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COLLECT Belgique Septembre 2023

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collect<br />

Mensuel ne paraît pas en janvier, en juillet ni en août - 6,95 € - P608061<br />

n° 527 / septembre <strong>2023</strong><br />

Antoni Tàpies<br />

Des murs intérieurs<br />

<strong>Septembre</strong> à Bruxelles<br />

Design, Art, Street Art<br />

Carlo Bugatti<br />

L’inclassable


TBA<br />

CHRISTOPHE GEVERS<br />

1958<br />

Quattro Benelux - Altenaken, 11 - 3320 Hoegaarden<br />

T. +32 16 765400 - vossen@quattro-bnlf.com - www.be-classics.com


_<br />

VENTE DE DESIGN, D’ART<br />

ET D’ANTIQUITES DE 13 ET 14 SEPTEMBRE <strong>2023</strong><br />

WWW.FLANDERSAUCTIONS.COM


Sommaire<br />

Bruxelles<br />

Terreau de talents<br />

EST. 1971 / septembre <strong>2023</strong> N°527<br />

www.collectaaa.be<br />

Jaime Hayon<br />

30<br />

34<br />

Au fil du<br />

temps :<br />

le couteau 72<br />

SUIVEZ-NOUS ÉGALEMENT<br />

SUR : @ARTMAGAZINE<strong>COLLECT</strong><br />

OURS<br />

Administration,<br />

Rédaction, Agenda<br />

Begijnhoflaan 464 G<br />

9000 Gand<br />

Tél. : 09/216.20.20<br />

Fax : 09/216.20.21<br />

collect@ips.be<br />

www.collectaaa.be<br />

ING 310-0657650-76<br />

IBAN BE91 3100 6576 5076<br />

SWIFT BBRU BE BB<br />

TVA BE 432.544.477<br />

PUBLICITÉ<br />

Secteur Art : Joris van Glabbeek<br />

Tél. : 09/216.20.24<br />

collect.net@ips.be<br />

Tout autre secteur : MAC-Strat SRL /<br />

Yves de Schaetzen<br />

Georges Huynenstraat 21A<br />

1560 Hoeilaart<br />

GSM : 0475/82.96.00<br />

yves@macstrat.be<br />

Rédacteur en Chef<br />

Christophe Dosogne<br />

Rédaction<br />

Els Bracke<br />

Christophe Dosogne<br />

Trice Hofkens<br />

Collaborateurs<br />

Roxane Baeyens<br />

Gilles Bechet<br />

Jean-Marc Bodson<br />

Thijs Demeulemeester<br />

Gwenaëlle de Spa<br />

Gwennaëlle Gribaumont<br />

Elien Haentjens<br />

Johan Frederik Hel Guedj<br />

Diane Hennebert<br />

Anne Hustache<br />

Christine Vuegen<br />

Traduction<br />

Dynamics Translations<br />

Didier Vanhede<br />

Mise en pages<br />

Renaldo Candreva<br />

Freek Lukas<br />

Impression<br />

Graphius, Gand<br />

Distribution<br />

Librairies<br />

AMP<br />

La Poste<br />

Abonnements<br />

Pays d’Abonnements<br />

Ambachtenlaan 21 - Unit 2A -<br />

3001 Heverlee - Tél. 02/808.55.23<br />

serviceclient@paysdabonnements.be<br />

<strong>Belgique</strong> 49,5 €, Europe 70 €<br />

Les abonnements sont à reconduction<br />

automatique, sauf avis contraire<br />

envoyé au minimum deux mois avant<br />

la date d’échéance. Un abonnement<br />

offert en cadeau se termine automatiquement<br />

au bout d’un an. Pour un<br />

changement d’adresse, une résiliation,<br />

un numéro manquant, ou toute<br />

autre question, surfez sur :<br />

www.paysdabo.be<br />

En couverture<br />

Jaim Hayon, Singe, partie de la collection Faunacrystopolis,<br />

2021, cristal et marbre, 19,7 x 11,4<br />

cm, édition limitée (25 pièces par animal) pour<br />

Baccarat. © de l’artiste / MAD Brussels – Prix :<br />

35.000 à 40.000 €<br />

Membre de l’Union des Editeurs<br />

de la Presse Périodique<br />

www.wemedia.be<br />

Editeur responsable :<br />

Patrick Snoeck, Begijnhoflaan 464G - 9000 Gand<br />

Pour les auteurs d’art visuel et les photographes :<br />

© CISAC / SABAM Belgium <strong>2023</strong><br />

Portrait : © Silvie Bonne<br />

Nulle partie de cette publication ne peut être reproduite<br />

et/ou publiée par impression, photocopie ou de toute<br />

autre manière que soit, sans l’autorisation écrite de<br />

l’éditeur. Ni la rédaction ni l’éditeur ne peuvent être tenus<br />

pour responsables des opinions et faits contenus dans<br />

les articles signés ou les contributions de ce magazine,<br />

lesquels n’engagent que leurs auteurs. <strong>COLLECT</strong> ne peut<br />

être tenu pour responsable du contenu des annonces<br />

publicitaires publiées, la responsabilité en incombant uniquement<br />

à l’annonceur. © Arts Antiques Auctions, Gand


Édito<br />

Retour de bâton sur le marché de l’art ?<br />

Tous les observateurs s’accordent à le dire : le<br />

marché de l’art, notablement dans le domaine<br />

de l’art contemporain, semble à l’aube d’une<br />

récession qui serait directement proportionnelle<br />

aux excès des dernières années. Scène<br />

parmi les plus dynamiques dans ce segment,<br />

New York vient ainsi d’assister à la fracassante<br />

désaffection de quelques uns de ses acteurs<br />

les plus éminents, de la faillite frauduleuse<br />

de la conseillère artistique Lisa Schiff à la fermeture<br />

de la galerie blue-chip Simon Lee, entre<br />

autres déconvenues. Autre signe inquiétant,<br />

les résultats des ventes de juin en art moderne<br />

et contemporain chez Christie’s ont chuté de<br />

66 % par rapport à celles de l’année 2022 (-23 %<br />

tous secteurs confondus, sur les six premiers<br />

mois de <strong>2023</strong>), portées alors, il est vrai, par<br />

une fringale post-pandémique inédite. Une<br />

contraction à laquelle le dernier Rapport Art<br />

Basel/UBS faisait allusion sous forme de litote,<br />

en signalant seulement un début de ‘‘refroidissement’’.<br />

Les plus optimistes parleront, eux,<br />

d’un simple réajustement du marché, toujours<br />

boosté par l’arrivée de jeunes enchérisseurs<br />

(31 % du total chez Christie’s) et une frénésie<br />

d’achats en ligne (80 % du volume chez<br />

Christie’s) ; réajustement aussi de la valeur<br />

d’œuvres d’artistes stars, naguère encore<br />

adulés, tels Jean-Michel Basquiat, Willem<br />

de Kooning, Matthew Barney ou Elizabeth<br />

Peyton, alors que, pour les plus cyniques, leurs<br />

œuvres ont tout bonnement été ravalées. En<br />

d’autres termes, grillées, et pour longtemps, la<br />

perte de confiance sur un segment de marché<br />

étant toujours la pire des choses. Autre source<br />

d’inquiétude, la chute des ventes privées (-16%<br />

chez Christie’s), secteur pourtant en pleine<br />

efflorescence ces dernières années. Noircissant<br />

encore un peu plus le tableau, viennent<br />

s’ajouter des nouvelles peu rassurantes du<br />

côté de l’économie chinoise, dont le ralentissement<br />

structurel plombe de plus en plus les<br />

bourses asiatiques, de Tokyo à Hong Kong,<br />

de même que les performances des grands<br />

groupes de luxe comme LVMH (-10 % depuis<br />

avril), Kering ou Richemont, également<br />

victimes d’un ralentissement insidieux de la<br />

consommation aux Etats-Unis. Car, depuis<br />

la réouverture post-pandémique, après une<br />

période de frénésie, la « tendance mondiale<br />

n’est plus au ‘‘revenge buying’’ de 2021 et 2022,<br />

et nous voyons plutôt une normalisation de<br />

la demande de produits de luxe en général »,<br />

signalait le directeur financier de LVMH, Jean-<br />

Jacques Guiony, récemment cité par le quotidien<br />

L’Echo. Or, pour beaucoup, luxe rime avec<br />

art. Même si des secteurs comme les montres,<br />

la haute joaillerie, les sacs et le vin semblent<br />

encore tirer leur épingle du jeu, les ventes en<br />

fine art auraient déjà chuté de 14 % aux Etats-<br />

Unis, tandis que celles de l’art contemporain y<br />

connaissaient une chute de 25 % depuis janvier.<br />

En conjuguant les résultats de Sotheby’s,<br />

Christie’s et Phillips, d’une année sur l’autre,<br />

cela représenterait un plongeon vertigineux de<br />

-51 %, selon les chiffres du Artnet Intelligence<br />

Report, publiés le 11 août. Petite lueur d’espoir,<br />

malgré tout, comme on le lira par ailleurs,<br />

le marché de l’art ancien résiste, ainsi qu’en<br />

témoignent les résultats obtenus en juillet à<br />

Londres. Certes, il s’agissait de pièces exceptionnelles<br />

et d’acquisitions haut de gamme<br />

(à noter qu’un tiers des lots est demeuré invendu),<br />

mais c’est tout de même réconfortant,<br />

malgré la difficulté pour les auctioneers de<br />

‘‘sortir’’ des œuvres de qualité, ce qu’elles font<br />

à coups de garanties et de surenchères dans<br />

les estimations. De quoi fausser un marché<br />

qui, tenant compte de l’inflation galopante en<br />

Angleterre, aurait à peine retrouvé son niveau<br />

de 2010, précise l’Antiques Trade Gazette. Alors,<br />

la récession, voire le krach sont-ils à l’horizon ?<br />

L’avenir nous le dira. D’ici là, nous vous souhaitons,<br />

malgré tout, une très belle rentrée !<br />

Christophe Dosogne<br />

RUBRIQUES<br />

6 Up to date<br />

10 Personalia<br />

12 Musées<br />

20 Paroles de galeriste : Olivier Meessen<br />

21 Galeries<br />

25 Paroles de galeriste :<br />

Christophe Gaillard<br />

26 L’artiste du mois : Arnaud Eubelen<br />

28 Zoom : Ursula Schulz-Dornburg<br />

DOSSIERS<br />

18 Laurence Dervaux<br />

30 Bruxelles, terreau de talents<br />

34 Jaime Hayon<br />

36 Contour : l’exposition comme<br />

expérience cinématographique<br />

40 Gertrude Stein : papesse de l’avant-garde<br />

44 Art ancien : un marché tatillon<br />

48 Les Bruegel, une dynastie<br />

à travers les âges<br />

54 Carlo Bugatti, l’inclassable<br />

60 Antoni Tàpies, des murs intérieurs<br />

64 Sarah Lucas, l’art comme<br />

moyen critique<br />

66 La Longue Marche d’Ai Weiwei<br />

70 L’art pluriel de Sin Wai Kin<br />

72 Au fil du temps : le couteau<br />

76 Kurt Peiser, l’empathie à l’état brut<br />

112 Beaux-Livres<br />

VENTES<br />

80 Focus International<br />

84 La surprise du mois<br />

85 Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

AGENDAS<br />

106 Auction calendar<br />

109 Fair calendar<br />

109 Museum calendar<br />

110 Gallery calendar<br />

113 Bonnes adresses & Sites web<br />

113 Petites annonces<br />

La rédaction de <strong>COLLECT</strong> envoie<br />

régulièrement une newsletter<br />

d’actualité des ventes, foires et salons...<br />

Inscrivez-vous y en faisant parvenir votre<br />

adresse électronique à : collect@ips.be


UP TO DATE<br />

Signa temporum, ars temporis…<br />

-><br />

Henk Visch, Du livre du matin, 2018, parcours Gist le<br />

long de la vallée de la Senne, <strong>2023</strong>. © de l’artiste /<br />

photo : Joep Eijkens<br />

-><br />

Kyle Weeks, Prince, 2018, de la série Good News. © de l’artiste / Courtesy Galerie Gomis<br />

Erratum : En page 75 de notre numéro<br />

d’été (n° 526), il était indiqué à tort que<br />

Rosalba Carriera est passée de l’ivoire au<br />

parchemin comme matériau de base de<br />

ses miniatures. C’est en fait l’inverse qui<br />

s’est produit : l’artiste fut d’ailleurs probablement<br />

la première à peindre des miniatures<br />

sur ivoire, se passant du parchemin<br />

auparavant utilisé. S Le Brussels Gallery<br />

Weekend (lire par ailleurs) sera également<br />

l’occasion d’une visite au Sablon Design<br />

Market (du 08 au 10-09), dont la sixième<br />

édition est dédiée aux meubles d’exception.<br />

www.sablondesignmarket.com S Ce<br />

même week-end, l’exposition 1001 Plateaux<br />

(du 07-09 au 10-11) s’ouvre dans la salle<br />

des guichets de la Banque Nationale<br />

de <strong>Belgique</strong>, à Bruxelles. Il s’agit d’une<br />

œuvre participative dans laquelle l’artiste<br />

Françoise Schein a guidé 155 employés<br />

de la banque afin d’y créer leur propre<br />

interprétation d’œuvres de la collection sur<br />

des plateaux en porcelaine. www.nbb.be<br />

S Du 22 au 24-09, le salon Art & Passion,<br />

réunissant une vingtaine d’antiquaires sous<br />

la houlette de Bernard De Leye, se déroulera<br />

dans l’Hôtel de la Poste au Sablon. S<br />

Gist, nouvelle Triennale dans la vallée de<br />

la Senne (jusq. 05-11), mixe art, théâtre,<br />

littérature, nature, gastronomie et industrie<br />

dans des lieux emblématiques. Avec le<br />

parcours artistique Shifting Sceneries, long<br />

de 35,5 km et organisé par Benedict Vandaele,<br />

divers changements dans la nature,<br />

l’industrie et l’urbanisation sont explorés.<br />

Le travail de talents émergents et de noms<br />

établis est présenté dans huit lieux. www.<br />

gist-zennevallei.be S A Waterloo, le Domaine<br />

de la Bataille accueille (du 23-09 au<br />

18-05-2024) l’exposition Abba 1974-2024.<br />

From Waterloo to the World qui permet de<br />

retracer les étapes clés de la carrière des<br />

quatre Suédois. www.waterloo1815.be S La<br />

21e édition de la Biennale Hedendaagse<br />

Kunst se déroule du 01 au 10-09 au Château<br />

van Poeke d’Aalter. Organisée par Els<br />

Wuyts et Wim Lambrecht, cette édition est<br />

entièrement dédiée aux artistes jeunes et<br />

contemporains. Invité d’honneur : l’artiste<br />

et chanteur Bent Van Looy, aux côtés d’Alice<br />

Vanderschoot, Sven Boel, Elisa Pepermans,<br />

Thomas Renwart et Nel Bonte, entre autres.<br />

www.biënnaleaalter.eu S Depuis janvier,<br />

les amateurs de céramique contemporaine<br />

et autres potiers amateurs ont à leur<br />

disposition un nouvel espace de création<br />

bruxellois : Potiche. Boutique-atelier,<br />

installée dans une ancienne droguerie (rue<br />

Joseph Stallaert 75), l’enseigne dispense<br />

un programme de cours pour débutants<br />

et initiés et propose désormais aussi un<br />

espace d’exposition et d’expression pour<br />

la scène artistique belge. www.potiche.<br />

be S Cet automne, séduite par la riche et<br />

complexe l’histoire (de l’art) romaine, la<br />

galerie anversoise Tim Van Laere ouvre un<br />

second espace dans la capitale italienne, au<br />

sein du Palazzo Donarelli Ricci, bâtiment du<br />

XVIIe siècle sis juste en face de la Via Giulia,<br />

au cœur d’un important quartier d’art et<br />

d’histoire regorgeant d’églises, de palais,<br />

et non loin de la maison de Raphaël. www.<br />

timvanlaeregallery.com S Autre bonne<br />

nouvelle, du côté des enseignes bruxelloise,<br />

l’ouverture (rue Lebeau) de la Galerie<br />

Gomis (ancienne Galerie Number 8), dont<br />

la première exposition (du 07-09 au 28-10)<br />

s’intitule Sanlé Sory x Kyle Weeks. Fondée<br />

par la franco-sénégalaise Marie Gomis-Trezise,<br />

elle s’est spécialisée dans la défense<br />

6


UP TO DATE<br />

-><br />

Francis Bacon, Trois études pour un portrait de Georges Dyer, 1963, première œuvre coté sur Artex.<br />

© Polaris / Photo News<br />

de la jeune photographie africaine. www.<br />

galeriegomis.com S En revanche, c’est le<br />

cœur lourd que la Galerie Zeno X annonce<br />

sa fermeture définitive à la fin de cette<br />

année pour raisons de santé. www.zeno-x.<br />

com S Autre triste nouvelle, le décès de<br />

l’artiste peintre bruxello-gantois Wilfried<br />

van Gaver (1958-<strong>2023</strong>), survenu inopinément<br />

le 23 juin. Actif en son art dans<br />

une veine érotique hyperréaliste, il avait<br />

longtemps travaillé au sein de la Galerie<br />

Patrick Derom avant de poursuivre sa carrière<br />

au cœur de l’antenne bruxelloise du<br />

Dorotheum. S La salle parisienne Aguttes<br />

quitte le Sablon et déménage son antenne<br />

bruxelloise du côté des étangs d’Ixelles.<br />

Elle s’est aussi adjointe les services de l’expert<br />

en art classique Thomas Unger et dotée<br />

d’un nouveau département, celui des<br />

cartes de collection Pokémon. La première<br />

vente est prévue à Paris, le 18 octobre.<br />

www.aguttes.com S Le célèbre marchand<br />

d’art et galeriste italien Massimo De Carlo<br />

annonçait, début juillet, son intention de<br />

créer prochainement une fondation privée<br />

à Asti. Celle-ci devrait proposer, à la fois,<br />

un programme d’expositions d’œuvres<br />

contemporaines internationales et des<br />

résidences d’artistes. L’architecte suisse Valerio<br />

Olgiati en concevra le plan directeur.<br />

www.massimodecarlo.com S L’iconique<br />

et brutaliste Breuer Building réalisé à New<br />

York par l’architecte Marcel Breuer accueillera<br />

prochainement le nouveau siège<br />

social de Sotheby’s. Conçu à l’origine pour<br />

accueillir, en 1966, le Whitney Museum of<br />

American Art, il sera rénové en 2024 pour<br />

accueillir tous les espaces de l’auctioneer.<br />

L’ouverture est prévue fin 2025. www.sothebys.com<br />

S Phillips vient de lancer une<br />

plateforme digitale, intitulée Dropshop, qui<br />

devrait permettre aux artistes sélectionnés<br />

par une équipe spécialisée de vendre<br />

leur travail directement aux clients de<br />

l’auctioneer, celle-ci se contentant d’une<br />

commission de vente. La sélection sera<br />

entièrement renouvelée chaque mois.<br />

www.dropshop.phillips.com S Basée<br />

au Liechtenstein, la société Artex Stock<br />

Exchange lançait début juillet un marché<br />

boursier où sont cotées des parts de<br />

société dont l’actif est composé d’œuvres<br />

d’art. La première œuvre ciblée par cette<br />

titrisation et ce fractionnement est le<br />

triptyque des Trois études pour un portrait<br />

de Georges Dyer (1963) de Francis Bacon,<br />

valorisé à 55 millions de dollars. Accessibles<br />

à tous, moyennant une commission de 3<br />

% pour Artex, les différentes parts de ce<br />

tableau sont achetables et revendables<br />

au jour le jour contre liquidités… www.<br />

artex-stockexchange.com S A Genève, du<br />

12 au 17-09, s’organise la première Geneva<br />

Art Week, Plus de 60 membres, parmi<br />

lesquels musées, fondations, centres d’art,<br />

galeries et espaces indépendants, ainsi que<br />

des lieux partenaires, s’associent pour faire<br />

de la ville suisse, le temps d’une semaine,<br />

le rendez-vous de référence de tous les curieux<br />

et passionnés d’art. www.geneve.art<br />

S A Paris, L’Ecole des Arts Joailliers, avec<br />

le soutien de Van Cleef & Arpels, s’installe<br />

à partir du 06-10 dans l’Hôtel de Mercy-Argenteau<br />

(16bis bd Montmartre), hôtel<br />

particulier du XVIIIe siècle. La première<br />

exposition y sera consacrée aux Bijoux de<br />

Scène de la Comédie-Française. www.<br />

lecolevancleefarpels.com<br />

-><br />

Nouvelles acquisitions<br />

Plusieurs acquisitions récentes pour<br />

les musées belges : d’une part, le M<br />

Leuven s’enrichit d’une œuvre exceptionnelle<br />

et rare de Michaelina Wautier<br />

(1604-1689). Récemment découverte,<br />

cette Etude d’une tête d’homme<br />

barbu (ca. 1655) a été authentifiée par<br />

Katlijne Van der Stighelen (KU Leuven),<br />

spécialiste de l’œuvre de l’artiste. Après<br />

restauration, elle intégrera les collections<br />

permanentes de l’institution<br />

louvaniste. D’autre part, le TreM.a –<br />

Musée des Arts anciens de Namur vient<br />

de faire l’acquisition, grâce à la Province<br />

de Namur, en la salle de vente colonaise<br />

Lempertz, d’un magnifique Paysage<br />

montagneux avec scènes de la vie de<br />

saint Jean-Baptiste par le peintre Henri<br />

Bles (1510-1550). Dans un très bon état<br />

de conservation, ce tableau était connu<br />

des spécialistes depuis les années 1990.<br />

Il est exposé dans l’institution namuroise<br />

depuis le 7 juillet.<br />

Michaelina Wautier, Etude d’une tête<br />

d’homme barbu, ca. 1655, huile sur panneau,<br />

76,5 x 26,5 x 5 cm. Louvain, M Leuven.<br />

© photo : Cédric Verhelst<br />

7


UP TO DATE<br />

La culture<br />

en boîte<br />

-><br />

La box de Colette Haute Culture. © Colette<br />

Pas toujours simple de se cultiver ! L’objectif de la box Colette,<br />

lancée en 2022, est de « supprimer les barrières qui empêchent<br />

certaines personnes de se programmer des sorties<br />

culturelles ». Alexandra de Behault a fondé Colette – Haute<br />

Culture afin de permettre au plus grand nombre d’organiser<br />

des sorties culturelles. Tous les trois mois, les abonnés reçoivent<br />

une boîte en carton contenant trois tickets, ainsi qu’un<br />

magazine expliquant les différentes sorties. La fondatrice<br />

travaille également en collaboration avec divers artistes, pour<br />

proposer des surprises en plus dans ses box. Pour s’assurer<br />

d’offrir des sorties adéquates à chaque abonné (70 euros pour<br />

trois mois), celui-ci choisit entre plusieurs disciplines comme<br />

la danse, le théâtre ou encore les expositions au moment de<br />

commander sa box. Colette – Haute Culture a développé un<br />

partenariat avec de nombreux lieux culturels dans la capitale.<br />

Ce qui permet à sa fondatrice d’obtenir à l’avance des tickets<br />

pour certains événements, et ainsi assurer à ses abonnés de<br />

pouvoir s’y rendre, même si ces événements finissent par être<br />

sold out… www.colettehauteculture.be<br />

Palais Stoclet :<br />

de l’argenterie<br />

vendue<br />

en Angleterre !<br />

Alors qu’il est entièrement classé, depuis<br />

2005, comme ‘‘immeuble par destination’’<br />

(intérieur et extérieur) par la Région<br />

bruxelloise et repris depuis 2009 sur la<br />

liste du Patrimoine mondial de l’UNES-<br />

CO, le Palais Stoclet (1905-1911), construit<br />

à Bruxelles par Joseph Hoffmann et les<br />

Wiener Werkstätte, comme une œuvre<br />

d’art total, se dépouille toujours plus de<br />

ses merveilles. Outre une stèle en marbre<br />

des Qi du Nord (550-577), provenant de<br />

la collection d’Adolphe Stoclet, adjugée<br />

440.000 livres sterling (506.000 euros), le<br />

24 mai, la salle Woolley & Wallis de Salisbury<br />

dispersait, le 21 juin dernier, un ensemble<br />

d’une importance bien plus grande<br />

puisqu’il s’agit rien moins que d’une partie<br />

du fameux service de table, en argent et<br />

-><br />

Joseph Hoffmann et Alfred Mayer pour les Wiener Werkstätte, Service de table pour la salle à manger<br />

du Palais Stoclet à Bruxelles, ca. 1905, argent et malachite. Woolley & Wallis, Salisbury, 21-06.<br />

© Woolley & Wallis — 505.000 £ (588.000 €)<br />

malachite, dessiné par Hoffmann pour<br />

la salle à manger du palais. D’une provenance<br />

étonnante puisque le site de la<br />

salle de vente mentionne directement le<br />

Palais Stoclet, les sept pièces, proposées<br />

séparément, étaient finalement acquises<br />

par un même enchérisseur au téléphone<br />

contre 505.000 livres sterling (588.000 euros).<br />

A défaut d’être demeuré en <strong>Belgique</strong>,<br />

comme il l’aurait dû, au moins l’ensemble<br />

a conservé son intégrité. Pas sûr, toutefois,<br />

qu’on le revoie de sitôt… A confirmer<br />

prochainement, à Bruxelles, à l’occasion de<br />

la rétrospective que consacrent les musées<br />

Art & Histoire à Joseph Hoffmann (du 06-<br />

10 au 14-04-2024).<br />

8


UP TO DATE<br />

Des foires de septembre,<br />

entre Paris et New York<br />

-><br />

Nour Elbasuni, Friday Afternoon, 2021, huile sur toile. © de l’artiste / Courtesy Galerie Hunna Art (EAU)<br />

/ Menart Fair Paris<br />

-><br />

Hadassah Emmerich, Pink Pineapple, <strong>2023</strong>,<br />

huile et acrylique sur toile, 220 x 114 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy Galerie Ron Mandos<br />

/ The Armory Show, New York<br />

Parcours des Mondes, l’une des plus<br />

prestigieuses manifestations d’art tribal<br />

et au monde, organisée depuis 2002, a<br />

contribué à promouvoir les objets ethnographiques<br />

dans le monde, en faisant<br />

de Paris une destination majeure pour<br />

les amateurs du genre. L’événement,<br />

qui se tient cette année du 05 au 10-09,<br />

attire collectionneurs, galeristes, artistes<br />

et amateurs d’art du monde entier et se<br />

déroule dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés.<br />

Des ensembles, comprenant<br />

masques, sculptures, bijoux,<br />

textiles, céramiques et autres objets rares<br />

provenant de régions aussi diverses que<br />

l’Afrique, l’Océanie, les Amériques et l’Asie,<br />

y sont proposés. En marge, conférences,<br />

expositions et événements permettent<br />

aux visiteurs de mieux comprendre le<br />

contexte culturel et l’histoire des œuvres.<br />

www.parcours-des-mondes.com S Cela<br />

vaut vraiment la peine de passer le mois<br />

de septembre à Paris, où les foires se<br />

succèdent sans discontinuer. Pour l’art du<br />

Moyen-Orient, rendez-vous au Palais d’Iéna,<br />

du 14 au 17-09, où se tient la troisième<br />

édition de la Menart Fair. Cette foire d’art<br />

contemporain et moderne constitue une<br />

plateforme pour les artistes du Levant,<br />

du golfe Arabo-persique et d’Afrique du<br />

Nord, montrés par des galeries de premier<br />

plan. www.menart-fair.com S Le design<br />

(Paris Design Week, du 07 au 16-09 ) avec<br />

www.maison-objet.com et la céramique<br />

(Parcours de la Céramique et des Arts<br />

du Feu, du 19 au 23-09) sont également<br />

à l’honneur dans la capitale française. S<br />

De l’autre côté de l’océan, c’est New York<br />

qui tient le haut du pavé. L’Armory Show,<br />

qui, depuis 2021, a migré vers la fin de<br />

l’été pour être moins en concurrence avec<br />

un calendrier artistique de plus en plus<br />

chargé, s’associe pour la première fois à<br />

la foire de photographie Photofairs New<br />

York, qui se tient au Javits Center. Du 08<br />

au 10-09, plus de 140 galeries, dont James<br />

Cohan, 303 Gallery, Kasmin et Sean Kelly<br />

de New York, ainsi que Victoria Miro de<br />

Londres, Instituto de Visión de Bogota,<br />

Almine Rech de Paris, et quatre autres<br />

‘‘méga galeries’’ ayant leur siège à New<br />

York – Gagosian, David Zwirner, Pace et<br />

Hauser & Wirth – participent à l’une des<br />

plus importantes foires d’art contemporain<br />

au monde. www.thearmoryshow.com<br />

et www.photofairs.org S Du 07 au 10-09,<br />

Independent 20th Century revient à New<br />

York en mettant l’accent sur les artistes autodidactes.<br />

Les galeries participantes sont<br />

invitées par Matthew Higgs, fondateur de la<br />

foire, à redéfinir et élargir le canon de l’art<br />

contemporain et susciter des conversations<br />

qui n’ont peut-être jamais eu lieu auparavant<br />

ou qui auraient dû avoir lieu depuis<br />

longtemps. www.independenthq.com<br />

9


Têtes de l’Art<br />

Christian Salez<br />

Nomination : Début juin, le CA d’Europalia,<br />

dont la prochaine édition est<br />

consacrée à la Géorgie, nommait<br />

Christian Salez (56 ans) comme<br />

nouveau directeur général. Depuis<br />

le mois d’août, il succède à Koen<br />

Clement, après avoir dirigé Apple<br />

Europe/MCI à Paris. Il fut aussi PDG<br />

chez Delvaux et au sein du groupe<br />

international de publicité TBWA,<br />

ainsi qu’entre autres administrateur<br />

de plusieurs marques belges<br />

et à Londres. L’édition 2025 du festival<br />

accueillera l’Espagne.<br />

© photo : Geertje De Waegeneer<br />

Brice Marden<br />

In memoriam : Chantre d’une abstraction<br />

tour à tour géométrique et<br />

sinueuse, à la palette d’abord tranchée<br />

et puis pleine de nuances<br />

sourdes, Brice Marden a déployé,<br />

pendant plus d’un demi-siècle, une<br />

Françoise Gilot<br />

In memoriam : Seule des nombreuses<br />

femmes de Picasso à avoir<br />

su lui tenir tête et même le dépasser<br />

en longévité, Françoise Gilot<br />

s’est éteinte le 6 juin à New York à<br />

l’âge de 101 ans. Issue de la bonne<br />

bourgeoisie parisienne, elle rencontra<br />

Picasso en 1943. Les dix années<br />

passées ensemble sont marquées<br />

par l’installation dans le Sud et par<br />

la naissance de Claude en 1947 et<br />

de Paloma en 1949. Jalouse de son<br />

indépendance, François Gilot quitte<br />

Picasso en 1953. La publication de<br />

Vivre avec Picasso, passionnant récit<br />

de sa vie avec l’artiste, les brouillera<br />

définitivement. Installée aux Etats-<br />

Unis, elle relance sa carrière artistique,<br />

produisant une peinture dont<br />

la cote a dépassé le million d’euros,<br />

en 2021, chez Sotheby’s.<br />

© photo : Marian Andreani<br />

peinture sensible, tonique et emplie<br />

d’une sérénité contemplative. Il<br />

décédait le 9 août, dans l’Etat de<br />

New York, à l’âge de 84 ans.<br />

© Getty Images / photo : Patrick<br />

McMullam<br />

Paul Dujardin<br />

Eviction : Le CA de l’asbl 50-200, qui<br />

gère l’important projet de rénovation<br />

du site du Cinquantenaire à<br />

Bruxelles, décidait début juillet de<br />

licencier son directeur Paul Dujardin<br />

et la directrice opérationnelle,<br />

Yasmina Amir, suite à de graves problèmes<br />

de gestion. Paul Dujardin,<br />

ex-CEO de Bozar, avait été recruté<br />

en décembre 2021 pour gérer le<br />

projet de revalorisation du site du<br />

Cinquantenaire et de ses musées à<br />

l’horizon du bicentenaire.<br />

© D. R.<br />

Khosrow<br />

Hassanzadeh<br />

In memoriam : Début juillet, l’artiste<br />

iranien Khosrow Hassanzadeh décédait<br />

à l’âge de 60 ans des suites d’un<br />

empoisonnement lié à la consommation<br />

d’arak frelaté. Reconnu<br />

internationalement, il avait fait des<br />

luttes quotidiennes des Iraniens et<br />

Iraniennes sa marque de fabrique,<br />

s’intéressant aux prostituées ou aux<br />

lutteurs. Ses thèmes de prédilection<br />

incluaient également les rituels religieux,<br />

mais aussi les cicatrices de la<br />

guerre Iran-Irak, la vénération des<br />

icônes culturelles, du consumérisme<br />

et de la culture Pop.<br />

© D. R.<br />

10


Cildo Meireles<br />

Albert Baronian<br />

Jubilaire : En ce mois de septembre,<br />

Albert Baronian célèbre ses 50 ans<br />

d’activité en tant que galeriste par<br />

une double exposition, à la Fondation<br />

CAB et au musée Van Buuren,<br />

à Bruxelles. La première (du 06-09<br />

au 25-11) réunira une trentaine d’artistes<br />

ayant traversé son parcours,<br />

notamment Gilbert & George ou<br />

Bernd Lohaus. La seconde, intitulée<br />

Echoes from Daedalus’ Garden,<br />

ouvre le 1er septembre et se focalise<br />

sur les sculptures de Xavier Mary.<br />

© D. R.<br />

Lauréat : Doté de 150 000 francs<br />

suisses par la fondation zurichoise<br />

Roswitha Hatmann, créé en hommage<br />

à la galeriste suisse du même<br />

nom (1924-1998), le prix éponyme<br />

a été remis cette année à l’artiste<br />

brésilien Cildo Meireles (1948). Son<br />

œuvre, polymorphe, couvre différents<br />

genres tels que la sculpture, les<br />

installations et la performance. L’artiste<br />

est notamment connu pour ses<br />

installations immersives, qui expriment,<br />

pour beaucoup, la résistance<br />

à l’oppression politique, à l’exploitation<br />

coloniale et à l’extraction des<br />

ressources naturelles.<br />

© photo : Everton Balardin<br />

Karin van Gilst<br />

Caroline von Reden<br />

Nomination : Après avoir créé et porté<br />

la foire depuis 2015, Alex Reding<br />

vient de passer le relais organisationnel<br />

de la Luxembourg Art Week<br />

à une nouvelle directrice, Caroline<br />

von Reden. Née en 1978, consultante<br />

en art depuis 2018, elle a initié des<br />

projets pour différents acteurs du<br />

marché de l’art depuis 2007, notamment<br />

en tant que responsable des<br />

programmes VIP et collectionneurs<br />

pour la foire viennacontemporary<br />

en 2012 et 2013. Parmi ses clients<br />

figurent également la foire belge Collectible<br />

et Messe Berlin.<br />

© photo : Wouter Maeckelberghe<br />

Nomination : Le CA du musée de la<br />

photographie Foam d’Amsterdam<br />

a annoncé la nomination, effective<br />

au 1er juillet, de Karin van Gilst en<br />

tant que directrice. Née en 1964,<br />

elle bénéficie d’une longue expérience<br />

dans le secteur des médias<br />

et de la culture. Elle fut notamment<br />

directrice commerciale du Stedelijk<br />

Museum d’Amsterdam, directrice<br />

générale de la BNNVARA et directrice<br />

de WPG Media. Elle est également<br />

activement impliquée dans<br />

diverses institutions culturelles et<br />

organisations caritatives en tant<br />

que superviseur et conseillère.<br />

© photo : Friso Keuris<br />

Annabelle Ténèze<br />

Nomination : Conservatrice en chef<br />

du patrimoine, directrice depuis<br />

2016 des Abattoirs de Toulouse (à<br />

la fois musée et FRAC Occitanie),<br />

Annabelle Ténèze (1979) était nommée<br />

début juillet à la direction du<br />

Louvre-Lens, où elle prendra ses<br />

nouvelles fonctions cet automne.<br />

Diplômée de l’École des chartes en<br />

2004 puis de l’Institut national du<br />

patrimoine, elle a débuté sa carrière<br />

au musée Picasso, en charge de 2006<br />

à 2012 du cabinet d’art graphique.<br />

Elle effectua ensuite le saut vers l’art<br />

contemporain en devenant directrice<br />

du château de Rochechouart,<br />

musée d’art contemporain de la<br />

Haute-Vienne.<br />

© photo : Boris Conte<br />

11


MUSEES<br />

Une photo plurielle<br />

et inventive<br />

du 22-09 au 27-01-2024<br />

Musée Juif de <strong>Belgique</strong><br />

Bruxelles<br />

www.mjb-jmb.org<br />

Entre fiction et<br />

documentaire<br />

du 29-09 au 21-01-2024<br />

LaM<br />

Villeneuve d’Ascq<br />

www.museelam.fr<br />

Réunissant plus d’une<br />

centaine d’œuvres, cette<br />

exposition livre un beau<br />

portrait du photographe<br />

Erwin Blumenfeld. S’il<br />

est surtout connu pour<br />

ses clichés de mode, à la<br />

créativité exceptionnelle,<br />

Blumenfeld est aussi<br />

l’auteur d’une œuvre<br />

polymorphe où se mêlent<br />

inspirations dadaïstes,<br />

engagements politiques<br />

et expérimentations<br />

artistiques. Né en 1897<br />

à Berlin, il fit partie des<br />

avant-gardes culturelles à<br />

Amsterdam, où il s’installa<br />

après la Première Guerre<br />

et débuta son travail<br />

photographique. Dès<br />

1936, il part à Paris, s’initie<br />

à la publicité et entame<br />

des collaborations avec Vogue et Harpers Bazaar, avant de connaître les camps<br />

d’internement lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale. Parvenu in extremis à<br />

se réfugier à New York, en 1941, il y mène une carrière à succès, marquée par une<br />

libre exploration des formes et des couleurs. (ah)<br />

Erwin Blumenfeld, Red Cross (Croix rouge), variante d’une photographie pour le Vogue US, mars<br />

1945, New-York, 1945. © The Estate of Erwin Blumenfeld 2022<br />

Ancien élève des Arts décoratifs et du Fresnoy-Studio<br />

national des Arts contemporains<br />

de Tourcoing, Mohamed Bourouissa (1978)<br />

interroge la représentation des personnes marginalisées<br />

ainsi que les mécanismes du pouvoir<br />

et de l’autorité. Pour cette exposition, il explore<br />

plus particulièrement le rapport de la société<br />

contemporaine au contrôle, à l’enfermement<br />

et à la surveillance. Des installations inédites<br />

et un spectacle, Quartier de femmes, viennent<br />

particulièrement illustrer son propos. Celui-ci est<br />

plus largement traité, tant en photographie que<br />

par le dessin, la sculpture, la vidéo, l’installation<br />

et le spectacle vivant. Dans cet accrochage, sa<br />

pratique du dessin reçoit une attention particulière.<br />

Artiste franco-algérien, qui vit et travaille<br />

à Paris, il poursuit une création qui brouille les<br />

frontières entre fiction et documentaire et place<br />

l’individu au centre. (ah)<br />

Mohamed Bourouissa, Sans titre, 1928 ?, huile sur toile,<br />

aquarelle sur papier. © de l’artiste<br />

Poésie graphique<br />

du 02-09 au 29-10<br />

Le Botanique<br />

Bruxelles<br />

www.botanique.be<br />

Boris Thiébaut, F J Landscape,<br />

2020. © de l’artiste<br />

Cette exposition propose trois types d’œuvres réalisées par Boris Thiebaut, qui entrent bien sûr en<br />

étroite résonnance. L’artiste, né à Charleroi en 1981, qui vit et travaille à Bruxelles, propose d’abord une<br />

série récente de dessins sur papier de grand format, compositions d’éléments divers qu’il décrit comme<br />

suit: « Je cherche un équilibre entre simplicité et complexité : simplicité d’outils et de technique directe.<br />

Complexité d’une composition faite de strates, de reprises et d’effacements. Complexité aussi de lecture,<br />

où le geste et le signe se disputent un même territoire. Ces formes luttent constamment pour construire<br />

leur propre langage : un langage hésitant, qui se cherche et se nie lui-même au fur et à mesure qu’il se<br />

construit ». Ces papiers grand format sont accompagnés d’une série de dessins automatiques dont des<br />

détails sont déclinés en peinture murale et en peinture sur bois. Enfin le titre de l’exposition, Every minute<br />

is Lettered, renvoie plus précisément au livre d’artiste réalisé spécialement pour l’occasion, en compagnie<br />

de la graphiste Caroline Wolewinski. (ah)<br />

12


MUSEES<br />

Werner Berg<br />

du 16-09 au 03-03-<strong>2023</strong><br />

Chabot Museum<br />

Rotterdam<br />

www.chabotmuseum.nl<br />

50 ans<br />

de carrière !<br />

du 23-09 au 01-01-2024<br />

Royal Academy<br />

Londres<br />

www.royalacademy.org<br />

Depuis plusieurs années, le musée Chabot expose des œuvres d’autres<br />

artistes que celui qui lui a donné son nom. Voici l’Autrichien Werner Berg<br />

(1904-1981), dont les peintures se situent dans le style expressionniste. Ses<br />

peintures et gravures sur bois représentent principalement des personnages<br />

et paysages à l’aspect campagnard. En 1931, le peintre s’était retiré dans la<br />

ferme Rutarhof de Kärnten, où il effectua également beaucoup de travaux<br />

agricoles, ce qui ne l’empêcha pas de garder contact, à Berlin, avec le couple<br />

Ada et Emil Nolde.<br />

Werner Berg, Rakonig Kathi, 1933, huile sur toile, 75 x 65 cm. © Chabot Museum<br />

Voilà une rétrospective d’envergure ! La<br />

Royal Academy présente cinq décennies de<br />

création, soit l’ensemble du travail mené par<br />

Marina Abramovic (1946) depuis sa formation<br />

à la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de<br />

Belgrade. L’artiste s’est vite éloignée de ce<br />

medium pour se tourner, dans les années 1970,<br />

vers la performance, devenant d’ailleurs une<br />

pionnière dans l’utilisation de son propre corps,<br />

au fil de sa pratique. L’exposition est composée<br />

de photographies, de documents divers et,<br />

bien sûr, de vidéos. Préparé en collaboration<br />

étroite avec Marina Abramovic elle-même, le<br />

parcours intègre la ‘‘re-création’’ de quatre de<br />

ses performances ‘‘historiques’’, régulièrement<br />

réinterprétées dans les salles par des personnes<br />

ayant été formées et dirigées au sein du Marina<br />

Abramovic Institute. (ah)<br />

Marina Abramović, The Artist is Present, 2010,<br />

performance. New York, The Museum of Modern Art /<br />

Courtesy The Marina Abramović Archives. © de l’artiste /<br />

photo : Marco Anelli<br />

Mari, cité mythique<br />

du 16-09 au 07-01-2024<br />

Musée royal de Mariemont<br />

Morlanwelz<br />

www.musee-mariemont.be<br />

Statue d’un porteur de chevreau,<br />

albâtre, Mari. © Musée du Louvre /<br />

dist. RMN - Grand Palais / photo :<br />

Raphaël Chipault et Benjamin<br />

Soligny<br />

Au troisième millénaire avant notre ère, Mari était une puissante cité, avantageusement située au<br />

cœur du Croissant fertile, dans l’actuelle Syrie. Ville dont le commerce fut favorisé par l’Euphrate, elle<br />

était réputée pour son artisanat de cuivre et de bronze, et pour son architecture de briques crues.<br />

Des archéologues envoyés par le Louvre y ont mené vingt campagnes dont une livra des milliers de<br />

tablettes cunéiformes décryptées par le Liégeois Georges Dossin, l’un des fondateurs de l’assyriologie<br />

belge. Ces fouilles sont présentées dans l’exposition, réalisée en partenariat avec l’institution<br />

française. Le parcours réunit de nombreuses œuvres à connotation religieuse (images de divinités,<br />

scènes divinatoires, …), portraits de dignitaires, documents administratifs, de même que quelques<br />

objets pratiques comme des céramiques et, bien sûr, l’image du protecteur de la ville, le fameux ‘‘lion<br />

de Mari’’. (ah)<br />

13


MUSEES<br />

Sur le Bosphore<br />

du 16-09 au 28-01-2024<br />

Museum Ludwig<br />

Cologne<br />

www.museum-ludwig.de<br />

Nicolas<br />

de Stael,<br />

in extenso<br />

du 15-09 au 21-01-2024<br />

Musée d’Art Moderne<br />

Paris<br />

www.mam.paris.fr<br />

S’imposant comme une figure majeure de l’art actuel en Turquie, Füsun Onur<br />

(1938) a acquis une réputation internationale, mais est encore trop peu exposée<br />

en Europe. Les commissaires du musée Ludwig ont à cœur de combler cette<br />

lacune en présentant cette grande rétrospective. Le parcours comprend dix-neuf<br />

installations qui couvrent l’ensemble de sa carrière, depuis ses débuts à Istanbul,<br />

où elle étudia la sculpture de 1957 à 1962, avant d’aller se former aux Etats-Unis.<br />

Dès les années 1970-1980, elle introduit une approche conceptuelle dans sa<br />

pratique de la sculpture en présentant ses œuvres sous forme d’installations. Au<br />

fil des années, Fusün Onur a exploré le rapport entre forme et processus. Tout<br />

en marquant un intérêt pour les thèmes et les variations, ainsi qu’en menant une<br />

réflexion sur l’espace et le mouvement. L’artiste n’assigne pas de signification à<br />

ses créations mais incite le public à en faire sa propre interprétation, celui-ci occupant<br />

dès lors une place centrale. Le lien entretenu avec sa famille et Istanbul (où<br />

elle vit, dans une maison donnant sur le Bosphore) est également important. (ah)<br />

Fusün Onur, Third Dimension in Painting / Come In, 1981 (détail). © de l’artiste / photo : Murat<br />

Germen<br />

En 2003, une grande rétrospective était<br />

consacrée à Nicolas de Stael (1914-1955) au<br />

Centre Pompidou. Depuis et ailleurs, plusieurs<br />

ont révélé d’autres facettes de cette figure<br />

incontournable de la scène artistique française<br />

de l’après-guerre. Cette nouvelle exposition<br />

du musée d’Art Moderne de Paris se trouve<br />

enrichie de ces divers événements et présente<br />

– à côté de chefs d’œuvres comme Le Parc des<br />

Princes – un ensemble de travaux qui n’ont<br />

jamais été vus en France. Cette importante<br />

rétrospective, organisée chronologiquement,<br />

rappellera certainement qu’avant de s’installer<br />

et de faire carrière à Paris, cet artiste d’origine<br />

russe a été élevé et formé en <strong>Belgique</strong>, à l’Académie<br />

des Beaux-Arts de Bruxelles, puis à celle<br />

de Saint-Gilles. C’est aussi dans nos musées<br />

qu’il a senti sa vocation grandir et s’affirmer,<br />

contre l’avis de son entourage. (ah)<br />

Nicolas de Stael, Arbre rouge, 1953, huile sur toile, 46 x<br />

61 cm. Collection privée. ©ADAGP, Paris <strong>2023</strong> / photo :<br />

Christie’s Images Ltd.<br />

De l’eau, de la fluidité et<br />

de la gravité !<br />

du 09-09 au 10-03-2024<br />

Kunstmuseum<br />

St. Gallen<br />

www.kunstmuseumsg.ch<br />

Roman Signer, Grosser Tropfen, 1973,<br />

Kunstmuseum St. Gallen, Donation Ursula Hauser<br />

2022.<br />

Le musée de St. Gallen a récemment reçu huit œuvres de Roman Signer (1938) issues de<br />

la Collection Ursula Hause. Cinq de ces sculptures datent du début des années 1970 et<br />

sont basées sur les observations et expériences que l’artiste menait sur l’eau, testant sa<br />

fluidité, son énergie, son élasticité. L’œuvre Grosser Tropfen, par exemple, se concentre<br />

sur la tension qui émane d’une goutte, depuis sa formation jusqu’à sa chute. L’œuvre qui<br />

en résulte, comme tout le travail de Signer, oscille entre expérimentation scientifique et<br />

création plastique. Les trois autres œuvres datent des années 1990 et sont présentées ici<br />

pour la toute première fois. Afin de saluer cette donation, cette exposition se tient dans la<br />

Kirchhoferhaus, magnifique bâtiment situé en face de l’institution. (ah)<br />

14


MUSEES<br />

Tout d’argent<br />

jusq. 29-10<br />

Museum für Ostasiatische Kunst<br />

Cologne<br />

www.mok.koeln<br />

Féminités<br />

rubéniennes<br />

du 27-09 au 28-01-2024<br />

Dulwich Picture Gallery<br />

Londres<br />

www.dulwich<br />

picturegallery.org.uk<br />

Entre 1891 et 1908, l’ingénieur Heinrich Hildebrand construisit partout en Chine des<br />

lignes de chemin de fer, des usines et autres bâtiments. Ce faisant, il acquit aussi<br />

des dizaines d’œuvres d’art pour en orner sa résidence située à Tsingtao. Parmi<br />

ces œuvres, la plupart des argenteries furent fabriquées dans cette région reculée,<br />

aux alentours de 1900. Cette élégante production combine des formes importées<br />

d’Europe à un décor typiquement chinois : oiseaux, figures mythologiques,<br />

acteurs de théâtre et scènes littéraires. La qualité du travail des orfèvres saute aux<br />

yeux ! A côté de ces objets, le musée présente aussi des œuvres de ses collections<br />

permanentes. Des photos et archives diverses viennent documenter le commerce<br />

organisé pour l’exportation chinoise de l’argenterie. (ah)<br />

Tasses et coupe, Chine, dynastie Qin, ca. 1901, argent. The estate of Roesberg/Hildebrand, inv. Cd<br />

2020,10. © Rheinisches Bildarchiv Köln / photo : Marion Mennicken<br />

On associe généralement Rubens à des<br />

figures féminines rieuses et plantureuses, aux<br />

chairs rosées, dégoulinantes de sensualité,<br />

voire de volupté. Les commissaires de cette<br />

exposition estiment que ce jugement est bien<br />

trop réducteur ! Ils le prouvent en réunissant<br />

un ensemble très varié, car composé<br />

de portraits de différents types de femmes :<br />

celles de pouvoir, riches princesses et/ou<br />

aristocrates, celles qu’il aima comme ses deux<br />

épouses, et comme, aussi, sa fille. Et puis<br />

seront présentes, bien sûr, les voluptueuses<br />

déesses, de Diane à Vénus, ainsi que les plus<br />

sages représentations de la Vierge Marie.<br />

Force est de le reconnaître : la rencontre du<br />

peintre avec certaines femmes à quelques<br />

moments de sa vie lui a permis d’évoluer, de<br />

remettre ses valeurs en cause, d’avancer dans<br />

sa quête insatiable d’idéal et de beauté. (ah)<br />

Peter Paul Rubens, Isabelle Infante d’Espagne dans<br />

l’habit de Sainte Claire, 1625, huile sur toile. Collection<br />

privée, Anvers.<br />

Le rôle du marchand<br />

du 19-09 au 14-01-2024<br />

Musée de l’Orangerie<br />

Paris<br />

www.musee-orangerie.fr<br />

Amadeo Modigliani, Paul Guillaume, Novo<br />

Pilota, 1915. © RMN-Grand Palais (musée de<br />

l’Orangerie) / photo : Hervé Lewandowski<br />

S’il est d’abord l’écrin où se déploient les formidables Nymphéas de Monet, le musée de<br />

l’Orangerie abrite aussi la collection majeure de Paul Guillaume et Domenica Walter. La ligne<br />

suivie par ses conservateurs est de mettre en valeur cette collection permanente en explorant<br />

divers liens inconnus jusqu’ici. C’est précisément le cas pour cet ensemble consacré aux liens<br />

tissés entre Amadeo Modigliani et Paul Guillaume, qui fut son marchand dès 1914. Le parcours<br />

invite à comprendre comment les relations nouées entre les deux personnages peuvent éclairer<br />

la carrière de l’artiste. À travers un choix d’œuvres emblématiques, il met en exergue ces liens<br />

dans le contexte artistique et littéraire parisien des années 1910. Et précise aussi le rôle joué par<br />

Paul Guillaume dans la diffusion de l’œuvre de Modigliani sur le marché de l’art, à la fois en<br />

France et aux États-Unis, dans les années 1920. (ah)<br />

15


GALERIE ALBERT 1er<br />

depuis 1952<br />

PEINTURES DE<br />

XAVIER HUCHEZ (PARIS 1966)<br />

Exposition du 2 au 24 septembre <strong>2023</strong><br />

Du mardi au samedi de 13 à 19h – Le dimanche de 14 à 18h<br />

galerie-albert1er.be<br />

+32 (0) 512 19 44 — Info@galerie-albert1er.be<br />

Rue de la Madeleine 45 – 1000 Bruxelles


TYPIQUEMENT<br />

DOMINIQUE RIGO.<br />

ACERBIS / ALIAS / ARCO / ARPER / ARTEMIDE / ARTEK / B&B ITALIA / BROKIS<br />

CAPPELLINI / CARL HANSEN / CASALIS / CECCOTTI / CLASSICON / CRUSO<br />

DESALTO / DECLIC / EMECO / EXTREMIS / FERMOB / FIAM / FLEXFORM / FLOS<br />

FONTANA ARTE / FOSCARINI / FRITZ HANSEN / GALOTTI & RADICE / GUBI<br />

HERMAN MILLER / INGO MAURER / INTERLÜBKE / KARTELL / KNOLL<br />

LAPALMA / LIGNE ROSET / LIMITED EDITION / LOUIS POULSEN / LUCEPLAN<br />

MARTINELLI LUCE / MDF ITALIA / MOCA / MOROSO / MOTTURA / NEMO<br />

OPINION CIATTI / PALLUCO / PAOLA LENTI / PASTOE / POLIFORM<br />

POLTRONA FRAU / SAHCO HESSLEIN / SILENT GLISS / STUA / TECTA<br />

TOLIX / TOULEMONDE BOCHART / VITRA / ZIMMER+ROHDE<br />

RUE DE STALLE 210 STALLESTRAAT B-1180 BRUSSELS<br />

INFO + 32 [0]2 649 95 94 info@dominiquerigo.be www.dominiquerigo.be


Laurence Dervaux<br />

Les merveilles de la vie<br />

Cet automne, l’artiste belge<br />

Laurence Dervaux investit la totalité<br />

des espaces du BPS22, à Charleroi.<br />

Elle n’est pas inconnue de la scène<br />

artistique, tant en <strong>Belgique</strong> qu’à<br />

l’étranger, mais son travail n’avait<br />

jusqu’alors jamais fait l’objet d’une<br />

telle rétrospective. Celle-ci débute<br />

par une toute nouvelle installation,<br />

dans une salle obscure avec des<br />

reflets de lumière en mouvement<br />

et, au sol, de la verrerie contenant<br />

des liquides : les mille douze litres<br />

d’eau contenus dans vingt corps<br />

humains. Une œuvre fascinante qui<br />

fait prendre conscience de la beauté<br />

et de la fragilité du corps humain,<br />

rappelant aussi qu’il nous faut<br />

prendre soin du vivant.<br />

TEXTE : CHRISTINE VUEGEN<br />

Test d’installation (2022) au BPS22 pour L’eau du corps. Les mille douze litres d’eau de vingt corps humains,<br />

<strong>2023</strong>, récipients en verre transparent, eau, liquides colorés, miroirs, tissu. Production BPS22 – Musée d’art<br />

de la Province de Hainaut, Charleroi. © de l'artiste / photo : Leslie Artamonow<br />

L’œuvre L’eau du corps. Les mille douze<br />

litres d’eau de vingt corps humains<br />

a été réalisée spécialement pour<br />

l’occasion. Les images d'une installation-test,<br />

réalisée à l›automne dernier, en<br />

offrent un avant-goût. En réalité, ce titre ne<br />

devrait pas encore être dévoilé, car il ne l'est<br />

qu'à mi-chemin dans l'espace. L'installation<br />

n›en sera pas moins surprenante. Laurence<br />

Dervaux (1962) décrit sa démarche comme<br />

suit : « Mon travail parle de l’être humain,<br />

du corps humain, de l’étonnant fonctionnement<br />

physiologique du corps, des fonctions<br />

vitales comme le système circulatoire, des<br />

fluides corporels comme l’eau qui constitue<br />

65 % de notre corps. Il traite de l’incroyable<br />

beauté des fonctions corporelles, de leur<br />

fragilité, de leur finitude. Mais aussi de ce<br />

qui est nécessaire pour maintenir la vie,<br />

par exemple la nutrition, comme dans les<br />

œuvres réalisées avec du riz coloré à la teinture<br />

comestible ou celles relatives à l’eau,<br />

breuvage vital ».<br />

18


« L'installation<br />

célèbre la vie, cet<br />

instant qu'est la vie »<br />

VANITÉS CONTEMPORAINES<br />

Laurence Dervaux me décrit son installation<br />

immersive, prévue dans une salle<br />

de vingt-huit mètres de long aux murs<br />

s’élevant jusqu’à huit mètres. De grands<br />

et petits reflets lumineux s’y animent, par<br />

moments, de mouvements ondoyants. Ils<br />

sont blancs, rouges, jaunâtres ou brunâtres,<br />

mais peuvent aussi se confondre<br />

avec le spectre lumineux. Un monde mystérieux,<br />

intriguant, visuellement attrayant.<br />

Un peu plus tard, son titre nous révèle qu’il<br />

concerne l’évaporation de l’eau contenue<br />

dans les fluides d’une vingtaine de corps<br />

humains. Au sol, le visiteur pénètre dans<br />

une installation composée d’objets en<br />

verre, non pas du verre soufflé comme<br />

dans d’autres installations de l’artiste,<br />

mais des vases, du matériel de laboratoire<br />

et d’autres objets en verre qu’elle<br />

a rassemblés. Ceux-ci sont remplis de<br />

liquide transparent et de liquides colorés.<br />

Vingt spécimens ont la taille d’un être<br />

humain, de 160 à 180 centimètres environ.<br />

Entre eux, des cordons de textile rouge<br />

paraissent comme autant de veines les<br />

reliant. Goutte à goutte, le liquide passe<br />

d’un plus grand récipient à un plus petit,<br />

éclairé par un faisceau lumineux. En<br />

son sein, un miroir semble à l’origine de<br />

reflets ondulant fugacement. Les cordons<br />

rouges agissent comme autant de<br />

réseaux capillaires. Le mouvement induit<br />

n’utilise d’ailleurs que la capillarité, sa<br />

force d’aspiration. A certains endroits, une<br />

forme d’évaporation sera compensée par<br />

la condensation. « Je tente de préserver<br />

au maximum l’état liquide de l’eau de ces<br />

vingt corps. L’installation centrale en verre<br />

constitue une métaphore matérielle du<br />

corps humain tandis que les reflets représentent<br />

les corps dans leur forme immatérielle,<br />

une sorte d’aura », précise Laurence<br />

Dervaux. Lorsque je lui demande s’il s’agit<br />

d’une vanité inversée, elle répond : « C’est<br />

une vanité, mais il s’agit moins de rappeler<br />

l’inéluctable disparition de tout corps que<br />

d’en exacerber la magie de la présence.<br />

C’est l’instant de la vie que célèbre cette<br />

installation. »<br />

Fluides humains, 2006-2007 (détail). © Studio Laurence Dervaux<br />

Son œuvre nous fait prendre conscience de<br />

la beauté et de la fragilité du corps humain et<br />

souligne la nécessité de prendre soin de la vie.<br />

EN BAS, EN HAUT<br />

Une autre œuvre emblématique de l’artiste<br />

est La quantité de sang pompée par le cœur<br />

humain en une heure et vingt-huit minutes<br />

(2003), constituée d’une immense quantité<br />

d’objets en verre contenant du liquide rouge<br />

et dans lesquels joue la lumière entrante. En<br />

2004, l’installation recevait les honneurs d’Art<br />

Brussels. Comme elle fut présentée, en 2020,<br />

lors d’une exposition collective au BPS22,<br />

elle ne sera pas montrée ici. L’installation<br />

qui ouvre l’exposition est son premier travail<br />

incluant des reflets lumineux dans un espace<br />

sombre. Elle peut faire penser à un monde<br />

sous-marin, à des images aux rayons X, au<br />

Cosmos. Ce qui se passe en bas est projeté<br />

en haut. Ainsi en haut, ainsi en bas, et viceversa:<br />

une sagesse ancienne embrassée par<br />

l’Alchimie. Cette référence se retrouve également<br />

dans la disposition de la verrerie, qui<br />

ressemble parfois à un laboratoire d’alchimiste.<br />

Ces réflexions entre microcosme<br />

et macrocosme apparaissent à plusieurs<br />

reprises dans le parcours des œuvres, dont<br />

certaines n’ont jamais été exposées en <strong>Belgique</strong><br />

: vidéos, sculptures, installation imposante<br />

de gouttes de verre suspendues dans<br />

le hall principal et des œuvres plus petites,<br />

mais non négligeables, telles ce jeune plant<br />

de fougère et, non loin, une petite sculpture<br />

de résine représentant l’eau contenue dans<br />

le creux des deux mains. La plante a besoin<br />

d’attention, d’entretien, d’eau. C’est une<br />

invitation à porter une attention spécifique<br />

à notre environnement, dont il faut prendre<br />

soin. En effet, après l’extinction massive des<br />

dinosaures, la fougère fut l’une des plantes<br />

qui permit l’évolution. Sans elle, pourraiton<br />

dire, l’homme n’existerait pas. D’où nous<br />

venons, où nous allons, la vie, la mort et la<br />

survie, l’homme et la planète : à sa manière,<br />

Laurence Dervaux aborde autant les grandes<br />

questions existentielles que les sujets<br />

d’actualité.<br />

VISITER<br />

Exposition Laurence Dervaux<br />

BPS22<br />

Charleroi<br />

www.bps22.be<br />

du 23-09 au 07-01-2024<br />

19


Paroles de galeriste #09.<strong>2023</strong> — PART 1<br />

Olivier Meessen<br />

L'aventure en solo<br />

En 2008, Olivier Meessen et Jan De Clercq<br />

cofondaient leur galerie d’art contemporain.<br />

Récemment, la décision fut prise de mettre un<br />

terme à cette collaboration. Olivier Meessen<br />

poursuit désormais seul l’aventure. Entretien.<br />

Qu’est-ce qui a présidé à cette<br />

décision étonnante ?<br />

« Après une douzaine d’années<br />

de travail en commun, mon<br />

associé a souhaité s’investir<br />

dans d’autres domaines qui<br />

lui sont chers. Son départ m’a<br />

permis de reconsidérer ma<br />

motivation et de réévaluer la<br />

pertinence de ma vocation. Il<br />

m’est apparu clairement que le<br />

projet initial était très cohérent<br />

et qu’il était important pour<br />

moi de continuer à le porter<br />

avec loyauté. »<br />

Quels sont les enjeux pour<br />

l’avenir de la galerie ?<br />

« La galerie a quinze ans<br />

d’existence et le monde<br />

change si vite qu’il est primordial<br />

d’évoluer et de tenter<br />

de décoder ce qui est en<br />

train de se passer. Je pense<br />

qu’il y a lieu de sentir les<br />

vibrations du monde et d’en<br />

être, à notre petite mesure,<br />

une caisse de résonance.<br />

Mais cela n’est pas nouveau.<br />

A.N.T.H.R.O.P.O.C.E.N.E, la<br />

grande exposition organisée<br />

en 2018 pour nos dix ans,<br />

ouvrait des pistes de réflexion<br />

relatives aux enjeux climatiques.<br />

Mon souhait est de<br />

continuer à faire de la galerie<br />

un lieu accessible où les gens<br />

se sentent accueillis, stimulés<br />

intellectuellement, émus et<br />

accompagnés dans l’acquisition<br />

d’œuvres. Il est important<br />

pour moi de chérir chaque<br />

relation privilégiée avec les<br />

artistes et les collectionneurs.<br />

Ceux-ci, comme les institutions,<br />

restent au cœur de<br />

notre activité. »<br />

Il y a désormais un grand focus<br />

sur les artistes internationaux.<br />

Quels seront vos futurs critères<br />

de sélection ?<br />

« Notre critère fut toujours<br />

la pertinence et la qualité.<br />

Peu importent les frontières.<br />

L’essentiel est de donner la<br />

parole à celui ou celle qui a des<br />

choses à dire et le dit de façon<br />

singulière. Pour cela, il est<br />

important de voir beaucoup,<br />

de lire, de se renseigner, pour<br />

tenter d’entendre ces voix et<br />

de débusquer la parole juste,<br />

dans l’amas des commentaires<br />

et des informations multidirectionnelles.<br />

La galerie continuera<br />

à défendre autant des<br />

jeunes artistes que des artistes<br />

confirmés. L’exposition de septembre<br />

donne ainsi de l’espace<br />

à de nouvelles voix émergentes<br />

comme Namsal Siedlecki, Gaspar<br />

Willemann et Solène Rigou,<br />

mais aussi à des artistes confirmés<br />

comme Goshka Macuga et<br />

Ellen Harvey. »<br />

Etes-vous en quête d’autres<br />

formes de collaboration ?<br />

« Effectivement, j’ai des idées<br />

de rapprochement avec des<br />

collègues étrangers. Je vais<br />

aussi tenter de développer<br />

mes affinités avec New York et<br />

prolonger ce que j’avais initié<br />

en 2019 avec le projet I would<br />

prefer not to, une référence à<br />

Bartleby, nouvelle écrite par<br />

Herman Melville. Je me suis<br />

rendu compte, avec cette exposition,<br />

qu’il y avait un public<br />

américain avide d’expositions<br />

moins orientées ‘‘marché’’ et<br />

un peu plus intellectuelles. Le<br />

retour des visiteurs m’a fait<br />

© photo : Laurent de Broca<br />

« Il était important pour moi de<br />

continuer à porter le projet initial<br />

et cohérent avec loyauté »<br />

comprendre que cela faisait<br />

sens de réitérer un tel projet. Je<br />

réfléchis désormais à la notion<br />

de migration en me basant<br />

sur la réalité historique d’Ellis<br />

Island, cette île non loin de la<br />

Statue de la Liberté, qui a vu<br />

passer des millions de migrants<br />

en provenance d’Europe, entre<br />

1892 et 1954. On parle d’espérance,<br />

de fantasme mais aussi<br />

de séparation, de rejet, de<br />

classification, d’errance. Sujet<br />

hautement sensible, mais qui<br />

ouvre une réflexion sur certains<br />

enjeux actuels et planétaires. »<br />

Sous quel nom allez-vous<br />

poursuivre vos activités ?<br />

« En fait, j’aimerais garder cela<br />

confidentiel jusqu’au moment<br />

de l’ouverture officielle, qui se<br />

fera le 29 février 2024. Quand<br />

je me suis aperçu que l'année<br />

qui vient sera bissextile, je me<br />

suis emballé et ai d’emblée<br />

décidé d’en faire une date<br />

symbolique pour la galerie.<br />

C’est un jour qui n’en est pas<br />

un, qui sommeille pendant<br />

trois années avant de réapparaître<br />

au grand jour et puis<br />

de s’éclipser à nouveau. C’est<br />

tellement inspirant que j’en ai<br />

parlé à plusieurs artistes pour<br />

la réalisation de projets spécifiques,<br />

dont un qui me tient<br />

à cœur avec Ignasi Aballí, qui<br />

fut le premier artiste montré<br />

par Meessen De Clercq, en<br />

2008, et qui vient de représenter<br />

l’Espagne à la Biennale de<br />

Venise. »<br />

A Sedimentation of the Mind<br />

Meessen De Clercq<br />

Bruxelles<br />

www.meessendeclercq.be<br />

du 07-09 au 14-10<br />

20


GALERIES<br />

Skender Hyseni<br />

du 08-09 au 21-10<br />

Zedes Art Gallery<br />

Bruxelles<br />

www.zedes-art-gallery.be<br />

Bart Spitaels,<br />

jeune talent<br />

du 16-09 au 22-10<br />

Rufus Gallery<br />

Gand<br />

www.rufus.gallery<br />

Tant originel qu’archéologique,<br />

l’œuvre de l’artiste<br />

albanais Skender Hyseni<br />

paraît le plus ancien du<br />

monde. Le sculpteur<br />

délaisse le bois pour<br />

explorer l’expressivité<br />

d’une autre matière : la<br />

terre. Entre ses mains,<br />

elle se fait plus mystérieuse<br />

que jamais. Les<br />

entailles, les déchirures<br />

sont autant de stigmates<br />

qui témoignent du geste<br />

fondateur de l’homme<br />

sur la matière brute et<br />

imparfaite. Par l’action de<br />

ses mains, de ses doigts,<br />

de son corps tout entier, il<br />

insuffle l’esprit à la matière<br />

qui s’étire et s’enroule<br />

sur elle-même, formant,<br />

dans son antre, des lieux<br />

soustraits à la lumière<br />

d’où émane un fascinant<br />

mystère. Le sculpteur<br />

intègre volontiers son œuvre dans l’espace, qui implique à la fois la lumière et son<br />

contraire. L’ombre y est alors aussi solide que l’objet projeté. Seule certitude : la<br />

terre, humble texture, se voit transfigurée par la poésie de l’artiste en une forme<br />

sculpturale minimaliste, à la fois rustique mais si raffinée qu’elle en devient somptueuse.<br />

(gg)<br />

Skender Hyseni, Tokê (terre) 19/06/2019, 2019, terre cuite, 37 x 29 x 26 cm. © de l’artiste / Courtesy<br />

Zedes Art Gallery – Prix : entre 500 et 5.000 €<br />

Bart Spitaels joue, ose et crée avec une<br />

audace infinie. C’est ce qu’on peut lire sur le<br />

site de l’énergique Rufus Gallery. L’exposition<br />

Steenwegen & Zeestraten est la première<br />

personnelle de Bart Spitaels (1987) dans une<br />

véritable galerie. L’artiste est célèbre pour<br />

ses dessins, tableaux et immenses peintures<br />

murales, allant d’une simple maison à des<br />

bâtiments industriels, des systèmes de tuyauterie<br />

et des éléments floraux. Ses œuvres ont quelque<br />

chose de graphique. Il donne forme à une<br />

architecture inexistante sur le papier. Il présente<br />

exclusivement des œuvres nouvelles, toujours<br />

dessinées et coloriées à la main avec la même<br />

minutie. Chaque construction se pare d’une<br />

couleur douce en trois dessins au format allongé.<br />

S’agit-il de rangées de maisons ? Ou d’une<br />

machine avec des tuyaux aux extrémités ? Et les<br />

cheminées ne sont-elles pas aussi les têtes de<br />

personnages stylisés ? Difficile à dire, mais tous<br />

les fantasmes, émotions et interprétations sont<br />

permis. (cv)<br />

Bart Spitaels, Steenweg 1 (194,5 x 24 cm), Steenweg 2 (191,8<br />

x 22,5 cm) et Steenweg 3 (190,8 x 23 cm), <strong>2023</strong>, crayon et<br />

marqueur permanent sur papier. © de l’artiste / Courtesy<br />

Rufus Gallery – Prix : à partir de 1.300 €<br />

L’heure bleue<br />

du 03-09 au 12-11<br />

Exit 11 – Centre d’Art contemporain<br />

Gembloux<br />

www.exit11.be<br />

Jacqueline Devreux, La Femme sans visage,<br />

s.d., huile sur toile, 140 x 120 cm. © de l’artiste<br />

/ Courtesy Exit 11 – Prix sur demande<br />

L’heure bleue est la période entre et la nuit et le jour, où le ciel se remplit presque entièrement<br />

d’un bleu plus foncé que le bleu ciel du jour… C’est aux premiers instants de ‘‘l’heure bleue’’<br />

que l’ensemble des oiseaux se met à chanter. Cela ne dure que quelques minutes avant que la<br />

vie ne reprenne son cours. L’exposition éponyme est la quatrième et dernière clôturant le cycle<br />

Entre chien et loup. Réunissant essentiellement des photographes, d’autres plasticiens se plient<br />

également au jeu de cette thématique et livrent leur propre fable ou interprétation de ce court<br />

moment de la journée, symbole de renouveau. Instantanés, clichés nostalgiques, tapisseries,<br />

poupées et masques aux accents de réalisme magique sont autant d’éléments composant cette<br />

exposition. Les artistes réunis sont David Ameye, Gil Barez, Jérémie Denis, Jacqueline Devreux,<br />

Jean-François Flamey, André Fromont, Nina Lassila, Maladita, Didier Renard et Jean-Michel<br />

Uyttersprot. (gg)<br />

21


GALERIES<br />

André Blank.<br />

Œuvre graphique<br />

du 07-09 au 28-10<br />

ABC&Design<br />

Verviers<br />

www.abcetdesign.be<br />

Clara Brörmann<br />

et Joke Hansen<br />

du 10-09 au 15-10<br />

Whitehouse Gallery<br />

Lovenjoel<br />

www.whitehousegallery.be<br />

Germanophone pétri<br />

de culture française,<br />

André Blank (1914-1987)<br />

est parti de l’impressionnisme<br />

pour traverser<br />

successivement<br />

fauvisme, expressionnisme<br />

et cubisme. C’est<br />

à ce moment que,<br />

par une décantation<br />

progressive, il s’achemine<br />

vers l’abstraction<br />

géométrique et<br />

débouche dans cette<br />

période que l’on<br />

conviendra de nommer<br />

‘‘classique’’ parce qu’elle marque un premier aboutissement<br />

de sa recherche. Mais la rupture avec le monde, au profit<br />

des formes abstraites, n’a pas été si définitive qu’on a pu le<br />

penser. La nature, en effet, a continué longtemps d’habiter<br />

ses formes abstraites, de les vivifier et de trouver en elles<br />

comme un lieu de rassemblement et de synthèse. « Je suis<br />

sur la route vers l’inconnu. Mon point de départ est la toile.<br />

Mais peindre reste toujours une aventure pour moi. Je suis<br />

un artisan », a-t-il toujours répété. Depuis son passage<br />

inéluctable de la figuration à l’abstraction, André Blank n’a<br />

cessé de poursuivre cette quête d’absolu. Notons encore<br />

qu’il fut, de 1960 à 1980, l’un des artistes les plus importants<br />

de l’art du vitrail. (gg)<br />

André Blank, Gouache et encre n°8, s.d., technique mixte, 66 x 50 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy ABC&Design – Prix : entre 2.000 et 10.000 €<br />

Qu’est-ce qu’un artiste<br />

contemporain peut<br />

encore peindre et comment<br />

? La Whitehouse<br />

Gallery à Lovenjoel organise<br />

deux expositions<br />

en solo qui démontrent<br />

le potentiel illimité d’un<br />

art ancien, à savoir la<br />

peinture. La Belge Joke<br />

Hansen se fait de plus<br />

en plus remarquer.<br />

Une dynamique souple<br />

réside dans les formes<br />

irrégulières, l’utilisation<br />

des couleurs et les<br />

motifs qui peuvent parfois<br />

relever du cartoon.<br />

Elle expose à l’heure<br />

actuelle dans l’immense<br />

Whitehouse Gym l’installation<br />

Blame it on the<br />

Boogie, avec de nouvelles toiles de type shaped canvas, des panneaux<br />

et des photos peints. Le seul titre donne déjà envie de swinguer. Dans<br />

la galerie même, une villa blanche du XVIIIe siècle, la jeune peintre<br />

allemande Clara Brörmann présente de nouvelles toiles dans le cadre de<br />

son exposition Anatomy of Color. Son abstraction s’inspire de la réalité.<br />

La photo ci-jointe représente une œuvre exposée cette année pendant<br />

Art Brussels. Elle donne une idée de la façon dont l’artiste s’y prend pour<br />

maintenir l’énergie dans ses œuvres. (cv)<br />

Clara Brörmann, Laternenbild 16, 2022, huile et pigments sur toile, 120 x 90 x 7 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy Whitehouse Gallery – Prix : Clara Brörmann, de 1.500 à<br />

12.000 € – Joke Hansen, de 1.500 à 7.000 €<br />

Deep Down Inside<br />

du 03-09 au 22-10<br />

Michèle Schoonjans Gallery<br />

Bruxelles<br />

www.micheleschoonjansgallery.be<br />

Nicolas Delprat, Dan, évolution 6, 2021, acrylique<br />

sur toile, 100 x 81 cm. © de l'artiste - Prix : entre<br />

6.800 et 12.500 €<br />

Nicolas Delprat (1972) développe une pratique picturale dont le sujet est de mener une<br />

réflexion sur la valeur de la lumière en peinture. Sa troisième exposition chez Michèle<br />

Schoonjans réunit huit peintures inédites, tirées de trois dernières séries développées par<br />

l’artiste. Marc Donnadieu, commissaire de l’exposition : « Le rapport de Nicolas Delprat à<br />

la peinture est tout à la fois de notre temps et intemporel. En choisissant les tableaux de<br />

l’exposition avec l’artiste dans son atelier, j’ai été particulièrement frappé, non seulement par<br />

les images successives qu’ils évoquent tour à tour, mais également par la myriade d’émotions<br />

presque palpables qu’ils suscitent au plus profond du spectateur. Et plus l’élaboration de<br />

chaque œuvre est précise et rigoureuse, plus leur expressivité est immédiate et fulgurante.<br />

Aussi sont-elles de l’ordre d’un véritable saisissement physique autant que mental, sensoriel<br />

autant que conceptuel. » (gg)<br />

22


GALERIES<br />

Undivided Attention<br />

jusq. 28-10<br />

Xavier Hufkens<br />

Bruxelles<br />

www.xavierhufkens.<br />

com<br />

Les nouveaux<br />

sauvages<br />

du 03-09 au 21-10<br />

La Peau de l’Ours<br />

Bruxelles<br />

www.lapeaudelours.<br />

net<br />

Des moments d’intimité sans garde-fou. Voilà résumés les portraits<br />

de Nathanaëlle Herbelin (1989). Pour son exposition inaugurale chez<br />

Xavier Hufkens, l’artiste franco-israélienne présente une série de<br />

peintures qui capturent les sensations de l’expérience vécues ainsi<br />

que le lien intime entre l’art et la vie. Les personnes qui campent les<br />

rôles centraux de ses œuvres – amis, artistes, membres de sa famille,<br />

partenaire, voisins, ainsi qu’occasionnellement des étrangers – y<br />

sont dépeints dans des portraits sereins qui témoignent de l’acte<br />

d’observation intense de l’artiste, autant psychologique que physique.<br />

Les lieux y sont généralement modestes (chambres, salles de bain,<br />

espaces domestiques, studio…), les détails y étant clairsemés. Dans le<br />

monde rapide et ultra-connecté d’aujourd’hui, Nathanaëlle Herbelin<br />

explore le sujet de la concentration et ce que cela signifie de donner à<br />

quelqu’un, ou à quelque chose, toute son attention. (gg)<br />

Cette exposition réunit<br />

une nouvelle génération<br />

d’artistes qui passe<br />

par l’expérience du<br />

feu et la rudesse de<br />

l’atelier pour nous offrir<br />

quelques précieux<br />

ersatz, annonciateurs<br />

d’un monde sauvage et<br />

intemporel, parce que<br />

résolument imaginaire.<br />

Parmi ces explorateurs,<br />

voyageurs d’aujourd’hui<br />

et de demain, Victor<br />

Levai, Rémy Pommeret et<br />

Anatole Tièche. Formés aux Beaux-Arts, tous trois voient en<br />

la céramique une nouvelle force de l’art, une nature à saisir<br />

autant qu’à défricher, et surtout à transformer avec humour,<br />

ironie et fantaisie. De son côté, Yoann Estevenin développe<br />

une pratique mixte entre dessins et sculptures, naviguant dans<br />

un univers troublant et attirant, qui explore la part sombre et<br />

ésotérique de la pensée. Jean-Marc Dimanche, commissaire<br />

de l’exposition : « Chez ces quatre garçons de la terre, une<br />

même détermination : revenir au geste essentiel et sans doute<br />

primaire de la trace à laisser, témoignage de notre humanité et<br />

hommage au vivant qu’il nous faut aujourd’hui plus que jamais<br />

mieux respecter et partager. » (gg)<br />

Rémy Pommeret, Le plus beau dans mon terrier c’est son silence, 2022,<br />

grès, émail et cire, 66 x 40 x 30 cm. © de l’artiste / La Peau de l’Ours –<br />

Prix : entre 1.500 et 6.000 €<br />

Nathanaëlle Herbelin, Claire et Cécile, 2022-<strong>2023</strong>, huile sur toile, 130 x 140 cm.<br />

© de l’artiste / Courtesy Xavier Hufkens, Bruxelles / photo : HV-studio – Prix sur<br />

demande<br />

Lise Duclaux observe abeilles<br />

et fleurs sauvages<br />

du 10-09 au 05-11<br />

Annie Gentils Gallery<br />

Anvers<br />

www.anniegentilsgallery.com<br />

Lise Duclaux a l’art d’étudier les processus de la nature. Elle a déjà réalisé des projets durables<br />

dans des jardins de musées, elle dessine, photographie, écrit et crée des affiches et des livres<br />

d’artistes. Les abeilles et les fleurs indociles, sa première exposition personnelle chez Annie<br />

Gentils, présente dessins et affiches. Ses délicats dessins au crayon montrent l’observation des<br />

abeilles sauvages qui butinent les fleurs de son jardin. L’artiste remplace le mot ‘‘sauvage’’ par<br />

‘‘indocile’’, autrement dit ‘‘opiniâtre’’ ou ‘‘incontrôlable’’. Ce projet a vu le jour suite à une résidence<br />

en la faculté de sciences de bio-ingénierie de l’UCL lors de sa participation à la Triennale<br />

de Louvain-la-Neuve, en 2021. Les fleurs attirent les abeilles avec couleurs, odeurs et goûts. Les<br />

abeilles évoluent avec précaution sans les abîmer et garantissent ainsi leur reproduction. Plantes,<br />

animaux et humains vivent sous le même ciel et ont besoins les uns des autres. (cv)<br />

Lise Duclaux, A garden bumblebee in a<br />

female compost pumpkin - un bourdon<br />

des jardins dans une citrouille de compost<br />

femelle, 2022, crayon de couleur et peinture<br />

sur papier, 29,7 x 21 cm. © de l’artiste /<br />

Courtesy Annie Gentils Gallery – Prix : de<br />

2.750 à 4.000 €<br />

23


GALERIES<br />

Quelques<br />

pas de côté<br />

du 07-09 au 04-11<br />

Templon Brussels<br />

Bruxelles<br />

www.templon.com<br />

Michel Pérez Pollo.<br />

Un Automne<br />

du 07 au 24-09<br />

Lempertz<br />

Bruxelles<br />

www.lempertz.com<br />

Le peintre français<br />

Claude Viallat (1936)<br />

dévoile une vingtaine<br />

de nouvelles toiles,<br />

réalisées entre 2022 et<br />

<strong>2023</strong>. Figure de proue<br />

et membre fondateur<br />

du groupe avantgardiste<br />

Supports/<br />

Surfaces, dans les<br />

années 1970, l’artiste<br />

poursuit depuis 50<br />

ans l’exploration des<br />

limites de la peinture abstraite, en déclinant sa ‘‘forme’’<br />

– un motif à l’allure d’osselet – sur une large variété de<br />

tissus ou de bâches, accrochés de façon libre à travers<br />

l’espace. Pour cette exposition, installée avec soin par<br />

l’artiste lui-même, Claude Viallat a choisi de dévoiler<br />

quelques-unes de ses dernières expérimentations.<br />

Dans certaines œuvres, la forme, au lieu d’être répétée<br />

de façon sérielle, est diluée à l’excès, formant de larges<br />

taches de couleurs fondues. Parfois tracée en dripping,<br />

elle évoque au contraire une écriture calligraphiée.<br />

Aussi, l’utilisation de tissus bigarrés lui offre la possibilité<br />

d’introduire de nouvelles couleurs: une toile d’un<br />

profond rubis côtoie une œuvre d’un parme doux ou<br />

d’un gris platine. Chez Viallat, la palette s’impose toujours<br />

d’elle-même : « Je suis un instrument, explique-til.<br />

L’œuvre a sa vie propre. Je ne me préoccupe pas du<br />

résultat ». (gg)<br />

Claude Viallat, Sans titre n°336, 2022, acrylique sur montage de<br />

tissus, 156 × 116 cm. © de l’artiste / Courtesy TEMPLON / photo :<br />

Claude Viallat Studio – Prix : entre 15.000 et 45.000 €<br />

En collaboration avec la Galerie Mai 36, Lempertz présente une série<br />

de peintures signées Michel Perez Pollo (1981), déclinant le thème de<br />

l’automne et prenant l’arbre pour axe narratif de ses œuvres. Duviel<br />

Fernandez, co-commissaire : « Installé à Madrid, l'artiste s'intéresse à<br />

l'expérience du passage des saisons. À Cuba, son pays d'origine, il n’y<br />

a qu’une saison comme une léthargie. L’arbre est alors une métaphore<br />

de la décomposition, de la métamorphose et de la renaissance. Troncs,<br />

branches et fruits imaginaires, ces figures sont à la fois une synthèse et<br />

un prolongement de sa poétique. (…) Le jeu des échelles est constant<br />

dans l’œuvre de Michel. Comme à l’accoutumée dans son processus<br />

de création, la peinture commence par la construction de maquettes à<br />

petite échelle, en pâte à modeler, des modèles miniatures que l’artiste<br />

amplifie sur de grandes toiles. (…) Dans ces paysages d’automne, les<br />

personnages sont placés sur des fonds colorés. Les ombres, indispensables<br />

à la composition, donnent à cette couleur des voies de développement<br />

et aussi un mouvement indispensable et harmonieux. » (gg)<br />

Michel Perez Pollo, Un Automne XI, <strong>2023</strong>, huile sur toile, 400 x 200 cm. © de l’artiste<br />

/ photo : Flavia Fuentes – Prix : entre 12.500 et 55.000 €<br />

Robin Vermeersch. Entre les plis<br />

du 03-09 au 21-10<br />

Galerie Zwart Huis<br />

Bruxelles<br />

www.galeriezwarthuis.be<br />

Cette deuxième exposition personnelle de Robin Vermeersch (1977) rassemble une série de<br />

nouvelles peintures, des sculptures suspendues et plusieurs reliefs muraux réalisés en divers<br />

matériaux tels que l’époxy, la cire, le jute et le polyester acrylique. Une édition limitée de 15 pièces<br />

en céramique est également présentée. Femke Vandenbosch : « L’œuvre de Robin Vermeersch<br />

vous mène d’emblée vers l’œil du cyclone. Là où tout est calme et quiétude alors que se fractionne<br />

violemment le monde environnant. Il s’empare du vacarme strident de la vie quotidienne, le pétrit,<br />

le sculpte, le coule, le dessine et le façonne jusqu’à ce qu’il se fige dans l’espace dans un bruit<br />

assourdissant. Pas de panique, ce n’est que le chaos. L’artiste a un don pour la sérénité mais, tout<br />

comme les premiers dieux, ses œuvres émergent du chaos. Dans la mythologie grecque, le chaos<br />

est désigné comme un néant insondable où tout tombe indéfiniment. Non pas vers le bas, car toute<br />

orientation y est impossible, mais dans tous les sens. De cet immense désordre tourbillonnant est né<br />

l’ordre. (…) » (gg)<br />

Robin Vermeersch, Oranje/blauw, 2021,<br />

acrylique polyester et pigments, 42 ×<br />

29 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie<br />

Zwart Huis / photo : David Samyn –<br />

Prix : entre 800 et 10.000 €<br />

24


Christophe Gaillard<br />

s’installe à Bruxelles<br />

Le 7 septembre, la Galerie Christophe Gaillard<br />

ouvre un nouvel espace à Bruxelles, en face du<br />

futur KANAL-Centre Pompidou. Un premier pas<br />

vers l’international pour cette galerie parisienne qui<br />

s’intéresse de près au monde de l’art belge.<br />

Pourquoi avez-vous choisi de<br />

vous installer à Bruxelles et à<br />

cet endroit ?<br />

Christophe Gaillard :<br />

« Bruxelles, tout en étant<br />

géographiquement<br />

proche de Paris, est une<br />

ville internationale et très<br />

dynamique. Le lieu, une<br />

magnifique maison de maîtres<br />

de plus de 500 mètres carrés,<br />

est situé à quelques minutes<br />

à pied du Cloud Seven ouvert<br />

par le collectionneur Frédéric<br />

de Goldschmidt, et fait face au<br />

futur KANAL-Centre Pompidou<br />

dont l’activité devrait drainer<br />

à terme quantité de visiteurs<br />

belges et internationaux. L’idée<br />

d’être actif dans cet endroit ‘‘en<br />

devenir’’ me plaît bien plus que<br />

de m’installer parmi les autres<br />

galeries françaises de Bruxelles.<br />

Le challenge à relever est plus<br />

important et correspond mieux<br />

à mon identité comme à mes<br />

aspirations. Réputée pour la<br />

curiosité et la connaissance<br />

pointue de ses collectionneurs,<br />

la <strong>Belgique</strong> est un marché<br />

différent de la France et<br />

une première étape pour la<br />

Galerie Christophe Gaillard<br />

qui a le souhait de s’ouvrir à<br />

l’international. »<br />

Considérez-vous ce nouvel<br />

espace comme une extension<br />

de votre réseau international<br />

ou vous concentrerez-vous<br />

aussi sur les artistes belges ?<br />

« Ce nouvel espace nous permet,<br />

d’une part, de proposer<br />

davantage d’expositions aux<br />

35 artistes que représente<br />

déjà notre galerie et, d’autre<br />

part, d’intégrer des artistes,<br />

issus de la scène belge, dont<br />

j’admire le travail depuis de<br />

nombreuses années. Le fait<br />

d’avoir maintenant un pied à<br />

Bruxelles donne sens à ce que<br />

la Galerie Christophe Gaillard<br />

représente et collabore avec<br />

certains artistes belges ou, à<br />

tout le moins, bien implantés<br />

en <strong>Belgique</strong>. Je me réjouis<br />

également de découvrir la<br />

scène locale, réputée pour sa<br />

créativité et sa qualité. »<br />

Quels sont vos critères de<br />

sélection ?<br />

« Mon seul critère est mon<br />

goût personnel : je ne<br />

montre dans ma galerie que<br />

des artistes dont l’œuvre<br />

me parle et m’émeut. Cela<br />

ne m’intéresse nullement<br />

d’intégrer des artistes qui<br />

fonctionneraient bien,<br />

commercialement parlant,<br />

mais dont le travail ne me<br />

procurerait aucune émotion.<br />

Notre exposition inaugurale,<br />

intitulée Signatures, présente<br />

une sélection de travaux<br />

de quinze de nos trentecinq<br />

artistes, reflétant<br />

l’ADN de la galerie basé sur<br />

le dialogue international<br />

et intergénérationnel. Au<br />

travers des œuvres de Marcel<br />

Bascoulard, Éric Baudart,<br />

Stéphane Couturier, Hélène<br />

Delprat, Marina Gadonneix,<br />

Michel Journiac, Tetsumi<br />

Kudõ, Anita Molinero, Ceija<br />

Stojka, Richard Nonas, Ursula<br />

Schultze-Bluhm, Pierre Tal<br />

Coat, Pablo Tomek, William<br />

Tucker et Franz West, le visiteur<br />

pourra découvrir l’identité de<br />

notre galerie. »<br />

© photo : Rebecca Fanuele<br />

« L’idée d’être actif dans un endroit<br />

‘‘en devenir’’ me plaît bien plus que<br />

de m’installer au milieu d’autres<br />

galeries françaises à Bruxelles »<br />

Vous représentez également<br />

vos artistes dans des foires<br />

internationales et des<br />

expositions muséales. Quelle<br />

est votre position par rapport<br />

au marché belge ? Quels sont<br />

les musées avec lesquels vous<br />

aimeriez collaborer ?<br />

« Effectivement, nous sommes<br />

très actifs sur les foires<br />

internationales comme Art<br />

Basel/Miami/Hong Kong, FAB<br />

Paris, Paris+, Paris Photo et<br />

The Armory Show. Nous nous<br />

réjouissons de participer pour<br />

la première fois à la BRAFA, en<br />

janvier 2024, foire que nous<br />

visitons depuis de nombreuses<br />

années, très qualitative et qui<br />

mélange l’ancien, le moderne<br />

et le contemporain. Et bien<br />

évidemment nous comptons<br />

faire notre retour à Art Brussels<br />

en 2024, une foire au regard<br />

avant-gardiste. Quant aux<br />

musées, nous collaborons<br />

avec beaucoup d'entre eux à<br />

l’international, dont le Centre<br />

Pompidou à Paris, Le Museu<br />

Picasso à Barcelone ou encore<br />

le Ludwig Museum de Cologne.<br />

En <strong>Belgique</strong>, nous avons déjà<br />

été impressionnés par la qualité<br />

des expositions montrées au<br />

Wiels, au SMAK, au Musée M<br />

et d’autres grandes institutions<br />

comme les Musées royaux<br />

des Beaux-Arts de <strong>Belgique</strong>.<br />

Nous espérons effectivement<br />

collaborer avec nombre d’entre<br />

eux ! »<br />

Signatures<br />

Galerie Christophe Gaillard<br />

Bruxelles<br />

www.galeriegaillard.com<br />

du 07-09 au 28-10<br />

Paroles de galeriste #09.<strong>2023</strong> — PART 2<br />

25


L’ARTISTE DU MOIS<br />

Arnaud Eubelen<br />

Dans cette série, <strong>COLLECT</strong> s’intéresse à la place occupée par les jeunes<br />

artistes dans le monde contemporain. Pourquoi ont-ils choisi cette voie,<br />

d’où leur vient leur inspiration et comment se positionnent-ils ? Voici<br />

venu le tour du Bruxellois Arnaud Eubelen (1990).<br />

TEXTE : ELIEN HAENTJENS<br />

PORTRAIT : GUY KOKKEN<br />

Les rues de Molenbeek constituent<br />

une réserve inépuisable qui n’en finit<br />

pas de le surprendre. Une économie<br />

alternative, comme la nomme<br />

Arnaud Eubelen : « C’est une aubaine<br />

pour moi que les gens se débarrassent de<br />

leurs vieilleries. Le matériau trouvé est à<br />

la base de mes créations. Je le complète<br />

de choses dénichées sur des marchés<br />

aux puces ou dans des friperies. J’achète<br />

uniquement à l’état neuf les éléments plus<br />

élaborés ou les éclairages. » S’il a étudié le<br />

design industriel à Liège, puis à La Cambre<br />

à Bruxelles, il crée surtout des pièces<br />

uniques. Celles-ci sont avant tout le résultat<br />

de sa quête d’une économie alternative<br />

et de possibilités de produire localement:<br />

« Par mes objets, je questionne notre<br />

monde matériel et propose une vision<br />

alternative. Je ne souhaite pas alimenter un<br />

monde regorgeant de produits médiocres.<br />

La production pour elle-même me laisse<br />

indifférent. Le monde du design industriel<br />

m’effraie, même s’il me fascine également<br />

au plus haut point. » Chacun de ses objets<br />

détient le potentiel d’une production en<br />

série. La transparence de leur construction<br />

offrant aux spectateurs une idée<br />

de leur composition : « Je désire que le<br />

public prenne davantage conscience de<br />

la valeur du monde matériel, et atténuer<br />

la distance entre utilisateur et objet. Par<br />

mes imitations, je cite et j’interprète des<br />

objets industriels existants. Mon œuvre est<br />

un hommage au design, lequel constitue<br />

en même temps un support de questionnement<br />

du monde en tant qu’artiste. Si<br />

je crée des objets souvent fonctionnels,<br />

chaise de bureau ou luminaire, l’idée<br />

prédomine toujours. Par exemple, mes<br />

chaises de salon perdent en confort si<br />

vous restez assis une minute de trop, car<br />

je m’interroge aussi sur la valeur que nous<br />

attachons aux choses ou sur notre mode<br />

de cohabitation dans la ville. »<br />

D’EILEEN GRAY À PANAMARENKO<br />

Arnaud Eubelen ne cache pas son amour<br />

pour Bruxelles : « Cette ville n’a pas sa<br />

pareille pour me fournir une source de matériaux<br />

inépuisable. J’aime la dynamique<br />

énergétique qui y règne et la proximité<br />

entre travail et vie. Ma principale source<br />

d’inspiration se trouve dans la façon dont<br />

les gens profitent de la ville et aussi de<br />

leur propre environnement. Je n’ai pas de<br />

référence absolue à cet égard. Je considère<br />

mes objets comme une sorte de microarchitecture.<br />

Par leur intermédiaire, je fais<br />

entrer les façades à l’intérieur et révèle ce<br />

26


L’ARTISTE DU MOIS<br />

« Le fait de<br />

n’appartenir à aucune<br />

discipline stricte me<br />

laisse les coudées<br />

franches »<br />

qui est normalement caché derrière le mur.<br />

Un matériau tel que le gyproc renvoie<br />

aussi à cette philosophie. » Ce Bruxellois<br />

compte parmi ses idoles créatives tant<br />

Eileen Gray « pour son esthétique et sa<br />

force de ne pas devoir se cacher en tant<br />

que femme », que Mario Merz « pour son<br />

esthétique poétique, épurée et la synergie<br />

captivante entre matériaux ». Des compatriotes<br />

et architectes comme Charles<br />

Vandenhove et Gustave Serrurier-Bovy le<br />

fascinent aussi, respectivement pour leur<br />

style, qui fait fusionner passé et présent,<br />

et leur façon audacieuse de montrer et<br />

d’utiliser des éléments constructifs comme<br />

les vis, en guise d’ornements. Arnaud<br />

Eubelen poursuit : « J’admire beaucoup<br />

Panamarenko. Ses engins volants étaient<br />

After Seat, 2022, acier, pvc flexible, aluminium, autocollants<br />

imprimés, tissu, mousse de polyuréthane, signé, 180<br />

x 70 x 80 cm. © de l'artiste / photo : Piercarlo-Quecchia-<br />

Dsl-Studio - Prix : 6.500 €<br />

Groom Service, 2020, signé, 120 x 120 x 50 cm. © de l'artiste / Courtesy Galila's P. O. C. Collection, Bruxelles /<br />

photo : Jeroen Verecht - Prix : 5.500 €<br />

tout à fait fonctionnels et sa quête de nouveaux<br />

matériaux et formes dans des objets<br />

archétypiques très inspirante. J’aime aussi<br />

jouer, dans mes objets, avec l’effet de surprise<br />

et questionner les grands symboles<br />

du monde du design. »<br />

DES RÉSIDUS COMME PIÈCES<br />

DE PUZZLE<br />

Dans son œuvre, Arnaud Eubelen jette des<br />

ponts entre industrie, design de collection,<br />

art et artisanat : « Dans le monde de l’art,<br />

je suis considéré comme un designer, mais<br />

dans celui du design, je passe pour un<br />

artiste. J’ai cessé de tenter de me coller une<br />

étiquette. Je considère la confusion comme<br />

un avantage, car cela me laisse une plus<br />

grande latitude pour tester les limites de<br />

chaque discipline. Je réinvente tous les<br />

objets et remets en question leur statu<br />

quo. Chez Super Dakota, par exemple, je<br />

me concentre davantage sur les bruits ambiants<br />

qui dérangent ou, dans ma série de<br />

photos Ornamented bubble, questionne la<br />

manière dont les gens protègent leur propriété.<br />

Leur façon de faire des choses me<br />

captive. » Son œuvre fait place à un white<br />

cube, les objets prenant un autre statut<br />

dans un intérieur, tout en restant euxmêmes<br />

: « Il est plus simple de vendre une<br />

sculpture environ 3.000 euros qu’un objet<br />

fonctionnel. La fonction constitue pourtant<br />

une valeur ajoutée qui doit se traduire<br />

dans le prix. Je ne vois pas d’inconvénient à<br />

ce que les spectateurs touchent et testent<br />

les objets lors d’une exposition. Cela me<br />

permet de mieux comprendre si un objet<br />

fonctionne ou pas, l’effet qu’il exerce sur le<br />

spectateur et la façon dont je peux encore<br />

le peaufiner. » S’il n’a pas encore de galerie<br />

attitrée, l’artiste montre régulièrement ses<br />

œuvres : « Le circuit des galeries constitue<br />

un moyen intéressant pour montrer des<br />

œuvres au public, mais j’accorde aussi une<br />

grande importance aux expositions, dans<br />

les musées et les festivals dans l’espace<br />

public, ou à des projets de moindre envergure<br />

d’autres artistes. J’aime aussi beaucoup<br />

les collaborations, en passant par<br />

exemple voir les gens chez eux et utilisant<br />

les matériaux qu’ils me donnent afin de<br />

créer un objet personnel. Cela rencontre<br />

mon intérêt pour les résidus de matériaux.<br />

Comme dans un jeu de LEGO, je m’amuse<br />

à dénicher les bonnes pièces, dans la rue<br />

ou sur les marchés aux puces. L’esthétique<br />

de ces matériaux, parfois trouvés<br />

dans la poussière, et ce choix du low-tech<br />

confèrent un caractère intemporel à mes<br />

objets. Ils se démontent facilement et ne<br />

sont donc jamais définitifs. Une bonne<br />

façon d’établir un lien entre passé, présent<br />

et futur. »<br />

VISITER<br />

Einstein on the beach<br />

du 07-09 au 21-10<br />

Super Dakota<br />

Bruxelles<br />

www.superdakota.com<br />

27


ZOOM<br />

Ursula Schulz-<br />

Dornburg<br />

Qu’est-ce qu’on fait là au milieu de nulle part ?<br />

From Medina to Jordan Border, 2002-2003. © de l’artiste<br />

À Bruxelles, la Fondation A présente une dizaine de séries<br />

photographiques de l'Allemande Ursula Schulz-Dornburg dont le sujet<br />

récurrent de la ruine pointe la vanité de l’homo faber et suscite quelques<br />

questions métaphysiques.<br />

TEXTE : JEAN-MARC BODSON<br />

À<br />

première vue, et si l'on s'en tient<br />

à l'aspect formel, on pourrait<br />

supposer que l'œuvre d’Ursula<br />

Schulz-Dornburg (1938) procède<br />

de l’École de Düsseldorf. La frontalité, l’aspect<br />

sériel, le noir et blanc, mais aussi l’apparente<br />

banalité des sujets abordés font<br />

évidemment penser au travail de Bernd et<br />

28


ZOOM<br />

Les arrêts de bus en<br />

Arménie témoignent<br />

de la planification<br />

utopique de l'ère<br />

soviétique et<br />

symbolisent le déclin<br />

du communisme.<br />

Hilla Becher. Pourtant, bien qu’elle vive et<br />

travaille aujourd’hui dans cette ville, l’artiste<br />

n’a jamais suivi leur enseignement. De<br />

sa biographie, qu’elle garde particulièrement<br />

succincte, on peut déduire qu’elle est<br />

une photographe autodidacte qui a commencé<br />

sur le tard. Son premier essai photographique<br />

Huts, Temples, Castles, publié<br />

par MACK l’an passé, date en effet de 1969.<br />

Il s’agit d’une série d’images d’architecture<br />

de cabanes du ‘‘Jongensland’’, une île des<br />

alentours d’Amsterdam où les enfants pouvaient<br />

jouer, construire, créer et détruire,<br />

en grande partie sans surveillance. De ses<br />

interviews, on sait qu’elle a vécu à New<br />

York en 1967, où elle s'est ouverte à l'art<br />

contemporain dans des galeries privées,<br />

mais aussi à la photographie en visitant<br />

les expositions de Walker Evans et Robert<br />

Frank. On sait aussi que, de retour en<br />

Europe, elle s’est familiarisée avec les<br />

œuvres de Walter De Maria, Per Kirkeby et<br />

Ed Ruscha. D’évidence, mieux vaut-il donc<br />

lire son travail à travers le prisme large<br />

du bouillonnement artistique des sixties<br />

plutôt qu’à travers celui, trop restreint, de<br />

l’École de Düsseldorf. C’est, par ailleurs, ce<br />

que confirme sa bibliographie, bien étoffée<br />

quant à elle. Une trentaine de publications<br />

depuis les années 1970 et donc autant<br />

de travaux où l’on perçoit tout aussi bien<br />

l’influence de l’art conceptuel que celui des<br />

New Topographics. (1)<br />

METAPHORE DU TEMPS QUI PASSE<br />

Sous l’énigmatique intitulé Niemandslicht,<br />

la Fondation A présente une dizaine de<br />

séries qui, pour la grande majorité, ont<br />

été réalisés ces 25 dernières années. Ceci,<br />

à la notable exception près, des vues des<br />

splendides demeures en bois prises sur<br />

les rives du Bosphore à Istanbul en 1978,<br />

Erevan – Parakar, 2004. © de l’artiste<br />

que l’on avait pu voir l’an passé en ce<br />

même lieu lors de l’exposition Regards de<br />

femmes. Cet ensemble, plus précoce donc,<br />

embrasse déjà pleinement le sujet central<br />

et récurrent de son œuvre, à savoir le bâti<br />

comme trace et métaphore du temps qui<br />

passe. Une sorte de memento mori que<br />

l’on retrouve, par exemple, aussi dans<br />

Transit sites, busstops, Armenia 1997-2011,<br />

collection d’images d’arrêts de bus avec<br />

leurs aubettes construites lors de l’occupation<br />

soviétique. Toutes uniques, car<br />

dessinées par des architectes différents,<br />

le plus souvent en ruine, elles continuent<br />

à matérialiser la planification utopique<br />

de l’URSS dont elles rappellent, dans le<br />

même temps, la définitive dissolution. De<br />

la même façon – qu’il s’agisse des énormes<br />

structures métalliques abandonnées sur<br />

la route de Mourmansk (Kronstadt, Russia,<br />

2002), ou des grottes autrefois habitées<br />

par des moines chrétiens qui avaient fui<br />

l’Empire byzantin (15 kilometers along the<br />

georgian-azerbaijanian border, 1998-1999),<br />

de l’architecture vernaculaire de Marib,<br />

au Yémen ( From Sanaa to Ma’rib, Yemen,<br />

1987-2021) ou du chemin de fer de Damas<br />

à Médine dont il ne reste rien (From<br />

Medina to jordan border (Hejaz Railroad<br />

and Petroglyphs), 2002-2003) (2) – tout<br />

nous parle de la vanité et de la fragilité des<br />

constructions de l’homo faber. De série en<br />

série et, à l’intérieur de celles-ci, d’image<br />

en image, lorsqu’apparaissent au milieu<br />

des déserts traversés quelques silhouettes<br />

humaines auxquelles nous nous identifions,<br />

une seule question s’impose : « Mais<br />

que fait-on là au milieu de nulle part ? »<br />

(1) Du nom de l’exposition New Topographics : Photographs<br />

of a Man-Altered Landscape, organisée<br />

en 1975 à la George Eastman House de Rochester<br />

et qui a marqué un tournant dans l’évolution de la<br />

photographie documentaire.<br />

(2) La série n’est pas sans rappeler Westward, the<br />

course of empire, le merveilleux livre sur les ruines<br />

des chemins de fer nord-américains de Mark Ruwedel<br />

(1954), un photographe dans la tradition des<br />

New Topographics, qui a exposé de concert avec<br />

Ursula Schulz-Dornburg en 2019.<br />

VISITER<br />

Exposition Ursula Schulz-Dornburg.<br />

Niemandslicht<br />

Fondation A<br />

Bruxelles<br />

www.fondationastichting.com<br />

du 21-09 au 17-12<br />

29


Aurélie Bayad, I wish to be far, far away from you, 2022, installation vidéo, sonorisée par Welcome Alone, réalisée dans le cadre de la résidence Meetfactory à Prague. © de<br />

l'artiste – Prix : 2.000-5.000 €<br />

Bruxelles, terroir<br />

de talents<br />

Pour se plonger dans la scène<br />

créative, après deux mois<br />

d’interruption estivale, c’est à<br />

Bruxelles qu’il faut se rendre en<br />

septembre. Au programme : Design<br />

September, le Brussels Gallery<br />

Weekend et les vingt ans d’art de<br />

rue de Farm Prod.<br />

TEXTE : ELIEN HAENTJENS<br />

À<br />

l’occasion du 130e anniversaire<br />

de la naissance de l’Art nouveau,<br />

Design September jette<br />

un regard rétrospectif sur cette<br />

intense période créative. Le festival a, par<br />

exemple, invité le créateur limbourgeois<br />

Peter Donders à présenter ses créations<br />

dans l’hôtel The Dominican. Pour réaliser<br />

ses meubles en édition limitée, il associe<br />

savoir-faire artisanal et connaissances approfondies<br />

des programmes numériques.<br />

Il réussit ainsi à faire vivre un langage formel<br />

organique compliqué qui s’inspire de<br />

l’Art nouveau. MAD Brussels crée, par ailleurs,<br />

avec Jaime Hayon des liens avec l’Art<br />

nouveau espagnol d’Antonio Gaudí, tandis<br />

que le Design Museum explore, dans<br />

le cadre de l’exposition Resonanties, les<br />

relations entre sa collection de design en<br />

Design September<br />

se place sous le signe<br />

de l’Art nouveau.<br />

plastique et les pièces Art nouveau d’une<br />

collection privée. Lignes structurelles<br />

fluides, motifs floraux et environnements<br />

oniriques illustrent, entre autres, la façon<br />

dont les formes organiques naturelles<br />

s’expriment dans le plastique. L’utilisation<br />

du verre est également typique de l’Art<br />

nouveau. Avec ses tables peintes, Isabelle<br />

de Borchgrave donne une tournure contemporaine<br />

à ce matériau. Lors de l’avantdernier<br />

week-end de septembre, Design<br />

September misera à nouveau sur la combi-<br />

30


De l’Art nouveau en<br />

plastique à gogo :<br />

lignes structurelles<br />

fluides, motifs<br />

floraux exotiques<br />

et environnements<br />

oniriques fabuleux.<br />

naison entre vintage et design contemporain.<br />

Sur pas moins de 8 000 mètres carrés,<br />

des exposants venus de toute l’Europe<br />

présenteront leurs meilleures pièces dans<br />

l’imposant cadre de la Gare Maritime. Si<br />

l’on préfère découvrir et encourager les<br />

jeunes talents, il faut se rendre à For The<br />

Now (ancien Contemporary Design Market,<br />

ndlr). Parmi les cinquante exposants,<br />

signalons la présence de deux duos interculturels<br />

et interdisciplinaires qui, ensemble,<br />

ont créé une nouvelle collection. La<br />

Belge An Gillis et l’artiste belgo-marocain<br />

Nabil Aniss ont réalisé avec Al Khat un<br />

objet ou mur multifonctionnel en laine<br />

belge. An Gillis : « Lors de nos entretiens,<br />

nous avons découvert un intérêt commun<br />

pour l’exploration et l’art de rendre visible<br />

ce qui est caché. Notre objet se réfère donc<br />

à l’authentique haïk, sorte d’étoffe enveloppante<br />

que les gens portaient dans les<br />

montagnes de l’Atlas, ainsi qu’au paysage.<br />

En choisissant de la laine belge, nous insufflons<br />

une nouvelle vie à ce matériau et<br />

aux connaissances qui lui sont associées. »<br />

LE CENTRE BOURDONNANT<br />

Plusieurs œuvres de jeunes talents belges<br />

seront exposées dans divers endroits du<br />

centre-ville. Le Belgian Design Pavilion<br />

concocte, par exemple, une suite à son<br />

succès milanais chez Rempart44, espace<br />

de coworking de l’architecte d’intérieur<br />

Nicole Brock. Ses initiateurs, Joris Verstrepen<br />

et Timon Mattelaer, y présentent<br />

une sélection de tabourets et banquettes<br />

uniques de collègues créateurs dans un<br />

style sobre, internationalement apprécié.<br />

B-collective célèbre ses cinq ans d’existence<br />

en s’adjoignant un espace supplémentaire<br />

et des tabourets uniques ou en<br />

série limitée privilégiant les matériaux<br />

écologiques, circulaires et innovants. L’exposition<br />

inclut, entre autres, des créations<br />

originales d’Anthony Leenders, des objets<br />

sculpturaux de Robin Berrewaerts et les<br />

matériaux naturels de Bento Architecture,<br />

qui représente cette année la <strong>Belgique</strong> à<br />

la Biennale d’Architecture de Venise. Au<br />

Sablon, la nouvelle galerie Augusta mise<br />

sur le design unique et durable de talents<br />

bruxellois comme Roxane Lahidji, La<br />

Gadoue ou la créatrice Ariane van Dievoet.<br />

Dans la ville haute, Trenzar suit une<br />

tendance similaire. Sa fondatrice argentine,<br />

Violeta Guerrero, recherche dans son<br />

Marijke Jans, table d’appoint Kaffa t°05, 2022, marc<br />

de café et chêne noirci, 42 x 28 cm. © de l’artiste /<br />

photo : Thibeau Scarcériaux<br />

propre pays des objets artisanaux avec<br />

lesquels elle souhaite stimuler le dialogue<br />

culturel. À noter deux incontournables<br />

sur la place Brugmann : Shåk Gallery, qui<br />

expose sous le titre The Trip les nouveaux<br />

tabourets et lampes de Pierre Coddens,<br />

et AXL-Jewelry qui présente les nouvelles<br />

pièces du studio textile artisanal Hey Jude<br />

Design. Si vous n’avez qu’un week-end à<br />

consacrer à ces découvertes, des créations<br />

uniques de talents locaux sont à découvrir<br />

dans le flambant neuf complexe Mix.<br />

Pour reconvertir six étages de l’ancien<br />

bâtiment de la Royale Belge, l’architecte et<br />

homme-orchestre Lionel Jadot a chargé 52<br />

créateurs de créer des pièces sur mesure<br />

destinées à 140 chambres d’hôtel, trois restaurants<br />

et plusieurs espaces de coworking,<br />

fitness et wellness. Au rez-de-chaussée, le<br />

foodmarket Fox, entièrement aménagé de<br />

créations de talents belges comme Arnaud<br />

Eubelen (lire par ailleurs) et Bram Vanderbeke,<br />

est aussi de sa main.<br />

Peter Donders, Wind, 2019, placage de bouleau 12 mm, signé, 220 x 100 x 105 cm. © de l’artiste / photo : Paul Croes –<br />

Prix : 35.000-40.000 €<br />

BRUSSELS GALLERY WEEKEND<br />

Le Brussels Gallery Weekend ouvre pour<br />

la seizième fois la saison artistique. En<br />

dehors des expositions des 45 galeries<br />

participantes, il faut s’attendre à des<br />

propositions collectives dans un espace<br />

qui offre invariablement une plateforme<br />

à de nouveaux talents bruxellois. Pour la<br />

sixième édition de Generation Brussels,<br />

le commissaires Sam Steverlynck s’est<br />

31


Une oeuvre de Pei-Hsuan Wang. © de l'artiste / Courtesy<br />

Ballon Rouge<br />

Une oeuvre d'Emmy Larsson. © de l'artiste / Courtesy Galerie Dys<br />

An Gillis et Nabil Aniss, Al Khat, <strong>2023</strong> (détail), laine. © des artistes<br />

inspiré de Cet obscur objet du désir (1977),<br />

chef-d’œuvre du cinéaste surréaliste Luis<br />

Buñuel. Même s’il s’agit d’un de ses films<br />

les plus conventionnels, cette sombre<br />

fable sur l’amour et la luxure regorge<br />

de moments subtils de perturbation,<br />

d’aliénation et d’humour surréaliste. Pour<br />

l’exposition, Sam Steverlynck a choisi des<br />

œuvres qui partagent la même ambivalence,<br />

paraissant attrayantes au premier<br />

abord, mais à la connotation sombre et<br />

parfois menaçante. Aurélie Bayad explore,<br />

par exemple, dans sa vidéo I wish to stay<br />

here, far away from you (2021-2022) des<br />

sentiments éternels comme l’amour et le<br />

désir. Pour ce faire, elle évoque l’objet d’un<br />

désir absent vers lequel elle se sent attirée.<br />

Elle mélange les images d’elle-même et<br />

de substances visqueuses tirées d’Internet<br />

sur des écrans qui se chevauchent et<br />

éclairent d’emblée le spectateur sur son<br />

processus créatif. Cette situation hybride,<br />

entre réalité et fantaisie numérique, fait<br />

partie intégrante de son œuvre. Dans les<br />

pièces sculpturales de Chloé Arrouy est<br />

aussi perceptible une tension vive, entre<br />

beauté et souffrance, sensualité et rigidité,<br />

sacré et profane. L’ambivalence entre douleur<br />

et plaisir renvoie à l’univers du BDSM,<br />

tandis que les indices pointant vers des<br />

histoires plus sombres constituent une<br />

menace envers l’innocence et l’adolescence.<br />

Si son œuvre se réfère souvent à de<br />

rustiques objets usuels et sa création exige<br />

un certain savoir-faire, un second coup<br />

d’œil suffit pour découvrir que son twist<br />

32


Le chef-d’œuvre de<br />

Buñuel Cet obscur<br />

objet du désir a inspiré<br />

le commissaire<br />

Sam Steverlynck<br />

pour la sélection de<br />

Generation Brussels.<br />

Farm Prod (œuvre collective d’Alexis Corrand, Arnaud Debal, Guillaume Desmarets, Nelson Dos Reis et Fred<br />

Lebbe), Tupak (partie du triptyque All eyes on you), 2020, acrylique, peinture en aérosol. © des artistes<br />

personnel rend ses pièces totalement inutilisables.<br />

Dans cet ancien quartier général<br />

de D’Ieteren, à Ixelles, quatre artistes réfugiés<br />

et douze artistes souffrant d’un léger<br />

handicap mental présentent leurs œuvres,<br />

respectivement sous la houlette de Globe<br />

et Ateliers Indigo. Parmi les galeries, on<br />

compte aussi quelques nouveaux venus<br />

comme KIN, qui répond aux changements<br />

sociaux majeurs, et Christophe Gaillard,<br />

en face du futur KANAL-Centre Pompidou<br />

(lire par ailleurs).<br />

VINGT BOUGIES POUR FARM PROD<br />

L’espace d’exposition et d’ateliers d’artistes<br />

LaVallée fête, ce mois-ci, les vingt ans du<br />

collectif belge Farm Prod. Des images<br />

d’archive, photographies et autres œuvres<br />

inédites révélent l’univers singulier de l’art<br />

urbain et les réalisations du collectif au<br />

fil des vingt dernières années. A ce jour,<br />

les rues de Bruxelles ont été animées par<br />

le parcours Bruegel dans les Marolles<br />

(2019), fresque réalisée à l’invitation du<br />

festival Racines (2022) à Evere, une peinture<br />

murale pour la boulangerie Charli<br />

(2022), dans la rue Sainte-Catherine, ou<br />

l’œuvre d’art L’Arbre – d’après un dessin de<br />

Maurane Mazars – (<strong>2023</strong>), à Neder-Over-<br />

Heembeek. LaVallée donne en outre carte<br />

blanche au collectif Farm Prod sur tous les<br />

murs, des salles à la cour intérieure, ce qui<br />

permet de se plonger dans l’œuvre des dix<br />

membres, actuels et anciens. En joignant<br />

leurs efforts à ceux d’artistes extérieurs<br />

pour la réalisation de grands projets tels<br />

que celui-ci, ils complètent leurs compétences<br />

et enrichissent le collectif de leurs<br />

diverses expériences. Chaque membre a<br />

développé, en parallèle, une pratique artistique<br />

personnelle, usant de techniques, de<br />

thématiques et d’approches spécifiques :<br />

« Nous montrons et vendons individuellement<br />

nos œuvres, via des canaux plus traditionnels<br />

comme les salons d’art, tandis<br />

que les projets collectifs voient plus souvent<br />

le jour sur invitation, à la suite d’un<br />

événement », précise l’équipe de Farm<br />

Prod. « Qu’il naisse spontanément ou sur<br />

commande, soit autorisé ou illégal, l’art<br />

de rue est par nature gratuit et visible de<br />

tous, sans limitation de durée, de façon à<br />

ce que le grand public puisse en parler. Le<br />

marché de l’art s’adresse surtout à une élite<br />

culturelle, du moins financièrement. La<br />

relation entre artiste et public est, du reste,<br />

plus directe, sans intermédiaire tels que<br />

galeriste ou curateur. L’artiste peut dès lors<br />

faire passer sans filtre son message créatif,<br />

politique ou social. L’art de rue revêt un<br />

caractère brut qui fait peut-être défaut<br />

au marché de l’art actuel. » En dépit de<br />

personnalités aux nombreux succès commerciaux<br />

comme Keith Haring ou Blade,<br />

dans les années 1980, l’art de rue a longtemps<br />

été taxé de sous-culture. Farm Prod<br />

note un changement, opéré ces dernières<br />

années : « Le grand public s’intéresse de<br />

plus en plus à ce courant artistique. La<br />

communication directe, via les réseaux<br />

sociaux, a notamment joué un rôle majeur<br />

dans sa popularisation. L’art de rue est<br />

souvent extraordinaire, facile à photographier<br />

et à partager. Cette forme artistique<br />

s’inscrit parfaitement dans une tendance à<br />

l’appropriation et à l’unicité. Par cet intérêt<br />

du public, le marché de l’art, comme les<br />

galeries et salles de vente, manifeste une<br />

attention envers l’art de rue qui ne cesse<br />

d’augmenter. A ce titre, le démontage et la<br />

mise aux enchères d’œuvres de Banksy en<br />

constituent la preuve irréfutable. »<br />

VISITER<br />

Design September<br />

www.designseptember.be<br />

du 12 au 30-09<br />

Brussels Gallery Weekend<br />

www.brusselsgalleryweekend.com<br />

du 07 au 10-09<br />

Twenty years of Farm Prod<br />

LaVallée,<br />

www.farmprod.be<br />

du 01 au 30-09<br />

33


Jaime Hayon<br />

Un langage organique et coloré<br />

Tel un Gaudí contemporain, Jaime<br />

Hayon travaille, dans son atelier de<br />

Valence, sur une œuvre qui mêle<br />

design, dessin, intérieur et peinture.<br />

Formes organiques et riche palette<br />

colorée en sont le leitmotiv.<br />

TEXTE : ELIEN HAENTJENS<br />

Silhouette dans une étreinte, 2022, porcelaine, 57 x 25 x 23 cm, édition limitée de 500 pièces pour Lladró.<br />

© de l’artiste – Prix : 3.800 €<br />

MAD Brussels accueille une<br />

exposition personnelle<br />

de Jaime Hayon (1974). Si<br />

ce créateur espagnol s’est<br />

d’abord fait connaître, ces vingt dernières<br />

années, comme créateur d’intérieurs, de<br />

mobilier industriel et d’objets de collection,<br />

il s’est aussi lancé, ces dernières<br />

années, dans des dessins et des tableaux :<br />

« Dans ma jeunesse, je réalisais des dessins<br />

sur ma propre planche à roulettes<br />

ou celle d’amis. L’art a toujours été un<br />

prisme par lequel s’est exprimée ma créativité.<br />

L’objet de ma démarche consiste à<br />

transmettre et à stimuler des émotions,<br />

notamment par la couleur. Je ne fais<br />

aucune distinction entre design, création<br />

d’intérieur, peinture et installations. Je<br />

me consacre toujours à une thématique<br />

particulière et choisis pour cela le support<br />

le plus approprié. » Depuis 2001, l’artiste<br />

élabore une œuvre cohérente, facilement<br />

identifiable, qui franchit en douceur les<br />

limites entre disciplines : « On pourrait<br />

dire que je n’ai jamais su distinguer le<br />

‘‘moi’’ expressif du fonctionnel. Ces divers<br />

‘‘moi’’ sont toujours demeurés étroitement<br />

apparentés. Ma conception de<br />

l’étude m’a obligé à apprendre à dessiner<br />

de manière pratique, comme un moyen<br />

d’explorer formes et fonctions. Certains<br />

de mes carnets de croquis, regorgeant<br />

34


« Je n’ai jamais<br />

su distinguer le<br />

‘‘moi’’ expressif du<br />

fonctionnel. »<br />

d’études sur l’identité formelle et fonctionnelle,<br />

seront exposés. Dans mes<br />

croquis plus artistiques, l’expressivité de<br />

l’installation ou de la sculpture occupent<br />

une place centrale. Pour distinguer art et<br />

design, la fonction joue un rôle-clé dans la<br />

création d’intérieur ou mobilière. Chaque<br />

projet représente une page blanche dans<br />

laquelle prévaut le défi créatif. J’intègre<br />

souvent mes dessins dans des objets plus<br />

fonctionnels, par exemple mes tapis pour<br />

nanimarquina ou mes collections d’accessoires<br />

pour Bosa et Vista Alegre. »<br />

NOUVEL ART NOUVEAU<br />

Par ses créations, Jaime Hayon occupe<br />

une place singulière dans l’univers du<br />

design et s’inspire de son propre environnement<br />

: « Mon style découle de ma vision<br />

du monde. Un monde coloré, où la nature<br />

regorge non seulement de couleurs, mais<br />

la couleur crée des liens très forts avec nos<br />

émotions. On peut y exprimer diverses<br />

atmosphères et ambiances. J’attache, en<br />

outre, une grande importance aux formes<br />

organiques. Dans la nature, les lignes droites<br />

n’existent pas. Les formes arrondies<br />

sont plus douces, chaleureuses et belles.<br />

Le corps humain se composant de formes<br />

organiques, je crée des meubles en conséquence.<br />

Cela m’aide à sortir de ma zone<br />

de confort, ce que je trouve passionnant.<br />

Mes voyages constituent donc de véritables<br />

révélations. Ils permettent d’explorer<br />

d’autres cultures. Le folklore, l’art ou les<br />

traditions disparues constituent une<br />

source inépuisable de rêves. » Même si, ces<br />

vingt dernières années, son langage créatif<br />

a évolué, il est en substance demeuré<br />

identique. Jaime Hayon a, parallèlement,<br />

étendu son univers créatif à la peinture :<br />

« Je suis devenu accro à la notion de<br />

liberté que m’offre la toile. Peindre me passionne<br />

au plus haut point. Si ma créativité<br />

doit d’abord être libre et s’il est absurde de<br />

tenter de tout ranger dans différentes catégories,<br />

le public a souvent du mal à comprendre<br />

mon univers. Il tente de classer<br />

Singe, partie de la collection Faunacrystopolis, 2021, cristal et marbre, 19,7 x 11,4 cm, édition limitée (25 pièces<br />

par animal) pour Baccarat. © de l’artiste – Prix : 35.000 à 40.000 €<br />

art et design dans des compartiments différents.<br />

A cet égard, j’ai l’impression que les<br />

choses sont en train d’évoluer. Les éditions<br />

de design sont davantage estimées à leur<br />

juste valeur et montrées parfois aux côtés<br />

d’œuvres d’art. Vouloir faire la distinction<br />

donne parfois lieu à un véritable casse-tête<br />

chinois : un vase peint à la main est-il de<br />

l’art ou du design ? » L’histoire a prouvé<br />

que ce catalogage était tout à fait absurde,<br />

estime l’artiste : « Un vase grec ancien,<br />

peint à la main, orné de scènes illustrant la<br />

vie et les passions de cette ancienne civilisation,<br />

dans quelle catégorie le rangezvous<br />

? Celle du design parce que vous<br />

pouvez l’utiliser pour y mettre de l’eau ?<br />

Ou celle de l’art parce qu’il nous informe<br />

sur notre histoire et les passions humaines<br />

? Dans l’Art nouveau, l’art, le design et<br />

l’architecture se conjuguaient. L’utilisation<br />

de formes organiques, inspirées de la<br />

nature, était le leitmotiv de toutes les<br />

créations. Les architectes attachaient une<br />

grande importance à l’artisanat et aux<br />

matériaux traditionnels comme le bois ou<br />

le métal. Tous ces aspects sont également<br />

récurrents dans mon travail. On pourrait<br />

le qualifier de ‘‘nouvel Art nouveau’’. » La<br />

possibilité d’exposer dans la ville natale<br />

de l’Art nouveau convient parfaitement à<br />

l’artiste : « Je nourris depuis longtemps une<br />

grande admiration pour la <strong>Belgique</strong> et la<br />

manière avant-gardiste dont vous percevez<br />

le monde. Je garde, en outre, de beaux<br />

souvenirs d’Intérieur Courtrai dont je fus<br />

l’invité d’honneur en 2008. »<br />

VISITER<br />

Exposition Jaime Hayon<br />

MAD Brussels<br />

Bruxelles<br />

www.mad.brussels<br />

du 22-09 au 27-01-2024<br />

35


Une exposition<br />

comme expérience<br />

cinématographique<br />

Rosine Mbakam, La fin d’un temps, <strong>2023</strong>. © de l’artiste / Courtesy Tândor Productions<br />

Contour, la Biennale de l’Image<br />

en Mouvement de Malines, fête<br />

son dixième anniversaire. Cette<br />

manifestation festive est organisée,<br />

pour la première fois, par une<br />

plateforme d’artistes, Auguste<br />

Orts, qui produit et distribue des<br />

films d’art au niveau national et<br />

international. Entretien avec ses<br />

cofondateurs, Herman Asselberghs<br />

et Anouk De Clercq.<br />

TEXTE : TAMARA BEHEYDT<br />

Depuis 2006, Auguste Orts produit<br />

et distribue à un niveau<br />

international les films d’artistes<br />

de ses propres membres, mais<br />

aussi de tiers. Si Herman Asselberghs et<br />

Anouk De Clercq possèdent une certaine<br />

expérience en matière d’organisation<br />

d’expositions et si Auguste Orts établit<br />

plus souvent un programme de films et de<br />

débats, la mise en œuvre d’une exposition<br />

de l’ampleur de Contour est inédite pour<br />

la plateforme. Il leur a ainsi fallu un temps<br />

de réflexion avant de réagir à l’open call<br />

de la biennale. Anouk De Clercq : « Nous<br />

existons depuis quinze ans. Concevoir<br />

un projet d’exposition nous a permis de<br />

réfléchir à nos perspectives d’avenir, mais<br />

« Nous souhaitons<br />

offrir un aperçu<br />

du riche écosystème<br />

des pratiques<br />

d’artistes de cinéma<br />

en <strong>Belgique</strong> »<br />

ANOUK DE CLERCQ<br />

surtout à la scène sur laquelle nous opérons<br />

et à laquelle nous donnons forme. »<br />

En dehors de ce duo, Fairuz Ghammam,<br />

Sven Augustijnen et Manon de Boer font<br />

36


aussi partie d’Auguste Orts. Presque tous<br />

ont déjà participé à l’événement, mais<br />

ont choisi de ne pas exposer leurs propres<br />

œuvres dans le cadre de cette édition :<br />

« Nous souhaitons offrir un aperçu du<br />

riche écosystème des pratiques d’artistes<br />

de cinéma en <strong>Belgique</strong> et notre sélection<br />

n’est que la partie visible de l’iceberg.<br />

» Le choix s’est sciemment porté sur<br />

la diversité des pratiques artistiques à<br />

regrouper. Au lieu de se concentrer sur un<br />

seul thème, l’exposition s’articule autour<br />

de deux points d’ancrage. Si la pièce<br />

minimaliste Coming Together de l’Américain<br />

Frederic Rzewski constitue le point<br />

de départ conceptuel, une autre de ses<br />

compositions, People United Will Never<br />

Be Defeated, sera exécutée lors du dernier<br />

week-end de Contour.<br />

INCLUSIF, IMMERSIF ET SUBVERSIF<br />

Le titre de cette édition We are… is/<br />

suggère avant tout la diversité et l’ouverture<br />

du réseau d’artistes de cinéma (ou<br />

artist’s moving image). Si la vidéo et le<br />

cinéma ont toujours constitué l’essence<br />

de Contour, chaque édition s’ouvre aussi à<br />

d’autres médias et disciplines. En dehors<br />

des musiciens, on note également la présence<br />

de l’écrivain et artiste Dominique<br />

De Groen. Autre participation remarquable,<br />

celle de l’artiste-peintre Melissa<br />

Gordon, qui s’est récemment intéressée<br />

à la scénographie, au mouvement et au<br />

théâtre et que l’invitation des organisateurs<br />

a incitée à approcher ses propres<br />

œuvres différemment. Elle en présente<br />

quatre que lui ont inspiré les fenêtres<br />

des ateliers d’artistes parisiens du début<br />

du XXe siècle, lieux où le modernisme<br />

(abstrait) a vu le jour. Une installation<br />

lumineuse mobile montre au spectateur<br />

les tableaux frame per frame, expérience<br />

quasi-cinématographique dans laquelle<br />

des aspects inédits de la peinture et de<br />

l’observation deviennent soudain visibles.<br />

Subversive Film fut, l’an dernier, un hôte<br />

remarqué de la Documenta XV de Cassel.<br />

Ce collectif, qui existe depuis 2011<br />

et opère entre Ramallah et Bruxelles, se<br />

concentre sur la recherche et la production<br />

de films historiques en rapport avec<br />

la Palestine et les régions environnantes.<br />

Son œuvre contribue activement à la<br />

conservation et à la protection de documentaires<br />

et de productions artistiques<br />

dans les zones de conflit. Si les compositions<br />

de Frederic Rzewski, qui ont inspiré<br />

Auguste Orts, portent un titre quasi-mi-<br />

litant, l’exposition n’a pas pour seul but<br />

d’exprimer une opinion politique. Herman<br />

Asselberghs : « Nous nous intéressons<br />

avant tout à une approche poétique<br />

de la politique. Nous n’exposons donc pas<br />

de documentaires à strictement parler,<br />

mais des films d’artistes avec une touche<br />

personnelle. Ils se penchent tout naturellement<br />

sur le monde d’aujourd’hui. »<br />

CHANTAL AKERMAN<br />

Au fil des éditions, divers lieux malinois<br />

ont été investis par Contour, mais Auguste<br />

Orts a décidé de renoncer à un parcours<br />

urbain et d’utiliser exclusivement<br />

les salles pouvant accueillir les œuvres<br />

dans des conditions optimales : le centre<br />

d’art Nona, le musée Hof Van Busleyden,<br />

le cinéma Lumière et De Garage. Herman<br />

Asselberghs : « Il n’y a pas d’exposition<br />

centrale. Tous les espaces revête la même<br />

valeur dans le projet. Nous approchons<br />

l’exposition en termes d’expérience cinématographique<br />

: l’expérience partagée<br />

d’un public. Au cinéma, vous êtes assis<br />

dans un fauteuil et explorez le monde. Le<br />

film d’artiste évolue entre cinéma et arts<br />

plastiques. La recherche des façons de<br />

traduire un film en espace, dans lequel<br />

le spectateur se déplace librement, fait<br />

bien entendu partie de nos activités. »<br />

Au rez-de-chaussée du Hof van Busleyden,<br />

un immense mur de projection<br />

permet aux visiteurs de découvrir en<br />

boucle un programme de films courts<br />

ou de fragments de films, proposés par<br />

les artistes participants et assemblés par<br />

Auguste Orts. Six artistes ont aussi créé<br />

un nouveau film omnibus en hommage à<br />

Chantal Akerman (1950-2015), influente<br />

cinéaste belge dont Jeanne Dielman, 23<br />

quai du Commerce, 1080 Bruxelles fut<br />

élu cette année meilleur film de tous les<br />

temps et qui fera l’objet d’une exposition<br />

rétrospective à BOZAR, l’an prochain. Au<br />

cinéma Lumière, Auguste Orts inscrira<br />

chaque semaine une projection au cœur<br />

de la programmation cinématographique<br />

régulière. Herman Asselberghs : « Nous<br />

souhaitons offrir au film d’artiste la<br />

place qui lui revient dans l’offre cinématographique<br />

régulière et espérons ainsi<br />

mélanger les publics, du moins symboliquement.<br />

» À l’occasion de son jubilé,<br />

Les œuvres de Melissa Gordon s’inspirent<br />

des fenêtres d’ateliers d’artistes parisiens<br />

du début du XXe siècle.<br />

Melissa Gordon, Liquid Gestures, Towner Gallery, 2022. © de l’artiste<br />

37


Rebecca Jane Arthur, Sirah Foighel Brutmann & Eitan Efrat, Eva Giolo, Katja Mater, Maaike Neuville, I hope this finds you well, <strong>2023</strong>.<br />

© des artistes / Courtesy Centre d’art nona<br />

« Nous voulons donner au film d’artiste<br />

la place qui lui revient dans l’offre<br />

cinématographique »<br />

HERMAN ASSELBERGHS<br />

VISITER<br />

Contour, Biënnale van Bewegend Beeld<br />

(C0n10ur)<br />

Divers endroits<br />

Malines<br />

www.nona.be/nl/contour-biennale<br />

du 09-09 au 05-11<br />

la biennale s’étend à d’autres villes. Au<br />

centre des arts audiovisuels bruxellois<br />

Argos, Auguste Orts organise une exposition<br />

personnelle d’Aay Liparoto qui traite<br />

de la limite, parfois ténue souvent mouvante,<br />

entre amour et violence. L’artiste<br />

crée un environnement où la violence<br />

conjugale, le consentement, l’amour et les<br />

limites physiques et émotionnelles sont<br />

visibles dans la scénographie, mais aussi<br />

perceptibles dans une expérience de réalité<br />

virtuelle. Le STUK (Huis voor Dans,<br />

Beeld en Geluid), à Louvain, coproduit<br />

quelques œuvres et reprend l’hommage à<br />

Chantal Akerman dans son programme.<br />

Au Kunsthal Extra City d’Anvers, Auguste<br />

Orts invite une autre plateforme de production<br />

et de distribution de film d’art:<br />

elephy. Quatre artistes de ce collectif,<br />

Rebecca Jane Arthur, Chloë Delanghe, Eva<br />

Giolo et Christina Stuhlberger, exposent<br />

leurs œuvres dans une scénographie de<br />

Yuichiro Onuma, en mettant l’accent sur<br />

des questions comme l’intimité familiale,<br />

les identités construites et le lien entre<br />

homme et nature.<br />

Elephy, Double Voiced<br />

Kunsthal Extra City<br />

Anvers<br />

www.extracitykunsthal.org<br />

du 07-09 au 19-11<br />

Aay Liparoto. Small Acts of Violence<br />

Argos<br />

Bruxelles<br />

www.argosarts.org<br />

du 06-09 au 23-12<br />

SURFER<br />

www.augusteorts.be<br />

38


CALLEWAERT<br />

VANLANGENDONCK<br />

GALLERY<br />

BELGIAN ABSTRACT POST-WAR ART<br />

INFORMAL ART IN BELGIUM<br />

10 September – 19 November <strong>2023</strong><br />

vernissage Sunday 10 September, 2 pm - 6 pm<br />

introduction by Kurt Van Eeghem at 3 pm<br />

HUGO CLAUS<br />

ANTOINE MORTIER<br />

SERGE VANDERCAM<br />

RENÉ GUIETTE<br />

MAURICE WYCKAERT<br />

ROGER RAVEEL<br />

ENGLEBERT VAN ANDERLECHT<br />

JULES LISMONDE<br />

VIC GENTILS<br />

PAUL VAN HOEYDONCK<br />

WOUT VERCAMMEN<br />

JAN SAVERYS<br />

POL MARA<br />

JEF VERHEYEN<br />

MARCEL-HENRI VERDREN<br />

BRAM BOGART<br />

JAN BURSSENS<br />

MARK VERSTOCKT<br />

Callewaert Vanlangendonck Gallery<br />

17 Sint-Jacobstraat, 2000 Antwerp<br />

Friday – Saturday – Sunday 2 pm - 6 pm<br />

or by appointment<br />

gallery@callewaert-vanlangendonck.com<br />

www.callewaert-vanlangendonck.com<br />

Brecht Callewaert +32 475 92 67 24<br />

Yoeri Vanlangendonck +32 476 44 46 11<br />

39<br />

Hugo Claus, Untitled, 1959, mixed technique on paper, 72.5 x 49 cm


Gertrude Stein<br />

Papesse de l’avant-garde<br />

C’est l’histoire d’une amitié<br />

hors norme entre deux icônes<br />

du XXe siècle, Pablo Picasso et<br />

Gertrude Stein. Une amitié qui<br />

s’est cristallisée à Paris, autour de<br />

leur travail respectif, fondateur<br />

du cubisme et des avant-gardes<br />

picturales et littéraires du XXe<br />

siècle. Si la postérité du premier<br />

est immense, celle de la seconde<br />

ne l’est pas moins. Pourquoi, et qui<br />

était-elle ?<br />

TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE<br />

Pablo Picasso, Portrait de Gertrude Stein, 1905-1906, huile sur toile, 100 x 81,3 cm. New York, The Metropolitan<br />

Museum of Art, inv. 47.106. © Succession Picasso <strong>2023</strong><br />

Femme au physique colossal, figure<br />

incontournable du monde de l’art<br />

de la première moitié du XXe siècle,<br />

Gertrude Stein (1874-1946) fut à<br />

la fois écrivaine, poétesse et esthète. Elle<br />

passa la majeure partie de sa vie en France<br />

et fut un catalyseur dans le développement<br />

de la littérature et de l’art moderne.<br />

Par sa collection personnelle et par ses<br />

livres, elle contribua à la diffusion du cubisme<br />

et plus particulièrement de l’œuvre<br />

de Picasso, de Matisse et de Cézanne. Première<br />

collectionneuse de Picasso, le portrait<br />

qu’il réalise d’elle en 1906, quelques<br />

mois après leur rencontre, scelle aux yeux<br />

de la postérité leur alliance amicale et artistique<br />

autour du cubisme, entre peinture<br />

40


et écriture. L’histoire de cette émulation<br />

respective est bien connue, grâce notamment<br />

au récit que l’écrivaine en fit dans<br />

sa fameuse Autobiographie d’Alice Tokias<br />

(1933). Préoccupés par la question du réel<br />

et sa représentation, Picasso comme Stein<br />

partagent la même volonté de ramener<br />

l’attention aux choses vues, ancrée dans<br />

l’expérience sensible du présent. Chacun<br />

développe sa propre écriture : l’une, littéraire,<br />

fondée sur ‘‘l’insistance syntaxique’’,<br />

sonore et lexicale, et l’autre, picturale,<br />

sur la simplification et la décomposition<br />

des formes. A partir de quelques traits,<br />

Gertrude Stein suggère, par le rythme oral<br />

ou visuel de la répétition aux variations<br />

infimes, la pulsation de vie de son modèle,<br />

tandis qu’avec quelques lignes reconnaissables,<br />

Picasso restitue, par l’ordonnance<br />

des volumes condensés, l’essence de ses<br />

figures. Dans les années 1910, ils entreprennent<br />

ainsi, à partir du registre de la<br />

nature morte, un tournant radical. Leurs<br />

réflexions sur la relation qui unit les mots<br />

ou les images aux choses les mènent à<br />

élaborer une écriture expérimentale relativement<br />

hermétique. Ils opèrent une déconstruction<br />

de la syntaxe, pour la poète,<br />

et des volumes et plans, pour le peintre,<br />

aboutissant à l’éclatement final de la<br />

phrase et de la forme. Dès lors, témoignant<br />

d’une admiration sans faille pour Picasso<br />

qui est le seul, selon elle, à être en relation<br />

avec l’objet même, Stein va accompagner<br />

et soutenir financièrement les grandes<br />

étapes du cubisme, en acquérant des<br />

œuvres de chaque période et en construisant,<br />

en parallèle, son écriture personnelle<br />

selon des approches formelles voisines. De<br />

son côté, bien qu’il ne la lise pas, le peintre<br />

andalou la considère comme son double<br />

littéraire et est respectueux de son travail<br />

d’écriture, ce qui lui vaut d’être surnommée<br />

''la cubiste des lettres''.<br />

VERS L’AFFIRMATION DE SOI<br />

Née en Pennsylvanie, cadette d’une famille<br />

juive aisée d’origine allemande ayant fait<br />

fortune dans l’immobilier et les tramways,<br />

Gertrude Stein perd son père à l’âge de<br />

quatorze ans et passe alors sous la tutelle<br />

de ses frères, Michael et Leo, qu’elle chérit<br />

particulièrement. En 1893, elle s’inscrit en<br />

sciences humaines à Radcliffe, aile féminine<br />

de Harvard, où elle étudie la philosophie<br />

et la psychologie en compagnie de<br />

William James, frère aîné d’Henry James,<br />

qui sera la grande figure intellectuelle de<br />

sa vie. En 1897, elle entre à John Hopkins,<br />

Pablo Picasso, Trois Figures sous un arbre, Paris, 1907-1908, huile sur toile, 99 x 99 cm. Paris, Musée national<br />

Picasso. © RMN-Grand Palais (musée national Picasso-Paris) / photo : Mathieu Rabeau / Succession Picasso <strong>2023</strong><br />

Préoccupés par la question du réel et sa<br />

représentation, Picasso comme Stein partagent<br />

la même volonté de ramener l’attention aux<br />

choses vues, ancrée dans l’expérience sensible<br />

du présent.<br />

faculté de médecine de Baltimore, où elle<br />

ambitionne d’effectuer des recherches<br />

sur les névroses féminines, mais échoue à<br />

obtenir son diplôme. Au tout début du XXe<br />

siècle, Gertrude, sous le coup d’une déception<br />

amoureuse – elle a découvert qu’elle<br />

aimait les femmes – décide de s'arracher à<br />

son milieu pour suivre Leo dans ses aventures.<br />

Celui-ci, désireux de devenir artiste,<br />

est parti s'établir à Paris en 1903 et Gertrude<br />

l’y rejoint l’année suivante. Dès 1904,<br />

le frère et la sœur louent un petit appartement<br />

rue de Fleurus (adresse destinée à<br />

devenir mythique), près du Luxembourg,<br />

et fréquentent notamment le milieu de<br />

l’avant-garde artistique de Montparnasse.<br />

En 1905, Leo, qui manifeste un intérêt<br />

très vif pour Cézanne, s’offre une de ses<br />

toiles, la première d’une longue série<br />

d’œuvres acquises avec sa sœur. La même<br />

année, par l’intermédiaire de l’écrivain<br />

et esthète Henri-Pierre Roché, la fratrie<br />

rencontre Picasso. Le peintre est ébahi par<br />

le physique impressionnant de Gertrude<br />

et lui demande d’être son modèle. Après<br />

nonante séances de pose, il donne le dernier<br />

coup de pinceau à sa toile, en 1906. En<br />

1907, Gertrude rencontre Alice B. Toklas,<br />

secrétaire de Leo, avec qui elle partagera<br />

sa vie, de 1909 jusqu’à sa mort. Cette relation<br />

amoureuse, de plus en plus affirmée<br />

aux yeux de tous, ainsi que son soutien<br />

au mouvement cubiste contribueront à la<br />

brouiller définitivement avec son frère.<br />

41


Le genèse croisée des<br />

œuvres respectives<br />

de Stein et Picasso<br />

a, en grande partie,<br />

fondé le cubisme dont<br />

les œuvres auront<br />

des répercussions<br />

majeures, durant la<br />

seconde moitié du xx e<br />

siècle, sur l’art moderne<br />

et contemporain.<br />

PREMIERS SUCCÈS<br />

Si la demeure de la rue de Fleurus<br />

accueille désormais toute l’avant-garde<br />

artistique et littéraire, Gertrude ne rencontre<br />

que peu de succès auprès des<br />

éditeurs. Car, alors que le cubisme lui a fait<br />

appréhender le langage autrement que<br />

par l’approche traditionnelle signifiant/<br />

signifié, les journalistes lui reprochent de<br />

malmener la langue française. C’est donc<br />

à compte d’auteur qu’elle publie Trois<br />

Vies, en 1909. Rédigé devant un tableau de<br />

Cézanne (Madame Cézanne à l’éventail,<br />

1878-1888), cet ouvrage tisse une réflexion<br />

sur la texture et la densité de l’écriture.<br />

Leo, qui s’entend mal avec Alice Toklas,<br />

s’apprête à quitter la France pour l’Italie, où<br />

il s’installera l’année suivante. Dès lors, les<br />

Stein se partagent l’importante collection<br />

de tableaux qu’ils ont réunie (pas moins<br />

de 600 œuvres passeront entre leurs mains<br />

entre 1905 et 1920), quitte à en vendre<br />

certains. Son frère, qui déteste le cubisme,<br />

conserve les Renoir, tandis que Gertrude<br />

garde l’œuvre de Picasso. Après la guerre,<br />

le salon de la rue de Fleurus a moins de<br />

succès, mais Gertrude poursuit sa collection<br />

même si ses moyens ne lui permettant<br />

plus que de s’offrir des œuvres de Juan<br />

Gris, André Masson, Balthus et Francis<br />

Paul Cézanne, Pommes et biscuits, 1880, huile sur toile, 45 x 55 cm. Paris, musée de l’Orangerie. © RMN-<br />

Grand Palais (musée de l’Orangerie) / photo : Franck Raux<br />

Picabia. En 1922, elle publie un recueil<br />

de poésie, Géographie et autres pièces,<br />

dans lequel elle réfléchit sur la manière<br />

de brouiller les mots par la répétition, les<br />

débarrassant ainsi de leurs stéréotypes.<br />

« A rose is a rose is a rose is a rose », l’un<br />

des vers du recueil, devient ainsi sa devise.<br />

Dès lors, la renommée de Gertrude va<br />

croissant. En 1933, l’Autobiographie d’Alice<br />

Toklas, son œuvre la plus connue et la<br />

plus facile d’accès, lui vaut une tournée de<br />

conférences aux États-Unis. Gertrude s’y<br />

raconte elle-même à travers les yeux de sa<br />

compagne, décrivant l’aventure de la collection,<br />

en éliminant Léo et en s’attribuant<br />

le premier rôle…<br />

ZONE LIBRE<br />

En 1938, le couple quitte la rue de Fleurus<br />

pour s’installer rue Christine. Toujours intéressée<br />

par la nouveauté, Gertrude Stein<br />

qualifie les jeunes auteurs, parmi lesquels<br />

Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald,<br />

de lost generation. « Vous autres,<br />

jeunes gens qui avez fait la guerre, vous<br />

êtes tous une génération perdue», rapportera<br />

le premier dans Paris est une fête<br />

(1957-1960). Il s’y souvient aussi que « Miss<br />

Stein, était très forte, mais pas très grande,<br />

lourdement charpentée comme une<br />

paysanne. Elle avait de beaux yeux, et un<br />

visage rude de juive allemande, qui aurait<br />

aussi bien pu être friulano et elle me faisait<br />

penser à quelques paysannes du nord de<br />

l’Italie par la façon dont elle était habillée,<br />

par son visage expressif, et sa belle<br />

chevelure, lourde, vivante, une chevelure<br />

d’immigrante, qu’elle relevait en chignon,<br />

sans doute depuis le temps où elle était à<br />

l’Université. Elle parlait sans cesse et surtout<br />

des gens et des lieux. » Américaines,<br />

juives et lesbiennes, Gertrude et Alice se<br />

réfugient dès 1939 en zone libre dans la<br />

maison qu’elles louaient depuis plusieurs<br />

années dans l’Ain. « Tous savaient où elle<br />

était mais personne n’osa la toucher, ni<br />

les Allemands ni la Milice de Vichy », écrit<br />

à ce propos Antoine de Baecque, un de<br />

ses biographes. De fait, Gertrude et Alice<br />

retrouveront leur appartement parisien et<br />

leur collection intacts après la guerre. Car<br />

elles ont bénéficié de la protection d’un<br />

de leurs amis, l’universitaire et écrivain<br />

Bernard Faÿ, qui a collaboré avec Vichy…<br />

Le bonheur de la Libération ne dure guère<br />

car la ‘‘papesse de l’avant-garde’’ s’éteint<br />

à Paris en juillet 1946, onze ans avant sa<br />

compagne, qui fit tout pour préserver son<br />

inestimable collection.<br />

42


Andy Warhol, Gertrude Stein, 1980, acrylique et<br />

sérigraphie sur toile, 101,9 x 101,9 cm. New York,<br />

Whitney Museum of American Art. © Digital image<br />

Whitney Museum of American Art / The Andy<br />

Warhol Foundation fort he Visual Arts, Inc. / ADAGP,<br />

Paris <strong>2023</strong><br />

‘Ik gebruik<br />

materialen die hun<br />

kwaliteit behouden<br />

in de loop der jaren’<br />

CHRISTOPHE GEVERS<br />

Nam June Paik, Gertrude Stein, 1990, installation de moniteurs de télévision anciens, techniques mixtes,<br />

deux canaux vidéo, 248,9 x 195,9 x 94 cm. The Edkard Collection. © Courtesy James Cohan Gallery, New York<br />

/ Nam June Paik Estate<br />

LA RADICALITÉ EN HÉRITAGE<br />

Son portrait par Picasso achevé en 1906,<br />

évoqué plus haut et entré dans les collections<br />

du Metropolitan Museum of Art de<br />

New York, s’était fait avec beaucoup de<br />

difficultés. Pour saisir la personnalité de<br />

Stein, l’artiste avait trouvé la solution en<br />

utilisant une espèce de masque inexpressif,<br />

issu de ses études de l’art ibérique<br />

ancien et de l’art africain, y préfigurant<br />

ainsi Les Demoiselles d’Avignon (1907). A<br />

l’époque, personne n’aimait ce portrait,<br />

sauf le peintre et son modèle. À ceux qui<br />

s’inquiétaient de la fidélité de ses traits, Picasso<br />

répondait : « Vous verrez, elle finira<br />

par lui ressembler ». De son côté, la poétesse<br />

écrivait, en 1938, dans sa biographie<br />

du maître : « J’étais à cette époque seule<br />

à comprendre Picasso, peut-être aussi<br />

parce que j’exprimais la même chose en<br />

littérature (…) » Cette radicalité poétique,<br />

élaborée à travers un dialogue avec la<br />

peinture de Picasso, va constituer la pierre<br />

angulaire des premières avant-gardes de<br />

la culture américaine sur laquelle vont se<br />

fonder les mouvement expérimentaux<br />

performatifs et musicaux des années<br />

1950 et 1960, autour de John Cage et de<br />

Merce Cunningham, du Living Theater, de<br />

Fluxus, du Pop Art et de l’art minimal. Car,<br />

si le rôle de Marcel Duchamp en tant que<br />

source de l’art conceptuel est pleinement<br />

reconnu, la poésie expérimentale de Gertrude<br />

Stein a également ouvert un champ<br />

d’explorations artistiques et poétiques,<br />

centrales dans les démarches conceptuelles,<br />

notamment autour de la plasticité<br />

du langage, la dimension performative et<br />

la matérialité visuelle et sonore des mots.<br />

Plus près de nous, en 1983, A rose is a rose<br />

is a rose is a rose a inspiré le titre d’une des<br />

pièces chorégraphiques fondatrices de la<br />

danse contemporaine, Rosas danst Rosas<br />

d’Anne Teresa De Keersmaeker, et le nom<br />

même de sa compagnie, Rosas.<br />

VISITER<br />

Exposition Gertrude Stein et Pablo Picasso.<br />

L’invention du langage<br />

Musée du Luxembourg<br />

Paris<br />

www.museeduluxembourg.fr<br />

du 13-09 au 28-01-2024<br />

43


L’Art ancien<br />

sur un fond d’or<br />

Sur le marché discret et sélectif<br />

de l’Art ancien, la plus-value est<br />

désormais à chercher du côté des<br />

grands noms, même si la curiosité<br />

pour des chefs-d’oeuvre oubliés est<br />

toujours présente.<br />

TEXTE : GILLES BECHET<br />

Une des meilleures garanties que<br />

l’art ancien peut offrir au marché,<br />

c’est son âge. Ses grands artistes,<br />

ses icônes, occupent une place<br />

indétrônable dans l’histoire de l’art et sont,<br />

en principe, à l’abri des effets de mode et<br />

de revirements d’opinion. Mais, son ancienneté<br />

est aussi son principal handicap,<br />

parce que son iconographie, ses références<br />

mythologiques, historiques et religieuses<br />

ne parlent plus à une large part du public.<br />

Pourtant, l’immense succès de l’exposition<br />

Vermeer au Rijksmuseum prouve, s’il<br />

en était besoin, que les chefs-d’œuvre du<br />

maître de Delft, peints il y a près de 400 ans,<br />

font toujours courir les foules.<br />

Michael Sweerts, L’atelier de l’artiste avec une couturière, huile sur toile, 79,5 x 108,4 cm. Christie’s, Londres, 06-07. © Christie’s Images Ltd. — 12.615.000 £ (14.790.000 €)<br />

44


« Les collectionneurs<br />

plus jeunes aiment<br />

mélanger les choses<br />

et commencent avec<br />

un tableau, se mettent<br />

à lire, à découvrir<br />

puis en achètent un<br />

deuxième. »<br />

KLAAS MULLER<br />

RARETÉ ET QUALITÉ<br />

Traditionnellement, l’Art ancien, old<br />

masters en anglais, couvre les œuvres<br />

réalisées entre les XIVe et XVIIIe siècles.<br />

Aujourd’hui, on y ajoute de plus en plus<br />

souvent les artistes du XIXe. Longtemps, il<br />

a dominé sans partage les transactions sur<br />

le marché de l’art, mais progressivement le<br />

vent a tourné. En 2022, suivant une étude<br />

menée par Arttactic pour les maisons de<br />

vente Christie’s, Sotheby’s et Phillips, l’Art<br />

ancien occupait moins de 5 % des ventes,<br />

alors que celles d’Art d’après-guerre et<br />

contemporain montaient à 45 %, tandis<br />

que l’Art impressionniste et moderne<br />

occupait les 50 % restant. Ces chiffres sont,<br />

bien sûr, à prendre avec des pincettes,<br />

car les maisons de vente ne constituent<br />

pas l’ensemble du marché, surtout pour<br />

l’Art ancien, où galeries, ventes privées et<br />

départements confidentiels de ces mêmes<br />

maisons alimentent également le marché.<br />

Mais la tendance est là. Autre caractéristique<br />

de ce segment, c’est qu’il repose<br />

désormais essentiellement sur les grands<br />

noms. Ce sont les Botticelli, les Rubens, les<br />

Titien, les Goya qui attirent les acheteurs.<br />

L’Art ancien est devenu une niche qui<br />

récompense la rareté et la qualité. « On<br />

a maintenant des clients qui cherchent<br />

peut-être un peu tous les mêmes choses,<br />

les mêmes images un peu puissantes mais<br />

qui sont aussi curieux de voir ce qu’on peut<br />

leur proposer. Ils sont prêts à accepter<br />

des noms moins connus, mais il faut en<br />

montrer l’importance, il faut la justifier.<br />

Artemisia Gentileschi, Lucrèce, huile sur toile, 96,5 x 75 cm. Artcurial, Paris, 13-11-2019. © Artcurial<br />

4.647.500 €<br />

C’est un marché où les gens ont peur<br />

parce qu’ils ne se pensent pas forcément<br />

spécialistes. Mais, si on arrive à montrer<br />

les choses avec intelligence et de façon<br />

aisément compréhensible, on trouve son<br />

public », assure Pierre Etienne, directeur<br />

international chez Christie’s.<br />

ENGOUEMENT POUR LES FEMMES<br />

PEINTRES<br />

Les petits maîtres, encore fort appréciés<br />

et bien cotés il y a une trentaine d’années,<br />

essentiellement pour leurs qualités décoratives,<br />

ont disparu des catalogues des<br />

grandes maisons de vente. « Le petit paysage,<br />

avec une scène de bataille, ça ne plaît<br />

plus tellement. Les tableaux dont la valeur<br />

est fixée en dessous des 20.000 à 30.000<br />

euros sont de moins en moins faciles à<br />

vendre, alors qu’au-delà du million, c’est<br />

généralement très facile, même si entre les<br />

deux, c’est plutôt aléatoire », précise Mat-<br />

« Les tableaux qui<br />

valent en dessous<br />

de 20.000 à 30.000<br />

euros sont de moins<br />

en moins faciles à<br />

vendre. »<br />

MATTHIEU FOURNIER,<br />

ARTCURIAL<br />

45


Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV, huile<br />

sur toile, 249,8 x 151,3 cm. Christie’s, Londres, 06-07.<br />

© Christie’s Images Ltd. — 1.915.500 £ (2.245.000 €)<br />

Anne Vallayer-Coster, Nature morte au vase d’albâtre rempli de fleurs avec sur une table plusieurs espèces<br />

de fruits, comme ananas, pêche et raisins, 1783, huile sur toile, 108,5 x 89,5 cm. Christie’s, Paris, 15-06.<br />

© Christie’s Images Ltd. — 2.581.000 €<br />

« On a maintenant<br />

des clients qui<br />

cherchent peutêtre<br />

un peu tous les<br />

mêmes choses. »<br />

PIERRE ETIENNE, CHRISTIE’S<br />

thieu Fournier, commissaire-priseur et directeur<br />

associé chez Artcurial. Aujourd’hui,<br />

c’est plutôt la peinture Renaissance et<br />

maniériste italienne qui a la cote, à l’instar<br />

des portraits italiens, hollandais, flamands<br />

ou français. « Les fonds d’or sont aussi<br />

toujours très recherchés. Comme ce sont<br />

des tableaux assez géométriques, simples<br />

dans leur composition mais très colorés,<br />

cela se marie très bien avec l’art contemporain<br />

», remarque Nicolas Joly, courtier et<br />

expert indépendant. Depuis deux ou trois<br />

ans, on assiste à un engouement pour les<br />

femmes peintres. Allégorie de la sculpture,<br />

une toile de la plus médiatisée d’entreelles,<br />

Artemisia Gentileschi (1593-1654)<br />

était ainsi vendue 1.855.000 livres sterling<br />

chez Christie’s à Londres, en juillet dernier,<br />

alors qu’elle était estimée entre 300.000 et<br />

400.000 livres. Dans ce marché discret, dynamisé<br />

par une forte demande, les prix des<br />

tops lots ont augmenté en même temps que<br />

l’exigence de qualité. On dit qu’il suffit de<br />

dix acheteurs pour réveiller le marché, c’est<br />

aussi un segment très muséal. « Les grands<br />

musées, aux Etats-Unis, comme en Asie et<br />

au Moyen-Orient, notamment en Arabie<br />

Saoudite, mènent une politique très active<br />

pour acheter des chefs-d’œuvre européens<br />

», reprend Matthieu Fournier. Si les<br />

grands noms sont les premiers à attirer les<br />

regards, la curiosité guide aussi les acheteurs<br />

vers des artistes moins connus qui<br />

peuvent réaliser des résultats totalement<br />

inattendus. C’est le cas de Michael Sweerts<br />

(1618-1654), peintre flamand de l’âge d’or<br />

de la peinture baroque, né à Bruxelles, dont<br />

Atelier d’artiste, un magnifique tableau en<br />

excellent état, dans son cadre d’origine,<br />

était vendu chez Christie’s à Londres, le<br />

6 juillet dernier, pour 12.615.000 livres<br />

sterling (avec frais), alors qu’il était estimé<br />

entre deux et trois millions.<br />

<strong>COLLECT</strong>IONNEURS PLUS JEUNES<br />

Si le marché est dynamique, il est aussi<br />

très sélectif et il n’est pas rare de voir, dans<br />

des ventes de prestige, des toiles de qualité<br />

ne pas trouver preneur. Surtout en période<br />

d’incertitude économique où ce sont les<br />

acheteurs qui dictent les prix, il est crucial<br />

d’établir la juste estimation. En mars <strong>2023</strong>,<br />

une nature morte de Frans Snyders (1579-<br />

1657), estimée entre 600.000 et 800.000<br />

euros chez Artcurial à Paris, était adjugée<br />

787.200 euros, alors que la couverture du<br />

46


« C’est un marché qui<br />

n’est pas extensible<br />

et qui reste sur un<br />

nombre d’acteurs<br />

assez limité, mais<br />

avec des gens qui<br />

sont prêts à dépenser<br />

ce qu’il faut pour les<br />

chefs-d’œuvre. »<br />

NICOLAS JOLY<br />

catalogue, une nature morte du Pensionnaire<br />

de Saraceni (actif entre 1610- 1620),<br />

estimée entre 1,5 et 2 millions d’euros, n’a<br />

pas trouvé preneur. « C’est la première fois<br />

depuis six ans, que je n’ai pas vendu mon<br />

top lot. C’était un tableau extraordinaire,<br />

sans doute très particulier, mais un chefd’œuvre.<br />

Je ne l’ai pas vendu parce que le<br />

contexte est plus difficile et qu’il faut faire<br />

plus attention aux prix », confie Matthieu<br />

Fournier. Du côté des collectionneurs, le<br />

marché est aujourd’hui assez différent<br />

de ce qu’il était il y a vingt ou trente ans.<br />

Toute une génération de spécialistes et<br />

connaisseurs de l’Art ancien a disparu.<br />

« On a aujourd’hui des collectionneurs qui<br />

se concentrent sur plusieurs noms importants<br />

et n’ont pas nécessairement envie<br />

de trop se diversifier, ou alors c’est à nous<br />

de les convaincre de quelque chose qui<br />

semble pertinent », avance Pierre Etienne.<br />

Mais le marché se renouvelle aussi avec<br />

des collectionneurs plus jeunes qui n’hésitent<br />

pas à pousser la porte des galeries.<br />

« Ils sont souvent très au courant, constate<br />

le marchand Klaas Muller. Ils aiment mélanger<br />

les choses et commencent avec un<br />

tableau, se mettent à lire, à découvrir puis<br />

en achètent un deuxième. » Il s’agit aussi<br />

de clients qui portent un autre regard sur<br />

le marché parce qu’ils veulent donner du<br />

caractère à leur collection. « Ils montrent,<br />

par exemple, un intérêt plus marqué pour<br />

les primitifs qui ont un caractère plus<br />

épuré et détaillé, qui correspond bien<br />

avec celui de l’art contemporain », ajoute<br />

Arnaud Jaspar de la Galerie Costermans.<br />

SORTIR L’ŒUVRE DE SON CONTEXTE<br />

En février dernier, le Portrait d’un homme<br />

en Dieu Mars de Rubens était présenté à<br />

Bruxelles avant de retourner à New York<br />

où il était mis aux enchères en mai chez<br />

Sotheby’s, dans une vente du soir d’Art<br />

moderne où il était adjugé 22,5 millions de<br />

dollars, signe d’une tendance marquée à<br />

mêler une ou deux pièces anciennes à des<br />

ventes modernes et contemporaines. Une<br />

manière de faire l’événement mais aussi<br />

de toucher un nouveau public en sortant<br />

l’ancien d’un carcan devenu trop étroit.<br />

Sortir l’œuvre de son contexte attendu,<br />

c’est ce qu’a fait Pierre Etienne en présentant<br />

un portrait monumental de Louis<br />

XIV, issu de l’atelier de Jacinthe Rigaud,<br />

dans une vente de mobilier et d’argenterie.<br />

« Estimée 200.000 à 300.000, elle a fait un<br />

million et demi de livres avec les frais, en<br />

juillet dernier, auprès d’un nouvel acheteur<br />

qui a trouvé cette toile spectaculaire et<br />

ne serait jamais allé dans une vente d’art<br />

ancien. » Pour ce qui est de son évolution<br />

future, Nicolas Joly se montre confiant :<br />

« C’est un marché qui n’est pas extensible<br />

et qui reste sur un nombre d’acteurs assez<br />

limité, mais avec des gens prêts à dépenser<br />

ce qu’il faut pour des chefs-d’œuvre. Le<br />

seul souci, c’est la réduction de l’offre, car<br />

les belles pièces deviennent compliquées à<br />

trouver. » Des craintes que Matthieu Fourniret<br />

ne partage pas complètement. « Il y<br />

a de nombreux chefs-d’œuvre à découvrir.<br />

Prenez les catalogues raisonnés et regardez<br />

les mentions ‘‘localisation actuelle<br />

inconnue’’ sous les grands tableaux, elles<br />

ne manquent pas. Croyez-moi, les greniers<br />

sont encore pleins. »<br />

Jean-Siméon Chardin, Le panier de fraises des bois, 1761, huile sur toile, 38 x 46 cm. Artcurial, Paris, 23-03-<br />

2022. © Artcurial — 24.381.400 €<br />

47


48<br />

Bruegel<br />

Une affaire de famille


Pieter Bruegel le Jeune, La Danse de mariage<br />

(Vue d’un village), vers 1610, huile sur panneau,<br />

40 x 56 cm. Gand, Musée des Beaux-Arts.<br />

© photo : Hugo Maertens<br />

49


Pieter Bruegel l’Ancien, La pie sur le gibet, 1568, huile sur panneau, 46 x 51 cm. Darmstadt, Musée régional de la Hesse. © photo : Wolfgang Fuhrmannek<br />

Des siècles durant, la famille<br />

Bruegel a joué un rôle de premier<br />

ordre dans la peinture flamande. Il<br />

y eut d’abord bien sûr le patriarche,<br />

Pierre Bruegel l’Ancien. Une<br />

exposition, à Bois-le-Duc, réunit<br />

pas moins de cinq générations de<br />

cette fameuse dynastie de peintres.<br />

TEXTE : BERNADETTE VAN DER GOES<br />

De Pierre Bruegel l’Ancien<br />

(1525 ?-1569), on ne sait quasiment<br />

rien, si ce n’est qu’il a vécu<br />

et travaillé à Anvers et Bruxelles.<br />

Dans sa jeunesse, il entreprit un voyage en<br />

Italie, puis à Bruxelles et épousa, en 1563,<br />

Mayken Coecke, fille de Pieter Coecke<br />

d’Alost. Dès le début de sa carrière, il se<br />

fait remarquer par un coup de crayon<br />

exceptionnel. Pendant son séjour en Italie,<br />

il s’adonne essentiellement au dessin,<br />

étudiant non seulement les peintures de<br />

la Chapelle Sixtine ou les Chambres de<br />

Raphaël, à Rome, mais dessine surtout<br />

dans la nature. Il immortalise le paysage<br />

au crayon et à l’encre. Les sommets des<br />

Alpes italiennes le fascinent. Tout au long<br />

de sa carrière, il ne cessera de se reporter<br />

à ces dessins. Bruegel devint très célèbre<br />

pour ses paysages, représentations allégoriques,<br />

mariages paysans et places de villages<br />

avec enfants jouant ou personnages<br />

illustrant des proverbes. Il a su conférer<br />

un caractère exceptionnel à ses récits<br />

bibliques, retranscrits dans un environnement<br />

local et contemporain.<br />

CÔTÉ AMUSANT<br />

Depuis Jan van Eyck, les artistes flamands<br />

ne cessent de s’améliorer dans la<br />

représentation de la nature et de la vie<br />

quotidienne. Pierre Bruegel l’Ancien y<br />

ajoute une dose de moquerie et d’humour,<br />

surtout dans ses peintures de la vie<br />

50


La plupart des<br />

collectionneurs<br />

ont dû se contenter<br />

de copies et<br />

d’imitations.<br />

paysanne. Le célèbre biographe Karel van<br />

Mander le mentionne d’ailleurs dans son<br />

Grand Livre des peintres de 1604 sous le<br />

sobriquet de ‘‘Pieter le Drôle’’ car il excellait<br />

dans la peinture de scènes appelées<br />

drôleries : « Il y a peu de tableaux de lui<br />

devant lesquels un spectateur peut garder<br />

son sérieux et ne pas éclater de rire. » Il<br />

est certes fort divertissant de contempler,<br />

sur un petit panneau rond, un paysan<br />

ivre se faire pousser par un groupe de<br />

villageois dans l’enclos à cochons. Bruegel<br />

excellait à susciter des émotions.<br />

N’éprouve-t-on pas de la compassion à la<br />

vue de tableaux de mendiants estropiés ?<br />

« Son seul maître était la nature », écrivait<br />

son ami Abraham Ortelius, après la mort<br />

de l’artiste, en 1569. Grâce à lui, la représentation<br />

de scènes de la vie quotidienne<br />

devint un thème sérieux et la peinture de<br />

genre émergea, dans la seconde moitié du<br />

XVIe siècle. Bruegel est mort jeune, sans<br />

doute avant d’avoir atteint l’âge de 45 ans.<br />

Ses deux fils allaient devenir eux-mêmes<br />

peintres et pères de peintres. Les enfants<br />

deviennent orphelins au décès de leur<br />

mère en 1578. Les futurs peintres Pierre<br />

Bruegel le Jeune et Jean Bruegel l’Ancien<br />

sont donc élevés par leur grand-mère<br />

Mayken Verhulst, veuve depuis 1550 du<br />

maître de leur père, Pieter Coecke d’Alost.<br />

Mayken est également peintre d’aquarelle<br />

et réalise des miniatures. Le marchand<br />

et écrivain italien Lodovico Guicciardini<br />

en fait mention, en 1567, comme une des<br />

principales femmes artistes des Pays-Bas.<br />

Karel van Mander écrit, en 1604, qu’elle<br />

a enseigné à son petit-fils Jean la technique<br />

de l’aquarelle. Elle a probablement<br />

repris la direction de l’atelier de Bruegel<br />

après le décès de son gendre, comme<br />

elle l’avait fait après celui de son époux,<br />

Pieter Coecke d’Alost. Si Bruegel l’Ancien<br />

est considéré comme le patriarche de la<br />

dynastie, Mayken passe, quant à elle, pour<br />

la matriarche de la famille.<br />

IMITATION<br />

Mayken a donc tous les atouts en main<br />

pour assurer la continuité de l’atelier Bruegel.<br />

Durant la vie de son gendre, nombre<br />

de ses créations avaient été reproduites<br />

sous forme d’estampes et il existait aussi<br />

un stock de dessins. Van Mander mentionne<br />

que Bruegel, sur son lit de mort, a<br />

demandé à sa femme de brûler une grande<br />

quantité de dessins, sans doute en raison<br />

de l’époque politiquement troublée. De<br />

fait, les Pays-Bas étaient alors engagés<br />

dans un conflit ne cessant de se détériorer<br />

avec le roi Philippe II d’Espagne. L’arrivée<br />

du duc d’Albe et de ses troupes en 1567 se<br />

solda par un régime de terreur. Le maître<br />

craignait manifestement de causer des<br />

problèmes à sa veuve avec ses dessins :<br />

« Parce qu’ils étaient déjà trop agressifs<br />

ou injurieux. » Il lâche donc la proie pour<br />

l’ombre en les faisant détruire. Un tableau,<br />

au moins, confirme son appartenance au<br />

legs posthume : le panneau La Pie sur le gibet,<br />

que Bruegel peignit peu avant sa mort<br />

et légua par testament à sa femme. Son<br />

fils, Pierre Bruegel le Jeune, en fera plus<br />

tard deux copies. Depuis qu’il s’est établi<br />

à Anvers, en 1584 ou 1585, cet aîné dirige<br />

un atelier très productif, spécialisé dans la<br />

production de copies et de variantes des<br />

compositions de son père. Après sa mort,<br />

ses œuvres faisaient l’objet d’une demande<br />

telle que la plupart des collectionneurs ont<br />

dû se contenter de copies et d’imitations.<br />

Pierre Bruegel le Jeune, ses collaborateurs,<br />

disciples et, plus tard, son fils Pierre<br />

Bruegel III, utilisèrent à cet effet tout ce<br />

qui était encore disponible dans l’atelier du<br />

grand maître : esquisses, études, projets,<br />

gravures et tableaux inachevés. Des copies<br />

de tableaux originaux furent produites à<br />

l’infini, ce qui explique l’émergence d’un<br />

langage visuel ‘‘breughelien’’, à la fin du<br />

XVIIe siècle. Il subsiste ainsi cinquante<br />

exemplaires du Paysage d’hiver avec patineurs<br />

et trappe aux oiseaux et dix-sept du<br />

tableau Les proverbes flamands.<br />

RAFFINEMENT<br />

Jean Bruegel l’Ancien, frère de Pierre, de<br />

quatre ans son cadet, est entretemps devenu<br />

un artiste novateur, avec son propre<br />

style. Il se rend en Italie dans sa jeunesse<br />

et, après s’être établi à Anvers en 1596, il se<br />

spécialise dans les paysages, scènes de villages,<br />

allégories, tableaux historiques et natures<br />

mortes de fleurs. Pour le distinguer de<br />

son père, il reçoit le surnom de Bruegel de<br />

Velours, des Fleurs et du Paradis. Ce dernier<br />

nom fait allusion à ses paysages ponctués<br />

Pieter Bruegel l’Ancien, Les mendiants, 1568, huile sur panneau, 18,5 x 21,5 cm. Paris, Musée du Louvre, don de<br />

Paul Mantz, 1892. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / photo : Gérard Blot<br />

51


Les descendants<br />

de Pierre l’Ancien<br />

répondaient aux désirs<br />

d’un marché étendu<br />

d’amateurs d’art.<br />

Avec une grande<br />

flexibilité, ils<br />

adaptèrent sujets,<br />

techniques et styles,<br />

selon les besoins<br />

exprimés<br />

de scènes bibliques. Il fait souvent peindre<br />

les personnages par un collègue. En 1615,<br />

l’ami de Jean, Pierre Paul Rubens, peint ainsi<br />

les personnages d’Adam et Ève sur le magistral<br />

Péché originel aujourd’hui conservé<br />

au Mauritshuis de La Haye. Le même<br />

souci de perfection technique, de détail<br />

et de raffinement s’exprime dans le genre<br />

auquel Jean fut le premier de la famille à<br />

se consacrer : celui des natures mortes de<br />

fleurs. Cette exposition permet d’admirer<br />

un tableau peint sur cuivre, Vase de fleurs<br />

avec bijoux, pièces et coquillages, de 1606.<br />

Chaque fleur est reproduite séparément<br />

avec la même attention. Ce fut un travail de<br />

longue haleine, à en croire l’échange de correspondance<br />

avec son commanditaire, le<br />

cardinal milanais Frédéric Borromée. Jean<br />

s’y consacra du printemps à l’automne. Les<br />

fleurs ne s’épanouissent pas toutes à la fois :<br />

« Je crois que nul n’a jamais peint autant de<br />

fleurs rares et différentes avec un tel zèle, a<br />

écrit le prélat. Leur vue sera magnifique en<br />

hiver. » Une fois la composition conçue, l’artiste<br />

en peindra d’innombrables répliques<br />

et variantes, aidé en cela d’assistants. Jean<br />

Bruegel l’Ancien (de Velours) meurt en 1625.<br />

Son fils, Jean Bruegel le Jeune, revient d’urgence<br />

d’Italie et reprend l’atelier anversois.<br />

Il imite le style de son père en choisissant<br />

les mêmes sujets et réalise d’innombrables<br />

copies de ses œuvres. Le journal, tenu par<br />

Jean, fait état du succès remporté par cette<br />

production en série.<br />

David Teniers le Jeune, Singes au poste de garde, vers 1633, huile sur panneau, 41 x 58 cm. Collection privée.<br />

COLLABORATION<br />

Talent, liens familiaux et réseau étendu<br />

constituent la base de la dynastie Bruegel. À<br />

partir de Jean Bruegel l’Ancien (de Velours), la<br />

famille s’agrandit par mariages et naissances.<br />

Sa fille Paschasia donne naissance, en 1626,<br />

à Jean van Kessel l’Ancien, qui se rend célèbre<br />

par ses peintures de mammifères, d’oiseaux,<br />

de poissons et ses compositions de coquillages<br />

exotiques. Il apprend le métier, entre<br />

autres, auprès de son oncle Jean Bruegel le<br />

Jeune. Conformément à la tradition familiale,<br />

Van Kessel réalise, lui aussi, des allégories.<br />

Une fille, Anna, née du second mariage de<br />

Jean Bruegel l’Ancien (de Velours), épouse<br />

David Teniers le Jeune en 1637. L’œuvre de ce<br />

dernier, essentiellement composée de fêtes<br />

villageoises, d’intérieurs de tavernes et autres<br />

scènes de genre, confirme l’existence d’un<br />

lien solide avec la tradition des Bruegel. Dans<br />

son tableau Singes au poste de garde, des<br />

singes déguisés en soldats s’amusent dans<br />

une taverne éclairée à la bougie. À droite,<br />

un prisonnier travesti en chat est poussé à<br />

l’intérieur. Tout comme les fêtes villageoises<br />

des Bruegel, celle-ci prête à rire en dépit d’un<br />

côté plus sérieux et moralisateur. Le rôle, en<br />

partie invisible, joué par les femmes dans<br />

le réseau familial occupe, pour la première<br />

fois, une place de choix dans l’exposition :<br />

Mayken Verhulst, mentionnée plus haut, la<br />

matriarche qui prit sous son aile les deux fils<br />

de Pierre l’Ancien et assura la succession et<br />

la continuité de l’atelier de ce dernier. Clara<br />

Eugenia Bruegel, fille de Jean l’Ancien (de<br />

Velours), servit, au siècle suivant, de médiatrice<br />

entre artistes, commanditaires et collectionneurs.<br />

Son demi-frère, Jean Bruegel le<br />

Jeune épouse, en 1626, Anna Maria Janssens,<br />

fille du peintre d’histoire Abraham Janssens.<br />

Anna Maria était, elle-même, peintre de<br />

natures mortes de fleurs. On présente, dans<br />

l’exposition, un tableau de sa main intitulé<br />

Guirlande de fleurs avec la Sainte Famille et<br />

un ange musicien, une des rares œuvres qui<br />

puisse lui être attribuée avec certitude. Mais<br />

elle a probablement évolué au sein de l’entreprise<br />

familiale, comme Abraham Janssens,<br />

Jan van Kessel l’Ancien et David Teniers le<br />

Jeune qui collaborèrent parfois avec Jean<br />

Bruegel le Jeune. Anna Maria Janssens et Jean<br />

Bruegel le Jeune ont eu onze enfants. Cinq de<br />

ses sept fils devinrent peintres et constituent<br />

la dernière génération des Bruegel. Abraham<br />

Bruegel fut le plus talentueux d’entre<br />

eux. Il se spécialisa dans les natures mortes<br />

de fruits et de fleurs. Dès son plus jeune<br />

âge, il quitta la Flandre, s’établit en Italie et y<br />

demeura sa vie durant.<br />

52


Jan Bruegel le Jeune, Allégorie de la peinture, ca. 1625-1630, huile sur cuivre, 49 x 77 cm. JK Art Foundation Nederland. © photo : Peter Cox<br />

Les femmes Bruegel<br />

occupent, pour la<br />

première fois, une<br />

place de choix.<br />

FIERTÉ<br />

De 1550 à 1700, les membres de la famille<br />

Bruegel se sont illustrés dans presque tous<br />

les thèmes, à une cadence constante et<br />

en entretenant des liens étroits entre eux,<br />

avec leurs prédécesseurs et les développements<br />

artistiques de leur temps. Tandis<br />

que de grands peintres baroques flamands<br />

tels que Pierre Paul Rubens, Jacques Jordaens<br />

et Antoine van Dyck décrochaient<br />

des commandes plus officielles, les descendants<br />

de Pierre l’Ancien répondaient<br />

aux désirs d’un marché étendu d’amateurs<br />

d’art. Avec une grande flexibilité, ils adaptèrent<br />

sujets, techniques et styles, selon les<br />

besoins exprimés. En outre, ils travaillèrent<br />

souvent en collaboration. Quelques<br />

années après avoir repris l’atelier de son<br />

défunt père en 1625, Jean Bruegel le Jeune<br />

peint sa fameuse Allégorie de la peinture.<br />

Dans un atelier immense et encombré, la<br />

personnification de la peinture, Pictura,<br />

exécute des natures mortes de fleurs. Entourée<br />

de matériel de peinture, de dessins,<br />

de livres d’échantillons et de nombreuses<br />

œuvres achevées, entre autres, de Pieter<br />

Coecke d’Alost, Pierre Bruegel l’Ancien<br />

et Jean Bruegel l’Ancien (de Velours). Un<br />

portrait de ces trois maîtres est suspendu<br />

de chaque côté de la porte ouvrant sur une<br />

salle où travaillent des peintres. Non loin,<br />

les portraits de prédécesseurs, également<br />

sources d’inspiration, comme Michel-<br />

Ange, Dürer et Van Eyck. De ce tableau<br />

émane une certaine fierté : Jean Bruegel le<br />

Jeune, petit-fils de Pierre Bruegel l’Ancien,<br />

exprime ici non seulement ses compétences,<br />

mais rend aussi hommage à son<br />

propre métier et à la réussite de sa famille.<br />

VISITER<br />

Bruegel : la réunion de famille<br />

Musée du Brabant Septentrional<br />

Bois-le-Duc<br />

www.hetnoordbrabantsmuseum.nl<br />

du 30-09 au 07-01-2024<br />

53


Carlo Bugatti<br />

L’inclassable<br />

A l’origine d’une véritable saga<br />

familiale, Carlo Bugatti ne cesse,<br />

encore aujourd’hui de fasciner.<br />

Père du célèbre sculpteur de<br />

bronzes animaliers Rembrandt et<br />

du non moins fameux constructeur<br />

automobile Ettore, il s’est illustré, au<br />

tournant du XXe siècle, au travers<br />

de la création d’étonnants meubles<br />

d’exception, au style sans pareil.<br />

TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE<br />

Bureau, ca. 1902, noyer, laiton, étain, vélin, 74,9 × 60,1 × 57,2 cm. New York, The Metropolitan Museum of<br />

Art, inv. 1970.181.3.<br />

A<br />

la fois dessinateur, ébéniste, décorateur<br />

et architecte, Carlo Bugatti<br />

est souvent considéré comme<br />

l’un des représentants de l’Art<br />

nouveau européen, défini en Italie comme<br />

le ''style Liberty''. Pourtant, son caractère<br />

farouchement indépendant a grandement<br />

contribué à le maintenir en marge des<br />

mouvements artistiques dominants son<br />

époque. Si son œuvre est si reconnu, c’est<br />

que sa production ne ressemble à aucune<br />

autre, ses pièces ne reprenant pas le langage<br />

si caractéristique de l’Art nouveau. Le seul<br />

élément que l’on puisse rapprocher de ce<br />

style est l’esprit légèrement japonisant qui<br />

ressort de certains de ses ornements, ou la<br />

stylisation florale, bien que celle-ci serve<br />

uniquement d’ornement, sans définir la<br />

forme. La force et la singularité de ses recherches<br />

formelles ne trouvent alors d’équivalent<br />

que dans l’œuvre de deux autres<br />

figures, tout aussi isolées, Antoni Gaudí en<br />

54


Lit de repos, ca. 1902, bois noirci, vélin, étain, laiton et cuivre, 81 x 190 x 70 cm. Collection privée, Angleterre. © Oscar Graf<br />

Espagne et Hector Guimard en France. De<br />

fait, Carlo Bugatti aura toujours suivi ses<br />

propres obsessions plastiques et formelles,<br />

une approche sans concession à l’origine<br />

d’une création mobilière immédiatement<br />

reconnaissable. Ancré dans une époque à<br />

la charnière de deux siècles, il offre l’image<br />

d’un artiste profondément moderne, proposant<br />

une autre vision du monde et de la vie,<br />

alors en pleine transformation, cherchant<br />

l’harmonie entre les impératifs fonctionnels<br />

qui dominent le quotidien et le besoin<br />

impérieux d’imaginaire et d’humanité, à<br />

travers une écriture formelle totalement à<br />

part. Il va ainsi développer un langage plastique<br />

constitué d’influences variées qu’il<br />

interprète de façon très personnelle.<br />

ARTS APPLIQUÉS<br />

Carlo Bugatti (1856-1940) est né à Milan,<br />

fils de Giovanni Luigi Bugatti, sculpteur<br />

et architecte localement renommé, qui<br />

lui dispensera une première formation<br />

artisanale, que le jeune homme complètera<br />

en s’inscrivant en 1875 à l’Académie<br />

de Brera puis à l’Académie des Beaux-Arts<br />

de Paris, au cours des années 1870, et enfin<br />

en étudiant auprès de l’ébéniste milanais<br />

Mentasti, avant d’ouvrir son propre<br />

atelier vers 1880. Il commence alors une<br />

carrière d’artisan d’art ébéniste, créateur<br />

de meubles d’art et, d’emblée, pose<br />

les jalons de son style si reconnaissable,<br />

avec la création d’une chambre à coucher<br />

qu’il réalise pour le mariage de sa sœur.<br />

Incrustations de métal et d’ivoire, cuivre<br />

repoussé, beaucoup d’éléments caractéristiques<br />

de son travail futur y sont déjà<br />

visibles. Ses premières commandes importantes<br />

suivent, principalement destinées à<br />

l’aristocratie lombarde, l’artiste choisissant<br />

de se montrer élitiste dans sa démarche.<br />

Attentif à la qualité des matériaux, Carlo<br />

Bugatti peut compter sur le savoir-faire<br />

des artisans italiens pour traiter au mieux<br />

les bois divers, les éléments en cuivre,<br />

laiton et étain repoussés, les incrustations<br />

d’ivoire, de nacre ou de métaux qui ornent<br />

ses meubles, ainsi que le cuir ou le parchemin<br />

qui les gaine. Il ne cherche pas à imiter<br />

quoi que ce soit et les matériaux qu’il<br />

utilise lui sont propres. Il appose parfois<br />

sur le parchemin, quelques poétiques dessins<br />

évoquant la nature. En 1888, Bugatti<br />

« C’est un marché<br />

très inégal, en dent<br />

de scie, car il est très<br />

peu fourni en pièces<br />

de très belle qualité. »<br />

SONJA GANNE, CHRISTIE’S<br />

obtient ses premiers succès à l’Exposition<br />

des Beaux-Arts Italiens de Londres, puis<br />

accroît sa notoriété artistique avec une<br />

médaille d’argent à l’Exposition Universelle<br />

de 1900, à Paris. Son mobilier prend alors<br />

55


Paire de chaises d’appoint, ca. 1900, hêtre partiellement teinté, laiton, parchemin, corde, H. 101,5 cm. Christie’s, New York, 09-12-2014. © Christie’s Images Ltd.<br />

23.750 $ (19.200 €)<br />

Portrait de Carlo Bugatti, ca. 1920. © D. R.<br />

L’approche sans<br />

concession de<br />

Carlo Bugatti est<br />

à l’origine d’une<br />

création mobilière<br />

immédiatement<br />

reconnaissable tant<br />

elle est atypique.<br />

une toute autre dimension, où priorité<br />

est donnée à la forme qui se déploie dans<br />

l’espace, lui conférant une véritable qualité<br />

sculpturale. C’est durant les années<br />

1901-1902 que Carlo Bugatti introduit la<br />

forme ovoïde dans son répertoire formel,<br />

dont la déclinaison lui permettra d’infinies<br />

variantes de composition. En 1902, il est<br />

présent à la Première exposition internationale<br />

d’art décoratif moderne, organisée<br />

à Turin. Cette participation va révéler son<br />

exceptionnel talent, parvenu à maturité.<br />

Il y présente une célèbre suite de quatre<br />

salles entièrement gainées de parchemin<br />

au décor intégré, dont le ‘‘Salon escargot’’,<br />

ainsi qu’une gamme de meubles gainés de<br />

même. Si cette réalisation sans précédent<br />

suscite de vifs débats parmi le jury et le<br />

public, la modernité de sa vision est finalement<br />

reconnue et il y obtient le Diplôme<br />

d’Honneur.<br />

UN STYLE PROPRE<br />

Fort de sa propre culture, s’inspirant du<br />

riche vocabulaire ornemental hérité des<br />

ébénistes de la Renaissance italienne, à<br />

laquelle il emprunte essentiellement son<br />

goût pour les marqueteries et fines incrustations,<br />

l’usage extensif du parchemin est<br />

une signature propre à Carlo Bugatti, qui<br />

apparaît comme le seul à cette époque en<br />

Europe à en faire un usage aussi régulier.<br />

Il aime jouer de son contraste avec la<br />

couleur sombre des bois, et développe un<br />

subtil décor peint, souvent d’esprit japonisant<br />

ou calligraphié sur sa surface plane.<br />

Avec le temps il parviendra à une parfaite<br />

maîtrise de cette technique du gainage<br />

de parchemin, véritable prouesse, sous<br />

lequel disparaît entièrement le bâti du<br />

56


Sensible à l’éclectisme caractéristique<br />

du XIXe siècle, Bugatti s’inspire<br />

principalement de l’art islamique pour la<br />

création de son mobilier, fuyant le poids du<br />

classicisme historique.<br />

meuble. Toutefois, mû par une constante<br />

volonté d’innover, Bugatti s’ouvre à<br />

d’autres mondes. Sensible à l’éclectisme<br />

caractéristique du XIXe siècle, il s’inspire<br />

principalement de l’art islamique pour la<br />

création de son mobilier, fuyant le poids<br />

du classicisme historique. Ses incrustations<br />

prennent ainsi souvent la forme de<br />

signes s’apparentant à des écritures aux<br />

formes arabisantes, mais sans signification<br />

particulière. Partant, à l’instar de son<br />

fils Rembrandt, qui créera de merveilleux<br />

bronzes animaliers exotiques sans<br />

avoir quasi jamais voyagé, Carlo Bugatti<br />

demeure très sédentaire, même si son<br />

œuvre est imprégnée d’un imaginaire,<br />

d’un goût de l’ailleurs qui fait tant rêver<br />

en cette fin du XIXe siècle. A la recherche<br />

d’un autre mode de vie, il conçoit ainsi ses<br />

meubles comme autant d’architectures<br />

orientalistes, à la géométrie marquée,<br />

dans un savant jeu de lignes et de plans<br />

soulignés d’arcs outrepassés ou lancéolés,<br />

de fines colonnettes, de pignons, de frises<br />

denticulées et autres éléments typiques de<br />

ce vocabulaire architectural. Pour autant,<br />

Bugatti déteste qu’on lui attribue un style,<br />

à tel point qu’à l’Exposition Internationale<br />

de Turin, la reine Hélène d’Italie évoquant<br />

le style mauresque à la vision de ses<br />

meubles, se fait sèchement reprendre par<br />

l’artiste : « Vous vous trompez, Majesté : ce<br />

style est à moi. »<br />

PARIS ET L’ORFÈVRERIE<br />

A compter de cette date, Carlo Bugatti<br />

s’oriente vers un travail plus dépouillé<br />

et des courbes douces qui trahissent<br />

l’influence de l’Art nouveau. En termes<br />

de création mobilière, on lui connaît<br />

l’ameublement de la résidence d’été de la<br />

mère du khédive, à Constantinople, une<br />

chambre orientale pour un Lord anglais<br />

où le salon de la villa de Giacomo Puccini,<br />

en Toscane. C’est à Paris que Carlo Bugatti<br />

poursuit sa carrière, à partir de 1904,<br />

rejoignant ainsi son fils Rembrandt, arrivé<br />

l’année précédente. Sa rencontre avec le<br />

fondeur et galeriste Adrien Hébrard donne<br />

lieu à une collaboration fructueuse. Sous<br />

contrat avec la galerie à partir de 1906,<br />

il conçoit notamment quelques pièces<br />

Théière, ca. 1907, bronze doré et ivoire, 17,7 x 15,9 x<br />

9,7 cm. © Alamy Stock Photo<br />

Table à Thé, ca. 1907, bois marqueté (acajou ?), bronze doré, ivoire ou os, métal, nacre, 71,5 x 67,1 x 41,3 cm.<br />

The Cleveland Museum of Art, inv. 1991.45.<br />

57


Sellette, ca. 1900, noyer et noyer noirci, vélin, incrustation de cuivre et d’étain estampés, 112,5 x 47 x 46,5 cm. Sotheby’s, Londres, 06-04-2022. © Sotheby’s Art Digital Studio<br />

6.048 £ (7.245 €)<br />

58


L’usage extensif du<br />

parchemin est une<br />

signature propre à<br />

Carlo Bugatti, qui<br />

apparaît comme le<br />

seul à cette époque en<br />

Europe à en faire un<br />

usage aussi régulier.<br />

d’orfèvrerie qui sont autant de sculptures,<br />

dans lesquelles il donne libre cours<br />

à sa fantaisie créative. Ne perdant jamais<br />

de vue la fonction de l’objet, Bugatti va<br />

imaginer des théières, cafetières, sucriers,<br />

cendriers, vases, coupes, plateaux, dont<br />

il développe l’ornementation dans la<br />

grande tradition de l’orfèvrerie classique,<br />

mais une fois encore selon ses propres<br />

règles. Ses pièces se parent d’un univers<br />

animalier fantastique, teint d’humour et<br />

de poésie, qui ne se veut pas seulement<br />

décor mais également partie intégrante du<br />

volume. Veuve d’un magnat sud-africain<br />

qui avait fait fortune dans les mines d’or<br />

du Transvaal, Anna Blake, arrivée à Paris<br />

en 1902, est très vite fascinée par cette<br />

orfèvrerie dont l’imaginaire grotesque<br />

lui rappelle son pays natal. Elle devient<br />

ainsi rapidement la meilleure cliente de<br />

Bugatti. Vers 1907, dans une lettre envoyée<br />

à l’artiste, elle lui commande un service à<br />

thé et café en argent. Celui-ci lui renvoie<br />

trois croquis différents mais, ne sachant<br />

lequel choisir, Anna Blake lui commande<br />

les trois, l’un ‘‘aux phacochères’’ (collection<br />

du Cleveland Museum of Art), l’autre ‘‘aux<br />

éléphants’’ (Collection Geoff Burr, Le Cap)<br />

et le troisième ‘‘aux libellules’’, proposé à la<br />

vente par Christie’s en novembre 2012. En<br />

1910, l’artiste se retire à Pierrefonds (dans<br />

l’Oise), commune dont il devient maire<br />

durant la Première Guerre mondiale. Il<br />

continue à participer aux Expositions<br />

internationales où il présente des pièces<br />

d’orfèvrerie, avant de rejoindre l’Alsace en<br />

1935 pour s’installer dans un appartement<br />

de la remise nord de l’usine automobile de<br />

son fils Ettore Bugatti, à Molsheim, où il<br />

finira par décéder.<br />

Paire de chaises d’appoint, ca. 1900, noyer, laiton, étain, ébène, H. 99,1 cm. Christie’s, New York, 12-06-2014.<br />

© Christie’s Images Ltd. - 30.000 $ (22.164 €)<br />

UN MARCHÉ TRÈS ÉTROIT<br />

La singularité des œuvres de Carlo Bugatti<br />

fait de lui un artiste très collectionné, et<br />

ce depuis 1900. Editées à un très petit<br />

nombre d’exemplaires, dont une partie<br />

est déjà conservée dans des collections<br />

publiques internationales, très peu de ses<br />

créations demeurent encore en mains<br />

privées. Beaucoup, bien sûr, se trouvent<br />

en Italie, pays particulièrement peu enclin<br />

à les laisser quitter son territoire… Sonja<br />

Ganne, présidente du département Design<br />

du XXe siècle chez Christie’s, explique :<br />

« C’est un marché très inégal, en dent de<br />

scie, car il est très peu fourni en pièces de<br />

très belle qualité. Fragile, le mobilier de<br />

Carlo Bugatti a parfois subi d’importantes<br />

restaurations, notamment dans le gainage<br />

du parchemin, ce qui influe considérablement<br />

sur son prix. Les fourchettes<br />

s’échelonnent ainsi entre 3.000 ou 4.000<br />

euros jusqu’à 60.000 euros, voire plus, pour<br />

des pièces exceptionnelles. » Une table a<br />

thé (ca. 1904), en bois parcheminé, à décor<br />

de fleurs et d’insectes, était ainsi frappée<br />

260.000 euros chez Christie’s, à Paris, en<br />

novembre 2012. C’est toutefois Sotheby’s<br />

Paris qui détient le record d’enchères<br />

pour l’artiste avec 310.000 euros, obtenus<br />

pour une paire de Chaises cobra (1902), en<br />

novembre 2016. En revanche, en novembre<br />

2019, la même obtenait ‘‘seulement’’<br />

145.000 euros d’une paire similaire. « Du<br />

côté de l’orfèvrerie, poursuit Sonja Ganne,<br />

si certains prix peuvent être très soutenus,<br />

à l’instar des 220.000 euros obtenus<br />

en 2012 par Christie’s pour une Coupe<br />

aux libellules de 1907, le public comme<br />

les œuvres disponibles sont bien trop<br />

restreints pour pouvoir parler d’un marché<br />

autre que de niche ! »<br />

59


Antoni Tàpies<br />

Les murs<br />

intérieurs<br />

Il y a cent ans naissait l’artiste catalan Antoni Tàpies. Créateur prolifique,<br />

il livra pendant près de 70 ans (entre les années 1940 et 2011) quelque<br />

neuf mille œuvres qui célèbrent la matière, conduisent à l’introspection<br />

et portent en elles les stigmates d’un XXe siècle conflictuel.<br />

TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />

Matière en forme de pied, 1965, technique mixte sur toile marouflée sur bois. © Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / SABAM / photo : FotoGasull<br />

60


Dans les années 1960,<br />

la réception critique<br />

des œuvres de Tàpies<br />

confère à l’artiste une<br />

place de premier plan<br />

au sein de l’avantgarde<br />

nationale et<br />

internationale.<br />

Issu d’une famille très engagée dans<br />

la vie culturelle barcelonaise, Antoni<br />

Tàpies (1923-2012) apprend à peindre,<br />

en autodidacte, dès son plus jeune<br />

âge. Un apprentissage qui s’intensifie en<br />

1942-1943 : une affection pulmonaire le<br />

conduit en convalescence dans différents<br />

sanatoriums où le jeune homme passe<br />

une bonne partie de son temps à lire et<br />

à dessiner. Remis sur pied, il entame des<br />

études de droit à l’Université de Barcelone,<br />

tout en livrant ses premiers portraits et<br />

autoportraits marqués par l’influence de<br />

Picasso, du surréalisme et des courants<br />

d’avant-garde. Farouchement opposé à<br />

l’académisme, il renonce aux techniques<br />

classiques telles qu’enseignées dans les<br />

écoles d’art pour explorer de nouvelles<br />

perspectives expérimentales. Dès 1945,<br />

cessant d’envisager la peinture à l’huile<br />

comme un médium neutre et illusionniste,<br />

Tàpies pousse la discipline dans ses<br />

retranchements en la mélangeant à des<br />

pigments de chaux, créant naturellement<br />

ses premiers empâtements. Fort de cette<br />

expérience, il poursuit en introduisant des<br />

matériaux ‘‘pauvres’’ ou à portée de main :<br />

grains de riz, ficelle, corde, papier hygiénique…<br />

« Il y a parfois dans mon œuvre un<br />

hommage aux objets insignifiants : papier,<br />

carton, détritus... », disait-il. En 1971, le critique<br />

Jacques Dupin poussait la réflexion.<br />

À ses yeux, la main de l’artiste a emprunté<br />

ces matières pour « les recueillir et les sauver<br />

de l’abandon, de la fatigue, de la déchirure,<br />

de la marque du pas de l’homme et<br />

de celle du temps. » Assez étonnamment,<br />

Antoni Tàpies atteint très tôt sa maturité<br />

artistique. Le peintre s’éloigne de la<br />

Panier à œufs et journal, 1970, objet-assemblage. Collection privée, Barcelone.© Comissió Tàpies<br />

figuration à mesure qu’il se consacre à son<br />

aventure matiériste, cherchant à créer<br />

une surface opaque à l’image d’une paroi<br />

ou d’un mur. D’ailleurs, l’artiste nommait<br />

lui-même ses œuvres ‘‘murs’’, notamment<br />

en référence à son nom de famille (Tàpies<br />

signifiant ‘‘murs’’ en catalan).<br />

UNE INFINITÉ DE TEXTURES<br />

ET DE RELIEFS<br />

Tàpies s’emploie à créer de l’épaisseur en<br />

réalisant des émulsions, en appliquant du<br />

goudron en larges couches. Gratter, coller,<br />

griffer, lacérer ou encore creuser deviennent<br />

ses principaux gestes créateurs. Le corps<br />

à corps avec la matière est palpable. Sur<br />

la toile se confondent les incisions, les<br />

marques, les empreintes et les perforations.<br />

Dans ces pâtes épaisses viennent se rencontrer<br />

des signes graphiques et symboliques<br />

: triangles, cercles, croix qui renvoient<br />

à des références archéologiques, mystiques<br />

ou historiques. Le tout présentant une<br />

infinité de textures et de reliefs. Autant<br />

Antoni Tàpies devant une gravure sur bois de<br />

grand format dans l’atelier Stoob, à Saint-Gall,<br />

1993. © photo : Franziska Messner-Rast, <strong>2023</strong><br />

61


En mémoire de Salvador Puig Antich, 1974, technique mixte sur toile. © Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / SABAM / photo : FotoGasull<br />

« L’œuvre de Tàpies<br />

nous rappelle<br />

l’importance de<br />

suivre le déroulement<br />

historique, politique<br />

et social, et les<br />

changements qui<br />

se produisent dans<br />

le monde sans être<br />

déconnecté de la<br />

réalité. »<br />

CHRISTEL TSILIPARIS<br />

d’œuvres qui prennent une dimension quasi<br />

géologique, caractère renforcé par le choix<br />

de teintes ocres, grises et brunes. Dans les<br />

années 1960, la réception critique de ses<br />

œuvres confère à l’artiste une place de premier<br />

plan au sein de l’avant-garde nationale<br />

et internationale. Les expositions prestigieuses,<br />

tant collectives qu’individuelles,<br />

se succèdent (New York, Zurich, Cassel…).<br />

Parallèlement, ses créations s’échangent à<br />

des prix qui confirment la reconnaissance<br />

et l’importance de son travail. Fidèle à sa<br />

quête matiériste, et dans le sillage de Marcel<br />

Duchamp, Antoni Tàpies intègre durant<br />

la décennie suivante des fragments de la réalité<br />

extérieure. Il introduit dans sa composition<br />

de véritables objets reconnaissables,<br />

souvent banals et usagés (t-shirt, assiettes,<br />

boîtes…), continuant de revaloriser des<br />

rebuts privés de leur utilité. Aussi, quelques<br />

œuvres présentent des objets échangés<br />

entre artistes, comme Ouera i diari (Panier<br />

à œufs et journal) avec Joan Brossa.<br />

REFLETS D’UN XXE SIÈCLE CONFLICTUEL<br />

Moins formaliste qu’il n’y paraît, la démarche<br />

d’Antoni Tàpies est ancrée dans la<br />

réalité. Son art a toujours été lié à l’histoire<br />

et à la politique de son pays, touché par la<br />

guerre civile, la Seconde Guerre mondiale<br />

et le franquisme. Les événements politiques<br />

se retrouvent régulièrement invités<br />

dans des titres plus ou moins explicites<br />

ou dans les œuvres elles-mêmes. C’est<br />

notamment le cas de A la memòria de Salvador<br />

Puig Antich, en hommage à un jeune<br />

anarchiste exécuté en 1974, ou de Caixa de<br />

la camisa roja, allusion à l’indépendantiste<br />

catalan Lluís Companys, fusillé en 1940.<br />

« Si je peins comme je peins, c'est d'abord<br />

parce que je suis catalan. Mais, comme<br />

tant d'autres, je suis atteint par le drame<br />

politique de l'Espagne tout entière. (…) Je<br />

veux inscrire dans ma peinture toutes les<br />

difficultés de mon pays, même si je dois<br />

déplaire : la souffrance, les expériences<br />

douloureuses, la prison, un geste de révolte.<br />

L’art doit vivre la vérité », expliquait-il en<br />

1971. Fin lettré, Antoni Tàpies orienta une<br />

partie de ses nombreuses lectures vers<br />

les religions orientales et les philosophies<br />

asiatiques. Ses gammes chromatiques,<br />

multipliant les bruns, les ocres, les rouges,<br />

lui apparaissent favorables à l’introspection.<br />

Voilà un autre fondement de sa<br />

pratique : l’artiste nous invite à regarder<br />

62


« Tàpies est l’exemple<br />

de l’artiste en vogue<br />

de son vivant qui<br />

connaît après sa<br />

mort une certaine<br />

désaffection. »<br />

ANTOINE LAURENTIN<br />

ses œuvres autrement, que l’on passe du<br />

temps à déceler leurs mystères… Au début<br />

des années 1980, sa peinture présente<br />

quelques changements formels et conceptuels.<br />

L’artiste utilise pour base de son<br />

œuvre le vernis, manié comme de l’encre,<br />

qui devient un protagoniste à part entière.<br />

La tendance de ces vernis à se ‘‘répandre’’<br />

sur le support ouvre un monde de possibilités<br />

qui invite l’imprévu et le hasard,<br />

lui permettant de jouer avec les transparences,<br />

le désordre, les taches, l’informe.<br />

Pendant les deux dernières décennies de sa<br />

vie, son travail s’imprègne peu à peu d’un<br />

sentiment de mélancolie. L’artiste continue<br />

de jouir d’une grande reconnaissance<br />

mais l’abattement, la maladie et la douleur<br />

prédominent. Et pourtant, il ne cesse à<br />

aucun moment de souligner l’importance<br />

de l’art comme lanceur d’alerte au service<br />

Dukkha, 1995, technique mixte et assemblage sur bois. Collection privée, Barcelone. © Comissió Tàpies<br />

de la société. Consterné par l’épuration<br />

ethnique qui se déchaîne en Bosnie, il<br />

réalise en 1995 une des œuvres les plus<br />

iconiques des années tardives, Dukkha.<br />

Dans le cadre de la Présidence espagnole<br />

du Conseil de l’Union Européenne, BOZAR<br />

présente un panorama complet de son<br />

travail, épinglant pour chaque période de<br />

nombreuses œuvres-clés. En charge de<br />

l’accrochage, Christel Tsiliparis précise :<br />

« Je pense que Tàpies souhaiterait que les<br />

spectateurs prennent vraiment le temps de<br />

lire, de regarder et de développer un esprit<br />

critique, et d’être informé. Comme le fit<br />

Tàpies, son œuvre nous rappelle l’importance<br />

de suivre le déroulement historique,<br />

politique et social, et les changements qui<br />

se produisent dans le monde sans être<br />

déconnecté de la réalité. »<br />

VISITER<br />

Exposition Antoni Tàpies. La pratique de l’art<br />

BOZAR<br />

Bruxelles<br />

www.bozar.be<br />

du 15-09 au 07-01-2024<br />

Un marché qui fait le grand écart<br />

Autoportrait à la plume, 1945, encre de Chine sur<br />

papier. © Fundació Antoni Tàpies, Barcelona /<br />

SABAM / photo : FotoGasull<br />

Avec un chiffre d’affaire atteignant<br />

les 3.831.089 euros en 2022, Antoni<br />

Tàpies se place, selon la plate-forme de<br />

référence Artprice, à la 364e position<br />

des artistes les plus performants. Le<br />

site nous apprend que la majorité de<br />

ses œuvres (57,8 %) se vendent en<br />

France. Et pourtant, ses records sont<br />

enregistrés à Londres. Sur la première<br />

marche : 1.747.760 euros pour Gran ocra<br />

amb incisions (1961). Les trois résultats<br />

suivants se situent entre 962.195 et<br />

1.112.580 euros. Le point commun entre<br />

ces quatre œuvres remarquables est<br />

d’avoir été produites entre 1957 et 1963.<br />

Et pour cause, cette période, considérée<br />

comme sa plus inventive, est aussi<br />

la plus recherchée. Aux antipodes, des<br />

techniques mixtes des années 1980<br />

et 1990 qui atteignent péniblement<br />

les 30.000 à 40.000 euros. Galeriste<br />

spécialiste du marché de Tàpies,<br />

Antoine Laurentin nous explique ce<br />

grand écart : « Si sa production est<br />

extrêmement abondante, le marché est<br />

à l’inverse très sélectif. Les œuvres les<br />

plus prisées sont celles créées entre les<br />

années 1950 et 1970. Les réalisations de<br />

cette période se situent généralement<br />

autour des 250.000 euros. Aussi, le<br />

reste de sa production n’a pas encore<br />

atteint sa valeur véritable. Tàpies est<br />

l’exemple de l’artiste en vogue de son<br />

vivant qui connaît après sa mort une<br />

certaine désaffection. Il faut dès lors un<br />

peu de temps pour que l’on reprenne<br />

conscience de l’importance de son<br />

œuvre. » (gg)<br />

63


Sarah Lucas<br />

Kitsch et critique<br />

« Sarah Lucas traite du quotidien<br />

avec humour. Ce n’est pas donné à<br />

tout le monde », déclarait Damien<br />

Hirst, un des Young British Artists<br />

exposés dès 1988, dont Sarah<br />

Lucas fit également partie. Cette<br />

dernière est entre-temps devenue<br />

mondialement célèbre. Son<br />

exposition personnelle à la Tate<br />

Britain présente, entre autres, deux<br />

versions de Sandwich (2004-2020 et<br />

2011-2020), dont l’une est associée à<br />

Cnut, installation regroupant divers<br />

thèmes propres à son œuvre.<br />

TEXTE : TAMARA BEHEYDT<br />

Le surdimensionnement d’objets<br />

quotidiens ou de scènes de l’environnement<br />

personnel, dans une<br />

mise en œuvre qui flirte avec le<br />

kitsch, non dénuée d’une connotation<br />

humoristique caractérise les œuvres de<br />

plusieurs membres des Young British<br />

Artists comme Damien Hirst, Tracey Emin<br />

ou Sarah Lucas. Ces objets quotidiens<br />

sont récurrents dans les photographies,<br />

sculptures, installations et assemblages<br />

de Sarah Lucas (1962) : entre autres, aliments,<br />

cigarettes et toilettes. Un Sandwich<br />

en béton, élaboré par l’artiste de 2011<br />

à 2020, était exposé durant la dernière<br />

Frieze, dans Regent’s Park à Londres. Par<br />

leur format et le coin soulevé de la tartine<br />

supérieure, ces Sandwiches font penser à<br />

un matelas. Une banale consommation<br />

quotidienne devient ainsi universelle, tout<br />

en renvoyant aux infiltrations capitalistes<br />

de la sphère intime. Deux œufs sur le plat<br />

et un Kebab (1992), séminale œuvre-clé de<br />

l’artiste, se compose d’une table en bois<br />

vernie avec l’image verticale de deux œufs<br />

sur le plat et d’un kebab semblant composer<br />

un visage. Chaque fois qu’elle l’expose,<br />

Sarah Lucas dispose ces composants sur<br />

la table de façon à ce qu’ils évoquent deux<br />

seins et une vulve et ajoutent ainsi une<br />

couche métaphorique supplémentaire à<br />

ce ‘‘visage’’. Manger a toujours joué un rôle<br />

dans l’œuvre de cette artiste, qui utilise par<br />

exemple souvent légumes et fruits comme<br />

allusion aux organes sexuels (des mangues<br />

en guise de seins, une orange pour illustrer<br />

la vulve ou un concombre représentant le<br />

pénis). Cette sexualisation des aliments<br />

s’apparente à une blague d’un goût aussi<br />

douteux qu’un pénis dessiné sur la porte<br />

de toilettes publiques, mais l’œuvre de Sarah<br />

Lucas explicite ainsi l’objectification,<br />

la réduction et la consommation des corps<br />

Cette sexualisation<br />

des aliments<br />

ressemble à une<br />

blague d’un goût<br />

douteux, mais explicite<br />

l’objectification,<br />

la réduction et la<br />

consommation du<br />

corps et de la sexualité.<br />

et de la sexualité dans notre quotidien.<br />

L’artiste s’est également rendue célèbre<br />

pour ses autoportraits, dans lesquels son<br />

propre corps devient instrument critique.<br />

Dans Autoportrait avec œufs sur le plat<br />

(1996), elle regarde droit dans l’objectif, les<br />

œufs couvrant ses seins. Elle inverse le regard<br />

masculin, mais là où Manet le faisait<br />

avec grâce dans son Olympia, Sarah Lucas<br />

pulvérise les conventions extérieures de la<br />

féminité. Son regard se fait provocant, avec<br />

ce sourcil levé. Une attitude peu flatteuse,<br />

mais confiante et rebelle : penchée en<br />

arrière, bras sur les accotoirs, jambes écartées.<br />

Elle répond non seulement au regard<br />

de l’observateur (masculin), mais semble<br />

également lui demander : « Qu’est-ce que<br />

tu regardes ? »<br />

RÉVÉLATION D’UN SEXISME LATENT<br />

Dans l’œuvre Cnut (2004), tirée d’un mot<br />

trivial de la langue anglaise qui désigne le<br />

vagin, une cuvette de toilette et un corps<br />

assis, coupé à partir des épaules et donc<br />

décapité, semblent avoir grandi ensemble.<br />

La toilette, avec ses divers creux et tuyaux<br />

64


Sandwich, 2004-2020, jesmonite, polystyrène et peinture, 65 x 250 x 190 cm. © de l’artiste / Courtesy Sadie Coles HQ, Londres<br />

et sa connotation ‘‘salace’’ représente, aux<br />

yeux de Sarah Lucas, la métaphore idéale<br />

du corps humain et de ses organes. Elle<br />

confère à cet être universel l’ensemble<br />

des aspects corporels que nous préférons<br />

cacher ou nier (digestion, excrétion,<br />

odeurs). Ce corps assis est tout à fait<br />

universel, ordinaire dans son attitude décontractée<br />

: un corps féminin dans toute<br />

sa splendeur, pas tels que les critères de<br />

beauté le prescrivent ou que les médias et<br />

l’art l’idéalisent souvent. En 2015, l’artiste<br />

représentait la Grande-Bretagne à la<br />

Biennale de Venise. Elle y présentait divers<br />

meubles et sculptures en plâtre de corps<br />

souvent coupés au niveau de la taille. Des<br />

cigarettes conférant l’aspect d’un visage<br />

à des parties de corps totalement différentes<br />

dépassant des cavités corporelles.<br />

Pour l’artiste, la cigarette, que la main<br />

tient aussi dans Cnut, est une valeur sûre,<br />

reconnaissable dans son œuvre (The Fag<br />

Show présenté en 2000 par la galerie Sadie<br />

Coles). Plus que l’attribut du fumeur, la<br />

cigarette constitue un repère, une valeur<br />

sûre qui revêt la même importance que le<br />

Sandwich renvoie à la consommation<br />

quotidienne en interpellant la banalité<br />

universelle, mais aussi les infiltrations<br />

capitalistes dans la sphère intime.<br />

manger et boire, une façon de se donner<br />

une attitude dans chaque situation et de<br />

favoriser les contacts sociaux. En dépit de<br />

l’évidence et de la nonchalance qui lui sont<br />

inhérentes, fumer fait partie de l’intimité<br />

de la vie quotidienne et constitue une<br />

dépendance qui extériorise notre vulnérabilité.<br />

Sarah Lucas n’hésite pas à mettre<br />

l’accent sur ce qui est sale ou gênant dans<br />

l’humain, et donc souvent romancé ou<br />

systématiquement nié. Elle use de ce qui<br />

peut passer pour un humour vulgaire,<br />

‘‘gras’’ afin de questionner, entre autres, le<br />

sexisme latent de la langue, des actions et<br />

habitudes quotidiennes. Elle démasque,<br />

en outre, l’humour comme compensation<br />

sociale de la pudeur et de la gêne, pour<br />

expliquer le côté banal et absurde de<br />

chaque jour, l’ordinaire et le tabou que<br />

nous y associons, pour les faire fusionner<br />

en une sorte de kitsch. Une grande<br />

tendresse se mêle en même temps à<br />

cet humain universel qui s’inscrit dans<br />

l’intimité de ses thèmes.<br />

VISITER<br />

Exposition Sarah Lucas, Happy Gas<br />

Tate Britain<br />

Londres<br />

du 28-09 au 14-01-2024<br />

65


La Longue Marche<br />

d’Ai Weiwei<br />

En plus de quatre décennies,<br />

Ai Weiwei a produit une œuvre<br />

imposante, diverse et paradoxale.<br />

Artiste et activiste, il a puisé dans<br />

son histoire personnelle et dans<br />

les états du monde, les raisons de<br />

sa colère, de son empathie et de<br />

son ironie. A Rotterdam, une vaste<br />

exposition décline les multiples<br />

facettes de sa création.<br />

TEXTE : GILLES BECHET<br />

Un doigt d’honneur face à la<br />

Cité interdite, sur la place<br />

Tian’anmen à Pékin. Cet acte de<br />

défiance adressé aux autorités<br />

chinoises en 1995 par l’artiste Ai Weiwei<br />

fut le premier d’une série intitulée Etude<br />

de Perspective, qui compte plus d’une centaine<br />

de photographies similaires prises<br />

devant des symboles politiques ou culturels<br />

comme la Maison-Blanche, le Kremlin,<br />

la Tour Eiffel ou La Joconde. C’est aussi<br />

devenu, pour l’artiste chinois, une carte de<br />

visite et un emblème.<br />

Gao Yuan, Portrait d’Ai Weiwei, 2012. © Ai Weiwei Studio<br />

ENFANCE À LA DURE<br />

Artiste et activiste, Ai Weiwei (1957) a<br />

derrière lui une œuvre protéiforme où se<br />

mêlent peinture, sculpture, ready-mades,<br />

performances, installations, photos, vidéos<br />

et films documentaires qui ont en commun<br />

une expression d’injustice et de colère, un<br />

sens de l’image immédiat et un goût pour<br />

66


Crystal Ball, 2017, cristal, gilets de sauvetage, 100 x 100 x 100 cm. Collection privée. © Ai Weiwei Studio<br />

DÉTRUIRE L’ANCIEN<br />

Durant les premières années qui suivent<br />

son retour en Chine, il produit peu, préférant<br />

parcourir les marchés et les magasins<br />

d’antiquités pour y racheter des objets<br />

anciens. Il développe ainsi une connaissance<br />

approfondie et une passion pour<br />

l’artisanat traditionnel de son pays, qui<br />

sera à l’origine de performances provocatrices<br />

et controversées comme Dropping<br />

a Han Dynasty Urn, en 1995, où il brise<br />

un vase vieux de 2000 ans, reprenant mot<br />

pour mot le dicton de Mao Zedong : « Pour<br />

construire un nouveau monde, il faut détruire<br />

l’ancien. » Il couvrira aussi des vases<br />

antiques du logo de la boisson Coca-Cola<br />

ou d’une couche de peinture industrielle<br />

pour protester ironiquement contre la destruction<br />

du passé prônée par la révolution<br />

culturelle et par l’uniformisation engenl’ironie.<br />

Agé d’un an à peine, l’artiste fut<br />

exilé avec son père, le poète Ai Qing (1910-<br />

1996), dans une région aride aux portes<br />

du désert de Gobi. Il y survécut près d’une<br />

dizaine d’années dans des conditions difficiles,<br />

dans un abri creusé dans le sol, alors<br />

que son père devait nettoyer les latrines<br />

publiques du village voisin. Cette enfance<br />

à la dure a profondément marqué son<br />

œuvre, par un sens de la débrouillardise, un<br />

rapport aux objets trouvés, une empathie<br />

pour les exilés et les réfugiés, mais aussi<br />

une opposition aux pouvoirs aveugles. De<br />

retour à Pékin, à la fin des années 1970, il<br />

s’y inscrit à l’école de cinéma et participe<br />

aux premiers mouvements artistiques qui<br />

émergent au cœur du désert créatif laissé<br />

par la révolution culturelle (1966-1976),<br />

à la faveur du bref ‘‘Printemps de Pékin’’<br />

(1989). Lorsqu’il part pour l’Amérique,<br />

l’artiste annonce à sa mère qu’il reviendra<br />

en Picasso, même si c’est plutôt en héritier<br />

de Duchamp qu’il regagne son pays. Aux<br />

Etats-Unis, il découvre un art qu’il ne<br />

soupçonnait pas, Marcel Duchamp, Andy<br />

Warhol ou encore Jasper Johns. Le Français<br />

le fascine par un art qu’il perçoit comme<br />

ramené au cerveau et à des activités liées à<br />

Dans une approche très ‘‘warholienne’’,<br />

Ai Weiwei se met souvent en scène et en<br />

représentation dans ses œuvres.<br />

notre capacité de jugement. « J’ai toujours<br />

admiré son humour et sa manière de combattre<br />

les bras croisés », ajoute-t-il. A New<br />

York, sans le sou, Ai Weiwei commence par<br />

créer ses premiers ready-made avec des<br />

objets qu’il trouve autour de lui, chaussures,<br />

outils, instruments de musique ou<br />

cintre, avec lequel il reproduira le profil de<br />

Marcel Duchamp (Hanging Man, 1985). A<br />

la différence de l’approche détachée et plus<br />

conceptuelle du maître dadaïste, ses ready-made<br />

sont liés à un vécu et, plus tard, à<br />

un activisme politique. Cette pratique est<br />

une constante dans son œuvre, où il aime<br />

bousculer la signification qu’on attache<br />

aux objets les plus banals. En transposant<br />

ces artefacts dans d’autres matériaux, bois,<br />

marbre, verre ou thé, il cherche à changer<br />

la perception qu’on s’en fait et questionner<br />

leur valeur et leur authenticité.<br />

67


Porte métallique avec trous de balle, 2015. Collection privée. © Ai Weiwei Studio<br />

Zodiac (Dragon), 2019, briques LEGO®, 190 ×<br />

190 cm. Collection privée. © Ai Weiwei Studio /<br />

photo: Albertina, Vienne – Lisa Rastl and Reiner<br />

Riedler<br />

« Mes mains<br />

doivent toujours<br />

travailler. Si les<br />

mains ne travaillent<br />

pas, le cerveau ne<br />

fonctionnera pas. »<br />

AI WEIWEI<br />

drée par la mondialisation. Dans un esprit<br />

plus surréaliste, il recompose des meubles<br />

impossibles en assemblant des fragments<br />

de mobiliers antiques ou en les faisant<br />

fabriquer par des artisans héritiers des<br />

techniques d’assemblage traditionnelles.<br />

Fasciné par la maison que le philosophe<br />

autrichien Ludwig Wittgenstein a fait<br />

construire pour sa sœur, à Vienne, il se dit<br />

que lui aussi peut le faire. Ainsi, élabore-t-il<br />

les plans de sa maison-atelier de Caochangdi,<br />

dans la banlieue de Pékin. Quelques<br />

années plus tard, il fonde le bureau d’architecture<br />

Fake Design et collabore avec les<br />

architectes suisses Herzog & de Meuron<br />

pour la conception du stade national de<br />

Pékin, dit le ''nid d’oiseau'', emblème des<br />

Jeux olympiques de 2008.<br />

ENGAGEMENT POLITIQUE ET SOCIAL<br />

Le grand tremblement de terre qui frappe<br />

le Sichuan, en 2008, va bouleverser l’artiste<br />

et renforcer son engagement politique et<br />

social. Parmi les 90 000 victimes, nombreux<br />

étaient des enfants, ensevelis sous<br />

les décombres d’écoles mal construites sur<br />

base de plans et à l’aide de matériaux non<br />

fiables. Dès l’annonce de la catastrophe,<br />

Ai Weiwei se rend sur place et, avec l’aide<br />

de collaborateurs locaux, dresse une liste<br />

des noms et dates de naissance des 5 197<br />

enfants décédés, qu’il publie sur son site,<br />

à la grande fureur des autorités chinoises.<br />

Il n’en oublie pas pour autant ses réflexes<br />

artistiques en réalisant une imposante<br />

installation en forme de serpent composée<br />

de sac à dos d’enfants, à l’image de<br />

ceux retrouvés sous les décombres, ou en<br />

reproduisant les barres de métal tordues<br />

qui émergeaient des gravats pour les<br />

transformer en de menaçantes sculptures.<br />

Sa première exposition personnelle<br />

remonte à 2004. Rapidement, il devient<br />

une figure médiatique et est invité par les<br />

grands musées pour y réaliser des expositions<br />

comme celle de la Tate de Londres,<br />

en 2010, où il présente Sunflower Seeds<br />

dans le Turbine Hall. Cette spectaculaire<br />

installation et ses 100 millions de graines<br />

de tournesol en porcelaine, moulées et<br />

peintes à la main, constitue une allégorie<br />

du conformisme chinois, lorsque durant<br />

la révolution culturelle, Mao Zedong<br />

était comparé au soleil et sa population à<br />

des fleurs de tournesol tournées dans sa<br />

direction. Interdit de séjour et expulsé de<br />

Chine en 2015, après un séjour en prison,<br />

l’artiste s’installe à Berlin où il s’investit de<br />

plus en plus dans des projets ‘‘non-chinois’’.<br />

Avec Human Flow, il aborde le drame des<br />

réfugiés avec un film tourné dans 40 camps<br />

répartis dans 24 pays, tout comme dans<br />

Tyr, où il transforme des bouées-chambres<br />

à air en anneaux de marbre pour en faire<br />

un empilement de sobres couronnes mortuaires<br />

; de même que dans la gigantesque<br />

sculpture en latex noir Law of the journey,<br />

zodiaque de soixante mètres de longueur<br />

flottant dans le vide, comprenant à son<br />

bord les silhouettes de 258 réfugiés.<br />

68


En transposant<br />

des artefacts dans<br />

d’autres matériaux,<br />

bois, marbre, verre<br />

ou thé, l’artiste<br />

souhaite changer la<br />

perception qu’on s’en<br />

fait et questionner<br />

leur valeur et leur<br />

authenticité.<br />

HOMME D’IDÉES<br />

Aujourd’hui, Ai Weiwei travaille entouré<br />

d’une équipe d’une trentaine de personnes<br />

aux compétences diverses qu’il considère<br />

comme sa famille. Même s’il reste<br />

un manuel, l’artiste se perçoit comme un<br />

homme d’idées. « Mes mains doivent toujours<br />

travailler. Si les mains ne travaillent<br />

pas, le cerveau ne fonctionnera pas », a-t-il<br />

ainsi déclaré. Dans une approche très<br />

‘‘warholienne’’, il se met souvent en scène<br />

et en représentation dans ses œuvres. Ici,<br />

il reprend la pose du petit réfugié kurde<br />

dont on a retrouvé le cadavre échoué sur<br />

une plage turque ; là, il apparait nu et<br />

bondissant à l’arrière-plan de la transposition<br />

en LEGO® du Cri de Munch. Dans<br />

S.A.C.R.E.D., il représente le quotidien<br />

banal et humiliant de sa vie en prison, lors<br />

de ses 81 jours de détention en 2011, avec<br />

des figurines en fibre de verre grandeur<br />

nature de lui-même et de ses gardiens. Un<br />

auto-centrisme qui peut agacer certains,<br />

auxquels il répond qu’il fait de son personnage<br />

un ready-made pour faire avancer les<br />

projets qui lui tiennent à cœur. Ce faisant,<br />

il adopte aussi un rapport décomplexé au<br />

marché, déclinant ses œuvres iconiques<br />

en multiples éditions et matériaux. Durant<br />

la pandémie, lorsque la Chine et Wuhan<br />

étaient sous cloche, il a ainsi imprimé sur<br />

des masques chirurgicaux des gravures de<br />

son fameux doigt d’honneur, mis en vente<br />

sur eBay, ce qui lui aurait permis de récolter<br />

plus de 1,4 millions de dollars reversés<br />

à des associations humanitaires locales.<br />

Sur le second marché, Ai Weiwei demeure<br />

un nom porteur. Le choix est large depuis<br />

des éditions de graines de tournesol en<br />

porcelaine valant une bonne dizaine<br />

d’euros, des éditions de photographies ou<br />

des éditions de son doigt en bois, verre<br />

ou métal, jusqu’à des œuvres muséales,<br />

un vase Coca-Cola, vendu 665.000 dollars<br />

chez Phillips en 2014, Forever Bicycles,<br />

assemblage de 42 fragments de bicyclettes<br />

pour 730.310 dollars chez Sotheby’s Hong<br />

Kong, en 2015, ou encore ses douze têtes<br />

Surveillance Camera with Plinth, 2015, marbre.<br />

© Ai Weiwei Studio / photo : Albertina, Vienne – Lisa<br />

Rastl and Reiner Riedler<br />

en bronze d’animaux du fameux zodiaque<br />

du Palais d’été, dispersé en 1860, vendues<br />

pour 3,4 millions de livres sterling chez<br />

Phillips, à Londres. Désormais ancré en<br />

Occident, mais profondément imprégné<br />

de culture chinoise, Ai Weiwei est l’artiste<br />

global par excellence. Paradoxal et disruptif,<br />

il est convaincu que tout est art et peut<br />

devenir objet de réaction ou de réflexion.<br />

VISITER<br />

Study of Perspective, Eiffel Tower, 1999. Albertina, Vienne – The ESSL Collection. © Ai Weiwei Studio /<br />

photo : Mischa Nawrata<br />

Exposition Ai Weiwei. In search of<br />

Humanity,<br />

Kunsthal<br />

Rotterdam<br />

www.kunsthal.nl<br />

du 30-09 au 03-03-2024<br />

69


A Dream of Wholeness in Parts, 2021, film. © de l’artiste / Courtesy Chi-Wen Gallery / Soft Opening<br />

Sin Wai Kin<br />

Dédoublement<br />

de personnalité<br />

Entre Jessica Rabbit et Marilyn Monroe, les archétypes surréalistes de<br />

Sin Wai Kin explorent l’identité de genre, critiquent la représentation<br />

de la féminité, les normes de beauté et l’imagerie ultra-sexuée. Dans<br />

l’air du temps, l’artiste visuelle canadienne questionne sans cesse la<br />

notion de non-binarité avec ces maîtres-mots que sont l’intensité, la<br />

performance et la théâtralité…<br />

TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT<br />

70


Née Victoria Sin à Toronto en 1991,<br />

Sin Wai Kin impose son esthétique<br />

sur la scène internationale.<br />

Nommée au Turner Prize 2022,<br />

elle remporte en <strong>2023</strong> le Baloise Art Prize<br />

(Art Basel). Et d’emblée, on commet une<br />

erreur. L’artiste – qui s’exprime par la performance,<br />

l’image animée, l’écriture, l’installation<br />

et l’édition de fanzines – demande<br />

à être évoquée, non par le pronom genré<br />

‘‘elle’’, ni même par le très clivant et actuel<br />

‘‘iel’’, mais par l’emploi de ‘‘ils/elles’’ (they/<br />

them). Oubliez dès lors le singulier, la jeune<br />

femme revendique sa pluralité, se considérant<br />

métisse et non-binaire.<br />

Sin-Wai Kin dénonce<br />

la représentation<br />

de la féminité, les<br />

normes de beauté<br />

occidentales,<br />

l’imagerie sexuée…<br />

NOM CHINOIS<br />

Diplômée du Camberwell College of Arts et<br />

du Royal College of Arts (Londres), Victoria<br />

Sin est âgée de 17 ans lorsqu’elle commence<br />

à s’intéresser à l’univers drag, soit des performances<br />

utilisant le vêtement, le maquillage<br />

et la coiffure pour créer une incarnation<br />

exagérée de la féminité. Fréquentant les<br />

bars gays, elle s’investit sur la scène créative<br />

queer, travaillant à déconstruire le genre. Au<br />

même moment, elle prend conscience de sa<br />

non-binarité. Un constat qui nourrit inlassablement<br />

sa pratique. Depuis 2017, Victoria<br />

Sin joue de la fiction spéculative, employant<br />

les plus diverses métaphores, pour tirer à<br />

boulets rouges sur nos attitudes et comportements<br />

normatifs vis-à-vis du genre et des<br />

discours historiques sur l’identité. Explorant<br />

sans relâche l’univers drag, l’artiste dénonce<br />

la représentation de la féminité, les normes<br />

de beauté occidentales, l’imagerie sexuée…<br />

En mars 2021, à l’occasion de la présentation<br />

de son film A Dream of Wholeness in Parts,<br />

Sin Wai Kin annonce la mise en retrait de<br />

‘‘Victoria Sin’’. Une déclaration réalisée par<br />

l’intermédiaire de la revue digitale NOWNESS<br />

(qui lui consacre le premier épisode d’une<br />

série commandée par Art Basel). Un retour<br />

à ses origines : Sin Wai Kin étant le nom<br />

chinois qui lui a été donné à sa naissance.<br />

MOI EST UN AUTRE<br />

Dans ce « rêve de plénitude », Sin Wai Kin<br />

marie la dramaturgie chinoise traditionnelle<br />

et l’univers drag-queen. Cet arrêt sur image<br />

réunit les deux protagonistes, apathiques<br />

et complètement artificiels. Assis face à<br />

face, ils se dévisagent. Symbole politique<br />

par excellence, un échiquier les sépare. Ils/<br />

elles semblent en tous points identiques.<br />

Perruques foncées, blazers un peu trop<br />

ajustés, jupes assorties qui rappellent le look<br />

des pin-up des années 1950, des chaussures<br />

à plateformes massives décorées des fioritures<br />

habituellement réservées aux robes de<br />

mariée. Et que dire de leurs décolletés, imposantes<br />

poitrines en plastique sur lesquelles<br />

ruissellent des cascades de strass ? Et pourtant,<br />

un détail les distingue : leur maquillage.<br />

Voilà l’une des caractéristiques des opéras<br />

cantonais et pékinois, productions ayant<br />

inspiré l’artiste, dans lesquels les rôles sont<br />

strictement établis. Sin Wai Kin rapproche<br />

le premier individu de l’archétype féminin<br />

(se prénommant Dan), avec le rose et le bleu<br />

pour couleurs dominantes, soit des teintes<br />

qui symbolisent l’intégrité et la vigueur.<br />

Aussi, la direction de ses sourcils lui confère<br />

un air innocent, discret et doux. Le rôle<br />

masculin, Sheng, présente du jaune et du<br />

vert, soit des couleurs associées à la ruse et<br />

à l’irascibilité. Ses sourcils le font apparaître<br />

en colère ou cruel. Sur les murs, deux œuvres<br />

faisant directement référence à d’autres<br />

scènes du film. La plus évidente, cette Vénus<br />

de Botticelli qui renvoie explicitement à un<br />

plan dans lequel Sin Wai Kin pose, debout,<br />

poitrine nue, sur un rocher battu par les<br />

vagues de la côte chinoise. La citation est<br />

limpide, la symbolique multiple.<br />

SURFER<br />

www.art.baloise.com<br />

71


Le couteau<br />

Arme et ustensile aux multiples métamorphoses<br />

Il figure parmi les tout premiers objets fabriqués par l’homme, parmi<br />

les plus utiles aussi puisqu’il permet de trancher, de séparer, de gratter,<br />

d’embrocher… Mais, si le couteau est avant tout pratique, il endosse<br />

aussi un rôle symbolique, reflétant le niveau social, la richesse, tenant<br />

place dans certains rituels. Toutes ces raisons expliquent pourquoi le<br />

couteau a toujours fait et fait, aujourd’hui encore, l’objet du plus grand<br />

soin dans sa confection.<br />

TEXTE : ANNE HUSTACHE<br />

Lorsqu’en 1991 fut découverte la<br />

momie d’Ötzi, homme du néolithique<br />

mort il y a environ 4600 ans, elle<br />

était accompagnée de divers outils<br />

et armes, dont un couteau. Les recherches<br />

ont récemment démontré qu’il s’agissait plus<br />

d’un marqueur social que d’un instrument<br />

puisqu’il ne semble pas avoir été utilisé. Mais<br />

sa forme cependant et les matières utilisées<br />

(silex taillé fiché dans un manche de bois)<br />

correspondent bien à ce qu’utilisèrent nos<br />

plus anciens ancêtres. La lame de métal apparaît<br />

chez les Romains et prend rapidement<br />

le dessus sur d’autres matières. Pendant<br />

longtemps, le couteau sert essentiellement<br />

de tranchoir à table, où chacun mange avec<br />

les doigts. Mais il aide aussi à ‘‘piquer’’ les<br />

morceaux pour les déposer ensuite dans son<br />

assiette. Chacun apporte alors son propre<br />

couteau. Née au Moyen Âge, la fourchette<br />

ne se répandra que petit à petit et l’usage<br />

des couverts, tels que nous les connaissons<br />

aujourd’hui, n’apparaît qu’au XVIIe siècle,<br />

pour ne se généraliser qu’au XVIIIe siècle.<br />

Apparat<br />

-3600 / -3300 av. J.-C.<br />

Ce magnifique couteau d’apparat n’a jamais<br />

servi : il ne comporte en effet aucune<br />

trace d’usure. En outre, son manche est<br />

richement orné sur ses deux faces, celle<br />

à l’avant de scènes de bataille et navigation,<br />

renvoyant sans doute à des victoires<br />

militaires égyptiennes. Celle à l’arrière,<br />

qui comporte une ‘‘bossette’’ servant sans<br />

doute à attacher le couteau, comporte<br />

des scènes mythologiques qui témoignent<br />

d’une influence mésopotamienne, tant au<br />

niveau du thème (maître des fauves) que<br />

du style. Lorsque ce couteau fut proposé<br />

à la vente, sa lame de silex était séparée<br />

du manche. Ce sont les spécialistes du<br />

Louvre qui ont compris que les deux parties<br />

s’emmanchaient parfaitement.<br />

Couteau du Gebel el-Arak, Egypte, Nagada II, silex,<br />

ivoire d’hippopotame, L. 25,50 cm. Paris, Musée<br />

du Louvre, inv. E 11517. © Musée du Louvre/ photo :<br />

Christian Décamps<br />

72


Eplucheur ?<br />

IIIe siècle<br />

Ce couteau à lame d’acier rappelle que les Romains furent les premiers, en<br />

Europe, à réaliser cet outil en métal. Ils ont d’ailleurs multiplié les couteaux,<br />

spécifiant leur usage par des noms précis. On leur doit aussi l’invention du<br />

couteau pliant, particulièrement prisé des soldats. Ce petit couteau était<br />

d’usage courant et, comme d’autres exemplaires de ce type, son manche est<br />

sculpté. Celui-ci est façonné en forme de bras, dont la main tient une forme<br />

sphérique. Est-ce un fruit ? Il indique ainsi la fonction possible de l’ustensile.<br />

Mais, peut-être cette main tendue, offrant un orbe, revêt-elle une signification<br />

symbolique ?<br />

Couteau au manche orné d’une main tenant un orbe, Rome, alliage de cuivre, acier, 13,4 x 1,1 x<br />

1,2 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. 17.192.253.<br />

Droit au cœur<br />

1450-1521<br />

Les sacrifices humains sont caractéristiques des cultures méso-américaines,<br />

et dans l’enceinte du grand temple de l’ancienne Mexico (Tenochtitlan), les<br />

prêtres offraient aux dieux le cœur fraîchement arraché de leurs victimes. De<br />

nombreux couteaux sacrificiels ont ainsi été préservés, mais celui-ci est particulièrement<br />

rare. D’une part, parce qu’il est entier, d’autre part parce que la<br />

somptuosité de son décor suggère qu’il n’était pas destiné à l’usage rituel mais<br />

plutôt comme un don symbolique. Son manche prend la forme d’un homme<br />

accroupi : il s’agit d’un ‘‘chevalier aigle’’, représentant de l’élite militaire. Dans la<br />

mythologie mexicaine, l’aigle symbolise la force du jour et est sensé conduire<br />

le soleil, chaque matin, du monde souterrain vers le ciel.<br />

Couteau sacrificiel, Mexique, culture Aztèque ou Mixtèque, calcédoine<br />

(lame), bois de cèdre (manche), mosaïque de turquoise et<br />

coquillages, malachite, fibre d’agave, L. 32,3 cm. Londres, The British<br />

Museum, inv. Am, St.399. © The Trustees of the British Museum<br />

Cadeau d’amour<br />

1597<br />

Offrir, de la part du futur marié à la mariée, un set de deux couverts, soit une<br />

fourchette et un couteau dans un étui, fut un temps assez courant. Ce couteau au<br />

manche d’or, délicatement décoré de nielle, en constitue un bel exemplaire. Ces motifs,<br />

typiques du XVIe siècle, que sont grotesques, chérubins, médaillons et dieux de<br />

la mythologie, ont directement été inspirés d’un recueil de gravures traitant de l’ornement,<br />

réalisé par Théodore de Bry (1528-1598). Ce graveur, originaire de Liège, qu’il<br />

quitta parce qu’il était protestant, fut surtout célèbre pour ses illustrations des récits<br />

entourant la découverte du Nouveau Monde. Mais le décor de ce couteau reprend<br />

directement des motifs sciemment composés pour orner les manches de couverts.<br />

La date et les initiales sont gravés sur l’un des côtés de l’objet.<br />

Couteau de couverts de mariée, Pays-Bas du Nord, or, fer, nielle, 16,6 x 2,1 cm. Amsterdam, Rijksmuseum,<br />

inv. BK-1975-79-B.<br />

73


A la mode<br />

1687<br />

Ce type de couteau était très prisé dans le dernier quart du XVIIe siècle. Il se compose<br />

d’une lame d’acier au bout arrondi (caractéristique de la production de Sheffield) et<br />

d’une figurine féminine habillée à la mode de l’époque. Toutefois, les traits du visage<br />

de la belle figurant sur le manche sont plutôt indiens, ce qui indique que l’ivoire aurait<br />

été sculpté à Goa, alors que la ville était sous domination portugaise. Souvent, des artisans<br />

locaux réalisaient ces produits destinés à l’exportation. Ce couteau a été assemblé<br />

par un certain Vigo, coutelier de Sheffield, qui a gravé son nom sur la lame.<br />

Vigo, Couteau, Sheffield, acier et ivoire, L. 21,7 cm. Londres, The Victoria and Albert Museum, inv.<br />

CIRC.63-1909.<br />

Impérial<br />

ca. 1760-1770<br />

Ce couteau provient d’un service à dessert<br />

que l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche<br />

offrit à Madame Geoffrin, en 1770. Marie-<br />

Thérèse Rodet, épouse Geoffrin, joua un<br />

rôle essentiel dans la vie parisienne de<br />

son époque : salonnière de premier plan,<br />

elle reçut les grandes personnalités du<br />

monde littéraire et tissa un réseau de<br />

relations à l’échelle de l’Europe. Sa réputation<br />

était telle qu’elle fut reçue à Vienne<br />

par l’impératrice Marie-Thérèse. Suite à<br />

cette rencontre, elle se vit offrir ce service<br />

de porcelaine envoyé par la souveraine<br />

elle-même. Il fut produit par la Manufacture<br />

de porcelaine de Vienne, fondée par<br />

Du Pasquier en 1717. L’envoi, en 1758,<br />

par Louis XV d’un service en porcelaine<br />

de Sèvres à la Cour de Vienne y suscita<br />

une évolution stylistique vers les modèles<br />

français. Ce service illustre parfaitement<br />

cette influence. Si le profil de la plupart<br />

des pièces relève d’une esthétique rocaille<br />

germanique, le décor de rubans peints de<br />

bleu rehaussé d’or, scandés par des nœuds<br />

moulés alternant avec des palmettes<br />

peintes à l’or sur fond blanc, est d’esprit<br />

purement français.<br />

Ignace-Joseph Würth, Couteau d’un service à dessert,<br />

Manufacture impériale de Vienne, porcelaine,<br />

vermeil, L. 24 cm. Paris, Musée du Louvre, inv.:<br />

OA.2020.23.13.3. © Musée du Louvre / photo : Hervé<br />

Lewandowski<br />

Oriental<br />

XVIIIe siècle<br />

Arme blanche orientale, le khanjar (ou cangiar) est originaire de Perse. La<br />

délicate courbure de sa lame d’acier, avec crête centrale et pointe gonflée, ainsi<br />

que les volutes élégantes de son manche en font une pièce caractéristique du<br />

costume masculin oriental. Ce couteau cérémoniel s’est largement répandu<br />

dans le monde islamique, notamment dans la péninsule Arabique, plus particulièrement<br />

au Sultanat d’Oman où il est considéré comme un symbole culturel<br />

national. Il se glisse traditionnellement à la ceinture. Cet exemplaire ancien<br />

fut réalisé dans l’Inde moghole, comme l’indique le superbe motif émaillé de<br />

sa poignée au pommeau arrondi, incrustée d’or et de pierres précieuses, formant<br />

tiges de défilement d’où émergent bourgeons et fleurs de lotus.<br />

Khanjar (dague ou couteau cérémoniel), Inde, acier, émail, or, pierres précieuses, L. 32 cm.<br />

© Oriental Art Auctions<br />

74


Délicat<br />

ca. 1899-1908<br />

Multiforme et multi-usage, le couteau peut aussi servir des causes plus<br />

intimes, comme ouvrir les enveloppes et l’on aime à imaginer que ce délicat<br />

coupe-papier ornait le bureau d’une dame en attente de tendres missives.<br />

Rarement un si bel équilibre aura été atteint entre la forme, d’une sobriété<br />

presque austère, et le décor floral, symétrique et pourtant plein de vie.<br />

L’influence de l’Art nouveau s’y fait subtilement sentir. Si Karel Fabergé est<br />

surtout connu pour ses fameux œufs, il était avant tout joaillier, créant bijoux<br />

et précieux objets de fantaisie.<br />

Karl Fabergé, Couteau coupe-papier, Moscou, argent, L. 25,5 cm. © Sotheby’s<br />

Présidentiel<br />

1934<br />

Cet exceptionnel et important couteau pliant a appartenu<br />

à Albert Lebrun, Président de la République française entre<br />

1932 et 1940. De style laguiole (lame et manche droits),<br />

il fut fabriqué par le coutelier Thérias, à Thiers, avec un<br />

manche en ivoire sculpté par le génial Nicolas Crocombette<br />

(1863-1955), devenu à la fin du XIXe siècle un décorateur<br />

hors-pair de manches de beaux couteaux et considéré<br />

depuis comme quasiment sans égal. Les flasques en ivoire<br />

sont ici sculptées de têtes de femme au bonnet phrygien,<br />

symbole de la République, et de fleurs. A deux lames, un<br />

poinçon et un tire-bouchon en acier, par ses fonctionnalités,<br />

cette pièce n’est pas sans rappeler les fameux couteaux<br />

créés en 1890 à la demande de l’Armée suisse.<br />

Nicolas Crocombette pour Thérias, Couteau pliant, France, ivoire, acier, L. 61<br />

cm (ouvert). Goxe Belaisch / Hôtel des Ventes, Enghien, 06-02-2022. © Goxe<br />

Belaisch - 55.000 €<br />

Retour aux sources<br />

2016<br />

Le designer brésilien Klivisson Dennison Campelo dos Santos souhaitait<br />

créer un couteau de cuisine, à la fois esthétique et multifonctionnel.<br />

Il s’est spontanément tourné vers les premiers couteaux connus de<br />

l’Histoire, les silex bifaces, pour en comprendre la géométrie interne. Le<br />

couteau de cuisine IP Knife est ainsi né de ces recherches : en épurant<br />

les lignes, le créateur est arrivé à un couteau au profil fuselé, d’un design<br />

assez futuriste, caractérisé par des formes géométriques chevauchant<br />

des figures organiques. Fabriqué en pierre taillée, l’objet se décline en<br />

deux couleurs, le noir corbeau ou le blanc neige.<br />

Klivisson Campelo pour Monkiy’s Design, Couteau IP, 2016, pierre, L. 20 cm.<br />

© de l’artiste / Monkiy’s Design<br />

75


Kurt Peiser<br />

Peintre de<br />

l'empathie<br />

Campo & Campo (avec 136 tableaux) et le musée De Reede (avec 35<br />

œuvres graphiques) consacrent simultanément une exposition à ce<br />

peintre un peu oublié qu’est Kurt Peiser, grâce à la passion de deux<br />

collectionneurs. Rencontre avec Pierre Buch, qui a sélectionné les œuvres<br />

et nous parle de son talentueux grand-père.<br />

TEXTE : BEN HERREMANS<br />

Blizzard, ca. 1950, huile sur toile, 56,5 x 64,5 cm. © Pierre Buch<br />

76


Ces deux expositions<br />

visent à prouver<br />

qu’il avait atteint la<br />

perfection tant sur le<br />

plan technique que<br />

dans le choix de ses<br />

thèmes et l’expression<br />

des émotions.<br />

Le peintre, dessinateur et graveur<br />

anversois Kurt Peiser (1887-1962) a<br />

légué une impressionnante œuvre,<br />

demeurée toutefois méconnue.<br />

Depuis vingt ans, Pierre Buch étudie de<br />

près l’œuvre de son grand-père, intérêt<br />

qu’il qualifie de passion aux motivations<br />

émotionnelles. « Cela occupe mes pensées<br />

tous les jours. Ma banque de données<br />

contient douze mille documents. L’exploration<br />

de son œuvre est une initiative<br />

intime, qui s’accompagne de nombreux<br />

souvenirs personnels. Mais il faut que le<br />

monde sache qui était Kurt Peiser pour<br />

apprécier son œuvre. » Il est né à Anvers<br />

et mort à Uccle. D’origine juive allemande,<br />

ses parents quittent Berlin pour Anvers<br />

en 1885. Son père, chimiste de renom, est<br />

employé comme directeur de la sucrerie<br />

de Tirlemont. Son fils devient, dans le<br />

cadre de sa formation artistique, élève<br />

de Gerard Jacobs à l’Académie royale des<br />

Beaux-Arts d’Anvers où il expose, pour la<br />

première fois, en 1907. Sept ans plus tard,<br />

une deuxième exposition entraîne une<br />

sanction pécuniaire pour ‘‘outrage aux<br />

bonnes mœurs’’ : onze tableaux en sont<br />

retirés. Durant la Première Guerre mondiale,<br />

il s’établit à Bruxelles où ses parents<br />

habitent déjà. Il épouse Renée Groeninckx,<br />

elle-même peintre, avec laquelle<br />

il a une fille, Irma. Kurt Peiser élabore une<br />

œuvre vaste et variée, tant sur un plan<br />

technique que thématique, des créations<br />

graphiques aux peintures. La vie au port<br />

d’Anvers et, plus tard, dans le quartier des<br />

Marolles à Bruxelles furent ses principales<br />

sources d’inspiration. Il a connu<br />

son ‘‘moment de gloire’’ en 1929, avec une<br />

exposition rétrospective en la prestigieuse<br />

Galerie Georges Giroux, à Bruxelles. Mais,<br />

à son décès, il disparaît totalement de<br />

l’histoire de l’art.<br />

Joyeux Soupeur, ca. 1928, huile sur toile, 61,5 x 50,5 cm, © Pierre Buch<br />

MÉCONNU<br />

Pierre Bruch, aux côtés des collectionneurs<br />

Thomas Helmer et Jan Verstappen,<br />

est l’organisateur des deux expositions<br />

actuelles : « Ce projet a vu le jour à la<br />

demande de Campo & Campo, explique<br />

Jan Verstappen. Le musée De Reede, qui<br />

avait organisé une exposition sur l’artiste<br />

en 2018, s’est joint à nous. Les galeries<br />

notent qu’il existe une demande d’œuvres<br />

de qualité de l’artiste, qui obtiennent des<br />

résultats élevés aux enchères. Leur valeur<br />

marchande varie selon les thèmes abordés.<br />

Il y a quelques années, chez Horta,<br />

un autoportrait était adjugé 8.000 euros. »<br />

De leur propre aveu, les deux collectionneurs<br />

souhaitent ouvrir les yeux du public<br />

et prouver que Kurt Peiser avait atteint<br />

la perfection, tant sur un plan technique<br />

que dans le choix de ses thèmes et l’expression<br />

des émotions. Jan Verstappen :<br />

« Kurt Peiser est un grand peintre, hélas<br />

Kurt Peiser dans son atelier. © D. R.<br />

77


<strong>COLLECT</strong> : Qui était Kurt Peiser ?<br />

« C’était d’abord mon grand-père, avant<br />

d’être un peintre qui remporta un certain<br />

succès au début du XXe siècle. Sa vie<br />

durant, il a travaillé et est quasi mort le<br />

pinceau à la main. Sa production est, par<br />

conséquent, immense. Il a parfois eu cinq<br />

expositions par an. »<br />

On le surnomme ‘‘le peintre de la misère’’…<br />

« Ce n’est pas faux, mais un peu réducteur.<br />

On lui a collé cette étiquette, mais Kurt<br />

Peiser est bien plus que cela. En 2015, j’ai<br />

rédigé l’ouvrage Kurt Peiser – Le peintre du<br />

peuple. Si je devais le réécrire, je choisirais<br />

plutôt comme sous-titre Le peintre<br />

de l’empathie. Il peignait la douleur de<br />

l’homme, telle qu’il la voyait. Avec empathie,<br />

mais sans compassion. Il n’avait aucune<br />

intention de porter accusations ou<br />

protestations. Il souhaitait confronter son<br />

public à la réalité de la rudesse de la vie,<br />

sans le pousser à la compassion : rendre<br />

avec réalisme ce que chacun éprouve à<br />

la vue de cette réalité. Mais tout n’est pas<br />

aussi noir dans son œuvre. Il a effectué de<br />

superbes marines et vues de plages, dans<br />

lesquelles règne aussi une grande joie. On<br />

y voit des gens qui font la fête. »<br />

Saturé d’alcool, 1924, huile sru toile, 94 x 74 cm. © Pierre Buch<br />

« Il peignait la<br />

douleur de l’homme,<br />

telle qu’il la voyait.<br />

Avec empathie, mais<br />

sans compassion »<br />

méconnu. Il est incompréhensible que les<br />

musées possèdent aussi peu d’œuvres de<br />

lui, car il produisait de véritables pièces<br />

muséales. L’Accordéoniste fut exposé<br />

récemment au Kunstuur de Malines. Ce<br />

tableau provient de la collection de Hans<br />

Bourlon, co-initiateur du Kunstuur, qui<br />

l’avait acquis dans une galerie anversoise.<br />

Il ne connaissait pas l’artiste, mais fut<br />

émerveillé par cette œuvre. »<br />

PEINTRE ET REPORTER<br />

Le petit-fils de l’artiste, Pierre Buch (73<br />

ans), a fait carrière dans l’édition de livres<br />

d’art et est un photographe passionné. Il<br />

a aujourd’hui l’impression, grâce à la préparation<br />

de ces deux expositions, d’être<br />

parvenu à comprendre l’objectif que<br />

poursuivait son aïeul. Rencontre chez lui,<br />

à Wezembeek-Oppem.<br />

Cette appellation de ‘‘peintre du peuple’’<br />

va dans le sens de ses convictions. Fils de<br />

bonne famille, pourquoi est-il devenu<br />

communiste ?<br />

« C’est encore une fois cette empathie.<br />

Les docks et usines du sud d’Anvers, les<br />

terrains vagues tout autour et les quais de<br />

l’Escaut, cela lui rappelait sa jeunesse. Les<br />

enfants des dockers, ouvriers et bateliers<br />

étaient ses amis. Cet univers l’attirait.<br />

C’était son côté social. »<br />

Communiste et juif, ce fut un avantage<br />

pour sa carrière, non ?<br />

« Il aborde à peine sa judéité dans son<br />

œuvre. Cela ne l’intéressait pas vraiment. »<br />

Qu’est-ce qui l’intéressait alors ?<br />

« Kurt Peiser fut peintre et reporter de son<br />

époque. Il peignait ce qu’il vivait. Et il le vivait<br />

parce qu’il le peignait. Il peignait la vie du<br />

peuple parce qu’il rencontrait de préférence<br />

des gens ordinaires. C’est la raison pour laquelle<br />

il fréquenta le port d’Anvers et les Marolles,<br />

à Bruxelles. Il lui importait de rendre<br />

compte, dans son œuvre, du spectacle de la<br />

vie qu’il avait choisie. C’est le peintre de l’histoire<br />

de la classe populaire. Mais ses thèmes<br />

sont intemporels et universels. »<br />

78


« Le succès<br />

ou l’échec ne<br />

l’intéressaient pas »<br />

Pourquoi est-il tombé dans l’oubli ?<br />

« Il fut catalogué comme peintre social.<br />

Ses autres œuvres n’étaient plus montrées.<br />

Et il s’est rendu compte que la bourgeoisie<br />

préférait ne pas accrocher de tableaux de<br />

personnes en déchéance. Mais le succès<br />

ou l’échec, cela ne l’intéressait pas. »<br />

Il ne suivait aucune tendance, comment<br />

décririez-vous son style ?<br />

« Il n’en faisait qu’à sa tête. Une seule chose<br />

comptait : être juste. Il était techniquement<br />

supérieur, ses gravures le montrent<br />

clairement. Sur le plan des émotions et de<br />

l’empathie, il fait partie des impressionnistes.<br />

Mais dans ses efforts de montrer<br />

‘‘la condition humaine’’, il est expressionniste.<br />

Kurt Peiser synthétise à merveille,<br />

avec une touche de réalisme, la sensibilité<br />

impressionniste et la volonté expressionniste.<br />

C’est ce qui le rend exceptionnel. Le<br />

peintre Charles Degroux, le photographe<br />

George Brassaï et l’Ashcan School étaient<br />

ses références – pas sur le plan du style,<br />

mais des thématiques. »<br />

Kurt Peiser est un maître du clair-obscur<br />

et un coloriste. Il ajoute même une touche<br />

d’optimisme dans ses œuvres pessimistes.<br />

« Il disait : ‘‘Le soleil brille même par un<br />

jour gris, parce qu’il brille dans mon cœur’’.<br />

De fait, un tiers de lumière, deux tiers<br />

d’ombre, telle était sa formule. Il admirait<br />

Rembrandt et Goya. »<br />

Quels furent les critères de sélection pour<br />

ces deux expositions ?<br />

« Je souhaite libérer Kurt Peiser des étiquettes<br />

qui lui restent collées, le montrer<br />

dans son intégralité, avec des choses que<br />

nul ne connaît de lui et illustrer de cette<br />

façon l’immense variété de son œuvre.<br />

Mais révéler en même temps la cohérence<br />

dans cette diversité. »<br />

Comment définiriez-vous cette cohérence ?<br />

« L’obsession de s’améliorer sans cesse. De<br />

se rapprocher davantage des sentiments de<br />

ses personnages. De mieux les comprendre<br />

pour mieux pouvoir les reconstruire. Il est<br />

allé très loin dans cette amélioration de soi. »<br />

À quel moment considérez-vous que ces<br />

expositions sont réussies ?<br />

« Quand les visiteurs sont fascinés, peut-être<br />

au-delà de leurs préjugés, par ce qu’ils voient<br />

et quand ils disent : ‘‘Comment se fait-il que<br />

nous ne connaissions pas cet artiste ?’’ Pour<br />

qu’ils se rendent compte qu’il y a toujours des<br />

choses nouvelles à découvrir. »<br />

Pierrot, 1962, huile sur toile, 160 x 100 cm. © Pierre<br />

Buch<br />

VISITER<br />

Kurt Peiser<br />

Campo & Campo<br />

Berchem<br />

www.campocampo.be<br />

du 08-09 au 07-10<br />

Kurt Peiser<br />

Musée De Reede<br />

Anvers<br />

www.museum-dereede.com<br />

du 08-09 au 04-12<br />

SURFER<br />

Kermesse de Louvain, 1930, huile sur toile, 72 x 100 cm. © Pierre Buch<br />

www.kurtpeiser.be<br />

79


Focus<br />

International<br />

85.305.800 £ (99.204.000 €)<br />

Gustav Klimt, Dame à l’éventail, 1917-1918, huile<br />

sur toile,100,2 x 100,2 cm. Sotheby’s, Londres,<br />

27-06. © Sotheby’s Art Digital Studio<br />

189.000 £ (220.000 €)<br />

Ahmed Mater, Magnetism (Triptych), 2021, tirage photographique,<br />

136,7 x 319,3 cm. Christie’s, Londres, 28-06. © Christie’s Images Ltd.<br />

ON A VENDU<br />

Le dernier Klimt<br />

chez Sotheby’s<br />

Une œuvre fameuse de Gustav<br />

Klimt, Dame à l’éventail, que<br />

l’artiste réalisa durant la dernière<br />

année de sa vie, était adjugée le 27<br />

juin à Londres pour 85,3 millions de<br />

livres sterling (99,2 millions d’euros)<br />

chez Sotheby’s. Il s’agit d’un nouveau<br />

record européen toutes catégories<br />

confondues. Gustav Klimt<br />

avait entamé la toile en 1917, une<br />

année avant sa mort, à l’âge de 55<br />

ans. On y voit une femme brune,<br />

à l’identité inconnue, vêtue d’une<br />

robe ample et l’épaule dénudée,<br />

tenant un éventail à la main. Derrière<br />

elle, on retrouve les motifs et<br />

couleurs souvent vus chez l’artiste,<br />

tels que oiseaux bleus et verts, ou<br />

fleurs sur fond jaune doré. Cette<br />

toile faisait partie d’une collection<br />

privée depuis 1994, qui l’avait alors<br />

acquise 12 millions de dollars, déjà<br />

chez Sotheby’s. Il s’agit, selon Artprice,<br />

d’une plus-value de +805%<br />

en 29 ans.<br />

Record pour<br />

Ahmed Mater chez<br />

Christie’s<br />

L’œuvre s’inspire des rituels<br />

complexes du Hajj, le pèlerinage<br />

annuel à La Mecque au cours<br />

duquel les fidèles tournent autour<br />

du sanctuaire en forme de cube<br />

connu sous le nom de Kaaba, dans<br />

le sens inverse des aiguilles d’une<br />

montre. Œuvre du Saoudien<br />

Ahmed Mater (1979), Magnetism<br />

fut exposé pour la première fois<br />

sous la forme d’une installation<br />

à la Biennale de Venise en 2009,<br />

des variantes ayant ensuite été<br />

exposées au British Museum, au<br />

Victoria and Albert Museum et à<br />

l’Arab American National Museum<br />

de Détroit. En 2016, l’artiste<br />

devenait le premier saoudien<br />

à bénéficier d’une exposition<br />

personnelle au Smithsonian<br />

Institute de Washington, D.C. Une<br />

version imposante, en triptyque,<br />

de cette œuvre séminale faisait<br />

partie de la vacation en art des<br />

XXe et XXIe siècles, organisée par<br />

Christie’s London, le 28 juin. Elle<br />

établissait un record du monde<br />

pour l’artiste en s’adjugeant<br />

189.000 livres sterling (220.000<br />

euros). Ce résultat confirme<br />

sa position de pilier de l’art<br />

contemporain saoudien.<br />

Une Bugatti pour<br />

Artcurial<br />

La onzième édition du Mans<br />

Classic, qui célébrait le centenaire<br />

de l’épreuve éponyme tenait<br />

toutes ses promesses pour les<br />

passionnés et collectionneurs, avec<br />

230 000 spectateurs sur l’ensemble<br />

du week-end. Très joli succès<br />

également pour la vente Artcurial<br />

Motorcars, le 30 juin, avec 75 % de<br />

véhicules vendus et un résultat de<br />

plus de 10 millions d’euros frais<br />

inclus. Si la Bugatti Veyron 16.4<br />

de 2007 changeait de mains pour<br />

1.358.000 euros, dans la fourchette<br />

des estimations, quelques records<br />

sont également à noter. Ainsi<br />

des 89.400 euros obtenus pour<br />

une Land Rover Discovery 300 TDI<br />

Camel Trophy Mongolie de 1997.<br />

Parmi les autres résultats, notons<br />

encore ce million d’euros généré<br />

par une Aston Martin Ulster de<br />

1934.<br />

Joachim Wtewael<br />

pour Ardennes<br />

Enchères<br />

Découverte chez un particulier de<br />

la région des Ardennes françaises,<br />

cette peinture est l’œuvre d’un des<br />

plus grands artistes maniéristes<br />

hollandais du début du XVIIe siècle,<br />

Joachim Wtewael (1566-1638).<br />

Originaire d’Utrecht, il fit un voyage<br />

en Italie et en France, notamment<br />

à Saint-Malo, et développa à<br />

son retour, en 1592, une peinture<br />

maniériste inspirée d’Abraham<br />

Bloemaert ou de Bartholomeus<br />

Spranger. S’inscrivant parfaitement<br />

dans cette veine, avec ses excès<br />

de rouge et de vert, la torsion des<br />

mains et des doigts, ou encore<br />

la composition en trompe l’œil<br />

comprise dans un ovale en pierre<br />

de couleur, Ardennes Enchères<br />

proposait, le 1er juillet, la figure du<br />

Philosophe Démocrite. Une œuvre<br />

jusque-là connue uniquement<br />

par des copies et gravures. La<br />

redécouverte de cet original est<br />

donc un événement, sachant que<br />

son pendant, Héraclite, est toujours<br />

perdu. Car les deux philosophes<br />

faisaient la paire. Vivant entre 460<br />

et 370 av. J.-C., Démocrite était<br />

réputé rire de tout, et notamment<br />

de la folie et de la bêtise humaines,<br />

tandis que son alter ego voyait les<br />

choses de manière plus tragique<br />

et pleurait devant cette même<br />

situation : deux visions du monde,<br />

l’une hédoniste et résiliente, l’autre<br />

mélancolique et résignée.<br />

Un Claus de Werve<br />

à Drouot<br />

Difficile en voyant le buste de saint<br />

Jean-Baptiste proposé à Drouot,<br />

le 5 juillet, dans la vente haute<br />

époque de Giquello & associés,<br />

80


1.358.000 €<br />

Bugatti Veyron 16.4, 2007. Artcurial, Le Mans, 30-<br />

06. © Artcurial<br />

226.875 €<br />

Joachim Wtewael, Le Philosophe<br />

Démocrite, panneau de chêne,<br />

31,4 x 24,5 cm. Ardennes Enchères,<br />

Charleville-Mézières, 01-07.<br />

© Ardennes Enchères<br />

4.895.600 £ (5.713.485 €)<br />

Pierre Paul Rubens, Saint Sébastien<br />

tenté par deux anges, huile sur toile, 124<br />

x 97,8 cm. Sotheby’s, Londres, 05-07-<br />

<strong>2023</strong>. © Sotheby’s<br />

de ne pas penser aux visages des<br />

prophètes du Puits de Moïse de<br />

la Chartreuse de Champmol, près<br />

de Dijon. Ce chef-d’œuvre de<br />

l’art gothique bourguignon est<br />

le fruit du travail de Claus Sluter,<br />

aidé par celui à qui l’on attribue ce<br />

buste : son neveu Claus de Werve.<br />

De cette personnalité artistique<br />

demeurée longtemps obscure, car<br />

occultée par son oncle, peu nous<br />

est connu. Originaire de Gueldre<br />

(Pays-Bas du Nord), l’homme<br />

est mentionné pour la première<br />

fois en 1396 dans les comptes de<br />

la Chartreuse de Champmol. À<br />

la mort de son oncle, en 1406, il<br />

est appelé à lui succéder dans<br />

la charge de ‘‘tailleur d’images’’<br />

du duc de Bourgogne, Jean sans<br />

Peur. Ce dernier lui demande<br />

ainsi d’achever le tombeau de<br />

Philippe le Hardi, décédé en 1404.<br />

Claus y travaillera pendant cinq<br />

ans, sculptant le gisant et le lion<br />

à ses pieds, les quatre anges aux<br />

angles ainsi que la plupart des<br />

fameux pleurants entourant le<br />

tombeau, deux étant de son oncle.<br />

Bien que désirant continuer à<br />

diriger l’atelier dans la ligne de<br />

Sluter, le tempérament de Claus<br />

de Werve lui fera privilégier une<br />

certaine douceur de sentiment,<br />

que l’on retrouve dans les figures<br />

de Zacharie, Daniel et Isaïe, mises<br />

en place au début de 1401 sur le<br />

Puits de Moïse. Adoucissement<br />

visible dans le buste délicat,<br />

d’une grande bonté d’expression,<br />

proposé à Drouot, et une tendance<br />

qui connaîtra son apogée au<br />

milieu du XVe siècle, notamment<br />

avec son successeur, Jean de la<br />

Huerta, qui achèvera le tombeau<br />

de Jean sans Peur. Estimé entre 15<br />

et 20.000 euros, ce Jean-Baptiste<br />

était emporté près de dix fois plus,<br />

à 130.000 euros (hors frais).<br />

Un Rubens chez<br />

Sotheby’s<br />

C’est une œuvre récemment retrouvée<br />

de Rubens que proposait<br />

Sotheby’s, à Londres, le 5 juillet.<br />

Cette composition est connue<br />

depuis longtemps à travers une<br />

version – jusqu’à la fin du XXe<br />

siècle considérée comme unique<br />

– dans la Galleria Corsini de Rome,<br />

acquise par le cardinal Neri Corsini<br />

(1685-1770) à Bruxelles vers 1750.<br />

Bien conservée, plus petite, la version<br />

proposée à Londres rend bien<br />

compte du talent de l’artiste, par<br />

exemple dans la draperie blanche<br />

tenue en l’air par l’ange et descendant<br />

de la tête du saint. L’examen<br />

technique fut ici crucial pour<br />

établir l’originalité de l’œuvre. Les<br />

radiographies révèlent que Rubens<br />

a d’abord conçu saint Sébastien<br />

avec le torse tordu vers la gauche,<br />

le bras droit arqué au-dessus de<br />

la tête, tournée vers le bas et vers<br />

le côté droit de la composition.<br />

Le drap blanc, le plus facilement<br />

visible en raison de sa forte teneur<br />

en blanc de plomb, drapé sur<br />

la tête. La radiographie montre<br />

aussi que ses pieds et le bas de ses<br />

jambes étaient positionnés plus à<br />

gauche de la composition. Dans<br />

la création de ce tableau, comme<br />

dans beaucoup d’autres, Rubens<br />

s’est inspiré du Laocoön, qui avait<br />

été découvert en 1506 et qu’il a<br />

pu contempler lors de son séjour<br />

à Rome, au palais du Belvédère.<br />

Cette œuvre, prisée 4 à 6 millions<br />

de livres sterling était finalement<br />

emportée 4,9 millions frais inclus<br />

(5,7 millions d’euros).<br />

Les derniers<br />

Rembrandt chez<br />

Christie’s<br />

Deux petits portraits, attribués au<br />

peintre Rembrandt, s’envolaient<br />

à 11,2 millions de livres sterling<br />

(13,1 millions d’euros), le 6 juillet<br />

chez Christie’s à Londres. Ces<br />

toiles, qui représentent les époux<br />

Jan Willemsz van der Pluym (ca.<br />

1565-1644) et Jaapgen Carels (1565-<br />

1640), datent de 1635. Adjugées<br />

en 1824 à un ancêtre des actuels<br />

propriétaires britanniques dans<br />

la même maison de vente, les<br />

œuvres sont restées longtemps<br />

aux mains de particuliers et<br />

n’ont été que récemment<br />

redécouvertes. Pour Henry Pettifer,<br />

directeur adjoint chez Christie’s, il<br />

s’agit d’une « des plus incroyables<br />

découvertes de ces dernières<br />

années concernant les grands<br />

maîtres » de la peinture. Les deux<br />

œuvres constituent les portraits<br />

les plus intimes signés de la main<br />

de l’artiste hollandais, a ajouté<br />

l’expert. « Ils nous permettent<br />

de mieux appréhender le génie<br />

incontesté » de Rembrandt dans<br />

le style du portrait. Le fils de<br />

Jan Willemsz van der Pluym et<br />

Jaapgen Carels avait épousé une<br />

parente de l’artiste, Cornelia van<br />

Suytbroeck. Cette dernière et<br />

son époux Dominicus donnèrent<br />

naissance à un garçon, Karel van<br />

der Pluym, dont on sait qu’il fut<br />

formé par Rembrandt. Le jardin<br />

du couple immortalisé par l’artiste<br />

jouxtait en outre celui de la mère<br />

de Rembrandt.<br />

Une broche royale<br />

chez Dreweatts<br />

Une broche en émeraudes et<br />

diamants de style Régence,<br />

d’importance historique, ayant<br />

appartenu à la princesse Charlotte<br />

de Galles (1796-1817), était vendue<br />

aux enchères le 12 juillet par<br />

Dreweatts, à Newbury. Epouse du<br />

prince Léopold de Saxe-Cobourg-<br />

Saalfeld, futur roi Léopold Ier de<br />

<strong>Belgique</strong>, cette princesse, qui<br />

aurait pu devenir reine d’Angleterre,<br />

décédait prématurément<br />

en couches, en 1817. La broche fut<br />

alors gracieusement offerte par<br />

son époux à la dame de chambre<br />

81


Focus<br />

International<br />

11.235.000 £ (13.122.480 €)<br />

Rembrandt Harmensz. Van Rijn, Portrait de Jan Willemsz. van der PLuym et de<br />

Jaapgen Carels, 1635, huiles sur toile, 19,9 x 16,5 cm. Christie’s, Londres, 06-07.<br />

© Christie’s Images Ltd.<br />

22.000 £ (26.000 €)<br />

Importante broche, Regency, XIXe<br />

siècle, or, argent, émeraudes et<br />

diamants. Dreweatts, Newbury, 12-07.<br />

© Dreweatts<br />

EST. 30.000-50.000 £<br />

(35.000-58.000 €)<br />

Utagawa Hiroshige, Ohashi Atake<br />

no yudachi, Japon, époque Edo,<br />

XIXe siècle, xylogravure, 33 x 23 cm.<br />

Sotheby’s, Londres, 06-09.<br />

© Sotheby’s Art Digital Studio<br />

de la princesse, Mary Anne John<br />

Thynne, baronne Carteret (décédée<br />

en 1863), qui l’a conservée<br />

dans sa famille où elle fut transmise<br />

de génération en génération<br />

jusqu’à nos jours. Serti d’une émeraude<br />

colombienne carrée de taille<br />

coussin dont le poids est estimé à<br />

2,47 carats, le bijou, estimé entre<br />

10.000 et 15.000 livres sterling, était<br />

finalement emporté 22.000 livres<br />

(26.000 euros).<br />

ON VENDRA<br />

La Collection<br />

Freddie Mercury<br />

chez Sotheby’s<br />

Environ 1 500 objets du leader des<br />

Queen, Freddie Mercury, dont des<br />

costumes de scène, des paroles<br />

manuscrites et même des œuvres<br />

d’Henri Matisse et Pablo Picasso,<br />

sont mises aux enchères par Sotheby’s<br />

Londres en septembre, les<br />

6, 7 et 8 pour ce qui est des ventes<br />

en direct et du 1 au 13 en ligne.<br />

Parmi les objets qui passent sous<br />

le marteau figurent une couronne<br />

et une cape en fausse fourrure<br />

et en velours rouge que Freddie<br />

Mercury portait pour chanter<br />

God Save The Queen lors de sa<br />

dernière tournée avec le groupe,<br />

The Magic Tour, en 1986. Elles sont<br />

estimées entre 60.000 et 80.000<br />

livres sterling (67.000 à 90.000<br />

euros). Autre pièce importante<br />

de la vente : les paroles écrites à<br />

la main par le chanteur, sur neuf<br />

pages, de la chanson We Are The<br />

Champions. Ce manuscrit est<br />

estimé entre 200.000 et 300.000<br />

livres sterling. Citons encore une<br />

guitare acoustique de l’artiste,<br />

tout comme des œuvres de<br />

James Tissot, Fabergé ou encore<br />

une pièce maîtresse de la série<br />

des Cent Vues du Mont Fuji par<br />

Utagawa Hiroshige, estimée entre<br />

30.000 et 50.000 livres (35.000 à<br />

58.000 euros). Les bénéfices de la<br />

vente seront en partie reversés aux<br />

fondations Mercury Phoenix Trust<br />

et Elton John Aids Foundation.<br />

Design du Nord<br />

et du Brésil pour<br />

Artcurial<br />

Le 12 septembre, à l’occasion de la<br />

Paris Design Week, dont Artcurial<br />

est partenaire, l’auctioneer fait<br />

sa rentrée du design avec deux<br />

ventes : l’une en hommage au<br />

designer finlandais Paavo Tynell<br />

(1890-1973) et la seconde consacrée<br />

au design brésilien. Première<br />

vente dédiée au maître de la<br />

lumière scandinave, cette vente<br />

propose une vingtaine de luminaires<br />

mêlant pièces iconiques et<br />

masterpieces telles une suspension<br />

Snowflake des années 1940,<br />

estimée 100.000 à 150.000 euros.<br />

Du côté du design brésilien, dont<br />

c’est la deuxième vente, Artcurial<br />

propose des créateurs stars tels<br />

que José Zanine Caldas ou encore<br />

Joaquim Tenreiro, dont une rare<br />

table basse estimée entre 30.000<br />

et 40.000 euros, qui se distingue<br />

par la pureté de ses lignes. Ce<br />

meuble, composé d’une seule<br />

et unique pièce, témoigne de<br />

l’ingéniosité exceptionnelle de<br />

cet artisan emblématique de la<br />

période moderne au Brésil. A ses<br />

côtés, on annonce une rare table<br />

de José Zanine Caldas, estimée<br />

entre 40.000 et 60.000 euros, ainsi<br />

qu’un fauteuil signé Carlo Hauner<br />

& Martin Eisler, estimé entre 6.000<br />

et 8.000 euros.<br />

Une collection<br />

éclectique pour<br />

Piasa<br />

Piasa organise, le 20 septembre,<br />

une vente d’art et de design à partir<br />

d’une collection. Composée de 155<br />

lots, cette vacation s’articule autour<br />

d’une sélection particulièrement<br />

éclectique dans sa composition.<br />

Constitué à partir d’une sélection<br />

très exigeante d’œuvres d’art et de<br />

pièces de design, le catalogue de<br />

cette vacation illustre remarquablement<br />

le mélange des genres que<br />

la salle aime à proposer. Si le titre<br />

de la vente insiste sur son caractère<br />

éclectique, c’est notamment<br />

parce qu’on y trouve des corpus<br />

de pièces provenant de scènes et<br />

de créateurs aux inspirations très<br />

diverses mais dont le rapprochement<br />

orchestré par l’œil et le goût<br />

affirmés du propriétaire fonctionne<br />

parfaitement. On notera, par<br />

exemple, une importante série de<br />

meubles et objets produits par des<br />

créateurs de la scène américaine du<br />

milieu du XXe siècle, tels que Frank<br />

Lloyd Wright, George Nakashima,<br />

Isamu Noguchi, Vladimir Kagan.<br />

L’école française est aussi très bien<br />

représentée avec des créateurs<br />

devenus incontournables sur la<br />

scène internationale, à l’image de<br />

Jean Prouvé, Mathieu Matégot,<br />

Pierre Guariche, Pierre Paulin et<br />

des designers très actuels comme<br />

Philippe Starck ou Martin Szekely.<br />

De même, la scène italienne est<br />

largement présente à travers des<br />

objets signés Gabriella Crespi, Enzo<br />

Mari, Andrea Branzi, Michele de<br />

Lucchi, Ettore Sottsass ou encore<br />

Tobia Scarpa. Enfin, cet ensemble<br />

de pièces vient parfaitement dialoguer<br />

avec une sélection rigoureuse<br />

d’œuvres d’art parmi lesquelles un<br />

dessin de Picasso, un bronze de<br />

César, une sculpture en céramique<br />

de Michèle Serre, une acrylique sur<br />

papier signée Gérard Schneider ou<br />

une sculpture signée Harry Bertoia.<br />

82


EST. 20.000-30.000 €<br />

(chaque)<br />

Paavo Tynell, Deux lampadaires,<br />

modèle 9619, ca. 1950, fonte, laiton,<br />

cuir, 178 x 53 x 30 cm. Artcurial, Paris,<br />

12-09. © Artcurial<br />

EST. 6.000-8.000 €<br />

Ettore Sottsass pour Memphis, coupe Murmansk,<br />

1982, argent. Bonhams Cornette de Saint Cyr,<br />

Paris, 21-09. © Bonhams<br />

EST. 500.000-800.000 €<br />

Germaine Richier, L’homme qui<br />

marche, 1961, bronze patiné, H. 138 cm.<br />

Ader, Paris, 26 et 27-09. © Adagp Paris<br />

/ Ader<br />

Les années<br />

quatre-vingt chez<br />

Bonhams Cornette<br />

de Saint Cyr<br />

A Paris, Bonhams Cornette<br />

de Saint Cyr organisera, le<br />

21 septembre, une vente aux<br />

enchères consacrée aux années<br />

1980. En France, cette décennie<br />

historique a marqué un tournant<br />

à la fois politique et artistique<br />

dans les domaines de la mode, du<br />

design et du graphisme, depuis<br />

l’arrivée au pouvoir de François<br />

Mitterrand en 1981 jusqu’à la chute<br />

du mur de Berlin en 1989. Seront<br />

proposées plus de quatre-vingt<br />

œuvres, tableaux, mobilier et<br />

photographies, qui retracent<br />

cette époque qui a vu éclore les<br />

radios libres et un grand nombre<br />

d’artistes éclectiques. Le lot-phare<br />

de la vente est Sans titre (noble<br />

1982), tableau de Patrick Nagel,<br />

artiste et illustrateur américain,<br />

estimé entre 80.000 et 120.00<br />

euros. Son style se caractérise par<br />

l’utilisation d’aplats de couleurs<br />

vives, d’un minimum de détails<br />

et de lignes épurées pour créer<br />

des représentations stylisées de<br />

femmes des années 1980. Il est<br />

célèbre pour ses créations pour<br />

le magazine Playboy et le groupe<br />

pop anglais Duran Duran, pour<br />

lequel il a notamment dessiné la<br />

couverture de l’album Rio.<br />

Art+Design pour<br />

Piasa<br />

Piasa organise le 27 septembre une<br />

vente d’art et de design du fonds<br />

de la Dotation Lefebvre-Vornic<br />

pour le Renouveau de l’Opéra,<br />

dont le but est d’encourager les<br />

productions d’opéras récents et<br />

surtout la visibilité internationale et<br />

la pérennité des meilleurs d’entre<br />

eux, en finançant les premières,<br />

les deuxièmes ou les troisièmes<br />

productions de ces œuvres<br />

sur les scènes mondiales. Sans<br />

volonté de hiérarchisation ou de<br />

classification, cette vente est un<br />

formidable parcours à travers le<br />

monde de la création visuelle et<br />

plastique aux XXe et XXIe siècles<br />

et les interactions entre chacune<br />

des pratiques. On y trouve autant<br />

de sources d’inspirations que<br />

de médiums employés dans la<br />

production actuelle d’œuvres d’art<br />

et d’objets usuels. L’éclectisme<br />

des œuvres d’art présentées<br />

renvoie souvent à la thématique<br />

récurrente de la couleur noir et<br />

blanc, notamment illustrée par<br />

des pièces significatives de Sophie<br />

Calle, de Michel Journiac, ainsi que<br />

des tirages argentiques de Thomas<br />

Struth et de Hiroshi Sugimoto.<br />

On retient, en outre, quatre<br />

œuvres majeures: un exceptionnel<br />

diptyque d’Alighiero Boetti intitulé<br />

Energia iniziale (1986-1987),<br />

totalement recouvert au stylo<br />

bille, une très belle installation<br />

d’Alfredo Jaar, intitulée Water<br />

(1990), une sculpture ancienne et<br />

minimaliste de Bertrand Lavier,<br />

représentant un siège africain<br />

reposant sur un socle en acrylique<br />

peinte, et une huile sur toile du<br />

trop rare Ed Paschke (1939-2004).<br />

Cet artiste polono-américain de<br />

l’école de Chicago, qui a fait partie<br />

de la seconde génération du<br />

Pop Art, est notamment présent<br />

à travers une pièce fluorescente<br />

datant de 1989 intitulée Je suis<br />

de passage. Côté design, le fil<br />

directeur de cette collection est<br />

l’intérêt tout particulier porté à<br />

l’histoire de la production, à partir<br />

de l’après-guerre, qui a vu se<br />

succéder de nombreux courants<br />

et styles. La scène d’alors fut<br />

un champ d’expérimentation<br />

particulièrement riche pour ce<br />

qui concerne les matériaux de<br />

fabrication. Ces expériences<br />

sont notamment illustrées par le<br />

mobilier en aluminium de Gio<br />

Ponti, conçu spécialement pour<br />

l’immeuble Montecatini de Milan.<br />

La Collection<br />

Gérard Depardieu<br />

chez Ader<br />

Les 26 et 27 septembre, près de<br />

250 oeuvres (sculptures, peintures<br />

et dessins) de la collection d’art de<br />

l’acteur français Gérard Depardieu<br />

seront dispersées par la maison<br />

Ader, en l’hôtel Drouot à Paris.<br />

Abritant des œuvres de Rodin,<br />

Hartung ou encore Eugène Leroy,<br />

cet ensemble révèle la surprenante<br />

passion de l’acteur pour un mouvement<br />

de l’art du XXe siècle. Dans<br />

les plus attendus figurent, bien sûr,<br />

L’homme qui marche de Germaine<br />

Richier, spectaculaire tirage<br />

en bronze de 1961 (est. 500.000-<br />

800.000 euros), trois sculptures<br />

de Rodin acquises après qu’il ait<br />

incarné le sculpteur dans le film<br />

Camille Claudel, ou une composition<br />

de Hans Hartung datée de 1971<br />

(est. 50.000 à 80.000 euros). Dans<br />

les plus surprenants, on annonce<br />

un ensemble de vingt-trois toiles<br />

d’Eugène Leroy (estimées autour<br />

de 30.000 à 50.000 euros chacune),<br />

des œuvres d’Henri Michaux et<br />

un magnifique Bleu léger aux<br />

taches lourdes d’Olivier Debré, de<br />

1965 (est. 25.000 à 30.000 euros).<br />

L’ensemble est estimé autour de 3<br />

à 5 millions d’euros.<br />

83


30.000 €<br />

La surprise du mois<br />

La Fête nationale a porté chance à la<br />

salle MJV Soudant de Gerpinnes qui,<br />

depuis quelques années, organise<br />

une vente d’art belge à cette date-clé<br />

de l’histoire du pays. Obtenant d’excellents<br />

résultats, elle s’est aussi permise de générer<br />

quelques records du monde, notamment<br />

pour Pol Mara (1920-1998). Né à Anvers, cet<br />

artiste est une figure majeure de la nouvelle<br />

figuration et du Pop art belge. A la fin des<br />

années 1950, après des débuts figuratifs<br />

empreints de connotations surréalistes, il<br />

devint un artiste abstrait largement ovationné.<br />

En 1955, il remporte ainsi le Prix de<br />

la Jeune Peinture Belge et, quelques années<br />

plus tard, participe à la fondation du groupe<br />

G58 à Anvers. Ses œuvres ont alors pour but<br />

de rendre visible certains détails de la vie<br />

quotidienne et se peuplent à nouveau de<br />

détails figuratifs. Début 1963, Pol Mara opte<br />

pour de nouvelles formes d’expressions faisant<br />

penser à l’art américain ou britannique,<br />

mais à la différence du Pop art critique et<br />

contestataire, il met l’accent sur les émotions<br />

humaines. Il pratique un art qui, inspiré<br />

par la publicité et les images photographiques<br />

de la société de consommation, sera<br />

significatif au sein de la nouvelle figuration<br />

et du Pop art européen. C’est à ce courant<br />

que peut être rattachée l’œuvre vendue<br />

chez Soudant. Alliant fibre de polyester,<br />

impression sur papier et collage, ce triptyque<br />

est une pièce unique dans la carrière de<br />

Pol Mara, qui la conserva longtemps dans<br />

son atelier de Borgerhout. Transmise dans<br />

sa descendance, cette œuvre de grande<br />

dimension avait reçu une estimation assez<br />

modeste, de 4.500 à 6.000 euros.<br />

Pol Mara, Colorado Spring, 1964, technique mixte,<br />

220 x 81 cm. MJV Soudant, 21-07. © MJV Soudant<br />

84


On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

10-05 Une figurine Fang surprend Lempertz<br />

34.000 €<br />

Appuie-tête, Mbala du Nord, RDC, H. 17 cm. Est. 10.000-15.000 €.<br />

© Lempertz<br />

31.000 €<br />

Figurine Fang, sculpture<br />

Ntumu, Guinée Equatoriale, H.<br />

38 cm. Est. 2.000-3.000 €.<br />

© Lempertz<br />

16.500 €<br />

Masque Dan pour la mascarade<br />

Deangle, Côte d’Ivoire, H.<br />

24,5 cm. Est. 8.000-12.000 €.<br />

© Lempertz<br />

15.000 €<br />

Masque Sepik, Papouasie-<br />

Nouvelle-Guinée, H. 37,5<br />

cm. Est. 8.000-12.000 €.<br />

© Lempertz<br />

20-05 Beau prix pour Ensor chez De Vuyst<br />

De beaux résultats étaient enregistrés,<br />

le 20 mai dernier, chez De<br />

Vuyst. Le clou de l’après-midi était<br />

le tableau Dame en bleu de James<br />

Ensor, également appelé Portrait<br />

de Madame Duhot. Un magnifique<br />

coup de pinceau comme<br />

l’originalité du sujet font de cette<br />

œuvre un joyau suscitant l’intérêt<br />

de divers collectionneurs et<br />

rapportant la somme de 220.000<br />

euros. Plusieurs sculptures importantes<br />

de George Minne étaient<br />

en vente, dont un Grand porteur<br />

de reliques (1929), faisant auparavant<br />

partie de la collection de Leo<br />

Van Puyvelde. Cette pièce suscitait<br />

un vif intérêt et générait des<br />

surenchères animées. Elle était<br />

finalement adjugée 110.000 euros,<br />

plus du double de son estimation.<br />

Quant à elle, l’œuvre Fiesole, pourquoi<br />

le soleil s’est-il levé aussi noir<br />

(1976) de Jef Verheyen séduisait<br />

maints amateurs avec ses splendides<br />

couleurs, quittant la salle<br />

contre 110.000 euros. Une offre l<br />

élevée (60.000 euros) allait aussi<br />

à Shisto (1977) de Panamarenko.<br />

Des records étaient également<br />

enregistrés pour Anne Bonnet<br />

et Tibor Csernus. Ce dernier,<br />

apparemment l’un des artistes<br />

les plus prisés de ce catalogue :<br />

toutes les lignes téléphoniques<br />

étaient réservées pour des offres<br />

relatives à ses natures mortes de<br />

1973-1974. Avec une estimation<br />

largement dépassée, elles rapportaient<br />

65.000 euros, montant<br />

le plus élevé jamais enregistré aux<br />

enchères pour cet artiste.<br />

220.000 €<br />

James Ensor, La dame en bleu (Portrait<br />

de Madame Duhot), 1906, huile sur toile,<br />

74 x 60 cm. Est. 150.000-200.000€.<br />

© De Vuyst<br />

110.000 €<br />

George Minne, Le grand porteur de<br />

reliques, 1929, sculpture en bronze avec<br />

patine brun foncé, 95,5 x 28 x 47 cm.<br />

Est. 40.000-60.000 €. © De Vuyst<br />

22-05 Diamants chez Horta<br />

15.500 €<br />

Maurice Langaskens, Archers pendant<br />

une compétition, huile sur toile,<br />

signé, 87 x 100 cm. Est. 5.000-7.000 €.<br />

© Horta<br />

16.000 €<br />

Rik Wouters, Lit défait, aquarelle sur<br />

papier, signé, 42,5 x 52,5 cm. Est. 15.000-<br />

18.000 €. © Horta<br />

L’offre la plus élevée de cette<br />

vente d’art et d’antiquités chez<br />

Horta portait sur une superbe<br />

bague en or blanc, sertie d’un<br />

solitaire de taille brillant d’environ<br />

8,7 carats et de diamants de<br />

diverses tailles, adjugée 73.000<br />

euros. Six autres pièces exceptionnelles<br />

séduisaient, elles aussi,<br />

les acheteurs (respectivement<br />

22.000, 18.000, 16.000, 2 x 13.000<br />

et 10.000 euros). Le tapis rouge<br />

était ensuite déroulé pour une<br />

élégante danseuse de Kapurthala,<br />

sculpture chryséléphantine<br />

signée Demeter Chiparus, qui<br />

rapportait 23.000 euros. On<br />

trouve également de l’art parmi<br />

les meilleures enchères, avec des<br />

best-sellers comme Rik Wouters<br />

(16.000 et 14.000 euros), Maurice<br />

Langaskens (15.500 euros) et<br />

Léon Spilliaert (12.300 euros). La<br />

vente de vins comprenait deux<br />

Mouton Rothschild de 1945, vendus<br />

4.600 et 3.800 euros.<br />

85


On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

22-05 Étonnant triptyque à la Galerie Moderne<br />

12.000 €<br />

Triptyque avec icône centrale mobile de la mère<br />

de Dieu portant l’enfant Jésus. Un panneau de<br />

chaque côté, divisé en trois registres illustrant la vie<br />

de la Vierge Marie et du Christ. Moscou, règne de<br />

Pierre le Grand (1682-1725),<br />

poinçon moscovite en caractères<br />

cyrilliques datant<br />

1710, panneau encadré de<br />

bandes de vermeil et orné<br />

de cabochons émaillés.<br />

La Sainte Trinité illustrée<br />

dans la partie supérieure<br />

du fronton, détrempe sur<br />

bois, ensemble enrichi de<br />

dix-sept petites couronnes,<br />

vermeil filigrané avec<br />

émail, dim. 51 x 64 x 6 cm.<br />

Est. 1.500-2.000 €.<br />

© Galerie Moderne<br />

7.500 €<br />

Tapisserie avec la tête<br />

d’un cheval blanc harnaché,<br />

France, milieu du<br />

XVIe siècle, 106 x 68 cm.<br />

Est. 1.000-1.500 €.<br />

© Galerie Moderne<br />

9.000 €<br />

Emiel Jan Van Cauwelaert, Les enfants du<br />

voisinage, huile sur toile, 70 x 90 cm. Est. 2.000-<br />

3.000 €. © Galerie Moderne<br />

23 — 24-05 Art et antiquités chez Vanderkindere<br />

50.000 €<br />

Valérius De Saedeleer, Paysage d’hiver en<br />

Flandre, huile sur toile, 106 x 137,5 cm. Prix.<br />

50.000-70.000 €. © Vanderkindere<br />

8.800 €<br />

Disciple d’Antonio Moro,<br />

Portrait d’un homme à<br />

col blanc, Pays-Bas, XVIIe<br />

siècle, huile sur panneau<br />

de chêne, 31,5 x 26 cm. Est.<br />

800-1.000 €. © Vanderkindere<br />

10.000 €<br />

Paire de petits plats monochromes jaunes en<br />

porcelaine à décor floral gravé, Chine, Yongzheng,<br />

diam. 14,5 cm. Est. 300-400 €.<br />

© Vanderkindere<br />

7.200 €<br />

Van Cleef & Arpels, collier, 1985, en<br />

or jaune 18 carats, serti de diamants<br />

taille brillant d’environ 3,25 carats au<br />

total, signé et numéroté, dans l’étui<br />

d’origine. Est. 4.000-6.000 €. © Vanderkindere<br />

03-06 Résultats élevés pour les bijoux au Mont-de-Piété<br />

10.000 €<br />

ROLEX GMT MASTER,<br />

montre-bracelet pour<br />

hommes Pepsi automatique,<br />

dans son coffret<br />

d’origine, acier. Est. 9.000-<br />

10.000 € © Mont-de-Piété<br />

3.500 €<br />

Bracelet, platine et or blanc 18 carats, serti de 36 brillants<br />

(env. 1,10 carat), 402 diamants (env. 6 carats) et 1<br />

émeraude, poids : 48,3 g. Est. 2.400-2.600 €.<br />

© Mont-de-Piété<br />

3.400 €<br />

Boucles d’oreilles, Cartier, or jaune 18 carats, 8 brillants,<br />

poids : 8 g. Est. 580-640 €. © Mont-de-Piété<br />

1.950 €<br />

Briquet Piaget,<br />

pochette d’origine,<br />

or blanc 18 carats et<br />

pierres de couleur,<br />

poids : 91,2 g. Est.<br />

1.000-1.200€. © Montde-Piété<br />

86


Collect-1/2pQ-septembre.qxp_320 27/07/23 15:14 Page1<br />

VENTE MARDI 26 SEPTEMBRE<br />

VENTE PUBLIQUE<br />

12 & 13 SEPTEMBRE à18h30<br />

ART MODERNE, MAITRES ANCIENS<br />

ET OBJETS DE <strong>COLLECT</strong>ION DE SUCCESSION ET À DIVERS<br />

Tél +32 2 511 53 24<br />

info@ba-auctions.com – www.ba-auctions.com<br />

Ernest Allardstr. 7/9, ZAVEL – 1000 Bruxelles<br />

Verre églomisé "L'arlequin vert"<br />

Signé en bas à droite Jespers et daté (19)63<br />

Ecole belge. Dim.: 80x60cm.<br />

Lundi 18 septembre<br />

«Florilège» : Importants<br />

tableaux et objets d’art, vin<br />

Manufacture Royale de Berlin,<br />

Vase au portrait de Guillaume I er<br />

de Prusse, 1867<br />

EXPOSITION<br />

Vendredi 15.09 10 à 18h<br />

Samedi 16.09 10 à 18h<br />

Dimanche 17.09 10 à 18h Pierre ALECHINSKY,<br />

Composition, 1975<br />

CONTACT<br />

Rodolphe de Maleingreau d’Hembise, rdm@haynault.be<br />

Bertrand Leleu, bl@haynault.be<br />

9, rue de Stalle, 1180 Uccle, 02 842 42 43<br />

Cabinet - bar réfrigéré gainé de peau de chèvre laquée<br />

Par Aldo Tura. Travail italien. Epoque: vers 1960<br />

Dim.: 85 x 130,5 x 40 cm.<br />

EXPOSITION<br />

VENDREDI 8, SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10<br />

SEPTEMBRE DE 10 À 18H<br />

HOTEL DE VENTES VANDERKINDERE S.A.<br />

CHAUSSÉE D’ALSEMBERG 685-687-1180BRUXELLES<br />

PARKING PRIVÉ • TÉL. 02 344 54 46<br />

info@vanderkindere.com<br />

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On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

04-06 Record du monde pour le ‘‘collier de Rubens’’ chez Antenor<br />

26.000 €<br />

École hollandaise, Mars et Venus, ca. 1600, fusain et<br />

encre brune, traces de craie rouge, 28,2 x 42 cm. Est.<br />

10.000-15.000 €. © Antenor<br />

150.000 €<br />

(record mondial pour<br />

un collier de guilde)<br />

Collier de la Guilde des Arquebusiers,<br />

dit ‘‘collier de Rubens’’,<br />

portant l’inscription ‘‘Mr Rockox<br />

bourguemestre d’Anvers à Monsieur<br />

P. P. Rubens, 1614’’, argent et<br />

vermeil, 54 x 39 cm. Est. 150.000-<br />

200.000 €. © Antenor<br />

395.000 €<br />

Michel Anguier, Pluton<br />

mélancolique, statuette en<br />

bronze à patine brun doré,<br />

H. 54,5 cm. Est. 100.000-<br />

200.000 €. © Antenor<br />

35.000 €<br />

Olivier Debré, Sans titre, ca. 1980,<br />

huile sur toile, 100 x 100 cm. Est.<br />

20.000-30.000 €. © Antenor<br />

05-06 Designers belges chez Bonhams-Cornette<br />

35.000 €<br />

Ado Chale, Mod. Volcanique,<br />

ca. 2000, console composée<br />

d’un plateau massif en bronze<br />

reposant sur deux trépieds noirs<br />

en acier laqué, 82,5 x 197 x 45 cm.<br />

Est. 35.000-40.000 €. © Bonhams<br />

28.000 €<br />

Jules Wabbes, table, ca. 1965, wengé sur<br />

pied central de forme tulipe, cinq bras en<br />

bronze poli, 76 x 165 x 174 cm. Est. 18.000-<br />

22.000 €. © Bonhams<br />

Le 5 juin, Bonhams Cornette de<br />

Saint Cyr présentait un large<br />

choix d’œuvres dans le cadre<br />

de sa vente en design des XXe<br />

et XXIe siècles. La star en était<br />

le célèbre designer belge Ado<br />

Chale (1928), dont la console<br />

Volcanique avec plateau massif<br />

en bronze reposant sur deux<br />

trépieds en acier noir laqué<br />

s’adjugeait 35.000 euros. Pour sa<br />

part, une table longue Galaxy du<br />

même, avec plateau en aluminium,<br />

sur deux trépieds en acier<br />

laqué noir, générait 24.000 euros.<br />

Jules Wabbes (1919-1974), autre<br />

artiste belge très apprécié, était<br />

présent avec une table au plateau<br />

en wengé, design découpé<br />

reposant sur un pied central en<br />

forme de tulipe à cinq branches,<br />

en bronze moulé, estimée 18.000<br />

à 22.000 euros. Elle quittait la<br />

salle contre 28.000 euros. Quant<br />

à lui, Cubo Magico de Gabriella<br />

Crespi (1922-2017), table de salon<br />

sur roues de la série Plurimi,<br />

s’adjugeait au prix marteau de<br />

16.000 euros. Parmi les autres<br />

points forts, citons une paire de<br />

grandes suspensions de Paavo<br />

Tynell (1890-1973), en laiton et<br />

verre sablé, ayant trouvé preneur<br />

à 15.000 euros ; un divan PK80<br />

de Poul Kjærholm (1929-1980),<br />

en acier chromé mat et multiplex<br />

laqué, avec matelas en cuir<br />

patiné, était adjugé 15.000 euros.<br />

05-06 Bijoux V chez Antenor<br />

13.500 €<br />

Bracelet, or blanc, 21 brillants, L. 18<br />

cm. Est. 7.000-9.000 €. © Antenor<br />

12.000 €<br />

Van Cleef & Arpels, collier ras-de-cou,<br />

or jaune 18 carats, 20 brillants, L. 39<br />

cm. Est. 7.000-9.000 €. © Antenor<br />

9.000 €<br />

Sterlé, broche oiseau, 1963, or jaune<br />

18 carats, double perle et diamants,<br />

8,5 x 3,5 cm. Est. 3.000-5.000 €.<br />

© Antenor<br />

11.500 €<br />

Cartier, Paris, années 1990, bracelet, or<br />

jaune 18 carats, L. 20,5 cm. Est. 5.000-<br />

7.000 €. © Antenor<br />

88


VENTE XXVI DIMANCHE 24 SEPTEMBRE À 13H<br />

Exposition du 21 au 23 de 10 à 18 heures.<br />

Georges Morren : 6 œuvres exclusives provenant de la famille J-Emile Havet, proche de l’artiste. Dons de l’artiste entre 1916 et 1918 !<br />

HERMAN Richir ( 1866-1942) Fernandez ARMAN (1928-2005) “The day after”<br />

Elvire COISNE (1873-1956)<br />

Bronze edition 8 exemplaires.<br />

Anna BOCH (1848-1936) Wijnand Jan Joseph NUYEN (1813-1839) Jenny MONTIGNY (1875-1937)<br />

60 rue de Bertransart, 6280 Gerpinnes<br />

Tel. +32 71 50 59 95 | +32 495 25 16 20<br />

info@mjvsoudant.be | www.mjvsoudant.be


On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

12-06 Excellents résultats pour le surréalisme belge chez Bonhams<br />

400.000 €<br />

Jane Graverol, La chute de<br />

Babylone, 1967, huile et collage<br />

sur masonite, 92,5 x 72,3 cm. Est.<br />

50.000-70.000 €. © Bonhams<br />

43.000 €<br />

Philippe Pastor, Composition en Bleu, 2013,<br />

technique mixte sur toile, 200 x 200 cm.<br />

Est. 5.000-7.000 €. © Bonhams<br />

Le 12 juin, Bonhams Cornette de<br />

Saint Cyr dispersait de l’art belge<br />

moderne et contemporain, dont<br />

des tableaux de Jane Graverol,<br />

Bram Bogart, Marcel Mariën et<br />

Walter Swennen. Nouvelle star<br />

montante du surréalisme belge,<br />

Jane Graverol (1905-1984), faisait<br />

à nouveau monter les enchères<br />

avec La Chute de Babylone,<br />

composition qui définit le corps<br />

féminin par son absence. Cette<br />

œuvre était vendue 400.000<br />

euros, près de dix fois son estimation<br />

basse. L’intérêt pour cette<br />

artiste ne cesse de croître. Après<br />

le record enregistré en avril chez<br />

Bonhams Cornette de Saint Cyr, à<br />

Paris, cette toile générait le deuxième<br />

prix le plus élevé pour une<br />

de ses œuvres. Côté abstraction,<br />

une œuvre de Bram Bogart, Bleu<br />

sur jaune (1967), quittait la salle<br />

à 20.000 euros. En art contemporain,<br />

un tableau de 2001,<br />

Motoromain char de Ben-Hur<br />

à essence de fumier de Robert<br />

Combas (1957), rapportait 115.000<br />

euros. Philippe Pastor (1961)<br />

remportait, lui aussi, un immense<br />

succès avec une Composition<br />

en bleu (2013), qui a pratiquement<br />

multiplié par quatorze son<br />

estimation (5.000-7.000 euros) en<br />

trouvant preneur à 43.000 euros.<br />

Une autre de ses œuvres, datée<br />

de 2018, rapportait 20.000 euros.<br />

12-06 Résultats surprenants chez Amberes<br />

7.600 €<br />

Saupoudreuse et pot à moutarde,<br />

XVIIIe siècle, argent repoussé, écailles,<br />

poids : 570 g. Est. 800-1.000 €.<br />

© Amberes<br />

11.000 €<br />

Bague Toi&Moi, or, diamants. Est.<br />

3.000-4.000 €. © Amberes<br />

31.000 €<br />

Alberic Collin, Cerf et deux biches, bronze à patine verte, cire perdue, C. Valsuani,<br />

30 x 77 x 14 cm et 30 x 45 x 14 cm. Est. 10.000-15.000 €. © Amberes<br />

13-06<br />

Bons résultats pour les bijoux chez<br />

Haynault<br />

13-06<br />

Varia au Mont-de-Piété<br />

21.000 €<br />

France, fin du XIXe siècle, platine et<br />

or jaune, diamants taille ancienne<br />

et rose, perles, poids : 48,5 g. Est.<br />

10.000-18.000 €. © Haynault<br />

9.200 €<br />

Ceinture à 23 éléments, or jaune 18 carats,<br />

fausses pierres et pierres de couleur,<br />

poids : 242,1 g. Est. 8.500 €. © Mont-de-<br />

Piété<br />

5.000 €<br />

Collier, pierres de couleur avec<br />

41 pendant fixe, or jaune 18<br />

carats, L. 82 cm. Est. 2.500 €.<br />

© Mont-de-Piété<br />

90


Venator & Hanstein<br />

Ventes de livres et d’estampes<br />

VENTES D’AUTOMNE <strong>2023</strong><br />

22 SEPTEMBRE<br />

LIVRES AUTOGRAPHES<br />

ESTAMPES ANCIENNES<br />

23 SEPTEMBRE<br />

ESTAMPES MODERNES<br />

ESTAMPES CONTEMPORAINES<br />

M. v. Aitzing. De Leone Belgico. 1583.<br />

Cäcilienstrasse 48 · 50667 Cologne · Tel. +49-221-257 54 19 · venator@lempertz.com · www.venator-hanstein.de<br />

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jours d'expo<br />

28| 9 - 2| 10<br />

Classic<br />

vs.<br />

Modern<br />

ventes<br />

3 - 4| 10<br />

Pieter Claesz. (1597-1660). Nature morte avec verre, huîtres, tabac, noix,<br />

petit pain et salière en étain, 1646. Est.: € 60 000 - 80 000<br />

Karel Appel. Zonder titel, Est.: € 150 000 - 200 000<br />

Karel Appel (1921-2006). Sans titre, 1951. Est.: € 150 000 - 200 000<br />

LIVE.BERNAERTS.EU<br />

BERNAERTS AUCTIONEERS<br />

Verlatstraat 18 - 2000 Anvers<br />

www.bernaerts.be - info@bernaerts.be


Chsée de St-Job n° 638 - 1180 Bxl Tel : 02/372 92 19 - info@sdvu.be<br />

Dim: 120 x 150 cm<br />

Ch & R Eames / Vitra<br />

Vente d’Art et d’Antiquités & I du 23 au 25 septembre<br />

vente de bijoux et de montres <strong>2023</strong><br />

Passeront sous le marteau : grande collection de sculptures en<br />

bronze (dont S. Jacobs, P. Schuijren, C. Spronken,) ; grande collection<br />

de jouets en étain, panneaux publicitaires émaillés ; peinture et<br />

gravure ; céramique et verre ; art asiatique et ethnique ; bijoux (bijoux<br />

anciens/vintage et montres-bracelets), Art nouveau/Art deco/vintage/<br />

design ; Art religieux ; mobilier ; divers ;<br />

Bague cocktail en or blanc, 18 carats,<br />

sertie de diamants et d’émeraude,<br />

ca. 6,8 gr., diamètre 15 3/4<br />

Est. 500 - 800 €<br />

Début<br />

sam. 23 sept. - 09h00<br />

Exposition du 23 au 25 sept.<br />

Heures d’ouverture:<br />

sam. 23 sept. au<br />

lun. 25 sept. de 11h00 à 17h00<br />

(dernier jour de la vente)<br />

A bientôt dans notre salle de vente!<br />

Jean Després (1889-1980),<br />

bracelet en argent et or,<br />

Art déco, vers 1930, signé,<br />

c. 76,4 grammes.<br />

Est. 2.000 - 8.000 €<br />

Fin<br />

lun. 25 sept. - 18h00<br />

Venduehuis Dickhaut B.V. I Bredestraat 23/23A<br />

René Lalique (1860-1945),<br />

Thaïs,1925, sculpture en verre,<br />

signée ‘R. Lalique’, sur une<br />

monture en bronze ornée<br />

de paons, dim. 23 x 18 x 4 cm.<br />

Est. 6.000 - 10.000 €<br />

Dépôts pour la vente de décembre possibles sur rendez-vous.<br />

Les enchères sont accessibles lors des journées<br />

d’exposition, Bredestraat 23/23A, ou via votre<br />

ordinateur.<br />

SEDERT 1930<br />

www.veilingmaastricht.nl<br />

I 6211 HA Maastricht<br />

Tél 0031 43 321 30 95 I Fax 0031 43 325 93 84 I info@veilingmaastricht.nl<br />

30.240 €<br />

25.200 €<br />

DVC<br />

AUCTIONS<br />

Zandloperstraat 10 (Kerkhofstraat) - GAND - +32 9 224 14 40<br />

Ellermanstraat 36-38 - ANVERS - +32 3 232 36 64<br />

dvc@dvc.be - www.dvc.be<br />

CONSIGNATION chaque semaine<br />

GAND: lundi 14h-17h<br />

ANVERS:<br />

ven 14h-17h & sa 10h-12h<br />

DATES DES VENTES<br />

AUTOMNE <strong>2023</strong><br />

Anvers 30/09 - 1/10<br />

Gand 11 - 12/11<br />

Anvers 16 - 17/12<br />

23.400 €<br />

Fl. Jespers: 30 sept


13 et 15-06 Patchwork chez Bernaerts<br />

58.000 €<br />

Jean-Michel Folon, La pêche<br />

miraculeuse, 2004, bronze avec<br />

patine brun foncé, brun clair et<br />

verte, éd. 3/50, H. 52 cm. Est.<br />

30.000-40.000 €. © Bernaerts<br />

20.000 €<br />

Tom Wesselmann, Nature morte avec<br />

Liz, 1993, sérigraphie couleur sur carton<br />

marouflé sur toile, signé et numéroté<br />

18/90, 152 x 145 cm. Est. 20.000-30.000 €.<br />

© Bernaerts<br />

Des pièces classiques et modernes<br />

étaient proposées lors de<br />

la vente des 13 et 15 juin derniers<br />

chez Bernaerts. Deux collections<br />

méritent d’être mentionnées :<br />

celle vendue suite à la faillite<br />

de Merit Capital et la suite des<br />

archives de Jan Hoet. La première<br />

comportait, entre autres, des<br />

œuvres de Rinus Van De Velde,<br />

Folkert de Jong, Luc Tuymans<br />

et Jan Cobbaert. Une œuvre<br />

de Cristof Yvoré, estimée 3.000<br />

à 4.000 euros, créait la surprise<br />

avec un prix marteau de<br />

17.000 euros. Les archives Hoet<br />

contenaient une photolithographie<br />

de Jan Vercruysse qui<br />

trouvait preneur à 8.500 euros,<br />

de même qu’une œuvre de<br />

Thierry De Cordier. Joseph Beuys,<br />

Luigi Ontani et Michael Büthe<br />

suscitaient également un bel<br />

intérêt. Le bronze Multiplication<br />

des poissons de Jean-Michel<br />

Folon, d’une collection privée<br />

anversoise, changeait de mains<br />

à 58.000 euros, doublant son<br />

estimation. De son côté, une<br />

impressionnante sérigraphie de<br />

Tom Wesselmann, Nature morte<br />

avec Liz, s’adjugeait au niveau de<br />

l’estimation basse à 20.000 euros.<br />

Si les tableaux classiques étaient<br />

également au rendez-vous, les<br />

acheteurs internationaux tournaient<br />

plutôt leurs regards vers<br />

les antiquités classiques : une<br />

statue de Mercure s’adjugeait<br />

ainsi 9.500 euros, une garniture<br />

de cheminée de style Louis XVI<br />

11.000 euros et une garniture des<br />

Frères Raingo 12.000 euros.<br />

16 – 17-06 Monnaies anciennes chez Jean Elsen & ses Fils<br />

44.000 €<br />

Décadrachme, Syracuse, Sicile, ca. 390 av. J.-C., graveur<br />

Evainetos. Est. 25.000 €. © Elsen<br />

24.000 €<br />

Corneille de Berghes, Florins rhénans, Hasselt, or.<br />

Est. 4.000 €. © Elsen<br />

7.000 €<br />

Gand en rébellion contre Maximilien, 1488,<br />

florins en or de saint Jean. Est. 3.000 €.<br />

© Elsen<br />

17 — 18-06 Atchugarry adjugé chez Maison Jules<br />

La dernière vente de la saison<br />

chez Maison Jules remportait<br />

un vif succès et presque tous les<br />

lots importants y trouvaient un<br />

nouveau toit. Comme il fallait s’y<br />

attendre, quelques vases chinois<br />

se vendaient à des prix exceptionnellement<br />

élevés. Un grand<br />

vase Qing bleu et blanc, estimé<br />

500 à 1.000 euros, rapportait<br />

finalement 12.000 euros. Deux<br />

sculptures en marbre de Pablo<br />

Atchugarry rapportaient respectivement<br />

10.500 et 3.800 euros.<br />

De son côté, une œuvre précoce<br />

sur papier (1967) de Roger Raveel<br />

était frappée 10.000 euros. Une<br />

sérigraphie réalisée avec un bâton<br />

d’huile et signée Bernar Venet<br />

changeait, quant à elle, de mains<br />

à 7.000 euros. Modest Huys (5.000<br />

euros) et Henri Victor Wolvens<br />

(4.400 euros) enregistraient, eux<br />

aussi, de beaux résultats. Notons<br />

surtout cette héliogravure colorée<br />

intitulée Canicule de Félicien Rops<br />

qui rapportait 3.400 euros. Une<br />

gravure en couleur de Rops, Satan<br />

semant l’Ivraie, était également<br />

adjugée 2.400 euros et une héliogravure<br />

coloriée Le démon de la<br />

coquetterie 1.400 euros. Enfin, un<br />

vase de Boch Keramis par Charles<br />

Catteau, avec motifs d’oiseaux<br />

stylisés, quittait la salle contre<br />

2.600 euros.<br />

12.000 €<br />

Grand vase, Chine, fin du XIXe siècle,<br />

bleu et blanc, motif floral de montagne,<br />

H. 79 cm. Est. 500-1.000 €. ©<br />

Maison Jules<br />

10.500 €<br />

Pablo Atchugarry, Sans titre, marbre<br />

de Carrare, H. 29,5 cm. Est. 8.000-<br />

12.000 €. © Maison Jules<br />

93


On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

18-06<br />

Résultat phénoménal chez MJV Soudant<br />

2.600 €<br />

Charles Catteau, vase Boch Keramis,<br />

design polychrome avec oiseaux stylisés,<br />

décor 1366, H. 34 cm. Est. 800-1.200 €.<br />

© Maison Jules<br />

3.400 €<br />

Félicien Rops, Canicule,<br />

héliogravure colorée, numéro<br />

64, 23 x 14,5 cm. Est. 2.000-<br />

2.500 €. © Maison Jules<br />

30.000 €<br />

Claude Lalanne, A l’intérieur de la bouche, ca. 1970, laiton et cuivre galvanisé,<br />

signé, 12 x 11,5 x 10 cm. Est. 30.000-40.000 €. © MJV Soudant<br />

19-06 Enorme enchère pour une émeraude chez Millon<br />

3.800 €<br />

Fernand Demaret, parure de<br />

perles, fermoir orné de cabochons<br />

d’améthyste de qualité supérieure,<br />

poids : 132,9 g. Est. 300-500 €.<br />

© Millon<br />

160.000 €<br />

Cartier Paris, broche, platine et<br />

émeraude colombienne verte<br />

+/- 75 carats, diamants taille<br />

rose européenne ancienne,<br />

rapport d’identification de<br />

2008, 5,5 x 5 cm, poids : 31,1 g.<br />

Est. 150.000-250.000 €.<br />

© Millon<br />

19 — 20-06 Chef-d’œuvre de Chine à la Galerie Moderne<br />

42.000 €<br />

Paire de grands brûle-parfums en forme de porteurs sacrificiels<br />

assis sur des chiens de Fô, Chine, dynastie Qing, XIXe<br />

siècle, bronze patiné, 43 x 34 x 15 cm. Est. 1.200-1.600 €.<br />

© Galerie Moderne<br />

14 500 €<br />

Cabinet, avec tablette d’écriture et fronton, Italie, XVIIIe siècle,<br />

bois d’ébène et bois noirci incrusté d’ivoire et de pierres dures, 180<br />

x 155 x 60 cm. Est. 8.000-12.000 €. © Galerie Moderne<br />

8.500 €<br />

Jacques Carabain, Palazzo del<br />

Capitano e torre dell’ Orologio,<br />

huile sur toile, 77 x 54 cm.<br />

Est. 3.000-4.000 €. © Galerie<br />

Moderne<br />

94


LIVRES, DESSINS, GRAVURES ET PEINTURES<br />

SALLE DE VENTES MAISON JULES<br />

VENTE D’ART, ANTIQUITÉS & VINTAGE<br />

VENTE<br />

SAM 23 & DIM 24<br />

SEPTEMBRE à 11u<br />

Grande collection d’affiches RED STAR LINE<br />

gravures Chagall, Delvaux, Ensor, Raveel, Peire<br />

peintures Lindstrom, Lucebert, Cobbaert, Van Hecke<br />

manuscrits Livres de prière du 15ième siècle,<br />

miniatures, fragment de PLINE (ca. 1200)<br />

incunable Boccace (Louvain, 1487)<br />

incunable grec (Venise, Alde, 1499)<br />

VENTE 29-30 SEPTEMBRE <strong>2023</strong><br />

Groeninge 34, 8000 Bruges Tél. +32 478 99 55 25<br />

auctions.vandewiele@proximus.be www.vdw-auctions.com<br />

MODEST HUYS<br />

Huile sur toile, 82 x 100 cm<br />

Est. 14.000 – 18.000 €<br />

ANNA DE WEERT<br />

Pastel, 42 x 42 cm.<br />

Est. 4.000 – 6.000 €<br />

ATTENTION ! NOUVELLE ADRESSE<br />

HEILIG-KRUISPLEIN, ST.-AMANDSBERG (GAND)<br />

Accès facile, proche du R4 (sortie Oostakker)<br />

Grand parking devant la porte<br />

GUY VANDENBRANDEN<br />

Huile sur toile, 90 x 90 cm, (1980)<br />

Est. 2.000 – 4.000 €<br />

www.maisonjules.be<br />

info@maisonjules.be - Tel. 0485/45 86 23 & 0478/84 30 58


On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

19 et 21-06 Insolites montres de poche chez Horta<br />

33.000 €<br />

Sha Qi ‘Sadji’, École chinoise, Composition<br />

avec fleurs, livres et fruits, huile sur<br />

toile, 79 x 70 cm. Est. 35.000-45.000 €.<br />

© Horta<br />

12.000 €<br />

École espagnole, Salvator Mundi,<br />

XVIe siècle, huile sur panneau,<br />

114 x 88 cm. Est. 8.000-12.000 €.<br />

© Horta<br />

La vente de juin était florissante<br />

chez Horta ! Les montres et<br />

bijoux y tenaient le haut du pavé,<br />

avec d’exceptionnelles montres<br />

de poches Ilbery Londres du<br />

début du XIXe siècle, respectivement<br />

adjugées 23.000, 16.500 et<br />

12.000 euros ; deux montres, une<br />

Markwick Markham Borrell et une<br />

Rentzsch généraient chacune<br />

11.000 euros. Une élégante horloge<br />

en bronze ‘‘aux porteurs’’<br />

d’époque Restauration était adjugée<br />

14.000 euros. Une superbe<br />

bague en or jaune et blanc avec<br />

diamant taille brillant d’environ<br />

3,01 carat changeait de mains à<br />

38.000 euros. Quant à eux, divers<br />

tableaux de qualité élevée quittaient<br />

également la salle, dont<br />

une magnifique huile sur toile de<br />

‘‘Sadji’’ (33.000 euros), la Femme<br />

au panier de Jakob Smits (15.000<br />

euros) et un Salvator Mundi de<br />

l’École espagnole du XVIe siècle<br />

(12.000 euros). Sans oublier Rik<br />

Wouters et Anto Carte qui généraient<br />

respectivement 8.500 et<br />

8.000 euros.<br />

20 et 21-06 Art et antiquités chez Vanderkindere<br />

8.000 €<br />

Andy Denzler, Étude pour Billie Jean<br />

II, 2018, huile sur toile, 60 x 50 cm. Est.<br />

7.000-10.000 €. © Vanderkindere<br />

7.100 €<br />

Grand pot, Chine, jade vert sculpté,<br />

tourmalines roses, pied en bois sculpté,<br />

H. 8,8 cm. Est. 1.500-2.000 €. © Vanderkindere<br />

6.400 €<br />

Deux grâces et au petit Amour,<br />

horloge de fabrication française,<br />

XIXe siècle, marbre blanc sculpté et<br />

bronze doré, cadran émaillé, H. 80<br />

cm. Est. 1.000-1.500 €. © Vanderkindere<br />

5.000 €<br />

Joël Moens de Hase, La jeune fille<br />

à la perle, mosaïque photo sur<br />

papier, 114,2 x 82,2 cm. Est. 1.000-<br />

1.500 €. © Vanderkindere<br />

21-06 Art asiatique chez Carlo Bonte<br />

12.000 €<br />

Paire de Qilins, Chine,<br />

fin de la période Qing,<br />

émail cloisonné, 20 x<br />

21 cm. Est. 600-800 €.<br />

© Carlo Bonte<br />

La vente d’art asiatique du 21<br />

juin chez Carlo Bonte enregistrait<br />

plusieurs résultats intéressants.<br />

La porcelaine de Chine continue<br />

à bien se comporter sur le<br />

marché : une paire de vases de<br />

Famille Rose avec personnages<br />

peints sur un fond turquoise<br />

rapportait 9.500 euros. Un corail<br />

rouge de la fin de la période<br />

Qing, avec représentation d’une<br />

femme immortelle, changeait de<br />

mains contre 20.000 euros. Une<br />

collection de petits coraux rouges<br />

d’un poids total de 347 grammes<br />

s’adjugeait 6.000 euros. Un petit<br />

vase hu, en émail céladon à motifs<br />

archaïques générait 22.000<br />

euros. Enfin, une paire de Qilins<br />

en émail cloisonné rapportait<br />

12.000 euros, tandis qu’un plat à<br />

décor de ‘‘neuf pêches’’ quittait<br />

la salle contre 5.500 euros.<br />

96


22.000 €<br />

Petit vase, Chine, marque Qianlong,<br />

émail céladon à décor en relief et<br />

anses en forme d’animaux mythiques,<br />

H. 19,5 cm. Est. 600-1.000 €. © Carlo<br />

Bonte<br />

6.000 €<br />

Collection de trois figures et boîte<br />

à priser en corail, poids : 347 g, H.<br />

11-15,5 cm. Est. 2.000-3.000 €.<br />

© Carlo Bonte<br />

9.500 €<br />

Paire de vases, Chine, époque Daoguang/Xianfeng,<br />

‘‘Famille Rose’’,<br />

fond turquoise, décor de dames sur<br />

une terrasse, H. 63,5 cm. Est. 2.000-<br />

4.000 €. © Carlo Bonte<br />

5.500 €<br />

Plat, Chine, début du XIXe siècle,<br />

porcelaine de ‘‘Famille Rose’’, à<br />

décor de ‘‘neuf pêches’’, diam. 30,7<br />

cm. Est. 3.000-4.000 €. © Carlo<br />

Bonte<br />

26-06 Bons résultats pour les gravures d’Alechinsky chez Bonhams-Cornette<br />

Bonhams-Cornette de Saint<br />

Cyer, à Bruxelles, proposait un<br />

large choix d’impressions et de<br />

multiples qui attiraient un grand<br />

nombre d’acheteurs internationaux,<br />

le 26 juin. Keith Haring<br />

enregistrait le score le plus élevé<br />

avec une sérigraphie en couleur<br />

de 1985 emportée à 38.000<br />

euros. De son côté, un ensemble<br />

de treize gravures sur bois de<br />

l’artiste belge Frans Masereel<br />

(1889-1972) changeait de mains<br />

contre 10.000 euros. Enfin, Pierre<br />

Alechinsky (1927) enregistrait,<br />

à quatre reprises, des résultats<br />

élevés avec quatre gravures et<br />

une aquatinte sur papier japonais<br />

de 1983, dont Le Chien Roi<br />

qui rapportait 9.000 euros. Autre<br />

artiste à avoir le vent en poupe,<br />

Invader (1969) avec Invasion<br />

Kit 1: Albinos. Cette sculpture<br />

mosaïque, numérotée 316/350,<br />

se vendait 8.000 euros. Autres<br />

succès à signaler, une lithographie<br />

en couleur d’Ellsworth Kelly<br />

(7.500 euros), un multiple en<br />

résine d’Yves Klein (6.500 euros)<br />

et une gravure d’Eduardo Chillada<br />

(6.000 euros).<br />

9.000 €<br />

Pierre Alechinsky, Le Chien Roi, 1983, n° 9/35, gravure<br />

et aquatinte sur papier japon, 65 x 97 cm. Est. 6.000-<br />

8.000 €. © Bonhams<br />

10.000 €<br />

Frans Masereel, ensemble<br />

de 13 gravures sur bois.<br />

Est. 1.800-2.200 € .<br />

© Bonhams<br />

28-06 Piasa à La Patinoire Royale<br />

97.500 €<br />

Gio Ponti, paire de fauteuils, ca. 1937, Casa &<br />

Giardino, hêtre laqué, laiton, métal et textile,<br />

85 x 60 x 83 cm. Est. 45.000-65.000 €. © Piasa<br />

57.200 €<br />

Alexander Calder, tapis en jute, 1975, n° 58/100, 148 x<br />

215 cm. Est. 15.000-20.000 €. © Piasa<br />

39.000 €<br />

Charlotte Perriand, À gorge, ca. 1954, table en frêne, 72<br />

x 200 x 84 cm. Est. 30.000-40.000 €. © Piasa<br />

97


On a vendu<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

21-07 Record du monde chez MJV Soudant<br />

75.000 €<br />

Jean Michel Folon, Sans bagage, 2005,<br />

bronze à patine brune, fonderie Romain et<br />

Fils, n° 1/50, avec certificat, H. 65 cm. Est.<br />

50.000-60.000 €. © MJV Soudant<br />

26.000 €<br />

Anna De Weert, La baie de Menton, 1926,<br />

huile sur toile, 150 x 136 cm. Est. 20.000-<br />

25.000 €. © MJV Soudant<br />

9.500 €<br />

(record du<br />

monde)<br />

Elvire Coisne, Berkendreef,<br />

impressionniste<br />

et luministe, huile sur<br />

toile, 49 x 24 cm. Est.<br />

1.500-2.000 €. © MJV<br />

Soudant<br />

11.000 €<br />

Jo Delahaut, Composition géométrique,<br />

1962, huile sur toile, 45<br />

x 55 cm. Est. 2.000-3.000 €. © MJV<br />

Soudant<br />

ROB MICHIELS<br />

Auctions<br />

5 OCTOBRE <strong>2023</strong><br />

The Exceptional Sale<br />

RM-AUCTIONS.COM<br />

98


On vendra<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

05-09 Classic Cars chez Bernaerts<br />

Cette impressionnante collection<br />

de plus de 40 voitures et de<br />

quelque 70 motos est l’œuvre<br />

de Marcel Sprangers, industriel<br />

belge qui commença à collectionner<br />

les voitures anciennes en<br />

1980 et créa, au fil des ans, son<br />

propre musée privé. Sa collection<br />

comprend certaines des plus<br />

grandes marques américaines,<br />

des premiers jours du sport automobile<br />

aux décennies les plus récentes,<br />

ainsi que des exemplaires<br />

réalisés par les deux grands<br />

noms belges de l’histoire de l’automobile,<br />

Minerva et FN. Parmi<br />

les pièces maîtresses, citons une<br />

Lincoln-Zephyr douze coupé de<br />

1939, une berline Auburn 8-90<br />

décapotable de 1929, une berline<br />

Cadillac Series 61 décapotable<br />

de 1939, une berline Pierce Arrow<br />

de 1930, un coupé Packard 640<br />

de 1929 et plusieurs Corvettes<br />

de différentes époques, dont<br />

quelques modèles très rares.<br />

Notons aussi de rares voitures de<br />

sport américaines, comme une<br />

Glasspar G2, un roadster Kellison<br />

et une La Dawri canadienne.<br />

EST. 50.000-70.000 €<br />

Lincoln-Zephyr douze coupé, 1939, moteur : Ford/Zephyr V12 4375 cc, 4 vitesses,<br />

kilométrage : 1.605 miles, restaurée. © Bernaerts<br />

11-09 Art belge chez Horta<br />

EST. 16.000-<br />

18.000 €<br />

Jean Brusselmans, Faucheur<br />

dans un champ de<br />

blé, 1922, huile sur toile,<br />

59 x 59 cm. © Horta<br />

La vente de rentrée de la salle<br />

Horta propose une belle offre<br />

en artistes belges. Outre deux<br />

bronzes de Jean-Michel Folon,<br />

on annonce des œuvres de Paul<br />

Leduc, Joseph-Charles François,<br />

Pierre Paulus de Châtelet ou encore<br />

Jean Brusselmans. La vente<br />

vaudra toutefois surtout pour<br />

ses bijoux, dont une très belle<br />

paire de dormeuses en platine<br />

sur or agrémentées de diamants,<br />

taille ancienne, dans son écrin<br />

d’origine de la maison Simonet<br />

à Bruxelles, estimée entre 45.000<br />

et 50.000 euros, ainsi qu’une<br />

intéressante montre française, en<br />

forme d’amphore, en or et émail<br />

bleu roi formant flacon à parfum,<br />

boîte à mouches, double cadran<br />

(heures et fast slow) et guichet<br />

tourbillon pour une face, l’autre<br />

face représentant une huile sur<br />

métal à quatre personnages<br />

avec guichet automate dans la<br />

partie supérieure découvrant une<br />

scène érotique, couvercle du dos<br />

présentant un oiseau de paradis<br />

en or ajouré (est. 8.000-12.000<br />

euros). On annonce également<br />

une lithographie originale d’Henri<br />

de Toulouse-Lautrec, affiche pour<br />

le Salon des Cent, estimée entre<br />

20.000 et 25.000 euros.<br />

12 et 13-09 Belle diversité chez Vanderkindere<br />

Parmi les lots intéressants de<br />

la vente cataloguée de rentrée,<br />

proposée par la salle Vanderkindere,<br />

citons ce pendule Directoire<br />

en bronze à patine noire,<br />

dorée et porcelaine polychrome<br />

surmontée de ‘‘Diane chasseresse<br />

entourée d’Amours’’, travail<br />

français , vers 1795, ainsi que ce<br />

régulateur de parquet Napoléon<br />

III, d’après Jean-Henri Riesener<br />

(1734-1806), en bois de placage et<br />

marqueterie d’acajou, d’amarante<br />

et de bois teinté à riche<br />

ornementation en bronze doré<br />

surmonté de ‘‘Chérubins dans<br />

les nuages’’ (est. 6.000-8.000<br />

euros). Au rang des tableaux,<br />

on annonce un très bel Arlequin<br />

vert, églomisé signé Floris Jespers<br />

(est. 7.000-10.000 euros), ainsi<br />

qu’une importante bacchanale<br />

rythmée d’offrandes à Bacchus,<br />

huile sur toile attribuée à Gérard<br />

de Lairesse, datée du XVIIe siècle,<br />

estimée 4.500 à 6.000 euros.<br />

EST. 7.000-10.000 €<br />

Floris Jespers, L’arlequin vert, 1963,<br />

verre églomisé, 80 x 60 cm. © Vanderkindere<br />

99


On vendra<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

13-09 Art d’Asie chez Millon<br />

L’antenne bruxelloise de Millon<br />

organise une vente cataloguée<br />

entièrement dédiée aux arts de<br />

l’Asie, dont une riche collection<br />

de porcelaine chinoise, de bronze<br />

et de coraux. L’exposition mettra<br />

en lumière ces objets traditionnels,<br />

notamment un plat en<br />

porcelaine à décor en émaux de<br />

la famille rose de chauves-souris,<br />

arque à six caractères et époque<br />

Guangxu (est. 5.000-7.000 euros),<br />

une importante potiche couverte<br />

en porcelaine à décor en émaux<br />

Doucai de dragons chassant la<br />

perle sacrée, estimée 8.000 à<br />

12.000 euros, ainsi qu’un bassin<br />

en bronze et émaux cloisonnés<br />

à décor de chiens de Fô, travail<br />

chinois de la dynastie Ming (est.<br />

3.000-4.000 euros)<br />

EST. 8.000-12.000 €<br />

Potiche couverte, Chine, XIXe siècle, marque apocryphe Qianlong,<br />

porcelaine, H. 56 cm. © Millon<br />

13 et 14-09 Art, antiquités et design pour Flanders Auctions<br />

La vente de septembre chez<br />

Flanders Auction présentera une<br />

offre variée en art, antiquités et<br />

design. Parmi les pièces anciennes<br />

se distingue un ensemble<br />

de cheminée trois pièces, une<br />

pendule et deux chandeliers de<br />

style Louis XVI. Signée Maison<br />

Marquis, Paris, elle est estimée<br />

entre 20.000 et 30.000 euros.<br />

Dans le domaine de l'art, une<br />

sculpture en marbre de Carrare<br />

de Pablo Atchugarry (1954) datant<br />

de 2008, estimée entre 250.000<br />

et 350.000 euros, recueille tous<br />

les espoirs. Une sculpture en<br />

verre du duo d'artistes tchèques<br />

Stanislav Libensky et Jaroslava<br />

Brychtova (1954-2022) est également<br />

très attendue. Bien qu'ils<br />

soient relativement peu connus<br />

dans notre pays, ils obtiennent<br />

des résultats surprenants aux<br />

enchères. L'œuvre Tête V, avec<br />

son œil carré, est ainsi estimée<br />

entre 5.000 et 7.000 euros. Autre<br />

belle curiosité, un dessin original<br />

en biros de Dalí (est. 2.400-3.400<br />

euros) réalisé lors d'un safari au<br />

Congo pour un hôtelier belge.<br />

EST. 20.000-30.000 €<br />

Cheminée en trois parties de la Maison Marquis, Paris, pendule et chandeliers de style Louis XVI,<br />

hauteur des chandeliers : 97 cm. © Flanders Auctions<br />

16-09 Modernes et contemporains chez Damien Voglaire<br />

Henri Michaux, encre sur papier. © Voglaire<br />

Pour cette vente de rentrée, la<br />

salle des ventes Damien Voglaire<br />

propose une palette assez larges<br />

d’artistes modernes et contem-<br />

porains. La photographie est à<br />

l’honneur avec une superbe pièce<br />

d’Andres Serrano représentant<br />

un grand portrait en cibachrome<br />

de sa série sur le Klan. Il y a aussi<br />

trois œuvres, collage et photographies,<br />

de Jonathan Monk, artiste<br />

anglais qui manie les concepts de<br />

manière poétique et aussi deux<br />

photographies de Mimmo Jodice.<br />

Parmi les pièces principales, on<br />

trouve une grande et belle encre<br />

de Henri Michaux, un dessin de<br />

Stéphane Mandelbaum de la série<br />

de ce qu’il nommait Scraboutcha,<br />

un beau dessin de Paul Delvaux<br />

ou encore deux eaux fortes de<br />

Serge Poliakoff. Ensuite, un peu de<br />

singularité avec Opus (1941), peinture<br />

réalisée par Victor Servranckx,<br />

œuvre qui peut se regarder dans<br />

tous les sens, le peintre ayant pris<br />

la peine d’écrire un texte à ce sujet<br />

au verso où il explique que « la<br />

pesanteur est ici victorieusement<br />

abolie. Tableau à contempler dans<br />

tous les sens. » On retrouvera dans<br />

la section des multiples, une rare<br />

lithographie de Marcel Broodthaers,<br />

La souris écrit rat (cette pièce fût<br />

présentée à la Biennale de Venise<br />

en 1978), un bel ensemble d’œuvres<br />

de Corneille et aussi de Wallasse<br />

Ting, ami de Pierre Alechinsky. De<br />

ce dernier, il y a aussi quelques<br />

lithographies ou eaux fortes. De<br />

la singularité toujours avec ce vélo<br />

peint par Jean-Luc Moerman, tiré<br />

à 10 exemplaires. Celui-ci porte le<br />

nom de Ginette car il fut réalisé<br />

pour le créateur de la célèbre<br />

marque de bière. Et puis, comme<br />

à chaque fois, la salle propose un<br />

ensemble d’œuvres abstraites<br />

des années 1950 aux années 1970,<br />

dont deux collages de Jo Delahaut,<br />

une toile de Robert De Winne, une<br />

grande encre de Van Anderlecht et<br />

une série de toiles de Jean Dubois.<br />

Pour finir, une belle section africaine<br />

avec des pièces de Pili Pili, Kabinda,<br />

Mwenze ou encore Thango.<br />

100


16-09 Des pièces exceptionnelles au Mont-de-Piété<br />

Le Mont-de-Piété invite à une<br />

vente aux enchères qui propose<br />

des pièces exceptionnelles : des<br />

montres Rolex et Piaget, des sacs<br />

à main Delvaux, une ceinture<br />

Louis Vuitton, un foulard en soie<br />

Hermès, des sièges Philippe<br />

Starck, ainsi que des bijoux<br />

anciens et de caractère. Il y en<br />

aura pour tous les goûts !<br />

EST. 3.600-4.000 €<br />

Fermoir en or blanc 18 carats et platine serti de 27 diamants taille baguette, 20<br />

brillants et deux diamants taille marquise, poids : 14,5 gr. © Mont-de-Piété<br />

EST. 760-800 €<br />

Bague en or jaune et blanc 18 carats,<br />

sertie de 18 diamants et 1 saphir traité,<br />

poids : 7,5 g, taille : 50,5. © Mont-de-<br />

Piété<br />

18-09 Vente Florilège chez Haynault<br />

Pour la rentrée, la salle Haynault<br />

qui a redéployé l’ensemble de<br />

ses activités à Uccle, a décidé<br />

de présenter une sélection<br />

d’environ 120 lots de grande<br />

qualité, dans tous les domaines<br />

de l’art et toutes les périodes.<br />

En peinture, on remarquera une<br />

toile de l’atelier de Brueghel<br />

le Jeune, intitulée Les animaux<br />

rentrant dans l’arche, alors qu’en<br />

art moderne, on contemplera<br />

les couleurs d’une composition<br />

d’Alechinsky de 1975. Côté mobilier,<br />

un bureau Mazarin devrait<br />

plaire aux amateurs tandis que<br />

dans le domaine de l’argenterie,<br />

une grande fontaine de table en<br />

argent, réalisée en 1762 à Paris<br />

par Antoine Jean de Villeclair fera<br />

face à une importante épergne<br />

en argent, réalisée à Londres<br />

par Thomas Pitts, en 1767. Côté<br />

sculpture, une série de trois<br />

pierres sculptées ornementales<br />

provenant d’un château<br />

et figurant des têtes de satyres<br />

pourraient créer la surprise. La<br />

vente sera suivie d’une dispersion<br />

de vin provenant d’une cave<br />

bruxelloise, non ouverte depuis<br />

les années 1930...<br />

EST. 15.000-20.000 €<br />

Vase au portrait de Guillaume Ier de Prusse, Manufacture Royale de Berlin,<br />

porcelaine émaillée bleu nuit et or. © Haynault<br />

23 et 24-09 Belle offre chez Maison Jules<br />

La vente de la salle gantoise<br />

Maison Jules annonce quelques<br />

grands noms : trois œuvres de<br />

Théo Van Rysselberghe, dont<br />

un beau portrait de son ami<br />

et écrivain Emile Verhaeren,<br />

deux natures mortes de Louis<br />

Thevenet, une impressionnante<br />

huile sur toile de Modest Huys<br />

intitulée Bateau sur la Lys, et<br />

un tableau de 1923, Les rives du<br />

Gulden Stroom à Wielsbeke. Pour<br />

les amateurs d’Anna De Weert,<br />

on annonce un pastel avec vue<br />

de la côte d’Azur. Albert Saverys<br />

sera présent avec une imposante<br />

vue animée de la Lys, une grande<br />

nature morte et un petit panneau<br />

de Pêcheur sur la Lys. Des œuvres<br />

originales de Rik Wouters, avec<br />

une aquarelle de son ami et<br />

peintre Fernand Verhaegen<br />

(ex-collection Giroux), d’Octave<br />

Landuyt, du sculpteur Geo Verbanck<br />

(statue de baccantes) et<br />

du symboliste gantois Jan Frans<br />

De Boever seront également à<br />

saisir. Les amateurs de Felix De<br />

Boeck n’auront que l’embarras<br />

du choix, avec plusieurs peintures<br />

et autoportraits originaux<br />

des années 1970, 1980 et 1990.<br />

Enfin, citons encore un beau Guy<br />

Vandenbranden et des pièces<br />

du céramiste français Pierre<br />

Bayle (1945-2004). Cet artiste<br />

a développé une œuvre très<br />

reconnaissable, qui s’inspire de<br />

la technique gréco-romaine de la<br />

cuisson à basse température.<br />

EST. 4.000-6.000 €<br />

Anna De Weert, pastel avec vue de<br />

la Côte d’Azur, 42 x 42 cm. © Maison<br />

Jules<br />

EST. 2.000-4.000 €<br />

Guy Vandenbranden, huile sur toile,<br />

1980, 90 x 90 cm. © Maison Jules<br />

101


On vendra<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

24-09 Georges Morren chez MJV Soudant<br />

Pour nourrir sa vente cataloguée<br />

de rentrée, la salle Soudant de<br />

Gerpinnes eut l’agréable surprise<br />

d’être contactée par une famille<br />

du Brabant-Wallon possédant six<br />

peintures originales de l’artiste<br />

Art nouveau belge Georges<br />

Morren (1868-1941). Il s’avère que<br />

le grand-père, qui était proche<br />

de l’artiste, avait reçu en cadeau<br />

plusieurs toiles dont certaines<br />

représentent ses propres<br />

sœurs, Anna et Clem, dont on<br />

retrouve plusieurs allusions dans<br />

le catalogue raisonné de Tony<br />

Calabrese. Ce référencement est<br />

composé de quatre huiles sur<br />

toile et de deux pastels, totalement<br />

inédits et détenus par la<br />

famille propriétaire depuis les<br />

années 1916 à 1918. Ils sont titrés<br />

et dédicacés par l’artiste. Enfin,<br />

faisant suite au record du monde<br />

produit par la salle pour une<br />

huile sur toile d’Elvire Coisne, le<br />

propriétaire du tableau a soumis<br />

une nouvelle pièce, très belle<br />

huile sur toile représentant une<br />

scène intimiste dans un intérieur<br />

bourgeois.<br />

Une des œuvres de Georges Morren proposées. © Soudant<br />

29 et 30-09 Livres et oeuvres d'art chez Van de Wiele<br />

EST. 15.000-18.000 €<br />

Boccaccio, De Claris Mulieribus, Louvain,<br />

1487, manuscrit enluminé avec 70<br />

gravures sur bois. © Van de Wiele<br />

EST. 10.000-14.000 €<br />

Livre de prière, Utrecht, XVe siècle.<br />

© Van de Wiele<br />

Cette vente de livres et d'objets<br />

d'art présente des documents datant<br />

de plusieurs siècles. Le Moyen<br />

Âge est représenté par un fragment<br />

de manuscrit du XIIe siècle,<br />

avec un texte de Pline, deux livres<br />

de prières du XVe siècle et sept<br />

incunables. On attend beaucoup<br />

d'une édition d'incunables du<br />

recueil de biographies de femmes<br />

célèbres de Boccace. Le Claris<br />

Mulieribus fut imprimé à Louvain<br />

en 1487 et enluminé de quelque<br />

septante gravures sur bois, dont<br />

de nombreuses scènes de violence.<br />

La période de l'humanisme<br />

et de la Renaissance est également<br />

bien représentée, comme la<br />

Bible grecque publiée par Érasme<br />

de Rotterdam, imprimée par l'ami<br />

d'Érasme, Froben, en 1516 : son<br />

influence sur le protestantisme<br />

peut difficilement être surestimée.<br />

Bien qu'elle ait été imprimée à<br />

environ 1 200 exemplaires, elle est<br />

extrêmement rare sur le marché.<br />

Le second jour de vente vous verra<br />

plonger dans l'histoire de la Red<br />

Star Line, avec de belles affiches<br />

d'Henri Cassiers et autres. Il y aura<br />

aussi un riche éventail d'artistes<br />

belges, dont James Ensor, Paul<br />

Delvaux, Roger Raveel, Jan Cobbaert,<br />

Jane Carion et Panamarenko.<br />

Au total, un peu plus de 1<br />

300 lots seront proposés.<br />

30-09 Varia chez Lhomme<br />

La prochaine vente publique<br />

chez Lhomme comprendra, au<br />

chapitres des beaux-arts, des<br />

œuvres de ''Sadji'' (Sha Qi),<br />

Christian Dotremont, Georges<br />

Collignon, Léopold Plomteux,<br />

Pierre Paulus, Albert Raty… mais<br />

aussi des dessins originaux de<br />

James Ensor, un bel ensemble de<br />

dessins à l’encre et de gravures<br />

de Félicien Rops et une eauforte<br />

de Pablo Picasso figurant<br />

le célèbre galeriste français<br />

Ambroise Vollard. Un petit<br />

ensemble d’icônes orthodoxes<br />

russes et bulgares sera également<br />

dispersé. Du côté des livres<br />

anciens et modernes, notons<br />

tout particulièrement le manuscrit<br />

original de Tempo di Roma,<br />

célèbre roman d’Alexis Curvers<br />

ayant inspiré le film éponyme.<br />

Parmi les impressions anciennes,<br />

notons de beaux exemplaires des<br />

Délices du Païs de Liège, illustré<br />

des gravures de Remacle Leloup<br />

et de la Description de tous<br />

les Païs Bas de Guichardin, et<br />

parmi les impressions modernes<br />

la Divine Comédie de Dante<br />

illustrée par Salvador Dalí et un<br />

rare exemplaire de Construction<br />

d’un temple en ruine à la déesse<br />

Vanadé d’Alain Robbe-Grillet,<br />

avec onze gravures originales de<br />

Paul Delvaux. Notons également,<br />

au catalogue de cette vente, une<br />

collection d’armes anciennes<br />

et plus particulièrement un bel<br />

ensemble d’épées de cour XVIIIe,<br />

à montures d’argent.<br />

Pablo Picasso, Ambroise<br />

Vollard, eau-forte.<br />

© Lhomme<br />

102


200X132 LOUIZA sept <strong>2023</strong> v3.qxp_Mise en page 1 11/08/<strong>2023</strong> 15:43 Page1<br />

Exposition privée et collecte des lots<br />

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FORMENTO + FORMENTO (XX-XXI)<br />

Smoking Num Cinecitta Italy, 2010


On vendra<br />

Ventes en <strong>Belgique</strong><br />

03 — 05-10 Art belge chez Carlo Bonte<br />

EST. 30.000-50.000 €<br />

Impressionnant plat à dragon (le plus grand du marché) en porcelaine bleublanc,<br />

avec marque faisant référence au palais où l’impératrice douairière Cixi<br />

(dynastie Qing) célébra son 50e anniversaire, diam. 70,8 cm. © Carlo Bonte<br />

La vente aux enchères proposée<br />

au début du mois d’octobre par<br />

Carlo Bonte inclut un certain<br />

nombre d’œuvres issues du<br />

territoire belge. Le coq (2003) de<br />

Koen Vanmechelen, qui ornait la<br />

nouvelle galerie de Carlo Bonte<br />

à Knokke dans les derniers mois<br />

d’été, attire évidemment tous<br />

les regards. Notons aussi ce<br />

Champ de blé dans la lumière de<br />

la mer Baltique de Roger Raveel<br />

ou cette Tête de femme (1933)<br />

de Paul Delvaux. Egalement à<br />

retenir, cette Étude d'une tête<br />

de Permeke et une œuvre de<br />

Panamarenko. La vente inclut,<br />

en outre, une grande collection<br />

de gravures d’Ensor. Parmi les<br />

maîtres anciens du XVIIe siècle,<br />

on annonce une Tronie de<br />

l’entourage de Rembrandt, un<br />

Alchimiste de David Teniers le<br />

Jeune et une nature morte de Jan<br />

Weenix le Jeune. De la collection<br />

de l’antiquaire brugeois Michel<br />

Depondt, de l’ancienne Chronos<br />

Antique Gallery, Carlo Bonte<br />

disperse de l’horlogerie du XVIIIe<br />

siècle de grande qualité, dont<br />

une pendule Louis XV attribuée<br />

à Balthazar Lieutaud (ca 1775) et<br />

une rare pendule Louis XVI en<br />

bronze et marbre. Au rang des<br />

arts appliqués, citons un impressionnant<br />

cabinet du XIXe siècle<br />

(H. 277 cm) en ébène, écaille de<br />

tortue et ivoire. La vente comprend<br />

ainsi plusieurs cabinets du<br />

XVIIe siècle. Pour les amateurs<br />

de mode, une exceptionnelle<br />

sélection de sacs Hermès sera<br />

proposée. Enfin, la section<br />

asiatique comprendra deux vases<br />

boules à décor de pêche et une<br />

assiette Yongzheng à la scène<br />

subtilement érotique, ainsi qu’un<br />

imposant plat (le plus grand sur<br />

le marché) à décor de dragon<br />

en bleu et blanc, comportant la<br />

marque de l’impératrice douairière<br />

Cixi et un bel ensemble de<br />

porcelaines Kangxi à décor bleu<br />

et blanc.<br />

03 — 05-10 Classique et moderne chez Bernaerts<br />

La salle Bernaerts mise cet<br />

automne sur une diversité de<br />

maîtres anciens, romantiques et<br />

modernes, provenant en grande<br />

partie d’une poignée de collections<br />

privées. Ainsi, cette vente comprend<br />

la collection d’un éminent<br />

expert belge en antiquités et arts<br />

appliqués, avec de remarquables<br />

dessins du XVIIe siècle de, entre<br />

autres, Paul Bril, Cornelis Schut et<br />

Tobias Verhaecht, et des peintures<br />

d’Adriaen van Utrecht, Louis de<br />

Caullery, Pieter Neefs et Abraham<br />

Govaerts. En ce qui concerne la<br />

porcelaine, ce collectionneur fit<br />

preuve d’un excellent sens de la<br />

qualité et du goût. La porcelaine<br />

de Chine, achetée pour l’essentiel<br />

à J. Van Goidsenhoven à la fin<br />

des années 1960 et au début des<br />

années 1970, comprend plusieurs<br />

belles pièces Wangli et Kangxi. Une<br />

sublime nature morte au saloir de<br />

Pieter Claesz (1597-1660), datée et<br />

provenant d’une succession, passe<br />

également sous le marteau. Une<br />

magnifique horloge squelette<br />

parisienne d’époque Directoire et<br />

une impressionnante pendule à<br />

cercle tournant figurent parmi les<br />

pièces maîtresses de la section<br />

des antiquités. Après ces pièces<br />

très classiques, la collection de feu<br />

l’architecte de ZERO Wim Van Opstal<br />

passera également sous le marteau.<br />

Outre plusieurs lots de documentation<br />

personnelle, de matériel<br />

de modélisation et de littérature<br />

sur l’art et l’architecture, cette vacation<br />

de plus de quatre-vingts lots<br />

comprend dix œuvres de Bernard<br />

Aubertin, Jan Schoonhoven, Jan<br />

Henderikse, Paul Van Hoeydonck,<br />

Panamarenko, Eric van Solm, Klaas<br />

Gubbels et Dan Van Severen, pour<br />

n’en citer que quelques-uns. Une<br />

pléthore d’autres lots mérite également<br />

d’être mentionnée, comme<br />

deux magnifiques bronzes et trois<br />

peintures à l’huile de Constant<br />

Permeke, un large éventail de<br />

verreries Art déco, entre autres de<br />

Gallé et Tiffany, deux assemblages<br />

et une œuvre monumentale sur<br />

contreplaqué de Paul Joostens<br />

provenant de la collection Lohaus<br />

et de l’ancienne collection Raoul<br />

Tyriard, ainsi qu’une incomparable<br />

toile de Jean Miotte.<br />

EST. 60.000-80.000 €<br />

Pieter Claesz, Nature morte au roehmer, huîtres, tabac, noix, pain et salière<br />

en étain, 1646, huile sur panneau, monogrammé et daté, 41 x 37 cm.<br />

© Bernaerts<br />

104


Assiette de décembre en émail peint de Limoges Datée de 1560, monogrammée P.R. pour Pierre Reymond. D 17,6 cm<br />

En vente le 16 novembre à Cologne. Estimation 20.000-25.000 €<br />

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Journée d’expertise à Bruxelles : 8 septembre


Auction calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

Belgium<br />

SEPTEMBER<br />

1 AMBERES<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

1 MAISON DES HUISSIERS DE JUSTICE<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUXELLES<br />

1-2 SYLVIE'S WINE AUCTIONS<br />

Wijn ANTWERPEN<br />

2 ABS VEILINGEN MECHELEN<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

4 AMBERES<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

4 PICTURA<br />

Meubels GENTBRUGGE<br />

5 LEGIA AUCTION<br />

Mobilier, verrerie, argenterie<br />

et bijoux ONLINE<br />

5 VANDERKINDERE<br />

Vente bourgeoise UCCLE<br />

5 BERNAERTS<br />

Classic Cars ANTWERPEN<br />

7-17 ARENBERG AUCTIONS<br />

Collectables ONLINE<br />

8 MAISON DES HUISSIERS DE JUSTICE<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUXELLES<br />

8-18 MILLON BELGIQUE<br />

Numismatique, bijoux,<br />

accessoires et stock de<br />

bijouterie ONLINE<br />

9 ABS VEILINGEN MECHELEN<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

9-17 MILLON BELGIQUE<br />

Bandes dessinées ONLINE<br />

10-11 MONSANTIC<br />

Art et antiquités MONS<br />

11 UCCLE SAINT JOB<br />

Art contemporain et mobilier,<br />

design BRUXELLES<br />

11-12 GALERIE MODERNE<br />

Art et antiquités BRUXELLES<br />

11-12 HORTA<br />

Art et antiquités BRUXELLES<br />

12 BERG VAN BARMHARTIGHEID<br />

Zilverwerk, edelsmeedwerk<br />

BRUSSEL<br />

12-13 VANDERKINDERE<br />

Vente cataloguée BRUXELLES<br />

13 MILLON BRUSSEL<br />

Arts d'Asie BRUXELLES<br />

13-14 FLANDERS AUCTIONS<br />

Kunst, antiek en design<br />

WINGENE<br />

15 MAISON DES HUISSIERS DE<br />

JUSTICE<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUXELLES<br />

15 PHOENIX AUCTIONS<br />

Un lot, une vente<br />

WAVRE<br />

15-16 JEAN ELSEN ET SES FILS<br />

Numismatique général<br />

ETTERBEEK<br />

16 ABS VEILINGEN MECHELEN<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

16 BERG VAN BARMHARTIGHEID<br />

Uitzonderlijke stukken<br />

BRUSSEL<br />

16 DAMIEN VOGLAIRE<br />

Art moderne et contemporain<br />

BRUXELLES<br />

16 FW AUCTIONS NAMUR<br />

Vente caritative NAMUR<br />

18 AMBERES<br />

Burgerveiling ANTWERPEN<br />

18 HAYNAULT<br />

Florilège, tableaux et objets<br />

d'art BRUXELLES<br />

18 VENTES ELYSÉE<br />

Vente cataloguée LIÈGE<br />

19 BERG VAN BARMHARTIGHEID<br />

Vente de bijoux et<br />

numismatique BRUSSEL<br />

19 SALLE DE VENTE DU BEGUINAGE<br />

Art et antiquités WAVRE<br />

19 VENTES ELYSÉE<br />

Vente bourgeoise<br />

LIÈGE<br />

19-20 GALERIE ATHENA<br />

Kunst en antiek BRUSSEL<br />

22 MAISON DES HUISSIERS DE<br />

JUSTICE<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUXELLES<br />

22-23 LEMPERTZ<br />

Antiquarian books, old &<br />

moderns BRUXELLES<br />

23 ABS VEILINGEN MECHELEN<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

23 FW AUCTIONS NAMUR<br />

Bijoux, tableaux, Asie, Objets<br />

d'art NAMUR<br />

23-24 MAISON JULES<br />

Kunst en antiek GENT<br />

24 MJV SOUDANT<br />

Art et Antiquités GERPINNES<br />

25 AMBERES<br />

Kunst en antiek ANTWERPEN<br />

26 BERG VAN BARMHARTIGHEID<br />

Lederwaren, luxe accessoires<br />

en juwelen BRUSSEL<br />

26 MILLON BELGIQUE<br />

Tableaux & objets d'art<br />

BRUXELLES<br />

28 HÔTEL DES VENTES LEGROS<br />

Art et antiquités VERVIERS<br />

29 MAISON DES HUISSIERS DE<br />

JUSTICE<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUXELLES<br />

29-15 ARTS TALENTS ENCHÈRES<br />

BRUXELLES<br />

Passion et collection d'un<br />

musée privé ONLINE<br />

29-30 VAN DE WIELE VEILINGEN<br />

Boeken, handschriften,<br />

grafiek en schilderijen BRUGGE<br />

30 ABS VEILINGEN MECHELEN<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

30 LHOMME<br />

Vente cataloguée LIÈGE<br />

30-1 DVC GENT<br />

Klassieke veiling GENT<br />

30-8 MILLON BELGIQUE<br />

Bandes dessinées ONLINE<br />

OCTOBER<br />

2 AMBERES<br />

Burgerveilingen ANTWERPEN<br />

3-5 CARLO BONTE<br />

Kunst en antiek BRUGGE<br />

3-5 BERNAERTS<br />

Modern versus Classic<br />

ANTWERPEN<br />

5 ROB MICHIELS<br />

Exclusive sale BRUGGE<br />

6 MAISON DES HUISSIERS DE JUSTICE<br />

Deurwaarderstukken<br />

BRUXELLES<br />

7 MOREL DE WESTGAVER<br />

Boeken, literatuur, prenten en<br />

ansichtkaarten BRUXELLES<br />

7 ABS VEILINGEN<br />

Deurwaarderstukken<br />

MECHELEN<br />

8 BONHAMS<br />

The zoute sale KNOKKE-HEIST<br />

9 AMBERES<br />

Kunst en antiek ANTWERPEN<br />

The Netherlands<br />

SEPTEMBER<br />

4 DE RUITER<br />

Zilver en diamanten, juwelen<br />

en horloges ONLINE<br />

5 DE JAGER<br />

Antiek en juwelen GOES<br />

6-7 DE JAGER<br />

Aziatica GOES<br />

6-7 HERMITAGE AUCTIONS EUROPE<br />

Art en collectables IJSSELSTEIN<br />

8-9 DICKHAUT<br />

Kunst en antiek ONLINE<br />

11 VEILINGHUIS BOUWMAN<br />

Speelgoedveiling BRUMMEN<br />

11-15 KORST VAN DER HOEFF<br />

Kunst en antiek<br />

S-HERTOGENBOSCH<br />

12-26 VENDUEHUIS DER NOTARISSEN<br />

DEN HAAG<br />

Classical paintings & drawings<br />

ONLINE<br />

12-27 VENDUEHUIS DER NOTARISSEN<br />

DEN HAAG<br />

Modern art ONLINE<br />

18-22 DERKSEN VEILINGBEDRIJF<br />

Kunst en antiek ARNHEM<br />

19-24 OPRECHTE VEILING<br />

Kunst en antiek HAARLEM<br />

23 DERKSEN VEILINGBEDRIJF<br />

Kunst en antiek<br />

ONLINE<br />

23-25 DICKHAUT<br />

Kunst en antiek MAASTRICHT<br />

24 PEERDEMAN<br />

Kunst en antiek UTRECHT<br />

25 MOART VEILINGHUIS<br />

Schilderijen en beelden<br />

BERKEL EN RODENRIJS<br />

25 NOTARISHUIS ROTTERDAM<br />

Munten ONLINE<br />

25-27 ONDER DE BOOMPJES<br />

Kunst en antiek LEIDEN<br />

25-28 DE ELAND & DE ZON<br />

Kunst en antiek DIEMEN<br />

26-10 CHRISTIE'S<br />

Made in Holland ONLINE<br />

30 VEILINGHUIS BOUWMAN<br />

Speelgoedveiling BRUMMEN<br />

OCTOBER<br />

2 ALD FRYSLAN<br />

Chinees en oosters porselein<br />

ONLINE<br />

2-5 VAN SPENGEN<br />

Kunst en antiek HILVERSUM<br />

3 VEILINGHUIS OMNIA<br />

Kunst en antiek KOLHAM<br />

3-6 ALD FRYSLAN<br />

Kunst en antiek IJLST<br />

11-12 NOTARISHUIS ROTTERDAM<br />

Algemene veiling<br />

ONLINE<br />

France<br />

SEPTEMBER<br />

1-13 AGUTTES<br />

Bijoux or ONLINE<br />

4-12 BONHAMS<br />

Art moderne et contemporain<br />

ONLINE<br />

5-14 BONHAMS<br />

Luisa's Wardrobe: The Alfieri-<br />

Federici Collection. Part II<br />

ONLINE<br />

5-19 MAURICE AUCTION<br />

Preloved fashion sale<br />

(Drouot) ONLINE<br />

6 CANNES ENCHÈRES<br />

Bijoux Anciens & modernes<br />

CANNES<br />

7 AGUTTES<br />

Arts classiques NEUILLY<br />

7 DE BAECQUE & ASS<br />

Intérieurs et décoration<br />

VILLEURBANNE<br />

7 LUCIEN PARIS<br />

Collection de Madame M. et<br />

à divers Amateurs NOGENT-<br />

SUR-MARNE<br />

8-15 ARTCURIAL<br />

The Clock collection<br />

ONLINE<br />

8-22 CHRISTIE'S<br />

L'Enragé: Hommage à Jean<br />

Fautrier PARIS<br />

11 TESSIER&SARROU ET ASS<br />

Livres de valeur (Drouot)<br />

ONLINE<br />

11-21 TAJAN<br />

Le coin du connaisseur PARIS<br />

12 ADER<br />

Verrerie contemporaine PARIS<br />

12 ARTCURIAL<br />

Design Brésilien PARIS<br />

12 ARTCURIAL<br />

Paavo Tynell PARIS<br />

12 DE BAECQUE & ASS<br />

Intérieurs et décoration<br />

MARSEILLE<br />

12 THIERRY DE MAIGET<br />

Vente bandes dessinees,<br />

albums, plance originale<br />

(Drouot) PARIS<br />

13 ALDE<br />

Livres anciens et timbres PARIS<br />

13 MILLON<br />

Boudoir de madame PARIS<br />

13 PARIS ENCHÈRES<br />

Piasa X Annmaris: Finnish<br />

Design PARIS<br />

13 PIASA<br />

Piasa X Annmaris: Finnish<br />

Design PARIS<br />

13 TESSIER&SARROU ET ASS<br />

Photos du Normandie ONLINE<br />

13-20 TAJAN<br />

Livres, Manuscrits & Estampes<br />

PARIS<br />

14 AGUTTES<br />

Art contemporain NEUILLY<br />

14 BOISGIRARD-ANTONINI<br />

Livres anciens et modernes<br />

ONLINE<br />

14 DE BAECQUE & ASS<br />

Bibliotheque d'un humaniste<br />

marseillais VENDÔME<br />

14 GROS & DELETTREZ<br />

Bijoux anciens & modernes<br />

(Drouot) PARIS<br />

14 MILLON<br />

Petites oeuvres de grands<br />

maîtres-tableaux modernes<br />

(Droulot) PARIS<br />

14-27 SOTHEBY'S<br />

Handbags and accessoiries<br />

PARIS<br />

14-28 ALDE<br />

Bibliothèque Hubert Morent<br />

partie II ONLINE<br />

15 ADER<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

15 AUCTIE'S<br />

Arts du Xxe siècle (Drouot)<br />

PARIS<br />

15 COUTAU-BÉGARIE<br />

Boutons de livre (Drouot)<br />

PARIS<br />

15 EUVRARD & FABRE<br />

Vente classique (Drouot)<br />

ONLINE<br />

15 MILLON<br />

Biennale, souvenirs de la<br />

princesse Micaela D'Orleans<br />

(Drouot) ONLINE<br />

106


Auction calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

15 MILLON<br />

Hunna - women artists from<br />

the arabian peninsula -<br />

exhibition PARIS<br />

15 PARIS ENCHÈRES<br />

Charles Ratton ONLINE<br />

15 THIERRY DE MAIGET<br />

Tableaux Anciens, Mobilier &<br />

Objets d'Art (Drouot) PARIS<br />

18 AGUTTES<br />

Arts Classiques ONLINE<br />

19 ART VALOREM<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

19 ART RÉMY LE FUR & ASS<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

19 BEAUSSANT LEFÈVRE<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

19 GROS & DELETTREZ<br />

Tableaux des années 60<br />

à 80 et icônes du design<br />

international (Droulot) ONLINE<br />

19 MIRABAUD-MERCIER<br />

Vente classique (Drouot)<br />

ONLINE<br />

19 MORAND & MORAND<br />

Livres anciens et modernes et<br />

bandes dessinées (Droulot)<br />

ONLINE<br />

19 PESCHETEAU-BADIN<br />

Vente Classique (Drouot)<br />

PARIS<br />

19 RÉMY LE FUR & ASS<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

19 TAJAN<br />

Céramique moderne &<br />

contemporaine PARIS<br />

20 DE BAECQUE & ASS<br />

Timbres et cartes postales<br />

LYON<br />

20 MILLON<br />

Une collection privée<br />

Française-Archéologie haute<br />

Epoque (Drouot) PARIS<br />

20 PIASA<br />

Art + Design: an eclectic<br />

collection PARIS<br />

20-21 ADER<br />

Collection Pont-aven,<br />

symbolistes et nabis PARIS<br />

21 ART RICHELIEU<br />

Bijoux, Orfevrerie, Tableaux<br />

anciens et modernes,<br />

sculptures (Drouot) ONLINE<br />

21 BOISGIRARD-ANTONINI<br />

Vente XXe et Design<br />

PARIS<br />

21 BONHAMS<br />

Eighties PARIS<br />

21 COUTAU-BÉGARIE<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

21 DE BAECQUE & ASS<br />

Intérieurs et décoration LYON<br />

21 LUCIEN PARIS<br />

Mobilier garnissant un hôtel<br />

particulier NOGENT-SUR-MARNE<br />

21 MILLON<br />

Archéologie et préhistoire<br />

PARIS<br />

21 THIERRY DE MAIGET<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

22 ARTCURIAL<br />

Amateurs & collectionneurs<br />

PARIS<br />

22 ERIC CAUDRON<br />

Bijoux (Drouot) PARIS<br />

22 GROS & DELETTREZ<br />

Bijoux et montres (Drouot)<br />

PARIS<br />

22 LYNDA TROUVÉ<br />

Indocine - Chapitre 16<br />

(Drouot) PARIS<br />

23 GIQUELLO & ASS<br />

Collection Gilbert Lascaut<br />

(Drouot) PARIS<br />

23 SOTHEBY'S<br />

Arts d'Asie PARIS<br />

23-01 MILLON<br />

Bandes dessinées PARIS<br />

24 COUTAU-BÉGARIE<br />

Mode & vintage (Drouot)<br />

ONLINE<br />

24 OSENAT<br />

Art Russe VERSAILLES<br />

25 BOISGIRARD-ANTONINI<br />

Art et deco VII ONLINE<br />

25 PESCHETEAU-BADIN<br />

Vente d'atelier - Haruhiko<br />

Sunagawa (Drouot) PARIS<br />

25-3 TAJAN<br />

Design du 20 ième siècle PARIS<br />

25-4 BONHAMS<br />

Vintage Posters ONLINE<br />

26 ARTCURIAL<br />

Maîtres Anciens & du XIX<br />

siècle PARIS<br />

26 CANNES ENCHÈRES<br />

Vente courante CANNES<br />

26 COPAGES AUCTION PARIS<br />

Bijoux anciens & modernes<br />

(Drouot) PARIS<br />

26 PARIS ENCHÈRES<br />

Design d'un hôtel particulier<br />

décoré par Damien Langlois-<br />

Meurienne PARIS<br />

26 PIASA<br />

Design d'un hôtel particulier<br />

décoré par Damien Langlois-<br />

Meurienne<br />

ONLINE<br />

26 SOTHEBY'S<br />

Collection François Meyer: A<br />

Colorful Passion PARIS<br />

26 YANN LE MOUEL<br />

Atelier Saverio Lucariello PARIS<br />

26-27 ADER<br />

Collection Gérard Depardieu<br />

(Drouot) PARIS<br />

27 ALDE<br />

Bibliothèque Hubert Morent,<br />

Editions originales du Xxe<br />

siècle PARIS<br />

27 ARTCURIAL<br />

Le portrait en Miniature PARIS<br />

27 ARTCURIAL<br />

Alexandre Dumas, Collection<br />

Kahn PARIS<br />

27 DE BAECQUE & ASS<br />

Intérieurs et décoration LYON<br />

27 DE BAECQUE & ASS<br />

Mineraux MARSEILLE<br />

27 PARIS ENCHÈRES<br />

Art et Design Collection de<br />

la Dotation Lefebvre-Vornic<br />

PARIS<br />

27 PESTEL-DEBORD<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

27 PIASA<br />

Art + Design Collection de<br />

la Dotation Lefebvre-Vornic<br />

PARIS<br />

27-9 MILLON<br />

Dessins de 1500 à 1900 ONLINE<br />

28 BONHAMS<br />

Atelier Hugo PARIS<br />

28 DE BAECQUE & ASS<br />

Fonds d'Atelier Marcel<br />

Charbonnel MARSEILLE<br />

28 TAJAN<br />

Art d'Asie PARIS<br />

28 VILLANFRAY POMMERY<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

29 DAGUERRE<br />

Collections privées, tableaux,<br />

mobilier et objets d'art PARIS<br />

29 THIERRY DE MAIGET<br />

Tableaux Anciens, Mobilier &<br />

Objets d'Art (Drouot) PARIS<br />

29-30 OSENAT<br />

Vente de l'angélus à<br />

Chantilly-en-bière (Drouot)<br />

ONLINE<br />

30 HVMC<br />

Mobilier Objet d'art, Tableaux<br />

anciens et XIXème, Art d'Asie<br />

MONTE-CARLO<br />

30 OSENAT<br />

Mobilier & objets d'art -<br />

Vente prestige (Drouot)<br />

FONTAINEBLEAU<br />

30-8 MILLON<br />

Bandes Dessinees ONLINE<br />

OCTOBER<br />

1 COUTAU-BÉGARIE<br />

Jazz (Drouot) ONLINE<br />

1 OSENAT<br />

Les intérieurs de Versailles<br />

(Drouot) VERSAILLES<br />

1-3 ADER<br />

Livres de photographies<br />

(Drouot) ONLINE<br />

2 GROS & DELETTREZ<br />

Collection d'art moderne de<br />

M.X (Drouot) PARIS<br />

3 ADER<br />

Art d'après-guerre et<br />

contemporain (Drouot) PARIS<br />

3 CANNES ENCHÈRES<br />

Bijoux Anciens & modernes<br />

CANNES<br />

3 SOTHEBY'S<br />

Fine Jewels PARIS<br />

3-4 BEAUSSANT LEFÈVRE<br />

Une propriété au bord du lac<br />

(Drouot) PARIS<br />

4 BOHAMS<br />

Parisians Collections<br />

including the Estate of Olivia<br />

de Havilland PARIS<br />

4 MILLON<br />

Carnets de voyages PARIS<br />

4 PIASA<br />

Design français PARIS<br />

4 THIERRY DE MAIGET<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

4 SOTHEBY'S<br />

Collection Claude & François<br />

Xavier Lalanne PARIS<br />

5 ARCANE ENCHÈRES<br />

Bijoux (Drouot) PARIS<br />

5 BOISGIRARD-ANTONINI<br />

Arts d'asie et d'orient<br />

NICE<br />

5 DE BAECQUE & ASS<br />

Or et numismatique LYON<br />

VENTES AUX<br />

ENCHÈRES<br />

D'OBJETS D'ART<br />

ET D'ANTIQUITÉS<br />

JORDAENS SA<br />

VENTES<br />

LES MARDI 26 ET MERCREDI 27 SEPTEMBRE<br />

À PARTIR DE 19H.<br />

VENTE DE VINS<br />

25 SEPTEMBRE À PARTIR DE 19H.<br />

EXPOSITION<br />

LES VENDREDI ET SAMEDI AVANT LA VENTE<br />

DE 10H À 17H.<br />

Drabstraat 74 I 2640 Mortsel I info@jordaens.eu<br />

03 449 44 30 I Catalogues et livestream: www.jordaens.eu<br />

107


Auction calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

5 DOUTREBENTE<br />

Vente cataloguée de bijoux et<br />

argenterie (Drouot) PARIS<br />

5 LUCIEN PARIS<br />

Entier contenu d'une grande<br />

demeure nogentaise NOGENT<br />

5 MILLON<br />

Intérieur de Madame B., un<br />

appartement sur la Riviera<br />

NIVE<br />

6 DE BAECQUE & ASS<br />

Asie, tribale (Drouot) PARS<br />

6 ERIC CAUDRON<br />

Vente de mobilier et objets<br />

d'art (Drouot) PARIS<br />

6 GROS & DELETTREZ<br />

Bijoux & montres PARIS<br />

6 YANN LE MOUEL<br />

Vente classique (Drouot) PARIS<br />

8 OSENAT<br />

Collection Jean Louis<br />

Noisiez, La Royauté (Drouot)<br />

VERSAILLES<br />

10 ADER<br />

Haute couture (Drouot) PARIS<br />

10 GIQUELLO & ASS<br />

Collection Galerie Chevalier<br />

(Drouot) PARIS<br />

10 PESCHETEAU-BADIN<br />

Vente Classique (Drouot)<br />

PARIS<br />

10 TAJAN<br />

Transmission(s)-collection<br />

Jean-Pierre et Matine Nuaud<br />

PARIS<br />

United Kingdom<br />

SEPTEMBER<br />

1-13 BONHAMS<br />

Hospital Rooms: Hold Me<br />

ONLINE<br />

6-13 SOTHEBY'S<br />

Freddie Mercury: A world on<br />

His Own LONDON<br />

7-21 SOTHEBY'S<br />

Travel, Atlases, Maps &<br />

Photographs ONLINE<br />

11-21 BONHAMS<br />

The Art of Luxury: Chanel<br />

ONLINE<br />

11-25 CHRISTIE'S<br />

Picasso Ceramics ONLINE<br />

12 BONHAMS<br />

Hospital Rooms: Holding<br />

Space LONDON<br />

12-28 CHRISTIE'S<br />

Contemporary Edition ONLINE<br />

13 BONHAMS<br />

Old Master Paintings LONDON<br />

13 BONHAMS<br />

Knightbridge Jewels LONDON<br />

13-20 SOTHEBY'S<br />

Old Master & 19th Century<br />

Paintings LONDON<br />

13-27 CHRISTIE'S<br />

Prints ans Multiples ONLINE<br />

15-29 CHRISTIE'S<br />

Charlie Watts: Literatue and<br />

Jazz Part II ONLINE<br />

18-28 BONHAMS<br />

British and European Art<br />

ONLINE<br />

19 SOTHEBY'S<br />

Fine Jewels LONDON<br />

19-26 SOTHEBY'S<br />

Banksy ONLINE<br />

19-26 SOTHEBY'S<br />

Prints & Multiples ONLINE<br />

20 BONHAMS<br />

Blazing a Trail: Modern British<br />

Women LONDON<br />

20 BONHAMS<br />

Prints ans Multiples LONDON<br />

20 PHILLIPS<br />

Evening & Day Editions<br />

LONDON<br />

20 PHILLIPS<br />

David Hockney LONDON<br />

20-27 SOTHEBY'S<br />

Modern Discoveries ONLINE<br />

21 BONHAMS<br />

London Jewels LONDON<br />

22-3 BONHAMS<br />

Votes for Women: the Lesley<br />

Mees Collection LONDON<br />

27 BONHAMS<br />

19th Century and British<br />

Impressionist Art LONDON<br />

27 BONHAMS<br />

A focus on Willian Kentridge<br />

LONDON<br />

27 BONHAMS<br />

Home & Interiors LONDON<br />

28 CHRISTIE'S<br />

Charlie Watts: Literatue and<br />

Jazz Part I LONDON<br />

OCTOBER<br />

3 BONHAMS<br />

Design LONDON<br />

4 BONHAMS<br />

Sir Roger Moore: The<br />

Personal Collection LONDON<br />

Germany<br />

SEPTEMBER<br />

1-2 BASSENGE<br />

Kunst des 15.-19.<br />

Jahrhunderts, Moderne Kunst<br />

KÖLN/BERLIN/<br />

MÜNCHEN<br />

1-7 VAN HAM<br />

From a Magnificient Private<br />

Collection - 150 works<br />

MÜNCHEN<br />

6 KARL & FABER<br />

Zeitgenössische Kunst<br />

DÜSSELDORF<br />

6-7 KETTERER KUNST<br />

Contemporary Art AHLDEN<br />

6-7 KETTERER KUNST<br />

Modern Art<br />

ONLINE<br />

6-14 VAN HAM<br />

Modern Art ONLINE<br />

7 KETTERER KUNST<br />

19th Century ZÜRICH<br />

10 BASSENGE<br />

Fotografiedes 19.-21.<br />

Jahrhunderts MÜNCHEN<br />

10 DR. EDER<br />

Kunst & Antiquitäten<br />

MÜNCHEN<br />

11 GRISEBACH<br />

Schätztage BERLIN<br />

20-28 VAN HAM<br />

Jewels Quarterly ONLINE<br />

22-23 LEMPERTZ<br />

Antiquarische Bücher,<br />

Graphik (Venator & Hanstein)<br />

ONLINE<br />

OCTOBER<br />

10 HERMANN HISTORICA<br />

Kunst & Antiquitäten, Antiken<br />

& Asiatika MÜNCHEN<br />

10 QUITTENBAUM<br />

Italienisches design MÜNCHEN<br />

Switzerland<br />

SEPTEMBER<br />

12-27 KOLLER<br />

Schmuck ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Möbel ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Porzellan ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Bücher & Autographen ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Alter Meister & des 19 Jhs<br />

ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Alte Grafik & Zeichnungen<br />

ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Silber ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Gemälde ONLINE<br />

12-27 KOLLER<br />

Schmuck ONLINE<br />

18-21 PIGUET<br />

Tableaux ONLINE<br />

20 KOLLER<br />

Bücher & Autographen ZÜRICH<br />

21 KOLLER<br />

Decorative Arts ZÜRICH<br />

21 KOLLER<br />

Möbel ZÜRICH<br />

21 KOLLER<br />

Porzellan ZÜRICH<br />

21 KOLLER<br />

Skulpturen ZÜRICH<br />

21 KOLLER<br />

Teppiche ZÜRICH<br />

22 KOLLER<br />

Gemälde ZÜRICH<br />

22 KOLLER<br />

Zeichnungen Alter Meister<br />

ZÜRICH<br />

22 KOLLER<br />

Alter Meister & des 19 Jhs<br />

ZÜRICH<br />

Austria<br />

SEPTEMBER<br />

1 DOROTHEUM<br />

Ölgemälde und Aquarelle des<br />

19. Jahrhunderts SALZBURG<br />

4 DOROTHEUM<br />

Kunst & Antiquitäten ONLINE<br />

5 DOROTHEUM<br />

Schmuck, Kunst &<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

6 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren WEINER<br />

NEUSTADT<br />

6 DOROTHEUM<br />

Fahrzeuge und Technik<br />

VÖSSENDORF<br />

6 DOROTHEUM<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

6 DOROTHEUM<br />

Schmuck, Kunst &<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

7 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren ONLINE<br />

7 DOROTHEUM<br />

Erlesener Schmuck WIEN<br />

7 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren SALZBURG<br />

7 DOROTHEUM<br />

ölgemälde und Aquarelle des<br />

19. Jahrhunderts<br />

WIEN<br />

8 DOROTHEUM<br />

Teppiche für Einrichter und<br />

Sammler ONLINE<br />

8 DOROTHEUM<br />

Aus aristokratischem Besitz<br />

und bedeutender Provenienz<br />

WIEN<br />

11 DOROTHEUM<br />

Kunst & Antiquitäten, Möbel<br />

und Technik<br />

ONLINE<br />

11 DOROTHEUM<br />

Schmuck, Kunst &<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

12 DOROTHEUM<br />

Bilder ONLINE<br />

12 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren ONLINE<br />

13 DOROTHEUM<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

13 DOROTHEUM<br />

Aus aristokratischem Besitz<br />

und bedeutender Provenienz<br />

WIEN<br />

14 DOROTHEUM<br />

Aus aristokratischem Besitz<br />

und bedeutender Provenienz<br />

ONLINE<br />

14-15 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren ONLINE<br />

14 DOROTHEUM<br />

Möbel und Interieur ONLINE<br />

18 DOROTHEUM<br />

Möbel ONLINE<br />

18 DOROTHEUM<br />

Schmuck, Kunst &<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

19 DOROTHEUM<br />

Silber ONLINE<br />

19 DOROTHEUM<br />

Bilder ONLINE<br />

20 DOROTHEUM<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

20 DOROTHEUM<br />

Kunst & Antiquitäten und<br />

Schmuck ONLINE<br />

20 DOROTHEUM<br />

Moderne und<br />

Zeitgenössische Kunst WIEN<br />

20 DOROTHEUM<br />

Österreichische Moderne und<br />

Zeitgenössische Kunst WIEN<br />

21 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren<br />

INNSBRUCK<br />

21 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren ONLINE<br />

21 DOROTHEUM<br />

Design WIEN<br />

21 DOROTHEUM<br />

Porzellan, Glas und<br />

Sammelgegenstände ONLINE<br />

21 DOROTHEUM<br />

Schmuck WIEN<br />

22 DOROTHEUM<br />

Münzen und Medaillen WIEN<br />

22 DOROTHEUM<br />

Teppiche für Einrichter und<br />

Sammler ONLINE<br />

22 DOROTHEUM<br />

Charity-Auktion zugunsten<br />

von HEMAYAT ONLINE<br />

25 DOROTHEUM<br />

Kunst & Antiquitäten, Möbel<br />

und Technik ONLINE<br />

25 DOROTHEUM<br />

Briefmarken und<br />

Ansichtskarten WIEN<br />

25 DOROTHEUM<br />

Volkskunst, Skulpturen und<br />

Fayencen ONLINE<br />

25 DOROTHEUM<br />

Schmuck, Kunst &<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

26 DOROTHEUM<br />

Bilder & Schmuck ONLINE<br />

27 DOROTHEUM<br />

Nasa Fotosammlung ONLINE<br />

27 DOROTHEUM<br />

Diamonds only ONLINE<br />

27 DOROTHEUM<br />

Antiquitäten ONLINE<br />

28 DOROTHEUM<br />

Schmuck und Uhren ONLINE<br />

28 DOROTHEUM<br />

Erlesener Schmuck WIEN<br />

28 DOROTHEUM<br />

Bilder und Grafiken aller<br />

Epochen ONLINE<br />

29 DOROTHEUM<br />

Exklusive Farbsteine ONLINE<br />

OCTOBER<br />

4 DOROTHEUM<br />

Meisterzeichnungen und<br />

Druckgraphik bis 1900 WIEN<br />

4 DOROTHEUM<br />

Aquarelle und Miniaturen<br />

WIEN<br />

108


Fair calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

Austria<br />

France<br />

Germany<br />

28-1 Art Salon Zurich<br />

ZURICH<br />

United Kingdom<br />

SEPTEMBER<br />

SEPTEMBER<br />

SEPTEMBER<br />

6-10 Swiss Art Expo<br />

ZURICH<br />

SEPTEMBER<br />

5-10 Parallel Vienna<br />

VIENNA<br />

7-10 Viennacontemporary<br />

VIENNA<br />

8-10 Transform Arte<br />

EISENSTADT<br />

Belgium<br />

AUGUST<br />

12-30 Brussels Design<br />

September<br />

BRUSSELS<br />

29-01 Around Video Art Fair<br />

BRUSSELS<br />

8-10 Sablon Design Market<br />

BRUSSELS<br />

22-24 Art & Passion<br />

BRUSSELS<br />

OCTOBER<br />

1 Collect-Hit & Brocantissimo<br />

GROOT-BIJGAARDEN<br />

7-15 Brussels Biennale of<br />

Eclectic Architecture<br />

BRUSSELS<br />

Denmark<br />

7-16 Paris Design week<br />

PARIS<br />

1-3 Paréidolie<br />

MARSEILLE<br />

5-10 Parcours des mondes<br />

PARIS<br />

7-10 Mercanteinfiera<br />

PARIS<br />

14-17 Menart Fair Paris <strong>2023</strong><br />

PARIS<br />

19-23 Parcours de la Céramiqu<br />

e et des Arts du Feu<br />

PARIS<br />

France<br />

OCTOBER<br />

18-22 Design Miami/Paris<br />

PARIS<br />

20-22 Paris Asian Art Fair<br />

PARIS<br />

20-22 AKAA 23<br />

PARIS<br />

NOVEMBER<br />

9-12 Paris Photo<br />

PARIS<br />

22-26 FAB Paris<br />

PARIS<br />

29-1 Neue Art<br />

DRESDEN<br />

Korea<br />

SEPTEMBER<br />

6-9 FRIEZE Seoul<br />

SEOUL<br />

7-10 KIAF<br />

SEOUL<br />

Luxembourg<br />

NOVEMBER<br />

10-12 Luxembourg Art Week<br />

<strong>2023</strong><br />

LUXEMBOURG<br />

Sweden<br />

SEPTEMBER<br />

5-10 Stockholm Design Week<br />

STOCKHOLM<br />

Switzerland<br />

SEPTEMBER<br />

12-17 Geneva Art Week<br />

GENEVA<br />

The Netherlands<br />

SEPTEMBER<br />

23 Dialogue Vintage<br />

Photography<br />

AMSTERDAM<br />

28-01/10 Art Noord<br />

HEERENVEEN<br />

29-1 BIG ART<br />

AMSTERDAM<br />

20-24 Haute Photographie<br />

AMSTERDAM<br />

21-24 Unseen<br />

AMSTERDAM<br />

23-24 Tribal Jewelry & Textiles<br />

Fair.<br />

AMSTERDAM<br />

OCTOBER<br />

4-8 Art The Hague<br />

DEN HAAG<br />

NOVEMBER<br />

1-5 Affordable Art Fair<br />

AMSTERDAM<br />

Turkey<br />

26-1 LAPADA<br />

LONDON<br />

28-1 British Art Fair<br />

LONDON<br />

1-3 Penman Antique Fair<br />

PETERSFIELD<br />

26-8 Goldsmiths' Fair<br />

LONDON<br />

16-24 London Design Festival<br />

LONDON<br />

OCTOBER<br />

10-15 PAD<br />

LONDON<br />

United States<br />

SEPTEMBER<br />

7-10 Independent<br />

NEW YORK<br />

7-10 Art on Paper<br />

NEW YORK<br />

7-10 Clio Art Fair New York<br />

NEW YORK<br />

8-10 PHOTOFAIRS New York<br />

NEW YORK<br />

8-10 Armory Show<br />

NEW YORK<br />

SEPTEMBER<br />

1-3 Art Nordic: Art Unites<br />

COPENHAGEN<br />

28-1 art3f Lausanne Art Fair<br />

LAUSANNE<br />

SEPTEMBER<br />

27-1 Comtemporary Istanbul<br />

ISTANBUL<br />

6-11 SPRING/BREAK Art Show<br />

NY<br />

NEW YORK<br />

1-3 Juxtapose Art Fair<br />

AARHUS<br />

Museum calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

Belgium<br />

ANTWERPEN<br />

DIVA<br />

△ Zilvertriënale: expo<br />

voor hedendaags design<br />

till 08-10<br />

Extra City Kunsthal<br />

△ Marcin Dudek. The<br />

group<br />

till 08-10<br />

FOMU<br />

△ Grace Ndiritu<br />

reimagines the fomu<br />

collection<br />

till 07-01-2024<br />

△ Vincen Beeckman.<br />

Ping pong<br />

till 08-10<br />

△ TIFF <strong>2023</strong><br />

Emerging belgian<br />

photography<br />

till 08-10<br />

KMSKA<br />

△ Een hommage aan<br />

Gilberte Ghesquière<br />

23-09 till 07-01-24<br />

M HKA<br />

△ Gordon Matta-Clark.<br />

Museum in Motion<br />

till 05-04-2024<br />

MAS<br />

△ Stad in oorlog.<br />

Antwerpen, 1940 - 1945<br />

08-09 till 12/11<br />

Museum De Reede<br />

△ Kurt Peiser<br />

08 till 04-12<br />

Phoebus Foundation<br />

△ Saints, Sinners, Lovers,<br />

and Fools: 300 Years of<br />

Flemish Masterworks<br />

till 15-10<br />

△ Ode aan Antwerpen,<br />

reizende schat<br />

till 17-09<br />

Red star line<br />

△ Heimwee. Tussen<br />

troost en trots<br />

till 03/09<br />

BRUGGE<br />

Groeningemuseum<br />

△ David Claerbout.<br />

Wildfire<br />

till 05-09<br />

BRUSSELS<br />

Abbaye de<br />

Dieleghem<br />

△ Walter Seghers.<br />

Retrospective<br />

08-09 till 22-09<br />

Art & Marges<br />

△ Adalberto Colarelli &<br />

Shen Özdemir<br />

till 05-11<br />

109


Museum calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

Bibliotheca<br />

Wittockiana<br />

△ Nathalie Berjon 'Un<br />

printemps, un.e relieur.se'<br />

till 17-09<br />

Botanique<br />

△ Aymeraude du<br />

Couédic. Panatopique<br />

02-09 till 15-10<br />

△ Boris Thiébaut. Every<br />

minute is letterd<br />

02-09 till 29-10<br />

△ Alexandra Mein.<br />

Diffraction (Serres)<br />

02-09 till 29-10<br />

BOZAR<br />

△ Antoni Tàpies. 'La<br />

Pratique de l'Art'<br />

15-09 till 07-01-24<br />

△ Un Centenaire en VR:<br />

Bourdelle<br />

15-09 till 23-10<br />

Centrale<br />

△ vitrine: Antoine<br />

Waterkeyn "Sapristi,<br />

Sorcellerie et saint<br />

Sacrilège"<br />

till 05-11<br />

△ Mehdi-Georges<br />

Lahlou & Candice Breitz.<br />

extra<br />

till 17-09<br />

Erasmushuis<br />

△ Les Adages d'Erasme<br />

prennent formes<br />

till 29-10<br />

△ Les objets Insolites<br />

N°12 Hâte-toi lentement<br />

till 29-10<br />

Fondation A<br />

△ Ursula Schulz-<br />

Dornburg<br />

21-09 till 17-12<br />

Fondation blan<br />

△ Stephan Balleux.<br />

Artificialia<br />

till 30-09<br />

Fondation<br />

Boghossian - Villa<br />

Empain<br />

△ House of Dreamers<br />

till 01-10<br />

Fondation CAB<br />

△ Niele Toroni<br />

till 29-10<br />

ISELP<br />

△ Maen Florin<br />

29-09 till 02-12<br />

Joods Museum van<br />

België<br />

△ Shoshana Walfish.<br />

Illusive Bodies<br />

07-09 till 18-02-2024<br />

△ Erwin Blumenfeld.<br />

Photography 1930 -1950<br />

29-09 till 04-02-2024<br />

KMKG<br />

△ Expéditions d'Égypte<br />

till 01-10<br />

MAD<br />

△ Jaime Hayon<br />

22-09 till 27-01-2024<br />

Maison des arts<br />

△ Dressing<br />

23-09 till 26-11<br />

MIMA<br />

△ Jean Jullien. Studiolo<br />

till 31-12<br />

Vanhaerents Art<br />

Collection<br />

△ Viewing depot<br />

EXH#02. Spotlight<br />

till 23-09<br />

WIELS<br />

△ Francis Alÿs. The<br />

Nature of the Game<br />

07-09 till 07-01-24<br />

Wittockiana<br />

△ Camille De Taeye dans<br />

les livres. L’Immortalité<br />

chimérique<br />

till 24-01-24<br />

CHARLEROI<br />

BPS22<br />

△ Laurence Dervaux<br />

23-09 till 07-01<br />

Musée de la<br />

Photographie<br />

△ Gaël Turine. Jacquie<br />

Maria Wessels.<br />

Sarah Lowie. Héloïse<br />

Boulanger. Randa<br />

Maroufi.<br />

till 24-09<br />

DEINZE<br />

Mudl<br />

△ Jan De Vliegher.<br />

Myriad Pursuits<br />

till 17-09<br />

DEURLE<br />

Mdd<br />

△ wegens verbouwingen<br />

extra muros: Maria<br />

Blondeel in Gevaert-<br />

Minne<br />

09-09 till 19-11<br />

△ Woning Van<br />

Wassenhove: Mark<br />

Manders. The Absence of<br />

Mark Manders<br />

20-09 till 19-11<br />

EUPEN<br />

IKOB<br />

△ Vera Drebusch.<br />

Vogelschwärm<br />

till 30-09<br />

GAASBEEK<br />

Kasteel van Gaasbeek<br />

△ Ne mobliez mie<br />

till 05-11<br />

GENK<br />

C-mine<br />

△ Athos Burez. As it (n)<br />

ever was<br />

till 29-09<br />

GENT<br />

Dr. Guislain Museum<br />

△ Safe(r)Space<br />

till 01-10<br />

Huis van Alijn<br />

△ 90's<br />

till 21-04-2024<br />

Kunsthal /<br />

Caermersklooster<br />

△ Ben Thorpe Brown<br />

en Jan Minne. Cura's<br />

Garden<br />

till 06-10<br />

SMAK<br />

△ Grace Ndiritu. Healing<br />

the Museum<br />

till 10-09<br />

△ Haegue Yang Several.<br />

Reenactments<br />

till 10-09<br />

△ Pieter Engels. Fabulous<br />

Oldest Hits<br />

till 10-09<br />

GRAND HORNU<br />

MACS<br />

△ Angel Vergara. Dans<br />

l'instant<br />

till 08-10<br />

CID<br />

△ Des archives au design.<br />

Audace et innovation<br />

till 15-10<br />

HASSELT<br />

C-Mine<br />

△ Veldwerkers.<br />

Ontwerpkamer<br />

till 31-12<br />

MMH<br />

△ We need to talk abaut<br />

fashion<br />

till 18-02-24<br />

Z33<br />

△ Save our souls<br />

02-09 till 22-12<br />

ITTRE<br />

Marthe Donas<br />

△ Acquisitions 2022-<strong>2023</strong><br />

till 01-10<br />

KOKSIJDE<br />

Kunstencentrum Ten<br />

Bogaerde = Stichting<br />

George Grand<br />

△ Joëlle Dubois. Private<br />

Parts<br />

till 07-01-2024<br />

LA LOUVIÈRE<br />

Ianchelevici<br />

△ ARTour. Entre-Mondes<br />

till 10-09<br />

Keramis<br />

△ Julie Decubber.<br />

Tessons Exquis<br />

09-09 till 21-01-24<br />

LEUVEN<br />

M<br />

△ Huma Bhabha ‘LIVIN’<br />

THINGS’<br />

till 29-10<br />

△ Jill Magrid en Leen Voet<br />

till 10-09<br />

Parcum<br />

△ In beeld geboren<br />

till 22-10<br />

LIÈGE<br />

Cité Miroir<br />

△ Chili 73, La résistances<br />

s'affiche<br />

till 10-09<br />

MARCINELLE<br />

Musée du Verre<br />

△ Desislava Stoilova et<br />

Rémy Hans. de Mémoire<br />

et de Forme<br />

till 10-09<br />

MARIEMONT<br />

Musée royal de<br />

Mariemont<br />

△ Mari en Syrie.<br />

Renaissance d'une cité<br />

au 3ème millénaire<br />

16-09 till 07-01-2024<br />

MECHELEN<br />

Stedelijke Musea<br />

△ C0N10UR<br />

08-09 till 05-11<br />

MENEN<br />

CC De Steiger +<br />

't Schippershof<br />

Stadsmuseum<br />

△ Yvonne Serruys:<br />

Beeldhouwer van de<br />

niuewe vrouw<br />

till 17-12<br />

MIDDELKERKE<br />

Cultuurstek<br />

△ La Isla Bonita<br />

till 05-11<br />

MONS<br />

BAM<br />

△ Jaume Plensa.<br />

Sculptures iconiques à la<br />

Cité du Doudou<br />

till 08-10<br />

NAMUR<br />

DELTA<br />

△ Pierre Dandoy<br />

photographie Evelyne<br />

Axell<br />

till 15-10<br />

Le Pavillon<br />

△ Capture #2<br />

23-09 till 14-01<br />

Musée de la Vie<br />

walonne<br />

△ Upcycling<br />

till 07-01-2024<br />

Musée Félicien Rops<br />

△ Peter Depelchin<br />

'Hommage à Pan -<br />

Volet 2'<br />

till 17-09<br />

OOSTENDE<br />

Mu.ZEE<br />

△ Anna Boch. Een<br />

impressionistische reis<br />

till 05-11<br />

PUURS-SINT-AMANDS<br />

Emile<br />

Verhaerenmuseum<br />

△ Kijk! De wolken!<br />

till 08-10<br />

SINT-NIKLAAS<br />

SteM<br />

△ Burcht Malpertuus<br />

till 22-10<br />

TOURNAI<br />

Musée des Beaux-<br />

Arts<br />

△ Isabelle Detournay. Le<br />

Travail et la Maison<br />

till 6-11<br />

ZULTE<br />

Roger Raveel<br />

museum<br />

△ Jan Vercruysse, Nel<br />

Aerts, John Murphy.<br />

Unreadiness<br />

till 10-09<br />

110


Gallery calendar<br />

SEPTEMBER / OCTOBER <strong>2023</strong><br />

Belgium<br />

ANTWERPEN<br />

Campo & Campo<br />

△ Kurt Peiser<br />

08-09 till 07-10<br />

△ Luk Van Soom<br />

11-09 till 31-10<br />

Gallery Fifty one<br />

△ Dirk Zoete. Faces and<br />

Flowers<br />

09-09 till 28-10<br />

GNYP<br />

△ Kaifan Wang. In the<br />

spot on the neck bitten<br />

by mosquitoes?<br />

till 24-09<br />

Ibasho<br />

△ Casper Faassen<br />

16-09 till 19-11<br />

Tim Van Laere Gallery<br />

△ Rinus Van de Velde<br />

till 07-10<br />

BEVEREN<br />

Hof ter Saksen<br />

△ Parklife’<br />

till 08-10<br />

BRUGGE<br />

Adornesdomein<br />

△ Jean De Groote. It is<br />

till 09-09<br />

BRUSSELS<br />

Almine Rech<br />

△ Larry Poons. Recent<br />

Paintings<br />

07-09 till 04-11<br />

Arielle d'hauterives<br />

galerie<br />

△ Hélène Picard. La Robe<br />

Rouge<br />

07-09 till 22-10<br />

Association du<br />

patrimoine<br />

artistique<br />

△ Victor Van Dyck<br />

07-09 till 28-10<br />

Baronian<br />

△ David Nash<br />

till 10-09<br />

Bernier/Eliades<br />

△ Misheck Masamvu.<br />

Pivot<br />

07-09 till 16-12<br />

BrAMS 3<br />

△ Group Show<br />

08-09 till 14-10<br />

Bruno Matthys<br />

Gallery<br />

△ Bruno Matthys. Vivant<br />

till 30-09<br />

Charles Riva<br />

Collection<br />

△ ‘Intersection’<br />

06-09 till 30-10<br />

Clearing<br />

△ Julia Yerger et Javier<br />

Barrios<br />

07-09 till 21-10<br />

Collectors Gallery<br />

△ Claude Wesel<br />

21 till 24-09<br />

Contretype<br />

△ Michel Mazzoni &<br />

Bastiaan Van Aarle.<br />

Agrégat<br />

07-09 till