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<strong>Maurice</strong> <strong>DENIS</strong> (Granville, 1870 – Paris, 1943)<br />
<strong>In</strong> <strong>Principio</strong> <strong>erat</strong> <strong>Verbum</strong> 1 , saint Jean l’Évangéliste<br />
1917<br />
Fusain sur papier blanc, H. 62 ; L.42cm<br />
Dédicacé, signé et daté : À l'abbé Jean-Pierre Altermann / en souvenir de la<br />
messe de Noël 1925 / <strong>Maurice</strong> Denis<br />
Paris, collecWons diocésaines<br />
HISTORIQUE<br />
Donné par <strong>Maurice</strong> Denis à l’abbé Altermann en 1925.<br />
ŒUVRES EN RAPPORT<br />
Saint Luc et saint Jean Évangélistes, vitrail, 350 x 75 cm (chaque lancede), 1917, Suisse, Genève,<br />
basilique Notre-Dame.<br />
Saint Jean l’Évangéliste, vitrail, 1924, Aisne, Fère-en-Tardenois, église Sainte-Macre.<br />
Ce dessin de saint Jean l’Évangéliste, genou à terre, visage tourné vers le ciel, a été réalisé par<br />
<strong>Maurice</strong> Denis (1870-1943), peintre aux mulWples talents, arWsan du renouveau de l’art sacré au début<br />
du XX e siècle. Déjà soumis à la fin des années 1990 à l’équipe en charge du catalogue raisonné des<br />
œuvres de l’arWste, ce fusain a été recensé il y a quelques mois lors du récolement de la Commission<br />
diocésaine d’art sacré. Cede étude dédicacée 2 au père Jean-Pierre Altermann (1892-1959) par Denis<br />
en souvenir de la messe de Noël de 1925 qu’il a célébrée chez lui, au Prieuré à Saint-Germain-en-Laye<br />
(aujourd’hui musée départemental <strong>Maurice</strong>-Denis), accompagnera jusqu’à ses derniers jours l’un des<br />
fondateurs, en 1939 de la Maison d’Ananie, foyer d’accueil des catéchumènes du diocèse.<br />
C’est sans doute par l’intermédiaire de Jacques Maritain 3 (1882-1973), intellectuel catholique<br />
propagateur de la doctrine néothomiste, mais aussi du conservateur du musée du Louvre Paul Jamot<br />
(1863-1939) et de l’homme d’affaires, mécène et collecWonneur d’art Gabriel Thomas (1854-1933) que<br />
<strong>Maurice</strong> Denis et Jean-Pierre Altermann font connaissance 4 . En 1925, la carrière du peintre est déjà<br />
1<br />
« Au commencement était le verbe », prologue de l’Évangile selon saint Jean (Jean 1 :1).<br />
2<br />
Dédicace : « A L'ABBE JEAN-PIERRE ALTERMANN / EN SOUVENIR DE LA MESSE DE NOEL 1925. /<br />
MAVRICE <strong>DENIS</strong> ».<br />
3<br />
En 1921, le père Altermann rejoint avec le prince roumain Vladimir Ghika, Louis Massignon, le philosophe<br />
Henri Gouhier, l’écrivain Henri Ghéon, entre autres … les familiers du couple Maritain : l’abbé Daniel<br />
Lallement, Roland Dalbiez, docteur Pichet, Noële Denis, Vitia Rosemblum le beau-frère de Stanislas Fumet<br />
(voir Jean-Luc Barré, Jacques et Raïssa Maritain, Les Mendiants du ciel, Stock, 1995, p. 218).<br />
4<br />
Déjà en 1915, <strong>Maurice</strong> Denis remerciait Jean-Pierre Altermann « d'attribuer une place à son œuvre parmi<br />
celles qui honorent la France d'aujourd'hui » (<strong>Maurice</strong> Denis à Jean-Pierre Altermann, 24 mai 1915,<br />
photocopie d’une lettre conservée à la maison d’Ananie en 1997, archives du Catalogue raisonné <strong>Maurice</strong><br />
Denis). Celle-ci fait suite à l’envoi de la conférence « La beauté, la France et la victoire », prononcée le 19<br />
février 1915 à la salle de Sociétés Savantes (Paris, Librairie H. Oudin, 1915), dans laquelle Altermann évoque<br />
l’œuvre de l’artiste.<br />
2
ien avancée. Le théoricien du groupe des Nabis, qui dès son plus jeune âge souhaitait travailler pour<br />
l’Église, est un arWste reconnu. Directeur des Ateliers d’Art sacré qu’il a créé en 1919 avec le peintre<br />
George Desvallières (1861-1950), il est déjà l’auteur de plusieurs décors profanes publics : les coupoles<br />
du théâtre des Champs-Élysées et du PeWt Palais à Paris, et religieux dans les églises Sainte-Marguerite<br />
du Vésinet, Saint-Paul de Genève, Saint-Louis de Vincennes, sa chapelle privée à Saint-Germain-en-Laye<br />
ou encore les vitraux de Notre-Dame du Raincy. Jean-Pierre Altermann quant à lui, juif converW 5<br />
d'origine russe, est un jeune prêtre qui officie pour la première fois pour la fête de Noël. Poète et<br />
criWque d'art parisien, il est jusqu’à son ordinaWon quelques mois plus tôt - le 7 mars 1925 -, membre<br />
du Wers-ordre dominicain 6 comme <strong>Maurice</strong> Denis et Gabriel Thomas. Depuis 1921, il fréquente le<br />
« Cercle de Meudon », réuni autour de Jacques Maritain, auquel Noële Denis (1896-1969), fille ainée<br />
de l’arWste, élève du philosophe à l’<strong>In</strong>sWtut catholique de Paris, parWcipe.<br />
Pendant trois ans, les deux hommes se côtoient, notamment aux Ateliers d'Art sacré où l’abbé<br />
donne des conférences mensuelles « qui awrent et reWennent 7 ». Les célébraWons, surtout celles de<br />
Noël au Prieuré, sont l’occasion de cadeaux. Plusieurs œuvres en témoignent 8 . Une ledre de<br />
remerciement après l’envoi du saint Jean rapporte leur entente : « Simplement, je veux vous dire que<br />
j’ai reçu, encadré de blanc par vos soins, le délicieux dessin que vous m’avez donné, ce saint Jean<br />
l’Évangéliste, mon Patron, le Bien Aimé, d’une si pure douceur, d’un rythme suave et lent, comme un<br />
arpège 9 . » Cede étude dont le prêtre ressent l’expression délicate est due à son modèle Éléonore<br />
Busnel qui pose régulièrement pour l’arWste. Réalisée en 1917 pour les vitraux des quatre Évangélistes<br />
de la basilique Notre-Dame de Genève (Fig. 1), elle est réemployée en 1924 pour le vitrail de saint Jean<br />
l’Évangéliste de l’église Sainte-Macre de Fère-en-Tardenois (Aisne) (Fig. 2). D’une réalisaWon à l’autre,<br />
les traits du saint sont simplifiés et durcis par la présence des plombs et la découpe des verres exécutée<br />
par Marguerite Huré (1895-1967) dans la seconde église 10 . « Le texte : <strong>In</strong> <strong>Principio</strong> <strong>erat</strong> <strong>Verbum</strong> »,<br />
premier verset du prologue de l’Évangile du saint, comme <strong>Maurice</strong> Denis l’explique au curé de Fère-en-<br />
Tardenois, est là « pour rappeler à quelles hauteurs se meut la pensée de saint Jean 11 ». Un peu avant<br />
dans l’année, une Pietà d’après un projet de monument aux morts pour l’église du Vésinet 12 rappelait<br />
au père sa première célébraWon. Un Portrait de l’abbé Altermann de trois quart offert pour la messe de<br />
Noël 1927, aujourd’hui non localisé, rejoindra les dons précédents (Fig.3). Il en existe aussi une version<br />
de face (Fig.4).<br />
5<br />
Baptisé le 5 mars 1919, il a pour parrain Paul Jamot. Voir Anne-Claire Monnier, Un prêtre poète au milieu<br />
de ses contemporains Jean-Pierre Altermann, mémoire de maîtrise de lettres modernes, sous la direction de<br />
Claude Millet, Université Paris Sorbonne, 1998 (non consultée).<br />
6<br />
Lettre de Jean-Pierre Altermann à <strong>Maurice</strong> Denis, 22 juillet 1920, musée départemental <strong>Maurice</strong>-Denis,<br />
Ms 135.<br />
7<br />
<strong>Maurice</strong> Denis, Journal. Tome III (1921-1943), Paris, La Colombe, 1959, p. 50.<br />
8<br />
Des témoignages recueillis il y a quelques années rapportent que <strong>Maurice</strong> Denis aurait peint un portrait de<br />
l’abbé Altermann devant une bibliothèque : les livres en couleurs contrastaient avec le noir de la soutane. Ce<br />
tableau qui aurait été exposé au lendemain de la seconde-guerre-mondiale, est aujourd’hui non identifié et<br />
non localisé.<br />
9<br />
Lettre de Jean-Pierre Altermann à <strong>Maurice</strong> Denis, 2 janvier 1926, musée départemental <strong>Maurice</strong>-Denis,<br />
Ms 138.<br />
10<br />
Soufflés par un bombardement en 1940, ils n’ont été retrouvés qu’en 2005. Deux d’entre eux sont maintenant<br />
placés dans des caissons lumineux dans l’église (Véronique David et Fabienne Stahl, « Les vitraux de <strong>Maurice</strong><br />
Denis à Fère-en-Tardenois », Revue de l'art, n° 164, 2009/6, p. 47-55).<br />
11<br />
Véronique David et Fabienne Stahl, op. cit., p. 50.<br />
12<br />
Aux Morts pour la Patrie, vers 1919, tempera sur toile, 180 x 150 cm, coll. part.<br />
3
Le souWen du père Altermann que le peintre voit entrer plus près dans sa vie « au moment où<br />
j'ai tant besoin d'une foi plus soutenue, plus sensible aussi 13 », écrit-il dans son journal, prend toute<br />
son importance lors de la condamnaWon de l’AcWon Française par le pape Pie XI, dont Denis<br />
démissionne le 29 mars 1927 14 . La préface pour Le Livre de Tobie auquel il travaille avec le graveur<br />
Jacques Beltrand (1874-1977) est l’occasion d’une réalisaWon commune. Après le refus de Jacques<br />
Maritain 15 , <strong>Maurice</strong> Denis la propose à l’abbé. L’ouvrage illustré par le peintre est publié avec les huit<br />
pages d’introducWon du père en 1929 (Fig.5). Celui-ci reprendra son texte dans lequel il invite, en écho<br />
à son parcours personnel, Israël à se converWr, dans un arWcle pour la revue Vigile 16 .<br />
Marine Sautory<br />
Clémence Gaboriau<br />
Figure 1 : Saint Luc et saint Jean Évangélistes, vitraux exécutés par Marcel Poncet d’après des cartons<br />
de <strong>Maurice</strong> Denis, 350 x 75 cm (chaque lancede), 1917, Suisse, Genève, basilique Notre-Dame.<br />
[© APAS (AssociaWon pour la PromoWon de l'Art Sacré), Genève – photographe : Cyrille Girardet,<br />
Veyrier / hdps://www.vitrosearch.ch/de/objects/2212692]<br />
13<br />
<strong>Maurice</strong> Denis, op. cit., p. 50<br />
14<br />
Ibid., p. 66.<br />
15<br />
Lettre de <strong>Maurice</strong> Denis à Jacques Beltrand, 3 janvier 1928, coll. part.<br />
16<br />
Chef de file d’un important groupe d’intellectuels catholiques convertis (ainsi de Charles du Bos, François<br />
Mauriac ou Gabriel Marcel), Altermann fait partie des fondateurs de cette revue. D’abord publiée par Grasset<br />
en 1930 puis par Desclée de Brouwer de 1931 à 1933, elle compte douze numéros en tout (quatre par an de<br />
1930 à 1933). Il publie « Tobie » dans le deuxième cahier de 1931 et <strong>Maurice</strong> Denis, « Carnet de voyage en<br />
Italie », extraits de son livre paru en 1925, dans le premier cahier de 1932.<br />
4
Figure 2 : Saint Jean l’Évangéliste, vitrail exécuté par Marguerite Huré d’après un carton de <strong>Maurice</strong><br />
Denis, 1924, Aisne, Fère-en-Tardenois, église Sainte-Macre.<br />
Ce vitrail, soufflé lors d’un bombardement en 1940, a été réinstallé en 2013 dans un caisson lumineux<br />
au fond de l’église.<br />
[© DR]<br />
5
Figure 3 : Portrait de l’abbé Altermann de trois quart, vers 1927, huile sur carton, 33,5 x 25,9 cm, signé<br />
et daté : « MAVRICE <strong>DENIS</strong> / NOEL 1927 », Paris, collecWons diocésaines<br />
[© DR / Catalogue raisonné <strong>Maurice</strong> Denis]<br />
Figure 4 : Portrait de l’abbé Altermann de face, 1927 ? , huile sur carton, 48 x 34,5 cm, monogr. rond<br />
b.g., Paris, collecWons diocésaines.<br />
Cede peinture a été offerte par Noële Denis dans les années 1980.<br />
[© DR / Catalogue raisonné <strong>Maurice</strong> Denis]<br />
6
Figure 5 :Page de Wtre du Livre de Tobie, traduit sur la Vulgate par Le Maistre de Sacy, illustraWons de<br />
<strong>Maurice</strong> Denis gravées sur bois par Jacques Beltrand, préface de l’abbé Jean-Pierre Altermann, Paris,<br />
[J. Beltrand], 1929.<br />
[© DR]<br />
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