28.03.2022 Vues

syndicom magazine N° 28 ¦ Protection des données et rôle des pouvoirs publics

Le syndicom magazine aborde des thèmes syndicaux et politiques avec des explications de fond, sans oublier les domaines de la culture et du divertissement. Il entretient le dialogue au travers des médias sociaux et informe sur les prestations, événements et offres de formation du syndicat et de ses organisations affiliées.

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<strong>syndicom</strong><br />

N o <strong>28</strong> mars-avril 2022<br />

<strong>magazine</strong><br />

<strong>Protection</strong> <strong>des</strong><br />

<strong>données</strong> <strong>et</strong> <strong>rôle</strong><br />

<strong>des</strong> <strong>pouvoirs</strong><br />

<strong>publics</strong>


Annonce<br />

AIDE D’URGENCE<br />

POUR LES UKRAINIEN·NE·S<br />

SUR LA ROUTE DE L’EXIL<br />

Votre solidarité compte !<br />

Votre don sous<br />

www.solidar.ch<br />

Compte postal: 10-14739-9<br />

IBAN: CH49 0900 0000 1001 4739 9<br />

SWIFT-BIC: POFICHBEXXX Mention « Ukraine »


Sommaire<br />

4 Une fine équipe<br />

5 Brèves<br />

7 L’invité<br />

8 Dossier : souverain<strong>et</strong>é<br />

<strong>des</strong> <strong>données</strong><br />

16 Au cœur de nos métiers<br />

24 Politique : Non, le travail<br />

n’est pas gratuit<br />

25 Droit au but<br />

26 Suggestions<br />

27 1000 mots<br />

<strong>28</strong> Evènements<br />

30 Tranches de vie<br />

31 Mots croisés<br />

32 <strong>syndicom</strong> social<br />

Chères lectrices, chers lecteurs,<br />

Tout développement ou changement – qu’il soit<br />

technologique, industriel, structurel ou économique<br />

– nécessite que l’Etat fixe <strong>des</strong> règles <strong>et</strong><br />

<strong>des</strong> garde-fous dans l’intérêt général.<br />

Dans le cadre de la numérisation, la priorité<br />

doit être accordée à la maîtrise de nos <strong>données</strong>.<br />

Seul l’Etat est en mesure de veiller à ce<br />

que les utilisateurs <strong>et</strong> utilisatrices conservent<br />

ou recouvrent la haute main sur toutes leurs<br />

<strong>données</strong> personnelles. La devise ? Mes <strong>données</strong><br />

m’appartiennent.<br />

C’est pourquoi une réflexion s’impose. Il s’agit<br />

de développer <strong>des</strong> stratégies <strong>et</strong> de montrer<br />

comment étendre le mandat de service public<br />

au monde numérique. Car nous ne voulons pas<br />

que la transformation numérique entraîne <strong>des</strong><br />

déséquilibres sociaux.<br />

Le peuple suisse a clairement rej<strong>et</strong>é dans les<br />

urnes la carte d’identité électronique (e-ID),<br />

qui aurait dû être délivrée par <strong>des</strong> prestataires<br />

privés. Il a ainsi appelé les <strong>pouvoirs</strong> <strong>publics</strong> à<br />

devenir eux-mêmes les acteurs de la numérisation<br />

<strong>et</strong> à m<strong>et</strong>tre en place un service public<br />

numérique.<br />

Il faut maintenant agir avec intelligence <strong>et</strong> rapidement<br />

si l’on veut éviter que l’Etat ne perde<br />

dans les années à venir sa souverain<strong>et</strong>é <strong>et</strong> sa<br />

capacité d’action au profit de géants comme<br />

Google, Amazon, Facebook ou Apple.<br />

4<br />

5<br />

30<br />

Daniel Münger,<br />

président <strong>syndicom</strong>


4<br />

Une fine équipe<br />

« Accompagner le personnel dans les<br />

changements induits par la numérisation. »<br />

De gauche à droite :<br />

Thomas Wälti<br />

Le responsable <strong>des</strong> services TIC travaille<br />

depuis 20 ans chez Swisscom.<br />

Il est également membre de longue<br />

date de <strong>syndicom</strong>. Le quinquagénaire<br />

(51 ans) est à la tête de la représentation<br />

du personnel de la division IT,<br />

N<strong>et</strong>work <strong>et</strong> Infrastructure.<br />

Urs Zumbach<br />

Agé de 58 ans, Urs travaille depuis<br />

40 ans pour l’entreprise. Cela fait de<br />

nombreuses années qu’il est affilié à<br />

syndicon. Il a intégré la représentation<br />

du personnel en 2000. Actuellement, il<br />

représente le personnel Business to<br />

Business au sein de c<strong>et</strong> organe.<br />

Brigitta Rudolf<br />

En 1979, Brigitta a commencé son apprentissage<br />

de téléphoniste aux PTT,<br />

devenue l’entreprise Swisscom. Elle a<br />

été responsable d’un centre d’appel <strong>et</strong><br />

de proj<strong>et</strong>s. Membre de <strong>syndicom</strong> <strong>et</strong> représentante<br />

du personnel depuis 2010,<br />

elle préside actuellement la représentation<br />

du personnel du domaine B2C.<br />

Texte : Basil Weingartner<br />

Illustration : Illunauten<br />

«Nous favorisons la<br />

justice sociale au sein<br />

de l’entreprise.»<br />

« Swisscom est une entreprise progressiste,<br />

même si tout ne fonctionne<br />

pas toujours pour le mieux.<br />

En tant que président-e-s <strong>des</strong> représentations<br />

du personnel (RP) <strong>des</strong><br />

trois principaux départements de<br />

Swisscom, nous nous engageons avec<br />

succès pour que le personnel puisse<br />

participer aux discussions. Nous travaillons<br />

en étroite collaboration <strong>et</strong> en<br />

toute confiance.<br />

La coopération avec le CEO de<br />

Swisscom, la responsable du personnel<br />

<strong>et</strong> les directions <strong>des</strong> domaines<br />

fonctionne aussi bien. Toutes ces<br />

personnes sont conscientes du fait<br />

qu’il est bénéfique pour Swisscom<br />

d’associer au mieux les représentant-e-s<br />

du personnel ainsi que les<br />

collaborateurs-rices. De manière générale,<br />

nos propositions <strong>et</strong> notre critique<br />

sont entendues. Et si ce n’est<br />

pas le cas, nous relançons la thématique.<br />

Lorsque nous n’aboutissons à<br />

aucun résultat au sein de l’entreprise,<br />

nous laissons les syndicats reprendre<br />

le thème. Il suffit parfois<br />

que nous évoquions explicitement<br />

c<strong>et</strong>te possibilité. La coopération avec<br />

<strong>syndicom</strong> se passe très bien <strong>et</strong> nous<br />

apporte un soutien professionnel <strong>et</strong><br />

<strong>des</strong> suggestions importantes.<br />

Nous pouvons consacrer une partie<br />

de nos heures de travail à notre<br />

activité au sein de la RP. Cependant,<br />

le nombre de suj<strong>et</strong>s dans lesquels<br />

s’investit la RP ne cesse d’augmenter.<br />

Il est donc important que nous<br />

discutions d’une augmentation de ce<br />

taux d’activité dans le cadre de la<br />

prochaine négociation CCT. Notre<br />

travail ne consiste pas uniquement à<br />

défendre les préoccupations du personnel<br />

– nous sommes également<br />

fortement impliqués dans l’organisation<br />

<strong>des</strong> formations continues <strong>et</strong><br />

dans <strong>des</strong> thèmes stratégiques.<br />

C’est un défi de taille pour les RP<br />

d’accompagner le personnel dans les<br />

changements induits par la numérisation<br />

<strong>et</strong> la création de nouvelles<br />

formes de travail agiles. Nous créons<br />

<strong>des</strong> groupes cibles qui se penchent<br />

sur <strong>des</strong> thèmes spécifiques, pendant<br />

que les membres de la RP se spécialisent<br />

<strong>et</strong> se perfectionnent. Cela augmente<br />

l’attractivité <strong>des</strong> mandats RP<br />

<strong>et</strong> la marge de manœuvre de ses<br />

membres. Ensemble, nous continuerons<br />

à l’avenir de favoriser la justice<br />

sociale au sein de l’entreprise. »


Brèves<br />

Augmentation salariale chez Swisscom \ Stop au hold-up fiscal \<br />

Calculateur de salaire à La Poste \ Le secr<strong>et</strong> bancaire face à la<br />

liberté de la presse \ Sécurité au travail dans l’industrie graphique \<br />

Bilan TX Group \ Attaque contre les travailleurs-euses<br />

5<br />

Salaires Swisscom 2022<br />

Dès le 1 er avril 2022, les quelque 10 000<br />

collaboratrices <strong>et</strong> collaborateurs de<br />

Swisscom assuj<strong>et</strong>tis à la convention<br />

collective de travail bénéficieront d’une<br />

l’augmentation salariale de 0,9 %. Pour<br />

tenir compte du renchérissement, la<br />

plupart <strong>des</strong> employé-e-s obtiennent une<br />

augmentation de salaire générale, qui<br />

varie selon la situation dans la bande<br />

salariale. Aucune augmentation salariale<br />

n’est prévue pour les employé-e-s<br />

au-<strong>des</strong>sus de la bande salariale.<br />

Stop aux faveurs choquantes<br />

Aujourd’hui, tout le monde paie l’impôt<br />

anticipé sur les intérêts touchés. Le<br />

Parlement a décidé de le supprimer,<br />

mais uniquement pour les personnes<br />

qui possèdent <strong>des</strong> obligations ! Ce proj<strong>et</strong><br />

de loi favorise les gran<strong>des</strong> fortunes,<br />

tout en creusant un trou de centaines<br />

de millions de francs dans les finances<br />

de la Confédération <strong>et</strong> <strong>des</strong> cantons. Il y<br />

a quelques mois, une coalition lançait<br />

un référendum pour combattre ce holdup<br />

fiscal. La période de récolte de signatures<br />

est arrivée à terme <strong>et</strong> nous<br />

sommes heureux d’annoncer que leur<br />

dépôt interviendra début avril.<br />

Journalistes muselé-e-s<br />

Dans l’affaire <strong>des</strong> « Suisse Secr<strong>et</strong>s » de<br />

Credit Suisse, les journalistes suisses<br />

n’ont pas pu participer à l’enquête. La<br />

faute à l’article 47 de la loi fédérale sur<br />

les banques qui stipule que quiconque<br />

viole le secr<strong>et</strong> bancaire est punissable.<br />

Cela vaut aussi, depuis 2015, pour les<br />

médias qui exploitent les fuites <strong>des</strong><br />

banques. Il est temps de réviser la loi<br />

bancaire au sens de la liberté de la<br />

presse. Signez sur suissesecr<strong>et</strong>s.ch !<br />

Industrie graphique :<br />

sécurité au travail<br />

Les partenaires sociaux de l’industrie<br />

graphique ont remanié la solution de<br />

branche pour la santé <strong>et</strong> la sécurité au<br />

travail. La nouvelle version, entrée en<br />

vigueur au 1 er janvier, est valable cinq<br />

ans. Des éléments ont été adaptés aux<br />

exigences de la pandémie alors que le<br />

chapitre sur l’identification <strong>des</strong> dangers<br />

<strong>et</strong> l’évaluation <strong>des</strong> risques a été<br />

étendu à toutes les phases de production.<br />

Des formations seront bientôt<br />

dispensées pour les responsables de la<br />

sécurité dans les entreprises !<br />

Stop aux dividen<strong>des</strong> excessifs<br />

Compte tenu du résultat consolidé à<br />

nouveau très élevé de TX Group, <strong>syndicom</strong><br />

exige qu’il investisse le dividende<br />

spécial dans les rédactions <strong>et</strong> les imprimeries<br />

plutôt que de le reverser à la<br />

famille propriétaire du groupe. Avec un<br />

bénéfice n<strong>et</strong> consolidé de 177 millions<br />

de francs avant amortissements <strong>et</strong> le<br />

versement de dividen<strong>des</strong> élevés, les<br />

programmes d’économies <strong>et</strong> les suppressions<br />

d’emplois doivent cesser.<br />

Le référendum contre AVS 21<br />

a mobilisé massivement<br />

La récolte de signatures contre le démantèlement<br />

de l’AVS a rencontré un<br />

franc succès. En 50 jours, soit la moitié<br />

du délai référendaire légal, plus de<br />

100 000 signatures étaient déjà récoltées.<br />

Le 25 mars, toutes les signatures<br />

ont été remises à la Chancellerie fédérale<br />

lors d’une action spectaculaire à<br />

Berne. Une chaîne humaine formée de<br />

membres <strong>des</strong> syndicats, partis politiques,<br />

associations <strong>et</strong> de collectifs féministes<br />

s’est en eff<strong>et</strong> chargée, collectivement,<br />

de déposer ce référendum.<br />

Calculateur de salaires<br />

A quelle augmentation de salaire les<br />

collègues de La Poste ont-ils droit<br />

c<strong>et</strong>te année ? Une clé de répartition<br />

garantit l’équité <strong>et</strong> la clarté. Plus le<br />

salaire d’une personne est bas, plus<br />

l’augmentation de salaire peut être importante.<br />

Le calculateur de salaire de<br />

<strong>syndicom</strong> est en ligne dès maintenant,<br />

<strong>et</strong> indique clairement l’augmentation<br />

salariale de chacun-e : <strong>syndicom</strong>.ch/<br />

salaireposte<br />

Agenda<br />

Mai<br />

1.5.<br />

Paix. Liberté. Solidarité !<br />

La guerre brutale en Ukraine conduit<br />

à une vague de souffrance énorme.<br />

Le 1 er Mai, Fête du travail, ne peut pas<br />

ignorer c<strong>et</strong>te situation tragique. Ce<br />

printemps sera donc placé sous le<br />

signe de la solidarité internationale !<br />

Programme sur <strong>syndicom</strong>.ch/1ermai22<br />

3.5.<br />

Journée mondiale de la liberté<br />

de la presse<br />

Tout sauf un jour de fête : en 2021,<br />

un-e journaliste a été tué-e chaque<br />

semaine dans le monde. La liberté de<br />

la presse ne peut exister tant que les<br />

journalistes vivent <strong>et</strong> travaillent dans<br />

<strong>des</strong> conditions de peur, de pauvr<strong>et</strong>é ou<br />

de corruption. IFJ.org <strong>et</strong> RSF.org<br />

14-15.5.<br />

Collectifs de grève féministe<br />

Les 14 <strong>et</strong> 15 mai, le Gaskessel à Berne<br />

accueillera le week-end <strong>des</strong> collectifs<br />

suisses de grève féministe. Echanger<br />

politiquement, faire le plein d’énergie<br />

<strong>et</strong> se préparer pour la journée de grève<br />

<strong>des</strong> femmes. Informations auprès de<br />

Patrizia.Mordini@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

19-20.5.<br />

Symposium sur l’asile<br />

La 8 e édition du Symposium suisse sur<br />

l’asile portera sur l’accès à la protection<br />

pour les réfugié-e-s. Il aura lieu<br />

les 19 <strong>et</strong> 20 mai 2022 à l’Eventfabrik à<br />

Berne. Les inscriptions sont ouvertes<br />

sur le site symposium-asile.ch.<br />

Juin<br />

18.6.<br />

L’AD <strong>syndicom</strong> se prépare<br />

L’assemblée ordinaire <strong>des</strong> délégué-e-s<br />

de <strong>syndicom</strong> aura lieu le samedi 18 juin<br />

2022, au Bierhübeli à Berne. De plus<br />

amples informations suivront !


6 Du côté <strong>des</strong><br />

Fabian Schneider est cofondateur, directeur <strong>et</strong> Tech Lead de<br />

employeurs<br />

l’entreprise seerow, spécialisée dans les solutions digitales.<br />

Fondée en 2017, l’entreprise soleuroise a opté il y a quelques<br />

mois pour la semaine de travail de quatre jours.<br />

1<br />

Qu’est-ce qui vous a motivé à instaurer<br />

la semaine de quatre jours ?<br />

Nos collaborateurs-rices sont plus<br />

épanouis lorsqu’ils-elles travaillent à<br />

temps partiel, avec une incidence<br />

très positive sur leur productivité.<br />

Nous en avons conclu que l’équilibre<br />

personnel <strong>et</strong> le repos comptent tout<br />

autant pour le succès de notre entreprise<br />

que le temps de travail accompli.<br />

Les expériences de la pandémie<br />

nous ont confortés dans l’idée que<br />

l’ancienne conception du travail, avec<br />

horaires fixes <strong>et</strong> une présence obligatoire,<br />

est révolue.<br />

2<br />

Quels sont les objectifs de ce proj<strong>et</strong> ?<br />

Nous en attendons un meilleur équilibre<br />

entre vie professionnelle <strong>et</strong> personnelle<br />

pour tous nos employé-e-s.<br />

Et un eff<strong>et</strong> positif sur nos processus<br />

créatifs, en particulier sur la programmation.<br />

Nous pensons que nous<br />

deviendrons plus performants en tant<br />

qu’agence, car les employé-e-s<br />

peuvent mieux se concentrer durant<br />

leur temps de travail réduit. La semaine<br />

de quatre jours nous oblige à<br />

revoir nos métho<strong>des</strong> <strong>et</strong> processus <strong>et</strong><br />

nous donne l’impulsion nécessaire<br />

pour continuer à nous développer.<br />

3<br />

Avez-vous également identifié <strong>des</strong><br />

risques ?<br />

Les employé-e-s sont très motivé-e-s à<br />

contribuer à la réussite du proj<strong>et</strong>,<br />

d’où le risque qu’ils s’imposent une<br />

certaine pression personnelle. Nous<br />

nous efforçons cependant d’y parer<br />

en favorisant une communication<br />

ouverte au sein de l’équipe, tout en<br />

optimisant ensemble nos métho<strong>des</strong><br />

<strong>et</strong> processus.<br />

4<br />

Quels ont été les eff<strong>et</strong>s concr<strong>et</strong>s sur la<br />

productivité de votre personnel ?<br />

A ce jour, nous pouvons confirmer<br />

que ce modèle est un facteur de productivité<br />

positif pour notre équipe.<br />

Outre l’augmentation de la productivité<br />

due à une récupération prolongée,<br />

nous constatons aussi une amélioration<br />

de la communication <strong>et</strong> de<br />

l’information au sein de l’équipe.<br />

Le sens <strong>des</strong> responsabilités s’est<br />

développé.<br />

5<br />

Comment avez-vous adapté les<br />

objectifs pour les employé-e-s ?<br />

Nous fonctionnons avec deux<br />

groupes. Le premier travaille du lundi<br />

au jeudi, <strong>et</strong> l’autre du mardi au vendredi.<br />

Pour un salaire identique à un<br />

plein temps. L’équipe est informée<br />

de manière proactive du cours <strong>des</strong><br />

proj<strong>et</strong>s, afin de savoir ce qui doit être<br />

réglé durant l’absence <strong>des</strong> collègues.<br />

Nous avons aussi demandé aux<br />

employé-e-s de placer leurs absences<br />

planifiables tant que possible sur<br />

leur jour de congé <strong>et</strong> d’annoncer les<br />

vacances bien à avance.<br />

6<br />

Quelles réactions avez-vous recueillies<br />

de la part <strong>des</strong> employé-e-s ?<br />

Les réactions étaient variées – la plupart<br />

se sont aussitôt enthousiasmé-e-s<br />

pour ce proj<strong>et</strong>, alors que<br />

d’autres étaient sceptiques. Certain-e-s<br />

craignaient qu’il entraîne <strong>des</strong><br />

heures supplémentaires, compte<br />

tenu de notre carn<strong>et</strong> de comman<strong>des</strong><br />

bien rempli. Ils-elles redoutaient aussi<br />

<strong>des</strong> répercussions financières négatives<br />

pour l’entreprise. Mais ces inquiétu<strong>des</strong><br />

ne se sont heureusement<br />

pas confirmées, Nous avons obtenu<br />

jusqu’ici de très bons r<strong>et</strong>ours.<br />

Texte : Robin Mor<strong>et</strong><br />

Image : Seerow


L’invité<br />

Pendant la pandémie, bon nombre de<br />

villes ont poursuivi le développement de<br />

leurs prestations numériques, avant tout dans l’administration<br />

<strong>et</strong> les services de santé. A long terme, elles<br />

devraient se transformer en « cités intelligentes ».<br />

L’espace urbain sera alors complètement interconnecté<br />

grâce à <strong>des</strong> capteurs, comme le prédisent depuis<br />

plusieurs années les entreprises informatiques. Ce<br />

processus perm<strong>et</strong>trait d’économiser <strong>des</strong> ressources.<br />

Il pourrait également rendre la mobilité à l’intérieur <strong>des</strong><br />

villes plus respectueuse du climat, notamment grâce<br />

à <strong>des</strong> véhicules autonomes. L’idée paraît bonne, même<br />

si l’industrie informatique considère d’abord la « smart<br />

city » comme un nouveau marché. La ville associée à<br />

la numérisation peut toutefois aussi être pensée de<br />

manière différente. Trois exemples l’illustrent.<br />

Barcelone est l’une <strong>des</strong> premières villes européennes<br />

à avoir adhéré au « digital data commons »: toutes les<br />

<strong>données</strong> collectées par les autorités sont un bien commun.<br />

Elles appartiennent à la collectivité <strong>et</strong> sont protégées<br />

par une licence. Mis à part les <strong>données</strong> personnelles<br />

sensibles, elles sont disponibles en libre accès.<br />

Les citoyennes <strong>et</strong> citoyens, mais aussi les entreprises<br />

peuvent les utiliser, par exemple en développant leurs<br />

propres applications pour ces <strong>données</strong>. Et même dans<br />

ce cas, les <strong>données</strong> restent un bien commun.<br />

Madrid a lancé en 2015 la plateforme « Decide<br />

Madrid ». Elle perm<strong>et</strong> aux citoyen-ne-s de participer<br />

à la démocratie communale par voie numérique.<br />

Un demi-million de Madrilènes sont aujourd’hui enregistrés<br />

sur c<strong>et</strong>te plateforme. Ils peuvent ainsi voter<br />

sur le budg<strong>et</strong>, commenter <strong>des</strong> proj<strong>et</strong>s de loi <strong>et</strong> promouvoir<br />

<strong>des</strong> référendums. En 2018, le logiciel CONSUL<br />

de gestion de la plateforme a remporté le Prix <strong>des</strong><br />

Nations Unies pour le service public.<br />

Hambourg est la première ville allemande à avoir rejoint<br />

en 2019 le mouvement Fab City. L’objectif de ce<br />

mouvement est de transformer d’ici 2054 l’économie<br />

urbaine en une économie entièrement circulaire basée<br />

sur les banques de <strong>données</strong>, qui perm<strong>et</strong> à la population<br />

de participer à la production. Dans ce but, une infrastructure<br />

numérique – le Fab City Operating System –<br />

est actuellement développée à Hambourg. Elle sera<br />

mise à disposition de toutes les Fab Cities dans le<br />

monde entier.<br />

Ces trois exemples ont en commun de prioriser la<br />

souverain<strong>et</strong>é <strong>des</strong> <strong>données</strong>, l’ouverture, la participation<br />

citoyenne – <strong>et</strong> la vision d’une ville numérique pour les<br />

humains, avec les humains <strong>et</strong> par les humains.<br />

Numérique plutôt que<br />

smart<br />

Niels Boeing est physicien, journaliste,<br />

écrivain <strong>et</strong> cofondateur du Fab Lab<br />

Fabulous St-Pauli à Hambourg. Depuis<br />

2020, il représente le Fab Lab au comité<br />

de l’association Fab City Hamburg. Par<br />

ailleurs, il est également actif depuis de<br />

nombreuses années au sein du réseau<br />

Recht auf Stadt (Droit à la Ville) de Hambourg.<br />

En 2015, son livre VON WEGEN.<br />

Überlegungen zur freien Stadt der<br />

Zukunft (Réflexions sur la ville libre du<br />

futur) est paru aux éditions Nautilus,<br />

Hambourg. En tant que journaliste, il<br />

écrit depuis les années nonante sur la<br />

numérisation, la protection <strong>des</strong> <strong>données</strong><br />

<strong>et</strong> la technique de l’information.<br />

7


Dossier<br />

10 Souverain<strong>et</strong>é <strong>et</strong> droits numériques : il est temps d’agir<br />

13 Le patron qui espionne : les dangers du taylorisme numérique<br />

14 P<strong>et</strong>it manuel d’autodéfense contre les pieuvres de <strong>données</strong><br />

15 Comment les géants de la technologie nous exploitent<br />

Quand la pro<br />

<strong>données</strong> ne


9<br />

tection <strong>des</strong><br />

suffit pas


10 Dossier<br />

La bataille de nos <strong>données</strong><br />

Seul un service public numérique fort peut<br />

sauver la Suisse de la dictature <strong>des</strong> pieuvres<br />

du web. En attendant, nous avons besoin d’un<br />

puissant mouvement citoyen, qui défend<br />

notre droit à l’autodétermination numérique.<br />

Texte : Oliver Fahrni<br />

Image : Sam Buchli<br />

Un jour, d’humeur morose, j’ai consulté un site érotique<br />

sur Intern<strong>et</strong>. En fait, je voulais que Google me renseigne<br />

sur le terme « milf ». Le choix était vaste, de « milf amateur »<br />

à « english milf ». C<strong>et</strong>te visite, j’aurais pourtant mieux fait<br />

de me l’épargner. Dans le capitalisme tardif, même l’érotisme<br />

est triste.<br />

Deux jours plus tard, en ouvrant ma boîte de réception,<br />

j’ai trouvé le message d’une belle de nuit, « à 3 km de chez<br />

toi » à Marseille, qui me proposait ses services payants de<br />

« milf » <strong>et</strong> qui m’appelait par mon prénom. Or c<strong>et</strong>te femme<br />

m’est parfaitement étrangère. Mais je me suis interrogé<br />

sur ce qui m’arrivait. Le site visité était britannique, mon<br />

hébergeur de messagerie se trouve en Allemagne, l’opérateur<br />

de réseau est français – <strong>et</strong> voilà qu’une travailleuse du<br />

sexe à Marseille reçoit mon adresse e-mail avec mon prénom<br />

<strong>et</strong> ma géolocalisation. A-t-elle aussi mon numéro de<br />

téléphone <strong>et</strong> connaît-elle le solde de mon compte ? Et qui<br />

d’autre s’inquiète encore de ma libido ? Mon employeur ?<br />

La police ? Mon assurance-maladie ? Des <strong>données</strong> ont manifestement<br />

été siphonnées, complétées par d’autres <strong>données</strong>,<br />

puis revendues.<br />

Bienvenue dans le nouveau monde odieux <strong>des</strong> <strong>données</strong>.<br />

Ma p<strong>et</strong>ite expérience est symptomatique. La vie privée<br />

se meurt. Les <strong>données</strong> personnelles sont le nouveau<br />

carburant du capitalisme. Alors qu’il y a 20 ans, les grands<br />

groupes industriels dirigeaient l’économie, aujourd’hui<br />

elle est dominée par les GAFAM – les géants du réseau <strong>et</strong><br />

de l’économie numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon,<br />

Microsoft). La valeur boursière <strong>des</strong> « Big Five » est désormais<br />

supérieure au PIB <strong>des</strong> gran<strong>des</strong> nations industrielles<br />

que sont le Japon ou l’Allemagne.<br />

Les drogues numériques – un bon filon<br />

La base commerciale <strong>des</strong> GAFAM est le commerce réalisé<br />

avec l’« or <strong>des</strong> <strong>données</strong> ». Un business de plusieurs billions<br />

de dollars, qui génère aujourd’hui plus d’argent que le trafic<br />

de drogue mondial. Ces pieuvres avi<strong>des</strong> de <strong>données</strong><br />

collectent <strong>des</strong> quantités gigantesques d’informations personnelles<br />

(« data mining ») qu’elles exploitent avec <strong>des</strong> algorithmes<br />

<strong>et</strong> d’autres outils de Big Data pour créer de nouveaux<br />

instruments de vente, de surveillance <strong>et</strong> d’influence.<br />

Elles redistribuent ainsi les cartes de l’économie mondiale,<br />

détruisent les structures établies dans le commerce,<br />

dans les médias <strong>et</strong> dans tous les services. Et elles rendent<br />

<strong>des</strong> milliards de personnes accros à leurs drogues numériques.<br />

Elles modifient ainsi les formes de la vie sociale. Et<br />

elles se mêlent même de politique.<br />

Facebook <strong>et</strong> C ie dissimulent volontiers c<strong>et</strong>te réalité en<br />

arguant que leur plateforme <strong>et</strong> leur travail consiste à « rapprocher<br />

les gens » (« réseaux sociaux »). Tel est notamment<br />

le discours de Mark Zuckerberg, le patron de Facebook.<br />

Cependant, si l’on regarde l’envers du décor, on découvre<br />

une mécanique économique malsaine.<br />

La nouvelle économie ne jure plus que par le « profilage<br />

». Tous les internautes du web, qui représentent<br />

entre-temps deux tiers de la population mondiale (voir<br />

page 15), sont commercialisés au moyen d’un profil individuel.<br />

Le profil est constitué de <strong>données</strong> aussi complètes<br />

que possible sur nos habitu<strong>des</strong> d’achat (cartes de crédit)<br />

<strong>et</strong> nos schémas de déplacement (GPS dans le smartphone),<br />

sur notre famille <strong>et</strong> nos ami-e-s (Facebook, <strong>et</strong>c.),<br />

sur notre fréquence cardiaque (téléphone portable), nos<br />

maladies <strong>et</strong> nos névroses (bases de <strong>données</strong> de patients,<br />

historiques Intern<strong>et</strong>), nos recherches Google (cookies),<br />

nos affiliations, nos affinités politiques <strong>et</strong> nos préférences<br />

sexuelles, nos revenus, nos crédits, <strong>et</strong> j’en passe. Nos carrières<br />

professionnelles <strong>et</strong> nos évaluations de travail sont<br />

également analysées (voir page 13). Dans le jargon <strong>des</strong> managers<br />

: « hire and fire by algorithm » (embaucher <strong>et</strong> débaucher<br />

par algorithme).<br />

Dans les fil<strong>et</strong>s <strong>des</strong> <strong>données</strong> interconnectées<br />

En clair : chaque individu devient transparent. Donc<br />

contrôlable. Nous y contribuons du reste toutes <strong>et</strong> tous par<br />

notre striptease quotidien sur Facebook, Google, Instagram,<br />

Twitter, <strong>et</strong>c., <strong>et</strong> en emportant partout l’appareil<br />

qui nous espionne. Cela ressemble à de la mauvaise littérature<br />

de science-fiction. En réalité, la collecte de quantités<br />

colossales de <strong>données</strong>, aussi impensable qu’elle paraisse,<br />

ne suffit pas : pour être commercialisées, ces<br />

<strong>données</strong> doivent être analysées (« agrégées ») séparément<br />

pour chaque application. Impossible ? Si, c’est possible.<br />

Les gigantesques fermes de <strong>données</strong> <strong>et</strong> le Big Data transforment<br />

l’impensable en une réalité banale. L’astuce<br />

consiste à relier de nombreuses bases de <strong>données</strong> aux<br />

contenus les plus divers (« silos »).<br />

Un passeport de l’UBS ?<br />

C<strong>et</strong>te question a taraudé les esprits en mars 2021 lors de<br />

la controverse sur l’e-ID. Des banques <strong>et</strong> <strong>des</strong> groupes (y<br />

compris internationaux) voulaient l’ém<strong>et</strong>tre eux-mêmes.<br />

Pourquoi ? Il existe depuis longtemps de meilleures solutions<br />

qu’une e-ID pour le trafic <strong>des</strong> paiements, pour la correspondance<br />

électronique avec les administrations publiques<br />

<strong>et</strong> même pour les certifications notariales. Mais le<br />

consortium proj<strong>et</strong>ait d’utiliser l’e-ID pour siphonner <strong>des</strong><br />

bases de <strong>données</strong> auxquelles ils n’ont habituellement pas<br />

accès – pour <strong>des</strong> raisons de protection <strong>des</strong> <strong>données</strong> <strong>et</strong> de<br />

Le pétrole,<br />

c’est le passé,<br />

l’heure est au<br />

« profilage »


confidentialité. Il est facile de comprendre l’intérêt d’une<br />

multinationale pharmaceutique à accéder aux dossiers<br />

médicaux de millions d’habitant-e-s. Heureusement, les<br />

électeurs ont vu clair <strong>et</strong> rej<strong>et</strong>é le « passeport de l’UBS ».<br />

Mais les multinationales continuent à y travailler.<br />

Si l’espace culturel d’un hypermarché me propose une<br />

offre de saxophone ténor bleu nuit dont j’ai parlé à un ami<br />

dans un post, il s’agit d’une simple opération de mark<strong>et</strong>ing<br />

ciblée. La situation devient perfide lorsque les choses<br />

se passent à notre insu. Certaines banques refusent par<br />

exemple <strong>des</strong> crédits parce qu’un ami Facebook du client<br />

ne leur semble pas clean. Ou une candidate qualifiée à un<br />

emploi est évincée parce qu’elle est « diabétique » selon<br />

son dossier médical (confidentiel). Elle ne connaîtra jamais<br />

la raison du refus. Et lors d’une réunion, qui a fuité,<br />

du comité consultatif « Transformation numérique », un<br />

politicien de la santé s’est réjoui à l’idée de différencier à<br />

l’avenir les primes d’assurance maladie en fonction du<br />

nombre de pas effectués chaque jour par les assuré-e-s.<br />

Des pas comptés par le smartphone. Ce n’est pas de la<br />

science-fiction.<br />

Le principe du nouveau monde numérique se révèle ici<br />

dans toute son ampleur : <strong>des</strong> êtres complètement transparents,<br />

mais <strong>des</strong> entreprises qui manigancent dans notre<br />

dos en se servant de nos <strong>données</strong>. A moins qu’un lanceur<br />

d’alerte ou qu’un hacker ne les débusque.<br />

Piratage XXL<br />

C’est ce qui s’est passé avec le scandale Cambridge Analytica.<br />

C<strong>et</strong>te entreprise britannique, fondée par <strong>des</strong> milliardaires<br />

d’extrême-droite, a hissé en 2016 le spéculateur immobilier<br />

Donald Trump, candidat qui n’avait aucune<br />

chance, au poste d’homme le plus puissant du monde. Et<br />

elle a organisé le Brexit, la sortie de la Grande-Br<strong>et</strong>agne de<br />

l’UE. Cambridge Analytica a utilisé à c<strong>et</strong> eff<strong>et</strong> les bases de<br />

<strong>données</strong> de Facebook (voir l’infographie page 15).<br />

Comment c<strong>et</strong>te grande manipulation a-t-elle été possible<br />

? Grâce à Facebook <strong>et</strong> C ie , les analystes de <strong>données</strong><br />

disposaient d’au moins 5000 informations sur chaque citoyenne<br />

<strong>et</strong> citoyen américain-e. CA a exploité ces <strong>données</strong><br />

à l’aide d’algorithmes issus de la recherche comportementale,<br />

de sorte qu’un « anxieux influençable », par<br />

exemple, puisse être bombardé de fake news suggestives<br />

concernant une supposée invasion de criminel-le-s mexicain-e-s.<br />

Pour diffuser ces vidéos <strong>et</strong> messages personnalisés,<br />

la campagne Trump a dépensé 1 million de dollars<br />

rien que sur Facebook. Chaque jour.<br />

Le pot aux roses a été découvert alors qu’il était déjà<br />

trop tard. Zuckerberg a certes démenti toute implication<br />

directe de Facebook, mais il a promis solennellement de<br />

s’améliorer. Entre-temps, Cambridge Analytica a été dissoute.<br />

Mais sous couvert d’autres identités, les personnes<br />

impliquées poursuivent leur sale besogne. Comme le<br />

montre un documentaire (« The Great Hack, l’affaire Cambridge<br />

Analytica ») diffusé sur N<strong>et</strong>flix, les mercenaires de<br />

l’information sapent les démocraties, manipulent <strong>des</strong><br />

élections <strong>et</strong> <strong>des</strong> votes, <strong>et</strong> organisent même <strong>des</strong> insurrections.<br />

Nous ignorons s’ils sévissent déjà en Suisse. Jusqu’à<br />

présent, aucun lanceur d’alerte ne s’est manifesté. Mais<br />

cela ne devrait pas tarder.<br />

Palantir, une <strong>des</strong> sociétés américaines emblématiques<br />

du Big Data, éclaboussée par les scandales, vient d’installer<br />

son quartier général européen à Altendorf (Schwytz).<br />

Palantir a été fondée par le milliardaire d’extrême-droite<br />

P<strong>et</strong>er Thiel (PayPal, ebay, Facebook). Il a récemment quitté<br />

son siège au conseil d’administration de Facebook pour<br />

se consacrer entièrement à la réélection de Trump. La CIA<br />

a contribué à la création de Palantir. La société travaille<br />

notamment pour Swiss Re, Ringier <strong>et</strong> Credit Suisse. Et elle<br />

a offert ses services à <strong>des</strong> autorités suisses, entre autres à<br />

l’OFSP. Sa stratégie : utiliser la pandémie comme porte<br />

d’entrée <strong>et</strong> proposer son logiciel presque gratuitement.<br />

En contrepartie, elle récupère <strong>des</strong> <strong>données</strong> sensibles.<br />

La plupart du temps illégal – <strong>et</strong> alors ?<br />

Le profilage, le Big Data, les réseaux sociaux addictifs, le<br />

cont<strong>rôle</strong> du comportement <strong>et</strong> la manipulation politique<br />

m<strong>et</strong>tent en évidence les immenses dangers que comporte


12<br />

Dossier<br />

l’essor <strong>des</strong> sociétés de traitement <strong>des</strong> <strong>données</strong>. En principe,<br />

les choses sont claires : la plupart de leurs applications<br />

sont en fait illégales. Car elles enfreignent le droit<br />

fondamental à la vie privée <strong>et</strong> à la protection <strong>des</strong> <strong>données</strong><br />

personnelles. Selon la loi <strong>et</strong> la jurisprudence, celles-ci ne<br />

peuvent être collectées <strong>et</strong> consultées que de façon pertinente.<br />

Ce qui est collecté doit être transparent, consultable<br />

<strong>et</strong> corrigible. Les <strong>données</strong> personnelles ne doivent<br />

pas être stockées...<br />

Les groupes de Big Data s’en moquent. Ils n’ont guère<br />

à craindre de sanctions. Et là où la politique tente de réglementer<br />

leurs activités, ils envoient leurs lobbyistes. La<br />

nouvelle loi fédérale sur la protection <strong>des</strong> <strong>données</strong> (LPD)<br />

entrera en vigueur c<strong>et</strong> été, après un débat de plusieurs<br />

années au Parlement. Il s’en est fallu de peu que le PLR <strong>et</strong><br />

l’UDC ne la fassent capoter. Ils voulaient empêcher à tout<br />

prix la limitation du profilage. Lequel est précisément au<br />

cœur du problème. Et ils ont exigé de faciliter l’échange<br />

de <strong>données</strong> entre les grands groupes (« privilège <strong>des</strong><br />

groupes »). Nous avons demandé au préposé fédéral à la<br />

protection <strong>des</strong> <strong>données</strong> <strong>et</strong> à la transparence si le problème<br />

du profilage serait définitivement réglé avec la LPD.<br />

Adrian Lobsiger a répondu laconiquement, mais sans<br />

ambiguïté : « La problématique du profilage va s’accentuer<br />

au vu de la transformation numérique de l’Etat <strong>et</strong> de<br />

l’économie. » Oups !<br />

Lobsiger <strong>et</strong> son équipe luttent, au prix d’efforts considérables,<br />

pour les droits numériques fondamentaux. Mais<br />

le Conseil fédéral <strong>et</strong> le Parlement refusent de leur donner<br />

<strong>des</strong> moyens suffisants pour le faire. Certains responsables<br />

politiques travaillent même en secr<strong>et</strong> à évincer le préposé.<br />

Le PFPDT dérange. Surtout depuis qu’il a déclaré que le<br />

certificat Covid a transformé le smartphone en « bracel<strong>et</strong><br />

électronique ». Le proj<strong>et</strong> de rassembler toutes les <strong>données</strong><br />

personnelles <strong>des</strong> <strong>pouvoirs</strong> <strong>publics</strong> dans un cloud unique<br />

Le commerce <strong>des</strong> <strong>données</strong><br />

est plus lucratif<br />

que celui de la drogue<br />

lui fait pressentir un « état policier ». Et il a demandé à la<br />

police fédérale de clarifier enfin publiquement si elle utilisait<br />

le logiciel d’espionnage israélien Pegasus. Les spécialistes<br />

le considèrent comme une bombe à neutrons numérique<br />

contre la démocratie.<br />

Au-delà de la protection <strong>des</strong> <strong>données</strong><br />

Il est probable que la protection <strong>des</strong> <strong>données</strong> reste de<br />

toute façon un concept insuffisant. Face aux impératifs de<br />

la numérisation galopante, il faut un service public numérique<br />

qui garantisse à la fois la transparence, l’accès à<br />

toutes les techniques numériques <strong>et</strong> la protection contre<br />

l’utilisation abusive <strong>des</strong> <strong>données</strong>. Et il doit donner la possibilité<br />

à tout le monde d’obtenir les compétences nécessaires,<br />

par exemple avec une matière scolaire obligatoire<br />

comme l’« écologie <strong>des</strong> médias ». Enfin, il doit libérer le<br />

potentiel démocratique de la numérisation (voir le mot<br />

l’invité page 7).<br />

Le problème est double : la politique n’agit pas – <strong>et</strong> le<br />

service public lui-même tend à se transformer en une<br />

pieuvre de <strong>données</strong>. C’est pourquoi seul un nouveau mouvement<br />

citoyen fort peut garantir l’autodétermination<br />

numérique de chacun <strong>et</strong> chacune.


Dossier<br />

Le mouchard de la Direction<br />

se trouve chez vous<br />

13<br />

Un danger sous-estimé menace les droits fondamentaux<br />

<strong>des</strong> travailleurs <strong>et</strong> travailleuses <strong>et</strong><br />

les acquis sociaux : le taylorisme numérique.<br />

Texte : Oliver Fahrni<br />

Alors que Lea traite à l’écran le protocole « accident », elle<br />

tente pour la troisième fois d’expliquer au client quels documents<br />

il devra envoyer pour recevoir son argent. Le<br />

client est agacé. Il a fourni tous les justificatifs il y a plusieurs<br />

semaines déjà. Une fois de plus, il raconte comment<br />

la voiture a percuté son vélo, <strong>et</strong> qu’il souffre. Lea<br />

l’écoute, elle voudrait faire de son mieux. Mais soudain<br />

s’affiche sur son écran, en rouge <strong>et</strong> avec une alerte sonore,<br />

le mot « Time ». Elle consacre trop de temps au client. Ce<br />

n’est pas rentable. Lea est à son tour irritée. Trente secon<strong>des</strong><br />

plus tard, l’algorithme qui analyse sa voix <strong>et</strong> ses<br />

mouvements oculaires éjecte le client en attente. Le chef<br />

de salle gronde dans l’oreill<strong>et</strong>te : « Lea, nouveau client ! »<br />

L’écran ordonne : « Réservation d’hôtel ». Lea appuie sur<br />

une touche <strong>et</strong> dit : « Réservation d’hôtel, bonjour. Je m’appelle<br />

Lea. Que puis-je faire pour vous ? » Ce que Lea ignore :<br />

son dossier personnel mentionne désormais « peu résistante<br />

au stress », <strong>et</strong> sa « cote de productivité » a baissé. Elle<br />

pourrait bientôt être « évincée ».<br />

Une utopie négative (dystopie) ? Non : la réalité quotidienne<br />

d’un centre d’appel fribourgeois, qui travaille notamment<br />

pour une grande compagnie d’assurance zurichoise<br />

depuis trois ans. Elle a externalisé son service à la<br />

clientèle. Pourquoi ? Parce que c’est meilleur marché.<br />

Les centres d’appel expérimentent depuis longtemps<br />

un phénomène qui s’étend aujourd’hui à l’ensemble du<br />

monde du travail. Les entreprises recourent à <strong>des</strong> techniques<br />

numériques pour surveiller de près le travail <strong>et</strong> le<br />

comportement du personnel, pour imposer plus de flexibilité,<br />

pour stimuler la productivité <strong>et</strong> pour améliorer en<br />

permanence la rentabilité <strong>des</strong> processus de travail. Voire<br />

pour supprimer <strong>des</strong> postes, comme le suggère c<strong>et</strong>te publicité<br />

d’un fournisseur de plateforme : « Cont<strong>rôle</strong>z les prestations<br />

<strong>et</strong> optimisez vos effectifs de personnel. » Ces techniques,<br />

développées sans relâche par les entreprises<br />

numériques, augmentent la pression <strong>et</strong> isolent les individus<br />

au travail. Pire encore : elles rendent transparents les<br />

travailleurs <strong>et</strong> travailleuses. Ils deviennent lisibles <strong>et</strong><br />

contrôlables jusque dans leur personnalité. Et la plupart<br />

du temps, c<strong>et</strong>te surveillance s’exerce à leur insu.<br />

Les managers l’appellent « taylorisme numérique ».<br />

Le taylorisme constituait la forme exacerbée de l’organisation<br />

fordiste du travail dans l’industrie. Mais dans le<br />

monde numérique, pratiquement toutes les catégories<br />

professionnelles sont concernées, <strong>et</strong> le taylorisme devient<br />

brutal. De nombreux employeurs ne reculent devant<br />

aucune violation <strong>des</strong> droits de la personnalité.<br />

Ainsi, les travailleurs-euses numériques à domicile devraient<br />

être au courant que les fournisseurs de programmes<br />

proposent <strong>des</strong> fonctions qui déclenchent la<br />

mise en marche secrète de la caméra de l’ordinateur ou la<br />

surveillance permanente. L’ordinateur à domicile devient<br />

le mouchard du chef. Luca Cirigliano, secrétaire central<br />

de l’Union syndicale suisse, déclare : « L’envie <strong>des</strong> employeurs<br />

de surveiller le personnel croît de façon exponentielle<br />

dans le cadre du télétravail. »<br />

Or bon nombre de ces procédés sont illégaux. L’article<br />

26 de la loi sur le travail interdit la surveillance – avec<br />

toutefois <strong>des</strong> exceptions. La Constitution fédérale (art. 13)<br />

<strong>et</strong> le Code civil (art. <strong>28</strong>) prescrivent le droit à « l’autodétermination<br />

informationnelle ». La nouvelle loi sur la protection<br />

<strong>des</strong> <strong>données</strong>, qui entrera en vigueur en été 2022, précise<br />

l’interdiction de surveillance. Bien <strong>des</strong> aspects<br />

demeurent toutefois dans une zone grise (ou non détectés),<br />

<strong>et</strong> les employeurs veulent édulcorer encore l’ordonnance<br />

relative à la loi, à travers <strong>des</strong> termes comme « dans<br />

la mesure du possible ». Le Tribunal fédéral a déjà autorisé<br />

un logiciel qui perm<strong>et</strong> d’enregistrer l’activité du clavier.<br />

Le patronat voit dans la numérisation une occasion de<br />

supprimer <strong>des</strong> acquis décrochés de haute lutte, comme la<br />

limitation du temps de travail. <strong>syndicom</strong> m<strong>et</strong> en garde depuis<br />

<strong>des</strong> années contre ces dangers. Déjà lors du congrès<br />

de 2017, il a adopté une résolution pour « Réglementer le<br />

taylorisme numérique ». Ce thème doit être pris en compte<br />

dans chaque CCT, <strong>et</strong> les syndicats doivent imposer de<br />

nouveaux droits, comme le « droit à la déconnexion ». Un<br />

système syndical d’alerte devrait en outre détecter activement<br />

les infractions <strong>et</strong> les dénoncer devant la justice. Car<br />

le taylorisme numérique est une plaie.


14<br />

Dossier<br />

P<strong>et</strong>it manuel d’autodéfense<br />

numérique<br />

D’ici à ce que les <strong>pouvoirs</strong> <strong>publics</strong> garantissent<br />

une protection efficace <strong>des</strong> <strong>données</strong>, vous<br />

êtes livré-e à vous-même. Mode d’emploi.<br />

Texte : Oliver Fahrni<br />

Les astuces, chevaux de Troie <strong>et</strong> outils d’espionnage<br />

qu’utilisent les réseaux sociaux, les escrocs ou les services<br />

de police restent pour la plupart cachés à nos yeux. Celles<br />

<strong>et</strong> ceux qui veulent nous m<strong>et</strong>tre à nu déploient <strong>des</strong> trésors<br />

d’énergie criminelle. Mais ils-elles sont souvent stupéfait-e-s<br />

de voir à quel point nous leur facilitons la tâche <strong>et</strong><br />

avec quelle naïv<strong>et</strong>é nous surfons sur Intern<strong>et</strong> <strong>et</strong> sur les réseaux<br />

sociaux. Nous divulguons la plupart de nos <strong>données</strong><br />

sans aucune réflexion. Souvent, en supposant à tort par<br />

exemple qu’un groupe de chat fermé sur WhatsApp soit<br />

privé. Il ne l’est pas. Les algorithmes de l’exploitant Facebook<br />

le lisent eux aussi.<br />

Peu importe ce que les sites Intern<strong>et</strong> ou les réseaux sociaux<br />

nous prom<strong>et</strong>tent – sur le web, il n’y a pour ainsi dire<br />

rien de privé. Tous les appareils, y compris les téléphones<br />

portables, sont clairement identifiés par un numéro IP<br />

<strong>et</strong> associés à une personne. Mais aujourd’hui, <strong>des</strong> développeurs<br />

alternatifs, <strong>des</strong> groupes de citoyen-ne-s <strong>et</strong> <strong>des</strong><br />

entreprises sociales veillent à nous fournir <strong>des</strong> outils pour<br />

ne pas nous r<strong>et</strong>rouver complètement démunis. Des applications<br />

simples perm<strong>et</strong>tent de crypter nos communications.<br />

De meilleurs navigateurs assurent une plus grande<br />

discrétion sur Intern<strong>et</strong>. Et on peut apprendre dans <strong>des</strong><br />

cours à protéger sa sphère privée (plus d’informations sur<br />

ccc-ch.ch ou soci<strong>et</strong>e-numerique.ch).<br />

La protection la plus efficace consiste en une écologie<br />

médiatique personnelle. Il s’agit de diffuser aussi peu<br />

d’informations que nécessaire sur le réseau. Si l’on ne<br />

veut pas renoncer à Twitter ou à Facebook parce qu’on y<br />

puise <strong>des</strong> informations, on utilisea alors passivement un<br />

compte sans informations personnelles de profil.<br />

Quelques astuces simples suffisent<br />

Des choses toutes simples peuvent déjà aider. A commencer,<br />

aussi banal que ce soit, par les mots de passe qu’on<br />

néglige souvent. Chaque appareil, chaque application,<br />

chaque compte devrait être protégé par un mot de passe<br />

distinct. Constitué d’au moins 12 caractères, avec <strong>des</strong><br />

l<strong>et</strong>tres majuscules <strong>et</strong> minuscules, <strong>des</strong> chiffres <strong>et</strong> <strong>des</strong> caractères<br />

spéciaux. Et sans référence personnelle. Il faudrait<br />

modifier souvent ces mots de passe. Pour les mémoriser,<br />

on peut les répertorier dans un gestionnaire de mots de<br />

passe plus sûr comme KeePassXC. Attention : il faut éviter<br />

la reconnaissance par empreinte digitale <strong>et</strong> d’autres procédés<br />

similaires.<br />

Prochaine étape : un meilleur navigateur. Les navigateurs<br />

sont déjà préinstallés. Ce sont de véritables outils<br />

d’espionnage. L’historique de nos navigations fournit<br />

tant d’informations à Google, que les algorithmes peuvent<br />

en déduire <strong>des</strong> profils précis. Mais on peut aussi se passer<br />

de Google Chrome ou Safari. Firefox, développé par l’organisation<br />

à but non lucratif Mozilla, est bien plus discr<strong>et</strong>.<br />

Des réglages simples <strong>et</strong> diverses extensions (add-ons) perm<strong>et</strong>tent<br />

de rendre Firefox assez hermétique. Il est aussi<br />

important d’effacer les cookies <strong>et</strong> de vider le cache régulièrement.<br />

De manière générale, les cookies doivent être<br />

régulièrement refusés. Il y a aussi l’astuce du VPN : si l’on<br />

a installé un VPN, ce n’est plus notre adresse IP qui ouvre<br />

une page, mais le réseau privé virtuel (ou VPN). Nous<br />

sommes alors presque invisibles. Et c’est facile à utiliser !<br />

De meilleurs moteurs de recherche<br />

Lorsque nous googlons, les inconvénients sont évidents.<br />

Nous ignorons ce que l’algorithme de recherche secr<strong>et</strong>,<br />

souvent modifié, nous présente comme résultats – il nous<br />

guide donc. Nous effectuons ainsi avant tout un véritable<br />

autoprofilage. Google réalise ensuite <strong>des</strong> centaines de<br />

milliards de bénéfices avec nos <strong>données</strong> (voir ci-contre). Il<br />

existe désormais de nombreux moteurs de recherche alternatifs,<br />

sûrs <strong>et</strong> plus performants, par exemple DuckDuck-<br />

Go ou Startpage.com. Il suffit de les tester !<br />

Pour terminer, si l’on cherche encore un service de<br />

messagerie sécurisé, si l’on veut crypter <strong>des</strong> messages, si<br />

l’on souhaite produire ses podcasts ailleurs que sur You-<br />

Tube ou si l’on veut se connecter à un réseau social sans<br />

Facebook <strong>et</strong> C ie , les plateformes digitale-gesellschaft.ch/<br />

ratgeber/en, ou prism-break.org <strong>et</strong> privacytools.io, offrent<br />

<strong>des</strong> instructions précises <strong>et</strong> <strong>des</strong> programmes alternatifs à<br />

télécharger. A vous de jouer !<br />

Photos<br />

Sam Buchli, né en 1983, a toujours été passionné par les<br />

images <strong>et</strong> les livres. Il est tombé sous le charme de l’appareil<br />

photo dès son premier cours de photographie en noir <strong>et</strong><br />

blanc pendant sa scolarité régulière <strong>et</strong> ne l’a plus jamais<br />

quitté. Il aime le contact avec les gens <strong>et</strong> marcher sur les<br />

traces de gran<strong>des</strong> <strong>et</strong> p<strong>et</strong>ites histoires (de vie), passionnantes<br />

<strong>et</strong> touchantes.<br />

Pour ce numéro du <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong>, ses photos illustrent<br />

les dangers inhérents à l’émancipation <strong>et</strong> l’utilisation<br />

massives de <strong>données</strong> en ligne. Forçant les utilisateurs <strong>et</strong><br />

utilisatrices à s’armer de moyens de protection variés <strong>et</strong><br />

peu conventionnels.<br />

R<strong>et</strong>rouvez tout son travail sur sambuchli.com.


La marchandise, c’est toi !<br />

Intern<strong>et</strong> <strong>et</strong> les réseaux sociaux sont-ils gratuits ? Non, c’est une illusion : en<br />

réalité, vous êtes la marchandise. Des géants comme Google <strong>et</strong> Facebook<br />

enregistrent exactement la manière dont vous naviguez sur le web, ce que<br />

vous regardez, combien de temps vous restez sur une page, ce que vous<br />

ach<strong>et</strong>ez, écrivez <strong>et</strong> quelles photos vous postez. Ce que vous likez, qui sont<br />

vos amis <strong>et</strong> vos contacts. A partir de toutes ces informations, ils établissent<br />

le profil précis de milliards d’internautes <strong>et</strong> de consommateurs-rices à l’aide<br />

d’algorithmes de data mining <strong>et</strong> de big data. Ils exploitent ces <strong>données</strong> sur<br />

le marché <strong>et</strong> vendent aussi <strong>des</strong> espaces publicitaires. Ils réalisent ainsi <strong>des</strong><br />

milliards de chiffre d’affaires. Dans le pire <strong>des</strong> cas, vos <strong>données</strong> servent à<br />

orienter <strong>des</strong> élections, votre comportement ou le monde politique, comme le<br />

montre le scandale Cambridge Analytica ci-<strong>des</strong>sous.<br />

Temps en ligne<br />

6h58<br />

Temps moyen passé sur intern<strong>et</strong> chaque<br />

jour, dont 55 % via le téléphone portable<br />

2h27<br />

4,88<br />

= 61,8 % de la<br />

population<br />

mondiale<br />

Un nouveau membre<br />

toutes les<br />

13 secon<strong>des</strong><br />

Temps moyen passé sur les réseaux sociaux<br />

chaque jour. Une statistique en constante évolution.<br />

milliards<br />

d’utilisateurs-rices<br />

Intern<strong>et</strong><br />

4,55<br />

milliards<br />

surfent sur<br />

les réseaux<br />

sociaux<br />

Source: BDM, Global Statshot Digital Report 2021<br />

La kleptocratie numérique<br />

80 000 fois par seconde,<br />

une recherche est effectuée<br />

via Google<br />

Facebook a 2,9 milliards<br />

d‘utilisateurs-rices par mois<br />

41 dollars<br />

Montant gagné par<br />

Facebook avec les<br />

<strong>données</strong> de chaque utilisateur-rice<br />

dans le monde.<br />

Dans les pays riches<br />

comme la Suisse, c'est au<br />

moins 250 dollars par tête<br />

80 000 vidéos<br />

sont regardées chaque<br />

seconde sur YouTube<br />

720 000 heures<br />

de nouvelles vidéos<br />

mises en ligne tous les<br />

jours sur YouTube<br />

258 milliards de dollars<br />

encaissés par Google avec<br />

les <strong>données</strong> de ses client-e-s<br />

118 milliards de dollars<br />

Chiffre d’affaires réalisé par Facebook l’année dernière<br />

avec les <strong>données</strong> de ses client-e-s (20% de plus que<br />

l’année précédente)<br />

Le Chinois TikTok a<br />

déjà plus d’un milliard<br />

de client-e-s<br />

Sources: Alphab<strong>et</strong>, M<strong>et</strong>a, TikTok & estimations propres<br />

Le proj<strong>et</strong> «Alamo»: ou comment Cambridge Analytica a hissé Donald Trump à la présidence américaine<br />

La communication de masse est révolue. Le pilotage politique passe par une approche<br />

individuelle. Le «numérique» la rend possible:<br />

1. Le modèle de base<br />

Big-Data-Analytic<br />

Ciblage publicitaire<br />

individuel agressif<br />

2. Data mining<br />

Cambridge Analytica s’est<br />

procuré (principalement)<br />

via Facebook toutes les<br />

<strong>données</strong> par conséquent<br />

très détaillées de plus de<br />

80 millions de citoyen-ne-s<br />

américain-e-s. Ces <strong>données</strong><br />

ont été complétées<br />

par <strong>des</strong> <strong>données</strong> issues<br />

<strong>des</strong> registres électoraux<br />

<strong>et</strong> <strong>des</strong> registres civils,<br />

mais aussi de tests de<br />

personnalité de centaines<br />

de milliers de citoyen-ne-s.<br />

Au total, il en a résulté plusieurs<br />

milliers de «points<br />

de <strong>données</strong>» pour chaque<br />

personne.<br />

Trump<br />

Recherche comportementale.<br />

Psychographie <strong>et</strong> manipulation<br />

3. Analyse Big Data<br />

C<strong>et</strong>te immense quantité de <strong>données</strong> a été<br />

agrégée <strong>et</strong> analysée par <strong>des</strong> algorithmes<br />

appropriés, par exemple en relation avec<br />

les préférences, comportements d’achat,<br />

voyages, consommation de médias,<br />

amis, fréquentation d’église, tendances<br />

politiques, sexualité, santé mentale <strong>et</strong><br />

comportement déviant, <strong>et</strong> bien d’autres<br />

critères.<br />

4. Modèle Big five<br />

Chaque personne a été classée dans l’un<br />

<strong>des</strong> cinq groupes qui sont formés dans la<br />

recherche comportementale selon les critères<br />

ouverture, conscience, extraversion,<br />

tolérance <strong>et</strong> vulnérabilité. A l’aide de<br />

ces analyses, un algorithme a identifié<br />

quelques centaines de milliers de «personnes<br />

influençables».<br />

5. Influence ciblée<br />

Des messages individuels<br />

ont été adressés aux «personnes<br />

influençables» de<br />

manière ciblée <strong>et</strong> agressive<br />

sur tous les canaux,<br />

souvent avec <strong>des</strong> fake<br />

news. D’innombrables<br />

comptes fictifs ont été<br />

créés dans ce but <strong>et</strong> les<br />

réseaux d’ami-e-s ont été<br />

utilisés de manière abusive.<br />

La campagne Trump<br />

a dépensé plusieurs<br />

millions de dollars par<br />

jour à c<strong>et</strong> eff<strong>et</strong>.<br />

Source: Cambridge Analytica


16<br />

Au cœur de<br />

nos métiers<br />

Strike for Future 2.0 : se mobiliser<br />

pour réduire le temps de travail<br />

Tout le monde en parle : la réduction du temps de travail. Alors<br />

que les revendications <strong>des</strong> salarié-e-s <strong>et</strong> les essais en ce sens<br />

se multiplient dans les entreprises, le mouvement Strike for<br />

future se mobilisera lui aussi, le 9 avril 2022, autour de c<strong>et</strong>te<br />

exigence. Avec de sérieux arguments.<br />

Lorsqu’en décembre, <strong>syndicom</strong> a réclamé<br />

la semaine de 35 heures sans réduction<br />

de salaire chez Swisscom, les<br />

médias ont parlé d’un « tabou brisé » :<br />

pour la première fois depuis <strong>des</strong> années,<br />

un syndicat exigeait une réduction<br />

du temps de travail.<br />

Or, les médias ne cessent d’évoquer<br />

les nombreuses expériences réalisées<br />

autour de la semaine de quatre<br />

jours <strong>et</strong> de signaler les entreprises qui<br />

abandonnent la semaine ordinaire de<br />

42 heures. En Suède, on a même expérimenté<br />

la journée de six heures. Seule<br />

la Suisse n’a pas encore sérieusement<br />

abordé ce suj<strong>et</strong>.<br />

Réduire le temps de travail est avantageux<br />

à bien <strong>des</strong> égards. Pour nous, les<br />

syndicats, il s’agit déjà de diminuer le<br />

stress <strong>et</strong> d’augmenter le temps libre.<br />

Autre point tout aussi important : depuis<br />

<strong>des</strong> années, les salaires stagnent,<br />

alors que la productivité est en hausse<br />

en raison de la numérisation. La réduction<br />

du temps de travail nous perm<strong>et</strong>trait<br />

de profiter enfin de la plus-value<br />

de la digitalisation.<br />

D’un point de vue de l’égalité, il<br />

faut relever que les femmes assument<br />

toujours les trois quarts du travail domestique<br />

<strong>et</strong> éducatif. Gratuitement.<br />

Elles travaillent par conséquent souvent<br />

à temps partiel <strong>et</strong> touchent donc<br />

<strong>des</strong> salaires plus bas. Une réduction<br />

du temps de travail aurait aussi le mérite<br />

de répartir plus équitablement le<br />

travail de care. C’est pourquoi le<br />

congrès <strong>des</strong> femmes de l’USS de 2021<br />

a voté pour la semaine de 35 heures ou<br />

pour <strong>des</strong> modèles similaires avec un<br />

salaire identique.<br />

Et finalement, du point de vue<br />

climatique, on peut s’attendre à une<br />

diminution <strong>des</strong> émissions de CO 2 .<br />

Moins de trafic pendulaire <strong>et</strong> un travail<br />

rendu plus efficace favorisent une<br />

consommation d’énergie réduite.<br />

C’est pourquoi Strike for Future, un<br />

mouvement soutenu par les syndicats<br />

<strong>et</strong> issu de la jeunesse en lutte contre<br />

le réchauffement climatique, organise<br />

le 9 avril 2022 une journée d’action<br />

consacrée à la réduction du temps de<br />

travail. Des manifestations se dérouleront<br />

notamment dans les gran<strong>des</strong><br />

villes. On espère vous voir en nombre !<br />

Dominik Fitze<br />

Le programme <strong>des</strong><br />

mobilisations du 9 avril<br />

Il y a un an, le mouvement Strike for Future a réuni plus de 30 000 personnes dans les rues pour lutter contre le changement climatique. (© Keystone-ATS)


« Il est temps d’en finir avec c<strong>et</strong>te économie libérale, qui sape<br />

les droits <strong>et</strong> le pouvoir d’achat <strong>des</strong> travailleurs-euses. » Renato Minoli<br />

17<br />

Salaire minimum au Tessin<br />

12 000 signatures ont été récoltées pour l’initiative qui exige<br />

un salaire horaire de Fr. 21.50. Elle veut également m<strong>et</strong>tre fin à<br />

la politique de sous-enchère salariale <strong>et</strong> à une situation qui<br />

enrichit uniquement les entreprises aux pratiques déloyales.<br />

En octobre, pas moins de 300 personnes manifestaient à Mendrisio contre les prétendues CCT. (© Ti-Press)<br />

En février, 12 000 signatures ont été<br />

déposées au Tessin pour l’initiative en<br />

faveur d’un salaire minimum social de<br />

Fr. 21.50. <strong>syndicom</strong>, SSP <strong>et</strong> UNIA font<br />

partie <strong>des</strong> initiant-e-s. Conjointement<br />

avec les forces politiques progressistes<br />

du canton, ils ont lancé un signal<br />

fort, explique Renato Minoli, le<br />

nouveau président de l’Union syndicale<br />

suisse Ticino e Moesa. « Il est<br />

temps de m<strong>et</strong>tre fin aux inégalités salariales<br />

persistantes au Tessin. Stop<br />

au néolibéralisme, qui a progressivement<br />

sapé les droits <strong>et</strong> le pouvoir<br />

d’achat <strong>des</strong> travailleurs-euses. »<br />

Toute loi présente <strong>des</strong> lacunes<br />

En 2019, le Grand Conseil tessinois a<br />

adopté la loi cantonale sur le salaire<br />

minimum. Elle prévoit un salaire horaire<br />

minimum de Fr. 19.00, qui doit<br />

être augmenté progressivement<br />

jusqu’en 2024 pour atteindre la fourch<strong>et</strong>te<br />

de Fr. 19.75 à Fr. 20.25. Il existe<br />

toutefois une dérogation aux rapports<br />

de travail qui sont déjà soumis à une<br />

CCT au moment de l’entrée en vigueur<br />

de la loi. Comme c’est le cas de la<br />

convention collective de TiSin – la<br />

nouvelle « organisation pour le travail<br />

au Tessin », qui est présidée par l’ancien<br />

vice-secrétaire du syndicat tessinois<br />

OCST. C<strong>et</strong>te CCT – avec <strong>des</strong> salaires<br />

horaires inférieurs à Fr. 19.00 – a<br />

été signée par plusieurs entreprises,<br />

qui ont créé ensemble la nouvelle association<br />

patronale Ticino Manufacturing.<br />

Elles emploient avant tout <strong>des</strong><br />

frontalières <strong>et</strong> <strong>des</strong> frontaliers, qui sont<br />

moins bien payé-e-s que les indigènes<br />

(qui détiennent d’ailleurs le triste record<br />

du salaire médian le plus bas de<br />

Suisse avec environ 1000 francs de<br />

moins que la moyenne suisse).<br />

Il faut une culture du travail<br />

« Ce sont <strong>des</strong> entreprises dont nous<br />

n’avons pas besoin », déclare Renato<br />

Minoli. « Elles ruinent l’économie,<br />

sans créer une véritable richesse pour<br />

la société. Et dès qu’elles entrevoient<br />

une possibilités d’économiser <strong>des</strong><br />

coûts en se délocalisant à l’étranger,<br />

elles transfèrent leur site. » L’initiative<br />

prévoit donc aussi de supprimer la<br />

possibilité de se soustraire à ces salaires<br />

minimaux. Car <strong>des</strong> entreprises<br />

sans scrupules exploitent c<strong>et</strong>te lacune,<br />

avec la complicité de prétendus<br />

syndicats comme le TiSin. Enfin, l’initiative<br />

prévoit d’ancrer dans la Constitution<br />

que le montant du salaire minimum<br />

s’aligne sur les taux <strong>des</strong> besoins<br />

de l’aide sociale. Ces rectifications de<br />

la loi sont plus que jamais nécessaires<br />

pour relancer le débat politique.<br />

« Nous n’acceptons plus d’emplâtres.<br />

Il faut <strong>des</strong> mesures politiques qui reposent<br />

sur une culture de travail »,<br />

conclut Renato Minoli.<br />

Giovanni Valerio<br />

Des représentant-e-s<br />

du personnel avant tout<br />

Matteo Antonini, responsable du secteur<br />

Logistique <strong>et</strong> membre du comité directeur<br />

Une récente motion libérale exige<br />

d’augmenter la prise de risques <strong>et</strong> le<br />

nombre d’expert-e-s au sein <strong>des</strong><br />

conseils de fondation <strong>des</strong> caisses de<br />

pension pour répondre au prétendu<br />

déficit de compétences. C<strong>et</strong>te motion<br />

a certes le mérite de m<strong>et</strong>tre en évidence<br />

l’importance <strong>et</strong> la responsabilité<br />

<strong>des</strong> membres <strong>des</strong> conseils de fondation,<br />

mais elle va dans la mauvaise<br />

direction. En restreignant la responsabilité<br />

<strong>des</strong> représentations du personnel<br />

au sein <strong>des</strong> conseils de fondation,<br />

on creuse encore davantage le fossé<br />

entre les expert-e-s de la prévoyance<br />

(ou de la finance) <strong>et</strong> les assuré-e-s.<br />

Il faut au contraire renforcer la proximité.<br />

Il convient alors d’investir dans<br />

les compétences <strong>des</strong> membres <strong>des</strong><br />

conseils de fondation – avec <strong>des</strong> formations<br />

continues <strong>et</strong> du temps de<br />

travail mis à disposition <strong>des</strong> organes<br />

paritaires. Le PK N<strong>et</strong>z (le réseau <strong>des</strong><br />

représentant-e-s du personnel) offre<br />

avec ses activités une plateforme visant<br />

à instaurer le dialogue entre les<br />

différents conseils de fondation.<br />

Les quelque 70 000 membres de la<br />

caisse de pensions de La Poste peuvent<br />

compter sur une représentation solide<br />

<strong>et</strong> compétente au conseil de fondation.<br />

C<strong>et</strong>te représentation forte est le<br />

fruit <strong>des</strong> progrès réalisés pour maintenir<br />

le niveau <strong>des</strong> prestations. Par sa récente<br />

décision d’accorder aux assurés<br />

actifs un taux de rémunération du capital<br />

de 3,5 % <strong>et</strong> donc plus de 240 millions<br />

de francs, le conseil de fondation<br />

prouve sa compétence <strong>et</strong> son indépendance<br />

vis-à-vis <strong>des</strong> expertes <strong>et</strong> experts.


18<br />

Le monde<br />

du travail<br />

«84 % <strong>des</strong> personnes interrogées estiment qu’une assurance<br />

collective pour indépendant-e est capitale. » Michael Moser, secrétaire central Médias<br />

Assurer les indépendant-e-s<br />

Le proj<strong>et</strong> d’une assurance perte d’activité pour les indépendant-e-s<br />

<strong>et</strong> les freelances, développé par <strong>syndicom</strong> <strong>et</strong> la Haute<br />

école spécialisée bernoise, est sur la table. Avant de le rendre<br />

public, nous avons sondé les principaux-ales intéressé-e-s.<br />

La plupart <strong>des</strong> indépendant-e-s ne sont pas couverts contre l’incapacité de travailler. (© People Image)<br />

En ce début d’année, 242 personnes<br />

ont étudié le proj<strong>et</strong> d’assurance perte<br />

d’activité pour les indépendant-e-s <strong>et</strong><br />

les freelances. Principal résultat ? Pas<br />

moins de 84 % <strong>des</strong> personnes interrogées<br />

considèrent qu’une assurance<br />

collective est importante, voire primordiale,<br />

<strong>et</strong> 74 % sont favorables à son<br />

introduction obligatoire. Actuellement,<br />

12 % <strong>des</strong> indépendant-e-s parviennent<br />

à épargner autant qu’ils-elles<br />

le souhaitent. Il est nécessaire d’agir.<br />

Nos questions détaillées concernant<br />

le montant <strong>des</strong> primes <strong>et</strong> <strong>des</strong><br />

prestations d’assurance ou les mesures<br />

d’accompagnement ont permis<br />

d’évaluer quel accueil serait réservé au<br />

proj<strong>et</strong> dans la réalité. L’évaluation <strong>des</strong><br />

primes, dont le montant est estimé à<br />

4 % pour les indépendant-e-s <strong>et</strong> les<br />

mandant-e-s, est essentielle pour déterminer<br />

si une telle assurance peut<br />

être introduite – ou pour savoir si les<br />

personnes directement concernées<br />

peuvent ou non se perm<strong>et</strong>tre de tels<br />

coûts. Ici, 68 % <strong>des</strong> intéressé-e-s estiment<br />

que leurs client-e-s accepteraient<br />

c<strong>et</strong>te augmentation de prix,<br />

alors que seulement 19 % pensent<br />

qu’une partie de leur clientèle la refuserait.<br />

Concernant la charge personnelle<br />

<strong>des</strong> primes, les résultats sont aussi encourageants<br />

! 62 % <strong>des</strong> sondé-e-s ne seraient<br />

pas obligé-e-s d’augmenter<br />

leurs prix pour s’acquitter de leurs<br />

primes. 25 % s’y verraient toutefois<br />

contraints. Et 13 % estiment que le<br />

marché dans leur branche ne pourrait<br />

pas faire face à l’augmentation nécessaire<br />

<strong>des</strong> prix.<br />

Par conséquent, il convient d’examiner<br />

encore de plus près le coût <strong>des</strong><br />

primes <strong>et</strong> les eff<strong>et</strong>s potentiels sur le<br />

marché du travail. D’ores <strong>et</strong> déjà, il est<br />

clair que l’introduction de l’assurance<br />

devrait être assortie de différentes mesures<br />

d’accompagnement <strong>et</strong> qu’elle<br />

devrait se réaliser par étapes.<br />

Les résultats de ce sondage, ainsi<br />

que d’autres réactions du milieu économique<br />

<strong>et</strong> politique, figureront dans<br />

le rapport final de la Haute école spécialisée<br />

bernoise. Il sera publié en début<br />

d’été <strong>et</strong> lancera la discussion sur<br />

l’assurance perte d’activité dans un<br />

cercle plus large.<br />

Michael Moser<br />

Tous les détails du modèle<br />

d’assurance pour indépendant-e<br />

Pour une branche <strong>des</strong><br />

centres de contact <strong>et</strong><br />

d’appel attractive<br />

Teresa Dos Santos Lima-Matteo,<br />

Secrétaire centrale TIC<br />

La convention collective de travail de<br />

la branche <strong>des</strong> centres de contact <strong>et</strong><br />

d’appel a pu être déclarée de force<br />

obligatoire pour la première fois en<br />

2018. Des conflits de travail du personnel<br />

<strong>et</strong> <strong>des</strong> négociations de longue<br />

haleine du côté de <strong>syndicom</strong> ont précédé<br />

sa conclusion. La CCT s’applique<br />

à 23 entreprises, soit à près de 4400<br />

employé-e-s à travers toute la Suisse.<br />

Pour <strong>syndicom</strong>, il était clair que les<br />

sept régions salariales <strong>et</strong> les quatre<br />

échelons de salaire négociés en amont<br />

représentaient une valeur empirique<br />

révolue. Il s’agissait dès lors de redéfinir<br />

<strong>et</strong> d’améliorer ces composantes au<br />

fil du temps. Lors <strong>des</strong> négociations,<br />

l’échelon de fonction 3, qui ne s’appliquait<br />

jusqu’à présent qu’aux collaborateurs<br />

<strong>et</strong> collaboratrices exerçant <strong>des</strong><br />

fonctions administratives <strong>et</strong> d’appui,<br />

a pu être élargi début avril 2022 aux<br />

travailleurs <strong>et</strong> travailleuses employé-e-s<br />

dans la même entreprise<br />

pendant au moins cinq ans. C<strong>et</strong>te<br />

étape marque une amélioration majeure<br />

pour les employé-e-s qui font<br />

preuve d’une grande flexibilité chaque<br />

jour <strong>et</strong> travaillent dans une branche en<br />

constante mutation. Des négociations<br />

sont à nouveau prévues début 2023,<br />

afin de développer la CCT. En automne<br />

2022, <strong>syndicom</strong> compte effectuer<br />

une enquête pour prendre ainsi<br />

en considération les potentielles revendications<br />

de ses membres <strong>et</strong> du<br />

personnel de la branche. Pour qu’elle<br />

gagne encore en attractivité à l’avenir.<br />

Car elle a également besoin de personnel<br />

compétent pour garantir l’excellente<br />

qualité <strong>des</strong> services en Suisse.


« Le trafic <strong>des</strong> paiements <strong>et</strong> la transmission d’informations<br />

demeurent essentiels pour notre société. » David Roth<br />

19<br />

Est-ce vraiment l’avenir de La Poste ?<br />

Fin février 2022, une commission d’experts a publié une évaluation<br />

sur le futur du mandat de service universel de La Poste.<br />

Nous avons rencontré David Roth, secrétaire central du secteur<br />

logistique, pour décrypter ce rapport vivement critiqué.<br />

Au cœur du rapport de la commission<br />

d’expert-e-s se trouve la proposition<br />

de supprimer le courrier A, en faveur<br />

d’une distribution en courrier B proposée<br />

trois fois par semaine. Les volumes<br />

de courrier sont en baisse <strong>et</strong><br />

face à la digitalisation permanente de<br />

notre société, la future <strong>des</strong>serte postale<br />

pourrait être principalement assurée<br />

par voie numérique. N’est-ce<br />

pas une proposition pertinente dans<br />

ce contexte ?<br />

A la lecture du rapport, on se demande<br />

dans quel domaine les membres de<br />

c<strong>et</strong>te commission peuvent vraiment<br />

être considérés comme <strong>des</strong> expert-e-s.<br />

Pas dans celui du marché postal, en<br />

tout cas. Le courrier A est une prestation<br />

rentable de La Poste. L’enquête<br />

de l’OFCOM a clairement démontré<br />

l’importance accordée par la clientèle<br />

à la ponctualité <strong>et</strong> à la rapidité. Le<br />

courrier A est le produit le plus apprécié.<br />

Aucune entreprise ne s’en séparerait<br />

sans nécessité.<br />

D’autres propositions de ce rapport<br />

vont dans le sens d’un démantèlement<br />

du service public. Notamment<br />

le proj<strong>et</strong> de désagréger le « système<br />

intégré » de La Poste en détachant <strong>et</strong><br />

en privatisant PostFinance. Le service<br />

universel en matière de paiements ferait<br />

alors l’obj<strong>et</strong> d’un appel d’offres<br />

public. Quelles sont les risques de ce<br />

proj<strong>et</strong> ?<br />

C<strong>et</strong>te proposition témoigne elle aussi<br />

du manque de compétence de la commission<br />

d’expert-e-s. Le succès du réseau<br />

<strong>des</strong> filiales de La Poste repose<br />

précisément sur la combinaison <strong>des</strong><br />

différentes prestations. Si le trafic <strong>des</strong><br />

paiements faisait l’obj<strong>et</strong> d’un appel<br />

d’offres public, ce service ne soulèverait<br />

guère d’intérêt du fait même que<br />

les différentes prestations sont liées<br />

entre elles <strong>et</strong> qu’elles offrent ainsi un<br />

vaste réseau. Toutefois, si La Poste devait<br />

perdre ce mandat de service universel,<br />

la fin du réseau <strong>des</strong> offices de<br />

poste serait programmée. Avec<br />

d’énormes conséquences sur les prestations<br />

logistiques de La Poste.<br />

Les syndicats exigent plutôt la levée<br />

au plus vite de l’interdiction pour<br />

PostFinance d’octroyer <strong>des</strong> crédits.<br />

Dans quel but ?<br />

Seules les différences de taux d’intérêt<br />

perm<strong>et</strong>tent pratiquement à Post-<br />

Finance de gagner de l’argent. Et cela<br />

signifie qu’elle se trouve dans une position<br />

concurrentielle très désavantageuse<br />

par rapport aux autres banques.<br />

L’interdiction ne <strong>des</strong>sert pas uniquement<br />

PostFinance, mais aussi ses<br />

deux millions de clients, qui ne<br />

peuvent pas effectuer tous les services<br />

bancaires dont ils ont besoin avec une<br />

seule relation bancaire. Afin que le<br />

mandat de service universel reste finançable<br />

à long terme, il faudrait que<br />

Le rapport prétend que les besoins postaux analogiques auront disparu d’ici à 2030. (© Keystone-ATS)<br />

PostFinance puisse offrir toutes les<br />

prestations d’une banque.<br />

Le rapport plaide notamment pour le<br />

développement d’une infrastructure<br />

postale numérique comme service<br />

universel. Comment <strong>syndicom</strong> se positionne<br />

face à c<strong>et</strong>te exigence ?<br />

C’est important. Le secr<strong>et</strong> postal perm<strong>et</strong><br />

à La Poste de garantir un échange<br />

sûr <strong>et</strong> confidentiel d’informations. Ce<br />

besoin grandit <strong>et</strong> se déplace du domaine<br />

physique vers l’espace électronique.<br />

Il incombe donc au service public<br />

de veiller à ce à La Poste propose<br />

<strong>des</strong> solutions sûres dans ce domaine<br />

également. Faute de quoi nous serions<br />

livrés ici aux multinationales du numérique.<br />

Et je doute que la population<br />

suisse accepte de leur confier <strong>des</strong><br />

<strong>données</strong> relatives à la protection de la<br />

santé.<br />

En parallèle, deux récentes motions<br />

demandent au Conseil fédéral d’élaborer<br />

<strong>des</strong> modifications de loi afin<br />

d’« endiguer les distorsions de<br />

concurrence provoquées par les entreprises<br />

publiques ». Swisscom <strong>et</strong><br />

La Poste sont pointés du doigt, à qui<br />

on reproche notamment la stratégie<br />

d’acquisitions d’entreprises qui viserait<br />

à éliminer <strong>des</strong> concurrents de manière<br />

ciblée. Pourquoi c<strong>et</strong> acharnement<br />

contre les entreprises de service<br />

public ?<br />

L’essentiel de l’activité de La Poste<br />

s’opère sur le marché libéralisé. En<br />

même temps, Swisscom <strong>et</strong> La Poste<br />

doivent aussi continuer à remplir <strong>et</strong> à<br />

financer d’onéreux mandats du service<br />

universel. La Poste n’acquiert en<br />

outre pas n’importe quelles entreprises,<br />

mais celles qui ont un rapport<br />

direct avec son activité principale.<br />

Dans ce contexte, il est presque absurde<br />

que les politicien-ne-s qui ne<br />

jurent par ailleurs que par le marché<br />

critiquent le fait que les entreprises<br />

étatiques soient concurrentielles avec<br />

l’économie privée. Mais il semble<br />

évident qu’ils ne veulent pas que La<br />

Poste se positionne en concurrente.<br />

Les entreprises qui s’acharnent contre<br />

les entreprises publiques craignent<br />

sans doute que leur prestation soit<br />

moins bonne ou plus chère que celle<br />

de La Poste. C’est toutefois une bonne<br />

nouvelle pour la clientèle de la Poste<br />

de savoir qu’elle obtient <strong>des</strong> prestations<br />

avantageuses <strong>et</strong> de qualité. Nous<br />

devons veiller à ce que les entreprises<br />

appartenant à l’Etat ne se r<strong>et</strong>rouvent<br />

pas pieds <strong>et</strong> poings liés.<br />

Propos recueillis par Robin Mor<strong>et</strong>


20<br />

Le monde<br />

du travail<br />

« Certaines de nos CCT ont améliorié le congé paternité, par<br />

exemple à La Poste ou Swisscom. » Dominique Gigon, responsable <strong>syndicom</strong> Suisse romande<br />

Congé parental vaudois<br />

Un congé rémunéré accordé aux parents qui ont une activité<br />

professionnelle, en complément à part entière à l’assurance-maternité<br />

<strong>et</strong> paternité fédérale. Voilà ce qu’exige une<br />

initiative cantonale vaudoise soutenue par <strong>syndicom</strong>.<br />

Les coûts du congé parental seront financés entre l’Etat, l’employeur <strong>et</strong> l’employé-e. (© Keystone-ATS)<br />

Il y a presque deux ans, en septembre<br />

2020, 60,3 % <strong>des</strong> Suisses <strong>et</strong> Suissesses<br />

plébiscitaient un congé paternité indemnisé<br />

de dix jours. Dans le canton<br />

de Vaud, le peuple s’était massivement<br />

(81,6 %) engagé en faveur du oui.<br />

Un premier pas vers un congé parental<br />

pouvait-on entendre au sein <strong>des</strong> partisans<br />

<strong>et</strong> partisanes.<br />

Fort de ce constat, une initiative<br />

populaire cantonale, soutenue par<br />

<strong>syndicom</strong>, souhaite aujourd’hui<br />

concrétiser ce proj<strong>et</strong> en accordant un<br />

congé parental ambitieux de 34 semaines<br />

visant à renforcer la politique<br />

égalitaire <strong>et</strong> familiale du canton.<br />

Concilier famille <strong>et</strong> carrière<br />

Ambitieuse, mais surtout progressiste<br />

<strong>et</strong> sociale. Car ce proj<strong>et</strong> de loi offrira la<br />

possibilité aux parents de mieux<br />

concilier famille <strong>et</strong> travail, tout en favorisant<br />

la relation entre parents <strong>et</strong> enfant<br />

ainsi que l’égalité entre femmes<br />

<strong>et</strong> hommes. « Certaines de nos conventions<br />

collectives (Poste, Swisscom) ont<br />

amélioré le congé paternité (2 semaines),<br />

<strong>et</strong> dans certains cas le congé<br />

parental. A La Poste, le congé parental<br />

existe si les deux parents travaillent<br />

dans le groupe Poste. L’initiative perm<strong>et</strong>tra<br />

à tous les Vaudois-e-s de bénéficier<br />

de ces améliorations », explique<br />

Dominique Gigon, responsable <strong>syndicom</strong><br />

région Suisse romande. Plus<br />

concrètement, ce congé parental perm<strong>et</strong>tra<br />

un partage plus équilibré <strong>des</strong><br />

tâches entre les parents à l’arrivée<br />

d’un enfant, avec qui l’instauration<br />

d’un lien privilégié sera grandement<br />

favorisé. Mais il s’agit également de faciliter<br />

le r<strong>et</strong>our <strong>des</strong> femmes sur le marché<br />

du travail après une grossesse. Le<br />

proj<strong>et</strong> de congé parental vaudois sera<br />

réparti à hauteur de 16 semaines pour<br />

les femmes (soit 2 semaines de plus<br />

que les 14 semaines prévues par la<br />

LAPG), 14 semaines pour l’autre parent<br />

(12 semaines de plus que les 2 semaines<br />

prévues par la LAPG pour les<br />

pères) <strong>et</strong> 4 semaines (<strong>28</strong> jours) à se partager<br />

entre les deux parents.<br />

Politique familiale progressiste<br />

Les initiant-e-s souhaitent voir se<br />

concrétiser un congé parental pour<br />

toutes les familles, y compris les familles<br />

arc-en-ciel, homoparentales ou<br />

en cas d’adoption d’un enfant. L’initiative<br />

veut ainsi concrétiser une politique<br />

familiale moderne, sociale <strong>et</strong> ancrée<br />

dans son temps. Nous avons un<br />

mois pour réunir 12 000 signatures !<br />

Robin Mor<strong>et</strong><br />

Télécharger la<br />

feuille d’initiative<br />

Industrie graphique –<br />

accord sur la CCT<br />

Angelo Zan<strong>et</strong>ti, secrétaire central médias<br />

Industrie graphique <strong>et</strong> emballage<br />

Avec l’association patronale viscom <strong>et</strong><br />

les collègues du syndicat Syna, nous<br />

avions discuté de la CCT en décembre<br />

dernier à la séance de l’Office professionnel<br />

de l’industrie graphique.<br />

Contrairement aux années précédentes,<br />

nous avons jugé c<strong>et</strong>te fois-ci<br />

opportun d’anticiper les discussions<br />

sur le contrat collectif (qui expire à la<br />

fin de l’année 2022). D’habitude, les<br />

négociations débutent durant la seconde<br />

moitié de juin. Or la situation<br />

économique de notre secteur était<br />

alors difficile <strong>et</strong> elle le reste encore.<br />

L’augmentation du prix du papier est<br />

notamment un gros problème.<br />

Lors d’une séance en janvier avec<br />

viscom, nous nous sommes alors entendus<br />

sur une CCT d’une durée de<br />

deux ans pour 2023 <strong>et</strong> 2024, qui a seulement<br />

subi <strong>des</strong> adaptations rédactionnelles.<br />

Dans une situation économique<br />

encore difficile, l’accent a été<br />

mis sur la garantie de conditions de<br />

travail stables. Après que notre comité<br />

de branche ait approuvé le résultat de<br />

négociation en février, les collègues<br />

de l’industrie graphique ont fait de<br />

même le 26 mars à Bienne dans le<br />

cadre de la conférence du secteur<br />

Médias. Faisant suite à la levée <strong>des</strong><br />

principales mesures sanitaires, le r<strong>et</strong>our<br />

<strong>syndicom</strong> dans les entreprises est<br />

également prévu afin de renouer le<br />

dialogue. Celles-ci peuvent d’ores <strong>et</strong><br />

déjà nous contacter par mail à medien@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

pour organiser<br />

une réunion à leur convenance – dans<br />

l’entreprise, ainsi qu’au niveau local<br />

ou régional.


« Nous souhaiterions rencontrer la direction de JustEat à<br />

la table <strong>des</strong> négociations. » Dominik O<strong>et</strong>iker, secrétaire régional pour la région Zurich <strong>et</strong> Suisse orientale<br />

21<br />

Quand un slogan fait mouche<br />

Il y a quelques semaines, <strong>des</strong> coursiers <strong>et</strong> coursières à vélo<br />

chez JustEat se sont mobilisé-e-s pour dénoncer leurs conditions<br />

de travail... sous la forme d’un slogan affiché dans le dos.<br />

Les coursiers-ères JustEat exigent un décompte de salaire <strong>et</strong> du temps de travail transparent. (© <strong>syndicom</strong>)<br />

Depuis plusieurs mois, <strong>syndicom</strong> est<br />

en contact très étroit avec les coursiers<br />

<strong>et</strong> coursières à vélo de l’entreprise<br />

Just Eat, notamment dans la région de<br />

Zurich. Dans ce cadre, <strong>des</strong> réunions<br />

sont régulièrement organisées avec<br />

les intéressé-e-s afin de définir les<br />

pistes d’action pour améliorer leurs<br />

conditions de travail <strong>et</strong> perm<strong>et</strong>tre à<br />

leurs revendications d’aboutir.<br />

En ce début d’année, les coursiers-ères<br />

ont manifesté le souhait<br />

d’attirer l’attention du plus grand<br />

nombre sur leur situation. Est alors<br />

survenue l’idée d’apposer un autocollant<br />

sur leur sac à dos de travail avec<br />

un message clair <strong>et</strong> évident, apparu<br />

lors du récente manifestation de la<br />

branche : « JustEat, respect your drivers<br />

». Très vite, ces autocollants se<br />

sont répandus comme une traînée de<br />

poudre sur les sacs <strong>des</strong> salarié-e-s de<br />

l’entreprise.<br />

Alertée peu après le début de c<strong>et</strong>te<br />

action spontanée, la direction de Just-<br />

Eat s’est empressée d’essayer d’y<br />

m<strong>et</strong>tre fin. Les coursiers <strong>et</strong> coursières<br />

capitaines (chef-fe de groupe) ont reçu<br />

la consigne de chasser leurs collègues<br />

qui affichaient le slogan collectif sur<br />

leur sac à dos, de les arrêter, de r<strong>et</strong>irer<br />

les autocollants <strong>et</strong> de les signaler immédiatement.<br />

« Si c<strong>et</strong>te façon de procéder doit<br />

être condamnée, les coursiers <strong>et</strong> coursières<br />

à vélo de chez JustEat ont été<br />

très impressionné-e-s par la rapidité<br />

avec laquelle leur action a fait réagir »,<br />

précise Dominik O<strong>et</strong>iker, secrétaire<br />

régional pour la région de Zurich <strong>et</strong><br />

Suisse orientale.<br />

Aujourd’hui, la mobilisation a pris<br />

fin d’un commun accord mais le combat<br />

continue. « Nous planifions les<br />

prochaines actions syndicales <strong>et</strong> nous<br />

souhaiterions rencontrer la direction<br />

de JustEat à la table <strong>des</strong> négociations »,<br />

précise Dominik O<strong>et</strong>iker. Les coursiers-ères<br />

organisé-e-s exigent de leur<br />

employeur un salaire équitable, une<br />

indemnisation du matériel, la création<br />

d’une représentation <strong>des</strong> travailleurs-euses<br />

ainsi qu’une convention<br />

CCT négociée dans les plus brefs délais.<br />

Car le respect ne doit plus attendre.<br />

Robin Mor<strong>et</strong><br />

Pas de société à deux<br />

classes pour l’aide<br />

sociale<br />

Patrizia Mordini, responsable de l’égalité <strong>et</strong><br />

membre du comité directeur<br />

Nous devons combattre les causes de<br />

la pauvr<strong>et</strong>é <strong>et</strong> non les pauvres. Dans le<br />

dernier <strong>magazine</strong>, j’ai conclu avec ces<br />

paroles mon commentaire sur le durcissement<br />

massif de la loi sur les<br />

étrangers <strong>et</strong> l’intégration (LEI). J’y<br />

écrivais que les personnes issues de la<br />

migration sans passeport suisse, qui<br />

se r<strong>et</strong>rouvent au chômage pendant un<br />

certain temps ou doivent recourir à<br />

l’aide sociale en raison d’une situation<br />

de détresse, perdent leur autorisation<br />

de séjour ou d’établissement.<br />

Même lorsqu’elles sont nées ici ou<br />

possèdent un permis d’établissement<br />

depuis plus de 15 ans.<br />

Et voilà que c<strong>et</strong>te année, le Conseil<br />

fédéral nous a déjà annoncé un nouveau<br />

durcissement : il veut réduire,<br />

pour les ressortissants <strong>et</strong> ressortissantes<br />

d’Etats tiers, l’aide sociale pendant<br />

les trois premières années qui<br />

suivent l’octroi de leur autorisation de<br />

séjour en Suisse. Beaucoup de personnes<br />

touchées par la pauvr<strong>et</strong>é <strong>et</strong> qui<br />

n’ont pas de passeport suisse renoncent<br />

du reste déjà à bénéficier de<br />

l’aide sociale – alors qu’elles y ont<br />

droit – par peur de risquer leur droit de<br />

séjour ou d’établissement. Il en résulte<br />

donc une société à deux classes.<br />

Or la Suisse n’en est pas digne en tant<br />

qu’Etat humanitaire.<br />

Le tout s’apparente à une tactique<br />

du salami avec maintes détériorations<br />

<strong>et</strong> de multiples durcissements, qui<br />

visent les migrantes <strong>et</strong> migrants <strong>et</strong> qui<br />

discriminent toujours plus sévèrement<br />

les personnes touchées par la<br />

pauvr<strong>et</strong>é. <strong>syndicom</strong> prendra clairement<br />

position contre ce nouveau durcissement<br />

dans sa consultation.<br />

Le droit à l’aide sociale <strong>et</strong> d’être assisté<br />

dans <strong>des</strong> situations de détresse<br />

est un droit fondamental, qui est inscrit<br />

noir sur blanc dans notre Constitution.<br />

Et il doit être valable pour<br />

toutes <strong>et</strong> tous.


22 Politique<br />

L’accueil de jour en crèche,<br />

une infrastructure publique<br />

La situation est claire : la Suisse manque de places d’accueil de<br />

jour pour les enfants. Et elles sont souvent trop chères pour les<br />

familles. L’initiative pour les crèches, soutenue par <strong>syndicom</strong>,<br />

veut y remédier en exigeant une offre suffisante de places d’accueil<br />

dans tout le pays. Avec <strong>des</strong> salaires adaptés <strong>et</strong> de bonnes<br />

conditions de travail. Notre nouvelle cheffe communication,<br />

Romi Hofer, a rencontré Mattea Meyer, co-présidente du Parti<br />

socialiste suisse, pour échanger sur ce proj<strong>et</strong> de loi.<br />

Texte : Romi Hofer<br />

Image : Mise à disposition<br />

La récolte de signatures de l’initiative<br />

sur les crèches bat son plein.<br />

Pouvez-vous nous présenter ce<br />

proj<strong>et</strong> plus en détail ?<br />

Maman d’enfants en bas âge, je sais<br />

à quel point il est difficile de trouver<br />

une bonne place de crèche. Non<br />

seulement l’offre insuffisante est un<br />

problème, mais aussi les coûts. De<br />

nombreux parents ne peuvent tout<br />

simplement pas se perm<strong>et</strong>tre un accueil<br />

extrafamilial. En conséquence,<br />

ce sont notamment les femmes qui<br />

abandonnent leur activité professionnelle<br />

en partie ou complètement.<br />

Elles ne touchent donc souvent<br />

qu’un p<strong>et</strong>it revenu <strong>et</strong> reçoivent<br />

plus tard une rente basse. Avec l’initiative<br />

sur les crèches, nous nous<br />

attaquons à ces problèmes. Nous<br />

veillons à ce que l’accueil extrafamilial<br />

soit accessible <strong>et</strong> abordable pour<br />

toutes les familles en Suisse. Pour<br />

ce faire, nous exigeons que les<br />

cantons créent une offre suffisante<br />

<strong>et</strong> de qualité. A l’avenir, les parents<br />

ne devront plus supporter la principale<br />

charge financière. Il est prévu<br />

que le financement intervienne de<br />

manière solidaire via le système fiscal,<br />

<strong>et</strong> que la Confédération assume<br />

deux tiers <strong>des</strong> coûts. Le troisième<br />

tiers sera partagé entre les cantons,<br />

les communes <strong>et</strong> les parents. Les<br />

frais d’accueil à charge <strong>des</strong> parents<br />

ne doivent pas dépasser 10 % du<br />

revenu familial. L’initiative donne<br />

aussi plus de liberté aux parents.<br />

Elle encourage de la même manière<br />

les familles de jour, les crèches, les<br />

garderies <strong>et</strong> les offres parascolaires.<br />

Nous renforçons par ailleurs de<br />

bonnes conditions de travail.<br />

Confrontées à une forte pression, à<br />

<strong>des</strong> salaires très bas <strong>et</strong> à un manque<br />

accru de personnel formé, les<br />

crèches étouffent. Comment remédier<br />

à c<strong>et</strong>te situation ?<br />

Quiconque a déjà eu l’occasion de<br />

s’occuper de quatre enfants à la fois<br />

sait à quel point c’est exigeant. Les<br />

bas salaires <strong>et</strong> les mauvaises conditions<br />

de travail ne sont nullement<br />

proportionnels à ce travail indispensable.<br />

Ces professions, comme tant<br />

d’autres exercées avant tout par <strong>des</strong><br />

Les frais d’accueil<br />

ne doivent pas<br />

dépasser 10 % du<br />

revenu familial


« Un bon accueil dépend fortement <strong>des</strong> conditions de travail dans les crèches. Réduire les contributions<br />

<strong>des</strong> parents sans améliorer en même temps les conditions de travail n’est pas une solution durable.<br />

C’est pourquoi l’initiative sur les crèches exige les deux. »<br />

Mattea Meyer, co-présidente du Parti socialiste suisse<br />

23<br />

femmes, manquent de reconnaissance.<br />

Les personnes qui encadrent<br />

les enfants sont à bout <strong>et</strong> beaucoup<br />

changent rapidement de profession.<br />

De meilleures conditions s’imposent<br />

pour que plus de personnes<br />

s’enthousiasment pour une formation<br />

dans le domaine de l’accueil.<br />

Les conventions collectives de travail<br />

pourraient améliorer les conditions<br />

de travail.<br />

L’Association suisse <strong>des</strong> structures<br />

d’accueil de l’enfance (Kibesuisse) a<br />

pourtant décidé de ne pas soutenir<br />

l’initiative, reprochant que le développement<br />

<strong>des</strong> enfants <strong>et</strong> la qualité<br />

de l’éducation ne sont pas suffisamment<br />

pris en compte. Une position<br />

que vous comprenez ?<br />

Un bon accueil passe toujours par<br />

une bonne offre d’éducation. Dans<br />

la mesure où l’initiative sur les<br />

crèches exige de meilleures conditions<br />

de travail, elle contribue à ce<br />

que le personnel éducatif puisse<br />

mieux s’occuper <strong>des</strong> enfants. L’association<br />

Kibesuisse aurait souhaité<br />

que l’éducation préscolaire occupe<br />

une place encore plus importante.<br />

Sans accueil extrafamilial<br />

de jour,<br />

l’économie entière<br />

finirait par<br />

s’effrondrer<br />

Même si elle n’est pas représentée<br />

au sein du comité d’initiative, elle<br />

salue l’initiative. La présidente de<br />

l’association, Franziska Roth, s’engage<br />

au sein de notre comité de soutien.<br />

Alors que la compétence en matière<br />

de politique familiale incombe principalement<br />

aux cantons <strong>et</strong> aux communes,<br />

quels sont les avantages<br />

d’un nouveau modèle où la Confédération<br />

assumera une plus grande<br />

partie <strong>des</strong> charges ?<br />

Sans accueil extrafamilial de jour,<br />

l’économie entière finirait par s’effronder.<br />

Les crèches font, en fait,<br />

entièrement partie de l’infrastructure<br />

publique, comme les écoles ou<br />

les CFF. C’est pourquoi la Confédération<br />

<strong>et</strong> les cantons doivent aussi<br />

en assumer une grande partie <strong>des</strong><br />

coûts. Cela a aussi plus de sens sur<br />

le plan économique. Je n’ai jamais<br />

compris pourquoi les responsables<br />

politiques de droite se plaignent<br />

d’une pénurie de personnel éducatif<br />

spécialisé, mais s’opposent à une<br />

augmentation du nombre de places<br />

en crèches. Le financement via la<br />

Confédération garantit de ne pas<br />

grever les communes financièrement<br />

peu favorisées, qui comptent<br />

un grand nombre de jeunes familles.<br />

Une expertise juridique, publiée en<br />

février en 2021, s’est penchée sur les<br />

compétences de la Confédération<br />

dans le domaine de l’accueil extrascolaire<br />

<strong>et</strong> extrafamilial. Celle-ci a<br />

démontré qu’elle pourrait se perm<strong>et</strong>tre<br />

de faire bien plus dans ce<br />

secteur. N’est-il pas temps de m<strong>et</strong>tre<br />

en place <strong>des</strong> conditions-cadres pour<br />

une politique familiale cohérente <strong>et</strong><br />

de fixer <strong>des</strong> objectifs concernant les<br />

conditions de travail dans la<br />

branche, au plan national ?<br />

Absolument. Nous nous impliquons<br />

déjà depuis longtemps pour favoriser<br />

une meilleure coordination par<br />

la Confédération en matière de politique<br />

familiale. Les différences importantes<br />

entre les cantons ont de<br />

moins en moins de sens dans la société<br />

suisse mobile d’aujourd’hui.<br />

Sans compter qu’elles sont aussi injustes.<br />

Et notre initiative stipule de<br />

manière explicite qu’il faut également<br />

assurer de bonnes conditions<br />

de travail.<br />

Les opposant-e-s critiquent la possibilité<br />

laissée aux cantons de proposer<br />

une garde gratuite en fonction<br />

du revenu <strong>des</strong> parents. Pourquoi estil<br />

souhaitable de leur offrir c<strong>et</strong>te<br />

possibilité ?<br />

Un accueil extrafamilial de qualité<br />

favorise le développement <strong>des</strong> enfants.<br />

L’éducation précoce pose la<br />

première pierre du parcours scolaire,<br />

puis professionnel, <strong>et</strong> renforce<br />

en particulier les enfants qui sont issus<br />

de familles socialement <strong>et</strong> financièrement<br />

défavorisées. Je<br />

trouve donc juste que les cantons <strong>et</strong><br />

les communes souhaitent offrir l’encadrement<br />

préscolaire gratuit.<br />

L’initiative exige de<br />

manière explicite<br />

de bonnes conditions<br />

de travail<br />

Une étude de l’institut BAK Economics<br />

démontre qu’un soutien accru<br />

dans l’éducation précoce <strong>et</strong> l’accueil<br />

aurait également un impact exponentiel<br />

sur l’activité économique.<br />

Peut-on attendre d’autres eff<strong>et</strong>s<br />

positifs de c<strong>et</strong>te initiative ?<br />

Différentes étu<strong>des</strong> ont montré que<br />

les femmes qui souhaiteraient augmenter<br />

leur taux d’occupation réintègrent<br />

le marché du travail. Cela<br />

perm<strong>et</strong> de résorber la pénurie de<br />

spécialistes <strong>et</strong> génère <strong>des</strong> rec<strong>et</strong>tes<br />

fiscales supplémentaires. Les investissements<br />

<strong>publics</strong> dans l’accueil extrafamilial<br />

<strong>des</strong> enfants apportent<br />

<strong>des</strong> avantages pour tout le monde.<br />

Finalement, ne devrait-on pas aller<br />

encore plus loin en considérant<br />

l’accueil extrafamilial <strong>des</strong> enfants<br />

comme un service public (avec les<br />

ajustements de la Constitution qui<br />

s’imposent en ce sens) ?<br />

Tout à fait d’accord. L’accueil extrafamilial<br />

<strong>des</strong> enfants est socialement<br />

nécessaire <strong>et</strong> devrait faire partie du<br />

service public. L’augmentation <strong>des</strong><br />

fonds <strong>publics</strong> pour l’accueil extrafamilial<br />

<strong>des</strong> enfants <strong>et</strong> l’amélioration<br />

de l’offre vont de pair avec <strong>des</strong> investissements<br />

supplémentaires dans<br />

un avenir égalitaire <strong>et</strong> social.<br />

Signez l’initiative<br />

sans plus attendre


24 Politique<br />

Non, le travail n’est pas<br />

gratuit<br />

Fruit d’une collaboration entre la Haute école spécialisée de<br />

la Suisse italienne <strong>et</strong> l’union syndicale du Tessin, l’essai<br />

La gratuità si paga décrypte le phénomène de la propagation<br />

du travail gratuit. Un de ses auteurs en a parlé avec nous.<br />

Texte : Samuele Cavalli<br />

Image : Patrizia Pfenninger<br />

L’Expo 2015 de Milan a attiré l’attention<br />

sur ce suj<strong>et</strong> : <strong>des</strong> jeunes se<br />

voyaient proposer <strong>des</strong> stages non<br />

payés pour « embellir leur CV ». La<br />

rétribution équivalait à la promesse<br />

d’un futur emploi. Le débat a alors<br />

fait émerger diverses étu<strong>des</strong> universitaires.<br />

Mais le travail gratuit n’a<br />

rien de nouveau. Le mouvement<br />

féministe <strong>des</strong> années septante revendiquait<br />

déjà la reconnaissance<br />

du travail domestique non rétribué.<br />

Aujourd’hui, nous vivons toutefois à<br />

une époque où le travail gratuit s’est<br />

propagé à l’ensemble du monde du<br />

travail. La gratuité est devenue<br />

structurelle <strong>et</strong> systémique. Alors que<br />

les statistiques <strong>et</strong> les banques de<br />

<strong>données</strong> officielles peinent à rendre<br />

compte de c<strong>et</strong> univers invisible, les<br />

témoignages présentés dans l’essai<br />

La gratuità si paga révèlent le caractère<br />

contraignant de la gratuité.<br />

Banalisation du travail gratuit<br />

Le décloisonnement entre la sphère<br />

professionnelle <strong>et</strong> personnelle<br />

illustre de manière flagrante comment<br />

les heures de travail supplémentaires<br />

non payées, les pauses réduites,<br />

le non-respect <strong>des</strong> horaires<br />

de travail prescrits <strong>et</strong> la disponibilité<br />

non rétribuée deviennent de plus<br />

en plus le lot <strong>des</strong> travailleurs-euses.<br />

Souvent, le sous-emploi <strong>et</strong> les emplois<br />

à temps partiel sont <strong>des</strong> terrains<br />

propices à ces pratiques, qui<br />

se révèlent alors dans toute leur<br />

violence. Le vendeur Claudio se<br />

souvient avoir dû travailler avant <strong>et</strong><br />

après avoir pointé. Et si tu t’en<br />

plains, tu es licencié, comme dans<br />

Le travail gratuit<br />

s’est propagé à<br />

l’ensemble du<br />

monde.<br />

son cas. Barbara a, elle, été licenciée<br />

pour avoir refusé d’accepter une<br />

baisse de salaire de 60 % à 40 %,<br />

alors qu’elle aurait dû continuer à<br />

travailler au même taux d’occupation.<br />

Les histoires de travail gratuit<br />

banalisé, présentées dans l’essai,<br />

concernent le secteur public <strong>et</strong> privé,<br />

tout comme les salarié-e-s <strong>et</strong> les<br />

indépendant-e-s. On peut y lire les<br />

récits de jeunes gens qui ont été piégés<br />

dans <strong>des</strong> stages sans fin. Et dont<br />

les compétences sont soumises à<br />

<strong>des</strong> exigences élevées malgré la rémunération<br />

basse. Comme dans la<br />

branche de la mode où – déclare<br />

Simona – « ton salaire, c’est de t’estimer<br />

heureuse d’avoir du travail ».<br />

Le silence fait mal<br />

La branche <strong>des</strong> coursiers montre<br />

bien comment fonctionne le travail<br />

numérique dans l’économie de<br />

plateforme. Il est fait de journées <strong>et</strong><br />

de soirées à attendre qu’une commande<br />

arrive : « J’étais dehors sur<br />

mon vélo, avec mon sac à dos, disponible,<br />

<strong>et</strong> je n’ai absolument rien gagné.<br />

» Le temps passé à vivre est mis<br />

au service du travail. On travaille<br />

gratuitement pour pouvoir travailler.<br />

Alessia, graphiste <strong>et</strong> conceptrice<br />

de sites web, le raconte. Ses clients<br />

cherchent de plus en plus souvent à<br />

réduire le coût <strong>et</strong> la dévalorise.<br />

Parce qu’un logo par exemple « est<br />

seulement un p<strong>et</strong>it <strong>des</strong>sin ». Ainsi,<br />

une partie de la rémunération n’est<br />

de facto pas payée, car le temps<br />

consacré à la conception <strong>et</strong> à la création<br />

est rendu invisible. Les témoignages<br />

recueillis relatent le besoin<br />

de reconnaissance <strong>et</strong> la nécessité de<br />

lutter contre la banalisation du<br />

travail gratuit. L’agent de sécurité<br />

Matteo a réussi à échapper au cercle<br />

vicieux de la disponibilité permanente.<br />

Il n’avait plus de vie sociale<br />

ni familiale parce qu’il devait rester<br />

en permanence à disposition de son<br />

entreprise. Il souligne l’importance<br />

de parler du problème, de ne pas se<br />

taire : « Le silence fait mal, il faut<br />

parler. » Car non, le travail ne doit<br />

pas rester gratuit.<br />

La gratuità si paga, de S. Cavalli, S. Greppi<br />

<strong>et</strong> C. Marazzi, 2022, Ed. Casagrande


Droit au but !<br />

25<br />

Cher service juridique,<br />

Le coronavirus a donné un coup d’accélérateur à la<br />

numérisation de la société. C<strong>et</strong>te tendance concerne<br />

non seulement le travail, mais aussi l’administration<br />

publique. Les annonces de vols de <strong>données</strong> se multiplient,<br />

par exemple chez Swisscom ou en lien avec<br />

le certificat de vaccination suisse. En ce qui me<br />

concerne, je dois fournir de plus en plus souvent <strong>des</strong><br />

<strong>données</strong> à mon suj<strong>et</strong> (p. ex. pour le traçage <strong>des</strong><br />

contacts). Certaines prestations sont en outre accessibles<br />

uniquement par voie numérique. Or je n’ai aucun<br />

cont<strong>rôle</strong> sur ce qui se passe avec mes <strong>données</strong>, ne<br />

sais pas à qui elles sont transmises <strong>et</strong> dans quelle<br />

mesure elles sont sûres. Comment la question estelle<br />

réglée juridiquement ?<br />

La collecte de <strong>données</strong> à mon suj<strong>et</strong> ne constitue qu’un<br />

aspect. Mais comment savoir d’où viennent ces <strong>données</strong>,<br />

à quelle fin elles sont utilisées ou si elles sont<br />

transmises à <strong>des</strong> tiers ?<br />

La Confédération a récemment confié le traitement<br />

<strong>des</strong> <strong>données</strong> relatives au certificat de vaccination<br />

suisse à une entreprise tierce privée. Qui est tenu de<br />

me renseigner sur mes <strong>données</strong> ? La Confédération ou<br />

l’entreprise ? Et la Confédération ne devrait-elle pas<br />

gérer elle-même les <strong>données</strong> sensibles, <strong>et</strong> donc ne<br />

pas les rem<strong>et</strong>tre à <strong>des</strong> entreprises privées ?<br />

Lorsqu’un vol de <strong>données</strong> ne peut être évité, comment<br />

puis-je ensuite m’y opposer en tant qu’individu ?<br />

Est-il possible d’exiger que les <strong>données</strong> soient effacées,<br />

d’intenter une action en justice ou de demander<br />

<strong>des</strong> dommages <strong>et</strong> intérêts si mes <strong>données</strong> sont<br />

utilisées à mauvais escient ou tombent entre de<br />

mauvaises mains ?<br />

Réponse du service juridique :<br />

L’art. 13 de la Constitution stipule que toute<br />

personne a droit au respect de sa vie privée<br />

<strong>et</strong> familiale, de son domicile, de sa correspondance<br />

<strong>et</strong> <strong>des</strong> relations qu’elle établit par<br />

la poste <strong>et</strong> les télécommunications. Il précise<br />

en outre qu’elle a le droit d’être protégée<br />

contre l’emploi abusif <strong>des</strong> <strong>données</strong> qui<br />

la concernent. La loi sur la protection <strong>des</strong><br />

<strong>données</strong> (LPD) définit quelques règles fondamentales<br />

pour le traitement <strong>des</strong> <strong>données</strong><br />

par les autorités. Maintes réglementations<br />

restent toutefois facultatives <strong>et</strong> leur violation<br />

n’entraîne guère de conséquences.<br />

En vertu de l’art. 8 LPD, vous disposez d’un<br />

droit d’accès à tes <strong>données</strong>. Autrement dit,<br />

vous pouvez exiger qu’elles vous soient<br />

communiquées.<br />

Le détenteur d’un fichier doit vous informer<br />

sur l’origine <strong>des</strong> <strong>données</strong> <strong>et</strong> le but de leur<br />

utilisation. Il est aussi tenu de vous renseigner<br />

sur les bases juridiques, les catégories<br />

de <strong>données</strong> personnelles, de participants au<br />

fichier <strong>et</strong> de <strong>des</strong>tinataires <strong>des</strong> <strong>données</strong>.<br />

Or ces informations ne sont presque jamais<br />

communiquées. Il faut souvent les demander,<br />

<strong>et</strong> les <strong>données</strong> ne sont pas complètes.<br />

Si la Confédération confie le mandat à une<br />

entreprise privée, elle demeure tenue en<br />

tant que mandante de fournir les renseignements<br />

demandés. La Confédération doit<br />

également veiller à ce que l’entreprise tierce<br />

respecte la loi sur la protection <strong>des</strong> <strong>données</strong>,<br />

<strong>et</strong> s’assurer que la sécurité <strong>des</strong> <strong>données</strong> est<br />

garantie. Les incidents que vous mentionnez<br />

montrent que ce principe n’est pas<br />

appliqué.<br />

Vous pouvez agir en justice pour atteinte à la<br />

personnalité au sens <strong>des</strong> art. <strong>28</strong> <strong>et</strong> <strong>28</strong>a du<br />

Code civil. Vous avez également la possibilité<br />

de demander que les <strong>données</strong> soient<br />

effacées ou qu’elles ne soient pas transmises<br />

à <strong>des</strong> tiers. Ou vous pouvez déposer<br />

une plainte pénale conformément à l’article<br />

35 de la LPD.<br />

Mais la protection a presque toujours lieu a<br />

posteriori <strong>et</strong> non à titre provisionnel.<br />

Les anciennes rubriques<br />

droit au but


26 Loisirs<br />

Suggestions<br />

© Musée de la main<br />

Mieux s’armer face au stress<br />

<strong>et</strong> au risque de burn-out<br />

Cela fait quelque temps que vous<br />

sentez la pression de votre travail<br />

impacter sur votre quotidien <strong>et</strong> votre<br />

état de forme. Les pépins physiques<br />

se manifestent <strong>et</strong> votre état psychologique<br />

est fragilisé ? Ne laissez pas<br />

les choses s’empirer !<br />

Etre capable d’identifier les<br />

signes avant-coureurs d’un état de<br />

stress au travail n’est toutefois pas<br />

aisé, autant qu’il est compliqué de<br />

m<strong>et</strong>tre en place <strong>des</strong> mesures de prévention<br />

efficaces. Pour vous accompagner<br />

<strong>et</strong> vous aider à sortir de c<strong>et</strong><br />

engrenage, l’institut de formation<br />

syndicale Movendo propose un<br />

cours spécifique sur la thématique<br />

du stress <strong>et</strong> du burn-out.<br />

Il sera proposé à Chexbres du 21<br />

au 22 avril 2022. Vous trouverez de<br />

plus amples informations <strong>et</strong> un formulaire<br />

d’inscription via le QR code<br />

disponible ci-<strong>des</strong>sous. Pour rappel,<br />

chaque membre de <strong>syndicom</strong> a le<br />

droit à un cours Movendo gratuit<br />

par année. Nous prenons notamment<br />

en charge les frais de cours,<br />

de repas <strong>et</strong> de voyage en train.<br />

La deuxième institut de formation<br />

de <strong>syndicom</strong>, Hélias, propose<br />

<strong>des</strong> formations <strong>des</strong>tinées aux personnes<br />

actives dans le secteur <strong>des</strong><br />

arts graphiques. Elle offre régulièrement<br />

<strong>des</strong> cours d’introduction <strong>et</strong> de<br />

perfectionnement aux programmes<br />

de la suise Adobe Creative. Mais Hélias<br />

vous proposera également bientôt<br />

de découvrir tous les secr<strong>et</strong>s de<br />

l’application vidéo Lumafusion. Devenez<br />

un expert en création de clips<br />

vidéo promotionnels grâce à votre<br />

iPhone & iPad. Rendez-vous le 8 juin<br />

à Fribourg (infos sur helias.ch) !<br />

Robin Mor<strong>et</strong><br />

Quand l’intelligence<br />

artificielle s’invite dans<br />

notre quotidien<br />

L’intelligence artificielle (IA) fait<br />

partie de nos vies <strong>et</strong> influence nos<br />

choix. Pourtant, ses capacités <strong>et</strong> ses<br />

limites restent difficiles à cerner.<br />

L’exposition « Intelligence Artificielle.<br />

Nos refl<strong>et</strong>s dans la machine »<br />

invite le grand public à une découverte<br />

interactive du fonctionnement<br />

de l’IA <strong>et</strong> de ses nombreux domaines<br />

d’application. Elle interroge notre<br />

coexistence avec <strong>des</strong> machines capables<br />

d’accomplir de multiples<br />

tâches <strong>et</strong> de résoudre <strong>des</strong> problèmes<br />

jusqu’ici réservés aux humains.<br />

En dépassant les a priori simplificateurs,<br />

elle fait dialoguer recherches<br />

scientifiques interdisciplinaires <strong>et</strong><br />

installations artistiques qui questionnent<br />

notre rapport à l’IA.<br />

Proposée jusqu’en avril 2023 au<br />

Musée de la Main à Lausanne, c<strong>et</strong>te<br />

exposition est réalisée avec la collaboration<br />

de l’Institut de Recherche<br />

Idiap à Martigny. C<strong>et</strong>te fondation de<br />

recherche à but non lucratif organise<br />

ses activités autour de la recherche,<br />

de la formation (étu<strong>des</strong> supérieures<br />

<strong>et</strong> post-grade) <strong>et</strong> du<br />

transfert de technologie dans le domaine<br />

de l’intelligence artificielle<br />

théorique <strong>et</strong> appliquée. L’Université<br />

de Lausanne, l’EPFL <strong>et</strong> le CHUV<br />

sont également associés à c<strong>et</strong>te exposition<br />

qu’on vous recommande<br />

de découvrir dès le 1 er avril 2022.<br />

Musée de la Main<br />

© Vision du Réel<br />

Diversité de regards engagés<br />

<strong>et</strong> inspirés sur grand écran<br />

Après plusieurs éditions chamboulées<br />

par la pandémie, le festival<br />

Visions du Réel – reconnu comme<br />

l’un <strong>des</strong> festivals majeurs dédiés au<br />

cinéma du réel dans le monde – se<br />

réjouit de r<strong>et</strong>rouver les salles de cinéma,<br />

de s’installer sur la nouvelle<br />

place du Réel, <strong>et</strong> de réaffirmer le<br />

festival comme lieu de découverte<br />

cinématographique, de rencontres<br />

<strong>et</strong> d’échanges. Des conférences, <strong>des</strong><br />

discussions thématiques <strong>et</strong> <strong>des</strong><br />

conversations avec les cinéastes animeront<br />

donc les dix jours du festival,<br />

afin de perm<strong>et</strong>tre un dialogue<br />

profond entre les divers-e-s intervenant-e-s,<br />

les invité-e-s <strong>et</strong> le public.<br />

Parallèlement, une sélection de<br />

films <strong>et</strong> les masterclasses seront<br />

disponibles en ligne. Fort de l’expérience<br />

<strong>des</strong> dernières années, le<br />

festival proposera une cinquantaine<br />

de films du programme 2022 sur la<br />

plateforme www.visions dureel.ch.<br />

Chaque jour, de nouveaux films sont<br />

ajoutés pour perm<strong>et</strong>tre la découverte<br />

d’une partie de la riche programmation.<br />

Organisé du 7 au 14 avril, c<strong>et</strong>te<br />

nouvelle édition du festival installé<br />

à Nyon célébrera le réalisateur, scénariste<br />

<strong>et</strong> producteur italien Marco<br />

Bellocchio en lui décernant le Prix<br />

d’honneur du festival.<br />

Vision du Réel<br />

Pour vous inscrire<br />

aux cours Movendo<br />

Le Musée de la Main est ouvert du mardi au<br />

dimanche de 12h (11h le week-end) à 18h.<br />

Tout le programme<br />

du festival


1000 mots<br />

Ruedi Widmer<br />

27


<strong>28</strong> Evènements De r<strong>et</strong>our dans les rues, sur les places, dans les gares. Aux côtés <strong>des</strong> travailleurs<br />

<strong>et</strong> travailleuses, <strong>et</strong> au milieu du peuple. En février <strong>et</strong> mars, <strong>syndicom</strong> s’est<br />

notamment distingué dans la campagne pour le paqu<strong>et</strong> d’ai<strong>des</strong> aux médias <strong>et</strong><br />

lors de la Journée internationale <strong>des</strong> femmes<br />

1<br />

2<br />

3<br />

4<br />

5


1. Stephanie Vonarburg, vice-présidente de <strong>syndicom</strong>, avec Idris Djelid, secrétaire régional pour les médias à Zurich, lors d’une visite à MAZ,<br />

l’école suisse de journalisme à Lucerne (© <strong>syndicom</strong>)<br />

2. Les femmes à nouveau dans la rue : Patrizia Mordini <strong>et</strong> le Groupe d’intérêt féminin de <strong>syndicom</strong> devant le Palais fédéral le 8 mars (©<strong>syndicom</strong>)<br />

3. A l’occasion de la Journée internationale de la femme, le <strong>magazine</strong> syndical 8 minutes a été distribué ici à Lausanne. (©<strong>syndicom</strong>)<br />

4. L’égalité aussi sur le lieu de travail ! (© <strong>syndicom</strong>)<br />

5. Et les drapeaux de la grève <strong>des</strong> femmes sont également réapparus sur la place, ici à Lugano. (©<strong>syndicom</strong>)<br />

6. Sans médias, il n’y a pas de démocratie, un <strong>des</strong> slogans de la campagne en faveur de l’aide aux médias. (©<strong>syndicom</strong>)<br />

7. <strong>syndicom</strong> a activement contribué à la campagne avec plusieurs actions de distribution de tracts dans les gares suisses. (©<strong>syndicom</strong>)<br />

8. Ici, à Zurich, pour l’aide aux médias, qui a finalement été rej<strong>et</strong>ée de justesse dans les urnes le 13 février. (©<strong>syndicom</strong>)<br />

29<br />

6<br />

7<br />

8<br />

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aux stations-service (AVIA, BP <strong>et</strong><br />

Coop Pronto), <strong>et</strong> bien plus encore !<br />

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30<br />

Tranches<br />

de vie<br />

« Sans être humain, il n’y a pas de valeur<br />

produite »<br />

Jacques Rufer travaille depuis 15 ans<br />

pour Sunrise UPC (anciennement<br />

Cablecom), où il avait déjà évolué plus<br />

tôt dans sa carrière. Entre-temps, il a<br />

travaillé pendant huit ans aux Etats-<br />

Unis dans le service clientèle d’une entreprise<br />

spécialisée dans les systèmes<br />

de transmission vidéo par fibre optique.<br />

Initialement commercial chez<br />

UPC, il est, depuis 2015, formateur<br />

d’adultes. Aujourd’hui, son <strong>rôle</strong> est de<br />

former les techniciens au réseau fixe<br />

<strong>et</strong> à la sécurité au travail. Il sera bientôt<br />

coach certifié pour accompagner la<br />

transformation <strong>des</strong> organisations par<br />

la sociocratie. Il travaille également<br />

comme bénévole dans une coopérative<br />

qui vise à fournir <strong>des</strong> soins à domicile.<br />

Texte : Elena Rusca<br />

Image : Olivier Vogelsang<br />

Le syndicat pour sortir<br />

de l’isolement <strong>et</strong><br />

favoriser l’échange<br />

« Mon engagement comme syndicaliste<br />

a commencé au moment d’un<br />

licenciement massif au sein de mon<br />

entreprise, entre 2014 <strong>et</strong> 2015. A ce<br />

moment, 45 personnes ont été licenciées<br />

d’un coup en Romandie. Une<br />

pratique brutale que je n’ai pas acceptée.<br />

C’est ainsi que je suis devenu<br />

représentant du personnel, l’ancien<br />

représentant ayant été licencié.<br />

Je m’engage pour défendre l’idée<br />

que chacun-e soit soutenu-e comme<br />

un individu qui travaille <strong>et</strong> soit respecté-e<br />

en tant que créateur de valeur<br />

au sein de l’entreprise. Pour moi,<br />

l’humain est au centre <strong>et</strong> c’est lui qui<br />

crée de la valeur. L’argent n’en crée<br />

pas sans le travail de l’humain.<br />

Je me suis impliqué dans plusieurs<br />

proj<strong>et</strong>s visant à construire <strong>des</strong><br />

communautés où les gens se soutiennent.<br />

Dans le syndicat, il s’agit<br />

d’activer <strong>et</strong> valoriser la famille <strong>des</strong><br />

travailleurs-euses dans un groupe où<br />

ils-elles se connaissent <strong>et</strong> se<br />

confrontent régulièrement. Cela perm<strong>et</strong><br />

également de lutter contre l’isolement<br />

<strong>des</strong> travailleurs-euses, car les<br />

personnes solitaires sont ‹ anéanties<br />

sans connexion ›. Le COVID-19 a exacerbé<br />

ce manque de lien <strong>et</strong> le syndicat<br />

doit être un moyen de sortir de<br />

c<strong>et</strong>te impasse. Pour cela, je m’active<br />

à développer <strong>et</strong> dynamiser les activités<br />

d’échanges. Si les gens se relient<br />

<strong>et</strong> portent naturellement de l’intérêt<br />

à l’autre, ils reçoivent aussi beaucoup<br />

en r<strong>et</strong>our.<br />

Mon activité syndicale est donc<br />

centrée sur deux axes : encourager les<br />

rencontres <strong>et</strong> créer un esprit de communauté.<br />

Cela génère <strong>des</strong> moments<br />

voués à l’échange de savoirs mutuels,<br />

où les participant-e-s peuvent partager<br />

leurs expériences <strong>et</strong> apprendre<br />

<strong>des</strong> autres.<br />

J’utilise une méthode spécifique<br />

pour la mise en œuvre : la prise de décision<br />

selon le modèle sociocratique.<br />

Il s’agit d’une vision de la hiérarchie<br />

horizontale dans laquelle le partage<br />

<strong>des</strong> responsabilités s’apprend dans<br />

<strong>des</strong> groupes de six à huit personnes.<br />

Cela conduit à une dynamique humaine<br />

respectueuse qui favorise l’adhésion<br />

<strong>et</strong> se construit sur un niveau<br />

de pouvoir équilibré <strong>et</strong> partagé.<br />

C<strong>et</strong>te méthode, déjà utilisée dans <strong>des</strong><br />

entreprises comme PostFinance,<br />

Swisscom ou les CFF, perm<strong>et</strong> d’aboutir<br />

à <strong>des</strong> décisions unanimes sans<br />

lutte de pouvoir. L’esprit d’une cellule<br />

d’organismes vivants qui s’organisent<br />

<strong>et</strong> se régulent dans un esprit<br />

d’égalité est ainsi restauré.<br />

Aujourd’hui, dans les votes à la<br />

majorité, il y a toujours <strong>des</strong> gagnant-e-s<br />

<strong>et</strong> <strong>des</strong> perdant-e-s, produisant<br />

de facto une démotivation chez<br />

ces derniers-ères. Des personnes ne<br />

se sentent pas entendues, <strong>et</strong> cela<br />

peut se traduire par un désengagement<br />

ou un frein dans leur développement.<br />

C’est ce que l’on constate au<br />

sein <strong>des</strong> entreprises <strong>et</strong> notre société<br />

aujourd’hui. La sociocratie me<br />

semble être une voie qui perm<strong>et</strong>trait<br />

que toutes <strong>et</strong> tous partagent le même<br />

pouvoir <strong>et</strong> travaillent ensemble afin<br />

de faire avancer les choses dans le<br />

respect de l’humain. »


Impressum<br />

Rédacteur en chef : Robin Mor<strong>et</strong><br />

Rédaction : Giovanni Valerio (IT) <strong>et</strong> Ulrike Krüger (DE)<br />

Courriel : redaction@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Traductions : Alexandrine Bieri, Laurence Strasser <strong>et</strong><br />

Gabriele Alleva<br />

Dessins de portrait : Katja Leudolph (le <strong>des</strong>sin<br />

page 18 est inspiré d’une photo de David Porfirio)<br />

Layout, correction, impression : Stämpfli Kommunikation<br />

Changements d’adresse : <strong>syndicom</strong>, gestion<br />

<strong>des</strong> adresses, Monbijoustrasse 33, case postale,<br />

3001 Berne. Tél. 058 817 18 18, fax 058 817 18 17<br />

Annonces : priska.zuercher@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Commande d’abonnements : info@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Le prix de l’abonnement est inclus dans la cotisation<br />

de membre. Non-membres : Fr. 35.– (Suisse),<br />

Fr. 50.– (étranger)<br />

Editeur : <strong>syndicom</strong> – syndicat <strong>des</strong> médias<br />

<strong>et</strong> de la communication, Monbijoustr. 33,<br />

case postale, 3001 Berne<br />

Le <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong> paraît six fois par année.<br />

Le numéro 29 paraîtra le 3 juin 2022<br />

31<br />

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15<br />

I<br />

II<br />

III<br />

4<br />

3 7<br />

10<br />

IV<br />

V<br />

6 5<br />

VI<br />

8<br />

VII<br />

12<br />

VIII<br />

1 9<br />

IX<br />

X<br />

Mot mystère :<br />

DÉFINITIONS<br />

2 11<br />

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12<br />

Horizontalement : I. Mauvais genre. II. Très<br />

vieille capitale. Chef béarnais. Ne lâchent rien.<br />

III. Usurpation. IV. Rincé. Usage sans âge.<br />

Comme. V. Sa fraise ou du pognon. Glandu.<br />

Défaite prussienne. VI. Javeau. Toile turque.<br />

P<strong>et</strong>it matin. Ban<strong>des</strong>. VII. Plante laxative.<br />

Chargée électriquement. Tout près d'ici. VIII.<br />

Sortie <strong>des</strong> clous. IX. C'est quelqu'un.<br />

Plaisante. Rase. Déchiffrât. X. boire son<br />

chagrin. Loin. Porte chapeau.<br />

Verticalement : 1. Question de degré. 2.<br />

Tracé. Fermentation haute. Théâtre. 3.<br />

Soutien. 4. Vieux. Déambule. 5. Concierges<br />

ou NSA. Symbole de liberté. 6. Transition.<br />

Pince les chairs. 7. Exécute un contrat.<br />

Problème. 8. A l'attention d'une anglosaxonne.<br />

Question de degré. 9. Élue.<br />

Vaisseau principal. 10. Bien envoyé. Répand.<br />

11. Connecté. Désavantagé. 12. Mère Dalton.<br />

Épaissies. 13. Chapelles. Opposée à l'oasis.<br />

14. Première sortie. Es. Masque. 15. Demi<br />

somnifère. Soupirante.<br />

Mots-croisés<br />

Le-la gagnant-e, dont le nom paraîtra<br />

dans le prochain <strong>magazine</strong>, recevra<br />

un bon Coop d’une valeur de Fr. 40.–.<br />

Prière d’envoyer votre solution (le<br />

mot-mystère seulement) jusqu’au 6 mai<br />

par e-mail à admin@<strong>syndicom</strong>.ch ou par<br />

courrier à Rédaction <strong>syndicom</strong>, Monbijoustrasse<br />

33, case postale, 3001 Berne.<br />

Une seule participation possible par<br />

membre.<br />

Le gagnant du dernier mots croisés<br />

La solution du mots-croisés du<br />

dernier numéro était « DEMOCRATIE ».<br />

Le gagnant est Monsieur Jean-Daniel<br />

Bolay d’Echallens. Il recevra une Hotelcard<br />

de notre partenaire Hotelcard.<br />

Chaleureuses félicitations !<br />

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Frais mensuels de facturation CHF 2.50 offerts<br />

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+41 (0)58 817 18 18 - info@<strong>syndicom</strong>.ch


32 Interactifs<br />

<strong>syndicom</strong> social<br />

Sortie <strong>des</strong> énergies fossiles <strong>28</strong>.2.2022<br />

Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental<br />

sur l’évolution du climat<br />

(GIEC) estime que la Suisse pourrait<br />

éliminer d’ici une décennie sa dépendance aux combustibles<br />

fossiles en développant une politique énergétique<br />

axée sur l’efficience, le photovoltaïque <strong>et</strong> les centrales<br />

hydroélectriques existantes. Il est temps de prendre les<br />

bonnes décisions, affirme Greenpeace.<br />

Les pays émergents paient le prix fort 9.3.2022<br />

Même si nous sommes encore sous le choc de la guerre en<br />

Ukraine, de graves conséquences se <strong>des</strong>sinent déjà pour<br />

les pays en développement <strong>et</strong> émergents. L’analyse du<br />

directeur d’Alliance Sud : https ://bit.ly/3MBixiJ<br />

Le personnel d’Amazon espionné <strong>28</strong>.1.2022<br />

Multinationales sans loi 23.2.2022<br />

La Commission européenne a présenté<br />

un proj<strong>et</strong> de loi sur la responsabilité <strong>des</strong><br />

multinationales. Après c<strong>et</strong>te annonce <strong>et</strong><br />

l’introduction de règles de responsabilité<br />

similaires en Norvège, en France, en<br />

Allemagne <strong>et</strong> en Hollande, la Suisse est<br />

le seul pays d’Europe sans responsabilité<br />

<strong>des</strong> multinationales.<br />

Voir le site www.responsabilite-multinationales.ch<br />

Une agence gouvernementale <strong>des</strong> Etats-Unis a reproché<br />

à Amazon « d’avoir menacé <strong>et</strong> espionné son<br />

personnel qui cherchait à former une représentation<br />

syndicale dans son entrepôt de Staten Island ».<br />

La bataille continue...<br />

Un nouveau paradigme militaire 3.3.2022<br />

Sur fond de guerre en Ukraine, l’UE a réorganisé ses priorités.<br />

Des millions de personnes sont indirectement touchées<br />

par les eff<strong>et</strong>s collatéraux du conflit. @SergiooFerrari<br />

Les dangers de la désinformation 24.2.2022<br />

La première victime d’une guerre, c’est<br />

la vérité, dit un vieux proverbe. Pour se<br />

protéger <strong>des</strong> fake news (<strong>et</strong> ne pas les alimenter),<br />

la professeure Kate Starbird, de l’Université<br />

de Washington, a publié <strong>des</strong> règles comportementales<br />

sur Twitter. @katestarbird<br />

Solidarité avec les réfugié-e-s de guerre 15.3.2022<br />

La solidarité est l’une <strong>des</strong> valeurs principales de <strong>syndicom</strong>.<br />

C’est pourquoi nous soutenons l’organisation<br />

Solidar Suisse pour venir en aide aux réfugié-e-s<br />

ukrainien-ne-s. Pour faire un don : solidar.ch/fr/<br />

ukraine-refugies (voir l’annonce page 2)<br />

Les femmes sont toujours moins nombreuses<br />

sur le marché du travail 8.3.2022<br />

Dans le monde, plus de deux millions de mères<br />

ont dû quitter leur travail en 2020 à cause de la<br />

pandémie pour s’occuper de leur famille.<br />

L’OIT dénonce c<strong>et</strong>te réalité.<br />

Médias passifs face à la violence<br />

en ligne 7.3.2022<br />

Un nombre toujours plus important de journalistes,<br />

avant tout de freelances, sont victimes de<br />

cyberviolences <strong>et</strong> se voient contraints de quitter<br />

les réseaux sociaux. La Fédération internationale<br />

<strong>des</strong> journalistes dénonce c<strong>et</strong>te triste réalité. Elle<br />

a réalisé une étude portant sur ce thème <strong>et</strong> invite<br />

les éditeurs à élaborer de nouvelles formes de<br />

protection.<br />

Journalistes en Ukraine 11.3.2022<br />

Le reporter américain Brent Renaud.<br />

Puis un cameraman irlandais. Et plusieurs<br />

journalistes ukrainiens. La guerre<br />

fait malheureusement aussi <strong>des</strong> victimes<br />

parmi les professionnel-le-s <strong>des</strong> médias.<br />

L’organisation Reporters sans frontières<br />

exige de garantir la sécurité <strong>des</strong> journalistes<br />

sur le terrain. Elle a distribué <strong>des</strong><br />

casques <strong>et</strong> <strong>des</strong> gil<strong>et</strong>s pare-balles.<br />

Source : rsf.org<br />

Sans aucune honte 10.3.2022<br />

Ils osent annoncer un tel bénéfice alors<br />

qu’ils ont supprimé les bons annuels aux<br />

r<strong>et</strong>raités (commentaire d’André Charmey<br />

sur la page Facebook de <strong>syndicom</strong>, en réaction à La<br />

Poste qui a obtenu un bénéfice de 457 millions de<br />

francs en 2021).

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