COLLECT Belgique Novembre 2025
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COLLECT
Mensuel ne paraît pas en janvier, en juillet ni en août - 8,95 € - P608061
N° 547 / NOVEMBRE 2025
Turner & Constable
Duel au cœur du romantisme
Patricia Urquiola
Pour une réalité hybride
Antica Namur
Notre sélection
A l’occasion de ses
10 ans, Haynault
organise une
très belle vente
aux enchères
17/11 | 20h
Vente en salle
Exposition des lots
du 13 au 16 novembre,
10h > 17h
Pendule en
forme de grue,
en émaux
cloisonnés
Commande
spéciale
réalisée
pour Jeanne
Toussaint.
CARTIER
Centre de table d’une importante
collection d’argenterie
Wolfers Frères
Vase DOG, 2012
Niki DE SAINT-PHALLE
(1930 - 2002)
L’Amour, neige de soleil, 1977
Christian DOTREMONT
(1922 - 1979)
Trois circassiens
Floris JESPERS
(1889 - 1965)
Matin en printemps, 1963
Gaston BERTRAND
(1910 - 1994)
MAISON DE VENTES AUX ENCHERES
rue de stalle, 9
1180 UCCLE
experts@haynault.be
02 842 42 43
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VENTE AUX ENCHERES
gent
8 & 9
november
novembre gand
EntrEe de Charles le Temeraire a Nancy
intrede Estimation van : €40.000 karel de – stoute €70.000in
nancy
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Zandloperstraat 10
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9030 Gand
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+32 9 224 14 40
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Exposition
kijkdagen
31 oktober octobre -
4 november
novembre
ven - 14h - 17h
sam & vrij dim - 14u 11h - 17u 17h
lun zat & mar zon - 14h 11u - 17u 17h
ma & din - 14u - 17u
20
25
21-23
NOV.
2025
[Fouerplaatz]
NOCTURNE
21 NOV.
luxembourgartweek.lu
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LUXEMBOURG
ART
WEEK
GLACIS
Institutional Partners
Main Partners
COLLECT
Est. 1971 – novembre 2025 n°547
Édito
Rédacteur en Chef
Christophe Dosogne
Rédaction
Els Bracke
Christophe Dosogne
Trice Hofkens
Collaborateurs
Gilles Bechet, Tamara Beheydt,
Jean-Marc Bodson, Gwenaëlle de Spa,
Gwennaëlle Gribaumont, Elien Haentjens,
Diane Hennebert, Ben Herremans, Anne
Hustache, Ewoud Mijnlief, Bernard Roisin,
Christine Vuegen
Mise en pages
Renaldo Candreva
Ellis De Vuyst
Administration, Rédaction, Agenda
Begijnhoflaan 464 G
9000 Gand
Tél. : 0468/51.15.39
collect@ips.be
www.collectaaa.be
Publicité
Secteur Art : Joris van Glabbeek
Tél. : 012/26.37.11
collect.net@ips.be
Tout autre secteur :
MAC-Strat SRL /
Yves de Schaetzen
Tél. : 0475/82.96.00
yves@macstrat.be
Distribution
Librairies
AMP
La Poste
Abonnements
Pays d’Abonnements, Ambachtenlaan 21,
Unit 2A - 3001 Heverlee
Tél. 02/808.55.23
serviceclient@paysdabonnements.be
Belgique 52 €, Europe 90 €
Les abonnements sont à reconduction
automatique, sauf avis contraire envoyé
au minimum deux mois avant la date
d’échéance. Un abonnement offert en
cadeau se termine automatiquement
au bout d’un an. Pour un changement
d’adresse, une résiliation, un numéro
manquant, ou toute autre question,
surfez sur : www.paysdabo.be
Membre de l’Union des Editeurs
de la Presse Périodique
Pour les auteurs d’art visuel et les photographes
: © CISAC / SABAM Belgium 2025
Portrait : © Guy Kokken
Editeur responsable :
Patrick Snoeck
En couverture
Patricia Urquiola, table Shimmer, 2015,
verre. © de l’artiste / Courtesy Glas Italia
- Exposition Patricia Urquiola. Metamorphosa,
CID, Hornu, du 14-12 au 24-
04-2026, www.cid-grand-hornu.be
Nulle partie de cette publication ne peut être reproduite
et/ou publiée par impression, photocopie ou
de toute autre manière que soit, sans l’autorisation
écrite de l’éditeur. Ni la rédaction ni l’éditeur ne
peuvent être tenus pour responsables des opinions
et faits contenus dans les articles signés ou les
contributions de ce magazine, lesquels n’engagent
que leurs auteurs. COLLECT ne peut être tenu pour
responsable du contenu des annonces publicitaires
publiées, la responsabilité en incombant uniquement
à l’annonceur. © Arts Antiques Auctions, Gand
Nous vivons une époque où les promesses
de transformation ne se
contentent plus d’effleurer le monde
de l’art, mais le redessinent. L’Intelligence
Artificielle, jadis périphérique, s’impose
désormais comme une force agissante, mobilisant
des millions de données pour réécrire la
manière dont nous regardons, collectionnons
et racontons la création. Ce bouleversement
n’efface pas les fondements du marché, il les
réinterprète. L’information, sa fiabilité et son
indépendance deviennent les nouvelles pierres
angulaires de la confiance. Ainsi, là où le bruit
règne, l’impartialité demeure un luxe… et un
repère. Car, contrairement à ce que l’on pourrait
croire, le monde de l’art, aujourd’hui, n’est pas
en recul, il se transforme. Comme l’indique le
dernier rapport Artprice sur le marché de l’art
contemporain, l’essoufflement des prix record
ne signe pas la fin d’un cycle, mais le rééquilibrage
d’un écosystème qui s’élargit. Si les ventes
spectaculaires s’espacent, la base du marché
s’anime. Sous le seuil des 5.000 euros, des milliers
d’œuvres changent de mains, portées par les Gen
Y et Z, connectées et curieuses, qui n’achètent
plus pour spéculer mais pour ressentir. Dans
leur regard, l’art redevient ainsi émotion pure,
plaisir immédiat, expérience partagée, libérée
du fétichisme de la cote. Ils se plaisent dans un
style plus idiosyncrasique, où se côtoient œuvres
anciennes, meubles vintage et pièces contemporaines.
Des collections mixtes motivées par
l’émotion et l’individualité. En conséquence, leur
intérêt pour les maîtres anciens s’en trouve renforcé.
De fait, selon le rapport semestriel d’Artnet,
les ventes aux enchères mondiales d’œuvres de
maîtres anciens ont augmenté de 24 % au cours
du premier semestre, en partie grâce à l’intérêt
d’une nouvelle génération d’acheteurs, sensibles
au talent d’artistes historiquement négligés, tels
que les femmes, dont les œuvres demeurent
accessibles et soutenues par une génération
émergente de marchands, heureux d’initier leurs
amis et connaissances du même âge. L’année
2025 aura également rappelé une évidence : les
L’art d’un monde en mutation
Dans le regard des
Gen Y et Z, l’art
redevient émotion
pure, plaisir immédiat,
expérience partagée,
libérée du fétichisme
de la cote.
grands équilibres se déplacent, l’Europe retrouvant
des couleurs grâce à Paris, désormais plus
dynamique que Londres en nombre de transactions,
même si les débuts de la foire Frieze ont
fait des étincelles et que Christie’s signait dans
la capitale anglaise ses meilleurs résultats pour
une vente du soir en art contemporain depuis
sept ans (106,9 millions de livres sterling, 122,7
millions d’euros), un chiffre en augmentation de
30 % par rapport à 2024. En revanche, malgré les
ventes solides observées début septembre à New
York lors de la dernière édition de l’Armory Show,
les États-Unis semblent marquer une pause
prudente, la reprise s’y faisant encore timide. A
ce titre, les grandes ventes new-yorkaises de ce
mois devraient permettre d’y voir plus clair. Une
chose est sûre toutefois, derrière les rapports
de force, un souffle nouveau s’impose, celui des
métissages. Le décloisonnement est devenu la
langue commune d’un monde où tout circule,
tout s’échange, tout se traduit. Ce brassage, autrefois
perçu comme une menace à la hiérarchie
des genres, est devenu la signature d’une mondialisation
plus mature. Et peut-être est-ce là, au
fond, le message que nous adresse le marché de
l’art en cet automne de mutation : une invitation
à observer la lente respiration d’un monde qui
ne s’effondre pas, mais s’invente à nouveau. Un
marché où la valeur ne se mesure plus seulement
en millions, mais en sens.
Christophe Dosogne
14 78 50
Sotheby’s
célèbre Breguet
Au fil du temps :
le dragon
Turner & Constable :
un duel dans le creuset
du romantisme
36
Le Manga,
un marché en devenir
40 Nicolas Besnier, l’orfèvre retrouvé « C’est un marché mondialisé,
avec un potentiel de croissance
énorme, les personnages
d’animés sont aujourd’hui plus
populaires que Tintin »
6
54
Obsessed!, de la broche
à la performance
Sommaire
Novembre 2025
Dossiers
Rubriques
44
Antica Namur
14 Turner & Constable :
un duel dans le creuset
du romantisme
24 Patricia Urquiola, pour
une réalité hybride
30 Louise Nevelson : le noir
comme acceptation
32 Mahmoud Bodo Rasch,
architecte de deux
mondes
36 Le Manga, un marché
en devenir
40 Nicolas Besnier,
l’orfèvre retrouvé
44 Antica Namur
50 Au fil du temps : le dragon
54 Obsessed!, de la broche
à la performance
58 Art public : entre utopie
et réalité
78 Sotheby’s célèbre Breguet
82 Michel Mouffe, un capital
émotionnel
8 Up to date
12 Personalia
22 L’artiste du mois :
Dittmar Viane
28 Zoom : Robert Doisneau
à Liège
62 La vie du conservateur :
Thomas Cleerebaut, à
propos de Félicien Rops et
de son amour du Japon
64 Musées
70 Parole de galeristes :
Frederik Vergaert et Ferry
Saris (FRED & FERRY)
71 Galeries
116 Salles de ventes
117 Bonnes adresses
Ventes
86 L’avis de l’expert : un
singulier vase Catteau
pour MonsAntic
90 Focus International
94 La surprise du mois
95 Ventes en Belgique
Agendas
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68 Musées
76 Galeries
114 Ventes
115 Foires & Salons
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@ARTMAGAZINECOLLECT
www.collectaaa.be
7
Up to date
->
La version 2025 des cuvées Dom Pérignon par l’artiste japonais Takashi Murakami. © Dom Pérignon
Signa temporum, ars temporis…
Droit de réponse : suite aux informations
publiées, en ces lignes, dans notre édition
d’octobre, le galeriste Constantin Chariot
nous demande de publier le rectificatif
suivant, précisant que : « aucune enquête
en cours ne me concerne, ni dans le cadre
de l’affaire Reynders, à laquelle je ne suis
pas lié, ni dans une autre. (…) Ma galerie
Espace Constantin Chariot ne ferme pas;
nous avons inauguré le 2 octobre une
exposition sur l’abstraction en Belgique
de l’après-guerre à 1980 qui s’achève le 30
novembre. » Dont acte. Voir le détail de la
programmation de l’ECC sur : www.espaceconstantinchariot.com
S Du 27 au 30-11,
lors des Nocturnes du Sablon, quelque
300 commerçants, notamment marchands
d’art et galeries, vous accueilleront dans
une ambiance féérique sur et autour du
Sablon. www.lesnocturnesdusablon.com
S Fondée en 1839, l’incontournable Maison
Costermans est l’un des derniers antiquaires
historiques du Sablon à Bruxelles. Installée
dans un hôtel particulier classé du XVIIIe
siècle, elle souhaite perpétuer la tradition
familiale tout en misant sur l’innovation et
la rencontre. Avec l’ouverture récente du
Café Costermans dans la cour intérieure et
l’arrivée, ce mois-ci, en front de rue, de la
marque de vêtements Ami Paris, Costermans
souhaite se doter d’une image plus
contemporaine afin de séduire un nouveau
public. La galerie perpétue ainsi la tradition,
en une nouvelle scénographie contemporaine
et modulaire. www.costermans-antiques.com
S Kanal-Centre Pompidou
organise, pour la deuxième fois, le salon du
livre queer Brussels Ass Book Fair (du 28 au
30-11). www.brusselsassbookfair.be S Début
octobre, Frieze annonçait le lancement d’un
salon à Abu Dhabi en partenariat avec le
ministère de la Culture et du Tourisme, avec
pour objectif de transformer Abu Dhabi Art
en une franchise sous la marque Frieze en
2026. L’édition de novembre se déroulera
comme prévu, mais sans l’aide d’Art Basel,
un temps pressentie, qui à la place organisera
une nouvelle foire dans le Golfe, au
Qatar en février. La lutte pour conquérir
la base croissante de collectionneurs du
Golfe s’annonce brutale. www.frieze.com S
Colnaghi, l’une des plus anciennes galeries
d’art encore en activité au monde, s’apprête
à ouvrir un espace à Riyad, après avoir
conclu un accord avec la société saoudienne
de capital-investissement Sarat Investment
Holding, d’une valeur d’environ 2,6 millions
de dollars. www.colnaghi.com S Le GRESAC
(Groupe de recherche en sociologie des arts
et des cultures de l’ULB) organise, le 04-11
à 18h00, en collaboration avec le marchand
Virginie Devillez Fine Art, un premier talk
d’une nouvelle série consacrée au marché
de l’art. Ce premier chapitre, organisé à
Bruxelles, sera dédié au rôle des experts.
Inscription obligatoire via gresac@ulb.be S
Soucieuse de préserver l’intégrité de la Villa
Empain, la Fondation Boghossian entame
une nouvelle phase de travaux, avec la
restauration de la terrasse carrelée située à
l’arrière de l’emblématique édifice Art déco.
Celle-ci devrait bientôt retrouver l’esprit et
l’esthétique voulues par son architecte Michel
Polak. www.fondationboghossian.com
S Fin septembre, la ville de Louvain était élue
Capitale européenne de la Culture en 2030,
au détriment de Molenbeek et de Namur. S
En Flandre, en raison d’un plan d’austérité
budgétaire et sur décision du gouvernement
de la Communauté flamande, les
grands musées d’art devraient être à terme
regroupés en trois pôles : Anvers pour les
beaux-arts, Gand pour l’art contemporain
et Ostende pour l’art moderne et les
maîtres belges. Cette décision devrait nuire
fortement au M HKA d’Anvers, déjà mal en
point, qui vient de se voir refuser un plan de
réaménagement à 130 millions d’euros et
devrait, suivant ce plan, se muer en centre
d’exposition international. Protestant contre
cette décision, qu’il juge « imbécile », son
président, Herman De Bode, a démissionné.
S Depuis le 25-10, la Fondation Cartier
pour l’art contemporain accueille, à Paris,
le public dans l’immeuble haussmannien
des anciens Grands Magasins du Louvre,
entièrement rénové sous la houlette de
l’architecte Jean Nouvel. La présentation
inaugurale intitulée Exposition Générale
(jusq. 23-08-2026) retrace quarante ans de
création contemporaine internationale à
travers des œuvres emblématiques et des
fragments d’expositions ayant marqué la
8
UP TO DATE
->
->
->
Les espaces de galerie de la Maison Costermans au Sablon. © Maison Costermans
programmation de la fondation depuis sa
création en 1984. www.fondationcartier.
com S Presque trente ans après sa création,
la maison Tajan change à nouveau de
mains. L’entreprise, pionnière du renouveau
des enchères parisiennes dans les années
1990, vient d’être reprise par l’entrepreneur
Édouard Challemel du Rozier. À 42 ans, le
fondateur de Bail Art, société spécialisée
dans le financement d’œuvres d’art, prend
Jean Grimal, Nature Morte avec Flûte et
Cardinal Rouge, XXe siècle, huile sur toile.
© Courtesy Chastelain & Butes / G.A.N.D.A.
Kunstroute
la tête d’une maison historique du marché
français. www.tajan.com S A l’approche
des fêtes, la marque de champagne Dom
Pérignon renouvelle son dialogue avec l’art
contemporain en invitant Takashi Murakami
à imaginer deux éditions limitées pour la
saison 2025 : l’une dédiée au Dom Pérignon
Vintage 2015 (250 euros), l’autre célébrant le
lancement du Dom Pérignon Rosé Vintage
2010 (420 euros). www.domperignon.com
En novembre, Gand respire l’art !
À Gand, la 45e édition de G.A.N.D.A. (Gent
Antiques Design Art) sera inaugurée le 28-11
par une avant-première exclusive. On découvrira
ensuite, deux week-ends durant, les
29 et 30-11 et les 06 et 07-12, la riche tradition
artistique et la créativité contemporaine de
la ville. Un parcours artistique passant par
34 sites vous fera découvrir une offre variée
allant des peintures, sculptures et créations
de bijoux contemporains au design vintage
et aux chefs-d’œuvre séculaires. www.
ganda-kunstroute.be S Dans la salle de
lecture des magazines de la Boekentoren de
Gand, conçue par l’architecte Henry Van de
Velde, une œuvre unique de Dirk Braeckman
est depuis peu exposée en permanence,
aux côtés d’une œuvre de Berlinde
De Bruyckere. Avec EE.m.WP. (t)here.2021
1/1 du premier et It almost seemed a lily VI,
2018-2021 de la seconde, la vision originale
de Van de Velde d’intégrer l’art reprend vie.
Ces œuvres peuvent être admirées pendant
les heures d’ouverture de la salle de lecture.
www.boekentoren.gent
Marthe Donas,
une figure
oubliée au
KMSKA
Elle peignait sous le pseudonyme
unisexe de Tour Donas et joua, avec
son compagnon le sculpteur Alexander
Archipenko (1887-1964), un rôle
important au sein du cercle artistique
La Section d’Or à Paris. Marthe
Donas (1885-1967), née à Anvers, a
connu un succès international après
la Première Guerre mondiale grâce
à ses peintures cubistes et abstraites
colorées. En 1917, elle fit la connaissance
d’Archipenko ; les deux artistes
se retrouvèrent non seulement
dans l’amour, mais aussi dans leur
approche artistique du volume et
du mouvement, de l’espace et du
vide. Ensemble, ils élevèrent leur art
novateur à un niveau supérieur en
explorant les limites de la forme et de
la couleur, dans un croisement entre
cubisme et abstraction. L’exposition
Donas, Archipenko & La Section
d’Or. Modernisme enchanteur au
KMSKA (jusq. 11-01-2026) inclut
notamment des prêts provenant de
musées internationaux et des œuvres
issues de collections privées, associées
à des chefs-d’œuvre d’artistes
amis, tels que Mondrian, Modigliani,
Goncharova et Vassilieff, et témoigne
du rôle central occupé par ce couple
d’artistes au sein de l’avant-garde
internationale du XXe siècle.
S www.kmska.be
Marthe Donas, Composition abstraite nr. 6,
collection privée. © Marthe Donas Foundation
/ photo : Cedric Verhelst
9
UP TO DATE
Luxembourg se concentre sur Montréal
Du 21 au 23-11, Luxembourg sera placé sous le
signe de l’art moderne et contemporain. Cette
onzième édition de la Luxembourg Art Week,
qui continue de se développer sous la direction
de sa nouvelle directrice Mélanie de Jamblinne
de Meux, réunira 77 galeries internationales,
principalement issues du Luxembourg, de France
et d’Allemagne, mais aussi 17 galeries belges.
Parmi les nouveaux venus, on trouve EDJI Gallery
et Hangar de Bruxelles, de même que Avee de
Courtrai dans la section Take Off consacrée aux
artistes prometteurs et aux jeunes galeries. Tous
les deux ans, le salon met en lumière la scène
artistique d’une ville hôte et, cette année, l’accent
est mis sur Montréal. Outre le salon, des Art Talks
et un programme ‘‘hors site’’, avec Art Walks,
sont également organisés afin de créer un pont
entre la scène artistique locale et les visiteurs du
salon. L’organisation souhaite ainsi être accessible
à la nouvelle génération de visiteurs et de
collectionneurs. www.luxembourgartweek.lu S
Presque au même moment (du 20 au 23-11) se
tiendra la cinquième édition de la Biennale De
Mains De Maîtres Luxembourg. Cet événement,
une initiative des grands-ducs Guillaume et
Stéphanie de Luxembourg, met à l’honneur l’artisanat
et le savoir-faire locaux sous le titre Nature
Singulière. L’invité d’honneur est la République
tchèque, qui combine tradition artisanale et art
contemporain. www.demainsdemaitres.lu
->
Stefan Peters, Untitled, 2024, 150 x 110 cm. © de l’artiste / Courtesy Zwart Huis / Luxembourg
Art Week
->
La maquette du Palais
chinois de Laeken
Lorsque l’architecte Alexandre Marcel fut chargé par Léopold II, à l’issue de
l’Exposition Universelle de 1900, de construire le Palais chinois et la Tour japonaise,
dans les environs du Palais royal de Laeken, il fit d’abord réaliser une
maquette du projet par des artisans de Shanghai. Très détaillée, celle-ci vient
d’être restaurée par une équipe de maquettistes professionnels, engagée par
l’ASBL Palais Chinois grâce au soutien du Fonds René et Karin Jonckheere de
la Fondation Roi Baudouin, et peut être admirée à l’entrée des salles consacrées
à la Chine, au sein du musée d’Art et d’Histoire, à Bruxelles. En outre, fin
janvier, c’est désormais confirmé, elle sera également présentée au Heysel,
dans le cadre prestigieux de l’édition 2026 de la BRAFA, avant une possible
exposition dans un musée gantois. www.chinahouse.be
Vue de la maquette restaurée du Palais chinois, au sein des
salles du musée du Cinquantenaire à Bruxelles, bois, pièces
imprimées en 3D en filaments de bois, éléments moulés en
résine, 380 x 180 x 80 cm. © Collection Palais Chinois et des
Pays des Routes de la Soie / photo : Anna de Callataÿ
10
UP TO DATE
Majorque, nouvelle place to be ?
->
L’intérieur du Terminal 1 du Zayed International
Airport d’Abou Dhabi, nouvelle
destination de NOMAD. © NOMAD
->
Kumi Oguro, Candy, 2024. © de l’artiste / Courtesy IBASHO Gallery / Paris Photo
Art Cologne, salon dédié à l’art moderne
et contemporain, est un événement
incontournable du mois de novembre.
Il se tient cette année du 07 au 09-11 à la
Koelnmesse. Avec 165 galeries participantes
issues de 25 pays, de Sao Paulo
à Tokyo, l’organisation souhaite refléter
toute l’étendue du marché de l’art actuel
dans quatre sections : Galleries, Neumarkt,
Collaborations et Art+Object. Les participants
belges sont GNYP Gallery, KIN,
Edouard Simoens et Uitstalling Art Gallery.
Mais l’organisation essaime, qui a annoncé
la tenue d’un nouveau salon : Art Cologne
Palma Mallorca au Palau de Congressos.
La première édition, qui se tiendra au
printemps 2026, du 09 au 12-04, viendra
compléter l’édition d’automne et sera
organisée en collaboration avec l’association
des galeries Art Palma Contemporani
(APC). Majorque possède une scène
artistique vivante et en pleine expansion
et est, en outre, de plus en plus facilement
accessible depuis toutes les grandes villes
européennes. Avec l’arrivée d’Art Cologne
Palma Mallorca, l’île renforce sa position
de phare culturel méditerranéen. www.
artcologne.com S Du 13 au 16-11, le Grand
Palais à Paris accueille à nouveau le monde
de la photographie d’art, à l’occasion de
Paris Photo. Cette 28e édition, qui compte
224 exposants, dont 59 nouveaux venus,
se veut plus audacieuse, plus diversifiée
et plus internationale. Outre la section
principale, qui comprend notamment
IN-DEPENDANCE, IBASHO, Gallery Fifty
One et Annie Gentils d’Anvers, la section
Voices trouve également sa place sous
la coupole centrale, avec une exposition
organisée autour des thèmes du paysage
et de la représentation des relations
et de la parenté. Le secteur Emergence
présente vingt expositions individuelles
de nouvelles voix prometteuses dans le
domaine. Quant à lui, le secteur Digital
explore de nouvelles formes numériques.
Paris Photo souhaite ainsi réaffirmer son
ambition en tant qu’espace de réflexion
et d’expérimentation. www.parisphoto.
com S S NOMAD, salon itinérant dédié au
design et à la collection, qui revient chaque
année en février à Saint-Moritz, lance deux
nouvelles éditions : l’une à Abu Dhabi en
novembre et l’autre dans les Hamptons
en juin. À Abu Dhabi, le salon occupera
(du 20 au 22-11) le terminal 1 désaffecté de
l’aéroport international Zayed, monument
du modernisme régional conçu à la fin des
années 1970 par Paul Andreu, également à
l’origine du projet artistique de l’aéroport
de Roissy Charles de Gaulle au nord de
Paris. Ses débuts américains auront lieu
au Watermill Center, institution légendaire
du metteur en scène et artiste visionnaire
Robert Wilson. Ces deux nouvelles
destinations s’inscrivent parfaitement
dans la mission de NOMAD, qui consiste à
présenter le design et l’art dans des cadres
architecturaux exceptionnels.
www.nomad-circle.com
11
Têtes de l’Art
Lut Maris
In memoriam : Lut Maris, fondatrice
et inspiratrice de la Galerie
De Mijlpaal, est décédée le 22 septembre.
Depuis 1993, elle organisait
des expositions thématiques
mêlant art contemporain, art ethnique
et design. Elle a collaboré avec
des artistes de renom tels qu’Octave
Landuyt, Koen Vanmechelen, Nick
Ervinck et Kristof Vrancken, et
présenté, pendant des années, des
expositions estivales à Knokke.
Demeurée très modeste, elle a toujours
donné la priorité à l’art, tout en
enthousiasmant les visiteurs pour
de nouvelles expériences. Elle était
également régulièrement sollicitée
comme commissaire d’exposition.
© photo : Rudi Smeets
Lionel Vinche
In memoriam : L’artiste Lionel
Vinche est décédé le 12 septembre,
à l›âge de 88 ans. Né en 1936
à Antoing, ce peintre, dessinateur,
aquarelliste et créateur de peintures
murales et de décors de théâtre,
en grande partie autodidacte, avait
développé à partir des années
1960 une œuvre poétique et narrative,
peuplée de figures humaines,
d’animaux et de plantes, et imprégnée
d’humour et de joie de vivre.
Son style, apparemment naïf, cache
une profonde réflexion sur la vie et
la mort. Il a exposé dans de nombreuses
galeries belges et internationales
et avait reçu, en 2005, le Prix
Jos Albert de l’Académie royale de
Belgique.
© Wikipedia
Christine Brachot
In memoriam : La galeriste Christine
Duchiron-Brachot (1944-2025)
est décédée le 7 octobre. Avec son
ex-époux Isy Brachot, elle a joué un
rôle-clé dans le monde de l’art belge
et international. Depuis ses galeries
de Bruxelles et Paris, elle a offert
un espace à des artistes novateurs,
parmi lesquels Magritte, Panamarenko
et Roman Opalka. Grâce à
son regard aigu, ses choix audacieux
et son engagement sincère, elle
sut créer des liens entre des générations
d’artistes et de collectionneurs.
© D. R.
Léo Marin
Nomination : Le critique d’art et
commissaire indépendant français
Léo Marin a été sélectionné
pour mener à bien la 9e édition du
festival Beaufort, sur la côte belge.
Pour Beaufort 27 (du 22-03 au 07-11-
2027), il sélectionnera les œuvres et
déterminera les emplacements en
concertation avec les communes
côtières. Son propos curatorial souligne
le caractère collectif du festival
: « Ce sera un carrefour vivant
d’histoires, de formes et de désirs
pour l’avenir. »
© photo : Hafid Lhachmi
12
Xavier Eeckhout
Vinciane de Traux
Promotion : La salle de ventes Artcurial
vient de désigner Vinciane
de Traux au poste de directrice
adjointe. Depuis sa création en 2012,
elle dirige le bureau belge, fonction
qu’elle continuera d’exercer tout
en élargissant ses responsabilités
au niveau européen. Elle deviendra
ainsi l’interlocutrice principale entre
les bureaux de Bruxelles, Monaco,
Milan et Munich et le siège social
de Paris. Sa nomination souligne la
position stratégique de la Belgique
dans le développement international
d’Artcurial et renforce la cohésion
entre les principaux marchés
européens de la salle.
© Artcurial / photo : Benjamin Brolet
zaine de septembre. Dans le même
temps, le salon abandonne le nom
de FAB Paris et revient à l’appellation
d’International Fine Arts Paris. La
prochaine édition aura lieu du 19 au
23-09-2026, avec le Musée du Grand
Siècle comme invité d’honneur.
© Studio Shapiro
Bottiroli et Humuza
Cecilia Vicuña
Lauréate : L’artiste, activiste et poète
chilienne-britannique Cecilia
Vicuña (1948) s’est vue attribué le
Prix Roswitha Haftmann, d’une
valeur de 150.000 francs suisses,
décerné par la fondation éponyme.
Ce prix récompense l’ensemble de
son œuvre, qui allie radicalisme
artistique, puissance poétique et
engagement social. Ainsi, depuis
les années 1960, elle combine art et
action politique, mettant l’accent sur
la justice sociale, les cultures indigènes,
l’écologie et le pouvoir transformateur
du langage. La cérémonie
de remise aura lieu le 21 novembre,
au Kunsthaus Zürich. Cette récompense
constitue le prix artistique le
mieux doté d’Europe.
© D. R.
Nomination : Le Kunstenfestivaldesarts
a choisi Silvia Bottiroli et
Corinna Humuza comme nouvelles
directrices artistiques. À partir
de janvier 2026, elles dirigeront le
festival aux côtés du directeur administratif
Frederik Verrote. Silvia Bottiroli
est conservatrice, chercheuse
et ancienne directrice artistique du
DAS Theatre d’Amsterdam, tandis
que Corinna Humuza apporte son
Mercato : L’antiquaire français Xavier
Eeckhout (1972) a été nommé président
de Fine Arts Paris, qui vient
de clôturer avec succès son édition
2025 (FAB Paris). Cet important
salon d’art et d’antiquités s’installe
désormais de manière permanente
au Grand Palais, où il se tiendra chaque
année durant la seconde quinexpérience
en tant que conservatrice
au Kampnagel à Hambourg et
en tant qu’universitaire spécialisée
dans les études afro-américaines.
Leur vision commune allie innovation
artistique et engagement social.
Elles succèdent à Daniel Blanga
Gubbay et Dries Douibi, qui dirigeaient
le festival depuis 2018.
© photos : Margherita Caprilli et
Djenna Wehenphol
13
14
Turner
& Constable
Un duel dans le creuset du romantisme
JMW Turner, Fishermen at sea, 1796, huile sur toile, 91,44 × 122,24 cm. Londres, The Tate Britain. © Tate
Voici la première œuvre de l’artiste, exposée à la Royal Academy de Londres l’année de sa création.
15
Peintre ‘‘du feu’’, de
la Lux romantique,
parfois rebelle,
Turner gomme les
détails pour filtrer
l’essence lumineuse
du monde.
JMW Turner, Autoportrait, ca. 1799, huile sur toile, 74,3 x 58,4 cm. Londres, The Tate Britain. © Tate
La gentille rivalité qui opposa
les peintres William Turner et
John Constable s’inscrit comme
l’un des grands chapitres de
l’histoire de l’art britannique. Deux
hommes, deux visions du monde,
deux tempéraments artistiques
confrontés au sein du romantisme
anglais : Turner, l’alchimiste
des cieux et des lueurs, contre
Constable, le poète de la terre et
des nuages.
TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE
Blottie dans la première moitié du
XIXe siècle, leur joute ne se lit
pas seulement comme un épisode
biographique. Elle révèle de
profondes tensions esthétiques, souvent
motivées par le contexte du romantisme,
époque mouvante, éprise de grandeur et
d’émotions, où l’on cherche à sublimer
l’ordinaire et à transcrire sur la toile le
souffle même de la nature. C’est dans ce
contexte, où s’opposent les concepts séminaux
de Lux (du latin signifiant ‘‘lumière’’)
et de Nox (nom latin de la déesse grecque
de la nuit, Nyx), qu’au printemps 1832, la
Royal Academy of Arts de Londres devint
le théâtre d’un affrontement mémorable.
Turner y expose Helvoetsluys ; la ville
d’Utrecht, 64, prenant la mer, une marine,
pâle et subtile, face à L’Ouverture du pont
de Waterloo de Constable, immense toile
mêlant des tonalités de rouge et d’or.
D’emblée, les deux artistes ne sont pas
égaux face à l’accrochage décidé par le
jury. Car, dans la Somerset House, où se
tient depuis 1769 l’exposition annuelle de
l’Académie royale de peinture et de sculpture,
les œuvres bataillent pour être vues
et séduire les commanditaires d’un monde
où carrière rime avec visibilité. Turner,
voyant son tableau éclipsé par la composition
flamboyante de son rival, choisit
la riposte. Le jour du vernissage, il ajoute
d’un geste vif une tache rouge au cœur
des tourments de sa mer, un simple signal
de navigation, comme une bouée, mais
surtout un coup de génie chromatique, qui
attire l’œil et fait immédiatement oublier
l’œuvre de Constable. Ainsi, le lendemain,
le public n’a-t-il plus d’yeux que pour cette
note éclatante. Bien plus qu’une haine
féroce, cet épisode symbolise en fait une
rivalité amicale et subtile entre les deux artistes,
qui ne versera jamais dans la haine
plate. Loin de se vouer une inimitié stérile,
Turner et Constable garderont chacun une
admiration secrète : Constable votera ainsi
pour Turner lors de son élection à la Royal
Academy, et reconnaîtra la « merveilleuse
amplitude d’esprit » de son confrère.
16
DEUX TEMPÉRAMENTS, DEUX UNIVERS
Fils d’un barbier-perruquier, Joseph Mallord
William Turner (1775-1851) a grandi
dans les faubourgs populaires de Londres.
Après une formation classique à l’école de
la Royal Academy, à l’enseignement gratuit
mais de haute qualité, il est très vite attiré
par les embruns et les paysages marins
qu’il découvre, dès 1791, dans les villes de
Bath ou de Malmesbury. C’est lors de ces
premiers voyages hors de la capitale anglaise
qu’il réalise l’importance de dessiner
des croquis préliminaires avant de poursuivre
ses œuvres en atelier, développant
l’habitude de prendre des idées à l’extérieur
en été pour les retravailler l’hiver en
atelier. Ses tableaux, paysages et marines
d’Angleterre et d’Ecosse permettent au
jeune peintre surdoué d’obtenir rapidement
une grande réputation, qui lui attire
la sympathie et le soutien de nombreux
mécènes. Par leurs acquisitions, ceux-ci
nourrissent sont tempérament intrépide
et avide d’expériences et de voyages. Dès
lors, dès 1802, il parcourt l’Europe, carnet
souple à la main, découvrant la France, la
Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, l’Allemagne
ou l’Italie. Ses croquis, annotés
de lettres pour chaque couleur (‘‘R’’ pour
rouge, ‘‘B’’ pour bleu), deviendront, de
retour à l’atelier, des paysages traversés par
son imagination atmosphérique. Peintre
‘‘du feu’’, de la Lux romantique, parfois
rebelle, Turner, qui a beaucoup étudié
l’œuvre de Willem van de Velde le Jeune, de
Claude Lorrain ou même de Nicolas Poussin,
tend à gommer les détails pour filtrer
l’essence lumineuse du monde, jusqu’à
parfois troubler la critique, qui s’interrogera
même un temps devant ses toiles sur
une possible instabilité psychique de leur
auteur. A contrario, son cadet d’une année,
John Constable (1776-1837), héritier d’un
Le romantisme, ce siècle de la sensation et
du sublime, aura vu deux titans transformer
le paysage ; l’un vers la lumière et l’inouï,
l’autre vers le motif et la précision.
John Constable, The White Horse, 1819, huile sur toile, 131,4 × 188,3 cm. New York, The Frick Collection.
17
John Constable, Dedham Vale, 1828, huile sur toile, 144,5 × 122 cm. Edimbourg, The National Galleries of Scotland.
18
JMW Turner, Le déclin de l’Empire carthaginois, exposé en 1817, huile sur toile, 170,2 x 238,8 cm. Londres, The Tate Britain.
Par cette œuvre, l’artiste exprime enfin vraiment la quête lumineuse (Lux) qui fera sa renommée.
Laissons à
Turner le souffle
incandescent,
à Constable la
brise modeste des
collines anglaises.
riche meunier, père de sept enfants et fidèle
anglican, est un homme de terroir, de
la Nox, un gentleman farmer enraciné dans
ses terres du Suffolk et attaché aux tourments
des cieux sombres et changeants
de l’Angleterre. Sa peinture, également apprise
à l’école de la Royal Academy et qui
doit beaucoup à Gainsborough, mais aussi
à Rubens, Ruysdael ou même Rembrandt,
procède plutôt d’une quasi-vénération naturaliste
: lors de longues séances en plein
air, il étudie chaque nuage, chaque frisson
de feuillage. Ses notes méticuleuses,
recueillies sur le motif, lui servent ensuite
à l’élaboration de grandes compositions
d’atelier, où la nature semble respirer avec
une précision quasi scientifique. «J’aime
leur odeur », dira d’ailleurs plus tard
Lucian Freud devant les charrettes de foin
de Constable, d’une présence étonnante,
peintes au moment où Turner s’envole de
plus en plus vers l’abstraction paysagère,
les miroitements de la lumière et bientôt le
sublime atmosphérique.
DU PITTORESQUE ET DU SUBLIME
Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle,
la peinture de paysage connaît un avènement
spectaculaire. L’idéal romantique
cherche à élever la nature à la hauteur
d’un temple, à y inscrire la grandeur du
sentiment et la fragilité du destin humain.
Turner et Constable incarnent deux
facettes de ce mouvement : le premier
diffuse l’intensité héroïque du sublime,
de la transcendance, tandis que le second
s’emploie à retranscrire les nuances paisibles
et changeantes du réel, dans toute
sa dimension pittoresque. Dès lors, l’acte
de peindre devient comme une quête
initiatique. Explorateur, Turner esquisse
depuis un bateau sur la Tamise – idée que
Monet reprendra plus tard à Giverny –
mais ramène surtout de ses voyages des
carnets où la mémoire visuelle se mêle au
rêve. Artisanal et visionnaire, il marque
une rupture stylistique, la naissance du
paysage moderne, infusée de la future révolution
de l’impressionnisme jusqu’à l’abs-
19
John Constable, Hampstead heath with a Rainbow, 1836, huile sur toile, 50,8 x 76,2 cm. Londres, The Tate Britain. Une toute autre approche de la recherche lumineuse
que celle de Turner.
Le jeune John Constable par Ramsay Richard
Reinagle, ca. 1799, huile sur toile, 76,2 × 63,8 cm.
Londres, The National Portrait Gallery.
Constable est un
homme de terroir, de
la Nox, un gentleman
farmer attaché
aux tourments
des cieux sombres
et changeants de
l’Angleterre.
traction. Turner influencera ainsi Monet,
tout en inspirant la critique du sublime. De
son côté, Constable, solitaire, qui observe
avec patience et méthode, cherche à comprendre
chaque pan du paysage anglais
pour le rendre indiscutablement juste,
demeurant ainsi la référence du réalisme
rural, aimé pour sa fidélité au motif et à la
vie simple. Cette pseudo-rivalité entre Lux
et Nox, entre lumière spirituelle et trivialité
ordinaire, caractère ineffable et singulière
picturalité, continue de structurer
la mémoire de l’art britannique du XIXe
siècle, comme en témoigne l’exposition
proposée cet hiver par la Tate Britain.
Laquelle révèle combien les œuvres des
deux maîtres dialoguent, s’affrontent et
fusionnent parfois dans un même élan de
modernité. Le bonheur du spectateur est
en somme d’avoir le choix, entre le jaillissement
sensuel et incandescent de Turner
ou la tendresse minutieuse de Constable.
DE LA PLURALITÉ DE L’ART
Pourtant, dans la culture populaire même,
le duel entre Turner et Constable est
renouvelé : musées rivaux, presse friande
de classements, films et biographies, tout
contribue à raviver l’émulation de ces
‘‘géants jumeaux’’. Quant à elles, les expositions
continuent d’organiser le débat ;
la Tate Britain penchera volontiers pour
Turner, tandis que le Victoria and Albert
Museum célèbrera plutôt Constable, dans
la plus pure tradition des paris et des
sondages britanniques. Or, leur pseudorivalité
ne fut pas seulement affaire de
technique picturale, mais pose une problématique
universelle, celle de la valeur
dans la société des artistes, de la recon-
20
Les deux peintres,
qui s'observaient
constamment l'un
l'autre, possédaient
deux approches
singulières du sublime
et du pittoresque.
naissance, du jury, du public, de l’histoire.
Car, in fine, Turner et Constable, chacun
à leur manière, n’auront eu de cesse que
de donner sens à la nature, à l’émotion, à
la lumière. Il y a, dans ce face-à-face qu’on
leur impose, quelque chose de profondément
anglais : deux visions du paysage,
deux arts du sublime et du naturel, qui ne
cessent de se dévisager et de se critiquer.
L’œuvre de Turner, tout en atmosphères
et en fièvre, touche au mystique, aux
frontières du visible ; celle de Constable,
humble et rigoureuse, demeure la matrice
du réalisme européen. La grande leçon de
ce duel n’est donc pas tant celle d’un vainqueur
ou d’un perdant, mais plutôt celle
de la pluralité, de la fécondité de l’Art en
temps de crise. Le romantisme, ce siècle
de la sensation et du sublime, aura ainsi
vu ces deux titans transformer le paysage
; l’un vers la lumière et l’inouï, l’autre vers
le motif et la précision. Laissons à Turner
le souffle incandescent, à Constable la
brise modeste des collines anglaises. Leurs
univers opposés ne cessent de se rencontrer,
rappelant que la beauté naît parfois
du contraste absolu et du respect même
de la rivalité.
VISITER
Turner and Constable: Rivals and Originals
du 27-11 au 12-04-2026
Tate Britain
Londres
www.tate.org.uk
JMW Turner, L’Incendie de la Chambre des Lords et des Communes, le 16 octobre 1834, 1835, huile sur toile, 92 x 123,2 cm. Cleveland, The Cleveland Museum of Art.
21
L’ARTISTE DU MOIS
Dittmar Viane
Dans cette série, COLLECT s’intéresse à la place des jeunes artistes
dans le monde contemporain. Pourquoi ont-ils choisi cette voie, d’où
leur vient leur inspiration et comment se positionnent-ils ? Ce mois-ci,
place à Dittmar Viane (1998).
TEXTE : ELIEN HAENTJENS
PORTRAIT : GUY KOKKEN
Contrairement à la plupart des
ateliers d’artistes, il n’y a pas une
goutte de peinture au sol chez
Dittmar Viane. Le fait qu’il travaille
méticuleusement et qu’il utilise un pinceau
composé de quelques poils fins y est
pour beaucoup : « J’exécute dix tableaux
par an, en moyenne. Selon la difficulté de
la composition, il me faut environ un mois
à chaque fois. Je suis très perfectionniste.
Si je décide de peindre un élément spécifique,
par exemple, je ne peux m’arrêter
avant qu’il ne soit parfaitement net et
historiquement précis. Avant de peindre, je
réfléchis longuement et ne fais donc pratiquement
pas d’erreurs. Comme je laisse
sécher chaque couche avant d’en entamer
une nouvelle, j’ai le temps de réfléchir. La
technique ancestrale du glacis me permet
d’apporter de subtiles nuances de couleurs
et une profondeur dense à mes peintures.
Mais aussi de faire disparaître complètement
la texture du panneau de bois sous
la couche picturale. Pour obtenir une palette
de couleurs jaunies caractéristiques,
évoquant l’application de vernis, je réalise
mes mélanges moi-même. Je travaille
généralement des couleurs légèrement
plus foncées et discrètes, qui confèrent
une certaine unité. » Si ses œuvres ont l’air
réalistes, elles recèlent toutefois un côté
mystérieux et surréaliste. Ainsi, la perspective
est souvent erronée ou multimodale
et interchangeable. Dans l’œuvre Trinkets
of Nature (2025), qui fait référence à une
collection d’éléments d’origine naturelle, le
plateau de la table est représenté dans une
quasi-verticalité : « J'aime l'art populaire,
comme les sculptures en bois peintes à la
main représentant des oiseaux ou d'autres
objets quotidiens, que l’on trouve habituellement
dans les natures mortes, mais
aussi chez les artistes dits naïfs comme
Henri Rousseau, Camille Bombois ou Adolf
Dietrich. Je partage leur amour du détail et
aime la façon dont l’avant-plan et l’arrièreplan
se fondent dans leur travail. Leurs
œuvres possèdent une tactilité singulière
et sont perçues comme aliénantes. »
Mes petits arbres stylisés évoquent aussi
l’univers du jeu vidéo, tandis que la simplicité
rustique de la vie paysanne nourrit
un imaginaire proche de l’esprit de l’école
de Latem. » Le lien le plus évident est celui
qui le rattache aux primitifs flamands,
tant sur un plan technique qu’esthétique :
« J'aime leurs couleurs, l’air décalé des
personnages et l’absence d’émotion. On a
l’impression que leurs sujets sont incapables
de ressentir de la douleur. L’un de mes
22
L’ARTISTE DU MOIS
préférés est Dirk Bouts, également appelé
‘‘le peintre du silence’’. Je recherche la
même quiétude et la même simplicité
dans mon travail. Il s’agit d’une référence
esthétique et picturale, mais j’y apporte
aussi des touches contemporaines, tant sur
le plan de la composition que du contenu.
Blue-Butterfly Day, 2025, huile sur panneau, 24 x 18 cm.
© de l’artiste / Courtesy Gallery Sofie Van de Velde.
The Hunting Hound Triptych, 2024, huile sur panneau, 60,2 x 80,5 cm.
© de l’artiste / Courtesy Gallery Sofie Van de Velde
partient à l’Histoire. » Depuis sa résidence
temporaire à Valence, Dittmar Viane
passera les prochains mois à préparer
sa première exposition personnelle en
la Gallery Sofie Van de Velde, prévue en
mars 2026. Il n’y a pas de véritable thème :
« J'ai dix idées que je veux développer. Il
n'y a pas de récit global. Chaque tableau
constitue un nouveau départ. Lorsqu’une
image me fascine, je commence généralement
par en faire un rapide croquis sur
mon téléphone. L’idée conceptuelle ne
change pas beaucoup à ce moment-là,
mais l’exécution concrète et les couleurs
ne prennent vraiment forme qu’au fil du
processus. Dans chaque cas, le format
détermine le cadrage de l’image. » Mais
s’il devait citer un thème dominant, ce
serait la nature et la relation que nous
entretenons avec elle : « Des animaux sont
toujours représentés dans mes œuvres. Je
suis fasciné par les motifs, les couleurs et
les détails des ailes des papillons ou des
oiseaux, par exemple. Comme il existe
encore un très grand nombre d’espèces,
la source d’inspiration est inépuisable. En
tant que photographe amateur, j’essaie de
capturer le plus grand nombre d’espèces
possible, que ce soit dans la jungle péruvienne
ou lors de randonnées en Autriche.
Bien que je reste très subtil, des scènes en
apparence paisibles prennent parfois une
tonalité critique et satirique, invitant par
exemple à réfléchir au changement climatique.
» La lenteur de sa production remet
en question les conventions du marché
de l’art : « Peindre plus rapidement n'est
« Je recherche
quiétude et
simplicité dans mon
travail »
SOUS-ENTENDU SATIRIQUE
L’humour y joue un rôle essentiel. Je
m’amuse régulièrement à détourner mots
ou expressions, qui inspirent ensuite mes
créations. Dans Before the Annunciation
(2025), par exemple, on a l’impression que
l’archange Gabriel vient de cueillir un lys
pour la Vierge. Et le pigeon voyageur de
The Messenger (2025) tient vraiment une
enveloppe entre ses griffes. En même
temps, je suis fasciné par l’Histoire et
m’intéresse, entre autres, à l’utilisation
de matériaux naturels dans le mobilier
ancien, aux habits traditionnels et aux pratiques
des magiciens, comme celle de la
baguette de sourcier. J’aime aussi les films
d’époque et les encyclopédies illustrées
sur les oiseaux ou les roches. Le fait que
j’aie étudié l’illustration à la KASK de Gand
y est peut-être pour quelque chose. Inspiré
par un ami, j’ai alors commencé à expérimenter
la peinture acrylique. La planéité et
le manque de détails me plaisaient moins,
mais le fait de peindre m’a ouvert tout un
univers. Les belles couleurs, la superposition
des couches et le séchage plus lent
m’ont rapidement fait préférer la peinture
à l’huile. Comme les primitifs flamands
furent parmi les premiers à l’utiliser, je me
suis plongé dans leur œuvre. Le reste apévidemment
pas une option. Entre chaque
couche, l'œuvre doit sécher. Je ne me
laisse pas envahir par l’idée qu’il y ait une
liste d’attente, par exemple : je laisse cette
gestion à la galerie. La qualité de chaque
œuvre passe d’abord. J’aime me lancer de
nouveaux défis et ne souhaite jamais créer
deux fois la même chose. En même temps,
cette manière de travailler rend difficile la
fixation d’un prix juste pour une œuvre. J’ai
de bons contacts avec certains collectionneurs
et suis toujours ravi de voir où mes
œuvres sont accrochées. J’aime beaucoup
le fait que mon travail soit vu à l’extérieur
et avoir l’occasion d’entendre différents
points de vue à son sujet. » Et de conclure,
hilare : « Mon amie et mes parents aimeraient
bien que je trouve un vrai travail,
mais je n’ai vraiment pas le temps pour
l’instant ! »
SURFER
www.dittmarviane.com
www.sofievandevelde.be
23
Patricia Urquiola
Pour une réalité hybride
Dans le cadre d’Europalia
España, le Centre d’Innovation
et de Design (CID) consacre
une exposition à l’une des
plus importantes designers du
moment, Patricia Urquiola. Metamorphosa
entraîne le visiteur dans
un univers créatif en perpétuelle
mutation.
TEXTE : ELIEN HAENTJENS
Table Shimmer, 2015, verre. © de l’artiste / Courtesy Glas Italia
Peu de créateurs ont autant marqué
de leur empreinte le monde du
design international que l’Espagnole
Patricia Urquiola (1961). Résidant en
Italie, après des études à Madrid et Milan,
elle devint professeure-assistante auprès
d’Achille Castiglioni et d’Eugenio Bettinelli.
Elle a, plus tard, aidé Vico Magistretti à produire
des meubles pour la marque italienne
De Padova et dirigé le studio de design Lissoni
Associati. Après cet apprentissage chez
les grands maîtres italiens, elle fondait son
propre studio en 2001. Patricia Urquiola travaille,
depuis lors, pour nombre de grandes
marques, de Moroso, Kettal, cc-tapis et
Louis Vuitton à Baccarat, Four Seasons
ou Mandarin Oriental. Elle est également,
depuis 2015, directrice artistique de Cassina.
Cette profusion de projets de design
et architecturaux a compliqué la recherche
d’un bon angle d’incidence. « Lorsque j’ai
assisté, il y a dix ans, à une présentation à
Flagey à Bruxelles, j’ai été frappée par sa
façon de nouer des contacts et de trouver
de nouvelles idées, tout en parlant », déclare
la directrice et commissaire d’exposition
du CID, Marie Pok. « Depuis l’estrade, elle
demandait à son mari de les noter précieu-
24
Mushmonster, 2025, polimex. © de l’artiste / Courtesy Moroso / photo : Studio Eye
sement. L’agilité constante de son esprit
et sa façon de passer en souplesse d’une
réflexion à l’autre constituent des atouts
dans le monde actuel. Cette attitude est
peut-être l’une des raisons pour lesquelles
ses idées collent autant à une réalité
changeante. » Patricia Urquiola étudie, par
exemple, les possibilités de conception de
nouveaux matériaux recyclés et la façon
dont ceux-ci peuvent trouver leur place
dans l’industrie. Pour la société danoise
Mater, elle a exploré, avec la collection Alder
(2024), les possibilités des fluides résiduels
comme le café ou les copeaux de bois.
Aidée de son studio milanais, qui compte
une petite centaine de collaborateurs tous
départements confondus, elle a développé
pour la société italienne Cimento® un matériau
composite à base de fluides résiduels
industriels. Ce nouveau type de ciment
constitue la matière première des briques
qu’elle a développées, entre autres, avec des
algues de la lagune vénitienne et du verre
recyclé pour l’installation The Other Side of
the Hill (2025), présentée à l’Arsenale lors
de la dernière Biennale d’Architecture de
Venise. Cette installation explore l’avenir
de la vie dans les villes, tant sous l’angle
« L’agilité constante
de son esprit et sa
façon de passer, en
souplesse, d’une
réflexion à une autre
sont des atouts
dans le monde
d’aujourd’hui »
d’une croissance démocratique explosive
que d’un déclin de la population mondiale.
Cette installation spéculative illustre la
possibilité de créer des modes alternatifs de
cohabitation, inspirés des ‘‘cités’’ microbiennes
présentées dans des boîtes de Petri.
Son installation interdisciplinaire met, non
seulement, l’accent sur la régénération et
l’interdépendance, mais présente aussi un
nouveau modèle hybride pour la vie sur
notre planète où l’humain n’occupe plus la
place centrale.
ENTRE ARTISANAT ET INDUSTRIE
L’interaction entre artisanat et industrie
constitue une autre constante de son
œuvre. Cette thématique constituait le fil
conducteur d’une exposition rétrospective
présentée au Philadelphia Museum of Art.
L’artiste s’est laissée inspirer par le soufflage
du verre de Murano pour les vases Sestiere
(2022) produits par Cassina. Si le verre était
lui-même soufflé à la bouche, les morisas,
avec leur motif à rayures caractéristique,
étaient appliquées à la main, faisant de
chaque vase de cette édition un exemplaire
unique. Un concept qui rend hommage à
la verrerie vénitienne traditionnelle. Marie
Pok : « Pour le projet Hybrida (2022), elle a
recouru aux connaissances artisanales de
la manufacture de porcelaine Real Fabbrica
di Capodimonte. Une recherche de
possibilités novatrices utilisant la barbotine
de porcelaine lui a permis de créer une
série d’objets de céramique étonnants, en
y trempant entre autres une éponge ou des
fleurs. Ces pièces uniques sont vendues aux
enchères chez Christie’s au profit du centre
de formation de la manufacture. » La métamorphose
de son esprit la pousse à ressortir
des projets et idées anciens et à leur insuf-
25
fler une nouvelle vie. « Le siège Gruuvelot
(2025) pour Moroso constitue, à ce titre, un
exemple intéressant. Il s’inspire du système
de canapé Gruuve, lui-même une évolution
des chaises Lowseat (2000). Le siège est
ainsi passé d’une forme plus statique à une
entité vivante, qui se répand dans l’espace
à la manière d’un organisme. Plus qu’un
meuble, c’est devenu un paysage, avec ses
volumes indéfinis et ses extensions qui ne
cessent de se transformer. Une invitation
à interagir qui redéfinit le dialogue entre
corps et objet. Pour le revêtement, l’artiste
a développé, en étroite collaboration avec
Kvadrat, un tissu qui consomme jusqu’à
90 % en moins d’eau et émet jusqu’à 80 % en
moins de gaz à effet de serre. »
Octopada, 2023, polyester recyclé. © de l’artiste / Courtesy Kvadrat / photo : Casper Sejersen
« Plus qu’un meuble, le siège Gruuvelot
est devenu un paysage, avec ses volumes
indéfinis et ses extensions qui ne cessent
de se transformer »
MARIE POK (CID)
TRANSFORMATION
Le profond amour qu’elle nourrit pour
une métamorphose durable ne tient pas
uniquement à sa personnalité, mais est
devenu une véritable vision de la vie. Elle
s’inspire, à cet effet, de philosophes comme
Bruno Latour, auteur de livres sur les liens
entre l’humain et le non-humain ou entre
le naturel et l’artificiel. Marie Pok : « Patricia
Urquiola aspire à une réconciliation des
contraires, dévoile les liens entre certaines
réalités divergentes et associe ses idées
dans des réseaux non-hiérarchiques. Avec
Gruuvelot, 2025, panneaux multiplex, mousse polyuréthane et tissus Kvadrat. © de l’artiste / Courtesy Moroso / photo : Studio Eye
26
« Par le biais d’une
projection avec des
références et des
dessins, on plonge le
visiteur dans l’univers
idiosyncratique de
Patricia Urquiola »
MARIE POK (CID)
cette vision métaphorique de notre rapport
à la nature et entre nous, elle rejoint
des philosophes tels que Gilles Deleuze
et Félix Guattari, entre autres, mais aussi
des artistes comme Sam Balfus. La vidéo
de créatures étranges que celui-ci a réalisé
dans le cadre de l’installation Nature Manifesto
de la musicienne et artiste islandaise
Björk, a été prise par cette dernière comme
référence à ses propres créations qui
mettent en scène des êtres fantastiques. Par
le biais d’une projection avec des références
et des dessins, on plonge le visiteur dans
son univers idiosyncratique. Le catalogue,
le deuxième de sa carrière, offrira une interprétation
plus large de son œuvre. » Son
installation Among-us (2025), réalisée pour
le salon allemand du textile Heimtextil,
est un exemple de création qui adhère à ce
monde fantastique. Marie Pok : « Avec cette
œuvre, elle a voulu célébrer des formes
nouvelles, hybrides de cohabitation. Elle
traduit une vision holistique de notre cadre
de vie et du rôle que le textile y joue, ainsi
que l’habillage de canapés sous la forme
de créations uniques. En étroite collaboration
avec la société italienne cc-tapis, elle
a créé une série de pièces représentant des
créatures monstrueuses, qui symbolisent
certains changements indispensables, mais
parfois effrayants, tandis qu’avec le siège
Mushmonster (2025), elle inventait pour
Moroso une créature hybride ressemblant à
un champignon. Sa série Cryptid (2025) est
également inspirée d’un paysage hybride
peuplé d’êtres surprenants. »
FUSION HYBRIDE
Son aptitude constante à s’adapter à la
réalité changeante fait de Patricia Urquiola
l’une des plus puissantes créatrices de
sa génération. Elle dit elle-même, entre
autres, qu’elle s’intéresse à la nouvelle
poésie issue de technologies novatrices et
Pipeline, 2022, laine, prototype noué à la main. © de l’artiste / Courtesy cc-tapis / photo : Alejandro Ramirez Orozco
que le monde du design ne cesse d’évoluer
vers une fusion hybride entre artisanat
et numérisation. Stimulée par cette
métamorphose, elle repense la matière, la
hiérarchie, le récit et la beauté. « Dans les
tapis Pipeline (2022), elle mêle artificiel et
humain. Les techniques de dessin numérique
vont de pair avec des techniques
artisanales tels que le tuftage, comme
s’il était l’œuvre d’un robot », estime la
directrice du CID. La numérisation, mais
aussi l’utilisation de nouveaux matériaux
donnent lieu à une esthétique renouvelée.
Marie Pok : « Nous exposerons aussi bien
sa table Shimmer (2015), à laquelle une
palette de couleurs changeantes confère
un rayonnement magique et éthéré, que
son projet Babar (2024). Le matériau recyclé
à 100 %, qui associe du gravier de verre
à des polymères en partie végétaux, détermine
un langage visuel organique : des
pieds épais, éléphantesques, une surface
irrégulière et une palette de couleurs qui
changent à chaque production. Chaque
pièce est réalisée sur commande et à la
main. Cela signifie que les consommateurs
doivent changer de mentalité, apprendre à
se débarrasser des normes connues et que
la perfection, la prévisibilité et l’immédiateté
appartiennent au passé. L’intégration
de ces idées dans l’industrie, sans jamais
se contenter de certitudes acquises, rend
Patricia Urquiola exceptionnelle. »
VISITER
Patricia Urquiola. Meta-morphosa
du 14-12 au 26-04-2026
CID
Hornu
www.cid-grand-hornu.be
27
ZOOM
Robert Doisneau
Quatre secondes d’éternité
On ne présente plus Robert Doisneau, dont chacun connait les photos
les plus célèbres comme Le baiser de l’Hôtel de ville ou Les pains de
Picasso. D’avril à octobre, près de quatre cents de ses clichés ont été
montrés au musée Maillol à Paris dans l’exposition Robert Doisneau.
Instants donnés. Augmentée d’un chapitre belge, elle est désormais
visible à La Boverie de Liège.
TEXTE : JEAN-MARC BODSON
Le baiser de l’Hôtel de Ville, Paris, 1950. © Atelier Robert Doisneau
28
ZOOM
Une des toutes bonnes monographies
de Robert Doisneau
(1912-1994), la première d’ailleurs,
date de 1979.Dans sa préface, le
photographe expliquait son choix du titre
Trois secondes d’éternité : « Il est des jours
où l’on ressent le simple fait de voir comme
un véritable bonheur ; on est léger, léger (...).
On se sent si riche qu’il vous vient l’envie
de partager avec les autres une trop grande
jubilation. (...) Le souvenir de ces moments
est ce que je possède de plus précieux. Peutêtre
à cause de leur rareté. Un centième de
seconde par-ci, un centième de seconde
par-là mis bout à bout, cela ne fait jamais
qu’une, deux, trois secondes chipées à
l’éternité. »Si l’on compte bien, avec ses
quelques quatre cent clichés, l’exposition
qui s’ouvre à La Boverie de Liège devrait
nous offrir quatre secondes d’éternité.
Mais en fait, ce décompte poétique ne
vaut pas ici, car le parti pris des organisateurs
est celui d’une « exposition totale»
qui « invite le visiteur à entrer dans les
coulisses de la création ». Et donc, à partir
des quelques 450 000 clichés que compte
l’Atelier Doisneau, c’est – un peu à la façon
de la monographie parue chez Taschen en
2014 – une exposition ‘‘sur’’ ou ‘‘à propos’’ du
photographe de Montrouge plutôt qu’une
sélection de son cru, témoignant d'un œil
à la fois malicieux et plein de sympathie
comme celle de Trois secondes d’éternité.
C’est surtout, paradoxalement à propos de
cet homme empreint d’une réelle modestie,
un très gros spectacle avec des dispositifs
interactifs et audiovisuels comme
les affectionne l’agence Tempora, déjà à la
manœuvre dans les récentes expositions
sur Elliott Erwitt ou Steve McCurry. Ceci,
avec un chapitrage où l’on retrouve à la fois
une façon de photographier en se promenant
comme dans les séries Banlieues,
Bistrots, Enfance, Rencontres et un aperçu
de ce à quoi l’artiste, diplômé en gravure à
l'Ecole Estienne s'astreignit, pour gagner sa
vie : Tirages, collages et bricolages ; Agence,
publications et publicités ; Les années Vogue.
RÉALISME POÉTIQUE
Parmi ces productions rémunératrices, il y
a bien entendu celles réalisées lors des cinq
années que Robert Doisneau passa, tout
juste avant la guerre, comme photographe
à la régie Renault et qui se termina par un
licenciement pour « retards répétés ». Il y
a celles qu’il réalisa en Belgique et que l’on
retrouve ici, dans une sélection inédite. Il y
a, bien évidemment aussi, l’évocation de ce
Le cadran scolaire, Paris, 1956. © Atelier Robert Doisneau
« Il y a des jours où le
simple fait de pouvoir
voir est une véritable
source de bonheur »
ROBERT DOISNEAU
reportage sur les amoureux de Paris, commandé
par le magazine Life en 1950, dont
la célèbre image des Amoureux de l’Hôtel
de Ville défraya la chronique judiciaire. En
effet, 35 ans après la prise de vue, un couple
vint réclamer des droits à l’image. Ce cliché
étant commercialisé sur des posters, des
cartes postales, des draps et taies d’oreillers,
ils avaient cru flairer le bon filon. Mais,
il en furent pour leurs frais, car Doisneau
put prouver qu’ils n’étaient pas les protagonistes
de cette prise de vue pour laquelle
il avait rémunéré deux comédiens. Tout ce
travail des années ‘‘laborieuses’’, comme les
qualifiait Jean Claude Gautrand, n’efface
évidemment pas les images de l’observateur,
on pourrait dire de l’ethnographe du
Paris populaire. Celles des premiers livres
en collaboration avec des auteurs renommés.
On pense à La Banlieue de Paris (1949)
avec Blaise Cendras, Les Parisiens tels qu’ils
sont avec Robert Giraud (1954) ou Pour que
Paris soit (1956) avec Elsa Triolet. Autant
d’ouvrages pleins de formidables photographies,
plus exactement pleins des centièmes
de secondes inoubliables comme Les deux
frères (1936), Mademoiselle Anita (1951) ou
Stricte intimité (1945). Et d’innombrables
autres, qui illustrent ce qu’a été le ‘‘réalisme
poétique’’, ce courant de la photographie
humaniste dont il fut un fer de lance avec
Willy Ronis, Izis et Edouard Boubat.
VISITER
Robert Doisneau. Instants Donnés
du 31-10 au 09-04-2026
La Boverie
Liège
www.expo-doisneau.com/liege/
29
Louise Nevelson
Le noir comme acceptation
Louise Nevelson est une superstar
de la sculpture américaine. Elle
s’est imposée, dès la fin des années
1950, dans un monde artistique
dominé par les hommes, avec ses
assemblages majestueux en bois
récupéré, peints en monochrome
noir. On dit qu’à l’époque, elle était
aussi célèbre, voire davantage,
qu’Andy Warhol. Et elle n’a jamais
été oubliée depuis, bien au contraire.
L’exposition du musée de Wiesbaden
s’articule autour de ses assemblages
et collages. Et en janvier sera
inaugurée une rétrospective, au
Centre Pompidou Metz.
TEXTE : CHRISTINE VUEGEN
Night Sun I, 1959. Collection privée. © Courtesy Gió Marconi, Milan / VG Bild-Kunst, Bonn, 2025 / photo :
Fabio Mantegna
«
Je
fais des collages. Je rassemble
un monde brisé
afin de créer une nouvelle
harmonie. » Cette célèbre
citation de Louise Nevelson (1899-1988)
s’applique également à la technique de
ses assemblages. Car ses collages bidimensionnels,
elle les a gardés quasiment
secrets sa vie durant. L’artiste est née
près de Kiev, en Ukraine, alors territoire
de l’Empire russe. Plus tard, ses parents
émigrent aux États-Unis, dans le Maine,
où elle passe son enfance. En 1920, elle
s’installe avec celui qu’elle vient d’épouser,
Charles Nevelson, à New York. Elle y
étudie le chant, le théâtre, la peinture et la
sculpture. Elle divorce en 1931 et, à défaut
30
L’oeuvre révèle l’artiste
de l'homme, elle décide de conserver
son nom. Par la suite, elle restera célibataire
et libre toute sa vie, n’ayant que
faire des normes sociales et des attentes
des femmes de son époque. Les photos
d’elle sont presque aussi célèbres que ses
sculptures : on la voit prenant la pose pour
le monde extérieur, telle une impératrice,
avec des tenues excentriques, les yeux
outrageusement maquillés. « Architecte
des ombres », c’est ainsi qu’elle se définissait.
Dans son art, elle joue avec l’espace, la
lumière et l’obscurité.
AMOUREUSE DU NOIR
Night Sun I (1959) est l’un des assemblages
présenté au musée de Wiesbaden. Louise
Nevelson composait avec des objets et
matériaux de récupération : des planches,
des caisses, des pieds de chaise, du fer
d’armature et bien d’autres choses, souvent
des vestiges de bâtiments démolis de New
York. Elle organisait ces éléments en des
sortes de boîtes ouvertes, créant ainsi
une composition. Ensuite, elle peignait
l’ensemble en noir pour l’uniformiser.
Cette technique dote l’œuvre d’une dimension
minimaliste, évoquant le colorfield
painting, tous les objets et matériaux
devenant équivalents. S’ils proviennent du
quotidien, ils ne sont pas toujours faciles
à identifier. En résulte une abstraction à
la fois très tangible, énigmatique et quasi
mystique. Pour Louise Nevelson, le noir
était synonyme de totalité : « Quand je
suis tombée amoureuse du noir, pour
moi il contenait toutes les couleurs. Ce
n’était pas une négation. Au contraire,
c’était une acceptation. » L’utilisation du
noir renforce encore l’aspect mystérieux
de ses œuvres. Plus tard, elle peindra également
des assemblages monumentaux
en monochrome blanc ou monochrome
or, durant ce qu’elle nommait sa ‘‘phase
baroque’’. Très tôt, elle fut influencée par le
cubisme de Picasso et le constructivisme
russe de Tatline. Elle a réalisé Night Sun I
un peu à la manière de Mondrian, avec des
horizontales et des verticales. Il s’agit d’une
de ses premières ‘‘sculptures murales’’,
type d’œuvre l’ayant rendue célèbre dans
le monde. En 2022, cette sculpture murale
était incluse dans une exposition personnelle
de la Biennale de Venise. D’autres
travaux étaient également présentés dans
l’exposition principale des Giardini. Plus
d’un demi-siècle auparavant, en 1964, elle
avait été sélectionnée pour le pavillon des
Etats-Unis, à Venise.
GÉOMÉTRIE ET MAGIE
L’exposition du Centre Pompidou Metz
offrira un aperçu de son œuvre, depuis
ses premières peintures et sculptures en
terre cuite. Son titre, Mrs. N’s Palace, est
emprunté à une œuvre monumentale de la
collection du Metropolitan Museum of Art
de New York, achevée en 1977, après treize
ans de travail. L’architecture, la sculpture
et la peinture s’y fondent dans une cabane
peinte en noir, qui évoque à la fois une
« Je réunit un
monde brisé pour
créer une nouvelle
harmonie »
LOUISE NEVELSON
grange, un monument ou une chambre
funéraire. Les murs et le plafond sont
assemblés grâce à un amalgame d’objets
et de matériaux trouvés. Le sol est en
miroir. Comme le palais de Mrs Nevelson !
L’artiste a exercé une influence énorme,
par le passé comme de nos jours. Sans se
considérer elle-même comme féministe,
elle a influencé certains mouvements
féministes, ayant produit un art musclé,
dans un format qui n’avait rien à envier
à celui de ses contemporains masculins
comme Jackson Pollock et Richard Serra.
C’est ainsi qu’elle s’est faite connaître sur le
tard. Si sa première exposition personnelle
date de 1941, ses œuvres ne connaissent
alors guère de succès. Au début des années
1950, elle se rend au Mexique et au Guatemala
pour y découvrir l'art précolombien.
Elle commence ensuite à combiner
géométrie et magie. Ce qui débouchera, en
1958, sur le premier grand assemblage mural
noir Sky Cathedral (collection MoMA,
New York). Elle qualifiait ses assemblages
« d’environnements » et concevait également
ses expositions comme un environnement
total. Un autre environnement
précoce, Sky Cathedral III (1959), fut acquis
en 1967 par le Kröller-Müller Museum
d’Otterlo, institution néerlandaise qui
présida, en 1969, à sa première rétrospective
européenne. En Belgique, les musées
royaux des Beaux-Arts faisaient l’acquisition,
en 1968, auprès de la Galerie Daniel
Gervis (Paris), d’une œuvre de 1959, intitulée
Garden of Prix.
IMPACT
Le bois était son matériau de prédilection,
ayant grandi avec lui, fille d’un père
négociant en bois. Après son divorce, alors
qu’elle avait du mal à joindre les deux
bouts, elle ramassait du bois de cheminée
dans les rues de New York avec son fils
Mike. Elle a également réalisé des sculptures
en plexiglas et, à partir de 1977, en
métal. Une installation de sept sculptures
se trouve ainsi, depuis 1978, sur la
Louise Nevelson Plaza, à New York. Arne
Glimcher, fondateur de la Pace Gallery,
déclarait, lors d’une interview en 2022,
qu’elle fut aussi célèbre, voire plus, qu’Andy
Warhol de son vivant. L’enseigne représente
son œuvre depuis 1961. Après sa
mort, sa cote s’est un peu assoupie, son fils
ayant cessé d’alimenter le premier marché.
L’intérêt ne cesse toutefois de croître depuis
la libération de ces œuvres et la création
de la Louise Nevelson Foundation,
en 2005. Sur le stand de Pace, à Art Basel
Paris l’an dernier, une sculpture murale
noire se vendait 750.000 dollars. Le record
d’enchères est de 1,35 million de dollars
pour l’assemblage de peintures blanches
Floating Cloud VII (1977), vendu en 2021
par Christie’s New York. Des sommes
importantes, mais qui n’égalent pas les
prix records des œuvres de contemporains
masculins célèbres. Du moins, pas encore.
Car, en termes d’impact et d’influence,
Louise Nevelson est loin d’être négligeable.
VISITER
Louise Nevelson. Die Poesie des Suchens
du 31-10 au 15-03-2026
Museum Wiesbaden
Allemagne
www.museum-wiesbaden.de
Louise Nevelson. Mrs. N’s Palace
du 24-01 au 31-08-2026
Centre Pompidou-Metz
France
www.centrepompidou-metz.fr
31
Mahmoud Bodo Rash
Architecte de
deux mondes
Du Bauhaus à la Mecque est le titre singulier d’une exposition du Design
Museum Den Bosch, qui explore les liens entre tradition et modernité,
Orient et Occident, nature et architecture, à travers le travail de
l’architecte Mahmoud Bodo Rasch. « L’œuvre de Rasch réunit plusieurs
mondes », explique Yassine Salihine, conservateur en chef du musée et
commissaire de l’exposition.
TEXTE : BEN HERREMANS
Mahmoud Bodo Rasch Jr., les parasols inversés sur la place de Médine. © D. R.
32
Mahmoud Bodo Rasch (1943) se
devait de devenir architecte,
c’était inscrit dans ses gènes.
Son père, Bodo Rasch Sr (1903-
1995) et son oncle Heinz Rasch (1902-1996)
étaient architectes-designers. « Ils faisaient
partie du Deutscher Werkbund et eurent plus
tard des contacts avec le Bauhaus », souligne
Yassine Salihine. « Sa mère, Lilo Rasch-Naegele,
était une célèbre peintre et illustratrice.
Le jeune Mahmoud a grandi dans une famille
d’artistes communistes. Il a étudié l’architecture
à Stuttgart, mais n’aimait pas la façon,
trop démodée pour lui, dont la matière était
enseignée. » Un nouveau monde s’ouvre à lui
lorsque l’architecte Frei Otto l’appelle pour
un job de vacances. Frei Otto (1925-2015)
s’est fait connaître par ses constructions
légères, notamment des toitures textiles
soutenues par des structures câblées. Il
visait une construction efficace, basée sur
une recherche scientifique interdisciplinaire
des phénomènes naturels. Deux mois après
sa mort, il recevait le Prix Pritzker. Yassine
Salihine : « Mahmoud Bodo Rasch a été séduit
par la méthodologie et l’esprit de liberté
de Frei Otto. D’abord en tant que protégé,
puis plus tard ami, il continuera à travailler
étroitement avec lui sa vie durant. » En 1972,
Bodo Rasch devint professeur d’architecture
à l’Université d’Austin, au Texas. Il évoquait
cette période en 2018, dans un entretien avec
l’architecte italien Marcello Della Giustina
pour son projet Does Permanence Matter ?
Ephemeral Urbanism : « Comme le climat à
Austin ressemble à celui des pays arabes, il y
avait beaucoup d’étudiants saoudiens sur le
campus. L’un d’eux, Sami Angawi, est devenu
un ami. Il m’a montré des images du Hadj et
j’ai ainsi découvert que, dans la plaine d’Arafat,
il existait une ville de centaines de milliers
de tentes où les pèlerins, en route pour la
Mecque, passaient la journée. Peu après, Frei
Otto m’a appelé : il voulait participer à un
concours organisé pour assurer l’hébergement
des pèlerins à La Mecque et à Mina. »
Mina est l’endroit où les pèlerins pratiquent
la lapidation rituelle du Diable. Lors du Hadj,
ils y séjournent plusieurs jours sous tentes :
« Otto était au courant de mon amitié avec
Sami et m'a demandé de collaborer. Nous
avons réalisé un dessin à la plume de la vallée
de Mina, sur lequel nous avons positionné
chaque tente. Yassine Salihine qualifie ce
projet « d’ingénieux », le nommant Mountain
Tents parce qu’ils voulaient aussi installer des
tentes dans les montagnes. Si le projet n’a pas
abouti, il fit quand même l’objet de la thèse de
doctorat de Rasch, The Tent Cities of the Hajj. »
LA MECQUE
Un récit spirituel se déploie en parallèle
de ce projet architectural. « Rasch était
un chercheur spirituel », explique Yassine
Salihine. « En 1974, il est revenu du Texas
dépressif. » Extrait de l’entretien avec Marcello
Della Giustina : « Ma patience, mon
argent... tout était épuisé. Avec mes derniers
sous, j’ai acheté un aller simple pour
Djeddah. J’y suis arrivé sans visa ni rien.
Je voulais faire le Hadj avec Sami Angawi
mais, d’après mon passeport, je n’étais pas
musulman. Ils m’ont dit de me convertir à
l’Islam devant un tribunal. Ce que j’ai fait
le jour même. » Rash prend le prénom de
Mahmoud et rencontre le prince Ahmed
bin Abdulaziz : « Il m'a remis un document
m’autorisant à participer au Hadj et m’a
donné de l’argent pour acheter des appareils
photo. « Il a dit : ‘‘Prenez des photos
du Hadj : je veux voir ce que vous voyez.’’ »
Rasch a été subjugué par La Mecque : « On
voyait que c’était une ville médiévale, dotée
d'infrastructures datant d’il y a 1300 ans.
Le Hadj provoquait problèmes et chaos, à
plusieurs niveaux. Avec mes photographies,
grandes, en couleurs, vues du ciel, je suis
retourné chez le prince Ahmed. Personne
ne lui avait montré le Hadj de cette façon,
avec ses problèmes gigantesques. Son gouvernement
ne montrait que le beau côté de
la médaille, jamais l’envers. » Depuis lors,
l’Arabie saoudite est devenue comme la patrie
de Rasch, selon Yassine Salihine : « C'est
là que ses cheminements architectural et
spirituel ont fusionné. Le prince Ahmed lui
a demandé de créer le Hadj Resarch Center.
Rasch a envisagé le Hadj dans une perspective
urbanistique et a appliqué ses idées de
Leichtbau au pèlerinage. » Dans l’entretien
qu’il a accordé à Marcello Della Giustina,
Rasch nous fait part de ses réflexions à ce
sujet : « Les villes de La Mecque, Arafat
et Mina sont des vestiges de l'époque
des grandes caravanes : des cortèges de
personnes, parfois deux cent ou trois cent
mille, et de chameaux. Il s’agissait de villes
mobiles et temporaires. (…) Les pèlerins
qui font le Hadj restent un jour dans la ville
d’Arafat et de trois à cinq jours à Mina. Si
Arafat est rudimentaire, Mina incarne la
transition d’une ville nomade et éphémère
vers une cité plus permanente. On y trouve
de l’ombre, des toilettes et les nombreux
équipements nécessaires. (…) En lançant
ce concours, le gouvernement visait la création
d’une colonne vertébrale pour le flux
des pèlerins rejoignant La Mecque à pied.
Le Hadj consiste en une marche de dix-huit
« Ce qui fait la
particularité du
travail de Rasch,
c’est qu’il conçoit des
objets fonctionnels
pour une pratique
spirituelle »
YASSINE SALIHINE
kilomètres, répartie sur cinq jours. L’objectif
n’était pas de concevoir un grand système
de transport. (…) Quelle est la topographie
de Mina ? Environ trois cents hectares de
vallée et trois cents cinquante hectares de
collines. En utilisant les collines comme
extension pour les logements, on obtient
une plus grande superficie. (…) Influencer le
climat grâce à des structures constitue une
fonction importante de l’architecture. Cela
vaut aussi bien pour un igloo en Antarctique
que pour une tente dans le désert. (…)
Il faut toujours concevoir un projet architectural
de manière à pouvoir le démonter
sans causer trop de dégâts. D’un point de
vue écologique, quoi que l’on fasse sur cette
terre, il faut penser aux conséquences.
Dans ce monde globalisé, les architectes
doivent travailler à grande échelle. Ils le
font soit avec une qualité si impressionnante,
comme celle des temples grecs,
que personne ne souhaite les détruire, soit
en intégrant, dès le départ, l’idée de leur
démantèlement. Comment ce dernier
peut-il être réalisé, et quel en est le coût en
termes d’argent, d’énergie et de destruction
de l’environnement ? »
ARCHITECTE DE LA COUR
Mahmoud Bodo Rasch s’est fait connaître en
2011 grâce à ses parasols inversés installés
dans la ville de Médine, soit 250 exemplaires,
couvrant une surface de 143 000 m2. Ils
33
s’ouvrent et se ferment automatiquement,
en fonction de la position du Soleil, en
silence et en 72 secondes. « Parce que Bodo
Rasch n’est pas devenu complètement
arabe », explique Yassine Salihine. « Il a apporté
la technologie de l’Occident et réalisé
une fusion entre haute technologie et artisanat.
» Ces parasols protègent les pèlerins
du Soleil qui, avec les bousculades, constitue
une cause majeure de mortalité lors du Hadj.
« Ce qui fait la particularité du travail de
Rasch, c’est qu’il conçoit des objets fonctionnels
voués à une pratique spirituelle. Face
au chaos du Hadj, il a proposé des modèles
dynamiques, en lien avec les recherches
scientifiques sur les mouvements de foules.
En intervenant sur la problématique du
Hadj, Rash a gagné en confiance. Yassine Salihine
: « Il agissait comme une sorte d’architecte
de la Cour, recevant de plus en plus de
commandes. Chaque fois que les souverains
d’Arabie saoudite souhaitaient apporter des
améliorations, il était impliqué. » Il a ainsi intégré
le design islamique dans ses structures
légères : calligraphie arabe, motifs géométriques
et floraux. En 1997, le gouvernement
l’appelle pour réaliser de nouvelles tentes
à Mina. Yassine Salihine : « Un incendie
dans le camp de tentes avait fait 340 morts.
Rasch a donc conçu un nouveau système
modulaire et ignifuge, le plus grand village
de tentes du monde. Son projet Mina’s
Tent City est ainsi devenu concret. Lors du
Hadj, deux millions de personnes sont ainsi
hébergées dans plus de cent mille tentes. »
Une autre commande concerne l’agrandissement
de la mosquée du prophète à Médine,
deuxième plus grande d’Arabie saoudite.
Rasch a recouvert les cours de sliding domes,
des coupoles coulissantes. Celles-ci sont
faites de matériaux composites à l’extérieur,
tandis que l’intérieur est orné de sculptures
de bois ouvragé marocaines. Il y eut
aussi la Clock Tower de La Mecque, la plus
grande tour-horloge du monde. Il y avait
ce gigantesque projet immobilier de sept
hôtels. Le chantier était déjà bien avancé, les
tours Abraj Al Bait étaient en grande partie
construites. Puis le Roi voulut y ajouter une
tour-horloge. Mais les fondations n’étaient
pas prévues pour cela. Ils ont appelé Rasch
en précisant que la tour ne devait pas peser
plus de 82 000 tonnes. C’est donc devenu
une structure légère en acier, et une fois
encore, l’architecte a travaillé avec des matériaux
high-tech comme le carbone. C’est un
mastodonte. Le diamètre du cadran fait 45
mètres, et on peut marcher à l’intérieur de
l’aiguille, longue de 23 mètres. »
TRADITION CONTRE MODERNITÉ
L’exposition sur Mahmoud Bodo Rasch est
l’occasion pour Yassine Salihine d’explorer
la modernité sous l’angle de la tradition :
« L’exposition est divisée en trois parties.
La première, Rejecting Tradition, raconte
l’histoire du Bauhaus, devenu une sorte
de symbole de la modernité, rejetant les
traditions architecturales. Mais, à leur
tour, Frei Otto et Mahmoud Bodo Rasch
rejetèrent les conventions du Bauhaus.
Ils choisirent un point de départ complètement
différent, celui de la nature. Leur
argument : ‘‘La nature existe depuis des
millions d’années et, durant cette période,
elle a trouvé toutes sortes de solutions
Durant le Hadj,
deux millions de
personnes sont
hébergées dans
plus de cent mille
tentes à Mina.
pour le transport, la communication et la
distribution d’énergie. Pour trouver des
solutions efficaces, nous devons étudier la
nature.’’ Par exemple, une espèce particulière
de champignon, capable de créer des
réseaux tout en contournant les obstacles.
Des recherches ont été menées pour comprendre
comment ce champignon gérait
son système de circulation. C’est sur cette
base qu’a été développé le réseau de métro
de Tokyo. » Reinventing Tradition est le deuxième
thème. Yassine Salihine : « Lorsque
Rasch est arrivé à La Mecque, il n’a pas été
confronté à une simple tradition, mais à un
rituel religieux profondément enraciné. Il
faut, comme le champignon qui contourne
les obstacles, apprendre à travailler autour
de ces structures. Comment transformer
les cadres de la tradition tout en préservant
le récit religieux ? Pour Rasch, la modernisation
ne se joue pas sur un plan esthétique
ou conceptuel, mais sur un plan fonctionnel.
Il s’agit de la rendre contemporaine. »
Pour le troisième volet, Remixing tradition,
Yassine Salihine s’est mis en quête de designers
d’Asie et d’Afrique qui actualisent les
traditions : « Par exemple, je montre une
table fabriquée par des artisans marocains,
sculptures sur bois et incrustations de
cuivre. Mais l’objet fonctionne comme un
synthétiseur. On peut tout envisager à travers
une autre culture, avec une empreinte
différente. Un exemple de Rejecting Tradition
est le Weissenhovensiedelung, quartier
modèle construit par le Werkbund, à Stuttgart,
en 1927. « Cela fit scandale, on parlait
de ‘‘village arabe’’ », explique le commissaire.
« Les nazis s’en sont ensuite moqués
et en ont fait des cartes postales montrant
des chameaux et des personnages en costumes
arabes. Car soudain, il y avait là des
maisons comme des carrés blancs, avec
des volumes rectangulaires, des petites
fenêtres, des toits plats. On aurait dit des
copies de constructions arabes. Rasch trouvait
cela amusant. Car, qui était moderne et
qui était traditionnel ? En Afrique du Nord,
on construisait ainsi depuis mille ans, alors
que nous l’adoptions comme une forme de
modernité. Les choses peuvent glisser et
raconter une autre histoire. »
OBSERVATEUR
Mahmoud Bodo Rasch est plus connu
dans le monde arabe qu’ici. « Logique, c’est
là que se trouve son travail, qui plus est
dans des villes interdites, inaccessibles aux
non-musulmans », explique Youssine Salihine.
« Lui-même n’est pas facile à appréhender
non plus : il aime cette exposition,
mais préfère qu’on le laisse tranquille. »
Bodo Rasch fait actuellement la navette
entre Dubaï et le Sénégal, où il reconstruit
l’une des plus grandes mosquées d’Afrique,
à Touba. De temps à autres, il se rend à
Stuttgart, où se trouve son entreprise SL
Rasch GmbH Special and Lightweight
Structures, dont son fils Mustafa est le
CEO. Là, Yassine Salihine a pu s’entretenir
avec lui : « Il reste un observateur attentif.
Un homme modeste, qui n'a rien d'un
‘‘starchitecte’’. Il s’est d’ailleurs détourné de
l’architecture, ne s’inscrivant même pas au
registre allemand des architectes, préférant
suivre sa propre voie. »
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35
Le Manga
Un marché en devenir
Osamu Tezuka, Astro Boy flying, 1963, encre de Chine, aquarelle et crayon, 20,4 x 23,3 cm, pour une illustration du jeu d’enfant Kamishibai.
36
En Belgique et en France, le manga
est aujourd’hui le moteur incontesté
des ventes de bande dessinée.
Du côté des collectionneurs, cet
art graphique demeure encore
un marché de niche, car il est
compliqué, en raison notamment
de la rareté des originaux.
TEXTE : GILLES BECHET
Plébiscité par les jeunes générations,
le manga fait encore l’objet
de beaucoup d’incompréhension
et de préjugés de la part des autres
amateurs de bande dessinée. Il est souvent
perçu comme un art hermétique, au langage
très codifié, reposant sur les gros plans
exprimant les émotions, des onomatopées
en abondance et des décors minimalistes.
Pourtant, qui prend la peine de l’explorer se
rend vite compte que l’univers du manga est
très divers et regorge de trésors graphiques
n’ayant rien à envier à leurs pairs européens
ou américains. Au Japon, où le manga se
consomme en quantités industrielles depuis
les années 1950, cela a aussi pris du temps
pour qu’il soit considéré, non seulement
comme un marqueur culturel, mais pour
sa valeur artistique, qui en a fait un objet de
collection et non plus un produit jetable. La
Galerie Sultans of Manga à Anvers, fondée
par Ben Vandewaele est, depuis 2020, une
des rares enseignes consacrées uniquement
au manga. Si sur un de ses flyers se propulse
une illustration d’Astroboy, ce n’est certainement
pas un hasard. Son auteur, Osamu
Tezuka (1928-1989), peut être considéré
comme le père du manga moderne, l’auteur
le plus recherché… et le plus copié. « Vu le
nombre réduit de pièces authentiques disponibles
et l’accroissement de la demande, de
nombreux faux Tezuka circulent, au Japon
comme en Europe. Dans son pays natal, un
site recense tous les faux, mais en Europe,
l’expertise fait encore souvent défaut. Une
fausse planche de Tezuka, vendue sur Yahoo
Japan, a ainsi été proposée dans une maison
de vente, en Europe. » Ben Vandewaele, qui
a une formation en restauration de papiers,
peut vite se faire une opinion en vérifiant
l’ancienneté et le type de papier utilisé.
Yumiko Igarashi, Candy Candy, 1976, encre de Chine et aquarelle sur carton, 36,3 x 25,2 cm, 1976-77 publié
dans l’Artbook Nakayoshi Deluxe Album, Candy Candy illustration part.2.
« C’est un marché mondialisé, avec
un potentiel de croissance énorme,
les personnages d’animés sont
aujourd’hui plus populaires que Tintin »
IMPOSSIBLES À TROUVER
Le record, hors Japon, a été atteint chez
Artcurial, où une planche d’Astroboy était
vendue 269.400 euros en mai 2018. Mais
cela reste une exception. La valeur dépend
des personnages. Si une belle planche d’Astroboy
peut monter à 120.000 ou 150.000
FRÉDÉRIC DELORGE
euros, une planche d’une autre série de Tezuka
se négociera entre 10.000 et 15.000 euros.
Après Tezuka, tout dépend des envies
des collectionneurs, souvent très variées.
Parmi les mangakas (auteurs de manga,
ndlr) ‘‘impossibles à trouver’’, on trouve
de grands noms contemporains comme
37
« On a beau
être expert, les
collectionneurs sont
toujours plus pointus
que nous »
FRANÇOIS MEYNIEL,
Aibo Art Auction
© Hirata Hiroshi / MEL. Compagnie des Arts
Eiichirō Oda ou Akira Toriyama, avec des
prix très élevés et aussi une abondance de
faux. Ben Vandewaele : « Souvent, les collectionneurs
recherchent un style particulier
et restent ouverts à la découverte. Par
exemple, j’ai vendu de nombreuses œuvres
de Tarō Higuchi, un mangaka presque
inconnu, simplement parce qu’il représentait
dans un style remarquable la scène
underground de la fin des années 1960. » Le
nombre réduit d’originaux de mangas disponibles
sur le marché s’explique en partie
parce que, jusque dans les années 1980, les
originaux appartenaient à l’éditeur, non
à leur auteur. Et puis, ajoute le mangaka
Kenshi Horokane, « au Japon, les planches
ne sont pas des œuvres uniques destinées à
être vendues, mais une partie de récit dont
la finalité est la publication. L’original reste
la propriété de l’auteur. » Ben Vandewaele
n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir des
originaux chez les auteurs ou leur entourage,
avec des résultats assez limités : « Les
auteurs de séries très populaires comme
One Piece, Naruto ou Demon Slayer, par
exemple, ont tellement de succès et de
contrats pour des produits dérivés ou des
animés qu’ils n’ont pas besoin de vendre
des planches. Les auteurs moins connus ne
répondent souvent qu’au dixième message
envoyé, quand ils répondent. »
DES COLLECTIONNEURS POINTUS
Dans les salles de vente qui se consacrent
à la bande dessinée ‘‘franco-belge’’, le
manga arrive souvent en fin de peloton,
avec à peine quelques lots. Les amateurs se
rabattent vers des maisons plus spécialisées
comme Aibo Art Auction, qui propose
six ventes par an ou même Mandarake, au
Japon. « 95 à 100 % de nos lots sont vendus,
le plus souvent aux estimations les plus
hautes. Parfois, il y a des prix qui flambent
pour des pièces qui n’avaient pas attiré
notre attention. On a beau être expert, les
collectionneurs sont toujours plus pointus
que nous », explique François Meyniel,
fondateur-directeur associé d’Aibo Art Auction.
Le marché européen est encore jeune
et les collectionneurs peu nombreux. «
Quand j’ai commencé à proposer des mangas,
il y a une dizaine d’années », explique
Ludovic Clément, curateur et expert, « les
collectionneurs de ‘‘franco-belge’’ n’étaient
pas intéressés. Aujourd’hui encore, devant
une planche de Taiyô Matsumoto, je dois
expliquer que cela a une réelle importance.
» Un des problèmes vient de ce que
les acheteurs sont moins tentés d’acquérir
une planche d’une histoire qui n’a pas
été pré-publiée en français, ce qui limite
forcément le choix. Mais la relève est là :
« Dans les expositions, on voit des jeunes
de 20 à 30 ans passionnés par les mangas.
Ils n’ont pas les moyens, mais d’ici quinze à
vingt ans, ils auront l’argent pour acheter et
le marché va exploser. » François Meyniel :
« C’est un marché où tout le travail est à
38
faire pour aller chercher une autre clientèle.
On se trouve dans la même situation
que le marché de la bande dessinée dans
les décennies 1980-1990. » Les mangas et
les animés sont les deux faces d’une même
médaille. Si l’Europe s’est sensibilisée aux
mangas avec la diffusion des animés à la
télévision, à partir des années 1980, sur
le marché japonais, ceux-ci sont souvent
déclencheurs de ventes pour les mangas.
Dans la plupart des ventes, les planches
côtoient les cellos d’animés et de films, avec
comme vedette incontestable Miyazaki,
dont par ailleurs plus rien ne sort du Japon
depuis quinze ans.
Studio Gibli, Porco Rosso, 1993, celluloïd. © Ghibli
PLUS POPULAIRES QUE TINTIN
Face à la rareté des planches de manga,
Frédéric Lorge, fondateur de La Galerie
de la Bande Dessinée à Bruxelles, a
décidé de consacrer une grosse partie de
ses activités à l’exposition et à la vente de
dessins liés aux séries ou aux films animés.
S’il vend quelques cellos, il préfère mettre
en avant les dogas, crayonnés préparatoires,
et les gengas, dessins annotés par
les animateurs en chef : « Le celluloïd, qui
est en couleurs, est plus impactant mais le
doga fait plus de sens, car on y sent la patte
du dessinateur. » Pendant longtemps, les
cellos étaient considérés sans valeur. On
raconte que les premiers collectionneurs
faisaient les poubelles de la Toei ou que le
producteur du film Akira a envoyé tous les
cellos au distributeur américain, au prix
coutant du transport, parce qu’il s’apprêtait
à les jeter. Mais les choses risquent
sans doute de changer car, depuis une
quinzaine d’années, la plupart des studios
sont passés au digital et les cellos se font
plus rares. Si l’âge des acheteurs s’étend de
28 à 60 ans, beaucoup d’entre eux n’avaient
jamais fait d’achat en galerie. C’est un
coup de cœur, souvent lié à des souvenirs
heureux et à la passion pour une série ou
un personnage. Et cette nostalgie est souvent
géographique, car les mêmes séries
n’étaient pas diffusées sur les mêmes territoires.
« Ainsi, si Goldorak a fait les beaux
jours de Récré A2, c’est une autre série de
Gô Nagai qui a été diffusée en Italie. Du
coup, les collectionneurs francophones
ou italiens ne recherchent pas la même
chose », note Jérôme, fondateur de l’eboutique
Dessin moderne du Japon. C’est
un marché jeune et encore très abordable.
Si le prix dépend du personnage ou de la
scène liés au dessin, on peut commencer
une collection avec 200 ou 300 euros. On
peut ainsi déjà acquérir un doga de Naruto
à 200 euros, ce sera 900 ou 1.500 pour des
scènes plus élaborées. « C’est un marché
mondialisé, avec un potentiel de croissance
énorme, les personnages d’animés
sont aujourd’hui plus populaires que Tintin
», conclut Frédéric Delorge.
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Naruto Uzumaki, corrigé de genga, 2007-2017. © Kishimoto / Shueisha, Studio Pierrot
www.aiboartauction.com
39
Nicolas Besnier
L’orfèvre retrouvé
Aiguière et son bassin du service en vermeil dit ‘‘la toilette de Modène’’, 1720-1721. Paris, musée du Louvre, inv. OA9455&RFML.OA.2019.46.2. © Christie’s Images Ltd.
40
Il y a déjà près de trois siècles que
le bruit discret de ses marteaux
s’est tu dans les ateliers du Louvre.
Pourtant, l’œuvre de Nicolas Besnier,
qui fut l’orfèvre officiel du roi Louis
XV, retrouve aujourd’hui la lumière,
portée par l’acquisition d’un
ensemble d’orfèvrerie par le plus
grand musée du monde. Un retour
en grâce soutenu par le marché.
TEXTE : CHRISTOPHE DOSOGNE
C’est en novembre 2019, lors d’une
vente orchestrée par Christie’s,
que l’État français, sous l’impulsion
du musée du Louvre, exerçait
son droit de préemption sur huit des
quinze pièces répertoriées de la ‘‘toilette
de Modène’’. Cet ensemble de vermeil,
réalisé dans le premier quart du XVIIIe
siècle, avait été offert à Charlotte-Aglaé
d’Orléans (1700-1761), fille du Régent Philippe
d’Orléans et de Françoise-Marie de
Bourbon, enfant légitimée de Louis XIV et
de sa favorite Madame de Montespan. En
1720, cette petite-fille ‘‘par la main gauche’’
de Louis XIV devenait ainsi duchesse de
Modène par son mariage avec François III
d’Este (1698-1780). A cette occasion, un
orfèvre de talent, Nicolas Besnier (1686-
1754) lui confectionnait un somptueux
nécessaire de toilette, considéré comme
le fleuron du plus complet et du plus
important service recensé dans la famille
d’Orléans, et le seul qui ait miraculeusement
échappé aux fontes royales et révolutionnaires.
Longtemps dispersés, la rareté
de tels ensembles s’explique : du règne
de Louis XIV à la Révolution, l’argenterie
royale a subi des destructions massives,
dictées tantôt par la nécessité d’alimenter
le Trésor, tantôt par les emballements
belliqueux de l’Histoire. Dès lors, seules
survécurent les pièces ayant franchi les
frontières, emportées avec la fortune de
leurs commanditaires. Outre que leur
retour sur le sol français et leur intégration
dans les collections nationales constitue
une restauration symbolique, un chapitre
retrouvé du roman monarchique, la réapparition
inespérée de ces pièces d’orfèvrerie
d’un style Louis XIV finissant constitue
Ferrière (flacon à parfum) de la toilette de la duchesse de Modène, ca. 1717-1722, vermeil, H. 19,3 cm. Paris, musée
du Louvre, inv. RFML.OA.2019.46.4. © Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / photo : Hervé Lewandowski
une revanche tardive sur l’oubli, qui invite
à revisiter, sans complaisances, le chemin
singulier d’un orfèvre dont le destin
épouse les tumultes d’une époque d’or, de
feu, et de fonte.
EFFACÉ PAR L’HISTOIRE
Commander une toilette sous l’Ancien
Régime n’a rien d’anodin, de surcroît si son
destinataire est de sang royal. A l’époque,
la toilette d’une princesse royale se tient
en public, cérémonial quotidien où le prestige
se reflète dans le métal poli autant que
dans l’art du paraître. Suivant l’étiquette
imposée par Louis XIV à Versailles, et aussitôt
copiée dans toute l’Europe, maquillage,
coiffure, parure, tout se joue devant
une assistance nombreuse, courtisans et
dignitaires s’attardant sur la virtuosité du
Le destin de Nicolas
Besnier épouse
les tumultes d’une
époque d’or, de feu,
et de fonte.
décor et la fraîcheur des formes. Commandée
pour le mariage d’une petite-fille de
France, la toilette de Modène se devant de
refléter l’excellence française, atteignait
ainsi le sommet du luxe et de la créativité
orfévrés. Respectant la tradition initiée par
le Roi-Soleil, son oncle, qui a doté chacune
de ses filles et petites-filles de ce type de
service à l’occasion de leur mariage, le
41
Pot à oille et son plateau du service d’Horace Walpole, 1726-1727, argent. Paris, musée du Louvre, inv. OA 12534 A. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / photo :
Stéphane Maréchalle
Besnier reprend
à son compte les
anciens croquis
familiaux, les
adapte au goût du
jour et y mêle ses
propres fulgurances,
synthétisées en
un vocabulaire
d’ornements, de
frises, d’entrelacs.
Régent Philippe d’Orléans s’est naturellement
tourné vers Nicolas Besnier. Né à
Paris en 1686 dans une lignée de membres
en vue de la cour – son père est le chef
du gobelet du Roi –, il a pour marraine et
oncle des figures majeures du Grand Siècle
artistique. Héritier de même d’une dynastie
d’artisans du Roi, c’est aussi le neveu
du grand Nicolas Delaunay (1646-1727),
l’un des plus fameux orfèvres du règne de
Louis XIV, qui fut l’un des auteurs de sa
fameuse vaisselle d’or et d’argent, fondue
en 1689 pour financer la guerre de la Ligue
d’Augsbourg. Le parcours du jeune Nicolas,
s’il ressemble à celui des ‘‘fils bien nés’’,
n’est toutefois pas sans mérite : il tente
d’abord sa chance en architecture, à l’Académie
de France à Rome, dont il obtint le
premier prix en 1711, avant de se tourner
vers l’orfèvrerie, déjouant les contraintes
d’un long apprentissage grâce à ses appuis
familiaux. Ainsi, dès 1714, il obtient son
brevet d’orfèvre ; trois ans plus tard, il
s’associe à son oncle Nicolas Delaunay,
loge dans les fameuses galeries du Louvre,
puis décroche le titre prestigieux d’orfèvre
du Roi. Dans son atelier, il reprend à son
compte les anciens croquis familiaux,
les adapte au goût du jour et y mêle ses
propres fulgurances, synthétisées en un
vocabulaire d’ornements, de frises, d’entrelacs,
dont la lumière rehausse la ciselure à
la moindre caresse du regard. Son atelier
fournira ainsi la Cour en centaines d’objets
et dessinera des chefs-d’œuvre dont quasiment
rien ne subsiste : la nef royale de Berlin,
maints services de table, de même des
pièces livrées aux châteaux de Fontainebleau
ou de Marly, mais réduites au silence
par les fusions, les besoins en numéraire
ou la brutalité des successions politiques.
Mais l’ambition de Nicolas Besnier est loin
de s’être bornée à l’orfèvrerie. En 1734, il
a rejoint, aux côtés du peintre Jean-Baptiste
Oudry, la direction de la Manufacture
royale de Tapisserie de Beauvais. On l’y
découvre gestionnaire avisé, responsable
de la comptabilité, mais supervisant aussi
la production de tentures signées Charles-
Joseph Natoire, François Boucher et
Oudry lui-même. Métamorphoses d’Ovide,
Histoire de Don Quichotte, Fêtes italiennes,
la fabrique vit alors un véritable ‘‘âge d’or’’,
s’imposant comme un foyer de création à
l’échelle européenne. Sous l’administration
de Nicolas Besnier, elle jouit de privilèges,
42
Nicolas Besnier
gravit tous les
échelons de la
reconnaissance
officielle, devenant
échevin de la Ville
de Paris, puis
conseiller du Roi.
attire les meilleurs apprentis, comme
Pierre Germain dit le Romain, et s’ancre
dans la modernité, élargissant le rayonnement
d’un style français sachant absorber
les influences étrangères et séduire les
têtes couronnées, de Stockholm à Parme,
de Madrid à Berlin. A titre personnel,
Nicolas Besnier gravit tous les échelons
de la reconnaissance officielle, devenant
échevin de la Ville de Paris, puis conseiller
du Roi, logeant au Louvre jusqu’en 1739
avant de transmettre son poinçon et de se
retirer progressivement. Un retrait, orchestré
sans amertume mais non sans lucidité,
qui marque une transition tranquille : à la
soif de modernité succède le désir de voir
naître de nouveaux talents, portés par la
structure artisanale et administrative qu’il
a contribué à renforcer, tout en accompagnant
le renouvellement stylistique qui
traverse le XVIIIe siècle français.
oncle Nicolas Delaunay. Sa démarche
audacieuse va jusqu’à intégrer dans une
même commande des pièces d’époques et
de mains différentes, marquant un goût de
l’éclectisme structuré qui anticipe le style
Louis XVI. Les rares œuvres préservées,
souvent issues de cadeaux diplomatiques
(service Walpole pour l’Angleterre, service
BatemanSpencer), témoignent de la faveur
dont il jouit sur la scène internationale.
La dispersion en 1926, chez Christie’s à
Londres, du service exécuté à la demande
de Willian Bateman (1695-1744) et d’Anne
Spencer, mariés en 1720, n’a pas empêché
la redécouverte, à travers les collections
de l’antiquaire anversois Axel Vervoordt
ou du musée du Louvre, d’assiettes et de
plats signés de la main de Nicolas Besnier,
comme en témoigne la vente par Sotheby’s
d’un plat décagonal en argent, de
la Collection Bernard et Édith Causse,
dispersée à Paris en avril 2023. Ce plat
s’adjugeait alors 12.700 euros, bien au-delà
de l’estimation haute. Car l’œuvre de Nicolas
Besnier s’inscrit dans cette obstination
du beau, de l’utile, du ‘‘grand style’’ qui ne
s’effondre jamais tout à fait. Elle éclaire
aussi, à rebours, le rôle des institutions et
des collectionneurs dans la transmission
d’une mémoire collective, celle de l’éclat
de la France, contre la tentation du silence,
dans l’entre-deux de la gloire et de l’oubli,
entre histoire de l’art et marché.
LIRE
Christophe Huchet de Quénetain, Nicolas
Besnier (1686-1754). Architecte, orfèvre du
roi et échevin de la ville de Paris, Rennes,
Presses Universitaires, 2023, ISBN 978-2-
75359-475-3, 39 €
LE RETOUR EN GRÂCE
Du travail d’orfèvre de Nicolas Besnier
demeure aujourd’hui surtout la correspondance,
les inventaires, la mémoire de réalisations
tout à coup rendue aux archives
par le travail patient des historiens et des
conservateurs, mais aussi de marchands
comme Christophe Huchet de Quénetain,
auteur d’une thèse de référence parue en
2023. Mal compris de son vivant, crédité
d’un classicisme, certes virtuose mais
jugé parfois trop pondéré, Nicolas Besnier
incarne pourtant l’exigence du ‘‘deuxième
style Louis XIV’’ ou style Régence. Il allège
les masses, cisèle des contrastes à la frontière
du rocaille naissant, conjugue les
apports de l’orfèvre classique par excellence
Claude Ballin (1615-1678) et de son
Plat décagonal armorié, ca. 1723-1724, argent, L. 30,5 cm, 1202,6 g. Sotheby’s, Paris, 06-04-2023.
© Sotheby’s Art Digital Studio – 12.700 €
43
Antica Namur
Nos conseils pour les collectionneurs
Antica Namur propose toujours une grande diversité en œuvres d’art et
antiquités, mais certaines racontent une histoire qui ne se dévoile pas
d’emblée. Derrière les signatures, techniques ou autres détails particuliers
se cachent ainsi bien des significations, personnelles, historiques ou
culturelles. En voici une sélection.
VISITER
Antica Namur
du 08 au 11-11
www.antica.be
TEXTE : ELS BRACKE
Expérience
dorée
Ce calice de 1931 par Henri Holemans
(1894-1973) résulte de la fusion de l’orfèvrerie
européenne et de la technique de la
laque orientale. Trente couches de laque
y créent un jeu de lumière et de profondeur,
donnant à sa surface dorée un aspect
presque mystique. Lors de ses voyages à
Paris, Holemans découvre le Rhus vernicifera,
arbre à laque japonais, et applique
cette technique à des objets liturgiques
en métal. Le résultat est une pièce à la
fois techniquement innovante et esthétiquement
saisissante. Ce calice incarne la
rencontre entre tradition et expérimentation,
et témoigne du statut de Henri
Holemans en tant que maître reconnu à
l’international dans l’orfèvrerie religieuse
belge des années 1920 et 1930. Pour les
collectionneurs, il s’agit d’un héritage rare
et d’une preuve éloquente de savoir-faire
interculturel.
Henri Holemans, calice, 23 mai 1931, dorure, laque et ivoire, Belgique, +/- 17,5 x 14,5 cm. © Holemans Manalys
Holemans Manalys
Bruxelles
www.holemans-manalys.com
44
La muse secrète
Roberti mêle histoire et
amour personnel.
Une rare
laitière
Une jeune fille et sa cruche, un chien
tirant une charrette : simple dans
le sujet, complexe dans le contexte.
Ce dessin de Félicien Rops, Laitière
anversoise, date d’avant 1870 et faisait
partie de la collection de François
Olin, ami et mécène de l’artiste. Il fut
vendu aux enchères le 16 juin 1890,
lors de la première vente de la collection
d’Olin, huit ans avant la mort
de l’artiste. L’œuvre témoigne de son
style précoce ainsi que de la reconnaissance
dont il bénéficiait déjà de
son vivant. Pour les collectionneurs,
il s’agit d’un document rare, révélant
à la fois les débuts de sa carrière, son
réseau et l’évolution de sa démarche
artistique.
Manuscripta
www.autographes-manuscripta.com
Pierre Albert Roberti, La reine Blanche de Castille, 1847, huile sur toile, 280 x 155 cm. © Segoura
Un dessin précoce
de Rops : sujet
simple, contexte
profond.
Pierre Albert Roberti (1811-1864) a
peint La reine Blanche de Castille,
scène dans laquelle la souveraine
libère les paysans de Châtenay
et d’Orly. Une œuvre historique, classique,
à première vue. Mais lorsqu’on s’en
approche, on y découvre une touche personnelle
: les traits du visage de Blanche
ressemblent étrangement à ceux de
l’épouse du peintre, Antoinette Theyssens.
La peinture associe donc des faits historiques,
des références personnelles et un
contexte politique. L’artiste l’a présentée
au Salon en 1847, dans l’espoir d’obtenir
une commande royale. Mais cette ambition
s’est heurtée à la Révolution de 1848.
Le tableau, aujourd’hui conservé dans une
collection privée, révèle l’interprétation
que Roberti donne du pouvoir féminin,
mais démontre aussi sa capacité à intégrer
des éléments personnels dans une scène
Un amalgame
rare entre art et
biographie du
XIXe siècle.
historique. Pour les collectionneurs, il
constitue un exemple rare de la manière
dont art et biographie s’entrelacent dans la
peinture belge du XIXe siècle.
Segoura Fine Art
Saint-Ouen-sur-Seine
www.segourafineart.com
Félicien Rops, Laitière anversoise, crayon brun
et noir sur papier, 30,5 x 19 cm, initiales en bas à
gauche. © Manuscripta
45
Joaillier de la lumière
Goossens transforme une simple lampe
en joyau d’intérieur sculptural.
Robert Goossens (1927-2016)
commence sa carrière comme
orfèvre, avant de décliner son
expérience de la haute joaillerie
dans des objets d’intérieur. Sa
Lampe Coquillage (ca. 1980)
combine les motifs de coquillages
et de coraux en bronze doré et
patiné, aux éléments hexagonaux
en strass. Il ne s’agit pas d’une
simple lampe, mais d’un objet
sculptural, comme un petit
bijou d’intérieur. L’association
des matériaux, des formes et
des finitions montre comment
Goossens a su transposer la
technique de la couture dans le
design. L’œuvre illustre le dialogue
entre artisanat, mode et sculpture,
montrant comment un objet porte
en lui une histoire de savoir-faire
et de collaboration avec des figures
emblématiques telles que Chanel
et Yves Saint Laurent.
Cette oeuvre illustre
le dialogue entre
artisanat, mode et
sculpture.
Robert Goossens, Lampe Coquillage, ca. 1980, cristal de roche et bronze doré, 90 x 18 cm. © Rapin
Maison Rapin
Paris
www.maison-rapin.com
46
Double signature
En y regardant de plus
près, on découvre une
double signature subtile
dans cette nature morte.
Si Pieter Gerritsz. van Roestraeten (1630-1700)
commence à peindre ses natures mortes de vanités
dans les Pays-Bas, c’est en Angleterre qu’il trouve son
public. Celle présentée ici représente une table richement
ornée d’argenterie, d’un luth et d’un crâne. Un
exemple classique de vanité, à première vue, symbole
de l’impermanence et de la connaissance. Mais, à y
regarder de plus près, s’y révèle une double signature
subtile. À côté du nom du peintre, en bas à gauche,
un cachet de cire rouge est frappé du monogramme
‘‘SPGR’’, référence ludique au SPQR romain (Senatus
Populusque Romanus). Le cachet représente également
Romulus et Remus avec la louve du Capitole.
Par cette référence, l’artiste ajoute une touche intellectuelle,
un clin d’œil personnel et le signe d’un lien
entre artiste, savoir et pouvoir. La nature morte se
fait ainsi document, à la fois artistique et révélateur
d’une conscience aiguë de l’acte de création.
Pieter Gerritsz. van Roestraeten, A vanitas still life with an elaborate silver vase, huile sur toile,
127 x 103 cm (145 x 122 cm avec cadre), signée en bas à gauche et portant le monogramme
‘‘SPGR’’ dans un cachet de cire. © Jan Müller
Jan Muller Arts & Antiquités
Gand
www.janmullerantiques.com
Bastien et le Prince
Elite, art et mentorat
Alfred Bastien (1873-1955) a peint Caravane
dans le désert pour son ami Willy
Bogaert et pour S.A.R. le prince Charles
de Belgique. Deux cachets de la Maison
du Roi sur le châssis confirment ce lien
avec la famille royale. Le tableau ne révèle
pas seulement la maîtrise technique
du maître, mais aussi son rôle de mentor.
Voici une œuvre où art, relations personnelles
et contexte social se rejoignent, un
témoignage visible de la manière dont
les artistes évoluaient, à l’époque, au sein
des cercles d’élite.
MFJ Gallery
Bruxelles
www.mfj-gallery.be
Alfred Bastien, Caravane dans le désert. © MFJ
47
Qui est Ernest Faut ?
Orphée et Eurydice revivent grâce à sa précision mystique
Ernest Faut (1879-1961) est un artiste
symboliste tardif, resté longtemps
méconnu. Son cycle Orphée
et Eurydice (1935), composé de
quatre dessins, permet de redécouvrir son
œuvre. Élève de Constant Montald et, plus
tard, directeur de l’Académie de Louvain,
il réinterprète les mythes classiques avec
des figures néo-grecques. Les formes
gracieuses et sinueuses, ainsi que l’usage
subtil des couleurs, confèrent à son œuvre
une dimension intemporelle et spirituelle.
Elle témoigne de sa capacité à conjuguer
émotion, mysticisme et précision technique,
tout en offrant un éclairage unique
sur la quête symboliste d’harmonie et
d’idéal. Pour les collectionneurs et les
connaisseurs, c’est une occasion rare de relire
le tragique récit d’Orphée et Eurydice
par le prisme d’un artiste à la signature
ésotérique.
Le Cloître de l’Art
Paris
www.lecloitredelart.com
In Orpheus en
Eurydice combineert
Ernest Faut
emoties, mystiek en
technische precisie.
Ernest Faut, Orphée et Eurydice (L’apparition, Pégase, L’adieu, Le paradis), 1935, plume, gouache et aquarelle soufflée à la paille, 73 x 57 cm,
signé et daté en bas à droite. © Le Cloître de l’Art
48
Une singulière table
La marqueterie
de paille relève
d’une inventivité
aristocratique.
Cette table de lit du XVIIIe siècle, également
connue sous le nom de ‘‘table d’accouchée’’,
ressemble, à première vue, à
un simple meuble, malgré sa dimension
d’intimité et de raffinement. Son plateau
réglable présente une scène de village,
tandis que des compartiments cachés
et un tiroir à motifs floraux témoignent
de l’inventivité des ateliers parisiens.
L’œuvre, attribuée à M. Delasson, illustre
la fusion entre luxe aristocratique et
fonctionnalité pratique. Pour l’œil averti,
il s’agit d’un exemple extrêmement rare
de marqueterie de paille, technique
presque oubliée qui permettait de créer
de petites compositions vivantes. Ce
meuble révèle l’esthétique subtile et les
usages personnels de l’élite du XVIIIe
siècle.
Galerie Cordeau & Oudoux
La Rochelle
www.cordeau-oudoux.com
Table d’accouchée, XVIIIe siècle, incrustation de paille, 61 x 38 cm. Attribué à M. Delasson, Paris. © Cordeaux &
Oudoux
Souvenir intime
d’Ancien Régime
Ce petit carnet de bal (ca. 1774–1780), richement orné d’or jaune et
de laque corail, présente des médaillons sous verre bombé et des détails
en diamants. À l’intérieur, quatre tablettes rivetées d’or portent
des inscriptions personnelles et des dates de naissance, ainsi qu’un
petit crayon à embout en or. Cet objet témoigne de la rencontre entre
luxe personnel, intimité et savoir-faire artisanal, dans la France
de la fin du XVIIIe siècle. Il offre une précieuse source d’information
sur les rituels sociaux, les relations personnelles et les arts décoratifs
de l’élite.
Carnet de bal, Louis XVI, ca. 1774-1780, 7 x 5 cm, 65,3 grammes, riche
monture en or jaune. © Seblantic
SEBLANTIC gallery
Paris
www.seblantic.com
49
Le Dragon
Une fantastique polyvalence
Créature fabuleuse, chimère
reptilienne, le dragon existe depuis
la nuit des temps et sur tous les
continents. Force positive chez les
uns, incarnation maléfique chez les
autres, cette figure monstrueuse
s’impose parmi les plus fascinantes
des multiples panthéons
mythiques.
TEXTE : ANNE HUSTACHE
Les chercheurs ont retrouvé sa trace
jusque chez homo sapiens, prouvant
que cette créature hybride hante
l’homme depuis les origines, sans
doute suite à sa découverte des, autrement
inexplicables, fossiles de dinosaures. Né
probablement en Afrique, où il est affecté
à la garde des eaux, le dragon se répand
en Asie du Sud-Est, puis en Amérique et
termine son voyage autour du monde
en Europe. Il a, bien sûr, connu diverses
mutations. En Occident, où il impose un
corps de saurien, des pattes de lion et des
ailes de chauve-souris ou d’aigle, il incarne
le symbole de la vigilance impitoyable,
crachant le feu au besoin. Cette bête
immonde, associée au mal, est combattu
farouchement par plusieurs saints comme
Georges, intrépide chevalier, et Michel qui
le terrasse à mort. La représentation, très
largement répandue, de saint Georges
semble, par ailleurs, héritée d’une thématique
née dans l’Egypte antique. En Asie,
le dragon est plutôt ‘‘positif ’’ : la Chine le
considère comme le symbole de l’empereur,
et comme un protecteur des sources
et des cours d’eau, rôle qu’il endosse aussi
en Corée ou au Japon. En Asie, la forme du
dragon est généralement plus reptilienne
et il est souvent dépourvu d’ailes.
VISITER
Dragons
du 18-11 au 01-03-2026
Musée du Quai Branly Jacques Chirac
Paris
www.quaibranly.fr
Gueule ouverte
ca. -2600/-2400 av. J.-C.
De nombreux objets en stéatite caractérisent la
sculpture iranienne du troisième et du deuxième
millénaire, cette pierre étant très exploitée et
faisant l’objet d’un commerce avec la Mésopotamie.
Les sculpteurs appréciaient la nature
relativement tendre de ce matériau qui se prêtait
facilement à leur travail. Aussi de nombreux objets
en stéatite ont-ils été réalisés en ces temps
lointains et particulièrement des décors d’objets
d’inspiration animalière, comme en témoigne
ce magnifique manche de couteau. D’emblée,
la gueule ouverte du dragon, au corps dressé de
serpent, exprime la violence dont il est capable.
Les yeux et les écailles devaient être réalisés en
d’autres matières rapportées.
Poignard à manche en forme d’avant-corps de serpentdragon,
Iran, stéatite, cuivre. L. 30 cm. Paris, musée du
Louvre, inv. AO 31912. © Musée du Louvre, Dist. Grand
Palais Rmn / photo : Thierry Ollivier
50
Apotropaïque
569 av. J.-C.
Dragon Mushusyu sur la Porte d’Ishtar, Babylone, brique vernissée. Berlin, Pergamon Museum.
© Staatliche Museen zu Berlin / photo : Sven Stienen
Indubitablement, la porte d’Ishtar constitue l’un
des chefs d’œuvres du musée de Pergame : elle est
constituée de murs recouverts de briques vernissées
bleues. Sur ces hautes parois, deux types de figures
animalières protectrices ont été apposées en relief :
des taureaux et des dragons. Contrairement au
taureau, ou au lion, que l’on découvre dans les allées
processionnelles du lieu, le dragon est le seul animal
représenté qui n’existe pas réellement. La présence de
cet être hybride atteste donc de son importance : avec
son corps et sa queue en forme de serpent, ses pattes
en serre d’aigles et sa langue apparente, il symbolise
Marduk, le dieu tutélaire de Babylone. Seule une créature
composée de plusieurs espèces semblait à même
de protéger la grande Ishtar, immense déesse mais
duelle, à la fois protectrice et destructrice.
Virevoltant
ca. 618-907
L’anatomie même du dragon autorise les
poses les plus diverses et intrépides dont
rêve tout sculpteur : comme ici, le corps
serpentin de la figure mythique permet
une pose élastique qui n’entame en rien sa
férocité. D’ailleurs, sa gueule bien ouverte
décourage tout esprit malveillant. Sous les
Tang, la Chine a connu un véritable âge
d’or et un rayonnement culturel considérable.
Les arts du métal y furent particulièrement
florissants, produits par un
savoir-faire de haute technicité, comme en
témoigne ce dragon dressé sur ses pattes,
le corps souplement délié. Le dragon s’impose
d’ailleurs comme un des sujets favoris
du bestiaire chinois et ce type de figurine
en bronze était probablement destiné à
accomplir le rituel du tou longilan (lancer
de dragons).
Figurine de Dragon, Chine, dynastie Tang, bronze
doré, H. 12,5 cm. Sotheby’s, New York, 17-09-2025.
© Sotheby’s Art Digital Studio – 7.620 $
Terriblement féroce
Xe siècle
Cet ornement aurait pu être, à l’origine, fixé sur une poutre
d’angle d’une salle royale ou d’un temple bouddhiste, ainsi que
le suggèrent les petits trous aménagés sur les côtés du cou, qui
devaient servir à l’accrocher. Ses yeux énormes et exorbités, ses
narines dilatées d’où s’échappe de la fumée, et ses écailles élaborées,
la tête surmontée d’une crête belliqueuse, témoignent
de la férocité et de l’invincibilité de cette créature porte-bonheur.
Une cloche était accrochée à la boucle que tient le dragon
dans sa gueule.
Ornement de chevron en forme de dragon et carillon à vent, Corée, début
de la dynastie Goreyo, bronze doré, 38,7 × 18,4 cm. New York, The Metropolitan
Museum of Art, inv. 1999.263a, b.
51
Guerrier
ca. 900
Les Européens qui virent débarquer les terribles bateaux viking les
appelaient ‘‘drakkar’’, une appellation qui renvoie directement au dragon
puisqu’il dérive du vocable viking ‘‘dreki’’ qui désigne le dragon. Et
c’est précisément la tête de ce féroce animal qui figurait sur la proue des
navires vikings. On le devine aisément, les dragons font partie intégrante
du corpus mythologique de ces navigateurs envahisseurs. Ici aussi, il s’agit
de combattre la bête car le guerrier qui la maîtrise s’en approprie la force.
Et c’est bien cette violence que traduit cette tête stylisée, la gueule ouverte,
le feu s’échappant entre des dents dentelées, son grand œil circulaire de
chaque côté, ses pupilles levées, et sa crête dressée au-dessus de la tête.
Tête de pendentif viking en forme de dragon, Scandinavie (?), bronze, dim. 4,6 cm. Christie’s,
New York, 08-06-2001. © Christie’s Images Ltd. - 3.760 $
Intrépide
ca. 1140-1160
Le thème du dragon combattu par un preux chevalier traverse tout
l’art chrétien mais, au cours du Moyen Âge, celui du jeune homme
nu luttant avec la bête est particulièrement prisé dans les manuscrits
et pour le décor d’objets usuels comme celui-ci. La figure de ce
jeune homme nu réunit toutes les caractéristiques de l’art mosan: les
immenses yeux en amande, la tête bien ronde aux cheveux bouclés,
le corps bien proportionné, souple et gracile. Ce classicisme s’étend
d’ailleurs à l’élégante branche décorative qui émerge derrière le garçon
et sur le dos du dragon dont les écailles du dos s’étalent harmonieusement.
Ce pied de chandelier a peut-être été réalisé pour garnir un autel
dans une église, sa symbolique renvoyant au thème de la foi chrétienne
pure qui terrasse victorieusement les forces du mal.
Chandelier à piquets représentant un jeune homme nu combattant
un dragon, Pays-Bas méridionaux, alliage de cuivre
doré, 19,4 x 15,2 x 10,2 cm. New York, The Metropolitan Museum
of Art, inv. 41.100.131.
Un chef d’œuvre
ca. 1426-1435
Grande jarre ‘‘dragon’’, Chine, porcelaine bleue et blanche, H. 48,5 cm.
Christie’s, Hong Kong, 30-05-2016. © Christie’s - 158.040.000 HK$
Cette jarre fut fabriquée sous le règne de l’empereur Ming Xuande
(1426-1435), qui exerça un mécénat enthousiaste, suscitant des
techniques ingénieuses et un art inspiré. Cette période est, dès lors,
considérée comme l’apogée de la production chinoise de porcelaine
bleue et blanche. Exceptionnellement grande, elle appartient à un
petit groupe de vases impériaux portant la marque Xuande à quatre
caractères, qui semblent avoir été fabriqués pour une cérémonie
impériale particulière. Tous sont décorés de puissants dragons, dotés
de cinq griffes, qui évoluent parmi des nuages volutes et des masques
de monstres. Des nuages garnissent aussi le col tandis que le pied
s’entoure d’une bordure de pétales.
52
Somptueuse pratique
ca. 1550-1560
Les hommes adoraient porter ce bijou :
non seulement il rehaussait fièrement
leur vêtement mais, en plus, il permettait
de se curer les dents ! De fait, la queue de
ce dragon se termine en une fine pointe
toute en courbes, autorisant un nettoyage
performant. Bien sûr, le commun des
mortels n’avait pas le privilège d’arborer de
tels ornements : notre animal est façonné
en or et son corps est constellé de perles,
de diverses gemmes et d’émail. Si les
conservateurs du Rijksmuseum évoquent
l’Italie comme lieu de création, il n’ont pu
y associer ni atelier ni orfèvre précis.
Pendentif cure-dent en forme de dragon, Italie (?),
or partiellement émaillé, perles, gemmes, H. 7,1 cm.
Amsterdam, Rijksmuseum, inv. BK-17068.
Trop cher
1936
En 1936, Hergé dessinait ce projet de couverture pour son
album Tintin et le lotus bleu, y faisant preuve d’un certain humour
puisque le reporter, flanqué de son chien Milou, émerge
d’une grande jarre de porcelaine et tombe nez à nez avec un
énorme dragon rouge qui darde vers lui sa gueule ouverte et
deux de ses pattes griffues. Tintin ne semble d’ailleurs pas très
rassuré. Pour ce faire, Hergé s’était inspiré d’une couverture
du magazine A-Z, parue en 1932 et qui présentait Anna May
Wong, l’actrice du film Shanghai Express. Louis Casterman,
l’éditeur, a toutefois refusé le projet car son coût de production
en couleur se serait révélé trop élevé. L’album paraîtra
donc d’abord en noir et blanc. Les éditions en couleurs ne
sortant qu’au cours des années 1940.
Hergé, Dessin pour la couverture du Lotus Bleu et couverture pour Tintin
reporter en Extrême-Orient, Le Lotus bleu, papier, encre de Chine, aquarelle
et gouache. Artcurial, Paris, 21-11-2021. © Artcurial – 3.000.000 €
Catharsis
ca. 1974-1975
Les monstres et dragons ont intégré très tôt le bestiaire de Niki de
Saint Phalle (1930-2002) et ne l’ont jamais déserté. Pour l’artiste
française, le dragon incarnait les peurs et les menaces qui marquèrent
son enfance. Elle se considérait ainsi elle-même… comme
un dragon ! D’ailleurs, l’artiste a également développé le motif du
dragon dans une œuvre célèbre en Belgique, une sculpture monumentale
conçue à Knokke comme maison de jeu pour Xavier, le fils
du collectionneur Roger Nellens. Avec ses couleurs bariolées, ce
dragon de polyester est charmant et semble plutôt issu d’un conte
de fées que d’un cauchemar.
Niki de Saint Phalle, Dragon, polyester peint, 65 x 23 cm, d’une série de 8 variantes,
chacune unique et peinte différemment. Sotheby’s, Paris, 07-12-2022.
© Sotheby’s Art Digital Studio – 107.100 €
53
De la broche
à la performance
Pour sa cinquième édition,
l’Obsessed! Jewellery Festival
propose un riche programme de
conférences, de visites d’ateliers,
de performances et d’expositions,
le tout articulé autour du bijou
contemporain. Cette scène
artistique sera mise à l’honneur
dans une ville différente, chaque
week-end de novembre, entre
Amsterdam, Rotterdam, Nimègue,
Hasselt et Anvers.
TEXTE : ELIEN HAENTJENS
Pour insuffler un nouvel élan à la
scène néerlandaise du bijou artistique,
Current Obsession lançait,
en 2013, un magazine dédié à la
joaillerie. La plateforme organise également,
depuis 2017, un festival bisannuel doté entretemps
d’un volet belge, à Anvers. « Avec
des personnalités comme Emmy van Leersum,
Gijs Bakker et plus tard Ruudt Peters et
Ted Noten, les Pays-Bas peuvent s’enorgueillir
d’une riche tradition joaillière », explique
Marina Elenskaya, sa fondatrice et directrice
créative. « Nous sentions également
que la nouvelle génération avait besoin de
davantage de soutien et voulions faire le
lien entre différentes initiatives, comme la
Sierraad Art Fair, le musée CODA et la col-
lection de bijoux du Rijksmuseum. » Tous
les deux ans, le festival fixe une date butoir à
laquelle artistes, musées et galeries peuvent
se préparer. Chaque communauté organise
ses propres événements et expositions. Le
musée d’Arnhem présente, ce mois-ci, une
grande exposition personnelle consacrée à
Noon Passama (1983), créatrice de bijoux
thaïlandaise, établie à Rotterdam, qui a reçu,
en tant que designer de milieu de carrière,
le prestigieux Prix Françoise van den Bosch.
Dans cette exposition, la créatrice explore
la relation entre l’homme et tout ce qui vit,
à travers les douze animaux des zodiaques
thaïlandais et chinois. Ces animaux ne
symbolisent pas seulement une année, mais
incarnent également des traits de caractère
Lien Declercq, Looking for composition, 2025, argent, perles d'eau douce, peinture émaillée et patine noire, environ 5 cm. Prix : 800 €. © de l’artiste / Bert Machielsen
54
Tamara Sam Garcia, broche Asunción issue de la
collection For dirt you are, and to dirt you shall return,
2025, argent et verre soufflé, 8 x 8 cm. Prix : 222 €. ©
de l’artiste
Noon Passama
questionne les
archétypes de l’art
du bijou, cherchant
l’inspiration et la
connexion avec
d’autres disciplines.
spécifiques. La démarche de Noon Passama,
qui interroge dans son travail les formes traditionnelles
de la joaillerie, comme le collier
ou les systèmes de fermeture, a été particulièrement
appréciée du jury. Ce-dernier
a également aimé le fait qu’elle recherche,
pour ce faire, de l’inspiration dans d’autres
disciplines et une connexion avec celles-ci,
et qu’elle tente ainsi de renouveler la sienne.
La quête d’un équilibre entre individualité
artistique et esprit d’entreprise créatif est
également une urgence plus large, que le
jury a estimé parfaitement incarnée dans
son travail. Pour les jurés, ces trois aspects
font de Noon Passama un modèle à suivre.
« Nous publions, pour la première fois,
un livre sur la Gen Z. La possibilité pour
celle-ci de commercialiser facilement ellemême
son travail via les réseaux sociaux
est peut-être la plus grande différence avec
les générations précédentes », explique
Marina Elenskaya. « Ruudt Peters exposera
également des dessins à son domicile et la
collectionneuse Liesbeth den Besten ouvrira
sa maison à un public restreint. De nombreuses
galeries ont fermé leurs portes, ces
Thierry Bontridder, Up Down, 2025, titane, 31 x 9,5 x 4,2 cm. © de l’artiste / photo : Thomas Bontridder
dernières années, alors nous attendons avec
impatience les présentations de la Mathilde
Gallery à Amsterdam, de la Galerie Door à
Nimègue — accompagnée d’une conférence
sur la collection — ainsi que du collectif de
joaillerie The Pool Jewelry, basé dans la capitale
néerlandaise. »
UNE DIVERSITÉ SURPRENANTE
Anvers participe, pour la troisième fois, au
festival en tant que ville-hôte, avec comme
point d’ancrage le musée DIVA, dédié aux
bijoux, à l’orfèvrerie et au diamant. Pour
découvrir de tout nouveaux talents, il faut
visiter l’une des expositions de l’Académie
royale des Beaux-Arts d’Anvers, du Studio
Sieraad de Sint Lucas et de la PXL-MAD
School of Arts de Hasselt. Les jeunes diplômés
ne seront pas en reste. Ainsi, Yifan
Peng, Jinzi Liu et Anna Maria Pitt, anciens
condisciples à l’Académie d’Anvers, présenterons
ensemble leur travail dans l’exposition
Traces. « Nous travaillons tous les trois
autour de la mémoire, et il se trouve que
nous avons tous les trois utilisé le feu dans
nos créations », explique Yifan Peng. « Mon
point de départ personnel est la question
de savoir ce que cela signifie d’être résident
temporaire quelque part, et comment
préserver ou emporter les souvenirs d’un
55
de la combustion. » Les Brucelles, l’équipe
derrière la Brussels Jewellery Week, délaisse
exceptionnellement la capitale pour s’installer
à Anvers avec It’s a Glow Thing !. Cette
exposition réunit plusieurs générations de
créateurs belges, issus de différentes écoles,
avec pour fil conducteur la mise en lumière,
surtout figurative. « Le travail d’Anneleen
Swillen prouve qu’un bijou peut être aujourd’hui
bien plus qu’un simple objet », précise
Sandra Kleimberg, cofondatrice de Les
Brucelles. « A l’aide de l’I.A., elle a transformé
des photos de bijoux de 90 créateurs en
nouvelles images organiques. Charlotte Vanhoubroeck
poursuit son travail autour des
bijoux sentimentaux de la reine Louise-Marie
d’Orléans, perdus au fil des successions,
tandis que Lien De Clercq puise son inspiration
dans les structures urbaines. Le fait
que des créateurs de renom comme Thierry
Bontridder et Peter Vermandere réalisent
une pièce sur mesure pour l’exposition
offre l’opportunité d’approfondir ce thème.
Avec tous les participants, nous pourrons
présenter la grande diversité de la création
bijoutière et surprendre ainsi le public. Situé
à mi-chemin entre artisanat, design et art,
ce secteur mérite une plus grande visibilité.
Par cette exposition, nous misons tout sur
l’expression, la connexion entre les artistes
et le contact avec le public. »
Zoé Kiner-Wolff en collaboration avec François Briand, The Devil’s Tongue. Horny Collection, 2025,
galuchat, cuivre martelé, laiton et verre soufflé, 33 x 6 x 6 cm. © des artistes
« Obsessed est un
festival qui rassemble
les gens et renforce
les liens »
MARINA ELENSKAYA,
Current Obsession
lieu quand on déménage constamment. Je
m’inspire d’une tradition chinoise consistant
à brûler des objets ou de l’argent papier,
en offrande aux dieux ou aux ancêtres. Les
Chinois croient que lorsque quelque chose
de matériel disparaît, quelque chose de
spirituel le remplace, et que les objets ont
ainsi une valeur d’éternité. En me basant
sur cette idée, j’ai créé un collier composé
de miniatures de mobilier, que j’ai fait brûler
lors d’une cérémonie rituelle. Je conserve,
par ailleurs, de chaque lieu des petits objets
ou vêtements qui incarnent une émotion
particulière. Cela me permet de me sentir
rapidement à nouveau chez moi, après
chaque déménagement. Pour ma nouvelle
série, je poursuis mes expériences autour
AU-DELÀ DES FRONTIÈRES
Grâce à sa nouvelle plateforme Unpolished,
qui vise à offrir un espace durable à la communauté
des créateurs de bijoux émergents,
la jeune curatrice Ebba Van der Taelen
saisit l’occasion d’Obsessed! pour faire sa
première apparition publique. À travers un
appel à candidatures ouvert, elle a sélectionné
onze créateurs émergents autour
du thème Rituals of Becoming. L’exposition
explore ainsi l’évolution constante de notre
identité et le rôle que les bijoux peuvent y
jouer. Ebba Van der Taelen : « La créatrice
roumaine Andreea Cojocaru évoque ainsi,
avec son collier, le tout premier ‘‘bijou’’
de nombreux enfants roumains, dans les
années 1990 : une simple ficelle portant
les clés de la maison, symbole de responsabilité.
Et Ninon Yaguiyan, inspirée par la
‘‘châtelaine’’, un accessoire-bijou historique,
a conçu un ensemble d’objets évoquant le
jeu, qui interroge la construction identitaire
entre enfance et âge adulte. » Dans
cette exposition, la curatrice explore les
frontières entre création de bijoux et art
contemporain. « La Mexicaine Tamara Sam
Garcia, par exemple, présente l’installation
56
« Avec tous les
participants, nous
pouvons présenter
la grande diversité
de la création de
bijoux et surprendre
ainsi le public »
MARINA ELENSKAYA
présentent aujourd’hui des traces d’imperfection
: une métaphore subtile et tangible
de la vie elle-même. Ou encore Clémentine
Le Guerec, qui transforme d’anciens lustres
en bijoux reflétant différentes ambiances.
Les bijoux sont de petites œuvres d’art que
l’on peut chérir dans l’intimité immédiate de
son propre corps. » La récupération est également
au centre des préoccupations de la
Belge Charlotte Van de Velde, qui exposera
son travail avec Benedikt Fischer, à Amsterdam,
pendant le festival. Ebba Van der
Taelen : « Charlotte et Benedikt partagent
une passion pour les marchés aux puces et
créent leurs bijoux à partir d’objets trouvés.
Cela traduit parfaitement ce que veut être
Obsessed !, un festival qui rassemble et renforce
les liens. Ce qui s’inscrit bien dans le
thème central Glow-Up, qui vise à renforcer
bien-être mental et physique, à travers le
soin de soi, la confiance en soi et la pleine
conscience. Nous voulons que le festival
fasse contrepoids avec l’époque confuse et
difficile que nous vivons. »
VISITER
Obsessed! Jewellery Festival
(tous les week-ends de novembre)
www.obsessedwithjewellery.com
www.divaantwerp.be
For dirt we are, and to dirt we shall return,
dans laquelle elle examine notre rapport à la
religion et développe, pour elle-même, une
nouvelle forme de spiritualité », explique
Ebba Van der Taelen. « Si les bijoux sont le
point de départ, ils sont rejoints par une
Bible déconstruite, une installation et un
texte méditatif. C’est donc une expérience
totale. » Avec la performance Connected,
Viola Funke donne vie à une chaîne
humaine, interrogeant ainsi les notions de
lien, de désir ou de rencontre. Mais, selon
la commissaire, il y a également des bijoux
‘‘portables’’ : « Prenez les pièces de Kathleen
Rottey, par exemple : des boules d’argent
qui brillaient autrefois parfaitement et qui
Yifan Peng, Buring Stage I Necklace, 2025, papier
fait main et fil de fer, 5 x 45 x 4 cm. Prix : 580 €.
© de l’artiste
Charlotte Vanhoubroeck, Bracelet Duo_N°199, 2023, argent sterling, marbre blanc et nacre, 340 x 9,5 x
1,5 cm. Non disponible à la vente. © de l’artiste / photo : Simon Debbaut-L’Ecluse
57
Art public :
Entre utopies
et réalités
Des sculptures monumentales aux
fresques murales, des gares aux
ronds-points, l’art public s’impose
dans nos paysages quotidiens.
Pensé comme un bien commun, il
cherche à tisser un lien direct entre
création et citoyens. Mais, derrière
cet idéal, les fractures abondent :
procédures parfois opaques, dérives
marchandes, défaut d’entretien,
polémiques à répétition… Loin
d’un espace de consensus, l’espace
public constitue un territoire
profondément conflictuel.
TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT
Florence Fréson, Fontaine des Célestines, Namur, 2001. © de l’artiste
Comment une œuvre s’invite-telle
dans l’espace public ? Sur le
papier, l’intégration d’une œuvre
passe par un appel à projets.
Dans les faits, les mécanismes varient.
Les concours sont parfois ouverts, le plus
souvent fermés ou restreints : dans ce cas,
quelques artistes pressentis sont invités à
remettre un avant-projet répondant à un
cahier des charges. Troisième cas de figure,
plutôt courant, la commande directe sur
invitation. Julie Bawin, professeure d’histoire
de l’art contemporain à l’Université
de Liège et directrice du Musée en plein
air du Sart-Tilman (MACPA), explique
sans détour : « C’est très politique. Souvent,
les décideurs ont déjà une idée de qui
ils veulent pour tel projet. » Directeur du
BPS22, ancien membre de la Commission
des Arts de la Région wallonne, Pierre-Olivier
Rollin confirme : « Selon les contraintes
du site et/ou les spécificités de la demande,
58
« C’est très politique.
Souvent, les décideurs
ont déjà une idée de
qui ils veulent pour
tel projet »
JULIE BAWIN
© photo : Dimitri Lowette
Jan Fabre, L’Homme qui mesure les nuages, 1998, bronze. © Orsi Academy, Melle
il arrive régulièrement qu’un seul artiste
s’impose. C’est le cas de Yann Kersalé, invité
à réaliser l’éclairage des Moulins de Beez, ou
encore de Jean Glibert, intervenant dans la
rénovation du ring de Charleroi. » À Mons,
le cas de Xavier Veilhan est éloquent. Invité
par Xavier Roland, directeur du Pôle muséal
de la ville, l’artiste de renommée internationale
réalise une sculpture représentant le
combat entre Saint-Georges et le Dragon.
Mais l’absence de concours, l’ampleur du
budget (450.000 euros) et la représentation
jugée caricaturale du dragon déclenchent
pétitions et colère. L’œuvre, qualifiée par
certains de ‘‘limace écrasée’’, devient malgré
elle le symbole du fossé entre pouvoirs
publics et riverains.
QUI DÉCIDE, QUI FINANCE,
QUI VALIDE ?
Qui dit espace public, dit pouvoir public.
Aux premières loges des décisions et
des financements, on retrouve l’État, les
communautés, les régions, les provinces
et les communes, avec quelques fois l’aide
providentielle de l’Europe ou d’entreprises
privées. Ces dernières peuvent également
présenter leurs œuvres sur leurs
propres sites ou à proximité. Parmi les plus
emblématiques, citons celle de Jan Fabre
(L’homme qui mesure les nuages), en bordure
d’E40, appartenant à la société Orsi
Academy (Melle), l’Arc Majeur de Bernar
Venet sur l’E411, ‘‘offert’’ à la Wallonie par
la Fondation John Cockerill ou encore la
Fontaine de Pol Bury, ouvrant le boulevard
du roi Albert II (Bruxelles), que l’on doit
à Proximus (ex-Belgacom). À la tête de
certaines de ces sociétés, de vrais collectionneurs
passionnés multipliant parfois
les initiatives à destination du grand
public. En tête, Stephan Uhoda à Liège. En
2022, il faisait dialoguer Daniel Buren et la
gare de Liège. Plus tôt, il présentait le MX
Temple de Xavier Mary sur sa propriété,
offrant à tous les automobilistes une vue
imprenable sur l’œuvre. Autres acteurs
décisifs, souvent invisibles, les architectes.
En coulisse, ils proposent régulièrement
des noms d’artistes dans le cadre du ‘‘1 %
artistique’’ (obligation de consacrer 1 %
du budget de construction des bâtiments
publics à l'acquisition d'œuvres d'art intégrées
à ces espaces). Quant aux collectionneurs
privés, ils sont la plupart du temps
frileux à l’idée de placer leurs œuvres dans
l’espace public, refroidis par les risques de
vandalisme. Côté marché, le retour est très
clair. « Si l’intégration est réussie, l’espace
public devient une vitrine sublime. Elle
valorise l’artiste et soutient les ventes, en
galeries, d’œuvres destinées aux espaces
privés. C’est d’ailleurs sur ce modèle que
reposait le marché de Christo », observe
Pierre-Olivier Rollin.
ANGLE MORT : ‘‘L’APRÈS’’
Si la commande est politique, ‘‘l’après’’
est souvent chaotique. Une fois installée,
qui est responsable de l’entretien et/ou
de la restauration de l’œuvre ? La ville,
gestionnaire du sol ? Le commanditaire?
L’artiste ? Les responsabilités se diluent
et les exemples d’abandon prolifèrent. À
« En matière d’art
public, la priorité
devrait aujourd’hui
être la gestion de
l’existant »
l’initiative du colloque L’art public au défi
de la collection (ULg), Julie Bawin souligne
quelques exemples dramatiques : à Namur,
la sculpture-fontaine des Célestines de
Florence Fréson (inaugurée dans les
années 1990) se voit largement parasitée
par des panneaux qui viennent dénaturer
sa lecture. À Lessines, une œuvre-hommage
à René Magritte et Louis Braille,
signée Daniel Dutrieux, a été démontée
sans l’accord de l’artiste, ses pierres étant
alors réutilisées pour… interdire le stationnement
de la place communale ! Triste
sort encore que celui réservé à l’œuvre
de Jean-François Fourtou, Beach Castle
(amoncellement de cabines de plage), qui
apportait à Knokke un caractère unique.
Menaçant de s’effondrer, l’œuvre – qui
avait coûté 95.000 euros à la ville – a été
démantelée. Dans ces trois cas, les artistes
n’ont jamais été consultés. Autre exemple
problématique, l’Arc Majeur de Bernar
Venet. À l’inauguration, la critique salue la
prouesse technique et esthétique de ces
deux arcs encadrant l’autoroute E411. Six
ans plus tard, la végétation ayant repris ses
59
Panneaux placés devant la Fontaine des Célestines de Florence Fréson, septembre 2025. © photo : C. Borecki
« Si l’intégration est
réussie, l’espace public
devient une vitrine
sublime. Elle valorise
l’artiste et soutient les
ventes, en galeries,
d’œuvres destinées
aux espaces privés »
PIERRE-OLIVIER ROLLIN
© photo : Leslie Artamonow
droits, les usagers n’en voient plus qu’un
segment. « Le manque d’entretien, faute
de moyens, est le fléau de l’art public. Cela
peut d’ailleurs, dans certains cas, ressembler
à ce que Daniel Buren a appelé le
vandalisme d’État », déclare Julie Bawin.
Pierre-Olivier Rollin souligne à son tour
: « La priorité devrait aujourd’hui être la
gestion de l’existant. » Or, les commissions
enchaînent commandes et événements
temporaires sans plan de maintenance à
long terme pour ce qui existe déjà. Julie
Bawin regrette également l’absence d’une
structure dédiée à l’art public : « Contrairement
aux musées, qui obéissent aux règles
et normes éthiques de l’ICOM, l’espace
public ne bénéficie d’aucun cadre établi
en matière de gestion et conservation.
Cela peut alors parfois avoir de fâcheuses
conséquences sur le respect dû à l’intégrité
de l’œuvre et sur le droit moral de l’artiste.
Ce régime d’abandon s’explique, en grande
partie, par le fait que ces œuvres ne sont
pas muséalisées. Par ailleurs, dans l’espace
public, les œuvres sont exposées, mais
rarement accompagnées de dispositifs
d’explication. C’est dommage, un simple
QR code suffirait. On voit d’ailleurs certaines
œuvres être taguées, non par rejet,
mais parce qu’on les considère comme de
simples surfaces à graffer. »
ASSUMER LA DURÉE DÉTERMINÉE
Autre impensé, la durée. Beaucoup imaginent
l’art public ‘‘pour toujours’’, alors
que l’espace public lui-même subit des
mutations constantes. Aux yeux de Julie
Bawin, assumer une part d’éphémère préserverait
l’intégrité des créations et anticiperait
leur fin sans atteinte au droit moral
de l’artiste. En ce sens, Pierre-Olivier Rollin
rappelle l’exemple de l’œuvre de Marin
Kasimir à la place Fontainas (Bruxelles):
« L’œuvre était alors pertinente car elle
reflétait la sociologie du quartier. Lorsque
le quartier change, il faut re-questionner
la légitimité de l’œuvre. » Si, aux yeux des
habitants, déboulonner un monument
commémoratif provoque souvent une
crispation majeure, voir disparaître une
œuvre contemporaine émeut moins. Ce
‘‘deux poids, deux mesures’’ exprime, à lui
seul, la hiérarchie symbolique qui persiste
entre statuaire honorifique (intouchable)
et art contemporain (négociable). Seule
certitude, l’art public cristallise toutes les
tensions de nos sociétés : les rapports au
politique, les enjeux financiers, la mémoire
collective, le droit de regard des citoyens,
le rôle du marché de l’art... Il est, à la fois,
un espace d’éducation permanente et un
terrain de conflits. Il sort l’art de ses sanctuaires
élitistes pour l’offrir à tous, mais
au prix de la controverse. La médiation
et l’entretien sont aujourd’hui des défis
majeurs à relever. Sans eux, l’espace public
risque de devenir un cimetière d’œuvres
abîmées, mal comprises ou détruites. Terminons
en empruntant, une dernière fois,
les mots de Julie Bawin : « L’histoire de l’art
public est une histoire de controverses.
Mais c’est aussi ce qui en fait sa richesse. »
VISITER
Colloque L’art public au défi de la
collection
(organisé par Julie Bawin, professeur à la
chaire d’Histoire de l’Art contemporain
(ULg), directrice du MACPA – musée d’Art
contemporain en Plein Air du Sart-Tilman)
les 20 et 21-11 (de 9h30 à 17h30)
ULg
Place du XX août
Liège
entrée libre
LIRE
Julie Bawin, Art public et controverses, XIXe
- XXIe siècle, Éditions du CNRS, 2024, ISBN
978-2-27115-000-4, 26 €
60
Walter Swennen - 1984
Merci, Dank u Walter
Walter Swennen 1946 - 2025
Showroom: Altenaken 11
3320 Hoegaarden
Photo : Max Vicca
quattro-benelux.com
quattro@quattro-bnlf.com
Viviane & André Vossen
L’avis du conservateur
Félicien Rops et le Japon – #010
Rencontre inattendue
entre Orient et Occident
Pour le conservateur Thomas Cleerebaut, tout est parti
d’une découverte fortuite dans les réserves du musée
Félicien Rops. En feuilletant des gravures oubliées, il
a mis au jour une facette insoupçonnée de l’artiste
namurois : son regard japonisant, nourri des œuvres
d’Hokusai et d’autres maîtres de l’estampe. Trois ans
de recherche plus tard, une exposition inédite éclaire
ce dialogue fascinant entre l’irrévérence occidentale de
Rops et la délicatesse des arts japonais du XIXe siècle.
Félicien Rops, Femme au masque japonais, ca. 1880-1885, crayon,
aquarelle et gouache sur papier, 15 x 10,5 cm. Collection privée.
“Compte tenu
de l’actualité
internationale,
je m’attends à ce
que les visiteurs
y trouvent
un message
d’espoir”
THOMAS CLEEREBAUT
COLLECT : Quel fut le point de
départ de cette exposition ?
« L’exposition est vraiment née
d’une découverte fortuite au sein
des réserves du musée. Il faut
savoir que le musée conserve près
de 7 500 œuvres et documents
liés à l’artiste namurois Félicien
Rops (1833-1898). En tant que
conservateur adjoint, en charge
des collections, mon travail est de
veiller à l’inventaire, à la numérisation,
à la conservation et à la
documentation de ce fonds. Il
s’agit d’une mission de longue
haleine qui, tous les gestionnaires
de collections vous le diront, est
un éternel work in progress. Il ‘en
demeure pas moins extrêmement
passionnant, tant il permet parfois
de découvrir de véritables trésors
et d’approcher au plus près la vie
et l’œuvre d’un artiste. C’est ce qui
s’est passé en 2022 : j’ai redécouvert
des gravures de Félicien Rops,
tout à fait uniques au regard de sa
production, tant du point de vue
thématique que stylistique. L’une
d’entre elles, intitulée Fantaisie
japonaise, présentait plusieurs
motifs japonisants, dont le style
m’évoquait davantage celui des
maîtres de l’estampe japonaise
que celui de Rops. Et pour cause :
il s’agissait de dessins directement
copiés d’après la célèbre Manga de
Katsushika Hokusai. Ma curiosité
ayant été piquée, j’ai poursuivi mes
recherches et ai découvert bien
d’autres œuvres japonisantes dans
leur composition, leur thématique
ou leurs coloris. Plus je cherchais,
plus tout cela me semblait évident.
Et si Félicien Rops, à l’instar de ses
contemporains du XIXe siècle, était
lui aussi un artiste japoniste ? Ces
trente dernières années, plusieurs
chercheurs et chercheuses ont
aperçu et brièvement mentionné
ces incursions nippones dans
l’œuvre de l’artiste. Mais jamais
encore le sujet n’avait été étudié en
profondeur, traité pour lui-même.
C’était donc vraiment l’occasion de
proposer une relecture inédite de
l’œuvre de Rops, à la lumière des
arts du Japon. »
Comment le thème ou la
sélection a-t-il pris forme ?
« Le japonisme fait l’objet, depuis
des décennies, de nombreuses
recherches et expositions, en particulier
autour des artistes impressionnistes,
postimpressionnistes
ou encore du mouvement Art
nouveau. L’idée n’était donc pas
de proposer un nouvel évènement
consacré au japonisme à Paris
ou en Belgique. En revanche, la
relation singulière qui unit Félicien
Rops aux arts japonais était encore
inexplorée à ce jour. Elle est donc
très rapidement devenue le fil
conducteur de cette exposition,
déployée dans tous les espaces du
musée. Le résultat de près de trois
ans de recherches dans la correspondance
de l’artiste ainsi qu’au
sein de fonds d’archives et de
collections privées et publiques.
Dans les salles temporaires, le
public est plongé dans l’univers du
japonisme du XIXe siècle. Chaque
section s’articule autour d’une ou
plusieurs œuvres japonisantes,
réalisées ou collectionnées par
Rops, mises en dialogue avec
d’autres pièces. D’une part, des
productions japonaises qui les
ont inspirées ou qui partagent les
mêmes thèmes iconographiques ;
d’autre part, des dessins, gravures
et peintures d’artistes japonisants
cités, côtoyés ou contemporains
de Félicien (de Degas à Manet, en
passant par Stevens, Ensor, Rodin
et bien d’autres). À travers son réseau
artistique, c’est tout le milieu
62
“L’exposition est conçue comme
un voyage à travers le temps et à la
croisée de deux cultures”
japonisant belge et français que
les visiteurs peuvent (re)découvrir.
En complément, une approche
thématique est également proposée
au sein du parcours permanent,
où des œuvres japonaises
viennent éclairer et contextualiser
d’autres productions de l’artiste. »
Quelle œuvre ou quel moment
vous semble incarner le cœur
du récit ?
« L’exposition est conçue comme
un voyage à travers les époques
et au carrefour de deux cultures.
L’influence des arts japonais sur
l’art occidental du XIXe siècle est,
bien sûr, au cœur de la mise en
scène, mais des ponts sont aussi
jetés entre cette période, où l’art
moderne naît – et notre société
actuelle – où la fascination pour
le pays du Soleil Levant est encore
bien présente. Et donc, à ce titre, je
pense que le ‘‘triptyque’’, présenté
aux visiteurs dans les premières
salles de l’exposition, incarne le
mieux cette volonté. Il réunit trois
œuvres dialoguant entre elles :
une estampe bijin-ga de Kitagawa
Utamaro, représentant une courtisane
japonaise en kimono traditionnel
avec son éventail sensu ;
le dessin À Armand Gouzien qui
aime les japoniaiseries de Félicien
Rops, dont le personnage principal
rappelle celui de l’estampe du
maître japonais ; et enfin À Félicien
Rops qui aime les japoniaiseries,
réalisé en 2025 par la mangaka
belge Ayaluna, qui réinterprète
dans un style manga le dessin de
Félicien Rops. »
Comment percevez-vous votre
rôle en tant que commissaire de
cette exposition ?
« Au XXIe siècle, le musée n’est
plus l’apanage des seuls historiens
de l’art. C’est un lieu que nous,
professionnels du monde muséal,
souhaitons accessible à toutes
et à tous, sans aucune exception
ou discrimination. Un lieu de
rencontres entre publics de tous
horizons, mais aussi un espace où
Histoire et Art expliquent, contextualisent,
entrent en résonnance
avec les réalités de la société
actuelle. C’est un rôle qui me tient
particulièrement à cœur. Mon rôle
premier a certainement été celui
de chercheur : pour documenter
les œuvres, leur donner ‘‘vie’’ et
permettre aux futures générations
de mieux les comprendre ; mais
aussi, pour identifier les œuvres et
localiser les pièces présentes dans
l’exposition. Tout cela avait pour
but de raconter une histoire, dont
l’impact est encore visible de nos
jours, dans l’art et la pop culture :
celle de la découverte des arts
japonais par les artistes du XIXe
siècle, à travers le regard passionné,
critique et irrévérencieux
de Félicien Rops. Aucune connaissance
n’est requise pour visiter
cette exposition. La scénographie
permet de suivre ce voyage grâce
à de nombreux dispositifs (vidéos,
audio-guides, textes explicatifs,
dossier pédagogique, etc.) et
d’approfondir, pour ceux qui le
souhaitent, les sujets qui les intéresseront
le plus. »
Qu’aimeriez-vous que les
visiteurs en retiennent ?
« Ce n’est pas le but premier de
l’exposition, mais au regard de
l’actualité internationale, j’espère
qu’ils en tireront un message
d’espoir. En 1853, sous la pression
américaine, le Japon s’ouvrait
au monde, après plus de deux
cents ans d’isolationnisme, et
concluait de nombreux traités
commerciaux avec l’Occident. Le
japonisme, né de cet évènement
historique, raconte l’histoire de
la rencontre de deux sociétés,
majoritairement très différentes
et qui ne se connaissent pas.
Il met en lumière certaines
valeurs comme l’inter-culturalité,
l’ouverture à l’autre. Même si, à
différents niveaux, l’influence du
Japon sur l’Europe et vice-versa
a profondément et positivement
bouleversé nos sociétés. Preuve
que le repli nationaliste n’est pas
toujours une voie à suivre… »
Si vous pouviez choisir une
œuvre à emporter, laquelle
serait-ce et pourquoi ?
« Sans hésiter, le premier volume
de la Hokusai Manga que Félicien
Rops possédait dans sa collection
personnelle. Non seulement parce
qu’il a inspiré la plupart de ses
‘‘fantaisies japonaises’’ et autres
‘‘japoniaiseries’’, des œuvres qui
ont fait germer l’idée d’une exposition
sur le sujet. Mais, aussi parce
que les Hokusai Manga, cette
série de recueils de motifs en tous
genres à destination des jeunes
artistes japonais, incarnent à euxseuls
l’esprit-même du japonisme,
tout en ayant marqué l’histoire de
l’art. Une grande partie de l’art
moderne est née de la contemplation
du Japon, particulièrement
des volumes de la Manga découverts
par les artistes occidentaux
dans les années 1850-1860.
Nombreux sont ceux qui s’en sont
inspirés : Rops, Manet, Monet,
Degas, Ensor, Stevens, Bracquemond,
etc. Hokusai a réussi
l’exploit de réunir, dans son même
‘‘atelier’’, à travers le monde et les
époques, des centaines d’artistes
japonais et européens autour d’un
même amour : celui de l’art. »
Japoniaiseries. Fantaisies japonaises
au temps de Félicien Rops
jusq. 15-02-2026
Musée Félicien Rops
Namur
www.museerops.be
Félicien Rops, À Armand Gouzien qui aime les japoniaiseries, années 1870-1880,
encre sépia et encre de Chine sur papier, 23,7 x 15 cm. Les Amis du musée Rops,
en dépôt au musée Rops, inv. AMIS D 007.
63
Sélection Musées
Quand Magritte se confiait
du 15-11 au 22-02-2026
KMSKA
Anvers
kmska.be
Un double
anniversaire
du 06-11 au 02-02-2026
Musée Van Buren
Bruxelles
museumvanbuuren.be
En 1938, René Magritte
donnait une conférence
exceptionnelle au
musée royal des Beaux-
Arts d’Anvers, car il y
évoquait non seulement
son travail, mais aussi
le monde autour de lui,
et la vie que chacun y
mène. Cette exposition
offre donc l’occasion de
se plonger dans cette
confession rare d’un
peintre dont les toiles
fascinent d’abord par
leur mystère. Réunissant
des œuvres qui furent
citées par l’artiste dans
son allocution, autour
de ses propres tableaux
et dessins, le parcours
retrace, pas à pas, la
pensée de Magritte.
Et, chemin faisant, le
visiteur découvre aussi
le rôle de médiateur
joué par l’artiste, entre
le surréalisme bruxellois
et celui d’Anvers. Voici ainsi réunies des personnalités phares comme Marcel Mariën
et Leo Dohmen. Et quel plaisir d’entendre Magritte s’exprimer sur la genèse de certaines
œuvres. (ah)
René Magritte, La saveur des larmes, 1946, gouache sur papier, 59,6 x 36,4 cm. © Succession René
Magritte – SABAM Belgium, 2025
Il y a cent ans
se tenait à
Paris L’Exposition
internationale des
Arts décoratifs et
industriels modernes,
qui allait
donner son nom
au style Art déco.
Il y a cinquante
ans s’ouvrait au
public le musée
van Buren, chef
d’œuvre, précisément,
de ce style majeur des années 1920.
L’occasion était donc bien belle de célébrer ce
double anniversaire par une exposition dont
la thématique cadre parfaitement avec ce lieu,
empreint d’élégance : la mode à l’époque
de l’Art déco. Silhouettes raffinées et accessoires
divers soulignent combien la femme
des années 1920 s’émancipe de ses aînées en
rejetant les contraintes, en raccourcissant ses
robes et ses cheveux, en optant pour la fluidité
qui sied mieux à celle qui prend la voiture pour
voler jusqu’à son court de tennis. Réalisée en
collaboration avec le musée Mode & Dentelle
de Bruxelles, cette exposition inclut aussi un
hommage spécial à Jeanne Lanvin. (ah)
Art, Goût, Beauté, 03 mars 1927. © Musée Mode & Dentelle
de la Ville de Bruxelles
Une gouvernante
clairvoyante
du 22-11 au 10-05-2026
Musée royal de Mariemont
Morlanwelz
musee-mariemont.be
Titien (d’après), Portrait de Marie de Hongrie,
après 1548, huile sur toile, 125,7 x 112 cm. Paris,
MAD, Legs Émile Peyre (1905), inv. PE 243.
© MAD Paris / photo : Jean Tholance
Depuis son palais de Binche, qu’elle fait construire par le montois Jacques Du Broeucq, et
son pavillon de Mariemont, Marie de Hongrie (1505-1558) assura le rôle de Gouvernante des
Pays-Bas, investie dans cette lourde tâche par son illustre frère, l’empereur Charles Quint.
Restée veuve et sans enfant, elle se forgea une place singulière dans un univers dominé par
les hommes et assuma, avec fermeté et clairvoyance, un rôle politique, mais aussi diplomatique
et artistique. En effet, passionnée avisée, mécène et collectionneuse, elle organisa des
fêtes somptueuses, développant, par les arts, une campagne efficace de propagande afin de
renforcer l’image impériale de sa famille. Elle fut d’un soutien efficace pour son frère, levant
des fonds afin de l’aider dans ses multiples guerres. Cette exposition vient mettre en lumière
ces divers aspects. Faisant partie du festival Europalia España, la manifestation réunit de nombreux
prêts consentis par une quarantaine d’institutions internationales. (ah)
64
De la résilience
jusq. 11-01-2026
Institut suédois
Paris
paris.si.se
Paradoxes
visuels
du 15-11 au 01-03-2026
La Monnaie
Paris
escher-expo.com/paris
Un piano flotte au-dessus d’une forme blanche oblongue. Cet instrument de
musique n’est pas anodin puisqu’il s’agit d’un Steinway Victory Vertical de 1944,
l’un des instruments de musique spécialement fabriqués à New York pour être
parachutés en Europe afin de distraire les soldats durant la guerre. Ailleurs dans
l’exposition, deux chaises datant de 1945 conversent : l’une est de George Nakashima,
architecte interné dans des camps de détention en raison de ses origines
japonaises, tandis que l’autre fut conçue par Adolf Gustav Schneck, architecte nazi.
Ces installations sculpturales témoignent avec force et sobriété, mais aussi avec
une note poétique, des questions qui traversent le travail de Tarik Kiswanson (1986)
: comment les passages sombres de notre histoire collective éclairent-ils notre présent
? Que nous apprennent-ils de la condition humaine ? Comment fait-on face
au traumatisme, et comment peut-on se reconstruire ? (ah)
Tarik Kiswanson, The Relief (Steinway Victory Vertical, 1944), 2025. © de l’artiste / Courtesy Sfeir-
Semler / photo : Edward Greiner
A l’écart des avant-gardes ayant marqué le
XXe siècle, l’œuvre de M.C. Escher (1898-1972)
comporte un extraordinaire pouvoir d’attraction
: ses illusions d’optique envoûtantes
séduisent l’œil tout en interpelant l’esprit.
D’une façon furieusement libre, l’artiste
néerlandais a mis ses passions très diverses au
service de son œuvre gravé : les paysages italiens,
la philosophie, la perspective linéaire, les
mathématiques, la géométrie et les pavages
islamiques, pour lesquels il éprouve un
premier coup de cœur en visitant l’Alhambra
de Grenade. Osant fusionner ces domaines
d’apparence si différents, ses estampes proposent
des thématiques inusitées comme des
architectures improbables, des objets impossibles,
des compositions géométriques en 3D.
Le regard se perd… et s’abandonne dans cet
univers, baigné aussi d’une intense nostalgie.
Une rétrospective qui constitue un must de
l’automne parisien. (ah)
Maurits Cornelis Escher, Ciel et eau, 1938, xylogravure,
39,1 x 67,7 cm. Collection M.C. Ese, Pays-Bas
Fascinante Egypte
jusq. 15-03-2026
Musée National des Antiquités
Leyde
rmo.nl
Près de cinq cents objets, allant des cercueils de momies et autres statues aux bijoux
en or, font revivre l’Égypte antique dans cette exposition internationale blockbuster.
Pour la première fois en deux cents ans, les offrandes funéraires en or du Général
Djehouty, provenant des collections du Louvre et du RMO, sont réunies. Outre des
manuscrits uniques, des momies d’animaux et des papyrus, l’exposition montre
comment les nouvelles découvertes nous permettent de mieux comprendre cette
culture millénaire et illustre comment la fascination pour l’Égypte a perduré à travers
les siècles, étant aujourd’hui plus forte que jamais. (eb)
Plateau avec poissons d’honneur de Djehoety, or. Paris, Musée du Louvre. © Grand PalaisRmn
(Musée du Louvre)/ photo : Hervé Lewandowski
65
Sélection Musées
La nature est un peintre…
du 06-11 au 29-03-2026
L’Ecole des Arts Joailliers
Paris
www.lecolevancleefarpels.com
Traits de
caractère
du 31-10 au 06-04-2026
Belvédère
Vienne
www.belvedere.at
Tout arpenteur des beautés de la Toscane a, un jour, ressenti combien la nature est
un peintre en regardant, la tenant au creux des mains, une petite pierre calcaire de
type paésine, et y découvrant ainsi un paysage inattendu, inédit. Comme Léonard de
Vinci, Roger Caillois fut fasciné par le pouvoir suggestif des pierres et il se mit à collectionner
ce qu’il appelait des « tableaux involontaires de la nature somnambule »:
les motifs énigmatiques des septaria lui apparaissaient comme des « hiéroglyphes
sans message », tandis que l’onyx, par sa noirceur, évoque la nuit de l’imaginaire.
Les dendrites, perfusées de végétal, et les agates, aux bandes multicolores, charrient
quantité d’images. Entre rigueur scientifique et onirisme, l’écrivain français cherchait
dans les pierres des alphabets oubliés et des paysages cosmiques miniatures. Cette
exposition met en regard ses textes emblématiques et près de deux cents minéraux
qu’il a collectés, aujourd’hui conservés au Museum National d’Histoire Naturelle. (ah)
Calcaire de type paésine, Vallée de l’Arno. Paris, Muséum national d’histoire naturelle, collection de
minéraux et gemmes. © photo : François Farges
Ses très fameuses
‘‘Têtes
de caractères”
l’ont certainement
porté
à la postérité
bien plus que
ses portraits
de personnages
officiels,
pourtant
très prisés à
l’époque. Cette
exposition vient
donc rétablir
le regard trop restreint que des générations de
critiques et d’amateurs ont posé sur l’œuvre
de Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783).
Le parcours éclaire toute l’œuvre d’un artiste
typique de la seconde moitié du XVIIIe siècle,
qui s’épanouit donc en pleine époque des
Lumières. Il fut un intellectuel curieux, désireux
dans ses portraits officiels de traduire l’esprit de
son sujet, bien plus que sa pompe personnelle.
Ses “Têtes de caractères” doivent s’inscrire
dans une perception plus large de l’œuvre, non
pas uniquement dans la recherche de manifestations
du dérangement mental mais bien plus
dans la captation d’expressions humaines les
plus simples et spontanées. (ah)
Franz Xaver Messerschmidt, Tête de caractère N° 25, 1771.
© Belvédère, Vienne / photo : Johannes Stoll
Bijoux de femmes
pour la femme
du 21-11 au 06-04-2026
MAKK
Cologne
www.makk.de
L’art du bijou a eu du mal à s’imposer parmi les beaux-arts. De même, l’art produit
par les femmes a eu du mal à prendre sa place dans l’histoire de l’art, ancien comme
moderne. Mais, les frontières sont désormais transgressées. Toutefois, les premières
expositions dédiées à l’art du bijou restaient restreintes aux productions majoritairement
masculines. Voilà donc une exposition accueillie à bras ouverts puisqu’elle
explore la création de bijoux par des personnalités aussi contrastées que Sonia
Delaunay, Niki de Saint Phalle, Louise Bourgeois ou Yoko Ono. Un bijou, créé par un
homme pour une femme, conserve une part de paternalisme, malgré le bon vouloir
de l’artiste. Vivement donc cette expo qui témoigne de ce qu’une femme désire porter
dans un univers encore trop stigmatisé par l’homme. (ah)
Louise Bourgeois, Broche, 1996/2005. Collection privée. © VG Bild-Kunst Bonn 2025
66
Tradition et modernité
du 31-10 au 24-02-2026
The Royal Academy of Arts
Londres
www.royalacademy.org.uk
Perles de
pouvoir
du 27-11 au 06-04-2026
Hôtel de la Marine
Paris
hotel-de-la-marine.paris
Née à Bombay, Mrinalini
Mukherjee (1949) a d’abord
travaillé le tissu avant de se
tourner vers le bronze et
la céramique. Ses travaux
fusionnent alors traditions
locales et inspirations
modernes occidentales.
Au cours de sa carrière,
l’artiste a exploré ces relations
étroites, ce partage
d’apprentissage et ce soutien
mutuel qui ont façonné
non seulement des carrières
individuelles, mais aussi un
réseau créatif et intellectuel
dynamique qui a influencé
l’évolution de l’art moderne
et contemporain en Asie
du Sud. L’exposition met
en lumière la manière dont
deux institutions d’enseignement
visionnaires – le
Kala Bhavana (Institut des
Beaux-Arts) de Santiniketan,
fondé en 1919 par le lauréat
du prix Nobel Rabindranath
Tagore, et la Faculté des
Beaux-Arts de l’Université Maharaja Sayajirao de Baroda (rebaptisée Vadodara en 1974)
– ont inspiré des générations d’artistes pionniers dont les contributions à l’évolution du
modernisme indien ont été significatives. L’œuvre de Mrinalini Mukherje se place au centre
de ce parcours. (ah)
Mrinalini Mukherjee, Jauba, 2000, fibre de chanvre et acier, 143 × 133 × 110 cm. Londres, Tate Modern. © de
l’artiste / Courtesy The Mrinalini Mukerjee Foundation
Catherine II de Russie, Joséphine de
Beauharnais, Marie-Louise d’Autriche,
la princesse Eugénie et la reine Victoria,
toutes ont porté des parures somptueuses.
Pourtant, ces bijoux sertis de perles et de
diamants rares étaient d’abord symboliques
du pouvoir de leurs hommes.
Chaque gemme révélait le statut, la lignée
et l’autorité de sa détentrice et, partant,
de son détenteur… Heureusement, cette
exposition révèle que les frontières ne sont
pas si étanches. Que les esprits chafouins
se taisent ! Certains de ces hommes, désireux
d’affirmer leur importance, ont certainement
acheté et fait arranger ces miracles
de la nature pour en parer celle qu’ils
aimaient. Bref, quelle que soit l’histoire de
chacun d’entre eux, l’exposition dévoile
des joyaux dynastiques rares, dont certains
n’ont jamais été montrés en Europe. (ah)
Cartier Londres, Collier, 1937, rubis, diamants
et platine, anciennement dans la collection du
maharajah Digviyaysinhji de Nawanagar. Collection
Al Thani, inv. ATC817. © Christie’s Images Ltd
Les voies complexes
de la modernité
du 31-10 au 07-02-2026
MoMA
New York
www.moma.org
L’œuvre de Ruth Asawa (1926-2013) s’est révélée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. L’artiste
s’était alors inscrite au Black Mountain College, un établissement expérimental situé près
d’Asheville, en Caroline du Nord, où elle explora les possibilités artistiques des matériaux ordinaires.
Elle y développa une technique de fil de fer bouclé, inspirée de la vannerie mexicaine,
observée de près en tant qu’étudiante. Cette invention lui valut soudain une reconnaissance qui
s’avère une contribution marquante à la sculpture abstraite du XXe siècle. L’exposition démontre
comment l’observation de savoirs anciens contribue, au travers de son œuvre, à élargir les frontières
de la sculpture contemporaine. (ah)
Ruth Asawa, Sans titre (S.398, Forme suspendue octolobée, en quatre parties, à surface discontinue dans une
forme avec des sphères dans les septième et huitième lobes), ca. 1955, laiton, fer et fer galvanisé, 265,4 × 36,8 ×
36,8 cm. New York, The Museum of Modern Art, promesse de don d’Alice et Tom Tisch, 2016. © 2024 Ruth Asawa
Lanier, Inc. / Artists Rights Society (ARS), New York / Courtesy David Zwirner
67
Agenda Musées
Pauline Curnier Jardin, Il Paravento, 2024. © de l’artiste / Courtesy ChertLüdde, Berlin / Ellen de Bruijne
Projects, Amsterdam / M HKA, Anvers
Antwerpen
De Singel
△ BWMSTR Label 034.
Living Frameworks
till 01-02-2026
De Warande
△ Random Well-Organised
Universe Timecircus
till 16-11
Extra City
△ It goes without saying
till 29-03-2026
FOMU
△ Early Gaze. Ongeziene
fotografie uit de 19de
eeuw
till 01-03-2026
△ Magie en Macht.
Fotografie in België,
1839-1900
till 08-03-2026
△ No longer not yet. Katja
Mater en FOMU-Collectie
till 22-02-2026
KMSKA
△ Magritte. La Ligne
15-11 till 22-02-2026
△ Eugeen Van Mieghem
/ Donas, Archipenko & La
Section d’Or Betoverend
modernisme
till 11-01-2026
Kunsthal Extra City
△ Bianca Baldi. Sea
Through Skin
till 25-01-2026
△ Periphery
till 31-12
M HKA
△ De toestand is vloeibaar
till 03-01-2027
△ Les Associations de
Pauline Curnier Jardin
till 25-01-2025
Middelheimmuseum
△ Sammy Baloji. The long
hand
till 31-12
MoMu
△ GIRLS
till 01-02-2026
△ Collection presentation.
Fashion from the MoMu
Collection
till 31-12
△ Resolución
till 23-11
Museum DeReede
△ Jean Rustin. Kijk niet
weg
till 24-11
Museum Plantin-
Moretus
△ Vrouwenzaken/
Zakenvrouw
till 11-01-2026
Museum
Snijders&Rockoxhuis
△ Ydáñez en Amberes
till 18-01-2026
Verbeke Foundation
△ Without Destination
till 02-11
Ath
Maison
Culturelle d’Ath
△ Manon Bara & Stephan
Goldrajch. Jour de fête
till 20-12
Bastogne
L’Orangerie
△ Mémory Cache
Collection 99
till 04-01-2026
Pôle Culture
△ Alec De Busschère.
Memory Cache
Collection 99
till 04-01-2026
△ Djos Jannssens. Twist
till 31-12
Bornem
Cultuurcentrum Ter
Dilft
△ Nils Verkaeren.
Blooming Desert
till 30-11
Brussels
AfricaMuseum
△ Le Panorama du Congo
1913. Illusion coloniale
démontée
28-11 till 27-09-2026
Art et Marges
△ Aussi loin qu’ici
till 29-03-2026
Autoworld
△ German Tuners from
the 80’s & 90’s
till 14-12
BELvue! Museum
△ ART DECO
till 04-01-2026
Bozar
△ John Baldessari.
Parabels, Fabels en
andere sterke verhalen
till 01-02-2026
△ Ouest. Urban Legend
/ Bozar Arcade. Urban
Playground
till 04-01-2026
△ Francisco de Goya
till 11-01-2026
Centrale
△ Michel Couturier. La
friche la galaxie / Làzara
Rosell Albear. Gao
till 22-02-2026
△ Elias Cafmeyer. Les
gargouilles de Catherine
till 07-12
Centre Culturel de
Schaerbeek
△ Brolectif. Le Brol
till 19-12
Centre d’Art de
Rouge-Cloître
△ Quand vient la nuit
till 23-11
Design Museum
△ Design & Comics:
Living in a Box
till 01-03-2026
Espace Vanderborght
△ CNN199: 35 ans de hiphop
activism
till 16-11
Fondation A
△ What’s the word?
Johannesburg!
till 21-12
Fondation
Boghossian - Villa
Empain
△ Elsa Paricio. Biblioteca
Nacional
20-11 till 10-05-2026
△ Fire
till 01-03-2026
△ Echoes of Art Deco
till 02-11
Fondation Gaston
Bertrand
△ Prix Gaston Bertrand.
Lauréat Michel Mouffe
07-11 till 21-12
Foyer vzw - Migratie
Museum Migration
△ Bruxelles, la Congolaise
till 13-12
ISELP
△ Uncharted
till 06-12
La Fonderie
△ Beldavia. Jouw nieuwe
thuishaven
till 28-06-2026
La Maison des Arts
△ À table !
till 23-11
MAD
△ Trans-Formations /
Future Generation
till 15-11
Maison de l’Histoire
Européenne
△ Passé Composé. Un
album européen
till 11-01-2026
Maison Hannon
△ Échos des Songes. Le
Symbolisme à Bruxelles
till 19-04-2026
Musée de la BD
△ La Nature de Wauter
Mannaert
till 20-09-2026
Musée Horta
△ 100 motifs, (g)een
motief, all over
till 02-11
Musée Juif
△ There is a crack in
everything
till 14-12
Musée Mode &
Dentelle
△ 40+ years of stijl
till 11-01-2026
Musées royaux
des Beaux-Arts de
Belgique
△ FRAGILE ! / Art et
stéréotypes de genre
19-11 till 19-04-2026
△ Georges Muerant
meets Bonolo Kavula
till 10-03-2026
Museum voor
Moderne Religieuze
Kunst
△ Sketching For the
Basilica. Architect Albert
Van Huffel. Art Deco &
100 years of Arts and
Architecture
till 31-03-2026
Tour&Taxis
△ Sebastião Salgado.
Amazônia
till 11-11
68
Walter & Nicole
Leblanc Foundation
△ Esther Ferrer & Walter
Leblanc. Shared Lines
till 19-12
WIELS
△ Everlyn Nicodemus.
Black Bird
till 01-02-2026
△ Nairy Baghramain.
Nameless
till 01-03-2026
Wittockiana
△ Faune, Flore et Reliures
till 08-02-2026
△ Verso-Recto. Collection
inédites
till 25-01-2025
Charleroi
BPS22
△ La “S” Grand Atelier.
Novê Salm
till 04-01-2026
Le Bois du Cazier
△ Homo Detritus
till 16-11
Musée de la
Photograhie
△ Collection Astrid Ullens
de Shooten Whettnall
/ Fañch le Bos / Younès
Ben Slimane
till 25-01-2026
Musée des Beaux-Arts
△ Mathieu Grodet. Petites
et grandes histoires
till 09-11
△ Mig Quinet. Matières
en mouvement. Coupé,
collé, cousu
till 25-01-2026
Deurle
MDD
△ Libasse Ka. Notes on
Shape Shifting / George
Minne. De Verloren Zoon
till 21-12
Eupen
IKOB
△ Léon Wuidar. Um die Ecke
till 30-11
Gaasbeek
Kasteel van Gaasbeek
△ David Claerbout. At the
window
till 16-11
Gent
MSK
△ Stephan Vanfleteren.
Transcripts of a Sea
till 04-01-2026
Museum Dr. Guislain
△ Monique Gies
15-11 til 19-04-2026
△ ik ben er !?
till 04-01-2026
△ Eigen Huis
till 27-09-2026
△ Op losse schroeven
till 30-12
Sint-Pietersabdij
△ Michiel Hendryckx.
Schoonheid als verzet
till 16-11
SMAK
△ Narcisse Tordoir. Fake
Barok / Aziz Hazara. Bow
Echo / 10ans de S.M.A.K.
Bouge
29-11 till 03-05-2026
△ Resistance. The Power
of the Image
29-11 till 08-03-2026
△ Painting after Painting.
Hedendaagse
Schilderkunst in België
till 02-11
△ Edith Dekyndt. Shadows
from the Walls of Death
till 28-02-2026
△ Marck De Blieck.
Point de voir
till 08-03-2026
Herbert Foundation
△ Lawrence Weiner. Red
and Green and Blue
more or less
till 28-06-2026
Grimbergen
CC Strombeek
△ Aysha E Arar. Al Farisa
till 01-02-2026
△ Katya Ev. Lactating Bodies
till 14-12
Hasselt
Mode Museum
△ Rococo Reboot.
Mode 1750-1830
till 22-02-2026
Z33
△ Mounir Addib.
Taliswoman
till 14-12
△ Michael Beutler
till 22-02-2026
Hornu
CID
△ Temps d’Archi #11.
Réparer le monde
till 16-11
△ Woven Whispers
till 14-12
MACS
△ Haim Steinback.
Objects for People
till 02-11
Ieper
Raadzaal Lakenhallen
△ vitrinetentoonstelling:
Druk!Druk!Druk!
till 22-02-2026
Jabbeke
Permeke Museum
△ Gedeelde Kamers.
Huiselijkheid Verbeeld
till 23-11
Kortrijk
Be-Part
△ Joelle Dubois. Rekindling
till 07-12
La Hulpe
Fondation Folon
△ Nicola Magrin. Del cielo
e della terra
08-11 till 01-03-2026
La Louvière
Centre de la Gravure
et de l’Image imprimée
△ Brecht Evens est pressé.
10 ans d’estampes
till 23-11
Keramis
△ Clémence van Lunen.
Une joyeuse intraquillité
/ Pia Mougeot.
Restitution de Résidence
till 01-03-2026
Leuven
M Museum
△ Grace Schwindt. A
History of Touch
till 16-11
△ Alicja Kwade. Dusty Die
/ Kennis in zicht
till 22-02-2026
△ Collectie van M
till 29-04-2029
Museum PARCUM
△ Ecstasy & Orewoet
till 09-11
Universiteits
Bibliotheek
△ Routes naar kennis
till 22-02-2026
Liège
Grand Curtius
△ Trésors cachés de
l’instutut archéologique
liégeois
till 11-01-2026
La Boverie
△ Robert Doisneau.
Instants Donnés
till 19-04-2026
Musée de la Vie
wallonne
△ KATALOG. Barbara Iweins
till 09-11
New Space
△ Prix Jeunes Artistes 2025
till 15-11
Louvain-la-
Neuve
Musée L
△ Happy U! Le Musée L
en fête pour les 600 ans
de l’UCLouvain
till 22-02-2026
Mechelen
Kazerne Dossin
△ Sport et les athlètes au
KL Auschwitz
till 10-12
Mons
CAP/ musée des
Beaux-Arts de Mons
△ Kévin Douillez. Voyages
d’un geste
till 25-01-2025
△ David Hockney. Le
Chant de la Terre
till 25-01-2026
Maison Losseau
△Bords Perdu. Marie Bonnin
07-11 till 01-03-2026
Mons Memorial
Museum
△ L’esprit carcéral. Verlaine,
Dumont, Detournay,
Bervoets et la prison de
Mons
till 10-05-2026
Morlanwelz
Musée Royal de
Mariemont
△ Marie De Hongrie.
Art & Pouvoir à la
renaissance
22-11 till 10-05-2026
Namur
CC Détour
△ Lorka. Sapiens
till 15-11
Le Delta
△ Les trésors minuscules
till 04-01-2026
△ Au filtre des émotions
till 11-09-2026
△ Mehdi Georges Lahlou.
A l’ombre des palmiers,
conversation botanique
till 25-01-2026
△ Vivian Maier. Saisir la
vie partout
till 30-11
Musée Félicien Rops
△ Japoniaiseries.
Fantaisies japonaises au
temps de félicien rops
till 15-02-2026
Oostduinkerke
Kapel Rozenkrans
△ Mathieu V. Staelens.
Celebrating the
Connection of Souls
till 30-11
Oostende
MU.ZEE -
Venetiaanse
Gaanderijen
△ Het is zondag op zee!
till 22-02-2026
Puurs-Sint-
Amands
Verhaerenmuseum
△ Langs de waterkant
till 20-11
Roeselare
Ter Posterie
△ Roger Raveel. Dag
meneer Raveel!
till 04-01
Seneffe
Château de Seneffe
△ Thierry Bontridder.
Sculpteur de Bijoux
till 11-11
Sint-Martens-
Latem
Crypte Gemeentehuis
& gemeentelijk
museum Gevaert-
Minne
△ Lode Laperre. (D)
CNSTRCT
till 07-12
Sint-Niklaas
Kunstenplatform
WARP
△ Compleet van de
kaart. Artistieke visies op
cartografie
till 23-11
Tentoonstellingsruimte
Zwijgershoek
△ Compleet van de
kaart. Artistieke visies op
cartografie
till 04-01-2026
Tournai
TAMAT
△ Arpy Gokceyan. Les fils
invisibles de la mémore /
Regard sur la collection.
Tournai 1930-1950
till 01-03-2026
Turnhout
De Warande
△ Timecircus. Random
Well-Organised Universe
till 16-11
Waregem
Be-Part
△ Rein Dufait. Ginder de
dingen, de dagen en de
wolken
till 30-11
Wechelderzande
Kasteel Hof d’Intere
△ Pastorale
till 06-12
Envoyez vos informations, pour le
mois de décembre, à collect@ips.be
avant le 5 novembre !
69
Paroles de galeristes
FRED & FERRY – #081
Têtus par passion
FRED & FERRY célèbre son cinquième anniversaire
avec un programme soulignant une nouvelle inflexion.
Fondée par Frederik Vergaert et Ferry Saris, la galerie
se concentre principalement sur les jeunes artistes qui
jettent un regard acéré sur le monde. Ferry est entré
dans l’aventure grâce à sa passion pour l’art comme
collectionneur engagé, tandis que Frederik y apportait
vingt ans d’expérience dans diverses organisations
artistiques, tant en Allemagne qu’à l’étranger.
Frederik Vergaert et Ferry Saris. © photo : Lynn Van Oijstaeijen
Avec quelle intention avez-vous
ouvert votre galerie ?
« Nous avons lancé FRED &
FERRY car nous souhaitions créer
une plateforme durable pour les
artistes avec lesquels nous avons
déjà eu le plaisir de travailler.
Il s’agit d’artistes qui, par leur
langage visuel et leur vision
singulière, portent un regard
acéré sur le monde et invitent
le spectateur à s’arrêter sur une
réalité souvent moins évidente.
Nous croyions en leur potentiel
et souhaitions élaborer ensemble
un parcours sur le long terme,
propice à leur développement et
à leur évolution. »
Comment votre nouvelle
approche se traduira-t-elle
concrètement ?
« Nous voulons impliquer
davantage de collectionneurs
et de visiteurs dans la galerie,
tout en offrant plus d’espace aux
artistes. Notre programmation
est dynamique : nous combinons
présentations expérimentales et
expositions plus classiques. Notre
attention demeure centrée sur
les artistes, mais nous sommes
également conscients que leur
œuvre ne prend véritablement
tout son sens que grâce aux collectionneurs,
aux commissaires
d’exposition et aux musées. C’est
pourquoi nous misons davantage
sur la diffusion et le dialogue.
Cette nouvelle approche se
traduit visuellement par une
collaboration avec l’artiste Adrien
Tirtiaux. Il a conçu un escalier à
double révolution qui relie, au
propre comme au figuré, les
deux étages de la galerie. Inspirée
du projet de Léonard de Vinci
pour le château de Chambord,
cette installation est désormais
au cœur de notre galerie et de
notre programme. Grand Chambord
Interchange invite à vivre
les expositions autrement, dans
une dynamique de variation, de
stratification et d’interconnexion.
L’œuvre évoluera avec chaque
exposition, sa couche extérieure
réagissant à ce qui vient ou à ce
qui a déjà eu lieu. Ainsi, l’escalier
poursuivra-t-il sa croissance,
lentement mais sûrement, tout
comme la galerie elle-même. »
Il existe beaucoup de jeunes
artistes prometteurs, comment
les sélectionnez-vous ?
« Notre sélection s’inscrit toujours
dans la durée. Il n’y a pas de
procédure fixe : nous souhaitons
laisser toute sa place à l’intuition
et tenir les engagements pris
avec nos artistes actuels. Ce qui
les relie, c’est leur capacité à
repousser les limites. Certains le
font de manière interdisciplinaire,
d’autres en questionnant leur
pratique de manière critique et
en la ramenant à son essence. La
scénographie de nos expositions
joue également un rôle : nous
recherchons constamment les
moyens d’ajouter une couche
de lecture supplémentaire à
la présentation. Notre public
le reconnaît et l’apprécie. Bien
entendu, seuls certains collec-
tionneurs s’ouvrent aux jeunes
artistes. Ce sont généralement
ceux qui ont développé un goût
personnel, ne se laissant pas uniquement
guider par le marché
ou les tendances. »
Après cinq années, quel regard
portez-vous sur le marché de l’art ?
« Les cinq dernières années
ont été turbulentes, marquées
par une crise énergétique et
environnementale persistante,
les guerres, les changements
politiques et la pandémie de coronavirus.
Un début difficile pour
une jeune galerie. Le marché est
confronté à des difficultés économiques,
à des changements dans
les habitudes d’achat, à l’internationalisation
et à la concurrence
des foires, une situation
qui devrait perdurer un certain
temps. Pourtant, nous constatons
que certaines personnalités
fortes (artistes, collectionneurs
ou commissaires) maintiennent
le monde de l’art vivant grâce à
un renouvellement du contenu,
une grande énergie et des
réseaux que le marché, à lui seul,
ne saurait soutenir. Cela malgré
la pression médiatique et politique
liée aux attentes en matière
de visibilité, de fréquentation et
de choix stratégiques. Parallèlement,
le nombre d’artistes et
de galeries a considérablement
augmenté. Une concurrence s’est
développée, qui n’est pas toujours
saine. Nous avons choisi de
ne pas participer à cette course.
Nous ne nous voulons pas nous
positionner dans une singularité,
mais bien montrer que nous
demeurons fidèles à nos choix.
Notre approche scénographique
est parfois jugée trop muséale,
moins commerciale, mais nous
pensons qu’elle sert les artistes
que nous représentons. Nous
sommes têtus, certes, mais c’est
par passion. »
Que peut-on attendre de votre
galerie à moyen terme ?
« Le plus grand défi est de demeurer
fidèle à notre approche.
Nous souhaitons proposer des
expositions qui fonctionnent
également sur un plan commercial,
mais toujours en plaçant
l’interaction au cœur du projet.
On dit parfois que notre galerie
est ‘‘trop pointue’’ ou qu’elle présente
des œuvres moins accessibles.
Nous sommes convaincus
que notre force réside justement
dans l’inattendu. L’art n’a pas
besoin d’être reconnaissable
ou ‘‘à la mode’’ pour toucher
quelqu’un. Bien au contraire,
nous voulons inviter les visiteurs
à regarder plus loin, à élargir leur
horizon et à se laisser surprendre.
Notre objectif est très simple :
nous voulons être la galerie la
plus accueillante qui soit. »
FRED & FERRY. A five year
celebration
jusq. 11-07-2026
FRED & FERRY
Anvers
www.fredferry.com
70
Sélection Galeries
Dame Paula Rego
du 02-11 au 07-12
De Queeste Art
Abele/Watou
www.dequeeste-art.be
Pascal
Courcelles
jusq. 19-11
Espace 001
Louvain-la-Neuve
www.espace001.com
Paula Rego, Prince Pig and the second sister, 2006, lithographie,
101,1 x 61,6 cm, de la série Prince Pig Series, 2006, éd.
de 35, imprimée par l’artiste et The Curwen Studio, Cambridge.
Prix (encadré) : de 6.000 à 8.000 €
« Mes thèmes préférés sont les
jeux de pouvoir et les hiérarchies.
Je veux toujours tout bouleverser,
perturber l›ordre établi, intervertir
les héroïnes et les idiots », déclarait
la peintre anglo-portugaise
Paula Rego (1935-2022), devenue
une star internationale à un âge
avancé. De Queeste Art a promu
son œuvre remarquable alors
qu’elle était encore peu connue.
Son exposition Te Gek ! combine
des dessins et des peintures de
l’Écossaise Kate McCrickard (1974)
avec la série Prince Pig de Paula
Rego. Cette série de six lithographies
s›inspire du conte du XVIe
siècle Il Re Porco de l’Italien Gianfrancesco
Straparola (1480-1558)
: l’histoire souvent violente d’un
prince cochon et de son mariage
arrangé avec une femme. L’artiste
a utilisé comme modèle une poupée
fabriquée par ses soins d’un
homme avec une tête de cochon.
Elle a omis toute violence explicite
afin de se concentrer davantage
sur les aspects psychologiques
et émotionnels des relations de
genre et de pouvoir. (cv)
Né en 1956 à
Watermael-
Boitsfort, Pascal
Courcelles
est reconnu
pour sa peinture
matiériste
lumineuse,
nourrie par
la nature et
le jeu des
variations. Dans
son travail, la
notion de série occupe une place centrale
: chaque motif devient prétexte à une
expérimentation infinie, entre répétition et
transformation, comme les mouvements
d’une partition musicale. Ses dessins à
l’encre ou au feutre, immédiats et fragiles,
dialoguent avec des toiles plus amples, où
la lumière et la matière s’affirment. L’artiste
joue de l’épure du trait et de l’intensité
des couleurs pour créer des œuvres qui ne
reproduisent pas, mais réinventent fleurs,
paysages et végétaux. Ses formes fragmentées,
superposées ou ouvertes, composent
un récit visuel vibrant, où chaque variation
capte un souffle ou une émotion. Dans
cette démarche, l’artiste invite le spectateur
à ralentir, à contempler l’évolution subtile
d’un motif et à éprouver la poésie de
l’instant. (gg)
Pascal Courcelles, Sérialité 7, 2025, feutre en encre
sur papier, 40 x 30 cm. © de l’artiste / Courtesy
Espace 001 – Prix : entre 250 et 1.500 €
Patricia Kinard
jusq. 28-12
Wery Galerie-Librairie
Dinant
www.galerie-wery.com
Patricia Kinard, Spirit, 2013, huile sur toile, 50 x 50
cm. © de l’artiste / Courtesy Wery Galerie-Librairie
– Prix : entre 1.600 et 4.500 €
Entre Bruxelles et Paris, Patricia Kinard (1949) développe un travail qui se déploie en
différentes périodes picturales ou ‘‘cycles’’, reflets d’une recherche reliant intuition et
raison, inspirée par Jung et son concept d’inconscient collectif. Nourrie par la musique,
la poésie, la nature et le voyage, la peintre explore une connexion subtile avec le vivant.
Un processus qu’elle rapproche de l’alchimie de la vie. Dans ses toiles, matière et esprit
se rejoignent, interrogeant la place de l’homme dans l’univers et sa relation aux forces
invisibles. L’exposition réunit différentes périodes de son œuvre (entre 1990 et 2025),
offrant une traversée sensible où peinture et réflexion s’entrelacent pour suggérer un
monde habité de mystère et de spiritualité. (gg)
71
Sélection Galeries
Benny Van den
Meulengracht-Vrancx
du 08-11 au 20-12
DMW Gallery
Anvers
www.dmwgallery.be
Le Fil
d’Or 2.0
jusq. 09-11
Galerie Jos Depypere
Kuurne
galeriedepypere.be
Son nom est plus qu’un
simple nom, et cette
ampleur correspond bien à
sa pratique d’artiste et de
curateur. L’Anversois Benny
Van den Meulengracht-
Vrancx (1989) est rapidement
devenu un moteur de la
scène artistique locale. Il
a dirigé l’espace d’exposition
Hole Of The Fox et fut
longtemps été coordinateur
de l’Antwerp Art Weekend.
Ces derniers temps, son art
attire davantage l’attention.
Depuis cette année, il
est représenté par la DMW
Gallery d’Anvers. ACT est
sa première exposition
personnelle dans cette
galerie. Toutes les œuvres
sont neuves, dont Hold
my candle. Sa pratique
artistique protéiforme est
assez imprévisible. Il réagit
sans cesse à ce qui se passe
autour de lui, souvent avec
une ironie fine, en recherchant
la beauté. ACT est le
troisième chapitre d’une série d’expositions ayant débuté en 2021, dans la galerie Otty
Park, aujourd’hui fermée. Chaque chapitre est une suite, cette fois-ci sur des thèmes tels
que le temps qui passe, les troubles mondiaux, les jeux vidéo et l’amour. (cv)
Benny Van den Meulengracht-Vrancx, Hold my candle, 2025, bois, chandelle. © de l’artiste / Courtesy
DMW Gallery – Prix : 600 à 3.000 €
Dans notre
édition
d’octobre,
pour illustrer
cet article,
nous publiions
une image
incorrecte
(une œuvre de
Jenny Watson
exposée
chez Transit, à
Malines). Nous
présentons
nos sincères excuses à l’artiste Abigail Tulis et
à la Galerie Depypere. Voici l’œuvre correcte,
Mating at the Full Moon, une peinture envoûtante
dans laquelle l’artiste mêle sa fascination
pour la nature, la mythologie et le symbolisme
féminin pour créer une scène onirique et
complexe. Le Fil d’Or est la première exposition
en duo d’Abigail Tulis et Clément Jacques-Vossen,
deux jeunes artistes liés à la Galerie P. à
Ostende et actuellement invités chez Depypere
à Kuurne, qui célèbre son 75e anniversaire.
Leur travail constitue un dialogue subtil entre
introspection et imagination : Tulis crée des
peintures poétiques où identité et nature se
confondent, tandis que Jacques-Vossen joue
avec le symbolisme, l’héraldique et le folklore,
dans des compositions colorées pleines de
puissance narrative. (cv)
Abigail Tulis, Mating at the Full Moon, acrylique et
huile sur toile, 50 x 70 cm. © de l’artiste – Prix : 630 à
15.000 €
Les débuts en Belgique
21-11 au 11-01-2026
IN-DEPENDANCE
Anvers
in-dependancegallery.com
Tomasz Laczny, du projet Erna Helena Ania. © de
l’artiste / Courtesy IN-DEPENDANCE by IBASHO –
Prix: de 1.000 à 2.000 €
Voici la première exposition de Tomasz Laczny (1974), en Belgique. Cet artiste polonobritannique,
résidant à Margate, s’est fait connaître grâce à des récits profondément
personnels, en même temps universellement humains. Il dessine, photographie et utilise
également le livre comme moyen d’expression. Aujourd’hui, trois séries d’œuvres
sont réunies. Ses cyanotypes de grand format font partie du projet Erna Helena Ania.
Enfant, l’artiste a découvert que sa grand-mère était d’origine allemande. Lorsqu’elle
est tombée amoureuse d’un Polonais, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle
fut considérée comme une traîtresse et dut abandonner leur fille, la mère de Laczny,
retrouvée des années plus tard. Le livre du même nom, publié en 2021, fait partie de
la collection de la bibliothèque du MoMA de New York. Les expériences de migration
et de perte reviennent régulièrement. Ses autoportraits au ferrotype, issus du projet
The Plague, ont été réalisés alors qu’ils étaient séparés par la pandémie de Covid. On
trouve également des dessins de la série Urushi. (cv)
72
Still Lifes and Street Scenes
jusq. 22-11
Xavier Hufkens
Bruxelles
xavierhufkens.com
Duc in altum
jusq. 23-11
Abbaye de
La Cambre
Bruxelles
lesgrandesheures.be
Peintre américaine
majeure du XXe
siècle, Alice Neel
(1900-1984) est
surtout reconnue
pour ses portraits.
Pourtant, son œuvre
embrasse bien
davantage : paysages
urbains, natures
mortes et scènes d’intérieurs
composent
un journal visuel
sensible et intime.
Ses toiles révèlent son
intérêt pour l’expressionnisme
allemand
et son attention
aux lieux modestes,
aux parcs, aux rues
familières de New
York, qu’elle peint
de mémoire depuis
son appartement.
Alice Neel y transpose
l’énergie de la
vie comme l’écho de ses épreuves personnelles. Ses natures mortes et ses dessins
traduisent un regard expressionniste porté sur l’ordinaire, où objets, fruits, crânes ou
poissons deviennent des symboles de présence et de fragilité. À travers cette multiplicité
de sujets, la peintre relie intimement émotion et observation, donnant voix
aux oubliés, aux marges comme aux choses simples, lesquels se voient transformés
en puissants emblèmes de l’existence. (gg)
Alice Neel, Riverside Drive, 1965, huile sur toile, 114,5 x 94 cm. © The Estate of Alice Neel / Courtesy
Xavier Hufkens, Brussels / photo : Thomas Merle – Prix sur demande
Au cœur de
l’Abbaye de La
Cambre, deux
artistes dialoguent
autour
d’un même
axe, celui qui
relie l’ombre
à la lumière,
la profondeur
à l’altitude.
Caroline
Chariot-Dayez
(1958) poursuit depuis plus de vingt ans son
exploration des plis, peints à l’huile, comme
un langage accordé à l’invisible. Philosophe
et peintre, elle fait des drapés une voie vers
la transcendance, exposant dans des lieux de
spiritualité où ses toiles invitent à la méditation.
Face à elle, Stella Solar (1962) travaille la
matière abandonnée (bois, chanvre, cuivre,
fils) pour y ranimer la vie et révéler la beauté
enfouie. Ses installations, faites d’amas et de
suspensions, interrogent les traces du temps,
les cycles de la mémoire, l’équilibre fragile
entre disparition et renaissance. Ensemble,
elles proposent une traversée intérieure où la
peinture et la sculpture deviennent des expériences
sensibles et spirituelles, reliant l’intime
à l’universel. (gg)
Stella Solar, Entre ciel et terre, 2020, bois et textile, 100 x
100 x 80 cm. © de l’artiste – Prix sur demande.
Kikie Crêvecœur
du 03-11 au 20-12
Le Salon d’Art
Bruxelles
lesalondart.be
Kikie Crêvecœur, Sans Souffle, ni Bruit I, 2023,
38 x 28 cm. © de l’artiste / photo : Vincent
Everaerts – Prix : entre 400 et 2.000 €
Kikie Crêvecœur (1960) est surtout connue pour son travail de gravure sur gomme. Avec le
temps, son atelier s’est rempli de ces matrices minuscules. Dans un geste de transformation,
l’artiste décide aujourd’hui de les utiliser autrement. Elle en extrait des fragments, les
biseaute, les tamponne des milliers de fois sur une même feuille. Peu à peu, surgissent des
paysages : échos d’un bosquet, reflets d’eau, effets de brume... Non pas un lieu précis, mais
la somme de territoires et de souvenirs. Christophe Veys, directeur du Centre de la Gravure
et de l’Image imprimée : « (…) Cette symphonie de virgules, ce bouillonnement de points, ce
tourbillon de traits vifs, ces gommages dans l’encre encore fraîche, donnent naissance à des
paysages imaginaires. Ils sont comme une vie de regards posés sur la nature et, avec elle,
celle et ceux que nous sommes. Après tout, ne sommes-nous pas toutes et tous des poussières
d’étoiles ou de gommes. » (gg)
73
Sélection Galeries
David Mileikowsky.
De Profundis
jusq. 31-12
Art Lab Brussels
Bruxelles
v0-the-art-lab.vercel.app
Xavier
Huchez
jusq. 23-11
Galerie Albert Ier
Bruxelles
www.galerie-albert1er.be
Peintre dès l’adolescence, cinéaste et auteur, David Mileikowsky (1956), personnage
hors norme, cultive une démarche multidisciplinaire, nourrie de son goût pour la
narration et l’expérience sensorielle. Il nous entraîne dans un voyage intérieur, où se
mêlent couleurs, matières et songes. Plus qu’une suite d’œuvres, son travail explore
les profondeurs de nos sensibilités et de nos histoires intimes, révélant ce qui reste
enfoui sous la surface. Pigments naturels, eaux teintées, feu et air deviennent les
ingrédients d’une alchimie où l’artiste compose une partition, à la fois tragique et
poétique. Cigarettes froissées, cires et vernis se transforment en traces vivantes,
animées par le feu qui vient révéler des nuances cachées. Chaque réalisation apparaît
alors comme un labyrinthe mental, une invitation à suivre un chemin de désirs
et d’appréhensions, entre cauchemars purifiés et clartés lunaires. (gg)
David Mileikowsky, Winter Reise Opus One, s. d., 35 x 20 cm
© de l’artiste – Prix : entre 1.500 et 22.500 €
Né à Paris en
1966 et installé
près du
lac d’Annecy,
Xavier
Huchez est
un peintrepoète
qui
élabore
une œuvre
lumineuse
et contemplative,
entre romantisme contemporain et
abstraction paysagère. Inspiré par Turner et les
maîtres flamands, il explore les atmosphères
brumeuses et intimistes, où le silence et la
lumière se confondent. Son art, plus suggestif
que figuratif, invite à ressentir les odeurs et les
bruissements de la nature, mais aussi la solitude
du promeneur. Travaillant ‘‘à l’ancienne’’, il utilise
des pigments rares (lapis-lazuli, cinabre, jaune
de Naples), appliqués en couches superposées
selon la technique du sfumato. Sur toile de lin ou
panneau de bois, il joue des transparences et des
reliefs pour obtenir des surfaces patinées. Invariablement,
Xavier Huchez cultive la délicatesse
et l’intensité, façonnant une peinture hors des
sentiers battus, où la beauté surgit des brumes
comme une évidence. (gg)
Xavier Huchez, Sans titre, s.d., huile sur toile, 40 x 40 cm.
© de l’artiste / Courtesy Galerie Albert Ier – Prix : entre
400 et 3.500 €
Annick Lizein, Philippine d’Otreppen
et Sabrina Montiel-Soto
jusq. 23-12
HU ! Galerie
Bruxelles
@hu_galerie
Philippine d’Otreppe, Sans titre (projet Liste de courses),
2025, céramiques émaillées, dimensions variables. © de
l’artiste / Courtesy Hu ! Galerie – Prix : entre 400 et 4.500 €
Trois artistes se rencontrent dans une scénographie conçue pour créer des résonances
subtiles entre leurs univers. Annick Lizein (1973) explore la tension entre
geste spontané et construction de l’image : ses toiles oscillent entre apparition et
effacement, moins pour représenter que pour suggérer, ouvrant un espace sensible
où l’imaginaire du spectateur se projette. Philippine d’Otreppe (1993) scrute
le quotidien avec humour et tendresse. Ses croquis, pris sur le vif, nourrissent des
compositions intuitives, tandis que ses sculptures en céramique émaillée révèlent
la poésie du banal et la richesse des détails les plus infimes. Quant à Sabrina
Montiel-Soto (1969), artiste multidisciplinaire et cinéaste, elle déploie un univers
fait d’installations, de sculptures et de vidéos, traversé par les constantes reliant
les humains à la nature et aux cultures. Ensemble, ces démarches invitent à une
expérience partagée où sensibilité, mémoire et regard poétique se croisent et
s’entrelacent. (gg)
74
Koï et Kimono
du 07-11 au 18-12
Atelier De Borchgrave
Bruxelles
www.isabelledeborchgrave.com
Daniel
Henry
jusq. 22-11
Les Drapiers
Liège
www.lesdrapiers.be
Disparue en octobre 2024, Isabelle de Borchgrave (1946) laisse derrière elle une
œuvre foisonnante, où le papier devient matière vivante, entre fragilité et magnificence.
Son atelier poursuit aujourd’hui ses activités, fidèle à l’esprit de l’artiste. Inspirée
par la nature, elle créait aussi bien des kimonos en papier que des sculptures
de bronze, des lustres nénuphars ou des arbres imaginaires, parfois proches des
figures d’Arcimboldo. L’étang jouxtant sa cuisine fut l’une de ses sources majeures
d’inspiration : elle y observait la fusion de l’eau, de la lumière et des couleurs, et
aimait nommer les koïs qui l’habitaient. Cette exposition réunit des pièces emblématiques
de son univers, entre œuvres monumentales et créations intimistes. Elle
rend hommage à une artiste qui sut transformer le quotidien en enchantement,
inventant un langage singulier, où le papier devient mémoire, poésie et célébration
de la vie. (gg)
Isabelle de Borchgrave, Étang Bleu, s.d., acrylique sur toile, 160 x 100 cm. © de l’artiste – Prix : entre
2.500 et 38.000 €
Créateur textile
diplômé de La
Cambre, Daniel
Henry (1976)
développe, depuis
plus de vingt ans,
une œuvre où
se rencontrent
artisanat, mémoire
et symbolique.
À la tête d’un
atelier spécialisé
en sérigraphie et
ennoblissement, il
partage son temps
entre recherche
textile et créations
personnelles. Son travail s’attache
aux tissus du quotidien (essuies, serviettes,
mouchoirs) qu’il collecte comme des témoins
de vies. Ces derniers portent des traces, des
monogrammes, des plis, des empreintes
qu’il magnifie par la dorure, l’impression ou
l’assemblage, les transformant en objets précieux
où le profane rejoint le sacré. La fleur y
occupe une place centrale : vanité, offrande,
mémoire, elle incarne la volonté de figer le
temps et de relier les vivants aux disparus.
Entre héritage intime et universalité symbolique,
Daniel Henry sublime la matière textile
en une ‘‘fossilisation’’ poétique de récits de
vie, conférant à ses œuvres une force à la fois
sensible et intemporelle. (gg)
Daniel Henry, Lys, 2024, empreinte, impression, dorure,
essuie en piqué de lin, 97 x 50 cm. © de l’artiste /
photo : Victor Pattyn – Prix : entre 800 et 4.000 €
Les merveilleux nuages
de Frans Vercoutere
du 22-11 au 28-12
Galerie Lloyd
Ostende
galerielloyd.com
Frans Vercoutere, vue d’atelier avec des oeuvres
récentes, 2025. © de l’artiste / Courtesy Galerie Lloyd
/ photo : Daniela Chirion – Prix : de 600 à 14.000 €
Frans Vercoutere (1955) n’est pas le nom le plus connu du paysage artistique flamand.
Mais ceux qui découvrent son œuvre comprennent qu’elle mérite un regard. Mon vaste
monde est sa deuxième exposition personnelle à la Lloyd Gallery d’Ostende. On y
retrouve ses ciels bleus parsemés de nuages blancs, minutieusement peints au pinceau.
Ils apparaissent au-dessus de paysages miniatures et de sculptures diverses, notamment
un lapin en bronze avec des bois peints d’un ciel nuageux. L’artiste travaille souvent avec
des objets trouvés : une branche ramassée, qu’il coule dans le bronze, ou une pierre
capricieuse qu’il polit en partie pour la peindre avec, oui, des nuages blancs dans un ciel
bleu. Si les paysages apparemment idylliques de ses peintures campent la réalité, il peut
aussi s’agir d’un morceau de nature dans une zone industrielle, sous un ciel nuageux. Tout
Belge pense aux nuages de Magritte, qui confèrent un sentiment d’étrangeté et placent
son œuvre hors du temps. (cv)
Agenda Galeries
△ Adrien Tirtiaux. The
Grand Chambord
Interchange
till 31-08-2028
Contretype
△ Pop Up. 3e édition
22-11 till 14-12
Galerie Templon
△ Hervé Di Rosa. Idolâtries
06-11 till 10-01-2026
René Guiette, Sans titre, 1963, encre, huile et sable sur papier, 72 × 45 cm.
© ECC, Bruxelles
Galerie Vrijdag
△ Hans Bruyneel.
There's some place that
I'd rather be
till 15-12
IBASHO Gallery
△ Hajime Kimura. Origins -
Norio Takasugi. As the twig
bent, so grows the tree
till 09-11
IN-DEPENDANCE
△ Groepstentoonstelling.
The Alternative Landscape
till 09-11
Lichtekooi
△ Dora Brams. Een
stelling
till 08-11
Newchild
△ Andrew Sendor
till 29-11
Tim Van Laere Gallery
△ Jockum Nordström
till 22-11
△ Franz West
27-11 till 17-01-2026
valerie_traan gallery
△ Susan Collis.
Remainder / Ayrton Eblé.
Straat
08-11 till 20-12
Brugge
Black Swan Gallery
△ Ruth Devriendt. A
Pocket-Sized Tornado
till 02-11
Galerie Pinsart
△ Eric vande Pitte. Au
Re(voir)
till 16-11
Brussels
△ Émilie Stefanie-Law &
Anatole Mélot. Paysage
ultrasensible
till 16-11
DS Galerie
△ Xolo Cuinle. Pulses
Within
till 29-11
Espace Constantin
Chariot
△ Les Silence Des Formes
/ Lorraine Defleur. Ex
Chao Ordo
till 30-11
Espace Vanderborght
△ CNN199: 35 ans de hiphop
activism
till 16-11
Esther Verhaeghe Art
Concepts
△ Maria Thurn & Taxis.
Mind Vice
till 09-11
Galerie Albert Ier
△ Michel Demart
29-11 till 18-01-2026
△ Xavier Huchez
till 23-11
Galerie Arielle
d'Hauterives
△ Conversation sur
papier
14-11 till 21-12
Galerie Didier
Devillez
△ Dominiq Fournal. Final
Years
till 15-11
Galerie Faider
△ Guy Leclercq. De la
couleur exactement
till 11-11
△ Guy Jaspar. Hommage
till 15-11
Gallery Sofie Van den
Bussche
△ Ulrike Bolenz.
Real Humans
23-11 till 20-12
△ Mieke Teirlinck. Tendresse
till 08-11
Gallery Twenty Seven
△ Nathalie Saey, Eloïse
Bonhill, Sydney Fruy.
Souffle… Odyssée
till 01-11
Halles Saint-Géry
△ Mappa Mundo
till 31-12
Hangar
△ Maryam Firuzi. When
the Earth Still Had a
Faminine Name
till 02-11
△ Nick Brandt. The Day
May Break / Charlotte
Abramow. Maurice,
Tristesse et Rigolade
till 21-12
Hopstreet Gallery
△ Susanne Wellm &
Jonathan Callan. What
Remains
11-11 till 20-12
Isabelle De
Borchgrave Atelier
△ Koi et Kimono
07-11 till 18-12
Jan Mot
△ Pierre Bismuth. Jonathan
Monk. I Was Not There
till 08-11
K Art Gallery
△ Extremes de Sícho
till 02-11
La Fonderie
△ Beldavia
till 28-06-2026
Antwerpen
De Zwarte Panter
△ Frieda Van Dun - Kiro
Urdin
03-02 t/m 10-04
△ Dr. Hugo Heyman. A
Sense of Transparency
till 23-11
Galerie Art Forum
△ Christian De Wulf,
Jaak Hillen
t/m 30-03
Annie Gentils Gallery
△ Sina Hensel. Oceanic
Gardens
till 02-11
Base-Alpha Gallery
△ Simon Demeuter
till 15-11
Callewaert
Vanlangendonck
Gallery
△ Paul Van Hoeydonck.
Light Years
till 23-11
Coppejans Gallery
△ Reconstructing
Memories
till 30-11
Fred & Freddy
△ Robbert&Frank / Kelly
Christogiannis. Blooming
in the backroom
till 15-11
Alice Gallery
△ Jean Jullien
06-11 till 13-12
Almine Rech Brussels
△ Brent Wadden. Best
Before
07-11 till 10-01-2026
Art Lab
△ David Mileikowski. De
Profundis
till 31-12
Arthus Gallery
△ Group Exhibition.
Viridarium
till 28-11
Belgian Gallery
△ Art on Paper in Gallery
till 13-11
Galerie Forest
Divonne
△ Guy de Malherbe
till 20-12
△ Guy De Malherbe.
Dans les Roches
traversées
till 20-12
Galerie La Patinoire
Royale Bach
△ Alfredo Jaar. La fin du
monde
till 23-12
Galerie Nathalie
Obadia
△ Sasha Cambier de
Montravel. J'ai assis la
Beauté sur mes genoux -
Et je l'ai trouvée amère
06-11 till 10-01-2026
La Lettre Volée
△ Regina Maris
till 08-11
La Verrière
△ Claudine Monchaussé.
Sourdre
till 13-12
Laurentin Gallery
△ Antoine Mortier
till 15-11
MH Gallery
△ Pier Vittorio Aureli.
Tavolette
till 23-11
MUE Tattoo Shop
△ Nicolas Wieers.
Surrounded by Criminals
till 09-11
76
Objects With Narratives
△ South African Group
Show. Digging Traces
20-11 till …
△ Paul Cocksedge
till 08-11
△ Krjst Studio. There is
always somthing left
to love
till 08-11
Odradek
△ Pli contre pli
till 13-12
Rodolphe Janssen
△ L'union fait la force
/ Sanam Khatibi. I
Miscalculated the Stars
06-11 till 20-12
RossiContemporary
△ Jean-Francois Ocatve.
Quelques silhouettes,
etc..
till 02-11
Spazio Nobile
△ Kiki & Joost. A
Complementary
Grammer of Creation
till 16-11
Stems Gallery Brussels
△ Paul Rouphail. June,
July & August
till 02-11
Studio 84 Art &
Culture(s)
△ Christophe Vootz. Half
Monster, Half God
till 07-12
TheMerode
△ Paul Nimer Pjota
till 19-12
△ ENERGIA
till 31-03-2026
Whitehouse Gallery
△ Tatiana Gorvietski.
The Skin I Don't Have /
Bram Van Breda. When A
Bubble Hits The Surface
till 29-11
Xavier Hufkens
△ Magdalena Odundo
13-11 till 24-01-2026
△ Alice Neel. Still Lifes
and Street Scenes
till 22-11
Zedes Art Gallery
△ Leif Österman. The
Garden Never Sleeps
14-11 till 20-12
Couillet
Galerie Jacques Cerami
△ Michaël Matthys. Kurtz
till 15-11
Dinant
Galerie Lurquin
△ La Galerie Lurquoin:
40 ans d'art!
till 02-11
Evergem
deWeverij Evergem
△ Subtiel Textiel. Voorbij
de keerzijde
02-11 & 07-12
Flémalle
La Châtaigneraie
△ C'est La Zivot !
till 09-11
Gent
AmsaB-ISG
△ Studio Stone
till 21-11
Kiosk
△ Tom Poelmans. A Spirit
in Painting
till 21-12
Kristof De Clercq
Gallery
△ Katrin Bremermann. La
fleur de barbe
till 02-11
Tatjana Pieters
△ Hans
Vanderkerckhove. Do
trees have dreams
till 02-11
Zebra Straat
△ Joke Raes. Vivid
till 02-11
Grand-Leez
Exit11
△ Salon du livre d'artiste
et de la microédition
08-11 till 09-11
Heusden-
Zolder
De Mijlpaal
△ Tapis-Tableau
till 30-11
Jambes
Galerie Détour
△ Amandine Lamand
26-11 till 20-12
△ André Lambotte
till 15-11
Knokke
Aqualex Knokke
△ Charlotte
Vandenbroucke
till 31-03-2026
Gokelaere &
Robinson
△ Driven by Design
till 02-11
Kortrijk
Hal D, LandMarck
△ Hippocampus
till 02-11
Leuven
Atelier RE-NE
△ Darkness Visible
till 16-11
Liège
Aquilaluna
△ Carlos Albert. Origen
till 30-11
galerie bonnemaison
△ collection
bonnemaison
20-11 till 01-02-2026
Les Drapiers
△ Daniel Henry. Les
fleurs ne fanent jamais
till 22-11
Louvain-la-
Neuve
Espace 001
△ Pascal Courcelles.
Sérialités
till 16-11
Mechelen
Galerie Charlie
△ Galerie Charlie
till 02-11
Maison Cabuy
△ Jesse Willems
07-11 till 16-11
Middelkerke
Villa Les Zéphyrs
△ Speelse Ernst/ Ernstig
Spel
till 02-11
Oostende
valerie_troost gallery
△ Rein Dufait. Spreuken,
Wolken en Aardklompen
16-11 till 04-01-2026
△ Hillebrand Van
Kampen & Rik De Boe.
Zeezucht
till 09-11
Roeselare
Ter Posterie
△ Dag Meneer Raveel!
till 04-01-2026
Sint-Martens-
Latem
Galerie Oscar De Vos
△ Albert Saverys. Kleur
en seizoen
till 21-12
Tournai
Rasson Art Gallery
△ Echoes of Self
till 04-11
Virton
HugAllan Gallerie
△ Olivier Cazenove
till 02-11
Espace Gaston
Bertrand
△ Prix Gaston Bertrand.
Lauréat Michel Mouffe
07-11 till 21-12
Wavre
Buysse Gallery
△ Tom Van Puyvelde.
Continuum
till 09-05-2026
Wijnegem
Axel Vervoordt
Gallery
△ Günter Uecker /
Jaromír Novotný
till 15-11
△ Raimund Girke
till 21-02-2026
△ Mélanie Berger. Mise
en pièces
till 02-11
Vorst
Une oeuvre de Guy Jaspar. © de l'artiste / Courtesy Galerie Faider, Bruxelles
Galerie Christine
Colon
△ Fernando O'Connor
till 23-11
Envoyez vos informations, pour
le mois de décembre, à collect@ips.be
avant le 5 novembre !
77
Sotheby’s
honore Breguet
Début novembre, Sotheby’s fête
250 ans de ventes aux enchères
de montres Breguet. Abraham-
Louis Breguet passe pour le père
de l’horlogerie moderne. Il a
déclenché une véritable révolution
avec diverses innovations qui ne
cessent d’influencer le domaine
des montres. Plus de soixante
pièces exceptionnelles, anciennes
et plus récentes, sont mises en
vente à Genève.
TEXTE : BEN HERREMANS
La montre Marie-Antoinette, pièce mythique dont Nicolas Hayek, fondateur de Swatch Group, fit réaliser
une réplique, l’originale étant introuvable à l’époque. Seules une photo et quelques descriptions servaient
de référence. Aujourd’hui, le modèle originel peut être admiré dans un musée de Jérusalem. © D. R.
«
Nous
prenons très au
sérieux notre mission
de faire connaître
l’histoire et d’adopter
une communication ouverte », déclare
Emmanuel Breguet en nous guidant dans
le musée Breguet, au deuxième étage de la
boutique, place Vendôme à Paris. Le directeur
du musée, historien, vice-président
et head of patrimony, est le descendant direct,
à la septième génération, d’Abraham-
Louis Breguet (1747-1823), fondateur de la
marque de montres éponyme. Il collabore
étroitement avec Sotheby’s qui organise,
pour son 250e anniversaire, la plus importante
vente de montres Breguet depuis
plus de trente ans. Impossible de sousestimer
l’importance historique de cet
ancêtre. Cet horloger, né en Suisse, mais
qui prit plus tard la nationalité française,
78
« Une montre
Breguet a sa place
tant dans l’histoire,
la technique et la
science, que dans
les arts décoratifs »
EMMANUEL BREGUET
Perpétuelle à tact, montre avec date et réserve de marche, achevée en 1827 pour George IV, roi du Royaume-
Uni, de Grande-Bretagne et d’Irlande, ainsi que roi de Hanovre. © Montres Breguet
sons royales avaient un niveau culturel
très élevé. Compte tenu du fonctionnement
scientifique de l’horlogerie Breguet
et des structures verticales du pouvoir, à
l’époque, les monarques se devaient de
faire sa connaissance. Il fréquentait ces
cercles pour vendre ses pièces et favoriser
le progrès scientifique. »
NOVATEUR
En proie à un manque de liquidités après
la Révolution, Abraham-Louis Breguet se
révèle être un homme d’affaires visionnaire
et un commerçant novateur, grâce
à la montre Souscription. « Le principe
était simple », explique Emmanuel
Breguet. « Le client désireux d’acquérir
une montre de ce type confirmait sa
commande en payant le quart du prix
de celle-ci. Grâce à cette avance, Breguet
fut à son époque une véritable référence
aux yeux de ses collègues, de savants,
de diplomates, de militaires et de l’élite
financière européenne. Il créa un réseau
international de points de vente, mais
préférait rencontrer personnellement ses
clients prestigieux, dont les rois de France.
Breguet fut ainsi fournisseur de la cour de
Louis XVI, Marie Antoinette en particulier
étant une grande admiratrice, d’Angleterre
(George IV), d’Espagne (Ferdinand VII)
et de Russie (Alexandre Ier). Même après
la Révolution française, durant laquelle
Breguet choisit de rentrer volontairement
dans son pays natal, il noua des liens avec
les sphères les plus hautes, y compris
avec l’empereur Napoléon et l’impératrice
Joséphine. « Les accusations de vanité
mondaine à son encontre sont injustes »,
corrige Emmanuel Breguet. « Les maipouvait
se procurer les pièces nécessaires
à la production. Le mécanisme était
détaillé dans une brochure publicitaire,
une nouveauté à l’époque. À l’occasion de
notre jubilé, nous sortons une nouvelle
version de la Souscription, dont le premier
exemplaire connu est mis aux enchères,
sous le nom Montre De Souscription Numéro
250, car la numérotation commence
à 250. » L’horlogerie doit de nombreuses
inventions à Breguet : l’amélioration du
mouvement automatique, l’échappement
naturel (mécanisme visant à réduire les
frottements et pertes d’énergie), le parachute
(dispositif conçu pour protéger les
pivots du balancier en cas de choc), le balancier
moderne, le mécanisme à cylindre
et rubis, le tourbillon (pour compenser
les effets de la gravité), l’horloge à tact
(montre permettant de connaître l’heure
79
éminemment artistique, en conformité
avec les courants artistiques de l’époque
et a interprété le néoclassicisme dans ses
montres. Bien entendu, les amateurs de
la marque sont aussi férus de mécanique.
Car l’horlogerie c’est la mécanique par
excellence, la micromécanique même. »
Ces trois composants, histoire, style et
mécanique, sont-ils en équilibre ? « Ils se
compensent », estime Emmanuel Breguet.
« Ici, au musée, nous détenons environ 350
pièces. À ceux qui posent parfois des questions
techniques, j’ai envie de répondre
qu’ils peuvent aussi admirer la beauté
de l’objet. Certains visiteurs s’extasient
devant la magnificence des pièces, mais
n’ont aucune idée de la mécanique cachée
derrière. Je souhaite que les visiteurs comprennent
que chez Breguet passé et présent
fusionnent en une unité de style. » Les
montres de la marque se caractérisent en
général par un cadran guilloché, avec des
chiffres romains ou arabes, des aiguilles à
pomme évidée et un boîtier en or massif,
orné de cannelures.
Montre à tact n° 4579, en or, extra-plate, avec indication des jours et des mois. Vendue le 7 mai 1829 à
M. de Roos, elle a ensuite rejoint la collection de David L. Salomons, puis une collection privée.
© Montres Breguet
La vente de Sotheby’s
promet un mélange
de montres-gousset,
montres bracelets et
pendules, ainsi que
des pièces anciennes
et plus récentes.
par simple toucher), le ressort hélicoïdal.
Il a conçu la première montre-bracelet
pour la sœur de Napoléon, Caroline
Murat-Bonaparte, reine de Naples.
HISTOIRE, STYLE, MÉCANIQUE
« Breguet a créé un univers où nombre
d’expertises se côtoient », précise Emmanuel
Breguet. « Une montre Breguet trouve
sa place tant dans l’histoire et le monde
de la technique et de la science que dans
celui des arts décoratifs. Le collectionneur
de montres Breguet est, par nature,
sensible au contexte historique. Acquérir
une montre de Breguet, c’est aussi acquérir
une histoire séculaire, incluant quantité de
personnages historiques, son fondateur inclus.
Le collectionneur de montres Breguet
aime l’art. Son fondateur a élaboré un style
UN CŒUR BATTANT
Emmanuel Breguet se déplace souvent
afin de rencontrer les collectionneurs :
« Les contacts sont innombrables. Par le
biais des réseaux sociaux, nous communiquons
avec les jeunes générations. Ce
qui engendre des conversations passionnantes.
Pourquoi aiment-ils telle pièce,
pourquoi a-t-elle été créée, pourquoi ressemble-t-elle
à une autre plus ancienne ?
Et ainsi de suite… Nous écoutons volontiers
leurs avis, remarques, attentes. Nous
voyons la fascination de ces jeunes, qui
ont parfois moins de trente ans et se profilent
déjà comme des connaisseurs. » La
vente de Sotheby’s promet un mélange de
montres-gousset, de montres bracelets et
de pendules, de pièces anciennes et plus
récentes. Emmanuel Breguet : « L’idée et
l’initiative relèvent de la maison de ventes.
Ils ont une collection que je connais bien,
constituée il y a soixante ans et qui compte
de très belles pièces. Il est rare que de ce
type de pièces exceptionnelles trouve preneur.
Ainsi, par exemple, d’un tourbillon de
l’époque du créateur, qui en a produit une
trentaine. La plupart se trouvent dans les
musées, nous en possédons nous-mêmes
trois. » Sotheby’ a souhaité opérer une
sélection dans cette collection et la compléter
d’autres modèles, afin de proposer
les principales pièces de l’histoire de la
marque. La montre perpétuelle à tact de
80
Breguet rencontra en personne nombre
de clients prestigieux comme Louis XVI
et Marie-Antoinette, George IV, le tsar
Alexandre Ier, ou Napoléon et Joséphine.
1827, avec indication de date et réserve de
marche, en est l’un des principaux lots. Ce
mécanisme a été créé pour le roi George IV
d’Angleterre, également souverain de Hanovre.
La montre porte son monogramme
au dos du boîtier. Après une vente, Emmanuel
Breguet ne sait pas toujours où les
montres se volatilisent : « Tantôt les objets
disparaissent de la mémoire, tantôt ils
atterrissent chez des personnes qui, dès
le lendemain, les rangent dans un coffre
dont ils ne sortent plus pendant un quart
de siècle. Même si je peux comprendre
qu’on se prémunisse contre le vol, cela me
déçoit toujours. Une montre est un cœur
battant, une matière vivante. J’espère
que les collectionneurs exposeront leurs
montres et les feront revivre. » Espèret-il
y trouver une pièce pour son propre
musée ? « Ce serait formidable. Je suis
toujours favorable à l’enrichissement de
notre collection. Nous avons déjà un grand
nombre de pièces, mais comme Breguet ne
réalisait jamais deux fois la même, il nous
en manque également beaucoup. Notre
musée pourrait tout acquérir, vous ne verriez
jamais deux fois la même pièce. »
ENCHÉRIR
The Breguet Sale
le 09-11
Sotheby’s
Genève
www.sothebys.com
Abraham-Louis Breguet. © Montres Breguet
SURFER
www.sothebys.com/thebreguetsale
www.breguet.com
Montre de souscription 383, recto et verso d’un modèle historique vendu en 1798 à M. Bergerot. © Montres Breguet
La nouvelle ‘‘Souscription 2025’’, dont
le premier exemplaire est mis en vente
publique. © Montres Breguet
81
Michel Mouffe
Un capital émotionnel
Vue de l’exposition Michel Mouffe: Into the Veil, Axel Vervoordt Gallery, Kanaal. © de l’artiste / Courtesy Axel Vervoordt Gallery / photo : Jan Liégeois
82
Nouveau chapitre pour la
Fondation Gaston Bertrand, qui
inaugure son propre espace,
désormais accessible au public.
Elle y accueille, pour la première
fois ‘‘à domicile’’, l’exposition
rétrospective du dixième lauréat
de son prix, Michel Mouffe. Un
moment fondateur qui inscrit
l'institution dans une véritable
dynamique de visibilité et de
transmission.
TEXTE : GWENNAËLLE GRIBAUMONT
À
l’aube de ses quarante ans d’existence,
la Fondation Gaston Bertrand
quitte la maison de l’artiste
pour investir un nouvel espace
d’exposition à Forest. Une étape décisive
qui réalise le souhait formulé par l’artiste
lui-même : « Je crois que le but ultime de la
Fondation est de disposer d’un local pour
abriter et exposer la collection, la rendre
visible d’une manière constante et complète
au public. » D’une superficie de près
de 300 m², le lieu accueille les archives, la
documentation et une salle d’exposition
de 100 m². Les accrochages s’y renouvelleront
régulièrement, explorant les différentes
périodes et thématiques du peintre.
En marge de la présentation permanente,
la fondation ouvre ses cimaises à des expositions
temporaires. Cette programmation
ne pouvait mieux débuter qu’avec l’exposition
du lauréat 2025 du Prix Gaston
Bertrand. Ce dernier est attribué à « un
peintre belge de 45 ans au moins, ayant sa
démarche propre et ses moyens inventés
par lui pour rendre visible son monde intérieur
». Lauréat de cette dixième édition, le
Bruxellois Michel Mouffe (1957). L’artiste
exposait pour la première fois en 1983, au
sortir d’un séjour de deux ans dans une
maison conçue par Le Corbusier. Une
expérience fondatrice qui lui a enseigné
l’importance du cadre, des proportions,
de la lumière et du silence. Depuis, son
œuvre se déploie comme une recherche
patiente sur la couleur et la vibration de
la matière. Sa peinture, souvent monochrome
en apparence, se révèle à travers
des glacis successifs et des superpositions
4A4B4C4D, 1986, acrylique sur toile. © de l’artiste / Courtesy Axel Vervoordt Gallery / photo : Jan Liégeois
Rigueur formelle et intériorité spirituelle
sont étroitement liées dans l'œuvre de
Michel Mouffe.
de couches translucides, qui invitent le
regard à plonger dans une profondeur
méditative. Une démarche où rigueur
formelle et intériorité spirituelle s’entrelacent.
Directeur associé de la Galerie Axel
Vervoordt, Boris Vervoordt apporte son
éclairage sur le marché de cet artiste, qu’il
accompagne depuis 2013, dont la valeur se
situe entre 10.000 et 120.000 euros (pour
les plus grands formats), avec un prix
moyen estimé à 15.000 euros : « Entre 1988
et 1993, Michel Mouffe fut représenté par
la Galerie Isy Brachot, qui réalisa un travail
incroyable. À l’époque, nous n’avions pas
encore d’espace défendant l’art contemporain.
Notre galerie existe depuis 2011 et
nous avons commencé notre collaboration
avec Mouffe en 2013. Nous lui avons
consacré des expositions personnelles et
l’avons présenté dans des expositions collectives,
notamment dans celles intitulées
Tra et Intuition, toutes deux au Palazzo
Fortuny, lors des Biennales de Venise de
2011 et de 2017. » Des participations qui
lui ont apporté une reconnaissance et une
visibilité internationale, encore renforcée
83
(In Between), 2022, acrylique sur toile. © de l’artiste / Courtesy Axel Vervoordt Gallery / photo : Jan Liégeois
84
« Presque tous les
collectionneurs
vivent avec ses
tableaux. Ses œuvres
ne sont pas achetées
pour dormir dans
un stock et/ou être
revendues quelques
années plus tard »
BORIS VERVOORDT
Miquel Tur Roig, 2019, acrylique sur toile, 70 x 70 cm. © de l’artiste / Courtesy Axel Vervoordt
Gallery / photo : Jan Liégeois
© photo : Marcel Lennartz
par son exposition, en 2024, au Couvent
de la Tourette du Corbusier : « À la suite
de cette exposition, nous avons reçu des
demandes de collectionneurs étrangers
et avons vendu son travail en France,
aux États-Unis et en Grande-Bretagne.
Outre-Atlantique, c’est surtout via des art
advisors que nous vendons ses œuvres. »
Cet éclairage contredit un constat initial,
hâtif et tronqué, fondé sur les résultats de
ventes publiques recensés par Artprice,
qui laissaient croire que le marché de Michel
Mouffe se limitait à la Belgique. Erreur
d’analyse, en réalité, ses œuvres dispersées
sur le second marché sont si rares que les
données disponibles sont loin de refléter la
réalité et les spécificités de sa cote.
UNE CONNEXION ÉMOTIONNELLE
Vendant essentiellement à des collectionneurs
privés, Boris Vervoordt pointe une
particularité : « La plupart des collectionneurs
achètent le travail de Michel Mouffe
parce qu’ils éprouvent un coup de foudre
émotionnel, basé sur une connexion profonde,
induite par l’intensité des couleurs,
le geste de la brosse, l’approche spirituelle
de son œuvre. (…) La plupart des collectionneurs
vivent avec les tableaux de
Michel Mouffe. Ses œuvres ne sont pas
acquises pour dormir dans un stock et/
ou être revendues quelques années plus
tard. C’est une peinture qui se prête à la
contemplation quotidienne. » Dans une
perspective de valorisation à long terme,
qui vise non la croissance à tout prix mais
la stabilité, le galeriste multiplie les initiatives
pour renforcer la reconnaissance
de l’artiste. Il participe à la production
d’expositions en institution, mais aussi à
la connaissance de son œuvre par la publication
d’un ouvrage de référence, paru en
2017. Boris Vervoordt souligne : « C’est
un outil idéal pour introduire son travail
aux collectionneurs qui ne le connaissent
pas, mais aussi pour proposer un contexte
plus large à son travail et fournir un aperçu
général de sa création depuis ses débuts. »
Un marché appelé à croître, qui échappe
encore aux logiques purement spéculatives
qui agitent si fréquemment l’art
contemporain.
VISITER
Prix Gaston Bertrand - Lauréat Michel Mouffe
du 07-11 au 21-12
Bruxelles
www.fondation-gaston-bertrand.be
LIRE
Alphabet, Michel Mouffe, coéd. Axel Vervoordt
Gallery / MER Paper Kunsthalle, Anvers /
Gand, 2017, ISBN 978-9-49232-152-7, 45 €
85
L’avis de l’expert
Le D1283/F1068 de Charles Catteau
Le 7 décembre, MonsAntic propose
un rare vase de Charles Catteau.
Il fut créé en 1929 dans l’Atelier de
Fantaisie de Boch Frères Keramis à
La Louvière.
TEXTE : BEN HERREMANS
En 2006, l’amateur d’art Marc Pairon
écrivait dans son ouvrage de
référence consacré à ce céramiste:
« Durant sa période artistique
chez Boch Frères Keramis à La Louvière,
de 1920 à 1946, Charles Catteau fut à
l’origine de, ou étroitement impliqué dans,
l’élaboration de 2 300 décors numérotés
et de quelque 550 formes différentes. Pour
le collectionneur, il n’est pas évident de
distinguer l’arbre au milieu de la forêt de
cette œuvre démesuré. » Randy Kisema, de
la maison de vente MonsAntic, montre le
vase bientôt vendu aux enchères. Celui-ci
présente un dessin typique de l’Art déco :
géométrique, avec des nuances jaune
et noir. Sur le dessous, la base présente
deux marques disposées tête-bêche. Sous
le chiffre 1068, discrètement gravé, la
mention ‘‘D:1283‘’ est inscrite au trait noir
épais. Pour Marc Pairon, Charles Catteau
(1880-1966) est « le céramiste le plus polyvalent
de sa génération ». En quête d’idées
novatrices, la manufacture de céramique
Boch Frères fit venir ce Français à La Louvière,
en 1906. En 1920, il fonde l’Atelier de
Fantaisie. Sous l’influence de l’Art nouveau,
puis de l’Art déco, Catteau initie chez
Boch Frères un renouveau des formes, des
décors et des émaux. Quatre ans après son
départ à la retraite, en 1946, il s’installe à
Nice, où il décède 20 ans plus tard.
Charles Catteau, D1283/F1068, vase, céramique avec émail craquelé, 24 x 20 cm. © MonsAntic
MARQUES DE GOUTTES
Comment prouver la rareté d’une pièce de
Catteau ? « La photo de ce vase figure dans
l’ouvrage de référence de Marc Pairon, c’est
déjà une preuve », répond Randy Kisema,
de MonsAntic. Marc Pairon ne le contredit
pas : « Tous les objets représentés dans
86
ce livre ont été sélectionnés pour leur
excellente qualité d’exécution, conforme
aux normes de qualité établies par Charles
Catteau. » La marque ‘‘D’’ signifie ‘‘décor’’,
indépendamment de la manière dont il a
été utilisé et de la forme sur laquelle il a
été appliqué. À quelques exceptions près,
la numérotation est attribuée dans l’ordre
de création. Les numéros de décor permettent
de dater les pièces avec précision.
Le numéro 1068 sur le vase fait référence
à sa forme. Dans l’inventaire présenté
dans son livre, Marc Pairon met un ‘‘F’’
devant forme. « Si le vase D1283/F1068
est si spécial, c’est que c’est la première
fois que ce décor fut utilisé pour cette
forme », explique Randy Kisema. « Par la
suite, il a été appliqué à d’autres objets,
mais c’est sur ce vase qu’il fut initié. Il a été
une source d’inspiration. Le coefficient
de rareté que Marc Pairon attribue à cette
pièce témoigne également de sa singularité.
Quatre étoiles, c’est-à-dire très rare. Le
coefficient cinq étoiles existe aussi, mais
il s’agit alors de spécimens extrêmement
rares, voire uniques. » Dans son registre
général, Marc Pairon attribue quatre
étoiles et demie au D1283/F1068.
« De plus, comparé à d’autres versions, ce
vase est un objet d’une beauté exceptionnelle,
qui présente remarquablement peu
Marc Pairon qualifie
Charles Catteau
de céramiste le plus
polyvalent de sa
génération.
de défauts », poursuit Randy Kisema. « Il est
en émail craquelé, une matière difficile. On
voit tous les défauts, pas nécessairement
le résultat d’une mauvaise manipulation. »
Marc Pairon confirme : « L’un des principaux
inconvénients des craquelures de
moindre qualité réside dans les traces de
coulure. Nous entendons par-là les ‘‘débordements
inopportuns’’ de la peinture et de
l’émail, qui ont parfois la fâcheuse tendance
à se répandre au-delà de leur champ
d’application. » Le D1283/F1068 échappe en
grande partie à cette règle : Randy Kisema
signale une seule minuscule trace de goutte.
AUTOGRAPHE OU NON ?
Dans l’aperçu chronologique des réalisations
de l’Atelier de Fantaisie, Marc Pairon
situe le D1283 comme le F1068 dans l’année
1929. « Durant cette période, on estime
que Catteau a fabriqué entre 15 et 20 % des
vases ayant quitté l’atelier », explique Randy
Kisema. Même s’il n’ose confirmer que le
D1283/F1068 est bien l’œuvre du maître.
« Pour en avoir la certitude, il faudrait voir
la signature du céramiste. En revanche,
l’absence de celle-ci ne signifie pas que le
vase ne peut être l’une de ses œuvres. Le
décor a été conçu pour ce modèle. C’est
un numéro un. On ne peut pas imaginer
que le chef d’atelier n’y ait pas collaboré. »
Pour des raisons commerciales, on attribue
rapidement et facilement des décors
à Catteau. On parle alors ‘‘d’œuvre de sa
main’’, explique Marc Pairon. Mais cela
ne correspond pas toujours à la réalité. La
signature ou le monogramme de Catteau
étaient apposés sur l’objet à l’aide d’un
tampon. Il est rare qu’il s’agisse d’une véritable
signature du maître lui-même. En
revanche, la mention ‘‘approuvé par’’ sera
toujours conforme à la vérité. » Ce qui n’est
guère exagéré, d’autant que Charles Catteau
choisissait lui-même ses collaborateurs. Il a
attiré dans son atelier un ensemble de céramistes,
de graveurs, de souffleurs de verre,
de designers et de décorateurs sélectionnés.
Sa principale source de recrutement était
l’école où il enseignait. « Charles Catteau
est indéniablement présent, même dans les
pièces qui ne portent pas son nom », estime
Marc Pairon. « Elles sont, quoi qu’il en soit,
fabriquées par quelqu’un qu’il a formé. »
MATIÈRE VIVANTE
Une autre façon de documenter la rareté
d’une pièce est de retracer son passage aux
enchères. Randy Kisema : « Ce vase a été
mis aux enchères début 2023. Avant cela, il
avait changé de propriétaire en 2021. Si on
remonte encore dans le temps, il faut aller
jusqu’en 2009 pour sa vente précédente.
Le fait qu’il soit si rare aux enchères est un
signe de rareté. » Il y a deux ans et demi,
un collectionneur, un connaisseur, en a fait
l’acquisition. « Il le considérait comme une
pièce maîtresse de sa collection », raconte
Randy Kisema « Mais une collection est
souvent une matière vivante, dans laquelle
s’opèrent des mouvements. Le collectionneur
qui a acheté la pièce en 2023 souhaite
désormais du changement dans sa collection,
et désire remplacer le D1283/F1068. »
Prix de départ ? 3.000 à 4.000 euros. « Nous
« Si le vase D1283/
F1068 est si singulier,
c’est parce que c’est
la première fois que
ce décor a été utilisé
pour cette forme »
RANDY KISEMA
avons convenu de ce montant avec lui
et celui qui l’achètera à ce prix ne sera
pas volé. Il est possible que la vente fasse
grimper l’estimation, car nous supposons
que de nombreux acheteurs potentiels
se présenteront pour l’occasion. » Le mot
de la fin revient à Marc Pairon. « On peut
collectionner l’œuvre de Catteau en fonction
de nombreux critères. Qu’il s’agisse de
représentations, exécutions, thèmes, créateurs
ou décorateurs, couleurs et nuances,
tailles et formes identiques ou divers,
d’objets moulés, de pièces uniques, d’essais,
de périodes de création ou de types
de stylisation… Rassembler par passion les
objets de Charles Catteau et de son atelier
chez Keramis n’est en aucun cas une perte
matérielle, mais un gain émotionnel. »
ENCHÉRIR
MonsAntic
le 07-12
www.monsantic.com
LIRE
Marc Pairon, Art Deco Ceramics, Charles Catteau,
Fondation Charles Catteau, 2006, ISBN
978-9-08102-431-0, 143 €
87
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Fancy Vivid, taille poire de 9,51 carats.
Christie’s, Genève, 11-11. © Christie’s
Images Ltd.
EST. 12.000.000-18.000.000 $
Joseph Mallord William Turner, Ehrenbreitstein, or The
Bright Stone of Honour and the Tomb of Marceau, from
Byron’s Childe Harold, ca. 1835, huile su toile. Christie’s, New
York, 17-11. © Christie’s Images Ltd.
EST. 2.500.000-3.500.000 $
Cera, squelette complet de jeune tricératops, fin du Crétacé,
ca. 66 millions d’années, 440 x 150 x 120 cm. Phillips, New York,
18-11. © Phillips
ON VENDRA
Un exceptionnel
diamant bleu chez
Christie’s
Le 11 novembre, Christie’s propose
à Genève l’un des joyaux les plus
extraordinaires apparus sur le
marché, ces dernières années. Le
Mellon Blue est un diamant bleu
Fancy Vivid de 9,51 carats, sans
défaut interne, en forme de poire,
ayant appartenu à l’emblématique
philanthrope américaine Rachel
‘’Bunny’’ Mellon. Estimée 20 à 30
millions de dollars, la pierre sera la
pièce emblématique de la vente
traditionnelle de novembre en
joaillerie, organisée par l’auctioneer
au Four Seasons Hôtel
des Bergues. Les diamants bleus
comptent parmi les trésors les
plus rares de la nature, célébrés
pour leurs teintes fascinantes et
leur extrême rareté. Fancy Vivid
étant la catégorie de saturation
la plus convoitée par le Gemological
Institute of America, le
Mellon Blue allie ainsi une couleur
richement saturée à une pureté
irréprochable, un attribut qui
sublime à la fois sa brillance et sa
rareté. Sa taille poire, parfaitement
symétrique, accentue encore son
éclat et son équilibre, ce qui en fait
l’un des diamants bleus les plus
importants jamais présentés aux
enchères. Au-delà de son importance
gemmologique, le Mellon
Blue porte l’aura de Bunny Mellon
(1910–2014), surnommée la ‘‘Reine
américaine des jardins’’. Son
élégance, raffinée et discrète, a
influencé tout, de l’aménagement
de ses jardins, dont la roseraie de
la Maison-Blanche, réaménagée
à la demande du président John
F. Kennedy, à sa collection de
bijoux, discrète mais impeccable.
Elle avait ainsi déclaré un jour que
« rien ne doit être remarqué »,
philosophie qui, bien qu’exprimée
dans le contexte de l’aménagement
paysager, résumait parfaitement
son approche discrète de la
vie et de la collection. Récemment
monté en bague et repensé pour
une utilisation contemporaine,
le Mellon Blue avait déjà fait
l’objet d’une vente, en 2014 chez
Sotheby’s à New York. Il était alors
adjugé 32,6 millions de dollars.
Toutefois, vu l’engouement pour
les diamants naturels de couleur,
notamment bleus, parmi les plus
rares, son prix devrait s’envoler
encore bien plus. Au cours du seul
premier semestre 2025, les ventes
de bijoux étaient ainsi en hausse
de 25 % par rapport à l’année
précédente.
La Collection
Elaine Wynn chez
Christie’s
Christie’s annonce la vente de la
collection d’Elaine Wynn, dispersée
à New York le 17 novembre,
lors de la semaine des grandes
ventes d’automne. Cette collection
exceptionnelle reflète la sensibilité
esthétique inégalée et le goût
incomparable de cette grande
dame, avec des œuvres d’icônes
de l’histoire de l’art couvrant les
siècles et les régions. Les œuvres
proviennent de ses demeures de
Los Angeles, Las Vegas et New
York, neuf œuvres seront présentées
lors de la vente du soir du XXe
siècle, deux lors de la vente du soir
du XXIe siècle, et les suivantes lors
de la vente du jour d’art d’aprèsguerre
et contemporain. Au total,
la collection est estimée à plus de
75 millions de dollars, qui offre un
éventail riche et diversifié d’icônes
artistiques, englobant les plus
belles œuvres des XIXe, XXe et
XXIe siècles. Le tableau le plus
ancien du groupe est une vue
lumineuse de Joseph Mallord William
Turner, Ehrenbreitstein, ou
La Pierre d’honneur brillante et
le tombeau de Marceau, tirée du
Childe Harold de Byron (EST. 12
à 18 millions de dollars). Présenté
pour la première fois lors d’une
exposition à la Royal Academy en
1835, ce tableau fut largement
exposé pendant des siècles dans
les plus grandes institutions du
monde et compte parmi les chefsd’œuvre
tardifs les plus importants
de l’artiste. Un autre joyau rare
de la collection, peint plus de 150
ans après, est Le Peintre surpris
par un admirateur nu de Lucian
Freud (EST. 15 à 25 millions de
dollars), toile extraordinairement
ambitieuse achevée par l’artiste
en 2005, à l’âge de 82 ans. Parmi
les autres points forts, citons les
peintures de Richard Diebenkorn
et Joan Mitchell.
Un jeune
tricératops chez
Phillips
En amont de la grande vente du
soir en art moderne et contemporain,
organisée par Phillips le 18
novembre, figurera un étonnant
squelette préhistorique d’un jeune
tricératops, nommé Cera. Daté de
la fin du Crétacé, cet exceptionnel
spécimen présente un squelette
complet, ce qui le rend particulièrement
désirable, outre sa
taille particulièrement commode.
Il s’agit, en outre, du premier
tricératops juvénile complet jamais
découvert et du premier spécimen
de tricératops, tous types
confondus, à être proposé aux
enchères aux États-Unis depuis
plus de dix ans. Estimé entre 2,5 et
3,5 millions de dollars, ce squelette
vieux de 66 millions d’années
sera la pièce maîtresse de ‘‘Out of
This World’’, une section spécialement
organisée des ventes
d’art moderne et contemporain,
consacrée aux objets extraordinaires
du monde naturel. Cera
sera proposé aux côtés d’autres
spécimens exceptionnels, dont un
fossile de Steneosaurus bollensis
remarquablement préservé,
capturé en pleine contraction, et
The Thunderbolt, une pépite d’or
pesant 117,5 onces et mesurant
près de 60 cm de long. Appartenant
au groupe des Ceratopsidae,
caractérisé par des variations
90
EST. 150.000.000 $
Gustav Klimt, Portrait d’Elisabeth Lederer, 1914-1916, huile sur toile. Sotheby’s,
New York, 18-11. © Sotheby’s Art Digital Studio
EST. 20.000-30.000 €
Cornelis De Heem, Nature morte de fruit,
1660, huile sur panneau, 35,5 x 26,5 cm. Van
Ham, Cologne, 21-11. © Van Ham
EST.
1.000.000-2.000.000 $
Pierre Paul Rubens, Le Christ
en Croix, ca. 1614-1615, huile
sur panneau, 105,5 x 72,5 cm.
Osenat, Fontainebleau, 30-11.
© Osenat
spectaculaires de cornes faciales
et de formes de collerette, le Triceratops
est l’un des dinosaures les
plus populaires et a vécu aux côtés
du célèbre Tyrannosaurus Rex,
à la fin du Crétacé supérieur, en
Amérique du Nord. Si des dizaines
de Triceratops ont été découverts
par le passé, les fossiles juvéniles
restent extrêmement rares. Cera
est ainsi le premier complet connu,
marquant un tournant pour les
collectionneurs du monde entier.
La Collection
Leonard A. Lauder
chez Sotheby’s
Pour inaugurer son nouveau
siège mondial, dans l’historique
Breuer Building sur Madison
Avenue, Sotheby’s présentera,
le 18 novembre, une partie de la
collection du magnat, collectionneur
et mécène américain Leonard
A. Lauder, mort à 92 ans le 14 juin
dernier. Avec trois Klimt inédits, un
portrait et deux paysages, cette
dispersion de vingt-quatre œuvres
(estimée à 400 millions de dollars)
par les héritiers du philanthrope
américain est surveillée de près
par les experts. Relancera-t-elle un
marché atone, pour ne pas dire en
crise ? En tête d’affiche, le Portrait
d’Elisabeth Lederer de Gustav
Klimt, estimé à 150 millions de
dollars, incarne à lui seul l’excellence
et la rareté de cet ensemble.
Cette œuvre, jamais proposée au
public, pourrait bien établir un
nouveau record pour le maître
autrichien et confirmer la vigueur
du marché de l’art de prestige.
D’autres œuvres de Klimt font déjà
rêver les amateurs : un paysage
floral éclatant, Blooming Meadow,
estimé à plusieurs dizaines de
millions, ou encore le saisissant
Forest Slope in Unterach. Le reste
du catalogue ne démérite pas : six
sculptures majeures de Matisse,
plusieurs toiles de Picasso et des
pièces phares d’artistes du XXe
siècle comme Edvard Munch ou
Claes Oldenburg. Chacune de
ces œuvres incarne une étape
marquante de l’histoire de l’art
moderne, et leur provenance
irréprochable, associée au nom
Lauder, ajoute un prestige supplémentaire.
Une chose est sûre,
les grands collectionneurs privés,
les musées internationaux et les
fondations seront à l’affût, prêts
à enflammer les enchères. Si le
Klimt franchit le seuil symbolique
des 150 millions, la soirée pourrait
redéfinir la hiérarchie des records
et donner un nouveau souffle aux
enchères internationales.
Une belle nature
morte hollandaise
chez Van Ham
Originaire de Leyde, Cornelis de
Heem (1631-1695) vient d’une
famille d’artistes. Peu de choses
nous sont parvenues concernant
sa vie. On suppose que sa
formation s’est effectuée dans
un premier temps dans l’atelier
de son père, le célèbre peintre
de natures mortes Jan Davidz. de
Heem (1606-1684). Membre de la
Guilde des peintres d’Anvers, ville
où il décède, ses œuvres campent
en tout cas, elles aussi, essentiellement
des natures mortes, en
des compositions très riches où se
mélangent fleurs, fruits, coquillages
et objets divers, reflet de
l’opulence dans laquelle vit alors la
bourgeoisie hollandaise. Une de
ces belles peintures sera incluse
dans la vente en Fine Art, organisée
le 21 novembre à Cologne
par Van Ham. On en espère
entre 20.000 et 30.000 euros. Plus
directement intéressante pour le
marché flamand, une belle Adoration
de Trois Sages par l’artiste
brugeois Adriaen Isebrandt (ca.
1475/95-1551), qui a subi l’influence
de Gérard David, est attendue
entre 10.000 et 20.000 euros.
Un Rubens
redécouvert chez
Osenat
Un Christ en croix inédit du maître
anversois Pierre Paul Rubens
(1577-1640), découvert chez les
héritiers du peintre français Bouguereau,
jusqu’alors connu par
une copie conservée au château
royal de Laeken, ainsi que par une
gravure de Lucas Vorsterman I,
est annoncé à la vente à Fontainebleau,
le 30 novembre. Étudié
et authentifié par la Rubenshuis
(le comité Rubens) et le cabinet
Turquin, ce saisissant tableau sera
intégré à l’Addenda and corrigenda
of the catalogue raisonné.
L’œuvre suscite d’emblée une
impression de familiarité, tant elle
se rapproche de la monumentale
Crucifixion peinte en 1620 par
Rubens et Van Dyck, qui provient
de l’église des Récollets minorites,
ou encore du Christ expirant en
croix, de plus de deux mètres de
hauteur, exécuté pour le couvent
des Minderbroedersklooster, deux
œuvres rapportées en France par
les troupes révolutionnaires, puis
restituées à Anvers, où elles sont
aujourd’hui conservées au musée
royal des Beaux-Arts. Au sein du
corpus de Rubens, il existe six
versions autographes du Christ
en croix, qui apparaît tantôt au
comble de la souffrance et tantôt
déjà mort, seul sur la croix. Si le
paysage fut sans doute complété
par quelque élève habile, comme
c’était l’usage dans son atelier,
le maître livre ici un exercice de
virtuosité picturale, traduisant
l’intensité de la douleur du corps
supplicié avec une rigueur anatomique
qui confine à la sculpture.
En conséquence, la composition
est tout naturellement estimée
entre 1 et 2 millions d’euros.
Quelques jours auparavant, le 25
novembre, une autre œuvre redécouverte
par le cabinet Turquin,
peinte par Guido Reni, cette fois,
un suiveur de Caravage, David
contemplant la tête de Goliath
aura sans doute déjà fait s’envoler
les enchères chez Artcurial
(en association avec Millon). On
en espère entre 2 et 4 millions
d’euros.
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La surprise du mois
Le samedi 26 septembre, la salle de
ventes bruxelloise Damien Voglaire
proposait une œuvre unique et originale
de Tom Wesselmann (1931-2004), un des
papes du Pop art. Cette huile sur plastique
préformé, intitulée The Great American Nude
# 84, avait été acquise au début des années
1970 par son propriétaire auprès de la
galerie new yorkaise Janis. Avec Andy Warhol
et Roy Lichtenstein, il fut l’un des chantres
de ce mouvement qui allait ériger la culture
de masse comme œuvre d’art, plaçant au
94
94
premier plan les éléments iconiques de leur
époque, comme la cigarette, Marilyn Monroe
ou encore certains objets publicitaires. Par son
cycle des Great American Nude, Wesselmann
revisitait avec audace la représentation du
corps féminin à travers des aplats vifs et une
théâtralisation assumée du désir. Il a ainsi
eu les honneurs d’une rétrospective de son
œuvre à la Fondation Louis Vuitton, cette
année. Estimé entre 200.000-300.000 euros,
le tableau en relief proposé par Voglaire, une
pièce unique en provenance d’une collection
privée belge, allait littéralement exploser son
estimation, lors d’une bataille entre trois, puis
deux téléphones, qui dura plusieurs minutes
pour s’achever sur la somme record de
680.000 euros (850.000 euros frais inclus).
Tom Wesselmann, The Great American Nude
# 84, 1966, huile sur plastique préformé, 114 x
137 x 10 cm. © Damien Voglaire
On a vendu
Belgique
08 & 09-09 Wolfers danse chez Horta
35.000 €
Philippe Wolfers, Farandole, sculpture
en bronze à patine foncée, cire perdue,
cachet de fonderie Montagutelli Bruxelles,
numérotée 164, H. 17,5 cm (hors socle). Est.
6.000-8.000 €. © Horta
11.000 €
George Morren, Étang en été, 1903,
huile sur toile, 50 x 60 cm. Est. 5.000-
6.000 €. © Horta
9.300 €
Camille Barthélemy, Village d’Ardenne
sous la neige, 1942, huile sur panneau,
40 x 50 cm. Est. 7.000-9.000 €. © Horta
8.000 €
Charles Catteau pour Boch Keramis,
vase en faïence émaillée mat
au décor d’ours polaires, cachet
Boch Frères Keramis, décor
D1063, forme en creux 1142, H.
36,5. Est. 8.000-10.000 €. © Horta
09 & 10-09 Une vue d’Istanbul chez Vanderkindere
34.000 €
Ibrahim Safi, Vue sur le pont Galata
et la mosquée Neuve à Istanbul,
huile sur toile, 60 x 110 cm. Est. 2.000-
3.000€. © Vanderkindere
24.000 €
Emile Anthony & Wolfers frères,
Anvers, XIXe siècle, rare collier en
or jaune 18 carats et argent, serti
de diamants taille ancienne pour
un total de ca. 12 carats et de perles
fines, dans son étui d’origine, poids
total : ca. 30 gr. Est. 5.000-8.000 €.
© Vanderkindere
12.000 €
Plat à offrande à décor de «Saints»,
du «Saint esprit» et de «Fruits» à
usage religieux, travail anversois,
XVIIIe siècle, argent repoussé, poids
: ca. 635 gr. Est. 1.000-1.500 €. ©
Vanderkindere
9.200 €
Théière Régence à bec verseur
«zoomorphe», Mons, première moitié
du XVIIIe siècle, aux poinçons de
Mons et d’orfèvre IM couronné non
identifié, argent, poids : ca. 710gr.
Est. 1.500-2.000 €. © Vanderkindere
09 & 10-09 Un reliquaire surprend Flanders Auctions
8.500 €
Léon Spilliaert, The Village at the End
of the Road behind the Wall, 1931. Est.
6.000-8.000 €. © Flanders Auctions
7.500 €
Christofle, Talisman, service de 161
pièces. Est. 4.000-6.000 €. © Flanders
Auctions
4.500 €
Grande Pieta, H. 333 cm. Est.
4.000-6.000 €. © Flanders Auctions
Flanders Auctions lançait avec
succès la nouvelle saison des
enchères. L’art religieux, en particulier,
captivait les acheteurs.
Lot exceptionnel, un reliquaire
scellé contenant un fragment de
la Sainte Croix de Jésus-Christ,
adjugé 2.200 euros. Une Pietà
monumentale, d’une hauteur
impressionnante de plus de trois
mètres, se faisait également
remarquer trouvant preneur à
4.500 euros.
95
On a vendu
Belgique
16, 20 & 23-09 Succès pour les bijoux au Mont-de-Piété
4.100 €
Van Cleef & Arpels, Anémone, broche
en or jaune et blanc 18 carats, poids :
23,2 gr. Est. 2.200-4.100 €. © Montde-Piété
2.500 €
Broche en or blanc 18 carats, sertie
d’un brillant ca. 0,90 carat, poids : 24,5
gr. Est. 1.450-2.500 €. © Mont-de-
Piété
1.700 €
Louis Vuitton, Métis, sac à main à bandoulière
en toile, 18 x 24 cm. Est. 420
€. © Mont-de-Piété
400 €
Ebel, Sportwave quartz, braceletmontre
dame en acier et or, L. 13,5 cm.
Est. 60 €. © Mont-de-Piété
20-09 Ecrivains français chez Morel de Westgaver
5.500 €
Atlas Homanianus. Est. 3.000-4.000 €.
© Morel de Westgaver
2.500 €
Album de 646 cartes porcelaine. Est.
1.500-2.000 €. © Morel de Westgaver
2.200 €
Marquis de Sade, Justine, ou les
Malheurs de la vertu. Est. 500-700 €.
© Morel de Westgaver
1.200 €
Ludovic Halévy, La Famille Cardinal,
avec aquarelle de Draner. Est. 600-
800 €. © Morel de Westgaver
20 & 21-09 Record pour Gevaert à la Maison Jules
6.000 €
Laurie Lipton, dessin au crayon. Est.
500-1.000 €. © Maison Jules
5.000 €
Roger Wittevrongel, Rika
3, 2014, huile sur panneau.
Est. 5.000-6.000 €. ©
Maison Jules
3.000 €
Edgard Gevaert, Sept pics,
huile sur toile. Est. 499-600
€. © Maison Jules
Lors de la vente de septembre à la Maison
Jules, Roger Wittevrongel a, comme prévu,
suscité un intérêt considérable. Son nu
intitulé Rika 3, une petite huile sur panneau,
était adjugé 5.000 euros. L’artiste américaine
Laurie Lipton obtenait, pour sa part, une
belle enchère de 6.000 euros avec un dessin
au crayon plutôt original. La petite huile
d’Edgard Gevaert, Sept pics, était adjugée
3.000 euros, un record pour cet artiste parfois
sous-estimé. Alice Frey confirme également
ses hauts niveaux. Cette fois, une petite huile
sur toile, Enfants jouant dans le parc, était
adjugée 4.000 euros. Enfin, deux grands
pots couverts de Bredene, estimés entre 250
et 350 euros, atteignaient rapidement 2.600
euros.
96
On a vendu
Belgique
27 & 28-09
Une toile italienne chez DVC Anvers
28-09
Un coffret colombien chez Haynault
6.000 €
Travail italien, dans le style de
la Renaissance, Madone, avec
cachet de cire et texte effacé sur
le verso du châssis, 34 x 27 cm.
Est. 100-200 €. © DVC Anvers
3.600 €
Dirk De Bruycker, Small Topography
II, 2001, technique mixte (huile,
goudron et plâtre) sur toile, 183 x
152 cm. Est. 1.800-2.200 €. © DVC
Anvers
37.000 €
Rare coffret, Colombie, XVIIe siècle
(période coloniale espagnole), ca.
1650, bois et vernis ‘‘Barniz de Pasto’’,
poignées, serrure et écoinçons en
argent, riche décor d’oiseaux dans
les branchages, chimères affrontées,
fleurs et dragon, piètement griffes
enserrant des boules, serrure ornée
d’un ange, 19 x 28 x 12,5 cm. Est.
3.000-4.000 €. © Haynault
4.700 €
Petit cabinet ou coffret à bijoux,
Vienne, XIXe siècle, bois noirci, plaque
émaillées figurant des scènes galantes,
bronzes figurant des nymphes
et satyres musiciens et sommé d’un
putto surmontant un lion, 30 x 22 x 20
cm. Est. 600-800 €. © Haynault
28-09 Surprenants bustes chez MJV Soudant
10.000 €
Alfred Boucher, buste de
Diane de face, haut relief
en marbre, H. 39 cm. Est.
10.000-12.000 €. © MJV
Soudant
10.000 €
Poids de calligraphe en biscuit et
émail blanc de Chine surmonté d’un
couple de lions bouddhiques, période
Qing, 3 x 4,5 x 4,5 cm. Est. 800-1.000 €.
© MJV Soudant
10.000 €
Anthony Redmile, spectaculaire buste
représentant Neptune, ca. 1970, résine,
coquillages, cristaux de roche, agates,
pierres précieuses dont améthystes et
turquoises, surmonté de sa vasque en
métal argenté poinçonnée Sheffield
Club, H. 115 cm. Est. 4.000-6.000 €.
© MJV Soudant
10.000 €
Pierre Travaux et atelier, L’hiver ou La
frileuse, ouvrage posthume, 1873, sculpture
en marbre, un modèle identique
figure dans les collections du musée
Fabre de Montpellier, H. 119 cm. Est.
10.000-12.000 €. © MJV Soudant
01-10 Un service à thé chinois chez Vanderkindere
19.000 €
Service à thé, Chine, XIXe siècle,
à décor de personnages dans
des paysages comprenant quatre
théières, un pot à lait et un plateau,
argent, poids total : 8 950 gr.
Est. 3.000-4.000 €. © Vanderkindere
12.500 €
Coupe libatoire, Chine,
XVIIe siècle, corne de rhinocéros
sculptée, à décor
floral et dragon stylisé,
présentée sur un socle en
bois sculpté postérieur, H.
9 cm. Est. 7.000-9.000 €. ©
Vanderkindere
10.000 €
Vase, Chine, XIXe siècle,
décor floral en émaux polychromes
sur fond turquoise,
monté en lampe, porcelaine,
H. 24 cm. Est. 1.000-1.500 €. ©
Vanderkindere
10.000 €
Plat, Chine, décor en
émaux bleu blanc de
dragons, porcelaine,
diam. ca. 25 cm. Est.
10.000-15.000 €. © Vanderkindere
7.500 €
Rare paire d’éléphants formant
vases, Chine, Epoque Qianlong
(1736-1795), décor avec fleurs de
lotus, présentés sur des socles
en bois sculpté postérieurs, grés
émaillé gris-bleu, H. 21,5 cm
hors socle. Est. 5.000-7.000 €. ©
Vanderkindere
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de style néorenaissance,
H. 430 cm. © Flanders
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La prochaine vente de Flanders
Auctions promet à nouveau
une sélection particulièrement
variée, comprenant à la fois des
antiquités et des œuvres d’art
remarquables. Parmi les pièces
proposées, des œuvres de Jean-
Bosco Kamba, Christian Silvain
et Christofle. Quelques pièces
maîtresses attirent immédiatement
l’attention : un imposant
miroir italien de pas moins de
430 cm de haut, dans le style
néo-Renaissance, un rare portrait
de la légendaire diva d’opéra
Maria Malibran (1808-1836) et La
Lys argentée de Modest Huys,
toile qui fait resplendir dignement
la région de la Lys. Cette
vente promet de séduire tant les
collectionneurs que les amateurs.
06 au 08-11 Belle vente de numismatique chez Elsen
La prochaine vente cataloguée
de numismatique prévue en la
salle Elsen débute le 6 novembre
avec des monnaies grecques
antiques, celtiques, romaines,
byzantines et médiévales, dont
un exceptionnel solidus de Louis
Le Pieux. Sa gravure est clairement
d’inspiration romaine,
la facture du portrait étant
aussi bonne que les meilleures
représentations figurant sur les
deniers au buste de Charlemagne
et de Louis le Pieux. La
localisation de l’atelier d’émission
a fait l’objet de controverses. Il
s’agit très probablement de l’atelier
du palais à Aix-la-Chapelle,
vu le caractère cérémoniel et
impérial bien marqué de la monnaie.
L’analyse du titre par pesée
spécifique a donné un résultat
de 98 % d’or pur. Seuls quatre
exemplaires en sont connus (est.
50.000 euros). Le 7 novembre,
place aux monnaies des Pays-Bas
méridionaux et de Belgique, une
sélection de pièces d’épaves et
la première partie des monnaies
modernes. La vente se termine
le 8 novembre par la seconde
partie des monnaies modernes,
les monnaies orientales, une
collection d’anciennes monnaies
chinoises et d’Extrême-Orient,
les jetons, médailles et décorations.
Cette vente présente
aussi une collection de monnaies
à thème maritime de toutes
périodes.
EST. 50.000 €
Louis Le Pieux, AV Solidus, Aix-la-
Chapelle ?, ca. 816, or. © Elsen
08 & 09-11 L’entrée de Charles le Téméraire pour DVC Gand
EST. 40.000-70.000 €
Entrée de Charles le Téméraire à Nancy, détrempe sur toile,
panneau historique important. © DVC Gand
EST. 8.000-12.000 €
Evgeny Alexandrovich Lanceray, Troïka,
1870, bronze, fonte de Felix Chopin
(Saint-Pétersbourg). © DVC Gent
Les 8 et 9 novembre, DVC Gand organise
une vente variée qui séduira un large
public. Plusieurs collections sont mises
à l’encan, dont une importante œuvre
historique réalisée à la détrempe sur panneau,
représentant l’entrée de Charles le
Téméraire à Nancy. La collection de la comtesse
Zoubov, qui comprend des œuvres
d’art et d’art décoratif russes provenant
de Bruxelles, ainsi qu’une belle collection
de meubles anciens, d’ivoires, de cannes,
d’argenterie et d’objets d’art provenant de
Flandre orientale sont également au menu,
tout comme une collection d’œuvres
originales du mouvement CoBrA, d’Anton
Rooskens, Corneille, Eugène Brands et
Mogens Balle.
100
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& Art Nouveau
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Sale: 19 –21 Nov. 2025
Preview:
14 –17 Nov. 2025
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Copenhagen | Bing & Groendahl
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Estimate: € 9,000 – 12,000
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Belgique
10 & 11-11 Beaux bijoux chez Horta
EST. 40.000-
45.000 €
Broche (portable en
pendentif), platine sur or
jaune, agrémentée d’un
saphir de Ceylan jaune
de +/- 44,62 carats et de
diamants taille ancienne
pour +/- 5 carats (certificat
IGI stipulant saphir naturel,
non chauffé et deep
orangy yellow, transparent).
© Horta
EST. 9.500-
10.000 €
Broche, platine
et or agrémentée
de diamants
tailles marquise
et baguette pour
+/- 8 carats au
total. © Horta
EST. 10.000-
12.000 €
Mauboussin,
Bracelet, or jaune
agrémenté de diamants
taille brillant
pour +/- 1,40 carat,
de saphirs pour +/-
12 carats, de rubis
pour +/- 5 carats et
d’émeraudes pour
+/- 3,40 carats. Signé
et poinçonné.
© Horta
12-11 Du Belge chez Zouave Auction
EST. 4.000-6.000 €
Léon Devos, Nu, huile sur toile.
© Zouave
EST. 6.000-8.000 €
Jean Boghossian, Livre sauvegardé, 2022. © Zouave
Zouave Auction propose, le 12
novembre, une courte sélection
d’œuvres issues de notre royaume. De
la peinture, avec ce triptyque de Léon
Frédéric représentant un paysage de
Flandres (est. 5.000-7.000 euros), ou cet
important nu, presque peint à échelle
1/1, du peintre hennuyer Léon Devos
(est 4.000-6.000 euros). Mais aussi
des œuvres sculptées, comme une
épreuve d’artiste d’Olivier Strebelle,
intitulée Flight in mind et figure réduite
de l’œuvre trônant dans l’aéroport de
Zaventem (est. 7.000-10.000 euros).
Jean Boghossian sera aussi mis à l’honneur
avec l’un de ses ‘‘livres sauvegardés’’
réalisé en 2022 (est. 6.000-8.000
euros).
17-11 Dix bougies pour Haynault
Pour fêter ses 10 ans, Haynault
organise une vente regroupant
des œuvres choisies dans les
domaines des beaux-arts et arts
décoratifs. Dans la catégorie des
tableaux anciens, on remarquera
surtout un très grand portrait de
Marie Leszczynska d’une école
française du XVIIIe siècle, dans
un superbe encadrement. Dans
le domaine des art décoratifs,
plusieurs lots d’argenterie du début
du XXe siècle devraient susciter
quelques belles enchères, à
l’instar d’un centre de table aux
nymphes de Wolfers, ainsi qu’un
superbe ensemble du mythique
modèle Gioconda. Côté horlogerie,
une grue-montre, créée spécialement
pour Jeanne Toussaint.
À l’origine, cette grue constituait,
avec deux autres exemplaires, les
trois supports d’un brûle-parfum,
une transformation qui a
probablement été réalisée par les
ateliers de la maison Cartier, sous
la direction de sa créatrice. Elle
devrait attirer les institutions et
collectionneurs, alors qu’un vase
de Nikki de Saint Phalle ravira les
amateurs d’art contemporain.
EST. 40.000-80.000 €
Cartier pour Jeanne Toussaint,
Grue-montre, Chine, XIXe siècle, ca.
1942, bronze et émaux, 31 x 25 cm. ©
Haynault
EST. 10.000-15.000 €
Nikki de Saint Phalle, Dog, 2012,
résine et acrylique. © Haynault
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VENTE PUBLIQUE
18 et 19 novembre à 18h30
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Collier en or blanc 18 carats serti d’un diamant
de +/- 1.80 carats. 2.500/3.500 euros
Vente d’art et d’antiquités :
19 & 20 novembre à 13h30
Exposition : samedi 15, dimanche 16
et lundi 17 novembre de 14h00 à 18h00
“Etalon Suffolk Punch: Sudbourne
Premier” en bronze doré.
Signé Herbert Haseltine.
20.000/30.000 euros.
“Poteau” en métal peint.
Signé Jo Delahaut.
2.200/2.800 euros.
VENTE XLVI
ANTIQUITÉS ET OBJETS D’ART - 400 LOTS
DU MOYEN-ÂGE À L’ART MODERNE
Dimanche 23 novembre à 13h00
Huile sur toile “Déjeuner sur l’herbe”.
Signé Frans van Holder. 3.000/4.000 euros.
Charles Catteau
Antiquités classiques
et asiatiques
EXPOSITION
14, 15 et 16 novembre de 10 à 18h
Focus : Rares vases de Charles Catteau
Salle de vente Gerpinnes : 52 rue de Bertransart
Bureau de Woluwe Saint Pierre : 177 rue au bois
Bureau de Waterloo : 12 rue Libert
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Samedi 8 Novembre 11 à 15 h.
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18-11 Des bijoux d’Octave Landuyt chez Loeckx
Le 18 novembre, Loeckx organise une vente aux enchères d’œuvres
d’art européen et asiatique. Parmi les peintures, on trouvera notamment
une collection de portraits anciens des XVIIe et XVIIIe siècles,
deux compositions modernistes sur émail de Kurt Lewy et deux portraits
d’Anne-Mie Van Kerckhoven datant de 1987-1990. On y annonce
également un rare service en argent en quatre parties ‘‘modèle Paris’’,
conçu par Gustav Beran et une collection de bijoux d’Octave Landuyt.
Les arts décoratifs seront également à l’honneur, avec notamment des
meubles, des statues en bronze, des vases de Sèvres et des horloges
des XVIIIe et XIXe siècles. Côté arts asiatiques, une large sélection de
sculptures provenant du Tibet, du Népal, de Chine et du Japon est
proposée.
Quelques pièces remarquables dans la vente aux enchères d’art européen et
asiatique. © Loeckx
18-11 La succession d’un diplomate pour Arts Talents
Suite à la succession d’un diplomate, Arts Talents Enchères
Bruxelles dispersera une collection (plus de trois cents
lots) de porcelaines et d’émaux chinois des XVIIe et XVIIIe
siècles, dont un sceau impérial d’époque Kangxi, provenant
des fours imperiaux de Jingdezhen. Un cachet similaire de
la même époque, en porcelaine est conservé au musée
Guimet à Paris, provenant de la collection Grandidier
(est. 200.000-400.000 euros). On y proposera également
une importante et exceptionnelle coupe en porcelaine de
Canton, période Guangxu, à décor intérieur et extérieur de
scènes de palais animées de nombreux personnages, vues
architecturées, papillons, oiseaux, fleurs et végétaux (est.
4.000-8.000 euros).
EST. 200.000-400.000 €
Chine, Dynastie Qing, Epoque Kangxi (1662-
1722), Sceau impérial en porcelaine de Jingdezhen,
avec trace d’encre rouge d’époque,
9,8 x 13 x 10,5 cm. © Arts Talents
Vue d’une partie de l’offre proposée,
d’une collection privée.
© Arts Talents
19 & 20-11 Un bronze de Mercié chez Debaveye
EST. 8.000-
12.000 €
Antonin Mercié,
Gloria Victis,
bronze, H. 129 cm.
© Debaveye
EST. 1.500-
2.500 €
Peinture de Gustave
Léonard de Jonghe,
1864. © Debaveye
Une offre variée sera mise à l’encan, lors de
la vente en art et antiquités de Debaveye.
La pièce maîtresse parmi les sculptures est
un grand bronze d’Antonin Mercié, Gloria
Victis, d’une hauteur de 129 cm, estimé
entre 8.000 et 12.000 euros. Parmi les peintures,
une œuvre de Gustave de Jonghe
datant de 1864 attire particulièrement
l’attention, aux côtés d’œuvres de l’école
de Frans Snijders, Jan van Delft, Gustave de
Jonghe, Antoon De Clerck, Octave Landuyt
et bien d’autres. On trouvera également
une vitrine et une horloge Napoléon III, de
grands groupes en porcelaine de Saxe et
de Sèvres, des sacs à main Louis Vuitton et
Delvaux, des pièces d’argenterie, un grand
ciboire en argent du XVIIIe siècle, des couverts
Christofle, de la verrerie et une vaste
collection de poupées en porcelaine.
106
Egon Schiele, Nu accroupi, vu de dos, 1917, gouache et craie noire sur papier, 29,5 x 45 cm, € 1.800.000 – 2.500.000, vente le 18 novembre 2025
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Belgique
23-11
Quelques beaux Catteaux à saisir
chez Soudant
29-11
L’école paysagiste liégeoise
chez Lhomme
Charles Catteau pour
Boch Keramis, Vase
prototype du modèle
aux pieuvres en grès.
© Soudant
Une peinture
d’Auguste Mambour.
© Lhomme
Divers beaux vases de Charles Catteau. © Soudant
La prochaine vente publique de
la salle Lhomme se déroulera le
29 novembre. Les amateurs d’art
belge du XXe siècle pourront
découvrir des œuvres de Gaston
Bogaert, Georges Collignon,
Fernand Flausch, Jacques Lizène,
Roger Somville, Mady Andrien
et Floris Jespers, témoignant de
la vitalité et de l’expérimentation
des artistes modernes belges. Un
important chapitre sera consacré
à l’école paysagiste liégeoise, avec
de nombreux tableaux de Richard
Heintz, Auguste Donnay, Armand
Jamar, Élysée Fabry, Albert Raty,
François Maréchal. Ces œuvres
côtoieront celles des intimistes
verviétois Emmanuel Meuris
et Paul Schmitz. Le catalogue
présentera également plusieurs
tableaux exceptionnels d’Auguste
Mambour, ainsi qu’un vaste
ensemble de tableaux et dessins
de Luc Lafnet, mais aussi de livres
illustrés par ce dernier, avec de
nombreuses aquarelles et dessins
originaux. Notons encore, pêlemêle,
des œuvres d’Edgar Scauflaire,
Armand Rassenfosse, Martin
Aubée, un beau petit ensemble
de sculptures, dont un bronze animalier
par Raymond de Meester
et, pour l’art contemporain, un
remarquable Autodafé d’Antonio
Saura. Enfin, les bibliophiles pourront
découvrir un bel ensemble
de Jules Verne édités chez Hetzel,
ainsi qu’un bel exemplaire des
Délices du Païs de Liège.
29 & 30-11 Un trophée Mercedes pour la Maison Jules
EST. 8.000-12.000 €
Trophée Mercedes centenaire remporté
lors d’une course de Formule 1, en
Allemagne, en 1926. © Maison Jules
EST. 5.000-10.000 €
Sadji, œuvre recto verso sur papier
japonais, aquarelle avec dessins au
crayon au verso. © Maison Jules
La Maison Jules clôturera une
série de trois ventes mensuelles,
les 29 et 30 novembre. Deux
pièces exceptionnelles retiennent
particulièrement l’attention. Il
s’agit d’une œuvre recto-verso
sur papier japonais de l’artiste
sino-français Sadji (Sha Qi, 1914-
2005). Cette aquarelle représente
une jeune femme dans un
intérieur chinois après le bain et,
au verso, on peut voir des croquis
au crayon et des études de nus
féminins. Cette œuvre double a
été estimée entre 5.000 et 10.000
euros. Autre objet digne d’intérêt,
un trophée centenaire issu de
l’histoire de Mercedes. Le pilote
de course Rudi Caracciola remportait
la toute première course
de Formule 1, en Allemagne,
sur le circuit Avus de Berlin, le 11
juillet 1926. Cet objet unique et
historique est estimé entre 8.000
et 12.000 euros. Dans le domaine
de l’art, on découvre les signatures
de Joseph Willaert, Edmond
De Maertelaere, Alfred Seifert,
George Minne et Emiel Poetou,
dont plusieurs plâtres abstraits
seront mis en vente. Plusieurs
photographies en noir et blanc
de l’artiste roumano-française
Irina Ionesco seront également
dispersées.
108
Salle de ventes du Béguinage
s.v.b@hotmail.be www.svbeguinage.com +32 475 53 02 60
Vente bourgeoise novembre 2025 500 lots dont collection Pierre Culot, Chine 18e,
bijoux anciens, tableaux, mobilier et art africain
On vendra
Belgique
02-12 Beauté orientale chez Campo & Campo
EST. 10.000-15.000 €
Emile Claus, Beauté orientale, 1881,
huile sur toile, 52,5 x 43 cm.
© Campo & Campo
EST. 5.000-7.000 €
Jan-Frans Eliaerts, Nature morte de
fleurs, papillons et insectes, huile sur
toile, 83 x 69 cm. © Campo & Campo
La vente d’art classique, organisée
par Campo & Campo le 2
décembre, comprendra une belle
collection d’objets d’art et de
peintures du XIXe siècle et plus
tardifs. On remarque notamment
un Christ en croix au Calvaire.
Cette terre cuite finement travaillée
est attribuée au sculpteur
du XVIIIe siècle Walter Pompe.
Les artistes du XIXe siècle seront
aussi bien représentés dans cette
vente. Parmi les pièces maîtresses,
on trouvera deux magnifiques
natures mortes florales
de l’artiste anversois Jan-Frans
Eliaerts, estimées respectivement
entre 5.000 et 7.000 euros et
entre 3.000 et 5.000 euros. Autre
œuvre remarquable, la magnifique
Belle orientale, peinte par
Emile Claus en 1881 (est. 10.000-
15.000 euros). Côté sculpture, on
remarquera surtout un dragon à
plumes en fer forgé de Lodewijk
Van Boeckel (est. 5.000-7.000
euros). Parmi les autres artistes
présents dans cette liste, citons
Constant Cap, Jef Lambeaux,
Edward Portielje, Jan Van Beers,
Eugène Verboeckhoven, Petrus
Kremer et Ferdinand de Braekeleer.
Une importante collection
de gravures des XVIe et XVIIe
siècles est également proposée,
ainsi qu’une collection d’instruments
de musique construits
d’après les plans de pièces de
musée historiques. Comme toujours,
cette vente est complétée
d’une collection exceptionnelle
de verrerie et d’argenterie, de
tapis orientaux, de meubles, de
bijoux et d’autres objets divers.
02 au 04-12 Jubilé chez Bernaerts
En l’honneur du 50e anniversaire
de Bernaerts, fondée en 1974, ce
catalogue éclectique regorge du
‘‘jeu de l’amour et du hasard’’. Il
s’agit donc d’une vente célébrant
l’entreprise familiale anversoise,
également connue comme
‘‘spécialiste de la diversité’’. Lors
de cette vente Bernaerts 50 !, le 2
décembre, des œuvres provenant
de diverses collections privées
seront réunies. Une armoire en
aluminium avec du plexiglas
coloré transparent de Liam Gillick
est ainsi cataloguée à côté d’un
impressionnant Triomphe de
Jupiter et Cupidon de Pieter Van
Lint (ca. 1640). Une grande gravure
sur bois de Gert & Uwe Tobias et
une estampe tout aussi impressionnante
de Tom Wesselmann
feront écho à la sculpture en
bronze Song de Peter Rogiers,
tandis qu’un Alfred Stevens de la
fin de siècle et un Charles Verlat
orientaliste contrasteront avec
une gouache d’Auguste Herbin,
ou encore Composition 2 de Jozef
Peeters, son dernier autoportrait,
daté de 1960. Le célèbre Rinus
Van de Velde sera également
présent avec plusieurs de ses
grands dessins au fusain. Le 3
décembre, Bernaerts présentera,
lors de sa vente Classic vs. Modern,
des objets de grande qualité de
différentes époques et continents.
Une exceptionnelle collection
privée d’armes anciennes attirera
particulièrement l’attention, tandis
que la section Art déco proposera,
entre autres, de magnifiques
bronzes de Marius Mars-Valle,
ainsi que des meubles signés
Franck. Une collection de bijoux
anciens est également proposée,
à côté de peintures de pleinairistes
du XIXe siècle. Enfin, le jeudi 4
décembre, une exceptionnelle
bibliothèque anversoise consacrée
à la littérature flamande,
intitulée Van Conscience tot Claus,
est annoncée. Cet ensemble est
le résultat de plus d’un demisiècle
de collecte minutieuse, au
plus haut niveau. De nombreux
exemplaires dédicacés, manuscrits,
lettres et éditions sur ‘‘grand
papier’’ de Hendrik Conscience,
Guido Gezelle, Paul van Ostaijen,
Felix Timmermans, Karel van de
Woestijne, Willem Elsschot, Maurice
Gilliams et Hugo Claus en font
ainsi partie.
EST. 20.000-30.000 €
Victor Vasarely, Roja, 1971, gouache.
© Bernaerts
EST. 20.000-25.000 €
Jozef Peeters, Composition 2 (Autoportrait),
1960, huile sur toile. ©
Bernaerts
110
Sha Qi (Sadji)
Alfred Seifert
Jean Henri De Coene
Dates de la vente
Samedi 29 novembre 11h00
Dimanche 30 novembre 11h00
Exposition
Du 21 au 28 novembre
Infos & Contact
0475 45 86 23 | 0478 84 30 58
www.maisonjules.be
VENTE D’ART
ET ANTIQUITÉS
mardi 18 novembre 2025
LOECKX.BE
Auction calendar novembre—décembre 2025
Belgium
NOVEMBER
02 Stanley's Auctions
Tribal art, Modern art,
Africanist art
ZAVENTEM
03 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
03 Antenor Auction
Design now BRUXELLES
03 Salle des Ventes Uccle
Saint-Job
Verrerie ONLINE
04 Berg van Barmhartigheid
Wijnen, geestrijke dranken,
muziekinstrumenten,
stripverhalen en juwelen
BRUSSEL
04 Antenor Auction
Tableaux modernes et
contemporains BRUXELLES
04-06 Flanders Auctions
Kunst, antiek en design
ROESELARE
06-08 Jean Elsen et ses fils
Numismatique BRUXELLES
07 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
07-17 AZ Auction
Numismatique, bijoux,
montres et gemmes ONLINE
08 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
08-09 DVC Gent
Kunst, antiek en design,
collectie Zouboff GENT
08-16 AZ Auction
Bandes dessinées ONLINE
10 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
10 Antenor Auction
Haute époque BRUXELLES
10 Salle des Ventes Uccle
Saint-Job
Art et antiquités ONLINE
10-11 Horta
Art et antiquités BRUXELLES
12 Antenor Auction
Un pied à terre dans le Marais
FOREST
12 Zouave Auction
Art belge BRUXELLES
12 CR-Art Auctions
Kunst en antiek HARELBEKE
14 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
15 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
16 Galérie La Régence
Art et antiquités CHARLEROI
16 Stanley's Auctions
Dessins anciens, gravures,
cartes, atlas et livres anciens
ZAVENTEM
17 Amberes
Burgerveiling ANTWERPEN
17 Haynault
Art et antiquités BRUXELLES
18 Berg van Barmhartigheid
Schilderijen,
beeldhouwwerken en juwelen
BRUSSEL
18 Loeckx
Europese en Oosterse kunsten
antiekveiling GENT
18 Arts Talents Enchères
Bruxelles
Arts d'Asie - Collection d'un
grand collectionneur du XIXe
siècle Chine BRUXELLES
18-19 Vanderkindere
Art et antiquités BRUXELLES
19-20 Debaveye Auctions
Kunst en antiek HARELBEKE
21 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
21-22 Damien Voglaire
Livres et peintures BRUXELLES
22 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
23 MJV Soudant
Vente cataloguée GERPINNES
24 Salle des Ventes Uccle
Saint-Job
Art et design BRUXELLES
25 Berg van Barmhartigheid
Juwelen, sieraden en
numismatiek BRUSSEL
25 Antenor Auction
Bijoux, perles fines et
montres BRUXELLES
25 Vanderkindere
Vente bourgeoise BRUXELLES
25-26 Jordaens
Kunst en antiek MORTSEL
28 Maison des Huissiers de
Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
29 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
29 Lhomme
Livres, gravures, dessins et
peintures LIÈGE
29 Louiza Auktion
Tableaux et sculptures
modernes et comtemporaines
BRUXELLES
29-30 Maison Jules
Kunst, antiek en vintage GENT
30 AZ Auction
Bandes dessinées BRUXELLES
30 Stanley's Auctions
Modern et contemporary
Congo art ZAVENTEM
DECEMBER
01-07 Salle de Ventes Rops
Art et antiquités ONLINE
02 Berg van Barmhartigheid
Fietsen, meubilair,
verzamelobjecten en juwelen
BRUSSEL
02 Campo & Campo
Klassieke kunstveiling
ANTWERPEN
02 Arts Talents Enchères
Bruxelles
Intérieurs - Collections et
successions
BRUXELLES
02 Native Auctions
Vente spéciale, collection Ann
Demeulemeester
BRUXELLES
02-03 Galerie Athena
Kunst en antiek BRUSSEL
02-04 Bernaerts
Bernaerts
50 ANTWERPEN
04-06 Sylvie's Wine Auctions
Kerstveiling ANTWERPEN
05 Maison des
Huissiers de Justice
Vente aux enchères judiciaire
BRUXELLES
06 Cnock
Juwelen KNOKKE
06 ABS Veilingen Mechelen
Deurwaarderstukken
MECHELEN
06-07 DVC Antwerpen
Aziatica en Aziatische
archeologie, etnische
kunst, juwelen en horloges
ANTWERPEN
07 Cnock
Kunst en antiek
KNOKKE
07 MonsAntic
Art et antiquités MONS
08-09 Horta
Art et antiquités
BRUXELLES
09 Berg van Barmhartigheid
Juwelen, sieraden en
numismatiek BRUSSEL
09 Old Master Print
Auction XVII
IZEGEM
09 AZ Auction
Tableaux et objets d'art
BRUXELLES
10 AZ Auction
Joaillerie et horlogerie
BRUXELLES
10 Zouave Auction
Maroquinerie, bijoux et
accessoires de luxe
BRUXELLES
12-13 Arenberg Auctions
BRUSSEL
13 Berg van Barmhartigheid
Uitzonderlijke stukken
BRUSSEL
The Netherlands
OCTOBER
22-05/11 Veilinggebouw De
Zwaan
Kunst- en antiekveiling
ONLINE
27-04/11 Venduehuis Den
Haag
Vendue Next Door Part I +
II ONLINE
27-19/11 Venduehuis Den
Haag
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NOVEMBER
03 Veilinghuis Bouwman
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07-24 Vendu Rotterdam
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09-10 Oprechte Veiling
Haarlem
Kunst en antiek HAARLEM
10-15 Heritage Auctions
Europe
Coins, currency and medals
IJSSELSTEIN
11 Zeeuws Veilinghuis
Exclusive items MIDDELBURG
11-12 Vendu Rotterdam
Kunst en antiek ONLINE
11-14 Oprechte Veiling
Haarlem
Kunst en antiek ONLINE
12 Zeeuws Veilinghuis
Aziatica and Indonesian art
ONLINE
17-21 Derksen Veilingbedrijf
Kunst en antiek ARNHEM
17-21 Korst van der Hoeff
Kunst en antiek
S-HERTOGENBOSCH
18-19 Venduehuis Den Haag
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24-10/12 Venduehuis Den
Haag
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24-12/12 Venduehuis Den
Haag
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en schilderijen HAARLEM
27-28 Goudwisselkantoor
Veilingen
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28-12/12 Vendu Rotterdam
Muntenveiling ONLINE
29 Hessink's Fine Art
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29 Van Sabben Auctions
Afficheveiling HOORN
30 Veilinghuis Peerdeman
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DECEMBER
01 ADAMS Amsterdam
Auctions
Kunst AMSTERDAM
01-03 Veilinghuis Klinkhamer
Kunst en antiek GRONINGEN
01-05 Zwiggelaar Auctions
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prenten en tekeningen etc.
AMSTERDAM
02 ADAMS Amsterdam
Auctions
Kunst, sieraden, tassen en
zilver ONLINE
02-04 Veilinghuis De Jager
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05-15 Venduehuis Dickhaut
Kunst, antiek en juwelen
ONLINE
08-11 Van Spengen
Kunst en antiek ONLINE
08-15 Veilinghuis Korendijk
Kunst en antiek ONLINE
09-10 Veilinghuis Omnia
Kunst en antiek KOLHAM/
HOOGEZAND
09-14 Oprechte Veiling
Haarlem
Kunst en antiek HAARLEM
10-11 Vendu Rotterdam
Algemene veiling ONLINE
Luxembourg
NOVEMBER
01 Goldfield Auction
Luxembourg
Trésors d'automne
WEISWAMPACH
08 Lux Auction Luxembourg
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collection et maroquinerie
STADTBREDIMUS
08 Lux Auction Luxembourg
Post war and contemporary
art STADTBREDIMUS
114
Fair calendar novembre—décembre 2025
Belgium
NOVEMBER
Germany
NOVEMBER
Luxembourg
NOVEMBER
The Netherlands
NOVEMBER
United Emirate
States
02 The Collectors Fair
ANTWERP
08-16 Antica Namur Fine Art
Fair
NAMUR
27-30 Les Nocturnes du
Sablon
BRUSSELS
28-30 GANDA:
Ghent Antiques Design Art -
Kunstroute
GENT
28-30 Brussels Ass Book Fair
BRUSSELS
DECEMBER
06-07 GANDA:
Ghent Antiques Design Art -
Kunstroute
GENT
05-07 Internationale
Antiquarenbeurs
MECHELEN
11-14 Art Antwerp
ANTWERPEN
07-09 Discovery Art Fair
Frankfurt
FRANKFURT
07-09 Art Cologne
KOLN
Italy
NOVEMBER
t/m 02
France
NOVEMBER
Artissima
TURIN
12-16 Art Montpellier
MONTPELLIER
13-16 Paris Photo
PARIS
28-30 Animal Art Paris
PARIS
20-23 Biennale De Mains De
Maîtres Luxembourg
LUXEMBOURG
21-23 Luxembourg Art Week
2025
LUXEMBOURG
Portugal
NOVEMBER
06-09 Lisbon Art Weekend
LISBON
Spain
NOVEMBER
18-20 LOOP Barcelona
BARCELONA
Switzerland
NOVEMBER
till 02 art3f Lausanne Art Fair
LAUSANNE
01-02 Zutphen Glass Expo
ZUTPHEN
01-02 Kunstlijn Haarlem
HAARLEM
02-09 PAN Amsterdam
AMSTERDAM
08-09 Kunstlijn Haarlem
HAARLEM
08-15 GLOW Festival
EINDHOVEN
08-16 Nationale Kunst Week
DIVERSE LOCATIES
15-16 Nationale Kunstdagen
GORINCHEM
15-16 VerzamelJaarbeurs
UTRECHT
29-30 The Winter Salon
DEN HAAG
Turkey
DECEMBER
04-07 Istanbul Art & Antique
Fair
ISTANBUL
NOVEMBER
20-22 NOMAD
ABU DHABI
United kingdom
NOVEMBER
till 02/11
Frieze Sculpture
LONDON
till 06/11 Asian Art in London
LONDON
United States
DECEMBER
02-07 Art Miami
MIAMI
02-07 SCOPE Art Show Miami
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05-07 Art Basel Miami Beach
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