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Bois de rose de Madagascar - Madagascar Wildlife Conservation

Bois de rose de Madagascar - Madagascar Wildlife Conservation

CONCLUSION PARTIELLE Si

CONCLUSION PARTIELLE Si les Nations ont plus d‘intérêts que de morale, alors il n‘est pas étonnant que la Chine privilégie ses intérêts en exportant sa déforestation. Elle a les moyens financiers de satisfaire ses besoins en ressources externes, au détriment de pays moins riches et ayant des besoins financiers immédiats. Il est quasiment certain que les Chinois répondraient que leurs relations avec chaque pays sont équilibrées et conformes à l‘intérêt mutuel. C‘est en effet l‘un des cinq piliers de la ligne de coexistence pacifique qui guide leur politique étrangère : respect mutuel de l‘intégrité territoriale, non-agression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et bénéfice réciproque, coexistence pacifique. La Chine devrait élargir son horizon d‘évaluation du bénéfice réciproque : si, pour maintenir un taux de croissance à deux chiffres, elle déboise des pays qui n‘ont pas les moyens de dire non, si au nom du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d‘un État, elle ne se préoccupe pas de la légalité de l‘origine du bois qu‘elle achète, alors les effets du changement climatique, qui eux sont globaux, lui rappelleront que les comportements erratiques du Yangtze et du Fleuve Jaune n‘étaient que les préliminaires de catastrophes futures encore plus importantes, comme l‘élévation attendue du niveau moyen de la mer. En effet, la déforestation à l‘échelle de la planète est responsable de 18% des émissions globales de CO2 liées à l‘activité humaine (Association du Réseau des Systèmes d‘Information Environnementale 2009). La Chine devrait se doter d‘une loi équivalente au Lacey Act américain, qui permet de poursuivre tout importateur, transformateur ou négociant de bois obtenus illégalement dans leur pays d‘origine. CONCLUSION GÉNÉRALE Après une année de démesure, Madagascar se trouve aujourd‘hui à la croisée des chemins. Selon Rabesahala Horning (2008), 6,2% des forêts malgaches ont été coupées entre 1950 et 1970. Entre 1970 et 1990, le chiffre est monté à 28,4%, puis il est retombé à 8,5% entre 1990 et 2000. La couverture forestière est passée de 27% dans les années 50 à 16% en 2000, ce qui correspond à la perte de 12 millions d‘hectares de forêt.. En 2007, la Banque Mondiale concluait que Madagascar faisait face à une spirale de dégradation environnementale qui menaçait tout développement durable, ainsi que son héritage écologique, en raison de la perte de sa couverture forestière, de la surexploitation de ses forêts humides orientales et de ses pratiques agricoles inadaptées (culture sur brûlis) (World Bank 2007). Montagne et Ramamonjisoa (2006) ont bien analysé l‘échec de 70 années de législation forestière répressive : « En refusant de prendre en compte les habitudes et usages des populations et donc de leur reconnaître un rôle significatif dans la protection des écosystèmes forestiers, l‘administration (dépourvue des moyens humains et matériels nécessaires) avait dû se résigner à laisser une grande partie du territoire hors de tout contrôle. Elle se contentait de gérer (avec difficulté) les espaces classés et protégés (moins de 10 % des surfaces forestières du pays). Les populations continuaient, sur le reste du territoire, à user des ressources et des espaces comme elles avaient coutume de le faire du fait de la légitimité de leur accès. » Une politique répressive suppose un État déterminé et fort dans ses lois, sa Justice et ses effectifs en agents forestiers. Madagascar n‘a rien de tout ça. Selon Buttoud (1995), on comptait voici 10 ans, 20 000 ruraux pour 25 000 hectares de forêt, mais un seul agent forestier. Weber (1995 cité dans Montagne et Ramamonjisoa 2006) montre que l‘occupation humaine des aires protégées est moins due à une « mythique démographie galopante » qu‘à « une situation d‘accès libre de fait ». Ce même diagnostic en conclut que la création de réserves, sans que l‘État n‘en ait les moyens humains et matériels de contrôle, est vouée à Randriamalala et Zhou 2010 46

l‘échec. Le renforcement du réseau d‘aires protégées, sans plus de moyens de protection, ne pourra empêcher leur dégradation. La « Vision de Durban » est donc une erreur stratégique que 2009 a sanctionnée sans appel. Au lieu d‘augmenter le nombre et la superficie des aires protégées, il serait plus efficace de les réduire, pour mieux y concentrer la puissance de l‘État. Les meilleurs défenseurs de la forêt sont ceux qui y vivent, ceux qui en vivent. C‘est sur les populations riveraines que l‘État doit s‘appuyer pour trouver la force et la permanence qui lui manquent, car « la lutte contre la déforestation est trop sérieuse pour être laissée aux seuls forestiers » (Mercier 1991). Il s‘agit maintenant de reconquérir ces riverains qui ont fourni le gros des effectifs des coupeurs, puis de trouver et de maintenir une motivation financière et sociale suffisantes pour qu‘ils se transforment en gardiens de la forêt. D‘autres pays y sont parvenu, dont la Chine. Nous formulons en annexe douze recommandations pratiques qui, mises ensemble ne font pas une réglementation forestière : nous pensons que les lois, chartes et ordonnances actuelles sont bonnes, mais pas ou très mal appliquées, voire mal expliquées. Nous sommes cependant sans illusion aucune. La classe dirigeante actuelle ne semble pas avoir l‘envergure morale ni la légitimité pour placer l‘intérêt national au premier plan de ses préoccupations, c‘est-à-dire l‘intérêt de l‘ensemble de la Nation, qui est de conserver un environnement viable et stable. Néanmoins, au cas où un homme intègre et doté d‘une vision à plus long terme que ses semblables souhaiterait s‘attaquer au problème de la dégradation de l‘environnement à Madagascar, nous ne saurions trop lui recommander de considérer le côté positif de l‘exemple chinois. Certes les Chinois achètent sans vergogne ce que Madagascar est prêt à leur vendre. Mais ce pays nous donne aussi à réfléchir : voulons-nous payer 50 milliards de dollars (ramenés à notre proportion, il est vrai) dans 20 ou 30 ans pour lutter contre l‘érosion de nos sols, qui ne pourront plus nous nourrir, pour endiguer des inondations à répétition, suivies et précédées de sécheresses, hélas fort bien connues dans notre Sud ? Aujourd‘hui, la classe dirigeante de ce pays est face à un dilemme plus moral que politique ou économique : soit protéger notre environnement maintenant, au prix d‘un bras de fer avec une puissance financière importante, celle des exportateurs, en renonçant à d‘immédiates et importantes rentrées fiscales pour l‘État, en s‘aliénant à la fois des notables corrompus, mais influents, qui profitent de la vente du bois de rose, et les électeurs de la SAVA, dont la défection pourrait faire perdre les prochaines élections ; soit laisser à la prochaine génération l’obligation de restaurer notre environnement, au prix de plusieurs dizaines de milliers de vies perdues dans les catastrophes naturelles, d‘années de famine et de misère pour beaucoup, de dépenses exorbitantes pour un budget national qui n‘atteindra jamais celui de la Chine. Nous sommes à l‘un des moments de l‘histoire de notre Nation où la classe dirigeante doit faire preuve de courage collectif. Qu‘en sera-t-il ? Post scriptum : à l‘heure où nous terminons cet article, le 1 er mars 2010, nous apprenons que le gouvernement vient d‘encourager la reprise des exportations de bois de rose en stock à Vohémar. Les 249 conteneurs en cours de préparation sont présentés dans le Tableau 13. Le bois est en cours d‘empotage dans des conteneurs de la société Delmas, qui logiquement, fournira le navire chargé du transport. Randriamalala et Zhou 2010 47

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