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360° magazine / octobre-novembre 2023

Numéro 227

Numéro 227

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<strong>360°</strong> N˚227<br />

Oct. - Nov. <strong>2023</strong><br />

ADELSON<br />

CARLOS<br />

DANSE ÉMERGENTE


Parlons de nos sentiments,<br />

de nos soucis et de nos souhaits.<br />

Découvre l’amitié de<br />

Marlin & Iky sur drgay.ch/talk<br />

Rédaction en chef<br />

Robin Corminboeuf<br />

robin.corminboeuf@360.ch<br />

Rédaction textes<br />

AstralAl, Aline Alzetta-Tatone,<br />

Camille Béziane,Robin Corminboeuf,<br />

Edmée Cuttat, Soën Dällenbach,<br />

Aymeric Dallinge, Laure Dasinieres,<br />

Arnaud Gallay, Princesse GenderFuck,<br />

Greta Gratos, Pauline Guex, Dr. Hazbi,<br />

Celia Hofmann, Tal Madesta,<br />

Ferdinando Miranda, Monokini, Payot,<br />

Inès Piguet, Vagin Pirate, Manon Pulver,<br />

Léon Salin, Catherine Vidmer<br />

Photo<br />

vm.ee, France 5, Strange Animal<br />

Entertainment, Behind The Velvet<br />

Rope TV, Stolen Besos Maya,<br />

Bøwie Creators, El Deseo, Andreas<br />

Eggler, Hillman Grad, Saint Laurent,<br />

Christiane Nill, Fenn Paider, Aline<br />

Paley, Charlotte Passera, Magnolia<br />

Pictures, Les Films du Poisson,<br />

Couch Potatoe Pictures, Irina Pop,<br />

Emma Seligman, Gage Skidmore,<br />

Chloe Wasp<br />

Illustration<br />

Amina Belkasmi, Balmer Hählen,<br />

Corentin Nallamoutou, Monokini<br />

Couverture<br />

Photo : Dan Nieders, Bøwie creators<br />

Design : Balmer Hählen<br />

Corrections<br />

Robin Corminboeuf<br />

Arnaud Gallay<br />

Graphisme<br />

Balmer Hählen<br />

Typographies<br />

Newglyph, Swiss Typefaces,<br />

Dinamo, Optimo<br />

Publicité<br />

Philippe Scandolera<br />

pub@360.ch<br />

Christina Kipshoven<br />

christina@mannschaft.com<br />

Jérémy Uberto<br />

marketing@360.ch<br />

Abonnement<br />

abo@360.ch<br />

Expédition<br />

André, Laurentiù, Giovanni et Jérôme<br />

Éditeur<br />

Association Presse 360<br />

Impression<br />

Appi, Gland<br />

360 <br />

36, rue de la Navigation<br />

CP 2217 - CH-1211 Genève 2<br />

Tél. 022 741 00 70<br />

<strong>magazine</strong>_360<br />

<strong>magazine</strong>_360<br />

<strong>magazine</strong>360lgbt<br />

Retrouvez toutes les infos sur 360.ch<br />

TOUTE REPRODUCTION EST STRICTEMENT<br />

INTERDITE POUR TOUS LES PAYS, SAUF AU-<br />

TORISATION ÉCRITE DE 360 .<br />

DES EXEMPLAIRES VOUS SONT OFFERTS<br />

DANS TOUS LES LIEUX PARTENAIRES<br />

LGBTIQ+ ET FRIENDLY DE SUISSE ROMANDE.<br />

360 EST UN MAGAZINE INDÉPENDANT<br />

DONT LE CONTENU RÉDACTIONNEL NE<br />

REFLÈTE PAS NÉCESSAIREMENT LES POSI-<br />

TIONS DE L’ASSOCIATION 360.<br />

Sommaire N°227<br />

OUVERTURE<br />

Édito<br />

Honte, ad nauseam<br />

p. 5<br />

News<br />

L’aQtu<br />

p. 6<br />

25 ans<br />

Manon Pulver<br />

p. 8 - 9<br />

SOCIÉTÉ<br />

Savoirs<br />

We Are Everywhere<br />

p. 10 - 11<br />

Suicide<br />

Faire face<br />

p. 12 - 14<br />

Spiritualité<br />

Religion<br />

p. 16 - 18<br />

Chroniques<br />

Dr. Hazbi et Princesse GenderFuck<br />

p. 20<br />

CULTURE<br />

Danse<br />

Adelson Carlos<br />

p. 22 - 26<br />

Vagin Pirate<br />

Les pépites d’<strong>octobre</strong> et <strong>novembre</strong><br />

p. 29 - 30<br />

Musée<br />

Le Mah au queeroscope<br />

p. 32<br />

Relecture<br />

Petites annonces<br />

p. 36 - 39<br />

Théâtre<br />

Emeric Cheseaux<br />

p. 40 - 42<br />

Cinema<br />

Everybody’s Perfect<br />

p. 44 - 46<br />

Livres<br />

Ouvrages queer<br />

p. 49 - 50<br />

Identités<br />

Butch<br />

p. 52 - 53<br />

Chroniques<br />

Greta Gratos et Léon Salin<br />

p. 55 - 56<br />

Association<br />

Ekivock<br />

p. 58 - 59<br />

Chroniques<br />

Dr·e Goudou et Aymeric Dallinge<br />

p. 60<br />

CLÔTURE<br />

L’oracul du mois<br />

Harcèle.ment<br />

p. 63<br />

Horoscope<br />

La tête dans les étoiles<br />

p. 64 - 65<br />

Queer’stionnaire de Proust<br />

Victoire Tuaillon<br />

p. 66


2.—8.<br />

11.<strong>2023</strong><br />

N.27<br />

HONTE,<br />

AD NAUSEAM<br />

PAR ROBIN CORMINBOEUF<br />

RÉDACTEUR EN CHEF<br />

© Christiane Nill<br />

LGBTIAQ+-FILM-<br />

FESTIVAL BERN<br />

FESTIVAL<br />

DE FILMS LGBTIAQ+<br />

DE BERNE<br />

QUEER<br />

SICHT.CH<br />

PARTY<br />

3.11.<strong>2023</strong><br />

DACHSTOCK<br />

REITSCHULE<br />

BERN<br />

« Sa main sur ma cuisse. Je fixe la télé, mais je ne regarde<br />

pas le film. J’ai honte. Je trouve tout ça ridicule. C’est moi<br />

qui devrais avoir la main sur sa cuisse. Et lui il devrait<br />

être une fille qui se met du vernis rouge en ricanant.<br />

C’est comme ça que devait se passer toute ma vie. »<br />

Dans La prochaine fois que tu mordras la poussière,<br />

véritable phénomène de cette rentrée littéraire,<br />

Panayotis Pascot nous emmène dans les méandres<br />

douloureux de la découverte de sa sexualité. Le jeune<br />

acteur et humoriste de 25 ans nous avait déjà marqué<br />

avec son « presque » coming out (comme l’avait titré<br />

nos collègues de Têtu·) dans son précédent stand-up.<br />

Son livre aborde également son difficile rapport au<br />

père et à la dépression qui le ronge. Sale triade.<br />

Il y a dix ans, on découvrait dans En finir avec<br />

Eddy Bellegueule d’Edouard Louis un monde<br />

prolétaire violent et crasse d’homophobie.<br />

Un ouvrage qui a certainement marqué une<br />

grande partie des mecs gais de ma génération.<br />

À sa suite, Panayotis Pascot. Mais lui vient<br />

d’une famille bien plus privilégiée. Son père,<br />

Philippe Pascot, est écrivain et homme politique<br />

et le jeune homme évolue déjà dans le<br />

milieu médiatique parisien alors qu’il n’est pas<br />

encore majeur. On le découvre comme chroniqueur<br />

dans l’émission Le Petit Journal, il n’a<br />

que 17 ans ! Louis, Pascot fils, deux trajectoires<br />

différentes et pourtant, dans le récit de ces<br />

hommes, le même rapport à la honte et à la<br />

culpabilité face à sa sexualité, et les exemples<br />

sont nombreux en littérature. Pourquoi ?<br />

ÉDITO<br />

« Au commencement, il y a l’injure. » écrit Didier<br />

Eribon en 1999 dans son formidable Réflexion sur<br />

la question gay. Et si une clé de compréhension de<br />

cette honte quasi structurelle face à la sexualité gaie<br />

se trouvait là ?<br />

L’insulte ultime lorsqu’on est un garçon : « pédé ».<br />

Quatre lettres qui révèlent à elles seules ce qu’il ne<br />

faut absolument pas être, l’antithèse de l’homme.<br />

Son pendant féminin ? « pute », et non pas lesbienne<br />

– même si l’insulte fonctionne salement bien également.<br />

Aux hommes, l’interdiction d’être pénétré,<br />

« dispose de ta sexualité autant que tu veux, mais de<br />

la bonne manière, soit conquérant du corps féminin »<br />

nous souffle l’injure. Aux femmes, « réserve ta sexualité,<br />

ne soit pas dispendieuse, fais la rare » dit-elle.<br />

La pute et le pédé, deux figures repoussoirs<br />

qui rythment la manière dont on élève nos<br />

enfants dans cette société, qui dessinent<br />

la manière dont on les forge (ou ne les forge<br />

pas). Je dessine à grands traits bien sûr, je<br />

généralise et pourtant ce système semble<br />

toujours si présent.<br />

Alors comment changer ces figures-là, quelles figures<br />

repoussoirs non discriminantes créer, si le<br />

présupposé c’est que l’on se constitue sur des modèles<br />

auxquels on s’identifie et sur d’autres desquels<br />

on se distancie ? Qu’inventer comme personnages<br />

pour que le prochain succès de la rentrée littéraire<br />

qui émane d’un homme gai ne soit pas une énième<br />

histoire de honte, de dépression et de figure paternelle<br />

rugueuse ?<br />

5


© vm.ee<br />

L’AQTU<br />

ÇA VA MIEUX<br />

EN LE DISANT<br />

Interviewé à la radio début septembre, le Premier ministre<br />

d'Andorre depuis 2019, Xavier Espot Zamora,<br />

a abordé le thème de son orientation sexuelle pour la<br />

première fois, tout en assurant ne s'être jamais caché<br />

aux 80'000 concitoyens de la principauté. « Si cela<br />

peut aider les enfants, jeunes ou ados qui traversent<br />

un moment difficile de voir qu'indépendamment de<br />

son orientation sexuelle on peut prospérer et atteindre<br />

les plus hautes fonction, alors je suis content<br />

de le faire mon coming-out. » L'Europe compte ainsi<br />

quatre chefs de gouvernement (avec l'Irlande,<br />

le Luxembourg et la Serbie) et même un président<br />

(Lettonie) ouvertement gais ou lesbiennes – tous de<br />

droite d'ailleurs.<br />

UN MINIMUM D'ÉGALITÉ<br />

C'est une demi-victoire pour les personnes gaies<br />

et lesbiennes de Hong Kong. La Cour suprême de<br />

ce territoire chinois a ouvert la voie à l'instauration<br />

d'unions civiles. Cette demande était portée par un<br />

militant pro-démocratie actuellement emprisonné,<br />

Jimmy Sham. Le Parlement a deux ans pour légiférer,<br />

mais vu l'emprise de Pékin, les individus LGBTIQ+<br />

attendent de voir.<br />

6 NEWS<br />

À VOS RISQUES<br />

ET PÉRILS<br />

Les avertissements de voyage sont d'ordinaire<br />

réservés à des zones d'instabilité ou de guerre.<br />

Le Canada en a émis un le mois dernier pour les<br />

États-Unis, avec qui il partage son unique frontière<br />

terrestre. En cause, les centaines de lois et projets<br />

de lois homophobes et transphobes introduits<br />

à l'échelle des États. « J'encouragerais les gens à<br />

faire attention à où iels se rendent et quelles sont<br />

les lois locales. Et s'iels ne doivent pas absolument<br />

s'y rendre, qu'iels aillent ailleurs ! » a commenté<br />

Helene Kennedy, directrice de l'ONG Egale Canada.<br />

VISIBILITÉ ACCRUE<br />

SUR ÉCRANS<br />

Le nombre de films de Hollywood comprenant des figures<br />

LGBTIQ+ a atteint un nouveau record en 2022,<br />

selon le lobby anti-discrimation Glaad. C'était le cas<br />

de 100 productions sur les 350 sorties par les dix<br />

principaux studios. On y dénombrait 292 personnages<br />

LGBTIQ+, avec encore une nette surreprésentation<br />

d'hommes blancs. Le Glaad constate aussi<br />

une faible présence dans certains genres, comme<br />

l'action et la science-fiction (16%), alors que des figures<br />

queer sont dans les scénarios de presque une<br />

comédie sur deux (46%).<br />

LE DÉLIRE DU MOIS<br />

CHASSE<br />

AUX ALIAS<br />

Porte ouverte aux fraudes, propagation de « l'idéologie<br />

contre nature de fluidité des genres », charge<br />

de travail supplémentaire pour les profs... ce sont<br />

quelques-uns de motifs invoqués par l'extrême<br />

droite italienne pour mettre fin à la pratique permettant<br />

aux étudiant·e·x·s trans* et non binaires<br />

d'utiliser leur nom d'usage à l'école ou à l'uni. Elle<br />

est admise par de nombreux établissements de<br />

Lombardie. Un nouvel exemple du détricotage<br />

des maigres droits conquis par les personnes<br />

LGBTIQ+ italiennes, après l'offensive du gouvernement<br />

d'extrême droite, ce printemps, contre les<br />

municipalités accordant une reconnaissance aux<br />

familles arc-en-ciel.<br />

En <strong>octobre</strong>,<br />

la Ville de Genève<br />

et ses partenaires<br />

célèbrent le mois<br />

de l’histoire<br />

LGBTIQ+<br />

Programme sur<br />

www.geneve.ch/memoires-lgbtiq<br />

www.geneve.ch/lgbt<br />

Photo : David Wagnières – Graphisme : Chatty Ecoffey


À l’occasion des 25 ans de <strong>360°</strong>, nous<br />

donnons la parole aux personnes qui ont<br />

occupé le poste de rédac’ chef. C’est au<br />

tour de Manon Pulver d’envoyer sa lettre<br />

d’amour au <strong>magazine</strong> queer romand.<br />

nuit excentriques, a succédé le business de la night, moins sincère et mystérieux, plus<br />

mercantile et clinquant. La musique change comme les drogues et les préoccupations. Quand<br />

tu arrives, cher Mag (tes autres red en chef le racontent très bien) la fête s’est déplacée<br />

dans des squats, des lieux plus alternatifs et culturels, et tes Fêtes deviennent<br />

des rendez-vous incontournables.<br />

Pourtant il me semble bien que c’est à cette époque que la planète LGBTIQ+ change<br />

de saison, ses jours rallongent et ses nuits prennent moins de place, on vit<br />

davantage dans la lumière et moins sous les sunlights, on veut désormais moins<br />

sortir le soir que sortir du placard.<br />

© Irina Popa<br />

À l’époque de ta naissance il n’est donc plus question de tolérance, on revendique désormais<br />

des droits, et même bientôt l’égalité des droits. Ton caractère épouse bien celui de<br />

8<br />

Cher Mag,<br />

<br />

Lorsque ton actuel réd en chef, Robin Corminboeuf, m’a contactée pour me demander<br />

si je souhaitais te faire une petite bafouille pour marquer le coup de ton quart<br />

de siècle, j’ai pensé trouver un petit angle original pour te souhaiter comme<br />

il se doit de poursuivre encore longtemps cette succession de mutations dont tu<br />

as le secret, cette faculté de muter qui est peut-être le secret de l’éternelle<br />

jeunesse, probablement en tout cas celui de l’inoxydable curiosité du présent<br />

qui est la tienne – parce que tenir 25 ans dans le paysage dévasté de la presse<br />

romande, ça relève d’un tel tour de force que tu devrais songer à vendre des<br />

grigris de longue vie à ton effigie.<br />

Or, voilà que mon petit angle original, après avoir feuilleté des pages et des pages de<br />

tes anciens numéros, s’est progressivement effrité, et je n’avais plus qu’une accablante<br />

banalité en tête, elle tient en quatre mots : comme le temps passe.<br />

Oui, mon cher mag, c’est bien une vague de nostalgie, ou plutôt un vertige, qui<br />

s’est abattu sur mes fringantes intentions rédactionnelles. Comme le temps passe.<br />

Celui écoulé depuis ta naissance, en 1998, mais aussi celui d’avant. Car si ta<br />

venue au monde marquait le début d’une époque aujourd’hui révolue, elle signait<br />

aussi la fin d’une autre, aujourd’hui oubliée.<br />

À ta naissance vois-tu, j’ai la petite trentaine, je dis au revoir à ma prime jeunesse et<br />

bonjour à ma jeunesse tout court. À ce moment-là de mes souvenirs, le milieu gai genevois<br />

prend le virage de la fin de siècle, toujours festif et turbulent, mais moins clandestin.<br />

Il gagne en fierté, devient plus mixte et plus alternatif, il conserve son légendaire sens<br />

de l’humour mais milite davantage, les esprits s’ouvrent mais la route vers l’égalité des<br />

droits est encore longue.<br />

Pas évident de rendre compte du temps d’avant ta naissance, pas facile de capter<br />

la couleur du temps une fois qu’il a passé. Les souvenirs c’est forcément subjectif,<br />

une affaire d’atmosphère comme dirait Arletty, et comment raconter une<br />

atmosphère ? De ce temps d’avant toi, on retrouve des bribes dans des films, des<br />

livres, des musiques, des photos. Si ma mémoire est bonne, on ne se retrouve dans<br />

aucun journal ni revue, si ce ne sont quelques fanzines confidentielles.<br />

Avant que tu existes, toi et ta jumelle astrale <strong>360°</strong> Fever, je me souviens que la plupart<br />

des personnes gaies, lesbiennes, trans* et autres non encore identifiées que j’ai croisés<br />

dans ce temps-là vivaient plutôt leurs journées dans l’invisibilité, et c’est à la nuit<br />

tombée qu’iels tombaient le masque, la nuit était leur royaume.<br />

Tu sais, avant toi on se voyait dans des bars et des discothèques ou autres lieux<br />

« branchés ». Moins connectée et sans smartphone, la Fête n’était pas que d’un<br />

soir, on dansait sur de vraies pistes de danse et on ne prenait pas sa boisson<br />

sur le dancefloor.<br />

Oui, cher Mag, à ta naissance, la vie de nuit, qu’elle soit homo ou hétéro, commence à<br />

changer. Au monde de la nuit, né dans les années 60-70 et animé par de vrais oiseaux de<br />

25 ANS<br />

25 ANS<br />

cette nouvelle et saine exigence d’une communauté qui s’élargit et se nuance de teintes<br />

de plus en plus diversifiées: toujours insolent et farceur, audacieux, tu t’avances aussi<br />

clairement sur le terrain politique, culturel et sociologique, et tes marraines et parrains<br />

te veulent ainsi, large de vue et d’esprit, mixte et sans préjugés. Même si toutes les<br />

lettres de l’acronyme n’occupent pas forcément toujours le même espace dans tes pages, et<br />

sous nos yeux comme dans tes colonnes, le temps passe, le monde change et nous avec lui.<br />

Lorsque, en 2010, je te pilote pour un an, tu as déjà 13 ans d’existence. Le temps<br />

des squats est révolu, l’ère numérique a commencé à envahir nos vies et changer<br />

en profondeur nos modes de communication, probablement nos façons de penser, de<br />

vivre, et sans doute d’aimer et même de rire.<br />

Davantage de reconnaissance et de visibilité facilitent nos vies, même si elles nous exposent<br />

davantage. Nos ordinateurs ne cessent de rapetisser, les réseaux sociaux de nous<br />

éparpiller, le mag vient de traverser et traverse encore des moments financiers difficiles<br />

mais il ne sombre pas.<br />

En cette année 2010 on commence à parler de mariage, mais c’est encore alors<br />

presque un anagramme de mirage. La communauté LGBT+ (on en est là à cette époque)<br />

est encore un peu divisée sur la nécessité de ce combat. Personnellement je le<br />

soutiens par solidarité, pas encore par conviction. Ma neutralité va basculer deux<br />

ans plus tard, quand la France va montrer un visage effrayant durant presque un<br />

an. Le temps a passé, mais je n’oublie ce qu’on a alors vu surgir, je n’oublie<br />

pas les mots de haine balancés, inattendus, hallucinants – Frigide Barjot, humoriste,<br />

qui se mue en égérie réactionnaire, on ne croyait pas cela possible. Avec<br />

d’autres, nous prendrons plusieurs fois le train pour nous solidariser avec les<br />

manifestants et manifestantes françaises, et ma conviction nouvelle va se muer<br />

en certitude. Je n’oublierai pas la noblesse des propos de Christiane Taubira,<br />

lorsqu’elle défend vent debout sa loi, et qui finira par sortir de cette boue la<br />

tête haute. La loi Taubira, qui ouvre le mariage aux couples de même sexe est<br />

promulguée le 17 mai 2013.<br />

Le temps passe, même si parfois en Suisse, il le fait plus lentement qu’ailleurs. Au fil<br />

des pages d’archives des années suivantes, on verra les Helvètes se hâter lentement vers<br />

cette année 2021 où le peuple dira, enfin, oui.<br />

Après être passés de la nuit au jour, après être sortis du placard, nous voici<br />

donc entrés en légitimité. Tout n’est pas gagné pour autant, il y a encore tant<br />

à faire, il y a encore tant à dire. Moi-même je ne t’ai pas dit le quart de ce<br />

qui m’est venu à l’esprit en faisant défiler des octets de mémoire associative.<br />

Cher mag, avant toi le temps passait tout autant, mais depuis toi on a gagné un<br />

miroir, un savoir, une mémoire, et c’est tellement mieux pour vivre son histoire.<br />

Heureux anniversaire, cher Mag, et longue vie à toi!<br />

ANNIVERSAIRE<br />

9


WE ARE<br />

EVERYWHERE<br />

Quelle place pour les minorités sexuelles et de genre dans l’espace<br />

urbain genevois ? C’est à cette question, entre autres, que tenteront<br />

de répondre les participant·e·x·s à la journée d’études « Traces<br />

queer dans la ville » organisée au CMCSS en conclusion d'un projet<br />

de recherche.<br />

Par Ferdinando Miranda et Pauline Guex<br />

institutions publiques sont de plus en plus soumises<br />

à une injonction d'inclusivité et de progressisme. À<br />

ce propos, la Dre Karine Duplan indique que cette<br />

recherche a permis « d'explorer la façon dont le<br />

vocabulaire de l'inclusion est utilisé en lien avec<br />

la ville ou l'urbain et les enjeux qui en découlent.<br />

L’étude montre comment la frontière entre actions<br />

militantes et actions institutionnelles demande à<br />

être complexifiée en pensant des formes possibles<br />

d'engagement et de queerisation des modes de gouvernance,<br />

depuis l'intérieur ».<br />

Cette recherche genevoise rend aussi<br />

compte des actions que les personnes mettent en<br />

place à l'échelle individuelle, des actions souvent<br />

discrètes comme de petits signes vestimentaires<br />

ou corporels, des traces, qui permettent une queerisation<br />

diffuse des espaces, parfois même à l'insu<br />

d'autres personnes, mais qui comptent justement<br />

dans le sentiment d'appartenance qu'on peut développer<br />

dans l'espace urbain.<br />

JOURNÉE D'ÉTUDES<br />

En lien direct avec la recherche « WE ARE EVERY-<br />

WHERE », la journée d’études « Traces queer dans<br />

la ville » du 16 <strong>novembre</strong> rassemble un vaste panel<br />

d'interventions traitant de la dimension spatiale de<br />

la citoyenneté en lien avec le genre et la sexualité.<br />

Aux côtés des conférences données par Alison<br />

Bain et Julie Podmore, deux chercheuses éminentes<br />

dans le domaine de la recherche urbaine et des<br />

géographies des sexualités, se tiendra également<br />

une table ronde réunissant des acteur·ice·x·s des<br />

milieux institutionnels et communautaires afin<br />

de discuter des rapports entre art, activisme et<br />

politique queer dans la ville. De plus, une session<br />

dédiée mettra à l'honneur la jeune recherche en<br />

géographies des sexualités à l'UNIGE, permettant<br />

de témoigner de l’importance du renouvellement<br />

de ces questions par la nouvelle génération.<br />

Quel accès a-t-on à l'espace public lorsqu'on est une<br />

personne s’identifiant aux minorités sexuelles et<br />

de genre ? Quelles expériences de discriminations y<br />

rencontre-t-on éventuellement, et quelles stratégies<br />

met-on en place pour y faire face ? Quel rôle jouent<br />

les collectifs communautaires dans le soutien aux<br />

personnes LGBTIQ+ ? Quelles actions mènent les<br />

institutions en la matière ?<br />

En plaçant le genre et la sexualité comme<br />

éléments fondamentaux de la structuration des<br />

espaces du quotidien, à partir d’une analyse de la<br />

Ville de Genève et son contexte géographique limitrophe,<br />

la recherche « WE ARE EVERYWHERE, revendications<br />

et réappropriations de l'espace et de la<br />

citoyenneté par les minorités sexuelles et de genre<br />

en contexte de ville néolibérale », sous la direction<br />

de la Dre Karine Duplan, géographe à l’Université de<br />

Genève (UNIGE), s'est intéressée aux modalités de<br />

construction d'une ville plus inclusive à l'égard des<br />

personnes et communautés de la diversité sexuelle<br />

et de genre. Une journée d’études clôturera cette<br />

recherche, le jeudi 16 <strong>novembre</strong> <strong>2023</strong>.<br />

S’étalant sur une période de deux années<br />

(2021-<strong>2023</strong>), cette enquête ethnographique a bénéficié<br />

d’un soutien du Centre Maurice Chalumeau en<br />

sciences des sexualités de l’UNIGE (CMCSS). Elle<br />

a consisté en une récolte de données sur ce qu'il<br />

se passe en ville pour les personnes LGBTIQ+, que<br />

ce soit dans la vie de tous les jours ou lors d'évènements<br />

spécifiques. En plus des observations<br />

menées dans différents lieux, des interviews ont<br />

été faites auprès de personnes œuvrant pour l'avancement<br />

des droits LGBTIQ+ au niveau communautaire<br />

ou institutionnel dans la Ville et le Canton de<br />

Genève, ainsi qu’auprès de personnes se définissant<br />

comme LGBTIQ+ qui ont souhaité partager<br />

leurs expériences. Ces récits ont été analysés en<br />

lien avec une littérature spécialisée traitant de ces<br />

questions, et parallèlement avec d’autres données<br />

permettant de renseigner le contexte spécifiquement<br />

genevois, notamment quant au cadre juridique<br />

et légal existant, ou aux actions des différent·e·x·s<br />

acteur·ice·x·s impliqué·e·x·s.<br />

QUELLES TRACES QUEER<br />

EN VILLE DE GENÈVE ?<br />

Il existe une grande diversité de collectifs à destination<br />

des personnes et communautés LGBTIQ+ à<br />

Genève. À partir d'exemples choisis, cette recherche<br />

rend compte de la manière dont chacune de ces organisations<br />

peut s'appuyer de manière différenciée<br />

sur des répertoires d'actions qui vont de manifestations<br />

soutenues par des financements institutionnels,<br />

comme le cas emblématique de la Pride, à des<br />

prises d'espace plus radicales, voire illégales.<br />

Aux côtés des actions les plus visibles,<br />

nombre de ces collectifs jouent également le rôle<br />

d’espaces qu’on pourrait qualifier de « refuge », en ce<br />

qu'ils permettent de se retrouver entre personnes<br />

partageant une identification en-dehors des normes<br />

hégémoniques de sexe et de genre. En cela, ces<br />

espaces peuvent également opérer comme lieux<br />

de formation identitaire et citoyenne.<br />

Les collectivités publiques – telles que la<br />

Ville, le Canton, l’Université, etc. – sont très investies<br />

dans le soutien aux communautés LGBTIQ+.<br />

La question qui peut alors se poser – dans le cas<br />

précis des institutions – est de savoir comment le<br />

soutien donné demeure « authentique », alors que les<br />

ET LES SUITES…<br />

Les résultats de la recherche « WE ARE EVERY-<br />

WHERE » comprennent un nombre important de<br />

données qui attendent encore des approfondissements,<br />

notamment en articulant davantage les<br />

enjeux liés au genre et à la sexualité avec les questions<br />

de race, culture, ethnicité, migration, etc. Pour<br />

ce faire, la Dre Karine Duplan souligne : « Travailler<br />

sur un tel sujet relève pour moi d'un engagement<br />

en faveur d'une meilleure justice sociale en contribuant<br />

à rendre visible les enjeux liés à ces questions.<br />

» Elle ajoute que ce type de problématique<br />

permet, « sur le plan académique, de faire avancer<br />

les recherches en la matière, sur un sujet qui longtemps<br />

n'a pas été considéré comme un sujet scientifique<br />

légitime ; sur le plan social, de rendre compte<br />

de réalités plurielles dont bon nombre de personnes<br />

non concernées (même si elles se disent en faveur<br />

de l'avancement des droits LGBTIQ+) ne sont pas<br />

conscientes ; et enfin, sur le plan politique, d’axer<br />

sur la visibilisation de ces enjeux afin de rendre<br />

leur prise en considération incontournable. »<br />

Traces queer<br />

dans la ville<br />

Conférences<br />

et table ronde<br />

16 NOVEMBRE <strong>2023</strong> | 9H-21H<br />

CENTRE MAURICE CHALUMEAU EN SCIENCES<br />

DES SEXUALITÉS DE L’UNIVERSITÉ DE GENÈVE<br />

Campus Battelle – Bâtiment A<br />

7, Route de Drize – 1227 Carouge<br />

unige.ch/cmcss<br />

FACULTÉ DES SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ<br />

DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE<br />

ET ENVIRONNEMENT<br />

Illustration © Corentin Nallamoutou<br />

Illustration de l'affiche © Corentin Nallamoutou<br />

10 SOCIÉTÉ<br />

SAVOIRS SAVOIRS SOCIÉTÉ<br />

11


COMMENT<br />

FAIRE<br />

VIOLENT ET IMPRÉVISIBLE, LE SUICIDE PROVOQUE<br />

UNE ONDE DE CHOC DANS L’ENTOURAGE DE LA<br />

PERSONNE DÉCÉDÉE. ENTRE RESSOURCES INDIVIDUELLES,<br />

COLLECTIVES ET PROFESSIONNELLES, QUELS SONT LES<br />

COMPORTEMENTS À ADOPTER POUR SURMONTER CE DRAME ?<br />

PAR LAURE DASINIERES<br />

FACE<br />

AU<br />

SUICIDE<br />

D’UN·E·X<br />

PROCHE<br />

?<br />

« En 2020, notre groupe d’ami·e·x·s a été endeuillé par<br />

trois fois. Trois suicides. Le dernier, ça a été<br />

celui de Doona*. Ça a été une période vraiment<br />

dure et souvent, je me dis que j’aurais<br />

pu compter dans la liste des disparu·e·x·s. Je<br />

suis passé entre les gouttes je ne sais trop<br />

comment. Sans doute le groupe m’a beaucoup<br />

aidé, tout comme le militantisme et la<br />

colère que nous avons pu exprimer. Mais,<br />

aujourd’hui encore, lorsque quelque chose<br />

de chouette m’arrive, je me dis “ il faut que je<br />

lui raconte ” avant de me souvenir que c'est<br />

pas possible. » Des témoignages comme<br />

celui de Thomas (le prénom a été modifié)<br />

notre communauté en compte de nombreux<br />

car c’est malheureusement un fait: les personnes<br />

LGBTIQ+ comptent parmi les plus<br />

exposées au risque de suicide. Sombre<br />

corollaire: nous risquons davantage d’être<br />

confronté·e·x·s au suicide de nos ami·e·x·s,<br />

amant·e·x et adelphes que le reste de la population.<br />

Dès lors, comment faire face quand<br />

un drame survient ? Comment pouvons-nous<br />

individuellement et collectivement nous relever<br />

après le cataclysme provoqué par le<br />

suicide d’un être cher ?<br />

ACCUEILLIR TOUTES<br />

LES ÉMOTIONS ET LES PARTAGER<br />

« Le suicide, puisque c’est un acte auto-agressif, est<br />

quelque chose d’extrêmement violent et<br />

cette violence, ainsi que le caractère imprédictible<br />

de l’acte heurte fortement les<br />

personnes autour, tant et si bien qu’il est<br />

difficile d’en faire le tour avec des “ bons ”<br />

sentiments », explique le docteur Paco<br />

Prada, médecin adjoint agrégé au Service<br />

de psychiatrie de liaison et d’intervention de<br />

crise des Hôpitaux universitaires de Genève.<br />

De fait, la culpabilité ou la recherche d’une<br />

culpabilité, la colère ou encore la peur sont<br />

monnaie courante chez les proches d’une<br />

personne suicidée. « En plus des sentiments<br />

de perte et de manque, le suicide convoque<br />

des affects avec lesquels il est difficile de se<br />

démener et nous pousse dans nos derniers<br />

retranchements », poursuit le psychiatre.<br />

« Lorsque mon frère s’est suicidé, j’ai éprouvé beaucoup<br />

de colère. Je lui en voulais du bordel<br />

à gérer qu’il laissait aux vivant·e·x·s. Mais<br />

j’avais honte de ces sentiments et je les ai<br />

tus alors que j’aurais sans doute dû les exprimer<br />

», raconte Paul-Henri, dont le frère<br />

s’est donné la mort il y a dix ans. En effet,<br />

Alexandra Spiess, thérapeute systémique et<br />

de famille et responsable d’As’trame Genève<br />

signale : « Il ne faut pas se censurer dans le<br />

vécu émotionnel : on se fait du mal lorsque<br />

l’on garde les choses enfouies » .<br />

Elle poursuit : « Même s’il faut composer avec les émotions<br />

de chacun·e·s, la communauté peut être<br />

une ressource pour se réconforter. Il est important<br />

d’accueillir toutes les émotions, de<br />

les normaliser, sans les juger mais en s’interrogeant<br />

sur elles. Chaque personne fait face<br />

au suicide d’un·e·x proche d’une manière qui<br />

lui est propre, en fonction de son parcours<br />

de vie singulier.Cet événement dramatique<br />

peut en effet réactiver d’autres traumatismes,<br />

d’autres pertes, d’autres événements qui ont<br />

pu susciter de la tristesse, de la peur, de la<br />

colère, de la culpabilité, etc. Il n’y a donc pas<br />

de généralité concernant la manière dont cela<br />

peut résonner en chacun·e·x. »<br />

Alors, même si Paco Prada invite les personnes endeuillées<br />

par un suicide à faire le bilan avec<br />

un·e·x psychologue, le groupe d’ami·e·x·s<br />

et la famille choisie doivent être pensés<br />

comme des espaces bienveillants où exprimer<br />

ses ressentis sans peur d’être jugé·e·x.<br />

12<br />

SOCIÉTÉ<br />

SUICIDE<br />

SUICIDE<br />

SOCIÉTÉ<br />

13


14<br />

ÉVITER L’« EFFET WERTHER »<br />

Sophia Perez, responsable campagne et bénévoles<br />

au sein de Stop Suicide à Genève suggère :<br />

« ll faut profiter d’être dans un groupe et une<br />

communauté où le care et l’entraide sont<br />

d’ores et déjà de mise pour adopter de bons<br />

réflexes. » Et, parmi ces bons réflexes, tous<br />

ceux qui permettent d’éviter une contagion<br />

suicidaire aussi appelée « effet Werther ». En<br />

effet, il est démontré que le risque de suicide<br />

augmente significativement dans l’entourage<br />

d’une personne suicidée, le plus souvent<br />

par des mécanismes d’identification. Là<br />

encore, il faut parler et éviter le repli sur soi :<br />

« Au sein d’un groupe d’ami·e·x·s, se relier<br />

aux autres permet d’éviter un éventuel effet<br />

de contagion, car la crise suicidaire est faite<br />

de beaucoup de solitude. Il faut pouvoir ouvrir<br />

le dialogue : ce qui est le plus risqué, c’est<br />

sans doute le silence, la non-élaboration ».<br />

Dans le même sens, il importe d’éviter de faire comme<br />

si le suicide n’avait pas existé. Si c’est un<br />

réflexe de protection basé sur l’a priori erroné<br />

que parler de suicide fait naître des<br />

idées suicidaires, cela entretient le préjugé<br />

selon lequel éprouver une envie de mourir<br />

devrait rester secret. Dans l’espace de dialogue<br />

ouvert, si des personnes évoquent<br />

des pensées suicidaires, il faudra trouver<br />

un juste équilibre – sans dramatiser ni banaliser<br />

– pour accueillir leur parole et savoir, le<br />

cas échéant, les orienter vers des supports<br />

professionnels comme le 147 pour les jeunes<br />

ou le 143 pour les adultes, ainsi que vers les<br />

services d’accompagnement et d’urgences<br />

psychiatriques.<br />

Par ailleurs, il est crucial de démonter les chaînes<br />

de causalités erronées : on ne se suicide<br />

pas parce que l’on est queer. Le suicide est<br />

causé par une accumulation de facteurs<br />

qui augmentent la vulnérabilité à certains<br />

problèmes (comme des antécédents traumatiques)<br />

et par d’autres qui déclenchent<br />

ou précipitent le passage à l’acte (troubles<br />

et souffrance psychiques, consommation<br />

de substances, facteurs de stress). « Il est<br />

dangereux de réduire le passage à l’acte à<br />

la question de l’identité sexuelle, sexuée ou<br />

de genre de la personne » signale Alexandra<br />

Spiess, qui conseille de rappeler et de se<br />

rappeler que de nombreux facteurs entrent<br />

en ligne de compte. « Il s’agit d’épaissir le<br />

récit, de contextualiser, d’étoffer la vie et<br />

la fin de vie de la personne afin de pouvoir<br />

construire pour soi un récit acceptable »,<br />

insiste la thérapeute. On prendra garde,<br />

toutefois, à ne pas décortiquer tous les messages<br />

postés par la personne suicidée sur les<br />

réseaux sociaux. Ceux-ci pourraient être, à<br />

posteriori, compris comme des messages de<br />

détresse auxquels on n’a pas su répondre, ce<br />

qui ne servirait qu’à renforcer un sentiment<br />

de culpabilité inutile et délétère.<br />

Enfin, il s’agit également de ne pas romantiser le suicide.<br />

« Ce n’est pas une idée politique ou philosophique<br />

mais bien le fruit d’un trouble et d’une<br />

grande souffrance », souligne Paco Prada.<br />

LA FORCE DES RITUELS<br />

La communauté, c’est aussi un espace pour apprivoiser<br />

la perte et faire le chemin du deuil. « Il est<br />

bon de mettre en place des rituels qui sont<br />

autant de moments, avec un début ou une fin<br />

durant lesquels on s’offre la possibilité de se<br />

relier à celui ou celle qui n’est plus là. Il peut<br />

bien sûr s’agir des funérailles mais aussi de<br />

rituels personnels, comme allumer une bougie,<br />

ou collectifs, comme faire un repas, une<br />

marche, etc. » explique Alexandra Spiess.<br />

Ceci est d’autant plus vrai que la famille de la<br />

personne décédée peut parfois, par nécessité<br />

de trouver des coupables, désigner les<br />

ami·e·x·s comme responsables de sa mort<br />

et alors les mettre à l’écart notamment pour<br />

les funérailles.<br />

Tous ces rituels permettent d’instaurer un rapport<br />

apaisé à la mort et à la personne décédée,<br />

qui continuera de vivre en celleux qui se<br />

souviennent d’elle. « La mort est certes la<br />

fin de la vie, mais pas la fin de la relation »,<br />

rappelle Alexandra Spiess. « Il s’agit alors<br />

d’intérioriser cette relation, de la mettre à<br />

l’intérieur de soi. C’est se souvenir, c’est se<br />

demander ce que l’autre nous a apporté, ce<br />

qui nous a rendu plus riche mais aussi ce que<br />

l’on a apporté à l’autre. »<br />

« Je suis triste que Lucie n'ait jamais connu la·e vrai·x<br />

moi, fièrement non-binairex, avec sa jolie<br />

barbe et son nouveau prénom. Mais au<br />

moins, j'ai pu croiser la route de cet ange, et<br />

pour ça, je m'estime incroyablement chanceuxse<br />

», confie Jess, dont la meilleure amie<br />

s’est suicidée lorsque tous·tes·x deux étaient<br />

au lycée.<br />

*Doona était une jeune femme trans qui s’est donné<br />

la mort en 2020 à Montpellier. Son suicide a été à<br />

l’époque très médiatisée, car les services d’aide aux<br />

étudiants auraient failli à leur mission d’accompagnement<br />

et la jeune femme était menacée d’expulsion.<br />

SOCIÉTÉ<br />

SUICIDE<br />

IMAGE : MARC ASEKHAME<br />

Rendez-vous<br />

avec<br />

le légendaire<br />

William<br />

Christie<br />

Ariodante_1 Ariodante_2<br />

Le tango<br />

s'empare<br />

de l'opéra<br />

María de<br />

Buenos Aires<br />

Maria de Buenos Aires_1 Maria de Buenos Aires_2 Maria de Buenos Air<br />

DÈS CHF 17.—<br />

Valses<br />

viennoises<br />

revisitées<br />

pour<br />

les fêtes<br />

Opéra-tango<br />

Feux<br />

d'artifice<br />

baroque<br />

Le retour<br />

de Daniele<br />

Finzi Pasca<br />

à l'opéra<br />

Tarantino<br />

et<br />

James Bond<br />

à l'opéra<br />

d'Ástor Piazzolla<br />

Le Chevalier à la Rose_1 Le Chevalier à la Rose_2 Le Chevalie<br />

27 <strong>octobre</strong> au 5 <strong>novembre</strong> <strong>2023</strong><br />

Larmes<br />

acides<br />

au Congo<br />

Esprit<br />

de résilience<br />

en RDC<br />

Justice_1 Justice_2<br />

GTG.CH<br />

Entre rêve<br />

et réalité<br />

magique<br />

Les val<br />

déconst<br />

de Str<br />

Le<br />

d'u


« LA FOI,<br />

C’EST<br />

UNE<br />

CHOSE<br />

À SOI, ET<br />

PERSONNE<br />

NE<br />

PEUT<br />

NOUS<br />

L’EN-<br />

LEVER »<br />

Les institutions religieuses ne sont pas bien vues dans les milieux<br />

queer, traumatisés par la somme de violences que ces premières<br />

leur ont infligées. La spiritualité est-elle compatible avec les identités<br />

LGBTIQ+ ? Rencontre avec quatre personnes queer qui se<br />

sont réconciliées avec leur foi.<br />

C’est un affrontement politique qui dure depuis<br />

plusieurs décennies entre les institutions religieuses<br />

et les communautés LGBTIQ+. Dans nos<br />

contrées, lors des débats au sujet du mariage pour<br />

tous·tes·x, la Conférence des évêques suisses avait<br />

exprimé son alignement sur la doctrine du Vatican<br />

en choisissant de s’opposer à l’ouverture de ce<br />

droit, invoquant l’intérêt supérieur de l’enfant et la<br />

complémentarité entre les hommes et les femmes.<br />

Depuis, l’autorité pontificale multiplie les prises de<br />

positions contradictoires : en 2019, le Vatican publiait<br />

un texte intitulé Il les créa homme et femme,<br />

visant à lutter contre ce qu’il appelle la « théorie<br />

du genre ». En 2022, le Pape François recevait un<br />

groupe de personnes trans* et appelait à leur accueil<br />

dans les communautés. Il déclarait en janvier<br />

que « l’homosexualité [n’était] pas un crime mais<br />

un péché ». Le traitement des personnes LGBTIQ+<br />

au sein de l’institution catholique demeure marqué<br />

par les traumatismes, comme le racontent Jean-<br />

Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre dans le<br />

livre-enquête Dieu est amour (Flammarion, 2019),<br />

une infiltration au sein de groupes traditionalistes<br />

pratiquant les thérapies de conversion sur les personnes<br />

concernées. Un positionnement ambivalent<br />

qui se retrouve dans les trois grands monothéismes,<br />

actant pour beaucoup la rupture entre leur pratique<br />

spirituelle et leur identité queer.<br />

Il n’est pas forcément plus simple d’être une<br />

personnes religieuse au sein des communautés<br />

queer. « L’islamophobie y est éloquente », explique<br />

Jamal, créateur de Jins Podcast, qui raconte<br />

les sexualités des personnes queer arabes et/ou musulmanes.<br />

« Elle vient de la fétichisation sexuelle,<br />

mais aussi des préjugés qu’on peut avoir sur la sexualité<br />

d’une personne qui porte le foulard, sur le fait que<br />

les hommes musulmans sont forcément actifs… Il y<br />

a aussi des dynamiques homonationalistes, selon<br />

Par Tal Madesta<br />

lesquelles il n’y a qu’une seule manière d’être gai<br />

ou trans* selon des critères définis par l’Occident :<br />

il faut faire son coming-out, se libérer sexuellement,<br />

sans compter que l’islam est forcément associé<br />

à la répression des identités queer. Chez les<br />

personnes queer, comme partout, il y a des votants<br />

d’extrême-droite », déroule-t-il.<br />

NE PAS ABANDONNER LE TERRAIN<br />

Astrid de Chassey, membre de la collective<br />

québécoise féministe catholique Oh My<br />

Goddess !, raconte pour sa part : « Dans les communautés<br />

militantes, il y a un discrédit assez généralisé<br />

envers le catholicisme. Quand je parle de la collective,<br />

il m’est plus facile de revendiquer notre féminisme<br />

que notre catholicisme, car celui-ci est souvent<br />

utilisé à des fins identitaires par des personnes<br />

dont on ne partage pas du tout la position. Mais en<br />

même temps, on n’a pas envie de leur abandonner<br />

des termes qui importent. » Un malaise généralisé<br />

qui s’explique aisément pour Adrian Stiefel, fondateur<br />

de l’Antenne LGBTI Genève, à la fois bureau<br />

cantonal de l’Église protestante de Genève pour les<br />

questions LGBTIQ+ et association de prévention de<br />

l’homophobie et de la transphobie dans les milieux<br />

religieux : « Eu égard aux discriminations dont les<br />

autorités religieuses se sont rendues coupables, il<br />

y a souvent un rejet épidermique de la spiritualité<br />

institutionnalisée. » Pourtant, il insiste : « En tant que<br />

personnes queer, on a droit à la spiritualité qui nous<br />

convient. Vivre une spiritualité n’est pas un devoir,<br />

mais c’est une question d’égalité des droits. » Adrian<br />

vient d’un milieu évangélique fondamentaliste qui<br />

condamne l’homosexualité. « Je me suis battu toute<br />

ma jeunesse contre mes désirs. Je suis passé par<br />

les prétendues thérapies de conversion. À 24 ans,<br />

j’ai vécu une rupture complète avec l’Église et avec<br />

mon passé. J’ai alors assumé mon homosexualité. Il<br />

16 SOCIÉTÉ<br />

RELIGION<br />

RELIGION<br />

SOCIÉTÉ<br />

17


m’a fallu faire un chemin de près de quinze ans pour<br />

me réconcilier avec la foi », détaille-t-il.<br />

DES PONTS ENTRE IDENTITÉ<br />

RELIGIEUSE ET QUEERNESS<br />

De fait, malgré les violences infligées aux<br />

personnes queer dans leur communauté<br />

religieuse et la méfiance des communautés<br />

LGBTIQ+ à l’égard des instutitions, de nombreuses<br />

personnalités et initiatives émergent afin de recréer<br />

des ponts jusqu’alors brisés entre identité religieuse<br />

et queerness. Cela passe parfois par l’investissement<br />

de positions clés au sein des institutions. C’est<br />

la voie qu’a emprunté Josué Ferreira, rabbin trans*<br />

exerçant dans une synagogue de Montpellier et<br />

enseignant à l’École rabbinique de Paris. Affilié au<br />

mouvement du judaïsme libéral, il a à cœur d’investir<br />

l’accueil des personnes queer au sein de sa<br />

synagogue, en « les recevant sans distinction » et en<br />

laissant ouverte la possibilité de « parler de problématiques<br />

relatives à leur identité LGBTIQ+ ». Josué<br />

Ferreira intervient également dans des associations<br />

juives de personnes concernées pour «faire<br />

des sessions d’étude sur la Torah centrées sur des<br />

thématiques LGBTIQ+». Dans cette perspective,<br />

les personnes concernées s’emparent progressivement<br />

des espaces religieux afin de reprendre la<br />

place qui leur a été arrachée.<br />

L’antenne LGBTI de l’Église protestante de<br />

Genève en est un autre bon exemple, la<br />

structure organisant « deux rencontres mensuelles,<br />

un échange thématique pour parler d’un sujet lié<br />

aux identités LGBTIQ+ et à la spiritualité et une rencontre<br />

plus récréative pour que les personnes de la<br />

communauté puissent se retrouver ». L’antenne propose<br />

par ailleurs une ligne téléphonique d’entraide<br />

pour les personnes qui ont besoin d’être écoutées.<br />

Tous insistent sur une dimension centrale de<br />

la réappropriation du fait religieux lorsqu’on<br />

est queer : la relecture des textes sous un prisme<br />

critique qui ne condamne pas leur existence. C’est<br />

ce qu’explique Jamal, prenant l’exemple de l’histoire<br />

du peuple de Lot, racontée dans le Coran : « Environ<br />

70 fois y est mentionnée la question de ce que tout<br />

le monde a appelé homosexualité. Mais ce terme<br />

en tant que tel n’existe pas dans le Coran. L’enjeu<br />

moral soulevé dans le récit du peuple de Lot, c’est le<br />

péché de la violation. Au lieu de ramener l'accusation<br />

au refus de l'hospitalité aux jeunes étrangers, au<br />

brigandage, on a accusé l'homosexualité ». Jamal<br />

évoque par ailleurs des études qu’il a menées avec<br />

des imams queer et/ou progressistes, mettant en<br />

lumière la présence dans le texte de figures qu’on<br />

considérerait aujourd’hui comme des femmes trans*,<br />

les mukhannathun, et comme des hommes trans*,<br />

les moustarjilate. Josué Ferreira abonde en ce sens :<br />

« Les personnes queer ont parfois entendu toute leur<br />

enfance des discours homophobes ou transphobes<br />

justifiés par la lecture de textes religieux. En les réinterprétant<br />

différemment, ces arguments peuvent<br />

être démontés facilement. On peut avoir une spiritualité<br />

et une autre approche des textes. Ce n’est<br />

pas incompatible ».<br />

C’est aussi le travail que propose la collective<br />

Oh My Goddess !, lequel multiplie les initiatives<br />

: le podcast Bonne Nouv·elle, qui relit les Évangiles<br />

sous un prisme féministe, des traductions modernes<br />

de textes religieux pour « donner des choses nouvelles<br />

à entendre », et enfin un livre, Dieu·e (Éditions de l’Atelier,<br />

<strong>2023</strong>), qui invite à repenser le christianisme à la lumière<br />

des questions féministes et de genre... Astrid de<br />

Chassey en est certaine : se réapproprier le message<br />

religieux, c’est déjà lutter. « Je pense à mon prof de philosophie<br />

fétiche à la faculté jésuite de Paris. Selon lui,<br />

l’Église catholique existerait pour transmettre quelque<br />

chose qu’elle n’a pas compris. Quand je lui ai demandé<br />

ce que ça commandait comme rapport à l’Église, il a<br />

répondu : de la transgression ».<br />

REMETTRE L’INTIME<br />

AU CŒUR DU DÉBAT<br />

Progressivement, les ponts se créent et les<br />

mains se tendent. « Au début, je ressentais<br />

beaucoup de méfiance, se souvient Adrian<br />

Stiefel. Du côté de l’Église, on me voyait comme<br />

un militant gai qui venait faire du lobbying au sein<br />

de l’Église, avec tous les stéréotypes que ça suscite,<br />

et de l’autre côté, le secteur associatif craignait<br />

une volonté prosélyte de ramener des personnes<br />

LGBTIQ+ à l’Église. D’un côté comme de<br />

l’autre, cette méfiance s’est levée avec le temps,<br />

cela s’est fait au fil des collaborations, en apprenant<br />

à se faire confiance. ». Astrid de Chassey, quant à<br />

elle, insiste sur l’hétérogénéité des mouvements catholiques<br />

et sur la revalorisation d’autres points de<br />

vue, lesquels sont la preuve d’« une tradition vivante<br />

et complexe », s’incarnant aussi dans des « écoles<br />

catholiques plus progressistes et plus à l’aise avec<br />

les avancées contemporaines sur les questions de<br />

genre et de sexualité ».<br />

Finalement, tous·tes·x s’accordent sur une<br />

chose : l’importance de remettre la question<br />

du sens et de l’intime au cœur du débat afin de<br />

pouvoir réconcilier les deux facettes de son identité.<br />

« La question de la foi, c’est avant tout celle du sens.<br />

La théologie, c’est l’étude du sens de la vie ! » défend<br />

Astrid de Chassey. Jamal la rejoint : « L’identité, c’est<br />

comme la foi, c’est une chose à soi. On ne peut pas<br />

nous l’enlever. Il n’y a pas de Monsieur Islam qui peut<br />

définir ce qu’est pour moi la religion. » Sans attendre<br />

ni les changements de mentalité ni l’inclusion effective<br />

des personnes LGBTIQ+ dans les lieux de culte<br />

et dans les textes saints, la révolution religieuse<br />

queer est déjà en marche.<br />

18 SOCIÉTÉ RELIGION<br />

IMAGE : MARC ASEKHAME<br />

Éléments<br />

BOLÉRO / FAUN / NOETIC<br />

Ballet du Grand Théâtre de Genève<br />

DÈS CHF 17.—<br />

Chorégraphies de<br />

Exceptionnel<br />

festival<br />

de Belcanto<br />

Trilogie_1<br />

Scénographie<br />

de Marina<br />

Abramović<br />

Éléments_1<br />

Errance<br />

initiatique<br />

avec Damien<br />

Jalet<br />

Planet [wanderer]_1<br />

Sidi Larbi Cherkaoui<br />

et Damien Jalet<br />

18 au 22 <strong>novembre</strong> <strong>2023</strong><br />

Le Ballet<br />

rencontre<br />

La Plage<br />

Outsider_1<br />

GTG.CH<br />

ro<br />

l


L’humeur de Dr. Hazbi<br />

La deuxième fois, j’y ai vu l’injonction patriarcale de<br />

surtout ne pas vouloir déranger. La troisième fois,<br />

je suis immédiatement propulsé dans un métavers<br />

conçu par mon ancien prof de microéconomie.<br />

Chaque geste, chaque acte a une motivation économique.<br />

Le prêt, le don et l’aide sont extrêmement<br />

rares. On ne les trouve que dans certaines quêtes<br />

secondaires. Peut-être qu’on les intégrera dans les<br />

quêtes principales dans la version 9 prévue pour<br />

2042, qui sait.<br />

#92 : Nivellement par le bas, ruissellement vers<br />

le haut, glissement à droite.<br />

UNE D’CES COUCHES !<br />

Dr. Hazbi œuvre dans l’enseignement universitaire,<br />

l’économie, l’art et la politique. Son téléphone est<br />

bourré de réflexions qu'iel s'empresse de retranscrire,<br />

couche par couche.<br />

Couche #91 : En descendant du train, une dame<br />

avec le bras dans le plâtre me demande si je peux<br />

l’aider avec sa valise. Je lui dis oui et elle répète<br />

trois fois « Mais seulement si vous avez le temps et<br />

l’envie ». La première fois, j’y ai vu de la politesse.<br />

#93 : Une des règles d’or des entreprises suisses<br />

en matière de diversité c’est de bien gérer ce que<br />

j’appelle la limite de l’humanité. Il faut inclure les<br />

personnes qui sont minorisées, mais au-delà d’un<br />

certain point, cumuler les identités marginalisées<br />

nous range du côté des aliens qu’on préfère ne pas<br />

devoir côtoyer quotidiennement. Femme autochtone<br />

cishet et valide ? Bienvenue ! Homme racisé<br />

avec un handicap visible ? Nein danke !<br />

#94 : Poster des stories sur WhatsApp >>>> poster<br />

des stories sur Insta.<br />

Princesse GenderFuck<br />

LE JOURNAL D’UNE PRINCESSE<br />

Au prisme de sa culture québécoise, de ses activités<br />

militantes et artistiques, Princesse GenderFuck<br />

vous partage ses histoires entre son pays d’accueil,<br />

la Suisse, et son pays d’origine, le Canada.<br />

Me voilà de retour en Suisse après une année au<br />

Canada à étudier les trajectoires LGBTIQ+ et nos<br />

besoins en soins infirmiers. Lors de cette année,<br />

je vous ai partagé mes réflexions sur la famille:<br />

une structure oppressive, mais également un canal<br />

qui va directement au cœur. Je vous ai parlé<br />

de mélancolie, évoquant les ruptures comme des<br />

déchirements, plutôt que des coupures, laissant<br />

ainsi émerger des morceaux d’histoire qui viennent<br />

éblouir nos pensées lorsqu’on s’y attend le moins.<br />

J’ai abordé l’ignorance, plus particulièrement son<br />

pouvoir lorqu’elle est utilisée dans nos hôpitaux et<br />

nos médias, pour limiter l’émancipation et l’agentivité<br />

queer. J’ai critiqué les politiques identitaires,<br />

cette obligation hétérosexuelle d’avoir une éthique<br />

qui finalement exclut toutes les alternatives que<br />

nous n’avons pas encore imprimées. Je vous ai partagé<br />

l’art du drag et sa capacité de créer, transgresser<br />

et célébrer pour guérir. Guérir de ce cistème. Je<br />

vous ai parlé de tous ces débats entourant l’art du<br />

drag, prouvant qu’il fait peur de voir danser avec<br />

une perruque et des paillettes, car cela ne fait que<br />

nous rappeler les chaînes que nous avons aux chevilles.<br />

Je suis revenue en Suisse avec ce désir de<br />

faire fondre ces chaînes et d’en faire des boucles<br />

d’oreille. D’ailleurs on se voit le 11 <strong>octobre</strong> à l’UNIL<br />

pour OUT OF THE BOX ? !<br />

20 SOCIÉTÉ<br />

L'HUMEUR DE


À l’aube de sa sixième saison au ballet du Grand Théâtre de Genève,<br />

rencontre avec le danseur brésilien Adelson Carlos,<br />

qui se confie sur son parcours tumultueux vers l’acceptation.<br />

Par Celia Hofmann<br />

ADELSON<br />

CARLOS,<br />

ÉCRIRE SON<br />

PROPRE SCRIPT<br />

22<br />

CULTURE<br />

DANSE<br />

La lumière se rallume brusquement et nous extirpe<br />

de l’atmosphère bleue féerique créée par l'équipe<br />

artistique de Bøwie Creators. Adelson, se relève gracieusement,<br />

se change en un tour de main et me salue<br />

chaleureusement. Seules quelques paillettes sur son<br />

visage lumineux témoignent de la séance photo durant<br />

notre échange. Un café à la main, nous nous installons<br />

dehors, devant le Grand Théâtre, profitant ainsi de<br />

l’air frais de la matinée. Rayonnant et débordant d’une<br />

énergie tranquille du haut de ses 27 ans, il nous parle<br />

de son histoire et de sa vie genevoise.<br />

GRANDIR SANS SCRIPT<br />

« Lorsque je vois mes collègues danseur·euse·x·s<br />

du ballet du Grand Théâtre de<br />

Genève, je ne vois pas de genre, je vois seulement<br />

des corps unis par la danse. » Pourtant,<br />

Adelson reconnaît que le chemin a été long<br />

et sinueux pour en arriver là. Il évoque son enfance<br />

dans une favela de Salvador de Bahia<br />

au Brésil et raconte la manière dont la danse<br />

est devenue à la fois passion et échappatoire<br />

lors d’un épisode dépressif de sa mère. Il avait<br />

six ans. Il accède alors à des cours de danse<br />

par le biais d’une amie dans le cadre d’un programme<br />

d’une église locale qui distribue aussi<br />

des repas. Plus tard, il intègre la prestigieuse<br />

école de danse Bolshoi no Brasil de Joinville<br />

à l’âge de neuf ans et y étudie jusqu’à son diplôme,<br />

à dix-huit ans.<br />

Ces années d’études de danse classique selon la<br />

méthode russe marqueront durant des années sa<br />

conception des rapports de genre et de la sexualité.<br />

L’enseignement y véhicule des normes strictes<br />

qui poussent Adelson à performer une masculinité<br />

conforme au script hétéronormatif tout en refoulant<br />

une large partie de son identité. « L’hétérosexualité<br />

est basée sur un script. Celui-ci n’est certes pas idéal,<br />

DANSE<br />

CULTURE<br />

mais grandir sans ce script peut s’avérer être un vrai<br />

cauchemar. » Outre l’homophobie véhiculée à travers<br />

l’enseignement, Adelson évoque sa honte d’étudier<br />

grâce à une bourse, tandis que beaucoup de ses<br />

pairs viennent de milieux aisés. Il déplore également<br />

le manque de représentation de personnes racisées<br />

dans le monde de la danse à cette époque.<br />

ÉCHAPPÉE BELLE<br />

Adelson découvre la Cinevox Junior Company<br />

basée à Schaffhouse lors d’un festival<br />

à Joinville et se lie d’amitié avec l’un des danseurs,<br />

brésilien lui aussi. Dès lors, il se lance<br />

le défi de rejoindre la compagnie en Suisse.<br />

Comme il n’a pas les moyens d’acheter un billet<br />

d’avion pour la Suisse, il négocie durant des<br />

mois avec plusieurs compagnies aériennes<br />

afin d’obtenir un aller simple gratuit pour l’Europe.<br />

Parallèlement, il organise une récolte de<br />

fonds sur internet afin de financer son arrivée<br />

en Suisse. Une compagnie aérienne répond<br />

finalement à sa demande par la positive et lui<br />

offre de voyager en stand-by, c’est-à-dire<br />

qu’il pourra prendre l’avion dès qu’une place<br />

sera libre sur un vol vers la Suisse.<br />

Après trois jours d’attente à l’aéroport de São Paulo,<br />

deux escales à Porto puis Lisbonne, Adelson arrive à<br />

Zurich en plein hiver, sans connaître d’autre langue que<br />

le portugais ni avoir de connexion internet. Une fois de<br />

plus, sa fibre sociale le guide et il parvient à retrouver<br />

son ami de la compagnie grâce à l’aide d’une des<br />

passagères de son vol. Coup d’audace, il se présente<br />

à la compagnie en prétendant avoir rendez-vous pour<br />

une audition… or il n’a jamais fixé de rendez-vous ! Il<br />

parvient néanmoins à auditionner pour la compagnie<br />

quelques jours après son arrivée et est immédiatement<br />

engagé. Un an et demi plus tard, il débute au<br />

ballet du Grand Théâtre de Genève…<br />

23


24 CULTURE<br />

DANSE DANSE<br />

CULTURE<br />

25


Adelson constate que sa vie a beaucoup<br />

changé depuis son arrivée en Suisse. Ce<br />

nouveau chapitre helvétique lui a permis<br />

de progressivement affirmer toutes les<br />

facettes de son identité et d’avoir le courage<br />

de dire d’où il venait. « Un jour, un ami<br />

m’a conseillé d’arrêter d’aller aux auditions<br />

avec du vernis à ongles rose, faute de quoi<br />

je ne décrocherai jamais aucun rôle selon<br />

lui. Plus tard, Philippe Cohen (ancien<br />

directeur du ballet du Grand Théâtre de<br />

Genève) me dira que c’est justement pour<br />

mes qualités propres qu’il m’a choisi et non<br />

pour jouer le rôle de quelqu’un d’autre. »<br />

Parmi les changements positifs, il cite les costumes<br />

« couleur chair » du ballet du Grand Théâtre : « Ici pas<br />

besoin de porter des costumes trop clairs qui ne correspondent<br />

pas à notre couleur de peau, les couleurs<br />

sont automatiquement adaptées ». Ayant grandi sans<br />

représentations, il salue aussi la présence croissante<br />

de personnes racisées dans le monde de la danse.<br />

« Des chorégraphes comme Sidi Larbi Cherkaoui (directeur<br />

actuel du ballet du Grand Théâtre de Genève)<br />

valorisent profondément la diversité et ça se ressent. »<br />

Hors des murs de l’institution, c’est aussi la<br />

communauté queer genevoise qui lui permet<br />

d’être accepté et de s’accepter tel qu’il<br />

est. Malgré les barrières qu’ont pu représenter<br />

la langue et les tournées fréquentes<br />

de la compagnie, le danseur s’y sent désormais<br />

pleinement intégré et y compte de<br />

nombreux·ses ami·e·x·s. Il tient également à<br />

créer des ponts entre le milieu institutionnel<br />

et alternatif. « Des évènements tels que le<br />

bal queer “ Late Night Extravaganza ”, organisé<br />

par le festival Antigel dans les murs<br />

du Grand Théâtre de Genève, montrent que<br />

l’institution s’ouvre progressivement à la<br />

communauté queer. » Il invite régulièrement<br />

ses ami·e·x·s de la communauté aux représentations<br />

du ballet afin de renforcer cette<br />

tendance.<br />

DEMAIN PEUT-ÊTRE<br />

Aujourd’hui, le danseur revient sur son parcours<br />

avec du recul, de la sérénité et une<br />

bonne dose d’humour. Il exprime sa gratitude<br />

envers les personnes qui l’ont aidé et<br />

note que beaucoup de choses ont changé<br />

pour le mieux, notamment la représentation<br />

des personnes racisées dans le milieu de la<br />

danse classique. Il reconnaît néanmoins qu’il<br />

reste encore un long chemin à faire et souhaite<br />

que chacun·e·x prenne conscience de<br />

ses privilèges et s’informe. Enfin, il insiste<br />

sur l’importance de la bienveillance indépendamment<br />

du milieu. « Sois toi-même tant que<br />

tu ne blesses personne », glisse-t-il malicieux<br />

en guise de conclusion à notre entretien.<br />

DANSE<br />

DIVE<br />

Beaver Dam<br />

Company,<br />

Edouard Hue<br />

Vendredi 3<br />

& samedi 4<br />

<strong>novembre</strong><br />

20h<br />

ÉLÉPHANT<br />

C ie O<br />

Vendredi 10<br />

<strong>novembre</strong><br />

20h<br />

WOUAH !<br />

C ie Nicole Seiler<br />

Dimanche 26<br />

<strong>novembre</strong><br />

11h & 16h<br />

Dès 4 ans<br />

OMBRES AU TABLEAU<br />

26<br />

Même s’il dit se sentir moins discriminé en<br />

Suisse que jadis au Brésil, Adelson constate<br />

que son expérience ici n’est pas toute rose<br />

non plus. Il raconte avoir été récemment<br />

confronté à des propos racistes très directs<br />

lors d’un date à Genève. Il remarque par ailleurs<br />

que l’internalisation des discriminations<br />

reste un problème majeur à surmonter. « J’ai<br />

réalisé grâce à une amie à quel point j’avais<br />

internalisé l’homophobie sans m’en rendre<br />

compte. Il m’a fallu du temps pour déconstruire<br />

ces croyances. »<br />

Suivez Adelson sur son compte instagram :<br />

@ade.carlos<br />

Équipe créative de BØWIE qui a réalisé le shooting<br />

Direction artistique : Naïma Stark<br />

Post Production :<br />

Tessa Roy<br />

Stylisme :<br />

La Peau De Pêche<br />

Photographie :<br />

Nieders Dan<br />

CULTURE<br />

DANSE<br />

Photo © Geoffrey Serguier


Gay, Bi, ou Trans :<br />

Checkpoint Vaud<br />

Rue Saint-Pierre 2 | 1003 Lausanne<br />

021 631 01 76 | checkpoint@profa.ch<br />

Le lieu privilégié<br />

pour faire le point<br />

sur votre santé.<br />

Checkpoint Genève<br />

Rue du Grand-Pré 9 | 1202 Genève<br />

022 906 40 30 | geneve@mycheckpoint.ch<br />

mycheckpoint.ch<br />

LES PÉPITES<br />

D’OCTOBRE<br />

ET NOVEMBRE<br />

Vagin Pirate est un compte Instagram lesbien romand qui s’engage à amplifier les messages des communautés<br />

marginalisées. Notre Vagin est un vagin mental, c’est un totem au féminisme queer, anti-terf et intersectionnel.<br />

Pour commencer l’automne et s’assurer de le traverser avec le plus de douceur<br />

possible, nous vous avons préparé un petit contenu hybride. Pour ce menu cinq<br />

plats on vous propose, de la musique indie et geek, un film déjanté, deux bouquins<br />

muy lesbiens, une série-docu à streamer en un dimanche. On n’oublie quand<br />

même pas de sortir se promener, l’automne c’est beau avec le soleil et c’est<br />

surtout la période la plus propice pour rencontrer<br />

une gouine à chien en flanelle ! Des hugs si ça vous dit !<br />

VOTE QUEER,<br />

VOTE PS !<br />

© Stolen Besos Maya<br />

BOYISH<br />

Boyish est un groupe d’indie-rock formé par India Shore et Claire Altendahl,<br />

qu’on a découvert grâce à ce merveilleux featuring avec la chanteuse King<br />

Princess sorti cet été, Kill Your Pain. La chanson, imprégnée de tendresse,<br />

décrit le sentiment d’insouciance qui surgit lorsque l'on plonge la tête la<br />

première dans une relation vouée à l'échec. (Lol, qui fait ça ? Les lesbiennes ?)<br />

Cette chanson trouve sa place sur l’EP Little Demon Boy sur lequel<br />

le duo explore une variété de sujets queeros contemporains. Ça parle codépendance<br />

avec Split Up, des attentes de la société avec Girls Are Mean<br />

ou encore de ce besoin incessant de validation avec Doomscroller, le tout,<br />

savamment enrobé dans de magnifiques accords de guitare planants.<br />

VOTE-QUEER.CH<br />

© Bottoms d'Emma Seligman<br />

VAGIN PIRATE<br />

BOTTOMS<br />

Bottoms, c’est apparemment la «hilarious teen sex comedy» de la rentrée.<br />

Enfin, c’est en tout cas ce que nous disent les médias américains, car au<br />

moment d’écrire ces lignes, on n’a pas encore mis la main sur un stream<br />

pour pouvoir le voir. Mais bon, le pitch a l’air si déjanté et fun qu’on ne<br />

peut pas l’ignorer.<br />

Le film suit deux ados, PJ and Josie, meilleures amies lesbiennes<br />

(et vierges) qui n’ont pas la cote dans leur lycée. Jusqu'au jour où, sur un<br />

gros malentendu, elles se retrouvent à créer un club d’autodéfense afin de<br />

se rapprocher des pom-pom girls sur lesquelles elles ont un gros crush. En<br />

regardant la bande-annonce, le chaos a l’air de régner et il y a aussi la chanson<br />

Trophy de Charli XCX. Du coup, nous on signe direct.<br />

CULTURE 29


© Fenn Paider<br />

DJ_DAVE<br />

Il nous aura fallu 15 secondes pour être accro à DJ_Dave quand on a<br />

écouté la chanson Castle. Alors, imaginez le brainfreeze qui a paralysé<br />

nos petits cerveaux de geekos quand on a compris qu’en plus de faire<br />

de la super musique, DJ_Dave produit et crée sa musique en codant.<br />

On vous explique : DJ_Dave fait partie de la mouvance Algorave,<br />

une algorave étant une soirée ou la musique est générée par des algorithmes<br />

écrits en live par les musicien·ne·x·s. Les shows d’algorave sont<br />

donc des performances où la musique se crée au fil des lignes de code,<br />

souvent affichées derrière la personne qui performe. Ces algorithmes<br />

peuvent aussi servir à la génération de visuels animés aussi créés en live.<br />

La particularité de DJ_Dave, c’est qu’elle incorpore toute une dimension<br />

pop à ce processus souvent essentiellement electro. On vous invite<br />

à filer écouter son nouvel EP, Intercell qui s’écoute sans fin. La vibe est bien<br />

sûr très digitale, mais aussi hyper mélodique, ça fait penser à du early Grimes<br />

passé dans une moulinette Hyper Pop minimal. Gros crush sur le single Array.<br />

© Nevada d'Imogen Binnie<br />

© France 5<br />

30<br />

IMOGEN BINNIE<br />

Belle surprise pour la rentrée littéraire <strong>2023</strong>… Il aura fallu patienter dix<br />

ans pour que le roman culte d’Imogen Binnie soit traduit en français, mais<br />

le voilà enfin disponible depuis fin août chez Gallimard ! Nevada c’est le<br />

récit de Maria Griffiths, jeune femme trans un peu paumée vivant à New<br />

York. Après avoir perdu sa copine, son job et un peu le goût de la vie, elle<br />

décide de prendre la route, direction l’Ouest, afin de tenter de trouver un<br />

nouveau sens à son existence. Maria nous embarque dans son road trip<br />

teinté de punchlines dont elle a le secret. Elle nous parle de ses galères et<br />

partage ses réflexions sur son parcours de femme trans. De l’autre côté<br />

de l’atlantique, Nevada est souvent présenté comme le premier romain<br />

publié par une femme trans dans la littérature moderne, cette info, dure à<br />

vérifier, ne comptant sûrement pas toutes les personnes invisibilisées ou<br />

oubliées qui l’ont précédée. Par ailleurs, cet ouvrage est aussi le premier<br />

roman de Imogen Binnie, cependant, ne vous attendez pas à avoir le récit<br />

d’une transition, l’autrice a souhaité s’émanciper du regard cisnormatif<br />

en n'abordant pas ce sujet.<br />

Petite cerise sur le cheese-cake, c’est Anna Wanda Gogusey qui<br />

signe l’illustration de cette version française réussie !<br />

LES VOYAGES DE NICKY<br />

À peine la saison 2 de Drag Race France terminée, nous retrouvons la<br />

touchante et charismatique Nicky Doll dans un nouveau format.<br />

Les voyages de Nicky, sur France 5, vous emmèneront à la rencontre<br />

de communautés LGBTIQ+ du monde entier. Dans cette série documentaire,<br />

Karl Sanchez (la personne qui incarne Nicky Doll), nous fera<br />

voyager au Mexique, en Inde, au Japon ou encore en Grèce. Dans son périple,<br />

Karl nous invite à rencontrer différentes communautés afin d’en apprendre<br />

plus sur les questions queer, le rapport au genre et afin de célébrer l’importance<br />

de ces sociétés parallèles. Karl partira aussi à la rencontre de drag<br />

queens locales et performera en tant que Nicky à leur côté. Des voyages<br />

aussi divertissants que touchants, à consommer sans modération.<br />

CULTURE<br />

VAGIN PIRATE<br />

NP-CH-HVU-ADVT-230006/02.23<br />

Christopher est à la recherche de celle<br />

qui manque encore à sa jungle.<br />

TU ES<br />

UNIQUE<br />

TOUT COMME TA THÉRAPIE<br />

CONTRE LE VIH<br />

Quelle que soit la thérapie que tu choisis, discute<br />

avec ton médecin de ce qui te convient.


LE MUSÉE DERRIÈRE<br />

DES LUNETTES ROSES<br />

PUBLICITÉ<br />

Un nouvel afterwork du MAH, le 5 <strong>octobre</strong> à<br />

Genève, promet son lot de surprises et de découvertes,<br />

notamment en faisant dialoguer<br />

les œuvres de l'institution avec les archives<br />

de la communauté LGBTIQ+. Par Inès Piguet<br />

© Musée d’art et d’histoire de la Ville<br />

Quel meilleur endroit pour<br />

célébrer et valoriser les récits et l’héritage<br />

queer qu'un musée ? Le jeudi<br />

5 <strong>octobre</strong>, le vénérable Musée d'art<br />

et d'histoire (MAH) de Genève prendra<br />

en charge cette ambition sous<br />

la forme d'un afterwork prolongé,<br />

de 18h à 22h. Grâce à la complicité<br />

du collectif Notre histoire compte,<br />

du Service Agenda 21-Ville durable<br />

de la Ville de Genève, de la Maison<br />

de l’Histoire et de l’association lesbienne<br />

et féministe Lestime, le public<br />

découvrira les collections du musée<br />

sous de toutes nouvelles perspectives,<br />

« passées au queeroscope ».<br />

Chacun·e·x pourra discuter, apprendre,<br />

s’interroger mais également<br />

redécouvrir l’histoire genevoise sous<br />

un prisme différent.<br />

BOUDOIR ET SÉRIGRAPHIE<br />

Les œuvres seront notamment<br />

présentées en dialogue<br />

avec l'histoire de la communauté<br />

LGBTIQ+. Ainsi durant l'événement,<br />

les archives du mouvement feront<br />

32<br />

irruption dans le MAH. Entre autres<br />

surprises, on y trouvera un boudoir<br />

où consulter certains documents de<br />

Lestime. On pourra aussi s'essayer<br />

à la sérigraphie, dans un atelier de<br />

T-shirts pour y reproduire des éléments<br />

d’archive « hors normes ».<br />

Carolina Topini, coprésidente<br />

de Lestime, explique que cet<br />

évènement marquera la «première<br />

étape» d’un projet de valorisation,<br />

de sensibilisation et de renforcement<br />

de la visibilité de l’histoire des<br />

mouvements LGBTIQ+ et féministes.<br />

Théorique, pédagogique mais avant<br />

tout ludique et rythmique, cet événement<br />

sera ponctué par les slams<br />

poétiques de l’artiste Klimte, les lectures<br />

de récits d’Amazones ou encore<br />

les sets musicaux animés de DJ<br />

LAP-Animal Parlant.<br />

Afterwork #31, Le MAH au queeroscope,<br />

jeudi 5 <strong>octobre</strong> dès 18h<br />

au Musée d'art et d'histoire de<br />

Genève, rue Charles-Galland 2.<br />

Tous publics. Prix libres.<br />

Plus d'infos sur mahmah.ch<br />

CULTURE


PAPRIKA, DRAGQUEEN<br />

VOTE<br />

POUR UN PARLEMENT<br />

LGBTIQ-FRIENDLY !<br />

LE 22 OCTOBRE ONT LIEU LES ÉLECTIONS FÉDÉRALES. ELLES DÉ-<br />

TERMINERONT SI DE NOUVEAUX PROGRÈS SERONT POSSIBLES EN<br />

POLITIQUE AU COURS DES QUATRE ANNÉES À VENIR. IL EST DONC<br />

IMPORTANT QUE TU T’INFORMES CORRECTEMENT SUR LES PARTIS ET<br />

LES CANDIDATEXS QUI REPRÉSENTENT RÉELLEMENT TES INTÉRÊTS.<br />

NOUS AVONS ANALYSÉ LES VOTES SUR LES QUESTIONS LGBTIQ+ AU<br />

COURS DE LA DERNIÈRE LÉGISLATURE - TU TROUVERAS TOUT SUR<br />

VOTEPINK.CH. ALORS VOTE ET FAIS VOTER AUTOUR DE TOI !<br />

Communiqué<br />

Rédaction : Gaé Colussi, responsable Suisse romande, Pink Cross<br />

LA DROITE A SES<br />

CONTES DE FÉES<br />

NOUS AVONS LES FAITS<br />

VOTE<br />

.CH<br />

LES ÉLECTIONS ONT LIEU LE 22 OCTOBRE<br />

CONSEIL DES ÉTATS<br />

Au cours des quatre dernières années,<br />

le Conseil des États a régulièrement<br />

refusé nos revendications,<br />

et il risque de devenir encore plus<br />

conservateur aux prochaines élections.<br />

Tu peux empêcher cela en<br />

votant pour les bonnes personnes !<br />

Pour t’aider, nous avons analysé les<br />

votes des quatre dernières années,<br />

et demandé à à touxtes les candidatexs<br />

de clarifier leur position sur<br />

certaines questions LGBTIQ+. Sur<br />

votepink.ch tu trouveras toutes les<br />

analyses pour faire le bon choix !<br />

CONSEIL NATIONAL<br />

Pour les élections au Conseil national,<br />

ce sont les partis qui comptent :<br />

la répartition des sièges dépend<br />

des voix accordées à chaque parti.<br />

Les voix données aux candidat-e-xs<br />

viennent seulement ensuite, pour<br />

choisir qui est élu-e-x au sein d’une<br />

liste.<br />

Nous avons analysé les votes des<br />

différents partis au Conseil national<br />

au cours de la dernière législature.<br />

Et le résultat est très clair :<br />

– Les Vert-e-s, le PS et les<br />

Vert’libéraux nous soutiennent<br />

systématiquement.<br />

• Le PLR et Le Centre votent tantôt<br />

en notre faveur, tantôt contre<br />

nous.<br />

• L’UDC et le PEV votent quasi-systématiquement<br />

contre nos<br />

droits.<br />

Certains votes ont recueilli un large<br />

soutien (mariage pour toutes et<br />

tous, interdiction des thérapies de<br />

conversion), mais d’autres ont été<br />

plus disputés :<br />

– La reconnaissance de tous les<br />

enfants dès leur naissance (p.<br />

ex. pour le don de sperme privé<br />

ou les procédures à l’étranger)<br />

a été acceptée par le Conseil<br />

national grâce aux voix des Verte-s,<br />

du PS et des Vert’libéraux,<br />

contre la majorité du Centre (9<br />

oui contre 15 non), du PLR (10<br />

oui contre 15 non) et tout l’UDC<br />

(49 non). Le Conseil des États,<br />

dominé par le Centre et le PLR,<br />

a ensuite rejeté le projet.<br />

– Le plan d’action national contre<br />

les crimes de haine a été adopté<br />

par le Conseil national en juin<br />

2022 avec les votes du du PS,<br />

des Vert-e-s, des Vert’libéraux<br />

et du Centre, contre la majorité<br />

du PLR (8 oui contre 12 non) et<br />

l’UDC (48 non).<br />

LGBTQ + RATING CONSEIL<br />

NATIONAL<br />

PS, 100 %<br />

LES VERT·E·S, 100 %<br />

PVL, 100 %<br />

PLR, 58 %<br />

LE CENTRE, 40 %<br />

PEV, 23 %<br />

UDC, 9 %


De la fin des années 1970 à l'avènement du web, la petite annonce<br />

dans la presse homosexuelle et friendly a été un mode privilégié<br />

de rencontres « hors milieu », comme on disait alors. Des trésors<br />

d'archives qui se redécouvrent avec émotion.<br />

Par Arnaud Gallay<br />

Petites<br />

annonces,<br />

grandes<br />

espérances<br />

Les rencontres homosexuelles, ça remonte à la nuit<br />

des temps. Leur histoire, longtemps cachée, se retrouve<br />

par bribes dans la littérature, parfois dans les<br />

écrits policiers et judiciaires, mais aussi dans ces<br />

textes plus modestes, où le désir se conjugue à la<br />

première personne : les petites annonces. Pour les<br />

générations WhatsApp, Snapchat et Grindr, ce médium<br />

peut paraître aussi rudimentaire et hasardeux<br />

que la bouteille à la mer. Quelques lignes imprimées<br />

où décrire la personne idéale tout en essayant de faire<br />

son propre portrait, puis l'attente du courrier que le<br />

journal ferait suivre.<br />

Né au XIX e siècle sous forme d'offres matrimoniales,<br />

la petite annonce ne se décline<br />

en version homo, en France, que dans les<br />

années 1970. Les « JH cherche JH » et « JF<br />

cherche JF » se glissent dans les colonnes<br />

de la presse post-soixante-huitarde : Actuel<br />

puis Libération et son mythique supplément<br />

Sandwich. Le philosophe Roland Barthes s'y<br />

régale. « On a l'impression de lire vraiment<br />

une sorte de roman éclaté, en touches, en<br />

départ d'incidents, en départs d'aventures.<br />

Les Petites Annonces, c'est du roman, mais<br />

du roman en étoile », écrit-il en 1980.<br />

...lit-on dans le tout jeune Gai Pied, premier <strong>magazine</strong><br />

gai à large diffusion. Sortant dans les kiosques en<br />

1979, il se lance aussitôt dans les « P.A. ». La rubrique<br />

ne cessera de prendre de l'ampleur. Il faut dire que<br />

c'est un bon filon quand les annonces sont payantes<br />

et, dans tous les cas, un puissant produit d'appel. En<br />

février 1982, Gai Pied sort ainsi un numéro spécial :<br />

« 1000 petites annonces », lit-on en énormes lettres<br />

sur la couverture. On se l'arrache, même si tout le<br />

monde n'est pas persuadé de l'authenticité de certains<br />

des messages, à commencer par le fondateur<br />

du <strong>magazine</strong>, Jean Le Bitoux, quelque peu dépassé<br />

par la dérive commerciale de son titre, comme il le<br />

racontera plus tard.<br />

La chaste et un peu provinciale Suisse romande<br />

s'y met. Dans L'Hebdo, les petites<br />

annonces de rencontres apparaissent timidement<br />

début avril 1985, illustrées d'un<br />

dessin de tango ambigu où une madame en<br />

bas résilles renverse un monsieur en jeans<br />

moulant. Délibérément ou par naïveté, beaucoup<br />

d'annonces ne précisent pas le sexe<br />

de la personne recherchée. Il faut attendre<br />

un bon mois avant d'y trouver la première<br />

annonce clairement homo.<br />

Toi à qui j'ai offert une cigarette<br />

menthol, c'était au sauna<br />

mercredi 24 mai. Tu m'as parlé<br />

de tes études de comptabilité.<br />

Tu habites Clamart. Je t'ai<br />

laissé filer, 5 minutes après<br />

ma tête était pleine de toi.<br />

J'ai tant envie de te revoir.<br />

Gai, 43 ans, plutôt mec<br />

et sportif. En a ras le bol<br />

du ghetto et autres promenades...<br />

Souhaite rencontrer<br />

ami 30 - 45 ans pour sorties,<br />

vidéo et spectacles. Si tu<br />

as un look viril et sympa, tu<br />

peux me contacter. Salut.<br />

36<br />

RELECTURE<br />

PETITES ANNONCES<br />

PETITES ANNONCES<br />

RELECTURE<br />

37


« Ras le bol du ghetto » : voilà qui aurait sans doute attiré<br />

H., à l'époque tout jeune étudiant de la banlieue lausannoise.<br />

« Pour moi c'était impossible de sortir dans les<br />

bars ou les saunas », raconte-t-il aujourd'hui. En quête<br />

d'un copain, il avait répondu à pas mal de petites annonces<br />

de L'Hebdo et en avait fait publier quelquesunes,<br />

à la fin des années 1980. « Je n'étais pas attiré<br />

par les homos tels que je les voyais, alors j'essayais de<br />

chercher par la marge. Et alors de la marge, j'en ai eu ! »<br />

Il raconte des rencontres déroutantes, comme ce « JH »<br />

fou de trains électriques et d'horaires CFF qui l'avait accueilli<br />

dans l'appart familial sous le regard de sa maman.<br />

H. avait ouvert une boîte postale à la poste<br />

d'une commune voisine pour recevoir son<br />

courrier en toute discrétion, des lettres souvent<br />

très élaborées. « Elles étaient manuscrites,<br />

parfois de deux ou trois pages recto<br />

verso, la recherche était sincère. » S'y ajoutaient<br />

des poèmes ou encore des cassettes<br />

avec de la musique. Un peu trop fleur bleue<br />

à son goût. « Je suppose que ce qu'ils voulaient,<br />

c'était montrer leur vie intérieure. » Et<br />

des clichés, du portrait photomaton jusqu'au<br />

nu audacieux. « Il y avait une lettre avec une<br />

photo du mec sur un bateau, un sticker collé<br />

à la place du maillot de bain. C'était marqué<br />

'Cette photo est ridicule peut-être, mais si<br />

tu as envie de voir ce qu'il y a sous le sticker,<br />

c'est toi qui décides'. C'était interactif. » En<br />

l'occurrence, l'autocollant cachait une belle<br />

érection. Pas mal, rigole H, pour un mec qui<br />

se disait timide !<br />

L'excitation télégraphique des P.A. et les délices épistolaires<br />

qui s'ensuivent valent parfois bien plus qu'un<br />

plan cul. « Quand on fait l'amour à un corps dévêtu. on<br />

ne peut jamais aller au-delà, l'extase est proche de<br />

la déception, alors qu'il y a un climat très sexué, une<br />

manière de bander à distance qui me plaît par correspondance<br />

», raconte un certain « Micky », rencontré<br />

par Jean-Luc Hennig pour une de ses chroniques<br />

dans Gai Pied ( réunies dans l'inénarrable recueil Mes<br />

rendez-vous, en 2005 ), au milieu des années 1980.<br />

La même année 1985 où L'Hebdo se met au<br />

tango, Dialogai-Info publie ses premiers numéros,<br />

avec une rubrique joliment intitulée<br />

Gaitapan. Très soft au début, on y vend une<br />

machine à café, un micro-ordinateur Sinclair<br />

« merdique », un lave-linge, car « marre des<br />

lessives à voile et à vapeur ». Des messages<br />

codés ? Peut-être, car on nous avertit que<br />

les textes peuvent être modifiés « afin de<br />

satisfaire à la réglementation des bonnes<br />

mœurs ». André, qui s’occupait de les recopier<br />

à l’époque, dément toute censure. « Moi<br />

ce qui m’amusait, raconte–t-il, c’est les annonces<br />

du genre “ JH la cinquantaine paraissant<br />

moins cherche ami pour la vie avec<br />

grosse queue ”. Ils mélangeaient vraiment<br />

tout ! » Mais ça marche : une annonce reçoit<br />

en moyenne une douzaine de réponses.<br />

À la fin de la décennie, Dialogai-Info compte déjà une<br />

cinquantaine d'annonces sur quatre pages. On se lâche<br />

dans l'édition de Noël 1989...<br />

Gourmand ! Garçon 31 ans docile, cherche<br />

mec baraqué ou bien foutu pour se nourrir<br />

le cul. Brun typé, vrai mâle 30/40 ans.<br />

Macho welcome car salope très hot. Du<br />

muscle, de la queue, j'en veux. Genève et<br />

France voisine. Joindre album-photos.<br />

Ce que l'on trouve dans la presse lesbienne<br />

de l'époque est moins cru. De 1983 à 2012,<br />

Lesbia Magazine fait aussi paraître des annonces.<br />

Cela fait même l'essentiel de son<br />

succès, comme le confie avec un brin de résignation<br />

une de ses anciennes rédactrices<br />

en cheffe, Catherine Gonnard, interviewée<br />

par la chercheuse Jade Almeida en 2015.<br />

Leur particularité est d'être, comme dans<br />

Libé, truffées de « N.D.C. », pour « note de<br />

la claviste ». « Dépouiller les lettres, retaper<br />

les petites annonces, puisqu’on était avec<br />

les machines à écrire à l’époque, c'était pas<br />

folichon, se souvient Catherine Gonnard. Le<br />

truc qui faisait que j’avais toujours des tas de<br />

filles qui voulaient le faire, c’était les notes<br />

de la claviste, ça leur donnait une espèce de<br />

plaisir ! Tu peux même pas t’imaginer ! »<br />

Toi, la fille qui me manque tant,<br />

tu as entre 20 et 35 ans, cheveux<br />

courts (N.D.C. : raté j’ai des<br />

couettes !) Emmène-moi vers<br />

de nouveaux horizons. J’ai de<br />

l’amour à revendre, donne-moi<br />

« ton prix » (N.D.C. : cher ! Oh, très<br />

cher !). Bi, droguées, femmes mariées,<br />

s’abstenir. Célibataires et<br />

déçues, à votre plume.<br />

Bisous à toutes.<br />

Parfois, rarement, les destins des lesbiennes et des<br />

gais cherchent à se croiser dans des mariages blancs.<br />

Comme la petite annonce, dans Dialogai-Info, de cette<br />

femme lesbienne cherchant à épouser un employé de<br />

compagnie aérienne pour « partager des avantages<br />

mutuels ». On y trouvera aussi bientôt les premiers<br />

projets de coparentalité ou de don de sperme pour<br />

des fécondations artisanales.<br />

Finalement, il n'y a pas que de l'amour et du<br />

sexe dans ces « récits du présent qui projettent<br />

un avenir », comme les résume Philippe<br />

Artières dans Miettes, ouvrage consacré à<br />

l'âge d'or des P.A. de Libé. D'autres fois, c'est<br />

l'urgence qui s'exprime, celle de trouver un<br />

boulot ou un soutien financier pas forcément<br />

reluisant, d'un remède à la solitude insondable,<br />

d'un visa pour quitter l'Afrique. Et l'urgence<br />

du sida, bien sûr, en filigrane.<br />

SUR BORDEAUX, VITE JE MEURS.<br />

UN VRAI MEC 25/35 ANS POUR PLUS<br />

ET MIEUX QUE LA BAISE.<br />

NICOLAS AU (16) 56 47 26 55.<br />

La révolution d'internet, au milieu des années 1990,<br />

précédée par le Minitel en France (qui se souvient du<br />

Videotex en Suisse ?) une décennie plus tôt, vont ringardiser<br />

ce type de rencontres épistolaires au profit<br />

de dialogues impatients sur des messageries, bientôt<br />

illustrés de photos numériques échangées en temps<br />

réel. Et qui s'évanouissent aussi en temps réel. Pourtant,<br />

il y avait sans doute quelques beaux poèmes dans<br />

ces profils Citegay, Gayvox, GayRomeo, désormais<br />

consumés dans l'enfer des data centers. Au moins,<br />

les P.A. restent captives de nos archives, avec leurs<br />

petits morceaux d'idéal suspendus dans le temps.<br />

PUBLICITÉ<br />

Le conseil immobilier<br />

«Comment les<br />

stores pare-soleil<br />

sont-ils assurés?»<br />

La tempête et la grêle peuvent endommager<br />

les stores pare-soleil. Comme il s’agit d’événements<br />

naturels, c’est l’assurance bâtiment<br />

cantonale qui prend les frais en charge. Mais<br />

attention aux détails: la loi définit clairement<br />

les dommages naturels et les franchises sont<br />

réglementées avec précision. Les vents violents<br />

ne sont par exemple considérés comme des<br />

tempêtes et donc des événements naturels qu’à<br />

partir d’une vitesse de 75 km/h. Vérifiez les<br />

conditions cantonales, car les stores pare-soleil<br />

ou les volets roulants ne sont pas toujours des<br />

éléments de bâtiment assurés. Si les stores ne<br />

sont pas inclus dans l’assurance bâtiment, une<br />

assurance complémentaire offre la protection<br />

nécessaire et peut inclure d’autres risques tels<br />

que le vandalisme.<br />

«Vérifiez les conditions<br />

cantonales.»<br />

Le mieux est qu’aucun dommage ne survienne.<br />

Une alerte météo sur le téléphone portable<br />

prévient des vents violents et des tempêtes. S’il<br />

se passe malgré tout quelque chose, prenez<br />

des photos probantes et déclarez rapidement le<br />

sinistre à votre assurance. Plus d’informations<br />

sur le logement en propriété:<br />

helvetia.ch/immoworld<br />

Plus de<br />

conseils et<br />

d’informations.<br />

38<br />

RELECTURE PETITES ANNONCES PETITES ANNONCES<br />

RELECTURE<br />

39


EMERIC CHESEAUX<br />

ET LES MOTS<br />

VALAISANS<br />

Le jeune comédien romand présentera du 7 au 12 <strong>novembre</strong><br />

une nouvelle mouture de sa pièce La révérence au Théâtre des<br />

Halles à Sierre. Rencontre avec un artiste à qui l’on promet une<br />

belle carrière.<br />

Par Robin<br />

Corminboeuf<br />

© Aline Paley<br />

Au commencement, il y a une rencontre fortuite avec le<br />

théâtre pour le jeune Emeric alors qu’il étudie au collège<br />

des Creusets, à Sion. C’est quasiment une révélation, et elle<br />

pousse le Saillonin, après cinq ans dans la troupe scolaire, à<br />

s’engager dans une formation qu’il débute au Conservatoire<br />

de Genève avant de rejoindre La Manufacture de Lausanne.<br />

La révérence, c’est justement le spectacle de sortie d’études<br />

qu’il présente pour la première fois face à ses collègues de<br />

la Haute École des Arts de la Scène de Lausanne, en 2022.<br />

Seul sur scène, avec à peine quelques accessoires, l’artiste de<br />

25 ans incarne les figures qui ont peuplé ses jeunes années<br />

valaisannes. Extrait :<br />

Un vocabulaire rural, des inflexions locales et<br />

des mots de patois qui raisonnent rarement<br />

dans les salles de théâtres. Le comédien nous<br />

détaille sa démarche: « J’ai travaillé sur le langage<br />

pour dire que la langue de mon enfance,<br />

la langue d’où je viens peut avoir une portée<br />

artistique. J’ai enregistré les personnes de<br />

mon entourage et ainsi récolté des mots, des<br />

expressions singulières. De là, j’ai pu faire des<br />

monologues et à travers le langage utilisé, identifier<br />

les mots récurrents, les obsessions de ces<br />

personnes pour en dresser de vrais portraits. »<br />

Cette réappropriation de son héritage culturel émerge d'ailleurs<br />

lors d’une visite de la Manufacture avec son père et sa<br />

mère, quand une de ses camarades de classe française ne<br />

comprend pas tout ce que les parents de l’étudiant valaisan<br />

disent. « Ça m’a marqué et je me suis dit qu’il fallait que j’en<br />

fasse quelque chose, de ces mots » se souvient-il, amusé.<br />

UNE MÉTAPHORE POUR D’AUTRES ALTÉRITÉS<br />

Des études dans les villes romandes donc, mais<br />

une attache à sa région d’enfance qu’il ne renie<br />

pas : « Ce spectacle parle de l’adolescence, de ce<br />

besoin de s’affirmer, de comment on se construit.<br />

J’avais besoin, comme beaucoup, de m’affirmer<br />

dans l’opposition. Partir, ça m’a permis de revenir,<br />

en prenant ce que je souhaite de mon héritage<br />

et du lieu. Maintenant le Valais, c’est un<br />

lieu de ressourcement. » Une vie entre ville et<br />

campagne qui nourrit le travail du jeune artiste<br />

et qu’il partage avec ses collègues : « Très vite,<br />

quand je suis arrivé à la Manufacture, j'avais envie<br />

de réunir ces deux mondes. J’ai emmené ma<br />

classe en Valais, pour que les gens comprennent<br />

d’où je venais, et en même temps j’avais besoin de<br />

« Asetate, Emeric. Qu’ess’tu fais maintenant<br />

comme métier ? […] Mais, mô, t’aurais bien vu<br />

là, grand comme tu es, avec un beau costume :<br />

professeur des écoles au village, don ? Parce<br />

que tô tu sais assez hein, tô tu sais, monstre<br />

que ti. Pourquoi tu veux pas rester ici, hein ?»<br />

montrer le théâtre aux gens de mon enfance, pour<br />

qu’ils ne se sentent pas exclus de ce monde-là .»<br />

Le seul en scène proposé parle justement de cette distinction<br />

ville/campagne et du choix de faire de sa passion<br />

un métier, utilisant l’annonce de cette décision<br />

professionnelle comme métaphore à d’autres altérités :<br />

« J’avais envie de parler de la différence de manière générale,<br />

et pour moi parler de ce coming out professionnel<br />

auprès de ma famille, c’était une façon de parler de<br />

mon coming out sentimental et sexuel. Il y a une forme<br />

de pudeur par rapport à ceci de la part de mon entourage,<br />

même si ça a été bien accepté. » Une fierté affichée jeune,<br />

donc, tout en étant évoquée<br />

de manière évasive<br />

par ses proches. Emeric<br />

détaille : « Ça passait<br />

tout le temps par des<br />

phrases comme “ Tu as<br />

tout le temps froid ” ou<br />

“ Tu parles pas comme<br />

nous ”. Autant de remarques<br />

détournées<br />

pour parler de ma différence, parce qu’on n’a pas les clés<br />

pour l’aborder autrement. Finalement ce coming out professionnel<br />

c’est ceci également, on dit “ Tu es un théâtreux ”<br />

alors que le nœud de la discussion se trouve ailleurs. »<br />

UNE GRAND-MÈRE ENTRE RIRES ET LARMES<br />

Quand on lui demande la manière dont le spectacle<br />

a été reçu dans les différents lieux où il a<br />

été présenté, Emeric répond, enthousiaste : « À<br />

Fribourg et en Valais, cantons ruraux et catholiques,<br />

il y a une double réception : les gens se<br />

reconnaissent et sont accueillants du fait qu’on<br />

parle d’eux, avec leurs mots. Et en même temps,<br />

mon point de vue sur les choses peut heurter.<br />

Typiquement, le personnage de la grand-mère<br />

fait beaucoup réagir, avec une partie du public<br />

mort de rire et une partie qui pleure d’émotion.<br />

C’est vraiment quelque chose que j’aime, quand on<br />

ne sait pas trop où ça peut partir. » Suivant le public,<br />

une lecture différente de La révérence est faite<br />

donc. Une occasion en or pour déconstruire les<br />

stéréotypes citadins sur la campagne : « À Genève,<br />

quand on ne connaît pas le milieu valaisan, on<br />

parle de caricature, alors que pour les gens de mon<br />

entourage ce n’est pas du tout le cas. Ce mélange<br />

de publics est émouvant pour moi, ce sont les deux<br />

mondes dont je fais partie que j’arrive à réunir.<br />

C’est à quelque part mon but. »<br />

Lorsqu’il évoque les inspirations pour son travail, Emeric<br />

Cheseaux nomme Annie Ernaux, ou encore Zouc, tout en<br />

réussissant à distinguer clairement les éléments de filiation<br />

et ceux vis-à-vis desquels il s’est détaché : « Ernaux a<br />

influencé tout le départ de ce projet : se fixer sur le langage,<br />

travailler à partir de ça. De manière générale, j’avais envie<br />

de parler de mon parcours, mais plus que ça encore, j’avais<br />

40<br />

CULTURE<br />

THÉÂTRE<br />

THÉÂTRE<br />

CULTURE<br />

41


envie de parler de mon entourage. » Un travail sur et avec<br />

les gens du cru, donc, que le comédien fraîchement diplômé<br />

offre sans faux-semblant ni condescendance.<br />

Ce point de vue singulier fait mouche, et c’est<br />

ainsi que le directeur du Théâtre des Halles de<br />

Sierre, Julien Jacquerioz, propose une résidence<br />

de trois semaines au jeune acteur. L’objectif est<br />

clair : offrir une nouvelle mouture de La révérence.<br />

Interrogé sur cette version remaniée qu’il<br />

s’apprête à mettre en scène, le comédien nous<br />

confie : « Le spectacle fonctionne dans sa forme<br />

actuelle. Mon objectif est de continuer dans la<br />

même ligne, représenter sur scène des personnages<br />

que je n’ai pas encore exploré, comme<br />

par exemple mon frère. On retrouvera aussi mes<br />

amies, ce sera un moyen d’aborder la sexualité<br />

des adolescents. Ça sera l’occasion aussi de<br />

montrer un garçon qui a un lien intime avec les<br />

filles, comme elles peuvent l’avoir entre elles<br />

habituellement. » Une version nouvelle qui sera<br />

présentée pour la première fois à Sierre et qu’on<br />

trépigne déjà de pouvoir découvrir.<br />

© Andreas Eggler<br />

SAMEDI 21 OCTOBRE <strong>2023</strong><br />

22 H – 05 H<br />

25 ans des trois soeurs<br />

PITOËFF / COMMUNALE DE<br />

PLAINPALAIS, GENÈVE<br />

© Andreas Eggler<br />

Vous<br />

reprendrez<br />

bien un peu<br />

de botox ?<br />

La révérence<br />

Théâtre des Halles, Sierre<br />

Du 7 au 12 <strong>novembre</strong><br />

Plus d’infos sur theatre-leshalles.ch<br />

42<br />

CULTURE<br />

THÉÂTRE<br />

Chantal La Nuit<br />

(Garçon Sauvage)<br />

LuLúxpo<br />

(Love Is Power ! Paradise Children Records)<br />

Rag<br />

Greta Gratos (Marraine)<br />

Rocco S. (Visuels)<br />

52, rue de Carouge, Genève<br />

Entrée CHF : 15.- avant minuit et membres 360 / 20.- après minuit<br />

Soirée de soutien à l’Association 360<br />

instagram : 360_fever_officiel – www.facebook.com/360Fever – www.360fever.ch<br />

HOSTING :<br />

Coco<br />

Frenesy<br />

Chantal La Nuit


AVEC<br />

Pour sa dixième édition, le festival genevois propose un programme<br />

riche de 28 longs métrages et 36 courts. Le tout sur fond de tables<br />

rondes, de rencontres et bien sûr de fêtes. Par Edmée Cuttat<br />

EVERYBODY’S<br />

PERFECT,<br />

LE MONDE EST<br />

QUEER<br />

44<br />

Little Richard<br />

© Magnolia Pictures<br />

Kokomo City © Couch Potatoe Pictures, Hillman Grad<br />

Unique en Suisse romande, il a vu le jour en 2010 et<br />

fête cette année sa dixième édition. Dès le 6 <strong>octobre</strong><br />

et pendant dix jours, Everybody’s Perfect va faire vibrer<br />

Genève au rythme de la culture LGBTIQ+. Basé<br />

sur l’ouverture et l’inclusion, s’adressant à tous les<br />

publics, le festival a évolué au fil des ans, passant à<br />

une cadence annuelle depuis que Sylvie Cachin en<br />

a pris les commandes, en 2018.<br />

La directrice artistique a vu augmenter la<br />

fréquentation, le financement, la reconnaissance<br />

des partenaires, la collaboration<br />

avec les distributeur·rice·x·s et les autres<br />

festivals en Europe et aux États-Unis. Elle<br />

note également un changement de ton<br />

et de contenu : « Au début, beaucoup de<br />

films mettaient le doigt sur la souffrance,<br />

la lutte, les droits humains ou sur la difficulté<br />

du coming out, ce dont ils ne parlent<br />

plus aujourd’hui. Je tente de sélectionner<br />

des œuvres avec une énergie positive. J’en<br />

vois l’effet sur les gens, qui se sentent plus<br />

concernés, plus valorisés. Le festival offre<br />

également une visibilité plus grande de<br />

la communauté, dont découle une forme<br />

de banalisation du queer en général. Cela<br />

donne de la force aux artistes locaux. »<br />

DES FILMS DES CINQ CONTINENTS<br />

C’est ce que veut prouver la programmation<br />

éclectique de cette édition <strong>2023</strong>,<br />

avec 28 longs métrages divisés en quatre<br />

parties, mêlant fictions de tous genres et<br />

documentaires. Ils proviennent de Chine,<br />

de Russie, d’Australie, d’Afrique, des États-<br />

Unis, des Philippines, du Brésil, d’Argentine,<br />

de France, d’Espagne, d’Allemagne,<br />

d’Angleterre et de Suisse. Sans oublier<br />

le nombre impressionnant de courts métrages,<br />

36, dont le curieux western de Pedro<br />

Almodovar Strange Way of Life.<br />

ORLANDO OUVRE LE CHAPITRE TRANS JOY<br />

Au sein de ce riche menu, on retiendra plus particulièrement<br />

un chapitre intitulé « Trans Joy » composé<br />

de trois œuvres où les cinéastes s’emparent de leurs<br />

vécus. À commencer par Orlando, ma biographie<br />

politique, de Paul B. Preciado, projeté en ouverture<br />

du festival. Pour son premier passage derrière la<br />

caméra, l’auteur s’inspire du roman éponyme de<br />

Virginia Woolf. Publié en 1928, l'œuvre évoque les<br />

aventures d’un noble anglais. Né garçon, il se réveille<br />

un beau matin femme au milieu du récit. Près<br />

d’un siècle plus tard, Preciado envoie une lettre à<br />

la célèbre écrivaine pour lui apprendre qu’Orlando<br />

est devenu une réalité. Il livre un témoignage poétique,<br />

drôle, inventif, montrant toutes les possibilités<br />

d’exister dans un univers contemporain en mutation.<br />

Kokomo City nous invite, lui, à découvrir<br />

le monde et le quotidien de travailleuses<br />

du sexe, particuièrement vulnérables, des<br />

femmes trans* noires. Ce premier documentaire<br />

en noir et blanc de D Smith, elle-même<br />

femme trans* afro-américaine, navigue<br />

sans misérabilisme entre les témoignages<br />

bouleversants et les propos percutants de<br />

quatre protagonistes.<br />

De New<br />

York à Atlanta,<br />

elles se confient<br />

Petit bémol. En mai dernier à Cannes, la représentation<br />

moindre des thématiques LGBTIQ+ dans les<br />

diverses sections par rapport à 2022 avait laissé<br />

craindre une baisse de la production dans le domaine,<br />

faute de soutien suffisant. Pour Sylvie Cachin,<br />

qui a invité le créateur de la Queer Palm, Franck<br />

Finance-Madureira et le programmateur du Teddy<br />

Award berlinois, Bartholomew Sammut, à en débattre<br />

(le 10 <strong>octobre</strong>), il n’y a certes pas eu de hausse spectaculaire,<br />

« mais l’offre ne s’est pas réduite. Elle est<br />

45<br />

devenue plus qualitative, impliquant davantage de<br />

personnes désireuses de raconter leur histoire. En<br />

tout cas, je n’ai pas eu de peine à trouver des films !»<br />

CINÉMA CINÉMA<br />

CULTURE


sans fausse pudeur et à visage découvert<br />

en dépit des dangers encourus. À l’image<br />

de leurs clients, souvent des hommes cisgenres<br />

mariés, qui expliquent avec franchise<br />

leur attirance pour ces femmes.<br />

De son côté, le réalisateur trans serbo-chilien Vuk-<br />

Lungulov-Klotz propose Mutt (24 heures à New York,<br />

en français). Cette comédie dramatique prometteuse<br />

et émouvante suit Fena, ado latino-américain en<br />

pleine transition. En l’espace de 24 heures à New<br />

York, il va croiser son ex-amoureux, sa demi-sœur<br />

de 13 ans et son père chilien, puis il va tenter de<br />

faire la paix avec son passé et son présent. Tout en<br />

montrant les difficultés du personnage face aux<br />

aléas du quotidien, Mutt explore ses relations avec<br />

son entourage au fil d’un scénario bien documenté.<br />

DE BLUE JEAN À LITTLE RICHARD<br />

Parmi les points forts de la sélection, Blue Jean de<br />

Georgia Oakley. Militant sous haute tension, le film<br />

nous plonge dans la Grande-Bretagne de Margaret<br />

Thatcher avec le portrait de Jean, professeure d’éducation<br />

physique. Nous sommes en 1988, l’année où le<br />

gouvernement de la Dame de fer promulgue une loi<br />

interdisant la « promotion » de l’homosexualité dans<br />

le système éducatif. Des manifestations s’étendent<br />

dans le pays alors que Jean cache son homosexualité<br />

de peur d’être renvoyée.<br />

Ambiance électrique garantie en clôture<br />

du festival, avec Little Richard: I Am<br />

Everything, le documentaire musical de<br />

l’Américaine Lisa Cortés. Icône rock qui<br />

a inspiré les plus grands, de Presley aux<br />

Beatles, Little Richard est effectivement<br />

tout : Noir, chrétien et ouvertement gay à<br />

une époque où cela ne se disait pas.<br />

Orlando, ma biographie politique © Les Films du Poisson<br />

Strange Way of Life © El Deseo, Saint Laurent<br />

Leadership gay<br />

pour les élections<br />

nationales<br />

BÂLE-VILLE<br />

BERNE<br />

Johannes Sieber<br />

Canton: Bâle-Ville<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti vert’libéral<br />

Liste n°10<br />

Roger Nyffenegger<br />

Canton: Berne<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti vert’libéral<br />

Liste n°16<br />

Stephan Schärli<br />

Canton: Lucerne<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Le Centre<br />

Liste n°3<br />

BERNE<br />

BERNE<br />

Bernehard Pulver<br />

Canton: Berne<br />

Candidat pour: Conseil des États<br />

Parti: Les VERT-E-S<br />

Liste –<br />

Geo Taglioni<br />

Canton: Berne<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti vert’libéral<br />

Liste n°17<br />

Marco Denoth<br />

Canton: Zurich<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti socialiste<br />

Liste n°2<br />

BERNE<br />

LUCERNE<br />

LUCERNE ZURICH ZURICH<br />

Dyami Häfliger<br />

Canton: Berne<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti vert’libéral<br />

Liste n°15<br />

Stefan A. Dettwiler<br />

Canton: Lucerne<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Les Libéraux-Radicaux<br />

Liste n°34<br />

Martin Naef<br />

Canton: Zurich<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti socialiste<br />

Liste n°27<br />

ON DISCUTE ET ON S’AMUSE<br />

ZURICH<br />

ZURICH<br />

ZURICH<br />

À découvrir, enfin, des œuvres importantes sur l’intersexuation,<br />

longtemps considérée comme une<br />

anomalie à soigner ou représentée tel un mythe par<br />

les arts et la littérature. La thématique donnera lieu à<br />

une table ronde. Le public aura également droit à des<br />

rencontres suivant les projections. Elle se dérouleront<br />

en présentiel ou en visiconférence à l’image de<br />

la masterclass de Manuela Kay, pionnière et figure<br />

incontournable de la scène queer berlinoise depuis<br />

les années 1980.<br />

Et bien sûr, pas de festival sans fiesta, en<br />

ouverture à La Gravière, et en clôture à La<br />

Paillette. Entre deux, des verrées, la Fête<br />

46<br />

lesbienne, queer, féministe,<br />

ainsi que l’invasion des Bains<br />

de l’Est, avec jacuzzi, sauna,<br />

tapas, DJ et performances.<br />

Genève, du 6 au 15 <strong>octobre</strong>,<br />

Maison des arts du Grütli.<br />

Plus d’infos :<br />

everybodysperfect.ch<br />

Mutt © Strange Animal Entertainment<br />

VAUD<br />

Hans-Peter Portmann<br />

Canton: Zurich<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

(jusqu’à présent)<br />

Parti: Les Libéraux-Radicaux<br />

Liste n°5<br />

Matthieu Carrel<br />

Canton: Vaud<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Les Libéraux-Radicaux<br />

Liste n°9<br />

Markus Reck<br />

Canton: Zurich<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Parti vert’libéral<br />

Liste n°30<br />

Maximilien Szabo<br />

Soutenez par votre<br />

vote les candidats queer<br />

qui s’engagent pour<br />

les questions LGBTIQ !<br />

Canton: Zurich<br />

Candidat pour: Conseil National<br />

Parti: Les Libéraux-Radicaux<br />

Liste n°5<br />

CULTURE<br />

CINÉMA<br />

network, Postfach, 8031 Zurich | sekretriat@network.ch | www.network.ch


Abonnez-vous<br />

et soutenez<br />

la presse<br />

indépendante<br />

et militante !<br />

LES OUVRAGES<br />

QUEER<br />

Chaque mois, Payot Libraire met en avant des livres queer.<br />

Au programme de ce numéro, l’équipe de Fribourg vous propose<br />

cinq titres à dévorer cet automne.<br />

ALBUM<br />

CASA SUSANNA,<br />

SABELLE BONNET/SUSAN STRICKER, TEXTUEL<br />

Transvestia est une revue américaine clandestine qui, de<br />

1959 à 1968, regroupa photos, écrits et dessins réalisés<br />

par et pour les travesties. Un terme qui n’est plus utilisé de<br />

nos jours, mais qui était le seul existant, à l’époque, pour<br />

définir ces hommes qui s’habillaient en femme, quelle<br />

que soit par ailleurs leur orientation. C’est dans la maison<br />

de campagne de sa femme que Susanna, elle-même<br />

travestie, accueillait ses amies à bras ouvert. L’espace de<br />

quelques jours, dans une ambiance bienveillante, elles<br />

pouvaient vivre pleinement leur identité de femme. Une<br />

parenthèse bienvenue lorsque que l’on sait que, dans les<br />

États-Unis de la guerre froide, la population vit dans une<br />

constante paranoïa contre tout ce qui n'incarne pas l’idéal<br />

américain... Cette peur de voir leur vie s’écrouler rendait<br />

leur complicité encore plus forte, et l’importance de Casa<br />

Susanna encore plus grande. Un magnifique ouvrage de<br />

photographies de travesties, à l’époque où les discussions<br />

sur l’identité de genre n’existaient pas – ou du moins pas<br />

publiquement et qui prolonge le magnifique documentaire<br />

de Sébastien Lifshitz. (A.S.)<br />

boutique.360.ch<br />

ROMAN<br />

DRAG,<br />

JOHANN ZARCA, GRASSET<br />

Tony a absolument tout du petit délinquant : l’attitude,<br />

le langage, la gueule, et il le cultive. Comment se peut-il<br />

alors qu’il soit aussi Reine Nita, diva de la nuit, grande<br />

distributrice d’amour et de regards bienveillants ? Le<br />

nouveau roman coup de poing de Johann Zarca, l’auteur<br />

du merveilleux Chems – toujours aussi dur, mais<br />

aujourd’hui encore tellement nécessaire – traite brillamment<br />

de l’acceptation de soi, et des autres. Et des<br />

rôles que, tous·tes·x, on joue au quotidien sans même<br />

s’en rendre compte... (B.T.)<br />

LIVRES<br />

CULTURE<br />

49


ROMAN<br />

HÊTRE POURPRE,<br />

KIM DE L’HORIZON, JULLIARD<br />

<strong>2023</strong><br />

Lorsque sa grand-mère commence à perdre la mémoire,<br />

Kim tente de combler les silences en invoquant ses souvenirs<br />

d'enfance, dans une remémoration d'une infinie et<br />

terrible tendresse. S'ouvre alors une tourbillonnante quête<br />

familiale sur les figures féminines qui constituent sa lignée<br />

maternelle: un arbre généalogique de sorcières entretenant<br />

un puissant lien avec la nature, de femmes subversives en<br />

recherche permanente de liberté, parmi lesquelles Kim<br />

se crée une place. Prodigieux roman de formation du XXI e<br />

siècle, récit de libération – des traumatismes familiaux, de<br />

l'identité de genre et de classe – Hêtre pourpre invente sa<br />

propre langue magique pour dire l'indicible. Bruissant de<br />

corps et de formes diverses, ce premier roman, lauréat des<br />

Prix du livre allemand et Prix suisse du livre, est un feu de<br />

joie qui embrase tout sur son passage.<br />

BD<br />

LA REVANCHE D’UN BLOND,<br />

ROBBIE COUCH, DE SAXUS<br />

Blaine Bowers est un lycéen avec une âme d'artiste<br />

adepte de la peinture murale. Il vit entouré d'une famille<br />

aimante et d'amis formidables. À l'occasion du premier<br />

anniversaire de sa relation avec son petit ami Joey, il est<br />

persuadé que celui-ci va l'inviter pour les vacances de<br />

printemps. Mais il lui annonce... leur rupture ! Joey lui reproche<br />

d'être trop immature, maladroit... et pas assez<br />

sérieux, en somme d'être un adolescent ordinaire. Un<br />

véritable choc pour Blaine, d'autant que Joey s'affiche<br />

rapidement avec son nouveau copain, Zach. Blaine décide<br />

alors de devenir tout ce que son ex lui reproche de ne pas<br />

être, de lui prouver qu'il peut être « sérieux ». Il entreprend<br />

alors de briguer la présidence du conseil des élèves face<br />

à son rival Zach dans l'espoir de reconquérir Joey.<br />

JEUNES ADULTES<br />

LA GRÂCE DU MOMENT,<br />

JULIETTE MORAUD, ACTES SUD JEUNESSE<br />

Il y a six mois, la vie d'Achille, 17 ans, a vacillé. Sa mère<br />

est morte brutalement. Depuis, il cohabite avec un père<br />

inconsolable, sans pouvoir lui parler. Achille essaie de<br />

continuer à vivre le plus normalement possible entre<br />

ses amis, le lycée dont il sèche les cours, les soirées,<br />

la musique, la colère et la tristesse. Et puis un jour, il y<br />

a Nicolas. C'est le frère de sa meilleure amie. Nicolas<br />

est aussi solaire qu'Achille est angoissé. Nicolas c'est<br />

l'inconnu et la découverte du désir. Achille va se laisser<br />

entraîner avec lui dans une histoire d'amour, qui le fait<br />

passer par tous les états, incertitude, peur, jalousie, libération...<br />

Un premier roman qui renouvelle le genre de<br />

la romance et sait captiver son lecteur.<br />

50 CULTURE<br />

LIVRES<br />

Le Grütli Centre<br />

Le Grütli de production<br />

Le Grütli et<br />

Le Grütli de diffusion<br />

Le Grütli des Arts vivants<br />

Oscar Gómez Mata<br />

Cie L’Alakran<br />

10-22 <strong>octobre</strong><br />

Général-Dufour 16<br />

CH-1204 Genève<br />

w w w. grutli.ch<br />

Réservations :<br />

+41 (0)22 888 44 88<br />

reservation@grutli.ch


utch<br />

Par<br />

Catherine Vidmer<br />

Être<br />

en <strong>2023</strong><br />

Cheveux courts, corpulence imposante, blouson<br />

en cuir et jean Levi’s… Que deviennent les illustres<br />

garçonnes de la communauté des femmes* qui aiment<br />

les femmes* ? <strong>360°</strong> rouvre le dossier butch.<br />

Lena Waithe © Gage Skidmore<br />

Lea Delaria © Behind The Velvet Rope TV<br />

Historiquement, la butch est la compagne désignée<br />

de la fem, qui forment ensemble un couple aux rôles<br />

différenciés sur la base du modèle homme/femme.<br />

Entre les années 1940 et 1960, l’apparence butch<br />

était intimement liée à une stratégie de survie dans<br />

l’espace public et à l’appartenance à une collecti-<br />

vité saphique. Depuis, l’acquisition de droits pour<br />

les femmes et les personnes LGBTIQ+ a ouvert un<br />

champ des possibles, qui a permis aux femmes*<br />

saphiques de ne plus se tenir à des rôles fixes.<br />

Aujourd’hui, la butchness a perdu de sa dimension<br />

collective et s’apparente davantage<br />

à une sensibilité individuelle. Quand je pense aux<br />

personnalités butchs et studs (femmes* saphiques masculines<br />

et racisées) les plus populaires, j’ai à l’esprit la<br />

mythique Lea Delaria et son tatouage « daddy » sur son<br />

avant-bras gauche, Abby McEnany, Hannah Gadsby, Lena<br />

Waithe et, plus récemment, Mal et Aussie du show Netflix<br />

The Ultimatum: Queer Love. À mon âge, Max (prénom<br />

modifié) n’avait jamais vu de butchs de sa vie. Mais des<br />

modèles, elle en avait : « Mes références à moi, c’était<br />

Bruce Willis et Sean Connery. » La petite cinquantaine,<br />

coupe en brosse, silhouette assez fine mais musclée,<br />

t-shirt et jean retroussés, une ceinture à grosse boucle,<br />

des boots en cuir couleur cognac, Max me raconte le<br />

moment où elle a découvert le milieu butch/fem aux<br />

États-Unis, au cours d’un voyage dans l’Oregon : « Je<br />

suis rentrée dedans comme un poisson dans l’eau. Là,<br />

je me suis dit : “ C’est ça ”, dans ma façon de penser, dans<br />

ma façon de vivre, dans ma façon de m’habiller, dans<br />

ma gestuelle, dans tout. » Dans cette plongée en immersion<br />

dans la communauté butch/fem, Max réalise<br />

qu’elle est lesbienne : « J’ai fait mon coming out super<br />

tard, à 28 ans. J’avais déjà des doutes, et là j’ai compris. »<br />

Masculinité plurielle :<br />

butch et transidentité<br />

« Les butchs sont en voie de disparition. »<br />

Cette idée a fait son chemin dans la communauté<br />

saphique depuis une dizaine d’années. Une des<br />

hypothèses concernant le déclin numérique des butchs<br />

suggère que ce phénomène ne serait pas seulement lié<br />

à la désuétude du terme, mais aussi à l’augmentation du<br />

nombre de transitions. Le rapport à l’existence trans* et<br />

les modalités d’accès à un traitement hormonal et à la<br />

chirurgie de réassignation sexuelle ont beaucoup évolué<br />

ces dernières années. Max s’est récemment posé la<br />

question de la transition : « C’est sûr qu’il y a 25 ans en<br />

arrière, on n’en parlait pas. » Elle me raconte qu’au début<br />

des années 2000 encore, on vivait sa transidentité en<br />

portant un gode-ceinture et qu’«on se contentait de<br />

ça». La question de savoir si quelque chose d’autre était<br />

possible ne se posait pas. «Si j’étais jeune aujourd’hui,<br />

je pense que je ferais une transition», conclut-elle.<br />

Quand, dans ma grande naïveté, je parle de<br />

l’image de la butch comme d’un stéréotype<br />

positif et inspirant au sein de la communauté LGBTIQ+,<br />

dû aux rôles pionniers que les butchs et les studs ont<br />

joué dans les luttes passées, Max me rétorque : « J’ai<br />

plutôt l’impression que c’est un peu péjoratif. La butch<br />

est souvent associée à la personne qui prend la place<br />

de l’homme dans le couple, donc qui dirige tout, etc.<br />

Suivant qui, quand il ou elle dit “ butch ”, je sens que<br />

cette personne veut dire derrière : “ l’oppression de<br />

la femme par la femme” . »<br />

Les butchs et les studs sont encore aujourd’hui<br />

les cibles de mépris et de haine.<br />

Il n’est pas rare, qu’iels soient étiquetée·x·s comme<br />

menaces envers le reste de la population féminine,<br />

y compris au sein même de la communauté.<br />

« J’arrive à la soirée [de l’association saphique] et là,<br />

il y a une fille qui refuse de me faire la bise. Elle ne<br />

m’a pas adressé la parole de la soirée et a éloigné<br />

sa copine de moi tout le temps. Je trouve qu’hélas<br />

souvent dans des lieux comme ça, c’est un peu ce<br />

qui ressort… » Cette situation vécue par Max m’a<br />

cruellement fait penser à une vidéo sur TikTok qui<br />

m’avait marquée, l’an dernier. Elle s’inscrivait dans<br />

une série discutant à tort et à travers de la soi-disant<br />

masculinité toxique des butchs et studs, et mettait<br />

en scène une jeune fille protégeant sa copine agrippée<br />

à elle d’une « menace butch » hors-champ. Le<br />

texte de la vidéo résumait : « Quand les hey mamas<br />

lesbiennes s'en prennent aux baby gays au bar ».<br />

Parodies pas toujours<br />

bienveillantes<br />

Le surnom de « hey mama » tire son origine<br />

d’un TikTok diffusé en début d’année 2020.<br />

Dans ce thirst trap (autrement dit une vidéo sexy<br />

qui donne l’eau à la bouche), de jeunes lesbiennes<br />

butchs disent à tour de rôle « hey mamas » en s’adressant<br />

à leur public fem. Rencontrant un important succès,<br />

les dérivés de ce tiktok se sont multipliés. Mais<br />

ces vidéos ont aussi rapidement été parodiées par<br />

d’autres membres de la communauté saphique, un<br />

grand nombre d’utilisatrice·x·s jugeant les hey mamas<br />

ringardes et embarrassantes (« cringe »). Dans la série<br />

des parodies « classiques », une tiktokeuse connue a<br />

présenté le soir d’Halloween son super costume d’hey<br />

mama, évoquant une figure cartoonesque. Au travers<br />

de parodies ou de commentaires assassins, ce sont<br />

des milliers d’utilisatrice·x·s qui ont exprimé des propos<br />

lesbophobes, jonglant entre jugements physiques<br />

et rejet d’une expression non féminine du désir.<br />

Max n’a pas eu vent de ce trend, mais fait<br />

remarquer qu’être butch est quelque chose<br />

de plus en plus incompris à l’intérieur de la communauté<br />

: « Je trouve qu’actuellement les tendances sont<br />

au lissage. Tu ne peux pas ressembler à un garçon,<br />

parce qu’après, tu rentres dans le stéréotype et nuis<br />

à la cause. »<br />

Alors que les butchs n’ont plus à subir les<br />

mêmes discriminations que par le passé, elles<br />

ne bénéficient plus non plus de la même solidarité<br />

au sein de la communauté saphique. À l’heure où de<br />

nouvelles formes de masculinité sont revendiquées<br />

au grand jour, les butchs subissent le poids d’un<br />

long et lourd passé, qui leur confère le reproche de<br />

l’inactualité de leur identité. La liberté acquise avec le<br />

temps leur a pourtant permis de s’extraire de carcans.<br />

On peut être aujourd’hui butch et bi, butch et trans*,<br />

butch et bottom et même butch et aimer les butchs.<br />

Malgré ces possibles, Max pense que les butchs ont<br />

fait leur temps et qu’« il n'y en aura plus d’ici une dizaine<br />

d’années ». Cette pensée ne l’abat pas pour<br />

autant. Fidèle à elle-même, elle prend la chose avec<br />

philosophie : « On trouvera bien autre chose ! »<br />

52<br />

CULTURE<br />

BUTCH<br />

BUTCH<br />

CULTURE<br />

53


1ER DÉCEMBRE <strong>2023</strong><br />

JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE SIDA<br />

PROCRASTINATION<br />

Accueil<br />

Du Lundi au Jeudi<br />

de 14h00 à 18h00<br />

Repas convivial<br />

Les Lundis à 19h30<br />

à PVA-Genève<br />

Peinture thérapeutique<br />

Les Mardis de 14h30 à 16h30<br />

à PVA-Genève<br />

Atelier tricot<br />

Les Jeudis de 14h30 à 17h30<br />

à PVA-Genève<br />

Service social<br />

Les Jeudis de 14h00 à 17h00<br />

sans RDV à PVA-Genève<br />

La Journée mondiale de lutte contre<br />

le sida vise à rappeler l’importance<br />

de cette pandémie dans le monde.<br />

À l’occasion de cette journée, PVA-<br />

Genève vous donne rendez-vous<br />

à 18h30 à l’Église Catholique<br />

Romaine Saint Joseph aux Eaux<br />

Vives où aura lieu la Cérémonie<br />

Interreligieuse. Ce sera un temps<br />

de mémoire pour se souvenir de<br />

toutes celles et tous ceux qui ont<br />

disparu. Cette célébration rassemblera<br />

des représentant.e.s<br />

religieu.x.ses des communautés protestante,<br />

catholique romaine, catholique<br />

chrétienne, juive, musulmane,<br />

bouddhiste, hindouiste et bahá’íe.<br />

Une marche de commémoration<br />

laïque ainsi qu’un moment convivial<br />

suivront.<br />

Rue des Pâquis 35, 1201 Genève - 5ème étage<br />

+41 22 732 44 45 - secretariat@pvageneve.ch - www.pvageneve.ch<br />

Restez informé.e.s!<br />

Découvrez nos NEWS<br />

en scannant le QR-code :<br />

Photo: Ivan P. Matthieu<br />

C’est quand ?<br />

C’est le samedi<br />

4 <strong>novembre</strong><br />

<strong>2023</strong><br />

à 13h<br />

C’est où ?<br />

C’est à<br />

l’Association<br />

Dialogai<br />

Rue du Levant 5<br />

1201 Genève<br />

Création d’un nouveau groupe de soutien<br />

L’Association 360 va créer un nouveau groupe de soutien<br />

Ce groupe va accueillir :<br />

●<br />

Les personnes à mobilité réduite.<br />

●<br />

Les personnes neuroatypiques/<br />

neurodivergentes.<br />

●<br />

Les personnes avec<br />

une déficience intellectuelle.<br />

Il est important de pouvoir parler :<br />

●<br />

D’orientation affective.<br />

●<br />

D’orientation sexuelle.<br />

●<br />

D’identité de genre.<br />

L’identité de genre c’est de se dire :<br />

●<br />

« Je suis un homme. »<br />

●<br />

« Je suis une femme. »<br />

●<br />

« Je suis les deux. »<br />

●<br />

« Je ne suis pas homme.<br />

Je ne suis pas femme.<br />

Je suis moi. »<br />

Contact<br />

Vous avez des questions ?<br />

Vous pouvez contacter Marjorie Horta<br />

E-mail : marjorie@association360.ch<br />

Téléphone : 078 746 75 91‬<br />

Il est aussi important de rencontrer des personnes :<br />

●<br />

Pour discuter.<br />

●<br />

Pour passer un bon moment.<br />

La première rencontre de ce groupe<br />

est le 4 <strong>novembre</strong>.<br />

Mais il va y avoir des rencontres toute l’année.<br />

Pendant la première rencontre du 4 <strong>novembre</strong><br />

Je vais pouvoir dire :<br />

●<br />

Quelle activité je veux faire la prochaine fois.<br />

●<br />

L’horaire que je préfère pour la rencontre.<br />

Le temps qui court, le temps qui passe, qui si l'on n'y prend garde<br />

remplit tout notre espace, nous projetant hors de nous-mêmes,<br />

nous laissant hors d'haleine, pantois·e·x. Impérieuse, obsédante,<br />

l'idée se fait alarme, instille en nos esprits d'étranges sentiments,<br />

faisant vibrer la fibre coupable, nous privant des plaisirs de l'instant<br />

présent et de la nonchalance. Procrastination.<br />

En moi parfois, la voix acidulée du lapin d'Alice se fait<br />

entendre, pressante. Oui, je t'entends, je sais, j'en suis<br />

consciente : oui, je suis en retard. Non, ce n'est nullement<br />

de l'indifférence. Juste une incapacité momentanée<br />

de me mouvoir. Pas paralysée, non ; immobile,<br />

comme suspendue, flottant en une bulle indistincte<br />

où plus rien ne peut, ne veut, se formuler. Je pourrais<br />

certes à l'action me forcer mais quelque chose en moi<br />

résiste, refuse les injonctions de la réalité. Est-ce une<br />

rébellion face à la sensation de trop-plein que produit<br />

périodiquement sur moi le Monde ? Je ne saurais vraiment<br />

répondre, mais il est vrai que parfois, plutôt que<br />

de perdre pied dans un océan pour moi bien trop tourmenté,<br />

je n'ai d'autre alternative que me laisser flotter<br />

FRAGRANCES<br />

Par Greta Gratos<br />

SOCIÉTÉ<br />

sans résistance aucune jusqu'à ce que le courant exerce<br />

en mon esprit moins de violence et que je puisse, sans<br />

risquer la noyade, regagner la rive pour reprendre le<br />

cours de mon active existence et de mes engagements<br />

respecter les échéances. Alors, en attendant, je n'ai<br />

qu'un seul refuge : le sommeil, ou plutôt la somnolence<br />

dans laquelle, à l'instar du loir en sa théière, je cherche à<br />

faire le vide en une léthargie réparatrice, réconfortante.<br />

En cette étrange exil sans but ni destination, dont je ne<br />

veux ni ne peux connaître la durée, je reprends peu à<br />

peu les forces qui me sont nécessaires pour vous rejoindre<br />

et à nouveau marcher sereine à vos côtés, vous<br />

qui peut-être et à votre manière traversez également<br />

de telles errances.<br />

55


L’humeur de Léon Salin<br />

BRAS DE FER ŒDIPIEN<br />

Léon est un homme transgenre romand. Il tient les<br />

comptes Instagram et TikTok @salinleon dans lesquels<br />

il lutte pour une représentation positive des<br />

personnes transgenres.<br />

Dans cette chronique, je continue de discuter avec<br />

Julien. Un homme cisgenre, hétéro, avec qui je partage<br />

certaines de mes pensées. Il est fictif, sans être<br />

irréel. Julien ça pourrait être toi, moi et/ou nous.<br />

Cher Julien, tu ne vas pas en croire tes oreilles. Lors<br />

du traditionnel repas de famille du dimanche soir,<br />

mon paternel, un homme d’une carrure forte et virile,<br />

me charrie en me proposant un bras de fer. Il me demande,<br />

« Tu penses que tu me bats maintenant ? »<br />

D’un rire jaune, je réponds qu’évidemment je ne le<br />

bats pas. Il me semble inimaginable que moi, je le<br />

batte lui. C’est encore trop tôt dans ma transition,<br />

je n’ai pas encore atteint ma masse musculaire finale,<br />

me dis-je pour me rassurer. Mais je pratique<br />

tout de même des heures innombrables de sport<br />

chaque semaine. Bon, je décide de me prêter au jeu<br />

et j’accepte le défi œdipien : vais-je vaincre le père ?<br />

Paume contre paume, coudes collés à la<br />

table, yeux rivés l’un sur l’autre, le combat débute.<br />

L’impensable arrive, je suis en possession d’une force<br />

supérieure que celle que je combats. Enjoué et acclamé<br />

par la foule – c’est-à-dire ma mère – j’enfonce<br />

la main de mon paternel dans le bois de la table.<br />

Incroyable, je ressors vainqueur. Une grande<br />

fierté s’empare de moi. Mes deux parents me fixent<br />

avec des yeux écarquillés. « Comment est-ce possible<br />

? » s’exclament-ils. Cette fierté est vite remplacée<br />

par une triste dysphorie. L’étonnement surdimensionné<br />

de mes proches provient de leur intime<br />

croyance que je reste une femme, et qu’une femme,<br />

ça me bat pas son père au bras de fer.<br />

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Formation ensa<br />

Focus LGBTIQ+<br />

PREMIERS SECOURS<br />

EN SANTÉ MENTALE<br />

Les personnes LGBTIQ+ sont<br />

susceptibles d’être touchées<br />

par des problèmes de santé<br />

mentale. Que faire lorsque vous<br />

remarquez qu’une personne souffre<br />

psychologiquement ? Il est important<br />

de reconnaître et de réagir face<br />

aux difficultés de vos proches et<br />

collègues. Plus on attend, plus les<br />

problèmes s’aggravent.<br />

Formateur : Abdurahman Mah<br />

Prix : CHF 380.<br />

UTILE<br />

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Le webinaire ensa se tiendra entre<br />

18h00 et 20h30 aux dates suivantes:<br />

01.11.<strong>2023</strong>, 06.11.<strong>2023</strong>, 08.11.<strong>2023</strong>,<br />

13.11.<strong>2023</strong>, 15.11.<strong>2023</strong>, 20.11.<strong>2023</strong>,<br />

22.11.<strong>2023</strong>,<br />

A l’issue de votre formation, vous<br />

recevrez une attestation de<br />

secouriste en santé mentale délivrée<br />

par ensa et une attestation sur les<br />

spécificités LGBTIQ+ délivrée par<br />

Dialogai.<br />

J’ai une<br />

J’ai des rapports avec des mecs depuis<br />

seulement 2-3 ans. Le plus souvent c’est<br />

juste des branlettes et des pipes. C’est<br />

rarement allé plus loin. Comme ils ont mon<br />

âge (la vingtaine), je me demande si j’ai pris<br />

un risque pour le VIH.<br />

Le VIH ne fait pas de discrimination selon<br />

l’âge. Il se transmet lors de pénétrations<br />

(anales ou vaginales) sans protection<br />

(préservatif ou PrEP) avec un·x·e partenaire<br />

dont le statut VIH est inconnu ou incertain.<br />

Cela semble être ton cas et probablement<br />

celui de certain·x·e·s de tes partenaires.<br />

Je te recommande donc de faire un<br />

dépistage du VIH ainsi que des autres<br />

IST majeures qui sont plus fréquentes, se<br />

transmettent plus facilement (y compris par<br />

fellation et masturbation mutuelle) et restent<br />

souvent sans symptômes.<br />

Ensuite, c’est à chacun·x·e de choisir et<br />

d’appliquer une stratégie efficace pour<br />

réduire son risque de contracter/transmettre<br />

le VIH. Pour trouver celle qui te convient, tu<br />

peux trouver toutes les informations sur le<br />

Safer Sex sur drgay.ch.<br />

Je n’ai pas beaucoup de rapports mais je<br />

dois avouer que je n’utilise pas toujours de<br />

préservatif. Je ne sais pas si cela vaut la<br />

peine que je prenne la PrEP.<br />

Lire la réponse :<br />

question !<br />

Tu peux tout nous demander.<br />

drgay.ch<br />

Inscription et<br />

infos sur le site<br />

de ensa


Identités<br />

à large<br />

spectre<br />

Par Soën Dällenbach<br />

En tant qu’une des ambassadrices<br />

de la non-binarité<br />

en Suisse romande, l'association<br />

Ekivock fête ses<br />

trois ans. Rencontre avec<br />

trois de ses fondateur·ice·x·s.<br />

Derrière les rubalises, la gare et ses commerces ferment<br />

avec une certaine agitation policière: des supporters<br />

de foot vont passer par ici. Impression un peu<br />

surréaliste de se retrouver dans le café, au calme,<br />

au milieu des tintements de verres. C'est là que je<br />

retrouve Liam et Mael, puis Raphaëlle, membres du<br />

comité d'Ekivock. Mael raconte la genèse de cette<br />

jeune association non binaire de Suisse romande, à<br />

commencer par la première rencontre, fin août 2020.<br />

Liam se souvient de la découverte d'une atmosphère<br />

bienveillante. Il s’était senti immédiatement très à<br />

l’aise : « Il n’y avait rien, la visibilité des personnes<br />

non binaires était quelque chose de nouveau. Le fait<br />

qu’il y ait ce type d’événement public m’a donné l’envie<br />

de pousser ce genre d’action. »<br />

Pour Raphaëlle, la participation à Ekivock<br />

s’est enchaînée avec son parcours de transition.<br />

« Certaines personnes ont parfois de<br />

la peine à comprendre que je sois une personne<br />

non binaire, en dépit de mon pronom<br />

(elle), de mon parcours médicalisé MtF et<br />

du fait que j’affiche largement du féminin.<br />

Le spectre de cette non-binarité est tellement<br />

vaste dans les différentes identités<br />

qu’on peut y trouver, qu'effectivement, on<br />

peut afficher et se ressentir majoritairement<br />

dans le féminin mais quand même<br />

être non binaire. Mon féminin a été emmuré<br />

en moi pendant 45 ans, je pense qu’il a<br />

largement besoin d’être là. Peut-être que<br />

quand il aura suffisamment vécu au grand<br />

jour, il va se tempérer un petit peu... Peutêtre<br />

qu’à 90 ans je me retrouverai un peu<br />

plus au milieu, je n’en sais rien. J’ai cette<br />

porte ouverte là. » Petit moment de flottement,<br />

je remarque qu’une lointaine musique<br />

eighties enveloppe nos voix. Se laisser une<br />

porte ouverte. Des mots qui résonnent en<br />

moi, qui me suis identifié très longtemps<br />

comme personne non binaire pour ensuite<br />

transitionner vers le genre masculin.<br />

Invitation au Palais fédéral<br />

Fédérer un groupe au temps du Covid n’a pas été<br />

chose facile, il a fallu faire quelques réunions à distance<br />

et même une « visio-clette », mais cela n’a pas<br />

influé sur l’envie de continuer l’aventure associative.<br />

Les groupes de parole ont vu le jour, puis des conférences<br />

et des événements, souvent à l'invitation de<br />

groupes désireux d'en savoir plus sur la non-binarité.<br />

En avril dernier, Ekivock a été invité au Palais fédéral<br />

pour intervenir lors d'une séance de la Commission<br />

des affaires juridiques du Conseil national consacrée<br />

à la question d’un troisième genre ou à celle<br />

de la suppression du genre dans l’administration.<br />

La majorité de la population n’étant pas très<br />

à jour quant aux questions de genre sortant<br />

du cadre binaire, Ekivock s'attache surtout<br />

– pour l'instant – à sensibiliser, à informer<br />

et à créer une place dans l’espace public autour<br />

de la non-binarité. C'est dans cet esprit<br />

que l'association a créé (dans le cadre du<br />

festival Spielact à Genève) un jeu de plateau<br />

qui a rencontré un certain succès, Bon chic<br />

bon genre. Au fil d’une centaine de cartes<br />

interactives, les joueur·se·x·s font face à<br />

des situations réelles, comme « Ton binder<br />

est trop serré, passe un tour pour respirer »,<br />

iels doivent énoncer un maximum d'identités<br />

de genre ou encore faire deviner en<br />

mimant la pratique du tucking. Ekivock fabrique<br />

également à la main des pin’s pronoms<br />

et accords qu’elle distribue lors de<br />

ses activités. Raphaëlle, qui est aussi responsable<br />

de Transgender Network (TGNS)<br />

en Suisse romande, soutient la thèse d’un<br />

équilibre entre les groupes activistes et les<br />

groupes plus « tempérés », permettant de<br />

concilier les courants revendicatifs et ceux<br />

plus conservateurs de la société.<br />

« La majeure partie de la population est discriminée<br />

sur son physique, son genre, son orientation<br />

sexuelle, etc. rappelle Raphaëlle. Si seulement<br />

toutes ces personnes pouvaient se mettre ensemble<br />

et dire '' OK, ça marche plus, il faut changer quelque<br />

chose '', cela donnerait un impact et un changement<br />

beaucoup important que lorsque chaque domaine<br />

précis revendique sa propre discrimination. » Mael<br />

a une jolie formule pour résumer cette idée de collaboration<br />

: nous sommes tous·tes·x un ensemble de<br />

« mille et une pattes ». J’aime cette analogie qui fait<br />

référence à notre multiplicité et notre puissance<br />

collective. Notre rencontre prend fin sur quelques<br />

échanges de références de films. Les sons qui nous<br />

ont entouré·e·x·s durant ces quelques heures ne sont<br />

plus qu’une fine rumeur dans cette gare où le flux<br />

des voyageur·se·x·s a repris.<br />

Le groupe de parole d’Ekivock est ouvert à toute<br />

personne s'identifiant dans le spectre de la non-binarité<br />

ou en questionnement, chaque premier mercredi<br />

du mois dès 19h45 dans les locaux de VoGay.<br />

Plus d'infos sur ekivock.ch<br />

À Genève, l’association Trajectoires non-binaires<br />

propose également des moments de rencontres<br />

et de soutien en mixité choisie. Plus d’infos sur<br />

Instagram : @trajectoires_non_binaires<br />

PUBLICITÉ<br />

58 ASSOCIATIF<br />

NON-BINAIRE


© Charlotte Passera<br />

Dr·e Goudou<br />

QUESTION SEXO POUR LES PERSONNES À VULVES<br />

J’ai essayé le massage de la yoni, ça m’a plu, et maintenant<br />

j’aimerais bien explorer le tantrisme.<br />

Ravi·e·x de lire que tu as aimé cette pratique ! Le tantrisme<br />

est un art ancestral mêlant culture indienne et<br />

pratiques du Kâma Sûtra dont l’objectif est d’éveiller<br />

notre sensualité, notre spiritualité et d’atteindre<br />

des sommets (bon, peut-être pas le Mont Pèlerin)<br />

de plaisir intime à travers la variation des énergies<br />

qui nous traversent. Le massage tantrique peut se<br />

pratiquer de différentes manières, sexuelles ou non.<br />

L’humeur d’Aymeric Dallinge<br />

À NOS AMOURS<br />

Aymeric Dallinge s’amuse des mots et crée des ambiances<br />

saisies dans l’instant.<br />

À nos amours inachevées,<br />

Leurs promesses qui ne sont devenues que poussières,<br />

Leurs rêves restés dans le sac du marchand de sable,<br />

Leurs instants qui demeureront souvenirs,<br />

Leurs caresses et leurs mots oubliés par le temps.<br />

À nos amours inavouées,<br />

Tapies dans l’ombre de notre esprit,<br />

Hormis le fait d’avoir du temps devant soi (à éviter<br />

avant la visite des parents), l’un des éléments centraux<br />

dans le tantrisme est la respiration. Sollicitée<br />

de manière consciente, elle permet de réveiller des<br />

énergies comme la Kundalini, qui se trouve en bas<br />

du dos. Lorsque tu inspires, imagine que ton sexe<br />

est le point d’accès à une puissante énergie qui se<br />

diffuse lentement dans tout ton corps. Pour t’aider<br />

à la localiser, tu peux aussi contracter légèrement<br />

ton périnée au moment de l’inspiration. Assis·e·x en<br />

duo et en tailleur (de préférence nu·e·x, mais sans<br />

obligation) face à face, vous pouvez commencer par<br />

prendre conscience du rythme de vos respirations.<br />

Peu à peu, vous pouvez les réguler pour qu’elles<br />

soient synchronisées. Ensuite, vous pouvez réunir<br />

l’une de vos paumes de main et imaginer que l’énergie<br />

circule entre vous. Une fois cette osmose réussie,<br />

il sera possible de prolonger le toucher, voire d’initier<br />

un massage dont nous parlerons plus en détail dans<br />

une prochaine rubrique (on se réjouit déjà). Nous vous<br />

souhaitons une très belle ascension.<br />

Camille Beziane, spécialiste en santé sexuelle,<br />

responsable de l’association les Klamydia’s<br />

Aline Alzetta-Tatone, sexologue, co-fondatrice du<br />

Refuge-Neuchâtel<br />

Palpitantes sous la retenue,<br />

Nouées dans nos gorges muettes,<br />

Si fortes et pourtant silencieuses.<br />

À nos amours d’été,<br />

Passionnées de chaleur humaine,<br />

À se contempler jusqu’au coucher du soleil,<br />

Celles qui ne verront pas passer l’hiver,<br />

Échouées sur des plages paradisiaques.<br />

À nos amours vaincues,<br />

Lorsque la colère remplace les mots doux,<br />

Lorsque l’absence couvre les matins câlins,<br />

Lorsque les silences animent les repas,<br />

Lorsque la fatigue habite les cœurs.<br />

À nos amours sincères,<br />

Bravant le temps et les courants de la vie,<br />

Inébranlables face aux épreuves,<br />

Indéfectibles depuis les premiers jours,<br />

Unies jusque dans la mort.<br />

L’amour, c’est la vie,<br />

La vie, c’est la mort.<br />

Aimons encore,<br />

Aimons plus fort.<br />

JEUDI 5 OCTOBRE<br />

LE MAH AU QUEERSCOPE<br />

Et bien plus encore sur<br />

www.lestime.ch<br />

Agenda<br />

Le « MAH au Queerscope » est un événement qui vise<br />

à susciter une réflexion sur le potentiel queer des<br />

musées et de leurs collections tout en proposant un<br />

moment convivial autour des œuvres exposées au<br />

Musée d’Art et d’Histoire de Genève (MAH). Organisé<br />

conjointement par le MAH, le Service Agenda 21 – Ville<br />

durable de la Ville de Genève, l’Association Lestime,<br />

le collectif Notre Histoire compte et la Maison de l’histoire,<br />

il s’inscrit dans le cadre du « Mois de l’histoire<br />

LGBTIQ+ ». 16h – 22h I Musée d’art et d’histoire, Genève<br />

DIMANCHE 29 OCTOBRE<br />

GROUPE DE LECTURE TRANS*<br />

Chaque dernier dimanche du mois, Erin, membre<br />

du comité de Lestime, vous accueille au local<br />

pour partager un après-midi de lecture.<br />

15h – 18h | Mixité choisie : Mixité choisie: femmes,<br />

lesbiennes, personnes trans, non binaires, intersexes<br />

VENDREDI 3 NOVEMBRE<br />

SOIRÉE HALLOWEEN<br />

« Carte blanche à Céline » Pour Halloween, Lestime<br />

se transforme en Maison du grand frisson. Sorcières,<br />

magiciennes et autres zombies bienvenues.<br />

Dès 18h30 I Mixité choisie : Mixité choisie: femmes,<br />

lesbiennes, personnes trans, non binaires, intersexes<br />

Devenez membre<br />

en vous inscrivant sur notre site<br />

Faire un don : CCP 17-177538-7<br />

Lestime, communauté lesbienne<br />

5, rue de l‘Industrie | 1201 Genève | Tél. 022 797 27 14<br />

info@lestime.ch | www.lestime.ch<br />

Les prochaines<br />

rencontres des groupes<br />

Groupe Trans*<br />

◗ Mercredis 4 et 18 <strong>octobre</strong> et mercredis 1er et 15<br />

<strong>novembre</strong> Groupe de rencontre et de discussion de 19h<br />

à 21h30 au local de 360.<br />

◗ Lundi 20 <strong>novembre</strong> : Journée du Souvenir Trans* (TDOR).<br />

Infos de la journée suivent sur le site.<br />

◗ Infos, conseils et entretiens<br />

w :association360/trans<br />

e : trans@association360.ch, t : 078 322 34 60<br />

Pôle Familles LGBTQ+<br />

◗ Jeudi 19 <strong>octobre</strong> de 19h à 21h : Réunion infos, discussions<br />

et partages au local de 360.<br />

◗ Infos, conseils et entretiens : association360.ch/<br />

homoparents, familleslgbtq@association360.ch<br />

t : 079 236 03 58<br />

Groupe Tamalou<br />

◗ Vendredi 6 <strong>octobre</strong>, Journée Internationale des<br />

personnes âgées de 19h à 22h30 à Lestime : apéritif de<br />

bienvenue + repas + cinéma !<br />

◗ Pour les sorties d’<strong>octobre</strong>-<strong>novembre</strong>, suivez le programme<br />

des Tamalou sur leur Facebook : https://www.<br />

facebook.com/<br />

◗ Tous les mardis dès 17h30 : rencontre conviviale en<br />

ville ! Pour intégrer le groupe WhatsApp : envoyer un<br />

courriel à andr.lauper@yahoo.com<br />

◗ Renseignements et inscription : t : 022 741 00 70<br />

Groupe les Babayagas<br />

◗ Vendredi 6 <strong>octobre</strong>, Journée Internationale des<br />

personnes âgées de 19h à 22h30 à Lestime : apéritif de<br />

bienvenue + repas + cinéma !<br />

◗ Mercredis 11 <strong>octobre</strong> et 8 <strong>novembre</strong> dès 19h, Brunch<br />

canadien et rencontre mensuelle au local !<br />

◗ Restez en contact avec les membres des Babayagas<br />

grâce à son groupe WhatsApp ! Pour participer, appeler<br />

Christine au + 41 79 544 94 30 ou adresser un courriel à<br />

babayagas@association360.ch<br />

◗ Infos, conseils et entretiens t : 079 544 94 30<br />

Groupe BiPan+<br />

◗ Vendredis 20 <strong>octobre</strong> et 17 <strong>novembre</strong> dès 20h, réunion<br />

conviviale mensuelle au local de 360 !<br />

◗ Infos, conseils et entretiens<br />

e : bipanplus@association360.ch, t : 079 632 70 48<br />

LGBTIQ+ International Group<br />

◗ Vendredis 13 <strong>octobre</strong> et 10 <strong>novembre</strong> de 19h à 23h30 :<br />

monthly pot-luck dinner – buffet canadien mensuel,<br />

dans nos locaux (Rue de la Navigation 36, 1201 Genève)<br />

◗ Vendredi 27 <strong>octobre</strong> au Phare & Vendredi 24 <strong>novembre</strong><br />

au Nathan : monthly after work mensuel de 18h à 21h<br />

◗ Plus d’infos : 079 773 60 08<br />

En <strong>2023</strong>, la coti c’est toujours la vie ! Soutenez<br />

l’association 360 : cotisation annuelle de CHF 55.- ou 100.-<br />

pour les couples ! IBAN CH50 0900 0000 1759 6500 6<br />

Service Juridique<br />

Je 9h – 13h et 14h – 18h<br />

Ve 9h – 13h<br />

« Uniquement sur<br />

rendez-vous »<br />

juri@360.ch<br />

022 731 42 13<br />

Permanence Trans<br />

au 078 322 34 60<br />

du lu au ve, 10h à 12h et<br />

14h à 17h30<br />

Infos, conseils et<br />

entretien sur RDV<br />

Perm. d’accueil au local<br />

Ma au Ve 14h – 18h<br />

Association 360 | 022 741 00 70 | association360@360.ch<br />

Rue de la Navigation 36 | 1201 Genève<br />

IBAN CH50 0900 0000 1759 6500 6<br />

60 CULTURE<br />

CHRONIQUES<br />

Lestime_an_360_oct_<strong>2023</strong>_OK.indd 1 13.09.23 11:31


L’ORACLE DU MOIS<br />

HARCÈLE.MENT<br />

POLITIQUE DE QUALITÉ<br />

Gouverner un pays efficacement en s’appuyant sur des bases solides.<br />

DU 1 e AU 9 OCTOBRE<br />

DU 1 AU 8 OCTOBRE<br />

2<br />

septembre<br />

18<br />

mars<br />

Paternalisme bien tempéré.<br />

INDIGNATION<br />

Surtout que rien ne change - gouverné<br />

Tout fout l’camp !<br />

sous la casquette de la tradition, un pays<br />

Heureusement que les réseaux sociaux<br />

reste stable et sa politique efficacement<br />

existent pour offrir une tribune où on peut<br />

protégée des influences novatrices<br />

exprimer sa précieuse opinion<br />

et par trop idéalistes.<br />

sur le relâchement des mœurs.<br />

DU 10 AU 16 OCTOBRE<br />

DU 9 AU 15 OCTOBRE<br />

Information subtilement anxiogène.<br />

PUNITION<br />

Afin de garder la population dans une<br />

Faut qu’ça sorte !<br />

dynamique de groupe maîtrisable,<br />

En quelques formules bien senties,<br />

distiller à intervalles réguliers des marches<br />

on déverse sur ces indésirables<br />

à suivre opaques permet de garder sous<br />

notre juste colère. La calomnie<br />

contrôle tout mouvement de rébellion<br />

au service de la vérité.<br />

inopportun.<br />

3<br />

juin<br />

Parlons de nos sentiments,<br />

de nos soucis et de nos souhaits.<br />

Découvre l’amitié de<br />

Laurent & Kelly sur drgay.ch/talk<br />

@shop.monokini.ch<br />

DU 16 AU 22 OCTOBRE<br />

SATISFACTION<br />

DU 17 AU 23 OCTOBRE<br />

Une<br />

Esprit<br />

bonne<br />

de clocher<br />

chose de<br />

progressiste.<br />

faite !<br />

A<br />

Les<br />

grand<br />

débats<br />

renfort<br />

dans<br />

de<br />

l’hémicycle<br />

trolling, on a<br />

fleurent<br />

cloué<br />

leur<br />

bon<br />

sale<br />

les valeurs<br />

bec à ces<br />

et le<br />

divas,<br />

bon<br />

à<br />

sens<br />

ces<br />

terriens.<br />

trublions,<br />

à<br />

La<br />

ces<br />

campagne<br />

apaches,<br />

intime<br />

à ces énergumènes 21<br />

aux développements<br />

qui<br />

de société<br />

ne cherchent<br />

un rythme<br />

qu’à saper<br />

de juillet croisière<br />

la société<br />

qui<br />

…<br />

permet d’atténuer 21 aisément les urgences.<br />

juillet<br />

28<br />

avril<br />

DU 23 AU 31 OCTOBRE<br />

DU<br />

PERFECTION<br />

24 AU 31 OCTOBRE<br />

28<br />

avril<br />

L’immobilisme<br />

C’est comme ça<br />

dynamique.<br />

et pas autrement !<br />

Lorsque<br />

Un papa<br />

la<br />

/ une<br />

situation<br />

maman.<br />

politique devient brûlante<br />

et<br />

Un<br />

nauséabonde,<br />

chef / une secrétaire.<br />

s’attabler résolument autour<br />

d’un<br />

Un maître<br />

plat national<br />

/ un esclave.<br />

communautaire fait fondre<br />

toutes<br />

On change<br />

les dissensions<br />

pas une équipe<br />

dans<br />

qui<br />

la bonne<br />

gagne.<br />

humeur.<br />

La fondue est l’opium du peuple.


Horoscope<br />

À l’heure de la saison Balance/Scorpion<br />

des charmes, des magies, des<br />

mutations, des verdicts et des renaissances,<br />

quelle créature fantastique<br />

sera ton guide dans l’obscurité clinquante<br />

?<br />

VERSEAU<br />

21 JAN – 18 FÉV<br />

POISSONS<br />

19 FÉV – 20 MARS<br />

BÉLIER<br />

21 MARS – 20 AVRIL<br />

TAUREAU<br />

21 AVRIL – 20 MAI<br />

Par AstrAl<br />

BALANCE<br />

23 SEP – 22 OCT<br />

Ta chanson du mois :<br />

Magic, November Növelet<br />

SCORPION<br />

23 OCT – 22 NOV<br />

Ta chanson du mois :<br />

Bienvenue en Enfer, Hante<br />

Balance, te voilà sirène. Pas celle à nageoire, celle à<br />

plume, guetteuse et gardienne, consciente de ce<br />

qui doit être préservé et de ce qu’il faut défendre de<br />

ses baisers doux ou coupants, de ses serres aussi<br />

majestueux que précis. Choisis bien qui tu manipuleras<br />

de ton chant. À Halloween : entame une<br />

danse qui laissera ton corps s’exprimer totalement<br />

dans son individualité jusqu’à transcender<br />

douleur et plaisir.<br />

Scorpion, te voilà Lilith. Mars conjoint au Soleil,<br />

Pluton retournant direct et <strong>novembre</strong> approchant,<br />

je te vois couronné·e·x, tantôt l’insoumise rejetée,<br />

tantôt reine des enfers, toujours l’influenceuse des<br />

ombres douces ou vengeresses. Assume ta puissance<br />

en toute bienveillance et sagesse, mais ne<br />

gaspille pas ce temps précieux, ne te concentre<br />

que sur l’important. À Halloween : sois leader, impose,<br />

décide, ensorcèle.<br />

Ta chanson du mois :<br />

Psychiatric,<br />

Mylène Farmer<br />

Verseau, te voilà zombie.<br />

Tu as des buts, tu ne<br />

veux pas les perdre de<br />

vue, tu veux foncer. Tu es<br />

animé·e·x d’une énergie<br />

d’ailleurs, et ton électricité<br />

te confère la capacité<br />

de vivre aussi vite et intensément<br />

que tes idées.<br />

Attention dans ta course<br />

à ne pas avaler n’importe<br />

quoi, car au fond tu le<br />

sais, tu es aussi vivant·e·x<br />

que les autres, et donc<br />

vulnérable. À Halloween :<br />

Avoue à quelqu’un·e·x<br />

tes désirs cachés.<br />

Ta chanson du mois :<br />

Improvisations,<br />

Sòley<br />

Poissons, te voilà licorne.<br />

J’ai presque envie de<br />

t’encourager à faire ce<br />

que tu sais bien faire,<br />

dédaigner la réalité pour<br />

imaginer d’autres univers,<br />

développer ta spiritualité,<br />

et être une insaisissable<br />

source d’amour pour ton<br />

entourage. À une condition<br />

: connecte-toi à<br />

tes tripes, et apprends<br />

à jouir de la solitude.<br />

À Halloween : crée un<br />

filtre pour purifier les<br />

eaux empoisonnées<br />

et écrire de nouveaux<br />

souvenirs.<br />

Ta chanson du mois :<br />

Kill All Predators,<br />

Banshee<br />

Bélier, te voilà Banshee.<br />

Si tu n’as pas toujours<br />

bonne réputation, tu sens<br />

et tu sais quand quelque<br />

chose doit mourir, doit<br />

partir, et tu n’as pas peur,<br />

alors tu sais passer des<br />

intuitions aux actions.<br />

Ta force réside dans ton<br />

amour, ton optimisme<br />

et ta capacité à réunir.<br />

Jolie fée ou apeurante<br />

sorcière, quoiqu’il en<br />

soit, tu cries et frappes.<br />

À Halloween : révèle<br />

la vérité sans avoir peur<br />

de ce qui en mourrait.<br />

Ta chanson du mois :<br />

What’s a Girl to Do,<br />

Bat for Lashes<br />

Taureau, te voilà vampire.<br />

Pas étranger·e·x à la<br />

patience, à la lenteur, ni<br />

aux refuges en intérieurs<br />

criards et confortables,<br />

tu t’obstineras peut-être<br />

avec une précision et<br />

une méthodologie plus<br />

aiguisées que d’habitude<br />

depuis le fond de<br />

ton bureau ou de ton<br />

cœur. Résiste aux envies<br />

de dramatiser, mais<br />

magnifie tes émotions.<br />

À Halloween : attention,<br />

si tu déclares ton amour,<br />

il se pourrait qu’il dure<br />

toujours.<br />

SAGITTAIRE<br />

23 NOV – 21 DÉC<br />

CAPRICORNE<br />

22 DÉC – 20 JAN<br />

GÉMEAUX<br />

21 MAI – 21 JUIN<br />

CANCER<br />

22 JUIN – 22 JUIL<br />

LION<br />

23 JUIL – 22 AOÛT<br />

VIERGE<br />

23 AOÛ – 22 SEP<br />

Collages : Amina Belkasmi<br />

Ta chanson du mois :<br />

Dancing on Your Grave,<br />

Pixel Grip<br />

Sagittaire, te voilà Freyja,<br />

la première des Valkyries.<br />

C’est contre vent glacial<br />

que tu chevaucheras cet<br />

automne avec harmonie,<br />

prêt·e·x à mettre à mort<br />

tout ce qui n’est pas nécessaire,<br />

déterminé·e·x<br />

à faire triompher le beau,<br />

le faisant fructifier, et ne<br />

nourrissant que tes guerriers<br />

aptes à t’emmener<br />

vers tes vraies ambitions.<br />

À Halloween : invente-toi,<br />

dans le noir, un nouveau<br />

rituel de désintoxication<br />

par la folie.<br />

Ta chanson du mois :<br />

The Others,<br />

Rendez Vous<br />

Capricorne, te voilà<br />

Jörmungand. Tel le gigantesque<br />

serpent aquatique<br />

qui entoure la terre en attendant<br />

l’occasion de la<br />

faire valser sous ses ondulations<br />

tsunamesques,<br />

tranquillement tu récoltes,<br />

tu sèmes, tu prépares,<br />

tu sers, tu attends. Ta<br />

puissance est dans la<br />

longueur, la lenteur, la<br />

structure. Sur toi, tant peut<br />

reposer – lorsque tu<br />

n’es pas en mode chaos.<br />

À Halloween : honore<br />

tes amitiés par une<br />

ronde flamboyante.<br />

Ta chanson du mois :<br />

A Little Death To Laugh,<br />

Cold Cave<br />

Gémeaux, te voilà poltergeist.<br />

Ton éparpillage<br />

sera charmant et<br />

pertinent si tu le veux,<br />

et ton esprit frappeur<br />

frappera fort si tu le laisses<br />

puiser ses idées dans<br />

les tréfonds de ton ventre.<br />

Ébruite ce que les autres<br />

n’entendent pas et désordonne<br />

ce qui mérite<br />

d’être remué. L’obscurité<br />

a besoin de ton humour.<br />

À Halloween : fabrique-toi<br />

une potion contre les<br />

ennuis quotidiens banals<br />

qui empêchent la magie<br />

d’exister.<br />

Ta chanson du mois :<br />

I’m the Wolf Man,<br />

Round Robin<br />

Cancer, te voilà loupgarou.<br />

Prédateur lunaire<br />

et masqué, c’est entre<br />

simplicité, forestialité et<br />

ancrage que tu nourriras<br />

ta musculature corporelle<br />

et émotionnelle,<br />

prêt·e·x à laisser briller<br />

ton pelage, tes pupilles<br />

et tes crocs en hurlements<br />

et coups de dents<br />

passionnés, intenses et<br />

justes aux moments que<br />

tu sentiras propices.<br />

À Halloween : berceuse,<br />

sérénade ou opéra, vocalise<br />

mélodieusement<br />

ce qui doit être dit.<br />

Ta chanson du mois :<br />

Prey/Hunter,<br />

Minuit Machine<br />

Lion, te voilà wendigo.<br />

Il semblerait que je t’ai<br />

attribué ici la plus sombre<br />

et triste créature de cet<br />

horoscope. Mais je sais<br />

que tu sais mettre de la<br />

lumière en tout, alors je<br />

m’y suis risqué en toute<br />

confiance. Le wendigo<br />

hante l’hiver après avoir<br />

mangé la chair de sa<br />

propre espèce. Seraistu<br />

encore plus fort·e·x<br />

si tu parlais la bouche<br />

pleine (d’inconnu) ? À<br />

Halloween : organise un<br />

banquet aux mets ensorcelés<br />

sans mensonge.<br />

Ta chanson du mois :<br />

Cooper Lake,<br />

Chyldren<br />

Vierge, te voilà elfe.<br />

Que ce soit en forêt de<br />

conifères ou en forêt<br />

de béton citadine, le ciel<br />

te confère cet automne<br />

charme, éloquence<br />

et des oreilles pointues<br />

aux aguets de tous les<br />

secrets, des plus merveilleux<br />

aux plus mesquins.<br />

Protège-toi et les<br />

autres des promesses<br />

illusoires et ne confonds<br />

pas séduction et vanité.<br />

À Halloween : lâche tes<br />

analyses et baigne-toi<br />

dans le poison qui te sert<br />

alors aussi d’antidote.<br />

64 HOROSCOPE<br />

LA TÊTE DANS LES ÉTOILES LA TÊTE DANS LES ÉTOILES<br />

HOROSCOPE<br />

65


MON RÊVE DE BONHEUR :<br />

UNE COMMUNAUTÉ AUTOGÉRÉE !<br />

Journaliste, autrice, animatrice<br />

de deux podcasts féministes à<br />

succès, Victoire Tuaillon travaille<br />

d’arrache-pied pour faire advenir<br />

la révolution de l’intime. Ses<br />

armes : le dialogue…et l’amour !<br />

Propos recueillis par<br />

Tal Madesta<br />

LA QUALITÉ QUE JE PRÉFÈRE<br />

CHEZ UN HOMME<br />

Sa grâce<br />

© Chloe Waso<br />

LA QUALITÉ QUE JE PRÉFÈRE<br />

CHEZ UNE FEMME<br />

Sa virilité<br />

LE PRINCIPAL TRAIT DE MON CARACTÈRE<br />

La générosité, m’a-t-on dit un jour. C’était une soirée<br />

dans mon petit studio, la musique s’est arrêtée brusquement,<br />

alors pour nous occuper, une amie a dit :<br />

on fait tous·tes·x un compliment à la personne qui se<br />

trouve à notre gauche (on devrait toujours faire ça).<br />

dilles et les décore avec des pétales et des baies pour<br />

séduire les femelles. Ça lui prend des semaines, et<br />

elles viennent y faire un tour avant de s’envoler si elles<br />

jugent que ce n’est pas assez joli.<br />

CE QUE J’APPRÉCIE LE PLUS<br />

CHEZ MES AMI·E·X·S<br />

Ielles sont capables de me recadrer vigoureusement.<br />

Une amie à qui je racontais une embrouille avec une<br />

écrivaine, à qui j’avais écrit quelque chose d'assez méchant,<br />

m’a ordonné de lui envoyer une lettre d’excuse.<br />

Ce que j’ai fait.<br />

MON RÊVE DE BONHEUR<br />

Une communauté autogérée dans un château ou un couvent<br />

qui servirait de bâtiment commun, autour duquel on<br />

aurait chacun·e·x un espace de vie indépendant. Il y aurait<br />

des animaux, un potager, on ne cesserait d’apprendre<br />

les un·e·x·s des autres, les enfants y seraient heureux,<br />

on développerait d’exceptionnelles compétences de<br />

résolution de conflits et de démocratie concrète.<br />

MON OCCUPATION PRÉFÉRÉE<br />

Faire des plannings et des listes afin de garder du<br />

temps pour ce qui compte : dormir, bien manger, faire<br />

du sport, méditer, savourer la présence des gens que<br />

j’aime, m’informer, lire et voir des films.<br />

LE PAYS OÙ JE DÉSIRERAIS VIVRE<br />

La France en mieux.<br />

MES HÉRO·ÏNE·X·S DANS LA VIE RÉELLE<br />

Les activistes iranien·ne·x·s du mouvement Femme,<br />

vie, liberté: ces lycéen·ne·x·s qui risquent leur vie en<br />

sortant manifester dans la rue, ces journalistes emprisonné·e·x·s<br />

pendant des mois et toutes les personnes<br />

qui les aident.<br />

L’OISEAU QUE JE PRÉFÈRE<br />

Le Vogelkop Bowerbird en Papouasie Nouvelle-<br />

Guinée, qui construit des huttes immenses en brin-<br />

66<br />

MA DEVISE FAVORITE<br />

Toutes les choses ont une fin, sauf les saucisses qui<br />

en ont deux.<br />

QUEER'STIONNAIRE DE PROUST


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A<br />

B<br />

C<br />

D<br />

E<br />

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