La Champagne Viticole n°924 - Juillet-Août 2025
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ASSEMBLÉES RÉGIONALES | FONCIER | PAQUET VIN | QANOPÉE | SOMMELIERS
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE | FERMAGE | TEMPS DE TRAVAIL | ARTHUR SANCHEZ | HAUTVILLERS
« Bonheur et champagne
pour tout le monde ! »
JUILLET-AOÛT 2025 | NUMÉRO 924 | 117 e ANNÉE | 8,00€
MAGAZINE ÉDITÉ PAR LE SYNDICAT GÉNÉRAL
DES VIGNERONS DE LA CHAMPAGNE
édito
MAXIME TOUBART
PRÉSIDENT DU SGV CHAMPAGNE
Notre patrimoine, notre passion
Au cours de la dernière décennie, la Champagne s’est
épanouie. Aujourd’hui, les efforts fournis par l’ensemble
des opérateurs champenois en matière d’œnotourisme
sont évidents.
L’effet de l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est
concret, et les faits le montrent : notre Champagne, ses coteaux,
ses maisons et ses caves accueillent un public toujours
plus nombreux, venu des quatre coins du monde !
C’est bien la preuve qu’il est indispensable que chacun d’entre
nous, quelle que soit sa famille au sein de l’interprofession, s’approprie
les bienfaits de cette inscription pour faire rayonner la
Champagne et le champagne.
Revendiquer cette appartenance, c’est porter haut les couleurs
de la Champagne à travers le monde. Depuis le 4 juillet 2015,
le mot « champagne » imprime dans les mémoires collectives la
valeur universelle exceptionnelle de nos paysages, de nos villes
et villages, et de notre savoir-faire multiséculaire.
Cette fierté d’être Champenois, est aussi un excellent moteur
pour l’œnotourisme. Elle donne du relief à nos vins de Champagne,
démontrant à la fois qu’ils sont uniques, subtils, mais
aussi diversifiés dans la palette aromatique que l’élaborateur a
voulu mettre en avant. Elle souligne également les progrès réalisés
ces dernières années en matière d’environnement et de
responsabilité sociétale.
Les experts en économie du vin sont unanimes : en période
de déconsommation, l’œnotourisme reste un levier d’action
majeur pour que les ventes de vins retrouvent des couleurs. Si
les effervescents ne sont pas les plus à plaindre, tout le monde
est dans le même bateau. Nos champagnes ont aussi besoin de
retrouver de la désirabilité pour revenir dans les caves et sur les
tablées de tous les amateurs..
Après les progrès de la filière sur la production des raisins, l’effort
doit désormais aussi se porter sur le produit fini, les façons
de le vendre, voire de le consommer. Le champagne n’est pas
seul au monde : sa concurrence prend des formes variées.
Ce dixième anniversaire de notre inscription au patrimoine
mondial intervient lors de la dernière ligne droite avant les
vendanges.
L’année culturale en cours, fort heureusement, n’a pas été jalonnée
d’incidents de grande ampleur pouvant affecter durement
nos exploitations. Devant le bel état sanitaire de nos vignes, il
ne nous reste plus qu’à prendre nos responsabilités.
Cela fait bien entendu écho aux décisions pragmatiques sur lesquelles
la filière devra se positionner avant les vendanges, mais
ce sujet concerne aussi chaque exploitant de main-d’œuvre, à
l’heure où les conditions de travail sont et seront scrutées de près.
Le patrimoine champenois n’est pas qu’une question de paysages
ou de vins : il s’agit avant tout d’un assemblage de talents,
œuvrant tout au long de l’année pour contribuer à l’excellence
collective du champagne…et de la Champagne.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 3
sommaire LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 924 JUILLET-AOÛT 2025
28 | « Bonheur et champagne pour tout le monde ! »
29 | « Le 4 juillet 2015, le monde nous a rendus fiers »
30 | Pierre Cheval, un « vigneron visionnaire et bâtisseur »
32 | Bonn, le 4 juillet 2015 : un vote à l’unanimité
33 | Souvenirs d’une annonce espérée
34 | Nuit de liesse dans les coteaux
10
24
46
édito
3 | Notre patrimoine, notre passion
défense du vignoble
10 | Assemblées régionales d'été :
le futur se dessine en assemblée
12 | Les rendez-vous de la rentrée
13 | Marché du foncier : une activité
soutenue, mais une valeur en baisse
pour 2024
14 | Foncier viticole champenois : des
ventes en recul, mais des prix resistants
16 | Paquet vin : « Nous avons obtenu
des avancées substantielles »
18 | Flavescence dorée : surveillance
collective obligatoire pour la campagne
2025
20 | Calcul des surfaces au CVI : le compte
est bon pour la filière
21 | Adoption d’une proposition de loi
soutenue par la CNAOC
22 | L’Adasea de la Marne élargit son action
au milieu rural
23 | Willy Neveux : resserrer les liens
entre les vignerons et le Syndicat
actu
24 | Quatre vignobles autour
d’une serre unique
26 | La station de Mardeuil va traiter
les effluents phytosanitaires
27 | Le bouchonnier M. A. Silva
s’installe en Champagne
commercialisation
39 | L’échappée belle des sommeliers
en Champagne
économie
40 | Mai passe au rouge
41 | « Pas de raison de se faire peur »
en Champagne
42 | IA et comptabilité : une révolution
discrète au service des vignerons
viticulture
44 | Photovoltaïque en viticulture : un
investissement rentable à bien encadrer
45 | Une action conjointe en faveur
de la biodiversité en Champagne
coopérative
46 | TEVC : un chiffre d’affaires en hausse
en 2024 dans un marché peu porteur
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 5
sommaire
LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 924 JUILLET-AOÛT 2025
56
58
juridique
48 | Fermage de la vendange 2024 : prix
du raisin pour le paiement des loyers
viticoles
51 | Info-tri : la réglementation évolue
en Espagne
social
52 | Vendange 2025 : le SGV obtient
les dérogations de travail attendues
53 | Des mesures renforcées en cas
de canicule
culture
54 | La sélection de votre libraire
à Épernay
55 | Les filières agricoles et viticoles
célébrées à Château-Thierry
vignerons
56 | Arthur Sanchez : itinéraire
d’un jeune vigneron champenois
appellation
58 | Hautvillers, coeur historique de la
Champagne et des dix ans à l’Unesco
61 | Hautvillers, épicentre d’un paysage
culturel universel
histoire
62 | Vous avez dit Henri Martin ?
formation
64 | CRFPS : formations des viticulteurs
en septembre
petites annonces 66|
mémo
SGV Épernay
17—19 avenue de Champagne
CS 90176 - 51205 Épernay
Ouvert du lundi au vendredi de
8h30 à 12h et de 13h30 à 17h.
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69 Grande rue de la Résistance
10110 Bar-sur-Seine
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Fermeture du 4 au 15 août inclus
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de 8h30 à 12h30.
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1 avenue de l’Europe
02400 Château-Thierry
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et de 13h30 à 17h.
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Comité Champagne (CIVC)
5 rue Henri-Martin, 51200 Épernay
Tél. : 03 26 51 19 30.
INPI : 22/07 ; 14/10 ; 18/11 ; 9/12.
Sylvie Woehl. Matin : 8h30/9h15/
10h/10h45/11h30. AM : 13h30/
14h15/15h/15h45/16h30.
Contact : Roxane de Varine Bohan :
03 26 57 19 31
roxane.varine-delaborde@civc.fr
Chambre d’agriculture de la Marne
Complexe agricole du Mont
Bernard - Route de Suippes
51000 Châlons-en-Champagne
Tél. : 03 26 64 08 13
Adasea, installation, transmission…
Adasea
2 rue Léon Patoux - 51100 Reims
Tél. : 03 26 04 74 09. Du lundi au
vendredi : 9h-12h/13h30-16h30
Permanences - Installation
Transmission :
Reims (à l’Adasea) : 15 juillet ;
19 août.
Épernay (à l’AG2C) : 17 juillet.
Châlons (à la Chambre d’agriculture) :
21 juillet ; 25 août.
Chambre d’agriculture de l’Aube
2 bis rue Jeanne d’Arc
10 000 Troyes - Tél. : 03 25 43 72 72
Maison de l’agriculture de l’Aisne
1 rue René Blondelle
02000 Laon - Tél. : 03 23 22 50 50
Adasea, installation, transmission
Service de remplacement
du sud de l’Aisne
11 rue Vallée, 02400 Château-
Thierry - Tél. : 03 23 84 24 00
MSA Épernay : 137 rue de l’Hôpital
Auban-Moët (dans l’enceinte
de l’hôpital) - Tél. : 09 69 32 35 62
MSA Reims : 24 boulevard Louis
Roederer, 51100 Reims
Tél. : 09 69 32 35 62
MSA Sud Champagne
Accueil de Bar-sur-Aube
144 route Nationale
10200 Bar-sur-Aube
Tél. : 03 25 43 54 90
Accueil de Troyes
1 avenue du Maréchal Joffre
10000 Troyes
Tél. : 03 25 30 33 33
MSA Château-Thierry
1 avenue de l’Europe
02400 Château-Thierry
Tél. : 03 23 83 13 07
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 7
sommaire LA CHAMPAGNE VITICOLE N° 924 JUILLET-AOÛT 2025
Administration/abonnements
17 avenue de Champagne
51200 Épernay.
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Directeur de la publication :
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Journaliste : Guillaume Perrin
gperrin@sgv-champagne.fr
Secrétaire de rédaction,
maquettiste : Chloé Rollet
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Taux de fibres recyclées : 0 %
Certification : 100 % PEFC
Eutrophisation (Ptot) : 0,016 kg/tonne
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ISSN 1146-8572
Tirage 4 300 exemplaires
Dépôt légal : 3 e trimestre 2025
Crédits photos : Page 3 : Guillaume
Perrin ; 10 : Lucie Walsdorff ;
11 : Charlotte Rodier ; 13 : DR ;
14-15 : DR ; 16 : G. Perrin ; 17 : DR ;
18 : Comité Champagne ; 19 : A. Julien ;
21 : DR ; 22 : DR ; 23 : DR ;
24-25 : G. Perrin ; 26 : A. Julien ;
27 : A. Julien ; 28 : DR ; 29 : A. Julien ;
30-31 : G. Perrin ; DR ; 32 : DR ;
G. Perrin ; 33 : G. Perrin ; 34-37 : A. Julien
et G. Perrin ; 39 : G. Perrin ; 40-41 : DR ;
42-43 : DR ; 44 : G. Perrin ; 45 : DR ;
46-47 : Axel Coeuret ; 48 : DR ; 51 : DR ;
52 : A. Julien ; 53 : DR ; 54 : DR ; 55 : Julie
Mauvais ; 56 : A. Julien ; 57 : DR ; 58-60 :
Sarah Legrand ; 61 : Geoffrey Orban ;
62 : portrait de l’Assemblée Nationale,
fonds privé ; 63 : DR ; 64 : G. Perrin
Photo de couverture :
© DR
Ont collaboré à ce numéro
Marjorie Arrasse, SGV
Gaëtan Batteux, SGV
Lucie Benatti, SGV
Étienne Benedetti, SGV
Élise Desmoulins, SGV
Pauline Gallot-Collard, SGV
Julie Moreau, SGV
Julie Mauvais, SGV
Joshua Wavrant, SGV
Anaëlle Comestaz, ODG
Louise Michel, ODG
Catherine Blanckaert, AG2C
Chambres d’agriculture du
Vignoble Champenois
Cnaoc
CRFPS
Librairie l'Apostrophe (Épernay)
Sarah Legrand
Geoffrey Orban, Éducavin
= = = = =
MAGAZINE GUIDE
BLISTER
Magazine mensuel édité par
le Syndicat Général des Vignerons
de la Champagne
Première parution
le 22 janvier 1909
Est encarté dans ce numéro,
un Guide Vendange
emploi de main-d’œuvre.
Toute reproduction, même
partielle, sans autorisation
expresse est interdite.
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N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 9
défense du vignoble
VIE SYNDICALE
Le futur se dessine en assemblée
De Lisse-en-Champagne à Polisy en passant par Dormans, les assemblées régionales d’été ont fait leur retour
à partir du 30 juin : les échanges ont été nourris autour de la thématique de la vendange (agronomie,
économie, social...).
Début juillet, le vignoble champenois
affichait un visage sain, avec
une phénologie plutôt en avance
sur la moyenne décennale (7 à 8 jours),
et un potentiel de rendement argonommique
estimé autour de 10 000 kg/ha.
« On sent qu’on se projette vers une année
plus facile, cela fait vraiment beaucoup
de bien. On voit que les vignes
sont bien tenues », positive le président
du SGV Maxime Toubart.
Du point de vue économique, la situation
n’est pas aussi reluisante, comme l’a
présentée Estelle Thibaut, directrice du
SGV. Les expéditions voient leurs volumes
diminuer de façon structurelle —
évolution des modes de consommation,
inflation, concurrence accrue sont les
raisons évoquées —, et les belles années
font figure de « rebonds conjoncturels ».
Cependant, la hausse du prix moyen de
la bouteille depuis 2010 traduit, pour les
champagnes de vignerons, une montée
en gamme, en plus de compenser une
partie des coûts de production.
Face à cette problématique de déconsommation,
Maxime Toubart, qui veut
se projeter sur les cinq années à venir,
suggère qu’il y a « de nouveaux marchés
à ouvrir, ainsi qu’un public et des instants
de consommation à redéfinir.
»
Et ce contexte se reflète
sur les négociations en cours concernant
le rendement commercialisable :
le secrétaire général Damien Champy
relève des positions affichées par le négoce
« pas du tout sur notre ligne ». La
question des ratios de stocks de la filière
a alors animé les débats, à quelques semaines
de l’échéance du bureau exécutif
Des exploitations
fragilisées
du 23 juillet au Comité Champagne,
qui devra statuer sur un volume commercialisable
pour la vendange 2025.
Aurélien Lemouton et Michaël Beaumont,
de l’AG2C, ont livré une analyse économique
des exploitations en Champagne,
comparant deux périodes quinquennales, à
savoir 2019-2024 et 2020-2025.
Il ressort de cette analyse,
qui se base sur un échantillon
de 160 exploitations
de récoltants-manipulants
et de vendeurs au kilo exclusifs, de fortes
variations sur les charges du quotidien.
Si la surface moyenne d’exploitation a
légèrement augmenté, les coûts de production
enregistrent « une augmentation
significative », quel que soit le profil
concerné. « Cette hausse reflète l’infla-
10 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
tion générale des coûts agricoles, particulièrement
marquée pour les intrants,
la main-d’œuvre et les charges de structure
», souligne Michaël Beaumont.
Les hauts rendements de ces dernières années
et le gain de productivité n’ont pu
absorber l’inflation qui a touché les postes
d’engrais et de traitements, ainsi que
l’augmentation des postes de travaux à façon.
Ainsi, le coût de production du kilo
de raisin a augmenté de 42 % en cinq ans.
Et bien que la hausse des chiffres d’affaires
permette de « maintenir — voire d’améliorer
— la rentabilité des exploitations »,
celle-ci progresse moins vite que « la hausse
des résultats nets, traduisant une pression
croissante sur les marges. » Prudence,
donc : « Gérer, c’est prévoir. Attention aux
amortissements : le résultat comptable sert
deux fois dans l’année, mais la trésorerie,
c’est le quotidien pour payer les factures ! »
Séverine Courtois, chargée d’animation
et formation au service Employeurs du
SGV, a fait état d’une
bonne nouvelle pour la
filière, qui est l’obtention
des dérogations au temps
de travail pour les 5 départements
de l’AOC, sollicitées chaque
année par le SGV (lire pages 52-53).
Attention, cependant : le SGV doit réaliser
des bilans collectifs pour tous les
départements, car « la Dreets souhaite vérifier
que les dérogations sont bien utilisées.
» Ainsi, « l’enregistrement du temps
de travail devient impératif, y compris
pour les personnes travaillant à la tâche. »
Vigilance
sur l’emploi
de main-d’oeuvre
En matière de documentation, le SGV
rappelle l’existence des guides rédigés
dans le cadre du plan « Ensemble pour les
vendanges », élaborés par la filière pour
aider chaque adhérent dans la préparation
de ses vendanges.
Santé-sécurité, prestation
de services, hébergement
et accueil saisonnier sont
au programme. Et bien
évidemment, le guide spécialisé « Emploi
de main-d’œuvre » a été de nouveau actualisé,
pour être livré avec ce numéro de
La Champagne Viticole.
Le partenariat noué par la filière Champagne
avec France Travail à l’échelle de
la Marne a été élargi à l’Aube et la Haute-
Marne, donnant naissance à une ligne
téléphonique dédiée aux employeurs et
à un bordereau d'offre d'emploi à télécharger.
Un autre partenaire, l’Université de
Reims Champagne-Ardenne, a mis
en place une tolérance d’absence pour
les étudiants embauchés pour les vendanges
: autant d’outils qui devraient
permettre de favoriser le recrutement
de mains-d’œuvre locales, à condition
de faciliter le transport des vendangeurs,
conseille le SGV.
Guillaume Perrin
Tous les documents cités ci-dessus sont
disponibles sur l’extranet du SGV.
PRÉSERVER LE MÉTAYAGE
Gaëtan Batteux et Pascal Bobillier-Monnot,
attaché juridique et directeur
adjoint du SGV, ont présenté
une réforme du bail à métayage qui
inquiète profondément les instances
champenoises.
La MSA Marne Ardennes Meuse
souhaite ainsi, à travers l’interprétation
d’un texte de la loi de financement
de la Sécurité sociale, remettre
en question la possibilité de cumuler
les revenus de ses baux à métayage
et de sa retraite.
Ce revirement, qui concerne des milliers
de viticulteurs futurs retraités,
fait l’objet d’une intense mobilisation
du SGV, qui vise non seulement
« l’abandon de cette nouvelle doctrine
de la caisse MSA », ou au moins
un moratoire, le temps d’obtenir un
texte garantissant la pérennité du
métayage, mais veut aussi éviter une
généralisation de cette interprétation
à l’Aube et l’Aisne.
Des nouvelles plus encourageantes
viennent d’Europe, avec des demandes
du SGV reprises dans le « paquet
vin » (lire pages 16 et 17).
Et à l’échelle locale, les élections municipales
de mars 2026 restent un enjeu
fort pour la viticulture. Le SGV insiste
sur l'importance d'une représentation
viticole dans les conseils municipaux
pour porter la voix de la filière. Les
listes de candidatures devront être
déposées avant la mi-février 2026 :
pour plus d’informations, consultez le
dossier spécial de La Champagne Viticole
n° 923 de juin 2025.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 11
défense du vignoble
FOIRE ET SALON
Les rendez-vous de la rentrée
Comme à son habitude, le Syndicat
Général des Vignerons prendra
ses quartiers à la 79 e Foire de
Châlons, du 29 août au 08 septembre au
Capitole de Châlons-en-Champagne. Le
stand syndical sera installé dans l’espace
Ferme partagé par la Chambre d’agriculture
de la Marne et les partenaires
institutionnels réuni, au sein du collectif
« Agriculture, cœur de nos territoires ».
La bannière collective Champagne de
Vignerons sera en première ligne pour
présenter au public l’excellence et la diversité
des cuvées élaborées par les artisans
du terroir, classifiées selon leur Caractère
Vif, Fruité ou Intense.
La Foire de Châlons, deuxième événement
agricole de France derrière le
Salon de l’Agriculture, signe traditionnellement
le rendez-vous de la rentrée
politique de nombreux ministres, parlementaires
et chefs de partis. C’est l’occasion
pour le SGV de mener son travail
d’influence pour leur présenter l’actualité
de la filière et ses propositions pour préserver
les intérêts du vignoble.
Les dégustations de
Champagne de Vignerons
– Stand de l’Office du Tourisme du
Grand Reims les 30 et 31 août, les 6 et
7 septembre de 15 h 30 à 16 h 30 ;
– Accords mets et champagnes sur le
stand de l’Inao, le 3 septembre de
11 h 30 à 12 h 30 ;
– Animations et dégustations sur le stand
du SGV à l’espace Ferme les 1 er , 2, 4 et
5 septembre de 11 h 30 à 12 h 30.
La rédaction
À noter également sur vos calendriers : la 18 e édition du Viteff qui se tiendra du 14 au
16 octobre au Millésium d’Épernay. Le SGV comme l’AG2C poseront leur stand dans
le « Hall services » pour présenter aux vignerons les différents services utiles à la bonne
gestion de leurs exploitations.
Matériels et fournitures pour l'habillage
HAUTE TECHNOLOGIE & QUALITÉ
Spécialiste de l’embouteillage et l’étiquetage
de bouteilles de Champagne
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AUTOMATIQUE
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❯ Neufs ou occasions ❯ Consommables ❯ Service après-vente
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CARTONS ET ÉTUIS
PERSONNALISÉS, ROULEAUX
Hors-Série Août 2017 | 1
ADHÉSIFS, COFFRETS EN BOIS…
12 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
MARCHÉ DU FONCIER
Une activité soutenue,
mais une valeur en baisse pour 2024
Dans un contexte économique incertain, le marché du foncier dans la région Grand Est en 2024 est resté relativement
stable en nombre de transactions, mais s’inscrit à la baisse en valeur selon les experts de la Société
d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) du Grand Est lors de l’assemblée générale début juin.
Pour les terres, prés et vergers,
9 713 transactions ont été opérées
(contre 9 730 en 2023) pour une
valeur de 295 millions d’euros en retrait
de 23 %. Côté vignes, la Safer compte
1 494 transactions (contre 1 511 en 2023)
pour une valeur de 166 millions d’euros,
soit une baisse de 13 %.
Les déclarations d’intention d’aliéner
(DIA) qui s’imposent à tous les propriétaires
souhaitant vendre ou donner un
bien rural, ont été répertoriées à hauteur
de 33 519 avec une hausse des surfaces.
Au total 99 432 ha ont été échangés, cédés
ou donnés l’année dernière.
La Safer a pu acquérir 4 746 ha dont
91,3 % à l’amiable et seulement 8,7 %
par la voie de la préemption (simple ou
en révision de prix), loin de l’image de
gendarme du foncier véhiculée à tort.
Par ailleurs, 1 586 rétrocessions pour
5 913 hectares (+7,4 % par rapport à 2023)
ont été examinées en Comité technique.
40 % de ces surfaces ont été rétrocédées
en faveur d’une création d’une nouvelle
activité rurale dont 1 510 ha attribués à
des primo-installés, 28 % ont permis le
maintien de l’occupant en place et 24 % la
consolidation d’un projet porteur.
59 comités techniques départementaux
se sont tenus durant l’année 2024, sorte
de parlements du foncier au sein desquels
siègent la Safer, l’Association des maires,
la Chambre d’agriculture ou encore les
différents syndicats agricoles. Ces comités
sont chargés de valider les différentes
actions de la Safer, notamment l’examen
des rétrocessions ou encore des dossiers
Sempastous.
THIERRY BUSSY SIGNE POUR UN SECOND MANDAT
Lors de l’assemblée générale du 5 juin, Thierry Bussy a
été réélu à la présidence de la Safer Grand Est pour une
durée de quatre ans. Polyculteur-éléveur à Maffrécourt,
petite commune de la Marne dont il est maire, Thierry
Bussy souhaite placer son nouveau mandat sous le signe
du renouvellement des générations agricoles. « Nous devons
accentuer nos efforts en faveur de la transmission
des exploitations agricoles et viticoles. Parallèlement, ma
volonté est de soutenir les projets d’installation, y compris
hors cadre familial, grâce notamment aux outils de
portage foncier à notre disposition. »
Élise Desmoulins, SGV/AJ
FOCUS VIGNES
La vigne a représenté 47 % en valeur
des rétrocessions de la Safer Grand
Est pour un total de 42,45 millions
d’euros. 92,84 hectares ont été rétrocédés,
dont 37,80 ha en Champagne,
47,41 ha en Alsace et 7,63 ha
en Moselle.
Plus d’informations sur le site de la Safer
Grand Est : www.safer-grand-est.fr
LE PROGRAMME PLURIAN-
NUEL D’ACTIVITÉS (PPAS)
Le PPAS 2022-2028 est un document
stratégique de référence, permettant
de traduire l’orientation et
la gestion de l’activité de la Safer. Il
est règlementé par une circulaire ministérielle
et soumis à l’approbation
du préfet de Région. Autrement dit,
il permet de guider les décisions de la
Safer en fixant des axes et des priorités,
en accord avec ses missions.
Le bilan PPAS 2024 en quelques
chiffres :
- 37 % des surfaces attribuées en faveur
de l’installation, dont 38 % sont
des installations hors cadre familial ;
- 5 913 ha attribués par la Safer,
dont 91,3 % des surfaces acquises à
l’amiable ;
- 767 ha de forêt rétrocédés ;
- 15 % des surfaces agricoles attribuées
en faveur de la protection de
l’environnement.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 13
défense du vignoble
FONCIER VITICOLE CHAMPENOIS
Des ventes en recul, mais
Après une année 2023 dynamique, le marché foncier viticole en Champagne marque le pas en 2024. Si les
prix continuent de progresser légèrement, le volume des transactions s’inscrit en net repli dans un contexte
économique et sanitaire incertain.
Selon Olivier Baranski, le directeur
opérationnel de la Société d’aménagement
foncier et d’établissement
rural (Safer) Grand Est, la tendance
baissière se manifeste particulièrement
dans le département de l’Aube, mais également
dans la Marne. Seul le département
de l’Aisne reste dynamique pour de
faibles volumes.
En 2024, l’Aube subit un recul notable
des surfaces échangées avec quelque 50
hectares vendus, en baisse de 53 % par
rapport à 2023. Côté valeur, le repli est de
20 %. « Il faut relativiser ces chiffres, car
l’année 2023 avait été exceptionnelle dans
ce département avec 107 hectares vendus,
du jamais vu, alors que la moyenne
est plutôt entre 50 et 70 hectares. Donc,
en fait, c’est un retour à la normale », explique-t-il.
C’est dans le vignoble de la Marne que
l’on constate des évolutions plus significatives,
en raison d’un marché historiquement
plus actif. Le repli est plus modéré
avec une baisse de 11 % en volume, mais
paradoxalement une valeur globale qui
progresse de 2 %. Cela s’explique par une
concentration des ventes en grands crus et
premiers crus en 2024.
Par ailleurs, l’Aisne est le seul département
à se démarquer de la morosité ambiante.
« Comme il s’agit d’un petit marché,
quelques transactions un peu exceptionnelles
influencent considérablement les
courbes », note le directeur opérationnel
de la Safer.
Prix stables à haussiers,avec
des disparités territoriales
À l’échelle de la Champagne, les prix
progressent en moyenne de +1,7 %,
avec des hausses similaires dans la Marne
PRIX MOYEN DES VIGNES
AOC CHAMPAGNE EN 2024
(valeur dominante en milliers d’euros - source : Safer)
Prix moyen
(€/ha) 2023
Prix moyen
(€/ha) 2024
Évolution entre
2023 et 2024
CHAMPAGNE 1 093 052 1 111 695 +1,4 %
Département
AISNE 862 441 882 196 +2,3 %
AUBE 932 154 950 256 +1,9 %
MARNE 1 183 926 1 202 598 +1,6 %
Zone viticole Marne
Côte des Blancs 1 682 773 1 631 711 -3,0 %
Grands crus et Premiers crus
Montagne de Reims
et Grande Vallée
Vallées de la Marne,
de l’Ardre et de la Vesle
1 181 322 1 229 190 +4,1 %
1 003 340 1 019 884 +1,6 %
Sud Marnais 1 145 269 1 167 221 +1,9 %
(+1,6 %), l’Aube (+1,9 %) et l’Aisne
(+2,3 %). « Il s’agit d’une évolution lente
et maîtrisée des prix. »
Toutefois, certains secteurs connaissent
des évolutions contrastées : la Côte des
Blancs par exemple, affiche une baisse
moyenne de -3 %, imputable à une
moindre proportion de ventes en grand
cru cette année. Les prix par communes
quant à eux restent parfaitement stables.
D’autres vignobles restent particulièrement
recherchés et sujets à une pression
à la hausse des prix. C’est le cas par
exemple des grands crus et premiers crus
de la Montagne de Reims et de la Grande
Vallée de la Marne (de Ambonnay à Mailly-Champagne),
ou encore du Sézannais
qui poursuit sa montée en puissance
(+4 %, 1 230 000 €/ha en moyenne).
La Vallée de la Marne ou la Vallée de l’Ardre,
qui avaient pris un peu de recul ces
dernières années, progressent de 2 % avec
des prix qui se réajustent.
Des acteurs plus prudents
et un attentisme
post-vendanges à anticiper
Trois profils d’acquéreurs animent le marché
: les maisons de champagne, les vignerons
et les investisseurs.
Le négoce demeure très sensible aux si-
14 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
des prix résistants
gnaux économiques et a significativement
ralenti son activité foncière. Les vignerons
quant à eux sont stables dans leur activité et
restent largement majoritaires sur le marché
foncier champenois. Pour les quelques
acquéreurs investisseurs qui sont souvent
des personnes physiques diversifiant leur
patrimoine ou encore des investisseurs
institutionnels, les transactions sont également
stables. Ils représentent environ 10 %
du marché.
L’incertitude ambiante (conjoncturelle et
sanitaire) pousse certains propriétaires à
différer la vente, expliquant la baisse du volume
de transactions en 2024 et renforçant
l’effet de contraction. Ce climat pousse
les propriétaires à conserver leur foncier,
celui-ci étant toujours perçu comme une
valeur refuge en temps houleux.
Flavescence dorée :
la nouvelle donne sanitaire
qui inquiète
La découverte récente de foyers importants
de flavescence dorée, notamment
en Vallée de la Marne, commence à peser
sur les dynamiques foncières. Deux réactions
se dessinent : retrait pur et simple
de certains acheteurs ou négociations à la
baisse. Même si l’impact reste qualitatif à
ce stade, les professionnels redoutent une
dévalorisation durable du foncier touché,
contrebalancée par les efforts de régulation
de la filière.
Installation : un parcours
toujours semé d’embûches
Les prix prohibitifs du foncier, notamment
dans la Marne (1 200 000 €/ha en
moyenne), rendent les installations hors
cadre familial extrêmement rares. Si la loi
de finances facilite les transmissions intrafamiliales,
les jeunes entrants hors cadre
familial restent confrontés à une quasi-impossibilité
d’accès sans gros investisseur.
Élise Desmoulins, SGV/AJ
CHAMPAGNE ET BOURGOGNE, ÎLOTS DE RÉSILIENCE
DANS UN PAYSAGE NATIONAL EN CRISE
Sur le marché foncier viticole national, le nombre de transactions recule en 2024
(-1,4 %), confirmant le repli des ventes déjà engagé en 2023. Cela s’explique par la
contraction du marché observée en Val de Loire et en Charentes-Cognac.
En termes de valeur, les vignes AOP sont légèrement à la baisse en 2024 (-1,1 %),
mais cela dissimule des situations très hétérogènes entre les appellations. En
pleine crise du vin, Bordeaux et Occitanie voient des vignes invendues, malgré des
prix au plus bas, tandis que Cognac et Val de Loire ralentissent sévèrement.
L’Alsace, quant à elle, entre dans une spirale de désaffection comparable, avec des
discussions sur des arrachages à venir. Des vignes situées dans des secteurs dits
« moins qualitatifs » ne se vendent plus, et ne se louent plus non plus.
À l’échelle nationale, seul le duo Champagne–Bourgogne résiste à la morosité
ambiante.
PRIX DES VIGNES AOP PAR BASSIN VITICOLE
(prix annuels en euros courants par hectare - source : Groupe Safer-SSP)
2023 2024
Évolution entre
2023 et 2024
Alsace-Est 117 800 117 000 -0.7 %
Bordeaux-Aquitaine 123 900 101 100 -18,4 %
Bourgogne-Beaujolais
Savoie-Jura
266 500 295 900 +11,0 %
Champagne 1 103 200 1 121 800 +1,7 %
Corse 23 700 23 700 0,0 %
Languedoc-Roussillon 15 100 14 300 -5,1 %
Sud-Ouest 14 700 13 400 -9,1 %
Val de Loire-Centre 52 200 51 000 -2,2 %
Vallée du Rhône-Provence 59 000 58 700 -0,5 %
PRIX MOYEN AOP 178 400 176 400 -1,1 %
PRIX MOYEN AOP
hors Champagne
97 600 93 800 -3,9 %
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 15
défense du vignoble
EUROPE
Paquet vin : « Nous avons obtenu
des avancées substantielles »
Alors que les discussions européennes autour du futur Paquet vin battent leur plein, Maxime Toubart, président
du Syndicat Général des Vignerons et vice-président de la Fédération européenne des vins d’origine
(EFOW), revient pour La Champagne Viticole sur les attentes de la filière, l’état des négociations et les enjeux
à venir pour la viticulture d’appellation.
Le Paquet vin est en cours
de discussion à Bruxelles.
Pouvez-vous nous rappeler
de quoi il s’agit ?
C’est un ensemble de dispositions techniques
et réglementaires spécifiques
au secteur vitivinicole proposé par la
Commission européenne et intégré dans
une révision ciblée de l’Organisation
commune de marché (OCM) agricole.
Cela fait suite aux recommandations du
Groupe à haut niveau qui avait notamment
auditionné les représentants
d’Efow pour recueillir leurs
préconisations pour l’avenir de la
filière (Voir La Champagne Viticole
N°919 de février 2025 en pages 14
et 15). Il s’agit en quelque sorte de
la colonne vertébrale juridique qui
encadre nos productions. Ce texte
est donc fondamental, car il touche
à des éléments aussi stratégiques
que la gestion du potentiel de production,
l’étiquetage, ou encore les
pratiques œnologiques.
Quelles sont
les principales
attentes du SGV
dans ce cadre ?
Notre Syndicat porte une position
très claire : nous voulons que les
dispositions de ce Paquet vin permettent
de préserver notre modèle de
production fondé sur la qualité et l’appellation
d’origine. Pour cela, le cœur
de notre combat porte avant tout sur la
maîtrise des plantations. Nous demandons
que le taux de croissance annuel du
potentiel viticole puisse être fixé à 0 %,
pour l’ensemble d’une aire d’appellation.
Nous demandons aussi que cette limitation
des plantations nouvelles puisse se
justifier en raison d’un risque de détournement
de notoriété. Cela permettrait de
mieux protéger les vignobles d’appellation
face à d’éventuelles stratégies parasitaires.
Nous demandons également la reconnaissance
de la non-mixité des vignobles
AOC, c’est-à-dire qu’un vignoble destiné
historiquement à produire exclusivement
de l’appellation doit pouvoir
décider de ne pas accueillir de plantations
de vignes productrices de vins sans
indication géographique, autrement dit
de VSIG. Je rappelle que jusqu’à présent,
le régime d’autorisations de plantation
nous oblige notamment à l’attribution
d’un minimum de plantations nouvelles
y compris en VSIG. Ce n’est pas acceptable,
car c’est une question de cohérence
et de protection de notre modèle d’AOC
champenois.
Enfin, nous souhaitons l’interdiction de
la possibilité de transfert de droits VSIG
au sein d’une exploitation disposant de
plusieurs sites, pour éviter des contournements
par replantation.
En parallèle, nous restons très attentifs
à d’autres sujets majeurs, en soutien aux
positions portées par la Cnaoc et Efow :
la durée de vie des autorisations de plantation,
la gestion des crises sanitaires
comme la flavescence dorée au travers
des évolutions du Plan stratégique
national (PSN),, ou encore le projet
d’étiquetage nutritionnel et des
ingrédients, pour lequel nous défendons
la possibilité d’utiliser un
symbole de type « i » d’information
afin de préserver la lisibilité des étiquettes.
Où en est-on
aujourd’hui dans
les négociations ?
Nous sommes bien avancés. Du
côté du Conseil de l’Union européenne,
nous avons obtenu des
avancées substantielles. Toutes
nos demandes sur la maîtrise des
plantations ont été intégrées dans
le mandat arrêté, à l’exception de
la non-mixité et de l’interdiction
d’implantation de VSIG par replantation
intraexploitation.
Au Parlement européen, nous avons le
soutien fort des parlementaires, en particulier
d’Esther Herranz Garcia, la rapporteuse
principale du texte et coprésidente
de l’intergroupe vin. Son projet
de rapport reprend l’ensemble de nos
demandes, ce qui est un signal très positif.
Je tiens d’ailleurs à saluer l’écoute et
l’engagement des parlementaires français
16 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
et européens, ainsi que l’appui constant
de la Cnaoc et d’Efow, sans qui ce travail
de fond ne serait pas possible.
Nous avons également apprécié la méthode
de travail choisie par la Commission
européenne : moins verticale et qui s’inscrit
plus dans une logique de co-construction.
Les conclusions du Groupe à haut
niveau, qui s’est réuni entre septembre et
décembre 2024, ont permis d’alimenter de
manière constructive le projet législatif.
Quel est le calendrier pour
les prochaines étapes ?
Le calendrier prévisionnel est dense et
accéléré. Le projet de rapport d’Esther
Herranz Garcia a été finalisé fin mai. Il a
été présenté en Commission agriculture
du Parlement européen à la fin du mois
de juin. Les députés avaient jusqu’au
3 juillet pour déposer leurs amendements,
qui seront traduits d’ici le 24 juillet.
En août seront rédigés les amendements
de compromis, et les négociations
commenceront dès le 1er septembre.
Un vote en Commission agriculture est
prévu le 5 novembre, mais pourrait intervenir
plus tôt si une majorité se dessine.
Il est question d’une session spéciale
à Strasbourg, probablement en octobre,
pour accélérer le processus. Les trilogues
avec le Conseil, la Commission et le Parlement
européen pourraient également
se tenir dans la foulée, pour un vote final
en plénière durant le mois de novembre.
Ce calendrier se superposera aussi avec
les premières discussions sur la PAC post-
2027, dont les grandes lignes commenceront
à être esquissées dès cet été. Mais
ce débat sera beaucoup plus large, car il
concerne toute l’agriculture, et sera fortement
tributaire des négociations budgétaires
européennes. Ce sont des discussions
complexes, qui demandent une vigilance
constante en considération de leurs incidences
sur notre vignoble, le SGV et la
filière viticole restent totalement mobilisés
sur le sujet et s’emploient à investir pleinement
les affaires bruxelloises.
Propos recueillis par Gaëtan Batteux, SGV/AJ
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 17
défense du vignoble
ORGANISME DE DÉFENSE ET DE GESTION
FLAVESCENCE DORÉE
Surveillance collective obligatoire
pour la campagne 2025
Face à la progression exponentielle de la flavescence dorée et à l’urgence de la situation, une évolution du
système de surveillance a semblé indispensable pour assurer la pérennité du vignoble. Annoncées lors de
l’assemblée générale du SGV, les nouvelles dispositions ont été confirmées par arrêtés préfectoraux : en
2025, la surveillance collective devient obligatoire sur toutes les communes de l’Appellation Champagne.
Pour tenter de détecter le plus tôt
possible les pieds contaminés par la
flavescence dorée, notamment les
ceps atteints de son variant le plus épidémique,
le M54, la filière s’est fixée pour
ambition d’assurer une prospection de
la totalité des communes et des surfaces
AOC en un délai maximal de trois ans.
Ce dispositif est rendu possible grâce au
travail de la profession avec les services
de l’État. Ainsi, des arrêtés préfectoraux
fixent une zone de surveillance obligatoire
minimale pour toutes les communes
de l’Appellation.
ET EN ZONE DÉLIMITÉE ?
Dans les cas de communes ou de portion de commune sous arrêté préfectoral de
type « zone délimitée » (c’est-à-dire où la flavescence dorée a déjà été détectée),
l’organisation des années précédentes ne change pas.
Les exploitants concernés par ces zones sont toujours convoqués aux prospections
collectives obligatoires. De plus, des mesures de lutte complémentaires
sont rendues obligatoires sur ces zones, comme l’arrachage systématique des
pieds de jaunisses (bois noir et flavescence dorée), le nettoyage du matériel et
selon les situations, la lutte insecticide.
Concrètement, cela signifie que ce qu’on
appelait autrefois prospections volontaires
devient des prospections obligatoires
au regard de l’administration.
L’ensemble des communes de l’AOC est
ainsi découpé en deux à trois zones de
surveillance obligatoire, selon sa surface.
Ces zones ont été établies avec l’appui
des référents locaux. Tous les ans, l’une
de ces zones sera intégralement prospectée
pendant une demi-journée. Les exploitants
de la zone retenue seront donc
convoqués afin de participer de façon
obligatoire à la prospection.
Une mobilisation inédite
de la profession
Le passage de toutes les communes AOC
en surveillance obligatoire impliquera une
mobilisation importante des opérateurs.
En effet, chaque personne exploitant une
parcelle concernée par une zone de surveillance
obligatoire recevra, entre le 1er
et le 15 août, une convocation officielle à
la prospection collective. La présence d’un
représentant de l’exploitation est donc impérative.
Si un exploitant ne peut se rendre
disponible, la surveillance peut être assurée
par un représentant de son choix, proportionnellement
aux surfaces concernées
dans la zone ciblée, à hauteur d’au moins
une personne par tranche de 1,5 ha.
Dans tous les cas, il est impératif d’émarger
à la fin de la prospection pour l’ensemble
des structures qu’un participant
représente. Cette validation est indispensable,
puisqu’à l’issue de la campagne de
prospection, les Draaf pourront effectuer
des contrôles documentaires sur la participation,
et appliquer des sanctions en
cas d’absence.
De nouveaux outils
au service de la gestion
de la prospection
Grâce à l’outil de gestion des projets
collectifs du Comité Champagne
PCOLLAB, l’organisation des
prospections est centralisée et simplifiée
pour toutes les communes.
En se connectant sur la plateforme
https://pcollab.comitechampagne.fr/,
chaque opérateur pourra retrouver l’ensemble
de ses convocations directement
18 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
sur la page d’accueil à partir de la fin du
mois de juillet.
Tous concernés,
tous formés !
MODIFICATION DES
CAHIERS DES CHARGES
Par ailleurs, comme l’année dernière,
l’envoi des convocations centralisé via cet
outil est géré par le Comité Champagne
pour les convocations en zones délimitées,
et par le SGV pour les prospections
en zones de surveillance obligatoire
(ex-prospections volontaires).
Pour rappel, elles sont envoyées depuis
l’adresse électronique suivante :
no-reply@pcollab.comitechampagne.fr.
Enfin, le calendrier complet des dates de
prospections sera également consultable
sur les différents extranets professionnels
à partir de mi-juillet.
LES BONS RÉFLEXES
À ADOPTER :
– Comme pour tout envoi en nombre,
des emails peuvent ne pas arriver à
destination, ou être redirigés automatiquement
dans le dossier Courriers
indésirables de votre boîte de
réception. Nous comptons sur votre
vigilance pour vérifier régulièrement
ce dossier ! Pour éviter cela, vous pouvez
faire de l’expéditeur no-reply@
pcollab.comitechampagne.fr un expéditeur
approuvé.
– Pour simplifier la gestion de l’émargement,
vous pouvez vous présenter
avec votre convocation au format papier,
ou indiquer votre code récoltant
et le nom officiel de votre structure
(nom inscrit au Casier viticole informatisé)
aux référents du secteur.
QUELLES SANCTIONS S’APPLIQUENT EN CAS
DE NON-PARTICIPATION ?
Pour permettre au plus grand nombre
de mieux identifier les pieds symptomatiques
et afin de mieux connaître l’organisation
de la lutte contre cette maladie,
le SGV, en collaboration avec le Comité
Champagne et les Chambres d’agriculture
du vignoble champenois, a développé
un module de formation en ligne,
gratuit et ouvert à tous.
Vous pouvez retrouver cette formation
en ligne via ce QR code :
Pour y accéder, veuillez cliquer sur le
bouton « accéder en tant qu’anonyme ».
Viticulteurs, salariés, prestataires, chaque
acteur de la filière doit se sensibiliser aux
enjeux de la lutte contre la flavescence
dorée, pour assurer la pérennité du vignoble.
À vos chaussures de marche et vos yeux
aiguisés : détectez au plus tôt de nouveaux
foyers de flavescence dorée !
Anaëlle Comestaz, ODG/AJ
À l’issue de la campagne de surveillance, la liste des absents aux prospections
collectives en zone de surveillance obligatoire et en zone délimitée sera communiquée
à l’administration. En cas de non-respect des mesures de lutte prévues
dans les arrêtés préfectoraux, des sanctions pénales pourront s’appliquer,
allant jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende (article
L.251-20 II du code rural et de la pêche maritime).
De la même façon, l’absence de participation aux prospections obligatoires
peut entraîner un retrait de la certification environnementale VDC.
Le 12 juin 2025, le comité national de
l’Inao a validé à l’unanimité la modification
de nos cahiers des charges AOC
Champagne et Coteaux Champenois
pour l’usage des herbicides et l’introduction
d’un nouveau cépage.
Localisation d’utilisation
des herbicides
La nouvelle disposition, validée par
l’Inao, permet désormais l’usage de
produits herbicides uniquement sur
une largeur de 40 centimètres maximum
de part et d’autre du rang de la
vigne. C’est dans une démarche de
progrès agroenvironnementaux de
la filière que l’ODG a pris la décision
de pousser le curseur plus loin dans
l’usage de produits herbicides, afin de
ne pas créer d’impasse technique pour
les opérateurs et de basculer vers un
changement de pratiques.
Introduction du cépage
Chardonnay rose
Le Chardonnay rose est une mutation
naturelle du Chardonnay blanc que
l’on trouve historiquement à l’état de
ceps isolés dans le vignoble champenois.
Au-delà de sa sauvegarde et de
sa valorisation, il adopte un comportement
agronomique intéressant dans
le contexte du changement climatique.
L’application de ces mesures sera effective
quand les cahiers des charges
seront homologués au Journal officiel.
Par ailleurs, la décision de l’Inao sur la
mesure coiffe devrait être prise au mois
de septembre ou novembre. La filière,
au travers du Comité Champagne, doit
prendre une décision à la lumière des
études récentes réalisées sur les codes
identitaires du champagne.
Louise Michel, ODG/AJ
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 19
défense du vignoble
CALCUL DES SURFACES AU CVI
Le compte est bon pour la filière
La circulaire attendue sur la prise en compte des tournières, bandes latérales, fossés et talus dans le calcul
des superficies déclarées a été finalisée et publiée par la Direction générale des douanes le 4 juillet. Une
avancée saluée par le Syndicat Général des Vignerons qui s’est fortement mobilisé depuis des années aux
côtés de la Cnaoc.
La circulaire précise les différents
éléments concernant les tournières,
bandes latérales, fossés et
talus nécessaires au calcul de la superficie
plantée au casier viticole informatisé
(CVI), éligible à la production.
CE QUE DIT LA CIRCULAIRE
Tournières
et bandes latérales
La notion de superficie plantée en vigne
à retenir est celle occupée par les plants
de vigne ainsi que celle nécessaire à la
bonne exploitation de la parcelle viticole.
À ce titre, elle comprend :
- Les tournières qui visent à permettre
aux engins agricoles de manœuvrer
en bout de rang ;
- Les bandes latérales visant à protéger
le voisinage contre la diffusion indésirable
de produits phytosanitaires.
Pour apprécier la nécessité de la tournière
ou de la bande latérale pour la bonne
exploitation de la parcelle, et donc leur
qualité de surface productive, il convient
d’examiner :
- La typologie des lieux, notamment
l'existence d'une pente ;
- Le type de mécanisation - tracteur,
enjambeur, et notamment son rayon
de braquage ;
- Pour la bande latérale, la création volontaire
d'une zone tampon sans pieds
de vigne, afin de permettre la circulation
d'équipements de pulvérisation.
Par ailleurs, la circulaire intègre la notion
d’ilot cultural, en admettant qu’une
parcelle cadastrale ne comportant pas
de pieds de vigne puisse être déclarée
comme plantée, si elle est utilisée comme
tournière utile à une autre parcelle exploitée
par un même vigneron.
Fossés et talus
Le fossé est selon la douane une tranchée
creusée dans le sol, entre les rangs ou à
la place d'un rang, pour faire circuler et
drainer de l'eau. Un talus naturel ou artificiel
est une surface pentue de terre ou de
pierre sur un terrain.
Les fossés et talus sont pris en compte au
motif que :
- Les fossés jouent un rôle important,
pour la récupération et la filtration des
eaux de ruissellement ;
- Les talus contribuent à la bonne exploitation
de la vigne en limitant l'érosion
et permettant la mécanisation.
Tout autre élément que les arbres, haies,
tournières, bandes latérales, fossés et talus
est exclu du calcul de la superficie plantée
au CVI. Pour autant, lorsque des superficies
ne comportant pas de pieds de vigne
constituent un élément utile à la bonne
exploitation de la parcelle, à l'environnement
ou au paysage visé dans le cahier des
charges, elles peuvent être intégrées dans
le calcul de la superficie plantée, éligible à
la production (bosquets, taillis, murets...).
Il a également été obtenu la régularisation
des surfaces retirées depuis 2016 lors
des contrôles. Plus d’informations seront
communiquées ultérieurement sur ce
point qui nécessite encore quelques ajustements
concernant sa mise en œuvre.
Selon la circulaire, les contrôles sont soumis
au pouvoir d'appréciation des services
à qui il appartient de déterminer
dans quelle mesure les éléments à intégrer
contribuent à la bonne exploitation de la
vigne. Leur cumul devra rester cohérent
avec les conditions de production du cahier
des charges qui demeurent à l'appréciation
de l'Institut national de l'origine et
de la qualité (Inao).
Ces évolutions marquent une avancée
dans la reconnaissance des spécificités topographiques
et agroenvironnementales
du vignoble champenois et devraient
soulager les viticulteurs de bonne foi du
risque lié aux contrôles de situations anciennes,
se félicite le SGV.
GB/AJ
20 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
FRICHES VITICOLES
Adoption d’une proposition de loi soutenue
par la Cnaoc
Après plusieurs années de mobilisation,
c’est une victoire importante
pour les vignerons d’AOC.
Le parlement vient d’adopter, le
5 juin, la proposition de loi pour
lutter contre les friches viticoles.
Une réponse concrète à une problématique
sanitaire, environnementale
et paysagère majeure,
rendue possible grâce à l’action
concertée de la Cnaoc et de ses
fédérations.
«
Que ce soit dans la Loire, à Bordeaux
ou dans le Sud, depuis
des années, nous alertons : les
vignes abandonnées se multiplient et ne
sont pas de simples terrains en attente de
projets, elles sont de véritables bombes
sanitaires. Le vote de cette loi est une
réponse attendue par nos vignerons depuis
longtemps et le résultat d’un travail
syndical mené par la Cnaoc avec l’appui
des fédérations régionales (notamment la
FGVB, le Muscadet, l’AVA et le Beaujolais)
et des parlementaires sensibilisés
sur le terrain, tel qu’Hubert Ott, l’auteur
de cette proposition de loi, avec qui
nous avons travaillé de concert et que je
remercie vivement », souligne Jérôme
Bauer, président de la Cnaoc.
La flavescence dorée et d’autres pathogènes
trouvent — dans ces friches — un
refuge idéal, mettant en péril les parcelles
voisines. Les études menées par l’Institut
français de la vigne (IFV) démontrent
qu’une friche génère une pression sanitaire
9 à 12 fois supérieure à une parcelle
entretenue. L’influence de ces parcelles
non cultivées peut alors s’étendre jusqu’à
150 mètres, compromettant les efforts
des viticulteurs voisins pour protéger
leurs vignes.
Cette mesure-outil se veut efficace et incitative
pour lutter contre la prolifération
de la flavescence dorée dans le vignoble
en zones de lutte obligatoire. Elle vise à
responsabiliser les propriétaires tout en
permettant une action rapide lorsque
l’intérêt collectif est menacé : le passage
d’une sanction délictuelle à une sanction
contraventionnelle (1 500 euros la parcelle)
permettra d’accélérer le traitement
des dossiers via une approche forfaitaire,
avec une réponse simplifiée par étape.
DES AVANTAGES POUR TOUTE LA FILIÈRE VITICOLE
AVEC CETTE NOUVELLE MESURE :
Charlotte Barotin, CNAOC/AJ
- Réduire la pression sanitaire et économique : alléger le nombre de traitements
phytosanitaires nécessaires sur les parcelles voisines des friches, les surtraitements
par les voisins ont un coût certain ;
- Préserver l’image paysagère et patrimoniale des appellations, souvent dégradée par
les zones laissées à l’abandon, qui sont parfois au cœur de parcours oenotouristiques ;
- Limiter les conflits de voisinage fréquents dans les bassins viticoles touchés par
l’abandon de parcelles de vignes.
LES POINTS CLÉS
• Détection locale : Le recensement repose
sur un diagnostic objectif, réalisé
en lien avec les chambres d’agriculture,
les ODG, les GDON ou les interprofessions
en coordination avec les
services de l’État (SRAL)…
• Mise en demeure : si une parcelle est
identifiée comme friche, une mise en
demeure est adressée au propriétaire.
Celui-ci dispose d’un délai de six mois
pour remettre la parcelle en état (arrachage,
remise en culture lorsque c’est
possible).
• Droit d’intervention : si le propriétaire
reste inactif, une collectivité, la Safer
ou un ODG peut demander à gérer
temporairement la parcelle, dans le
but de la remettre en culture. Cette
mesure, inspirée du droit forestier, respecte
le droit de propriété, mais protège
l’intérêt viticole collectif.
• Sanction dissuasive : en cas de refus
d’entretien, le propriétaire s’expose
désormais à une amende forfaitaire
(contravention de 1 500 € à la parcelle)
ainsi qu’à la possibilité pour les collectivités
de faire exécuter les travaux d’office,
aux frais du propriétaire.
PLUS D’INFOS
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N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 21
défense du vignoble
RURALITÉ
L’Adasea de la Marne élargit son action
au milieu rural
Installation, transmission, accompagnement
des exploitants
en difficulté et environnement :
l’Adasea de la Marne a présenté
le bilan 2024 de ses différentes
activités lors son assemblée générale
fin mai.
L’Association de développement,
d’aménagement et de services en
environnement et en agriculture
(Adasea) assure une mission de service
public auprès des agriculteurs et viticulteurs
par convention avec la DDT, le
Département de la Marne, la DRAAF et
la Région Grand Est. Son objectif est de
maintenir et développer une dynamique
sur son territoire via les volets économique
(installation, transmission), social
(accompagnement des agriculteurs en
difficulté via le dispositif REAGIR) et environnemental.
Installation : de plus
en plus de candidats
et de projets concrétisés
En 2024, 214 personnes ont été reçues
par le Point accueil installation (PAI),
une fréquentation en hausse de 11 % par
rapport à 2023 : 55 % pour une installation
en agriculture et 45 % en viticulture.
18 % n’étaient pas d’origine agricole ou
viticole contre 24 % en 2023.
La part du public reçu n’ayant pas la
capacité agricole lors du rendez-vous
(17 %) est en forte baisse après plusieurs
années de hausse (53 % en 2023, 46 %
en 2022, 39 % en 2021). 58 % des projets
d’installation sont basés sur une reprise
d’exploitation agricole, 18 % sur
une création et 20 % sur une association.
La moitié des projets d’installation comporte
au moins une pratique agroécologique
hors agriculture bio.
Dans la Marne, le nombre d’installations
aidées est en nette progression (+76 %) : 95
projets concrétisés en 2024 (contre 54 en
2023, 50 en 2022 et 54 en 2021) dont 67 %
en agriculture et 33 % en viticulture.
Transmission : 93 %
dans le cadre familial
Le Point info transmission (PIT) a reçu
27 futurs cédants en 2024 (contre 34 en
2023) : 45 % en agriculture et 55 % en viticulture.
L’âge moyen des cédants est de
61 ans (contre 62 en 2023). Lors du rendez-vous
au PIT, tous les cédants avaient
un repreneur identifié : dans 93 % des
cas, il est issu du cadre familial. 90 % des
repreneurs identifiés sont des futurs installés.
Tous les futurs cédants ont entamé
la préparation de l’outil de production à
transmettre, mais seulement 19 % d’entre
eux ont établi la valeur de cession de leur
exploitation. Un suivi des futurs cédants
est mis en place sur trois ans.
Exploitants en difficulté :
nombre de suivis en hausse
116 personnes ont été suivies par le dispositif
REAGIR en 2024 (105 en 2023)
pour 93 exploitations. 37 personnes
(pour 30 exploitations) sont entrées dans
le dispositif en 2024, un chiffre en forte
hausse comparé à 2023 (15 personnes
pour 14 exploitations). La moisson compliquée
de 2024 est une des raisons. 40
en sont sorties (contre 26 en 2023) dont
32 positivement (départs en retraite,
maintien de l’activité avec amélioration,
reconversion…). Les exploitants entrés
en 2024 sont installés en majorité en
grandes cultures (38 %) ; la proportion
de viticulteurs est stable à 22 % (20 %
en 2023). Les exploitants suivis en 2024
(c’est-à-dire ceux déjà présents au 1er
janvier 2024 et ceux entrés en 2024) ont
poussé la porte de REAGIR pour des raisons
économiques (77 %), des problèmes
de santé (13 %), d’entente (7 %) ou juridiques
(3 %).
Développer la biodiversité
Un territoire agricole et viticole dynamique
doit préserver une biodiversité
très riche : flore, faune sauvage, avifaune,
pollinisateurs… L’Adasea accompagne le
développement de cette biodiversité sur
le territoire champardennais. Elle intervient
auprès de l’association Symbiose
sous forme de prestation pour les missions
de montage de projets, d’animation
des comités de suivi de ces projets,
de coordination, de rédaction d’appel à
projets, de recherche de financeurs et de
communication. En 2024, l’action s’est
focalisée sur la trame verte et bleue et sur
les projets d’innovation et de partenariats
scientifiques. L’Adasea œuvre également
au niveau national via Epiterre.
La rédaction
22 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
VIE DES UNIONS LOCALES
Resserrer les liens entre les vignerons
et le Syndicat
Élu en février 2025, Willy Neveux est le nouveau président de l’union locale (ex-section locale) de Jonquery
dans la Vallée de la Marne. Il souhaite impliquer plus durablement les viticulteurs de son village dans les
dossiers portés par le SGV.
Quelques mots pour vous présenter
?
Après avoir exercé différents
métiers comme la sommellerie et le
commerce du vin, j’ai rejoint l’exploitation
familiale il y a cinq ans. J’ai le statut
de récoltant-manipulant depuis environ
quatre ans, ma marque sera créée en fin
d’année et je serai ainsi le représentant de
la troisième génération familiale à commercialiser
du champagne.
Je suis également coopérateur à Villers-Marmery,
coopérative pour laquelle
j’ai un attachement familial particulier,
car mon arrière-grand-père en a été un
des membres fondateurs. J’y suis d’ailleurs
engagé en tant que secrétaire.
Côté famille, je suis marié et j’ai deux
filles.
Concernant mes autres engagements,
je suis aussi administrateur de l’AG2C
en tant que représentant du Groupe des
Jeunes Vignerons et secrétaire de ma
Cuma ainsi que du Groupement d’employeurs
auquel je fais appel.
Pourquoi devenir président de votre
union locale ?
Le collectif est important pour moi.
J’avais envie de redonner du dynamisme
à notre union locale, d’impliquer un peu
plus les viticulteurs dans la vie du Syndicat.
Je suis au Groupe des Jeunes depuis
bientôt six ans et je me rends compte
qu’on a tendance à être assez passifs visà-vis
du SGV. Je souhaite inciter mes
collègues à être des acteurs syndicaux.
Mon idée c’est vraiment de faire le lien
entre les vignerons et notre Syndicat.
Comment présenteriez-vous les activités
de votre village ?
Jonquery est une petite commune rurale,
mais avec une forte dominante viticole.
Nous comptons environ dix vignerons
à titre principal sur une centaine
d’habitants. Comme le maire de notre
commune est vigneron, les intérêts du
vignoble sont réellement pris en compte
par le conseil municipal. Pour autant il
n’y a pas vraiment d’actions ou de communication
pour mettre en avant l’activité
viticole au sein de la commune.
L’union locale, organise depuis trois ans
une prospection volontaire pour identifier
les pieds touchés par la flavescence
dorée en commun avec le village voisin
de Cuisles.
Quels enjeux pour la section locale de
Jonquery ?
Mon ambition est de créer de la cohésion
entre les vignerons, améliorer le niveau
d’information des adhérents dans le but
de mieux comprendre les décisions du
Syndicat.
J’aimerais également que nous réussissions
à mettre en place des actions de
valorisation de notre village.
Sur les aspects plus techniques, le réseau
matu mérite également d’être dynamisé
et la section devra s’impliquer beaucoup
plus sur la thématique de la flavescence
dorée qui est à nos portes.
Propos recueillis par Julie Moreau, SGV/AJ
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 23
actu
TECHNOLOGIE
Quatre vignobles autour
d’une serre unique
Quelques mois après avoir accueilli ses premiers plants, la serre innovante de Qanopée a été officiellement
inaugurée vendredi 20 juin à Blancs-Coteaux.
Le projet Qanopée, qui réunit les
quatre régions viticoles du Beaujolais,
de la Bourgogne, de la
Champagne et du Jura, devait donner
naissance à quatre chantiers. La serre
inaugurée à Blancs-Coteaux le 20 juin
est le deuxième d'entre eux, après la création
de l’entité juridique qui réunit les
quatre vignobles. Dix ans de réflexions
et de réunions ont été nécessaires pour
aboutir à ce résultat.
Cela fait désormais un peu moins d’un
an que les travaux se sont achevés dans la
zone d’activités d’Oger, et une fois que les
engins de chantier ont fait taire leurs moteurs,
les greffons et porte-greffes venus
du Nord-Est de la France ont pu prendre
leurs quartiers à partir du mois de mars.
En construisant cette serre bioclimatique
de 4 500 m², où est conservé et prémultiplié
en milieu confiné le matériel de base
pour les plants de vigne, Qanopée concrétise
enfin ce regroupement interrégional.
Le bâtiment a été divisé en quatre compartiments
pour la production de portegreffes
et de greffons de base, pour la
conservation du matériel de biodiversité
issu des conservatoires régionaux des
trois membres fondateurs, mais aussi
24 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
pour la conduite de projets de recherche
et développement.
L’ensemble du site a été conçu sur la base
d’une architecture évolutive, et d’ici les
trois prochaines années, cette unité devrait
se doter d’une autre serre « pour la
production de plants de base sur le même
site », indique Qanopée.
Le coût global du projet s’élève à un peu
plus de 8,2 millions d’euros : les trois interprofessions
fondatrices de Qanopée
ont apporté 10 % de ce moment, et les
subventions européennes Feader s’ajoutant
aux aides locales et régionales ont
permis de financer plus de 6 millions
d’euros supplémentaires.
Le 20 juin, Bernard Angelras — président
de l’Institut français de la vigne et du vin
— a signé aux côtés de Thiébault Huber,
président de Qanopée, une convention
permettant à l’IFV d’occuper une partie
de la serre afin de réaliser des activités de
prémultiplication de matériel initial directement
dans Qanopée.
Guillaume Perrin
« ON A TOUT CONSERVÉ, ET ON VA TOUT CONSTRUIRE »
Thiébault Huber souligne le rôle « paradoxal » de cet outil
novateur : « Finalement, nos vignerons ne sauront probablement
jamais qu’ils utilisent des plants issus de la serre Qanopée.
C’est un outil réellement tourné vers l’avenir, et j’espère
pour plusieurs générations : on a tout conservé, et on va tout
construire. Ce qui a animé nos interprofessions, c’est la volonté
de se donner de la visibilité et des solutions dans ce chaos
climatique. Pour la suite, on a pris la décision politique de s’ouvrir.
On est tous dans le même bateau, à défendre la viticulture
française, les pépinières, et la pérennité de nos exploitations.
Donc on ne fermera pas la porte à ceux qui ont besoin de tester
de nouvelles variétés, car en plein champ, cela prendra deux
fois plus de temps. On ne sera peut-être pas amenés à prémultiplier
pour la France entière, mais à ce jour il y a trois serres
comme la nôtre, et nous sommes la plus grande. Demain, on
pourrait avoir des plants du Val de Loire, du Cognac ou d’Alsace,
tout ça pour servir l’intérêt général ! »
Pour Maxime Toubart, président du SGV et coprésident du Comité
Champagne : « Ce projet est aussi une preuve que la coopération
entre nos régions est non seulement possible, mais
surtout porteuse d’avenir et profitable pour tous. C’est une
méthode, une culture du dialogue, une capacité à construire
au-delà des frontières actuelles, qu’elles soient démographiques,
professionnelles ou institutionnelles. »
Son homologue David Chatillon, pour l’UMC, confirme : « Cette
coopération est inédite. Nous avons uni nos forces pour garantir
l’avenir de nos vignobles. Mais ce projet va bien au-delà.
C’est un outil collectif au service d’un enjeu fondamental :
pérenniser notre matériel végétal pour préserver nos cépages,
notre diversité et donc l’avenir de nos vignobles. »
Jean-Michel Dumont, qui représente les pépiniéristes champenois,
est heureux de cet aboutissement : « Nous sommes
impatients ! La prochaine étape pour nous pépinéristes, c’est
la mise en place des nouvelles variétés qui se voit accélérée.
Cette serre nous permet de disposer plus rapidement du matériel
végétal, qui sera multiplié en plein champ quoi qu’il arrive.
La profession viticole est en attente de variétés pouvant parer
aux problématiques de dépérissement du vignoble, de réductions
de traitements phytosanitaires, mais qui peuvent aussi
mieux résister à la pression du mildiou, de l’oïdium, des viroses,
voire de la flavescence dorée. »
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 25
actu
TRAITEMENT DES EFFLUENTS
La station de Mardeuil va traiter
les effluents phytosanitaires
La station d’épuration d’Épernay-Mardeuil,
déjà dimensionnée
pour le traitement des effluents
vitivinicoles, va s’équiper d’un
bâtiment dédié aux résidus de
produits phytosanitaires qu’elle
se propose de collecter dans les
différentes stations de lavage de
son secteur.
Prévue pour la fin de l’année 2025, la
station de traitement des eaux usées
(STEU) gérée par l’Agglomération
d’Épernay et l’entreprise SUEZ, va
proposer un nouveau service auprès de la
filière champagne : collecter les résidus de
produits phytosanitaires dans les quelque
18 stations de lavage du vignoble environnant
afin de les traiter dans une unité
dédiée par un procédé physico-chimique.
« Depuis une réglementation de septembre
2006, les viticulteurs ont l’obligation de
traiter les eaux de lavage des cuves de traitement.
Ces effluents toxiques sont généralement
conduits une fois par an dans
différents centres de traitement, parfois à
plusieurs centaines de kilomètres de là, ce
qui représente un coût financier et environnemental
non négligeable », explique
Patrice Hofman, le directeur du site.
En lien avec la filière champagne, la STEU
a décidé d’investir dans une unité locale
de traitement de ces effluents qui seront
récupérés lors de tournées. « Nous allons
disposer d’un numéro d’agrément pour
pouvoir traiter ces effluents phytosanitaires
à un coût très concurrentiel tout en réduisant
l’empreinte carbone. Nous estimons
pouvoir récupérer environ 4 000 m 3 », précise-t-il.
Selon lui, le site pourrait également accueillir
des viticulteurs qui souhaiteraient
dépoter directement à la station.
Mise en service lors des vendanges 2006,
la STEU d’Épernay-Mardeuil a été conçue
pour répondre aux activités spécifiques
de la filière champagne, avec
notamment la signature de
73 conventions permettant le
traitement des effluents vinicoles.
Avec 273 kilomètres de réseaux de
collecte d’eaux usées, elle couvre un bassin
de 16 communes autour d’Épernay cumulant
4 170 hectares de vignes. Sa capacité de
traitement habituellement de 77 000 équivalents
habitants (EH) passe à 150 000 EH
en période de vendange.
La station d’épuration de Mardeuil a été,
par ailleurs, une des premières en Europe
à mettre en œuvre la technologie d’oxydation
par voie humide (OVH) pour le
Valorisation
des déchets
traitement des boues. Après décantation,
l’eau épurée est rejetée dans la Marne
alors que les résidus sont injectés dans un
réacteur chauffé à 250°C sous 60 bars de
pression avec un ajout d’oxygène. « Dans
ces conditions, l’oxygène a un pouvoir extrêmement
corrosif sur les matières organiques
et on obtient par cette opération un
résidu solide minéral inerte et valorisable,
en l’occurrence quelque 500 tonnes de
technosable utilisable par les services de la
Communauté d’agglomération d’Épernay
pour du remblai routier », indique Patrice
Hofman.
D’autres projets pour réduire l’empreinte
carbone de la station sont en cours de réalisation
comme l’installation d’un hangar
photovoltaïque d’une production de
475 MWh/an pour couvrir une partie des
besoins énergétiques, l’usage
de technologies connectées et
d’IA pour mieux piloter la décantation
et les arrivées d’eaux
pluviales ou encore la réutilisation des eaux
usées traitées pour alimenter le camion hydrocureur
du territoire et le nettoyage du
site avec l’objectif d’économiser quelque
10 000 m 3 d’eau potable par an.
Autre piste de valorisation, la production
de biogaz par méthanisation lors du traitement
des boues pour le fonctionnement
du camion hydrocureur et à terme des véhicules
de service.
Alain Julien
26 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
INDUSTRIE CONNEXE
Le bouchonnier M. A. Silva
s’installe en Champagne
Le groupe familial portugais, spécialiste du bouchage en liège depuis
plus de cinquante ans, a ouvert son usine à Tours-sur-Marne dédiée au
satinage et au marquage de ses bouchons de champagne. Plus de proximité
pour plus de réactivité, M.A. Silva, qui développe des bouchons
technologiques premium, pose ses marques avec prudence en Champagne
pour se rapprocher de ses clients et en séduire de nouveaux.
C’est le deuxième site de M.A. Silva
en France et c’est le plus petit du
groupe familial portugais, acteur
majeur du liège dans le monde. L’unité
de production de Tours-sur-Marne
comporte deux machines de marquage
de haute technologie, une autre dédiée
au satinage et un laboratoire d’analyses
pour s’assurer de la qualité du produit.
« Ce site représente l'aboutissement de
plusieurs années de réflexion et de travail.
C'est un symbole de notre ambition
en France et en Champagne, c’est aussi
un symbole de confiance en ce territoire
où l’on prévoit bien sûr de se développer
et de s’agrandir », a déclaré Jean-Philippe
Azais, le directeur général de M.A. Silva
France, lors de l’inauguration du bâtiment
le 5 juin 2025.
Deux gammes de bouchons de champagne
arrivent directement du Portugal
dans l’unité champenoise. Le bouchon
deux rondelles et le produit premium de
la marque, un bouchon technologique
microaggloméré.
Une production sur
mesure
« Pour ce marché champenois, nous
sommes partis d’une feuille blanche en
2020 et aujourd’hui nous livrons plus
d’une dizaine de millions de bouchons,
explique Hervé Lelarge, le directeur du
site de Tours-sur-Marne. En Champagne,
les choses doivent se valider
tranquillement. Avec notre implantation
nous serons beaucoup plus réactifs
pour nos clients actuels à qui nous
pouvons proposer du sur-mesure. Tout
est en place pour accueillir également
de nouveaux vignerons et de nouvelles
maisons. »
Pour le marquage, une machine à laser
permet une cadence de 800 à 2 000 bouchons
par heure et pour les plus gros
volumes, une machine à induction offre
une cadence de 10 000 unités par heure.
En finition, le site applique le traitement
de surface adéquat, ou satinage, avant la
livraison. « Nous proposons aussi de resatiner
les bouchons de nos clients quand
le délai de six mois de validité du traitement
est dépassé », précise le directeur.
Le laboratoire qui assure le contrôle du
marquage et du satinage est également à
la disposition des opérateurs qui auraient
besoin de ce service.
Le site champenois de M.A. Silva emploie
pour le moment deux personnes et
prévoit trois emplois supplémentaires au
fur et à mesure de la montée en puissance
de la production.
Alain Julien
PLUS D’INFOS
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N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 27
dossier
« Bonheur et champagne
pour tout le monde ! »
Il y a 10 ans, le 4 juillet 2015, la Champagne, au travers de ses Coteaux, Maisons et Caves,
entrait dans la liste très prestigieuse du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies
pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) au titre des « Paysages culturels évolutifs vivants ».
Cette reconnaissance universelle consacre une histoire tricentenaire d’un savoir-faire viticole
qui a joliment sculpté nos terroirs pour élaborer ce grand vin à l’effervescence si savoureuse
et festive, apprécié sur tous les continents.
Une fierté au cœur de tous les Champenois qui a nourri de multiples initiatives oenotouristiques,
faisant de notre AOC une destination prisée par les amateurs de champagne, symbole planétaire
du savoir-vivre à la française.
Dossier réalisé par Alain Julien et Guillaume Perrin.
28 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
« Le 4 juillet 2015, le monde nous
a rendus fiers »
L’inscription au patrimoine mondial en 2015 a braqué les projecteurs oenotouristiques sur la Champagne,
qui a multiplié les projets pour répondre aux attentes des amateurs venus du monde entier à la découverte
du berceau du roi des vins, toujours plus curieux de vivre de nouvelles expériences gustatives.
«
Pour la Champagne et ses vins
qui brillent à travers le monde et
qui sont la référence en matière
d’effervescents, l’inscription au patrimoine
mondial et avec elle le développement du
tourisme nous rappellent que ce produit
doit être incarné, et encore plus en période
de crise. Soigner l’accueil, embellir nos
terroirs et faire vivre le mythe champagne
constituent le service avant-vente nécessaire
au développement de nos marchés.
Nous avons inventé cette méthode de vinification,
le public qui veut légitimement
savoir où, comment et par qui est fabriqué
notre vin doit être le bienvenu », affirme
Séverine Couvreur, membre du conseil
d’administration du SGV et présidente de
la Mission Coteaux, Maisons et Caves de
Champagne qui veille à la bonne gestion
de l’inscription.
Selon elle, le tourisme est également le vecteur
privilégié pour défendre la valeur universelle
exceptionnelle de la Champagne
et développer la notoriété de ses vins.
« Avant 2015, il existait déjà des événement
oenotouristiques, je pense à la Route du
champagne en fête qui célèbre ses 30 ans,
les grandes marques également qui ont
toujours accueilli leurs clients, mais depuis
l’inscription, on constate le nombre croissant
d’acteurs clés qui investissent pour valoriser
notre patrimoine champenois. »
Expériences, rencontres
et partages
Outre les multiples initiatives locales qui
participent activement à l’attractivité du
territoire et de son vignoble, Séverine
Couvreur pointe l’opération Villages et
Coteaux propres qui mobilise chaque année
de plus en plus de participants, l’ouverture
du Centre d’Interprétation sensorielle
des vins de Champagne Pressoria à Aÿ,
celle du Musée du vin de Champagne et
d’Archéologie régionale d’Épernay ou encore
la rénovation de nombreux bâtiments
de négoce. « Il y a eu un engagement fort,
un coup d’accélérateur à la suite de cette
inscription. Le 4 juillet 2015, le monde
nous a rendus fiers et avec cet anniversaire,
cela continue encore et encore. »
Pour la présidente de la Mission, le vignoble
a une belle carte à jouer dans
l’offre oenotouristique en revendiquant
un artisanat d’excellence. « C’est la tendance
forte, le public veut de l’authenticité
et vivre des expériences de rencontres
et de partages. C'est l'ADN des vignerons
d'incarner et de promouvoir cette culture
du terroir avec tout le respect qu’il mérite.
Notre mot d’ordre c’est l’artisanat du luxe
accessible, comme un moment privilégié,
hors du temps, dans un joli paysage. »
C’est d’ailleurs un des premiers rôles de
la Mission de veiller à la préservation des
paysages champenois par l’établissement
de chartes environnementales et d’actions
sur le terrain en partenariat avec l’ODG, le
Comité Champagne, les services de l’État
ou encore les collectivités territoriales.
Séverine Couvreur aime aussi à rappeler
les valeurs portées par l’Unesco : « Cette
reconnaissance nous oblige. Nous devons
porter très haut les couleurs de la paix par
l’éducation, la santé et la culture dans un
monde où l’universalisme, les libertés et les
droits humains sont malmenés. »
Depuis sa création en 1972, la Convention concernant la protection du patrimoine
mondial, culturel et naturel de l’Unesco a pour objectif de conserver des
biens reconnus exceptionnels pour l’héritage commun de l’humanité.
À ce jour, 1 223 biens sont recensés par le Comité du patrimoine mondial comme
ayant une valeur universelle. La liste comprend 952 sites culturels, 231 sites naturels
et 40 sites mixtes répartis dans 168 États parties.
Depuis octobre 2024, 196 États parties ont ratifié la Convention.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 29
dossier
Pierre Cheval,
un « vigneron visionnaire
et bâtisseur »
Neuf ans après sa disparition, l’homme qui avait porté la candidature
des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial
reçoit de chaleureux hommages de la part de ses proches, mais aussi de
tous les Champenois qui ont connaissance de son œuvre.
MARIE-PAULE ET LOUIS CHEVAL
son épouse et son fils
« Pierre, le mari, le père, le fils… C’est un
chef scout ! Le scoutisme l’a formé à s’engager,
à entreprendre, et à organiser. C’est
quelqu’un qui savait entraîner des gens de
toutes sortes alors que c’était l’étape la plus
difficile du dossier. Pour rassembler autour
de l’Unesco, il fallait à la fois quelqu’un
d’élu et issu du monde du champagne. Et
Pierre, vigneron atypique, était très apprécié
par le monde du négoce.
Même s’il n’était pas vigneron au départ,
on a décidé de reprendre l’exploitation familiale.
Le monde viticole l’a tout de suite
accepté. Il n’avait pas particulièrement
d’ambition personnelle, mais cela ne l’empêchait
pas d’aimer la chose publique ! Il
savait tout faire, et changeait de casquette
dix fois par jour…
Il qualifiait souvent ce dossier d’inscription
au patrimoine mondial “d’aventure”,
car on ne savait pas où on allait, ni comment
on allait y arriver… C’était vraiment
une découverte pour lui et toute sa petite
équipe. Amandine Crépin, qui est arrivée
en cours de route, a façonné un joli duo
avec Pierre, qui l’a formée.
Nous ne l’avons jamais vu revenir en fin
de journée découragé, il nous protégeait
beaucoup. Il ne verbalisait pas les doutes
qu’il a pu ressentir, et pendant qu’il travaillait
sur ce sujet, en coulisses, on percevait
l’énergie folle qu’il déployait à expliquer, à
répéter, à convaincre sur l’idée d’une inscription,
d’une zone d’engagement… Son
travail de chef d’équipe consistait à motiver,
et à amener de l’énergie donc il ne
pouvait pas partir défaitiste.
Il ne se passe pas une semaine sans qu’on
nous parle du discours de Pierre à Bonn…
On en avait parlé en amont, inspiré notamment
par l’actualité de l’époque (le site
classé de Palmyre a subi la guerre civile en
Syrie et les destructions causées par l’État
Islamique, NDLR) et il l’avait énormément
travaillé.
Finalement, les Champenois ont fini par
comprendre le fonctionnement de ce dossier,
parfois a posteriori. Grâce à son travail,
ce dossier sert désormais d’exemple pour
d’autres candidats ! Lors des célébrations de
juillet 2015 à Hautvillers, c’est la première
fois qu’on a senti la naissance d’un sentiment
de fierté et de joie dans la population.
Nous avons une pensée à ceux qui doutaient
de l’intérêt de cette inscription : tous
les jours, on voit que cela a servi la Champagne
en matière de rayonnement. La reconnaissance
qui a été exprimée à l’égard
de Pierre par les Champenois, et l’émotion
sincère qu’ils dégagent en parlant de lui,
nous touchent.
JEAN-MARIE BARILLÈRE
ancien coprésident
du Comité Champagne
« Je connaissais Pierre Cheval depuis très
longtemps. C’était pour moi un vigneron
passionné avant tout, certes énarque, avec
qui je discutais aisément,
même si nombre de personnes
le ramenaient parfois
à son parcours “autre”, en
dehors de la Champagne.
Il a fait un travail remarquable,
difficile dans un
premier temps, puisque les
Champenois eux-mêmes ne
voyaient pas forcément l’intérêt
de cette inscription au
patrimoine mondial de l’Unesco.
C’était compliqué pour lui, lors des premières
années, de mobiliser autour de ce
sujet, tant au niveau du vignoble qu’au
niveau du négoce, mais il a été heureusement
entouré de Cécile Bonnefond,
présidente de Veuve Clicquot
à l’époque, et de beaucoup
d’autres personnes. Au
fur et à mesure, c’est devenu
une évidence, surtout
quand le dossier a été repris
et recalibré.
Ce qui m’a le plus marqué,
comme beaucoup de Champenois,
c’est son superbe
discours prononcé à Bonn,
totalement remarquable, Aujourd’hui, je
pense qu’il y a une très forte reconnaissance
du travail qui a été réalisé, et notamment
de la persévérance dont Pierre a fait
preuve. Ses successeurs à la présidence de
la Mission témoignent très souvent de leur
gratitude à ce sujet.
Il a porté un sujet dont les Champenois
se sont largement emparés : il suffit de
voir le nombre de touristes, à Reims
comme à Épernay ou dans le vignoble,
car malgré le marasme économique dans
lequel on se trouve, il a fait de la Champagne
une destination oenotouristique,
alors que ce sujet n’était pas forcément
à la mode lorsqu’il s’est attelé à la tâche. »
30 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
JEAN-LUC BARBIER
ancien directeur
du Comité Champagne
« Pierre Cheval, c’est d’abord un ami
proche que j’ai rencontré en 1980 au
moment de son installation à Aÿ. Il a
voulu aussitôt s’impliquer dans l’organisation
et les activités de la filière Champagne.
Il a apporté un regard extérieur
de grande pertinence, parce que c’était
un homme visionnaire qui comprenait
très vite et qui foisonnait d’idées. C’est
pourquoi il a été sollicité pour participer
intensément à de nombreuses instances
champenoises.
Membre du bureau du Syndicat général
des vignerons de la Champagne, Pierre
Cheval était actif et apprécié au sein de
la Commission communication et appellation
Champagne, il s’est dévoué
avec enthousiasme et lucidité dans tous
les dossiers majeurs. Sa conscience de
l’intérêt général éclairait les stratégies et
les décisions à prendre afin de promouvoir
et défendre l’appellation Champagne.
Et son apothéose a été de porter
la candidature des Coteaux, Maisons et
Caves de Champagne pour l’inscription
sur la prestigieuse Liste du
patrimoine mondial. En
dépit d’un chemin semé
d’embuches, il n’a jamais
renoncé tout au long d’un
parcours de presque dix
ans. Cela peut paraître
long, mais pour l’Unesco
c’est court. L’inscription a
été obtenue par un vote de
tous les ambassadeurs des
pays membres du Comité
du patrimoine mondial dès la première
présentation de la candidature, et à l’unanimité,
ce qui est exceptionnel.
Pierre Cheval a porté cette candidature
de bout en bout, sans ménager ni
son temps ni sa peine. Il a su mobiliser
l’ensemble des acteurs du terroir, concevoir
un dossier solidement argumenté,
convaincre les administrations françaises
de la pertinence de la candidature
et enfin obtenir l’inscription auprès de
l’Unesco. Ce fut une aventure collective
extraordinaire dont Pierre Cheval était le
pilote, le chef d’orchestre, il a tout donné
de son talent, de sa passion. Cette consécration
universelle est l’œuvre extraordinaire
de sa vie.
La Champagne n’oublie
pas le formidable héritage
laissé par Pierre Cheval. Il
demeure bien présent dans
la mémoire reconnaissante
des Champenois. En particulier,
nombre de communes
lui rendent hommage
en donnant son nom
à un boulevard, à une rue, à
un parc, à un espace dédié. »
ÉRIC RODEZ
président de la Villa Bissinger
et ancien élu communautaire
de la Grande Vallée de la Marne
« Pierre Cheval est un bâtisseur. En arrivant
ici, Pierre a épousé sa promise…et
la Champagne.
Cet homme de conviction aimait faire
partager ses valeurs dans les différents
cercles dans lesquels il pouvait
être amené à participer.
Et il était “multicasquettes”,
ce qui lui offrait un sens
d’analyse qui dépassait
souvent le cadre du cercle
dans lequel il évoluait. Et ce
dans des dimensions aussi
bien professionnelles que
dans la vie du territoire. La
Champagne ne serait pas
ce qu’elle est aujourd’hui si
Pierre n’y avait pas œuvré.
En prenant en main l’inscription de la
Champagne au patrimoine mondial,
Pierre a tout de suite perçu que ce dossier
allait être compliqué, et lourd de débats
contradictoires en interne et en externe.
Très vite, dans les différents lieux dans
lesquels il travaillait, il a cherché l’écoute
de l’autre. Mais il était aussi, en un sens,
heureux comme un gamin qui attend
Noël, mû par une impatience de voir arriver
ce jour de succès.
Pierre avait en tête que le classement
Unesco était quelque chose de très important
vis-à-vis de l’externe,
mais peut être encore
du point de vue interne. Et
malgré ce marathon de réunions
et de déplacements
dans lequel il a mis toute
son énergie, Pierre aimait
le débat. Il savait mettre le
doigt là où ça fait mal : cet
homme de conviction avait
un vrai talent d’orateur et
dans les relations humaines.
Il faisait partie de cette catégorie
d’hommes qui ne savaient vivre
sans dire la vérité, qu’il exprimait très
souvent en petit comité. Comme un
combat au fleuret, il savait piquer, dans
une joute verbale contradictoire.
Il était conscient que même si la profession
et le territoire étaient très organisés,
il pouvait entrapercevoir les directions
qui souffraient d’un manque d’investissement,
ce qui a par exemple été à l’origine
de la Villa Bissinger, lieu porté par
un petit territoire de 15 000 habitants.
Dans la vision humaine qui était celle
de Pierre, il n’oubliait pas ce que pouvait
être l’avenir, c’est pourquoi il était
aussi très engagé en ce qui concerne la
formation des futures générations de
professionnels. Au lycée viticole d’Avize,
il œuvrait à obtenir des moyens supplémentaires
destinés aussi bien à la formation
des futurs dirigeants que des futurs
salariés de la Champagne.
Je pense que très peu d’acteurs en Champagne
savent réellement qui il était et
combien il était précieux pour nous. Il
aimait profondément cette région, ce
produit, et les hommes et les femmes
qui cultivent la terre et les bulles. Aujourd’hui,
Pierre serait satisfait de ce que
le dossier a pu devenir, car la Mission
Unesco continue d’avancer. »
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 31
dossier
Bonn, le 4 juillet 2015 :
un vote à l’unanimité
Cris de joie et embrassades du côté de la délégation champenoise,
sourires et félicitations de toute l’assemblée réunie dans l’hémicycle
du Centre international de Bonn. L’ambiance était particulièrement
festive quand Maria Böhmer, la présidente de la 39 e session du Comité
du patrimoine mondial, a prononcé la phrase historique qui intégrait
la Champagne à la prestigieuse liste.
EXTRAITS DU DISCOURS
DE PIERRE CHEVAL
LE 4 JUILLET 2015 À BONN
À L’ISSUE DU VOTE
En ce 4 juillet 2015 un peu avant 18 heures, les 21 représentants des États-parties
de la Convention du patrimoine mondial votaient à l’unanimité l’inscription
des « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » sur la liste du patrimoine
mondial de l’Unesco, dans la catégorie des « Paysages culturels évolutifs vivants ». Les
membres du Comité reconnaissaient ainsi la valeur universelle exceptionnelle de ce
bien, estimant que les conditions de protection et de gestion étaient remplies.
« Je me souviens des cris de joie
quand la présidente a annoncé notre
inscription au patrimoine mondial.
Elle était même étonnée, comme
beaucoup d’ambassadeurs de l’Unesco,
que la Champagne ne soit pas déjà
sur cette liste.
C’est évidemment un des grands moments
de mon mandat au SGV et de
ma vie de Champenois. Cela a été un
long travail pour aboutir à cette reconnaissance
du monde entier, car il a fallu
réorienter plusieurs fois le dossier pour
correspondre à tous les critères, avec
à la clé de nombreuses réunions avec
le Comité Champagne et l’association
Paysages de Champagne qui portait
notre candidature ».
PASCAL FÉRAT, ancien président
du SGV et coprésident du Comité
Champagne.
« Je garde en mémoire le cérémonial
de l'Unesco, cette enceinte remplie à
Bonn avec l'ensemble des ambassadeurs
des différents pays qui ont voté
pour l’aboutissement de notre dossier.
Cela a été vraiment un plébiscite qui
était très réconfortant. Un souvenir
fort est le discours de Pierre Cheval,
des mots puissants et émouvants qui
rendaient hommage à la Champagne
et s’honoraient de son inscription à ce
patrimoine universel ».
JEAN-MARIE BARILLÈRE, ancien
président de l’UMC et coprésident
du Comité Champagne
Pascal Férat et Jean-Marie
Barillère célèbrent l'inscription
de la Champagne au patrimoine
mondial de l'Unesco.
« La décision d’inscrire sur la liste du Patrimoine
mondial les Coteaux, Maisons
et Caves de Champagne va droit au cœur
des femmes et des hommes de Champagne
qui sont fiers, en ce moment,
après tant d’années de travail et d’espérance
partagées par tous les acteurs du
territoire, de voir la valeur universelle exceptionnelle
de leur patrimoine commun
reconnue au même titre que les sites les
plus prestigieux de la planète. Ils vous
en expriment leur gratitude et vous apportent
leur engagement à contribuer, en
retour, au succès de l’Unesco pour faire
grandir l’humanité (…)
C’est un moment historique pour la Champagne,
qui s’inscrit dans la longue histoire
des Champenois soucieux de préserver et
de poursuivre leur marche collective, notamment
par leur obstination à surmonter
les obstacles nés des éléments naturels
hostiles ou de la folie destructrice des
hommes (…).
Oui ! À l’image du champagne qui célèbre
la fraternité, l’harmonie des peuples est
pour l’humanité une valeur universelle
fondamentale !
Oui ! Être inscrit au Patrimoine mondial est
une grande chance, pour la Champagne,
de participer au rapprochement des
peuples par la culture !
Oui, tout simplement, être heureux, et le
célébrer est légitime dans notre monde
d’aujourd’hui !
Voilà, Madame la Présidente, le message
précieux pour les Hommes de ce siècle
que délivre l’inscription, aujourd’hui, 4 juillet
2015, des Coteaux, Maisons et Caves
de Champagne au Patrimoine mondial.
Alors, oui, j’ose le dire, osons le dire : Bonheur
et champagne pour tout le monde ! »
32 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
Souvenirs d’une annonce espérée
La nouvelle de l’inscription champenoise au patrimoine mondial s’est immédiatement propagée dans toute
la Champagne, à commencer par Hautvillers, berceau des festivités locales.
JEAN-MARC BÉGUIN,
maire de Champillon :
« Ce 4 juillet 2015 était véritablement un
moment d’émerveillement : nous attendions
tous avec impatience, devant l’écran
géant installé par la commune d’Hautvillers,
ce classement annoncé à Bonn ! Et
pendant le magnifique discours de Pierre
Cheval, nous avions tous la larme à l’œil…
PATRICK LOPEZ,
maire honoraire d’Hautvillers,
élu de 1983 à 2020 :
« Hautvillers a été choisie pour célébrer
la potentielle inscription des Coteaux,
Maisons et Caves de Champagne au patrimoine
mondial, car huit ans avant cette
heureuse conclusion, Pierre Cheval avait
ardemment souhaité que la commune soit
impliquée dans le dossier de candidature.
C’est pourquoi nous avons immédiatement
répondu positivement. Au fil du
temps, notre village est vite devenu un
point central d’attraction médiatique, et
cela nous semblait naturel de venir fêter
l’inscription ici.
L’événement a été conçu plusieurs mois
à l’avance, à la faveur de prises de contact
entre la Mission Unesco et la commune.
Il nous a été demandé si le village était en
mesure d’accueillir une grande foule et
tous types de personnalités, avec l’installation
d’un écran géant pour retransmettre
la session du patrimoine mondial en léger
différé depuis Bonn. Le conseil municipal
était réellement sur le pied de guerre !
À titre personnel, j’ai savouré cette journée
à deux niveaux : avec la fierté du vigneron
pour la consécration de la Champagne,
mais aussi en tant que maire, tout
en gardant un œil sur les infrastructures qui
étaient fortement sollicitées ce jour-là…
Je retiens de cette journée une coordination
sans faille entre tous les acteurs, depuis
le SGV jusqu’aux bénévoles, en passant par
la gendarmerie, les services communaux et
la Mission Unesco. Et au risque de sembler
prétentieux, je trouve qu’il n’y a eu aucun
couac à signaler, tout était réglé comme du
papier à musique ! »
ANTOINE CHIQUET,
ancien élu au SGV et maire de Dizy :
« En tant que vigneron, vivre ce moment
de joie à Hautvillers était quelque chose
d’extraordinaire. Au sein des instances
professionnelles, on sentait bien que
cette inscription était un aboutissement
extraordinaire pour la Champagne, et
la suite logique d’un dossier que l’on a
travaillé pendant de longues années.
Tout cela, c’était aussi la consécration
de dix ans de travail avec mon voisin
et ami qu’était Pierre Cheval, aux côtés
d’Amandine Crépin qui s’est démenée et
que l’on remercie au quotidien !
Personnellement, je tire du 4 juillet 2015
une grande fierté. J’ai toujours été admiratif
des paysages champenois en général,
et de ma vallée en particulier… Et
à l’instar de toutes les liesses populaires,
comme lors d’une victoire sportive, on
a senti ce jour une grande unité, on a
oublié toutes les différences… Bref, on
a fêté l’atteinte d’un objectif tant désiré
! Et aujourd’hui encore, je me sers du
discours que Pierre a livré à Bonn pour
évoquer avec poésie notre belle région. »
Champillon faisait partie des premières
communes qui ont eu foi dans la démarche
d’une inscription de la Champagne au patrimoine
mondial. Nous savions que cette
idée lancée par Pierre allait encourager la
venue de touristes, mais aussi faire évoluer
les mentalités des maisons et des vignerons
en matière d’œnotourisme.
Depuis 18 mois, nous préparons les festivités
du 10e anniversaire à Champillon
au rythme des réunions mensuelles avec
les partenaires et ambassadeurs impliqués :
nous sommes partis d’une feuille blanche,
et la Mission Unesco a réfléchi sur la faisabilité
et le coût des différentes idées. En
se situant à l’épicentre des coteaux historiques,
avec un des plus beaux points de
vue de la région, il nous paraissait légitime
de célébrer à cet endroit. »
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 33
dossier
Nuit de liesse dans les coteaux
Pique-nique géant au champagne ponctué
de mélopées jazzy, dance floor au rythme
d’un dj set pop-électro, féérie de drones lumineux
et feu d’artifice dans le ciel de Champillon :
quelque 5 000 Champenois ont célébré dans
la joie et la convivialité le dixième anniversaire
de l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves
de Champagne au patrimoine mondial de l’Unesco.
« Ce soir, notre inscription nous invite à vivre cette fierté collectivement pour nous
donner la force de poursuivre nos actions de préservation et d’embellissement. Alors
oui, la Champagne et le champagne sont indissociables et nous appartiennent comme
ils appartiennent à celles et ceux qui les aiment et les font vivre dans le monde entier.
C’est notre fierté. Ce fut celle de nos ancêtres et ce sera celle de nos enfants. Gardons
au fond du cœur cette inscription qui est pour chacune et chacun de nous, quel que
soient notre âge, notre origine, nos croyances, un engagement de porter haut et fort
et loin la valeur universelle de paix.
Ce soir, notre rassemblement est un signe éminemment positif, de profonde espérance
en ce qui fait notre humanité moderne. »
Séverine Couvreur, présidente de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne
34 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
« La Champagne vit dans les gestes
répétés, dans la mémoire des familles,
dans la main du père qui
montre, et dans l’œil de l’enfant qui
comprend. Elle vit dans la terre qu’on
respecte, dans le vin qu’on façonne,
dans l’exigence qu’on s’impose.
C’est cette culture de la transmission,
profondément collective, qui a
façonné notre identité champenoise
— et qui continue de la faire vivre
aujourd’hui.
Il y a 10 ans, nous avons été reconnus
par I’Unesco. Mais ce n’était pas
un trophée. C’était un serment. Celui
de protéger, de transmettre, de
faire rayonner ce patrimoine au-delà
de nous-mêmes.
Et je veux le dire ici, avec force : nous
continuerons d’être à la hauteur. »
Maxime Toubart, président duSyndicat
Général des Vignerons et coprésident
du Comité Champagne
Représentants de l’État, des
collectivités territoriales, et
de l’ensemble de l’écosystème
du champagne s’engagent
symboliquement vers le plan
de gestion 2026-2035 des
Coteaux, Maisons et Caves de
Champagne, qui sera signé
« très prochainement ». Pour la
décennie à venir, les priorités de
ce document stratégique portent
sur « La préservation des paysages
et du patrimoine souterrain »,
« L’adaptation au changement
climatique », « Le développement
d’un tourisme durable » et « La
transmission des savoir-faire et des
valeurs Unesco ».
« La Champagne est un symbole universel
de célébration, de partage, d’émotion.
Ce symbole porte en lui des valeurs profondes
: l’excellence, la patience, la créativité,
la persévérance.
Il ne faut pas seulement protéger ce symbole,
il faut faire vivre une culture, un collectif.
C’est un devoir, une responsabilité partagée,
que nous portons avec la conscience
que ce que nous faisons aujourd’hui façonnera
la Champagne de demain.
Dix ans après cette inscription historique,
je peux affirmer avec conviction : la Champagne
est plus qu’un terroir ou une Appellation,
c’est une promesse d’excellence, de
respect, d’engagement. »
David Chatillon, président de l’Union
des maisons de Champagne et coprésident
du Comité Champagne
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 35
dossier
PAROLES DE VIGNERONS
« Notre inscription a énormément développé l’œnotourisme.
Nous avons commencé cette activité en
2021 et beaucoup de gens nous parlent de la liste de
l’Unesco. C’est important pour nous d’être ici pour
partager cette joie et ce bel anniversaire.
On ressentait déjà une grande fierté d’élaborer du
champagne dans notre Appellation, mais savoir que
notre travail est reconnu dans le monde entier, c’est
encore plus fort. Cela met en valeur tout notre patrimoine
et toute la variété de nos cuvées. »
Soline, responsable du développement commercial au
Champagne Collery à Aÿ
« L’image de la Champagne avec nos paysages, notre
travail et notre savoir-faire, est reconnue pour sa valeur
universelle. C’est une grande fierté pour nous de
produire un champagne qui porte des symboles aussi
forts à travers le monde. »
Laurent Lequart, vigneron à Passy-Grigny
36 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
Amandine
Chamoin-Volhuer,
directrice d’Amaré
Communication, aux
côtés d’Emilie Landau,
l’étudiante rémoise qui
a convaincu le Comité
Champagne de se lancer
dans une candidature
à l’Unesco, où elle était
stagiaire en 2004.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 37
commercialisation
DÉGUSTATIONS
L’échappée belle des sommeliers
en Champagne
La bannière collective Champagne de Vignerons avec son agence de presse Clair de Lune a organisé deux
journées immersives en Champagne dans l’Aube et la Marne, pour treize professionnels du vin, principalement
sommeliers, à la découverte des cuvées de terroir et de la classification des Caractères Vif, Fruité et
Intense.
Au programme de cette échappée
champenoise dont l’objectif est
de promouvoir les champagnes
de vignerons auprès de prescripteurs
influents : une présentation du SGV à
l’antenne de Bar-sur-Seine suivie de dégustations
dans quatre domaines
aubois et marnais, la découverte
commentée du vignoble et des
terroirs, puis des ateliers sur les
Caractères animés par l’expert
du champagne Geoffrey Orban.
Tous les repas ont été composés
en accord avec des champagnes
classifiés Vif, Fruité et Intense.
Ce qu’ils pensent
des Champagnes
de Vignerons
Edouard Géneau, sommelier
au restaurant étoilé parisien
La Scène Thélème : « Nous
avons dans notre cave un certain nombre
de champagnes de vignerons, héritage
de notre précédent chef sommelier. Moi
j’adore cette catégorie, je trouve l’approche
familiale très charmante et très
romanesque. Les vignerons font des merveilles
avec des quantités de bouteilles par
an totalement résiduelles par rapport aux
grandes locomotives champenoises et je
trouve ça assez remarquable.
On propose toujours des champagnes du
vignoble à notre carte, et la clientèle du
restaurant est assez réceptive et sait apprécier.
»
Pierre-Hadrien Helbecque, responsable
au sein du groupe international
d’hôtellerie de luxe Rosewood Hotels
& Resorts : « Dans le monde des palaces,
nous avons une clientèle internationale
très variée et je crois qu’on doit pouvoir
offrir un large spectre de différents champagnes
pour pouvoir correspondre à chacun.
Certes, tout le monde connaît les
grandes maisons, mais il est toujours intéressant
de proposer une autre approche
comme ces cuvées d’artisans qui dévoilent
une autre image de la Champagne et son
évolution au cours des décennies.
Bien sûr, nous avons un certain nombre
de clients qui ont l’habitude de consommer
des cuvées de prestige de grandes
maisons et on ne les fera pas changer
facilement. En revanche, nous rencontrons
aussi des amateurs très ouverts qui
aiment la découverte et se laissent surprendre
par un accord mets-champagnes
de vignerons. On peut vraiment jouer la
carte vigneronne dans le monde des palaces
en correspondance par exemple au
style de cuisine du chef. »
Daphné Sonn, chef sommelière du
restaurant étoilé Le Jardin des Plumes
à Giverny : « Pour moi, les champagnes
de vignerons représentent une philosophie.
Notre clientèle est assez en recherche
de champagnes qui sortent des
sentiers battus des grandes marques et
c’est à nous, sommeliers, de les conseiller
en ce sens pour les surprendre. Le
champagne en accords gastronomiques
est une évidence pour ma part et notre
public se laisse convaincre, d’autant que
la cuisine très élégante du chef permet
d’associer de nombreux styles de champagne.
Mais même si le champagne reste
cantonné à l’apéritif, je trouve que c’est
la meilleure façon d’ouvrir ses papilles.
Dans tous les cas, je propose des
accords mets-champagnes, car
c’est très délicat et très savoureux.
»
Ce qu’ils pensent
des Caractères
Édouard Géneau : « C’est vraiment
intéressant. En classifiant
simplement les goûts, cela ouvre
une communication très rassurante
avec le client qui cherche
son champagne de prédilection.
Et la bonne idée est d’avoir
conçu une version anglaise,
car nous avons, chez nous, une
clientèle étrangère. C’est un outil dont je
vais largement m’inspirer. »
Pierre-Hadrien Helbecque : « C’est
une approche qui être très intéressante.
Cependant, dans le monde des palaces,
nous avons une équipe de professionnels
qui a ses propres mots pour présenter les
champagnes et les autres vins. En revanche,
pour un restaurant indépendant
ou même un caviste, je pense que cela
peut initier un dialogue simple pour
guider les consommateurs vers les vins
de vignerons. »
Daphnée Sonn : « Je trouve que c’est un
joli moyen d’aborder le champagne. C’est
très utile pour les cavistes notamment, car
c’est une classification très simple. Pour
nos équipes, cela peut être aussi utile
comme première approche. »
Alain Julien
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 39
économie
Mai passe au rouge
EXPÉDITIONS SUR 12 MOIS PAR FAMILLES D’OPÉRATEURS
Expéditions de juin 2024 à mai 2025 (en millions de bouteilles)
62,4 42,3
10,8
MB -5,5 % Export
194,8 MB -4,0 %
23,3 MB -3,9 %
11,8
TOTAL
270,9MB 133,2
11,5
-4,3 % Négociants
Vignerons
Coopératives
12
France
TOTAL MAISONS
TOTAL VIGNERONS
TOTAL COOPÉRATIVES
52,8
*En raison des arrondis, certaines sommes peuvent ne pas être égales au total.
ÉVOLUTION DES EXPÉDITIONS EN VOLUME
9
ÉVOLUTION DES PRIX MOYENS SUR 12 MOIS
Volume mensuel par famille d'opérateur - mai 2025 Évolution sur 12 mois à fin avril 2025
6
MAISONS
12,6 MB
3
VIGNERONS
4 MB
COOPÉRATIVES
1,5 MB
0 5 10 15 20 25 30
TOTAL
18,1 MB
-5,4 % 0
+1,8 %
France
-0,5 %
U.E
-2,0 % -0,7 %
Pays tiers
Ensemble
ANALYSE DES DONNÉES
En mai, les expéditions champenoises
s’établissent à 18,1 millions de cols,
toutes familles cumulées, en recul de
5,4 % par rapport à mai 2024. Le léger rebond
d’avril a fait place à un décrochage
généralisé de tous les marchés, plaçant
le mois de mai 2025 en deçà des performances
des dernières années, à l’exception
de mai 2020.
Dans ce mois qui représente en moyenne
6,7 % des expéditions annuelles, les maisons
se replient de 5,3 % aussi bien en
France (-4,5 %) qu’à l’export (-5,6 %). Les
vignerons dévissent de 6,9 % (- 7,6 % en
France, -4,3 % à l’export), seules les coopératives
limitent la baisse à -1,7 % grâce
à de bonnes performances en France (+
2,3 %), mais reculent à l’export (-5,4 %).
De janvier à mai, la Champagne repasse
dans le négatif avec une baisse contenue
de 1,1 % à la faveur d’un export dynamique
(+2,6 %), surtout dans les pays tiers
(+4,5 %) alors que l’UE se replie de 1,6 %.
Point noir : le marché national s’enfonce
encore de -6,5 %.
Pendant ces cinq mois, la filière a expédié
85,5 millions de bouteilles. Comme précédemment,
les maisons sont les seules à
se maintenir dans le positif (0,6 %) portées
par l’export (+ 3 %), les coopératives
sont à la baisse (- 6 %) malgré un export
en progression de 3,2 %, mais plombées
par la France (-14,5 %), les vignerons
sont dans le rouge sur tous les marchés
(-5,7 %).
Sur douze mois glissants, la filière recule
encore de 4,3 % pour un volume
de 270,9 millions de cols. Les ventes en
France confirment leur tendance baissière
à -6,1 % (116,1 millions de cols), l’export
se replie de 3 %, plus en UE (-5,8) que
dans les pays tiers (-1,6 %).
Sur cette période, les vignerons sont
le plus à la peine (-5,5 %), les maisons
baissent de 4 % et les coopératives de
3,9 %.
CÔTÉ VALEURS
À fin avril, les pays tiers progressent en part
de marché aussi bien en volume (+1 point)
qu’en valeur (+0,3 point) la France et l’UE
restent quasi stables.
Les prix moyens sur 12 mois sont en hausse
de 1,8 % en France, mais reculent de 0,5 %
en UE et de 2 % dans les pays tiers.
La rédaction
40 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
FILIERE
« Pas de raison de se faire peur »
en Champagne
David Ménival, directeur de la filière champagne au Crédit Agricole du Nord Est, a livré une analyse globale
du contexte que traversent les acteurs champenois, et note qu’en dépit de tensions et incertitudes notables,
des motifs d’espoir à long terme existent.
Àdéfaut de distribuer de bonnes
nouvelles et des certitudes, le directeur
de la filière champagne
au Crédit Agricole du Nord Est* a dépeint
le paysage champenois actuel avec
réalisme. Mardi 10 juin, lors des Rencontres
de la filière connexe au champagne
organisées par Marne Développement,
David Ménival a commencé par
partager des incertitudes.
« Nous savons que la situation économique
est un peu plus tendue qu’elle n’a
pu l’être dans le passé. » Les inquiétudes
ont émergé après l’euphorie post-Covid :
depuis mars 2023, les expéditions baissent
en Champagne, et les volumes atterrissent
à 272 millions de cols en 2024.
Puis le président américain Donald Trump
« a décidé d’enclencher une guerre
commerciale ». Le 13 mars, 200 % de taxes
ont été annoncées sur l’ensemble des vins
et spiritueux importés de l’Union européenne.
Puis le 3 avril, ce sont 20 %, et le
10 avril, une pause de 90 jours est communiquée,
avec des droits de douane à 10 %.
« Ce genre d’instabilité a une incidence sur
le champagne. » En effet, les États-Unis
constituent le premier marché
du champagne en 2024,
avec 27,4 millions de cols
expédiés pour presque 820
millions d’euros de chiffre d’affaires. Le
pays concentre à lui seul 17,8 % des volumes
et 21,1 % de la valeur à l’export pour
la filière.
La situation n’est guère plus reluisante pour
les autres marchés du top 3 : au Royaume-
Uni, « l’économie n’est pas au beau fixe. »
Au Japon, après presque 20 ans de déflation,
c’est désormais l’inflation qui domine.
Et en dépit du contexte international,
David Ménival estime que les industries
connexes champenoises n’ont pas connu
de dégâts majeurs. Mais le spécialiste craint
Motifs d’espoir
et enjeux
L’oenotourisme reste un levier de croissance pour l’économie champenoise.
que « l’impact indirect (soit) plus fort que
l’impact direct » : celui-ci s’attend à une
concurrence renforcée de la part des filières
qui travaillaient avec les vignobles en crise
(Cognac, Bordeaux, Languedoc).
Quelques raisons d’espérer existent, cependant.
Il reste des marchés dynamiques
à explorer, et accessibles
pour les vignerons, tels que
l’Allemagne, la Belgique, le
Canada ou l’Espagne. Des
mouvements vers de nouvelles destinations
ont été enregistrés ces neuf dernières années
: Corée du Sud, Afrique du Sud, Autriche,
Italie, Danemark et Émirats arabes
Unis prennent une importance croissante
dans les expéditions.
L’œnotourisme est un autre angle à
creuser : le Crédit Agricole du Nord
Est a relevé une hausse des dépenses
de cartes bancaires françaises et étrangères,
à hauteur de 39 millions d’euros
de transactions, chez les vendeurs de
bouteilles. Belges, Allemands, Italiens,
Luxembourgeois, Suisses, Britanniques,
Américains, Australiens et Canadiens
dépensent davantage sur notre territoire
ces dernières années.
Au final, David Ménival estime que pour
le moment, « il n’y a pas de raison de se
faire peur ». La situation économique de
la Champagne n’est pas celle de Cognac
ou de Bordeaux, comme en témoignent
les données financières (épargne, prêts)
relevées par la banque régionale. « Vous
avez un système d’organisation collectif
extrêmement puissant, et des mesures
vont être prises afin de pouvoir s’adapter
par rapport à ce qui semble être une incertitude
désagréable. »
Ces enjeux demandent des capacités
financières d’investissement qui sont,
fort heureusement, encore présentes en
Champagne.
Guillaume Perrin
*Le périmètre du Crédit Agricole du Nord Est
concerne 16 200 vignerons, 120 coopératives
et 370 négociants dans les départements de la
Marne et de l’Aisne.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 41
économie
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET COMPTABILITÉ
Une révolution
discrète au service
des vignerons
Déjà présente dans les outils d’aide à la décision dans les différents
secteurs vitivinicoles, l’IA reste encore discrète dans la comptabilité.
Pourtant, elle transforme peu à peu la relation entre le vigneron et son
cabinet comptable. Elle y joue déjà un rôle clé, au service de la simplification
administrative et du pilotage économique des exploitations : un
changement silencieux, mais stratégique.
Dans de nombreux cabinets, l’IA
s’intègre progressivement aux
logiciels comptables pour automatiser
des tâches autrefois fastidieuses :
saisie de factures, classement des pièces,
rapprochement bancaire, lettrage…
Grâce à la reconnaissance optique de
caractères appelée aussi océrisation et à
l’apprentissage automatique, ces outils
identifient les fournisseurs, affectent les
opérations aux bons comptes et peuvent
détecter des anomalies.
Pour le vigneron, ces avancées se traduisent
ou se traduiront par un allégement
de la gestion administrative
et comptable par une transmission
simplifiée via mobile ou mail et l’intégration
directe dans les logiciels de
comptabilité.
Facture électronique :
une passerelle vers l’IA
À l’horizon 2026, la généralisation de la
facture électronique va accélérer cette
transformation. Chaque facture, transmise
au format requis, deviendra une
source de données immédiatement exploitable
par les outils intelligents. Fini
les ressaisies ou les documents mal classés
: l’information circule automatiquement,
de l’émetteur au comptable par
le biais des applications informatiques
adaptées.
Ces flux en temps réel permettront la
fluidité de l’acquisition des données, ceci
avec le concours des clients des cabinets
comptables qui s’équipent pour la plupart
de portails d’échanges qui facilitent
le transfert de la data.
Vers une comptabilité
plus intelligente
sans être magique
Il ne faut toutefois pas céder aux promesses
exagérées. L’intelligence artificielle actuelle
n’est ni magique ni omnisciente,
mais permet d’être davantage proactif
en s’appuyant sur ces données ordonnées
pour apporter une analyse de qualité.
Ce qu’elle sait assurément déjà faire, c’est
agréger une masse de données, les structurer
rapidement selon des modèles définis,
en extraire des signaux utiles. Ceci
constitue une opportunité majeure pour
le pilotage des exploitations, l’ouverture
de pistes nouvelles pour appuyer la réflexion
stratégique, affiner la prise de décision
ou identifier plus vite les écarts de
performance.
Une comptabilité en temps
réel, des analyses à la clé
L’IA ouvre la voie à des analyses plus
fines et en temps réel sans attendre la fin
de son exercice comptable : tableaux de
bord dynamiques, gestion de trésorerie
ou encore simulation d’investissement.
En croisant données comptables, charges
d’exploitation, stocks et chiffres de vente,
certains outils permettent même de modéliser
plusieurs scénarios économiques.
L’IA libère du temps pour que l’expert-comptable
puisse jouer pleinement
son rôle de conseiller. Aujourd’hui, innover
ne veut pas dire bouleverser son
quotidien, mais mieux s’entourer technologiquement
pour préparer l’avenir.
L’expert-comptable reste
indispensable
Comme l’a expliqué Aurélien Lemouton,
le directeur délégué de l’AG2C,
lors de l’assemblée générale du 20 mars,
« l’AG2C n’a pas vocation à laisser l’IA
travailler pour vous fournir des résultats
bruts ! Nous ne voyons l’utilisation
de ces outils que pour enrichir nos analyses.
En mettant l’IA au service de nos
analyses, notre seule et unique ambition
est de rendre notre relationnel adhérent
plus intense ! Demain il est possible que
vous soyez abreuvés de données brutes
qui ne correspondent ni à vos attentes
ni à vos spécificités, notre engagement
sera de vous rendre ces données compréhensibles
et adaptées à vos besoins, en les
valorisant avec des analyses comparatives
et pertinentes ».
Alors que l’intelligence artificielle est
de plus en plus présente dans notre
quotidien, doit-on finalement la
craindre ou se reposer sur elle ?
« À l’AG2C, nous pensons que la vérité
se trouve à mi-chemin entre prudence
et opportunité, indique Aurélien Le-
42 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
mouton. Conscients de ce que ces outils
peuvent nous apporter, mais aussi
de leurs limites, nous avons entamé une
intégration progressive de l’IA dans nos
méthodes de travail. L’objectif est clair :
proposer à nos adhérents vignerons un
accompagnement plus efficace, plus pertinent,
sans jamais perdre ce qui fait notre
force, notre lien humain avec eux. »
Moins occupé par la saisie ou la vérification,
il peut se consacrer aux sujets
stratégiques : trouver les leviers fiscaux,
accompagnement au pilotage de projets,
d’investissements ou demandes de subventions,
préparation à l’installation, la
transmission, la retraite… Autant d’enjeux
où la connaissance fine des exploitations,
des personnes qui la composent
et l’expertise humaine restent irremplaçables.
Catherine Blanckaert, AG2C/AJ
CONTACT AG2C
Épernay : 03 26 59 55 15,
epernay@ag2c-sgv.fr
Reims : 03 26 59 55 15,
reims@ag2c-sgv.fr
Bar-sur-Seine : 03 25 29 04 63,
bar@ag2c-sgv.fr
Château-Thierry : 03 26 59 85 32,
chateau-thierry@ag2c-sgv.fr
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 43
viticulture
ÉNERGIE
Photovoltaïque en viticulture :
un investissement rentable à bien encadrer
Diversifier son activité viticole avec le solaire, c’est possible, rentable… mais cela se prépare !
Alors que la filière photovoltaïque
a plus de dix ans d’existence et ne
cesse de se structurer, les viticulteurs
s’y intéressent de plus en plus pour
réduire leur facture énergétique ou diversifier
leurs revenus. Avec la baisse des tarifs
de rachat et les nouvelles règles du marché,
bien cadrer son projet est désormais indispensable
pour garantir sa rentabilité.
Changements
de règlementation
Depuis le 1 er avril 2025, les règles encadrant
la vente d’électricité photovoltaïque
ont été profondément modifiées par l’État.
Ces changements touchent directement
les exploitations agricoles et viticoles.
– Fin de la vente totale pour les petites
installations (< 9 kWc)
Ce type de projet, autrefois encouragé,
ne peut plus accéder à la vente totale.
Seule l’autoconsommation totale reste
envisageable, bien que peu rentable dans
ce segment.
– De nouvelles limites pour les projets
entre 100 et 500 kWc
• Jusqu’au 30 juin 2025 : tarif d’achat
encore accessible, mais en forte baisse.
• À partir de septembre 2025 : fin du tarif
garanti, ce qui signifie un passage obligatoire
par un appel d’offres simplifié.
– Une stabilité maintenue pour les
projets entre 9 et 100 kWc
Bonne nouvelle : ce segment reste le plus
intéressant en 2025. Les aides, primes et
tarifs de rachat sont inchangés.
Garantir le meilleur prix
Les Chambres d’agriculture du Grand Est
ont mis en place des consultations groupées.
Une fois par trimestre, les projets d’installations
photovoltaïques sont étudiés, puis un
appel d’offres est lancé auprès d’installateurs,
pour la majorité du Grand Est.
Ces derniers ont signé un cahier des
charges en amont qui vous garantit le
sérieux de l’installateur, la qualité du matériel
et de la pose de votre centrale.
La mutualisation des dossiers permet
d’obtenir des prix d’achat de centrale en
moyenne 20 % moins chers que ceux du
marché. Chaque porteur de projet reste
libre de choisir son installateur en fonction
des devis qu’il aura reçus pour sa centrale.
Une prestation qui rassure
Propos de Laurent Hostomme, viticulteur
à Chouilly, recueillis par Julie Guichon.
« À ma demande, la Chambre d’agriculture
de la Marne a étudié la possibilité
d’installer des panneaux photovoltaïques
sur un de mes bâtiments récemment rénovés
disposant d’une toiture de 600 m².
Elle a suivi le dossier, ce qui est sécurisant
parce qu’il faut savoir parler et maîtriser
un langage particulier. Six entreprises
ont répondu à l’appel d’offres avec des
coûts très variables pour un même cahier
des charges. En choisissant l’installateur
le plus compétitif, j’ai pu réaliser des
économies qui m’ont permis de financer
cette prestation. À noter que la neutralité
et l’appui technique de la Chambre
d’agriculture sont des forces sans valeur
marchande ».
Jessica Parose, Chambres d’agriculture
du Vignoble champenois
LES CHAMBRES
D’AGRICULTURE À VOS CÔTÉS
Entre les démarches administratives,
la diversité des offres et les
risques de surcoût, les Chambres
d’agriculture proposent un accompagnement
personnalisé :
• Dimensionnement sur mesure selon
vos toitures, besoins et budget
• Suivi administratif complet du
projet
• Achats groupés : mutualisation
des coûts pour un meilleur prix
• Conseils techniques et économiques
pour sécuriser votre investissement
Contact :
Chambre d’agriculture de la Marne :
Cellule Énergie : 03 26 64 08 13
energie@marne.chambagri.fr
Chambre d’agriculture de l’Aube :
Chaymae Belatmane : 03 25 43 72 72
chaymae.belatmane@aube.chambagri.fr
44 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
ENVIRONNEMENT
Une action conjointe en faveur
de la biodiversité en Champagne
L’année dernière, les Chambres d’agriculture du vignoble champenois et Moët & Chandon ont permis la
création de 60 projets de plantations sur des parcelles viticoles et agricoles. Ce sont près de 20 kilomètres
de haies qui ont été plantées en Champagne.
Les haies jouent un rôle primordial
dans notre écosystème. Elles permettent
à la faune locale de réaliser
leur cycle de vie. Elles protègent les
cultures avec leur effet brise-vent. Elles
préservent les sols en limitant l’érosion et
stockent du carbone !
La maison Moët & Chandon, souhaitant
agir concrètement en faveur de la nature,
a lancé en 2021 son programme Natura
Nostra avec l’objectif de planter 100 km
de corridors écologiques d’ici 2027.
Après avoir planté 35 kilomètres de haies
dans ses domaines, la maison a sensibilisé
ses partenaires-vignerons et sollicité la
Chambre d’agriculture afin de répondre
à l’appel à projets Agroforesterie lancé
par la région Grand Est en 2024.
L'originalité de cet appel à projets tient
dans l'obligation pour tous les porteurs
d'être accompagnés par une structure
habilitée, comme la Chambre d’agriculture
de la Marne.
C’est une action collective inédite qui a
donc été mise en œuvre entre la Chambre
d’agriculture et Moët & Chandon afin de
pouvoir accompagner 20 partenaires vignerons
et agriculteurs identifiés par la
maison.
20 km de haies et 1 ha de bosquets ont
ainsi pu être plantés cet hiver grâce à ce
dispositif.
L’appel à projets a été reconduit cette
année, permettant également le financement
de mares.
Maxime André, Chambres d’agriculture du
Vignoble champenois
BESOIN D’AIDE POUR VOTRE PROJET DE HAIES ?
DES ACCOMPAGNEMENTS EXISTENT
Implanter une haie, cela ne s’improvise pas. L’emplacement, le choix des espèces,
la préparation de la plantation ainsi que l’entretien doivent être bien réfléchis en
amont du projet pour que celui-ci soit un succès. Les Chambres d'agriculture du
Vignoble champenois, ainsi que la Commission Équipement du Vignoble du Comité
Champagne, accompagnent vos projets de plantations de haies.
Contacts :
06 16 82 96 61 - maxime.andre@marne.chambagri.fr
06 99 06 20 10 - geoffroy.houdard@civc.fr.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 45
coopérative
TEVC
Un chiffre d’affaires en hausse en
2024 dans un marché peu porteur
Le groupe Terroirs & Vignerons de Champagne (TEVC) a annoncé, vendredi 20 juin lors de son assemblée
générale, une hausse de son chiffre d’affaires de 4,2 % par rapport à 2023, proche de son meilleur score à
282,3 millions d’euros alors que l’ensemble de la filière est confronté à un fort recul.
La performance opérationnelle bat
un record historique de valeur
ajoutée à 63 millions d’euros, soit
22 % du chiffre d’affaires. Quant au résultat
net, il s’établit à 7,8 millions d’euros
en retrait de 15,1 % sous l’effet de la
masse salariale et de la hausse des charges
financières en 2024.
Du côté des marques
Nicolas Feuillatte affiche une progression
de 5 % porté par une accélération nette
en fin d’année, notamment en France et
au Royaume-Uni. La marque conforte sa
position de « champagne préféré des Français
» avec 65 % de ses ventes en valeur réalisées
dans l’Hexagone. Sa part de marché
en grande distribution s’élève à 15 %.
Castelnau enregistre pour la deuxième
année consécutive une hausse de 3,1 %
en positionnant ses vins dans la sphère
gastronomique grâce à de longs vieillissements
sur lies. Le développement à
l’international devrait se consolider avec
la signature de contrats de distribution
sélective aux États-Unis et au Canada.
Le chiffre d’affaires du Champagne Abelé
1757, racheté en 2019, est lui aussi en
hausse de 7 % avec de bonne performance
en France et une progression de
ses ventes en Suisse, en Italie, en Espagne
et en Belgique. À noter que la marque
a noué des partenariats prestigieux avec
l’artisan maroquinier Le Tanneur ou encore
avec le plus ancien club des amateurs
de Rolls-Royce à l’occasion des
120 ans de la marque au Spirit of Ecstasy.
Henriot, qui a rejoint le groupe en 2023,
conserve un chiffre d’affaires stable pour
2024 avec une bonne résistance dans
ses marchés internationaux clés (Japon,
États-Unis, Royaume-Uni et Italie) et un
retrait dans l’Hexagone. 2024 marque un
tournant pour la marque aux USA avec
la signature d’un accord d’importation
exclusif avec la puissante famille viticole
californienne Jackson Family Wines.
Pour le chiffre d’affaires consolidé du
groupe TEVC, il atteint un nouveau
palier à 323 millions d’€, en forte hausse
de 11,2 % par rapport à 2023. Cette progression
est à relativiser par l’intégration
sur douze mois des ventes du Champagne
Henriot en 2024, alors que les
revenus de l’année précédente n’avaient
été comptabilisés qu’à partir du 30 septembre,
date de l’acquisition.
À périmètre constant, la croissance du
chiffre d’affaires consolidé du groupe
s’établit à + 4,9 % alors que les charges
financières ont doublé en 2024 et que la
dette s’est accentuée.
À noter que les reprises de bouteilles pour la
commercialisation des adhérents de TEVC
sont en net recul de 9,2 % par rapport à
2024 (6,3 millions de flacons), à l’image de
la tendance forte et constante du recul de la
commercialisation du vignoble.
Le champagne conserve
des atouts majeurs
Dans son rapport d’orientation, la présidente
de TEVC Véronique Blin a
déploré le phénomène de déconsommation
d’alcool porté par des groupes
d’influence très actifs, le « vieillissement
de notre base de clientèle » et la perte du
marqueur social que représente la culture
du vin. Des tendances encore plombées
par le contexte géopolitique : « L’incertitude
économique plane un peu partout,
chacun ayant des raisons de désespérer
dans un monde régi par des déficits
publics abyssaux, des réglementations
qui s’empilent, des droits de douane qui
entravent les échanges mondiaux et une
vieille Europe qui donne des signes de
récession. » Pour autant, selon elle, le
champagne conserve des atouts majeurs
même envers les jeunes générations qui
apprécient de plus en plus les bulles. « À
nous de leur donner l’envie de monter en
gamme, car ils sont avides de sens, d’authenticité,
de savoir-faire avec l’envie de
vivre des expériences exceptionnelles.
46 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
Ce mouvement contribue à favoriser une
bonne résistance du secteur du luxe. »
Résolument optimiste et déterminée, la
présidente a érigé l’ambition de TEVC en
modèle collectif : « Notre réussite passera
par notre présence accrue et pertinente
sur les marchés. Nos orientations et nos
souhaits de croissance ont tous été faits
dans ce sens. Tout comme notre volonté
de continuer à valoriser la production de
nos vignerons et à leur permettre d’accéder
au marché par la commercialisation
de l’ensemble de nos marques, persuadés
que les parts de marché du vignoble
doivent être défendues bec et ongles pour
préserver nos équilibres champenois. »
Véronique Blin a par ailleurs annoncé la
fin de ses activités au sein de TEVC après
33 ans de participation active au sein du
bureau de la structure coopérative, dont
13 années de présidence.
C'est Éric Potié, élu le 4 juillet, qui lui a
succédé : président de la coopérative de
Mancy, il est entré au conseil d’administration
de l’ex-Centre Vinicole – Champagne
Nicolas Feuillatte en tant qu’administrateur
en 2009.
S’intéresser collectivement
à l’aval
Un constat partagé par Maxime Toubart,
le président du Syndicat Général des Vignerons,
qui estime nécessaire de mener
des réflexions pour réinventer le champagne.
« Nous avons beaucoup travaillé
sur la partie amont avec la qualité des raisins,
la production ou les outils de régulation,
il est peut-être temps de s’intéresser
collectivement à l’aval. On a certainement
trop considéré que nous n’étions pas en
concurrence avec bon nombre d’autres
effervescents et pourtant on constate par
exemple sur les terrasses qu’il y a de moins
en moins de champagne. Il faudrait maintenant
réfléchir ensemble, maisons, coopératives
et vignerons à une ambition
offensive de la Champagne. »
Invité à conclure l’assemblée générale de
TEVC, Vincent Jourdan, le président de
la section champagne de la Coopération
agricole Grand Est, a également pointé
les menaces qui pèsent sur la filière.
« Dans un contexte contraint comme celui
de la Champagne, les projets comme
ceux de TEVC sont indispensables au
vignoble pour continuer à occuper cette
place historique au sein de la filière. Si
le vignoble se désengage durablement
du commerce pour se concentrer trop
prioritairement à la production de raisin,
il est évident que les discussions interprofessionnelles
seront de plus en plus à
notre désavantage et bien naturellement,
au premier rang de celles-ci, la fixation
des rendements annuels.
À défaut de savoir ou de pouvoir individuellement
nous investir dans le commerce,
nous avons le devoir de porter avec
détermination l'ensemble des projets structurants
pour le vignoble et celui de TEVC
en fait partie. Conforter les marques de la
coopération dans l'Hexagone, mais encore
plus à l'international, nécessite du temps
et de la patience, parce que des gisements
probables de croissance et de valeur se
trouvent sur les marchés lointains. Souvenons-nous
que la coopération est un projet
économique au service d'une ambition
politique en quête de la réussite des vignerons.
Il nous faut donc, en Champagne,
être conscients de la qualité de notre organisation,
de la force de notre appellation
et nous mettre tous, sans exception, à leur
service pour nous assurer un avenir. »
Alain Julien
Vincent Jourdan, président
de la section champagne de la
Coopération agricole Grand Est.
Véronique Blin, présidente
de TEVC.
Maxime Toubart, président
du SGV.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 47
juridique
FERMAGE DE LA VENDANGE 2024
Prix du raisin pour le paiement des loyers
viticoles
Comme chaque année, les préfets constatent a posteriori le prix moyen du raisin de chaque cru pour la
vendange passée. Ainsi, les prix mentionnés ci-après constatent le cours moyen du raisin pratiqué à la
vendange 2024 dans chaque village. Ces prix vous sont communiqués sous réserve de la publication des
arrêtés préfectoraux.
Les références de ces arrêtés vous seront communiquées dès leur publication sur le site internet de La Champagne Viticole.
Le prix préfectoral est
une référence pour le calcul
des fermages et des métayages
Les prix constatés à la vendange 2024
servent de référence pour le calcul des fermages
et des métayages-espèces afférents
à ladite vendange.
Dans la mesure où ce prix n’était pas encore
publié lors des premières échéances
de loyer, celles-ci ont été calculées soit sur
un prix estimé, soit sur le prix de l’année
antérieure. Une régularisation doit donc
être opérée. Et si l’échéancier des loyers
est calqué sur celui des paiements de raisins,
cette régularisation pourra s’effectuer
lors du dernier paiement, au 5 septembre
2025 (voir tableau ci-contre).
Le prix préfectoral est un prix
hors primes
De longue date, les commissions consultatives
paritaires des baux ruraux (représentants
des preneurs et des bailleurs) ont
considéré que les primes contractuelles
(dites de fidélité ou de partenariat) qui
s’ajoutent au prix principal du raisin,
ne devraient pas faire partie du prix de
référence de la denrée pour le calcul
des loyers. Ainsi, il a été arrêté que les
prix moyens constatés « excluent tous
les compléments reçus par les vendeurs,
déterminés en fonction d’engagements
souscrits avec des acheteurs, tendant à
personnaliser le contrat de vente de raisin
». Ces primes peuvent évidemment varier
en fonction des cas, mais leur niveau
moyen est actuellement évalué à environ
2,5% du prix total, hors prime liée à des
certifications environnementales.
Le prix préfectoral n’est pas
une référence obligatoire
Selon l’article R411-5 du Code rural, le
montant des fermages exprimé en quantité
de raisin est calculé selon le cours
moyen arrêté par le préfet… sauf convention
contraire entre les parties. Cela signifie
que les parties au bail peuvent
s’accorder pour retenir une référence de
calcul autre que celle de l’arrêté préfectoral.
Bien entendu, il est préférable que
cet accord figure dans un écrit, qui peut
être le bail lui-même. Et encore faut-il
que la référence choisie soit suffisamment
claire et puisse être facilement connue des
parties. De nombreux contrats de baux
mentionnent un prix « toutes primes et
bonifications comprises » et il est parfois
ajouté « le prix total que percevrait le bailleur
s’il vendait lui-même les raisins ». Ces
clauses ne sont pas toujours faciles à appliquer,
car le prix n’est pas strictement uniforme
selon les acheteurs, même dans un
cru donné. En pratique, de telles clauses
conduisent soit à répercuter au bailleur le
prix perçu par le locataire lorsque celui-ci
vend lui-même des raisins, soit à se référer
au cours moyen de l’arrêté préfectoral,
majoré du niveau moyen des primes,
comme cela a été dit précédemment.
Étienne Benedetti, Élise Desmoulins,
Lucie Benatti, SGV/AJ
Exemple de régularisation
Monsieur Vigne exploite une parcelle d’un hectare dans la commune
de Villers-sous-Châtillon. Son fermage est fixé à 2 000 kg par hectare.
Il doit régler son loyer pour la vendange 2024
Echéance
05/12/2024
2 000 kg x 6,77 €
(prix vendange 2023)
4
= 3 385 €
Echéance
05/03/2025
2 000 kg x 6,77 €
(prix vendange 2023)
4
= 3 385 €
Echéance
05/06/2025
2 000 kg x 6,77 €
(prix vendange 2023)
4
= 3 385 €
Echéance 05/09/2025
2 000 kg x 6,83 €
(prix vendange 2024)
= 13 660 €
auxquels on soustrait
les 3 premières échéances
(3 385 € x 3 = 10 155 €)
13 660 € - 10 155 €
= 3 505 €
48 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
CRUS DE L’AISNE
Azy-sur-Marne, Bézu-le-Guéry, Blesmes, Bonneil,
Brasles, Charly-sur-Marne, Chartèves, Château-
Thierry, Chézy-sur-Marne, Chierry, Crouttes-sur-
Marne, Domptin, Essômes-sur-Marne, Étampessur-Marne,
Fossoy, Gland, Mont-Saint-Père,
Montreuil-aux-Lions, Nesle-la-Montagne,
Nogent-l’Artaud, Nogentel, Pavant, Romeny-sur-
Marne, Saulchery, Villiers-Saint-Denis 6,76
Barzy-sur-Marne, Baulne-en-Brie, Celles-lès-
Condés, Chapelle-Monthodon (La), Condé-en-Brie,
Connigis, Courtemont-Varennes, Crézancy,
Jaulgonne, Mézy-Moulins, Monthurel,
Passy-sur-Marne, Reuilly-Sauvigny, Saint-Agnan,
Trélou-sur-Marne 6,78
CRUS DE L’AUBE
Ailleville, Arconville, Argancon, Arrentières,
Arsonval, Avirey-Lingey, Bagneux-la-Fosse,
Balnot-sur-Laignes, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine,
Baroville, Bergères, Bertignolles, Bligny,
Bragelogne-Beauvoir, Buxeuil, Buxièressur-Arce,
Celles-sur-Ource, Chacenay,
Champignol-lès-Mondeville, Channes, Chervey,
Colombé-la-Fosse, Colombé-le-Sec, Courteron,
Couvignon, Cunfin, Dolancourt, Eguilly-sous-
Bois, Engente, Essoyes, Fontaine, Fontette,
Fravaux, Gyé-sur-Seine, Jaucourt, Landreville,
Lignol-le-Château, Loches-sur-Ource,
Merrey-sur-Arce, Meurville, Montier-en-L’isle,
Mussy-sur-Seine, Neuville-sur-Seine, Noé-les-
Mallets, Plaines-Saint-Lange, Polisot, Polisy,
Proverville, Riceys (Les), Rouvres- les-Vignes,
Saint-Usage, Saulcy, Spoy, Trannes, Urville,
VerpillIières-sur-Ource, Ville-sur-Arce,
Vitry-le-Croisé, Viviers-sur-Artaut, Voigny 6,71
Montgueux blancs, Montgueux noirs,
Villenauxe-la-Grande blancs,
Villenauxe-la-Grande noirs 7,80
CRUS DE LA MARNE
Allemant blancs 7,80
Allemant noirs 7,70
Ambonnay 8,79
Arcis-le-Ponsart 6,81
Aubilly 6,81
Avenay-Val-d’or 8,65
Avize 8,92
Aÿ 8,79
Barbonne-Fayel blancs 7,80
Barbonne-Fayel noirs 7,70
Baslieux-sous-Châtillon 6,83
Bassu blancs 8,04
Bassuet blancs 8,04
Baye blancs 7,61
Baye noirs 7,41
Beaumont-sur-Vesle 8,79
Beaunay blancs 7,61
Beaunay noirs 7,41
Belval-sous-Châtillon 6,83
Bergères-lès-Vertus 8,84
Bergères-sous-Montmirail blancs 7,61
Bergères-sous-Montmirail noirs 7,41
Berru 8,09
Bethon blancs 7,80
Bethon noirs 7,70
Bezannes 7,76
Billy-le-Grand 8,70
Binson-Orquigny 6,83
Bisseuil 8,65
Bligny 6,81
Bouilly 6,81
Bouleuse 6,81
Boursault 6,83
Bouzy 8,79
Branscourt 6,81
Breuil (Le) 6,83
Brimont 6,83
Brouillet 6,81
Broussy-le-Grand blancs 7,61
Broussy-le-Grand noirs 7,41
Broyes blancs 7,80
Broyes noirs 7,70
Brugny-Vaudancourt blancs 7,41
Brugny-Vaudancourt noirs 7,20
Cauroy-lès-Hermonville 6,83
Celle-sous-Chantemerle (La) blancs 7,80
Celle-sous-Chantemerle (La) noirs 7,70
Cernay-les Reims 8,09
Cerseuil 6,83
Châlons-sur-Vesle 6,83
Chambrecy 6,81
Chamery 7,76
Champillon 7,90
Champlat-Boujacourt 6,83
Champvoisy 6,83
Changy blancs 8,04
Chantemerle blancs 7,80
Chantemerle noirs 7,70
Châtillon-sur-Marne 6,83
Chaumuzy 6,81
Chavenay 6,83
Chavot-Courcourt blancs 7,41
Chavot-Courcourt noirs 7,20
Chenay 6,83
Chigny-les-Roses 7,82
Chouilly 8,92
Coizard-Joches blancs 7,61
Coizard-Joches noirs 7,41
Coligny (Val-des-Marais) blancs 7,61
Coligny (Val-des-Marais) noirs 7,41
Congy blancs 7,61
Congy noirs 7,41
Cormicy 6,83
Cormontreuil 7,82
Cormoyeux 6,83
Coulommes-la-Montagne 7,76
Courcelles-Sapicourt 6,81
Courjeonnet blancs 7,61
Courjeonnet noirs 7,41
Courmas 7,76
Courtagnon 6,81
Courthiézy 6,83
Courville 6,81
Couvrot 8,04
Cramant 8,92
Crugny 6,81
Cuchery 6,83
Cuis blancs 8,36
Cuisles 6,83
Cumières 7,90
Damery 7,22
Dizy 7,90
Dormans 6,83
Écueil 7,76
Épernay blancs 7,41
Épernay noirs 7,20
Étoges blancs 7,61
Étoges noirs 7,41
Étrechy blancs 7,61
Étrechy noirs 7,41
Faverolles-et-Coëmy 6,81
Fèrebrianges blancs 7,61
Fèrebrianges noirs 7,41
Festigny 6,83
Fleury-la-Rivière 6,83
Fontaine-sur-Aÿ 8,65
Fontaine-Denis-Nuizy blancs 7,80
Fontaine-Denis-Nuizy noirs 7,70
Germaine
Néant
Germigny 6,81
Givry-les-Loisy blancs 7,61
Givry-les-Loisy noirs 7,41
Glannes 8,04
Grauves blancs 8,36
Gueux 6,81
Hautvillers 7,90
Hermonville 6,83
Hourges 6,81
Igny-Comblizy 6,83
Janvry 6,81
Jonchery-sur-Vesle 6,81
Jonquery 6,83
Jouy-lès-Reims 7,76
Lagery 6,81
Leuvrigny 6,83
Lhéry 6,81
Lisse-en-Champagne 8,04
Loisy-sur-Marne 8,04
Loisy-en-Brie blancs 7,61
Loisy-en-Brie noirs 7,41
Louvois 8,78
Ludes 7,82
Mailly-Champagne 8,79
Mancy blancs 7,41
Mancy noirs 7,20
Mardeuil 6,83
Mareuil-le-Port 6,83
Mareuil-Sur-Aÿ 8,79
Marfaux 6,81
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 49
juridique
Merfy 6,83
Merlaut blancs 8,04
Mery-Premecy 6,81
Mesneux (Les) 7,76
Mesnil-le-Hutier (Le) 6,83
Mesnil-sur-Oger (Le) 8,92
Mondement blancs 7,61
Mondement noirs 7,41
Montbré 7,82
Montgenost blancs 7,80
Montgenost noirs 7,70
Monthelon blancs 7,41
Monthelon noirs 7,20
Montigny-sous-Châtillon 6,77
Montigny-sur-Vesle 6,83
Morangis blancs 7,41
Morangis noirs 7,20
Moslins blancs 7,41
Moslins noirs 7,20
Moussy blancs 7,41
Moussy noirs 7,20
Mutigny 8,65
Nanteuil-la-Forêt 6,81
Nesle-le-Repons 6,77
Neuville-aux-Larris (La) 6,83
Nogent-L’abbesse 8,09
Œuilly 6,83
Oger 8,92
Oiry 8,92
Olizy-Violaine 6,83
Orbais-L’abbaye 6,83
Ormes 7,76
Oyes blancs 7,61
Oyes noirs 7,41
Pargny-lès-Reims 7,76
Passy-Grigny 6,83
Pévy 6,83
Pierry 7,76
Poilly 6,81
Pontfaverger
Néant
Port-à-Binson 6,83
Pouillon 6,83
Pourcy 6,81
Prouilly 6,77
Puisieulx 8,79
Reims 7,76
Reuil 6,83
Rilly-la-Montagne 7,82
Romery 6,83
Romigny 6,83
Rosnay 6,81
Sacy 7,76
Saint-Amand-sur-Fion 8,04
Saint-Euphraise 6,81
Saint-Gilles 6,81
Saint-Lumier 8,04
Saint-Martin-d’Ablois blancs 7,41
Saint-Martin-d’Ablois noirs 7,20
Saint-Thierry 6,83
Sainte-Gemme 6,83
Sarcy 6,81
Saudoy blancs 7,80
Saudoy noirs 7,70
Savigny-sur-Ardre 6,81
Sermiers 7,76
Serzy-et-Prin 6,81
Sézanne blancs 7,80
Sézanne noirs 7,70
Sillery 8,79
Soilly 6,83
Soulières blancs 7,61
Soulières noirs 7,41
Taissy 7,82
Talus-saint-Prix blancs 7,61
Talus-saint-Prix noirs 7,41
Tauxières 8,78
Thil 6,83
Tours-sur-Marne 8,79
Tramery 6,81
Trépail 8,70
Treslon 6,81
Trigny 6,83
Trois-Puits 7,82
Troissy 6,83
Unchair 6,81
Val-de-Vièvre blancs 8,04
Vanault-le-Châtel blancs 8,04
Vandeuil 6,81
Vandières 6,83
Vauciennes 6,83
Vaudemange 8,70
Vavray-le-Grand blancs 8,04
Vavray-le-Petit blancs 8,04
Venteuil 7,22
Verneuil 6,83
Vert-Toulon blancs 7,61
Vert-Toulon noirs 7,41
Vertus 8,84
Verzenay 8,79
Verzy 8,79
Ville-sous-Orbais (La) 6,83
Villedommange 7,76
Ville-en-Tardenois 6,81
Villeneuve-Renneville 8,84
Villers-Allerand 7,82
Villers-aux-Nœuds 7,76
Villers-Franqueux 6,83
Villers-Marmery blancs 8,70
Villers-sous-Châtillon 6,83
Villevenard blancs 7,61
Villevenard noirs 7,41
Vinay blancs 7,41
Vinay noirs 7,20
Vincelles 6,83
Vindey blancs 7,80
Vindey noirs 7,70
Vitry-en-Perthois blancs 8,04
Voipreux 8,84
Vrigny 7,76
CRUS DE HAUTE-MARNE
Argentolles, Colombey-les-Deux-Églises,
Rizaucourt-Buchey 6,71
CRUS DE SEINE-ET-MARNE
Citry-sur-Marne, Nanteuil-sur-Marne
Saâcy-sur-Marne 6,72
50 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
ÉTIQUETAGE
Info-tri : la réglementation évolue
en Espagne
Trois ans après l’Italie, l’Espagne s’engage à son tour dans une démarche ambitieuse de responsabilisation
des producteurs en matière de recyclage des emballages.
De l’autre côté des Pyrénées, le décret
royal n°1055/2022, publié
fin 2022, est entré en vigueur
le 1 er janvier 2025. Il impose à tous les
metteurs en marché de produits emballés
en Espagne — y compris les exportateurs
de champagne — d’indiquer de manière
claire et lisible les consignes de tri sur
chaque élément d’emballage ménager.
La règle est simple en apparence : chaque
composant d’un emballage doit porter
une indication sur le conteneur dans lequel
il doit être jeté. Verre (conteneur
vert), papier-carton (bleu), métal, plastique,
bouchon de liège ou bois (jaune) :
tous doivent être identifiés, à l’exception
des éléments non séparables à la main,
comme les étiquettes collées.
En cas de matériaux composites (par
exemple un étui en carton plastifié), la
règle veut que l’élément soit trié selon le
matériau majoritaire en poids.
Plusieurs obligations encadrent la présentation
de ces informations : elles doivent
être visibles, durables et, de préférence,
rédigées en espagnol. Le texte autorise
une grande liberté de forme (mentions
écrites, tableaux, pictogrammes...), mais
interdit toute mention susceptible de
faire croire que l’emballage est « respectueux
de l’environnement » au point de
pouvoir être jeté dans la nature.
Les professionnels ont la possibilité d’utiliser
les logos d’Ecoembes (l’équivalent
d’Adelphe en France), l’organisme de
référence en Espagne pour le tri, mais
seulement s’ils y sont affiliés. À défaut,
une mention écrite suffit si elle respecte
les règles fixées par le décret. Le non-respect
de ces règles expose les entreprises à
des sanctions administratives.
Vitiquette s’adapte
aux nouvelles règles
Récemment, la législation espagnole a
permis la dématérialisation de cette nouvelle
info-tri. Dans ce contexte, la solution
Vitiquette, développée par le SGV
— initialement pour une conformité à
la réglementation sur l’étiquetage des
ingrédients et de la déclaration nutritionnelle
—, offre une réponse concrète,
immédiate et conforme.
Grâce à son QR code, elle centralise
l’ensemble des obligations d’étiquetage,
y compris les consignes de tri. Ces données
sont géolocalisées et automatiquement
adaptées au pays de consommation
du vin — une avancée essentielle puisque
c’est le lieu de consommation, et non celui
de production ou de commercialisation,
qui détermine les règles applicables.
Ce système respecte pleinement le
RGPD : aucune donnée personnelle
n’est collectée, et la géolocalisation reste
strictement anonyme.
Pour les producteurs, cela signifie une
mise en conformité fluide, sans avoir à
imprimer physiquement les mentions
spécifiques à chaque pays sur les étiquettes.
Avec l’Espagne, Vitiquette intègre un
nouveau cadre réglementaire européen
et confirme sa vocation : permettre
aux vignerons champenois, quelles que
soient la taille de leur structure ou la
complexité de leurs marchés, de rendre
leurs cuvées conformes, modernes et responsables.
Gaëtan Batteux, SGV/GP
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 51
social
VENDANGE 2025
Le SGV obtient les dérogations
de travail attendues
Conformément aux besoins du
vignoble durant les vendanges, le
SGV s’est une nouvelle fois mobilisé
pour obtenir auprès des différentes
Directions régionales de
l'économie, de l'emploi, du travail
et des solidarités (DREETS) de
l’AOC Champagne, les dérogations
à la durée hebdomadaire du
temps de travail nécessaires au
bon déroulement de la prochaine
vendange.
Ainsi, les dérogations pour tous
les départements de l’AOC sont
de :
- 72 heures par semaine pour tous les salariés
permanents et saisonniers occupés
au chargement, au transport, à la réception
de raisin et des moûts, au pressurage,
à la vinification et aux cuisines.
- 60 heures par semaine pour les autres
personnels permanents et saisonniers affectés
à la vendange.
- En cas de présence d’un CSE dans l’entreprise
:
• L’employeur est tenu de consulter le
CSE pour avis ;
• Une fois l’avis recueilli, il doit être
transmis à l’inspection du travail.
Marjorie Arrasse, SGV/AJ
RAPPELS IMPORTANTS
• L’enregistrement du temps de
travail est obligatoire, y compris
pour le salarié embauché à tâche.
Des modèles d’enregistrement du
temps de travail sont disponibles
sur le site extranet du SGV.
• La dérogation ne s’applique pas
aux mineurs de moins de 18 ans.
Les dérogations au temps de travail pendant
les vendanges ne sont pas chose acquise
et doivent être sollicitées chaque
année par le SGV auprès des DREETS
compétentes. Le Syndicat reste, chaque
année, mobilisé pour conserver les quantums
d’heures indispensables à la profession
pour la bonne réalisation de la
récolte.
Obligations des employeurs
- Afficher la dérogation au temps de travail
dans leur entreprise et en informer
leurs salariés (les décisions de dérogations
sont disponibles sur l’extranet du SGV).
- Respecter la législation et les dispositions
conventionnelles relatives à la
durée du travail. (Nous vous invitons à
consulter le guide vendanges fourni avec
ce numéro de La Champagne Viticole
pour plus de détails).
NOUVELLE GRILLE DE SALAIRES OBLIGATOIRE
À COMPTER DU 1 ER JUILLET 2025
À la suite de l’augmentation du SMIC au 1 er novembre 2024, les partenaires sociaux
nationaux ont signé le 12 mars 2025 l’avenant 9 à la Convention collective nationale
de la production agricole et des CUMA en vue de revaloriser la grille de salaires.
Comme lors de chaque revalorisation, la nouvelle grille de salaires n’est pas impérative
dans l’immédiat. Elle ne devient obligatoire que le premier jour du mois civil suivant la
parution de l’arrêté d’extension au Journal officiel.
Pour rappel, la FNSEA, tout comme le SGV, invitait déjà les employeurs à faire application
de cette nouvelle grille sans attendre la parution de l’arrêté d’extension.
Nous vous informons que l’arrêté d’extension est paru au Journal officiel du 11 juin 2025.
Les taux horaires minimums prévus dans la grille de salaires deviendront donc obligatoires
à compter du 1 er juillet 2025.
Pour en savoir plus et prendre connaissance des nouveaux taux à venir, rendez-vous sur
l’extranet du SGV dans l’onglet Emploi des salariés/Documents.
Le salaire étant un outil de fidélisation des salariés, nous vous rappelons que la nouvelle
grille contient les minimums en deçà desquels un employeur ne peut rémunérer un salarié.
En revanche, l’employeur est toujours libre de rémunérer au-delà de ces minimums.
Pauline Gallot-Collard, SGV/AJ
52 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
CODE DU TRAVAIL
Des mesures renforcées
en cas de canicule
Afin de renforcer la prévention de la santé et de la sécurité des travailleurs
lors d’épisodes de chaleurs intenses, un décret ainsi qu’un arrêté
viennent compléter les obligations des employeurs. Ces nouvelles dispositions
sont applicables depuis le 1 er juillet 2025.
Le décret 2025-482 du 27 mai 2025
relatif à la protection des travailleurs
contre les risques liés à la
chaleur ajoute un chapitre complet pour
adapter les règles du Code du travail aux
épisodes de chaleurs intenses en renforçant
les obligations des employeurs.
L’arrêté, publié conjointement au décret,
vient définir la notion d’épisode de chaleur
intense.
Aucun seuil de température n’étant fixé
par le Code du travail, l’arrêté se réfère au
dispositif canicule de Météo-France (vigilance
jaune, orange, rouge). Ainsi, l’épisode
de chaleur intense est atteint dès le seuil de
vigilance jaune canicule. Il appartient alors
à l’employeur non seulement d’évaluer les
risques et de mettre en œuvre les mesures
de prévention prévues par le Code du travail,
mais également de les adapter en cas
d’intensification de la chaleur.
Renforcement des obligations
d’évaluation et de prévention
des risques
L’évaluation des risques liés à la météo
(froid, chaleur, pluie…) dans le Document
unique d’évaluation des risques (DUER)
et les mesures mises en place pour limiter/supprimer
ces risques ne sont pas une
nouveauté. En revanche, les nouveaux
articles R4463-1 et suivants du Code du
travail complètent l’existant en prévoyant
désormais différents types de mesures sur
lesquels doit notamment se fonder l’employeur,
spécifiquement dédié aux épisodes
de chaleur intense, que les salariés
travaillent en intérieur ou en extérieur.
QUELQUES MESURES :
– Adaptation de l’organisation du
travail (modification des horaires,
temps de pause…) ;
– Mise à disposition en quantité suffisance
d’eau potable fraiche (et qui
doit être maintenue fraiche) ;
– Choix d’équipements de travail appropriés
permettant de maintenir
une température corporelle stable ;
– Informations et formations des travailleurs
sur la conduite à tenir en cas
de forte chaleur et sur l’utilisation
correcte des équipements de travail
et des équipements de protection
individuelle (EPI).
Il est à noter que lorsqu’un travailleur est
considéré comme vulnérable (âge, état
de santé...) face aux risques liés à l’exposition
aux chaleurs, l’employeur doit
adapter les mesures de prévention en lien
avec le service de prévention et de santé
au travail.
Des affiches de l’Institut national de recherche
et de sécurité (INRS) sur les signaux
d’alerte des coups de chaleur au
travail existent et peuvent être placées à
des endroits visibles ou remises à chaque
salarié (disponibles sur le site internet de
l’INRS). L’utilisation de pictogrammes
permet une meilleure compréhension,
notamment pour les salariés étrangers,
sur la conduite à tenir.
L’ensemble de la nouvelle réglementation est à disposition sur l’extranet du SGV
(rubrique Vendanges/Documents/Hygiène et sécurité). Nous vous conseillons vivement
de consulter cette fiche ainsi que le guide filière Santé et sécurité au travail.
Modalités de signalement
En tout état de cause, l’employeur doit
définir les modalités de signalement de
toute apparition d’indice physiologique
préoccupant, de situation de malaise ou
de détresse, ainsi que celles destinées à
porter secours, dans les meilleurs délais,
à tout travailleur et, plus particulièrement
aux travailleurs isolés ou éloignés.
Ces modalités doivent être portées à la
connaissance des travailleurs et communiquées
aux services de prévention et de
santé au travail (MSA).
Pauline Gallot-Collard, SGV/AJ
LA RSE CÔTÉ
VÊTEMENT
La Commission des Viticultrices est fortement
mobilisée sur les questions de RSE
et de bien-être au travail avec notamment
un partenariat avec la CSGV pour proposer
une gamme de vêtements professionnels
spécialement conçus pour les femmes vigneronnes
ou agricultrices.
« Après une collection automne-hiver,
nous proposons dans nos différents magasins
des habits rafraichissants comme des
casquettes, des serviettes, mais également
une gamme de teeshirts unisexes permettant
de garder le corps au frais durant les
fortes chaleurs », explique Florine Villain,
cheffe de marché vêtements et chaussants
à la CSGV.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 53
culture
La sélection de votre libraire à Épernay
Guide vert de Champagne Ardenne 2025
Les auteurs de ce guide, divisé en
5 microrégions — La Marne du
champagne ; La Marne historique ;
L’Aube ; La Haute-Marne ; Les Ardennes
— ont déniché des lieux
inoubliables ou insolites en Champagne-Ardenne.
D’abord les incontournables (classés
1, 2 ou 3 étoiles), tels que la Cathédrale
de Reims ou la ville de Troyes,
mais aussi des coups de cœur
comme le parc Argonne Découverte ou la surprenante
abbaye d’Auberive. Sans oublier les bonnes adresses
pour tous les budgets, et les meilleurs spots en famille !
Des suggestions d’itinéraires sont également référencées
: Charleville-Mézières et les Ardennes en 7 jours,
Reims et le vignoble en 3 étapes à vélo…
Collectif, Éditions Michelin, 456 pages, 15,95 euros.
Répertoire Lambert des Plaques de Muselets
du champagne 2025
Voici la nouvelle édition du
« Répertoire des plaques de
muselets du champagne ». Cet
ouvrage, qui recense la majeure
partie des plaques existantes,
constitue la référence pour
tout placomusophile. Toutes les
plaques de muselets de champagne
sorties depuis la dernière
édition sont répertoriées,
cotées et photographiées en
couleur. Dans ce catalogue, les capsules de champagne
génériques sont classées par ordre alphabétique et accompagnées
d’un descriptif des différentes couleurs
existantes pour assurer une identification rapide des
plaques de champagne.
Claude Lambert, Éditions Petit Journal Des Collectionneurs,
80 pages, 20 euros.
Mémoire de grains — Vivescia, une histoire céréalière
Comment la France est-elle devenue l’un des
grands pays producteurs de céréales au monde ?
Cette histoire céréalière française trouve en partie
ses racines dans celles du groupe coopératif
agricole Vivescia, né de la fusion de coopératives
au cœur de la Champagne. Ces dernières ont surmonté
les conflits et les crises, et au gré des regroupements
et restructurations ont donné naissance
à un puissant groupe agroindustriel voué à
la transformation des céréales et leur valorisation. Vivescia est aujourd’hui
l’un des premiers groupes coopératifs céréaliers français de dimension internationale,
très fortement engagé dans les transitions sociétales et environnementales,
du champ à l’assiette. Le livre retrace cette histoire plurielle
et les mutations auxquelles la filière céréalière fait face pour relever
les défis de l’agriculture et de l’alimentation de demain.
Jean-Pierre Williot - Guillaume Gomez, Éditions Cherche Midi, 208 pages, 29 euros.
Guide pratique de la vinification en blanc et rosé
2 e édition
Ce guide pratique présente de manière concrète
et synthétique le déroulement d’une vinification
en blanc ou en rosé. Les opérations préfermentaires,
qui démarrent à la vigne, l’extraction et
la stabilisation des constituants spécifiques des
moûts blancs et rosés, les fermentations et la vigilance
requise pour la stabilité future du vin.
Cette nouvelle édition intègre les dernières innovations
technologiques, comme le suivi du taux
de sucre dans les baies, l’évaluation de la résistance à l’oxydation et la
possibilité de procéder à un lavage de la récolte avant la vinification. Elle
met également l’accent sur l’importance croissante de la bioprotection
dans les pratiques modernes de vinification.
Claude Gros et Stéphane Yerle, Éditions Dunod, 252 pages, 24 euros.
54 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
FESTIVAL
Les filières agricoles et viticoles célébrées
à Château-Thierry
Un nouveau rendez-vous s’est ajouté à l’agenda viticole, offrant aux vignerons adhérents de la Vallée de la
Marne une opportunité supplémentaire de dialoguer avec le grand public.
Les 23, 24 et 25 mai s’est déroulée
la première édition du Festival de
l’Agriculture, de la Viticulture et de
l’Alimentation sur le site de l’Aiguillage à
Château-Thierry. L’initiative est venue de
la CARCT (Communauté d’Agglomération
de la Région de Château-Thierry),
de la C4 (Communauté de Communes
de Charly-sur-Marne) et du Comice
Agri-Viticole, qui avaient tous à cœur
d’organiser un nouvel événement visant à
célébrer non seulement l’agriculture et la
viticulture, mais également l’ensemble des
activités inhérentes aux filières.
Relever ce défi n’était pas facile, avec une
organisation concentrée sur quelques mois
seulement. Tous les protagonistes de l’évènement
se sont mis à pied d’œuvre pour
organiser et participer au festival avec un
seul objectif : « valoriser, présenter et promouvoir
son activité au grand public ».
Trois temps forts ont marqué le programme
de ces trois jours.
Durant deux jours, le festival a
accueilli près de 900 élèves des
écoles, de la maternelle jusqu’au collège,
en provenance des établissements des deux
communautés de communes. Les élèves
ont pu naviguer sur les stands des participants
pour découvrir de manière ludique
et pédagogique les animations proposées.
Pour cette première année, les huiles végétales
étaient la thématique mise à l’honneur
par les organisateurs.
L’accueil
des scolaires
L’antenne du SGV
de Château-Thierry
peut difficilement
aborder le champagne
auprès de ce
public mineur. C’est
pourquoi le raisin
était en vedette,
présenté dans toute
sa splendeur depuis
son origine, sa palette
de cépages et
de couleurs, l’importance
de sa production
mondiale et
de sa consommation
internationale, en passant par toutes les
valorisations issues de ses dérivés : l’huile
de pépins de raisin pour coller au thème
du festival, le jus, la gelée, le savon, la
bougie, les raisins secs, les cosmétiques…
Sans oublier les figures du
raisin comme représentation,
symbole, ornement, expression.
La boucle était bouclée
avec un clin d’œil local à la fable du célèbre
fabuliste castelthéodoricien, Jean de
La Fontaine, « Le Renard et le Raisin ».
L’exercice permet au Syndicat
de communiquer auprès
du grand public sur l’importance
de la culture de la vigne dans le
sud de l’Aisne et en Champagne, et ainsi
de découvrir toutes
ses facettes. Les enfants
étaient ravis et
les accompagnateurs
l’étaient également.
Bien entendu, la finalité
restait de faire
le lien avec le champagne
!
Le marché
des producteurs
Ce point d’intérêt
aura permis au plus
grand nombre de
rencontrer les artisans
et producteurs
du secteur, à travers
la vente directe de produits fermiers, des
dégustations et des échanges avec les producteurs
pendant deux jours. Autant de
saveurs et de savoir-faire qui se sont réunis
pour régaler les gourmands de passage
grâce à une série d’ateliers mets-champagnes,
mis en place autour des caractères
« Vif, Intense, Fruité » de la bannière collective
Champagne de Vignerons.
Trois vignerons ont chacun animé un
atelier afin de présenter trois cuvées
de leur gamme, associées aux produits
des artisans du marché.
De quoi initier les visiteurs-dégustateurs
aux
pratiques vigneronnes,
ainsi qu’à l’art de la dégustation des
champagnes selon leurs spécificités :
assemblage, monocépage, millésime,
rosé…
Enfin, ce tout nouveau festival constituait
aussi l’occasion de rencontrer nos interlocuteurs
privilégiés pour évoquer les dossiers
d’actualités syndicales du territoire.
Notamment avec les personnalités qui ont
inauguré ce festival, la préfète de l’Aisne
Fanny Anor, le maire de Château-Thierry
et président de la CARCT Sébastien Eugène,
et la présidente de la C4 et conseillère
régionale Élisabeth Clobourse.
Julie Mauvais, SGV/GP
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 55
vignerons
ARTHUR SANCHEZ
Itinéraire d’un jeune vigneron champenois
Un attachement revendiqué au modèle coopératif, une viticulture très raisonnée pour produire des cuvées
identitaires qui subliment l’expression des terroirs avec une prédilection gourmande pour les vins tranquilles :
Arthur Sanchez pose des bases solides et optimistes pour une reprise en douceur de l’exploitation familiale
de Vertus.
À
l’aube de ses trente ans, Arthur
incarne, par son parcours, la
tradition très champenoise du
modèle des exploitations familiales qui
se transmettent de parents à enfants.
Comme une grande majorité de ses
collègues vignerons, il est issu du sérail
viticole et sa vocation s’est construite au
fil du temps. « Mes premiers souvenirs
de vendange remontent à mes quatre
ans environ, je me rappelle aussi les
premiers tours sur le tracteur avec mon
père. Puis, ado, comme beaucoup de copains,
je ne voulais plus entendre parler
de vignes, surtout quand il était question
du palissage. Et finalement pendant mes
études supérieures, ce métier s’est imposé
presque naturellement », explique-t-il.
Côté études, le jeune homme affiche
un solide bagage : après un bac STL
(science et technologie de laboratoire)
et une prépa biotech à Strasbourg, il
intègre en 2016 l’Institut Agro Montpellier,
d’où il sort ingénieur en agronomie.
« J’ai suivi le parcours vigne et
vin avec de longues périodes de stages
dans les vignobles du Languedoc, de la
Vallée du Rhône et d’Afrique du Sud où
j’ai passé trois mois à élaborer principalement
des vins tranquilles. » Plus tard,
en 2021, il obtiendra également son diplôme
national d’œnologie.
« J’ai commencé à déguster les vins assez
tôt avec mon père qui m’expliquait la
structure du champagne, mais c’est surtout
durant mes études d’ingénieur que
j’ai construit mon palais avec des cours de
dégustations hebdomadaires et aussi entre
copains. C’est là que j’ai souhaité aller plus
loin en passant mon DNO », explique-t-il.
Ses vins préférés ? : « Pour les rouges :
Vallée du Rhône Nord et Beaujolais,
j’adore le Gamay et la Syrah. Pour les
blancs : Sancerre, Languedoc… J’aime
beaucoup le Sauvignon. En fait, ce que
je préfère, c’est la rondeur avec beaucoup
de fraîcheur mêlée d’une belle touche
d’amertume. C’est aussi ce style que je
recherche dans mes champagnes. »
Impossible de parler de vin avec lui sans
aller sur le terrain des coteaux-champenois
qui le passionnent depuis longtemps.
« Je me suis éclaté à faire un coteaux
rouge en 2021 et 2022 avec des
Pinots noirs d’une vieille vigne plantée
en 1947. Je pense faire prochainement
un coteaux blanc, mais surtout ce que
j’aimerais, c’est élaborer un rosé ! »
Il en est sûr, il y a un marché pour les
vins tranquilles champenois, à condition
de les élaborer en respectant la typicité
de nos terroirs, de sublimer la fraîcheur
d’une maturité à 11,5 % vol. Et ce sont
de très bons vins de garde, affirme-t-il.
Privilégier le travail du sol
Après ses études à Montpellier, Arthur
fait escale en 2021 au Syndicat Général
des Vignerons pendant un an et demi à
plancher sur les dossiers des vignes semi-larges
et de la flavescence dorée qui
commence alors à toucher la Champagne.
« J’ai appris beaucoup de choses,
c’était vraiment très intéressant, mais j’ai
compris que j’avais vraiment besoin de
travailler en extérieur. »
Il intègre le lycée viticole d’Avize où il
s’occupe du vignoble et en septembre
2023, il rejoint l’exploitation familiale
pour la vendange. Un salarié blessé, son
56 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
père Hervé occupé par ses fonctions syndicales
au SGV et à la Chambre d’agriculture,
des températures caniculaires :
« Je me suis retrouvé un peu livré à moimême
pour gérer la récolte et notre trentaine
de saisonniers, une expérience très
formatrice enrichie par le soutien de ma
mère Caroline. »
Un an plus tard, il quitte le statut de salarié
pour s’associer à ses parents sur l’exploitation
qui compte huit hectares d’un
vignoble assez morcelé entre la Côte des
Blancs, la Vallée de la Marne, le Vitryat
et la Montagne de Reims.
Une transmission douce, en accord avec
sa sœur Agathe qui suit des études de
droit, préparée de longue date et qui
s’étalera dans le temps, car ses parents
Caroline et Hervé sont encore jeunes.
Côté viticulture, pas de conflit de générations.
Hervé Sanchez, qui a certifié le
domaine en HVE, pratique depuis longtemps
une viticulture raisonnée avec réduction
drastique des produits phytos et
Arthur s’inscrit pleinement dans cette
démarche. « D’une manière générale,
je veux être le moins interventionniste
chimiquement possible et privilégier le
travail du sol. Néanmoins, il faut garder
une cartouche pour préserver notre outil
de travail. Par exemple cette année, nous
avons tout désherbé pour la première fois
depuis cinq ans pour faire un appel d’air
et remettre tout au propre. Je vise le zéro
herbicide, mais quelques fois c’est nécessaire,
notamment dans des vignes très
en dévers et dangereuses. Pour les phytos,
c’est pareil, le moins possible, mais
on produit des raisins, pas des champignons
! » Une vision partagée, selon lui,
par une grande majorité des confrères de
sa génération.
Deux préoccupations majeures
pour l’avenir : l’adaptation au
changement climatique et la
lutte contre la flavescence dorée.
La première demande une présence
accrue dans les vignes et
un travail du sol rigoureux. « Il
y a probablement une réflexion
à porter sur des cépages existant
ici ou ailleurs, qui ont des cycles
de maturation plus tardifs.
Je pense aussi bien sûr à la robotique
ou aux drones pour une
viticulture de précision tout en
réduisant l’empreinte carbone.
Cela demande aux vignerons
de s’intéresser à la mutualisation
du matériel au sein d’une Cuma,
par exemple. »
Quant à la flavescence, Arthur
y est particulièrement sensibilisé
par des atteintes importantes dans
ses parcelles de la Vallée de la Marne.
Correspondant AVC et référent jaunisse
pour son secteur, il milite pour la plus
forte mobilisation possible sur l’ensemble
de l’AOC afin de réaliser les prospections
collectives et les arrachages nécessaires.
Cuvées de niche
Le domaine Sanchez livre ses raisins à la
coopérative La Goutte d’Or de Vertus,
qui offre également la possibilité à ses adhérents
de vinifier une partie de leurs jus
pour élaborer une cuvée effervescente et
une cuvée tranquille. Au total, quelque
15 000 bouteilles de la marque A² Sanchez
(A² pour Agathe et Arthur) sont
commercialisées à 95 % sur le marché
national et le reste en Italie. « À terme,
je souhaite consolider le marché français
et m’ouvrir un peu plus à l’international
dans les pays limitrophes. »
Plutôt confiant sur l’avenir du champagne
malgré la baisse des ventes et les
tendances de déconsommation, Arthur
prône l’élaboration de cuvées de terroir
très identitaires. « C’est la manière dont
les vignerons peuvent faire la différence et
conquérir des parts de marché. Au négoce
les gros volumes, à nous vignerons les cuvées
de niche. Il faut bien sûr garder dans
sa gamme une cuvée d’assemblage pour
montrer le style du domaine, mais le public
attend des vins d’artisans qui mettent
en valeur toutes les spécificités de nos différents
crus. Il faut nouer un nouveau dialogue
avec nos clients, leur faire vivre de
nouvelles expériences de dégustation, car
nous faisons de grands vins et pas seulement
des bulles festives. »
Alain Julien
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 57
appellation
NOS VILLAGES
Hautvillers, cœur historique
et des dix ans à l’Unesco
Vendredi 4 juillet, toute la Champagne a célébré avec ferveur ses dix ans au patrimoine mondial de l’Unesco.
Si sa grande soirée d’anniversaire a fait pétiller Champillon, les commémorations ont débuté par une cérémonie
symbolique à Hautvillers. Là où résonne encore l’annonce de cette inscription, le 4 juillet 2015, sous
les regards bienveillants de Dom Pérignon et de Pierre Cheval.
Geoffrey Bonnet (à g.) et
Silvère Pierrot, ambassadeurs
d’Hautvillers.
Il se souvient de ce moment historique
comme si c’était hier. Silvère
Pierrot, maire d’Hautvillers, se trouvait
dans la rue Henri-Martin, au cœur
du village bondé, le samedi 4 juillet 2015
en fin d’après-midi. « On a vécu en direct
l’annonce officielle de l’inscription de la
Champagne au patrimoine mondial de
l’Unesco, raconte-t-il. J’en ai encore des
frissons. C’était si intense ! La cérémonie
était retransmise sur un écran géant depuis
Bonn, en Allemagne. »
Et si Hautvillers était déjà très prisée des
touristes, l’effet « Unesco » a encore amplifié
sa notoriété. « Les vignerons ont davantage
pris conscience de l’importance
de notre patrimoine et de la destination
Champagne, analyse Geoffrey Bonnet,
président de l’union locale du Syndicat
général des vignerons. On ressent une
fierté, une appartenance à notre village,
l’un des plus beaux de l’appellation et le
seul à pouvoir mentionner “Berceau du
champagne” sur les étiquettes de ses bouteilles.
Ici, on dit qu’on boit du “Hautvillers”,
sans citer le nom d’une maison en
particulier. »
Face à l’envolée des visiteurs, il a fallu
veiller à préserver l’authenticité et l’esprit
village de la commune, chers aux habitants.
« Hautvillers, là où tout
a commencé »
En amont de la « Nuit des 10 ans », organisée
à Champillon le 4 juillet, les acteurs
de la Champagne se sont réunis à Hautvillers
pour une cérémonie hautement
symbolique : la signature, pour dix ans,
58 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
• REIMS
Meaux
•
Château-
Thierry
•
•
Epernay
Vitry-le-François
•
•
TROYES
•
Bar-sur-Aube
Hautvillers
CHAUMONT
REPÈRES
(source : CIVC)
HAUTVILLERS
SURFACES
PLANTÉES
291 ha
de la Champagne
PINOT NOIR
132 ha
MEUNIER
80 ha
CHARDONNAY
78 ha
AUTRES CÉPAGES
0,34 ha
EXPLOITANTS
206
HABITANTS
628
(Source Insee 2022)
d’un nouveau plan de gestion (lire notre
dossier pages 26 à 35), dont l’élaboration
a fait l’objet d’une concertation lancée en
septembre 2023.
Cette feuille de route doit permettre aux
initiatives territoriales de cohabiter avec
la protection des Coteaux, Maisons et
Caves de Champagne, notamment grâce
au développement touristique vertueux
et à la gestion durable. « C’était une évidence
de débuter les célébrations à Hautvillers,
là où tout a commencé, souligne
le premier édile. Et plus encore au parc
Pierre-Cheval. »
Pierre Cheval, « le Dom
Pérignon de notre
époque »
Pierre Cheval, ambassadeur de la Champagne,
a porté et incarné durant une dizaine
d’années la candidature à l’Unesco.
Il s’est éteint le 14 janvier 2016. « C’était
un homme très dynamique, ouvert, passionné
et d’une culture générale phénoménale,
lui rend hommage le maire
d’Hautvillers. Il fédérait énormément,
c’était un visionnaire. Le Dom Pérignon
de notre époque ! »
C’est d’ailleurs dans le parc rebaptisé
en l’honneur de Pierre Cheval qu’a été
érigée, en 2022, la sculpture monumentale
représentant le célèbre moine au regard
rieur et bienveillant, une coupe de
champagne à la main.
Cette œuvre signée Juan Carlos Carrillo
mesure plus de deux mètres, se compose
de 500 kg de bronze, de 80 kg de verre,
et constitue la plus grande bouteille de
champagne au monde. Elle fait la fierté
tant des habitants que des touristes, qui
Le parc Pierre-Cheval et sa
sculpture en hommage à Dom
Pérignon.
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 59
appellation
se photographient volontiers en train de
trinquer avec Pierre Pérignon. « Il est le
père spirituel du champagne, rappelle
Geoffrey Bonnet. Il a été précurseur dans
l’assemblage des cépages, la précision du
pressurage long, et a fait connaître le
champagne aux quatre coins du monde. »
Dom'Péro avec les
vignerons d’Hautvillers
Hautvillers révèle d’autres clins d’œil à
l’inventeur de la méthode champenoise,
dont le tombeau est abrité en l’église abbatiale
Saint-Sindulphe : notamment un
belvédère, qui offre des vues imprenables
sur les Paysages de Champagne, et une
fanfare du même nom, qui compte une
quinzaine de musiciens.
Depuis 2017, les « Dom'Péro » animent
joliment le parc Pierre-Cheval de mai à
juillet. « On a créé l’association “Les vignerons
d’Hautvillers” avec un groupe
de jeunes, retrace Geoffrey Bonnet. Au
départ, on souhaitait rassembler les viticulteurs.
Très vite, les Altavillois, les
Champenois et les touristes se sont approprié
l’événement. » Aujourd’hui, il
fédère entre 300 et 400 personnes dans
une ambiance familiale et musicale, façon
guinguette.
Enfant, Silvère Pierrot a connu les fêtes
« Dom Pérignon » d’Hautvillers. « Tout
le village était en liesse, décoré, avec des
paniers-mannequins, des chars, des fanfares,
etc. » Ce rendez-vous phare a périclité
dans les années 70, mais pourrait
bien renaître à moyen ou long terme.
« Dans l’esprit des Fêtes Henri IV, pour
valoriser l’histoire et le patrimoine
d’Hautvillers », précise le maire. Costumes
d’époque, défilé, caves ouvertes
et concerts agrémenteraient l’ensemble,
avec la complicité des vignerons, naturellement.
Sarah Legrand
Le « Dom'Péro », un rendez-vous
festif porté par les vignerons
d’Hautvillers.
Hautvillers accueille deux
oeuvres contemporaines du festival
Vign'Art.
Renaissance programmée
de l’abbaye et de l’église
d’Hautvillers
Programmés en 2026, d’importants
travaux seront réalisés sur le site de
l’abbaye Saint-Pierre par son propriétaire,
Moët & Chandon. Objectif
de ce projet d’ampleur : restaurer
l’abbaye et construire un nouveau
lieu de prestige pour l’accueil des
clients, comprenant la végétalisation
du cloître, l’embellissement du parc,
la création d’un atelier d’assemblage
pour le chef de cave de la maison
Dom Pérignon et d’une oenothèque,
etc. « C’est un véritable plus pour
le village, se réjouit Silvère Pierrot.
Ça a également impulsé la réhabilitation
de l’église Saint-Sindulphe,
adjacente, propriété de la commune.
» Elle verra son clocher et ses
charpentes, mais aussi ses façades, sa
sacristie et sa chapelle Jeanne d’Arc
rénovés.
Les ânes Lasko et Komia,
mascottes d’Hautvillers
Sacrée « Jeune talent du tourisme
2025 », Agathe Harsigny a lancé son
concept « Ânes en Champagne » au
printemps sur l’ancien terrain de
football mis à disposition par la municipalité.
Cet éco-lieu adapté aux
personnes en situation de handicap
se dote de panneaux solaires, de chalets
en bois et de structures dédiées
au bien-être de Lasko et Komia, deux
ânes de 4 et 5 ans très proches de
l’humain. Agathe Harsigny propose
à tous les publics des découvertes
sensorielles en immersion avec ses
équidés et des balades à pied entre
vignes et forêts en leur compagnie.
À plus long terme, elle intégrera des
formules « dégustations » à ces randonnées.
Les « cocus » d’Hautvillers,
un surnom d’un autre temps
Il y a fort longtemps, les habitants
d’Hautvillers étaient associés à un surnom
désobligeant : les « cocus ». « Il se
raconte que, d’antan, lorsque les ouvriers
se rendaient à la vigne pour travailler,
les moines allaient visiter leurs
maisons… et leurs épouses, explique
Silvère Pierrot. Si des sandales se trouvaient
devant la porte lorsque l’ouvrier
revenait chez lui, alors il savait qu’il ne
fallait pas entrer tout de suite. Heureusement,
ce n’est plus d’actualité ! »
60 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
DU TERROIR À L’ASSIETTE
Hautvillers, épicentre d’un paysage
culturel universel
4 juillet 2015 : la Champagne est acclamée et le champagne l’honore dans des verres multicolores. Nous
fêtons joyeusement l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de
l’Unesco. Dix ans après, le charmant village d’Hautvillers fait rayonner ses qualités historiques, vinicoles et
gastronomiques au présent.
Le village est situé à 7 km au nord
d’Épernay et fait partie de la région
Grande Vallée de la Marne.
Le vignoble est établi sur la rive droite de
la Marne, dans un secteur développant
3,2 km d’est en ouest, et 2,8 km du nord
au sud.
Les trois quarts du vignoble occupent le
versant d’une large échancrure du coteau
vers la rivière, entre 70 m et 255 m d’altitude,
compris entre la voie de la Liberté
à l’est, la forêt au nord, le canal au sud et
la grande descente de la Cote à Bras et du
Champ de Linotte à l’ouest. Les vignes
regardent surtout vers le sud-est et le sud,
avec quelques secteurs vers l’ouest et le
sud-ouest.
La géologie viticole du versant altavillois
est représentée par la craie blanche
et marine du Campanien jusqu’à environ
165 m d’altitude. Elle est surmontée par
des marnes et argiles sableuses à lignite
du Sparnacien laguno-continental, puis
des sables et sables argileux fluviatiles du
Cuisien, des calcaires sableux, argiles et
marnes du Lutétien. Les marnes et calcaires
du Bartonien constituent l’armature
du plateau que le vignoble atteint
parfois avec des pentes à 20 %. Puis la
forêt s’impose, installée sur les argiles à
meulières recouvertes de
limons argileux.
L’érosion quaternaire du
versant a donné naissance
à des formations superficielles issues de
colluvions fines (argile de décalcification
et graviers de craie, limons argileux
chargés d’éclats de meulières) ou de
masses glissées.
L’encépagement des 290,70 hectares
de vignes est réparti entre le Pinot noir
(45 %), suivi par le Meunier (29 %) et le
Chardonnay (26 %). La fraîcheur de la
vallée et des terres froides et profondes,
Un versant
représenté par
la craie blanche
contrastent avec la pente, les terrains très
crayeux et les expositions vers le sud-est
et le sud. Le Pinot noir exprime des notes
de pomelo, de groseille, ou de framboise,
comme une tonalité plus charnue aux accents
de cerise, de prunelle, ou de poivre.
Le Meunier, le plus souvent planté sur
les terrains frais ou profonds, se montre
humifère et offre des notes de pomme,
de coing, ou de mirabelle, parfois plus
orangées et exotiques.
Le Chardonnay sur craie
peut exhaler des notes
marines, de craie humide,
voire de menthe, ou développer des tonalités
plus riches comme le tilleul, la citronnelle,
ou les herbes sauvages.
Assemblages, cuvées parcellaires, viticultures
alternatives et usage du bois offrent
une large palette du potentiel sensoriel
des champagnes d’Hautvillers. Ceux-ci
sauront apporter leur convivialité aux
plats estivaux : coquillages au barbecue
avec un pesto menthe-coriandre, tajine
de daurade au citron confit et coriandre,
gaspacho tomate jaune et maïs, tartare de
veau, travers de porc grillés au sésame et
miel, brochettes de bœuf et légumes marinées
à l’orange, tranches d’agneau au
citron-roquette-framboises, lasagnes de
courgettes au pesto et chèvre, enchiladas
au poulet et fromage, poulet grillé et mariné
au curry. N’oubliez pas le fromage,
notamment les pâtes pressées non cuites,
qui, ayant terminé leur affinage, révèlent
de belles notes fleuries des prés français
: saint-nectaire, cantal, ossau-iraty,
tomme de Savoie. Bel été à tous !
Geoffrey Orban, Educavin
N°924 JUILLET-AOÛT 2025 I 61
histoire
INTERPROFESSION
Vous avez dit Henri Martin ?
C’est au numéro 5 de la rue Henri Martin que siège aujourd’hui le Comité interprofessionnel du vin de
Champagne. Or, il est frappant de constater qu’encore aujourd’hui, ce nom reste confidentiel, — pour ne pas
dire inconnu —, dans notre région.
Henri Martin fut pourtant
une figure centrale
dans les réflexions
sur la mise en place d’une interprofession
en Champagne, à tel
point qu’on peut le considérer
comme le premier à avoir proposé
une structure d’organisation
interprofessionnelle, un
projet ambitieux en lien avec
le mouvement coopératif qu’il
s’efforçait de développer à la
même époque, mais qui ne vit
jamais le jour du fait de l’irruption
de la Seconde Guerre
mondiale.
Henri Martin est né le 15 février
1903 à Hautvillers, d’une
famille déjà pleinement impliquée
dans la dure tâche d’organiser
le vignoble. Son père,
Ernest Martin, fait partie des
dix fondateurs du Syndicat Général
des Vignerons. L’engagement
d’Henri est donc avant
tout une histoire de filiation.
Celle-ci sera double puisque
c’est avec Berthe Poittevin, la
fille d’un autre acteur majeur du
syndicalisme vigneron, Gaston
Poittevin, qu’il s’unit en 1926.
Henri Martin grandit ainsi dans
un environnement où les débats passionnés
ne manquent pas afin de sortir les
vignerons des périls qui menacent leur
activité : lutte contre le phylloxéra, lutte
contre la fraude, plus largement lutte
contre la misère qui tiraille les « cossiers »
en ce début de XXe siècle.
Les propositions ne manquent alors pas
pour agir, concevoir des formes nouvelles
de solidarité, modifier les rapports
de force et renverser la balance à travers la
délimitation du vignoble, la lutte contre
la fraude, l’organisation syndicale — et
pourquoi pas même coopérative ? — afin
d’accéder enfin à la prospérité.
La coopération, fer de lance
de l’action socialiste dans
le vignoble champenois
Changer la vie des vignerons passe nécessairement,
selon Henri Martin, par
une nouvelle organisation du vignoble,
ce qui motive sans doute le jeune vigneron
à rejoindre les rangs de la fédération
marnaise de la Section française de l’Internationale
ouvrière (SFIO) en 1924, à
tout juste 21 ans (l’âge de la majorité civile
d’alors). Un choix loin d’être évident
quand on sait que les socialistes n’adhéraient
pas à l’action syndicale déjà opérée
par le SGV, où la tendance
politique était plutôt teintée radical-socialiste,
un courant dont
fait par exemple partie Gaston
Poittevin, lorsqu’il rejoint l’Assemblée
nationale en 1919.
Henri Martin choisit donc un
champ d’action plus politique
afin de porter ses revendications,
qui ne sont pour autant
pas étrangères au Syndicat.
À partir des années 1920, on
trouve ainsi deux groupes distincts
pour défendre un même
combat dans le vignoble : celui
de la coopération. Le SGV s’était
déjà emparé de cette question
au moment des débats sur la
lutte contre la fraude, lorsqu’Alphonse
Perrin, dans son « Étude
sur l’œuvre des syndicats contre
la fraude » préconisait, dès 1907
la coopération comme un outil
essentiel à long terme.
Empruntant des accents quasi
révolutionnaires pour défendre
cette cause dans les pages de
La Champagne Viticole, il sillonne
ensuite les communes du
vignoble aux côtés de Gaston
Poittevin pour faire l’éloge du
mouvement coopératif. C’est d’ailleurs
à Alphonse Perrin qu’on doit la création
ainsi que la gestion de la plus ancienne
coopérative encore en activité
aujourd’hui en Champagne, la Coopérative
générale des vignerons (mieux
connue sous l’acronyme de Cogevi)
inaugurée juste après la Grande Guerre
en 1921.
La fédération socialiste de la Marne fait
quant à elle du mouvement coopératif
son fer de lance à partir de 1932, lorsque
les socialistes inaugurent une cellule permanente
d’étude des problèmes viticoles.
Henri Martin en prendra d’ailleurs la tête à
62 I LA CHAMPAGNE VITICOLE
partir de 1938. L’objectif de cette commission
est clairement affiché : « obtenir
pour les travailleurs de la vigne la force
productive qu’ils ne possèdent pas encore
et qui, seule, assurera leur libération
totale ». En d’autres termes, l’économie
coopérative est l’horizon qu’il faut poursuivre
pour émanciper les vignerons
champenois.
En tant que vigneron lui-même, Henri
Martin expérimente en pratique cette
nouvelle forme d’organisation lorsqu’il
monte au début des années 30 une coopérative
de vinification à Hautvillers,
commune dont il deviendra maire en
1934 à la suite du décès de son père qui
en occupait la fonction. C’est néanmoins
à partir de l’élection législative de 1936
que le projet coopératif d’Henri Martin,
nouveau député socialiste d’Épernay, va
prendre toute sa dimension.
Le projet avorté
d’Office régional du vin
de Champagne
En 1936, Henri Martin entre à l’Assemblée
nationale grâce à la vague du Front
Populaire. À seulement 32 ans, celui
qu’on surnomme alors le « Député-vigneron
», fort de ses réflexions au sein
de la Commission viticole socialiste, apporte
au Palais Bourbon un projet d’envergure
: la mise en place d’une organisation
interprofessionnelle en Champagne.
Pour mener à bien cette tâche, il s’inspire
d’un chantier également mis en œuvre
par le gouvernement du Front Populaire
dès 1936 : l’Office national du blé.
Le premier objectif de l’Office régional
interprofessionnel du vin de Champagne
consistait à rendre impossible la fraude
via le passage généralisé et obligatoire
de tout achat par les coopératives, réunies
au sein d’une fédération s’étendant
à l’ensemble de la Champagne délimitée.
Dans la pratique, seules les coopératives
seraient désormais habilitées à commercer
avec les négociants, après concertation
sur le prix de vente des raisins au
sein de la Fédération des coopératives.
Cette dernière ayant vu le jour par l’intermédiaire
du SGV dès 1939, présidée
par Marcel Berthelot. Henri Martin en
assurait d’ailleurs la vice-présidence, tandis
qu’un autre socialiste en devenait le
secrétaire : un certain Henri Macquart.
L’Office régional du vin de Champagne
était donc censé organiser une interprofession
entre la Fédération et le négoce,
ce qui aurait permis la généralisation des
coopératives et leur établissement en tant
qu’acteurs essentiels du vignoble.
Déposé en février 1939 avec la participation
de son collègue et ami Paul Lambin,
député de l’Aisne et futur maire de Trélou,
il est resté depuis dans les limbes des
archives parlementaires.
Henri Martin sera arrêté pour actes
de résistance en 1943, puis conduit au
camp de Mauthausen, d’où il ne reviendra
pas. Le flambeau de la coopération
sera repris par Henri Macquart,
son ancien secrétaire, dans l’immédiate
après-guerre et avec le succès qu’on lui
connaît aujourd’hui.
Joshua Wavrant, SGV/AM/AJ
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