30.05.2022 Vues

syndicom magazine N° 29 ¦ Le syndicat, une lutte globale

Le syndicom magazine aborde des thèmes syndicaux et politiques avec des explications de fond, sans oublier les domaines de la culture et du divertissement. Il entretient le dialogue au travers des médias sociaux et informe sur les prestations, événements et offres de formation du syndicat et de ses organisations affiliées.

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<strong>syndicom</strong><br />

N o <strong>29</strong> mai-juin 2022<br />

<strong>magazine</strong><br />

<strong>Le</strong> <strong>syndicat</strong>,<br />

<strong>une</strong> <strong>lutte</strong><br />

<strong>globale</strong>


Annonce<br />

Investissez dans votre avenir<br />

<strong>Le</strong> vieillissement croissant<br />

de la société et les taux<br />

d’intérêt actuellement très bas<br />

pèsent sur la prévoyance<br />

vieillesse étatique et professionnelle.<br />

C’est pourquoi vous<br />

devriez commencer à constituer<br />

votre prévoyance vieillesse<br />

volontaire suffisamment tôt.<br />

Avec les prestations de l’AVS et de la prévoyance professionnelle,<br />

vous devriez pouvoir maintenir votre niveau de<br />

vie habituel <strong>une</strong> fois à la retraite. <strong>Le</strong> premier et le deuxième<br />

piliers ensemble doivent vous permettre de percevoir<br />

<strong>une</strong> rente d’environ 60% de votre dernier salaire. Cependant,<br />

certains, et en particulier les personnes ayant<br />

des interruptions de carrière et travaillé à temps partiel,<br />

n’atteignent souvent pas cet objectif de telle sorte qu’il est<br />

particulièrement important pour eux d’investir dans la prévoyance-vieillesse<br />

privée.<br />

Profitez d’un rendement plus important<br />

Plus les versements sont effectués tôt, plus on profite de<br />

l’effet à long terme des intérêts composés et on est récompensé<br />

d’un rendement plus élevé. Car la personne qui<br />

effectue régulièrement des versements pendant de nombreuses<br />

années réinvestit constamment les intérêts d’un<br />

placement; et plus c’est long, plus elle accumule.<br />

Un petit exemple chiffré*<br />

Si, à 25 ans, vous commencez à verser 200 CHF chaque mois<br />

sur un compte de prévoyance rémunéré à 0,2%, vous aurez<br />

épargné à 65 ans, après 40 ans de versements, 100 000 CHF.<br />

En revanche, si vous ne commencez qu’à 45 ans et que vous<br />

versez mensuellement pendant 20 ans 400 CHF, vous ne<br />

disposerez que de 98 000 CHF sur le compte à 65 ans. Ainsi,<br />

en versant sur <strong>une</strong> plus longue durée, vous aurez environ<br />

2000 CHF de plus à la retraite.<br />

Si vous investissez votre fort<strong>une</strong> destinée à la prévoyance<br />

en titres, le rendement peut augmenter en cas d’évolution<br />

favorable du marché. En reprenant notre exemple,<br />

en investissant 200 CHF chaque mois pendant 40 ans en<br />

titres avec un rendement de 2%, vous disposerez même de<br />

147 000 CHF à 65 ans. Cela peut donc s’avérer intéressant.<br />

Ne suspendez pas vos versements dans le troisième pilier<br />

Sur le plan fiscal, cela vaut aussi la peine d’effectuer chaque<br />

année un versement dans le troisième pilier, car le montant<br />

qu’on peut verser annuellement est limité – à 6883 CHF en<br />

2022. Cela signifie que, si vous négligez pendant <strong>une</strong> ou<br />

plusieurs années votre prévoyance privée, vous ne pourrez<br />

pas effectuer un rattrapage <strong>une</strong> autre année. Il vaut donc<br />

mieux que vous effectuiez des versements chaque année –<br />

même s’il ne s’agit que de petits montants.<br />

* <strong>Le</strong>s hypothèses relatives à l’évolution des taux et des rendements se basent sur des avis d’experts de la Banque Cler et des données du passé. D’éventuels frais et<br />

commissions ne sont pas pris en compte. On part de versements annuels constants investis en totalité. Un rendement plus élevé ne peut en général être atteint que si un<br />

risque plus élevé est couru. La performance du passé ne préjuge pas des évolutions futures et ne représente pas <strong>une</strong> garantie de succès à l’avenir.<br />

Toute situation peut être optimisée<br />

Nous vous aidons volontiers à obtenir <strong>une</strong> vue d’ensemble de votre prévoyance et vous<br />

montrons comment améliorer votre situation financière à venir grâce à <strong>une</strong> planification<br />

à long terme. Comme membre de Syndicom, vous profitez de conditions spéciales<br />

attrayantes à la Banque Cler.<br />

www.cler.ch/<strong>syndicom</strong>


Sommaire<br />

4 Une fine équipe<br />

5 Brèves<br />

6 Du côté des employeurs<br />

8 Dossier : le <strong>syndicat</strong>, un<br />

combat sans frontière<br />

16 Au cœur de nos métiers<br />

22 Interview IFJ<br />

24 Loi sur l’égalité<br />

25 Droit au but<br />

26 Suggestions<br />

27 1000 mots<br />

28 Evènements<br />

30 Tranches de vie<br />

31 Mots croisés<br />

32 <strong>syndicom</strong> social<br />

Chères lectrices, chers lecteurs,<br />

On entend souvent dire que la pandémie a tout<br />

changé. C’est vrai pour des millions de familles qui<br />

ont perdu des êtres chers. Mais, malheureusement,<br />

peu de choses ont changé pour les travailleuses et<br />

travailleurs. <strong>Le</strong>s richesses restent concentrées<br />

dans les mains de quelques personnes, les inégalités<br />

se creusent et les attaques contre les <strong>syndicat</strong>s<br />

se poursuivent. Il faut donc <strong>une</strong> solidarité internationale<br />

et un mouvement syndical mondial solide.<br />

Cette année, nous voyons des signes d’espoir.<br />

En Colombie, les violences contre des leaders<br />

syndicaux – même des meurtres – sont fréquentes.<br />

Malgré tout, UNI Global Union (la fédération syndicale<br />

internationale) a établi dans ce pays un centre<br />

d’organisation stratégique et aide les employé-e-s à<br />

développer leurs forces dans des multinationales.<br />

En Croatie, la première convention collective dans<br />

l’industrie croate des jeux vidéo – avec des réductions<br />

du temps de travail, davantage de jours de<br />

congé et <strong>une</strong> participation aux bénéfices de 10 % été<br />

signée récemment. En Europe centrale, notre<br />

centre d’organisation renforce les <strong>syndicat</strong>s en Pologne,<br />

en Hongrie et en République tchèque, notamment<br />

dans le secteur des soins. Il aide également<br />

les réfugié-e-s ukrainien-ne-s en recherche d’emploi<br />

à se protéger de l’exploitation. De l’Alabama à la<br />

Bavière, les employé-e-s d’Amazon, auxquel-le-s le<br />

géant de la technologie doit son succès, se mobilisent<br />

pour des conditions de travail équitables.<br />

Il reste de nombreux défis pour faire pencher la<br />

balance en faveur du personnel. Sans la paix en<br />

Europe et dans le monde, ils seront très difficiles à<br />

relever. Plus que jamais, nous devons rester uni-e-s.<br />

6<br />

8<br />

22<br />

Alke Boessiger<br />

Secrétaire générale adjointe d’UNI Global Union


4<br />

Une fine équipe<br />

« <strong>Le</strong>s fonds des caisses de pension nous<br />

concernent toutes et tous »<br />

Yannick Loigerot, Physical Security<br />

Manager (52 ans), membre du comité<br />

d’entreprise SC Group, 35 ans au sein<br />

de Swisscom et dès 2018 à la comPlan<br />

Sandrine Perrenoud, Customer Consultant<br />

chez Swisscom Services à Sion<br />

(52 ans), 30 ans d’entreprise, nouvelle<br />

Giorgio Pardini, ancien responsable du<br />

secteur TIC de <strong>syndicom</strong> (64 ans),<br />

depuis 2011 au conseil de fondation,<br />

actuellement président de cet organe<br />

Werner Schenk, Purchasing Manager<br />

(53 ans), membre du comité d’entreprise<br />

de cablex, 36 ans de service aux<br />

PTT, Swisscom et cablex, nouveau<br />

Daniel Hügli, responsable du secteur<br />

TIC de <strong>syndicom</strong> et membre du comité<br />

directeur (41 ans), nouveau<br />

Pia Bucher, Engagement Manager B2B<br />

(57 ans), 38 ans à Swisscom, membre<br />

du <strong>syndicat</strong> depuis 1989, nouvelle<br />

Salvatore Ferretti, Tribe Chief à Zurich<br />

(54 ans), membre du groupe de cadres<br />

chez Swisscom, depuis 31 ans chez<br />

Swisscom et <strong>syndicom</strong>, nouveau<br />

Texte : Rieke Krüger<br />

Image : <strong>syndicom</strong><br />

« Nous amenons de<br />

l’élan, de l’expérience<br />

et de la persévérance »<br />

« <strong>Le</strong>s prestations des caisses de pension<br />

ne cessent d’être démantelées,<br />

et l’AVS est affaiblie. Ce sont des<br />

bouleversements sociopolitiques<br />

majeurs. Il est donc d’autant plus important<br />

pour nous, et l’ensemble du<br />

personnel des divers domaines de<br />

Swisscom ou cablex, que de bonnes<br />

solutions soient trouvées pour les<br />

assuré-e-s. Nous voulons siéger au<br />

conseil de fondation pour que les<br />

bonnes prestations de comPlan ne<br />

soient pas réduites et continuent<br />

d’être garanties pour les je<strong>une</strong>s<br />

comme pour les collègues plus âgés,<br />

y compris les rentes de transition.<br />

Swisscom voulait les supprimer,<br />

mais nous sommes parvenu-e-s à<br />

l’éviter. <strong>Le</strong> conseil de fondation est<br />

l’organe qui décide du sort des fonds<br />

de prévoyance. Il compte autant de<br />

membres pour les employé-e-s que<br />

pour l’employeur, à savoir sept personnes<br />

pour chaque partie.<br />

Quatre d’entre nous viennent de<br />

Swisscom, de différentes régions du<br />

pays, et de divers domaines. Nous ne<br />

sommes pas des novices, au<br />

contraire. Werner, lui, est employé<br />

chez cablex et y siège au comité d’entreprise.<br />

Il est très fier de représenter<br />

son entreprise au sein de la caisse de<br />

fondation. On nous a parfois demandé<br />

si nous ne trouvions pas la matière<br />

quelque peu « aride ». En aucun<br />

cas ! « Je trouve cette combinaison de<br />

politique, de chiffres, de finances et<br />

de stratégie passionnante », déclare<br />

Salvatore. Comme lui, nous pensons<br />

que la caisse de pension – un sujet<br />

important qui nous occupe en permanence<br />

– nécessite de l’élan, du<br />

mordant et de la persévérance. Et<br />

c’est ce que nous apportons ! <strong>Le</strong>s<br />

autres membres candidats font aussi<br />

partie des comités d’entreprises.<br />

Nous connaissons les représentant-e-s<br />

de l’employeur et sommes<br />

expérimenté-e-s dans la négociation.<br />

Et comme nous sommes la liste du<br />

<strong>syndicat</strong>, nous obtenons bien sûr du<br />

soutien des professionnel-le-s de<br />

<strong>syndicom</strong>, dont deux font également<br />

partie de notre équipe : Giorgio a rejoint<br />

le conseil de fondation en 2011<br />

déjà, il en est même actuellement le<br />

président. Daniel est venu ensuite. Il<br />

dirige maintenant le secteur TIC du<br />

<strong>syndicat</strong>. Il est donc responsable de<br />

notre CCT et du plan social. On ne<br />

peut pas faire mieux. »


Brèves<br />

Tamedia veut économiser à Bussigny \ <strong>Le</strong>s négociations CCT<br />

débutent chez Swisscom \ Objectifs de vente irréalistes chez<br />

RéseauPostal \ <strong>Le</strong> compromis LPP des partenaires sociaux est<br />

freiné \ L’initiative d’allègement des primes est ralentie<br />

5<br />

Nouvelle réorganisation chez<br />

Tamedia à Bussigny<br />

Massive pression à la vente<br />

chez RéseauPostal<br />

Agenda<br />

<strong>Le</strong>s déménagements forcés ne font pas<br />

partie des mesures attendues de la part<br />

d’un employeur responsable. Alors que<br />

la direction du centre d’impression de<br />

Tamedia propose des départs volontaires,<br />

des retraites anticipées ou des<br />

transferts à Berne pour limiter les licenciements,<br />

<strong>syndicom</strong> insiste sur le plan<br />

social existant. La baisse de volume invoquée<br />

est en grande partie imputable à<br />

Tamedia, comme la suppression du Matin<br />

ou la réduction du nombre de pages<br />

d’autres titres. <strong>syndicom</strong> reste en étroit<br />

contact avec les personnes concernées.<br />

Négociations CCT en cours<br />

chez Swisscom<br />

La réduction du temps de travail est au<br />

cœur des négociations de la CCT<br />

Swisscom. Il est surtout question de la<br />

semaine de 35 heures : <strong>une</strong> revendication<br />

importante qui a toujours été sollicitée<br />

dans toutes les enquêtes et discussions<br />

internes. <strong>Le</strong> premier tour des<br />

négociations, au cours duquel les revendications<br />

sont d’abord mises sur la<br />

table, s’est déjà déroulé début mai.<br />

CarPostal est encore réticent<br />

à appliquer la nouvelle CCT<br />

Chez CarPostal, la CCT peine à être appliquée.<br />

Voici ce que révèle <strong>une</strong> enquête<br />

nationale menée par <strong>syndicom</strong> auprès<br />

des commissions du personnel (CoPe).<br />

Des lac<strong>une</strong>s sont visibles dans la mise<br />

en œuvre de la planification annuelle, y<br />

compris dans l’association des CoPe.<br />

<strong>syndicom</strong> conseille et soutient les CoPe<br />

afin que les dysfonctionnements<br />

puissent être éliminés.<br />

<strong>Le</strong>s guichets de La Poste vendent aussi<br />

des produits bancaires et d’assurance,<br />

et toujours plus selon RéseauPostal.<br />

Une enquête de <strong>syndicom</strong> vient de<br />

mettre en lumière l’organisation de ces<br />

ventes et la pression en découlant<br />

pour le personnel. La moitié des employé-e-s<br />

doit atteindre des objectifs<br />

personnels au lieu que des objectifs<br />

d’équipe soient fixés. Parfois, les objectifs<br />

réalisés par chacun-e sont affichés<br />

publiquement. Ils sont simplement<br />

irréalistes et trop rigides. <strong>Le</strong>s<br />

collègues plus âgé-e-s subissent <strong>une</strong><br />

forte pression. <strong>Le</strong> comité d’entreprise<br />

de RéseauPostal de <strong>syndicom</strong> a formulé<br />

des exigences détaillées pour remédier<br />

à cette situation.<br />

Conseil d’Etat : payer plus<br />

pour moins de rente<br />

<strong>Le</strong> Conseil national a décidé de réduire<br />

les rentes LPP. <strong>Le</strong>s partenaires sociaux<br />

sont parvenus à s’entendre sur un<br />

compromis (LPP 21) qui maintient le niveau<br />

malgré la baisse du taux de<br />

conversion – notamment grâce à <strong>une</strong><br />

répartition sociale. Et qu’en est-il de la<br />

CSSS-E ? Elle ignore toutes les propositions.<br />

<strong>Le</strong>s travailleuses et travailleurs<br />

âgé-e-s doivent payer leur propre réduction<br />

de rente, les je<strong>une</strong>s cofinancent<br />

sans droits. <strong>Le</strong>s caisses<br />

roulent sur l’or et préfèrent payer des<br />

courtages illégaux. Il faut des rentes<br />

plus élevées. Et elles doivent être<br />

abordables pour toutes et tous, exige<br />

l’USS.<br />

Allègement des primes :<br />

contre-projet insuffisant<br />

Nous dépensons presque autant pour<br />

la caisse maladie que pour nous nourrir.<br />

Il faut que cela change. L’initiative<br />

d’allègement des primes veut plafonner<br />

les primes à 10 % du revenu. Actuellement,<br />

nous en sommes à 14 %. <strong>Le</strong><br />

contre-projet minimaliste du Conseil<br />

fédéral est maintenant soutenu par la<br />

commission du Conseil national, alors<br />

qu’il a tout au plus un effet marginal.<br />

Pendant ce temps, les cantons économisent<br />

sur la réduction des primes.<br />

Tant que nous aurons <strong>une</strong> prime par<br />

tête antisociale, elle devra être atténuée<br />

raisonnablement, selon l’USS.<br />

Juin<br />

31.5-3.6<br />

Congrès de la FIJ<br />

La Fédération internationale des journalistes<br />

tient son congrès triennal en<br />

juin 2022 à Oman (Muscat), en coopération<br />

avec l’Association des journalistes<br />

d’Oman (OJA).<br />

4-6.6<br />

9 e rencontre nationale de la<br />

grève du climat<br />

<strong>Le</strong>s membres actifs-ves des mouvements<br />

régionaux de la grève du climat<br />

se réuniront à Berne pour trois jours<br />

de discussions, workshops et ateliers.<br />

Inscriptions sur climatestrike.ch<br />

9-11.6<br />

FFIFA22<br />

<strong>Le</strong> Festival de Femme·x·s Insoumise·x·s<br />

et Fière·x·s en Action a été<br />

créé en 2019 pour soutenir le mouvement<br />

féministe dans la préparation de<br />

la journée historique du 14 juin et pour<br />

mettre en avant les femmes sur scène,<br />

sous-représentées dans le milieu des<br />

musiques actuelles. Ouverte à tout le<br />

monde, la 3 e édition de la FFIFA présentera<br />

des artistes suisses durant quatre<br />

jours de concerts, d’ateliers et de fête<br />

à Vevey.<br />

14.6<br />

Grève des femmes<br />

<strong>Le</strong>s rentes des femmes et le projet de<br />

réforme AVS 21 sont au centre des<br />

mobilisations du 14 juin. En plus de<br />

certaines actions dans les entreprises,<br />

<strong>syndicom</strong> participera à des mobilisations<br />

à Berne, Lausanne et Bellinzone,<br />

entre autres.<br />

18.6<br />

Assemblée des délégués<br />

L’assemblée ordinaire des délégué-e-s<br />

<strong>syndicom</strong> aura lieu le samedi 18 juin<br />

2022 au Bierhübeli Berne. Plus d’informations<br />

suivront par e-mail et sur le<br />

site <strong>syndicom</strong>.<br />

<strong>syndicom</strong>.ch/agenda


6 Du côté des<br />

André Moesch, 60 ans, a mené <strong>une</strong> carrière de journaliste auprès de<br />

employeurs<br />

différents médias privés ainsi qu’à la SSR. Aujourd’hui, il dirige la<br />

chaîne de télévision bâloise régionale Telebasel, préside l’association<br />

des télévisions régionales suisses Telesuisse. Il est aussi membre du<br />

conseil d’administration de la Fondation Mediapulse pour la recherche<br />

sur les médias.<br />

1<br />

Quelle est l’importance des redevances<br />

(env. 30 % des recettes) pour<br />

l’exploitation de TeleBasel ?<br />

<strong>Le</strong>s redevances sont indispensables à<br />

la survie de Telebasel. Elles seules<br />

permettent de financer le service public<br />

régional. <strong>Le</strong> marché publicitaire<br />

régional serait trop petit pour couvrir<br />

les coûts élevés de la production TV.<br />

Quiconque souhaite <strong>une</strong> offre télévisuelle<br />

régionale doit approuver le<br />

financement par les redevances.<br />

2<br />

Pourquoi TeleBasel a-t-elle soutenu le<br />

paquet d’aide aux médias que le<br />

peuple a rejeté en février ?<br />

<strong>Le</strong> paquet d’aide aux médias aurait<br />

aussi bénéficié aux télévisions régionales.<br />

<strong>Le</strong> Conseil fédéral aurait ainsi<br />

pu augmenter de 6 à 8 % la part des<br />

redevances destinée aux chaînes régionales.<br />

Ce chiffre montre où se situe<br />

notre problème : plus de 90 % des<br />

redevances sont aujourd’hui attribuées<br />

à la SSR, seule la modeste part<br />

restante échoit à l’ensemble des<br />

chaînes privées. Dans ces conditions,<br />

il est difficile de se développer.<br />

3<br />

Quels sont les défis du service public<br />

régional dans le secteur des médias ?<br />

Comme indiqué, ils concernent<br />

avant tout le financement. La part<br />

actuelle des redevances permet tout<br />

au plus de financer <strong>une</strong> heure de programmation<br />

par jour si nous voulons<br />

réaliser des contenus de qualité.<br />

Nous pourrions proposer <strong>une</strong> offre<br />

nettement plus attractive si nous<br />

pouvions produire davantage de programmes.<br />

Un autre défi consiste à<br />

trouver des collaborateurs et collaboratrices<br />

compétent­e­s, qui<br />

connaissent bien la région.<br />

4<br />

<strong>Le</strong>s chaînes privées sont souvent<br />

considérées comme importantes<br />

pour les je<strong>une</strong>s professionnel-le-s.<br />

Combien de postes de formation propose<br />

TeleBasel et qu’offre-t-elle aux<br />

personnes en formation ?<br />

Telebasel offre en permanence deux<br />

postes de bénévolat, qui permettent<br />

d’apprendre le b. a.­ba du métier de<br />

la télévision et le travail dans <strong>une</strong> rédaction<br />

convergente car TeleBasel<br />

offre également un portail d’actualité.<br />

Pendant le volontariat, il est possible<br />

de suivre les cours du centre de<br />

formation médiatique (MAZ) de<br />

Lucerne.<br />

5<br />

Quelle fourchette salariale est prévue<br />

pour les professionnel-le-s des programmes<br />

(exception faite des<br />

cadres) ?<br />

<strong>Le</strong>s salaires des professionnel­le­s<br />

des programmes oscillent entre 5000<br />

et 7000 francs selon l’âge, l’expérience<br />

et la tâche. Nous accordons<br />

beaucoup d’importance à un système<br />

salarial équitable. Nous veillons donc<br />

à payer le même salaire pour des emplois<br />

comparables. Ce principe vaut<br />

bien sûr aussi entre les hommes et<br />

les femmes.<br />

6<br />

TeleBasel s’appuie sur <strong>une</strong> fondation.<br />

Quels avantages en découlent ?<br />

La forme de la fondation comporte<br />

de nombreux avantages pour <strong>une</strong><br />

entreprise médiatique : la fondation<br />

garantit que les objectifs journalistiques<br />

l’emportent sur les objectifs<br />

commerciaux. Nous ne cherchons<br />

donc pas en premier lieu à réaliser<br />

des bénéfices, mais à produire des<br />

contenus de qualité. Et la fondation<br />

ne peut pas être tout bonnement<br />

rachetée – ce qui garantit l’indépendance.<br />

Interview : Robin Moret<br />

Photo : Mise à disposition


L’invité<br />

En Europe, l’inégalité salariale se<br />

creuse. Plusieurs facteurs la favorisent, mais des<br />

études montrent que l’affaiblissement quasi universel<br />

des <strong>syndicat</strong>s alimente cette tendance, en<br />

particulier la baisse des effectifs de membres. En<br />

comparaison avec les personnes non syndiquées,<br />

les personnes affiliées à un <strong>syndicat</strong> sont en effet<br />

plutôt enclines à soutenir des revendications politiques<br />

en faveur d’<strong>une</strong> meilleure redistribution ou<br />

à élire des partis qui combattent les inégalités.<br />

Même lorsque cela va à l’encontre de leurs propres<br />

intérêts matériels ou lorsqu’elles appartiennent à<br />

un groupe social sinon peu habitué à participer à<br />

la vie politique ! Moins un <strong>syndicat</strong> compte de<br />

membres, moins on trouve donc de personnes<br />

bien rémunérées qui soutiennent l’égalité politique.<br />

Et moins aussi il y a de personnes peu rémunérées<br />

se rendant aux urnes pour faire entendre leur voix.<br />

De nombreuses raisons expliquent pourquoi les<br />

personnes salariées, en particulier celles qui<br />

touchent de bas salaires, sont de moins en moins<br />

nombreuses à se syndiquer. Compte tenu du fait<br />

que le mouvement ouvrier a remporté de nombreuses<br />

victoires politiques – du système proportionnel<br />

à l’assurance chômage –, agir collectivement<br />

n’est plus si impératif aux yeux de<br />

certain-e-s.<br />

Par ailleurs, le changement structurel sur le<br />

marché du travail complique l’organisation syndicale<br />

: il était à l’époque plus facile de syndiquer des<br />

hommes au bénéfice de contrats à durée indéterminée,<br />

engagés à plein temps dans de grandes exploitations<br />

industrielles, que des femmes avec des<br />

taux d’occupation bas et des contrats à durée<br />

souvent déterminée, qui travaillent aujourd’hui<br />

pour plusieurs petits employeurs dans le secteur<br />

des services.<br />

Il semble important que les <strong>syndicat</strong>s suisses<br />

organisent cette nouvelle classe de femmes salariées<br />

dans le secteur tertiaire, afin de garantir leur<br />

participation politique et éviter d’être réduits à un<br />

club exclusif pour un segment masculin voué à disparaître<br />

sur le marché du travail dans l’industrie.<br />

Un club exclusif pour<br />

les hommes ?<br />

Nadja Mosimann est politologue et travaille<br />

comme maître assistante à l’Université<br />

de Zurich et dans un projet sur<br />

les inégalités démocratiques à l’Université<br />

de Genève. Elle a écrit sa thèse de<br />

doctorat sur le sujet de la solidarité en<br />

temps d’inégalité, avec un accent sur la<br />

politique syndicale et l’impact de l’affiliation<br />

syndicale sur les convictions et<br />

les comportements politiques. En novembre<br />

paraîtra son ouvrage Perspektiven<br />

und Mitgliederstruktur der SP<br />

Schweiz (Perspectives et structure des<br />

membres du PS Suisse) chez NZZ Libro.<br />

7


Dossier<br />

10 Organiser le prolétariat numérique, un défi sans frontière<br />

12 Victoires contre les géants des multinationales<br />

13 Quand la participation rend fort : l’exemple suédois<br />

14 La grève au service de la <strong>lutte</strong> syndicale


9<br />

La <strong>lutte</strong><br />

syndicale, ici<br />

et partout


10 Dossier<br />

L’extension du domaine de <strong>lutte</strong>s<br />

<strong>Le</strong>s actionnaires font sauter les bouchons.<br />

Si les <strong>syndicat</strong>s veulent sauver la sécurité<br />

sociale et la démocratie, ils doivent étendre<br />

leur champ de <strong>lutte</strong>s.<br />

Texte : Oliver Fahrni<br />

Visuels du dossier : Nour Eliz Jabbes / Shutterstock<br />

<strong>Le</strong>s travailleurs-euses et le capital ont des intérêts opposés.<br />

<strong>Le</strong> capital est aux commandes. <strong>Le</strong>s <strong>syndicat</strong>s incarnent<br />

un contre-pouvoir qui tente d’obtenir néanmoins<br />

des conditions vivables. Cette <strong>lutte</strong> a marqué l’histoire de<br />

l’humanité de ces deux derniers siècles. Aujourd’hui, elle<br />

est plus virulente que jamais.<br />

Quiconque en doute peut consulter l’« indice des droits<br />

dans le monde » de la Confédération syndicale internationale<br />

(voir code QR en fin d’article). L’indice constate que<br />

la situation des travailleurs-euses et des <strong>syndicat</strong>s s’est<br />

fortement dégradée en 2021.<br />

Dans les trois quarts des 149 pays analysés, les salarié-e-s<br />

n’ont aujourd’hui même plus le droit de créer un<br />

<strong>syndicat</strong> ou d’y adhérer, écrit Sharan Burrow, secrétaire<br />

générale de la CSI. 87 % des pays ont violé le droit fondamental<br />

de grève. Dans six pays, des syndicalistes ont été<br />

assassiné-e-s, parfois par des escadrons de la mort envoyés<br />

par des multinationales. Des centaines de syndicalistes<br />

ont été jetés en prison.<br />

La répression du défilé du 1 er mai à Paris et les nombreux-euses<br />

blessé-e-s graves lors des manifestations<br />

contre la réforme de la loi travail montrent que la répression<br />

policière et juridique sévit également dans les démocraties<br />

développées. Des multinationales comme Amazon,<br />

Facebook et Google espionnent leurs employé-e-s<br />

« illégalement ou sournoisement ». Et partout, les organisations<br />

de lobbying du capital sont à la manœuvre pour<br />

détruire les acquis sociaux des cent dernières années. En<br />

Suisse, les politiques du PLR, de l’UDC et du PVL tentent<br />

actuellement d’abolir la limitation du temps de travail<br />

légal. Ils veulent revenir à la semaine de 67 heures et au<br />

travail nocturne et dominical illimité.<br />

libres. La Suède en donne <strong>une</strong> preuve éclatante. La Suisse<br />

serait sans doute encore le pays des baraquements et du<br />

statut de saisonnier contraire aux droits humains si les<br />

<strong>syndicat</strong>s, autrefois protectionnistes, n’avaient pris<br />

conscience du fait que l’égalité juridique des collègues<br />

étrangers-ères était la condition préalable à de meilleurs<br />

salaires et à la sécurité sociale de tous les travailleurs et<br />

toutes les travailleuses. De manière analogue, cela devrait<br />

valoir aujourd’hui pour l’égalité des femmes. Elles sont<br />

toujours la masse de main-d’œuvre – à bas salaire et à<br />

temps partiel – du capital.<br />

Une paix de courte durée<br />

Avec le recul, il apparaît aujourd’hui clairement que les<br />

trente glorieuses entre 1945 et 1975 n’étaient en réalité<br />

qu’<strong>une</strong> trêve passagère entre le capital et le travail. A travers<br />

d’immenses vagues de grèves à l’issue de la Seconde<br />

Guerre mondiale, les travailleurs-euses avaient imposé un<br />

contrat social. Presque toutes les assurances sociales sont<br />

nées à cette époque, la valeur ajoutée du travail a été répartie<br />

un peu plus équitablement, le niveau de vie a augmenté.<br />

Face au succès massif des <strong>syndicat</strong>s, les organisations<br />

du capital ont initié la révolution néolibérale au milieu<br />

des années 1970. Au programme : destruction des <strong>syndicat</strong>s,<br />

démantèlement de la sécurité sociale et juridique,<br />

déchaînement des marchés financiers, fabrique mondiale,<br />

instrumentalisation de la politique et de l’Etat. Et<br />

depuis 1990 : attaques contre le service public. Vent debout<br />

vers le « turboféodalisme », comme l’a écrit l’auteur<br />

berlinois Mathias Greffrath.<br />

De nombreux <strong>syndicat</strong>s, engourdis et immobiles, ont<br />

d’abord été paralysés sous le choc. Là où des rébellions<br />

s’éveillaient encore, par exemple chez les mineurs et les<br />

sidérurgistes en Grande-Bretagne et en France, les gouvernements<br />

néolibéraux ont brisé la résistance par la force<br />

militaire. En Suisse, huit grèves ont éclaté chaque année<br />

entre 1971 et 1980.<br />

Vers la fin des années 80, les <strong>syndicat</strong>s ont commencé<br />

à se regrouper en associations faîtières internationales.<br />

Cette réaction était nécessaire pour opposer au capital<br />

globalisé <strong>une</strong> solidarité internationale. En même temps,<br />

La violence du capital<br />

Depuis ses débuts, le capital ne recule devant auc<strong>une</strong> violence<br />

pour imposer ses intérêts. Même en Suisse (où l’armée<br />

a ouvert le feu sur des manifestant-e-s à la veille de la<br />

Grève générale, en 1918). Il n’y a pas un seul acquis social<br />

(assurances sociales et AVS, semaine de cinq jours, vacances,<br />

droits syndicaux, etc.) qui n’ait été arraché au capital<br />

sans d’importants sacrifices.<br />

La répression reflète la brutalité des rapports de travail.<br />

Lorsque des milliards de dividendes affluent pour les<br />

actionnaires, les cimetières du capitalisme s’étendent rapidement.<br />

Cela vaut pour les usines de vêtements ravagées<br />

par les flammes au Bangladesh, pour les « fabriques<br />

COVID » de Bergame, pour les morts de l’amiante, pour les<br />

ouvriers-ères agricoles empoisonné-e-s par les pesticides,<br />

pour les journalistes assassiné-e-s et pour les 6500 ouvriers<br />

probablement décédés dans les chantiers de<br />

construction des stades de foot de la Coupe du monde au<br />

Qatar.<br />

En revanche, là où les <strong>syndicat</strong>s sont forts, les gens<br />

vivent mieux, plus longtemps, en meilleure santé. Et plus<br />

En 2021, des<br />

syndicalistes<br />

ont été<br />

assassiné-e-s<br />

dans six pays


les choses ont commencé à bouger dans les <strong>syndicat</strong>s.<br />

Certains ont fusionné. D’autres ont démocratisé leurs<br />

structures sclérosées. Mais avec la grande crise financière<br />

de 2008, le capital a encore durci ses stratégies contre les<br />

travailleurs-euses. Comme le montre le bilan de la CSI, la<br />

précarisation croissante du travail va de pair avec les attaques<br />

contre la liberté de réunion, d’expression et d’organisation.<br />

Prochaines batailles décisives<br />

L’avenir nous dira si le compromis social est voué à se<br />

rompre complètement aussi dans notre pays. Nos lois du<br />

travail sont fragiles, plus fragiles qu’ailleurs. Mais jusqu’à<br />

présent, les conventions collectives protègent de nombreux<br />

rapports de travail, et la démocratie référendaire<br />

directe donne aux <strong>syndicat</strong>s des armes pour repousser les<br />

attaques contre la sécurité sociale.<br />

En 2004, les fondateurs du <strong>syndicat</strong> Unia ont été mus<br />

par la double intuition que de grands <strong>syndicat</strong>s peuvent<br />

obtenir davantage pour les travailleurs-euses, même en<br />

regroupant des secteurs aussi différents que l’industrie et<br />

la construction. Et que le secteur des services, en pleine<br />

expansion, formait un désert syndical qu’il s’agissait de<br />

verdir. De son côté, <strong>syndicom</strong> s’est démarqué pour avoir<br />

analysé et compris très tôt comment la numérisation, en<br />

tant que 3 e révolution industrielle, non seulement bouleverse<br />

le monde du travail, mais modifie aussi nos habitudes<br />

de consommation, de vie et de communication.<br />

Aujourd’hui, <strong>syndicom</strong> s’apprête à inscrire à l’agenda<br />

politique un service public numérique. <strong>Le</strong> <strong>syndicat</strong> l’a élaboré<br />

au fil de longues années de travaux préparatoires. <strong>Le</strong><br />

but n’est pas seulement de rendre la numérisation des services<br />

publics respectueuse de l’être humain, mais aussi de<br />

traiter des questions comme la protection des travailleurs-euses,<br />

la souveraineté des données individuelles,<br />

l’autonomisation numérique de la population, la <strong>lutte</strong><br />

contre la fracture numérique et l’utilisation des nouvelles<br />

techniques pour la reconversion écosociale.<br />

Organiser le prolétariat du clic<br />

<strong>Le</strong> durcissement des conditions exige un engagement social<br />

et politique accru des organisations de travailleurs-euses.<br />

Sur fond de catastrophe climatique et de<br />

numérisation sauvage, le monde du travail socialement<br />

acceptable s’effrite. Là où les minijobs, le travail sur appel,<br />

le travail de plateforme, le travail numérique à domicile,<br />

le prolétariat des clics et la surveillance totale fleurissent,<br />

les <strong>syndicat</strong>s sont perdants – et avec eux les travailleurs-euses.<br />

Par ailleurs, le néolibéralisme se transforme en un régime<br />

autoritaire, antidémocrate. Souvent en alliance avec<br />

des partis de l’ultradroite comme l’UDC ou le Rassemblement<br />

national en France, dont la candidate néofasciste a<br />

obtenu 41 % des voix lors des élections présidentielles<br />

d’avril. Ces extrémistes de droite tiennent un discours social,<br />

mais agissent de manière radicalement antisociale.<br />

<strong>Le</strong>s <strong>syndicat</strong>s sont le dernier bastion des acquis sociaux et<br />

démocrates contre le capital débridé.<br />

Elargissement du champ de <strong>lutte</strong>s<br />

C’est pourquoi l’extension du champ de <strong>lutte</strong> des <strong>syndicat</strong>s<br />

est <strong>une</strong> question de survie. Ils doivent trouver les<br />

moyens d’être attrayants non seulement pour les « cols<br />

blancs », mais aussi pour les faux indépendant-e-s ubérisé-e-s<br />

et les travailleurs-euses des plateformes. Cela signifie<br />

aussi qu’ils doivent déployer <strong>une</strong> forte puissance de<br />

proposition dans tous les thèmes critiques comme l’écologie.<br />

Enfin, ils doivent mener <strong>une</strong> <strong>lutte</strong> acharnée contre<br />

la droite. Car le néolibéralisme autoritaire prévoit de rayer<br />

les <strong>syndicat</strong>s du paysage.<br />

Pour en savoir<br />

plus sur la CSI


12 Dossier<br />

<strong>Le</strong> vent tourne aux Etats-Unis<br />

Au pays de la bannière étoilée, créer un <strong>syndicat</strong><br />

dans <strong>une</strong> grande entreprise relève presque<br />

du miracle. Mais la donne pourrait changer.<br />

Texte : Frederico Franchini<br />

Il y a un an, à Bessemer, en Alabama, les employé-e-s<br />

d’Amazon ont voté sur la création d’<strong>une</strong> représentation<br />

syndicale. Après <strong>une</strong> bataille acharnée et ponctuée d’irrégularités,<br />

le non l’a emporté. Mais pour Christy Hoffman,<br />

secrétaire générale d’Uni Global Union, un tabou a été brisé<br />

: « D’autres élections syndicales sont désormais possibles.<br />

Nous pouvons en gagner <strong>une</strong>. » Et c’est ce qui s’est<br />

passé ! <strong>Le</strong> 1 er avril 2022, le centre de tri de Staten Island est<br />

devenu le premier site syndiqué d’Amazon aux Etats-Unis.<br />

Cette victoire est le résultat d’<strong>une</strong> prise de conscience selon<br />

laquelle il faut mettre fin au système qui garantit à<br />

Amazon des bénéfices indécents grâce à l’exploitation de<br />

son personnel. Cette victoire est aussi due au courage des<br />

employé-e-s : s’opposer à l’employeur n’est pas gagné<br />

d’avance. Encore moins aux Etats-Unis lorsque l’employeur<br />

s’appelle Jeff Bezos. Bien entendu, la <strong>lutte</strong> pour<br />

négocier un contrat de travail décent n’est qu’un début.<br />

Mais l’histoire s’est écrite à Staten Island, comme l’a<br />

déclaré Angelica Maldonado, présidente de la représentation<br />

du personnel du <strong>syndicat</strong> d’Amazon : « Nous en avons<br />

vu de toutes les couleurs jusqu’à l’avènement d’un changement.<br />

Pour nous, les activistes, cela signifie un manque<br />

de sommeil, un manque de temps à la maison. Et nous<br />

nous sommes investis en plus de notre travail pour Amazon.<br />

Alors le fait que nous ayons gagné aujourd’hui semble<br />

irréel. J’ai l’impression de vivre un rêve. Nous avons écrit<br />

l’histoire, pas vrai ? »<br />

La voie est ouverte, mais elle est semée d’embûches<br />

Tout d’abord, un peu d’histoire. <strong>Le</strong>s critères de syndicalisation<br />

aux Etats-Unis sont très difficiles à remplir. Si l’on<br />

veut créer un <strong>syndicat</strong> pour mener des négociations collectives,<br />

la loi prévoit qu’il faut prouver que la majorité des<br />

employé-e-s y est favorable. Il faut donc organiser <strong>une</strong><br />

élection à la demande d’au moins 30 % du personnel. Ce<br />

qui est très complexe. La politique d’Amazon a toujours<br />

été antisyndicale. Pour le géant de l’e-commerce, c’est <strong>une</strong><br />

question de principe : il veut tout simplement conserver le<br />

contrôle absolu. On l’a vu à Bessemer. Amazon a d’abord<br />

fait tout son possible pour empêcher que 30 % du personnel<br />

demande un vote. Faute d’y parvenir, l’entreprise a utilisé<br />

des moyens déloyaux dans la campagne électorale :<br />

elle a placardé des affiches un peu partout et envoyé des<br />

SMS quotidiens pour inciter à voter contre la création du<br />

<strong>syndicat</strong>. Et elle a engagé <strong>une</strong> société spécialisée dans le<br />

« maintien d’un environnement de travail sans présence<br />

syndicale ». L’évitement du syndicalisme (Union Avoidance)<br />

est <strong>une</strong> véritable industrie aux Etats-Unis.<br />

Des entreprises sont disposées à dépenser des centaines<br />

de millions de dollars pour <strong>lutte</strong>r contre les <strong>syndicat</strong>s.<br />

Selon un rapport, ces tactiques ont constitué la plus<br />

grande difficulté à créer des <strong>syndicat</strong>s. Elles ont contribué<br />

à la baisse du taux de syndicalisation dans le secteur privé,<br />

qui est passé de 35,7 % en 1953 à seulement 6,2 % aujourd’hui.<br />

<strong>Le</strong>s difficultés demeurent et les grandes entreprises<br />

n’hésitent pas à gonfler leurs muscles et à agir de<br />

manière déloyale. Récemment, le personnel d’un centre<br />

d’Amazon à New York a voté contre la venue d’un <strong>syndicat</strong><br />

sur son site. Dans ce cas également, des actes d’intimidation<br />

ont été signalés. A Bessemer, le vote de l’année dernière<br />

a été déclaré nul par l’autorité nationale compétente,<br />

qui a considéré que la multinationale avait entaché<br />

le processus électoral. Il y a peu, un nouveau vote a eu lieu :<br />

le Non l’a emporté <strong>une</strong> nouvelle fois. Mais le résultat a été<br />

serré malgré les manigances incessantes du géant ja<strong>une</strong>.<br />

<strong>Le</strong>s <strong>syndicat</strong>s font peur. Amazon n’est pas le seul groupe<br />

dont le personnel souhaite se syndiquer. En décembre, les<br />

employé-e-s de deux cafés Starbucks à Buffalo et à New<br />

York ont voté sur la formation d’un <strong>syndicat</strong>. Plus de<br />

180 succursales de la chaîne doivent encore s’exprimer.<br />

Maintenant, c’est le tour d’Apple. La voie est ouverte, mais<br />

des revers sont possibles.


Dossier<br />

La force des chiffres en Suède<br />

13<br />

Bons salaires, CCT, un système d’éducation et<br />

un modèle social d’Etat-providence parmi les<br />

meilleurs au monde : quand les <strong>syndicat</strong>s sont<br />

forts, on vit mieux.<br />

Texte : Mattia <strong>Le</strong>nto<br />

« Sans <strong>syndicat</strong>s,<br />

il n’y a pas de<br />

réglementation »<br />

La Suède est parvenue à rester compétitive sur le marché<br />

mondial sans niveler par le bas les salaires ni saper les<br />

droits des employé-e-s. <strong>Le</strong>s <strong>syndicat</strong>s et les associations<br />

du personnel ont joué ici un rôle essentiel. Fondés à la fin<br />

du 19 e siècle, les <strong>syndicat</strong>s suédois ont immédiatement<br />

été confrontés à un environnement hostile. Après des<br />

conflits parfois âpres avec le patronat, les employeurs et<br />

les <strong>syndicat</strong>s commencent à la fin des années 30 à convenir<br />

des conventions collectives de travail qui garantissent<br />

la paix sociale et <strong>une</strong> prospérité générale. Selon Johan<br />

Hall, président de LO (Landsorganisationen i Sverige), la<br />

plus importante confédération syndicale de Suède, la<br />

forte popularité des <strong>syndicat</strong>s a commencé précisément à<br />

cette époque : « Voir que les conditions de travail s’amélioraient<br />

et savoir que sans <strong>syndicat</strong>s, il n’y a pas de réglementation<br />

a sans doute été crucial pour le succès des organisations<br />

de travailleurs-euses. » En réalité, l’Etat<br />

suédois légifère traditionnellement peu en matière de travail.<br />

Une grande partie des dispositions du droit du travail<br />

relève des négociations collectives. La tâche de l’Etat est<br />

de créer les conditions-cadres pour que les négociations<br />

puissent se dérouler au mieux et dans l’intérêt collectif.<br />

« Au fil du temps, l’idéologie néolibérale et les gouvernements<br />

conservateurs ont tenté de démanteler un système<br />

que les forces progressistes ont construit tout au<br />

long du 20 e siècle avec patience et ténacité », déclare Manlio<br />

Palocci, qui s’est occupé des années durant de la formation<br />

au sein de différents <strong>syndicat</strong>s suédois. « Mais<br />

dans l’ensemble, la Suède demeure un pays fortement social.<br />

» Ici, les <strong>syndicat</strong>s restent très forts aujourd’hui encore<br />

: près de 7 employé-e-s sur 10 sont syndiqué-e-s. L’affiliation<br />

syndicale comporte de nombreux avantages, sans<br />

compter qu’en Suède, comme dans d’autres pays européens,<br />

elle permet automatiquement de bénéficier d’<strong>une</strong><br />

assurance chômage liée à l’emploi. Dans ce système dit de<br />

Gand, la responsabilité de la gestion de nombreuses prestations<br />

sociales incombe aux <strong>syndicat</strong>s. L’adhésion à un<br />

<strong>syndicat</strong> ne paie pas seulement en termes d’avantages : en<br />

raison de leurs effectifs importants de membres, les <strong>syndicat</strong>s<br />

disposent d’<strong>une</strong> force qui leur permet aujourd’hui<br />

encore de conclure des accords très avantageux avec les<br />

employeurs. Dans presque toutes les branches, il existe<br />

des conventions collectives, et les salaires suivent presque<br />

toujours le rythme de l’inflation ou la dépassent.<br />

Pas un problème, mais <strong>une</strong> partie de la solution<br />

<strong>Le</strong>s organisations de travailleurs-euses sont en outre impliquées<br />

à tous les niveaux de la prise de décision : elles<br />

ont voix au chapitre dans les stratégies d’entreprises, en<br />

temps de crise et en matière sociale. Tant les employeurs<br />

que les politiques ne les considèrent pas comme des ennemis<br />

ou un problème, mais comme <strong>une</strong> partie de la solution.<br />

<strong>Le</strong>s <strong>syndicat</strong>s sont populaires aussi parmi les cols<br />

blancs, le personnel hautement qualifié et même les indépendant-e-s.<br />

Parmi ces catégories, leur popularité est<br />

même plus élevée. Selon les dernières données recueillies<br />

par la confédération syndicale TCO, qui représente avant<br />

tout les cols blancs, le pourcentage de personnel organisé<br />

dans ce groupe atteignait même 74 % au début de 2021.<br />

TCO compte près de 1 200 000 membres dans tout le pays,<br />

LO en a presque 1,5 million. Des chiffres énormes si l’on<br />

considère qu’un peu plus de 10 millions d’habitant-e-s<br />

vivent en Suède. Lorsque les <strong>syndicat</strong>s sont forts, les travailleuses<br />

et travailleurs se portent mieux.


14<br />

Dossier<br />

La grève comme seul rempart<br />

En Amérique latine, la grève reste <strong>une</strong> arme<br />

essentielle du combat syndical. Comme les<br />

journalistes mexicain-e-s et les mineurs<br />

péruviens, des milliers de travailleurs-ses<br />

utilisent cet ancien moyen de <strong>lutte</strong>.<br />

Texte : Sergio Ferrari<br />

Déjà plus de deux ans : la grève menée par les journalistes<br />

de l’agence mexicaine d’information Notimex est l’un des<br />

plus longs conflits sociaux de l’histoire latino-américaine<br />

contemporaine. Lancée en février 2020 par le <strong>syndicat</strong> de<br />

l’entreprise SutNotimex, elle peut compter sur l’appui actif<br />

du Syndicat national des rédacteurs de presse, l’organisation<br />

la plus importante du Mexique dans ce secteur.<br />

Jusqu’ici, Notimex a licencié 245 collaborateurs-trices<br />

sur 327. La revendication principale du débrayage porte<br />

sur la réintégration de 42 grévistes licencié-e-s, ainsi que<br />

des dizaines d’autres journalistes aussi débauché-e-s. Depuis,<br />

le service d’information « classique » de Notimex est<br />

suspendu, bien que l’agence ait remplacé <strong>une</strong> partie des<br />

personnes licenciées et utilisé d’autres canaux et réseaux<br />

sociaux pour tenter d’éluder l’impact de la cessation syndicale<br />

d’activités dans son offre quotidienne.<br />

« Nous avons vécu deux ans et quatre mois très complexes.<br />

Sans salaires ni prestations sociales », explique la je<strong>une</strong><br />

journaliste Adriana Urrea, secrétaire de ce <strong>syndicat</strong>. Bien<br />

que le ministère du Travail ait reconnu la légalité de « nos<br />

moyens de <strong>lutte</strong>, nous avons subi de nombreuses pressions.<br />

Des secteurs du gouvernement et certains médias<br />

proches du pouvoir ont tenté de nous criminaliser. Ils prétendent<br />

que notre mouvement n’est pas légitime ».<br />

La secrétaire de SutNotimex fut inculpée, dans trois<br />

procès, pour corruption et détournement de fonds lors de<br />

voyages professionnels effectués avant le conflit. Lors de<br />

deux de ces trois inculpations, elle fut innocentée faute de<br />

preuves. Un troisième jugement d’avril 2022 a tenté de<br />

condamner Adriana Urrea pour ne pas avoir présenté <strong>une</strong><br />

note de frais pour la somme dérisoire de 120 dollars. « C’est<br />

un prétexte grossier pour déprécier notre <strong>lutte</strong>. Nos avocats<br />

en détiennent toutes les preuves et ils vont recourir<br />

contre cette nouvelle attaque judiciaire », souligne-t-elle.<br />

Faisant le bilan de ce conflit toujours en cours, la secrétaire<br />

de SutNotimex signale avec émotion <strong>une</strong> participation<br />

majoritairement féminine. Actuellement, Sut-<br />

Notimex compte <strong>une</strong> centaine de membres, dont 90 % de<br />

femmes. « Nous menons <strong>une</strong> très longue <strong>lutte</strong> avec des<br />

camarades qui n’acceptent pas de mettre fin à la grève<br />

parce qu’elles sentent que ce serait <strong>une</strong> capitulation. » Elle<br />

revendique aussi l’énorme légitimité (nationale et internationale)<br />

qu’a obtenue la protestation. « Aujourd’hui, de<br />

larges secteurs syndicaux et de la société civile mexicaine<br />

nous appuient activement, nous reconnaissent et adhèrent<br />

à nos demandes. C’est déjà <strong>une</strong> grande victoire de<br />

notre combat syndical », conclut-elle.<br />

Personnel fixe et temporaire, bataille entre pauvres<br />

4500 km au sud du Mexique, au cœur du Pérou andin, un<br />

autre conflit syndical a éclaté en décembre 2021. <strong>Le</strong>s protagonistes<br />

en sont les travailleurs-euses de la mine d’Andaychagua,<br />

dans le département de Junín (44 000 km 2 ,<br />

donc plus étendu que la Suisse). Ils exigent que la Volcan<br />

Compañía Minera, propriété de la multinationale helvétique<br />

Glencore, signe <strong>une</strong> CCT.<br />

<strong>Le</strong> 20 décembre 2021, face au refus par l’entreprise<br />

de négocier cette convention, le Syndicat des travailleurs-euses<br />

miniers-ères et métallurgiques d’Andaychagua<br />

a appelé à la grève. Après plus de 60 jours de<br />

conflit, les représentant-e-s du ministère du Travail ont reconnu<br />

la légitimité du <strong>syndicat</strong> et de ses demandes et ont<br />

exigé que la filiale de Glencore accepte la négociation.<br />

Mais l’entreprise a rejeté la décision officielle et choisi<br />

un appel en justice, en utilisant divers prétextes formels.<br />

Volcan n’accepte notamment pas la décision du <strong>syndicat</strong><br />

d’élargir le cadre d’affiliation aux travailleurs-euses en<br />

sous-traitance, qui ne jouissaient pas des mêmes droits et<br />

de la même sécurité sociale que le personnel fixe.<br />

La grève reste, en Amérique latine, <strong>une</strong> arme essentielle<br />

du combat syndical. Comme les journalistes mexicain-e-s<br />

et les mineurs péruviens, des milliers de travailleurs-ses<br />

utilisent ce moyen de <strong>lutte</strong>. Des grèves qui<br />

exigent de grands sacrifices personnels. Ceux-ci, néanmoins,<br />

constatent que leurs revendications et leurs <strong>lutte</strong>s<br />

jouissent d’un appui social et, parfois, de la solidarité internationale.<br />

Photos<br />

Nour Eliz Jabbes, designer digital et directeur artistique<br />

basé à Lausanne, a retravaillé des images de mobilisation<br />

sous la forme de collages. Ses visuels puissants illustrent<br />

des <strong>lutte</strong>s syndicales importantes aux quatre coins du globe.<br />

Né en 1994 à Zurich, Nour Eliz Jabbes est passionné depuis<br />

l’enfance par la photographie et l’art. Cet intérêt l’a amené à<br />

transformer sa passion en un métier. Son expertise est portée<br />

particulièrement sur le design des expériences digitales<br />

et le design graphique.<br />

Retrouver tout son travail sur noureliz.design


La syndicalisation à travers le monde<br />

La négociation collective et la voix des travailleurs-euses sont des droits fondamentaux<br />

du travail et des institutions importantes du marché du travail qui ont <strong>une</strong><br />

incidence sur la qualité des emplois à travers le monde. La négociation collective et<br />

la voix des travailleurs ont toutefois été soumises à <strong>une</strong> pression croissante au cours<br />

des dernières décennies, à mesure que le taux de syndicalisation et la couverture de<br />

la négociation collective diminuaient <strong>globale</strong>ment, que les formes de travail atypiques<br />

se développaient et que les relations de travail devenaient plus individualisées. Malgré<br />

ces défis, la négociation collective et la voix des travailleurs-euses ont encore un rôle<br />

capital à jouer dans la prévention des inégalités dans un monde du travail en mutation.<br />

La force syndicale actuelle au<br />

sein des pays de l’OCDE<br />

Source: OECD<br />

82 millions<br />

de travailleurs-euses sont membres de<br />

<strong>syndicat</strong>s dans les pays de l’OCDE<br />

160 millions<br />

de travailleurs-euses y sont couvert-e-s<br />

par des conventions collectives de travail<br />

Taux de couverture des conventions collectives dans le monde<br />

<strong>Le</strong> taux de couverture indique la proportion de salarié-e-s couvert-e-s par <strong>une</strong> ou<br />

plusieurs conventions collectives, en pourcentage<br />

<strong>Le</strong> taux d’adhésion à un <strong>syndicat</strong><br />

varie considérablement d’un pays<br />

à l’autre<br />

Islande<br />

90 %<br />

75%<br />

Chili<br />

17,7 %<br />

Canada<br />

25,9 %<br />

Source: ILOSTAT<br />

<strong>Le</strong> taux de syndicalisation dans le<br />

monde a diminué au cours des 60<br />

dernières années<br />

1960<br />

2016, ou plus récent<br />

50,2 %<br />

14,6 %<br />

32,2 %<br />

17,3 %<br />

40,5 %<br />

23,6 %<br />

30,9 %<br />

10,3 %<br />

64,6 %<br />

66,7 %<br />

31,0 %<br />

18,3 %<br />

18,9 %<br />

10,8 %<br />

12,1 %<br />

8,2 %<br />

Source: OECD/ICTWSS<br />

Australie Japon Grande- Etats-Unis Suède Suisse France Turquie<br />

Bretagne<br />

La syndicalisation est plus faible chez les travailleurs et travailleuses<br />

atypiques<br />

<strong>Le</strong> taux de syndicalisation estimé par forme de travail dans <strong>une</strong> sélection de pays de l’OCDE<br />

Emploi atypique (contrat à durée déterminée,<br />

travail temporaire, indépendant ou de plateforme)<br />

Emploi typique<br />

La couverture des CCT en fonction<br />

du revenu<br />

Proportion des employé-e-s couvert-e-s par<br />

<strong>une</strong> CCT en fonction du revenu sur la base des<br />

données de 98 pays<br />

70 %<br />

60 %<br />

Revenu<br />

élevé<br />

42 %<br />

50 %<br />

40 %<br />

Revenu<br />

moyen<br />

supérieur<br />

30 %<br />

30 %<br />

20 %<br />

10 %<br />

Revenu<br />

moyen<br />

inférieur<br />

10 %<br />

0<br />

France<br />

Etats-<br />

Unis<br />

Allemagne<br />

Grande-<br />

Bretagne<br />

Italie Suède Danemark<br />

Revenu<br />

faible<br />

14 %<br />

Source: Negotiating Our Way Up: Collective Bargaining in a Changing World of Work<br />

Source : ILOSTAT


16<br />

Au cœur de<br />

nos métiers<br />

<strong>Le</strong> scandale des lac<strong>une</strong>s de<br />

prévoyance chez les femmes<br />

En Suisse, les femmes reçoivent aujourd’hui au moins un tiers<br />

de rente de moins que les hommes.<br />

Cette importante lac<strong>une</strong> au niveau des<br />

rentes montre la répartition inégale<br />

des opportunités d’emplois et de revenus<br />

entre les sexes. Car les femmes<br />

exercent en majorité des métiers pénibles<br />

dans le domaine de la santé, des<br />

soins, du nettoyage et de la vente. Parallèlement<br />

à <strong>une</strong> activité rémunérée,<br />

ce sont aussi les femmes qui effectuent<br />

le travail non rémunéré indispensable<br />

à la société. Elles s’occupent<br />

de leurs petits-enfants, de leurs<br />

(beaux-)parents vieillissants et de<br />

proches malades. <strong>Le</strong>s femmes gagnent<br />

en moyenne presque un cinquième de<br />

moins que les hommes (sur un salaire<br />

à plein temps).<br />

<strong>Le</strong>ur revenu effectif est même inférieur<br />

de 43,3 %. Ces différences ne<br />

s’expliquent pas seulement par la discrimination<br />

salariale, mais résident<br />

aussi dans le choix professionnel et la<br />

carrière des femmes, qui sont davantage<br />

influencés par du travail de prise<br />

en charge non rémunéré. Il manque<br />

en effet des places de crèche abordables<br />

en Suisse, si bien que les mères<br />

doivent souvent prendre le relais et réduisent<br />

leur taux d’occupation ou renoncent<br />

complètement à un travail rémunéré.<br />

Quatre femmes sur cinq<br />

travaillent aujourd’hui à temps partiel.<br />

Dans les couples, elles accomplissent<br />

l’essentiel du travail ménager<br />

et de prise en charge non payé, au sacrifice<br />

de leur sécurité financière.<br />

Conséquence : le travail d’un grand<br />

nombre de femmes conduit donc aujourd’hui<br />

à des rentes basses indignes.<br />

Malgré cette situation, le Parlement<br />

veut faire payer l’AVS précisément<br />

aux femmes en réduisant leurs<br />

rentes AVS. C’est fatal, car les femmes<br />

ne peuvent compter que sur l’AVS à la<br />

retraite. Rien qu’au cours des dix prochaines<br />

années, leurs rentes doivent<br />

être réduites de 7 milliards. Et ce n’est<br />

que la première étape : l’âge de la retraite<br />

à 67 ans pour tout le monde est<br />

déjà programmé. Pour protéger nos<br />

rentes et notre principale assurance<br />

sociale, il est absolument nécessaire<br />

de voter NON à l’AVS 21.<br />

Gabriela Medici,<br />

Secrétaire centrale de l’USS en charge<br />

des assurances sociales<br />

Commandez votre drapeau !<br />

En parallèle des actions <strong>syndicom</strong><br />

au sein d’entreprises choisies, nous<br />

manifesterons notamment à Berne,<br />

Lausanne et Bellinzone. Plus d’informations<br />

sur le planning des manifestations<br />

à venir sur <strong>syndicom</strong>.ch<br />

En attendant cette journée nationale<br />

de mobilisation, pour les rentes<br />

des femmes, manifestez d’ores et<br />

déjà votre soutien en commandant<br />

votre drapeau violet AVS21 NON! sur<br />

le site rentes-des-femmes.ch/drapeaux<br />

<strong>Le</strong> principe de l’égalité entre hommes et femmes est inscrit dans la Constitution helvétique. (© Union syndicale suisse)


« Près de 80 % des sondé-e-s estiment que le salaire minimum<br />

du personnel des radios privées est insuffisant » Idris Djelid<br />

17<br />

Un combat de longue haleine<br />

Un grand nombre de professionnel-le-s des radios et télévisions<br />

privées touchent des salaires particulièrement bas. C’est<br />

pourquoi <strong>syndicom</strong>, ainsi que l’USS, le SSM et l’AJS, mène des<br />

discussions depuis avril 2021 avec les associations patronales.<br />

Sept cycles de négociation ont permis d’obtenir des progrès.<br />

Selon <strong>une</strong> étude de 2020, les salaires dans la branche des médias stagnent depuis 14 ans. (© Keystone-ATS)<br />

Depuis 2007, il n’existe que des conditions<br />

de travail standard à un très bas<br />

niveau, édictées unilatéralement par<br />

les entreprises, mais auc<strong>une</strong> règle minimale<br />

contraignante pour les chaînes<br />

de radio et de télévision de Suisse alémanique.<br />

<strong>Le</strong> salaire minimum auprès<br />

des chaînes privées s’élève actuellement<br />

à CHF 4’000.–. <strong>Le</strong>s salaires minimaux<br />

pour les stages, les expériences<br />

pratiques et le bénévolat ne sont pas<br />

réglés. <strong>Le</strong>s vacances ou les indemnités<br />

en cas de maladie, par exemple, correspondent<br />

au minimum légal ou sont<br />

à peine supérieures.<br />

Sept cycles de négociation avec<br />

l’association Telesuisse (TS) et l’association<br />

des radios privées alémaniques<br />

(VSP) ont permis d’obtenir des<br />

d’améliorations. TS a ainsi approuvé<br />

un salaire minimum de CHF 4’800<br />

pour les employé-e-s des chaînes de télévisions<br />

privées. En revanche, le VSP<br />

n’est pas encore disposé à accepter un<br />

salaire minimum de CHF 4’300.– pour<br />

le personnel des radios privées. <strong>Le</strong>s salaires<br />

pour les expériences pratiques<br />

doivent désormais s’élever à au moins<br />

CHF 1’500.– et ceux pour le bénévolat<br />

et les stages à au moins CHF 2’500.– à<br />

3’500.–, en fonction de l’année de formation.<br />

A ce jour, seul le TS a accepté<br />

ces conditions salariales, mais pas le<br />

VSP. <strong>Le</strong>s autres améliorations les plus<br />

importantes pour le personnel<br />

concernent l’augmentation des vacances<br />

de quatre à cinq semaines<br />

(pour les plus de 49 ans, de cinq à six<br />

semaines) et le maintien du salaire en<br />

cas de maladie, qui passe du minimum<br />

légal à 80 % pendant 720 jours.<br />

<strong>Le</strong>s résultats d’un sondage en ligne<br />

sont clairs : plus de 81 % des participant-e-s<br />

estiment que l’amélioration<br />

des salaires minimaux prime. Près de<br />

80 % considèrent que le salaire minimum<br />

perçu par le personnel des radios<br />

privées (CHF 4’300.–) est insuffisant.<br />

Pour 63 %, le salaire minimum<br />

versé par les chaînes de télévisions privées<br />

est suffisant. Certains indiquent<br />

aussi que l’évolution salariale ne tient<br />

pas suffisamment compte de l’expérience<br />

professionnelle. Il n’est dès<br />

lors pas étonnant que le personnel des<br />

entreprises de cette sous-branche y<br />

travaille moins longtemps qu’en<br />

moyenne. <strong>Le</strong>s prochaines négociations<br />

doivent porter avant tout sur<br />

l’amélioration du revenu.<br />

Idris Djelid<br />

Notre travail au sein de la<br />

branche TV-Radio privées<br />

Toujours plus vite, c’est<br />

aller trop vite<br />

David Roth, secrétaire central secteur logistique<br />

« Au suivant s’il vous plaît » – cette<br />

phrase a fait place aujourd’hui déjà<br />

dans de nombreux offices de poste à<br />

un strident « bing » suivi de l’annonce<br />

d’un chiffre. Ce son était déclenché,<br />

jusqu’ici, par le personnel de guichet.<br />

Désormais l’ordinateur va déclencher<br />

automatiquement le processus.<br />

<strong>Le</strong>s centers de contact connaissent<br />

cette réalité depuis longtemps. A<br />

peine <strong>une</strong> personne a-t-elle raccroché<br />

que la suivante est sur la ligne. Mais<br />

aussi dans la boîte de réception e-mail<br />

et dans la fenêtre de chat, de nouvelles<br />

tâches déferlent en continu.<br />

La cadence de travail ne cesse de<br />

s’accélérer. Elle est aussi mesurée de<br />

plus en plus précisément. Qu’en seraitil<br />

si les employé-e-s de guichet<br />

n’avaient besoin que de 5 secondes au<br />

lieu de 10 avant de passer à la prochaine<br />

cliente ? 422 heures de travail<br />

pourraient être ainsi économisées<br />

dans 800 offices de poste.<br />

Plus <strong>une</strong> minute ne reste aux employé-e-s<br />

pour souffler, se désaltérer<br />

ou attirer l’attention de la clientèle sur<br />

d’autres produits. C’est le serpent qui<br />

se mord la queue, car le prochain département<br />

ne manquera pas de se<br />

plaindre que trop peu de produits sont<br />

vendus.<br />

On voit bien que les préoccupations<br />

de l’entreprise et celles des employé-e-s<br />

ne sont pas contradictoires.<br />

Mais pour qu’un changement s’impose,<br />

il faudra beaucoup d’engagement<br />

de la part de la représentation du<br />

personnel et du <strong>syndicat</strong>. Et d’ici là<br />

continuera de résonner la phrase : « Au<br />

suivant s’il vous plaît ».


18<br />

<strong>Le</strong> monde<br />

du travail<br />

« Il est d’autant plus regrettable que cette affaire concerne<br />

La Poste, <strong>une</strong> entreprise de la Confédération » Marco Forte, secrétaire régional<br />

Stop à la précarité à La Poste !<br />

Au Tessin, <strong>une</strong> pétition a été lancée pour exiger de meilleures<br />

conditions salariales dans le secteur de la logistique, qui recourt<br />

à des contrats à durée déterminée aux bas salaires.<br />

Au centre logistique de la Poste à Cadenazzo, au Tessin, la précarité menace. (© <strong>syndicom</strong>)<br />

Au Tessin, un canton déjà connu pour<br />

ses salaires les plus bas de Suisse, des<br />

je<strong>une</strong>s dans leur premier emploi<br />

touchent aujourd’hui un salaire insuffisant<br />

pour vivre indépendamment.<br />

<strong>Le</strong>s chiffres parlent de 2000 à<br />

3000 francs par mois. L’employeur ?<br />

La Poste. Et comment est-ce possible ?<br />

Comme l’explique le secrétaire régional<br />

de <strong>syndicom</strong> Marco Forte, le personnel<br />

de la logistique est classé dans<br />

les fourchettes salariales les plus<br />

basses, indépendamment de son âge<br />

et de son expérience professionnelle.<br />

Par ailleurs, la plupart des employé-e-s<br />

du secteur sont actuellement engagé-e-s<br />

à temps partiel. Ce qui implique<br />

de bas salaires indignes. Enfin, <strong>une</strong><br />

flexibilité extrême est requise, qui<br />

rend difficile la recherche d’un second<br />

emploi. Même si la CCT donne au personnel<br />

la possibilité de fixer des jours<br />

de congé hebdomadaires, à convenir<br />

avec l’équipe et les responsables, ce<br />

processus se heurte très souvent à des<br />

résistances.<br />

Au Tessin, la quasi-totalité des<br />

nouveaux salarié-e-s de La Poste ont<br />

en effet été engagé-e-s avec des<br />

contrats à durée déterminée d’un an,<br />

donc en violation avec les conditions<br />

de la CCT. « Il s’agissait apparemment<br />

de tester les compétences des nouveaux<br />

employé-e-s », affirme Marco<br />

Forte. « Or l’employeur a déjà suffisamment<br />

de temps pour le faire durant<br />

la période d’essai de trois mois.<br />

Nous sommes donc intervenus et<br />

avons obtenu que les contrats des personnes<br />

(plus de 40, toutes à durée<br />

déterminée) nouvellement engagées à<br />

Lugano l’année dernière soient<br />

convertis en contrats à durée indéterminée,<br />

comme ce devrait être le cas. »<br />

Afin de dénoncer cette situation, <strong>syndicom</strong><br />

a lancé au Tessin <strong>une</strong> pétition<br />

pour mettre fin aux contrats à durée<br />

déterminée et à temps partiel qui<br />

conduisent à la précarité. « Il est d’autant<br />

plus regrettable que cette affaire<br />

concerne La Poste, <strong>une</strong> entreprise de<br />

la Confédération », conclut Marco<br />

Forte. Il est nécessaire d’agir au niveau<br />

national pour augmenter les salaires.<br />

Mais nous interviendrons aussi au niveau<br />

régional, si possible avec des<br />

groupes de travail, pour trouver des solutions<br />

concrètes et rapides permettant<br />

d’augmenter les taux d’occupation.<br />

Giovanni Valerio<br />

Violation de la sphère<br />

privée par voies<br />

détournées<br />

Daniel Hügli, responsable du secteur TIC et<br />

membre du comité directeur<br />

<strong>Le</strong> courriel du Département fédéral de<br />

justice et police arrive sans éveiller<br />

de soupçons : <strong>syndicom</strong> est invité à la<br />

consultation sur les révisions partielles<br />

des ordonnances sur la LSCPT<br />

(la loi sur la surveillance de la correspondance<br />

par poste et télécommunication).<br />

Alors qu’il semble être question de<br />

prime abord d’ajustements résultant<br />

de la technologie 5G dans le domaine<br />

de la téléphonie mobile, il devient<br />

clair au fil de la discussion avec les<br />

personnes concernées que les effets<br />

induits par les révisions partielles<br />

pourraient avoir un plus grand impact.<br />

Avant tout concernant la protection<br />

de la sphère privée et l’autodétermination<br />

individuelle en matière<br />

d’information, qui seraient affaiblies.<br />

A l’heure actuelle, on ignore en<br />

outre quel fournisseur de services de<br />

télécommunication et de services de<br />

communication dérivés entre dans<br />

quelle catégorie d’institutions obligées<br />

de collaborer, tenues par conséquent<br />

de remplir de nouvelles obligations<br />

en matière de surveillance.<br />

Cela crée <strong>une</strong> situation de flou juridique,<br />

qui implique des risques commerciaux<br />

massifs, en particulier pour<br />

les entreprises dont le modèle commercial<br />

repose sur <strong>une</strong> solide protection<br />

des données et le codage de la<br />

communication de bout en bout. En<br />

conséquence, des entreprises particulièrement<br />

respectueuses de la vie privée<br />

telles que Proton (avec des services<br />

de messagerie et de réseau privé virtuel/VPN)<br />

ou Threema (chat) pourraient<br />

être contraintes de quitter notre<br />

pays. Or elles offrent plusieurs centaines<br />

d’emplois en Suisse. Nous devons<br />

donc tout mettre en œuvre pour<br />

éviter que le pôle économique et scientifique<br />

suisse s’affaiblisse.<br />

C’est pourquoi <strong>syndicom</strong> s’engage<br />

également dans la consultation pour<br />

<strong>une</strong> meilleure protection de la sphère<br />

privée.


« La pandémie a aussi eu des effets positifs sur notre travail<br />

parce qu’elle a boosté la transformation numérique » Beatrice Fontana<br />

19<br />

« Un être humain se trouve<br />

derrière chaque dossier »<br />

Beatrice Fontana, responsable de la caisse de chômage <strong>syndicom</strong>,<br />

nous a accordé un entretien dans lequel elle décrpyte son<br />

fonctionnement, le lien avec le <strong>syndicat</strong> et les défis actuels.<br />

Quel est le lien entre le <strong>syndicat</strong> <strong>syndicom</strong><br />

et la caisse de chômage <strong>syndicom</strong><br />

? S’agit-il d’<strong>une</strong> caisse interne au<br />

<strong>syndicat</strong> pour nos membres ?<br />

Non, nous sommes <strong>une</strong> caisse de chômage<br />

ordinaire, ouverte à tout le<br />

monde. Toute personne qui se retrouve<br />

au chômage peut s’inscrire<br />

chez nous. Même si notre caisse de<br />

chômage porte le nom de <strong>syndicom</strong>,<br />

nous sommes indépendants du <strong>syndicat</strong><br />

au niveau de l’organisation, bien<br />

que <strong>syndicom</strong> soit l’entité responsable<br />

de la CCh. <strong>Le</strong> SECO prescrit également<br />

<strong>une</strong> séparation physique pour<br />

mettre en évidence la séparation institutionnelle.<br />

Nous n’avons d’ailleurs<br />

pas nos bureaux au siège du <strong>syndicat</strong> à<br />

Monbijou, mais à la Looslistrasse, à<br />

l’ouest de Berne. <strong>Le</strong>s membres de <strong>syndicom</strong><br />

ne peuvent pas non plus bénéficier<br />

d’un traitement privilégié, ce qui<br />

ne doit pas nous empêcher d’attirer<br />

parfois l’attention sur les possibilités<br />

de réseautage interne et les connaissances<br />

de la branche.<br />

Que se passe-t-il concrètement<br />

lorsqu’<strong>une</strong> personne s’inscrit au<br />

chômage chez vous ?<br />

Nous clarifions le plus efficacement<br />

possible le droit aux allocations de<br />

chômage, conseillons la clientèle sur<br />

ses droits et ses devoirs et tentons de<br />

créer un climat de confiance. <strong>Le</strong>s personnes<br />

sans emploi vivent des moments<br />

difficiles, c’est pourquoi nous<br />

cherchons à comprendre leur situation<br />

et à ne jamais oublier que des<br />

êtres humains se trouvent derrière les<br />

quelque 1200 dossiers de notre CCh. A<br />

la fin de la journée, le véritable objectif<br />

de notre travail est de s’assurer que le<br />

paiement mensuel des allocations de<br />

chômage se déroule sans problème via<br />

le système ASAL.<br />

La pandémie a-t-elle eu un impact sur<br />

votre travail ?<br />

Et comment ! Pendant la crise sanitaire,<br />

nous avons été confrontés à des<br />

défis inédits. <strong>Le</strong>s demandes d’allocations<br />

de chômage ont bondi. Dans le<br />

canton de Zurich, elles ont doublé.<br />

L’ensemble du personnel a dû fournir<br />

temporairement du travail supplémentaire<br />

et travailler aussi au pied<br />

levé le samedi. Je profite ici de remercier<br />

encore <strong>une</strong> fois chaleureusement<br />

tous les collaborateurs et collaboratrices<br />

de leur engagement exceptionnel.<br />

Dans le même temps, la centrale<br />

et les bureaux de paiement extérieurs<br />

ont dû fermer et être réorganisés rapidement<br />

en raison de l’obligation de télétravailler.<br />

Nous avons dû aménager<br />

les postes de travail à domicile, garantir<br />

la disponibilité téléphonique et informer<br />

les assuré-e-s.<br />

Tout cela a dû être fatigant ! La normalité<br />

est-elle revenue entre-temps ?<br />

Oui, depuis <strong>une</strong> année, nous sommes<br />

revenus à la vie d’avant. Mais la pandémie<br />

a également eu des effets positifs<br />

sur notre travail parce qu’elle a boosté<br />

la transformation numérique. Dans le<br />

Job-Room du SECO, les demandeurs<br />

d’emploi peuvent désormais remplir<br />

tous les formulaires en ligne et y<br />

joindre directement les annexes correspondantes.<br />

Nous gagnons ainsi<br />

beaucoup de temps, car la paperasserie<br />

a considérablement diminué.<br />

Interview : Nick Manouk<br />

<strong>Le</strong> site de la caisse de<br />

chômage <strong>syndicom</strong><br />

Une partie de l’équipe de la caisse de chômage <strong>syndicom</strong> (de g. à d.): Beatrice Fontana, Daniela Ramseier, Rahel Ganz, Hans-Peter Haftka. (© Alexander Egger)


20<br />

<strong>Le</strong> monde<br />

du travail<br />

« <strong>Le</strong> NPS évalue l’entreprise, pas les employé-e-s.<br />

Ce résultat ne doit pas influencer le salaire. » Miriam Berger<br />

Clientèle satisfaite, salaire plus<br />

élevé ?<br />

Voilà <strong>une</strong> question de plus en plus fréquente sur Internet :<br />

« Quelle est la probabilité que vous nous recommandiez ? » De<br />

plus en plus souvent, notre réponse détermine aussi le salaire<br />

des employé-e-s.<br />

<strong>Le</strong> Net Promoter Score, en abrégé<br />

NPS, est un indicateur permettant<br />

de mesurer le degré de fidélisation<br />

de la clientèle à <strong>une</strong> entreprise.<br />

L’évaluation repose sur <strong>une</strong> enquête,<br />

qui calcule l’intention de recommandation<br />

sur <strong>une</strong> échelle de<br />

notation allant de 0 (très peu vraisemblable)<br />

à 10 (très vraisemblable).<br />

Elle permet d’identifier trois catégories<br />

de clients : les promoteurs qui<br />

indiquent <strong>une</strong> valeur située entre 9<br />

et 10 , les clients passifs (notes entre<br />

7 et 8) et les détracteurs (notes entre<br />

0 et 6).<br />

<strong>Le</strong> NPS est <strong>une</strong> préoccupation majeure de bon nombre d’employé-e-s Swisscom Shop. (© Keystone-ATS)<br />

<strong>Le</strong>s prestataires apprécient énormément<br />

de pouvoir mesurer la fidélité de<br />

la clientèle au moyen du NPS (voir<br />

encadré). C’est compréhensible, d’autant<br />

qu’il s’avère que si l’on interroge<br />

activement la clientèle sur la probabilité<br />

d’<strong>une</strong> recommandation, cela peut<br />

déjà entraîner un degré de satisfaction<br />

plus élevé. La prise de contact avec les<br />

sondé-e-s qui se sont exprimé-e-s en<br />

termes négatifs permet d’identifier ce<br />

qui a conduit à la dévalorisation, et<br />

des mesures peuvent être définies en<br />

vue d’<strong>une</strong> amélioration.<br />

En revanche, pour mesurer la prestation<br />

de travail, le NPS est absolument<br />

inapproprié. <strong>Le</strong>s employé-e-s représentent<br />

l’entreprise dans le contact<br />

avec la clientèle. Avec le NPS, ils-elles<br />

sont rendu-e-s responsables de ce<br />

pour quoi l’ensemble de l’entreprise<br />

doit poser les jalons.<br />

Il arrive souvent que les entreprises<br />

recourent au NPS aussi pour<br />

calculer les parts de salaire individuelles.<br />

<strong>Le</strong> NPS, utilisé en tant que critère<br />

de réalisation des objectifs, devient<br />

alors un facteur de stress inutile<br />

qu’il est impossible de modifier par sa<br />

propre action. Pour augmenter la qualité<br />

du service, il faut un bon processus<br />

de feed-back et des formations sérieuses,<br />

mais pas des systèmes salariaux<br />

démotivants.<br />

La problématique de l’augmentation<br />

constante des parts de salaire variables<br />

saute aux yeux. La productivité<br />

augmente certes pour des activités qui<br />

sont rémunérées de manière variable.<br />

Mais cela prétérite les autres domaines.<br />

Par exemple, la rémunération<br />

calculée sur le chiffre d’affaires incite<br />

uniquement à vendre le plus de produits<br />

possible. Or cette démarche ne<br />

conduit pas à un succès durable, car<br />

elle détruit la confiance de la clientèle.<br />

Il s’agit par conséquent de dissocier le<br />

salaire du Net Promoter Score et de<br />

miser sur des parts de salaire fixes<br />

plus élevées.<br />

Miriam Berger<br />

Relancer l’aide aux<br />

médias<br />

Stephanie Vonarburg, responsable du secteur<br />

Médias et vice-présidente<br />

Lors des dernières votations, le peuple<br />

a rejeté le paquet d’aide aux médias.<br />

Beaucoup n’ont pas apprécié que ce<br />

projet prévoie <strong>une</strong> aide financée par<br />

les fonds publics aussi pour les<br />

grandes maisons d’édition. En tant<br />

que <strong>syndicat</strong>, nous avions accepté le<br />

compromis et défendu le projet pour<br />

les professionnel-le-s des médias, les<br />

médias en ligne et les petites maisons<br />

d’édition. Dans un proche avenir, le<br />

refus va impacter certains petits<br />

médias et se répercuter sur leurs<br />

employé-e-s et un grand nombre<br />

d’indépendant-e-s. Première victime :<br />

le <strong>magazine</strong> scientifique higgs.ch, qui<br />

doit mettre la clé sous le paillasson.<br />

<strong>Le</strong>s soutiens en faveur du Conseil<br />

de la presse, des centres de formation<br />

pour les journalistes et des agences de<br />

presse n’ont guère été contestés. Nous<br />

nous engageons à nouveau pour cette<br />

aide, tous partis confondus. Car les<br />

initiatives et les institutions dont bénéficie<br />

le journalisme indépendant<br />

font face à <strong>une</strong> forte pression financière.<br />

Or elles sont indispensables<br />

pour défendre les intérêts des professionnel-le-s<br />

des médias et promouvoir<br />

la qualité de ces derniers.<br />

Par ailleurs, un nouvel élan se dessine<br />

en Suisse romande et à Bâle-Ville<br />

pour soutenir les médias régionaux au<br />

niveau cantonal. <strong>Le</strong> colloque de début<br />

mai à Lausanne, auquel <strong>syndicom</strong> a<br />

collaboré, visait à chercher de nouvelles<br />

pistes pour créer <strong>une</strong> fondation<br />

publique financée par les cantons en<br />

vue de soutenir directement le journalisme.<br />

Un pas dans la bonne direction.


« <strong>Le</strong>s négociations de salaire collectives garantissent des<br />

augmentations de salaire justes pour toutes et tous » Matthias Loosli<br />

21<br />

<strong>Le</strong>s augmentations salariales ne<br />

tombent pas du ciel<br />

La CCT de La Poste prévoit chaque année des négociations pour<br />

l’augmentation des salaires.<br />

<strong>syndicom</strong> exige de meilleures conditions de travail au sein d’<strong>une</strong> branche éprouvante. (© Keystone-ATS)<br />

Avant de recevoir ton augmentation de<br />

salaire, le 25 avril, un long processus<br />

se déroule. En amont, l’USS publie régulièrement<br />

ses pronostics en matière<br />

de pouvoir d’achat et de développement<br />

économique. En novembre, La<br />

Poste informe sur la marche des affaires.<br />

Ces informations sont des<br />

bases importantes pour les négociations,<br />

tout comme les comparaisons<br />

avec la concurrence. Il s’agit aussi<br />

d’observer l’évolution générale du niveau<br />

des prix et des salaires. Ensuite,<br />

les comités d’entreprise des <strong>syndicat</strong>s<br />

mandatent la direction du secteur<br />

pour qu’elle formule <strong>une</strong> revendication<br />

salariale concrète. Sur cette base,<br />

<strong>syndicom</strong> remet sa revendication à<br />

l’employeur avant la Saint-Nicolas.<br />

<strong>Le</strong>s négociations débutent. Deux à<br />

trois dates de séance sont convenues.<br />

<strong>Le</strong>s délégations se retrouvent et négocient<br />

l’augmentation de la masse salariale<br />

et du type de versement : augmentation<br />

générale pour tout le<br />

monde, versements uniques ou<br />

primes de performance ? On sonde les<br />

possibilités, on recherche des solutions<br />

et on négocie un compromis.<br />

Une fois le compromis obtenu, la direction<br />

du secteur retourne auprès de<br />

l’organe compétent pour demander<br />

de le ratifier : chez <strong>syndicom</strong>, ce sont<br />

les représentant-e-s élu-e-s au comité<br />

d’entreprise qui décident. A La Poste,<br />

la décision relève du conseil d’administration.<br />

Une fois que les deux organes<br />

ont donné leur feu vert, le résultat<br />

est inscrit dans un accord et signé<br />

par les parties à la CCT.<br />

Commence alors la mise en œuvre.<br />

<strong>syndicom</strong> programme le calculateur<br />

de salaires. <strong>Le</strong> département des finances<br />

de La Poste prépare le versement<br />

avec le salaire d’avril. Puis enfin<br />

l’argent arrive sur ton compte. Il ne<br />

tombe donc pas du ciel. <strong>Le</strong> processus<br />

semble complexe mais il est moins<br />

compliqué que si chaque employé-e<br />

devait négocier son propre salaire. <strong>Le</strong>s<br />

négociations de salaire collectives garantissent<br />

des augmentations de salaire<br />

justes pour toutes et tous. C’est<br />

ainsi que le secteur Logistique a récemment<br />

obtenu de bons résultats<br />

dans cette négociation salariale. Découvre<br />

d’ailleurs ton nouveau salaire<br />

grâce à notre calculateur de salaire !<br />

Matthias Loosli<br />

<strong>Le</strong> calculateur de salaire pour les<br />

employé-e-s de la Poste<br />

Une assurance inscrite<br />

dans la Constitution<br />

Patrizia Mordini, responsable de l’égalité et<br />

membre du comité directeur<br />

<strong>Le</strong> secteur Médias a élaboré un projet<br />

d’assurance perte d’activité pour les<br />

personnes exerçant <strong>une</strong> activité indépendante<br />

(APA-I) en collaboration<br />

avec la Haute école spécialisée de la<br />

Suisse du Nord-Ouest. Cette assurance<br />

est <strong>une</strong> idée innovante, qui<br />

comble <strong>une</strong> lac<strong>une</strong> importante. Elle<br />

offrirait <strong>une</strong> meilleure protection sociale<br />

aux personnes exerçant <strong>une</strong> activité<br />

indépendante.<br />

La loi sur l’assurance-chômage est<br />

entrée en vigueur en 1951 – sans être<br />

encore obligatoire à l’époque pour<br />

l’ensemble de la Suisse. On ignore<br />

souvent qu’<strong>une</strong> assurance-chômage<br />

facultative figure dans la Constitution<br />

fédérale depuis 1976. L’article 114,<br />

qui traite de l’assurance-chômage<br />

(AC), précise : « <strong>Le</strong>s personnes exerçant<br />

<strong>une</strong> activité indépendante<br />

peuvent s’assurer à titre facultatif. »<br />

Adrian Zimmermann, historien et<br />

membre du comité du GI Indépendant-e-s,<br />

est <strong>une</strong> véritable encyclopédie<br />

ambulante et un spécialiste de<br />

l’histoire du mouvement ouvrier. Il a<br />

découvert au fil de ses recherches que<br />

ce passage a été rédigé en 1976, après<br />

la crise économique, lorsque l’AC a dû<br />

être déclarée de toute urgence obligatoire<br />

pour presque tous les salariés.<br />

Une assurance-chômage facultative<br />

pour les personnes exerçant <strong>une</strong> activité<br />

indépendante est donc <strong>une</strong> disposition<br />

de la Constitution qui n’est<br />

pas mise en œuvre dans la loi. Et il est<br />

temps que ça change !


22 Politique<br />

« La sécurité des journalistes<br />

reste l’un de nos principaux<br />

défis »<br />

Du 31 mai au 3 juin, des centaines de représentant-e-s de <strong>syndicat</strong>s<br />

et d’associations de journalistes du monde entier se réuniront<br />

à Oman pour le 31 e Congrès de la Fédération internationale<br />

des journalistes (FIJ). Une quarantaine de motions,<br />

d’assemblées et de débats composent le programme du<br />

congrès, qui se déroulera dans le contexte complexe du conflit<br />

russo-ukrainien et sur fond dramatique de 25 journalistes assassiné-e-s,<br />

au cours des cinq premiers mois de cette année,<br />

dans différentes régions du monde.<br />

Rencontre avec Anthony Bellanger, secrétaire général de la FIJ<br />

Texte : Sergio Ferrari<br />

Image : Frédéric Moreau de Bellaing<br />

Comme vous l’exprimez dans le rapport<br />

pour le Congrès d’Oman, les<br />

journalistes, la FIJ, la planète Terre<br />

clôturent <strong>une</strong> période (les quatre<br />

dernières années) marquée par ce<br />

qui fut peut-être la crise mondiale<br />

contemporaine la plus traumatisante.<br />

Rétrospectivement, quelle réflexion<br />

fondamentale en tirez-vous<br />

quant à l’exercice du journalisme<br />

durant toute cette période ?<br />

Depuis notre congrès de Tunis<br />

(2019), je constate que la FIJ, <strong>une</strong><br />

fois encore, a permis à ses affilié-e-s<br />

de bien se défendre pendant la pandémie<br />

en proposant la Plateforme<br />

mondiale pour un journalisme de<br />

<strong>Le</strong> journalisme et<br />

l’information de<br />

qualité doivent<br />

demeurer des<br />

biens publics<br />

qualité, qui est <strong>une</strong> sorte de boîte à<br />

outils pour sortir de la crise, par des<br />

propositions économiques essentiellement.<br />

Bien entendu, je n’oublie<br />

pas les nombreux-ses journalistes<br />

qui ont perdu leur emploi car<br />

beaucoup de médias ont fermé lors<br />

de la crise économique qui a suivi la<br />

pandémie et l’arrêt généralisé de<br />

toute la planète ou presque. C’est la<br />

pire crise que la FIJ ait eu à gérer depuis<br />

la Seconde Guerre mondiale.<br />

Des centaines de délégué-e-s du<br />

monde entier se rencontreront dans<br />

quelques jours à Oman pour participer<br />

au congrès de la FIJ. Quels sont<br />

les principaux défis et attentes du<br />

secrétariat de la FIJ pour cet événement<br />

?<br />

Pour la première fois en 100 ans, la<br />

FIJ organisera un congrès mondial<br />

au Moyen-Orient. La grande question<br />

qui sera débattue, outre les motions<br />

ordinaires, sera la sécurité et<br />

la protection des journalistes et des<br />

travailleurs-ses des médias, après la<br />

publication de la Convention de la<br />

FIJ destinée aux Nations Unies. Trop<br />

de meurtres demeurent impunis – 9<br />

sur 10 – et l’ONU doit maintenant<br />

prendre ses responsabilités. Nous<br />

recevrons d’ailleurs à Mascate,<br />

Oman, des familles de victimes, issues<br />

des cinq régions du monde, qui<br />

parleront de leur calvaire : ne pas savoir<br />

qui a assassiné leur proche,<br />

sans espoir de justice.<br />

Ce congrès se réunira dans le<br />

contexte d’<strong>une</strong> nouvelle crise mondiale,<br />

le conflit Russie-Ukraine.


Fondée en 1926, la FIJ, qui se décrit comme « la voix mondiale des journalistes », regroupe 187 <strong>syndicat</strong>s,<br />

associations et fédérations à travers plus de 140 pays. Cette organisation qui agit comme plateforme mondiale<br />

pour un journalisme de qualité représente aujourd’hui pas moins de 600 000 professionnel-le-s des médias.<br />

23<br />

Dans quelle mesure pensez-vous<br />

que la FIJ, en tant qu’organisation<br />

mondiale, pourra parvenir à des<br />

consensus dans <strong>une</strong> situation géopolitique<br />

aussi complexe ?<br />

Oui, la situation géopolitique est<br />

complexe, mais ce n’est pas nouveau<br />

pour nous. La FIJ, en tant<br />

qu’organisation mondiale, a finalement<br />

les mêmes problèmes que les<br />

Nations Unies. Notre mot d’ordre<br />

reste le même : le journalisme et<br />

l’information de qualité doivent demeurer<br />

des biens publics. Quels que<br />

soient les drapeaux, les systèmes politiques<br />

ou les liens diplomatiques.<br />

La lumière de l’information doit<br />

rester allumée sur notre planète.<br />

Si l’on analyse le rapport de la FIJ<br />

pour ces quatre dernières années,<br />

il y a trois éléments annexés qui<br />

semblent essentiels dans cette étape<br />

de construction de nouveaux paradigmes<br />

et références pour le journalisme<br />

mondial. La Charte éthique<br />

mondiale des journalistes, approuvée<br />

lors du précédent congrès à<br />

Tunis en 2019 ; la prise de position<br />

du Comité exécutif en 2020 sur le<br />

harcèlement sexuel et la Plateforme<br />

mondiale pour un journalisme de<br />

qualité développée pendant la pandémie.<br />

Quel a été l’impact de ces<br />

piliers de réflexion et de référence ?<br />

Ces documents, <strong>une</strong> fois adoptés<br />

par nos instances internationales,<br />

sont devenus de facto des références<br />

pour l’ensemble des rédactions et<br />

des journalistes dans le monde. Ils<br />

servent avant tout à nos consœurs et<br />

confrères sur le terrain. Nombre<br />

d’entre eux les utilisent quand il<br />

n’existe pas de Charte éthique dans<br />

leur pays ou que la question du harcèlement<br />

est vue différemment par<br />

d’autres pays et cultures. Si la FIJ<br />

l’écrit, le publie et le fait savoir partout<br />

dans le monde, cela permet à<br />

nos <strong>syndicat</strong>s de s’en emparer et de<br />

le défendre sur le terrain.<br />

La lumière de<br />

l’information doit<br />

rester allumée sur<br />

notre planète<br />

Quels sont les grands thèmes<br />

d’avenir, pour les quatre prochaines<br />

années, sur lesquels la FIJ devrait<br />

travailler, afin de produire un cadre<br />

de référence paradigmatique pour<br />

la profession ?<br />

On parle toujours de l’avenir du<br />

journalisme car c’est toujours <strong>une</strong><br />

vraie question depuis plusieurs décennies.<br />

Même si l’avenir n’est pas<br />

toujours réjouissant, en tant que<br />

journaliste, on ne joue pas le rôle de<br />

« voyants » et on se contente de travailler<br />

sur le terrain syndical et aussi<br />

celui de la sécurité et de la protection<br />

des journalistes. Nos discussions<br />

à l’ONU devraient nous<br />

prendre énormément de temps et<br />

d’énergie ces prochaines années.<br />

Mais il en va de la mémoire de nos<br />

consœurs et confrères assassiné-e-s<br />

et de la protection de celles et ceux<br />

qui sont menacé-e-s tous les jours.<br />

Si j’analyse les motions que les<br />

<strong>syndicat</strong>s de la FIJ présenteront à<br />

Oman, sur quelque 40, près de la<br />

moitié d’entre elles font référence à<br />

la sécurité, à la persécution des journalistes,<br />

à des scandales tels que<br />

Pegasus... Y a-t-il un défi en suspens<br />

pour la FIJ à cet égard, dans un<br />

monde où la liberté de la presse<br />

semble être de plus en plus menacée<br />

par des mécanismes répressifs,<br />

la criminalisation de l’activité journalistique<br />

et les tendances monopolistiques<br />

de la concentration des<br />

médias ?<br />

Il s’agit d’un aspect essentiel de tout<br />

notre travail en tant que fédération.<br />

Dans quatre ans la FIJ fêtera son<br />

100 e anniversaire. De quoi la FIJ devrait-elle<br />

rêver pour sa 100 e année ?<br />

Ce sera sans aucun doute un moment<br />

historique ! Qui, parmi les<br />

pères fondateurs, notamment le<br />

Français Georges Bourdon, premier<br />

président de la FIJ en 1926, aurait<br />

pu imaginer que la FIJ fêterait son<br />

centenaire ? Ce sera au prochain Comité<br />

exécutif d’organiser tout cela<br />

et de définir le lieu de ce centenaire<br />

en 2026 et surtout de son programme,<br />

qui restera comme un<br />

grand moment pour nous tous. Plusieurs<br />

<strong>syndicat</strong>s se préparent déjà<br />

sérieusement, mais je ne peux pas<br />

en dire plus pour le moment...<br />

Paix, dignité<br />

et solidarité<br />

<strong>Le</strong> conflit en Ukraine a aussi été<br />

thématisé à l’assemblée des délégué-e-s<br />

de l’Union syndicale suisse<br />

(USS), qui s’est tenue début mai à<br />

Berne. Une syndicaliste ukrainienne<br />

y a donné <strong>une</strong> description dramatique<br />

de la situation dans son pays.<br />

Comme à l’accoutumée, ce sont les<br />

plus faibles et les plus pauvres qui<br />

supportent le plus lourd fardeau de<br />

la guerre. Raison pour laquelle<br />

l’USS se joint à l’appel du mouvement<br />

syndical international pour<br />

exiger le retrait des soldats russes<br />

du territoire ukrainien. Et elle s’engage<br />

en faveur d’un soutien financier<br />

et humanitaire à l’Ukraine et<br />

aux personnes réfugiées dans notre<br />

pays.<br />

Garantir le pouvoir d’achat<br />

Pendant l’assemblée, les délégué-e-s<br />

ont approuvé diverses résolutions<br />

en faveur de mesures de<br />

<strong>lutte</strong> contre la perte du pouvoir<br />

d’achat. Pour la première fois depuis<br />

2008, les prix à la consommation<br />

augmentent à nouveau. Nous<br />

avons donc besoin d’<strong>une</strong> augmentation<br />

généralisée des salaires et<br />

d’<strong>une</strong> adaptation des rentes de<br />

l’AVS et du 2 e pilier à l’inflation. Par<br />

ailleurs, pour faire face à l’explosion<br />

annoncée des primes des caisses<br />

maladie, il faut sans tarder des réductions<br />

de primes plus élevées.<br />

A cet effet, un modèle de financement<br />

global s’impose, qui permette<br />

à la fois la création de réserves et la<br />

mise en œuvre correcte et complète<br />

de l’initiative « Pour des soins infirmiers<br />

forts », acceptée par le peuple<br />

en novembre dernier. L’USS exige<br />

en particulier que toutes les travailleuses<br />

et tous les travailleurs<br />

gagnent au moins 4 000 francs par<br />

mois (×13) pour un emploi à plein<br />

temps. Et que personne ne doive<br />

payer plus de 10 % de son revenu<br />

disponible pour la caisse maladie.<br />

Enfin, l’USS continuera à combattre<br />

les projets de baisse d’impôts antisociaux,<br />

comme la suppression de<br />

l’impôt anticipé, sur lequel nous<br />

voterons en septembre.<br />

Giovannni Valerio


24 Politique<br />

Loi sur l’égalité, où en<br />

sommes-nous ?<br />

En marge de la grève féministe du 14 juin, nous avons rencontré<br />

Claudia Kaufmann et Sabine Steiger-Sackmann, dont la<br />

3 e édition du (très complet) commentaire de la loi sur l’égalité<br />

vient d’être publiée.<br />

Interview : Robin Moret<br />

Image : Keystone-ATS<br />

Quels sont les objectifs et le<br />

domaine d’application de la loi sur<br />

l’égalité ?<br />

La loi sur l’égalité a pour objectif de<br />

<strong>lutte</strong>r contre les rôles, les attentes et<br />

les attributions de genres courants<br />

dans la société et peu remis en question,<br />

afin d’éliminer les discriminations<br />

existantes dans tous les domaines<br />

de la formation et de la vie<br />

professionnelles et de permettre<br />

<strong>une</strong> égalité effective. Cet objectif n’a<br />

pas changé depuis ces 25 dernières<br />

années. Il est toujours d’actualité.<br />

Avez-vous traité de nouvelles thématiques<br />

dans votre 3 e édition du commentaire<br />

sur la LEg ?<br />

Oui, deux aspects en particulier<br />

comptent : d’<strong>une</strong> part, la reconnaissance<br />

du concept de discrimination<br />

multiple, – donc des réalités multidimensionnelles<br />

de la discrimination<br />

–, et son importance dans l’interprétation<br />

de la loi sur l’égalité.<br />

D’autre part, lors de l’adoption<br />

de la loi, on est parti de l’attribution<br />

traditionnelle, soit de la binarité<br />

femme et homme. La conscience du<br />

lien étroit, parfois indissociable,<br />

avec tous les éléments de l’orientation<br />

sexuelle manquait largement.<br />

Elle faisait même totalement défaut<br />

en ce qui concerne l’identité de<br />

genre. La compréhension limitée de<br />

ce lien conduit à consolider et<br />

même bétonner les stéréotypes. Elle<br />

favorise par conséquent la discrimination<br />

liée à l’orientation sexuelle et<br />

celle fondée sur <strong>une</strong> identité de<br />

genre non binaire, excluant ainsi<br />

ces personnes. Enfin, dans cette<br />

nouvelle édition, il s’agissait de tenir<br />

compte de la révision de la LEg<br />

de 2021, donc d’inclure des analyses<br />

salariales limitées et temporaires.<br />

Comment évaluez-vous son<br />

efficacité jusqu’à présent ?<br />

<strong>Le</strong> bilan est mitigé : d’un côté, plus<br />

auc<strong>une</strong> entreprise n’ignore aujourd’hui<br />

qu’elle est tenue de payer un<br />

salaire égal pour un travail égal.<br />

Mais beaucoup n’ont pas<br />

conscience qu’elles doivent <strong>lutte</strong>r<br />

contre les discriminations dans<br />

l’ensemble de la relation de travail.<br />

Par exemple, à l’embauche, dans<br />

l’attribution des tâches, la promotion,<br />

l’évolution de carrière, et en<br />

cas de harcèlement sexuel. Il est positif<br />

également que la loi déploie un<br />

effet préventif, en particulier<br />

concernant la protection contre le<br />

harcèlement sexuel.<br />

D’un autre côté, alors que la loi<br />

existe depuis 25 ans, son large<br />

champ d’application et les facilités<br />

de procédure au sein de la magistrature<br />

et des tribunaux restent peu<br />

connus. L’instrument de l’action<br />

collective, dans sa forme actuelle,<br />

n’a guère porté ses fruits, car il est<br />

trop rarement utilisé et ne permet<br />

que des actions en constatation de<br />

droit mais non des actions en exécution<br />

d’<strong>une</strong> prestation, qui permettraient<br />

de suspendre la prescription.<br />

Aujourd’hui, trop de femmes sont<br />

victimes de discriminations liées à<br />

leur grossesse et à leur maternité.<br />

Que devons-nous exiger de la politique<br />

pour améliorer la situation ?<br />

Plusieurs tentatives d’extension de<br />

l’allègement du fardeau de la preuve<br />

en cas de discrimination à l’embauche<br />

et de harcèlement sexuel ont<br />

jusqu’ici échoué au Parlement. <strong>Le</strong>s<br />

recommandations résultant de<br />

l’évaluation de la LEg n’ont pas encore<br />

été mises en œuvre, en particulier<br />

l’introduction d’<strong>une</strong> action des<br />

autorités. Il est choquant que la<br />

concrétisation de l’égalité, inscrite<br />

dans la Constitution, incombe uniquement<br />

aux personnes concernées.<br />

Où se situe la Suisse par rapport à<br />

l’Europe sur ces thématiques ?<br />

La LEg a repris initialement le régime<br />

juridique alors progressiste de<br />

l’UE. Mais l’évolution internationale<br />

s’est poursuivie, sans que la Suisse<br />

ait suivi de manière systématique.<br />

Procurez-vous le nouveau<br />

commentaire de la loi sur<br />

l’égalité dès à présent


Droit au but !<br />

25<br />

Cher service juridique,<br />

Je travaille comme graphiste à 80 % dans <strong>une</strong><br />

agence de publicité. Depuis novembre 2021, je<br />

suis la fière maman d’<strong>une</strong> fille. Mon partenaire et<br />

moi-même, nous nous sommes mis d’accord<br />

pour endosser si possible à parts égales le<br />

travail rémunéré, les tâches ménagères et les<br />

responsabilités familiales. Je souhaitais donc<br />

réduire mon taux d’occupation à 60 %. Mon chef<br />

a refusé et menacé de me licencier. Dans le<br />

même temps, il a autorisé un collègue de travail<br />

à réduire son taux d’occupation de 20 % pour<br />

suivre <strong>une</strong> formation continue en cours d’emploi.<br />

Que puis-je faire contre la décision de mon<br />

chef ?<br />

Quelles conséquences juridiques entraîne<br />

l’infraction à la loi sur l’égalité ? Comment m’y<br />

prendre pour intervenir contre mon employeur ?<br />

Ma situation financière est actuellement tendue.<br />

Combien coûte <strong>une</strong> procédure judiciaire si je fais<br />

valoir que je suis victime de discrimination en<br />

raison de ma maternité ?<br />

L’art. 3 al. 1 de la loi sur l’égalité (LEg) interdit la<br />

discrimination des travailleuses sur le lieu de travail<br />

à cause de leur situation familiale. Selon l’art. 3<br />

al. 2 LEg, cette interdiction s’applique aussi à<br />

l’aménagement des conditions de travail, dont fait<br />

partie la réduction souhaitée du taux d’occupation.<br />

La discrimination d’<strong>une</strong> femme est interdite non<br />

seulement pendant la grossesse, mais aussi après<br />

son retour au travail du fait qu’elle est devenue<br />

mère. Votre employeur a donc enfreint la loi sur<br />

l’égalité.<br />

Toute personne qui subit <strong>une</strong> discrimination au<br />

sens de l’art. 3 LEg peut demander au tribunal<br />

d’interdire la discrimination qu’elle encourt, de<br />

faire cesser la discrimination si elle persiste ou de<br />

constater l’existence de la discrimination si le<br />

trouble qu’elle a créé subsiste. Si votre employeur<br />

résilie les rapports de travail parce que vous faites<br />

valoir un droit au sens de la LEg, vos chances de<br />

recevoir <strong>une</strong> indemnité seraient relativement<br />

bonnes. S’il existe un lien entre la maternité, l’inégalité<br />

de traitement par rapport à votre collègue<br />

masculin et le licenciement, un-e juge qualifiera<br />

très probablement ce licenciement d’abusif en<br />

application de l’art. 5 al. 2 LEg. Attention : même<br />

un licenciement abusif déploie un effet légal et met<br />

fin aux rapports de travail.<br />

La procédure prévue par la loi sur l’égalité est gratuite.<br />

<strong>Le</strong>s offices de conciliation et les tribunaux ne<br />

perçoivent pas de frais de procédure. En cas d’<strong>une</strong><br />

éventuelle représentation juridique, les deux parties<br />

doivent assumer des coûts. La procédure judiciaire,<br />

contrairement à la conciliation, n’est pas<br />

gratuite. Celui/celle qui perd dans la procédure<br />

doit supporter les frais de représentation juridique<br />

des deux parties. Une assurance de protection juridique<br />

privée, <strong>une</strong> association professionnelle ou<br />

un <strong>syndicat</strong> offrent souvent <strong>une</strong> assistance juridique<br />

et prennent en charge le risque financier<br />

dans les cas qui ont de bonnes chances d’aboutir.<br />

<strong>Le</strong>s anciennes rubriques<br />

droit au but


26 Loisirs<br />

Suggestions<br />

© NZZ Libro<br />

Prêt pour nos cours d’été ?<br />

Nos cours de formation continue<br />

auront à nouveau lieu cet été ! N’hésite<br />

pas et inscris-toi tout de suite,<br />

les premiers cours sont déjà complets<br />

! Voici un petit aperçu de nos<br />

divers cours :<br />

Aborder la différence sans préjugés<br />

09.06. - 10.06.2022<br />

Morges, Hôtel La Longeraie<br />

Cette formation permet d’identifier<br />

nos préjugés, les jugements de valeur<br />

que nous portons parfois à<br />

notre insu et de les dépasser pour<br />

accueillir l’autre dans sa différence.<br />

Initiation à la comptabilité double<br />

23.6- 24.6.2022, 9:45-16:45<br />

Chexbres, Hôtel Préalpina<br />

Tenir les comptes d’<strong>une</strong> caisse<br />

nécessite un certain savoir-faire.<br />

Ce cours permet d’appréhender<br />

les bases de la comptabilité double<br />

pour s’acquitter correctement du<br />

rôle de caissier ou de caissière<br />

dans un comité de section syndicale<br />

ou dans <strong>une</strong> association.<br />

Approfondissement du Droit individuel<br />

du travail/Loi sur le travail<br />

20.6-21.6.2022<br />

Berne, Hôtel Berne<br />

Ce module traite plus en profondeur<br />

les thèmes du droit des assurances<br />

sociales, de la protection des données<br />

et de la surveillance. On étudie<br />

des cas complexes et délicats tirés<br />

de la pratique, présente la jurisprudence<br />

actuelle et les décisions récentes<br />

du Tribunal fédéral.<br />

<strong>Le</strong>s membres de <strong>syndicom</strong> bénéficient<br />

d’un cours gratuit par an. <strong>Le</strong>s<br />

frais de voyage en train, les repas et<br />

éventuellement l’hébergement sont<br />

pris en charge. Des prix avantageux<br />

sont appliqués pour la participation<br />

à plusieurs cours.<br />

Lydia Schebesta<br />

© Swan Association<br />

Sororité derrière les coulisses<br />

Pourquoi les femmes d’un certain<br />

âge n’occupent-elles que peu de<br />

place à l’écran ? Comment les réalisatrices<br />

travaillent-elles ensemble<br />

au nom de la sororité ? Comment<br />

est né le film « L’ordre divin », qui retrace<br />

la bataille pour le droit de vote<br />

des femmes en Suisse ? C’est à ces<br />

questions, parmi d’autres, que répond<br />

le podcast ROLE PLAY, produit<br />

par l’association SWAN (Swiss<br />

Women’s Audiovisual Network).<br />

<strong>Le</strong> premier épisode de la série<br />

peut être écouté sur plusieurs plateformes<br />

depuis quelques semaines<br />

déjà. Chaque mardi, un nouvel épisode<br />

est diffusé. La première saison<br />

se terminera le 14 juin, <strong>une</strong> date<br />

symbolique pour les femmes suisses<br />

et pour l’association SWAN, qui<br />

fêtera ses quatre ans d’existence.<br />

Depuis 2018, l’association s’engage<br />

à promouvoir l’égalité et la diversité<br />

des genres dans la production audiovisuelle,<br />

cinématographique et<br />

télévisuelle suisse. A travers <strong>une</strong><br />

liste de femmes actives dans ce secteur,<br />

SWAN favorise l’échange d’informations<br />

et de connaissances<br />

dans le domaine de l’égalité des<br />

chances dans l’industrie audiovisuelle<br />

nationale et internationale.<br />

Malgré ces diverses actions, le<br />

manque de visibilité reste un obstacle<br />

majeur pour les femmes dans la<br />

branche audiovisuelle. C’est pourquoi<br />

le podcast trilingue ROLE PLAY<br />

a été réalisé. Avec un montage captivant,<br />

les podcastrices Sabine Meyer,<br />

Pascaline Sordet et Isabella Visetti<br />

emmènent les auditrices et auditeurs<br />

dans les coulisses de la production<br />

audiovisuelle suisse, mais<br />

aussi dans l’être femme, au travail<br />

et dans la vie.<br />

Giovanni Valerio<br />

Manuel de la politique suisse<br />

Edité par six professeur-e-s d’universités<br />

suisses, « <strong>Le</strong> Manuel de la politique<br />

suisse », un ouvrage de référence,<br />

vient d’être révisé. La<br />

nouvelle édition a été rédigée par 48<br />

auteurs-trices. Elle aborde en détail<br />

les bases du système politique, les<br />

institutions, les acteurs, élections et<br />

votations et les processus de décision.<br />

Il y est donc question de la démocratie<br />

directe, du fédéralisme,<br />

de la concordance et du système<br />

gouvernemental suisse unique au<br />

monde. Depuis la dernière édition<br />

de 2014, le domaine politique suisse<br />

a vu se renforcer deux évolutions<br />

que l’on peut qualifier d’<strong>une</strong> part de<br />

polarisation et d’autre part de « déparlementarisation<br />

». Nous comprenons<br />

intuitivement et immédiatement<br />

ce qu’est la polarisation, mais<br />

qu’en est-il de la déparlementarisation<br />

? La plateforme defacto.expert,<br />

proche du monde universitaire,<br />

gérée par la politologue zurichoise<br />

Sarah Bütikofer, explique : « <strong>Le</strong>s<br />

groupes d’intérêt cherchent à compenser<br />

leur relative perte d’influence<br />

en se centrant désormais<br />

sur le développement de liens avec<br />

des membres des deux Chambres<br />

pour influencer davantage le travail<br />

parlementaire. » Des intérêts particuliers<br />

ont ainsi pu se faire entendre<br />

directement au Parlement. Et le lobbying<br />

renforcé a rendu plus opaques<br />

les processus de décision politiques<br />

en Suisse. Plongez dès à présent<br />

dans ce livre pour en apprendre plus<br />

sur tous ces phénomènes politiques.<br />

Rieke Krüger<br />

<strong>Le</strong> catalogue des cours est disponible<br />

sur movendo.ch<br />

Tous les épisodes du podcast sont à<br />

retrouver sur swanassociation.ch<br />

Cet ouvrage passionnant peut être<br />

commandé dans votre librairie préférée


1000 mots<br />

Ruedi Widmer<br />

27


28 Evènements Enfin dans les rues ! <strong>Le</strong>s cortèges, les banderoles et les slogans étaient de retour<br />

dans les rues lors de la grève pour l’avenir, pour la fête du Travail ou encore<br />

contre la guerre en Ukraine. Au nom de la paix et de la solidarité, de la réduction<br />

du temps de travail, de l’indépendance énergétique et de la durabilité.<br />

2<br />

1<br />

3<br />

4<br />

5


1-5. Colorés et festifs, les défilés du 1 er mai sont revenus dans toute la Suisse, de Zurich à Berne en passant par Lausanne. (© <strong>syndicom</strong>)<br />

6-8. <strong>Le</strong>s je<strong>une</strong>s, mais pas seulement, au centre de la manifestation « Strike for Future » (ici le défilé de Zurich), qui s’est déployée sur 75 actions<br />

à travers le pays. (© Goran Basic)<br />

9-10. Des milliers de citoyens et citoyennes ont manifesté pour la paix en Ukraine depuis le début du conflit : quelques images de Berne. (© <strong>syndicom</strong>)<br />

6<br />

7<br />

8<br />

9<br />

10


30<br />

Tranches<br />

de vie<br />

« En tant que retraité, je continuerai à me<br />

consacrer aux institutions sociales »<br />

Giorgio Pardini, né en 1958 à Berne, a<br />

suivi un apprentissage de mécanicien.<br />

Il entre dans le milieu syndical à 21 ans,<br />

et travaillera notamment à la Fédération<br />

suisse des travailleurs de la métallurgie<br />

et de l’horlogerie (FTMH), au<br />

<strong>syndicat</strong> Industrie et Bâtiment à partir<br />

de 1986, puis dès 2000, au Syndicat de<br />

la Communication. En 2004, il étudie la<br />

gestion des organisations à but non lucratif<br />

à l’Université de Fribourg. Depuis<br />

la création de <strong>syndicom</strong> en 2011, il a<br />

dirigé notre secteur TIC et siégé au<br />

comité directeur. Pendant de longues<br />

années, il a exercé divers mandats<br />

politiques pour son lieu de résidence<br />

de Lucerne (ville et canton). Giorgio est<br />

marié et a deux enfants adultes.<br />

Lors du congrès <strong>syndicom</strong> en novembre<br />

2021, Giorgio Pardini a remis son<br />

mandat pour <strong>une</strong> retraite bien méritée.<br />

Image : Jutta Vogel<br />

Une vie consacrée à<br />

l’Etat social<br />

« Marqué par l’expérience du nazisme<br />

et du fascisme vécue par mes<br />

parents pendant la Seconde Guerre<br />

mondiale, ainsi que par la nécessité<br />

d’émigrer en Suisse après les destructions<br />

de la guerre, j’ai grandi<br />

avec mon frère dans un environnement<br />

familial fortement empreint de<br />

politique. <strong>Le</strong>s valeurs de la justice<br />

sociale et les discussions politiques<br />

autour de la table familiale ont fortement<br />

influencé ma personnalité.<br />

Lors de mon apprentissage de<br />

mécanicien sur machines, adhérer<br />

au <strong>syndicat</strong> a été pour moi <strong>une</strong> évidence.<br />

Ce n’est donc pas un hasard si<br />

mon passage à l’Ecole d’ingénieurs<br />

de Bienne a débouché sur un engagement<br />

auprès du <strong>syndicat</strong> FTMH.<br />

Entre-temps, 40 ans ont passé, et je<br />

suis désormais à la retraite depuis le<br />

1 er juin 2022.<br />

Je me permets donc de revenir<br />

brièvement ici sur un événement<br />

décisif qui nous accompagne aujourd’hui<br />

encore : l’économie mondiale<br />

des années 70 a créé <strong>une</strong> rupture<br />

avec les années dorées 50 et 60. La<br />

Suisse avec ses systèmes de production<br />

obsolètes a été durement frappée<br />

; il y a eu des licenciements collectifs.<br />

200 000 migrant-e-s actifs-ves<br />

ont ainsi été expulsé-e-s. Cette mesure<br />

a permis de maintenir le chômage<br />

à un niveau bas par rapport à<br />

l’étranger. <strong>Le</strong> conflit social a été en<br />

grande partie évité.<br />

L’offensive contre l’Etat social et<br />

le partenariat social a débuté dans<br />

les années 1990 avec le Livre blanc<br />

Ayons le courage d’un nouveau départ<br />

de David de Pury, alors coprésident<br />

d’ABB et diplomate. Sa revendication<br />

centrale : dérégulation et économisation<br />

de l’Etat social, suppression de<br />

la prévoyance professionnelle (LPP)<br />

et <strong>une</strong> AVS qui ne garantirait plus<br />

que le minimum existentiel. La privatisation<br />

de l’assurance chômage était<br />

aussi exigée.<br />

Une grande partie du public a ressenti<br />

ces revendications comme <strong>une</strong><br />

véritable provocation. En tant que<br />

membre du comité directeur de l’ancien<br />

<strong>syndicat</strong> Industrie et Bâtiments,<br />

j’ai proposé de placer la politique<br />

LPP au centre de nos actions. Et de<br />

promouvoir en particulier les représentations<br />

syndicales externes au<br />

sein des conseils de fondation des<br />

caisses de pension. La composition<br />

paritaire de ces organes est l’un des<br />

instruments de codécision les plus<br />

puissants dans la législation suisse.<br />

Malheureusement d’autres priorités<br />

politiques l’ont emporté sur ma proposition.<br />

Une erreur politique qu’il<br />

est impossible de réparer malgré le<br />

succès des référendums sur la politique<br />

sociale.<br />

Je suis aujourd’hui encore pleinement<br />

convaincu que si nous avions<br />

imposé partout la présence syndicale<br />

dans les conseils de fondation,<br />

comme aux CFF, à La Poste et chez<br />

Swisscom, la discussion politique<br />

sur le démantèlement social des<br />

caisses de pension et de l’AVS aurait<br />

tourné à l’avantage des employé-e-s.<br />

En tant que retraité, je continuerai<br />

donc à me consacrer aux institutions<br />

sociales. »


Impressum<br />

Rédaction : Robin Moret et Giovanni Valerio<br />

(co-rédacteurs en chef), Rieke Krüger et Lydia<br />

Schebesta<br />

Courriel : redaction@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Traductions : Alexandrine Bieri, Laurence Strasser et<br />

Gabriele Alleva<br />

Dessins de portrait : Katja <strong>Le</strong>udolph<br />

Layout, correction, impression : Stämpfli Kommunikation<br />

Changements d’adresse : <strong>syndicom</strong>, gestion<br />

des adresses, Monbijoustrasse 33, case postale,<br />

3001 Berne. Tél. 058 817 18 18, fax 058 817 18 17<br />

Annonces : priska.zuercher@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Commande d’abonnements : info@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

<strong>Le</strong> prix de l’abonnement est inclus dans la cotisation<br />

de membre. Non-membres : Fr. 35.– (Suisse),<br />

Fr. 50.– (étranger)<br />

Editeur : <strong>syndicom</strong> – <strong>syndicat</strong> des médias<br />

et de la communication, Monbijoustr. 33,<br />

case postale, 3001 Berne<br />

<strong>Le</strong> <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong> paraît six fois par année.<br />

<strong>Le</strong> numéro 30 paraîtra le 5 août 2022.<br />

31<br />

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15<br />

I<br />

II<br />

8 9<br />

1 12 11<br />

III<br />

IV<br />

4 5<br />

V<br />

VI<br />

VII<br />

VIII<br />

Mot mystère :<br />

DÉFINITIONS<br />

7 10<br />

3<br />

2 6<br />

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12<br />

Mots croisés<br />

<strong>Le</strong>-la gagnant-e, dont le nom paraîtra<br />

dans le prochain <strong>magazine</strong>, recevra <strong>une</strong><br />

pièce en argent de notre partenaire<br />

Banque Cler. Prière d’envoyer votre<br />

solution (le mot mystère seulement)<br />

jusqu’au 8 juillet par e-mail à admin@<br />

<strong>syndicom</strong>.ch ou par courrier à Rédaction<br />

<strong>syndicom</strong>, Monbijoustrasse 33,<br />

case postale, 3001 Berne.<br />

Une seule participation possible par<br />

membre.<br />

Horizontalement : I. Déterminant pour le vote<br />

ou la retraite. Participations. II. Flotte. Vieux<br />

souvenir. III. À l'avant de la tiare. Gagne.<br />

Poteau. IV. Ne peut pas lire ceci. De dimanche<br />

en dimanche. V. Courts-métrages. Tamisa.<br />

Habitudes. VI. Coordination en vol. Crie<br />

sauvagement. Compagnon du bidet. VII.<br />

Anticipation. Petite Troyenne. VIII. Petit<br />

anticommuniste US. Jacquerie. En ruines.<br />

Verticalement : 1. Prévoit. 2. Guelu. 3. Parité.<br />

4. Touche le fond. 5. Se consulte à distance.<br />

Club phocéen. 6. Saute. Cousin du bourbon. 7.<br />

Dormeur des sables. 8. Glissent. 9.<br />

Exclamation guerrière. Désigne. 10.<br />

Association. 11. Buté. 12. Branché. Peinture à<br />

l'eau. 13. Déduisît. 14. Facile à labourer. 15.<br />

Vase mortel.<br />

<strong>Le</strong> gagnant du dernier mots croisés<br />

La solution du mots croisés du<br />

dernier numéro était « SOUVERAINETÉ ».<br />

<strong>Le</strong> gagnant est Monsieur Armand Cretenoud<br />

à Montherod. Il recevra un bon de<br />

notre partenaire Coop.<br />

Chaleureuses félicitations !<br />

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32 Interactifs<br />

<strong>syndicom</strong> social<br />

Mesures superprovisionnelles de<br />

musellement de la presse 03.05.2022<br />

Si les personnes et les entreprises au<br />

portefeuille bien garni ont trop de facilités<br />

à s’attaquer aux médias en recourant à des moyens<br />

de droit civil, cela peut grandement affaiblir le journalisme<br />

d’investigation. @VGyoerffy sur Twitter<br />

Attaque contre les <strong>syndicat</strong>s en Biélorussie 19.04.2022<br />

<strong>Le</strong>s services de la sûreté d’Etat ont arrêté plus d’<strong>une</strong><br />

douzaine d’activistes. Un grand nombre d’organisations<br />

et de <strong>syndicat</strong>s internationaux exigent de mettre fin à la<br />

répression contre les <strong>syndicat</strong>s biélorusses.<br />

labourstart.org<br />

Des célébrités en Catalogne ont été<br />

espionnées grâce à « Pegasus » 19.04.2022<br />

Protection contre la violence<br />

faite aux femmes 05.05.2022<br />

L’Amérique latine connaît le plus haut taux de féminicides<br />

dans le monde. Deux projets-pilotes de Solidar Suisse en<br />

Honduras et au Guatemala doivent remédier à cette situation.<br />

<strong>Le</strong> projet se concentre sur les groupes de population<br />

vulnérables ou les défenseuses des droits humains.<br />

Amnesty International confirme que des célébrités<br />

en Catalogne ont subi de nouvelles attaques<br />

imputées au logiciel de surveillance<br />

« Pegasus ». <strong>Le</strong>s institutions européennes ont<br />

échoué à mettre un terme aux violations des<br />

droits de l’homme commises au moyen de ce<br />

logiciel.<br />

Oligarques russes et la Suisse 09.05.2022<br />

Mettre fin à la<br />

destruction et à la<br />

violence en Amazonie<br />

10.05.2022<br />

Des milliers d’indigènes se sont<br />

rassemblés lors de la 18 e édition du<br />

Campement Terre Libre, à Brasilia,<br />

pour manifester en masse et exiger la<br />

démarcation de leurs terres. Ils ont<br />

également discuté de la santé et de la<br />

formation indigènes. Greenpeace.ch<br />

Crise ukrainienne 11.05.2022<br />

Public Eye a passé au crible les liens entre <strong>une</strong><br />

trentaine de richissimes femmes et hommes<br />

d’affaires, soutiens du régime de Vladimir Poutine,<br />

et la Suisse. Voir l’enquête et la « galerie des<br />

oligarques » : publiceye.ch<br />

Free Assange 20.04.2022<br />

L’extradition de Julian Assange créerait un dangereux<br />

précédent et serait dévastatrice pour la liberté de la<br />

presse et la liberté d’expression. « Il n’est pas trop tard<br />

pour que les autorités américaines abandonnent les<br />

accusations », a déclaré Agnès Callamard.<br />

Selon l’OIT, presque 5 millions d’emplois sont passés à la<br />

trappe en Ukraine depuis le début de l’agression russe.<br />

<strong>Le</strong>s marchés du travail dans le pays même, ainsi que dans<br />

les pays voisins, sont dévastés.<br />

Garantir le pouvoir d’achat<br />

06.05.2022<br />

Plaintes abusives contre les ONG 05.05.2022<br />

De plus en plus souvent, les entreprises utilisent<br />

des plaintes ou des menaces de plaintes comme<br />

moyens de pression stratégiques contre les ONG<br />

pour les affaiblir dans leurs recherches sur les activités des<br />

entreprises qui violent les droits humains ou polluent l’environnement,<br />

selon un communiqué de presse de l’EPER.<br />

En raison de la hausse des prix à la<br />

consommation, l’assemblée des<br />

délégué-e-s de l’USS a décidé<br />

d’adopter des revendications visant<br />

à exiger des contre-mesures pour<br />

<strong>lutte</strong>r contre la perte du pouvoir<br />

d’achat imminente. <strong>Le</strong>s rentes<br />

doivent également être adaptées au<br />

renchérissement.<br />

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