COLLECT Belgique Février 2025
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COLLECT
Mensuel ne paraît pas en janvier, en juillet ni en août -8,95 € - P608061
n° 540 / février 2025
Jean Prouvé
Rêve de métal et de bois
Berlinde De Bruyckere
La marque du temps
Panamarenko
Un marché paradoxal
L’antenne belge de la maison de ventes historique ADER
Vente aux enchères de vins et spiritueux en préparation
Expertises et estimations gracieuses et confidentielles sur photographies
ou partout en Belgique sur rendez-vous, par notre expert Denis Bernard et
notre commissaire-priseur M e Octavie Bordet.
Pour inclure des vins et spiritueux dans cette vente, merci de nous contacter
à info@ader-brussels.be ou aux 0032 2 268 85 88 / 0032 493 19 27 68
ADER BRUSSELS Royal Tervuren. Avenue de Tervuren 113 – 1040 Bruxelles
photo © Claire Jachymiak
Contemporary
Art Fair
13>16 MARCH 2025
LILLE GRAND PALAIS
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FURNITURE DESIGN BY
CHRISTOPHE GEVERS (C.1980)
ARTWORK BY: JOHN LEBRUN - PHOTOGRAPHY BY MAX VICCA
Gallery Zabulum
27 rue des Minimes
Minimenstraat. 27
1000 Bruxelles - Brussel
Gallery Zabulum
Altenaken 11
3320 Hoegaarden
Tel +32 16 765400
VINTAGE DESIGN
COLLECT
Est. 1971 – février 2024 n°540
Édito
Rédacteur en Chef
Christophe Dosogne
Rédaction
Els Bracke
Christophe Dosogne
Trice Hofkens
Collaborateurs
Gilles Bechet, Tamara Beheydt,
Jean-Marc Bodson, Thijs Demeulemeester,
Gwenaëlle de Spa, Gwennaëlle
Gribaumont, Elien Haentjens, Diane
Hennebert, Ben Herremans, Anne
Hustache, Ewoud Mijnlief, Bernard Roisin,
Christine Vuegen
Vers plus de qualité et de mélange !
Mise en pages
Renaldo Candreva
Ellis De Vuyst
Administration, Rédaction, Agenda
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9000 Gand
Tél. : 09/216.20.20
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Secteur Art : Joris van Glabbeek
Tél. : 09/216.20.24
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Tout autre secteur :
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Yves de Schaetzen
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Belgique 52 €, Europe 90 €
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Membre de l’Union des Editeurs
de la Presse Périodique
Pour les auteurs d’art visuel et les photographes
: © CISAC / SABAM Belgium 2025
Portrait : © Guy Kokken
Editeur responsable :
Patrick Snoeck
En couverture
Berlinde De Bruyckere, Plunder I
(détail), 2024-2025, linoléum, feuille
d’or. © de l’artiste / photo : Mirjam
Devriendt
Nulle partie de cette publication ne peut être reproduite
et/ou publiée par impression, photocopie ou
de toute autre manière que soit, sans l’autorisation
écrite de l’éditeur. Ni la rédaction ni l’éditeur ne
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publiées, la responsabilité en incombant uniquement
à l’annonceur. © Arts Antiques Auctions, Gand
Que nous réserve le marché de
l’art en 2025 ? La question est sur
toutes les lèvres, notamment parce
que les dernières semaines de 2024
furent relativement mouvementées, tant à
l’international, avec les coupes sombres et les
revirements stratégiques opérés par Sotheby’s,
que plus près de chez nous, avec la faillite
inopinée d’une des plus anciennes salles de
ventes bruxelloises, la Galerie Moderne. Si ces
événements, chacun à sa propre extrémité du
marché, n’ont naturellement rien en commun,
ils éclairent toutefois différentes facettes d’un
écosystème multiple et complexe. Empêtrée
dans un mode de fonctionnement obsolète, à
l’heure de l’omnipotence des ventes en ligne
et du numérique, dont elle n’a pas su ou voulu
prendre à temps le virage, souffrant aussi d’une
image par trop classique, pour ne pas dire
démodée, la Galerie Moderne n’a ainsi pas su
se défaire de ses vieux réflexes, quitte à réduire
la voilure au bénéfice de la qualité, ni sentir
le vent tourner en explorant de nouveaux
segments. D’autres, comme la salle liégeoise
Mosan, ont déjà fait les frais de ce tropisme
passéiste et ce n’est peut-être pas fini. Car, plus
que jamais, le marché, qu’il soit local ou international,
se veut ‘‘granulaire’’, à savoir dépendant
de la qualité de l’œuvre vendue. C’est vrai
aussi bien en art moderne et contemporain
que dans le domaine de l’ancien, longtemps
considéré comme moribond, mais qui tend à
retrouver un certain dynamisme en attirant
peu à peu les nouvelles générations. « Renouveler
et rajeunir les troupes », voilà d’ailleurs qui
devrait être une priorité absolue de tout acteur
du marché. Ainsi, à l’image des résultats obtenus,
en novembre dernier, dans les grandes
ventes d’art ancien et du XIXe siècle, les collectionneurs
de contemporain et de moderne
diversifient de plus en plus leurs portefeuilles
en se tournant vers les maîtres anciens. Pour
autant qu’on parvienne à les y intéresser, en
éduquant leur regard comme en les rendant
La réalité du marché
est qu’il n’existe et ne
fonctionne que lorsque,
loin de toute spéculation,
les collectionneurs d’art le
collectionnent vraiment
pour ce qu’il est.
ludiques, et qu’on décrypte pour eux les nombreux
avantages de leur acquisition, ainsi que
leur valeur en regard de l’art contemporain, désormais
aiguillonné par le grand retour de l’abstraction.
Si cette tendance à la diversification
semble profonde, elle demande, pour le plus
grande bénéfice de tous, à être renforcée chez
les trentenaires, notamment par l’utilisation
d’outils de communication qui les touchent, à
l’image de Tik Tok ou d’Instagram, mais aussi,
dans un marché encore miné par les faux, en
garantissant le pedigree et l’absolue authenticité
des œuvres proposées. Christie’s remarquait
ainsi que près de 80 % de ses clients ayant enchéri
sur sa dernière vente de maîtres anciens
étaient également des acheteurs d’œuvres modernes
et contemporaines, ou des collectionneurs
‘‘20/21’’, comme elle les nomme. Quant
à Sotheby’s, elle confirmait cette lame de fond
intersectorielle, qu’elle n’a eu de cesse d’encourager
depuis plusieurs années. Or, la réalité du
marché est qu’il n’existe et ne fonctionne que
lorsque, loin de toute spéculation, les collectionneurs
d’art le collectionnent vraiment pour
ce qu’il est. Et qu’il le soit en ventes publiques
ou privées, où se concentrent les plus belles
transactions, ne change rien à l’affaire. Pourvu
que l’a qualité soit au rendez-vous !
Christophe Dosogne
5
28
38
La chevalière,
un bijoux
symbolique
78
L’avis de l’expert :
des jouets
chez Jordaens
Samuel van Hoogstraten
en rétrospective
68
Panamarenko :
un marché paradoxal
42
Au fil du temps :
l’étain
« Panamarenko est
l’un des artistes les plus
aimés et les plus connus
chez les jeunes. »
6
46
Les divers visages
du rêve américain
Sommaire
Février 2025
Dossiers
Ventes
74
Jean Prouvé, un rêve de
métal et de bois
14 Berlinde De Bruyckere,
un phénomène
26 L’oeuvre révèle l’artiste :
Grace Schwindt
28 Samuel van Hoogstraten
en rétrospective
36 L’oeuvre révèle l’artiste :
Wael Shawky
38 La chevalière,
un bijoux symbolique
42 Au fil du temps : l’étain
46 Les divers visages du rêve
américain
68 Panamarenko :
un marché paradoxal
74 Jean Prouvé, un rêve de
métal et de bois
Rubriques
78 L’avis de l’expert : des
jouets chez Jordaens
82 Focus International
84 La surprise du mois : Dario
Villalba chez Bonhams
Cornette de Saint Cyr
85 Ventes en Belgique
Agendas
56 Musées
64 Galeries
106 Ventes
107 Foires & Salons
108 Salles de ventes
109 Bonnes adresses
& Petites annonces
8 Up to date
12 Personalia
24 L’artiste du mois :
Robin Wen
32 Zoom : Saul Leiter
50 La vie du conservateur :
Joris Van Grieken
52 Musées
58 Paroles de galeriste :
Plus-One Gallery
59 Galeries
72 Conseils pour les
débutants : les enchères
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7
Up to date
->
Vue du Pavillon Chinois de Laeken, janvier 2025. © D. R.
->
Léon Spilliaert, Portrait de Mademoiselle Simonne Kremer, 1937. Collection Mu.ZEE. © photo : Cedric
Verhelst
Signa temporum, ars temporis…
Léon Spilliaert et Ostende sont inextricablement
liés. Afin de faire découvrir
l’histoire de cet artistes ostendais
iconique à un large public, le Mu.ZEE, la
ville d’Ostende et l’Office du tourisme de
Flandres viennent de lancer le site www.
leonspilliaert.be S A Bruxelles, le groupe
sculpté de Victor Rousseau, intitulé La
Maturité, qui trônait depuis 1922 au cœur
d’un jardinet le long de la rue Ravenstein
a vu sa demande de classement refusée,
le 12 décembre, par la Région de
Bruxelles-Capitale, car il véhiculerait «des
valeurs qui ne sont plus en phase avec
celles de la société actuelle ». Encrassé par
la pollution et vandalisé, ce chef-d’œuvre
spectaculaire, composé de six figures en
marbre, revêt pourtant un intérêt patrimonial
indéniable, selon la Commission
Royale des Monuments et Sites (CRMS)
qui ne décolère pas contre ces arguments
fallacieux et ce wokisme imbécile. Il va
de soi qu’on annonce, en lieu et place, la
commande d’une sculpture contemporaine
« plus en phase » avec le verbatim
désormais dominant… S A Knokke, après
son installation en 2018 à l’issue de la
Triennale Beaufort, la sculpture de l’artiste
français Jean-François Fourtou, Beach
Castle, composée de cabines de plages
empilées, devait être démantelée, courant
du mois de janvier, pour raisons de sécurité.
Elle sera remplacée prochainement
par une œuvre plus pérenne. S La Galerie
Martine Ehmer vient d’annoncer son déménagement
vers Waterloo, après deux
décennies dans le centre de Bruxelles, en
un espace de 200 m². www.galeriemartinehmer.com
S L’Espace Vanderborght
accueille (du 7 au 9 février) la douzième
édition de l’exposition collaborative
Carte de Visite / ARTopentKUNST, qui
réunit plus de trois cents artistes bruxellois.
www.cartedevisite.brussels S Sur
proposition du secrétaire d’État sortant
en charge de la Régie des Bâtiments,
Mathieu Michel, le Conseil des ministres
a approuvé définitivement, le 20 décembre
dernier, la concession domaniale,
la création et la validation des statuts de
l’ASBL du Pavillon Chinois nouvellement
renommée ‘‘Palais Chinois et des pays
des routes de la soie’’, à Laeken. L’association
poursuivra deux objectifs essentiels
: d’abord le financement et le suivi
de la restauration du Pavillon Chinois, de
ses annexes, ainsi que ses équipements
futurs, son entretien et son animation en
coordination avec les services compétents.
Ensuite la garantie du fonctionnement
et la qualité de la nouvelle affectation
du Pavillon Chinois, orientée à la fois
vers une activité culturelle, des objectifs
diplomatiques et l’entretien des relations
amicales entre des entreprises et institutions
belges et asiatiques. S A Tervuren,
8
UP TO DATE
->
L’installation des œuvres d’Ernesto Neto au Bon Marché Rive Gauche. © photo : Stéphane Aboudaram
Nadia Nasayi, en charge de la programmation
culturelle de l’Africa Museum,
critiquant sa hiérarchie, s’est dite prête à
démissionner si l’institution n’entamait
pas rapidement un vrai travail de questionnement
sur son héritage colonial et sa
légitimité future. www.africamuseum.be
S Cinquante ans après sa création, Milan
inaugurait enfin, le 7 décembre, son nouveau
musée d’art moderne et contemporain.
Sis au sein du Palazzo Citterio, impressionnante
bâtisse du XVIIIe siècle, ce
nouveau musée fait partie du complexe
culturel Grande Brera, qui comprend la
Pinacothèque, la Bibliothèque et d’autres
institutions voisines. Il abrite une importante
collection d’œuvres, notamment de
Picasso, Morandi, Boccioni et Modigliani,
et vise à rivaliser avec les grands centres
culturels comme Florence et Rome. www.
palazzocitterio.org S L’Arabie saoudite
s’est engagée à verser 50 millions d’euros
pour la rénovation du Centre Pompidou à
Paris, marquant ainsi une étape importante
dans le partenariat culturel croissant
entre les deux nations. Cette injection de
fonds soutient la rénovation du Centre
Pompidou, d’une valeur de 262 millions
d’euros, qui débutera en mars prochain.
Elle s’inscrit dans le cadre d’un partenariat
culturel de dix ans entre l’Arabie saoudite
et la France. Dans le cadre de cet accord,
cette dernière l’aidera à mener à bien
plusieurs initiatives culturelles, dans les
efforts du pays pour améliorer son image
internationale et diversifier son économie.
S A Paris, avant d’investir le Grand Palais
à l’été prochain, le sculpteur brésilien
Ernesto Neto (1964) vient d’envahir les
espaces du Bon Marché Rive Gauche
(jusq. 23-02). Son exposition, intitulée
Le La Serpent, se compose de plusieurs
structures monumentales en crochet.
www.lebonmarche.com
Excellent bilan
pour Piasa
->
Frédéric Chambre, directeur général de la maison de ventes Piasa.
© photo : Jonathan Dureisseix
Dans une perspective globale, plutôt positive pour les
salles de ventes françaises contrairement à leurs consœurs
anglo-saxonnes, la salle Piasa, qui inaugurait en janvier
son antenne belge, dirigée par Sabine Mund, tire largement
son épingle du jeu. Son directeur général, Frédéric
Chambre, explique : « Piasa enregistre depuis 2019,
chaque année, une croissance positive. Cette année 2024
a confirmé cette tendance avec un résultat de près de 65
millions d’euros d’adjudication (frais acheteurs inclus),
en progression de 8 % par rapport à l’année 2023. » Les
deux départements les plus importants de la salle sont,
respectivement, le design (39 millions d’euros, en progression
de 11 %) et l’art moderne et contemporain (18 millions
d’euros, en progression de 7 %). A noter également une
croissance soutenue dans le domaine des bijoux et de
l’horlogerie (3 millions d’euros). Comment expliquer cette
insolente santé ? Outre une attention élevée accordée à la
qualité irréprochable des lots proposés, de même qu’une
diversification des segments de marché, au sein même
de ses spécialités, notamment le design, à contre-courant
de ses rivales, la salle considère qu’il ne faut pas tout
miser sur le digital et que les catalogues imprimés, qu’elle
continue d’envoyer de manière sélective, demeurent aussi
des vecteurs de communication importants, qui attirent
de nouveaux clients et contribuent à son rayonnement
international. www.piasa.fr
9
UP TO DATE
->
La Galerie
Moderne
en faillite
Début janvier, la salle de vente bruxelloise
Galerie Moderne, entreprise
familiale fondée en 1935, se déclarait
en faillite. Toutes les ventes à venir
sont donc annulées. Pour cette
enseigne incontournable du maillage
des enchères à Bruxelles, le second
semestre 2024 a été une période
particulièrement difficile, notamment
quant à la quête d’œuvres de qualité
et de grandes collections. Qui plus est,
outre la concurrence de ses consœurs
belges et des salles étrangères, nombreuses
dans la capitale, l’explosion
du commerce en ligne depuis la pandémie
a contribué à miner un modèle
économique vieillissant. Totalement
inattendue, cette faillite a provoqué
un grand émoi dans le landerneau,
à un moment où le marché traverse
d’importantes turbulences avec des
perspectives d’avenir incertaines. NB :
La Galerie Moderne étant désormais
sous curatelle, le paiement des lots
vendus jusqu’en décembre 2024 a
été interrompu jusqu’à nouvel ordre !
www.galeriemoderne.be
Sombres perspectives
pour Sotheby’s
->
Les tous nouveaux bureaux de Sotheby’s, à Paris. © D. R.
Depuis le printemps 2024, l’auctioneer Sotheby’s
a licencié près de deux cents collaborateurs
à l’échelle mondiale. Si les victimes sont,
pour la plupart, des employés de back office,
des juniors et des spécialistes de différents
départements, nombre de directeurs et de
managers, notamment en Belgique, ont
été la cible de ces coupes sombres, opérées
alors que la maison de vente, propriété de
l’homme d’affaires franco-israélien Patrick
Drahi (groupe Altice), avait été recapitalisée,
fin novembre, par le fonds souverain d’Abou
Dhabi, à hauteur d’1 milliard de dollars. Une
grande partie de cet investissement aurait
toutefois déjà été utilisée pour rembourser
une partie de la dette fixe de 1,65 milliard
de dollars liée aux activités de vente aux enchères
de Sotheby’s. Selon The Art Newspaper,
ces licenciements, attribués par l’auctioneer
aux conditions difficiles du marché,
auraient fait d’emblée partie des négociations
avec les investisseurs émiriens. En novembre,
pour rappel, Sotheby’s avait enregistré une
baisse significative des revenus de ses ventes
phares de New York, en art impressionniste
et moderne, chutant à 533,1 millions
de dollars, contre 1,2 milliard de dollars en
2023. En outre, un rapport ayant fait l’objet
d’une fuite a révélé une baisse de 88 % des
bénéfices de base et une diminution de 25 %
des enchères pour le premier semestre 2024.
Sotheby’s aurait également été confrontée à
des difficultés de trésorerie, malgré le rachat
de son siège new-yorkais pour 100 millions de
dollars (l’équivalent de ce qu’elle chercherait
à économiser) et l’ouverture de nouvelles
succursales, à Hong Kong et Paris. En outre,
l’introduction, l’an dernier, d’une nouvelle
structure de frais, ayant réduit la prime des
acheteurs en faveur d’un transfert des coûts
vers les vendeurs, n’a fait qu’amplifier les
difficultés de la société, devenue moins
attractive au sourcing. Depuis, celle-ci a fait
marche arrière, revenant à des conditions
d’honoraires ‘‘sur mesure’’ pour les vendeurs,
et fixant la prime pour l’acheteur entre 15
à 27% du prix d’adjudication. Pour autant,
l’avenir n’apparaît guère serein…
Un Jordaens retrouvé en France
->
Jacob Jordaens, une version du Retour de la
Sainte Famille d’Egypte dans les collections
des musées d’Etat de Berlin. © IRPA
Un tableau du peintre baroque flamand Jacob Jordaens (1593-1678), Le retour de la Sainte
Famille d’Égypte, a été retrouvé chez un antiquaire décédé, dans le sud de la France. Il avait
été volé à une famille juive d’Anvers durant la Seconde Guerre mondiale, qui en a donc
repris possession 80 ans plus tard. L’historien de l’art Brecht Vanoppen du Rubenianum a
confirmé le pedigree de cette œuvre volée. Jordaens fut l’un des grands maîtres flamands,
aux côtés de Rubens et Van Dyck. La rumeur veut que Fernand Huts (Phoebus Foundation)
serait particulièrement intéressé par son acquisition.
10
UP TO DATE
Dans l’intimité
des salons
spécialisés
S ARTISTS PRINT, salon indépendant des
livres d’artistes et des multiples, est organisé
pour la seizième fois par Jeunesse et
Arts Plastiques (JAP) en la Maison des Arts
de Schaerbeek. Les 1er et 2 février, plus de
35 exposants sélectionnés se réunissent,
parmi lesquels des artistes et des éditeurs
de renommée internationale, ainsi que
des écoles d’art et des initiatives individuelles.
En hommage à l’artiste et architecte
Peter Downsbrough (1940-2024), décédé à
Bruxelles l’été dernier, une exposition de ses
livres emblématiques est prévue. Ce salon
indépendant est devenu une référence
pour la scène bruxelloise de la micro-édition,
des livres d’artistes et des multiples.
www.jap.be S Affordable Art Fair Brussels
revient cette année à Tour & Taxis, du 5 au
9 février. Comme son nom l’indique, cette
foire vise à démocratiser l’art contemporain
et à le rendre accessible à tous. Plus de 85
galeries, tant nationales qu’internationales,
présentent des milliers d’œuvres à des
prix abordables. Un cadre idéal pour les
collectionneurs d’art, qu’ils soient novices
ou patentés, pour découvrir les joies de la
collection. www.affordableartfair.com S La
cinquième édition du salon Art on Paper
d’Amsterdam, prévue du 6 au 9 février, se
déroule dans un nouveau lieu : le Kromhout
Hall sur l’IJ. Il accueille une quarantaine de
galeries et dix grands marchands. Venus de
->
Helmut Griese, extraordinaire service à thé en argent. Courtesy Uta König / Wavre Fine Art Fair
Belgique, on compte Coppejans, Sofie Van
Den Bussche, NQ, Settantotto et Shoobil.
www.artonpaperamsterdam.nl S Egalement
à noter, la troisième édition du salon Wavre
Fine Art Fair. Du 20 au 23 février, plus de
cinquante marchands belges et étrangers se
réuniront à nouveau à La Sucrerie de Wavre.
Parmi eux, des nouveaux venus comme
René Claeys et Christophe Adrians (Remarkable
Paintings). Pour cette édition, les
organisateurs ont sélectionné de nouvelles
spécialités telles que la broderie, les armures,
les arts de la table, des noms prestigieux
de la vaisselle et de la porcelaine françaises
ainsi que des orfèvres de renom. www.
wavrefineart.com S Du 20 février au 2 mars,
Rotterdam accueille la première édition de
sa biennale de design (Design Biennale
Rotterdam, www.designbiennalerotterdam.com).
Organisé par Liv Vaisberg,
initiatrice du salon COLLECTIBLE (Bruxelles
et New York), l’événement, qui investira une
dizaine de lieux emblématiques, souhaite
rendre compte du dynamisme de la scène
locale. S En parlant de Rotterdam, la foire
emblématique Art Rotterdam déménage
et change de date, pour se dérouler du 28 au
30 mars. Elle fêtera donc sa 26e édition dans
un nouveau lieu, plus spacieux et pouvant
accueillir un éventail diversifié de galeries,
sculptures, installations et performances.
www.artrotterdam.com
Vic Gentils à l’honneur
chez Campo & Campo
Connue comme maison de vente mais aussi comme galerie, Campo & Campo organise,
pour la 16e fois, une Triennale de sculpture. L’exposition réunit un large éventail
de techniques et célèbre la polyvalence de la sculpture sous toutes ses formes. Tous
les trois ans, une trentaine d’artistes contemporains sont ainsi invités à présenter leurs
œuvres aux côtés d’une sélection de sculptures d’artistes renommés provenant de
collections privées. Comme pour les éditions précédentes, un hommage est rendu à
un artiste disparu. Cette année, l’honneur revient à l’artiste anversois Vic Gentils (1919-
1997). Une large sélection de ses assemblages sera donc à voir (du 14-02 au 28-03).
S www.campocampo.be
->
Vic Gentils, Le roi des aigles, 1985, assemblage,
180 x 70 x 130 cm. © Campo & Campo
11
Têtes de l’Art
Lorraine O’Grady
In memoriam : Artiste, écrivaine, traductrice
et critique musicale américaine.
Lorraine O’Grady (1934) est
décédée le 13 décembre, à New York.
Travaillant dans le domaine de l’art
conceptuel et de la performance, qui
intègre l’installation photo et vidéo,
elle explorait la construction culturelle
de l’identité, et en particulier
celle de la subjectivité féminine
noire, telle qu’elle fut façonnée par
l’expérience de la diaspora africaine
et de l’hybridité.
© photo : Stefan Ruiz
Marie-Claude Beaud
In memoriam : Personnalité essentielle
de l’art contemporain, qui fut
directrice du Nouveau Musée National
de Monaco (NMNM), de 2009
à 2021, Marie-Claude Beaud (1946)
est décédée le 29 décembre, à Toulon.
Avec un parcours exceptionnel,
qui l’a conduit à diriger le Musée de
Grenoble, le Musée de Toulon, la
Fondation Cartier puis le Musée
d’Art Moderne Grand-Duc Jean
de Luxembourg (MUDAM), elle
s’était vue confier en 2005 la direction
artistique du Prix international
d’art contemporain de la Fondation
Prince Pierre. A partir de 2009,
elle avait contribué à moderniser le
NMNM qui bénéficia en 2010 d’un
nouvel espace d’exposition, la Villa
Paloma. Elle clôturait sa carrière en
2021 en présentant au public Marginalia,
sa dernière exposition dédiée
à l’art de la bande-dessinée.
© photo : Michaël Alesi
Sheikha Hoor
Al Qasimi
Oliviero Toscani
In memoriam : Le photographe italien
Oliviero Toscani, célèbre pour
son œuvre aussi culte que controversée
dans le cadre de campagnes
de publicité pour la maison italienne
de mode Benetton, est décédé
le 13 janvier, à l’âge de 82 ans. Né
en 1942, il avait longtemps dirigé
l’image controversée de la marque
de mode italienne, à l’époque de sa
période faste, dans les années 1980
et 1990. Il avait notamment réalisé
le cliché choc d’un homme mourant
du Sida (Dying on AIDS, 1992)
et une série de portraits de prisonniers
américains, dans le couloir de
la mort (Sentenced to death, 2000).
© D. R.
Top 100 : Directrice de la Biennale
de Sharjah depuis 2003 et fondatrice
de la Sharjah Art Foundation en
2009, Sheikha Hoor Al Qasimi est
arrivée en tête de la 23e édition du
classement annuel de l’ArtReview
Power 100. Son influence a permis
à la scène locale de passer d’une
perspective occidentale à une perspective
mondiale. Elle a récemment
assuré le commissariat de la deuxième
édition de la Biennale de Lahore
(2020) ; elle a également été nommée
directrice artistique de la Triennale
d'Aichi 2025 au Japon ; et sera
commissaire de la Biennale de Sydney,
en 2026.
© photo : Sebastian Böttcher
Ed Dolman
Mercato : Ed Dolman, président de
l’auctioneer Phillips, quittera son
poste en mai prochain pour se consacrer
à un rôle de conseiller. Actif
chez Phillips depuis 2014, d’abord
en tant que directeur général puis,
à partir de 2021, en tant que président,
sous son leadership, le chiffre
d’affaires annuel a doublé, s’étendant
à de nouveaux marchés et dans des
initiatives numériques. Ancien président
de la British Art Market Federation,
Martin Wilson a été nommé
pour le remplacer.
© photo : Brigitte Lacombe
12
Kate Crawford et Vladan Joler
Emmanuel
Van de Putte
Lauréats : Le 18 décembre, la Fondation
Boghossian récompensait, à
Bruxelles, les lauréats de la première
édition de son Prix International.
Les artistes honorés pour leur
talent ont en commun de mener
une réflexion autour du dialogue
interculturel. Prix des Arts Visuels,
Kate Crawford et Vladan Joler
explorent les impacts cachés et les
rapports mondiaux de l’intelligence
artificielle à travers leur art. Joy Harvey
remporte le Prix de la Joaillerie
pour ses pièces mêlant l’orfèvrerie
florentine, les techniques arméniennes
et l’innovation numérique.
Remportant le Prix du Design et de
l’Artisanat, Kim Mupangilaï explore
dans son travail l’intersection entre
l’art congolais et l’Art nouveau belge,
dans le but d’approfondir la compréhension
des récits culturels.
© Fondation Boghossian
Christine
de Schaetzen
Mercato : Historienne de l’art diplômée
de l’ULB et spécialisée en art
moderne et contemporain, Christine
de Schaetzen a fait ses armes
chez Patrick Derom puis à la Fondation
pour l’Architecture avant
de rejoindre la maison de ventes
Lempertz, à Bruxelles, et de porter
le projet de sa nouvelle implantation
rue du Grand Cerf. A la tête de
l’équipe belge de la maison germanique
jusqu’en 2016, elle avait ensuite
pris les rênes de l’antenne belge
de Bonhams, supervisant en 2022
l’intégration en son sein du bureau
belge de l’étude parisienne Cornette
de Saint Cyr, devenue Bonhams
Cornette de Saint Cyr. Début décembre,
elle quittait l’enseigne pour revenir
à ses anciennes amours en tant
que directrice de la Galerie Patrick
Derom, à Bruxelles. Elle y collaborera
avec Edouard et Partrick Derom
à la mise sur pied d’expositions d’art
moderne et contemporain.
© Bonhams
Naomi Beckwith
Nomination : Naomi Beckwith a été
nommée directrice artistique de la
documenta 16, qui se tiendra à Kassel
en 2027. Actuellement directrice
adjointe et conservatrice en chef
du Solomon R. Guggenheim, elle a
été sélectionnée parmi cinq candidats.
Forte d’une solide expérience
dans le commissariat d’expositions
sur l’identité et l’influence de la culture
noire au musée d’Art contemporain
de Chicago, elle apporte une
perspective globale à la documenta.
Il s’agit de la deuxième commissaire
américaine à diriger la manifestation.
© D. R.
Mercato : A la mi-décembre, alors
que l’auctioneer procédait depuis
des mois à des coupes sombres dans
ses équipes au niveau mondial (environ
deux cents collaborateurs, lire
par ailleurs), le directeur opérationnel
de Sotheby’s Belgique, Emmanuel
Van de Putte se voyait signifier la
fin de son contrat avec cette maison
de vente, qu’il avait rejointe en
2013. Ayant débuté sa carrière en
tant que directeur de l’antenne belge
de Lempertz, il avait ensuite intégré
le département d’art impressionniste
et moderne de Christie’s en tant
que spécialiste entre Paris, Londres
et Bruxelles. Il a également travaillé
comme directeur général de Chester
Collections, société spécialisée dans
la gestion de collections privées.
© Sotheby’s
Koyo Kouoh
Nomination : Koyo Kouoh a été nommée
commissaire de l'édition 2026
de la Biennale de Venise, entrant ainsi
dans l'histoire en tant que première
femme africaine à occuper
ce poste prestigieux. Commissaire
d’exposition camerouno-suisse, elle
est depuis 2019 directrice exécutive
du Zeitz Museum of Contemporary
Art Africa, au Cap en Afrique du Sud,
et est connue pour sa vision panafricaine.
Sa nomination souligne un
engagement continu en faveur de
l’inclusivité, malgré les changements
politiques en Italie. Sa vision sera de
maintenir la Biennale comme ‘‘maison
du futur’’.
© photo : Art Basel
13
Berlinde
De Bruyckere
Un phénomène
14
Vie et mort, amour et souffrance,
brutalité et tendresse, promesse
et apocalypse, beauté et laideur,
lourdeur et légèreté, drame et
consolation, rapprochement et
déchirement : dans son œuvre,
Berlinde De Bruyckere accumule les
paradoxes. Alors qu’elle prépare une
grande exposition à Bozar, COLLECT
s’est entretenu avec un couple
de collectionneur, la directrice
des expositions de l’institution, la
commissaire de l’exposition, mais
aussi avec l’artiste elle-même.
Pour ou contre Berlinde De
Bruyckere ? « On ne peut pas aimer
mon œuvre juste un peu. »
DOSSIER : BEN HERREMANS
Lost V, 2021-2022, dépouille de cheval, marbre, textile,
fer, époxy. © de l’artiste / photo : Mirjam Devriendt
15
Deux corps
partageant une
tranche de vie
Indépendamment l’un de l’autre,
le couple de collectionneurs
Philippe le Hodey et Béatrice de
Liedekerke s’émerveillent devant
l’œuvre Deux Corps de Berlinde
De Bruyckere.
C’est en 2019 que l’artiste réalisait
Deux Corps, œuvre qui représente
deux troncs d’arbre dans un placard.
Les troncs sont attachés par
une corde, ensemble et solidairement du
placard ouvert à l’avant et fermé à l’arrière.
L’intérieur est revêtu de papier peint. Les
collectionneurs Philippe le Hodey et son
épouse Béatrice de Liedekerke l’ont acquise
à l’occasion de leur anniversaire de mariage.
Philippe le Hodey : « L’œuvre était exposée
en 2021 à la TEFAF de Maastricht. Comme
nous n’avions pas beaucoup de temps, nous
avons décidé de visiter le salon chacun de
son côté et chacun à son rythme. J’emmagasine
les images très vite, Béatrice s’attarde
davantage, absorbe l’art de manière plus
méditative. Une seule œuvre nous a précisément
marqués. Nous ne savions pas à
l’époque qu’elle s’appelait Deux Corps. Elle
semblait représenter un couple demeuré
ensemble pour la vie et ayant fondé une
famille. Le caisson symbolise la maison dans
laquelle il vit. Nous avons partagé cette perception
avant même que l’artiste n’explique
son œuvre. Nous y avons lu des blessures et
une évolution et en avons été profondément
touchés. » Béatrice de Liedekerke : « Pour
moi, cela représente un mariage. Deux
corps qui partagent une tranche de vie, l’un
à côté de l’autre. Ils ne fusionnent pas, car
le mariage ne possède pas cette capacité,
chacun demeurant séparé. Un morceau de
corde les relie entre eux et avec le monde
extérieur. L’artiste y exprime son monde
intérieur, avec un papier peint ancien qu’elle
avait chez elle. Ce qui le rend subtilement
authentique. J’y trouve une grande joie. Nos
enfants en ont eu peur, ayant cru que c’était
un cercueil. C’est l’une des rares œuvres
de notre collection à produire un tel choc.
Elle déstabilise. Nous l’avons installée dans
le hall d’entrée. Elle valorise ainsi les autres
œuvres et les situe dans un autre contexte.
Toute la maison s’est adaptée à cette œuvre
qui n’est ni négative ni agressive. Elle suscite
de nombreuses réactions, soulève des
débats. Dès que nous expliquons qu’elle correspond
à notre vision de deux corps et d’un
couple, les avis changent. Les visiteurs la
regardent alors avec d’autres yeux. Je pense
que l’art de Berlinde De Bruyckere a besoin
d’explication pour être compris. Il est possible
d’y voir des tas de choses, car il regorge
de symboles. »
COMPASSION
Le couple admire Berlinde De Bruyckere.
Béatrice de Liedekerke : « C’est l’une
des artistes les plus courageuses que je
connaisse. Elle ose briser les codes de la
beauté. Elle le fait de manière très physique,
parfois même brutale, avec des matériaux
qui lui permettent d’explorer les limites
du repoussant. Son art nous parle de nous
et de choses inexprimables. Il mène à une
spiritualité et à la vérité la plus profonde
sur l’homme. Il fait réfléchir. Je connais peu
de personnes capables de bouleverser à ce
point. » Philippe le Hodey : « Elle choque et
« Béatrice et moi
avons eu l’impression
que Deux Corps
représente un couple
demeuré ensemble
pour la vie et qui a
fondé une famille. »
fait bouger le spectateur. Il y a souvent, au
premier abord, quelque chose d’attrayant.
Mais ce qui reste gravé dans la mémoire,
c’est la prise de conscience abrupte que cela
touche au plus profond. » Béatrice de Liedekerke
souligne la douleur présente dans son
œuvre, mais elle n’exprime ni pessimisme
ni négativisme : « C’est le drame de la vie et
de la souffrance. Il y a pourtant toujours une
lueur d’espoir, une perspective d’avenir et
de progrès. Peut-être que l’esprit du temps,
turbulent et incertain, pousse à en faire
une lecture négative. Mais aussi brutal qu’il
puisse paraître, c’est un art très féminin :
fragile, tendre, subtil, respectueux. Et rassurant.
» Philippe le Hodey : « Ses couvertures,
par exemple, ont vécu. Elles ont protégé des
gens et caché la misère. Elles possèdent la
patine de la vie et du temps. C’est dramatique
et touchant, cela suscite de la compassion.
Ses œuvres font preuve de compassion
pour ce qui est abîmé. Cela relève profondément
de la ‘‘condition humaine’’. La mort est
dans tout. Nous savons que nous mourrons,
mais nous l’oublions. Dans son œuvre, la
16
mort est présente avec tendresse et délicatesse.
Il y a toujours l’amour qui dure éternellement.
Berlinde De Bruyckere expose des
corps en décomposition, mais ces dégâts
n’ont jamais été infligés par la force. Elle
montre la vie telle qu’elle est, décatie par le
temps. Il faut accepter cette réalité. Expérimenter
la transcendance, en quelque sorte.
Son art réconforte. Plutôt que religieux, il
procède d’une transcendance universelle
qui s’ouvre à tous. » Béatrice de Liedekerke :
« Il est pourtant chrétien : le Christ a donné
sa vie dans la souffrance, une souffrance qui
symbolise le plus grand amour possible. La
vie ne finit pas seulement dans la douleur et
les souffrances, dans les blessures et la mort.
Son art me paraît résolument religieux,
sacré. Elle prêche la rédemption. »
« Il est possible
d’y voir des tas
de choses,
car son art regorge
de symboles. »
CONTACT PERSONNEL
Que retiennent Philippe le Hodey et Béatrice
de Liedekerke de leur contact personnel
avec l’artiste ? Philippe le Hodey :
« Nous l’avons rencontrée après avoir
acquis son œuvre. Elle en a parlé en toute
franchise et modestie. Sans chichis, ayant
le marketing en horreur, sans coquetterie.
Elle n’a pas besoin d’être admirée. Elle est
perfectionniste, chaque détail compte.
Personne ne regarde son œuvre avec
autant d’exigence qu’elle-même. Mais son
jugement prévaut. » Béatrice de Liedekerke
: « Elle m’a impressionnée. Berlinde est
quelqu’un de sobre, l’art régit sa vie et ses
pensées, elle s’y consacre comme on entre
en religion. Son art est prophétique : ce
qu’elle souhaite dire, elle l’exprime le plus
précisément possible. Ce qu’elle désire
obtenir, ce n’est pas la perfection de son
travail, mais le travail comme expression
parfaite de ce sa pensée. Le contact a
été chaleureux, c’est une artiste sympathique,
joyeuse. Je la trouve extraordinaire,
à la fois en tant que plasticienne et
comme personne. »
Béatrice de Liedekerke et Philippe le Hodey, aux côtés de l’œuvre Deux Corps de Berlinde De Bruyckere. © photo : Guy Kokken
17
Compassion
universelle
La directrice des expositions de
Bozar, Zoë Gray, et la commissaire
Ann Geeraerts nous expliquent
leur démarche et leur rapport à
l’œuvre de Berlinde De Bruyckere.
Quelle est notre humanité ou
notre animalité ? Tel est le thème
de ses sculptures.
Lingam II, 2012, cire, verre, bois, fer, époxy. Collection Frank Schelstraete & Sophie Depuydt.
© photo : Mirjam Devriendt
Comment une exposition de
Berlinde De Bruyckere s’inscritelle
dans la politique stratégique
de Bozar ? Zoë Gray : « Nous
désirons organiser, environ une fois par an,
une grande exposition conçue comme un
dialogue ». L’historienne de l’art britannique
dirige depuis l’été 2023 les expositions de
l’institution : « Nous avons baptisé cette série
Conversation Pieces. Un artiste réputé expose
ses œuvres avec d’autres artistes. Berlinde De
Bruyckere est la première. Pour le public qui
la connaît déjà, cette présentation offre une
nouvelle manière de regarder ses œuvres.
Elle les fait en même temps découvrir à des
personnes qui ne la connaissent pas, car
Berlinde De Bruyckere est assez méconnue,
notamment dans la partie francophone du
pays. Ou alors les gens la connaissent, mais
trouvent ses œuvres brutales et déroutantes.
Nous tentons, par cette exposition, de les
convaincre de sa pertinence. L’Anglaise
Rachel Whiteread sera la suivante de la
série. » Le genre a aussi guidé ce choix : « Ces
vingt dernières années, Bozar a organisé
80 % d’expositions d’artistes masculins.
Par rapport à d’autres institutions, ce n’est
pas un mauvais score, mais il est temps de
changer. » Troisième motivation : pour sa
première grande exposition à Bruxelles,
Berlinde De Bruyckere a donné elle-même
la préférence à Bozar. Zoé Gray : « En 1990,
c’est ici qu’elle a montré ses œuvres pour la
première fois, en tant que lauréate du prix
18
« Le dialogue
avec les âmes sœurs
est omniprésent
dans son œuvre. »
ZOË GRAY
de la Jeune Peinture Belge (1989). En 2005,
le commissaire suisse Harald Szeemann
incluait certaines de ses œuvres dans l’exposition
collective C’est arrivé près de chez nous.
Et en 2011, elles côtoyaient les tableaux de
Giovanni Bellini dans l’exposition Venetian
and Flemish Masters. Berlinde De Bruyckere
a donc une longue relation avec Bozar. Sa
dernière grande exposition personnelle en
Belgique remonte à 2015, au S.M.A.K., depuis
lors, elle est connue internationalement. »
ATLAS DE SCULPTURES
Curatorial Project Coordinator, c’est ainsi que
le communiqué de presse définit la contribution
d’Ann Geeraerts. Comme co-organisatrice
avec l'artiste : « Berlinde De Bruyckere
organise sa propre exposition. J’ai collaboré
étroitement avec elle et la suit depuis longtemps.
Elle dispose d’un atlas de sculptures
dans la tête, regarde et pense en sculptures.
Elle utilise pour cela de nombreuses sources
d’inspiration qu’elle qualifie de ‘‘compagnons
de route’’. Son œuvre s’inscrit dans diverses
traditions. Il est étonnant de la voir traduire
cet iconoclasme dans une exposition qui,
contrairement à notre époque de stimuli
excessifs, offre calme et réflexion. L’exposition
se lit comme une carte de l’esprit, dans
laquelle l’artiste réunit ses influences – personnes,
générations, histoires – et les mêle à
l’actualité, sans que cela devienne tapageur
et polémique. Ses sculptures constituent une
interprétation condensée de la condition humaine,
actuelle et passée. Le temps s’égrène
dans ses œuvres. Son art est anachronique.
Le recyclage des matériaux y traduit non
seulement une vision écologique, mais aussi
un autre rapport au temps. On décèle beaucoup
de préoccupation, d’espoir, de réconfort
et de beauté dans son œuvre. Du moins,
pour qui y prête attention. »
UNE SALLE CHORALE
Khóros est le titre de l’exposition. Ann Geeraerts
: « Les choristes, des danseurs à l’origine,
jouaient un rôle crucial dans le théâtre
grec antique. Cela reflète l’idée de collaboration
artistique et d’influence. Le commissaire
américain Gary Carrion-Murayari, rédacteur
d’un texte pour le catalogue, parle de ‘‘chœur
de voix’’. » Zoé Gray : « Le titre coïncide avec
le thème saisonnier de Bozar : a room full of
voices. L’institution propose un programme
intégral où s’harmonisent les différentes
disciplines. » Ann Geeraerts : « Nous montrons
leurs influences et sources d’inspiration.
Le dialogue avec les âmes sœurs est
omniprésent dans son œuvre qui regorge
de références. Ces dialogues facilitent leur
compréhension thématique. Sans devenir
didactiques, nous fournissons d’amples informations.
C’est une synergie – mais parfois
aussi une collision – de voix. Cela n’en demeure
pas moins une exposition de l’artiste.
Les dialogues s'insinuent et se connectent à
son œuvre. Ils ont leur utilité. »
CÔTÉ CYCLIQUE
Berlinde De Bruyckere travaille toujours in
situ. Khóros a été pensée pour s’adapter aux
salles historiques de Bozar, conçues par
Victor Horta. Ann Geeraerts : « L’artiste a
beaucoup réfléchi à ces salles, à la structure
de l’exposition, à l’atmosphère, la façon dont
« Berlinde De
Bruyckere dispose
d’un atlas de sculptures
dans la tête, regarde et
pense en sculptures. »
ANN GEERAERTS
elle s’y inscrit. Des œuvres des vingt-cinq
dernières années y sont présentées. Mais
ce n’est pas une rétrospective, plutôt une
exposition expérimentale, montée d’un
point de vue contemporain et fondée sur la
position qu’elle occupe aujourd’hui. Berlinde
De Bruyckere a établi un parcours cyclique,
davantage basé sur des thématiques que
sur une chronologie. Les thèmes y sont
récurrents. L’artiste aime procéder par séries.
Dès que celles-ci sont épuisées, elle passe à
un autre thème et/ou langage visuel, jamais
éloigné des thèmes et formes antérieurs,
qu’elle reprend d’ailleurs parfois. C’est le
côté cyclique et circulaire de son art. Il n’en
finit pas de se ramifier tout en demeurant
inchangé. L’artiste reste fidèle à elle-même et
à ses thématiques, mais son langage visuel
évolue. Il découle souvent de nouveaux
matériaux. La matérialité de son œuvre établit
un contact direct avec le spectateur. Une
relation physique naît aussi avec l’artiste. »
Cette nouvelle matérialité confère à ses thématiques
une dimension et une signification
différentes. Ann Geeraerts préfère ne pas en
donner de définition : « Tout ce qui se situe
entre les humains, entre l’homme et l’animal
et entre l’homme et la nature ; en bref, l’existence
humaine. L’homme, dans sa métamorphose
éternelle. L’œuvre de Berlinde
De Bruyckere nous renvoie à nous-mêmes.
Qu’est-ce que notre propre humanité ou animalité
? » Ann Geeraerts : « Les stimuli nous
submergent aujourd’hui, ce qui conduit à
une forme d’immunité et d’indifférence. Les
sculptures de Berlinde De Bruyckere brisent
ce carcan et appellent à une forme de compassion
universelle. »
VISITER
Berlinde De Bruyckere. Khóros
du 21-02 au 31-08
Bozar
Bruxelles
www.bozar.be
LIRE
Coll., Berlinde De Bruyckere. Khoros, Bozar
Books / Fonds Mercator, Bruxelles, 2024, ISBN
978-9-46230-387-4, 29,95 €
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Berlinde De Bruyckere dans son atelier. © de l’artiste / photo : Mirjam Devriendt
20
« On ne peut
aimer mon œuvre
juste un peu »
Elle dialogue avec d’autres artistes
dans Khóros, mais d’abord dans
COLLECT. Berlinde De Bruyckere
évoque un autre type d’homme,
la réalité imparfaite et les rires au
bloc opératoire. « Je suis consciente
du degré de difficulté de mon
œuvre. »
Une fois sa journée de travail terminée,
Berlinde De Bruyckere parvient-elle à faire
le vide dans sa tête ? « Pas de problème. Je
fais le trajet de mon atelier vers ma maison
à pied, mon fils me rend visite, je cuisine. »
Un large sourire s’affiche sur son visage
lorsqu’elle conclut : « En un mot, la vie. » Il
reste quelques semaines avant l’ouverture
de son exposition à Bozar. Le temps presse
et il y a encore beaucoup à faire, voire de
nouvelles œuvres à créer. Mais elle nous
accorde davantage de temps que prévu et
déclare, au moment de nous quitter, que
c’était un bel entretien.
Fournissez-vous volontiers des
explications sur votre œuvre ?
« J’ajoute du discours avec parcimonie, car
il rétrécit la lecture et affaiblit le mystère.
Mon œuvre s’exprime dans son apparence,
ce qui souvent interpelle. On ne sait pas
d’emblée de quoi il s’agit, on ajoute ses
propres éléments et charge ainsi la sculpture.
Cette expérience confère ampleur
et complexité à l’œuvre. Je suis ouverte à
toute information à ce sujet. »
Les réactions négatives vous
dérangent-elles ?
« On ne peut aimer mon œuvre juste un
peu. Je m’intéresse à la beauté caduque,
pas à celle des paillettes ou de la perfection.
Ceux qui s’en repaissent ne
connaissent sans doute pas mon œuvre.
Elle appartient à un autre type de personnes.
On ne peut pas plaire à tout le
monde. Mon œuvre parle d’imperfection.
Je souhaite raconter quelque chose qui
compte pour la société et ne tente pas
d’échapper à la réalité. Je suis consciente
du degré de difficulté qu’elle recèle. Certains
n’y sont pas perméables, voire s’en
détournent, car y voient trop de violence.
J’y perçois toujours de l’espoir et du
réconfort, mais je comprends que cela leur
échappe. »
« Mon œuvre
s’exprime par son
apparence, ce qui
souvent interpelle.
On ne sait d’emblée
de quoi il s’agit, on
ajoute ses propres
éléments et charge
ainsi la sculpture. »
Votre œuvre reflète-t-elle votre
personnalité ?
« Oui, même si l’humour n’apparaît pas
dans mon art. Je souhaite appeler à la
vigilance et défendre ce qui n’a plus de
valeur. Cela s’applique à toute mon œuvre.
Je suis heureuse dans mon atelier, avec ma
famille et mes amis. Nous nous amusons
beaucoup, même dans l’atelier. Des amis
chirurgiens abondent dans ce sens : ils ne
peuvent opérer que parce qu’ils rient beaucoup
au bloc opératoire. Cela requiert du
cran. Si cette légèreté est dans ma nature,
cette gaieté ne se retrouve pas dans mon
œuvre. J’ai toujours été sensible à une
forme de réalité dramatique. Je tente de
la rendre plus supportable que dans les
images télévisuelles. Je courrais à l’échec
si je traduisais cela de façon frontale en ne
montrant que l’abomination. Dans mon
art, je souhaite rendre accessibles des
thématiques qu’on préfère souvent ne pas
aborder. Mais comme la situation est de
plus en plus désastreuse, je m’interroge :
jusqu’où puis-je aller en tant qu’artiste ?
Mon œuvre n’est pas devenue plus riante
pour autant. Je comprendrais qu’on s’en
désintéresse. C’est une préoccupation. »
21
Plunder I, 2024-2025, linoléum, feuille d’or. © de l’artiste
/ photo : Mirjam Devriendt
Peter Buggenhout, I am the Tablet #8, 2022, marbre de carrare, fer, PET, polyester, plastic, ruban adhésif en
papier, époxy, ruban d’aluminium. © de l’artiste / Courtesy Axel Vervoordt Gallery / photo : Dirk Pauwels
Qu’en faites-vous ?
« Je ne vais pas créer des œuvres décoratives
ou atténuer leur noirceur pour les
rendre acceptables. Certains n’aiment pas
mes œuvres car ils ne veulent pas voir cette
réalité. Par ailleurs, il me semble inutile de
détourner les yeux, cela rend plus vulnérable.
Mon œuvre invite aussi au dialogue.
On y trouve une réponse à ses propres
interrogations et préoccupations. »
Vos réponses sont résolument physiques ?
« J’aspire toujours à l’expérience physique
de mes sculptures. Il est donc important
d’en faire le tour. Et la matérialité de mes
œuvres facilite cette expérience physique. »
Khóros est aussi placé sous le signe du
dialogue…
« C’est une requête intéressante de Bozar.
Tout au long de mon parcours, il y a eu ce
bagage d’histoire de l’art, de cinéma, d’arts
du spectacle et de sculptures de la réalité,
tels qu’ils se présentent dans les médias
et la vie quotidienne. J’ai sélectionné des
artistes qui travaillent de la même manière
que moi. L’étude de l’œuvre de Lucas Cranach
m’a permis d’ajouter de la spiritualité
à mes œuvres, grâce à sa façon de peindre
les corps dans des couches de glacis et de
les déformer. Ce qui était dans mes gênes,
j’ai pu le traduire dans mes sculptures en
regardant Cranach. »
Comment Pier Paolo Pasolini,
le cinéaste, travaillait-il ?
« Avec de l’intemporalité dans ses films.
Ses paysages et costumes ne contiennent
aucune référence temporelle. Sa manière
de diriger ses acteurs est aussi reconnaissable.
Pour Pasolini, un acteur n’est pas un
interprète, mais un corps qui incarne la
communication avec son propre langage.
Il recherchait des personnes proches de
lui. Pour L’Évangile selon Matthieu, il a ainsi
confié le rôle de Marie à sa mère. »
Dans Khóros, vous dialoguez avec votre
mari, l’artiste Peter Buggenhout.
« Mon mari est mon plus ancien compagnon
de route. Nous créons, avec le même
matériau, des sculptures totalement
différentes. Difficile de préciser là où nous
nous rencontrons et nous opposons. C’est
Patti Smith qui décrit le mieux ce genre
de situation. L’idée d’ajouter sa voix au
dialogue entre Peter et moi me plaît. Patti
Smith a vieilli et sa voix a changé : chaleureuse
et soutenue. »
22
« Je ne vais pas créer
des œuvres
décoratives
ou atténuer leur
noirceur pour les
rendre acceptables.
Mon travail invite
aussi au dialogue. »
voit encore les plis. Mais je ne vais pas les
repasser. Je confère ainsi une valeur et une
dignité nouvelles à un déchet. »
Pourquoi Plunder ?
« La poétesse sud-africaine Antje Krog a
écrit un recueil intitulé Plunder. J’ai travaillé
avec elle pour une exposition au MO.CO
de Montpellier. Le mot plunder (pillage)
revêt une connotation négative. Mais, j’ai
beaucoup de sympathie pour ceux qui
pillent car ils le font pour survivre. »
Vous avez grandi dans la compassion…
« Jetez-moi en prison avec les plus grands
criminels et j’en repartirai avec une belle
histoire. »
Tout n’est-il qu’une question de
matériau ?
« J’ai réalisé ma nouvelle œuvre Plunder
dans un nouveau matériau : le linoléum.
J’en ai acquis plusieurs rouleaux et, en les
déroulant, ai constaté qu’ils étaient en partie
abîmés, en train de s’altérer et de se fissurer.
Ce matériau m’a paru très beau : une
sorte de sculpture avec beaucoup de relief.
On dirait de l’écorce de bouleau. Je l’ai posé
sur un fond de brocart d’or récupéré sur
des chasubles achetées et découpées. Il y
a de la nudité là-dedans, du pillage. Cela
me rappelle les vieilles armoires de musée,
dont les fonds mis à nus portent parfois
les traces de ce qui s’y trouvait autrefois. »
Dans votre travail, les matériaux sont
toujours recyclés ?
« Quand je trouve un objet jeté aux
ordures mais qui peut encore servir, je me
sens dans l’obligation d’en faire quelque
chose. Je préserve la beauté qu’il a conservée
et la mets en exergue. Ces chasubles
sont demeurées longtemps pliées. On en
San Sebastian, 2022, cire, bronze, textile, fer, époxy. © de l’artiste / photo : Mirjam Devriendt
23
L’ARTISTE DU MOIS
Robin Wen
Dans cette série, COLLECT s’intéresse à la place occupée par les jeunes
artistes dans le monde contemporain. Pourquoi ont-ils choisi cette voie,
d’où leur vient leur inspiration et comment se positionnent-ils ?
Ce mois-ci : Robin Wen (1994, Taiwan ; vit et travaille à Bruxelles).
TEXTE : ELIEN HAENTJENS
PORTRAIT : GUY KOKKEN
Avec ses dessins au stylo à bille, ses
peintures et ses sculptures, Robin
Wen incarne l’univers de ce que
l’on appelle la free party. Durant sa
jeunesse à Gap, en France, il a souvent participé
à des fêtes illégales : « J’adore ce style
de musique et, à travers mon art, je souhaite
donner à voir au monde extérieur cet univers
underground qui a souvent une image
négative, injustifiée. Dans mon travail, je joue
avec les codes propres à ces fêtes, en mettant
en avant dans chaque série l’aspect poétique
lié à l’histoire de l’art. Des chiens évoquent
ainsi des souvenirs de scènes de chasse, ou
je réalise des drapés avec des bâches qui
renvoient aux vêtements de l’art classique.
Comme des témoins silencieux, ils offrent un
aperçu du temps passé. Si la fête techno est
bruyante, rapide et underground, les dessins
sont silencieux, lents et nobles ». Robin Wen
réalise ses portraits de dos, comme le peintre
néerlandais Johannes Vermeer : « Plus que
des individualités, mes portraits en bleu et
blanc dépeignent la jeunesse et constituent
une étude anthropologique de la manière
dont celle-ci se distingue par ses vêtements
ou ses caractéristiques extérieures. Cet anonymat
est également lié à la nature illégale de
la free party. Il m’arrive de prendre des photos
sur place, mais la plupart du temps, les personnes
viennent faire des prises de vue dans
mon atelier où je peux déterminer la position
la plus intéressante et le bon éclairage. Je
traduis des images en dessin et parfois en
peinture. Une autre série, plus colorée, se
concentre sur des personnes qui s’étreignent.
Leurs corps et leurs visages semblent se
fondre, des compositions abstraites, quelque
peu étranges, en émergent. »
ECSTASY ET LSD
L’éclairage de fête est également une source
d’inspiration dans son travail. Robin Wen :
« Les membres du milieu de la free party
peuvent décoder ces éléments. Pour d’autres
observateurs, cela reste des détails abstraits
pouvant évoquer un microcosme ou un
macrocosme. La référence à l'exploration
spatiale est propre à la free party, comme
en témoigne, par exemple, la fusée sur les
pilules d’ecstasy censées vous emmener au
septième ciel. J’ai également créé une série
sur les levers de soleil s’inscrivant thématiquement
dans l’histoire de l’art, mais réalisée
sur un papier buvard spécial. Les feuilles sont
divisées en carrés, sur lesquels est proposé
du LSD». Comme dans les fêtes, l’artiste
cherche à recréer l’ambiance de la nuit :
« Comme pour une gravure, j'applique un
trait après l'autre. Je soulève mon stylo à bille
à chaque mouvement pour m'assurer qu'il
n'y a pas de bavures. Car il serait impossible
24
L’ARTISTE DU MOIS
de les effacer. En superposant différentes
couches de traits, je crée des parties plus
claires et plus sombres. Ainsi, le dessin
devient pratiquement méditatif. Comme
la danse, cela me met dans une sorte de
transe. Je travaille entre trente et soixante
heures pour un petit dessin, et plusieurs
semaines pour les œuvres monumentales ».
Pour les œuvres de la série Blue Rave, il
a utilisé un bic bleu : « Ce stylo à bille est
démocratique et accessible. On en trouve
dans chaque salle de classe ou sur chaque
bureau. J’aime le fait de pouvoir créer
un langage visuel classique avec un outil
considéré comme ‘‘pauvre’’. Pour la série
Entremêler, je travaille avec des bics à quatre
couleurs. Comme il y a aussi de l’orange et
du violet qui se mélangent avec toutes les
couleurs, l’image prend l’aspect d’une vieille
photographie ».
LIBERTÉ ET CONFIANCE
Si l’artiste est surtout connu pour ses dessins
au stylo à bille, il réalise également des
peintures, des sculptures et des installations.
Robin Wen : « Les peintures sont réalisées
sur la base de collages. J’ai, par exemple,
intégré un ballon kitsch, vu lors d’une fête,
dans une composition abstraite avec un
ciel nuageux classique, conférant à la scène
un aspect étrange. L’année dernière, j’ai
également créé Boule de dread, une sculpture
pour laquelle j’ai empilé des coiffes
africaines avec des dreadlocks pour en faire
une sorte de totem. Cette référence à la
tribu et à une danse rituelle convient à la fois
à la scène techno et aux cultures traditionnelles.
L’installation Feu de camp, datant
également de 2024, a été influencée par
une image devenue virale sur Internet, il y a
quelques années, lorsque les organisateurs
Ecstasy, 2023, stylo à bille sur papier, 90 x 90 cm. © de l’artiste
– Prix : 6.000 €
Entremêler, 2019-2025, stylo à bille, dimensions variables. © de l’artiste – Prix : 3.000 €
« Dessiner me
met dans une sorte
de transe »
d’une free party avaient préféré brûler le
matériel audio plutôt que de le voir confisqué
par la police. Il s’agissait d’un acte à la
fois politique et symbolique. Personnellement,
j’y ai surtout vu de la poésie: superficiellement,
le grand feu semble chaleureux,
mais en réalité il ne fait que détruire ce qui
avait rassemblé les gens ». Robin Wen a étudié
à La Cambre, parce que l’enseignement
artistique belge est organisé en fonction
du médium : « En France, on mélange tout,
mais comme j'ai toujours dessiné étant enfant
et que j'ai suivi une formation artistique
dans le secondaire, je voulais me consacrer
à ce seul médium. Le dessin est spontané,
direct et intime. De plus, l’héritage culturel
de la Belgique, avec les primitifs flamands,
Pierre Paul Rubens et le surréalisme, m’a
également séduit. Les dessins d’animaux
d’Albrecht Dürer et la façon dont il utilise le
clair-obscur me fascinent aussi. Tout comme
le travail d’artistes contemporains tels que
Johan Muyle, Fabian Merveille ou les frères
Rabus. Un sentiment d’étrangeté caractérise
leurs œuvres. Ce n’est peut-être pas une
coïncidence qu’ils soient représentés par
les mêmes galeries ». Actuellement, quatre
galeries (Belgian Gallery, Galerie C, Wilde
Gallery et UN-SPACED) représentent son
travail : « Cela nécessite parfois un surplus
d’organisation, mais la plupart du temps,
cela me procure surtout une grande liberté.
Comme chaque galerie a sa spécialité,
mon travail y trouve sa place. Cela renforce
le rayonnement de mon œuvre, permet
à un plus grand nombre de personnes
de le connaître et augmente la confiance
des collectionneurs. La ligne artistique et
le contact humain avec la galerie passent
avant tout. En outre, quatre collectionneurs
me soutiennent depuis le début, comme
des mécènes. Je reste en contact étroit avec
eux. La seule chose que je trouve parfois
difficile, c'est que les œuvres se vendent très
vite, alors qu'elles n'ont pratiquement pas
été vues par le public. C’est pourquoi, j’ai
présenté une série complète lors du dernier
salon Art on Paper. Parfois, j’organise des
visites d’atelier pour que les collectionneurs
puissent voir davantage d’oeuvres. Comme
celles-ci se vendent bien et qu’il y a parfois
des listes d’attente, j’arrive à vivre de mon
art. J’ai abandonné mon travail dans l’enseignement.
Je ne subis aucune pression liée
à la performance et j’apprécie la liberté de
pouvoir vivre à mon rythme nocturne. »
VISITER
Robin Wen & Antonin Gerson
jusq. 05-04
Maison Culturelle d’Ath
Vergeet mij niet
du 23-03 au 22-06
Stedelijk Museum
Hoogstraten
SURFER
www.robinwen.be
25
Grace Schwindt
De l’importance du toucher
A History of Touch au musée M de
Louvain est la première exposition
personnelle de Grace Schwindt en
Belgique. Il s’agit d’une sélection
de nouvelles œuvres, inspirées
du soin apporté aux sculptures
endommagées et cassées dans
la collection. L’artiste allemande
est connue pour sa pratique
protéiforme : spectacles, films,
sculptures, dessins et, depuis
peu, peintures monumentales. La
fragilité du corps, les blessures, le
toucher et le soin sont ses thèmes
principaux.
TEXTE : CHRISTINE VUEGEN
Grace Schwindt (1979) a une
histoire commune avec la Belgique
et le musée M de Louvain.
Lors de sa résidence au WIELS,
en 2012, elle a rencontré la conservatrice
du musée, Eva Wittocx. Elle a été invitée
deux fois au festival Playground et fut, en
2023, son premier Thinker in Residence. Ces
dernières années, son étude de la fragilité
du corps s’est étendue à une fascination
pour les sculptures réalistes, endommagées.
Dans les réserves, elle fut fascinée par le
soin apporté aux objets, en particulier aux
fragments de sculptures et autres pièces
cassées ou ébréchées. Ses recherches ont
donné lieu à de nouvelles aquarelles et
sculptures en céramique, notamment produites
par le M sur base de fragments d’un
Christ en pierre de la collection. Lors de sa
résidence au WIELS, Frank Demaegd (Zeno
X Gallery) découvrait sa pratique artistique.
De 2013 à sa fermeture, fin 2023, l’enseigne
anversoise l’a donc représentée. Elle a déjà
exposé au Kunstmuseum Saint-Gall (2022),
à Amsterdam (2019) et dans des musées,
institutions et galeries à Vigo (Espagne),
Londres, Glasgow et New York. L’intérêt
pour son œuvre ne cesse de croître: en 2026,
des expositions sont prévues à la Kunsthal
de Wiesbaden et au Tank Museum de
Shanghai.
HISTOIRE DU CORPS
L’art de Grace Schwindt n’est pas forcément
associé aux tableaux monumentaux,
même si l’œuvre When a Body Becomes a
Landscape est présentée dans l’exposition A
History of Touch. À la fin de l’année dernière,
elle faisait l’objet d’une présentation chez
Peter Kilchmann, à Paris, première exposition
personnelle en France. La toile présente
de manière fluide une silhouette allongée,
délicate et transparente, évocation d’un
corps exposé aux intempéries et marées.
Des traces de blessures et cicatrices sur la
peau forment une sorte de topographie de
lignes et de couleurs. Le corps devient un
paysage entrelacé et lié à l’environnement.
Comme en une union entre l'homme et la
nature, un oiseau noir déploie ses ailes en
un geste bienveillant et protecteur, semblant
contempler cette silhouette avec
amour. Une fois de plus, l’importance du
toucher est soulignée comme facteur de
guérison. Le tableau a beau paraître vivant,
l’artiste ne représente aucun humain. Par ailleurs,
elle s’inspire de sculptures anciennes
conservées dans des collections muséales,
len l'occurrence des sculptures hellénistiques
en bronze découvertes en mer, au large
des côtes de la Sicile. L’artiste s’y intéresse
surtout en ce qu’elles témoignent du regard
porté sur le corps, au fil de l’Histoire. La représentation
humaine influence notre façon
de voir et de traiter les corps. Un séjour au
fond de la mer, ou sous terre, offre une certaine
patine aux corps sculptés, comme une
couche protectrice à notre regard critique.
Grace Schwindt est aujourd’hui représentée
par la Galerie Peter Kilchmann (Zurich / Paris).
Le prix de ses tableaux exposés à Paris
variait de 30.000 à 45.000 euros.
26
L’œuvre révèle l’artiste
Lorsqu’un corps devient paysage, 2024, huile, encre et crayon sur toile, 170 x 260 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie Peter Kilchmann, Zurich / Paris
Les traces des blessures et cicatrices sur la
peau composent une sorte de topographie
de lignes et de couleurs. Le corps devient
un paysage.
LE POUVOIR DES BLESSURES
Les oiseaux constituent un motif récurrent
évoquant une rencontre majeure dans les
îles Shetland. L’artiste y fit, en 2015, la connaissance
d’un ornithologue qui surveillait
les oiseaux marins pour repérer les
pollutions aux hydrocarbures. Lors de ses
promenades quotidiennes sur la plage, elle
le vit ramasser un oiseau échoué afin de
contrôler les taches de pétrole. Il procédait
sans gants, à mains nues. Elle y a vu un
geste d’amour, un symbole de fragilité et
de préoccupation résumant les nombreux
thèmes sur lesquels elle se penchait, notamment
la tension entre force et vulnérabilité.
Tout a débuté par des conversations
avec son grand-père juif qui avait échappé
aux nazis pendant la Seconde Guerre
mondiale en s’infiltrant dans l’armée allemande
et en se livrant aux Anglais. Lors de
matchs de boxe clandestins dans le camp
d’internement, il fut blessé mais considéra
ces blessures et cicatrices comme
une force positive, une preuve que son
corps était toujours vivant. Cette histoire
a inspiré les spectacles Opera and Steel au
Kaaitheater de Bruxelles (2017), The Boxer
à Londres (2018) et la version révisée de
The Boxer à Saint-Gall (2022), avec une
boxeuse, un bodybuilder, une chanteuse et
un batteur punk. Grace Schwindt entretient
depuis longtemps des liens avec ce
qu’elle nomme A History of Touch. Elle s’est
notamment inspirée du penseur palestino-américain
Edward W. Saïd, considéré
comme le père des études postcoloniales,
qui favorisa les rencontres afin de mieux
comprendre les cultures. Elle encourage
aussi les rencontres et contacts directs
pour extirper la violence et l’exclusion du
monde. L’importance du toucher dépasse
donc son expression dans ses œuvres.
VISITER
A History of Touch
du 14-02 au 16-11
Musée M
Louvain
www.mleuven.be
27
Autoportrait, 1645, huile sur panneau, 54 x 45 cm. Vaduz / Vienne, Liechtenstein, The Princely Collections.
28
Samuel van
Hoogstraten
L’illusionniste
Le peintre Samuel van Hoogstraten
souhaitait illustrer tout ce qu’il
voyait et connaissait du monde,
mais sans qu’il soit possible de
distinguer son œuvre de la réalité.
Grâce à ses tableaux illusionnistes,
il parvint même à duper l’empereur
d’Autriche.
TEXTE : BERNADETTE VAN DER GOES
Samuel van Hoogstraten (1627-
1678) avait environ quinze ans
lorsque, en 1642 ou 1643, il entra
comme apprenti chez Rembrandt,
à Amsterdam. Alors tout juste âgé de vingt
ans, ce dernier était déjà connu comme
peintre d’histoire et portraitiste. Durant
l’été 1642, il avait achevé son chef-d’œuvre,
La Ronde de Nuit. Né à Dordrecht, Samuel
van Hoogstraten avait appris, au cours des
années précédentes, les rudiments de la
peinture avec son père, l’orfèvre et peintre
Dirck van Hoogstraten, puis fréquenté
l’école latine. Chez Rembrandt, il souhaitait
améliorer ses compétences et imiter
sa façon réaliste de peindre. Un excellent
choix pour un apprenti ambitieux,
car Rembrandt était déjà célèbre au-delà
des frontières des Pays-Bas. A la fin de sa
vie, dans son livre sur la peinture, l’artiste
singulier que fut Van Hoogstraten qualifiait
Rembrandt d’ingénieux, de créatif et
de révolutionnaire. De ce maître, en sus
de compétences techniques, il apprit la
théorie de l’art. Il se souvint qu’il était un
apprenti assidu qui n’aimait pas voir reconnaître
ses erreurs et se mettait parfois à
pleurer quand il échouait dans son travail.
Rembrandt lui disait alors de ne pas se
montrer aussi impatient et de simplement
réessayer. Il vécut environ quatre ans chez
Rembrandt à Amsterdam, avant de retourner
à Dordrecht.
« S’il fut le plus
brillant apprenti
de Rembrandt, il
sombra ensuite peu à
peu dans l’oubli. »
INSAISISSABLE
Près de quatre cents ans plus tard, la
première exposition consacrée à Van
Hoogstraten est organisée aujourd’hui
dans l’actuelle Rembrandthuis. Il s’agit
pour beaucoup d’un premier contact avec
son œuvre. Epco Runia, conservateur,
explique : « Le lieu est logique, car il y a
fait son apprentissage. Avec cette exposition,
nous souhaitons offrir un visage à
Van Hoogstraten, jusqu’ici plutôt insaisissable.
La simple évocation de peintres
du XVIIe siècle hollandais, comme Jacob
van Ruisdael, Jan Steen ou Vermeer, suffit
à les associer à leurs réalisations. Il en va
tout autrement de Samuel van Hoogstraten
qui fut très polyvalent, ne s’attachant
ni à un thème ni à un style de peinture en
particulier, mais en changeant sans cesse.
Dans son art, il cherchait à explorer son
environnement, souhaitant reproduire
tout ce qui était visible et estimant, en
29
Rembrandt, détail de La Ronde de Nuit, 1642, huile sur toile, 379,5 x 453,5
cm. Amsterdam, Rijksmuseum. Le capitaine Frans Banninck Cocq se
trouve à gauche et le lieutenant Willem van Ruytenburch à droite.
en train d’écrire, soit résolument comme
un artiste érudit. Cette publication illustre
aussi en partie la pratique de la peinture
acquise pendant ses années passées chez
Rembrandt et reflète les conceptions
artistiques de ce dernier, à l’époque de La
Ronde de Nuit.
Portrait de Ferdinand Comte de Werdenberg, 1652, huile sur toile, 187 x 127 cm.
Kunstmuseum Winterthur.
« Grâce à des
astuces visuelles,
il a amélioré sa
représentation de
la tridimensionnalité,
peignant des
perspectives et
autres trompe-l’œil. »
tant qu’artiste, pouvoir tout représenter. Il
nous a légué des natures mortes, portraits,
œuvres architecturales et scènes de la vie
quotidienne, tout comme des représentations
bibliques et mythologiques. »
UN LIVRE BIEN PENSÉ
Travailleur acharné, Van Hoogstraten s’est
aussi adonné à la littérature. Il peignait le
jour, lisait et écrivait le soir. Plus de cinq
cents de ses tableaux, dessins et estampes
sont connus. S’il fut le plus brillant apprenti
de Rembrandt, il sombra ensuite peu
à peu dans l’oubli, restant surtout connu
grâce à son traité de peinture publié l’année
de sa mort, en 1678. Il y exposait son
avis sur la théorie et la pratique de la peinture
étant, selon lui, plus une science qu’un
artisanat. On notera qu’il s’y est représenté
DUPERIE
Le souhait de l’institution amstellodamoise
d’organiser une exposition autour
de Van Hoogstraten a abouti à un grand
projet collaboratif avec le Kunsthistorisches
Museum de Vienne, le Musée de
Dordrecht et le Rijksbureau voor Kunsthistorische
Documentatie (RKD). Avec
ce dernier, le Museum Rembrandthuis
mettra en ligne, à l’issue de l’exposition,
un catalogue des œuvres de l’artiste. A
Vienne, l’exposition proposait un dialogue
artistique entre Rembrandt et Van
Hoogstraten. A Amsterdam, il s’agit plus
de pointer ce qui distingue l’œuvre de Van
Hoogstraten de celle de ses contemporains.
Epco Runia : « Nous avons conclu à
l’illusionnisme optique. Van Hoogstraten
fut pionnier dans ce domaine. Il aspirait
non seulement à illustrer de son mieux
le monde visible, mais s’efforçait aussi
de tromper l’œil humain et de surpasser
ainsi les autres artistes. » Dans son
ouvrage, l’artiste évoque ses motivations
plastiques : « Tout peintre accompli est
comme un miroir de la nature qui fait voir
des choses qui n’existent pas et dupe ainsi
d’une manière tout à fait divertissante et
appréciable. »
30
« Van Hoogstraten s’efforçait de
tromper l’œil humain et de surpasser
ainsi les autres artistes. »
EPCO RUNIA, MUSEUM REMBRANDTHUIS
IMPRESSIONNER L’EMPEREUR
Avec pareilles ambitions, Samuel van
Hoogstraten s’inscrivait dans une longue
tradition. Déjà dans l’Antiquité grecque,
les artistes tentaient de se surpasser en
travestissant la réalité. À son époque, ses
efforts furent soutenus par les dernières
découvertes scientifiques, comme la
camera obscura. A l’issue de son apprentissage
chez Rembrandt, Van Hoogstraten
avait, grâce à des trucages visuels,
amélioré sa représentation de la tridimensionnalité,
peignant des perspectives et
autres trompe-l’œil. Par son utilisation
judicieuse de la perspective et l’expression
parfaite des matériaux représentés,
il était ainsi parvenu à créer une illusion
tridimensionnelle et à atténuer les limites
entre réalité et représentation, ce qui lui
valut un immense succès international. En
1651, l’artiste s’est rendu en Italie, en passant
par l’Allemagne et l’Autriche. Faisant
étape à Vienne, il y fut reçu par l’empereur
Ferdinand III. Il racontera plus tard à son
apprenti Arnold Houbraken une belle
anecdote sur ces rencontres : présentant,
lors de sa visite, trois tableaux au souverain,
un portrait, un Christ portant une
couronne d’épines et une nature morte en
trompe-l’œil, cette dernière fut l’œuvre la
plus appréciée. Il est ainsi parvenu à impressionner
l’empereur, ce qui passa pour
un immense compliment. Arnold Houbraken
raconte que le tableau fut confisqué
en guise de punition. L’artiste fut toutefois
récompensé d’une médaille en or à l’effigie
du monarque, qu’il arbora ensuite avec
fierté dans ses autoportraits.
ILLUSIONNISME
La nature morte qui a impressionné
l’empereur d’Autriche était peut-être un
tableau à lettres, sur lequel enveloppes
et autres objets divers étaient représentés
derrière des bandes de cuir tendues.
Nature morte en trompe-l’œil, 1664, huile sur toile, 45,5 x 57,5 cm. Dordrechts Museum.
31
Rembrandt, La Sainte Famille, 1646, huile sur panneau, 46,5 x 69 cm. Cassel, Museumslandschaft Hesse, Musée du château de Wilhelmshöhe.
A la fin de sa vie, dans son livre
sur la peinture, l’artiste singulier
que fut Van Hoogstraten qualifiait,
Rembrandt d’ingénieux, de créatif et
de révolutionnaire.
Ces objets, indiscernables de la réalité,
revêtent parfois une signification personnelle.
Par exemple, dans la Nature morte
en trompe-l’œil de 1664, figurant des objets
personnels de l’artiste et de son épouse,
Sara Balen, entre autres, la médaille
remise par l’empereur. Epco Runia : « Avec
ce genre de tableaux illusionnistes, devenus
sa marque de fabrique, Van Hoogstraten
a dépassé son maître. Sur les tableaux
à lettres, il suggère un espace peu profond
et plat. Comme il y a partout la même profondeur,
l’effet est optimal, quel que soit
l’angle sous lequel on les regarde. L’artiste
est ainsi parvenu à transformer tout un
tableau en spectacle illusionniste. Pour ce
faire, il fallait que les objets représentés
le soient en grandeur nature. Car, comme
l’écrit le peintre, la duperie atteint son
paroxysme lorsqu’on représente un objet
plat sur une surface plane. L’illusionnisme
envahit alors tout le tableau. Au contraire
de Rembrandt qui se limite souvent aux
bords de la surface plane. »
MOUVEMENT
L’illusionnisme de Samuel van Hoogstraten
s’inspire toutefois bel et bien de
Rembrandt. Car, avant même que son
cadet ne devienne son apprenti, le maître
avait expérimenté des astuces pour tromper
l’œil du spectateur. En suggérant,
par exemple, un mouvement, comme en
atteste clairement La Sainte Famille, seule
œuvre de Rembrandt présentée dans
l’exposition. Marie, Joseph et l’enfant
Jésus sont représentés à l’intérieur d’une
maison, autour d’un feu crépitant. Pour
offrir davantage de profondeur au tableau
et en accentuer l’illusion, Rembrandt a
peint un cadre autour de la scène, une
tringle avec un rideau qui cache en partie
l’intérieur de la pièce. Quelqu’un semble
en avoir soulevé un coin, car le rideau
donne l'impression de bouger encore.
Dans La Ronde de Nuit, Rembrandt a créé
une illusion de mouvement encore plus
forte. Van Hoogstraten a sans doute vu ce
chef-d’œuvre, au début de son apprentissage
chez le maître. Dans son Portrait
de Ferdinand Comte de Werdenberg, peint
dix ans plus tard, en 1652, Van Hoogstraten
a représenté l’aristocrate dans une
pose identique à celle du capitaine Frans
Banninck Cocq, dans La Ronde de Nuit. Il
a même repris l’ombre de sa main gauche
tendue. Les deux artistes ont aussi peint
des personnages près de fenêtres, souvent
des jeunes filles ou des femmes dans un
tableau, une porte entrebâillée ou un
rebord de fenêtre. Elles se penchent et
posent leurs mains sur le bord du tableau,
donnant l’illusion de franchir la limite du
cadre et de faire partie de notre monde.
Van Hoogstraten emploie la même
32
Pour Van Hoogstraten,
la peinture était plus
une science qu’un
artisanat.
VISITER
Samuel van Hoogstraten. L’Illusionniste
du 01-02 au 04-05
Museum Rembrandthuis
Amsterdam
www.rembrandthuis.nl
méthode dans sa Jeune femme dans une
porte entrebâillée, peinte dans l’atelier
de Rembrandt. Des doutes ont plus tard
plané quant à la paternité de cette toile.
Si la signature est celle de Rembrandt, le
tableau a depuis été attribué à son élève.
VUES ILLUSIONNISTES
Samuel van Hoogstraten fut le premier des
deux à utiliser l’illusionnisme. Epco Runia :
« Il l’a abordé de manière scientifique et a
décrit, dans son livre, les différents degrés
de lumière d’une pièce, les rendant mesurables.
Alors que Rembrandt opérait de
manière plus intuitive, Van Hoogstraten
va plus loin. En mai 1662, il s’est installé
cinq ans durant en Angleterre où il a peint
pour une élite intéressée par les sciences.
Comme à Vienne, il y a imposé avec succès
le style réaliste. Les perspectives qu’il a
réalisées sur place sont célèbres. Il s’agit de
tableaux d’intérieurs illusionnistes grandeur
nature. Ses maisons de campagne
servaient souvent de toiles de fond. »
L’artiste a exécuté une de ces vues dans
l’œuvre Les Pantoufles, un de ces intérieurs
de dames dignes d’un Pieter de Hooch, Gerard
ter Borch ou Johannes Vermeer. Mais
il s’y est surtout concentré sur la perspective
et l’illusion de profondeur qu’évoquent
les pièces en enfilade. L’espace est vide,
à l’exception de personnages dans un
tableau de Gerard ter Borch, à l’arrièreplan.
Epco Runia est particulièrement
heureux du nombre d’œuvres qu’il est parvenu
à obtenir, comme ce Vieillard à une
fenêtre peint à Vienne. Tout y est reproduit
avec précision et authenticité : la tête du
vieillard, les vitraux et le cadre de la fenêtre
en pierre naturelle : « Même la plume sur le
rebord de la fenêtre. Van Hoogstraten était
obsédé par le monde visible. Ce devait être
une sorte de spectacle pour les amateurs
de l’époque, un agréable divertissement
de cour. Mais surtout un plaisir visuel,
comme si c’était la réalité, mais peinte. »
Les Pantoufles, ca. 1658, huile sur toile, 103 x 71 cm. Paris, Musée du Louvre.
33
ZOOM
Saul Leiter
L’œil en coin
Présentée actuellement au FOAM
d’Amsterdam, sous l’intitulé An
Unfinished World, l’œuvre de Saul
Leiter n’a rien d’inachevé. Les
quelques deux cents photographies
exposées témoignent d’un regard
sur le monde en phase avec son
époque et pourtant singulier, voire,
par l’emploi précoce de la couleur,
franchement avant-gardiste.
TEXTE : JEAN-MARC BODSON
Saul Leiter (1923-2013) est un peu
comme un ami de longue date
qui, tout au long des promenades,
vous pointe des menus événements,
à première vue anodins, des petits
riens qui, au bout du compte, se révèlent à
la fois jouissifs et pleins d’enseignements.
« Il se trouve que je crois à la beauté des
choses simples. Je crois que la chose la
plus inintéressante peut être très intéressante
», disait ce natif de Pittsburg, fils de
rabbin, venu à New York en 1946 pour se
consacrer à la peinture, mais qui devint
photographe après avoir vu une exposition
d’Henri Cartier-Bresson au Museum of
Modern Art, en 1947. Egalement, doit-on
préciser, peu après qu’il se fut lié d’amitié
avec le peintre expressionniste abstrait
Richard Pousette-Dart, qui expérimentait
lui-même la photographie. Dès ses
premières images en noir et blanc, prises
au Leica, sa vision des choses s’est affirmée
comme intimiste, y compris dans
ses snapshots pris en rue. C’est d’ailleurs
ce qu’avait très bien mis en évidence le
remarquable double album Early Black
and White, publié en 2015 par Steidl et
la Galerie Howard Greenberg de New
York. Que ce soit dans le premier volume,
consacré aux intérieurs, ou dans le second,
consacré à la rue, la plupart des images
semblent manifestement prises à la sauvette,
comme si leur auteur épiait ce qui
l’entourait en se dissimulant.
Ana, 1950. © de l’artiste / Saul Leiter Foundation
34
ZOOM
« Les photographies
sont souvent
considérées comme
des moments
importants, alors
qu'elles ne sont que
des fragments et des
souvenirs d'un monde
inachevé »
SAUL LEITER
NÉ DE LA VILLE
À l'intérieur, il nous fait partager son intimité
à travers des miroirs, des fenêtres,
des plans successifs ou des flous qui en
tiennent lieu. On se retrouve ainsi en observateur
clandestin des faits et gestes de ses
amis proches, mais surtout des femmes
de sa vie – Ines, Barbara, Lynn, Fay, Jay et
les autres – qu'il photographie à la dérobée,
au propre comme au figuré, c'est-àdire
déshabillées et comme par surprise. À
l’extérieur, la méthode est la même. On le
sent embusqué au coin d’une rue et l’on se
fait complice, voyeur avec lui des menues
occurrences de la vie urbaine. Ici, dans un
rayon de soleil, une petite fille, de profil,
encerclée de passants. Là, en vue plongeante,
un promeneur arrêté sur le bord
d’un trottoir, comme au bord d’une rivière.
Ou là encore, des promeneurs avalés par les
reflets des vitrines. Pas étonnant, dès lors,
qu’on l’ait assimilé à la mouvance photographique
de l’École de New York, à laquelle
on associe des auteurs aussi différents
que Lisette Model, Sid Grossman, Helen
Levitt, Diane Arbus ou Robert Frank, qui
ont cependant en commun d’être fascinés
par la vitalité de la rue, et surtout, comme
le disait Dave Heath, de faire des photos
« qui ne sont pas sur la ville, mais nées de
la ville ». De la même façon, peut-on dire
que, dans les photographies en couleur de
Saul Leiter, c’est la couleur qui tient lieu
Footprints, ca. 1950. © de l’artiste / Saul Leiter Foundation
de sujet. Cela n’étonne pas quand on sait
qu’il a continué à pratiquer la peinture et le
dessin, tout au long de sa vie. Lui qui allait
jusqu’à sur-peindre les tirages de ses images,
comme on peut le voir dans cette exposition,
trouva donc évident de commencer à
utiliser des pellicules en couleur pour son
travail de street photography, à une époque
où l’on estimait comme artistique la seule
photographie en noir & blanc. Dès 1948,
c’est-à-dire bien avant l’exposition William
Eggleston’s Guide, en 1976 au MoMA de New
York, considérée comme le point de départ
de la reconnaissance institutionnelle de
la photographie en couleur, Saul Leiter a
réalisé un travail couleur splendide, dans la
même veine que celui en noir et blanc. Sans
doute sa maîtrise de la technique couleur
l’aida-t-elle à être employé comme photographe
de mode par des grands magazines
américains tels que Esquire ou Harper’s Bazaar,
pendant une vingtaine d’années. C’est
d’ailleurs ce qui explique sa reconnaissance
tardive en tant que street photographer, six
ou sept ans avant son décès.
VISITER
Saul Leiter. An Unfinished World
FOAM
Amsterdam
www.foam.org
jusq. 23-04
35
Wael Shawky
Un sublime opéra dramatique
Le musée Bonnefanten de
Maastricht organise une exposition
de l’artiste égyptien Wael
Shawky. Il n’y présente que son
dernier film, Drama 1882, acquis
conjointement par l'institution, le
Stedelijk Museum d’Amsterdam
et le Centraal Museum d’Utrecht.
Wael Shawky y traduit une
révolte anticoloniale achevée
par l'occupation britannique de
l’Egypte, en un bouleversant opéra
dramatique, conçu spécialement
pour le pavillon égyptien de la
dernière Biennale de Venise.
TEXTE : CHRISTINE VUEGEN
Wael Shawky a
souhaité délivrer
un message fort,
comme toujours, en
remontant le temps.
C’était un incontournable ! La
presse internationale fut très élogieuse
à son égard. Wael Shawky
a représenté son pays avec le
« somptueux récit d'une révolution ratée,
offrant de l'espoir dans un paysage politique
agité », rapportait ainsi le New York
Times. Pour son film Drama 1882, cofinancé
par les quatre galeries le représentant –
Lisson (Londres), Sfeir-Semler (Beyrouth/
Hambourg), Lia Rumma (Naples/Milan) et
Barakat Contemporary (Séoul) –, l’artiste
a exigé carte blanche, sans interférence
du gouvernement de son pays. Il souhaitait
délivrer un message fort et, comme
toujours, l’a fait en remontant le temps.
Ses films sont des reconstitutions, à la
fois précises et fabuleuses, d’événements
historiques, destinées à nous faire mieux
comprendre ce qui se passe dans le monde
aujourd’hui. L’œuvre de Wael Shawky
(1971) n’est pas seulement visuellement
séduisante et émouvante, elle revêt également
une dimension d’urgence. Drama
1882 est un opéra filmé de 44 minutes,
chanté en arabe classique et sous-titré en
anglais. L’artiste y transporte le spectateur
à l’été 1882, moment décisif de l’histoire
de l’Égypte. En huit chapitres, il reconstitue
les événements ayant conduit à
l’occupation britannique, qui n’a pris fin
qu’en 1956. Le film peut faire penser à la
guerre en Ukraine, aux bombardements
de Gaza et à l’évolution des positions
dominantes au Moyen-Orient et dans le
reste du monde. Non pas que l’artiste y
fasse allusion, il s’est strictement cantonné
aux sources historiques pour écrire le
livret. Il a également composé lui-même
la musique et conçu la scénographie, les
décors, les costumes et la chorégraphie. Le
spectacle fut joué, par une importante distribution
locale, dans un théâtre en plein
air d’Alexandrie, sa ville natale. L’artiste a
demandé aux acteurs de se déplacer au
ralenti : l’expression est ainsi dans les mouvements,
non dans les visages. Il s’agit de
son premier film réalisé avec des acteurs
adultes après s'être débarrassé de toute
dramatisation des fillms précédents, en
faisant jouer des poupées, des marionnettes
et des enfants. Intitulé Drama 1882,
l'artiste explique : « Le mot ‘‘drame’’ revêt
plusieurs significations. Il crée une impression
de faux-semblant, de divertissement,
de catastrophe, et suscite un doute
inhérent face à l’histoire ». Il s’agit d’une
histoire avec des étrangers et des traîtres.
Mais qui est l’étranger, le traître, le héros?
Tout dépend du côté où l'on se trouve.
UN DRAME MAGNÉTIQUE
Dans l’image de droite, deux groupes se
font face. D’un côté, le personnage principal,
Ahmet Urabi, fils de paysan devenu
colonel dans l’armée égyptienne. C’est lui
qui a mené la révolte contre le khédive,
vice-roi, marionnette des Britanniques et
des Français. De l’autre côté, le khédive (en
blanc) et le consul général britannique.
Chaque groupe marche lentement, à tour
de rôle, vers l’autre, puis recule, les corps
du groupe qui avance étant penchés vers
36
L’œuvre révèle l’artiste
Drama 1882, 2024, vidéo 4K (couleur, son), VFX, arabe avec sous-titres anglais. © de l’artiste / Courtesy Sfeir-Semler Gallery, Beyrouth / Hambourg
Qui est l’étranger, le traître, le héros ?
Tout dépend du côté où se l'on trouve.
l’avant et ceux de celui qui recule vers
l’arrière. Ce balancement régulier, d’avant
en arrière, comme ce chant magnifique,
sont absolument hypnotiques. Wael
Shawky sait, comme nul autre, traduire un
sujet lourd en spectacle enchanteur, non
sans légèreté et humour. Dans un décor
de bâtiments roses, légèrement de guingois,
un homme originaire de Malte, alors
colonie britannique, se rend en trottinant
au consulat britannique d’Alexandrie. Il demande
ensuite à un homme, accompagné
d’un âne, de le transporter à travers la ville.
Le Maltais, qui discute le prix de la course,
par poignarder le propriétaire de l’âne, les
émeutes anti-européennes qui s’ensuivent
font quelque trois cents morts, le bombardement
britannique d’Alexandrie, la
conférence internationale d’Istanbul sur
l’Égypte, lors de laquelle l’ambassadeur
britannique déclara qu’il n’interviendrait
qu’en cas d’urgence, l’attaque surprise de
l’armée britannique contre l’armée d’Urabi,
la prise du Caire forment un spectacle
dans lequel tout est précis, jusqu’aux couleurs
et à la composition.
RÊVER DE CHANGEMENT
Peintre de formation, Wael Shawky compare
le film à une peinture en mouvement.
Dans ses expositions, il entraîne les visiteurs
dans l’univers du cinéma, de la sculpture
et de la peinture. Il travaille souvent
avec des matériaux artisanaux, comme
le verre de Murano. Auparavant, il avait
ébloui le public avec sa trilogie cinématographique
Cabaret Crusades (2010-2015),
l’histoire des croisades vues du point de
vue arabe, jouée par des marionnettes.
Wael Shawky est un artiste très sollicité.
La longue liste de ses expositions personnelles
comprend le MOMA PS1 de New
York, le M Leuven et le Mathaf de Doha,
au Qatar. Auparavant, il n’avait exposé
qu’une seule fois aux Pays-Bas. En 2005, il
avait réalisé la vidéo The Cave : Amsterdam
pour une exposition collective. Marchant
lentement dans un supermarché,
il y récitait un verset coranique. Celui-ci
évoque des hommes qui dorment dans
une grotte jusqu’à ce que le tyran soit parti
et qui se réveillent 309 ans plus tard dans
un monde meilleur. Ce rêve d’une société
différente, la seule œuvre dans laquelle
l’artiste joue lui-même, fut vendue chez
Sotheby’s à Doha, en 2015, pour 56.250
dollars, ce qui reste le prix le plus élevé aux
enchères pour son œuvre. Aujourd’hui,
Drama 1882 est la première création de
l’artiste à figurer dans la collection d’un
musée néerlandais. Il s’agit d’une critique
de l’historiographie entourant le colonialisme,
longtemps écrite uniquement du
point de vue des intérêts européens. Une
des grandes tendances du monde de l’art
contemporain est de battre en brèche ce
discours univoque.
VISITER
Wael Shawky : Drama 1882
jusq. 30-03
Bonnefanten
Maastricht
www.bonnefanten.nl
37
La chevalière
Un bijou symbolique
Qui l’eut cru ? Ringardisée à
la fin du siècle dernier, bague
symbole de l’aristocratie et d’une
certaine bourgeoise traditionnelle,
la fameuse chevalière fait un
retour remarqué dans les codes
vestimentaires de la jeune
génération. Fini le temps ou ce
bijou, repoussoir pour beaucoup,
était relégué dans l’oubli des fonds
de tiroir. Un retour en grâce qui se
traduit évidemment par nombre de
détournements.
TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE
Rare chevalière armoriée d’époque élisabéthaine, 1568, or et cristal de roche. Bonhams, Londres, 07-04-2005.
© Bonhams – 15.600 £ (18.600 €)
Ainsi, « la cheche (prononcer
cheu-cheu) de bourge », la bague
la plus clivante de la joaillerie,
a retrouvé les doigts de la
jeunesse. Qu’ils soient artiste, bobo ou
hipster, à trente ans, nombre d’hommes
portent à nouveau la chevalière, tandis
que leurs alter-egos féminines ont fièrement
ressorti le rang de perle de leurs
grands-mères. Et, s’il lui arrive d’en détourner
l’usage, c’est bien dans sa version la
plus classique, c’est-à-dire en or et gravée
d’armoiries familiales, que cette nouvelle
jeunesse l’aime, décomplexée et à l’aise
avec l’image connotée qu’elle renvoie. Car,
il est désormais bien loin le temps des
codes figés et des classifications de genre.
Dans le grand mouvement de décloisonnement
auquel on assiste depuis le début
de la décennie, la chevalière vient rejouer
la partition des rockers et des punks qui,
dès les années 1970, en la portant à tous
les doigts, l’avaient érigée en symbole de la
38
De nos jours, le port
d’une chevalière
témoigne plus de
racines identitaires
qu’il ne requiert de
titre de noblesse.
contre-culture, tandis que, dans les années
1990, les rappeurs la récupéraient comme
ils l’auraient fait d’une armure clinquante.
Directrice artistique de la marque de
joaillerie française traditionnelle Arthus
Bertrand qui, depuis 1803, s’est faite une
spécialité de la confection de chevalières,
Camille Toupet précise : « A la différence
de leurs pères, qui sont encore bloqués par
son côté BCBG, les jeunes hommes se parent
et s’habillent sans se soucier du qu’en
dira-t-on. Mais ils se réfèrent, consciemment
ou non, à de grands classiques. La
chevalière est ainsi un bijou séculaire, qui
puise sa valeur dans son histoire. On la
porte car elle signifie vraiment quelque
chose. De plus, elle est esthétiquement
assez masculine grâce à sa table à l’effet
coup de poing américain d’une star de
hip-hop. » Devenue un symbole de liberté,
associée aux vedettes de la nouvelle Pop et
Chevalière armoriée, Angleterre, 1570, or, diam.
2,4 cm. Christie’s, Londres, 03-07-2024.
© Christie’s Images Ltd. – 21.420 £ (25.300 €)
Chevalière ornée d’un camée représentant une Vierge à l’Enfant, Italie, XVe siècle, or, diam. 2,4
cm. Christie’s, Londres, 03-07-2024. © Christie’s Images Ltd. – 13.860 £ (16.370 €)
du Septième Art, elle témoigne aussi d’un
certain désir de retour à l’ordre, illustré
par la remontée en puissance des droites
politiques dans toute l’Europe. La chevalière
rejoue donc une partition ancienne,
qui puise aux sources de la culture européenne.
UN USAGE MILLÉNAIRE
Dite aussi ‘‘arme blanche de mains’’, la chevalière
est une bague à large chaton (appelé
aussi table), sur lequel sont gravées des
armoiries ou des initiales. Généralement
destinée aux descendants de familles
nobles ou à des personnes non nobles portant
des armes depuis longtemps, la chevalière
est donc souvent liée à l’aristocratie.
L’origine de son nom remonte ainsi aux
chevaliers, les premiers après le souverain,
qui s’en servait de sceau, à obtenir le droit
de porter une bague au doigt. Au fil du
temps, son usage fut dès lors empreint de
toute une symbolique sociale et culturelle.
Pourtant, au départ, il s’agissait plutôt
d’un objet fonctionnel, un sceau portatif
monté sur une bague portée à l’index. Car,
ce doigt étant celui utilisé pour désigner
les choses, y porter une chevalière était
autrefois interprété comme un signe de
puissance. Les premières bagues chevalières
dont on ait connaissance remontent
à l’Egypte ancienne, il y a plus de quatre
millénaires, lorsqu’elles symbolisaient le
rang social de leur titulaire et servaient
à l’authentification des documents. Ces
anneaux sigillaires présentaient un motif
gravé qui a varié au fil des siècles, passant
du cartouche hiéroglyphique aux
représentations mythologiques, effigies,
symboles, armoiries ou inscriptions. Chez
les Grecs et les Romains de l’Antiquité, la
chevalière était également un symbole
de pouvoir et d’autorité, à Rome, le port
d’un anneau d’or étant même déjà le signe
distinctif de l’ordre équestre. En Europe,
la chevalière royale apparaît au milieu du
39
« On porte
aujourd’hui la
chevalière car elle
signifie vraiment
quelque chose. »
CAMILLE TOUPET
Chevalière, Egypte, Nouvel Empire, ca. 1323-1319 av. J.-C., or, 2,9 x 2,6 cm. Leyde, Rijksmuseum van Oudheden,
inv. AO 8iv.
Chevalière dit Anneau épiscopal orné d’une intaille
figurant Saint-Jean-Baptiste, France, XIXe siècle,
or, améthyste, poids : 6,9 g. Berard-Peron, Lyon,
01-02-2021. © Berard-Peron – 2.150 €
Moyen Âge, vers les XIe et XIIe siècles, où
elle sert là aussi comme sceau pour cacheter
des documents à la cire. Facilement
reconnaissable, elle sert d’identification
à une époque où un fort pourcentage de
la population est analphabète. Ainsi, la
chevalière est-elle d’abord une matrice
dont le dessin est soit moulé en relief, soit
gravé en intaille, c’est-à-dire en négatif (à
l’envers) afin de pouvoir servir comme
sceau lorsqu’il est appliqué sur un cachet
de cire. Souvent réalisée en or ou en argent,
la bague peut aussi s’orner d’une pierre
fine, semi-précieuse ou précieuse, insérée
dans une table de forme ovale, en tonneau,
ronde ou carrée.
UN SYMBOLE DE STATUT
Au fil des siècles, l’anneau sigillaire perdant
de son utilité au profit des signatures
manuscrites, il tend à disparaître. Négligé
aux XVIe et XVIIe siècles, son usage revient
au XVIIIe, notamment dans la noblesse
française qui se sert de la chevalière pour
justifier son lignage agnatique. Si elle ne
renseigne pas alors directement sur le titre
de noblesse de celui qui la porte, elle peut
clairement indiquer l’importance de son
statut. Ainsi, les matériaux utilisés et la
complexité du bijou donnent une idée de
son pouvoir, qu’il soit familial ou individuel.
Déjà à la Renaissance, plus une chevalière
était luxueuse, plus elle appartenait à une
personnalité de haut rang. Dans la seconde
moitié du XIXe siècle, notamment en
France, suite à l’abolition des privilèges et à
l’essor de la grande bourgeoisie, tandis que
les cachets armoriés portés à la ceinture
sont abandonnés, la chevalière devient
plus que jamais un signe de prestige qui
s’incarne dans le pouvoir et la puissance
attribués aux pierres précieuses ou dures
(diamant pour l’invincibilité, rubis pour la
vitalité, onyx pour la force). Au XXe siècle,
avec l’érosion des règles sociales, elle se
popularise davantage, voire se démocratise,
devenant souvent le signe d’une
appartenance à un groupe, qu’il s’agisse
de l’armée, de la franc-maçonnerie, d’une
université ou d’une profession particulière.
40
En définitive, portée tant par les hommes
que par les femmes, elle atteint toutes les
classes sociales, s’ornant souvent d’initiales
identifiant son propriétaire. Ainsi,
de nos jours, son port témoigne plus de
racines identitaires qu’il ne requiert de
titre de noblesse.
UN USAGE CODIFIÉ
Le port d’une chevalière est une tradition
ancrée de longue date chez les
grandes familles européennes. Selon les
anciennes règles chevaleresques de la
noblesse française, les hommes aînés de
leur famille placent la chevalière à leur
annulaire gauche, soit au même doigt que
leur alliance. Ce positionnement remonte
au Moyen Âge, l’anneau se portant alors à
l’annulaire gauche en signe de distinction
pour rappeler l’engagement du chevalier.
Femmes et hommes, cadets ou benjamins
de leur famille, se devaient, quant à eux,
de porter la chevalière à l’auriculaire droit.
Cette règle vaut également aux Pays-Bas et
en Allemagne, tandis que la Suisse privilégie
l’annulaire droit. Dans d’autres pays, la
chevalière se portera plutôt à l'auriculaire.
En Angleterre, par exemple, il est d'usage
de porter une chevalière (signet ring) en
or massif à l’auriculaire de la main gauche.
En Belgique, la tradition veut qu’il n’y ait
pas de différence entre les sexes quant au
port de la chevalière. Hommes et femmes,
porteurs du nom de famille rattaché aux
armoiries représentées, la portent à l’auriculaire
gauche, l’annulaire étant exclusivement
réservé au port de l’alliance. En
règle générale, la chevalière peut se porter
de trois manières : le port ‘‘en baisemain’’,
c’est-à-dire le motif orienté vers l’extrémité
du doigt, symbolise que la personne est
libre ; le port ‘‘en bagarre’’ ou ‘‘en bataille’’,
A la Renaissance,
plus une chevalière
était luxueuse, plus
elle appartenait à
une personnalité
de haut rang.
soit le motif orienté dans la direction du
cœur signifiant que la personne est engagée
dans une relation sérieuse ; enfin ‘‘en
deuil’’, le motif orienté vers la paume de
la main, illustre le décès d’un proche lié
aux armoiries présentes sur la chevalière.
Traditionnellement, dans la noblesse,
une chevalière était offerte aux femmes
pour marquer des événements heureux et
importants de la vie, comme le mariage.
A cette occasion, la fiancée en recevait
une aux armoiries de son futur époux. Aux
Pays-Bas, les familles de la noblesse ou du
patriciat portent encore des chevalières
ornées d’armoiries familiales, même si
cette exclusive tend, comme partout, à
disparaître. Pour les hommes, l’ensemble
des armoiries est généralement gravé à
même l’anneau. Pour les femmes célibataires,
celles-ci sont gravées dans un
losange, pour les femmes mariées, dans
un support ovale. Comme partout, le port
d’armoiries familiales non conformes aux
usages héraldiques ou d’armoiries usurpées
y est considéré comme un faux pas...
En revanche, de nos jours et de manière
générale, le port d’une chevalière, qu’elle
soit simple ou ornée, constituée ou non
de métal précieux, relève exclusivement
du goût et de l’imagination de celui qui y
souscrit. En la matière, toutes les fantaisies
sont permises…
SURFER
www.arthusbertrand.com
Cartier, chevalière armoriée en intaille, ca. 1910-1920, or, saphir, poids : 12,3 gr. Christie’s, Genève, 19-11-
2024. © Christie’s Images Ltd. – 15.120 CHF (18.000 €)
Arthus Bertrand, chevalière enlacée, argent 925,
diam. 2 cm. © Arthus Bertrand – 450 €
41
L’étain
Un minerai protéiforme
Il a connu ses heures de gloire dans
le domaine décoratif et un grand
usage comme objet de vaisselle,
chope ou cruche. Mais l’étain a
aussi connu de larges périodes de
déclin. Retour sur l’une des plus
anciennes matières, utilisée pour
elle-même, mais aussi pour ses
valeurs dans l’alliage et l’étamage.
TEXTE : ANNE HUSTACHE
Dans la nature, l’étain se présente
à l’état d’oxyde, la cassitérite
qui, dès la Préhistoire, a servi à
fabriquer le bronze, en alliage
avec le cuivre. Il ne fut employé comme
métal propre que vers 2000 avant notre ère.
Les Romains en firent grand usage pour les
ustensiles de la table. A cette époque déjà
et durant toute son histoire, il a été utilisé
pour protéger d’autres métaux contre l’oxydation.
Mais, dès le XIIe siècle, l’étain est
coulé, tourné, soudé et ciselé pour fabriquer
des ustensiles de vaisselle indispensables
telles que les cruches et autres chopes.
L’industrie de l’étain s’épanouit alors dans
toute l’Europe et, au XVIIe siècle, est mis
au point un ‘‘étain noble’’ qui va servir à la
fabrication de chefs d’œuvres d’art décoratif
comme le plat de la Tempérance de François
Briot. La matière connaît toutefois une
grande période de déclin, dès la seconde
moitié du XVIIe siècle, pour renaître à la fin
du XVIIIe, mais aussi au début du XXe siècle
et jusque tard dans l’après-guerre à la faveur
d’un engouement pour le style ‘‘fermette
rustique’’, désormais complètement désuet.
De nos jours pourtant, l’étain demeure
une matière aux multiples usages : il sert
en soudure, dans la fabrication de boîtes
métalliques, et joue un rôle conséquent
dans les arts décoratifs, par exemple pour le
revêtement des comptoirs et des tables des
cafés, mais aussi pour la confection d’objets
spécifiques comme les seaux à champagne.
VISITER
Etain, de la mine à l’atelier
Museum für Kunst und Gewerbe
Hambourg
www.mkg-hamburg.de
du 14-02 au 10-08
Tin
Rijksmuseum van Oudheden
Leyde
www.rmo.nl
jusq. été 2026
Efficacité romaine
ca. 43- 410
Les Romains furent parmi les premiers
grands utilisateurs de l’étain, non seulement
pour la fabrication d’objets comme
ce bol, mais aussi afin de protéger d’autres
matières contre l’oxydation : nombre de
boucles de ceinture et de fibules étaient
ainsi ‘‘étamées’’. Pratique, ce petit bol
n’en est pas moins élégant avec la forme
évasée de son pied ainsi que de son col.
A l’extérieur, sur la panse, a été incisé le
mot ‘‘ISARNINUS’’. Émanant de la culture
romano-britannique, ce bol fut trouvé à
Icklingham (Suffolk) et témoigne peut-être
d’une production importante d‘objets en
étain dans un pays qui fut longtemps gros
fournisseur de ce minerai.
Bol, époque romano-britannique, Angleterre, étain
coulé, H. 5,1 cm. Londres, The British Museum, inv.
1894, 0224.42.
42
Elégant
ca. 1325-1375
Au cours du Moyen Âge et jusqu’au XVIIIe siècle, l’étain a été utilisé pour
façonner d’innombrables pichets. Les collections des musées regorgent de
pièces démontrant la variété des formes qui furent inventées à partir d’un
même concept : un ‘‘vase’’, un poucier et une anse. Notre exemple a fière
allure, avec son corps en forme de balustre à huit facettes. Sur le couvercle,
un fier lion assis sert de bouton. Le repose-pouce est formé de deux glands
et se prolonge, via une charnière à double mâchoire, dans la poignée qui
s’étend presque directement vers le bas, après un virage. Une marque de
maison est gravée sur le manche.
Pichet, Europe (Suisse ?), étain, H. 23.5 cm. Amsterdam, Rijksmuseum, inv. BK-16457.
Santé !
ca. 1550-1575
La chope était un autre domaine privilégié
de l’étain usuel. Le potier d’étain avait-il de
l’humour ? Il a donné à la panse la forme
d’un tonneau, référence aux tonneaux de
bière, le liquide pour la consommation
duquel cet objet fut conçu. Cette chope est
fermée par un couvercle bombé. A la différence
des chopes actuelles, elle dispose
d’un couvercle comme d’ailleurs, toutes
celles de son époque. Un détail qui semble
relever de son histoire : face aux ravages
de la peste, qui sévit pendant tout le
XIVe siècle, les grands dirigeants de
l’époque, dont l’empereur germanique,
prirent des mesures afin d’endiguer la
progression du fléau. L’une d’entre elles
était l’obligation de couvrir tous les
récipients destinés à recevoir des denrées
alimentaires. Les ‘‘pots’’ à bière se
virent donc chapeautés d’un couvercle
en étain, donnant ainsi naissance au
modèle récurrent de la ‘‘chope’’.
Chope à bière, Pays-Bas, étain coulé, H. 11,5 cm. Amsterdam,
Rijksmuseum, inv. BK-16411.
L’acmé
1585
François Briot, Plat de la Tempérance, France, étain décoratif ou ‘‘noble’’, diam. : 45 cm, prof. : 4,5
cm. Londres, The Victoria and Albert Museum, Inv. 2063-1855.
A la fin de l’époque gothique, l’étain ‘‘décoratif ’’ ou
‘‘noble’’ est mis au point : à la différence de l’étain
usuel, celui-ci reçoit un abondant décor, creusé
en relief dans le moule qui sert à sa fabrication.
La Renaissance est l’époque par excellence de ce
type d’étain, uniquement destiné à orner : l’objet
prenait place sur des buffets à plusieurs niveaux
supportant des objets luxueux, d’or, d’argent, etc.
François Briot (ca. 1545-1616), célèbre médailleur
originaire de Montbéliard, réussit un véritable
chef d’œuvre avec ce plat de la Tempérance, dont
les répliques existantes témoignent toutes de la
virtuosité nécessaire à la réalisation des motifs.
L’ombilic du plat représente une figure féminine
portant un verre de vin et une aiguière, qui donne
son nom à l’objet. Autour de la Tempérance se
déploient les allégories des quatre éléments et
sur le bord extérieur, se répartissent les sept arts
libéraux autour de Minerve.
43
Foisonnant
ca. 1685
Le célèbre ébéniste André-Charles Boulle (1642-1732) mit au point une
technique tellement remarquable qu’elle porte son nom : la marqueterie
Boulle, qui consiste à incruster des meubles d’écaille de tortue, de corne, de
laiton ou de cuivre et, bien sûr, d’étain. Ce meuble à perruques est l’un des
exemples les plus élaborés de son genre, œuvre d’un grand raffinement et savoir-faire
qui montre l’importation de la marqueterie française dans les pays
germanophones, grâce à des artistes comme Johann Daniel Sommer II. Destiné
à contenir un accessoire indispensable dans l’apparence d’un homme
de cour, ce cabinet était aussi un objet décoratif attestant du statut de son
propriétaire. Un soin particulier a été conféré au mélange des matières et à
la délicatesse des motifs floraux, tandis qu’un brin d’exotisme s’invite dans le
couvercle, en forme de pagode.
Johann Daniel Sommer II, Cabinet de coiffure (meuble à perruques),
Allemagne, chêne et noyer plaqués d’ébène, bois noirci et marqueterie
d’étain et de nacre sur corne sur peinture, simulant l’écaille de tortue,
argent, damassé en brocart (ajout ultérieur), 40,6 × 45,7 × 34,3 cm. New
York, The Metropolitan Musem of Art, inv. 2004.417.
Ludique
fin du XVIIe siècle
A côté de la laque et de la nacre incrustée
dans le bois, l’étain fut aussi utilisé pour
réaliser des paravents généralement bichromes,
se mariant alors avec le laiton.
Ce type de décor fut particulièrement prisé
dans la Chine de la fin du XVIIe siècle, sous
la dynastie Qing. Sur ce paravent, la scène
représente une femme dans son jardin
jouant au touhu. Ce jeu d’habileté était
pratiqué lors des banquets ou cérémonies
dès l’époque des Zhou (1050-221 avant
notre ère) et se perpétua au fil des siècles.
Il consiste à lancer des flèches dans le col
étroit d’un petit vase ou dans les deux tubes
qui lui sont attachés. Au dos de l’écran
figure une citation d’un poème de Shen
Quanqi, réalisé sous la dynastie Tang (ca.
650-729).
Paravent, Chine, dynastie Qing, étain et laiton, H.
22,4 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art,
inv. 2006.430a, b.
Ondulante
ca. 1700-1815
Vase à eau pourvu d’un bec, l’aiguière est un des objets les plus utilisés
dans toutes les sociétés et depuis des millénaires. A l’origine, elle était
accompagnée d’un bassin car l’eau servait avant tout à laver les mains
des convives avant le repas. L’apparition des couverts devait rendre
cet usage obsolète, mais la présence d’un contenant a eau n’a pas pour
autant disparu. De nombreux modèles d’aiguière ont vu le jour et, parmi
ceux-ci, l’aiguière ‘‘casque’’ fut extrêmement populaire. Cet exemplaire
se distingue par son côté ‘‘virevoltant’’, grâce aux courbes qui ondulent
en diagonales depuis le pied jusqu’au col. Certains spécialistes estiment
que ce pourrait être une copie du XIXe siècle d’un original du début du
XVIIIe, et non l’original lui-même.
Petite aiguière casque à anse contournée. Strasbourg (?), étain, H. 19 cm. Paris, Musée du
Louvre, inv. OAR 339. © Musée du Louvre, Dist. Grand Palais Rmn / photo : Philippe Fuzeau
44
Collaboration gagnante
ca. 1899-1909
L’étain a connu plusieurs phases de rejet au cours de son histoire.
Mais, à la fin du XIXe siècle, il est remis à l’honneur tant par les
industriels au fait des évolutions techniques que par les artistes
de l’Art nouveau, attirés par les qualités intrinsèques du matériau.
Pas étonnant que Peter Behrens (1868-1940) s’en soit emparé,
lui qui évolue de l’Art nouveau d’essence florale à un fonctionnalisme
élégant, comme en témoigne la forme de ces pièces,
aux lignes générales simplifiées et au décor floral dominé par de
rigoureuses lignes géométriques. Cet ensemble relève aussi de la
collaboration entre l’artiste et les directeurs d’une usine métallurgique
désireux d’assurer la fabrication et la diffusion de ces objets
pratiques, séduisants avec le poli donné à la matière et le soin
apporté à la forme et qui resteraient aussi abordables.
Peter Behrens, Trois éléments de service, Manufacture E. & R.Hueck, étain
moulé et poli, H. cruche : 21,1 cm. Hambourg, Museum für Kunst und Gewerbe.
© photo : Roman Mishchuk
Courant sur la table
ca. 1902-1908
L’entreprise familiale Leuconide Metalware Factory et Trading
Company J.P Kayser and Son, à Krefeld-Bockum, fut l’une des
principales usines de fabrication d’étain, entre 1894 et 1925. Son
fondateur, Englebert Kayser, donna le nom de ‘‘Kayserzinn’’ à
un alliage d’étain artistique sans plomb. Comme en témoigne
l’exposition présentée à Hambourg, l’étain demeure tributaire
de la nature de son alliage et aussi des finitions qui lui sont
apportées, tandis que la Révolution industrielle apportait son
lot d’innovations. La firme fut surtout connue pour son style
volontairement progressiste, car elle a embauché des artistes
et des sculpteurs afin de concevoir des objets de haute qualité
dans le style Art nouveau et Jugendstil. Ces teckels donnent à
ces porte-couteaux une joyeuse vivacité, leur dos s’étendant
naturellement pour servir la fonction.
J. P. Kayser Sohn, porte-couteau, étain, L. 9,3 cm. Hambourg, Museum für
Kunst und Gewerbe. © photo : Roman Mischchuk
D’un cabinet de curiosités
seconde moitié du XXe siècle
L’étain possède une forte conductivité thermique, qui lui permet
de retenir naturellement le chaud comme le froid. C’est donc,
par prédilection, une matière adéquate pour les seaux à champagne,
comme en témoignent les nombreux exemplaires du passé.
Celui-ci défie tout ennui avec ses diverses références mêlées : tête
féminine (buste antique ou rococo ?) et coquillages. L’inspiration
semble tout droit sortie des cabinets de curiosités et correspond
bien au créateur de l’objet, Piero Figura (1936). Pluridisciplinaire
(architecte, peintre, designer, professeur), curieux de tout, ce Milanais
d’adoption est devenu antiquaire et adore mixer les objets de
toutes origines. Ce seau à champagne comporte différentes versions
: celle-ci avec des coquillages, une autre avec des roses.
Piero Figura, Seau à champagne, Milan, étain poli, H. 48 cm. Piasa, Paris, 29-11-
2017. © Piasa – 7.800 €
45
Les divers visages
du Rêve américain
Amanda Lopez, Homegirls. © de l’artiste
En plus de deux cents œuvres,
une exposition au Rijksmuseum
d’Amsterdam met en lumière
l’histoire riche et variée de
la photographie aux Etats-
Unis et montre à quel point
ce support s’est ancré dans la
société américaine et a influencé
le monde. Entretien avec sa
commissaire, Mattie Boom.
TEXTE : KOOS DE WILT
«
Dans
les années 1980, le
directeur du Cabinet
Royal des Estampes,
J.W. Niemeijer, estimait
que la photographie présentait des similitudes
avec la gravure et le dessin », explique
Mattie Boom, conservatrice du département
Photographie du Rijksmuseum. « La
photographie se traduit de la même façon sur
le papier, dans des albums et livres. Ce qui a
offert une nouvelle voie au musée : la collection
de photographies du XIXe siècle contient
celles du photographe Willem Diepraam et
de l’amateur de photos et juriste Bert Hartkamp,
acquises en 1984. Ces éminents collectionneurs
s’y étaient intéressés à une époque
où la photographie n’avait pas encore le vent
en poupe. A partir de 1993, un petit budget
fut dégagé pour acquérir des photographies
en plus de la collection existante. » La collection
de photographies américaines s’est
rapidement étoffée, en 2005, avec la nouvelle
orientation prise par le musée lors de sa rénovation
et l’accent mis sur le XXe siècle. Mattie
Boom : « A l’époque, comme l’exprimait le
directeur Ronald de Leeuw, le sentiment de
beauté et la notion de temps primaient. Il
importait de remonter le temps par le biais
d’une configuration mixte. Et, au XXe siècle, il
s’agissait donc aussi de la photographie américaine.
Si nous n’avions pas encore beaucoup
d’œuvres, grâce au sponsoring de Baker &
McKenzie, nous avons pu acquérir des photographies
jusque là méconnues. »
46
« Des grands noms,
mais aussi des
cartes de visite, des
stéréophotographies,
des brochures, voire
de l’artisanat. »
IMAGES INTRIGANTES
Au Rijksmuseum, Mattie Boom s’est
efforcée de favoriser le développement
de la photographie comme forme artistique.
Depuis la fin des années 1980, avec
Hans Rooseboom, elle s’est chargée de
constituer la collection du musée et est
l’auteure de divers ouvrages sur la photographie.
L’exposition American Photography
a la particularité de présenter, pour
la première fois, la collection de photographies
américaines de l’institution, en
sus de prêts de collections néerlandaises,
européennes et américaines. Elle réunit
des œuvres emblématiques, dont celles
de Sally Mann, Robert Frank, Lisette
Model, Nan Goldin, Richard Avedon, Andy
Warhol, Paul Strand, Diane Arbus et James
Van Der Zee. Mais aussi de nombreuses
images étonnantes d’auteurs anonymes :
« La qualité d’une image ne tient pas tant
au nom du photographe qu’au sujet photographié,
à sa rareté ou à sa captivante
singularité. Ce qui peut aussi concerner
une simple photographie anonyme. Une
Num diti imoluptatis sum rerro dolenitatent et estiumquas et doluptae pre rem sanit, culliti
dolore litatia sitions ecerum quatet, qui quatiscitae
Anonyme, Famille debout à côté de sa voiture, ca. 1957-1960, impression chromogénique (Kodak
Instamatic), 7,6 x 7,6 cm. Amsterdam, Rijksmuseum, inv. RP-F-2023-26-7.
image du retour des troupes françaises,
en 1859, est, par exemple, intéressante en
soi, car elle anticipe un genre particulier.
Un examen plus approfondi a révélé que
son auteur était le célèbre photographe
Nadar. Contrairement à la peinture, mon
travail porte sur d’innombrables images
présentes sous nos yeux et sur le moyen
de trouver celles qui manquent à la collection,
peu importe l’auteur. Il s’agit de
dénicher l’inédit, l’image intrigante. Cela
peut être une question de niveau, high et
low. Donc de grands noms, mais aussi des
cartes de visite, de stéréophotographie,
des brochures, voire de l’artisanat. Une
superbe nature morte de bonbons, par
exemple, des images encadrées, prises par
des anonymes pour orner leur maison,
ou des albums photos de particuliers. Un
menu ou encore un éplucheur à légumes
fabriqué par Ansel Adams. »
Ming Smith, L’Amérique vue à travers des étoiles et rayures, New York City, 1976, tirage gélatino-argentique,
31,8 x 47 cm. Richmond, Virginia Museum of Fine Arts, inv. 2016.241 ; Adolph D. and Wiliams C. Williams Fund
LE RÔLE DES GALERIES
À ses débuts, au milieu du XIXe siècle, la
photographie était spécifiquement française
: « Le Rijks possédait déjà une belle
collection de photographies françaises,
souvent sans que nous en ayons réalisé
un inventaire précis : les images étaient
souvent éparpillées, essentiellement dans
des livres. Nous avons eu, par exemple,
une image unique de 1860 représentant les
restes d’un temple de Baalbek, au Liban, un
panorama de Gustave le Gray. Une véritable
découverte. Dès que je serai à la retraite,
j’en rechercherai la provenance exacte. »
47
Boîte composée de paquets de cigarettes avec des portraits de
colocataires, fin des années 1960, bois, paquets de cigarettes tissés
à la main, tirages gélatino-argentique, 14 x 11 x 19,5 cm. Collection
Daile Kaplan, Pop Photographica, New York. © photo : Andy Romer
Photography, New York
Bruce Wrighton, Portrait d’une femme, Binghampton, NY (Woolworth Shopper), impression chromogénique,
25,4 x 20,2 cm. Amsterdam, Rijksmuseum, inv. RP-F-2009-151. © Succession Bruce Wrighton. Courtesy
Laurence Miller Gallery
« Il faut voir
beaucoup et
faire quantité de
recherches »
MATTIE BOOM
Si la France fut, au XIXe siècle, le principal
pays de la photographie, au XXe siècle, elle a
été dépassée par l’Amérique du Nord : « Ce
bouleversement s’est opéré alors que l’Amérique
est devenue, après la Seconde Guerre
mondiale, la principale puissance économique
et culturelle du monde. Dans les
années 1930, les plus grands photographes
se sont rendus de Paris et Berlin vers New
York où ils ont apporté une contribution
importante. Les artistes new-yorkais
touchaient, à l’époque, des subventions,
faisant valoir l’art au sens le plus large du
terme. Beaucoup d’entre eux ont travaillé
dans la publicité et défini la culture visuelle
de l’époque, une culture de l’image qui
a influencé le monde entier. Les photographes
ont alors commencé à être pris au
sérieux. Ainsi d’Aaron Siskind, par exemple,
dont les images de murs délabrés, prises à
la fin des années 1940, ont été exposées en
la galerie de Charles Egan, à Manhattan. Il
fut le premier photographe de cette galerie.
Je pense que, dans son domaine, ce fut un
expressionniste abstrait qui a enseigné avec
Harry Callahan et tous deux passent pour
des pionniers de la photographie en tant
que forme artistique. La Limelight Gallery
et la galerie de Roy DeCarava ont, par ailleurs,
joué un rôle important dans le développement
de la photographie américaine.
Il y eut ensuite, dans les années 1970, une
exposition de Sam Wagstaff, ami et mentor
de Robert Mapplethorpe, qui fut littéralement
l’œil de la photographie, collectionneur
de tout et n’importe quoi. L’histoire de
la photographie a, entre autres, connu un
essor grâce à lui, à Howard Greenberg, Joel-
Peter Witkin et Stephen White. Depuis, on
voit le monde à travers les yeux de ceux qui
l’ont illustré : les artistes, la publicité et les
personnes comme vous et moi. »
THE AMERICANS
Avec son collègue Hans Rooseboom, Mattie
Boom a effectué, sept années durant,
des recherches pour cette exposition :
« Il faut beaucoup regarder et opérer des
recherches sur ce qui tombe sous la main.
Comme la peinture, la photographie est
devenue, en quelques décennies, une
forme d’art qui représente un certain enjeu
financier. Nous traitons ici trois siècles de
photographie, de 1840 à nos jours, avec
des images qui se croisent dans les salles.
La plus ancienne est due à Henry Fitz
Jr., fabricant d’instruments engagé par
d’autres photographes pour produire des
portraits daguerréotypés. Un des premiers
autoportraits américains saté de février
1840, représente un homme aux yeux fermés.
Des images plus récentes sont dues
à Dawoud Bey : paysages nocturnes, mai-
48
« Pour son livre The Americans, Robert Frank
se fit conspuer dans les années 1950, alors
qu’une première impression de ces clichés vaut
aujourd’hui pas moins de dix mille euros. »
gumes de Blue Note et des photos de livres
d’enfants, par exemple. Certaines brochures
sont intégrées à l’exposition. Nous
avons choisi ces petits objets parce qu’ils
racontent la diffusion de la photographie.
Nous ne montrons pas uniquement des
créations d'artistes, mais aussi des images
de la culture visuelle commune. »
première impression de ces images vaut
aujourd’hui pas moins de dix mille euros. »
Sur le mur d’en face, c’est une autre manière
de capter l’Amérique du Nord, avec
des images de magazines de 1955 et 1956 :
« Nous y reconnaissons le rêve américain,
surtout des Blancs. Plus loin, les salles
sont consacrées à l’usage domestique de
la photographie, des images qui racontent
une histoire intéressante d’objets souvent
jetés aux ordures. Des éplucheurs de lésons
et terrains en Amérique, les derniers
arrêts d’un réseau de routes et de refuges
qui ont aidé les Afro-Américains réduits
en esclavage sur le chemin de la liberté.
Nous montrons aussi des images réalisées
par des femmes, des Amérindiens et des
clichés tirés du livre emblématique The
Americans qui présente un échantillon de
la société américaine des années 1950, vue
par Robert Frank. À l’époque, le photographe
s’était fait conspuer, alors qu’une
VISITER
American Photography
Rijksmuseum
Amsterdam
www.rijksmuseum.nl
du 07-02 au 09-06
Bryan Schutmaat, Tonopah, Nevada, 2012. © de l’artiste / Courtesy Rijksmuseum, Amsterdam
49
La vie du conservateur
Joris Van Grieken – #001
Dürer, première superstar
de l’histoire de l’art
Depuis l’enfance, Joris Van Grieken, conservateur des
Estampes et Dessins à la Bibliothèque Royale de Belgique
(KBR) est fasciné par l’œuvre d’Albrecht Dürer. Une
étincelle, jaillie il y a dix ans, s’est concrétisée en une
exposition qui ramène le grand maître à ses racines
belges. De ses chefs-d’œuvre graphiques à son influence
sur les artistes anversois, la première superstar de
l’histoire de l’art reprend vie, en un regard neuf sur une
œuvre qui ne cesse d’inspirer.
Extrait des Meisterstiche, Melencolia I, 1514, gravure, 23,9 x 16,8 cm. Bruxelles,
KBR, inv. S.I 2370.
« Ses trois
gravures
maîtresses
réunissent à
la perfection
tous les aspects
de son talent
exceptionnel. »
JORIS VAN GRIEKEN
COLLECT : Qu’est-ce qui a
motivé cette exposition ?
Joris Van Grieken : « Cela
remonte à une dizaine d’années.
Plusieurs historiens de l’art ont
estimé, presque en même temps,
que la visite de Dürer à Anvers
et aux Pays-Bas, en 1520-1521,
devait s’inscrire dans les célébrations
de son 500e anniversaire.
Nous avons donc réuni un
groupe de travail afin de préparer
une double exposition, à Anvers
et Aix-la-Chapelle. Les circonstances,
notamment le report de
l’ouverture du musée royal des
Beaux-Arts d’Anvers, ont voulu
que l’exposition débute à Aix-la-
Chapelle. Dans cette optique, la
Bibliothèque Royale de Belgique
(KBR) a prêté quelques œuvres
et j’ai rédigé un texte traitant de
l’importance de cette visite de
Dürer sur le développement de
l’art graphique dans les Pays-Bas.
L’examen minutieux du fonds de
la KBR a révélé qu’elle conservait
une collection magnifique
et presque complète d’œuvres
graphiques de l’artiste. L’institution
dispose toutefois de moyens
limités pour faire connaître son
riche patrimoine à l’international.
Lorsque le musée De Reede
s’est déclaré prêt à accueillir des
expositions sur de grands artistes
graveurs, nous avons réagi avec
enthousiasme. »
Quels furent vos critères de
sélection ?
« Ce fut une démarche logique.
Nous voulions valoriser notre
propre collection, qui contient
quasiment toutes les impressions,
souvent dans différents
états et éditions. L’exposition
devait offrir une vue d’ensemble,
la plus complète possible, des
œuvres graphiques de Dürer.
Mais nous voulions mettre aussi
l’accent sur sa période anversoise.
A Anvers, Dürer a réalisé
très peu d’estampes, mais il en
a vendu et également offert afin
de nouer des contacts. Il était
déjà célèbre bien avant son arrivée
dans la ville, où il influença
des peintres et créateurs
d’estampes comme Jan Gossaert,
et surtout Lucas de Leyde,
qu’il a dû rencontrer en personne
sur place. Il fut invité chez Dirck
Vellert, peintre et verrier qui,
après son départ, s’est lui-même
mis à créer des estampes. Dürer
est demeuré longtemps célèbre
à Anvers et dans les Pays-Bas,
comme en témoignent, entre
autres, certaines œuvres des
frères Wierix, lesquels s’exercèrent
très jeunes à l’art de la
gravure en copiant les œuvres de
Dürer. Hendrick Goltzius tenta
ensuite d’imiter, voire de dépasser
son modèle en réalisant des
gravures dans le style de Dürer.
L’histoire que j’ai souhaité raconter
est vite devenue limpide, dans
ses grandes lignes. Nous avons
réuni les plus belles gravures de
notre collection. »
Quelle œuvre est, selon vous, au
cœur même de cette histoire ?
« Les trois gravures maîtresses
que sont La Mélancolie I, Saint
Jérôme dans son étude et Le Chevalier,
la Mort et le Diable passent
traditionnellement pour le point
culminant de l’œuvre graphique
de Dürer. Tous les aspects de son
exceptionnel talent y sont réunis
à la perfection. Dürer gravait
lui-même ses plaques d’impression.
Une démarche rare, car la
50
plupart des artistes ne savaient
pas le faire et confiaient à des
professionnels la réalisation des
gravures au départ de leurs dessins
ou peintures. Ce sont aussi
des œuvres très complexes sur
un plan iconographique, riches
en détails, qui donnent lieu à
de nombreuses interprétations.
La Mélancolie I passe ainsi pour
l’œuvre la plus discutée de toute
l’histoire de l’art. Le dernier chapitre
de l’exposition, qui traite de
l’influence de Dürer sur d’autres
créateurs d’estampes, me
paraît très important. Il montre
comment son œuvre est vite
devenue un canon de référence
et demeure d’actualité, en dépit
des changements de goût et de
l’esprit du temps. Nous présentons
son célèbre Rhinocéros dans
une version imprimée au XVIIe
siècle. Pour adapter cette pièce
aux goûts changeants et masquer
l’usure du bloc d’impression,
un nouveau bloc, vert olive, fut
réalisé, qui confère une couleur
fraîche à cet exemplaire ancien. »
Quel rôle jouez-vous dans cette
exposition ? Etes-vous un guide,
un conteur ?
« Un peu des deux, mon rôle
consistant aussi à opérer des
choix parmi les centaines
d’œuvres potentiellement retenues
pour raconter cette histoire.
Je les ai examinées et interrogées
avec deux stagiaires : où se
situent les meilleures impressions
et quelles œuvres racontent
le plus clairement cette histoire ?
Il n’était pas question d’organiser
une trop grande exposition. Il
faut toujours penser au spectateur,
qui doit rester stimulé
et intéressé jusqu’au bout. Une
petite centaine d’estampes sont
finalement exposées. C’est beaucoup,
mais certaines proviennent
de séries, comme la fameuse
Apocalypse, qu’il convient de
considérer comme une œuvre à
part entière. »
Que souhaitez-vous que les
visiteurs retiennent de cette
exposition ?
« J’espère qu’ils apprécieront les
œuvres et seront convaincus de
la qualité plastique exceptionnelle
des gravures de Dürer. Il
n’est peut-être pas très connu
en dehors de l’Allemagne, mais
se situe, pour nous, entre des
artistes tels que Léonard de Vinci,
Raphaël, Rubens ou Rembrandt.
Par la qualité de ses gravures, il
devint aussi la première superstar
de l’histoire de l’art. J’espère
que les gens apprendront à
les regarder et les apprécieront
comme une forme d’art à
part entière et indépendante.
J’entends trop souvent dire qu’il
ne s’agit ‘‘que de reproductions’’,
pas aussi originales que des
dessins, ni aussi précieuses que
des peintures. Les estampes sont
certes multiples, mais chacune
est singulière. En outre, Dürer
les considérait toujours comme
des œuvres indépendantes,
jamais comme des dérivés de ses
peintures. »
« Dürer se situe entre des artistes
comme Léonard de Vinci,
Raphaël, Rubens ou Rembrandt. »
Si vous deviez choisir une œuvre
à emporter chez vous, quelle
serait-elle et pourquoi ?
« Némésis, la déesse ailée de la
vengeance qui plane dans les
nuages au-dessus de la Terre.
Dürer la représente sur un fond
blanc, suspendue en l’air, audessus
d’un monde humain très
détaillé. Il joue ici aussi avec les
contrastes de manière magistrale.
Nous avions à la maison
un livre avec des reproductions
de toutes les estampes de Dürer
et je le regardais pendant des
heures, dans mon enfance. Cette
gravure m’est toujours restée en
mémoire. »
Dürer à Anvers. Chefs-d’œuvre
de la collection de la KBR
jusq. 31-03
Musée De Reede
Anvers
www.museum-dereede.com
Rhinocéros, 1515, gravure avec bloc de ton ajouté, après 1620, gravure sur bois,
21,2 x 19,8 cm. Bruxelles, KBR, inv. S.I 13946. Némésis, ca. 1502, gravure, 32,9 x 22,4 cm. Bruxelles, KBR, inv. F 37563.
51
Sélection Musées
Figuration panafricaine
du 07-02 au 17-08
BOZAR
Bruxelles
www.bozar.be
Une marche créatrice
du 01-02 au 27-04
WIELS
Bruxelles
www.wiels.org
Cette vaste exposition,
réunissant quelques
cent-cinquante œuvres
réalisées par environ
cent-vingt plasticien.
ne.s, souhaite répondre
à une question emblématique
: comment
les artistes d’Afrique
et de sa vaste diaspora
ont-ils représenté la vie
quotidienne au cours
du siècle dernier ?
Et quel rôle y joue la
figuration ? Pour étayer
le propos, six thèmes
sont abordés : le Quotidien,
Joie et Allégresse,
Repos, Sensualité,
Spiritualité, ainsi que
Triomphe et Émancipation.
La commissaire,
Koyo Kouoh (directrice
et commissaire en chef
du Zeitz MOCAA au
Cap et future commissaire
de la Biennale de
Venise 2026) souhaite, par ces thèmes, offrir une vision riche et nuancée de la vie et
de la pensée panafricaine, soulignant la résilience, l’essence et la charge politique
de la gaieté panafricaine. (ah)
Kudzanai-Violet Hwami, An evening in Mazowe, 2019. © de l’artiste / Courtesy Jorge M. Pérez
Collection, Miami
Né au Brésil, Paulo Nazareth (1977) crée en
marchant, suivant à pied ou en bus les routes
de la migration, franchissant les frontières des
pays d’Amérique et d’Afrique. Son travail explore
l’interaction entre la mémoire, le langage et les
rituels au sein des communautés façonnées par
les mouvements afro-brésiliens, indigènes et
anticoloniaux. A travers un travail protéiforme
(performance, vidéo, photographie et sculpture),
il souhaite rendre compte des tensions sociales
tout en exhumant des pans de mémoire collective.
Cette exposition, intitulée Patua/Patois,
constitue la première rétrospective d’importance
consacrée à l’artiste en Belgique, réunissant une
série d’œuvres toutes récentes, autant que celles
qui témoignent de toute sa carrière artistique.
(ah)
Paulo Nazareth, CA-C’QUE VOUS VOULEZ ?, 2003.
© de l’artiste / Courtesy Mendes Wood DM, Sao Paulo /
Bruxelles / Paris / New York
A propos de ‘‘blanchité’’
du 01-02 au 11-05
BPS22
Charleroi
www.bps22.be
Quelle définition donner à la ‘‘blanchité’’ ? Ni ‘‘blancheur’’, qui apparaît
trop affaire d’épiderme et de candeur, ni ‘‘blanchitude’’ qui renvoie
à la prise de conscience de l’appartenance à une culture blanche
spécifique, mais plutôt ‘‘blanchité’’ pour désigner une condition souvent
décrite comme la norme et la référence, une construction sociale,
historique et politique. Cette ‘‘blanchité’’ est au cœur du travail de
Candice Breitz (1972), femme blanche, née et formée à Johannesburg,
et qui s’interroge sur la domination des uns sur les autres qu’autorise
cette notion. Les fictions de masse (films hollywoodiens, clips vidéos,
séries télévisées, publicités, ....) sont le matériau de l’artiste qui, par le
biais de collages, de montages ou de détournements, déjoue les discours
d’individus privilégiés quand d’autres sont laissés dans l’ombre
et condamnés à l’anonymat. Pour cette première exposition personnelle
en Belgique, elle investit l’intégralité du BPS22. (ah)
Candice Breitz, Digest (détail),
2020, cassette vidéo dans un étui
en polypropylène, papier, peinture
acrylique. © de l’artiste / Courtesy
Goodman Gallery, Londres / photo :
Saverio Cantoni
52
La mode à l’italienne
jusq. 31-03
Grand Palais
Paris
www.paris.dolcegabbanaexhibition.com
Cimabue,
le novateur
jusq. 12-05
Le Louvre
Paris
www.louvre.fr
Cette exposition, qui
fut d’abord présentée
à Milan, fait découvrir
les sources d’inspiration
de Domenico Dolce
et Stefano Gabbana,
à travers des pièces
uniques de leurs collections
d’Alta Moda,
d’Alta Sartoria et d’Alta
Gioielleria. Riches de
leurs propres racines
familiales, siciliennes
pour Domenico Dolce et
milanaises pour Stefano
Gabbana, ces créateurs
emblématiques,
inventeurs de nombreux
costumes pour
Madonna, ont imaginé
des collections aux
références artistiques et
culturelles puisées dans
la culture italienne : la
peinture, l’architecture,
la sculpture, la décoration
d’intérieur, les arts
de la scène et le folklore.
Le parcours met aussi en
lumière le profond attachement des deux couturiers aux savoir-faire traditionnels
de l’artisanat italien. Il témoigne de cette approche singulière dans le monde du
luxe, faite d’élégance, de sensualité, d’humour et d’extravagance. (ah)
Dolce&Gabbana, Divinités. © photo : Michael Adair
Deux événements
d’importance
ont amené
à la mise sur
pied de cette
exposition
consacrée à
Cimabue : la restauration
de sa
célèbre Maestà
et l’acquisition
d’un panneau
inédit, redécouvert
en France
en 2019, La
Dérision du Christ. Peu d’éléments concernant la
vie de Cenni di Pepe, dit Cimabue (ca. 1240-1302),
ont traversé le temps pour éclairer la personnalité
de ce peintre qui, pourtant, a ouvert la voie
au naturalisme dans la peinture occidentale. De
fait, il dépassa les conventions de l’art byzantin,
introduisant un espace tridimensionnel, des corps
en volumes et modelés par de subtils dégradés,
des membres articulés, des gestes naturels et des
émotions humaines. Les différentes sections de
l’exposition partent à sa recherche en établissant
d’abord le contexte dans lequel il a évolué, à savoir
la peinture entre Florence, Pise et Assise, au milieu
du XIIIe siècle. Les divers aspects de son travail sont
ensuite explorés autour d’œuvres mises en comparaison
avec celles de ses contemporains et ensuite
de ses célèbres disciples, comme Giotto. La Maesta
constitue le pivot de ce parcours passionnant. (ah)
Cimabue, La Dérision du Christ, après restauration. © Grand
Palais Rmn (musée du Louvre) / photo : Gabriel de Carvalho
La fascination de l’or
du 11-02 au 06-07
Musée du Quai Branly Jacques Chirac
Paris
www.quaibranly.fr
Guo Pei, Robe de mariée traditionnelle,
Chine, or. © de l’artiste / photo :
Minghua Li
Depuis le Ve millénaire avant notre ère, l’or séduit les êtres humains dont certains en ont fait la
couleur des dieux. Dès la plus haute Antiquité, ce matériau, dont le nom dérive du latin aurum
(‘‘briller’’), s’est transformé en bijou, parure et arme. De même, depuis des siècles, il est utilisé dans
de nombreuses sociétés pour la confection de costumes d’apparat, de tenues fastueuses traduisant
la richesse de ceux qui les portent. L’histoire de l’or s’écrit grâce aux remarquables artisans et artistes
qui ont rivalisé d’ingéniosité et d‘inventivité pour mêler ce métal aux tissus les plus précieux, pour
l’inscrire en de subtils motifs aux matières les plus diverses. C’est donc un voyage fascinant que propose
cette exposition, qui réunit un ensemble impressionnant de costumes originaires du Maghreb
au Japon, en passant par les pays du Moyen-Orient, l’Inde et la Chine. (ah)
53
Sélection Musées
Une étrange beauté
du 12-02 au 01-06
Museum Kunstpalast
Düsseldorf
www.kunstpalast.de
Le déguisement
comme œuvre d’art
du 27-02 au 31-08
Tate Modern
Londres
www.tate.org.uk
Depuis sa participation à la Biennale de Venise en 2022, avec la présentation à
l’Arsenale de son œuvre The Milk of Dream, Elias Sime (1968) a acquis une réputation
mondiale. Cet artiste d’origine éthiopienne propose une expérience saisissante pour
le regard : il compose de larges tableaux abstraits en récupérant les déchets d’appareils
informatiques, câbles électriques, touches de claviers et claviers, puces électroniques,
… L’artiste collecte ce matériel dans les vastes marchés en plein air de sa ville
natale, Addis-Abeba, et en dégage une esthétique captivante. Par delà son envoûtante
beauté, ce travail pose aussi la question de l’influence de la technologie sur notre quotidien
et de l’immense gaspillage qui en découle. Cette première exposition monographique
en Allemagne a d’abord été présentée aux Etats-Unis et au Canada. (ah)
Elias Sime, TIGHTROPE, Behind the Processor #6, 2022. © de l’artiste
Malgré sa très courte carrière, Leigh Bowery
s’impose certainement comme l’un des
artistes les plus influents de la scène londonienne
des années 1980-1990, traversant
les frontières de la mode, du show télévisé,
de la performance, de la peinture et de la
musique. Comme le démontre cette exposition,
le jeune australien débarque à Londres
en 1980 et se démarque vite dans le monde
underground de la nuit, où il rejoint des
personnalités comme Boy George, par ses
costumes extravagants et ses maquillages
hautement expressifs. De manière explosive,
il remet en question les normes d’esthétique,
de sexualité et de genre. Il a créé d’incroyables
costumes pour le danseur et chorégraphe
Michael Clark. Mais alors qu’il élève
le déguisement en œuvre d’art, c’est comme
muse, nue, qu’il inspire Lucian Freud pour
une poignante série de portraits. L’exposition
pointe aussi l’influence qu’il a exercée sur
une jeune génération de créateurs comme
Alexander McQueen. (ah)
Fergus Greer, Leigh Bowery Session I Look 2, 1988.
© de l’artiste / Courtesy Michael Hoppen Gallery
D‘Oslo à Ottawa
jusq. 25-05
Fondation Beyeler
Bâle
www.fondationbeyeler.ch
Hilma af Klint, Sunrise (Preworks for
Group III), 1907, huile sur toile, 95 x 60
cm. © The Hilma af Klint Foundation
Qu’est-ce qui réunit les œuvres d’un Edvard Munch et celles d’Hilma af Klint si ce n’est une fascination
identique pour la nature du nord et en particulier la forêt boréale ? Autour de ces deux figures
référentielles, cette exposition réunit près de quatre-vingt paysages peints entre 1880 et 1930 par
des artistes originaires de Scandinavie et du Canada ayant pour inspiration commune des forêts
s’étendant à perte de vue, la lumière rayonnante des jours d’été sans fin, les longues nuits d’hiver et
les phénomènes naturels comme les aurores boréales. De telles “muses” ont donné naissance à une
peinture moderne spécifiquement nordique, qui ne reste pas seulement descriptive mais entraîne
souvent à une méditation spirituelle. Parmi ces artistes, Helmi Biese, Anna Boberg, Emily Carr, Prince
Eugen, Gustaf Fjæstad, Akseli Gallen-Kallela, Lawren Harris, Ivan Chichkine, Harald Sohlberg et Tom
Thomson. (ah)
54
Une quête spirituelle
du 30-01 au 01-06
Louisiana Museum of Modern Art
Humlebaek
www.louisiana.dk
Alexej Jawlensky figure
parmi les expressionnistes
les plus célèbres,
partageant l’aventure
du mouvement au
début du XXe siècle en
compagnie de ses amis
Wassily Kandinsky et
Gabrielle Münter et de
sa compagne Marianne
Werefkin. C’est d‘ailleurs
par l’évocation de
cette période munichoise
que débute cette
exposition dont le but
principal est d’attirer
l’attention sur le thème
du visage, qui obséda
l’artiste d’origine russogermanique
pendant
toute sa carrière et
surtout, durant les vingt
dernières années de sa
vie. Ses mains perclues
d’artrite, l’interdiction
faite par les nazis
d’exposer, et sa quête
spirituelle personnelle
l’amenèrent à produire des séries d’oeuvres de petits formats, ses “variations” dans
lesquelles, petit à petit, le visage est épuré, et finalement réduit à l’essentiel. (ah)
Alexej Jawlensky, Tête mystique, tête de jeune fille (face), 1918, huile et crayon sur papier sur carton,
40 × 30 cm. Bâle, Kunstmuseum, Stiftung im Obersteg. © photo : Martin P. Bühler
Rétrospective
Mona Hatoum
du 01-02 au 04-05
Kunsthal KAde
Amersfoort
www.kunsthalkade.nl
KAdE présente une grande exposition personnelle
de Mona Hatoum (1952), incluant des
œuvres couvrant l’ensemble de sa carrière,
des performances et vidéos des années
1980 aux sculptures et installations récentes.
L’artiste, née au Liban et fille d’exilés palestiniens,
vit à Londres depuis 1975. Son œuvre
s’articule autour de la tension entre le foyer, le
déplacement et l’exil. Les objets du quotidien
sont mis sous tension, le globe devient
une carte bourdonnante en néon rouge et
les formes en verre sont piégées dans des
structures semblables à des cages. Par son
esthétique minimaliste et son utilisation poétique
du quotidien, Mona Hatoum parvient à
transformer la thématique du conflit mondial
en sculptures et installations imaginatives.
Mona Hatoum, Hot Spot III, 2009. © de l’artiste /
Courtesy MdbK Leipzig
L’or de Klimt
du 21-02 au 07-09
Belvedere
Vienne
www.belvedere.at
Gustav Klimt a fait un usage abondant de l’or dans ses œuvres. Mais, comment l’artiste appliqua-t-il
ce matériau précieux ? Quel type de feuille utilisa-t-il ? Voilà les diverses questions
auxquelles cette exposition vient donner des réponses, alimentées par de récentes recherches
scientifiques. Des images macroscopiques ont ainsi démontré que Klimt utilisait exclusivement
de très précieuses feuilles d’or : Judith, la première et iconique œuvre à inclure cette matière,
est présente dans l’exposition pour le prouver. Un autre volet d’importance concerne les
peintures que l’artiste viennois réalisa pour le hall de l’Université, toiles monumentales représentant
les allégories de la Philosophie, de la Médecine et de la Jurisprudence. Détruites par
les bombardements au cours de la Seconde Guerre mondiale, ces œuvres n’étaient connues
que par des photographies en noir et blanc. Grâce à l’intelligence artificielle, elles font l’objet
d’une hypothétique re-colorisation. (ah)
Gustav Klimt, La Jurisprudence, peinture de la Faculté, 1900-1907, re-colorisation d’après une photographie
historique (2021). © Belvédère / Vienne / Google Image
55
Agenda Musées
Vue de l’exposition Lucy McKenzie : Super Palace, 2024. © de l’artiste / Courtesy Z33, Hasselt / photo : Useful
Art Services
Aalst
Netwerk
△ Filmclub
till 31-05
Netwerk
△ Joy Boy, a Tribute
To Julius Eastman /
Prologue. Ula sickle / Info
Angel: Over Het Water
07-02 till 20-04
Stedelijk Museum
△ In Onze Handen
till 27-04
Aarschot
Stedelijk Museum
△ Slingeraap. Marcel van
Maelle & Zena Van Den
Block
till 03-02
Antwerpen
DIVA
△ Bijoux d’aujourd’hui
till 21-04
Extra City
△ Silent Times
till 30-03
△ Periphery
till 31-12
FOMU
△ No longer not yet.
Katja Mater en FOMU-
Collectie
28-02 till 04-01
△ Lee Miller in Print
28-02 till 08-06
△ Cindy Sherman
till 02-02
KMSKA
△ Panamarenko.
Oneindige verbeelding
till 04-05
△ What’s the story ll?
till 09-02
M HKA
△ Hugo Roelandt. Het
einde is een nieuw begin
12-02 till 25-05
△ De toestand is vloeibaar
till 03-01-2027
△ Panamarenko. Reis naar
de sterren
till 07-09
△ Bruno Zhu. Buiten
till 11-05
△ Today’s Place
till 11-05
△ Janina Fritz. Can i be in
your house
till 23-02
MAS
△ Compassion. Over
de vele gezichten van
medeleven
till 31-08
MoM
△ Jan-Jan Van Essche -
Khayal
till 08-06
MoMu
△ Maskerade. Make-Up
& Ensor
till 02-02
Snijder&Rockox Huis
△ Wanderlust. Oude
landschappen in een
nieuw perspectief
till 31-08
Ath
Maison Culturelle
△ Robin Wen & Antonin
Gerson
till 05-04
Brugge
Adornes
△ Anselm Adornes: Glorie
en tegenslag van een
15de eeuwse reiziger
till 01-03
CC Brugge
△ Renarrative
till 02-02
△ Diego Latruwe. Trespassers
till 07-02
△ Diego Latruwe en 8
kunstenaars
till 09-03
Groningue Museum
△ Ensor: Meester op
papier
till 18-02
Brussels
Argo
△ Tabula Rasa: A Divination
of the Art Institution
till 22-12
Art et Marges
△ Michel Goyon.
Arborescences
till 13-04
Atelier 34zero
Muzeum
△ Réflexion: le trou dans
la pierre
till 30-03
Autoworld
△ Maserati 110 Years
till 23-02
Belfius Art Gallery
△ Art Pops. Where Art
Truly comes to life
till 21-06
Botanique
△ Emi, Ethel Lilienfeld
13-02 till 06-04
Bozar
△ When We See Us.
Un siècle de peinture
figurative panafricaine
07-02 till 10-08
△ Berlinde De Bruyckere.
Khorós
21-02 till 31-08
△ Afropolitan Festival
2025
27-02 till 02-03
△ Monira Al Qadiri. The
Archaeology of Beasts
till 09-03
Centrale for
Contemporary Art
△ Hosting
till 09-02
△ Juan Agustin David
Llosa
till 30-03
CIVA
△ Pre-Architectures
till 30-03
Design Museum
△ Een andere blik op de
collectie
till 09-03
△ Here We Are! Women
in Design, 1900-Today
till 09-03
△ Vrouwelijke ontwerpers
in België 1880-1980
till 13-04
Fondation A
△ À partir d’elle. Des
artistes et leur mère
till 18-05
Fondation
Boghossian
△ Alechinsky, Pinceau
voyageur
till 16-03
△ Echoes of Art Deco
till 25-05
Fondation CAB
△ Kasper Bosmans
till 15-03
iMal
△ Einde en begin
till 16-02
ISELP
△ Mostafa Saifi Rahmouni.
Seed Dispersal
till 22-03
KMKG
△ Spelen als was het 1701!
22-02 till 09-03
Korean Cultural
Center
△ Traditional Korean
Painting
till 28-02
La Maison des Arts
△ Terrain de jeux
22-02 till 11-05
△ Artists Print XII
till 02-02
MAD
△ Duos en Résonances
till 22-02
Mediatine
△ exposition prix
médiatine 2025
till 23-03
MRBAB
△ René Margritte x Emily
Mae Smith
till 02-03
△ DRAFTS. Rubens to
Khnopff
till 16-02
△ Oude Tekeningen. Van
Breugel tot Rubens
till 16-02
△ Point of View(s)
till 16-02
Musée Art & Histoire
△ Fireflies
till 09-02
Musée Horta
△ Comme sur du velours
till 30-06
René Margritte
Museum
△ En compagnie de René
Margritte: Les amitiés
belges
till 01-06
Tour & Taxis
△ Terracotta Army
till 09-03
Train World
△ Dessine-moi un train
till 21-08
WIELS
△ Willem Oorebeek.
Obstakles / Paulo
Nazareth. Patuá/ Patois
01-02 till 27-04
56
Wittockiana
△ L’Atelier du Faux
till 02-02
△ Matou et les Chiens
till 08-03
Charleroi
BPS22
△ Candice Breitz. Off
Voices
01-02 till 11-05
Le Musée de la
Photograhie
△ Studio Stone /
Jean-Marc Wull / Lucie
Pastreau / Pablo Briones
/ Loredana Marini
01-02 till 18-05
Charleroi
Musée Du Verre
△ Symbiose, le verre en
duo
till 09-03
Court-Saint-
Etienne
Centre Culturel du
Brabant-Wallon
△ Gaël Turine & Céline
Gautier. Les Temps Vécus
till 16-03
Deurle
Museum Dhondt-
Dhaenens
△ Out of This World /
Eloquent Formalism
till 06-04
Deurne
Museum De Wieger
△ De schoonheid van het
onbekende. Kunstenaars
op reis 1880-1950
till 25-05
Eupen
IKOB
△ Christian Odzuck.
Infinite Library
till 30-03
Genk
C-Mine
△ Hier wil ik wonen!
13-02 till 01-06
Gent
Huis van Alijn
△ Ja Santé!
till 27-04
Kunsthal Gent
△ Isabelle Andriessen.
Vermin / Fiona Hallinan.
We turn Towards
an Ending and Pay
Attention / Dani Bershan.
Gut Matters
07-02 till 04-05
Museum Dr. Guislain
△ Eigen Huis
till 27-09-2026
△ Op losse schroeven
till 30-12
SMAK
△ Joris Van de Moortel.
Hell On Earth, in search
of PUR, NUR an FUR
till 02-03
△ Tsai Ming-liang. Walker
series
till 09-03
△ PRESENTS. Private
schenkingen aan
S.M.A.K.
till 09-03
△ Together: Collaborative
Art Practices
till 09-03
△ Museumplein 02. Peter
Downsbrough: Other
/ The
till 26-03
△ Private Passion x
Public Duty. Hoet &
Matthys-Colle: Through
Collectors’ Eyes
till 28-09
STAM
△ The Gates. On the edge
of the city
till 31-08
Herbert Foundation
△ Rodney Graham.
Sumptuous Allegories
of Nothingness / Jan
Vercruysse. Avis au
lecteur
till 27-07
MSK
△ Restauratie Lam Gods
till 01-03
Grimbergen
CC Strombeek
△ Rindon Johnson. Why
tell a dead man the
future / Maarten Van
Roy. Us Open
28-02 till 25-05
Hasselt
CC Hasselt
△ Tom D. Jones. True
Wildlife / Lieven Gouwy.
Before The Stones / Ren
hang, 233 - Lin Zhipens
& Pixy Liao
till 16-02
Het ModeMuseum
△ M&OTHERS. Mode en
Moederschap
till 09-03
Historisch stadhuis
△ Kunstuur Hasselt
till 09-03
Z33
△ Lucy MxKenzie. Super
Palace
till 23-02
Hoogstraten
Stedelijk Museum
△ Schone kunsten
till 09-03
Hornu
CID
△ Encounter(s). Young
artists award by the
parliament of the
Wallonia-Brussels
Federation
till 13-04
△ Autofiction. A
biography of the
automobile
till 16-02
MACS
△ Daniel Turner.
Compresseur
till 06-04
Jabbeke
Permekemuseum
△ Constant Permeke.
Down to Earth
till 21-04
Knokke
Peiremuzee
△ Luc Peire en Roland De
Brock. Recht(lijnig)
till 09-06
La Louvière
Centre Daily-Bul & C
△ Luna Lambert. Je
souffle mes bougies,
pays de feu follet
till 09-03
△ Manifestes et
contremanifestes
surréalistes
till 09-03
Centre de la Gravure
△ Celles et Ceux de
Marchoul
till 18-05
Keramis
△ Jeanne er Georges
Vercheval. La possibilité
d’un portrait / Rachel
Labastie et Nicolas
Delprat. L’obscur objet
des désirs les plus clairs.
till 02-03
Leuven
M Museum
△ Grace Schwindt
14-02 till 16-11
△ Sigefride Bruna
Hautman
14-02 till 31-08
△ OEEEEEEUUUUVVRE.
Peter Morrens
till 02-03
△ Collectie van M
till 29-04-29
STUK
△ Hilde Overbergh.
Pussshhh
till 16-02
Liège
B3 - Les Passage Des
Arts
△ … En Suspension.
Impression(s)
till 15-02
ESA Saint-Luc Liège
△ Imprimons!
10-02 till 23-02
Fonds Patrimoniaux
△ Point de Vue
till 16-03
La Boverie
△ Triennale de Gravure
2024
till 16-03
△ Les mondes de Paul
Delvaux
till 16-03
La Cité Miroir
△ Illusions
02-04 till 30-08
△ Picturing the invisible /
Cordons
08-02 till 09-03
Théâtre De Liège
△ Une Synecdoque
07-02 till 09-03
Trinkall Museum
△ Dan Miller. À l’oeuvre
- Modesties d’Andre
Wostijn
till 09-03
Mechelen
De Garage
△ The Last Place They
Thought Of
till 02-03
Museum Hof van
Busleyden
△ Euwige Lente. Tuinen
en Wandtapijten in de
Renaissance
till 16-03
Menen
CC De Steiger
△ After The Goldrush
till 31-08
Middelkerke
Cultuurstek De
Branding
△ 1925 in kleur
till 09-03
△ Les Rêves d’Henri et
Emilie
till 21-04
Mons
BeCraft / les Anciens
Abattoirs
△ Maestria. Prix
européen des arts
appliqués 2024
till 16-02
CAP / musée des
Beaux-Arts de Mons
△ Restaurer les choses
- BENTO x Corentin
Mahieu
till 16-02
△ Le surréalisme:
bouleverser le réel
till 16-02
Morlanwelz
Musée Royal de
Mariemont
△ Bouddha. L’experience
du Sensible
till 20-04
Namur
Le Delta
△ Bernard Rie
photographie le jazz
till 09-02
△ Release. La quinzaine
de la musique
électronique
till 13-03
Musée Félicien Rops
△ Het Album van de
Duivel. De verleiding van
Félicien Rops
till 09-03
△ Focus-Tentoonstelling
Rops & Het Klimaat
till 30-05
Théatre & CCN De
Namur
△ Olivier de Sagazan
till 22-02
TreM.a.
△ Reflets d’Orient au
Moyen Âge
till 16-02
Roeselaere
Kasteel van Rumbeke
△ Kunst&Kasteel:
privécollectie
till 23-02
Schilde
Musem Albert Van
Dyck
△ Expo Music-Hall
till 30-03
Seneffe
Château de Seneffe
△ Thierry Bontridder.
Sculpteur de Bijoux
till 11-11
Torhout
CC De Brouckere
△ Larsenb Bervoets.
Stand Van Zaken
till 15-03
Turnhout
De Warande
△ Tinne Roza Van Der
Steen. Momentum
till 02-02
△ Sebastiaan
Van Doninck.
Wandeltekeningen
till 03-03
△ Sharon Van
Overmeiren
till 20-04
Waterloo
CC Waterloo
△ Monochrome
07-02 till 23-02
Musée Wellington
△ Horses: A Human Story
till 16-03
Zulte
Het Roger Raveel
Museum
△ 25 jaar Roger Raveel
Museum / MONOS / De
leegte om mij heen
till 09-02
Envoyez vos informations pour le
mois de mars à collect@ips.be avant
le 5 février !
57
Paroles de galeriste
PLUS-ONE Projects – #074
Vers un autre modèle
de galerie
Après sept ans de collaboration intensive avec Sofie Van
de Velde à Anvers, Jason Poirier, dit Caulier, de PLUS-
ONE Gallery, éprouvait le besoin de prendre un nouveau
départ, porté par une dynamique nouvelle. C’est pourquoi,
à la fin de l’année, il décidait de mettre gentiment un
terme à cette collaboration et de continuer seul, sous le
nom de PLUS-ONE Projects. Une étape naturelle pour
laisser chacune des deux enseignes emprunter sa propre
voie et poursuivre son développement en s’appuyant sur
ses propres forces vives.
© photo : Joost Joossen
Avec quelle intention lancezvous
PLUS-ONE Projects ?
« PLUS-ONE Projects souhaite
explorer une approche alternative
au modèle traditionnel de la
galerie. Nous souhaitons adopter
une méthode de travail plus
flexible, basée sur des projets,
adaptée au contexte en rapide
évolution du monde de l’art.
C’est une invitation à penser
autrement, à travailler différemment
et à trouver de nouveaux
rythmes, correspondant aux défis
et opportunités de notre époque.
Il s’agit d’une exploration de
la façon de soutenir les pratiques
artistiques d’une manière
durable et tournée vers l’avenir,
sans perdre les valeurs essentielles
de qualité et de sens ».
Comment décririez-vous le
profil de PLUS-ONE Projects ?
« Il s’agit d’une plateforme
dynamique pour présenter de
nouvelles collaborations fondées
sur de nouveaux projets artistiques.
Nous voulons offrir un
espace où les artistes peuvent
évoluer et expérimenter afin de
définir et développer en toute
liberté leur propre trajectoire.
Dans un monde où la technologie
et l’art fusionnent de
plus en plus, nous voulons
jouer le rôle de pionnier dans la
découverte et la présentation
de nouvelles possibilités dans le
domaine de l’art numérique et
des formes d’exposition. Ainsi,
nous seulement nous pourrons
rester pertinents, mais aussi
contribuer à la progression du
champ artistique. En initiant des
collaborations et en développant
des projets qui dépassent
les modèles traditionnels de
la galerie, nous créerons un
cadre dans lequel les artistes et
leur public pourront évoluer en
fonction des développements
actuels ».
Qu’est-ce qui influence votre
décision au moment de choisir
un artiste ?
« L’œuvre doit avoir une certaine
pertinence et un caractère
novateur. Les compétences
techniques peuvent également
jouer un rôle, bien que la base
conceptuelle soit souvent décisive.
Le fait que l’œuvre cadre
avec l’air du temps est également
un critère important. À
plus long terme, nous accordons
de l’importance au potentiel de
croissance et à la cohérence de
la pratique de l’artiste ».
Comment évoluez-vous sur ce
marché turbulent ?
« PLUS-ONE Projects s’efforce
d’y trouver une troisième voie,
une position qui se situe entre
espace dédié à des projets et
galerie classique. Nous pensons
que dans cet écosystème mouvant,
il y a de la place pour un
modèle plus flexible, répondant
mieux aux besoins des artistes
comme des commissaires
d’exposition. Ce modèle autorise
une dynamique qui met moins
de pression sur les deux parties,
tout en offrant une marge
pour l’approfondissement et la
croissance à long terme. Nous
considérons le marché de l’art
comme un espace de collaboration,
d’innovation et de soutien
mutuel, où l’artiste et le public
occupent une place centrale.
Nous souhaitons également
jouer un rôle de catalyseur dans
le paysage artistique : un endroit
où de nouvelles idées peuvent
émerger et où les artistes, les
collectionneurs et le public
trouvent un environnement inspirant
et invitant au dialogue ».
Quels sont les défis futurs ?
« Le paysage artistique est en
pleine mutation. La vitesse
actuelle du marché n’est pas
viable à long terme, en raison
de l’offre pléthorique d’artistes,
de foires et d’informations
en ligne. Pour les nouvelles
galeries, ce défi réside dans
l’adoption de nouvelles formes
entrepreneuriales. La collaboration
et le développement d’un
réseau solide sont, à ce titre,
indispensables. Un lien durable,
avec un public fidèle, est
essentiel, l’expérience occupant
une place centrale. Si l’espace
physique continue de jouer un
rôle crucial, il est également
nécessaire d’investir dans de
nouvelles formes d’exposition,
en dehors des lieux permanents,
même en ligne ».
Quelle œuvre d’art ou quel
artiste vous a profondément
touché ?
« Il m'est impossible d'en citer
un seul, mais s’il faut vraiment
faire un choix, je dirais ces troislà
: Keith Haring, Richard Prince
et Jean Brusselmans. Keith
Haring parce que ma découverte
personnelle de cet artiste fut
une expérience très agréable,
qui a éveillé mon intérêt pour
l’art. Richard Prince parce que
c’est l’un des artistes que mon
père m’a fait découvrir, et Jean
Brusselmans parce que j’espère
un jour être en mesure d’ajouter
l’une de ses œuvres à ma
collection. J’aime ses sujets tirés
du quotidien, sa composition
et son utilisation des couleurs.
Ses œuvres sont toujours aussi
contemporaines. »
Bram Kinsbergen, Waking up
the roads
jusq. 15-02
Arvida Byström
du 20-02 au 22-03
PLUS-ONE Projects
Anvers
www.plus-one.be
58
Sélection Galeries
France Dubois et
Susanne Roewer
jusq. 01-03
Berlin Brussels Art Projects
Bruxelles
www.bbap.art
Lucien Hervé, de
Paris à Jaïpur
jusq. 22-02
Galerie La Forest Divonne
Bruxelles
www.galerielaforestdivonne.com
La photographe belge France Dubois (1976) et la sculptrice allemande Susanne
Roewer (1971) nous emmènent dans un voyage à travers l’espace et le temps, faisant
contraster force et fragilité, obscurité et lumière, avec pour constante la recherche
d’un équilibre personnel et matériel entre l’humain et la nature. Avec Le Chant de
l’Ours, France Dubois relate la rencontre mystérieuse et transcendante de deux
figures féminines avec les forces de la nature dans une forêt obscure. Une recherche
d’harmonie tant intérieure qu’avec l’environnement qui semble proposer, non sans
générosité, un abri et une reconnexion avec nous-mêmes et avec l’univers. L’œuvre
sculpturale de Susanne Roewer, intitulée Symbiosis, associe la pierre naturelle
au verre. Celui-ci prend la forme de gouttes de pluie géantes et translucides qui
touchent le sol. Les formes organiques se rencontrent naturellement pour saisir le
moment fascinant d’un phénomène naturel, récurrent mais éphémère. (gg)
France Dubois, Sans titre (de la série Le Chant de l’Ours), 2023, photographie, 70 x 50 cm, tirage :
15 exemplaires. © de l’artiste / Courtesy Berlin Brussels Art Projects – Prix : entre 950 et 1.200 €
Dans le cadre du Brussels Photo Festival,
la Galerie La Forest Divonne présente une
exposition exceptionnelle de tirages signés
de Lucien Hervé (1910-2007). De son vrai nom
Laszlo Elkan, Lucien Hervé est né en Hongrie.
En 1929, il arrive à Paris. Vingt ans plus tard, il
fait la connaissance du Corbusier dont il devient
le photographe officiel. Le travail et l’œil
visionnaire de Lucien Hervé suscitent rapidement
l’intérêt d’autres architectes (Alvar Aalto,
Marcel Breuer, Pier Luigi Nervi, Richard Neutra,
Oscar Niemeyer, Jean Prouvé…). Ses clichés
d’architecture, de grands chantiers parisiens
ou encore les photographies de son appartement
parisien (Paris sans quitter ma fenêtre)
privilégient les cadrages en plongée, les vues
obliques, l’économie de moyens et une volonté
d’abstraction. Autant de traits singuliers et
distinctifs qui le différencient de ses contemporains.
(gg)
Lucien Hervé, Eiffel Plage, 1948, tirage vintage signé,
17 x 13 cm. © de l’artiste / Courtesy Galerie La Forest
Divonne – Prix : entre 4.000 et 6.500 €
François Bellabas -
unloadingoverdrive
jusq. 23-03
Contretype
Bruxelles
www.contretype.org
François Bellabas, Synthetic Roots Network-01,
2024, tirage photographique, 120 x 155 cm.
© de l’artiste – Prix : entre 3.500 et 4.500 €
Évoluant entre Paris et Los Angeles, François Bellabas (1989) développe une œuvre complexe
où l’image photographique se transforme, grâce aux technologies numériques et à l’IA, en une
matière plastique et sensible. La photographie traditionnelle, ancrée dans un contexte humain
et temporel précis, saisit la rencontre entre un sujet (même éloigné du réel) et la lumière. À
l’inverse, l’intelligence artificielle génère des images à partir d’algorithmes et de données, sans
véritable compréhension des environnements qu’elle crée. Pour François Bellabas, l’IA n’est pas
simplement un outil séduisant ou menaçant, capable de produire des images à la fois troublantes
et spectaculaires, et de bouleverser notre rapport à la vision et à la représentation. En
effaçant les frontières entre le réel et le virtuel, et en générant des flux d’images dématérialisées
et organiques, elle offre une nouvelle manière d’enrichir nos connaissances, nos pratiques
et nos réflexions. (gg)
59
Sélection Galeries
Marie Zolamian.
Outside Nature
jusq. 08-03
Whitehouse Gallery
Bruxelles
www.whitehousegallery.be
Ross Bleckner.
Commune
jusq. 01-03
Maruani Mercier
Bruxelles
www.maruanimercier.com
Marie Zolamian (1975)
imagine la peinture
comme un dialogue
intime et continu, où
chaque tableau naît
d’une nécessité profonde
de se connecter
au présent. L’artiste
explique qu’elle ne suit
pas de thème prédéfini
mais qu’elle peint dans
l’urgence du quotidien,
guidée par la matière
vivante et immersive de
la peinture à l’huile. Selon
elle, cette substance
colorée impose sa propre
dynamique, exigeant une
concentration extrême et
devenant une force qui
transcende la destruction
pour accéder à une pure
création. À ses yeux, la
peinture est un moyen
de traduire la complexe
réalité du monde qu’elle
ne peut saisir autrement.
C’est aussi un outil de
survie, une tentative d’appréhender l’existence et de s’y insérer. Ce processus, à
la fois magique et métaphysique, transforme les difficultés de l’être en un état
nouveau et acceptable. (gg)
Marie Zolamian, Subsumer, 2024, huile sur toile, 150 x 100 cm. © de l’artiste / Courtesy
Whitehouse Gallery – Prix : entre 3.000 et 5.000 €
Ross Bleckner (1949) est un artiste de renom dont
l’œuvre a exploré la fragilité de la vie, en particulier
dans le contexte de la crise du Sida qui a saisi
New York dans les années 1980. Ses peintures
sont des méditations sur le changement, la perte
et la mémoire, avec des thèmes récurrents tels
le corps, la santé et la maladie. Dans Commune,
les contours délicats des figures, des plantes,
des lignes sinueuses et des champs de couleurs
semblent inondés de lumière, comme s’ils surgissaient
brièvement dans notre champ visuel à partir
d’un fond sombre irisé. Les compositions vacillent
parfois dans notre perception, passant de formes
abstraites à des corps célestes, puis à des têtes
humaines. Ce sont des réflexions sur la possibilité
de communier avec le monde extérieur et sur
l’importance de l’empathie avec les autres dans les
moments d’agitation sociale et politique. (gg)
Ross Bleckner, What is the Grass, 2022, huile sur toile,
183 x 244 cm. © de l’artiste / Courtesy Maruani Mercier –
Prix sur demande
René Wirths.
I can’t get no
jusq. 01-03
Templon
Bruxelles
www.templon.com
René Wirths (1967) est connu pour ses ‘‘natures mortes’’, à la fois objectives et méditatives, où
chaque objet représenté (une basket, une cafetière, un casque audio) est traité de manière
hyperréaliste, captant chaque détail et texture. Au-delà de l’imitation du réel, l'artiste donne
aux objets du quotidien une présence presque sculpturale, révélant leur charge symbolique et
leur essence silencieuse. La représentation s’efface au profit d’une réflexion et d’une expérience
physique et métaphysique. Avec cette nouvelle série, René Wirths place pour la première fois ses
sujets au centre d’un prisme de lumière aux rayons divergents. Son regard oscille entre réalité
accessible et vision subjective, pour se concentrer sur le rôle de l’image dans notre expérience
du monde. Il livre également un hommage tout personnel aux grands maîtres de l’histoire de
l’art, du Fifre d’Édouard Manet au Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David
Friedrich. (gg)
René Wirths, Le Fifre (d’après Manet), 2024, huile sur toile, 160 x 105 cm. © de l’artiste / Courtesy Templon –
Prix : entre 25.000 et 70.000 €
60
Jean-Baptiste Bernadet
& Aly Helyer
jusq. 01-03
Almine Rech
Bruxelles
www.alminerech.com
Dino Chatila.
Peintures
du 19-02 au 22-03
Galerie Détour
Jambes
www.galeriedetour.be
Les tableaux de Jean-
Baptiste Bernadet
(1978) se proposent
d’explorer l’une des
mille variations qui
existent entre l’état
solide de la toile
peinte, avec sa permanence
d’objet définitif,
et l’état liquide
de nos émotions : le
flux continu et distrait
de nos perceptions, le
rêve éveillé des souvenirs
qui remontent
furtivement à la
surface, dans la houle
constante de notre
conscience. L’artiste
partage l’affiche avec
Aly Helyer (1965).
Ses peintures sont
d’abord des dessins
souvent composés de
fragments de magazines,
de souvenirs et
d’imagination. Saša
Bogojev : « Au premier
abord, les images semblent vives, colorées, basées sur le dessin et leur contenu
relativement simple. Mais, quand on y regarde de plus près et dans le contexte plus
ample de son œuvre, le jeu des couleurs, la délicatesse du pinceau et des surfaces,
les expressions nuancées, les perspectives qui se chevauchent et les interactions
ambiguës les élèvent au rang de représentation profonde de l’existence humaine et
des relations. » (gg)
Inspiré par la
spatialité et l’architecture,
Dino
Chatila (1964)
crée des œuvres
minimalistes où
lumière, formes
et textures se
rencontrent
pour inviter à
une contemplation
méditative.
« J’aime montrer
les deux faces de toute vérité, l’endroit
et l’envers d’une même réalité », affirme-t-il.
Sa technique se caractérise par des superpositions
de couches qu’il gratte pour dévoiler
des fragments, pénétrant jusqu’à la toile. Dino
Chatila combine peinture, dessin et sculpture,
élaborant des compositions tridimensionnelles.
Ses thématiques récurrentes incluent l’ordre,
le chaos, l’équilibre et la perception, explorant
l’interaction entre espaces négatifs et positifs.
Reconnu pour son approche intellectuelle et
esthétique, il s’impose dans les cercles de l’art
contemporain. Ses œuvres, souvent présentées
dans des galeries et institutions majeures,
interrogent les frontières entre abstraction et
réalité, concept et émotion. (gg)
Dino Chatila, Blue, 2014, technique mixte sur toile de
lin, 250 x 190 x 3,5 cm © de l’artiste / Courtesy Galerie
Détour – Prix sur demande
Aly Helyer, Brothers, 2024, huile sur toile, 122 x 92 cm. © de l’artiste / Courtesy Almine Rech / photo :
Melissa Castro Duarte – Prix : entre 10.000 et 35.000 €
Cécilia Shishan
du 01 au 23-02
ESPACE 001
Louvain-la-Neuve
www.espace001.com
Cécilia Shishan, Sans titre, 2022, acrylique sur toile,
50 x 60 cm. © de l’artiste / Courtesy Espace 001 –
Prix : entre 300 et 4.000 €
Cécilia Shishan(1969) explore l’enfance et l’adolescence, périodes formatrices marquées
par des émotions complexes et des souvenirs troubles. À travers des récits
subtils, elle peint les strates invisibles des expériences enfantines, notamment les peurs
et les tensions identitaires des jeunes filles. Ses œuvres mêlent face-à-face duels et
figures isolées, traduisant fragilité et complexité. Avec des couleurs vibrantes et des
jeux de transparence, Cécilia Shishan capture l’ambiguïté et la quête d’émancipation.
Ses scènes de jeunes pratiquant le skateboard célèbrent la solidarité féminine et
l’affirmation personnelle, opposant une vision libératrice à la domination masculine.
Par couches et textures multiples, elle reflète le flou des souvenirs et l’introspection des
jeunes années. Une approche rigoureuse qui célèbre la jeunesse comme un espace de
résilience et de transformation sociale, où émergent toutes les potentialités. (gg)
61
Sélection Galeries
Stacii Samidin
jusq. 25-03
NQ Gallery
Anvers
www.nqgallery.be
Les abris de
Gideon Kiefer
du 01-02 au 09-03
Barbé Gallery
Gand
www.barbegallery.be
NQ Gallery entame
la nouvelle année par
plusieurs expositions
de jeunes artistes et
d’autres plus connus.
Stacii Samidin (1987)
attire l’attention bien
au-delà des Pays-
Bas sur l’œuvre de
sa vie, Societies : des
photographies et des
vidéos de personnes
et communautés de
sa ville natale, Rotterdam,
de la capitale
jamaïcaine Kingston,
de Chicago, de Berlin,
de Nairobi, de Bali et
d’ailleurs. Ces derniers
temps, il décidait de
déplacer l’attention,
des personnes vers leur
environnement. Son
exposition de photographies
de paysages,
présentées pour la
première fois, montre
comment il photographie
la nature et les
environnements urbains du monde. Les jeunes artistes Sarah van Vliet et Wout
Vandevenne présentent peintures et dessins dans le cadre de l’exposition The
question mark must be a sign. A voir aussi l’exposition Moonlight de l’artiste allemand
Johannes Nagel, qui réalise d’exceptionnels vases-sculptures en céramique,
associant art sculptural et pictural. (cv)
Stacii Samidin, Landscape : Kingston, 2024-2025, photo sur papier lustré Hanemühle, encadrée,
40 x 60 cm. © de l’artiste – Prix : entre 1.500 et 2.500 €
Qu’il s’agisse de jolis dessins sur des couvertures
de livres, de petites et grandes peintures, d’installations
et, depuis peu, de peintures en plein air, la
pratique artistique en pleine expansion de Gideon
Kiefer (1970) trouve un écho international. Partant à
chaque fois de souvenirs d’enfance, l’artiste aborde
des questions d’actualité comme le changement
climatique. The Fragile Excavation est sa première
exposition personnelle à la Barbé Gallery, qui le
représente désormais. L’artiste emmène le visiteur
dans le vide sanitaire de la maison d’un voisin, où
tous deux avaient installé leur club-house lorsqu’ils
étaient enfants. Toute une salle de la galerie est
transformée pour symboliser cet abri. Dans ses
peintures, Gideon Kiefer représente des abris
dans la nature de Neerpelt. Mais aujourd’hui, son
œuvre évoque la menace de guerre et la recommandation
de préparer un kit d’urgence. (cv)
Gideon Kiefer, Texture Like Sun, 2024, peinture à l’huile,
aérosol, acrylique, crayon, marqueur Uni Posa, stylo à
bille, marqueur Stabilo et métal soudé sur contreplaqué,
15 x 21 cm. © de l’artiste / Courtesy Barbé Gallery – Prix : de
3.900 à 30.000 €
Dialogue avec Ilse D’Hollander
du 22-02 au 20-04
Verduyn Gallery
Moregem
www.verduyngallery.com
La peintre belge Ilse D’Hollander (1968-1997) jouit d’une renommée internationale depuis
une dizaine d’années, soit bien après qu’elle ait mis fin à ses jours. Elle n’avait alors pas encore
29 ans et laissait surtout des peintures assez petites, souvent inspirées d’impressions
nées lors de ses longues promenades. Une œuvre d’apparence sobre et tout en retenue,
mais puissante et sensible. Abstraction et figuration s’y entremêlent dans une exploration
de ce que peut être la peinture. La Verduyn Gallery explore l’impact de sa peinture, dans
un dialogue avec cinq artistes contemporains : les paysages désolés de Koen van den
Broek, les peintures sculpturales de Joke Hansen et les œuvres de trois artistes étrangères,
Rosana Antolí, Gina Kuschke et Catherine Long. Quelque part, tous posent la même
question : comment la peinture peut-elle être une expérience à la fois intellectuelle et
physique ? (cv)
Ilse D’Hollander, Untiteld (MT655), 1995, gouache
sur papier, 24 x 34 cm. © photo : Guy Braeckman –
Prix : entre 3.000 et 50.000 €
62
Salomon van Ruysdael Eaux intérieures hollandaises, probablement le Wijkermeer, avec le bac
Huile sur panneau, 45 x 52,5 cm. Résultat € 520.000
1798
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Agenda Galeries
Katy Heck, Rodeo, 2024, huile sur toile, 100 x 120 cm. © de l’artiste / Courtesy Tim Van Laere Gallery, Antwerpen
Antwerpen
Annie Gentils Gallery
△ Gert Verhoeven. Artists
on duty
till 30-03
Fred & Ferry Gallery
△ Agreement
till 08-02
Galerie Art Forum
△ Eva Dijkstra / Sven Boel
till 28-03
Galerie Ronny Van de
Velde
△ George Grosz. The
Fairy Tale Drawings, 1936
till 30-03
Galerie Vrijdag
△ Valérie Novello
till 29-03
GNYP Gallery
△ Mary With(Out) Child
till 28-02
Micki Chomicki
Gallery
△ Séverine Gallardo.
Archi-textile
till 12-02
NG Gallery
△ The question must be
a sign
till 25-03
Tim Van Laere Gallery
△ To Live Is To Fly
till 05-04
VCRB Gallery
△ Katrin Brause & Willy
Verginer. Onirico
till 16-03
Gallery Fifty One
△ Saul Leiter. Carte
Postale / la Petite
Boutique
till 01-02
Brussels
Almine Rech Brussels
△ Jean-Baptiste
Bernadet / Aly Heyler
till 01-03
Art Whitehouse
Gallery
△ Marie Zolamian &
Witold Vandenbroeck.
Outside Nature
till 08-03
Bernier/Eliades
Brussels
△ Xolo Cuintle & Maxime
Testu. Landscaping
till 29-03
Box Galerie
△ Mark Steinmetz. From
Our Home
till 08-03
Contretype
△ François Bellabas.
Unloadingoverdrive
till 23-03
Espace Constantin
Chariot
△ Johan Van Mullem.
Living Memory / Charles
Henry Sommelette. Voir
Venir
till 02-03
Fondation CAB
△ Kasper Bosmans
till 15-03
△ Nicolas Bourthoumieux.
Artist In Residence
till 28-02
Frédérick Mouraux
Gallery
△ Jörg Bräuer. Im /
Permanence
till 01-03
Galerie Christophe
Gaillard Brussels
△ Pierre Milinier / Letha
Wilson
till 01-03
Galerie de La
Béraudière
△ Ceramics from Picasso
to the present day
till 07-02
Galerie du Botanique
△ Ethel Lilienfeld. EMI
13-02 till 06-03
△ Futur(s) Parallèles.
Yannick Jacquet
till 02-02
64
Galerie Eric Mouchet
△ Eikoh Hosoe -
Bertrand Hughes
till 23-03
Galerie Faider
△ Alberto Reguera
till 15-02
Galerie La Foresrt
Divonne
△ Patrice Giorda. Le
Paradis Perdu
till 08-03
Galerie La Patinoire
Royale Bach
△ Irina Rasquinet. Le
monde sera blue… ou
ne sera pas / Geneviève
Levivier. Un arbre à soi
till 01-03
Galerie Marie-Ange
Boucher
△ Dessine-Moi un
Mouton
till 16-02
Galerie Nathalie
Obadia
△ La représentation et
son double
till 01-03
Galerie Rodolphe
Janssen
△ Wim Delvoye. Cloaca.
Celebration 2000-2025
till 09-03
Galerie Zotto
△ Pâte-à-Sel Brussels
till 22-02
Galerie Zwart Huis
△ Atmosfeer
till 01-03
Gallery Sofie Van den
Busssche
△ Yves Malfliet. Convoi
Exceptionnel
till 22-02
Gauli Zitter
△ Céline Mathieu.
Manipulation de l’index
till 01-03
Hangar
△ Almagine.
Photography and
generative images
till 15-06
Hopstreet Gallery
△ The Emergence of
Memory
till 01-03
HU! Galerie
△ US vs US
till 06-02
Husk Gallery
△ Marc Brousse
till 01-03
Irène Laub Gallery
△ Bernard Villers
& Tatiana Wolska.
Assemblages
till 01-03
La Verrière
△ Pelagie Gbaguidi.
Antre
till 29-03
Le Salon d’Art
△ Koyuki Kazahaya.
Oeuvres récentes
till 22-02
L’Enfant Sauvage
△ Chloé Azzopardi. Non
Technological Devices
till 16-03
Maruani Mercier
△ Ross Bleckner.
Commune
till 01-03
Meessen
△ Léa Belooussovitch.
Submersion
till 01-03
Michèle Schoonjans
Gallery
△ Denis Brihat x Danielle
Kwaaitaal
till 01-03
Modesti Perdriolle
Gallery
△ Joel Denot. Plaques
Sensibles
till 08-03
Nationale 8 Gallery
△ Frederik Buyckx. WOLF
till 09-02
Odradek XL
△ Paysage-Bois
till 29-03
OV Project
△ Genesis
till 22-02
Parlementarium
△ Changemakers.
From committed art to
democratic activism
till 16-02
QG Brussels
△ French Touch
till 13-04
Schönfeld Gallery
△ Tina Berning. One
Another / Albert
Pepermans. Stolen
Moments
till 01-03
Stems Gallery
△ Michael Bühler-Rose
27-02 till 22-03
Super Dakota
△ Janne Schimmel. But
Can It Run Doom
till 21-02
Templon
△ René Wirths. I Can’t
Get No
till 01-03
Xavier Hufkens
△ Cathy Wilkes
13-02 till 12-04
△ McArthur Binion /
Lynda Benglius
till 08-03
Genk
Uitstalling Art Gallery
△ Szawel Plóciennik. The
Machines Fro Living
till 02-03
Gent
Barbé Galerie
△ Gideon Kiefer. The
Fragile Excavation
01-02 till 09-03
Galerie S&H De Buck
△ Jean-Paul Govaerts
till 28-02
Kristof De Clercq
Gallery
△ Christophe Lezaire.
Larsen
till 16-02
Settantotto Art
Gallery
△ Fieldworks. Marlise
Breye. Herman De Vries.
Bert De Geyter
till 02-02
Galerie Zuid Knokke
△ Winter Art Weekends
till 16-02
Stephane Simoens
Contemporary Fine
Art
△ London Calling
till 17-02
Leuven
Faculty Club
△ Johan Heylen. Mensen
Onderweg
till 12-09
Liège
B3 - Le Passage Des
Arts
△ … En Suspension.
Impression(s)
till 15-02
Espace 251 Nord
△ Regarder l’invisible
till 22-02
Galerie 23
△ T.I.A.
till 16-02
Galerie bonnemaison
△ Benoît Jacquemin. Pas
de pierre, pas de palais
27-02 till 13-04
△ Chantal Olivier. Une
Chambre à soi
till 02-02
Galerie Christine
Colon
△ Julien Allègre &
Romain Van Wissen
till 09-02
Galerie Du Churchill
△ Jean-Claude Salemi.
Les Chefs-d’oeuvre
gravés
till 23-02
Galier L’Inventaire
△ Racines. Sabine
Delhaut & Bérénice
Joëssel
till 12-02
Le Comptopir Du
Livre
△ Archipel
21-02 till 15-03
△ Esperluète a 30 ans!
till 15-02
Le Hangar
△ Échos…
till 22-02
Les Brasseurs
△ Vincent Evrard.
Incendie / Louanne
Deltenre. La loi du
Cerbère
till 22-02
Maison Arc-En-Ciel
△ Les Zinzinprimeurs
till 28-02
Louvain-La-
Neuve
Espace 001
△ Cécilia Shishan
01-02 till 23-02
Merelbeke
Sofacq Gallery
△ Xavier Mary. Good
Year
till 16-03
Namur
Galerie Detour
△ Alexandre Christiaens.
S’Enforester
till 08-02
Oostende
CAPS
△ CAPS Coda. 10jr CAPS
till 02-02
Verviers
Galerie ABS&Design
△ Marie-France
Bonmariage, Roby
Comblain et Dragana
Franssen-Bojic
08-02 till 22-02
Wijnegem
Axel Vervoordt
Gallery
△ Michel Mouffe. Into
The Veil
till 26-04
Tatjana Pieters
△ FLUX / Matthijs Kime &
Anne Marie Laureys
till 23-02
Knokke
McArthur Binion, Visual:Ear(Maestro Duke), 2024. © de l’artiste / Courtesy
Xavier Hufkens, Bruxelles
Aqualex Concept
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de mars, à collect@ips.be avant le
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présente
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A n t i q u e s , M o d e r n & C o n t e m p o r a r y A r t
20 th -23 rd February 2025
La Sucrerie, le hall événementiel de Wavre accueille 50 exposants internationaux
Son accessibilité à 3 minutes de la sortie 6 de l’autoroute E411 Bruxelles-Namur, et son parking face à l’entrée du hall,
offrent aux visiteurs le confort d’une visite détendue. Un Lunch Bar et un Salon de Thé sont présents au cœur du salon.
Thursday: 2:00 PM - 10:00 PM
Friday, Saturday, Sunday: 11:00 AM - 7:00 PM
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Coup d’œil sur l’édition 2025
The Old Treasury
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www.theoldtreasury.nl
Claeys Gallery
M-L Baugniet
Jardin des Hespérides
1934
www.claeysgallery.com
Galerie Blue Art
Grand Cheval
3 ème siècle après J-C
Chine
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du XVIIe au XIXe siècle
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Art de la table
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Art Thema Galerie
Galerie Katheleys
René Julien,1937-2016
«Elle rêve Mozart»
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Défilé Croisières 2014
artthema.com
katheleys.com
E-Max, 2002, cire, caoutchouc, métal, feutre, fer et peinture, 65 x 35 x 65 cm. © de l’artiste / Courtesy Samuel Vanhoegaerden Gallery / © photo : Vincent Everarts
Panamarenko
Au royaume des machines volantes, les multiples s’envolent
Visionnaire, fantasque et
résolument iconoclaste,
Panamarenko a imaginé un univers
unique où la mécanique rencontre
la poésie. Ses créations, machines
volantes, tapis magiques, sousmarins
et objets hybrides tout
droit échappés du laboratoire d’un
savant fou, cachent, derrière leur
apparente fantaisie, une réflexion
rigoureuse sur les limites humaines
et les moyens de les dépasser.
TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT
Dans l’œuvre de Henri Van
Herwegen, dit Panamarenko
(1940-2019), voler ne relève pas
seulement de la quête obstinée
de transcender les lois terrestres, mais
devient une métaphore de l’émancipation,
un élan vers l’infini. Chaque mécanisme,
savamment dessiné, devient la
composante d’un récit plus vaste : une
allégorie de la liberté et de l’imagination.
Sa rencontre, en 1966, avec Joseph Beuys
fut déterminante en ce qu’elle ancra sa
pratique dans le champ de l’art tout en lui
conférant une dimension philosophique.
Dès lors, Panamarenko a poursuivi son
rêve avec une ténacité ludique, donnant
naissance à des objets qui, bien que techniquement
réalisables, paraissent voués
à exister dans un espace onirique, où le
possible et l’impossible se confondent.
Aujourd’hui, l’héritage de Panamarenko
est celui d’un philosophe des étoiles, d’un
inventeur-poète qui nous rappelle que la
curiosité et le jeu sont des forces essentielles
pour réinventer notre regard sur
le monde. À travers ses constructions,
souvent spectaculaires, il nous invite à
redécouvrir l’émerveillement, qualité rare
et précieuse qui, selon lui, constitue le véritable
moteur de la création humaine. En
2025, la Fondation Panamarenko célèbre le
85 e anniversaire de la naissance de l’artiste
avec une série d’expositions à travers
la Belgique (KMSKA, M HKA et Centre
culturel Scharpoord de Knokke-Heist). Des
événements accompagnés de la publication
d’un nouvel ouvrage de référence,
Panamarenko Fundamentals, co-signé par
68
« Panamarenko est
l’un des artistes les
plus aimés et les
plus connus chez les
jeunes. »
SAMUEL VANHOEGAERDEN
Jo Coucke et Eveline Hoorens. Au KMSKA
(Anvers), la rétrospective Panamarenko.
Imagination infinie met en lumière ses
créations les plus ludiques, offrant également
un éclairage tout particulier à ses
croquis scientifiques, ses machines et
ses objets originaux issus de collections
publiques et privées.
DES ŒUVRES ÉTONNAMMENT
ACCESSIBLES
Acteur incontournable du marché de Panamarenko,
comptant assurément parmi
les plus fervents défenseurs de l’artiste,
le galeriste Samuel Vanhoegaerden lui
dédiait, en 2001, l’exposition inaugurale de
sa galerie de Knokke. Ce fut le début d’une
Archaeopterix III, 1990, sculpture (bois, colle, fil de métal, fil de nylon, cellules solaires). © de
l’artiste / Courtesy Samuel Vanhoegaerden Gallery
Étude pour Flying Island, 2003, crayon, crayon de couleur et feutre, 143 x 164,5 cm. © de l’artiste / Courtesy
Samuel Vanhoegaerden Gallery
collaboration de plusieurs années que le
galeriste entretint tant avec son confrère,
Ronny Van de Velde, qu’avec l’artiste
lui-même. Samuel Vanhoegaerden nous
explique sa passion : « Panamarenko fut le
premier artiste dans lequel j’ai osé investir,
sans le moindre stress et fort d’une totale
conviction. Jamais je n’ai regretté d’avoir
acheté une de ses œuvres, et je pense
que ce sentiment est partagé par tous les
collectionneurs qui ont acquis ses œuvres
chez moi. » Depuis les années 1980, Panamarenko
s’est imposé parmi les artistes
belges incontournables. Mais, avant
d’observer la structure toute particulière
de son marché, il faut poser une première
balise : l’œuvre de Panamarenko apparaît
relativement limitée. Critique d’art et commissaire
d’exposition, Hans Theys apporte
quelques éléments de réponse. Il a en effet
publié un ouvrage aux allures de catalogue
raisonné recensant les œuvres uniques de
Panamarenko : un état des lieux s’arrêtant
à 1992, treize ans avant la fin des activités
de l’artiste en 2005. Or, on sait que ces
dernières années furent très productives.
Le recensement de Hans Theys dénombre
69
« Le marché de
Panamarenko s’est,
ces dernières années,
fortement concentré
sur les multiples et
son travail graphique.
Il existe un large
public pour ces
œuvres car elles sont
belles et abordables. »
SAMUEL VANHOEGAERDEN
Sac à dos volant argenté, 1984, sculpture (perspex, bois, métal, textile), 160 x 94 x 125 cm. De Vuyst, Lokeren,
10-03-2018. © De Vuyst – 150.000 € (est. 110.000-140.000 €)
une bonne centaine d’objets et environ
trois-cent-cinquante dessins. Samuel
Vanhoegaerden : « Mais, l’œuvre de Panamarenko
demeure relativement limitée,
surtout si l’on considère ce qui peut être
logé en terme de taille dans les collections
privées, chez les particuliers. C’est notamment
en raison de leurs formats d’envergure,
mais également compte tenu de leur
rareté que je pense que ces œuvres uniques
se retrouveront prochainement dans les
collections muséales. » Sur le marché,
Panamarenko paraît occuper une place
paradoxale. Ses œuvres uniques restent
relativement abordables pour un artiste de
son envergure. Si les chiffres que nous fournit
Artprice sont toujours à prendre avec la
plus grande précaution, notamment parce
que de très nombreux lots acquis en salles
de vente le sont par des marchands qui
présentent les mêmes œuvres, dans la foulée,
sur le second marché, il est toutefois
intéressant de constater que de belles réalisations,
à l’image des deux Archaeopterix,
tout à fait originales et assurément emblématiques,
ont été vendues pour quelque
50.000 euros chez Cornette de Saint
Cyr à Bruxelles. Samuel Vanhoegaerden
explique : « Panamarenko lui-même aurait
pu faire beaucoup plus pour défendre son
marché, mais il préférait que son travail
demeure accessible à ‘‘monsieur tout le
monde’’, plutôt que de devenir inabordable
et n’être acheté que par le ‘‘collectionneur
d’art snob’’. C’est tout à son honneur en
tant qu’artiste, bien sûr, même s’il mérite
aujourd’hui une place plus élevée dans
la hiérarchie des prix du marché. » Sur la
plateforme Artprice, le top trois est détenu
par Prova-Car (1967), prix au marteau de
200.000 livres sterling, soit 301.580 euros,
chez Christie’s London en juin 2005 ; Scimitar,
vendu chez Campo & Campo en mars
2018 pour 230.000 euros, suivi par Sac à
dos argenté (1984), enregistrant chez De
Vuyst (mars 2018) quelque 150.000 euros.
UN MARCHÉ DE JEUNES COLLECTION-
NEURS
Mais, le plus surprenant, expliqué par
Samuel Vanhoegaerden et confirmé par
nos propres recherches, ce sont les résultats
élevés obtenus par les multiples. Une
fois n’est pas coutume, c’est ce segment de
marché, habituellement négligé, qui est le
plus performant : « Le marché de Panamarenko
s’est, ces dernières années, fortement
concentré sur les multiples et son travail
graphique. Il existe un large public pour ces
œuvres car elles sont belles et abordables.
Le marché des œuvres plus chères (originales/uniques)
est aujourd’hui, en réalité,
très bas en regard de ce marché des mul-
70
tiples. » Une observation vérifiée comme le
prouve cet exemple : si la sculpture unique
d’un Archaeopterix obtint, comme détaillé
plus tôt, quelque 50.000 euros, les impressions
sur toile, éditées à trente-quatre
exemplaires, représentant un croquis préparatoire
et détaillé de l’œuvre, atteignent
au marteau 7.500 euros. Plus troublant,
ce résultat n’est pas une exception. Deux
lithographies en couleurs ont attiré notre
Attention faux !
Comme pour tout artiste majeur,
quelques faux circulent. Fort heureusement,
depuis quelques mois,
la Fondation Panamarenko, fondée
par Eveline Hoorens, épouse de
l’artiste, veille à ce que les contrefaçons
soient détectées et retirées
du marché. Garante de la protection
d’un fabuleux patrimoine, la
Fondation délivre sur demande
des certificats d’authenticité. Une
démarche qui devrait rapidement
assainir le marché.
attention : Meikever (Cockchafer), dont le
tirage 34/100 obtenait, en 2021, chez Sotheby’s,
le prix marteau de 14.000 euros (soit
17.640 euros avec frais), alors que l’estimation
plaçait l’œuvre dans une fourchette
allant de 500 à 700 euros. The Aeromodeller
(1972), lithographie tirée à septantecinq
exemplaires, obtenait pour sa part, à
quatre reprises, des résultats entre 7.000
et 10.000 euros. Plus interpellant encore,
le Scotch Gambit in the Bonaparte ga ruine
kay (2001) dont l’impression sur toile
atteignait les 20.000 euros chez Bernaerts,
à Anvers. Samuel Vanhoegaerden explique
le dynamisme de ce segment par la cible,
largement composée de jeunes collectionneurs
: « Panamarenko est l’un des
artistes les plus aimés et les plus connus
chez les jeunes. Et c’est aussi la raison pour
laquelle les multiples ont tant de succès
chez les collectionneurs de ce segment,
car les pièces uniques sont encore un peu
au-dessus de leur budget. » Quant à définir
les œuvres les plus recherchées, Samuel
Vanhoegaerden nous répond sans hésiter :
« Celles qui font rêver ! Celles qui font voyager
vers d’autres mondes ! » Les périodes
auraient ici peu d’importance, même si le
galeriste nous confie sa préférence pour les
œuvres des années 1970 à celles réalisées
après 2000, considérant que les premières
sont généralement plus pures : « Ces
œuvres-là n’ont pas été conçues pour être
vendues. On y retrouve vraiment l›artiste
dans toute sa splendeur. » En conclusion,
si vous aimez l’œuvre de Panamarenko,
c’est assurément le moment d’acheter une
pièce unique, avant que cette année 2025
ne redynamise le marché.
VISITER
Panamarenko. Infinite Imagination
jusq. 04-05
KMSKA, Anvers
www.kmska.be
SURFER
www.panamarenko.foundation
Archéoptérix IV, sculpture (bois, colle, fil de métal, fil de nylon, cellules solaires), 15 x 37 x 40 cm. Cornette de Saint Cyr, Bruxelles, 14-12-2020. © Bonhams-Cornette
de Saint Cyr – 45.000 € (est. 45.000-60.000 €)
71
Conseils pour les débutants
Première
enchère
Entre appréhension et excitation
Dans une salle de vente ou derrière un écran, les enchères ne
semblent pas en manque d’un nouveau public. La mécanique
est simple, mais il convient toutefois de rester prudent.
TEXTE : GILLES BECHET
« Les personnes qui
participent à leur
première enchère en
ligne sont souvent
surprises que tout
s’accélère et se
bouscule dans les
dernières minutes. »
SOPHIE BREMERS
General Manager Christie’s Amsterdam
Avec la généralisation des ventes
en ligne, l’accès aux enchères
s’est indéniablement élargi et
démocratisé. Si les enchères à
la criée, avec le suspense et l’excitation
supplémentaires qui y sont liés, sont
loin d’avoir disparu, un ordinateur ou un
smartphone suffisent aujourd’hui pour
acquérir l’oeuvre ou la pièce convoitée
d’un simple mouvement de l’index depuis
son canapé, une terrasse de vacances ou
l’arrière d’un taxi. Le public des enchères
se renouvelle régulièrement et celles-ci
continuent de séduire les plus jeunes.
Ainsi, en 2023, 35 % des clients de Christie’s
étaient nouveaux et se stabiliseraient
à 30 % pour la première moitié de 2024.
Chez Adams Amsterdam Auctions, Bethe
Van Veggel-Tupker estime les nouveaux
acheteurs à 30 %. Tandis qu’à Bruxelles, la
salle de vente Vanderkindere enregistre
une croissance mensuelle de 15 à 25 %
de nouveaux clients. Dans une vente aux
enchères, tout est fait pour rendre les
choses les plus simple et lisible possibles.
Mais d’abord peut-être, pourquoi acheter
aux enchères plutôt qu’en galerie ou chez
un marchand ? Si ces derniers, généralement
spécialisés dans un domaine précis,
peuvent prodiguer des conseils et laisser
le temps de la réflexion, l’ensemble des
objets mis aux enchères à chaque moment
compose la plus grande vitrine du monde,
un vertigineux ensemble d’objets et
d’oeuvres de tout style, de toutes époques
et à tous les prix. On pourra ainsi acquérir
une bonbonnière en cristal montée sur
argent du XIXe siècle pour 140 euros ou un
chandelier en bronze doré et cristal signé
Baccarat pour 20.000 euros ; une peinture
hyperréaliste d’Adelin Guyot pour 260
euros, un dessin de Rubens pour 156.000
euros ou encore une toile de René Magritte
pour 121 millions de dollars. « Dans les
salles de vente, le collectionneur adopte
une posture de ‘‘chineur’’, explorant une
offre variée où les prix, inconnus à l’avance,
permettent parfois de réaliser une ‘‘bonne
affaire’’. En live, l’ambiance des enchères,
dynamique et immersive, est un spectacle
en soi. Elle apporte une dimension supplémentaire
à l’expérience d’achat », confie
Stéphane Nicais, directeur de la salle Vanderkindere,
à Bruxelles.
72
« Dans les salles de
vente, le collectionneur
adopte une posture de
‘‘chineur’’, explorant
une offre variée où
les prix, inconnus à
l’avance, permettent
parfois de réaliser une
‘‘bonne affaire’’. »
STÉPHANE NICAIS
Hôtel de ventes Vanderkindere
DEXTÉRITÉ, RAPIDITÉ ET PRÉCAUTION
Les procédures sont assez simples, que ce
soit en ligne ou en présentiel. Il faut d’abord
s’inscrire en créant un compte, avec une
pièce d’identité et, dans la plupart des cas,
avec un numéro de carte de crédit. Les
enchères peuvent se faire à l’avance, par
téléphone ou en ligne, et être suivies en
salle ou en ligne, souvent en collaboration
avec des plateformes telles que Invaluable
ou Drouot. Les enchères en ligne peuvent
se faire en direct ou s’étaler sur plusieurs
jours. La règle est simple : c’est l’offre la
plus haute qui peut acquérir le lot. En salle,
on signale son enchère en brandissant
une petite palette reçue à l’inscription ou
simplement en levant la main. En ligne,
où la progression des enchères apparaît
sur l’écran, on peut d’emblée indiquer son
enchère maximale où alors préférer jouer
le jeu et réagir en temps réel aux autres
enchères, mais il conviendra alors d’être
attentif et rapide. Au prix qui s’affiche ou
qui tombe sous le marteau, on ajoutera
les taxes (buyer’s premium), qui peuvent
varier en fonction de la maison et du lieu.
Chez Christie’s Amsterdam, elles sont par
Il suffit désormais
d'un ordinateur ou
d'un smartphone pour
acheter le lot convoité
d'un simple geste du
doigt.
exemple de 31,46 % pour les lots jusqu’à
800.000 euros, 21 % de 800.000 à 4 millions
et 15 % au-delà de 4 millions. Chez Vanderkindere,
elles sont de 25 %, et pour la salle
de ventes Rops, où tout se fait en ligne, de
12,5 %. Il y a aussi les frais de transport, qui
varient bien évidemment avec le volume,
la taille de l’objet, la distance à parcourir et
le type de transporteur. Là aussi, il est toujours
possible de se renseigner à l’avance.
BON A SAVOIR !
Le meilleur conseil à donner à
l’acheteur novice, c’est de se renseigner
sur la ou les pièces convoitées,
en consultant les catalogues
ou en venant voir sur place lors des
journées d’exposition, quand il y en
a et que c’est possible. Sinon, les
salles disposent toujours d’experts
prêts à offrir des renseignements,
fournir des photos ou des condition
reports complets des pièces mises
à l’encan. « On passe beaucoup
de temps à répondre aux questions
des nouveaux acheteurs, tant
sur le fonctionnement que sur les
caractéristiques des lots », confirme
Paul de Sauvage, de la salle
Rops à Suarlée. Surtout, pour une
première fois, il est important de
se fixer des limites financières à ne
pas dépasser. Tout peut aller très
vite et on peut se laisser entrainer
par l’excitation de l’enchère. En
ligne, il est plus facile de garder une
distance. En contrepartie, il faut
rester attentif parce que, lors des
ventes étalées sur plusieurs jours,
les prix bougent d’abord très peu :
« Les personnes qui participent à
leur première enchère sont souvent
surprises que tout s’accélère
et se bouscule dans les dernières
minutes », remarque ainsi Sophie
Bremers, General Manager de
Christie’s Amsterdam. Lorsqu’on
achète aux enchères, les regrets
ne sont pas de mise. Une fois la
vente actée, il n’y a pas de retour
en arrière possible : « Si on n’est
pas satisfait de son achat après la
vente, la seule solution, c’est de le
remettre aux enchères mais, à ma
connaissance, c’est assez rare », se
réjouit Benthe Van Veggel-Tupker
d’Adams Amsterdam Auctions. La
magie des enchères semble agir sur
la durée.
73
Jean Prouvé
Un rêve de métal et de bois
Jean Prouvé, voilà un nom qui
fait rêver les amateurs de design
d’exception ! Figure emblématique
de l’aventure moderniste au
XXe siècle, celui qui fut à la fois
architecte, constructeur et designer
a trouvé son inspiration dans le
métal. Célèbre pour sa méthode
révolutionnaire dans la conception
de meubles et de structures par
l’utilisation de matériaux industriels,
il séduit les nouvelles générations et
bénéficie d’une cote au beau fixe.
TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE
Fauteuil Visiteur FV22 ou Kangourou, variante avec assise à rainures embouties, 1948, acier, tôle
d’aluminium, chêne, contreplaqué d’okourne, caoutchouc, 84,5 x 66,5 x 87,5 cm. Christie’s, Paris, 02-11-
2021. © Christie’s Images Ltd.– 800.000 €
L’œuvre unique de Jean Prouvé
(1901-1984) se distingue par une
esthétique fonctionnelle, usant principalement
de matériaux industriels
comme l’acier et l’aluminium. Elle englobe
presque tout ce qui peut être construit
et usiné, du coupe-papier aux ferrures de
portes et de fenêtres, en passant par les luminaires,
meubles, maisons préfabriquées
et systèmes de construction modulaire.
Grand défenseur des méthodes de production
industrielle, le créateur a notamment
utilisé des pièces de tôle pour fabriquer
du mobilier. Tout au long de sa carrière, il
a ainsi testé et expérimenté de nouvelles
matières, de nouvelles techniques, de
nouveaux composants, parvenant dans de
nombreux travaux à marier ses attentes du
point de vue de la fonctionnalité, de l’adéquation
du matériau et de l’économie aux
exigences complexes d’une production en
série. Emboutie, pliée, nervurée et soudée,
la tôle d’acier a ainsi trouvé chez lui un
usage mobilier et architectural puisqu’il
est parvenu à tirer des qualités du métal
74
Ateliers Jean Prouvé, Nancy, table S. A. M Tropique, ca. 1951, modèle n°503, acier laqué, aluminium, 71,8 x 90,2 x 189,9 cm. © Sotheby’s Art Digital Studio
Jean Prouvé a radicalement renié
l’ornementation dans l’architecture et le
mobilier, car cette décoration superflue
nuisait à la lecture de l’objet.
quantité de trouvailles ingénieuses telles
que coques, sheds, portiques, béquilles ou
murs rideaux qui ont fait sa renommée.
Définie en une équation parfaitement maîtrisée,
cette démarche est le reflet d’une
préoccupation constante du créateur pour
intégrer le design à l’environnement. Ce
qui rend sa création résolument moderne
et explique notamment l’engouement qu’il
suscite auprès des jeunes collectionneurs,
en quête de fonctionnalité mais aussi
d’écologie et de durabilité. Fervent adepte
des préceptes du Corbusier, avec lequel
il a cofondé en 1929 l’Union des artistes
modernes (UAM), Jean Prouvé a aussi
radicalement renié l’ornementation dans
l’architecture et le mobilier, car « cette
décoration superflue nuisait, selon lui, à la
lecture de l’objet ». Ce principe plastique
renforce aujourd’hui d’autant son attractivité
car, se fondant dans n’importe quel
intérieur où elles disparaissent au profit de
leur fonctionnalité, ses pièces de mobilier
s’harmonisent avec tous les styles et
toutes les époques. Ainsi, Jean Prouvé est
célèbre pour son approche pratique, qui
met l’accent sur la construction modulaire
et la capacité d’adaptation de ses designs
à différents environnements. Ses créations
intègrent souvent des solutions innovantes
pour le confort et l’efficacité, en respectant
les principes du design industriel.
Un de ses fervent défenseurs, le galeriste
parisien François Laffanour, fondateur
de la Galerie Downtown, explique : « Ses
bâtiments comme ses meubles exposent
leurs systèmes d’articulation et d’assemblage,
dévoilent les forces en présence qui
s’exercent les unes contre les autres, tels
que les piétements de sa chaise Standard,
‘‘en forme d’égale résistance’’, conçue pour
ne pas casser quand on se balance. Il appliquera
ce ‘‘principe constructif ’’ à tous les
meubles conçus entre 1930 et le milieu des
années 1950, ainsi qu’aux multiples bâtiments
conçus à cette époque et réalisés à
partir d’éléments préfabriqués en série. »
UNE PERSPECTIVE ENRICHISSANTE
Si Jean Prouvé fut talentueux dans plusieurs
domaines, il se voulait avant tout un homme
d’usine avant d’être un artiste. Pour lui,
mettre sa créativité et son design au service
de tous était un principe fondamental. Son
mobilier est donc simple et pratique, conçu
dans un esprit de durabilité. Aujourd’hui,
l’ensemble de ses créations, des bureaux aux
75
chaises en passant par les tables, les lits, les
bancs et les escabeaux, sont considérées
comme des icônes du design moderne.
Ces pièces sont donc très recherchées par
les collectionneurs et les amateurs. Depuis
2017, sa cote est assez stable, même si elle
s’est considérablement renforcée depuis
la pandémie, avec des estimations pour
ses meubles de 20.000 à 2.000.000 d’euros,
et pour ses structures architecturales de
50.000 à 3.000.000 d’euros. « L’évolution de
la cote de Jean Prouvé illustre un intérêt
soutenu sur le marché du design, marqué
par son approche révolutionnaire de la
construction et du design mobilier en utilisant
des matériaux industriels », confirme
le commissaire-priseur Lucas Tavel, qui
collabore notamment avec la salle Millon.
« Ses contributions significatives au design
industriel et à l’architecture moderne du
XXe siècle, caractérisée par l’harmonie entre
fonctionnalité et forme esthétique, offrent
une perspective enrichissante sur l’intégration
de l’industriel dans l’habitat moderne et
la fonctionnalité durable. Ainsi, ses meubles
et ses structures présentent des formes
simples et utilitaires, avec une visibilité
claire de leur structure et assemblage. L’utilisation
caractéristique du métal, traité de
Panneau, ca. 1950, contre-plaqué, aluminium, aluminium peint, verre, 232 x 104 x 5,3 cm. Phillips, Londres,
02-11-2022. © Phillips – 81.900 £ (95.122 €)
Armoire, modèle n°100, 1945, tôle d’acier pliée laquée et bois, 100 x 161 x 55 cm. Piasa, Paris, 23-02-2023.
© Piasa – 32.784 €
« Prouvé est connu
pour son usage
novateur du bois,
combiné avec des
éléments métalliques
pour renforcer
la structure des
meubles. »
LUCAS TAVEL
76
manière à mettre en valeur sa beauté fonctionnelle
et sa durabilité constitue un signe
distinctif de son travail. Prouvé est aussi
connu pour son usage novateur du bois,
combiné à des éléments métalliques pour
renforcer la structure des meubles. »
UNE COTE AU BEAU FIXE
La cote d’un meuble signé Prouvé est
tributaire de plusieurs facteurs. Comme
pour d’autres créateurs, elle dépend de
la renommée, de l’authenticité, de l’état
de conservation de l’œuvre (la présence
d’une peinture d’origine constitue à ce
titre une plus-value, de même qu’un état
nécessitant peu de restauration), de son
historique de propriété et de la demande
actuelle sur le marché du design. Etre sûr
de l’authenticité est toutefois essentiel car
il y a, depuis plusieurs décennies, eu beaucoup
de copies et de rééditions. De fait,
grâce à leur géniale conception, destinée
en priorité à la production industrielle,
Vitra a, dès 2002, commencé à rediffuser
ses créations sous formes de rééditions,
en étroite collaboration avec la famille,
notamment la fille du créateur, Catherine
Prouvé. L’éditeur suisse a ainsi mis à jour
la collection en y introduisant de nouvelles
couleurs ainsi qu’un certain nombre
de nouveaux modèles peu connus. Ces
rééditions, produites en quantité relativement
importantes, ont tout naturellement
une valeur moins élevée que les meubles
fabriqués du vivant du designer. Afin d’en
certifier le pedigree, toute pièce de mobilier
considérée comme authentique, ou
d’époque, sera donc idéalement accompagnée
d’une documentation et d’un
historique de provenance. Aujourd’hui,
si son marché est à plus de 50 % français
et concerne à 82 % le mobilier, selon le
site de référence Artprice, les pièces les
plus recherchées sont celles qui furent
produites en petites quantités ou conçues
pour des projets spécifiques. En décembre
2021, une table modèle n°506, conçue vers
1952 pour le siège d’Air France à Brazzaville
au Congo, était ainsi emportée 1,4
million de dollars (1,23 million d’euros)
chez Sotheby’s, à New York. En juin 2022,
l’auctioneer obtenait 1,3 million de dollars
(1,22 million d’euros) d’une table Refectory
(ca. 1939), aux fameux hublots caractéristiques.
Le 11 décembre dernier, Phillips
New York adjugeait 80.000 dollars (76.260
euros) un panneau perforé de hublots (ca.
1950), bien loin toutefois des 4,96 millions
de dollars (3,67 millions d’euros) obtenus
par Christie’s New York, en juin 2007, pour
le prototype de la maison Tropicale (ca.
1950-1951), montée à Brazzaville, puis
abandonnée, squattée et récupérée par
l’antiquaire parisien Eric Touchaleaume.
Aujourd’hui, la valeur des sièges de Prouvé,
suivant qu’ils soient originaux ou réédités,
oscille entre 500 et 150.000 euros (865
euros pour une chaise du modèle Standard
chez Vitra) ; une table EM vaut 3.050
euros (Vitra), mais un bureau original peut
s’envoler jusqu’à 400.000 euros. Enfin, Vitra
propose en réédition la fameuse lampe
Potence (petit modèle) dès 949 euros.
SURFER
www.jeanprouve.com
www.vitra.com
« Ses bâtiments
comme ses meubles
exposent leurs
systèmes d’articulation
et d’assemblage,
dévoilant les forces
en présence qui
s’exercent les unes
contre les autres »
FRANÇOIS LAFFANOUR
Ensemble de six chaises démontables, modèle standard N 300, 1952, tôle d’acier pliée et peinte, contreplaqué
de hêtre, 80 x 42 x 49 cm (chaque). Christie’s, Paris, 30-06-2020. © Christie’s Images Ltd. – 187.500 €
77
L’avis de l’expert
Les enjeux du jouet
COLLECT s’est rendu chez
Jordaens, à Mortsel, qui vend
une ancienne maison de poupée,
mais la conversation s’est
rapidement orientée vers les
jouets modernes.
TEXTE : BEN HERREMANS
«
Je
n›ai jamais rien vu de tel »,
déclare Rik Martens, propriétaire
de la salle Jordaens.
« Sauf en photo, dans un magazine
américain spécialisé. Jamais en vrai.»
Rik et son fils Johan se tiennent près d’une
ancienne maison de poupée, mise en vente
à la fin du mois de février. « Elle nous a été
confiée par les héritiers d’une personne
qui collectionnait ces maisons. Elle avait
été acquise chez Ladenburger Spielzeugauktion
ou Bertoia Auctions pour la
somme de 25.000 euros. » Comme elle doit
encore faire l’objet de quelques recherches,
père et fils n’en ont pas encore d’estimation
précise : « Elle fut réalisée vers 1900, peutêtre
à partir de 1880, dans le style Jugendstil.
Un très beau travail, la décoration est
soignée jusque dans les moindres détails et
tout fonctionne. Les coussins sont garnis
de plumes, les bougies brûlent, les portes
s’ouvrent et se ferment, le pendule de l’horloge
descend, le papier peint est imprimé,
les fleurs sont recouvertes de feuille d’or,
les poupées de porcelaine fabriquées à la
main. La maison se compose de deux parties
: une pièce rouge et une pièce blanche,
qui fut rajoutée plus tard. Il s’agit peut-être
d’une œuvre de maîtrise d’un fabricant de
meubles, d’un verrier ou d’un maquettiste.
C’est trop bien fait pour être du bricolage.
Cette maison a probablement appartenu
à une riche famille, qui l’a acquise pour un
enfant qui n’a peut-être jamais été autorisé
à jouer avec. Sa valeur ? 1.500 euros, en
fonction de la demande. Mais, il y a trente
ou quarante ans, elle aurait pu valoir entre
5.000 et 6.000 euros. »
Maison de poupée, ca. 1900. © Jordaens
78
BITCOINS
Père et fils entament une conversation à
bâtons rompus. Rik Martens : « Les collectionneurs
sont, par définition, des nostalgiques
et chez ceux qui collectionnent
les jouets, c’est encore plus marquant :
ils ont la nostalgie de leur jeunesse. Les
jouets anciens prennent de la valeur avec
l’âge. Il y a trente, quarante ans, lorsque
nous proposions des poupées d’Armand
Marseille, elles partaient souvent entre
deux et trois mille euros. Aujourd’hui, ces
jouets n’intéressent plus personne. » Johan
Martens : « Les jouets de mon enfance,
ce sont les cartes Magic, Transformers... »
Rik Martens : « En ce qui me concerne, il
faut remonter aux années 1960, l’époque
des Dinky Toys. Il y a peu, ces petites
voitures étaient très demandées sur le
marché. Mais elles n’intéressent plus la
jeune génération. » Johan Martens : « Les
premiers Transformers étaient encore en
métal. Ils sont devenus ridiculement chers
aujourd’hui. Les Power Rangers, premiers
robots arrivés en Europe dans les années
1990, atteignent aujourd’hui des prix
de 600.000 euros, alors qu’il ne s’agit que
d’objets en plastique. Toute une industrie
tourne autour des cartes Pokémon
et Magic. La première génération, celle
de 1993, dépasse allègrement les 50.000
à 200.000 euros. Au début des années
2000, après le passage à l’euro, les prix ont
explosé. J’ai alors pu acquérir, à Anvers,
la carte Black Lotus pour 500 euros. Mes
parents m’auraient tué si j’avais cassé ma
tirelire pour une carte comme celle-là. Elle
était dessinée à la main et signée Christopher
Rush. Aujourd’hui, elle vaut 100.000
euros. Il y a les bitcoins et il y a les cartes
Magic. Quantité de sites Internet y sont
consacrés, c’est un phénomène mondial.
De nouvelles cartes sortent chaque mois.
Mais les tirages originaux, les versions
alpha et bêta, se vendent facilement entre
60.000 et 70.000 euros. »
« Les collectionneurs
sont par définition
des nostalgiques
et chez ceux qui
collectionnent les
jouets, c’est encore
plus marqué : ils ont
la nostalgie de leur
propre jeunesse. »
RIK MARTENS
COMPTABILITÉ
Lorsque le négoce s’en saisit, les choses
peuvent rapidement évoluer. Rik Martens
: « Une fois, nous avons été inondés de
figurines Hummel. Il y avait encore des collectionneurs
qui les recherchaient, et c’est
toujours le cas aujourd’hui. Mais lorsque
l’entreprise s’est installée aux États-Unis,
elle s’est mise à produire à tour de bras. En
raison de cette surproduction, l’intérêt s’est
émoussé. Lorsque l’offre est trop pléthorique,
le collectionneur décroche. » Johan
Martens : « Mais les tirages de ces cartes
Magic ou Pokémon ne changent pas. Nous
savons exactement combien d’exemplaires
ont été imprimés. Quoi qu’il en soit, plusieurs
centaines ou milliers d’entre elles ont
sans doute déjà été détruites, il y en a donc
moins aujourd’hui. Il existe une liste de
celles qui ne seront plus jamais imprimées.
Leur valeur demeure donc stable. Si elles
devaient être réimprimées, c’est toute une
industrie qui s’effondrerait. Idem pour les
Transformers. Ils se divisent en Autobots et
Decepticons, les bons et les méchants, qui
se battent les uns contre les autres. Toute
une narration fut développée autour d’eux.
A la première génération, ces créatures
étaient de tailles différentes, car provenant
de deux producteurs différents. Mais même
pour les Transformers, il n’y a pas de doute
sur le nombre d’exemplaires fabriqués.
Cette stabilité est rendue possible pour les
jouets actuels, car une comptabilité précise
est tenue. Ce qui n’est pas le cas pour cette
maison de poupée. » « Mais où sont les
79
« Toute une industrie
tourne autour des
cartes Pokémon et
Magic. »
JOHAN MARTENS
grandes collections et que se passera-t-il si
elles étaient mises sur le marché ? » s’interroge
Rik Martens. « Supposons que,
dans le monde, quelques collectionneurs
possèdent toutes les meilleures cartes
Magic. Qu’adviendra–t-il au décès de ces
personnes ? Dans le domaine du jouet, ce
ne sont pas seulement les collections qui
changent, mais aussi les successions. Dans
ma propre succession, on trouve une pile
de bandes dessinées Bob & Bobette, usées à
force d’être lues. Peut-être y a-t-il des personnes
de ma génération qui possèdent des
exemplaires intacts ? J’ai ainsi vu une collection
de Dinky Toys datant d’environ 1963,
toutes encore dans leur boîte, parfaitement
intactes. Les miennes étaient endommagées,
rayées, avec la peinture écaillée, il
leur manquait des roues. » Johan Martens:
« J’aimerais beaucoup que ces jouets, dits
modernes, performent aux enchères, mais
ils n’y ont actuellement aucune valeur.
Ce qui n’est pas le cas des cartes Magic,
où on parle de sommes hallucinantes,
jusqu’à 200.000 euros pièce. Wizards of the
Coast est une société américaine, mais
les premières cartes furent imprimées en
Belgique, chez Carta Mundi à Turnhout. Il
semblerait qu’une épreuve de la première
Black Lotus existe encore dans notre pays.
Une épreuve avec un verso noir, donc pas
de la bonne couleur, fut vendue 850.000
euros. Une carte de Charizard, le dragon de
Pokémon, recouverte d’un revêtement photographique,
s’est vendue des millions. »
TINTIN AU CONGO
Le marché des cartes étant en plein essor,
il n’est toutefois pas nécessaire de passer
par les enchères pour les écouler. Johan
Martens : « Ces cartes relèvent davantage
d’un marché boursier que des enchères.
C’est donc plus que de la nostalgie. Cela va
très vite. Un nouveau jeu de cartes sort et
soudain l’industrie est en alerte parce que
tout le monde veut avoir la première édition.
Lorsque nous étions petits, il y avait des
modes dans la cour de récréation : Magic,
Pokémon. Toujours de nouvelles tendances,
mais nous n’étions pas informés comme aujourd’hui.
Désormais, lorsqu’une nouveauté
sort, il faut absolument posséder la première
édition. » Rik Martens : « Je pense au Standaard
qui avait apposé l’étiquette ‘‘première
édition’’ sur le dernier Bob & Bobette. Tiré à
600.000 exemplaires, cette bande dessinée
ne valait rien. Après tout, la bande dessinée
est aussi une forme de jeu. Nous y observons
également des changements. Auparavant,
la première édition de 1931 de l’album Tintin
au Congo était très recherchée. Aujourd’hui,
cette première édition ne suffit plus, il faut
une planche originale d’Hergé. Ou une page
de titre signée Willy Vandersteen. Ceux qui
ont naguère investi dans l’édition bleue de
Bob & Bobette ne peuvent plus rien en faire.
» Johan Martens : « Chez Magic, ce sont les
cartes de 1993 et 1994 qui attirent l’attention.
Wizards of the Coast a déjà annoncé
Carte Magic. « Il y a les bitcoins. Et il y a les cartes
Magic. » © Jordaens
vouloir doubler ses revenus. L’entreprise
propose également le jeu populaire Donjons
& Dragons. Wizards of the Coast commence
ainsi à produire de façon démesurée, ce
qui fâche les collectionneurs. Une nouvelle
édition, parfois plus de dix séries, en une
seule année : un collectionneur professionnel
devait y consacrer plus de mille euros
par mois pour rester à jour. Cela devient
irrationnel. »
POCHETTES DE DISQUES
Rik Martens : « Les modèles originaux de
ces cartes sont parfois très bien dessinés.
C’est carrément de l’art. » Johan Martens :
« Les premières cartes Magic étaient plutôt
moches, sans doute peintes sur toile et le
scanner utilisé alors pour reproduire le motif
n’avait rien à voir avec ceux d’aujourd’hui.
Mais la carte Black Lotus originale était vraiment
peinte, généralement signée du nom
de l’artiste. Les artistes espèrent en tirer un
bon revenu, car si cette carte devient soudainement
importante dans le jeu, tout le
monde la voudra. » Rik Martens : « Bientôt,
ce sera l’IA qui dessinera ces cartes. » Johan
Martens : « Parfois, il y a une indication en
petit : Chat GTP. Mais l’intervention d’un
être humain pour corriger les erreurs est
toujours nécessaire. » Rik Martens : « L’IA
s’améliore chaque jour. Bientôt, des discussions
surgiront quant aux droits d’auteur. »
Johan Martens : « Une rétrospective des jeux
Pokémon, Charizard. « Ces cartes relèvent davantage
d’un marché boursier que des enchères. » © Jordaens
80
Dinky Toys. « Ceux qui n’ont pas joué avec ces Dinky Toys ne s’y intéressent pas. » © Jordaens
« Les ventes de
comptes numériques
battent leur plein.
Cette industrie
existe déjà, ses
collectionneurs
aussi. »
vidéo est actuellement diffusée sur Amazon
Prime. Il y avait un épisode sur Unreal
Tournament d’Epic, devenue depuis une
entreprise d’un milliard de dollars. Epic a
construit des mondes numériques sans
modèle original et concret (peinture, sculpture)
et donc sans valeur. Ce qui a provoqué
une rupture. La nouvelle génération trouve
normal que les ordinateurs génèrent ces univers
et que leur qualité ne cesse d’augmenter.
Des couteaux et des armes numériques,
valant des milliers d’euros, sont générés pour
le jeu Counter-Strike. Mais il s’agit d’armes
numériques, c’est-à-dire contenues dans
une base de données. Ce qui nous rapproche
considérablement des NFTs, avec une
signature numérique unique. Une combinaison
de paramètres permet la production
d’une arme en exemplaire unique. Celui-ci
vaut alors, disons, 16.000 euros. Certains
collectionneurs possèdent ainsi des comptes
numériques qui valent des milliers d’euros. »
Il cite World of Warcraft, qui existe depuis
vingt ans. « Des millions de personnes ont
joué à ce jeu. Certaines ont des comptes datant
du tout début, ce qui nous renvoie aux
premières éditions. On trouve une phrase sur
ces comptes : « Tu as fait cela, et il n’y a que
x personnes qui l’ont fait un jour. » Nombre
de ces comptes ont aujourd’hui disparu, ce
qui confère une valeur de collection à ceux
restants. Le négoce des comptes de World of
Warcrafts bat ainsi son plein. » Rik Martens:
« Pour la défense des enchères classiques,
l’être humain veut du tangible. Quelque
chose qu’il peut tenir en main et regarder,
qu’il peut sentir, écouter. »
Johan Martens : « Ma génération s’en fiche.
Il y a des choses sur mon ordinateur qui
ont une valeur réelle pour moi. Des choses
aussi tangibles que les objets qu’on peut voir,
entendre, sentir, toucher. » Rik Martens: « À
douze ans, j’avais une petite voiture Lamborghini
de Politoys. Plus de cinquante ans plus
tard, je me souviens encore de son odeur. »
Johan Martens : « Je suis de la génération des
premiers ordinateurs. En 1991, nous avions
un Macintosh SD. Je jouais encore avec des
Transformers physiques. Mais au début des
années 2000, tout est devenu numérique.
Je me souviens très bien de la découverte
d’une arme incroyablement rare pour Diablo
II. Je connais quelqu’un qui a payé ses
études universitaires avec sa revente. »
NERDS
Selon Johan Martens, la collection numérique
existe déjà : « Cela devient petit à petit
courant, avec par exemple Fortnite, où des
rappeurs se produisent. Par des micro-transactions,
vous déterminez l’apparence de
votre personnage pour des montants relativement
faibles. Les éditions limitées existent
également dans les jeux vidéo. L’éditeur
de cartes Magic annonce qu’il ne produira
plus certaines d’entre elles et détruira les
documents originaux, comme les fonderies
détruisent leurs moules. C’est ainsi que
les choses demeurent rares. De nombreux
gamers décrochent en cours de route. Après
coup, ils regrettent ce qu’ils ont perdu. Ils
peuvent alors se tourner vers les personnes
qui sont allées jusqu’au bout et souhaitent
vendre. Et celles-ci demandent facilement
500 ou 600 euros en échange. » Mais nous
revoilà avec notre maison de poupée. Rik
Martens : « Ce qui fut continue d’exister. Les
choses viennent s’y ajouter, tout simplement.
Les tendances se succèdent de plus
en plus vite. » Johan Martens : « Il y a des
périodes historiques, mais ma génération se
moque de l’histoire des styles. À l’âge de dixhuit
ans, j’étais déjà un ancien de l’internet.
Pensez-vous que les jeunes connaissent les
jeux auxquels je jouais adolescent ? Quake ?
Doom ? Lorsque je les montre à mes neveux,
ils me regardent avec des yeux écarquillés.
Alors je leur dis : « Les gars, en 1995, cela
s’est encore plus vendu que Windows 95. »
Magic existe depuis plus de trente ans et
Transformer était à la mode de la fin des
années 1970 au début des années 1980.
Mais il n’y a pas encore de conscience de sa
valeur. Aujourd’hui, les jeux informatiques
définissent votre identité, avec leur propre
culture et leur propre jargon. Vous êtes ce
que vous jouez. » Rik Martens : « C’était déjà
vrai à l’époque. L’un dansait sur du disco,
l’autre s’extasiait sur Deep Purple. » Johan
Martens : « Et nous étions les rares nerds
à posséder un ordinateur. Aujourd’hui,
tout le monde a accès au gaming. Et cette
industrie se concentre actuellement sur les
téléphones. Les personnes possédant un
ordinateur se font de plus en plus rares. »
ENCHÉRIR
Salle de ventes Jordaens
Mortsel
www.jordaens.eu
le 25-02
81
Focus
International
28.000.000 $ (26.462.000 €)
Gilbert Adrian, escarpins de rubis, portés
par Judy Garland dans Le Magicien d’Oz
de Victor Fleming, 1939. Heritage Auctions,
Dallas, 07-12. © Heritage Auctions
604.800 $ (576.500 €)
Bernard II Van Riesen Burgh, bureau plat,
Paris, époque Louis XV, ca. 1735-1740, bois
satiné laqué, bronze doré. Christie’s, New
York, 12-12. © Christie’s Images Ltd.
150.000-250.000 $ (147.000-245.000 €)
Pieter Claesz., Nature morte au verre de vin et huîtres, huile sur panneau,
50,2 x 70,2 cm. Christie’s, New York, 05-02. © Christie’s Images
Ltd.
ON A VENDU
Record pour les
escarpins du
Magicien d’Oz chez
Heritage Auctions
Les chaussures portées par la jeune
Judy Garland dans Le Magicien
d’Oz (1939) étaient mises aux
enchères à Dallas, le 7 décembre,
par Heritage Auctions. Comptant
parmi les souliers les plus célèbres
de l’Histoire, ils dépassaient
allègrement l’estimation initiale
de 3 millions de dollars, à l’issue
d’une bataille acharnée, devenant,
à 28 millions de dollars, l’objet
cinématographique le plus cher
jamais adjugé aux enchères.
L’ensemble de la vente, qui
comprenait également le célèbre
chapeau noir de la Méchante
Sorcière de l’Ouest, jouée par
Margaret Hamilton, atteignait
38,6 millions de dollars. C’est tout
naturellement que les fameux
escarpins, dont il existe en tout
quatre paires, volaient la vedette.
Dérobées, il y a près de vingt ans,
par Terry Martin qui les croyait
incrustées de vrais rubis, lors
d’une exposition au Judy Garland
Museum de Grand Rapids, dans
le Minnesota, où elles avaient
été prêtées par un collectionneur
privé, ces chaussures dessinées
par Gilbert Adrian, à l’époque
chef costumier des Studios MGM,
n’avaient été retrouvées qu’en
2018.
Un vase chinois de
famille rose vole
la vedette chez
Bonhams
Un magnifique et incroyablement
rare vase chinois, ‘‘dragon’’, de
famille rose, était le lot-phare de
la vente d’art asiatique organisée
par Bonhams Cornette de Saint
Cyr, à Paris, le 10 décembre.
Adjugé 1.161.600 euros (frais
inclus), il avait été estimé entre
300.000 et 500.000 euros. Inclus
à l’origine dans la collection de
l’homme d’affaires anglais William
Dederich (1872-1926), mécène des
expéditions antarctiques de Sir
Ernest Shackleton, il avait depuis
été transmis dans la même famille.
Ignorant sa rareté et sa valeur, il
était demeuré, pendant plusieurs
décennies, dans le couloir d’une
demeure du centre de Londres,
avant d’y être redécouvert
récemment, lors d’une visite,
par les experts de Bonhams. Ce
vase, acquis initialement dans le
premier quart du XXe siècle, est
la copie exacte d’un exemplaire
du même sujet et de même taille
vendu par Bonhams à Hong Kong,
en 2011.
Premier succès
pour les
memorabilia
sportifs chez
Aguttes
Lors de la vente inaugurale de
son département Sports, Aguttes
adjugeait plus de 82 % des lots,
le dimanche 15 décembre, à
Neuilly-sur-Seine. Avec 212 lots,
cette vente mettait à l’honneur dix
disciplines : football, basket, boxe,
handball, tennis, rugby, hockey,
ski, cyclisme et athlétisme. Elle
totalisait près de 400.000 euros,
avec des acheteurs de dix-sept
nationalités. À cette occasion, était
dispersée une collection unique
constituée pendant plus de vingt
ans par un passionné, dirigeant
d’entreprise et entrepreneur
suisse. Cet ensemble comprenait
des souvenirs concernant
une dizaine de disciplines et
racontant la grande histoire
du sport. Provenant de cette
fabuleuse collection, la ceinture
de Champion du Monde WBA,
conquise par Evander Holyfield
lors d’un match contre Mike Tyson,
en 1996, s’adjugeait 78.000 euros.
Autre lot convoité, la raquette
de Roger Federer changeait
de mains à 22.712 euros. Le
tennisman l’avait utilisée lors de la
finale de Wimbledon remportée
contre Andy Roddick, en 2005.
Engouement également pour
la raquette de tennis d’Arthur
Ashe, envolée à 18.200 euros.
Probablement utilisée par ce
joueur lors de la saison 1979, cette
raquette témoigne de l’intérêt du
public pour ce vainqueur de trois
tournois du Grand Chelem en
simple et deux en double.
Les arts décoratifs
en forme à New
York
Les arts décoratifs continuent de
produire de superbes résultats
chez Christie’s, à New York où, le
12 décembre, le mobilier français
totalisait 9,76 millions de dollars.
Cette vente, qui se déroulait lors de
la semaine du luxe de l’auctioneer,
illustre l’attrait du design français
depuis la cour de Versailles
jusqu’aux couturiers actuels. Des
enchérisseurs du monde entier,
notamment d’Asie, d’Europe,
d’Amérique du Nord et du Moyen-
Orient (dont 10 % de nouveaux
venus), s’y sont précipités. Le
lot le plus important était une
commode en laque japonaise et
ébène, montée sur bronze doré,
datant de la fin du règne de Louis
XV, très certainement fournie à
la duchesse de Mazarin pour le
château de Chilly-Mazarin, qui
générait 819.000 dollars. Parmi les
autres résultats, citons un bureau
plat en laque de Chine et bois
satiné monté sur bronze doré,
d’époque Louis XV, par BVRB, l’un
des deux seuls de ce type connus
à ce jour, adjugé 604.800 dollars ;
une commode d’amarante, tulipier
et marqueterie, avec bronzes
dorés, de la fin du règne de Louis
XV, fournie au banquier de la cour
Micault d’Harvelay en 1774, qui
rapportait 693.000 dollars ; et une
rare paire de consoles en bronze
doré et acier poli de la fin de
l’époque Louis XV, adjugée 415.000
dollars.
82
2.000.000-3.000.000 $
(1.962.000-2.943.000 €)
Tazza, Pays-Bas du Sud, ca. 1587-1599,
vermeil, 40 x 37,3 cm. Christie’s, New York,
06-02. © Christie’s Images Ltd.
Est. 70.000-100.000 £
(85.000-120.000 €)
Fernand Khnopff, Le collier de
médailles, technique mixte, 17 x
12 cm. Christie’s, Londres, 13-02.
© Christie’s Images Ltd.
Est. 1.500.000-2.000.000 €
Camille Claudel, L’Âge mûr, dit La Jeunesse et L’Âge mûr, 1898, bronze à
patine brune, signé, ex. n° 1, 61,5 x 85 x 37,5 cm. Philocale, Orléans, 16-02.
© Philocale
ON VENDRA
Peintures
flamandes et
hollandaises chez
Christie’s
Un ensemble d’importantes
peintures hollandaises et
flamandes du XVIIe siècle,
provenant des collections du
Museum of Fine Arts de Boston
(MFA), est dispersé par Christie’s
New York le 5 février. Le MFA
possède l’une des plus belles
collections d’art néerlandais au
monde, qui couvre toutes les
catégories et comprend un large
éventail d’artistes. Ce groupe
de près de vingt tableaux, dont
beaucoup ont été retirés du
marché depuis un demi-siècle
ou plus, est mis aux enchères
pour financer de futures
acquisitions qui permettront
d’approfondir la collection et
de mieux répondre aux besoins
évolutifs du public du musée.
Le lot principal de la vente est
Bandits menant des prisonniers,
paysage italianisant typique de
Jan Both (est. 1.000.000-1.500.000
dollars). Parmi les autres tableaux,
citons également la Nieuwe
Kerk d’Emanuel de Witte (est.
400.000-600.000 dollars), vue
atmosphérique de l’importante
église du XVe siècle située sur
le Dam à Amsterdam ; une
importante nature morte tonale de
Pieter Claesz (est. 150.000-250.000
dollars) ; et Paysage fluvial avec un
bac et une église de Jan Josefsz.
van Goyen (est. 150.000-250.000
dollars).
L’exceptionnelle
Collection Selim et
Mary Zilkha chez
Christie’s
Le 6 février, Christie’s New York
disperse la collection de Selim et
Mary Zilkha. Ce riche et spectaculaire
ensemble d’œuvres rares,
allant de la Renaissance au XIXe
siècle, réunit des savoir-faire
sublimes et des provenances
illustres, unique parmi les collections
américaines. Parmi les pièces
maîtresses, citons l’exquise tazza
Aldobrandini représentant l’empereur
Néron, réalisée dans les Pays-
Bas du Sud, entre 1587 et 1599,
sous le règne des archiducs Albert
et Isabelle, et acquise vers 1602 par
la famille florentine Aldobrandini
(est. 2.000.000-3.000.000 dollars) ;
une impressionnante coupe à
nautile en argent doré exécutée à
Nuremberg par Hans I Clauss, ca.
1630 (est. 700.000-1.000.000 dollars)
; le seul jeu complet de cartes
à jouer en argent du XVIIe siècle
connu, signé Michael Frömmer,
Augsbourg, 1616 (est. 500.000-
800.000 dollars) ; et une coupe et
un couvercle en forme d’autruche
en argent doré, émaillé et serti
de pierres précieuses, marque
d’Andreas I Wickert, Augsbourg,
1651-1654 (est. 500.000-800.000
dollars).
La collection de
Barry Humphries
chez Christie’s
La collection personnelle du
regretté Barry Humphries, artiste
décédé en avril 2023 et dont Dame
Edna Everage était l’alter ego
vestimentaire, est prévue chez
Christie’s à Londres, le 13 février.
Parmi les deux cent cinquante lots
proposés figurent évidemment les
fameuses lunettes incrustées de
diamants portées par Dame Edna
éructant son célèbre « Possums ! ».
Ces lunettes uniques, au motif
de l’opéra de Sydney, ont été
modestement estimées 1.500 livres
sterling. Parmi les autres pièces
d’intérêt, citons une première
édition de The Importance of
Being Earnest d’Oscar Wilde,
dédicacée par l’auteur, estimée
150.000 livres sterling, mais aussi
quantité d’œuvres d’art européen
du XIXe siècle, notamment belge
et néerlandais, avec des œuvres de
Jan Sluijters (est. 70.000-100.000
livres sterling), Jean Delville ou
encore un superbe portrait par
Fernand Khnopff (est. 70.000 à
100.000 livres sterling).
Un Camille Claudel
redécouvert par
Philocale
L’Âge mûr, œuvre majeure de
Camille Claudel 1864-1943),
dont on avait perdu la trace,
découverte par Matthieu Semont,
commissaire-priseur à Orléans,
est proposé aux enchères le 16
février chez Philocale. Ce magistral
bronze, disparu depuis ses
premières présentations en la
Galerie d’Eugène Blot, en 1907 et
1908, est l’œuvre la plus mythique
et mystifiée de la célèbre sculptrice
Camille Claudel. Elle a été
redécouverte cachée sous un drap,
lors d’un inventaire réalisé dans
un appartement inhabité depuis
plus de quinze ans, situé au pied
de la Tour Eiffel, à Paris. Avec L’Âge
mûr, la sculptrice est parvenue à
montrer sa maîtrise artistique et sa
créativité, arrivées à maturité. Elle
traite ici du temps qui passe, de la
vieillesse et de la mort, sujets chers
aux symbolistes. La composition,
parfaitement maîtrisée, traduit
la fuite inexorable du temps :
une diagonale relie le corps de
la jeune femme suppliante à la
main tendue de l’homme et à
la draperie de la vieille femme.
L’apparition sur le marché de
cet exemplaire, fondu en 1907
par Eugène Blot, est un véritable
évènement. On l’estime entre 1,5
et 2 millions d’euros.
83
76.600 €
La surprise du mois
Né en 1939 à San Sebastiàn et mort
en 2018 à Madrid, Darío Villalba fut
l’un des artistes espagnols les plus
influents de la seconde moitié du
XXe siècle, dont l’œuvre très personnelle
ne répondait à aucun canon artistique de
son temps. Représentant généralement
des figures humaines, souvent solitaires et
démunies face à des situations extrêmes, son
art s’est exprimé sous forme de photographies
qu’il manipulait, répétait et transformait
en véritables icônes, témoins de leur pouvoir
d’expression face à la douleur, la maladie, la
mort et la souffrance. Fils de diplomate, la
situation familiale de Darío Villalba l’amena
très tôt à vivre dans des cercles différents de
ceux de la plupart des artistes espagnols de sa
génération. Les séjours qu’il effectua à l’étranger
lui permirent ainsi de connaître et de participer
à la naissance des nouvelles pratiques
artistiques qui se développaient en Europe et
aux États-Unis, dans les années 1950. Après
des études d’art à Madrid et à Boston, Darío
Villalba s’est consacré à la peinture en 1957
avant de s’installer rapidement à Paris pour
travailler dans l’atelier d’André Lhote. En
1962, il obtenait une bourse pour étudier à
l’Université de Harvard. Au début des années
1970, il initiait une de ses séries des plus
singulières et avant-gardistes, questionnant
notre perception du temps et de la réalité en
encapsulant dans des constructions de grand
format en méthacrylate et plexiglas des photographies
de personnages marginaux. Ces
portraits expressifs semblent flotter dans une
chrysalide, comme des moments éternellement
suspendus. C’est à cette série séminale,
présentée en 1970 à la Biennale de Venise et
qu’il poursuivra quelques temps, obtenant
même le prix international de peinture de la
12e Biennale de São Paulo, en 1973, qu’appartenait
l’œuvre proposée, début décembre,
en la salle Bonhams Cornette de Saint Cyr, à
Bruxelles. Estimée ridiculement bas (2.500 à
3.500 euros), un enchérisseur emportait le travail
de cet artiste, inclus dans les plus grandes
collections du monde (Met, Guggenheim,
Reina Sofia, Pinault) et tiré ici d’une collection
privée bruxelloise, jusqu’à 76.600 euros (frais
inclus). Egalement d’une collection privée,
une seconde œuvre (Delincueta, 1969, plexiglas
et huile sur toile), plus ancienne, estimée
3.000 à 5.000 euros, s’adjugeait 53.740 euros
(frais inclus). Logique.
Dario Villalba, La oración, 1974, émulsion photographique,
huile, feuille d'aluminium et méthacrylate,
170 x 110 x 40 cm. Est. 2.500-3.500 €. Bonhams
Cornette de Saint Cyr, Bruxelles, 09-12. © Bonhams
Cornette
84
On a vendu
Belgique
05, 12, 19 & 26-11 Jan Van Beers crée la surprise au Mont-de-Piété
2.300 €
Rolex Oyster Perpetual, montrebracelet
pour dames automatique,
, acier et or, L. ca. 15 cm.
© Mont-de-Piété, 05-11
1.500 €
Cartier, bague, or jaune 18 carats,
perle, saphirs et turquoises, taille :
56. © Mont-de-Piété, 26-11
1.200 €
Jan Van Beers, Femme à l’éventail et Homme
en tenue de soirée, huile sur panneau, 11,5 x
20 cm et 15 x 20 cm. © Mont-de-Piété, 19-11
520 €
Jan Bucquoy, Trump (Musée du slip
belge), technique mixte avec slip rose
sous plexi. © Mont-de-Piété, 19-11
06-11 Wolfers double son estimation à Flanders Auctions
16.000 €
Philippe Wolfers, Été ou Femme
Assise, 1925, Art déco, bronze
patiné, fonderie Montaguelli à
Bruxelles, socle en marbre Portoro,
H. 31 cm. Est. 5.000-8.000 €.
© Flanders Auctions
7.000 €
Jean Emile Puiforcat, vase en argent et
verre, marqué 950/1000, diam.: 22 cm. Est.
1.500-2.500 €. © Flanders Auctions
Flanders Auctions faisait une nouvelle fois impression avec une vente
remarquablement réussie en novembre. Le clou du spectacle était Été
ou Femme Assise de l’artiste belge Philippe Wolfers (1858-1929). Cette
œuvre exceptionnelle était vendue au prix de 16.000 euros, le double
de sa valeur estimée. Cette sculpture en bronze patiné sur socle en
marbre fut fondue par Montaguelli, à Bruxelles, en 1925. Seuls trois
exemplaires sont connus. Un résultat tout aussi remarquable était
obtenu pour deux porte-reliques de taille exceptionnelle. Ces pièces
rapportaient, elles aussi, 16.000 euros. La partie de la vente consacrée
à l’art religieux atteignait, pour sa part, un taux de vente de 99%, ce
qui confirme une fois de plus la forte position de Flanders Auctions
dans ce segment. Les collectionneurs ont ensuite pu acquérir des
œuvres de Jean Emile Puiforcat (1897-1945). Un rare vase en argent de
2,3 kg était vendu cinq fois l’estimation, soit 7.000 euros.
07-11 Le symbolisme européen chez Bonhams Cornette de Saint Cyr
50.000 €
William Degouve de Nuncques, Vers
le Cap Formentor, 1902, huile sur toile.
Est. 50.000-70.000 €. © Bonhams
Cornette
14.000 €
Constant Montald, La Sainte du
marais, 1893. Est. 9.500-14.000 €.
© Bonhams Cornette
12.000 €
Armand Rassenfosse, La danseuse,
1920, huile sur panneau, 90 x 69 cm.
Est. 7.000-9.000 €. © Bonhams
Cornette
7.200 €
Fernand Khnopff, Carnet d’études,
1878-79. Est. 8.000-12.000 €.
© Bonhams Cornette
85
On a vendu
Belgique
11 & 12-11 L’armada triomphe chez Horta
36.000 €
École hollandaise, L’arrivée de l’armada, XVIIe siècle,
huile sur cuivre, 10,5 x 25 cm. Est. 3.500-4.500 €.
© Horta
23.000 €
Ado Chale, deux tables de salon, années 1970, tranches
de bois de sequoia pétrifiés, socle métallique, H. 37 et
39 cm. Est. 10.000-15.000 €. © Horta
20.000 €
Léon Spilliaert, Marine, Soir, 1920, technique
mixte sur papier, n° 32, 37 x 55,5 cm. Est.
15.000-20.000 €. © Horta
12-11 Les Belges en forme chez Native Auctions
56.000 €
U’u Club, Iles Marquises,
Polynesie, bois toa et
fibres, H. 145 cm. Est.
40.000-60.000 €. © Native
Auctions
44.000 €
Maternité Kongo,
Phemba, RDC, bois,
miroirs et perles, H. 28
cm. Est. 20.000-30.000 €.
© Native Auctions
41.000 €
Pol Bury, 49 boules sur
une demi-sphère, 1968,
laiton et moteur électrique,
diam. 42 cm. Est.
20.000-30.000 €. © Native
Auctions
37.000 €
Walter Swennen, Sans titre
(Pince à linge), 1990, huile
sur panneau, 122 x 125
cm. Est. 10.000-15.000 €.
© Native Auctions
19.500 €
Maarten Van Severen, K7V 90,
1990, armoire suspendue, aluminium,
280 x 40 x 40 cm, éd. Top
Mouton. Est. 15.000-20.000 €.
© Native Auctions
12 & 13-11 Un triptyque flamand chez Vanderkindere
29.000 €
Edgard Tytgat, Par la fenêtre ou
Une vue du petit champ de foire
à Watermael, 1912, huile sur toile,
60 x 79 cm. Est. 18.000-24.000 €.
© Vanderkindere
25.000 €
Ecole flamande, XVIe siècle, triptyque figurant L’Adoration des
Mages sur le panneau central et représentant sur les volets
deux Evêques dont un donnant l’aumône, les volets extérieurs
représentent Saint Michel et saint Jean-Baptiste entourant les
donateurs, huile sur panneau, 47,2 x75 cm (ouvert). Est. 6.000-
8.000 €. © Vanderkindere
16.000 €
Jean Vanden Eeckhoudt,
Les cyprès,
1918, huile sur toile,
107 x 88 cm. Est. 5.000-
7.000 €. © Vanderkindere
13.500 €
Léon De Smet, Champs à
Laethem-Saint-Martin, 1907, huile
sur toile, 42 x 60 cm. Est. 4.000-
6.000 €. © Vanderkindere
86
C R
VEILINGHUIS
-Art Auctions
VENTE D’ANTIQUITÉS & COLLECTIONS
Vente 19 février 2025 à 13h00
(Enchérir uniquement par offre écrite – téléphone, et
Live-online sur The Saleroom – Lot-Tissimo et Invaluable)
Overleiestraat 126B, 8530 Harelbeke, Belgique
Tel:+32 56 903 240
info@cr-art-auctions.be
Exposition:
11 au 15 février
10h30 à 17h00
Catalogue complet sur:
cr-art-auctions.be
87
On a vendu
Belgique
Du 14 au 16-11
Rares monnaies chez Elsen
65.000 €
Pays-Bas espagnols, Philippe II, réal d’or frappé
à Tournai après la reconquête de la ville par
Alexandre Farnèse, s.d. (1590-1600), seulement trois
exemplaires connus. Est. 15.000 €. © Elsen
64.000 €
France, Troisième République, 50 francs or, 1900,
Paris, extrêmement rare, seulement 200 exemplaires
frappés. Est. 15.000 €. © Elsen
46.000 €
France, Louis-Philippe Ier, 40 francs or, 1839, Paris,
la dernière et la plus rare de tous les 40 francs or,
seulement 17 exemplaires frappés. Est. 20.000 €.
© Elsen
16-11 Record chez Damien Voglaire
Cette vente d’automne en art moderne et contemporain
donnait lieu à de beaux résultats, avec un prix record pour
une huile sur toile d’André Beullens, vendue 9.500 euros.
Succès également pour Stéphane Mandelbaum avec un
dessin représentant Salomon Mandelbaum ( ?) parti à 8.000
euros ou encore son Portrait d’homme au chapeau vendu
4.000 euros. Le postimpressionniste Charles Atamian faisait
belle figure avec une petite huile sur toile représentant une
baigneuse qui virevoltait jusqu’à 5.800 euros. Une Pieta
peinte avec le sang du peintre Philippe Vandenberg réalisait
un beau score à 4.000 euros, tandis que trois œuvres
originales sur carton de Tinguely réalisaient respectivement
5.000, 5.000 et 3.600 euros. Du même artiste, un dessin de
1959 obtenait 3.800 euros. Autre belle enchère pour l’artiste
chilienne Sandra Vasquez de La Horra, avec un dessin
diabolique qui enflammait la salle à 3.200 euros. On notera
que la photographie ne fût pas en reste avec les 3.000 euros
au marteau pour Fukushima d’Antoine d’Agata.
9.500 €
André Buellens, Santal V, 1972, huile sur
toile, 122 x 122 cm. Est. 2.500-3.000 €. ©
Damien Voglaire.
4.000 €
Stéphane Mandelbaum, Portrait
d’homme au chapeau, crayon gras
sur papier, 55 x 38 cm. Est. 4.000-
6.000 €. © Damien Voglaire.
18-11 Surprenante écuelle en argent chez Haynault
14.000 €
Léon Spilliaert, Cyclamens
à l’orée du parc, 1937,
encre et aquarelle. Est.
6.000-8.000 €. © Haynault
11.000 €
Travail autrichien, autel domestique
baroque ou «altarmodell»,
1657, bois sculpté, peint et doré,
sur le fronton Dieu le Père,
au centre Jésus crucifié entre
Saint Jean et La Vierge, fond
peint d’un paysage. Est. 4.000-
6.000 €. © Haynault
10.000 €
Peeter Jr. Alio, écuelle
ronde, Bruxelles, 1717-1725,
argent à décor de motifs
stylisés sur fond amati,
anse à charnière. Est. 300-
500 €. © Haynault
6.500 €
Travail français, fin du XVIIIe
siècle, pendule-lyre Louis
XVI, bronze doré et marbre
blanc, mouvement dit
squelette, cadran émaillé
rouge et noir indiquant les
heures en chiffres romains
et les minutes en chiffres
arabes ainsi que les quantièmes.
Est. 1.500-2.000 €.
© Haynault
3.900 €
Jean Léon Ary-Bitter, Susse
Frères, paire de serre-livres aux
éléphants, ca. 1930, bronze à
patine brun foncé, socles en
bois teinté incrusté de filets de
bois clair. Est. 2.000-3.000 €.
© Haynault
88
VENTE PUBLIQUE
18 et 19 février à 18h30
Exposition : 22-23-24-25 février
Les entrepôts
de Paul De Grande
“Ogebopa” en marbre blanc de Carrare sculpté.
Signé Tercafs. Ecole belge. H. (hors socle):+/-18cm.
28 FÉVRIER
coronariauctions.com
“Le semeur se protégeant du
soleil”, bronze, signé C. Meunier,
cachet du fondeur Verbeyst,
Ecole belge. H.:+/-55cm.
Vase modèle “Tartarin” en cristal
du Val-Saint-Lambert doublé
orange et urane, travail belge,
début XXème, H:+/-59.5cm.
Louis Thevenet
Koen Vanmechelen
Huile sur toile marouflée sur toile “Scène de cuisine animée”.
Anonyme. Ecole flamande . Epoque: XVIIème. Dim.:+/-92x120cm.
EXPOSITION
14, 15 et 16 février de 10 à 18h
Guy Vandenbranden
Dates de la vente
Samedi 15 février 11h00
Dimanche 16 février 11h00
Lundi 17 février 17h00
Geo Verbanck
Exposition
Du 07 au 14 février
www.maisonjules.be
HOTEL DE VENTES VANDERKINDERE S.A.
Chaussée d'Alsemberg 685-687, 1180 Brussel,
Tel. 02 344 54 46 | info@vanderkindere.com | parking privé
www.vanderkindere.com
On a vendu
Belgique
23 & 24-11 Bonnes surprises à la Maison Jules
Cette dernière vente de 2024 apportait son lot de bonnes
surprises. Les Bateaux sur la Zuiderzee, œuvre de Frits Van
den Berghe datée de 1919, était ainsi adjugée 16.000 euros.
Particulièrement remarquable et personnelle, une huile
sur toile de Marc Maet était adjugée 7.500 euros à l’issue
d’enchères acharnées, tandis que Panamarenko générait
6.200 euros pour un dessin conceptuel recto-verso et respectivement
2.400 et 2.600 euros pour deux autres dessins.
De beaux scores étaient également enregistrés pour,
entre autres, une grande huile sur toile de Joseph Willaert
(8.000 euros) ou Anna De Weert avec 4.200 euros pour ses
Saules têtards sur la Lys. L’adorable petit chien Tom sur un
panneau brossé par Charles Boland, s’envolait rapidement
à 3.000 euros, alors qu’il était estimé 200 à 300 euros. De
son côté, une commode vintage de Jules Wabbes, en bois
de rose, atteignait 2.600 euros et une Rolex Submariner Big
Crown (1959) était emportée 22.000 euros.
22.000 €
Rolex 6538 Submariner
Big Crown, 1959, James
Bond. Est. 15.000-17.000 €.
© Maison Jules
3.000 €
Charles Boland, Tom,
un griffon bruxellois,
huile sur panneau.
Est. 200-300 €.
© Maison Jules
7.500 €
Marc Maet, Schilderende Zot,
huile sur toile. Est. 400-600 €.
© Maison Jules
24-11 Un concert de Sadji chez MJV Soudant
78.000 €
Sha Qi dit Sadji,
Le concert II,
huile sur toile.
Est. 10.000-
12.000 €. © MJV
Soudant
11.000 €
Bague, platine et diamant taille ancienne de
forme coussin, ca. 2 carats bordé de rubis
calibrés, taille : 56. Est. 4.000-6.000 €. © MJV
Soudant
6.000 €
Antonin Daum, garniture Art nouveau à
décor automnal, verre multicouches sur fond
marmoréen, accident au pied de la jardinière
centrale, H. 35 et 20 cm. Est. 6.000-8.000 €.
© MJV Soudant
26-11 Un Warhol pour AZ Auction
19.000 €
Léon Spilliaert, Arbres à
la sortie de l’hiver, mars
1941, encre de Chine et
aquarelle sur papier, 48,1
x 37,4 cm. Est. 10.000-
20.000 €. © AZ
14.000 €
Lucien Wercollier, Affranchissement,
importante
épreuve en bronze doré,
cachet de fondeur Brotal
Mendrisio, H. 107 cm. Est.
10.000-20.000 €. © AZ
12.500 €
Vase à décor floral, Chine,
époque République (1912-1949),
marque apocryphe à six caractères
Qianlong, porcelaine de
famille rose, , socle en bronze
de style Louis XVI, H. 36 cm. Est.
800-1.200 €. © AZ
12.000 €
Andy Warhol, Electric
chair, sérigraphie sur toile
libre roulée, 199 x 140,5
cm. Est. 4.000-6.000 €.
© AZ
10.500 €
Marcel Wolfers et Arthur de
Waeghe, ca 1928-1929, coupe
en bois laqué sur fond rouge,
41 x 37,5 x 17 cm. Est. 3.000-
5.000 €. © AZ
90
Sol LeWitt
VENTE AUX ENCHÈRES
ART CONTEMPORAIN,
MODERNE ET MAÎTRES ANCIENS
Samedi 1 mars 2025
Exposition : 19 au 26 février - 10h -19h
Désirez-vous vendre ?
Contactez Renaat Sapyn : +32 9 348 54 40
ou renaat.sapyn@de-vuyst.com.
Rendez-vous à domicile.
Hôtel de Ventes De Vuyst - Kerkstraat 22-54 - 9160 Lokeren (Belgique) - +32 9 348 54 40 - info@de-vuyst.com - www.de-vuyst.com
On a vendu
Belgique
27-11 Brillantes pierres précieuses chez AZ Auction
5.000 €
Bague, or jaune 18 carats, saphirs rose tirant
sur le pourpre, taille coussin de ca. 2,67 carats,
diamants taille old mine et old European,
ca. 0,50 et 0,30 carats, taille : 60. Est. 5.000-
8.000€. © AZ
3.500 €
Bague, or jaune 18 carats, ,petits
diamants ronds brillants, saphir bleu
ovale de Ceylan naturel de ca. 5,80
carats, taille : 58. Est. 3.500-4.500 €.
© AZ
3.500 €
Collier, or jaune et blanc 18 carats,
deux chaînes en maillons à nid
d’abeilles devenant trois chaînes sur
le devant du collier et se terminant
en franges retenues par un nœud
souligné de petits diamants, L. 40 cm.
Est. 1.500-2.500 €. © AZ
2.500 €
Gabrielle Haardt, Trois danseuses,
1973, important pendentif
pectoral, argent, poids :
94 g. Est. 1.500-2.000 €. © AZ
01, 02 et 14-12 Records pour Tintin chez Dagoty
7.200 €
Superbe diamant cultivé en
labo, taille carrée de 10,09
carats, couleur : F, pureté :
VS1, certificat IGI. © Dagoty
3.000 € (record)
Hergé/Tintin, coffret anniversaire composé
de 24 pièces illustrant Tintin, édité
par la monnaie de Paris vers 1993 à 2500
ex. pour l’anniversaire de la mort d’Hergé,
argent massif, 24 x 20 cm. Est. 800-1.000 €.
© Dagoty
2.700 € (record)
Hergé/Tintin, sculpture de Nestor dans
sa pose légendaire tiré de l’album
Les 7 boules de cristal, Atelier Leblon
Delienne pour Moulinsart, édité vers
1999, 28 x 40 cm. Est. 700-1.000 €.
© Dagoty
1.100 € (record)
Graton/Michel Vaillant, sculpture de
la Vaillante n°3 Le Mans 1961, tirée de
l’album Le 13 est au départ, Atelier Leblon
Delienne, éditée vers 2004 et n°/999 ex.,
résine et métal peint, L. 35 cm. Est. 400-
500 €. © Dagoty
Du 02 au 08-12
Un estampe de Soulages chez Rops
11.000 €
Pierre Soulages, eau
forte sur Arches, 1957,
cuivre variant en noir
épreuve d’essai, 59,5 x
43,5 cm. Est. 7.000-
9.000 €. © Rops
5.500 €
Faber à Bruxelles, trois
coupes ajourées, ca 1820,
porcelaine blanc et or,
décor de têtes de bélier,
H. 40 cm et 31,5cm. Est.
2.000-3.000 €. © Rops
5.500 €
Odiot à Paris, Paire de légumiers couverts,
argent, Minerve 1er titre, doublures
en argent, avec plateaux, poids : 4640 gr.
Est. 5.000-6.000 €. © Rops
4.300 €
Travail français, bague
d’époque Art déco, or
jaune 18 carats et platine,
centrée d’un saphir
dans un entourage de
diamants, taille ancienne
et saphirs calibrés. Est.
1.200-1.600 €. © Rops
1.900 €
Arsène Matton, Mère
d’Afrique à l’Enfant,
bronze patiné sur socle
en marbre, H. 42cm. Est.
800-1.000 €. © Rops
92
03 & 04-12 Record pour un petit plat à la Galerie Athéna
49.500 €
Jane Graverol, Le Jour. Est. 15 000-
20 000 €. © Galerie Athena
20.000 €
Petit plat à l’image du dragon impérial.
Est. 300-400 €. © Galerie Athena
16.800 €
Rare assiette, porcelaine de Chine,
époque Yong Zeng, petite restauration.
Est. 800-1,200 €. © Galerie Athena
12.400 €
Fernand Toussaint, L’attente. Est.
4.500-6.000 €. © Galerie Athena
03 & 05-12 Pistoletto double l’estimation chez Bernaerts
220.000 €
Michelangelo
Pistoletto, Quadro
Specchiante Attesa
n. 8, 1962-1973,
sérigraphie sur
acier inoxydable
poli miroir, n° 363,
225 x 125 cm. Est.
100.000-120.000 €.
© Bernaerts
110.000 €
Frans Ykens, Scène de marché,
1649, huile sur toile. Est.
50.000-60.000 €. © Bernaerts
56.000 €
James Ensor, Marine, 1880,
huile sur toile. Est. 25.000-
35.000 €. © Bernaerts
42.000 €
Emile Claus, En Flandres, ca. 1890, huile
sur panneau. Est. 30.000-35.000 €.
© Bernaerts
07-12 L’art chinois surprend chez DVC
32.000 €
Impressionnante console ancienne, richement
sculptée, Chine, bois de fer, motifs floraux détaillés et
oiseau au centre, plateau en marbre, 74 x 192 x 66 cm.
Est. 500-1.500 €. © DVC
14.000 €
Brûle-parfum, Chine, XIXe siècle, couvercle ajouré
surmonté d’un éléphant couché et reposant sur trois
pieds en forme d’éléphant, bronze avec restes de
dorure et cabochons incrustés, H. 47 cm. Est. 500-
1.500 €. © DVC
8.000 €
Hydrie (cruche), Grande Grèce
antique, IVe siècle av. J.-C., faïence
à décor finement peint représentant
des femmes en position d’offrande,
H. 42 cm. Est. 3.000-5.000 €. © DVC
93
On a vendu
Belgique
09-12 Un vase de Hunebelle chez Haynault
2.400 €
André Hunebelle, important vase
guirlande, ca. 1930, verre moulé
pressé opalescent. Est. 500-600 €.
© Haynault
2.200 €
Pierre Chapo, commode R14A, 1965, orme massif. Est.
2.000-3.000 €. © Haynault
1.300 €
Roger Capron, Vallauris, table basse «grain de café»,
bois teinté et carreaux de céramique. Est. 500-800 €.
©Haynault
09-12 Etonnantes enchères chez Bonhams Cornette de Saint Cyr
88.000 €
Yaacov Agam, Sans titre, 1977,
peinture laquée sur aluminium.
Est. 60.000-80.000 €. © Bonhams
Cornette
85.000 €
Jesús Rafael Soto,
Rojo con un plata. Est.
60.000-80.000 €.
© Bonhams Cornette
85.000 €
Jean-Michel Folon, Le
départ. Est. 60.000-
80.000 €. © Bonhams
Cornette
57.000 €
Hans Hartung, HH6170, 1948,
œuvre sur papier. Est. 60.000-
80.000 €. © Bonhams Cornette
35.000 €
Wim Delvoye, Trophy, 2010,
sculpture en bronze poli. Est.
50.000-70.000 €. © Bonhams
Cornette
09 & 10-12 Une montre et une broche étonnent chez Horta
22.000 €
Camille Claudel, La vague, bronze
à multiples patines, tirage 5/8,
cachet de fonderie représentant un
pingouin et D, 59 x 62 x 45 cm. Est.
20.000-25.000 €. © Horta
20.000 €
Patek Philippe, montre-bracelet
d’homme, mouvement
mécanique, modèle Calatrava,
or rose, diam. 3,7 cm.
Est. 9.000-10.000 €. © Horta
14.000 €
Marc Lalique, élégante table ronde Cactus,
huit palmes en verre moulé, monture de métal
chromé, tablette de verre, France, 1987, modèle
créé en 1951, diam. 150,5 cm. Est. 15.000-20.000 €.
© Horta
12.000 €
Claude Wesel pour Demaret,
broche pendentif, or jaune,
cabochons de saphir pour ca.
4,60 carats, perles Mabe, 4,2 x 7
cm. Est. 3.800-4.000 €. © Horta
94
10 & 11-12 Une petite salière crée la surprise chez Vanderkindere
15.000 €
Philippe Patek, montre en or
jaune 18 carats, modèle Nautilus,
cadran doré avec index appliqués,
affichage de la date par
guichet à 3 heures, mouvement
à quartz. Est. 15.000-20.000 €.
© Vanderkindere.
5.400 €
Ecole vénitienne, La Sainte Famille,
Italie, fin XVIe début XVIIe siècle,
huile sur panneau parqueté,
81 x 97 cm. Est. 1.500-2.000 €.
© Vanderkindere
4.000 €
Petite salière, aux poinçons de Liège daté
«C» pour 1746, au poinçon d’orfèvre GB
pour Gilles Berryer (1715-1762), sous le
prince-évêque Jean Théodore de Bavière,
argent partiellement vermeil, poids : ca.
120 gr. Est. 600-800 €. © Vanderkindere
3.200 €
Ecole française, Composition, 1952,
aquarelle et encre sur papier,
65 x 50 cm. Est. 500-700 €.
© Vanderkindere
12-12 Belles enchères chez Old Master Print
15.000 €
Rembrandt van Rijn, T’is
vinnich kout, dats niet, rare
ensemble d’eaux-fortes. Est.
7.500-12.500 €. © Old Master
7.500 €
Albrecht Dürer, Couple
rustique marchant dans
un paysage. Est. 5.000-
7.000 €. © Old Master Print
6.000 €
Hendrick Goltzius, gravure sur bois en clairobscur
d’un paysage avec un couple assis. Est.
2.800-4.500 €. © Old Master Print
4.200 €
Hendrik Goltzius, Les
Chefs-d’œuvre, L’Adoration
des Mages, 1594. Est. 400-
2.200 €. © Old Master Print
Du 12 au 14-12
Record pour Raveel chez Arenberg
34.000 €
René Magritte, lettre signée et illustrée à Louis Scutenaire,
Bruxelles, 2 mars 1949. Est. 3.000-4.000 €. © Arenberg
23.000 €
Livre de prières enluminé, en
néerlandais, Bruges, ca. 1545-1550.
Est. 12.000-15.000 €. © Arenberg
21.000 €
Roger Raveel et Hugo Claus, Genesis, s. d., série
complète de 33 lithographies en couleur. Est. 10.000-
12.000 €. © Arenberg
95
On a vendu
Belgique
14-12 Record de vente historique au Mont-de-Piété
Le Mont-de-Piété de la Ville de Bruxelles clôturait l’année
sur un record de vente. Avec près de deux cents lots d’exception,
comprenant notamment bijoux prestigieux, montres de
grandes maisons horlogères et œuvres d’art, cette vente réunit
de nombreux acheteurs, totalisant 1 409 enchères. Elle a ainsi
marqué un record avec un total d’adjudications de 350.580
euros, confirmant le succès grandissant de cette institution
bruxelloise unique. Cette vente illustre également l’engagement
du Mont-de-Piété envers les clients ayant recours aux
services de prêt sur gage. L’institution veille toujours à ce que,
si le montant de l’adjudication dépasse la somme due, l’excédent,
appelé boni, soit intégralement reversé au propriétaire
initial. Cette approche éthique et responsable est au cœur des
valeurs de cette institution publique bruxelloise, qui combine
expertise reconnue et mission d’intérêt général depuis plus de
400 ans.
28.000 €
Emil Nolde, Couché de
soleil, gouache sur papier,
vendue avec certificat.
Est. 10.000-15.000 €.
© Mont-de-Piété
17-12 Singulières figures chez Bonhams Cornette de Saint Cyr
90.000 €
Rapa Nui (Île de Pâques),
figure d’homme-lézard,
tangata moko. Est. 80.000-
120.000 €. © Bonhams
Cornette
20.000 €
Figure reliquaire Fang,
Gabon, H. 31,5 cm. Est.
25.000-30.000 €. © Bonhams
Cornette
14.000 €
Figure d’ancêtre Korwar, baie
de Cenderawasih, Indonésie.
Est. 10.000-15.000 €. © Bonhams
Cornette
10.000 €
Figure Fon Boccio, République
du Bénin. Est.
15.000-20.000 €. © Bonhams
Cornette
20-12 Pièces exceptionnelles chez Coronari Auctions
28.000 €
Théo van Rysselberghe,
Maud
assise, 1916, huile sur
toile. Est. 20.000-
40.000 €. © Coronari
Auctions
13.500 €
Rarissime assiette en acier, Delft,
XVIIIe siècle. décor bleu-blanc sur
fond jaune, Est. 12.000-18.000 €.
© Coronari Auctions
La salle Coronari proposait une vente particulière :
75 pièces exceptionnelles passaient sous le marteau.
Un beau chandelier en bronze du XIVe siècle était
vendu 7.500 euros et une rare assiette de Delft du
XVIIIe siècle, à décor bleu-blanc sur fond jaune, était
adjugée 13.500 euros. A noter également, une aquarelle
de Pierre Alechinsky, A pleine voix (1974), et un
petit dessin de James Ensor, tous deux adjugés 15.000
euros, ainsi qu’un nu debout et penché de Constant
Permeke parti à 18.000 euros. Enfin, mentionnons
l’œuvre Maud assise (1916) de Théo van Rysselberghe
et une nature morte de Jan van Kessel, adjugées
respectivement 28 000 et 36 000 euros.
96
Bavikhoofsestraat 74, 8530 Harelbeke
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fevrier
1 - 2
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Vente d’art et d’antiquités :
12 & 13 février à 13h30
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Exposition : samedi 8, dimanche 9
et lundi 10 février de 14h à 18h
8/02/25
VENTE
AUX ENCHÈRES
de bijoux, montres,
tableaux, ...
Exposition des lots :
Jeudi 6/02 - 9h30 à 15h
Vendredi 7/02 - 9h30 à 15h
Samedi 8/02 - 9h30 à 11h30
Vente : Samedi 8/02 dès 13h
LOT N°143
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signé CARTIER «Le clou»
Estimation : 5.200-6.000 €
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On vendra
Belgique
Du 04 au 06-02
Une collection privée autour de Toulouse-Lautrec
pour Carlo Bonte
Parmi les lots intéressants de cette venta cataloguée, on signale surtout une
collection privée réunie autour de la figure d’Henri de Toulouse-Lautrec, contenant
un dessin original de Jimmy Michael, des lithographies et un livre sur l’artiste écrit
par le premier ministre français Georges Clemenceau, incluant des lithographies
originales. On signale plusieurs œuvres procédant du mouvement CoBrA : une
de Pierre Alechinsky, Le feu de la fin (1968), acrylique sur papier marouflé sur toile
(114 x 157 cm) ; de Karel Appel, une composition abstraite de 1958 ; ainsi qu’un bronze
patiné, Les deux amies de Corneille. De la première moitié du XXe siècle, on note,
entre autres, des œuvres de Léon Spilliaert, Floris Jespers, Ferdinand Schirren,
Guillaume Vogels, Maurice Sijs et Valerius De Saedeleer. Parmi la vaste sélection de
peintures du XIXe siècle, on signale un petit chevalet d’Eugène Verboeckhoven. La
seconde moitié du XXe siècle est représentée par Bram Bogart, Miguel Berrocal et
Isabelle de Borghgrave. Du côté des produits de luxe : un large choix de Rolex, Jaeger-
LeCoultre, Van Cleef & Arpels et Louis Vuitton.
EST. 6.000-12.000 €
Brûle-parfum à décor d’oiseaux et de cerfs dans un paysage
montagneux, sur fond bleu vif, Chine, dynastie Qing, bronze
doré et émail cloisonné, H. 77,5 cm. © Carlo Bonte
07 & 08-02 Un rare Broodthaers chez Damien Voglaire
EST. 1.500-1.800 €
Fernand Léger, lithographie originale. © Damien Voglaire
EST. 10.000-15.000 €
Marcel Broodthaers, rare carnet à dessins, ca. 1970.
© Damien Voglaire
C’est un rare carnet à dessins de Marcel Broodthaers (1924-1976) qui est
le point d’orgue de la vente de livres et d’art classique de la salle Damien
Voglaire. Il contient pas moins de dix dessins, dont deux titrés Schizophrénie
et Conscience, réalisés sur du papier millimétré. L’un porte la date de
1970. Ce rare ensemble est estimé 10.000 à 15.000 euros. On annonce, en
outre, une grande section de livres de photographie, dont certains avec des
tirages originaux, comme par exemple ce lot de lettres de Lucien Clergue
adressées à Jean Cocteau et dont certaines parlent du lien à Picasso. On
trouvera aussi, pour les amateurs d’artistes contemporains, un magnifique
portfolio des éditions POUR écrire la liberté, dans lequel figurent trente-etun
objets divers et des multiples signés par des artistes tels que Carl André,
Ben, Beuys, Boltanski, Byars, Darboven, Filliou, Immendorf, Le Gac, Lewitt,
Lohaus, Penck, Polke, Annette Messager ou Yoko Ono (est. 3.000-4.000
euros). Egalement à noter, la présence d’un livre intitulé Les Constructeurs,
publié à l’occasion de l’exposition de Fernand Léger à la Maison de
la Pensée Française, accompagné d’un envoi de Léger et d’une très belle
lithographie originale en couleurs (est. 1.500-1.800 euros).
98
08-02 Bijoux exclusifs au Mont-de-Piété
EST. 5.200-6.000 €
Cartier, Juste un Clou, bracelet inflexible en
or blanc 18 carats, numéroté et accompagné
de sa boîte et de son certificat d’origine.
© Mont-de-Piété
EST. 1.200-1.400 €
Demaret, broche, or jaune 18 carats sertie de
cinq diamants taille ancienne pour environ un
carat et de sept perles. © Mont-de-Piété
En février, le Mont-de-Piété de la Ville de Bruxelles
organise quatre ventes. Celle du samedi 8 février
propose une exceptionnelle sélection de bijoux,
montres de luxe et autres objets de collection. Du
côté des bijoux, une broche Art déco en platine
avec épingle et fermoir en or blanc 18 carats se distingue
par ses détails raffinés et ses 165 diamants
de taille ancienne (est. 4.000-4.500 euros). A noter
également, une étonnante broche en or jaune 18
carats, signée Demaret (est. 1.200-1.400 euros). Le
bracelet rigide Juste un Clou de Cartier incarne
parfaitement l’audace et l’élégance minimaliste
d’un design iconique, sous la forme d’un clou
qui s’enroule autour du poignet (est. 5.200-6.000
euros). Un bracelet en platine serti de cinq brillants
et diamants de taille ancienne et de 390 diamants
de taille 8/8 (est. 4.000-4.500 euros) complète
cette sélection. Pour les amateurs de montres, un
exemplaire pour dame en platine de Rolex, serti de
96 diamants de taille baguette, conique et triangulaire,
avec un brillant central, est estimé 14.000
à 17.000 euros. Des objets de collection sont également
proposés, tel cet impressionnant service à
café et à thé en argent (est. 1.200-1.400 euros).
Du 10 au 12-02
Hommage à Magritte à Flanders Auctions
L’offre de la vente en art, antiquités et design de Flanders Auctions comprend un certain nombre de lots
intéressants, dont une paire de vases de famille rose du XIXe siècle (est. 10.000-15.000 euros). Quant à elle,
l’œuvre Belgian Living Room for Magritte d’Etienne Elias est estimée entre 7.000 et 9.000 euros. Autre pièce
de choix, une eau-forte et aquatinte de Pablo Picasso datant de 1922 (est. 3.000-5.000 euros). Un meuble
bas de Cees Braakman de 1960 est estimé entre 2.400 et 3.400 euros.
EST. 10.000-15.000 €
Paire de grands vases de Famille Rose, Chine,
XIXe siècle, H. 91 cm. © Flanders Auctions
EST. 7.000-9.000 €
Etienne Elias, Belgian Living Room for Magritte, 1969, huile sur
toile, 170 x 150 cm. © Flanders Auctions
EST. 3.000-5.000 €
Pablo Picasso, Les Saltimbanques,
1922, estampe et aquatinte,
70 x 95 cm. © Flanders Auctions
99
On vendra
Belgique
11-02 Jenny Montigny chez Loeckx
EST. 10.000-15.000 €
Jenny Montigny, Vers l’école, 1926, huile sur toile. © Loeckx
EST. 8.000-
12.000 €
Guanyin, Chine,
dynastie Ming,
bronze doré au
feu. © Loeckx
Quelques pièces remarquables
sont incluses dans la prochaine
vente d’art et d’antiquités de
Loeckx. Il s’agit notamment de la
peinture à l’huile Vers l’école de
Jenny Montigny, datée de 1926
(est. 10.000-15.000 euros) et d’une
collection de paysages urbains
gantois de, entre autres, Pieter
Frans De Noter et François Boulanger.
Les estimations bassent
s’échelonnent entre 250 et 2.500
euros. A noter également une statue
en bronze doré de Guanyin,
réalisée en Chine sous la dynastie
Ming (est. 8.000-12.000 euros).
12-02 Beaux bijoux chez AZ Auction
EST. 50.000-80.000 €
Bague en platine et or blanc 18 carats (750 millièmes) sertie
d’une superbe émeraude colombienne d’environ 11,50 ct. au
traitement mineur à l’huile, taille octogonale à degrés, d’un
vert intense à saturation moyenne à forte, certificat SSEF du
26-11-2024, nr. 142735, taille : 54. © AZ Auction
AZ Auction présente sa deuxième vente intitulée 50 bijoux et leur Histoire. Dans
cette sélection, figurent des pierres très précieuses, voire introuvables sur le marché
actuellement. On y trouve également des bijoux d’artistes ou portés par des
stars, tel ce collier ayant appartenu à Sarah Bernhardt. AZ Auction pense également
à mettre en avant l’eco-responsabilité en présentant deux bijoux de Saskia
Shutt certifiée au niveau international utilisant du fairmined gold et fairmined
silver, ornés de pierres minées de manière équitable. Les artisans travaillent
dans de bonnes conditions, en sécurité, les enfants vont à l’école et l’impact sur
l’environnement est minime. Le département joaillerie d’AZ Auction ne présente
pas que des bijoux anciens, c’est également le très précieux et les nouvelles tendances
plus respectueuses des hommes et de la nature qui sont mis en avant.
12 & 13-02 Offre variée chez Debaveye
Cette vente propose une offre
variée d’environ 1070 lots. Parmi
les noms dans la section art, citons
A. Declerck, Delvaux, Ensor, Keith
Haring, Duyck, Ingres et Matisse.
Parmi les sculptures, on trouve
des pièces en céramique grandeur
nature de José Vermeersch,
des sculptures en marbre de,
entre autres, Prosper d’Epinay et
Denechay ; un grand vase en porcelaine
de Sèvres, à double décor
de cavalerie, de scènes de champ
de bataille et de vue de château
signé Desprez. Du côté des autres
objets figurent des garnitures et
pendules en bronze, des icônes
russes, du mobilier d’époque Louis
XV et XVI, du mobilier design, de
la verrerie, une superbe collection
de fusils du XVIIIe siècle, des cartes
et livres anciens, une collection de
masques et statues africains et des
tapis d’Orient noués main ainsi
que des tapisseries flamandes.
EST. 3.000-5.000 €
Prosper d’Epinay, Ceinture
dorée, Rome, marbre de
carrare, H. 96 cm. © Debaveye
EST. 2.500-3.500 €
Jean de Bologne, L’enlèvement de
Déjanire par le centaure Nassus,
bronze sur socle en marbre,
H. 82,5 cm. © Debaveye
EST. 800-1.200 €
Antoon Declerck, Observer la pause de Delvaux,
nu allongé, pastel, 54,5 x 54,5 cm. © Debaveye
100
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vente bourgeoise 01.02.2025
vente d’estampes 05.04.2025
vente d’art moderne 29.04.2025
vente classique 20.05.2025
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Belgique
Du 15 au 17-02
Mélange de classique, moderne et contemporain
à la Maison Jules
Maison Jules propose un beau mélange d’antiquités classiques
provenant des caves d’un antiquaire respecté, entrecoupé de grands
noms et d’un surprenant design vintage. Parmi les œuvres les
plus traditionnelles, des signatures telles que Geo Verbanck, Louis
Thevenet, Henri Victor Wolvens ou Jan Frans Deboever, des œuvres
provenant directement de la succession de Stijn Streuvels, Servaes
et Saverys. Comme d’habitude, le troisième jour sera consacré à
l’art moderne et contemporain, avec des œuvres de Joseph Willaert,
Anton Rooskens, Panamarenko et Keith Haring, Guy Vandenbranden
et Koen Vanmechelen, entre autres.
EST. 2.000-3.000 €
Louis Thevenet, Intérieur au chat, 1911, huile sur toile.
© Maison Jules
EST. 4.000-6.000 €
Koen Vanmechelen, technique
mixte sur papier. © Maison
Jules
EST. 3.000-4.000 €
Guy Vandenbranden, acrylique sur toile. © Maison Jules
17 & 18-02 Artistes modernes chez Horta
EST. 10.000-
12.000 €
Joseph Coomans,
Femme et enfants dans
un intérieur à l'antique,
1866, huile sur toile, 80 x
100 cm. © Horta
EST. 20.000-30.000 €
Agustin Cardenas, Composition, 1975,
marbre, H. 70 cm. © Horta
Cette vente cataloguée mensuelle fera la part belle aux artistes modernes, avec notamment des
œuvres de Wifredo Lam, Agustin Cardenas, André Lanskoy, Jo Delahaut ou Pierre Tal-Coat. Du côté
des artistes des XIXe et XXe siècles, on note des œuvres de Modest Huys, Anto Carte (Les quatre
saisons, avec les signes du zodiaque, est. 15.000-25.000 euros), Raoul Dufy ou Joseph Coomans. Enfin,
quantité de bijoux sont à prendre, dont un collier en or blanc serti de diamants taille brillant et de
boules de saphir, dans son écrin d’origine de la maison Leysen (est. 22.000-24.000 euros), de même
qu’une collection de bronzes animaliers, signés Raymond de Meester ou Edouard Marcel Sandoz.
102
19-02 Objets religieux pour CR-Art Auctions
EST. 4.000-5.000 €
Exceptionnel reliquaire, style Louis
XIV, bronze. © CR-Art Auctions
EST. 1.000-1.200 €
Ciboire en vermeil enchâssé de dixsept
diamants. © CR-Art Auctions
EST. 300-350 €
Deux assiettes à décor d’oiseaux
polychromes, Tournai, XVIIIe siècle,
porcelaine. © CR-Art Auctions
CR-Art Auctions propose une
collection d’objets religieux
de la région de Courtrai, dont
plusieurs sculptures en bois, des
peintures et des représentations
en ivoire de Sainte-Catherine
d’Alexandrie. Parmi les autres
objets proposés figurent de
l’art asiatique, de la porcelaine
de Tournai et des bijoux, ainsi
qu’une paire de sculptures en
bois de style néo-Renaissance
datant d’environ 1855 et réalisées
par le sculpteur et ébéniste
français Jean-Paul Mazaroz.
21-02 Un singulier pendentif chez MJV Soudant
Les bijoux seront au cœur de cette vente, qui proposera, entre autres,
un étonnant pendentif en or de César (1921-1998), compression de
bijoux et de pièces de monnaie, authentifiée par Stéphanie Busuttil-
Janssen, présidente de la Fondation César et détentrice du droit moral
de l’artiste. Il figure dans les archives des bijoux de Denyse Durand-
Ruel, sous la cote 828.
EST. 8.000-12.000 €
César, pendentif en or, ca. 1970, compression de bijoux et de pièces de
monnaie, poids : 69,62 gr. © MJV Soudant
24-02 Repos dominical pour Amberes
La prochaine vente d’art et d’antiquités
d’Amberes proposera un
large éventail de maîtres anciens,
modernes et contemporains, avec
des noms tels que Permeke, Dennis
Tyfus, Walasse Ting, Floris Jespers, Jos
Schippers, Delvaux, Ensor, Ferdinand
Khnopff, Dotremont et Alechinsky,
Herman Brood, Jan Cremer, Corneille,
Jef Van Tuerenhout, Emmanuel
Vierin, Willem Dolphyn, Koen Vanmechelen,
Gerstein, Jeanne Jacquemin,
Verboeckhoven, Van Mieghem, Walter
Vaes, Arman, Bareau, De Wever,
Marioton, Moreau, Picault, Szukalski,
Dubucand, etc. On annonce également
des bijoux, de la porcelaine,
des gravures, de l’argenterie, des
tapis, de l’art religieux, des icônes et
des antiquités.
EST. 8.000-12.000 €
Jos Schippers, Repos dominical, 1936, huile sur toile,
70 x 88 cm. © Amberes
EST. 3.000-4.000 €
Patrick Villas, bronze patiné, 2000, cire perdue,
1/8, fondeur Art Casting, 48 x 62 x 20 cm.
© Amberes
103
On vendra
Belgique
24-02 Vente Civilisations : d’un empire à l’autre chez Haynault
EST. 1.500-2.500 €
Bouddha Amitâyus, Tibet, XVIIIe
siècle, cuivre doré. © Haynault
EST. 500-600 €
E. Seng Chong (Thaïlande), service à thé et café, argent.
© Haynault
Cette vente aura pour thème l’Orient
des arts, avec notamment une collection
provenant d’un ancien diplomate belge.
Coté Perse, de nombreuses pièces de
céramique, dont des vases et une grande
verseuse à décor floral, devraient attirer
les amateurs. Plusieurs pièces d’orfèvrerie
ottomane entoureront un élégant coffret
recouvert d’une broderie de velours et fils
d’argent qui devrait susciter une bataille
d’enchères. Un Amitâyus en cuivre sinotibétain
du XVIIIe siècle, accompagné
d’une importante collection de porcelaine
chinoise, représenteront l’Extrême-
Orient. Enfin, un bel ensemble d’armes
complètera cette vente, dont plusieurs
sabres orientaux à lames damasquinées
qui côtoieront des pistolets du Caucase.
Du 25 au 27-02
Design danois chez Bernaerts
Une petite mais exquise collection de design
danois passera sous le marteau lors de cette
vente intitulée A New Start. Une quarantaine
de lots de designers renommés des années
1950-1970 passeront en revue, avec un accent
particulier sur Hans J. Wegner (1914-2007),
présent avec, entre autres, la chaise China (est.
1.000-1.500 euros), le rare bar Cube de 1956 (est.
3.000-4.000 euros) ou le système modulaire
Regal System RY 100 de 1955, fabriqué par Rybo
(est. 3 000-4.000 euros). Des meubles de designers
tels que Nanna Ditzel, Poul Henningsen,
Ib Kofod-Larsen, Arne Norell, Børge Mogensen
et d’autres seront également dispersés. Notons,
par ailleurs, une œuvre de l’artiste anversois Jos
Schippers, Au Musée des Ancêtres de 1927 (est.
6.000-8.000 euros), aux côtés de toiles classiques
de Cornelis Raaphorst et Charles Van den
Eycken, ainsi que d’une vue d’un port italien du
XVIIe siècle par Anton Goubeau (est. 5.000-
6.000 euros).
EST. 6.000-8.000 €
Jos Schippers, Au Musée des Ancêtres,
1927. © Bernaerts
EST. 3.000-4.000 €
Ib Kofod-Larsen Ope Mobler (Olof Persson Fatoljindustri),
fauteuil Sälen, ca. 1956, teck et cuir cognac.
© Bernaerts
28-02 Le stock de Paul De Grande dispersé chez Coronari Auctions
Après le grand succès de la vente du contenu de son château,
en juin 2022, l’antiquaire belge Paul De Grande et la maison de
vente Coronari unissent à nouveau leurs forces. Cette éminence
grise des antiquités en Flandre, vedette de la télévision, connu
pour les émissions Pieces of People et Pieces of Dealers, ouvrira
exceptionnellement les portes d’un de ses entrepôts. Avec des
prix de départ commençant à cinquante euros, il sera possible à
chacun de s’emparer d’une pièce de sa collection. On s’attend
à un éventail diversifié de meubles, sculptures et autres objets
décoratifs et appliqués datant de plusieurs siècles. Parmi les
lots d’importance, un cabinet rectangulaire allemand, ca. 1700,
à la belle marqueterie qui lui confère un aspect particulièrement
sympathique.
EST. 1.500-2.500 €
Cabinet allemand, ca. 1700, bois
marqueté. © Coronari Auctions
104
01-03 Perles impressionnistes chez De Vuyst
EST. 460.000-
550.000 €
Théo Van Rysselberghe, Trois
baigneuses à la fontaine,
1908, huile sur toile,
148 x 115 cm. © De Vuyst
EST. 150.000-200.000 €
Sol LeWitt, Squiggly brushstrokes, 1996, gouache sur papier,
154 x 154 cm. © De Vuyst
De Vuyst dispersera plus de 600 œuvres, dont des peintures, sculptures,
dessins, gravures, photographies, etc. Le catalogue fera la part
belle aux joyaux impressionnistes de Théo Van Rysselberghe, Emile
Claus et Jenny Montigny, entre autres. Lièvre et corbeau est une
nature morte caractéristique d’Ensor datée de 1908, dans laquelle le
grand maître a recyclé une composition déjà utilisée de 1883 et lui a
insufflé une esthétique progressiste. On annonce aussi une touche
orientale, avec plusieurs œuvres de Walasse Ting, une peinture de
Tsuguharu Foujita et un étang de lotus de Lin Fengmian. Attention
aussi à Nightlife, sculpture haute de 3,5 mètres et imposante
silhouette en aluminium de Henk Visch. À ne pas manquer non plus,
une peinture de Pierre Alechinsky, un collage de Karel Appel, une toile
de Heimo Zobernig et plusieurs sculptures de Folon.
01 & 02-03 Une vente pour la bonne cause chez DVC Gand
Une belle vente en art classique,
moderne et contemporain,
antiquités et design,
d’objets asiatiques, bijoux,
arts décoratifs et tapis
d’Orient est en préparation
chez DVC, à Gand. Plus de
cent lots y seront vendus
au profit d’associations
caritatives (Médecins sans
Frontières et SOS Villages
d’Enfants). Parmi les pièces
proposées, un beau cartel
marqué F. Lesage, horloger
de l’empereur Napoléon
III. A noter également, une
composition abstraite de
Joseph Lacasse.
EST. 1.000-1.500 €
François Lesage, beaux cartel français du XIXe siècle
(klok) sur console assortie, H. 75 cm. © DVC Gand
EST. 12.000-20.000 €
Joseph Lacasse, Composition abstraite, 1958, huile sur toile,
80 x 100 cm. © DVC Gand
105
Auction calendar january—march 2025
Belgium
JANUARY
24-03/02 Bonhams Cornette
de Saint Cyr
Prints and multiples ONLINE
FEBRUARY
01 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
01 Campo & Campo
Burgerveiling ANTWERPEN
02-03 Dagoty Auction
Vente de Saint-Valentin:
Bijoux et diamants ONLINE
02-09 Salle de ventes Rops
Art et antiquités ONLINE
03 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
03 Salle de ventes Uccle
Saint-Job
Verrerie ONLINE
03-09 Salle de ventes Rops
Art et antiquités ONLINE
04 Vanderkindere
Vente bourgeoise BRUXELLES
04 Berg van Barmhartigheid
Juwelen, sieraden en
numismatiek BRUSSEL
04-06 Carlo Bonte Auctions
Kunst en antiek BRUGGE
07 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
07-08 Damien Voglaire
Livres et peintures BRUXELLES
08 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
08 Berg van Barmhartigheid
Speciale verkoop BRUSSEL
10 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
10-12 Flanders Auctions
Kunst, antiek en design
WINGENE
11 Berg van Barmhartigheid
Juwelen, sieraden en
numismatiek BRUSSEL
11 Loeckx
Europese en oosterse kunst
GENT
12 AZ Auction
50 bijoux et leur histoire
BRUXELLES
12-13 Debaveye Auctions
Kunst en antiek HARELBEKE
14 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
15 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
15-16 Maison Jules
Kunst en antiek GENT
16 Dagoty Auction
Vente bandes dessinés ONLINE
16 MonsAntic
Art et antiquités MONS
17 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
17 Ventes Elysée
Art et antiquités
GRIVEGNÉE-LIÈGE
17-18 Horta
Art et antiquités BRUXELLES
18 Berg van Barmhartigheid
Zilver, edelsmeedwerk en
juwelen BRUSSEL
18 Ventes Elysée
Art et antiquités ONLINE
18-19 Vanderkindere
Art et antiquités BRUXELLES
19 CR-Art Auctions
Kunst, antiek en religieuze
objecten HARELBEKE
20-22 Sylvie’s Wine Auctions
Valentijnsveiling wijnen
ANTWERPEN
21 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
21 MJV Soudant
Bijoux GERPINNES
21-25 DVC Gent
Kunst en antiek GENT
22 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
24 Amberes
Kunst en antiek ANTWERPEN
24 Haynault
L’Orient des arts BRUXELLES
25-26 Jordaens
Kunst en antiek MORTSEL
25-27 Bernaerts
A New Start: kunst, antiek en
design ANTWERPEN
28 Coronari Auctions
The Paul De Grande
Warehouse Sale NAZARETH
28 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
MARCH
01 De Vuyst
Hedendaagse, moderne en
oude meesters LOKEREN
01 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
01-02 DVC Gent
Kunst en antiek GENT
02 MJV Soudant
Vente online 6 ONLINE
03 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
07 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
08 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
10 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
10 AZ Auction
Peintures, art et antiquités
BRUXELLES
11 Berg van Barmhartigheid
Wijn, juwelen en numismatiek
BRUSSEL
The Netherlands
FEBRUARY
01 Van Sabben Auctions
Affiches HOORN
03-08 Derksen Veilingbedrijf
Kunst, antiek, design, en
brocante ARNHEM
05 Hessink’s Fine Art
Auctioneers
Sieraden, zilver, brons en
kristal BEEK
06 Hessink’s Fine Art
Auctioneers
Boeken, prenten en
manuscripten BEEK
10 Veilinghuis Bouwman
Vintage toys en automobilia
ONLINE
10-14 Korst van der Hoeff
Kunst en antiek ONLINE
12-13 Vendu Rotterdam
Algemene veiling ONLINE
12-15 Heritage Auctions
Europe
Fine art and collectibles
IJSSELSTEIN
14 Vendu Rotterdam
Single owner sale ONLINE
PROPRIÉTAIRE UNIQUE
VENTE DE DESIGN
Pierre Mazairac (1943), Quatre chaises
en aluminium, par Pastoe, Utrecht,
design 1972
Début le 7 février
Fin le 14 février
Journées d’exposition les 10 et 11 février
010 - 411 85 44
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15 Hessink’s Fine Art
Auctioneers
Kunst, antiek en brocante
BEEK
17-24 Veilinghuis Korendijk
Kunst en antiek ONLINE
17-04/03 Venduehuis Den
Haag
Jewellery and watches ONLINE
18-19 Veilinghuis De Jager
Kunst, antiek, juwelen en
aziatica GOES
18 Veilinghuis Omnia
Kunst en antiek
KOLMHAM/HOOGEZAND
23 Veilinghuis Peerdeman
Kunst en antiek ONLINE
24-27 Van Spengen
Kunst en antiek ONLINE
24-04/03 Venduehuis Den
Haag
Next Door I + II ONLINE
24-12/03 Venduehuis Den
Haag
Classical Paintings and
drawings ONLINE
24-13/03 Venduehuis Den
Haag
Indonesian Art Sale ONLINE
28-09/03 Moart Veilinghuis
Kunst en antiek ONLINE
MARCH
03-04 Van Zadelhoff
Algemene veiling HILVERSUM
06 Veilinghuis De Ruiter
Juwelen en diamanten
KLAASWAAL
07 Veilinghuis De Ruiter
Zilver KLAASWAAL
08 Veilinghuis De Ruiter
Horloges en luxe accessoires
KLAASWAAL
10 Medusa Auctioneers
Kunst en antiek BREDA
10 ADAMS Amsterdam
Auctions
NRC Kunst AMSTERDAM
Luxembourg
FEBRUARY
01 Goldfield Auctions
Luxembourg
Objets d’art et antiquités du
monde WEISWAMPACH
Louis van Teeffelen (1921-1972), Meuble mural en teck,
design Wébé furniture factory, Beneden Leeuwen, 1960s
106
Fair calendar
january—march 2025
Belgium
JANUARY
23-23/02 PhotoBrussels
Festival
BRUSSELS
France
FEBRUARY
28-03/03 art3f Strasbourg
STRASBOURG
MARCH
Italy
FEBRUARY
07-09 Arte Fiera
BOLOGNA
14-16 Arte Genova
GENOVA
Spain
MARCH
05-09 ARCOMadrid
MADRID
05-09 Art Madrid
MADRID
United Kingdom
FEBRUARY
28-02/03 COLLECT
LONDON
26-02/02 BRAFA ART FAIR
FEBRUARY
BRUSSELS
01-02 JAP Artists Print XII
SCHAARBEEK
05-09 Affordable Art Fair
BRUSSELS
20-23 Wavre Fine Art Fair
WAVRE
08-11 ART UP !
LILLE
Germany
FEBRUARY
20-25 art KARLSRUHE 2024
KARLSRUHE
Luxemburg
JANUARY
29-02/02 Antiques & Art Fair
Luxembourg
LUXEMBURG
Morocco
JANUARY
30-02/02 1-54 Art Fair
MARRAKECH
The Netherlands
FEBRUARY
06-09 Art on Paper
Amsterdam
AMSTERDAM
08-09 Art and Luxury Fair
NOORDWIJK
08-09 Art Eindhoven
EINDHOVEN
MARCH
15-20 TEFAF Maastricht
MAASTRICHT
Switzerland
JANUARY
30-02/02 Artgenève
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mardi 11 février 2025
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Contact : Fondation Melsen : Avenue
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