11.07.2025 Vues

La Champagne Viticole n°924 - Juillet-Août 2025

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ASSEMBLÉES RÉGIONALES | FONCIER | PAQUET VIN | QANOPÉE | SOMMELIERS

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE | FERMAGE | TEMPS DE TRAVAIL | ARTHUR SANCHEZ | HAUTVILLERS

« Bonheur et champagne

pour tout le monde ! »

JUILLET-AOÛT 2025 | NUMÉRO 924 | 117 e ANNÉE | 8,00€

MAGAZINE ÉDITÉ PAR LE SYNDICAT GÉNÉRAL

DES VIGNERONS DE LA CHAMPAGNE



édito

MAXIME TOUBART

PRÉSIDENT DU SGV CHAMPAGNE

Notre patrimoine, notre passion

Au cours de la dernière décennie, la Champagne s’est

épanouie. Aujourd’hui, les efforts fournis par l’ensemble

des opérateurs champenois en matière d’œnotourisme

sont évidents.

L’effet de l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est

concret, et les faits le montrent : notre Champagne, ses coteaux,

ses maisons et ses caves accueillent un public toujours

plus nombreux, venu des quatre coins du monde !

C’est bien la preuve qu’il est indispensable que chacun d’entre

nous, quelle que soit sa famille au sein de l’interprofession, s’approprie

les bienfaits de cette inscription pour faire rayonner la

Champagne et le champagne.

Revendiquer cette appartenance, c’est porter haut les couleurs

de la Champagne à travers le monde. Depuis le 4 juillet 2015,

le mot « champagne » imprime dans les mémoires collectives la

valeur universelle exceptionnelle de nos paysages, de nos villes

et villages, et de notre savoir-faire multiséculaire.

Cette fierté d’être Champenois, est aussi un excellent moteur

pour l’œnotourisme. Elle donne du relief à nos vins de Champagne,

démontrant à la fois qu’ils sont uniques, subtils, mais

aussi diversifiés dans la palette aromatique que l’élaborateur a

voulu mettre en avant. Elle souligne également les progrès réalisés

ces dernières années en matière d’environnement et de

responsabilité sociétale.

Les experts en économie du vin sont unanimes : en période

de déconsommation, l’œnotourisme reste un levier d’action

majeur pour que les ventes de vins retrouvent des couleurs. Si

les effervescents ne sont pas les plus à plaindre, tout le monde

est dans le même bateau. Nos champagnes ont aussi besoin de

retrouver de la désirabilité pour revenir dans les caves et sur les

tablées de tous les amateurs..

Après les progrès de la filière sur la production des raisins, l’effort

doit désormais aussi se porter sur le produit fini, les façons

de le vendre, voire de le consommer. Le champagne n’est pas

seul au monde : sa concurrence prend des formes variées.

Ce dixième anniversaire de notre inscription au patrimoine

mondial intervient lors de la dernière ligne droite avant les

vendanges.

L’année culturale en cours, fort heureusement, n’a pas été jalonnée

d’incidents de grande ampleur pouvant affecter durement

nos exploitations. Devant le bel état sanitaire de nos vignes, il

ne nous reste plus qu’à prendre nos responsabilités.

Cela fait bien entendu écho aux décisions pragmatiques sur lesquelles

la filière devra se positionner avant les vendanges, mais

ce sujet concerne aussi chaque exploitant de main-d’œuvre, à

l’heure où les conditions de travail sont et seront scrutées de près.

Le patrimoine champenois n’est pas qu’une question de paysages

ou de vins : il s’agit avant tout d’un assemblage de talents,

œuvrant tout au long de l’année pour contribuer à l’excellence

collective du champagne…et de la Champagne.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 3



sommaire LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 924 JUILLET-AOÛT 2025

28 | « Bonheur et champagne pour tout le monde ! »

29 | « Le 4 juillet 2015, le monde nous a rendus fiers »

30 | Pierre Cheval, un « vigneron visionnaire et bâtisseur »

32 | Bonn, le 4 juillet 2015 : un vote à l’unanimité

33 | Souvenirs d’une annonce espérée

34 | Nuit de liesse dans les coteaux

10

24

46

édito

3 | Notre patrimoine, notre passion

défense du vignoble

10 | Assemblées régionales d'été :

le futur se dessine en assemblée

12 | Les rendez-vous de la rentrée

13 | Marché du foncier : une activité

soutenue, mais une valeur en baisse

pour 2024

14 | Foncier viticole champenois : des

ventes en recul, mais des prix resistants

16 | Paquet vin : « Nous avons obtenu

des avancées substantielles »

18 | Flavescence dorée : surveillance

collective obligatoire pour la campagne

2025

20 | Calcul des surfaces au CVI : le compte

est bon pour la filière

21 | Adoption d’une proposition de loi

soutenue par la CNAOC

22 | L’Adasea de la Marne élargit son action

au milieu rural

23 | Willy Neveux : resserrer les liens

entre les vignerons et le Syndicat

actu

24 | Quatre vignobles autour

d’une serre unique

26 | La station de Mardeuil va traiter

les effluents phytosanitaires

27 | Le bouchonnier M. A. Silva

s’installe en Champagne

commercialisation

39 | L’échappée belle des sommeliers

en Champagne

économie

40 | Mai passe au rouge

41 | « Pas de raison de se faire peur »

en Champagne

42 | IA et comptabilité : une révolution

discrète au service des vignerons

viticulture

44 | Photovoltaïque en viticulture : un

investissement rentable à bien encadrer

45 | Une action conjointe en faveur

de la biodiversité en Champagne

coopérative

46 | TEVC : un chiffre d’affaires en hausse

en 2024 dans un marché peu porteur

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 5



sommaire

LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 924 JUILLET-AOÛT 2025

56

58

juridique

48 | Fermage de la vendange 2024 : prix

du raisin pour le paiement des loyers

viticoles

51 | Info-tri : la réglementation évolue

en Espagne

social

52 | Vendange 2025 : le SGV obtient

les dérogations de travail attendues

53 | Des mesures renforcées en cas

de canicule

culture

54 | La sélection de votre libraire

à Épernay

55 | Les filières agricoles et viticoles

célébrées à Château-Thierry

vignerons

56 | Arthur Sanchez : itinéraire

d’un jeune vigneron champenois

appellation

58 | Hautvillers, coeur historique de la

Champagne et des dix ans à l’Unesco

61 | Hautvillers, épicentre d’un paysage

culturel universel

histoire

62 | Vous avez dit Henri Martin ?

formation

64 | CRFPS : formations des viticulteurs

en septembre

petites annonces 66|

mémo

SGV Épernay

17—19 avenue de Champagne

CS 90176 - 51205 Épernay

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 26 59 55 00

CRD : Commande au

03 26 59 55 05 ou par mail :

crd@sgv-champagne.fr

AG2C Épernay

17 avenue de Champagne

51200 Épernay

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h30 et de 13h 30 à 17h.

Tél. : 03 26 59 55 15

epernay@ag2c-sgv.fr

SGV Bar-sur-Seine

69 Grande rue de la Résistance

10110 Bar-sur-Seine

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 25 29 85 80

bar@sgv-champagne.fr

Fermeture du 4 au 15 août inclus

CRD : Ouvert du lundi au jeudi

de 8h30 à 12h30.

Commande au 03 25 29 85 80

ou par mail :

crdbar@sgv-champagne.fr

AG2C Bar-sur-Seine

69 Grande Rue de la Résistance

10110 Bar-sur-Seine

Ouvert du lundi au vendredi de

8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 25 29 04 63

bar@ag2c-sgv.fr

SGV Château-Thierry

1 avenue de l’Europe

02400 Château-Thierry

Ouvert du lundi au jeudi

de 8h30 à 12h30 et de

13h30 à 17h. Tél. : 03 65 81 03 70

chateau-thierry@sgv-champagne.fr

CRD : commande au

03 26 59 84 73

ou 06 27 69 15 63

ou par mail :

crd@sgv-champagne.fr

AG2C Château-Thierry

1 avenue de l’Europe

02400 Château-Thierry

Ouvert du lundi au jeudi

de 8h30 à 12h30

et de 13h30 à 17h.

Tél. : 03 26 59 85 32

chateau-thierry@ag2c-sgv.fr

Comité Champagne (CIVC)

5 rue Henri-Martin, 51200 Épernay

Tél. : 03 26 51 19 30.

INPI : 22/07 ; 14/10 ; 18/11 ; 9/12.

Sylvie Woehl. Matin : 8h30/9h15/

10h/10h45/11h30. AM : 13h30/

14h15/15h/15h45/16h30.

Contact : Roxane de Varine Bohan :

03 26 57 19 31

roxane.varine-delaborde@civc.fr

Chambre d’agriculture de la Marne

Complexe agricole du Mont

Bernard - Route de Suippes

51000 Châlons-en-Champagne

Tél. : 03 26 64 08 13

Adasea, installation, transmission…

Adasea

2 rue Léon Patoux - 51100 Reims

Tél. : 03 26 04 74 09. Du lundi au

vendredi : 9h-12h/13h30-16h30

Permanences - Installation

Transmission :

Reims (à l’Adasea) : 15 juillet ;

19 août.

Épernay (à l’AG2C) : 17 juillet.

Châlons (à la Chambre d’agriculture) :

21 juillet ; 25 août.

Chambre d’agriculture de l’Aube

2 bis rue Jeanne d’Arc

10 000 Troyes - Tél. : 03 25 43 72 72

Maison de l’agriculture de l’Aisne

1 rue René Blondelle

02000 Laon - Tél. : 03 23 22 50 50

Adasea, installation, transmission

Service de remplacement

du sud de l’Aisne

11 rue Vallée, 02400 Château-

Thierry - Tél. : 03 23 84 24 00

MSA Épernay : 137 rue de l’Hôpital

Auban-Moët (dans l’enceinte

de l’hôpital) - Tél. : 09 69 32 35 62

MSA Reims : 24 boulevard Louis

Roederer, 51100 Reims

Tél. : 09 69 32 35 62

MSA Sud Champagne

Accueil de Bar-sur-Aube

144 route Nationale

10200 Bar-sur-Aube

Tél. : 03 25 43 54 90

Accueil de Troyes

1 avenue du Maréchal Joffre

10000 Troyes

Tél. : 03 25 30 33 33

MSA Château-Thierry

1 avenue de l’Europe

02400 Château-Thierry

Tél. : 03 23 83 13 07

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 7



sommaire LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 924 JUILLET-AOÛT 2025

Administration/abonnements

17 avenue de Champagne

51200 Épernay.

Tél. : 03 26 59 84 59

Sandrine Breyer

sbreyer@sgv-champagne.fr

Directeur de la publication :

Maxime Toubart

Rédacteur en chef : Alain Julien

ajulien@sgv-champagne.fr

Journaliste : Guillaume Perrin

gperrin@sgv-champagne.fr

Secrétaire de rédaction,

maquettiste : Chloé Rollet

crollet@sgv-champagne.fr

Publicité locale : Eugénie Vallois

evallois@sgv-champagne.fr

Tél. : 03 26 59 84 93 / 06 27 02 24 41

Publicité nationale : Top Agri,

7 rue Touzet Gaillard, CS 30009,

93486 Saint-Ouen cedex.

Tél. : 01 40 22 79 00

Petites annonces : Eugénie Vallois

Tél. : 06 27 02 24 41

http://www.sgv-champagne.com/CV_PA

Impression :

Roto Champagne,

Chaumont

Origine du papier : Finlande

Taux de fibres recyclées : 0 %

Certification : 100 % PEFC

Eutrophisation (Ptot) : 0,016 kg/tonne

Tarifs abonnement :

100 % numérique : 6 €/mois ou 72 €/1 an

Papier + numérique :

80 €/1 an - 150 €/2 ans

CPPAP 0728 G 83449

ISSN 1146-8572

Tirage 4 300 exemplaires

Dépôt légal : 3 e trimestre 2025

Crédits photos : Page 3 : Guillaume

Perrin ; 10 : Lucie Walsdorff ;

11 : Charlotte Rodier ; 13 : DR ;

14-15 : DR ; 16 : G. Perrin ; 17 : DR ;

18 : Comité Champagne ; 19 : A. Julien ;

21 : DR ; 22 : DR ; 23 : DR ;

24-25 : G. Perrin ; 26 : A. Julien ;

27 : A. Julien ; 28 : DR ; 29 : A. Julien ;

30-31 : G. Perrin ; DR ; 32 : DR ;

G. Perrin ; 33 : G. Perrin ; 34-37 : A. Julien

et G. Perrin ; 39 : G. Perrin ; 40-41 : DR ;

42-43 : DR ; 44 : G. Perrin ; 45 : DR ;

46-47 : Axel Coeuret ; 48 : DR ; 51 : DR ;

52 : A. Julien ; 53 : DR ; 54 : DR ; 55 : Julie

Mauvais ; 56 : A. Julien ; 57 : DR ; 58-60 :

Sarah Legrand ; 61 : Geoffrey Orban ;

62 : portrait de l’Assemblée Nationale,

fonds privé ; 63 : DR ; 64 : G. Perrin

Photo de couverture :

© DR

Ont collaboré à ce numéro

Marjorie Arrasse, SGV

Gaëtan Batteux, SGV

Lucie Benatti, SGV

Étienne Benedetti, SGV

Élise Desmoulins, SGV

Pauline Gallot-Collard, SGV

Julie Moreau, SGV

Julie Mauvais, SGV

Joshua Wavrant, SGV

Anaëlle Comestaz, ODG

Louise Michel, ODG

Catherine Blanckaert, AG2C

Chambres d’agriculture du

Vignoble Champenois

Cnaoc

CRFPS

Librairie l'Apostrophe (Épernay)

Sarah Legrand

Geoffrey Orban, Éducavin

= = = = =

MAGAZINE GUIDE

BLISTER

Magazine mensuel édité par

le Syndicat Général des Vignerons

de la Champagne

Première parution

le 22 janvier 1909

Est encarté dans ce numéro,

un Guide Vendange

emploi de main-d’œuvre.

Toute reproduction, même

partielle, sans autorisation

expresse est interdite.

Retrouvez-nous sur :

www.lachampagneviticole.fr

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vous êtes susceptible de recevoir des informations,

commerciales ou non commerciales, de la part

du Syndicat général des vignerons de la Champagne,

du magazine ou de ses partenaires. Conformément

à la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978,

vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et

d’opposition vous concernant. Il vous suffit d’adresser

votre demande par écrit à La Champagne Viticole.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 9


défense du vignoble

VIE SYNDICALE

Le futur se dessine en assemblée

De Lisse-en-Champagne à Polisy en passant par Dormans, les assemblées régionales d’été ont fait leur retour

à partir du 30 juin : les échanges ont été nourris autour de la thématique de la vendange (agronomie,

économie, social...).

Début juillet, le vignoble champenois

affichait un visage sain, avec

une phénologie plutôt en avance

sur la moyenne décennale (7 à 8 jours),

et un potentiel de rendement argonommique

estimé autour de 10 000 kg/ha.

« On sent qu’on se projette vers une année

plus facile, cela fait vraiment beaucoup

de bien. On voit que les vignes

sont bien tenues », positive le président

du SGV Maxime Toubart.

Du point de vue économique, la situation

n’est pas aussi reluisante, comme l’a

présentée Estelle Thibaut, directrice du

SGV. Les expéditions voient leurs volumes

diminuer de façon structurelle —

évolution des modes de consommation,

inflation, concurrence accrue sont les

raisons évoquées —, et les belles années

font figure de « rebonds conjoncturels ».

Cependant, la hausse du prix moyen de

la bouteille depuis 2010 traduit, pour les

champagnes de vignerons, une montée

en gamme, en plus de compenser une

partie des coûts de production.

Face à cette problématique de déconsommation,

Maxime Toubart, qui veut

se projeter sur les cinq années à venir,

suggère qu’il y a « de nouveaux marchés

à ouvrir, ainsi qu’un public et des instants

de consommation à redéfinir.

»

Et ce contexte se reflète

sur les négociations en cours concernant

le rendement commercialisable :

le secrétaire général Damien Champy

relève des positions affichées par le négoce

« pas du tout sur notre ligne ». La

question des ratios de stocks de la filière

a alors animé les débats, à quelques semaines

de l’échéance du bureau exécutif

Des exploitations

fragilisées

du 23 juillet au Comité Champagne,

qui devra statuer sur un volume commercialisable

pour la vendange 2025.

Aurélien Lemouton et Michaël Beaumont,

de l’AG2C, ont livré une analyse économique

des exploitations en Champagne,

comparant deux périodes quinquennales, à

savoir 2019-2024 et 2020-2025.

Il ressort de cette analyse,

qui se base sur un échantillon

de 160 exploitations

de récoltants-manipulants

et de vendeurs au kilo exclusifs, de fortes

variations sur les charges du quotidien.

Si la surface moyenne d’exploitation a

légèrement augmenté, les coûts de production

enregistrent « une augmentation

significative », quel que soit le profil

concerné. « Cette hausse reflète l’infla-

10 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


tion générale des coûts agricoles, particulièrement

marquée pour les intrants,

la main-d’œuvre et les charges de structure

», souligne Michaël Beaumont.

Les hauts rendements de ces dernières années

et le gain de productivité n’ont pu

absorber l’inflation qui a touché les postes

d’engrais et de traitements, ainsi que

l’augmentation des postes de travaux à façon.

Ainsi, le coût de production du kilo

de raisin a augmenté de 42 % en cinq ans.

Et bien que la hausse des chiffres d’affaires

permette de « maintenir — voire d’améliorer

— la rentabilité des exploitations »,

celle-ci progresse moins vite que « la hausse

des résultats nets, traduisant une pression

croissante sur les marges. » Prudence,

donc : « Gérer, c’est prévoir. Attention aux

amortissements : le résultat comptable sert

deux fois dans l’année, mais la trésorerie,

c’est le quotidien pour payer les factures ! »

Séverine Courtois, chargée d’animation

et formation au service Employeurs du

SGV, a fait état d’une

bonne nouvelle pour la

filière, qui est l’obtention

des dérogations au temps

de travail pour les 5 départements

de l’AOC, sollicitées chaque

année par le SGV (lire pages 52-53).

Attention, cependant : le SGV doit réaliser

des bilans collectifs pour tous les

départements, car « la Dreets souhaite vérifier

que les dérogations sont bien utilisées.

» Ainsi, « l’enregistrement du temps

de travail devient impératif, y compris

pour les personnes travaillant à la tâche. »

Vigilance

sur l’emploi

de main-d’oeuvre

En matière de documentation, le SGV

rappelle l’existence des guides rédigés

dans le cadre du plan « Ensemble pour les

vendanges », élaborés par la filière pour

aider chaque adhérent dans la préparation

de ses vendanges.

Santé-sécurité, prestation

de services, hébergement

et accueil saisonnier sont

au programme. Et bien

évidemment, le guide spécialisé « Emploi

de main-d’œuvre » a été de nouveau actualisé,

pour être livré avec ce numéro de

La Champagne Viticole.

Le partenariat noué par la filière Champagne

avec France Travail à l’échelle de

la Marne a été élargi à l’Aube et la Haute-

Marne, donnant naissance à une ligne

téléphonique dédiée aux employeurs et

à un bordereau d'offre d'emploi à télécharger.

Un autre partenaire, l’Université de

Reims Champagne-Ardenne, a mis

en place une tolérance d’absence pour

les étudiants embauchés pour les vendanges

: autant d’outils qui devraient

permettre de favoriser le recrutement

de mains-d’œuvre locales, à condition

de faciliter le transport des vendangeurs,

conseille le SGV.

Guillaume Perrin

Tous les documents cités ci-dessus sont

disponibles sur l’extranet du SGV.

PRÉSERVER LE MÉTAYAGE

Gaëtan Batteux et Pascal Bobillier-Monnot,

attaché juridique et directeur

adjoint du SGV, ont présenté

une réforme du bail à métayage qui

inquiète profondément les instances

champenoises.

La MSA Marne Ardennes Meuse

souhaite ainsi, à travers l’interprétation

d’un texte de la loi de financement

de la Sécurité sociale, remettre

en question la possibilité de cumuler

les revenus de ses baux à métayage

et de sa retraite.

Ce revirement, qui concerne des milliers

de viticulteurs futurs retraités,

fait l’objet d’une intense mobilisation

du SGV, qui vise non seulement

« l’abandon de cette nouvelle doctrine

de la caisse MSA », ou au moins

un moratoire, le temps d’obtenir un

texte garantissant la pérennité du

métayage, mais veut aussi éviter une

généralisation de cette interprétation

à l’Aube et l’Aisne.

Des nouvelles plus encourageantes

viennent d’Europe, avec des demandes

du SGV reprises dans le « paquet

vin » (lire pages 16 et 17).

Et à l’échelle locale, les élections municipales

de mars 2026 restent un enjeu

fort pour la viticulture. Le SGV insiste

sur l'importance d'une représentation

viticole dans les conseils municipaux

pour porter la voix de la filière. Les

listes de candidatures devront être

déposées avant la mi-février 2026 :

pour plus d’informations, consultez le

dossier spécial de La Champagne Viticole

n° 923 de juin 2025.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 11


défense du vignoble

FOIRE ET SALON

Les rendez-vous de la rentrée

Comme à son habitude, le Syndicat

Général des Vignerons prendra

ses quartiers à la 79 e Foire de

Châlons, du 29 août au 08 septembre au

Capitole de Châlons-en-Champagne. Le

stand syndical sera installé dans l’espace

Ferme partagé par la Chambre d’agriculture

de la Marne et les partenaires

institutionnels réuni, au sein du collectif

« Agriculture, cœur de nos territoires ».

La bannière collective Champagne de

Vignerons sera en première ligne pour

présenter au public l’excellence et la diversité

des cuvées élaborées par les artisans

du terroir, classifiées selon leur Caractère

Vif, Fruité ou Intense.

La Foire de Châlons, deuxième événement

agricole de France derrière le

Salon de l’Agriculture, signe traditionnellement

le rendez-vous de la rentrée

politique de nombreux ministres, parlementaires

et chefs de partis. C’est l’occasion

pour le SGV de mener son travail

d’influence pour leur présenter l’actualité

de la filière et ses propositions pour préserver

les intérêts du vignoble.

Les dégustations de

Champagne de Vignerons

– Stand de l’Office du Tourisme du

Grand Reims les 30 et 31 août, les 6 et

7 septembre de 15 h 30 à 16 h 30 ;

– Accords mets et champagnes sur le

stand de l’Inao, le 3 septembre de

11 h 30 à 12 h 30 ;

– Animations et dégustations sur le stand

du SGV à l’espace Ferme les 1 er , 2, 4 et

5 septembre de 11 h 30 à 12 h 30.

La rédaction

À noter également sur vos calendriers : la 18 e édition du Viteff qui se tiendra du 14 au

16 octobre au Millésium d’Épernay. Le SGV comme l’AG2C poseront leur stand dans

le « Hall services » pour présenter aux vignerons les différents services utiles à la bonne

gestion de leurs exploitations.

Matériels et fournitures pour l'habillage

HAUTE TECHNOLOGIE & QUALITÉ

Spécialiste de l’embouteillage et l’étiquetage

de bouteilles de Champagne

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Hors-Série Août 2017 | 1

ADHÉSIFS, COFFRETS EN BOIS…

12 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


MARCHÉ DU FONCIER

Une activité soutenue,

mais une valeur en baisse pour 2024

Dans un contexte économique incertain, le marché du foncier dans la région Grand Est en 2024 est resté relativement

stable en nombre de transactions, mais s’inscrit à la baisse en valeur selon les experts de la Société

d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) du Grand Est lors de l’assemblée générale début juin.

Pour les terres, prés et vergers,

9 713 transactions ont été opérées

(contre 9 730 en 2023) pour une

valeur de 295 millions d’euros en retrait

de 23 %. Côté vignes, la Safer compte

1 494 transactions (contre 1 511 en 2023)

pour une valeur de 166 millions d’euros,

soit une baisse de 13 %.

Les déclarations d’intention d’aliéner

(DIA) qui s’imposent à tous les propriétaires

souhaitant vendre ou donner un

bien rural, ont été répertoriées à hauteur

de 33 519 avec une hausse des surfaces.

Au total 99 432 ha ont été échangés, cédés

ou donnés l’année dernière.

La Safer a pu acquérir 4 746 ha dont

91,3 % à l’amiable et seulement 8,7 %

par la voie de la préemption (simple ou

en révision de prix), loin de l’image de

gendarme du foncier véhiculée à tort.

Par ailleurs, 1 586 rétrocessions pour

5 913 hectares (+7,4 % par rapport à 2023)

ont été examinées en Comité technique.

40 % de ces surfaces ont été rétrocédées

en faveur d’une création d’une nouvelle

activité rurale dont 1 510 ha attribués à

des primo-installés, 28 % ont permis le

maintien de l’occupant en place et 24 % la

consolidation d’un projet porteur.

59 comités techniques départementaux

se sont tenus durant l’année 2024, sorte

de parlements du foncier au sein desquels

siègent la Safer, l’Association des maires,

la Chambre d’agriculture ou encore les

différents syndicats agricoles. Ces comités

sont chargés de valider les différentes

actions de la Safer, notamment l’examen

des rétrocessions ou encore des dossiers

Sempastous.

THIERRY BUSSY SIGNE POUR UN SECOND MANDAT

Lors de l’assemblée générale du 5 juin, Thierry Bussy a

été réélu à la présidence de la Safer Grand Est pour une

durée de quatre ans. Polyculteur-éléveur à Maffrécourt,

petite commune de la Marne dont il est maire, Thierry

Bussy souhaite placer son nouveau mandat sous le signe

du renouvellement des générations agricoles. « Nous devons

accentuer nos efforts en faveur de la transmission

des exploitations agricoles et viticoles. Parallèlement, ma

volonté est de soutenir les projets d’installation, y compris

hors cadre familial, grâce notamment aux outils de

portage foncier à notre disposition. »

Élise Desmoulins, SGV/AJ

FOCUS VIGNES

La vigne a représenté 47 % en valeur

des rétrocessions de la Safer Grand

Est pour un total de 42,45 millions

d’euros. 92,84 hectares ont été rétrocédés,

dont 37,80 ha en Champagne,

47,41 ha en Alsace et 7,63 ha

en Moselle.

Plus d’informations sur le site de la Safer

Grand Est : www.safer-grand-est.fr

LE PROGRAMME PLURIAN-

NUEL D’ACTIVITÉS (PPAS)

Le PPAS 2022-2028 est un document

stratégique de référence, permettant

de traduire l’orientation et

la gestion de l’activité de la Safer. Il

est règlementé par une circulaire ministérielle

et soumis à l’approbation

du préfet de Région. Autrement dit,

il permet de guider les décisions de la

Safer en fixant des axes et des priorités,

en accord avec ses missions.

Le bilan PPAS 2024 en quelques

chiffres :

- 37 % des surfaces attribuées en faveur

de l’installation, dont 38 % sont

des installations hors cadre familial ;

- 5 913 ha attribués par la Safer,

dont 91,3 % des surfaces acquises à

l’amiable ;

- 767 ha de forêt rétrocédés ;

- 15 % des surfaces agricoles attribuées

en faveur de la protection de

l’environnement.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 13


défense du vignoble

FONCIER VITICOLE CHAMPENOIS

Des ventes en recul, mais

Après une année 2023 dynamique, le marché foncier viticole en Champagne marque le pas en 2024. Si les

prix continuent de progresser légèrement, le volume des transactions s’inscrit en net repli dans un contexte

économique et sanitaire incertain.

Selon Olivier Baranski, le directeur

opérationnel de la Société d’aménagement

foncier et d’établissement

rural (Safer) Grand Est, la tendance

baissière se manifeste particulièrement

dans le département de l’Aube, mais également

dans la Marne. Seul le département

de l’Aisne reste dynamique pour de

faibles volumes.

En 2024, l’Aube subit un recul notable

des surfaces échangées avec quelque 50

hectares vendus, en baisse de 53 % par

rapport à 2023. Côté valeur, le repli est de

20 %. « Il faut relativiser ces chiffres, car

l’année 2023 avait été exceptionnelle dans

ce département avec 107 hectares vendus,

du jamais vu, alors que la moyenne

est plutôt entre 50 et 70 hectares. Donc,

en fait, c’est un retour à la normale », explique-t-il.

C’est dans le vignoble de la Marne que

l’on constate des évolutions plus significatives,

en raison d’un marché historiquement

plus actif. Le repli est plus modéré

avec une baisse de 11 % en volume, mais

paradoxalement une valeur globale qui

progresse de 2 %. Cela s’explique par une

concentration des ventes en grands crus et

premiers crus en 2024.

Par ailleurs, l’Aisne est le seul département

à se démarquer de la morosité ambiante.

« Comme il s’agit d’un petit marché,

quelques transactions un peu exceptionnelles

influencent considérablement les

courbes », note le directeur opérationnel

de la Safer.

Prix stables à haussiers,avec

des disparités territoriales

À l’échelle de la Champagne, les prix

progressent en moyenne de +1,7 %,

avec des hausses similaires dans la Marne

PRIX MOYEN DES VIGNES

AOC CHAMPAGNE EN 2024

(valeur dominante en milliers d’euros - source : Safer)

Prix moyen

(€/ha) 2023

Prix moyen

(€/ha) 2024

Évolution entre

2023 et 2024

CHAMPAGNE 1 093 052 1 111 695 +1,4 %

Département

AISNE 862 441 882 196 +2,3 %

AUBE 932 154 950 256 +1,9 %

MARNE 1 183 926 1 202 598 +1,6 %

Zone viticole Marne

Côte des Blancs 1 682 773 1 631 711 -3,0 %

Grands crus et Premiers crus

Montagne de Reims

et Grande Vallée

Vallées de la Marne,

de l’Ardre et de la Vesle

1 181 322 1 229 190 +4,1 %

1 003 340 1 019 884 +1,6 %

Sud Marnais 1 145 269 1 167 221 +1,9 %

(+1,6 %), l’Aube (+1,9 %) et l’Aisne

(+2,3 %). « Il s’agit d’une évolution lente

et maîtrisée des prix. »

Toutefois, certains secteurs connaissent

des évolutions contrastées : la Côte des

Blancs par exemple, affiche une baisse

moyenne de -3 %, imputable à une

moindre proportion de ventes en grand

cru cette année. Les prix par communes

quant à eux restent parfaitement stables.

D’autres vignobles restent particulièrement

recherchés et sujets à une pression

à la hausse des prix. C’est le cas par

exemple des grands crus et premiers crus

de la Montagne de Reims et de la Grande

Vallée de la Marne (de Ambonnay à Mailly-Champagne),

ou encore du Sézannais

qui poursuit sa montée en puissance

(+4 %, 1 230 000 €/ha en moyenne).

La Vallée de la Marne ou la Vallée de l’Ardre,

qui avaient pris un peu de recul ces

dernières années, progressent de 2 % avec

des prix qui se réajustent.

Des acteurs plus prudents

et un attentisme

post-vendanges à anticiper

Trois profils d’acquéreurs animent le marché

: les maisons de champagne, les vignerons

et les investisseurs.

Le négoce demeure très sensible aux si-

14 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


des prix résistants

gnaux économiques et a significativement

ralenti son activité foncière. Les vignerons

quant à eux sont stables dans leur activité et

restent largement majoritaires sur le marché

foncier champenois. Pour les quelques

acquéreurs investisseurs qui sont souvent

des personnes physiques diversifiant leur

patrimoine ou encore des investisseurs

institutionnels, les transactions sont également

stables. Ils représentent environ 10 %

du marché.

L’incertitude ambiante (conjoncturelle et

sanitaire) pousse certains propriétaires à

différer la vente, expliquant la baisse du volume

de transactions en 2024 et renforçant

l’effet de contraction. Ce climat pousse

les propriétaires à conserver leur foncier,

celui-ci étant toujours perçu comme une

valeur refuge en temps houleux.

Flavescence dorée :

la nouvelle donne sanitaire

qui inquiète

La découverte récente de foyers importants

de flavescence dorée, notamment

en Vallée de la Marne, commence à peser

sur les dynamiques foncières. Deux réactions

se dessinent : retrait pur et simple

de certains acheteurs ou négociations à la

baisse. Même si l’impact reste qualitatif à

ce stade, les professionnels redoutent une

dévalorisation durable du foncier touché,

contrebalancée par les efforts de régulation

de la filière.

Installation : un parcours

toujours semé d’embûches

Les prix prohibitifs du foncier, notamment

dans la Marne (1 200 000 €/ha en

moyenne), rendent les installations hors

cadre familial extrêmement rares. Si la loi

de finances facilite les transmissions intrafamiliales,

les jeunes entrants hors cadre

familial restent confrontés à une quasi-impossibilité

d’accès sans gros investisseur.

Élise Desmoulins, SGV/AJ

CHAMPAGNE ET BOURGOGNE, ÎLOTS DE RÉSILIENCE

DANS UN PAYSAGE NATIONAL EN CRISE

Sur le marché foncier viticole national, le nombre de transactions recule en 2024

(-1,4 %), confirmant le repli des ventes déjà engagé en 2023. Cela s’explique par la

contraction du marché observée en Val de Loire et en Charentes-Cognac.

En termes de valeur, les vignes AOP sont légèrement à la baisse en 2024 (-1,1 %),

mais cela dissimule des situations très hétérogènes entre les appellations. En

pleine crise du vin, Bordeaux et Occitanie voient des vignes invendues, malgré des

prix au plus bas, tandis que Cognac et Val de Loire ralentissent sévèrement.

L’Alsace, quant à elle, entre dans une spirale de désaffection comparable, avec des

discussions sur des arrachages à venir. Des vignes situées dans des secteurs dits

« moins qualitatifs » ne se vendent plus, et ne se louent plus non plus.

À l’échelle nationale, seul le duo Champagne–Bourgogne résiste à la morosité

ambiante.

PRIX DES VIGNES AOP PAR BASSIN VITICOLE

(prix annuels en euros courants par hectare - source : Groupe Safer-SSP)

2023 2024

Évolution entre

2023 et 2024

Alsace-Est 117 800 117 000 -0.7 %

Bordeaux-Aquitaine 123 900 101 100 -18,4 %

Bourgogne-Beaujolais

Savoie-Jura

266 500 295 900 +11,0 %

Champagne 1 103 200 1 121 800 +1,7 %

Corse 23 700 23 700 0,0 %

Languedoc-Roussillon 15 100 14 300 -5,1 %

Sud-Ouest 14 700 13 400 -9,1 %

Val de Loire-Centre 52 200 51 000 -2,2 %

Vallée du Rhône-Provence 59 000 58 700 -0,5 %

PRIX MOYEN AOP 178 400 176 400 -1,1 %

PRIX MOYEN AOP

hors Champagne

97 600 93 800 -3,9 %

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 15


défense du vignoble

EUROPE

Paquet vin : « Nous avons obtenu

des avancées substantielles »

Alors que les discussions européennes autour du futur Paquet vin battent leur plein, Maxime Toubart, président

du Syndicat Général des Vignerons et vice-président de la Fédération européenne des vins d’origine

(EFOW), revient pour La Champagne Viticole sur les attentes de la filière, l’état des négociations et les enjeux

à venir pour la viticulture d’appellation.

Le Paquet vin est en cours

de discussion à Bruxelles.

Pouvez-vous nous rappeler

de quoi il s’agit ?

C’est un ensemble de dispositions techniques

et réglementaires spécifiques

au secteur vitivinicole proposé par la

Commission européenne et intégré dans

une révision ciblée de l’Organisation

commune de marché (OCM) agricole.

Cela fait suite aux recommandations du

Groupe à haut niveau qui avait notamment

auditionné les représentants

d’Efow pour recueillir leurs

préconisations pour l’avenir de la

filière (Voir La Champagne Viticole

N°919 de février 2025 en pages 14

et 15). Il s’agit en quelque sorte de

la colonne vertébrale juridique qui

encadre nos productions. Ce texte

est donc fondamental, car il touche

à des éléments aussi stratégiques

que la gestion du potentiel de production,

l’étiquetage, ou encore les

pratiques œnologiques.

Quelles sont

les principales

attentes du SGV

dans ce cadre ?

Notre Syndicat porte une position

très claire : nous voulons que les

dispositions de ce Paquet vin permettent

de préserver notre modèle de

production fondé sur la qualité et l’appellation

d’origine. Pour cela, le cœur

de notre combat porte avant tout sur la

maîtrise des plantations. Nous demandons

que le taux de croissance annuel du

potentiel viticole puisse être fixé à 0 %,

pour l’ensemble d’une aire d’appellation.

Nous demandons aussi que cette limitation

des plantations nouvelles puisse se

justifier en raison d’un risque de détournement

de notoriété. Cela permettrait de

mieux protéger les vignobles d’appellation

face à d’éventuelles stratégies parasitaires.

Nous demandons également la reconnaissance

de la non-mixité des vignobles

AOC, c’est-à-dire qu’un vignoble destiné

historiquement à produire exclusivement

de l’appellation doit pouvoir

décider de ne pas accueillir de plantations

de vignes productrices de vins sans

indication géographique, autrement dit

de VSIG. Je rappelle que jusqu’à présent,

le régime d’autorisations de plantation

nous oblige notamment à l’attribution

d’un minimum de plantations nouvelles

y compris en VSIG. Ce n’est pas acceptable,

car c’est une question de cohérence

et de protection de notre modèle d’AOC

champenois.

Enfin, nous souhaitons l’interdiction de

la possibilité de transfert de droits VSIG

au sein d’une exploitation disposant de

plusieurs sites, pour éviter des contournements

par replantation.

En parallèle, nous restons très attentifs

à d’autres sujets majeurs, en soutien aux

positions portées par la Cnaoc et Efow :

la durée de vie des autorisations de plantation,

la gestion des crises sanitaires

comme la flavescence dorée au travers

des évolutions du Plan stratégique

national (PSN),, ou encore le projet

d’étiquetage nutritionnel et des

ingrédients, pour lequel nous défendons

la possibilité d’utiliser un

symbole de type « i » d’information

afin de préserver la lisibilité des étiquettes.

Où en est-on

aujourd’hui dans

les négociations ?

Nous sommes bien avancés. Du

côté du Conseil de l’Union européenne,

nous avons obtenu des

avancées substantielles. Toutes

nos demandes sur la maîtrise des

plantations ont été intégrées dans

le mandat arrêté, à l’exception de

la non-mixité et de l’interdiction

d’implantation de VSIG par replantation

intraexploitation.

Au Parlement européen, nous avons le

soutien fort des parlementaires, en particulier

d’Esther Herranz Garcia, la rapporteuse

principale du texte et coprésidente

de l’intergroupe vin. Son projet

de rapport reprend l’ensemble de nos

demandes, ce qui est un signal très positif.

Je tiens d’ailleurs à saluer l’écoute et

l’engagement des parlementaires français

16 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


et européens, ainsi que l’appui constant

de la Cnaoc et d’Efow, sans qui ce travail

de fond ne serait pas possible.

Nous avons également apprécié la méthode

de travail choisie par la Commission

européenne : moins verticale et qui s’inscrit

plus dans une logique de co-construction.

Les conclusions du Groupe à haut

niveau, qui s’est réuni entre septembre et

décembre 2024, ont permis d’alimenter de

manière constructive le projet législatif.

Quel est le calendrier pour

les prochaines étapes ?

Le calendrier prévisionnel est dense et

accéléré. Le projet de rapport d’Esther

Herranz Garcia a été finalisé fin mai. Il a

été présenté en Commission agriculture

du Parlement européen à la fin du mois

de juin. Les députés avaient jusqu’au

3 juillet pour déposer leurs amendements,

qui seront traduits d’ici le 24 juillet.

En août seront rédigés les amendements

de compromis, et les négociations

commenceront dès le 1er septembre.

Un vote en Commission agriculture est

prévu le 5 novembre, mais pourrait intervenir

plus tôt si une majorité se dessine.

Il est question d’une session spéciale

à Strasbourg, probablement en octobre,

pour accélérer le processus. Les trilogues

avec le Conseil, la Commission et le Parlement

européen pourraient également

se tenir dans la foulée, pour un vote final

en plénière durant le mois de novembre.

Ce calendrier se superposera aussi avec

les premières discussions sur la PAC post-

2027, dont les grandes lignes commenceront

à être esquissées dès cet été. Mais

ce débat sera beaucoup plus large, car il

concerne toute l’agriculture, et sera fortement

tributaire des négociations budgétaires

européennes. Ce sont des discussions

complexes, qui demandent une vigilance

constante en considération de leurs incidences

sur notre vignoble, le SGV et la

filière viticole restent totalement mobilisés

sur le sujet et s’emploient à investir pleinement

les affaires bruxelloises.

Propos recueillis par Gaëtan Batteux, SGV/AJ

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 17


défense du vignoble

ORGANISME DE DÉFENSE ET DE GESTION

FLAVESCENCE DORÉE

Surveillance collective obligatoire

pour la campagne 2025

Face à la progression exponentielle de la flavescence dorée et à l’urgence de la situation, une évolution du

système de surveillance a semblé indispensable pour assurer la pérennité du vignoble. Annoncées lors de

l’assemblée générale du SGV, les nouvelles dispositions ont été confirmées par arrêtés préfectoraux : en

2025, la surveillance collective devient obligatoire sur toutes les communes de l’Appellation Champagne.

Pour tenter de détecter le plus tôt

possible les pieds contaminés par la

flavescence dorée, notamment les

ceps atteints de son variant le plus épidémique,

le M54, la filière s’est fixée pour

ambition d’assurer une prospection de

la totalité des communes et des surfaces

AOC en un délai maximal de trois ans.

Ce dispositif est rendu possible grâce au

travail de la profession avec les services

de l’État. Ainsi, des arrêtés préfectoraux

fixent une zone de surveillance obligatoire

minimale pour toutes les communes

de l’Appellation.

ET EN ZONE DÉLIMITÉE ?

Dans les cas de communes ou de portion de commune sous arrêté préfectoral de

type « zone délimitée » (c’est-à-dire où la flavescence dorée a déjà été détectée),

l’organisation des années précédentes ne change pas.

Les exploitants concernés par ces zones sont toujours convoqués aux prospections

collectives obligatoires. De plus, des mesures de lutte complémentaires

sont rendues obligatoires sur ces zones, comme l’arrachage systématique des

pieds de jaunisses (bois noir et flavescence dorée), le nettoyage du matériel et

selon les situations, la lutte insecticide.

Concrètement, cela signifie que ce qu’on

appelait autrefois prospections volontaires

devient des prospections obligatoires

au regard de l’administration.

L’ensemble des communes de l’AOC est

ainsi découpé en deux à trois zones de

surveillance obligatoire, selon sa surface.

Ces zones ont été établies avec l’appui

des référents locaux. Tous les ans, l’une

de ces zones sera intégralement prospectée

pendant une demi-journée. Les exploitants

de la zone retenue seront donc

convoqués afin de participer de façon

obligatoire à la prospection.

Une mobilisation inédite

de la profession

Le passage de toutes les communes AOC

en surveillance obligatoire impliquera une

mobilisation importante des opérateurs.

En effet, chaque personne exploitant une

parcelle concernée par une zone de surveillance

obligatoire recevra, entre le 1er

et le 15 août, une convocation officielle à

la prospection collective. La présence d’un

représentant de l’exploitation est donc impérative.

Si un exploitant ne peut se rendre

disponible, la surveillance peut être assurée

par un représentant de son choix, proportionnellement

aux surfaces concernées

dans la zone ciblée, à hauteur d’au moins

une personne par tranche de 1,5 ha.

Dans tous les cas, il est impératif d’émarger

à la fin de la prospection pour l’ensemble

des structures qu’un participant

représente. Cette validation est indispensable,

puisqu’à l’issue de la campagne de

prospection, les Draaf pourront effectuer

des contrôles documentaires sur la participation,

et appliquer des sanctions en

cas d’absence.

De nouveaux outils

au service de la gestion

de la prospection

Grâce à l’outil de gestion des projets

collectifs du Comité Champagne

PCOLLAB, l’organisation des

prospections est centralisée et simplifiée

pour toutes les communes.

En se connectant sur la plateforme

https://pcollab.comitechampagne.fr/,

chaque opérateur pourra retrouver l’ensemble

de ses convocations directement

18 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


sur la page d’accueil à partir de la fin du

mois de juillet.

Tous concernés,

tous formés !

MODIFICATION DES

CAHIERS DES CHARGES

Par ailleurs, comme l’année dernière,

l’envoi des convocations centralisé via cet

outil est géré par le Comité Champagne

pour les convocations en zones délimitées,

et par le SGV pour les prospections

en zones de surveillance obligatoire

(ex-prospections volontaires).

Pour rappel, elles sont envoyées depuis

l’adresse électronique suivante :

no-reply@pcollab.comitechampagne.fr.

Enfin, le calendrier complet des dates de

prospections sera également consultable

sur les différents extranets professionnels

à partir de mi-juillet.

LES BONS RÉFLEXES

À ADOPTER :

– Comme pour tout envoi en nombre,

des emails peuvent ne pas arriver à

destination, ou être redirigés automatiquement

dans le dossier Courriers

indésirables de votre boîte de

réception. Nous comptons sur votre

vigilance pour vérifier régulièrement

ce dossier ! Pour éviter cela, vous pouvez

faire de l’expéditeur no-reply@

pcollab.comitechampagne.fr un expéditeur

approuvé.

– Pour simplifier la gestion de l’émargement,

vous pouvez vous présenter

avec votre convocation au format papier,

ou indiquer votre code récoltant

et le nom officiel de votre structure

(nom inscrit au Casier viticole informatisé)

aux référents du secteur.

QUELLES SANCTIONS S’APPLIQUENT EN CAS

DE NON-PARTICIPATION ?

Pour permettre au plus grand nombre

de mieux identifier les pieds symptomatiques

et afin de mieux connaître l’organisation

de la lutte contre cette maladie,

le SGV, en collaboration avec le Comité

Champagne et les Chambres d’agriculture

du vignoble champenois, a développé

un module de formation en ligne,

gratuit et ouvert à tous.

Vous pouvez retrouver cette formation

en ligne via ce QR code :

Pour y accéder, veuillez cliquer sur le

bouton « accéder en tant qu’anonyme ».

Viticulteurs, salariés, prestataires, chaque

acteur de la filière doit se sensibiliser aux

enjeux de la lutte contre la flavescence

dorée, pour assurer la pérennité du vignoble.

À vos chaussures de marche et vos yeux

aiguisés : détectez au plus tôt de nouveaux

foyers de flavescence dorée !

Anaëlle Comestaz, ODG/AJ

À l’issue de la campagne de surveillance, la liste des absents aux prospections

collectives en zone de surveillance obligatoire et en zone délimitée sera communiquée

à l’administration. En cas de non-respect des mesures de lutte prévues

dans les arrêtés préfectoraux, des sanctions pénales pourront s’appliquer,

allant jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende (article

L.251-20 II du code rural et de la pêche maritime).

De la même façon, l’absence de participation aux prospections obligatoires

peut entraîner un retrait de la certification environnementale VDC.

Le 12 juin 2025, le comité national de

l’Inao a validé à l’unanimité la modification

de nos cahiers des charges AOC

Champagne et Coteaux Champenois

pour l’usage des herbicides et l’introduction

d’un nouveau cépage.

Localisation d’utilisation

des herbicides

La nouvelle disposition, validée par

l’Inao, permet désormais l’usage de

produits herbicides uniquement sur

une largeur de 40 centimètres maximum

de part et d’autre du rang de la

vigne. C’est dans une démarche de

progrès agroenvironnementaux de

la filière que l’ODG a pris la décision

de pousser le curseur plus loin dans

l’usage de produits herbicides, afin de

ne pas créer d’impasse technique pour

les opérateurs et de basculer vers un

changement de pratiques.

Introduction du cépage

Chardonnay rose

Le Chardonnay rose est une mutation

naturelle du Chardonnay blanc que

l’on trouve historiquement à l’état de

ceps isolés dans le vignoble champenois.

Au-delà de sa sauvegarde et de

sa valorisation, il adopte un comportement

agronomique intéressant dans

le contexte du changement climatique.

L’application de ces mesures sera effective

quand les cahiers des charges

seront homologués au Journal officiel.

Par ailleurs, la décision de l’Inao sur la

mesure coiffe devrait être prise au mois

de septembre ou novembre. La filière,

au travers du Comité Champagne, doit

prendre une décision à la lumière des

études récentes réalisées sur les codes

identitaires du champagne.

Louise Michel, ODG/AJ

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 19


défense du vignoble

CALCUL DES SURFACES AU CVI

Le compte est bon pour la filière

La circulaire attendue sur la prise en compte des tournières, bandes latérales, fossés et talus dans le calcul

des superficies déclarées a été finalisée et publiée par la Direction générale des douanes le 4 juillet. Une

avancée saluée par le Syndicat Général des Vignerons qui s’est fortement mobilisé depuis des années aux

côtés de la Cnaoc.

La circulaire précise les différents

éléments concernant les tournières,

bandes latérales, fossés et

talus nécessaires au calcul de la superficie

plantée au casier viticole informatisé

(CVI), éligible à la production.

CE QUE DIT LA CIRCULAIRE

Tournières

et bandes latérales

La notion de superficie plantée en vigne

à retenir est celle occupée par les plants

de vigne ainsi que celle nécessaire à la

bonne exploitation de la parcelle viticole.

À ce titre, elle comprend :

- Les tournières qui visent à permettre

aux engins agricoles de manœuvrer

en bout de rang ;

- Les bandes latérales visant à protéger

le voisinage contre la diffusion indésirable

de produits phytosanitaires.

Pour apprécier la nécessité de la tournière

ou de la bande latérale pour la bonne

exploitation de la parcelle, et donc leur

qualité de surface productive, il convient

d’examiner :

- La typologie des lieux, notamment

l'existence d'une pente ;

- Le type de mécanisation - tracteur,

enjambeur, et notamment son rayon

de braquage ;

- Pour la bande latérale, la création volontaire

d'une zone tampon sans pieds

de vigne, afin de permettre la circulation

d'équipements de pulvérisation.

Par ailleurs, la circulaire intègre la notion

d’ilot cultural, en admettant qu’une

parcelle cadastrale ne comportant pas

de pieds de vigne puisse être déclarée

comme plantée, si elle est utilisée comme

tournière utile à une autre parcelle exploitée

par un même vigneron.

Fossés et talus

Le fossé est selon la douane une tranchée

creusée dans le sol, entre les rangs ou à

la place d'un rang, pour faire circuler et

drainer de l'eau. Un talus naturel ou artificiel

est une surface pentue de terre ou de

pierre sur un terrain.

Les fossés et talus sont pris en compte au

motif que :

- Les fossés jouent un rôle important,

pour la récupération et la filtration des

eaux de ruissellement ;

- Les talus contribuent à la bonne exploitation

de la vigne en limitant l'érosion

et permettant la mécanisation.

Tout autre élément que les arbres, haies,

tournières, bandes latérales, fossés et talus

est exclu du calcul de la superficie plantée

au CVI. Pour autant, lorsque des superficies

ne comportant pas de pieds de vigne

constituent un élément utile à la bonne

exploitation de la parcelle, à l'environnement

ou au paysage visé dans le cahier des

charges, elles peuvent être intégrées dans

le calcul de la superficie plantée, éligible à

la production (bosquets, taillis, murets...).

Il a également été obtenu la régularisation

des surfaces retirées depuis 2016 lors

des contrôles. Plus d’informations seront

communiquées ultérieurement sur ce

point qui nécessite encore quelques ajustements

concernant sa mise en œuvre.

Selon la circulaire, les contrôles sont soumis

au pouvoir d'appréciation des services

à qui il appartient de déterminer

dans quelle mesure les éléments à intégrer

contribuent à la bonne exploitation de la

vigne. Leur cumul devra rester cohérent

avec les conditions de production du cahier

des charges qui demeurent à l'appréciation

de l'Institut national de l'origine et

de la qualité (Inao).

Ces évolutions marquent une avancée

dans la reconnaissance des spécificités topographiques

et agroenvironnementales

du vignoble champenois et devraient

soulager les viticulteurs de bonne foi du

risque lié aux contrôles de situations anciennes,

se félicite le SGV.

GB/AJ

20 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


FRICHES VITICOLES

Adoption d’une proposition de loi soutenue

par la Cnaoc

Après plusieurs années de mobilisation,

c’est une victoire importante

pour les vignerons d’AOC.

Le parlement vient d’adopter, le

5 juin, la proposition de loi pour

lutter contre les friches viticoles.

Une réponse concrète à une problématique

sanitaire, environnementale

et paysagère majeure,

rendue possible grâce à l’action

concertée de la Cnaoc et de ses

fédérations.

«

Que ce soit dans la Loire, à Bordeaux

ou dans le Sud, depuis

des années, nous alertons : les

vignes abandonnées se multiplient et ne

sont pas de simples terrains en attente de

projets, elles sont de véritables bombes

sanitaires. Le vote de cette loi est une

réponse attendue par nos vignerons depuis

longtemps et le résultat d’un travail

syndical mené par la Cnaoc avec l’appui

des fédérations régionales (notamment la

FGVB, le Muscadet, l’AVA et le Beaujolais)

et des parlementaires sensibilisés

sur le terrain, tel qu’Hubert Ott, l’auteur

de cette proposition de loi, avec qui

nous avons travaillé de concert et que je

remercie vivement », souligne Jérôme

Bauer, président de la Cnaoc.

La flavescence dorée et d’autres pathogènes

trouvent — dans ces friches — un

refuge idéal, mettant en péril les parcelles

voisines. Les études menées par l’Institut

français de la vigne (IFV) démontrent

qu’une friche génère une pression sanitaire

9 à 12 fois supérieure à une parcelle

entretenue. L’influence de ces parcelles

non cultivées peut alors s’étendre jusqu’à

150 mètres, compromettant les efforts

des viticulteurs voisins pour protéger

leurs vignes.

Cette mesure-outil se veut efficace et incitative

pour lutter contre la prolifération

de la flavescence dorée dans le vignoble

en zones de lutte obligatoire. Elle vise à

responsabiliser les propriétaires tout en

permettant une action rapide lorsque

l’intérêt collectif est menacé : le passage

d’une sanction délictuelle à une sanction

contraventionnelle (1 500 euros la parcelle)

permettra d’accélérer le traitement

des dossiers via une approche forfaitaire,

avec une réponse simplifiée par étape.

DES AVANTAGES POUR TOUTE LA FILIÈRE VITICOLE

AVEC CETTE NOUVELLE MESURE :

Charlotte Barotin, CNAOC/AJ

- Réduire la pression sanitaire et économique : alléger le nombre de traitements

phytosanitaires nécessaires sur les parcelles voisines des friches, les surtraitements

par les voisins ont un coût certain ;

- Préserver l’image paysagère et patrimoniale des appellations, souvent dégradée par

les zones laissées à l’abandon, qui sont parfois au cœur de parcours oenotouristiques ;

- Limiter les conflits de voisinage fréquents dans les bassins viticoles touchés par

l’abandon de parcelles de vignes.

LES POINTS CLÉS

• Détection locale : Le recensement repose

sur un diagnostic objectif, réalisé

en lien avec les chambres d’agriculture,

les ODG, les GDON ou les interprofessions

en coordination avec les

services de l’État (SRAL)…

• Mise en demeure : si une parcelle est

identifiée comme friche, une mise en

demeure est adressée au propriétaire.

Celui-ci dispose d’un délai de six mois

pour remettre la parcelle en état (arrachage,

remise en culture lorsque c’est

possible).

• Droit d’intervention : si le propriétaire

reste inactif, une collectivité, la Safer

ou un ODG peut demander à gérer

temporairement la parcelle, dans le

but de la remettre en culture. Cette

mesure, inspirée du droit forestier, respecte

le droit de propriété, mais protège

l’intérêt viticole collectif.

• Sanction dissuasive : en cas de refus

d’entretien, le propriétaire s’expose

désormais à une amende forfaitaire

(contravention de 1 500 € à la parcelle)

ainsi qu’à la possibilité pour les collectivités

de faire exécuter les travaux d’office,

aux frais du propriétaire.

PLUS D’INFOS

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N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 21


défense du vignoble

RURALITÉ

L’Adasea de la Marne élargit son action

au milieu rural

Installation, transmission, accompagnement

des exploitants

en difficulté et environnement :

l’Adasea de la Marne a présenté

le bilan 2024 de ses différentes

activités lors son assemblée générale

fin mai.

L’Association de développement,

d’aménagement et de services en

environnement et en agriculture

(Adasea) assure une mission de service

public auprès des agriculteurs et viticulteurs

par convention avec la DDT, le

Département de la Marne, la DRAAF et

la Région Grand Est. Son objectif est de

maintenir et développer une dynamique

sur son territoire via les volets économique

(installation, transmission), social

(accompagnement des agriculteurs en

difficulté via le dispositif REAGIR) et environnemental.

Installation : de plus

en plus de candidats

et de projets concrétisés

En 2024, 214 personnes ont été reçues

par le Point accueil installation (PAI),

une fréquentation en hausse de 11 % par

rapport à 2023 : 55 % pour une installation

en agriculture et 45 % en viticulture.

18 % n’étaient pas d’origine agricole ou

viticole contre 24 % en 2023.

La part du public reçu n’ayant pas la

capacité agricole lors du rendez-vous

(17 %) est en forte baisse après plusieurs

années de hausse (53 % en 2023, 46 %

en 2022, 39 % en 2021). 58 % des projets

d’installation sont basés sur une reprise

d’exploitation agricole, 18 % sur

une création et 20 % sur une association.

La moitié des projets d’installation comporte

au moins une pratique agroécologique

hors agriculture bio.

Dans la Marne, le nombre d’installations

aidées est en nette progression (+76 %) : 95

projets concrétisés en 2024 (contre 54 en

2023, 50 en 2022 et 54 en 2021) dont 67 %

en agriculture et 33 % en viticulture.

Transmission : 93 %

dans le cadre familial

Le Point info transmission (PIT) a reçu

27 futurs cédants en 2024 (contre 34 en

2023) : 45 % en agriculture et 55 % en viticulture.

L’âge moyen des cédants est de

61 ans (contre 62 en 2023). Lors du rendez-vous

au PIT, tous les cédants avaient

un repreneur identifié : dans 93 % des

cas, il est issu du cadre familial. 90 % des

repreneurs identifiés sont des futurs installés.

Tous les futurs cédants ont entamé

la préparation de l’outil de production à

transmettre, mais seulement 19 % d’entre

eux ont établi la valeur de cession de leur

exploitation. Un suivi des futurs cédants

est mis en place sur trois ans.

Exploitants en difficulté :

nombre de suivis en hausse

116 personnes ont été suivies par le dispositif

REAGIR en 2024 (105 en 2023)

pour 93 exploitations. 37 personnes

(pour 30 exploitations) sont entrées dans

le dispositif en 2024, un chiffre en forte

hausse comparé à 2023 (15 personnes

pour 14 exploitations). La moisson compliquée

de 2024 est une des raisons. 40

en sont sorties (contre 26 en 2023) dont

32 positivement (départs en retraite,

maintien de l’activité avec amélioration,

reconversion…). Les exploitants entrés

en 2024 sont installés en majorité en

grandes cultures (38 %) ; la proportion

de viticulteurs est stable à 22 % (20 %

en 2023). Les exploitants suivis en 2024

(c’est-à-dire ceux déjà présents au 1er

janvier 2024 et ceux entrés en 2024) ont

poussé la porte de REAGIR pour des raisons

économiques (77 %), des problèmes

de santé (13 %), d’entente (7 %) ou juridiques

(3 %).

Développer la biodiversité

Un territoire agricole et viticole dynamique

doit préserver une biodiversité

très riche : flore, faune sauvage, avifaune,

pollinisateurs… L’Adasea accompagne le

développement de cette biodiversité sur

le territoire champardennais. Elle intervient

auprès de l’association Symbiose

sous forme de prestation pour les missions

de montage de projets, d’animation

des comités de suivi de ces projets,

de coordination, de rédaction d’appel à

projets, de recherche de financeurs et de

communication. En 2024, l’action s’est

focalisée sur la trame verte et bleue et sur

les projets d’innovation et de partenariats

scientifiques. L’Adasea œuvre également

au niveau national via Epiterre.

La rédaction

22 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


VIE DES UNIONS LOCALES

Resserrer les liens entre les vignerons

et le Syndicat

Élu en février 2025, Willy Neveux est le nouveau président de l’union locale (ex-section locale) de Jonquery

dans la Vallée de la Marne. Il souhaite impliquer plus durablement les viticulteurs de son village dans les

dossiers portés par le SGV.

Quelques mots pour vous présenter

?

Après avoir exercé différents

métiers comme la sommellerie et le

commerce du vin, j’ai rejoint l’exploitation

familiale il y a cinq ans. J’ai le statut

de récoltant-manipulant depuis environ

quatre ans, ma marque sera créée en fin

d’année et je serai ainsi le représentant de

la troisième génération familiale à commercialiser

du champagne.

Je suis également coopérateur à Villers-Marmery,

coopérative pour laquelle

j’ai un attachement familial particulier,

car mon arrière-grand-père en a été un

des membres fondateurs. J’y suis d’ailleurs

engagé en tant que secrétaire.

Côté famille, je suis marié et j’ai deux

filles.

Concernant mes autres engagements,

je suis aussi administrateur de l’AG2C

en tant que représentant du Groupe des

Jeunes Vignerons et secrétaire de ma

Cuma ainsi que du Groupement d’employeurs

auquel je fais appel.

Pourquoi devenir président de votre

union locale ?

Le collectif est important pour moi.

J’avais envie de redonner du dynamisme

à notre union locale, d’impliquer un peu

plus les viticulteurs dans la vie du Syndicat.

Je suis au Groupe des Jeunes depuis

bientôt six ans et je me rends compte

qu’on a tendance à être assez passifs visà-vis

du SGV. Je souhaite inciter mes

collègues à être des acteurs syndicaux.

Mon idée c’est vraiment de faire le lien

entre les vignerons et notre Syndicat.

Comment présenteriez-vous les activités

de votre village ?

Jonquery est une petite commune rurale,

mais avec une forte dominante viticole.

Nous comptons environ dix vignerons

à titre principal sur une centaine

d’habitants. Comme le maire de notre

commune est vigneron, les intérêts du

vignoble sont réellement pris en compte

par le conseil municipal. Pour autant il

n’y a pas vraiment d’actions ou de communication

pour mettre en avant l’activité

viticole au sein de la commune.

L’union locale, organise depuis trois ans

une prospection volontaire pour identifier

les pieds touchés par la flavescence

dorée en commun avec le village voisin

de Cuisles.

Quels enjeux pour la section locale de

Jonquery ?

Mon ambition est de créer de la cohésion

entre les vignerons, améliorer le niveau

d’information des adhérents dans le but

de mieux comprendre les décisions du

Syndicat.

J’aimerais également que nous réussissions

à mettre en place des actions de

valorisation de notre village.

Sur les aspects plus techniques, le réseau

matu mérite également d’être dynamisé

et la section devra s’impliquer beaucoup

plus sur la thématique de la flavescence

dorée qui est à nos portes.

Propos recueillis par Julie Moreau, SGV/AJ

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 23


actu

TECHNOLOGIE

Quatre vignobles autour

d’une serre unique

Quelques mois après avoir accueilli ses premiers plants, la serre innovante de Qanopée a été officiellement

inaugurée vendredi 20 juin à Blancs-Coteaux.

Le projet Qanopée, qui réunit les

quatre régions viticoles du Beaujolais,

de la Bourgogne, de la

Champagne et du Jura, devait donner

naissance à quatre chantiers. La serre

inaugurée à Blancs-Coteaux le 20 juin

est le deuxième d'entre eux, après la création

de l’entité juridique qui réunit les

quatre vignobles. Dix ans de réflexions

et de réunions ont été nécessaires pour

aboutir à ce résultat.

Cela fait désormais un peu moins d’un

an que les travaux se sont achevés dans la

zone d’activités d’Oger, et une fois que les

engins de chantier ont fait taire leurs moteurs,

les greffons et porte-greffes venus

du Nord-Est de la France ont pu prendre

leurs quartiers à partir du mois de mars.

En construisant cette serre bioclimatique

de 4 500 m², où est conservé et prémultiplié

en milieu confiné le matériel de base

pour les plants de vigne, Qanopée concrétise

enfin ce regroupement interrégional.

Le bâtiment a été divisé en quatre compartiments

pour la production de portegreffes

et de greffons de base, pour la

conservation du matériel de biodiversité

issu des conservatoires régionaux des

trois membres fondateurs, mais aussi

24 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


pour la conduite de projets de recherche

et développement.

L’ensemble du site a été conçu sur la base

d’une architecture évolutive, et d’ici les

trois prochaines années, cette unité devrait

se doter d’une autre serre « pour la

production de plants de base sur le même

site », indique Qanopée.

Le coût global du projet s’élève à un peu

plus de 8,2 millions d’euros : les trois interprofessions

fondatrices de Qanopée

ont apporté 10 % de ce moment, et les

subventions européennes Feader s’ajoutant

aux aides locales et régionales ont

permis de financer plus de 6 millions

d’euros supplémentaires.

Le 20 juin, Bernard Angelras — président

de l’Institut français de la vigne et du vin

— a signé aux côtés de Thiébault Huber,

président de Qanopée, une convention

permettant à l’IFV d’occuper une partie

de la serre afin de réaliser des activités de

prémultiplication de matériel initial directement

dans Qanopée.

Guillaume Perrin

« ON A TOUT CONSERVÉ, ET ON VA TOUT CONSTRUIRE »

Thiébault Huber souligne le rôle « paradoxal » de cet outil

novateur : « Finalement, nos vignerons ne sauront probablement

jamais qu’ils utilisent des plants issus de la serre Qanopée.

C’est un outil réellement tourné vers l’avenir, et j’espère

pour plusieurs générations : on a tout conservé, et on va tout

construire. Ce qui a animé nos interprofessions, c’est la volonté

de se donner de la visibilité et des solutions dans ce chaos

climatique. Pour la suite, on a pris la décision politique de s’ouvrir.

On est tous dans le même bateau, à défendre la viticulture

française, les pépinières, et la pérennité de nos exploitations.

Donc on ne fermera pas la porte à ceux qui ont besoin de tester

de nouvelles variétés, car en plein champ, cela prendra deux

fois plus de temps. On ne sera peut-être pas amenés à prémultiplier

pour la France entière, mais à ce jour il y a trois serres

comme la nôtre, et nous sommes la plus grande. Demain, on

pourrait avoir des plants du Val de Loire, du Cognac ou d’Alsace,

tout ça pour servir l’intérêt général ! »

Pour Maxime Toubart, président du SGV et coprésident du Comité

Champagne : « Ce projet est aussi une preuve que la coopération

entre nos régions est non seulement possible, mais

surtout porteuse d’avenir et profitable pour tous. C’est une

méthode, une culture du dialogue, une capacité à construire

au-delà des frontières actuelles, qu’elles soient démographiques,

professionnelles ou institutionnelles. »

Son homologue David Chatillon, pour l’UMC, confirme : « Cette

coopération est inédite. Nous avons uni nos forces pour garantir

l’avenir de nos vignobles. Mais ce projet va bien au-delà.

C’est un outil collectif au service d’un enjeu fondamental :

pérenniser notre matériel végétal pour préserver nos cépages,

notre diversité et donc l’avenir de nos vignobles. »

Jean-Michel Dumont, qui représente les pépiniéristes champenois,

est heureux de cet aboutissement : « Nous sommes

impatients ! La prochaine étape pour nous pépinéristes, c’est

la mise en place des nouvelles variétés qui se voit accélérée.

Cette serre nous permet de disposer plus rapidement du matériel

végétal, qui sera multiplié en plein champ quoi qu’il arrive.

La profession viticole est en attente de variétés pouvant parer

aux problématiques de dépérissement du vignoble, de réductions

de traitements phytosanitaires, mais qui peuvent aussi

mieux résister à la pression du mildiou, de l’oïdium, des viroses,

voire de la flavescence dorée. »

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 25


actu

TRAITEMENT DES EFFLUENTS

La station de Mardeuil va traiter

les effluents phytosanitaires

La station d’épuration d’Épernay-Mardeuil,

déjà dimensionnée

pour le traitement des effluents

vitivinicoles, va s’équiper d’un

bâtiment dédié aux résidus de

produits phytosanitaires qu’elle

se propose de collecter dans les

différentes stations de lavage de

son secteur.

Prévue pour la fin de l’année 2025, la

station de traitement des eaux usées

(STEU) gérée par l’Agglomération

d’Épernay et l’entreprise SUEZ, va

proposer un nouveau service auprès de la

filière champagne : collecter les résidus de

produits phytosanitaires dans les quelque

18 stations de lavage du vignoble environnant

afin de les traiter dans une unité

dédiée par un procédé physico-chimique.

« Depuis une réglementation de septembre

2006, les viticulteurs ont l’obligation de

traiter les eaux de lavage des cuves de traitement.

Ces effluents toxiques sont généralement

conduits une fois par an dans

différents centres de traitement, parfois à

plusieurs centaines de kilomètres de là, ce

qui représente un coût financier et environnemental

non négligeable », explique

Patrice Hofman, le directeur du site.

En lien avec la filière champagne, la STEU

a décidé d’investir dans une unité locale

de traitement de ces effluents qui seront

récupérés lors de tournées. « Nous allons

disposer d’un numéro d’agrément pour

pouvoir traiter ces effluents phytosanitaires

à un coût très concurrentiel tout en réduisant

l’empreinte carbone. Nous estimons

pouvoir récupérer environ 4 000 m 3 », précise-t-il.

Selon lui, le site pourrait également accueillir

des viticulteurs qui souhaiteraient

dépoter directement à la station.

Mise en service lors des vendanges 2006,

la STEU d’Épernay-Mardeuil a été conçue

pour répondre aux activités spécifiques

de la filière champagne, avec

notamment la signature de

73 conventions permettant le

traitement des effluents vinicoles.

Avec 273 kilomètres de réseaux de

collecte d’eaux usées, elle couvre un bassin

de 16 communes autour d’Épernay cumulant

4 170 hectares de vignes. Sa capacité de

traitement habituellement de 77 000 équivalents

habitants (EH) passe à 150 000 EH

en période de vendange.

La station d’épuration de Mardeuil a été,

par ailleurs, une des premières en Europe

à mettre en œuvre la technologie d’oxydation

par voie humide (OVH) pour le

Valorisation

des déchets

traitement des boues. Après décantation,

l’eau épurée est rejetée dans la Marne

alors que les résidus sont injectés dans un

réacteur chauffé à 250°C sous 60 bars de

pression avec un ajout d’oxygène. « Dans

ces conditions, l’oxygène a un pouvoir extrêmement

corrosif sur les matières organiques

et on obtient par cette opération un

résidu solide minéral inerte et valorisable,

en l’occurrence quelque 500 tonnes de

technosable utilisable par les services de la

Communauté d’agglomération d’Épernay

pour du remblai routier », indique Patrice

Hofman.

D’autres projets pour réduire l’empreinte

carbone de la station sont en cours de réalisation

comme l’installation d’un hangar

photovoltaïque d’une production de

475 MWh/an pour couvrir une partie des

besoins énergétiques, l’usage

de technologies connectées et

d’IA pour mieux piloter la décantation

et les arrivées d’eaux

pluviales ou encore la réutilisation des eaux

usées traitées pour alimenter le camion hydrocureur

du territoire et le nettoyage du

site avec l’objectif d’économiser quelque

10 000 m 3 d’eau potable par an.

Autre piste de valorisation, la production

de biogaz par méthanisation lors du traitement

des boues pour le fonctionnement

du camion hydrocureur et à terme des véhicules

de service.

Alain Julien

26 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


INDUSTRIE CONNEXE

Le bouchonnier M. A. Silva

s’installe en Champagne

Le groupe familial portugais, spécialiste du bouchage en liège depuis

plus de cinquante ans, a ouvert son usine à Tours-sur-Marne dédiée au

satinage et au marquage de ses bouchons de champagne. Plus de proximité

pour plus de réactivité, M.A. Silva, qui développe des bouchons

technologiques premium, pose ses marques avec prudence en Champagne

pour se rapprocher de ses clients et en séduire de nouveaux.

C’est le deuxième site de M.A. Silva

en France et c’est le plus petit du

groupe familial portugais, acteur

majeur du liège dans le monde. L’unité

de production de Tours-sur-Marne

comporte deux machines de marquage

de haute technologie, une autre dédiée

au satinage et un laboratoire d’analyses

pour s’assurer de la qualité du produit.

« Ce site représente l'aboutissement de

plusieurs années de réflexion et de travail.

C'est un symbole de notre ambition

en France et en Champagne, c’est aussi

un symbole de confiance en ce territoire

où l’on prévoit bien sûr de se développer

et de s’agrandir », a déclaré Jean-Philippe

Azais, le directeur général de M.A. Silva

France, lors de l’inauguration du bâtiment

le 5 juin 2025.

Deux gammes de bouchons de champagne

arrivent directement du Portugal

dans l’unité champenoise. Le bouchon

deux rondelles et le produit premium de

la marque, un bouchon technologique

microaggloméré.

Une production sur

mesure

« Pour ce marché champenois, nous

sommes partis d’une feuille blanche en

2020 et aujourd’hui nous livrons plus

d’une dizaine de millions de bouchons,

explique Hervé Lelarge, le directeur du

site de Tours-sur-Marne. En Champagne,

les choses doivent se valider

tranquillement. Avec notre implantation

nous serons beaucoup plus réactifs

pour nos clients actuels à qui nous

pouvons proposer du sur-mesure. Tout

est en place pour accueillir également

de nouveaux vignerons et de nouvelles

maisons. »

Pour le marquage, une machine à laser

permet une cadence de 800 à 2 000 bouchons

par heure et pour les plus gros

volumes, une machine à induction offre

une cadence de 10 000 unités par heure.

En finition, le site applique le traitement

de surface adéquat, ou satinage, avant la

livraison. « Nous proposons aussi de resatiner

les bouchons de nos clients quand

le délai de six mois de validité du traitement

est dépassé », précise le directeur.

Le laboratoire qui assure le contrôle du

marquage et du satinage est également à

la disposition des opérateurs qui auraient

besoin de ce service.

Le site champenois de M.A. Silva emploie

pour le moment deux personnes et

prévoit trois emplois supplémentaires au

fur et à mesure de la montée en puissance

de la production.

Alain Julien

PLUS D’INFOS

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N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 27


dossier

« Bonheur et champagne

pour tout le monde ! »

Il y a 10 ans, le 4 juillet 2015, la Champagne, au travers de ses Coteaux, Maisons et Caves,

entrait dans la liste très prestigieuse du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies

pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) au titre des « Paysages culturels évolutifs vivants ».

Cette reconnaissance universelle consacre une histoire tricentenaire d’un savoir-faire viticole

qui a joliment sculpté nos terroirs pour élaborer ce grand vin à l’effervescence si savoureuse

et festive, apprécié sur tous les continents.

Une fierté au cœur de tous les Champenois qui a nourri de multiples initiatives oenotouristiques,

faisant de notre AOC une destination prisée par les amateurs de champagne, symbole planétaire

du savoir-vivre à la française.

Dossier réalisé par Alain Julien et Guillaume Perrin.

28 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


« Le 4 juillet 2015, le monde nous

a rendus fiers »

L’inscription au patrimoine mondial en 2015 a braqué les projecteurs oenotouristiques sur la Champagne,

qui a multiplié les projets pour répondre aux attentes des amateurs venus du monde entier à la découverte

du berceau du roi des vins, toujours plus curieux de vivre de nouvelles expériences gustatives.

«

Pour la Champagne et ses vins

qui brillent à travers le monde et

qui sont la référence en matière

d’effervescents, l’inscription au patrimoine

mondial et avec elle le développement du

tourisme nous rappellent que ce produit

doit être incarné, et encore plus en période

de crise. Soigner l’accueil, embellir nos

terroirs et faire vivre le mythe champagne

constituent le service avant-vente nécessaire

au développement de nos marchés.

Nous avons inventé cette méthode de vinification,

le public qui veut légitimement

savoir où, comment et par qui est fabriqué

notre vin doit être le bienvenu », affirme

Séverine Couvreur, membre du conseil

d’administration du SGV et présidente de

la Mission Coteaux, Maisons et Caves de

Champagne qui veille à la bonne gestion

de l’inscription.

Selon elle, le tourisme est également le vecteur

privilégié pour défendre la valeur universelle

exceptionnelle de la Champagne

et développer la notoriété de ses vins.

« Avant 2015, il existait déjà des événement

oenotouristiques, je pense à la Route du

champagne en fête qui célèbre ses 30 ans,

les grandes marques également qui ont

toujours accueilli leurs clients, mais depuis

l’inscription, on constate le nombre croissant

d’acteurs clés qui investissent pour valoriser

notre patrimoine champenois. »

Expériences, rencontres

et partages

Outre les multiples initiatives locales qui

participent activement à l’attractivité du

territoire et de son vignoble, Séverine

Couvreur pointe l’opération Villages et

Coteaux propres qui mobilise chaque année

de plus en plus de participants, l’ouverture

du Centre d’Interprétation sensorielle

des vins de Champagne Pressoria à Aÿ,

celle du Musée du vin de Champagne et

d’Archéologie régionale d’Épernay ou encore

la rénovation de nombreux bâtiments

de négoce. « Il y a eu un engagement fort,

un coup d’accélérateur à la suite de cette

inscription. Le 4 juillet 2015, le monde

nous a rendus fiers et avec cet anniversaire,

cela continue encore et encore. »

Pour la présidente de la Mission, le vignoble

a une belle carte à jouer dans

l’offre oenotouristique en revendiquant

un artisanat d’excellence. « C’est la tendance

forte, le public veut de l’authenticité

et vivre des expériences de rencontres

et de partages. C'est l'ADN des vignerons

d'incarner et de promouvoir cette culture

du terroir avec tout le respect qu’il mérite.

Notre mot d’ordre c’est l’artisanat du luxe

accessible, comme un moment privilégié,

hors du temps, dans un joli paysage. »

C’est d’ailleurs un des premiers rôles de

la Mission de veiller à la préservation des

paysages champenois par l’établissement

de chartes environnementales et d’actions

sur le terrain en partenariat avec l’ODG, le

Comité Champagne, les services de l’État

ou encore les collectivités territoriales.

Séverine Couvreur aime aussi à rappeler

les valeurs portées par l’Unesco : « Cette

reconnaissance nous oblige. Nous devons

porter très haut les couleurs de la paix par

l’éducation, la santé et la culture dans un

monde où l’universalisme, les libertés et les

droits humains sont malmenés. »

Depuis sa création en 1972, la Convention concernant la protection du patrimoine

mondial, culturel et naturel de l’Unesco a pour objectif de conserver des

biens reconnus exceptionnels pour l’héritage commun de l’humanité.

À ce jour, 1 223 biens sont recensés par le Comité du patrimoine mondial comme

ayant une valeur universelle. La liste comprend 952 sites culturels, 231 sites naturels

et 40 sites mixtes répartis dans 168 États parties.

Depuis octobre 2024, 196 États parties ont ratifié la Convention.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 29


dossier

Pierre Cheval,

un « vigneron visionnaire

et bâtisseur »

Neuf ans après sa disparition, l’homme qui avait porté la candidature

des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial

reçoit de chaleureux hommages de la part de ses proches, mais aussi de

tous les Champenois qui ont connaissance de son œuvre.

MARIE-PAULE ET LOUIS CHEVAL

son épouse et son fils

« Pierre, le mari, le père, le fils… C’est un

chef scout ! Le scoutisme l’a formé à s’engager,

à entreprendre, et à organiser. C’est

quelqu’un qui savait entraîner des gens de

toutes sortes alors que c’était l’étape la plus

difficile du dossier. Pour rassembler autour

de l’Unesco, il fallait à la fois quelqu’un

d’élu et issu du monde du champagne. Et

Pierre, vigneron atypique, était très apprécié

par le monde du négoce.

Même s’il n’était pas vigneron au départ,

on a décidé de reprendre l’exploitation familiale.

Le monde viticole l’a tout de suite

accepté. Il n’avait pas particulièrement

d’ambition personnelle, mais cela ne l’empêchait

pas d’aimer la chose publique ! Il

savait tout faire, et changeait de casquette

dix fois par jour…

Il qualifiait souvent ce dossier d’inscription

au patrimoine mondial “d’aventure”,

car on ne savait pas où on allait, ni comment

on allait y arriver… C’était vraiment

une découverte pour lui et toute sa petite

équipe. Amandine Crépin, qui est arrivée

en cours de route, a façonné un joli duo

avec Pierre, qui l’a formée.

Nous ne l’avons jamais vu revenir en fin

de journée découragé, il nous protégeait

beaucoup. Il ne verbalisait pas les doutes

qu’il a pu ressentir, et pendant qu’il travaillait

sur ce sujet, en coulisses, on percevait

l’énergie folle qu’il déployait à expliquer, à

répéter, à convaincre sur l’idée d’une inscription,

d’une zone d’engagement… Son

travail de chef d’équipe consistait à motiver,

et à amener de l’énergie donc il ne

pouvait pas partir défaitiste.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’on

nous parle du discours de Pierre à Bonn…

On en avait parlé en amont, inspiré notamment

par l’actualité de l’époque (le site

classé de Palmyre a subi la guerre civile en

Syrie et les destructions causées par l’État

Islamique, NDLR) et il l’avait énormément

travaillé.

Finalement, les Champenois ont fini par

comprendre le fonctionnement de ce dossier,

parfois a posteriori. Grâce à son travail,

ce dossier sert désormais d’exemple pour

d’autres candidats ! Lors des célébrations de

juillet 2015 à Hautvillers, c’est la première

fois qu’on a senti la naissance d’un sentiment

de fierté et de joie dans la population.

Nous avons une pensée à ceux qui doutaient

de l’intérêt de cette inscription : tous

les jours, on voit que cela a servi la Champagne

en matière de rayonnement. La reconnaissance

qui a été exprimée à l’égard

de Pierre par les Champenois, et l’émotion

sincère qu’ils dégagent en parlant de lui,

nous touchent.

JEAN-MARIE BARILLÈRE

ancien coprésident

du Comité Champagne

« Je connaissais Pierre Cheval depuis très

longtemps. C’était pour moi un vigneron

passionné avant tout, certes énarque, avec

qui je discutais aisément,

même si nombre de personnes

le ramenaient parfois

à son parcours “autre”, en

dehors de la Champagne.

Il a fait un travail remarquable,

difficile dans un

premier temps, puisque les

Champenois eux-mêmes ne

voyaient pas forcément l’intérêt

de cette inscription au

patrimoine mondial de l’Unesco.

C’était compliqué pour lui, lors des premières

années, de mobiliser autour de ce

sujet, tant au niveau du vignoble qu’au

niveau du négoce, mais il a été heureusement

entouré de Cécile Bonnefond,

présidente de Veuve Clicquot

à l’époque, et de beaucoup

d’autres personnes. Au

fur et à mesure, c’est devenu

une évidence, surtout

quand le dossier a été repris

et recalibré.

Ce qui m’a le plus marqué,

comme beaucoup de Champenois,

c’est son superbe

discours prononcé à Bonn,

totalement remarquable, Aujourd’hui, je

pense qu’il y a une très forte reconnaissance

du travail qui a été réalisé, et notamment

de la persévérance dont Pierre a fait

preuve. Ses successeurs à la présidence de

la Mission témoignent très souvent de leur

gratitude à ce sujet.

Il a porté un sujet dont les Champenois

se sont largement emparés : il suffit de

voir le nombre de touristes, à Reims

comme à Épernay ou dans le vignoble,

car malgré le marasme économique dans

lequel on se trouve, il a fait de la Champagne

une destination oenotouristique,

alors que ce sujet n’était pas forcément

à la mode lorsqu’il s’est attelé à la tâche. »

30 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


JEAN-LUC BARBIER

ancien directeur

du Comité Champagne

« Pierre Cheval, c’est d’abord un ami

proche que j’ai rencontré en 1980 au

moment de son installation à Aÿ. Il a

voulu aussitôt s’impliquer dans l’organisation

et les activités de la filière Champagne.

Il a apporté un regard extérieur

de grande pertinence, parce que c’était

un homme visionnaire qui comprenait

très vite et qui foisonnait d’idées. C’est

pourquoi il a été sollicité pour participer

intensément à de nombreuses instances

champenoises.

Membre du bureau du Syndicat général

des vignerons de la Champagne, Pierre

Cheval était actif et apprécié au sein de

la Commission communication et appellation

Champagne, il s’est dévoué

avec enthousiasme et lucidité dans tous

les dossiers majeurs. Sa conscience de

l’intérêt général éclairait les stratégies et

les décisions à prendre afin de promouvoir

et défendre l’appellation Champagne.

Et son apothéose a été de porter

la candidature des Coteaux, Maisons et

Caves de Champagne pour l’inscription

sur la prestigieuse Liste du

patrimoine mondial. En

dépit d’un chemin semé

d’embuches, il n’a jamais

renoncé tout au long d’un

parcours de presque dix

ans. Cela peut paraître

long, mais pour l’Unesco

c’est court. L’inscription a

été obtenue par un vote de

tous les ambassadeurs des

pays membres du Comité

du patrimoine mondial dès la première

présentation de la candidature, et à l’unanimité,

ce qui est exceptionnel.

Pierre Cheval a porté cette candidature

de bout en bout, sans ménager ni

son temps ni sa peine. Il a su mobiliser

l’ensemble des acteurs du terroir, concevoir

un dossier solidement argumenté,

convaincre les administrations françaises

de la pertinence de la candidature

et enfin obtenir l’inscription auprès de

l’Unesco. Ce fut une aventure collective

extraordinaire dont Pierre Cheval était le

pilote, le chef d’orchestre, il a tout donné

de son talent, de sa passion. Cette consécration

universelle est l’œuvre extraordinaire

de sa vie.

La Champagne n’oublie

pas le formidable héritage

laissé par Pierre Cheval. Il

demeure bien présent dans

la mémoire reconnaissante

des Champenois. En particulier,

nombre de communes

lui rendent hommage

en donnant son nom

à un boulevard, à une rue, à

un parc, à un espace dédié. »

ÉRIC RODEZ

président de la Villa Bissinger

et ancien élu communautaire

de la Grande Vallée de la Marne

« Pierre Cheval est un bâtisseur. En arrivant

ici, Pierre a épousé sa promise…et

la Champagne.

Cet homme de conviction aimait faire

partager ses valeurs dans les différents

cercles dans lesquels il pouvait

être amené à participer.

Et il était “multicasquettes”,

ce qui lui offrait un sens

d’analyse qui dépassait

souvent le cadre du cercle

dans lequel il évoluait. Et ce

dans des dimensions aussi

bien professionnelles que

dans la vie du territoire. La

Champagne ne serait pas

ce qu’elle est aujourd’hui si

Pierre n’y avait pas œuvré.

En prenant en main l’inscription de la

Champagne au patrimoine mondial,

Pierre a tout de suite perçu que ce dossier

allait être compliqué, et lourd de débats

contradictoires en interne et en externe.

Très vite, dans les différents lieux dans

lesquels il travaillait, il a cherché l’écoute

de l’autre. Mais il était aussi, en un sens,

heureux comme un gamin qui attend

Noël, mû par une impatience de voir arriver

ce jour de succès.

Pierre avait en tête que le classement

Unesco était quelque chose de très important

vis-à-vis de l’externe,

mais peut être encore

du point de vue interne. Et

malgré ce marathon de réunions

et de déplacements

dans lequel il a mis toute

son énergie, Pierre aimait

le débat. Il savait mettre le

doigt là où ça fait mal : cet

homme de conviction avait

un vrai talent d’orateur et

dans les relations humaines.

Il faisait partie de cette catégorie

d’hommes qui ne savaient vivre

sans dire la vérité, qu’il exprimait très

souvent en petit comité. Comme un

combat au fleuret, il savait piquer, dans

une joute verbale contradictoire.

Il était conscient que même si la profession

et le territoire étaient très organisés,

il pouvait entrapercevoir les directions

qui souffraient d’un manque d’investissement,

ce qui a par exemple été à l’origine

de la Villa Bissinger, lieu porté par

un petit territoire de 15 000 habitants.

Dans la vision humaine qui était celle

de Pierre, il n’oubliait pas ce que pouvait

être l’avenir, c’est pourquoi il était

aussi très engagé en ce qui concerne la

formation des futures générations de

professionnels. Au lycée viticole d’Avize,

il œuvrait à obtenir des moyens supplémentaires

destinés aussi bien à la formation

des futurs dirigeants que des futurs

salariés de la Champagne.

Je pense que très peu d’acteurs en Champagne

savent réellement qui il était et

combien il était précieux pour nous. Il

aimait profondément cette région, ce

produit, et les hommes et les femmes

qui cultivent la terre et les bulles. Aujourd’hui,

Pierre serait satisfait de ce que

le dossier a pu devenir, car la Mission

Unesco continue d’avancer. »

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 31


dossier

Bonn, le 4 juillet 2015 :

un vote à l’unanimité

Cris de joie et embrassades du côté de la délégation champenoise,

sourires et félicitations de toute l’assemblée réunie dans l’hémicycle

du Centre international de Bonn. L’ambiance était particulièrement

festive quand Maria Böhmer, la présidente de la 39 e session du Comité

du patrimoine mondial, a prononcé la phrase historique qui intégrait

la Champagne à la prestigieuse liste.

EXTRAITS DU DISCOURS

DE PIERRE CHEVAL

LE 4 JUILLET 2015 À BONN

À L’ISSUE DU VOTE

En ce 4 juillet 2015 un peu avant 18 heures, les 21 représentants des États-parties

de la Convention du patrimoine mondial votaient à l’unanimité l’inscription

des « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » sur la liste du patrimoine

mondial de l’Unesco, dans la catégorie des « Paysages culturels évolutifs vivants ». Les

membres du Comité reconnaissaient ainsi la valeur universelle exceptionnelle de ce

bien, estimant que les conditions de protection et de gestion étaient remplies.

« Je me souviens des cris de joie

quand la présidente a annoncé notre

inscription au patrimoine mondial.

Elle était même étonnée, comme

beaucoup d’ambassadeurs de l’Unesco,

que la Champagne ne soit pas déjà

sur cette liste.

C’est évidemment un des grands moments

de mon mandat au SGV et de

ma vie de Champenois. Cela a été un

long travail pour aboutir à cette reconnaissance

du monde entier, car il a fallu

réorienter plusieurs fois le dossier pour

correspondre à tous les critères, avec

à la clé de nombreuses réunions avec

le Comité Champagne et l’association

Paysages de Champagne qui portait

notre candidature ».

PASCAL FÉRAT, ancien président

du SGV et coprésident du Comité

Champagne.

« Je garde en mémoire le cérémonial

de l'Unesco, cette enceinte remplie à

Bonn avec l'ensemble des ambassadeurs

des différents pays qui ont voté

pour l’aboutissement de notre dossier.

Cela a été vraiment un plébiscite qui

était très réconfortant. Un souvenir

fort est le discours de Pierre Cheval,

des mots puissants et émouvants qui

rendaient hommage à la Champagne

et s’honoraient de son inscription à ce

patrimoine universel ».

JEAN-MARIE BARILLÈRE, ancien

président de l’UMC et coprésident

du Comité Champagne

Pascal Férat et Jean-Marie

Barillère célèbrent l'inscription

de la Champagne au patrimoine

mondial de l'Unesco.

« La décision d’inscrire sur la liste du Patrimoine

mondial les Coteaux, Maisons

et Caves de Champagne va droit au cœur

des femmes et des hommes de Champagne

qui sont fiers, en ce moment,

après tant d’années de travail et d’espérance

partagées par tous les acteurs du

territoire, de voir la valeur universelle exceptionnelle

de leur patrimoine commun

reconnue au même titre que les sites les

plus prestigieux de la planète. Ils vous

en expriment leur gratitude et vous apportent

leur engagement à contribuer, en

retour, au succès de l’Unesco pour faire

grandir l’humanité (…)

C’est un moment historique pour la Champagne,

qui s’inscrit dans la longue histoire

des Champenois soucieux de préserver et

de poursuivre leur marche collective, notamment

par leur obstination à surmonter

les obstacles nés des éléments naturels

hostiles ou de la folie destructrice des

hommes (…).

Oui ! À l’image du champagne qui célèbre

la fraternité, l’harmonie des peuples est

pour l’humanité une valeur universelle

fondamentale !

Oui ! Être inscrit au Patrimoine mondial est

une grande chance, pour la Champagne,

de participer au rapprochement des

peuples par la culture !

Oui, tout simplement, être heureux, et le

célébrer est légitime dans notre monde

d’aujourd’hui !

Voilà, Madame la Présidente, le message

précieux pour les Hommes de ce siècle

que délivre l’inscription, aujourd’hui, 4 juillet

2015, des Coteaux, Maisons et Caves

de Champagne au Patrimoine mondial.

Alors, oui, j’ose le dire, osons le dire : Bonheur

et champagne pour tout le monde ! »

32 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


Souvenirs d’une annonce espérée

La nouvelle de l’inscription champenoise au patrimoine mondial s’est immédiatement propagée dans toute

la Champagne, à commencer par Hautvillers, berceau des festivités locales.

JEAN-MARC BÉGUIN,

maire de Champillon :

« Ce 4 juillet 2015 était véritablement un

moment d’émerveillement : nous attendions

tous avec impatience, devant l’écran

géant installé par la commune d’Hautvillers,

ce classement annoncé à Bonn ! Et

pendant le magnifique discours de Pierre

Cheval, nous avions tous la larme à l’œil…

PATRICK LOPEZ,

maire honoraire d’Hautvillers,

élu de 1983 à 2020 :

« Hautvillers a été choisie pour célébrer

la potentielle inscription des Coteaux,

Maisons et Caves de Champagne au patrimoine

mondial, car huit ans avant cette

heureuse conclusion, Pierre Cheval avait

ardemment souhaité que la commune soit

impliquée dans le dossier de candidature.

C’est pourquoi nous avons immédiatement

répondu positivement. Au fil du

temps, notre village est vite devenu un

point central d’attraction médiatique, et

cela nous semblait naturel de venir fêter

l’inscription ici.

L’événement a été conçu plusieurs mois

à l’avance, à la faveur de prises de contact

entre la Mission Unesco et la commune.

Il nous a été demandé si le village était en

mesure d’accueillir une grande foule et

tous types de personnalités, avec l’installation

d’un écran géant pour retransmettre

la session du patrimoine mondial en léger

différé depuis Bonn. Le conseil municipal

était réellement sur le pied de guerre !

À titre personnel, j’ai savouré cette journée

à deux niveaux : avec la fierté du vigneron

pour la consécration de la Champagne,

mais aussi en tant que maire, tout

en gardant un œil sur les infrastructures qui

étaient fortement sollicitées ce jour-là…

Je retiens de cette journée une coordination

sans faille entre tous les acteurs, depuis

le SGV jusqu’aux bénévoles, en passant par

la gendarmerie, les services communaux et

la Mission Unesco. Et au risque de sembler

prétentieux, je trouve qu’il n’y a eu aucun

couac à signaler, tout était réglé comme du

papier à musique ! »

ANTOINE CHIQUET,

ancien élu au SGV et maire de Dizy :

« En tant que vigneron, vivre ce moment

de joie à Hautvillers était quelque chose

d’extraordinaire. Au sein des instances

professionnelles, on sentait bien que

cette inscription était un aboutissement

extraordinaire pour la Champagne, et

la suite logique d’un dossier que l’on a

travaillé pendant de longues années.

Tout cela, c’était aussi la consécration

de dix ans de travail avec mon voisin

et ami qu’était Pierre Cheval, aux côtés

d’Amandine Crépin qui s’est démenée et

que l’on remercie au quotidien !

Personnellement, je tire du 4 juillet 2015

une grande fierté. J’ai toujours été admiratif

des paysages champenois en général,

et de ma vallée en particulier… Et

à l’instar de toutes les liesses populaires,

comme lors d’une victoire sportive, on

a senti ce jour une grande unité, on a

oublié toutes les différences… Bref, on

a fêté l’atteinte d’un objectif tant désiré

! Et aujourd’hui encore, je me sers du

discours que Pierre a livré à Bonn pour

évoquer avec poésie notre belle région. »

Champillon faisait partie des premières

communes qui ont eu foi dans la démarche

d’une inscription de la Champagne au patrimoine

mondial. Nous savions que cette

idée lancée par Pierre allait encourager la

venue de touristes, mais aussi faire évoluer

les mentalités des maisons et des vignerons

en matière d’œnotourisme.

Depuis 18 mois, nous préparons les festivités

du 10e anniversaire à Champillon

au rythme des réunions mensuelles avec

les partenaires et ambassadeurs impliqués :

nous sommes partis d’une feuille blanche,

et la Mission Unesco a réfléchi sur la faisabilité

et le coût des différentes idées. En

se situant à l’épicentre des coteaux historiques,

avec un des plus beaux points de

vue de la région, il nous paraissait légitime

de célébrer à cet endroit. »

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 33


dossier

Nuit de liesse dans les coteaux

Pique-nique géant au champagne ponctué

de mélopées jazzy, dance floor au rythme

d’un dj set pop-électro, féérie de drones lumineux

et feu d’artifice dans le ciel de Champillon :

quelque 5 000 Champenois ont célébré dans

la joie et la convivialité le dixième anniversaire

de l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves

de Champagne au patrimoine mondial de l’Unesco.

« Ce soir, notre inscription nous invite à vivre cette fierté collectivement pour nous

donner la force de poursuivre nos actions de préservation et d’embellissement. Alors

oui, la Champagne et le champagne sont indissociables et nous appartiennent comme

ils appartiennent à celles et ceux qui les aiment et les font vivre dans le monde entier.

C’est notre fierté. Ce fut celle de nos ancêtres et ce sera celle de nos enfants. Gardons

au fond du cœur cette inscription qui est pour chacune et chacun de nous, quel que

soient notre âge, notre origine, nos croyances, un engagement de porter haut et fort

et loin la valeur universelle de paix.

Ce soir, notre rassemblement est un signe éminemment positif, de profonde espérance

en ce qui fait notre humanité moderne. »

Séverine Couvreur, présidente de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne

34 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


« La Champagne vit dans les gestes

répétés, dans la mémoire des familles,

dans la main du père qui

montre, et dans l’œil de l’enfant qui

comprend. Elle vit dans la terre qu’on

respecte, dans le vin qu’on façonne,

dans l’exigence qu’on s’impose.

C’est cette culture de la transmission,

profondément collective, qui a

façonné notre identité champenoise

— et qui continue de la faire vivre

aujourd’hui.

Il y a 10 ans, nous avons été reconnus

par I’Unesco. Mais ce n’était pas

un trophée. C’était un serment. Celui

de protéger, de transmettre, de

faire rayonner ce patrimoine au-delà

de nous-mêmes.

Et je veux le dire ici, avec force : nous

continuerons d’être à la hauteur. »

Maxime Toubart, président duSyndicat

Général des Vignerons et coprésident

du Comité Champagne

Représentants de l’État, des

collectivités territoriales, et

de l’ensemble de l’écosystème

du champagne s’engagent

symboliquement vers le plan

de gestion 2026-2035 des

Coteaux, Maisons et Caves de

Champagne, qui sera signé

« très prochainement ». Pour la

décennie à venir, les priorités de

ce document stratégique portent

sur « La préservation des paysages

et du patrimoine souterrain »,

« L’adaptation au changement

climatique », « Le développement

d’un tourisme durable » et « La

transmission des savoir-faire et des

valeurs Unesco ».

« La Champagne est un symbole universel

de célébration, de partage, d’émotion.

Ce symbole porte en lui des valeurs profondes

: l’excellence, la patience, la créativité,

la persévérance.

Il ne faut pas seulement protéger ce symbole,

il faut faire vivre une culture, un collectif.

C’est un devoir, une responsabilité partagée,

que nous portons avec la conscience

que ce que nous faisons aujourd’hui façonnera

la Champagne de demain.

Dix ans après cette inscription historique,

je peux affirmer avec conviction : la Champagne

est plus qu’un terroir ou une Appellation,

c’est une promesse d’excellence, de

respect, d’engagement. »

David Chatillon, président de l’Union

des maisons de Champagne et coprésident

du Comité Champagne

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 35


dossier

PAROLES DE VIGNERONS

« Notre inscription a énormément développé l’œnotourisme.

Nous avons commencé cette activité en

2021 et beaucoup de gens nous parlent de la liste de

l’Unesco. C’est important pour nous d’être ici pour

partager cette joie et ce bel anniversaire.

On ressentait déjà une grande fierté d’élaborer du

champagne dans notre Appellation, mais savoir que

notre travail est reconnu dans le monde entier, c’est

encore plus fort. Cela met en valeur tout notre patrimoine

et toute la variété de nos cuvées. »

Soline, responsable du développement commercial au

Champagne Collery à Aÿ

« L’image de la Champagne avec nos paysages, notre

travail et notre savoir-faire, est reconnue pour sa valeur

universelle. C’est une grande fierté pour nous de

produire un champagne qui porte des symboles aussi

forts à travers le monde. »

Laurent Lequart, vigneron à Passy-Grigny

36 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


Amandine

Chamoin-Volhuer,

directrice d’Amaré

Communication, aux

côtés d’Emilie Landau,

l’étudiante rémoise qui

a convaincu le Comité

Champagne de se lancer

dans une candidature

à l’Unesco, où elle était

stagiaire en 2004.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 37



commercialisation

DÉGUSTATIONS

L’échappée belle des sommeliers

en Champagne

La bannière collective Champagne de Vignerons avec son agence de presse Clair de Lune a organisé deux

journées immersives en Champagne dans l’Aube et la Marne, pour treize professionnels du vin, principalement

sommeliers, à la découverte des cuvées de terroir et de la classification des Caractères Vif, Fruité et

Intense.

Au programme de cette échappée

champenoise dont l’objectif est

de promouvoir les champagnes

de vignerons auprès de prescripteurs

influents : une présentation du SGV à

l’antenne de Bar-sur-Seine suivie de dégustations

dans quatre domaines

aubois et marnais, la découverte

commentée du vignoble et des

terroirs, puis des ateliers sur les

Caractères animés par l’expert

du champagne Geoffrey Orban.

Tous les repas ont été composés

en accord avec des champagnes

classifiés Vif, Fruité et Intense.

Ce qu’ils pensent

des Champagnes

de Vignerons

Edouard Géneau, sommelier

au restaurant étoilé parisien

La Scène Thélème : « Nous

avons dans notre cave un certain nombre

de champagnes de vignerons, héritage

de notre précédent chef sommelier. Moi

j’adore cette catégorie, je trouve l’approche

familiale très charmante et très

romanesque. Les vignerons font des merveilles

avec des quantités de bouteilles par

an totalement résiduelles par rapport aux

grandes locomotives champenoises et je

trouve ça assez remarquable.

On propose toujours des champagnes du

vignoble à notre carte, et la clientèle du

restaurant est assez réceptive et sait apprécier.

»

Pierre-Hadrien Helbecque, responsable

au sein du groupe international

d’hôtellerie de luxe Rosewood Hotels

& Resorts : « Dans le monde des palaces,

nous avons une clientèle internationale

très variée et je crois qu’on doit pouvoir

offrir un large spectre de différents champagnes

pour pouvoir correspondre à chacun.

Certes, tout le monde connaît les

grandes maisons, mais il est toujours intéressant

de proposer une autre approche

comme ces cuvées d’artisans qui dévoilent

une autre image de la Champagne et son

évolution au cours des décennies.

Bien sûr, nous avons un certain nombre

de clients qui ont l’habitude de consommer

des cuvées de prestige de grandes

maisons et on ne les fera pas changer

facilement. En revanche, nous rencontrons

aussi des amateurs très ouverts qui

aiment la découverte et se laissent surprendre

par un accord mets-champagnes

de vignerons. On peut vraiment jouer la

carte vigneronne dans le monde des palaces

en correspondance par exemple au

style de cuisine du chef. »

Daphné Sonn, chef sommelière du

restaurant étoilé Le Jardin des Plumes

à Giverny : « Pour moi, les champagnes

de vignerons représentent une philosophie.

Notre clientèle est assez en recherche

de champagnes qui sortent des

sentiers battus des grandes marques et

c’est à nous, sommeliers, de les conseiller

en ce sens pour les surprendre. Le

champagne en accords gastronomiques

est une évidence pour ma part et notre

public se laisse convaincre, d’autant que

la cuisine très élégante du chef permet

d’associer de nombreux styles de champagne.

Mais même si le champagne reste

cantonné à l’apéritif, je trouve que c’est

la meilleure façon d’ouvrir ses papilles.

Dans tous les cas, je propose des

accords mets-champagnes, car

c’est très délicat et très savoureux.

»

Ce qu’ils pensent

des Caractères

Édouard Géneau : « C’est vraiment

intéressant. En classifiant

simplement les goûts, cela ouvre

une communication très rassurante

avec le client qui cherche

son champagne de prédilection.

Et la bonne idée est d’avoir

conçu une version anglaise,

car nous avons, chez nous, une

clientèle étrangère. C’est un outil dont je

vais largement m’inspirer. »

Pierre-Hadrien Helbecque : « C’est

une approche qui être très intéressante.

Cependant, dans le monde des palaces,

nous avons une équipe de professionnels

qui a ses propres mots pour présenter les

champagnes et les autres vins. En revanche,

pour un restaurant indépendant

ou même un caviste, je pense que cela

peut initier un dialogue simple pour

guider les consommateurs vers les vins

de vignerons. »

Daphnée Sonn : « Je trouve que c’est un

joli moyen d’aborder le champagne. C’est

très utile pour les cavistes notamment, car

c’est une classification très simple. Pour

nos équipes, cela peut être aussi utile

comme première approche. »

Alain Julien

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 39


économie

Mai passe au rouge

EXPÉDITIONS SUR 12 MOIS PAR FAMILLES D’OPÉRATEURS

Expéditions de juin 2024 à mai 2025 (en millions de bouteilles)

62,4 42,3

10,8

MB -5,5 % Export

194,8 MB -4,0 %

23,3 MB -3,9 %

11,8

TOTAL

270,9MB 133,2

11,5

-4,3 % Négociants

Vignerons

Coopératives

12

France

TOTAL MAISONS

TOTAL VIGNERONS

TOTAL COOPÉRATIVES

52,8

*En raison des arrondis, certaines sommes peuvent ne pas être égales au total.

ÉVOLUTION DES EXPÉDITIONS EN VOLUME

9

ÉVOLUTION DES PRIX MOYENS SUR 12 MOIS

Volume mensuel par famille d'opérateur - mai 2025 Évolution sur 12 mois à fin avril 2025

6

MAISONS

12,6 MB

3

VIGNERONS

4 MB

COOPÉRATIVES

1,5 MB

0 5 10 15 20 25 30

TOTAL

18,1 MB

-5,4 % 0

+1,8 %

France

-0,5 %

U.E

-2,0 % -0,7 %

Pays tiers

Ensemble

ANALYSE DES DONNÉES

En mai, les expéditions champenoises

s’établissent à 18,1 millions de cols,

toutes familles cumulées, en recul de

5,4 % par rapport à mai 2024. Le léger rebond

d’avril a fait place à un décrochage

généralisé de tous les marchés, plaçant

le mois de mai 2025 en deçà des performances

des dernières années, à l’exception

de mai 2020.

Dans ce mois qui représente en moyenne

6,7 % des expéditions annuelles, les maisons

se replient de 5,3 % aussi bien en

France (-4,5 %) qu’à l’export (-5,6 %). Les

vignerons dévissent de 6,9 % (- 7,6 % en

France, -4,3 % à l’export), seules les coopératives

limitent la baisse à -1,7 % grâce

à de bonnes performances en France (+

2,3 %), mais reculent à l’export (-5,4 %).

De janvier à mai, la Champagne repasse

dans le négatif avec une baisse contenue

de 1,1 % à la faveur d’un export dynamique

(+2,6 %), surtout dans les pays tiers

(+4,5 %) alors que l’UE se replie de 1,6 %.

Point noir : le marché national s’enfonce

encore de -6,5 %.

Pendant ces cinq mois, la filière a expédié

85,5 millions de bouteilles. Comme précédemment,

les maisons sont les seules à

se maintenir dans le positif (0,6 %) portées

par l’export (+ 3 %), les coopératives

sont à la baisse (- 6 %) malgré un export

en progression de 3,2 %, mais plombées

par la France (-14,5 %), les vignerons

sont dans le rouge sur tous les marchés

(-5,7 %).

Sur douze mois glissants, la filière recule

encore de 4,3 % pour un volume

de 270,9 millions de cols. Les ventes en

France confirment leur tendance baissière

à -6,1 % (116,1 millions de cols), l’export

se replie de 3 %, plus en UE (-5,8) que

dans les pays tiers (-1,6 %).

Sur cette période, les vignerons sont

le plus à la peine (-5,5 %), les maisons

baissent de 4 % et les coopératives de

3,9 %.

CÔTÉ VALEURS

À fin avril, les pays tiers progressent en part

de marché aussi bien en volume (+1 point)

qu’en valeur (+0,3 point) la France et l’UE

restent quasi stables.

Les prix moyens sur 12 mois sont en hausse

de 1,8 % en France, mais reculent de 0,5 %

en UE et de 2 % dans les pays tiers.

La rédaction

40 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


FILIERE

« Pas de raison de se faire peur »

en Champagne

David Ménival, directeur de la filière champagne au Crédit Agricole du Nord Est, a livré une analyse globale

du contexte que traversent les acteurs champenois, et note qu’en dépit de tensions et incertitudes notables,

des motifs d’espoir à long terme existent.

Àdéfaut de distribuer de bonnes

nouvelles et des certitudes, le directeur

de la filière champagne

au Crédit Agricole du Nord Est* a dépeint

le paysage champenois actuel avec

réalisme. Mardi 10 juin, lors des Rencontres

de la filière connexe au champagne

organisées par Marne Développement,

David Ménival a commencé par

partager des incertitudes.

« Nous savons que la situation économique

est un peu plus tendue qu’elle n’a

pu l’être dans le passé. » Les inquiétudes

ont émergé après l’euphorie post-Covid :

depuis mars 2023, les expéditions baissent

en Champagne, et les volumes atterrissent

à 272 millions de cols en 2024.

Puis le président américain Donald Trump

« a décidé d’enclencher une guerre

commerciale ». Le 13 mars, 200 % de taxes

ont été annoncées sur l’ensemble des vins

et spiritueux importés de l’Union européenne.

Puis le 3 avril, ce sont 20 %, et le

10 avril, une pause de 90 jours est communiquée,

avec des droits de douane à 10 %.

« Ce genre d’instabilité a une incidence sur

le champagne. » En effet, les États-Unis

constituent le premier marché

du champagne en 2024,

avec 27,4 millions de cols

expédiés pour presque 820

millions d’euros de chiffre d’affaires. Le

pays concentre à lui seul 17,8 % des volumes

et 21,1 % de la valeur à l’export pour

la filière.

La situation n’est guère plus reluisante pour

les autres marchés du top 3 : au Royaume-

Uni, « l’économie n’est pas au beau fixe. »

Au Japon, après presque 20 ans de déflation,

c’est désormais l’inflation qui domine.

Et en dépit du contexte international,

David Ménival estime que les industries

connexes champenoises n’ont pas connu

de dégâts majeurs. Mais le spécialiste craint

Motifs d’espoir

et enjeux

L’oenotourisme reste un levier de croissance pour l’économie champenoise.

que « l’impact indirect (soit) plus fort que

l’impact direct » : celui-ci s’attend à une

concurrence renforcée de la part des filières

qui travaillaient avec les vignobles en crise

(Cognac, Bordeaux, Languedoc).

Quelques raisons d’espérer existent, cependant.

Il reste des marchés dynamiques

à explorer, et accessibles

pour les vignerons, tels que

l’Allemagne, la Belgique, le

Canada ou l’Espagne. Des

mouvements vers de nouvelles destinations

ont été enregistrés ces neuf dernières années

: Corée du Sud, Afrique du Sud, Autriche,

Italie, Danemark et Émirats arabes

Unis prennent une importance croissante

dans les expéditions.

L’œnotourisme est un autre angle à

creuser : le Crédit Agricole du Nord

Est a relevé une hausse des dépenses

de cartes bancaires françaises et étrangères,

à hauteur de 39 millions d’euros

de transactions, chez les vendeurs de

bouteilles. Belges, Allemands, Italiens,

Luxembourgeois, Suisses, Britanniques,

Américains, Australiens et Canadiens

dépensent davantage sur notre territoire

ces dernières années.

Au final, David Ménival estime que pour

le moment, « il n’y a pas de raison de se

faire peur ». La situation économique de

la Champagne n’est pas celle de Cognac

ou de Bordeaux, comme en témoignent

les données financières (épargne, prêts)

relevées par la banque régionale. « Vous

avez un système d’organisation collectif

extrêmement puissant, et des mesures

vont être prises afin de pouvoir s’adapter

par rapport à ce qui semble être une incertitude

désagréable. »

Ces enjeux demandent des capacités

financières d’investissement qui sont,

fort heureusement, encore présentes en

Champagne.

Guillaume Perrin

*Le périmètre du Crédit Agricole du Nord Est

concerne 16 200 vignerons, 120 coopératives

et 370 négociants dans les départements de la

Marne et de l’Aisne.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 41


économie

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET COMPTABILITÉ

Une révolution

discrète au service

des vignerons

Déjà présente dans les outils d’aide à la décision dans les différents

secteurs vitivinicoles, l’IA reste encore discrète dans la comptabilité.

Pourtant, elle transforme peu à peu la relation entre le vigneron et son

cabinet comptable. Elle y joue déjà un rôle clé, au service de la simplification

administrative et du pilotage économique des exploitations : un

changement silencieux, mais stratégique.

Dans de nombreux cabinets, l’IA

s’intègre progressivement aux

logiciels comptables pour automatiser

des tâches autrefois fastidieuses :

saisie de factures, classement des pièces,

rapprochement bancaire, lettrage…

Grâce à la reconnaissance optique de

caractères appelée aussi océrisation et à

l’apprentissage automatique, ces outils

identifient les fournisseurs, affectent les

opérations aux bons comptes et peuvent

détecter des anomalies.

Pour le vigneron, ces avancées se traduisent

ou se traduiront par un allégement

de la gestion administrative

et comptable par une transmission

simplifiée via mobile ou mail et l’intégration

directe dans les logiciels de

comptabilité.

Facture électronique :

une passerelle vers l’IA

À l’horizon 2026, la généralisation de la

facture électronique va accélérer cette

transformation. Chaque facture, transmise

au format requis, deviendra une

source de données immédiatement exploitable

par les outils intelligents. Fini

les ressaisies ou les documents mal classés

: l’information circule automatiquement,

de l’émetteur au comptable par

le biais des applications informatiques

adaptées.

Ces flux en temps réel permettront la

fluidité de l’acquisition des données, ceci

avec le concours des clients des cabinets

comptables qui s’équipent pour la plupart

de portails d’échanges qui facilitent

le transfert de la data.

Vers une comptabilité

plus intelligente

sans être magique

Il ne faut toutefois pas céder aux promesses

exagérées. L’intelligence artificielle actuelle

n’est ni magique ni omnisciente,

mais permet d’être davantage proactif

en s’appuyant sur ces données ordonnées

pour apporter une analyse de qualité.

Ce qu’elle sait assurément déjà faire, c’est

agréger une masse de données, les structurer

rapidement selon des modèles définis,

en extraire des signaux utiles. Ceci

constitue une opportunité majeure pour

le pilotage des exploitations, l’ouverture

de pistes nouvelles pour appuyer la réflexion

stratégique, affiner la prise de décision

ou identifier plus vite les écarts de

performance.

Une comptabilité en temps

réel, des analyses à la clé

L’IA ouvre la voie à des analyses plus

fines et en temps réel sans attendre la fin

de son exercice comptable : tableaux de

bord dynamiques, gestion de trésorerie

ou encore simulation d’investissement.

En croisant données comptables, charges

d’exploitation, stocks et chiffres de vente,

certains outils permettent même de modéliser

plusieurs scénarios économiques.

L’IA libère du temps pour que l’expert-comptable

puisse jouer pleinement

son rôle de conseiller. Aujourd’hui, innover

ne veut pas dire bouleverser son

quotidien, mais mieux s’entourer technologiquement

pour préparer l’avenir.

L’expert-comptable reste

indispensable

Comme l’a expliqué Aurélien Lemouton,

le directeur délégué de l’AG2C,

lors de l’assemblée générale du 20 mars,

« l’AG2C n’a pas vocation à laisser l’IA

travailler pour vous fournir des résultats

bruts ! Nous ne voyons l’utilisation

de ces outils que pour enrichir nos analyses.

En mettant l’IA au service de nos

analyses, notre seule et unique ambition

est de rendre notre relationnel adhérent

plus intense ! Demain il est possible que

vous soyez abreuvés de données brutes

qui ne correspondent ni à vos attentes

ni à vos spécificités, notre engagement

sera de vous rendre ces données compréhensibles

et adaptées à vos besoins, en les

valorisant avec des analyses comparatives

et pertinentes ».

Alors que l’intelligence artificielle est

de plus en plus présente dans notre

quotidien, doit-on finalement la

craindre ou se reposer sur elle ?

« À l’AG2C, nous pensons que la vérité

se trouve à mi-chemin entre prudence

et opportunité, indique Aurélien Le-

42 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


mouton. Conscients de ce que ces outils

peuvent nous apporter, mais aussi

de leurs limites, nous avons entamé une

intégration progressive de l’IA dans nos

méthodes de travail. L’objectif est clair :

proposer à nos adhérents vignerons un

accompagnement plus efficace, plus pertinent,

sans jamais perdre ce qui fait notre

force, notre lien humain avec eux. »

Moins occupé par la saisie ou la vérification,

il peut se consacrer aux sujets

stratégiques : trouver les leviers fiscaux,

accompagnement au pilotage de projets,

d’investissements ou demandes de subventions,

préparation à l’installation, la

transmission, la retraite… Autant d’enjeux

où la connaissance fine des exploitations,

des personnes qui la composent

et l’expertise humaine restent irremplaçables.

Catherine Blanckaert, AG2C/AJ

CONTACT AG2C

Épernay : 03 26 59 55 15,

epernay@ag2c-sgv.fr

Reims : 03 26 59 55 15,

reims@ag2c-sgv.fr

Bar-sur-Seine : 03 25 29 04 63,

bar@ag2c-sgv.fr

Château-Thierry : 03 26 59 85 32,

chateau-thierry@ag2c-sgv.fr

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 43


viticulture

ÉNERGIE

Photovoltaïque en viticulture :

un investissement rentable à bien encadrer

Diversifier son activité viticole avec le solaire, c’est possible, rentable… mais cela se prépare !

Alors que la filière photovoltaïque

a plus de dix ans d’existence et ne

cesse de se structurer, les viticulteurs

s’y intéressent de plus en plus pour

réduire leur facture énergétique ou diversifier

leurs revenus. Avec la baisse des tarifs

de rachat et les nouvelles règles du marché,

bien cadrer son projet est désormais indispensable

pour garantir sa rentabilité.

Changements

de règlementation

Depuis le 1 er avril 2025, les règles encadrant

la vente d’électricité photovoltaïque

ont été profondément modifiées par l’État.

Ces changements touchent directement

les exploitations agricoles et viticoles.

– Fin de la vente totale pour les petites

installations (< 9 kWc)

Ce type de projet, autrefois encouragé,

ne peut plus accéder à la vente totale.

Seule l’autoconsommation totale reste

envisageable, bien que peu rentable dans

ce segment.

– De nouvelles limites pour les projets

entre 100 et 500 kWc

• Jusqu’au 30 juin 2025 : tarif d’achat

encore accessible, mais en forte baisse.

• À partir de septembre 2025 : fin du tarif

garanti, ce qui signifie un passage obligatoire

par un appel d’offres simplifié.

– Une stabilité maintenue pour les

projets entre 9 et 100 kWc

Bonne nouvelle : ce segment reste le plus

intéressant en 2025. Les aides, primes et

tarifs de rachat sont inchangés.

Garantir le meilleur prix

Les Chambres d’agriculture du Grand Est

ont mis en place des consultations groupées.

Une fois par trimestre, les projets d’installations

photovoltaïques sont étudiés, puis un

appel d’offres est lancé auprès d’installateurs,

pour la majorité du Grand Est.

Ces derniers ont signé un cahier des

charges en amont qui vous garantit le

sérieux de l’installateur, la qualité du matériel

et de la pose de votre centrale.

La mutualisation des dossiers permet

d’obtenir des prix d’achat de centrale en

moyenne 20 % moins chers que ceux du

marché. Chaque porteur de projet reste

libre de choisir son installateur en fonction

des devis qu’il aura reçus pour sa centrale.

Une prestation qui rassure

Propos de Laurent Hostomme, viticulteur

à Chouilly, recueillis par Julie Guichon.

« À ma demande, la Chambre d’agriculture

de la Marne a étudié la possibilité

d’installer des panneaux photovoltaïques

sur un de mes bâtiments récemment rénovés

disposant d’une toiture de 600 m².

Elle a suivi le dossier, ce qui est sécurisant

parce qu’il faut savoir parler et maîtriser

un langage particulier. Six entreprises

ont répondu à l’appel d’offres avec des

coûts très variables pour un même cahier

des charges. En choisissant l’installateur

le plus compétitif, j’ai pu réaliser des

économies qui m’ont permis de financer

cette prestation. À noter que la neutralité

et l’appui technique de la Chambre

d’agriculture sont des forces sans valeur

marchande ».

Jessica Parose, Chambres d’agriculture

du Vignoble champenois

LES CHAMBRES

D’AGRICULTURE À VOS CÔTÉS

Entre les démarches administratives,

la diversité des offres et les

risques de surcoût, les Chambres

d’agriculture proposent un accompagnement

personnalisé :

• Dimensionnement sur mesure selon

vos toitures, besoins et budget

• Suivi administratif complet du

projet

• Achats groupés : mutualisation

des coûts pour un meilleur prix

• Conseils techniques et économiques

pour sécuriser votre investissement

Contact :

Chambre d’agriculture de la Marne :

Cellule Énergie : 03 26 64 08 13

energie@marne.chambagri.fr

Chambre d’agriculture de l’Aube :

Chaymae Belatmane : 03 25 43 72 72

chaymae.belatmane@aube.chambagri.fr

44 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


ENVIRONNEMENT

Une action conjointe en faveur

de la biodiversité en Champagne

L’année dernière, les Chambres d’agriculture du vignoble champenois et Moët & Chandon ont permis la

création de 60 projets de plantations sur des parcelles viticoles et agricoles. Ce sont près de 20 kilomètres

de haies qui ont été plantées en Champagne.

Les haies jouent un rôle primordial

dans notre écosystème. Elles permettent

à la faune locale de réaliser

leur cycle de vie. Elles protègent les

cultures avec leur effet brise-vent. Elles

préservent les sols en limitant l’érosion et

stockent du carbone !

La maison Moët & Chandon, souhaitant

agir concrètement en faveur de la nature,

a lancé en 2021 son programme Natura

Nostra avec l’objectif de planter 100 km

de corridors écologiques d’ici 2027.

Après avoir planté 35 kilomètres de haies

dans ses domaines, la maison a sensibilisé

ses partenaires-vignerons et sollicité la

Chambre d’agriculture afin de répondre

à l’appel à projets Agroforesterie lancé

par la région Grand Est en 2024.

L'originalité de cet appel à projets tient

dans l'obligation pour tous les porteurs

d'être accompagnés par une structure

habilitée, comme la Chambre d’agriculture

de la Marne.

C’est une action collective inédite qui a

donc été mise en œuvre entre la Chambre

d’agriculture et Moët & Chandon afin de

pouvoir accompagner 20 partenaires vignerons

et agriculteurs identifiés par la

maison.

20 km de haies et 1 ha de bosquets ont

ainsi pu être plantés cet hiver grâce à ce

dispositif.

L’appel à projets a été reconduit cette

année, permettant également le financement

de mares.

Maxime André, Chambres d’agriculture du

Vignoble champenois

BESOIN D’AIDE POUR VOTRE PROJET DE HAIES ?

DES ACCOMPAGNEMENTS EXISTENT

Implanter une haie, cela ne s’improvise pas. L’emplacement, le choix des espèces,

la préparation de la plantation ainsi que l’entretien doivent être bien réfléchis en

amont du projet pour que celui-ci soit un succès. Les Chambres d'agriculture du

Vignoble champenois, ainsi que la Commission Équipement du Vignoble du Comité

Champagne, accompagnent vos projets de plantations de haies.

Contacts :

06 16 82 96 61 - maxime.andre@marne.chambagri.fr

06 99 06 20 10 - geoffroy.houdard@civc.fr.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 45


coopérative

TEVC

Un chiffre d’affaires en hausse en

2024 dans un marché peu porteur

Le groupe Terroirs & Vignerons de Champagne (TEVC) a annoncé, vendredi 20 juin lors de son assemblée

générale, une hausse de son chiffre d’affaires de 4,2 % par rapport à 2023, proche de son meilleur score à

282,3 millions d’euros alors que l’ensemble de la filière est confronté à un fort recul.

La performance opérationnelle bat

un record historique de valeur

ajoutée à 63 millions d’euros, soit

22 % du chiffre d’affaires. Quant au résultat

net, il s’établit à 7,8 millions d’euros

en retrait de 15,1 % sous l’effet de la

masse salariale et de la hausse des charges

financières en 2024.

Du côté des marques

Nicolas Feuillatte affiche une progression

de 5 % porté par une accélération nette

en fin d’année, notamment en France et

au Royaume-Uni. La marque conforte sa

position de « champagne préféré des Français

» avec 65 % de ses ventes en valeur réalisées

dans l’Hexagone. Sa part de marché

en grande distribution s’élève à 15 %.

Castelnau enregistre pour la deuxième

année consécutive une hausse de 3,1 %

en positionnant ses vins dans la sphère

gastronomique grâce à de longs vieillissements

sur lies. Le développement à

l’international devrait se consolider avec

la signature de contrats de distribution

sélective aux États-Unis et au Canada.

Le chiffre d’affaires du Champagne Abelé

1757, racheté en 2019, est lui aussi en

hausse de 7 % avec de bonne performance

en France et une progression de

ses ventes en Suisse, en Italie, en Espagne

et en Belgique. À noter que la marque

a noué des partenariats prestigieux avec

l’artisan maroquinier Le Tanneur ou encore

avec le plus ancien club des amateurs

de Rolls-Royce à l’occasion des

120 ans de la marque au Spirit of Ecstasy.

Henriot, qui a rejoint le groupe en 2023,

conserve un chiffre d’affaires stable pour

2024 avec une bonne résistance dans

ses marchés internationaux clés (Japon,

États-Unis, Royaume-Uni et Italie) et un

retrait dans l’Hexagone. 2024 marque un

tournant pour la marque aux USA avec

la signature d’un accord d’importation

exclusif avec la puissante famille viticole

californienne Jackson Family Wines.

Pour le chiffre d’affaires consolidé du

groupe TEVC, il atteint un nouveau

palier à 323 millions d’€, en forte hausse

de 11,2 % par rapport à 2023. Cette progression

est à relativiser par l’intégration

sur douze mois des ventes du Champagne

Henriot en 2024, alors que les

revenus de l’année précédente n’avaient

été comptabilisés qu’à partir du 30 septembre,

date de l’acquisition.

À périmètre constant, la croissance du

chiffre d’affaires consolidé du groupe

s’établit à + 4,9 % alors que les charges

financières ont doublé en 2024 et que la

dette s’est accentuée.

À noter que les reprises de bouteilles pour la

commercialisation des adhérents de TEVC

sont en net recul de 9,2 % par rapport à

2024 (6,3 millions de flacons), à l’image de

la tendance forte et constante du recul de la

commercialisation du vignoble.

Le champagne conserve

des atouts majeurs

Dans son rapport d’orientation, la présidente

de TEVC Véronique Blin a

déploré le phénomène de déconsommation

d’alcool porté par des groupes

d’influence très actifs, le « vieillissement

de notre base de clientèle » et la perte du

marqueur social que représente la culture

du vin. Des tendances encore plombées

par le contexte géopolitique : « L’incertitude

économique plane un peu partout,

chacun ayant des raisons de désespérer

dans un monde régi par des déficits

publics abyssaux, des réglementations

qui s’empilent, des droits de douane qui

entravent les échanges mondiaux et une

vieille Europe qui donne des signes de

récession. » Pour autant, selon elle, le

champagne conserve des atouts majeurs

même envers les jeunes générations qui

apprécient de plus en plus les bulles. « À

nous de leur donner l’envie de monter en

gamme, car ils sont avides de sens, d’authenticité,

de savoir-faire avec l’envie de

vivre des expériences exceptionnelles.

46 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


Ce mouvement contribue à favoriser une

bonne résistance du secteur du luxe. »

Résolument optimiste et déterminée, la

présidente a érigé l’ambition de TEVC en

modèle collectif : « Notre réussite passera

par notre présence accrue et pertinente

sur les marchés. Nos orientations et nos

souhaits de croissance ont tous été faits

dans ce sens. Tout comme notre volonté

de continuer à valoriser la production de

nos vignerons et à leur permettre d’accéder

au marché par la commercialisation

de l’ensemble de nos marques, persuadés

que les parts de marché du vignoble

doivent être défendues bec et ongles pour

préserver nos équilibres champenois. »

Véronique Blin a par ailleurs annoncé la

fin de ses activités au sein de TEVC après

33 ans de participation active au sein du

bureau de la structure coopérative, dont

13 années de présidence.

C'est Éric Potié, élu le 4 juillet, qui lui a

succédé : président de la coopérative de

Mancy, il est entré au conseil d’administration

de l’ex-Centre Vinicole – Champagne

Nicolas Feuillatte en tant qu’administrateur

en 2009.

S’intéresser collectivement

à l’aval

Un constat partagé par Maxime Toubart,

le président du Syndicat Général des Vignerons,

qui estime nécessaire de mener

des réflexions pour réinventer le champagne.

« Nous avons beaucoup travaillé

sur la partie amont avec la qualité des raisins,

la production ou les outils de régulation,

il est peut-être temps de s’intéresser

collectivement à l’aval. On a certainement

trop considéré que nous n’étions pas en

concurrence avec bon nombre d’autres

effervescents et pourtant on constate par

exemple sur les terrasses qu’il y a de moins

en moins de champagne. Il faudrait maintenant

réfléchir ensemble, maisons, coopératives

et vignerons à une ambition

offensive de la Champagne. »

Invité à conclure l’assemblée générale de

TEVC, Vincent Jourdan, le président de

la section champagne de la Coopération

agricole Grand Est, a également pointé

les menaces qui pèsent sur la filière.

« Dans un contexte contraint comme celui

de la Champagne, les projets comme

ceux de TEVC sont indispensables au

vignoble pour continuer à occuper cette

place historique au sein de la filière. Si

le vignoble se désengage durablement

du commerce pour se concentrer trop

prioritairement à la production de raisin,

il est évident que les discussions interprofessionnelles

seront de plus en plus à

notre désavantage et bien naturellement,

au premier rang de celles-ci, la fixation

des rendements annuels.

À défaut de savoir ou de pouvoir individuellement

nous investir dans le commerce,

nous avons le devoir de porter avec

détermination l'ensemble des projets structurants

pour le vignoble et celui de TEVC

en fait partie. Conforter les marques de la

coopération dans l'Hexagone, mais encore

plus à l'international, nécessite du temps

et de la patience, parce que des gisements

probables de croissance et de valeur se

trouvent sur les marchés lointains. Souvenons-nous

que la coopération est un projet

économique au service d'une ambition

politique en quête de la réussite des vignerons.

Il nous faut donc, en Champagne,

être conscients de la qualité de notre organisation,

de la force de notre appellation

et nous mettre tous, sans exception, à leur

service pour nous assurer un avenir. »

Alain Julien

Vincent Jourdan, président

de la section champagne de la

Coopération agricole Grand Est.

Véronique Blin, présidente

de TEVC.

Maxime Toubart, président

du SGV.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 47


juridique

FERMAGE DE LA VENDANGE 2024

Prix du raisin pour le paiement des loyers

viticoles

Comme chaque année, les préfets constatent a posteriori le prix moyen du raisin de chaque cru pour la

vendange passée. Ainsi, les prix mentionnés ci-après constatent le cours moyen du raisin pratiqué à la

vendange 2024 dans chaque village. Ces prix vous sont communiqués sous réserve de la publication des

arrêtés préfectoraux.

Les références de ces arrêtés vous seront communiquées dès leur publication sur le site internet de La Champagne Viticole.

Le prix préfectoral est

une référence pour le calcul

des fermages et des métayages

Les prix constatés à la vendange 2024

servent de référence pour le calcul des fermages

et des métayages-espèces afférents

à ladite vendange.

Dans la mesure où ce prix n’était pas encore

publié lors des premières échéances

de loyer, celles-ci ont été calculées soit sur

un prix estimé, soit sur le prix de l’année

antérieure. Une régularisation doit donc

être opérée. Et si l’échéancier des loyers

est calqué sur celui des paiements de raisins,

cette régularisation pourra s’effectuer

lors du dernier paiement, au 5 septembre

2025 (voir tableau ci-contre).

Le prix préfectoral est un prix

hors primes

De longue date, les commissions consultatives

paritaires des baux ruraux (représentants

des preneurs et des bailleurs) ont

considéré que les primes contractuelles

(dites de fidélité ou de partenariat) qui

s’ajoutent au prix principal du raisin,

ne devraient pas faire partie du prix de

référence de la denrée pour le calcul

des loyers. Ainsi, il a été arrêté que les

prix moyens constatés « excluent tous

les compléments reçus par les vendeurs,

déterminés en fonction d’engagements

souscrits avec des acheteurs, tendant à

personnaliser le contrat de vente de raisin

». Ces primes peuvent évidemment varier

en fonction des cas, mais leur niveau

moyen est actuellement évalué à environ

2,5% du prix total, hors prime liée à des

certifications environnementales.

Le prix préfectoral n’est pas

une référence obligatoire

Selon l’article R411-5 du Code rural, le

montant des fermages exprimé en quantité

de raisin est calculé selon le cours

moyen arrêté par le préfet… sauf convention

contraire entre les parties. Cela signifie

que les parties au bail peuvent

s’accorder pour retenir une référence de

calcul autre que celle de l’arrêté préfectoral.

Bien entendu, il est préférable que

cet accord figure dans un écrit, qui peut

être le bail lui-même. Et encore faut-il

que la référence choisie soit suffisamment

claire et puisse être facilement connue des

parties. De nombreux contrats de baux

mentionnent un prix « toutes primes et

bonifications comprises » et il est parfois

ajouté « le prix total que percevrait le bailleur

s’il vendait lui-même les raisins ». Ces

clauses ne sont pas toujours faciles à appliquer,

car le prix n’est pas strictement uniforme

selon les acheteurs, même dans un

cru donné. En pratique, de telles clauses

conduisent soit à répercuter au bailleur le

prix perçu par le locataire lorsque celui-ci

vend lui-même des raisins, soit à se référer

au cours moyen de l’arrêté préfectoral,

majoré du niveau moyen des primes,

comme cela a été dit précédemment.

Étienne Benedetti, Élise Desmoulins,

Lucie Benatti, SGV/AJ

Exemple de régularisation

Monsieur Vigne exploite une parcelle d’un hectare dans la commune

de Villers-sous-Châtillon. Son fermage est fixé à 2 000 kg par hectare.

Il doit régler son loyer pour la vendange 2024

Echéance

05/12/2024

2 000 kg x 6,77 €

(prix vendange 2023)

4

= 3 385 €

Echéance

05/03/2025

2 000 kg x 6,77 €

(prix vendange 2023)

4

= 3 385 €

Echéance

05/06/2025

2 000 kg x 6,77 €

(prix vendange 2023)

4

= 3 385 €

Echéance 05/09/2025

2 000 kg x 6,83 €

(prix vendange 2024)

= 13 660 €

auxquels on soustrait

les 3 premières échéances

(3 385 € x 3 = 10 155 €)

13 660 € - 10 155 €

= 3 505 €

48 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


CRUS DE L’AISNE

Azy-sur-Marne, Bézu-le-Guéry, Blesmes, Bonneil,

Brasles, Charly-sur-Marne, Chartèves, Château-

Thierry, Chézy-sur-Marne, Chierry, Crouttes-sur-

Marne, Domptin, Essômes-sur-Marne, Étampessur-Marne,

Fossoy, Gland, Mont-Saint-Père,

Montreuil-aux-Lions, Nesle-la-Montagne,

Nogent-l’Artaud, Nogentel, Pavant, Romeny-sur-

Marne, Saulchery, Villiers-Saint-Denis 6,76

Barzy-sur-Marne, Baulne-en-Brie, Celles-lès-

Condés, Chapelle-Monthodon (La), Condé-en-Brie,

Connigis, Courtemont-Varennes, Crézancy,

Jaulgonne, Mézy-Moulins, Monthurel,

Passy-sur-Marne, Reuilly-Sauvigny, Saint-Agnan,

Trélou-sur-Marne 6,78

CRUS DE L’AUBE

Ailleville, Arconville, Argancon, Arrentières,

Arsonval, Avirey-Lingey, Bagneux-la-Fosse,

Balnot-sur-Laignes, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine,

Baroville, Bergères, Bertignolles, Bligny,

Bragelogne-Beauvoir, Buxeuil, Buxièressur-Arce,

Celles-sur-Ource, Chacenay,

Champignol-lès-Mondeville, Channes, Chervey,

Colombé-la-Fosse, Colombé-le-Sec, Courteron,

Couvignon, Cunfin, Dolancourt, Eguilly-sous-

Bois, Engente, Essoyes, Fontaine, Fontette,

Fravaux, Gyé-sur-Seine, Jaucourt, Landreville,

Lignol-le-Château, Loches-sur-Ource,

Merrey-sur-Arce, Meurville, Montier-en-L’isle,

Mussy-sur-Seine, Neuville-sur-Seine, Noé-les-

Mallets, Plaines-Saint-Lange, Polisot, Polisy,

Proverville, Riceys (Les), Rouvres- les-Vignes,

Saint-Usage, Saulcy, Spoy, Trannes, Urville,

VerpillIières-sur-Ource, Ville-sur-Arce,

Vitry-le-Croisé, Viviers-sur-Artaut, Voigny 6,71

Montgueux blancs, Montgueux noirs,

Villenauxe-la-Grande blancs,

Villenauxe-la-Grande noirs 7,80

CRUS DE LA MARNE

Allemant blancs 7,80

Allemant noirs 7,70

Ambonnay 8,79

Arcis-le-Ponsart 6,81

Aubilly 6,81

Avenay-Val-d’or 8,65

Avize 8,92

Aÿ 8,79

Barbonne-Fayel blancs 7,80

Barbonne-Fayel noirs 7,70

Baslieux-sous-Châtillon 6,83

Bassu blancs 8,04

Bassuet blancs 8,04

Baye blancs 7,61

Baye noirs 7,41

Beaumont-sur-Vesle 8,79

Beaunay blancs 7,61

Beaunay noirs 7,41

Belval-sous-Châtillon 6,83

Bergères-lès-Vertus 8,84

Bergères-sous-Montmirail blancs 7,61

Bergères-sous-Montmirail noirs 7,41

Berru 8,09

Bethon blancs 7,80

Bethon noirs 7,70

Bezannes 7,76

Billy-le-Grand 8,70

Binson-Orquigny 6,83

Bisseuil 8,65

Bligny 6,81

Bouilly 6,81

Bouleuse 6,81

Boursault 6,83

Bouzy 8,79

Branscourt 6,81

Breuil (Le) 6,83

Brimont 6,83

Brouillet 6,81

Broussy-le-Grand blancs 7,61

Broussy-le-Grand noirs 7,41

Broyes blancs 7,80

Broyes noirs 7,70

Brugny-Vaudancourt blancs 7,41

Brugny-Vaudancourt noirs 7,20

Cauroy-lès-Hermonville 6,83

Celle-sous-Chantemerle (La) blancs 7,80

Celle-sous-Chantemerle (La) noirs 7,70

Cernay-les Reims 8,09

Cerseuil 6,83

Châlons-sur-Vesle 6,83

Chambrecy 6,81

Chamery 7,76

Champillon 7,90

Champlat-Boujacourt 6,83

Champvoisy 6,83

Changy blancs 8,04

Chantemerle blancs 7,80

Chantemerle noirs 7,70

Châtillon-sur-Marne 6,83

Chaumuzy 6,81

Chavenay 6,83

Chavot-Courcourt blancs 7,41

Chavot-Courcourt noirs 7,20

Chenay 6,83

Chigny-les-Roses 7,82

Chouilly 8,92

Coizard-Joches blancs 7,61

Coizard-Joches noirs 7,41

Coligny (Val-des-Marais) blancs 7,61

Coligny (Val-des-Marais) noirs 7,41

Congy blancs 7,61

Congy noirs 7,41

Cormicy 6,83

Cormontreuil 7,82

Cormoyeux 6,83

Coulommes-la-Montagne 7,76

Courcelles-Sapicourt 6,81

Courjeonnet blancs 7,61

Courjeonnet noirs 7,41

Courmas 7,76

Courtagnon 6,81

Courthiézy 6,83

Courville 6,81

Couvrot 8,04

Cramant 8,92

Crugny 6,81

Cuchery 6,83

Cuis blancs 8,36

Cuisles 6,83

Cumières 7,90

Damery 7,22

Dizy 7,90

Dormans 6,83

Écueil 7,76

Épernay blancs 7,41

Épernay noirs 7,20

Étoges blancs 7,61

Étoges noirs 7,41

Étrechy blancs 7,61

Étrechy noirs 7,41

Faverolles-et-Coëmy 6,81

Fèrebrianges blancs 7,61

Fèrebrianges noirs 7,41

Festigny 6,83

Fleury-la-Rivière 6,83

Fontaine-sur-Aÿ 8,65

Fontaine-Denis-Nuizy blancs 7,80

Fontaine-Denis-Nuizy noirs 7,70

Germaine

Néant

Germigny 6,81

Givry-les-Loisy blancs 7,61

Givry-les-Loisy noirs 7,41

Glannes 8,04

Grauves blancs 8,36

Gueux 6,81

Hautvillers 7,90

Hermonville 6,83

Hourges 6,81

Igny-Comblizy 6,83

Janvry 6,81

Jonchery-sur-Vesle 6,81

Jonquery 6,83

Jouy-lès-Reims 7,76

Lagery 6,81

Leuvrigny 6,83

Lhéry 6,81

Lisse-en-Champagne 8,04

Loisy-sur-Marne 8,04

Loisy-en-Brie blancs 7,61

Loisy-en-Brie noirs 7,41

Louvois 8,78

Ludes 7,82

Mailly-Champagne 8,79

Mancy blancs 7,41

Mancy noirs 7,20

Mardeuil 6,83

Mareuil-le-Port 6,83

Mareuil-Sur-Aÿ 8,79

Marfaux 6,81

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 49


juridique

Merfy 6,83

Merlaut blancs 8,04

Mery-Premecy 6,81

Mesneux (Les) 7,76

Mesnil-le-Hutier (Le) 6,83

Mesnil-sur-Oger (Le) 8,92

Mondement blancs 7,61

Mondement noirs 7,41

Montbré 7,82

Montgenost blancs 7,80

Montgenost noirs 7,70

Monthelon blancs 7,41

Monthelon noirs 7,20

Montigny-sous-Châtillon 6,77

Montigny-sur-Vesle 6,83

Morangis blancs 7,41

Morangis noirs 7,20

Moslins blancs 7,41

Moslins noirs 7,20

Moussy blancs 7,41

Moussy noirs 7,20

Mutigny 8,65

Nanteuil-la-Forêt 6,81

Nesle-le-Repons 6,77

Neuville-aux-Larris (La) 6,83

Nogent-L’abbesse 8,09

Œuilly 6,83

Oger 8,92

Oiry 8,92

Olizy-Violaine 6,83

Orbais-L’abbaye 6,83

Ormes 7,76

Oyes blancs 7,61

Oyes noirs 7,41

Pargny-lès-Reims 7,76

Passy-Grigny 6,83

Pévy 6,83

Pierry 7,76

Poilly 6,81

Pontfaverger

Néant

Port-à-Binson 6,83

Pouillon 6,83

Pourcy 6,81

Prouilly 6,77

Puisieulx 8,79

Reims 7,76

Reuil 6,83

Rilly-la-Montagne 7,82

Romery 6,83

Romigny 6,83

Rosnay 6,81

Sacy 7,76

Saint-Amand-sur-Fion 8,04

Saint-Euphraise 6,81

Saint-Gilles 6,81

Saint-Lumier 8,04

Saint-Martin-d’Ablois blancs 7,41

Saint-Martin-d’Ablois noirs 7,20

Saint-Thierry 6,83

Sainte-Gemme 6,83

Sarcy 6,81

Saudoy blancs 7,80

Saudoy noirs 7,70

Savigny-sur-Ardre 6,81

Sermiers 7,76

Serzy-et-Prin 6,81

Sézanne blancs 7,80

Sézanne noirs 7,70

Sillery 8,79

Soilly 6,83

Soulières blancs 7,61

Soulières noirs 7,41

Taissy 7,82

Talus-saint-Prix blancs 7,61

Talus-saint-Prix noirs 7,41

Tauxières 8,78

Thil 6,83

Tours-sur-Marne 8,79

Tramery 6,81

Trépail 8,70

Treslon 6,81

Trigny 6,83

Trois-Puits 7,82

Troissy 6,83

Unchair 6,81

Val-de-Vièvre blancs 8,04

Vanault-le-Châtel blancs 8,04

Vandeuil 6,81

Vandières 6,83

Vauciennes 6,83

Vaudemange 8,70

Vavray-le-Grand blancs 8,04

Vavray-le-Petit blancs 8,04

Venteuil 7,22

Verneuil 6,83

Vert-Toulon blancs 7,61

Vert-Toulon noirs 7,41

Vertus 8,84

Verzenay 8,79

Verzy 8,79

Ville-sous-Orbais (La) 6,83

Villedommange 7,76

Ville-en-Tardenois 6,81

Villeneuve-Renneville 8,84

Villers-Allerand 7,82

Villers-aux-Nœuds 7,76

Villers-Franqueux 6,83

Villers-Marmery blancs 8,70

Villers-sous-Châtillon 6,83

Villevenard blancs 7,61

Villevenard noirs 7,41

Vinay blancs 7,41

Vinay noirs 7,20

Vincelles 6,83

Vindey blancs 7,80

Vindey noirs 7,70

Vitry-en-Perthois blancs 8,04

Voipreux 8,84

Vrigny 7,76

CRUS DE HAUTE-MARNE

Argentolles, Colombey-les-Deux-Églises,

Rizaucourt-Buchey 6,71

CRUS DE SEINE-ET-MARNE

Citry-sur-Marne, Nanteuil-sur-Marne

Saâcy-sur-Marne 6,72

50 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


ÉTIQUETAGE

Info-tri : la réglementation évolue

en Espagne

Trois ans après l’Italie, l’Espagne s’engage à son tour dans une démarche ambitieuse de responsabilisation

des producteurs en matière de recyclage des emballages.

De l’autre côté des Pyrénées, le décret

royal n°1055/2022, publié

fin 2022, est entré en vigueur

le 1 er janvier 2025. Il impose à tous les

metteurs en marché de produits emballés

en Espagne — y compris les exportateurs

de champagne — d’indiquer de manière

claire et lisible les consignes de tri sur

chaque élément d’emballage ménager.

La règle est simple en apparence : chaque

composant d’un emballage doit porter

une indication sur le conteneur dans lequel

il doit être jeté. Verre (conteneur

vert), papier-carton (bleu), métal, plastique,

bouchon de liège ou bois (jaune) :

tous doivent être identifiés, à l’exception

des éléments non séparables à la main,

comme les étiquettes collées.

En cas de matériaux composites (par

exemple un étui en carton plastifié), la

règle veut que l’élément soit trié selon le

matériau majoritaire en poids.

Plusieurs obligations encadrent la présentation

de ces informations : elles doivent

être visibles, durables et, de préférence,

rédigées en espagnol. Le texte autorise

une grande liberté de forme (mentions

écrites, tableaux, pictogrammes...), mais

interdit toute mention susceptible de

faire croire que l’emballage est « respectueux

de l’environnement » au point de

pouvoir être jeté dans la nature.

Les professionnels ont la possibilité d’utiliser

les logos d’Ecoembes (l’équivalent

d’Adelphe en France), l’organisme de

référence en Espagne pour le tri, mais

seulement s’ils y sont affiliés. À défaut,

une mention écrite suffit si elle respecte

les règles fixées par le décret. Le non-respect

de ces règles expose les entreprises à

des sanctions administratives.

Vitiquette s’adapte

aux nouvelles règles

Récemment, la législation espagnole a

permis la dématérialisation de cette nouvelle

info-tri. Dans ce contexte, la solution

Vitiquette, développée par le SGV

— initialement pour une conformité à

la réglementation sur l’étiquetage des

ingrédients et de la déclaration nutritionnelle

—, offre une réponse concrète,

immédiate et conforme.

Grâce à son QR code, elle centralise

l’ensemble des obligations d’étiquetage,

y compris les consignes de tri. Ces données

sont géolocalisées et automatiquement

adaptées au pays de consommation

du vin — une avancée essentielle puisque

c’est le lieu de consommation, et non celui

de production ou de commercialisation,

qui détermine les règles applicables.

Ce système respecte pleinement le

RGPD : aucune donnée personnelle

n’est collectée, et la géolocalisation reste

strictement anonyme.

Pour les producteurs, cela signifie une

mise en conformité fluide, sans avoir à

imprimer physiquement les mentions

spécifiques à chaque pays sur les étiquettes.

Avec l’Espagne, Vitiquette intègre un

nouveau cadre réglementaire européen

et confirme sa vocation : permettre

aux vignerons champenois, quelles que

soient la taille de leur structure ou la

complexité de leurs marchés, de rendre

leurs cuvées conformes, modernes et responsables.

Gaëtan Batteux, SGV/GP

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 51


social

VENDANGE 2025

Le SGV obtient les dérogations

de travail attendues

Conformément aux besoins du

vignoble durant les vendanges, le

SGV s’est une nouvelle fois mobilisé

pour obtenir auprès des différentes

Directions régionales de

l'économie, de l'emploi, du travail

et des solidarités (DREETS) de

l’AOC Champagne, les dérogations

à la durée hebdomadaire du

temps de travail nécessaires au

bon déroulement de la prochaine

vendange.

Ainsi, les dérogations pour tous

les départements de l’AOC sont

de :

- 72 heures par semaine pour tous les salariés

permanents et saisonniers occupés

au chargement, au transport, à la réception

de raisin et des moûts, au pressurage,

à la vinification et aux cuisines.

- 60 heures par semaine pour les autres

personnels permanents et saisonniers affectés

à la vendange.

- En cas de présence d’un CSE dans l’entreprise

:

• L’employeur est tenu de consulter le

CSE pour avis ;

• Une fois l’avis recueilli, il doit être

transmis à l’inspection du travail.

Marjorie Arrasse, SGV/AJ

RAPPELS IMPORTANTS

• L’enregistrement du temps de

travail est obligatoire, y compris

pour le salarié embauché à tâche.

Des modèles d’enregistrement du

temps de travail sont disponibles

sur le site extranet du SGV.

• La dérogation ne s’applique pas

aux mineurs de moins de 18 ans.

Les dérogations au temps de travail pendant

les vendanges ne sont pas chose acquise

et doivent être sollicitées chaque

année par le SGV auprès des DREETS

compétentes. Le Syndicat reste, chaque

année, mobilisé pour conserver les quantums

d’heures indispensables à la profession

pour la bonne réalisation de la

récolte.

Obligations des employeurs

- Afficher la dérogation au temps de travail

dans leur entreprise et en informer

leurs salariés (les décisions de dérogations

sont disponibles sur l’extranet du SGV).

- Respecter la législation et les dispositions

conventionnelles relatives à la

durée du travail. (Nous vous invitons à

consulter le guide vendanges fourni avec

ce numéro de La Champagne Viticole

pour plus de détails).

NOUVELLE GRILLE DE SALAIRES OBLIGATOIRE

À COMPTER DU 1 ER JUILLET 2025

À la suite de l’augmentation du SMIC au 1 er novembre 2024, les partenaires sociaux

nationaux ont signé le 12 mars 2025 l’avenant 9 à la Convention collective nationale

de la production agricole et des CUMA en vue de revaloriser la grille de salaires.

Comme lors de chaque revalorisation, la nouvelle grille de salaires n’est pas impérative

dans l’immédiat. Elle ne devient obligatoire que le premier jour du mois civil suivant la

parution de l’arrêté d’extension au Journal officiel.

Pour rappel, la FNSEA, tout comme le SGV, invitait déjà les employeurs à faire application

de cette nouvelle grille sans attendre la parution de l’arrêté d’extension.

Nous vous informons que l’arrêté d’extension est paru au Journal officiel du 11 juin 2025.

Les taux horaires minimums prévus dans la grille de salaires deviendront donc obligatoires

à compter du 1 er juillet 2025.

Pour en savoir plus et prendre connaissance des nouveaux taux à venir, rendez-vous sur

l’extranet du SGV dans l’onglet Emploi des salariés/Documents.

Le salaire étant un outil de fidélisation des salariés, nous vous rappelons que la nouvelle

grille contient les minimums en deçà desquels un employeur ne peut rémunérer un salarié.

En revanche, l’employeur est toujours libre de rémunérer au-delà de ces minimums.

Pauline Gallot-Collard, SGV/AJ

52 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


CODE DU TRAVAIL

Des mesures renforcées

en cas de canicule

Afin de renforcer la prévention de la santé et de la sécurité des travailleurs

lors d’épisodes de chaleurs intenses, un décret ainsi qu’un arrêté

viennent compléter les obligations des employeurs. Ces nouvelles dispositions

sont applicables depuis le 1 er juillet 2025.

Le décret 2025-482 du 27 mai 2025

relatif à la protection des travailleurs

contre les risques liés à la

chaleur ajoute un chapitre complet pour

adapter les règles du Code du travail aux

épisodes de chaleurs intenses en renforçant

les obligations des employeurs.

L’arrêté, publié conjointement au décret,

vient définir la notion d’épisode de chaleur

intense.

Aucun seuil de température n’étant fixé

par le Code du travail, l’arrêté se réfère au

dispositif canicule de Météo-France (vigilance

jaune, orange, rouge). Ainsi, l’épisode

de chaleur intense est atteint dès le seuil de

vigilance jaune canicule. Il appartient alors

à l’employeur non seulement d’évaluer les

risques et de mettre en œuvre les mesures

de prévention prévues par le Code du travail,

mais également de les adapter en cas

d’intensification de la chaleur.

Renforcement des obligations

d’évaluation et de prévention

des risques

L’évaluation des risques liés à la météo

(froid, chaleur, pluie…) dans le Document

unique d’évaluation des risques (DUER)

et les mesures mises en place pour limiter/supprimer

ces risques ne sont pas une

nouveauté. En revanche, les nouveaux

articles R4463-1 et suivants du Code du

travail complètent l’existant en prévoyant

désormais différents types de mesures sur

lesquels doit notamment se fonder l’employeur,

spécifiquement dédié aux épisodes

de chaleur intense, que les salariés

travaillent en intérieur ou en extérieur.

QUELQUES MESURES :

– Adaptation de l’organisation du

travail (modification des horaires,

temps de pause…) ;

– Mise à disposition en quantité suffisance

d’eau potable fraiche (et qui

doit être maintenue fraiche) ;

– Choix d’équipements de travail appropriés

permettant de maintenir

une température corporelle stable ;

– Informations et formations des travailleurs

sur la conduite à tenir en cas

de forte chaleur et sur l’utilisation

correcte des équipements de travail

et des équipements de protection

individuelle (EPI).

Il est à noter que lorsqu’un travailleur est

considéré comme vulnérable (âge, état

de santé...) face aux risques liés à l’exposition

aux chaleurs, l’employeur doit

adapter les mesures de prévention en lien

avec le service de prévention et de santé

au travail.

Des affiches de l’Institut national de recherche

et de sécurité (INRS) sur les signaux

d’alerte des coups de chaleur au

travail existent et peuvent être placées à

des endroits visibles ou remises à chaque

salarié (disponibles sur le site internet de

l’INRS). L’utilisation de pictogrammes

permet une meilleure compréhension,

notamment pour les salariés étrangers,

sur la conduite à tenir.

L’ensemble de la nouvelle réglementation est à disposition sur l’extranet du SGV

(rubrique Vendanges/Documents/Hygiène et sécurité). Nous vous conseillons vivement

de consulter cette fiche ainsi que le guide filière Santé et sécurité au travail.

Modalités de signalement

En tout état de cause, l’employeur doit

définir les modalités de signalement de

toute apparition d’indice physiologique

préoccupant, de situation de malaise ou

de détresse, ainsi que celles destinées à

porter secours, dans les meilleurs délais,

à tout travailleur et, plus particulièrement

aux travailleurs isolés ou éloignés.

Ces modalités doivent être portées à la

connaissance des travailleurs et communiquées

aux services de prévention et de

santé au travail (MSA).

Pauline Gallot-Collard, SGV/AJ

LA RSE CÔTÉ

VÊTEMENT

La Commission des Viticultrices est fortement

mobilisée sur les questions de RSE

et de bien-être au travail avec notamment

un partenariat avec la CSGV pour proposer

une gamme de vêtements professionnels

spécialement conçus pour les femmes vigneronnes

ou agricultrices.

« Après une collection automne-hiver,

nous proposons dans nos différents magasins

des habits rafraichissants comme des

casquettes, des serviettes, mais également

une gamme de teeshirts unisexes permettant

de garder le corps au frais durant les

fortes chaleurs », explique Florine Villain,

cheffe de marché vêtements et chaussants

à la CSGV.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 53


culture

La sélection de votre libraire à Épernay

Guide vert de Champagne Ardenne 2025

Les auteurs de ce guide, divisé en

5 microrégions — La Marne du

champagne ; La Marne historique ;

L’Aube ; La Haute-Marne ; Les Ardennes

— ont déniché des lieux

inoubliables ou insolites en Champagne-Ardenne.

D’abord les incontournables (classés

1, 2 ou 3 étoiles), tels que la Cathédrale

de Reims ou la ville de Troyes,

mais aussi des coups de cœur

comme le parc Argonne Découverte ou la surprenante

abbaye d’Auberive. Sans oublier les bonnes adresses

pour tous les budgets, et les meilleurs spots en famille !

Des suggestions d’itinéraires sont également référencées

: Charleville-Mézières et les Ardennes en 7 jours,

Reims et le vignoble en 3 étapes à vélo…

Collectif, Éditions Michelin, 456 pages, 15,95 euros.

Répertoire Lambert des Plaques de Muselets

du champagne 2025

Voici la nouvelle édition du

« Répertoire des plaques de

muselets du champagne ». Cet

ouvrage, qui recense la majeure

partie des plaques existantes,

constitue la référence pour

tout placomusophile. Toutes les

plaques de muselets de champagne

sorties depuis la dernière

édition sont répertoriées,

cotées et photographiées en

couleur. Dans ce catalogue, les capsules de champagne

génériques sont classées par ordre alphabétique et accompagnées

d’un descriptif des différentes couleurs

existantes pour assurer une identification rapide des

plaques de champagne.

Claude Lambert, Éditions Petit Journal Des Collectionneurs,

80 pages, 20 euros.

Mémoire de grains — Vivescia, une histoire céréalière

Comment la France est-elle devenue l’un des

grands pays producteurs de céréales au monde ?

Cette histoire céréalière française trouve en partie

ses racines dans celles du groupe coopératif

agricole Vivescia, né de la fusion de coopératives

au cœur de la Champagne. Ces dernières ont surmonté

les conflits et les crises, et au gré des regroupements

et restructurations ont donné naissance

à un puissant groupe agroindustriel voué à

la transformation des céréales et leur valorisation. Vivescia est aujourd’hui

l’un des premiers groupes coopératifs céréaliers français de dimension internationale,

très fortement engagé dans les transitions sociétales et environnementales,

du champ à l’assiette. Le livre retrace cette histoire plurielle

et les mutations auxquelles la filière céréalière fait face pour relever

les défis de l’agriculture et de l’alimentation de demain.

Jean-Pierre Williot - Guillaume Gomez, Éditions Cherche Midi, 208 pages, 29 euros.

Guide pratique de la vinification en blanc et rosé

2 e édition

Ce guide pratique présente de manière concrète

et synthétique le déroulement d’une vinification

en blanc ou en rosé. Les opérations préfermentaires,

qui démarrent à la vigne, l’extraction et

la stabilisation des constituants spécifiques des

moûts blancs et rosés, les fermentations et la vigilance

requise pour la stabilité future du vin.

Cette nouvelle édition intègre les dernières innovations

technologiques, comme le suivi du taux

de sucre dans les baies, l’évaluation de la résistance à l’oxydation et la

possibilité de procéder à un lavage de la récolte avant la vinification. Elle

met également l’accent sur l’importance croissante de la bioprotection

dans les pratiques modernes de vinification.

Claude Gros et Stéphane Yerle, Éditions Dunod, 252 pages, 24 euros.

54 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


FESTIVAL

Les filières agricoles et viticoles célébrées

à Château-Thierry

Un nouveau rendez-vous s’est ajouté à l’agenda viticole, offrant aux vignerons adhérents de la Vallée de la

Marne une opportunité supplémentaire de dialoguer avec le grand public.

Les 23, 24 et 25 mai s’est déroulée

la première édition du Festival de

l’Agriculture, de la Viticulture et de

l’Alimentation sur le site de l’Aiguillage à

Château-Thierry. L’initiative est venue de

la CARCT (Communauté d’Agglomération

de la Région de Château-Thierry),

de la C4 (Communauté de Communes

de Charly-sur-Marne) et du Comice

Agri-Viticole, qui avaient tous à cœur

d’organiser un nouvel événement visant à

célébrer non seulement l’agriculture et la

viticulture, mais également l’ensemble des

activités inhérentes aux filières.

Relever ce défi n’était pas facile, avec une

organisation concentrée sur quelques mois

seulement. Tous les protagonistes de l’évènement

se sont mis à pied d’œuvre pour

organiser et participer au festival avec un

seul objectif : « valoriser, présenter et promouvoir

son activité au grand public ».

Trois temps forts ont marqué le programme

de ces trois jours.

Durant deux jours, le festival a

accueilli près de 900 élèves des

écoles, de la maternelle jusqu’au collège,

en provenance des établissements des deux

communautés de communes. Les élèves

ont pu naviguer sur les stands des participants

pour découvrir de manière ludique

et pédagogique les animations proposées.

Pour cette première année, les huiles végétales

étaient la thématique mise à l’honneur

par les organisateurs.

L’accueil

des scolaires

L’antenne du SGV

de Château-Thierry

peut difficilement

aborder le champagne

auprès de ce

public mineur. C’est

pourquoi le raisin

était en vedette,

présenté dans toute

sa splendeur depuis

son origine, sa palette

de cépages et

de couleurs, l’importance

de sa production

mondiale et

de sa consommation

internationale, en passant par toutes les

valorisations issues de ses dérivés : l’huile

de pépins de raisin pour coller au thème

du festival, le jus, la gelée, le savon, la

bougie, les raisins secs, les cosmétiques…

Sans oublier les figures du

raisin comme représentation,

symbole, ornement, expression.

La boucle était bouclée

avec un clin d’œil local à la fable du célèbre

fabuliste castelthéodoricien, Jean de

La Fontaine, « Le Renard et le Raisin ».

L’exercice permet au Syndicat

de communiquer auprès

du grand public sur l’importance

de la culture de la vigne dans le

sud de l’Aisne et en Champagne, et ainsi

de découvrir toutes

ses facettes. Les enfants

étaient ravis et

les accompagnateurs

l’étaient également.

Bien entendu, la finalité

restait de faire

le lien avec le champagne

!

Le marché

des producteurs

Ce point d’intérêt

aura permis au plus

grand nombre de

rencontrer les artisans

et producteurs

du secteur, à travers

la vente directe de produits fermiers, des

dégustations et des échanges avec les producteurs

pendant deux jours. Autant de

saveurs et de savoir-faire qui se sont réunis

pour régaler les gourmands de passage

grâce à une série d’ateliers mets-champagnes,

mis en place autour des caractères

« Vif, Intense, Fruité » de la bannière collective

Champagne de Vignerons.

Trois vignerons ont chacun animé un

atelier afin de présenter trois cuvées

de leur gamme, associées aux produits

des artisans du marché.

De quoi initier les visiteurs-dégustateurs

aux

pratiques vigneronnes,

ainsi qu’à l’art de la dégustation des

champagnes selon leurs spécificités :

assemblage, monocépage, millésime,

rosé…

Enfin, ce tout nouveau festival constituait

aussi l’occasion de rencontrer nos interlocuteurs

privilégiés pour évoquer les dossiers

d’actualités syndicales du territoire.

Notamment avec les personnalités qui ont

inauguré ce festival, la préfète de l’Aisne

Fanny Anor, le maire de Château-Thierry

et président de la CARCT Sébastien Eugène,

et la présidente de la C4 et conseillère

régionale Élisabeth Clobourse.

Julie Mauvais, SGV/GP

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 55


vignerons

ARTHUR SANCHEZ

Itinéraire d’un jeune vigneron champenois

Un attachement revendiqué au modèle coopératif, une viticulture très raisonnée pour produire des cuvées

identitaires qui subliment l’expression des terroirs avec une prédilection gourmande pour les vins tranquilles :

Arthur Sanchez pose des bases solides et optimistes pour une reprise en douceur de l’exploitation familiale

de Vertus.

À

l’aube de ses trente ans, Arthur

incarne, par son parcours, la

tradition très champenoise du

modèle des exploitations familiales qui

se transmettent de parents à enfants.

Comme une grande majorité de ses

collègues vignerons, il est issu du sérail

viticole et sa vocation s’est construite au

fil du temps. « Mes premiers souvenirs

de vendange remontent à mes quatre

ans environ, je me rappelle aussi les

premiers tours sur le tracteur avec mon

père. Puis, ado, comme beaucoup de copains,

je ne voulais plus entendre parler

de vignes, surtout quand il était question

du palissage. Et finalement pendant mes

études supérieures, ce métier s’est imposé

presque naturellement », explique-t-il.

Côté études, le jeune homme affiche

un solide bagage : après un bac STL

(science et technologie de laboratoire)

et une prépa biotech à Strasbourg, il

intègre en 2016 l’Institut Agro Montpellier,

d’où il sort ingénieur en agronomie.

« J’ai suivi le parcours vigne et

vin avec de longues périodes de stages

dans les vignobles du Languedoc, de la

Vallée du Rhône et d’Afrique du Sud où

j’ai passé trois mois à élaborer principalement

des vins tranquilles. » Plus tard,

en 2021, il obtiendra également son diplôme

national d’œnologie.

« J’ai commencé à déguster les vins assez

tôt avec mon père qui m’expliquait la

structure du champagne, mais c’est surtout

durant mes études d’ingénieur que

j’ai construit mon palais avec des cours de

dégustations hebdomadaires et aussi entre

copains. C’est là que j’ai souhaité aller plus

loin en passant mon DNO », explique-t-il.

Ses vins préférés ? : « Pour les rouges :

Vallée du Rhône Nord et Beaujolais,

j’adore le Gamay et la Syrah. Pour les

blancs : Sancerre, Languedoc… J’aime

beaucoup le Sauvignon. En fait, ce que

je préfère, c’est la rondeur avec beaucoup

de fraîcheur mêlée d’une belle touche

d’amertume. C’est aussi ce style que je

recherche dans mes champagnes. »

Impossible de parler de vin avec lui sans

aller sur le terrain des coteaux-champenois

qui le passionnent depuis longtemps.

« Je me suis éclaté à faire un coteaux

rouge en 2021 et 2022 avec des

Pinots noirs d’une vieille vigne plantée

en 1947. Je pense faire prochainement

un coteaux blanc, mais surtout ce que

j’aimerais, c’est élaborer un rosé ! »

Il en est sûr, il y a un marché pour les

vins tranquilles champenois, à condition

de les élaborer en respectant la typicité

de nos terroirs, de sublimer la fraîcheur

d’une maturité à 11,5 % vol. Et ce sont

de très bons vins de garde, affirme-t-il.

Privilégier le travail du sol

Après ses études à Montpellier, Arthur

fait escale en 2021 au Syndicat Général

des Vignerons pendant un an et demi à

plancher sur les dossiers des vignes semi-larges

et de la flavescence dorée qui

commence alors à toucher la Champagne.

« J’ai appris beaucoup de choses,

c’était vraiment très intéressant, mais j’ai

compris que j’avais vraiment besoin de

travailler en extérieur. »

Il intègre le lycée viticole d’Avize où il

s’occupe du vignoble et en septembre

2023, il rejoint l’exploitation familiale

pour la vendange. Un salarié blessé, son

56 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


père Hervé occupé par ses fonctions syndicales

au SGV et à la Chambre d’agriculture,

des températures caniculaires :

« Je me suis retrouvé un peu livré à moimême

pour gérer la récolte et notre trentaine

de saisonniers, une expérience très

formatrice enrichie par le soutien de ma

mère Caroline. »

Un an plus tard, il quitte le statut de salarié

pour s’associer à ses parents sur l’exploitation

qui compte huit hectares d’un

vignoble assez morcelé entre la Côte des

Blancs, la Vallée de la Marne, le Vitryat

et la Montagne de Reims.

Une transmission douce, en accord avec

sa sœur Agathe qui suit des études de

droit, préparée de longue date et qui

s’étalera dans le temps, car ses parents

Caroline et Hervé sont encore jeunes.

Côté viticulture, pas de conflit de générations.

Hervé Sanchez, qui a certifié le

domaine en HVE, pratique depuis longtemps

une viticulture raisonnée avec réduction

drastique des produits phytos et

Arthur s’inscrit pleinement dans cette

démarche. « D’une manière générale,

je veux être le moins interventionniste

chimiquement possible et privilégier le

travail du sol. Néanmoins, il faut garder

une cartouche pour préserver notre outil

de travail. Par exemple cette année, nous

avons tout désherbé pour la première fois

depuis cinq ans pour faire un appel d’air

et remettre tout au propre. Je vise le zéro

herbicide, mais quelques fois c’est nécessaire,

notamment dans des vignes très

en dévers et dangereuses. Pour les phytos,

c’est pareil, le moins possible, mais

on produit des raisins, pas des champignons

! » Une vision partagée, selon lui,

par une grande majorité des confrères de

sa génération.

Deux préoccupations majeures

pour l’avenir : l’adaptation au

changement climatique et la

lutte contre la flavescence dorée.

La première demande une présence

accrue dans les vignes et

un travail du sol rigoureux. « Il

y a probablement une réflexion

à porter sur des cépages existant

ici ou ailleurs, qui ont des cycles

de maturation plus tardifs.

Je pense aussi bien sûr à la robotique

ou aux drones pour une

viticulture de précision tout en

réduisant l’empreinte carbone.

Cela demande aux vignerons

de s’intéresser à la mutualisation

du matériel au sein d’une Cuma,

par exemple. »

Quant à la flavescence, Arthur

y est particulièrement sensibilisé

par des atteintes importantes dans

ses parcelles de la Vallée de la Marne.

Correspondant AVC et référent jaunisse

pour son secteur, il milite pour la plus

forte mobilisation possible sur l’ensemble

de l’AOC afin de réaliser les prospections

collectives et les arrachages nécessaires.

Cuvées de niche

Le domaine Sanchez livre ses raisins à la

coopérative La Goutte d’Or de Vertus,

qui offre également la possibilité à ses adhérents

de vinifier une partie de leurs jus

pour élaborer une cuvée effervescente et

une cuvée tranquille. Au total, quelque

15 000 bouteilles de la marque A² Sanchez

(A² pour Agathe et Arthur) sont

commercialisées à 95 % sur le marché

national et le reste en Italie. « À terme,

je souhaite consolider le marché français

et m’ouvrir un peu plus à l’international

dans les pays limitrophes. »

Plutôt confiant sur l’avenir du champagne

malgré la baisse des ventes et les

tendances de déconsommation, Arthur

prône l’élaboration de cuvées de terroir

très identitaires. « C’est la manière dont

les vignerons peuvent faire la différence et

conquérir des parts de marché. Au négoce

les gros volumes, à nous vignerons les cuvées

de niche. Il faut bien sûr garder dans

sa gamme une cuvée d’assemblage pour

montrer le style du domaine, mais le public

attend des vins d’artisans qui mettent

en valeur toutes les spécificités de nos différents

crus. Il faut nouer un nouveau dialogue

avec nos clients, leur faire vivre de

nouvelles expériences de dégustation, car

nous faisons de grands vins et pas seulement

des bulles festives. »

Alain Julien

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 57


appellation

NOS VILLAGES

Hautvillers, cœur historique

et des dix ans à l’Unesco

Vendredi 4 juillet, toute la Champagne a célébré avec ferveur ses dix ans au patrimoine mondial de l’Unesco.

Si sa grande soirée d’anniversaire a fait pétiller Champillon, les commémorations ont débuté par une cérémonie

symbolique à Hautvillers. Là où résonne encore l’annonce de cette inscription, le 4 juillet 2015, sous

les regards bienveillants de Dom Pérignon et de Pierre Cheval.

Geoffrey Bonnet (à g.) et

Silvère Pierrot, ambassadeurs

d’Hautvillers.

Il se souvient de ce moment historique

comme si c’était hier. Silvère

Pierrot, maire d’Hautvillers, se trouvait

dans la rue Henri-Martin, au cœur

du village bondé, le samedi 4 juillet 2015

en fin d’après-midi. « On a vécu en direct

l’annonce officielle de l’inscription de la

Champagne au patrimoine mondial de

l’Unesco, raconte-t-il. J’en ai encore des

frissons. C’était si intense ! La cérémonie

était retransmise sur un écran géant depuis

Bonn, en Allemagne. »

Et si Hautvillers était déjà très prisée des

touristes, l’effet « Unesco » a encore amplifié

sa notoriété. « Les vignerons ont davantage

pris conscience de l’importance

de notre patrimoine et de la destination

Champagne, analyse Geoffrey Bonnet,

président de l’union locale du Syndicat

général des vignerons. On ressent une

fierté, une appartenance à notre village,

l’un des plus beaux de l’appellation et le

seul à pouvoir mentionner “Berceau du

champagne” sur les étiquettes de ses bouteilles.

Ici, on dit qu’on boit du “Hautvillers”,

sans citer le nom d’une maison en

particulier. »

Face à l’envolée des visiteurs, il a fallu

veiller à préserver l’authenticité et l’esprit

village de la commune, chers aux habitants.

« Hautvillers, là où tout

a commencé »

En amont de la « Nuit des 10 ans », organisée

à Champillon le 4 juillet, les acteurs

de la Champagne se sont réunis à Hautvillers

pour une cérémonie hautement

symbolique : la signature, pour dix ans,

58 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


• REIMS

Meaux

Château-

Thierry

Epernay

Vitry-le-François

TROYES

Bar-sur-Aube

Hautvillers

CHAUMONT

REPÈRES

(source : CIVC)

HAUTVILLERS

SURFACES

PLANTÉES

291 ha

de la Champagne

PINOT NOIR

132 ha

MEUNIER

80 ha

CHARDONNAY

78 ha

AUTRES CÉPAGES

0,34 ha

EXPLOITANTS

206

HABITANTS

628

(Source Insee 2022)

d’un nouveau plan de gestion (lire notre

dossier pages 26 à 35), dont l’élaboration

a fait l’objet d’une concertation lancée en

septembre 2023.

Cette feuille de route doit permettre aux

initiatives territoriales de cohabiter avec

la protection des Coteaux, Maisons et

Caves de Champagne, notamment grâce

au développement touristique vertueux

et à la gestion durable. « C’était une évidence

de débuter les célébrations à Hautvillers,

là où tout a commencé, souligne

le premier édile. Et plus encore au parc

Pierre-Cheval. »

Pierre Cheval, « le Dom

Pérignon de notre

époque »

Pierre Cheval, ambassadeur de la Champagne,

a porté et incarné durant une dizaine

d’années la candidature à l’Unesco.

Il s’est éteint le 14 janvier 2016. « C’était

un homme très dynamique, ouvert, passionné

et d’une culture générale phénoménale,

lui rend hommage le maire

d’Hautvillers. Il fédérait énormément,

c’était un visionnaire. Le Dom Pérignon

de notre époque ! »

C’est d’ailleurs dans le parc rebaptisé

en l’honneur de Pierre Cheval qu’a été

érigée, en 2022, la sculpture monumentale

représentant le célèbre moine au regard

rieur et bienveillant, une coupe de

champagne à la main.

Cette œuvre signée Juan Carlos Carrillo

mesure plus de deux mètres, se compose

de 500 kg de bronze, de 80 kg de verre,

et constitue la plus grande bouteille de

champagne au monde. Elle fait la fierté

tant des habitants que des touristes, qui

Le parc Pierre-Cheval et sa

sculpture en hommage à Dom

Pérignon.

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 59


appellation

se photographient volontiers en train de

trinquer avec Pierre Pérignon. « Il est le

père spirituel du champagne, rappelle

Geoffrey Bonnet. Il a été précurseur dans

l’assemblage des cépages, la précision du

pressurage long, et a fait connaître le

champagne aux quatre coins du monde. »

Dom'Péro avec les

vignerons d’Hautvillers

Hautvillers révèle d’autres clins d’œil à

l’inventeur de la méthode champenoise,

dont le tombeau est abrité en l’église abbatiale

Saint-Sindulphe : notamment un

belvédère, qui offre des vues imprenables

sur les Paysages de Champagne, et une

fanfare du même nom, qui compte une

quinzaine de musiciens.

Depuis 2017, les « Dom'Péro » animent

joliment le parc Pierre-Cheval de mai à

juillet. « On a créé l’association “Les vignerons

d’Hautvillers” avec un groupe

de jeunes, retrace Geoffrey Bonnet. Au

départ, on souhaitait rassembler les viticulteurs.

Très vite, les Altavillois, les

Champenois et les touristes se sont approprié

l’événement. » Aujourd’hui, il

fédère entre 300 et 400 personnes dans

une ambiance familiale et musicale, façon

guinguette.

Enfant, Silvère Pierrot a connu les fêtes

« Dom Pérignon » d’Hautvillers. « Tout

le village était en liesse, décoré, avec des

paniers-mannequins, des chars, des fanfares,

etc. » Ce rendez-vous phare a périclité

dans les années 70, mais pourrait

bien renaître à moyen ou long terme.

« Dans l’esprit des Fêtes Henri IV, pour

valoriser l’histoire et le patrimoine

d’Hautvillers », précise le maire. Costumes

d’époque, défilé, caves ouvertes

et concerts agrémenteraient l’ensemble,

avec la complicité des vignerons, naturellement.

Sarah Legrand

Le « Dom'Péro », un rendez-vous

festif porté par les vignerons

d’Hautvillers.

Hautvillers accueille deux

oeuvres contemporaines du festival

Vign'Art.

Renaissance programmée

de l’abbaye et de l’église

d’Hautvillers

Programmés en 2026, d’importants

travaux seront réalisés sur le site de

l’abbaye Saint-Pierre par son propriétaire,

Moët & Chandon. Objectif

de ce projet d’ampleur : restaurer

l’abbaye et construire un nouveau

lieu de prestige pour l’accueil des

clients, comprenant la végétalisation

du cloître, l’embellissement du parc,

la création d’un atelier d’assemblage

pour le chef de cave de la maison

Dom Pérignon et d’une oenothèque,

etc. « C’est un véritable plus pour

le village, se réjouit Silvère Pierrot.

Ça a également impulsé la réhabilitation

de l’église Saint-Sindulphe,

adjacente, propriété de la commune.

» Elle verra son clocher et ses

charpentes, mais aussi ses façades, sa

sacristie et sa chapelle Jeanne d’Arc

rénovés.

Les ânes Lasko et Komia,

mascottes d’Hautvillers

Sacrée « Jeune talent du tourisme

2025 », Agathe Harsigny a lancé son

concept « Ânes en Champagne » au

printemps sur l’ancien terrain de

football mis à disposition par la municipalité.

Cet éco-lieu adapté aux

personnes en situation de handicap

se dote de panneaux solaires, de chalets

en bois et de structures dédiées

au bien-être de Lasko et Komia, deux

ânes de 4 et 5 ans très proches de

l’humain. Agathe Harsigny propose

à tous les publics des découvertes

sensorielles en immersion avec ses

équidés et des balades à pied entre

vignes et forêts en leur compagnie.

À plus long terme, elle intégrera des

formules « dégustations » à ces randonnées.

Les « cocus » d’Hautvillers,

un surnom d’un autre temps

Il y a fort longtemps, les habitants

d’Hautvillers étaient associés à un surnom

désobligeant : les « cocus ». « Il se

raconte que, d’antan, lorsque les ouvriers

se rendaient à la vigne pour travailler,

les moines allaient visiter leurs

maisons… et leurs épouses, explique

Silvère Pierrot. Si des sandales se trouvaient

devant la porte lorsque l’ouvrier

revenait chez lui, alors il savait qu’il ne

fallait pas entrer tout de suite. Heureusement,

ce n’est plus d’actualité ! »

60 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


DU TERROIR À L’ASSIETTE

Hautvillers, épicentre d’un paysage

culturel universel

4 juillet 2015 : la Champagne est acclamée et le champagne l’honore dans des verres multicolores. Nous

fêtons joyeusement l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de

l’Unesco. Dix ans après, le charmant village d’Hautvillers fait rayonner ses qualités historiques, vinicoles et

gastronomiques au présent.

Le village est situé à 7 km au nord

d’Épernay et fait partie de la région

Grande Vallée de la Marne.

Le vignoble est établi sur la rive droite de

la Marne, dans un secteur développant

3,2 km d’est en ouest, et 2,8 km du nord

au sud.

Les trois quarts du vignoble occupent le

versant d’une large échancrure du coteau

vers la rivière, entre 70 m et 255 m d’altitude,

compris entre la voie de la Liberté

à l’est, la forêt au nord, le canal au sud et

la grande descente de la Cote à Bras et du

Champ de Linotte à l’ouest. Les vignes

regardent surtout vers le sud-est et le sud,

avec quelques secteurs vers l’ouest et le

sud-ouest.

La géologie viticole du versant altavillois

est représentée par la craie blanche

et marine du Campanien jusqu’à environ

165 m d’altitude. Elle est surmontée par

des marnes et argiles sableuses à lignite

du Sparnacien laguno-continental, puis

des sables et sables argileux fluviatiles du

Cuisien, des calcaires sableux, argiles et

marnes du Lutétien. Les marnes et calcaires

du Bartonien constituent l’armature

du plateau que le vignoble atteint

parfois avec des pentes à 20 %. Puis la

forêt s’impose, installée sur les argiles à

meulières recouvertes de

limons argileux.

L’érosion quaternaire du

versant a donné naissance

à des formations superficielles issues de

colluvions fines (argile de décalcification

et graviers de craie, limons argileux

chargés d’éclats de meulières) ou de

masses glissées.

L’encépagement des 290,70 hectares

de vignes est réparti entre le Pinot noir

(45 %), suivi par le Meunier (29 %) et le

Chardonnay (26 %). La fraîcheur de la

vallée et des terres froides et profondes,

Un versant

représenté par

la craie blanche

contrastent avec la pente, les terrains très

crayeux et les expositions vers le sud-est

et le sud. Le Pinot noir exprime des notes

de pomelo, de groseille, ou de framboise,

comme une tonalité plus charnue aux accents

de cerise, de prunelle, ou de poivre.

Le Meunier, le plus souvent planté sur

les terrains frais ou profonds, se montre

humifère et offre des notes de pomme,

de coing, ou de mirabelle, parfois plus

orangées et exotiques.

Le Chardonnay sur craie

peut exhaler des notes

marines, de craie humide,

voire de menthe, ou développer des tonalités

plus riches comme le tilleul, la citronnelle,

ou les herbes sauvages.

Assemblages, cuvées parcellaires, viticultures

alternatives et usage du bois offrent

une large palette du potentiel sensoriel

des champagnes d’Hautvillers. Ceux-ci

sauront apporter leur convivialité aux

plats estivaux : coquillages au barbecue

avec un pesto menthe-coriandre, tajine

de daurade au citron confit et coriandre,

gaspacho tomate jaune et maïs, tartare de

veau, travers de porc grillés au sésame et

miel, brochettes de bœuf et légumes marinées

à l’orange, tranches d’agneau au

citron-roquette-framboises, lasagnes de

courgettes au pesto et chèvre, enchiladas

au poulet et fromage, poulet grillé et mariné

au curry. N’oubliez pas le fromage,

notamment les pâtes pressées non cuites,

qui, ayant terminé leur affinage, révèlent

de belles notes fleuries des prés français

: saint-nectaire, cantal, ossau-iraty,

tomme de Savoie. Bel été à tous !

Geoffrey Orban, Educavin

N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 61


histoire

INTERPROFESSION

Vous avez dit Henri Martin ?

C’est au numéro 5 de la rue Henri Martin que siège aujourd’hui le Comité interprofessionnel du vin de

Champagne. Or, il est frappant de constater qu’encore aujourd’hui, ce nom reste confidentiel, — pour ne pas

dire inconnu —, dans notre région.

Henri Martin fut pourtant

une figure centrale

dans les réflexions

sur la mise en place d’une interprofession

en Champagne, à tel

point qu’on peut le considérer

comme le premier à avoir proposé

une structure d’organisation

interprofessionnelle, un

projet ambitieux en lien avec

le mouvement coopératif qu’il

s’efforçait de développer à la

même époque, mais qui ne vit

jamais le jour du fait de l’irruption

de la Seconde Guerre

mondiale.

Henri Martin est né le 15 février

1903 à Hautvillers, d’une

famille déjà pleinement impliquée

dans la dure tâche d’organiser

le vignoble. Son père,

Ernest Martin, fait partie des

dix fondateurs du Syndicat Général

des Vignerons. L’engagement

d’Henri est donc avant

tout une histoire de filiation.

Celle-ci sera double puisque

c’est avec Berthe Poittevin, la

fille d’un autre acteur majeur du

syndicalisme vigneron, Gaston

Poittevin, qu’il s’unit en 1926.

Henri Martin grandit ainsi dans

un environnement où les débats passionnés

ne manquent pas afin de sortir les

vignerons des périls qui menacent leur

activité : lutte contre le phylloxéra, lutte

contre la fraude, plus largement lutte

contre la misère qui tiraille les « cossiers »

en ce début de XXe siècle.

Les propositions ne manquent alors pas

pour agir, concevoir des formes nouvelles

de solidarité, modifier les rapports

de force et renverser la balance à travers la

délimitation du vignoble, la lutte contre

la fraude, l’organisation syndicale — et

pourquoi pas même coopérative ? — afin

d’accéder enfin à la prospérité.

La coopération, fer de lance

de l’action socialiste dans

le vignoble champenois

Changer la vie des vignerons passe nécessairement,

selon Henri Martin, par

une nouvelle organisation du vignoble,

ce qui motive sans doute le jeune vigneron

à rejoindre les rangs de la fédération

marnaise de la Section française de l’Internationale

ouvrière (SFIO) en 1924, à

tout juste 21 ans (l’âge de la majorité civile

d’alors). Un choix loin d’être évident

quand on sait que les socialistes n’adhéraient

pas à l’action syndicale déjà opérée

par le SGV, où la tendance

politique était plutôt teintée radical-socialiste,

un courant dont

fait par exemple partie Gaston

Poittevin, lorsqu’il rejoint l’Assemblée

nationale en 1919.

Henri Martin choisit donc un

champ d’action plus politique

afin de porter ses revendications,

qui ne sont pour autant

pas étrangères au Syndicat.

À partir des années 1920, on

trouve ainsi deux groupes distincts

pour défendre un même

combat dans le vignoble : celui

de la coopération. Le SGV s’était

déjà emparé de cette question

au moment des débats sur la

lutte contre la fraude, lorsqu’Alphonse

Perrin, dans son « Étude

sur l’œuvre des syndicats contre

la fraude » préconisait, dès 1907

la coopération comme un outil

essentiel à long terme.

Empruntant des accents quasi

révolutionnaires pour défendre

cette cause dans les pages de

La Champagne Viticole, il sillonne

ensuite les communes du

vignoble aux côtés de Gaston

Poittevin pour faire l’éloge du

mouvement coopératif. C’est d’ailleurs

à Alphonse Perrin qu’on doit la création

ainsi que la gestion de la plus ancienne

coopérative encore en activité

aujourd’hui en Champagne, la Coopérative

générale des vignerons (mieux

connue sous l’acronyme de Cogevi)

inaugurée juste après la Grande Guerre

en 1921.

La fédération socialiste de la Marne fait

quant à elle du mouvement coopératif

son fer de lance à partir de 1932, lorsque

les socialistes inaugurent une cellule permanente

d’étude des problèmes viticoles.

Henri Martin en prendra d’ailleurs la tête à

62 I LA CHAMPAGNE VITICOLE


partir de 1938. L’objectif de cette commission

est clairement affiché : « obtenir

pour les travailleurs de la vigne la force

productive qu’ils ne possèdent pas encore

et qui, seule, assurera leur libération

totale ». En d’autres termes, l’économie

coopérative est l’horizon qu’il faut poursuivre

pour émanciper les vignerons

champenois.

En tant que vigneron lui-même, Henri

Martin expérimente en pratique cette

nouvelle forme d’organisation lorsqu’il

monte au début des années 30 une coopérative

de vinification à Hautvillers,

commune dont il deviendra maire en

1934 à la suite du décès de son père qui

en occupait la fonction. C’est néanmoins

à partir de l’élection législative de 1936

que le projet coopératif d’Henri Martin,

nouveau député socialiste d’Épernay, va

prendre toute sa dimension.

Le projet avorté

d’Office régional du vin

de Champagne

En 1936, Henri Martin entre à l’Assemblée

nationale grâce à la vague du Front

Populaire. À seulement 32 ans, celui

qu’on surnomme alors le « Député-vigneron

», fort de ses réflexions au sein

de la Commission viticole socialiste, apporte

au Palais Bourbon un projet d’envergure

: la mise en place d’une organisation

interprofessionnelle en Champagne.

Pour mener à bien cette tâche, il s’inspire

d’un chantier également mis en œuvre

par le gouvernement du Front Populaire

dès 1936 : l’Office national du blé.

Le premier objectif de l’Office régional

interprofessionnel du vin de Champagne

consistait à rendre impossible la fraude

via le passage généralisé et obligatoire

de tout achat par les coopératives, réunies

au sein d’une fédération s’étendant

à l’ensemble de la Champagne délimitée.

Dans la pratique, seules les coopératives

seraient désormais habilitées à commercer

avec les négociants, après concertation

sur le prix de vente des raisins au

sein de la Fédération des coopératives.

Cette dernière ayant vu le jour par l’intermédiaire

du SGV dès 1939, présidée

par Marcel Berthelot. Henri Martin en

assurait d’ailleurs la vice-présidence, tandis

qu’un autre socialiste en devenait le

secrétaire : un certain Henri Macquart.

L’Office régional du vin de Champagne

était donc censé organiser une interprofession

entre la Fédération et le négoce,

ce qui aurait permis la généralisation des

coopératives et leur établissement en tant

qu’acteurs essentiels du vignoble.

Déposé en février 1939 avec la participation

de son collègue et ami Paul Lambin,

député de l’Aisne et futur maire de Trélou,

il est resté depuis dans les limbes des

archives parlementaires.

Henri Martin sera arrêté pour actes

de résistance en 1943, puis conduit au

camp de Mauthausen, d’où il ne reviendra

pas. Le flambeau de la coopération

sera repris par Henri Macquart,

son ancien secrétaire, dans l’immédiate

après-guerre et avec le succès qu’on lui

connaît aujourd’hui.

Joshua Wavrant, SGV/AM/AJ

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