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Chantier MAG N°3 - Femmes et BTP au Sénégal : opération de séduction !

Le mois de mars est dédié aux Femmes et « Chantiers Magazine » n’est pas en reste. Une plume féminine pour aller à la rencontre des Femmes tous azimuts. Des foyers aux différentes sphères professionnelles, la Femme a toujours occupé une place prépondérante, qu’elle remplit et propulse de son mieux. En Interview, Mme la Ministre du Pétrole Aissatou s. Gladima nous donne ses impressions, partage avec nos lecteurs ses expériences en tant que femme ingénieure qui relie Famille-Travail...

Le mois de mars est dédié aux Femmes et « Chantiers Magazine » n’est pas en reste. Une plume féminine pour aller à la rencontre des Femmes tous azimuts. Des foyers aux différentes sphères professionnelles, la Femme a toujours occupé une place prépondérante, qu’elle remplit et propulse de son mieux. En Interview, Mme la Ministre du Pétrole Aissatou s. Gladima nous donne ses impressions, partage avec nos lecteurs ses expériences en tant que femme ingénieure qui relie Famille-Travail...

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N°03 . MARS 2022 . Prix 2000 F

100% Bâtiments et Travaux Publics au Sénégal

CHANTIERS

Magazine

AÏSSATOU

SOPHIE

GLADIMA

Ministre du Pétrole et

des Energies

www.chantiersn.com

FEMME

FAMILLE BTP :

UNE ALCHIMIE

DIFFICILE

MAIS…

CHANTIER MAGAZINE

FEMME ET BTP

Les inégalités

persistent

8 MARS

Une symbolique

à transformer


2

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


Edito

Par Fanta Cissokho

Chef departement QHSE PETROSEN EP

Spécial 8 Mars

Le mois de mars est dédié

aux Femmes et « Chantiers

Magazine » n’est pas en

reste. Une plume féminine

pour aller à la rencontre

des Femmes tous azimuts.

Des foyers aux différentes

sphères professionnelles,

la Femme a toujours

occupé une place

prépondérante, qu’elle

remplit et propulse de son

mieux.

Notre société a mis la Femme

au cœur de ses activités. Elle

est attendue pour donner la

vie et s’occuper de la vie. Elle

est attendue dans les maisons,

les marchés, les champs, les

industries, les bureaux, les

hôpitaux, pour résumer dans

tous les segments de la vie

active. Aujourd’hui, nous leur

donnons la parole pour voir

comment elles se projettent

et ce qu’elles attendent de la

société. Leurs aspirations, leurs

préoccupations, leurs forces et

faiblesses, leurs parcours. Les

petites et grandes victoires sur

la vie et les préjugés, en somme

leur combat de tous les jours

pour leur reconnaissance.

Qui mieux que les Femmes du

secteur extractif pour montrer

l’évolution et la transformation

structurelle

de cette société et aller au-delà

des contraintes physiques,

sociales et juridiques ? Toujours

debout car soutenues par une

conviction profonde d’un

monde meilleur à léguer à la

génération future.

Zoom sur ces femmes qui

embrassent un secteur souvent

nouveau et indéniablement

réputé masculin. Ces femmes

qui se sont armées de beaucoup

de courage, d’un soupçon de

témérité et d’un brin de curiosité

et de défiance pour soulever

un coin du voile de ce mystère

qui entoure le secteur extractif.

Elles ont su s’imposer dans les

mines et les plateformes, elles

se sont rendues indispensables

dans la fourniture de biens et

services, dans le transport

et la logistique, en somme

dans toute la chaîne de

valeur du secteur. Elles sont

inspirantes pour les jeunes

filles et les jeunes femmes et

les encouragent à repousser

les barrières des secteurs

jugés « non conventionnels

». Elles sont les symboles, les

pionnières, les success stories

dont notre société a besoin, dont

nos femmes ont besoin.

Comment se sont-elles

retrouvées dans ce secteur ?

Quel a été leur parcours ? Les

difficultés rencontrées pour

gravir les marches ? Au sommet

de leur ascension, rétrospection

sur les principaux obstacles

rencontrés et comment ontelles

réussi à les surmonter et à

maintenir le cap ?

Dans ce 3ème numéro de «

Chantiers Magazine », nous

allons accompagner quelques

femmes inspirantes du secteur

pour revisiter les moments clefs

et les moments forts de leur vie

familiale et professionnelle. De

leur vie.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 3


SOMMAIRE

P.3 EDITO

Spécial 8 Mars

P.6 INTRO

C’est parti pour durer

P.28

HOMMAGE POSTHUME

P.36 PROFIL DABA SÈNE

Technicienne bâtiment

P.8 GRANDE INTERVIEW

AISSATOU SOPHIE

GLADIMA

Léna Keita Diop

Parcours d’une pionnière

P.30 [REPORTAGE]

CHANTIER R+8

Nafissatou Gassama aux

P.38 MATY N’DOME KÉBÉ

Une «repat» engagée

Femme; famille; BTP :

une alchimie difficile mais très

exaltante ».

P.18 FEMMES & BTP

Les inégalités persistent

CELEBRATION DU 8 MARS

Symbolique, même si

P.21 ACTU

Pont à péage de foundiougne

: les tarifs fixés à….

P.22 SALAMATA BOCAR SALL

Une technicienne qui brave

tous les préjugés

P.24 PLAFOND DE VERRE

ET MENTORING

Invisible mais bien présent

commandes

P.32 MATÉRIAUX DE

CONSTRUCTION

Tendance haussière, en mars

2022

P.34 EXPATRIÉE

Awa Cheikh Diop Ingénieure

Le seul le combat législatif

libère

P.41 FORMATION

PROFESSIONNELLE

Les femmes

investissent le créneau

CHANTIERS MAGAZINE

Une propriété de Tractosen SARL

Adresse : Local - 71 HLM Grand Yoff

Dakar

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ADMINISTRATION

Makhtar Gueye

PDG Tractosen SARL

mgueye@chantiersn.com

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Amayi Badji

Cheikh Ahmet Tidiane Ndiaye

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DESIGN & ERGONOMIE

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& DISTRIBUTION

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DISTRIBUTION CANADA / USA

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IMPRESSION

La Rochette Dakar

4

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


PAGE 30

Aliou SOW,

une vie de gros œuvres

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CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 5


FEMMES ET BTP

C’est parti

pour durer

Les femmes dans le BTP au Sénégal.

Oui ! Il y en a, et de plus en plus. N’en

déplaise aux conservateurs et autres

réfractaires à l’entrée des femmes dans

tous les secteurs d’activité. Certes, le

BTP offrent plus de résistance que

d’autres secteurs quant à l’accueil des

femmes, mais les mentalités changent

et surtout nos dames s’affirment,

imposent le respect et démontrent

leurs qualités. Plus possible de faire

machine arrière, les femmes sont

dans le BTP et elles comptent y rester.

6

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 7


GRANDE INTERVIEW

AÏSSATOU SOPHIE

GLADIMA

Ministre du Pétrole et des Energies

8 CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


Femme-famille-BTP :

une alchimie difficile mais

très exaltante ».

Ingénieure géologue diplômée de l’Institut des Sciences de la Terre (IST) de

l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, Aïssatou Sophie Gladima est titulaire d’un

Master ès Sciences en Géophysique appliquée de l’Université de Laval, Québec

(Canada), d’un Doctorat d’État ès Sciences en Hydrogéologie générale et d’une

Thèse de 3ème cycle du Département de Géologie de la Faculté des Sciences

de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (UCAD) en Physique appliquée et

hydrochimie isotopique. Enseignante-chercheure au Département de Géologie

de l’Université de Dakar, engagée dans des sociétés savantes et scientifiques,

elle a été successivement Ministre des Télécommunications, des Postes et des

Technologies de l’Information et de la Communication, Ministre des Mines et de la

Géologie et aujourd’hui Ministre du Pétrole et des Energies. Personnalité politique

de premier rang, Aïssatou Sophie Gladima vient d’être récemment élue maire de

Joal-Fadiouth à l’issue des élections locales de janvier dernier. Sérère bon teint,

catholique de confession, militante de l’environnement, de la promotion et de

l’autonomisation de la femme, elle répond aux questions de Chantiers Magazine.

C’est connu, les

femmes sont

en général plus

rigoureuses et

plus regardantes

que les hommes

lorsqu’elles

dirigent ».

La condition féminine

dans les organisations

sociales et économiques

au Sénégal a-t-elle connu

des avancées ou des

régressions ? Expliquez

votre point de vue ?

On peut dire qu’elle a

connu beaucoup d’avancées,

malgré le fait qu’il reste

encore beaucoup de choses

à faire. L’une des plus

grandes avancées, c’est la

loi sur la parité qui a permis

de renforcer la présence

des femmes dans certaines

institutions électives comme

l’Assemblée nationale, les

conseils départementaux

et municipaux. Il reste

maintenant à avoir ce même

niveau de représentation

dans les autres grandes

instances de décision

comme le Gouvernement,

les entreprises publiques

et parapubliques. Mais

ça, c’est un autre combat

qui demande à ce qu’on

investisse beaucoup dans

l’éducation des jeunes filles,

surtout dans les filières

scientifiques. Il faut aussi

se féliciter de la présence,

depuis quelques années, des

femmes dans certains corps

de l’État qui étaient jusquelà

réservés aux hommes. Je

pense notamment à l’armée

et tous les autres corps

paramilitaires.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022

9


GRANDE INTERVIEW

C’est connu, les femmes sont

en général plus rigoureuses

et plus regardantes que les

hommes lorsqu’elles dirigent.

Sur le plan économique, ce sont

pratiquement les femmes qui

tiennent les ménages avec toutes

les corvées inimaginables pour

entretenir leur famille. Elles se

lèvent à 5h pour aller chercher

du poisson ou des légumes

au marché pour les revendre,

nettoyer les bureaux, faire le

linge, etc., des petits boulots qui

ne sont pas malheureusement

rétribués à la hauteur des

sacrifices consentis par les

femmes. Il faudrait qu’à ce

niveau, nous puissions faciliter

l’accès des femmes à la finance

à des conditions avantageuses

pour les rendre plus autonomes,

surtout qu’elles sont très

entreprenantes.

Et dans les BTP versus

secteur pétrolier, comment

appréciez-vous la situation

de la femme sénégalaise qui

s’y active ?

Le milieu du BTP est souvent

perçu, et c’est d’ailleurs le

cas encore, comme un milieu

masculin, mais les femmes

commencent à faire tomber

ces préjugés. Dans le secteur

pétrolier, les femmes qui s’y

activent sont le plus souvent

très bien formées et certaines

occupent même des potes de

responsabilité, comme notre

compatriote Mme Khady Dior

Ndiaye, la Directrice régionale

de Kosmos Energy, qui fait

partie de la joint-venture qui

développe le champ gazier

de Grand Tortue Ahmeyim

avec BP et PETROSEN, côté

sénégalais. C’est une fierté pour

nous. Nous avons également

des ingénieures qualifiées à

PETROSEN, à la SAR, à l’Institut

national du Pétrole et du Gaz

(INPG) et dans les compagnies

étrangères comme BP, Woodside

qui opèrent aujourd’hui chez

nous. Il nous reste maintenant à

encourager la jeune génération

de filles, à embrasser les matières

scientifiques, pour venir relever

le défi de l’exploitation du

pétrole et du gaz qui va bientôt

démarrer. Nous avons déjà des

élèves ingénieures au niveau

de l’INPG, qui sont en train de

suivre la formation.

Si on continue à célébrer

le 8 Mars, journée

internationale des droits

des femmes, c’est qu’il y

a toujours des problèmes,

une discrimination à leur

égard ? Quelles solutions

préconisez-vous ?

La solution pour moi, c’est

d’investir dans la formation des

jeunes filles,

les encadrer

pour qu’elles

restent le plus

longtemps

possible dans

Le milieu du BTP est un

milieu technique et assez

pointu ; lorsqu’on a un bagage

intellectuel solide, le leadership

suit naturellement ».

le milieu

scolaire et

ensuite les

encourager

à s’orienter

surtout vers les filières

scientifiques. Nous devons

investir dans notre jeunesse,

dans le maintien des filles à

l’école, dans leur apprentissage.

Une femme bien formée est une

garante de la bonne marche

d’une société. Il nous faut lutter

contre les préjugés, les éradiquer

et promouvoir la femme. C’est

en étant bien formées que les

femmes pourront prétendre aux

mêmes droits que les hommes,

parce que nous avons tous

en fin de compte les mêmes

devoirs vis-à-vis de la société.

En attendant, nous devons

mettre en place des politiques

de discrimination positive

10 CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


pour permettre et faciliter aux

femmes l’accès dans les grandes

instances de décision.

Femme, famille, BTP fontils

bon ménage ?

Parfaitement, bien que c’est

très difficile. Vous savez, nous

les femmes, si nous n’étions

pas organisées, nous n’allions

jamais nous en sortir parce que

nous gérons à la fois la maison,

le mari, les enfants et les liens

de parenté. Nous sommes les

rouages de la société. Grâce

à cette fonction de mère de

famille, nous parvenons à

allier activité professionnelle

et gestion de la famille. C’est

une alchimie difficile mais très

exaltante.

Dans le secteur du BTP,

quels sont les obstacles au

développement du leadership

féminin ? Comment y remédier ?

Le premier obstacle, c’est la

perception que les hommes

se font de nous. J’ai dit plus

haut que c’est un milieu réputé

masculin. Lorsqu’une femme

y arrive, elle devra se battre de

manière très ferme pour y être

acceptée comme leader de par

ses connaissances techniques,

sa capacité managériale, sa force

morale. Il ne faut pas accepter

de se faire marcher sur les pieds.

Ensuite, en tant que mère, nous

avons ce côté sixième sens

que les hommes n’ont pas,

notre capacité à fédérer tout le

monde. Le milieu du BTP est

un milieu technique et assez

pointu ; lorsqu’on a un bagage

intellectuel solide, le leadership

suit naturellement.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022

11


GRANDE INTERVIEW

On parle souvent de

plafond de verre en milieu

professionnel pour les

femmes. Est-ce une réalité

que vous avez constatée ?

L’avez-vous vécue ?

C’est une réalité qui existe

malheureusement parce que

beaucoup d’hommes continuent

à penser que certains postes de

responsabilité ne doivent pas

échoir aux femmes, compte tenu

de leurs responsabilités dans la

famille et dans l’éducation des

enfants. C’est un peu à l’image

de notre société, machiste, qui

relègue souvent la femme aux

tâches ménagères.

Je l’ai vécue, mais je me suis

toujours battue justement pour

montrer que la femme peut

valablement occuper des postes

de responsabilité au même titre

que l’homme.

Le respect et la promotion de

la condition des femmes sont

« Le milieu du

BTP est un «

Les prochains

combats des

femmes, c’est de

lutter pour renforcer

l’éducation des

jeunes filles ».

un combat de tous les jours.

Avez-vous pensé à encadrer et

accompagner en tant que mentor

pour continuer le combat pour

l’égalité des genres ?

Ah oui ! Cela fait partie de

mon ADN. Au-delà même

de la femme, j’aime apporter

naturellement mon appui à

toute personne qui se bat,

pour améliorer sa condition, la

bonne marche de notre société.

C’est ce qui me vaut mon

engagement auprès des jeunes

filles en sciences, où j’encadre ces

dernières à se mouvoir dans les

matières scientifiques.

Que répondez-vous à

ceux qui parlent d’une

discrimination à l’endroit de

la gent masculine ?

Je suis plutôt pour l’égalité des

chances. Avant de discriminer, il

faut d’abord donner la chance à

tout le monde. C’est comme cela

que l’on façonne des leaders,

des gens capables de tirer le

12 CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


reste du groupe vers le haut.

La discrimination est positive

lorsqu’elle est appliquée en

vers un groupe défavorisé

par rapport à la grande masse

et elle doit obéir, à mon avis,

à un certain

nombre de

critères comme

la qualification,

la compétence,

le savoir-faire,

etc. En effet, à

compétences égales, je suis

favorable à donner un coup

de pouce à la femme pour lui

permettre d’accéder à un certain

niveau de responsabilité. Sinon

nous risquons de fausser le jeu.

Quels sont les prochains

combats des femmes au

Sénégal ?

Selon moi, les prochains

combats des femmes, c’est

de lutter pour renforcer

« J’ai vécu le plafond de verre,

mais je me suis toujours battue ».

l’éducation des jeunes filles.

Si nous arrivons à faire en

sorte que toutes les jeunes

puissent aller à l’école et

s’instruire, nous allons

transformer radicalement et

positivement notre société

dans les années à venir. Le

deuxième combat, c’est de

favoriser l’accès à l’eau et à

l’électricité, particulièrement

pour les femmes vivant en

milieu rural. Cela va contribuer

à transformer leur vie en

allégeant leurs travaux et en

leur permettant

d’accéder

aux besoins

élémentaires

modernes. La

troisième idée

qui me vient à

l’esprit est de protéger la femme

et la jeune fille contre toutes

formes de violences, physique,

verbale ou intellectuelle pour

lui permettre de s’épanouir

pleinement.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022

13


FEMMES ET BTP

Les inégalités persistent

Mariama Djambony BADJI

Entre le CV d’un homme et celui d’une femme, le choix

est vite fait. Il demeure toujours difficile pour une femme

d’intégrer le secteur du BTP. Le pourcentage de femmes

évoluant dans le secteur du BTP et occupant des postes de

responsabilité reste encore faible.

Première Sénégalaise à

faire partie des Young

Leaders for the SDGs

endorsed by UN Envoy

on Youth 4e au Sahel Innovate

Challenge, Mariama Djambony

Badji, 24 ans, co-fondatrice et

CEO de DNA, une entreprise de

construction qui fait la promotion

des matériaux écologiques pour

réduire l’impact des bâtiments

sur l’environnement, note que le

secteur du BTP compte de plus

en plus de femmes. Certaines

arrivent à sortir du lot, à occuper

des postes stratégiques et à

gérer de grands travaux. Mais

les inégalités persistent. Entre le

CV d’un homme et celui d’une

femme, le choix est vite fait. Il

reste toujours difficile pour une

femme d’intégrer le secteur du

BTP bien que la formation soit

aujourd’hui accessible à tous. «

C’est un choix à assumer face à la

pression sociale et aux préjugés.

Sur les chantiers, le regard posé

sur une femme est très différent.

J’élargis la perspective, car,

aujourd’hui, les femmes

intègrent petit à petit tous les

secteurs d’activité. Je pense

qu’il faut un accompagnement

institutionnel pour faire bouger

davantage les lignes ; d’ailleurs,

c’est ce à quoi sert la codification,

afin de renforcer les dynamiques

sociocommunautaires. Le

Sénégal a une particularité, les

femmes sont pratiquement au

cœur de tout, elles sont le noyau

de la famille. Elles insufflent

toutes les dynamiques autour »,

souligne celle qui a fait office de

Speaker au Youth Circle à Expo

Dubaï 2020.

14

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


Selon Mme Seye Mariama

Diop, le secteur du BTP attire de

plus en plus les femmes. Cette

Ingénieure de Conception en

Génie civil trouve cette situation

normale car le secteur constitue

un levier important pour le

développement économique du

pays. Et « la femme y apporte ses

atouts, ses valeurs naturelles et

possède des capacités énormes

pour faire bouger les choses »,

fait-elle savoir. Cependant, celle

qui est actuellement Experte

Circulation et Sécurité routière

du Projet BRT au niveau du

CETUD constate qu’il n’est

pas aussi simple de s’imposer

dans ce secteur et elles sont

loin du compte en termes

de représentativité. En effet,

le pourcentage de femmes

évoluant dans le secteur du

BTP et occupant des postes

de responsabilité reste encore

faible.

Mme Aïssatou Ndiaye Fall,

Ingénieure, installée à Paris,

estime pour sa part que le secteur du

BTP reste encore très masculin et très

physique du fait des mentalités. Du

coup, la femme est souvent perçue

comme pas à sa place dans ce milieu.

Pour y évoluer et mener à bien ses

chantiers, il faut certainement qu’elle

ait un mental d’acier.

Maïmouna Seck Diop, Ingénieure

Eau et Assainissement, abonde dans le

même sens et affirme que, dans le BTP,

la situation de la femme sénégalaise

est relativement difficile. En effet,

les barrières sociales et culturelles

demeurent, faisant ainsi persister les

préjugés sur certains types de travail

qui seraient exclusivement réservés

aux hommes. « Le milieu du bâtiment

et des travaux publics est donc par

essence perçu comme n’étant pas celui

des femmes, et celles qui s’y activent

doivent s’armer de ténacité et de

témérité pour réussir », clame la PMO

Infrastructures et Eaux.

Femme, famille, BTP

Il est important de trouver l’équilibre

et surtout d’avoir une famille qui

vous comprend et vous soutient,

pense Mariama Djambony Badji.

C’est primordial pour s’épanouir

pleinement. Cependant, la

polytechnicienne de l’année 2020 met

en avant un élément fondamental :

le niveau d’instruction. À l’en croire,

cela permet d’organiser sa vie et de

l’assumer pleinement. L’instruction

permet de se mettre face aux défis et

de se décider face aux contraintes de

l’environnement, des circonstances et

ainsi développer une forte résilience.

Awa Cheikh DIOP

Même constat chez Mme Mariama

Diop Seye, Ingénieure de Conception

en Génie civil. Elle défend la thèse

qu’il soit très difficile de trouver un

équilibre entre la vie professionnelle et

celle familiale. « La femme a beaucoup

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 15


FEMMES ET BTP

de responsabilités dans le ménage.

Des responsabilités qui émanent de

la religion et d’autres qui découlent

de notre société, notre manière

de vivre. Il est donc important

pour la femme de hiérarchiser et

de prioriser ses tâches, mais aussi

de mesurer à sa juste valeur les

conséquences de ses décisions

sur sa carrière professionnelle, sa

vie de couple, mais surtout sur

l’éducation de ses enfants. Une

femme professionnelle, pour jouer

son rôle de femme au foyer, doit

savoir maximiser et valoriser le

temps qu’elle passe avec sa famille

», argumente-t-elle.

Selon Maïmouna Seck

Diop, Ingénieure en Eau et

Assainissement, les préjugés et

idées reçues laissent croire que

femme, famille et BTP ne font pas

bon ménage. Pourtant, nombreuses

sont celles qui ont réussi dans le

domaine du BTP tout en étant

mère de famille. Sans verser dans

le déni, elle reconnaît que ce n’est

pas du tout chose aisée. « Suivre

les chantiers, affronter ses peurs,

collaborer avec les hommes

et gérer son ménage peuvent

s’avérer très délicats pour une

femme, mais pas impossible,

parce que nous l’avons fait, et

d’autres l’ont fait. Il suffit de se

préparer psychologiquement et

d’avoir le soutien de sa famille.

Nafissatou GASSAMA

Pour avoir fait le choix des

filières scientifiques, nous avons

toujours supporté le poids de la

société qui a prédéfini un rôle

à la femme, particulièrement

au Sénégal. Pour ma part,

depuis la classe de première,

je faisais partie des rares filles

qui suivaient la série S1 et je me

suis très tôt préparée à ce que

m’exigeraient ma profession,

mais aussi ma vie personnelle en

tant que sœur, épouse et mère »,

précise-t-elle.

Le constat reste le même, allier

vie professionnelle et vie privée

est difficile. Mme Aïssatou

Ndiaye Fall dit, elle, que c’est

compliqué. « Avec des horaires

très serrés, on reste davantage

sur le chantier qu’avec notre

famille. C’est très difficile !

Personnellement, j’ai fait une

MAP (Menace d’Accouchement

Prématuré) à cause de mon

chantier », confie-t-elle.

Dieynaba GACKOU

16

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


Leadership féminin dans

les BTP

Les obstacles au développement

du leadership féminin dans le

secteur du BTP sont nombreux,

mais Maïmouna Seck Diop trouve

que le manque de confiance en soi

est l’obstacle majeur. Elle pense

que beaucoup de femmes sont

aujourd’hui bloquées en termes

d’avancement parce que durant

leur parcours, les gens leur ont

fait croire qu’elles n’étaient pas

capables, qu’elles n’avaient

point leur place dans le BTP et

qu’elles ne réussiraient jamais.

« Hélas, croire en cela amène

à se tromper de trajectoire et à

renoncer à ses ambitions. J’invite

tout simplement mes consœurs

qui sont dans le domaine à avoir

confiance en elles, tout en gardant

leur humilité, mais surtout en

allant toujours à la recherche de

la connaissance parce que ce n’est

que comme cela qu’on s’améliore,

qu’on progresse et qu’on se

développe », tonne-t-elle.

est capable pour se voir confier

des responsabilités.

Pour l’essentiel, même dans

les autres secteurs d’activité, les

femmes font face à des obstacles

qui entravent leur leadership.

Cependant, dans certains

secteurs comme l’éducation

et la santé, elles ont fini de

montrer leur leadership, car y

intervenant depuis plusieurs

décennies contrairement au BTP

qui reste encore l’apanage des

hommes. « Les femmes doivent

s’affirmer et accepter de prendre

de plus grandes responsabilités.

Il faut par ailleurs saluer les

efforts fournis pour le maintien

des filles à l’école, mais aussi leur

orientation vers les disciplines

scientifiques. Toutefois, des

efforts sont attendus sur

les plans du recrutement et

de l’encadrement en milieu

professionnel », plaide Mme

Seye Mariama Diop.

La confiance en soi et la

conscience de ses capacités sont

les éléments fondamentaux au

développement du leadership

féminin dans le BTP, mais pas

que, soutient Mariama Djambony

Badji. « Je dirais que la pénibilité

du travail et surtout, le regard

des autres jouent aussi. Quand

on a des compétences avérées,

il faut aussi faire preuve de

beaucoup de personnalité, avoir

conscience de soi et confiance en

soi, pour s’affirmer pleinement

». Parce qu’au Sénégal, le BTP

est toujours considéré comme un

secteur d’hommes. La société n’a

pas encore démystifié la présence

des femmes dans ce domaine.

Une femme dans le BTP doit

travailler plus que les hommes,

faire ses preuves, montrer qu’elle

Maïmouna DIOP

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 17


CÉLÉBRATION 8 MARS

Symbolique, même si

La bataille pour l’amélioration de la condition féminine au Sénégal est

toujours d’actualité même si certaines avancées peuvent être constatées

dans plusieurs secteurs, d’où l’importance des symboles comme la date

du 8 Mars.

La condition féminine a

suivi l’évolution et les

mutations imposées

par la modernisation et

la mondialisation. En effet, une

analyse sommaire amènerait à

penser que le rôle de la femme

était plus simple parce que

naturellement régi par les règles

de la société traditionnelle. Les

tâches surtout ménagères, au

quotidien, rythmaient sa vie

au foyer. La femme au foyer

était très active sur le plan

social, mais aussi économique

en s’occupant à toutes sortes

de travaux paysans. La femme

avait tous les pouvoirs pour

résoudre les problèmes sociaux

et une grande responsabilité

tout en restant dans l’ombre.

« La modernisation et l’avancée

considérable de la technologie

ont changé les relations sociales

et les activités économiques.

Aujourd’hui, le travail confère

à la femme une autonomie

financière et nous sommes

toutes victimes de ce désir de

s’affirmer, d’être reconnue par

la société. Cette volonté pousse

les femmes à revendiquer des

postes et statuts consacrés

initialement aux hommes.

La femme aspire et occupe

des postes de responsabilité

même si le pourcentage reste

encore faible. Néanmoins, des

avancées considérables peuvent

être constatées dans plusieurs

secteurs », analyse Mariama Diop

Seye, Ingénieur de Conception en

18

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


Génie civil, Experte en Circulation

et Sécurité routière du Projet

BRT au CETUD. Mariama Diop

Seyeest partagée par Mariama

Djambony Badji, ingénieure en

Génie civil assure, quant à elle,

que des avancées remarquables

ont été notées, particulièrement

dans leur capacité de mobilisation,

leur constance dans l’engagement

et la solidarité. À l’en croire, les

femmes ont réussi à se hisser

à des niveaux décisionnels

jamais atteints. D’ailleurs, elles

répondent toujours présent dans

les organisations citoyennes,

ce qui a été déterminant pour

faciliter leur responsabilisation

dans les sphères de décision.

« Dans le management de ces

organisations, une forte présence

féminine est constatée. Dans les

zones rurales, les femmes sont

au contrôle des volets santé,

éducation et même dans les

circuits de commercialisation,

ce qui explique qu’on ait

cette pléthore de conseillères.

Vraiment, à tous les niveaux, nous

avons enregistré de véritables

percées », réaffirme la passionnée

d’environnement co-fondatrice et

CEO de DNA, une entreprise de

construction qui fait la promotion

des matériaux écologiques pour

réduire l’impact des bâtiments

sur l’environnement.

Pour la grande majorité

des femmes ingénieurs, la

condition féminine a connu des

évolutions ces dernières années.

En comparaison de l’époque

de nos mères, grand-mères et

arrière-grands-mères, les filles

sont de plus en plus scolarisées

et nombreuses sont celles qui

poursuivent leurs études et

accèdent à de hauts niveaux de

responsabilité. « En réalité, les

femmes aspirent aujourd’hui à de

bien meilleures positions tant sur

le plan social que professionnel,

motivées par cette envie d’avoir

une autonomie intellectuelle et

financière », confirme Maïmouna

Seck Diop, Ingénieure Eau et

Assainissement.

Est-il utile de célébrer le 8

Mars ?

Symbole de cette lutte pour

les droits des femmes dans le

monde, le 8 Mars interpelle et

divise les femmes du secteur

du BTP qui en ont chacune une

interprétation. À l’instar des

autres dates symboliques s’en

rapprochant, celle-ci constitue

une occasion pour sensibiliser

les femmes sur leurs droits

et devoirs. « Il faut que cette

conscientisation continue, mais

que les femmes empoignent leurs

responsabilités et continuent à se

battre. Parfois, nous concevons

nous-mêmes des barrières qui

n’existent pas ou encore, si elles

existent, ne dépendent pas du

sexe. Il y a des contraintes que

nous ne rencontrons pas parce

que nous sommes des femmes,

mais parce que nous sommes

simplement des travailleurs »,

déclare l’Experte en Circulation et

Sécurité routière du Projet BRT au

CETUD. Il est temps de passer à

l’action, de travailler sans relâche

et surtout de comprendre que la

femme, au-delà d’être une épouse

et une mère, doit participer au

développement économique de

son pays. Dans un pays comme

le Sénégal, la main-d’œuvre

féminine doit être valorisée, les

femmes doivent être entendues

puisqu’elles peuvent apporter

des réponses aux plus grands

défis auxquels nous sommes

confrontés aujourd’hui. Il est

aussi regrettable de constater

que pendant ces journées, les

séances de sensibilisation,

les réflexions, conférences et

échanges sont remplacés par

des festivités et d’autres types

d’animation, regrette Mme Seye,

Mariama Diop, Ingénieure de

Conception en Génie civil. Il

semble que ce volet festif dérange

une autre ingénieure en Génie

civil. Mariama Djambony Badji

retient qu’au Sénégal, les femmes

devraient éviter de mettre trop

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 19


CÉLÉBRATION DU 8 MARS

d’émotion dans cette Journée

internationale des droits de

femmes. « Elle nous concerne tous

et toutes. Nous avons besoin de

symboles, de repères et surtout

d’en faire une journée de bilan par

rapport à une question : sur quels

paradigmes, la gouvernance,

nos sociétés respectent-elles les

droits des femmes ? Les objectifs

fondamentaux n’ont pas été

atteints, loin de là. Nous devons

tous y travailler », interpelle la Cofondatrice

de TOFTAL, startup de

marketing digital qui accompagne

les entreprises et particuliers pour

bâtir une image de marque sur

internet. Volontaire chez Africa

Feliz Sénégal, une association à

but non lucratif dont l’objectif

est de lutter contre l’émigration

irrégulière à travers la formation

qualifiante des jeunes et des

femmes.

L’Ingénieure en Eau et

Assainissement,

PMO

Infrastructures et Eaux,

Maïmouna Seck Diop, veut

garder le caractère symbolique

de la célébration de la journée

du 08 mars. Surtout que cette

journée permet de toujours

penser à ces femmes qui, dans

le passé, ont subi toute sorte de

discrimination. « Je fais partie de

celles qui croient que la femme

devrait être célébrée tous les jours,

mais aussi à côté de nos vaillants

hommes. La discrimination

est, en réalité, inhérente à toute

société et elle persiste sur les

femmes, malgré les avancées

positives notées. Cependant,

dites-vous bien aussi que les

hommes se sentent tout aussi

discriminés vis-à-vis des femmes

dans certaines circonstances où

l’on met la femme au-devant de

la scène sans argument solide. Je

pense que le combat des femmes

devrait être orienté, au-delà de la

revendication, vers celui qui leur

ferait mériter leur place partout

où elles seront positionnées »,

plaide Maïmouna Seck Diop.

Installée en France, Mme

Aïssatou Ndiaye Fall pense

qu’il faudrait en profiter pour

véhiculer des messages afin de

promouvoir l’accès des femmes et

leur évolution dans les métiers du

BTP. Toutefois, dans l’entreprise

dans laquelle elle travaille : point

de célébration. « Cette journée

n’est pas célébrée dans mon

entreprise et « les masculins » se

permettent toujours « de rire » de

celles qui la célèbrent », se désolet-elle.

20

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


ACTU

Pont à péage de foundiougne :

les tarifs fixés à….

Les tarifs du grand pont à péage de

Foundiougne entrent en vigueur

à partir du 1er février, a annoncé

Abdoulaye Thiam, responsable de

l’exploitation des ponts et des autoroutes à

l’Agence des travaux et de gestion des routes

(AGEROUTE). Venu présider la cérémonie

en compagnie du maire de la commune de

Foundiougne, Mbaye Diamé, et de celui

Djirnda, Badara Diome, il a signalé qu’un

personnel sera déployé sur place pour «orienter

les usagers» durant cette mise en service

gratuite, qui prendra fin le 31 janvier.

‘’Et au terme de gratuité, tout usager qui

voudra utiliser le pont doit débourser un tarif en

fonction de quatre catégories d’automobilistes’’,

a-t-il prévenu. Ainsi, pour la catégorie C1, les

usagers des motos devront payer 500 francs

CFA, tandis que pour les véhicules particuliers,

rangés dans la catégorie C2, le tarif est fixé à

2.000 francs CFA. ‘’Quant aux cars, minibus et

camionnettes, ils sont dans la catégorie C3 avec

un tarif fixé à 3.000 francs CFA’’, a-t-il poursuivi.

Pour la dernière catégorie C4 qui concerne les

gros porteurs, les camions et les grands bus,

le passage se fera contre le paiement de 15.000

francs CFA.

Il a précisé que ces tarifs sont calqués sur

ceux qui étaient appliqués au niveau du bac de

Foundiougne qui, depuis plusieurs décennies,

reliait la ville de Foundiougne à Ndakhonga.

L’ingénieur en génie civil a signalé que dans le

cadre de l’exploitation futur du pont à péage,

un personnel local a été recruté en rapport avec

les maires de Djirnda et de Foundiougne. Il a

expliqué que ces personnels sont répartis en

trois équipes et selon des tranches horaires

permettant l’ouverture du pont 24 h/24. Il a

annoncé que des éléments de la gendarmerie

seront déployés pour assurer sa sécurité et celle

des usagers.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 21


Salamata Bocar Sall

Une technicienne qui

brave tous les préjugés

« Petit de taille, mais grand d’esprit », cette assertion

définit bien cette jeune dame aux qualités énormes.

Depuis deux ans, elle gère et contrôle plusieurs

chantiers. Un exercice qui n’est pas facile en plus d’être

femme. Salamata Bocar Sall n’est pas complexée ni

par son genre ni par sa taille en accomplissant de

grands travaux.

La parité au travail est en

marche dans le secteur du BTP

au Sénégal. Salamata Bocar

Sall, technicienne supérieure

en bâtiment est l’incarnation parfaite

de cette percée des dames. La

grandeur de certaines personnes ne

réside pas dans leur taille, mais dans

l’accomplissement de grandes œuvres.

Il ne faut pas regarder à la périphérie

de « Sala », comme l’appellent ses

amis. Active depuis deux ans dans les

chantiers de construction, elle apporte

ses compétences pour une bonne

conduite des travaux.

Petite de taille, elle ne se laisse pas

pour autant démonter à cause de son

physique. D’ailleurs, c’est une chose

qu’elle assume avec fierté : « Les gens

me charrient en me disant que tu es

petite de taille et tu prétends

faire du génie civil. Je vis ça

au quotidien en chantier et

à l’école. Et ça me donne du

courage. Je me dis qu’ils sont

moins intelligents que moi.

Je suis bien portante. Je peux

faire tout ce que les autres

font. En plus, c’est un travail

scientifique ».

Ayant gagné la confiance

de ses supérieurs, Salamata a

une routine de vie qui tourne

autour de différents travaux

liés à ce secteur en plein essor

au Sénégal. En effet, la jeune

fille de teint clair se projette,

au quotidien, de chantier en

chantier. Ce qui lui permet

« de gagner en expérience et

d’accumuler plus de savoir ».

Car, selon elle, les contraintes

diffèrent d’un terrain à un

autre. « Dans le secteur du

bâtiment, il s’agit d’une

succession de travaux. Avec

le temps, on se familiarise

avec l’environnement des

chantiers. Nous savons à

l’avance ce que nous faisons.

Parfois, nous faisons face

à des contretemps pour

défaut de matériels ou de

personnel », a-t-elle dit.

Trouvée dans un bâtiment

en construction à la cité

Sipres, elle conduit les

travaux. L’ambiance est

22

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


bonne et les travailleurs s’activent

dans différentes tâches qui leur

ont été confiées. Tout en sourire,

Moustapha, un des ferrailleurs,

lui lance ces mots : « C’est elle

notre patronne ». Seulement,

tous les jours ne sont pas roses

pour «Sala». Dans un secteur

dominé par des hommes, il est

très difficile pour une femme d’y

évoluer. L’explication donnée par

Salamata Bocar Sall est que le

mâle n’aime pas se faire dominer.

Particulièrement dans le monde

du travail et spécifiquement

dans le BTP, les femmes sont

toujours victimes de certains

préjugés. Salamata Bocar fait

face, quotidiennement, à cette

Salamata Bocar SALL

situation de non-acceptation par

les hommes.

« Parfois, on rencontre des

difficultés pour donner des ordres

aux travailleurs. Pour y arriver, il

faut juste être perspicace. Il arrive

qu’on s’énerve et sanctionne pour

que nul n’ignore la hiérarchie.

Mais assez souvent, on garde

notre calme et privilégie l’écoute

et l’échange. Cependant, il n’y a

pas de jour qui passe sans que

certains ouvriers me rappellent

ma condition de femme et mon

jeune âge pour donner des ordres

à des hommes », explique la

cheffe de chantier.

Pourtant, cette dame de petite

taille a l’expertise pour mener à

bien des travaux de construction.

La demoiselle Sall avance qu’elle

a été préparée à cela à travers sa

formation en génie civil. Il faut

dire que cette passionnée de BTP a

intégré ce secteur par le plus grand

hasard. Sa soif de découverte et

sa volonté ont été les piliers sur

lesquels s’est appuyée Sala pour

atteindre ce stade en deux ans de

pratique. « Le choix du génie civil a

été furtif parce qu’après l’obtention

du Bac, j’ai été orientée dans une

filière que je n’aimais pas. Un jour,

ma sœur est revenue de séminaire

avec les brochures de l’IPD et j’ai

vu la possibilité de suivre une

formation dans le génie civil. Je

me suis documentée avant de me

dire : pourquoi ne pas essayer ? La

formation a été bonne pour moi.

On y apprend beaucoup de choses.

Dans les écoles sénégalaises, on

favorise d’avantage la théorie que

la pratique », raconte Salamata

avec fierté.

Ce parcours lui a permis d’être

celle sur qui le travail de plusieurs

chantiers repose : « Le terrain nous

permet de mieux comprendre ce

que l’on étudie et gagne davantage

en expérience. Je suis dans la

pratique depuis 2 ans. Je bouge

beaucoup d’un chantier à un autre.

Nous faisons aussi des contrôles,

une gestion du personnel, nous

suppléons aussi les chefs de

chantier en leur absence ».

Aujourd’hui, elle poursuit

sa passion, mais renforce sa

connaissance dans le secteur du

génie. En effet, elle est inscrite en

Master I en Génie civil et en Master

II en Economie de l’environnement

et développement durable.

Consciente que ce n’est pas un

exercice facile d’allier études et

travail, Salamata Bocar Sall ne

manque pas de volonté pour

atteindre ses objectifs.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 23


PLAFOND DE VERRE ET MENTORING

Invisible mais bien présent

Il est là. Toujours présent, bien qu’invisible, le plafond de

verre pèse sur l’avancée des femmes dans la hiérarchie

des entreprises.

Les efforts des différents

gouvernements qui se

sont succédé au Sénégal

pour la scolarisation

massive des filles et leur

maintien le plus longtemps dans

le système scolaire sont réels.

Chaque année, le ministère de

l’Éducation nationale publie des

données statistiques qui prouvent

à suffisance le maintien à l’école

ainsi que les performances que

réalisent les jeunes filles lors

des examens scolaires. L’objectif

final étant qu’une fois devenues

femmes diplômées et compétentes,

qu’aucun métier ou poste ne

soit inaccessible. Toutefois, la

réalité est tout autre. Plus on

s’élève dans la hiérarchie des

entreprises et de l’administration,

moins on retrouve les femmes.

La faute au fameux plafond de

verre. Aujourd’hui, le plafond de

verre désigne les freins constatés

à l’ascension professionnelle

des minorités visibles. Mais,

au début, le terme désignait les

freins invisibles à la promotion

des femmes dans la structure

hiérarchique. Il constitue un

obstacle dans l’évolution de leur

carrière au sein de l’entreprise et

limite leur accès à des postes à

24

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


responsabilité. On constate que

les femmes sont moins souvent

promues que leurs collègues

masculins, et ce dans toutes les

catégories sociales. « C’est bien

une réalité malheureusement !

On le vit tous les jours à travers

une réflexion mal placée, une

remarque bien déguisée…

Mais ceci doit, et est, une source

de motivation qui pousse les

femmes à réussir tous leurs

chantiers. Women Power »,

déclare Mme Aïssatou Ndiaye

Fall, Ingénieure en Génie civil.

Malgré les mécanismes

sociétaux et organisationnels

qui entretiennent le plafond

de verre, certaines femmes

sont parvenues à le briser pour

sortir la tête de l’eau. C’est le cas

de Mariama Djambony Badji,

24 ans. Volontaire chez Africa

Feliz Sénégal, une association

à but non lucratif dont l’objectif

est de lutter contre l’émigration

irrégulière à travers la formation

qualifiante des jeunes et des

femmes. « Non, je ne l’ai pas

vécu, car je me suis très tôt lancée

dans l’entrepreneuriat pour ne

pas m’adapter à la culture d’une

entreprise et bâtir une entreprise

avec des valeurs centrées sur

l’équité et qui offre la possibilité

à tous et à toutes de réussir son

insertion professionnelle. J’ai

toujours été entourée d’hommes

très au fait des enjeux du moment

pour ne pas dire féministe et cela

est d’un apport incommensurable.

L’association Africa Feliz Sénégal

fait des formations en sérigraphie,

soudage, installations solaires,

peinture et transformation de

fruits, légumes et céréales. Les

coachings en entrepreneuriat

et développement personnel

permettent d’ancrer le #Gueum

Sa Bopp et le #Tokk fi Tekki fi.

Mariama Diop Seye, pour sa

part, indique qu’elle n’a jamais eu

à vivre ce blocage professionnel

dans sa carrière, « mais je connais

des femmes qui l’ont vécu et

j’espère que les mentalités vont

évoluer dans ce sens. Par ailleurs,

il est important de souligner

que la société exerce une grande

pression sur la femme. Devant des

postes de grandes responsabilités,

la femme manifeste souvent un

sentiment de peur, elle craint ne

pas être à la hauteur et analyse les

conséquences sur sa vie familiale.

Il y a beaucoup d’efforts à faire

sur la psychologie féminine.

À côté du dévouement, de la

détermination et du courage, elles

doivent manifester leur grande

volonté de réussir et d’être à la

hauteur ».

Assez relative sur la question,

Maïmouna Seck Diop, Ingénieure

Eau et Assainissement, estime

que si un jour un poste lui a été

refusé dans sa carrière, c’est parce

qu’elle ne le méritait pas. « Je suis

de celles qui pensent qu’on doit

prendre le temps d’évoluer, de

façonner sa trajectoire et surtout

de se préparer à relever les défis.

Néanmoins, j’ai parfois, pour

ne pas dire souvent, été victime

de mes principes et convictions.

Le plafond de verre existe

certes pour certaines, mais pas

forcément pour tout le monde »,

conclut-elle.

Maïmouna DIOP

Le mentoring, une solution

La célébration de la Journée

mondiale des droits de la femme

par la communauté internationale

doit contribuer à bâtir un monde

sans discrimination pour

l’ascension des femmes en milieu

professionnel. Mais le constat

est que les patrons d’entreprise

préfèrent donner certains postes

à des hommes parce que plus

libres, parce qu’ils ne sentent

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 25


PLAFOND DE VERRE ET MENTORING

pas cette pesanteur sociale. Pour

contourner cet écueil professionnel

à leur manière, certaines femmes

penchent vers le mentoring. C’est

le cas de Mariama Djambony Badji,

Entrepreneure co-fondatrice et CEO

DNA, une entreprise de construction

qui fait la promotion des matériaux

écologiques pour réduire l’impact

des bâtiments sur l’environnement.

« Mon legs et mon vécu sociofamilial

me dirigent naturellement

vers le mentoring. Il y a des femmes

qui m’inspirent, me motivent et me

poussent toujours à aller de l’avant,

de vraies mentores. Dans cette même

lancée, je compte accompagner mes

jeunes sœurs pour les aider à se

réaliser pleinement », fait savoir

Mariama Djambony Badji.

Maïmouna Seck Diop partage

l’idée d’accompagner de jeunes

filles dans leur parcours estudiantin

et professionnel. Cependant, elle

émet des réserves quant au concept

d’égalité des genres. « Déjà, le

concept d’égalité des genres, tel que

défini de nos jours, me gêne dans le

fond au regard des considérations

qui peuvent prévaloir dans le

contexte mondial actuel. Je parlerai

plutôt d’équité entre les hommes et

les femmes, équité dans le traitement

salarial à compétences égales,

équité dans les promotions, équité

dans la facilitation de l’accès aux

opportunités de développement.

Vu sous cet angle, je me sens déjà

engagée dans ce combat et j’ai

d’ailleurs eu à « mentorer » et

encadrer des sœurs dans le cadre de

leur parcours estudiantin, mais aussi

de jeunes femmes entrepreneures

dans le cadre du développement de

leur activité », souligne Maïmouna

Seck Diop.

À l’en croire, la femme ne devrait

pas faire l’objet de traitements

subjectifs et infondés, car cela peut

entraîner des frustrations. Par

contre, chaque individu, quel que

soit son sexe, a une place bien

définie. De plus, les femmes ne

doivent pas voir les hommes

comme des adversaires, mais

plutôt des partenaires de tous

les jours. « Laissons à chacun

l’égard qu’il mérite ! »

Ce plafond de verre tant

redouté résiste à la pression

de cette élite féminine qui

ne cesse de réfléchir sur

comment le repousser, voir

le briser définitivement.

Cela passe par une lutte

collective et individuelle

pour certaines femmes.

Mme Mariama Diop Seye

indique que sa contribution

à l’effort des femmes pour

une équité des chances entre

les hommes et eux est son

effort de conscientisation des

congénères professionnelles

sur l’amour du travail et

le respect de soi-même. «

Nous pouvons y arriver

en fournissant les efforts

nécessaires ; c’est juste une

question d’organisation et de

volonté. Il faut y croire jusqu’au

bout. L’essentiel n’est pas dans

cette recherche d’égalité, il

nous faut apprendre à nous

positionner avec justesse

et occuper pleinement nos

responsabilités sur tous les

plans », théorise l’Experte en

Circulation et Sécurité routière

du Projet BRT au CETUD.

Si cela doit passer par une

discrimination envers les

hommes, pourquoi pas. « Je

pense que si elle existe, elle

est positive et en un moment,

il était nécessaire de le faire

pour donner aux femmes

l’opportunité de montrer leurs

talents et compétences au

monde actuel ».

Maïmouna DIOP

26

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 27


HOMMAGE POSTHUME

Léna Keita Diop

Parcours d’une pionnière

L’immortalité de certains

bâtisseurs réside dans

les édifices qu’ils ont

érigés. Léna Keita Diop

fait partie de ce lot. Le

Marché Kermel, la Maison

Senghor, la Gare de Dakar

ou encore l’Hôtel de Ville

de Dakar figurent sur la

liste des œuvres qu’elle a

réhabilitées. « Chantiers

Mag » revient sur le

parcours de cette illustre

femme de terrain.

Entre

valeurs

traditionnelles

et motivations

personnelles, la dame

de chantiers s’est construit un

parcours exemplaire. Refusant

d’être contrainte par les préjugés

de la société, elle a décidé de

faire un « travail d’homme ».

« Mademoiselle, attendez. Nous

n’avons pas de femmes sur

nos chantiers. Mais nous allons

essayer. » L’histoire de la première

femme cheffe de chantier du

Sénégal a commencé avec cette

phrase. Elle s’appelle Léna Keïta,

elle a 26 ans, nous sommes en 1993.

Elle vient de passer un entretien

pour un stage avec Gérard Sénac,

Directeur de la filiale Eiffage à

Dakar.

Léna est née à Dakar, elle vient

d’une famille traditionnelle. Ses

parents sont illettrés, mais ils

aimeraient la voir faire des études.

Après son Bac, elle est sélectionnée

pour une bourse d’études dans le

cadre de la coopération sénégaloalgérienne.

Elle part à Alger

suivre la licence en bâtiment.

Elle s’y plaît véritablement, les

chantiers deviennent petit à

petit sa « passion ». Une fois la

licence obtenue, de retour à sa

terre natale, il est temps pour elle

d’enfiler le casque de chantier et

de se confronter à la réalité du

terrain. Pas facile de trouver du

boulot quand on est une femme

dans ce milieu.

Incarnation du « tout début

est difficile », notamment

pour une femme

Dans un entretien accordé à nos

confrères de Le Point (France),

Léna révèle que son travail était

très mal vu. Elle se souvient

des trajets en bus en tenue de

chantier, avec ses chaussures

de sécurité et les regards de

travers qui se posaient sur elle.

Même à la maison, « mes parents

disaient : elle est partie étudier

et maintenant elle rentre avec un

jean sale ».

La future cheffe de chantier va

intégrer Eiffage par un coup de

chance. Le 7 juillet 1993, le siège

d’Eiffage Sénégal reçoit une lettre

dans laquelle Léna a rédigé toutes

ses motivations. Elle demande un

stage. Le facteur croise Gérard

Sénac par hasard devant la

porte du bâtiment. Il lui remet

l’enveloppe en mains propres.

Intrigué par sa candidature, le

Directeur la convie à un rendezvous

dès le lendemain.

Elle commence peu de temps

après en tant que stagiaire

topographe dans les chantiers

de l’armée française, pour trois

mois. « On ne m’a pas choisie

parce que j’étais une femme, au

contraire ! », avait-elle dit. Il n’y a

pas particulièrement de volonté

de changer l’image de la femme

africaine derrière cette embauche,

il s’agit surtout d’un bon feeling.

Une dame de fer en chantier

« C’est un truc de vieux,

plaisante le patron d’Eiffage

Sénégal, j’ai senti qu’il y avait

28

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


du potentiel chez cette femme »,

témoigne Gérard Sénac. Cela dit,

il se lance dans l’aventure avec

beaucoup d’inquiétude pour celle

qui deviendra vite sa protégée.

L’intégration de Léna dans les

chantiers a été rendue facile par

le soutien sans faille du patron

d’Eiffage. D’ailleurs, Sénac n’a

pas été qu’un mentor, mais un

père pour elle. Dans une société

aux ancrages traditionnels, il n’est

pas de coutume qu’une femme

dirige des hommes.

Dans l’interview à Le Point,

Léna Keita Diop est revenue sur

son premier affrontement avec

un coffreur, sur le chantier du

Marché Kermel, dont elle gérait

la rénovation. Alors qu’elle lui

demande de réaliser une tâche

urgente, celui-ci l’ignore. Une

fois, deux fois, trois fois. Jusqu’à

lui lancer : « Arrête de nous faire

chier, ta place n’est pas ici, mais

au foyer, va préparer à manger. »

Elle en informe immédiatement la

Direction qui renvoie le coffreur,

pour donner l’exemple. Être une

femme dans un monde aussi

masculin nécessite d’en faire plus.

« Parfois, un peu trop, j’ai dû la

calmer ! » plaisante Gérard Sénac.

« Les chantiers que l’on me confie

sont mes bébés », a-t-elle révélé.

Avec un travail aussi prenant, sa

vie familiale a débuté tard. « Je me

suis mariée en 2004 à 38 ans, j’ai

eu mon enfant à 39 ans, j’étais très

absorbée par mon métier. » Si Léna

a choisi de persévérer dans cette

voie, c’est « parce qu’un métier n’a

pas de sexe ».

Elle a été à l’œuvre de plusieurs

travaux de rénovation notamment

dans la capitale sénégalaise.

D’ailleurs, dans une vidéo publiée

sur la page Facebook d’Eiffage,

elle révèle que s’il y a un chantier

qu’elle peut appeler réalisation

phare à cause de son caractère

humanitaire, c’est le Centre

Cardiopédiatrique de Fann. À

52 ans, Léna Keïta a été à la tête

des travaux de rénovation de la

Gare de Dakar. Elle est surtout

la première Sénégalaise à avoir

autant de responsabilités sur un

tel chantier. Entre 2008 et 2013,

elle a interrompu son travail

pour Eiffage, au grand dam de

son Directeur. Elle est partie au

Canada pour permettre à son fils

d’obtenir la double nationalité.

Léna Keita Diop est décédée le

vendredi 16 octobre 2020 à Dakar.

Sur la page officielle Facebook

d’Eiffage, un bel hommage

lui a été rendu. « 1ère femme

responsable de chantier dans

l’entreprise, Léna Keita Diop

fait partie de la famille Eiffage

depuis 1993 et a toujours fait

preuve d’un professionnalisme

et d’un engagement sans faille

sur l’ensemble des chantiers

qu’elle a eu à diriger : Marché

Kermel, Maison Senghor, Centre

Cardiopédiatrique Cuomo de

Fann, Gare de Dakar, Hôtel de Ville

de Dakar, entre autres. Femme

enthousiaste et dynamique, nous

garderons toujours en mémoire

sa passion pour son métier et son

amour pour le développement

d’Eiffage », peut-on lire sur le

réseau social.

Une femme directrice de

plusieurs grands projets

de rénovation

Elle a été directrice de projets,

appelée partout à travers le pays

pour mener à bien des projets de

construction et de rénovation.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 29


[Reportage] Chantier R+8

INFRASTRUCTURE :

Nafissatou Gassama

aux commandes

Derrière chaque produit fini

se cache une multitude de

processus et procédures.

C’est le cas pour construire un

bâtiment. Une immersion dans

un chantier nous a permis de

mieux appréhender cet exercice

qui n’est pas aussi simple qu’on

l’imagine. Nafissatou Gassama,

une jeune dame, essaie de faire

de son mieux pour mener à bien

les travaux.

Sous un soleil de plomb de ce

chaud mois qui mitraille de

ses ardents rayons, un groupe

de manœuvres travaillent en

harmonie pour gazer du béton. Au

nombre de 5, avec une tranche d’âge

variant entre 20 et 30 ans, ils exercent

cette activité avec des tâches bien définies.

Au moment où deux ouvriers

mettent du granulat sur une brouette,

aidés par leurs pelles, les autres s’activent

à faire la finition avec du ciment

et du sable. Sous la supervision de

l’entrepreneur, ces travailleurs s’exécutent

sans rechigner. Une parfaite

harmonie. Tous ne semblent pas être

perturbés par le bruit de la bétonnière

électrique. Cet engin de chantier est

utilisé pour malaxer les différents

composants (sable, eau, gravier et

ciment) du béton ou du mortier. Cet

engin est indispensable lors de gros

œuvres tels que le coulage de fondations

d’une maison ou d’une dalle.

Au milieu de ce décor, une jeune

dame observe et donne également

des directives. Il s’agit de Nafissatou

Gassama, la cheffe de chantier.

Visage couvert en partie

par un voile et un masque

imposé par la Covid-19, cette

étudiante en troisième année

de formation en Génie civil va

devoir conduire les travaux

de ce R+8 avec un sous-sol

en construction « En tant que

cheffe de chantier, ma mission

consiste à surveiller, à donner

des directives et en même

temps, je veille à la sécurité

des travailleurs. J’ai également

pour mission de faire respecter

le plan prévu par les architectes

». La trentenaire, de teint

clair, elle mène les travaux

avec confiance et sérénité. La

précision de ses directives et

la fermeté de son discours attestent

de son leadership dans

ce chantier où tous les travailleurs

sont des hommes.

La demoiselle ne manque

pas d’évoquer la question du

genre qui peut être souvent

cause de blocage dans l’exercice

de ses fonctions. « Être

femme et cheffe de chantier,

ce n’est pas une chose facile.

Il faut juste faire preuve de

lucidité et montrer une bonne

30

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


personnalité et un fort caractère.

Il y a des hommes qui

ne veulent pas être dirigés

par une dame. Il y a certains

d’entre eux qui n’ont pas ce

problème. Le chef de chantier

titulaire n’est pas toujours

sur place ». Une absence

qui lui a permis de faire ses

preuves et de gagner ce statut.

Le bruit d’une perceuse à

côté de son siège impose une

surveillance rigoureuse sur

le site. Elle nous révèle que le

jeune avec la perceuse assiste

le maçon : « Il rectifie un problème

lié à l’implantation ».

Nafissatou Gassama incarne

parfaitement cette assertion

du dramaturge français

Pierre Corneille qui dit

qu’« aux âmes bien nées,

la valeur n’attend point le

nombre des années ». En effet,

elle a intégré le Groupement

d’Intérêt Economique (GIE)

Bokk Ligueye en tant que

stagiaire, car étant toujours

étudiante. Au bout d’une année,

elle a fini comme assistante

du chef de chantier. Du

fait que ce dernier s’absente

constamment, elle reprend

les rênes de la construction

de cet immeuble qui sort à

peine de terre.

Nafissatou voulait devenir

architecte, le destin a fait

qu’elle finisse dans les métiers du

Génie civil. « C’est une passion que

je nourris depuis mon enfance. Je

voulais devenir architecte. Seulement,

la formation est très chère et

il n’existe pas beaucoup d’écoles

d’architecture au Sénégal. Je me

suis alors retourné vers la formation

en Génie civil en attendant de

devenir ingénieur. Je pourrais me

reconvertir en architecte. J’aimais

bien dessiner et cela depuis l’école

primaire », martèle-t-elle avec fierté.

Madame Gassama explique comment

le site est structuré. Elle indique

que les travailleurs sont

organisés en groupes. Il y a les

ferrailleurs, les maçons et les coffreurs.

Concernant ces derniers,

leur groupe est en train de mettre

en place les armatures pour le coffrage

de poteaux. L’un d’entre eux

s’assure que les planches sont bien

vissées pour être hermétiques afin

de pouvoir faire couler le béton. Au

même moment, d’autres ouvriers

s’activent dans le ferraillage.

Elle fait savoir que tout le travail

est programmé à l’avance. Chaque

groupe est dirigé par un chef et

des manœuvres. Les dirigeants

travaillent sous contrat avec le

GIE alors que les autres sont soumis

à un système de pointage.

« Les manœuvres sont payés à la

semaine du lundi au samedi. Le

prix varie entre 3000, 3500 ou 4000

francs CFA par jour. Toutefois, ils

sont rémunérés en fin de semaine.

Il y a un système de pointage. Si

nous démarrons à 8h, nous terminons

à 16h ou nous faisons 9h-17h.

Les autres travaillent sous contrat.

C’est une prestation », avance Nafissatou

Gassama.

En même temps qu’elle donne

toutes ces explications, l’entrepreneur

distille parallèlement ses directives.

Restée sur la dalle devant

supporter le bâtiment en construction,

elle ne manque aucune occasion

de descendre et mettre en pratique

ses explications aux ouvriers.

Ils sont assistés par des travailleurs

spécialisés en Bâtiment ou en Génie

civil.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 31


Matériaux de

construction

Tendance haussière,

en mars 2022

Suite à la flambée des prix de la

quasi-totalité des matériaux de

construction, les ventes cumulées

de ciment et autres, principaux

indicateurs de l’activité du

secteur du BTP, ont connu une

hausse en mars 2022.

Au vu de l’évolution

des ventes par débouchés,

il apparaît

que le niveau des livraisons

est tiré vers le bas par

un ralentissement particulièrement

important observé dans

la distribution et le bâtiment,

assurément les segments les

plus touchés par la crise inflationniste.

Cette situation n’est

pas sans conséquences pour

le secteur de la construction

au Sénégal. En effet, dans un

rapport de l’Agence Nationale

de Statistique et de la Démographie

(ANSD), on informe

que les prix des matériaux de

construction ont évolué de

1,2% en mars 2022, comparativement

au mois précédent.

Cette évolution résulte du relèvement

des prix de toutes

les composantes, notamment

ceux des matériaux de base

et de menuiserie. En variation

annuelle, ils ont progressé de

8,7%. À l’image des précédents

mois, les matériaux de

32

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


base se sont renchéris de 1,5% au

cours du mois de mars, sous l’effet

de l’augmentation des prix du

fer à béton (+2,7%) et du ciment

ordinaire (+1,7%). En comparaison

à la période correspondante

en 2021, ils ont connu une hausse

de 6,9%. Les prix des matériaux

de menuiserie ont été aussi majorés

de 1,0% comparé au mois

précédent, suite à la hausse des

prix des articles métalliques

(+1,2%), en bois (+1,1%) et en

aluminium (+0,5%). En variation

annuelle, ils ont augmenté

de 14,2%. Les prix des matériaux

pour travaux d’électricité se sont

bonifiés de 1,0%, sous l’effet

du renchérissement des câbles

VGV (+2,2%). En comparaison

au mois de mars 2021, ils se sont

accrus de 12,7%. L’augmentation

des prix des peintures (+1,0%)

est en liaison essentiellement

avec celle des prix des peintures

à huile (+2,1%) et à eau (+0,7%).

En variation annuelle, les prix se

sont appréciés de 5,4%.

L’accroissement des prix des matériaux

pour le revêtement des

murs et sols (+0,7%) résulte de

celui des prix des carreaux pour

mur (+0,9%) et pour sol (+0,6%).

En comparaison à la période correspondante

en 2021, ils se sont

accrus de 11,4%. S’agissant des

prix des matériaux de plomberie

et sanitaire, ils se sont appréciés

de 0,2% en rythme mensuel.

Cette évolution provient principalement

de la progression des

prix du matériel de plomberie

pour cuisine (+0,9%), des appareils

sanitaires pour salle de bain

et W-C (+0,2%), ainsi que des

tuyaux en plastique (+0,2%). En

variation annuelle, les prix ont

progressé de 12,6%. Quant aux

prix des matériaux d’étanchéité,

ils ont connu une hausse de

0,1%, suite à celle des prix des

pax aluminium (+0,5%). Comparé

à leur niveau en mars 2021, ils

se sont renchéris de 8,5%. Ainsi,

au mois de mars, les matériaux

de construction ont évolué de

1,2% en comparaison avec les

mois précédents.

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EXPATRIÉE

AWA CHEIKH DIOP INGÉNIEURE

Le seul le combat

législatif libère

Pour lever les obstacles au développement du leadership féminin au

Sénégal, Awa Cheikh Diop pense qu’il faut changer le regard de la société

envers les femmes grâce à des lois, en plus d’impliquer massivement les

femmes dans les instances de décision.

Depuis le Canada

où elle réside, Awa

Cheikh Diop perçoit

de véritables progrès

dans l’évolution de la condition

féminine au Sénégal. Elle

constate, par exemple, que ces

dernières années, beaucoup de

femmes réussissent à s’intégrer

dans le monde du travail.

Même si ce n’est pas comme

elle le voudrait. Cependant,

des efforts restent à faire dans

le secteur du BTP. « Intégrer

le secteur du BTP n’est pas du

tout facile, encore moins pour

une femme. Au Sénégal, le plus

difficile pour les femmes dans

le secteur, c’est avant tout, le

regard que porte la société sur

nous. On a souvent l’habitude

d’entendre les gens nous dire

"ce n’est pas un travail pour les

femmes". Ce qui rend encore

plus difficile l’intégration des

femmes. Il faut travailler deux

fois plus que les hommes pour

mériter sa place et il faut noter

que les avantages ne suivent

pas toujours », lance l’ingénieure,

passionnée des structures

de bâtiment.

Awa Cheikh Diop pense qu’au

Sénégal, on sous-estime trop

souvent les connaissances que

peut avoir une femme. « Pour

eux, une femme n’a pas droit

34

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


à l’intelligence et encore moins le

droit de diriger. Pour y remédier,

il faut d’abord que le regard envers

les femmes change et aussi

que les femmes soient plus présentes

dans les instances de décision

», déclare-t-elle.

Pour arriver à ce résultat, l’ancienne

pensionnaire de l’École polytechnique

de Dakar (ESP) prône

le combat législatif. « D’après moi,

il n’y a que la loi qui peut changer

la situation. Adopter des projets

de lois qui rehaussent la condition

des femmes », argumente-t-elle.

Awa Cheikh Diop pense que

le respect et la promotion de la

condition des femmes sont un

combat de tous les jours. Que

les femmes sénégalaises doivent

continuer à s’imposer et surtout

ne pas attendre qu’on leur donne

tout sur un plateau. Cela passe

par des actes symboliques comme

le fait de ne pas célébrer le 8 Mars

; vu qu’on n’a pas choisi une journée

pour les hommes, pourquoi

donc en choisir pour les femmes.

Discrimination ne peut pas être

plus grande. « Ce qui nous revient

de droit, il faut l’arracher s’il le

faut. Pour ce qui est de jouer au

mentor, je n’y ai pas encore pensé,

après tout je ne veux pas me

mettre les hommes à dos », plaisante

celle qui travaille dans une

entreprise où il fallait faire la vérification

des connexions d’acier.

Interpellée sur l’effectivité du

plafond de verre dans le BTP,

Awa Cheikh Diop affirme qu’au

Canada, où elle vit, elle ne l’a jamais

vécu, car non seulement

la loi protège les femmes et met

en avant la famille, mais surtout

qu’elle a fait délibérément

le choix de mettre toujours sa famille

avant tout. « Comme nous

le savons, la femme au courant

de sa vie est appelée à traverser

différentes étapes, contrairement

à l’homme. Ce qui rend difficile

et fragilise très souvent sa carrière

professionnelle. Et ce qui arrive

dans la plupart des cas, on te force

à faire un choix entre la famille

et le travail, ce qui est d’ailleurs

dommage. Je dis souvent que

dans une société où la responsabilité

de la famille revient aux

femmes, il faut tout faire pour les

protéger comme il se doit. Pour

moi, ce sont les horaires de travail

qui doivent s’adapter au rythme

familial et non le contraire », explique-t-elle.

L’ingénieure reconnaît que le

cocktail Femme-Famille-BTP est

assez explosif. Elle estime qu’il

faut vraiment être endurante et

véritablement aimer son travail

pour le faire. Les journées d’une

ingénieure sont longues et très

souvent dures, et ne déchargent

en rien ses responsabilités familiales.

Il faut toujours s’occuper

de ses enfants et de son mari, car

personne ne le fera à votre place.

Awa vit dans la région de Québec

avec son mari et ses deux enfants.

Faciliter l’investissement

des expatriées

Awa Cheikh Diop a eu son Baccalauréat

au Sénégal en 2006, puis

elle a intégré l’école Polytechnique

de Dakar où elle a obtenu

son Diplôme Supérieur de Technologie

(DST) en Génie civil. En

2011, elle a décidé d’aller au Canada

pour continuer ses études.

Elle y décroche un Bac en Génie

civil pour devenir ingénieure.

Après son Bac, elle est retournée

au Sénégal pendant une année

pour intégrer le marché du travail,

qui s’est avéré du reste très

difficile. Elle a quand même pu

faire un stage chez Alpage Bureau

de Contrôle qui fut très enrichissant.

Parce qu’elle y a expérimenté

différentes facettes de l’ingénierie,

surtout dans le domaine de la

structure et également des suivis

de chantiers. Par la suite, elle est

retournée au Canada où elle a pu

travailler pour une entreprise où

il fallait faire la vérification des

connexions d’acier, donc toujours

à propos de la structure. Comme,

on l’aura sûrement compris, elle

est une passionnée des structures

de bâtiment.

Avec le recul, l’expatriée regrette

que lorsque des filles et fils du

Sénégal rentrent au pays pour

investir, la première chose qui les

frappe, c’est que la société ne les

considère plus comme des Sénégalais

à part entière. « On nous

traite souvent de Toubabs. Mais,

pour moi, le plus difficile est le

fait de constater que les Sénégalais

aiment gagner de l’argent

mais n’aiment pas travailler. À

cela, il faut ajouter le fait que

l’État rend tout inaccessible pour

les expatriés qui souhaitent investir

au pays. Le plus banal c’est

que l'obtention de papiers (documents

administratifs) peut te

prendre des mois. Contrairement

au Canada où la plus grosse des

difficultés reste l’intégration, car,

il faut l’admettre, ce n’est pas toujours

facile », ponctue-t-elle.

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 35


PROFIL

DABA SÈNE

Technicienne bâtiment

« Dans un chantier à Guédiawaye, un homme est venu me voir et m’a taxée de folle.

Pour lui, une femme n’a pas sa place dans les chantiers, car n’étant pas un métier

réservé aux dames. Un jour viendra, je lui prouverais le contraire de ses préjugés,

car je suis tenace et prête à réussir dans ce métier », ainsi parle Daba Sène, Technicienne

bâtiment qualifiée en traçage, construction et ferraillage.

Dynamique et

organisée, la jeune

femme est concentrée

sur son travail. Dame

manuelle à la main, Daba Sène

donne des formes et courbes à une

pile de barres de fer prédisposées

à ses pieds en respectant des

marques préétablies sur les barres

de fer. Casque de chantier visée

sur la tête, lunette de protection

devant les yeux, elle fait signe

d’attendre quelques minutes, le

temps de terminer le lot. « C’est

un domaine que j’aime bien. Je me

rappelle qu’au début, quand j’étais

encore plus jeune, je disais à mes

frères de m’emmener en chantier

vu qu’ils évoluent tous dans ce

secteur. Malheureusement, en

tant que fille, ils ne voulaient pas

entendre parler de mon envie

de travailler dans le bâtiment,

arguant que je suis une fille », se

rappelle-t-elle. Ce refus ferme de

ses frères a failli faire son effet sur

son rêve d’intégrer le milieu du

bâtiment. Mais par le plus grand

des hasards, elle est tombée sur

une annonce de l’actuel maire

de Keur Massar Nord, Adama

Sarr, offrant une opportunité de

subir une formation qualifiante.

L’enthousiasme va vite laisser

place à la déception, car n’étant

pas retenue par le jury, pour

intégrer la cohorte. « C’est durant

ces moments de complaintes sur

mon élimination que Vieux Sima

Sonko m’a accueillie et proposé

d’aller à Yeumbeul Nord y intégrer

le programme Promovilles qui

offrait une formation aux métiers

du BTP. C’est là qu’on m’a permis

d’accéder à la formation à laquelle

je tenais tant. D’abord, j’ai subi

un test puis je suis allée au CFPT

de Diamniadio pour la formation

aux métiers du Bâtiment tels que

le traçage, ferraillage et coffrage »,

raconte-t-elle.

Juste après la formation qui

a regroupé une soixantaine de

personnes au CFPT, Daba Sène a

intégré, avec une amie, l’Entreprise

Construction d’Elite (ECE) en

tant que stagiaires. Mais au bout

de quelque temps, son amie a dû

36

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


davantage sur le côté expérience

et compétences pratiques pour

préparer mes futurs chantiers que

je pourrais gagner. D’ailleurs, je

suis assez outillée en ce moment

pour qu’on puisse me duper à

l’avenir », poursuit-elle.

Âgée aujourd’hui de 23 ans,

Daba Sène est une Technicienne

bâtiment fière de son travail et

de son statut, et cela, malgré

les moqueries et remarques

blessantes de certaines personnes.

« Dans un chantier à Guédiawaye,

un homme est venu me voir et

m’a taxée de folle, car pour lui

une femme n’a pas sa place dans

les chantiers. Que ce n’était pas

un métier réservé aux dames. Un

jour viendra, je lui prouverais le

contraire de ses préjugés, car je

suis tenace et prête à réussir dans

ce métier », se souvient-elle. Elle

tient cette anecdote comme un défi

d’ailleurs. Piquée au vif, elle garde

cette histoire dans un coin de sa

tête et attend le bon moment pour

rappeler à cette personne qu’elle

avait tort. « Un jour viendra, je

lui prouverais le contraire de ses

préjugés, car je suis tenace et prête

à réussir dans ce métier », insistet-elle.

abandonner, la laissant depuis

comme seule femme dans cette

entreprise qualifiée en traçage,

construction et ferraillage.

« Quand bien même, je perçois

une toute petite rémunération,

je suis toujours en stage. Vous

savez, ce n’est pas l’argent qui

me motive en ce moment, mais

plutôt la compétence que je

peux acquérir au sortir de cette

phase d’apprentissage pratique

en entreprise. Parce qu’une

fois j’aurais les compétences

pratiques, je pourrais gagner de

l’argent plus tard », explique la

jeune femme. « Compte tenu de

mon statut social, en tant que

femme, dans ce métier, il est facile

que je sois roulée dans la farine.

C’est pourquoi je me concentre

Curieusement, quand Daba

Sène est avec ses amies et qu’elle

leur parle de son métier ou que

ces dernières la voient en activité

à travers ses photos ou vidéos

postées sur les réseaux sociaux,

celles-ci lui avouent qu’elles ont

envie de faire le métier. À travers

ces propos et témoignages, elle se

sent encouragée à poursuivre sur

sa lancée. Surtout avec le statut de

femme qui essaie de gagner son

pain à la sueur de son front sous

le chaud soleil. C’est pourquoi elle

lance un appel à toutes les filles

qui veulent s’engager dans le BTP

: « Il ne faut pas hésiter. Il faut se

lancer. Certes, le début ne sera

pas facile, mais avec un minimum

d’effort et de la persévérance, on

en sort ».

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 37


Maty N’Dome KÉBÉ

Une «repat» engagée

Maty N’Dome Kébé est ce qu’on appelle une « repat », à savoir être née en France où

elle a fait une partie de sa carrière avant de s’installer au Sénégal depuis quelque

temps. Celle qui se décrit comme une femme déterminée, aime les challenges et

reste engagée dans tout ce qu’elle entreprend.

Selon Maty N’Dome

Kébé, responsable des

affaires institutionnelles

et du développement

communautaire à Iam Gold, un

acteur minier, on assiste depuis

quelques années à une volonté de

l’Etat de redonner à la Femme sa

place et son rang, où qu’elle soit,

dans les organisations sociales,

politiques ou économiques. Par

exemple, le 1er juillet 2012, le

Sénégal avait fait un pas important

sur le chemin de l’égalité en faisant

passer la présence des femmes à

l’Assemblée nationale de 33 à 64

députées, soit 43,3% de l’effectif

de la 12e législature (2012-2017).

Poursuivant son argumentaire,

elle a indiqué qu’il existe

d’ailleurs un ministère dédié,

celui de la Femme, de la Famille

et du Genre, dont les missions

principales sont de veiller au

respect des droits fondamentaux

des femmes et à leur protection

contre la maltraitance et toutes

les formes de discrimination ;

conduire la politique de

promotion de la femme et de

lutte contre les discriminations

à l’égard des femmes ; favoriser

le renforcement des capacités

des femmes chefs d’entreprises,

notamment en matière de

financement et de gestion de

leurs activités économiques. Des

actions mises en œuvre pour

tirer vers le haut les femmes du

Sénégal. « En guise d’exemple

de promotion de femmes leaders

dans des ministères clés du

gouvernement, nous pouvons

citer Aïssatou Sophie Gladima,

ancienne ministre des Mines et

38

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


de la Géologie devenue ministre

du Pétrole et des Energies, Ndèye

Salimata Diop Dieng, ministre

de la Femme, de la Famille et du

Genre, entre autres. Le Sénégal

est sur la bonne voie, même si des

progrès restent encore à faire »,

ponctue celle qui a travaillé dans

le secteur du marketing et de la

communication pour des groupes

internationaux et dans les médias

pour un groupe de presse

panafricain.

Le 8 Mars, qui correspond à

la Journée internationale des

Droits des Femmes, n’est pas

spécifiquement une occasion,

selon elle, pour rappeler que

des problèmes demeurent. Mais

plutôt pour se souvenir des

personnes qui se sont battues

pour les droits des femmes, afin

de leur permettre de travailler,

de faire progresser l’égalité des

sexes dans le monde du travail.

La célébration du 8 Mars doit

se focaliser sur les progrès et

sur les avancées en cours dans

le milieu professionnel. « Il est

important de tout mettre en

œuvre pour favoriser davantage

l’autonomisation économique

des femmes, laquelle est la voie

royale vers l’égalité des sexes,

l’éradication de la pauvreté

et une croissance économique

inclusive. Les femmes apportent

une contribution énorme à

l’économie, que ce soit au sein des

entreprises, dans les exploitations

agricoles, comme entrepreneuses

ou employées, ou à travers leur

travail non rémunéré à la maison

où elles s’occupent de leur

famille », souligne Maty N’Dome

Kébé.

Ayant rejoint Iam Gold

Corporation au Sénégal, elle

porte un regard pointu sur la

présence des femmes dans le

secteur minier. Pour elle, même

si ce milieu est historiquement

masculin, la réalité est que de

plus en plus de femmes y font

carrière en tant que géologues,

conductrices d’engins, expertes

en communication, santé-sécurité,

développement durable, etc.

« Des opportunités sont ouvertes

aux femmes et leur permettent

de développer leur leadership.

Néanmoins, il est important de

continuer à mettre en place des

formations, des programmes de

carrières spécifiques pour montrer

qu’il est possible d’occuper des

fonctions qui, dans les croyances,

sont réservées aux hommes »,

analyse-t-elle.

« Le plafond de verre

existe, mais souvent il

peut être « mis en place ».

Dans la même veine, Maty

N’Dome Kébé souligne la

difficulté d’allier, pour les

femmes, vie de famille et celle

professionnelle. Elle pense que

tout est question d’harmonie.

« Il est difficile de trouver

«l’équilibre», il y aura toujours un

domaine qui prendra le dessus.

Toutefois, il est de notre ressort de

faire en sorte d’être épanouie en

tant que femme, mère de famille,

épouse et professionnelle. Il faut

savoir faire au mieux dans tous

les domaines et donner le meilleur

de soi. Il ne faut pas se mettre

une pression quelconque, mais

accueillir et accepter ces facettes

de nos vies qui font la personne

efficace et accomplie que nous

sommes », fait savoir celle qui

a aussi fourbi ses armes dans le

secteur des Relations publiques.

Pour elle, c’est le meilleur

CHANTIERS MAG N°03 - MARS 2022 39


Maty N’Dome KÉBÉ

moyen de briser totalement

les écueils qui empêchent

l’épanouissement des femmes en

milieu professionnel comme le

plafond de verre. À ce sujet, elle

pense que « ce plafond de verre

existe, mais souvent il peut être

«mis en place» pour des raisons

injustes : grossesse, retour de

congés maternité, discrimination

de genre basée sur des croyances,

etc. Souvent, les femmes peuvent

vivre des injustices liées à ce «

plafond de verre ». Malgré notre

nombre croissant dans la sphère

professionnelle, notre place dans

les instances de décision reste

malheureusement encore trop

minoritaire. Il y a encore des

progrès à faire dans ce domaine.

Il faut notamment que cela

fasse partie de la stratégie de

l’entreprise pour le bien-être et

l’égalité entre femmes et hommes

en milieu professionnel ».

Afin d’apporter sa pierre à

l’édifice de la bataille pour la

promotion de la condition féminine

au Sénégal, Maty N’Dome Kébé a

opté pour un accompagnement

bénévole des jeunes étudiantes

dans leur orientation personnelle

et professionnelle. Elle affirme

que c’est toujours une satisfaction

pour elle de voir, des années plus

tard, l’impact positif que le temps

donné et le partage d’expérience

ont pu apporter. « Je pense aussi

qu’il est important de ne pas

négliger la sororité, la solidarité

féminine, celle qui tire vers le

haut et fait sortir le meilleur de la

femme », déclare-t-elle.

Pour avoir vécu les difficultés

des Sénégalais qui rentrent

au pays pour démarrer un

business, la « repat », c’est-àdire

l’Africaine qui est revenue

travailler au pays après avoir

obtenu ses diplômes et engrangé

une expérience professionnelle

en Occident, donne plusieurs «

Tips » à ses consœurs afin que

celles-ci appréhendent mieux

le processus, notamment :

arrêter de comparer le système

occidental très hiérarchisé et lisse

au système africain ; arrêter de

vouloir changer les mentalités de

manière instantanée sous prétexte

qu’on estime que sa manière de

voir est la meilleure. Il faudrait

plutôt s’adapter aux réalités du

terrain et accepter la différence

culturelle ; s’armer de patience et

de polyvalence. Tout est possible,

mais avec de la résilience.

40

CHANTIERS MAG N°03- MARS 2022


FORMATION PROFESSIONNELLE

Les femmes

investissent le créneau

Ndeye Khady Gueye,

étudiante en troisième

année en Génie civil

dans une université

de Dakar qu’elle n’a pas voulu

mentionner, estime que le choix de

la formation a été très compliqué

pour elle. En effet, la jeune

demoiselle, teint noir, raconte que

son entourage s’y est opposé en

premier, excepté son père. « Ma

famille m’a dit que je ne devais pas

suivre une formation qui mène

au métier de maçon (sourire).

On m’a indiqué qu’avec un Bac

scientifique, il y avait mieux que le

BTP. Avec le soutien de mon père,

les autres ont fini par comprendre

l’importance et les enjeux de cette

filière », raconte-t-elle.

Dans le BTP, le processus de

féminisation est lent, mais des

avancées significatives sont à

noter. En plusieurs décennies, les

femmes sont parvenues à accéder

à certains postes avec plus de

responsabilités. Il faut dire que

la formation professionnelle y a

joué un grand rôle. Bien que les

métiers soient jugés difficiles voire

pénibles, la mécanisation et le

déploiement de nouveaux outils

réduisant le poids du matériel

rendent les tâches plus faciles à

accomplir. La pénurie de maind’œuvre

qui touche durement le

secteur pourrait, en partie, être

compensée par une plus grande

embauche de femmes.

Elles sont femmes et elles ont décidé de

construire leurs futures carrières autour des

métiers du Bâtiment et travaux publics (BTP),

envers et malgré tout.

La formation qualifiante est

ainsi la meilleure alternative

pour y parvenir. « Les objectifs

de la formation sont de permettre

à chaque étudiant de devenir

un concepteur innovant, mais

aussi un ingénieur généraliste

ayant la possibilité d’intervenir

dans plusieurs domaines à

savoir : BTP, Route, hydraulique,

Géotechnique, Topographie, etc.

», explique Aminata Coulibaly,

étudiante en Master I en Génie

civil à l’Institut polytechnique

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panafricain (IPP) de Dakar.

Les pesanteurs sociales

ne sont plus un obstacle

Cette jeune originaire du Mali

veut également suivre les pas de

son père. Ce dernier est dans le

domaine de la construction avec

une entreprise de production de

briques. Seulement, elle compte

pousser ses études pour mieux

appréhender ce secteur. « J’ai

choisi le génie civil car j’ai toujours

été passionnée par les ouvrages

d’art notamment la construction

des routes, mais aussi parce que

mon père s’active dans ce secteur

», avance-t-elle avec fierté.

Les

représentations

traditionnelles pèsent encore

aujourd’hui sur les choix

d’orientation même si les

mentalités s’ouvrent à la mixité.

Dieynaba Gackou ne dira pas le

contraire. Cette jeune technicienne

supérieure qui poursuit ses

études en BTP a vécu toutes

sortes de railleries. Seulement,

sa passion pour la construction a

pris le dessus. Elle qui n’a jamais

flanché, s’active toujours dans

les chantiers. Elle ne manque pas

de magnifier la formation reçue

à l’école. La demoiselle Gackou

estime que la pratique est plus

importante que la théorie.

« Nous avons acquis une certaine

expérience du terrain, cumulée à la

formation théorique. Le meilleur

apprentissage, c’est le terrain.

Depuis toute petite, je nourrissais

une passion pour la construction.

Déjà, je participais aux travaux

avec des maçons qui travaillaient

chez moi. Je m’exerçais avec leur

taloche au moment où il faisait

de l’enduit. J’en ai pris l’habitude

avec le temps. Mais on me

rappelait tout le temps que c’est un

métier d’homme. Même en classe,

on nous le répète. Franchement,

ces propos n’ont jamais eu d’effet

sur moi, car je fais partie de ceux

qui pensent que ce métier ne

s’attarde pas sur le genre », avance

Dieynaba Gackou.

Les femmes : une touche

nouvelle au BTP

Cette jeune battante est en train

de se frayer un chemin. Comme

elle, Astou Ngom, étudiante en

deuxième année en Génie civil à

l’Institut polytechnique de Dakar

(IPD), entend construire une

carrière professionnelle autour

de ce secteur. Passionnée par le

BTP, elle estime qu’embrasser

cette filière est la meilleure option

pour « réveiller son talent d’artiste

». Les femmes commencent

à prendre leur place dans ce

domaine qui, jusqu’à un passé

récent, était réservé aux hommes.

La demoiselle Ngom martèle que

sa motivation est par ailleurs

animée par le besoin d’extérioriser

ses compétences et élargir ses

connaissances. Elle n’est pas seule

dans cette situation. Son camarade

de classe Ndèye Aïcha Sow Top

estime que la pratique de ce métier

ne doit pas être un obstacle dans

l’atteinte de ses objectifs.

L’étudiante à l’IPD est convaincue

qu’il s’agit plutôt d’un défi à

relever : « Je suis convaincue que

je dois réussir et que je vais réussir

et prouver aux hommes nous

considérant comme inférieures

le contraire. Étant féministe, je

contribue à l’émancipation des

femmes en commençant par moimême

». Ndeye Aïcha reconnaît

toutefois que le génie civil est un

domaine très vaste, demandant

endurance et persévérance. Sauf

qu’elle semble être coriace. «

J’aime ressentir de la solidité

dans ce que je fais pour me sentir

fière, demain quand j’aurais

réussi », une manière pour elle de

démontrer qu’elle est brave.

Dans ce même sillage, Astou

Ngom et Aminata Coulibaly

nourrissent le même désir :

entreprendre à l’avenir dans ce

secteur. La pleine réalisation

de leur potentiel contribuerait

massivement à la croissance et à

la prospérité du BTP en Afrique.

Ces deux passionnées des travaux

publics ne comptent pas se

complaire de statuts de simples

employées, mais elles se voient,

à l’avenir, arborer des casques de

cheffes d’entreprise.

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