

plaque Andy Warhol, justification<br />

de tirage 127/250, estimée<br />

50.000 à 60.000 euros. Au rang<br />

des œuvres plus classiques, deux<br />

compositions pastorales signées<br />

Eugène Verboeckhoven, quelques<br />

chatons d’Henriette Ronner, une<br />

école hollandaise du XVIIe siècle,<br />

une école allemande vers 1600<br />

et une école lombarde du XVIe<br />

siècle, une Vue panoramique<br />

de Dinant par James Webb (est.<br />

13.000-15.000 euros), une Phryné<br />

en ivoire et onyx signées Charles<br />

Samuel (est. 6.000 à 8.000 euros),<br />

Camille Lemonnier en visite au<br />

jardin d’Isidore Verheyden (est.<br />

15.000-25.000 euros), ainsi que<br />

quelques bagues, dont une<br />

en or blanc agrémentée d’une<br />

tourmaline de ± 10,53 carats et de<br />

diamants taille brillant (est. 11.000-<br />

12.000 euros), et une en platine<br />

agrémentée d’un saphir de ±<br />

7,15 carats et de diamants tailles<br />

trillant et brillant pour ± 1,80 carat<br />

(est. 8.000-10.000 euros).<br />

Collections<br />

diverses et variées<br />

chez Haynault<br />

Haynault organise une vente de<br />

collections en deux volets, le 26<br />

avril. Le volet numismatique dispersera<br />

notamment la deuxième<br />

partie de la Collection Anvers,<br />

important ensemble de médailles<br />

belges et étrangères constitué<br />

pendant plusieurs décennies par<br />

le collectionneur. Provenant d’une<br />

autre source, d’autres médailles<br />

commémoratives belges, allant de<br />

la révolution belge de 1830 jusqu’à<br />

la période de la Première Guerre<br />

88


ABACA<br />

Association Brussels Art & Culture Auctions<br />

BOOKS & PRINTS<br />

LIVE AUCTION : SATURDAY 14 MAY <strong>2022</strong><br />

Session I : 9.30 A.M. / Session II : 2.00 P.M.<br />

VIEWING : by appointment : 2 - 7 MAY<br />

9 - 13 MAY : 10.00 A.M. - 6.00 P.M.<br />

Contact : Armelle Gasquet<br />

+32 468 46 51 28<br />

info@abaca.auction<br />

Live bidding<br />

Online catalogue : www.abaca.auction (starting : 14 April <strong>2022</strong>)<br />

Printed catalogue available on request<br />

325 Bld Emile Bockstael – 1020 Brussels – Belgium


Ventes<br />

<strong>Belgique</strong><br />

Guglielmo Della Porta (att.), Christ en croix sur crucifix, Italie,<br />

XVIe-XVIIe siècle, bronze doré, bois noirci, H. 123,5 cm. Vanderkindere,<br />

26 & 27-04. © Vanderkindere<br />

EST. 600-800 €<br />

Série d’assiettes de famille rose à décor de paons, Chine,<br />

dynastie Qing, époque Qianlong (1711-1799). Jordaens, 26<br />

et 27-04. © Jordaens<br />

Jean Brusselmans, Femme écrivant,<br />

technique mixte au pastel sur<br />

papier. DVC, du 30-04 au 02-05.<br />

© DVC<br />

mondiale, seront proposées.<br />

Le volet ‘‘autres collections’’ se<br />

décline en : bandes dessinées, où<br />

seront proposés une douzaine<br />

d’albums de Tintin en état de<br />

fraîcheur exceptionnel provenant<br />

d’une récente découverte.<br />

Son jeune propriétaire avait<br />

conservé ses albums, reçus de ses<br />

parents entre 1941 et 1950, sous<br />

papier kraft. Les couleurs des<br />

couvertures sont donc comme<br />

neuves, il s’agit d’une découverte<br />

importante pour les tintinophiles<br />

avertis ; documents et actions<br />

anciennes, témoins du glorieux<br />

passé industriel de la <strong>Belgique</strong> ;<br />

photographies, avec les archives<br />

d’un scientifique belge ayant vécu<br />

en Chine entre 1925 et 1950, et<br />

d’un autre Belge ayant participé<br />

à la campagne de Lybie conduite<br />

par le maréchal Montgomery<br />

durant la Seconde Guerre mondiale<br />

; textiles et tapis anciens ; et<br />

tabacologie, avec une importante<br />

collection de pipes, constituée sur<br />

deux générations.<br />

Un Christ en croix<br />

après Pâques chez<br />

Vanderkindere<br />

Issu d’une célèbre famille de<br />

sculpteurs originaires des lacs<br />

lombards, Guglielmo Della Porta<br />

(1510-1577) s’affirma à Rome grâce<br />

à Michel-Ange et aux Farnèse<br />

et fonda un des ateliers les plus<br />

cosmopolites de la ville. Actif à la<br />

fin de la Renaissance, son style<br />

s’inscrit plus particulièrement<br />

dans le maniérisme. Les experts<br />

de la salle Vanderkindere pensent<br />

pouvoir lui attribuer un Christ en<br />

croix maniériste en bronze doré,<br />

daté du XVIème, reposant sur un<br />

important crucifix en bois noirci<br />

serti de cabochons en cristal de<br />

roche biseauté, appliqués sur<br />

fond de tissu rouge, agrémenté<br />

de plaques en argent repoussé.<br />

Les branches de la croix sont<br />

terminées de têtes d’angelots en<br />

bronze doré. Ce travail italien du<br />

XVIIème siècle constituera le clou<br />

de la vente cataloguée mensuelle<br />

proposée les 26 et 27 avril.<br />

Porcelaine de<br />

Chine chez<br />

Jordaens<br />

Un certain nombre d’effets ménagers<br />

seront vendus par Jordaens<br />

les 26 et 27 avril. Le catalogue proposera,<br />

en outre, des peintures de<br />

maîtres anciens et romantiques,<br />

de même que des meubles du<br />

XVIIIe siècle et de la porcelaine de<br />

Chine et du Japon. Un ensemble<br />

d’assiettes en porcelaine de Chine<br />

de famille rose, à décor de paons,<br />

d’époque Qianlong, est estimé<br />

600 à 800 euros.<br />

Jean Brusselmans<br />

pour DVC Gand<br />

La vente organisée du 30 avril<br />

au 2 mai en la maison de vente<br />

gantoise DVC se divisera en une<br />

journée pour l’art classique et les<br />

antiquités et une journée pour<br />

l’art moderne et le design. Une<br />

des vedettes en sera une œuvre<br />

de Jean Brusselmans (1884-1953),<br />

VENTES AUX<br />

ENCHÈRES<br />

D'OBJETS D'ART<br />

ET D'ANTIQUITÉS<br />

JORDAENS SA<br />

VENTES<br />

LES MARDI 26 ET MERCREDI 27 AVRIL<br />

À PARTIR DE 19H.<br />

EXPOSITION<br />

LES VENDREDI 22 ET SAMEDI 23 AVRIL<br />

DE 10H À 17H.<br />

Drabstraat 74 I 2640 Mortsel I info@jordaens.eu<br />

03 449 44 30 I Catalogues et livestream: www.jordaens.eu<br />

90


EST. 15.000-20.000 €<br />

Francis Bacon, Study from the<br />

human body, 1987, aquatinte en<br />

couleurs signée et numérotée<br />

64/90, 160 x 130 cm. Cornette,<br />

Bruxelles, 01-05. © Cornette<br />

estimée entre 1.000 et 5.000 compositions géométriques et<br />

euros. Cette œuvre précoce présente<br />

des influences impression-<br />

surfaces de couleur. L’œuvre, une<br />

stylisées et l’utilisation de grandes<br />

nistes. Entre 1912 et 1920, influencé technique mixte au pastel sur papier<br />

s’intitule Femme écrivant et<br />

par son amitié avec Rik Wouters<br />

et Ferdinand Schirren, Brusselmans<br />

se rapproche du fauvisme soise. De la même collection, on<br />

provient d’une collection anver-<br />

brabançon. Ce n’est qu’à partir de trouve une œuvre de Victor Mahu<br />

1920 qu’il développe un style plus (XVIIe siècle), estimée entre 3.000<br />

personnel, caractérisé par des et 7.000 euros. Figurera égale-<br />

200X132 LOUIZA.qxp_Mise en page 1 14/03/<strong>2022</strong> 12:50 Page1<br />

ment une pièce unique tardive en<br />

marbre de George Minne (1866-<br />

1941), estimée entre 5.000 et 8.000<br />

euros. On notera enfin de belles<br />

collections privées d’antiquités<br />

de Knokke et de Gand, un certain<br />

nombre de peintures du monastère<br />

des Capucins à Anvers et une<br />

collection d’art surréaliste.<br />

Editions limitées<br />

chez Cornette<br />

La maison de vente Cornette de<br />

Saint Cyr, à Bruxelles, organisera<br />

le 1er mai une vente en<br />

éditions limitées, modernes et<br />

contemporaines, variées et de<br />

qualité. Ainsi, Francis Bacon<br />

(1909-1992), peintre inclassable<br />

à la personnalité complexe,<br />

sera mis à l’honneur à travers<br />

la présentation d’estampes<br />

de grand format. Ces pièces<br />

côtoieront d’autres lithographies,<br />

sérigraphies, gravures sur bois<br />

et eaux fortes en édition limitée<br />

portant les signatures d’artistes<br />

tels qu’Ensor, Picasso, Delaunay,<br />

Mirò, Dalí, Klein, Poliakoff, Vasarely,<br />

Kentridge, Beckman, Stella,<br />

Lewitt, Baselitz ou encore Kapoor<br />

et Banksy. Sans oublier de faire la<br />

part belle aux artistes nationaux<br />

tels que Alechinsky, Magritte<br />

et Folon. La maison de vente<br />

mettra également à l’honneur<br />

les multiples, notamment sous<br />

la forme de sculptures de César,<br />

Arman ou Arp, des objets de<br />

Klein, Raveel, Venet; ou encore<br />

un bel ensemble de Berrocal. La<br />

collection de cette vente est une<br />

incontestable illustration de la façon<br />

dont de grands noms se sont<br />

imprégnés de la réthorique de<br />

l’édition limitée dans l’art. Pour<br />

les amateurs et les collectionneurs<br />

avisés, il sera ainsi possible<br />

de jouir d’œuvres signées de<br />

grands noms et numérotées.<br />

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VENTE ONLINE : www.liveauctioneers.com<br />

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VENTE AUX ENCHERES PUBLIQUES ONLINE<br />

VENTE EXCLUSIVEMENT ONLINE - SAMEDI 2 AVRIL <strong>2022</strong> A 14H00<br />

STREET ART - TABLEAUX & SCULPTURES CONTEMPORAINS<br />

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CLAIRE ROTHÄRMEL <br />

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<br />

EMBALLAGE ET ENVOI DES OEUVRES<br />

SUR DEMANDE APRÈS LA VENTE<br />

91


Christian<br />

Dotremont<br />

La plasticité du langage<br />

À l’occasion du centenaire de la<br />

naissance du poète et peintre belge<br />

Christian Dotremont, une exposition<br />

exceptionnelle est présentée à Bruxelles.<br />

L’occasion de s’intéresser à la cote<br />

de cet artiste majeur de la seconde<br />

moitié du XXe siècle.<br />

TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE<br />

A bleu mentir qui vient de près, 1978, encre de Chine et mine de plomb sur papier, 21 x 27,5 cm. Fondation<br />

Roi Baudouin / Dépôt aux Archives & Musée de la Littérature.<br />

De fait, Christian Dotremont<br />

(1922-1979) fut l’un des premiers<br />

à élever l’écriture au rang<br />

des arts plastiques. Novateur,<br />

il invente les logogrammes, véritables<br />

poèmes visuels tracés au pinceau en une<br />

fabuleuse spontanéité. Ses mots, couchés<br />

impulsivement sur le papier, s’allongent et<br />

se distordent jusqu’à créer une composition<br />

d’une grande expressivité. Écriture et<br />

peinture y fusionnent, se voyant ainsi sans<br />

cesse réinventées. Pour l’artiste, il s’agit<br />

de tracer dans l’espace blanc et à l’aide de<br />

l’encre de Chine la plus noire des signes<br />

mimant une écriture cursive rêvée. Par<br />

cette technique, expliquait son contemporain<br />

Joseph Noiret, Dotremont « saisit la<br />

nature matérielle de l’acte d’écrire, devine<br />

le rôle initiateur de la main où le poids du<br />

corps au travail se porte jusqu’à la pointe<br />

de la plume. » Dès lors, le geste producteur<br />

et l’écriture formalisée s’offrent simultanément<br />

pour faire sens, pour restituer<br />

l’impulsion créatrice, dire l’immédiateté<br />

du poème, évacuer toute anecdote et en<br />

définitive pousser le langage vers sa propre<br />

disparition.<br />

92


Dans la plénitude de mes moyens, qui sont aussi les vôtres, 1977, encre de Chine et mine de plomb sur<br />

papier, 21,2 x 27,5 cm. Fondation Roi Baudouin / Dépôt aux Archives & Musée de la Littérature.<br />

Des mots, c’est la<br />

dimension matérielle<br />

que Dotremont<br />

cherche à exprimer.<br />

Car, pour lui,<br />

ils possèdent<br />

une réalité propre.<br />

DIMENSION MATÉRIELLE<br />

En 1940, Christian Dotremont découvre la<br />

revue surréaliste L’Invention Collective et à<br />

l’occasion d’un envoi de ses poèmes, prend<br />

contact avec le mouvement. Très attiré par<br />

l’association des mots et de la peinture, il<br />

s’intéresse plus particulièrement à l’œuvre<br />

de René Magritte et à l’ambigüité des liens<br />

qui s’y développent entre mot, chose et<br />

image. Toutefois, il souhaite pousser plus<br />

loin l’expérimentation. Des mots, c’est<br />

la dimension matérielle qu’il cherche à<br />

exprimer. Car, pour lui, ils ne servent pas<br />

seulement à représenter les choses et leur<br />

signification, mais possèdent une réalité<br />

propre. Aussi n’a-t-il de cesse, entre les<br />

expériences surréalistes et sa participation<br />

essentielle à la fondation et à l’organisation<br />

du mouvement CoBrA, en novembre 1948,<br />

d’en découvrir le potentiel plastique et la<br />

matérialité. Pour ce faire, il mène, entre<br />

autres, des expériences à quatre mains<br />

avec le Danois Asger Jorn, créant ensemble<br />

les premières peintures-mots, œuvres<br />

collectives que poursuivront plus tard<br />

d’autres artistes Cobra comme Constant,<br />

Appel ou Corneille. Dès 1949, Dotremont<br />

se rapproche de Pierre Alechinsky au<br />

contact duquel il se découvre peintre.<br />

Au fil d’expérimentations obstinées<br />

ayant pour but de tirer de la plasticité du<br />

langage et des mots, en 1962, il réussit à<br />

atteindre son objectif en inventant ces<br />

logogrammes qui l’occuperont jusqu’à la<br />

fin de sa vie. Pour Dotremont, il ne faut pas<br />

savoir les lire, mais plutôt les voir dans leur<br />

dimension graphique, matérielle. Le plus<br />

souvent, leur texte se retrouve en dessous,<br />

au crayon, à l’écriture régulière. Ce qui permet<br />

d’en comprendre le sens après l’avoir<br />

vu. Ses logogrammes seront montrés dans<br />

plusieurs expositions, dont la première, en<br />

1969, à la Galerie Maya de Bruxelles.<br />

ICONIQUE ET RARE<br />

Au regard de ce riche parcours, on se rend<br />

compte de l’aspect iconique des œuvres<br />

de Christian Dotremont, qui transcendent<br />

les catégories artistiques. Ces poèmes à<br />

voir et à lire que sont les logogrammes<br />

constituent ainsi une des principales<br />

découvertes plastiques de la seconde moitié<br />

du XXe siècle. Un constat qui explique<br />

la rareté de ces œuvres, particulièrement<br />

recherchées. En outre, après le décès de<br />

l’artiste, ses archives, documents, œuvres<br />

graphiques et correspondance, ainsi que<br />

sa bibliothèque, seront rassemblés en un<br />

fonds géré par son frère Guy. En 2011, celui-ci<br />

en confie une grande partie à la Fondation<br />

Roi Baudouin, tandis qu’en 2018,<br />

le reste de la succession est repris par la<br />

Galerie Samuel Vanhoegaerden (Knokke-<br />

Heist) qui contrôle aujourd’hui l’essentiel<br />

d’un marché peu fourni et très fluctuant.<br />

En conséquence, les œuvres atteignent<br />

parfois des prix très élevés, comme ce<br />

logogramme vendu 28.000 euros en mai<br />

2019 chez Christie’s Paris, alors que le<br />

record du monde est toujours détenu par<br />

l’antenne parisienne de Cornette de Saint-<br />

Cyr, qui adjugeait en octobre 2010 un important<br />

logogramme de 1971 pour 61.000<br />

euros. Sur un plan européen, de belles<br />

enchères ont été obtenues par la salle<br />

danoise Bruun Rasmussen (43.000 euros<br />

en octobre 2003 et décembre 2020). En<br />

<strong>Belgique</strong> (55,9 % des résultats), Cornette<br />

de Saint Cyr et De Vuyst se partagent le<br />

marché. Même si, selon Artprice, ces dernières<br />

années on assiste à un tassement<br />

des prix, la cote de Dotremont s’est tout de<br />

même appréciée de +175 % sur la dernière<br />

décennie ; la valeur moyenne d’une œuvre,<br />

toutes techniques confondues, se situant<br />

aux environs de 1.000 à 5.000 euros.<br />

VISITER<br />

Christian Dotremont. Peintre de l’écriture<br />

Musées royaux des Beaux-Arts de <strong>Belgique</strong><br />

Bruxelles<br />

www.fine-arts-museum.be<br />

du 28-04 au 07-08<br />

Christian Dotremont en 1951. © D. R.<br />

93


Contemporary<br />

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Les armes secrètes<br />

de Jacques Billen<br />

Jacques Billen est<br />

internationalement connu en<br />

tant qu’éminent marchand<br />

d’antiquités égyptiennes. On le<br />

sait moins, depuis vingt-cinq ans,<br />

il collectionne en toute discrétion<br />

des armes d’Afrique Centrale. En<br />

collaboration avec le spécialiste<br />

Bruno Claessens, il en a tiré un<br />

prestigieux album illustré. Nous les<br />

avons rencontrés au milieu de ce<br />

singulier ensemble.<br />

TEXTE : THIJS DEMEULEMEESTER<br />

PHOTOS : KAREL DUERINCKX<br />

Jacques Billen et Bruno Claessens. Au premier plan, un couteau à lancer Vidri de la République Centrafricaine<br />

(ca. 1880-1920).<br />

Un ‘‘violon d’Ingres’’ désigne une<br />

passion secrète. Celle du peintre<br />

français Jean-Auguste-Dominique<br />

Ingres était de jouer du violon.<br />

Pour Jacques Billen, expert bruxellois et<br />

marchand d’antiquités égyptiennes, il s’agit<br />

d’armes africaines. Ce qui ne manque pas<br />

de surprendre lorsqu’on apprend qu’en un<br />

quart de siècle, il est parvenu à en réunir<br />

environ deux cents de diverses cultures. Cet<br />

ensemble est si discret que Bruno Claessens<br />

lui-même, un des meilleurs experts belges<br />

d’art africain, n’en avait jamais entendu parler.<br />

Pourtant, il y a dix ans, il avait organisé<br />

une exposition d’armes africaines de la collection<br />

de l’Université de Gand. L’an dernier,<br />

les deux hommes se sont rencontrés pour<br />

la première fois et décidèrent de réaliser<br />

ensemble un livre sur les armes africaines<br />

au départ de cette collection méconnue,<br />

Unû : Prestigieuses armes africaines. « Il<br />

existe déjà quantité d’ouvrages didactiques<br />

sur le sujet, avec beaucoup de textes. Nous<br />

souhaitions en réaliser le premier volume<br />

illustré en format de luxe. Il ne s’agit pas<br />

d’informer le lecteur sur la provenance d’un<br />

couteau à lancer, qu’il soit Ngbaka, Zandé<br />

ou Zaghawa. Nous voulions d’abord attirer<br />

son attention sur l’esthétique et le savoir-<br />

96


« Il faut savoir<br />

attendre patiemment<br />

que surgisse la pièce<br />

adéquate. »<br />

faire, avant qu’il ne se plonge dans le texte.<br />

Nous voulions mettre l’accent sur la beauté<br />

de ces armes. Certaines pièces portent donc<br />

des codes QR qu’il suffit de scanner pour<br />

observer les armes en 3D. » Plus insolite, le<br />

nom de Jacques Billen ne figure pas sur le<br />

livre. Il avait délibérément choisi de maintenir<br />

sa collection confidentielle, mais il s’est,<br />

par bonheur, ravisé : « Lorsqu’en qualité de<br />

marchand, vous vendez un objet, cela laisse<br />

relativement peu de traces. Mais lorsque<br />

vous réalisez un livre sur une collection,<br />

ce n’est plus le cas. Une publication aide<br />

à faire avancer la science et la recherche.<br />

Quand un objet figure dans un livre, il existe.<br />

L’ouvrage est là pour fournir des éléments<br />

non encore publiés, pour le futur. Mais il<br />

doit surtout servir à sensibiliser les personnes<br />

qui ne connaissent rien aux armes,<br />

un domaine négligé de l’art africain. »<br />

PATIENCE ET LONGUEUR DE TEMPS<br />

Il est étonnant que Jacques Billen se soit<br />

plongé dans le domaine des armes africaines.<br />

Tout a commencé il y a vingt-cinq<br />

ans lorsqu’un homme est entré dans sa<br />

Galerie Harmakhis, Jan Elsen : « Je ne le<br />

connaissais pas, mais il m’a dit qu’il souhaitait<br />

avoir un sarcophage égyptien dans<br />

sa collection. Nous avons fait plus ample<br />

connaissance et il m’a invité à venir voir sa<br />

collection. Ce fut une incroyable découverte,<br />

car il possédait un sublime ensemble<br />

d’armes africaines et était le plus grand<br />

expert en la matière, ayant déjà écrit une<br />

dizaine de livres sur le sujet. Il avait aussi<br />

organisé l’exposition Beauté fatale, présentée<br />

à Bruxelles en 1992. Il me fit cadeau du<br />

catalogue que j’ai entièrement lu. Les armes<br />

étaient un domaine totalement neuf pour<br />

moi. Je pensais jusqu’alors qu’il s’agissait<br />

d’objets rouillés sans valeur esthétique.<br />

Mais grâce à Elsen, j’ai vite rêvé d’avoir de<br />

telles pièces dans ma collection. Après un<br />

premier couteau à lancer, acheté au célèbre<br />

collectionneur René Vanderstraete, j’y<br />

ai pris goût. Jan Elsen est devenu un très<br />

bon ami et un conseiller, car je voulais au<br />

Couteaux Kuba (ca. 1850-1900) et épées Kuba (ca. 1880-1920) de la République Démocratique du Congo.<br />

début acheter tout ce qui me tombait sous<br />

la main, ce qui est une grave erreur. Il faut<br />

savoir attendre patiemment que surgisse la<br />

pièce de qualité. »<br />

LA BELGIQUE AU SOMMET<br />

À quelques rares exceptions près, les<br />

pièces de la collection de Jacques Billen<br />

datent des années 1850 à 1920, soit la<br />

période généralement reconnue comme<br />

la meilleure pour la production d’armes<br />

africaines. Bruno Claessens : « Ces objets<br />

furent collectionnés au début de la colonisation.<br />

On ne trouve pas d’armes plus<br />

anciennes, contrairement aux armes<br />

européennes dont on découvre parfois des<br />

cottes de maille ou des glaives médiévaux.<br />

» Ce marché a connu son apogée<br />

dans les années 1990, grâce aux expositions<br />

et publications de l’époque. « La<br />

<strong>Belgique</strong> compte toujours le plus grand<br />

nombre de collectionneurs d’armes africaines<br />

au monde », précise Bruno Claessens.<br />

Tout comme Jan Elsen, Jacques Billen<br />

se concentre essentiellement sur les pièces<br />

du Congo, du Gabon et de l’Afrique Centrale.<br />

Mais il possède aussi de singulières<br />

armes calligraphiées du Soudan : « Parce<br />

que le Soudan se trouve géographiquement<br />

dans le prolongement de l’Égypte<br />

ancienne, il a également connu des civilisations<br />

avancées qui édifièrent des pyramides.<br />

Le pays est, en outre, contigu au<br />

Congo par le sud. Les Zandé, peuple dont<br />

je possède quelques pièces, vivent dans<br />

cette zone frontalière. »<br />

LE FASTE DE L’ELITE<br />

Les armes d’Afrique Centrale sont en général<br />

les plus appréciées, en raison du délicat<br />

97


Bonne nouvelle pour<br />

les collectionneurs<br />

débutants : le marché<br />

des armes africaines<br />

est encore sousévalué.<br />

travail du fer. Dans cette région, riche en<br />

minerais de cuivre et de fer, le travail du<br />

métal était très élaboré. Bruno Claessens :<br />

« Un forgeron aurait aujourd’hui du mal à<br />

reproduire les détails que les artisans locaux<br />

étaient capables de réaliser. » Jacques Billen<br />

renchérit : « Ce qui fut conservé et collectionné,<br />

ce sont souvent les armes cérémonielles.<br />

Ces objets prestigieux n’ont jamais<br />

vraiment servi dans le cadre de combats. Ils<br />

appartenaient à d’importants chefs et rois.<br />

Certes, les gens du peuple possédaient des<br />

dagues, des faucilles et des couteaux, mais<br />

ceux-ci portaient des ornements beaucoup<br />

moins raffinés. Ces armes furent plus tard<br />

refondues. Ce qui subsiste aujourd’hui<br />

constitue le meilleur de cet art, car chez les<br />

peuples africains, les pièces les plus prestigieuses<br />

se transmettaient souvent d’une<br />

génération à l’autre, comme symbole de<br />

passation de pouvoir. » Les chefs-d’œuvre<br />

de la collection de Jacques Billen appartenaient<br />

à des dignitaires de la société<br />

hiérarchisée des peuples africains. Ceux-ci<br />

avaient souvent à leur service des sculpteurs<br />

sur bois et sur ivoire, des forgerons<br />

très qualifiés qui produisaient des armes<br />

prestigieuses ou des objets d’art exclusifs.<br />

Bruno Claessens : « Nombre de ces armes<br />

sont personnalisées, par exemple avec des<br />

manches anthropomorphes, des orne-<br />

Détail d’un couteau Mbuun, R.D. Congo (ca. 1880-1920), anciennement dans la Collection Alexis Van Opstal.<br />

ments ou incrustations en cuivre. Si votre<br />

poignard était doté d’un manche en ivoire,<br />

vous étiez apparenté au roi, car celui-ci en<br />

détenait le monopole. Reflest de votre place<br />

dans la société, ces symboles de pouvoir<br />

étaient parfois portés de manière ostentatoire,<br />

les poignards accrochés à la ceinture<br />

et les haches posées sur l’épaule. Il s’agit ici<br />

du faste et de l’apparat de l’élite. » Au début<br />

du XXe siècle, les coloniaux créaient souvent<br />

chez eux un cabinet congolais aux murs<br />

orné d’armes et de boucliers. Bruno Claessens<br />

: « Ces pièces arrivaient le plus souvent<br />

en Europe par le biais de militaires coloniaux.<br />

Ces soldats rapportaient en priorité<br />

ce qu’ils connaissaient, non des sculptures,<br />

mais des armes, surtout celles qui portaient<br />

les plus beaux ornements. Il s’agissait aussi<br />

de propagande pour leur mission civilisatrice<br />

: “Regardez, nous avons apporté la<br />

civilisation aux tribus africaines, elles n’ont<br />

plus besoin de leurs armes. L’ordre, le droit<br />

et la discipline règnent désormais grâce<br />

à l’occupant colonial.” Lors des premières<br />

expositions d’objets d’art africain, vers 1900,<br />

des murs entiers étaient souvent recouverts<br />

d’armes. Parfois même, il restait du poison<br />

sur certaines d’entre elles. »<br />

POSITIONNEMENT<br />

Comment s’intègrent les armes dans l’art<br />

africain ? Comment sont-elles considérées<br />

en regard des masques et autres sculptures<br />

plus visibles dans les musées ? Est-ce une<br />

niche méconnue des spécialistes, à l’instar<br />

des instruments de musique africains ?<br />

Bruno Claessens : « C’est assurément<br />

une niche dans laquelle je distingue trois<br />

types de collectionneurs : le premier est le<br />

collectionneur qui souhaite un exemplaire<br />

de chaque type ; le deuxième est celui qui<br />

achète en fonction de l’esthétique et de la<br />

qualité, comme Jacques ; le troisième est<br />

l’acheteur occasionnel qui achète des pièces<br />

décoratives pour son intérieur. » Certains<br />

couteaux, simples mais rares, valent<br />

plusieurs milliers d’euros. Les armes plus<br />

exceptionnelles apparaissent parfois lors<br />

d’importantes ventes aux enchères ou dans<br />

des foires comme la TEFAF ou la BRAFA<br />

et peuvent facilement trouver acquéreur<br />

pour 25.000 euros. De temps à autre, les<br />

prix s’envolent. Ainsi, Christie’s vendait, en<br />

2014, une hache Luba d’une exceptionnelle<br />

beauté pour 163.000 euros. Quant à Sotheby’s,<br />

une hache Songye y était vendue, en<br />

2011, pour 384.750 euros, montant semblet-il<br />

conforme au marché. Ces prix élevés<br />

restent toutefois insignifiants en regard des<br />

98


Couteau Mangbetu, R.D. Congo (ca. 1900-1920). / Jacques Billen et Bruno Claessens. Au premier plan, un couteau à lancer Vidri de la République Centrafricaine<br />

(ca. 1880-1920) et un couteau à lancer Zaghawa du Tchad (ca. 1850-1900).<br />

«Si je suis favorable à la restitution des biens<br />

volés, j’ai du mal à accepter la généralisation de<br />

l’étiquette ‘‘art volé’’.»<br />

sommes déboursées pour des masques et<br />

des sculptures de qualité équivalente. Autrement<br />

dit, le marché des armes africaines<br />

est encore largement sous-estimé. « Des<br />

pièces inconnues apparaissent de temps à<br />

autre », souligne Jacques Billen. « La plupart<br />

du temps, elles faisaient partie de collections<br />

anciennes dispersées après un décès.<br />

Si vous avez de la chance, vous pouvez faire<br />

une trouvaille au marché aux puces. J’ai<br />

ainsi récemment acquis un beau couteau<br />

de Cuba pour 100 euros. » Une bonne<br />

nouvelle pour les collectionneurs débutants<br />

: il est encore possible d’entamer une<br />

collection avec un peu de connaissances et<br />

relativement peu de moyens. Comme les<br />

armes africaines ne sont pas très rares, le<br />

risque que ce marché se tarisse est mince.<br />

« C’est aussi la raison pour laquelle ces<br />

pièces conservent une valeur financière,<br />

sont conservées, exposées, montrées et collectionnées.<br />

Sinon, elles rouilleraient tout<br />

simplement. »<br />

RESTITUTIONS<br />

Impossible de prendre congé de Bruno Claessens<br />

et Jacques Billen sans recueillir leur avis<br />

sur le débat actuel autour des restitutions.<br />

Ces spécialistes de l’art africain et des antiquités<br />

égyptiennes y sont souvent confrontés.<br />

Jacques Billen : « En soi, le mot restitution<br />

pose problème car il signifie rendre ce qui<br />

a été volé. Je suis favorable à la restitution<br />

d’objets volés, mais j’ai des problèmes avec<br />

une généralisation qui classerait tout comme<br />

art spolié sans autre forme de procès. Un musée,<br />

au Danemark, a voulu rendre quelques<br />

œuvres d’art au Nigeria, mais les autorités de<br />

ce pays ont estimé que ces pièces étaient les<br />

meilleurs ambassadeurs à l’étranger de leur<br />

fier passé. Il est arrivé la même chose pour<br />

L’Entrée du Christ à Bruxelles d’Ensor au musée<br />

Getty de Los Angeles. L’artiste y est notre<br />

meilleur ambassadeur qui soit. Pourquoi<br />

les Breughel du Kunsthistorisches Museum<br />

de Vienne devraient-ils revenir dans notre<br />

pays ? Breughel n’était même pas belge, car la<br />

<strong>Belgique</strong> n’existait pas encore. C’est une discussion<br />

complexe. Je m’interroge surtout sur<br />

l’avenir et la garantie de conservation de ces<br />

œuvres. Je me fiche qu’une œuvre se trouve<br />

à Tokyo, Sydney ou Anvers. Ce qui me pose<br />

problème, c’est que le musée de Tervuren soit<br />

désormais perçu comme le lieu qui symbolise<br />

notre effroyable passé colonial. Or, il s’agit à<br />

mes yeux d’une institution scientifique qui<br />

apporte une contribution essentielle à nos<br />

connaissances sur le Congo et son art. La plupart<br />

des gens ne connaissent pas bien l’histoire<br />

de ses collections ethnographiques, ce<br />

qui donne lieu à des conclusions trop souvent<br />

peu nuancées.» Bruno Claessens : « Nous<br />

vivons une époque de culpabilité coloniale, ce<br />

qui ne se justifie pas la restitution d’emblée de<br />

tous les trésors artistiques. Ce débat manque<br />

de nuances. Et cette discussion passe souvent<br />

au-dessus de la tête des intéressés. C’est à<br />

celui qui criera le plus fort pour attirer l’attention,<br />

même si ce n’est pas forcément le plus<br />

compétent en la matière. »<br />

LIRE<br />

Jacques Billen et Bruno Claessens, Unû :<br />

Prestigieuses armes africaines, autoédition<br />

disponible à la Galerie Harmakhis (Bruxelles)<br />

ou via : info@harmakhis.be<br />

99


De l’artisanat<br />

populaire devenu<br />

pièce de musée<br />

Le cheminement d’un sac fourretout<br />

d’Anatolie jusqu’au prestigieux<br />

musée du Quai Branly à Paris,<br />

en passant par Anvers, est dû<br />

au savoir-faire et à la notoriété<br />

internationale du marchand<br />

anversois N. Vrouyr.<br />

Un double sac fourre-tout d’Anatolie<br />

(Turquie) de la fin du XIXe<br />

siècle attirait l’attention de<br />

conservateurs parisiens. Les<br />

travaux de recherche de l’enseigne familiale<br />

N.Vrouyr ont permis de rendre histoire et<br />

contexte à cette iconographie singulière.<br />

« Nous avons d’abord recherché un lien<br />

entre le lieu de fabrication de l’objet et l’inscription<br />

qu’il porte », explique le marchand<br />

Naïry Vrouyr. « Nous avons été surpris d’y<br />

trouver des lettres latines au lieu d’une<br />

écriture arabe, comme nous l’escomptions.<br />

Le personnage à cheval présente également<br />

un aspect plus européen et chrétien<br />

qu’oriental. Des livres, des recherches en<br />

ligne, de longues années de savoir-faire et<br />

parfois aussi de la chance dans cette masse<br />

d’informations jouent un rôle majeur. Nous<br />

connaissons bien entendu nos limites et<br />

savons où nous adresser pour demander<br />

aide et savoir-faire ad hoc. Même si, dans le<br />

cas présent, ce ne fut pas suffisant, ce genre<br />

d’approche permet d’éviter les écueils. »<br />

Le sac en question date, en fait, de la fin du<br />

XIXe siècle et son ornementation est celle<br />

de saint Georges. Une représentation guère<br />

surprenante, car de nombreux chrétiens<br />

vivaient alors sur le littoral de l’Anatolie. De<br />

la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle<br />

jusqu’à la destruction de Smyrne (Izmir),<br />

nombre d’Italiens, de Français et d’Anglais,<br />

nommés Levantins, résidaient également<br />

dans le pays. Ce qui explique l’emploi d’initiales<br />

issues de l’alphabet latin. Ces Levantins<br />

commandaient souvent des tapis et<br />

travaux manuels à la population locale.<br />

CURIOSITÉ À PLUSIEURS NIVEAUX<br />

Naïry Vrouyr : « Ce sac en laine nouée, avec<br />

nœud symétrique et attaches en cuir, se<br />

trouve dans un parfait état de conservation.<br />

« La collaboration<br />

avec les musées<br />

ne diffère pas chez<br />

nous du contact avec<br />

les particuliers. »<br />

Il constitue une curiosité, car il est possible<br />

d’interpréter les illustrations de son iconographie<br />

tant occidentale qu’orientale. La<br />

sirène sur les petites surfaces, par exemple,<br />

renvoie à une légende locale et en même<br />

temps à une histoire occidentale qui prend<br />

de nombreuses formes différentes. Dans<br />

l’histoire orientale, Shahmaran (nom persan<br />

désignant la ‘‘maîtresse des serpents’’)<br />

est mi-femme, mi-dragon. La plupart du<br />

temps, elle figure avec une queue de poisson<br />

sur des amulettes, car elle était dotée de<br />

pouvoirs protecteurs. Suivant l’interprétation<br />

occidentale, il s’agit de la fée Mélusine,<br />

épouse du seigneur de Lusignan, proche<br />

parent des rois de France. Diverses histoires<br />

circulent à propos de son apparence, avec<br />

l’affirmation récurrente qu’elle se changea<br />

en sirène. Guy de Lusignan partit en<br />

croisade au XIIe siècle et devint, par son<br />

mariage avec Sybille de Jérusalem, roi de Jérusalem,<br />

mais aussi de Chypre et d’Arménie.<br />

Le royaume de Petite-Arménie se situait sur<br />

la côte sud-est de l’Asie ; il n’est pas à exclure<br />

que la représentation de la Mélusine occidentale<br />

parle encore à l’imaginaire de la population<br />

de cette région. Mais comme cela<br />

est souvent le cas dans l’Histoire, les apparences<br />

de Shamaran et Mélusine ont peu à<br />

peu fusionné dans la mythologie populaire.<br />

Saint Georges fut tour à tour un chrétien<br />

100


Handgeknoopt, dubbel tasje uit Anatolië, begin 20e eeuw.<br />

et un soldat romain (IVe siècle) de Cappadoce.<br />

À Lydda (aujourd’hui Lod) mourut un<br />

certain Nahfr, chef d’une bande de voleurs.<br />

Nahfr signifie ‘‘dragon’’ ou ‘‘serpent’’. Cette<br />

illustration pourrait donc représenter<br />

Nahfr, sous une apparence humaine, vaincu<br />

par saint Georges. » Cette pièce provenant<br />

d’une collection privée fut achetée il y a de<br />

nombreuses années par Christian Vrouyr<br />

et ensuite acquise par le musée du Quai<br />

Branly, à Paris. « Nous n’avions jamais proposé<br />

d’œuvres à des musées par le passé »,<br />

souligne Naïry Vrouyr. « Ils nous ont<br />

contactés, peut-être après avoir consulté<br />

notre site internet qui présente toutes nos<br />

pièces, ou par le biais de notre présence en<br />

foire. La collaboration avec les musées ne<br />

diffère pas chez nous du contact avec les<br />

particuliers. » La liste de ces institutions est<br />

en tout cas remarquable : le musée du Tapis<br />

de Téhéran, la Maison Rubens et le musée<br />

Plantin-Moretus à Anvers, le Rijksmuseum<br />

à Amsterdam et le Textielmuseum à Tilburg<br />

ont ainsi enrichi leur collection grâce à<br />

cette entreprise familiale. C’est maintenant<br />

le tour du musée du Quai Branly à Paris :<br />

« Le conservateur responsable de l’Afrique<br />

du Nord et du Proche-Orient nous a écrit<br />

pour nous faire part de son intérêt. Après<br />

l’envoi des informations et photos d’usage,<br />

l’acquisition fut proposée dans le cadre<br />

d’une commission. L’approbation fut alors<br />

donnée, sans autres négociations avec<br />

nous. Ces pièces complèteront la collection<br />

« La sirène sur le sac peut renvoyer à une<br />

légende locale ou à une histoire occidentale<br />

qui prend diverses formes. »<br />

Moyen-Orient de l’institution. » Une procédure<br />

fluide qui se base sur la réputation du<br />

marchand et sur la confiance placée en son<br />

savoir-faire.<br />

CRÉATIONS CONTEMPORAINES<br />

La prise de contact systématique avec<br />

des musées ne fait pas partie des objectifs<br />

prioritaires de N. Vrouyr, parce que ce type<br />

de vente est assez marginal, mais aussi<br />

parceque ses activités sont extensives et<br />

intensives. Naïry Vrouyr : « L’approche<br />

artistique du tapis n’a pas beaucoup<br />

évolué au fil des années. Des créations<br />

d’artistes vivants suscitent depuis peu un<br />

vif intérêt. Nous avons récemment acquis<br />

un tapis noué du Népal par Walter Van<br />

Beirendonck réalisé au Textielmuseum de<br />

Tilburg. Pour ce genre de tapis modernes,<br />

nous rencontrons les artistes qui souhaitent<br />

réaliser une œuvre textile et sont<br />

en quête du savoir-faire approprié. Ils nous<br />

soumettent le dessin d’un tapis ou d’une<br />

esquisse qui, selon eux, pourrait devenir<br />

un tapis. Nous pouvons faire réaliser leurs<br />

idées avec quelques adaptations et aboutissons<br />

à de nouvelles productions. KRJST,<br />

par exemple, a fait réaliser certains tapis<br />

par notre intermédiaire. » Le nouage de<br />

tapis nécessite une grande maestria. Ces<br />

pièces sont en général des objets usuels<br />

dans lesquels beaucoup de travail et de<br />

temps ont été investis. « Elles ont souvent<br />

vu le jour dans un contexte populaire. Le<br />

fait que cela ait engendré des pièces aussi<br />

magnifiques représente pour moi l’aspect<br />

le plus fascinant de mon travail de marchand<br />

d’art. Vendre à un musée constitue<br />

bien entendu une référence. Les musées<br />

achètent en connaissance de cause et il<br />

appartient souvent à une commission de<br />

prendre les décisions à partir de données<br />

précises. Ce compromis, conscient et<br />

réfléchi, confère à la vente à un musée une<br />

aura d’accomplissement et une reconnaissance<br />

supplémentaires. »<br />

SURFER<br />

www.vrouyr.com<br />

www.rocad.be<br />

101


Auction calendar<br />

APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />

Belgium<br />

APRIL<br />

1-17 Jordaens<br />

Kunst en antiek MORTSEL<br />

1-5 Rops<br />

Kunst en antiek NAMEN<br />

1-4 Maison des Huissiers de<br />

Justice<br />

Deurwaarderstukken BRUSSEL<br />

2 Louiza Auctions<br />

tableaux et sculptures<br />

contemporain, steet art,<br />

grafiti BRUSSEL<br />

2 Campo & Campo<br />

Grafiekveiling ANTWERPEN<br />

2 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

2-3 Cnock<br />

Juwelen en inboedels KNOKKE<br />

4 Amberes<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

4 Pictura<br />

Inboedel, kunst en antiek<br />

GENT<br />

7 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

7-9 Sylvie’s Wine Auction<br />

Lenteveiling ANTWERPEN<br />

8 Maison des Huissiers de<br />

Justice<br />

Deurwaarderstukken BRUSSEL<br />

9 Lhomme<br />

Boeken, prenten, tekeningen,<br />

schilderijen<br />

LUIK<br />

9 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

10 FW Auctions<br />

Vente de bijoux, montres et<br />

pierres précieuses NAMEN<br />

11 Amberes<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

16 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

16-18 Maison des Huissiers<br />

de Justice<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUSSEL<br />

18 Amberes<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

20 Campo & Campo<br />

Moderne en hedendaagse<br />

veiling ANTWERPEN<br />

20-21 Flanders Auctions<br />

Kunst, antiek, en design<br />

WINGENE<br />

22-23 Damien Voglaire<br />

Boeken en schilderijen<br />

BRUSSEL<br />

22-25 Maison des Huissiers de<br />

Justice<br />

Deurwaarderstukken BRUSSEL<br />

23 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

24 Millon<br />

Cave d’amateurs (Drouot)<br />

PARIS<br />

25 Amberes<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

25 Uccle Saint Job<br />

Kunst en antiek UKKEL<br />

25-26 Horta<br />

Kunst en antiek BRUSSEL<br />

25-26 Elysée Liège<br />

Kunst en antiek LUIK<br />

25-26 Galerie Moderne<br />

Kunst en antiek BRUSSEL<br />

26 Haynault<br />

Numismatiek, medailles, etc<br />

BRUSSEL<br />

26-27 Galerie Athena<br />

Kunst en antiek BRUSSEL<br />

26-27 Berg van<br />

Barmhartigheid<br />

Bijzondere verkoop keramiek,<br />

glas en kristal BRUSSEL<br />

26-27 Vanderkindere<br />

Kunst en antiek UKKEL<br />

28-3 Infinitas<br />

Kunst, antiek, oude<br />

bouwmaterialen, antiek<br />

tuinmeubilair PLOEGSTEERT<br />

28 Legros<br />

Kunst en antiek VERVIERS<br />

29 Phoenix Auctions<br />

Art Contemporain WAVRE<br />

29-1 Maison des Huissiers<br />

de Justice<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUSSEL<br />

30 DVC<br />

Klassieke veiling GENT<br />

30 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

30 Maison Jules<br />

Kunst, antiek en design<br />

GENT<br />

30 ABACA-Auction<br />

Boeken, prenten, tekeningen<br />

BRUSSEL<br />

MAY<br />

1 Cornette de Saint Cyr<br />

Editions limitées<br />

BRUSSEL<br />

1 Soudant<br />

Kunst en antiek GERPINNES<br />

1 DVC<br />

Modern, hedendaags en<br />

design GENT<br />

2 Cornette de Saint Cyr<br />

Art belge et contemporain<br />

BRUSSEL<br />

2 DVC<br />

Schatten op zolder GENT<br />

2 Amberes<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

3 Berg van Barmhartigheid<br />

Juwelen BRUSSEL<br />

7 ABS Veilingen Mechelen<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

8 Soudant<br />

Kunst en antiek GERPINNES<br />

9 Amberes<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

10 Berg van Barmhartigheid<br />

Muziekinstrumenten en<br />

juwelen BRUSSEL<br />

The Netherlands<br />

APRIL<br />

28-4 Veilinghuis Korendijk<br />

Kunst en antiek MIDDELBURG<br />

1-4 BVA Auctions<br />

Kunst en antiek AMSTERDAM<br />

7-9 Twents veilinghuis<br />

Kunst en antiek TWENTHE<br />

11 Derksen<br />

Kunst en antiek<br />

ARNHEM<br />

11-13 Schulman<br />

Numismatiek AMSTERDAM<br />

11-15 Korst Vander Hoeff<br />

Kunst en antiek KEMPTEN<br />

15-25 Notarishuis Arnhem<br />

Online Klassieke Veiling<br />

ARNHEM<br />

24 Veilinghuis Peerdeman<br />

Kunst, antiek, design,<br />

sieraden en zilver MÜNCHEN<br />

25-29 Van Spengen<br />

Kunst en antiek HILVERSUM<br />

26-28 Omnia<br />

Kunst en antiek GRONINGEN<br />

MAY<br />

1-4 Botterweg<br />

Voorjaarsveiling AMSTERDAM<br />

France<br />

APRIL<br />

1 Drouot Estimations<br />

Important Bijoux (Drouot)<br />

PARIS<br />

1 Tessier & Sarrou et Associés<br />

Tableaux Mobilier (Drouot)<br />

PARIS<br />

1 Binoche et Giquello<br />

Mobilier et objets d’art<br />

(Drouot) PARIS<br />

1-14 Artprecium<br />

Egyptian Modern Art ONLINE<br />

2-9 Sotheby’s<br />

Living Contemporary PARIS<br />

3 Osenat<br />

Art Russe VERSAILLES<br />

3 Lombrail Teucquam<br />

Arts Premiers LA VARENNE-<br />

SAINT-HILAIRE<br />

4 Yann Le Mouel<br />

Bijoux Anciens (Drouot) PARIS<br />

5 Aguttes<br />

Les Collections Aristophil<br />

NEUILLY<br />

5 Maison R&C<br />

Bijoux et Montres (Drouot)<br />

PARIS<br />

5 Coutau Begarie<br />

Bijoux, objets de vitrine,<br />

orfèvrerie (Drouot)<br />

PARIS<br />

5 Lucien Paris<br />

Paris Mon Amour (Drouot)<br />

PARIS<br />

5 Cornette de Saint Cyr<br />

Art Contemporain PARIS<br />

5 Tajan<br />

Objets de Lettrés, Trésors de<br />

l’art en Asie PARIS<br />

5 Artcurial<br />

More PARIS<br />

5 Rouillac<br />

Cartes Postales TOURS<br />

5 Cannes Enchères<br />

Vente Courante CANNES<br />

5-21 Aguttes<br />

Online only: montres de<br />

poche et goussets NEUILLY<br />

6 De Baecque & Associés<br />

Poupees, jouets LYON<br />

6 Tajan<br />

Bijoux PARIS<br />

6 Boisgirard Antonini<br />

Presse-papiers - opalines -<br />

verrerie PARIS<br />

6 Cornette de Saint Cyr<br />

Design Moderne et<br />

Contemporain PARIS<br />

7 Rouillac<br />

Dessinsde Costumes TOURS<br />

7 Artcurial<br />

Bijoux Online PARIS<br />

7 Alde<br />

Bibliothèque d’un amateur<br />

PARIS<br />

7 Cornette de Saint Cyr<br />

Editions Limitées PARIS<br />

8 Tessier & Sarrou et Associés<br />

Tableaux, mobilier & objets<br />

d’art (Drouot) PARIS<br />

8 Binoche et Giquello<br />

Livres anciens et modernes<br />

(Drouot) PARIS<br />

8 Ferri & Associés<br />

Art Populaire (Drouot) PARIS<br />

8 Aguttes<br />

Arts d’Asie NEUILLY<br />

8 Ader<br />

Collection d’Estampes autoir<br />

de Bonnard PARIS<br />

102


Auction calendar<br />

APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />

8 Cornette de Saint Cyr<br />

Art Moderne et<br />

Contemporain PARIS<br />

10 Mercier Art<br />

Grande Vente d’Art Classique<br />

10 Osenat<br />

La Royauté à Versailles<br />

VERSAILLES<br />

11 Mercier Art<br />

Belle Vente de Bijoux<br />

12 Lucien Paris<br />

Une Vente Evénement PARIS<br />

12 Cannes Enchères<br />

Vente de timbres CANNES<br />

12 Nice Enchères<br />

Collections niçoises NICE<br />

12 Artcurial<br />

Design Italien PARIS<br />

13 Piasa<br />

Céramique française<br />

moderne, Brazilian design<br />

PARIS<br />

13 Cornette de Saint Cyr<br />

Haute Couture PARIS<br />

13-27 Aguttes<br />

Online only: design NEUILLY<br />

14 De Baecque & Associés<br />

Autographes &<br />

Photographies LYON<br />

14 Tajan<br />

Livres & Manuscrits PARIS<br />

14 Ader<br />

Livres Anciens et Modernes<br />

PARIS<br />

14 Piasa<br />

Aboudramane: Chambre<br />

à part, Art contemporain &<br />

photographie PARIS<br />

14 Bonhams<br />

Paul Scheurich, l’avant garde<br />

en céramique PARIS<br />

14 Lucien Paris<br />

Tableaux, dessins, objets<br />

d’art et de bel ameublement<br />

NOGENT<br />

14-26 Aguttes<br />

Online only: bijoux anciens &<br />

modernes NEUILLY<br />

15 Piasa<br />

Editions et bijoux d’artistes<br />

PARIS<br />

17 Besch<br />

Tableaux Modernes & Art<br />

Contemporain CANNES<br />

18 Besch<br />

Haute Joaillerie CANNES<br />

20 Aguttes<br />

Art Impressionniste &<br />

Moderne NEUILLY<br />

20 Artcurial<br />

Mobilier & Objets d’Art<br />

Online PARIS<br />

21 Artcurial<br />

Bandes Dessinées PARIS<br />

21 Boisgirard Antonini<br />

Tableaux Modernes PARIS<br />

22 Cannes Enchères<br />

Litographies CANNES<br />

22 Ader<br />

Dessins PARIS<br />

22 Alde<br />

Livres de voyage PARIS<br />

23 Osenat<br />

Montres de Collection &<br />

Horlogerie VERSAILLES<br />

23 Cannes Enchères<br />

Art Moderne CANNES<br />

24 Osenat<br />

Les Ecrins de Fontainebleau<br />

VERSAILLES<br />

24 Cannes Enchères<br />

Art Contemporain CANNES<br />

26 Tajan<br />

Estampes PARIS<br />

27 Piasa<br />

DESIGN, RUCTIC REVIVAL<br />

PARIS<br />

27 Boisgirard Antonini<br />

Bijoux, tableaux, objets d’Art<br />

PARIS<br />

28 Aguttes<br />

Art Contemporain: de l’Après<br />

Guerre à nos jours NEUILLY<br />

28 Bonhams<br />

Art Moderne & Contemporain<br />

Africain PARIS<br />

28 Tajan<br />

Art Urbain PARIS<br />

28 De Baecque & Associés<br />

Arts d’Asie LYON<br />

28 Boisgirard Antonini<br />

Bijoux, livres anciens PARIS<br />

28 Lucien Paris<br />

Collection de Madame V<br />

NOGENT<br />

28-19 Aguttes<br />

Online only: un printemps<br />

moderne NEUILLY<br />

29 Lombrail Teucquam<br />

Bijoux, monnaies LA VARENNE-<br />

SAINT-HILAIRE<br />

29 Ader<br />

Polonica, Art Russe PARIS<br />

30 Osenat<br />

Mobilier & Objets d’Art<br />

VERSAILLES<br />

MAY<br />

1 Osenat<br />

Les Intérieurs de Versailles<br />

VERSAILLES<br />

1 Aguttes<br />

Un premier Mai à Cassel<br />

CASSEL<br />

12 Nice Enchères<br />

Vente listée NICE<br />

3 Artcurial<br />

Modern & Vintage Watches<br />

Onlin PARIS<br />

4 Artcurial<br />

Bibliothèque Maurice<br />

Houdayer - Part 3 PARIS<br />

4-5 Cornette de Saint Cyr<br />

Bibliotheque d’un Grand<br />

Amateur PARIS<br />

6 Coutau Begarie<br />

Tableaux, mobilier et objets<br />

d’Art PARIS<br />

6 Ader<br />

Orfèvrerie & Art de la table<br />

PARIS<br />

7 Mercier Art<br />

Vente d’Art du Xxème Siècle<br />

7 Rouillac<br />

Collection Arsicaud de Coiffes<br />

Tourangelles TOURS<br />

9 Lucien Paris<br />

Deux collections Parisiennes<br />

NOGENT<br />

9 May Associés<br />

Livres & Manuscrits<br />

10 Tajan<br />

Mobilier et Objets d’Art PARIS<br />

10 Cannes Enchères<br />

Vente Courante CANNES<br />

United Kingdom<br />

APRIL<br />

1-6 Christie’s<br />

Meteorites from the<br />

collection of Michael Farmer<br />

LONDON<br />

1-6 Sotheby’s<br />

Sladmore: Life in Bronze<br />

LONDON<br />

1-6 Sotheby’s<br />

Old Master Paintings LONDON<br />

4-13 Sotheby’s<br />

History in Manuscript LONDON<br />

4-14 Sotheby’s<br />

Easter Feast LONDON<br />

6 Bonhams<br />

Knightsbridge Jewels<br />

(Knightsbridge) LONDON<br />

7 Phillips<br />

Design LONDON<br />

7 Bonhams<br />

Impressionist & Modern Art<br />

(New Bond) LONDON<br />

13 Bonhams<br />

Modern British and Irish Art<br />

(Knightsbridge) LONDON<br />

20-26 Sotheby’s<br />

Banksy LONDON<br />

22-28 Sotheby’s<br />

Contemporary Curated<br />

LONDON<br />

27 Bonhams<br />

London Jewels, The Library<br />

of an English Collector (New<br />

Bond) LONDON<br />

27 Bonhams<br />

Prints and Multiples, The<br />

Marine Sale (Knightsbridge)<br />

LONDON<br />

27-28 Christie’s<br />

Finest and Rarest Wines<br />

LONDON<br />

28 Phillips<br />

New Now LONDON<br />

28 Bonhams<br />

Fine & Rare Wines, Design<br />

(New Bond) LONDON<br />

MAY<br />

4 Bonhams<br />

Rock, Pop & Film<br />

(Knightsbridge) LONDON<br />

4 Modern Art Online<br />

Contemporary Curated<br />

LONDON<br />

9-10 Bonhams<br />

Asian Art (Knightsbridge)<br />

LONDON<br />

Germany<br />

APRIL<br />

31-1 Hampel<br />

Frühjahrs - Auktionen<br />

MÜNCHEN<br />

1 Jens Schölz<br />

Auktion 73 KÖLN<br />

1 Köller<br />

Alte Grafik, Zeichnungen<br />

Alter Meister, Gemälde Alter<br />

Meister ZÜRICH<br />

5-6 Koller<br />

Online Only ONLINE<br />

5-7 Bassenge<br />

Wertvolle Bücher BERLIN<br />

7 Lempertz<br />

Preußen KÖLN<br />

8 Jens Schölz<br />

Auktion 73 KÖLN<br />

9 Auktion Ruetten<br />

Antiquitäten, Kunst,<br />

Raritäten, Schöne MÜNCHEN<br />

27 Karl und Faber<br />

Spring Prints & Editions<br />

MÜNCHEN<br />

29 Jeschke Van Vliet<br />

Wertvolle Bücher und Alte<br />

Kunst BERLIN<br />

103


L’Hippocampe Secret, 2019- <strong>2022</strong>, pièce unique, grès blanc chamotté, émaux métalliques, émail ‘‘blister’’,<br />

traces de majolique et émaux rouges, 155 x 70 x 70 x 180 cm. © de l’artiste / Creten Studio / Courtesy<br />

Almine Rech, Paris / photo : Gerrit Schreurs<br />

60<br />

Nul n’est prophète en son pays.<br />

Johan Creten pourrait, à lui<br />

seul, être l’incarnation de cette<br />

expression. Car, existe-t-il un autre<br />

artiste belge dont la reconnaissance<br />

à l’étranger soit si inversement<br />

proportionnelle à celle rencontrée<br />

chez nous ? Du côté institutionnel,<br />

du moins. Car il est évident que<br />

les connaisseurs ne s’y sont jamais<br />

trompés.<br />

TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />

lasticien reconnu pour ses œuvres,<br />

terres cuites émaillées et bronzes,<br />

Johan Creten, né à Saint-Trond en<br />

1963, est très largement considéré<br />

comme l’homme fort du renouveau de la<br />

céramique en art contemporain. Et pour<br />

cause, lorsqu’il commence à en explorer<br />

les infinies possibilités dans les années<br />

1980, la discipline est franchement snobée<br />

par les prescripteurs de tendance qui<br />

l’étiquètent en mode mineur. C’est dès<br />

lors un vrai aboutissement d’observer que<br />

la bataille menée par Johan Creten, aussi<br />

longue et solitaire fut-elle, a porté ses fruits.<br />

Mieux, elle a encouragé des vocations.<br />

La céramique contemporaine s’invite à<br />

présent dans toutes les programmations.<br />

Conçue en partenariat avec la Galerie<br />

Almine Rech, cette exposition présente<br />

un ensemble de dix-sept sculptures<br />

inédites en terre cuite. Dix-sept animaux<br />

(Beasts), réalisés au cours des trois<br />

Ta dolupta eatis cum quam fugia as pro del ipsundicid<br />

quae nonsed que nim quias<br />

dernières années, qui n’ont encore jamais<br />

été présentés au public. On rencontre<br />

un sanglier englué dans une fange<br />

sanguinolente, une mouche endormie à la<br />

manière d’un transi ou encore un pélican<br />

pétrifié dans une insondable tristesse. Ce<br />

noyau dur se complète de deux pièces<br />

emblématiques dans sa carrière : C’est dans<br />

ma nature (2001) et De Vleermuis (2015-<br />

2019). La première compose un ensemble<br />

de dix bas-reliefs métamorphiques ; la<br />

seconde s’incarne en une monumentale<br />

chauve-souris. Cette mise en perspective<br />

de temporalités divergentes souligne la<br />

cohérence et la constance de sa démarche.<br />

Dans la veine d’un Georges Orwell ou d’un<br />

Jean de La Fontaine, Johan Creten appelle<br />

continuellement les animaux à parler de<br />

nos sociétés et de leurs changements, des<br />

dérives politiques, des conflits, des luttes et<br />

des résignations, mais aussi des joies, des<br />

consolations et des espoirs.<br />

La Chauve-Souris, 2014-2019, 1/3, éd. 3 + 1 EA, bronze patiné, fonte à la cire perdue, signé, titré, sceau ‘‘aigle’’,<br />

385 x 230 x 240 cm (1265 kg). © de l’artiste / Creten Studio / Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, Paris /<br />

photo : Peter Lennby<br />

JOUER AVEC LA TERRE ET LE FEU<br />

Lors de l’entretien que Johan Creten<br />

nous a chaleureusement accordé, nous<br />

avons pu l’interroger sur les fondements<br />

de son art, mais aussi sur ses joies, ses<br />

combats et les nombreux choix qu’il<br />

est amené à poser en tant qu’artiste<br />

contemporain. Nos premiers échanges<br />

éclairent le commencement ; le jour où il<br />

mesura le pouvoir magique de la matière.<br />

Une première anecdote en dit long sur<br />

l’homme, plus encore sur l’artiste : «Enfant,<br />

membre d’un groupe Chiro (équivalent<br />

des scouts), je fus projeté contre mon gré<br />

à la campagne. Étant un garçon un peu<br />

singulier, j’étais régulièrement harcelé…<br />

Jusqu’au jour où j’ai, moi-même, menacé<br />

un gamin qui venait m’attaquer. J’ai saisi<br />

un bout de matière (était-ce du pain ou<br />

de la terre ?), ai très rapidement modelé<br />

61<br />

Fair calendar<br />

APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />

Belgium<br />

APRIL<br />

26-12/6 Knokke<br />

FOTO KNOKKE-HEIST<br />

28-1/5 Brussels<br />

ART BRUSSELS<br />

28-1/5 Brussels<br />

SOLO PROJECT<br />

MAY<br />

11-15 Brussels<br />

TWENTY<br />

7-10 Amsterdam<br />

ART AFFAIR<br />

9-10 Utrecht<br />

VERZAMELJAARBEURS<br />

9-11 Amsterdam<br />

THE DAAF<br />

13-18 Amsterdam<br />

KUNSTRAI<br />

MAY<br />

8-15 Breda<br />

ART BREDA<br />

Germany<br />

APRIL<br />

28-1/5 Stuttgart<br />

KUNST & ANTIQUITÄTEN TAGE<br />

United Kingdom<br />

APRIL<br />

31-3/4 Bath<br />

BATH DECORATIVE ANTIQUES FAIR<br />

7-10 London<br />

CERALMIC ART LONDON<br />

Austria<br />

APRIL<br />

9-18 Salzburg<br />

ART & ANTIQUE<br />

23-1/5 Wien<br />

WIKAM<br />

Italy<br />

APRIL<br />

1-3 Milano<br />

MIART<br />

USA<br />

APRIL<br />

31-3/4 Los Angeles<br />

THE OTHER ART FAIR<br />

6-10 New York<br />

TEFAF NEW YORK<br />

14-12/6 Andenne<br />

CERAMIC ART ANDENNE<br />

The Netherlands<br />

APRIL<br />

30-03/4 Nooitgedacht<br />

KUNST AAN HET HOF<br />

2-3 Amsterdam<br />

DESIGN ICONS<br />

France<br />

APRIL<br />

5-10 Paris<br />

HOTEL LA LOUISIANE<br />

5-10 Paris<br />

PAD<br />

7-10 Paris<br />

ART PARIS<br />

MAY<br />

4-8 London<br />

SPRING FAIR<br />

Portugal<br />

APRIL<br />

30-8/5 Lisboa<br />

LAAF<br />

23-1/5 Assisi<br />

ASSISI ANTIQUARIATO<br />

28-1/5 Milano<br />

MILAN IMAGE ART FAIR<br />

Sweden<br />

APRIL<br />

1-3 Brösarp<br />

ANTIKMÄSSAN I BRÖSARP<br />

La force<br />

thaumaturgique<br />

de l’objet<br />

Johan Creten<br />

P<br />

Johan Creten geldt als de drijvende kracht<br />

achter de vernieuwing in de hedendaagse<br />

keramiek.<br />

9 numéros pour 49,50 €<br />

ou 25 € sur tablette<br />

www.collectaaa.be


Museum calendar<br />

APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />

Belgium<br />

ANTWERPEN<br />

FOMU<br />

△ Max Pinckers<br />

t/m 13-04<br />

M HKA<br />

△ Mash Up - Anthea<br />

Hamilton<br />

t/m 15-05<br />

BINCHE<br />

Musée du Carnaval<br />

et du Masque<br />

△ Bouffons !<br />

j. 11-09<br />

BRUGGE<br />

Adornesdomein<br />

△ Simply - Willy Vynck<br />

t/m 6-04<br />

Musea Brugge<br />

△ Verhalen uit de<br />

ondergrond. Brugge in<br />

het jaar 1000.<br />

t/m 27-10-2023<br />

BRUSSELS<br />

Art et marges musée<br />

△ Haute tension<br />

j. 16-06<br />

Cinematek<br />

△ contro-corrente - Op<br />

het pad van Pier Paolo<br />

Pasolini door Chantal Vey<br />

j. 18-04<br />

CIVA<br />

△ Expo: le logis-floréal -<br />

un project coopératif<br />

j. 26-06<br />

Design Museum<br />

Brussels<br />

△ Charlotte Perriand.<br />

Comment voulonsnous<br />

vivre? Politique du<br />

photomontage<br />

01-04 au 28-08<br />

Fondation A Stichting<br />

△ One, two, Three, More<br />

- Helen Levitt<br />

j. 10-04<br />

Jewish Museum of<br />

Belgium<br />

△ Sol Lewitt. Wall<br />

Drawings, Works on paper,<br />

Structures (1968-2002)<br />

j. 01-05<br />

△ Works on Paper.<br />

Gallila’s collection<br />

j. 17-04<br />

KBR<br />

△ Toots 100. The sound<br />

of a Belgian Legend<br />

22-04 au 31-08<br />

La Centrale<br />

△ This is what you came<br />

for. Els Dietvorst<br />

28-04 au 02-10<br />

Mima<br />

△ Mima reload<br />

j. 29-05<br />

Musée de la bande<br />

dessinée<br />

△ Bulles de Louvre -<br />

vingt auteurs de Bande<br />

Dessinée propose de<br />

découvrir le Louvre<br />

j. 11-09<br />

Musee Mode et<br />

Dentelle<br />

△ Brussels Touch<br />

j. 22-05<br />

Musées roayxu<br />

des Beaux-Arts de<br />

<strong>Belgique</strong><br />

△ Omar Ba - Christian<br />

Dotremont. Peintre de<br />

l’écriture - Tanya Goel<br />

01-04 au 07-08<br />

Museum Kunst &<br />

Geschiedenis<br />

△ Before Time Began<br />

t/m 29-05<br />

Villa Empain<br />

△ Michel Polak<br />

07-04 au 21-08<br />

△ Portrait of a Lady<br />

j. 04-09<br />

CHARLEROI<br />

BPS22<br />

△ Teen Spirit<br />

j. 22-05<br />

Musée de la<br />

Photographie<br />

Charleroi<br />

△ Michel Vanden<br />

Eeckhoudt<br />

j. 15-05<br />

△ Soleil Noir - Gaëlle<br />

Henkens et Roger Job<br />

j. 15-05<br />

△ Arbres-Troncs - Zoé<br />

Van der Haegen<br />

j. 15-05<br />

△ Melanie De Biasio<br />

j. 15-05<br />

△ Danielle Rombaut<br />

j. 15-05<br />

DEINZE<br />

Museum van Deinze<br />

en de Leiestreek<br />

△ Marcase. Aspects of<br />

the image<br />

t/m 03-04<br />

GENT<br />

Museum Dr. Guislain<br />

△ Circonstances. Fernand<br />

Deligny<br />

t/m 29-05<br />

S.M.A.K.<br />

△ POPART van Warhol<br />

tot Panamarenko Uit de<br />

Collectie Matthys-Colle<br />

& S.M.A.K.<br />

t/m 08-05<br />

HASSELT<br />

Cultuurcentrum<br />

Hasselt<br />

△ En toch is ook de nacht<br />

niet uitzichtloos zolang<br />

er sneeuw ligt<br />

t/m 22-05<br />

△ Genre ZERO - Diana<br />

Herz<br />

t/m 22-05<br />

△ Self-Portraits, Dated,<br />

Untitled - Mies Cosemans<br />

& Joke Timmermans<br />

t/m 22-05<br />

HORNU<br />

CID Grand Hornu<br />

△ Bricks beyond Walls<br />

j. 05-06<br />

MACS<br />

△ Gaillard & Claude. A<br />

Certain Decade - Aline<br />

Bouvy. Cruising Bye<br />

j. 18-09<br />

KNOKKE-HEIST<br />

Cultuurcentrum<br />

Scharpoord<br />

△ Foto Knokke-Heist<br />

- Frieke Janssens &<br />

Servaas Van Belle<br />

t/m 12-06<br />

LA HULPE<br />

Fondation Folon<br />

△ Tomi Ungerer. Enfant<br />

terrible<br />

j. 26-06<br />

LA LOUVIÈRE<br />

Keramis - Centre de<br />

la Céramique de la<br />

Fédération Wallonie-<br />

Bruxelles (asbl)<br />

△ Les collections de<br />

Verviers à Keramis<br />

j. 28-08<br />

LEUVEN<br />

Museum M<br />

△ Prendre le temps<br />

t/m 23-04-2023<br />

△ Dry Culture Wet<br />

Culture - Wael Shawky<br />

t/m 28-08<br />

LIÈGE<br />

Maison des Métiers<br />

d’Art<br />

△ Upcycling - Recycler<br />

avec style<br />

j. 25-06<br />

MECHELEN<br />

Kazerne Dossin<br />

△ Universal Human<br />

Rights. Why they matter<br />

t/m 11-12<br />

MONS<br />

Beaux-Arts Mons<br />

△ Anto-Carte. De terre<br />

et de ciel<br />

j. 21-08<br />

△ Souviens-toi -<br />

Emelyne Duval<br />

j. 29-05<br />

MORLANWELZ<br />

Musée Royal de<br />

Mariemont<br />

△ La Chine au féminin.<br />

Une aventure moderne<br />

02-04 au 23-10<br />

△ Le Mysthère Mithra.<br />

Plongée au coeur d’un<br />

culte romain<br />

j. 17-04<br />

OOSTENDE<br />

Mu.Zee<br />

△ België-Argentinië.<br />

Trans-Atlantische<br />

modernismen, 1910-1958<br />

t/m 12-06<br />

Fort Napoleon<br />

△ De Grote Ridder Muis<br />

- Doe-expo<br />

t/m 18-04<br />

PUURS-SINT-AMANDS<br />

Emile Verhaeren<br />

Museum<br />

△ La Ville abandannée -<br />

Koen Broucke<br />

t/m 22-05<br />

SINT-MARTENS LATEM<br />

Museum Dhondt-<br />

Dhaenens<br />

△ Blindsight – Manon<br />

de Boer in dialoog met<br />

Latifa Laâbissi en Laszlo<br />

Umbreit<br />

t/m 22-05<br />

△ Time, and time again<br />

– Werk uit de collectie<br />

Vermeire-Notebaert<br />

t/m 22-05<br />

△ Yvan Derwéduwé -<br />

Antichambre<br />

t/m 22-05<br />

△ untitled 2018 (the<br />

infinite dimensions<br />

of smallness) - Rirkrit<br />

Tiravanija<br />

t/m 31-05<br />

SINT-NIKLAAS<br />

Mercatormuseum<br />

△ Kaarten aan de wand<br />

- (Her)ontdek oldschool<br />

platen en kaarten<br />

t/m 01-05<br />

SINT-PIETERS-<br />

WOLUWE<br />

Museum van de<br />

Boekkunsten en de<br />

Boekband<br />

△ Touching, Moving,<br />

Reading Books<br />

j. 22-05<br />

TOURNAI<br />

Musée des Beaux-<br />

Arts de Tournai<br />

△ Toute une histoire,<br />

regard sur les collections<br />

#3<br />

j. 02-2023<br />

△ Open Field - Raffaella<br />

Crispi<br />

105


Gallery calendar<br />

APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />

Belgium<br />

AALST<br />

Netwerk Aalst<br />

△ Rewinding<br />

Internationalism<br />

t/m 01-05<br />

ANTWERPEN<br />

De Zwarte Panter<br />

△ Tabula Rasa - Kiro Urdin<br />

t/m 10-04<br />

△ Alles stroomt - Frieda<br />

Van Dun<br />

t/m 10-04<br />

Everyday Gallery<br />

△ Beliefs, Apples and<br />

Machines - Victor<br />

Delestre<br />

t/m 17-04<br />

△ Venus and Adonis -<br />

Magda Kirk<br />

t/m 17-04<br />

△ Newtro - Gao Hang,<br />

Ahn Tae Won, Botond<br />

Keresztesi<br />

t/m 17-04<br />

Gallery FIFTY ONE<br />

△ ON & ONE - Eamonn<br />

Doyle<br />

t/m 16-04<br />

△ Portraits - Jacques<br />

Sonck<br />

t/m 16-04<br />

Tim Van Laere Gallery<br />

△ Riding the Waves -<br />

Leiko Ikemura<br />

t/m 02-04<br />

Zeno X Gallery<br />

△ Le jour se lève -<br />

Pélagie Gbaguidi<br />

t/m 30-04<br />

BEERSEL<br />

LKFF Art Projects<br />

△ Bij mijn venster -<br />

A ma fenêtre -<br />

At my window<br />

t/m 02-04<br />

BRASSCHAAT<br />

Keteleer Gallery<br />

△ A Short Trip - Floris<br />

Van Look<br />

t/m 17-04<br />

BRUSSELS<br />

A. Galerie<br />

△ Elements - Terra<br />

Abstracta - Benoît Feron<br />

j. 09-04<br />

Almine Rech<br />

△ Otis Kwame Kye<br />

Quaicoe<br />

j. 16-04<br />

△ Brian Calvin<br />

27-04 au 28-05<br />

△ Peter Peri<br />

27-04 au 28-05<br />

△ BLACK RODEO:<br />

Cowboys of the 21st<br />

Century - Otis Kwame<br />

Kye Quaicoe<br />

j. 16-04<br />

Arthus Gallery<br />

△ “Materia” group<br />

exhibition - Alvina<br />

Jakobssen,<br />

Virginie de Limbourg,<br />

Joao Manardù<br />

j. 30-04<br />

Association<br />

du patrimoine<br />

artistique<br />

△ La révolte de la<br />

couleur. Le Fauvisme<br />

belge 1904-1918<br />

j. 23-04<br />

Atomium<br />

△ View from my window<br />

j. 29-05-2023<br />

Baronian<br />

△ Eric Poitevin<br />

27-04 au 04-06<br />

△ Olivier Mosset<br />

j. 14-05<br />

BE CULTURE<br />

△ New Horizons in<br />

Painting<br />

01-04 au 28-05<br />

Bernier/Eliades<br />

△ Softly and Forever -<br />

Romain Cadilhon<br />

j. 14-04<br />

Bruno Matthys<br />

Gallery<br />

△ Silences -<br />

Eric Herrman,<br />

Véronique Melotto<br />

j. 09-04<br />

Brussels Expo<br />

△ Antoine de Saint-<br />

Exupéry. Le Petit Prince<br />

parmi les Hommes<br />

j. 30-06<br />

Centre d’art<br />

Chapelle<br />

de Boondael<br />

△ Nature sacrée,<br />

nature enchantée –<br />

Geneviève Levivier<br />

j. 10-04<br />

CLEARING<br />

△ Pandemic<br />

Pandemonium - Neïl<br />

Beloufa<br />

j. 10-04<br />

Contretype<br />

△ Hernie & Plume -<br />

Katherine Longly<br />

j. 22-05<br />

△ Retour à<br />

La Louvière - Pauline<br />

Vanden Neste<br />

j. 22-05<br />

△ D’ici là - Jérôme<br />

Hubert<br />

j. 22-05<br />

Dauwens &<br />

Beernaert Gallery<br />

△ 1 x 4 = 5 -<br />

Loïc Van Zeebroek,<br />

Toon Boeckmans,<br />

Isa De Leener,<br />

Charlotte<br />

Vandenbroucke<br />

j. 01-05<br />

Deodato Arte -<br />

Brussels<br />

△ Editions - Mr.<br />

Brainwash<br />

j. 24-06<br />

Dvir Gallery<br />

△ Haletant et éclatant -<br />

Sigalit Landau<br />

j. 16-04<br />

Eleven Steens<br />

△ Matières Premières<br />

- Pauline Bonnet,<br />

Yoshikazu Goulven<br />

Le Maître, BeCraft,<br />

La Gadoue, Réjean<br />

Peytavin<br />

j. 10-04<br />

Esther Verhaeghe<br />

Art Concepts<br />

△ Jacqy duVal<br />

j. 10-04<br />

Fondation Thalie<br />

△ Inner Bodies - Kiki<br />

Smith<br />

j. 01-05<br />

Frédérick Mouraux<br />

Gallery<br />

△ Naphta Tribes &<br />

Impermanence<br />

j. 30-04<br />

Galerie ABC<br />

△ Quentin Smolders<br />

j. 07-05<br />

Galerie Aliénor<br />

Prouvost<br />

△ Figures anonymes -<br />

Bryan Ley<br />

j. 28-04<br />

Galerie Baronian<br />

△ The Last Cowboy<br />

Songs - Olivier Mosset<br />

j. 14-05<br />

Galerie de la<br />

Béraudière<br />

△ Germaine Richier & La<br />

Couleur<br />

j. 29-04<br />

Galerie Deletaille<br />

△ Natures Mortes -<br />

Living Country<br />

j. 02-04<br />

Galerie Dys<br />

△ Carnaval. Peintures<br />

et travaux sur papier -<br />

Yasemin Senel<br />

j. 03-04<br />

Galerie Horta<br />

△ Frida Khalo - The life of<br />

an icon<br />

j. 14-05<br />

Galerie La Forest<br />

Divonne<br />

△ L’Oeuvre au coprs. Un<br />

rencontre ente les arts et<br />

le goût<br />

19-05 au 18-06<br />

△ Catherine François<br />

j. 14-05<br />

△ Singularités -<br />

Catherine François<br />

j. 15-05<br />

Galerie Marie-Ange<br />

Boucher<br />

△ Noëlle Koning<br />

j. 02-04<br />

△ Philippe Desomberg<br />

j. 02-04<br />

Galerie<br />

Nathalie Obadia<br />

△ Foolhardy Boarding<br />

A Lost State of Mind -<br />

Joris Van de Moortel<br />

j. 07-05<br />

Galerie Templon<br />

Bruxelles<br />

△ Présences - Jeanne<br />

Vicéral<br />

j. 23-04<br />

Galerie The Palm<br />

Beach<br />

△ Eikonoklastes - JNG,<br />

Jean-Noël Guillemain<br />

j. 24-04<br />

Galleria<br />

Anna Marra<br />

△ Roshambo - Perino &<br />

Vele, Túlio Pinto<br />

j. 15-04<br />

Gallery Sofie Van den<br />

Bussche<br />

△ New Memories -<br />

Joke Raes & Jonas<br />

Vansteenkiste<br />

j. 10-04<br />

Grand-Place<br />

△ Pop Masters<br />

j. 29-05<br />

Horst<br />

△ The Act of Breathing<br />

12-05 au 31-07<br />

Huberty & Breyne<br />

△ Olivier Ledroit<br />

08-04 au 14-05<br />

△ Michel Vaillant Art<br />

Strips - Jean Graton<br />

j. 02-04<br />

Husk Gallery<br />

△ Enclosure undone -<br />

Akiko Ueda<br />

j. 30-04<br />

Irène Laub Gallery<br />

△ Meta-morphosis -<br />

Tatiana Wolska<br />

j. 09-04<br />

KULT XL<br />

△ Hypnagogie -<br />

Robberto & Milena Atzori<br />

21-04 au 22-05<br />

Kusseneers Gallery<br />

△ Dancing in the Dark -<br />

Laurent Impeduglia<br />

j. 02-04<br />

L’Enfant Sauvage<br />

△ Primitiv Acid - Thomas<br />

Valere Gosset<br />

j. 16-04<br />

△ Comme une sorte de<br />

respiration - Toinette<br />

Chaudron<br />

j. 16-04<br />

La patinoire Royale,<br />

Galerie Valérie Bach<br />

△ Illimités - Sahar<br />

Saâdaoui<br />

j. 07-05<br />

△ Au gré de ses<br />

“déplacements” -<br />

Marthe Wéry<br />

j. 07-05<br />

△ Au gré de ses<br />

“déplacements” -<br />

Marthe Wéry<br />

j. 07-05<br />

△ Illimités - Sahar<br />

Saâdaoui<br />

j.07-05<br />

Laurentin Galerie<br />

Bruxelles<br />

△ Prints - Geneviève<br />

Asse<br />

j. 16-04<br />

Le Botanique<br />

△ Ce débris dont rien<br />

n’est venu à bout - Alix<br />

Dussart<br />

j. 03-04<br />

△ SARA TM - Void<br />

Collective<br />

j. 17-04<br />

le salon d’art<br />

△ arbo-naissance -<br />

Simon Outers<br />

j. 14-05<br />

Lee-Bauwens Gallery<br />

△ The Earth of Memory -<br />

a collective exhibition<br />

j. 30-04<br />

Librairie Galerie<br />

Chapitre XII<br />

△ Reborn - Stephen Sack<br />

j. 23-04<br />

Maison Commune à<br />

Ixelles<br />

△ Bers Grandsinge<br />

& Friends. Avis de<br />

recherche<br />

j. 20-05<br />

Maison de l’Histoire<br />

européenne<br />

△ Quand les murs<br />

parlent !<br />

30-04 au 13-11<br />

Maison des Arts<br />

△ En quelques mots … -<br />

In enkele woorden ...<br />

j. 30-04<br />

Marc Minjauw Gallery<br />

△ Recent Works - Luis<br />

Salazar<br />

j. 03-04<br />

Marie-Laure Fleisch<br />

△ Sculptures of Stones -<br />

Ronny Delrue<br />

j. 16-04<br />

Mathilde<br />

Hatzenberger<br />

Gallery<br />

△ Old Farts ?! - Pierre<br />

Dessons, Richard<br />

Meitner<br />

j. 02-04<br />

Melissa Ansel<br />

△ Devenir l’estran<br />

- Alexane Sanchez,<br />

Hadrien Loumaye,<br />

Julia Renaudot<br />

j. 08-05<br />

106


Gallery calendar<br />

APRIL / MAY <strong>2022</strong><br />

Mendes Wood DM<br />

△ Neïl Beloufa<br />

j. 10-04<br />

Michel Rein<br />

△ Rubber soul - Edgar<br />

Sarin<br />

j. 16-04<br />

Michèle Schoonjans<br />

Gallery<br />

△ Danielle Kwaaitaal. Still<br />

Water<br />

j. 30-04<br />

Modern Shapes<br />

Gallery<br />

△ Simon Oud,<br />

Andrew Clausen,<br />

Enric Mestre<br />

j. 30-04<br />

Modesti Perdriolle<br />

Gallery<br />

△ The Color of Light -<br />

Joël Denot<br />

j. 23-04<br />

Montoro12 Gallery<br />

△ Ochre Yellow - Simone<br />

Cametti<br />

j. 16-04<br />

△ I Saw a Blue Sphere<br />

Falling - Emmanuele de<br />

Ruvo<br />

j. 16-04<br />

NICC & The<br />

Aprognostic Temple<br />

△ Zebedee Armstrong<br />

02-04 au 01-05<br />

Nino Mier Gallery<br />

△ Good Morning -<br />

Monica Subidé<br />

j. 16-04<br />

Odradek<br />

△ De la matière -<br />

Fabienne Claesen &<br />

Christine Nicaise<br />

j. 30-04<br />

Pierre Marie Giraud<br />

△ Michaël Verheyden<br />

j. 21-04<br />

Rodolphe Janssen<br />

△ Sausage Party -<br />

exposition de groupe<br />

j. 30-04<br />

Rossicontemporary<br />

△ Matrix Verbatim -<br />

Charlotte Flamand<br />

j. 07-05<br />

Sophie Carrée<br />

△ I’ve Lost My Head -<br />

Nathalie Campion<br />

j. 16-04<br />

Spazio Nobile Gallery<br />

△ Arbre de Vie - Bela<br />

Silva & Vera Vermeersch,<br />

duo show<br />

01-04 au 15-05<br />

△ Serendipity - Kiki van<br />

Eijk & Joost van Bleisjwijk,<br />

Duo show<br />

17-05 au 04-09<br />

Stems Gallery<br />

△ I’ll Tell You Later -<br />

Susumu Kamijo<br />

j. 09-04<br />

Super Dakota<br />

△ Snowballing - Alex Clarke<br />

j. 16-04<br />

Xavier Hufkens<br />

△ Keyhole - Josh Smith<br />

j. 16-04<br />

Zedes Art Gallery<br />

△ The Lissitzky Case -<br />

Igor Tishin<br />

j. 23-04<br />

CHARLEROI<br />

Galerie Jacques<br />

Cerami<br />

△ La prière du coeur -<br />

Philippe Herbet<br />

j. 23-04<br />

GENT<br />

Tatjana Pieters<br />

△ Yawn Holding Fields -<br />

Indrikis Gelzis<br />

t/m 17-04<br />

△ Il faut cultiver son<br />

jardin - curated by Fleur<br />

De Roeck<br />

t/m 17-04<br />

GRIMBERGEN<br />

Cultuurcentrum<br />

Strombeek<br />

△ Open Source - Noah<br />

Latif Lamp<br />

t/m 01-05<br />

△ Sunny Afternoon -<br />

Rirkrit Tiravanija<br />

t/m 30-04<br />

HASSELT<br />

Z33<br />

△ Charging Myths - On-<br />

Trade-Off<br />

t/m 21-08<br />

HINGENE<br />

Den Heeck<br />

△ Wim Maes -<br />

eenmanstentoonstelling<br />

t/m 10-04<br />

HINGENE-BORNEM<br />

Den Heeck<br />

△ Eenmanstentoonstelling<br />

- Wim<br />

Maes<br />

t/m 10-04<br />

JAMBES<br />

Galerie Detour<br />

△ Alain Janssens. Le<br />

palabre des choses<br />

j. 30-04<br />

KNOKKE<br />

Baronian<br />

△ Max Frintrop<br />

j. 15-05<br />

KORTRIJK<br />

Be-Part<br />

△ Black Sun - Ruben<br />

Bellinkx<br />

t/m 05-06<br />

LA LOUVIÈRE<br />

Centre Daily-Bul & Co<br />

△ Cactus inébralable<br />

s’expose<br />

j. 17-04<br />

Galerie Nardone<br />

△ Carlo Galfione<br />

j. 23-04<br />

LIÈGE<br />

Europaexpo - Gare<br />

de Liège Guillemins<br />

△ I LOVE JAPAN<br />

j. 31-08<br />

Les Brasseurs art<br />

contemporain<br />

△ S!NGULIER - Andrea<br />

Radermacher-<br />

Mennicken<br />

j. 09-04<br />

Les Brasseurs art<br />

contemporain<br />

△ LUIK : panel that can<br />

be placed in front of<br />

a window - Maikel De<br />

Greve<br />

j. 09-04<br />

LINKEBEEK<br />

Huize Lismonde<br />

△ Gaandeweg - Anne<br />

Marie Finné<br />

t/m 22-05<br />

LOUVAIN-LA-NEUVE<br />

Espace 001<br />

△ Virginie de Limbourg<br />

j. 10-04<br />

NAMUR<br />

Galerie Ronny Van de<br />

Velde<br />

△ Perspectives minimales<br />

en <strong>Belgique</strong><br />

j. 17-04<br />

OOSTEEKLO<br />

Galerie William<br />

Wauters<br />

△ Wim Biewenga<br />

10-04 t/m 15-05<br />

△ Christian Verhelst<br />

10-04 t/m 15-05<br />

△ Marcase<br />

t/m 03-04<br />

TERVUREN<br />

Art Gallery van<br />

Lorreinen<br />

△ Joy of Life - Carla De<br />

Boeck<br />

t/m 03-04<br />

Spazio Nobile At<br />

Home<br />

△ Inner Landscapes<br />

j. 29-05<br />

VERVIERS<br />

ABC&Design<br />

△ Jacques Maréchal-<br />

Muller, Jenny Verplanke<br />

j. 09-04<br />

WAREGEM<br />

Be-Part<br />

△ Hips don’t lie -<br />

Hadassah Emmerich<br />

t/m 22-05<br />

WIJNEGEM<br />

Axel Vervoordt<br />

△ Shiro Tsujimura<br />

t/m 07-05<br />

△ Shen Chen<br />

t/m 07-05<br />

△ Chaos & Order -<br />

Group exhibition<br />

t/m 21-05<br />

107


Chambre Royale Belgo –<br />

Luxembourgeoise des salles de ventes<br />

Aux enchères, commissaires-priseurs, courtiers et experts mobiliers<br />

asbl fondée en 1936<br />

Avenue Louise 500,<br />

1000 Bruxelles<br />

Tél. 0475-62 71 85<br />

Fax 02-741 60 70<br />

www.auctions-in-belgium.be info@auctions-in-belgium.be<br />

Extrait liste des membres (Liste complète disponible au sécretariat ci-dessus)<br />

ANTWERPEN 2000<br />

AMBERES b.v.b.a<br />

(Dir. Rik Dupain - Marc<br />

Royer)<br />

Terninckstraat 6-8-10<br />

T.03/226.99.69 -<br />

F.03/227.03.89<br />

www.amberes.be.<br />

Gecatalogeerde kunstveilingen,<br />

schattingen voor nalatenschappen<br />

en verzekering.<br />

Geïllustreerde catalogus.<br />

Wekelijkse burgerveilingen.<br />

Meer dan 35.000 loten<br />

toegewezen per jaar<br />

BERNAERTS<br />

Kunstveilingen<br />

(Dir. Ch. & P. Bernaerts)<br />

Verlatstraat 16-22<br />

T.03/248.19.21<br />

info@bernaerts.be<br />

www.bernaerts.be<br />

LIVE & ONLINE VEILINGEN<br />

Oude, Romantische &<br />

Moderne Meesters.<br />

Antiek, Toegepaste kunsten,<br />

Design, Werk op papier.<br />

Expertises voor verdeling en<br />

verzekering<br />

CAMPO & CAMPO<br />

(Dir. Guy Campo)<br />

Grote Steenweg 19-21 - 2600<br />

Berchem<br />

T.03/218.47.77<br />

F.03/218.53.63<br />

guy@campocampo.be<br />

www.campocampo.be - 5<br />

Gecatalogeerde kunst- en<br />

antiekveilingen - schilderijen<br />

- grafiek - beeldhouwkunstmeubelen<br />

- porselein - zilverwerk<br />

- tapijten - wijnen<br />

e.a.<br />

DVC<br />

(Dir. D. Van Cappel)<br />

Ellermanstraat 36-38 - 2060<br />

Antwerpen<br />

T.03/232.36.64<br />

F.03/234.22.14<br />

Gecatalogiseerde kunst- en<br />

antiekveilingen schattingen<br />

en expertises van nalatenschappen<br />

en verzekeringen<br />

e-mail: dvc@dvc.be<br />

www.dvc.be<br />

JORDAENS N.V.<br />

Drabstraat 74 - 2640 Mortsel<br />

T.03/449.44.30<br />

e-mail: info@jordaens.eu<br />

www.jordaens.eu<br />

Openbare verkopingen van<br />

kunst, antiek, juwelen, wijn,<br />

collecties en inboedels.<br />

Taxatie voor verdeling en<br />

verzekering<br />

BRUGGE 8000<br />

CARLO BONTE AUCTIONS<br />

Kardinaal Mercierstraat 20,<br />

8000 Brugge<br />

www.carlobonte.be<br />

info@carlobonte.be<br />

T. 050 33 23 55<br />

Internationale ONLINE<br />

Kunst- en Antiekveilingen.<br />

Asian Art, Western Art,<br />

Antiques, Design. Advies bij<br />

verkoop - expertise - schattingen<br />

Van de Wiele Auctions<br />

Groeninge 34<br />

T.050 49 07 69<br />

auctions.vandewiele@proximus.be<br />

www.marcvandewiele.com<br />

Zeldzame drukken en handschriften,<br />

oude kaarten,<br />

atlassen, grafiek en schilderijen.<br />

Schattingen voor verzekeringen<br />

en nalatenschap.<br />

BRUSSEL 1000<br />

ARENBERG AUCTIONS<br />

(dir. Johan Devroe § Henri<br />

Godts)<br />

Wolstraat 19 bus 2 - 1000<br />

Brussel<br />

T. 02-5441055<br />

info@arenbergauctions.com<br />

www.arenbergauctions.com<br />

Veilingen van zeldzame<br />

atlassen, boeken, prenten<br />

en tekeningen. Ook gehele<br />

bibliotheken, archieven en<br />

zeldzame manuscripten.<br />

Salle de Ventes du<br />

BEGUINAGE s.p.r.l.<br />

(Olivier Bolens - David Libotte)<br />

Rue Haute 161 (1000)<br />

T.02/218.17.42<br />

0475/87.06.77<br />

F.02/218.86.50<br />

www.salledeventesdubeguinage.be<br />

s.v.b@hotmail.be<br />

Online via Drouot digital<br />

HAYNAULT Kunstveilingen<br />

(dir. Rodolphe de<br />

Maleingreau d’Hembise)<br />

Stallestraat 9 - 1180 Brussel<br />

T.02/842.42.43<br />

www.haynault.be<br />

info@haynault.be<br />

Negen gespecialiseerde<br />

veilingen per jaar: juwelen,<br />

goud en zilverwerk (3x);<br />

munten penningen, verzamelingen<br />

en historische<br />

souvenirs (2x); schilderijen,<br />

kuntwerken uit Europa en<br />

Azië (4x)<br />

Lempertz 1798<br />

(dir. Henri Moretus Plantijn)<br />

Grote Hertstraat 6, 1000<br />

Brussel / Rue du Grand Cerf<br />

6, 1000 Bruxelles<br />

T. 02 514 05 86<br />

F. 02 511 48 24<br />

brussel@lempertz.com<br />

www.lempertz.com<br />

Schattingen en expertises<br />

van maandag tot vrijdag<br />

van 9:00 – 13:00 uur en van<br />

14:00 uur -17:00 uur.<br />

Hôtel de Ventes HORTA<br />

(Dir. Dominique de Villegas)<br />

70/74 Avenue de<br />

Roodebeek (1030)<br />

T.02/741.60.60<br />

F.02/741.60.70<br />

www.horta.be<br />

info@horta.be<br />

‘Ventes mensuelles cataloguées<br />

d’antiquitées, oeuvres<br />

d’art, bijoux et vins’<br />

Brussels Art Auctions<br />

Dir. Ph Serck & Is. Maenaut<br />

Rue Ernest Allardstraat 7-9 /<br />

Sablon - Zavel (1000).<br />

F. 02/503.62.10<br />

www.ba-auctions.com<br />

info@ba-auctions.com<br />

T.02/511.53.24<br />

Vente d’art et antiquités.<br />

Spécialiste en art Belge classique<br />

et moderne<br />

Galerie MODERNE<br />

(Dir. David & Jérôme Devadder)<br />

Rue du Parnasse 3 (1050) -<br />

T.02/511.54.15 - F.02/511.99.40<br />

www.galeriemoderne.be -<br />

info@galeriemoderne.be<br />

11 Ventes mensuelles cataloguées<br />

GENT 9000<br />

DVC<br />

(Dir. D. Van Cappel)<br />

Zandlopersstraat 10 - 9030<br />

Mariakerke<br />

T.09/224.14.40<br />

F.09/225.04.14<br />

e-mail: dvc@dvc.be -<br />

www.dvc.be<br />

Gecatalogiseerde Kunst- en<br />

Antiekveilingen<br />

Schattingen en expertises<br />

voor nalatenschappen en<br />

verzekeringen<br />

Galerie en Veilingzaal<br />

PICTURA b.v.b.a.<br />

Brusselsesteenweg 656<br />

9050 Gentbrugge<br />

T.0475/74.49.25<br />

henk.vervondel@telenet.be<br />

www.pictura.be<br />

LOECKX<br />

auctioneers Belgium<br />

(Dir. Cécile La Pipe,<br />

Peter en Natan Loeckx)<br />

Ingelandgat 4<br />

T.09/223.37.93<br />

F.09/233.76.71<br />

www.loeckx.be<br />

info@loeckx.be<br />

International art & antiques<br />

auctions. Expertises<br />

LIEGE 4000<br />

Hôtel des Ventes Elysée<br />

(Dir. Fairon)<br />

Boulevard Cuivre et Zinc 28<br />

T.04/221.09.09<br />

F. 04/221.15.05<br />

www.ventes-elysee.be<br />

info@ventes-elysee.be<br />

Ventes publiques mensuelles<br />

d’antiquités et objets<br />

d’art, Vintage, Maroquinerie,<br />

Bijoux. Expertises et accueil<br />

du lundi au vendredi de<br />

9h00 à 12h00 et de 13h00 à<br />

17h00. Fermé le mercredi<br />

Légia – Auction<br />

(Dir. Bruno de Wasseige<br />

& Vincent de Lange)<br />

Rue de Cras-Avernas, 12<br />

4280 Hannut<br />

Tél. : 019/63.55.59<br />

0495/87.99.01 - 0475/27.73.87<br />

www.legia-auction.com contact@legia-auction.com<br />

Ventes publiques d’Arts et<br />

d’Antiquités, tapis, mobiliers,<br />

bijoux, tableaux, Art d’Asie,…<br />

Expertises gratuites sur rendez-vous.<br />

Librairie LHomme<br />

(Dir. David Lhomme)<br />

Rue des Carmes 9<br />

T.04/223.24.63<br />

F.04/222.24.19<br />

www.michel-lhomme.com<br />

librairie@michel-lhomme.<br />

com<br />

Livres anciens et modernes<br />

de qualité - Gravures -<br />

Tableaux - Curiosités<br />

Hôtel des Ventes MOSAN<br />

(Dir. Maxence Nagant de<br />

Deuxchaisnes)<br />

Rue du Nord belge 9 (4020)<br />

T.04/344.91.70 - F.04/341.39.19<br />

www.hvm.be - Expertises<br />

gratuites tous les vendredi<br />

de 9h à 12h30 et de 14h à 18h<br />

LOKEREN 9160<br />

DE VUYST<br />

(Dir. Guy De Vuyst &<br />

Pascale Philips)<br />

Kerkstraat 22-54, 9160<br />

Lokeren<br />

T.09/348.54.40<br />

F.09/348.92.18<br />

www.de-vuyst.com<br />

info@de-vuyst.com<br />

Internationale Kunstveilingen<br />

en Tentoonstellingen van<br />

17de eeuw tot hedendaagse<br />

kunst.<br />

Schattingen en expertises<br />

van nalatenschappen en verzekeringen<br />

MONS - MAISIERES 7020<br />

MONSANTIC<br />

(Dir: Daniel Otten)<br />

Rue Grande 193b,<br />

7020 Maisières (Mons)<br />

T.065/73.94.00<br />

F.065/73.94.09<br />

otten@monsantic.com<br />

www.monsantic.com<br />

Ventes publiques cataloguées<br />

Expertises le<br />

mercredi, le samedi ou sur<br />

rendez vous - déplacement<br />

gratuit à domicile<br />

NAMUR 5000<br />

Salle de Ventes ROPS<br />

(Dir. B. de Sauvage)<br />

Avenue d’Ecolys 2, 5020<br />

Suarlée (Namur)<br />

T.081/74.99.88<br />

F.081/74.99.86<br />

www.rops.be /<br />

www.rops-online.be<br />

Ventes publiques mensuelles<br />

d’antiquités et ventes bourgeoises.<br />

Expertises gratuites<br />

à domicile sur rendez-vous<br />

ou à la salle tous les jours<br />

de 9h à 12h, sauf les lundis<br />

et jeudis<br />

VERVIERS 4800<br />

Hôtel des Ventes LEGROS<br />

(Dir. Benoît Legros)<br />

Rue Peltzer de Clermont 41<br />

4800 Verviers<br />

T. 087/33.01.00 - F.087.30.19.00<br />

www.venteslegros.com<br />

benoit.legros@euronet.be.<br />

Ventes régulières d’antiquités<br />

et objets d’art<br />

108


Bonnes<br />

adresses<br />

Petites annonces<br />

Assurances<br />

INVICTA ART INSURANCE<br />

« L’assurance au service de l’art »<br />

Eeckman Jean-Pierre & Isabelle<br />

67-69 Bd.Reyerslaan – 1030 Bruxelles<br />

Tel : 02/735 55 92/ Fax: 02/734 92 30<br />

eeckman.jpe@portima.be<br />

eeckman.ie@portima.be<br />

invicta.belgium@portima.be<br />

Musées – Collections privées –<br />

Expositions – Fondations particuliers/<br />

professionnels – Séjours – Transports<br />

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Restauration d’objets antiques en<br />

métal, appareils photo, projecteurs,<br />

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Création de systèmes de présentation<br />

Geert Schumeth<br />

GeertSchumeth@hotmail.com<br />

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Uytterhaegen & fils<br />

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0494 47 60 32<br />

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de cadres anciens et modernes.<br />

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modèles uniques sur demande.<br />

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1070 Bruxelles<br />

Tél. : 02 333 2411,<br />

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stephane.merz@art-onthemove.be<br />

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& emballage,entreposage sécurisé,<br />

assurance, transport/expédition<br />

nationale et internationale, formalités<br />

douanières, etc….<br />

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Vide-grenier<br />

VIDEGRENIER<br />

Vide-grenier cherche bibelots et<br />

objets rigolos pour brocante.<br />

Prix à convenir.<br />

Service de vide-demeure disponible.<br />

Evrard de Villenfagne :<br />

evrard@haveso.be<br />

+32 (0)476/41.09.16<br />

Musée<br />

MUSÉE DE L’EROTISME ET<br />

DE LA MYTHOLOGIE<br />

Musée de l’Erotisme et de la<br />

Mythologie . Le musée, situé dans<br />

une maison ancienne du Sablon,<br />

offre un aperçu historique de l’art<br />

érotique de l’antiquité à nos jours.<br />

Cette collection privée, parmi les<br />

plus belles d’Europe, présente des<br />

pièces rares et uniques : ivoires,<br />

peintures, sculptures, antiquités greco-romaines,<br />

estampes japonaises,<br />

œuvres d’artistes belges et autres<br />

curiosités.<br />

Rue Sainte-Anne, 32<br />

1000 Bruxelles<br />

T : +32(0) 2/514.03.53<br />

E-Mail : info@m-e-m.be<br />

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recherche exclusivement des articles<br />

exceptionnels et/ou rares d’avant<br />

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exemple Kuifje / Tintin, Nero, Suske<br />

en Wiske, Dupuis, Lombard et des<br />

hebdomadaires tels que Ons Volkske,<br />

‘t Kapoentje, Spirou, Heroic, Le Petit<br />

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états. courriel : jeanpaul.vonck@<br />

hotmail.com ou Tél. 0486/71.11.88<br />

Cherche : renseignements, documentations,<br />

peintures de Paul De<br />

Hauwere (belge, vers 1930, scènes de<br />

Bruxelles) courriel : l.rodembourg@<br />

busmail.net Tél. 0475/94.41.32<br />

Cherche : oeuvres de L.W.R.<br />

Wenckebach. Dessins, peintures et<br />

aquarelles. Tél. +33 /(0)6/53.75.14.08<br />

En préparation d’une exposition du<br />

Yper Museum en <strong>2022</strong> à l’occasion du<br />

centième anniversaire de la mort de<br />

l’artiste Louise De Hem, nous demandons<br />

aux propriétaires d’œuvres/<br />

documents sur cet artiste de contacter<br />

le conservateur Jan Dewilde (janv.<br />

dewilde@ieper.be - Tél. 057/23.94.50).<br />

Toutes les informations seront traitées<br />

avec la discrétion requise.<br />

Guy Poelvoorde cherche des tableaux<br />

de l’école de Bruges, l’école Irlandaise,<br />

Paul Permeke, Paul Klein, Gaston<br />

Bogaert, des chiens et des chevaux.<br />

tél 0475/39.34.98 www.guyart.com<br />

La famille de l’artiste est à la<br />

recherche d’œuvres de Renée<br />

Demeester, issues de collections<br />

privées, pour illustrer son prochain<br />

catalogue monographique. Merci de<br />

contacter son neveu Paul Gonze par<br />

email : paul.gonze@gmail.com ou par<br />

téléphone tél. : 0484/59.71.01<br />

Cherche : Oeuvres (tableaux, dessins)<br />

et détails (articles de journaux, lettres,<br />

photos, …) sur la vie du peintre<br />

belge Albert Dupuis (1923-2010) pour<br />

une prochaine exposition et catalogue<br />

au Musée Charlier. Contact :<br />

Michèle Schoonjans de la fondation<br />

F.A.D. - Tél. : 0478/71.62.96 ou courriel<br />

michele@micheleschoonjans.be /<br />

fondation.albert.dupuis.2010@gmail.<br />

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Renseignements : 09 216 20 20 ou collect@ips.be<br />

109


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SAMEDI 30/04 – de 10 à 18.00<br />

DIMANCHE 01/05 – de 10 à 18.00<br />

VENDREDI 06/05 – de 10 à 18.00<br />

LUNDI 02/05 au JEUDI 05/05 –<br />

de 14 à 18.00<br />

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info@maisonjules.be - Tél. 0485/45 86 23 & 0478/84 30 58<br />

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Volume IV, Number 11<br />

1921<br />

Charles Leickert (1816-1907)<br />

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Théo Van Rysselberghe (Ghent 1862-1926 Le Lavandou),<br />

La Baie de Saint-Clair, 1923.<br />

Oil on canvas. 65 × 92 cm. Dated “juin 1923”.<br />

EXPERTISE • COMPETENCE • PROFESSIONNALISME<br />

Fondée en 1919, la ROCAD – Belgian Royal Chamber of Art Dealers – est<br />

l’association professionnelle belge des marchands d’art. Elle réunit 110 membres<br />

reconnus pour leur expertise dans les différentes spécialités du marché de l’art.<br />

La ROCAD est votre partenaire pour expertiser, acheter et vendre une œuvre d’art<br />

dans le strict respect d’un code éthique. Toutes les informations sur rocad.be<br />

Belgian Royal Chamber of Art Dealers<br />

rue Ernest Allard, 32, 1000 Bruxelles<br />

T +32 2 548 00 00 – info@rocad.be – www.rocad.be


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Notre Dame, 200 x 150 cm, aquarel and ink on paper, 1987<br />

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Art Brussels<br />

Booth A87<br />

Schönfeld Gallery<br />

Rivoli building<br />

690, Chaussée de Waterloo<br />

1180 Brussels<br />

www.schonfeldgallery.com

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