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Paolo DE MATTEIS, L’Église triomphante

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<strong>Paolo</strong> <strong>DE</strong> <strong>MATTEIS</strong> (Piano di Orria, 1662 – Naples, 1728)<br />

<strong>L’Église</strong> <strong>triomphante</strong><br />

Vers 1715<br />

Huile sur toile, H. 160 ; L. 135cm<br />

Paris, église Saint-François-de-Sales<br />

HISTORIQUE<br />

Donné par M. et Mme Jacques Rouché à la paroisse Saint-François-de-Sales entre 1940 et 1950.<br />

ŒUVRES EN RAPPORT<br />

Exaltation de la Vierge, Naples, Museo di Capodimonte, en dépôt au Museo Duca di Martina (Fig. 1)<br />

Exaltation de la Vierge, Berlin, Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz, Gemäldegalerie (Fig. 2)<br />

En 1688, un tremblement de terre détruit la coupole du Gesù Nuovo à Naples. Sa<br />

reconstruction est lancée dès la fin du XVII e siècle, menée par l’architecte Arcangelo Guglielmelli et<br />

complétée par un programme peint par <strong>Paolo</strong> De Matteis entre 1713 et 1715 1 . Ce cycle, détruit à son<br />

tour en 1776 par un nouveau tremblement de terre, est connu grâce à trois œuvres autographes à<br />

Naples, Berlin et Paris, à l’église Saint-François-de-Sales 2 .<br />

Sa composition foisonnante met en scène de nombreux personnages autour de la Vierge,<br />

figure centrale du tableau. Au registre inférieur, Salomon rencontre la reine de Saba sur les marches<br />

d’un édifice à l’antique déployé sur toute la partie basse. L’Ancienne Loi est évoquée à la suite du roi :<br />

le Temple de Salomon y figure par le biais d’une colonne torse devant laquelle des soldats romains<br />

entourent un Juif portant un tallit. Derrière la reine de Saba, un cortège de personnages issus de toutes<br />

les parties du monde apportent des richesses, à mettre en parallèle avec les missions jésuites et<br />

l’évangélisation des nations païennes.<br />

Au registre médian, la Vierge debout sur un croissant de lune, sépare l’assemblée céleste. À sa<br />

droite, saint Ignace (en chasuble) et saint François-Xavier (identifiable grâce à son bourdon de pèlerin)<br />

précèdent saint Pierre, saint François d’Assise et saint Antoine le Grand. À sa gauche, d'autres jésuites<br />

sont accompagnés de Saint Janvier, patron de Naples, saint Paul et les diacres saint Laurent et saint<br />

Étienne 3 . Au-dessus d’eux, en retrait Aaron, Moïse et David surplombent la rangée, précédés par saint<br />

Jean-Baptiste.<br />

1<br />

La précédente coupole était ornée de fresques de Giovanni Lanfranco, réalisées entre 1634 et 1636. Nicola<br />

Spinoza, Pittura napoletana del Settecento dal Barocco al Rococò, Naples, 186, p. 136.<br />

2<br />

Naples, Museo di Capodimonte, en dépôt au Museo Duca di Martina. Berlin, Staatliche Museen Preussischer<br />

Kulturbesitz, Gemäldegalerie.<br />

3<br />

En soutane noire, ce Jésuite plus âgé pourrait être François Borgia, canonisé en 1671. Derrière lui en surplis<br />

blanc, plus jeune, pourrait être Louis de Gonzague, canonisé dix ans après la réalisation de la coupole. Peuvent


Enfin, au registre supérieur, Saint Michel brandissant son épée de feu guide les troupes d’anges<br />

survolant le Christ portant sa croix, séparé de Dieu le Père par la colombe de l’Esprit Saint.<br />

L’existence d’une esquisse, conservée au musée Capodimonte à Naples, nous offre une clé de<br />

lecture face à cette iconographie complexe. Cette toile à la facture plus rapide et à la palette différente<br />

des autres versions montre une composition à deux registres, plus lisible et se limitant aux plans<br />

célestes. Plutôt que l’exaltation de la Vierge, c’est bien l’Église <strong>triomphante</strong> qu’a représentée <strong>Paolo</strong> De<br />

Matteis 4 ?<br />

Le registre inférieur a été ajouté a posteriori par <strong>Paolo</strong> De Matteis, sans doute à la demande<br />

des Jésuites, car il y place l’activité missionnaire de l’ordre à travers le monde. Son iconographie,<br />

complexe à première vue, annonce le triomphe de l’Église représenté en partie supérieure :<br />

l'iconographie de la reine de Saba met l'accent sur le couple royal formé avec Salomon, métaphore du<br />

couple de l'Église et du Christ.<br />

Cette commande intervient assez tard dans la carrière de <strong>Paolo</strong> de Matteis, alors qu’il est déjà<br />

un peintre confirmé et reconnu. Élève de Luca Giordano, il travaille essentiellement à Naples et à<br />

Rome, et plus brièvement en France 5 .<br />

Une autre version, quasiment identique à celle de Saint-François-de-Sales, est conservée à<br />

Berlin. Ces deux répliques autographes sont sans doute ce que l’on appelle des ricordo (ricordi ?) : des<br />

reproductions peintes à la demande d’une clientèle friande de copies d’œuvres monumentales.<br />

L’histoire de la toile parisienne se perd jusqu’au XXe siècle, quand Jacques Rouché, directeur de l’Opéra<br />

de Paris, la cède à la paroisse Saint-François-de-Sales comme le rappelle le cartel réalisé pour<br />

l’occasion 6 . L’œuvre est alors attribuée à « l’atelier de Tiepolo » jusqu’à son identification par Pierre<br />

Curie et l’Institut National d’Histoire de l’Art, au cours du recensement des peintures italiennes dans<br />

les collections publiques françaises 7 .<br />

Caroline Morizot<br />

aussi avoir été représentés Jean Berchmans et François Géronimo, pas encore canonisé à l’époque de la<br />

création de l’œuvre, mais très populaire à Naples.<br />

4<br />

Marie-Louise Thérel, Le triomphe de la Vierge-Église, Paris, 1984.<br />

5<br />

Arnauld Brejon de Lavergnée, « Plaidoyer pour un peintre de « pratique » : le séjour de <strong>Paolo</strong> de Matteis en<br />

France (1705-1705) », Revue de l’Art, 1990, pp. 70-71.<br />

6<br />

Jacques Rouché et son épouse donne ce tableau entre les années 1940 et 1950.<br />

7<br />

Pierre Curie, "Remarques sur la peinture italienne du XVIIIe siècle dans les églises de France", Settecento. Le<br />

siècle de Tiepolo. Peintures italiennes du XVIII e siècle dans les collections publiques françaises : Lyon, Musée des<br />

Beaux-Arts, 5 oct. 2000 - 7 jan. 2001 ; Lille, Musée des Beaux-Arts, 26 jan. - 30 avril 2001. Paris, 2000, p. 52-64.


Figure 1 : Exaltation de la Vierge, Naples, Museo di Capodimonte ©Pedicini<br />

Figure 2 : Exaltation de la Vierge, Berlin, Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz, Gemäldegalerie

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