11.12.2022 Vues

Canard Gascon 96

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GRATUIT<br />

En avant<br />

vers<br />

2023 !<br />

Le Le <strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong> n°<strong>96</strong> n°95 - Juillet-Août Décembre 2022 - Janvier 2023<br />

Château Arton<br />

La relève<br />

Duc d'Épernon<br />

le retour<br />

Maison Gascogne<br />

Armagnac<br />

Porc noir<br />

mon ami<br />

HDM : la cuvée<br />

solidaire<br />

Roger Tessier<br />

une oeuvre<br />

Ford T<br />

elle roule encore<br />

J.-P. Magnoac<br />

la Trame<br />

Ève de Castro<br />

à la source<br />

Devenez<br />

félibre<br />

Employé à 62 ans<br />

chez McDo<br />

Famille Gessler<br />

côté cave


»


Édito<br />

Maire, un impossible « métier » ?<br />

J<br />

e ne voudrais pas être maire.<br />

Non, n’insistez pas ! Même<br />

pour l’écharpe, seyante certes,<br />

même pour la position sociale, très<br />

en vue, même pour la monnaie,<br />

moins qu’on pense c’est vrai, mais<br />

c’est toujours bon à prendre par les<br />

temps qui courent, et même pour<br />

la joyeuse virée parisienne avec les<br />

copains du canton lors du Congrès<br />

annuel des maires de France. Non,<br />

définitivement non. Ce « métier »<br />

est devenu impossible. Ce n’est<br />

pas moi qui le dis. Ce sont les<br />

maires eux-mêmes, et avec de<br />

sérieux arguments.<br />

Et maintenant la crise énergétique<br />

Inflation, démocratie, violences…<br />

des élus inquiets selon un sondage<br />

réalisé par le Cevipof et<br />

l’Association des maires de France<br />

(AMF) et publié le 21 novembre à<br />

la veille du fameux Congrès. Rien<br />

ne va. « Une crise succède à une<br />

autre », résume Martial Foucault, le<br />

directeur du Cevipof, le centre de<br />

recherche de Sciences Po. La<br />

dernière en date a l’allure d’une<br />

facture d’énergie. Oui, ça flambe.<br />

Et donc il faut prendre des mesures<br />

plus ou moins bien comprises par<br />

les administrés : réduction de<br />

l'éclairage public, baisse du<br />

chauffage dans les installations<br />

sportives, fermeture provisoire<br />

d’équipements. On traque aussi<br />

l’économie : un maire sur deux<br />

compte réduire les dépenses<br />

d’achat de fourniture et de<br />

prestations externes, renoncer à des<br />

projets de recrutement...<br />

Élit-on un maire pour qu’il passe<br />

son budget prévisionnel au rabot ?<br />

Au moins pourra-t-il passer pour<br />

un bon gestionnaire ! Si encore<br />

l’État jouait le jeu. Voilà des<br />

années que ce dernier contribue à<br />

fragiliser la structure financière des<br />

collectivités locales. Suppression<br />

de la taxe d’habitation, bientôt<br />

celle de la contribution sur la<br />

valeur ajoutée des entreprises<br />

(CVAE), autant de bonnes idées a<br />

priori mais qui causent des trous<br />

dans les caisses locales, même si<br />

l’État annonce en des mécanismes<br />

présumés compensatoires. Dans<br />

les faits, le doute est permis. Et à<br />

l’heure où l'on demande tout et son<br />

contraire aux élus locaux, qui n’en<br />

peuvent mais : la sobriété foncière<br />

au nom de l'écologie, alias le ZAN<br />

(zéro artificialisation nette) qui<br />

vise à réduire l’urbanisation des<br />

espaces, et qui pourrait mettre un<br />

coup d’arrêt au développement<br />

économique, la construction de<br />

logements (mais où alors ?), la<br />

relocalisation des industries (mais<br />

où alors, bis ?), le tout dans la<br />

nécessaire transition énergétique et<br />

la réduction de la dépendance aux<br />

énergies fossiles.<br />

Durcissement des opinions<br />

Non, c’est trop. Ce n’est plus à<br />

hauteur d’homme, même d’un élu<br />

local à cocarde. Les symboles,<br />

puisqu’on en parle, ça eût payé<br />

manifestement. À toutes ces crises,<br />

s'ajoute celle de la démocratie.<br />

Voir le faible taux de participation<br />

dans les communes lors des<br />

dernières législatives. Les maires y<br />

voient « une polarisation de plus<br />

en plus marquée », et « un<br />

durcissement des opinions ». Du<br />

coup, si l'on ose dire, plus d’un<br />

maire sur trois dit avoir déjà été<br />

victime de menaces ou d’injures,<br />

un chiffre en nette augmentation.<br />

en deux ans. 63,1 % disent avoir<br />

été victimes « d’incivilités », de<br />

l’impolitesse à l’agression, 10<br />

points de plus qu’en 2020.<br />

Alors moi je veux bien être maire,<br />

mais alors il faut me changer tous<br />

les administrés. En attendant, que<br />

nos maires soient salués pour leur<br />

souci de l’intérêt général.<br />

Hugues de Lestapis<br />

Le <strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong><br />

Site web : lecanardgascon.com - Mail : lecanardgascon32@gmail.com - Tél. : 06 61 34 29 32<br />

Directeur de la publication & rédacteur en chef : Hugues de Lestapis.<br />

Rédaction : Béatrix de Lambertye, Rose-Marie Richard, Jean-Claude Ulian, Ostau <strong>Gascon</strong>.<br />

llustrations : Elger & Franck Raynal. Mots croisés : François Sumien.<br />

Imprimeur : BCR Gimont (Gers).<br />

Éditeur : Les Éditions Guilleragues - 13, place Descamps - 32700 Lectoure<br />

Dépôt légal : 4e trimestre 2022<br />

Photo de couverture : © Adobe Stock - Autres photos : Le <strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong> ou D.R.<br />

3


Cadeaux<br />

Jouez et gagnez des forfaits de ski<br />

Le <strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong> renouvelle son partenariat avec N'Py Resa<br />

qui regroupe plusieurs stations des Pyrénées.<br />

Mode d'emploi<br />

20 forfaits à saisir<br />

Durée : 1 journée<br />

Valeur unitaire : de 36€ à 49€<br />

selon la station.<br />

Les réservations vont bon train pour la saison 2022-2023, les professionnels sont confiants.<br />

S<br />

ous réserve de l’enneigement,<br />

selon la formule consacrée,<br />

nombre de stations des<br />

Pyrénées accueilleront leurs<br />

premiers skieurs lors du week-end<br />

des 3 et 4 décembre 2022.<br />

Jusqu’à la mi-mars ou la fin avril<br />

selon les cas. Les stations<br />

regroupées sous la bannière N’Py,<br />

soit les domaines skiables de<br />

Peyragudes, Piau-Engaly, le Grand<br />

Tourmalet (Barèges-La Mongie),<br />

Luz-Ardiden, Gourette, La Pierre<br />

Saint-Martin et Cauterets,<br />

s’inscrivent dans ce calendrier.<br />

Après avoir subi une fermeture en<br />

2020, puis une saison 2021<br />

perturbée par le covid, et enfin une<br />

hausse de certains de leurs coûts,<br />

les stations voudraient pouvoir<br />

« souffler » et se concentrer sur la<br />

seule satisfaction de leur clientèle.<br />

Des réservations en avance<br />

Et là, les choses s’annoncent plutôt<br />

favorablement. Selon le cabinet<br />

d’études savoyard G2 A<br />

Consulting, les réservations pour<br />

la saison d’hiver 2022-2023<br />

étaient en hausse de 20,2 % en<br />

moyenne dans les stations de ski<br />

françaises à la mi-octobre.<br />

C’est un mois d’avance par<br />

rapport à l’an passé à la même<br />

époque, et même si ce chiffre ne se<br />

traduira pas par une hausse de<br />

20% de la fréquentation, c’est<br />

toujours bien.<br />

Dans le lot, les stations des<br />

Pyrénées se distinguent,<br />

notamment sur les vacances de<br />

Noël.<br />

Les professionnels, s’ils savent<br />

l’impact possible de l’inflation<br />

galopante, misent sur le besoin de<br />

se ressourcer des Français, c’est la<br />

vocation-même des vacances de fin<br />

d’année. Il faudra évidemment que<br />

la neige soit au rendez-vous.<br />

Quand les conditions sont là, la<br />

clientèle aussi.<br />

Peyragudes : 2 forfaits 1/j<br />

Piau : 2 forfaits 1/j<br />

Grand Tourmalet (Barèges/La<br />

Mongie) : 2 forfaits 1/j<br />

Luz-Ardiden : 4 forfaits 1/j<br />

Cauterets : 2 forfaits 1/j<br />

Gourette : 4 forfaits 1/j<br />

La Pierre Saint-Martin :<br />

4 forfaits 1/j<br />

Pour tenter de les gagner, il faut<br />

vous signaler le jeudi 15<br />

décembre, uniquement ce jour-là,<br />

expressément entre 9h et 14h, sur<br />

l’adresse-mail du magazine :<br />

lecanardgascon32@gmail.com<br />

Écrivez votre prénom, votre nom,<br />

votre commune de résidence. Un<br />

tirage au sort sera effectué. Bonne<br />

chance !<br />

1 seul forfait attribué par gagnant.<br />

Chacun recevra de la part du<br />

<strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong> un code<br />

promotionnel pour 1 forfait dans<br />

une station donnée.<br />

Aller ensuite sur le site :<br />

www.n-py.com,<br />

-Sélectionner la station gagnée.<br />

-Sélectionner la durée du forfait<br />

gagné : 1 jour<br />

-Entrer le code promotionnel pour<br />

obtenir le forfait cadeau.<br />

Celui-ci sera aussitôt envoyé par<br />

courrier chez le bénéficiaire.<br />

4


Rétromobile<br />

En Armagnac au volant d'une Ford T<br />

Cette automobile mythique, inventée en 1908 roule encore. Rencontre<br />

avec un propriétaire fier d'entretenir la légende, entre Gers et Landes.<br />

En tête de cortège rétro à Nogaro.<br />

I<br />

l y a l’homme et ses voitures. Et<br />

comme l’homme est discret, on<br />

parlera surtout de ses voitures.<br />

Disons juste, à son sujet, qu’il est<br />

retraité, qu’il réside dans le Bas-<br />

Armagnac, suffisamment au large<br />

pour y « cacher » ses meilleures<br />

amies : quelques voitures de<br />

collection, des Anglaises et des<br />

Américaines, dont deux Ford du<br />

fameux modèle T.<br />

La Ford T, vous vous rappelez ? Le<br />

« tacot » conduit par Laurel et<br />

Hardy, produit entre 1908 et 1927 à<br />

16 millions d’exemplaires par les<br />

usines d’Henry Ford. C’est elle qui<br />

a littéralement mis l’Amérique sur<br />

roues (en la faisant descendre de<br />

cheval). Aux États-Unis au début<br />

des années 20, plus d’une voiture<br />

sur deux est une Ford T. Notre<br />

homme en a une de 1913, une 4-<br />

places décapotable, et une autre de<br />

1924, une 2-places, carrosserie<br />

ouverte, dite aussi « torpédo », la<br />

plus populaire.<br />

Vue au dernier Classic Festival<br />

« Quand j’ai acheté ma première T,<br />

je n’avais qu’une crainte : être<br />

incapable de la conduire ! ». Car si<br />

le génial Henry Ford l’avait conçue<br />

pour être pilotée par le premier<br />

venu sans formation, un siècle plus<br />

tard, le maniement d’une T est<br />

assez déroutant.<br />

Cuivre pour les phares et la calandre, roues en bois, certaines Ford T avaient du chic.<br />

«Il y a trois pédales. Mais attention<br />

celle de gauche correspond à la<br />

marche avant, celle du milieu à la<br />

marche arrière et celle de droite au<br />

frein. L’accélérateur se commande<br />

au volant. Il ne faut pas se tromper,<br />

d’autant que la T a l’aptitude de<br />

passer presque instantanément de la<br />

marche avant à la marche arrière<br />

(d'où des scènes burlesques<br />

tournées au cinéma sans trucage)».<br />

Dompter la bête<br />

Notre collectionneur a donc fait des<br />

tours et des tours de sa maison pour<br />

dompter la bête, apprivoiser la<br />

position de conduite, l’importante<br />

garde-au-sol, et avoir dans l’œil<br />

l’écartement des roues (il<br />

correspond à celui du chemin de<br />

fer, car Ford songeait que la T<br />

emprunterait peut-être les voies<br />

ferrées…). Puis, quelques teuf-teuf<br />

plus tard, il s’est lancé sur la route<br />

qui jouxte sa propriété. Non sans<br />

ajouter à l’arrière « des feux rouges<br />

de vélo » pour qu’on le voie bien.<br />

Donnée pour 70 km/h, la T dépasse<br />

à peine les 20 km/h en côte…<br />

« Bien sûr, je ne vais pas chercher<br />

mon pain avec, sourit l’amateur, je<br />

ne la sors que pour des parades. Le<br />

reste du temps, je la bichonne, et la<br />

répare au besoin». S'il y avait un lit<br />

de camp dans son garage, il y<br />

passerait tout son temps.<br />

En fait, entre les voitures, des<br />

outils et des centaines de pièces<br />

détachées, il n’y a plus de place.<br />

Ce jour-là, il venait de recevoir, du<br />

fin fond de l’Ohio, un paquet de<br />

pièces mécaniques. Elles sont<br />

toujours fabriquées, et font le<br />

bonheur des collectionneurs. Une T<br />

vaut à l’achat entre 15 et 30.000 €<br />

selon le millésime, la rareté et<br />

l’état.<br />

« C’est une voiture de légende,<br />

indestructible, j’ai un peu<br />

l’impression d’entretenir l’histoire.<br />

En outre, elle rend sympathiques et<br />

joyeux les gens qui s’en<br />

approchent, et ça c’est<br />

merveilleux ».<br />

H. L.<br />

Le célèbre duo Laurel et Hardy en Ford T.<br />

6


Musique<br />

Roger Tessier, hors des sons battus<br />

Saint-Clarais d'adoption, ce compositeur s'est illustré dans la musique dite<br />

contemporaine réservée, croit-on, à des oreilles averties.<br />

À ce moment de l’article, on dira<br />

peut-être : ah bon ? On ne savait<br />

pas. C’est normal, ou plutôt ce<br />

n’est pas étonnant. Car le registre<br />

de Roger Tessier, c’est la musique<br />

dite contemporaine. Pas la musique<br />

classique revue à la sauce<br />

moderne, mais bien cette musique<br />

audacieuse, inventive, sidérante<br />

parfois, voire choquante.<br />

Musique<br />

Dans la vieile église de Saint-Clar.<br />

n dit parfois la musique<br />

moderne complexe. Roger<br />

O Tessier, lui, a la simplicité du<br />

<strong>Gascon</strong> qu’il est devenu avec le<br />

temps. Depuis sa rencontre avec<br />

Clara Szemere, d’origine<br />

hongroise, qui était fixée à Saint-<br />

Clar depuis 1949. Il est fatalement<br />

tombé amoureux de ce gros bourg<br />

du nord-est du Gers. Il en est une<br />

des figures, et disons-le une fierté.<br />

Un film projeté le 15 octobre<br />

dernier à Saint-Clar (1) campe cette<br />

rencontre entre le créateur et sa<br />

commune d’adoption. Les<br />

inspirations puisées à la source de<br />

l’Arratz, la luminosité gasconne, le<br />

silence profond d’une nuit sous les<br />

étoiles.<br />

Dans la classe de Messiaen<br />

Si Roger Tessier avait été peintre,<br />

un art qu’il affectionne, il aurait<br />

sublimé la Lomagne. Mais c’est<br />

dans la musique que ce natif de<br />

Nantes a mis le meilleur de ce qu’il<br />

avait en lui. Roger Tessier a la<br />

réputation d’un grand compositeur,<br />

il est joué par des orchestres<br />

prestigieux, lauréat de prix. Aussi<br />

directeur du conservatoire Darius<br />

Milhaud à Paris XIVe, de festival.<br />

Bref, une figure majeure de la<br />

création musicale de ces cinquante<br />

dernières années, avec plus de 100<br />

œuvres à son répertoire.<br />

Dans cet univers exigeant, qui est<br />

aussi un défi pour nos cerveaux<br />

formatés aux standards, il y a au<br />

choix la musique concrète, la<br />

sérielle, la minimale, la spectrale,<br />

la modale. Olivier Messiaen, dont<br />

Roger Tessier fut l’élève, en est<br />

l'ombre tutélaire.<br />

En général, les mélodies ne sont<br />

pas identifiables, les rythmiques<br />

sont variables, les sons ne sont pas<br />

organisés par tonalité. Est-ce pour<br />

autant aléatoire ? Le compositeur<br />

« contemporain » creuse le son<br />

comme le paysan son sillon. Et si<br />

ses opus musicaux ne sont pas des<br />

plus confortables, ils marquent par<br />

des éclats fulgurants, des aigus<br />

poussés à la limite, des voix<br />

venues d’ailleurs, qu’on<br />

discernerait peut-être loin sous la<br />

mer. Davantage « une musique de<br />

sons qu’une musique de notes »,<br />

dit-il volontiers.<br />

À la recherche du son idéal<br />

Roger Tessier, en 50 ans de travail,<br />

a cherché le « son idéal ». Il a été<br />

l’un des premiers à intégrer<br />

l’électronique et le micro dans son<br />

langage. L’Onde Martenot aussi,<br />

instrument avec haut-parleur créé<br />

en 1928 par un chercheur solitaire,<br />

capable de sons inconnus et irréels.<br />

Comme le Thérémine, le son de<br />

l’onde Martenot provient des<br />

interférences entre deux<br />

fréquences. On est bien dans la<br />

modernité.<br />

Roger Tessier, venu à la musique<br />

par le conservatoire, le violoncelle<br />

et une pratique assidue du chant<br />

grégorien entre 7 et 20 ans, a<br />

rompu, en quelque sorte, avec ces<br />

balises imposées. Il n'était pas le<br />

seul. Avec ses confrères Tristan<br />

7<br />

Une oeuvre importante, jouée et diffusée.<br />

Des partitions singulières, forcément...<br />

Murail, Michaël Levinas et Gérard<br />

Grisey, il fonde en 1973<br />

l’ensemble Itinéraire, chargé de<br />

diffuser ce répertoire au plus haut,<br />

ou au plus loin.<br />

Car 50 ans après, il s’agit bien<br />

d’un « répertoire », avec ses<br />

créations, ses mutations<br />

esthétiques, ses chercheurs, ses<br />

journées d’étude, ses colloques,<br />

bref un patrimoine, au sens<br />

historique. À 83 ans, quand il ne<br />

déambule pas à Saint-Clar dans la<br />

galerie L’Arcade, Roger Tessier<br />

explore encore son art.<br />

Inlassablement.<br />

H. L.<br />

(1) Roger Tessier, une rencontre à<br />

Saint-Clar, par le cinéaste Yves<br />

Breux.<br />

Extraits d’œuvres sur le site :<br />

tessier-roger.com


Régionalisme<br />

Et si vous deveniez félibre ?<br />

Fondé par Frédéric Mistral en 1854, le Félibrige défend la langue et la<br />

culture d'oc, dont le gascon est une des expressions.<br />

Josyane Martine-Richard (au centre) incarne le Félibrige dans le Gers, et elle recrute !<br />

D<br />

ans le Gers, le flambeau du<br />

Félibrige est porté par Josyane<br />

Martine-Richard. Établie à<br />

Bourrouillan, non loin d’Eauze,<br />

cette ancienne professionnelle de<br />

l’immobilier a été acquise à la<br />

cause en voyant le jour en<br />

Provence, le pays de Frédéric<br />

Mistral (1830-1914). Le grand<br />

poète était le chantre de la langue<br />

provençale. Il est le premier (et<br />

l’un des seuls) prix Nobel de<br />

littérature pour une œuvre en<br />

langue régionale. Il est le fondateur<br />

en 1854 du Félibrige, qui est à<br />

l’origine de tout ce qui existe en<br />

matière de promotion et de défense<br />

des langues régionales. Pas un<br />

projet politique, mais un combat<br />

culturel.<br />

Contrarier la culture aseptisée<br />

« Depuis sa création, le Félibrige<br />

s’applique à contrarier la culture<br />

aseptisée, sans saveur, qui nous est<br />

continuellement imposée », éclaire<br />

Paulin Reynard, Capoulié du<br />

mouvement, son chef, élu en juin<br />

2022. Josyane Martine-Richard<br />

appartient à l’organigramme. Elle a<br />

rang de vice-Syndic de la<br />

maintenance de Gascogne Haut-<br />

Languedoc, chargée de coordonner<br />

des actions félibréennes<br />

(conférences, chorales, édition,<br />

enseignement…). Le mouvement<br />

brasse large. « Le Félibrige<br />

concerne pas moins de 32<br />

départements, des Alpes aux<br />

Pyrénées, soit les terres<br />

d'expression de la langue d'oc qui<br />

rassemble l’auvergnat, le limousin,<br />

le béarnais, le languedocien, le<br />

provençal ou le gascon».<br />

Avec ses 168 ans de tradition, ses<br />

textes publiés dans la graphie<br />

mistralienne, donc illisibles par le<br />

tout venant, le Félibrige ne se<br />

donne pas facilement ! Ceux qui<br />

dirigent le mouvement ont des<br />

noms de fonctions semblant dater<br />

du temps des troubadours. Il y a<br />

des insignes -cigales, pervenches<br />

ou étoiles selon le statut- un<br />

consistoire, des majoraux, des<br />

mainteneurs, des costumes<br />

d’autrefois, et même une reine<br />

choisie tous les sept ans lors des<br />

Jeux Floraux. Elle préside la « cour<br />

d’amour » de la Santo-Estello (la<br />

Sainte-Estelle), le grand rendezvous<br />

annuel du Félibrige. Cette<br />

année à Arles. Les activités sont<br />

légion. À la mi-octobre, Josyane<br />

Martine-Richard a assisté en<br />

Bigorre à l’inauguration du buste<br />

de la poétesse Philadelphe de<br />

Gerde (1871-1952), auteure d’une<br />

œuvre en langue d’oc. « Chacun<br />

parlait dans sa langue, mais on se<br />

comprenait tous ! ».<br />

Vers une relève gersoise ?<br />

Depuis son village de Bourrouillan,<br />

Josyane Martine-Richard met son<br />

énergie à faire parler du Félibrige,<br />

à recruter. Dans le Gers, la troupe<br />

de compose d’une petite centaine<br />

de personnes (des milliers en<br />

Provence, forcément).<br />

« Mais le substrat gascon est là, il<br />

suffit de l’arroser ». Pour elle, la<br />

pratique effective de la langue<br />

n’est pas une condition sine qua<br />

non.« Bien sûr, il faut s’intéresser<br />

à nos traditions, à leur maintien<br />

sans idée rétrograde. C’est un peu<br />

un acte militant, presque moderne.<br />

Devenir à son tour le maillon<br />

d’une grande chaîne. Les jeunes<br />

que je rencontre n’y sont pas<br />

insensibles ». Sans groupe<br />

folklorique en soutien, alors que<br />

cet élément est souvent décisif<br />

pour développer le mouvement,<br />

Josyane Martine-Richard n’a pas<br />

encore les moyens de créer des<br />

événements.<br />

« J’y travaille, j’ai des rencontres<br />

prévues. Il faut que je parvienne à<br />

fédérer tous ceux qui font vivre<br />

notre langue d’oc. Je pense aux<br />

radios locales (Radio Pais, par<br />

exemple) ou aux programmes de<br />

la télévision régionale. En<br />

Gascogne, le socle est encore<br />

solide. Et le Félibrige peut s’y<br />

appuyer ».<br />

H. L.<br />

Contact :<br />

josyanemartinerichard@gmail.com<br />

Une tradition et des rites bien vivants.<br />

8


Tourisme<br />

Armagnac et D'Artagnan, quel panache !<br />

La fusion des offices d'Eauze, de Nogaro et de Vic-Fezensac a donné<br />

naissance à un outil puissant au service d'un territoire d'exception.<br />

Lupiac, forcément mousquetaire.<br />

C<br />

e n’est pas rien d’œuvrer pour<br />

une entité qui porte les plus<br />

beaux noms de la Gascogne.<br />

Matthieu Dinguidard et Hélène<br />

Nasarre ont cette chance. Depuis le<br />

1er juillet dernier, ils orchestrent le<br />

tout nouvel office de tourisme<br />

(OT) Armagnac & D’Artagnan,<br />

basé à Eauze dans la Maison<br />

Gascogne Armagnac inaugurée fin<br />

novembre. Le directeur et la codirectrice<br />

de la structure, rompus<br />

aux arcanes du tourisme et des<br />

collectivités locales, affichent des<br />

ambitions à la hauteur de l’enjeu :<br />

faire de leur territoire une marque<br />

touristique, la mettre en scène,<br />

accompagner les porteurs de<br />

projet, et « exister » au sein de ce<br />

grand-tout que représente<br />

l'Occitanie. Mais d’abord le<br />

bornage : l’OT Armagnac &<br />

D’Artagnan est issu du<br />

regroupement des offices d’Eauze,<br />

de Vic-Fezensac et de Nogaro,<br />

avec leurs antennes de Lupiac et<br />

de Castelnau d’Auzan.<br />

Tous les accueils maintenus<br />

« Les bureaux ne disparaissent pas,<br />

les personnes sont les mêmes,<br />

préviennent d’emblée Matthieu et<br />

Hélène, ils restent tous ouverts, et<br />

maintiennent cet accueil à la<br />

Gersoise, avec le temps qu’il faut,<br />

si apprécié par les visiteurs. Mais<br />

du point de vue fonctionnel, ils<br />

sont tous gérés par l’entité<br />

nouvelle ».<br />

Porté par trois communautés de<br />

communes, Artagnan (Vic-<br />

Fezensac), Bas-Armagnac<br />

(Caupenne d’Armagnac) et Grand<br />

Armagnac (Eauze), l’OT<br />

Armagnac & D’Artagnan est une<br />

émanation du PETR (Pôle<br />

d’équilibre territorial et rural) Pays<br />

d’Armagnac, présidé par Michel<br />

Gabas, maire d’Eauze. « Il s’agit<br />

du premier territoire touristique du<br />

Gers, explique Matthieu<br />

Dinguidard, il regroupe trois<br />

quarts des sites du patrimoine et de<br />

nombreux événements festifs ».<br />

75 communes concernées<br />

Pour le moment, l’office de<br />

tourisme de la Ténarèze (Condom),<br />

de même que celui de la commune<br />

de Cazaubon (Barbotan), se<br />

tiennent hors de la nouvelle<br />

structure. Mais avec un « terrain de<br />

jeu » qui va de Castelnau d’Auzan<br />

au Nord à Lupiac au Sud, et du<br />

Houga à l’Ouest à Vic-Fezensac à<br />

l’Est, soit 75 communes au total, il<br />

y a largement de quoi faire, « et à<br />

mutualiser, car les atouts<br />

incomparables du territoire ne<br />

doivent pas être concurrents entre<br />

eux ».<br />

Pour donner une idée de la<br />

puissance touristique du nouvel<br />

OT, pas moins de 800<br />

socioprofessionnels (hébergeurs,<br />

hôteliers,<br />

restaurateurs,<br />

organisateurs d’événements…)<br />

sont concernés. Matthieu<br />

Dinguidard et Hélène Nasarre ont<br />

d’ailleurs entamé un cycle de<br />

rencontres pour embarquer les<br />

prestataires dans cette ambition,<br />

« pour qu’ils participent à quelque<br />

chose de plus grand ». La<br />

première rencontre a eu lieu au<br />

domaine de Juglaron, à Eauze.<br />

Vic-Fezensac et son fameux Tempo Latino<br />

9<br />

Vue du côté de Saint-Arailles,<br />

Ils s’y retrouveront en matière de<br />

promotion, de visibilité, et auront<br />

même accès à des services<br />

nouveaux (payants), comme de la<br />

vidéo par drone.<br />

« Outil politique », au sens des<br />

affaires de la cité, l’OT Armagnac<br />

& D’Artagnan a une majorité<br />

d’élus dans son conseil<br />

d’administration, et sa présidente<br />

est Véronique Thieux-Louit, maire<br />

de… Lupiac, ville natale de<br />

D’Artagnan.<br />

Et justement, parmi les<br />

événements-phares de 2023, il y a<br />

ce film sur le fameux<br />

mousquetaire, avec Éva Green,<br />

Romain Duris ou encore Vincent<br />

Cassel, sans oublier le 350e<br />

anniversaire de la mort de<br />

D’Artagnan à Maastricht le 25 juin<br />

1673.<br />

Itinérance douce et gastronomie<br />

Le nouvel OT, avec son nom<br />

empanaché, entend en tirer parti.<br />

Comme il misera, entre autres, sur<br />

les férias et Tempo Latino à Vic-<br />

Fezensac, ou sur Street-Art-<br />

Magnac. Tout en gérant en direct<br />

le Vélorail à succès de Nogaro, le<br />

gîte pèlerin à Eauze.<br />

L’itinérance douce (ouverture en<br />

2023 de trois nouvelles boucles sur<br />

le GR Pays d’Armagnac), le<br />

spiritourisme, de l’événementiel<br />

lié à la marque, le dialogue avec<br />

les Landes et le Lot-et-Garonne,<br />

sont aussi au menu du nouvel OT<br />

et de ses équipes enthousiastes.<br />

Avec en toile de fond, forcément,<br />

la défense et l’illustration des<br />

valeurs du Sud-Ouest, gastronomie<br />

en tête.


Rencontre<br />

Ève de Castro : « Mon cœur est ici »<br />

L'écrivain à succès, auteur récent de L'Autre Molière,<br />

s'enracine dans le Gers et y puise harmonie et énergie vitale.<br />

Romancière, historienne et scénariste, Ève de Castro est aussi une vraie Gersoise.<br />

S<br />

on joli nom pourrait être celui<br />

d’une héroïne de roman. Un<br />

prénom qui caresse et un<br />

patronyme brise-fer.<br />

Mais ce nom est d’abord celui<br />

d’une femme de lettres, doublée<br />

d’une scénariste. Avec quinze<br />

livres en trois décennies, auréolée<br />

de cinq prix littéraires, Ève de<br />

Castro est notamment connue pour<br />

ses fresques historiques puisant<br />

volontiers dans le XVIIe siècle.<br />

Son dernier ouvrage, L'Autre<br />

Molière, est paru en janvier 2022,<br />

Il y a 10 ans, son Roi des Ombres<br />

donnait à voir la face cachée de<br />

Versailles et de son Soleil moins<br />

reluisant que prévu. Un succès à la<br />

fois critique et public. Le roman<br />

d’une « conteuse née », a-t-on pu<br />

dire.<br />

Fille de Maurice Cazeneuve<br />

Justement, revenons au début de<br />

l’histoire d’Ève de Castro. Pas à sa<br />

naissance à Neuilly-sur-Seine au<br />

début des années 60, mais à son<br />

père, Maurice Cazeneuve (1923-<br />

2016) figure de la télévision<br />

française, à la fois scénariste,<br />

metteur en scène, patron de chaîne<br />

et même de l’ORTF entre 1<strong>96</strong>8 et<br />

1971. Né d'une mère couturière à<br />

Lectoure, dans l'ancienne maison<br />

du cordonnier-Chausseur Sentat,<br />

Maurice Cazeneuve s’était juré<br />

d’acquérir la belle propriété du<br />

Couloumié, là où sa mère allait<br />

naguère vendre des robes. En<br />

1974, en hommage à sa Gascogne<br />

natale et à cette mère vénérée, il<br />

avait réalisé Entre toutes les<br />

femmes, un téléfilm de 3 h auquel<br />

avaient collaboré des Gersois. Une<br />

fresque, déjà…<br />

« Là, une beauté nourricière »<br />

Ève de Castro n’a jamais oublié la<br />

Lomagne, même si ses recherches<br />

et les exigences du milieu littéraire<br />

la retenaient le plus souvent à<br />

Paris. Depuis peu, après avoir eu<br />

quelque temps une maison du côté<br />

de Saint-Avit-Frandat, elle a planté<br />

un drapeau sur une ancienne toursalle<br />

du XVe siècle, remodelée au<br />

XVIIIe siècle, dotée d’une vue<br />

époustouflante sur la vallée du<br />

Gers et sur Lectoure. Belle<br />

demeure mais pas prétentieuse.<br />

« Mon cœur est ici, assure Ève de<br />

Castro en embrassant la campagne<br />

de ses yeux, enfant je passais<br />

toutes mes vacances dans le Gers.<br />

Et puis il y a cette lumière, cette<br />

beauté nourricière. Au fond, j’ai<br />

toujours su qu’un jour, quelque<br />

part, il y aurait une maison pour<br />

moi ici. Tout a conspiré, je crois, à<br />

me ramener ici ! ».<br />

10<br />

Ève de Castro voulait cette maison<br />

et pas une autre, elle a même<br />

bataillé pour l'obtenir, assurant aux<br />

précédents propriétaires qu’elle<br />

prendrait soin de la bâtisse comme<br />

d'elle-même. En outre, en tant<br />

qu’historienne, la maison serait<br />

entre des mains regardantes et<br />

respectueuses. Ève de Castro a su<br />

se rendre convaincante.<br />

Retour aux sources<br />

« Et ce n’est qu’après que j’ai<br />

appris que mon père avait eu des<br />

visées sur cette maison, avant de se<br />

rabattre sur le Couloumié ! ». Un<br />

retour aux sources, gravats et<br />

travaux compris, pour cette<br />

épicurienne proclamée, bonne<br />

vivante, tout à fait à l’unisson des<br />

valeurs et vibrations de la<br />

Gascogne. « Je ne vis que des<br />

choses qui me passionnent »,<br />

résume t-elle.<br />

Une forme d’hommage à son père,<br />

même si ce dernier - bien de son<br />

époque - voyait d’abord les<br />

femmes comme épouses et mères.<br />

Sa fille Ève, mariée et mère de<br />

trois enfants, s’est fait une place de<br />

choix en littérature.<br />

On ne parle pas de roman<br />

historique, mais bien de « remise<br />

en scène littéraire » de morceaux<br />

du passé. « Moi, j’emmène les<br />

lecteurs en voyage après y être<br />

moi-même allée ». Avec tout ce<br />

que cela induit de travail, de<br />

documentation, de souci du détail.<br />

Son Roi des Ombres, qui<br />

s’attachait à des questions de<br />

santé, n’a-t-il pas reçu en 2013 le<br />

grand prix littéraire de l’Académie<br />

de Pharmacie ?<br />

Pour l’instant, Ève de Castro se<br />

partage encore entre Paris et le<br />

Gers, mais son intention de<br />

devenir <strong>Gascon</strong>ne à temps plein,<br />

ou presque, est posée. Welcome !<br />

H. L.


Château Arton élève l'armagnac<br />

Viticulture<br />

La deuxième génération de la famille Montal, propriétaire du domaine<br />

d'Arton, dans le Haut-Armagnac, affiche ses ambitions.<br />

Jean et Lili de Montal, et Fabrice Saramon<br />

J<br />

ean et Lili de Montal sont les<br />

nouveaux visages de Château<br />

Arton. Jean est le fils de<br />

Patrick qui, avec son épouse<br />

Victoire, est revenu au début des<br />

années 1980 sur les terres<br />

gasconnes de sa famille pour créer<br />

un domaine viticole ex nihilo ou<br />

quasiment, Arton. Nous sommes<br />

près de Lectoure, au nord du Gers,<br />

dans la zone d’appellation Haut-<br />

Armagnac, jadis renommée, puis<br />

longtemps oubliée en raison des<br />

ravages du phylloxéra.<br />

Une eau-de-vie moderne<br />

Homme de terroir, visionnaire<br />

aussi, Patrick de Montal a porté<br />

Arton aussi haut que possible, avec<br />

l’appui de l'oenologue Fabrice<br />

Saramon, présent au domaine<br />

depuis 20 ans. Son projet de vin<br />

(150 000 bouteilles/an) était<br />

inséparable de son projet<br />

d’armagnac. Et c’est cet héritage<br />

que son fils, sa belle-fille, et<br />

Fabrice devenu partenaire associé,<br />

entendent aujourd’hui faire<br />

prospérer, en approfondissant les<br />

intuitions du patriarche.<br />

Comme Patrick, Jean et Lili de<br />

Montal, sont convaincus du<br />

caractère « résolument moderne »<br />

de l’armagnac. Tout à fait à<br />

rebours de l’image empoussiérée<br />

de « la plus vieille eau-de-vie de<br />

France ». Moderne, « parce que<br />

c’est un spiritueux vivant qui se<br />

nourrit de tous les progrès qui ont<br />

cours en vini-viticulture.<br />

C’est au niveau de la culture du<br />

sol et de la vigne que les avancées<br />

sont les plus spectaculaires.<br />

On intervient sur le vivant à coups<br />

d’innovation et de recherche.<br />

L’armagnac est moderne, car il<br />

bénéficie de cet incroyable savoirfaire<br />

».<br />

Lili, attachée à plein temps au<br />

domaine, pointe le projet de<br />

conversion totale des 42 hectares<br />

de Château Arton en biodynamie,<br />

la nécessaire transition<br />

agroécologique (5 hectares plantés<br />

en permaculture, rangs enherbés,<br />

900 arbres et arbustes sur les<br />

noues…). « La vie doit reprendre<br />

ses droits, le terroir doit se<br />

retrouver et s’exacerber ».<br />

Déconstruire les idées-reçues<br />

Jean de Montal n’était pas le plus<br />

mal placé pour creuser la question<br />

de la « durabilité ». Ses études,<br />

comme son passage chez Suez<br />

Environnement (sols, déchets, eau),<br />

l’ont rendu apte à prendre des<br />

décisions fortes à Arton, fondées<br />

sur une vision scientifique et<br />

organisée. Les 3/4 des<br />

investissements levés par Jean et<br />

Lili concernent en toute logique<br />

l’outil de production.<br />

La deuxième génération Montal<br />

met donc le paquet, mais de<br />

manière raisonnée. D’origine<br />

chinoise, longtemps parisienne et<br />

dotée d’une belle expérience dans<br />

le marketing et le luxe, Lili de<br />

Montal œuvre pour la valorisation<br />

de l’armagnac.<br />

« Singulariser l’armagnac,<br />

expliquer sa différence avec le<br />

cognac, et surtout pointer la<br />

singularité du vin dont il<br />

provient ». Dans la zone<br />

d’appellation, il y a autant<br />

d’armagnacs que de producteurs. «<br />

Chacun son style, comme pour les<br />

maisons de couture, tant que c’est<br />

de l’armagnac ! »<br />

Au passage, tordre quelques idées<br />

reçues aussi, ce qui n'a jamais été<br />

un problème à Arton. N'est-ce pas<br />

en 1985 que Patrick de Montal a<br />

décidé de créer sa Fine Blanche®,<br />

une eau-de-vie pure, non vieillie en<br />

en barrique, un armagnac blanc en<br />

11<br />

Patrick et Victoire de Montal<br />

somme, qui aura l’honneur de<br />

devenir une AOC en 2005, la<br />

Blanche Armagnac.<br />

Croire, par exemple, que plus un<br />

armagnac est ancien, meilleur il<br />

est. « Il faut déconstruire ça,<br />

soutient Lili de Montal sans quoi<br />

on reste dans la culture du brandy,<br />

du cognac, du whisky. D’ailleurs,<br />

l’existence même des millésimes<br />

réfute cette idée.».<br />

À Château Arton, on veut<br />

raisonner autrement. Les prix<br />

seront désormais corrélés à la<br />

qualité, et non plus du tout à l’âge.<br />

« C’est révolutionnaire, nous<br />

sommes convaincus que c’est la<br />

seule manière de révéler<br />

l’armagnac ».<br />

Domaine viticole, Arton est aussi<br />

un « château créateur ». Il le prouve<br />

encore les 3 et 4 décembre lors de<br />

la 19e édition des Journées<br />

portes ouvertes, en accueillant des<br />

artisans, créateurs, producteurs<br />

d’épicerie fine.<br />

Un engagement écologique très fort.<br />

Domaine d’Arton<br />

32700 Lectoure<br />

Visites sur réservation<br />

www.arton.fr<br />

du mardi au samedi<br />

9h-13h et 14h-18h<br />

Tél : 06 95 90 26 16<br />

ou 05 62 68 84 33


Inauguration<br />

Les vins de Gascogne font bloc<br />

Après bien des atermoiements, les différentes filières des vins<br />

ont leur maison commune à Eauze, en pays d'Armagnac.<br />

Aucune vente n’est prévue sur le<br />

site. Peut-être pas l'idée du siècle,<br />

mais bon.<br />

Ils ont tous filé la métaphore :<br />

vitrine, porte d’entrée du<br />

vignoble gersois, phare ouest de<br />

l’Occitanie, temple de la<br />

viticulture, bastion des résistances<br />

viticoles, port de la réussite…<br />

En ce 9 novembre 2022 à Eauze,<br />

lors de l’inauguration de la Maison<br />

Gascogne Armagnac, le mot juste<br />

était « historique » , rien de moins.<br />

35 ans, en effet, que les acteurs du<br />

monde viticole gersois disaient<br />

rêver d'une « maison commune ».<br />

Pas tous avec la même intensité, ni<br />

les mêmes nuits visiblement<br />

Une grande figure de l'identité gasconne.<br />

La maison Gascogne Armagnac regroupe désormais toute la famille viticole gersoise.<br />

Obstination et solidarité<br />

Et puis un beau jour de 2019, les<br />

planètes se sont alignées et un<br />

homme, habitué « en bon paysan »<br />

à scruter le ciel, a remobilisé la<br />

filière autour de ce projet de<br />

maison commune : Patrick Farbos,<br />

alors président du Bureau national<br />

interprofessionnel de l’armagnac<br />

(BNIA). « Homme de solidarité »,<br />

comme l’a qualifié Carole Delga,<br />

la présidente de la Région<br />

Occitanie venue en personne à<br />

l’inauguration, Patrick Farbos<br />

n’était pas peu fier de cet<br />

aboutissement. De même que<br />

Michel Gabas, maire d’Eauze,<br />

soutien de toujours.<br />

Ladite maison, sortie de terre il y a<br />

peu, est située à la sortie de la ville<br />

d’Eauze sur la route de Nogaro.<br />

On remarque surtout ses grandes<br />

structures métalliques percées aux<br />

« couleurs » de la filière; orange,<br />

jaune et rouge.<br />

Elle regroupe donc les états-majors<br />

des filières floc, armagnac et côtes<br />

de gascogne, plus d’autres<br />

structures, tel le PETR Pays<br />

d'Armagnac, ou encore les<br />

vignerons indépendants, la<br />

restructuration du vignoble. Voilà<br />

pour la partie « bureaux ».<br />

Car la Maison Gascogne<br />

Armagnac a aussi une vocation<br />

« grand public ». Son rôle est de<br />

développer l’œnotourisme et le<br />

spiritourisme. Le hall d’accueil est<br />

joliment conçu, avec au sol une<br />

carte interactive de la Gascogne<br />

viticole sur laquelle on est tenté de<br />

marcher sur la pointe des pieds,<br />

des panneaux illustré, un bar de<br />

dégustation.<br />

Il aura tout de même fallu réunir<br />

plus de 2 millions d'euros, dont<br />

50% d'argent public (425.000€ de<br />

la Région par exemple, 200.000€<br />

de la ville d'Eauze).<br />

Des chiffres et... deux lettres !<br />

Un incident, qui en des lieux<br />

moins gascons aurait pu être<br />

fâcheux, a été l’occasion au<br />

contraire d’un fou rire général : en<br />

tirant sur le tissu censé révéler le<br />

nom de l’édifice, Carole Delga a<br />

fait tomber deux lettres mal fixées,<br />

les deux premiers A. « Toute<br />

l’énergie de l’Occitanie !» , s'estelle<br />

excusée. Les 300 personnes<br />

venues célébrer ce moment<br />

historique lui ont vite pardonné.<br />

H.L.<br />

Carole Delga au moment du dévoilement.<br />

À la sortie d'Eauze vers Nogaro.<br />

12


Parcours<br />

S<br />

Il n'y a pas d'âge pour bosser à McDo<br />

La chaîne de restauration rapide recrute en permanence et accueille<br />

des profils variés, voire inattendus.<br />

ur le papier, Jean-Claude<br />

Lestage devrait être horscircuit<br />

: 62 ans, souffrant d'un<br />

handicap qui a figé sa jambe<br />

droite, Jean-Claude n’a pas les<br />

atouts supposés d’un salarié<br />

ordinaire, c’est-à-dire jeune, alerte<br />

et éventuellement corvéable. Au<br />

vrai, c’est tout le contraire. Non<br />

seulement Jean-Claude est<br />

(encore) dans le circuit, mais il<br />

travaille dans… la restauration<br />

rapide, un univers pas vraiment<br />

connu pour ses temps morts.<br />

Entre cuisine et salle<br />

C’est au McDo d’Auch, le<br />

nouveau à proximité du Leclerc,<br />

qu’on le retrouve un matin en<br />

tenue « de combat » dûment siglée,<br />

pantalon noir, tee-shirt noir,<br />

chaussures de sécurité et filet de<br />

protection pour les cheveux, même<br />

s’il n’en a plus. « Ici, j’alterne<br />

entre la cuisine et la salle, explique<br />

Jean-Claude, en cuisine je surveille<br />

la cuisson des poulets et j’alimente<br />

les plateaux. En salle, j’accueille<br />

les clients, je remets de l’ordre<br />

dans le tri des déchets recyclables,<br />

je participe au nettoyage des places<br />

entre deux clients ».<br />

À le voir penché sur les bains de<br />

friture, le geste assuré, à l’aise<br />

malgré l’étroitesse des lieux et la<br />

noria des équipiers qui le frôlent à<br />

bonne vitesse, on ne voit plus trop<br />

le senior ni très clairement la<br />

« situation » de handicap. Jean-<br />

Claude fait partie de l’orchestre<br />

McDo, il a son rôle, millimétré<br />

comme celui de chacun de ses<br />

(jeunes) collègues, avec ce qu’il<br />

faut de procédures, de règles<br />

d’hygiène drastiques, et de<br />

rythmique, restauration rapide<br />

oblige.<br />

Un poste adapté<br />

Il a juste fallu faire preuve<br />

d’adaptation, dans un sens comme<br />

dans l’autre. « Le poste de Jean-<br />

Claude est aménagé, détaille<br />

Magalie Ciria-Roca, responsable<br />

RH, il prend en compte ses<br />

possibilités physiques, le temps de<br />

station debout, le port de charges ».<br />

S’il ne travaille plus, à sa<br />

La soixantaine passée, Jean-Claude Lesage est équipier au nouveau McDo d'Auch.<br />

demande, que 14 h par semaine,<br />

soit un CDI à temps partiel de 60 h<br />

par mois, il était encore à 28<br />

h/semaine il y a encore quelques<br />

mois à l’autre magasin près du<br />

cinéma d’Auch. « Cela me plaît,<br />

c’est un complément appréciable.<br />

Et aussi une façon pour moi de<br />

rester au contact avec la vie, la<br />

jeunesse, le bruit ».<br />

McDo étant l’un de plus gros<br />

employeurs de jeunes en France<br />

(moyenne d’âge d’embauche : 22<br />

ans), les Jean-Claude ne sont pas<br />

légion. Dans ce nouvel<br />

établissement, il est le seul sur 30<br />

ETP (équivalents temps plein).<br />

« Ils seront plus nombreux à<br />

l’avenir, prédit Franck Boutaric, le<br />

franchisé des deux MacDo d’Auch<br />

(1000 repas/jour) et de celui de<br />

L’Isle-Jourdain, on est dans un<br />

pays où le taux d’emploi au-delà<br />

des 60 ans est faible, et où la<br />

nécessité de revenus d’appoint est<br />

parfois cruciale. Et puis on<br />

embauche sans prérequis ».<br />

Ancien dessinateur industriel<br />

D’où des castings improbables en<br />

cuisine, un charpentier entre deux<br />

14<br />

formations, un maçon en<br />

reconversion…. Jean-Claude, lui, a<br />

été longtemps dessinateur<br />

industriel, avant de connaître le<br />

chômage puis assez vite l’intérim,<br />

manutention, emballage, ce qui lui<br />

plaisait bien, « parce que c’était<br />

varié ». Le contact avec McDo<br />

s’est fait par l’intermédiaire d’une<br />

information collective au CAP<br />

Emploi, organisme de placement<br />

spécialisé qui accompagne vers<br />

l’emploi des personnes<br />

handicapées. C’était il y a plus de<br />

dix ans.<br />

« Au début je ne passais pas<br />

inaperçu au milieu de cette ruche<br />

de jeunes gens survoltés, mais<br />

assez vite on m’a respecté.<br />

Aujourd’hui, il m’arrive même de<br />

donner des conseils aux<br />

nouveaux ». Employer des gens<br />

d’âge mûr, handicapés ou non, a<br />

des avantages, au-delà même<br />

d’éventuelles aides de l’État.<br />

« Jean-Claude, résume Magalie<br />

Ciria-Roca, elle-même ancienne<br />

équipière polyvalente, c’est le<br />

calme et la sagesse, la fidélité<br />

aussi ».<br />

H. L.


C<br />

HDM : la cave et la cuvée solidaire<br />

La coopérative viticole de Nogaro épaule depuis des années<br />

l’ONG Sahel-Gascogne, qui œuvre au Mali.<br />

<br />

Patrick Farbos, président de HDM, Patrick Robert et Agnès Bernard, président et viceprésidente<br />

de l'ONG Sahel-Gascogne, et Pierre Daniel, directeur général de HDM.<br />

est une tradition solidement<br />

établie entre HDM et l’ONG<br />

Sahel-Gascogne. Pas loin<br />

d’une décennie. Chaque année, la<br />

cave coopérative de Nogaro remet<br />

un chèque à l’association<br />

humanitaire engagée au Mali, en<br />

pays dogon. Une fidélité<br />

exemplaire à l’heure où d’autres<br />

terrains, comme l’Ukraine,<br />

drainent la majorité des fonds<br />

récoltés à titre caritatif.<br />

Le principe de ce partenariat est<br />

simple : 1 € de plus pour une<br />

cuvée spéciale, soit 1 € qui part<br />

directement dans le budget de<br />

l’ONG, et donc sur le terrain au<br />

Mali.<br />

100% des fonds sur le terrain<br />

Comme aime à le répéter Patrick<br />

Robert, le président de Sahel-<br />

Gascogne, par ailleurs gérant d’un<br />

camping à la ferme du côté de<br />

Marciac, « 100 % des fonds<br />

récoltés atterrissent au Mali. Notre<br />

association est portée par des<br />

bénévoles qui payent leurs frais de<br />

séjour, il n’y a quasiment aucuns<br />

frais de structure ». Cette année, la<br />

cuvée « humanitaire » de HDM se<br />

monte à 800 €.<br />

« On continue, dit Patrick Farbos,<br />

président de la coopérative de<br />

Nogaro, c’est un engagement de<br />

long terme, même en période de<br />

crise. Les chiffres sont moindres<br />

qu’autrefois certes, mais on prend<br />

notre part aux infortunes des<br />

autres. Une solidarité entre deux<br />

mondes agricoles ».<br />

L'adduction d'eau, une urgence<br />

Au Mali, l’activité caritative de<br />

Sahel-Gascogne se concentre en<br />

pays dogon, dans la région centreouest<br />

du pays, soit quelque 300<br />

000 personnes qui vivent de<br />

l’agriculture et de l’élevage. Bordé<br />

au sud par le Burkina Faso, il est<br />

situé à 800 km de Bamako, la<br />

capitale. La question de l’eau y est<br />

cruciale. Les derniers projets<br />

réalisés, ou encore en cours<br />

concernent de l’adduction d’eau.<br />

Très concrètement : des cuves, des<br />

tranchées… On casse des cailloux,<br />

on maçonne, on installe les bornes,<br />

les panneaux. Puis tout s’arrête<br />

lors des fortes pluies. Et on repart.<br />

Premiers essais, et enfin l’eau<br />

coule. Là, c’était à Iréli. Après il y<br />

a eu Amani.<br />

15<br />

Développement<br />

Maintenant Sahel-Gascogne porte<br />

le projet d’adduction d’eau à<br />

Yahyé. L’ONG dispose de deux<br />

permanents sur place, et embarque<br />

à chaque fois entre 30 et 40<br />

personnes du cru pour réaliser les<br />

travaux. Elle forme aussi les futurs<br />

responsables de ces infrastructures,<br />

auxquelles il faut ajouter un projet<br />

de ferme apicole. L’objectif de<br />

l’association est d’aider les<br />

paysans du pays dogon à mieux<br />

vivre chez eux. « Un moyen aussi<br />

de freiner l’exode rural, qui<br />

alimente parfois, pour les plus<br />

désœuvrés, des milices armées qui<br />

entretiennent l’insécurité au<br />

Mali ».<br />

Des conditions difficiles<br />

La situation géopolitique reste très<br />

tendue. « Tout cela complique<br />

notre travail, se désole Patrick<br />

Robert, sans compter les risques<br />

pris par nos équipes sur place, à la<br />

merci de bandes armées<br />

informelles ». Pour l’heure, c’est la<br />

prudence qui guide la stratégie de<br />

Sahel-Gascogne. Dans ces<br />

conditions contraires, toute aide<br />

financière est encore plus décisive.<br />

Elle passe aussi, très simplement,<br />

par une adhésion à l’association.<br />

Pour le reste, l’ONG sait pouvoir<br />

compter sur la fidélité de HDM et<br />

sur son traditionnel vide-grenier<br />

lors du festival Jazz In Marciac.<br />

Contact : vsgong@yahoo.fr<br />

Tout change au village quand l'eau arrive.


Agriculture<br />

L<br />

Cette race rustique à la production confidentielle<br />

attire de nouveaux éleveurs, parfois sans racines paysannes.<br />

<br />

De Sciences-Po à éleveuse de cochons.<br />

histoire de Noémie Calais,<br />

paysanne près de Montégut,<br />

n’est pas tout à fait banale.<br />

Voilà une diplômée de Sciences<br />

Po, passée par l’international, et<br />

qui se reconvertit un beau jour<br />

dans l’agriculture, au cœur du<br />

Gers, pour élever des porcs noirs<br />

certifiés bio. Avec Clément Osé,<br />

elle a raconté son expérience dans<br />

Plutôt Nourrir, chez Tanat<br />

éditions. Depuis la sortie de ce<br />

livre fin septembre dernier,<br />

Noémie Calais a été reçue par<br />

plusieurs médias, jusqu’à France<br />

Culture, forcément intéressés par<br />

le profil d’une agricultrice « néorurale<br />

» à la tête bien remplie.<br />

Joie... et combats<br />

L’ouvrage est intéressant, il<br />

questionne la consommation de<br />

viande, la mort de l’animal, le rôle<br />

de l’élevage. Il pointe aussi<br />

l’effarante pression des normes qui<br />

tend à étouffer les élevages<br />

rustiques, sinon toutes les<br />

alternatives paysannes.<br />

Il y a certes de la joie dans Plutôt<br />

Nourrir, mais aussi beaucoup de<br />

combats. Non, vouloir produire de<br />

bonnes choses sainement dans un<br />

cadre bucolique, avec ses voisins<br />

comme premiers et fidèles clients,<br />

n’est pas une partie de plaisir. Ni<br />

dans le Gers, ni ailleurs. Noémie<br />

fait naître ses porcs à la ferme, elle<br />

les élève, puis les conduit à<br />

l’abattoir, avant de récupérer les<br />

carcasses qu’elle découpe, prépare<br />

et transforme à Seissan, à la<br />

CUMA.<br />

Partie avec 60 porcs à<br />

l’engraissement, Noémie Calais<br />

n’en a plus que 15 aujourd’hui, à<br />

Un gros faible pour le porc noir<br />

la fois pour des raisons<br />

économiques et personnelles. Son<br />

aventure se poursuit dans le cadre<br />

du Collectif des Arbolèts, qui<br />

réunit quatre fermes bio.<br />

Vouloir faire du porc noir est une<br />

idée audacieuse. Rien à voir avec<br />

le porc rose, « star bodybuildée des<br />

boucheries et des supermarchés » :<br />

deux fois moins de porcelets par<br />

portée, deux fois plus de temps<br />

pour atteindre la taille adulte, une<br />

nourriture en grains bio deux ou<br />

trois plus cher et in fine, selon<br />

Noémie Calais, des « coûts de<br />

production dix fois plus élevés ».<br />

Si le porc noir est sociable et<br />

joueur, et si ses oreilles en forme<br />

de béret sur le front le rendent<br />

craquant, c’est bien sa viande<br />

rouge finement persillée (en AOP<br />

depuis 2017) qui est prisée.<br />

Noir gascon ou de Bigorre, c'est selon.<br />

Et aussi le fait que cet animal est<br />

un rescapé. Il a failli disparaître il y<br />

a 30 ans sur l’autel des critères de<br />

rentabilité exigée par l’industrie.<br />

Techniquement, la race est celle du<br />

porc noir gascon, mais quand<br />

l’animal est élevé sur la zone<br />

d’appellation correspondant à la<br />

Bigorre, on parle de porc noir de<br />

Bigorre.<br />

D'Air-France aux collines du Gers<br />

Le « cas » de Noémie Calais n’est<br />

pas si isolé que ça. L’histoire de<br />

Pascal Lesage, ancien chef de<br />

cabine à Air France qui a atterri<br />

dans les collines gersoises pour y<br />

devenir éleveur de porcs noirs bio,<br />

a eu son succès. Elle s’écrit à<br />

Castelnau-Barbarens, là où son<br />

épouse avait d’abord développé la<br />

16<br />

Reconversion acrobatique sur terre.<br />

culture de safran. Naisseurengraisseur<br />

et transformateur,<br />

Pascal Lesage ne regrette son<br />

ancienne vie, même s’il ne<br />

parvient pas encore à vivre des<br />

produits de sa ferme de la<br />

Mousquère.<br />

Se dégager un salaire , dur, dur<br />

« On n’est pas exigeant, on est<br />

deux et on voudrait juste pouvoir<br />

se dégager un seul salaire pour<br />

commencer ! ». Il trime (parfois<br />

48h en trois jours), sombre parfois<br />

sous des aberrations<br />

administratives, enrage, lui le petit<br />

artisan, d’être traité comme un<br />

industriel, voudrait produire<br />

davantage, « parce que la demande<br />

est là », mais il ne le peut pas.<br />

« Sans les retours positifs des<br />

clients, on aurait jeté l’éponge il y<br />

a longtemps ». Aujourd’hui, il<br />

« fait » 60 porcs à l’année, et s’est<br />

résolu, cet été, à embarquer une<br />

partie de ses produits, burger ou<br />

saucisson de porc noir, dans un<br />

food-truck. Au début de l’année,<br />

inflation oblige, il devra augmenter<br />

ses prix. « Mais j’ai confiance, la<br />

clientèle sait notre façon de<br />

travailler ». On peut le croiser aux<br />

marchés de L’Isle-Jourdain,<br />

Gimont, ou de Simorre,<br />

H. L.


Joÿ, côté cave et côté vigne<br />

Succès<br />

L<br />

es quelque 700 références de<br />

vins, armagnacs, spiritueux ou<br />

bières font de Vins Chez Moi<br />

une cave aux trésors. Et on ne<br />

compte pas les cafés, thés, jus de<br />

fruits, sauces, pâtes même (made<br />

in Gers en plus !), crème de<br />

marrons et autres douceurs<br />

sucrées. C’est Kevin Gessler, fils<br />

d’Olivier, petit-fils d’André, et<br />

frère de Vanessa, qui gère.<br />

Il a puisé chez les siens une<br />

expertise qui fait merveille dans<br />

les sélections de nectars qu’il<br />

propose, tous terroirs confondus,<br />

pas seulement en France. Et ce en<br />

fonction des saisons. Gaillac,<br />

Pacherenc, Saint-Pourçain, Jura,<br />

vins du Luxembourg…<br />

Une bonne adresse pour les fêtes<br />

En spiritueux, le choix est original,<br />

en particulier l’assortiment de gin.<br />

On remarquera aussi, pour revenir<br />

dans le Gers, les liqueurs<br />

artisanales de la maison Aurian de<br />

Condom.<br />

Cave Vins Chez Moi<br />

Près de 700 références chez Vins Chez Moi, vins et spiritueux entre autres..<br />

Vins Chez Moi met naturellement<br />

en valeur les vins du Domaine<br />

familial de Joÿ, situé à Panjas. Et<br />

pour les fêtes de fin d’année, en<br />

plus du champagne, la cave<br />

propose un vaste choix de bières<br />

en bouteilles, mais aussi la<br />

location de tireuses à bière.<br />

Réservez vite !<br />

Vins Chez Moi<br />

2, avenue de Daniate<br />

32110 Nogaro<br />

Tél. : 05 62 08 46 36<br />

distribution@domaine-joy.com<br />

Ouvert du mardi au samedi<br />

de 9h30 à 12h30<br />

et de 15 h à 19 h.<br />

Domaine de Joÿ, une histoire de famille<br />

Sur quatre générations, et ça continue !<br />

Avec ses 180 hectares dans le<br />

terroir des Côtes-de-Gascogne et<br />

du Bas Armagnac, les cépages<br />

typiques tels le Colombard, l’Ugni<br />

Blanc ou le Gros Manseng, le<br />

Domaine de Joÿ domine son sujet.<br />

La 4e génération de la famille<br />

Gessler, incarnée Vanessa et<br />

Kévin, poursuit brillamment une<br />

histoire qui a débuté en 1927 avec<br />

l’ancêtre Paul, arrivé en Gascogne<br />

depuis sa Suisse natale.<br />

Certification HVE (haute valeur<br />

environnementale) depuis 2019,<br />

conversion bio de certaines<br />

parcelles, médailles gagnées au<br />

dernier Concours général agricole,<br />

ambition (et réussite) esthétique<br />

pour les flacons et les étiquettes,<br />

accueil moderne au domaine et<br />

bientôt un chai pour abriter les<br />

armagnacs de la maison. La<br />

distillation des armagnacs est faite<br />

sur le domaine. Un alambic<br />

traditionnel est utilisé. L'armagnac<br />

est ensuite vieilli dans des fûts de<br />

chêne de la région.<br />

La famille Gessler a l’esprit<br />

d’entreprise. Blancs secs, blancs<br />

demi-sec, moelleux, vins rouges et<br />

rosés, pétillants, floc et armagnac.<br />

La gamme de Joÿ est complète.<br />

Domaine de Joÿ<br />

Lieu dit A Joÿ. D33 - 3110 Panjas.<br />

Tél. : 05 62 09 03 20.<br />

www.domaine-joy.com<br />

info@domaine-joy.com<br />

Accueil à la boutique avec<br />

dégustation : toute l’année du<br />

lundi au vendredi (sauf jour férié<br />

et dimanche).<br />

Visite des chais sur RDV.<br />

Entre autres bonnes bouteilles...<br />

À un Moment Donné, armagnac<br />

10 ans d’âge, 100 % folle blanche,<br />

nez de fruit très vanille.<br />

L’Envie, Côtes de Gascogne,<br />

blanc sec, colombard, gros<br />

manseng, ugni blanc. Un vin de<br />

gastronomie, à déguster sur des<br />

poissons grillés.<br />

Floc de Gascogne, robe jaune<br />

pâle, nez subtil, notes fruitées<br />

(ananas, abricot). Seul en apéritif<br />

ou en dessert avec une croustade.<br />

17


Art<br />

J.-P. Magnoac : drôle de Trame<br />

Les oeuvres de ce sculpteur gersois sont habitées par la lumière.<br />

Il a même découvert un matériau pour la sublimer.<br />

Sculpteur depuis une quarantaine d'années, Jean-Patrick Magnoac est un artiste rare.<br />

N<br />

é en Provence d’une famille<br />

aux racines gersoises, Jean-<br />

Patrick Magnoac s'est fixé à<br />

Samatan il y a 25 ans, à deux<br />

pas de la maison de sa grandmère<br />

où il passait ses étés.<br />

Il y construit depuis lors une<br />

œuvre singulière et puissante, qui<br />

en fait un artiste recherché. Il<br />

expose ses œuvres en Gascogne et<br />

bien au-delà. Rétif à la mise en<br />

scène de soi sur les réseaux<br />

sociaux, il cultive une certaine<br />

discrétion, tout en se révélant<br />

volubile dès qu’il s’agit de parler<br />

de son art. « Je préfère rester en<br />

retrait, c’est mon équilibre », dit-il.<br />

Tout commence par un livre<br />

d'histoire de l'art offert à<br />

l'adolescence.<br />

Une dimension spirituelle<br />

« Une révélation ! C’était en moi<br />

depuis longtemps même si j’ai été<br />

élevé dans un milieu rural qui ne<br />

privilégiait pas ces choses-là.<br />

J’ai commencé par travailler le<br />

bois et la pierre dans l’art figuratif.<br />

Cela m’a permis de développer<br />

une philosophie de mon sens<br />

artistique, c’est ce qui m’a donné<br />

envie de créer un objet, une forme,<br />

une idée. Mon travail d’artiste a<br />

une dimension spirituelle et l’art<br />

est mon mode d’expression »Il voit<br />

les artistes comme vivant dans des<br />

petits mondes, explorant la forme,<br />

la couleur, le matériau, en toute<br />

liberté, sans se laisser enfermer<br />

dans un modèle unique. Jean-<br />

Patrick a besoin d’un souffle, d’une<br />

inspiration. À chaque fois il crée<br />

un nouveau monde, une<br />

philosophie universelle :<br />

Commandes publiques<br />

« Il faut aller vers autre chose,<br />

comme une plante qui n’a plus<br />

d’eau et doit s’adapter ». L’artiste<br />

crée de l’énergie et de la beauté : «<br />

Je suis constamment à la recherche<br />

de l’équilibre dans mes œuvres<br />

sculpturales. Le travail de l’artiste<br />

est essentiel, il apporte quelque<br />

chose à la société ».<br />

Passé par l'école des tailleurs de<br />

pierres de Bordeaux, il a réalisé<br />

plusieurs commandes publiques<br />

régionales, notamment pour la gare<br />

routière de Toulouse, le conseil<br />

général du Gers, et plusieurs villes<br />

gersoises. En 2008, il participe à<br />

Chicago à la construction d'une<br />

chapelle romane.<br />

Jean-Patrick est passionné par le<br />

Bauhaus, mouvement artistique<br />

allemand d’avant-guerre. « Une<br />

source d'inspiration qui me<br />

bouleverse. Je me sens comme un<br />

bâtisseur, mon travail repose sur<br />

l’équilibre, l’ancrage, la puissance<br />

dans l’espace ».<br />

À la recherche d’un matériau pour<br />

reproduire ses dessins dans<br />

l’espace, il a découvert un médium,<br />

une toile tissée utilisée en<br />

architecture, qu’il nomme la<br />

Trame, symbole du fil dans<br />

l’espace qu’il détourne pour créer<br />

du graphisme et des volumes : « Je<br />

l’ai appelé la Trame : métaphore de<br />

ces fils invisibles qui nous relient<br />

tous ».<br />

Un Passage de 6 m de haut<br />

Il construit une architecture de 6<br />

mètres de haut nommée<br />

« Passage ». Il s’agit d’une œuvre<br />

philosophique, sorte de métaphore<br />

permettant au public de pénétrer<br />

dans l’univers qu’il a créé et dont il<br />

s’est inspiré : « Elle devrait<br />

entraîner un questionnement,<br />

évoquer une frontière physique,<br />

une symbolique universelle ».<br />

Le projet de Jean-Patrick est de<br />

l’exposer dans une ville gersoise,<br />

dans le cadre des Journées du<br />

patrimoine et de l’architecture, en<br />

octobre 2023, pour que vivent ses<br />

petits mondes.<br />

Béatrix de Lambertye<br />

Au travail dans son atelier de Samatan.<br />

18


»


Renaissance<br />

S<br />

D'Épernon et les trois mousquetaires<br />

Éclipsé par le personnage de d’Artagnan, le bien réel duc d’Épernon,<br />

né à Caumont, tient peut-être sa revanche posthume.<br />

<br />

Comme un duel imaginaire...<br />

ur le papier, il n’y a pas<br />

match. En Gascogne,<br />

d'Artagnan écrase tout. Moins<br />

le vrai Charles de Batz de<br />

Castelmore, né à Lupiac entre<br />

1610 et 1615, que son double en<br />

littérature, inventé par Alexandre<br />

Dumas avec la verve que l’on sait.<br />

À lui, l’incarnation de l’amitié, du<br />

courage, du service, et surtout du<br />

panache.<br />

Un Grand du royaume<br />

Qui ne voudrait s'y référer ? Dans<br />

le Gers, avec d’autres institutions,<br />

la compagnie des Mousquetaires<br />

d’Armagnac entretient la flamme<br />

depuis 1951. Mais dans l’est du<br />

département, dans le Savès<br />

(Lombez et Samatan pour dire<br />

vite), on en pince pour un autre<br />

<strong>Gascon</strong>, le duc d’Épernon, alias<br />

Jean-Louis de Nogaret de La<br />

Valette, né au château de Caumont<br />

en 1554, soit un demi-siècle avant<br />

la naissance de d’Artagnan.<br />

La biographie du duc d’Épernon<br />

est nettement plus épaisse que<br />

celle du cadet de Lupiac. Elle a été<br />

détaillée par des universitaires et<br />

historiens de renom le 28<br />

septembre dernier à Samatan, lors<br />

d’un colloque astucieusement<br />

nommé Épernon : des cadets de<br />

Gascogne aux mousquetaires du<br />

Roi.<br />

L'idée, plus ou moins avouée,<br />

étant de raccrocher d’Épernon à<br />

l’astre d’Artagnan, pour que le<br />

premier, enfoui dans une épaisse<br />

obscurité depuis des siècles,<br />

bénéficie de la lumière de l’autre.<br />

On a donc appris, par Odile<br />

Bordaz, conservatrice du<br />

patrimoine, qu’il y avait bien un<br />

rapport entre d’Épernon et les<br />

mousquetaires. Lors de la création<br />

de la compagnie, à l’automne 1622<br />

sous Louis XIII (pile 400 ans), le<br />

duc d’Épernon « aurait donné 50<br />

de ses gardes pour qu’ils<br />

deviennent mousquetaires ».<br />

C’était « juste » la moitié du tout<br />

premier contingent. À l’époque, et<br />

depuis des décennies déjà, les<br />

<strong>Gascon</strong>s (au sens de tout le Sud-<br />

Ouest) ont la réputation d’être de<br />

redoutables guerriers. Ils occupent<br />

la plupart des postes-clés de<br />

l’armée royale. La contribution du<br />

duc d’Épernon à la naissance du<br />

corps des mousquetaires est à la<br />

fois logique et proportionnée à ce<br />

qu’il représente dans le royaume.<br />

Caumont, berceau du duc d''Épernon.<br />

« Enlèvement historique »<br />

Le <strong>Gascon</strong> le plus puissant de tous<br />

les temps », a-t-on pu dire. Né<br />

cadet en 1554, il se taille une place<br />

à la cour comme sur les champs de<br />

bataille, bénéficie des faveurs<br />

d’Henri III dont il sera l’un des<br />

« mignons », devient duc et pair<br />

dès 1581, gouverneur de provinces<br />

majeures, avant de connaître une<br />

lente disgrâce à l’avènement<br />

d’Henri IV (pourtant <strong>Gascon</strong><br />

comme lui). Au point qu’on<br />

l’accusera d’avoir « téléguidé le<br />

bras de Ravaillac ». Plus tard, on<br />

lui a préféré Concino Concini, le<br />

favori de Marie de Médicis.<br />

20<br />

Il est mort hors d’âge en 1642, loin<br />

de sa Gascogne natale et de son<br />

fastueux château de Cadillac.<br />

Depuis lors, un implacable oubli.<br />

Véronique Dorbe-Larcade, maître<br />

de conférences à l’université de<br />

Bordeaux-Montaigne, a pu parler<br />

« d’enlèvement historique »,<br />

jugeant cet escamotage injuste,<br />

même si l’homme n’avait pas que<br />

des qualités. Il a d'ailleurs été<br />

largement dénigré, voire diffamé,<br />

de son vivant.<br />

Son nom de duc, une localité<br />

perdue entre Paris et Chartres, n’a<br />

pas aidé, pas plus que la<br />

condamnation à mort d’un de ses<br />

fils pour haute trahison, encore<br />

moins l’extinction rapide de sa<br />

lignée, sans doute montée trop vite<br />

en graine.<br />

Dans le Savès, où se situe<br />

Caumont, on veut mettre en<br />

lumière la figure du duc et son<br />

« fabuleux destin », en faire -<br />

pardon pour cet anachronisme -<br />

une locomotive pour le tout<br />

territoire. La ville de Samatan,<br />

comme la Route européenne<br />

d’Artagnan et l’Office de tourisme<br />

du Savès se sont liguées avec<br />

d’autres pour cette cause. Après le<br />

colloque de la fin septembre, une<br />

exposition sur Épernon se tient ces<br />

temps-ci au château de Caumont,<br />

propriété de Ghislain et de<br />

Mathilde de Castelbajac.<br />

L’occasion d’aller voir l’un des<br />

rares joyaux Renaissance du Gers.<br />

H. L.<br />

L'exposition au château, une idée de sortie.


Entretien chaudière -<br />

Après l'Auberge du Lac à Gondrin


Mémoire<br />

Armand Laporte, tout conte fait<br />

Ce Lomagnol qui incarnait la finesse de l'esprit gascon occupa<br />

le titre envié de roi des menteurs à Moncrabeau.<br />

Ai-je une tête de menteur, moi ?<br />

S<br />

ur une vieille carte postale,<br />

souvenir de la grande<br />

cavalcade de Saint Clar du 13<br />

mars 1910, il posait fièrement à<br />

cheval devant la mairie en<br />

uniforme de hussard escortant le<br />

char « des huîtres » décoré de<br />

milliers de coquilles. Qu’il soit en<br />

hussard n’est pas incongru. Il était<br />

de ceux que l’on appela les<br />

hussards noirs de la République,<br />

cette génération d’instituteurs qui<br />

fournirent un fort contingent de<br />

conscrits lors de la Grande Guerre.<br />

Pionnier du rugby<br />

Armand Laporte en était. Né à<br />

Fleurance le 7 janvier 1891, il<br />

entrait à l’École Normale d’Auch<br />

en 1907 et reçut en 1910 une<br />

première affectation à Saint-Clar,<br />

non loin de chez lui. Pionnier du<br />

rugby, il jouait en troisième ligne<br />

au Stade Fleurantin, plus tard<br />

l’ASF.<br />

Mobilisé en 1912 au 11e régiment<br />

d’infanterie de Castelsarrasin il<br />

retrouvait le ballon ovale en<br />

compagnie de Mounicq du Stade<br />

Toulousain et capitaine de l’équipe<br />

de France. Ils remportèrent le titre<br />

de champion militaire des<br />

Pyrénées, mais la guerre venait.<br />

Dès le début du conflit, Armand<br />

fut blessé à Bertrix, le fourreau de<br />

sa baïonnette amortissant la balle<br />

qui lui était destinée. Il conservera<br />

toute sa vie le bout de fer fracassé.<br />

Démobilisé en avril 1920, il reprit<br />

le chemin de l’école pour<br />

enseigner à Magnas et prit épouse<br />

l’année suivante. Après quelques<br />

années à Masseube, ils s’établirent<br />

en famille à Castéra-Lectourois<br />

définitivement où ils demeurèrent<br />

jusqu’à la retraite.<br />

Du tableau noir à l'écriture<br />

Il était défendu de parler « patois »<br />

à l’école, mais Armand n’oubliait<br />

pas sa langue maternelle, le<br />

gascon.<br />

C'est aussi ça, l'esprit gascon !<br />

Observateur redoutable, au regard<br />

malicieux, il n’interdisait pas le<br />

gascon dans la cour de récréation,<br />

notant les jeux, les réflexions et les<br />

dialogues de ses élèves, ce qui le<br />

mènera à l’écriture. Durant la<br />

Seconde Guerre mondiale, il écrivit<br />

un monologue à dire lors d’une<br />

manifestation organisée au profit<br />

des prisonniers de guerre. Il<br />

montait pour la première fois sur<br />

les planches. Ce ne sera pas la<br />

dernière !<br />

Retraité en 1946, il retrouvait<br />

Fleurance en 1953 et à son<br />

habitude observa ses compatriotes,<br />

leur comportement, et prit parfois<br />

la plume pour rédiger contes et<br />

nouvelles en gascon et en français.<br />

Comme tout bon gascon Armand<br />

caressait le rêve de s’asseoir sur le<br />

trône de pierre du roi des menteurs<br />

de Moncrabeau (Lot-et-Garonne).<br />

Une de ses nouvelles devait l’y<br />

amener en 1974, à 83 ans ! Contes<br />

et nouvelles furent publiés dans les<br />

journaux régionaux, et il fut lauréat<br />

de l’escola deras Pyreneas. Il<br />

collabora à l’Institut culturel de<br />

Gascogne et fut membre de<br />

l’amicale des conteurs gascons. En<br />

1983, il publia <strong>Gascon</strong>nades.<br />

Un livre où il y associa Jean<br />

Claude Pertuzé, Pierre Condom,<br />

Claude Pierson et l’auteur de ces<br />

lignes. Il fut pour nous le symbole<br />

d’une philosophie gasconne pleine<br />

de finesse, de bonhommie, mais<br />

aussi de sagesse et d’humour.<br />

Un exemple entre cent, une note<br />

du « regent » (instituteur) du<br />

Castéra : un jour cinq garçons<br />

décidèrent de jouer au char à<br />

bœufs. Les deux premiers<br />

formèrent l’attelage, le troisième<br />

figura le char et le quatrième,<br />

sûrement le plus dégourdi,<br />

l’enfourcha.<br />

Le petit dernier éclata sanglots,<br />

fort déçu de ne pas participer…<br />

Alors, bon prince, du haut de son<br />

char improvisé, le conducteur lui<br />

lança : » Tu eras lo can ! « (toi tu<br />

feras le chien !)… et le petit tout<br />

joyeux se mit à aboyer.<br />

Armand écrivait des contes, mais<br />

aussi des monologues, des pièces<br />

de théâtre et traduisit en gascon<br />

des fables de La Fontaine. Si ses<br />

personnages évoquent pour nous le<br />

temps passé (beth temps a) les<br />

pointes d’humour sont toujours<br />

actuelles ! Merci Armand…<br />

Jean-Claude Ulian<br />

Avec l'auteur de l'article, qui l'a bien connu.<br />

22


Nature<br />

Allô l'écologie, j'écoute ?<br />

Peut-on être vraiment écolo avec un smartphone ? Voici quelques<br />

pistes de réflexion pour vous aider à faire des choix.<br />

Quel est le téléphone le plus éco-responsable ? Le vôtre ? Faut voir....<br />

R<br />

éduire son empreinte carbone,<br />

aller vers la sobriété<br />

énergétique, contrôler l'impact<br />

de sa consommation sur la planète,<br />

dépenser raisonnable, acheter<br />

d’occasion, autant d’enjeux<br />

majeurs, ou d’injonctions c’est<br />

selon. Les nouvelles technologies<br />

n’échappent pas à ces tourments.<br />

Exemple, vous rêvez d’un nouvel<br />

appareil pour remplacer votre<br />

téléphone, mais votre cœur bat<br />

pour la défense de<br />

l’environnement, alors que faire ?<br />

Revente à prix solidaire<br />

Ainsi, des entreprises comme<br />

Ecosystem (www.ecosystem.eco)<br />

proposent des lieux de collecte de<br />

nos vieux téléphones (30 millions<br />

d’appareils inutilisés dorment dans<br />

nos tiroirs). Selon leur état, ils<br />

peuvent être reconditionnés et<br />

revendus à prix solidaire par les<br />

Ateliers du Bocage, une structure<br />

d’Emmaüs. Sinon, ils sont<br />

dépollués et recyclés sous forme<br />

de nouvelles matières premières.<br />

Et certains opérateurs proposent<br />

également un circuit de recyclage,<br />

parfois associé au versement d’une<br />

petite somme ou d’un bon d’achat<br />

pour un nouvel appareil.<br />

Maintenant, pour le remplacer,<br />

vous pouvez acheter un appareil<br />

reconditionné, ou encore un<br />

téléphone neuf avec un fort indice<br />

de réparabilité bénéficiant d’une<br />

durée de vie plus importante grâce<br />

à sa qualité.<br />

Deux sites pourront vous aider :<br />

www.longuevieauxobjets.gouv.fr/<br />

www.labelemmaus.co/fr/catalogue/smartph<br />

ones/<br />

Obsolescence programmée<br />

Pour perdurer, la société de<br />

consommation a inventé<br />

l’obsolescence programmée, c'est à<br />

dire la production d’appareils qui<br />

vieillissent vite, dont les<br />

réparations sont complexes et<br />

chères. Nous renouvelons donc<br />

souvent nos smartphones, stimulés<br />

par la publicité. Or la fabrication<br />

d'un appareil repose sur l’emploi<br />

de 50 métaux dont certains lourds,<br />

l’utilisation d’eau acide pour les<br />

alliages, mais aussi le travail des<br />

enfants ou de populations en<br />

situation de quasi-esclavage, et<br />

provoque des conflits armés en<br />

Afrique. Acheter un téléphone<br />

reconditionné, c’est espérer<br />

réduire l’impact sociétal et<br />

environnemental de 80 à 90 %, en<br />

bénéficiant d’un prix d’achat de 2<br />

à 4 fois moins élevé.<br />

Depuis le 1er janvier 2021, il est<br />

obligatoire de faire figurer sur les<br />

smartphones, ordinateurs<br />

portables, téléviseurs, lave-linge à<br />

hublot, et tondeuses électriques<br />

une vignette en couleur et un<br />

chiffre qui forment l'indice de<br />

réparabilité de l'appareil<br />

24<br />

Une note sur 10 indique si le<br />

produit est plus ou moins facile à<br />

réparer. Et plus il est facile à<br />

réparer plus il réduit le risque de<br />

devoir le remplacer en cas de<br />

panne. Voir sur :<br />

www.indicereparabilite.fr<br />

Sans parler de la préservation de<br />

notre planète. Les critères<br />

permettant d’attribuer la note sont<br />

la démontabilité du produit, la<br />

disponibilité et le prix des pièces<br />

détachées, la disponibilité de<br />

conseils d’utilisation et d’entretien<br />

et de la documentation technique.<br />

Un bonus et des ristournes<br />

La loi anti-gaspillage pour une<br />

économie circulaire (Agec) de<br />

2020 a mis en place un bonus<br />

réparation pour les équipements<br />

électriques et électroniques à partir<br />

du 15 décembre prochain. Il s’agit<br />

d’un forfait de 10 à 45 euros<br />

calculé selon chaque type<br />

d’appareil à réparer : par exemple<br />

10 euros pour une machine à café,<br />

25 euros pour un lave-linge, 45<br />

euros pour un ordinateur portable.<br />

30 catégories d’appareils sont<br />

concernées, on peut en trouver la<br />

liste ainsi que celle des réparateurs<br />

agréés sur :<br />

www.ecosystem.eco<br />

ou www.label.qualirepar.fr.<br />

Le bonus sera déduit de la facture<br />

du réparateur. Avant Noël, une<br />

bonne info !<br />

B.L.<br />

Plus ou moins réparable, en chiffres.


Carrefour Market en habits de fête<br />

Les Carrefour Market de Mirande, Gimont et Nogaro sur leur 31<br />

pour que vos fêtes soient réussies !<br />

Chocolats et friandises en tête de gondole.<br />

our un Noël à la hauteur, sous<br />

le sapin et sur la table du<br />

réveillon, la meilleure adresse Pc’est toujours Carrefour Market, la<br />

chaîne des supermarchés de la<br />

marque Carrefour. À Mirande,<br />

Gimont et Nogaro, les étals et les<br />

rayons sont déjà bien garnis, avec<br />

cet air festif qui transforme les<br />

courses en déambulation joyeuse.<br />

Le sens du service<br />

Les rayons frais, boucherie,<br />

poissonnerie, fromagerie, vous<br />

attendent. Foie gras, chapon,<br />

dinde, saumon, champagne un peu<br />

plus loin. Préparation de plateaux<br />

sur demande, fruits de mer,<br />

fromages, fruits, il suffit de<br />

demander. Carrefour Market a le<br />

sens du service, et ses clients le lui<br />

rendent bien.<br />

La fromagerie, toujours un point fort.<br />

Depuis qu'il a pris les rênes du<br />

magasin de Mirande, Frédéric<br />

Floriant en a fait un commerce plus<br />

complet, en particulier dans le non<br />

alimentaire : bagagerie, jardinerie,<br />

outillage auto, gros électroménager<br />

(dans la galerie) et surtout<br />

l’animalerie, avec un large<br />

assortiment d’accessoires et un<br />

nombre impressionnant de<br />

références de nourriture pour<br />

chiens et chats.<br />

Économie de proximité<br />

Et il y a du stock ! Le Carrefour de<br />

Mirande a bénéficié de quelques<br />

améliorations, en éclairage<br />

notamment. Et le circuit de courses<br />

est plus agréable. Ici, comme à<br />

Gimont et Nogaro, on privilégie<br />

l’économie de proximité et<br />

l'approvisionnement local (miel<br />

L'animalerie se développe à Mirande.<br />

par exemple). Une des clés pour<br />

proposer, en quantité, des produits<br />

frais de qualité et au plus juste prix.<br />

Bien sûr, le Drive est disponible. À<br />

Mirande, comme à Gimont et<br />

Nogaro, ce service est ouvert de<br />

9 h à 19 h. Quant aux horaires<br />

classiques, de 8 h 30 à 19 h 30 en<br />

semaine, et de 8 h 30 à 12 h 30 le<br />

dimanche. Bonnes fêtes à tous !<br />

Frédéric Floriant, à compter du<br />

1er décembre gérant du<br />

Carrefour Market de Mirande,<br />

remercie du fond du cœur M.<br />

Jacques Médard ainsi que ses<br />

collaboratrices et collaborateurs<br />

pour leur confiance et leur<br />

soutien durant toutes ces années.<br />

Carrefour Market<br />

Mirande<br />

Carrefour Market<br />

Gimont<br />

Carrefour Market<br />

Nogaro<br />

Bd des Pyrénées<br />

32300 Mirande<br />

05 62 66 86 60<br />

Bd du Nord<br />

32200 Gimont<br />

05 62 67 74 75<br />

Avenue Périé<br />

32110 Nogaro<br />

05 62 09 03 55<br />

Frédéric<br />

FLORIANT<br />

Christelle<br />

AUBIER<br />

Dominique<br />

SÉGUET


Figure<br />

Le général de la rue Dessoles<br />

Celui qui a donné son nom à une rue piétonne d'Auch fut un soldat<br />

valeureux de la révolution. Puis un bref ministre sous les rois.<br />

De nobliau gascon à pair de France.<br />

La rue Dessoles est l’une des<br />

artères les plus emblématiques<br />

du centre-ville d’Auch.<br />

Elle court depuis des années<br />

derrière un âge d’or commercial<br />

révolu, et ne sait probablement<br />

plus d’où elle tire son nom. On va<br />

lui rafraîchir la mémoire.<br />

Né à Auch le 3 juillet 1767, Jean-<br />

Joseph Dessoles (1) était issu d’une<br />

famille montée en graine au fil des<br />

siècles. De marchands à petits<br />

nobles locaux, en passant par la<br />

bourgeoisie des consuls, avocats et<br />

autres conseillers au présidial. À la<br />

veille de 1789, elle appartient à<br />

l’élite de la cité gasconne,<br />

d’ailleurs assez favorable aux idées<br />

nouvelles.<br />

Au service de la Révolution<br />

Le jeune Jean-Joseph, qui avait<br />

fait ses études sous la direction de<br />

son oncle Irénée Dessoles, futur<br />

évêque de Digne, se mit au service<br />

de la Révolution comme militaire.<br />

Le 3 mai 1792, il fut élu (oui, élu)<br />

capitaine au 1er bataillon de la<br />

légion de la Montagne à l’armée<br />

des Pyrénées Occidentales et<br />

jusqu’en 1804, hormis un<br />

intermède car sa qualité de « cidevant<br />

noble » l’avait forcé à<br />

s’éloigner de l’armée, Dessoles va<br />

batailler en Italie, en Autriche, ou<br />

en Allemagne. Un fait d’armes<br />

particulièrement brillant lui vaudra<br />

le grade de général de division le<br />

13 avril 1799.<br />

Le Consulat en fait un conseiller<br />

d’État en 1801, et comme un<br />

bonheur n’arrive jamais seul, Jean-<br />

Joseph convole avec une<br />

demoiselle Picot de Dampierre,<br />

fille d’un marquis mort au combat<br />

dans les armées de la République.<br />

Une amitié encombrante va briser<br />

cette ascension. Dessoles est lié à<br />

Moreau, général de belle<br />

envergure, vainqueur à<br />

Hohenlinden contre les Autrichiens<br />

en décembre 1800 (la dernière<br />

bataille de la Révolution française).<br />

Or Moreau va se retrouver<br />

impliqué dans la conjuration de<br />

1803 contre le Premier consul<br />

Bonaparte, menée notamment par<br />

le chef chouan Georges Cadoudal.<br />

Par ricochet, la disgrâce de Moreau<br />

allait laisser Dessoles sans<br />

affectation pendant quatre ans. Il se<br />

retire alors sur sa terre auscitaine et<br />

s’occupe d’agriculture. Napoléon,<br />

passant par là en 1808, le remet en<br />

selle et l’expédie à l’armée<br />

d’Espagne, où il se distingue en<br />

Andalousie.<br />

Sans pitié pour Napoléon<br />

En 1812, Dessoles est chef d’étatmajor<br />

du prince Eugène qu’il suit<br />

un temps en Pologne, mais il est<br />

placé en non-activité pour des<br />

raisons de santé. Peut-être<br />

pressentait-il déjà le crépuscule de<br />

l’Empire ? Lorsque Napoléon cède<br />

une première fois, Dessoles,<br />

probablement rancunier, se range<br />

aussitôt au service des Bourbons,<br />

c’est-à-dire des deux frères du<br />

malheureux Louis XVI, les futurs<br />

Louis XVIII et Charles X.<br />

En récompense de ce ralliement, il<br />

est couvert d’honneurs, colonelgénéral<br />

des gardes nationales de<br />

France, ministre d’État, comte, pair<br />

de France…<br />

Au retour imprévu de Napoléon en<br />

1815, lors des Cent-Jours,<br />

Dessoles, inflexible, reste fidèle à<br />

Louis XVIII. Un bon choix. La<br />

marque aussi d’un royalisme<br />

sincère, sans être non plus exacerbé<br />

par l’esprit de revanche. Comme<br />

pair de France (il y avait à cette<br />

époque en France une sorte<br />

26<br />

de chambre des Lords), Dessoles<br />

fait montre d’un esprit plutôt<br />

libéral. Il combat notamment le<br />

muselage de la presse voulu par les<br />

royalistes dits ultras. En 1818,<br />

sommet de sa carrière, le voilà<br />

nommé président du conseil et<br />

ministre des Affaires Étrangères.<br />

Un choix malheureux ?<br />

Le Dictionnaire des ministres de<br />

Benoît Yvert n’est pas tendre avec<br />

cette nomination : « On ne peut<br />

rêver d’un choix plus malheureux.<br />

D’abord ce brave militaire ne<br />

connait aucun diplomate et ignore<br />

à peu près totalement les affaires<br />

européennes. Ensuite, il n’a aucun<br />

usage et est incapable de dire une<br />

phrase sans jurer. Ce vieux libertin<br />

aux liaisons multiples joue donc un<br />

rôle à peu près nul ». D’autres<br />

biographes sont plus aimables,<br />

mais ce bref passage au ministère<br />

ne restera pas dans les annales.<br />

Dessoles, devenu marquis sur le<br />

tard, possédait le domaine de<br />

Pastissé près d’Auch, et avait<br />

acquis un château près de Paris où<br />

il mourut le 2 novembre 1828. Sa<br />

fille unique avait épousé<br />

Alexandre de La Rochefoucauld,<br />

duc d’Estissac, rien de moins.<br />

H. L.<br />

(1) Le patronyme a connu plusieurs<br />

graphies.<br />

La rue Dessoles, une voie à réanimer.


Livres : la sélection de Françoise Corbel<br />

Dédicace d'Achdé<br />

le 21 décembre à 15h30<br />

Le dessinateur du<br />

dernier Lucky-Luke sera<br />

à la librairie Corbel<br />

à Eauze.<br />

Ne le manquez pas !


Petit patrimoine<br />

Des Illuminés dans la chapelle<br />

Au début du XIXe siècle, des paroissiens un brin spéciaux<br />

ont investi Notre-Dame de Cahuzac à Gimont.<br />

Entrée de Notre-Dame de Cahuzac..<br />

P<br />

endant la Révolution, les<br />

prêtres devaient prêter<br />

serment à la Constitution.<br />

Ceux qui refusaient étaient les<br />

prêtres réfractaires. Ils émigraient<br />

ou se cachaient et certains d’entre<br />

eux étaient arrêtés. Après la<br />

Révolution, Napoléon signa un<br />

Concordat avec le Pape Pie VII, en<br />

1801, pour définir les domaines<br />

respectifs entre l’Église et l’État.<br />

Les anciens prêtres réfractaires en<br />

particulier n’étaient pas d’accord<br />

avec le concordat et formèrent un<br />

groupe à part, y attirant leurs<br />

fidèles. C’était une église parallèle<br />

qui se formait, des foyers se sont<br />

développés dans plusieurs coins de<br />

France.<br />

La « Petite Église »<br />

À Lombez, l’ancien évêque<br />

réfractaire à qui on avait supprimé<br />

l’évêché fomenta un soulèvement<br />

et un mouvement de résistance. On<br />

les appela les Illuminés, car ils<br />

pensaient recevoir la lumière de<br />

Dieu directement ! Leur<br />

mouvement était nommé<br />

également la « Petite Église ».<br />

Opposés à l’Église officielle, ils se<br />

mariaient entre eux, avaient leurs<br />

propres commerces, et des lieux de<br />

culte à part, comme une sorte de<br />

caste. Les trois derniers<br />

chapelains, Verdier, Lassale et<br />

Daris entraînèrent les fidèles de la<br />

chapelle Notre-Dame de Cahuzac,<br />

dont Jeanne Labedan, propriétaire<br />

légale (elle avait acheté les lieux<br />

qui étaient devenus biens<br />

nationaux).<br />

Verdier, ancien chapelain, réussit à<br />

racheter la chapelle, longtemps<br />

vouée au culte marial. Les<br />

Gimontois ne pouvaient plus en<br />

profiter. Ce fut très difficile de l’en<br />

chasser. Pour ne pas faire le tour<br />

de l’édifice, il avait un passage<br />

entre la nef et son logement<br />

attenant par une porte située sous<br />

l’orgue.<br />

Un jour les gendarmes l’avaient un<br />

peu rudoyé au marché de Gimont,<br />

lui arrachant les manches de la<br />

soutane ! Il subissait une forte<br />

hostilité de la part de la population<br />

de la ville. Il abandonna enfin son<br />

bien à la commune le 23 septembre<br />

1821. L’abbé de Cahuzac devint le<br />

premier chapelain du pèlerinage<br />

restauré. Une autre communauté<br />

existait au nord de Gimont, à côté<br />

de Cologne.<br />

Un carré pour les sépultures<br />

À l’écart du village, en bordure de<br />

route, la petite église de Saint-<br />

Laurent du Pin à Sirac est entourée<br />

d’un cimetière pas comme les<br />

autres. Une curiosité : « le carré<br />

Le panneau des Illuminés...<br />

28<br />

La porte sous l'orgue de N.-D. de Cahuzac.<br />

des illuminés » a servi au XIXe<br />

siècle de lieu de sépulture pour les<br />

membres de la « Petite Église ». Le<br />

carré a été signalé par une pancarte<br />

posée par le maire il y a une<br />

quinzaine d’années. On dit que les<br />

derniers enterrements ont eu lieu<br />

jusque dans les années trente. Une<br />

histoire surprenante (1) et tombée<br />

dans l’oubli, qui mérite d’être<br />

connue.<br />

Rose-Marie Richard<br />

(1) Nous remercions Jacques<br />

Lajoux, président de la section Sté<br />

archéologique de Gimont, pour sa<br />

précieuse contribution.<br />

L'église de Saint-Laurent du Pin à Sirac..


Un Gersois pionnier de l'Aéronavale<br />

Aviateur à la carrière bien remplie, Henri Darqué (1898-1984)<br />

n'a pas la notoriété des Guynemer ou Nungesser. Et pourtant...<br />

Histoire<br />

Une figure méconnue de l'aviation.<br />

on père, Léon Darqué, est<br />

horloger à Nogaro. Il a 23 ans<br />

S quand, le 3 février 1897, il<br />

épouse Marie-Jeanne Cami, de 7<br />

ans sa cadette. Cette dernière<br />

appartient à une famille qui tenait<br />

une auberge réputée en haute ville<br />

près du marché à la volaille et de<br />

la collégiale, la plupart des<br />

auberges se situant en basse ville<br />

autour du foirail. Henri naît au<br />

foyer le 19 février 1898.<br />

Engagé à 16 ans comme mousse<br />

En mai 1914, âgé de 16 ans, il part<br />

à Brest s’engager dans la marine à<br />

l’école des mousses. Notons que<br />

l’âge requis est 17 ans et 16 ans<br />

par dérogation (18 et 17 ans dans<br />

les forces terrestres). Il connaît<br />

diverses affectations : Brest,<br />

Bayonne, Rochefort… Pendant la<br />

Première Guerre mondiale, il<br />

combat sur hydravion en tant que<br />

quartier-maître torpilleur. Il met à<br />

profit les quelques répits offerts<br />

pour obtenir, le 2 septembre 1918,<br />

le brevet de pilote d’hydravion.<br />

La guerre terminée, il est malaisé<br />

de dénouer ses activités : Armée<br />

de l’Air ? Aéronavale ? Ainsi, il<br />

passe le brevet de pilote d’avion<br />

en juillet 1919 et est admis pilote<br />

aéronautique en avril 1922. Il est<br />

pilote d’essai à la FBA (Franco<br />

British Aviation), société créée à<br />

Londres par deux Français,<br />

C'est avec un hydravion de ce genre qu'Henri Darqué a collectionné des records.<br />

Louis Schreck et André<br />

Beaumont. Il établit trois records<br />

du monde aux commandes d’un<br />

hydravion FBA : Le 29 décembre<br />

1925 : deux records de vitesse<br />

avec charge de 500 kg d’abord, de<br />

250 kg ensuite, à 172, 585 km/h.<br />

Le 15 septembre 1926 : record<br />

d’altitude avec charge de 500 kg à<br />

5 475 m.<br />

Il devient général chinois !<br />

Vers la même époque, il est<br />

général chinois : Chang Kaï-Chek,<br />

en lutte armée pour la conquête du<br />

pouvoir, l’a chargé de créer<br />

l’aviation du Kuomintang (1).<br />

Il est affecté à Saigon au titre de la<br />

Marine nationale en 1928, ce qui<br />

ne l’empêche pas de passer le<br />

brevet de pilote de transports<br />

publics en 1929. Il intègre l’Armée<br />

de l’Air en 1931 et, en 1935, il est<br />

chef pilote.<br />

Après 1931, rattaché à la base<br />

aérienne d’Étampes, mais sans<br />

affectation, il assure des liaisons<br />

postales pour diverses compagnies<br />

: d’abord, il effectue des traversées<br />

biquotidiennes Calais-Douvres puis<br />

il est pilote à la compagnie « Air<br />

Bleu » fondée par Didier Daurat<br />

après son départ de l’Aéropostale<br />

(2). Petite sœur de cette dernière,<br />

Air Bleu assurait le transport de<br />

courrier depuis Paris sur des lignes<br />

exclusivement hexagonales,<br />

Henri Darqué, excellent pilote, a<br />

contribué au succès de ces liaisons<br />

aériennes. Connaissant des<br />

difficultés financières, ces petites<br />

compagnies seront, comme<br />

l’Aéropostale avant elles, intégrées<br />

à Air France à la fin des années 30.<br />

Rappelé en service actif, Henri-<br />

Abel Darqué participe avec le<br />

grade de lieutenant à la Seconde<br />

Guerre mondiale.<br />

Chevalier de la Légion d’honneur,<br />

Croix de guerre et Médaille<br />

Militaire 1914-1918, Croix de<br />

guerre 1939-1945, Médaille<br />

d’honneur de l’Aéronautique en<br />

1954, Croix de chevalier du Mérite<br />

postal en 1956, Grande médaille<br />

d’argent de l’Aéro-Club de<br />

France…<br />

Il s’éteint le 17 janvier 1984 à<br />

Issy-les-Moulineaux, à l’âge de 86<br />

ans après une vie pour le moins<br />

riche en événements.<br />

Atelier Histoire du Clan<br />

(1) Parti nationaliste chinois dirigé par<br />

Chang Kaï-Chek depuis 1925 ; arrivé au<br />

pouvoir en 1928, il y reste jusqu’en 1949 et<br />

en est chassé par les communistes et Mao<br />

Zedong. Il se replie alors à Taïwan.<br />

(2) Créée en 1918 par Latécoère, elle assure<br />

des liaisons postales depuis Toulouse vers<br />

l’Amérique latine via le Sénégal. Parmi ses<br />

pilotes mythiques, on compte Saint-<br />

Exupéry, Mermoz, Guillaumat…<br />

29


Parlem <strong>Gascon</strong><br />

L'Ivèrn et la Chorra<br />

En cette période de Noël, voici un conte qui plonge au plus profond des<br />

racines gasconnes, grâce à nos amis d'Ostau <strong>Gascon</strong>.<br />

15, rue Marceau<br />

32000 Auch.<br />

Permanence :<br />

mercredi de<br />

14h à 16h.<br />

Avèva torrat a peira hiéner.<br />

I avèva un pam de glaç au riu.<br />

La Chorra n’èra pas, pr’amor d’aquò estormagada… ni<br />

transida tanpauc.<br />

A las clicas, cantava coma tostemps, cantava tot’esmerida au<br />

bèth cap de l’espin…<br />

L'Ivèrn, lo maishant Ivèrn, que he tan de mau aus auserons,<br />

a èra, lo haseva pas ren…<br />

- Puish qu’ei atau, ça dits l'Ivèrn, me venjarèi.<br />

Lo dits d’un aire de despièit :<br />

- On as dromit anueit ?<br />

- Anueit ei dromit diguens un trauc barrièr, m’i soi<br />

encamuisherada au bèth hons…serià poduda ester mès<br />

mau…<br />

- Puish qu’i atau, ça dits l'Ivèrn, me venjarèi.<br />

La nueit d’après, l’aiga de la dorna era torrada e los giures<br />

pinjorlejavan au dornèr…<br />

Au maitin, la Chorra èra pas brica transida… Nada heror de<br />

fred, cantava coma tostemps… Cantava tot’esmerida suu<br />

rebòrd de la finèstra …<br />

L'Ivèrn lo demandèc :<br />

- On as dromit anueit ?<br />

- Anueit ei dromit a la hornèra, ei dromit sus la pala<br />

en·hornadèra… còsta la gòrja deu horn… Auria podut dromir<br />

mès a malauèra…<br />

- Puish qu’i atau, ça dits l'Ivèrn, veiram ben.<br />

Quan s’escapèc, la finèstra badalhada, se botèc a cantar coma<br />

tostemps… se botèc a cantar tot’esmerida, brica transida.<br />

L'Ivèrn l’arrestèc e lo demandèc :<br />

- Enfin t’aurèi…<br />

- Jamès.<br />

- On as dromit anueit ?<br />

- Anueit ei dromit a la cauç d’ua nòvia… I hasèva bon jamès<br />

plus. N’i a qu’an dromit mès a malauèra.<br />

<br />

- Que t’a dit aquera nòvia ?<br />

- La nòvia, t’ac pòdi díser, m’a dit açò :<br />

- S’as tròp de fred, se torra dehòra, se torra a l’establa, se<br />

torra a la hornèra, vengueràs ací, i torra pas jamès…<br />

<br />

- Que haràs ?<br />

- I tornarèi e me volerà e atau per tant que hascòs o que<br />

hascòs pas, la Chorra cantarà esmerida e jamès transida !<br />

Il avait gelé à pierre fendre.<br />

Il y avait un empan de glace à la rivière.<br />

Chorra n'en était guère génée… ni transie non plus.<br />

<br />

Aux aurores, elle chantait comme toujours, elle chantait<br />

toute délurée au sommet de l'aubépine…<br />

L'Hiver, le méchant Hiver, qui faisait tant de mal aux<br />

oisillons, ne lui faisait rien…<br />

- Puisque c’est ainsi, se dit l'Hiver, je me vengerai.<br />

Il lui demanda d'un air de dépit :<br />

- Où as-tu dormi hier soir ?<br />

- Hier soir j’ai dormi dans un trou de boulin, je m'y suis<br />

enfoncée au fin fond… j’aurais pu être plus mal…<br />

<br />

- Puisque c’est ainsi, se dit l'Hiver, je me vengerai.<br />

La nuit d'après, l'eau de la cruche fut gelée et les givres<br />

pendaient à l'évier…<br />

Au matin, Chorra n'était guère transie… Nulle crainte du<br />

froid, elle chantait comme toujours… Elle chantait toute<br />

délurée sur le rebord de la fenêtre …<br />

L'Hiver lui demanda :<br />

- Où as-tu dormi hier soir ?<br />

- Hier soir j’ai dormi dans le fournil, j’ai dormi sur la<br />

pelle à enfourner… près la bouche du four… J'aurais pu<br />

dormir plus à malaise…<br />

- Puisque c’est ainsi, se dit l'Hiver, nous verrons bien.<br />

Quand elle s'échappa par la fenêtre entr’ouverte, elle se mit<br />

à chanter comme toujours… Elle se mit à chanter toute<br />

délurée, guère transie.<br />

L'Hiver l'arrêta et lui demanda :<br />

- A la fin, je t’aurai…<br />

- Jamais !<br />

- Et où as-tu dormi hier soir ?<br />

- Hier soir j’ai dormi dans les chausses de la mariée… Il<br />

y faisait bon comme jamais. Il en y a qui ont dormi plus à<br />

malaise.<br />

- Et que t'a dit cette mariée ?<br />

- La mariée, je peux te le dire, m'a dit ceci :<br />

- Si tu as trop de froid, s’il gèle dehors, s’il gèle à<br />

l'étable, s’il gèle au fournil, tu viendras ici, il n'y gèle<br />

jamais…<br />

- Et que feras-tu ?<br />

- J'y reviendrai et elle me voudra et ainsi quoique tu<br />

fasses, Chorra chantera toute délurée et jamais transie !<br />

30


Bruit, mémoire et objets sacrés<br />

Les auteurs de la région sont inspirés, tous styles confondus.<br />

Voici une sélection d'ouvrages à lire ou à offrir.<br />

Livres<br />

Gilles-Marie Baur<br />

Éditions Hello Paris<br />

Avec Vacarmes, son 6e<br />

roman, le Gersois Gilles-<br />

Marie Baur nous entraîne<br />

dans un thriller pétillant<br />

et joyeux, bien à la<br />

manière de cet ancien<br />

illustrateur de presse fixé<br />

depuis 17 ans à Montréaldu-Gers,<br />

en compagnie<br />

de son épouse Françoise<br />

Amadieu, artiste-peintre.<br />

Le pitch du livre a une<br />

résonnance très<br />

contemporaine : 10000<br />

jeunes débarquent un<br />

beau jour chez un éleveur<br />

de poulets pour une raveparty<br />

sauvage. Cette<br />

rencontre brutale et<br />

sonore va changer la vie<br />

de ce paysan solitaire et<br />

bousculer l’ordre des<br />

choses. Le bruit va même<br />

réveiller dans la nature<br />

des forces mystérieuses,<br />

rappelant à la vie des<br />

personnages célèbres,<br />

dont Marcel Duchamp,<br />

figure de l’art<br />

contemporain. Gilles-<br />

Marie Baur, Lorrain<br />

d’origine, est passé par<br />

les Beaux-Arts, ceci<br />

explique cela. Vacarmes<br />

s’inscrit dans le registre<br />

volontiers truculent de<br />

l’auteur/artiste. Il avait eu<br />

le prix Alphonse Allais<br />

pour La vie sexuelle des<br />

robots (sic).<br />

H.L.<br />

Godelieve Lust<br />

Books on Demand<br />

Une bonne action et en<br />

même temps un devoir de<br />

mémoire. Voilà comment<br />

Godelieve Lust évoque le<br />

petit livre qu’elle a<br />

consacré à la haute figure<br />

de Jean Lacapère (1898-<br />

1<strong>96</strong>4), éminent<br />

rhumatologue, membre<br />

de la SFIO, grand<br />

résistant et déporté au<br />

camp de Schirmeck puis<br />

de Gaggenau entre le 25<br />

mars 1944 et le 25 avril<br />

1945, jour de son<br />

évasion. La Lectouroise<br />

était très proche de sa<br />

sœur, qui a d’ailleurs<br />

vécu 15 ans sous son toit<br />

place Descamps. « C’est<br />

elle qui m’a confié des<br />

documents sur sa vie, et<br />

comme il n’a pas eu de<br />

descendance, je me suis<br />

sentie l’obligation de le<br />

tirer de l’oubli ».<br />

L’ouvrage contient, entre<br />

autres, un récit de Jean<br />

Lacapère lui-même, écrit<br />

un mois après son retour<br />

des camps en mai 1945.<br />

Il y consigne de manière<br />

minutieuse sa déportation<br />

depuis la prison de<br />

Fresnes jusqu’à<br />

l’Allemagne. « Rien, à<br />

Lectoure, n’honore<br />

encore cet homme<br />

d’exception », se désole<br />

Godelieve Lust. A bon<br />

entendeur…<br />

H.L.<br />

31<br />

Catherine Bernié-Boissard<br />

Éditions CAIRN, Morlaas<br />

L’Occitanie, c’est grand.<br />

Bien trop grand pour des<br />

administrés qui ne jurent,<br />

à raison, que par leur<br />

commune et<br />

éventuellement leur<br />

département. Alors ce<br />

dictionnaire arrive à point<br />

pour ceux qui<br />

s’intéresseraient à leur<br />

super-région, vaste<br />

comme l’Irlande, née en<br />

2014 de la fusion des<br />

régions Midi-Pyrénées et<br />

Languedoc-Roussillon.<br />

Pour faire mieux partager<br />

ce « territoire multiple et<br />

contrasté », doté d’un<br />

petit balcon<br />

méditerranéen, une<br />

trentaine de spécialistes<br />

ont établi cet ouvrage aux<br />

157 entrées, sous la<br />

houlette de la géographe<br />

Catherine Bernié-<br />

Boissard. Pic du Midi,<br />

port de Sète, Brassens,<br />

feu Soulages, Nîmes,<br />

Perpignan, Lourdes,<br />

Cahors, d’Artagnan,<br />

Boby Lapointe, Jean<br />

Jaurès, roquefort, porc<br />

noir de Bigorre… Terre<br />

de résistance aussi depuis<br />

les Cathares de<br />

Montségur aux<br />

Camisards cévenols,<br />

jusqu’aux maquisards de<br />

la Seconde Guerre<br />

Mondiale.<br />

H.L.<br />

Peggy Bonnet-Vergara<br />

Musée des Amériques,<br />

Auch<br />

C’est l’un des très rares<br />

ouvrages jeunesse (6-10<br />

ans) consacrés aux arts<br />

précolombiens. On y lit<br />

l’histoire d’un jeune<br />

pêcheur prénommé<br />

Chepec, appartenant à la<br />

civilisation mochica qui<br />

se développa de 100 à<br />

850 ans après J.-C., sur le<br />

territoire de l’ancien<br />

Pérou. Un jour, il<br />

remonte dans ses filets<br />

des mullus, coquillages à<br />

la fois rares et<br />

annonciateurs de mauvais<br />

présages pour sa<br />

communauté. Ce récit<br />

imaginaire est suivi d’un<br />

dossier pédagogique<br />

reproduisant des œuvres<br />

du musée des Amériques<br />

à Auch, commanditaire<br />

de l’ouvrage. Les textes<br />

sont de Peggy Bonnet-<br />

Vergara, historienne de<br />

l’art et auteure jeunesse,<br />

et les dessins d’Alejandra<br />

Rick Ramirez,<br />

illustratrice d’origine<br />

chilienne. Un très bel<br />

album cartonné, qui<br />

permet de rappeler ici<br />

combien le musée des<br />

Amériques d’Auch<br />

mériterait d’être mieux<br />

connu des Gersois. Il<br />

renferme aujourd’hui la<br />

plus importante<br />

collection d’art<br />

précolombien de France.<br />

H.L.


Agenda<br />

Marchés, spectacles et lanternes<br />

Après des éditions marquées par la crise sanitaire,<br />

les marchés de Noël reviennent en force.<br />

Castelnau d'Auzan<br />

Marché de Noël<br />

Samedi 3 décembre<br />

Balade en calèche, spectacle de<br />

marionnettes.<br />

Eauze<br />

Paulo<br />

Cinéma-Théâtre<br />

Samedi 3 décembre 20h30<br />

Spectacle « A travers champs »<br />

de l’humoriste Paulo, qui a déjà<br />

2000 représentations et 850.000<br />

spectateurs au compteur. Cet<br />

ancien chroniqueur à France<br />

Bleue Maine décrit avec un<br />

réalisme saisissant et une pointe<br />

de nostalgie la vie des gens.<br />

Soirée des illuminations<br />

Vendredi 9 décembre 18h<br />

Place d'Armagnac, Eauze.<br />

Fourcès<br />

Marché de Noël<br />

Dimanche 11 décembre<br />

En partenariat avec l'association<br />

Petits Princes.<br />

Gimont<br />

Marché de Noël<br />

Dimanches 11 et 18 décembre<br />

Fleurance<br />

Confessions d’une femme<br />

hachée<br />

Théâtre Le Méridional<br />

Jeudi 19 janvier 20h30<br />

Par la compagnie Nanoua. Une<br />

fille de boucher, à l’humour bien<br />

tranché, livre les morceaux les<br />

plus intenses de son histoire<br />

cabossée. Liberté et poésie.<br />

L'Isle-de-Noé<br />

Grand marché de Noël<br />

Dimanche 18 décembre<br />

Parc du château<br />

Plus de quarante exposants.<br />

Lombez<br />

Marché et spectacle de Noël<br />

Dimanche 4 décembre<br />

Sous la halle.<br />

Mirande<br />

Marché de Noël<br />

Dimanche 11 décembre<br />

La halle de 9h à 18h.<br />

Montréal-du-Gers<br />

Marché de Noël<br />

Samedi 10 décembre 10h-18h<br />

Artisanat et gourmandises.<br />

Animations. Visite du Père Noël.<br />

Nogaro<br />

Marché de Noël<br />

Vendredi 9 (a-m) et samedi 10<br />

décembre<br />

Retour du marché de Noël sur la<br />

place habituelle, organisé par la<br />

mairie de Nogaro et l’association<br />

des commerçants.<br />

32<br />

Saint-Mont<br />

Exposition de peinture<br />

Galerie Bleue-Plaimont<br />

Jusqu’au 15 janvier<br />

Exposition des peintures de<br />

Charlotte de Maupeou. Cette<br />

artiste, passée par les Beaux-Arts<br />

et la Casa de Vélasquez à Madrid,<br />

revisite des pièces maîtresses de<br />

l’histoire de la peinture. La<br />

Galerie Bleue-Plaimont, à<br />

découvrir, est située dans la<br />

boutique de la coopérative<br />

viticole à Saint-Mont. Entrée<br />

libre et gratuite. Renseignements<br />

: 05 62 69 69 50.<br />

Chez nos voisins<br />

Festival des Lanternes<br />

de Montauban<br />

1er décembre – 5 février 2023<br />

Après avoir accueilli près d’1,5<br />

million de visiteurs de ses 4<br />

premières éditions, le Festival des<br />

Lanternes, le plus grand parc de<br />

lanternes d’Europe, a ouvert ses<br />

portes à Montauban (82). Chaque<br />

soir de 18h à 23h, les 4,7 hectares<br />

du cours Foucault, situé au cœur<br />

de la ville, se transforment en un<br />

écrin de lumière pour offrir aux<br />

visiteurs une balade onirique.


Les mots croisés de François Sumien<br />

(Solution page 34)<br />

Horizontalement :<br />

1 - Pavillons de détresse. 2 –Sentiment d’affection – Onzième en<br />

France. 3 – Fou difficile à maintenir – Florentin. 4 – Lieux de<br />

travail – Remplace le maître.5 – Le début de la télévision –<br />

Gênant compère. 6 – Auguste célèbre – Offre financière. 7 –<br />

Venue parmi nous – Précise la matière – Nécessite un adversaire.<br />

8 – Mécanismes de maturation de l’ARN. 9 – Porte-voix – Fin de<br />

verbe – Sapajou. 10 – Faire partie d’une assemblée – Ils<br />

réveillaient les dames. 11 – À l’origine de l’espèce – Os - On<br />

connaît souvent son nom, même si on ne la connaît pas<br />

Verticalement :<br />

A – Experte en salades. B – Prend l’air – Pris de passion.<br />

C – Exprimer – Poupée de sire. D – Œuvre de Verdi – Danse de<br />

Maurice. E - Toujours doublé – Donnent des saveurs océanes –<br />

Article à Madrid. F – Il s’occupe aussi des NAC. G – Cordage<br />

marin – Suivi par les randonneurs. H – Corde à boucle – Cube. I –<br />

Prénom masculin – La fumée le fait. J – Boule rouge – Saint<br />

bigourdan – Métal simplifié. K – Elle habite en Afrique de l’ouest.<br />

33<br />

33


Avant de se quitter<br />

En route pour la finale !<br />

Solution des mots croisés<br />

O<br />

ui, il se passe parfois des choses emballantes<br />

dans des maisons de retraite. À Fleurance, les<br />

EHPAD Cadéot et Pépinière se sont retrouvés<br />

embarqués dans un concours d’envergure nationale,<br />

celui des projets d’animateurs. Estelle Fabre,<br />

animatrice sociale à l’EPSL Fleurance, a eu l’idée<br />

d’utiliser la langue des signes lors d’un atelier avec<br />

les résidents, 90 ans de moyenne d’âge, comme pour<br />

sous-titrer la chanson Je vole, reprise par Louane. Le<br />

projet, porté par Estelle et son collègue Frédéric<br />

Ricaud, a nécessité un gros travail et a exigé le<br />

recours à une orthophoniste. L’ambition était de<br />

pouvoir mobiliser une cinquantaine de résidents. Une<br />

initative formidable, bravo à tous !<br />

Demandez le dernier numéro<br />

La corrida évite la banderille<br />

Le numéro 3 de Lard-Frit, le magazine de<br />

notre confrère et ami Jean-Louis Le Breton, est<br />

sorti. Littérature, Art, Rire, Détente,<br />

Féminisme, Régalade, Innovation,<br />

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En vente uniquement sur : www.lard-frit.com<br />

T<br />

out ce foin pour se retirer au moment fatidique, il<br />

y a décidément quelque chose de tors chez LFI.<br />

Alors qu'il avait réussi à installer le sujet dans le<br />

débat public, le député de Paris Aymeric Caron a<br />

remballé sa proposition d’abolition de la corrida sur<br />

tout le territoire français, avant même le vote. Vaincu,<br />

par une pluie d'amendements, il est vrai plus ou<br />

moins loufoques. L'un a d'ailleurs été co-signé par le<br />

socialiste David Taupiac, député du Gers. Il a ferraillé<br />

contre le texte, comme nombre d'élus du Sud-Ouest, y<br />

voyant une atteinte (parisienne) aux traditions, aux<br />

libertés. Toutefois, le sens de l'histoire, porté par les<br />

générations qui arrivent, ne fera pas demi-tour. La<br />

corrida reste dans le viseur.<br />

34


Boostez votre com’<br />

avec le <strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong><br />

Avec sa très large distribution, le <strong>Canard</strong> <strong>Gascon</strong> est un média local qui a<br />

de l’impact. Il est distribué gratuitement dans plus de 600 endroits,<br />

commerces, supérettes, grandes surfaces, lieux publics, essentiellement<br />

dans le Gers, une petite partie dans les Landes et le sud du Lot-et-Garonne(<br />

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Côtes de Gascogne, Les Fleurons de Lomagne, Abbaye de Flaran, Ets Dauga, Domaine<br />

de Joÿ, Valvital Lectoure, Sarreméjean, Maïsadour, Solenca, Panaulle Froid, Gamm<br />

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