Petit manuel de sensemaking : de l'écoanxiété au réenchantement
Zine collectif de l'organisme Fleurs d'attache créé à l'été 2024 à Tiohtià:ke/Montréal.
Zine collectif de l'organisme Fleurs d'attache créé à l'été 2024 à Tiohtià:ke/Montréal.
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Petit manuel
de sensemaking :
de l’écoanxiété
au réenchantement
Fleurs d’attache
REMERCIEMENTS
Merci à toutes les personnes qui ont
participé aux activités de Fleurs
d’attache en 2024, que ce soit en
contribuant avec des collages ou en
nous illuminant de vos réflexions
sur comment (mieux) vivre dans ce
contexte de polycrise.
Avec amour et rage,
Toute l’équipe de Fleurs d’attache
SUR L’ÉCOANXIÉTÉ
L’écoanxiété =
plus qu’une liste de symptômes
plus qu’un stress lié à l’avenir
à l’environnement
se sentir perdu·e dans
un paysage qui ne fait
plus aucun sens
pourquoi obtenir un diplôme? pourquoi
acheter une voiture neuve? pourquoi fonder
une famille? pourquoi faire de l’argent?
pourquoi pourquoi pourquoi….
L’écoanxiété =
également un grand sentiment d’injustice
pourquoi détruire une autre forêt? pourquoi
rénovicter une énième famille? pourquoi
ne pas arrêter tout ça? pourquoi pourquoi
pourquoi ….
Comment naviguer tout ça?
Comment y trouver un sens?
SUR LA CURIOSITÉ RADICALE
Pour créer du sens,
il faut commencer
par sortir des
sentiers battus.
Voici un outil pour
défricher un nouveau
chemin : nous l’appelons
la curiosité radicale.
Qu’est-ce que la curiosité radicale?
Concept popularisé par Seth Goldenberg,
la curiosité radicale est une curiosité
qui vise à aller à la racine des choses.
Elle nous invite à penser à l’extérieur du
cadre habituel. Que ce soit en osant poser
des questions audacieuses («Comment
s’organiser en tant que société pour
prendre soin de tous·tes?») ou en refusant
les réponses de surface et peu nuancé
(«Non, la crise climatique ne se règlera
pas uniquement à coup de pailles en
métal ou d’autos électriques»), elle se
veut une pratique pour nous permettre
de voir le monde autrement.
LES SEPT POURQUOI
Pour s’assurer d’aller à la racine des
choses, on peut se poser 7 fois la question
pourquoi après une question initiale.
Pourquoi est-ce que je vis de l’écoanxiété?
↪ Ma réponse:
Pourquoi ?
Ma réponse:
Pourquoi ?
Ma réponse:
Pourquoi ?
Ma réponse:
Pourquoi ?
Ma réponse:
Pourquoi ?
Ma réponse:
Pourquoi ?
Ma réponse:
SUR LE SENSEMAKING
Quand on crée du sens, on fait du
«sensemaking». Il se trouve qu’on
en fait tous les jours, sans s’en rendre
compte.
Quand X arrive, alors Y arrive.
Ce qui signifie probablement Z.
Quand je raconte une blague ↪ mes ami·es rient ↪ ce qui signifie
probablement que je suis drôle. Ou que mes ami·es et moi partageons
le même sens de l’humour. Ou que mes ami·es m’aiment assez pour rire
à mes blagues, même si elles ne sont pas drôles.
Ceci est du sensemaking :
essayer de trouver une
explication plausible
pour faire sens d’une série
d’événements et de leur lien
entre eux.
On peut appliquer ça à plus
grande échelle pour nous
aider à comprendre le
monde de manière critique.
Le sensemaking, tout le
monde en fait, y compris les
gouvernements, les entreprises
et les groupes politiques, selon
leurs intérêts particuliers.
SUR LES NARRATIFS
Le sensemaking, au-delà de générer
des explications sur des événements
spécifiques, contribue également à
créer des narratifs.
Par narratif, on entend des histoires qu’on se raconte pour expliquer
les choses et comment on doit vivre.
exemples
Un narratif alternatif,
porté par les personnes
écoanxieuses
Il faut réduire sa
consommation, militer pour
changer les choses et se
préparer aux catastrophes
climatiques.
Le narratif du statu quo,
porté par le capitalisme
Il faut obtenir un diplôme,
trouver un emploi payant,
s’acheter une maison et
fonder une famille.
À la page suivante, un exemple de sensemaking contribuant
à un nouveau narratif qui nous parle beaucoup, celui du
réenchantement du monde.
SUR LE RÉENCHANTEMENT
20 e siècle
Début du désenchantement du monde.
Croire que le monde est vivant, magique, ce n’est pas bon pour
le capitalisme. Tout ce qui compte, c’est d’exploiter la nature,
faire de l’argent, produire! Longue vie à l’économie!
21e siècle (aujourd’hui!)
Début du réenchantement du monde.
Croire que le monde est vivant, magique, ce n’est pas bon pour
le capitalisme. Tout ce qui compte, c’est de reconnecter avec le
vivant, réparer nos relations, réparer le monde! Longue vie aux
générations futures!
Crois-tu en Dieu? Crois-tu aux fées? Crois-tu aux esprits
de la forêt? Crois-tu à l’argent? Crois-tu au crédit carbone?
Crois-tu que nous allons nous en sortir? Crois-tu que la
nature nous aime? Crois-tu que la nature nous punit?
crois-tu qu’un autre monde est possible, au moins?
Réenchanter le monde comme manière de créer du sens
et redonner de l’espoir. Nous avons toutes sortes d’allié·es
insoupçonné·es qui émergent, quand nous ouvrons enfin les
yeux… Tout un écosystème de résistance existe, composé
d’humains, mais aussi de plantes, d’animaux, d’insectes.
SUR LE RÉENCHANTEMENT
Quel(s) rôle(s) jouer
dans cet écosystème?
Les possibilités sont infinies.
Des pollinisateur·trices?
Permettant à des projets et
des individus de fleurir grâce
au pollen recueilli ailleurs?
Des propagateur·trices?
Semant des graines ça
et là pour contribuer à
la biodiversité de nos
initiatives?
Des charognards?
Détruisant les idées
toxiques pour stopper la
propagation des maladies
et faciliter le renouveau?
Des jardinier·ères?
Faisant des ajustements
sur l’écosystème, avec leur
regard plus global, pour
aider les gens à collaborer?
TÉMOIGNAGE · SUR L'ÉMERVEILLEMENT
INTRORSUS INCANTARE
Savoir.
Sortir de l’école et se retrouver devant le monde,
c’est important. Je mets ça de l’avant parce que si
le savoir est pas partagé, à quoi bon? Et parce que
commencer un texte sur l’émerveillement sans
épuiser son sens avec de la théorie et des grands
mots, c’est un gros défi.
So bare with me.
Essayer d’expliquer l’émerveillement à déjà été fait. Une merveille
est définie par le Larousse comme une chose qui cause une grande
admiration. En composition avec le préfixe em—qui veut dire
en-dedans—se dire que l’émerveillement c’est intérioriser la chose
qui cause une grande admiration, c’est fort.
En essayant de trouver les bons mots pour traduire ça à quiconque,
j’ai décidé d’aller fumer dehors pour me retrouver rapidement
sous la pluie fine de ce beau lundi calme. Je me suis laissé porter
par la fumée, et la chance que j’ai d’avoir un espace vert accessible,
rempli de créatures tel que l’escargot que j’aperçus. Funny enough,
c’est comme si je n’en avais jamais vu, et il m’est venu l’envie de le
prendre en photo, mais je lui ai fait peur—iel est vite aller se cacher
dans son coquillage. Je me suis demandé pour qui je me prenais de
déranger sa paix. C’est chez eux après tout. Je me suis aussi souvenu
du meme que j’ai vu d’un petit personnage qui disait aimer les
coins. J’ai regardé donc les racoins autour de mon copain l’escargot
pour découvrir toute sa gang de chum·mes.
Tout ça pour dire que quand je suis rentré,
j’ai eu soif.
Par contre l’eau me semblait plate, j’ai pris le
temps de me partir de l’eau chaude, c’est une
journée de pluie, aweille. J’ai fait le tour des
options dans ma tête, les nouvelles tisanes
qu’on vient d’acheter me sont tout de suite
venues, parce que non, pas du thé encore,
je suis déjà assez sur les nerfs.
Sentir.
Le sociologue Max Weber accusa le 20 ième
siècle de subir un désenchantement du monde.
Mal ou chance—dépendamment de l’interprète—se
traduisant par un détachement
des croyances magiques au profit du progrès
social. Celui d’une société construite sous la
sécularisation, l’individualisme et le rationnel.
Weber y voyait surtout le détachement d’une
certaine humanité.
« But we can interpret his warning in a more
political sense, as referring to the emergence of
a world in which our capacity to recognize the
existence of a logic other than that of capitalist
development is every day more in question. » [1]
Que ce soit en sociologie, politique,
ou anthropologie, plusieurs y verraient
encore vérité.
[1] Federici, Sylvia, 2019,
« Re-enchanting the
World: Feminism and the
Politics of the Commons »,
PM Press, p.188
Respirer.
La science de l’être doit être réfléchie sur
certaines bases. Elle est dirigée de façon
subjective, c’est-à-dire par des buts et logiques
choisies. Réfléchir notre connexion avec le
grandiose, et notre place dans celui-ci fait
partie des grandes quêtes identitaires depuis
longtemps. L’art, la religion, la science, le
cinéma, la littérature, ne sont que quelques
exemples de ces pratiques répondant à ce
besoin plus grand qu’humain. Cet ensemble
de pratiques de sens dicte en grande partie ce
qui est choisi pour construire une société. Et ce
que la société choisie pour se construire.
« It is to the discovery of reasons and logics other
than those of capitalist development that I refer
when I speak of ‘re-enchanting the world’, a practice
that I believe is central to most anti-systemic
movements and a precondition for resistance to
exploitation. If all we know and crave is what capitalism
has produced, then any hope of qualitative
is doomed. » [2]
S’émerveiller.
Et là j’ai eu envie de menthe, avec son goût
riche et enveloppant, mais aussi surprenant.
Est-ce qu’il en reste ? Déjà, ma mémoire, mais
aussi non, je crois que c’est à ma coloc la boite
de tisane à la menthe que j’ai vue. Puis comme
j’allais me résoudre à prendre genre «rêves de
tangerines», je me suis trouvé pas mal niais.
Il pousse de la menthe dans le jardin.
Tout. Le. Temps. Partout.
[2] Federici, Sylvia, 2019,
« Re-enchanting the
World: Feminism and the
Politics of the Commons »,
PM Press, p.188-189
Et là, je me suis laissé prendre par cette admiration que j’ai pour la
vie. Les choses simples qui font du bien. Cette nature qui a permis
que ma tisane soit à mon goût. J’ai mis ma capuche et mes galoches
et j’ai été me choisir mes feuilles. Incroyable, non ?
Et ce n’est pas tant la question des privilèges qui m’apportent à avoir
accès à un jardin qui importe, que le fait même que j’avais, pendant
un instant oublier, que life provides. Que j’étais aller si loin dans
mes pensées et mes habitudes de consommation que j’ai tout de
suite été vers ce que j’ai acheté l’autre jour—tsé, ce que tu as acheté
l’autre jour —à la place de me rappeler qu’avant ça, j’ai la chance
de pouvoir sortir dehors, aller dans un jardin avec des choses qui
poussent dedans, comme de la menthe, toujours, partout.
POUR ALLER PLUS LOIN
Radical Curiosity: Questioning
Commonly Held Beliefs to
Imagine Flourishing Futures
Seth Goldenberg
Réenchanter le monde:
féminisme et politique
des communs
Sylvia Federici
Emergent Strategies
adrienne maree brown
Tresser les herbes sacrées :
sagesses ancestrales, science
et enseignements des plantes
Robin Wall Kimmerer
Fleurs d’attache a pour mission de rejoindre les jeunes adultes
vivant de l’écoanxiété afin de les aider à s’enraciner dans leur
milieu de vie et à devenir des écocitoyen·nes engagée·es.
À PROPOS
Pour ce faire, nous croyons qu’il est indispensable de développer
une curiosité radicale et une pratique d’émerveillement, ainsi que
d’engager avec le vivant qui nous entoure.
Instagram : @fleursdattache
Facebook : Fleurs d’attache