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La Champagne Viticole n°893 - Octobre 2022

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CAHIER DES CHARGES | MARC FESNEAU | AG2C | INFLATION | EXOSQUELETTES | COTISATIONS

GRILLE DES SALAIRES | CHAMPAGNE DAY | BENJAMIN MULLER | LE MESNIL-SUR-OGER

Foncier viticole

Protéger le modèle

champenois

OCTOBRE 2022 | NUMÉRO 893 | 114e ANNÉE | 8,00€

MAGAZINE ÉDITÉ PAR LE SYNDICAT GÉNÉRAL

DES VIGNERONS DE LA CHAMPAGNE


édito

MAXIME TOUBART

PRÉSIDENT DU SGV CHAMPAGNE

Relever le défi de l’emploi

Pour répondre à ce défi de l’emploi, nous devons batailler sur

plusieurs axes.

Déjà, communiquer sur l’attractivité de nos métiers. La crise

Covid a redonné de la visibilité à la ruralité, profitons-en. Nous

sommes des ruraux qui élaborent un produit au succès mondial

phénoménal. Nous sommes des artisans de la terre qui utilisent

des technologies innovantes. Nous nous engageons collectivement

vers le progrès environnemental.

De ces points de vue, nous sommes en phase avec les aspirations

d’une grande partie de la jeunesse. Faisons-le savoir.

Ensuite, il y a la formation de nos employés. Il est nécessaire

de les accompagner vers plus de technicité pour leur permettre

d’évoluer dans nos exploitations et ainsi pérenniser les emplois.

Le Service Employeurs du SGV est à votre écoute pour tous

vos projets de formation notamment grâce au partenariat noué

avec l’opérateur Ocapiat. Nous y reviendrons prochainement.

Enfin, nous subissons des contraintes administratives qui nous

freinent dans nos démarches d’embauche. Votre Syndicat profite

de tous les moments d’influence possibles - tournées vendanges,

accueil de députés ou encore conférences de presse -

pour porter les revendications des employeurs du vignoble.

Nous défendons pied à pied les maintiens du dispositif TO-DE,

des dérogations du temps de travail et du Tesa simplifié. Nous

demandons de la souplesse et des outils adaptés à la réalité du

terrain pour sécuriser et développer nos emplois saisonniers.

Les fermentations sont en cours, la grande qualité des

raisins avec de bons degrés et un état sanitaire parfait

laissent espérer un millésime solaire. De plus, les volumes

inespérés nous ont permis de reconstituer notre réserve individuelle

que nous avions tous largement entamée pour compenser

les pertes de la récolte précédente.

Votre Syndicat a pesé de tout son poids pour convaincre le

Gouvernement et l’Inao de relever le rendement butoir afin de

profiter au maximum de notre nature généreuse et qualitative.

Quand on a la chance d’avoir de si beaux raisins, on ne doit

rien gâcher.

Ce fut une campagne sereine dans les vignes, tant mieux.

En revanche, dans nos exploitations, nous avons de sérieux

problèmes côté recrutement. Comme les autres vignobles, la

Champagne connaît une importante pénurie de main-d’œuvre

qui s’accentue d’année en année.

Bien sûr, il y a une composante sociétale. Dans tous les secteurs,

on constate la même chose : le rapport au travail et à l’effort des

jeunes générations évolue. Il faut l’accepter : les temps où l’on

ne comptait pas les heures sont révolus.

Par ailleurs, nous continuons à dénoncer la rigidité de la législation

en matière d’hébergement des travailleurs et le système

inadapté de dérogations individuelles ou collectives. Ces

normes sont totalement contreproductives et précarisent même

les saisonniers.

L’emploi et le logement des vendangeurs sont des sujets médiatiquement

très sensibles, on l’a vu récemment lors d’un reportage

télévisé. La Champagne est une cible, nous le savons.

C’est pourquoi il faut rester vigilant quant à nos pratiques et à

celles de nos prestataires. Déjà par respect pour la dignité des

saisonniers qui récoltent nos précieux raisins, mais aussi pour

valoriser l’image de la Champagne auprès des consommateurs

de plus en plus sensibilisés au RSE.

Pour finir, je voudrais saluer tous ceux, viticulteurs, chambres

d’agriculture, Comité Champagne et collaborateurs du SGV,

qui se sont mobilisés pour les prospections jaunisses. La flavescence

dorée représente une menace très importante pour notre

vignoble et il faut la combattre.

Et comme toujours en Champagne, ce n’est que solidaires et

unis que nous progresserons. n

N°893 OCTOBRE 2022 I 5


sommaire

LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 893 OCTOBRE 2022

26 | foncier viticole : protéger le modèle champenois

27 | « Le foncier est le fondement même de nos exploitations »

28 | Installation : cinq étapes pour réussir son passage de relais

29 | SDREA : deux schémas pour garantir la diversité et la viabilité

des exploitations

30 | Les petites régions à la loupe

32 | Portage du foncier : un levier d'accompagnement collectif

35 | La Safer aux côtés du SGV pour maintenir le tissu

des exploitations familiales

14

19

42

édito

5 | Relever le défi de l’emploi

défense vignoble

12 | L’Inao valide les nouvelles dispositions

des cahiers des charges

14 | Marc Fesneau : « Nous saurons

défendre nos filières viticoles »

16 | Emmanuel Macron veut bâtir un pacte

d’avenir pour l’agriculture

17 | Tournées vendanges

19 | Les vignerons sur le terrain contre

les jaunisses

20| Nicolas Lapie, relais d’informations

entre le SGV et le terrain

actualité

22 | Le nouveau site de La Champagne

Viticole

23 | AG2C : l’expertise comptable

au service du vignoble

24 | De passage en Champagne

25 | Revue de presse

commercialisation

36 | Le storytelling, ou comment

se raconter pour mieux vendre

37 | Champagne de Vignerons

économie

38 | Des signaux toujours au vert

pour le champagne

39 | Face à la crise inflationniste,

le champagne résiste encore

40 | Facturation électronique (2) :

bien anticiper la réformendre

coopératives

42 | « Une fusion ambitieuse qui renforce

le rôle des adhérents »

viticulture

44 | Pénibilité au travail : le rôle des

exosquelettes en questions

46 | Les flashs UV-C sous les feux

de la rampe

47 | Le déménagement du patrimoine

viticole mondial est en marche

48 | Viti Vini : le programme des Chambres

d’agriculture du Vignoble Champenois

juridique

50 | Cotisations sociales : petite baisse

pour les petits revenus

52 | Quid du bail en cas de décès

du preneur ?

53 | Les pressoirs et la taxe foncière

N°893 OCTOBRE 2022 I 7


Matériels et fournitures pour l'habillage

HAUTE TECHNOLOGIE & QUALITÉ

Spécialiste de l’embouteillage et l’étiquetage

de bouteilles de Champagne

LAVEUSE-SÉCHEUSE

AUTOMATIQUE

Présent

au VITI-VINI

Pôle Vinicole

Sand MIL C2.2

ETIQUETEUSE ADHÉSIVE

AUTOMATIQUE

ETIQUETEUSE ADHÉSIVE

SEMI-AUTOMATIQUE

LUSTREUSE DE BOUTEILLES

AUTOMATIQUE

Large gamme de matériels vinicoles

de petite ou moyenne cadence

❯ Neufs ou occasions

❯ Consommables

❯ Service après-vente

SAV, pièces et membranes caoutchouc

Centre d’activités de la Côte des Noirs - 51150 BOUZY - FRANCE

Tél. : + 33 (0)3 26 59 16 90

mail : contact@brachet-france.com

CONSOMMABLES

www.brachet-france.com

Hors-Série Août 2017 | 1


sommaire

LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 893 OCTOBRE 2022

64

66

social

54 | Aménagement du temps

de travail : mise en place de

l’accord d’annualisation

56 | Recruter dans le cadre de la

formation professionnelle

58 | Focus sur les évolutions de la grille

des salaires

60 | Brèves

culture et loisirs

61 | À découvrir chez vos libraires

œnotourisme

62 | Champagne Day : la célébration

mondiale retrouve son

effervescence

63 | Vignobles & Découvertes, un atout

pour le tourisme en Champagne

vignerons

64 | Benjamin Muller : enraciné dans

la coopération

appellation

66 | Le Mesnil-sur-Oger, royaume

des possibles

69 | Le Mesnil-sur-Oger, domaine

paysan devenu Or blanc

formation

70 | CRFPS : formation des viticulteurs

en octobre

petites annonces 73|

mémo

SGV Épernay

17-19 avenue de Champagne

CS 90176 - 51205 Épernay

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 26 59 55 00

CRD : Commande au

03 26 59 55 05 ou par mail :

crd@sgv-champagne.fr

AG2C Épernay

17 avenue de Champagne

51200 Épernay

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h30 et 13h30 à 17h00.

Tél. : 03 26 59 55 15

epernay@ag2c-sgv.fr

SGV Bar-sur-Seine

69 Grande rue de la Résistance

10110 Bar-sur-Seine

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 25 29 85 80

bar@sgv-champagne.fr

CRD : Commande au

03 25 29 85 80 ou par mail :

crdbar@sgv-champagne.fr

AG2C Bar-sur-Seine

69 Grande Rue de la Résistance

10110 Bar-sur-Seine

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 25 29 04 63

bar@ag2c-sgv.fr

SGV Château-Thierry

1 avenue de l’Europe

02400 Château-Thierry

Ouvert du lundi au jeudi

de 8h30 à 12h30 et de

13h30 à 17h.

Tél. : 03 65 81 03 70

chateau-thierry@sgv-champagne.fr

CRD : commande au 03 26 59 84 73

ou 06 27 69 15 63 ou par mail :

crd@sgv-champagne.fr

AG2C Château-Thierry

1 avenue de l’Europe

02400 Château-Thierry

Ouvert du lundi au jeudi

de 8h30 à 12h30 et de

13h30 à 17h.

Tél. : 03 26 59 85 32

chateau-thierry@ag2c-sgv.fr

Comité Champagne (CIVC)

5 rue Henri-Martin

51200 Épernay - Tél. : 03 26 51 19 30

INPI : 11/10 ; 15/11 ; 06/12

(Sylvie Woehl, Chargée de clientèle

propriété industrielle).

Matin : 8h30/9h15/10h/10h45/

11h30. AM : 13h30/14h15/15h/

15h45/16h30

roxane.varine-delaborde@civc.fr

Chambre d’agriculture de la Marne

Complexe agricole du Mont

Bernard - Route de Suippes

51000 Châlons-en-Champagne

Tél. : 03 26 64 08 13

Adasea, installation, transmission…

Adasea

2 rue Léon Patoux - 51100 Reims

Tél. : 03 26 04 74 09. Du lundi au

vendredi : 9h-12h/13h30-16h30

Permanences - Installation

Transmission : Reims (à l’Adasea) :

17 octobre. Épernay (à l’AG2C) :

27 octobre. Châlons (à la FDSEA) :

10 et 24 octobre. Fère-Champ.

(au CDER) : 11 octobre.

Chambre d’agriculture de l’Aube

2 bis rue Jeanne d’Arc

10 000 Troyes. Tél. : 03 25 43 72 72

Maison de l’agriculture de l’Aisne

1 rue René Blondelle

02000 Laon - Tél. : 03 23 22 50 50

Adasea, installation, transmission

Service de remplacement

du sud de l’Aisne

11 rue Vallée

02400 Château-Thierry

Tél. : 03 23 84 24 00

MSA Épernay : nouvelle adresse

137 rue de l’Hôpital Auban-Moët

(dans l’enceinte de l’hôpital).

Tél. : 09 69 32 35 62

MSA Reims

24 boulevard Louis Roederer

51100 Reims

Tél. : 09 69 32 35 62

MSA Sud Champagne

Accueil de Bar-sur-Aube

144 route Nationale

10200 Bar-sur-Aube

Tél. : 03 25 43 54 90

Accueil de Troyes

1 avenue du Maréchal Joffre

10000 Troyes

Tél. : 03 25 30 33 33

MSA Château-Thierry

1 avenue de l’Europe

02400 Château-Thierry

Tél. : 03 23 83 13 07

N°893 OCTOBRE 2022 I 9


10 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 893 OCTOBRE 2022

Après les vendanges, c’est la saison des salons !

Le Viti Vini retrouve le Millesium d’Épernay

du 11 au 14 octobre après quatre ans d’absence…

Venez y rencontrer les collaborateurs du SGV et de l’AG2C !

la champagne viticole

Administration/abonnements

17 avenue de Champagne

51200 Épernay

Tél. : 03 26 59 84 59

Sandrine Breyer

sbreyer@sgv-champagne.fr

Directeur de la publication

Maxime Toubart

Rédacteur en chef

Alain Julien

Journaliste

Guillaume Perrin

Secrétaire de rédaction

Isabelle Vilnet

Assistant maquettiste

Hugo Vesselle

Publicité locale

Anaïs Petit - Tél. : 06 27 02 24 41

anaispetit@sgv-champagne.fr

Publicité nationale

Top Agri - 8 cité Paradis

75010 Paris. Tél. : 01 40 22 70 40

Petites annonces

Anaïs Petit - Tél. : 06 27 02 24 41

anaïspetit@sgv-champagne.fr

Impression

Roto Champagne, Chaumont

Origine du papier : Allemagne

Taux de fibres recyclées : 0 %

Certification : 100 % PEFC

Eutrophisation (Ptot) : 0,016 kg/tonne

Tarifs abonnement

1 an 72 €/2 ans 136 €

CPPAP 0723 G 83449

ISSN 1146-8572

Tirage 5 600 exemplaires

Dépôt légal : 4 e trimestre 2022

Crédits photos

Pages - 5 : Guillaume Perrin ;

11 : G. Perrin ; 12 : G. Perrin ; 14 :

DR ; 15 : SGV ; 16 : JA mag ;

17 (haut) : Julie Mauvais, (bas) :

G. Perrin ; 19 : A. Julien ; 20 : DR ;

23 : A. Julien ; 24 (haut) : A. Julien,

(bas) Comité Champagne ; 26-27 :

DR ; 27 : DR ; 28-29 : G. Perrin ;

30 : A. Julien ; 31 : G. Perrin ; 32 :

G. Perrin ; 33 (haut) : DR, (gauche) :

A. Julien ; 34 : DR ; 34-35 : A.

Julien ; 36 : DR ; 37 : A. Julien ; 42 :

Philippe Schilde ; 44 : DR ; 46 : UV

Boosting ; 47 : Inrae ; 52 : DR ; 54 :

DR ; 57 : DR ; 59 : DR ; 62 : DR ;

63 : Thierry Perardelle ; 64 : A.

Julien ; 65 : DR ; 66-68 : Sarah

Legrand ; 69 : Geoffrey Orban.

Photo de couverture

© Adobe Stock

Ont collaboré à ce numéro

Marjorie Arrasse, SGV

Étienne Benedetti, SGV

Stéphanie Brasseur, SGV

Magali Conraux, SGV

Séverine Courtois, SGV

Pauline Gallot-Collard, SGV

Barbara Le Guillou, SGV

Élise Le Henaff, SGV

Florence Oudiette, SGV

Olivia Soyer, SGV

Paul Lebedio, AG2C

Élise Desmoulins, La Coopération

Agricole Grand Est

Chambres d’agriculture

du Vignoble Champenois

AOC Conseils

CRFPS

Sarah Legrand

Geoffrey Orban, Éducavin

Thierry Perardelle

Philippe Schilde

Magazine mensuel édité

par le Syndicat général des

vignerons de la Champagne

Première parution

le 22 janvier 1909

Sont encartés dans ce numéro,

tous exemplaires, un bulletin

d'abonnement et une grille

de petites annonces

de La Champagne Viticole.

Toute reproduction, même

partielle, sans autorisation

expresse est interdite.

Retrouvez-nous sur :

www.lachampagneviticole.fr

@SGVChampagne/@LaChampagneViti

facebook.com/SGVchampagne

facebook.com/LaChampagneViticole

En tant qu’abonné à La Champagne Viticole,

vous êtes susceptibles de recevoir des informations,

commerciales ou non commerciales, de la part

du Syndicat général des vignerons de la Champagne,

du magazine ou de ses partenaires. Conformément

à la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978,

vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et

d’opposition vous concernant. Il vous suffit de nous

adresser votre demande par écrit à La Champagne

Viticole.

N°893 OCTOBRE 2022 I 11


défense du vignoble

APPELLATION CHAMPAGNE

L’Inao valide les nouvelles dispositions

des cahiers des charges

Après l’étude des arguments de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) dans le cadre de la procédure

nationale d’opposition, le Comité national des vins AOP de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité

(Inao) a validé la demande de modification des cahiers des charges des AOC « Champagne » et « Coteaux

Champenois » le 8 septembre.

Il aura fallu presqu’un an entre le

vote du Conseil d’administration du

SGV fin juillet 2021, le dépôt final

du dossier de modification fin octobre,

quelques ajouts en février 2022, la procédure

nationale d’opposition en mai,

les réponses de l’ODG cet été et enfin

la décision finale du Comité national le

8 septembre, pour faire évoluer les cahiers

des charges champenois. De nouvelles

mesures phares qui s’inscrivent

dans l’engagement de la filière pour une

viticulture plus durable et respectueuse

de l’environnement.

Variété accessoire

Le Voltis est issu du programme ResDur 1

de l’Inrae, qui vise à créer par hybridation

des variétés naturellement résistantes

au mildiou et à l’oïdium afin de limiter

drastiquement les traitements fongicides.

Inscrit au Catalogue officiel des variétés

de raisins de cuve depuis 2018, le Voltis

sera le premier hybride de cuve interspécifique

planté en Champagne. Cette

nouvelle variété à raisins blancs est limitée

pour le moment à 5 % de l’encépagement

par exploitation et à un maximum

de 10 % dans les assemblages. Le SGV

souhaite pouvoir étendre cette limite

selon les besoins de l’exploitation dans

les parties de son vignoble soumises aux

zones de non traitement (ZNT).

Il est rappelé aux viticulteurs projetant

de planter la variété Voltis qu’ils doivent

impérativement se signaler auprès du

Service ODG du Syndicat Général des

Vignerons au 03 26 59 55 21 pour établir

une convention.

Pratiques culturales

Traitement des plants à l’eau chaude

Ce procédé permet de lutter efficacement

contre la flavescence dorée et le

bois noir. La méthode, qui a montré

son efficacité contre les phytoplasmes

responsables de ces jaunisses, consiste à

plonger le matériel végétal dans un bain

d’eau chaude à 50 °C pendant 45 minutes.

Couvert hivernal

Les nouveaux cahiers des charges imposent

le maintien du couvert végétal

durant l’hiver. Sa fonction principale est

la protection des sols contre l’érosion, la

protection des cours d’eau en limitant les

pollutions azotées ainsi que l’augmentation

de la fertilité des sols. Ce couvert

n’est pas obligatoirement permanent et

peut être détruit au printemps pour ne

pas empiéter sur la vigueur de la vigne.

Densités de plantation

Initiée en 2006 par le Comité Champagne

et le SGV, l’expérimentation

« Mode de conduite et enherbement »

a abouti à la possibilité de modifier les

densités de plantation dans le vignoble

champenois. La nouvelle mesure doit

permettre, sans aucun caractère obligatoire,

de planter des vignes semi-larges

avec un écartement de 2 mètres entre

les rangs, mais aussi de densifier le rang

jusqu’à 70 centimètres entre les pieds.

À noter que le nouveau cahier des

charges interdit l’arrachage d’un rang

sur deux pour transformer la densité de

la parcelle.

Types de taille

À la suite de l’expérimentation « Mode

de conduite et enherbement », plusieurs

évolutions ont été décidées par l’ODG.

En premier lieu, toutes les tailles sont

harmonisées pour la hauteur de liage,

selon une norme fixée à 0,6 mètre. Ceci

permettra une meilleure montée des

souches, et facilitera la mise en place du

travail du sol dans le rang de vigne. Ensuite,

le guyot arqué, jusqu’ici interdit,

va être intégré au cahier des charges.

La technique de l’arcure possède plusieurs

avantages : elle diminue notam-

12 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


ment le phénomène d’acrotonie (dominance

hormonale des bourgeons à la fin

du long bois, donc en bout de baguette).

Cela permet également au long bois de

se développer de manière plus homogène

et ainsi de mieux répartir la charge

en fruit sur toute sa longueur. Cette méthode

limite les phénomènes d’entassement,

facteurs aggravants des principales

maladies de la vigne et lutte de manière

prophylactique contre le mildiou, l’oïdium

et la pourriture, en réduisant l’utilisation

de produits phytosanitaires par

rapport à un guyot classique, à plat.

Contenants

La modification du cahier des charges

doit permettre de déroger à la limite des

20 % de transvasement des demi-bouteilles.

Dorénavant, il est permis de

réaliser autant de transvasements que

souhaité en fonction des opportunités

commerciales, pour des contenants plus

petits que 75 cl ou supérieurs à 150 cl.

Un protocole technique a été mis en

place pour assurer un transvasement

qualitatif et permettre la suppression de

cette limite.

La prise de mousse du champagne doit

toujours être réalisée dans un contenant

ayant un volume entre 75 cl et 150 cl,

mais au moment du dégorgement, le

champagne peut être transvasé dans un

contenant plus petit ou plus grand.

Autres mesures

Le recul de l’élimination des bourbes au

31 janvier de l’année qui suit la récolte vise

à se mettre en adéquation avec les pratiques

du terrain et éviter les rejets illégaux.

Pour les coteaux-champenois, il s’agit

d’avancer au 31 juillet la déclaration de

revendication pour se superposer à la déclaration

de stock et de mettre en place

une déclaration d’intention de mise en

bouteille afin de permettre la réalisation

des prélèvements au moment le plus opportun

et de garantir la qualité ainsi que

la représentativité du produit.

Les dispositions des nouveaux cahiers

des charges n’entreront en application

qu’après homologation par arrêté du ministère

de l’Agriculture et de la Sécurité

Alimentaire. n

La rédaction

DÉPASSEMENT DU

RENDEMENT BUTOIR

Outre la validation des nouvelles

mesures des cahiers des charges,

le Comité National s’est prononcé

favorablement sur la demande du

SGV visant à augmenter exceptionnellement

la mise en réserve

à la vendange jusqu’à 4 500 kg/ha

dans la limite d’un niveau total de

réserve de 8 000 kg/ha, portant

ainsi le rendement butoir de l’AOC

Champagne à 16 500 kg/ha.

À noter que la charge maximale

autorisée à la parcelle est fixée à

19 700 kg/ha dans le cahier des

charges de l’appellation Champagne.

L’administration semble être

particulièrement attentive au respect

de cette mesure cette année.

Toutes les informations liées

à la vendange sont à retrouver

sur l’Extranet du SGV.

N°893 OCTOBRE 2022 I 13


défense du vignoble

INTERVIEW

Marc Fesneau :

« Nous saurons défendre

nos filières viticoles »

Ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire dans le Gouvernement d’Élisabeth Borne depuis

le 20 mai, Marc Fesneau a pris ses marques rue de Varenne en succédant à Julien Denormandie. Après une

rencontre avec le président du Syndicat Général des Vignerons dans le cadre de la Foire de Châlons, il accorde

aux lecteurs de « La Champagne Viticole » une interview exclusive sur les enjeux de transmission, d’emploi et

de réglementation qui préoccupent le vignoble.

V

ous avez reçu début septembre,

le député Éric Girardin,

qui vous a présenté son

rapport sur « la transmission familiale

du foncier et des exploitations

viticoles afin de garantir la pérennité

et l’indépendance stratégique de

la viticulture française ». Le député

y préconise notamment des aménagements

fiscaux significatifs pour

sauvegarder « le modèle d’exploitation

familiale français, ce qui a des

incidences sur la vie des territoires,

que ce soit au niveau de l’emploi, de

l’investissement ou de l’attractivité

». Comment appréciez-vous cette

problématique cruciale pour l’avenir

des exploitations familiales et quelles

suites envisagez-vous de donner à ce

rapport ?

Le renouvellement

des générations

en agriculture

est l’un des

plus grands défis Marc Fesneau

qui se présente

face à nous ; non seulement pour notre

monde agricole mais pour toute notre

souveraineté alimentaire. Il faut se rendre

compte que dans moins de dix ans, c’est

plus de la moitié de nos agriculteurs qui

seront en âge de partir à la retraite et

donc tout autant d’exploitations qui vont

changer de mains. Assurer le renouvellement

de cette génération d’agriculteurs

est donc absolument essentiel pour permettre

la continuité et l’adaptation de nos

productions, de l’activité économique de

nos territoires et plus largement de ce

qui fait notre identité. C’est bien face à

l’ampleur de ce défi que le Président de

la République a annoncé le 9 septembre

la mise en place d’un pacte d’orientation

et d’avenir pour notre agriculture,

autour de quatre piliers : l’orientation et

la formation, la transmission, l’installation

et la transition et l’adaptation face

au climat. Dans les prochains jours, une

concertation va être lancée au niveau national

comme dans les territoires afin que

l’ensemble des acteurs puisse s’exprimer

sur ce défi majeur pour notre agriculture.

L’enjeu de la transmission et du portage

du foncier sera évidemment pleinement

intégré à ces travaux et réflexions. Car

même si la question

du renouvellement

de génération

ne se limite

pas au foncier,

cette question est

prégnante et particulièrement

dans

le secteur viticole avec des valeurs patrimoniales

très élevées qui peuvent parfois

être un obstacle au renouvellement des

générations.

« L’enjeu du recrutement

passe aussi par ’attractivité

des métiers. »

La filière vitivinicole est de plus en

plus confrontée à une pénurie de

main-d’œuvre malgré des dispositifs

avantageux comme le cumul RSA et

salaire pour les saisonniers. Quelles

sont les pistes de réflexion pour soutenir

l’emploi dans les territoires ruraux

? Comment inciter les jeunes à se

former aux métiers de la vigne et du

vin ?

Vous avez tout à fait raison, la difficulté

de recruter en filière viticole et plus

largement dans le monde agricole est

une préoccupation majeure. Et l’enjeu

14 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


de l’attractivité et du renouvellement des

générations, y compris de salariés agricoles,

reste essentiel.

Je voudrais déjà saluer tout le travail engagé

via l’enseignement agricole et les

plus de 800 établissements qui forment

chaque année les étudiants. C’est un réseau

incroyable d’enseignement qui est

pleinement ancré dans nos territoires et

permet d’attirer de nouveaux jeunes et

de former aux métiers du Vivant dont

ceux de la viticulture. La dynamique des

effectifs est bien orientée après plusieurs

années de baisse et près de 230 000 jeunes

y ont fait leur rentrée en septembre.

C’est un formidable message d’espoir et

je compte bien le mobiliser pleinement.

Mais il nous faut aller plus loin. Et l’enjeu

du recrutement passe aussi par l’attractivité

des métiers. Nous devons collectivement

agir pour améliorer l’image

des professions agricoles. Et quand je dis

« nous », je pense bien sûr aux services

du ministère et aux services de l’État,

mais aussi aux professionnels. Qui mieux

que ces femmes et ces hommes engagés

chaque jour pour notre agriculture pour

présenter et expliquer aux jeunes populations

leurs missions et leur quotidien ?

En 2021, la campagne « Entrepreneurs

du vivant » a fait la promotion auprès du

grand public des métiers de l’agriculture,

de l’agroalimentaire, des paysages, de

la pêche, de l’aquaculture et de la forêt.

Au-delà des métiers, ce sont aussi les visages

de celles et ceux qui produisent,

façonnent le paysage et gèrent durablement

la forêt qui ont été mis en avant.

Nous devons poursuivre en ce sens.

La Commission européenne voudrait

réexaminer sa politique de promotion

des boissons alcoolisées et l’étiquetage

des denrées alimentaires. Elle pourrait

par conséquent revenir sur la possibilité

d’étiqueter par voie électronique

la liste des ingrédients votée dans la

dernière réforme de la PAC. La filière

vitivinicole qui milite pour une

consommation responsable et modérée

s’inquiète d’une possible dérive

hygiéniste qui pénaliserait lourdement

les vignerons. Quelle est votre

position sur ce dossier ?

La Commission a effectivement annoncé

son intention de soumettre de nouvelles

propositions législatives en vue d’une révision

du règlement relatif à l’information

du consommateur (Inco), laquelle

contiendrait notamment un volet relatif

à l’étiquetage des boissons alcoolisées.

C’est une intention et nous n’avons pas

encore vu le projet de texte. Une négociation

doit s’ouvrir sur cette base avec

les Etats-membres

et le Parlement

européen. Soyez

assurés que nous

appliquerons la

même méthode :

celle du dialogue Marc Fesneau

et de la concertation

avec vos filières pour une prise en

compte de l’ensemble de vos spécificités.

Je suis très attaché à la richesse et à la diversité

de nos filières viticoles. Elles font

la fierté de tout notre pays et nous saurons

les défendre.

Plus globalement, je m’interroge sur

l’incidence positive réelle de cette accumulation

de mentions d’étiquetage

obligatoire sur les produits. L’éducation

à l’alimentation des enfants et jeunes

adultes me semble bien prioritaire et

c’est ce que nous portons à travers le

Programme national de l’alimentation et

de la nutrition : savourer le plaisir d’un

repas partagé, initier au goût et à la dégustation.

Voilà qui me semble essentiel.

Est-ce qu’un tableau avec les valeurs

nutritionnelles sur chaque bouteille va

vraiment permettre de limiter les comportements

excessifs de consommation

d’alcool ? J’en doute. N’est-il pas préférable

de s’assurer, et c’est bien le rôle

des pouvoirs publics, que chacun ait

connaissance des risques des excès pour

orienter ses choix alimentaires de façon

raisonnable ? Je mise davantage sur cette

voie de l’éducation et de la responsabilisation

des consommateurs.

Les maladies

associées à une

mauvaise alimentation,

à

des surconsommations,

sont un réel

enjeu de santé

publique de notre époque, c’est indéniable

et très préoccupant. Éduquer les

consommateurs est donc un véritable

enjeu. Mais attention de ne pas tomber

dans les dérives et excès en tout genre :

si les excès sont mauvais, les privations

aussi.

« Attention de ne pas tomber

dans les dérives et excès en

tout genre ! »

Pour moi, les maîtres-mots d’une vie en

bonne santé sont certainement « diversité

et modération » ! n

Propos recueillis par la rédaction

N°893 OCTOBRE 2022 I 15


défense du vignoble

LOI D’ORIENTATION AGRICOLE

Emmanuel Macron veut bâtir

un pacte d’avenir pour l’agriculture

Pour la deuxième année consécutive, le chef de l’État a profité de sa présence début septembre à Terres de

Jim, l’événement organisé par le syndicat Jeunes Agriculteurs, pour détailler les orientations de sa politique

agricole. L’occasion pour le SGV de croiser les annonces de l’Élysée en matière de foncier avec les attentes du

vignoble champenois pour assurer sa pérennité.

foncier agricole et redonner de l’attractivité

aux investissements dans le portage

foncier, le SGV propose :

- d’alléger les droits de mutation à titre

gratuit frappant la transmission des biens

ruraux loués par bail à long terme ;

- d’inciter les propriétaires à transmettre

ces biens de leur vivant pour éviter des

situations d’indivision qui fragilisent les

exploitations ;

- de favoriser le portage foncier par une

exonération d’impôt sur la fortune pour

les biens loués par bail à long terme et

l’amélioration de la fiscalité liée aux parts

de GFA.

D

evant les agriculteurs du Loiret et

de l’Eure-et-Loir qui accueillaient

la 8 e édition de la grande fête

agricole en plein air, Emmanuel Macron

a appelé de ses vœux la construction d’un

« pacte d’orientation et d’avenir pour

notre agriculture » issu de concertations

et de négociations menées dans tous les

territoires. « Et il faudra ensuite voir ce

qui dépend de la loi qu’on présentera au

premier semestre 2023, ce qui dépend

parfois de décisions du Gouvernement

d’investir avec les collectivités territoriales,

et les Régions », a-t-il précisé.

Transmission et installation

« Je souhaite, dans les concertations

qui s’ouvrent, que vous puissiez autour

du ministre faire des propositions très

concrètes pour renforcer ce dialogue

entre générations, faciliter la vie de ceux

qui partent et de ceux qui arrivent, a déclaré

le chef de l’État.

Il a également pointé les difficultés liées

à « l’installation, le foncier, l’accès à la

terre, le cœur de ce qui va derrière la

transmission, qui sont les données les

plus importantes et parfois ce qui rend la

vie la plus impossible pour les jeunes qui

s’installent parce que le prix du foncier

est tel qu’ils ont énormément de mal à

passer ce cap ».

Il a souhaité la création d’un fonds « entrepreneur

du vivant » doté de 400 millions

d’euros à étudier selon « les modèles

de transmission, les modèles de culture et

les Régions ».

Pour sa part, le Syndicat Général des

Vignerons ne manquera pas de faire entendre

sa voix lors de ces négociations.

En Champagne, du fait du prix élevé des

vignes qui a été multiplié par 3,2 depuis

l’an 2000, la fiscalité patrimoniale pénalise

lourdement la transmission au sein

des familles et menace la pérennité des

exploitations.

Par ailleurs, le SGV déplore le manque

d’attractivité des groupements fonciers

agricoles en raison de leur faible taux

de rentabilité et de lourdes taxes. Les

propriétaires sont de plus en plus incités

à vendre et les petits épargnants se

détournent de l’investissement dans le

foncier.

Il en va des équilibres entre le vignoble et

le négoce pour maintenir une répartition

équitable de la valeur ajoutée.

Afin d’inciter les héritiers à conserver les

biens, rendre plus efficient le contrôle du

Le Syndicat demande également l’extension

des compétences des Safer et les

moyens juridiques de s’opposer aux opérations

non conformes aux objectifs définis,

y compris lorsque la mutation du

foncier prend la forme de vente de droits

démembrés.

Assurance récolte

Après son annonce l’année dernière de

la réforme de l’assurance récolte, le Président

a confirmé le budget promis : « On

va mobiliser des financements européens

et l’État va plus que doubler sa contribution

totale au système : 600 millions

d’euros, donc », a-t-il annoncé, en prônant

la solidarité entre toutes les filières.

Sur ce volet, le SGV rappelle que la

Champagne a mis en place son système

de réserve individuelle qui tient

lieu d’assurance récolte dont l’efficacité

a largement été démontrée. Le Syndicat

refuse donc l’établissement d’un système

unique et revendique le respect de sa

spécificité. n

Alain Julien

NDLR : ce numéro de La Champagne

Viticole consacre un dossier spécial

« Foncier » que vous retrouvez à partir

de la page 26.

16 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


TOURNÉES VENDANGES

DES COURRIERS POUR LE MINISTRE

Suite aux tournées vendanges organisées par le Syndicat Général des Vignerons pour

présenter, lors d’un moment convivial, les dossiers d’actualité de la filière aux représentants

des pouvoirs publics, plusieurs élus ont interpellé le Gouvernement sur les

thématiques de défense du vignoble champenois. Parmi eux, le président de la région

Hauts-de-France, qui a alerté le ministre de l’Agriculture sur les problématiques liées

au foncier, à l’emploi et à l’étiquetage.

Dans un courrier daté du 20 septembre,

Xavier Bertrand – présent lors du rendez-vous

syndical le 1 er septembre à Bonneil

dans l’Aisne – interroge notamment

Marc Fesneau sur les suites à donner au

rapport du député Éric Girardin sur le foncier

viticole, remis au Premier Ministre en

avril 2022 : « Je souhaite savoir si vous

comptez suivre les recommandations et

mettre en place ces propositions de ce

rapport dès le projet de loi de finances

Les tournées vendanges organisées

dans l’Aisne, l’Aube et la Marne ont

permis d’évoquer auprès des invités

l’actualité du SGV.

pour 2023 et non reporter à une future loi

d’orientation agricole », écrit-il.

Par ailleurs, le président de la région Hautsde-France

a plaidé pour une évolution du

dispositif Tesa simplifié, plébiscité par les

exploitants pour l’emploi des saisonniers,

qui devrait disparaître le 1 er janvier 2024. Il

rappelle au Ministre la demande pressante

des représentants de la filière d’être associés,

en lien avec la MSA et les Urssaf, « à

l’élaboration d’un dispositif simplifié, durable

et adapté au monde viticole ».

Sur le volet européen, Xavier Bertrand

a alerté Marc Fesneau au sujet de la réforme

du règlement sur l’information des

consommateurs prévue à la fin de l’année

2022, qui pourrait remettre en cause la

promotion, la croissance et le développement

de la filière champagne. « Certaines

décisions, notamment sur l’étiquetage,

pourraient porter le discrédit sur une filière

d’excellence, qui est constituante de notre

patrimoine et notre identité », conclut-il.

Plusieurs autres courriers développant les

mêmes thématiques sont arrivés dans le

courant du mois de septembre sur le bureau

du ministre de l’Agriculture et de la

Souveraineté alimentaire, émanant notamment

de l’ensemble des députés et des

sénateurs de la Marne, de la sénatrice auboise

Évelyne Perrot et du député aubois

Jordan Guitton, également présents lors

des tournées vendanges.

Alain Julien

TRANSACTIONS

VITICOLES

Achat de vignes louées,

vignes libres et domaines

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RCP n°163814620001 00 - RCS REIMS 823 282 637

N°893 OCTOBRE 2022 I 17


FLAVESCENCE DORÉE

Les vignerons sur le terrain

contre les jaunisses

L’appel à la mobilisation semble être bien passé dans le vignoble champenois. Fin septembre, environ 125

communes avaient organisé des prospections collectives pour repérer les pieds de vigne présentant les symptômes

de jaunisses, notamment de la flavescence dorée, dont le caractère très épidémique menace la pérennité

du vignoble.

L

es premières prospections ont eu

lieu dès le mois d’août, après la

mise en place du dispositif de surveillance

« Jaunisses » porté par le Syndicat

Général des Vignerons et le Comité

Champagne, avant de reprendre en force

dès la fin des vendanges.

Par groupe de 8 à 12 personnes, les prospecteurs

volontaires, principalement des

viticulteurs des communes concernées

mais aussi des collaborateurs du SGV

particulièrement mobilisés sur le terrain,

ont arpenté le vignoble, scrutant le feuillage

de chaque pied lors de session d’une

demi-journée.

Chaque groupe était encadré d’un référent

communal « Jaunisses » préalablement

formé par le SGV et le Comité

Champagne. Au moindre doute sur un

possible symptôme, il convenait d’alerter

le référent et les membres du groupe pour

un examen collectif, marquer le pied suspect

ainsi que l’amarre du rang avec de la

rubalise et reporter les pieds marqués sur

la cartographie de la commune découpée

en secteurs de dix hectares.

La Chambre d’agriculture du vignoble

champenois ainsi que les techniciens des

coopératives locales ont apporté une aide

précieuse lors de ces prospections.

Analyses moléculaires

Jeudi 15 septembre, c’était au tour de la

commune de Mareuil-le-Port de se mobiliser

pour une prospection collective

dans les coteaux encore baignés d’un

soleil estival. Une quarantaine de volontaires

avaient répondu présents à l’appel

du vigneron Johnny Lemaire, le référent

« Jaunisses » de ce secteur de la Vallée de

la Marne. « En tant que président de section

et délégué AVC, je suis bien informé

par le SGV et le Comité Champagne

sur cette maladie très préoccupante pour

notre vignoble, d’autant que le village de

Trélou, qui a été touché par un variant

très épidémique, est tout près. C’est donc

naturellement que je suis devenu référent,

explique-t-il. Ici, l’action collective

fonctionne bien : lors des réunions de la

section locale, nous avons pu informer

les viticulteurs de la commune et organiser

facilement les prospections. »

En fin de matinée, quelques pieds suspects

avaient été entourés de rubalise :

« Même si on a eu de la documentation

et des réunions techniques, une fois sur

le terrain, c’est toujours délicat. Il peut y

avoir des doutes sur tel ou tel symptôme,

mais dans ce cas la consigne est de marquer

les pieds pour être sûrs de ne rien

laisser passer », remarque le vigneron.

Les cartes indiquant les cas suspects sont

ensuite adressées au SGV et au Comité

Champagne qui dépêcheront des techniciens

pour effectuer des prélèvements.

Seules des analyses moléculaires réalisées

en laboratoire permettent de confirmer

la présence du phytoplasme de la flavescence

dorée ou du bois noir. Si la maladie

est confirmée, la seule solution sera

l’arrachage du pied pour éviter la propagation.

Le lendemain, les prospections se poursuivaient

notamment à Villers-Marmery,

où de nombreux viticulteurs ont exploré

les rangs de vigne. « Dans ce secteur, nous

avons beaucoup de chance, nos vignes

ont été plutôt épargnées par la maladie,

note Mathilde Margaine, vigneronne et

membre du Groupe des Jeunes au SGV.

On doit rester très vigilants et mener des

actions collectives de ce genre très régulièrement

pour préserver nos vignes. »

Programmées une fois par an, les prospections

reprendront à l’été 2023 après

de nouveaux appels à mobilisation.

Par ailleurs, les cartes avec les résultats

des analyses seront publiées sur l’extranet

du Comité Champagne d’ici la fin de

l’année. n

AJ avec BLG

N°893 OCTOBRE 2022 I 19


défense du vignoble

VIE DES SECTIONS

Nicolas Lapie, relais d’informations

entre le SGV et le terrain

Président de la section locale de Billy-le-Grand depuis février 2022, le jeune agri-viti partage son temps entre

les champs, les vignes et les actions syndicales dans l’objectif de renforcer les liens collectifs entre les acteurs

du vignoble et encourager l’entraide.

Qui êtes-vous ?

Je suis un jeune agri-viti de

34 ans, marié, avec deux enfants,

une petite fille et un petit garçon.

Après un BTS viti-œno à Avize, j’ai

repris en 2010 l’exploitation familiale

qui compte 270 hectares en agriculture

et 2 hectares en viticulture.

Je suis récoltant-manipulant

et nos vignes, qui

sont situées principalement à

Billy-le-Grand, Vaudemange,

Trépail et Villers-Marmery,

sont en cours de certification

VDC. Nous faisons essentiellement

des ventes dans

le marché français : 70 % de

nos bouteilles partent lors

des salons des vins et pour

le reste, nous livrons. D’ailleurs,

lors du confinement et

pendant toute cette période

Covid, nous avons effectué

énormément de livraisons

pour combler la perte des

salons, ce qui nous a permis

de maintenir notre niveau

de vente. Aujourd’hui, nous

en sommes très fiers car nos

clients ont particulièrement

apprécié ce service et en retour

nous enregistrons une

hausse des ventes pendant les

salons.

Pourquoi avoir souhaité

être président de la section

locale ?

J’ai souhaité prendre le rôle de

président de section afin de redynamiser

celle-ci. Nous travaillons beaucoup avec

Vaudemange et de leur côté ils avaient

mis une nouvelle équipe en place ; je me

suis dit « pourquoi pas nous ! ». Nous

avons donc renouvelé le bureau avec un

nouveau président, un nouveau vice-président

et un nouveau secrétaire-trésorier.

De plus, je souhaitais être le relais de l’information

entre le SGV et le terrain et

pouvoir organiser des réunions afin que

les vignerons de la commune puissent

connaître les actualités sociales, techniques

et syndicales.

Auparavant, j’étais secrétaire puis trésorier

de la section locale et bien avant ça,

j’ai été au Groupe des Jeunes durant sept

ans. Je connais donc plutôt bien le fonctionnement

du Syndicat.

En quelques mots, présentez-nous

votre village…

Billy-le-Grand est un village qui se

rajeunit. Comme il est situé sur l’axe

Reims-Châlons, on voit s’implanter une

nouvelle population qui a fait construire

des maisons neuves. Côté vignoble, le

secteur est planté à 90 % de Chardonnay

sur un sol similaire à celui de la Côte des

Blancs, ce qui explique cela.

Malheureusement, la commune organise

assez peu d’évènements hormis la fête des

voisins qui se passe principalement entre

vignerons. Mais en matière de tourisme,

nous n’avons pas de commerces,

pas de logements

type gîtes ou Airbnb et à part

quelques visiteurs belges, il

est rare de voir du monde.

Et votre section locale ?

Nous sommes une petite

section d’une dizaine d’exploitants

qui travaillent encore

dans leurs vignes et

nous nous entendons tous

très bien. Quand il y a une

réunion, nous sommes quasiment

tous présents. Notre

bonne entente est due au fait

que nous sommes tous du

coin et qu’en tant qu’agriculteurs

ou viticulteurs de la

commune, nous avons l’habitude

d’être très collectifs.

Nous aimons beaucoup nous

entraider.

Quelles sont les idées de

projets de la section pour

les années à venir ?

Nous avons déjà acheté une

station météo. Nous voulons

maintenir la pose collective

des raks pour la confusion

sexuelle et peut-être réfléchir

à la solution des puffers.

Par ailleurs, nous avons organisé une

prospection jaunisses.

Sinon, nous pensons installer un panneau

à l’entrée du village qui annoncerait tous

les vignerons, mais d’autres idées viendront.

n

Stéphanie Brasseur, SGV/AJ

20 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


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La Champagne Viticole


AG2C

L’expertise comptable au service

du vignoble

Avec l’ouverture prochaine d’une nouvelle antenne près de Reims, l’Association champenoise de gestion et

de comptabilité (AG2C) renforce ses capacités d’expertise et d’accompagnement personnalisé des exploitations

viticoles pour mieux les valoriser, les pérenniser et les transmettre.

Déjà implantée à Bar-sur-Seine

dans l’Aube, à Château-Thierry

dans l’Aisne et principalement à

Épernay, à proximité immédiate du Syndicat

Général des Vignerons, l’AG2C

étend son territoire dans la Marne. D’ici

la fin de l’année, les experts-comptables

et leurs équipes de conseillers spécialisés

dans la viticulture champenoise inaugureront

leur nouvelle antenne marnaise

dans les locaux du Village by CA

Reims-Bezannes, une structure dédiée à

l’innovation située à quelques encablures

de la gare Champagne-Ardenne TGV à

Bezannes.

« Ce nouveau site va permettre à

l’AG2C de se doter de nouveaux atouts

pour l’avenir et de parfaire sa relation

clients. Les locaux du Village by CA à

Bezannes sont modernes et facilement

accessibles. L’agence sera ainsi idéalement

située dans environnement économique

dynamique, proche d’infrastructures

connexes, explique Laurent Panigai

directeur général de l’AG2C. Nous allons

renforcer la proximité avec

nos clients pour encore mieux

répondre à leurs attentes. »

Historiquement, l’AG2C

est l’ancien Bureau comptable du SGV

créé en 1976 pour accompagner les vignerons

champenois. À l’époque, il

produisait essentiellement des statistiques

pour le Syndicat. Puis, avec les

nouvelles réglementations initiées par la

réforme des professions comptables, le

Bureau a changé de statut pour devenir

en mai 2007 l’Association champenoise

de gestion et de comptabilité, structure

inscrite au tableau de l’Ordre des experts-comptables

de la région Champagne

et Picardie-Ardennes.

Aujourd’hui, l’AG2C mobilise une

soixantaine de collaborateurs dont six experts-comptables

responsables d’équipes,

qui ont accompagné en 2021 quelque

Devenir

la référence

champenoise

1 600 structures viticoles pour différents

dossiers comptables et fiscaux. L’association

étoffe son périmètre vers des

technologies numériques avec notamment

la réalisation d’eDRM ou encore la

mise à disposition d’outils informatiques

comme Isanetfact, une solution

en ligne pour les devis et

factures simples.

La structure, qui travaille en

étroite collaboration avec les services du

SGV, permet ainsi aux viticulteurs de

bénéficier d’un service complet alliant

les domaines de la comptabilité, de la

gestion, du juridique et du social employeur.

En tant qu’acteur de développement

des entreprises viticoles champenois,

l’AG2C étend son expertise en proposant

du conseil stratégique sur des enjeux

majeurs comme l’installation, la création

d’activités nouvelles, les raisonnements

d’investissements, la création de société,

la recherche de financement, l’établissement

des dossiers FranceAgriMer,

l’étude de montage financier, l’étude au

passage à l’impôt sur les sociétés, l’étude

des mécanismes et d’optimisation de

transmission, l’audit retraite, le choix social

du dirigeant…

L’association assure également des actions

de formation des futurs comptables

spécialisés dans la viticulture au sein du

lycée Stéphane Hessel d’Épernay, ou encore

à l’IUT de Reims.

« L’AG2C a la particularité d’être exclusivement

spécialisée dans le domaine

viticole, avec des collaborateurs qui disposent

d’une connaissance approfondie

de ces métiers, ce qui renforce encore

son expertise, poursuit le directeur. Par

sa proximité avec le SGV, l’association

comptable est un outil au service du

pilotage politique et stratégique du vignoble

et de la filière champagne. C’est

un guichet unique qui propose une offre

de services complète et efficace : autant

d’atouts pour devenir, dans son domaine,

la référence champenoise. » n

Alain Julien

N°893 OCTOBRE 2022 I 23


actu

De passage en Champagne

AU SGV

De gauche à droite : Laurent Panigai, directeur général du SGV ; le député

Bernard Plancher ; Maxime Toubart, président du SGV et le député Charles

de Courson.

Le Syndicat Général des Vignerons a accueilli

le 15 septembre les membres du

groupe Libertés et Territoires, présidé par

le député de la Meuse Bernard Plancher

à l’occasion de leurs journées parlementaires.

La demande émanait de Charles de

Courson, député de la Marne et membre

du groupe.

Cette rencontre a été l’occasion pour

Maxime Toubart de leur présenter la filière

champagne et de les sensibiliser aux propositions

du SGV à la veille de discussion

à l’Assemblée nationale sur le projet de loi

de finances.

AU COMITÉ CHAMPAGNE

Franck Riester, ministre délégué auprès de

la Première ministre, chargé des Relations

avec le Parlement, a rencontré mi-septembre,

les représentants de la filière

Champagne dans les locaux du Comité

Champagne à Épernay.

Maxime Toubart, président des vignerons,

a réitéré les demandes concernant

la transmission du foncier et des exploitations

viticoles et souligné les difficultés

liées à l’emploi.

David Chatillon, président des maisons, a

pour sa part mis en relief la nécessité impérative

de protéger et d’assurer l’accès

aux marchés de l’appellation Champagne

partout dans le monde.

Le député Éric Girardin ; David Chatillon, président de l’UMC ; Maxime

Toubart, président du SGV ; le ministre Franck Riester ; le préfet Henri

Prévost ; Charles Goemaere, directeur général du Comité Champagne et

Franck Leroy, maire d’Épernay.

DANS LE VIGNOBLE

L’ambassadrice des États-Unis en

France, Denise Campbell Bauer, a

été reçue par les représentants de la

filière champagne pour une journée

conviviale dans le vignoble. Au programme

des visites : le domaine expérimental

de Plumecoq, le Champagne

J. Lassalle à Rilly-la-Montagne

(voir photo) ou encore le pressoir de

la maison Veuve Clicquot à Verzy.

24 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


evue de presse

PAR FLORENCE OUDIETTE, DOCUMENTALISTE SGV

L’EST-ECLAIR,

13 SEPTEMBRE 2022

#CHAMPAGNEDAY, KESACO ?

Né de l’inspiration de

Chris Ogenfuss, un blogueur

américain amoureux

des bulles champenoises,

Champagne Day ou, plus

exactement, #champagneday,

est avant tout un événement en ligne.

Le concept est simple : le jour J, il s’agit du

28 octobre, où que vous soyez, prenez-vous

en photo avec un verre de champagne et

postez cette photo ou vidéo sur les réseaux

sociaux avec le mot-clé #champagneday. En

France, même si on n’a pas eu l’idée, on l’a

récupéré et le Champagne Day est devenu

un événement mondial reconnu par tous

les Champenois. En partageant quelques

coupes de Champagne ensemble, dans le

monde entier, par réseaux sociaux interposés,

vous partagez vos émotions et vos

coups de cœur. Cette soirée est en train de

devenir une institution en Champagne au

regard du nombre d’événements organisés à

cette occasion, master class de dégustation,

soirées de gala, Œno-partage, etc.

Pour en savoir plus https://www.champagneday.fr

L’UNION, PAROLES D’EXPERT

13 SEPTEMBRE 2022

VENDANGES 2022,

UNE ANNÉE SINGULIÈRE

« La vendange 2022 sera

celle du retour de la guerre

sur notre continent, mais

aussi celle de la confirmation

du dérèglement climatique,

avec les incendies,

la canicule, la sécheresse.

Le paradoxe est que dans le même temps

la Champagne connaît une année faste. Au

sortir des confinements, les consommateurs

ont continué à plébisciter notre vin, un peu

comme un symbole d’une liberté retrouvée

et du plaisir de partager. Beaucoup d’entreprises

champenoises doivent contingenter

leurs clients, du fait de l’envolée des ventes.

La vendange 2021 avait été très déficitaire et

nous avions besoin de vin pour alimenter le

marché et reconstituer les réserves. Les mesures

prises par la profession nous permettront

de sécuriser les deux ou trois années à

venir et elles nous sont tellement enviées par

tant d’autres régions viticoles. La seule ombre

noire au tableau reste la cueillette des raisins

dont la gestion sociale s’aggrave d’année en

année. Il est très tôt pour se prononcer, mais

Michel Valade, microbiologiste, spécialisé en

œnologie, semble optimiste concernant les

vins de 2022 : « ils seront bons, en espérant

que beaucoup soient même très très bons ».

RAYON BOISSONS, SEPTEMBRE 2022

ALORS QUE LES EXPÉDITIONS 2022 S’ANNONCENT

RECORD, LE SPECTRE DE L’INFLATION MENACE LES GMS

Le roi des vins a retrouvé son trône. L’an passé,

les ventes de champagnes ont connu un

rebond vertigineux. Les expéditions 2021 ont

atteint plus de 320 millions de cols pour un chiffre d’affaires record de 5,7 milliards

d’euros. Une croissance portée par la grande distribution et l’export. Depuis,

les cafés, hôtels et restaurants ont rouverts en France, la vie normale a

presque repris en 2022 et la demande mondiale reste toujours aussi forte. Pour

autant, une ombre plane sur le second trimestre 2022 : l’inflation. En effet, avec

la hausse des coûts qui touchent toutes les matières premières, y compris le raisin,

le prix du champagne va mécaniquement augmenter. À cela s’ajoutent des

disponibilités amoindries par l’euphorie de l’an passé et le ralentissement de la

logistique post-covid. Les opérateurs vont devoir faire des arbitrages entre des

ventes à l’export plus valorisées et les débouchés en France. Notamment en

grande distribution qui va se voir coupée de volumes promotionnels. Une faible

présence sur tract ou des mécaniques promotionnelles moins généreuses, cela

conjugué à la baisse du pouvoir d’achat auront donc un impact direct pour

le champagne.

LACHAMPAGNEDESOPHIECLAEYS.FR, REFLETS ACTUELS

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2022

LE PHÉNOMÈNE « ŒNOTHÈQUE » EN CHAMPAGNE

La tendance à l’œnothèque en Champagne se

confirme avec de plus en plus de millésimes anciens

vendus lors des ventes aux enchères. On

constate chez ces clients amateurs un intérêt croissant pour les vieux champagnes

avec des ventes qui ont grimpé de 20 % en volume et de 25 % en valeur.

Aujourd’hui de nombreuses maisons créent ou recréent une œnothèque.

La mission première de ce travail de conservation est dans un premier temps

de constituer la mémoire de la maison et de ses propriétaires et de ses chefs de

cave. Chaque maison aura des approches différentes, soit le vieillissement des

vins non dégorgés que l’on laisse vieillir sur lies, avec leur bouchage, capsule en

liège dans les caves champenoises, soit le vieillissement des vins dégorgés et dosés

avec leur bouchage liège définitif. Les œnothèques de qualité se doivent de

comporter de nombreux millésimes anciens et mythiques comme ces années :

1928, 1929, 1945, 1947, 1949, 1955, 1959, 1964, 1975, 1982, 1988, 1996, 2002, 2004.

Par ailleurs, il faut absolument communiquer sur les conditions de conservation

uniques et parfaites pour la maturation et le vieillissement de ces vins, même si ce

n’est pas tout à fait une science exacte.

VITISPHÈRE.COM, 14 SEPTEMBRE 2022

L’ÉTIQUETAGE FEMMES ENCEINTES DEVIENT

OBLIGATOIRE POUR LES VINS SUR LE MARCHÉ

AUSTRALIEN

Les autorités australiennes et néo-zélandaises sont en

train de serrer la vis sur l’étiquetage des boissons alcoolisées.

Si le logo femmes enceintes et la mention des

allergènes sont déjà actés, l’affichage d’éléments nutritionnels

(valeur énergétique, teneur en sucres…) pourrait suivre. En effet, passé

le 31 juillet 2023, les emballages de boissons alcoolisées, y compris les suremballages

destinés à se retrouver en rayon devront porter, soit sous forme de message

de mise en garde ou de pictogramme, un avertissement sur les dangers de

la consommation d’alcool pour les femmes enceintes. L’obligation concerne toute

boisson dont la teneur en alcool dépasse 1,15 % destinée à être commercialisée

au détail en Australie et en Nouvelle-Zélande. Seules sont exclues les boissons

conditionnées en présence de l’acheteur, par exemple le service au verre ou en

carafe au restaurant.

N°893 OCTOBRE 2022 I 25


dossier

Foncier viticole

Protéger le modèle

champenois

La maîtrise du foncier constitue une problématique politique majeure pour le Syndicat

Général des Vignerons, dont l’action vise à protéger le modèle champenois,

composé d’un tissu dense d’exploitations familiales.

Malgré le contexte de tension sur le marché, des leviers existent pour faciliter l’accès

au foncier et sa transmission. L’enjeu pour l’avenir tient dans la pérennité et l’indépendance

du vignoble, qui conditionnent le maintien des équilibres champenois

et le partage de la valeur.

Dossier rédigé par Élise Le Henaff, SGV,

et Élise Desmoulins, La Coopération Agricole Grand Est

et coordonné par Guillaume Perrin

26 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


VIGNOBLE

« Le foncier

est le fondement

même de nos

exploitations »

Nicolas Didier est administrateur du Syndicat Général des Vignerons de

la Champagne dans le secteur des Côtes d’Épernay depuis 2010. Depuis

plusieurs années et un passage au sein du Groupe des Jeunes Vignerons

de la Champagne, il s’est spécialisé dans les dossiers fonciers.

Pourquoi le foncier est-il l’un des dossiers

prioritaires du SGV ?

Le foncier est un dossier prioritaire du SGV

parce qu’il s’agit du fondement même de nos exploitations.

Pas de raisins sans foncier, pas de champagne

sans foncier, pas de vignerons sans foncier.

C’est l’essence de notre métier et de nos activités.

De ce fait, pour le SGV, le foncier est essentiel. Pas

seulement au niveau individuel pour les exploitants,

pour qui c’est un outil de travail. C’est également un

sujet primordial au niveau collectif pour l’ensemble

du vignoble : c’est la raison pour laquelle on parle

régulièrement des équilibres interprofessionnels et

de notre capacité à maintenir le foncier au vignoble.

Quels sont les enjeux que vous identifiez en matière de foncier ?

L’enjeu sur le foncier touche à son accessibilité : du fait du prix quand les vignerons

souhaitent l'acquérir, car l’envolée des prix a réduit le nombre d’exploitants capables

d’investir dans le foncier. Mais aussi car la location n’est pas la voie privilégiée par les

propriétaires de foncier vu le peu de biens disponibles. Il n’est pas rare que ces derniers

choisissent d'avoir recours à la prestation pour bénéficier au maximum du revenu

issu de la vigne et s’épargner les risques de conclure un bail avec un exploitant. À

cela s’ajoutent les successions, qui affaiblissent aussi l’accès au foncier et du coup, par

ricochet, nos exploitations.

Comment le SGV pourrait-il apporter sa pierre à l’édifice ?

Le SGV travaille au quotidien pour stabiliser le prix du foncier et éviter une trop

forte spéculation sur les prix. En effet, les administrateurs du SGV et les présidents des

sections locales reçoivent, sous sceau de confidentialité, les notifications de vente des

notaires qui peuvent faire l’objet d’une intervention par la Société d’Aménagement

Foncier et Établissement Rural (Safer). Les élus ont alors pour tâche de veiller à éviter

la spéculation sur les prix, mais aussi à maintenir un tissu d’exploitations familiales à

taille humaine. Ce sont des missions pour lesquelles nous nous appuyons sur la Safer.

Nous travaillons également au développement d’outils de portage, il y en a quelques

illustrations dans les pages à venir. n

N°893 OCTOBRE 2022 I 27


dossier

INSTALLATION

Cinq étapes pour réussir

son passage de relais

Véritable pendant de la transmission, l’installation en Champagne est une étape qu’il faut préparer avec soin.

Ainsi, une transmission anticipée permettra au repreneur qui s’installe d’obtenir un taux de réussite plus

élevé.

Pour envisager au mieux la reprise

et l’installation d’une exploitation,

le parcours de l’installation aidée

est une étape clef qui comporte de nombreux

bénéfices. Voici quelques aspects

primordiaux à considérer.

1. PENSER SON PROJET

DANS LE TEMPS

S’installer en tant que viticulteur ne s’improvise

pas : une installation s’anticipe au

moins un an à l’avance. D’autant que

s’installer conduit à évoquer la question

de la transmission et de la succession.

Ces sujets ne sont pas toujours simples à

aborder dans le cadre familial.

2. RÉALISER L’AUTODIAGNOSTIC

POUR FAIRE UN POINT

SUR SON PROJET

L’autodiagnostic est un document remis

par le conseiller Point Accueil Installation

(PAI) et complété par le candidat

lui-même. Ce document constitue

la base d’informations pour réaliser le

Plan de Professionnalisation Personnalisé

(PPP). Celui-ci permet au porteur de

projet de décrire et d’analyser son projet

à travers ses différentes composantes,

ainsi que son état d’avancement.

3. ÉTABLIR UN PLAN DE

PROFESSIONNALISATION

PERSONNALISÉ (PPP) ET

SE FORMER

Chaque candidat – et chaque projet – est

unique. Le PPP permet d’adapter un plan

de formation, avant et après l’installation,

en fonction du projet, de l’expérience et

des compétences du candidat.

Le PPP est réalisé en concertation avec

le candidat à l’installation. Il se compose,

dans une première partie, des actions de

formation et de stage qui devront être

réalisées avant l’installation dans le cas

d’une demande d’aides nationales à l’installation.

Il se compose dans un second

temps des actions de formation complémentaires

que le candidat pourra réaliser

après l’installation.

En fin de rendez-vous, le PPP est signé

par les deux conseillers (conseiller projet

et conseiller compétence) et le candidat.

Il doit ensuite être agréé par la DDT.

4. CONSTRUIRE UN PLAN

D’ENTREPRISE (PE)

Il s’agit d’un document qui structure le

projet du candidat. Ce document est réalisé

avec la Chambre d’agriculture en partenariat

avec le cabinet d'expertise comptable.

L’objectif est de démontrer la viabilité

du projet dans un horizon de quatre ans.

5. BÉNÉFICIER DES DOTATIONS

JEUNES AGRICULTEURS (DJA)

La demande d’aide à l’installation est réalisée

par le candidat à l’installation auprès

de la Chambre d’agriculture, une fois son

PPP validé et son PE finalisé. L’instruction

du dossier est faite par la Chambre d’Agriculture

auprès des services de l’État (DDT).

Il est important de noter que le dispositif

d'accompagnement à l’installation

est ouvert à tous les candidats, y compris

ceux qui ne sont pas éligibles à la DJA.

Le candidat à l’installation peut également

bénéficier d’aides fiscales et sociales

consistant en abattements d’impôts sur le

bénéfice agricole, le foncier et les cotisations

sociales pendant les premières années

de l’installation. n

Pour toute demande, contactez :

- Le Point Accueil Installation de l’Aisne

au 03 23 22 50 00 ;

- Le Point Accueil Installation de l’Aube

au 06 24 09 33 80 (contact@pai10.fr)

- Et le Point Accueil Installation de la Marne

au 03 26 04 74 09.

28 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


DES CHANGEMENTS À VENIR

POUR LE CALCUL DE LA DJA ?

Aujourd’hui, la DJA est calculée selon

une base de 10 000 à 13 000 euros en

fonction du département où est situé

le siège de l’exploitation. À ce montant

de base s’ajouteront des modulations

liées au projet d’installation.

Elles pourront permettre au porteur

du projet d’augmenter sa DJA jusqu’à

un montant maximum de 43 900 euros.

La DJA est accordée sous certaines

conditions cumulatives : être

âgé de moins de 40 ans, disposer de la

capacité professionnelle et établir un

plan d’entreprise pluriannuel permettant

de dégager un revenu suffisant.

Des travaux sont en cours à l’échelle

de la région Grand Est pour faire

évoluer la DJA. La création d’un nouveau

régime est notamment évoquée

pour septembre 2023, avec une subvention

de base significativement

augmentée et trois modulations

possibles. À ce jour, les discussions

suivent leur cours et rien n’est encore

défini. La nouvelle DJA sera présentée

dans un prochain numéro de La

Champagne Viticole dès que les précisions

attendues seront dévoilées.

LE POINT ACCUEIL

INSTALLATION

AU VITI VINI

Caroline Ledeuil,

conseillère Installation

à Adasea, sera

présente sur le stand du SGV au Viti

Vini afin de répondre aux questions

et demandes de tous les jeunes

envisageant une installation.

Rendez-vous le jeudi 13 octobre

après-midi sur le stand du SGV.

SDREA

Deux schémas pour

garantir la diversité

et la viabilité

des exploitations

Le contrôle des structures est un outil de régulation du foncier qui

existe depuis 1960. Il concerne les opérations de mise en valeur de

terres agricoles et soumet, selon les cas prévus par la loi, les exploitants

à un régime d’autorisation. Son objectif est de favoriser l’installation

d’agriculteurs et de préserver la viabilité des exploitations agricoles.

Le contrôle des structures a évolué

et s’est renforcé au fil des années.

Dernière actualisation en date

avec la « loi d’avenir pour l’agriculture,

l’alimentation et la forêt » d’octobre 2014

qui a introduit de nouveaux objectifs :

- le maintien d’une agriculture diversifiée,

riche en emploi et génératrice de

valeur ajoutée en limitant les agrandissements

excessifs et les concentrations des

exploitations ;

- la promotion et le développement de

systèmes de production permettant de

combiner performance économique et

environnementale.

Un nouveau dispositif d’obtention de

l’autorisation d’exploiter est ainsi entré

progressivement en vigueur dans

chaque région avec la publication des

schémas directeurs régionaux des exploitations

agricoles, ou SDREA. Ces textes

fixent au niveau local les orientations du

contrôle. Le SDREA Grand-Est est entré

en application le 1 er décembre 2021 (lire

La Champagne Viticole n° 886 pages 10

et 11), tandis que le SDREA Hauts-de-

France est entré en application le 13 juillet

2022.

Il est à noter que ces deux SDREA

visent l’agriculture au sens large. Il n’y

a pas de SDREA spécifique à la viticulture

pour l’AOC Champagne. Malheureusement,

dans la mesure où l’AOC

Champagne concerne plusieurs régions,

deux SDREA sont applicables : ces textes

comportent des points communs, mais

aussi des différences.

Côté similitudes, il faut noter que les

deux SDREA ont fixé un même seuil de

déclenchement du contrôle pour ce qui

concerne l’AOC Champagne, à savoir

3 ha. Par ailleurs, les deux SDREA ont pris

en compte les UTA (Unités de Travail

Annuelles) pour prioriser les candidats.

Cela se justifie certainement par la volonté

de pondérer la situation des exploitants

et d’ajuster au regard de la création

d’emploi, de la taille et dynamique d’exploitation.

On notera enfin, au titre des

ressemblances, l’accent placé sur les parcelles

converties ou en cours de conversion

à l’agriculture biologique ainsi que la

compensation surfacique, même si cela se

traduit de manière quelque peu différente

dans les deux SDREA.

Quelques différences notables figurent

également entre les schémas régionaux.

Un seuil de distance de 20 km est notamment

fixé par le SDREA Hauts-de-

France, tandis que le SDREA Grand Est

ne fixe pas de seuil de distance en ce qui

concerne l’AOC Champagne.

Ces deux SDREA sont source de satisfaction

pour le SGV, dans la mesure

où le Syndicat a obtenu le maintien de

quelques particularités tenant à l’AOC

Champagne (le seuil de 3 ha, l’absence

de seuil de distance, etc.). En ce sens, le

travail de la Draaf Grand-Est est à saluer

puisqu’un maximum d’institutions, organisations

syndicales, représentants de

l’État ont été associés pour coconstruire

et écrire le SDREA Grand Est. n

Le SDREA Hauts-de-France fera prochainement

l’objet d’un article à part entière.

N°893 OCTOBRE 2022 I 29


dossier

SDREA

EN CAS DE DOUTE, DEMANDEZ

UN RESCRIT

La demande de rescrit est une démarche

préalable permettant de connaître sa

situation vis-à-vis du contrôle des structures,

qui dispense, le cas échéant, de solliciter

une autorisation d’exploiter au titre

du contrôle des structures.

Toute personne physique ou morale

envisageant une opération susceptible

d’entraîner la modification de la structure

d’une exploitation agricole peut demander,

préalablement à cette opération, à

l’autorité administrative compétente de

lui indiquer si l’opération projetée :

- peut être mise en œuvre librement, ou ;

- relève du régime de la déclaration, ou ;

- du régime d’autorisation d’exploiter.

LOGICS SIMPLIFIE LES DEMANDES

Qui dit SDREA, dit également démarches

administratives. L’administration

a adapté et modernisé ses outils de

saisine afin de faciliter ces démarches.

C’est ainsi que le ministère de l’Agriculture,

de l’Agroalimentaire et de la Forêt

a mis en place l’outil LOGICS. Il s’agit

d’un outil de téléprocédure dédié au

contrôle des structures et des autorisations

d’exploiter. Toutefois, les demandes

d’autorisation peuvent toujours

être renseignées à l’aide d’un formulaire

Cerfa.

LOGICS est un outil de téléprocédure

qui permet de saisir en ligne une demande

d’autorisation d’exploiter, le tout

via un accès sécurisé avec code d’identification

personnalisé. Il s’adresse à toute

personne, physique ou morale, qui s’installe,

s’agrandit, réduit une exploitation

ou en réunit plusieurs et qui demande

une autorisation préalable d’exploiter.

Cette téléprocédure a pour avantage d’effectuer

la demande en ligne, à tout moment,

simplement. Les documents peuvent

être envoyés au format numérique.

PRIX DU FONCIER

Les petites régions à la loupe

La Fédération nationale des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSafer) publie

chaque année les chiffres du foncier dans un ouvrage spécifique * et également en ligne sur le site le-prixdes-terres.fr.

Après une année 2020 remplie d’incertitudes, l’année 2021 a marqué la reprise

du marché foncier. Un nombre de transactions en augmentation et l’action de

la Safer, quand c’était nécessaire, ont permis de maintenir les prix du marché et

d’éviter la spéculation post-Covid après la « remontada » des expéditions de champagne.

Sur le terrain, les administrateurs du SGV ont maintenu leur vigilance et dès lors que

des références avec des prix excessifs étaient constatées, ils ont sollicité le SGV et la Safer

pour une intervention visant à réviser le prix de vente. Ce choix politique du SGV

ÉVOLUTION DU PRIX DES VIGNES AOC CHAMPAGNE

(Source FNSafer - moyenne triennale)

1 400

1 200

1 000

800

600

Marne

Aube

Aisne

400

200

0

1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019 2021

30 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


epose sur la nécessité de limiter l’envolée

des prix avec les conséquences qu’elle

engendre sur le poids des successions et la

fiscalité des exploitations ; mais il vise également

à maintenir le foncier comme un

outil d’exploitation à part entière.

Côté chiffres, on remarque que les prix

publiés par la FNSafer montrent une

tendance baissière. Cependant, les réalités

diffèrent selon les régions viticoles

de Champagne. Et plus encore, le terrain

semble relayer une réalité différente avec

une reprise dynamique des ventes et une

hausse des prix. Nul doute que la vigilance

du syndicalisme viticole champenois

et de ses élus restera nécessaire pour

les années à venir. n

* « Le prix des terres », publié par la FNSafer.

PRIX DES VIGNES EN LIBRE PAR SOUS-RÉGION DE L’AOC CHAMPAGNE

(Source Safer - moyenne anuelle)

Petite région viticole Marne

Côte d’Épernay

Côte des Blancs

Grande Vallée de la Marne

Région Congy-Sézanne

Grande Montagne de Reims

Petite Montagne de Reims

Vallée de la Marne

Vallée de l’Ardre

Vallée de la Vesle

Vitryat

Données insuffisantes

Petite région viticole Aube

Bar-sur-Aubois

Barséquanais

Montgueux

Villenauxe

Petite région viticole Aisne

Ouest de Château-Thierry (1)

Est de Château-Thierry (2)

Données insuffisantes

Données insuffisantes

Prix moyen (K€/ha)

727 K€

815 K€

1 153 K€

1 243 K€

1 135 K€

1 268 K€

1 139 K€

979 K€

986 K€

1 069 K€

935 K€

935 K€

(1) Ouest de Château-Thierry : Azy-sur-Marne, Bézu-le-Guéry, Bonneil, Charly-sur-Marne,

Chézy-sur-Marne, Crouttes-sur-Marne, Domptin, Essômes-sur-Marne, Romeny-sur-Marne,

Saulchery, Villiers-Saint-Denis.

(2) Est de Château-Thierry : Barzy-sur-Marne, Brasles, Château-Thierry, Fossoy, Gland,

Mont-Saint-Père, Chartèves, Monthurel, Celles-lÈs-Condé, Condé-en-Brie, Connigis, Crézancy,

Saint-Eugène, Nesles-la-Montagne, Étampes, Nogentel, Passy-sur-Marne, Trélou-sur-Marne

et Vallées-en-Champagne.

1 541 K€

FONCIER

COMMENT SE DÉROULE

LE TRAVAIL ENTRE LE SGV

ET LA SAFER ?

Le travail qui rassemble le SGV et la Safer

est quotidien, dans la mesure où les élus du

Syndicat reçoivent les notifications de vente

issues des déclarations d’intention d’aliéner

traitées par les notaires, lorsque les cessions

portent sur des opérations pour lesquelles

la Safer dispose de la possibilité d’intervenir

(droit de préemption). Sur la base de ces notifications,

le SGV (en fonction de l’avis des

élus locaux) peut éventuellement demander à

la Safer d’intervenir si le prix est décorrélé du

marché, ou si l’acquéreur ne correspond pas

au type d’exploitation visé par le SDREA.

La coopération entre les deux structures

s’étend au cas des rétrocessions. En effet,

lorsque la Safer publie un appel à candidatures

sur des vignes ou terres AOC de la

Champagne, elle en informe le SGV qui fait

suivre l’information localement afin que les

exploitants locaux puissent candidater s’ils

le souhaitent. Une fois l’appel à candidatures

terminé, les propositions sont examinées

dans le cadre de la commission Safer du SGV,

avant un passage en comité technique Safer,

au cours duquel le représentant élu du SGV

porte la voix du SGV. C’est bien l’ensemble

du comité technique qui prend la décision

définitive d’attribution.

La Safer a édité un guide pour candidater à une

vente ou location de foncier, disponible sur leur

site.

N°893 OCTOBRE 2022 I 31


dossier

FONCIER

RENFORCER LES MOYENS

DE RÉGULATION DU FONCIER

La loi du 23 décembre 2021, dite « loi

Sempastous », portant mesures d’urgence

pour assurer la régulation de

l’accès au foncier agricole au travers

de structures sociétaires, a mis en

place les règles permettant à la Safer

d’opérer un contrôle sur les transactions

portant sur des parts sociales. Il

est toutefois regrettable que la mise

en œuvre concrète de cette loi reste

bloquée par l’absence de décret visant

à organiser ce contrôle. On reste

en effet en attente des décrets d'apllication

dont la parution est prévue par

la loi avant le 1 er janvier 2023.

Le SGV, depuis de nombreuses années,

réclame également un renforcement

des pouvoirs dont dispose la

Safer en matière de démembrement

de propriété. Les avancées de la loi

agricole de 2014 se sont révélées insuffisantes

pour juguler le recours au

démembrement de propriété dans le

but de contourner le droit de préemption

de la Safer. Traiter une fois pour

toutes cette question permettrait

d’éviter de nombreux contentieux.

PARCELLES À ÉCHANGER

La Bonne Parcelle est un outil développé

par la Safer Grand Est pour répondre

à la demande des professionnels

et des élus politiques nationaux

de la région. Cette plateforme en

ligne, sur laquelle les usagers peuvent

s’inscrire gratuitement, permet aux

propriétaires et exploitants d’échanger

des terres, des prés et des vignes

afin d’optimiser l’aménagement parcellaire

de l’exploitation.

Pour les professionnels, les bénéfices

potentiels ne sont pas négligeables :

– Augmentation de la rentabilité de

l’exploitation et meilleure productivité

au travail ;

– Réduction des temps et des coûts

liés aux déplacements entre les parcelles

;

– Augmentation de la sécurité routière

par la réduction du nombre d’engins

sur les routes ;

– Adaptation aux évolutions culturales

qui pourraient intervenir à court

terme.

Le SGV se voit régulièrement interrogé

en section locale sur la mise en

place de tels outils, car les vignerons

souhaitant restructurer leur parcellaire

sont de plus en plus nombreux.

Pourtant, il y a aujourd’hui peu d’inscrits

sur cette plateforme. Or, c’est le

nombre important d’inscrits – et les

possibilités d’échange que cela représente

– qui permet de faire fonctionner

cet outil d’échange à son plein

potentiel.

En ce sens, le SGV milite en faveur

d'une extension du régime de faveur

actuel (exonération de droits d'enregistrement

et sursis d'imposition des

plus-values) aux échanges de parcelles

affectés à la production d'une

même AOC.

Pour tout renseignement complémentaire,

contacter le service Relations Syndicales

au 03 26 59 55 21.

PORTAGE DU FONCIER

Un levier d’accompagnement

collectif

Le foncier viticole champenois est un bien à la fois rare et cher. Cher,

car jusqu’en 2012, son prix a continuellement progressé à la hausse ;

depuis 2012, le SGV et la Safer ont travaillé conjointement pour limiter

la spéculation sur le foncier champenois. Rare car le marché des biens

libres est limité. Mais aussi car les locations se sont raréfiées avec la

montée en puissance du travail à façon. Ces deux constats sont de nature

à générer des difficultés quant à la transmission des exploitations.

Pour répondre à la problématique du prix du foncier, depuis près de 10 ans, le

vignoble champenois réfléchit à la mise en place d’outils permettant d’accompagner

les exploitants dans le portage du foncier. De nombreux exploitants ont

sollicité La Coopération Agricole Grand Est et le SGV pour les accompagner dans le

portage du foncier. Cela s’est traduit notamment par la création d’un Groupement

Foncier Viticole (GFV) en 2012 pour aider un exploitant de Vincelles à conserver

l’exploitation de son foncier, mais également par la mise en place d’un partenariat

entre La Coopération Agricole Grand Est et France Valley auquel ont été associés

le Syndicat Général des Vignerons de la Champagne et la Safer Grand Est en 2019.

Pour compléter ces outils, La Coopération Agricole Grand Est et le Syndicat Gé-

32 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


néral des Vignerons de Champagne ont

défini le cadre d’un partenariat avec les

Groupements Fonciers Agricoles Mutuels

(GFAM) de la FDSEA. Les GFAM

sont des sociétés civiles qui permettent

d’organiser un patrimoine foncier et d’en

faciliter l’exploitation en donnant par

bail l’exploitation agricole à un fermier.

Concrètement, l’objectif est de sécuriser

l’exploitation de vignerons amenés à

perdre des surfaces en assurant l’acquisition

des vignes par un GFAM qui leur

donne ensuite les vignes à exploiter par

bail à long terme.

Le premier projet de portage voit son

aboutissement d’ici peu puisque l’appel

à porteurs de parts a été lancé juste

après les vendanges. Les exploitants

champenois pourront jouer un rôle essentiel

dans ce dispositif en choisissant

de souscrire des parts dans ces Groupements

Fonciers Agricoles Mutuels afin

de maintenir les vignerons en place, de

préserver les équilibres champenois et le

foncier au vignoble. n

Pour tout renseignement complémentaire,

il est possible de joindre :

- Élise Le Henaff, Syndicat

Général des Vignerons

de la Champagne :

03 26 59 55 21 ;

- Élise Desmoulins,

La Coopération Agricole

Grand Est :

03 26 59 55 25.

INTERVIEW

ARNAUD FILHOL, DIRECTEUR

DE FRANCE VALLEY

Pouvez-vous présenter France Valley en quelques mots ?

France Valley est une société de gestion de portefeuille, agréée

par l’Autorité des Marchés Financiers pour concevoir, commercialiser

et gérer des solutions d’investissement à destination

des épargnants. C’est ainsi que nous comptons plus de 12 000 clients-investisseurs

qui nous ont fait confiance, via leurs conseillers financiers, pour investir dans les domaines

forestiers et viticoles, sous la forme de Groupements Fonciers ou de Foncières.

L’attente des épargnants pour l’investissement dans des actifs tangibles est telle que

nous sommes devenus le premier investisseur foncier de France.

En quoi le vignoble champenois est-il intéressant pour France Valley ?

Il nous a permis d’associer à un produit financier ses caractéristiques uniques : en premier

lieu, c’est un produit haut de gamme – pour ne pas dire de luxe – car le vignoble

est impossible d’accès directement et le champagne véhicule une image très puissante.

En deuxième lieu, la pratique du bail à métayage, moins répandue dans les autres appellations,

permet de dégager des revenus provenant de la vente de raisins et non de la

perception de loyers : cela fait de nos solutions d’investissement de véritables petites

PME exploitantes. Enfin, la réserve individuelle dont bénéficient ces solutions est un

atout considérable face aux aléas climatiques et sanitaires.

Quels sont vos critères de sélection ?

Nous avons constitué un patrimoine d’environ 16 ha, concentré sur la Marne, dont

près d’un quart en grands et premiers crus. Compte tenu de cette base solide, nous

nous ouvrons désormais à tous les secteurs de l’Appellation, pour peu que nous

soyons en présence de vignes occupées par des vignerons dynamiques, et engagés

ou prêts à s’engager dans la transition HVE, VDC ou bio. En effet, près des deux

tiers de nos partenaires exploitants sont certifiés. Enfin, nous sommes capables

d’intervenir sur quelques dizaines d’ares jusque plusieurs hectares.

Êtes-vous satisfait du travail réalisé en commun avec La Coopération Agricole

Grand Est, la Safer et le SGV ?

Rappelons qu’outre le fait d’offrir des perspectives de performances financières

dans un cadre fiscal favorable à nos clients, notre vocation est de permettre le

maintien ou l’installation de vignerons qui ne peuvent acquérir les vignes qu’ils

exploitent. Nos clients y sont attachés et nous sommes fiers de ce rôle. À cette

occasion, nous avons découvert le travail considérable, souvent d’ailleurs un travail

de fourmi sur le terrain, réalisé par La Coopération Agricole Grand Est, la Safer et

le SGV au service des vignerons. Sans eux, cet outil, qui fédère les épargnants au

service du foncier champenois, n’existerait tout simplement pas. n

N°893 OCTOBRE 2022 I 33


dossier

LES GFAM DE LA MARNE

JEAN-MARIE POUGEOISE : « IL EST DIFFICILE DE S’INSTALLER PAR ACHAT

DE FONCIER »

Depuis 2021, la Coopération Agricole Grand Est, le SGV, la FDSEA et la Safer ont travaillé afin de voir aboutir le premier

dossier de portage foncier viticole s’appuyant sur les GFAM de la Marne.

Pour ce galop d’essai, c’est un jeune vigneron de la Vallée de la Marne qui sera maintenu sur une surface de 45 ares, alors

que les successions familiales avaient compromis la pérennité de l’exploitation de ces surfaces. Jean-Marie Pougeoise,

alors référent foncier pour La Coopération Agricole Grand Est, avait saisi l’opportunité de proposer une solution à ce

jeune vigneron pour relancer la dynamique d’un partenariat avec les GFAM de la Marne. Entretien avec ce viticulteur

retraité, initiateur du travail commun avec les GFAM de la FDSEA.

Pour quelles raisons avez-vous été

amené à travailler sur le foncier

champenois ?

Jean-Marie Pougeoise : Mon premier

travail en 1980 était conseiller

à l’Adasea de la Marne ;

cette structure s’occupait

des problèmes

fonciers pour aider les

jeunes à s’installer. Car

effectivement, pour un

jeune, le problème numéro

1 c’est le foncier,

que ce soit en achat ou

en location. Compte

tenu du prix des vignes

et des terres, il est difficile

de s’installer par

achat de foncier et souvent c’est par

des locations qu’on débute, et éventuellement

par un complément en

achat.

Il s’avère que des responsables agricoles,

notamment Jean Lapie, avaient

initié la création de GFA mutuels agricoles.

En tant que conseiller Adasea,

je participais à l’élaboration du schéma

et à l’animation de la création et

du suivi des GFA mutuels. Le principe

de base est assez simple : c’est le mutualisme.

Si une terre est à vendre,

on réunit un maximum d’agriculteurs

capables d’acheter des parts du GFA

mutuel pour acquérir le bien et le rétrocéder

en location à un jeune agriculteur

en cours d’installation. Cette

action a eu un écho très favorable

dans le milieu agricole et nous avons

pu créer un GFA mutuel par cantons

dans la Marne. C’est ainsi que je me

suis retrouvé, par mon premier emploi,

dans cette merveilleuse entreprise

mutualiste visant à acquérir du

foncier pour les jeunes agriculteurs.

Ce sont ces expériences et compétences

dans le domaine foncier qui

m’ont valu plus tard de m’occuper des

questions foncières avec Xavier Muller

au titre de la Fédération des Coopératives

Viticoles de Champagne.

Sur le portage foncier, l’objectif au

départ était de rechercher des apporteurs

de capitaux qui auraient souhaité

acquérir le bien et

le louer par bail à long

terme à des exploitants.

Nous souhaitions éviter

la perte de foncier au

niveau des coopératives,

car à l’époque,

nous avions à faire face

à l’acquisition de foncier

par le négoce, ce

dernier profitant de la

situation avec des effets

de levier. Cela remettait

en cause toute

la politique globale du vignoble. Par

l’acquisition de foncier et par les prestations,

le négoce voulait intégrer un

maximum de vignerons, ce qui dénaturait

complètement le contrat interprofessionnel

et les équilibres tels

qu’on les connaît.

Trouver des solutions n’a pas été

simple, on a pataugé pendant trois

à quatre ans. Nous avons eu de

nombreux contacts, on a poussé la

réflexion très loin, mais sans parvenir

à un aboutissement satisfaisant

pour nous. Jusqu’au partenariat avec

France Valley, dont l’approche et le

soutien nous paraissaient satisfaisants.

Puis on s’est lancés.

Pendant de nombreuses années,

vous avez travaillé à mettre ce partenariat

en place avec la FDSEA. Pour

quelles raisons ?

Il y a eu des tentatives de GFV au

SGV. Mais nous voulions aller plus

loin. Donc, Antoine Bertin et Sébastien

Mangeart ont effectué une présentation

devant la commission Vie

des Exploitations du Syndicat. Il a

fallu mettre en place la manière de

travailler ensemble. Restait à trouver

une affaire. Un jour, la directrice d’une

coopérative a contacté La Coopération

Agricole, car elle avait une affaire

à proposer. Depuis près d’un an et

demi, les services de toutes les structures

travaillent pour faire aboutir ce

dossier !

Est-ce que ce sera un succès selon

vous ?

Il est évident que pour cette opération

viticole, nous aimerions convaincre

une majorité de viticulteurs de participer.

J’espère de tout mon cœur

que l’ensemble des conseils d’administration

du SGV et de La Coopération

Agricole Grand Est prendront des

parts. Moi qui suis aussi intervenu

devant le Groupe des Jeunes, j’espère

qu’ils auront été réceptifs à mon message

et s’investiront dans le mutualisme

pour éventuellement en bénéficier

un jour en cas de besoin. Résultat

dans quelques semaines…

34 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


RÉGULATION DU FONCIER

La Safer aux côtés du SGV pour maintenir

le tissu des exploitations familiales

Thierry Bussy a été élu président de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) du

Grand Est en juin 2021. Sur le volet viticole comme agricole, sa priorité est d’opérer une vigilance accrue sur

les transmissions sociétaires qui auraient pour finalité un agrandissement excessif au détriment de projets

d’installation ou de confortation des exploitations familiales.

Au cours des trois dernières années,

la Safer a attribué quelque

6 000 hectares agricoles et viticoles

dans le Grand Est, mais pour

l’AOC Champagne, l’activité représente

une moyenne de 35 hectares par an et

concerne une centaine d’exploitants. Un

petit marché donc, mais aux enjeux cruciaux

eu égard au poids économique et

aux équilibres interprofessionnels de la

filière Champagne.

« Notre mission consiste à préserver le

modèle des exploitations familiales dans

la région en général, et en Champagne

en particulier. En ce sens, nous sommes

sur la même ligne que le SGV qui est un

partenaire privilégié dans notre réflexion

et nos actions », explique Thierry Bussy.

Selon lui, une des priorités de la Safer

dans le domaine viticole champenois est

l’aménagement du parcellaire avec une

attention particulière pour les exploitants

qui vinifient et commercialisent leur

production. « Il s’agit de préserver au

maximum les emplois dans les territoires,

précise-t-il. Par ailleurs, nous soutenons

aussi les domaines qui ont des certifications

environnementales. »

L’opérateur foncier intervient

dans le cadre de cessions,

mais aussi dans l’échange de

parcelles grâce notamment à

la plateforme www.labonneparcelle.fr.

« Nous recherchons également

des investisseurs pour sécuriser le

foncier des exploitants en difficulté pour

éviter autant que possible qu’ils cèdent

leurs vignes à de grands groupes, ce qui

compromettrait les équilibres champenois

», ajoute-t-il.

La Safer intervient également en tant

que conseil dans l’aménagement des coteaux

pour lutter contre le ruissellement

en facilitant notamment les échanges

parcellaires.

Vers plus

de contrôle

administratif

Sur la question du coût du foncier, le

président de la Safer Grand Est estime

indispensable de « tenir au maximum les

prix des vignes qui ont eu tendance à exploser.

Dès qu’on le peut, on intervient

pour réguler et réviser les valeurs ».

Mais pour lui, « la bonne santé

économique de la filière

et la rareté de l’offre développent

l’appétit de très gros

investisseurs qui cherchent à

tout prix à augmenter leurs

approvisionnements en accaparant les

terres. C’est là que nous devons être particulièrement

vigilants sur les transferts

de parts de sociétés. Nous espérons que

les dispositions de la loi Sempastous, qui

établit un dispositif de contrôle administratif

des cessions de parts et des cessions

d’actions des sociétés agricoles par la

Safer et le préfet, va nous aider à réguler

le marché sociétaire du foncier ». n

N°893 OCTOBRE 2022 I 35


commercialisation

STRATÉGIE DE MARQUE

Le storytelling, ou comment

se raconter pour mieux vendre

Séduire un client en ajoutant une dimension narrative et rassurante à l'argumentation de vente. Un bon

storytelling permet de retenir l’attention du prospect ou du consommateur et de favoriser son adhésion

à votre projet. Il doit permettre de faire la différence face aux concurrents et de se rapprocher de son audience

cible.

Une bonne histoire doit répondre

à cinq caractéristiques : elle

doit être simple, surprenante,

concrète, crédible et émouvante.

Cinq actions en amont

Il s’agit de retenir l’attention des consommateurs

ou des curieux qui se rendent

sur votre site internet ou consultent vos

réseaux sociaux.

- La raison d’être : véhiculer votre savoir-faire,

votre personnalité.

- L’audience : le public ou la clientèle

cible (qu’attend-elle en dégustant vos

vins ?).

- Les objectifs : pourquoi raconter

votre histoire ?

- Le récit : quels sont les éléments à

transformer en récit (histoire du domaine,

votre viticulture, vos innovations,

ce qui rend votre vin unique).

- Quelle image souhaite-t-on véhiculer

: une approche moderne ou plutôt

traditionnelle ?

Une fois ces priorités définies, il faut

identifier l’identité visuelle pour accompagner

votre storytelling. L’objectif :

montrer qui se cache derrière l’étiquette.

Conseils d’écriture

Le storytelling suscite l’émotion du lecteur,

il doit s’adresser uniquement à lui.

En voulant raconter une histoire qui

plaira à tout le monde, vous finirez par

ne plaire à personne.

Une histoire simple mais authentique

Le lecteur doit pouvoir s’identifier et se

laisser emporter. Montrer en quoi votre

parcours se différencie de celui de vos

concurrents. Mettez en avant les atouts

de votre vignoble.

Raconter des anecdotes

C’est un moyen idéal pour le lecteur

de se remémorer votre discours et pour

vous de se différencier car votre histoire

unique.

- Les bonnes histoires fonctionnent

quand elles sont aptes à capter l'imagination

d'auditoires importants en nombre

ou en qualité.

- Les bonnes histoires sont vraies, non pas

parce qu'elles sont factuelles, mais parce

qu'elles sont cohérentes et authentiques.

Les consommateurs sont toujours très habiles

dans l'art de repérer les incohérences.

- Les bonnes histoires véhiculent une

promesse. Elles promettent le plaisir,

la prospérité, la sécurité, l'efficacité. La

promesse doit être ferme, audacieuse et

explicite. Elle ne doit pas se contenter

d'être bonne ou même très bonne ; elle

doit être exceptionnelle, sans quoi il ne

vaut pas la peine de s'y arrêter.

- Les bonnes histoires sont fiables. La

confiance est devenue une denrée rare.

L’origine du message joue beaucoup

dans le crédit qu’on peut lui accorder.

Un vigneron qui communique directement

auprès de sa clientèle en se dévoilant

favorise la création d’une relation

de confiance.

- Les bonnes histoires sont subtiles. Aussi

surprenant que cela puisse paraitre,

moins le marketeur en dit, plus l'histoire

gagne en puissance.

- Les bonnes histoires captivent. Elles

mobilisent le consommateur aussitôt

qu'elles commencent. Les premières impressions

sont déterminantes. Nul besoin

d'épaisses brochures en couleur ou de réunions

sans fin pour générer de bonnes

histoires.

- Les bonnes histoires ne font pas appel

à la logique, mais aux sens. Ce point est

déterminant. Il ne s’agit pas de prouve

par A+B que votre vin est le meilleur,

mais qu’il répond aux attentes d’un

consommateur qui souhaite vivre une

expérience différente. Votre histoire doit

faire ressentir une émotion qui donne

envie d’y participer.

L’univers du vin répond à tous ces éléments.

Les histoires de vignerons sont

souvent le fruit d’un héritage, de chance,

de travail, d’opportunités, de ténacité qui

favorisent la création d’un storytelling

qui puisse être accrocheur. n

Olivier Rigot et Jean-Marc Demange,

AOC Conseils

36 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


CHAMPAGNE DE VIGNERONS

Nouveauté : des photos de cuvées

pour mieux communiquer

Dans le cadre de l’offre de service SGV Booster pour soutenir la

commercialisation des champagnes élaborés par le vignoble, la

bannière collective Champagne de Vignerons va prochainement

proposer aux adhérents un nouveau service de photographie de

bouteilles pour parfaire leur communication.

Indispensable pour illustrer sa gamme de champagne sur son site internet

comme dans ses brochures ou encore ses fiches techniques, une photo de

qualité de sa cuvée est un atout supplémentaire pour valoriser sa gamme de

produit et fidéliser sa clientèle.

Champagne de Vignerons, la bannière collective du Syndicat Général des Vignerons

propose un nouveau service de prises de vues de cuvées réservé aux

adhérents. Il s’agit de photos en haute définition de la bouteille seule, détourées

et sans mise en scène pour établir un standard de communication.

C’est un service simple, efficace et de qualité, qui doit se concevoir comme complémentaire

du travail des photographes professionnels qui réalisent des prises de

vues plus sophistiquées et totalement personnalisées. n

L’ACCOMPAGNEMENT

À L’EXPORT

Au fil des ans, les marchés export constituent

des relais de croissance très performants pour

les champagnes des vignerons. Avec l’émergence

de nouveaux modes de consommation

favorisés par la crise sanitaire, les amateurs

étrangers sont de plus en plus amateurs de

vins de terroir incarnés par des artisans. Dans

le cadre de sa mission de soutien à la commercialisation,

le SGV et sa bannière Champagne

de Vignerons accompagnent les adhérents

dans les salons internationaux.

L’évènement phare des salons export sera sans

conteste l’édition de Wine Paris & Vinexpo Paris,

qui se tiendra du 13 au 15 février 2023 à

Paris Expo Porte des Versailles.

Fort de ses 25 000 visiteurs professionnels

dont plus d’un tiers d’internationaux lors de

l’opus 2022, le salon parisien est en passe de

supplanter tous les autres en qualité et en attractivité.

Pour ce rendez-vous incontournable, le Syndicat

investira l’espace Champagne avec son

stand collectif Champagne de Vignerons, une

structure élégante et particulièrement visible

formant un îlot de cuvées de terroir dans l’espace

dédié à la Champagne. Une quarantaine

de places sont dès lors disponibles sur ce stand

collectif.

Un espace de libre dégustation « Tasting Avenue

» permettra aux professionnels de déguster

plus facilement des cuvées de champagne

et d’accéder aux informations sur chaque vin

via une application dédiée.

Champagne de Vignerons proposera également

une masterclass animée par l’expert en

dégustation géosensorielle, Geoffrey Orban.

AJ

Renseignement complémentaire : Service des Marchés du SGV - Mail : offrecommerciale@sgv-champagne.fr - Tél. : 03 26 59 85 28

FABRICANT DE MENUISERIE

Bois - Aluminium - Agencement

De la conception à la réalisation depuis 1927

13 rue de Thillois - 51370 Ormes

Tél. : 03 26 08 09 08

contact@kieffer-menuiserie.fr

Retrouvez toutes nos réalisations

sur www.kieffer-menuiserie.fr

©Enzo Orlando

Présent au salon

du VITIVINI

du 11 au 14 octobre

Emplacement

CH – B 5.4

Réalisation des Salons

et du Hall des Caves

Louis Roederer

N°893 OCTOBRE 2022 I 37


économie

Des signaux toujours au vert pour le champagne

EXPÉDITIONS SUR 12 MOIS PAR FAMILLES D’OPÉRATEURS

de septembre 2021 à août 2022 (en millions de bouteilles)

France

Export

TOTAL

335,4 MB

+14,7 %

TOTAL NÉGOCIANTS

Négociants

243,7MB + 12,3 %

78,2 47,7

12,6

165,5

*En raison des arrondis, certaines sommes peuvent ne pas êtres égales au total.

17,1

14,3

TOTAL VIGNERONS

Vignerons

TOTAL Coopératives COOPÉRATIVES

60,3MB + 16,6 % 31,4MB + 31,7 %

ÉVOLUTION DES EXPÉDITIONS EN AOÛT

EXPÉDITIONS PAR GRANDS MARCHÉS

de septembre 2021 à août 2022

PAR RAPPORT

À 2021

PAR RAPPORT

À 2019

Août 2022

+ 2,0 % + 29,1%

143,1 MILLIONS

DE BOUTEILLES

+13,0 %

De janvier

à août 2022

+9,2 % +15,5 %

64,3 MILLIONS

DE BOUTEILLES

+14,6 %

Sur 12 mois

à fin août

2022

+7,3 %

+12,2 %

+14,7 %

128 MILLIONS

DE BOUTEILLES

+16,6 %

ANALYSE DES DONNÉES

L’accalmie sur les expéditions enregistrée

en juillet n’était que passagère et le mois

d’août démontre une nouvelle fois la bonne

dynamique des ventes de champagne

en 2022 : +2 % par comparaison avec les

chiffres de 2021 qui était déjà une belle année,

et par rapport à une année dite « normale

» comme 2019, le champagne surperforme

de 29,1 %.

En cumul depuis le début de l’année, les

ventes de champagne sont toujours supérieures

de 9,2 % par rapport à 2021. C’est

15 millions de bouteilles supplémentaires,

soit l’équivalent d’un petit mois d’expéditions.

Cette dynamique offre quelques motifs de

réjouissance avant de débuter l’automne,

saison traditionnellement animée pour les

ventes de champagne : un tiers des volumes

annuels écoulés sont ainsi concentrés sur

trois mois, en particulier entre octobre et

novembre.

En effet, même si les ventes d’octobre ou

de novembre venaient à s’avérer en deçà

des espérances, les résultats précédents

font de l’année 2022 un millésime d’expéditions

déjà performant. Et même avec une

belle récolte enregistrée cette année, il y a

des chances pour que les besoins en raisins

restent importants l’an prochain.

Les ventes continuent d’être tirées par l’export,

en Europe comme dans les pays tiers.

Sur les 15 millions de bouteilles supplémentaires

vendues depuis janvier, quasiment

13 millions l’ont été hors de nos frontières.

Et dans ce contexte euphorique, tous les

opérateurs enregistrent une progression

de leurs ventes. Cela représente presque

10 millions de cols supplémentaires pour le

négoce et c’est aussi un peu plus de 2 millions

de flacons pour les coopératives et

1 million de plus pour les vignerons.

Fait notable par comparaison avec les mois

précédents : un redressement des expéditions

est à souligner dans le marché français.

Par rapport à 2021, cela équivaut à

2,5 millions de bouteilles supplémentaires

vendues depuis janvier, mais ce marché

ayant eu besoin de plus de temps que l’export

pour se relever des conséquences du

Covid, il est plus intéressant de l’analyser au

regard des données 2019, année de référence

avant la crise sanitaire.

De ce fait, grâce à un très bon mois d’août

(+22,7 %), les ventes de champagne en

France en 2022 sont bel et bien supérieures

à celles de 2019 (+1,2 %, soit quasiment

1 million de bouteilles). Cela tendrait

à confirmer les incidences pressenties des

bons chiffres du tourisme relatées le mois

dernier. Une fois de plus, cette tendance

est à confirmer par un réapprovisionnement

éventuel des stocks distributeurs en

septembre. Ces signes encourageants pour

le marché français sont à rattacher à une

bonne dynamique des coopératives, qui affichent

+5,7 % au cours des 8 premiers mois

de l’année, contre seulement +0,3 % pour

les vignerons et +0,7 % pour les maisons. n

Service économie, SGV

38 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


MACROÉCONOMIE

Face à la crise inflationniste,

le champagne résiste encore

Quelque 6,5 % en France, 9 % aux États-Unis et même plus de 20 % dans certains pays de la zone euro :

l’inflation atteint des niveaux plus vus depuis des décennies. Même si le champagne semble pour le moment

épargné, l’augmentation des prix n’est pas sans conséquences pour le vignoble. L’expertise de l’établissement

national des produits de l’agriculture et de la mer, FranceAgriMer, donne un éclairage sur la situation de la

filière agricole et viticole.

«

Le phénomène n’est médiatisé

que depuis quelques mois, mais

la tendance inflationniste des

matières premières date en fait du début de

l’année 2021, lors de la forte reprise d’activité

après la crise sanitaire. Évidemment,

l’invasion de l’Ukraine en février 2022 a

encore accéléré la tendance », explique

Florian Angevin qui dirige l’unité Filières

spécialisées chez FranceAgriMer.

INDICE DES PRIX D'ACHAT DES MOYENS DE PRODUCTION AGRICOLE (IPAMPA)

(juillet 2022 vs juillet 2021)

Même si l’économie n’est pas une discipline

prédictive et s’appuie sur des données

a posteriori, les experts de la Banque

mondiale estimes, dans leur étude d'avril,

que la crise inflationniste risque de rester

prégnante au moins jusqu’en 2024 à différents

niveaux.

Sur le volet mondial des prix des matières

premières du secteur agricole, on

remarque une hausse modérée de 8 %

depuis le début de l’année 2022, mais

l’inflation des fertilisants (+109 %) et

de l’énergie (+88 %) sur une l’année

glissante sont spectaculaires. On peut

constater des tassements sporadiques notamment

entre juin et juillet 2022, mais

dans ce contexte, l’énergie subit une

hausse continue (schéma ci-dessus).

« À l’échelle de la France, les indices de

prix des matières premières destinées à la

production agricole subissent une hausse

très forte dans tous les secteurs de 24,1 %

et c’est particulièrement marquant pour

l’énergie et les amendements », explique

l’expert. Sur le seul poste des engrais azotés,

la progression atteint 111,1 %.

Pour les prix des productions agricoles, la

hausse générale entre juillet 2021 et juillet

2022 atteint +25,2 % avec une progression

de 15,5 % pour le seul secteur des vins.

« D’autres matières premières non-agricoles

entrent en jeu pour la viticulture et

l’impact de l’inflation risque d’être encore

plus important pour ce secteur, notamment

sur les aspects transformation et

conditionnement. L’ensemble des postes

augmente par rapport à 2021, notamment

le gaz par conduites de gaz ou encore les

aciers, l’aluminium et le verre. On entend

également parler de manques de disponibilités

sur certains produits comme le

carton qui pourraient encore aggraver la

situation », explique Florian Angevin.

Par ailleurs, le coût du transport a également

explosé depuis un an, notamment le

fret maritime en hausse de 43 % en un an.

Gaz par

conduites

INDICE DES PRIX DE L’INDUSTRIE

SUR UNE ANNÉE GLISSANTE

(donnée : juillet 2022)

Emballages

papier/carton

Emballages

plastiques

+80,5 %

Source : Insee – traitement FranceAgriMer

Aluminium +51,6 %

+17,7 %

Électricité

+ 14,5 %

+11,8 % + 6,4 %

Verre creux

Le champagne reste à part

L’augmentation des matières premières et de

la production agricole se ressent sur les prix

à la consommation des produits alimentaires

en hausse de 6,8 %. « D’une manière générale,

on constate un recul de la consommation

des ménages modestes. Pour les plus aisés,

on observe également des changements

dans les comportements pour s’orienter vers

des des gammes de produits plus variées. Là

entrent en jeu les achats de vins, mais les retours

des différentes foires d'automne nous

donneront des indications plus précises »,

précise l’expert.

Une situation économique tendue à tous

les niveaux mais qui pourtant semble épargner

encore le champagne, dont les ventes

flirtent de mois en mois avec les records

historiques. « Le champagne est associé

à un moment de plaisir et cette image l’a

aidé à rester dans la consommation des

ménages. Dans l’arbitrage des produits à

consommer, le champagne reste à part, il

apparaît comme décorrélé des tendances

actuelles de déconsommation », analyse

Florian Angevin. n

Alain Julien

Source : Insee – traitement FranceAgriMer

N°893 OCTOBRE 2022 I 39


économie

FACTURATION ÉLECTRONIQUE (PARTIE 2)

Bien anticiper la réforme

Le Gouvernement souhaite un déploiement en douceur de la réforme de la facturation électronique par la

mise en place d’un calendrier progressif pour les factures émises (de juillet 2024 à juillet 2026). Cependant,

l’ensemble des entreprises auront l’obligation d’être en mesure de recevoir des factures électroniques dès le

1 er juillet 2024. Dès lors, il paraît pertinent de travailler le sujet pour vos exploitations sur l’année 2023 afin

que tout soit fonctionnel à temps.

Chaque exploitation a son propre

contexte, son propre système

d’information et ses propres

pratiques de facturation entrantes ou

sortantes. Il n’y a donc pas de discours

général sur la bonne façon de se préparer

à la facturation électronique.

L’objectif avancé par l’administration est

double : simplifier l’environnement fiscal

et lutter contre la fraude.

1 ÈRE ÉTAPE

Bien appréhender

l’importance de la réforme

dans vos exploitations

Si le système de facturation clients (factures

sortantes) de votre domaine n’est

pas conforme, les factures ne seront pas

reçues par vos clients assujettis à la TVA,

et risquent donc de ne pas être réglées.

De même, les factures fournisseurs (entrantes)

mal reçues ou non validées,

pourraient ne pas être payées, dégradant

ainsi la relation avec le fournisseur et la

fluidité des opérations.

2 E ÉTAPE

Réaliser un diagnostic

de vos clients et fournisseurs

Qui sont-ils ? Particuliers ou entreprises ?

Français ou étrangers ? Recevez-vous des

factures d’auto-facturation ? Faites-vous

FACTURE

des factures sur Excel ou Word telles

que les factures de fermages ou métayages

?… C’est une phase essentielle

pour construire les bons flux. Dans la

continuité, il conviendra de vérifier que

votre logiciel de facturation (gestion

commerciale) sera bien à jour pour répondre

à cette réforme et qu’il permettra

la génération de toutes les données requises

par l’administration.

3 E ÉTAPE

Ne pas négliger la formation

en interne

Au niveau opérationnel, les anticipations

sont nombreuses. Il est important de ne

pas négliger la formation en interne,

pour vous-même et pour vos équipes. La

sensibilisation est cruciale pour faire face

aux changements : comment gérer des

litiges ? comment gérer des flux mixtes

pendant plusieurs mois ? comment gérer

les erreurs et rejets ?

L’une des principales contraintes du

calendrier progressif du déploiement

de la réforme tient dans le fait que vos

exploitations vont devoir gérer des flux

mixtes (factures papiers et factures électroniques)

pendant plusieurs mois ou

quelques années. Cela entraînera des

perturbations et un besoin d’agilité important.

Il faut prendre conscience que

l’enjeu n’est pas que technique mais bien

transverse sur les pratiques administratives

de vos exploitations.

4 E ÉTAPE

Choisir une plateforme

de facturation électronique

qui répondra à vos besoins

Il vous faudra porter une attention particulière

à la sécurisation des données.

Le planning actuel du gouvernement

prévoit que ces plateformes devront être

immatriculées et certifiées en septembre

ou octobre 2023. Nous aurons l’occasion

de vous informer plus en détail sur le

choix d’une plateforme dans un prochain

article. n

Paul Lebedio, AG2C/GP

Présent

au VITI-VINI du

11 au 14 octobre 2022

Stand ext-A07

COURTISOLS : 03 26 66 62 61 • SÉZANNE : 03 26 80 76 48 • PRUNAY : 03 53 48 03 50 • MAROLLES : 03 26 74 05 55 • BRIENNE LE CHATEAU: 03 25 92 82 09

40 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


coopérative

UNION AUBOISE VIGNERONS EN CHAMPAGNE

« Une fusion ambitieuse qui

renforce le rôle des adhérents »

Comme annoncé dans notre édition de juillet-août, la fusion de six coopératives auboises* a donné naissance

à un nouvel acteur de taille dans le paysage champenois : l’Union Auboise Vignerons en Champagne, tel est

le nom de l’entité juridique créée. Son directeur général, Pascal Dubois, revient sur la genèse et les enjeux de

cette opération, dont l’objectif principal est de générer davantage de valeur au bénéfice de tous.

LA FUSION EN CHIFFRES

- 1 060 ha d’apports au total ;

- 445 adhérents actifs (441 livreurs directs et

4 coopératives adhérentes) ;

- 50 ha en bio et 800 ha certifiés VDC/HVE ;

- 83 salariés ;

- 203 M€ de total bilan (128 M€ avant la fusion)

;

- 90 M€ de fonds propres (65 M€ avant la fusion)

;

- 2 e entité coopérative de Champagne (derrière

le groupe Terroirs et Vignerons de

Champagne).

Le processus de fusion aura

été un peu plus long que prévu,

mais désormais tout est en

ordre de marche, dans un contexte

plutôt favorable…

Au regard de l’importance d’un tel dossier,

il était nécessaire de prendre du

temps. Nous avions à rapprocher sept

entités juridiques – ces six coopératives

et l’Union Auboise – et le montage d’un

projet commun de cette ampleur était

chose ambitieuse, il faut le reconnaître.

Nous avons réussi cet été et je reste persuadé

qu’il est préférable de réaliser ce

type d’opération quand le contexte est

porteur. Cela confère plus de sérénité

pour construire qu’en temps de crise,

dans la précipitation. La situation des

ventes en 2022, qui dépasse tous nos

prévisionnels, et la formidable vendange

que nous venons d’effectuer donnent un

élan puissant à notre nouvelle coopérative

représentative de la Côte des Bar et

Montgueux. Ensemble, nous avons bâti

un projet sur le long terme dont l’objectif

principal est de développer la valeur

ajoutée au profit des adhérents. L’Union

auboise avait vu le jour en 1967 et nous

avons derrière nous 55 années d’expérience

en commun, de synergies mises

42 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


en œuvre. Nous les renforçons encore

et repartons sur un nouveau cycle en

inscrivant la coopération auboise dans

la modernité, tout en nous appuyant tojours

sur les fondamentaux.

Vous mettez en place une nouvelle organisation

pour répondre aux enjeux

à relever sur les prochaines décennies.

En quoi cela consiste-t-il ?

Tout ce qui est engagé l’est dans une

volonté de nous adapter et de répondre

efficacement aux besoins des vignerons,

de placer les adhérents au cœur du projet.

En supprimant un

étage, en simplifiant

l’organigramme, ils

gagnent en proximité et

retrouvent du pouvoir,

des capacités à s’impliquer

dans le pilotage de

la coopérative, en lien

avec le conseil d’administration

mis en place.

Afin d’être plus réactifs

face à leurs sollicitations

et leurs projets nous avons institué différentes

commissions : technique (au

sens large), amont (relations adhérents et

problématiques des exploitations), investissements

(définition des priorités), comité

de suivi des marques et groupe des

jeunes, une première chez nous. Nous

disposons d’un sociétariat assez large désormais

pour formaliser ce groupe des

jeunes en charge d’imaginer et de préparer

l’avenir. Bien sûr, il reste des calages

à effectuer et nous y employons en avançant

pas à pas. Concernant le personnel

permanent de l’Union Auboise Vignerons

en Champagne, nous venons de recruter

deux salariés et deux autres créations

de poste seront réalisées en 2023.

À terme, notre effectif sera composé de

90 personnes.

Les moyens sont-ils principalement

mis sur le développement commercial

et sur le volet technique ?

Le service technique est effectivement

renforcé de manière à répondre aux enjeux

environnementaux, au changement

climatique en cours. Des évolutions dans

les modes de conduite de la vigne sont à

opérer et nous devons continuer à avancer

dans le domaine des certifications

environnementales quand bien même

nous avions pris un peu d’avance, avec

80 % des hectares déjà certifiés (VDC/

HVE). Les animations, les formations et

les partages d’expérience seront accrus. Il

nous faut coller aux objectifs de la filière

« Cette fusion

nous donne de

la visibilité pour

aborder la suite. »

Pascal Dubois,

directeur général

champagne et atteindre les 100 % d’ici

2025.

À cet horizon, sur le plan commercial,

nous avons affiché notre ambition qui

peut paraître assez énorme pour nos

marques (+ 63 % en valeur, par rapport

à 2021 qui ne fut pas une année colossale,

il est vrai) et nous sommes en avance

sur nos prévisionnels. À titre d’exemple,

le plan de développement à trois ans de

Devaux, vise le dépassement du million

de cols vendus. Nous allons certainement

devoir réorienter nos volumes de marchés

vins clairs vers nos

propres marques afin

de réaliser nos objectifs

commerciaux. Nous ne

pouvons pas nous priver

du développement de

nos marques…

La gestion de la production,

le service

technique et la distribution

des marques

ont été mutualisés dès le 1 er janvier

2022. Cela vous fait-il gagner du

temps ?

Ce que nous avons mis en place sur le

plan fonctionnel dès le début de cette

année est précieux. Cela nous permet

de finaliser cet exercice avec un certain

rodage et cela nous donne de la visibilité

pour aborder la suite, qu’elle soit

toujours propice ou qu’elle s’avère plus

difficile. Car l’inflation et les problèmes

liés à l’instabilité géopolitique mondiale

peuvent impacter nos activités, doucher

l’euphorie du moment. Pour autant,

notre assemblée générale 2023, prévue

en mai, sera un temps fort, n’en doutez

pas. n

Propos recueillis par Philippe Schilde

*Fusion des coopératives des Vignerons

de l’Union auboise, de Fontette-Essoyes

(champagne Charles Collin), de Neuville-

Buxeuil (champagne Clérambault),

des Riceys (champagne Marquis de Pomereuil),

de Riceys-Balnot et d’Urville.

De gauche à droite : Pascal Dubois,

directeur général, Emmanuel

Mannoury, président, Fabrice Defert,

1er vice-président et Christian

Jojot (ex-président de l’Union

Auboise), 2 e vice-président.

EMMANUEL MANNOURY

SALUE « L’AVENIR DE

LA COOPÉRATION DANS

LA CÔTE DES BAR »

Âgé de 56 ans, Emmanuel Mannoury

a accédé à la présidence de la nouvelle

coopérative de la Côte des Bar le

1 er juillet. Membre du bureau du SGV

et coprésident de l’Aidac, il a été « un

ardent défenseur » d’une fusion de

coopératives auboises.

« Dès 2017, à l’époque où Laurent Gillet

dirigeait l’Union Auboise, une réflexion

avait été initiée concernant une fusion

des coopératives adhérentes. Nous

avions mis ce projet en sommeil et

nous l’avons réveillé et retravaillé avec

notre nouveau DG, Pascal Dubois. Nous

avons dessiné et conçu cette opération

- que nous pouvons désormais qualifier

d’historique au sein de la filière viticole

française - dans une démarche visant à

consolider nos coopératives, à combiner

nos forces autour de la création de valeur

et de la qualité à tous les niveaux.

Mieux nous valoriserons nos marques

(développement en volumes et en valeur)

et mieux nous pourrons rémunérer

nos adhérents. De bout en bout nous

avons été guidés par cet esprit de partage

et de transparence. Nous sommes

allés au bout d’un processus qui a abouti

cet été après avoir été freiné quelques

mois plus tôt, une des clauses (l’obtention

d’une majorité aux deux tiers des

votes dans les coopératives fusionnant)

n’ayant pas été réalisée alors. Nous

avons profité de ce temps de suspension

du projet pour améliorer le contenu

du protocole de fusion et mieux expliquer

les enjeux. Au final, nous avons

bénéficié d’un vote favorable, à une

très large majorité, courant mai. Je le

crois, mieux vaux réaliser et réussir ce

genre d’évolution significative quand

le contexte est favorable. Il l’est. Nous

sommes parés pour les vingt ou trente

ans qui viennent… »

Emmanuel Mannoury, qui remettra

en jeu son mandat de président tous

les ans, est entouré de cinq membres

au sein du Bureau. Au total, le conseil

d’administration compte 22 membres

(contre 9 dans la formule précédente).

N°893 OCTOBRE 2022 I 43


viticulture

PÉNIBILITÉ AU TRAVAIL

Le rôle des exosquelettes

en questions

Au cours de l’année écoulée, la MSA Marne Ardennes Meuse a lancé des recherches sur l’efficacité des

exosquelettes au sein des exploitations agricoles. Un premier bilan tout en nuances est en train d’émerger,

permettant de lutter contre quelques idées reçues.

Aussi fascinant soit-il, le terme

d’« exosquelette » n’appartient

plus au domaine de la sciencefiction

: motorisés ou non, ces systèmes

mécaniques apportent une assistance

physique à leurs utilisateurs en compensant

un effort physique ou en augmentant

les capacités physiques des opérateurs,

et l’on en trouve dans certaines

exploitations agricoles. Sollicité sur le

sujet, le service santé et sécurité au travail

(SST) de la MSA Marne Ardennes Meuse

a commencé à creuser la question depuis

un an. Stacy Tellier, conseillère en prévention

des risques professionnels, et sa

collègue Clémence Dufresne, ergonome

dans le même service, livrent les premiers

enseignements de leur travail et battent

en brèche les principaux clichés autour

des exosquelettes au travail.

« Les exosquelettes sont LA

solution contre les troubles

musculosquelettiques »

Si ces dispositifs peuvent effectivement

soulager l’opérateur lors de certains

travaux, il se trouve en réalité que de nombreux

points organisationnels peuvent

être corrigés avant d’avoir recours aux

exosquelettes. Mieux vaut donc d’abord

s’interroger sur la pertinence d’éventuels

aménagements, d’investissements matériels,

ou de recrutements au préalable.

« L’opérateur peut aussi apprendre à travailler

autrement », note Stacy Tellier,

par exemple en sollicitant davantage ses

jambes et moins son dos.

FAUX

« Les exosquelettes améliorent

la productivité »

VRAI...

et FAUX

Ces outils novateurs peuvent

certes limiter la pénibilité de

l’exécution de tâches quotidiennes.

Mais il faut garder à l’esprit

que cela représente un « ajout » pour le

corps humain, et son usage requiert une

phase d’adaptation de quelques semaines,

comme pour toute nouvelle habitude.

Les exosquelettes, outils de travail attrayants et modernes, peuvent

soulager tout ou partie du corps lors de l’exécution d’une tâche. Mais ils ne

sauraient répondre à eux seuls aux multiples besoins des opérateurs, au vu

de la grande variété des tâches quotidiennes à la vigne comme en cave.

Une baisse de débit de chantier est donc à

prévoir avant une hypothétique amélioration

: une bonne raison de ne pas réaliser

ce type d’investissement spécifiquement

pour des raisons de productivité.

« Les exosquelettes sont adaptés

à toutes les situations de travail »

FAUX

Il convient de bien analyser l’activité

professionnelle concernée par la mise

en place d’un exosquelette, et surtout les

différentes tâches qui en découlent. Dans

un élevage laitier, par exemple, un dispositif

peut s’avérer utile lors de la traite,

tout en se révélant pénalisant lors des déplacements

dans l’étable. La polyvalence

des emplois agricoles peut donc remettre

en question l’utilité des exosquelettes, par

exemple dans un contexte de pilotage

de machines.

« Les exosquelettes ne présentent

aucun risque pour les salariés »

FAUX

En cas d’usage inadapté d’un

exosquelette (mauvais choix de matériel

en fonction de l’activité réelle de l’opérateur,

par exemple), des nouvelles douleurs

peuvent être constatées, ce qui peut entraîner

une usure du corps plus prononcée.

En dépit de ces nombreuses mises en

garde, les exosquelettes peuvent trouver

leur place dans les exploitations viticoles,

d’autant qu’ils incitent parfois à adopter

de meilleures postures de travail, selon

Stacy Tellier.

Face aux changements que ces dispositifs

amènent dans les habitudes professionnelles,

« une démarche de réflexion, c’est

primordial », insiste la conseillère spécialisée.

Tout comme la mise en place d’une

phase de test, en lien avec le revendeur

de l’exosquelette.

L’équipe SST de la MSA Marne Ardennes

Meuse se tient également à disposition

des exploitants pour accompagner

ces évolutions, dont les implications

sont plus profondes qu’il n’y paraît. n

Guillaume Perrin

44 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


viticulture

PROTECTION DE LA VIGNE

Les flashs UV-C sous les feux

de la rampe

Stimuler les défenses naturelles de la vigne à l’aide de flashs ultraviolets-C, et contribuer à la lutte contre le

mildiou, l’oïdium et les dégâts dus au gel : telle est la promesse de l’entreprise UV Boosting, récemment mise

en avant par le ministère de l’Agriculture.

Lauréat de l’appel à projets 2i2a de

FranceAgrimer en 2017, le procédé

visant à stimuler les défenses

naturelles de la vigne à l’aide de flashs

UV-C – commercialisé par la société UV

Boosting sous le nom d’Hélios – a ouvert

des perspectives prometteuses dans le vignoble.

L’exposition des feuilles pendant

quelques secondes à ces rayons ultraviolets

permettrait ainsi de réduire l’usage de

certains intrants phytopharmaceutiques.

Le ministère de l’Agriculture a d’ailleurs

récemment mis en lumière cette technologie

sur les réseaux sociaux, et la direction

de FranceAgriMer a inclus ce

matériel dans son guichet d’aide aux investissements

ouvert en avril, proposant

une subvention de 30 % pour « accompagner

financièrement l’acquisition d’équipements

permettant, en particulier, la réduction

de l’usage des engrais de synthèse

et des intrants phytopharmaceutiques

conventionnels. »

Pour sa quatrième campagne, Hélios est

désormais représenté par une dizaine de

machines sillonnant le vignoble champenois,

et certains clients ont installé jusqu’à

huit panneaux sur leur enjambeur afin de

protéger quatre routes à la fois. Désormais,

selon Julien Charel, responsable de

secteur Nord chez UV Boosting, l’objectif

de la société est d’adapter « la technologie

au millésime et au viticulteur pour

aller chercher des résultats, plutôt que

d’imposer des règles de stimulation. »

Éric Chantelot, directeur du pôle Rhône-Méditerranée

à l’IFV, connaît le sujet.

Il estime que « l’activité de photosynthèse

de la vigne n’est pas perturbée » par l’usage

des UV-C, mais juge que « beaucoup de

paramètres ne sont pas maîtrisés

pour s’assurer de l’efficacité

de la stimulation de la défense

naturelle des plantes. » Se pose

alors la question de la rentabilité

de l’investissement, puisque cette solution

« vient en association avec des doses réduites

de produits phyto classiques », sans

remplacer ces derniers.

Pas d'effet

indésirable

enregistré

Le Comité Champagne cherche depuis

2021 à évaluer en trois ans l’efficacité

d’Hélios, en priorité contre le mildiou,

l’oïdium et les dégâts dus aux gelées. Si

cette efficacité se révèle « significative »,

il s’agira ensuite d’évaluer l’empreinte

environnementale du dispositif. En effet,

ce type de protection « nécessite une

machine spécifique et des passages supplémentaires

par rapport à la couverture

fongicide », rappelle Marie-Laure Panon,

responsable de projets sur les questions de

protection de la vigne contre les nuisibles

au Comité Champagne.

En 2021, le Comité Champagne recherchait

des marqueurs afin de juger de la

réception du signal de stimulation par

la plante. À ce stade, aucun effet indésirable

du rayonnement n’a été relevé sur

les plantes : « le stimulus a été adapté pour

éviter tout risque de brûlure ou

tout défaut de sélectivité », note

Marie Laure Panon. Les données

enregistrées l’an dernier

ont permis de constater un gain

de protection face aux dégâts de mildiou

oscillant entre 0 et 30 %, en fonction des

sites concernés et des moments de l’épidémie.

Les parcelles soumises à une pression

oïdium ont quant à elles affiché de

0 à 60 % d’amélioration de l’état sanitaire

grâce aux UV-C. En ce qui concerne les

gelées, les passages d’UV-C ont été efficaces

à hauteur de 30 % sur une parcelle

dans le Barrois en 2021, et l’année suivante,

« aucune différence significative »

n’a été relevée avec la modalité témoin,

dans l’unique site exploitable. Malheureusement,

la campagne 2022 n'a pas permis

d'engranger des données sur mildiou et

oïdium pour cause d’absence de pression

parasitaire.

Au terme de ces essais, Marie-Laure Panon

retient « une efficacité partielle et

variable, car on ne peut pas anticiper les

conditions qui vont nous permettre d’assurer

un résultat. » Les fongicides n’ont pas

dit leur dernier mot… n

Guillaume Perrin

Hélios expose les feuilles de vignes

pendant quelques secondes à un

rayonnement d'ultraviolets-C, dont

l'objectif est de stimuler les défenses

naturelles de la vigne, en complément

des traitements couramment

utilisés dans le vignoble.

46 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


INRAE

Le déménagement du patrimoine

viticole mondial est en marche

En pleine période de vendanges, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement

(Inrae) a lancé son ambitieux projet de transfert de la collection de vignes de Vassal : quelque

8 500 clones de 50 pays sont concernés.

Comment organiser le déménagement

de la plus grande « vignothèque

» au monde ? Le projet

mené par l’Inrae depuis plusieurs années

commence à se concrétiser depuis la fin

de l’été : la collection de vignes de Vassal

sera transférée de Marseillan (Hérault)

à l’unité de Pech Rouge (Aude), soit un

déplacement de quelque 80 km.

Par ce projet doté d’un budget de

5,1 millions d’euros, qui devrait se

conclure vers 2032, l’Inrae entend « protéger

la collection et renforcer sa mise en

valeur en l’intégrant dans un ensemble

de recherche et d’expérimentation cohérent

« du gène à la bouteille » sur le site

de Pech Rouge. »

Débutée en 1876 par l’ancêtre de l’Institut

Agro Montpellier alors que le puceron

phylloxéra semait le chaos dans

les vignes européennes, la collection n’a

cessé d’être enrichie au fil des années, « à

partir de prospections et d’échanges avec

d’autres collections de par le monde »,

souligne l’Inrae dans un communiqué.

Les 27 ha de l’unité expérimentale du

domaine de Vassal, dans l’Hérault, hébergent

ces nombreuses ressources génétiques

depuis 1949. À ce jour, on

y trouve plus de 8 500 accessions (ou

clones, unité comptable au sein d’une

collection de ressources génétiques,

chaque accession est présente sous la

forme de cinq plantes au champ dans le

domaine de Vassal) provenant de plus de

50 pays. Son caractère unique réside également

dans le fait qu’une grande partie

des variétés présentes ne sont plus cultivées

à l’heure actuelle.

Assainissement et greffage

obligatoires

Les vignes y sont cultivées franches de

pied, puisque les sols sableux du littoral

héraultais sont indemnes d’agents pathogènes

majeurs. Mais « des risques environnementaux

à moyen terme (hausse

du niveau de la mer et salinisation des

sols) », entre autres raisons, ont conduit

l’institut à organiser ce transfert massif.

Une conséquence incontournable de ce

déplacement a suscité des oppositions

farouches : l’assainissement et le greffage

du matériel végétal, « du fait de l’implantation

du matériel sur un sol non

sableux », explique l’Inrae.

L’Inrae se félicite de regrouper en un

site de 163 ha « des activités de recherche

et d’expérimentation de la vigne au vin

(du patrimoine génétique à l’élaboration

œnologique) offrant ainsi cohérence et

visibilité sur ses thématiques. »

Jusqu’en mars 2023, les parcelles seront

préparées avant 12 mois de repos

au minimum. Au printemps 2025,

c’est un premier lot de 1 500 accessions

saines qui sera planté, puis quatre vagues

de trois ans de plantations – pour

les clones nécessitant un assainissement

par micro-greffage d’apex ou par cryothérapie

– suivront entre 2026 et 2032.

Dès 2024, une collection secondaire sera

créée, dans un souci de sécurité « face aux

risques sanitaires et environnementaux »,

sous la forme de boutures plantées sous

serre près de Montpellier. n

Guillaume Perrin

L’Inrae concrétise le transfert de

la plus grande collection de vignes

au monde : un déménagement

qui durera 10 ans et coûtera

quelque 5 millions d’euros, pour se

prémunir des risques sanitaires et

environnementaux.

N°893 OCTOBRE 2022 I 47


viticulture

VITI VINI

Le programme des Chambres

d’agriculture du Vignoble

Champenois

Renouvelant leur démarche d’accompagnement de plus de 1 300 viticulteurs,

les Chambres d’agriculture du Vignoble Champagne présenteront

au Viti Vini, du 11 au 14 octobre au Millesium d’Épernay, la dernière

mouture de leur offre de services.

Premier prix de la dernière édition

du hackathon du vignoble champenois

(Challenge Empowering

Champagne), l’application Vign’UP est

née d’une idée qui a émergé grâce à un

groupe de travail réunissant les

Chambres d’agriculture du vignoble

champenois, AS Entreprise,

le Comité Champagne

et l’entreprise SCDC

le fil métallique.

L’objectif de cet outil est

de répondre aux nombreuses

questions que se posent les vignerons

face à la possibilité de déploiement

des vignes semi larges en AOC

Champagne, prévue par la modification

du cahier des charges des appellations validée

le 8 septembre par le comité national

des vins AOP de l’Institut National de

l’Origine et de la Qualité (Inao).

Dans un premier temps, les Chambres

d’agriculture proposeront des formations

dédiées pour appréhender les enjeux des

VSL, en mesurer l’intérêt et la faisabilité

au sein des exploitations et définir les

grandes étapes de cette transition.

Outils en démonstration

Des démonstrations gratuites de l’outil

MesParcelles seront également proposées

durant toute la durée du Viti Vini pour

découvrir ses atouts et fonctionnalités.

Un nouveau service connecté, Décitrait,

va être présenté aux vignerons lors de ce

salon. Grâce à ce nouvel outil d’aide à la

décision, synchronisé avec Mes-

Parcelles, les vignerons pourront

optimiser leurs stratégies

de protection de la vigne.

En plus de l’accompagnement

de tous les viticulteurs

vers les certifications HVE,

VDC ou bio à travers les formations

proposées tout au long de

l’année, des services à la carte ou de façon

collective, les Chambres d’agriculture

élargissent et adaptent leur offre en proposant

des services pour les prestataires

de services et pour les centres de pressurage.

n

NOUVELLES PRESTATIONS

DES CHAMBRES D’AGRICULTURE

CERTIPRESTA ET CERTIPRESSOIR

À découvrir au Viti Vini :

Stand CH – C8.2,

pôles Services & Vinicole.

UN NOUVEAU MODULE

POUR LES ADHÉRENTS

DU GDV DE LA MARNE

Sur l’exemple de leurs homologues

aubois, les vignerons du GDV de la Marne

pourront rejoindre le module « Terroir

et Vinification » dès le renouvellement

d’adhésion cet automne. Le but ? Former

un groupe de travail sur le thème

de la qualité et de la vinification. Le

programme sera construit entièrement

par les vignerons en lien avec les

animatrices. Des formations, visites ou

encore partage d’essais et d’expériences

pourront être mis au profit des vignerons

du module pour améliorer leurs pratiques

et progresser ensemble.

Contact : Émeline Lourdou, 06 35 34 56 17 /

Céline Lefèvre Jolibois, 06 88 74 02 77.

DES FORMATIONS

POUR SE LANCER DANS

L’ŒNOTOURISME

La Cellule conseil tourisme de la Chambre

d’agriculture de la Marne, en partenariat

avec le SGV, prévoit deux sessions

de formation en octobre, destinées

aux exploitants viticoles désireux de

développer un projet touristique. Aucun

prérequis n’est exigé pour s’inscrire à ces

journées de formation :

- « Œnotourisme – connaître les bases

pour lancer son activité ou enrichir son

offre » : 13 et 14 octobre

- « Les clés de la création d’un

hébergement touristique » :

27 et 28 octobre

Le programme détaillé est consultable

sur ce site : https://vignoble-champenois.

chambres-agriculture.fr/se-former/

formations

Renseignements et inscriptions : Alexandrine

Davesne, Chambre d’agriculture de la Marne.

Tél : 06 44 20 73 19 ; e-mail : alexandrine.

davesne@marne.chambagri.fr

48 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


juridique

COTISATIONS SOCIALES

Petite baisse pour

les petits revenus

Une nouvelle diminution de la cotisation Assurance maladie des exploitations agricoles (Amexa) en 2022 pour

les exploitants déclarant un petit revenu donne l’occasion de refaire le point sur les cotisations sociales dont

sont redevables les chefs d’exploitation qui exercent leur activité à titre principal.

Ces cotisations alimentent trois

branches de la protection sociale.

Deux « non contributives », ainsi

appelées car le montant des prestations

reçues est sans rapport avec le montant

des cotisations versées (branches maladie

et famille) ; et une contributive concernant

la vieillesse.

LA BRANCHE MALADIE

La cotisation Amexa est appelée à un taux

qui varie en fonction de la base de cotisation

déclarée (revenus professionnels).

Jusqu’ici ce taux était compris entre

1,5 % pour une base nulle et 6,5 % pour

une base égale ou supérieure à 1,1 fois le

plafond annuel de sécurité sociale (Pass),

soit actuellement 45 250 €.

La loi du 16 août 2022 pour la protection

du pouvoir d’achat modifie ce barème : à

compter de 2022, la cotisation sera nulle

jusqu’à 16 454 € de revenu professionnel

puis le taux s’élèvera progressivement,

d’abord pour atteindre 4 % pour un revenu

professionnel de 24 682 € puis

6,5 % pour un revenu professionnel de

45 250 € et plus (décret à paraître).

Il n’y a donc pas de changement pour les

exploitants dont la base de cotisation est

supérieure à cette limite.

Concrètement, l’impact

est le suivant

Base (revenu

professionnel)

Montant

de la baisse

0 € 0 €

16 454 € 546 €

25 000 € 56 €

35 000 € 40 €

45 250 € 0 €

À cette cotisation maladie s’ajoute une

cotisation « indemnités journalières » (IJ)

de 180 € et une cotisation invalidité de

1,1 % du revenu professionnel.

À noter que les exploitants à titre secondaire

n’ont pas de cotisation IJ ni de cotisation

invalidité, mais sont redevables

d’une cotisation Amexa au taux fixe de

7,48 %.

LA BRANCHE FAMILLE

La cotisation d’allocation familiale est

nulle si le revenu professionnel n’excède

pas 1,1 fois le Plafond annuel de la sécurité

sociale (Pass), soit 45 250 € pour

2022. Entre 1,1 et 1,4 Pass (57 590 €)

le taux s’élève progressivement jusqu’à

atteindre 3,1 %. Là encore, il ne s’agit

pas d’un barème par tranche ; le taux est

déterminé en fonction du montant du

revenu professionnel et s’applique à la

totalité de ce revenu.

Exemple :

Si le revenu professionnel est de

45 000 €, la cotisation est à 0.

Si le revenu professionnel est de

50 000 €, la cotisation est perçue au taux

de 1,19 %, soit un montant de 597 €.

Et pour un revenu de 60 000 €, le taux est

de 3,10 %, soit une cotisation de 1 860 €.

LA BRANCHE VIEILLESSE

(CONTRIBUTIVE)

Dans la branche vieillesse, les prestations

de retraite perçues ont un rapport

avec les cotisations versées. Ce rapport

n’est cependant pas strictement proportionnel.

De plus une petite cotisation

50 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


vieillesse déplafonnée ne génère aucun

droit.

Quatre cotisations dans cette branche

- Une cotisation appelée AVI (Assurance

vieillesse individuelle), dont le taux

est de 3,32 %, avec un montant minimum

de 281 € et un montant plafond de

1 366 €. À l’intérieur de cette fourchette,

quel que soit le montant payé, les droits

attribués sont identiques. Il s’agit d’une

retraite forfaitaire dont le montant annuel

pour une carrière complète cotisée

s’élève à 3 462 €.

Une année de cotisation donne donc

droit à 1/42 e de cette somme, soit une

pension annuelle de 82 €. Évidemment

la rentabilité n’est pas la même selon que

l’on verse la cotisation minimum ou la

cotisation maximum. Dans le premier

cas, il faudra toucher la retraite pendant

3,5 années pour récupérer sa mise, alors

qu’il faudra 16,5 années dans le second.

À noter que seuls des exploitants agricoles

à titre principal cotisent à l’AVI.

- Une cotisation appelée AVA (Assurance

vieillesse agricole) dont le taux est

de 11,55 % avec un montant minimum

de 733 € et un maximum de 4 751 €.

Cette cotisation donne droit à un certain

nombre de points, attribués selon un

barème qui n’est pas exactement proportionnel,

compris entre 23 points pour la

cotisation minimale et 113 points pour la

cotisation maximale.

- Cette cotisation est complétée par la

cotisation AVAD (D pour déplafonnée)

au taux de 2,24 % avec un minimum de

142 €, mais sans plafond, et qui ne donne

aucun droit spécifique.

- Enfin, la cotisation RCO (Retraite

complémentaire obligatoire) dont le taux

est de 4 %, avec un minimum de 770 €,

donnant lieu à l’attribution d’un nombre

de points strictement proportionnel au

montant de la cotisation. n

LE COIN DES EXPERTS : PILOTER SA BASE POUR OPTIMISER SA RETRAITE

Plus facile à dire qu’à faire. On se heurte

à un premier problème qui est la variabilité

des bénéfices de l’exploitation. Or,

quand l’entreprise relève des bénéfices

agricoles, l’exploitant cotise sur le montant

du résultat, ou sur une quote-part

de ce montant dans une société. Il subit

donc les variations du résultat de l’exploitation.

Il n’est pas commode dans ces

conditions d’ajuster l’assiette des cotisations

au niveau désiré. Dans les sociétés

relevant de l’impôt sur les sociétés, c’est

plus facile car les cotisations sont calculées

sur la rémunération que l’exploitant

fixe avec l’accord des autres associés.

La seconde inconnue concerne le « retour

sur investissement ». Sur un plan

strictement financier, la rentabilité des

cotisations dépendra du nombre d’années

pendant lesquelles on percevra sa

pension de retraite. Et ça, nul ne le sait.

On peut seulement se fonder sur les

données statistiques d’espérance de vie.

Donc on pilote, certes, mais avec un

volant qui a du jeu et les yeux bandés,

d'où l'intitulé de cette partie !

Ajoutons enfin que les paramètres financiers

actuels sont également sujets

à variation. Les calculs présentés

prennent en compte les critères actuellement

prévus pour la classe d’âge

1973 qui atteindra 62 ans en 2035 et

dont la carrière complète nécessitera

172 trimestres (43 ans). Pour l’instant

c’est la moins bien lotie.

Quant aux classes d’âge suivantes, on

ne peut rien promettre, mais seulement

espérer que les ordres de grandeur ne

soient pas trop bouleversés. On entend

par là le rapport entre les cotisations

payées pendant sa carrière active et la

retraite perçue cumulée sur la durée de

vie.

Par exemple, quand on cotise sur une

base de 25 000 € en 2022, le montant

total des cotisations sociales (hors CSG)

est de 6 827 €, dont 4 718 € de cotisations

donnant des droits à retraite.

Ces droits se décomposent de la façon

suivante (si on prévoit de liquider à taux

plein avec une carrière complète) : 82 €

de retraite forfaitaire, 213 € de retraite

proportionnelle et 60 € de retraite complémentaire,

soit un total de 355 €.

Rapportée au montant des cotisations

retraites versées, cela fait une rentabilité

de 7,5 %. Il faudrait donc percevoir

sa pension pendant un peu plus de 13

ans pour récupérer sa mise. Mais si on

calcule le rapport sur le montant total

des cotisations, la rentabilité n’est que

de 5,2 % ce qui nécessite un peu plus de

19 années pour rentrer dans ses fonds.

Le graphique ci-dessous donne ainsi,

en fonction de la base de cotisations,

le montant des cotisations versées (cotisations

retraites en bleu, autres cotisations

en orange), le montant de la

pension de retraite acquise, cumulée

sur 18 ans, qui correspond à espérance

de survie raisonnablement optimiste.

Comme on le voit, quand on cotise

au-delà du plafond de sécurité sociale

(41 136 €), la part des cotisations dirigées

vers les branches non contributives

augmente et les chances de rentrer

dans ses fonds diminuent.

Si on cotise sur une base de 100 000 €,

il faudrait toucher la retraite pendant

33 ans pour récupérer le montant des

cotisations versées. n

MONTANT DES COTISATIONS PAYÉES ET DES DROITS À RETRAITE

ACQUIS EN FONCTION DU REVENU PROFESSIONNEL

Étienne Benedetti, SGV/AJ

N°893 OCTOBRE 2022 I 51


juridique

BAUX RURAUX

Quid du bail en cas de décès

du preneur ?

Le décès du preneur en place ne met pas forcément fin au bail. Celui-ci peut se poursuivre avec certains

proches de l’exploitant. On distingue toutefois les héritiers « privilégiés » comme le conjoint, les descendants

ou ascendants qui justifient d’une participation à l’exploitation et qui pourront poursuivre l’exploitation ; et les

autres héritiers qui ne remplissent pas ces conditions et s’exposent à une résiliation de bail.

La poursuite du bail

par les héritiers participant

à l’exploitation

En cas de décès de l’exploitant titulaire

d’un bail rural, celui-ci se transmet prioritairement

au profit des héritiers suivants

: le conjoint, les descendants ou les

ascendants qui justifient d’une participation

à l’exploitation ou y ont participé

effectivement au cours des cinq dernières

années. Dans ce dernier cas, la participation

à l’exploitation n’a pas à être continue

pendant les cinq années antérieures

au décès, mais doit seulement être réelle

et suivie pendant un temps suffisant.

Pour les héritiers répondant à ces conditions

de parenté et de participation à l’exploitation,

la transmission du bail est alors

automatique. La poursuite de bail pourra se

faire au choix par l’un des héritiers ou par

plusieurs d’entre eux, s’ils sont d’accord.

En cas de désaccord, le juge peut être saisi

et attribuer le bail à l’un des héritiers.

Il prendra en considération les intérêts

particuliers et l’aptitude à gérer l’exploitation

et s’y maintenir.

À l’inverse, si les proches du défunt n’ont

pas l’intention de poursuivre l’activité

agricole, ils disposent de la faculté de demander

la résiliation du bail dans les six

mois qui suivent le décès.

Résiliation du bail

par le bailleur

Si le locataire décède sans ayants droit

remplissant les conditions (participation

à l’exploitation et lien de parenté), le bail

se transmettra alors de manière indivise à

ses héritiers ou à ses légataires universels.

Le bail faisant partie de la succession.

Le bailleur peut par contre s’y opposer

en demandant la résiliation du bail dans

les six mois à compter du jour où le décès

est porté à sa connaissance. Passé ce délai,

il est forclos et le bail est alors réputé se

poursuivre pour l’ensemble des héritiers.

Lorsque la résiliation est demandée, elle

n’est pas immédiate, la date de résiliation

du bail varie selon la date de décès

du preneur. Si le décès est survenu neuf

mois au moins avant la fin de l’année

culturale, la résiliation prend effet, au

choix des ayants droit, à la fin de l’année

culturale en cours ou à la fin de l’année

culturale suivante. Dans le cas contraire,

la résiliation prend effet à la fin de la prochaine

année culturale.

Respect du contrôle

des structures

Le fait que le preneur décédé n’ait pas

été en règle avec les structures ne fait pas

obstacle à la transmission du bail.

Mais les héritiers qui entendent poursuivre

l’exploitation doivent respecter

cette réglementation et demander l’autorisation

d’exploiter si leur situation le

nécessite (surface exploitée supérieure à

trois hectares, absence de capacité professionnelle,

pluriactivité, démembrement

d’une exploitation de trois hectares…).

n

Olivia Soyer, SGV/AJ

52 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


IMPÔTS

LES PRESSOIRS ET LA TAXE FONCIÈRE

L’administration vient de préciser, dans un sens favorable, la

façon d’apprécier la tolérance de 10 % instituée par la loi de

finances pour 2019. Il s’agit du cas où le bâtiment est affecté

de façon principale à l’activité agricole et accessoirement à une

activité commerciale.

En principe l’exonération de taxe foncière ne concerne que les

bâtiments affectés de manière exclusive à une activité agricole.

Si cette affectation n’est pas exclusive, le bâtiment est imposable

en totalité.

On se souvient des conséquences très pénalisantes pour les

viticulteurs, d’une interprétation stricte de ces dispositions. Il

suffisait qu’un bâtiment viticole abrite un pressoir utilisé accessoirement

pour des prestations de pressurage au profit de

tiers pour que le bâtiment soit imposé en totalité.

À la suite des actions menées, notamment par le SGV, le législateur

a amendé la législation pour prévoir une tolérance de

10 % : si le chiffre d’affaires des activités commerciales exercées

dans le bâtiment n’excède pas 10 % du chiffre d’affaires des activités

totales exercées dans le même bâtiment, l’exonération

n’est plus remise en cause.

L’administration précise les modalités d’appréciation

de ce seuil

« Pour chaque bâtiment, les recettes prises en compte correspondent

aux activités pour lesquelles le bâtiment est utilisé,

y compris celles qui ne sont pas générées directement par les

opérations réalisées dans ce bâtiment, comme celles résultant

de la vente de la production qui y est stockée ».

Ainsi, pour un viticulteur qui utilise son pressoir pour sa propre

récolte et pour réaliser des prestations de pressurage pour des

tiers, il conviendra de rapporter le chiffre d’affaires des prestations

de pressurage au chiffre d’affaires cumulé de l’activité

viticole et du pressurage.

Exemple :

Un viticulteur réalise le chiffre d’affaires suivant : 200 000 €

de vente de raisins, 150 000 € de vente de bouteilles et 25 000 €

de prestations de pressurage. Toute la récolte est pressurée dans

le pressoir. Le ratio se calcule comme suit :

25 000 / (200 000 + 150 000 + 25 000) =

25 000 / 375 000 = 6 %.

Le seuil de 10 % n’étant pas dépassé, le bâtiment abritant le

pressoir demeure exonéré de taxe foncière.

Étienne Benedetti, SGV/AJ

N°893 OCTOBRE 2022 I 53


social

AMÉNAGEMENT DU TEMPS DE TRAVAIL

Mise en place de l’accord

d’annualisation

Les entreprises qui sont soumises à de fortes variations de leur volume d’activité au cours de l’année viticole

peuvent mettre en place l’annualisation du temps de travail afin d’adapter le volume de travail fourni par

le salarié aux besoins de l’entreprise.

COMMENT FONCTIONNE UNE ANNUALISATION

DU TEMPS DE TRAVAIL ?

L’annualisation du temps de travail offre la possibilité à l’employeur

de répartir les heures de travail sur l’année viticole.

En clair, il s’agit d’augmenter la durée du travail en période

forte et de la diminuer lorsque l’activité est faible. L’article 38

de notre accord collectif territorial prévoit que pour les salariés

à temps complet mensualisés, la durée normale de travail peut

être répartie dans le cadre de l’année viticole (1 er novembre-

31 octobre).

La durée du travail est annualisée sur la base de la durée légale

du travail de 35 heures et en tout état de cause de 1 607 heures

sur l’année (journée de solidarité comprise).

Comment sont gérées les périodes hautes et basses ?

On appelle « heures de modulation », les heures de travail

effectuées au-delà d’une durée hebdomadaire de 35 heures et

« heures de compensation » les heures de repos prises en compensation

des heures de modulation et conduisant à un horaire

hebdomadaire de travail inférieur à 35 heures. En principe, le

nombre d’heures de modulation est égal au nombre d’heures

de compensation.

L’annualisation est un système collectif. S’il est mis en place,

il doit s’appliquer à l’ensemble d’une collectivité de salariés

soumis à un même horaire de travail, quelle que soit la nature

des contrats de travail. La catégorie de salariés en bénéficiant

doit être précisément définie : à titre d’exemples, il peut d’agir

des salariés de l’entreprise, d’un atelier, d’un service ou d’une

équipe. Il convient de noter que plusieurs formules de modulation

peuvent coexister au sein d’une même entreprise.

QUELLES SONT LES CONDITIONS DE MISE EN

OEUVRE D’UNE ANNUALISATION DU TEMPS

DE TRAVAIL ?

Un accord collectif d’entreprise ou d’établissement, ou, à défaut,

une convention ou un accord de branche, peuvent peut

définir les modalités d’aménagement du temps de travail et

organiser la répartition de la durée du travail sur une période

supérieure à la semaine et au plus égale à l’année.

En l’occurrence, l’accord de 1981 sur la durée du travail et l’article

38 de notre accord collectif territorial prévoient la possibilité

de mettre en place l’annualisation.

L’article L 3121-43 du code du travail prévoit que lorsque la mise

en place d’une répartition des horaires sur une période supérieure

à la semaine et au plus égale à l’année est prévue par accord collectif,

elle ne constitue pas une modification du contrat de travail.

Elle ne nécessite donc pas l’accord du salarié (les salariés à temps

partiel n’étant toutefois pas concernés).

Les plafonds

La durée hebdomadaire de travail doit s’inscrire dans les limites

suivantes :

Une limite haute (ou plafond de modulation) constituée par des

durées maximales quotidienne et hebdomadaire de travail soit :

- 10 heures par jour ;

- 48 heures par semaine (au-delà, il y a lieu de demander une

dérogation à l’inspection du travail) ou 44 heures en moyenne

sur l’année (art L713-13 code rural).

Une limite basse (ou plancher de compensation) qui est de

0 heure. Un horaire journalier réduit ne peut être inférieur à

une demi-journée (soit 3,5 heures).

Le quota annuel des heures de modulation est limité à

250 heures (article 10.4 de l’accord national agricole du 23 décembre

1981).

Information des salariés

Dès lors que la décision est prise de mettre en place l’annualisation

(après consultation du CSE s’il existe), celle-ci doit être

portée à la connaissance du personnel par voie d’affichage un

mois avant le début de la période d’annualisation.

Avant le début de la période d’annualisation, l’employeur établit

pour la collectivité de salariés concernés un calendrier où seront

visibles les périodes de grande activité, les périodes d’activités réduites

ou nulles ; les périodes pendant lesquelles l’horaire est égal

à la durée hebdomadaire de 35 heures. Ce calendrier devra être

accompagné d’un document y précisant les éléments suivants :

54 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


- les coordonnées de l’exploitation ;

- la formule d’annualisation ;

- la collectivité de salariés concernés ;

- la période d’annualisation ;

- l’horaire indicatif correspondant à chacune de ces périodes au

moins une semaine avant le début de la période d’annualisation.

Un exemplaire du document affiché est transmis à l’inspecteur du

travail.

En cas de modification du programme d’annualisation, l’employeur

devra préciser si cette modification est susceptible d’être compensée ou

non avant la fin de la période d’annualisation. Le projet de modification

du programme d’annualisation doit être porté à la connaissance

du personnel par voie d’affichage au moins une semaine à l’avance.

À noter : Un calendrier d’annualisation se transmet tous les

ans à la Dreets, il en est de même pour toutes modifications.

Décompte de l’annualisation : compte individuel

de compensation

L’état du compte individuel de compensation est retranscrit tous les

mois sur le bulletin de paie ou sur un document annexé au bulletin

de paie.

L’employeur doit, pour chaque salarié concerné par l’annualisation

de la durée de travail, tenir un compte individuel de compensation

sur lequel il enregistre :

- l’horaire programmé pour la semaine ;

- le nombre d’heures de travail réellement effectuées par les salariés

au cours de la semaine ;

- le nombre d’heures correspondant à des absences indemnisées ou

non indemnisées programmées ou non programmées. Les absences

en cours de période d’annualisation seront prises en compte selon

les modalités suivantes :

En cas d’absence maladie, le temps non travaillé n’est pas récupérable.

En cas d’absence pour jours fériés chômés payés, l’indemnisation

est calculée sur la base du salaire habituel (et non à zéro) soit

l’équivalent de 7 heures par jour. Il en est de même en cas d’absence

pour congés payés.

Rémunération

La rémunération mensualisée des salariés concernés par l’annualisation

est indépendante de l’horaire réel de travail et est lissée sur la

base de 151,67 heures.

Fin de période d’annualisation

Il est fait état des heures effectuées par les salariés. Si les heures de

modulation n’ont pu être totalement compensées, les heures ainsi

faites constituent des heures supplémentaires.

Elles sont rémunérées en tant que telles avec le dernier salaire mensuel

de la période.

Pour réaliser un calendrier d’annualisation conforme à la réglementation

en vigueur ou faire valider un projet de calendrier

d’annualisation que vous avez préparé, n’hésitez pas à contacter

le Service Employeurs au 03 26 59 55 01, ou par mail : employeurs

@sgv-champagne.fr (tarif sur demande). n

Magali Conraux, SGV/GP

Un outil est disponible sur le site du SGV : www.sgv-champagne.fr,

rubrique employeurs, outil de calcul, calendrier d’annualisation.

Références : Article 38 de l’accord collectif territorial.

Accord National Agricole du 23 Décembre 1981.

J A R D I N T E R R A S S E M O B I L I E R

UNE AUTRE

CONCEPTION

DU JARDIN

W W W. L E D O U X - J A R D I N . C O M

51170 MARFAUX

03 26 07 11 64

w

N°893 OCTOBRE 2022 I 55


social

EMPLOI

Recruter dans le cadre

de la formation professionnelle

Le recrutement est primordial pour les employeurs, en particulier dans les métiers de la viticulture où une

pénurie de main d’œuvre est constatée depuis plusieurs années. Le présent article vise à rappeler les recrutements

qui peuvent être opérés dans le cadre de la formation professionnelle.

En premier lieu et avant même

d’entrer dans le vif du sujet, il

convient de rappeler quelques

éléments essentiels concernant la rédaction

d’une offre d’emploi car quel que

soit le mode de recrutement choisi, cet

élément a toute son importance.

Focus sur la rédaction d’une offre d’emploi

Il est crucial de soigner la rédaction d’une

offre d’emploi afin d’attirer les candidats.

Il faut mettre en valeur aussi bien

l’exploitation que le métier proposé. Ainsi

tous les atouts doivent être exposés :

avantages conventionnels, conditions de

travail, conditions d’intégration, perspectives

d’évolutions professionnelles,

situation géographique. Une offre trop

lacunaire peut malheureusement vous

faire perdre un candidat.

Les dispositifs d’aides

au recrutement dans le cadre

de la formation professionnelle

Le contrat d'apprentissage

Le contrat d'apprentissage est un contrat

de travail en alternance, où un apprenti

partage son temps de travail entre une

entreprise qui l'emploie et un établissement

de formation où il suit des enseignements

théoriques (le CFA : Centre de

formation des apprentis).

Ce dispositif de formation en alternance

permet aux entreprises de former leurs futurs

salariés selon leurs attentes. L’apprenti

doit être âgé de 16 à 29 ans. Le salaire

est défini en pourcentage du Smic et dépend

de l’âge. La rémunération progresse

chaque nouvelle année du contrat.

Pour plus de détails sur l’apprentissage,

des documents sont à votre disposition

sur le site extranet du SGV dans la rubrique

« Employeurs/ apprentissage-formation

professionnelle ».

BON À SAVOIR

Une aide exceptionnelle a été mise

en place pour les entreprises qui

recrutent un apprenti jusqu’au

31 décembre 2022. Pour plus de détails

sur les aides à l’embauche, une

fiche est disponible sur le site extranet

du SGV, dans la partie « employeurs ».

Le contrat de professionnalisation

L’objectif du contrat de professionnalisation

est de favoriser l’insertion professionnelle

des jeunes ou le retour à l’emploi

des personnes de plus de 26 ans. Il

permet l’acquisition d’une qualification

professionnelle reconnue par l’État. Le

contrat peut prendre la forme d’un CDI

ou d’un CDD de 6 à 24 mois, incluant

une alternance entre les périodes de formation

et les périodes de travail dans

l’entreprise.

La rémunération est établie selon un

pourcentage du SMIC en fonction de

l’âge et du niveau de diplôme du salarié.

À noter que jusqu’au 31 décembre 2023,

à titre expérimental, le contrat de professionnalisation

est élargi à certains publics

dits prioritaires et éloignés de l’emploi.

BON À SAVOIR

Une aide exceptionnelle existe également

pour les entreprises qui recrutent

dans le cadre d’un contrat

de professionnalisation jusqu’au 31

décembre 2022. Pour plus de détails

sur les aides à l’embauche, une fiche

est disponible sur le site extranet du

SGV, dans la partie « employeurs ». Un

guide pratique établi par le Ministère

du travail est également à votre disposition

sur le site extranet du SGV.

56 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


Le Défi emploi

Ce dispositif permet aux entreprises de

moins de 11 salariés de former en interne

de nouveaux salariés avec l’appui d’un

prestataire référencé par l’opérateur de

compétence Ocapiat qui définit le projet

d’intégration de ces salariés. Les nouvelles

recrues doivent être en CDI ou en

CDD d’au moins 6 mois. Concrètement,

Ocapiat contribue au financement de la

formation en reversant une aide financière

au viticulteur. Pour plus de détails

sur le dispositif, nous vous renvoyons à

la page 42 de la Champagne viticole de

septembre 2022.

Coordonnées utiles

Pour contacter Ocapiat pour la mise

en place de ce dispositif :

- Ocapiat Grand Est : 03 26 40 58 51

- Ocapiat Hauts de France : 03 28 52 91 20

Site internet : www.ocapiat.fr

Les dispositifs mis en place

par Pôle emploi

La préparation opérationnelle

à l’emploi (POE)

Il s’agit d’une aide pour les employeurs

au financement d’une formation préalable

à l’embauche avec un contrat

de 12 mois minimum. Son objectif est

de former le candidat afin de combler

l'écart entre les compétences qu’il possède

et celles que requiert le poste qu’il

souhaite intégrer. Ce dispositif concerne

les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle

emploi, indemnisés ou non, ainsi que les

salariés recrutés dans le cadre de certains

contrats particuliers (exemples : contrat

de sécurisation professionnelle (CSP),

contrat de reclassement professionnel et

contrat de transition professionnelle).

La POE peut prendre en charge jusqu’à

400 heures de formation. Un organisme

de formation interne à l’employeur ou

externe délivre la formation qui se déroule

à temps plein ou à temps partiel.

L’action de formation préalable

au recrutement (AFPR)

Inspirée du POE, il s’agit d’une aide

pour les employeurs au financement

d’une formation avant l’embauche d’un

demandeur d’emploi pour des contrats

plus courts : de 6 à 12 mois. Un entretien

tripartite est organisé entre le demandeur

d’emploi, l’employeur et Pôle emploi.

Pour plus de détails sur la mise en place

de ces dispositifs, il convient de se rapprocher

de l’agence Pôle Emploi dont

vous dépendez ou en téléphonant

au 3995.

Un document établi par Pôle emploi est à

votre disposition sur le site extranet du SGV

dans la rubrique « employeurs/ apprentissage-formation

professionnelle ». n

Service Employeurs du SGV/AJ

N°893 OCTOBRE 2022 I 57


social

GRILLE DES SALAIRES

Focus sur les évolutions

Les employeurs l’auront constaté, la grille des salaires minimums applicables aux exploitations viticoles de la

Champagne a régulièrement évolué au cours de l’année 2022. Il convient de revenir sur ces évolutions et

leurs origines.

En premier lieu, rappelons que la

grille des salaires de la convention

collective nationale de la

production agricole et des Cuma (CCN)

contient les minimums à respecter par

les employeurs en matière de taux horaire

par palier. Autrement formulé, si

les employeurs ne peuvent rémunérer

en deçà des taux horaires de la grille, ils

peuvent rémunérer à un taux horaire

plus élevé.

Exemple

Le taux horaire minimum d’un palier 6 est

de 12,47 € depuis le 1 er septembre 2022 :

- L’employeur ne peut pas rémunérer le

salarié à un taux horaire de 12,30 € (car

inférieur au minimum) ;

- L’employeur peut très bien décider de

rémunérer son salarié à un taux horaire

de 13 € (ou autre, du moment que le taux

est supérieur à 12,47 €).

Il est important de rappeler qu’un taux

horaire attractif permettra d’attirer la

main-d’œuvre en cas de poste à pourvoir

et que l’évolution du salaire est

un moyen de fidélisation du personnel

déjà présent dans l’entreprise.

Les raisons de ces nombreuses

hausses du Smic

Habituellement, le Smic est revalorisé

chaque année au 1 er janvier en tenant

compte de l’inflation pour les 20 % des

ménages ayant les revenus les plus faibles

et de la moitié du gain du pouvoir d’achat

du salaire horaire moyen des ouvriers et

employés.

Cependant, une revalorisation peut avoir

lieu en cours d'année si l’indice des prix

à la consommation augmente d’au moins

2 % par rapport à l’indice constaté lors

de la dernière évolution du montant du

Smic. Cette revalorisation est automatique.

C’est justement ce type de revalorisation

qui a eu lieu en octobre 2021, en

mai 2022 et en août 2022.

Une grille nationale de salaires

négociée par les partenaires

sociaux

La grille des salaires minimums de la

CCN est décidée de manière paritaire

58 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


L’ÉVOLUTION DES SALAIRES SUR L’ANNÉE 2022

DE NOMBREUSES VARIATIONS…

Janvier 2022

Évolution du Smic au 1 er janvier 2022

Le Smic a été revalorisé à hauteur de 0,9 %, soit à un

taux horaire brut de 10,57 €.

après une négociation entre les partenaires

sociaux (syndicats salariés et

syndicats patronaux). Après chaque

augmentation du Smic, ces derniers se

réunissent pour envisager l’éventualité

d’une modification de la grille nationale.

Concrètement, les partenaires sociaux

se mettent d’accord sur les évolutions

salariales et matérialisent le tout par la

signature d’un avenant à la CCN. Cet

avenant modifiant les taux horaires devient

obligatoire à compter du premier

jour du mois civil suivant la parution de

l’arrêté d’extension au Journal Officiel de

la République Française (JORF). Ainsi,

entre la signature de l’avenant et la parution

de l’arrêté d’extension, il peut se

passer plusieurs mois.

Les augmentations régulières du Smic

sur l’année 2022 ont entraîné sur certaines

périodes un écrasement des paliers

(plusieurs paliers au même taux horaire).

Pour plus de détails sur la période

d’août et septembre 2022, un document

explicatif en ligne sur le site extranet

du SGV est disponible dans la rubrique

« Employeurs / salaires, primes et cotisations

/salaires ».

Vous trouverez ci-contre un schéma

rappelant les différentes évolutions intervenues

sur l’année 2022 en matière de

salaires. n

Marjorie Arrasse, SGV/GP

Avril 2022

Mai 2022

Juin 2022

Août 2022

Septembre

2022

Signature de l’avenant 4 de la CCN le 18 janvier 2022

En vue de revaloriser les salaires par rapport à l’augmentation

du Smic du 1 er janvier 2022 (la grille ne

devient impérative que le premier jour du mois civil

suivant la parution de l’arrêté d’extension, en l’occurrence

au 1 er avril 2022).

Entrée en vigueur de l’avenant 4 au 1 er avril 2022

Suite à la parution de l’arrêté d’extension le 22 mars

2022, revalorisation du taux horaire minimum des

paliers (P) de la manière suivante :

- 0,9 % des P1 à P2 ;

- 1 % des P3 à P6 ;

- 0,9 % des P7 à P12.

Évolution du Smic au 1 er mai 2022

Le Smic a été revalorisé à hauteur de 2,65 %, soit à

un taux horaire brut de 10,85 €.

Signature de l’avenant 5 de la CCN le 15 juin 2022

En vue de revaloriser les salaires par rapport à l’augmentation

du Smic du 1 er mai 2022 (la grille ne devient

impérative que le premier jour du mois civil

suivant la parution de l’arrêté d’extension, en l’occurrence

le 1 er septembre 2022).

Évolution du Smic au 1 er août 2022

Le SMIC a été revalorisé à hauteur de 2,01 %, soit à

un taux horaire brut de 11,07 €.

Entrée en vigueur de l’avenant 5 au 1 er septembre 2022

Suite à la parution de l’arrêté d’extension au JO du

6 août 22, revalorisation du taux horaire minimum

des paliers de la manière suivante :

- 2,65 % P2 à P6 ;

- 2,45 % P7 à P10 + P12 ;

- 2,40 % P11.

NB : Les paliers 1 et 2 prévus par l'avenant 5

se sont retrouvés rattrapés par l'augmentation

du Smic au 1 er août 2022 (11,07 €).

N°893 OCTOBRE 2022 I 59


social

POUVOIR D’ACHAT

PRIME DE PARTAGE DE LA VALEUR (PPV)

La loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir

d’achat a été définitivement adoptée le 3 août puis publiée au

Journal Officiel du 17 août.

Parmi les mesures mises en place, la création d’une « Prime de partage de la valeur

» (PPV) qui reprend les grandes lignes de la Prime exceptionnelle de pouvoir

d’achat (PEPA, dite Prime Macron).

Cette prime, qui dispose d’un régime fiscal et social de faveur, peut d’ores et déjà

être versée à vos salariés. Comme la Prime Macron, le montant de la PPV est

plafonné : il ne peut excéder 3 000 € par bénéficiaire et par année civile (6 000 €

dans certains cas). Des critères de modulation du montant peuvent être mis en

place en fonction du niveau de rémunération, de la classification, de la durée

contractuelle du travail, de la présence effective sur l’année écoulée et de l’ancienneté

dans l’entreprise.

PGC/AJ

Une fiche pratique détaillant les modalités du dispositif ainsi qu’un modèle de décision

unilatérale sont à votre disposition sur le site du SGV :

www.sgv-champagne.fr/rubrique employeurs/cotisations, salaires, primes et indemnités /

primes et indemnités.

IMPÔT SUR LE REVENU

DÉFISCALISATION

DES HEURES

SUPPLÉMENTAIRES

Les heures supplémentaires bénéficient

d’une exonération fiscale et sociale.

Les salariés sont exonérés d’impôt

sur le revenu sur les rémunérations

perçues en contrepartie d’heures

supplémentaires ou complémentaires

dans la limite, non plus de 5 000 € par

an, mais de 7 500 € pour les revenus de

l’année 2022, imposables en 2023.

Ce dispositif adopté selon la loi de finance

rectificative n° 2022-1157 du

16 août 2022 sur le pouvoir d’achat

s’applique aux revenus perçus en 2022

et jusqu’au 31 décembre 2025. Les

heures supplémentaires effectuées

au-delà de ce plafond sont soumises à

l’impôt sur le revenu. Ces heures défiscalisées

sont toutefois prises en compte

dans le revenu fiscal de référence.

MC/AJ

60 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


culture et loisirs

À LIRE

VIN : LE GRAND

BOULEVERSEMENT

L’impact du changement

climatique sur la vigne

est maintenant incontestable.

Les enjeux socio-économiques

sont

énormes dans le monde

entier. Les Norvégiens

plantent de la vigne, le sparkling des

Anglais se porte bien et les Allemands

guettent. Tout allait bien dans le meilleur

des mondes du vin jusqu’au tournant

du siècle. Le vin était bon, mais

le réchauffement était à l’œuvre : le

degré d’alcool grimpait, le sucre a suivi

et l’acidité a baissé. Dans les vignes,

tout devenait plus compliqué : stress

hydrique, gel, sécheresse, maladies.

L’auteur a rencontré des spécialistes et

des vignerons dans toutes les régions

viticoles. « Les cépages devront changer,

le système des appellations aussi.

Les viticulteurs cherchent à s’adapter.

Ils recourent à des cépages anciens,

mobilisent la génétique, testent des

vignes hybrides résistant aux maladies

et aux intempéries. Afin de privilégier

la qualité, ils passent au bio, à la biodynamie…

» Nous boirons sans doute

encore du vin en 2050 mais un autre

vin et il faudra y mettre le prix !

Auteur Yves Leers ; Éditions Bushet Chastel ; Paru

le 25 août 2022 ; 21,90 euros.

LES TRIBULATIONS

ŒNOLOGIQUES DU

PROFESSEUR BUCELLA

Cet ouvrage est la compilation

retravaillée,

des chroniques que le

Professeur Bucella a

tenu dans Le Point de

manière semi-hebdomadaire

à compter de

janvier 2020. Mêlant science et vin,

l’auteur nous emmène sur des chemins

de traverse qui peuvent sembler farfelus,

mais ne le sont pas vraiment. On

apprendra comment boire une piquette

en bloquant sa langue contre le palais.

Faut-il boire du thé ou du vin avec une

fondue au fromage ? Lorsque vous êtes

face à des experts, doit-on reconnaître

son propre vin à l’aveugle ? Pourquoi

le vin est-il arrivé en Europe d’abord ?

et lorsque l’on pense que tout est dit,

pourquoi James Bond ne passe-t-il pas

pour un alcoolique ? Comment fournir à

son employeur un certificat d’absence

pour cause de gueule de bois ? et enfin

comment gagner le paradis en buvant

de la bière ?

Auteur Fabrizio Bucella ; Éditions Flammarion ;

Paru le août 2022 ; 256 pages ; 17,90 euros.

DICTIONNAIRE

DU CHAMPAGNE ET

DE LA CHAMPAGNE

Déjà auteur de « Femme

d’exception en Champagne

» et « Ces Champenois

qui ont fait

l’Histoire, l’écrivain

champenois Bernard

Cornuaille propose le

« Dictionnaire du champagne et de la

Champagne » en collaboration avec

les éditions Noires Terres de Jean-Marie

Lecomte, spécialiste des beaux

livres et photographe. Le dictionnaire

du champagne et de la Champagne

propose dans un beau livre illustré de

nombreuses photos en couleur. Pas

moins de 200 descriptions afin de vous

faire découvrir le métier de vigneron

champenois, ainsi que l’univers de ce

vin mythique. La découverte du monde

du champagne se complète au fil des

pages d’une présentation de la région

« Champagne », à la fois écrin du vignoble,

mais aussi terre d’agriculture et

de forêt, riche de son histoire et de ses

histoires.

Auteurs Bernard Cornuaille et Jean-Marie

Lecomte ; Éditions Noires Terres ; Parution le

26 octobre 2022 ; 360 pages ; 30 euros.

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT

STEINER

Philippe Harant est directeur

de (l’ADT) Agence

de Développement Touristique

de la Marne. Il a

gardé longtemps secrète

sa passion pour l’écriture

mais n’a jamais cessé de

vanter les splendeurs de la Champagne

et de la Bretagne, ses deux terres de

cœur. Trois de ses romans policiers,

Cyanure et vieilles dentelles (2019,

éditions Jets d’encre), Animals (2021,

éditions Jets d’encre) et Il faut sauver

le soldat Steiner (2022, éditions Jets

d’encre) ont ainsi été publiés. Il partage

désormais son temps entre l’écriture et

son métier « le tourisme » qui lui permet

aussi de rencontrer de vrais personnages

de fiction. De la Bretagne et

de la Champagne dans laquelle il réside,

il tire de ces deux régions, la matière

première de ses intrigues. Le cadre

dans lequel évoluent ses personnages,

les relations qu’ils entretiennent, les

péripéties auxquelles ils sont confrontés,

les paysages qui les entourent forment

le véritable cœur du récit. Dans

ce polar, Il faut sauver le soldat Steiner,

il s’agit d’une nouvelle enquête pour le

capitaine Ludovic Dumouriez, aussi savoureuse

que complexe, dont l’intrigue

est parfaitement ficelée, et qui tient en

haleine jusqu’à la dernière ligne.

Auteur Philippe Harant ; Éditions Jets d’Encre ;

Paru en mai 2022 ; 210 pages ; 19,30 euros.

ON AURA TOUT BU

Chez Sébastien Lapaque,

l’amour du vin, des

vigneronnes et des vignerons

qui le font, est

au moins autant une

affaire de partage que

d’intime conviction.

Et si l’ivresse offre une

forme d’armure contre

la vulgarité de l’époque,

elle n’attaque jamais la mémoire, ni la

précision des savoirs. Promenade, rêverie,

encyclopédie, il y a dans « On aura

tout bu » de l’histoire, de la géographie

et des sciences naturelles, des paysages

et du raisin, de la gourmandise et des

copains. Une poésie et une apesanteur

salvatrices. Et, sous la gouverne impitoyable

de la nature, un brin de provocation,

une fidélité vraie aux rebelles tranquilles.

On y découvre une communauté

informelle d’esprits libres qui tracent les

contours d’un avenir désirable où, entre

ciel et sillons, chacun se ferait une place

exigeante, humble et joyeuse. C’est un

programme modeste et fou. Surtout

quand il devient possible. C’est également

un assemblage équilibré de nombreux

portraits de « gentilles bouteilles »

et de vignerons, de promenades gustatives

et d’apprentissage. Il dresse un état

des lieux de ces vins « nouvelle vague »,

libres et indépendants, avec ceux qui le

font et ceux qui le célèbrent.

Auteur Sébastien Lapaque ; Éditions Actes Sud ;

Paru le 14 septembre 2022 ; 352 pages

22,80 euros.

Florence Oudiette, SGV

N°893 OCTOBRE 2022 I 61


œnoturisme

CHAMPAGNE DAY

La célébration mondiale

retrouve son effervescence

En pleine euphorie commerciale, la

filière champagne renoue avec sa

journée de célébration internationale,

toujours placée sous le signe

du partage du goût et des connaissances.

Cette année encore, le Comité

Champagne a mis en ligne une

plateforme web en vue de regrouper

les événements planifiés à travers

le monde pour célébrer le millésime 2022

du Champagne Day (ou #ChampagnDay

sur les réseaux sociaux), fêté le 28 octobre

cette année.

Cette initiative est née en 2009, à l’initiative

de Chris Oggenfus, blogueur californien

et formateur en vins. Au fil des

années, de plus en plus d’amateurs dans

le monde participent à Champagne Day

chaque quatrième vendredi d’octobre,

qui est ainsi devenu l’événement universel

des amateurs de champagne.

Vignerons, coopératives et maisons de

Champagne participent à ce moment

unique proposé à leurs clients : le site

https://champagneday.champagne.fr regroupe

une multitude d’événements,

entre dégustations créatives et expériences

virtuelles, en France comme à l’étranger.

En Champagne aussi

Le SGV, sous l’égide de sa bannière

collective Champagne de Vignerons,

propose une animation en partenariat

avec le Musée du Vin de Champagne et

d’Archéologie régionale. Rendez-vous

à 18 h (parking gratuit au 17 avenue de

Champagne) pour une expérience oeno-culturelle

en deux temps : une présentation

des sous-sols champenois grâce

aux dispositifs interactifs du musée, puis

une dégustation géosensorielle de trois

cuvées (champagnes Sanger, Harlin Père

et Fils, Gilbert Leseurre) au 19 Avenue

de Champagne, présentées par le spécialiste

Geoffrey Orban, en présence du

Champagne Sanger.

Du côté de Troyes, la société Oenosphères

renoue elle aussi avec sa grande

soirée, qui se tiendra à 20 h au Cellier

Saint-Pierre, sous le parrainage du sommelier

et consultant Philippe Jamesse.

Six domaines seront de la partie, accompagnés

de spectacles et d’ateliers gastronomiques

pour constituer des accords

mets-vins surprenants : Henri Giraud,

Marie Copinet, Erick Schreiber, Gaston

Cheq, Alexandre Bonnet et Veuve Clicquot.

Une vente aux enchères caritative

sera également organisée au profit

de l’association « EndoFrance » luttant

contre l’endométriose.

Les associations de producteurs ne sont

pas en reste. Citons notamment Secraie,

les vignerons du Sézannais, qui accueilleront

les amateurs à partir de 17 h 30 sous

la halle de Sézanne pour des dégustations

et des animations musicales. Les vignerons

de l’association de Promotion du

Champagne et des Coteaux Vitryats relancent

quant à eux leur bar éphémère sur

la place d’Armes à Vitry-le-Francois avec

restauration et musique. Enfin, l’Association

oeno-culturelle de Chigny les Roses

organise la troisième édition de son Global

Champagne Day à partir de 17 h : un

parcours de 11 dégustations dans le village

est au programme, avec une soirée festive

sur la place Pommery. n

GP

AGENDA

TROISIÈME ÉDITION POUR

LES BULLES MUSICALES

Comme en 2018 et 2019, et après une

longue parenthèse, le Champagne Jean-

Paul Deville signe le retour du festival

des Bulles Musicales, qui mêle musique,

champagne et artisanat. Cette

année, la tête d’affiche n’est autre que

le chanteur rémois Barcella. Quatre

groupes locaux, un bar à champagne,

un service de restauration et un marché

d’artisans locaux seront également

de la partie, et des visites du centre de

pressurage ainsi que des activités pour

les grands et les petits seront organisées.

Rendez-vous au pressoir Deville

samedi 15 octobre dès 16 h.

Contact : Marie-Alice Deville, 06 29 02 81 74.

LE SALON DES VINS D’AMBONNAY

REPREND DU SERVICE

L’amicale des sapeurs-pompiers Ambonnay

organise son 21 e salon des vins

et de la gastronomie du 21 au 23 octobre.

Le terroir et la convivialité seront

à l’honneur, avec un programme

riche de 31 exposants, dont 24 issus du

monde viticole et 7 dédiés à la gastronomie.

Durant ces trois jours, les producteurs

invités sont accueillis chez les

Ambonnagéens, et partagent un dîner le

samedi soir. Savoie, Corbières, Cheverny,

Pays d’Oc et Ardèche, entre autres,

seront réunis en Champagne-Ardenne.

Et le bar à champagne mettra à l’honneur

13 producteurs du cru.

Contact : 06 10 38 03 14, margotine@wanadoo.fr.

62 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


LABEL

Vignobles & Découvertes, un atout

pour le tourisme en Champagne

Tous les professionnels de l’œnotourisme peuvent être labellisés Vignobles & Découvertes. Gratuite, la démarche

garantit de précieux avantages, notamment d’intégrer le Fascinant week-end, une référence sur les

animations insolites au plus près du vignoble et des vignerons. Prochain rendez-vous du 14 au 16 octobre.

Fanny Journet et Juliette Delcourt :

« Tous ceux qui s’engagent dans

l’oenotourisme peuvent obtenir

ce label. »

Aujourd’hui, dans toute l’appellation

Champagne, 591 adresses

sont labellisées Vignobles & Découvertes.

Ce qui signifie qu’elles sont

reconnues pour la qualité de leur accueil,

leur authenticité et leur goût de la transmission.

Une soixantaine de ces 591 prestataires

de l’œnotourisme intégreront le

Fascinant week-end organisé du 14 au

16 octobre 2022. Cet événement national

se décline en Champagne autour de rendez-vous

ludiques et insolites proposés au

grand public (lire par ailleurs).

Pourquoi être labellisé ?

Vignobles & Découvertes est un label

œnotouristique national. Gratuit, il est

attribué pour une durée de trois ans par

Atout France, après recommandation

du Conseil supérieur de l’œnotourisme.

« Toutes les personnes engagées dans

l’œnotourisme peuvent obtenir ce label.

Les vignerons bien sûr, mais aussi les

grands événements viticoles, les restaurants

et hébergements, les bars à champagne,

les sites patrimoniaux, les activités

de loisirs, les agences réceptives et offices

de tourisme », explique Fanny Journet,

animatrice du réseau Vignobles & Découvertes

au sein de l’Agence de Développement

Touristique de la Marne (ADT).

Quels sont les avantages de ce label ? « Il

garantit une visibilité renforcée auprès

des clients, poursuit-elle. Les prestataires

sont valorisés dans les actions de promotion

de l’ADT et de ses partenaires. Ils

intègrent nos supports de communication

numérique et papier ». Enfin, précise

Juliette Delcourt, attachée de presse

à l’ADT : « Les prestataires profitent régulièrement

de programmes d’accueil

de journalistes et d’influenceurs, par ailleurs

nous les accompagnons pour mieux

communiquer, structurer leur offre, affiner

leurs dossier et relations presse. »

Comment être labellisé ?

« Au mieux, la procédure de labellisation

peut être bouclée en trois mois, indique

Fanny Journet. La démarche s’effectue

auprès des professionnels du tourisme

comme les Offices ou l’ADT. Les candidats

prennent connaissance des critères,

parmi lesquels de larges horaires d’ouverture

et l’accueil en langue étrangère.

S’ensuit une visite sur place puis le retour

des documents complétés et signés ». Le

dossier est alors examiné par une commission

composée des ADT Marne et

Aube, de la Maison du Tourisme des

Portes de la Champagne, de l’ART

Grand Est, du Comité Champagne et de

la Chambre d’agriculture.

Très appréciés cet été, trois événements

ont décroché le label Vignobles & Découvertes

: les Apéros du Château de

l’association Dormans Effervescence, les

P’tits Apéros du Vignoble organisés par

l’Office de Tourisme des Paysages de la

Champagne et Vign’Art, festival d’art

contemporain et de land art. n

Thierry Perardelle

Contact : Fanny Journet

f.journet@tourisme-en-champagne.com

FASCINANT WEEK-END :

DÉCOUVRIR LA CHAMPAGNE

AUTREMENT

La 3 e édition du Fascinant week-end

en Champagne, proposée du 14 au

16 octobre 2022, promet une multitude

d’expériences variées. « La force

de cet événement c’est l’originalité,

rappelle Fanny Journet, une soixantaine

d’animations permettront de

découvrir la Champagne autrement.

Le grand public pourra sélectionner

son expérience selon une thématique

précise : en famille, autour du sport,

pour les gourmets, tout sur le vin… ».

Parmi les offres insolites, citons la

balade truffière avec dégustation

proposée par le Champagne Malingre-Truchon

à Prouilly, la balade avec

un âne sur les traces de saint Martin

au Sentier du Vigneron à Mutigny, le

duo yoga et champagne chez Louis

Brochet à Écueil ou encore l’animation

Fascinante Vallée de la Marne,

qui unira les Vignerons de la Vallée

du Flagot, Dormans Effervescence et

le Champagne Dom Caudron à Passy-Grigny.

Programme complet en ligne :

vignobles-decouvertes-champagne.com

Originalité avec la balade

truffière et dégustation au

Champagne Malingre-Truchon.

N°893 OCTOBRE 2022 I 63


vignerons

Pour Benjamin Muller, l’engagement

coopératif est une histoire de famille.

Son arrière grand-oncle, son arrièregrand-père,

son grand père et aujourd’hui

son père ont joué des rôles

majeurs dans la coopérative Mailly

Grand Cru. La mutualisation, l’entraide,

la recherche de la qualité et

le respect de l’environnement sont

constitutifs de son ADN de vignerons

coopérateur.

BENJAMIN MULLER

Enraciné

dans la

Coopération

«

Paradoxalement être adhérent d’une

coopérative rend le vigneron particulièrement

libre et indépendant. Il

peut livrer son raisin, récupérer des bouteilles

pour développer une activité commerciale

ou bien travailler collectivement pour une

marque. C’est la grande force de la coopération

de pouvoir conjuguer les talents », explique le

vigneron presque trentenaire.

Baigné depuis sa prime enfance dans ce qu’il

aime appeler « la mer de vignes » qui borde son

village, Benjamin a choisi d’entrer dans la profession

viticole par le côté commercial.

Après un BTS Vin et Spiritueux et une licence

pro commercialisation à l'international des

Vins et Spiritueux, il part aux USA parfaire son

anglais et développer le catalogue de champagnes

d’un importateur.

Il rentre ensuite au pays et travaille comme

commercial export pour un vigneron. « En fait,

je ne faisais pas que du commerce, je travaillais

également en cave et à la vigne. L’idée de

rejoindre le domaine familial pour prendre la

suite de mon père s’est alors imposée à moi »,

raconte-t-il.

En plus de la gestion du domaine de 11 hectares

plantés principalement de Pinots noirs

qui alimente exclusivement Mailly Grand Cru,

Benjamin mûrit un projet de bar œnotouristique

qu’il envisage d’installer dans un bâtiment

attenant à la maison familiale.

On trouve souvent dans l’histoire des vignerons

deux voies archétypales : ou c’est le travail

de la vigne qui amène au vin ou à l’inverse

l’amour du vin oblige à s’intéresser au

moyen de production. Pour Benjamin Muller,

c’est clairement son goût pour les bulles qui l’a

conduit dans les vignes. « Là encore, c’est une

histoire de famille. Quand j’étais petit, j’avais

de temps en temps le droit de goûter dans la

flûte des parents et puis plus tard, de dégustation

en dégustation, j’ai construit ma culture

du vin. Je pense toujours que les arômes du vin

nous renvoient à des souvenirs d’enfance, à des

64 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


saveurs apprises très tôt. C’est beaucoup

plus sensoriel et subjectif que technique,

c’est comme cela que j’aime parler des

champagnes aux clients », explique le vigneron.

Ses vins préférés ? « En ce moment j’ai

une grande passion pour les

blancs de Loire en Chenin et

également les blancs du Rhône.

J’aime les vins de caractère qui

expriment leur terroir avec un

côté fumé et une grande longueur, explique-t-il.

Et pour les bulles c’est pareil,

j’ai un penchant pour les vieux champagnes

de Pinots noirs avec des notes de

noix ou de champignons. »

Par ailleurs, il se réjouit de l’évolution des

consommateurs qui considèrent de plus

en plus le champagne comme un vin de

gastronomie et plus seulement comme

bulles de fêtes. « Lier le champagne et la

gastronomie est le bon axe de communication

pour l’avenir de notre vignoble »,

affirme-t-il.

Peu intéressé par la vinification, le système

coopératif permettant de déléguer

des aspects du métier à d’excellents professionnels,

Benjamin avoue une passion

certaine pour le travail de la vigne. « Sans

beaux raisins, il n’y a pas de bon vin, remarque-t-il.

J’aime travailler

mon sol, cultiver les particularités

de mon terroir dans le

plus grand respect de l’environnement.

»

Il réserve d’ailleurs plusieurs parcelles

dans ses vignes pour tester différentes

méthodes : des couverts végétaux, des

traitements biologiques, des décoctions

ou encore différentes façons d’enherbement.

« Je suis très sensibilisé à l’innovation.

Je pense que notre avenir passe par un

savant dosage entre notre savoir-faire

traditionnel et la technologie. L’humain

L’humain au

centre de nos

pratiques

Le lieu

historique de la

mutualisation

restera au centre de nos pratiques mais la

machine intelligente comme l’exosquelette,

certains types de robots ou les outils

connectés d’aide à la décision seront

à terme des aides précieuses notamment

pour réaliser nos objectifs environnementaux

», estime Benjamin qui réfléchit

dès lors à planter des parcelles

de Voltis, la nouvelle variété

résistante récemment inscrite

au cahier des charges de

l’AOC.

Il rappelle également que la coopérative

Mailly Grand Cru a été la première à

obtenir les certifications VDC et HVE,

résultat d’un engagement collectif de

plusieurs années. « J’apprécie particulièrement

la dynamique de la coopération,

où les adhérents s’impliquent pour faire

évoluer les pratiques vers plus de modernité.

Entre adhérents on cultive les

notions d’entraide, de partage et de solidarité.

C’est vrai que l’image des coops

n’a pas toujours été très bonne, mais les

choses ont bien changé et nous prouvons

maintenant à chaque dégustation l’excellence

de notre production. »

Pour Benjamin, le système coopératif est

au cœur de la modernité. « On constate

que la question des Cuma est de plus en

plus d’actualité. Mais historiquement

la coopérative est le

lieu de la mutualisation. Pour

les coopérateurs, l’entraide et

le partage sont une évidence.

Au fond, cela ressemble à une exploitation

familiale. » Cette solidarité s’exprime

particulièrement dans les actions

collectives comme les prospections jaunisses

ou encore les opérations de confusion

sexuelle. De même les adhérents de

Mailly Grand cru se relaient à tour de

rôle pour tenir le magasin les week-ends.

« Pour les jeunes qui s’installent comme

moi, être coopérateur c'est très réconfortant.

»

Quand il ne travaille

pas dans ses vignes

ou pour ses projets

de commercialisation,

Benjamin

consacre du temps

à l’action syndicale.

Membre du

Groupe de Jeunes

du SGV et président

du Groupe Avenir

Coopératif qui regroupe

les jeunes

coopérateurs de Champagne, il plaide

pour insuffler l’esprit d’entraide et de

mutualisation dans les différents rouages

vitivinicoles. « Le SGV peut s’appuyer

sur les coops pour communiquer à l’ensemble

des vignerons. C’est le lieu naturel

et historique du vignoble dans les

villages », plaide-t-il.

Pareillement sur la question du foncier :

« La coopérative devrait être un interlocuteur

à privilégier quand il s’agit de

vendre des parcelles. La terre doit rester

au maximum au vignoble et en ce sens,

la coopération constitue un axe de défense

majeur du modèle des exploitations

familiales. » n

Alain Julien

Mailly Grand cru,

« À la tête par la main ».

Fondée en 1929, la Société de

Producteurs de Mailly Champagne

est une des premières structures

coopératives de la Champagne.

Construit par les 24 premiers

vignerons adhérents, le bâtiment de

la coopérative développe un système

gravitaire sur trois niveaux grâce à la

déclivité du terrain.

Par ailleurs, le président fondateur

et arrière-grand-oncle de

Benjamin, Gabriel Simon, ancien

officier du Génie ayant creusé

des tranchées pendant la Grande

Guerre, entreprend de creuser les

caves. Pendant trente hivers, les

vignerons empoignent pelles et

pioches et creusent un escalier de

77 marches qui descend à 19 mètres

de profondeur puis le kilomètre

de galeries qui abrite toujours les

bouteilles de la société. La devise de

Mailly Grand cru devient alors : « À

la tête par la main ».

Aujourd’hui, la coopérative forte

de ses 90 adhérents dont les vignes

sont exclusivement du secteur,

produit quelque 500 000 bouteilles

exportées à 70 % dans plus de 35

pays par le biais d’importateurs

exclusifs.

N°893 OCTOBRE 2022 I 65


Les vignerons locaux possèdent eux aussi

leur Hollywood Boulevard au Clos Saint-

Vincent, un havre de verdure pensé par le

paysagiste Benoit Vignes, avec vue sur le

Clos du Mesnil et l'emblématique parcelle

de la maison Krug. « Il réunit une cinquanappellation

NOS VILLAGES

Le Mesnil-sur-Oger,

royaume des possibles

Si la commune du Mesnil-sur-

Oger se distingue par son terroir

classé Grand Cru et ses vins

atypiques, elle pétille également

à travers l'implication de ses ambassadeurs

pour la faire vivre et

connaître, y compris outre-Champagne.

Il se dit même que la reine

Elizabeth II aurait passé une journée

à l'école du village, en 1939…

Les photographies en noir et blanc

qui trônent à l'hôtel de ville en attestent

: les liens tissés entre Le Mesnil-sur-Oger

et l'Angleterre sont chargés

d’histoire. L'une de ces images, prise en

janvier 1940, immortalise la visite de

Winston Churchill et du prince Richard,

duc de Gloucester : « Ils venaient rencontrer

les aviateurs de la Royal Air Force

postés dans les vendangeoirs de Moët et

Chandon, précise Pascal Launois, enfant

du pays, aujourd’hui viticulteur et premier

édile. Celle-ci date du 8 décembre 1939 ;

le roi George VI rendait visite à ses troupes

stationnées à Villeneuve. Sa fille, Elizabeth

II, l'accompagnait. D'après certains habitants,

elle aurait passé une journée à l'école

du Mesnil durant leur séjour. »

Ce que confirme Jean-Marc Folliet, d’après

l’anecdote confiée par son père Henri qui

a grandi au village : « Alors que nous regardions

la cérémonie du Jubilé d'or de

la reine en 2002, il m'a raconté qu'il avait

joué à la marelle dans la cour de récréation

avec elle. »

Bien d'autres personnalités ont foulé le

sol de cette commune depuis, le plus

souvent en toute discrétion. On citera

par exemple Michel Delpech et l'académicien

Daniel Rondeau, natif du village.

« On ne désespère pas de croiser Brad Pitt

un jour, sourit le maire, en clin d'œil à la

cuvée Fleur de Miraval, fruit d'un partenariat

entre la vedette et Rodolphe Peters,

vigneron au Mesnil.

Un Hollywood Boulevard

pour les vignerons

66 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


• REIMS

Meaux


Château-

Thierry

• •

Epernay

Vitry-le-François



TROYES


Bar-sur-Aube

CHAUMONT

Le Mesnil-sur-Oger

REPÈRES

(Source : Comité Champagne)

LE MESNIL-SUR-OGER

SURFACES

PLANTÉES

436 ha

CHARDONNAY

435,9 ha

PINOT NOIR

0,1 ha

DÉCLARANTS

633

HABITANTS

1 055

(Source Insee, en 2019)

Le Musée de la vigne et du vin, conçu

par la maison Launois père et fils,

retrace le passé viticole du Mesnil.

taine d'espèces végétales et aromatiques,

ainsi qu'un parcours pédagogique pour

expliquer, notamment grâce à des diffuseurs

de senteurs, le travail de la vigne au

fil des saisons, jusqu'à la déclinaison des

cépages. » Une table de pique-nique, un

espace « selfie » et un guéridon romantique

ajoutent au charme du lieu.

« Divins champagnes »

et initiatives originales

Cette approche œnotouristique ne date pas

d'hier. En 1985 déjà, l'association Les Amis

du Mesnil lançait « Les 3 jours du Mesnil »,

durant lesquels tout le village célébrait ses

champagnes avec visites de caves, expositions

artisanales, ou encore orchestres.

« On accueillait environ 10 000 personnes,

se rappelle Pascal Launois. Aujourd'hui,

notre terroir et la patte des vignerons font

la notoriété de notre commune. On souhaite

également aller au-delà de la Champagne.

» L'ouvrage « Divins champagnes

», publié en 2018, y contribue. Distribué

dans les hôtels et restaurants d'Espagne, de

Singapour ou encore de Suède, il lève le

voile sur les initiatives originales de 23 récoltants-manipulants

mesnilois : le Musée

Pascal Launois et Christian Siret,

ambassadeurs du Mesnil.

N°893 OCTOBRE 2022 I 67


appellation

de la vigne et du vin de la maison Launois

père et fils, les sessions woofing au

champagne Michel Rocourt, les voyages

jusqu'au Groënland des cuvées Guy Charlemagne,

la bouteille de couleur saphir

imaginée par la famille Bliard-Moriset...

Des bornes phosphorescentes

pour illuminer le vignoble

Comme souvent en terre viticole, la municipalité

œuvre de concert avec la section

locale du SGV, que préside Christian Siret.

« On a été pionniers avec les bornes phosphorescentes

(photo ci-dessus) installées

dans le vignoble, souligne ce dernier. On

est d'ailleurs toujours les seuls en Champagne.

Cette technologie permet, via des

granulats électroluminescents intégrés au

béton, d'absorber les ultra-violets du soleil

pour éclairer les vignes la nuit. On voulait

que les vignerons, au même titre que les

grandes maisons, puissent valoriser leurs

parcelles. On a même vu fleurir d'autres

bornes non lumineuses depuis. » Pari gagné,

donc.

Faire revivre les loges

de vignes

Autre projet mené collectivement :

l'aménagement d'un sentier d'interprétation,

attendu à l'horizon 2023 au

cœur de la réserve naturelle des Pâtis.

« Elle s'étend sur 70 hectares de landes

exploitées à l'époque pour leur terre argileuse

et l'extraction de pierre meulière,

détaille le maire. Ses mares, sa faune et

sa flore constituent un véritable terrain

de recherches pour les scientifiques. »

Une vingtaine de loges de vignes typiquement

champenoises se contemplent

aussi dans les coteaux mesnilois. « Certaines

ont plus d'un siècle, précise Christian

Siret. Depuis 2021, le plan local

d'urbanisme interdit leur démolition. Autrefois,

on récupérait l'eau de pluie grâce

à leurs toits pour préparer la bouillie bordelaise,

on s'y retrouvait pour manger ou

pour un rendez-vous galant. L'idéal serait

de les restaurer et de les mettre davantage

en valeur, à travers une exposition photo,

par exemple. »

Une bonne idée parmi tant d'autres, qui

reflète l'attachement des gens d'ici à faire

connaître leur village ailleurs. n

Sarah Legrand

Saint Sébastien et saint

Vincent, une grande histoire

d’amitié

L’église romane Saint-Nicolas, rénovée

de 2012 à 2015, arbore un portail

Renaissance édifié au XVI e siècle

grâce aux deniers de la Compagnie

des archers et des arquebusiers.

« Ils nous ont aussi aidés à ne plus

payer l’impôt, raconte Brigitte Plique,

greeter passionnée et passionnante.

Cette révolte nous a valu le surnom

des « têtes emboulées ». J’aime faire

découvrir l’histoire du Mesnil aux visiteurs.

» Ledit surnom est désormais

repris par la troupe de théâtre amateur,

dont fait partie Gilles Marguet,

également président de la Confrérie

Saint-Vincent. « On pensait que la

confrérie datait de 1843, précise-t-il.

En réalité, elle est née de la dissolution

de la Compagnie des archers,

vers 1 500. Un vitrail de l’église représente

saint Sébastien, patron des archers,

aux côtés de saint Vincent. Il a

été offert par les vignerons mesnilois

en 1865, une année exceptionnelle

pour la vendange ! »

La Maison Louis Jardin, haut lieu de l’art contemporain

L’association Maison Louis Jardin accueillait

récemment le photographe

Gavin Parry, installé à Manchester.

Son exposition, déclinée au Mesnil

et à Épernay, illustre ce qui anime

depuis 2018 Patrick et Sophie Mock,

ainsi que leur fille Juliette, instigateurs

de ce concept : faire vivre un

lieu imaginé par et pour les artistes,

tout en encourageant la création et

en y associant le grand public. « Nous

sommes dans l’ancienne maison familiale

de champagne fondée par

Louis Jardin, expliquent-ils. Le pressoir

a été aménagé pour la création

musicale, même si notre mission

principale concerne les arts visuels.

L’autre Grotte de Lourdes

Érigée en 1932 par les vignerons, les

habitants et l’abbé Louis Moquet et

bénie l’année suivante, une réplique

de la Grotte de Massabielle, située

au coeur du sanctuaire Notre-Dame

de Lourdes, se visite au Mesnil-sur-

Oger. L’histoire raconte que le curé

serait allé en personne à Lourdes

pour prendre les mesures de l’oeuvre

originale.

L’idée, c’est de soutenir les artistes

au-delà de la diffusion, pour que

leur travail soit rémunéré à sa juste

valeur. » Parmi les souvenirs mémorables

: le workshop organisé dans

les caves de la maison avec plusieurs

musiciens champardennais et tunisiens,

autour du oud et du hang drum.

Lauréate du prix Pierre-Cheval

La commune du Mesnil-sur-Oger

vient d’être distinguée par le prix

Pierre-Cheval de l’embellissement

2022 pour la réalisation du Clos

Saint-Vincent. Elle se verra décerner

ce trophée lors du dîner caritatif de la

Mission Coteaux, Maisons et Caves

de Champagne, en novembre.

68 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


DU TERROIR À L’ASSIETTE

Le Mesnil-sur-Oger, domaine paysan

devenu Or blanc

Surnommé « Le Mesnil », alors que le toponyme moyenâgeux est très usité, ce finage de la Côte des Blancs

est devenu Grand cru en 1985.

Le Mesnil-sur-Oger s’est fait un

nom, une réputation autour de

son or blanc, une craie datée du

Campanien supérieure qui fait vibrer les

vins de manière singulière. C’est dans

cette craie que furent creusés aux Mournouards

des hypogées, sépultures néolithiques

où furent recueillis ossements

humains, mobilier, parure, outils.

Du nord au sud, la Côte des Blancs présente

une forme en arc, dont le corps est

représenté par le finage du Mesnil, soit

là où l’érosion est-ouest de la côte est la

moins accentuée. De plus, cette côte est

bombée (anticlinal) de sorte que le vignoble

qui en occupe le talus en impose

au regard. Celui du Mesnil est installé

entre 110 m et 240 m d’altitude, sur une

bande nord-sud de 3 km, large de 2,7 km

(Longues Roies-Sud) mais se réduisant

vers le sud à 1,3 km. Le finage s’étend

en effet de part et d’autre de la route D9

jusqu’au Mont Joly vers le sud, où le vignoble

n’occupe désormais que la partie

ouest d’un coteau à la pente plus accentuée.

Elle atteint ici 8 % en moyenne

jusqu’à 40 %, alors qu’elle est de 6 % en

moyenne au nord où elle atteint 20 %,

voire 27 % au Mont Blanc. Ces nuances

de pente, ajoutées à un bombement

crayeux plus homogène sur la partie sud

du coteau, expliquent en partie que le

finage sud reçoit plus d’intensité lumineuse,

qu’il soit plus riche en graveluches

et plus hâtif, avec une sensation calcaire

grasse et très crémeuse à l’évolution

des vins.

Les nuances solaires

s’exercent également par

le découpage naturel du

finage orienté vers l’Est. L’érosion hydrique

a sculpté des mamelons de craie

entrecoupés de quatre zones de creux.

Le vignoble regarde ainsi vers l’Est, Sud-

Est, Sud, Nord-Est, Nord. Les zones

de creux présentent un remplissage de

colluvions qui ajoute une couverture

fertile sur la craie. Ailleurs la craie affleure

rapidement, plus ou moins compacte

et fissurée, plus ou moins tendre

ou rocheuse.

E

50 nuances

de craie

S

N

Chemin

de fer

RD9

Les nuances de craie s’exercent également

d’est en ouest. Le vignoble dit « de

plaine » est installé sur une croupe légèrement

bombée nord-sud et est-ouest,

là où la craie marine est d’une puissance

aromatique exceptionnelle, notamment

certains secteurs de Chétillon et des

Hautes Mottes, refermant les vins mais

leur conférant un potentiel de garde qui

a forgé la légende du cru. À l’ouest de la

route, vers 120 m d’altitude, une zone intermédiaire

s’étend jusqu’à l’inflexion de

versant vers 225 m, là où la craie altérée

laisse place aux formations cénozoïques

argileuses et calcaires (Sparnacien, Lutétien,

Bartonien).

Le vignoble mesnilois

s’étend sur 437,60 ha, découpé

en 4 300 parcelles

réparties sur environ 70 lieux-dits. Le

chardonnay y est quasiment exclusif,

exprimant dans son évolution des notes

de citron, rose, poire, réglisse Carensac,

noisette, caramel, tabac… Gorgés

de fraîcheur crayeuse riche en sels minéraux,

les vins montrent une certaine

droiture dans leur jeunesse, évoluant vers

de la franchise, avec plus ou moins de résonance

marine ou crémeuse. Au Mesnil

comme ailleurs, la connaissance de ses

O

Graveluches

Le Mesnil-sur-Oger

Géologie schématique de versant viticole

Par Geoffrey ORBAN

calvaire

CAMPANIEN Supérieur

Craie blanche et compacte

à odeur marine

LUTETIEN-

BARTONIEN

Argiles et

meulières

Argiles vertes

Calcaire silicifié

Calcaires

SPARNACIEN

Calcaires argileux

Argiles

CAMPANIEN Supérieur

Craie blanche et tendre

plus crémeuse

230 m

225 m

215 m

155 m

125 m

parcelles permet d’orienter de manière

précise leurs potentiels dans des cuvées

typées ou plus consensuelles.

Les cuvées mesniloises sont adaptées aux

produits d’octobre, avec pour inspirations

culinaires quelques huîtres fines de

claire de Marennes-Oléron, calamars au

beurre de citron et persil plat, crumble

parmesan sur noix de Saint-Jacques et

crème de fèves, soupe de panais au thym

et herbes fraîches avec chips de légumes,

sainte-maure de Touraine, crottin de

Chavignol…

La marqueterie de couleurs offerte par les

feuilles de chardonnay est un spectacle à

savourer verre en main en parcourant

le pédagogique et innovant Clos Saint-

Vincent. Dans tous les cas, soyez « franc

buveur dont la main ne tremble pas », car

telle est la devise de la confrérie des Chevaliers

de l’Arc du Mesnil-sur-Oger. n

Geoffrey Orban, Educavin

N°893 OCTOBRE 2022 I 69


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INFORMATIQUE ET BUREAUTIQUE

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Ordinateur, Windows, internet et mail

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Stocker, analyser et croiser ses données

sur Excel

13 et 20 octobre, Reims

SÉCURITÉ AU TRAVAIL

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Formation initiale

12 et 13 octobre, Reims

L’article R4224-16 du Code du Travail prévoit d’organiser

les premiers secours aux accidentés et aux malades.

- Sauveteur secouriste du travail –

Recyclage (tous les 24 mois)

17 octobre, Reims

L’article R4224-16 du Code du Travail prévoit d’organiser

les premiers secours aux accidentés et aux malades.

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Renseignements, contact : Eddy Hoyon au 03 26 04 46 12

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Catégorie 3 (3 jours)

17, 18 et 19 octobre, Reims

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PHYTOPHARMACEUTIQUES

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Entreprise Non Soumise à Agrément -

2 jours

25 et 26 octobre

- Certificat « Opérateurs » : Salariés

applicateurs tous confondus - 2 jours

10 et 11 octobre

- Renouvellement - Certificat « Décideurs

en Entreprise Non Soumise à Agrément »

et « Décideurs en Entreprise Soumise à

Agrément » : Salariés applicateurs tous

confondus - 1 jour

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« Opérateur » – 1 Jour

27 octobre

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De octobre à décembre 2022,

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- Chef d’exploitation.

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- Conjoint(e) participant aux travaux.

- Aide familial(e), associé(e) d’exploitation.

- Personne engagée dans une démarche

d’installation.

COÛT « NON RESSORTISSANTS VIVEA »

- Nous consulter

Comité régional de formation

et de promotion sociale,

Maison des agriculteurs

2 rue Léon Patoux CS 50001

51664 Reims cedex

Tél. : 03 26 04 75 40

Fax : 03 26 04 74 01

E-mail : crfps@wanadoo.fr

www.crfps.com

Responsable des formations :

Claude Meilleur, 03 26 04 75 40.

Renseignements et inscriptions :

Florence Laforge, 03 26 04 46 08

N°893 OCTOBRE 2022 I 71


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74 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


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