HabitatDurable 083 - septembre 2025
Squats – une mauvaise réponse à un faux problème | Rénovation énergétique : Défis et opportunités | Droit du bail : Nouvelle formule pour loyer initial | Service conseil : Mon locataire fait trop de bruit
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Squats, une réponse
politique disproportionnée
à un faux problème
Sous couvert de protéger les propriétaires, le Parlement a choisi de durcir la
répression contre les squats. Une décision prise à contretemps, qui n’apporte pas
de réponse à la problématique réelle du terrain. Il existe en Suisse des solutions
efficaces et respectueuses du droit qui mériteraient une meilleure considération
de la part de nos politiques, mais sont trop souvent balayées d’un revers
de la main en brandissant la carte sécuritaire. Texte Thomas Pfefferlé, journaliste RP
Le 12 mars 2024, le Parlement suisse a décidé de renforcer les
moyens juridiques à disposition des propriétaires pour expulser
rapidement les occupants illégaux de leurs biens immobiliers.
En ligne de mire : les squatteurs. Si cette décision peut
sembler de bon sens à première vue, elle répond en réalité à un
phénomène marginal, déjà bien géré par les grandes villes, et
passe à côté des véritables enjeux. Plus problématique encore,
elle risque d’entraver des pratiques comme l’utilisation intermédiaire
de logements vacants, solution précieuse à l’heure de
la crise du logement.
Les cas de squats de bâtiments privés font régulièrement
la une des médias. Mais ces situations, souvent spectaculaires,
ne doivent pas faire oublier qu’il s’agit d’exceptions. À Genève,
Lausanne ou Zurich, les villes disposent déjà de procédures
efficaces permettant de concilier les droits des propriétaires
avec le respect de l’État de droit. La majorité des cas sont résolus
rapidement, sans recours excessif à la justice ni prolongation
indue de l’occupation.
Potentiel d’occupation non exploité
La décision du Parlement intervient dans un contexte où la
vacance des logements reste structurellement faible dans les
zones urbaines, tandis que les besoins en hébergement – notamment
pour les jeunes, les personnes en formation ou les
requérants d’asile – ne cessent de croître. Or, les périodes de
vacance temporaire des bâtiments, par exemple avant une rénovation
ou une démolition, pourraient être mises à profit de
manière plus intelligente, au bénéfice de toutes les parties
concernées.
Et les solutions existent. L’occupation temporaire légale
de logements inoccupés, encadrée par des conventions
d’usage, permet d’éviter les dégradations, de prévenir les
squats non encadrés et de contribuer à la vie de quartier. Des
organisations facilitent déjà ce type d’accords entre propriétaires
et occupants temporaires, souvent des artistes, des collectifs
ou des habitants précaires. Ces initiatives assurent un
entretien des lieux, une présence dissuasive contre les déprédations
et un usage socialement utile de surfaces autrement
vides.
Le renforcement juridique adopté par le Parlement risque
de décourager ces initiatives. En rendant les expulsions plus
faciles et plus rapides, il pousse à la logique de fermeture,
d’alarme et de cadenas, là où des approches contractuelles,
souples et intelligentes, portées par les collectivités locales et
Les périodes de
vacance temporaire
pourraient être
mises à profit de manière
intelligente.
Photo: Muriel Antille