02.12.2024 Vues

Mémoire d'architecture : La structure comme langage architectural

Ce mémoire porte sur l'intégration de la structure dans la conception architecturale en explorant la dimension artistique et poétique des structures.

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Ecole Nationale

d’Architecture de Fès

Mémoire d’architecture

2023-2024

LA STRUCTURE COMME

LANGAGE ARCHITECTURAL

Exploration de la poétique des structures

Réalisé par : Boutaina Touffahi

Ecadré par : Mr.Jean Luc Debar

Jury :

Mr. Rachid Tahiri,

Mr. Omar Hassouni,

Mr.Saad Rharrit,

Date de soutenance :

13/11/2024

3


La structure comme langage architectural

REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes qui ont

contribué à la réalisation de ce mémoire. Je remercie particulièrement

mon encadrant Mr Jean Luc Debar qui m’a accompagné tout au long de ce

travail, mes enseignants et les membres de jury , les professeurs, Mr Omar

Hassouni, Mr Rachid Tahiri et Mr Saad Rarrhit qui ont enrichi ce projet avec

leurs échanges, leurs conseils et leurs critiques. Ainsi que l’équipe de l’Ecole

Nationale d’Architecture de Fès, Enfin, un grand merci à ma famille et à mes

amis, pour leur support constant, leur patience, et leur compréhension.

4


La structure comme langage architectural

SOMMAIRE

Remerciements ....................................4

Préface..................................................7

Résumé ...............................................8

Abstract................................................9

‎10‎‏...................................................ملخص

Problématique ...................................11

Méthodologie ....................................12

Introduction .......................................14

Bases théoriques de la science des

structures ...........................................15

Charges externes ...............................15

Charges internes ...............................16

Degrés de stabilité .............................18

Résistance et rigidité..........................18

Contreventer – ponter – supporter.....19

Efforts tranchants, normaux et moments

fléchissants.........................................20

Partie I ..........................................21

LA SÉPARATION ENTRE LA

STRUCTURE ET L’ARCHITECTURE,

L’ÉVOLUTION HISTORIQUE...........21

INTRODUCTION ............................22

Chapitre I. Histoire de la séparation

entre l’architecture et l’ingénierie .....23

L’architecture antique ......................23

La Mésopotamie.................................23

L’Egypte antique ...............................25

La vallée de l’Indus ...........................28

La Chine antique ...............................30

La Grèce antique................................32

La Rome antique ..............................34

L’architecture médiévale ...................37

L’architecture romane .......................37

L’architecture gothique......................39

L’architecture byzantine ....................40

L’architecture Ottomane ...................43

La Renaissance .................................45

L’éclectisme architectural et la

professionnalisation ........................49

Chapitre II. Maroc: de l’architecture

Arabo-islamique à l’architecure

moderne .............................................53

Partie II ........................................59

L’INTÉGRATION DE LA

STRUCTURE DANS LE LANGAGE

ARCHITECTURAL. .........................59

Introduction : ....................................60

ChapitreIII.Typologies du

vocabulaire structurel ........................61

Structure à poteau et poutre...............62

Poutre ................................................62

Poteau.................................................65

Grille de poutre..................................67

Mur porteur .......................................69

Structure en treillis ...........................70

Treillis dans l’espace..........................73

Structure en coque..............................74

Géométrie des structures en coque ...74

Arc /courbe.........................................79

Structure en coque .............................83

Structure tendue ...............................96

Structure combinée :........................102

Tenségrité ........................................102

Chapitre IV.Structure et matériaux..

.........................................................103

Le bois .............................................106

L’acier ............................................107

Le Béton ..........................................109

Chapitre V. La structure dans la

nature : harmonie entre forces et

formes..............................................110

L’arbre : structures dendriformes .... 111

Toile d’araignée...............................114

Coquille d’œuf.................................116

L’anatomie de l’Homme..................117

Chapitre VI.La forme suit la

fonction: Optimisation structurelle

comme génératrice de forme...........121

Statique graphique : le langage formel

des forces ........................................121

Léonard de Vinci : décomposition des

forces ...............................................122

Simon Stevin : loi d'équilibre sur un

plan incliné.......................................122

Isaac newton : le parallélogramme des

forces................................................122

5


La structure comme langage architectural

Polygone funiculaire de Pierre

Varignon...........................................123

Luigi Cremona : diagramme de

Cremona ..........................................123

L’efficacité de la géométrie : la

conception par force ........................124

Form finding structures: grâce à des

modèles physiques...........................128

Les possibilités d’une nouvelle

technologie : l’analyse du réseau de

poussée, ou TNA .............................132

(Thrust Network Analysis)...............132

Chapitre VII.La fonction suit la

forme : dimension symbolique et

poétique de la structure ..................134

Partie III ....................................143

LA STRUCTURE COMME

LANGAGE ARCHITECTURAL ...143

Introduction : ..................................144

Chapitre VIII.La structure comme

langage architectural .......................145

Forme et enveloppe..........................145

Ordre et structure ..........................149

Axe et symétrie ...............................149

Rythme et répétition ........................151

Échelle et proportion .......................152

Hiérarchie.........................................154

Équilibre et mouvement ..................155

Organisation de l’espace .................156

Lumière et matière ..........................157

Site et contexte ................................159

Synthèse. .........................................161

Choix du site .................................162

Choix de la structure .....................163

Bibliographie....................................169

Liste des figures ..............................171

Projet architectural. ....................179

Le centre de recherche et d’innovation

DHAR EL MAHRAZ .....................180

Analyse du site ...............................181

Accessibilité et mobilité .................183

Analyse historique ..........................185

Analyse Typo-morphologique..........187

Analyse architecturale ...................190

Analyse du vide urbain....................191

Analyse fonctionnelle......................193

Analyse administrative ..................194

Analyse Socio économique .............195

Analyse Environnementale ...........197

Synthèse ..........................................198

proposition urbaine .........................199

Campus d’innovation.......................207

Plan d’ensemble, Centre de recherche

et d’innovation.................................211

concept ............................................212

Programme ......................................215

Circulation........................................216

Coupe A............................................219

Coupe B...........................................221

Coupe Longitudinale, résidence d’art ..

.........................................................223

Coupe C...........................................223

Coupe D...........................................225

Façades.............................................231

Structure et ......................................237

Constructivité ..................................237

Tableau de superficies du projet ......245

6


La structure comme langage architectural

Préface.

Conformément aux principes de Vitruve, l’architecture est décrite selon trois

principes : « firmitas », « utilitas » et « venustas », traduits respectivement

par ‘fermeté’, ‘commodité’ et ‘beauté’, il est clair que l’architecture doit

assurer la stabilité de ses structures, la fonctionnalité de ses plans et la

beauté de ses volumes. Pourtant, au cours de mes années d’études, j’ai

souvent été confrontée à l’idée que la structure n’est pas du ressort de

l’architecte. Cette confirmation m’a profondément intriguée, notamment

à cause de la séparation des rôles qui étaient autrefois assumés par une

seule profession. Dans ce mémoire nous allons étudier la problématique de la

séparation entre l’architecture et la structure en explorant la philosophie et

le potentiel artistique et poétique de leur intégration.

7


RÉSUMÉ

La relation entre l’architecture et la structure a largement évolué

au fil du temps ; pendant une certaine période dans l’histoire, la structure

établissait la logique derrière les formes architecturales. L’architecture et

l’ingénierie structurelle étaient principalement un seul métier. Mais cette

relation a commencé à disparaître dès la Renaissance en Italie, où les notions

de l’architecture classique ont été redécouvertes. La structure a fini par se

cacher derrière l’architecture, et cette rupture s’est accentuée davantage

après la séparation des professions avec la création de l’École des Ponts

et Chaussées ainsi que de l’École Polytechnique en France. Aujourd’hui, la

création architecturale est orchestrée par l’architecte qui se focalise sur la

sculpture des beaux espaces fonctionnels, tandis que l’ingénieur se concentre

uniquement sur la stabilité du bâtiment sans participer à sa conception.

L’éducation théorique des ingénieurs les amène à se préoccuper des

calculs des éléments structurels sans nécessairement s’intéresser aux

aspects conceptuels et esthétiques, ce qui a créé une dissociation entre

l’architecture et la structure. Le progrès dans le domaine de la construction

et de l’ingénierie a permis une grande liberté dans le geste architectural

et l’émergence de démarches de conceptions architecturales purement

plastiques et artistiques, mises à part les considérations structurelles.

Cependant, ces avancées technologiques ont contribué au retour à une

optique des structures architecturales, visible dans des courants tels que

l’architecture high-tech et le brutalisme. L’approche structurelle dans

l’architecture s’est imposée également dans des cas où le concepteur

est à la fois ingénieur et architecte, comme c’est le cas de figures telles

que Nervi, Torroja, Ricardo Morandi, Owen Williams, et plus récemment,

Félix Candela, Rudy Riciotti, Philippe Samyn et Santiago Calatrava. Elle

s’observe également dans des collaborations où l’architecte et l’ingénieur

structurel participent de manière parallèle à la conception architecturale.

Ce document vise à étudier le potentiel poétique et artistique de la structure

et comment l’intégrer dans l’approche conceptuelle de l’architecture. Il se

base sur une véritable compréhension des comportements structurels qui

s’appuient sur la géométrie et des principes graphiques plutôt que sur la

seule résistance des matériaux. L’objectif est de concrétiser les plus-values

d’une telle approche dans la reconnexion du quartier universitaire de Fès «

Dher -El Mehraz » avec la ville et la mise en place des fonctions manquantes

sur le site, tout en traitant l’architecture de ces équipements en suivant

l’approche étudiée.

8


La structure comme langage architectural

ABSTRACT

The relationship between architecture and structure has evolved

considerably over time. Structural design used to dictate the logic behind

architectural forms; moreover, architecture and structural engineering were

essentially the same discipline. However, this connection began to erode during

the Italian Renaissance, when classical architectural principles were rediscovered.

Structure gradually took a back seat to architecture, this split Escalated with the

formal separation of professions following the establishment of the École des

Ponts et Chaussées and the École Polytechnique in France. Today, architectural

creation is led by architects who focus on designing beautiful, functional and

satisfying spaces, while engineers are only supposed to ensure the building’s

structural stability, often with little involvement in the design process. The gap

between architecture and structure is amplified further by the theoretical training

of engineers that prioritizes the calculation of structural elements over conceptual

or aesthetic considerations, Furthermore,Technological advances in construction

and engineering have allowed for greater freedom in architectural design,

enabling purely aesthetic or sculptural forms with minimal concern for structural

constraints.

Yet, these technological breakthroughs have also paved the way for a renewed

interest in structural expression in architecture, which is obvious in architecture

styles like High-Tech and Brutalism. The integration of structure into architectural

design is particularly prominent in cases where individuals are both engineer and

architect, as seen in the work of figures like Nervi, Torroja, Ricardo Morandi,

Owen Williams, and more recently, Félix Candela, Rudy Ricciotti, Philippe

Samyn, and Santiago Calatrava. As well as in collaborations where architects and

structural engineers alongside the design process.

This paper aims to explore the poetic and artistic potential of structural design

and how it can be Embedded into the conceptual process of architecture. It

emphasizes a deep understanding of structural behavior, grounded in geometry

and graphic principles, rather than focusing solely on material strength. The goal

is to demonstrate the value of this approach in reconnecting the “Dher-El Mehraz”

university district in Fès with the rest of the city, while filling the site’s functional

gaps and designing its facilities according to this studied method.

9


ن

ن

ف

ي

La structure comme langage architectural

ملخص

تطورت العالقة ي ن ب‏ العمارة والبناء ي الهيكىل بشكل ي كب‏ مع مرور الوقت،‏ اعتاد البناء عىل

تأسيس المنطق الكامن وراء األشكال المعمارية.‏ كانت الهندسة المعمارية والهندسة

تخت‏ خالل عرص

لكن هذه العالقة بدأت ي ف

ف

ي المقام األول مهنة واحدة.‏

وانتىه األمر بالهيكل

ف

ي إيطاليا،‏ حيث أعيد اكتشاف مفاهيم العمارة الكالسيكية.‏

مختبئًا خلف جدارالهندسة المعمارية،‏ وقد تفاقم هذه التفرقة بشكل ب أك‏ بعد فصل

اليوم،‏ يتم تنسيق اإلبداع المعماري من

ف

المهن مع إنشاء مدرسة البوليتكنيك ي فرنسا.‏

وجميلة،‏ بينما يركز

ف

قبل المهندس المعماري الذي يركز عىل نحت مساحات وظيفية

المهندس ي المد‏ فقط عىل الحرص عىل استقرار ن المب‏ دون المشاركة ي تصميمه

إن التعليم النظري ي ن للمهندس‏ يدفعهم إىل االنشغال بحسابات العنارص اإلنشائية دون

والجمالية،‏ مما أدى إىل انفصال ي ن ب‏ العمارة

ف

االهتمام ض بالرص ورة بالجوانب المفاهيمية

والبنية الهيكلية.و من جهة أخرى أتاح التقدم ي مجال البناء والهندسة حرية ي كبة

اإليماءة المعمارية وظهور مناهج التصميم المعماري ي التشكيىل ي ن والف‏ البحت دون اخد

ي اعتبارالمعاي‏ التقنية المتعلقة بهيكل البناء حيث لم ععد هذه ي االخة تشكل قيودا

ف

بالمقارنة مع التصميم المعماري

ومع ذلك،‏ ساهمت هذه التطورات التكنولوجية ي العودة إىل اعتبار الهياكل المعمارية،‏

ف ت يكون فيها المصمم

ف

ف

ف ي الهيكىل ي الهندسة المعمارية أيض ي الحاالت ي ال‏

لقد ترسخ النهج

ً مهندسا ومعماري ي ان واحد،‏ كما هو الحال مع شخصيات مثل ن‏ ي ، وتوروجا،‏

ريكو‏ ، فيليب

ا،‏ فيليكس كانديال،‏ ورودي ي ت

وريكاردو موراندي،‏ وأوين ويليامز،‏ ومؤخرً‏ ف

ويالحظ أيضً‏ ا ي التعاون حيث يشارك المهندس المعماري

ف

ي ن سام‏ وسانتياغو كاالترافا.‏

ف

‏.والمهندس ي المد‏ بالتوازي ي التصميم المعماري

تهدف هذا البحث إىل دراسة اإلمكانات الرمزية والفنية للهيكل وكيفية دمجها ي النهج

حقي‏ للسلوك ي الهيكىل الذي يعتمد

ي المفاهيم للهندسة المعمارية.‏ إنه يعتمد عىل فهم ي ق

عىل مقاومة مواد البناء.‏ والهدف من ذلك

ف

عىل مبادئ الهندسة والرسومات وليس فقط

إعادة ربط ي الح ي الجامع لفاس ‏»الظهر

ف

هو تحقيق القيمة المضافة لمثل هذا النهج ي

‏.المهراز«‏ بالمدينة وتنفيذ الوظائف المفقودة ي الموقع،‏ مع اعتماد النهج المدروس

ي

ً ا

‏ًا

اإلنشائية

النهضة

10


La structure comme langage architectural

PROBLÉMATIQUE

L’importance de la structure ne réside pas seulement dans son rôle

essentiel dans la stabilité et l’équilibre, mais également dans le fait qu’elle

entretient une relation étroite avec l’aspect visuel de l’architecture, en

influençant profondément les formes architecturales. Cela signifie que l’acte

de conception formelle en architecture est directement lié à la conception

structurelle qui comprend un langage visuel qui enrichit l’architecture voir

même détermine sa logique conceptuelle.

Cependant, dans notre contexte spatio-temporel, le discours architectural

est souvent perçu comme dissocié du vocabulaire structurel. La structure

accomplit son rôle de stabilité en se cachant derrière les éléments

architecturaux sans participer à leur apparence. Cela est directement associé

à la façon de la collaboration entre l’architecte et l’ingénieur, ainsi qu’aux

compétences et méthodes acquises pendant leur formation. Généralement,

l’architecte est le chef d’orchestre de la conception jusqu’à la construction;

il fonde son concept sur des considérations contextuelles, fonctionnelles,

esthétiques, sociales, et économiques. En revanche, l’ingénieur structurel

se concentre sur des aspects techniques tels que l’armature, le

dimensionnement des éléments structurels, et la stabilité du bâtiment,

sans participer à la réflexion conceptuelle du bâtiment. Le divorce entre ces

deux disciplines accentue d’avantage la séparation entre l’architecture et la

structure.

Cette étude met en lumière les aspects formels, esthétiques, et poétiques

de la structure, en soulignant les privilèges d’une stratégie qui instaure la

réflexion structurelle dans la conception architecturale et établit un langage

basé sur les potentialités artistiques de la structure.

Ce document tente de répondre à une question fondamentale: comment

la structure s’intègre dans le langage architectural? et il met en avant les

différentes perspectives de la relation entre l’architecture et la structure.

11


La structure comme langage architectural

MÉTHODOLOGIE

La problématique centrale de ce mémoire est axée sur l’intégration de la

structure dans le langage architectural. L’objectif est donc d’explorer les

facettes de la relation entre l’architecture et la structure tout en dévoilant

les aspects communs qui résident dans l’esthétique de la structure et la

dimension conceptuelle de la logique structurelle. En conséquence, ma

méthodologie de recherche s’étend sur trois étapes principales:

Partie I :

Dans cette section, nous allons comprendre l’état actuel de la relation

architecture-structure et architecte-ingénieur, tout en analysant l’arrièreplan

historique de l’évolution de la séparation entre l’architecture et la

structure dans le temps. Nous pourrons ainsi comprendre les origines des

pratiques actuelles et visualiser en profondeur l’influence de la structure sur

la mutation architecturale caractéristique des grandes phases de l’histoire

de l’architecture. Cela nous permettra non seulement de retracer les touts

premiers éléments historiques ayant entraîné la dissociation croissante entre

les deux disciplines qui étaient auparavant interconnectées, mais également

d’acquérir les connaissances de base nécessaires pour formuler une critique

de la nature de la relation entre structure et architecture qui ne tienne pas

compte de la structure comme étant une considération conceptuelle.

Partie II :

Nous allons analyser divers systèmes structurels présents dans de nombreux

bâtiments, souvent conçus en collaboration étroite entre des architectes et

des ingénieurs innovants, voire par des figures renommées assumant ces

deux rôles. Une telle analyse peut être considérée comme une démonstration

de la diversité du vocabulaire visuel de la structure et de la maîtrise du

langage structurel. Elle vise à acquérir une compréhension fondamentale du

comportement structurel des différents types de structures en relation avec

le geste architectural, dans le but d’examiner le potentiel architectural de la

structure. Nous chercherons à conclure sur son aspect poétique, harmonieux

et artistique, ainsi que sur l’harmonie visuelle des méthodes d’optimisation

structurelle.

Partie III :

Nous clôturerons cette étude en mettant en lumière les principaux aspects

qui confèrent à la structure son statut de langage architectural, en

l’approchant avec une perspective d’architecte. Cette phase vise à poser

les dernières fondations de l’étude, ayant pour but de concrétiser ses

conclusions dans un projet architectural. Cela implique également la sélection

minutieuse d’un site compatible avec l’ambition d’exprimer la structure de

manière pratique et esthétiquement significative.

12


La structure comme langage architectural

Il est essentiel de noter que la démarche adoptée dans cette étude

suit la méthode déductive. Cette approche implique de commencer par les

principes et les théories généraux pour ensuite dériver des conclusions

spécifiques à partir de ceux-ci. En d’autres termes, elle consiste à partir de

concepts plus larges pour aboutir à des observations et des conclusions plus

spécifiques. Cela nécessite un travail analytique substantiel, indépendamment

des conclusions spécifiques que nous mettrons en évidence. Bien que cette

approche soit généralement utilisée dans des études purement scientifiques,

il est impératif de reconnaître que la nature de notre sujet n’implique pas

uniquement l’objectivité des sciences, mais également la subjectivité des

perspectives artistiques. La beauté ne suit pas de règles strictes, ce qui

signifie que les critères de sélection des projets architecturaux à analyser

ne reposent pas uniquement sur des bases pragmatiquement structurelles,

mais peuvent également être influencés par des préférences personnelles.

13


La structure comme langage architectural

INTRODUCTION

Si l’architecture est l’art et la science de créer et de subdiviser des espaces,

habitables selon des besoins spécifiques, sous l’enveloppe d’un édifice dont la

forme est soigneusement pensée tout en alternant entre forme et fonction,

la structure, quant à elle, est l’art et la science qui cherche l’équilibre et la

stabilité de ces édifices architecturés. La relation la plus évidente entre ces

deux grandes unités est de même nature que la relation entre la forme et

la structure de n’importe quel objet. C’est la même pour un corps humain

et son squelette, et pour une chaise et ses pieds. La structure est la partie

porteuse qui permet de supporter les différents types de charges exercées

sur le bâtiment, notamment le poids propre et les charges externes. Cela

explique pourquoi les structures sont toujours conçues en considérant les

pires situations. Toutes ces charges tendent à déséquilibrer les bâtiments et

à causer leur effondrement. Comme la nature qui tend toujours à chercher

l’équilibre. Lorsque la structure n’est pas assez forte pour maintenir la

stabilité et l’équilibre du bâtiment, celui-ci s’effondrera pour trouver un

nouvel état d’équilibre, impacté par les lois de la nature, comme c’est le cas de

la pomme qui est tombée sur Newton pour trouver un nouvel état d’équilibre

Alors la structure est là pour assurer un rôle primordial en attribuant au

bâtiments leurs rigidités et leur stabilité, mais quelle relation elle entretient

avec l’architecture ?

Cette question peut avoir différentes réponses en fonction de la conception

architecturale et en fonction de la position de la structure au sein des

édifices,

L’emplacement de la structure à l’intérieur d’un bâtiment n’est pas toujours

évident, car la structure peut être intégrée aux parties non structurelles

de diverses manières. Parfois, comme dans le cas simple d’un igloo(FIG.1), où

des blocs de glace forment un dôme protecteur autoportant, la structure

et les éléments entourant l’espace sont les mêmes. Dans d’autres cas, les

éléments structuraux et l’enveloppe spatiale sont complètement distincts.

Un exemple très simple est celui du tente tipi (Fig.2), dans lequel l’enveloppe

protectrice est une peau de tissu ou de cuir qui n’a pas assez de rigidité pour

se soutenir par elle-même et qui est soutenue par une structure de perches

en bois. Avec une séparation totale entre la structure et l’enveloppe, les

perches ont une fonction purement structurelle à l’opposé de l’enveloppe. 1

Fig.1:L’igloo est une enveloppe

auto-portante,structure en

compression( Source: Structure

& Architecture )

Fig.2:Dans le tipi, une enveloppe

non structurelle est

soutenue par une charpente de

perches en bois. ( Source: Structure

& Architecture )

1 Exemples tirés de livre : « Structure & Architecture » Angus J. Macdonald

14


La structure comme langage architectural

BASES THÉORIQUES DE LA

SCIENCE DES STRUCTURES

La structure est un agencement

d’un ensemble de composants

interconnectés qui constituent la

partie porteuse de toute forme,

qu’elle soit naturelle ou artificielle.

C’est la partie qui permet au

bâtiment de se maintenir sous

son propre poids et de résister

aux charges appliquées, en les

transférant jusqu’aux fondations.

Charges externes :

Il existe différents types de

charges ou forces externes qui sont

appliquées à la structure :

- Charges permanentes : incluent le

poids propre du bâtiment et le poids

des installations fixes, telles que les

systèmes CVC (chauffage, ventilation,

climatisation), les installations

sanitaires et électriques, les

ascenseurs, etc.

les poussées de terre et d’eau

sont aussi considérées dans cette

catégorie (Fig.3)

- Charges variables : englobent

les charges d’exploitation,

notamment les occupants, le

mobilier, les équipements, les

voitures et véhicules dans le cas

des constructions d’infrastructures,

ainsi que les charges climatiques

comme la neige, la pluie, et le vent,

et les charges thermiques dues

à la dilatation ou contraction des

matériaux face aux variations de

température.

- Charges accidentelles : incluent

principalement les séismes et

d’autres événements accidentels

difficiles à anticiper, comme les

incendies et les explosions.

Fig.3:La poussée tend à engendrer

un basculement et un glissement,

cette expérimentation

explique l’origine de la forme

adopté dans les murs de soutènement

et les barrages (Source

: Comment tout ça tient)

Fig.4: differents types de

charges externes (source :

Structure et architecture, Angus

J. Macdonald)

15


La structure comme langage architectural

Charges internes :

Lorsque la structure canalise les

charges externes, elle subit des

charges internes qui constituent les

contraintes 1 auxquelles le matériau

lui-même est soumis. Elles agissent

à l’intérieur des composantes de la

structure en réponse aux charges

externes.

Contraintes axiales : traction

et compression. Elles agissent

parallèlement à l’axe d’un élément

de structure, à savoir les contraintes

de compression et de traction.

La première tend à comprimer

et rapprocher les particules de

l’élément, généralement vertical

comme les colonnes, puisqu’elles

sont soumises à des charges axiales

plus importantes. La traction,

quant à elle, tend à tirer et allonger

l’élément, comme les tirants.(Fig.5)

Cisaillement :

quand nous voulons couper

une feuille avec des ciseaux, ces

derniers appliquent deux forces

opposées perpendiculaires sur la

feuille, ce qui cause sa coupure.

De même, le cisaillement est une

contrainte tangentielle qui agit

perpendiculairement à l’axe d’un

élément de structure lorsqu’il est

soumis à deux forces directement

opposées. Il engendre une contrainte

interne qui a tendance à faire

glisser une face par rapport à la face

opposée au niveau de la section de

l’élément. Si nous prenons l’exemple

d’une étagère supportée par des

équerres métalliques(Fig.6), les

livres posés dessus appliquent une

force verticale vers le bas, tandis

1 La contrainte est une grandeur mécanique

qui mesure la répartition des charges

internes et qui se calcule en divisant la force par

la surface sur laquelle elle agit, s’exprimant en

MPa

que l’équerre, en la soutenant,

applique une réaction vers le

haut. Par conséquent, la région

entre les livres et l’équerre est

soumise à un cisaillement, qui

devient maximal aux extrémités.

au niveau d’un édifice, le cisaillement

peut être entraîné soit par des

charges ponctuelles, comme une

personne debout sur une poutre, soit

par des charges réparties, comme

le poids d’un plancher supporté par

une poutre.

La flexion:

ou fléchissement, survient

lorsqu’une charge est appliquée

perpendiculairement à l’axe

longitudinal d’un élément. Cette

charge génère des forces internes

qui agissent parallèlement à la

longueur de l’élément. L’intensité

de ces forces internes varie selon

sa profondeur, en passant de la

compression sur une face à la

traction sur l’autre. A un point situé

entre les faces de compression et de

traction, la force interne est nulle,

ce qui définit l’axe neutre. La somme

algébrique des forces internes,

multipliée par la distance par

rapport à l’axe neutre, est appelée

moment de flexion. Les moments se

produisent souvent en même temps

que des forces de cisaillement. tout

en engendrant des déformations

élastiques.

Flambement :

Quand une colonne est soumise à

une charge compressive le long de

son axe, elle peut présenter une

déformation latérale pour s’échapper

des charges qui dépassent sa

capacité, surtout si sa longueur est

relativement grande par rapport à sa

section transversale. Cela conduit au

flambement, qui se produit lorsque

Fig.5: Représentation des

contraintes de compression et

de traction

Fig.6: Les contraintes de cisaillement

engendrées par l’opposition

des forces des livres et la

réaction du support .

Fig.7: Phénomene de flambement

(Source : Comment ça

tient)

16


La structure comme langage architectural

la charge axiale dépasse un certain

seuil critique, entraînant une perte

de stabilité et une déformation

latérale. Par exemple, une règle

élastique, à cause de sa section

mince (Fig.7), ne supporte pas les

charges axiales et se déforme

facilement, car c’est le chemin qui

demande le moins d’effort.

Torsion :

La torsion est un type de

déformation qui résulte de la rotation

d’un élément structurel linéaire par

rapport à son axe longitudinal (Fig.8).

Lorsque le point d’application d’une

charge est excentrique par rapport

à cet axe, un moment de torsion se

développe. Cela induit à son tour

des forces de torsion à l’intérieur de

l’élément pour résister à l’action de

torsion. Ces forces sont réparties sur

la section transversale de l’élément

de manière circulaire, les fibres

extérieures subissant les forces les

plus élevées.

Equilibre et stabilité

L’équilibre et la stabilité sont souvent

confondu même s’ils représentent

deux concepts différents, mais ça

sera plus facile de faire la distinction

entre un système structurel en

équilibre et un système stable si

nous imaginons une maison de carte

(Fig.10) , nous pouvons bien percevoir

l’état d’équilibre qui nous était

très difficile à obtenir en balançant

des cartes dans une disposition

triangulaire, mais nous sommes

conscients que nous ne devons pas

y apporter la moindre perturbation

pour qu’elle ne s’effondre pas, c’està-dire

qu’elle est instable,

La maison de carte est en équilibre

parce que toutes les forces et tous

les moments sont parfaitement

compensés par les forces de

réaction d’une telle sorte qu’il n’y

a pas de mouvement, dans ce cas

cette structure ne subit que des

forces axiales (force de gravitation)

cependant lorsqu’elle est soumise à

une force latérale comme le vent ou

un mouvement parasite les cartes

perdront leur équilibre, parce que

cette structure ne résiste pas à

des forces venant de toutes les

directions à cause d’un manque de

liaison et d’assemblage entre ses

éléments,

Dans ce cas, nous faisons référence

à la notion d’équilibre statique par

la première loi de Newton, où la

somme des forces est nulle et le

moment résultant de ces forces

est également nul, tandis que la

stabilité représente la capacité d’un

système structurel à retrouver son

état d’équilibre en résistant aux

perturbations,

Fig.8:Déformation de la torsion

Fig.9:Le bras de levier multiple

la force exercée pour faciliter le

déplacement d’un objet lourds

ce qui représente la notion du

couple (Source : Comment tout

ça tient)

Fig.10:Pour assurer l’équilibre

d’un couple Il faut que le produit

de la force et la distance

soit égale dans les deux cotés

(Source : Comment tout ça

tient)

Fig.11:La disposition triangulaire

des cartes est une composition

en équilibre mais pas

stable

17


La structure comme langage architectural

Degrés de stabilité

Dans l’exemple précédent,

l’instabilité de notre arrangement

de cartes renvoie au fait que les

cartes sont uniquement posées les

unes sur les autres sans aucune

liaison. Il est intuitif de penser à

appliquer de la colle aux limites des

cartes pour les stabiliser. Ce simple

exemple démontre l’importance de

l’assemblage qui peut être assuré

par trois types de liaison, chacun

permet un degré de liberté différent

par rapport aux mouvements :

- Liaison encastrée : La plus courante

dans la construction des bâtiments,

elle bloque tous les mouvements, à

savoir la rotation suivant l’axe Oz, et

la translation suivant les axes Ox et

Oy. Ce type de liaison bloque donc

trois degrés de liberté et génère trois

efforts de réaction en réponse aux

mouvements bloqués, Fx, Fy, et Mz,

ce qui représente trois inconnues.

- Liaison simple : Elle impose un

seul blocage en translation dans

la direction normale à la surface

d’appui. Elle fait ainsi naître une force

de liaison dans cette direction, Oy, et

introduit donc une seule inconnue.

- Liaison double ou articulée : Elle ne

permet qu’un seul mouvement de

rotation et bloque deux mouvements

de translation suivant les axes Ox

et Oy, ce qui introduit donc deux

inconnues.

Mathématiquement, le nombre

d’inconnues définit le niveau de

stabilité en le comparant avec le

nombre d’équations d’équilibre. Plus

le problème mathématique admet

de solutions, plus le système est

hyperstatique, c’est-à-dire qu’il y a

un excès d’éléments porteurs et que

l’on peut en supprimer pour rendre le

système isostatique, ce qui signifie

qu’il ne comprend que le nombre

nécessaire d’éléments porteurs

et qu’il n’a qu’une seule solution

pour son problème mathématique.

Cependant, si nous supprimons trop

d’éléments, nous aurons un système

instable, hypostatique, dont le

problème mathématique a moins

d’inconnues que d’équations.

D’une manière générale, prenons

l’exemple d’une table (Fig.12). Si elle

ne possède qu’un seul pied, elle

ne sera pas capable de remplir sa

fonction, car elle n’est pas stable ;

c’est une structure hypostatique. En

revanche, trois pieds sont suffisants

pour assurer son rôle, formant

ainsi une structure isostatique. Un

quatrième pied n’est pas vraiment

nécessaire pour sa stabilité, ce qui la

rend hyperstatique.

Résistance et rigidité

La résistance et la rigidité sont des

caractéristiques distinctes d’un

matériau, même si elles sont souvent

utilisées de manière corrélative dans

le langage courant. Par exemple, le

verre est un matériau rigide mais qui

n’est pas résistant au choc, tandis

que les cordes en nylon peuvent être

très résistantes même si elles sont

flexibles. La résistance est la capacité

d’un matériau à supporter une charge

maximale avant de se casser (elle se

mesure en fonction de la contrainte),

alors que la rigidité d’un matériau

représente sa capacité à résister

aux déformations sous l’effet des

charges externes. Son unité de

mesure est le module de Young

(Fig.13), qui varie d’un matériau à un

autre en fonction de leur flexibilité

et de leur capacité à revenir à leur

état initial après la déformation. Une

structure avec une bonne résistance

Fig.12:Exemple d’une structure

hypostatique, isostatique et

hyperstatqique

Fig.13:Ce schéma représente la

relation entre les contraintes et

les déformations dans la phase

élastique, où elle se traduit

par le module de Young. En

dépassant la limite plastique,

les déformations deviennent

permanentes jusqu’à ce qu’elles

atteignent la résistance maximale,ce

qui entraîne la rupture

du matériau.

18


La structure comme langage architectural

ne va pas s’effondrer mais elle peut

devenir incapable de remplir sa

fonction à cause de sa déformation

permanente, cela réfère à deux

notions, de l’état limite ultime et

l’état limite de service.

Contreventer – ponter –

supporter

Nous venons de citer les quatre

propriétés essentielles que doit

présenter une structure pour

pouvoir assurer sa fonction. Chaque

structure doit atteindre l’équilibre,

être stable, avoir une résistance et

une rigidité convenables, mais si nous

cogitons davantage sur l’objectif

derrière ces caractéristiques, nous

remarquons que l’action de la

structure n’est pas seulement de

supporter les charges, mais c’est

une combinaison de trois actions :

supporter, contreventer et ponter.

- Supporter : transmettre

les charges vers le sol.

- Ponter : c’est dérivé du pont

qui connecte un bord à un autre

pour permettre le passage audessus

d’une rivière ou de chaque

dépression de terrain. En général,

dans chaque structure, l’action de

ponter consiste à couvrir un espace.

- Contreventer : cela vient de la

combinaison des mots « contre » et

« vent », ce qui signifie la capacité

d’une structure à résister aux vents

et, en général, à toute charge latérale.

Il est utile de noter que le

contreventement est l’action qui

crée la différence entre un simple

équilibre face à des charges axiales

et une forte stabilité de la structure.

Ainsi, le contreventement renforce

la stabilité d’une structure, d’autant

plus que, dans l’architecture, on se

retrouve souvent avec des formes

moins stables, mais plus pratiques

au niveau de la programmation des

espaces, comme les portiques, qui,

dans leur forme brute, résistent

mal aux charges horizontales.

Par exemple, dans ce système

(Fig.14), une petite perturbation

peut être critique pour la stabilité

de la structure, ce qui nécessite

un système de contreventement

pour stabiliser la structure et

la rendre capable de revenir

à son état d’équilibre, peu

importe la direction des charges.

Cependant, pour satisfaire les

exigences de l’architecture, d’autres

types de contreventement peuvent

être envisagés, comme montré

dans les schemas ci-dessous

(Fig.15). Un cadre rectangulaire

peut être stabilisé par l’ajout d’un

contreventement diagonal, par un

diaphragme rigide ou encore par

l’intégration de nœuds rigides. Un

seul nœud rigide suffit en réalité à

Fig.14:Un cadre rectangulaire

avec quatre articulations

peut atteindre

un état d’équilibre, mais

il est instable car toute

légère perturbation latérale

peut entrainer son

effondrement. Le cadre

à droite est stabilisé par

un contreventement

diagonal qui ne contribue

pas directement à la

résistance aux charges

gravitationnelles.

Fig.15:Les différentes

méthodes de contreventement

19


La structure comme langage architectural

assurer la stabilité.

Efforts tranchants, normaux

et moments fléchissants

Afin d’amener les études

structurelles on recourt à des

représentations simplifiées, les

forces et les réactions d’appui sont

représentées par des vecteurs

ayants la même direction et une

largeur proportionnelle avec leur

force, ce qui résulte aux efforts et

aux moments suivants :

- Effort normal : la composante

N de la somme des projections de

toutes les forces agissant suivant

la normale l’axe longitudinale de

l’élément

- Efforts tranchants les forces

transversales sont les sommes des

projections de toutes les forces

agissant suivant l’axe transversal

- Moments fléchissants : les

composantes du vecteur moment

représentant la somme des moments

de toute les forces par rapport aux

axes d’inertie principaux

- Moments de torsion : le

moment de torsion est la somme

des moments de toutes les forces

intérieures par rapport à l’axe X

perpendiculaire à la section

En suivant la méthode de section qui

vise à diviser l’élément structurel

pour faciliter son étude dans le but de

déterminer les réaction d’appui en se

basant sur les données forces et des

charges externes, les résultats sont

représentés dans des diagrammes

des efforts et des moments, ce

dernier permet de comprendre

le comportement général de la

structure en se focalisant sur les

valeurs maximales et minimales et la

forme du diagramme

Fig.16:Exemples des diagrammes des efforts

tranchants et moment fléchissant selon les cas

20


La structure comme langage architectural

Partie I .

La séparation entre la structure et l’architecture,

l’évolution historique.

21


La structure comme langage architectural

Introduction :

L’objectif de ce chapitre est d’explorer les racines historiques de la séparation

progressive entre l’architecture et l’ingénierie. Nous allons étudier la relation

entre la nature de la profession d’architecte et les formes de collaboration

avec les autres corps de métier de la construction, ainsi que l’approche

conceptuelle durant les époques majeures emblématiques de l’histoire de

l’architecture. Nous allons examiner comment les grandes structures héritées

de l’histoire des constructions humaines ont émergé à une époque où les

rôles étaient totalement intégrés, avec une polyvalence des profils d’experts

qui concrétisait efficacement la fusion entre l’architecture et l’ingénierie.

Ensuite, nous aborderons les premiers moments où la spécialisation est

devenue un inévitable effet de la révolution industrielle, menant à un divorce

malheureux entre deux disciplines qui sont intuitivement interconnectées.

22


La structure comme langage architectural

Chapitre I. Histoire de la séparation

entre l’architecture et l’ingénierie

L’architecture antique :

La Mésopotamie

(À partir de 3500 av. J.-C.)

Lorsque nous parlons de

l’architecture antique, l’une des

premières formes architecturales

qui surgit à nos esprits appartient à

l’architecture de Mésopotamie. Elle a

vu le jour vers le IVe millénaire avant

notre ère, dans la région située entre

les fleuves du Tigre et de l’Euphrate

où se sont développées les fameuses

civilisations, des Sumériens et

des Babyloniens. L’architecture

mésopotamienne est caractérisée

essentiellement par des structures

monumentales qui reflètent

les croyances religieuses et les

traditions sociales de la population.

Ces grandes structures servaient à

marquer la hiérarchie administrative

du centre qui s’est inséré lors du

développement des premières citésétats,

notamment avec la civilisation

de Sumer, environ 4500 - 1900 av.

J-C.

Les ziggourats, par exemple, étaient

la forme architecturale courante

pour imposer l’autorité du centre

administratif, il s’agit de structures

pyramidales à degrés construites en

briques d’argile mélangées à de la

paille.

La plus haute des ziggourats

atteignait déjà 91 mètres,

notamment la ziggourat de Babylone,

principalement édifiée sur plusieurs

étages, chacun est plus petit que

le précédent, avec un temple au

sommet. La base servait de fondation

solide, tandis que les étages

supérieurs étaient conçus pour être

progressivement plus légers. Cette

conception architecturale répondait

à des exigences structurelles pour

éviter l’effondrement de l’édifice

causé par l’accumulation du poids

des briques qui exercent une

pression croissante de haut en bas.

Bien que cette logique puisse sembler

intuitive, elle était primordiale pour la

construction de structures massives

et monumentales dans des régions

où l’argile et la brique étaient les

matériaux dominants. C’est un

système structurel qui fonctionne en

compression et constitue également

l’enveloppe architecturale. On

Fig.17:Reconstitution de

la ziggurat d’Ur.(Source:

URL: https://cliolamuse.

com, 09/10/2024)

23


La structure comme langage architectural

diminue la surface en progressant

en hauteur pour réduire la charge

descendante et pour compenser

les forces de compression qui

augmentent en fonction de la

descente des charges. Les murs sont

inclinés pour éviter l’effondrement

des briques sous leur propre poids,

le tout dans une recherche pour

augmenter la stabilité. Cela révèle

une cohérence de conception qui ne

faisait pas de distinction entre les

taches d’architecture et d’ingénierie,

par ailleurs, elle était en grande

partie guidée par les directives et

la volonté des autorités religieuses

et administratives, en particulier les

prêtres et les rois.

D’autre part, la forme architecturale,

porte une symbolique qui est

interprétée par les historiens et les

archéologues comme une volonté

d’ascension spirituelle vers le divin.

Le témoignage en est que le sommet

était toujours réservé pour un

temple et un lieu de méditation à

fin d’établir un lien entre la terre

et le ciel. Compte tenu de leur

position centrale par rapport à la

cité-état, elles représentaient le

centre du monde et le cœur religieux,

politique et social de la cité. La

coexistence entre le symbolisme

et la réflexion structurelle est très

intéressante dans le sens ou ça

enrichit l’expression architecturale à

travers la figuration et la métaphore

qui est l’un des langages forts de

l’architecture.

Ce système de structure n’a pas

cessé d’inspirer l’architecture des

civilisations qui ont succédé, même

après la Mésopotamie comme

l’Égypte antique, qui l’a développé

davantage pour arriver à une

morphologie géométriquement

plus parfaite. Même dans la culture

islamique, ce type de structure

peut être trouvé dans la conception

d’édifices de grandes hauteurs,

notamment les minarets comme

l’exemple de la grande mosquée de

Samarra qui atteint les 52 mètres

de hauteur et se caractérise par

une forme spirale suivant la même

logique structurelle.

D’autres structures légendaires

sont liées à ce type de construction,

comme les jardins suspendus

de Babylone, l’une des sept

merveilles du monde antique. Ils

sont mentionnés dans les écrits de

nombreux auteurs de l’Antiquité,

tels que Diodore de Sicile, Strabon et

Philon d’Alexandrie, en se basant sur

des sources antérieures aujourd’hui

perdues, notamment le prêtre

babylonien Bérose. Selon ce dernier,

les jardins ont été construits par

Nabuchodonosor II (605-562 av.

J.-C.) pour rappeler à son épouse,

Amytis de Médie, les souvenirs des

forêts montagneuses de son pays

natal à côté d’Ecbatane. Ils ont été

édifiés près de l’actuelle Bagdad

en Irak, Ces jardins étaient une

série de terrasses superposées,

soutenues par des voûtes en brique,

et abritaient une grande variété

de plantes et d’arbres avec un

système d’irrigation complexe pour

les entretenir. L’eau était pompée

depuis l’Euphrate et distribuée à

travers les terrasses par un réseau

de canaux et de conduits en argile.

Ainsi, cette architecture mythique

incarne la maîtrise de l’ingénierie

structurelle et hydraulique, de

l’architecture paysagère de l’époque

et elle symbolise aussi la puissance

de la civilisation antique.

Fig.18:La Tour de Babel vue

par Pieter Brueghel l’Ancien au

XVIe siècle.(Source: Wikipedia,URL:

https://fr.wikipedia.

org,09/10/2024)

24


La structure comme langage architectural

L’Egypte antique

(À partir 3150 av. J-C,pendant 3 000 ans)

Il est sans doute impossible

d’explorer l’évolution de l’équation

architecture-structure dans l’Egypte

antique sans étudier l’une des

plus impressionnantes structures

de l’histoire, les pyramides, ces

monuments funéraires en pierre

construits à partir de 2600 ans

avant notre ère, ils perdurent dans

le temps pour continuer à interpeller

la curiosité des historiens et des

archéologues. La plus grande et

la plus iconique est la fameuse

pyramidé de Khéops, la seule œuvre

des sept merveilles du monde

antique à survivre, C’est par ailleurs

pourquoi les pyramides constituent

un exemple intéressant dans notre

étude de relation entre l’architecture

et la structure dans l’histoire, Si

nous pouvons encore visiter ces

monuments, c’est parce que leur

structure et leur forme leur ont

permis de persister dans le temps, en

les transformant d’une architecture

funéraire qui instaure le pouvoir, à

une architecture abstraite servant

d’un livre qui raconte l’histoire des

civilisations ancestrales.

L’architecture funéraire de l’Egypte

antique s’est développée des

mastabas aux pyramides à degrés,

puis à la pyramide géométrique, selon

les études théologiques et politiques,

elles symbolisent la vertu divine

et l’aspiration humaine à s’élever

vers le dieu du Soleil. L’identité

des architectes n’est pas connue

avec certitude, car les documents

de l’époque sont limités. Toutefois,

les historiens et les égyptologues

jugent que les pharaons, en tant

que dirigeants de l’Egypte ancienne,

ont généreusement contribué

dans les principaux aspects de la

conception. Si l’on fait la similitude

avec le système actuel de la relation

entre l’architecte et le client, cela

n’aurait pas été très inhabituel. De

plus, il existe plusieurs indications

qui attribuent la conception à des

figures historiques égyptiennes

telles que Khufu, Hemiunu et

Imhotep. Leurs noms ont été

repérés dans des inscriptions avec

des titres tels que «directeur de

tous les travaux». Ces noms sont

parfois liés à un rôle d’ingénieur à

cause de leur implication présumée

Fig.19:L’évolution des pyramides

des mastaba aux pyramides

géométriques.

Fig.20:Reconstitution des structures de la pyramide

de Niouserrê à Abousir, Celle-ci met en lumière le

stade de construction durant lequel le premier gradin

est terminé, et la deuxième couche de chevrons

achevée d’être posée dans la fosse de construction.

ce qui renforce l’hypothèse de la structure de la pyramide

de Meidum (dessin : Franck Monnier, source

: Research-gate,URL: https://www.researchgate.

net,10/10/2024 ).

25


La structure comme langage architectural

dans la construction. Les rôles

d’architecte et d’ingénieur étaient

généralement combinés dans les

sociétés anciennes, et les personnes

responsables de la conception et de

la construction avaient fréquemment

une expertise polyvalente en

architecture, en ingénierie, en

géométrie, et des compétences

organisationnelles nécessaires

pour coordonner des projets de

construction monumentaux.

L’architecte de l’Égypte antique avait

un statut social très respecté, au

point d’être parfois vénéré. Imhotep,

crédité de la construction de la

première pyramide à degrés, celle de

la pyramide de Djéser à Saqqarah, qui

marque la transition des mastabas

vers les pyramides, était connu en

tant que Visir (le premier ministre)

et architecte du roi. Il était aussi

le grand prêtre d’Héliopolis et

médecin. Des inscriptions telles que

« grand des voyants (grand prêtre

d’Héliopolis) » et « maître artisan des

sculpteurs et des maçons » ont été

découvertes par des archéologues

sur un fragment de statue du

roi. Après sa mort, Imhotep a été

divinisé, devenant une figure sacrée

en tant que Dieu de la sagesse et de

la médecine.

À l’aube de le IVe dynastie,

pendant le règne de Snéfrou, les

toutes premières tentatives de

construction de pyramides ont

débuté. En premier lieu conçues avec

une pente de 54°, des instabilités

ont conduit à des modifications, en

intégrant une inclinaison d’environ

43° à mi-hauteur, ce qui a donné

naissance à la pyramide rhomboïdale

à double pente. La découverte des

ruines de la pyramide de Meïdoum,

avec une base en pente de 51° et

une hauteur de 144 m, a provoqué

diverses hypothèses controversées

sur la structure des pyramides.

Certains, comme le physicien

allemand spécialisé en pyramidologie,

le Dr Kurt Mendelssohn, suggèrent

que cette pyramide était la première

tentative, affaiblie et effondrée

à cause de sa forte pente, ce qui

a exposé la vraie structure des

pyramides indépendamment de leur

type, (FIG.21),

Cela aurait incité les constructeurs

à opter pour la pente de 43° dans

la première pyramide à face lisse, la

pyramide rouge de Snéfrou.

Fig.21:Plans en coupe de la pyramide rhomboïdale (dessin : Franck Monnier, source :

Research-gate,URL: https://www.researchgate.net,10/10/2024).

26


La structure comme langage architectural

Les trois pyramides de Gizeh,

construites durant le IVe dynastie,

surpassent les autres. Khéops,

avec ses dimensions imposantes

(hauteur de 146 mètres, base de

230 mètres, pente de 51° 50’),

Khephren légèrement plus petite,

mais avec une pente de 53°, et

Mykérinos, plus modeste avec 66

mètres de hauteur et une pente de

51° 20’. D’une manière similaire aux

précédentes, elles enferment une ou

plusieurs chambres consacrées pour

accueillir la dépouille du roi dans un

sarcophage, à côté d’objets en or.

Elles sont connectées par un réseau

complexe de couloirs dont certains

semblent avoir été conçues à fin de

désorienter les intrus.

Si nous parlons de la construction

de ses volumes qui atteignent les

3 millions de tonnes de blocs de

calcaire, nous sommes sûrement

impressionnés par les méthodes

de déplacements des matériaux,

la coordination des travaux, mais

aussi la précision de la construction

notamment le rapport à l’horizontale

qui suscite des suppositions sur

les connaissances mathématiques

avancées des Egyptiens, à savoir la

compréhension du nombre grec pi qui

aurait permis de reproduire le même

angle dans toutes les pyramides, à

l’exception de deux qui ont une pente

de 43 degrés. Néanmoins, l’ingénieur

T.E Collins propose une hypothèse

alternative en suggérant que les

égyptiens auraient pu obtenir cet

angle en faisant rouler un cylindre

à la base d’un côté de la pyramide.

Si le cylindre avait été mesuré

en nombres entiers de rotations

complètes autour de son axe, les

52 degrés d’inclinaison des côtés

résulteraient alors de la hauteur de

la pyramide, équivalente à quatre fois

le diamètre du cylindre multiplié par

le nombre de rotations complètes.

Ainsi, l’autre pente de 43 degrés

représente une hauteur de 3 fois le

nombre de rotations du diamètre

du cylindre. Si cette explication est

correcte elle aura non seulement

résolu un mystère, mais elle nous

aura aussi poussés à tirer des leçons

importantes sur une architecture

qui est basée sur une bonne

compréhension de la géométrie sans

nécessairement avoir besoin de faire

des calculs complexes.

Fig.22:Statuette of Imhotep,

664–30 BC (source : https://

fr.wikipedia.org,09/10/2024)

Fig.23:La figure A illustre le

rôle qu’attribue Dieter Arnold

à la tranchée de construction

d’une pyramide. Il est manifeste

que l’espace disponible n’ait

pu permettre à une équipe

d’ouvriers de pouvoir hisser et

déplacer des monolithes pesant

plusieurs dizaines de tonnes.

Un tel cheminement aurait

été facilité par un ensemble

de manœuvres effectuées

depuis une vaste plate-forme

dénuée de tranchée (dessin :

Franck Monnier, source : Research-gate,URL:

https://www.

researchgate.net,10/10/2024 ).

27


La structure comme langage architectural

La vallée de l’Indus

(3200-1900 av. J.-C.)

La civilisation de la vallée de l’Indus,

aussi communément appelée la «

civilisation Indus-Saraswati » ou

encore « civilisation harappéenne

», prospérait entre environ 2600

et 1900 av. J.-C. dans ce qui est

aujourd’hui le Pakistan et le nordouest

de l’Inde. Dans un territoire

beaucoup plus étendu que celui

de la Mésopotamie et de l’Égypte,

cette civilisation a développé

une architecture urbaine avantgardiste

qui témoigne d’une maîtrise

impressionnante de l’urbanisme,

de l’ingénierie hydraulique et de la

structure. Deux des principales villes

étaient Harappa (Pendjab, Pakistan)

et Mohenjo-Daro (Sind, Pakistan).

Cette dernière constituait une

véritable métropole qui s’étend sur

plus de 200 hectares et qui pouvait

héberger jusqu’à quarante milles

personnes. Elle représentait une

cité modèle dans laquelle le mur

porteur en brique cuite constituait

le système structurel principal,

permettant une conception urbaine

strictement quadrillée, coupée

en deux par un boulevard de dix

mètres de large et traversée par un

réseau de rues bien tracées dotées

d’un système d’égouts avancé.

Les maisons étaient construites

en briques cuites sur deux ou trois

étages avec des toits plats. Son

système constructif s’inspirait

des constructions de ses origines

préhistoriques comme celles de la

ville de Mehrgarh (Baloutchistan,

Pakistan), qui date du néolithique.

En plus de son attention particulière

à l’urbanisme, la civilisation de l’Indus

est reconnue comme pionnière en

matière d’hygiène et maîtresse

de l’ingénierie hydraulique, en

inventant le système moderne

de « tout à l’égout ». Des sources

d’approvisionnement public en

eau et des systèmes ingénieux

d’assainissement étaient conçus

dans plusieurs villes. Les maisons

individuelles ou les groupes de

Fig.25: Systeme constructif de

la ville de Mehrgahr. (Source:

Article: Le défi que nous lance

la modernité de la Civilisation

de l’Indus, URL: https://artkarel.

com, 10/10/2024)

Fig.24:Vue des ruines de la

ville de Mohenjo-Daro, équipée

de bains privés et publics,

d’égouts et de toilettes rinçables.

(Source: Article: Le défi

que nous lance la modernité

de la Civilisation de l’Indus,

URL: https://artkarel.com,

10/10/2024)

28


La structure comme langage architectural

maisons s’approvisionnaient en eau à

travers des puits pour l’alimentation

et l’hygiène personnelle (bains,

toilettes) mais aussi pour les activités

économiques des habitants. Chaque

habitation possédait une salle de

bain et des latrines privées en

brique reliées à un réseau communal

d’égouts pour l’évacuation des eaux

usées, se déversant soit dans un

canal du port, soit dans une fosse en

dehors des murs de la ville, soit dans

des urnes enterrées équipées d’un

trou pour l’évacuation des liquides,

qui étaient régulièrement vidées et

nettoyées. Plusieurs habitations de

la ville étaient constitués de deux

étages ou plus. L’eau qui ruisselait

du toit et des salles de bain des

étages supérieurs était canalisée

à travers des tuyaux en terre cuite

fermés ou des goulottes ouvertes

qui se vidaient via les toilettes dans

les égouts couverts sous la rue.

Ce qui en fait l’une des premières

civilisations à inventer le système

d’hygiène tel que nous le

connaissons aujourd’hui, selon une

étude scientifique de 2016 intitulée

« L’évolution des toilettes dans le

monde à travers les millénaires » :

« Les premières toilettes à chasse

d’eau multiple reliées à un système

d’égouts sophistiqué qui ont été

identifiées jusqu’à présent se trouvaient

dans les villes antiques de

Harappa et Mohenjo-daro dans la

vallée de l’Indus.»

Pour cette raison, il n’est pas

surprenant que l’une des structures

les plus importantes de cette

civilisation soit le Grand Bain de

Mohenjo-daro, considéré comme le

« premier réservoir d’eau public de

l’Antiquité ». Il mesure 11,88 mètres

sur 7,01 mètres et a une profondeur

de 2,43 mètres. Il est doté de deux

larges escaliers servant d’entrées

situées au nord et au sud. La

construction est soutenue par des

murs porteurs épais en briques

de terre cuite et des colonnes en

briques aux bords nord, sud et est.

Les colonnes préservées étaient

renforcées aux angles, et une

série de chambres située à l’est

semble avoir été destinée à servir

de réservoir d’eau et de collecte

des eaux pluviales. Les parois du

bain étaient habillées d’une couche

de bitume étanche. Grâce à cette

méthode de construction simple

qui utilise seulement des matériaux

locaux, cette civilisation a laissé une

trace durable à travers des ruines

qui révèlent une société avancée

en matière de construction et

d’urbanisme.

Fig.26:Douche avec canalisations

d’évacuation. (Source:

Article: Le défi que nous lance

la modernité de la Civilisation

de l’Indus, URL: https://artkarel.

com, 10/10/2024)

Fig.27:Les ruines du grande

bain de Mohenjo-daro. (Source:

Article: Le défi que nous lance

la modernité de la Civilisation

de l’Indus, URL: https://artkarel.

com, 10/10/2024)

29


La structure comme langage architectural

La Chine antique

(2070 av.J.-C.-220 apr. J.-C. 1 )

Il est impossible d’évoquer la

civilisation chinoise sans parler de son

histoire riche et ancien qui prend ses

origines dès la préhistoire et connaît

une succession de nombreuses

dynasties. La première dynastie

connue au monde est celle de la

dynastie Xia (c. 2100-1600 av. J.-C.).

Le long de son histoire, la Chine s’est

développée significativement en

termes d’architecture, de structures,

de militaire, de philosophie et de

médecine. L’une des structures

les plus représentatives de son

architecture est la pagode, c’est une

structure qui est répandue dans

plusieurs régions de l’Asie de l’Est,

notamment au Japon et en Corée,

ainsi que dans d’autres régions

influencées par la culture chinoise.

Pourtant, l’origine de la pagode

remonte à l’Inde ancienne, où elle

était au début utilisée comme

monument commémoratif pour

abriter des reliques sacrées du

Bouddha. Elle a été introduite en

Chine au début de la dynastie Han

(206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.) et

s’est vite ajustée pour s’adapter

à l’architecture et à la culture

chinoises. Au cours du temps, elle est

devenue un symbole emblématique

du bouddhisme et de la spiritualité

en Asie de l’Est.

Il s’agit d’une tour à plusieurs étages,

chaque étage de la structure devient

graduellement plus petit au fur et à

mesure qu’il s’élève. La forme et le

nombre d’étages changent selon les

régions et les styles architecturaux.

Les pagodes peuvent accueillir entre

trois et quinze étages, voire plus

1 de la dynastie Xia (vers 2070 - 1600 av. J.-C.)

jusqu’à dynastie Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.)

dans certains cas. Elle est construite

en bois, en pierre ou en brique, et le

toit est généralement recouvert de

tuiles.

En analysant la forme de ce

bâtiment, nous remarquons que sa

conception a intégré les deux d’une

manière mutuelle. Du point de vue

architectural, la succession des

étages et ses formes rythmiques

suivent une composition formelle

proportionnelle par rapport à

l’axe horizontal et symétrique par

rapport à son axe vertical, ce qui

donne une expression architecturale

harmonieuse et équilibrée. Du point

de vue structurel, le bâtiment

est constitué d’une base souvent

construite en pierre ou en béton

pour garantir une stabilité solide. Une

colonne centrale en bois ou en pierre

soutient la structure entière de la

pagode et est conçue pour résister

aux charges verticales et supporter

les étages supérieurs. Les étages

sont construits souvent en bois avec

des poutres et des colonnes pour

soutenir le toit de chaque niveau.

le toit de la pagode est souvent

recouvert de tuiles ou de bardeaux

pour protéger la structure des

intempéries.

Ce qui est encore plus

impressionnant que son architecture,

c’est sa conception parasismique qui

est conçue pour être flexible, Cela

renvoie d’une part à sa structure en

bois qui absorbe l’énergie sismique

et s’adapte aux mouvements avec

une grande souplesse, et d’autre

part à l’assemblage des éléments

structurels qui n’est basé que sur

des imbrications sans utilisation de

clous ; ils s’encastrent parfaitement

les uns dans les autres grâce à

des techniques sophistiquées

Fig.28:Coupe montrant l’assemblage

de la structure du

pagode par rapport au pilier

central (Source: Nipponia

URL: https://web-japan.org,

11/10/2024)

Fig.29:Détail d’assemblage

avec la technique de la mortaise

en haut et le tenon en bas

30


La structure comme langage architectural

d’assemblage, incluant des tenons,

des mortaises, des abouts et des

languettes. De ce fait, si le sol se

met à trembler, les surfaces des bois

engagées dans ces intrications de

joints se déforment et se frottent

les unes contre les autres. Ce

mécanisme agit comme une barrière

à la propagation de l’énergie sismique

vers le sommet de la pagode. Une

pagode à cinq étages dispose ainsi

d’environ mille joints mortaisés

robustes.

Mais le facteur le plus important

de sa résistance réside dans

l’arrangement de la structure des

étages. On peut l’expliquer d’une

manière expérimentale en imaginant

cinq bols inversés empilés. En

perçant un trou au fond de chaque

bol et en y insérant une baguette

fixée verticalement, les bols forment

une tour à la fois flexible et stable

qui reste debout même lorsqu’on

secoue le plateau. Si l’un des bols

s’écarte un peu trop sur le côté, il

sera retenu, ainsi que les autres,

par l’épine dorsale de la baguette.

Lors d’un séisme, le pilier central

oscille légèrement comme un

pendule pointé vers le ciel, ce qui

aide à atténuer la force sismique.

Étonnamment, les techniques

de construction des pagodes à

cinq étages sont aussi utilisées

dans certains grands immeubles

modernes. Les anciens immeubles

en pierre étaient robustes et rigides.

Mais les constructions récentes

sont conçues pour être flexibles, et

permettre les oscillations légères afin

de s’adapter aux forces sismiques et

de créer une force de rappel, à l’instar

des pagodes à cinq étages. Des

couches de caoutchouc stratifiées

sont placées sous les fondations, et

un système d’amortissement avec

des cadres solidaires est intégré

aux piliers, poutres et murs. De plus,

des réservoirs d’eau partiellement

remplis sont installés sur les

toits pour atténuer les effets des

secousses sismiques.

C’est ainsi que les pagodes se

tiennent encore fièrement dans la

paix des anciens temples japonais,

prêtes à accueillir gracieusement les

visiteurs malgré la nature violente de

l’environnement et la fréquence des

catastrophes naturelles 2 .

Fig.30:démonstration physique

du principe de la résistance

sismique des bâtiments de type

pagodes (Source: Nipponia

URL: https://web-japan.org,

11/10/2024)

Fig.31:schéma montrant le

comportement du pagode lors

d’un séisme (Source: Nipponia

URL: https://web-japan.org,

11/10/2024)

2 Référence : web-japan.org

31


La structure comme langage architectural

La Grèce antique

(du VIV ème -I er siècle av. J. -C. )

La Grèce antique s’étend du environ

VIIIe siècle av. J.-C. Jusqu’à la fin

de l’Antiquité, son architecture est

une manifestation exceptionnelle

de l’intégration du raisonnement

structurel dans le langage

architectural, ce langage qui a

influencé l’architecture occidentale

d’une façon considérable, il a permis

à la logique formelle de la structure

de décider le geste architectural

tout en impliquant une philosophie

esthétique basée sur l’ornement

des structures, ce qui a donné lieu

aux trois ordres architecturaux des

colonnes de l’architecture grecque :

le dorique, l’ionique et le corinthien.

Le dorique est le plus sobre et le plus

vigoureux, identifié par ses colonnes

cannelées et ses chapiteaux simples.

L’ionique, plus élégant et élancé,

se caractérise par ses spirales aux

extrémités des chapiteaux. Alors que

le corinthien, il est le plus ornementé

avec des chapiteaux embellis de

feuilles d’acanthe.

L’architecture grecque est marquée

par la symétrie, l’harmonie le

rythme et la proportion, en suivant

les méthodes géométriques et en

utilisant des matériaux courants

comme la pierre, le marbre et la terre.

Le marbre, en particulier, provenant

principalement des carrières de

Pentélique près d’Athènes, était

favorisé à cause de sa blancheur et

de sa durabilité. L’aspect mythique

de son architecture se voit par de

sculptures détaillées, de frises et

de frontons qui représentent des

scènes fabuleuses qui glorifiaient les

dieux ou les héros de la mythologie

grecque, reflétant ainsi les

croyances et les valeurs de la société

grecque antique.

Le Parthénon est l’un des

monuments les plus célèbre de

l’architecture grecque antique,

situé sur l’Acropole d’Athènes.

Construit entre 447 et 432 av. J.-C.,

Fig.32:Les trois styles de

colonnes : Dorique, Ionique et

Corinthien, représentent des

éléments structurels et décoratifs

de l’architecture grecque qui

est caractérisée par l’ordre et

la proportion visuelle. (Source

: Article : Comment apprécier

l’art architectural,URL: https://

www.artistsflowparis.com,

12/10.2024)

Fig.33: Le Parthénon grec

(Source : Constructies, Ir J Oosterhoff

)

32


La structure comme langage architectural

et mesure environ 69,5 m de long sur

30,9 m de large et repose sur une

base imposante. C’est un exemple

historique d’un bâtiment qui consiste

en une armature structurelle visible

ajustée de manière assez mineure

pour des raisons esthétiques et

d’une forme architecturale qui est

le résultat logique de son ossature

structurelle, ce qui se manifeste avec

les colonnes d’ordre dorique sur ses

façades. Les colonnes, mesurant 10,4

m de hauteur et 1,9 m de diamètre

à la base, ses dimensions sont

imposantes en termes d’épaisseur

afin d’éviter l’effondrement et le

flambement causé par la nature des

matériaux et le système compressif

de la construction. Le temple est

principalement construit en marbre

pentélique, u. Les pierres étaient

taillées avec précision et assemblées

sans utilisation de mortier, ce qui

illustre la maîtrise des techniques de

construction des Grecs.

La fonction essentielle du Parthénon

était consacrée à la déesse Athéna

Parthénon, protectrice de la cité

d’Athènes, mais il servait également

de trésor pour abriter les fonds

de la cité. Sa conception et son

ornementation reflètent l’apogée de

l’architecture grecque.

Fig.34: a) Plan du Parthénon montrant le rapport 9:4 entre la

largeur et la hauteur ; (b) élévation du Parthénon montrant le

rapport 9:4 entre l’entraxe et le diamètre des colonnes (Source :

Woodford, 1981, p. 17).

33


La structure comme langage architectural

La Rome antique

(VI ème siècle av.J.-C. - V ème siècle av.J.-C. )

A chaque fois que nous essayons

d’étudier les traits architecturales

d’une architecture du monde antique

nous se retrouvons en train de décrire

les systèmes structurels, si nous

parlons du bâtiment sans rentrer

dans les détails de l’agencement

et la planification de l’espace, ce

constat se confirme davantage

quand nous essayons d’identifier les

caractéristiques de l’architecture

romaine qui emploie beaucoup

d’arches en plein cintre, cela n’est

qu’une manifestation de la recherche

des architectes-ingénieurs d’un

système constructif le plus optimal

et qui s’adapte parfaitement

avec les aspirations culturelles,

les techniques de construction, la

nature des matériaux disponibles, La

forme globale des bâtiments dérive

des conséquences logiques des

nécessités structurelles,

Alors il ne sera pas étrange de

percevoir l’architecture romaine

comme une démonstration parfaite

de l’intégration de l’ingénierie

structurelle dans le langage

architectural, cela ce manifeste

dans l’architecture à travers des

monuments et ouvrages d’art

comme les amphithéâtres, les

temples et les aqueducs, ces derniers

illustrent une révolution technique

qui permet l’acheminement d’une

eau propre, canalisées via des tunnels

en pierre jusqu’aux habitations d’un

million de citoyens romains. Les

arches élégantes traversent les

campagnes, tandis que d’incroyables

tunnels souterrains fournissent

des quantités très importantes

d’eau potable, ce qui permet une

urbanisation non limitée aux bords

des rivières.

Ce système de canalisation dépend

de la gravité pour acheminer l’eau

des rivières, en utilisant l’un des

premiers systèmes hydrauliques

inventés par le célèbre hydraulicien

Frontin. Les aqueducs étaient si bien

conçus qu’ils sont les seuls services

publics de la Rome antique encore

utilisés de nos jours. Ils franchissent

les collines et vallées jusqu’aux villes,

Fig.35: Coupe Aqueduc romain

: Pont du Gard entre 40 et

50 après j.-c (Source: Constructies,

Ir J Oosterhoff)

34


La structure comme langage architectural

tout en suivant une pente modérée

pour ralentir l’écoulement dans

des bassins de décantation afin de

permettre le dépôt des impuretés.

Pour maintenir la même déclivité

lorsqu’un tunnel émerge de l’autre

côté de la colline, il était nécessaire

de redresser la galerie en l’appuyant

sur un mur de briques ou de pierre.

Plus la pente à rattraper est forte,

plus le mur s’élève. Cependant, les

Romains ont opté pour l’utilisation

d’arches semi-circulaires qui

répartissent les charges tout en

diminuant les coûts de construction

et en optimisant l’utilisation de

la pierre, on ajoutait un mortier

étanche obtenu à partir d’une roche

volcanique et de la chaux, ce qui

donne un ciment capable de durcir

même sous l’eau.

Les Romains, dans le but d’assurer

la stabilité de leurs structures, ont

pris des mesures précises pour

éviter l’effondrement des arches

en limitant leur hauteur à environ

20 mètres. Pour résoudre les

contraintes de hauteur imposées par

cette restriction, ils ont développé

une technique ingénieuse consistant

parfois à construire jusqu’à trois

étages d’arcades, comme illustré par

des exemples remarquables tels que

le pont du Gard en France(FIG.35).

Cette stratégie de construction,

qui vise à garantir la stabilité,

ne se limitait pas seulement aux

aqueducs. Elle a pareillement été

appliquée dans d’autres types

d’équipements architecturaux,

notamment les amphithéâtres,

comme le célèbre Colisée. Achevé en

80 après-J.- C. sous le règne de Titus,

le Colisée représente le plus grand

amphithéâtre de l’antiquité, avec des

façades en arcades atteignant une

hauteur étonnante de 48 mètres.

Un autre chef-d’œuvre romain est

le Panthéon de Rome, un temple

dédié à la panoplie divine érigé

en 120 apr. J.-C. sous le règne de

l’empereur Hadrien, il demeure le

bâtiment romain le mieux préservé,

il incarne un mélange harmonieux

entre le symbolisme architectural et

l’efficacité structurelle. La coupole de

44 mètres, triomphe de l’architecture

en béton, ne pouvait être conçu et

réalisé qu’après la découverte du

béton de pouzzolane par les Romains

qui furent les premiers à élever de

grandes structures monolithiques

et à surmonter les difficultés des

grandes portées en construisant là

une coupole qui est considéré comme

la plus grande de son époque, ce qui

témoigne de l’ingéniosité technique

déployée pour résoudre les défis

inhérents à son propre poids.

Confrontés à la nécessité

d’empêcher, l’effondrement de

la coupole, avec sa pression vers

l’extérieur à la base et le risque

d’effondrement vers l’intérieur au

sommet, les Romains ont élaboré une

solution ingénieuse. Ils l’ont bâtie

à l’intérieur de contreforts massifs

similaires à des murs, tout en

entourant la base de la coupole avec

des colliers en béton, dont l’épaisseur

se réduit progressivement à mesure

que l’on s’élève, jusqu’à ce qu’elle

soit couronnée d’une ouverture

circulaire de 9 mètres de diamètre qui

s’ouvre vers le ciel, dans l’objectif de

réduire la masse de béton. L’oculus,

seule ouverture du bâtiment,

permet l’infiltration d’une cascade

de lumière, attribuant à l’espace une

atmosphère sacrée. Par ailleurs, le

réseau de caissons carrés creusés

dans la paroi intérieure de la coupole

35


La structure comme langage architectural

contribue aussi à la réduction des

contraintes.

L’architecte a prévu de soutenir

cette demi-sphère gigantesque

avec huit piliers d’une épaisseur de

6 mètres, complétés par des puits

d’inspection. Un ensemble d’arches

a été inséré dans le mur pour réduire

le poids et canaliser les charges vers

les piliers.

L’invention du béton romain a

conféré aux architectes romains une

liberté de conception remarquable,

cela a introduit les tous premiers

aspects d’adaptation de la forme

à la fonction dans l’histoire de

l’architecture. Cette invention a joué

un rôle central dans la puissance de

l’architecture romaine, en créant

un matériau durable et polyvalent

qui a ouvert de nouvelles visions

de l’architecture. L’architecturale

Romaine jouait un rôle indicatif pour

exprimer la puissance de l’empire

au point qu’elle était le critère de

mesure du succès, ce qui explique

l’implication des empereurs dans la

conception des édifices, en cherchant

à exprimer leur autorité à travers des

monuments grandioses. Dans une

compétition furieuse qui vise à ériger

les structures les plus imposantes,

les architectes, qui assumaient

également le rôle d’ingénieur,

ont été incités à développer des

solutions ingénieuses pour résoudre

des problématiques autrefois

considérées comme insurmontables.

Cette dynamique compétitive a

apporté à l’architecture une avancée

technique remarquable, en incitant

les professionnels à repousser les

limites de l’ingénierie et à repenser

les normes établies. Le besoin de

créer des monuments à la hauteur

de la grandeur impériale a catalysé

l’émergence de concepts innovants,

remplaçant les contraintes

techniques par des possibilités

intéressantes.

Fig.36: La partie symétrique

du plan de panthéon (Source:

Constructies, Ir J Oosterhoff)

Fig.37: Coupe de Panthéon de

Rome (Source : Constructies, Ir J

oosterhoff)

36


La structure comme langage architectural

L’architecture médiévale :

L’architecture romane

(XI ème -XII ème siècle)

L’architecture romane marque

le début de l’époque médiévale

qui s’épanouit en occident entre

les IXe et XIIe siècles. Elle se

caractérise par son aspect religieux

à travers ses massives églises, et

par l’utilisation de la pierre comme

matériau de construction principal.

Contrairement à l’architecture

grecque, qui privilégiait les blocs de

pierre finement taillés, les bâtisseurs

romans utilisaient généralement

des pierres de taille, ce qui donne

un aspect rustique et massif aux

constructions. Dans une perspective

qui se préoccupe de la pérennité

et de la solidité des édifices,

surtout pour les édifices religieux.

Les formes distinctives de

l’architecture romane ne sont pas

marquées uniquement par les

volumes imposants, mais aussi par

l’utilisation de la voute en berceau

qui exige des murs très épais à

cause des poussées exercées pour

éviter l’écroulement, ses façades

possèdent peu de fenêtres avec

des arcs en plein cintre et des

dimensions réduites, cela s’explique

à travers les charges importantes

exercées par le poids propre des

bâtiments qui ne permettent pas de

grandes ouvertures, ainsi les églises

romanes sont basses et sombres.

Prenant comme exemple nous

pouvons facilement remarquer

l’épaisseur frappante des murs et

des contreforts, les bâtisseurs des

premières églises accordaient une

attention particulière à la solidité

des murs en pierre, afin de remédier

aux contraintes imposés par le poids

des voûtes de pierre, ils bâtissent

des murs bas et d’une épaisseur

qui peut atteindre jusqu’à 1.9m, et

ils conçoivent des contreforts pour

Fig.38: voûte romane en plein

ceintre (Source : Dictionnaire

raisonné de l’architecture

française du XIe au XVIe siècle/

Voûte, URL: https://fr.wikisource.org,

07/11/2024)

Fig.39: Église abbatiale

de l’Abbaye Notre-Dame

de Bellaigue, à Virlet (Puyde-Dôme)

(Source: Wikipedia,URL:

https://fr.wikipedia.org,13/10/2024)

37


La structure comme langage architectural

les renforcer depuis l’extérieur.

Ces contreforts s’expriment

généralement sous la forme

decolonnes en pierre juxtaposés aux

murs pour prévenir leur basculement,

il n’existe qu’un nombre limité

d’ouvertures étroites ce qui limite la

lumière extérieure cependant, dans

le plan architectural les arcs en plein

cintre accordent aux édifices un

aspect majestueux et intemporel.

On peut citer comme exemple

représentatif de cette architecture

la cathédrale de Paray-le-Monial

construite en XIVe siècle en France

à

Bourgoge-Franche-Comté,

caractérisé par deux petites tours

à l’ouest et une grande tour de

transept avec une hauteur totale

de 56m, cette hauteur est garantie

par la forme circulaire, hexagonale

ou rectangulaire ce qui augmente

la stabilité des murs en pierre et

permet des hauteurs plus élevé par

rapport aux murs rectiligne qui sont

plus épais et moins élevé, typiques

de l’architecture romane, sont

largement utilisés à l’intérieur et à

l’extérieur de l’édifice. La cathédrale

est également disposée de voûtes

en berceau, qui contribuent à la

répartition du poids de la structure et

permettent la construction de nefs

plus élevées. Les arcs en plein cintre,

typiques de l’architecture romane,

sont largement utilisés autant à

l’intérieur qu’à l’extérieur de l’édifice.

A l’échelle du détail, la cathédrale

est parée de sculptures et de basreliefs

soigneusement travaillés.

Les chapiteaux des piliers intérieurs

sont sculptés avec des détails qui

illustrent des scènes bibliques et des

motifs floraux. Cela crée une touche

d’art roman qui rejoint la robustesse

de la structure.

Fig.40: L’église de Paray-le-Monial

(source: PASSERELLE, URL:

https://passerelles.essentiels.

bnf.fr, 13/10/2024)

38


La structure comme langage architectural

L’architecture gothique

(XII ème -XIV ème siècle)

Au XIIe siècle, la relation entre

l’ingénierie et l’architecture restait

étroite. Notamment avec les grandes

cathédrales gothiques avec ses arcs,

ses voûtes et ses arcs-boutants,

l’architecture gothique est un produit

d’une collaboration cohérente

entre différents acteurs qui sont

désignés d’une manière informelle

en tant qu’architectes, maçons,

constructeurs et charpentiers, sans

aucune indication de l’existence d’un

ingénieur dans le sens que nous le

connaissons aujourd’hui, l’architecte

qui est aussi le maître maçon se

charge de la direction en fonction

des exigences et des circonstances

de l’époque en plus de la conception

structurelle et architecturale.

L’apparition de la voûte sur croisée

d’ogive qui repose sur des piliers à la

place de la voûte en berceau romain

implique la canalisation des forces

vers l’extérieur des bâtiments. Cela a

influencé les formes architecturales

d’une façon significative. Désormais,

les poussées sont supportées

par les nervures de la voûte qui

transfèrent la charge sur le mur

de la nef centrale. Ces forces sont

acheminées à l’extérieur par des arcs

inclinés en maçonnerie, couramment

appelés arcs-boutants. Ils reportent

les forces sur les contreforts. Le

poids de ces contreforts ainsi que

des pinacles qui les surmontent

compensait les charges obliques

par des forces verticales qui sont

finalement canalisées vers le sol.

Ce parcours de force diminuait le

rôle du mur porteur, ce qui a permis

la liberté de creuser des ouvertures

plus grandes. Cette mutation a non

seulement rendu l’espace de plus

en plus lumineux, mais a également

mis en valeur le symbolisme du dieu

de lumière exprimé par les fidèles

des cathédrales médiévales, d’une

manière parallèle, elle a permis

l’optimisation des matériaux,

notamment face aux besoins

croissants de cathédrales plus

grandes qui ont épuisé les carrières

de pierre situées souvent loin des

chantiers.

Fig.41:La voûte d’ogive

(Source: Article: La logique

du style gothique, Raymond

Lemaire,1910, URL: https://

www.latablerondearchitecture.

com/,07/11/2024)

Fig.42: A gauche,la Basilique

Saint-Remi à Reims, France. à

droit, coupe expliquant le fonctionnement

de la structure avec

croisée d’ogives et l’arc-boutant.

(Source : Constructies, Ir J

oosterhoff)

39


La structure comme langage architectural

L’architecture byzantine

(IV ème -XV ème siècle 1 )

Les coupoles, ces éléments

structurels qui peuvent couvrir de

vastes espaces et accueillir des

foules importantes pour des buts

politiques, culturels ou religieux, sont

les éléments les plus remarquables

de l’architecture byzantine, une

architecture qui s’est épanouie

entre le IVe et le XVe siècle dans

l’Empire byzantin, et qui est

considérée comme un prolongement

de l’architecture romaine antique,

Parce que, à son époque primitive,

ils étaient influencés par leur

tradition architecturale à côté de

celle des cultures orientales, les

édifices byzantins avaient des plans

initialement inspirés de ceux des

temples romains, mais ils se sont

progressivement adaptés au culte

chrétien, en adoptant des formes

de plus en plus centrées, ces plans

proviennent principalement d’un

agencement d’une structure qui

repose sur des coupoles et des

demi-coupoles sphériques, cela

peut être expliqué par l’intention

des bâtisseurs byzantins de libérer

l’espace des obstacles visuels

qui peuvent cacher la décoration

sophistiquée des intérieurs, cette

décoration est basée généralement

sur l’agencement des mosaïques

qui illustrent des scènes figuratives

de l’art byzantin. Par ailleurs, les

grandes similitudes entre l’empire

romain et byzantin, notamment dans

l’expérimentation architecturale,

expliquent bien l’appellation de «

l’Empire romain d’orient » attribuée à

1 L’architecture byzantine s’est développé dans

l’Empire byzantin entre la disparition de l’Empire

romain d’Occident en 476, et la chute de Constantinople

en 1453.

l’empire byzantin.

Les constructions byzantines sont

habituellement chapeautées par de

grandes coupoles centrales, comme

celle de la célèbre basilique Sainte-

Sophie. Le principe structurel de ces

coupoles est particulier parce que,

contrairement aux voûtes en berceau

et aux voûtes d’ogives, elles reposent

sur quatre pendentifs (Fig.43)

qui font référence à des portions

triangulaires constituées à partir

de la superposition géométrique

d’une coupole sur une autre plus

vaste, celle-ci ayant été coupée par

quatre arcs en plein cintre verticaux

et par la base horizontale circulaire

de la coupole supérieure. Donc

les pendentifs sont les éléments

architecturaux triangulaires d’une

voûte hémisphérique qui sont laissés

entre les pénétrations (Fig.44) et qui

permettent de supporter la base

circulaire de la coupole autour d’un

plan rectangulaire, cette structure

permet la répartition des charges

associées au poids propre de la

coupole sur quatre côtés, et du point

de vue architectural, elle aspire une

expression flottante aux voûtes

intérieures et crée des espaces plus

vastes et lumineux ce qui caractérise

les églises et les basiliques

byzantines.

Un autre aspect indicatif de

l’architecture byzantine, c’est

l’utilisation de la brique au lieu de la

pierre de taille. Les briques étaient

souvent agencées d’une manière

décorative en créant des bandes

colorées et des motifs géométriques

sur les façades des constructions.

Les pierres étaient taillées avec

précision et utilisées pour créer des

détails architecturaux composés,

comme les arcs, les colonnes et

Fig.43: Pendentif (Source :

URL: https://fr.wikisource.org,

07/11/2024)

Fig.44: Coupole hémisphérique

de l’architecture byzantine

(Source: Wikipedia,URL: https://

fr.wikipedia.org,09/10/2024)

40


La structure comme langage architectural

les frises. La décoration intérieure

est aussi remarquable. Les murs

étaient souvent ornés de mosaïques

colorées, représentant des figures

bibliques, des saints et des motifs

ornementaux. Les mosaïques étaient

réalisées avec des sections de

verre coloré, de la pierre et de l’or

pour créer des effets lumineux et

brillants à l’intérieur des édifices. Les

espaces intérieurs étaient conçus

pour mettre l’accent sur le centre de

l’édifice, où se trouve généralement

l’autel. Les colonnes et les piliers

n’étaient pas utilisés uniquement

pour soutenir la structure mais aussi

pour délimiter l’espace.

L’architecture byzantine a légué un

héritage considérable dans plusieurs

régions, à savoir la Turquie, la Grèce,

l’Italie et les pays des Balkans. Ce

qui est illustré par de nombreux

monuments comme le monastère

de Sainte-Catherine au mont Sinaï,

la basilique San Marco à Venise

et la basilique Sainte-Sophie à

Istanbul en Turquie, cette dernière

est estimée comme l’un des plus

grands exemples de l’architecture

byzantine et les plus importants, car

elle témoigne des transformations

politiques, religieuses et culturelles

les plus significatives de l’histoire

byzantine.

La construction de Sainte-Sophie

a été lancée en 532 sous le règne

de l’empereur byzantin Justinien

Ier pour remplacer une église

précédente détruite lors de la

sédition de Nika. Le bâtiment a été

consacré à la sagesse divine (Haghia

Sophia en grec) contrairement

aux suppositions courantes qui

l’attribuent à une sainte du nom

Sophie, la construction a été

Fig.45: Intérieur de Sainte-Sophie.

La coupole, qui date du

VIe siècle.

41


La structure comme langage architectural

supervisée par les architectes

Anthemius de Tralles et Isidore

de Milet, puis son neveu Isidore

le Jeune, En fait ces architectes

étaient également des mécaniciens,

ça veut dire des ingénieurs, ce

qui explique la maîtrise d’une

conception structurelle qui se base

sur des aspirations architecturales,

Sainte-Sophie a été achevée en

548 pour devenir la principale église

chrétienne de l’Empire byzantin.

Le bâtiment est marqué par sa

grande coupole centrale, qui mesure

31 mètres de diamètre et s’élève

à une hauteur de 56 mètres. Elle

repose sur quatre pendentifs qui

transforment la base carrée de la

coupole en un support circulaire. Il

s’agit d’un volume demi-sphérique

qui flotte sur une galerie d’arcades

continue de 40 fenêtres, ce qui crée

un espace intérieur abondamment

éclairé. cependant cette disposition

crée des complications au niveau de

la stabilité structurelle. C’est pour

cela les architectes ont utilisé des

matériaux légers, et plus tard ils ont

ajouté des contreforts extérieurs

pour renforcer la structure.

L’architecture de Sainte-Sophie est

conçue avec un plan en forme de croix

dont L’espace central est couronné

par la grande coupole, cette dernière

est entouré de galeries, de niches

et des colonnes en porphyre d’ordre

corinthien qui ont été transportées

depuis les temples de Baalbek au

Liban.

Au cours des siècles, Sainte-Sophie

a été le témoin de nombreux

événements historiques. Après

la conquête de Constantinople

par les Ottomans en 1453, l’église

a été convertie en mosquée par

Mehmed II. En 1935, sa fonction a

été transformée en musée jusqu’en

2020 pour être reconvertie une

autre fois en mosquée. Ce bâtiment

monumental illustre parfaitement la

relation cohérente entre la structure

et l’architecture au cours de la

période byzantine, une relation qui

devient évidente à travers l’analyse

structurelle et architecturale qui

finissent par se confondre.

Fig.46: Coupe de la Basilique

Sainte Sophie (source :

Constructies, Ir J oosterhoff)

42


La structure comme langage architectural

L’architecture Ottomane

(XIII ème -XV ème siècle)

L’architecture ottomane classique

s’est développée au cours de la

période historique de l’Empire

ottoman qui s’est épanoui dans le

nord-ouest de l’Anatolie au XIIIe siècle.

Cet empire, qui a mis fin à l’Empire

byzantin après la conquête de

Constantinople en 1453, s’inspire de

la tradition indigène turque avec une

grande influence de l’architecture

iranienne et byzantine, précisément

de la basilique Sainte-Sophie. Plus

tard, l’impact de l’architecture

islamique devient de plus en plus

remarquable, vu les conditions

religieuses et politiques de l’empire.

Par conséquent, l’architecture

ottomane classique se distingue

par un mélange expérimental

entre l’architecture byzantine et

islamique, ce qui est concrétisé

dans ses mosquées monumentales,

conçues avec un grand dôme

central à côté d’un ensemble de

petits semi-dômes, des minarets

et des plans parfois dotés d’une

cour intérieure. La Mosquée Bleue

d’Istanbul, construite au XVIIe siècle

sous le règne du sultan Ahmet Ier,

est un exemple représentatif grâce

à ses six minarets et son intérieur

orné de tuiles bleues d’Iznik.

De ce fait, la relation entre

l’architecture et la structure dans

Fig.47:Elevation and plan of

the Bayezid II Mosque in Istanbul

par Cornelius Gurlitt (art

historian)

43


La structure comme langage architectural

cette période n’était pas différente

de celle de l’architecture byzantine

ni de celle de l’architecture islamique

dont nous parlerons plus tard. Quant

à la relation entre les ingénieurs

et les architectes, elle peut être

illustrée par le statut du grand

architecte impérial Mimar Sinan

(1490-1588) qui a commencé son

parcours professionnel initialement

en tant qu’ingénieur militaire dans

l’armée. Puis, au fil du temps, il a

été nommé à la tête du bureau

des architectes royaux au cours du

règne des trois sultans : Soliman le

Magnifique, Selim II et Murad III.

L’architecture, étant un outil

qu’utilisent les gouvernements

pour exprimer leur grandeur, était

un domaine royal dans lequel

la maîtrise de l’ingénierie est

primordiale. L’architecte Mimar

Sinan a exploité son expertise

en ingénierie pour expérimenter

différents types de dômes dans la

recherche d’espaces plus vastes et

dégagés. En suivant une méthode

empirique, il a conçu jusqu’à 477 1

structures avec une grande précision

géométrique. Nous pouvons citer

des exemples comme la mosquée

Şehzade, la mosquée Süleymaniye

et la mosquée Sultan Mihrimah.

Bien qu’il puisse sembler comme un

exemple exceptionnel, nous parlons

d’une époque où la séparation

des professions d’ingénieur et

d’architecte n’était pas encore

courante, ce qui fait que la double

discipline de cet architecte n’est

pas inhabituelle. Un autre facteur

qui renforce le rapport étroit entre

l’architecture et la structure est

l’approche empirique qui était

toujours adoptée par les architectes

ottomans

Fig.48:S1 : Mosquée du Sultan

Sélim à Istanbul, S2 : sainte

Sophie de Canstantinople, S3 :

grande mosquée de Bizèrte, S4

: Mosquée Kchawa à Alger, S5 :

Mosquée Soulaymanie à Istanbul,

S6 : Grande mosquée de

Bursa, S7 : Mosquée Sélimiye à

Idrine, S8 : Mosquée Yusef Day

à Tunis (« Analyse morphologique

de quelques minarets de

l’époque ottomane : essai de

définition d’un ‘style’ ottoman

», Lamia Chakroun)

1 Merveilles Architecturales GoTürkiye

44


La structure comme langage architectural

La Renaissance

Au cours de la Renaissance en

Italie, les architectes redécouvrent

et s’inspirent de l’architecture de

l’antiquité gréco-romaine. Ils ont

attentivement étudié les écrits de

l’architecte romain Vitruve dans

son traité « De Architectura » dans

lequel il définit les trois principes

de l’architecture : Firmitatis

(solidité), Utilitatis (utilité) et

Venustatis (beauté), ce qui signifie

respectivement la stabilité de la

structure qui doit résister aux

forces extérieures, la fonctionnalité

de la structure qui doit répondre

aux besoins des utilisateurs, et la

beauté de ses formes qui doivent

être esthétiquement satisfaisantes.

Au 1er siècle, Vitruve a pu décrire

les principes de la beauté en se

basant sur le langage géométrique,

dont le vocabulaire se développe

autour des principes tels que l’ordre

géométrique, la proportion, la

symétrie, la distribution, l’harmonie

et la décoration, A la Renaissance,

l’unité de mesure humaine se base

sur le courant de pensée humaniste

de la Renaissance où l’homme est

considéré comme la création divine

et le centre du monde, ce qui fait

que ses proportions symbolisent la

beauté parfaite, comme c’est illustré

dans l’œuvre de Léonard de Vinci, «

L’Homme de Vitruve ».(Fig.49)

Ces principes géométriques

constituaient le caractère de base de

l’architecture classique et par la suite

de la Renaissance qui n’est que sa

reproduction. Cependant, en étudiant

l’architecture non seulement comme

une science, mais aussi comme une

profession, nous allons comprendre

que l’inspiration des architectes

de la Renaissance n’était pas qu’au

niveau visuel. Tandis que les ordres

architecturaux classiques ; dorique,

ionique, corinthien et composite,

ont été des manifestations

Fig.49:L’Homme de Vitruve

par Léonard de Vinci (Source:

Wikipedia,URL: https://

fr.wikipedia.org,13/10/2024)

Fig.50:Eglise Sant’Andrea,

Mantoue, Italie (source: Bjoern

Eisbaer, wikipedia,URL: https://

fr.wikipedia.org, 13/10/2024)

45


La structure comme langage architectural

d’une décoration de la structure

puisqu’ils étaient effectivement des

éléments porteurs, ils deviennent

un vocabulaire visuel de base de la

Renaissance, parce qu’ils ont été

utilisés non seulement pour des

raisons structurelles mais surtout

pour des raisons architectoniques.

Les ordres classiques ont été utilisés

comme des pilastres, qui sont des

piliers d’une section carrée encastrés

dans les façades pour inspirer

l’ordre, le rythme et la proportion

géométrique, ce qui fait que leur

fonction était principalement

décorative. Prenons comme exemple

le palais Rucellai à Florence (Fig.51)

dans lequel l’architecte, Leon

Battista Alberti, adopte trois ordres

: le dorique au rez-de-chaussée,

invente un nouvel ordre au premier

étage et reprend l’ordre corinthien

en le simplifiant dans le deuxième

étage.

Un autre exemple de cette

dépendance visuelle sur les

composantes de l’architecture de

l’Antiquité est le portail monumental

de l’église Sant’Andrea, par

l’architecte Leon Battista Alberti

(1404-1472), avec une voûte creusée

de caissons (Fig.50) à l’instar du dôme

du Panthéon de Rome. Cependant, le

système de caissons du dôme avait

une fonction purement structurelle

pour alléger le poids, contrairement

aux caissons du portail de l’église

qui ne sont qu’un rappel visuel de

l’architecture antique, s’ajoutant à

l’arc de triomphe et au fronton des

temples gréco-romains.

Cette inspiration artistique ne

vient pas de nulle part, la plupart

des architectes représentatifs

de la Renaissance étaient des

artistes. L’intérêt pour des édifices

innovants a poussé les mécènes à

solliciter l’expertise des artistes.

Des personnalités célèbres de cette

époque, comme Alberti (1404-1472),

Bramante (1444-1514), Brunelleschi

(1377-1446), Léonard (1452-1519),

Fig.51:Le palais Rucellai à Florence

par Alerti (Source:Bibliothèque

nationale de France)

46


La structure comme langage architectural

Raphaël (1483-1520) et Michel-Ange

(1475-1564), avaient des profils

polyvalents. En exerçant leurs talents

dans des domaines diversifiés tels

que les arts, la poésie, la philosophie,

l’architecture et l’ingénierie, ils

marquent la première naissance de

la notion d’architecte-artiste, et

influencent radicalement la façon de

faire l’architecture qui est désormais

associée à l’artiste et au penseur

conceptuel. Cette implication de

l’art est surtout accentuée par

des considérations commerciales

qui marquent la mutation d’une

forme d’art dépendant de la réalité

économique de l’époque. Ce qui

fait qu’au cours de la Renaissance,

la conception architecturale est

devenue de plus en plus liée aux

profils d’artistes.

Il est vrai que c’est à la Renaissance

qu’a commencé la dissociation de

l’ingénierie et de l’architecture,

car cette dernière penche de plus

en plus vers le domaine de l’art,

mais la nécessité de l’innovation en

ingénierie est toujours présente,

même à la Renaissance où l’une des

premières constructions les plus

marquantes de son architecture,

le dôme de la cathédrale Santa

Maria del Fiore à Florence, n’aurait

jamais vu le jour sans la créativité

et l’expertise de son constructeur

Brunelleschi dans l’ingénierie de

la structure, qui a pu répondre

aux contraintes techniques de

son gigantesque diamètre. La

cathédrale était construite en

1295 par l’architecte Arnolfo Di

Cambio qui mourut sans dévoiler

comment il comptait construire

son dôme, donc la cathédrale se

dressait toujours au centre de

Florence inachevée jusqu’en 1418

où le gouvernement de Florence

organisa un concours ouvert à tous

les architectes pour proposer une

solution à l’impossibilité d’utiliser les

supports en bois, comme le faisaient

habituellement les bâtisseurs

de l’époque pour construire des

coupoles. Ils construisaient des

cintres en bois pour supporter la

maçonnerie, cependant à cause du

Fig.53: Croquis montrant la

technique, sur la coupole de révolution

de la cathédrale Santa

Maria del Fiore à Florence

Fig.52: Méthode de construction

de la coupole (Source:

https://www.mathouriste.eu,

14/10/2024)

47


La structure comme langage architectural

grand diamètre de 42 mètres, il était

impossible d’utiliser cette méthode.

D’autre part, la contrainte d’une base

orthogonale déjà construite sans

contrefort ni aucun renforcement

constituait un véritable obstacle

pour les concurrents. Le concours

a été gagné par Filippo Brunelleschi

qui, contrairement aux autres,

n’était pas un architecte mais un

artisan de bijoux. Il a pu suggérer un

système d’échafaudage autoportant

qui permettait la construction

sans support. Le système devait

être monté au fur et à mesure

de l’élévation de la coupole. Il

recommandait de poser des assises

de pierre en montant vers le sommet,

tout en construisant des cercles de

plus en plus petits.

Il a aussi proposé un agencement

particulier des pierres pour créer

des nervures en spirale dont chaque

pierre possédait un point d’appui

afin de bloquer les mouvements

dans toute la construction. Ces

méthodes étaient le fruit d’une

étude scientifique des systèmes

constructifs utilisés dans l’Antiquité

et surtout dans le dôme du Panthéon

romain.

Les idées de la Renaissance en Italie

seront exprimées par le célèbre

architecte italien Palladio (1508-1580)

dans ses Quatre Livres d’Architecture

publiés en 1570, dont le premier est

consacré à une explication détaillée

des ordres architecturaux classiques.

Alors que la pratique médiévale

des maîtres maçons régnait encore

en Europe et en Grande-Bretagne,

l’architecte anglais Inigo Jones

(1573-1652) a importé l’influence de

Palladio et ses idées de l’architecture

classique en les intégrant dans ses

réalisations comme par exemple la

Banqueting House à Whitehall (Fig.54)

et la Queen’s House à Greenwich. Par

conséquent, l’approche italienne a

commencé à se propager dans le

reste de l’Europe, En constituant un

facteur majeur dans le changement

du statut de l’architecte qui

impose de plus en plus son autorité

séparément aux rôles des ingénieurs.

Fig.54: The Banqueting House

at Whitehall par Inigo Jones

(dessiné par Colen Campbell,

(source: PASSERELLE, URL:

https://passerelles.essentiels.

bnf.fr, 13/10/2024))

48


La structure comme langage architectural

L’éclectisme architectural

et la professionnalisation

Comme nous l’avons étudié, à divers

moments de l’histoire de

l’architecture, la logique formelle

d’un système structurel dominant a

souvent façonné la forme globale

des édifices. Les formes

architecturales

découlaient

naturellement des armatures

structurelles. Par exemple, dans

l’architecture grecque, où l’ordre

dorique atteint son apogée, la qualité

ornementale des bâtiments résidait

dans les éléments logiques de leur

ossature visible, légèrement ajustée

pour des raisons esthétiques. Cette

approche était simplement un

système constructif qui ne cherchait

pas à camoufler la structure, ni à

adopter des formes autres que celles

qui pouvaient être logiquement

façonnées à partir des matériaux

disponibles.

Toutefois, cette approche a disparu à

la Renaissance italienne, au profit

d’une dissimulation croissante de la

structure derrière des ornements

non liés à la fonction. Dans la plupart

des édifices, l’intérêt architectural

résidait ailleurs. Par conséquent, les

considérations structurelles étaient

généralement exclues des

discussions sur l’architecture. Cela

est visible dans les courants

architecturaux après la Renaissance,

tels que le baroque et le rococo,

caractérisés par leur ornementation

détaillée, illustrée par des intérieurs

richement décorés par des formes

organiques. Plus tard, le

néoclassicisme s’est concentré sur

un retour aux principes classiques,

motivé par des considérations

purement

visuelles.

Parallèlement, au XVIIe siècle, les

premières manifestations de la

professionnalisation de l’ingénierie

ont vu le jour en France avec la

création du Corps Royal du Génie en

1690, qui regroupait les architectes

et ingénieurs du roi, chargés de la

construction des fortifications et

édifices militaires. Pendant ce temps,

les architectes, s’organisant euxmêmes,

ont fondé l’Académie Royale

d’Architecture en 1671 sous le règne

de Louis XIV, afin de formaliser la

profession des architectes royaux

responsables de la construction de

bâtiments

monumentaux.

Ce modèle français de génie militaire,

en réponse à la puissance et à la

volonté de la monarchie, s’est imposé

davantage après la fondation de

l’École des Ponts et Chaussées en

1747 par Perronet, un architecte et

ingénieur structurel renommé pour

ses ponts en arc de pierre, tel le pont

de la Concorde (1787). Cette école est

devenue une école d’application

après la création de l’École

Polytechnique par Monge et Carnot

en;;;;1794.

Cependant, le terme «génie civil» a

commencé à être utilisé pour

désigner la construction de ports,

quais, brise-lames et phares, afin de

le distinguer du génie militaire. Le

premier à s’autoproclamer ingénieur

civil fut John Smeaton, constructeur

du phare d’Eddystone et fondateur

de la première société anglaise des

ingénieurs civils en 1771, sous le nom

de «The Society Of Civil Engineers».

Les modèles français et anglais

présentaient des différences et

distinctions, l’une des principales

différences étant la formation

Fig.55: Le pont de la Concorde

par Perronet (1787) (Source:

La construction du pont de la

Concorde par J. R. Perronet,

https://paris-projet-vandalisme.

blogspot.com, 07/11/2024)

Fig.56:Eddystone par John

Smeaton

49


La structure comme langage architectural

universitaire française, qui

développait le côté théorique de

l’ingénierie structurelle, tandis que

les Britanniques se concentraient

davantage sur le côté pratique et

l’esprit d’entreprise, moteurs de la

révolution technologique. En 1818, les

Anglais créèrent leur deuxième

institution d’ingénieurs civils à

Londres, présidée par le célèbre

ingénieur Thomas Telford. Cette

institution ne fut officiellement

reconnue qu’après 10 ans, par le biais

d’une charte royale.

Il est important de mentionner un

autre facteur qui a influencé le cours

de l’histoire de l’ingénierie en relation

avec l’architecture : l’invention d’une

méthode d’étude et de calcul des

structures. Cette méthode

révolutionnaire, basée sur la

représentation des forces et des

réactions en vecteurs avec une

échelle définie, est devenue possible

après les travaux de Newton sur les

forces et la gravité. En parallèle, une

méthode de calcul graphique,

communément associée à l’ingénieur

allemand Karl Culmann (1821-1881),

qui l’a développée avec des

ingénieurs suisses et allemands, a

été diffusée en France au cours du

dernier tiers du XIXe siècle, avec un

certain retard par rapport à d’autres

pays.

Cette approche a rendu l’étude des

structures accessible aux

architectes, qui désormais se sont

concentrés uniquement sur

l’esthétique de la conception, tandis

qu’elle permettait aux ingénieurs de

suivre une approche graphique et

formelle dans la conception des

structures, notamment des ponts,

comme l’a fait l’ingénieur suisse

Robert Maillart avec ses incroyables

ponts en arc raidi par le tablier, tel le

pont de Salginatobel.

En revanche, le contraste entre

l’architecture et l’ingénierie s’est

accentué avec les progrès

scientifiques dans l’analyse

structurelle, d’une part à cause de la

transition des connaissances

géométriques vers des

connaissances analytiques basées

sur l’intégration et le calcul, qui

devinrent inaccessibles aux

architectes, dont la formation était

de plus en plus liée aux beaux-arts et

aux sciences humaines. D’autre part,

l’émergence de nouveaux matériaux

de construction, tels que le fer,

l’acier et le béton armé, a accru la

production et nécessité une

spécialisation croissante dans le

domaine de l’ingénierie, tout en

collaborant avec les nouvelles

sciences de l’économie et du

management.

Les avancées techniques et

scientifiques, en lien avec

l’émergence de nouveaux systèmes

structurels et matériaux, surtout

après la révolution industrielle (1780-

1850), ont donné naissance à une

grande liberté structurelle,

permettant à l’architecture de se

développer indépendamment des

contraintes structurelles. Cela

explique la coexistence de plusieurs

styles architecturaux depuis le XIXe

siècle. Ce mélange de styles peut

même coexister dans un seul édifice,

comme dans le mouvement

éclectique. Ce mouvement est lié à

l’absence croissante de limitations

structurelles, donnant naissance à

une architecture ouverte.

Il s’agit davantage d’une question de

méthodologie que de détails

conceptuels, car à cette époque,

50


La structure comme langage architectural

l’approche structurelle n’était pas

complétement absente. Cependant,

l’architecture a pu suivre une voie

séparée de l’ingénierie structurelle.

La plupart des styles se caractérisent

désormais par des gestes

architecturaux libres et fluides, où

les valeurs sont plus associées à des

exigences conceptuelles et visuelles,

sauf dans les cas où une volonté

consciente d’intégration de la

structure est présente, notamment

dans les premières expositions

universelles. Ces événements

marquèrent un heureux mariage

entre l’architecture et l’ingénierie

pour célébrer les nouvelles

technologies. La première exposition

eut lieu à Londres en 1851 avec le

Crystal Palace, conçu par Joseph

Paxton, une immense structure en

fonte et en verre, inspirée de

l’architecture victorienne et

intégrant les techniques

technologiques avancées de

l’époque. Cette structure accueillait

les réalisations industrielles et

culturelles du monde entier.

Depuis, de nombreuses expositions

ont été organisées dans le cadre des

réalisations structurelles, mettant

en lumière le potentiel des avancées

techniques en les incorporant dans

des conceptions architecturales. Par

exemple, la Tour Eiffel, conçue pour

l’exposition universelle de Paris en

1889 par Gustave Eiffel, fut érigée

pour célébrer le centenaire de la

Révolution française. Elle est

devenue un symbole de l’innovation

technologique et de l’ingénierie,

représentant la maîtrise du fer et

des structures légères.

Au XXe siècle, avec le renouveau de

l’intérêt pour la tectonique, des

architectes tels qu’Auguste Perret

(1874-1954) réintroduisirent

l’ornementation de la structure en

exposant l’acier à des fins

esthétiques, notamment dans le

mouvement high-tech britannique.

Le bâtiment Reliance Controls à

Fig.57:Reliance Controls A

Swindon, UK, 1966,par les Architectes

:Team4 et l’ingénieur

stucturel Anthoy Hunt (source:

Dezeen, https://www.dezeen,

15§10/2024com/)

51


La structure comme langage architectural

Swindon, conçu par Anthony Hunt

(1932-2022), en est un exemple

contemporain. Bien que

techniquement efficace, des

ajustements mineurs furent réalisés

pour des raisons esthétiques.

D’autres exemples, comme la gare

internationale de Waterloo à Londres,

illustrent comment l’architecture

émerge de la structure exposée,

influençant l’architecture tout en

maintenant des performances

architecturales et techniques.

Néanmoins, à cette époque,

l’esthétique de la structure n’était

pas nécessairement une suite

logique des considérations

techniques, mais plutôt intégrée

dans la conception visuelle comme

un élément décoratif en soi,

influencée par les nouvelles

industries. La structure était perçue

comme une ornementation

imposante. Cela s’est manifesté de

différentes manières : la structure

utilisée de manière symbolique,

empruntant des éléments à

l’aérospatiale et à la science-fiction

pour exprimer le progrès

technologique; la création de

problèmes techniques artificiels

conduisant à des réponses

spectaculaires; et l’adoption de

structures pour célébrer la

technologie, bien que visuellement

incompatibles avec la logique

structurelle.

L’utilisation de la structure comme

un ornement symbolique dans

l’architecture trouve son inspiration

en dehors du domaine architectural,

notamment dans la science-fiction

et l’ingénierie aéronautique. Elle

adopte un langage visuel associé aux

avancées technologiques, en

incorporant des formes et des

éléments structurels optimisés pour

l’efficacité, même en l’absence d’une

justification technique évidente.

Cette approche crée un contraste

entre l’esthétique apparente et la

réalité technique, contrastes mis en

lumière par des architectes comme

le groupe «Future Systems», qui

célèbrent ouvertement la

technologie à travers leurs œuvres

architecturales.

Une autre approche s’est développée

dans le sens où elle implique la

création d’un problème structurel

non nécessaire, conduisant à une

réponse spectaculaire. Un exemple

est la façon dont les poutres

de plancher sont connectées

aux colonnes dans la structure

du Centre Pompidou. La section

transversale rectangulaire du

bâtiment comporte trois zones, avec

un espace central principal flanqué

de deux zones périphériques. Les

architectes ont choisi d’utiliser

la paroi vitrée pour délimiter ces

zones, reflétant l’agencement

structurel. Les consoles élaborées

des «gerberettes» pivotent autour

des charnières, créant une surcharge

inutile des colonnes. La solution

requise était de donner aux consoles

une géométrie complexe, réalisée

grâce à la fonte du métal, ce qui a

permis une utilisation plus efficace

du matériau. Cette approche, bien

que techniquement peu justifiée, a

introduit un élément de fabrication

artisanale et contribue au succès

esthétique du bâtiment.

Fig.58:La structure du centre

Pompidou

52


La structure comme langage architectural

Chapitre II. Maroc: de l’architecture

Arabo-islamique à

l’architecure moderne

D’un point de vue historique, les

architectes et les ingénieurs en

structure traditionnellement

réclament différents ancêtres

Les ingénieurs se réfèrent

principalement aux Romains et à

leurs techniques de construction

de structures, telles que les arcs,

les voûtes et les aqueducs, qui ont

été des éléments fondamentaux

de l’ingénierie romaine. De leur

côté, les architectes s’inspirent de

l’architecture gréco-romaine comme

l’une des premières bases théoriques

de l’architecture, en particulier les

principes de l’ordre classique.

Néanmoins, cette séparation est

devenue beaucoup plus relative à

notre époque et varie en fonction

des pays et de leurs systèmes

éducatifs. Elle est particulièrement

accentuée dans le monde occidental,

à l’exception de quelques pays qui

tendent vers une approche beaucoup

plus interdisciplinaire. Par exemple,

en Espagne, le système éducatif

permet aux étudiants d’obtenir un

double diplôme en architecture et

en ingénierie, ce qui leur confère

un double statut d’architecte

et d’ingénieur. De même, en

Allemagne et en Suisse, la pratique

architecturale est davantage centrée

sur la technologie des structures,

et de nombreux architectes ont une

solide formation en ingénierie.

Même si nous n’avons pas approfondi

une étude concernant l’arrièreplan

dans d’autres contextes

spatio-culturels qui favorisent

une meilleure intégration, comme

le monde asiatique, des exemples

forts montrent un système éducatif

polytechnique où la distinction

entre les statuts d’architecte et

d’ingénieur est remarquablement

moins prononcée. Par exemple, en

Chine, de nombreux architectes ont

une formation en ingénierie, ce qui

leur permet de réaliser des projets

complexes qui intègrent à la fois

des considérations architecturales

et structurelles. De même, au Japon,

des architectes renommés comme

Kenzo Tange ont été formés en tant

qu’ingénieurs en structure, ce qui

leur permet d’innover des œuvres

qui établissent un langage commun

entre l’architecture et la structure,

comme le stade olympique de Tokyo,

conçu par Tange pour les Jeux

olympiques d’été de 1964.

Dans notre contexte actuel au

Maroc, une focalisation sur l’histoire

occidentale est plus pertinente,

car elle a eu un impact direct

sur l’architecture marocaine

particulièrement durant le

protectorat français entre 1912 et

1956.

53


La structure comme langage architectural

Avant l’époque coloniale,

l’architecture au Maroc était

qualifiée comme une architecture

arabo-islamique, dont la structure

n’était apparente qu’à l’intérieur

grâce à son système introverti, avec

des façades discrètes à l’extérieur

et beaucoup plus parlantes depuis

le patio intérieur. À cette époque,

la distinction entre le statut

d’architecte et d’ingénieur n’était pas

marquée, vu le caractère empirique

de la pratique architecturale

traditionnelle. Cela ne signifie

pas une absence absolue d’une

approche théorique ; au contraire,

l’architecture islamique était

largement basée sur les sciences,

les mathématiques et la géométrie,

notamment dans l’utilisation de

motifs géométriques complexes

comme les étoiles à huit pointes

et les motifs répétitifs. Même s’il

s’agit plutôt d’éléments décoratifs

qui n’identifient pas la silhouette

de la forme architecturale globale,

nous pouvons nous baser sur de tels

éléments car ils constituent, entre

autres, les traits caractéristiques

de l’architecture islamique. Si nous

faisons une promenade dans les

rues islamiques, il sera très difficile

d’identifier les caractéristiques

d’une architecture. C’est vrai que le

silence peut aussi être une réponse

et peut être également une forme

architecturale, mais nous aurons

certainement une lecture faussée si

nous n’entrons pas à l’intérieur des

édifices. À ce stade, ce n’est pas le

système introverti de l’architecture

islamique qui nous intéresse le plus,

mais c’est l’empreinte décorative des

façades intérieures, car il explique

profondément les facteurs qui

affecte la pratique architecturale

et son influence par des méthodes

traditionnelles artisanales des

artisans et des «maâlems» (artisans

spécialisés).

Par ailleurs, l’un des aspects les plus

impressionnants de l’architecture

islamique réside dans sa qualité

ornementale, la chose qui met en

évidence l’importance des artisans

spécialisés dans la sculpture

sur différents matériaux. A

titre d’exemple dans le domaine

du bâtiment, il est évident de

parler du zellige, du bois sculpté,

du plâtre sculpté, ainsi que des

motifs géométriques, floraux et

calligraphiques.

La configuration spatiale peut

témoigner également d’une base

théorique grâce à son adaptation aux

contextes culturels et climatiques.

Les maisons islamiques suivent des

dispositions bien déterminées qui

introduisent le patio et des entrées

en chicane pour favoriser le concept

d’intimité d’une part, et orienter le

flux d’air pour rafraîchir et faire face

aux climats très chauds.

L’architecture islamique intègre de

manière naturelle la structure, ce qui

est très visible, par exemple, dans les

arcs islamiques. La structure forme

par principe l’architecture, car elle est

aussi l’enveloppe de celle-ci : le mur

Fig.59:Schéma directeur et

tracé géométrique des divers

arcs de la façade extérieure

de la porte d’apparat de Šālla

(source: Un cas unique d’épure

d’architecture en Occident islamique.

porte mérinide de Šālla

(Rabat))

54


La structure comme langage architectural

porteur, la coupole sont des exemples

parfaits, puisqu’ils permettent

une structure compressive à l’aide

des matériaux disponibles et du

savoir-faire local. Par ailleurs, la

dominance des éléments porteurs

est très remarquable, même ceux

qui sont généreusement embellis.

Ainsi, la présence des détails de

structure favorise une lecture plus

claire du système structurel. À titre

d’exemple, en observant les plafonds

des maisons traditionnelles avec

leurs poutrelles en bois et leur travail

rigoureux de la structure, on peut

mieux remarquer une intégration de

la structure, même si ces éléments

peuvent être cachés par des couches

de décoration. Cette dernière suit

généralement une logique qui ne

vise pas à camoufler la structure, au

contraire elle la souligne,

Tout ce que nous venons de citer,

sont des éléments qui confirment

la théorie dans la pratique

architecturale, mais ne nient pas la

dominance des méthodes empiriques

qui instaurent naturellement

l’intégration des deux disciplines,

l’architecture et l’ingénierie, dans

une seule profession.

Il est intéressant de remarquer que

même dans la traduction du mot

«architecte» en arabe, elle est

la même que celle de «ingénieur

» (mohandis). L’étymologie de ce

mot vient du verbe (handasa), qui

signifie «concevoir», «dessiner» ou

«structurer». Le terme (mohandis)

désigne donc initialement

quelqu’un qui conçoit ou structure

quelque chose. Récemment,

le terme (miîmariy) a été ajouté

pour différencier plus clairement

l’architecte de l’ingénieur. Le

mot (miîmar) vient du mot racine

Fig.60:La façade intérieure du

Palais de Bahia à Marrakech

55


La structure comme langage architectural

(aâmar), qui signifie «construire» ou

«édifier». Ainsi, (miîmariy) désigne

spécifiquement quelqu’un qui

conçoit et construit des bâtiments.

Cette évolution linguistique reflète

une distinction croissante entre

les rôles d’architecte et d’ingénieur

dans la pratique contemporaine de

l’architecture et de l’ingénierie dans

le contexte arabique.

Ce changement est largement

accentué par l’influence de

l’occupation française qui a introduit

l’architecture moderne au Maroc.

Caractérisée par des formes

géométriques simples, l’utilisation

de nouveaux matériaux comme le

béton armé et le verre, ainsi qu’un

nouvel esprit d’architecture. Cette

influence est particulièrement visible

dans les villes coloniales telles que

Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech,

où des bâtiments publics, des

résidences et des infrastructures

ont été construits dans un style

architectural «art nouveau»,

D’autre part, l’occupation française

a également influencé la formation

académique et professionnelle des

architectes au Maroc. Les écoles

d’architecture ont été créées en

suivant le modèle français, qui est

principalement influencé par l’école

des Beaux-Arts. Cela a introduit

des méthodes de conception

privilégiant la forme, l’esthétique

et la composition spatiale et

urbanistique. De plus, de nombreux

architectes marocains ont étudié

dans des écoles d’architecture en

France, renforçant ainsi la trace de

l’architecture moderne française au

Maroc.

L’intérêt général de l’architecture

à cette époque était de savoir

comment intégrer l’architecture

Fig.61:L’architecture coloniale

à Casablanca (Source: La

Presse, https://www.lapresse.

ca, 15/10/2024)

56


La structure comme langage architectural

moderne et la tradition marocaine

dans les nouveaux bâtiments, en

adoptant une approche plutôt

artistique que technique. Des

architectes tels que Jean-François

Zevaco et Albert Laprade ont joué

un rôle important dans l’architecture

coloniale au Maroc. Ils ont conçu

plusieurs bâtiments publics et

résidences dans un style mêlant

architecture moderne et éléments

traditionnels marocains, ce qui a

donné naissance à un nouveau style

éclectique au Maroc.

Même après l’époque coloniale,

l’influence du modèle français

demeure présente. Elle encourage

la séparation entre l’architecture

et l’ingénierie : les écoles

d’architecture et d’ingénierie se

développent séparément, suivant

les formations et des programmes

académiques français et européens.

Les architectes sont formés pour

concevoir des espaces sur la base

de considérations esthétique,

humanitaire, culturelles et sociales,

tandis que les ingénieurs sont formés

sur la base des sciences appliquées

qui visent à calculer et dimensionner

les éléments structuraux et à

comprendre la physique des

comportements structuraux. Ils se

concentrent généralement sur les

détails techniques des bâtiments

plutôt que sur la forme globale,

sans se préoccuper des aspects

esthétiques et conceptuelles des

structures,

« La formation d’un ingénieur est

conforme à celle des scientifiques.

Généralement, il y a un programme de

cours intensif, commençant par les

sciences pures et les mathématiques

et embrassant progressivement de

plus en plus d’applications. Il existe

des laboratoires pour enseigner

comment mesurer et ainsi apprendre

à relier la théorie à la pratique. Il y

a généralement peu de travaux de

projet. Cela nécessite généralement

une conception très imitative et se

concentre davantage sur l’analyse

détaillée du comportement des

éléments ou des joints. La véritable

application et l’apprentissage de

la conception sont généralement

laissés à la période de formation

dans les bureaux d’études après

l’obtention du diplôme universitaire.

Une connaissance de la construction

que l’ingénieur est censé avoir est

couverte par une période de travail

sur le site pour un entrepreneur ou

un ingénieur de chantier avant que la

qualification professionnelle ne soit

autorisée. »

L’intérêt des ingénieurs est

généralement relatif au rapport

technicité-coût, et non pas au

rapport technicité-esthétique.

Selon un livre en l’honneur de

l’architecte et ingénieur Pier Luigi

Nervi, célèbre pour sa conception

artistique et technique des

bâtiments, il le critique en disant

: «L’engagement de l’ingénieur,

constructeur ou concepteur ne

devrait jamais être jugé - avant tout

- sur un plan techno-économique,

57


La structure comme langage architectural

mais devrait être jugé sur un plan

techno-esthétique. Un ingénieur et

un architecte ne devraient jamais

ignorer les exigences esthétiques,

même au cœur technique d’une

structure».

Les formes architecturales

généralement se fondent dans des

qualités artistiques modernes, et

rarement connecté avec l’intégration

de la structure. Le choix du système

structurel est généralement

fait par défaut en suivant la

trame des structures poteauxpoutres,

à l’exception des projets

qui nécessitent une complexité

structurelle à cause des exigences

exceptionnelles comme les grandes

portés, les grandes hauteurs

ou des charges augmentées.

La simplicité structurelle est

généralement privilégiée, de

manière à être dissimulée derrière

les traits architecturaux. Cela ne

signifie pas nécessairement une

absence totale de contribution de

la réflexion structurelle. Comme

nous l’avons vu dans le chapitre

précédent, la réflexion structurelle

a permis le développement de

l’architecture pour plus de liberté

dans l’agencement des espaces et

l’introduction de la transparence en

libérant l’espace des murs porteurs

et en offrant la possibilité d’un plan

plus dégagé, aéré et éclairé grâce au

système de structure continue de

poteaux-poutres.

Cependant, nous parlons

précisément de la contribution de

l’architecture dans l’expression

visuelle et artistique. Au Maroc, la

pratique architecturale générale ne

favorise pas cette méthodologie.

D’une part, il y a un manque

remarquable de coordination

parallèle entre les architectes et les

ingénieurs. Ce qui accentue un conflit

typique au point qui est devenue

naturellement associé à la relation

entre ces deux disciplines, d’autre

part, Le processus est ordinairement

unidirectionnel, commençant par

le besoin d’un client, suivi par les

interventions d’un architecte qui

réalise une conception pour assurer

la satisfaction du client, et enfin

celle d’un ingénieur qui effectue

l’étude et le contrôle pour assurer la

stabilité du bâtiment. La chose qui

rend les opportunités d’une relation

positive invisibles,

Il existe bien évidemment d’autres

facteurs qui conditionnent la relation

entre l’architecture et l’ingénierie au

Maroc. Parmi eux, la nature du marché

proposé dans le secteur du bâtiment

et les budgets limités ne favorisent

pas une recherche approfondie.

Toutefois, ces éléments demeurent

des facteurs secondaires qui

peuvent être facilement surmontés

en instaurant une collaboration de

principe.

58


La structure comme langage architectural

Partie II .

L’intégration de la structure dans le langage architectural.

59


La structure comme langage architectural

Introduction :

Si la première partie se concentre sur le développement de la relation entre

l’architecture et la structure dans une perspective historique afin d’arriver à

une bonne contextualisation de notre problématique, cette partie vise plutôt

à analyser la relation entre la structure et l’architecture d’un point de vue

positif à travers l’étude des différentes typologies et systèmes structurels.

Cela ne signifie pas nécessairement que nous ne rencontrerons pas des cas

où la relation est moins forte, mais c’est une étape nécessaire pour enrichir

le vocabulaire structurel afin de pouvoir parler un langage commun entre

la structure et l’architecture. En revenant à notre analogie du langage, si

l’étude des différentes typologies structurelles constitue le lexique, il nous

reste de multiples autres traits linguistiques pour former une langue. Ainsi,

nous pouvons parler de la grammaire et de la formalisation d’une phrase en

choisissant des mots spécifiques, ou encore nous pouvons parler du style

de discours, qu’il soit formel, informel, poétique, etc. Par conséquent, comme

parler n’est pas simplement un choix arbitraire des mots, la conception

architecturale qui intègre la structure n’est pas un simple geste de choix du

système structurel, mais c’est également une façon de penser et de réflexion

qui encourage telle ou telle méthode de conception. nous pouvons essayer

de classifier ces méthodes selon trois aspects de l’intégration de la structure

dans l’architecture :

1- La structure lorsqu’elle génère la forme architecturale, comme c’est expliqué

dans la fameuse citation : «la fonction suit la forme». C’est un concept qui

s’impose lorsque nous parlons de l’optimisation et la relation entre l’efficacité

structurelle et la forme architecturale, exemple : form-finding structures.

2- La méthode de conception qui favorise une réflexion basée à la fois sur la

forme et la fonction, comme c’est le cas dans les structures qui s’inspirent de la

nature afin d’avoir une harmonie entre l’esthétique et l’optimisation.

« La différence entre la forme et la fonction n’existe pas dans les structures naturelles.

En d’autres termes, les meilleures structures sont une harmonie entre l’architecture et

l’ingénierie, -où la forme et la fonction sont une seule chose 1 . »

3- La structure lorsqu’elle est pensée indépendamment de l’optimisation,

mais conçue pour servir des lectures architecturales poétiques et

symboliques, Cependant, cela ne doit pas être confondu avec d’autres

types de relations où

l’architecture est très poétique mais où la structure ne contribue

pas à l’expression visuelle. Là, la structure n’est pas nécessairement

irrationnelle, mais c’est une méthode de conception qui parvient à projeter

les aspects artistiques de la structure et à les intégrer dans le langage

architectural.

1 Ervin Lasz (1932)

60


La structure comme langage architectural

Chapitre III.Typologies du

vocabulaire structurel

Ce chapitre cherche à explorer

les différentes typologies de la

structure dans lesquelles nous

pouvons organiser les structures

selon des grandes catégories en

fonction de la nature des éléments

simples qui les constituent et

les comportements majeurs qui

les définissent. Cependant, il est

important de prendre conscience

d’autres systèmes de classification

basés sur d’autres variables, telle

que la géométrie (plane comme les

éléments d’une structure poteaupoutre

, ou curviligne qui présente

une troisième dimension comme

dans les surfaces courbées), la

rigidité (rigide ou flexible comme

nous le trouvons dans les structures

utilisant des câbles ), les matériaux

(structure en bois, en béton-armé, en

acier ou en mortier) ou encore selon

le nombre de direction des actions

subis par la structure, (une seule ou

deux directions),

Par exemple, considérons un élément

unidimensionnel tel qu’un portique :

poutre soutenue par deux poteaux

à ses extrémités. Dans ce cas,

l’action d’une force verticale se

manifeste dans une seule direction

le long de la poutre (Fig.62). Cette

logique s’applique également à un

élément bidimensionnel tel qu’une

dalle (Fig.63) qui serait bloquée sur

ses deux côtés opposés par deux

éléments de structure surfacique,

créant ainsi une seule direction

d’action perpendiculaire sur la dalle.

Cependant, si l’on ajoute deux autres

supports surfaciques sur les deux

côtés restants, une action à deux

directions (x et y) se produit .

Il est important de noter que ce

système de classification ne doit

pas être confondu avec le nombre

de dimensions des composantes

de la structure, car la plupart

du temps, nous traiterons des

structures bidimensionnelles ou

tridimensionnelles qui agissent dans

une ou deux directions en fonction

des proportions de leurs dimensions

et de la composition de la structure.

Nous n’avons pas adopté ces

types de classification pour une

simple raison : ils divisent d’une

manière très générale et ne sont

pas très spécifiques en termes de

comportement et de formes de

structure, ce qui souligne la relation

entre la forme et l’efficacité des

structures et par conséquence

la relation entre l’approche

structurelle et l’approche plastique

et esthétique de l’architecture, la

chose qui nous intéresse le plus

dans cette recherche. Par contre,

les caractéristiques mentionnées

seront toujours présentes, et nous

allons remarquer qu’elles seront

variables, des fois en fonction de

type de structure, et parfois d’une

manière indépendante. Par exemple,

les structures en coques sont

nécessairement des structures

rigides, mais elles peuvent être

approximativement dans une seule

Fig.62: Poutre unidirectionnelle-

dalle unidirectionnelle

Fig.63: Poutre bidirectionnelledalle

bidirectionnelle

61


La structure comme langage architectural

direction, comme pour les toitures

cylindriques, ou bien en deux

directions, comme pour les dômes

semi-sphériques.

En conséquence, nous allons

examiner différentes catégories

de structures, notamment les

portiques, treillis, structure en coque,

structures tendues ou suspendues

et structure combinée. Chacune

de ces classifications correspond

Structure à poteau et

poutre

respectivement à des éléments

primitifs tels que les poutres et les

poteaux, les barres diagonales, les

arches, les chaînettes, les suspentes,

et enfin, des combinaisons de deux

ou plusieurs de ces éléments. Cette

approche nous permettra d’élaborer

un lexique structurel bien organisé,

en allant des éléments constitutifs

les plus simples et fondamentaux

jusqu’aux systèmes structurels plus

élaboré

Poutre

La poutre est la forme la plus

simple et primitive du vocabulaire

structurelle, elle était utilisé

intuitivement dès la période

préhistorique pour supporter ou

ponter rien qu’avec un simple

tronc d’arbre, en architecture elle

constitue un élément évident dans

l’ossature du bâtiment,

Une poutre est soumise à des

actions mécaniques généralement

appliquées à angle droit par rapport

à son axe longitudinal. Elle engendre

des forces internes, à savoir des

moments de flexion et des efforts

tranchants. Ces forces dépendent

de la géométrie de la poutre, des

propriétés des matériaux qui la

constituent et de la distribution

des charges. Les déformations

élastiques dans la poutre ont été

étudiées par des ingénieurs tels

que Robert Hooke (1635-1703), dont

la loi exprime mathématiquement

ces déformations. Des ingénieures

et scientifiques tels que Leonhard

Euler (1707-1783), Jacques Bernoulli

(1654-1705) et Daniel Bernoulli (1700-

1782) ont significativement contribué

au développement des premières

théories en structure, bien que

celles-ci n’aient été largement

appliquées dans la construction qu’à

partir du 19e siècle notamment par

l’ingénieur de l’Ecole Polytechniquede

Paris Henri Navier (1785- 1836) ce qui

a remplacé les méthodes empiriques

antérieures.

Pour mieux comprendre ces

déformations, il suffit d’imaginer un

plongeoir en bois avec une personne

debout dessus. L’extrémité de la

planche fléchit sous le poids exercé,

ce qui génère la courbure de la

poutre due à l’allongement des

fibres de sa partie supérieure et

au raccourcissement de celles de

sa partie inférieure alors que l’axe

neutre reste presque le même. Les

sections verticales de la poutre

restent droites et perpendiculaires

aux surfaces. Lorsque la personne

plonge dans l’eau et libère la planche,

cette dernière a tendance à retrouver

Plongeoir en bois ( (source :

Comment ça tient, Mario Salvador)

)

62


La structure comme langage architectural

sa forme initiale, cela représente un

comportement élastique similaire à

celui d’un ressort.

Si la poutre est soutenue par ses

extrémités, les forces de flexion

ont tendance à faire rapprocher

ses extrémités (Fig.66), soumettant

les fibres supérieures à une

compression et les fibres inférieures

à une traction. Nous observons

que les fibres du milieu préservent

généralement leurs longueurs.

L’allongement et le raccourcissement

des fibres supérieures et inférieures

de la poutre présentent une

progression linéaire dans les

sections rectangulaires pour

atteindre une valeur maximale aux

extrémités supérieure et inférieure,

tandis qu’ils restent nuls au niveau

des fibres médianes ce que nous

appelons la notion de fibre neutre.

Le comportement du plongeoir

reproduira fidèlement celui de

la poutre, ce qui peut expliquer

pourquoi les éléments de dimensions

réduites restent peu déformable,

une observation partagée par

Léonard de Vinci et, ultérieurement,

par Navier.

Cela indique que la réaction de

la poutre aux charges verticales

n’est pas uniforme au niveau de

sa section, ce qui constitue une

faiblesse notable dans la poutre. En

effet, une grande partie de la poutre,

précisément son milieu qui ne fournit

aucun travail. C’est pour cette raison

que nous pouvons généralement

améliorer la performance d’une

poutre en modifiant la conception de

sa section. Nous pouvons réduire sa

partie médiane en la renforçant dans

les surfaces supérieure et inférieure,

comme dans la section en forme de

«I» majuscule.

Cette qualité est exprimée

mathématiquement par la valeur

« moment d’inertie » de la section

transversale de la poutre qui

mesure la distribution des aires

d’une section par rapport à un axe

Fig.66:Les efforts internes au

niveau de la section représente

clairement la notion de la fibre

neutre.

Fig.64: En haut:les déformations de

flexion d’une poutre (source : Comment

ça tient, Mario Salvador)

Fig.65:A gauche la performance structurelle

change en fonction de la géométrie

de la section de poutre (Source :

Tony Hunt’s Structures Notebook, Tony

Hunt)

63


La structure comme langage architectural

donné et quantifie la résistance

d’une forme à la flexion. Plus

précisément, le moment d’inertie

indique la capacité d’une section à

résister aux déformations en flexion,

en influençant la distribution des

charges appliquées. Une valeur

élevée de moment d’inertie signifie

généralement une bonne résistance

à la flexion, par exemple, la rigidité

d’une poutre diminue beaucoup

lorsque sa longueur augmente

(Fig.67)

L’efficacité de la poutre peut être

aussi accentué par le matériau

utilisé, par exemple nous sommes

familiés du phénomène de

fissuration dans la partie inférieure

d’une poutre en béton car ce dernier

résiste mieux à la compression qu’à

la traction, tandis que les poutres

en acier représentent une meilleure

performance parce que l’acier résiste

de manière identique à la traction

comme à la compression, ce qui

explique le recoure à l’armature dans

les structures en béton armé.

En plus de la flexion, les charges

axiales appliquée sur la poutre ont

tendance à la faire pivoter, comme

dans une console est chargée à

son extrémité, pour résister à ce

mouvement ces charges génèrent

des forces internes qui agissent

le long de la section transversale

de la poutre, ce qui résulte en

un glissement relatif entre les

différentes parties de la structure. Il

s’agit du phénomène de cisaillement,

ces contraintes peuvent influencer

significativement le comportement

de la poutre sous charge axiale.

Des déformations excessives, des

déplacements non désirés ou même

des défaillances peuvent résulter de

forces de cisaillement mal gérées.

Si la traction a pour effet de

créer une séparation entre les

particules constituant le matériau,

et la compression les rapproche,

Le cisaillement n’est qu’une

combinaison entre les deux.

Fig.67:Si nous prenons

l’exemple d’une section de 2x 3 :

I(1)=2x27/12=4,5 & I(2)= 3x8/12=2

Fig.68: Fissures d’une poutre en

béton à cause des forces de traction

(source : BEYOND BENDING, Philippe

Block et son groupe de recherche)

64


La structure comme langage architectural

Poteau

A l’instar de la poutre, le poteau

est l’élément structurel vertical

le plus évident du vocabulaire de

la structure, son rôle constitue à

supporter et évacuer les charges

transmises par les poutres jusqu’aux

planchers ou fondations. Un poteau

est donc principalement soumis à

la compression. Lorsqu'une charge

axiale est appliquée, elle a tendance à

provoquer un phénomène structurel

perturbant, Il s’agit du flambement,

nous pouvons le visualiser en

exerçant une pression croissante

sur une règle mince en acier placée

verticalement sur une table. La règle

demeure initialement droite, mais à

un moment donné, elle commence

à fléchir. Cela démontre qu'une

règle parfaitement droite, soumise

à une force compressive alignée

avec son axe, fléchira brusquement

à une valeur spécifique de cette

force, appelée sa valeur critique.

Au moment où la règle fléchit, la

force de compression crée un bras

de levier par rapport à son axe, ce

qui engendre une flexion latérale de

plus en plus importante. Rapidement,

la règle se retrouve en flexion. Ce

phénomène est une application

simple du célèbre principe de la

nature, la "loi du moindre effort". Si

une charge croissante est appliquée

au sommet d’un poteau, la charge

est d’abord conduite au sol par

compression, en raccourcissant le

poteau. A une certaine valeur de

la charge, le poteau peut choisir

entre deux voies : soit continuer à

se raccourcir par compression, soit

plier. Si la flexion demande moins de

travail que la compression, le poteau

choisira la voie la plus facile et pliera.

ce qui est explique le flambement .

Comme pour la poutre, la géométrie

et l'aire de la section du poteau

jouent un rôle primordial dans

sa résistance. Auparavant, pour

résister à des charges excessives,

on avait l'habitude d'opter pour des

poteaux massifs. Les colonnes d'un

temple grec, par exemple, n'auraient

jamais pu flamber car elles étaient

massives et peu élevées. Cependant,

aujourd'hui, compte tenu des

sections réduites autorisées par les

matériaux modernes solides, on opte

plutôt pour une amélioration de la

géométrie de la section des poteaux.

Le flambement, étant donné une

variation de la flexion, explique

pourquoi les poteaux actuels en acier

adoptent la forme des poutres en «I».

Grâce à cette forme, leur résistance

au flambement est supérieure, sans

pour autant augmenter l’épaisseur

et par conséquent le coût du

matériau.

Une des caractéristiques

dangereuses du flambement est

sa soudaineté. Lorsqu’il atteint

une charge critique, il se produit

sans aucun avertissement. Prenons

l’exemple du centre de hockey

sur glace de Hartford : le système

réticulé spatial de sa toiture était

composé de barres métalliques

couvrant une surface de 110 m par 90

m.

Il reposait sur quatre piliers

massifs en béton, placés à 12 m de

chacun de ses angles. Les barres

supérieures fléchissaient en

compression sous son énorme poids

mort de 1250 t, ainsi que sous le

poids de la neige, de la glace et de

l’eau qui s’accumulaient. Il résista

pendant quatre ans, puis s’affaissa

Phénomène du flambement.

65


La structure comme langage architectural

soudainement à 4 heures du matin en

1978 , à la suite d’une forte tempête

de neige. Ce malheureux événement

a été à l’origine d’une surcharge qui a

entrainé le flambement au niveau de

certains piliers.

Pour optimiser l’utilisation des

poteaux, les architectes et les

ingénieurs, se sont inspirés de

la nature en imitant la structure

des arbres (voir le chapitre). Cette

approche vise à prolonger le travail

d’un poteau au niveau du plancher,

réduisant ainsi le nombre de

poteaux et rendant l’architecture

moins encombrée visuellement

tout en améliorant sa performance

structurelle. En plus des avantages

esthétiques, cette astuce permet

de diviser par deux le nombre de

poteaux, et par conséquence, elle

permet d’augmenter leur section et

renforçant leur capacité à résister

au flambement tout en optimisant

l’utilisation des matériaux. La bonne

compréhension des comportements

structurels des poteaux a toujours

établit le fil conducteur vers

des créations architecturales

impressionnantes ou la structure

incarne le potentiel architectural

comme l’exemple de la «structure

parapluie» de Pier Luigi nervi dans

son chef-d’œuvre, le Palazzo Del

Lavoro, à Turin en 1961. Nervi a utilisé

des poteaux en forme de parapluie

(Fig.69) Renforcés avec une nouvelle

approche de construction, parfois

avec des porte-à-faux en acier

comme branches radiales principales

au lieu de structures monolithiques

en béton. Cette géométrie, en plus

de sa forme esthétique plaisante,

améliore notablement l’efficacité

structurelle en optimisant la

distribution des charges.

Fig.69: L’articulation géométrique des poteaux Palazzo del Lavoro en 1961, par Pier Luigi Nervi.(Source: Construire correttamente

par Luigi Pier Nervi )

66


La structure comme langage architectural

Grille de poutre

Lors du transfert des charges, elles

suivent naturellement le chemin le

plus court. Cela explique pourquoi les

grilles constituées d'un réseau de

poutres plus ou moins égales sont

bien plus efficaces structurellement

puis qu’elles distribuent de manière

équitable les charges vers les

supports, contrairement aux toits

rectangulaires où le transfert de

charge se fait par les poutres les

plus courtes.

La force d’une grille bidirectionnelle

ne réside pas uniquement dans les

dimensions de ses composants, mais

également dans la disposition de

l'entrelacement des intersections

qui la rend plus rigide. En effet,

lorsqu'une charge ponctuelle axiale

est appliquée à un réseau orthogonal

de poutres soutenu des quatre

côtés (Fig.71), les poutres alignées

avec celle sous charge fléchissent de

manière similaire, tandis que celles

perpendiculaires subissent une

contrainte de torsion. Afin de résister

à ces déformations non uniformes,

les poutres doivent être solidement

assemblés à leurs intersections.

Cela nous conduit intuitivement

à envisager le système auquel

nous sommes bien familiarisés, la

structure en poteau-poutre avec

un grillage en béton armé, dont

la rigidité découle de sa nature

monolithique. Cependant, cette

approche n’est pas tout à fait

nouvelle, elle a été utilisée par les

civilisations primitives qui avaient

l’habitude d’entrelacer les barres en

bois de leurs toits, permettant ainsi

à la pression exercée sur une poutre

d’agir en solidarité avec toutes les

autres.

Si nous densifions ce réseau de

poutre de plus en plus nous allons

finir par former une surface continue

qui s’agit principalement d’une

dalle qui fonctionne de la même

manière en transférant les charges

par effet de flexion et torsion,

Fig.71:Réseau orthogonal de

poutre (source : Comment ça

tient, Mario Salvador)

Fig.70:Lanificio Gatti à Rome

(1951). Vue du couloir avec

nervures isostatiques. (Source:

Construire correttamente par

Nervi)

67


La structure comme langage architectural

mais qui a un avantage d’être plus

rigide du à son aspect monolithique,

et par conséquence peut avoir

une épaisseur plus mince que les

poutres, cependant il est important

de noter que pour avoir de longues

portées supérieures à 6m il est

plus optimal de rigidifier sur leurs

faces inférieures par des nervures

orientées d’une façon à conduire la

descente des charges efficacement,

Pier Luigi Nervi est un architecte

et ingénieur renommé pour son

approche créative en conception

structurelle. Il a utilisé le ferrociment

pour créer des dalles avec des

nervures courbes, orientées de

manière logique pour le transfert

efficace des charges de la dalle vers

les poteaux, en suivant la logique

de distribution des charges, (Fig.70)

. Son ouvrage Lanificio Gatti à Rome

en 1951 illustre parfaitement la

convergence entre une approche

structurelle et artistique, ce qui

lui vaut le surnom de « poète de la

structure » Outre son génie formel

et structurel, Pier Luigi Nervi a été

également célèbre pour l’utilisation

de ferro-ciment comme coffrage

permanent, Nervi fut l’un des

premiers ingénieurs à l’intégrer en

architecture. Ce matériau, inventé

par les français et utilisé dans la

construction navale et la sculpture,

est composé de plusieurs couches de

mailles en acier soudée, superposées

pour former une grille. Noyée dans un

mortier de béton composé de sable,

de ciment et d’eau, les éléments

en ferro-ciment peuvent avoir une

épaisseur réduite, allant de deux à

cinq centimètres. Tout en offrant

une résistance et une résistance aux

chocs relativement bonnes.

Une autre façon pour optimiser le

fonctionnement structurel des dalles

c’est d’alléger leur poids créant des

vides à l’intérieur comme c’est le

cas de la dalle à caisson qui est une

des dispositions de la dalle nervurée,

cette technique a été utilisé en 1974

par Foster Associates en collaborant

avec l’ingénieur Anthony Hunt pour

concevoir la dalle nervurée de Willis

Faber and Dumas office,

Fig.72:Willis, Faber and Dumas

office, Ipswich, UK, 1974; Foster

Associates, ; Anthony Hunt

Associates,

68


La structure comme langage architectural

Mur porteur

Historiquement, l’architecture des

bâtiments était principalement

constituée de murs porteurs en

pierre ou en brique, ce qui rend cet

élément beaucoup plus ancien que

ce que nous pensons. Cependant, son

étude et son utilisation aujourd’hui

sont largement associées au voile en

béton armé. Pourtant, son usage par

nos prédécesseurs était si dominant

qu’il était à peine remarqué comme

une structure.

Conceptuellement, les murs

porteurs agissent comme une

structure surfacique qui combine

les caractéristiques des poteaux,

en supportant les forces verticales,

et les caractéristiques des poutres

grâce à leur longue section et à leur

fort moment d’inertie(Fig.73), ils

offrent une résistance supérieure

à la flexion, ce qui leur rend plus

efficaces pour résister aux forces

verticales et aux forces latérales

parallèles à leur axe.

En revanche, ils sont moins

résistants aux forces latérales

perpendiculaires à leur axe(Fig.74), De

ce fait, il est important d’utiliser des

contreforts ou un système de murs

porteurs continus et orthogonaux à

fin de remédier à ce point faible,

Les structures murales porteuses

sont constituées d’une série des

plans horizontaux soutenus par

deux ensembles de murs, porteurs

et de contreventement pour

assurer leur stabilité, en effet, cette

configuration crée une véritable

contrainte architecturale parce

qu’elle limite la liberté de conception

spatiale en raison de leur forme de

base et de la nécessité d’un intérieur

multicellulaire.

Quoi qu’il en soit, la simplicité

des murs porteurs, leur aspect

monolithique et leur nature

architecturale, permet de les utiliser

comme éléments intéressants

dans la poésie de l’architecture

en exprimant la structure, comme

c’est particulièrement le cas dans le

Crématorium de Baumschulenweg,

(Fig.75) précisément au niveau de sa

façade qui dessine minutieusement

un trait architectural mystérieux

caché derrière la structure

dominante de mur, une autre preuve

de la qualité architecturale de cette

structure est illustré par le fameux le

monument de Washington avec son

caractère imposant et monolithique.

Fig.73:La transition entre l’effet

de flexion de la poutre et l’effet

de compression dans le poteau

en passant par les voiles(-

Source: Building structures,

Malcolm Millais)

Fig.74:Un mur poteau n’est

pas stable lorsque la force est

perpendiculaire sur son axe

Fig.76:L’utilisation d’un système

de maçonnerie porteuse

dans le monument de Washington

est un exemple classique de

conception structurelle.

Fig.75:L’expression architecturale

des murs porteurs dans

la façade du Baumschulenweg

Crematorium.

69


La structure comme langage architectural

Structure en treillis

Comme nous l’avons vu, la poutre,

même si elle est largement utilisée

comme élément de structure, n’est

pas vraiment performante pour de

longues portées en raison de son

comportement structurel en flexion

et cisaillement qui augmente avec

sa longueur. Pendant notre étude,

nous avons compris qu’une grande

partie de la poutre, en particulier

celle du milieu le long de l’axe neutre,

ne contribue pas réellement à sa

stabilité.

C’est là qu’intervient l’idée

ingénieuse -Pourquoi ne pas y percer

des trous ?

C’est là, l’origine de la configuration

triangulée des treillis qui vise une

exploitation optimale des matériaux.

Le triangle, comme l’a fait remarquer

le célèbre constructeur de ponts

à grande portée John Roebling, «

est la figure géométrique la moins

déformable », travaillant uniquement

en compression ou en traction, (dans

le cas de structures isostatiques

avec nœuds articulés). En appliquant

une charge axiale à un triangle

équilatéral, nous observons que les

deux barres inclinées subissent des

efforts en compression tandis que la

barre horizontale est tendue (Fig.78).

Dans le but de supporter ou ponter

en utilisant deux ou plusieurs

triangles pour atteindre la portée

demandée les triangles vont basculer

ce qui implique la nécessité d’une

barre horizontale pour bloquer les

mouvements (Fig.77)

Le concept donc repose sur un

agencement de barres horizontales,

verticales ou diagonales, qui

supportent les charges uniquement

en traction et en compression pour

minimiser les contraintes en flexion

et permettre une utilisation plus

efficace des matériaux.

Quand un treillis est soumis à des

forces externes, différentes parties

de l’assemblage subissent des

contraintes de compression et de

tension. Par exemple, dans le cas

d’un pont en treillis, les poutres

supérieures sont comprimées, les

poutres inférieures sont tendues,

et les pièces en diagonale évitent

la torsion des poutres principales.

Depuis la révolution industrielle

jusqu’à aujourd’hui, les treillis

ont fait preuve de leur fiabilité

structurelle dans la construction de

ponts à grande portée tels que le

Forth en Écosse en 1890 (Fig.79), des

tours comme la tour Eiffel, et dans

les noyaux centraux des gratte-ciels

tels que la tour de la compagnie

d’assurance John Hancock à Chicago.

Les treillis représentent une des

Fig.77:(Source : Comment

tout ça tient, Michel Provost et

Philipe de Kemmeter)

Fig.78:(Source: Building Structures

2ed. From Concept to

Design, Malcolm Millais)

Fig.79: Le FORTH en écosse,

1890 (source : Comment Ça

tient, Mario Salvador

70


La structure comme langage architectural

structures les plus permettant

ayant comme grand avantage sa

légèreté par rapport à d’autres

systèmes structurels, ce qui permet

l’utilisation d’éléments standardisés

et offrant la possibilité d’un préassemblage

éventuel.

Au fil du temps, diverses formes de

treillis ont émergé. En 1840, Howe

fut le pionnier en déposant un

brevet pour son treillis, bien qu’il

soit actuellement peu utilisé. Les

ingénieurs ferroviaires PRATT, père

et fils, ont suivi en déposant leur

propre brevet en 1844 pour un treillis

largement employé. En 1848, le

treillis de WARREN fit son apparition.

D’autres variantes comprennent les

treillis Baltimore,

Les fermes Polonceau, Mansard,

ainsi que le treillis lenticulaire de

Pauli, célèbre pour son utilisation

sur le Royal Albert Bridge conçu par

Isambard Kingdom Brunel avec une

portée importante.

La stabilité des treillis se mesure

en degré d’hyperstaticité, lié à

la configuration des barres et

des nœuds, déterminant ainsi

si la structure est isostatique,

hyperstatique ou hypostatique. Un

cas isostatique, le plus économique

et léger, se produit lorsque le

nombre de barres est juste suffisant.

Cependant, en cas de défaillance

d’une seule poutre, la stabilité

de l’ensemble est compromise,

comme dans le cas d’une structure

hypostatique. Les structures

sont souvent hyperstatiques, ce

qui signifie qu’elles ont plus de

barres que nécessaire pour assurer

la stabilité. Dans ces situations,

la structure peut devenir plus

résistante aux déformations et aux

charges externes, mais les calculs

statiques deviennent plus complexes

car les équations de la statique ne

suffisent pas pour déterminer les

inconnus.

Les travaux d’ingénieurs et de

mathématiciens tels que Karl

Fig.80:La structure de Albert

bridge (Source: Bridge decomuntation,

https://historicbridges.

org, 07/11/2024)

Fig.81:Quelque exemples de

types de treillis (source : Comment

ça tient, Mario Salvador)

71


La structure comme langage architectural

Culmann (1821-1881), reconnu comme

l’auteur de la statique graphique

en 1864, ainsi que le célèbre Luigi

Cremona (1830-1903), qui a donné

son nom à sa méthode graphique,

ont considérablement contribué au

développement de la conception et

de l’analyse des structures en treillis

isostatiques articulés à travers

l’approche graphique. Ils ont joué un

rôle majeur dans la compréhension

des forces internes et des

déformations dans les treillis, posant

ainsi les bases d’une approche plus

simplifiée de l’ingénierie structurelle.

Leurs contributions ont consisté à

fournir des outils graphiques et des

méthodes analytiques permettant

d’évaluer la stabilité.

en architecture la configuration

linaire des treillis est utilisé de

plusieurs façons, surtout pour

des structure apparente dont

l’architecture est exprimée a

partir les éléments structurels au

contraire à la tradition qui tend

à les cacher derrière la paroi

architecturale, un exemple notable

est l’élégant batiment Patera (1981)

réalisé par l’architecte Michael

Hopkins avec la collaboration de

l’ingénieur Anthony Hunt Associates,

(Fig.83)Le bâtiment repose sur une

structure en treillis en acier léger qui

maintient un système de revêtement

isolant et des parois entièrement

vitrées. Les éléments structuraux

principaux sont non seulement

situés à l’extérieur mais aussi ils

suivent une direction inversée de

la descente des charges puisque

les composantes du bâtiment sont

suspendues au-dessous des treillis

qui couronnent la partie supérieure

du bâtiment.

Le centre culturel George Pompidou à

paris (1977), conçu par les architectes

Piano & Rogers avec l’ingénieur

structurel Ove Arup & Partners, est

un autre exemple emblématique

de l’architecture high-tech avec sa

façade qui expose sa structure en

treillis,

Fig.82:Le centre culturel

George Pompidou ,par l’architectes

piano & Rogers avec

l’ingénieur structurel Ove Arup

& Partners. (1977)

Fig.83:Patera (1981) réalisé

par l’architecte Michael

Hopkins avec la collaboration

d’ingénieur de structure Anthony

Hunt Associates (Source:

URL: https://www.hopkins.

co.uk,07/11/2024)

72


La structure comme langage architectural

Treillis dans l’espace

Lorsque les espaces à couvrir ont

une forme pratiquement carrée, tels

que ceux des expositions ou des

congrès, il pourrait sembler logique

que la toiture soit soutenue par

une grille rectangulaire de treillis

verticaux composée de barres de

différentes tailles. Néanmoins, deux

contraintes limitent cette approche

: le coût élevé des assemblages

des treillis perpendiculaires et le

fait que la structure soit composée

de rectangles qui ne sont pas

naturellement rigides. Alexander

Graham Bell (1847- 1922), un ingénieur

et scientifique américain célèbre

pour l’invention du téléphone, a

été le premier à réaliser que si

ce type de toiture pouvait être

triangulé dans l'espace, il offrirait

une meilleure rigidité dans toutes

les directions, permettant ainsi une

réduction du poids. Il s’agit d’un

treillis spatial qui a donné naissance

à une famille de toitures modulaires,

faciles à assembler, économiques et

visuellement attrayant. Ces toitures

se composent principalement

d'éléments pyramidaux formés par

deux grilles de barres horizontales et

parallèles, reliées par des diagonales

orientées dans un minimum de trois

directions .

En effet, l'adoption de cette

technique a été retardée en

raison du la complexité des calculs

mathématiques nécessaires à sa

conception qu’il fallait attendre

l'avènement de l'ordinateur.

Le treillis spatial est considéré

comme étant une structure

économique, il est énormément

utilisé pour couvrir de vastes

espaces. Un exemple remarquable

est le hall d'expositions de Anhembi

Park à Sao Paulo, au Brésil, doté d'une

toiture en plastique translucide et

en aluminium formant un treillis

spatial couvrant une surface de

79 mètres carrés. Des architectes

renommés comme i. M. Pei, ont

exploité le potentiel visuel distinctif

des barres "en zigzag" dans des

systèmes triangulés pour les

intégrer dans des projets tels que

la national Gallérie à Washington

(1970). Ce bâtiment a été sculpté

à partir d'un volume triangulaire,

en profitant des compétences

artistiques de l’architecte et l'artiste

Paul Stevenson Oles pour étudier et

façonner les espaces intérieurs de la

galerie, plus précisément le système

de verrière qui couvre une cour

intérieure et permet une lumière

zénithale à travers la structure

spatiale en treillis, soigneusement

dessinée et étudiée en termes de

proportions et d’équilibre visuel.

Fig.84:Paul Stevenson Oles.

Etude de perspective pour une

structure spatiale, east building

de la national gallery of art, 1er

mars 1971. Graphite sur papier

73


La structure comme langage architectural

Structure en coque

Géométrie des structures en

coque

à ces méthodes que les possibilités

actuelles permettent de paramétrer

ces formes pour générer une infinité

de variations.

En architecture, les surfaces courbes

sont souvent considérés comme des

formes architecturales dynamiques

et fluides dotées de mouvements.

En géométrie, les structures en

coque sont considérées comme

des surfaces courbes, c’est-à-dire

«toute surface non plane». Elles

résultent du déplacement d’une

ligne flexible mais aussi rigide selon

une loi donnée, cette ligne étant

appelée la courbe génératrice.

Avant les possibilités offertes

par le béton armé, l’architecture

traditionnelle se limitait aux formes

géométriques simples, souvent

dérivées de l’arc de cercle (portion

de cercle). Par exemple, le cylindre

(voûte) suit un mouvement de

translation d’un arc le long de l’axe

perpendiculaire à son plan, tandis

que la demi-sphère résulte d’une

rotation de l’arc par rapport à son

axe de symétrie.

Toutefois il existe une diversité de

courbes et de modes de génération

qui mène à une variété de surfaces

courbes. Les lois qui déterminent

le mode de génération se basent

sur des méthodes mathématiques

et analytiques, entre outre le calcul

différentiel et intégral. C’est grâce

Classification:

En géométrie, les surfaces courbe

sont généralement classifiées selon

trois familles :

- Les quadriques : une quadrique

(du latin quadrus, carré) est une surface

courbe, représentant l’ensemble

des points vérifiant une équation algébrique

du second degré (d’où l’étymologie).

Les sections planes des quadriques

sont des coniques, qui sont

des courbes planes du deuxième degré

incluant l’ellipse, la parabole et l’hyperbole

- Les surfaces réglées : une surface réglée

est générée par le déplacement

d’une droite dans l’espace, selon une loi

donnée. Autrement dit, chaque point

de la surface est traversé par au moins

une droite contenue dans cette surface.

Tel que l’hélicoïde réglé qui est le résultat

de la rotation d’une ligne radiale

tout en faisant une translation le long

de son axe vertical (exemple : escalier

hélicoïdale),

- Les surfaces de révolution : une surface

de révolution est générée par

la révolution d’une courbe plane autour

d’un axe. La rotation d’une droite

constitue un cas particulier de cette définition,

comme le cône qui est une rotation

d’une droite inclinée par rapport

à un axe central 1

1 Voir : « géométrie spatiale » Daniel

Jaques et Jean-François Calame

74


La structure comme langage architectural

Comme nous le remarquons, ces

trois familles se chevauchent

fréquemment. Par exemple, le

cylindre résulte à la fois de la rotation

d'une ligne droite par rapport à un

axe central (la famille des surfaces

de révolution) et de la translation

d'un cercle le long du même axe (la

famille des surfaces réglées).

Afin de simplifier l'application de

cette classification en architecture

et en génie structurel, nous

limiterons à l'étude des surfaces

de révolution avec une rotation

circulaire et les surfaces constituées

d'une translation de même courbure

le long d'une ligne droite qui les

correspondent (surfaces réglées)

75


La structure comme langage architectural

Ce que nous étudierons ne

représente qu'un nombre limité

d'exemples de courbes basiques

au sein d'une diversité plus vaste.

Notre choix est basé sur les formes

les plus couramment utilisées dans

l'architecture.

Fig.85:Tableau de classification

géométrique des

surfaces courbe selon trois

familles extrait de ( Source :

Géométrie spatiale )

76


La structure comme langage architectural

Courbe

Translation selon un axe

perpendiculaire sur le

plan de la courbe

(font partie de Surfaces

réglées)

Rotation par rapport à

un axe de symétrie

(Surfaces de révolution)

Courbe est une ligne

génératrice du parabole

Cylindre de révolution

Sphère

Paraboloïde de

révolution

Ellipse

Cylindre elliptique

Ellipsoïde

de révolution

Paraboloïde elliptique

Cylindre parabolique

Paraboloïde

de révolution

Courbe sinusoidale

Surface ondulée

Hyperboloïde à une

nappe h1

Hyperbole

Cylindre hyperbolique

Paraboloïde

hyperbolique

Hyperboloïde à deux

nappe h1

77


La structure comme langage architectural

Ce tableau représente une sorte

de carte mentale pour assembler

les surfaces courbées les plus

courantes, une autre classification

pertinente pour nous est celle qui

se base sur le signe de la courbure

totale, parce qu’elle nous permet à

l’appliquer sur la classification des

structures en coque en fonction de

trois catégories,

Notion de signe de courbure :

Chaque plan passant par la normale

à un point P d'une surface E [sigma]

détermine une intersection dont

le rayon de courbure varie entre

un minimum r1, et un maximum

r2. On montre que les deux plans

contenant ces courbures extrêmes

(ou cercles osculateurs extrêmes)

sont perpendiculaires l'un à l'autre,

La courbure totale d’une surface en

un point donné est le produit des

deux courbures extrêmes.

A chaque point donné d'une surface

correspond une Courbure totale

(Ctot)

Signe de la courbure Ctot

- C>0 : la courbure est positive

lorsque les rayons de Courbure r, et r

sont du même côté du plan tangent Au

point. Exemple : la demi sphère

- C=0 : la courbure est nulle lorsque

l'un des rayons est infini. Le Cas du

cône

- C<0 : la courbure est négative

lorsque les rayons de courbure r, et

ra Sont opposés par rapport au plan

tangent au point. Le cas du paraboloïde

hyperbolique

- Certaines surfaces peuvent avoir

un signe de courbure totale variable

exemple le tore 1

En structure, ce type de classification

est révélateur car il illustre mieux

la relation entre les typologies

géométriques et les comportements

structurels. Ainsi, nous allons

organiser notre exploration des

structures en coques en nous

concentrant sur les trois types de

courbure : positive, négative et nulle.

Fig.86:Les types de surface

selon le signe de la courbure

( Source : Géométrie

spatiale )

1 Voir : « géométrie spatiale »

Daniel Jaques et Jean-François Calame

78


La structure comme langage architectural

Arc /courbe

Avant d'explorer le potentiel de la

structure en coque, il est important

de commencer par étudier sa forme

bidimensionnelle, l’arc.

En géométrie, un arc est une partie

d'une courbe qui est localement

définie par une fonction continue;

il est considéré lui-même comme

l'un des éléments structurels les

plus résistants, dont l'utilisation

remonte à l'antiquité, notamment

à la civilisation mésopotamienne.

Les premiers exemples d'arcs dans

la construction sont observés

dans les architectures sumérienne

et babylonienne, où des arcs en

briques voûtées ont été utilisés

pour soutenir des structures telles

que des portes et des passages

souterrains. Mais leurs applications

architecturales atteignent leur

apogée spécifiquement dans

l’architecture romaine, dans

leurs basiliques, forums, ponts,

amphithéâtres et les bains romains,

avec des ouvrages qui persistent

encore aujourd'hui, comme le Colisée

et les aqueducs, tout cela en utilisant

la forme la plus simple, l’arc au pleincintre

qui est Fondamentalement un

demi-cercle,

L’arc agit comme un système qui

transmet les charges, vers les murs

ou les supports aux extrémités.

En raison de leur morphologie les

segments subissent principalement

des forces de compression en

générant des poussées horizontales

vers l’extérieur, ce qui a tendance

à provoquer leur écartement. C’est

pour cela que les arcs sont souvent

conçus en connexion avec des murs

massifs aux extrémités avec un

système de contreventement et

de contreforts ou des tirants pour

absorber les poussées et éviter

leur effondrement, cela explique

le principe derrière la création de

certains arcs comme les arcs brisés

et les voûtes nervurées. Des tirants

métalliques ou en bois peuvent

Fig.87:Quelques exemples des

arcs (Source:URL https://eduscol.education.f,

07/11/2024)

79


La structure comme langage architectural

également être utilisés pour

maintenir les extrémités.

La raison pour laquelle l’arc constitue

une solution structurelle ancienne

pour enjamber une distance

considérable, c’est parce qu’il permet

l’utilisation des pièces (claveaux)

de dimensions réduites en utilisant

des matériaux qui résistent à la

compression comme la pierre, la

brique et l’adobe abondamment

disponible dans la nature,

Sur le plan de l’analyse structurelle,

un arc est fondamentalement

une structure hyperstatique du

troisième degré, ce qui signifie que

trois articulations le rendraient

statiquement

déterminé

(isostatique). Cette conception

permet de déterminer sa charge de

rupture ou d’effondrement. D’autre

coté, le choix des articulations aux

points de support influencera sur les

types de contraintes. Si le concepteur

opte pour des articulations capables

de transférer des forces verticales

et horizontales, alors la structure

courbe agira comme un arc. Si les

articulations ne peuvent transférer

que des forces verticales, elle agira

comme une poutre courbe.

En génie structurelle, l’arc est

principalement utilisé dans les ponts,

initialement en pierre et plus tard

en utilisant des nouveaux matériaux

comme le béton armé et l’acier,

les arcs en pierre représentent

un inconvénient remarquable à

cause de leur aspect massif, ce qui

justifie la conversion vers d’autres

matériaux lorsque la distance à

franchir dépasse les 30 mètres,

comme c’est le cas du premier pont

en fonte, Ironbridge (1777),conçu

durant la révolution industrielle en

Angleterre (Fig.89) c’était l’ouvrage

Fig.89:Iron bridge (1777)

(Source: ResearchGate, UR-

L:https://www.researchgate.

net, 07/11/2024)

Fig.88:Pont de SALGINATOBEL,

en béton par Robert Maillart

(1930)

80


La structure comme langage architectural

d’art qui a marqué officiellement la

transition de la pierre vers le métal

en combinant ainsi la performance

de l’arc et la légèreté structurelle et

visuelle des structures métalliques.

Plus tard, des ponts à arche en béton

armé comme celui reliant l’île de Krk

à La Yougoslavie dans l’adriatique,

avec une portée de 390 m, ont été

conçus en intégrant un arc et des

montants verticaux au-dessus pour

soutenir le tablier en agissant de

manière opposée aux câbles de

suspension métalliques des ponts

suspendus, c’est une conception

qui s’inspire du pont de Salginatobel

qui a été créé par l’ingénieur suisse

Robert Maillart, renommé pour sa

conception de ponts en béton armé

basés sur la statique graphique,

ses pont sont souvent dotés d’une

arche unique exceptionnellement

fine, parfois aussi mince que 18 cm,

et qui peuvent atteindre jusqu’à

100 mètres de portée grâce à

leurs formes et à leur conception

structurelle comme le pont en arc

raidi de ZUOZ (1900) et le pont de

Salginatobel (1930) caractérisé par

trois articulations.

Le principe de l’arc raidi consiste à

maintenir l’uniformité des charges

exercées sur l’arc. Pour mieux

comprendre son mode de stabilité,

nous devons nous rappeler des

mécanismes structurels. Un arc

supporte une charge uniforme vers

les appuis en utilisant uniquement

des forces de compression. Une

charge ponctuelle importante

entraîne une ligne de poussée qui

sort de la section. Ainsi, l’arc ne

peut plus rester en compression

seule. L’ajout d’un raidisseur permet

de contenir la ligne de poussée

à l’intérieur de la section de la

structure. La poussée horizontale

de l’arc peut être équilibrée avec

des tirants en tension, transformant

ainsi l’arc raidi en une poutre légère.

Il est intéressant de noter que la

forme idéale de l’arc est celle qui

est constituée de la forme d’un

câble mais inversé comme la décrit

Robert Hooke (1635-1703), un câble

chargé de manière uniforme, vue

sa nature flexible, fonctionne

seulement en traction. Nous parlons

de la forme funiculaire, une fois

gelée et inversée, elle constituera

une forme d’arc funiculaire qui est

chargée uniquement en compression

et qui présente une performance

exceptionnelle qui peut permettre

une épaisseur très réduite.

Nous pouvons constater que le

fameux arc de Gateway adopte une

forme similaire que celle décrite par

Hooke, ce qui a permet d’attendre

une hauteur impressionnante de

192m, ce gigantesque monument

conçu en 1965 à Saint-Louis

Missouri USA par Eero Saarinen

(1910-1961), est composé de 142

sections préfabriquées en acier

en section triangulaire ce qui

améliore d’avantage sa performance

structurelle.

Un autre exemple remarquable de

l’utilisation des structure en arc dans

Fig.90:Le pont à arc unique

représente une ressemblance

frappante avec un pont suspendu

mais inversé (Source:

Comment ça tient)

Fig.91:Le principe du pont

en arc raidi de zuoz (1900).

(Source: Beyond bending)

Fig.92:LRobert

Hooke(1635-1703) décrit la relation

entre la chaine supendu

qui est en tension sous l’effet de

son propre poids et l’arc qui a

la même forme mais inversé en

compression

Fig.93:Gateway 1963-1965

Saint-Louis Missouri USA par

Eero Saarinen et Hannskarl

Bandel

81


La structure comme langage architectural

l’architecture est l’Exchange House à

Londres qui a été inauguré en 1990, Il

reflète une conviction profonde chez

SOM :

Presque toutes les villes du monde ont

le potentiel de créer de nouveaux espaces

urbains. Dans ce projet, l’espace

a été optimisé en exploitant les droits

aériens et en intégrant des techniques

d’ingénierie avancées à la conception

architecturale.

Exchange House est considéré

comme un mariage entre un

bâtiment et un pont. Sa forme et sa

structure sont basées sur un pont en

acier apparent avec une portée de

78 mètres. Une plateforme surélevée

permet aux voies ferrées de la gare

de Liverpool Street de fonctionner

sous cet immeuble de bureaux de

10 étages. Le bâtiment est soutenu

par quatre arches structurelles

parallèles, dont deux sont visibles

de l’extérieur et deux de l’intérieur,

ce qui offre des espaces intérieurs

dégagés sans nécessité de colonnes.

Ce projet a représenté l’une des

plus grandes contributions nettes

en nouvelles infrastructures au

cœur d’une des métropoles les plus

denses du monde. Il a également

stimulé le développement de

nouvelles perspectives de rues, de

parcs, de ponts et de places dans

la région. Exchange House est situé

dans le complexe de Broadgate,

un quartier mixte conçu par SOM

en partenariat avec Rosehaugh

Stanhope Developments et British

Rail.

Fig.94:Exchange House à

Londres 1990 (source : archdaily,

16/10/2024)

82


La structure comme langage architectural

Structure en coque

La structure en coque représente

une solution privilégiée pour

couvrir d’immenses surfaces sans

encombrer l’espace intérieur de

poteaux. Grâce à sa surface incurvée

elle se distingue par une remarquable

résistance, même avec une faible

épaisseur par rapport à sa portée,

c’est pour cela qu’elle est classée

dans la catégorie des structures à

résistance de forme. Cette notion

peut être inutilement expliqué par

des simples expérimentations. Par

exemple, une fine feuille posée à

plat entre deux livres, du fait de sa

minceur, demeure très souple et

incapable de supporter son propre

poids, et donc pat résistante à la

flexion. Cependant, en lui donnant

une courbure légère tout en

bloquant ses extrémités pour créer

une sorte de demi-cylindre, elle

conserve sa stabilité et ne s’effondre

pas. Comme nous l’avons vu avec

l’arc, ces structures présentent des

comportements similaires, le cylindre

n’étant qu’un arc extrudé selon un

mouvement de translation.

De même, lorsqu’on maintient

une fine feuille de papier par l’un

de ses bords courts, elle ne peut

pas soutenir son propre poids,

et son autre extrémité s’incline

vers le bas. Mais, en lui conférant

une légère courbure du côté que

nous tenons, cette feuille devient

plus rigide et peut supporter, à la

manière d’une poutre en console,

non seulement son propre poids,

mais aussi celui d’un crayon ou

d’un stylo léger. Nous n’avons pas

renforcé la feuille de papier avec

un matériau supplémentaire ; nous

lui avons simplement donné une

forme incurvée. La nature elle-même

applique ce principe, comme en

témoigne la coquille d’œuf, très fine

pour faciliter l’éclosion de l’animal

à la fin de son développement tout

en étant résistante, cette rigidité

provenant de sa forme ovale.

Une autre méthode couramment

utilisée pour renforcer la rigidité

des feuilles consiste à les plier

plusieurs fois afin d’obtenir une

surface ondulée en forme de demicercle

ou de triangle, dont nous

avons déjà souligné la résistance

inhérente aux déformations. Cette

démarche s’inspire intuitivement

des coquillages qui, grâce à leurs

surfaces ondulées, font face aux

impacts constants des vagues de la

mer, tout en gardant une durabilité

remarquable. Les vestiges fossilisés

de coquillages, remontant à des

époques géologiques anciennes,

montrent des formes ondulées et en

spirale

Cette géométrie a été couramment

employé avec succès dans la

conception de toitures pour des

stades, permettant de soutenir des

porte-à-faux de 9 mètres et plus,

tout en conservant une épaisseur

n’excédant pas quelques centimètres

comme dans l’hippodrome de

Zarzuela dans la banlieues de Madrid.

Il est intéressant de remarquer que

Fig.95:La courbure donnée

à la feuille mince renforce sa

capacité à maintenir son poids

et à supporter d’autres objets

(Source: Comment ça tient)

83


La structure comme langage architectural

il existe deux types de structure

en coque, développable comme

le cylindre et non développable

comme la demi-sphère parce que

nous pouvons pas déplier sur une

surface en 2D au contraire du

cylindre qui nous donnera un simple

rectangle si nous le déplions, en

général les structures en coque avec

une surface non développable ont

une meilleur résistance, ce qui est

logique parce que il faudra beaucoup

plus d’efforts et de poussées pour

écarter leurs extrémités, Cependant

cela ne signifie pas que les

surfaces développables ne sont pas

suffisamment résistants (lorsqu’elles

sont correctement maintenues)

pour servir d’éléments structuraux.

C’est plus simple d’illustrer cela si

nous glissons une feuille de papier

qui agit comme une plaque, sur une

certaine distance entre deux livres.

Dans ce cas, le papier va se courber,

se plier et glisser entre les pages.

Mais, si le papier est courbé dans

l’autre sens et maintenu par les deux

couvertures des livres, il adoptera

la forme d’un arc (fig.95). Une fois

de plus, la courbure appliquée à la

fine feuille de papier lui attribue une

force et rigidité importante.

A cause de cette diversité de

typologies, Il n’est pas toujours

possible de les simplifier en une

forme de feuille. Prenons des

exemples plus élémentaires de

l’utilisation d’une feuille mince,

comme nous l’avons fait avec le

demi-cylindre. Cela s’explique par le

fait que la plupart des structures

en coque sont constituées de

surfaces non développables, ce qui

signifie qu’il ne sera pas possible

de les aplatir en une surface

Fig.96: Zarzuela hippodrome

par Eduardo Torroja (source :

Building structures)

84


La structure comme langage architectural

bidimensionnelle, prenons un demiballon

orienté vers le bas ; il ne sera

pas possible de l’aplatir sans couper

son bord de plusieurs manières le

long des axes convergents vers son

pôle. C’est en effet la raison pour

laquelle elles sont beaucoup plus

rigides en tant que structure que

les formes développables. Cela peut

s’expliquer par le fait que selon

la forme de leurs courbes, elles

ne représentent presque pas de

contraintes de flexion, et c’est parce

que c’est très difficile de les aplatir

que les déformations seront très

limitées. Cela les rend donc parfaites

comme solutions structurelles pour

les toitures de grande envergure.

Il est important de mentionner

que les structures en coque ne

représentent pas toujours des

courbes orientés vers le bas qui

travaillent en compression comme

le cas des dômes sphériques et

cylindriques mais aussi des courbes

qui sont orientés vers le haut qui,

de ce fait, ne fonctionnent pas en

compression, mais ils sont plutôt

soumis à la traction et ont un

comportement structurel similaire

aux câbles,

La classification géométrique

pertinente dans ce cas est celle qui

se base sur le signe de la courbure

totale (voir la page 45), ce qui nous

mènent aux trois typologies :

- Surfaces courbes dont la courbure

est positive /Les dômes : surfaces

courbes dont la courbure est positive

: en passant par les surfaces les plus

simple comme les dômes sphériques,

ou sous forme d’ellipsoïde,

Paraboloïde de révolution,

paraboloïde elliptique ou encore une

des parties d’hyperboloïde à deux

nappe h1,

- Surfaces courbes dont la

courbure est nulle /Les structures

cylindriques surfaces courbes dont

la courbure est nulle et comprend les

surfaces régulées obtenues par une

extrusion d’un courbe suivant l’axe

perpendiculaire comme le cylindre

de révolution, le cylindre elliptique,

parabolique ou encore hyperbolique

- Surfaces courbes dont la courbure

est négative /Structures de selle :

surfaces courbes dont la courbure

est négative, similaire aux formes

de selle de cheval notamment

le paraboloïde hyperbolique,

hyperboloïde, la surface sinusoïdale

de révolution.

Les trois types de surfaces courbes (source: URL : https://interstices.info, 09/11/2024)

85


La structure comme langage architectural

Dômes : surfaces dont la courbure

est positive

Les dômes sont utilisés depuis

longtemps, généralement dotée

d’une forme de demi-sphère, pour

couvrir de vastes espaces accueillant

des foules, que ce soit pour des

raisons religieuses, culturelles ou

politiques. Ils ont toujours incarné

la majesté, la communion et des

sentiments de fraternité. Leur

symbolisme architectural découle

de leur géométrie. Quel que soit le

matériau utilisé, que ce soit le béton,

le bois ou la brique, les dômes restent

une structure fiable qui permet de

couvrir des grandes portées.

Pour comprendre l’émergence du

dôme sur la scène architecturale,

il est important d’examiner son

comportement structural. En faisant

abstraction des variations mineures

de sa forme au fil de son évolution

historique, considérons-le comme

une demi-sphère parfaitement

réalisée, avec une faible épaisseur

par rapport à sa portée. Qu’il soit

soutenu par des piliers ou qu’il repose

directement sur le sol, le dôme doit

supporter son propre poids, ainsi

que les charges externes y compris

les effets du vent. Dans les climats

froids, il doit également supporter le

poids de la neige. Ces charges sont

canalisées du sommet vers le sol le

long de ses courbes verticales, les

méridiens.

Le dôme peut être perçu comme

une série d’arcs identiques s’élevant

autour d’une base circulaire pour

converger vers leur sommet, où

ils partagent une clef de voûte

commune. Les charges s’accumulent

le long des méridiens verticaux, avec

une compression croissante à mesure

qu’ils se rapprochent du support

du dôme. Dans la partie supérieure,

les parallèles s’opposent aux forces

vers l’extérieur, et génèrent des

contraintes de compression qui

réduisent le rayon. Cependant, dans

la partie inférieure, leur résistance

aux forces vers l’extérieur crée

une tension qui entraine une

augmentation du rayon. Il a été

prouvé que le niveau où commence

la transition entre tension et

compression se trouve dans la section

horizontale qui fait un angle d’environ

52° par rapport l’axe vertical du dôme

(en fonction du coefficient de Poisson

du matériau employé). Ce qui fait

que la plupart des dômes modernes

qui sont construits en béton armé

exigent que les parallèles inférieurs

aient une armature plus importante,

assurant la résistance à la traction

et la cohésion du béton. Malgré les

déformations minimes des dômes,

une ceinture solide à la base les

stabilise en évitant des mouvements

parasites. Cette ceinture engendre

Fig.98:Dôme déformé par des

charges verticales. (Source :

comment ça tient)

Fig.97:Méridiens et parallèles

d’un dôme.

86


La structure comme langage architectural

un changement de courbure qui peut

introduire des contraintes de flexion,

mais celles-ci sont atténuées par les

parallèles qui résistent à la tension.

Ainsi, seulement une petite partie

du dôme, près de son support, subit

des efforts de flexion, tandis que

le reste travaille principalement en

compression et en tension.

La morphologie hémisphérique

du dôme a éliminé le besoin de

contreforts ou d’arcs-boutants,

contrairement aux voûtes, grâce à

son homogénéité monolithique et à

ses sections horizontales de la base

qui fonctionnent comme une ceinture

absorbant les poussées et prévenant

le dôme de se fissurer. Cette rigidité

permet la construction de dômes

plus minces sans compromettre la

stabilité.

En architecture, l’utilisation des

dômes est souvent associée à des

bâtiments monumentaux avec

une grande importance religieuse,

historique et culturelle, comme le

Panthéon à Rome, saint Pierre à

Rome. Leurs formes, bien qu’utilisées

pour des raisons symboliques elle est

le résultat d’une logique structurelle

raisonnable, ce qui fait qu’ils sont

à la fois structure et architecture,

mais pas dans tous les cas, par

exemple dans la cathédrale Saint-

Paul en Angleterre, le dôme n’est

qu’un enveloppe non structurelle

qui cache la structure intérieure

ce qui ne la rend pas très efficace

structurellement, La géométrie des

dômes ne se limite pas seulement

Fig.99:Comparaison entre

les trois dômes : cathédral

de Florence, saint Pierre et

Saint-Paul(Source : Building

structures)

87


La structure comme langage architectural

dans les formes sphériques pures

comme le dôme du Panthéon dont la

pureté géométrique a été cherchée

pour des raisons à la fois symboliques

et structurelles, mais il existe d’autres

formes générées par la rotation

des différents type d’arcs et de

courbes par exemple, la Haigia Sofia

en Istanbul, un bâtiment historique

emblématique de l’architecture

Byzantine qui est caractérisée par

une dôme en forme d‘ellipsoïde,

tandis que la cathédrale de Florence,

la plus grande à l’époque, a une forme

qui résulte d’une rotation d’un arc

brisé.

Grâce à l’utilisation du béton armé et de

la structure métallique, les ingénieurs

et les architectes sont devenu de

plus en plus libres dans la conception

des dômes. La taille des dômes

modernes est beaucoup plus grande

et ils ont des formes géométriques

plus avancées, Des ingénieurs et

architectes tels que Nervi, Candela,

Saarinen et Isler, ont largement

explorés le potentiel des structures

incurvées à travers les possibilités

de béton armée pour construire

des structures architecturales qui

combinent efficacité structurelle

et créativité formelle. Il existe de

nombreux exemples qui manifestent

ce jeu de forme dans les structure en

coques et qui incarnent parfaitement

la convergence entre la structure

et l’architecture. Par exemple, le

Petit Palais des Sports, réalisé par

Annibale Vitellozzi et Pier Luigi Nervi

entre 1956-1957 à Rome, combine

les avantage d’une morphologie

Fig.100:Petit palais des sports,

1956-1957 Rome, Italie par

Annibale Vitellozzi et Pier Luigi

Nervi

88


La structure comme langage architectural

sphérique et les nervures dont les

motifs suivent le chemin logique de

la descente de charge, Le dôme, de

60 mètre de diamètre et de 21m de

hauteur, est soutenu sur les bords par

un cercle de 36 supports inclinés en

forme d’« Y ». Ils sont inclinées d’une

façon tangente avec une poussée

axiale pour éviter les contraintes de

flexion.

Le CNIT, (Centre National des

Industries et des Techniques de Paris)

achevé en 1968, représente un autre

exemple du potentiel exceptionnel

des structures en coque, car il est

considéré comme le plus grand

dôme à portée unique jusqu’à ce jour

réalisé en béton armé. Il se compose

de trois arcs-boutants formant

un triangle équilatéral de 219 m de

côté, convergeant à 46 m au-dessus

du sol. Ce double dôme, réalisé par

Bernard Zehrfuss, Jean Prouvé

et Robert Camelot, a une coque

inférieure et une coque supérieure

de seulement 6,35 cm d’épaisseur,

reliées par des diaphragmes

verticaux. La coque supérieure est

ondulée pour renforcer sa rigidité.

Lors de la construction on a utilisé

des coffrages mobiles en acier

pour la coque intérieure et des

coffrages en aggloméré soutenus

par les diaphragmes pour la coque

extérieure. L’ensemble a été réalisé

en trois étapes successives. La voûte

résultante de trois voûtains génère

d’importantes forces dirigées vers

l’extérieur au niveau de ses points

d’appui angulaires. Ces forces sont

compensées par des tirants qui lient

les trois angles. Cette structure

monumentale couvre une superficie

de plus de 2 hectares, et offre une

aire d’exposition de 90 000 m².

Fig.101:CNIT 1958, La Défense,

Paris, France, par les architectes

: Robert Camelot, Jean de

Mailly, Bernard Zehrfuss, Jean

Prouvé et ingénieurs : Nicolas

Esquillan,Pierre Faessel(Source:

Slideshare, https://www.

slideshare.net, 07/11/2024)

89


La structure comme langage architectural

Toiture cylindrique :

courbure est nulle

La voûte cylindrique est générée

par une translation d’un arc. En

coupant verticalement la moitié

supérieure d'un cylindre dans toutes

les directions, nous observons que

toutes les sections ont une courbure

dirigée vers le bas, à l'exception

de la ligne droite qui suit l'axe du

cylindre (ce qui fait que la courbure

de cylindre est nulle) Nous avons

constaté que les cylindres sont

des surfaces développables et

par conséquent, il est nécessaire

d’utiliser des contreforts pour

maintenir leur forme, cependant

ils peuvent être soutenus par des

tympans raidisseurs ou des arcs

rigides en béton armé ce qui élimine

le besoin coûteux de contreforts ou

de tirants.

Le mode de support d'une coque

cylindrique joue un rôle important

dans le transfert des charges. Si

elle est maintenue tout au long de

ses bords longitudinaux, elle agit

comme une série d'arcs adjacents,

développant des poussées vers

l'extérieur qui doivent être

absorbées par des contreforts ou

des tirants, comme pour n'importe

quel arc. Mais, si elle est maintenue

à ses deux extrémités incurvées,

elle se comporte comme une poutre,

développant des contraintes de

compression au-dessus de l'axe

neutre et de traction en dessous.

Cette forme de couverture a été

largement exploité, d’une part, dans

l’architecture romane au moyen-âge

pour couvrir de longs couloirs vu la

simplicité de manœuvre en utilisant

des matériaux disponibles, et d’autre

part dans la voûte d'arête des

cathédrales gothiques qui résulte de

Fig.103:la coupole midiévale

est constituée de deux demicylindres

perpendiculairs avec

un renforcement des arrêts

avec des nervures en pierre

Fig.102:Gare de Saint-Pancras

1868

90


La structure comme langage architectural

l'intersection à angle droit de deux

voûtes en berceau soutenues par

quatre arcs,

Cela constitue une combinaison

courante de surfaces cylindriques

dont les arrêtes sont renforcées

par des nervures ce qui en fait

une structure autoportante. Cette

forme structurelle a pu jusqu’à

aujourd’hui couvrir des portées

impressionnantes grâce à l’utilisation

des matériaux plus performants

comme le béton armé et l’acier. A titre

d’exemple la Gare de Saint-Pancras

qui a été conçu par l’ingénieur William

Henry Barlow et l’architecte George

Gilbert Scott en 1868 à Londres, a été

considérée la plus grande structure

à portée à l’époque, grâce à sa

charpente en métal en forme qui est

constitué d’une série d’arcs brisé en

treillis de 73 mètres de diamètre sur

une longueur de 210 mètres, Elle a

été conçu de sorte à permettre la

création d’un vaste espace sans

colonnes pour les trains sous la

verrière, ce style industriel qui utilise

des structures légères, dégagées

et lumineuses n’était pas quelque

chose de nouveau, puise que lors de

l’histoire des expositions universelles

de nombreuses constructions de ce

style ont été créées pour célébrer

la prouesse technologique du

19eme siècle, comme c’est le cas

pour Crystal Palace qui été conçu

en 1855 pour la première Exposition

Universelle à Londres, par l’architecte

Joseph Paxton, en collaboration

avec l'ingénieur Charles Fox. Comme

son nom l’indique, il se distingue

par la dominance de verre et de

métal, la forme demi cylindrique de

sa toiture renforce d’avantage la

résistance de la structure qui peut

se montrer vulnérable à cause de la

transparence de ses matériaux, Le

Crystal Palace avait un plan inspiré

Fig.104:Palais de l’Industrie,de

l’exposition universelle à Paris

en 1854

91


La structure comme langage architectural

d’une basilique romaine, avec une

longue nef centrale et un transept

en forme de voûte en berceau,

cette lecture architecturale est

facilitée par la structure apparente

qui dévoile les traits architecturaux

du bâtiment, chose qui a été

controversé à l’époque mais il n’a

pas cessé d’inspirer l’architecture,

comme c’est le cas du Palais de

l'Industrie qui a été réalisé en 1854,

pour l'Exposition Universelle de

1855 à Paris par l'architecte Jean-

Marie Victor Viel et les ingénieurs

Alexis Barrault et Georges Bridel, Sa

conception est née d’une rivalité

avec la création londonienne pour

réaliser un monument emblématique

de l’innovation, de la transparence

et de la grandeur possédant trois

nefs métalliques d’une forme semicylindrique

et d’une portée de

48 mètres. Cependant il a attiré

beaucoup des critiques de la part des

visiteurs frappés par sa façade en

pierre massive qui marque l’entrée

et crée un contraste choquant avec

la légèreté de la structure qu’elle la

cache,

Il est impossible de citer toutes les

références pour cette typologie mais

il est intéressant de remarquer le

nombre infini des possibilités qu’elle

offre en fonction des matériaux et

de la forme de la courbe employée,

comme en témoigne les Hangars

d'Orly construits entre 1921-1923

par l’ingénieur Eugène Freyssinet

renommé pour son invention du

béton précontraint. La conception

des hangars possède une valeur

technique et esthétique remarquable

grâce à sa structure qui repose dur

une série de 40 arches paraboliques

en béton avec 86metres de portées

et une épaisseur de seulement de 9

cm à la clé,

Fig.105:Hangars d’Orly 1921-

1923

92


La structure comme langage architectural

Toiture en selle :

La courbure est négative

Les surfaces en forme de selle se

caractérisent par une variation

de l’orientation des courbures par

exemple, la courbure latérale de la

selle de cheval est dirigée vers le bas,

tandis que celle le long de la colonne

vertébrale est orientée vers le

haut,(voir la définition de la courbure

négative) Ces surfaces, bien qu’elles

soient peu utilisées en architecture,

représentent une structure

exceptionnellement efficace vue leur

nature non développable, ce qui les

rend idéales pour la construction de

toitures.

Nous sommes beaucoup plus

familiers avec ce type de surfaces

que le nous pensons, les tours

de refroidissement par exemples

sont constituées d’une forme

hyperboloïde à une nappe qui est

une surface de selle avec une

courbure négative, Pour la visualiser

il est suffisant de relier les points

de deux cercles égaux reliés par des

segments de droite inclinés.

Un autre exemple habituel est la

toiture paraboloïde hyperbolique

qui peut être élaborée de manière

similaire en élevant un coin d’un

rectangle et en connectant les

points correspondants par des fils

tendus, cette surface présente

une courbure ascendante le long

de la ligne qui relie le coin relevé

à son point opposé en diagonale,

ainsi qu’une courbure descendante

dans la direction de la ligne qui relie

les deux autres coins. pour créer

une toiture simple en paraboloïde

hyperbolique. Il suffit d’incliner la

selle et de la soutenir sur deux de ses

angles opposés pour créer une forme

de papillon sur le point de s’envoler,

Fig.106:tours de refroidissement.

Fig.107:Halle de ciment de

l’Exposition nationale suisse de

1939 par Maillart

93


La structure comme langage architectural

le comportement structurel de ces

surfaces est influencé par leurs

courbures, ce qui entraîne un effet

d’arc en compression le long des

parties incurvées vers le bas et un

effet de câble en tension le long

des parties incurvées vers le haut.

Les points de support doivent être

renforcés pour résister à l’effet

d’arc, tandis que l’effet de câble

en traction est compensé par des

barres d’armature en cas de toit en

béton. Malgré son apparence fine, le

paraboloïde hyperbolique est très

efficace car il nécessite seulement

quelques centimètres de béton pour

couvrir de vastes surfaces. Cette

forme structurelle intéresse à la

fois les ingénieurs et les architecte

grâce à sa forme particulière et à ses

propriété structurelle intéressantes

; d’une part elle prévient le

flambement grâce à l’effet de

câble à angle droit et d’autre part,

sous une charge uniforme, elle

développe la même contrainte de

traction et de compression partout,

indépendamment du matériau utilisé.

D’où la prédilection particulière

des architectes et ingénieurs pour

cette forme afin de concevoir

des architectures modernes qui

sortent du lot, l’un des exemples

expressif est la Halle de ciment de

l’Exposition nationale suisse de 1939

qui est le fruit d’une collaboration

entre le fameux ingénieur Robert

Maillart avec Hans Leuzinger avec

une portée de 21m et hauteur de

15m. L’architecte Mexicain Felix

Candela, le précurseur d’une vaste

exploration des structures en coque,

a démontré une co-existence entre

la géométrie structurelle et le geste

architectural à travers des créations

remarquables comme le Restaurant

Los Manantiales en 1958.

L’une des démonstrations populaires

Fig.108:la géometrie de la

toiture du restaurant Los Manantiales

Fig.109:le Restaurant Los

Manantiales 1958. Par Felix

Candela

94


La structure comme langage architectural

de paraboloïdes hyperboliques

rectangulaires est la couverture

en ombrelle. Composée de

quatre éléments rectangulaires

paraboloïdes hyperboliques qui

reposent sur quatre supports elle

manifeste une élégance unique avec

un angle abaissé sur chaque élément.

Ces composants sont assemblés en

joignant les côtés inclinés pour créer

une bordure rectangulaire qui cache

les tirants et donne l’impression

d’un parapluie flottant dans l’air. Les

formes en ombrelle de ce type ont

été utilisé de plusieurs manière en

architecture à savoir la toiture du

terminal de l’aéroport de Newark qui

couvre une surface de 730 m².

Ces toitures portent une valeur

architecturale phénoménale vue

leur fluidité visuelle et l’impression

de flotter, toutefois elles sont

malheureusement peu utilisées

principalement en raison de trois

facteurs. premièrement, il est

faussement perçu que les plans

des surfaces courbes sont plus

difficiles à réaliser que ceux des

surfaces plates. deuxièmement, un

écart existe entre la théorie des

structures courbes récentes et les

réglementations en vigueur, ce qui

entraîne des restrictions inutiles ;

et troisièmement, le rapport travail/

coût du matériau rend souvent ces

toitures courbes non compétitives

par rapport à d’autres types de

construction.

Fig.110: Toiture en ambrella

Fig.111:Toit de la gare d’Ochota

(1960). (Source Wikipedia,

URL: https://fr.wikipedia.org,

15/10/2024)

95


La structure comme langage architectural

Structure tendue

Contrairement aux autres éléments

de structure, les câbles sont

tellement souples qu’ils ne peuvent

résister ni à la compression ni à la

flexion. Leur capacité de résistance se

limite à la traction en restant tendus

entre les charges suspendues. Ils

ont été initialement fabriquées à

partir de fibres végétales nouées

entre elles, ils étaient exploités dans

diverses domaines, notamment le

déplacement de charges lourdes,

la construction des premiers ponts

suspendus ainsi que dans la marine

qui a été le principal utilisateur de

cordages.

À cause de leur flexibilité, leur forme

change en fonction de la distribution

des poids et des charges, à titre

de démonstration, si un poids est

suspendu à une corde maintenue

entre deux mains, la corde adopte

une forme triangulaire avec deux

côtés droits convergents vers le

point de suspension. Si le nous

suspendons deux poids distincts,

la configuration de la corde change,

cette fois avec trois segments

droits. En cas de suspension de

plusieurs poids, les segments droits

forment presque une courbe comme

dans une chaînette en métal, cette

forme est appelé le polygone ou la

courbe funiculaire, qui par ailleurs

comme nous en avons déjà parlé

fonctionne uniquement en tension

à l’inverse d’un arc rigide chargé

qui lui fonctionne uniquement en

compression.

Toutefois la flexibilité des câbles

manifeste un véritable inconvénient

car ils ne résistent pas aux

efforts latéraux comme le vent,

et donc présentent le dangereux

phénomène de résonance, et par

ailleurs ils changent constamment

de forme en fonction des variations

des charges. Pour cette raison,

les câbles nécessitent toujours

des ajustements continus en les

renforçant avec des poutres ou des

barres d'armature, ou encore avec

d’autres câbles qui les tendent dans

le sens opposé afin de maintenir leur

forme,

Une structure tendue peut être

définie comme une structure dans

laquelle un câble ou un système de

câbles est utilisé comme élément

structurel précontraint et porteur

de charge principale. Ce type de

structure est employé pour les

ponts, les toitures et les façades

suspendues, ce qui est courant pour

les constructions de grande portée.

Même si les structures à câbles en

acier ont connu un succès important,

leur développement est limité en

raison de leur poids et du problème

de la corrosion métallique. En

conséquence, les ingénieurs se sont

appliqués à trouver de nouveaux

matériaux à haute performance

pour remplacer les câbles en acier.

Le polymère renforcé de fibres de

carbone (PRFC) est un matériau

composite non métallique avancé

qui offre plusieurs avantages par

rapport à l'acier, notamment une

Fig.112:polygone funiculaire

(source : comment ça tient)

96


La structure comme langage architectural

résistance accrue, un poids plus

léger, une résistance à la corrosion,

un coefficient d'expansion linéaire

inférieur, et la possibilité de moduler

le module d'élasticité.

Les structures en câbles sont

souvent aperçues comme des

éléments qui sont uniquement

dédiés aux ponts et aux grands

ouvrages d’infrastructure, en

revanche, plusieurs architectes

l’ont intégré comme éléments

architecturaux et structuraux, Pier

Luigi nervi, par exemple, a eu l’idée

innovante d’appliquer le principe

du pont suspendu pour couvrir une

usine de papier à Mantoue, en Italie,

avec une portée de 250 mètres de

long sur 30 mètres de large où les

tours inclinées sont soutenues par

de petits arcs-boutants en béton. En

collaboration avec l'ingénieur Covre,

Nervi a réussi à réaliser l'une des

plus grandes toitures au monde, tout

en assurant une économie de coûts

et une esthétique exceptionnelle.

Le même concept de pont suspendu

en porte-à-faux a été appliqué à la

construction des hangars d'avions,

comme l'aéroport j. F. Kennedy à new

York, avec une toiture elliptique et

un porte-à-faux d'environ 45 mètres,

soutenu par des câbles. ,

Le bâtiment de la Fédéral Reserve

Bank à Minneapolis été érigé en

1970 représente un autre exemple

de l’incorporation du câble dans

l’architecture, l’architecte Gunnar

Birkett et l’ingénieur Cass Gilbert ont

suivi la logique des ponts suspendus,

les deux grandes tours ont la même

fonction que les pylônes des ponts,

et transmettent verticalement les

charges sont transmises du haut en

bas par les câbles porteurs.

L'architecte finlandais Eero Saarinen

quant à lui, a exploité les câbles

non seulement pour une raison

Fig.113:usine de papier à

Mantoue, en Italie, 1963, Pier

luigi nervi (source : Comment

ça tient)

Fig.114:Le bâtiment de Minneapolis

Fédéral Reserve Bank

1970 (source: Building structures)

Fig.115:Aéroport international

de Washington inauguré en

1962

97


La structure comme langage architectural

structurelle mais aussi pour

déterminer la forme de la toiture

qu’ils supportent dans la conception

de l’aéroport international de

Washington qui a été inauguré en

1962 en collaborant avec le cabinet

d'ingénierie civile Ammann et

Whitney, Sa conception s’inspire des

mouvements de vol et relève le défi

de créer une entrée articulée pour se

démarquer de la structure moderne

et répétitive, et pour garantir un

accès fluide au bâtiment, que ce

soit en voiture, à pied ou encore

une fois à pied après être entré. Ce

système structurel a été choisi dans

le but de garantir un plan libre de

poteaux et une circulation flexible et

intermodale.

Dans ce cas, une série de câbles

parallèles soutiennent la toiture en

les reliant à une série de pylônes

inclinés en béton armé, ce qui offre

une impression de légèreté et crée

un espace ouvert et dégagé. De

plus, la forme courbée de la toiture

dessine un geste architectural fluide

orienté vers le ciel pour évoquer le

mouvement des avions.

La raison derrière la conception de

la structure suspendue de l'Usine

de Microprocesseurs INMOS, conçu

par l’architecte Richard Rogers en

collaboration avec l’ingénieur Tony

Hunt, est comme toujours d’assurer

des grands espaces opérationnels

ouverts, sans colonnes et flexibles,

ce qui est universellement achevé

par la mise en place d’une colonne

vertébrale de circulation centrale

et un espace de réunion central au

cœur.

Vue la nature accélérée du projet, la

conception devait être ajustable et

adaptable à divers emplacements et

à diverses dimensions. Le bâtiment,

implanté à Newport comprend des

espaces de bureau, des installations

Fig.116:l’Usine de Microprocesseurs

INMOS,par Richard

Roger, 1982, (Source: URL

https://deborah-kempf.tumblr.

com, 15/10/2024)

98


La structure comme langage architectural

annexes et des équipements pour

la fabrication de microprocesseurs,

avec une superficie totale de 8 900

m2.

La structure en acier, d'un seul

niveau, a été pensée comme un

ensemble modulaire qui permet

un maximum de préfabrication en

dehors du site. Elle est composée

de tubes d'acier sous tension, est

soutenue par des tiges de tension

fixées aux tours centrales pour

garantir des espaces intérieurs

sans colonnes avec une flexibilité

optimale. Le bâtiment est organisé

autour d'une colonne vertébrale

centrale de circulation et de services,

avec des extensions spécialisées

sur les côtés. Cette colonne, large

de 7,2 mètres et longue de 106

mètres, et agit comme une rue

intérieure, suffisamment spacieuse

pour accueillir des distributeurs, des

téléphones publics, des espaces de

repos, des points de rencontre, des

zones végétalisées et des espaces

d'attente. Les services, tels que l'eau

chaude et froide, l'eau réfrigérée, l'air

comprimé, circulent en hauteur dans

cette colonne principale ce qui en fait

un bon exemple d’une architecture

high-tech

Le bâtiment peut être étendu le long

de cette colonne en modules de 13 x

36 mètres.

Au niveau de l’architecture, la

structure impose une lecture ancré

qui se distingue d’une centralité,

une symétrie et un contraste

remarquable entre l’élément

structurel principal qui tient debout

au centre et l’horizontalité du reste

du bâtiment intégré dans le paysage,

les câbles diagonale attaché d’une

manière symétrique aux deux côtés

de la toiture, vient pour atténuer ce

contraste et insérer l’équilibre visuel.

Le siège social de Baxter est un autre

exemple de bâtiment qui utilise le

même système de structure, il a été

inauguré en 2010 à Braine-l’Alleud,

Belgique, conçu par le cabinet

d’architectes Group Sigma. Ce centre

de recherche et développement

de 15 800 m² comprend deux

bâtiments interconnectés et inclut

6 250 m² dédiés aux laboratoires, des

espaces de bureaux, un entrepôt

et des chambres climatiques

pour le stockage d’échantillons, la

conception de sa structure est à

l’origine d’une recherche des espaces

adaptés aux besoins modernes des

employés avec une combinaison

de bureaux ouverts et fermés qui

favorise une atmosphère de travail

flexible et ajustable.

Le siège de BMW, qui est considéré

comme un repère urbain iconique

de Munich, a été conçu comme

une réalisation majeure dans

l'histoire de l'architecture par

l'architecte Karl Schwanzer en 1972,

ce projet visionnaire est devenu

une caractéristique indissociable

du paysage urbain de la ville et de

l'identité de l'entreprise.

Comme le décrit Dr. Andreas Braun,

conservateur du Musée BMW, en

se tenant juste devant le siège de

Le siège social de Baxter,

par SOM (Source: Som.

com, URL: https://www.

som.com, 07/11.2024)

99


La structure comme langage architectural

l'entreprise 1 :

« Ce n'est pas une architecture traditionnelle.

C'est de la construction industrielle,

de la construction d’ingénierie.

On n'utilise pas de briques empilées

comme on le faisait il y a des siècles. Le

bâtiment mesure 99,5 mètres de haut.

"Nous avons une curieuse loi à Munich

qui stipule que notre cathédrale principale,

un magnifique édifice gothique,

mesure 90,8 mètres de haut et qu'aucun

autre bâtiment ne peut dépasser

cette hauteur",

Cette valeur exceptionnelle

qu’a gagné ce bâtiment dès sa

construction ne vient pas de nul part

,

Plutôt que de reposer sur des

fondations traditionnelles, le

bâtiment a été conçu pour être

suspendu à partir d'une structure

en acier cruciforme située sur

le toit. Ce type de construction

suspendue n’était pas courant

dans le monde à cette époque , et

aucun n'avait atteint la hauteur

prévue par Schwanzer. Du point

de vue de la construction, cela

1 Site web BMW

impliquait que les étages supérieurs

du bâtiment situés à près de 100

mètres de hauteur étaient achevés

en premier, contrairement à une

construction conventionnelle. Les

quatre éléments cylindriques ont été

initialement construits au niveau du

sol, puis soulevés hydrauliquement

et complétés en plusieurs segments.

Chaque cylindre était suspendu

à l'aide de quatre bras de grues

géantes disposées en croix autour

du noyau central du bâtiment, Les

forces principales de traction et de

compression étaient absorbées par

des poutres en treillis en béton armé

situées sur une mezzanine dans le

tiers supérieur du bâtiment, ainsi

que par des tirants verticaux et des

colonnes de compression le long des

façades extérieures, pour assurer

la stabilité globale de la structure.

Cette méthode de conception et de

construction a conféré à la Tour BMW

une silhouette légère et distinctive,

Le Westcoast Building est un autre

exemple dont la structure se base

Fig.117:Le siège de BMW ,par

l’architecte Karl Schwanzer(-

Source: tumblr URL: https://

www. tumblr.com, 07/11/2024)

100


La structure comme langage architectural

sur le même principe, conçu en 1969

initialement pour les bureaux de

weastcoast, il est composé de 15

étages dont 13 ont été construit

de haut en bas en les attachant

avec des câbles porteurs qui les

soutiennent et les connectent avec

un noyau central.

Cette conception illustre

parfaitement l’utilisation de la

structure suspendue dans les

bâtiments de grande hauteur qui

ont une conception antisismique,

Cela preuve encore une fois que la

structure suspendue possède des

potentiels incontournables dans

l’architecture.

Les structures en câble offrent une

variété de systèmes structurels.

Les câbles peuvent être chargés

pour supporter des charges, comme

nous l'avons vu avec les structures

suspendues qui se sont développées

dans le domaine du bâtiment, en

s'inspirant de la conception de s

ponts pour assurer des plans sans

colonnes et donc une grande liberté

architecturale.

Il existe d'autres façons d'intégrer

les câbles dans les structures

tendues en utilisant un réseau de

câbles qui supporte généralement

des matériaux légers, comme dans

les tentes et les pavillons.

À titre d’exemple, Le Millennium

Dôme qui a été inauguré en 1999

pour célébrer le passage au nouveau

millénaire, par l’architecte Richard

Rogers en collaboration avec

l’ingénieur Buro Happold. C’est la plus

grande structure en forme de dôme

au monde grâce à sa structure en

toile tendue avec un diamètre de 365

mètres et une hauteur de 52 mètres.

Les câbles du toit sont soutenus

par douze mâts en acier de 100

mètres de hauteur, ce qui a été

interprété par la symbolisation de

12 mois de l’année. Les câbles en

acier sur la toiture sont organisés

d’une maniéré radiale autour du

dôme qui est constitué de toile en

PTFE, un matériau translucide qui

permet à la lumière naturelle de

pénétrer à l’intérieur ce qui réduit

la consommation d’énergie. Cette

conception a également permis

une ventilation naturelle, avec

des ouvertures au sommet pour

permettre à l’air chaud de s’échapper,

tout en faisant entrer de l’air frais.

Ce type de structure représente

plusieurs avantages à savoir la

légèreté , la rapidité et la flexibilité

pour s’adapter aux futures

utilisations

Fig.118:Coupe du bâtiment

Weastcoast (Source : Pinterest)

Fig.119:Le dôme Millennium,

2000,par l’architect Richard Roger,

et l’ingénieur Buro Happold

(Source: Wikipedia, https://

fr.wikipedia.org, 16/10/2024)

101


La structure comme langage architectural

Structure combinée :

Tenségrité

La tenségrité, ou intégrité en tension,

est un principe structurel qui repose

sur un système de composants en

compression qui flottent à l'intérieur

d'un réseau en tension continue. Les

éléments comprimés, généralement

des barres ou des entretoises, ne

se touchent pas, tandis que les

éléments précontraints, en tension,

comme des câbles ou des tendons,

délimitent spatialement le système.

Le terme "tenségrité" a été introduit

par R. Buckminster Fuller dans les

années 1960, en combinant les

mots "tension & intégrity", qui

signifie "intégrité en tension".

Le concept de "compression

flottante" a été popularisé par

l'artiste constructiviste Kenneth

Snelson. Plus tard il sera intégré

dans l’architecture, mais aussi

dans d’autres domaines comme la

mécanique et la biologie et dans le

design d’intérieur, nous avons le voir

en détail dans le chapitre «structure

dans la nature,»

La passerelle piétonne et cyclable

Kurilpa Bridge traverse le fleuve

Brisbane à Brisbane, dans le

Queensland, en Australie. Elle est

un exemple vif de l’exploitation du

principe de tensigrité, ce qui lui a

donne une expression abstraite,

une discontinuité visuelle et une

impression flottante, ce pendant

celle-ci peut être perçue comme

une impression d’insécurité par

rapport à sa stabilité ce qui soulève

des controverses par rapport à

l’intégration de ces structures dans

des espaces publics.

Fig.120:La passerelle piétonne

et cyclable Kurilpa Bridge, 2009

(Source: https://structurae.net/

fr, 16/10/2024)

102


La structure comme langage architectural

Chapitre IV.Structure et matériaux

Les formes adoptées par les

éléments structurels sont

profondément influencées par les

caractéristiques des matériaux dont

ils sont constitués.

Les propriétés physiques des

matériaux définissent les types

de forces internes qu'ils peuvent

supporter, ce qui détermine

les éléments avec lesquels ils

sont compatibles. Par exemple,

la maçonnerie non armée ne

convient qu'aux situations avec

des contraintes de compression. Le

béton armé, lui, se comporte bien

sous des charges de compression

ou de flexion, mais moins bien

sous tension axiale. Les méthodes

de fabrication des matériaux et

leur transformation en éléments

structuraux s’impliquent aussi

dans la détermination des

formes appropriées. Ces aspects

de l'influence des propriétés

des matériaux sur la géométrie

structurelle sont étudiés en relation

avec les quatre matériaux les

plus couramment utilisés dans la

construction : la maçonnerie, le bois,

La maçonnerie

La maçonnerie est un matériau

composite dans lequel des pierres,

des briques ou des blocs individuels

sont placés dans du mortier pour

former des colonnes, des murs, des

arches ou des voûtes. La gamme des

différents types de maçonnerie est

très large due à la diversité des types

de constituants. Les briques peuvent

être en argile cuite, en terre cuite,

en béton, ou de matériaux similaires,

et les blocs, qui ne sont que des

briques plus grandes, peuvent être

composés de manière identique. La

pierre, elle aussi, n'est pas un seul

matériau mais une série substances

à savoir les roches sédimentaires

relativement tendres, le calcaire, les

granites très durs et autres roches

ignées. Ces matériaux peuvent

être utilisés en association avec

une variété de mortiers différents

pour former une palette de choix

de maçonnerie qui ont certaines

propriétés en commun et produisent

donc des éléments structuraux de

même famille. D'autres matériaux

l'acier et le béton armé.

103


La structure comme langage architectural

tels que la boue séchée, le pisé ou

même le béton non armé ont des

propriétés analogues et peuvent

être utilisés pour des éléments

similaires. Les propriétés physiques

communes à ces matériaux sont la

résistance à la compression modérée

et une très faible résistance à la

traction ce qui limite l'utilisation de

la maçonnerie aux éléments dans

lesquels la force interne principale

est compressive. Par conséquent,

dans les structures, il est normal

que uniquement les éléments

verticaux soient en maçonnerie. Des

exceptions notables sont les temples

grecs, mais dans ceux-ci, les portées

des éléments horizontaux en pierre

sont maintenues courtes par la

subdivision de l'espace intérieur par

des rangées de piliers ou de murs.

Malgré cela, la plupart des éléments

qui s'étendent horizontalement sont

en fait en bois.

Alors, lorsqu’il y a besoin de couvrir

une grande portée horizontale en

maçonnerie, on opte pour des formes

actives sous compression comme

l’arc et les voûtes. Les éléments

verticaux comme les murs et les

colonnes construits en maçonnerie

sont souvent très épais afin de

renforcer leur moment d’inertie et

éviter les contraintes de flexion, ce

qui se traduit par des volumes de

maçonnerie énormément grands

sauf en cas d’adoption des formes

structurellement améliorées, Les

versions traditionnelles de cette

approche peuvent inclure les murs

de contrefort, présents notamment

dans les cathédrales gothiques

médiévales et dans dans tous ces

exemples, le volume de maçonnerie

est marginal par rapport à

l'épaisseur totale du mur. Les murs à

Fig.121:La muraille Servienne

est une enceinte défensive

élevée à partir du VIe siècle av.

J.-C. autour des sept collines

de Rome et protégeant la ville

antique. (Source: Wikipédia)

104


La structure comme langage architectural

diaphragme des bâtiments modernes

de grande hauteur représentent

une adaptation contemporaine.

Dans ces structures modernes, les

moments de flexion dans les murs

sont principalement causés par la

pression du vent plutôt que par les

poussées latérales des structures

de toit. Le volume de matériau dans

une structure de maçonnerie reste

généralement important, ce qui

donne lieu à des murs et des voûtes

qui se comportent comme des

barrières thermiques, acoustiques et

étanches aux intempéries. Le fait que

ces structures soient composées

de petites unités de base rend leur

construction relativement simple,

Le seul inconvénient significatif

de la maçonnerie en termes de

construction est que les structures à

portée horizontale telles que les arcs

et les voûtes nécessitent un soutien

temporaire jusqu'à ce qu'elles soient

achevées.

Ce type de matériaux constitue

jusqu’à aujourd’hui un choix

favorable dans la construction vu

sa durabilité, la possibilité de le

laisser exposé à la fois à l'intérieur

et à l'extérieur des bâtiments, et sa

disponibilité localement sous une

forme ou une autre, ce qui élimine

le besoin d'être transportés sur

de longues distances. Autrement

dit, la maçonnerie est un matériau

respectueux de l'environnement

dont l'utilisation devrait augmenter à

l'avenir.

Fig.122:Voûte en maçonnerie

conçue par un groupe d’architecte

et ingénieur à Venice

Biennale (photos : Nigel Young

and the Norman Foster Foundation)

105


La structure comme langage architectural

Le bois

Le bois a toujours été un matériau

de construction préféré depuis les

temps les plus anciens grâce à ses

propriétés uniques qui offrent à

la fois une résistance à la traction

et à la compression, ce qui le rend

adapté à divers types de charges,

y compris la compression axiale,

la tension axiale et les charges

de flexion. Son utilisation la plus

courante dans l'architecture se

retrouve dans la construction de

la charpente structurelle, ainsi

que les planchers et les toits des

structures en maçonnerie porteuse.

On retrouve une grande variété

d'éléments construits en bois, allant

des poutres et solives traditionnelles

aux cadres squelettiques, fermes,

et même des structures plus

complexes comme les arcs et les

coquilles. L'origine organique du bois

affecte ses propriétés physiques.

Les parties de l'arbre utilisées pour

le bois de construction, telles que le

bois de cœur et l'aubier, possèdent

des propriétés structurelles

solides héritées de leur fonction

dans l'arbre vivant. Sa composition

fibreuse composée de longues

cellules alignées parallèlement au

tronc de l'arbre lui attribue une

grande résistance, tandis que sa

faible densité est due à la légèreté

de ses éléments constitutifs.

Cela représente un avantage, car

elle permet de créer des sections

transversales d'éléments optimisées

pour la résistance structurelle.

En revanche, le bois manifeste

également des limites, entre outre, en

termes de résistance au cisaillement

et de capacité à maintenir des

assemblages mécaniques. Ces

défis ont été en partie résolus par

l'utilisation de colles structurelles,

même si la préparation minutieuse

des surfaces et des conditions de

collage contrôlées et strictes pour

assurer une liaison solide. De plus, le

bois est sensible à l’humidité, ce qui

peut engendrer des changements

dimensionnels ce qui peut créer un

décalage par rapport aux serrures

et aux joints au fil du temps.

Malgré ces défis, le bois reste un

matériau de construction durable,

polyvalent, écologique et a une

valeur esthétique charmante. Ce

qui encourage de plus en plus son

intégration dans l’architecture

malgré la présence d’autre matériaux

dont les propriétés structurelles

sont plus favorisées comme l’acier,

Fig.123:Le siège social de

Liander Westpoort a été conçu

par De Zwarte Hond. (La photo

est de Jaques Tillmans.source

Dezeen)

106


La structure comme langage architectural

Acier

L’utilisation de l’acier comme

matériau structurel principal

remonte à la fin du XIXe siècle,

lorsque des méthodes bon marché

de fabrication à grande échelle ont

été développées. C’est un matériau

qui possède de bonnes propriétés

structurelles. Il a une résistance

considérable et similaire en tension

et en compression, par conséquent

il convient à tous les types des

éléments structuraux. Il résistera à

la tension axiale, à la compression

axiale et aux charges de type flexion

avec presque la même facilité. Sa

densité est élevée, mais le rapport

résistance/poids est également

élevé ce qui fait l que l’emploi de

composants en acier ne soit pas

excessivement pénalisant par

rapport à leur capacité de charge,

tant que des formes structurelles

sont utilisées intelligemment pour

assurer une utilisation efficace du

matériau.

Par conséquent, là où des charges de

flexion sont appliqués, il est essentiel

d’adopter des sections transversales

« améliorées » et des profils

longitudinaux. La grande résistance

et la densité élevée de l’acier

favorisent son exploitation dans les

structures de type ossature dans

lesquelles le volume de la structure

est faible par rapport au volume total

du bâtiment soutenu, cependant

une série limitée de formats de type

dalle est également utilisée comme

par exemple le tablier de plancher

dans lequel un tablier en acier profilé

est utilisé en conjonction avec du

béton, ou exceptionnellement du

bois, pour former une structure

mixte. Ces éléments ont des

sections transversales ondulées «

améliorées » pour garantir un bon

niveau d’efficacité (augmentation de

l’inertie). Les formes des éléments

en acier sont fortement influencées

par le processus utilisé pour les

former. La plupart sont façonnés

Fig.124:Médiathèque conçue

par l’architecte Toyo Ito en

1997 ,structure métallique,

(source :pensée constructive

d’un architecte)

107


La structure comme langage architectural

soit par laminage à chaud, soit par

fabrication à froid. Le laminage

à chaud est un processus de

fabrication primaire dans lequel des

billettes d’acier rouge vif massives

sont laminées entre plusieurs

ensembles de rouleaux profilés.

La gamme de formes de section

transversale produites est très large

et chacune nécessite son propre

ensemble de rouleaux de finition.

Les éléments destinés à un usage

structurel ont des formes dans

lesquelles le moment d’inertie est

élevé par rapport à la surface totale.

Les formes de section transversale I

et H sont courantes pour les grands

éléments qui forment les poutres

et les colonnes des ossatures

structurales. Les formes en un canal

et les cornières conviennent aux

éléments plus petits tels que les

supports de bardage secondaires

et les sous-éléments dans les

ossatures triangulées. Les détails

des dimensions et des propriétés

géométriques de toutes les

sections standard sont répertoriés

dans des tables de propriétés de

section produites par les fabricants

de structures en acier. L’autre

méthode par laquelle de grandes

quantités d’éléments en acier sont

fabriquées est le formage à froid.

Dans ce processus, des feuilles

minces et plates d’acier, qui ont

été produites par le processus de

laminage à chaud, sont pliées ou

cintrées à froid pour former des

sections transversales structurales.

Les éléments qui en résultent ont

des caractéristiques similaires aux

sections laminées à chaud, en ce

sens qu’ils sont parallèles avec des

sections transversales constantes,

mais l’épaisseur du métal est

beaucoup moins importante, de sorte

qu’ils sont à la fois beaucoup plus

légers et, bien sûr, ont une capacité

de charge inférieure. Le processus

permet cependant d’obtenir des

formes de section transversale plus

compliquées.

Fig.125:Maquette digitale de

la structure métallique de la

médiathèque

108


La structure comme langage architectural

Béton

Le béton est composé d'un mélange

de fragments de pierre (agrégats)

de sable et de ciment, il peut être

considéré comme une forme de

maçonnerie artificielle à cause de ses

propriétés comparable à celles de la

pierre et de la brique (densité élevée,

résistance à la compression modérée,

faible résistance à la traction). Sa

formation consiste à mélanger du

ciment sec, du sable et des agrégats

dans des proportions bien définies,

puis à ajouter de l'eau, ce qui lance

son durcissement pour former une

substance aux qualités identique

à celles de la pierre. Le béton

non armé partage des propriétés

communes avec la maçonnerie, ce

qui limite son utilisation aux mêmes

contraintes que celles mentionnées

précédemment. Les première

structures en béton remontent à

l'antiquité romaine où on utilise un

type de roche volcanique, ce qui lui

donnait des propriétés structurelles

robustes même sans armatures.

L'avantage fondamental du béton

par rapport à la pierre est sa capacité

à être coulé dans un état liquide, ce

qui offre trois avantages importants.

D’abord, cela permet l'intégration

facile d'autres matériaux pour

améliorer ses propriétés, notamment

l'acier sous forme de barres de

renforcement fines pour donner

au béton armé une résistance à la

traction et à la flexion, en suite, sa

malléabilité permet une multitude de

formes, et finalement, le processus

de coulée facilite la mise en œuvre

des connexions efficaces entre

les éléments ce qui renforce la

continuité structurelle. Le béton

armé, grâce à sa résistance à la

traction, convient à tous les types

d'éléments structurels, y compris

ceux soumis à des charges de flexion.

Même si le béton peut prendre des

formes complexes, elles sont peu

utilisées et la plupart des structures

en béton armé adoptent des

configurations poteaux-poutres avec

des éléments de section transversale

rectangulaire ou circulaire, soutenant

des dalles planes. Nous avons vu que

ces structures sont relativement

inefficaces pour de longues portées

mais cela reste la disposition la plus

utilisées à cause des contraintes de

coût .

Fig.126:Structure en béton

d’une forme spirale (source :

designboom)

109


La structure comme langage architectural

Chapitre V. La structure dans

nature : harmonie entre forces et

formes

La nature ne cesse de nous fasciner

par sa beauté, ses sons mélodiques

et ses odeurs enivrantes. Cependant,

ce qui suscite un intérêt plus profond

est la fonctionnalité cachée derrière

chaque belle forme. Chaque nuance

semble minutieusement agencée

pour accomplir un objectif pour

démontrer une alliance harmonieuse

entre la beauté et la fonctionnalité,

comme l’a expliqué le philosophe

grec il y a des siècles :

« La nature ne fait rien en vain ».

Par exemple, en contemplant un

champ de fleurs dans le vent, nous

sommes souvent captivés par les

couleurs variées, les belles formes

et les parfums distincts. Cependant,

en examinant plus profondément,

il devient intéressant d’observer

comment ces fleurs et herbes

oscillent dans le vent sans se

briser, en reprenant leur forme

initiale dès que le vent s’arrête

grâce à leur flexibilité, ce qui est à

l’origine de leur forme. Lorsque nous

comprenons comment la nature

développe une forme spécifique

pour s’adapter à un environnement

particulier nous pouvons percevoir

clairement comment la forme et la

fonctionnalité sont naturellement

liée.

«Va prendre tes leçons dans la nature,

c’est là qu’est notre futur» -Léonard de

la

Vinci-

C’est comme ça que la nature nous

enseigne des leçons inestimables,

en explorant les lois qui régissent

les formes et les sensations, ce qui

nous permet d’approcher la beauté

fonctionnelle de la nature. Les

principes fondamentaux qui guident

le développement des formes

naturelles ont depuis longtemps

poussé les architectes à appréhender

les lois de la proportion, de la

courbure,de la forme et du volume.

Simultanément, les ingénieurs ont

étudié la mécanique des matériaux,

la stabilité et le mouvement en

intégrant les principes de l’efficacité

qui expriment la logique derrière les

créations naturelles. Cependant,

cette approche a été théorisée

que depuis les années 1980, sous le

courant intitulé le biomimétisme 1 .

Dans ce chapitre, nous essayons

de tirer des leçons de ce courant et

à examiner comment l’inspiration

des mécanismes structurels de

la nature se manifeste dans des

formes esthétiquement attrayantes

en distribuant la matière de manière

optimale et en exploitant des

systèmes plus efficaces. Cela enrichit

non seulement l’architecture et la

structure, mais plus précisément

l’architecture à travers la structure.

1 Biomimétisme, ce terme est inventé par

le biophysicien Otto Herbert Schmitt, est composé

de « bio » du grec « bios » qui signifie « vie » et

de « mimétique » du grec « mimêsis » qui signifie

« imitation »

110


La structure comme langage architectural

L’arbre : structures dendriformes

Nous pouvons tirer des leçons de

structure rien qu’en contemplant

la structure de l’arbre qui est par

ailleurs considéré comme une forme

élégante visuellement en raison

de sa forme organique, les arbres

sont généralement capables de

résister à des vents forts grâce à

leur flexibilité, bien que certaines

espèces soient plus résilientes

que d’autres. L’énergie du vent

est absorbée progressivement, en

commençant par l’oscillation rapide

des petites branches, suivie du

mouvement plus lent des branches,

et enfin à travers les membres et le

tronc qui se balance doucement. La

stabilité de la structure de l’arbre

est également dûe à la distribution

du poids qui est conçue de manière

à équilibrer la charge sur l’ensemble

de l’organisme. Les branches plus

légères et flexibles situées en haut

de l’arbre compensent le poids du

tronc et des branches plus épaisses

en bas, ce qui contribue à une

répartition hiérarchisée et équilibrée

du poids. Cela signifie que les arbres

fonctionnent comme d’immenses

porte-à-faux verticaux, soutenus

principalement par leurs racines.

Les branches individuelles, agissant

comme des porte-à-faux plus petits

qui sont supportés uniquement à

leur point de jonction au tronc ou

Fig.127:La voûte en éventail

dans la chapelle du King’s

College, cambridge (source

:Tree-inspired dendriforms and

fractal-like branching structures

in architecture)

111


La structure comme langage architectural

à des branches plus importantes.

Cette organisation, où le matériau

est concentré au niveau du support

et diminue vers l’extrémité, illustre

de manière logique la façon dont les

arbres optimisent leurs structures

pour répondre aux contraintes de

manière efficace,

La structure en arbre ou bien la

structure dendriforme, a captivé

l’attention des architectes depuis des

siècles en raison de sa combinaison

unique de beauté formelle et

d’efficacité structurelle. L’arbre,

en tant que symbole de force et de

croissance, a été intégré de diverses

manières dans l’architecture entant

que décoration qui imite les formes

organiques des branches et des

troncs. Comme les formes végétales

et florales que nous trouvons

dans les détails de l’architecture

romaine et classique, cependant,

la fascination des architectes pour

la forme des arbres ne s’est pas

limitée à des fins décoratives. Depuis

très longtemps, les architectes et

les constructeurs ont essayé de

reproduire leurs caractéristiques

structurelles et mécaniques,

en appliquant fréquemment et

en développant des concepts

mathématiques spécifiques. Par

exemple les dendriformes ont été

construits au cours de la période

gothique dans le cadre de la

construction de maçonnerie d’arcs

et de voûtes comme dans la voûte

en éventail dans la chapelle du

Kings College, Cambridge. (Fig.127),

pendant la période moderne du

début et du milieu du XXe siècle, les

architectes ont s’inspiré la forme

de la configuration complexe de

l’arbre sous forme de géométries

euclidiennes et hyperboliques

simples, et ont construit des

structures dendriformes telles

qu’un champignon ou une forme en

parapluie en utilisant le potentiel

de béton armé nouvellement

développée et la technique de porte-

Fig.128:Optimisation de

nombre des colonnes grace à

l’utilisation des structures en

arbre

Fig.129:L’aéroport Stuttgart

(1939) par von Gerkan Et Marg

Engineer Weidleplan Consulting

112


La structure comme langage architectural

à-faux. (Voir le chapitre typologies ,le

poteau en parapluie de Nervi)

De nos jours, l’imitation des

apparences complexes et des

formes organiques est devenue

possible, en utilisant des processus

de calcul numérique avancés et des

algorithmes mathématiques pour

calculer les charges d’une manière

précise en peu de temps

La logique structurelle des

structures en arbre réside dans

l’utilisation des colonnes plus

architecturées, qui commencent par

un pilier et se multiplient comme les

branches des arbres ce qui permet

de limiter le nombre des colonnes

parce qu’elles sont compensées

par les multiples appuis en contact

avec la dalle ou les poutres, et

par conséquent permettent une

épaisseur plus grande et plus

résistante à la flexion.

Cette logique a été une source

d’inspiration pour des nombreuses

architectures contemporaines

comme l’aéroport Stuttgart (1936)

par Von Gerkan Et Marg Engineer

Weidleplan Consulting, dans lequel

les structures d’arbres artificiels

sont intégrées pour répondre au

besoin de supports structurels

espacés pour créer une impression

d’ouverture et permettre une

utilisation libre et flexible de

l’espace aménagé. Ces structures

sont particulièrement adaptées aux

vastes zones ouvertes, présentant

une hauteur suffisante de plancher

à plafond pour permettre une

disposition dégagée des branches.

Des exemples concrets de designs

réussis incluent les halls de départ

des aéroports, les salles de réunion

ou les centres d’échanges de

transports. Par exemple, l’utilisation

de telles formes par Norman Foster

et les ingénieurs conseil d’ove

Arup pour le terminal passager de

l’aéroport de Stansted, à Londres,

au début des années 1990, leur a

permis d’optimiser la disposition des

colonnes principales à intervalles de

36 mètres au niveau du sol, tandis

que les supports «branches» étaient

espacés de seulement 12 mètres au

niveau du toit. Fig.130:Le terminal passager

de l'aéroport de stansted, à

londres, au début des années

1990, par Norman Foster et

les ingénieurs conseil d'Ove

Arup (Source: https://www.

fosterandpartners.com,

16/10/2024)

113


La structure comme langage architectural

Toile d’araignée

La structure de la toile d’araignée

est une excellente source

d’inspiration pour les ingénieurs

et les concepteurs surtout avec

l’avènement des nouveaux matériaux

comme l’acier et les matériaux

textiles. D’une part, la composition

microscopique de la soie, produite par

des glandes spécialisées à travers

une matière protéique, possède des

propriétés exceptionnelles telles

qu’une résistance importante en

tension comparée à celle de l’acier,

une élasticité des déformations,

et la capacité d’absorber l’énergie

cinétique des proies volantes grâce

à une oscillation locale lors de

l’impact, d’autre part la méthode

de construction suit une logique

géométrique qui améliore l’efficacité

de sa structure.

Le processus de construction débute

lorsque l’araignée libère un fin fil

dans le vent pour le transporter

vers un emplacement approprié.

Une fois un point d’ancrage trouvé,

l’araignée commence la construction

de la toile en établissant des lignes

radiales qui partent du centre et

fournissent un support structurel

de base pour les étapes suivantes.

L’araignée tisse ensuite des lignes

en spirale, collantes vers le centre

de la toile. Ce motif en spirale est

soigneusement conçu pour optimiser

l’efficacité de la capture des proies,

avec des variations d’espacement et

de densité en fonction de l’espèce

d’araignée et de sa stratégie de

chasse.

La science derrière la soie d’araignée

révèle un matériau aux propriétés

uniques, ce qui met en valeur sa

résistance et élasticité.

Ce qui nous intéresse le plus dans

le domaine des structures, c’est

la logique de la toile d’araignée,

car elle représente le principe des

structures tendues à base de câbles

en acier qui comme déjà mentionné

possède des propriétés similaires

Fig.131:Stade Munich Olympic

(1968-1972) par Frei Otto et

Gunther Behnisch

114


La structure comme langage architectural

à celles de la soie. La logique de la

géométrie de son réseau offre une

légèreté visuelle et des possibilités

de couvrir des espaces à grande

portée avec une structure optimale

qui économise l’utilisation des

matériaux. Comme c’est le cas dans

la fabrication des plus anciennes

tentes préhistoriques qui sont

conçus d’une manière intuitive en

tirant des cordes radialement le

long d’un plan circulaire comme une

base structurelle pour supporter un

réseau de cordes horizontales,

Cela a inspiré des ingénieurs tels

que Frei Otto qui est un ingénieur

et architecte reconnu pour ses

conceptions écologiques et ses

structures organiques inspirées de

la nature, comme dans la conception

de la toiture du stade Olympique

Munich (1968-1972) en collaboration

avec l’architecte Gunther Behnisch.

Avec une structure tendue qui

couvre un espace de 105mx68m

et une capacité de 69,250 places,

le stade à coté de ses annexes

donne une impression organique

qui est accentuée d’avantage par

son implantation dans un complexe

de parc et de végétation, Un autre

exemple notable conçu par le

même ingénieur en collaboration

avec Carlfried Mutschler est the

Multihall (Fig.133) qui est réalisé à

l’occasion de l’exposition nationale

de jardin de Mannheim, il s’agit d’une

construction éphémère composée

d’une structure de treillis en bois

recouvert de tissu translucide, la

structure entière mesure 160 mètres

x 115 mètres, avec une hauteur de

20 mètres au-dessus du sol et une

portée allant jusqu’à 60 mètres.

Fig.132:Tente préhistorique

Fig.133:Multihall conçu par

Frei Otto et Carlfried Mutschler

à l’occasion de l’exposition nationale

de jardin de Mannheim

1975

115


La structure comme langage architectural

Coquille d’œuf

La coquille d’œuf constitue un

exemple légitime de l’incarnation de

la notion de la résistance de forme

dans la nature. Elle est conçue pour

avoir des parois fines à l’intérieur pour

permettre aux poussins de la briser

après la fin de leur développement,

mais cela n’élimine pas le besoin de

les protéger contre l’environnement

extérieur durant leur formation.

D’où l’origine de sa forme incurvée.

La coquille, qui est forte en

compression mais faible en tension,

résiste aux charges grâce à sa forme

en dôme. Lors de la formation de la

coquille, sa structure est formulée

d’une manière à optimiser sa

matière, sa résistance est basée

sur la précision géométrique du

dôme. Généralement Il est possible

de la briser qu’avec des forces

ponctuelles, ce que font les poussins

pour pouvoir sortir de l’oeuf. De

nombreuses expérimentations et

démonstrations ont été faites pour

prouver sa résistance, comme en

témoigne le fait qu’une personne de

200 livres a pu être soutenue sur un

œuf intact au centre des sciences de

l’Ontario. Les concepteurs depuis des

siècles ont suivi cette logique pour

des structures plus performantes,

comme les voûtes et les arcs

gothique en pierre qui ont une

épaisseur fine mais qui ont pu durer

grâce à leur géométrie incurvée

Fig.134:Fenêtre gothique

(source : églises d’Oise)

116


La structure comme langage architectural

L’anatomie de l’Homme

Le squelette du corps humain

est composé de 206 os, c’est elle

qui forme la structure porteuse

qui supporte le poids du corps.

La disposition des os dans le

corps est un résultat d’une

répartition équilibrée des charges.

Car le squelette humain arrange

stratégiquement les os plus larges

et plus denses dans les régions

soumises à des contraintes plus

importantes. Comme d’habitude, la

nature cherche la manière la plus

efficace de distribuer la matière, ce

qui est à l’origine de ces systèmes

impressionnants y compris le corps

humain. Sa distribution optimale

des ressources aboutit à une

légèreté totale tout en assurant

une résistance maximale face

aux contraintes relatives à son

poids propre et à l’environnement

extérieur.

En outre, la morphologie humaine

représente une combinaison idéale

entre rigidité et souplesse. Le corps

n’est pas formé que d’élément

rigides, car ceux-ci fonctionnent

parallèlement avec des éléments

flexibles comme les muscles et les

tendons, cela crée un système en

alternance entre la compression

et la traction en fonction des

mouvements et des positions du

corps. Ce principe a été popularisé

entre 1940 et 1950 par l’architecte et

inventeur américain r. Buckminster

Fuller sous le nom de «tenségrité»,

une combinaison entre «tension» et

«intégrité». Il le décrit en disant :

«Îlots de compression au sein d’un

océan de tension»

Les structures de tenségrité, comme

nous avons mentionné (voir le

chapitre typologies du vocabulaire

structurel), consistent en des

Fig.135:Structure en tenségrité

dans l’exhibition de Kenneth

Snelson (source : site du musée

Kröller-Müller)

117


La structure comme langage architectural

éléments de compression (barres)

maintenus en place par des éléments

de tension (câbles). De même,

l’anatomie est constituée d’os qui

travaillent en compression et de

muscles qui résistent à la traction.

Dans l’architecture, ce système

apporte des potentiels structurels

et esthétiques intéressants

pour son expression flottante, sa

discontinuité et sa légèreté visuelle.

D’ailleurs, la première tensegrité a

été l’œuvre d’un artiste et constitue

depuis une matière riche dans l’art

contemporain et le design.

Avec nos corps, nous pouvons

effectuer un grand nombre de

mouvements et adopter diverses

positions qui finissent tous par

trouver leurs équilibre malgré leur

diversité et leur aspect dynamique ;

ce qui a toujours fasciné les experts

dans le domaine de la structure.

Par exemple, l’acte de marcher est

une opération qui n’est pas aussi

simple qu’il y paraît. Si vous essayez

de marcher très lentement, vous

constaterez que vous commencez

à perdre l’équilibre. Inclinez-vous

lentement en avant à partir des

hanches, à un certain point, votre

centre de gravité se déplace «à

l’extérieur de vous», et l’une de

vos jambes se déplace vers l’avant

pour former un triangle qui vous

empêche de basculer, ce qui assure

votre stabilité. Cet écartement est

décrit par le principe de l’élancement

des structures qui renvoie à la

proportion entre la hauteur et

la largeur d’une structure. En

ingénierie, un élément est considéré

comme élancé si sa hauteur est

considérablement plus grande que

sa largeur, ce qui peut évoquer sans

basculement. C’est là l’origine de la

forme globale de la fameuse tour

Eiffel conçu par l’ingénieur Gustave

Fig.136:Dessin de tour Eiffel

démonstratrice son inspiration

de la position d’écartement des

pieds

Fig.137:Pont de l’Alamillo à séville

par Calatrava, représente

une compensation des forces

pas seulement par les câble

ancré dans le pylône mais aussi

par le contre poids du pylône

118


La structure comme langage architectural

Eiffel entre 1887 et 1889 avec une

hauteur de 330 m, son équilibre et sa

résistance contre les forces latérales

de vent qui augmentent plus on

s’élève en hauteur vient de son

écartement des pieds qui forme une

silhouette triangulaire et permet son

élancement .

Revenons à l’exemple de la marche,

si vous continuez à vous pencher,

vous atteindrez le point où la seule

façon de maintenir votre équilibre

est d’étendre votre autre jambe,

comme dans la pose de ballet. En

architecture, nous l’appelons un

porte-à-faux qui signifie un élément

qui s’étend latéralement depuis la

verticale. Il dépend d’un contrepoids

pour sa stabilité et de la triangulation

pour résister aux moments de flexion

et aux forces de cisaillement des

bras du levier.

Le pont de l’Alamillo à Séville,

représente un exemple intéressant

de la pose de ballet vue la

compensation des forces pas

seulement par les câble ancrés dans

le pylône mais aussi par le contre

poids du pylône, il a été conçu par

l’architecte et ingénieur espagnol

Santiago Calatrava qui est réputé par

son inspiration anatomique. Il a conçu

des structures semblables à des os

comme dans le pavillon du Koweït à

Séville, en Espagne, le pont Lusitanie

à Mérida, et ainsi de suite.

Il est fascinant de constater

comment le corps humain peut

aussi imiter des structures

complexes, largement utilisées dans

la construction de grands édifices

et d’œuvres d’art. Par exemple, la

structure réciproque, qui repose sur

le principe d’un cercle de personnes

assises les unes sur les autres.

Chacun est soutenu par les genoux

de la personne qui est derrière lui

précédente tout en fournissant un

support à la personne devant lui,

ce qui élimine le besoin de chaises

Fig.138:Cercle de gens représente

une structure réciproque

119


La structure comme langage architectural

ou d’assises. Cette disposition

constitue une forme de structure

autoportante qui est largement

utilisée dans les charpentes en bois,

où chaque barre soutient la suivante

tout en étant soutenue par la

précédente.

L’origine de cette configuration

remonte à l’architecte médiéval

français Villard de Honnecourt (1200-

1250), qui l’a initialement développée

pour la construction de solivages en

bois en assemblant mutuellement

des barres plus petites pour former

un carré ou un cercle. Plus tard

l’artiste et l’architecte Leonardo

de Vinci a enrichi ce concept en

imaginant et en esquissant diverses

motifs (Fig.140). L’avantage inhérent

à ces structures réside dans leur

capacité à former des structures

très résistantes avec des portées

importantes, en utilisant des pièces

de faible longueur et en créant

des jeux de formes géométriques

agréables.

Il est également intéressant de

souligner que ces structures ont

retrouvé un intérêt particulier

aujourd’hui, grâce à l’architecture

paramétrique qui permet d’explorer

une diversité de motifs pour créer

des structures demi-sphérique

plus sophistiquées et résilientes, ce

qui ouvre la voie à des applications

architecturales novatrices.

Les concepteurs du pont ferroviaire

de Forth ont illustré le principe

du porte-à-faux en utilisant

leurs propres corps. Dans cette

représentation(FIg.139), les individus

au niveau du sol agissent comme des

colonnes, subissant une compression,

tandis que leurs bras sont soumis

à une tension. Les éléments en

bois, représentés par les bâtons,

fonctionnent en compression, pour

transférer la charge vers les chaises.

Cette démonstration physique

offre une visualisation concrète

du fonctionnement du principe du

porte-à-faux dans la conception du

pont.

Fig.140:Dessin de structure

réciproque basé sur un motif

hexagonal par Leonardo De

Vinci (Codex Atlantico)

Fig.139:Démonstration du fonctionnement

de la structure du

pont The Forth (source : Structural

engineering for architects:

a handbook par Pete Silver, Will

McLean ,Peter Evans)

120


La structure comme langage architectural

Chapitre VI.La forme suit la fonction

: Optimisation structurelle

comme génératrice de forme

Statique graphique : le

langage formel des forces

La statique graphique est une

approche puissante qui permet de

lier la géométrie d'une structure

aux forces qui agissent sur elle. Les

maîtres d'œuvre ont utilisé cette

méthodologie de conception simple

mais puissante pour découvrir la

forme structurelle depuis plus d'un

siècle.

C’est une méthode géométrique

de calcul destinée à appréhender

visuellement et à résoudre

concrètement des problèmes de la

mécanique des solides, basée sur le

dessin technique, la géométrie et la

mécanique statique.

C’est «L'art du calcul par trait.» (Smith

1889)

Elle remonte à l'introduction de la

règle du parallélogramme par Simon

Stevin en 1568 et à la première

utilisation d'un polygone funiculaire

de forces par Varignon au XVIIIe

siècle. Elle débute avec l’ouvrage

de Karl Cullmann, "Die graphische

Statik," publié entre 1864 et 1866 à

Zurich.

Toutefois, d'autres protagonistes

sont étroitement liés à son évolution,

tels que Poncelet, Cousinery en

France, Rankine, Maxwell et Bow

en Angleterre, Ritter en Suisse et

Cremona en Italie.

De grands ingénieurs tels qu’Eiffel

et Maillart ont utilisé la statique

graphique pour concevoir leurs

chefs-d'œuvre, tels que la tour Eiffel

à Paris, ou le pont de Salginatobel à

Schiers, en Suisse. L'un des points

forts fondamentaux de la statique

graphique est la représentation

explicite de la relation entre la forme

d'une structure et l'équilibre des

forces internes et externes avec

des diagrammes géométriquement

liés "forme et force". Les amplitudes

des forces dans le système

structural sont représentées par

les longueurs des segments dans le

diagramme des forces où des lignes

plus longues signifient des forces

plus importantes. Cela permet au

concepteur, en plus d'éviter des

erreurs majeures, de comprendre

et de visualiser la relation entre les

changements dans la géométrie,

les modifications correspondantes

dans la distribution et l'amplitude

des forces, ainsi que la relation

entre l'équilibre nodal et global

d'un système structural, ce qui

n’est pas nécessairement aussi

facile à comprendre aux travers

des équations mathématiques

d'équilibre horizontal, vertical et de

moment. Cette approche intuitive et

121


La structure comme langage architectural

ce contrôle sur la relation réciproque

entre la forme et les forces rendent la

statique graphique particulièrement

utile, non seulement pour la

conception et l'analyse de câbles,

d'arches et de structures en treillis,

mais également pour les poutres et

les cadres.

Léonard de Vinci : décomposition

des forces

Bien que Léonard de Vinci n'ait pas

abouti au véritable parallélépipède

de forces, il fut l'un des premiers à

analyser graphiquement les forces

en procédant à la décomposition

des forces à travers des exemples

pratiques tels que la conception de

l'arbalète et du système de poulies,

ainsi que dans des études théoriques

portant sur la charge remorquée et

la déformation d'une canne flexible.

Son approche repose sur un équilibre

momentané qui utilise des cordes

pour représenter les porteurs de

forces inconnues agissant sur des

bras différents émergeant d'un

point commun, le centre de rotation.

Les connaissances de Léonard de

Vinci dans ce domaine n'ont pas

immédiatement retenu l'attention

et sont restées plus ou moins

inaperçues jusqu'en 1797.

Simon Stevin : loi d'équilibre

sur un plan incliné

Simon Stevin, un mathématicien et

physicien flamand de la renaissance,

a contribué à la compréhension de

l'équilibre et de la décomposition

des forces. Dans son ouvrage "De

Beghinselen der eeghconst", Stevin a

réalisé une expérience sophistiquée

mais simple impliquant une chaîne de

sphères de taille et de poids égaux

suspendues à deux plans adjacents

inclinés différemment. Cette

expérience a permis à Stevin de

créer le premier polygone des forces

fermé. A travers des représentations

graphiques de la décomposition

des forces, Stevin s'est approché

du concept du Parallélogramme

des forces. En mesurant la force

nécessaire pour déplacer la

charge sur un plan incliné, Stevin

a pris en compte les composantes

gravitationnelles et perpendiculaires

à la surface. En fonction de l'angle

du plan incliné, ces composantes

se chevauchent ou divergent, ce

qui offre des indications sur la

force nécessaire pour maintenir la

charge au repos en tenant compte

du frottement entre la charge et la

surface.

Isaac newton : le parallélogramme

des forces

Isaac Newton a traité la

décomposition des forces de manière

différente de Léonard de Vinci. Dans

ses "Principes mathématiques de

la philosophie naturelle", Newton

a utilisé le parallélogramme des

forces comme nous le connaissons

aujourd'hui. Dans le corollaire n°1

de son chapitre qui définit les lois

du mouvement, Newton décrit

précisément la construction d'un

parallélogramme des forces, où la

somme de deux forces constitue la

diagonale du parallélépipède formé

Fig.141:Léonardo de Vinci, Codex

Arundel, 1478-1518, British

Musuem, Londres

Fig.142:Simon Stevin, De

Beghinselen der weeghconst,

Leyden, 1586

Fig.143:lorsque deux forces

sont combinées, leur somme

sera la diagonale d’un parallélépide,

ou ces forces sonts les

cotés (source :Pilosophiae Naturalis

Principia Mathematica)

122


La structure comme langage architectural

par ces forces comme côtés. Pour

Newton, le parallélogramme des

forces représentait l'interaction

dynamique de deux forces

conduisant à l'accélération ou au

ralentissement d'un corps. Bien que

sa définition soit simple, il a fallu

deux siècles avant que la statique

l'adopte, et la discussion sur la preuve

mathématique du parallélogramme

des forces s'est poursuivie jusqu'au

début du XXe siècle.

Polygone funiculaire de Pierre

Varignon

Le mathématicien français Pierre

Varignon, contemporain d’Isaac

Newton, a publié son ouvrage majeur

"Nouvelle mécanique ou statique"

en 1687, la même année que les

principes de Newton. A la manière de

Léonard de Vinci, Varignon a réalisé

des expériences avec un système de

cordes, mais contrairement à lui, ces

cordes représentaient clairement

les forces. Il a progressivement

formé le fameux polygone funiculaire

à partir du système de forces,

suivant l'approche de Stevin, et l'a

finalement fermé pour obtenir un

polygone des forces correspondant.

Tout comme Léonard de Vinci,

Varignon a utilisé les bras de levier

et formulé le théorème du moment.

Dans la deuxième partie de son livre,

il a introduit la solution vectorielle

d'un système de trois forces,

anticipant ainsi l'utilisation directe

de la méthode graphique pour les

calculs en mécanique du bâtiment,

notamment lors de l'ancrage des

mâts au moyen d'un triplet de

cordes.

Luigi Cremona : diagramme de

Cremona

Cullman fait référence à divers

travaux, dont ceux de Maxwell qui

portent sur les diagrammes de forces,

l'équilibre et la rigidité des cadres.

Luigi Cremona, quelques années plus

tard, avançait des solutions similaires

(Cremona 1872 et 1874). Les modèles

de force résultante, communément

appelés épure de Cremona, ont été

largement adoptés dans l'application

de la statique graphique en Europe

continentale, tandis que dans

les pays anglo-saxons, ils étaient

souvent associés à Maxwell.

L’épure de Cremona, nommée d'après

le mathématicien italien qui lui a

donné son nom, est une méthode

largement utilisée en statique

graphique jusqu’à aujourd’hui

pour analyser les forces dans une

structure triangulée isostatique

à nœuds articulés. Chaque région

est représentée par un point, relié

aux points des régions voisines

par des segments parallèles avec

la direction des poutres ou des

forces les séparant. Ces segments

représentent les forces agissant sur

les poutres à l'échelle. En formant

un polygone des forces, également

appelé « polygone dynamique » qui

illustre l'équilibre de la structure. Il

s'agit des triangles, chaque force

correspondante à une poutre et

Fig.144:source : Varignon,

Nouvelle mécanique ou statique

Fig.145:la méthode de

diagrame de crémona (source :

« Beyond Bending »)

123


La structure comme langage architectural

L’efficacité de la géométrie

: la conception par

force

L’un des impacts directs de la

statique graphique sur l’architecture

est l’introduction de la conception

basée sur les forces, l’un des

exemples de la conception par force

est le principe de la chaîne suspendue

formulé par robert Hooke en 1675 :

«tel que pend la ligne souple, ainsi,

inversée, subsistera l’arche rigide»

. Cette observation a révélé que la

courbe funiculaire générée par une

corde sous l’influence d’un ensemble

de charges peut, lorsqu’elle est

inversée, représenter la trajectoire

des forces de compression pour

une structure incurvée supportant

le même ensemble de charges qui

sera par conséquence une structure

en arche/coque à compression

uniquement.

En Italie, le physicien et

mathématicien Giovanni Poleni

(1683-1761) a utilisé ce principe pour

évaluer graphiquement la stabilité

du dôme de Saint-Pierre, qui avait

commencé à présenter des fissures

sérieuses en 1741. Poleni a constaté

que sa conception s’éloignait de

la courbe idéale de la chaînette

renversée, qui permet de suivre et

de délimiter la ligne de poussée.

En conséquence, par mesure de

précaution, il a suggéré au pape, en

1743, de renforcer le dôme avec cinq

anneaux métalliques. Le diagramme

inclus dans son manuscrit montre

qu’il n’a pas seulement envisagé

la chaînette mathématique, mais

qu’il a également travaillé sur sa

forme en utilisant la taille graduée

des sphères, créant ainsi une ligne

de pression de la voûte. Il a ensuite

vérifié si cette ligne ne dépassait pas

la masse du dôme.

L’approche de la conception par

force n’est pas aussi novatrice qu’il

y paraît, comme en témoignent

plusieurs exemples dans ce texte.

Les constructions historiques en

maçonnerie, en particulier de la

période gothique, illustrent bien ce

concept. En raison de la nature de

la construction en maçonnerie non

armée, ces structures exigent un

transfert de charge exclusivement

en compression pour toutes les

conditions de chargement. La

sécurité des structures en arc ou en

voûte en maçonnerie est avant tout

un problème de géométrie plutôt

que de contrainte et de matériaux.

La défaillance est principalement

causée par la stabilité plutôt que

par l’écrasement du matériau. Une

approche basée sur la stabilité

ou l’équilibre s’avère ainsi plus

pertinente pour évaluer la sécurité

des structures en maçonnerie.

Cette analyse limite a été théorisée

par Jacques Heyman en 1966, elle

implique qu’une ligne de poussée

trace et visualise un chemin

possible des forces résultantes

(compressives) dans la section. Une

géométrie d’arche avec une ligne de

poussée qui reste à l’intérieur de sa

section transversale offre un flux de

force en équilibre, ce qui produit un

transfert de charge par contact et

en compression.

Cette approche interdisciplinaire

qui couple intrinsèquement forme,

matériau et structure a toujours

attiré l’attention des architectes

et des ingénieurs. Les maîtres

Fig.146:Dessin de Poleni illustrante

la méthode de vérification

de la stabilité du la dôme

de Saint-Pierre en appliquant le

principe de la chaîne suspendue

124


La structure comme langage architectural

maçons devaient gérer et assurer

l’interrelation de tous les aspects

de ces bâtiments, de leur expression

architecturale et de leur forme

structurelle aux techniques de

fabrication utilisées et aux stratégies

de leur élaboration,

Les connaissances géométriques et

les techniques d’arrangement, de

dessin et de découpe de blocs de

matériau solide, tels que la pierre ou

le bois qui peuvent être assemblés

en constructions autoportantes,

sont référé par le terme stéréotomie.

Nous pouvons beaucoup apprendre

des techniques stéréotomiques

traditionnelles, notamment en

ce qui concerne la conception de

géométries de carrelage structurel

qui définit la segmentation de formes

funiculaires en unités plus petites

tout en considérant et équilibrant

simultanément diverses exigences et

contraintes. Pour résumer, le principe

de la stéréotomie réside dans cet

équilibre pour satisfaire des objectifs

multiples dans des processus de

planification et de construction

complexes, un paradigme toujours

très pertinent.

La stéréotomie est considérée

comme une étape cruciale et une

source d’inspiration pour une

stratégie de conception structurelle,

Amédée François Frézier, dans

son traité de stéréotomie publié

entre 1737 et 1739 confirme que

les liens entre la stéréotomie et

la mécanique du bâtiment sont

étroitement entrelacés. Frézier

souligne également que les

premières tentatives documentées

de création d’articulations sur les

voûtes, liées à la représentation

graphique des forces, remontent

à Augustin Danyzy, qui a conçu des

modèles stéréotomiques de voûtes.

En développant l’idée de pivotement

des voussoirs, démontra la possibilité

de leur effondrement.

Fig.147:recherche d’une

solution graphique en utilisant

la stérétomie (source : Frézier

1739)

Fig.148:A gauche, la Oyster

bar dans la gare centrale de

New York, réalisés par la société

Guastavino (1912);

Fig.149: A droite, la voûte

romaine classique avec des

briques posées sur un échaffaudage,

la voûte nubienne et la

voûte catalane ou en carreaux

125


La structure comme langage architectural

Cependant, des siècles avant la

théorisation de cette science, elle

était pratiquée et perfectionnées

dans l’architecture d’une manière

empirique par les constructeurs et

les artisans, la chose qui démontre

une inspiration précieuse à prendre

des métiers et des techniques

traditionnels. Le modèle de la

maçonnerie impose la logique

des structures uniquement en

compression sur des matériaux sans

capacité de traction ou de flexion,

il peut être appliqué à d’autres

systèmes structurels comme les

plafonds voûtés en carreaux (the

tile-vaulted ceilings) comme celui

de l’Oyster Bar dans la gare centrale

de New York, réalisés par la société

Guastavino (1912)

Sa voûte est constituée de trois

couches de carreaux non armés,

construites sans coffrage pour

les arches principales, supportant

des parties de la Vanderbilt hall

au-dessus. Originaire de la région

méditerranéenne, la méthode

traditionnelle de construction

de voûtes en carreaux minces à

une longue histoire qui remonte

à plus de 600 ans. Aujourd’hui

également connue sous le nom

de voûte catalane ou Guastavino,

cette technique utilise des carreaux

légers et un mortier à prise rapide.

Ce qui permet de construire les

voûtes sans support en dessous, en

porte-à-faux temporaire. Lorsque la

partie autoportante de la coque est

achevée elle sert comme un coffrage

permanent sur lequel les couches

supplémentaires de briques peuvent

être posées avec du mortier à prise

conventionnelle. La voûte nubienne

est une autre technique permettant

de construire des voûtes en briques

sans échafaudage. Cette méthode

de construction venue de Nil, dont

l’histoire remonte à plus de 3 000 ans,

utilise des briques en adobe séchées

Fig.150:La géométrie de l’extrados

des claveaux des voûtes

de la chapelle lady henry vii

(1519) témoigne de l’approche

holistique des maîtres d’œuvre,

combinant et équilibrant les

contraintes et les exigences

liées à l’expression architecturale

et à la forme structurelle,

ainsi qu’à la fabrication et à la

construction.

Fig.151:Le mémorial Sean

collier, conçu par Yoon + Höwler

architecte à Cambridge, Massachusetts,

états-unis, (2015).

(Source: Beyond bending)

126


La structure comme langage architectural

à l’air et des mortiers en terre. Etant

donné qu’elle dépend uniquement

de matériaux naturels disponibles

localement, la voûte nubienne est

souvent la technique de voûte

préférée pour la construction dans

l’architecture vernaculaire.

Un des exemples modernes

représentatifs dans ce contexte est

le mémorial Sean collier, conçu par

Yoon + Höwler Architect à Cambridge,

Massachusetts, Etats-Unis, (2015),

qui est composé de 32 blocs de

granit massif. La structure discrète

en pierre repose sur l’action des arcs,

avec cinq demi-arcs de contrefort qui

soutiennent la partie centrale,

Néanmoins l’exploitation de ces

principes traditionnels qui ont prouvé

à la fois l’intelligence et la beauté de

la conception architecturale basé sur

tracé de la descente des charges,

a été exposée d’une manière

impressionnante et créative dans

l’exposition de Biennale de Venise

intitulée « Au-delà de la flexion »

par l’équipe, composée du Philip

Block Research Group de l’ETH Zürich,

ils ont exploré l’idée innovante

d’utiliser des dalles de béton armé

en compression seule plutôt qu’en

flexion. Leur recherche a révélé que

cette approche pouvait économiser

jusqu’à 70 % de matériau, avec des

implications notables en termes de

coûts, d’énergie et de temps. En

analysant des structures historiques

telles que la chapelle du Kings

College et les voûtes de Guastavino,

l’équipe a ouvert la voie à une

conception structurelle plus efficace,

en exploitant des technologies

d’ingénierie avancées, des logiciels

et la préfabrication robotique, à

l’instar de la voûte de Guastavino,

le groupe a exposé un joli plancher

voûté en carreaux qui constitue une

coque en maçonnerie composée

de deux couches de carreaux de

céramique minces liées avec du

mortier de ciment selon un motif en

chevron tandis que les quatre arches

sur les bords, initialement soutenues

par des échafaudages temporaires

pendant la construction, transfèrent

les charges vers les supports

Fig.152:plancher vouté en

carreaux (source : Beyond Bending,

Philip Block)

127


La structure comme langage architectural

Form finding structures:

grâce à des modèles physiques

Au cours du XXe siècle, des

architectes et des ingénieurs

ont exploré des méthodes

génératrices pour concevoir des

formes structurelles complexes en

expérimentant avec des modèles

physiques et en s’inspirant des

structures présentes dans la nature.

La découverte et la création de

nouveaux types de structure est un

résultat des expérimentations sur

des modèles physiques, notamment

des surfaces compressives

tridimensionnelles, coques ou des

surfaces tendues tridimensionnelles,

et des membranes. Une diversité

d’approches de recherches de

forme est devenue possible avec

le développement de la conception

assistée par ordinateur et à travers

l’utilisation des programmes

informatiques pour calculer les

solutions structurelles optimales

en fonction de paramètres

géométriques donnés, ce qui est

connu aujourd’hui sou le terme de

l’architecture paramétrique

Comme nous l’avons étudié, une

courbe «funiculaire» découle de la

suspension d’une chaîne ou d’un

câble qui, lorsqu’il est soutenu à

chaque extrémité, se courbe sous

son propre poids. Dans le cas d’un

pont suspendu, les câbles tendus

entre les mâts forment une courbe

caténaire ; mais une fois que les

Fig.153:La maquette physique

de Antonio Gaudi pour explorer

les formes funiculaires données

par les chaînes suspendues,

pour la conception de la Sagrada

Familia

128


La structure comme langage architectural

câbles sont chargés (en suspendant

un tablier à partir de câbles verticaux

placés à intervalles réguliers), la

courbe devient presque parabolique.

Lorsqu’une courbe caténaire est

inversée, elle forme une arche

naturellement stable qui est

structurellement efficace.

Par conséquent, Il est possible de

générer des structures compressives

structurellement efficientes en

suspendant un filet ou un tissu à

partir d’un ensemble de points et

en le saturant de plâtre ou de colle

et en l’inversant pour créer une

forme semblable à une coque fine

comme c’est le cas dans les modèles

d’Antoni Gaudí avec lesquels Il a

réalisé la conception de la Sagrada

Familia, c’est un chef d’œuvre qui

mélange les styles néo-gothiques

et modernistes,.sa construction

a commencé en 1882 et elle reste

inachevée aujourd’hui, (il est prévu

de la reprendre en 2026.) L’intérieur

de la basilique est caractérisé par

des structures organiques avec

des colonnes en forme d’arbres

qui soutiennent un toit voûté ce

qui reflète l’amour de Gaudí pour

la nature, cependant, ces formes

naturelles sont un résultat logique

d’une démarche structurelle.

D’autres architectes tels que Frei

Otto et Heinz Isler ont aussi utilisé

des prototypes structuraux pour

la conception et l’ingénierie. Dans

le cas d’Otto, ses modèles étaient

méticuleusement photographiés,

enregistrés, cartographiés et

dessinés pour générer des

références pour des projets

ultérieurs.

La philosophie architecturale de Frei

Otto était c aractérisée par une

volonté constante d’expérimentation

Fig.154:Le modèle de Frei Otto

pour la conception d’une structure

en membrane utilise un

film de savon sur un cadre avec

des fils. Cette structure est à la

fois minimale et anticlassique,

et peut être décrite graphiquement

comme une surface

«doublement réglée», c’est-àdire

une surface formée par une

grille de lignes droites.(Source:

Open Edition Journals, URL:

https://journals.openedition.or,

17/10.2024)

129


La structure comme langage architectural

et de l’intégration de l’art et de la

science Il a conçu des outils pour

étudier les processus d’autoorganisation

dans la nature, des

tables de mesure pour analyser

la distribution des forces, des

dispositifs pour examiner les formes

de construction pneumatiques, et

des maquettes de réseaux délicats

pour optimiser les structures

tendues complexes. Les maquettes

architecturales de Frei Otto, si le

nous pouvons encore les qualifier

de maquettes au sens traditionnel,

ne sont pas seulement des

objets statiques, mais également

dynamiques car ils incarnent des

modèles de processus applicables à

l’environnement. Les modèles d’Otto

illustre une esthétique fonctionnelle

qui balance entre la précision des

outils scientifiques et la créativité

artistique. Les méthodes de

modélisation, de dessin, de mesure

et d’évaluation qu’il a développées

ont jeté les bases d’une culture

artistique attentive à l’équilibre

entre l’observation et la pratique,

entre la science et la technique.

C’est une démarche artisanale et

intellectuelle d’auto-adaptation, où

l’architecture peut à la fois incarner

l’interdisciplinarité, la génération des

idées innovantes, et servir de point

de départ à un dialogue collectif sur

l’architecture de future.

La manière dont Frei Otto

révolutionne l’interaction entre

maquette, médiatisation et

matérialité devient claire en

examinant les matériaux qu’il utilise.

Dès la fin des années 1950, Otto s’est

inspiré des formes résultantes des

bulles de savons qui constituaient

une membrane très fine enveloppant

une surface minimale tout en

Fig.155:Heinz Isler a conçu

une technique où du tissu était

drapé sur des mâts puis saturé

d’eau. Par temps de gel, les

membranes se solidifiaient et

les mâts pouvaient être retirés,

formant des «coques de glace».

(Source: Open Edition Journals,

URL: https://journals.openedition.or,

17/10.2024)

130


La structure comme langage architectural

préservant leur stabilité et leur

intégrité structurelle. En modélisant

des modèles en fil de fer et en

les immergeant dans de l’eau

savonneuse, Il a observé qu’une

membrane construite de cette

manière est principalement définie

par ses bords extérieurs, c’est-à-dire

les points hauts et bas, et possède

des propriétés géométriques et

physiques spécifiques. La tension

superficielle d’une telle membrane

est uniforme en chaque point et

dans chaque direction ce qui mène

à une stabilité et une efficacité

particulières qui conduisent à

la formation de surfaces dites

minimales. Ainsi Frei est considéré

comme le pionnier de l’architecture

organique inspirée de la nature et

de l’innovation des structures légère

au travers de l’expérimentation

physique.

« Tout ce que l’homme fait en architecture

essaie d’aller contre la nature.

Nous devons comprendre la nature

pour savoir jusqu’où nous devons aller

contre elle. » Frei Otto

Bien que cette démarche puisse

sembler inhabituelle, Otto n’était

pas le seul à s’y intéresser. Dans

la communauté internationale

d’architectes orientés vers

l’expérimentation technique, l’étude

des propriétés des bulles de savon

était très en tendance dans les

années 1960. Par exemple, l’ingénieur

français Robert Le Ricolais utilisait

la bulle de savon comme outil

pédagogique dans ses séminaires

à l’Université de Pennsylvanie. À

travers ces expériences sur les

films transparents des bulles de

savon, ses étudiants devaient

mieux comprendre les lois statiques

et améliorer la connexion entre la

théorie et la pratique. Les maquettes

en bulles de savon ne sont pas

seulement explicites ; en tant que

modèles fonctionnels, elles illustrent

la preuve matérielle de leur propre

structure porteuse.

Avant l’avènement des possibilités

infinies créées par la fabrication et

l’analyse numérique, des architectes

tels que Gaudi, Isler, Mark West ont

embrassé un esprit similaire, en

adoptant une conception fondée

sur la force. Ils recouraient à des

maquettes physiques pour étudier

l’influence des charges sur une

géométrie en 3 dimensions. Heinz

Isler, dont l’intérêt se portait sur

des coques minces en béton armé

optimal, utilisait régulièrement

des modèles physiques pour créer

des géométries de surface. Ces

maquettes en plâtre, conçus par

une ingénierie inverse « reverse

engineering », étaient mesurés

avec une grande précision sur un

instrument sur mesure, et les profils

obtenus de cette façon servaient

comme une base de référence pour

ses grandes coques funiculaires

131


La structure comme langage architectural

Les possibilités d’une nouvelle technologie : l’analyse

du réseau de poussée, ou TNA

(Thrust Network Analysis)

Bien que la statique graphique ait

connu une large adoption dans

les domaines de l’architecture et

de l’ingénierie structurelle, son

utilisation a progressivement

diminué depuis la seconde

guerre mondiale en raison de

ses limitations, notamment dans

l’étude des structures complexes

et son incapacité à aborder

efficacement les structures autre

que bi-dimensionnelles. Il a fallu le

développement de l’informatique

pour étudier les possibilités offertes

par de nouvelles approches de

conception graphique en fonction

des forces

L’analyse du réseau de poussée

(Thrust Network Analysis ou

TNA) constitue une extension de

la statique graphique en trois

dimensions, ce qui présente une

approche contemporaine de la

conception structurale. Cette

méthode, entre outre mise en œuvre

dans les travaux de Philipe Block

et de son groupe de recherche, se

concentre particulièrement sur la

création de structures voûtées en

compression pure. Elle tire parti

des diagrammes de forme et de

forces basé sur le principe de la

statique graphique pour contrôler

la géométrie de la projection d’une

disposition de forces choisie, tout

en maintenant l’équilibre horizontal

pour des charges verticales.

L’approche TNA permet d’explorer

une diversité infinie de formes

structurelles pour une même

disposition d’arêtes, ce qui accorde

un contrôle inconditionné sur les

degrés de liberté des réseaux

d’équilibre tridimensionnels. Les

diagrammes de forme représentent

les projections horizontales des

arêtes, tandis que les diagrammes de

forces visualisent les distributions de

poussée horizontale. Une contrainte

géométrique est intégrée pour

garantir que toutes les solutions

obtenues sont en compression pure,

La modélisation assistée par

ordinateur et le calcul permettent

d’utiliser les diagrammes de

forme et de forces de la statique

graphique comme des moteurs de

conception Tri-dimentionnels. Ces

mécanismes de contrôle fournissent

au concepteur la possibilité

d’explorer l’impact de la géométrie

d’un système structural sur ses

performances et de concevoir une

structure en contrôlant la géométrie

de ses forces. Cette approche permet

d’obtenir une géométrie structurale

optimisée de manière explicite et

directe, évitant les répétitions d’une

conception par analyse brute. Ce qui

fait une représentions parfaite de la

dualité « forme et forces » qui peut

être utilisée pour l’optimisation et

la génération de forme, en étendant

la relation réciproque entre les

diagrammes de forme et de forces

avec des contraintes géométriques

intuitives. A travers la configuration

d’un modèle paramétrique, la

géométrie d’un treillis à force

constante peut être explorée de

Fig.156:la diversité des formes

obtenue à l’aide de génération

numérique basé sur l’analyse

des forces en 3D (source:

beyond bending)

132


La structure comme langage architectural

manière interactive ce qui permet

une approche originale pour

découvrir différentes topologies

et géométries de structures en

compression pour des charges et

des appuis spécifiques.

Cette méthode a rendu possible

la conception et la fabrication de

l’œuvre principale de l’exposition

au-delà de la flexion, L’ARMADILLO

VAULT qui illustre une performance

structurelle exceptionnelle rendue

possible par la géométrie. Sa forme

découle des mêmes principes

structurels et constructifs que les

cathédrales en pierre du passé,

et améliorée et étendue grâce au

calcul et à la fabrication numérique.

Composée de 399 blocs de calcaire

découpés individuellement, sans

aucune armature ni mortier, cette

voûte a une portée libre de 16

mètres avec une épaisseur minimale

de seulement cinq centimètres. La

géométrie funiculaire lui permet de

rester en compression pure. Cette

forme élaborée et née des méthodes

de conception et d’optimisation

informatiques TNA développées

par l’équipe. L’ingénierie de cette

coque discrète a également exploité

des approches informatiques

innovantes pour évaluer la stabilité.

Chaque bloc est défini par une

logique structurelle, répondant aux

impératifs d’une fabrication et d’un

assemblage précis, tout en tenant

compte des contraintes d’un site

historique protégé, ainsi que des

limitations strictes en termes de

temps, de budget et de construction.

Pour simplifier la fabrication et éviter

de retourner les pierres pendant la

découpe, les blocs sont plats et lisses

à l’extérieur, tandis que l’intérieur

est marqué par des rainures

résultant d’une découpe initiale.

Au lieu d’éliminer ces traits, elles

sont gardées pour servir de rappels

visuels du flux de force. Après avoir

été fabriquée et assemblée au Texas,

la voûte a été démontée, expédiée

à Venise et remontée en seulement

deux semaines. Comme un puzzle 3D

complexe,

Fig.157:L’ARMADILLO VAULT

Par Philipe Block groupe de

recherche (Source : Beyond

bending)

133


La structure comme langage architectural

Chapitre VII.La fonction suit la

forme : dimension symbolique et

poétique de la structure

En s’approfondissant sur

l’étymologie du terme «poésie»,

nous constatons que ses racines

remontent au grec ancien, où le mot

«poíesis» découle du verbe (poieo),

signifiant «faire» ou «créer». Ainsi, à

son origine, le concept de «poésie»

est intrinsèquement lié à l’idée de

création et de production.

Dans le cadre de notre réflexion,

qui explore depuis ses débuts une

analogie entre le langage et la

structure, une analogie qui révèle ses

prémices dès le titre de la recherche

intitulée la structure comme langage

architectural, nous suggérons un

lexique et un vocabulaire structurel

dans le discours architectural.

Ce vocabulaire, chargé d’une

formalisation artistique, se compare

à la poésie dans la mesure où

il représente une expression

intelligente des mots avec des

significations directes ou figuratives.

La poésie de la structure se distingue

comme une utilisation significative et

symbolique du vocabulaire structurel,

transformant celui-ci en un langage

architectural dont l’expression tend

potentiellement à satisfaire et à

captiver l’oeil, tout comme la poésie

classique qui cherche à plaire par la

maîtrise artistique des mots et de

leur arrangement. Afin d’appliquer

ce langage relatif à la structure

dans un contexte architectural, la

poésie de la structure cherche à

créer une expérience harmonieuse

et intellectuelle qui suscite l’intérêt

et l’appréciation de ceux qui la

contemplent. En parallèle, le poète

anglais Samuel Coleridge (1772-1834)

a décrit la poésie comme:

«Les meilleurs mots dans leur meilleur

ordre»

Un poème n’est rien de plus qu’un

agencement de mots. Ce qui fait, un

poète choisit des mots spécifiques

au sein de certaines strophes et

les combine pour créer un poème

significatif. En tant que parties

individuelles, les mots ne sont pas

aussi puissants que le sentiment

ou l’idée qu’ils expriment dans leur

ensemble. Tout comme un poète

commence avec une pensée ou

une motivation, un concepteur

commence avec un besoin ou une

intention. Le défi réside dans la

traduction de cette idée en une

réalité physique.

Pour atteindre la meilleure

expression dans la concrétisation

physique du concept, il est important

d’établir une organisation à chaque

niveau, du concept global à la

connexion la plus spécifique. Ce

qui exige une certaine hiérarchie

dans la conception, similaire à celle

d’un poème. En premier lieu, il y a la

134


La structure comme langage architectural

structure générale, qui exprime un

style distinct et répond aux besoins

spécifiques d’un projet, à l’image du

vers d’un poème. Ensuite, les soussystèmes

de la structure définissent

un cadre organisé, comparable à la

grammaire. Enfin, des éléments tels

que les membres, les connexions

et les matériaux forment les

composants de base, analogues

aux mots d’un poème. La hiérarchie

représente avant tout l’importance

relative des éléments constitutifs

du système structurel. Ce qui peut

découler directement des charges,

mais elle peut également résulter

d’aspects plus subjectifs.

Le langage structurel global du

bâtiment Renault à Swindon, au

Royaume-Uni, peut être considéré

comme un cadre poteau-poutre car

sa structure de base est rectiligne.

Les connexions entre les poutres

et les colonnes sont rigides ce qui

fournit une certaine continuité

structurelle. Cela signifie que les

éléments horizontaux et verticaux

sont soumis à la fois à des forces

de traction et de flexion dues aux

charges gravitationnelles. Par contre,

cette structure a une expression

structurelle amélioré dans le cadre

des structures semi-forme-active,

ce qui veut dire qu’elle n’atteint

pas pleinement l’efficacité d’une

structure entièrement forme-active.

Pour améliorer cette efficacité, les

profils des éléments horizontaux ont

été ajustés. Ils sont composés d’une

combinaison d’une barre et d’une

section en forme de I, où la barre

supporte la traction et la section en

I supporte la compression. En plus,

des trous circulaires ont été percés

dans certains éléments pour réduire

le poids et renforcer la performance

Fig.158:Le bâtiment Renault

à Swindon, au Royaume-Uni

par Foster Associates (Source

Wikipédia, https://fr.wikipedia.

org/, 17/10/2024)

135


La structure comme langage architectural

structurelle.

La structure de ce bâtiment est

l’élément qui détermine l’identité

de son architecture, cette dernière

vise à véhiculer l’image d’une

entreprise qui s’engage fermement

pour un design de qualité et qui

occupe une position de leader dans

le domaine technologique. Bien que

le bâtiment soit élégant et chargé

de symbolisme, il ne résiste pas bien

à l’examen technique. En effet, il

est construit autour d’un cadre en

acier qui soutient une enveloppe

sans fonction structurelle. La

plupart de ces choix ne semblent

pas être justifiés sachant que les

portées sont relativement courtes.

En réalité, cette structure est

beaucoup plus complexe et coûteuse

que nécessaire. Car un agencement

de portiques plus conventionnel

aurait été plus économique. En

revanche, le choix de la structure

plus coûteuse a été fait sur la base

de la volonté du client qui cherchait

une structure spectaculaire pour des

raisons esthétiques et symbolique

correspondant mieux à l’image de

sa marque. Cette approche rentre

dans notre troisième aspect de

l’intégration de la structure dans le

langage architectural d’une manière

qui priorise la dimension symbolique

sur l’optimisation structurelle,

Par exemple le bâtiment Le Llyod

à Londres, conçu par les mêmes

architectes que ceux du Centre

Pompidou (Richard Rogers et

Partners en tant qu’architectes

et Ove Arup et Partners en tant

qu’ingénieurs structurels), illustre

cette dynamique. Il s’agit d’un

immeuble de bureaux à plusieurs

étages avec un plan rectangulaire.

L’édifice est doté d’un atrium

Fig.159:Le Llyod building Richard

Rogers (Source: Structure

and architecture )

136


La structure comme langage architectural

central sur la plupart des niveaux

ce qui crée une configuration en

anneau rectangulaire. Les services

sont placés dans une série de

tours métalliques pour camoufler

la linéarité du bâtiment, tandis que

des conduits externes entourent

le bâtiment comme les tentacules

d’une pieuvre.

La structure en béton armé,

composée de poutres et de colonnes,

soutient le noyau rectangulaire

du bâtiment. Cependant, cette

disposition pose des problèmes

techniques, car les colonnes sont

situées à l’extérieur du périmètre

des structures de plancher, cela

augmente l’excentricité de la

charge sur les colonnes, ce qui

est structurellement indésirable.

Malgré ces défis, les architectes ont

privilégié la lisibilité en articulant

les différentes parties comme

des éléments distincts, ce qui a

abouti à des planchers connectés

aux colonnes par des consoles en

béton préfabriqué élaborées. Cette

approche, bien que visuellement

intéressante dans le sens où elle

introduise tout un style architectural

«hight-tech», a sacrifié l’efficacité

structurelle. Nous en déduisons que

les bâtiments avec des structures

exposées peuvent sembler

remarquables sur le plan visuel, mais

ils ne représentent pas toujours des

solutions optimisées, Ils peuvent

manifester des défauts techniques

qui remettent en question

l’équilibre entre l’esthétique et la

fonctionnalité.

Le stade nationale de Pékin est

composé de deux systèmes

structurels indépendants et

autoportants, un bol intérieur en

béton armé avec trois niveaux de

Fig.160:Baumschulenweg Crematorium.(Source:

Archdaily,

17/10/2024)

137


La structure comme langage architectural

gradins inclinés, et la structure

périphérique de la toiture en

acier. La structure du bol est

elle-même divisée en 6 parties

avec un espacement de 200 mm

pour permettre les mouvements

sismiques et thermiques, et

constituée d’une ossature de

poutres et de colonnes. Quant au

deuxième système périphérique,

il enveloppe l’extérieur du stade

et supporte la toiture en porte-àfaux.

Malgré l’apparence chaotique

de l’arrangement des éléments

en acier, la structure suit une

logique structurelle plus simple,

composée d’une série de portiques

de treillis qui se supportent

mutuellement autour de la forme

ovale du stade. Cette structure est

interprétée architecturalement

comme une imitation de la forme

d’un nid d’oiseaux. Un autre détail

qui accentue l’enrichissement

du symbolisme de la structure

est l’absence de toute forme

de hiérarchie de la force, tous

les éléments indépendamment

de leur importance dans le

système structurel, ont la même

épaisseur. Ainsi, chaque membre

de la structure, qu’il soit primaire,

secondaire ou tertiaire, présente les

mêmes dimensions, . Cette stratégie

de détail est appliquée de manière

similaire aux joints structurels pour

cacher aussi la nature des matériaux,

ce qui crée une ambiguïté qui enrichit

notre expérience de la structure.

Cette attention rigoureuse aux

détails a uni avec succès l’apparence

des deux systèmes structurels et

matériaux différents.

Le système constitué d’un réseau

de poteaux-poutres inclinés rappelle

le deuxième système structurel

Fig.161:Le stade nationale de

Pékin «nid d’oiseau» (Source:

Structure as architecture)

138


La structure comme langage architectural

qui enveloppe l’extérieur du stade

et supporte un porte-à-faux de 40

mètres. Quant à lui, il est constitué

d’un réseau chaotique de membres

en acier avec la même épaisseur.

La structure du Stade national de

Beijing, construite pour les Jeux

olympiques de 2008, comprend

six segments indépendants

pour permettre les mouvements

sismiques et thermiques. Les charges

latérales sont principalement

absorbés par les murs structurels.

Le toit est soutenu par une structure

en acier périphérique, qui malgré

son apparence désordonné révèle

une solution conceptuellement

simple une fois analysée. Des

cadres portiques symétriquement

positionnés soutiennent l’ensemble

du toit, et offrent une résistance

suffisante aux forces sismiques.

Bien que la configuration structurelle

puisse sembler irrationnelle, elle

est conçue pour répondre à des

critères de conception qui priorisent

le fonctionnement spatial et

l’interprétation visuelle.

L’architecture symétrique et

horizontale du crématorium crée

une incertitude sur son échelle.

La structure, composée de murs

porteurs , est divisée en trois

parties par des fentes dans le toit

qui abritent chapelles et salles

de condoléances. Les colonnes

dispersées à l’intérieur inspire

une forêt sacrément éclairée,

invitant les visiteurs à errer. Les

grandes colonnes devant la chapelle

principale fournissent un lieu de

consolation qui rappelle la fragilité

humaine tout en inspirant le respect

et le réconfort.

L’un des précurseur de cette

méthode de conception qui cherche

Fig.163:Croquis pour le projet

«Turning Torso», 1995, 450

x 370 mm source :Pensée

constructive d’un architecte)

Fig.162:«The Bird», 1986,

laiton plaqué or et granit noir,

88 x 22 x 45 cm (source :Photo

de Matt Feldman )

139


La structure comme langage architectural

le symbolisme des structures est

l’architecte et ingénieur Santiago

Calatrava, il est reconnu pour

son talent unique à fusionner

l’architecture, l’ingénierie et l’art

dans des œuvres expressives et

harmonieuses. Sa double formation

en architecture et ingénierie

influence profondément ses

démarches de conception qui

combinent intérêts artistiques

et techniques dans ses projets.

Calatrava trouve son inspiration

dans les arts, notamment le dessin

et la sculpture, pour explorer les

formes génératrices de ses projets.

Il s’inspire de la nature et du

mouvement, avec une fascination

particulière pour la dynamique du

corps humain, c’est pour cette raison

qu’il intègre souvent l’anatomie

humaine et la structure du corps

dans ses dessins.

Son vocabulaire artistique lui permet

de se distinguer par une signature

original qui va au-delà de la simple

technique. Comme l’a décrit Philippe

Jodidio, son œuvre est une synthèse

d’expression plastique et de mise

en valeur structurelle. Il intègre des

formes anthropomorphiques et

aspire la dynamique de mouvement.

En tant qu’architecte et ingénieur,

Calatrava n’accorde pas d’importance

particulière aux rôles distincts de ces

titres. Selon lui :

« L’ingénieur est un architecte qui

construit pour que ça tienne, et l’architecte

est un ingénieur qui conçoit pour

que ça inspire. »

Dans son livre Force, Forme et

Mouvement, Santiago Calatrava

expose ses idées par rapport la

relation intime entre l’architecture,

l’ingénierie et la nature. Il met en

valeur l’intégration harmonieuse

des formes organiques et des

Fig.164:Vue de l’Hémisphérique

ouvert (source :Pensée

constructive d’un architecte)

140


La structure comme langage architectural

dynamiques structurelles dans

ses créations. Calatrava s’inspire

souvent des formes naturelles

comme le corps humain, les ailes et

les os pour concevoir des éléments

architecturaux. Il considère la

conception structurelle comme un

instrument d’une démarche plastique

de l’architecture qui exprime la force

d’une manière métaphorique et

inspire le sentiment de mouvement,

même dans des structures statiques.

Ses inspirations sont largement

motivées par son étude de

l’anatomie et des mécanismes des

organismes vivants, ce qui donne

à ses œuvres une impression de

fluidité et de transformation. Pour

lui, l’architecture est une extension

de la nature qui fusionne la forme

avec la fonction de manière à

créer des structures à la fois

attrayantes visuellement et solides

structurellement

Santiago Calatrava, bien avant

le début de sa carrière, s’est

intéressé au mouvement appliqué

à la structure pendant ses études

doctorales en ingénierie. Sa thèse

explorait la capacité d’une structure

à se transformer et à se plier de

manière complexe. Cette vision

innovante offre une nouvelle

approche conceptuelle fondée sur

le mouvement et le dynamisme, ce

qui permet au bâtiment de prendre

n’importe quelle forme grâce à un

mécanisme simple. Son travail sur

la conception de ponts, comme le

pont Alamillo à Séville, illustre cette

intégration du dynamisme dans des

éléments statiques, ce qui influence

l’expérience en sein d’un paysage

urbain d’une façon iconique.

Par exemple, la gare de Lyon-

Saint-Exupéry illustre clairement

Fig.165:Espace servant autour

du planétarium (source :Pensée

constructive d’un architecte)

141


La structure comme langage architectural

l’approche plastique dans la

conception structurelle, Les

éléments structuraux sont organisés

en fonction du flux de circulation des

usagers, avec des colonnes en béton

qui interpellent le mouvement des

ailes d’un oiseau. Le toit en vertèbres

d’acier permet d’illuminer l’intérieur

grâce à des panneaux vitrés.

La pensée constructive de Calatrava

s’appuie sur son travail conceptuel

dans les arts. La structure et la

matérialité, conçues pour chercher

des significations dans les formes

architecturales, La Cité des Arts

et des sciences de Valence est un

complexe conçu pour être un centre

d’échanges et de diffusion artistique

et scientifique pour la communauté

de Valence. Proposé par Joan Lerma

dans les années 1980, le projet avait

pour objectif de renforcer l’image

de Valence à l’international. Après

un concours en 1991, la proposition

de Santiago Calatrava, un natif

de Valence, est sélectionnée. Son

design comprenait un planétarium,

un musée des sciences et une

tour de télécommunication de 327

mètres. Ces trois bâtiments devaient

s’organiser autour d’un chemin

piétonnier central.

Cependant, le projet a provoqué

plusieurs critiques en raison de son

extravagance et de ses coûts «pas

nécessairement» élevés. En 1996,

un changement de parti politique

au pouvoir municipal a entraîné

des modifications, remplaçant la

tour de télécommunication par le

« Palacio de las Artes », un centre

de la musique. L’Hémisphérique, le

premier bâtiment réalisé, a ouvert

en 1998, suivi du, Musée des sciences

en 2000, de l’Umbracle en 2001

et du Palais des Arts en 2003, la

silhouette globale du bâtiment

représente clairement une démarche

d’un sculpteur fasciné par le corps

humain, l’Hémisphérique s’est inspiré

de l’œil ouvert et les détails de la

structure se basent sur une imitation

rigoureuse des os, l’intérieur du

bâtiment manifeste une rencontre

douce entre la lumière et la structure

vue ses formes spectaculaires ce

qui crée un atmosphère sur-réelle

et une expérience exceptionnelle de

l’architecture.

Si nous nous avons approfondi

sur la démarche conceptuelle des

structure de Calatrava c’est parce

qu’elle illustre parfaitement une

méthode basée sur le symbolisme

de la structure plutôt que

l’optimisation.

Bien qu’elle soit largement critiquée

vue son exagération au niveau de

l’échelle, de la forme, et du coût, elle

constitue une manière de créer une

architecture iconique qui marque le

paysage urbain .

142


La structure comme langage architectural

Partie III .

LA STRUCTURE COMME LANGAGE ARCHITECTURAL

143


La structure comme langage architectural

Introduction :

La structure, selon toutes ces typologies et dans ses multiples aspects

élémentaires, linéaires et planaires, peut être décrite en termes de fréquence,

de motif, de simplicité, de régularité, d’aléatoire et de complexité. Tous

comme nous avons l’habitude de faire dans la théorie de l’architecture dans

laquelle nous définissons les principes de la conception architecturale dans

des concepts tels que le rythme et le désordre, la symétrie et l’asymétrie, la

proportion et la disproportion...

La structure peut être articulée de manière à créer la lecture architecturale

souhaitée si elle est considérée comme un élément intégré de l’architecture.

Elle peut également identifier l’architecture en définissant d’une part, la

manière de la disposition des espaces étant donné que le choix de la structure

influence profondément la liberté et la flexibilité des espaces intérieurs,

et d’autre part, en permettant les éléments structurels de participer dans

l’expression visuelle de l’architecture.

Il est vrai que cette attitude positive peut sembler utopique et irréaliste,

mais c’est une impression souvent due à notre expérience quotidienne de

la structure, qui peut être décrite comme peu mémorable dans une grande

partie de notre environnement. La structure est souvent soit cachée soit

insignifiante. Des panneaux de façade opaques ou des vitres miroir cachent

fréquemment la structure.

En revanche, et comme nous avons vu jusqu’à maintenant, il existe

suffisamment de bons exemples où la structure contribue activement à la

qualité architecturale et prouve son potentiel dans le domaine architectural

en l’explorant au-delà de la simple nécessité physique. Juste parce que

la structure est essentielle pour rendre la conception architecturale

constructible en fournissant la stabilité, la force et la rigidité nécessaires, elle

n’a pas à être muette sur le plan architectural. Au contraire, elle peut parler

à haute voix et être entendue, Nous pouvons même la considérer comme un

livre qui attend d’être lu par les architectes, du moment qu’elle est en mesure

de contribuer à la signification et à la richesse architecturale, et de même

servir comme l’élément qui décide de l’identité globale de l’architecture.

Nous parlons beaucoup de la structure en tant que langage architectural

sans autant saisir ce que cela signifie réellement pour un architecte. Il s’agit

moins d’une science que d’une interprétation similaire à celle que font les

lecteurs de poésie. Nous cherchons à lire la structure comme un langage

qui parle et communique, et à interpréter son vocabulaire au-delà de ses

utilisations utilitaires, tout comme les mots qui sont utilisés en poésie pour

suggérer des significations plus profondes et métaphoriques. Ainsi, la lecture

des structures peut consister en une analyse des rôles de ses éléments

dans le plan architectural. En effet, cette lecture peut être très subjective

et varier d’une personne à l’autre. De plus, la manière dont les architectes

lisent les structures diffère fondamentalement de celle des ingénieurs, qui

les voient uniquement comme des chemins pour les forces.

144


La structure comme langage architectural

Chapitre VIII.La structure comme

langage architectural

Forme et enveloppe

En effet si nous partons des

éléments de base de la forme, du

point, de la ligne, de la surface et

du volume, il sera très facile de

remarquer que c’est la force qui

permet la transition d’une dimension

à l’autre, comme l’a décrit le peintre

allemand Paul Klee dans son livre

«The Thinking Eye: The Notebooks of

Paul Klee» :

«Toute forme picturale commence avec

le point qui se met en mouvement...

Le point se déplace... Et la ligne prend

forme — la première dimension. Si la

ligne se déplace pour former un plan,

nous obtenons un élément bidimensionnel.

Dans le mouvement du plan à

l’espace, la rencontre des plans donne

naissance à un volume (tridimensionnel)...

Un résumé des énergies cinétiques

qui transforment le point en

ligne, la ligne en plan, et le plan en dimension

spatiale.»

En architecture, c’est très habituel

d’analyser les formes selon

leur nature, ponctuelle, linéaire,

surfacique ou spatiale, cependant,

en général ces éléments ne sont

qu’un résultat de sa structure

qu’elle soit cachée ou non, les points

peuvent être décrits comme une

section d’un élément structurel

linéaire comme les poutres et les

poteaux , ils peuvent aussi définir les

jonctions et les assemblages entres

les composantes structurelles. De

Croquis : (Source : Architecture:

forme, espace et ordre)

Fig.166:Country House en

brique,1923,par Mies van der

Rohe (Source : Architecture:

forme, espace et ordre)

145


La structure comme langage architectural

même un mur, avant de représenter

une surface solide, Il n’est qu’une

série de colonnes qui suivent

un rythme logique dicté par la

distribution des charges, tout

comme un espace peut être définit

par des murs porteurs qui marquent

la transition entre une surface et

un volume à travers la configuration

orthogonale nécessaire pour assurer

la stabilités des murs. Comme déjà

mentionné (voir chapitre : typologies

du vocabulaire structurel)

Le bâtiment résidentiel «Brick

Country House» de Mies Van

Der Rohe montre comment une

organisation perpendiculaire de

murs discontinues est capable de

créer des espaces bien délimités

sans que autant les fermer,

Au niveau de la structure, un mur

ne doit pas être isolé parce que cela

signifie un besoin augmenté dans

son épaisseur, la chose qui rend les

murs toujours associés à la notion

d’espace même avec une simple

configuration en «T» ou en «L», cela

est suffisant pour créer un espace qui

est perçu plus psychologiquement

que géométriquement.

L’élaboration d’un volume est aussi

possible par la succession des

éléments structurels le long d’un

axe comme le cas de la structure

en portique (Fig.167) même si un

portique n’est pas vraiment une

surface solide, il constitue un plan

du à l’intersection de deux éléments

linéaires.

La forme architecturale peut

être décrite par un ensemble de

caractéristiques:

- La géométrie qui définit les bords

et les limites de la forme et constitue

son aspect principale et qui

détermine son identité, En structure

Croquis : (Source : Architecture:

forme, espace et ordre)

Fig.167:Usine de Modern Art

Glass Limited, Thamesmead,

Londres, 1973; par Foster

Associates et Anthony Hunt

(source:Structure et architecture )

146


La structure comme langage architectural

la géométrie est importante pour

connaître la nature des contraintes

appliquées.

- La taille est déterminé par les

dimensions physiques des éléments,

largeur, profondeur et hauteur, elle

définit la proportion et l’échelle de la

forme en comparaison avec d’autres

objets dans le même contexte.

Dans une lecture architecturale, la

structure exposée peut faciliter la

lecture de la taille en analysant leurs

proportions ainsi que la distribution

des éléments structuraux en

fonction des étages.

- La couleur et la texture sont des

aspects largement associés à la

matérialité de l’architecture, cette

fois ci, c’est la texture de la forme

architecturale qui peut dévoiler la

nature de la structure surtout dans

le cas des structures apparentes

ou la matière de l’architecture est la

même que celle de la structure.

- La position: ne peut pas être

déterminée d’une manière absolue

ce qui rend la structure plus ou moi

insignifiante dans la lecture de la

position de la forme par rapport à son

contexte, c’est une valeur purement

spatiale.

- Orientation : elle aussi, est

largement relative à la perspective

et le point de vue de l’observateur

qui détermine cette valeur selon son

positionnement par rapport à l’objet .

- L’inertie visuelle : c’est un terme qui

signifie l’équilibre visuel d’une forme,

cet équilibre est souvent lié au

sentiment de stabilité d’une forme

qui associe le centre géométrique

avec son centre gravitationnelle, une

forme mal orientée par rapport à un

repère horizontal peut être considéré

comme déséquilibré visuellement.

En structure l’équilibre visuelle

est seulement important si nous

avons des objets avec une densité

et un poids volumique uniforme,

parfois, le déséquilibre visuelle est

une expression souhaité en créant

un contraste entre la stabilité

Fig.168:les 7 caractéristiques

d’une forme respectivement:

géométrie,

taille, couleur, texture,

positionnent, orientation et

inertie

Fig.169:La cathédrale

Sainte-Marie de l’Assomption

1853-1854

San Francisco Californien

USA, par Pietro Belluschi and

Pier Luigi Nervi

147


La structure comme langage architectural

structurelle et formelle.

L’enveloppe architecturale est

principalement un volume qui

constitue une combinaison

rigoureuse d’éléments primaires

de la forme. Parfois ce volume

peut être établi à partir qu’une

seule surface courbée étant donné

qu’elle n’appartient pas au même

plan, La cathédrale Sainte-Marie

de l’Assomption conçu par Pietro

Belluschi et Pier Luigi Nervi est un

exemple remarquable de la formation

d’un volume fermé au moyen qu’à de

deux surfaces hyperboloïdes.

Nous avons l’habitude de séparer

entre l’enveloppe architecturale

et l’ossature structurelle pour

distinguer entre la structure et

l’architecture, en revanche, en

approfondissant sur le processus

de la formation d’un volume

architectural au travers de ses

éléments conceptuelles nous

allons comprendre que la relation

entre la logique géométrique et

structurelle est beaucoup plus

profonde, ce qui signifie qu’un

enveloppe architectural ne cache pas

nécessairement la structure comme

c’est le cas de l’auditoire Paul Emile

Janson 1956 dont la toiture forme

une double courbure en selle de

cheval qui est stabilisée par deux

réseaux de câbles, l’un porteur,

l’autre tenseur, et se croisent

orthogonalement. L’ensemble

est soutenu par deux grands arcs

obliques adossés à un terrain en

pente, c’est le même principe utilisé

dans le patinoire de l’université

de Yale conçu par Eero Saarinen,

sa toiture est constituée d’une

grande arche en forme de baleine en

béton armé qui supporte les câbles

tendues , ces câbles permettent

de soutenir la toiture avec un

minimum d’effort puisqu’ils sont

uniquement soumis à la traction.

Fig.170:Auditoire Paul Emile

Janson, 1956 ,Bruxelles par

l’architecte Van Goethem,et

l’ingénieur Paul Moenaert

(Source : Comment ça tient)

Fig.171:La Baleine de Yale,

1958 patinoire de l’université

de Yale; New Haven, Etats-

Unis par Eero Saarinen

148


La structure comme langage architectural

Ordre et structure

Axe et symétrie

En théorie de l’architecture,

l’ordre est le principe selon lequel

les éléments sont organisés et

structurés au sein d’une composition

architecturale. Ce concept, qui

remonte à l’architecture classique,

visait à établir les règles d’une

composition harmonieuse. L’axe

peut être considéré comme la

première règle qui décrit une

structure architecturale : il s’agit

d’une ligne tracée par deux points

dans l’espace autour de laquelle

les formes peuvent être agencées

de manière symétrique et/ou

équilibrée. Cet axe induit une

sensation de mouvement le long

d’un parcours linéaire, ce qui explique

son rôle central en urbanisme,

où il organise le développement

autour d’un réseau viaire.

En ce qui concerne les structures,

seules les coques peuvent, par leur

forme brute, générer un volume

tridimensionnel. Les autres formes

structurelles, telles que les treillis,

portiques, arcs et câbles, sont

généralement développées à partir

de conceptions bidimensionnelles.

Cela impose la nécessité d’une

troisième dimension : la génération

d’une forme structurelle surfacique

pour créer un espace peut s’effectuer

à travers des transformations

comme la rotation et la translation,

des processus qui consistent à se

faire mouvoir une forme de basele

long ou autour d’un axe. Cela signifie

que l’axe est quasiment omniprésent

dans la conception structurelle,

même si la structure elle-même

n’est pas symétrique. L’axe n’est

pas toujours linéaire, comme en

témoigne la gare de Waterloo,

dont la structure est formée par

un treillis articulé le long d’un axe

courbe suivant le tracé du chemin

de fer, intégrant harmonieusement

la forme architecturale, la

Waterloo International

railway station,London Uk 1992

par l’architecte : Nicholas

Grimshaw et l’ingénieur : Sir

Alexander Gibb & Partners;

(source : Architectuul,

17/10/2024)

149


La structure comme langage architectural

fonction de mobilité et la logique

structurelle, tout en évoquant

clairement l’idée de mouvement.

Cette configuration permet une

lecture claire de l’architecture et de

la structure, même à travers une

simple coupe transversale, car celleci

est un élément fondamental de

la conception globale. Elle facilite

également l’étude des charges et

simplifie la conception, car il suffit

d’analyser les charges au niveau de

la section pour les déduire dans le

cas de charges uniformes.

Pour les structures générées par

rotation, l’axe est souvent vertical.

L’axe peut aussi servir de repère

de symétrie, un principe très

répandu en conception structurelle,

car il garantit un équilibre à

la fois visuel et structurel. La

symétrie combine de manière

efficace l’efficience structurelle

et l’équilibre architectural, même

si elle est devenue moins prisée

dans l’architecture contemporaine.

Cela dit, il est intéressant de

noter qu’un équilibre visuel ne

repose pas nécessairement sur la

symétrie. Il peut être obtenu grâce

à plusieurs principes simultanément,

rendant l’identification de l’axe

moins évidente, surtout lorsque la

conception repose sur l’intuition ou

la vision artistique du concepteur.

Bien que de nombreux exemples

existent pour illustrer l’utilisation

de la symétrie en architecture et en

ingénierie structurelle, le bâtiment

conçu par Richard Rogers, le centre

PA Technologie (Fig.173), en constitue

une parfaite illustration. Ce bâtiment

présente un axe de symétrie dans

sa conception surfacique, avec une

structure triangulaire renforcée

par des câbles soutenant la toiture,

mais aussi un axe autour duquel la

structure se déploie pour former des

espaces linéaires.

Fig.172:Centre PA Technologie

, Princeton, NJ par l’architecte:Richard

Rogers &Partners, et

l’ingénieur Ove Arup &Partners,

Engineers, 1984 (Source: PA

center web, 17/10/2024)

150


La structure comme langage architectural

Rythme et répétition

Le rythme décrit un mouvement

unifié et est caractérisé par une

répétition formelle, qu’elle soit

régulière ou irrégulière. Il peut

représenter un motif ou une

alternance qui impose une certaine

organisation. c’est un instrument

de la composition formelle mais

aussi structurelle, puisque les

composantes de la structure ont une

nature répétitive. Comme l’a décrit

Francis D.K. Ching dans son livre

Architecture : Forme, Espace et Ordre

« Presque tous les types de bâtiments

intègrent des éléments qui, par leur

nature, sont répétitifs. Les poutres

et les colonnes se répètent pour former

des travées structurelles et des

modules d’espace répétitifs. Les fenêtres

et les portes perforent de manière

répétée les surfaces d’un bâtiment

pour permettre à la lumière... »

Si nous examinons les exemples que

nous avons déjà vus, nous constatons

souvent que les éléments structurels

sont répétés pour créer des volumes

tridimensionnels, comme c’est le cas

de l’aéroport de Washington, où des

poutres inclinées sont répétées pour

soutenir des câbles qui forment la

structure de la toiture. La plupart

du temps, les ingénieurs cherchent

une répétition régulière qui suit une

certaine grille structurelle, ce qui

facilite l’étude de la répartition des

charges. Cependant, des architectes

comme Rudy Ricciotti cherchent

une répétition désordonnée pour

créer une impression architecturale

forte et inhabituelle, comme dans

un bâtiment composé de poteaux

et de poutres inclinés de manière

chaotique, représentant un autre

type de rythme, plutôt irrégulier.

Le rythme est une notion très

présente dans la conception

structurelle parce qu’il incorpore

le schéma naturel avec laquelle

les forces fonctionnent. Si la

formalisation de la forme suit la

force il est courant de retrouver

des rythmes et des motifs bien

déterminés. Les travaux de

l’ingénieur Pier Luigi Nervi en sont

une preuve. Dans ses projets de

hangars d’aviation, la façon dont

varient graduellement les dimensions

et orientations des motifs des

caissons exprime la manière avec la

quelle la force est conduite vers les

fondations.

Fig.173:Aéroport international

de Washington inauguré en

1962 (source : Comment ça

tient)

Fig.174:Centre national de

chorégraphie 1999-2006

France, par Rudy Riccioti

Fig.175:Hangar, Design I,

1935, Pier Luigi Nervi. (Source :

Architecture: forme, espace et

ordre)

151


La structure comme langage architectural

Échelle et proportion

Les proportions des éléments

structurels représentent une

indication visuelle sur le rôle

qu’ils jouent et les propriétés des

matériaux qui les constituent. Les

forces gravitationnelles augmentent

avec la taille, ce qui nécessite une

section plus grande. La relation entre

la longueur et l’aire de la section doit

être soigneusement étudiée pour

résister aux contraintes de flexion

et de flambement qui s’amplifient

progressivement avec la taille.

Chaque matériau se caractérise par

des propriétés spécifiques en termes

d’élasticité, dureté et résistance, ce

qui rend les proportions demandées

différentes en fonction du matériau

de construction. Les dimensions

d’un mur porteur en maçonnerie, par

exemple, ont une nature volumique

puisque les briques et les pierres

sont fortes en compression et

faibles en tension et en flexion, et

dépendent de leur masse pour une

bonne résistance. D’un autre côté, les

éléments en acier tendent à avoir des

dimensions beaucoup plus linéaires,

et peuvent être utilisés dans les

deux situations, de compression et

de tension. Cela dit, les éléments de

structure constituent un système

d’échelle en soi. Les poutres et les

colonnes créent un cadre structurel

qui détermine des modules d’espace.

Par leurs dimensions et leurs

proportions, ils délimitent l’espace

en fournissant une échelle et une

structure hiérarchique. Comme

une structure dépend plus de sa

géométrie pour sa stabilité que sur

le poids et la rigidité, à l’instar des

structures à résistance de forme,

ses éléments sont de plus en plus

fins jusqu’à ce qu’ils perdent leur

capacité à donner une échelle et

une dimension à l’espace. Ainsi, les

structures tendues se caractérisent

par une discontinuité spatiale

créée par des câbles qui sont

très fins pour délimiter l’espace.

En architecture, la notion de

proportion sert à maîtriser l’harmonie

et la cohérence de la composition

architecturale.

Dans la conception architecturale,

il y a des paramètres qui sont

donnés en fonction de la fabrication

des matériaux, la structure, la

fonctionnalité spatiale... etc, Mais

d’autres paramètres sont laissés

au concepteur pour décider, ce qui

a donné naissance à un ensemble

de systèmes de proportions autres

que la structure, pour créer des

lignes régulatrices qui assurent la

continuité, la rigueur et le rythme

et unifient une composante avec

l’ensemble. Comme nous l’avons

vu lors de l’analyse structurelle

du Parthéon grec, la relation

entre la hauteur et l’épaisseur

des colonnes a été bien étudiée.

Elles sont pensées pour être plus

courtes et plus épaisses pour

renforcer leur résistance contre le

flambement. Cette relation a été

figée par les ordres classiques.

Cependant, la largeur de sa façade

Fig.176:Ce schéma montre

la relation entre la proportion

et la performance structurelle

d’une poutre (Source : Architecture:

forme, espace et ordre)

Fig.177:La relation entre la

hauteur et la section des colonnes

des ordres classiques

Fig.178:Comment les éléments

de structure définissent l’espace

selon leur échelle et proportion

(Source : Architecture: forme,

espace et ordre)

152


La structure comme langage architectural

et la distance entre ces composants

ont été basées sur une méthode

géométrique qui, selon la théorie

d’architecture classique, détermine

les proportions de la beauté et de

l’harmonie naturelle.

« Les systèmes de proportion vont au-delà

des déterminants fonctionnels et techniques

de la forme architecturale et de l’espace pour

fournir une justification esthétique à leurs

dimensions. Ils peuvent visuellement unifier

la multiplicité des éléments dans un design

architectural en faisant en sorte que toutes

ses parties appartiennent à la même famille

de proportions. Ils peuvent également offrir

un sens de l’ordre et renforcer la continuité

d’une séquence d’espaces. Ils peuvent établir

des relations entre les éléments extérieurs et

intérieurs d’un bâtiment. Un certain nombre

de théories des proportions « désirables »

ont été développées au cours de l’histoire.

L’idée d’élaborer un système de design et de

communiquer ses moyens est commune à

toutes les périodes. Bien que le système actuel

varie d’une époque à l’autre, les principes

impliqués et leur valeur pour le designer

demeurent les mêmes. » FRANCIS D.K. CHING

En théorie d’architecture, on a

développé d’autres types d’échelle

comme les proportions musicales,

le nombre plastique, le Modulor

du Corbusier, l’échelle humaine...

qui visent à créer des proportions

propres à la façon dont l’homme

s’approprie l’espace, tout en assurant

d’une part des espaces pratiques,

ergonomiques et confortables. Et

d’autre part, il incarne les ratios

mathématiques d’harmonie et de

beauté utilisés par les civilisations

précédentes. Cette notion a

été renforcée davantage dans

l’architecture moderne, qui puise

ses valeurs de la fonctionnalité pure.

L’échelle humaine, mise à part

son implication dans la conception

des espaces en termes de leurs

fonctions, constitue un repère

visuel de l’échelle des bâtiments

en contraste avec l’échelle

monumentale. Nous avons examiné

comment la structure, notamment

les structures à résistance de

forme « structures actives »,

permet de créer des bâtiments

emblématiques au point de les

élever à la grandeur des œuvres

d’architecture monumentale, qui

contribuent à l’image et à l’identité

de la ville. L’aspect monumental

se manifeste souvent par le choix

de grandes portées ou de grandes

hauteurs pour ces édifices.

L’approche structurelle assure la

grandeur, la durabilité et la stabilité

de ces bâtiments. Cependant,

d’un point de vue architectural,

ces édifices, qui sont visuellement

imposants même à une distance

considérable au sein de la ville,

deviennent une partie intégrante

du paysage urbain. Ils gagnent ainsi

une importance exceptionnelle en

tant que symboles de la ville et

d’icônes urbaines. À titre d’exemple,

la tour Eiffel est devenue une image

associée à Paris. En considérant

leurs tailles spectaculaires, ce

genre d’édifices doit présenter une

expression visuelle harmonieuse,

d’où l’importance de la convergence

entre l’approche architecturale et

structurelle. Les préoccupations

esthétiques revêtent une

importance égale à celle des

solutions ingénieuses qui visent à

assurer la résistance.

Fig.179:La conception géométrique

du Panthéon

Fig.180:Le bâtiment John

Hancock est un exemple de

l’implication de la structure

dans l’architecture monumentale

à cause de sa hauteur 344

mètres avec 100 étages, conçu

par SOM, 1969.USA

153


La structure comme langage architectural

Hiérarchie

La hiérarchie est une valeur qui

permet une lecture architecturale

claire en organisant les

composantes selon leur taille,

forme, positionnement, couleur, et

d’autres aspects. En structure, la

taille de chaque élément indique

l’importance de son rôle et la nature

des contraintes qu’il supporte. La

hiérarchie structurelle est souvent

présente lors de l’optimisation,

qui vise à minimiser la quantité

de matériaux en fonction de leur

implication dans le fonctionnement

de la structure. Dans une même

construction, plusieurs niveaux

d’importance et d’échelle sont

attribués à chaque groupe

d’éléments structurels. Par exemple,

dans une structure en treillis, les

poutres longitudinales auront des

dimensions plus importantes, à

tel point qu’elles peuvent prendre

l’échelle du bâtiment et définir

sa forme globale, tandis que les

poutres transversales, avec une

portée réduite, sont constituées

de segments plus petits et

appartiennent à un niveau inférieur.

La hiérarchie structurelle se

manifeste également dans les

relations entre ces niveaux. Dans un

système de structure à ossature,

les poutres principales supportent

des poutres secondaires, qui, à leur

tour, soutiennent des éléments

encore plus petits comme les solives.

La hiérarchie peut également être

imposée par le type de matériaux

utilisés. Par exemple, la valeur

structurelle d’un élément peut être

soulignée en utilisant des matériaux

plus massifs et solides, tandis que

des matériaux plus légers seront

attribués aux éléments secondaires.

Cette méthode suit d’une part un

raisonnement structurel logique

et d’autre part, elle contribue à

la lisibilité de la structure dans la

composition architecturale.

La signification d’une composante

est parfois accentuée par

l’utilisation de formes et de couleurs

particulières, différenciées du reste

de l’ossature, comme dans le cas des

poteaux en Y jaunes de l’aéroport de

Madrid. Ici, la conception insère une

hiérarchie structurelle qui commence

par ces poteaux, puis s’étend aux

petites barres qui composent

la toiture. L’architecture de cet

aéroport trouve son identité dans

la silhouette globale de la toiture

ondulée vue de l’extérieur et des

poteaux en Y visibles de l’intérieur.

En architecture, la hiérarchie

structurelle peut également avoir

un objectif symbolique. Par exemple,

dans une cathédrale ou un temple,

les éléments structuraux qui

supportent la nef centrale ou les

zones les plus sacrées sont souvent

plus massifs et plus sophistiqués

pour marquer leur importance par

rapport aux espaces périphériques.

Fig.181:Poteaux en Y jaunes de

l’aéroport de Madrid(Source:

Pineterest, 17/10/2024)

154


La structure comme langage architectural

Équilibre et mouvement

Nous avons l’habitude d’associer

l’équilibre, qu’il soit visuel ou

structurel, à la symétrie, dans une

image de la pondération des objets

par rapport à un axe, ce qui produit

la sensation de repos, d’inertie

et de stabilité. Mais en réalité,

l’équilibre n’implique pas la symétrie.

Deux masses inégales peuvent,

par exemple, être positionnées en

équilibre sur un balancier d’une

manière asymétrique par rapport au

point d’appui, ce qui crée un état de

repos. Cette configuration n’affecte

pas seulement l’équilibre structurel,

mais aussi visuel, ce qui signifie que

cette notion n’est pas seulement

associée à une organisation

équilibrée en termes de composants

et de proportions, mais aussi en

termes de relations spatiales entre

chaque composant, comme la

distance.

Le mouvement est donc créé, même

au niveau visuel, par l’impression de

l’absence d’équilibre, qui peut être

suggérée à travers une structure de

manière symbolique en dissociant

les paramètres visuels de ceux de

la matière. Cela est évident dans la

sculpture réalisée par l’architecte

Calatrava, fasciné par le mouvement

en architecture. Il suggère un

mouvement «escalatoire» des

objets parallélépipédiques tout

en provoquant une impression de

déséquilibre qui vient de l’asymétrie

et de la discontinuité structurelle.

Les boîtes sont placées les unes sur

les autres de sorte que leur centre

de gravité et le centre géométrique

n’ait aucun support visuel, alors que

l’équilibre structurel est assuré par

des câbles dont les forces servent

de contrepoids pour compenser la

disposition instable. L’utilisation

de câbles fins mais résistants est

pensée délibérément pour suggérer

l’insécurité de la structure dans

une optique qui peut symboliser

l’incertitude à l’égard des choses à

venir.

La conception formelle peut créer

un mouvement à travers une

transformation de la forme selon une

règle donnée, notamment la rotation,

la translation, le changement

d’orientation, d’échelle, de couleur

ou de forme, tout en suivant un

parcours de manière graduelle. Par

exemple, la tour Turning Torso manifeste

clairement le mouvement de torsion

en s’inspirant du corps humain et de

sa fluidité. D’autres œuvres du même

architecte représentent la notion de

mouvement à travers des formes

fluides comme le cas du passerelle

piétonne « The Campo Volantin»

Fig.182:L’emploi structurel de

volumes de densités différente

affecte l’équilibre visuel (Source:

Principes de Construction;

Samyn philipe)

Fig.184:Maquette de la sculpture

par Santiago Calatrava

Fig.183:Croquis pour le projet

«Turning Torso», 1995, 450

x 370 mm source :Pensée

constructive d’un architecte)

Fig.185:

La passerelle piétonne Campo

Volantín, 1997, Santiago

Calatrava

155


La structure comme langage architectural

Organisation de l’espace

Le choix de la structure et le

type d’organisation de l’espace

entretiennent une relation mutuelle

très intime. Par exemple, si nous

prenons l’exemple d’un bâtimentpont,

comme Le pavillon du Château

La Coste conçu par Richard Roger

avec un porte-à-faux en acier,

l’organisation spatiale doit être

linéaire puisqu’elle cherche à

connecter deux points. C’est une

propriété commune entre une

ligne et un pont. Il est donc très

difficile d’imaginer une organisation

radiale ou autre, ce qui signifie que

le choix de la structure influence

directement l’organisation spatiale.

Il existe d’autres aspects de cette

relation, notamment la possibilité

offerte par la structure pour un

aménagement d’espace plus libre,

flexible et ajustable, lorsqu’il est

libéré de la contrainte des poteaux,

ce qui n’était pas possible dans

le passé en raison des limitations

des formes structurelles et

des matériaux disponibles.

D’autres aspects, beaucoup

plus spécifiques, peuvent être

révélés en étudiant la structure

de manière architecturale. Par

exemple, la structure en coque

en selle de Candela dans le

restaurant Los Manantiales

, en plus d’offrir une organisation

radiale autour d’un axe vertical

central, permet une transition

fluide entre l’intérieur et l’extérieur.

Cela a été bien exploité par le

restaurant, en l’utilisant des

terrasses où les gens peuvent

boire leur café tout en appréciant

la nature, sans pour autant se

sentir à l’extérieur du bâtiment.

C’est une lecture très intéressante

au niveau architectural, car elle

offre une nouvelle perspective sur

l’utilisation des structures en se

préoccupant davantage des espaces

vécus et non seulement perçus.

Fig.186:Les différents organisations

spatiales (centrale,linière,radiale,

en groupe, et en

grille) (Source : Architecture:

forme, espace et ordre)

Fig.187:Le pavillon du Château

La Coste, galerie d’art, Richard

Roger, structure en acier en

porte-à-faux, (Image: James

Reeve, source : Wallpaper,

17/10/2024)

156


La structure comme langage architectural

Lumière et matière

Selon la perspective de Mies Van

der Rohe, l’espace architectural

est perçu par les sens, en

particulier la vue. Il considère

donc la conception architecturale

comme «l’art de positionner

et de contrôler les sources de

lumière dans l’espace». Pour lui,

les sources lumineuses englobent

non seulement les fenêtres, mais

aussi les objets éclairés, comme

les surfaces environnantes ou

d’autres éléments architecturaux y

compris les éléments structuraux.

Ainsi, la structure contribue à la

lecture architecturale en tant

que régulateur de la lumière dans

l’espace. Lorsque les constructions

murales en pierre et en maçonnerie

étaient dominantes, les ouvertures

pour la lumière étaient perçues

comme l’absence de structure. Mies

décrit cette relation entre structure

et lumière en disant: « La structure

détermine l’endroit où la lumière

pénètre. Le module structurel donne

le rythme de la lumière, »

La nécessité d’intégrer la lumière a

profondément façonné l’architecture

médiévale, ce qui a marqué la

transition de l’église romane, avec

ses murs épais et massifs et ses

petites fenêtres en arc en plein

cintre, vers l’architecture gothique.

Cette dernière se caractérise par ses

voûtes à croisée d’ogives et ses arcsboutants

qui permettent de soutenir

des murs latéraux plus fins et de

percer de grandes fenêtres en arc

brisé et des rosaces, ce qui a donné

lieu à des intérieurs abondamment

éclairés, reflétant ainsi la philosophie

chrétienne du Dieu de lumière.

Avec l’introduction des structures

légères métalliques au XIXe siècle,

la distribution de la lumière est

devenue beaucoup plus libre. Les

éléments structuraux plus fins

influencent peu la lumière entrant

dans un espace. Ce qui a permet

une grande liberté et flexibilité

Fig.188:la structure et le jeu

de lumière dans l’aeroport San

Francisco structure (Source :

Structure as architecture)

157


La structure comme langage architectural

dans la conception, cependant, la

relation entre la structure et la

lumière reste toujours forte, parce

que leur interaction met en valeur

la texturisation et la matérialité

de la structure d’une part et la

configuration géométrique d’autre

part, à travers le contraste créé entre

légèreté et massivité, réflectivité et

opacité et entre ombre et lumière.

Il est important de souligner la

contribution de Louis Kahn à

l’intégration de la structure et de la

lumière.

« La structure est la créatrice de

lumière, lorsque vous décidez de la

structure, vous décidez de la lumière

», Silence et Lumière, Louis Kahn.

Par exemple, dès 1954, Kahn

envisageait d’évider les colonnes

pour filtrer la lumière.

Il a ensuite utilisé des colonnes

comme régulateurs de lumière

dans le bâtiment de l’Assemblée

nationale à Dacca, et le Musée d’Art

Kimbell illustre bien son concept

«La structure est la donneuse de

lumière».

La structure influence profondément

la perception visuelle d’un bâtiment

à travers l’interaction de la lumière

avec la matérialité et la texture

utilisées. Par exemple, le Carré d’Art,

dont les proportions s’inspirent

largement du Parthénon voisin

en France, illustre parfaitement le

contraste entre la légèreté de sa

structure métallique et ses parois

vitrées, et la solidité du bâtiment

adjacent, avec sa structure en

maçonnerie compressive et sa

texture rugueuse.

Fig.189:Intérieur du

Baumschulenweg Crematorium(Source:

Structure as

architecture)

Fig.190:Carré d’Art, Nîmes,

France;1993; Foster assiciates

(doc. Carré d’Art - Jean Bousquet

- Musée d’Art Contemporain)

158


La structure comme langage architectural

Site et contexte

La structure permet à l’architecture

de s’intégrer dans le contexte urbain,

naturel et architectural du site du

projet à travers deux approches

: l’une permet une intégration

cohérente qui s’adapte de manière

fluide au paysage, tandis que l’autre

cherche à créer une rupture visuelle

et architecturale pour établir un

repère urbain iconique. Dans les deux

cas, la prise en compte du contexte

est importante dans la conception

architecturale, puisqu’elle enrichit

les paramètres et le fil conducteur

de la conception en répondant aux

besoins spécifiques de chaque site.

Parmi les grandes manifestations

de l’approche structurelle dans

la planification architecturale

sont ceux qui contribue à la fois à

l’infrastructure et l’architecture et

à la conduite entre les deux, l’un

des exemples frappants est La gare

de Zurich Stadelhofen à travers

laquelle on peut clairement apprécier

le rôle de la structure dans une

conception qui intègre l’architecture

à l’échelle urbaine et représente une

solution à une démarche paysagiste,

tout en traitant des contraintes

d’ordre technique et topographique

présentées exclusivement par

l’emplacement du projet. La gare

est implantée dans une colline où

le chemin de fer coupe un terrain

escarpé en deux côtés avec une

différence de niveau drastique et

des caractères très contrastés, l’un

étant fortement urbanisé, l’autre

verdoyant, soutenu par un mur sur

lequel se trouvent des constructions

existantes.

Le rôle de Santiago Calatrava était

d’agrandir la gare, qui connaît un

trafic dense et joue un rôle important

dans le système ferroviaire régional.

Cependant, le terrain étroit, parfois

seulement de 27 mètres de large,

imposait une contrainte majeure

où la structure devait jouer un rôle

Fig.191:croquis de calatrava

(source : Force mouvement et

forme)

Fig.192:maquette de la gare

de Zurich Stadelhofen (source :

Force mouvement et forme)

159


La structure comme langage architectural

crucial. L’objectif était de conserver

le paysage existant au-dessus

du terrain tout en soutenant les

constructions existantes par une

structure en forme de mur ancrée

de façon permanente dans la colline.

Des jardins et une pergola ont été

créés le long du mur pour préserver

le caractère de la partie supérieure

du site et permettre aux gens de se

promener tandis que les voyageurs

attendent le train qui arrive en

contrebas. Sous le chemin de fer, un

hall souterrain a été conçu pour le

commerce, rendant la liaison avec les

quais plus intéressante.

Dans ce projet, Calatrava était

responsable de l’architecture

et de l’ingénierie, adoptant une

approche à la fois structurelle et

pittoresque. Il a appliqué un geste

architectural inspiré de l’anatomie

humaine dans la conception des

éléments structurels, créant une

répétition délibérée de ces éléments

tout au long du site pour générer

un mouvement dynamique dans

l’architecture de la gare. C’est là que

la genèse de l’approche structurelle

brillante se manifeste, démontrant

la capacité de résoudre un exercice

d’infrastructure intégré dans un

paysage urbain et naturel complexe.

Le projet Eden constitue un exemple

pertinent d’adaptation au contexte

naturel. Il s’agit d’une série de

biomes construits dans une ancienne

carrière. La structure en treillis

géodésique en acier supporte des

dômes en forme de bulles, créant

ainsi un environnement contrôlé

pour différents écosystèmes.

L’utilisation du treillis géodésique

confère à la structure une légèreté

visuelle et lui permet de s’adapter

aux courbes du site naturel, tout

en offrant une transparence

maximale pour la lumière naturelle.

Sa conception lui permet de se

camoufler dans le paysage grâce à sa

forme géométrique organique et à sa

transparence, tandis que sa fonction

contribue à créer un écosystème là

où la nature avait été dégradée.

Fig.193:the Eden Project 2000

Cornwall, Angleterre

par Grimshaw Architects

et l’ingénieur : Anthony Hunt

and Associates, Arup, structure

en acier et thermoplastic

160


La structure comme langage architectural

Synthèse.

Au cours de notre recherche, nous avons examiné la contribution significative

de l’approche structurelle à une conception qui prend en considération à la

fois les dimensions urbaines et architecturales. Cette approche permet la

création d’une continuité entre l’infrastructure et la superstructure, ayant

un impact direct sur l’efficacité fonctionnelle, la fluidité de la circulation

et l’intégrité architecturale. De plus, elle offre une liberté architecturale

remarquable en tirant parti des méthodes structurelles, ce qui autorise

la réalisation de programmes ambitieux tout en respectant des budgets

optimaux. Plus précisément, les solutions ingénieuses de la structure offrent

des possibilités infinies pour faire face à des contraintes naturelles telles que

la topographie, la disponibilité des terrains et la continuité de la circulation

comme c’est le cas de notre site choisi, Dhar El Mehraz.

161


La structure comme langage architectural

CHOIX DU SITE :

Ce site abrite les principales facultés de la ville de Fès telles que celles des lettres,

des sciences et de l’économie, des établissements universitaires avec le plus grand

nombre d’étudiants en comparaison avec les autres écoles supérieures, mais il

présente un certain nombre de problèmes.

Une des contraintes majeures est la discontinuité urbaine due aux contraintes

topographiques, techniques et d’infrastructure, comme la présence du chemin

de fer et son statut non-aedificandi, cette situation offre une matière riche pour

concrétiser les possibilités de l’approche structurelle dans un contexte urbain. De

plus, pour rétablir la connexion entre cette zone et les autres parties de la ville, il

est nécessaire d’imposer une continuité fonctionnelle tout en dotant le quartier

de fonctions importantes qui lui font défaut, afin de le transformer en un quartier

universitaire intégré et bien connecté. Ces fonctions comprennent principalement

des espaces d’activités pour les étudiants tels que des bibliothèques, des

laboratoires, un centre sportif, des parcs, des stations de transport et une extension

de l’ancienne cité universitaire.

Ces projets architecturaux, regroupant un grand nombre de personnes et

nécessitant des portées considérables, nous offriront l’opportunité de concrétiser

les résultats de notre étude sur la structure en tant que langage architectural dans

des espaces qui symbolise l’harmonie entre la science et l’homme.

Cependant, la nature particulière de notre sujet de recherche n’est pas directement

liée au site. Bien que le choix du site soit motivé par les problématiques

techniques qui peuvent être résolus grâce à l’approche structurelle, les projets

architecturaux en eux-mêmes sont déterminés indépendamment du sujet,

mais en fonction des besoins présents sur le site. Deux raisons expliquent cette

stratégie. Premièrement, notre problématique se caractérise par sa dimension

globale à l’échelle internationale, à l’exception de certains aspects liés à notre

contexte réglementaire au Maroc (qui n’est qu’une projection d’autres contextes

tels que la France). Deuxièmement, cela répond à une volonté de renforcer notre

argumentation en explorant le potentiel architectural de l’approche structurelle

à travers la variation des projets architecturaux, indépendamment de l’approche

que nous souhaitons soutenir. En d’autres termes, nous aspirons à confirmer que

nous n’avons pas nécessairement besoin de projets de nature structurelle, tels que

des ponts, des stades, des gares et des aéroports, pour exprimer la structure. Plus

précisément, nous souhaitons démontrer que, comme le font les scientifiques dans

leurs laboratoires, en diversifiant les variations pour généraliser leurs hypothèses et

les rendre applicables en tant que théorie confirmée, notre hypothèse se concrétise

donc dans la question suivante : pouvons-nous exprimer la structure comme un

langage architectural, peu importe le projet architectural ?

162


La structure comme langage architectural

CHOIX DE LA STRUCTURE :

Le premier objectif de ce

mémoire est d’aboutir à un projet

architectural qui suggère une

solution à la problématique de la

séparation entre l’architecture et la

structure, ainsi que son impact sur

la profession d’architecte en relation

avec l’ingénierie, et sur les méthodes

et les processus de conception. C’est

vrai que c’est une problématique

plus vague et d’une échelle plus

grande que celle d’un projet

architectural, puisqu’elle concerne

le fonctionnement de l’architecture

en tant que profession. Mais la

réponse peut être une possibilité

parmi d’autres d’une méthodologie

qui communique mieux la relation

entre l’architecture et la structure.

La problématique de recherche est

plutôt une question de perception qui

limite la structure à son rôle utilitaire

et non à une simple exposition

des éléments structurels sur la

façade, ce qui justifie bien l’analyse

assez exclusive des différentes

typologies de structures pour mieux

maîtriser les approches possibles de

l’intégration de la structure dans le

langage architectural.

Ces démarches peuvent être

catégorisées en trois catégories :

la première méthode de conception

se base à la fois sur la forme et la

force en s’inspirant de la nature,

qui se distingue par son mélange

harmonieux entre l’optimisation et la

beauté. La deuxième s’appuie sur la

logique formelle des forces pour une

conception structurelle optimale.

Cette méthode est généralement

associée aux types de structures

dites « forme-active », comme les

structures en coque et les structures

tendues, dont la performance

structurelle repose plutôt sur la

géométrie et non sur les matériaux.

Elle peut également être relative

aux types de structures « semiforme-active

», dont la géométrie

est améliorée, comme les poteaux

avec des sections particulières (I, L,

etc.) et les dalles nervurées, à l’instar

des structures conçues par Pier Luigi

Nervi. Cette démarche vise à générer

des formes en suivant le processus

de « form-finding structures », qui

utilise des outils comme la statique

graphique et les modèles physiques,

cherchant à générer naturellement

des formes funiculaires (exemple

: les chaînes suspendues utilisées

dans la conception de la Sagrada

Familia de Gaudí). Plus récemment,

la technologie informatique a

étendu les principes de la statique

graphique au niveau tridimensionnel,

par exemple l’analyse du réseau

de poussée (TNA) utilisé par

Philippe Block et son groupe de

recherche pour concevoir la voûte «

ARMADILLO » (Fig.157). La géométrie

de cette voûte est le résultat

d’une exploration de différentes

possibilités des formes funiculaires

générées à travers une analyse de

statique graphique en 3D. L’objectif

de cette démarche est d’assurer

163


La structure comme langage architectural

une optimisation idéale qui élimine

les contraintes de flexion, au point

d’éliminer le besoin de mortier entre

les blocs (voir Fig. 157).

La troisième approche consiste

en une conception basée sur la

dimension artistique et symbolique,

sans prendre en considération

l’optimisation structurelle, comme

c’est le cas des travaux de Santiago

Calatrava, qui utilise la structure

comme un outil d’expression

architecturale en suivant une

approche artistique.

Il n’est pas nécessaire de suivre

une seule approche lors de la

conception architecturale, mais

le choix de la structure ne peut

pas être aléatoire. Comme nous

l’avons vu dans la troisième partie

du mémoire, la structure peut

être exprimée à travers les valeurs

fondamentales de l’architecture.

En étudiant plusieurs références,

nous avons remarqué comment la

structure influence profondément

la perception architecturale et

contribue à son expression visuelle,

tout en formant un vocabulaire

riche et intéressant. Par exemple,

nous avons observé comment des

structures développées, comme

les structures suspendues, offrent

une grande liberté architecturale

dans l’organisation de l’espace,

contrairement au système poteaupoutre

qui exige des portées

réduites.

Dans de nombreux exemples, la

structure attribue des qualités

architecturales intéressantes,

comme la légèreté visuelle dans

le cas des structures métalliques

en treillis, ou la discontinuité,

comme dans le cas des structures

de tenségrité. Ces dernières sont

suffisamment stables pour être

utilisées dans des ponts, mais elles

donnent une impression abstraite de

discontinuité et d’instabilité

La relation entre la structure et

l’organisation spatiale joue un rôle

essentiel dans la définition du

système structurel. Par exemple,

les équipements où se déroulait un

regroupement de personnes autour

d’un événement social et culturel

important étaient généralement

marqués par un dôme circulaire qui

insérait une configuration spatiale

Fig.194:Le pavillon du Château

La Coste, galerie d’art, Richard

Roger, structure en acier en

porte-à-faux, (source : Architecture

Today, Image: James

Reeve, source : Wallpaper)

164


La structure comme langage architectural

radiale. De même, les structures

en coque circulaire suggèrent

une organisation spatiale radiale.

En revanche, les constructions

dont le rôle est de relier un point

de départ et un point d’arrivée

(tel que les ponts) imposent une

configuration spatiale linéaire et

sont généralement réalisées en

exploitant des éléments structurels

linéaires tels que les arcs et les

treillis. Ces éléments peuvent être

répétés de manière rythmique pour

former une organisation spatiale en

grille, où les éléments de structure

imposent l’ordre architectural. Cela

illustre l’influence du choix de la

structure sur l’architecture.

Lors de la phase de conception du

projet architectural, nous avons

d’abord choisi un site abandonné qui

présente des contraintes techniques

majeures afin d’exploiter les

possibilités de l’approche structurelle

dans la conception architecturale.

Par ailleurs, la fonction du bâtiment

n’était pas priorisée, car elle résulte

logiquement de l’analyse urbaine

et fonctionnelle. Initialement,

nous n’avions pas d’idée précise

du type de structure à exploiter ;

cependant, après l’analyse urbaine

à l’échelle du quartier et du site,

des premières données ont été

sélectionnées comme mots-clés du

fil conducteur. L’objectif du projet

est ainsi de créer une connexion

architecturale et urbaine entre le

site Dher El Mehrez et le centre-ville,

en intégrant une fonction publique

qui répond aux besoins du quartier

universitaire et de la ville, tout en

traitant le problème des friches

urbaines présentes dans ce quartier

au détriment des places et des parcs

publics.

Au niveau du site, la raison de la

non-exploitation de cet espace

réside dans la nature accidentée de

la topographie, la présence d’une

voie ferrée et d’un oued sec, Oued

El Mehrez. Au niveau administratif,

le site est classé comme espace non

aedificandi en raison de la présence

d’un espace vert à protéger, ce

qui a créé une discontinuité, une

inaccessibilité, et a accentué

l’isolement et la marginalisation du

quartier.

En conclusion, l’objectif est de créer

une connexion physique, urbaine

et fonctionnelle sur le site, et

Fig.195:Musée,Villahermosa,

Mexique, conçu par TEN Arquitectos,2011

(source : Archdaily,

17/10/2024)

165


La structure comme langage architectural

d’améliorer son accessibilité sans y

bâtir directement afin de préserver

l’aspect paysager et prévenir les

risques d’inondation de l’oued. Le

choix d’un bâtiment-pont ou d’un

bâtiment en porte-à-faux s’inscrit

donc dans cette logique. Bien que la

forme du site suggère une structure

surfacique comme des coques ou

des réseaux de structures tendues

capables de franchir des portées

importantes, la proportion entre les

dimensions du site, qui dépasse 200

mètres, ne permet pas un équilibre

satisfaisant entre les pleins et les

vides, d’autant que nous souhaitons

préserver le paysage naturel. Cela

signifie que les structures en coque

ne constituent pas une solution

adéquate, car elles imposent des

espaces vastes et difficilement

exploitables. De plus, les structures

tendues présentent des contraintes

similaires, en plus de leur incapacité

à fournir une enveloppe durable pour

des fonctions permanentes.

Lorsqu’il s’agit d’une connexion, il

est plus logique de penser à une

configuration spatiale linéaire reliant

deux points, ce qui nous mène

naturellement au choix de structures

linéaires continues. Compte tenu de

la grande portée et de notre intention

de ne construire qu’aux extrémités,

la structure suspendue, avec des

câbles attachés à des pylônes,

semble être une bonne solution, en

utilisant des structures métalliques

en treillis pour leur légèreté

structurelle afin de réduire les

charges. D’autres solutions peuvent

être combinées avec la structure en

treillis pour remplacer les pylônes,

qui devraient être gigantesques afin

de supporter le poids du bâtiment.

Par exemple, l’arc, exploité dans des

projets secondaires, pourrait être

envisagé. Toutefois, le choix des

pylônes pour le bâtiment principal

est délibéré : d’une part, pour

marquer la centralité du projet ;

d’autre part, pour améliorer l’image

du quartier à travers une structure

iconique qui pourrait être perçue

comme un repère urbain, accentuant

l’intégration du quartier dans le tissu

urbain.

La conception initiale prévoyait

un bâtiment-pont reliant

horizontalement deux points.

Cependant, le projet s’est orienté

vers un port-à-faux suspendu en

Fig.196:Le centre Culturel

Méditerranéen, à Barcelone,

par Ricardo Bofill Taller de

Arquitectura, conception non

bâti, (source :Archinect Firms,

17/10/2024 )

166


La structure comme langage architectural

raison de la différence marquée de

niveau entre les deux rives. Ce choix a

été motivé par l’intérêt architectural

de la composition formelle du porteà-faux

et par l’intention de ne pas

limiter la connexion et l’accessibilité

du site au bâtiment seul, mais

aussi de rendre le parc extérieur

aménagé autour du bâtiment plus

accessible et fréquenté, en dehors

de la fonction de l’édifice. Ce dernier

répond toujours à la question de

la connexion et de l’accessibilité

à travers une combinaison entre

circulation horizontale et verticale. En

déterminant le choix de la structure,

nous avons pu restreindre nos

références aux types de structures

utilisées, afin d’établir une base

solide pour les études de cas.

Comme nous l’avons déjà abordé

dans la troisième partie, le Pavillon

du Château La Coste, une galerie

d’art conçue par Richard Rogers,

représente un exemple pertinent

d’une structure métallique en porteà-faux

parfaitement intégrée dans le

paysage naturel. Un autre exemple

significatif est celui du MUSEVI

(Museo Elevado de Villahermosa),

il s’agit d’un musée suspendu audessus

d’une route en Mexique,

réalisé par TEN Arquitectos. Sa

structure,suspendue par des câbles

attachés à un pylône central en

béton armé, offre une solution

architecturale innovante créant une

connexion entre deux lacs isolés,

Vaso Cencalli et Lagoon, tout en

abritant des espaces d’exposition.

Ce bâtiment montre comment

l’architecture peut être utilisée pour

résoudre des problèmes d’isolement

géographique tout en servant de

point de repère culturel. Par ailleurs,

bien que le Centre Culturel de la

Méditerranée à Valence, conçu par

Ricardo Bofill Taller de Arquitectura,

ne puisse être strictement qualifié

de bâtiment-pont ni de structure

en porte-à-faux, il présente des

éléments structurels intéressants.

Le système de toiture suspendue

y joue un rôle central, en utilisant la

Fig.197:Le pont Érasme, à

Rotterdam au Pays-bas

167


La structure comme langage architectural

partie verticale du bâtiment comme

support pour les câbles tendus qui

soutiennent la toiture. Ce type de

structure permet une conception

intérieure libre et flexible qui permet

la diversité des activités du centre,

conçu pour accueillir des conférences,

une bibliothèque multimédia, un

musée d’histoire naturelle, ainsi que

des salles d’expositions temporaires

et permanentes.

Il est intéressant d’étudier d’autres

références qui s’inscrivent dans la

catégorie des ponts suspendus,

comme le pont iconique Érasme, à

Rotterdam, aux Pays-Bas, conçu par

Ben van Berkel et Caroline Bos, et

achevé en 1996. Il s’agit d’un pont

à haubans qui traverse la Nouvelle

Meuse et relie les parties nord et sud

de Rotterdam. Il se distingue par la

forme asymétrique de son pylône de

139 mètres de hauteur. Il est clair que

sa conception repose sur une vision

artistique pure. Cette observation

peut également s’appliquer à la

passerelle de Lahr, en Allemagne, qui

s’intègre harmonieusement dans le

paysage naturel et urbain de la ville.

Son pylône central soutient une

passerelle en arc élégant à l’aide

de câbles radiaux. La conception

a été perfectionnée grâce à une

légère inclinaison du pylône, et pour

compenser le poids de la passerelle,

deux tirants ont été attachés au

pylône, formant une pyramide

transparente, ce qui a contribué

à une expression mélodique de la

structure.

En effet, les références de

benchmark des bâtiments

suspendus ou des bâtiments-ponts

sont peu nombreuses en raison

de la complexité de leur structure.

Cependant, cela n’empêche pas de

considérer d’autres exemples, y

compris ceux cités dans le mémoire,

comme références. En fin de compte,

nous adoptons une démarche bien

définie qui met en avant la poétique

des structures, et non une simple

inspiration visuelle

Fig.198:Passerelle d’Ortenau,

à Lahr en Allemagne, 2018

(Source: Henchion Reuter

Architects, https://www.henchion-reuter.com/,

17/10/2024)

168


La structure comme langage architectural

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170


La structure comme langage architectural

LISTE DES FIGURES

Fig.1: L’igloo est une enveloppe auto-portante,structure

en compression.14

Fig.2: Dans le tipi, une enveloppe non

structurelle est soutenue par une

charpente de perches en bois.

(Source: Structure & Architecture

)......................................................14

Fig.3: la poussée tend à engendrer un

basculement et un glissement,

cette expérimentation explique

l’origine de la forme adopté dans

les murs de soutènement et les

barrages (source : Comment tout

ça tient)...................................... 15

Fig.4: differents types de charges externes

(source : Structure et architecture,

Angus J. Macdonald)... 15

Fig.5: représentation des contraintes de

compression et de traction ....... 16

Fig.6: Les contraintes de cisaillement

engendrées par l’opposition des

forces des livres et la réaction du

support ...................................... 16

Fig.7: phénomene de flambement

(source : Comment ça tient) ..... 16

Fig.8: Déformation de la torsion ........ 17

Fig.9: Le bras de levier multiple la force

exercée pour faciliter le déplacement

d’un objet lourds ce qui représente

la notion du couple ... 17

Fig.10: Pour assurer l’équilibre d’un

couple Il faut que le produit de la

force et la distance soit égale dans

les deux cotés ............................ 17

Fig.11: La disposition triangulaire des

cartes est une composition en

équilibre mais pas stable ......... 17

Fig.12: exemple d’une structure hypostatique,

isostatique et hyperstatqique

..................................... 18

Fig.13: Ce schéma représente la relation

entre les contraintes et les déformations

dans la phase élastique,

où elle se traduit par le module de

Young. En dépassant la limite plastique,

les déformations deviennent

permanentes jusqu’à ce qu’elles atteignent

la résistance maximale,ce

qui entraîne la rupture du matériau.

................................................... 18

Fig.14: Un cadre rectangulaire avec

quatre articulations peut atteindre

un état d’équilibre, mais il est instable

car toute légère perturbation

latérale peut entrainer son effondrement.

Le cadre à droite est

stabilisé par un contreventement

diagonal qui ne contribue pas

directement à la résistance aux

charges gravitationnelles.......... 19

Fig.15: les différentes méthodes de

contreventement....................... 19

Fig.16: Exemples des diagrammes des

efforts tranchants et moment fléchissant

selon les cas ................ 20

Fig.17: Reconstitution de la ziggurat

d’Ur. ........................................... 23

Fig.18: La Tour de Babel vue par Pieter

Brueghel l’Ancien au XVIe siècle.

(source: wikipedia)..................... 24

Fig.19: Reconstitution des structures

de la pyramide de Niouserrê à

Abousir, Celle-ci met en lumière

le stade de construction durant

lequel le premier gradin est terminé,

et la deuxième couche de che-

171


La structure comme langage architectural

vrons achevée d’être posée dans la

fosse de construction. ce qui renforce

l’hypothese de la structure

de la pyramide de Meidum (dessin

: Franck Monnier, source : researchgate)................................

25

Fig.20: L’évolution des pyramides des

mastaba aux pyramides géométriques........................................

25

Fig.21: Plans en coupe de la pyramide

rhomboïdale (dessin : Franck Monnier,

source : internet)................ 26

Fig.22: Statuette of Imhotep, 664–30 BC

(source : internet)...................... 27

Fig.23: La figure A illustre le rôle qu’attribue

Dieter Arnold à la tranchée

de construction d’une pyramide.

Il est manifeste que l’espace disponible

n’ait pu permettre à une

équipe d’ouvriers de pouvoir hisser

et déplacer des monolithes pesant

plusieurs dizaines de tonnes. Un

tel cheminement aurait été facilité

par un ensemble de manoeuvres

effectuées depuis une vaste plateforme

dénuée de tranchée (dessin

: Franck Monnier, source : researchgate)................................

27

Fig.24: systeme constructif de la ville de

Mehrgahr................................... 28

Fig.25: Vue des ruines de la ville de

Mohenjo-Daro, équipée de bains

privés et publics, d’égouts et de

toilettes rinçables. ..................... 28

Fig.26: Douche avec canalisations d’évacuation.......................................

29

Fig.27: Les ruines du grande bain de

Mohenjo-daro............................ 29

Fig.28: coupe montrant l’assemblage de

la structure du pagode par rapport

au pilier central.......................... 30

Fig.29: Détail d’assemblage avec la

technique de la mortaise en haut

et le tenon en bas ..................... 30

Fig.30: démonstration physique du principe

de la résistance sismique des

bâtiments de type pagodes (source

: web-japan.org)........................ 31

Fig.31: schéma montrant le comportement

du pagode lors d’un

séisme........................................ 31

Fig.32: les trois styles de colonnes : Dorique,

Ionique et Corinthien, représentent

des éléments structurels

et décoratifs de l’architecture

grecque qui est caractérisée par

l’ordre et la proportion visuelle.

(Source : Article : comment apprécier

l’art architectural)............... 32

Fig.33: Le Parthénon grec (source :

Constructies, Ir J Oosterhoff ).... 32

Fig.34: a) Plan du Parthénon montrant

le rapport 9:4 entre la largeur et la

hauteur ; (b) élévation du Parthénon

montrant le rapport 9:4 entre

l’entraxe et le diamètre des colonnes

(Source : Woodford, 1981,

p. 17).......................................... 33

Fig.35: .......................................... Coupe

Aqueduc romain : Pont du Gard

entre 40 et 50 après j.-c (Source:

Constructies, Ir J Oosterhoff)..... 34

Fig.36: .La partie symétrique du plan de

panthéon ................................... 36

Fig.37: .......................................... Coupe

de Panthéon de Rome (source :

Constructies, ir j oosterhoff)...... 36

Fig.38: ........................................... voûte

romane en plein ceintre............. 37

Fig.39: ...........................Église abbatiale

de l’Abbaye Notre-Dame de Bellaigue,

à Virlet (Puy-de-Dôme).. 37

Fig.40: L’église de Paray-le-Monial

(source: PASSERELLE)................. 38

Fig.41: La voûte d’ogive ..................... 39

Fig.42: .....................................................

A gauche,la Basilique Saint-Remi

à Reims, France. à droit, coupe expliquant

le fonctionnement de la

structure avec croisée d’ogives et

172


La structure comme langage architectural

l’arc-boutant.............................. 39

Fig.43: .....................................................

pendentif ................................... 40

Fig.44: ......... Coupole hémisphérique de

l’architecture byzantine............. 40

Fig.45: ..... Intérieur de Sainte-Sophie. La

coupole, qui date du VIe siècle. .41

Fig.46: ..................................... Coupe de

la Basilique Sainte Sophie (source :

Constructies, Ir J oosterhoff)...... 42

Fig.47: Elevation and plan of the Bayezid

II Mosque in Istanbul par Cornelius

Gurlitt (art historian)....... 43

Fig.48: S1 : Mosquée du Sultan Sélim

à Istanbul, S2 : sainte Sophie de

Canstantinople, S3 : grande mosquée

de Bizèrte, S4 : Mosquée

Kchawa à Alger, S5 : Mosquée Soulaymanie

à Istanbul, S6 : Grande

mosquée de Bursa, S7 : Mosquée

Sélimiye à Idrine, S8 : Mosquée

Yusef Day à Tunis (« Analyse morphologique

de quelques minarets

de l’époque ottomane : essai de

définition d’un ‘style’ ottoman »,

Lamia Chakroun)........................ 44

Fig.49: L’Homme de Vitruve par Léonard

de Vinci ............................. 45

Fig.50: Eglise Sant’Andrea, Mantoue,

Italie (source: Bjoern Eisbaer /

Wikipedia).................................. 45

Fig.51: Le palais Rucellai à Florence par

Alerti (Bibliothèque nationale de

France)....................................... 46

Fig.52: ................................Croquis montrant

la technique, sur la coupole

de révolution de la cathédrale Santa

Maria del Fiore à Florence.... 47

Fig.53: ..................................Méthode de

construction de la coupole ........ 47

Fig.54: .............The Banqueting House at

Whitehall par ...............Inigo Jones

(dessiné par Colen Campbell).... 48

Fig.55: Le pont de la Concorde par Perronet

(1787) .............................. 49

Fig.56: Eddystone par John Smeaton.. 49

Fig.57: Reliance Controls A Swindon, UK,

1966,par les Architectes :Team4 et

l’ingénieur stucturel Anthoy Hunt

(source: Dezeen)........................ 51

Fig.58: La structure du centre Pompidou

............................................ 52

Fig.59: Schéma directeur et tracé géométrique

des divers arcs de la façade

extérieure de la porte d’apparat

de Šālla (source: Un cas unique

d’épure d’architecture en Occident

islamique. porte mérinide de Šālla

(Rabat))...................................... 54

Fig.60: La façade intérieure du Palais de

Bahia à Marrakech.................... 55

Fig.61: l’architecture coloniale à Casablanca

(Photo: Éric Clément, La

Presse)........................................ 56

Fig.62: Poutre unidirectionnelle- dalle

unidirectionnelle ....................... 61

Fig.63: Poutre bidirectionnelle- dalle bidirectionnelle

............................ 61

Fig.64: En haut:les déformations de

flexion d’une poutre (source :

comment Ça tient, Mario Salvador)

.63

Fig.65: A gauche la performance structurelle

change en fonction de la

géométrie de la section de poutre

(Source : Tony Hunt’s Structures

Notebook, Tony Hunt)................ 63

Fig.66: Les efforts internes au niveau de

la section représente clairement la

notion de la fibre neutre............ 63

Fig.67: Si nous prenons l’exemple d’une

section de 2x 3 : I(1)=2x27/12=4,5

& I(2)= 3x8/12=2........................ 64

Fig.68: Fissures d’une poutre en béton à

cause des forces de traction (source

: BEYOND BENDING, Philippe Block

et son groupe de recherche)...... 64

Fig.69: L’articulation géométrique des

poteaux Palazzo del Lavoro en

1961, par Pier Luigi Nervi.(Source:

173


La structure comme langage architectural

construire correttamente par Luigi

Pier Nervi )................................. 66

Fig.70: Réseau orthogonal de poutre

(source : comment Ça tient, Mario

Salvador) ................................... 67

Fig.71: Lanificio Gatti à Rome (1951).

Vue du couloir avec nervures isostatiques.

(Source: construire correttamente

par Nervi) ............... 67

Fig.72: Willis, Faber and Dumas office,

Ipswich, UK, 1974; Foster

Associates, ; Anthony Hunt Associates,

........................................ 68

Fig.73: La transition entre l’effet de

flexion de la poutre et l’effet de

compression dans le poteau en

passant par les voiles ................ 69

Fig.74: Un mur poteau n’est pas stable

lorsque la force est perpendiculaire

sur son axe......................... 69

Fig.75: L’utilisation d’un système de

maçonnerie porteuse dans le monument

de Washington est un

exemple classique de conception

structurelle................................. 69

Fig.76: L’expression architecturale des

murs porteurs dans la façade

du Baumschulenweg Crematorium............................................

69

Fig.77: (Source : Comment tout ça tient,

Michel Provost et Philipe de Kemmeter)........................................

70

Fig.78: (Source: Building Structures 2ed.

From Concept to Design, Malcolm

Millais)....................................... 70

Fig.79: Le FORTH en écosse, 1890

(source : Comment Ça tient, Mario

Salvador..................................... 70

Fig.80: la structure de Albert bridge... 71

Fig.81: Quelque exemples de types de

treillis (source : Comment Ça tient,

Mario Salvador) ....................... 71

Fig.82: Le centre culturel George Pompidou

,par l’architectes piano &

Rogers avec l’ingénieur structurel

Ove Arup & Partners. (1977)..... 72

Fig.83: Patera (1981) réalisé par l’architecte

Michael Hopkins avec

la collaboration d’ingénieur de

structure Anthony Hunt Associates

(image de l’internet modifiée)... 72

Fig.84: Paul Stevenson Oles. Etude de

perspective pour une structure

spatiale, east building de la national

gallery of art, 1er mars 1971.

Graphite sur papier.................... 73

Fig.85: Tableau de classification géométrique

des surfaces courbe selon

trois familles extrait de ( Source :

Géométrie spatiale ).................. 76

Fig.86: Les types de surface selon le

signe de la courbure ( Source :

Géométrie spatiale ).................. 78

Fig.87: quelques exemples des arcs ... 79

Fig.88: Iron bridge (1777) ................ 80

Fig.89: Pont de SALGINATOBEL, en béton

par Robert Maillart (1930)....... 80

Fig.90: Le pont à arc unique représente

une ressemblance frappante avec

un pont suspendu mais inversé. 81

Fig.91: Le principe du pont en arc raidi

de zuoz (1900). .......................... 81

Fig.92: LRobert Hooke(1635-1703) décrit

la relation entre la chaine supendu

qui est en tension sous l’effet

de son propre poids et l’arc qui

a la même forme mais inversé en

compression .............................. 81

Fig.93: Gateway 1963-1965 Saint-Louis

Missouri USA par Eero Saarinen et

Hannskarl Bandel ...................... 81

Fig.94: Exchange House à Londres 1990

(source : archdaily).................... 82

Fig.95: La courbure donnée à la feuille

mince renforce sa capacité à

maintenir son poids et à supporter

d’autres objets .......................... 83

Fig.96: Zarzuela hippodrome par Eduardo

Torroja (source : Building structures)..........................................

84

174


La structure comme langage architectural

Fig.97: Dôme déformé par des charges

verticales. (Source : comment ça

tient)........................................... 86

Fig.98: Méridiens et parallèles d’un

dôme. ........................................ 86

Fig.99: Comparaison entre les trois

dômes : cathédral de Florence,

saint Pierre et Saint-Paul........... 87

Fig.100: Petit palais des sports, 1956-

1957 Rome, Italie par Annibale Vitellozzi

et Pier Luigi Nervi .......... 88

Fig.101: CNIT 1958, La Défense, Paris,

France ....................................... 89

Fig.102: la coupole midiévale est constituée

de deux demicylindres perpendiculairs

avec un renforcement

des arrêts avec des nervures en

pierre ......................................... 90

Fig.103: Gare de Saint-Pancras 1868.. 90

Fig.104: Palais de l’Industrie,de l’exposition

universelle à Paris en 1854.91

Fig.105: Hangars d’Orly 1921-1923.... 92

Fig.106: tours de refroidissement....... 93

Fig.107: Halle de ciment de l’Exposition

nationale suisse de 1939 par Maillart

............................................. 93

Fig.108: la géometrie de la toiture du

restaurant Los Manantiales....... 94

Fig.109: le Restaurant Los Manantiales

1958. Par Felix Candela ............ 94

Fig.110: Toiture en ambrella .............. 95

Fig.111: Toit de la gare d’Ochota

(1960)......................................... 95

Fig.112: polygone funiculaire (source :

comment ça tient)..................... 96

Fig.113: usine de papier à Mantoue, en

Italie, 1963, Pier luigi nervi (source

: Comment ça tient)................... 97

Fig.114: Le bâtiment de Minneapolis Fédéral

Reserve Bank 1970 (source:

Building structures).................... 97

Fig.115: Aéroport international de Washington

inauguré en 1962 ........ 97

Fig.116: l’Usine de Microprocesseurs

INMOS........................................ 98

Fig.117: Le siège de BMW................. 100

Fig.118: Coupe du bâtiment

Weastcoast ............................. 101

Fig.119: Le dôme Millennium ........... 101

Fig.120: La passerelle piétonne et cyclable

Kurilpa Bridge ............... 102

Fig.121: La muraille Servienne est une

enceinte défensive élevée à partir

du VIe siècle av. J.-C. autour

des sept collines de Rome et protégeant

la ville antique. (Source:

Wikipédia)................................ 104

Fig.122: Voûte en maçonnerie conçue

par un groupe d’architecte et ingénieur

à Venice Biennale (photos

: Nigel Young and the Norman Foster

Foundation)........................ 105

Fig.123: Le siège social de Liander Westpoort

a été conçu par De Zwarte

Hond. (La photo est de Jaques Tillmans.source

Dezeen)............... 106

Fig.124: Médiathèque conçue par l’architecte

Toyo Ito en 1997 ,structure

métallique, (source :pensée

constructive d’un architecte)... 107

Fig.125: Maquette digitale de la structure

métallique de la médiathèque .108

Fig.126: Structure en béton d’une forme

spirale (source : designboom). 109

Fig.127: La voûte en éventail dans la

chapelle du king’s college, cambridge

(source :Tree-inspired dendriforms

and fractal-like branching

structures in architecture)....... 111

Fig.128: Optimisation de nombre des

colonnes grace à l’utilisation des

structures en arbre ................. 112

Fig.129: L’aéroport Stuttgart (1939)

par von Gerkan Et Marg Engineer

Weidleplan Consulting............. 112

Fig.130: Le terminal passager de l'aéroport

de stansted, à londres, au début

des années 1990, par Norman

Foster et les ingénieurs conseil

d'Ove Arup............................... 113

175


La structure comme langage architectural

Fig.131: Stade Munich Olympic (1968-

1972) par Frei Otto et Gunther

Behnisch................................... 114

Fig.132: Tente préhistorique ............. 115

Fig.133: Multihall conçu par Frei Otto et

Carlfried Mutschler à l’occasion de

l’exposition nationale de jardin de

Mannheim 1975...................... 115

Fig.134: Fenêtre gothique (source :

églises d’Oise).......................... 116

Fig.135: Structure en tenségrité dans l’exhibition

de Kenneth Snelson (source

: site du musée Kröller-Müller).117

Fig.136: Dessin de tour Eiffel démonstratrice

son inspiration de la position

d’écartement des pieds ........... 118

Fig.137: Pont de l’Alamillo à séville par

Calatrava, représente une compensation

des forces pas seulement

par les câble ancré dans le

pylône mais aussi par le contre

poids du pylône........................ 118

Fig.138: Cercle de gens représente une

structure réciproque ............... 119

Fig.139: Dessin de structure réciproque

basé sur un motif hexagonal par

Leonardo De Vinci (Codex Atlantico)............................................

120

Fig.140: Démonstration du fonctionnement

de la structure du pont The

Forth (source : Structural engineering

for architects: a handbook

par Pete Silver, Will McLean ,Peter

Evans)....................................... 120

Fig.141: Léonardo de Vinci, Codex Arundel,

1478-1518, British Musuem,

Londres.................................... 122

Fig.142: Simon Stevin, De Beghinselen

der weeghconst, Leyden, 1586.122

Fig.143: lorsque deux forces sont combinées,

leur somme sera la diagonale

d’un parallélépide, ou ces

forces sonts les cotés (source :Pilosophiae

Naturalis Principia Mathematica).....................................

122

Fig.144: source : Varignon, Nouvelle mécanique

ou statique ................ 123

Fig.145: la méthode de diagrame de crémona

(source : « Beyond Bending

»).............................................. 123

Fig.146: Dessin de Poleni illustrante la

méthode de vérification de la stabilité

du la dôme de Saint-Pierre en

appliquant le principe de la chaîne

suspendue ............................... 124

Fig.147: recherche d’une solution graphique

en utilisant la stérétomie

(source : Frézier 1739)............. 125

Fig.148: A gauche, la Oyster bar dans

la gare centrale de New York, réalisés

par la société Guastavino

(1912);..................................... 125

Fig.149: A droite, la voûte romaine

classique avec des briques posées

sur un échaffaudage, la voûte nubienne

et la voûte catalane ou en

carreaux................................... 125

Fig.150: La géométrie de l’extrados des

claveaux des voûtes de la chapelle

lady henry vii (1519) témoigne de

l’approche holistique des maîtres

d’œuvre, combinant et équilibrant

les contraintes et les exigences liées

à l’expression architecturale et à la

forme structurelle, ainsi qu’à la fabrication

et à la construction... 126

Fig.151: Le mémorial Sean collier, conçu

par Yoon + Höwler architecte à

Cambridge, Massachusetts, étatsunis,

(2015).............................. 126

Fig.152: plancher vouté en carreaux

(source : Beyond Bending, Philip

Block)....................................... 127

Fig.153: La maquette physique de Antonio

Gaudi pour explorer les formes

funiculaires données par les chaînes

suspendues, pour la conception de

la Sagrada Familia .................. 128

Fig.154: Le modèle de Frei Otto pour

la conception d’une structure en

176


La structure comme langage architectural

membrane utilise un film de savon

sur un cadre avec des fils. Cette

structure est à la fois minimale et

anticlassique, et peut être décrite

graphiquement comme une surface

«doublement réglée», c’està-dire

une surface formée par une

grille de lignes droites.............. 129

Fig.155: Heinz Isler a conçu une technique

où du tissu était drapé sur

des mâts puis saturé d’eau. Par

temps de gel, les membranes se

solidifiaient et les mâts pouvaient

être retirés, formant des «coques

de glace».................................. 130

Fig.156: la diversité des formes obtenue

à l’aide de génération numérique

basé sur l’analyse des forces en 3D

(source: beyond bending)........ 132

Fig.157: L’ARMADILLO VAULT............ 133

Fig.158: Le bâtiment Renault à Swindon,

au Royaume-Uni...................... 135

Fig.159: Le Llyod building Richard Rogers..........................................

136

Fig.160: Baumschulenweg Crematorium.(Source:

Archdaily).......... 137

Fig.161: Le stade nationale de Pékin «nid

d’oiseau».................................. 138

Fig.162: Croquis pour le projet «Turning

Torso», 1995, 450 x 370 mm

source :pensée constructive d’un

architecte)................................ 139

Fig.163: «The Bird», 1986, laiton plaqué

or et granit noir, 88 x 22 x 45 cm

(source :Photo de Matt Feldman

)................................................ 139

Fig.164: Vue de l’Hémisphérique ouvert

(source :pensée constructive d’un

architecte)................................ 140

Fig.165: Espace servant autour du planétarium

(source :pensée constructive

d’un architecte)................. 141

Fig.166: Country House en

brique,1923,par Mies van der

Rohe (Source : architecture: forme,

espace et ordre)....................... 145

Fig.167: Usine de Modern Art Glass Limited,

Thamesmead, Londres,

1973; par Foster Associates et Anthony

Hunt (source:tructure et architecture

)............................... 146

Fig.168: les 7 caractéristiques d’une

forme respectivement: géométrie,

taille, couleur, texture, positionnent,

orientation et inertie.147

Fig.169: La cathédrale Sainte-Marie

de l’Assomption 1853-1854

San Francisco Californien USA, par

Pietro Belluschi and Pier Luigi

Nervi......................................... 147

Fig.170: Auditoire Paul Emile Janson,

1956 ,Bruxelles par l’architecte

Van Goethem,et l’ingénieur

Paul Moenaert (Source : comment

ça tient).................................... 148

Fig.171: La Baleine de Yale, 1958 patinoire

de l’université de Yale; New Haven,

Etats-Unis par Eero Saarinen.. 148

Fig.172: Waterloo International

railway station,London Uk 1992

par l’architecte : Nicholas

Grimshaw et l’ingénieur : Sir

Alexander Gibb & Partners;

(source : Architectuul).............. 149

Fig.173: Centre PA Technologie , Princeton,

NJ par l’architecte:Richard Rogers

&Partners, et l’ingénieur Ove

Arup &Partners, Engineers, 1984

(Source: PA center web)........... 150

Fig.174: Aéroport international de Washington

inauguré en 1962 (source

: comment ça tient).................. 151

Fig.175: Centre national de chorégraphie

1999-2006

France, par Rudy Riccioti ........ 151

Fig.176: Hangar, Design I, 1935, Pier

Luigi Nervi. (Source : architecture:

forme, espace et ordre)

................................................. 151

Fig.177: Ce schéma montre la relation

177


La structure comme langage architectural

entre la proportion et la performance

structurelle d’une poutre

(Source : architecture: forme, espace

et ordre).......................... 152

Fig.178: La relation entre la hauteur et

la section des colonnes des ordres

classiques ................................ 152

Fig.179: Comment les éléments de structure

définissent l’espace selon

leur échelle et proportion (Source

: architecture: forme, espace et

ordre)....................................... 152

Fig.180: La conception géométrique du

Panthéon ................................. 153

Fig.181: Le bâtiment John Hancock est

un exemple de l’implication de

la structure dans l’architecture

monumentale à cause de sa hauteur

344 mètres avec 100 étages,

conçu par SOM, 1969.USA....... 153

Fig.182: Poteaux en Y jaunes de l’aéroport

de Madrid......................... 154

Fig.183: L’emploi structurel de volumes

de densités différente affecte l’équilibre

visuel (Source: Principes de

Construction; Samyn philipe)... 155

Fig.184: Maquette de la sculpture par

Santiago Calatrava ................. 155

Fig.185: Croquis pour le projet «Turning

Torso», 1995, 450 x 370 mm

source :pensée constructive d’un

architecte)................................ 155

Fig.186:

La passerelle piétonne Campo

Volantín, 1997, Santiago Calatrava.............................................

155

Fig.187: Les différents organisations

spatiales (centrale,linière,radiale,

en groupe, et en grille) (Source

: architecture: forme, espace et

ordre)....................................... 156

Fig.188: Le pavillon du Château La

Coste, galerie d’art, Richard Roger,

structure en acier en porte-àfaux,

(Image: James Reeve, source

: Wallpaper)............................. 156

Fig.189: la structure et le jeu de lumière

dans l’aeroport San Francisco

structure................................... 157

Fig.190: intérieur du Baumschulenweg

Crematorium ........................... 158

Fig.191: Carré d’Art, Nîmes, France;1993;

Foster assiciates (doc. Carré d’Art

- Jean Bousquet - Musée d’Art

Contemporain)......................... 158

Fig.192: croquis de calatrava (source :

force mouvement et forme)..... 159

Fig.193: maquette de la gare de Zurich

Stadelhofen (source : force mouvement

et forme)..................... 159

Fig.194: the Eden Project 2000

Cornwall,

Angleterre

par Grimshaw Architects

et l’ingénieur : Anthony Hunt and

Associates, Arup, structure en

acier et thermoplastic.............. 160

Fig.195: Le pavillon du Château La

Coste, galerie d’art, Richard Roger,

structure en acier en porteà-faux,

(source : Architecture Today,

Image: James Reeve, source :

Wallpaper)............................... 164

Fig.196: Musée,Villahermosa, Mexique,

conçu par TEN Arquitectos,2011

(source : Archdaily).................. 165

Fig.197: Le centre Culturel Méditerranéen,

à Barcelone, par Ricardo Bofill

Taller de Arquitectura, conception

non bâti, (source :Archinect

Firms )...................................... 166

Fig.198: Le pont Érasme, à Rotterdam au

Pays-bas .................................. 167

Fig.199: Passerelle d’Ortenau, à Lahr en

Allemagne, 2018...................... 168

178


La structure comme langage architectural

PROJET ARCHITECTURAL.

Le projet architectural s’agit d’un centre de recherche qui abrite

des laboratoires scientifiques, des espaces d’étude, des espaces de

collaboration, une zone audiovisuelle et une bibliothèque pour différentes

catégories. C’est un équipement pensé pour répondre aux besoins des

étudiants et de la ville, qui manque de ce genre de services scientifiques

malgré sa fameuse vocation en tant que métropole de la science.

Deux autres bâtiments secondaires sont implantés de manière

presque symétrique du côté nord et sud du bâtiment central; un seul

a été développé comme fonction annexe, faisant la transition entre la

fonction universitaire et touristique. Il s’agit d’une résidence artistique

qui accueille des expositions et des ateliers de façon interdisciplinaire,

assurant un espace de résidence et de rencontre entre les artistes.

179


La structure comme langage architectural

LE CENTRE DE RECHERCHE ET

D’INNOVATION DHAR EL MAHRAZ

Une liaison urbaine par le biais de l’approche structurelle

180


La structure comme langage architectural

ANALYSE DU SITE

181


La structure comme langage architectural

Le site se trouve dans la préfecture

de Fès qui est le chef lieu de la région

Fès-Meknes

Plus précisement, il appartient à

l’arrondissement Agdal

A une échelle plus petite,

il s’agit du quartier «Dhar El Mahraz»

Le site Dhar El Mehraz se situe

à l’est du centre-ville et au nord

du quartier industriel de Sidi

Brahim. Il est délimité à l’est par

une vaste zone non aedificandi

le long de la route de Ouislane, et

au nord et à l’ouest par la zone de

l’oued El Mehraz, qui présente une

topographie escarpée en forme de

ravin et un couvert végétal riche. La

partie nord-ouest est traversée par

une voie ferroviaire au bas du ravin.

Cela crée une rupture urbaine entre

le site et le centre-ville à travers un

vaste espace urbain inaccessible.

La carte montre la délimitation de la

zone inaccessible, qui couvre 24 ha le

long de l’oued El Mehraz, ainsi que sa

localisation par rapport aux facultés

existantes et au centre-ville. Les

trois coupes urbaines montrent la

profondeur de la vallée qui augmente

progressivement en montant vers

le nord, rendant cette zone la plus

concernée par la problématique

d’inaccessibilité, accentuée par la

présence du chemin de fer.

182


La structure comme langage architectural

ACCESSIBILITÉ ET MOBILITÉ

183


La structure comme langage architectural

L’accès au site est possible via un réseau de voies principales : depuis le rondpoint

de la Fiat par la route de l’Hôpital Ghassani, depuis le centre-ville par

l’avenue Mohammed Es Slaoui, qui constitue un axe transversal et se termine

en cul-de-sac, depuis Atlas par l’avenue Al Joulane, et depuis le quartier Sidi

Brahim par l’avenue Iben Al Haytam. Il est à noter qu’un grand nombre de ces

voies aboutissent à des impasses, ce qui engendre une discontinuité urbaine.

Les seuls moyens de transport public disponibles sont les bus, desservant les

lignes 54, 6, et 54. Il existe une seule station de taxis inter-régionale desservant

Sefrou, Bhalil et El Menzeh, et aucune station de petits taxis n’est présente.

Il n’existe pas de réseau cyclable, et la marchabilité est notablement absente.

Lors de la visite de site, plusieurs anomalies ont été remarquées par

rapport à la mobilité et à l’accessibilité urbaine, à savoir l’absence absolue

d’une hiérarchie des voiries : toutes les voies ont des largeurs similaires,

même dans le cas des axes principaux. L’existence de nombreuses

friches urbaines rompt la fluidité de la circulation, il y a un manque

de chemins piétons, et parfois les étudiants empruntent des voies

carrossables pour accéder aux départements de l’université. Il y a aussi

une absence de stations de bus, bien que la zone connaisse un nombre

important d’utilisateurs, et une insuffisance des transports publics.

Au niveau du flux, le quartier connaît un flux important seulement aux heures

de pointe et à proximité de l’université, sinon Dhar El Mehraz connaît une faible

fréquentation, ce qui crée une ambiance désertée et insécurisée, accentuée

davantage par les zones enclavées au niveau des zones résidentielles

précaires et de l’espace public dégradé.

Conclusion

En conclusion, le site est traversé par deux grands axes routiers se croisant

à angle droit au centre. Ils aboutissent à des impasses à leurs extrémités,

délimitées par une zone verte non aedificandi, entraînant ainsi des problèmes

d’accessibilité et de sécurité. Le site est généralement caractérisé par une

rupture urbaine avec les autres parties de la ville.

184


La structure comme langage architectural

ANALYSE HISTORIQUE

Dar-El-Marés vers 1920, source :

wordpress.com

185


La structure comme langage architectural

Le quartier de Dhar El Mehraz s’est développé à partir d’un village rural, et

l’origine de son nom suscite diverses interprétations. Certains pensent

que « Mahrès » vient de « mihraz », signifiant pilon, en référence à une

colline ressemblant à un pilon renversé, tandis que d’autres pensent

qu’il est lié au verbe « harasa », démolir, suggérant une maison démolie à

cet endroit. Cependant, selon René Basset, « mahrès » signifie enceinte

fortifiée ou corps de garde. Ainsi, Dar Mahrès serait plutôt Dhar Mahrès,

signifiant le coteau du poste de garde, un petit fort avancé des murailles

de Fès où un poste de garde surveillait la Médina depuis une colline. 1

Le quartier possède une histoire riche, remontant à l’époque coloniale,

avec l’implantation d’un camp militaire à côté d’un cimetière européen en

1932, et le transfert de l’hôpital mixte d’Auvert (actuellement Ghassani) en

1934 au nord de Dhar El Mehrez, après avoir été installé en 1911 en bordure

sud de la médina, à Ras-Jnan, à l’intérieur des remparts de Bab-el-Hadid.

En 1950, suite à l’exode rural, le douar Bab el Ghoul s’est formé,

devenant un bidonville avec des baraques. La première faculté établie

à Fès fut la Faculté des Lettres, créée en 1961 à Dhar El Mehrez en

tant qu’annexe de la faculté de Rabat, avec un seul département

dédié aux études arabes. En 1973, elle obtint le statut d’établissement

autonome sous la tutelle de l’Université Mohamed V de Rabat.

Avec la création de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah à Fès en 1975, cette

faculté forma, aux côtés de la Faculté de Droit, le premier noyau de la nouvelle

université. En 1980, la Faculté des Sciences fut créée pour les études de

mathématiques, de physique et de sciences de la vie. Depuis lors, elle n’a cessé

de croître pour devenir l’une des facultés les plus importantes du Royaume.

Conclusion : L’histoire du site peut être considérée comme riche et diversifiée,

1 Selon le texte de Pierre Bach écrit en mars 1961, dans son livre À l’Ombre du Zalagh, Madinat

Fas, wordpress.com

186


La structure comme langage architectural

ANALYSE TYPO-MORPHOLOGIQUE

187


La structure comme langage architectural

Analyse du tissu de voirie

Voie structurante : Il existe deux voies structurantes de la ville qui sont

en relation avec le site, d’une manière directe ou indirecte : le boulevard

Allal El Fassi au nord, l’avenue Hassan II et l’avenue des FAR à l’ouest, ainsi

que son extension, la route de Sefrou au sud, et la route d’Ouislane à l’est.

Voie principale :

Ce sont les voies principales du site : Avenue Mohammed Es Slaoui, qui relie

directement le site au centre-ville, précisément à l’avenue Mohammed V.

Avenue Lieutenant Colonel Lamselly, caractérisée par un cul-desac

à ses deux extrémités, créant ainsi une discontinuité avec le

réseau routier et entraînant un manque de sécurité et d’accessibilité.

Avenue Al Joulane : elle relie l’avenue Mohammed Es Slaoui au rond-point Atlas.

Rue du Sinaï et son extension Rue du Ravin : il s’agit d’une structure viaire

linéaire qui se développe le long de l’oued El Mehrez. Bien qu’elle conserve une

hiérarchie modeste en tant que rue, il est possible d’exploiter le potentiel de

cet axe et de le transformer en un axe urbain en développant un urbanisme

linéaire et en mettant en valeur le potentiel paysager de l’oued El Mehrez.

Route de l’Hôpital Ghassani : il s’agit d’une petite structure viaire

unidirectionnelle qui remplit une fonction limitée en assurant

la liaison entre l’hôpital El Ghassani et le début du centre-ville.

Voie secondaire : Ce sont les rues et voies de petite

emprise qui desservent l’intérieur de chaque quartier.

Conclusion : Le tissu viaire est généralement caractérisé par

une discontinuité et un manque de maîtrise des jonctions.

188


La structure comme langage architectural

Lors de l’analyse du

tissu parcellaire, nous

remarquons une diversité

de formes et de tailles

qui peut être expliquée

par le décalage dans les

phases du développement

historique. Cette diversité

se distingue généralement

par un aspect de nonhomogénéité

et par

l’absence d’une logique

globale qui peut lier les

différentes parties du

quartier. Nous remarquons

aussi un contraste entre

les formes urbaines sur la

rive de Dhar el Mahraz et

celles du centre-ville, où le

tissu viaire et parcellaire

tend à converger vers un

centre géométrique : le

rond-point « Fontaine Le

Globe Terrestre ».

189


La structure comme langage architectural

ANALYSE ARCHITECTURALE

En analysant le

gabarit et les formes

architecturales en

comparaison avec

les fonctions, nous

remarquons que le

gabarit dans les zones

résidentielles est

généralement en R+3,

avec une architecture

caractérisée par des

proportions cubiques

et une absence

totale d’expression

structurelle.

En

revanche, au niveau des

universités, le gabarit

est plutot diversifié

avec quelques exemples,

bien que peu nombreux

mais intéressants,

d’expression

architecturale au

travers d’une structure

brute en béton armé.

(Image n° 6 : l’intérieur

de la faculté des

sciences)

1 2 3

4 5 6

7 8 9

190


La structure comme langage architectural

ANALYSE DU VIDE URBAIN

191


La structure comme langage architectural

Analyse du vide urbain

Conclusion

Malgré le potentiel environnemental

et végétal du site et sa densité

relativement faible par rapport aux

autres quartiers de la ville, aucun

espace vert public, tel que des jardins

ou des parcs, n’est aménagé. Les

zones à protéger, bien que dotées

d’une végétation riche, sont très mal

entretenues et traitées.

Étant donnée la faible densité

urbaine sur la majorité de la

superficie du site, de vastes

espaces de vide urbain existent :

Le plus grand de ces vides urbains

est constitué d’une coulée verte

située dans la zone ouest du site,

le long de l’oued El Mehraz. Cette

zone est définie dans le schéma

directeur et le plan d’aménagement

comme un espace vert à préserver.

Cela explique son statut de nonaedificandi,

qui est accentué

davantage par sa faible accessibilité

due à la topographie du terrain.

Le reste des espaces vides est

constitué de friches urbaines ou

de vastes terrains non aménagés

à l’intérieur des équipements,

comme celui de la base militaire.

Cependant, la plupart de ces

espaces vides ne sont pas

exploités, et il n’y a aucun espace

public, ni parc, ni jardin public

Paysage naturel

En général, le site est entouré de

terrains naturels vierges, offrant des

vues panoramiques depuis le vallon

de l’oued El Mehrez et la forêt située

au nord-est du site.

192


La structure comme langage architectural

ANALYSE FONCTIONNELLE

Même si le site abrite d’importants établissements universitaires, environ

30% de sa superficie est réservée aux établissements militaires, notamment

la base militaire et la Fondation Hassan II pour les Anciens Militaires à Fès.

Le site comprend également deux grandes zones résidentielles, dont le

quartier Lido. La plupart de ces résidences se caractérisent par un aspect

précaire et informel, ce qui a une influence négative sur le paysage urbain

du quartier dite «universitaire». Un autre élément structurant du site est

le grand hôpital Ghassani, qui attire un grand nombre de visiteurs. De plus,

le site présente un caractère industriel influencé par le quartier voisin Sidi

Brahim.

193


La structure comme langage architectural

ANALYSE ADMINISTRATIVE

En comparant cette analyse avec les projections du plan d’aménagement,

nous remarquons que le PA est plutôt orienté vers des équipent de

tourisme et le développement d’habitat économique sans une prise en

considération de la nature universitaire du quartier Dhar El Mehraz,

194


La structure comme langage architectural

ANALYSE SOCIO ÉCONOMIQUE

195


La structure comme langage architectural

L’analyse socioéconomique montre une prédominance de population modeste

et pauvre, dont une partie vit dans des habitats non réglementaires. La plupart de

cette population est constituée d’étudiants des facultés de Dhar El Mahraz, qui

résident en location ou en cité universitaire. Une grande partie est constituée

de retraités des services militaires, tandis qu’une autre comprend des employés

du quartier industriel de Sidi Brahim. Le quartier de Dhar El Mahraz se caractérise

par son aspect de banlieue en raison de la structure précaire de ses bâtiments,

ainsi que de l’isolement et de la marginalisation par rapport au reste de la ville.

Le quartier connaît une absence de sécurité marquante, à tel point qu’à un

certain moment, il inquiétait même la police, en raison des activités criminelles

présentes sur le site, ainsi que des activités extrémistes de groupes d’étudiants

nommés « Les Camarades », qui organisent des protestations pour exprimer

leur colère face aux conditions médiocres de leur vie universitaire.

196


La structure comme langage architectural

ANALYSE ENVIRONNEMENTALE

197


La structure comme langage architectural

SYNTHÈSE

198


La structure comme langage architectural

PROPOSITION URBAINE

199


La structure comme langage architectural

La proposition urbaine envisagée vise à traiter les problématiques générales du site à travers les

objectives suivantes :

À l’échelle urbaine

- Connecter le quartier Dhar El Mahraz avec les zones voisines et surtout avec le centre-ville à

travers les grands axes urbains, et concevoir un tissu urbain qui s’intègre dans le réseau viaire

de la ville, afin de créer une circulation fluide et de renforcer l’accessibilité et la sécurité publique.

- Créer une diversité de fonctions qui répondent aux besoins de la ville, des habitants du quartier

et des étudiants des universités, avec une vocation universitaire dominante. Cette polyvalence est

pensée pour créer une activité dynamique, ce qui peut augmenter le flux et la fréquentation, et par

conséquent résoudre le problème d’insécurité.

- Mettre en valeur le couvert végétal riche en créant des espaces verts et des parcs publics.

À l’échelle du site d’intervention

- Créer des équipements publics structurants tout au long du site d’intervention, qui constitue

toute la zone inaccessible de 24 ha. Ces équipements comprennent les principaux services

manquants dans le quartier universitaire.

- Créer des structures qui facilitent l’accessibilité au site et créent une connexion entre le quartier

Dhar El Mahraz et le centre-ville en suivant les axes urbains.

À l’échelle du projet architectural

- Choisir la fonction la plus importante pour le quartier universitaire «centre de recherche» et

l’implanter dans une localisation centrale favorable pour marquer la connexion entre les universités

et le centre-ville à travers un axe central, tout en employant une structure iconique qui marque le

paysage urbain et augmente la lisibilité du site.

200


La structure comme langage architectural

La conception urbaine est caractérisée par un urbanisme radial où le tissu

du quartier rejoint le réseau du centre-ville qui converge vers le grand rondpoint,

afin de valoriser la liaison urbaine en suivant les axes urbains principaux.

L’implantation et l’orientation des bâtiments, qui créent des liaisons linéaires

au niveau du site, suivent également ces axes afin d’atteindre une intégration

mutuelle entre l’urbanisme et l’architecture.

Le reste du tissu viaire suit les formes des courbes de niveau de la

topographie afin de faciliter la circulation et l’accessibilité, ce qui donne un

aspect organique au tissu urbain tout en préservant une continuité et une

transition formelle et urbaine avec le tissu existant.

il est important de noter que d’autres connexions urbains sont créés autre

que celle avec le centre ville, comme c’est le cas au niveau de la route Ouislane

et au niveau de la zone Agdal.

201


La structure comme langage architectural

La maille centrale concrétise le deuxième point fort de la

conception, à côté de sa centralité et de son intégralité, car

elle constitue, d’une part, une structuration du tissu urbain en

mettant en valeur le couvert végétal le long des axes principaux.

Ce concept vise à instaurer une continuité d’écosystème et de

couvert végétal retrouvé dans l’environnement du quartier de Dhar

El Mahraz, et, d’autre part, elle introduit une fluidité organique

au niveau de la transition avec le parc urbain implanté au nord du

quartier industriel, visant à bloquer la pollution sonore et de l’air.

La maille centrale sert de promenade verte qui encourage

la marchabilité, surtout le long de l’axe longitudinal qui

met en valeur la vue panoramique des montagnes en face.

Ces espaces verts abritent des kiosques de restauration, des espaces de

détente et de rencontre pour les étudiants et les habitants, ainsi que des

espaces de jeux et de sport.

202


La structure comme langage architectural

203


La structure comme langage architectural

La conception fonctionnelle du site est pensée de manière à intégrer

une diversité de services afin de favoriser une certaine mixité et

polyvalence, tout en se concentrant sur la fonction universitaire du site.

De nouvelles universités et instituts sont implantés en continuité avec les

facultés existantes.

Il peut s’agir d’instituts et d’écoles complètement nouveaux, comme l’Institut

d’astronomie, de patrimoine et d’archéologie, ou d’écoles qui se sont déplacées

pour créer un pôle universitaire unifié, dont la localisation est beaucoup plus

favorable et centrale par rapport aux services et zones d’habitations.

L’implantation des universités se fait au niveau de trois zones : la zone

en continuité avec les facultés existantes à droite de la maille centrale,

une zone à gauche, beaucoup plus décalée vers le nord, qui centralise l’axe

central convergeant vers le centre-ville, et comprend également deux cités

universitaires en contiguïté avec la zone résidentielle.et la troisième zone,

plus petite, sur la rive gauche du site d’intervention, du côté du centre-ville

et parallèle à la deuxième zone. Cela a pour but de répartir les universités

de manière équilibrée dans tout le quartier.

La deuxième fonction dominante est la zone résidentielle et polyvalente,

représentant 22 % de la superficie. Cette zone vise premièrement à

restructurer les zones d’habitat existantes tout en offrant des logements

en location à proximité pour les étudiants venant de loin, et maintenir une

polyvalence qui comprend des activités commerciales, économiques, de

restauration, etc., répondant aux besoins des habitants et offrant des

services de proximité aux étudiants.

Ensuite, la zone de services vise principalement à créer une continuité

fonctionnelle avec le centre-ville, dont la fonction dominante est de service.

Il est important de noter que 10 % de la superficie bâtie est réservée au

tourisme, avec des hôtels, des campings, des gîtes, des fermes d’agritourisme

et d’éco-tourisme.

Ces projets sont surtout implantées aux limites du quartier pour profiter

du paysage naturel et renforcer la fréquentation en dehors des périodes

d’études.

D’autres fonctions sont implantées au niveau du site d’intervention, comme

les équipements culturels, notamment la résidence artistique au nord, qui

crée une transition entre la fonction touristique et la fonction universitaire

et culturelle, le musée des sciences et le pavillon du livre « L’Hafra » qui

représente une restructuration de l’ancienne librairie (bâtie avec des

structures précaires) de livres d’occasion. Ce dernier incarne un véritable

patrimoine immatériel du quartier. par conséquent le site d’intervention

regroupe des équipement avec une thématique unifiée sous forme d’un

campus d’innovation qui regroupe l’art la science, la recherche, l’innovation

et la lecture tout en abritant des terrains de sport dans la partie sud.

D’autres équipements sportifs sont également implantés, soit sous

forme d’équipements bâtis, comme le complexe sportif couvert, soit

sous forme de terrains de proximité au niveau de la la maille centrale.

Ces fonctions sont toutes équilibrées entre la rive gauche et la rive droite du

site en ravin, afin de répartir la fréquentation et le flux.

204


La structure comme langage architectural

Les hauteurs du bâti urbain sont pensées de manière à valoriser et intégrer

le projet architectural, en créant une connexion entre la différence de niveau

du terrain et du bâti, afin de compenser la hauteur de la vallée sur le site

et, par conséquent, celle du projet architectural. Au niveau des limites du

quartier qui bordent les collines vertes, le gabarit est réduit, d’une part pour

ne pas bloquer la vue panoramique et les vents, et d’autre part pour intégrer

les bâtiments dans le paysage naturel. La zone du côté de la rive gauche du

site est conçue pour créer une continuité entre le tissu existant du centreville

et le quartier Dhar El Mahraz.

205


La structure comme langage architectural

La hiérarchie de la voirie met en valeur le projet architectural en implantant un

axe structurant reliant le rond-point La Fiat au quartier, tout au long du site

en direction d’Atlas, et en renforçant la mobilité et l’accessibilité intermodale

dans ces axes. Les axes viaires principaux sont conçus pour valoriser la maille

centrale végétale et faciliter la circulation entre le campus universitaire

et le centre-ville en passant par le campus de recherche et d’innovation.

La largeur des voiries est pensée pour garantir une marchabilité confortable

le long des alignements d’arbres, un réseau de circulation cyclable réservé, et

une circulation fluide des transports publics.

206


La structure comme langage architectural

CAMPUS D’INNOVATION

Pavillon du livre

La La structure du

pavillon du livre est

constituée d’une

structure tendue avec

une paroi en textile

(ETFE) translucide

afin de symboliser

l’aspect temporaire

de l’espace existant

et de maintenir

l’esprit du lieu, tout

en restructurant les

cabines de vente

dans un parcours audessus

de la structure

principale.

207


La structure comme langage architectural

Structure en tenségrité

Structure en coque

funiculaire

Structure en arbre

La structure de la résidence d’art et du musée des sciences :

Ces structures sont implantées de manière presque symétrique dans les parties

sud et nord du projet principal. La structure en arc linéaire représente un rappel

symbolique des grands arcs des portes de la médina de Fès et, en même temps,

constitue une solution structurelle pour traverser la portée du site lors de la

conception des bâtiments ponts en porte-à-faux. Elles n’ont cependant pas été

choisies pour le grand projet central en raison de leurs proportions modestes à

l’opposé de l’aspect iconique et imposant de la structure suspendue dotée de

gigantesques pylônes.

Exposition des structures artistiques

L’aménagement extérieur consiste en des parcs publics accessibles au grand public

indépendamment de la fonction des bâtiments. Ils abritent des zones de détente,

des espaces pour pique-nique, particulièrement pour les utilisateurs du campus

d’innovation, ainsi que des zones d’exposition en plein air. Ils incluent aussi une

exposition permannete des structures expressives qui symbolisent l’histoire et le

patrimoin culturel du quartier «Dhar El Mahraz»tout en jouant le rôle de structures

ombragées pour accueillir des activités en plein air.

208


La structure comme langage architectural

PLAN DE MASSE

209


La structure comme langage architectural

210


La structure comme langage architectural

PLAN D’ENSEMBLE, CENTRE DE

RECHERCHE ET D’INNOVATION

Plan RDC

211


La structure comme langage architectural

CONCEPT

La structure du bâtiment est conçue

sur plusieurs niveaux afin d’instaurer

une certaine hiérarchie architecturale.

Le premier niveau se distingue par des

pylônes gigantesques qui soutiennent

la structure suspendue du bâtiment.

La forme architecturale de ces pylônes est

pensée avec une inclinaison vers le sens

opposé du bâtiment, pour créer un équilibre

qui compense le contrepoids. Sur le plan

architectural, cette conception symbolise une

image figurative de deux personnes, chacune

sur l’une des rives du ravin, qui tentent de

tirer l’autre vers elles pour se rapprocher.

C’est une métaphore simplifiée de l’intention

de connecter, ou plutôt d’approcher, l’autre

côté, alors que les conditions actuelles du site

ne permettent pas une accessibilité aisée.

Cette représentation poétique de deux côtés

séparés, qui cherchent toujours à atteindre

l’autre rive, illustre un désir d’union et de lien,

malgré les obstacles existants.

212


La structure comme langage architectural

Plan RDC :

<Voir les plans

détaillés

213


La structure comme langage architectural

Au niveau du plan, les chemins de circulation

sont conçus en suivant les courbes

de niveau pour réduire au maximum

la pente et renforcer l’accessibilité

piétonne, carrossable et cyclable.

En coupe, le chemin de fer est enterré en

profondeur, tandis que la structure des

pylônes crée une différence dramatique

de niveaux en comparaison avec le bâti.

La conception architecturale des

pylônes

La conception du bâtiment suspendu

qui ‘est conçu d’une manière assez

simple pour laisser la chance à la

structure pour s’exprimer , le bloc est

percé pour faire rentrer la lumière à

l’intérieur mais aussi aux plantes et

arbres préservés sur le site

La forme des autres blocs

sont générées à travers des

transformations simples comme la

transition, la division et la rotation

Le projet est donc constitué de deux

parties séparées par la maille centrale

afin de centraliser le projet par

rapport à l’urbain, en revanche, elles

sont liées par une passerelle piétonne,

ce qui crée une connexion entre

l’architecture et l’infrastructure.

214


La structure comme langage architectural

PROGRAMME

215


La structure comme langage architectural

CIRCULATION

Le programme du centre de recherche inclut trois blocs :

- Un bloc principal, marqué par une façade distincte, qui comprend un système d’accueil et

d’inscription, un auditorium pour les conférences et événements, qu’ils soient internes au centre

ou liés au quartier universitaire, un espace d’exposition avec une zone de pause-café.

Cependant, les principales fonctions de ce bâtiment sont la zone d’étude, en groupe ou individuelle,

la zone de collaboration pour les jeunes auto-entrepreneurs et chercheurs, une médiathèque

avec une zone audiovisuelle et des espaces d’apprentissage. Ce bloc inclut également les

principaux espaces de service, de logistique, de sécurité, des locaux techniques, ainsi qu’une

zone administrative et une zone de restauration de livres, attenante à un espace d’exposition

des anciens ouvrages. Des espaces de détente et de restauration sont également prévus.

- Le deuxième bloc, constitué d’un seul étage, comprend une grande bibliothèque divisée en

trois zones selon les catégories d’utilisateurs : jeunes, étudiants universitaires et chercheurs.

- Le troisième bloc est connecté aux deux premiers par une passerelle piétonne. Il comprend des

laboratoires scientifiques de biologie, physique, chimie, et sciences informatiques, ainsi que son

propre système d’accueil et d’inscription, des bureaux administratifs, et sa propre zone de service

et de logistique.

216


La structure comme langage architectural

Vue 1

217


La structure comme langage architectural

218


La structure comme langage architectural

COUPE A

219


La structure comme langage architectural

220


La structure comme langage architectural

COUPE B

221


La structure comme langage architectural

222


La structure comme langage architectural

COUPE C

COUPE LONGITUDINALE,

RÉSIDENCE D’ART

223


La structure comme langage architectural

224


La structure comme langage architectural

COUPE D

225


La structure comme langage architectural

226


La structure comme langage architectural

Vue 2

227


La structure comme langage architectural

228


La structure comme langage architectural

Vue 3

229


La structure comme langage architectural

230


La structure comme langage architectural

FAÇADES

231


La structure comme langage architectural

232


La structure comme langage architectural

233


La structure comme langage architectural

234


La structure comme langage architectural

Vue d’intérieur 1

235


La structure comme langage architectural

236


La structure comme langage architectural

STRUCTURE ET

CONSTRUCTIVITÉ

La conception de la structure en treillis est pensée pour être exposée

à l’extérieur, tandis que la paroi architecturale se situe à l’intérieur, une

configuration inversée par rapport à ce à quoi nous sommes habitués.

Les planchers sont construits en béton précontraint avec des caissons

vides visibles pour réduire leur poids, tandis que les murs sont constitués

de matériaux légers multicouches dont la conception prend en compte

l’isolation thermique, acoustique et l’étanchéité, tout en favorisant des

matériaux écologiques. Un recul des murs extérieurs est prévu, surtout

dans la partie sud, pour protéger les espaces du rayonnement solaire

durant l’été grâce à une casquette solaire. Ce recul crée une zone de

circulation fonctionnelle en galerie.

237


La structure comme langage architectural

Afin d’éviter le vis-à-vis entre les zones de circulation et les espaces intérieurs. Seul l’étage

supérieur est doté d’une ouverture continue, tandis que l’étage inférieur favorise l’éclairage

naturel grâce à des cours intérieures donnant sur des espaces verts. Les ouvertures continues

sont constituées de panneaux en polycarbonate, un matériau léger et translucide visant à

diminuer la surchauffe des espaces en été et à limiter le vis-à-vis, notamment dans les parties à

un seul étage.

Échelle : 1/100

238


1

1 : Section de la poutre transversale

2:Dalle à caisson en béton

précontraint

3:Canalisations

4:Chape flottante

5:Revêtement

6: Joint antivibratoire

7:Plinthe

8: Couche de laine de roche

9: Couvertine symétrique

10: Étanchéité

2

1 : Joint antivibratoire

2:Panneau de finition intérieure

3:Placo plâtre BA 13 mm x 2

4:Couche de 5cm en mousse

polyuréthane

5:Montants en acier

6: Couche de 1cm de laine de roche

7:mastic d’étanchéité

8: profilé antivibration

9: Plinthe

10 : Parement extérieure

11: Pare vapeur (intérieur)

12:Pare-air étanche

13:recouvrement

14:Placo platre BA 13mm

3

1 : Panneaux de finition

2: Placo plâtre BA 13 mm

3:Isolation acoustique, en montants

décalés, en laine de roche

4:Montants en acier

5: Placo plâtre BA 13 mm x2

6: Panneaux de finition

7:structure du mur

8: Joint

Échelle : 1/20


La structure comme langage architectural

4

1 : couche d’isolation thermique

2: Canalisation

3: Fils d’électricité et d’éclairage

4:Vérin

5: Isolation acoustique

6: Joint antivibratoire

7:Plancher surélevé

8: Membrane d’étanchéité

9: Revêtement de sol

10: Points lumineux

5

1 : Joint

2: Profilé de drainage

3:Menuiserie

4:Panneau de polycarbonate

5: Profilé en métal

6: Montant en bois

6

1 : Section de la structure extérieure

2: Dalle en béton précontraint

3:Canalisation

4:Isolation thermique

5: Mastic d’étanchéité

6: Finition périphérique

7:Socle du garde-corps en béton

Échelle : 1/20

240


La structure comme langage architectural

241


Vue 4

Vue 5

242


La structure comme langage architectural

Vue 6

243


La structure comme langage architectural

244


La structure comme langage architectural

TABLEAU DE SUPERFICIES

DU PROJET

Projet principal : Centre de recherche

Bloc central (RDC) : 5250 m² 18% circulation

Zone d’accueil principale :

Espace Superficie en m²

Bureau

19

d’admission

Bureau

11,4

d’inscription

Bloc sanitaire 65,7

Poste accueil 25,7

Espace de 225

rencontre et de

détente

Hall d’accueil 132,5

Totale 480

Auditorium et annexes :

Magasin des 59,75

costumes

Stockage 43.10

Salle de contrôle 16,78

technique

Local technique 11,59

Local technique 9,21

Bloc sanitaire 39,00

Régie Lumière 8,27

Foyer 231,45

Régie vidéo et 8,26

protection

Régie son 7,34

Régie électricité 8,86

Auditorium 538,54

4 x Local 40

technique

Salle de contrôle 15,97

technique

Atelier 52,87

Stockage pour 19,14

exposition

Local technique 9,12

Local technique 11,72

Vestiaire des 7,40

personnelles

Vestiaire des 7,11

personnelles

Cuisine 13,20

Comptoir café 18,30

Espace

337,87

d’exposition

Local technique 11,09

Salle

de 43,11

répétition

Atelier de 23,45

maintenance

2 x Vestiaire 20

2 x WC 10

2 x Salle de 36

préparation

Salle de coulisse 17,13

Salle de coulisse 16,30

Dépôt 19,27

Studio 52,87

Local technique 10,98

Totale 1752

245


La structure comme langage architectural

Zone du logistique

Stockage 39,04

Poste de 24,83

commande des

fournitures

Bureau contrôle 24,83

de qualité

Bureau

24,83

responsable

Zone de tri 77,60

Totale 191

Espace d’étude :

Espace d’étude 163,40

individuelle

Espace de 138,17

concentration

Espace d’étude 259,89

en groupe

Totale 561,46

Zone de collaboration

Poste d’accueil 15,33

Bloc sanitaire 65,70

Salle d’animation 42,28

culturelle

Salle

de 35,25

formation

3 x Salle de 78

réunion

Bureau

25,12

d’expertise

Archives 25,60

Salle

de 69,39

projection

Espace ouvert 206,91

de collaboration

Bureau de 24,56

consultation

Totale 590

Espace de restauration

Café restaurant 456,60

Cuisine 50,67

Local technique 9,12

Stockage 10,68

Salle propre 4,19

WC 2,70

Vestiaire 4,95

Vestiaire 4,50

Bloc Sanitaire 43,20

Totale 587

Bloc central (RDJ) : 5150 m²

30% circulation

Espace d’exposition des collections

rares

Hall d’accueil 107,96

pour exposition

Vestiaire 29,60

Poste de 7,56

sécurité

Espace

426

d’exposition

Salle

de 85,96

projection audiovisuelle

Stockage 55,60

Bloc Sanitaire 65,70

Total 778,38

246


La structure comme langage architectural

Zone de restauration des livres

Zone de séchage 32,69

Salle

de 18,60

conservation

temporaires

Zone

de 43,68

numérisation

Local technique 7,22

Laboratoire 30,58

chimique

Local

de 26,32

préparation

SAS 6,15

2 x Local de 26,00

préparation

Atelier de 31.03

restauration

physique

Bloc sanitaire 6,56

Vestiaires 18,64

Zone

de 39.07

dépoussiérage

Stockage 26,42

Zone de réception 67,07

et de tri

Bureau de 29,25

Contrôle de

qualité

Totale 634

Locaux techniques

Local des

extincteurs

et Détection

incendie

Local technique

d’électricité

Local des UPs

(Salle des

onduleurs)

9,12

10,36

9,37

Local technique 90

de Système CHC

Stockage 17,67

Total 200

Zone de sécurité :

Local des 34,96

serveurs

Salle

de 17,67

surveillance

Salle de 19,64

Local technique 9,56

de sécurité

Total 81,83

Zone de service :

Salle de repos 16,28

Salle de repos 15,59

Vestiaire 6,39

Vestiaire 6,12

Salle de déchet 7,87

Stockage

10,67

matériel

Salle propre 24,24

Bloc sanitaire 10,24

Stockage de 51,42

fourniture

Total : 150

Zone audio-visuelle

Centre

92,32

d’information

numérique pour

les personnes en

difficulté

Centre des 54,24

ressources

internet

247


La structure comme langage architectural

Zone administrative :

Zone

240

d’apprentissage

numérique

Poste de 6,71

sécurité

Vestiaire 34,79

Zone

de 80,07

collection

multimédia

Stockage 13,85

Imprimerie 18,68

Bureau assistant

informatique

Salle de support 22,18

informatique

Poste d’accueil 7,86

Zone Audiovisuelle

353,04

Zone

de 95,44

collection

multimédia

Totale : 1080

Bureau

25,71

Responsable RH

Bureau

25,71

Responsable des

ressources

Bureau manager 25,22

spécialisé

Archives 10,73

Bureau sousdirecteur

16,98

Bureau de 14

secrétariat

Bureau de 20

directeur

général

Salle de réunion 34

Bureau manager

spécialisé

25,22

Total 200

Bibliothèque (RDC) : 4900 m²

20%circulation

Espace d’accueil

Espace de 282

détente

Vestiaire

34

commun

Bloc Sanitaire 64

Poste d’accueil 14

Poste de 12

Sécurité

Total : 406

Zone des jeunes :

Espace lecture 516

jeunes

Sas d’entrée 23

Poste d’accueil 5

Bureau de prête 15

Salle de scanne 17

Total : 576

Zone étudiants :

Espace lecture 475

étudiant

Salle de scanne 33

Sas d’entré 37

Poste d’accueil 5

Bureau de prête 20

Vestiaire 25

Poste de 6

sécurité

Espace de 116

détente

Totale 717

248


La structure comme langage architectural

Zone chercheurs :

Espace lecture 605

chercheurs

Bureau de prête 31

Salle de scanne 39

Stockage des 38

livres

Poste de 9

sécurité

Sas d’entré 38

Espace de 276

détente

Vestiaire 30

Totale : 1066

Zone de lecture spéciale :

Espace de 130

lecture mal

voyant

Espace des 129

périodiques

Collection des 147

livres Rares

Stockage des 154

livres

Total : 560

Laboratoire (RDC) :

6600 m² 30% circulation

Zone d’accueil :

Salle des 37

séminaires

Salle

de 80

conférence

Bureau de 50

publication

Zone

de 78

consultation des

publications et

de recherche

Bloc sanitaire 65

Total 310

Zone administration

Bureau directeur 26

Bureau

21

secrétariat

Salle de réunion 25

Espace

28

d’attente

Aide financier 28

Bureau

21

d’inscription

Espace

20

d’admission

Salle d’attente 26

Archives 21

Poste d’accueil 24

Total 240

Laboratoire biologie

Espace d’accueil 35

Salle

de 72

formation x2

Bureau X3 15

Bureau 25

Stockage 23

Vestiairesx2 20

WC 16

WC pour PMR 5

Chambre froide 11

négative

Chambre froide 18

positive

Salle

de 33

congélation

Labo

51

kinésiologies

Séquençage 44

249


La structure comme langage architectural

Sas 6

Chambre noire 13

Biologie

81

moléculaire

Sas x 2 12

Salle Mix 15

Labo N3 48

Sas x 3 7

Laverie 7

Salle de déchet 7

Autoclave 7

Totale 520

Laboratoire chimie

Halle d’accueil 45

Vestiaires x 2 20

WC 16

WC pour PMR 5

Salle

de 72

formation

Bureau X3 15

Bureau 27

Laverie 7

Salle de déchet 7

Autoclave 7

Salle d’analyse 24

Laboratoire 48

Salle

de 15

préparationx2

Sas 7

Laboratoire 72

Sas x2 12

Laboratoire 80

Laboratoire 41

Sas 6

Salle

de 13

préparation

Laboratoire 50

Stockage 44

Chambre froide 23

Local technique 6

Total 662

Laboratoire physique

Hall d’accueil 35

Salle

de 72

formation

Bureau X3 15

Bureau 27

Vestiaires x 2 20

WC 16

WC pour PMR 5

Laboratoire X2 144

Sas 6

Salle

de 26

préparation

Laboratoire 50

Salle

de 22

préparation

Salle des essaies 40

Salle

de 21

simulation

Stockage 46

Laverie 7

Salle de déchet 7

Autoclave 7

Total 566

Laboratoire sciences informatiques

Hall d’accueil 60

Bureau X3 15

Bureau 30

Vestiaires x 2 20

WC 16

WC pour PMR 5

Stockage 18

250


La structure comme langage architectural

Chambre des 13

serveurs

Salle

de 8

communication

Local IT 10

Atelier Computer 170

scienceX2

Laboratoire 90

informatique

Labo

45

développement

Salle

de 27

préparation

Laboratoire de 39

robotique

Total 566

Zone d’accueil et de connexion avec

la passerelle

Hall d’accueil 75

Poste d’accueil 13

Bureau 22

Bloc sanitaire 65

Poste de 20

sécurité

Local technique 14

Total 209

Laboratoire (RDJ) :

940m² 30% Circulation

Zone de collaboration

Laboratoire 82

d’innovation

technologique

Espace

66

d’évaluation des

projets

Ateliers

55

Prototypage

Espace de 108

collaboration

Salle de réunion 30

Total : 341

Zone de service et de logistique

Salle

de 18

surveillance

Salle

20

d’équipements

Local technique 9

Espace de 50

réception et de

tri

Bureau contrôle 27

de qualité

Bureau

27

responsable

Salle de repos 38

Salle

de 12

nettoyage

Salle propre 8

Salle de déchet 8

Vestiaires X2 26

WC 5

Total 250

251


La structure comme langage architectural

Projet secondaire: Résidence artistique

RDC : 1650m² 26% circulation

Espace

Superficie en

Hall d’accueil 100

Poste d’accueil 19

Bloc sanitaire 66

Espace de

21

réception

Stockage 33

Local technique 6

Espace

530

d’exposition

artistique

Café restaurant 290

Cuisine 60

Zone de service 62

Boutique 40

Total 1230

Étage : 3500m² 34% circulation

Poste d’accueil 19

Ateliers x 5 470

Atelier polyvalent 109

de coworking

Espace technique 97

Stockage 52

Chambre de 65

surveillance

Secrétariat 36

Archives 36

Bureau art 36

manager

Bureau RH 36

Bureau sousdirecteur

38

Bureau directeur 36

Salle de réunion 70

Salle d’exposition 145

audio-visuelle

Stockagex2 74

Salle propre 28

Salle sale 24

Vestiaires 54

Chambre double 216

pour femme X6

Chambre simple 216

pour femme X6

Chambre double 216

pour homme X6

Chambre simple 216

pour homme X6

Total 2289

252

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