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Au Capa : un lieu d'art à la Maladrerie, Aubervilliers

Le catalogue Au Capa : un lieu d'art à la Maladrerie, Aubervilliers, décrit l’activité d’un lieu atypique, particulièrement inclusif et socialement impliqué : artistes invités et expositions collectives en appartements, ateliers d'art pour amateurs et leurs expositions, ateliers hors les murs pour les scolaires, familles, seniors et personnes en situation de handicap, conférences, rencontres, etc. Ce livre de 332 pages et 275 photographies couleur est cosigné par Juliette Fontaine – artiste, curatrice et directrice du Capa – qui a en conçu tous les contenus, et Thierry Fournier – artiste, curateur et auteur – pour la conception du livre et de son design. Les photographies sont signées par Thomas Guyenet, photographe et enseignant au Capa, et les deux auteurs. Le Capa est un lieu d'art fortement inscrit dans la cité de la Maladrerie à Aubervilliers, dont l’architecture très singulière et généreuse a été créée en 1980 par Renée Gaihoustet. Une particularité très forte est que le Capa, ne disposant pas d'espace adapté, a créé toutes ses expositions dans des appartements de la cité, entre deux locations, en partenariat avec l’OPH d’Aubervilliers. Ceci l’a conduit à inventer chaque fois de nouveaux modes d’exposition et de nouvelles relations avec les habitant·es des quartiers et avec le territoire de la ville. Edité par le Capa - Centre d'arts plastiques d'Aubervilliers 332 pages, 275 photographies couleur, format 30 x 19 cm, série limitée à 150 exemplaires, 33 € Dépôt légal janvier 2023 - ISBN 978-2-494327-00-9 Contact diffusion : communication@capa-aubervilliers.org

Le catalogue Au Capa : un lieu d'art à la Maladrerie, Aubervilliers, décrit l’activité d’un lieu atypique, particulièrement inclusif et socialement impliqué : artistes invités et expositions collectives en appartements, ateliers d'art pour amateurs et leurs expositions, ateliers hors les murs pour les scolaires, familles, seniors et personnes en situation de handicap, conférences, rencontres, etc.

Ce livre de 332 pages et 275 photographies couleur est cosigné par Juliette Fontaine – artiste, curatrice et directrice du Capa – qui a en conçu tous les contenus, et Thierry Fournier – artiste, curateur et auteur – pour la conception du livre et de son design. Les photographies sont signées par Thomas Guyenet, photographe et enseignant au Capa, et les deux auteurs.

Le Capa est un lieu d'art fortement inscrit dans la cité de la Maladrerie à Aubervilliers, dont l’architecture très singulière et généreuse a été créée en 1980 par Renée Gaihoustet. Une particularité très forte est que le Capa, ne disposant pas d'espace adapté, a créé toutes ses expositions dans des appartements de la cité, entre deux locations, en partenariat avec l’OPH d’Aubervilliers. Ceci l’a conduit à inventer chaque fois de nouveaux modes d’exposition et de nouvelles relations avec les habitant·es des quartiers et avec le territoire de la ville.

Edité par le Capa - Centre d'arts plastiques d'Aubervilliers
332 pages, 275 photographies couleur, format 30 x 19 cm, série limitée à 150 exemplaires, 33 € Dépôt légal janvier 2023 - ISBN 978-2-494327-00-9
Contact diffusion : communication@capa-aubervilliers.org

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Juliette Fontaine et Thierry Fournier

Au Capa

Un lieu d’art

à la Maladrerie, Aubervilliers

Expositions et ateliers 2014-2022

1


2


3


4


Sommaire

Le Capa, Centre d’arts plastiques d’Aubervilliers............................5

Expositions des artistes invité·es...........................................................17

Expositions des élèves............................................................................. 163

Ateliers annuels d’arts plastiques.........................................................211

Ateliers hors les murs................................................................................243

Autres activités...............................................................................................321

Collection du Département de la Seine Saint-Denis.............. 323

Rencontres After Six..................................................................................327

Visites d’expositions................................................................................... 331

Direction de l’ouvrage et contenus : Juliette Fontaine

Conception et design graphique : Thierry Fournier

Photographies : Sylvie Da Costa, Marc Domage, Juliette

Fontaine, Thierry Fournier, Thomas Guyenet, Ludovic de Valon,

Jeannette Vilar, l’équipe du Capa et les élèves des ateliers. En

couverture : image du film Les Chants de la Maladrerie, Flavie

Pinatel, 2017, Films de Force Majeure. Merci aux photographes

pour leur autorisation gracieuse d’utilisation des images.

Édité par le Capa - Centre d’arts plastiques d’Aubervilliers

ISBN : 978-2-494327-00-9

Dépôt légal : 4e trimestre 2022

Imprimé en France par Exaprint

5


Entrée de l’exposition Les Corps purs, 2021


7

Le Capa,

Centre d’arts

plastiques

d’Aubervilliers

Fondé en 1982 comme atelier d’arts plastiques pour les

amateurs dans le quartier de la Maladrerie à Aubervilliers, le

Capa mène, sous l’impulsion de l’artiste, autrice et curatrice

Juliette Fontaine qui le dirige depuis 2013, une activité de lieu

d’art, selon trois axes :

- Un programme d’expositions dans les appartements du

quartier de la Maladrerie en invitant un grand nombre d’artistes

confirmé·es et émergent·es, de tous médiums. Il organise

également des rencontres, conférences et visites d’ateliers

avec certain·es de ces artistes.

- Des ateliers d’arts plastiques à destination des amateurs·trices

(dessin, peinture, sculpture, photographie, gravure, ateliers

enfants) menés par des artistes enseignant·es de haut niveau.

Le Capa organise chaque année une exposition de ces travaux,

en investissant récemment les mêmes appartements que les

expositions des artistes.

- Une activité pédagogique à destination des habitant·es

d’Aubervilliers, sous la forme d’« ateliers hors les murs » menés

par des artistes, en partenariat avec des structures locales

(scolaires, EHPAD, établissements spécialisés...), dans leurs

locaux, au Capa ou en extérieur.

Conçu à la fin des années 70 par l’architecte Renée Gailhoustet,

le quartier de la Maladrerie comprend neuf cent logements

sociaux et une cinquantaine d’ateliers d’artistes, dans

une approche urbanistique expérimentale et ambitieuse,

intégralement piétonne et plantée de nombreux jardins. Faute

d’entretien, ce quartier est aujourd’hui très paupérisé mais

conserve une certaine mixité sociale, avec notamment une

communauté d’artistes très active et de nouveaux arrivants,

depuis une dizaine d’années.

Une caractéristique majeure des expositions au Capa est

que, en l’absence d’espace adapté dans ses propres locaux,

Juliette Fontaine a d’emblée initié un partenariat avec l’OPH

d’Aubervilliers, qui a mis à sa disposition de 2014 à 2021 des

appartements vacants de la Maladrerie, entre deux locations.

Outre la qualité des lieux proposés et leur singularité, cette

démarche atypique vise aussi à déployer des relations

intensifiées entre le centre d’art, son quartier et ses habitant·es,

en proposant un travail constant de médiation et d’inscription

auprès du public.

Créer en appartements des expositions

itinérantes et exigeantes, dans cette cité

au contexte social difficile, vise à ouvrir

un accès privilégié à l’art mais aussi à

expérimenter des formes inédites – aussi

bien pour la population locale qui en est

souvent privée, que pour les artistes.

Créer en appartements des expositions itinérantes et

exigeantes, dans cette cité au contexte social difficile, vise à

ouvrir un accès privilégié à l’art mais aussi à expérimenter des

formes inédites – aussi bien pour la population locale qui en

est souvent privée, que pour les artistes. Pour les expositions

comme pour les ateliers, le Capa adresse son projet à tous

les publics, sans le restreindre à ceux familiarisés avec l’art

contemporain. Dans ce sens, qu’ils aient lieu au Capa ou hors

les murs, les ateliers d’arts plastiques sont pensés dans une

logique d’inclusivité maximale, afin de bénéficier en premier

lieu aux habitant·es de la Maladrerie et d’Aubervilliers, qui sont

majoritairement de condition modeste : tarifs adaptés selon

les revenus, dialogue avec les familles, ateliers hors les murs

adressés à des publics en difficulté, etc. Des démarches sont

également mises en œuvre pour assurer un accueil attentif et

personnalisé aux personnes en situation de handicap.

Entre 2014 et 2022, le Capa a organisé 12 expositions

réunissant 42 artistes, 25 expositions des travaux réalisés

au sein de ses 8 ateliers annuels animés par 33 artistes

professionnels, 60 ateliers hors les murs menés à Aubervilliers

avec 32 structures partenaires, 57 stages, 19 visites

d’expositions et 11 conférences. Son activité est soutenue par

plusieurs institutions et mécènes – voir page suivante.

Dans un quartier qui réunit autant de familles modestes et une

importante population d’artistes, qui évolue rapidement sous

une pression immobilière déjà très sensible avec l’arrivée du

métro à Aubervilliers, cette approche revêt donc aussi une

dimension politique, en refusant toute démagogie et en luttant

à sa manière contre les logiques de gentrification. Ici, l’art se

conjugue avec de multiples logiques de vie et s’adresse à tous

les protagonistes des lieux, qu’ils soient habitant·es, artistes

ou visiteur·euses : un projet et un terrain d’expériences ouvert,

susceptible de transformer les rôles et les regards.

Thierry Fournier

septembre 2022


Virginie Descamps, vue de l’exposition Le Silence est d’or, 2016, photographie Thomas Guyenet


Merci

9

Artistes

exposée·es

de 2014 à 2021

Par ordre antéchronologique des expositions : Katerina

Christidi, Catherine Geoffray, Camille Grosperrin et Pascal

Teffo (Les Corps purs, 2021) / Harold Guérin, Maude Maris,

Kristina Shishkova et Stéphane Thidet (La Vie Silencieuse,

2020) / Julie Balagué (Utopie / Maladrerie, 2019) / Benjamin

L. Aman, Marion Auburtin, A. & F. Lamarche-Ovize et Bettina

Samson (Life on Mars, 2019) / Thierry Fournier et Laura Gozlan

(Axolotl, 2018) / Bruno Gadenne, Vassilis Salpistis et Juliette

Vivier (L’Évidence de la nuit, 2018) / Bernard Calet, Isabelle

Ferreira, Thomas Guyenet, Claude Lévêque, Pascal Lièvre et

Benjamin Sabatier (Faire chantier, 2017) / Virginie Descamps,

Irina Rotaru et Gabrielle Wambaugh (Le Silence est d’or, 2017) ;

Jennifer Caubet et Flavie Pinatel (Proliférances, 2016) / Céline

Cléron, Béatrice Cussol, Sophie Gaucher, Camille Grosperrin,

Isabelle Lévénez et Pierrick Naud (Dynamique des fluides,

2016) / Marion Auburtin, Juliana Borinski, Julia Cottin, Marina

Gadonneix, Florentine & Alexandre Lamarche-Ovize, Benjamin

L. Aman, Bettina Samson, Eric Stephany, Julien Tiberi et David

De Tscharner (Sleep Disorders, 2014).

Artistes

enseignant·es

depuis 2013

Par ordre alphabétique : Fanny Béguery, Cécile Brigand,

Katerina Christidi, Céline Cléron, Caroline Culland-Cassel,

Sylvie Da Costa, Laurence De Leersnyder, Julien Desailly,

Virginie Descamps, Pierre Duclou, Christophe Faso, Elsa

Fauconnet, Olivier Fontvieille, Bruno Gadenne, Sophie

Gauchet, Lena Golovina, Camille Grosperrin, Eva Guionnet,

Lika Guillemot, Thomas Guyenet, Chloé Julien, Janine Kortz-

Waintrop, Isabelle Lévénez, Antoine Liebaert, Julien Mélique,

Barbara Noiret, Sandrine Rondard, Irina Rotaru, Vassilis

Salpistis, Marjan Seyedin, Kristina Shishkova, Guillaume Talbi,

Pascal Teffo, Ludovic de Valon et Felipe Vincenot.

Élus : les Maires d’Aubervilliers Jacques Salvator (2008-2014),

Pascal Beaudet (2014-2016), Meriem Derkaoui (2016-2020)

et Karine Franclet (2020-) / La Maire adjointe aux Politiques

Culturelles Magali Cheret (2014-2020) / les Directeurs des

Affaires Culturelles Nicolas Larnaudie (2009-2015), Thomas

Adam (2015-2020) et Philippe-Louis Coudray (2020-) /

Élisabeth Guigou, Députée de Seine Saint-Denis (2002-2017).

Mécènes et partenaires : l’Office Public de l’Habitat

d’Aubervilliers : Barbara Bourgeois, Tristan Lindeperg, Benjamin

Hemmer, Fabien Narritsens / le Fonds de dotation agnès b. :

Agnès Troublé, Sébastien Ruiz et Amandine Cajuste / Nathalie

Lafforgue, responsable de la Collection départementale

d’art contemporain de la Seine-Saint-Denis / Diana Picasso /

l’équipe de la Médiathèque Henri Michaux et sa responsable

Frédérique Pinzan / la revue Point Contemporain / le

Théâtre de la Commune / l’équipe de l’Espace Renaudie et

son responsable Vincent Fortier / le P.R.E. / le S.E.S.S.A.D.

/ le C.C.A.S. / le Centre Henri Duchêne, hôpital de jour

d’Aubervilliers / la Maison Rouge / le Musée du Jeu de Paume

/ le Musée des Arts Décoratifs / le Musée d’Orsay / le Musée

Picasso / Tous les établissements scolaires partenaires.

Équipe du Capa : Jérôme Bazin, ancien administrateur, Louise

Héritier, administratrice, Aurélie Laurent, secrétaire de direction,

Antoine Liebaert, Jérémy Berton, Sébastien Trihan, régisseurs.

Membres du Conseil d’administration du Capa depuis

2013 : Thomas Adam, Serge Assmann, Fanny Béguery,

Marie-Christine Boutonnet, Magali Cheret, Adeline Chevallet,

Dominique Claveau, Clarisse Cresson, Solène Fiumani, Thomas

Guyenet, Francis Hocini, Florentine Lamarche-Ovize, Françoise

Meaume, Françoise Pothier, Nathalie Richard, Vassilis Salpistis

et Jeannette Vilar.


De g. à dr. Jeannette Vilar, Juliette Fontaine, Céline Cléron, Dominique Claveau, Katerina Christidi, Elsa Fauconnet, Marjan Seyedin et Thomas Guyonet, juin 2022, photographie Françoise Meaume


11

Équipe

2022

Directrice : Juliette Fontaine

Administratrice : Louise Héritier

Secrétaire de direction : Aurélie Laurent

Comptable : Karine Leysens

Conseil d’administration en 2022 : Adeline Chevallet, Vassilis

Salpistis, Florentine Lamarche-Ovize, Thomas Guyenet

(représentant des artistes enseignant·es).

Le Conseil d’administration comprend également les membres

du bureau. En 2022 : Jeannette Vilar (présidente), Serge

Assmann (vice-président), Solène Fiumani (trésorière), Fanny

Béguery (secrétaire).

Adhérent·es

De 2015 à 2022

Moustapha Abdelsalame, Paucha Achache, Hélène Acimovic,

Anne Adam, Roman Adam, Vadim Adam, Ravane Adjilli,

Hanna Albanese, Raphaël Albospeyre Thibeau, Quentin

Alesandrini Joubert, Soumaya Ali Selim, Gloria Alves, Jules

André Pierre, Yassmine Aouf, Charlotte Arnaud, Hanane

Aroui, Serge Assmann, Tahar Astit, Abibatou Attab, Annick

Audierne, Christian Audierne, Anna Aunis Danflous, Sinem

Aydemir, Hana Bacaer, Sofiane Badrouchi, Jocelyne Baeyens,

Evan Banouanina, Matt Banouanina, Priscille Barbé, Pascale

Barincou, Victor Barthélemy, Geneviève Bartoli, Andrew

Barua, Salomé Bazin, Aurore Becquet, Fleur Becquet Marin,

Neige Becquet Marin, Almarita Beldame, Fatiha Belhocine,

Selyan Belhocine, Louka Bellenger, Lina Ben Jannet, Hadjer

Bendjeddou, Pierre Henri Benetti, Mélinda Benhaiem, Najoua

Benhaiem, Hugo Bernard, Noémie Bernard, Léna Berteaux,

Geneviève Berthod, Nina Besson, Lou Beurdeley, Myriam

Bichler, Martin Blaise, Victor Blanchard, Pierre Blondeau,

Claire Blumenthal, Michèle Boisson, Catherine Borderie,

Thierry Borlet, Swann Boula, Ilyes Bouri, Ramine Bousahih,

Yaniss Boussadia, Fanny Boutonné, Gérard Boutonnet,

Marie-Christine Boutonnet, Anne-Marie Bouvier, Martine

Boyer, Agnès Brami, Michèle Briancon, Kaëtan Brion, Jennifer

Brion, Katarina Brivois, Catherine Broine, Flora Brousse,

Nicole Bruchon, Eloyves Calixte, Myriam Camara, Jeanne

Candel, Claude Carabin, Emilie Carl, Jeanne Castillon, David

Caubere, Tinga Charni, Claude Charoy, Ahmed Cheriguene,

Dorothée Chevalier, Adeline Chevallet, Maïra Chiaretto, Myriam

Chibah, Selma Chouaoui, Maryam Chouklah, Rani Chowdhury,

Dominique Claveau, Maya Isabelle Cocolos, Mariama Conteh,

Sylvie Copain, Myriam Coulibaly, Clarisse Cresson, Ahmet

Daggulu, Angel Daniel Arab, Julian Daniel Arab, Louison

Daniel Lamazière, Véronique Daroche, Clem De Coninck,

Hugo De Oliveira, Mélina De Thandrawen Deletang, Cyriaque

Defrasme, Daniel Del, Sylvie Delclos, Grabriel Delpierre,

Cassandre Delsol, Aurélie Delvienne, Lison Deschamps,

Clémence Devienne, Roberto Di Mola, Gabrielle Diot, Rayan

Djafri Alexandre Dje Djemel, Inès Djoura, Rama Drabo, Ina

Dranca, Maria Dranca, Yosra Dridi, Sara Drine, Zazie Duluard,

Julie Duthey, Jean-François Eich, Ahmed El Ashry, Samira El

Baidani, Maryam Elfouly, Anastasia Elias, Carole Elias, Annie

Emrot, Joseph Epain, Maxime Fardeau, Cinnie Farnaud,

Bertrand Faussemagne, Ulysse Fichou Petit, Ariane Finck,

Solène Fiumani, Thomas Flattard, Raphaëlle Franquet, Aurélie

Fresel, Victor Fritsch, Jeanne Gabrielle Sberro, Annie Gaillard,

Siane Gariel, Isabelle Gasparini, Nadia Gautey, Gaël Gavieiro,

Arielle Gayot, Kalina Georgev, Thomas Gieu, Lisa Ginestet,

Oana Gogu, Alban Goguel d’Allondans, Brigitte Gonzalez, Alix

Goret, Soghona Goumane, Yasser Guentouri, Cyril Guenue,

Gabriel Guidea, Adam Guidou, Nadège Guillaumat, Lika

Guillemot, Martine Guitton, Havin Gunes, Santinie Guyot,

Annefelle Haina, Lahna Haina, Sana Hamamouche, Catherine

Hamedi, Maely Hamon, Hélène Hamonic, Sophie Hampe, Nour

Hamrouni, Ahmed Hassan, Bertille Hazard, Christine Hedrueil,

Nour Hegazy, Janine Hergenhahn, Francis Hocini, Danièle

Houdremont, Lorie Huang, Piroska Hunyadi, Mahouahoua

Hurel, Michelle Hurel, Semy Hurel, Menad Igui, Catherine

Imbéry, Mohammed Amine Jabbouri, Océanne Jamvier Gaillie,

Adam Jebali, Camille Jolivel, Safoorah Kakhaytoo, Véronique

Kakuila, Rajan Kapela, Nadine Karembe, Elsa Kartouby, Ruben

Kemajou, Annick Kerambrun, Maëlle Khalkhal, Ilhem Khalladi,

Amara Khelifi, Soha Khokhar, Isis Khouya, Juliette Kokoreff –

Britt, Awa Koné, Melya Koné, Salma Koraichi, Lisha Kpatenon,

Linda Kra, Annie Lachkar, Marie Lagabbe, Basma Lakoud,

Frédéric Lallemand, Maryse Laloire, Florentine Lamarche

-Ovize, Marie -José Laroche, Alexis Laurent Gocmen, Graziella

Laurenty, Fabien Le Frapper, Cyrielle Le Lay, Marina Leborgne,

Jean -Christophe Legendre, Jade Léopoldie-Vu, Enzo Leroy,

Providence Leux, Alain Lévénes, Francine Lévénes, Anaëlle

Levernier, Daniel Lin, David Lory, Julie Lossec, Pieter Jan

Louis, Marie Luciani, Ali Maamar, Catherine Maffli, Boubou


Jérôme Bazin, ancien administrateur du Capa, lors d’une visite de l’exposition Faire Chantier, 2017, photographie Juliette Fontaine


13

Maiga Doucouré, Ismaila Maiga Doucouré, Janna Makni,

Kamil Makni, Ranya Malek Tahir, Inaya Malik, Emilie Malleret,

Ismaël Mamèche, Gérard Mantovani, Corinne Marie-Liger,

Coline Martin, Nadège Martinagolle, Gaël Martodihardjo,

Lyliane Maurel, Mina Mawhoub, Françoise Meaume, Manel

Mefidane, Fadila Mendili, Dolorès Mijatovic, Jules Milovanovic,

Marcel Monsi, Elisa Morange, Esperenza Moreno, Martine

Moreno, Cécilia Moreno Ruiz, Dahlia Mouassi, Hélène Mourrier,

Michèle Mouzin, Rurab Mudassar, Céline Muller, Marianne

Muller, Quention N’siona, Inès Nait Bahloul, Lina Nait Bahloul,

Diala Nammour, Sylvie Napolitano, Hassan Nazar, Claudia

Ndinga, Omyma Nedhif, Patrick Nello, Léo Ngo Moussi, Nolan

Ngpingman Notarianni, Anne – Sophie Nguyen-Van, Christelle

Nodier, Novak Ren, Bénédicte Onfroy, Maylah Ouangue,

Inès Ouaret, Lysold Ovize, Octave Ovize, Arushan Parathan,

Jean -Pierre Partouche, Stéphanie Patry, Fauste Paugoy

Audoux, Douqinnli Payant, Capucine Payen, Laura Person,

Nathalie Philetas, Fanny Pichon, Eliott Pochard, Guillaume

Pinchard, Bittor Pineiro, Izarrin Pineiro, Urko Pineiro, Idryss

Piteau, Caroline Plançon, Emilie Poisson, Françoise Pothier,

Suzanne Presset, Samuel Ragier, Lou-Anna Ralite, Mialitiana

Ramdrianivosoa, Régine Razavet, Louisa Reguig, Rezki Reguig,

Céline Renard, Néphélie Renet Binkina, Teresa Ribeiro, Milo

Ricardou Parra, Célie Richard, Hugo Richard, Hélène Robbe,

Youcef Robei, Eloïse Rollin, Léopold Rollin, Rama Sadek, Nine

Sahali, Rachel Salem, Aboubacari Samassa, Lassana Samassa,

Samia Guelaï, Véronique Santini, Chloé Sasias, Aya Sebai,

Xavier Sébrié, Brigitte Sechet, Sylvie Seck, Sabrina Seghir,

Flora Seka Ursulet, Adam Selka, Enzo Sennane, Nadine Serbin,

Maïté Servières, Sana Siad, Mathilde Simao, François Simon,

Mathilde Simow, Tanprut Malkit Singh, Michelle Sorosina,

Elisabeth Souleyman, Lilas Souris, Michèle Sully, Ewelina

Swistak, Djeneba Sylla, Raphaëlle Sylvestre, Anas Tahir, Hawa

Tambara, Valérie Tasseel, Kais Terki, Christine Thibault, Michel

Thomas, Téa Tosovic, Wassim Touati, Laurence Toulorge,

Ancelin Tridant, Aurelle Tridant, Audrey Vachet, Camille Vailhé,

Tyron Valmy, Annie Vannier, Carole Vega, Sarah Victorin, Marina

Vidal Naquet, Jeannette Vilar, Judith Vittet, Matéo Walker-

Pawlak, Jim Wassa, Soraina Wayakalini, Gilbert Wiart, Mireille

Wiart, Emma Yanat, Nick Yang, Isaya Yogarasa, Néhémie

Yogarasa, Mohammed Zarrouk, Jena Zeffane, Anaïs Zeiliger,

Louiza Zemirli, Dimya Zerrouki, Jeanne Zhang, Jessica Zhang,

Marc Zhang, Julie Zucconi.


Vernissage de l’exposition de Julie Balagué Utopie / Maladrerie, 2019, photographie Julie Balagué


Vernissage de l’exposition de Julie Balagué Utopie / Maladrerie, 2019, photographie Julie Balagué


Visites de l’exposition Dynamique des fluides, 2016, photographie Juliette Fontaine


Atelier enfants dans l’exposition Faire chantier, 2017, photographie Juliette Fontaine


Bernard Calet, exposition Faire chantier, 2016, photographie Thomas Guyenet


Expositions


Catherine Geoffray (au sol) et Katerina Christidi


Les

corps purs

2021

21

Katerina Christidi, Catherine

Geoffray, Camille Grosperrin

et Pascal Teffo, curatrice

Juliette Fontaine

Du 10 mai au 6 juin 2021

Dans un appartement de la Maladrerie

20, coursive Georges Méliès 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

Photographies Thomas Guyenet

« Il faut toujours suivre le désir de la ligne,

le point où elle veut entrer ou mourir. »

Henri Matisse

« Chaque trait est habité de sa propre histoire,

dont il est l’expérience présente; il n’explique pas, il est

l’évènement de sa propre matérialisation. »

Cy Twombly

« Pensez au dessin de Cézanne, qui vise,

disons cela d’un mot, l’apparaître sous l’apparence. »

Yves Bonnefoy


De g. à dr. Pascal Teffo, Catherine Geoffray (au sol) et Katerina Christidi


Qui n’a jamais connu ou pressenti le plaisir de

dessiner ? Ne serait-ce que celui de crayonner une ligne

même fragile sur le coin d’une feuille de papier, ou celui de

griffonner une forme chétive et aussi frêle que le geste non

affirmé qui l’aurait ébauchée ? Dessiner, c’est la délectation

de tracer, de croquer sans encore figurer, c’est le délice de

traverser l’espace, de biffer le vide pour le rendre visible.

Lorsque l’on dessine, on ne cherche pas tant à représenter

mais on désire l’avènement d’une forme. On guette son

impulsion, sa boursouflure, on piste son soulèvement, on épie

son élaboration plus que son aboutissement. Et dans le dessin

achevé, c’est encore un élan qu’on désire éperdument, une

source vivante, un recommencement possible. La promesse

d’un soubresaut, d’une aurore, d’une feuillaison.

Le dessin est aussi le passage vers un ailleurs. C’est le monde

fécond détenteur d’un ravissement, celui de l’indéterminé.

C’est une embrasure vers l’inconnu, peut-être même

vers l’infigurable. Avec l’agilité de mimèsis plus ou moins

scrupuleuse, les figures ou les formes dessinées ne sont pas

étrangères aux choses et aux êtres de la réalité du monde,

mais elles ont en elles un rayonnement étrange, un miroitement

mystérieux, une apparence augurale. Le dessin bien plus

qu’une ébauche est un interstice, il n’est pas un geste accompli

parce qu’il est motivé par le désir inassouvi de se poursuivre.

Il est l’inauguration de la forme, sa mise en perspective. C’est

un prélude, une ouverture en tant que début, départ, origine,

apparition. Le dessin est une saillie, une échappée, un geste

lancé sur une trace qu’il faut toujours à nouveau découvrir, voire

ouvrir, pour le moins entrouvrir. « Le dessin, c’est la forme non

donnée, non disponible, non formée. C’est donc au contraire le

don, l’invention, le surgissement ou la naissance de la forme » 1 .

Un des axes majeurs de cette exposition

est donc le dessin, et plus ouvertement,

la ligne. Même la présence de sculptures

reste fidèle à cette idée car ces dernières

sont le résultat d’un travail de courbes, de

sillons, de veinures, non des formes surgies

des écorchures de la matière ; elles ne

témoignent d’aucune empreinte de la main à

leur surface.

Toutefois le dessin n’est pas à prendre comme une thématique

de l’exposition, cette posture serait beaucoup trop restrictive,

scolaire. Le propos se veut plus libre et fluctuant car tout

dépend de ce que nous entendons par dessin. Pour ma part,

il s’agirait presque d’un mouvement vers. Ce mouvement

énigmatique par lequel un artiste est amené à dessiner mais

aussi le mouvement par lequel notre regard, notre pensée,

notre sensibilité répond à celui dont la trace s’est déposée sur le

papier. Nous gageons que ce mouvement est celui d’un plaisir

éprouvé autant par le dessinateur que par celui qui le regarde.

Bien davantage, nous parions que ce plaisir est intrinsèque

au dessin parce que le dessin est une prise de liberté, une

libération : celle de l’accès à la forme.

Par ailleurs, le dessin a à voir avec l’écriture. Une écriture

fondamentalement poétique. Une écriture sans mot. Non pas

parce qu’il raconte – bien qu’il puisse être narratif – mais parce

qu’il tente de s’approcher de la réalité sans jamais en être sa

totale ressemblance. Il demeure toujours une hésitation, un

flottement. Comme un poème, un dessin est de la pensée

conceptuelle mais travaillée par une intuition qui ne se résigne

pas. Dans son mouvement même, il s’éloigne du discours,

le transgresse, en multipliant et en intensifiant sa charge

imageante. Le dessin est une métaphore pure et infinie, il est

inscrit dans l’attente de la venue d’une forme, constamment aux

aguets de ce qui peut advenir. C’est dans le dessin que surgit

le mieux le parcours rapide de la pensée, il est la matière de sa

fulgurance. « Errance ronde et sûre d’une courbe qui enlace,

léger fouillis comme de brindilles, ou construction faite d’angles

et de droites, peu importe, le dessin est toujours ce qui vient en

premier, ce qui est supposé jaillir de rien » 2 .

Aussi, le titre Les Corps purs est à prendre dans son sens

scientifique en évoquant une substance qui n’est composée

que d’un seul type d’élément chimique. Chacun des artistes

exposant travaille avec un unique médium. Katerina Christidi

dessine sur de la toile au fusain souvent de très de grands

formats. Catherine Geoffray dessine ses rêves avec un stylo

à bille et sculpte de petites formes hybrides en une pâte

céramique cuite sans glaçure d’un aspect mat. Avant et pendant

la réalisation d’un de ses films, Camille Grosperrin dessine à

l’encre de Chine des schèmes narratifs tout en finesse. Quant

à Pascal Teffo, graveur dans l’âme, il dessine à la mine de plomb

des univers telluriques, des géographies presque cosmiques.

Respirer l’ombre. Cette très belle expression empruntée à

Giuseppe Penone fait écho à l’œuvre de Katerina Christidi qui

travaille avec le velouté profond du fusain. De cette matière

fragile et volatile, l’artiste fait une couverture dense, une nuit

épaisse comme du velours. Un grand corps noir de charbon

crépusculaire sur lequel s’agitent des formes actives d’une

autre nuit. Un drap feutré et sépulcral sur lequel frissonnent

des figures maintenues en suspens comme désireuses

d’entretenir une certaine indétermination entre l’animalité

et l’humanité. Des corps un peu monstrueux tâtonnent et

avancent tranquillement vers le dehors, semblant parfois un

peu burlesques telles des figures oniriques sortis de l’univers

23

1. Jean-Luc Nancy, Le plaisir au dessin, Catalogue d’exposition, Musée des Beaux Arts de Lyon, 2007

2. Jean-Christophe Bailly, L’Atelier infini, Paris, Hazan, 2007


d’un Odilon Redon. Il y a des êtres en métamorphose qui vibrent

du fond de la caverne, dont certains m’évoquent les silvains

de la forêt douloureuse de la jeune princesse louve d’Hayao

Miyazaki. Il y a des silhouettes toutes archaïques qui naissent

doucement de l’ombre, ivres d’intelligibilité. À l’instar d’un Pierre

Soulages, c’est aussi l’effleurement de la lumière à la surface du

support qui révèle la présence des êtres et des formes écloses

des ténèbres ductiles. Avec un geste assidu, impétueux et

graduel ainsi qu’un lent processus de création, la lumière

devient un médium fondamental de la visibilité de l’œuvre. Les

mains de l’artiste tissent ces immenses aplats nocturnes et les

modulent au toucher. La caresse est une dimension sensuelle

déterminante du travail. Les outils utilisés par l’artiste que

sont ces branches de saule carbonisées sont le plus souvent

destinées à la pratique du dessin. Mais ici le fusain est appliqué

sur de la toile agrafée à même le mur de l’atelier comme une

seconde peau, souvent de très grand format. L’investissement

total de la surface avec de subtiles et multiples nuances évoque

la question du recouvrement spécifique à la peinture. De plus,

l’effort physique du corps de l’artiste est fortement engagé

devant les dimensions imposantes des formats.

Chez Katerina Christidi, le visible est le caché 3 , à moins que

ce ne soit l’inverse. Ces motifs, ces êtres apparaissant de

la noirceur satinée vivent comme des animaux sauvages

traversant le visible en s’y cachant, ils sont dans « l’ordre du

surgi » 4 , ce qui n’exclut pas la possibilité d’une relation avec

le spectateur, même furtive. En effet l’artiste n’est pas dans la

complaisance de vouloir nous séduire, c’est à nous de nous

arranger avec le sentiment probable d’une déception et

d’aller au devant de la rencontre en entrant dans le chaos. Les

silhouettes jaillissent des plis de la matière appliquée strates par

strates, en partant de la peau vierge du tissu et en allant vers le

noir le plus ébène possible, l’artiste ne retirant jamais de fusain,

aucun repentir ici mais une errance persévérante à adjoindre,

à additionner les couches de la brûlure de cet outil ancestral.

Dans la lignée des peaux végétales de Georgia O’Keffe, les

plis sont aussi les lieux d’affleurement du visible. Je me risque

à dire que ce travail est baroque, déployant des courbes et

des contre courbes toujours en mouvement afin qu’elles

altèrent les distances, assimilent les contraires et multiplient

les ombres et les points de vue. C’est « le pli qui va à l’infini, pli

sur pli, pli selon pli » 5 . Il est fort à parier que cette pratique de

recouvrement presque sans fin soit celle d’un amour puissant

pour l’égarement sur les sentiers inconnus, une prédilection

à l’errance ouverte et imprévisible, comme celle dans les

contrées habitées par les ondes de l’inconscient.

L’univers de Catherine Geoffray n’est pas abstrait bien qu’il

soit librement amoureux de l’indéfini. Sur le modèle de la peau

qui protège et délimite l’individu, en créant ses matrices et

ses textures elle semble créer d’autres frontières, d’autres

limites, d’autres peaux, voire d’autres espèces. En effet,

son monde singulier est inondé de formes empruntées au

monde organique. Il est immergé de la présence prégnante

de biomorphismes, ces derniers demeurant incarnés

dans une ambiguïté intrinsèque. Cet aspect apparaît tout

particulièrement dans le travail sculptural de l’artiste. Des

êtres hybrides doués de transformisme sont des sortes de

déclinaisons inattendues d’anatomies inclassables, à la fois

végétales, animales ou minérales. Je m’aventure à aller jusqu’à

suggérer que ces êtres côtoient la région des anormaux

comme ceux d’un musée imaginaire d’anatomie pathologique,

des êtres aberrants bousculant les classifications

affectionnées par le vocabulaire rigide et monovalent de la

doxa. « On reconnait quelque chose de soi, on ne sait même

pas d’ailleurs si c’est de soi, mais on ne peut pas le nommer.

Et ça inquiète, ça intrigue (...) C’est un organique qu’on ne

peut pas nommer non plus (...) C’est vraiment ça que j’ai envie

d’exprimer, en fait, c’est ça, ce non- exprimable, justement » 6 .

Plus simplement, ces êtres sont aussi des organismes qui

ont intégré les stratégies du vivant déployées pour maintenir

sa survie, tel que le don de mimétisme que nous rencontrons

partout dans la nature : mimer pour se reproduire telle

l’orchidée imitant le dessin, les couleurs et l’odeur de l’abeille

afin d’être pollinisée, ou encore mimer pour se cacher comme

le phasme pastichant la forme jusqu’aux nervures de la feuille

de l’arbre. À l’égard des sculptures de Catherine Geoffray, le

mimétisme est sans doute moins éloquent que le mystère de

la métamorphose, mutation comme si l’artiste intuitivement

se laissait aller à créer des êtres en devenir, se déployant

dans « certaines franges de la vraisemblance, à équidistance

entre le naturel et le surnaturel, dans la zone grise entre le

réel et l’imaginaire » 7 . Par ailleurs, dans notre époque héritée

notamment des impacts d’Hiroshima ou de Tchernobyl, dans

notre monde tant sacrifié où les barrières entre les espèces

sont devenues poreuses, dans ce monde de zoonoses avérées

par le passage d’un pathogène de son réservoir animal à

Homo Sapiens, les petits monstres de céramique de l’artiste

sont presque fraternels. Ils résonnent avec les bizarreries

zoologiques, les étrangetés minérales, les curiosités naturelles

dont nous sommes devenus coutumiers.

Un élément remarquable de ce travail sculptural est sa

multiplication sérielle et pléthorique, telle une pullulation

à l’instar de la reproduction cellulaire. Cette propagation

3. Jean-Christophe Bailly, Le visible est le caché, Paris, Le Promeneur, Musée de la Chasse et de la Nature, 2009

4. Ibid.

5. Gilles Deleuze, Le pli, Leibiz et le Baroque, Paris, Minuit, 1988

6. Catherine Geoffray, entretien téléphonique avec Léon Myckrine, Paris, avril 2020

7. Lætitia Chauvin, texte de l’exposition Mémoires fertiles, Progress Gallery, Paris, 2019

24


magnifique atteint les cinq cent pièces aujourd’hui et leur

surface mate non émaillée m’évoque l’os. Devant l’installation

de toutes les pièces posées au sol, nous sommes devant

un extraordinaire ossuaire presque romanesque, devant le

cimetière tragique de toutes les espèces disparues de la

planète, devant le site archéologique de nos finitudes. Cette

interprétation me regarde car l’artiste se défend clairement

de toute intentionnalité. Elle ne fait que constituer sans projet

prédéterminé, « les maillons d’une chaîne d’évolution » pour

reprendre ces termes.

Le territoire flottant entre la réalité et l’imagination est

également celui que nous retrouvons dans les rêves. Ce

magma évolutif né de l’inconscient est la matière même de

l’artiste spécifiquement dans ses dessins car elle écrit ses

rêves presque tous les jours, dans une scansion régulière, un

rituel en somme. Les êtres y sont aussi en mutation mais ils sont

plus aisément identifiables, issus d’une grammaire lisible car ils

racontent des récits, ils sont doués de parole pour susurrer les

circonvolutions des rêves.

Un des aspects fondamentaux de la démarche de Camille

Grosperrin est l’attente. Les attentes que nous procurent

la vie sont rarement des états simples : incertitude, désir,

crainte, impatience, colère, ennui s’y alternent, s’y entrelacent

et s’y démêlent. Il me semble que tous ces états doivent être

traversés par l’artiste pour qu’une de ses œuvres puisse advenir.

D’ailleurs dans ses moyens métrages oscillant entre la fiction

et le documentaire de manière très subtile, nous percevons

des lieux, des personnes ou des circonstances qui tous ont

l’apparence d’être simples, fluides alors que la mise en œuvre

de chaque instant du film a été le fruit d’un processus complexe.

Nous regardons les images comme des effluves mélodieuses

et limpides, comme des évidences, alors qu’elles sont des

métonymies, la partie visible de tout un iceberg. Car l’artiste

convoque toujours l’étirement du temps. Elle collectionne des

histoires dans des lectures résonnantes, dans des contes et

des mythes lointains, dans des paroles récoltées — autant

celles des morts que des vivants –, et elle les note dans des

myriades de carnets dans lesquels se glissent des croquis

en devenir entre les moissons narratives et des dessins. Ces

multiples carnets deviennent des sortes de planétariums, des

constellations écrites, réelles et imaginaires, des rhizomes

dans lesquels s’insinuent des éléments autobiographiques qui

demeureront dans la sphère discrète du secret. De ce travail

arachnéen, l’artiste retient le plus souvent des détails, des

instants « délicats et ténus, où quelque chose semble sur le

point de basculer » 8 . Un texte d’elle me touche dans lequel on

peut lire « Si on surveille sans s’arrêter, sans se reposer, si on

guette, vraiment, si on attend avec les yeux et avec la main, alors

c’est certain que quelque chose va finir par arriver».

L’artiste semble animée par ce que Nathalie Sarraute nomme

des tropismes, des présences silencieuses qui l’accompagnent

toujours lorsqu’elle dessine, fabrique des céramiques, écrit,

réalise des films : « ce sont des mouvements indéfinissables,

qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience; ils

sont à l’origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments

que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu’il est

possible de définir » 9 . L’artiste nous propose de basculer dans

le merveilleux, souvent fascinée par un animal. Cette figure

devient alors centrale dans toute l’œuvre, autant dans les films,

dans les céramiques que dans les dessins à l’encre sur papier,

d’une méticulosité patiente et magnifique. Chez elle, le dessin

chaperonne toujours les différents projets d’écriture de films, il

en constitue le liant tout au long de leur élaboration. Il est à la fois

narratif, didactique et préparatoire.

Si, au départ, Camille Grosperrin est sculptrice, elle se

concentre désormais sur la création de films dans lesquels

apparaissent les objets qu’elle construit encore. Souvent les

animaux domestiqués tels que le chien et le cheval ont des

rôles déterminants. Dans The Pale Horse, le cheval Diablo est

l’ange protecteur de Christian; un soir de beuverie, il le ramène

chez lui ivre et inconscient. Au-delà de la très belle relation entre

l’animal et l’homme, l’artiste aborde la figure de la « bête guide »

que nous trouvons dans les voyages initiatiques de nombreux

mythes. Dans Another love story, elle part du mythe d’Hercule

mais se concentre sur son chien qui fait la découverte de la

pourpre sur une plage. Dans le très nostalgique Diving Horses,

le cheval Lightning est le rôle principal et pourtant nous le

voyons presque exclusivement dans les yeux et les mots des

personnages qui gravitent autour lui. Car tout comme le parc

d’attraction Magic Forest Park qui va fermer ses portes, le vieil

animal va mourir bientôt.

L’artiste reste avant tout sensible à tous les instants qui vacillent

avant de disparaître. Je n’oublie jamais que pour son diplôme,

elle décida d’exposer les clichés d’une de ses installations, car

elle les trouvait plus puissants que l’œuvre elle-même. Cette

série photographique s’intitule Ghosts (fantômes).

Pascal Teffo pratique le dessin, la peinture, la gravure,

l’installation et la photographie. Tout son univers est imprégné

d’une notion plurielle : le paysage et tous ses territoires

inconstants, parfois donnés en pâture. En construisant une

sorte d’état des lieux poétique de la nature, l’artiste pose avec

humilité la question de la place de l’homme dans l’univers.

Il interroge l’horizon non pas pour les perspectives d’un

avenir mais plutôt en résonance à une pratique littéraire qui

s’opposerait à la « clôture « d’un texte. L’artiste est mu par la

possibilité d’une multiplicité de sens, vers un horizon ouvert qui

renvoie non seulement à un espace du dehors, mais aussi à un

espace plus intérieur, plus intime. Il y a là un rapport au monde

fondamentalement phénoménologique où le corps est à la

25

8. Camille Grosperrin, texte de présentation de son travail

9. Nathalie Sarraute, Tropismes, Paris, Minuit, 1957


fois voyant et visible, où le corps est au nombre des choses du

monde, ni plus, ni moins, faits de la même étoffe. « La nature

est à l’intérieur », dit Cézanne. La lumière ondoyante, la teinte

troublée par la chevelure du vent, la profondeur du paysage

devant nous, éveillent un écho dans notre corps. Et ce sont

ces impressions que l’artiste tente de retranscrire dans son

travail, en proposant autant de cartographies irréelles que de

géographies plausibles. Une poétique de l’espace.

Il y a chez cet artiste une inclinaison naturaliste, plus rêveuse

que scientifique car « la science manipule les choses et

renonce à les habiter » 10 . Son œuvre polymorphe est irriguée de

formes évoquant des éléments de botanique, de minéralogie,

ainsi que d’astrologie. Il explore avec passion les nouvelles

géographies, et dessine des cosmographies imaginaires.

Il avance en s’égarant, il fouille sans classifier. Il scrute les

mouvements même infimes de sa posture au monde en laissant

une large place à l’errance. « C’est mon esprit qui suit ma

main » 11 . Le travail n’est pas abstrait, c’est un travail figuratif libre

qui tente de s’approcher de multiples perceptions amalgamées

et d’en faire une composition. Par là même, l’artiste est un

promeneur assidu et un contemplatif réservé. Il observe le

passage des nuages et leurs pareidolies, le ressac apaisant

de l’océan, la lumière qui décline sur les escarpements, le

relief changeant des chemins. Pascal Teffo est breton, et il a

préservé avec tendresse un lien très fort avec les paysages de

son enfance. Son pays d’origine transparaît dans sa pratique

à travers la présence récurrente de l’eau et de la couleur bleu,

et notamment une pratique rituelle de dessins in situ devant

les roches d’un village dans la lumière du soir. Il crée aussi des

installations, qu’il met en place sur les plages des Côtes d’Armor

– comme une réminiscence du land art.

Juliette Fontaine

avril 2021

10. Merleau-Ponty, L’Œil et l’esprit, Paris, Gallimard, 1964

11. Pascal Teffo, propos tenus dans son atelier lors de ma dernière visite, mars 2020

26


De g. à dr. Pascal Teffo et Catherine Geoffray (au sol)


De g. à dr. Pascal Teffo et Katerina Christidi


De g. à dr. : Catherine Geoffray (au sol) , Katerina Christidi (salle du fond) et Pascal Teffo


De g. à dr. : Katerina Christidi et Camille Grosperrin


De g. à dr. : Camille Grosperrin et Pascal Teffo


Camille Grosperrin


Camille Grosperrin


Catherine Geoffray


Camille Grosperrin


De g. à dr. Harold Guérin, Maude Maris et Kristina Shishkova


La vie

silencieuse

2020

Harold Guérin, Maude

Maris, Kristina Shishkova et

Stéphane Thidet, curatrice

Juliette Fontaine

Du 14 mars au 5 avril 2020

(reportée du 18 au 30 mai 2020)

Dans un appartement de la Maladrerie

7 allée Georges Braque 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

37

Photographies Thomas Guyenet


De g. à dr. Maude Maris et Kristina Shishkova


La peinture et la sculpture parlent et pensent, mais en

silence. Devant une peinture, nous sommes à un seuil où les

mots se désemplissent de sens et s’assèchent, se creusent

et peut-être disparaissent tout à fait. La pensée articulée se

délite, se disloque, vacille. « La peinture n’a rien à voir avec la

raison raisonnante » 12 . Si la poésie le fait déjà par sa fulgurance

ou la dislocation de son langage, la peinture et la sculpture

nous éloignent très radicalement du discours. Quand la poésie

fissure l’éloquence, et quand le dessin, par le travail de la ligne,

se rapproche d’une écriture, la peinture et la sculpture, elles,

deviennent un poème élargi, mais coi. Elles nous suspendent

à leur seul étonnement, à leur infinie résonance. En acceptant

cette éclipse du langage, nous séjournons alors dans l’intensité

d’un désordre, dans le tumulte d’une interruption, d’une césure

incertaine : celle du langage. Le régime des œuvres plastiques

n’est pas discursif, mais relève de ce qui se tait et qui ne parle

pas. Cette exposition se place donc sous le signe du silence et,

pourrait-on dire, de l’inquiétante douceur qu’il peut susciter par

sa puissance. Elle est définitivement du côté de l’absence du

langage ; les seuls sons de l’exposition proviennent d’une vidéo

de Stéphane Thidet, Half Moon, sourdant les bruits nocturnes

d’une nuit d’été à Saratoga. C’est aussi la seule œuvre où

apparaissent des êtres vivants – des animaux. Car, se plaçant

du côté des choses muettes, avec une prédominance minérale,

cette exposition ne présente aucune figure humaine. En

prenant le parti des choses 13 , elle effleure ou aborde le genre de

la nature morte, still life qui se traduit en anglais par vie immobile,

signifie aussi dans un anglais moins usité une vie calme, une

ambiguïté qui irrigue le titre de La Vie silencieuse.

Quand il ne fait pas de photographie à la chambre, Harold

Guérin dessine sur du papier de verre ou avec de la poussière

de terre frottée sur du papier. Aussi, il fabrique des objets à

partir de matériaux issus de paysages qu’il a arpentés tels

que le grès rose des Vosges ou des prélèvements de terre.

Maude Maris conçoit en peinture des espaces artificiels à

partir d’agencement d’objets qu’elle a créés dans son atelier et

qu’elle photographie dans de petites mises en scène. Kristina

Shishkova conçoit, souvent en grand format, des paysages à

partir de la longue observation d’objets – notamment de pierres

– et de contemplation de paysages dont la temporalité s’en

trouve ainsi suspendue. Quand il ne crée pas d’installations,

parfois de grande envergure mais toujours à l’échelle de

l’espace dans lequel il intervient, Stéphane Thidet agence dans

une poétique subtile des matériaux naturels avec des objets

industriels. Dans leur rapport aux choses et dans leur pratique,

ces quatre artistes reconsidèrent à leur manière la possibilité

d’un réenchantement à partir d’extraits et de prélèvements du

monde.

Dans leur rapport aux choses et dans leur

pratique, ces quatre artistes reconsidèrent

à leur manière la possibilité d’un

réenchantement à partir d’extraits et de

prélèvements du monde.

La démarche d’Harold Guérin est étroitement liée à sa

déambulation dans les paysages. Il y a chez cet artiste un fil

tendu entre exploration, observation et recherche. Le temps de

la pensée se noue au temps de la promenade dans les courbes

généreuses de la nature, la pensée s’ajustant au déplacement

du corps dans ses multiples teintes et textures. De cette

attitude qui semble énoncer les liens de l’homme avec le monde

naturel, persiste peut-être une trace du Land Art. À l’instar

d’une errance un tantinet élégiaque, la posture romantique

est nourricière et inspirante. La nature demeure une égérie, et

devient le corps et la matière même de l’œuvre. Le déploiement

des pas sur le relief du monde éveille les rêves, peut-être même

le désir de créer. Les chemins du paysage sillonné évoluent

vers des mondes possibles malgré leurs modifications, leurs

inéluctables mutations, leur vulnérabilité déterminée par les

actions des hommes. L’artiste arpente les strates des paysages

et dans cette approche contemplative, il élabore des idées,

il dessine ce qui pourra advenir dans le processus de son

travail, déployant souvent des travaux sériels qui pourraient

être des sortes d’analogies de ces migrations. Les alluvions

naturels s’agrègent aux assises de la pensée en développant

à la fois des problématiques géologiques, géographiques,

cartographiques, et plus en sourdine sans être négligées,

des questions écologiques. Infusé de ses multiples marches,

imprégné de silence, de lenteur et de solitude, le corps mettra

bientôt en mouvement le geste qui insufflera l’œuvre à venir.

Si l’on trouve une dimension conceptuelle dans le travail

d’Harold Guérin, il demeure d’une généreuse simplicité, d’une

claire accessibilité. Il interroge sans présomption. Et il est

avant tout poétique, ne serait-ce qu’en transmuant des objets

en sculptures, estompant avec subtilité l’écart entre ces deux

statuts. Ses Focus sont un exemple limpide de cette démarche.

Il s’agit d’une série de téléobjectifs façonnés à l’aide de strates

accumulées de différentes terres. Ils deviennent alors au

delà de leur statut d’outil photographique, des échantillons

du paysage tel des cylindres retirés du sol pour obtenir un

prélèvement géologique. « Un parallèle formel est ainsi établi

entre le processus de captation d’image photographique

et la matérialité du paysage » 14 . Dans la série de ses dessins

Frictions, la poussière de terres issue de différents sites

frictionnée à la main sur du papier font apparaître des schémas

de phénomènes géologiques. « À leur tour, les couches

sédimentaires de la croûte terrestre se brisent et se frottent les

39

12. Bram Van Velde , Rencontre avec Charles Juliet, 1978

13. Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942

14. Harold Guérin, description sur son site


unes contre les autres » 15 . La pelle de l’œuvre To dig, dug, dug

arbore la noblesse magnifique de son matériau, le grès rose

dont la douceur évoque la fragilité d’une peau infantile. Le statut

d’objet est parfois détourné à la manière presque surréaliste,

où l’objet usuel est promu à la dignité d’une œuvre d’art. L’artiste

flirte avec l’âme duchampienne en l’abordant dans un miroir

inversé. Ce qui est en effet important, c’est la reconstruction

d’un objet avec un matériau choisi qui ne sera pas celui de

l’objet ready-made. Un déplacement s’est opéré par un jeu

d’appropriation.

D’emblée, le monde de Maude Maris est doux et harmonieux

à mes yeux, comme l’occasion d’une fête sensible, comme

une douceur raffinée à la fois tactile et gustative, liée au

rayonnement de la lumière, à son intensité, sa diffusion, à ses

métamorphoses silencieuses. Ce monde est aussi flottant.

D’une propreté lisse, il garde la liberté d’une certaine indécision

ou d’une ambiguïté. Il ondule, fluctue, sans jamais être confus

ni figé. Pas de mollesse dans les masses des objets peints

mais une tenue élégante et tonique. Ce qui pourrait être vu

parfois comme un agencement impassible et stoïque tant il est

soigneux n’en est rien, car la palette savoureuse de l’artiste est

d’une grande onctuosité. Sur ces surfaces paisibles évoluant

entre la nature morte et le paysage, le geste délicat de la peintre

est de l’ordre d’une caresse et m’évoque tant dans les couleurs

que dans la délicatesse du pinceau, l’univers d’un Morandi.

À travers une démarche dans laquelle peinture, sculpture et

architecture sont intimement associées, on trouve ici une

prépondérance évidente de la représentation de l’espace et de

sa composition. Une géométrie précise, quasi musicale qui tisse

des liens entre les choses. Les reflets y sont parfois présents

pour en multiplier et en moduler les points de vue. «Le reflet, en

créant un nouvel espace au sein d’un autre, étend les limites de

ce qui est représentable en peinture. Il nous montre un point de

vue auquel le spectateur n’avait pas accès » 16 .

L’artiste crée des espaces factices avec un sens aigu de la

scénographie. Presque chorégraphique, cet ordonnancement

méticuleux est une sorte d’inventaire (é-)mouvant d’objets

qui semble tenter une nomenclature éclairante du monde. «

Acteurs d’une gestation étrange » 17 , les objets sont partout

présents dans les peintures, qu’ils soient artificiels ou naturels

tels que des pierres ou des fossiles. Ils sont énigmatiques,

équivoques, élusifs, presque indéfinissables parfois mais

semblent pourtant murmurer une sorte de narration ténue,

comme peuvent le faire certaines mises en scène de natures

mortes. Parfois dotés d’une curieuse aura, ces petits objets

de catégories très différentes sont accumulés dans l’atelier

de l’artiste : « J’utilise des résidus, ou des choses jetées que

je rencontre par hasard ». Puis ils sont coulés dans du plâtre.

Cette manipulation laisse apparaître de multiples accidents

de la matière leur conférant parfois un statut indéfini. Cette

plasticité fragmentaire réveille son potentiel de transformation

et d’abstraction. Une gueule d’animal devient un organe humain,

une figure déformée devient l’ombre tortueuse d’un paysage,

une forme tronquée, rendue primitive ou fantaisiste, devient

l’imperfection des dessins d’un crépuscule. « Quand je moule

un objet que j’ai collectionné, je change certains détails, certains

indices figuratifs et certaines proportions. Cela constitue

un mouvement vers une sorte d’abstraction, afin d’arriver à

l’essence de l’objet. Il devient alors ouvert à l’interprétation du

spectateur » 18 . Enfin les dernières étapes du processus sont

de photographier ces éléments, puis de les peindre à partir

de la photographie. Cette succession de gestes sont autant

de strates questionnant la spécificité de l’espace pictural. Et

la question de la peinture, Maude Maris la pose avec une rare

intelligence.

Kristina Shishkova peint des étendues habitées de roches

et de glaciers, façonnées de profonds miroirs d’eau, formées

d’horizons esquivés, d’aubes improbables et persistantes.

La peintre crée des paysages qui apparaissent comme des

espaces recomposés, insondables, hallucinés. Parfois d’une

singularité quasi surnaturelle comme une aurore boréale, ils

résultent de réminiscences fines d’expériences sensibles

vécues dans de véritables paysages naturels. « Je me construis

une banque d’images à partir des éléments et des expériences

visuelles rencontrées dans la nature. Je m’intéresse au

paysage : les rochers, les formes naturelles, les textures et les

couleurs qui se créent sur une surfaces par l’érosion » 19 . Comme

assemblés à la manière de collages, ces sites peints semblent

transfigurés, affublés de plusieurs facettes. Disparates, ils

restent toujours équilibrés, ils sont harmonisés. En déplaçant

des éléments de leur contexte pour créer de nouvelles

architectures bucoliques, l’artiste joue avec notre perception.

De par l’ambiguïté de leur provenance, il s’élabore une certaine

étrangeté. Sans être conceptuels, ces paysages combinés sont

mentaux. Jamais hasardeux, ils sont reconstitués à partir d’une

mémoire d’impressions dérobées lors de promenades et alliées

à des images. Par là même, ils demeurent fondamentalement

imaginaires. Recomposés sans jamais être artificiels, leur

prestance est majestueuse, souveraine. Grave mais pondérée,

elle ne pavoise pas. La nature éprouvée et la peinture sont en

constant dialogue, comme si l’artiste en peignant tentait de

déplier le temps, de fixer le défilement du paysage pour pouvoir

perpétuellement l’explorer et le contempler à l’infini.

15. Ibid.

16. Maude Maris, conférence donné à Toulouse, Reflets : quand la forme quitte le corps, 2019

17. Éva Prouteau, texte pour l’exposition de Maude Maris Souvenirs de Téthys, Chapelle Jeanne d’Arc, Thouars, 2018

18. Maude Maris, entretien avec Philippe Piguet, Maude Maris : fragment, couleur, masse, 2016

19. Kristina Shishkova, entretien sur Paris Artistes, juin 2015

40


Par ailleurs, le propos de la peinture de Kristina Shishkova n’est

jamais de laisser l’empreinte de la main ou d’inscrire sur la toile la

trace du geste. Cette démarche serait beaucoup trop bavarde

ou démonstrative pour une artiste plutôt discrète et réticente à

la dissertation. En revanche, la présence des matières est tout

à fait remarquable, savoureuses et sensuelles. Leurs alliances

sont parfois contrastées voire contradictoires et c’est là un

enjeu : « Je considère mon travail comme une mise en tension

des couleurs, des formes et de la matière travaillée de manières

différentes » 20 . Sans toute fois dégorger de saturation, les

textures sont copieuses. On pourrait même avancer que la

peintre aurait plaisir à plonger dans la matière picturale pour

pouvoir contempler les paysages internes d’un tableau.

La dernière fois que je suis allée dans son atelier, j’ai remarqué

une toute petite pierre délicatement posée sur le chevalet, au

pied d’une toile à peine ébauchée. D’une autre manière que

Maude Maris, les minéraux constituent souvent ici un élément

de la recherche et du processus, ce qui confère sans doute

à beaucoup de toiles leur paisible mutisme. « (…), les pierres

possèdent on ne sait quoi de grave, de fixe et d’extrême,

d’impérissable ou de déjà péri. Elles séduisent par une beauté

propre, immédiate » 21 . De cette perfection quasi menaçante, car

elle se fonde sur la privation de vie, de cette « immobilité visible

de la mort » 22 , Kristina Shishkova fait une vibration chuchotante

tel le bruissement d’un soupir – elle crée un paysage agissant.

J’ai rencontré le travail de Stéphane Thidet par la vidéo et le

son, ce dernier étant essentiel dans son travail, même lorsqu’il

n’y en a pas. Par la suite, j’aborde ses « installations » pour ne

pas dire « sculptures » car l’artiste ne se sent pas sculpteur à

part entière, terme d’ailleurs restrictif par rapport à la diversité

des champs qu’il aime à explorer. Il préfère dire qu’il conçoit des

objets, allant de la taille d’une petite boite à musique de 8 cm à

celle d’une maison traversée par une pluie incessante (Sans

titre (Le Refuge), 2007), aussi douce que corrosive, rappelant à

la fois la maison en bois dans la forêt d’un Thoreau et la datcha

du Miroir de Tarkovski, qui lutte contre sa propre destruction. Il

érige des espaces magnifiques qui convoquent bien davantage

la profondeur vertigineuse du temps philosophique qu’une

question sur l’habitat. En plaçant deux branches au-dessus

d’une masse d’eau immobile et noire comme de l’encre, qu’elles

frôlent en un lent mouvement circulaire tel deux grands

pinceaux de lavis japonais (Solitaire, 2016). En allant puiser

le son du champ magnétique du soleil dont les fréquences

viennent faire vibrer deux énormes gongs sous les arcades

d’une chapelle (D’un soleil l’autre, 2016). Il construit des

dispositifs parfois très complexes dans leur réalisation, sans

jamais mettre au premier plan des questions de forme. Chez

lui, l’intention prime, ainsi que la décision d’un geste et par là

même de ses conséquences, parfois imprévisibles et risquées.

« Il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles formes, mais d’utiliser

ce qui m’entoure en travaillant avec des objets, des lieux, des

espaces existants » 23 . Les œuvres naissent souvent d’un

geste simple, qui, tout en évitant toujours la nostalgie, peuvent

révéler la fragilité inhérente au mouvement, à la vie même –

voire aussi à l’agonie, lorsqu’il tend à l’oblique un bougeoir qui

ne permet plus à une chandelle de s’écouler « normalement »

mais de s’épancher rapidement comme la crue d’un fluide,

de se répandre au sol (Dernière minute, 2017). C’est aussi un

objet qui pourrait surgir d’un livre de Lewis Carroll tant par

son incohérence fonctionnelle devenue purement poétique,

que par l’inquiétude que cette anomalie génère. « C’est ce

petit no man’s land entre un état de fonctionnalité et un état

de destruction que j’essaie d’explorer » 24 . Le geste de l’artiste

s’intéresse à la précarité des choses.

Il peut aussi évoquer la sauvagerie – ou le fantasme du sauvage

– en sollicitant la présence animale, intimement lié à la notion

de territoire comme dans sa vidéo Half Moon, ou avec La meute

lorsqu’il décide d’introduire un groupe de loups dans un parc,

dans un « extrait » de paysage artificiel construit par l’homme.

Ce geste remet au centre du regard l’animal qui a été repoussé

bien au-delà de son territoire spolié par l’homme, mais c’est

également un geste qui contient en lui un débordement toujours

possible, une invasion imminente comme si l’artiste voulait

que quelque chose lui (nous) échappe. Un geste qui ne laisse

pas indemne, et qui par là-même se dérobe aux spectateurs.

Un geste magique qui ouvre à la possibilité d’entendre les

hurlements des loups dans le tissu urbain au milieu des

hommes, tout en renouant avec une « intranquilité » viscérale.

La palette des significations du travail est large, d’un curseur qui

ne cesserait d’évoluer et de se déplacer habilement entre deux

points : le poétique et le politique. D’une pièce à l’autre, il s’agit de

mettre à l’épreuve l’expérience, et celle de l’artiste lui-même qui

reste toujours en quête de renouvellement : « l’efficacité est une

notion dans laquelle on ne peut être qu’enfermé ». La pratique

de Stéphane Thidet est toujours une expérimentation, c’est ce

qui le met en mouvement, tendu entre une énergie paisible et le

surgissement potentiel d’une tragédie.

Juliette Fontaine

janvier 2020

41

20. Ibid.

21. Roger Caillois, L’Écriture des pierres, 1970

22. Ibid.

23. Stéphane Thidet, Déranger l’ordinaire, entretien avec Valérie Da Costa, 2009

24. Stéphane Thidet, op. cit., 30


De g. à dr. Maude Maris et Kristina Shishkova


De g. à dr. Maude Maris et Kristina Shishkova


De g. à dr. Maude Maris et Harold Guérin


De g. à dr. Harold Guérin, Kristina Shishkova et Stéphane Thidet


Stéphane Thidet


47 Stéphane Thidet


Harold Guérin


49 Stéphane Thidet


Stéphane Thidet


Stéphane Thidet



Utopie /

Maladrerie

2019

Invitation à Julie Balagué

curatrice Juliette Fontaine

Du 4 mai au 16 juin 2019

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

53

Photographies Julie Balagué


54


55

Utopie / Maladrerie rassemble

photographies, textes, installations sonores et sculptures.

Conçu avec les habitants du quartier, le projet met en scène

des personnes, devenues personnages, dans une architecture

devenue décor. Ce travail questionne ainsi les orientations

économiques, politiques et psychosociologiques du projet

architectural initial du quartier de la Maladrerie à Aubervilliers

(Seine Saint-Denis), conçu dans les années 1970 par

l’architecte Renée Gailhoustet.

L’exposition a lieu dans la galerie du Capa, un des 1000

logements du quartier mis à disposition par l’OPH

d’Aubervilliers, et s’intègre dans un projet initié par Juliette

Fontaine, de mise en contact de l’art contemporain avec la

population de ce quartier sensible. Ce travail est issu de la

commande photographique nationale des Regards du Grand

Paris du ministère de la Culture - Ateliers Médicis et Centre

national des arts plastiques.Le travail de création avec les

habitants a été soutenu par une résidence du Département de

Seine-Saint-Denis.

Le quartier de la Maladrerie est l’une des réalisations les plus

remarquables de l’architecture urbaine des années 1970. Ce

microcosme un peu à part a été imaginé par Renée Gailhoustet.

L’architecte a alors pour ambition de repenser les liens entre la

ville et le logement social. Elle achève à peine la construction

du centre-ville d’Ivry-sur-Seine (94) au moment où le chantier

de rénovation du quartier de la Maladrerie lui est confié. Entre

1975 et 1984, c’est un ensemble de 9 hectares et de 1 000

logements, tous différents, qui voient le jour. Des commerces,

des équipements socio-culturels et des ateliers d’artistes

s’intègrent à l’ensemble.

Délaissant le modèle éculé des barres et des tours, l’expérience

architecturale qu’elle mène à Aubervilliers ambitionne de

changer le statut du logement social dans le tissu urbain.

Architecture futuriste mêlant béton, verre, terrasses

végétalisées et formes angulaires, elle laisse une grande place

à la circulation piétonne et à la végétation. Un genre d’utopie en

banlieue rouge.

Le projet Utopie / Maladrerie s’intéresse

au territoire urbain comme représentation

des orientations économiques, politiques

et psychosociologiques du projet

architectural.

Ce travail considère la notion d’utopie architecturale et la

façon dont les habitants ont pu s’en emparer. Conçues avec

les habitants du quartier, ces images mettent en scène des

personnes, devenues personnages. L’architecture devient

décor, et l’habitat, scène. Ces images dessinent la frontière

entre le quotidien d’un territoire, et l’utopie dont il tire son

origine.Cet ensemble est à l’image des quartiers populaires

de l’Île-de-France. De nombreuses nationalités y sont

représentées, la population y est très jeune, les problèmes

économiques et sociaux y sont nombreux. Au carrefour du

Grand Paris et des futurs équipements des Jeux Olympiques

de 2024, ce projet dresse aussi un portrait des quartiers fragile

de la banlieue parisienne : cosmopolite, dynamique, mais aussi

trop souvent laissé de côté dans les politiques de la ville qui se

sont succédées, encore et encore.

A l’issue de cette exposition, le Département de la Seine-Saint-

Denis a fait l’acquisition de trois œuvres de l’artiste qui sont

entrées dans sa collection.

Julie Balagué

juin 2019


56


57




Bettina Samson, avec Benjamin Boubert, Alex Choisi, Bouba Kamagate et Gunay Terzi, jardinier·es agent·es des Parcs et Jardins de Plaine Commune


Life

on Mars

2019

61

Avec Benjamin L. Aman,

Marion Auburtin, Alexandre

et Florentine Lamarche-

Ovize et Bettina Samson,

curatrice Juliette Fontaine

All We Have Is Now / Part of the Future, installation collective

in situ, Bettina Samson avec Benjamin Boubert, Alex Choisi,

Bouba Kamagate et Gunay Terzi, jardinier·es agent·es des

Parcs et Jardins de Plaine Commune.

Du 16 mars au 17 avril 2019

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

Photographies Thomas Guyenet

Territoire, définition : nom masculin

1 : Étendue de terre occupée par un groupe d’humains.

2 : Étendue de terre qui dépend d’un État,

d’une juridiction ou d’une collectivité locale.

3 : Zone occupée par un animal qu’il défend

contre ses rivaux potentiels.

« Un homme ne serait pas intelligent s’il ne croyait pas les

mondes habités. Il faut être un sot, un crétin, un idiot, une brute,

pour supposer que les milliards d’univers brillent et tournent

uniquement pour amuser et étonner l’homme, cet insecte

imbécile, pour ne pas comprendre que la terre n’est rien qu’une

poussière invisible dans la poussière des mondes, que notre

système tout entier n’est rien que quelques molécules de vie

sidérale qui mourront bientôt. »

L’homme de Mars, Guy de Maupassant


Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize


Life on Mars. Pour le titre de cette exposition, le point

d’interrogation de la chanson de David Bowie a été retiré. Il n’est

pas interrogatif, pas parce que nous avons des réponses, mais

plutôt parce que nous restons ouverts à leurs potentialités. Les

artistes réunis ici partagent très clairement un goût prononcé

pour l’alternative, l’hypothèse, le risque d’une éventuelle

inexactitude, voire d’une erreur. À moins que ce ne soit aussi

l’accueil toujours possible d’une certaine errance, avec parfois

les figures équilibristes et les acrobaties contorsionnistes du

paradoxe.

Ainsi, nous sommes loin de la chanson londonienne, des

lueurs sinistres et mélancoliques du monde de « la fille aux

cheveux ternes » 25 cherchant une image qui lui ressemble

dans le reflet de son impérieuse solitude. Et qui pour ne pas se

consumer, ouvre un horizon radical, rêvant silencieusement

d’une possibilité d’existence sur Mars. Il y a toutefois au départ

une conjonction conceptuelle, assez hasardeuse et finalement

poétique, entre le titre Life on Mars? du magnifique album Hunky

Dory, et le troisième mois du calendrier – parfois emprunt de

superstition car nommé « le mois des génies et des fous » –

cette saison annonçant tout à la fois l’aventure excitante d’une

nouvelle exposition et les promesses scintillantes du printemps.

Cette exposition n’a pas de thématique, ni de fil rouge à

proprement parler. Elle ne regroupe pas des artistes autour

de la tellurique planète rouge et de tous les fantasmes qu’elle

suppose tels que sa colonisation, ou ses hypothétiques

habitants aux yeux écarquillés, aux paupières décousues.

Parfois, dans les œuvres des artistes choisis, apparaissent

des présences, des étrangetés, des fantômes, des esquisses

d’utopies, des références à la science-fiction, des objets

dont l’improbabilité serait digne de la non-fonctionnalité de

la tasse de thé du Lièvre de Mars chez Lewis Carroll 26 . On y

trouve même des images récentes de la NASA. Mais on ne

trouvera aucune nouvelle interprétation de la conquête spatiale

inaugurée par Jules Verne 27 et incarnée dans La Guerre des

mondes 28 . Aucun monstre entomologique, aucun reptilien

luminescent, aucun être repoussant doté d’une tête démesurée

et de tentacules, aucun petit bonhomme vert grisâtre. Aucun

alien. Peut-être quelques mutants.

L’axe partagé ici est la notion de territoire,

et en particulier celui de la Maladrerie. Tous

les artistes ont leur atelier dans le quartier.

Le match est à domicile. Chaque artiste

s’avance avec une nette singularité à mettre

en regard avec celle de l’autre, voire de la

mettre en tension dans un même espace

d’exposition.

L’axe partagé ici est la notion de territoire, et en particulier

celui de la Maladrerie. Tous les artistes ont leur atelier dans

le quartier. Le match est à domicile. Chaque artiste s’avance

avec une nette singularité à mettre en regard avec celle de

l’autre, voire de la mettre en tension dans un même espace

d’exposition. Dès le départ, le choix du Capa de créer des

expositions en appartement est un défi qui questionne ce

que peut-être une exposition. À l’aune de cette démarche,

l’expérience que constitue Life on Mars est d’autant plus

expérimentale du point de vue de son montage, que les univers

de chacun des cinq artistes sont assez différents. Si on doit

faire émerger un autre point commun entre eux, c’est l’amitié

qu’ils se portent. Ce qui pourrait sembler anecdotique mais

qui ne l’est sûrement pas quand il s’agit de s’exposer dans un

même lieu avec des originalités si fortement dessinées, et de

questionner peut-être, par là même, l’altérité.

Devant un dessin de Benjamin L. Aman, nous sommes devant

une impossible mesure du temps de la nuit, de la sorgue – qui

désignait la nuit dans l’argot des paysans au Moyen-Âge – voire

des ténèbres. Nous sommes au bord de la falaise dans la nuit

tombante, à moins que ce ne soit au moment des premières

lueurs du jour. Enveloppés dans le voile du crépuscule ou dans

celui des fantômes de l’aube (Le long des falaises # 5, 2017 ).

Nous sommes devant l’extension infinie d’un horizon qui vacille

à peine, dans une vibration constante et indéterminée entre

l’apparition et la disparition. Entre l’avènement du jour et son

tarissement. La possibilité ténue de l’espace d’un paysage se

maintient dans le dépeuplement du temps.

Une lumière du noir ou une matière noire. Dans une posture

minimaliste et délicate que je rapprocherais volontiers d’un

Robert Ryman, la lumière, sa présence, et même plutôt son

immanence est une question centrale dans le travail de l’artiste,

dans sa pratique du dessin et de ses installations. Cette matière

noire et toutes les subtilités de ses nuances, parfois alliée à une

autre couleur tout aussi vibratile, comme un bleu océanique

profond, cette matière reste aérienne malgré sa tourbe, sa

teinte de terre volcanique. Elle bruit incontestablement au

contact de la lumière naturelle. Noir velouté, le pastel. Noir

soyeux légèrement métallique, le graphite. La sensualité

caverneuse de ces deux matériaux de prédilection de Benjamin

L. Aman éveille une irrésistible métaphore de la très peu

lumineuse constellation, la Chevelure de Bérénice.

63

25. “The girl with the mousy hair”, David Bowie, Life on Mars?, album Hunky Dory, 1971

26. Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, 1865

27. Jules Verne, De la Terre à la Lune, 1865

28. Herbert George Wells, La Guerre des mondes, 1898


Il n’y a pas d’image stabilisée dans une apparence. Il n’y a

pas d’image chevillée au support du papier. Et pourtant, je ne

suis pas devant le vide, mais dans une relation intime qui se

tisse avec ces horizons. Une image peut émerger au bout de

la Falaise ou au-delà, ne serait-ce que mes propres visions

intérieures. Dans ces espaces ouverts, que nous pouvons

tout autant éprouver à l’écoute du travail sonore que dans une

installation de l’artiste, s’augurent toutes sortes d’errances

songeuses, méditatives, sans doute parce qu’ils aspirent à une

sensation pure, une limite tendue entre le spectre de la lumière

et la chute du temps.

Je postule que Marion Auburtin croit aux fantômes. Non pas

aux revenants désaxés, tout autant désarticulés que déments,

sortis d’un film de George A. Romero. Pas du tout. Elle croit à

des fantômes subtils, très ambivalents, assez doux sous leur

cape d’invisibilité, qui pourraient flotter autour de la phrase

vertigineuse d’Albert Einstein : « La distinction entre le passé, le

présent et le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle ».

De mon point de vue, les êtres qui habitent l’univers de l’artiste

sont indubitablement lunaires. Ils sont nocturnes, féminins

et parfois innocemment démoniaques. Plutoniens. Des

méduses. Des sirènes. Des divinités de la mort. Pourquoi pas.

Mais sans en avoir l’air, sans le vouloir. Elles sont dénuées de

malignité et d’arrogance parce qu’elles ne souhaitent pas nous

impressionner, ni nous effrayer, étant elles-mêmes peut-être

le véhicule intraduisible de l’inconscient de l’artiste. Quelque

fois, elles semblent se demander ce qu’elles font là, encadrées,

entoilées, baignées d’huile inodore. Dans une aisance immobile,

un peu contrainte, très inédite. Certaines ne se doutent pas

qu’elles sont des passeuses vers le milieu inconnu de la vallée

de la mort. Elles peuvent faire traverser la frontière à qui

voudrait tenter de comprendre ce mystère fondamental. Elles

restent silencieusement au bord de cette limite, parfois en nous

tournant le dos. Et si elles avançaient vers le fond de la toile,

nous aurions sans doute envie de les suivre pour les ramener à

nous, comme la tentative magnifique et désespérée d’Orphée.

La beauté de la mort chez Marion Auburtin n’est pas tout à fait

celle de Baudelaire. Pas assez moite. Pas assez pourrissante.

Sous le pinceau incisif de l’artiste, les corps, même lorsqu’ils

sont ouverts, restent lisses et délicatement parfumés. Devant

les toiles Emma ou À fleur de peau, nous ne sommes pas

devant la « charogne infâme », ni devant la « femme lubrique /

Brûlante et suant les poisons » 29 . Au contraire, nous sommes

en présence d’une puissance naturaliste propre et raffinée,

digne de l’Ange anatomique d’Agoty. Néanmoins, l’univers

de l’artiste n’est pas radicalement lointain de l’esthétique de

la laideur caractéristique du poète. Leurs deux démarches

seraient difficilement concevables sans une fonction à mes

yeux essentielle, celle de l’oxy more. Le mal, la laideur ou la

représentation de la mort n’ont pas une existence autonome

mais ils sont intimement liés à leur opposée, la perfection

néoplatonicienne de l’Idéal de la Beauté.

Alexandre & Florentine Lamarche-Ovize sont un couple. Ils

n’ont pas le destin incontournable des oiseaux africains appelés

les inséparables, et gardent chacun leur autonomie, leur libre

arbitre. Mais ils sont un couple d’artistes, qui créent ensemble,

qui vivent ensemble, qui s’aiment et qui ont fait trois très beaux

enfants. C’est véridique, ce n’est pas un conte, et c’est énoncé

sans la moindre ironie. C’est le socle du travail et d’un projet

de vie. C’est une donnée absolument essentielle pour aller

au cœur de leur démarche. Cette forme dialogique soulève

constamment la question de l’échange en dépassant certaines

contradictions, un art « du rebond » 30 . Alexandre serait plutôt à

son fait dans la composition. Il aime et sait agencer. Florentine

est douée dans la finesse du dessin, dans la précision, dans

le détail. On retrouve aussi cette dimension bicéphale dans

leurs multiples registres de dessins, « qui vont du graffiti à

l’image proche du réel et de sa représentation, (...) C’est cette

dualité qui fabrique la qualité » 31 . Cette évolution au contact de

l’autre a aussi sans doute émulé chez eux le goût d’un esprit

collaboratif pour partager avec d’autres les points de vue et les

savoir-faire : « on aime travailler avec les artistes, les artisans, les

tourneurs, les potiers, les céramistes, les faïenciers ». Au fil des

années d’expérience, en ajustant leur participation respective

à la création d’une œuvre, ils développent l’importance des

relations entre leurs pièces, à leur manière de dialoguer tout en

préservant leur autonomie. C’est ainsi que se met en place et se

déploie une narration, un continuum.

Dans la démarche de ces deux artistes, il y aurait une sorte de

métaphysique athée de la présence. Leurs œuvres sont très

immédiates, avec l’évidence sans fond des choses simples.

Elles sont rationnelles, sans congédier la poésie, la fantaisie

baroque ou l’humour. Les pièces sont enjouées sans être

superficielles, libres et même risquées. Elles sont fertiles et

inventives. Du côté des formes, les questions de Matisse

semblent résonner, celle de la simplification, de la stylisation et

de la couleur « avec une gamme à la fois maniériste et un peu

sale ». Les Lamarche-Ovize peignent, dessinent, créent des

volumes et des espaces. Ils préfèrent le terme « objet » à celui

de « sculpture ». « Nous sommes bons à fabriquer des choses

qui relèvent du domestique, à faire des échelles de l’ordre de

l’objet, anti-monumentales, non-autoritaires ».

29. Charles Baudelaire, Une Charogne, Les Fleurs du mal , 1857

30. Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize, Dialogue avec Mathieu Mercier, Laurent Goumarre et William Morris, 2017

31. Ibid.

64


Elle ne produit pas d’images, jamais, mais préfère reconstituer

l’invisible. « Créer en creux » 32 . Bettina Samson réalise

beaucoup de pièces ambivalentes entre la forme et l’informe,

la structuration et l’entropie. Si elle se défend d’élaborer

des images, elle se nourrit en revanche de nombreuses

iconographies qui représentent un des socles de ses

multiples recherches et de son langage plastique. Le contenu

protéiforme de son travail est naturellement rhizomatique :

dans la forme du schéma évolutionniste de Charles Darwin 33 ,

représenté non pas comme un arbre généalogique et

hiérarchique, mais comme une prolifération fragile et

démocratique qui rend visibles les espèces vivantes tout

autant que les espèces disparues. Finalement en s’appuyant

sur la possibilité de filer la métaphore du fossile. Ses pièces

puisent da documentation abondante d’éléments qui seront

développés dans la plasticité d’une œuvre, ou bien désertés,

mis de côté pour réapparaître féconds plus tard, à un moment

propice. Ces références sont des matières à repenser et non

pas des citations. Ce travail de glaneuse, de chercheuse est

assez beuysien, tant dans l’élargissement intellectuel de son

champ que dans une démarche utopique d’œuvre totale. Ses

références sont autant des faits scientifiques, ethnologiques,

sociologiques ou anthropologiques.

physiques de la lumière. Et ce passage de la matérialité du

visible n’est jamais détaché de son frère jumeau inversé,

l’invisible. Bettina Samson aime à traverser le miroir. Dans

une logique similaire, l’artiste a la prédilection de fureter dans

l’histoire humaine des civilisations et de révéler des recherches

originelles qui n’ont pas pu se déployer car elles semblaient trop

peu crédibles à leur époque. À nouveau rendre visible l’invisible.

Juliette Fontaine

janvier 2019

La matérialité est axiale dans le travail de Bettina Samson, ainsi

que la sensualité des matières dont elle pourra parfois faire

éclore la densité érotique. Elle utilise surtout des matériaux

inédits en les décalant de leur utilisation première ou habituelle.

De cette distorsion, on peut distinguer un certain résiduel de

la poétique solaire du surréalisme. Ce détournement de la

matière crée avant tout de l’instabilité dans l’œuvre. Une fragilité.

La possibilité d’une inconstance. Dans cette beauté vacillante

de l’incertitude, l’artiste tente de concrétiser ce qui reste très

difficilement matérialisable : les phénomènes de la radioactivité,

les empreintes lumineuses de l’uranium, les propriétés

65

32. Bettina Samson, L’Atelier A, Arte - ADAGP, 2013

33. Le schéma évolutionniste de C. Darwin (1809 - 1882) s’inspire de la forme naturelle des coraux (16) Joseph Beuys, 1921 - 1986


Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize


67 Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize


Marion Auburtin


Marion Auburtin


Benjamin L. Aman


Benjamin L. Aman


Thierry Fournier (impressions) et Laura Gozlan (suspensions)


Axolotl

2018

Carte blanche à

Thierry Fournier

et Laura Gozlan

Du 5 au 27 mai 2018

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

73

Photographies Thierry Fournier


De g. à dr. Laura Gozlan et Thierry Fournier


Axolotl prend pour point de départ

une convergence entre les démarches de Thierry Fournier

et Laura Gozlan : un principe de transformation du vivant et

d’expérimentation de ses limites. Le Capa invite les deux

artistes pour cette exposition en duo dans un appartement de

la Maladrerie à Aubervilliers, après une résidence en avril 2018.

Animal aquatique rare originaire du Mexique, l’axolotl a la triple

singularité de vivre à l’état larvaire, de pouvoir régénérer ses

organes endommagés et de développer des poumons s’il est

extrait de son milieu aquatique – ou sous l’effet d’hormones

spécifiques. Ces créatures sont présentes dans plusieurs

fictions, notamment dans Dune de Franck Herbert où les axlotl

tanks permettent des clonages, et Le Procès de l’homme blanc

de Yann Quero où ils sont utilisés pour concevoir des réseaux

neuronaux télépathiques.

Axolotl prend pour point de départ une

convergence entre les démarches de

Thierry Fournier et Laura Gozlan : un

principe de transformation du vivant et

d’expérimentation de ses limites.

La pratique de Laura Gozlan s’articule autour de films

expérimentaux, de sculptures, vidéos et installations visuelles.

Elle s’intéresse notamment aux utopies scientifiques et à leurs

communautés, explorant les liens entre contre-culture et

posthumanisme, new-age, cybernétique, et leurs dystopies. À

travers une pratique d’objets, d’installations, de prints, pièces

en réseau et vidéos, la démarche de Thierry Fournier forme

quant à elle l’hypothèse d’une vie propre des choses, pour

questionner la manière dont elles suscitent une reconfiguration

de l’identité et de l’altérité.

Les deux artistes se connaissent bien. Ils ont collaboré

une première fois en 2013, lorsque Thierry Fournier a invité

Laura Gozlan dans le cadre de Ce qui manque, résidence de

recherche et exposition dont il était commissaire à La Panacée

(Montpellier) : Laura Gozlan y avait créé l’installation Remote

Viewing. Cette expérience a initié ensuite un dialogue constant

sur leurs travaux, nourri par de nombreux champs d’intérêt

communs.

Axolotl réunit à la fois des pièces existantes et des créations

développées par les artistes pendant une résidence dans

l’appartement qui accueille l’exposition. Celle-ci est donc

générée par les relations et croisements entre leurs deux

pratiques, animée par le désir d’expérimenter un temps de

travail commun. L’exposition se déroule dans un appartement

du quartier de la Maladrerie à Aubervilliers, où le Capa est

implanté depuis de nombreuses années, menant une activité

de centre d’art tout en déployant des activités à l’attention des

amateurs et des structures locales. Sa recherche d’espaces

pour ses expositions l’a conduit à proposer un partenariat à

l’OPH d’Aubervilliers qui lui met à disposition des logements

sociaux entre deux locations, transformés en lieux d’exposition

éphémères – et aussi, dans ce cas, en résidence.

Juliette Fontaine

mai 2018

75


De g. à dr. Laura Gozlan et Thierry Fournier


Thierry Fournier


Laura Gozlan


Thierry Fournier


Laura Gozlan


Thierry Fournier


Laura Gozlan


Thierry Fournier


De g. à dr. Vassilis Salpistis et Bruno Gadenne


L’évidence

de la nuit

2018

85

Bruno Gadenne, Vassilis

Salpistis et Juliette Vivier,

curatrice Juliette Fontaine

Du 10 mars au 1er avril 2018

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

Photographies Thomas Guyenet

« Des ténèbres, d’épaisses ténèbres, recouvrent la terre,

maculent le ciel, investissent notre dedans. Et tout aussi

brusquement une lumière tombe qui dissipe cette prévarication

nocturne, la ramène à rien, l’humilie presque (…). Les clartés de

l’obscur, l’offrande d’un ajour, minceur de la plus haute nuit. »

Yves Peyré

« Le noir c’est la reine des couleurs ! »

Auguste Renoir


Juliette Vivier (sur socle) et Bruno Gadenne


L’évidence de la nuit évoque en

premier lieu le paysage. Les tréfonds du paysage, et peut-être

même ceux des êtres qui le traversent, qui s’y cachent ou

émergent de ses plis. Son intimité indicible. Son énigme. Si la

nuit fait songer naturellement au ciel, son immensité, avec les

songes qu’elle convoque, la nuit est ici autant la terre, la forêt,

le jardin, le sol lunaire, la grotte, la clairière déflorée, l’épaisseur

vaporeuse des nuages, le chant de la source d’eau, le silence

des pierres et des végétaux. Le silence habile des bêtes. Le

silence de la déambulation des hommes. Elles sont pourtant

rares ces présences humaines dans ces « paysages avec

figures absentes » 34 . Toutes ces formes paraissent sortir de

l’ombre. Elles vibrent, comme des fantômes, comme des âmes

incrustées dans la vacance de l’horizon.

Toutes ces formes paraissent sortir de

l’ombre. Elles vibrent, comme des fantômes,

comme des âmes incrustées dans la

vacance de l’horizon.

Si, comme le proposait Gilles Deleuze, il faut parfois « délirer

le monde » pour le comprendre, souvent le paysage se rêve

tout en le foulant. Il y a une contemplation rêveuse et errante

du paysage et de ses formes. En les traversant, nous faisons

une expérience de nous-mêmes en nous absentant de

nous-mêmes. Dans nos promenades, les espaces du dedans

et de dehors, réfléchis en miroir, conduisent à une jubilation

reposante qui nous ramènent à des images profondes et

immémoriales. Dans la poétique de la rêverie bachelardienne,

la valeur onirique d’un paysage vient d’abord de la matière

substantielle qui l’habite. « On ne rêve pas profondément

avec des paysages. Pour rêver profondément, il faut rêver

avec des matières » 35 . La terre est l’élément le plus immédiat,

le plus proche, le plus familier de notre expérience humaine,

dont nous faisons l’expérience spontanément dès que nous

prenons conscience de la pesanteur de notre corps propre.

Dans le prolongement du sol, nous devenons en consonance,

en syntonie avec la nature dans sa multitude, faune, flore,

minéraux, et au-delà avec le cosmos.

La nuit désigne un milieu qui inspire la pensée, mais elle est

aussi simplement le noir dans la peinture, dans la palette du

peintre, dans l’encre du graveur. Dans la pratique de la gravure,

il est incontournable, une évidence, c’est sa matière même.

Parfois il est « la manière noire », procédé en taille douce. Dans

la peinture, le noir est plus problématique, parfois dialectique.

Il n’est pas une couleur au départ. Il peut ternir rapidement

les teintes. Ce sont les « couleurs patates » d’un Van Gogh

qui dans sa correspondance avec son frère Théo écrit que le

noir n’existe pas dans la nature. Chez un Édouard Manet, les

noirs dévorent la toile, coulent en drapé de lave. Dans certains

tableaux de Diego Velasquez, il est un creux, un trou qui crée le

volume de la lumière elle-même. Chez un Francesco de Goya,

il figure le présage sombre de la nature humaine. Jusque dans

une attitude radicale plus contemporaine de Pierre Soulages

où les différents traitements du noir révèlent sa propre lumière

interne, d’une matière à la fois organique dans son épaisseur et

lisse, infra-mince.

Les teintes ombreuses de Bruno Gadenne, de Vassilis Salpistis

et de Juliette Vivier ne sont ni taciturnes, ni bilieuses : un

tantinet saturniennes, elles viennent de l’envers du ciel, elles

sont d’un avant-monde. D’une organicité personnelle. Bruno

Gadenne crée des lumières transgressives à l’heure du loup,

Vassilis Salpistis creuse à même la nuit dans un vertige de

prestidigitateur, Juliette Vivier la refaçonne en mailles stratifiées

et dessinées entre l’ivoire et l’ébène, avec des nuances de gris

magnifiques

Aucune abstraction chez ces trois artistes, même s’il y a une

distorsion de la réalité. C’est une philosophie initiale et partagée,

réitérée et affermie qui veut que la peinture ou la gravure est à

rendre compte de l’inséparabilité du monde et de l’apparence.

Dans une dilution du visible – propre à la nuit – chacun apporte

un geste révélateur mais irrésolu qui laisse place au regard de

l’altérité, un surgissement de formes non closes. Une vision

multiple de sens. Une utopie.

Bruno Gadenne est un globe trotter, un voyageur. Il est mu par

le désir puissant d’aller expérimenter et vérifier la beauté du

monde. Celle des paysages primordiaux, de la jungle, de la forêt

primaire et d’autres terres lointaines. Une attitude romantique

contemporaine dans laquelle il accumule, sur des carnets

de croquis et dans sa mémoire, des réminiscences et les «

rêveries d’un promeneur solitaire » 36 qu’il ramène à l’atelier. Ces

paysages qui ont été traversés par le corps du peintre sont

retranscrits sur la toile à partir de photographies prises par luimême

et retravaillées sur ordinateur. Le traitement des images

crée une subtile déformation de la lumière, un trouble, une

étrangeté alliée à un émerveillement qui demeure intact.

À mes yeux, ses représentations de la jungle évoquent

l’atmosphère du film Tropical Malady du réalisateur thaïlandais

Apichatpong Weerasethakul, dans lequel une légende

ancestrale est contée : au cœur d’une forêt luxuriante et

inquiétante, un homme peut-être transformé en un fauve.

Devant une toile de Bruno Gadenne, tout en glissant à la

lisière d’un monde métamorphosé, nous sommes à l’affut

d’une apparition. La sauvagerie de ses paysages leur confère

un caractère hors du temps. Dans ces lieux indéterminés,

87

30. Philippe Jacottet, Paysages avec figures absentes, Gallimard, 1970

31. Gaston Bachelard, L’Eau et les rêves, Corti, 1942-1971

32. Jean-Jacques Rousseau, Rêveries d’un promeneur solitaire, 1782, Paris, Le Livre de Poche, 2001


non dénués d’un érotisme pudique, un équilibre se joue

entre l’intensité des noirs et la révélation d’un foisonnement

incroyable de détails. Le proche se diffuse avec le lointain et le

lointain fait vibrer le proche.

Vassilis Salpistis ruse avec la représentation. Le tableau est

une illusion du paysage ce qui n’exclue aucunement sa grande

sensualité. Bien plus que de chercher à montrer ce que l’on voit,

le peintre nous propose la représentation d’une idée du monde.

Le peintre crée une brèche dans la ressemblance qui la lézarde,

une perte des limites des formes et permet au regard du

spectateur de terminer le tableau. Loin d’un déficit de la vision, il

donne de la liberté au regard.

Cette brèche est d’emblée présente dans le geste de l’artiste,

dans sa manière de travailler. Vassilis Salpistis procède par

superpositions de couches, puis par excavation de la matière.

Dans un acte quasi archéologique, il la fouille, il la creuse,

la retire pour rendre visible ce qui est enfouit sous elle. Les

techniques utilisées sont parfois surprenantes et pourraient

paraître inadaptées, comme l’utilisation du fusain ou de la

craie grasse sur la toile. Ces matériaux inhabituels deviennent

difficiles à travailler. « J’aime que les matières me résistent » dit-il.

En arpentant les forêts de Chantilly et de Fontainebleau, en

allant dessiner la jungle dans les serres du Jardin des Plantes,

le peintre démontre une prédilection pour des paysages à

proximité de son environnement et apprivoisés, construits par

l’homme. Le paysage n’est pas la nature. Par là même , cette

posture questionne de manière radicale et fine, ce qu’est le

paysage aujourd’hui.

vertigineuse. Un travail d’orfèvre façonné avec l’humilité d’une

artisane mais qui demeure ambitieux dans la complexité de

ce savoir-faire. Il y a dans son travail une narration sourde,

discrète qui pourtant ne raconte aucune histoire mais révèle la

poétique d’un paysage à entrées multiples, ouvert. Un paysage

« millefeuille » pour reprendre ses propres mots, à plusieurs

strates géologiques dont elle fait une fouille patiente.

Juliette Vivier est dessinatrice et graveuse. Pour autant, elle

travaille aussi avec des outils informatiques et introduit une

contemporanéité incontestable dans son travail. Elle crée des

paysages improbables à partir de logiciels libre de droits, tantôt

d’animation 3D, tantôt basés sur des algorithmes fractales

ou encore utilisés pour faire des statistiques. La gravure chez

elle n’est donc pas une fin en soi mais une étape du travail.

En passant par le virtuel, ses territoires restent toujours très

affectueusement attachés au paysage naturel, autant dans ses

gravures que dans ses dessins où un nuage atomique se meut

en ramure d’arbre.

Juliette Fontaine

janvier 2018

Juliette Vivier est dans la recherche impérieuse d’une

adéquation entre le fond et la forme. Ses compositions

d’une grande puissance bâtissent des mondes scrupuleux

de réalisme pour de suite s’en émanciper. Elle s’en libère en

créant du chaos d’une ordonnance singulière dans un paysage

organisé, en imaginant des lieux hors du monde. S’ils sont

indéterminés, ils sont toujours réalisés avec une précision

88


Juliette Vivier


De g. à dr. : Bruno Gadenne et Vassilis Salpistis


91 Vassilis Salpistis


Bruno Gadenne

92


93 Vassilis Salpistis


Vassilis Salpistis


Bruno Gadenne


Juliette Vivier


Vassilis Salpistis


Juliette Vivier


Juliette Vivier


Bernard Calet (installation) et Thomas Guyenet (photographie)


Faire

chantier

2017

Bernard Calet, Isabelle

Ferreira, Thomas Guyenet,

Claude Lévêque, Pascal

Lièvre et Benjamin Sabatier,

co-curatrices Juliette

Fontaine et Isabelle Lévénez

Du 5 au 28 mai 2017

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement par l’OPH Aubervilliers

101

Photographies Thomas Guyenet


Claude Lévêque


103

Faire chantier, hors

des lieux d’exposition habituels ; inviter six artistes dont les

pratiques se confrontent radicalement aux espaces et aux

lieux ; le faire avec attention dans un quartier fragile, en relation

étroite avec ses habitants et son quotidien ; déployer cette

proposition dans un appartement HLM en interrogeant notre

capacité à transformer le réel : tels sont les points de départ de

cette exposition, emblématique à de nombreux égards de la

démarche du Capa - Centre d’Arts Plastiques d’Aubervilliers.

Les deux commissaires Juliette Fontaine et Isabelle Lévénez

présentent ici dix-sept œuvres de six artistes : seize choisies

pour leur résonance forte avec ces idées – et une création in

situ. Bernard Calet déploie cinq installations qui constituent

autant de dispositifs potentiellement en transformation,

associant matériaux bruts de construction et signes de la

modernité. À travers ses paysages abstraits, Isabelle Ferreira

explore les relations et les passages possibles entre peinture,

sculpture et architecture, planéité et spatialité. Avec ses deux

images du chantier des Halles à Paris – un espace et un portrait,

Thomas Guyenet retranscrit l’expérience de lieux en devenir et

donne à voir, en les déplaçant, les changements qu’ils peuvent

susciter. Pascal Lièvre réactive ironiquement avec deux

vidéos et un dessin des éléments de langage révolutionnaire

qui, ainsi recontextualisés, résonnent singulièrement dans

ces murs. Benjamin Sabatier déploie trois sculptures dans

lesquelles les assemblages parfois trompeurs de matériaux

bruts et quotidiens évoquent la possibilité d’une appropriation

par tous et d’une construction commune. Claude Lévêque,

quant à lui, signe une création pour l’exposition : une installation

in situ qui fait d’une chambre de logement social le lieu d’une

transformation brutale, d’un souvenir ou d’une utopie.

La relation à l’espace architectural et à ses potentialités

de transformation de la société, l’utilisation de matériaux

quotidiens, la simplicité des gestes, constituent autant

d’approches communes à ces démarches qui mettent en

œuvre une forme de résistance et saisissent l’opportunité d’une

exposition dans un appartement pour susciter une perturbation

possible du territoire, comme le formule Isabelle Lévénez.

Loin d’une figuration littérale du politique ou de l’engagement,

Faire chantier interroge plus largement la possibilité d’une

transformation qui s’appuierait sur l’architecture, réactivant ainsi

les intentions initiales du quartier dans lesquels elle se déploie.

Sa dimension in situ est donc capitale.

Faire chantier interroge la possibilité

d’une transformation qui s’appuierait sur

l’architecture, réactivant ainsi les intentions

initiales du quartier dans lesquels elle se

déploie. Sa dimension in situ est donc

capitale.

Le cadre de ce projet est en effet le quartier de la Maladrerie,

créé à Aubervilliers par l’architecte Renée Gailhoustet

entre 1975 et 1986, dans une approche fonctionnaliste

caractéristique du mouvement moderne, dont l’expérimentation

architecturale visait aussi une transformation sociale.

Formé d’un millier de logements sociaux, d’équipements de

quartier et d’une cinquantaine d’ateliers d’artistes, dans une

architecture triangulaire et labyrinthique offrant des échelles

très diversifiées, avec des jardins à tous les étages et dans

un espace urbain sans voitures, ce quartier témoigne d’une

utopie radicale dont le potentiel demeure encore très sensible

aujourd’hui, malgré le vieillissement des lieux.

Implanté depuis longtemps dans ce quartier, le Capa a engagé

depuis trois ans une complète transformation vers un projet

de centre d’art sous l’impulsion de Juliette Fontaine, tout en

déployant et approfondissant des activités à l’attention des

amateurs et des partenariats avec les structures locales.

Sa recherche d’espaces pour ses expositions l’a conduit à

proposer un partenariat à l’OPH d’Aubervilliers qui lui met à

disposition des logements sociaux entre deux locations, ainsi

transformés en espaces d’exposition temporaires.

Créer des expositions exigeantes et itinérantes dans une cité

au contexte social aussi difficile répond à la volonté de proposer

des expériences artistiques partagées entre les artistes et une

population locale qui en est généralement privée.

Thierry Fournier

Artiste, curateur et auteur

avril 2017


Benjamin Sabatier (sculptures), Bernard Calet (mur centre) et Isabelle Ferreira (mur droite)


Isabelle Ferreira


Thomas Guyenet

106


Benjamin Sabatier

Isabelle Ferreira


Benjamin Sabatier

108


Bernard Calet

Benjamin Sabatier


Thomas Guyenet


Pascal Lièvre



Inside out

2017

Carte blanche à

Jessica Servières

Du 8 au 22 avril 2017

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Cette exposition de Jessica Servières, artiste de la Maladrerie,

comprend une série de douze photographies panoramiques

rétro-éclairées. Prévue à l’origine dans le cadre du Mois de la

Photo du Grand Paris, elle a été produite par la Direction des

affaires culturelles de la Ville d’Aubervilliers dans le cadre de La

Nuit Blanche 2017.

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliiers

113

Photographies Juliette Fontaine


114


115


Virginie Descamps


Le silence

est d’or

2017

117

Virginie Descamps,

Irina Rotaru et Gabrielle

Wambaugh, curatrice Juliette

Fontaine

Du 11 mars au 2 avril 2017

Dans un appartement de la Maladrerie

3 allée Gustave Courbet 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

Photographies Thomas Guyenet

« Le silence réalise, en brisant le silence,

ce que le silence voulait et n’altérait pas. »

Maurice Merleau-Ponty

« C’est le moment où le silence est si grand

que tout peut arriver. »

J. M. G. Le Clézio


De g. à dr. Irina Rotaru et Virginie Descamps (au sol)


119

Le silence est d’or. L’œuvre

d’art ne délivre pas un sens à la manière des messages que

l’on échange en communiquant par le langage. Elle n’a pas

prioritairement une fonction de communication car cela

supposerait qu’il faudrait comprendre une œuvre pour la

recevoir et l’apprécier. Ce n’est pas le cas. Le titre de cette

exposition n’est bien entendu pas littéral, mais déjà donne sens

par l’aridité ronde de sa forme poétique : une ligne japonaise, un

haïku (inachevé). Il ne s’agit pas d’évaluer la présence du silence

dans les œuvres des trois artistes exposées, mais peut-être

plutôt l’amplitude de leur rigueur toute voluptueuse qui les

sous tend et en affecte l’évidence de la représentation qu’elles

proposent. Et en effet que représentent-elles ? De l’espace ? Du

temps ? Des corps ? De l’organique ? De l’animal ? Du végétal ?

Du minéral ? De l’objet ? En fait, des agencements possibles de

ces univers différents et qui les rendent intimement liés. Elles

sont surtout des matières de la pensée en mouvement. Elles

créent des espaces d’expériences sensibles multiples qui nous

désorientent et nous ravissent dans leur duplicité de sens.

Ces œuvres ne délivrent pas de message

mais elles augurent, présagent, tracent,

révèlent peut-être mais dans l’infime,

le creux, le hiatus, le pore, sans jamais

informer, dénoncer ni prouver.

Les œuvres de Virginie Descamps, d’Irina Rotaru et de Gabrielle

Wambaugh flirtent avec les limites de la représentation, elles

sont ambivalentes. Si elles ne sont pas bavardes, c’est qu’elles

donnent à voir des interstices : lieux de ce qui reste sousjacent,

mezzo voce, de ce qui va surgir, on ne sait pas quand,

ni par quels détours. C’est cette tension qu’elles mettent en

œuvre, chacune dans leur singularité, c’est ce fil tendu qui les

mettent dans une résonance vibrante tout en étant charnelle

avec le monde. Ces œuvres ne délivrent pas de message mais

elles augurent, présagent, tracent, révèlent peut-être mais

dans l’infime, le creux, le hiatus, le pore, sans jamais informer,

dénoncer ni prouver. Elles se renouvellent librement et à fleur

de peau dans la réception dont elles sont l’objet.

Si elles ont des univers chacune très singuliers, ces artistes

partagent toutes les trois une intelligence de l’assemblage des

formes et-ou des matériaux. Il me semble qu’elles travaillent

avec la question de l’agencement dans un espace, de l’écriture

d’un territoire qui pourrait être habité par un montage de forme

entre elles. De fait, devant les œuvres de ces femmes, nous

sommes devant notre propre altérité. Nous sommes invités à

la possibilité d’une rencontre. Leur sensualité nous accueillant

toujours.

Virginie Descamps est une glaneuse de formes puisées dans

notre « biotope » urbain et quotidien. Elle a une prédilection

pour les matériaux ordinaires, souvent fragiles, en opérant un

détournement flirtant avec l’esprit surréaliste, mais ce n’est

qu’un flirt : le détournement s’opère non pas exclusivement

dans leur fonction mais dans leur confection avec des matières

artisanales, et par là-même nobles dans leur savoir-faire

(glaçure sur céramique, grès émaillé, porcelaine…), alliées à des

matières industrielles (mastic, silicone, pâte à modeler, latex…).

Le résultat propose des objets hybrides qui déstabilisent la

lecture de l’espace dans lequel ils sont disposés.

Irina Rotaru est méthodique et libre. À l’instar d’une pensée

oulipienne, chez elle la contrainte ouvre un vaste champ des

possibles. Je pense à ces grands dessins récents que j’ai vu

il y a peu dans son atelier. Sur ces grands formats (à sa taille,

peut-être plus grands qu’elle), sur papiers artisanaux japonais,

sublimes dans leur trame sensuelle et délicate (comme une

peau humaine), elle agence des grandes formes dessinées

d’une seule traite sans décoller le crayon de la surface du

support, puis elle les « remplit » aux crayons de couleurs. Devant

ces œuvres, on ressent physiquement l’effort de l’application

du crayon, de la main, du poignet, du bras, et de la totalité du

corps, tendus dans ce geste constant et régulier pour créer une

uniformité des aplats des couleurs la plus parfaite possible.

Gabrielle Wambaugh dit dans un entretien qu’elle « bidouille ».

Grande humilité. Elle assemble des matériaux en fonctionnant

par ricochets. Elle construit des sculptures parfois à très

grande échelle (six mètres) et elle les construit seule. Mais elle

n’est pas dans une dynamique performative ou sportive, c’est

l’énergie du corps qui donne forme. Elle est sculpteur avant tout.

Dans une lignée historique (le colosse frondeur Auguste Rodin,

l’artisan spirituel Constantin Brancusi), elle les bouscule d’un

revers de main tout en ayant sensiblement appris d’eux.

Chapeau bas à ses trois araignées travailleuses. Il est vrai que

j’aime profondément les œuvres de Louise Bourgeois, et si je

convoque l’animal araignée en une métaphore filée (ça tombe

bien), j’en tire le fil car il me semble que ces trois femmes artistes

ont à voir avec cette grande artiste visionnaire. Dans leur

liberté. Dans leur liberté de femme artiste où se pose toujours la

question insoluble, mais sensible, de la conception d’une œuvre

faite par une femme. Conception soit disant très différente des

œuvres faites par les hommes. Je n’ai pas de réponse évidente

et je crois que c’est sans gravité. La question demeure toutefois

essentielle.

Juliette Fontaine

janvier 2017


Virginie Descamps


De g. à dr. Irina Rotaru et Virginie Descamps (au sol)


Irina Rotaru

122


123 Irina Rotaru


Irina Rotaru

124


125 Irina Rotaru


Gabrielle Wambaugh


Gabrielle Wambaugh


Jennifer Caubet, Juliette Fontaine et Flavie Pinatel


Proliférances

2016

Carte blanche à

Jennifer Caubet

et Flavie Pinatel

Du 20 au 29 mai 2016

Dans un appartement de la Maladrerie

6 passage Daquin 93300 Aubervilliers

Les deux artistes vivent et travaillent à Aubervilliers dans le

quartier de la Maladrerie, sur lequel l’exposition propose deux

regards croisés, tant du point de vue de la vie des habitants que

de l’architecture singulière de Renée Gailhoustet.

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

129

Photographies Thierry Fournier

Photogrammes de Flavie Pinatel


Jennifer Caubet


131 Jennifer Caubet


Flavie Pinatel


Jennifer Caubet


Flavie Pinatel


Flavie Pinatel


De g. à dr. Céline Cléron et Isabelle Lévénez


Dynamique

des fluides

2016

137

Céline Cléron, Béatrice

Cussol, Sophie Gaucher,

Camille Grosperrin,

Isabelle Lévénez

et Pierrick Naud, curatrice

Juliette Fontaine

Du 11 au 27 mars 2016

Dans un appartement du quartier de la Maladrerie, 6 passage

Daquin 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

Photographies Thierry Fournier

« Envelopper, contenir, remplir, adhérer, s’adapter,

se répandre, couler... Sont les actions spécifiques des fluides

mais également les conditions nécessaires

à la lecture tactile du milieu. »

Giuseppe Penone


De g. à dr. Sophie Gauchet et Isabelle Lévénez


Les œuvres de ces six

artistes font écho d’une manière ou d’une autre aux propriétés

plastiques des fluides, avec leurs singularités sensibles.

Céline Cléron interroge le côtoiement entre l’homme et l’animal,

du moins ce qu’il en reste, avec des associations comme

surgies du surréalisme. Chacune singulièrement, Béatrice

Cussol et Sophie Gaucher sont fortement ancrées dans

l’organique. Les formes s’engendrent d’elles-mêmes dans une

jubilation communicative. Autre apparition de l’animal dans le

travail de Camille Grosperrin qui nous viendrait d’un Pierre

Huygues mais refaçonné, pour nous faire basculer doucement

dans le merveilleux et dans la narration de nos mythes

fondateurs. Chez Isabelle Lévénez, le corps est paysage, le

paysage est corps. Même lorsque le corps reste invisible, il

est dissimulé, désiré. L’univers de Pierrick Naud est freudien,

pourrait -on dire. Ses personnages sont d’une inquiétante

étrangeté empreints d’un univers poétique qui surprend par son

silence chuchoté comme un secret.

Que ce soit par le dessin, la sculpture ou la vidéo, dans une

approche résolument contemporaine, ces artistes proposent

des espaces parfois incertains, transitoires, où murmure

l’inconscient. Dans une recherche poétique, leurs univers

plastiques rendent visibles tantôt la présence silencieuse de

l’animal, tantôt des formes hybrides en mutation, tantôt des

corps en devenir.

Juliette Fontaine

mars 2016

139

Sophie Gaucher


Céline Cléron


Céline Cléron


De g. à dr. Béatrice Cussol et Céline Cléron


Béatrice Cussol


Sophie Gaucher


Sophie Gaucher


Camille Grosperrin


Camille Grosperrin


Julianna Borinski et Bettina Samson (sculpture)


Sleep

Disorders

2014

Marion Auburtin, Juliana

Borinski, Julia Cottin, Marina

Gadonneix, Florentine &

Alexandre Lamarche-Ovize,

Benjamin L. Aman, Bettina

Samson, Eric Stephany,

Julien Tiberi et David de

Tscharner, curateurs Marion

Auburtin et Benjamin L.

Aman

Du 11 au 26 octobre 2014

Dans un appartement de la Maladrerie

26 rue Lopez et Jules Martin 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH Aubervilliers

Performance de

Sophie Gaucher

Le 26 octobre 2014, le finissage a donné lieu à la présentation

du catalogue de l’exposition et à une performance dessinée de

Sophie Gaucher, artiste invitée par Juliette Fontaine.

149

Photographies Thierry Fournier

Captation vidéo : vimeo.com/112078871


Julia Cottin


Eric Stéphany


Eric Stéphany


David de Tscharner


Bettina Samson


Marina Gadonneix


Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize


Benjamin L. Aman


Marion Auburtin


Julien Tibéri


Sophie Gaucher


Performance de

Sophie Gaucher




Vue de l’exposition Le Réel et son double, 2021


Expositions

des élèves

2014 - 2021



Le réel

et son double

2021

Exposition des élèves

Du 19 au 27 juin 2021

Dans un appartement de la Maladrerie

20 coursive Georges Méliès 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH d’Aubervilliers

167

Photographies Thomas Guyenet











Les beaux jours

2020

Exposition des élèves

et du projet Land Art à

La Maladrerie #1 conduit par

l’artiste enseignante Lika

Guillemot

Du 11 au 25 octobre 2020

Dans un appartement de la Maladrerie

7 allée Georges Braque 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH d’Aubervilliers

177

Photographies Thomas Guyenet



179







Métamorphoses

2018

Exposition des élèves

Du 28 septembre au 3 octobre 2018

Espace Renaudie

30 rue Lopez et Jules Martin 93300 Aubervilliers

185

Photographies Juliette Fontaine


186


187



Le rêve

de Darwin

2018

Exposition des élèves

Du 23 au 28 juin 2018

Espace Renaudie

30 rue Lopez et Jules Martin 93300 Aubervilliers

Intermèdes musicaux proposés par Auberbabel.

189

Photographies Juliette Fontaine


190


191



Illusion

et simulacre

2017

Exposition des élèves

Du 10 au 15 juin 2017

Espace Renaudie

30 rue Lopez et Jules Martin 93300 Aubervilliers

Intermèdes musicaux interprétés au piano

par des élèves du Conservatoire à Rayonnement

Régional de Seine Saint-Denis, Aubervilliers.

193

Photographies Juliette Fontaine


194


195


196


197



Images

des images

2016

Exposition des collages

réalisés pendant un stage dirigé

par Vassilis Salpistis, avec

Pascale Barincou, Martine

Moreno, Véronique Santini,

Maïté Servières, Michèle

Sorosina et Judith Vittet,

curatrice Juliette Fontaine

Dans un appartement de la Maladrerie

6 passage Daquin 93300 Aubervilliers

Mise à disposition de l’appartement

par l’OPH d’Aubervilliers

199

Photographies Vassilis Salpistis


200


201



203



Les nourritures

terrestres

2015

Exposition des élèves

Vernissage avec performance

de Florence Kadri

Du 6 au 10 juin 2015

Espace Renaudie

30 rue Lopez et Jules Martin 93300 Aubervilliers

205

Photographies Juliette Fontaine



207



209




212


213

Ateliers annuels

d’arts plastiques



Ateliers annuels

d’arts plastiques

Ateliers 2021-2022

Dessin : Katerina Christidi

Cet atelier vise à favoriser l’expression personnelle. Sa

pédagogie propose 4 axes : développer sa culture visuelle

à travers les œuvres d’art, expérimenter par le dessin

d’observation et d’autres pratiques, développer l’esprit critique,

stimuler la créativité et l’imaginaire à travers des projets

diversifiés et ludiques.

215

Le Capa propose à ses adhérents des ateliers réguliers

et ouverts à tous de peinture, dessin, sculpture, gravure et

photographie, encadrés par des artistes-enseignants à la

fois porteurs de propositions pédagogiques collectives et

attentives au travail de chacun.

Le travail à l’année est soutenu par une thématique commune et

valorisé lors d’une grande exposition au sein d’un appartement

mis à disposition par l’OPH d’Aubervilliers.

Le Capa accompagne tous les publics dans la pratique, la

découverte et la connaissance de l’art contemporain. A ce titre,

il organise régulièrement des stages, des conférences, des

séances de modèle vivant et des visites d’expositions et des

rencontres avec des artistes.

Les ateliers se déroulent d’octobre à fin juin, avec des

permanences pendant les vacances scolaires. Les ateliers du

soir sont ouverts à partir de 16 ans (14 ans pour le dessin et la

photographie). Il est possible de s’inscrire à une ou plusieurs

activités. Les tarifs sont établis en fonction du quotient familial.

Enfants 6-8 et 9-13 ans : Céline Cléron

Privilégiant la créativité et l’imaginaire, ces ateliers proposent

l’exploration de techniques variées. Des liens sont également

tissés avec des structures proposant une programmation jeune

public (cinéma, médiathèque…). Les plus grands sont invités

à aborder des sujets plus complexes et aller plus loin dans

l’exploration plastique.

Gravure : Marjan Seyedin

Cet atelier valorise l’expression de chacun à travers de

multiples approches : diversité des supports, composition

graphique, états successifs, multiples, couleur en impression,

mixité des techniques. Ces axes seront associés à d’autres

pratiques : photographie, dessin, infographie, collage, microédition…

La presse devient un outil à apprivoiser, expérimental

et créatif pour produire des images.

Peinture et dessin : Elsa Fauconnet

Mobilisant un large spectre d’outils et de méthodes, cet atelier

propose une approche métisse, approfondie et ouverte.

L’apprentissage des techniques associe histoire de l’art, fiction

et actualité. Des expérimentations ouvrent à d’autres médiums :

film écriture, performance. La pratique artistique de chacun est

explorée, dans une dynamique collective.

Peinture et dessin : Sandrine Rondard

Cet atelier de peinture à l’huile ne se réduit pas à cette

technique et s’ouvre à de multiples matières. L’expérience de

la couleur en est un point central, en arpentant aussi bien le

figuratif que l’abstraction. Donnant la part belle à l’intuition et à

l’exploration, les élèves sont amenés à développer leur langage

pictural tout en participant à la synergie du groupe.

Photographie : Thomas Guyenet

Cet atelier explore la photographie numérique et argentique :

prises de vue en studio et en extérieur, développement et

tirage en noir et blanc, traitement numérique (photoshop, scan,

impression). Les séances débutent par des échanges sur des

expositions, artistes, ouvrages ou concepts importants de la

photographie afin d’élargir le champ des références.

Sculpture : Laurence De Leersnyder

Cet atelier propose de découvrir ou approfondir une vaste

diversité de matériaux. Par un apprentissage de techniques

traditionnelles et contemporaines, les élèves acquièrent des

savoir-faire riches et nuancés. Une conception de la sculpture

accessible et généreuse qui traverse de multiples notions : le

geste, l’empreinte, l’intuition de l’espace et du temps…



Dessin

avec Katerina

Christidi

Photographies Thomas Guyenet





Enfants

avec Céline

Cléron

Photographies Thomas Guyenet





Gravure

avec Marjan

Seyedin

Photographies Françoise Meaume





Peinture

avec Sandrine

Rondard

Photographies Gérard Boutonnet


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Peinture et

dessin avec

Elsa Fauconnet

Photographies Thomas Guyenet




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Photographie

avec Thomas

Guyenet

Photographies Atelier Thomas Guyenet





Sculpture

avec Laurence

De Leersnyder

Photographies Thomas Guyenet





Ateliers

hors les murs

Depuis sa nouvelle direction en 2013, le Capa, soucieux de

s’ancrer sur le territoire de la ville d’Aubervilliers et de permettre

une ouverture culturelle à un très large public, a initié un grand

nombre de partenariats locaux avec des crèches, écoles,

collèges, EHPAD, médiathèque, conservatoire, etc. sur la base

des besoins que ces structures ont identifiés pour leur public.

Le Capa a ainsi créé des ateliers hors les murs qui sont menés

par des artistes enseignant·es auprès des publics de ces

structures : petite enfance, scolaires, personnes âgées, etc.

Ces projets sont menés avec les écoles Paul Langevin,

Robespierre, Edgar Quinet, Charlotte Delbo, Joliot Curie, le

collège Gabriel Péri, l’EHPAD La Maison du Soleil, la Microcrèche

Bruno Munari, l’OPH d’Aubervilliers, la Médiathèque

Henri Michaux et le CRR 93.

245

Ils ont reçu le soutien du Fonds de dotation Agnès b, du musée

du Jeu de Paume, du musée des Arts Décoratifs, du musée

d’Histoire Naturelle, de l’Éducation Nationale et du Conseil

Départemental de la Seine-Saint-Denis.



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Les goûts

des autres

depuis 2016

Sur une proposition de

Jérôme Bazin

Lieux : EHPAD La Maison du

Soleil, École Joliot Curie et

Collège Gabriel Péri

Artistes : Fanny Béguery,

Christophe Faso, Juliette

Fontaine, Thomas Guyenet,

Irina Rotaru, Vassilis Salpistis

Créé en 2016, ce projet vise à créer un lien intergénérationnel à

travers une pratique commune des arts plastiques. Il s’adresse

prioritairement à un public sans contact avec la vie culturelle. Il

comprend des ateliers à destination d’enfants, d’adolescents

et de seniors, par des séances séparées suivies de séances

communes en EHPAD. Un des objectifs est donc aussi de faire

entrer la vie extérieure dans une maison de retraite.

La thématique commune des Goûts des autres depuis l’origine

est l’altérité, qui se traduit par la réalisation de portraits des

autres, par le dessin et la photo. Les trois partenaires du projet

sont l’EHPAD La Maison du Soleil à Aubervilliers, l’école Joliot

Curie et le collège Gabriel Péri. Ces ateliers donnent enfin lieu à

des expositions séparées et à une exposition commune en fin

d’année, qui les rendent visibles auprès d’un large public.

Depuis 2020-21, les trois artistes animant ces ateliers sont

Christophe Faso pour les seniors, Thomas Guyenet pour les

collégiens et Fanny Béguéry pour les primaires. À l’EHPAD,

Christophe Faso propose une découverte des toiles de maîtres

autour du portrait et du paysage, à travers des réalisations

collaboratives de dessin, de peinture et de collage.

Le groupe des collégiens est formé d’une classe du

Collège Gabriel Péri. En collaboration avec la professeure

de lettres Agnès Morin et le professeur d’espagnol Jorge

Fernandez-Moreno, Thomas Guyenet propose un travail sur

la photographie consistant à décoder de grandes œuvres

picturales et les transposer en photographie. Fanny Béguery

quant à elle, anime l’atelier des enfants avec une classe de CE1

de l’école Joliot Curie, consacré aux pratiques du dessin, du

monotype en gravure et du modelage. Cet atelier propose aux

enfants de faire apparaître toutes sortes d’images et d’histoires

sur (et dans) le lieu de leur enfance. En 2019-20, l’atelier à

l’EHPAD était animé par Vassilis Salpistis, avec comme point

de départ un travail sur le souvenir, et les deux autres ateliers

enfants et adolescents par Fanny Béguéry et Thomas Guyenet.

Photographies : Thomas Guyenet et les élèves de son atelier


Atelier adolescents avec Thomas Guyenet, Capa, Aubervilliers, 2020

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253 Atelier seniors avec Thomas Guyenet, EHPAD La Maison du soleil, Aubervilliers, 2020


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Atelier enfants (avec Fanny Béguery), adolescents (avec Thomas Guyenet) et seniors (avec Vassilis Salpistis), EHPAD La Maison du soleil, Aubervilliers, 2020

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Du bout des

doigts, crèche

Bruno Munari

2018 > 2021

« Il a toujours été très important pour moi que les enfants

accueillis à la micro crèche puissent avoir accès à la culture, et

aux arts plastiques en particulier.

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Sur une proposition de

Jeannette Vilar

Artistes : Christophe Faso et

Sophie Gaucher

Le Centre d’Arts Plastiques d’Aubervilliers a proposé à la crèche

Bruno Munari, dans le quartier de la Maladrerie, d’ouvrir des

ateliers de sensibilisation à l’art en direction des tout-petits et

de leurs parents. Ces ateliers s’inscrivent dans une dynamique

plus générale visant à offrir au plus grand nombre un accès à

l’art et à la culture. Les ateliers ont été conçus pour permettre

aux parents de s’approprier les outils pédagogiques, de les

prolonger et de les partager en dehors des ateliers, dans la

cellule familiale.

Aucune prédisposition pour la pratique des arts plastiques

n’a été requise pour participer à ces ateliers. Ils sont basés

sur l’envie de partager avec ses enfants, la curiosité de la

découverte, accéder au plus proche de l’enfant, par l’approche

des différentes sensations et de l’imaginaire..

Nous organisions déjà des ateliers avec les enfants, jusqu’à ce

que le Capa nous propose un atelier hors les murs avec une

artiste plasticienne, Sophie Gaucher, en résidence pendant

plusieurs mois, ce que nous avons bien sûr accepté. Profiter

des savoirs spécifiques et de l’expérience d’une artiste est une

chance exceptionnelle, que nous n’avons pas manqué de saisir.

Nous allons continuer d’accompagner les enfants avec tous ces

nouveaux apports et ces pratiques. À l’âge où les enfants sont

curieux de tout ce qui les entoure, de tout ce qui est nouveau et

prometteur de riches expérimentations, l’équipe de la microcrèche

Bruno Munari est heureuse d’être les « facilitatrices

et les passeuses » de relais, grâce au Capa , à l’artiste Sophie

Gaucher et à la Direction de la Petite Enfance qui nous ont fait

confiance.

Merci aux enfants d’avoir été passionnés et partants pour tout,

et merci aux parents qui ont pleinement participé aux diverses

manipulations – parfois très salissantes. »

Jeannette Vilar, directrice

avec l’équipe de la micro-crèche Bruno Munari

Photographies Jeannette Vilar


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Land art

à la Maladrerie

2020 > 2021

Sur une proposition de

Juliette Fontaine

Artiste : Lika Guillemot

Ce projet a été initié par Juliette Fontaine et coordonné par

Nathalie Richard, conseillère pédagogique de la circonscription

d’Aubervilliers. Il s’appuie sur l’étude du passé maraîcher et

industriel d’Aubervilliers – ville très urbaine, au sein de laquelle

le quartier de La Maladrerie apparaît comme un des derniers

espaces de verdure. Lika Guillemot propose de prendre pour

point de départ l’histoire agricole de la ville. Les classes des

écoles élémentaires Paul Langevin, Robespierre, Edgar Quinet

et Charlotte Delbo ont participé au projet en s’intéressant

chaque fois à un lieu auquel est associé un élément :

- Le maraîchage de la Plaine des Vertus / la terre

- Le canal Saint-Denis / l’eau

- La manufacture d’allumettes / le feu

- La parfumerie et la savonnerie Piver / l’air

L’atelier mène un travail de terrain, d’observation et

d’appropriation de techniques plastiques permettant

d’exprimer une vision du monde environnant. Des documents

iconographiques servent d’appui à la réflexion des enfants, afin

d’enrichir leur regard et leur imaginaire.

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Photographies Juliette Fontaine et Louise Héritier


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Land art

à la Maladrerie

2022

Sur une proposition de

Juliette Fontaine

et Nathalie Richard

Artiste : Ludovic de Valon

Ce projet initié par Juliette Fontaine et Nathalie Richard,

conseillère pédagogique, a été élaboré pour des enfants

de maternelle (grande à petite section), ainsi que ceux du

Multi-accueil de la Maladrerie. Les ateliers ont été conçus et

menés par l’artiste Ludovic de Valon, dont la pratique s’adosse

notamment à la fabrication de pigments et d’encres végétales,

qui a été transmis aux enfants dans le cadre de l’atelier. Tout le

projet s’axe autour d’un arbre très présent dans le parc de la

Maladrerie, le sophora japonica. L’atelier propose des dessins

de l’arbre et la récolte de ses fleurs pour confectionner de

splendides couleurs, de multiples tons jaunes jusqu’au noir

chaud. Les enfants ont peint sur des bologans, un tissu de

coton artisanal originaire du Mali.

A la fin du projet, les peintures sur tissu de chaque enfant

ont été cousues les unes aux autres pour former des grands

formats accrochés aux branches du grand sophora, face à la

médiathèque Henri Michaux.

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Photographies : Louise Héritier et Ludovic de Valon


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P.R.E.

Projet Réussite

Éducative

2014 > 2019

Sur une proposition de

Juliette Fontaine

et Valérie Lallour

Artistes : Céline Cléron,

Thomas Guyenet, Isabelle

Lévénez et Felipe Vincenot

Le projet consiste en un cycle d’ateliers d’arts plastiques en

famille, permettant d’explorer le thème du portrait et d’offrir une

ouverture vers l’art et la culture. Les ateliers ont été élaborés

conjointement par Juliette Fontaine et les assistantes sociales

du P.R.E. Le cycle se compose de 6 ateliers de 3 heures de

pratique artistique au Capa, entrecoupés de deux sorties

culturelles. L’ensemble du projet est encadré par une artiste

enseignante, sous la responsabilité pédagogique de Juliette

Fontaine.

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Photographies Juliette Fontaine


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Centre

Communal

d’Action Sociale

d’Aubervilliers

2015 > 2017

Sur une proposition de

Juliette Fontaine

Artistes : Sean Hart (2017),

Isabelle Lévénez (2015-17)

Ces deux ateliers proposent une ouverture vers l’art à des

femmes suivies par le Centre Communal d’Action Sociale

d’Aubervilliers. Ils s’inscrivent dans le cadre d’une action plus

large menée par le CCAS autour de l’estime de soi, dans une

perspective d’autonomie et d’émancipation.

Coordonné par Isabelle Lévénez, ce projet vise à exprimer

des messages en élaborant des calligraphies et des formes

visuelles. Il trouve son aboutissement dans la réalisation avec

les habitant·es d’un mur peint place Renoir accompagnées

par Sean Hart, street artiste. Quatre mots ont été choisis :

confiance, amour, paix et liberté.

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Un précédent atelier avait mis en évidence un besoin impérieux

pour ces personnes de transmettre leur parole dans l’espace

public – y compris à leurs enfants.

Réalisation en partenariat avec l’OPH d’Aubervilliers

Photographies Juliette Fontaine


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Mon jardin

secret

2017

Sur une proposition de

Sylvie Da Costa

et Juliette Fontaine

Artiste : Sylvie Da Costa

Ces ateliers ont une vocation de sensibilisation aux arts

plastiques auprès des adolescents et préadolescents du

quartier de la Maladrerie. Ils visent à leur faire découvrir la

richesse de la nature et à les inviter à la retranscrire par le

langage pictural. La découverte de ce domaine s’effectue

par la lecture, l’écriture, le dessin ou encore la botanique. La

transcription s’effectue par la création de carreaux de faïence

peints à motifs, suivant le principe des azulejos.

Sylvie Da Costa a invité les enfants et adolescents à vivre ainsi

l’expérience d’un processus créatif global, de sa conception à

sa réalisation, enrichi par l’expérience de sa propre démarche

artistique. Pour clôturer ces séances, une création artistique

commune a été réalisée et inaugurée lors du dernier rendezvous

le 24 juin 2017. Les créations des enfants et adolescents

ont été scellées sur les murets délimitant l’entrée du verger

urbain dénommé « Mala 800 Zoo » dans leur quartier. Le

potager a par ailleurs été créé par l’artiste.

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Photographies Sylvie Da Costa et Juliette Fontaine


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Régie de

quartier

2014

Sur une proposition de

Juliette Fontaine

Artiste : Sophie Gaucher

La Régie de Quartier Maladrerie - Emile Dubois à Aubervilliers

a pour vocation de contribuer à améliorer le cadre de vie

du quartier, en tissant des liens entre les habitants et en

développant l’insertion par l’activité économique. Elle peut

intervenir sur l’entretien des espaces collectifs, des actions

visant à l’insertion sociale et économique, la mise en œuvre

d’outils d’information entre les habitants et les structures

existantes dans le quartier.

Avec l’artiste Sophie Gaucher, 7 femmes salariées de la Régie

de quartier de la Maladrerie ont participé à des ateliers au Capa

du 20 mars au 13 mai 2014. Une exposition des travaux a eu lieu

dans les locaux de la Régie.

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Photographie Juliette Fontaine



S.E.S.S.A.D.

Service

d’éducation

spéciale

et de soins

à domicile

2014

Sur une proposition de

Juliette Fontaine

Artiste : Isabelle Lévénez

Un service d’éducation spéciale et de soins à domicile

(S.E.S.S.A.D.) est un service de soins pouvant intervenir à

domicile auprès de personnes en situation de handicap.

Le Capa a mis en place un atelier hors les murs avec le

S.E.S.S.A.D. d’Aubervilliers en octobre 2014. Le projet commun

consistait à accueillir au Capa un groupe d’enfants en situation

de handicap, âgés de 9 à 11 ans, pour une série d’ateliers animés

par Isabelle Lévénez.

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Photographie Juliette Fontaine


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Flavie Pinatel, Les Chants de la Maladrerie, film HD couleur, 2017, photogramme


Autres activités


Katerina Christidi, Sans titre, fusain sur toile, 230 x 300 cm, 2013, photographie Katerina Christidi

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325

Acquisitions

2020 de la

Collection du

Département

de la Seine Saint

Denis

Œuvres de Katerina Christidi

et Flavie Pinatel

Juliette Fontaine a été invitéee à proposer des œuvres pour les

nouvelles acquisitions 2020 de la Collection départementale

d’art contemporain de la Seine Saint-Denis, qui a retenu celles

de Katerina Christidi et de Flavie Pinatel.

Pour être au plus près de la création contemporaine de son

territoire, le CG93 avait proposé aux structures culturelles

spécialisées dans le champ de l’art contemporain de faire

des propositions d’achats d’œuvres. Projet mené en dialogue

avec Nathalie Lafforgue, responsable de la Collection

départementale d’art contemporain, Service Culture Art et

Territoire, Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.

Katerina Christidi

Sans titre

Fusain sur toile, 230 x 300 cm, 2013

Respirer l’ombre. Cette très belle expression empruntée à

Guiseppe Penone fait écho à l’œuvre de Katerina Christidi qui

travaille avec la matière veloutée et profonde du fusain sur de

la toile. Souvent sur de très grands formats, accrochés à même

le mur de l’atelier. Une histoire de superposition d’épidermes en

somme. L’artiste travaille beaucoup avec la main. La caresse, le

toucher est une dimension sensuelle déterminante. Par ailleurs,

l’effort physique du corps de l’artiste est fortement engagé

devant les dimensions imposantes de ces formats. L’approche

de Katerina Christidi n’est pas abstraite même si parfois les

formes qu’elle recherche dans la matière du noir de « fumée »

ou de charbon n’apparaissent qu’en effleurant la lumière. Il y a

des corps qui vibrent du fond de la caverne, il y a des silhouettes

toutes archaïques qui surgissent doucement du noir. À l’instar

d’un Pierre Soulages, c’est la lumière sur la surface de l’œuvre

qui révèle la présence des êtres (et des objets).

Avec un geste assidu, impétueux et graduel ainsi qu’un

long processus de création, la lumière devient un medium

fondamental de la visibilité de l’œuvre. Katerina Christidi utilise

un outil du dessin (le fusain) pour en recouvrir complètement

la surface en de subtiles et multiples nuances, et par là-même

elle flirte avec la question du recouvrement spécifique à la

peinture. Aussi les grands formats sont souvent plutôt propre

à la peinture. Cette ambivalence questionnée demeure très

contemporaine.

Juliette Fontaine

Flavie Pinatel

Les Chants de la Maladrerie

Film HD couleur, sonore, 26’, 2017

Les Films de Force Majeure

Construite à la fin des années 1970 par l’architecte Renée

Gailhoustet à Aubervilliers, la Maladrerie est un ensemble

d’habitat collectif doté de formes angulaires atypiques et de

jardins suspendus. À travers les chants de ses habitants et le

cheminement des enfants dans les espaces communs, Flavie

Pinatel ravive l’utopie de cette architecture, pensée comme

un contre-modèle des grands ensembles.(...) Déambuler à

la suite des habitants, écouter leurs chants qui viennent des

quatre coins du globe, c’est découvrir un territoire familier,

une architecture vécue plus qu’un monument. La végétation

luxuriante, ses pelouses et ses recoins ombragés semblent

offrir un décor idéal pour les jeux des enfants. Quelques tags et

un caddie bleu échoué dans une mare nous feront-ils croire le

contraire ? Le film se libère de tout préjugé pour laisser le regard

s’épanouir calmement.

Sylvain Maestraggi



Flavie Pinatel, Les Chants de la Maladrerie, film HD couleur, 2017, photogramme


Rencontre After Six #5 avec Françoise Pétrovitch, 29 septembre 2017, photographie Juliette Fontaine


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Rencontres

After Six

depuis 2014

Rencontres publiques à

Aubervilliers avec Benjamin

L. Aman, Marion Auburtin,

André Avril, Jennifer

Caubet, Corinne Espagno,

Thierry Fournier, Françoise

Pétrovitch, Flavie Pinatel,

Vassilis Salpistis et à propos

de Francis Bacon, Louise

Bourgeois et Bill Viola,

conférence de Vassilis

Salpistis

After Six est un cycle de sensibilisation à l’art contemporain

proposé par Juliette Fontaine, sous la forme de rencontres

pbliques avec des artistes qui viennent présenter leur pratique

– à l’exception des deux premières sessions qui étaient des

conférences sur des artistes. Les After Six ont une périodicité

variable et se tiennent les vendredis soir à partir de 18h30, au

Capa ou dans des lieux partenaires.

After Six #10 avec André Avril, Francis Bacon, Peinture-

Littérature, Allers-Retours, 7 février 2020 au Capa

Suite à l’annulation d’une visite de l’exposition Bacon en toutes

lettres au Centre Pompidou, le Capa propose une rencontre

avec André Avril et Juliette Fontaine autour de projection

d’œuvres du peintre anglais présentées dans cette exposition

parisienne, et de certains textes littéraires chéris par l’artiste ou

en écho à son œuvre picturale. André Avril est artiste plasticien.

Il vit à la Maladrerie, maître de conférence d’arts plastiques et

visuels à L’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris

Val de Seine et conférencier au Centre Pompidou.

After Six #9 avec Marion Auburtin, La jeune fille et la mort, le 15

novembre 2019 à l’Espace Renaudie

La rencontre fait suite à un échange épistolaire avec Juliette

Fontaine, sur proposition de l’artiste, qui constitue la base d’une

projection autour de son processus de travail. La pratique de

Marion Auburtin est protéiforme : dessin, peinture, céramique,

écriture... Elle puise dans sa propre enfance, dans une

dimension psychologique non dénuée d’auto-dérision. Son

œuvre traverse un champ très large avec une prédilection pour

la littérature et le cinéma.

After Six #8 avec Vassilis Salpistis, Trois leçons des ténèbres,

le 17 mai 2019 à l’Espace Renaudie

Vassilis Salpistis ruse avec la représentation. Le tableau est

une illusion du paysage ce qui n’exclue aucunement sa grande

sensualité. Bien plus que de chercher à montrer ce que l’on voit,

le peintre nous propose la représentation d’une idée du monde.

Il crée une brèche dans la ressemblance qui la lézarde, une

perte des limites des formes et permet au regard du spectateur

de terminer le tableau. Loin d’un déficit de la vision, il donne de la

liberté au regard.

After Six #7 avec Flavie Pinatel, Les chants de la Maladrerie,

le 13 avril 2018 au Conservatoire à Rayonnement Régional

d’Aubervilliers - La Courneuve

Avec Les Chants de la Maladrerie, la réalisatrice Flavie Pinatel

fait le portrait d’une cité expérimentale à Aubervilliers et de

ses habitant·es, dans un documentaire où les personnes

s’expriment non pas en parlant mais à travers des chansons

qu’elles ont choisies. En filigrane, Flavie Pinatel dresse un état

des lieux poétique d’une vie commune. La projection a lieu en

présence des élèves de la classe CHAM (Classe à horaires

aménagés musique) vocale du Collège Gabriel Péri qui ont

participé au film, dirigés par Marie Joubinaux, accompagnés

au piano par Isabelle Mambour et Jean-Michel Mahé, chef de

chant et professeur du collège.

After Six #6 avec Corinne Espagno, Mise à nu, le 27 janvier

2018 au Capa

Corinne Espagno esquisse le portrait de six modèles vivants.

Entre nudité du corps et de l’être, ils dévoilent à la réalisatrice

– elle-même modèle – comment, à travers leurs poses bien

plus que grâce aux œuvres des artistes, ils se (re)découvrent.

Que vivent-ils dans cet espace mis à nu ? La projection du film

sera suivie d’un échange avec la réalisatrice, certains modèles

présents dans son film et l’homme qui fut le modèle d’Alberto

Giacometti.

After Six #5 avec Françoise Pétrovitch, Ce qui tremblote (…)

dans les limbes, le 29 septembre 2017 à l’Espace Renaudie

L’œuvre de Françoise Pétrovitch aborde un grand nombre

de médiums : peinture, dessin, lithographie, sculpture, vidéo...

Toutefois, c’est le dessin qui constitue les racines et la colonne

vertébrale de sa pratique. Son imaginaire flirtant souvent avec

celui d’un Lewis Carroll, formant un monde d’enfants timides,

d’adolescents lascifs à l’érotisme élusif, d’êtres hybrides,

d’animaux fébriles et de présences fragiles.


Rencontre After Six #5 avec Vassilis Salpistis, 17 mai 2019, photographie Dominique Claveau


After Six #4 avec Benjamin Laurent Aman, La forteresse et le

fleuve, le 27 janvier 2017 à l’Espace Renaudie

Benjamin Laurent-Aman est artiste plasticien et musicien. Sa

pratique musicale combine une approche émotionnelle et

expérimentale du son, à travers un large spectre de sources,

analogiques ou électroniques. Ses compositions tendent à

explorer la profondeur du matériau sonore et sa capacité à

mener l’écoute hors du temps et de l’espace. L’artiste s’est

produit à de nombreuses reprises lors de performances,

festivals ou émissions radiophoniques en France et à l’étranger.

Il vit et travaille à Aubervilliers.

After Six #3 avec Jennifer Caubet, Ongoing

7 octobre 2016 au Théâtre de La Commune

programme de recherche curatorial Displays à l’Ensad. Il vit et

travaille à Aubervilliers.

After Six #1 à propos de Louise Bourgeois, La grande fillette, le

19 juin 2015 au Théâtre de La Commune

Projection de L’Araignée, la maîtresse et la mandarine de Amei

Wallach et Marion Cajori. Ce film est une formidable incursion

dans l’univers de Louise Bourgeois, dont l’œuvre protéiforme

traverse les XX e et XXI e siècles. Elle en a côtoyé les principaux

mouvements artistiques, tout en préservant farouchement son

indépendance d’esprit, et sa manière incroyablement inventive

et troublante. L’artiste lève le voile sur ses secrets d’enfance

qui se reflètent dans ses sculptures et ses installations, dont la

caméra explore la troublante magie.

détails. Le regard qui est proposé ici n’est pas celui d’un

historien de l’art mais celui d’un peintre, qui considère l’œuvre

comme un organisme vivant et ouvert, autant en interaction

avec notre monde qu’avec sa propre époque.

331

Travaillant principalement sur la mise en tension de l’espace par

la construction, le geste et l’action, Jennifer Caubet envisage

la sculpture comme outil à redéfinir, à restructurer les espaces

qui l’accueillent. Au moyen de divers matériaux et savoir-faire,

elle met en place une pratique qui s’ingénie à révéler l’espace

comme un potentiel mental et physique. Cette rencontre vise

à transmettre comment un environnement et un contexte

peuvent nourrir et influencer une pratique artistique. Elle vit et

travaille à Aubervilliers.

After Six #2 avec Thierry Fournier, Overflow, le 13 novembre

2015 à l’Espace Renaudie

À l’occasion de son exposition personnelle Overflow à Lux

Scène nationale de Valence, Thierry Fournier présente sa

pratique et plusieurs œuvres récentes qui ont toutes en

commun d’aborder des relations entre les flux, le réseau et

l’humain : installations, vidéos, performances. Artiste et curateur,

Thierry Fournier aborde par ses œuvres des situations de

relations et d’altérité pour en questionner les enjeux individuels

ou collectifs, fictionnels ou sociétaux. Il dirige également le

After Six #0 à propos de Bill Viola, L’Expérience de l’infini, par

Juliette Fontaine, le 27 mai 2014 à l’Espace Renaudie

Projection du documentaire Expérience de l’Infini de Jean-

Paul Fargier (2005). Ce film nous permet de comprendre le

cheminement et l’expérimentation de celui qu’on présente

comme un « sculpteur de temps ». Pionnier de l’art vidéo,

Bill Viola repousser les limites du réel et de ses perceptions,

soulevant des questions sur la vie, la mort, la transcendance, le

temps et l’espace, par un médium sans cesse réinventé.

Conférence Toulouse-Lautrec, vu de près, donnée par Vassilis

Salpistis, le 20 décembre 2019 à l’EHPAD La Maison du Soleil

L’œuvre de Toulouse-Lautrec est souvent obstruée par la

prolifération des reproductions touristiques. La rétrospective

qui lui est consacrée au Grand Palais en 2019 en offre un

panorama bien plus complet, en examinant la profonde

inscription de son œuvre dans l’art et la société de son temps.

Cette conférence tentera la reconstruction d’une visite de cette

exposition à travers un reportage photographique qui explore

les œuvres dans leur ensemble mais aussi dans leurs moindres


Céline Cléron, Une minute de latitude, 2014

Vue de l’exposition personnelle Le perchoir d’Horus, Centre d’art contemporain La Chapelle du Généteil, Château-Gontier, 2014. Photographie Marc Domage.


Visites

d’expositions

2015 - 2022

Par Juliette Fontaine :

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- Toyen, l’écart absolu, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,

21 mai 2022

- Zao Wou-Ki, L’espace est silence, Musée d’Art Moderne de la

Ville de Paris, 29 novembre 2018

- Ceija Stojka : une artiste rom dans le siècle, Maison rouge ,

Paris, 24 mars 2018

- Georg Baselitz, Descente, Galerie Thaddaeus Roppac, Pantin,

18 mai 2017

- Eli Lotar (1905-1969), Musée du Jeu de Paume, Paris, 22 avril

2017

- Rétrospective Cy Twombly, Centre Georges Pompidou, Paris,

24 février 2017

- Stéphane Thidet, Solitaire, Collège des Bernardins, Paris, 25

juin 2016

- Anselm Kiefer, rétrospective au Centre Georges Pompidou,

Paris, 19 février 2016

- Katinka Bock, Zarba Lonsa, Les Laboratoires d’Aubervilliers, 5

décembre 2015

- Felipe Vincenot, exposition personnelle, Le Grand Bouillon,

Aubervilliers, 27 novembre 2015

- Dédicaces et déclarations, exposition collective avec Céline

Cléron, Musée Cognacq-Jay, Paris, 21 novembre 2015

- Les Chasses nouvelles, Musée de la Chasse et de la Nature, 10

avril 2015

- Niki de Saint Phalle, rétrospective au Grand Palais, Paris, 31

janvier 2015

- Musée de la paléontologie du Jardin des plantes, Paris, avec

les enfants des ateliers du mercredi, mai 2014

Par Bruno Gadenne :

Bruno Gadenne, S’enforester, exposition personnelle, Galerie

du jour hors les murs, Paris, 26 avril 2019

Paysages mystiques de Monet à Kandinsky, Musée d’Orsay,

Paris, 17 juin 2017

Par Thomas Guyenet :

Dorothea Lange, Politiques du visible, Musée du Jeu de Paume,

Paris, 15 janvier 2019

Par Flavie Pinatel :

Valérie Jouve, Corps en résistance, Musée du Jeu de Paume,

Paris, 27 juin 2015


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Ce catalogue décrit toute l’activité

d’un lieu d’art : le Capa,

Centre d’arts plastiques d’Aubervilliers, situé au cœur de la cité de la

Maladrerie, dans le quartier du Fort d’Aubervilliers. Fondé en 1982 comme

atelier d’arts plastiques pour les amateurs, le Capa mène, sous l’impulsion

de Juliette Fontaine depuis 2013, une activité de lieu d’art : expositions

en appartements, invitations à des artistes, ateliers d’arts plastiques

et expositions des travaux amateurs, ateliers hors les murs pour les

albertivillariens (scolaires, Ehpads, publics spécialisés...), conférences et

visites d’expositions.

Ce catalogue décrit toutes ces activités et manifestations, de 2014 à 2022,

en faisant le choix d’accorder autant d’espace et d’importance à celles des

élèves que celles des artistes, par une très généreuse iconographie et de

nombreux textes.

Juliette Fontaine est artiste, curatrice et autrice, après une double formation

en arts visuels et littérature moderne. Elle est directrice du Capa - Centre

d’arts plastiques d’Aubervilliers depuis 2013, où elle est aussi curatrice de la

plupart des expositions.

Thierry Fournier est artiste, curateur et auteur, architecte de formation. Il

conçoit également de nombreux projets éditoriaux. Il est directeur artistique

de la revue antiAtlas Journal et enseignant en art à Sciences Po Paris.

Édité par le Capa - Centre d’arts plastiques d’Aubervilliers

Dépôt légal 4e trimestre 2022 - ISBN 978-2-494327-00-9

Prix public : 33 €

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