03.09.2025 Vues

Lettre de Viv Ansanm à Carlos Ruiz-Massieu

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Parti Politique Viv Ansanm

Jimmy Chérizier

Courriel: revolutionjimmycherizier@gmail.com | Téléphone: +509 3569-8855

Port-au-Prince, Haiti

Date: Jeudi19 Août 2025

À l’attention de Monsieur Carlos Gabriel Ruis-Massieu Aguirre

Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies et Chargé du Bureau Intégré des

Nations Unis en Haïti (BINUH)

Objet: Vérité historique et réflexion stratégique sur la crise haïtienne.

Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies en Haïti,

Je vous adresse cette lettre avec respect et honnêteté , conscient que chaque mot pèsera dans ce

contexte où les récits officiels tendent à masquer les causes profondes de la crise haïtienne. Haïti

n’est pas entrée dans ce chaos par accident. Je vous écris avec la certitude que votre nomination

comme Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et Chef du BINUH représente une

chance pour Haïti. Fort de plus de vos 30 ans d’expérience en diplomatie et en service public, où

vous avez notamment dirigé la Mission de vérification de l’ONU en Colombie, supervisant la mise

en œuvre de l’accord de paix avec les FARC-EP et menant des dialogues avec d’autres groupes

armés, vous avez une expertise précieuse pour le contexte qui prévaut en Haïti. Juriste de

formation, titulaire d’une maîtrise en sciences politiques spécialisée sur l’Amérique latine, et

polyglotte (espagnol, anglais, français), vous incarnez le profil académique et professionnel idéal

pour aider Haïti à avancer vers la paix, la stabilité et le développement.

Ce qui se passe en Haïti est le produit d’un long enchaînement historique où deux élites:

économique et politique, irresponsables dans leur usage du pouvoir, ont créé, structuré, financé et

instrumentalisé la violence armée comme outil de contrôle social, économique et politique.


Dès les années 60, ce mécanisme aura pris forme avec la création des Volontaires de la Sécurité

Nationale (VSN) dit Tonton Makout, véritable gang d’État, institutionnalisant l’exaction

politique sous le régime de François Duvalier et de son successeur Jean Claude Duvalier, son fils.

Cette milice, directement armée et protégée par le pouvoir, servait à intimider, neutraliser et parfois

éliminer les opposants, tout en assurant la préservation des intérêts économiques d’un secteur privé

complice.

Après la chute de la dictature des Duvalier, le pays ne retrouva pas la paix. Au début des années

90, suite à un Coup d’État, un régime militaire, autoritaire et totalitaire, s’est installé sous le

commandement du Général en Chèf des Forces Armées d’Haïti Raoul Cédras. Sous l’ordre et la

direction de ce dernier, Emmanuel “Toto” Constant aura mis sur pied le Front Révolutionnaire

Armé pour le Progrès d’Haïti (FRAPH). Ce groupe paramilitaire, actif entre 1992 et 1994, aura

perpétré des violences massives contre les partisans du président élu Jean-Bertrand Aristide jetté

en exil après le putsh. Le FRAPH bénéficiait du soutien logistique et financier de cercles

économiques locaux, d’alliés étrangers et même d’agences de renseignement internationales.

Ce même régime militaire aura ensuite créé les NINJAS, une structure criminelle qui fut dirigée

par l’officier militaire Michel François, et comprenant des figures connues de la vie nationale

d’Haïti telles que Roméo Halloun, Fahed Esper, Michel Martelly, Hugues Paris entre autres... Cette

organisation, comme celles qui l’ont précédée, n’était pas une création spontanée venant des rues

haïtiennes mais un instrument façonné par le pouvoir et l’élite économique pour contrôler, réprimer

et intimider la masse populaire.

Après 3 ans d’éxile aux État-Unis, le président Aristide de retour au pays, commande la dissolution

de l’Armée d’Haïti en 1994 et prive le pays de ses forces de défense, sans mettre en place un

dispositif alternatif pour la sécurité publique et nationale. Il faut surtout signaler que lorsque le

président Aristide a dissous les Forces armées d’Haïti, il l’a fait de manière très maladroite, tant

sur le fond que sur la forme. Sur le fond, parce qu’il n’a pas respecté les procédures légales pour

le faire: c’était avant tout une décision émotive, plutôt qu’une démarche institutionnelle. Sur la

forme, l’exécution a été tout aussi problématique, puisque les militaires sont simplement rentrés

chez eux en emportant l’arsenal de l’armée. Ce fut un véritable désastre administratif. Je suis

convaincu que s’ils n’ont pas emporté des chars de guerre, des pièces d’artillerie ou des avions de

chasse, c’est uniquement parce qu’il était impossible de les dissimuler. À partir de cette décision,

un pourcentage très élevé de l’armement de l’armée d’Haïti s’est retrouvé en circulation dans la

population civile, alimentant durablement l’insécurité et le désordre dans le pays. Le vide

institutionnel et sécuritaire est exploité par des anciens militaires mis à pied qui formèrent

les Zenglendos, groupe armé non-organisé spécialisé dans les vols à main armé, braquages

nocturnes, viols entre autres… instaurant un climat de peur dans les zones urbaines et périurbaines.

À partir de 2001, sous le même président Aristide réélu au suffrage universel, Haïti aura connu

l’éclosion de plusieurs corps paramilitaires issus des quartiers populaires, utilisés pour des

exactions politiques: les Chimères, rebaptisés ensuite Rat pa kaka, regroupant Lame Wouj


(l’armée Rouge), Lame Ti Manchèt (l’armée Petite Machette), Bale Wouze, Si a Meto, et d’autres

factions, souvent mobilisés contre les opposants ou pour des opérations de contrôle de territoire.

Ces groupes, comme les précédents, ont été tolérés ou encouragés tant qu’ils servaient les intérêts

d’une frange du pouvoir politique et économique.

Le séisme du 12 janvier 2010 a provoqué la mort de plus de 250 000 personnes, déplacé plus d’1,5

million d’Haïtiens et détruit près de 60 % des infrastructures administratives de la capitale. Cet

événement a mis l’État haïtien à genoux: les institutions, déjà fragilisées, se sont retrouvées

incapables de gérer les urgences sociales, sanitaires et économiques. Dans ce vide institutionnel,

marqué par une dépendance accrue à l’aide internationale et une gouvernance affaiblie, l’insécurité

latente s’est progressivement transformée en une réalité structurée. De petits groupes armés,

autrefois marginaux, ont profité de la faiblesse de l’État pour se renforcer, posant les bases du

phénomène de gangsterisation à grande échelle qui domine aujourd’hui la scène nationale. Ce

phénomène est soutenu directement ou indirectement par une partie prédatrice toujours présente

de la classe économique et, bien sûr, par des segments de la classe politique. Les mêmes réseaux

qui, hier, formaient, armaient et utilisaient ces forces les qualifient aujourd’hui de “terroristes”

pour avoir échappé complètement à leur contrôle.

Le cycle est toujours le même: un groupe est créé, utilisé, diabolisé, détruit, puis remplacé par un

autre sous un nom différent, avec la même formule et, trop souvent, les mêmes visages à sa tête.

Les causes profondes: pauvreté, exclusion sociale, économie extractive, effondrement

institutionnel, ne sont jamais traitées mais plus tôt exploitées. Les mains cachées derrière cette

violence ne sont jamais inquiétées; seuls les pions, les camarades toujours rencontrés et utilisés en

cachette, sont montrées du doigt au public.

A ce tableau tragique nous pouvons ajouter les complots contre les éléments non aliénés des corps

légaux : je vais illustrer par ma propre expérience. J’ai d’abord été accusé à tort dans un massacre

survenu dans le quartier populaire de La Saline le 13 novembre 2018, accusation fomentée,

exposée dans des rapports de deux organisations de droits de l’homme politisées, qui, loin de

chercher la vérité, œuvraient à la déstabilisation du pays par des méthodes de soft power: Le

Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) entreprise privée de monsieur Pierre

Lesperance et la Fondasyon Je Klere (FJKL) aussi société privée de Marie Yolène Gilles et

l’avocat Samuel Madistin. Suite aux allégations rapportées dans ces rapports, les Nations Unies

ont imposé , sans enquête justificative, des sanctions contre moi en octobre 2022. Plus récemment,

en août 2025, l’administration Trump a placé ma tête à prix, offrant une récompense de 5 millions

de dollars à quiconque participerait à ma capture. Cette stigmatisation s’inscrit dans une logique

claire: museler ceux qui dérangent les intérêts occidentaux en Haïti, intérêts qui s’alignent sur ceux

de la classe possédante locale et d’une partie de la classe politique traditionnelle.

Mais il est une chose certaine: sortir ce pays de ce chaos est ma plus grande volonté. Je n’arrêterai

jamais mon combat pour le dialogue national, le retour à la souveraineté, qui seuls garantissent les


solutions réelles aux problèmes haïtiens. C’est la seule voie possible pour traiter cette plaie que

devient Haiti pour la Caraïbe et le continent.

Dans ce contexte, ma position a été d’assurer un rôle que d’aucuns refusent de comprendre: là où

la peur et la répression a échoué, j’ai cherché à éveiller la conscience de ceux qui sont nés et ont

grandi en marge de la société, séparés par un fossé imposé par le système. Cette orientation me

vaut d’être ciblé par une stratégie de délégitimation: criminalisation sélective, sanctions

spectaculaires, diabolisation médiatique et isolement diplomatique. Ce n’est pas ma personne qui

dérange, mais la menace que représente ma parole capable de relier les injustices présentes aux

injustices passées, et de les attribuer à leurs véritables auteurs.

Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies en Haïti, je sais que

votre mission exige prudence et technique, mais je crois qu’elle doit aussi assumer un devoir de

vérité. Cette vérité reconnaît le rôle des élites haïtiennes dans la création et l’entretien de la

violence, la continuité historique des gangs d’État, et les impacts des politiques internationales

qui, volontairement ou non, ont consolidé un ordre néocolonial en Haïti.

Haïti n’a pas besoin d’interventions dictées de l’extérieur qui reproduisent constamment les mêmes

schémas. Elle a besoin d’un dialogue national authentique, où les solutions sont pensées, discutées

et mises en œuvre par des Haïtiens pour des problèmes haïtiens. Sans cela, le cycle continuera: on

détruira un groupe, un autre naîtra, et les véritables bénéficiaires resteront les mêmes.

Haïti sera un paradis partagé ou un enfer commun. La paix durable ne naîtra ni de l’essaie

d’élimination ponctuelle d’un groupe armé ni d’un consensus imposé, mais de la justice sociale,

de la souveraineté restaurée et d’une économie tournée vers la production et l’inclusion.

Je vous écris non pour provoquer, mais pour inviter à reconsidérer la grille de lecture de cette crise,

et à inscrire l’action du BINUH dans une reconnaissance sincère de la complexité historique et

politique de notre pays. Je reste disponible pour un échange direct, convaincu que seule la vérité,

même exprimée avec précaution, peut constituer un socle solide pour bâtir la paix.

Veuillez agréer, Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies en

Haïti, l’expression de ma considération distinguée.

Jimmy Chérisier

Président et Porte Parole du Parti Politique Viv Ansanm

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