2022-11-21 - 2 - Intervention J
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
LOUIS BOUYER ET LA PHILOSOPHIE<br />
I) UNE CONFIDENCE EN GUISE D’INTRODUCTION :<br />
Mon intervention aujourd’hui me permet de faire un retour sur mon adolescence.<br />
J’avais 15 ans et mon ami d’enfance Gérard Simonin m’invitait pour 2 semaines à l’abbaye de la<br />
Lucerne ; Gérard connaissait bien l’abbé Lelégard, celui qui entreprit les travaux de restauration<br />
(qui se poursuivent toujours) de cette abbaye. Je me souviens que lors des repas, l’abbé<br />
Lelégard parlait en latin avec un autre prêtre …Mon peu de latin acquis alors me permettait de<br />
comprendre le thème de leur conversation (pas plus !) et de repérer les formules alambiquées<br />
qu’ils étaient contraints d’inventer pour parler de techniques nouvelles comme le train ou<br />
l’avion…<br />
Les années passèrent … Et puis un jour je tombais sur un portrait de Louis Bouyer ; alors je<br />
compris que l’ « autre prêtre » à la voix chaude , parfois tonitruante n’était autre que le<br />
théologien Louis Bouyer qui venait souvent faire des séjours à la Lucerne notamment lorsqu’il<br />
rédigeait ses livres.<br />
Ce souvenir et l’amitié que je porte à Marie-Hélène m’ont fait accepter de participer à cette<br />
réunion malgré mon peu de compétences quant à la pensée de Louis Bouyer. J’avoue - et ce<br />
n’est pas de la fausse modestie – n’avoir pas sa culture trans-disciplinaire et trans-nationale.<br />
Je me suis penché sur les 2 textes de référence : le premier, « Initiation chrétienne » qui<br />
permettra de voir ce qu’il y a de permanent dans la condition humaine et qui mène à la<br />
reconnaissance de Dieu, en précisant les rapports entre raison et foi selon Bouyer et ensuite les<br />
chapitres du « Père Invisible « à propos des philosophies modernes et de leur impact sur la<br />
culture et sur la foi chrétienne.<br />
II) RAPPORTS RAISON/FOI A PARTIR D’« INITIATION CHRETENNE » :<br />
Dès son introduction, on rencontre le cercle herméneutique : « je comprends pour croire et<br />
je crois pour comprendre « ; toutefois une remarque surprend : on peut se passer de lire les<br />
chapitres sur la philosophie. Il semble bien que louis Bouyer, ici, exprime quelque méfiance<br />
envers la philosophie. D’ailleurs dans son »Dictionnaire de théologie », certains articles<br />
concernant des notions propres de philosophie ne sont pas rédigés par lui. Dans ce même<br />
dictionnaire, Bouyer veut montrer qu’en ce qui concerne les Pères de l’Eglise, ils ont été<br />
beaucoup plus influencés par les Ecritures que par les auteurs grecs. ( cf. les articles sur<br />
Mystère, Mystique, Logos)<br />
Par ex. la notion de logos utilisée par les Pères semble pour Bouyer une notion<br />
fondamentalement biblique loin des conceptions des philosophes grecs.<br />
En reprenant la célèbre affirmation d’Augustin sur le Logos, les choses me semblent plus<br />
complexes : « J’ai lu chez les philosophes grecs que dans le Principe était le Logos et que le<br />
Logos était auprès de Dieu, que le Logos était issu ni de la chair ni du sang ni de la volonté<br />
d’un homme ni de la volonté de la chair mais de Dieu, mais je n’y ai point lu que le Logos<br />
s’est fait chair et qu’Il a habité parmi nous ». Augustin certes ne se contente pas des<br />
affirmations grecques mais il part d’elles et il les intègre dans sa foi et y ajoute des<br />
dimensions nouvelles.<br />
On peut évoquer quelques raisons de la méfiance :exprimée par Bouyer :<br />
- Il y a une faiblesse dans l’exercice de la raison de l’homme « déchu ». L’homme n’est plus<br />
dans sa condition native. La connaissance actuelle ne peut être qu’un clair-obscur.<br />
- Certaines théologies modernes très influencées par certaines philosophies oublient<br />
l’Ecriture… Or, pour Louis Bouyer (comme pour les Bernardins), l’Ecriture est l’âme de la<br />
théologie.<br />
Dans son Dictionnaire, Bouyer écrit : « On observera que nombre de publications<br />
(même se disant catholiques) aujourd’hui appellent « théologiens » n’importe quels individus<br />
pérorant de leur propre chef sur des sujets théologiques, dans une ignorance plus ou moins<br />
complète de l’Ecriture Sainte comme de l’ensemble de la tradition catholique . »<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
- Bouyer veut encore distinguer nettement ce qui relève de l’ordre de l’idée (philosophie)<br />
et ce qui relève de l’ordre d’une rencontre personnelle (foi) ou encore ce qui relève d’une<br />
connaissance et ce qui relève d’une Alliance. Or la rencontre de Dieu est un don de<br />
Dieu. « Ce n’est pas nous qui pouvons (…) jamais parvenir jusqu’à Lui ; c’est Lui seul qui ,<br />
dans sa grâce, peut nous ravir avec Lui dans cette inaccessible clarté où Il demeure. »<br />
- D’où le commentaire de Jean-Luc Marion :<br />
« Louis Boyer n’eut jamais une grande considération pour la philosophie, la puissance du<br />
concept et l’ambition systématique en constituant précisément la faiblesse et les limites «<br />
Nous voilà prévenus !<br />
Jean-Luc Marion ajoute que « cette défiance envers la philosophie repose sur la conviction que<br />
l’intelligence spirituelle ne passe pas d’abord par la formalisation du concept et ne peut<br />
prétendre comprendre le mystère comme son objet technique. »<br />
Privilège est ici donné à « je crois pour comprendre » ;<br />
la foi en les vérités révélées suffit. On pourrait penser alors qu’au plus on se contentera de<br />
l’intelligence de la foi. Or, il y a UN RETOURNEMENT cher Bouyer : l’assimilation de la foi<br />
poussera le croyant à revenir aux « préambules de la foi «, sur ce qui prépare son enracinement<br />
dans l’intelligence. Bouyer critiquera d’ailleurs sévèrement le fidéisme selon lequel il n’y a de<br />
certitude possible en matière religieuse que celle de la foi. Il affirmera que le fidéisme est une<br />
doctrine dangereuse, contraire à l’Ecriture et parlera d’une fructueuse coopération raison/foi –<br />
ne serait-ce qu’au niveau du jugement de crédibilité selon lequel la raison nous conduit à<br />
reconnaitre qu’il est rationnel de recevoir la certitude de la foi elle-même.<br />
Dès lors, nous comprenons mieux ce que dit Louis Bouyer au début d’Initiation chrétienne ».<br />
Certes on peut commencer par ce que Sa int Thomas d’Aquin appelle les préambules de la<br />
foi mais on peut aussi partir (chemin préférable ?) des vérités révélées qui illumineront toutes<br />
nos connaissances et nous permettront de mieux saisir la totalité du réel dans le dessein de<br />
Dieu.<br />
Comme le dit Bouyer lui-même :<br />
« En la clarté jamais atteinte par l’esprit humain avant la révélation biblique pour élucider<br />
rationnellement le sens de la création en général et de sa propre existence en particulier, nous<br />
touchons de façon saisissante cette aide surnaturelle que la Parole de Dieu apporte à la raison<br />
de l’homme obscurcie par la chute ».<br />
III) PREAMBULE : D’ABORD RECONNAITRE L’EXISTENCE DE L’ESPRIT<br />
1) Critique du sensualisme :<br />
A la manière de Platon : une idée (universelle) n’est pas une image qui proviendrait d’une<br />
généralisation de différentes sensations ; décrire n’est pas définir. La sensation ne peut<br />
que nous faire connaitre les qualités sensibles des choses et non l’essence, l’être des choses.<br />
L’idée ne peut surgir que d’une abstraction et nous voilà dans l’épistémologie<br />
aristotélicienne…nous avons là une manière de faire de notre théologien : prendre tel ou tel<br />
élément à différents philosophes et les combiner ensuite.<br />
2) Autre exemple : l’expérience esthétique<br />
La contemplation esthétique est comme une suspension des désirs, donc hors de la sensibilité<br />
voire de la sensualité : référence à la fois à Platon où le beau est de l’ordre du Monde Intelligible<br />
et à Schopenhauer pour qui l’homme est délivré de ses pulsions lors de la contemplation<br />
esthétique : admirer une œuvre d’art n’est pas vouloir s’emparer de la chose représentée ; une<br />
nature morte comme celle d’une coupe de fruits ne me porte pas à tendre la main pour<br />
m’emparer d’une pomme…<br />
3) L’expérience du Bien :<br />
Le Bien a 2 visages : celui du Bonheur (eudémonisme d’Aristote)<br />
celui du devoir (rigorisme de Kant)<br />
Ce double visage fait penser à Paul Ricoeur et à sa « petite éthique » qui essaie de concilier ces 2<br />
points de vue.<br />
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Bouyer insiste aussi sur l’expérience de la transcendance du devoir (d’où son caractère<br />
d’obligation), de sa connaissance immanente et de la liberté d’y répondre, le tout constituant un<br />
fait de conscience.<br />
L’esprit existe bel et bien. non comme substance à part mais comme une unité supérieure où se<br />
recueille toute notre expérience (refus d’un dualisme mortifère).<br />
IV) RECONNAITRE L’EXISTENCE DE DIEU :<br />
Une certaine étymologie du mot religion renvoie à un lien entre Dieu et l’homme. Louis Bouyer<br />
expose des thèses classiques mais pas seulement classiques car elles sont de tous temps<br />
puisque correspondant à la condition humaine et aux questions que l’homme ne peut pas ne<br />
pas se poser. En un mot, l’homme est un animal naturellement religieux d’où l’affirmation selon<br />
laquelle le scepticisme ou le refus de la religion n’est pas, contrairement à ce que la modernité<br />
dit, une libération mais une aliénation c’est-à-dire une dénaturation de l’homme. Le sacré est<br />
inhérent à l’homme et si ce sacré ne se vit pas dans une relation divino-humaine, il se vivra dans<br />
la superstition, dans l’idolâtrie de toutes sortes (vedettariat, sports...) Il s’agira encore de porter<br />
à l’absolu une valeur : Le beau (esthétisme), la vérité (intellectualisme), le bien moral<br />
(moralisme) avec une attitude fanatique : une valeur reconnue aux dépends des autres (alors<br />
qu’en Dieu, il y a unité de ce qu’on appelle en philosophie les transcendantaux : Beau, Bien, Vrai<br />
ne font qu’un et se confondent en la Personne divine).<br />
Louis Bouyer va alors passer en revue ce qu’on a coutume d’appeler les différentes preuves de<br />
l’existence de Dieu ou les « voies » qui mènent jusqu’à Dieu. Il s’agit de voies reposant sur le<br />
principe de causalité : en partant de la reconnaissance de l’existence d’un effet, on est contraint<br />
de reconnaitre l’existence de la cause. (car pas d’effet sans cause).<br />
1) L’existence contingente du monde :<br />
Le monde n’est pas sa propre cause. Il ne porte pas en soi-même la raison suffisante de son<br />
existence. Le monde contingent n’est qu’autant qu’un être nécessaire le fait être ; on reconnait<br />
là la 3 ème voie de St Thomas d’Aquin et Le père Bouyer insiste sur le fait que cette argumentation<br />
est valide que le monde ait commencé ou qu’il soit éternel, ce que disait précisément le<br />
Docteur Angélique puisque, pour lui, la foi seule nous permet d’affirmer que le monde a un<br />
commencement. Créer ne veut pas dire faire commencer mais faire être et un Dieu éternel peut<br />
faire être une création éternelle…raisonnement d’une stricte cohérence mais qui ne semble pas<br />
« toucher » tous les hommes, ajoute Louis Bouyer.<br />
2) L’expérience esthétique :<br />
Notre Auteur, ici, fait appel à Platon avec la théorie de la réminiscence et de la participation.<br />
Une chose belle renvoie à la Beauté Absolue. Il est vrai que le Père Bouyer semble pencher vers<br />
une explication de type intuitif : la vision d’une image nous renvoie au modèle. Il faudrait ici<br />
rapprocher cette argumentation de la 4 ème voie de St Thomas où le plus et le moins d’une<br />
perfection renvoie nécessairement au degré maximum de cette perfection. Thomas se sert de<br />
l’idée de participation de Platon – une chose n’est belle qu’en tant que participant à la Beauté<br />
Absolue - tout en maintenant un schéma reposant sur le principe de causalité ; D’ailleurs cette<br />
expérience esthétique pourrait être encore rapprochée de la 5 ème voie de st Thomas par l’ordre<br />
du monde : la perception de l’ordre harmonieux du monde renvoie à une cause, un Ordonnateur<br />
de ce monde. Nous sommes aujourd’hui dans une ère scientiste où le monde est réduit comme<br />
le dirait Heidegger à un ensemble d’ustensiles (réduction anthropologique). Le cosmos par<br />
ailleurs ne se réduit pas à lui-même. Bouyer échappe aussi à la réduction cosmologique pour<br />
reprendre les expressions de Balthasar. Le monde renvoie à un « au-delà » de lui-même. Bouyer<br />
n’hésite pas, dans ses « Mémoires », à parler du « monde où l’intelligible et le sensible ne font<br />
qu’une seule trame ». Ici il faudrait citer une certaine tradition, celle de Saint Bonaventure où<br />
toute chose naturelle nous parle de Dieu ou encore Ignace de Loyola : « Regarder comment Dieu<br />
habite dans les créatures (…) ». Le Père Bouyer dénonce aussi le danger possible de l’idolâtrie, à<br />
la suite là-encore de Platon. On peut, en effet, être tellement séduit, subjugué par l’image que<br />
cette dernière devient un obstacle à la rencontre du modèle…On en reste alors à l’image…Le<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
propre d’une contemplation esthétique d’une œuvre d’art est bien d’en rester à la considération<br />
de l’image. On ne demande pas pour juger une œuvre d’art. de considérer le modèle… On se<br />
contente de l’image… et image se dit en latin « idolum ».<br />
3) L’expérience morale :<br />
celle-ci est à mettre en parallèle avec ce que Louis Bouyer avait appelé au début de son chapitre<br />
« l ’expérience du Bien » car il reprend les 2 notions-clés, celle du bonheur et celle du devoir qui<br />
oblige.<br />
Pour le bonheur, il est vrai que l’expérience quotidienne nous montre que l’homme est<br />
perpétuellement déçu : l’homme est un être fini qui désire l’infini, et ce, dans un monde fini.<br />
Alors de deux choses l’une, dit catégoriquement Louis Bouyer :<br />
- ou bien « notre nature est un non-sens «<br />
- ou bien il existe un Bien infini susceptible de nous combler : Dieu .<br />
Le père Bouyer ajoute immédiatement à propos du 1 er cas, celui du non-sens : « ce qui n’est pas<br />
sérieusement pensable ». Vous me permettrez ici de dire qu’à mes yeux ces propos relèvent<br />
moins d’une argumentation suivie que d’un pari. D’ailleurs, nombre d’hommes ont pensé et<br />
pensent que l’existence est absurde, de trop, que toute vie n’est qu’un échec (cf. Sartre). Dans<br />
ce cas, on pensera que l’homme invente Dieu précisément parce qu’il en a besoin, ne<br />
supportant pas la tragique réalité d’une existence absurde.<br />
- Dans un 2 ème temps, le père Bouyer se tourne vers le caractère absolu de l’obligation<br />
morale…La transcendance sous-jacente au devoir suppose une réalité au -dessus de<br />
l’homme, réalité qui, en même temps, est au plus profond de soi. Là encore, Platon,<br />
Augustin ne sont pas loin… Là encore, les latins nous rappellent qu’un même mot «<br />
altitudo » veut dire à la fois ce qu’il y a de plus élevé et ce qul y a de plus profond…Citant<br />
Newman, le père Bouyer fait appel à la voix de la conscience morale qui parle en nous.<br />
Saint Paul déjà pensait la présence du divin en l’homme païen grâce à la conscience<br />
morale (Paul connaissait le stoïcisme).<br />
- Du côté de la philosophie, plusieurs auteurs ont rapproché l’expérience morale et<br />
l’expérience du divin :<br />
- Kant qui affirme la nécessité d’un Dieu pour assurer le bonheur final de l’homme<br />
moral.<br />
- Maurice Blondel qui, au cœur de l’expérience morale, dans la tension entre une<br />
volonté portée vers l’infini et des actes volontaires toujours limités, pense que l’homme<br />
se trouve alors dans la position de devoir trancher : oui ou non, l’infini existe-t-il ?<br />
- Enfin, Emmanuel Lévinas pour qui derrière l’obligation que m’impose l’existence d’un<br />
« TU » se cache un « IL », le Tout-Autre.<br />
La conscience morale ne serait-elle pas l’expérience par excellence de la transcendance et de<br />
l’immanence divine ?<br />
Avant d’aborder la dernière expérience susceptible de mener l’homme jusqu’à Dieu, une<br />
précision semble utile : alors, comme nous l’avons vu, que Louis Bouyer se sert de toute la<br />
tradition philosophique, pas un mot n’est prononcé sur ce qu’on appelle « la preuve<br />
ontologique », (Dieu, en tant qu’être infini ne peut pas ne pas exister, son essence implique son<br />
existence).<br />
Louis Bouyer serait-il fidèle au thomisme ? ou encore y aurait-il une explication spécifique à<br />
notre théologien ?<br />
Certes, l’argument ontologique suppose une identification préalable de l’Être Parfait à l’idée que<br />
nous pouvons en faire et est-il possible à l’homme d’avoir une idée adéquate de Dieu ? Toutefois<br />
l’explication de Bouyer est la suivante : « L’idée que l’être parfait porte en sa propre perfection la<br />
démonstration de son existence ne serait sans doute qu’un rêve dont on s’enchanterait soimême<br />
si cette perfection n’était qu’une idée abstraite. Mais cela devient d’une lumineuse<br />
certitude pour l’intelligence qui part de la foi pour y revenir ». Donc, cette preuve ne fait pas<br />
partie des préambules de la foi ; elle ne trouve sa légitimité plénière qu’à l’intérieur de la foi.<br />
Remarquons que Saint Anselme lui-même, explicite son argumentation à l’intérieur d’une<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
prière. : c’est le croyant qui partant de sa foi veut rationnellement ensuite démontrer l’existence<br />
de Dieu.<br />
4) L’expérience mystique :<br />
Celle-ci est présente dans toutes les cultures et religions.<br />
Expérience, comme le dit Platon, indicible pour celui qui l’a vécue et incompréhensible pour<br />
celui qui ne l’a pas vécue…<br />
Ici il s’agit de faire attention à ne pas confondre l’essentiel – l’union à une Réalité Absolue – et les<br />
phénomènes plus ou moins sensibles qui accompagnent cette expérience.<br />
Expérience mystique à laquelle on peut s’ouvrir en lisant les grands auteurs mystiques et en<br />
ayant l’humilité de penser que c’est par insuffisance et limites personnelles qu’on est soi-même<br />
incapable de faire cette expérience.<br />
Puis Bouyer répond à 2 thèses qui refusent l’existence de l’esprit :<br />
- Le marxisme, pour qui n’existe que la réalité économique : les productions de l’esprit<br />
n’étant que des phénomènes compensatoires et consolateurs. Notre théologien récuse<br />
le fait de réduire la religion à n’être que ce genre de phénomènes tout en reconnaissant<br />
que certaines formes de religions dégradées correspondent à certaines critiques<br />
marxistes (collision Etat / Religion, critique de la recherche exclusive du profit,<br />
reconnaissance du caractère historique de l’homme). Quant à la religion authentique, il<br />
faut se tourner vers Bergson pour la comprendre ; dans son authenticité, la religion<br />
appelle les hommes à s’ouvrir à plus grand que soi ; elle est dynamique et non<br />
conservatrice ; elle appelle à un dépassement de soi et à ne pas rester prisonnier de<br />
structures figées.<br />
- Le freudisme qui réduit tout à n’être que l’expression plus ou moins sublimée de<br />
l’instinct sexuel. Là encore ce qu’il faut dénoncer c’est l’aspect totalement réducteur de<br />
la thèse où le plus haut s’explique uniquement par le plus bas.<br />
La boucle est bouclée : on ne saurait réduire l’homme à sa composition matérielle et<br />
pulsionnelle ; il est aussi esprit.<br />
V) TRANSITION :<br />
Nous avons vu ce qui est pérenne ; la condition humaine étant immuable, la relation<br />
Homme/Dieu a des constantes.<br />
Mais l’homme est aussi situé dans le temps : les situations changent et il faut, ne serait-ce que<br />
dans un souci d’évangélisation, comprendre le monde dans lequel nous sommes… pour Louis<br />
Bouyer, celui de la Modernité.<br />
(je me concentrerai davantage sur le chapitre 17 du « Père Invisible » où il y a de nombreuses<br />
références à l’histoire de la philosophie ; je prendrai quelques exemples)<br />
VI) QUELQUES REPERES HISTORIQUES (CHAPITRE 17 DU « PERE INVISIBLE ») :<br />
1) La REFORME et le NOMINALISME :<br />
La Réforme est une intuition juste mais dégradée par une mauvaise philosophie du XIVème<br />
siècle, le nominalisme, même si la Réforme voulait prendre ses distances par rapport à la<br />
tradition philosophique.<br />
Déjà Tertullien affirmait que l’hérésie est provoquée par l’introduction d’une philosophie pour<br />
expliquer la Parole de Dieu.<br />
Le Nominalisme, aux yeux de Bouyer, est un individualisme menant au subjectivisme et à<br />
l’égocentrisme. En refusant l’analogie de l’être, le nominaliste pense que l’l’homme est<br />
incapable de rejoindre même de manière confuse Dieu ; un Dieu qui n’existe plus au niveau de<br />
la raison théorique ; un Dieu Tout-Puissant qui semble écraser l’homme et dont la logique est<br />
différente de la nôtre.<br />
D’où 2 réactions possibles menant à la même conclusion :<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
- Si Dieu est seulement objet de croyance, Dieu n’est alors qu’une illusion, phantasme<br />
d’un besoin humain : l’homme se crée un Dieu parce qu’il en a besoin ; Dieu est sorti du<br />
réel, théorie de l’athéisme…<br />
- Au nom de la dignité humaine, il faut proclamer la mort de Dieu et sur le tombeau de<br />
Dieu renaît l’homme…<br />
Remarquons d’ailleurs que l’athéisme du XIXème siècle nait principalement en Allemagne, pays<br />
protestant.<br />
Bouyer souligne ici une incapacité à concilier la liberté de l’homme et le fait que ce dernier a été<br />
créé, une incapacité à concilier l’action de Dieu et l’action de l’homme dans un radical<br />
extrinsécisme.<br />
Peut-être cela explique-t-il l’allusion au Dieu de DESCARTES et la réduction de son activité<br />
créatrice à une chiquenaude initiale (vision de Pascal concernant Descartes mais, avouons-le,<br />
vision erronée de la véritable pensée cartésienne). Créer veut dire faire être ; en Dieu seul,<br />
existence et essence ne font qu’un : Dieu est « cause incausée » selon Thomas d’Aquin et<br />
« causa sui » pour Descartes. Tout ce qui existe par ailleurs est causé par Dieu en tant qu’il fait<br />
être les choses, et ce, dans la distinction de leur essence ; nous revenons ici à « la voie de la<br />
contingence » qui peut mener à reconnaitre à l’origine de tout l’existence d’un Être nécessaire.<br />
Cette nécessité d’un Être nécessaire est précisément remise en cause si l’on pense que la<br />
raison est incapable d’appréhender la réalité et que l’homme doit se contenter d’un système de<br />
pensées centrées sur lui-même, tel sera le scepticisme d’un HUME remettant en cause aussi<br />
bien la théologie naturelle des philosophes que la théologie révélée des croyants pour mener à<br />
un agnosticisme intégral.<br />
Pour Bouyer, l’agnosticisme voire les courants athées sont sortis du nominalisme et si<br />
Descartes a été quelque peu influencé par ce courant philosophique, Emmanuel Kant, lui, en<br />
est un fruit mûr.<br />
Le jugement de notre théologien à propos de Descartes ne manque pas de dureté ; outre le fait<br />
que Descartes renouvelle le dualisme platonicien, « (il) désire simplement faire ses affaires à<br />
l’abri de toute intervention possible de la part de Dieu, tout en restant libre de recourir à lui<br />
quand il n’y aura pas moyen de s’en passer ». Jugement discutable car Descartes parle bien de<br />
« création continuée ». Certes, le théocentrisme médiéval est en partie remis en cause au profit<br />
d’une anthropocentrisme. Le « Discours de la Méthode » manifeste que la méthode du doute<br />
suppose l’intervention volontaire de l’homme (volonté et liberté ne font qu’un pour Descartes),<br />
que le 1 er Principe de sa philosophie est «je pense donc je suis » et que le critère de vérité est<br />
l’expérience pour le sujet de l’évidence (= ce qui est indubitable). Toutefois, Dieu est bien<br />
considéré comme premier ontologiquement, comme garant de la certitude qu’un monde<br />
extérieur à ma pensée existe et comme donateur de sa propre idée en mon esprit (un rappel<br />
augustinien certes fort intellectualisé).<br />
Ce que reproche surtout Louis Bouyer à Descartes, c’est la séparation radicale que Descartes<br />
opère entre le raisonnement philosophique et la théologie révélée. Alors que Thomas d’Aquin<br />
dans une même « Somme Théologique » pouvait faire appel aux 2 types d’interprétation,<br />
Descartes refuse qu’en philosophie on fasse appel d’une manière ou d’une autre à des vérités<br />
révélées ; le philosophe est « un homme purement homme » tandis que le théologien chrétien<br />
est »plus qu’un homme ». Il y aurait ici à bien distinguer les rapports nature/ surnature chez<br />
Descartes et chez Bouyer., avec pour disciples, Malebranche qui résorbe la nature dans la grâce<br />
(ne parle-t-on pas le concernant de « philosophie chrétienne » ?) et Spinoza qui résorbe la grâce<br />
dans la nature (Panthéisme).<br />
En ce qui concerne KANT on assiste à une axiologie complexe de la part de Bouyer :<br />
- Certes Kant fut celui qui fit sonner le tocsin en déclarant la mort de la métaphysique<br />
classique qui ne pouvait être qu’un discours illégitime, voire un vain bavardage :<br />
l’homme ne peut qu’appréhender les phénomènes construits par ses conditions de<br />
connaissance et non la réalité en soi, encore moins la réalité insensible.<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
- Toutefois, Kant pense que l’usage de la raison pratique permet à l’homme de connaitre<br />
son devoir … il y a là un rappel de la syndérèse thomiste ou encore un rappel que<br />
l’homme n’est pas un animal comme les autres ; l’homme dispose d’une conscience<br />
morale. Cependant, la transcendance de la conscience morale ne renvoie pas à la voix<br />
d’une réalité transcendante mais à la transcendance de l’homme sur lui-même : la<br />
raison transcendante par rapport à la partie sensible de l’homme lui commande le<br />
devoir.<br />
- Le dualisme kantien phénomène/noumène ou encore sensibilité/raison ne parait pas<br />
tenable à Louis Bouyer. L’Absolu chez Kant est au plus « pensé » et laissé dans le<br />
domaine de l’inconnaissable.<br />
- Cet Absolu deviendra l’Ego transcendantal chez Fichte et le Face à Face opposé à l’Ego<br />
chez Schelling. La relation Dieu/homme semble perdue ; Dieu n’est plus présent qu’au<br />
cœur de la subjectivité ; la démonstration rationnelle explique seulement les relations<br />
entre phénomènes mais non l’existence des étants comme tels. Mais pour Bouyer, le fait<br />
de l’existence dépasse le cadre phénoménal et relève d’une explication objective due à<br />
la raison théorique Or chez Kant Dieu ne relève plus que d’une croyance de la raison<br />
pratique; là encore au fil du temps Dieu risque d’être considéré comme le simple contrepoint<br />
d’un besoin (infantile, dû au malheur, propre aux « faibles » selon les différents<br />
auteurs athées).<br />
Ensuite Bouyer analyse la thèse de HEGEL « la plus gigantesque tentative philosophicothéologique<br />
jamais mise sur pied à travers l’ère chrétienne ».<br />
Il ne prend pas la position polémique de Kierkegaard et accepte avec confiance le défi<br />
lancé par Hegel voulant relever la vérité du christianisme. Pour Hegel la thèse kantienne<br />
semble mortifère. Certes le fini ne saurait atteindre l’infini ; c’est la seule vérité donnée<br />
par Kant mais précisément le christianisme enseigne que c’est l’Infini qui vient au cœur<br />
du fini (in= « non « et « dans »). Le Devenir n’est que le développement et la manifestation<br />
de l’Esprit divin. Hegel fait finalement descendre sur la terre le Royaume de Dieu que<br />
l’Eglise catholique ne reconnaissait accessible, dans sa plénitude qu’ « au ciel ». Et c’est<br />
là où le bât blesse !<br />
L’Etat devenu parfait est la fin de l’histoire ; Dieu s’achève dans la conscience que<br />
l’humanité prend d’elle-même théoriquement aussi bien que pratiquement. Comme le<br />
dit Louis Bouyer, on assiste à « une absorption et une résorption de la Parole divine dans<br />
la raison humaine sous couleur d’amener celle-ci à l’assimiler ».<br />
N'oublions pas que les disciples de Hegel seront athées : paradoxe car la philosophie où<br />
l’origine, le développement et la fin sont Dieu débouche sur des philosophies où Dieu<br />
est éliminé. En effet, il s’agit d’un rationalisme absolu qui nie, en tant que parvenu au<br />
Savoir Absolu toute foi en une Parole venue d’une réalité transcendante et autre que la<br />
raison elle-même ou encore d’une réconciliation telle qu’elle aboutit à une fusion<br />
Dieu/humanité et se conclut par le fait que l’humanité suffit et que Dieu est de trop.<br />
Essayons de voir comment le projet hégélien parti d’une bonne intention – rendre<br />
compte de la légitimité de la vérité chrétienne - aboutit à des idées folles au sens où il<br />
conduira les hommes à penser à une fin de l’histoire par les seules forces humaines, à<br />
un paradis sur terre où le mal aura définitivement disparu…<br />
La thèse hégélienne récuse toute véritable transcendance et les notions de « Trinité »,<br />
d’ « Incarnation », doivent être reconnues comme des métaphores.<br />
L’Absolu ou Dieu se réalise dans et par l’histoire. Le « Logos » n’est pas « descendu du<br />
ciel » ; il est l’automanifestation de Dieu dont les êtres et les évènements constituent<br />
autant de mots utilisés pour se formuler, automanifestation dynamique car dialectique<br />
(travail du négatif, progrès par contradictions surmontées :de la matière inerte aux êtres<br />
pensants) Alors Hegel peut écrire : « C’est la conscience de soi et de Dieu qui se connait<br />
dans le savoir de l’homme » ou encore « La nature divine et la nature humaine en soi ne<br />
sont pas différentes ».<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
Insistons sur quelques points :<br />
1) Finalement, avec Hegel, ce n’est plus la révélation qui est historique ; c’est l’histoire<br />
qui est révélatrice : elle nous offre le spectacle d’une révélation permanente.<br />
2) Le thème de la kénose : Dieu s’est vidé de lui-même en devenant homme. Cette<br />
kénose sera Interprétée par Hegel comme une sorte d’aliénation de Dieu qui est<br />
devenu autre que lui-même. Il faut que Dieu se nie, meure afin de pouvoir continuer<br />
d’être sans cesse et toujours différents de lui-même dans de nouvelles<br />
incarnations ; nous sommes loin de Saint Paul concernant le Fils de Dieu fait<br />
homme.<br />
3) Tout ce qui dans le Christ relevait de l’Eschatologie relève désormais de l’Histoire :<br />
demain nous délivrera d’aujourd’hui comme aujourd’hui nous a délivrés d’hier ; le<br />
grand et le seul tribunal est en définitive celui de l’Histoire. Mais, pour Bouyer, si<br />
l’homme vit dans l’histoire, il ne vit pas de et par l’histoire ; ce n’est pas l’éternité qui<br />
est en marche mais nous, les hommes, qui, dans l’histoire, sommes en marche<br />
devant l’éternité.<br />
On a, pendant longtemps, conçu l’Absolu sans l’histoire ; vint le temps où le devenir<br />
historique prit une telle ampleur que l’Absolu se trouva mis entre parenthèses. Mais<br />
l’Absolu resurgit comme le « retour du refoulé » et Hegel identifie l’Absolu à l’histoire.<br />
Dans le christianisme, la Révélation a lieu dans l’histoire mais la plénitude de cette<br />
révélation et sa réalisation sont pour la fin des temps. En suivant Olivier Boulnois, il<br />
s’agit de bien distinguer d’une part, la téléologie où la finalité est vue comme<br />
accomplissement naturel de ce qui était en puissance et d’autre part, l’eschatologie,<br />
ce qui vient en dernier et qui déchirera le tissu de l’histoire. Or pour Hegel, l’histoire<br />
s’achève dans la vie de l’Esprit, lorsque cet Esprit « en puissance » sera pleinement<br />
« actualisé » si l’on reprend le vocabulaire aristotélicien. Mais si l’on lit Saint Paul, ce<br />
n’est pas l’homme qui peut faire advenir la fin de l’histoire ; le salut de l’humanité ne<br />
peut être réalisé ici-bas, dans aucune prolongation possible de l’état de choses<br />
actuel. Les philosophies de l’histoire ne sont que des essais de transposer en<br />
termes rationalistes l’eschatologie chrétienne, en la déformant. Cet aspect<br />
eschatologique est particulièrement à souligner dans la question de l’humanisme :<br />
si dans le christianisme, on peut parler d’un humanisme dit « eschatologique »<br />
comme le dit l’un d’entre vous (jean Duchesne) puisque le catholicisme est « une<br />
religion surnaturelle pleine d’humanité » comme le dit un autre d’entre vous (Grégory<br />
Woinbree), depuis la Renaissance, l’humanisme a dérivé en proposant une fin<br />
autonome et naturelle, en supprimant donc toute transcendance.<br />
Oui à l’accomplissement de l’homme mais par la grâce de Dieu et c’est en ce sens<br />
que Louis Bouyer n’hésite pas à dire que le prototype de l’humanité voulue et créée<br />
par Dieu est Marie. L’union entre les 2 opposée comme le fini et l’infini ne peut se<br />
concevoir que dans la foi en la parole de Dieu et ne saurait être pensée dans le seul<br />
cadre de l’immanence.<br />
Finalement, Louis Bouyer à une position ambigüe face à Hegel ; il éprouve une certaine<br />
admiration mais aussi il voit les dangers d’une telle thèse, d’autant plus qu’il se méfie des<br />
abstractions ; or, « on peut se demander si la thèse hégelienne (… n’est pas qu’une architecture<br />
d’idées bonne à stocker des concepts » (Jean Brun ) et j’ajouterai , système où on ne sait plus<br />
vraiment penser et la liberté de Dieu et la liberté de l’homme puisque « Création » et<br />
« Incarnation » sont conçues comme nécessaires.<br />
Si Louis Bouyer semble plus « séduit » ou « sensible » à Schelling, c’est parce que tout en devant<br />
recevoir la plupart des critiques portées à Hegel, Schelling, lui, sait conjuguer philosophie et<br />
poésie et ne réduit pas l’ensemble de la réalité à un simple système logique…<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
- Bouyer enchaine ensuite sur les 2 réactions polémiques à Hegel, celle de Kierkegaard et<br />
celle de Nietzsche ,2 penseurs qu’on pourrait dire existentiels avec comme successeurs<br />
2 auteurs, français, l’un chrétien, Gabriel Marcel et l’autre, athée, Jean-Paul Sartre.<br />
La critique radicale contre Hegel de la part de KIERKEGAARD consiste à lui reprocher sa<br />
négation du mal. Comme dans toutes les philosophies de la totalité tout ce qui est « doit-être » -<br />
au double sens : il est nécessaire que cela soit et il est bon que cela soit - le seul mal restant<br />
étant le « mal-penser » qui consiste précisément à penser que le mal existe, et ce, par<br />
impuissance à s’élever à la pensée du tout qui permettrait de voir la raison d’être de toutes<br />
choses. Finalement l’hégélianisme est un gnosticisme puisque l’homme est sauvé du mal par la<br />
connaissance selon laquelle moi, fini, je fais partie de l’infini ; cette méconnaissance du mal est<br />
parallèle à la méconnaissance de la liberté en Dieu et en l’homme. N’y-a -t-il pas un lien entre<br />
liberté humaine et existence du mal ? Toutefois Kierkegaard semble confondre le suprarationnel<br />
et l’irrationnel ? Le penseur protestant reprenant « l’honnête chemin de Kant » comme<br />
il le dit lui-même assume une diatribe contre toute argumentation rationnelle dès que l’on parle<br />
de Dieu.<br />
NIETZSCHE, lui, condamne la maladie de l’homme faible qui consiste à diviniser l’homme. La<br />
caractéristique de ce penseur est de refuser l’idolâtrie de l’homme pour lui-même. L’homme est<br />
une honte douloureuse pour le surhomme. Toutefois, il faudrait ici analyser la notion de<br />
surhomme qui semble posséder les attributs divins. Nietzsche qui condamnait tout idéal<br />
comme « arrière-monde » dont l’homme a besoin tombe lui-même dans une exaltation<br />
fantomatique.<br />
Un mot sur un autre courant athée :<br />
A côté du courant existentiel, il y a le courant matérialiste avec FEUERBACH et surtout MARX qui<br />
reprend la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel. Pour que l’homme sorte de son<br />
aliénation-réification, il faut supprimer Dieu, au niveau culturel comme au niveau politique.<br />
Là encore, le marxisme est une véritable sécularisation de l’idéal messianique. Il s’agit de<br />
réaliser sur terre le Royaume en substituant la conscience de classe à la résignation, la lutte de<br />
classes à l’action espérée de la grâce et le prolétariat au Messie. Joseph Dietzgen, un marxiste<br />
(critiqué par Marx) n’hésitait pas à écrire : » l’Evangile du temps présent permet de sauver enfin<br />
de façon concrète, réelle, tangible, notre vallée de larmes. Dieu, c’est à dire le Bien, le Beau, le<br />
Sacré doit se faire homme, descendre du Ciel sur la Terre (...). Nous désirons le Sauveur, nous<br />
désirons que notre Evangile , la Parole de Dieu se fasse chair. Mais elle ne doit pas s’incarner<br />
dans un individu, sous la forme d’une personne déterminée, nous voulons tous, au contraire, le<br />
peuple veut - être Fils de Dieu ».<br />
L’antithéisme du XIXème siècle devient au XXème « a-théisme, » suppression de la notion même<br />
de Dieu « comme si le problème de Dieu était un problème désormais passé, dépassé, laissé<br />
derrière soi ». Louis Bouyer cite SARTRE et les AUTEURS STRUCTURALISTES. Il eût pu citer<br />
AUGUSTE COMTE qui, dès le XIXème siècle surnommaient les penseurs antithéistes de<br />
« théologiens négatifs » et qui affirmait que le progrès mental consistait à ne plus penser à Dieu<br />
car les questions métaphysiques ne sont le propre que de l’enfance de l’humanité.<br />
Positivisme qui est parallèle au matérialisme, résultant d’une confusion opérée par l’habitude<br />
d’un principe méthodologique de la science moderne : se borner à établir des relations entre<br />
phénomènes et se contenter de répondre à la question comment … sans oublier que l’homme<br />
se croyant le seul maître dans ce monde développe une technique qui a perdu de vue sa finalité<br />
humaine (des correspondances avec Jacques Ellul pourraient être établies).<br />
En fin de parcours sur l’athéisme, on pourrait reprendre la figure significative de Sartre : Ce<br />
dernier théoricien de l’absurde, affirmant que « toute vie humaine est un échec » n’a pu « se<br />
maintenir en vie » qu’en se rapprochant d’une thèse mystique de la réussite comme le<br />
marxisme. Or, celui-ci, comme nous l’avons vu, est un messianisme biblique sécularisé et<br />
l’espérance, caractéristique de l’homme comme être fini doit se vivre…Faute d’espérer en un<br />
au-delà, le marxiste espère en un lendemain meilleur …<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
Rappel selon lequel l’homme est un animal naturellement religieux et que s’il se détourne du<br />
Dieu vivant, il exercera son attitude religieuse sur une autre réalité.<br />
Remarquons ultimement, avec Rémi BRAGUE que l’humanisme moderne, à partir du moment<br />
où il s’est érigé en absolu, a abouti à « la mort de l’homme » au double sens :<br />
- perte de la notion « Homme » d’un point de vue théorique<br />
- morts de millions d’hommes singuliers d’un point de vue pratique.<br />
(L’écologie extrémiste prêche la disparition de l’espèce humaine pour sauvegarder la nature ;<br />
une neurologie matérialiste réduit l’homme à l’état animal sans aucune spécificité et le<br />
transhumanisme veut laisser l’homme de côté comme un déchet…)<br />
VII) LE CHAPITRE 18 DU « PERE INVISIBLE » :<br />
Le chrétien pense que la vision de Dieu ne peut être qu’eschatologique ; les modernes sont des<br />
impatients qui veulent anticiper cette vision et qui confondent un peu trop vite le ciel et la terre<br />
et Louis Boyer de critiquer fermement les théologies existantes…mais ce qui compte le plus<br />
pour lui c’est de parler aux hommes de notre temps pour que la Parole de Dieu demeure<br />
crédible … non pas accommoder aux goûts modernes mais tenir compte de ce qui spécifie<br />
notre modernité pour montrer que la Parole de Dieu transfigure et ce que les hommes vivent<br />
quotidiennement aujourd’hui et leur humus culturel…<br />
Louis Boyer repère 3 acquis philosophiques de notre temps :<br />
- le caractère historique de tout ce qui existe ici-bas<br />
- la révolution phénoménologique, tenant compte de l’intentionnalité de la conscience<br />
humaine<br />
- l’importance de la pensée scientifique moderne avec ses grandeurs et ses misères<br />
Tenir compte de ces acquis tout en maintenant ce que la culture monastique proposait : que<br />
toute l’attention humaine soit portée vers l’union à Dieu, d’où la synthèse de Louis Bouyer : « en<br />
se limitant à proposer une phénoménologie de la foi qui nous y dispose (la rencontre avec Dieu),<br />
(la théologie) peut retrouver un statut solide ».<br />
On peut peut-être dire que Bouyer se méfie d’un anthropomorphisme toujours possible en ce<br />
qui concerne le discours humain sur Dieu.<br />
Par ailleurs, parce que l’homme ne s’accomplit que dans le devenir, un certain nombre de<br />
penseurs introduisent le devenir en Dieu ; Or, Louis Boyer, fidèle à la Tradition affirme que Dieu<br />
comme transcendant est au-delà de tout changement mais cette éternité n’est pas celle d’une<br />
immuabilité propre au cadavre ; il s’agit de « l’actualité dans sa plénitude même ». Toutefois, en<br />
rester là serait dangereux car on pourrait considérer Dieu comme un Principe Abstrait ou encore<br />
comme « la Pensée de la Pensée » (cf. Aristote) qui jouit exclusivement de sa propre<br />
connaissance. Aussi faut-il faire appel à la Trinité et aux Personnes qui sont « don » les unes par<br />
rapport aux autres. Les expressions utilisées par Bouyer, celles de « kénose » et de « relations<br />
subsistantes « montrent qu’il se trouve entre Thomas d’Aquin et Balthasar mais il n’est ni un<br />
partisan thomiste ni un partisan de balthasar :<br />
- l’ expression de « relation subsistante » lui parait ambigüe<br />
- la « kénose au cœur de la Trinité « voire parler de la kénose du Père lui parait tout aussi<br />
ambigüe.<br />
- Notre théologien n’est pas vraiment thomiste ; il fait référence à Saint Thomas « comme<br />
d’un phare et non simplement comme d’une borne » : phare, parce que Thomas se situe<br />
dans le courant réaliste et qu’il prend comme condition de tout discours métaphysique<br />
l’analogie, analogie qui sera repris par Bouyer car c’est grâce à l’analogie que l’homme<br />
peut parler de Dieu et être assuré que ce qu’il dit a un sens mais Bouyer ajoute : »tout en<br />
se défendant de croire jamais dissipé par là le mystère qu’il enveloppe ».<br />
- Louis Bouyer apprécie ce que dit Thomas d’Aquin dans les 1ères questions de la Somme<br />
Théologique : Dieu comme transcendant, défini en termes d’immuabilité et<br />
d’impassibilité ; Toutefois, il n’oublie pas que Dieu est Amour mais il refuse que la<br />
kénose soit une diminution de sa divinité ; Dieu est Amour au sens d’ « Agapè », Amour<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
de don gratuit. (Balthasar, lui, ose écrire que « l’obéissance d’Amour du Fils » est si<br />
grande qu’elle peut permettre que « son être -Dieu est renvoyé en marge par<br />
l’obéissance, il n’est plus important pour lui »).<br />
- Tout le travail de Louis Bouyer consister à affirmer que Dieu est non soumis au devenir et<br />
aux « passions » et cependant qu’Il est aux antipodes de l’indifférence et de l’ignorance ;<br />
Dieu est à la fois immuable et Amour qui se livre…Certains auteurs, à ce sujet,<br />
insisteraient sur l’aspect paradoxal du Christianisme…<br />
VIII ) 3 CHOSES QUI DOIVENT DEMEURER DANS NOTRE MEMOIRE :<br />
1) Il ne saurait y avoir de savoir absolu et de savoir définitif en théologie ; Bouyer parle de<br />
synthèse dynamique, au sens où le discours théologique doit nous permettre dans<br />
l’aujourd’hui d’être orienté vers la rencontre eschatologique et cela ne peut se faire sans<br />
recourir aux philosophies existantes…<br />
2) Il faut se garder de tomber dans le « confusianisme » hégélien ; finalement, après<br />
approfondissement au-delà de l’admiration première, c’est bien Hegel qui devient « la<br />
bête noire »de Louis Bouyer dans le fait que c’est lui, qui en tant que maître incontesté<br />
au XIXème siècle et dans son projet sympathique d’honorer la vérité chrétienne n’a<br />
finalement conduit qu’à la sécularisation d’un monde divinisé où la personne de Dieu<br />
dans sa libéralité, dans sa gratuité, a disparu.<br />
3) Enfin, et c’est le dernier mot des chapitres qui étaient au programme aujourd’hui, la<br />
véritable théologie est la théologie mystique, celle d’une union de Dieu et de l’homme,<br />
par la Grâce. En quelque sorte, on pourrait dire que Bouyer préfère la littérature<br />
monastique à la littérature scolastique. La « scientia », réflexion théologique, n’a de sens<br />
qu’en vue de la « sapientia » ou « mystique « ; l’union à Dieu est l’accomplissement de ce<br />
à quoi la foi tendait et où elle s’évanouit. Ici, la philosophie est dépassée et comme le dit<br />
Pascal « se moquer de la philosophie c’est vraiment philosopher<br />
IX) CONCLUSION :<br />
Notre parcours nous a permis d’établir quelques grandes lignes :<br />
1) L’homme en tant qu’être pensant et fini a la possibilité de reconnaitre qu’il ne peut pas<br />
être le maître incontesté de l’univers et même si Louis Boyer est très critique par rapport à<br />
Descartes, une lecture attentive de cet auteur permettrait de voir que l’homme dans sa finitude<br />
et dans son désir d’être plus que ce qu’il est ne peut que se reconnaitre créature…supposant<br />
donc un créateur.<br />
En-deçà et au-delà de Descartes, il y a un fait dans la vie humaine, fait sur lequel Louis Bouyer<br />
ne cesse de parler, à différents moments : c’est l’expérience du mal, telle qu ‘aucun<br />
raisonnement ne peut faire taire le cri de l’homme. Le mal (brut et moral) est bien la pierre<br />
d’achoppement de la philosophie et Paul explicitera ce que j’appelle le tragique chrétien : je ne<br />
fais pas le bien que j’aime et je fais le mal que je hais : misérable que je suis ! Qui me délivrera ?<br />
L’homme ne cesse de désirer un ailleurs où il ne se sentirait pas prisonnier d’autant de maux<br />
dont il est parfois le bourreau et parfois la victime et dont l’un d’entre eux est des plus<br />
significatifs : la mort. Comme le dit si bien Bouyer, tous les hommes vivent des croix et cet excès<br />
du mal fait percevoir qu’il nous dépasse et dans son existence et dans son annihilation. La<br />
tendance naturelle de l’homme est de revenir à un âge d’or, d’avant le mal et de retrouver un<br />
paradis perdu…Ce désir fait partie intégrante du sacré naturel. Mais là encore, le christianisme<br />
transforme, transfigure. Comme le dit le père Woïmbée, le mal ne peut-être vaincu que par une<br />
réalité surnaturelle et seul le Christ apporte un sens à la croix et nous donne l’espérance d’un<br />
ailleurs qui ne sera pas un paradis perdu retrouvé mais un « au-delà » où l’homme pourra<br />
participer à la vie divine. Sur la croix , Jésus-Christ à la fois révèle pleinement Dieu à l’homme et<br />
répond à Dieu , en tant qu’homme selon le cœur de Dieu est-il écrit dans « initiation chrétienne<br />
« .Sur cette terre , du fond de sa misère reconnue , l’homme devient accueillant à ce salut<br />
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Jacques Ducamp – <strong>Intervention</strong> au Groupe Louis Bouyer – <strong>21</strong> novembre <strong>2022</strong><br />
surnaturel et ce n’est que par sécularisation du christianisme que certains penseurs envisagent<br />
un état de plénitude dans le futur confondant eschatologie et téléologie.<br />
2) Au-delà de la permanence de cette condition humaine qui est de tous temps,<br />
l’évangélisation suppose que dans l’exposé du Credo on tienne compte de la culture et des<br />
philosophies de l’époque où l’on vit. Certes Louis Bouyer concernant les philosophies dites<br />
modernes (à partir du XVIIème siècle) les considère plutôt comme des obstacles à la réception<br />
de la vérité chrétienne… Si donc, elles ne peuvent directement aider l’homme dans la réception<br />
et l’approfondissement de sa foi, il y a un combat à mener pour montrer les erreurs et les limites<br />
de ces philosophies. Mais il faut avoir aussi l’honnêteté, tout en rejetant les thèses globales de<br />
percevoir les pépites de vérité qui se trouvent çà et là (l’exemple typique étant l’attitude de<br />
Bouyer devant la thèse marxiste).<br />
Reconnaissons que si Louis Bouyer se sent à l’aise avec certains philosophes de l’Antiquité et<br />
surtout avec certains philosophes médiévaux, il pense que le « mal culturel » a commencé au<br />
XIVème siècle. Il semble par ailleurs que le courant phénoménologique (du moins celui qui<br />
reconnait la possibilité de parler de Dieu) trouve grâce à ses yeux. Pour faire vite, ne pourrait-on<br />
pas dire qu’il est possible de concilier la pensée thomiste selon laquelle tout homme désire<br />
Dieu et la pensée phénoménologique selon laquelle l’homme est une conscience<br />
intentionnelle. Louis Bouyer dit lui-même dans son dictionnaire : « Tout être spirituel, du fait de<br />
sa vocation à l’image de Dieu est apte au surnaturel ; Il en porte un désir obscur mais ce désir<br />
n’est pas susceptible de se définir clairement son objet puisque celui-ci ne peut lui être proposé<br />
que par une libre initiative divine et qu’en dehors de cette initiative la vie de Dieu en elle-même<br />
demeure un mystère impénétrable pour les créatures les plus élevées ».<br />
2 exemples peuvent être donnés ; l’un d’hier, l’autre d’aujourd’hui.<br />
- Celui d’hier, cité par Bouyer lui-même : Newman qui lui semble une parfaite expression<br />
de la réconciliation entre culture et vie spirituelle. On repère chez lui la tentative de<br />
conjoindre « un christianisme vraiment fondé sur les sources les plus authentiques de la<br />
Tradition » et « l’ouverture à tout effort de culture cherchant à assimiler le meilleur de ce<br />
que l’évolution intellectuelle et spirituelle de l’humanité a pu produire soit avant, soit<br />
pendant soit après la prédominance de l’influence chrétienne au Moyen-Âge ».<br />
- L’exemple d’aujourd’hui, Jean-Luc Marion : Tout en tenant compte de la mort de la<br />
métaphysique classique déclarée par Kant et de la critique de l’ontothéologie<br />
d’Heidegger, J-L Marion développe une pensée phénoménologique permettant de<br />
concilier le travail philosophique et la Révélation Chrétienne.<br />
FINALEMENT, l’« éclectisme » de Louis Bouyer concernant ses références<br />
philosophiques , signalé au début de mon parcours, vient du fait qu’il cherche à retenir<br />
ce qu’il y a de plus permanent dans chacune des thèses et il ne s’enferme dans aucune<br />
école particulière.<br />
3) Louis Bouyer a vécu au moment de la querelle quant à l’expression de « philosophie<br />
chrétienne » ; certains comme Etienne Gilson disait que l’expression avait un sens tandis que la<br />
plupart des « sorbonnards » affirmait qu’il ne pouvait s’agir que d’un oxymore. Bouyer dans son<br />
dictionnaire écrit: « s’il est vrai qu’il ne peut y avoir en principe de philosophie (…) qui soit<br />
spécifiquement chrétienne , en ce sens que ses principes ou ses conclusions proviendraient de<br />
la seule révélation et non de la raison s’exerçant sur les données naturelles , en fait il y a une<br />
philosophie chrétienne en ce sens qu’il y a des principes et des conclusions qui n’ont jamais été<br />
clairement élucidés sinon par des esprits dont la révélation avait guidé et stimulé la réflexion ».<br />
AINSI, l’acte de foi est tout uniment l’œuvre surnaturelle de la grâce de Dieu et l’œuvre<br />
libre de l’homme avec sa capacité d’émerveillement, son intelligence et sa raison.<br />
Quant à cette raison, elle a des capacités de connaissance mais incontestablement,<br />
pour Louis Boyer, elle est d’autant plus forte qu’elle est illuminée par les vérités de foi.<br />
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