26.11.2025 Vues

Essentiel du Sup_Compétences N°1

L'Essentiel du Sup_Compétences c'est la nouvelle publication d'HEADway Indo&Data. Les établissements d’enseignement supérieur, universités, écoles de management, écoles d'ingénieurs, sont de plus en plus présents sur le marché de la formation continue. Avec « l’Essentiel des Compétences » nous proposons aux DRH d’aller à la rencontre des formations de tous niveaux que proposent ces établissements tout en donnant des éclairages du côté des entreprises. Un numéro de 32 pages format A4 tous les deux mois diffusé entièrement en ligne à une base de 2 000 responsables de ressources humaines, chief learning officers, campus managers.

L'Essentiel du Sup_Compétences c'est la nouvelle publication d'HEADway Indo&Data.
Les établissements d’enseignement supérieur, universités, écoles de management, écoles d'ingénieurs, sont de plus en plus présents sur le marché de la formation continue. Avec « l’Essentiel des Compétences » nous proposons aux DRH d’aller à la rencontre des formations de tous niveaux que proposent ces établissements tout en donnant des éclairages du côté des entreprises.

Un numéro de 32 pages format A4 tous les deux mois diffusé entièrement en ligne à une base de 2 000 responsables de ressources humaines, chief learning officers, campus managers.

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N°01 | NOVEMBRE 2025

L’ESSENTIEL DE LA FORMATION

CONTINUE ET DES COMPÉTENCES À L’ATTENTION DES DRH

« Nous voulions que

la ReKnow University (Renault

Group) ne soit pas un sanctuaire

interne, mais un pont entre

l’entreprise et son écosystème »

ENTRETIEN AVEC PATRICK BENAMMAR,

EX-VICE-PRÉSIDENT LEARNING & DEVELOPMENT

DE RENAULT GROUP, FONDATEUR DE LA REKNOW

(RENAULT GROUP) UNIVERSITY,

PRÉSIDENT DU CFA INGÉNIEURS 2000

DOSSIER

Comment équiper la France

en compétences

DÉBAT

Les IA contre l’emploi des jeunes ?

ENTRETIEN

Delphine Manceau,

présidente de la Conférence

des Grandes écoles


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES ÉDITO + SOMMAIRE

NOVEMBRE 2025 N° 1

QUAND ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

RIME AVEC FORMATION CONTINUE

Le constat est sans appel : à l’heure des grandes mutations les

entreprises ont plus que jamais besoin de former constamment

leurs cadres et personnels. Chez Renault Group l’ancien directeur

de la ReKnow Academy, Patrick Bennamar, nous explique comment

les entreprises s’organisent pour répondre à ces besoins

de formation. Un défi auquel l’enseignement supérieur répond

de plus en plus présent. Des Mines Paris- PSL à l’IAE Paris-Sorbonne

business school en passant par Neoma Business School

nous sommes allés à la rencontre des établissements. Cette rencontre

entre les entreprises et l’enseignement supérieur est au

cœur de notre projet dans cette nouvelle newsletter bimestrielle

destinée aux DRH : « l’Essentiel du Sup Compétences ».

HEADway Advisory est le principal cabinet de conseil spécialisé dans

l’enseignement supérieur et la recherche. Ses 25 consultants traitent aussi

bien des questions de stratégie, que d’information, de recrutement et de

certifications. Depuis plus de dix ans « l’Essentiel du Sup » est la lettre d’information

privilégiée des décideurs de l’enseignement supérieur. Aujourd’hui

nous allons plus loin en consacrons une édition aux questions de formation

continue, de compétences et de recrutement, autant de questions qui font

se réunir le monde de l’enseignement supérieur et celui des entreprises.

Le club Équipons la France en compétences. Évolution de l’offre

énergétique, retour au premier plan des industries de défense, intelligence

artificielle, de nouvelles questions impactent les entreprises. Mais comment

l’enseignement supérieur peut-il y répondre ? Le club Équipons la France

en compétences se veut un espace de dialogue pérenne entre décideurs

des entreprises, de l’enseignement supérieur, de la recherche et des institutions

publiques et établissements de l’enseignement supérieur. « Pour que la

«boucle éducative», celle qui relie les besoins économiques, la formation et

l’emploi, fonctionne mieux nous devons nous parler, pour créer des espaces

où ce dialogue puisse se structurer et où chacun comprenne les contraintes

des autres », insiste Sébastien Vivier-Lirimont, le fondateur de HEADway

Advisory.

Un double dispositif. Avec cette nouvelle newsletter et ce nouveau club

destinés tous deux à rapprocher enseignement supérieur et entreprises,

HEADway Advisory propose un dispositif de réflexion et d’action complet.

Nous vous invitons à lire ce premier numéro et à revenir vers nous pour

nous suggérer sujets, traitement, actions afin de mieux répondre à vos

questions. Bonne lecture !

Sommaire

LES ESSENTIELS DU MOIS

4 • Paris Panthéon-Assas se lance

dans l’Executive Education

6 • Enquête IESF 2025 : les ingénieurs

à l’heure du plein emploi mais…

7 • Leadership et santé préventive : Rennes SB

lance Leader-Fit

8 • La France souffre-t-elle vraiment d’une

« fuite des cerveaux » ?

ENTRETIEN

11 • Patrick Benammar, Ex-vice-président

Learning & Development de Renault Group

22 • Delphine Manceau, directrice générale de

Neoma, présidente de la Conférence des

Grandes écoles (CGE)

27 • Laurent Amice, Directeur de Mines Paris

PSL Executive Education

31 • Éric Lamarque, Directeur de l’IAE Paris-

Sorbonne business school

34 • Bertrand Ponchon, Fondateur de COSS

DOSSIER

16 • Comment équiper la France en

compétences

DÉBAT

36 • Les IA contre l’emploi des jeunes ?

Olivier Rollot,

rédacteur en chef

« L’Essentiel du sup » est une publication du groupe HEADway

Advisory, SAS au capital de 30 000 €, RCS 53298990200046 Paris,

CPPAP 0920W93756, 33, rue d’Amsterdam, 75008 Paris.

Directeur de la publication : Sébastien Vivier-Lirimont.

Rédacteur en chef : Olivier Rollot (o.rollot@headway-advisory.com).

Responsable commerciale : Fanny Bole du Chomont

(f.boleduchomont@headway-advisory.com).

Création graphique et mise en pages : Élise Godmuse


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

L’ESSENTIEL DU MOIS

NOVEMBRE 2025 N° 1

Paris Panthéon-Assas se lance

dans l’Executive Education

EN BREF…

« L’Université Paris Panthéon-Assas s’est fixée

comme objectifs d’être un partenaire du monde

professionnel, et d’accompagner les grands

changements du monde contemporain », établit

Stéphane Braconnier, président de l’Université

Paris-Panthéon-Assas, en lançant Assas Executive

Education. Son offre comprend plus de 40 programmes

modulaires – diplômes universitaires, certifications,

Paris 1 Panthéon Assas

La principale bibliothèque de

l’université Paris 1 Panthéon Assas

Master Class, Executive Masters et parcours sur

mesure – et repose sur la pluridisciplinarité : le droit,

pilier historique d’Assas, dialogue désormais avec l’économie,

la finance, la communication, le numérique, la

défense ou encore les enjeux environnementaux. Cette

approche globale « vise à doter les participants d’une

compréhension intégrée des grandes transformations

contemporaines ».

Dans le cadre de son

Audencia Corporate Service,

Audencia lance un Executive

Master avec l’Institut de

Refondation Publique

(IRP). Ce master vise à

accompagner les décideurs

et hauts responsables (des

secteurs privé et public)

pour « réinventer l’action

publique, en alliant

l’exigence du management

privé à la spécificité des

missions d’intérêt général ».

Il accueillera sa première

promotion dès janvier 2026

dans un format compatible

avec des emplois du temps

contraints : 80 % de

modules en distanciel à 8

séminaires présentiels.

Le certificat « Conduire la

transition IA » de Dauphine

Executive Education verra

le jour en mars 2026. Cette

formation s’adresse aux

dirigeants, managers

et cadres « souhaitant

acquérir une compréhension

stratégique et opérationnelle

de l’Intelligence Artificielle

pour piloter sa mise en œuvre

dans leur organisation avec

méthode, impact et éthique ».

emlyon : création d’une « Tech school » Excelia ouvre son master

Grande école aux cadres

Emlyon pose la première brique de la

création de sa future « Tech School »

dès le printemps 2026 par la création

de « emlyon Propulse ». Il s’agit de programmes

de formation continue à des-

Le nouveau campus de Emlyon à Lyon

O.R.

tination des professionnels non-cadres

titulaires d’un diplôme allant de bac

pro à bac+2 ainsi que des personnes

en reconversion ou en remobilisation

professionnelle.

Les trois premiers programmes lancés au

printemps 2026 formeront aux métiers de

« technicien en industrie et gestion des

risques », « référent IA » et « chargé de

clientèle omnicanal ». Construits en partenariat

avec les entreprises du secteur,

d’autres programmes sont à l’étude pour

les années à venir, notamment en matière

de santé et de cybersécurité.

Une deuxième brique aura lieu à travers

une offre de masters dédiés aux métiers

de la tech dès la rentrée 2027 et le déploiement

d’une offre de formation executive

BtoB dans un troisième temps.

4

Excelia Business School ouvre en octobre 2026 un

Executive Master Grande École destiné aux cadres, dirigeants

et entrepreneurs « souhaitant renforcer leurs

compétences stratégiques et managériales ». Conçu

pour accompagner la transformation des organisations,

ce programme en 15 mois, à raison de quatre

jours de formation par mois, allie vision stratégique,

leadership, pilotage du changement et pratique des

affaires. Il conduit à un Grade Master (Bac+5) et à

un titre RNCP niveau 7, avec la garantie d’excellence

des triples accréditations EQUIS, AACSB et AMBA.

La pédagogie, fondée sur l’expérience professionnelle,

articule enseignements en présentiel et distanciel, travaux

collaboratifs et projets concrets issus des entreprises

des participants. Chaque apprenant mène un

« Capstone Project » et une thèse professionnelle appliquée

à sa propre organisation, favorisant la mise en

œuvre directe des savoirs. Une Learning Expedition

internationale complète le parcours.


*Enquête NEOMA 2022 - Photo JB Delerue

4 e FRANCE

Programmes sur mesure pour les entreprises

6 e FRANCE Programmes inter-entreprises

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L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

L’ESSENTIEL DU MOIS

NOVEMBRE 2025 N° 1

Enquête IESF 2025 : les ingénieurs

à l’heure du plein emploi mais…

Avec un taux de chômage de 3,5% entre 30 et

55 ans, le millions d’ingénieurs français connait

un quasi plein emploi en France selon l’édition

2025 de l’Enquête annuelle de l’Observatoire

annuel de Ingénieurs et scientifiques de France (IESF).

Résultat : le salaire brut médian monte de 4,7% en un an

et atteint les 67 000 €. Signal moins positif : le nombre

de recrutements est en forte baisse de 16,7% à un

peu moins de 125 000. 56% des ingénieurs français

travaillent en Ile-de-France pour 29% en régions et

15% à l’international.

Alors qu’il manquerait au moins 30 000 ingénieurs

diplômés chaque année selon l’Institut Montaigne, ce

sont seulement 47 000 ingénieurs qui ont été diplômés

Classement mondial des

E-MBA : Skema 5 ème !

C’est une progression spectaculaire. Entrée dans le

Classement des E-MBA du Financial Times en 2024 à

la 13 ème place Skema y atteint la 5 ème cette année ! Elle

suit Olin (Washington University) qui progresse de deux

places, la CEIBS qui en perd un comme ESCP et Kellogg/HKUST

qui refait son entrée et se rapproche de sa

première place de 2023. Tout de suite derrière Skema

se trouve le Trium HEC Paris/Les/Stern puis l’Insead.

17 ème HEC Paris reste bien loin de la 4 ème place qu’elle

avait atteint en 2022 et précède l’Essec/Mannheim. 24 ème

Kedge gagne quatre places quand l’Edhec en perd deux

à la 28 ème . 29 ème l’Essec en gagne en revanche quatorze.

en 2024 dont 28% de femmes. Si le taux de chômage

globale est de 3,2% il monte à 6,1% chez les 25-29

ans. « Les jeunes diplômés prennent leur temps et leur

taux d’emploi remonte vite », commente Gérard Duwat,

membre de l’Observatoire. Mais de moins en moins

dans l’industrie ! Si globalement 44% des ingénieurs

travaillent aujourd’hui dans l’industrie le taux baisse à

38% pour les diplômés des deux dernières promotions.

En revanche les sociétés d’ingénierie et de conseil et

de l’énergie grimpent toutes les deux de 6 à 9%. De

ce contexte la féminisation du métier d’ingénieur progresse

: 39% des ingénieurs de moins de 30 ans ont

des femmes contre 17% chez les 50-64 ans.

ESCP « Business School

de l’année 2025 »

Le site américain spécialisé dans les business schools

Poets&Quants a désigné l’ESCP comme « Business

School de l’année 2025 ». Sous le titre « Waking A ‘Sleeping

Beauty’ » le site explique comment, alors que de

nombreuses écoles de commerce américaines se préparent

à faire face à un « précipice démographique »

avec une baisse du nombre d’étudiants en âge d’aller à

l’université, l’ESCP prévoit d’inscrire 1 000 étudiants

supplémentaires dans ses programmes de commerce

d’ici 2030 (portant le total à environ 12 000, soit une

augmentation de 6 %). ESCP prévoit également de recruter

environ 1 000 nouveaux étudiants en technologie

et 300 nouveaux étudiants en gouvernance. Cela signifie

qu’elle devra embaucher environ 70 nouveaux enseignants

pour ces écoles, tout en augmentant simultanément

son corps professoral en commerce.

Dans un entretien au site le directeur général de ESCP,

Léon Laulusa, revient sur son propre parcours avant,

pour décrire ESCP, d’« utiliser

la métaphore d’une belle

dame qui a été endormie, et

dont il est temps maintenant

de réveiller le charme. Cela signifie

que nous avons tant de

bases solides et de choses formidables

à offrir, et que nous

devons montrer au monde, en

particulier aux étudiants, que

l’ESCP est l’une des écoles les

plus attractives ».

Le Figaro publie

un classement des

MBA français

1 er Insead, 2 ème HEC, 3 ème

emlyon et Essec ex aequo,

5 ème Edhec, 6 ème ESCP, 7 ème

Grenoble EM, 8 ème Iéseg

9 ème Audencia, 10 ème PSB…

Le Figaro Etudiant publie

son premier Classement

des MBA en France dans

lequel on retrouve également

les MBA des IAE (12 ème

Bordeaux et Paris ex aequo).

Seulement 16 MBA sont

classés généralistes, non

100 % en ligne, sans

partenariat, et explicitement

intitulés « MBA ». Le

classement s’appuie sur deux

piliers, en premier lieu la

reconnaissance académique

(coefficient 2) tient compte

des grade/visa/titres RNCP,

des accréditations (AMBA,

EQUIS, AACSB) ainsi que

des prérequis d’admission.

En second lieu, la thématique

« réputation et débouchés »

(coefficient 1) considère

les positions dans les

classements Financial Times,

QS, LinkedIn et les niveaux

de salaires à la sortie.

6


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

L’ESSENTIEL DU MOIS NOVEMBRE 2025 N° 1

Leadership et santé préventive :

Rennes SB lance Leader-Fit

Rennes School of Business et la start-up Zoī

lancent Leader-Fit, un programme inédit combinant

formation au leadership et santé préventive. Face

à la montée du stress, de la fatigue et de l’épuisement

managérial, cette initiative « vise à accompagner

les dirigeants et managers dans le développement d’un

leadership plus humain et durable, tout en préservant leur

santé physique et mentale ». « Le programme Leader-Fit

reflète notre ambition en tant qu’école de management

innovante : accompagner l’émergence de nouveaux

modèles de leadership, plus humains, plus responsables,

répondant aux aspirations des nouvelles générations », souligne

Evgeny Lukin, directeur de l’Executive Education de

Rennes School of Business.

Leader-Fit s’inscrit dans une approche globale : il aide

les participants à mieux gérer leur énergie, renforcer

leurs performances et créer un environnement de

travail plus équilibré pour eux-mêmes et leurs équipes.

Conçu par Rennes School of Business, reconnue pour

son expertise en Executive Education, et Zoī, acteur

de la médecine préventive, le programme repose sur

une double promesse : améliorer la performance

durablement et réduire les risques d’absentéisme.

Excelia et Hub France IA s’associent

pour une IA responsable

Le groupe Excelia et Hub France IA

unissent leurs forces pour accélérer le

déploiement d’une intelligence artificielle

« responsable, éthique et souveraine dans

les entreprises françaises ». Les deux partenaires

lancent le premier référentiel de

compétences managériales dédié à l’intégration

de l’IA en entreprise. Conçu et piloté

par les enseignants-chercheurs d’Excelia

Business School, il s’appuie sur les

retours d’expérience des 300 membres du

Hub France IA, représentant tout l’écosystème

national (start-ups, PME, grands

groupes, institutions).

Ce référentiel vise à « anticiper l’évolution

des compétences et des formations,

tant dans les entreprises que dans

les programmes académiques, afin d’ancrer

l’IA dans les pratiques managériales

et stratégiques ». Pour Excelia, il

s’agit d’accompagner les organisations

dans leur transformation en éclairant les

usages et les enjeux éthiques.

Les deux acteurs partagent une même

ambition : « favoriser une IA créatrice

de valeur, respectueuse du cadre européen

et accessible à tous ». Leur coopération

s’inscrit dans la dynamique du réseau

national « Osons l’IA », qui promeut

une culture inclusive et souveraine de l’intelligence

artificielle au service des entreprises

et des citoyens.

7

Clermont School of

Business publie le recueil

« Entreprises à l’épreuve

de l’Anthropocène »

Clermont School of Business publie le recueil « Entreprises

à l’épreuve de l’Anthropocène », un ensemble

inédit d’études de cas conçu pour repenser le management

à l’aune des transitions écologiques et sociales.

Ce projet, coordonné par la professeure Émilie Bourlier-Bargues

avec le CleRMa, emlyon business school,

l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises et

l’ANACT, « s’inscrit dans une démarche de recherche

appliquée au service de la transformation des pratiques

managériales ».

À travers neuf cas concrets, le recueil analyse la manière

dont des organisations de secteurs variés – industriel,

agricole, urbain ou culturel – font face aux bouleversements

de l’Anthropocène. Chaque étude éclaire

les dilemmes, arbitrages et innovations qui émergent

lorsque les entreprises cherchent à concilier performance,

durabilité et responsabilité sociale.

Les exemples présentés, de Ninkasi à Pocheco, de Métabief

au Groupe ARAMIS, illustrent la diversité des

stratégies mises en œuvre : adaptation climatique, renoncement,

innovation régénératrice ou redirection

stratégique. Ce travail collectif offre ainsi un outil pédagogique

et analytique pour former les futurs managers

à penser la transformation des entreprises dans

un monde en mutation rapide.


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

L’ESSENTIEL DU MOIS

NOVEMBRE 2025 N° 1

La France souffre-t-elle vraiment

d’une « fuite des cerveaux » ?

En publiant avec Ipsos BVA un Baromètre 2025

« Fuite des cerveaux », le Syntec entend signer

un signal d’alarme. Alors que les entreprises

peinent à recruter ce sont chaque année entre

13 000 et 14 000 jeunes diplômés qui quittent la France

pour travailler à l’étranger. Parmi eux 9% des ingénieurs

et 15% des diplômés d’écoles de commerce soit un coût

de 870 à 960 millions d’euros pour l’État en dépenses

publiques de formation. Une expatriation qui s’inscrit

dans un mouvement plus large : 57% des talents

interrogés envisagent sérieusement de s’expatrier

mais 43% y voient un tremplin de carrière plus qu’un

exil définitif. D’autant que ce souvent des entreprises

françaises installées à l’étranger qui les emploient.

Enfin le mouvement d’expatriation est réciproque : « La

notion du succès, c›est que nos diplômés s›exportent

et soient très appréciés dans les pays d›accueil. Et

inversement, les élèves internationaux que l›on reçoit

restent et sont intégrés pour la très grande majorité

dans les entreprises françaises», remarque Laure

Morel, vice-présidente de la Cdefi (Conférence des

directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) et directrice

de l’ENSGSI.

Une expatriation à relativiser. Selon l’étude Ipsos

bva, les écoles d’ingénieurs ont vu partir près

de 40 000 diplômés en dix ans. Les établissements

les plus sélectifs (Polytechnique, CentraleSupélec…)

affichent des taux de départ de 17 à 19%. Des chiffre

que la Conférence des Grandes écoles (CGE) remet

en perspective dans son Enquête insertion 2025 qui

établit que la part des diplômés qui prend un poste à

l’étranger est stable à 11,2%.

Depuis quelques années, cette part est même en

baisse : elle était de 15% en 2017 et même de 22,2%

pour les managers alors que c’était le cas de 11,4% des

nouveaux ingénieurs. Plusieurs évènements se sont en

effet conjugués pour freiner les départs à l’étranger des

jeunes diplômés depuis 2017 et d’abord une meilleure

situation de l’économie française. S’y sont ajoutés la

sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni en 2021,

le Covid, mais aussi, plus récemment, les incertitudes

économiques dans la plupart des pays d’accueil des

diplômés.

Pour les diplômés des Grandes écoles la Suisse reste

la première destination avec 16,3 % des diplômés en

poste à l’étranger, devant le Luxembourg qui passe

devant l’Allemagne. Le Royaume-Uni se maintient au

4e rang, devant le Canada et la Belgique. L’ensemble

de l’Union européenne accueille 42,8% des diplômés

en poste à l’étranger.

Qui s’expatrie ? A l’issue de leurs études, près de

10% des ingénieurs diplômés s’expatrient, soit une

proportion non négligeable mais plus faible qu’il y a 10

ans. Néanmoins insistent les auteurs du Baromètre,

le nombre d’ingénieurs diplômés augmentant chaque

année (+38% en 10 ans), cela accroît le nombre d’ingénieurs

qui travaillent à l’étranger. Ainsi, bien que leur

proportion relative diminue légèrement, le nombre absolu

d’ingénieurs expatriés progresse (+23% en 10 ans).

Dans le détail les ingénieurs commencent moins souvent

leur carrière à l’étranger (8,7 %) que les managers

(15,2 %) et les diplômés des autres spécialités (14,7 %),

autant pour les hommes que les femmes. Les managers

hommes gardent la part la plus élevée : ils sont 17,1 %

en poste à l’étranger.

Plus de six ingénieurs sur dix en poste à l’étranger ont

choisi un pays hors Union européenne (61,7 %). La

Suisse est leur première destination devant le Canada.

Par ailleurs si une majorité des jeunes ingénieurs

étrangers formés en France reste travailler sur le sol

français après leur diplôme, ils sont plus nombreux

que les Français à s’expatrier (13,3% de la promotion

2023 contre 8,4%).

8


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

L’ESSENTIEL DU MOIS NOVEMBRE 2025 N° 1

Quand ils partent travailler à l’étranger les managers,

comme les diplômés des autres spécialités se partagent

quant à eux entre l’Union européenne (46,8%) et le reste

du monde. Le Luxembourg reste la première destination

devant la Suisse et le Royaume-Uni à égalité. Pour les

diplômés des autres spécialités, la première destination

est la Belgique devant l’Allemagne.

Pourquoi s’expatrier ? Parmi les expatriés interrogés

par Ipsos se dessine d’abord un lien fort avec

l’international :

• 48 % ont des attaches familiales à l’étranger ;

• 67 % connaissent personnellement des expatriés ;

• 44 % ont déjà étudié ou travaillé hors de France.

Un dernier item très important et qui rejoint la nécessité

pour les ingénieurs d’avoir étudié à l’étranger

pour obtenir leur diplôme. « Nous sommes dans une

forme de contradiction parce que d’un côté la mobilité

internationale est obligatoire pour avoir le diplôme

d’ingénieur. Et donc évidemment, ils ont liberté de choix

de leur stage et de leur carrière. Et c’est assez logique

du coup qu’on en ait un certain nombre qui aillent, qui

démarrent leur carrière à l’international pour différentes

raisons Que ça soit culturelle, que ça soit financière »,

commente Romuald Boné, vice-président de la Cdefi

et directeur de l’Insa Strasbourg.

Selon l’étude l’expatriation est d’abord motivée par des

raisons liées à l’environnement professionnel, la soif

de découverte, la quête d’une meilleure qualité de vie

et l’ambition professionnelle. Quitter son travail ou la

France est rarement une motivation en soi. « Vous avez

envie de découvrir une nouvelle culture, de rencontrer

de nouvelles personnes » arrive en tête des réponses

avec 38% devant « Travailler hors de France vous

permettrait d’améliorer vos conditions de vie (revenus,

logement…) » à 37%.

Les expatriés ont un rapport ambivalent à la France. S’ils

gardent une bonne image du système social français

(protection, congés, stabilité), il expriment également

de grandes inquiétudes :

• 70 % estiment que la France est en déclin ;

• 81 % se disent préoccupés par la situation politique ;

• 74 % jugent l’économie française fragile.

Les leviers principaux qui poussent à quitter la France

sont d’abord la rémunération et la fiscalité : les salaires

français sont perçus comme trop faibles (36%) mais

surtout la fiscalité trop lourde en France (48%). Sont

aussi stigmatisés par, respectivement 32% et 31%

des répondants ; la rigidité du marché du travail et le

climat social dégradé.

Pour autant ceux qui imaginent s’expatrier sont plus

de la moitié à estimer que ce sera au maximum pour

cinq ans : 42% imaginent partir enter 3 et 5 ans, 19%

entre 1 ou 2 ans, autant entre 6 et 10 ans et 10% de

manière définitive. Nous sommes très loin de la « fuite

des cerveaux » redoutée.

9


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L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

Patrick Benammar

EX-VICE-PRÉSIDENT LEARNING & DEVELOPMENT DE RENAULT GROUP

« Nous voulions que la ReKnow University ne soit pas

un sanctuaire interne, mais un pont entre

l’entreprise et son écosystème »

De la finance aux RH, des moteurs

thermiques aux batteries électriques,

de la formation traditionnelle à l’IA

générative, les entreprises industrielles

vivent des évolutions vertigineuses.

L’ex-vice-président Learning &

Development de Renault Group,

président du CFA Ingénieurs 2000,

Patrick Benammar, précise comment

la ReKnow University incarne cette

conviction : pour affronter la tempête de

l’électrification, de l’économie circulaire

et du numérique, il faut investir dans

les compétences, sans relâche. Mais

au-delà de l’entreprise, c’est le système

éducatif français tout entier qui doit se

réformer. Car si la formation interne

peut sauver une entreprise, seul un

enseignement supérieur solide et

équilibré peut garantir l’avenir industriel

d’un pays.

Propos recueillis par Vanessa Calvao et Olivier Rollot

NAISSANCE D’UNE UNIVERSITE

D’ENTREPRISE

La création de la ReKnow University, c’était

votre idée ?

A la sortie du Covid, il fallait redonner du sens et de

la cohérence à la formation. Le plan “Renaulution” du

nouveau directeur général fixait des axes stratégiques

clairs : accélérer la transformation du Groupe et préparer

l’avenir industriel. Pour accompagner ce mouvement,

j’ai proposé la création d’une université d’entreprise.

L’idée était simple : faire de la formation un levier de

transformation. Une université, par nature, coopère,

s’ouvre, dialogue avec le monde académique. C’est un

modèle intégrateur, capable à la fois de soutenir la montée

en compétences des collaborateurs et de tisser des

liens avec les acteurs extérieurs — écoles, laboratoires,

partenaires de la filière automobile.

C’est donc une ouverture à l’extérieur ?

Nous voulions que la ReKnow University ne soit pas un

sanctuaire interne, mais un pont entre l’entreprise et

son écosystème. Cela nous permettait de renforcer

l’attractivité des métiers, d’innover sur les contenus, et

même de mutualiser certaines formations avec d’autres

acteurs du secteur. La transformation ne peut pas se

faire en vase clos.

En 2018, vous rejoignez Renault Group

comme vice-président formation et

développement des compétences. Pour

Renault, en 2018, c’était une période

charnière ?

Nous sortions d’une période complexe : l’alliance avec

Nissan, une fonction formation à reconstruire, et surtout

la nécessité d’accompagner le plan stratégique. Carlos

Ghosn voulait s’assurer que le Groupe disposerait des

compétences nécessaires à sa mutation. Ma mission :

refonder la fonction formation, clarifier les investissements

à réaliser pour développer les compétences

stratégiques pour le Groupe.

Vous parlez d’investissements, c’était un

enjeu majeur ?

Absolument. Le budget formation atteignait environ 60

millions d’euros à l’époque. L’enjeu n’était pas seulement

financier : il fallait comprendre ce que cet argent produisait

concrètement. Renault dépensait beaucoup sans

pouvoir réellement mesurer le retour sur investissement.

Nous avons donc instauré des outils de pilotage pour

objectiver les impacts et rendre visibles les résultats,

un peu comme un financier le ferait, mais au service du

développement humain.

11


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

UNE ORGANISATION MONDIALE

ET ANCREE LOCALEMENT

Comment forme-t-on dans un groupe

mondial comme Renault ?

Avec une université d’entreprise, ReKnow University, qui

est composée de cinq académies. qui coordonnent les

programmes mondiaux, mais aussi avec des relais L&D

locaux dans chaque grand pays : Roumanie, Maroc, Brésil,

Espagne, Argentine, Turquie ... Ce sont des équipes de

terrain, ancrées dans la culture locale, capables d’adapter

les contenus de formation aux réalités réglementaires

ou culturelles.

La culture française de Renault Group restet-elle

dominante ?

Il y a une culture d’entreprise très forte, mais aussi une

mosaïque d’identités locales. Prenez Dacia en Roumanie

ou Sofasa en Colombie : ce sont des marques perçues

comme nationales, même si leurs équipes portent le

losange. C’est une vraie réussite culturelle : fédérer

sans effacer les différences. C’est la force d’un groupe

mondial ancré dans ses territoires.

Vous aviez connu Valeo avant Renault.

Qu’est-ce qui vous a marqué ?

La rigueur et la culture. Chez Valeo, la culture d’entreprise

transcende les frontières. On entre dans n’importe

quel site du monde, on retrouve les mêmes codes, les

mêmes mots-clés, la même méthode — les 5 Axes. C’est

un système comparable au Toyota Production System.

Cette uniformité façonne la manière de penser, d’analyser

les problèmes, de coopérer. Quand un ingénieur

espagnol et un ingénieur japonais se comprennent sans

traduction, c’est que la culture d’entreprise est devenue

une langue commune.

ACCOMPAGNER LE PASSAGE

A L’ELECTRIQUE

Cette transformation de l’entreprise, c’est

surtout l’électrification des automobiles qui

l’a imposée ?

Deux chantiers fondateurs ont porté la création de

l’université : le passage au véhicule électrique et le

développement de l’économie circulaire. Quand Renault

Group a choisi de localiser la production de véhicules

électriques en France, il fallait préparer les collaborateurs

à un bouleversement profond des métiers.

Les compétences liées aux moteurs thermiques devenaient

moins essentielles, donc il fallait former massivement

à l’électrique. Nous avons conçu nos propres

programmes, car il n’existait pas de formation prête à

l’emploi sur le marché. L’expertise était chez Renault

Group. Nous avons internalisé la conception et le déploiement

des parcours, en mobilisant nos ingénieurs,

nos techniciens, nos formateurs.

Cela a aussi concerné le site de Flins ?

Flins symbolise ce tournant. L’usine d’assemblage a été

transformée en site dédié à l’économie circulaire : la

Refactory. Plus de 2 000 collaborateurs ont été reconvertis

sur des métiers du recyclage, de la rénovation ou

du reconditionnement de véhicules et de composants.

Cette activité a d’ailleurs donné naissance à une filiale :

The Future is Neutral, codétenue avec Suez. C’est un pari

industriel et écologique : prolonger la vie des produits

et des matériaux tout en créant de l’emploi durable.

NOUVELLES COMPETENCES,

NOUVEAUX PROFILS

Cette mutation change profondément les

métiers ?

Les technologies, les outils, les environnements de

travail évoluent à grande vitesse. Les usines sont de

plus en plus automatisées, les postes deviennent plus

complexes, les opérateurs gagnent en autonomie et en

qualification. Nous avons donc dû repenser les niveaux

de formation, la pédagogie, les parcours de carrière.

Et puis, il y a aussi des reconversions surprenantes. J’ai

vu d’anciens boulangers ou des diplômés en langues

étrangères rejoindre nos lignes de production. Certains

avaient fermé leur commerce, d’autres cherchaient une

stabilité professionnelle. Nous les avons accompagnés

dans nos campus de formation. La formation est devenue

un outil d’inclusion sociale autant qu’un levier de

compétitivité.

Renault Group forme aussi dans les

territoires ?

C’est même essentiel. Chaque usine dispose d’un campus

intégré pour former les salariés du Groupe, mais

aussi les intérimaires, les sous-traitants, les jeunes du

bassin d’emploi. L’idée, c’est que les sites deviennent

12


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

mots, il y a de l’intelligence artificielle. Cela fait quinze ans

que l’IA est présente dans les véhicules, sans toujours le

dire. Ce n’est pas une découverte, mais une continuité.

Mais alors qu’est ce qui a changé avec

l’arrivée en force de l’IA générative ?

En 2024, ReKnow University a lancé un vaste programme

de formation à l’IA pour l’ensemble des collaborateurs du

Groupe. En quelques mois, plus de 40 000 personnes

ont été formées grâce à un réseau d’« éclaireurs », des

salariés passionnés qui se forment, testent les usages

et animent des ateliers dans leur métier. L’objectif est

simple : montrer à chacun comment l’IA peut améliorer

son quotidien professionnel.

des pôles de compétences territoriaux. L’industrie ne

vit pas isolée : elle s’enracine dans un écosystème local

qu’il faut entretenir et faire grandir.

LE DEFI DE L’ELECTRIFICATION

DE LA MOBILITE

Vous parlez d’électrification, mais cela ne

concerne pas que les moteurs ?

C’est une transformation de toute la chaîne de valeur.

Renault Group ne produit pas les batteries, mais les

assemble, les intègre, les répare et les démantèle. Cela

suppose des savoir-faire très spécifiques, des habilitations

électriques, des environnements protégés. C’est

un métier entièrement nouveau en Europe.

Ampere produit les moteurs électriques et bientôt des

modules d’électronique de puissance. C’est une mutation

industrielle majeure, mais aussi une opportunité

formidable pour repositionner la France comme terre

de production technologique.

Pourtant, les métiers mécaniques ne

disparaissent pas complètement ?

La mécanique reste présente dans toute la chaine de

production. Simplement, elle se déplace : des pistons ou

des transmissions vers les structures ou les systèmes

de traction. Les ingénieurs doivent “ouvrir leur chakra”,

comme je dis souvent, pour envisager la mécanique

autrement. Il y a encore énormément à inventer. L’hybride,

les nouveaux carburants, les moteurs intégrés

aux roues... il y a des opportunités pour la créativité

technique.

L’IA, DEJA BIEN INSTALLEE

DANS L’AUTOMOBILE

L’intelligence artificielle, c’est un sujet très

récent pour beaucoup d’entreprises. Et pour

Renault Group ?

En réalité, l’IA est dans l’automobile depuis longtemps. On

parle d’« aide à la conduite », de « détection d’obstacles »,

de « stationnement automatique » … Mais derrière ces

Dans la logistique, par exemple, elle permet de prédire

les délais de livraison avec une précision incroyable

grâce à la combinaison IA + blockchain. Dans la RH ou la

finance, elle automatise les tâches répétitives et libère

du temps pour l’analyse.

Cela suppose aussi de poser des gardefous

?

Oui, en insistant beaucoup sur la notion d’« IA de

confiance » en expliquant aux collaborateurs ce qu’il

ne faut pas faire : par exemple, partager du code confidentiel

ou des données personnelles dans un outil grand

public. Des ingénieurs d’une société de technologie l’ont

fait — leur code s’est retrouvé dans le domaine public,

pour un coût estimé à plusieurs millions d’euros. C’est

une leçon pour tout le monde.

Les équipes de Renault Group ont développé une IA

interne, Chat@Renault, qui permet aux collaborateurs

d’utiliser plusieurs modèles de langage dans un cadre

sécurisé. Les données sont vérifiées, les sources validées.

Si quelqu’un veut se renseigner sur les formations

en cybersécurité ou sur les programmes de la ReKnow

University, il obtient des réponses fiables issues de nos

bases internes.

Cela change tout : l’IA devient un outil d’accès à la

connaissance, pas un risque pour la confidentialité.

Mais l’IA ne remplace-t-elle pas certains

métiers, notamment les premiers emplois ?

C’est une question qu’on me pose souvent. Oui, certaines

tâches disparaissent, surtout les plus répétitives. Mais

l’essence du travail ne disparaît pas : elle se déplace. Un

jeune diplômé ne doit pas être recruté uniquement pour

faire des slides PowerPoint ou traiter des données que

l’IA peut automatiser. Il doit être recruté pour penser

différemment, apporter de la créativité, un regard neuf.

Chez Renault Group, nous n’avons jamais considéré les

jeunes comme de la main-d’œuvre bon marché, mais

comme un vivier de futurs cadres et d’innovateurs. C’est

13


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

l’objectif des graduate programs : faire découvrir plusieurs

métiers, plusieurs sites, pour créer une connaissance

transversale de l’entreprise.

LA NOUVELLE GENERATION

ET LES COMPETENCES DE DEMAIN

Justement, comment évoluent les profils que

vous recrutez ?

Ils changent vite. L’industrie automobile recrute aujourd’hui

davantage des profils qualifiés en électronique, en data,

en systèmes embarqués qu’en mécanique pure. L’électronique

est partout : dans les véhicules, les usines, la

vie quotidienne. Ce n’est plus une compétence d’appoint,

c’est une compétence socle.

Cette industrie cherche des jeunes capables à l’aise avec

ces technologies, mais aussi d’apporter autre chose :

de la créativité, de l’esprit critique, de la curiosité. La

capacité à apprendre et à interroger devient aussi

importante que la capacité à savoir.

Et les écoles, les universités, suivent-elles

le rythme ?

C’est difficile. Les cursus évoluent plus lentement que les

technologies. Certaines écoles ajoutent des spécialisations,

mais il manque encore d’enseignants compétents

sur les sujets émergents, notamment l’économie circulaire

ou l’IA. Et les meilleurs experts sont souvent… à l’étranger.

Regardez le Royaume-Uni : dans les universités qui

forment sur les batteries et l’électronique de puissance,

la majorité des professeurs sont Chinois ou Indiens. En

Europe, nous devons accepter cette réalité : l’innovation

technologique se mondialise, et il faut collaborer avec

ceux qui détiennent les savoirs pour développer nos

compétences.

Donc la technique ne suffit plus ?

Il faut redonner une place majeure aux soft skills : coopération,

communication, gestion de projet, pensée

critique. Dans l’ère de l’IA, savoir remettre en question une

donnée, vérifier une source, poser les bonnes questions

devient crucial. Si vous laissez une machine raisonner à

votre place sans esprit critique, vous perdez la maîtrise.

Il est important de former les chefs de projet à ces

fondamentaux. Comment faire travailler ensemble des

équipes hybrides, de cultures différentes, sans lien

hiérarchique direct ? C’est tout un art, et cela redevient

une compétence clé.

UNE REFORME DE L’APPRENTISSAGE

« RATEE »

Vous êtes aussi président du CFA Ingénieurs

2000. Quel regard portez-vous sur la

situation actuelle de l’apprentissage ?

La réforme de 2018 a été une erreur stratégique. Elle a

voulu résoudre deux problèmes à la fois — le chômage

des jeunes et la modernisation du système — mais elle a

tout mélangé. On a ouvert les vannes à des acteurs qui

ne connaissaient rien à l’apprentissage, juste pour faire

du volume. Résultat : des formations de mauvaise qualité,

des dérives commerciales, des diplômes sans valeur. On

a voulu créer un marché libre de la formation, comme s’il

s’agissait d’un produit de grande consommation. Sauf

que l’éducation n’est pas un marché « pur et parfait ».

Quelle serait la bonne approche ?

Revenir à la vocation première de l’apprentissage : créer

un pont entre le monde éducatif et le monde professionnel.

L’apprentissage, c’est de la pédagogie appliquée à

un environnement de travail. On apprend un métier en le

pratiquant, pas en lisant un manuel. Mais cela demande

un accompagnement, un suivi, un tutorat avec une vraie

relation avec l’entreprise.

Or, les enseignants n’ont pas toujours les moyens ni

la disponibilité pour assurer ce suivi. Et les CFA, faute

de ressources, peinent à offrir un accompagnement

individualisé. On a cassé un système qui marchait plutôt

bien, sans réfléchir aux conséquences sur le long terme.

14


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

Le débat sur les financements de

l’apprentissage refait surface avec la baisse

des aides aux entreprises et un « reste à

charge » qui augmente. Qu’en pensez-vous ?

C’est une fausse bonne idée. Introduire un financement

forfaitaire de 750 euros pour les contrats d’apprentissage

à partir du Bac+3, avec un risque de non-paiement, c’est

absurde. Cela crée de l’instabilité pour les CFA, une bureaucratie

énorme et, à terme, une baisse de la qualité.

On aura des classes surchargées, des enseignants mal

payés, des locaux dégradés. On est en train de tuer le

système qu’on prétend sauver.

Et puis, on fait reposer le financement sur les entreprises,

qui paient déjà la formation continue, la reconversion,

l’adaptation des jeunes au monde professionnel. À un

moment, il faut arrêter de croire que les entreprises

peuvent tout financer sans mettre en péril leur propre

compétitivité.

REDONNER UN SENS COLLECTIF

A LA FORMATION

Vous proposez une solution originale,

le « crédit d’impôt enseignement »…

Oui, je trouve absurde qu’on ait créé un crédit d’impôt

recherche, mais pas un crédit d’impôt pour l’enseignement.

Si une entreprise met à disposition des experts

pour enseigner dans le service public, pourquoi ne pas

l’inciter fiscalement ?

On manque de professeurs, on a dans les entreprises

des gens expérimentés, parfois en fin de carrière, qui

aimeraient transmettre leur savoir. On pourrait les mobiliser

au lieu de les mettre en préretraite. Si on valorisait

cette transmission par un crédit d’impôt versé à leur

entreprise, tout le monde y gagnerait : les écoles, les

entreprises et la société. Mais aucun député n’a voulu

porter ce texte. On m’a dit « les crédits d’impôt ne sont

plus à la mode ».

UN DIAGNOSTIC SEVERE SUR LE SYSTEME

EDUCATIF

Vous êtes très critique envers le système

public d’enseignement ?

Oui, parce qu’il s’est appauvri. Il ne s’agit pas de dénigrer,

mais de constater : les conditions d’enseignement dans

certains établissements sont indignes. Notre pays a sacrifié

le service public de l’éducation, ainsi qu’une partie

de notre industrie, qui n’avait soi-disant pas d’avenir.

L’État doit redéfinir les rôles : au public, la mission d’intérêt

général et les formations stratégiques pour les

territoires ; au privé, l’innovation et la différenciation.

Aujourd’hui, tout le monde fait tout, sans cohérence. On

multiplie les écoles, les diplômes, les labels. Résultat :

un océan de formations et une perte de lisibilité totale

pour les jeunes, leurs familles et les entreprises.

Faut-il fermer des écoles d’ingénieurs,

les fusionner, selon vous ?

Probablement, oui. On ne peut pas continuer à disperser

les moyens. En France, on préfère superposer des

structures plutôt que d’en fusionner. Dans certaines

villes moyennes, il y a quatre ou cinq écoles d’ingénieurs

pour quelques centaines d’étudiants. C’est absurde. En

entreprise, on aurait rationalisé les organisations depuis

longtemps. Je plaide pour une vision pragmatique :

« Moins d’offres, mais mieux structurées. Plus de coopération,

moins de compétition. »

Cela vaut aussi pour l’apprentissage : concentrer les

moyens sur les filières prioritaires — industrie, énergie,

numérique — plutôt que d’arroser tout le monde. Mieux

vaut financer correctement des formations d’excellence

que de sous-financer des centaines d’offres médiocres.

Vous semblez pessimiste, mais vos propos respirent

aussi la conviction que tout est possible…

Oui, parce que je crois profondément en la valeur du

travail, de la transmission, et du lien indispensable entre

l’enseignement et l’entreprise. Ce lien, nous devons le

retisser. Les entreprises ont besoin des écoles, les

écoles ont besoin des entreprises. C’est une évidence,

mais nous l’avons parfois oubliée. Si l’on remet un peu

de bon sens, de respect pour les enseignants

15


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

DOSSIER

NOVEMBRE 2025 N° 1

Comment équiper

la France en compétences

16


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

DOSSIER NOVEMBRE 2025 N° 1

À mesure que la France accélère sur les transitions

énergétique, numérique, ou industrielle,

elle se confronte aux tensions sur le recrutement

des profils techniques et scientifiques. Comprendre

pourquoi cette machine à former semble aujourd’hui

en surchauffe et comment s’organiser ensemble pour

répondre à ces défis, tel est l’objectif du Club Equipons

la France en compétences qui tenait sa deuxième

réunion en octobre à Paris.

« Le sujet de la transformation des

compétences et des talents à l’ère des

transitions dans un monde totalement

incertain est crucial. » Le ton est donné

par Sébastien Vivier-Lirimont, président

du cabinet HEADway Advisory, en ouverture

de la deuxième édition du Club

Équipons la France en Compétences.

Jeudi 9 octobre, au sein de l’enseignement

supérieur ECE, se tiennent dirigeants

d’écoles d’ingénieurs, représentants

d’OPCO et de branches professionnelles,

ou encore dirigeants et DRH d’entreprises

pour s’interroger sur le thème « Ingénieurs

sous tension : IA, cybersécurité,

défense… quels profils pour mener les

batailles invisibles ? ». Tous partagent un

même constat : la France a un problème

de compétences, particulièrement dans

les métiers de l’ingénierie.

stratégiques pour nos branches » qu’il

s’agisse du conseil, de la banque, de

l’assurance ou des bureaux d’études

techniques.

Chaque année, environ 46 000 ingénieurs

sont diplômés dans des écoles d’ingénieurs

françaises, publiques et privées

confondues. Mais pour répondre aux

besoins économiques identifiés, il en

faudrait au moins 60 000 et les écoles

d’ingénieurs peinent à suivre, traversant

une période de tension : baisse démographique,

compétition accrue, contraintes

institutionnelles fortes.

UN RÉSULTAT DOUBLÉ PAR LES

TENSIONS SUR DE MULTIPLES

SECTEURS

Présente à la table ronde par la voix

de David Derré, son directeur emploi

formation, l’Union des Industries et Mé-

Où vont les métiers

de l’ingénierie ?

Le secteur de l’ingénierie

emploie plus de 344 000

salariés et projette d’ici

à 2030 le recrutement

de 60 000 salariés

supplémentaires, dont 45

000 créations d’emplois,

soit une croissance annuelle

moyenne des effectifs de

2,4 % d’ici 2030. Pourtant,

il connait des situations

contrastées en termes de

recrutement. En 2025, 61 %

des sociétés d’ingénierie

affirment être confrontées

à des difficultés fortes ou

modérées pour recruter.

Avec le soutien d’Atlas,

l’OPIIEC, l’Observatoire

paritaire des métiers du

Numérique, de l’Ingénierie,

des Études et du Conseil et

des métiers de l’Événement,

a mené une étude pour

dresser un état des lieux de

l’emploi dans le secteur de

l’ingénierie. Cette enquête

analyse les pratiques de

recrutement et identifie

les leviers à exploiter pour

construire un plan d’action

répondant aux besoins

en recrutement et en

sécurisations des parcours.

À LA RECHERCHE DES « 20 000

INGÉNIEURS MANQUANTS »

Pour ouvrir les débats, Mathieu Carrier,

directeur ingénierie et innovation de

l’OPCO Atlas, présente les résultats de

l’étude prospective que son OPCO vient

de mener sur La place des ingénieurs

en France. L’organisme, qui couvre les

branches des services financiers et

du conseil, dont de nombreux métiers

d’ingénieurs, a voulu mettre des chiffres

précis sur le ressenti des entreprises.

Mathieu Carrier, directeur ingénierie et innovation de l’OPCO Atlas entouré, de gauche à

droite sur la photo, de François Stephan, directeur de l’ECE, du général Manuel Alvarez,

de David Derré, directeur emploi formation de l’UIMM et Olivier Rollot, directeur

exécutif de HEADway Advisory, lors de la deuxième édition des rencontres du club

Equipons la France en Compétence au sein des locaux du groupe Omnes Education

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 72 %

des métiers de l’ingénierie et du numérique

seront impactés à court terme par

l’émergence de l’intelligence artificielle,

en particulier l’IA générative. « Les priorités

sont claires : IA, cybersécurité et

transition écologique », résume Mathieu

Carrier. Des priorités « identifiées comme

Agathe Foubert

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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

DOSSIER NOVEMBRE 2025 N° 1

tiers de la Métallurgie (UIMM) confirme

le diagnostic : « Si l’UIMM s’intéresse

autant aux questions de compétences,

c’est parce que l’éducation nationale et

l’enseignement supérieur ne font pas

complètement ce que les entreprises

attendent ». Une déconnexion qui n’est

pas nouvelle. L’UIMM s’en est saisie il y

a plusieurs décennies déjà. « C’est la

raison pour laquelle nos entreprises nous

demandent, depuis quarante ans, d’être

présents sur les questions de formation.

Dans les années 50, 60, 70, nous avons

même repris des écoles internes à des

entreprises comme Renault, Peugeot,

Moulinex, ou Schneider, pour former

nous-mêmes les compétences dont nous

avions besoin », poursuit David Derré.

Cette inquiétude transparaît dans l’état de

tension de l’industrie. Alors que le secteur

est en pleine transition, porté par des

ambitions politiques de réindustrialisation,

le vivier se tarit. Le paradoxe français

est là : au moment où le pays se rêve

réindustrialisé, il manque cruellement

de bras et de cerveaux pour mener à

bien ce projet : l’UIMM décrit un besoin

de 200 000 recrutements par an dans

les 10 ans qui viennent, dont 50 000

cadres et ingénieurs.

LA SITUATION PARTICULIÈRE

DES INDUSTRIES DE DÉFENSE

Le général Manuel Alvarez, ancien inspecteur

général et DRH de l’Armée de

l’air et de l’espace, intervenant dans le

débat, exprime aussi son lot de difficultés

de recrutement dans son secteur. Ainsi,

même l’institution militaire, pourtant

réputée pour son modèle de formation

intégré et sa capacité à « fabriquer » ses

cadres, fait face à une crise de compétences.

D’abord, son modèle RH est

spécifique : « Je ne peux pas recruter

un colonel, ça ne se trouve pas dans

le civil. Pour avoir un colonel, il faut un

jeune que nous avons recruté il y a vingt

ans, que nous avons fait évoluer, lieutenant,

capitaine, commandant… On lui a

construit un parcours professionnel. Et

en espérant qu’il n’est pas parti entretemps,

là, il devient colonel ».

Une contrainte à laquelle s’ajoutent des

difficultés de recrutement dans certains

domaines : « Pilote de chasse, par

exemple : il nous faut 60 contractuels par

an, et nous avons 800 candidats. Là où

nous avons du mal, c’est sur tout ce qui

touche, à la donnée, à la cyberdéfense,

à l’informatique de façon générale. La

concurrence est rude, et il est difficile

pour nous de s’aligner sur les salaires ».

LES ÉCOLES D’INGÉNIEURS

S’ADAPTENT : L’EXEMPLE DE

L’ECE

Pour répondre aux besoins des entreprises

l’ECE, école d’ingénieurs spécialisée

dans le numérique, dialogue

constamment avec elles indique son

directeur, François Stephan : « Cette

logique s’est, par exemple, concrétisée

par la création d’une majeure «Défense et

Technologie». L’idée est née d’un échange

entre l’ECE et plusieurs acteurs de la

Base industrielle et technologique de

La recherche publique

française championne

de l’innovation

Selon l’analyse sur 20 ans

(The role of European

public research in

patenting and innovation)

que vient de publier

l’Office européen des

brevets (OEB) les organismes

publics de recherche français,

dont le CNRS, le CEA et

l’Inserm, se classent parmi

les cinq premiers déposants

de brevets européens. Plus

de 25 000 demandes de

brevets européens ont été

déposées par des organismes

publics de recherche

français (OPR) entre 2001

et 2020, soit 40 % des 63

000 demandes déposées

par des instituts publics

européens et près de 14 %

de l’ensemble des demandes

générées par des acteurs

français. Quatre organismes

publics de recherche se

classent dans le top 10 des

déposants de brevets issus

de la recherche publique :

le CNRS en première

position, le CEA en seconde,

l’Inserm à la 4 e place et l’IFP

Energies nouvelles à la 8 e .

18


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

DOSSIER NOVEMBRE 2025 N° 1

défense (BITD), ainsi que des armées

françaises ».

Avant d’en arriver à créer une majeure,

l’école avait d’abord lancé, à titre expérimental,

une « mineure », avec pour

objectif « un peu d’acculturation à la

défense et à ses enjeux technologiques »

raconte François Stephan qui se souvient

de son succès : « Nos étudiants ont le

choix entre une vingtaine de mineures.

On s’est dit qu’on aurait peut-être 15 ou

20 volontaires… En première année,

on en a eu 180. On s’est dit : il se passe

quelque chose ».

FORMER PLUS, MAIS SURTOUT

FORMER AUTREMENT : LA PISTE

DE LA FORMATION CONTINUE

La collaboration entre l’ECE et les équipes

de la BITD est une belle piste pour mieux

développer les compétences en ingénierie.

Mathieu Carrier, via la présentation de

l’étude de l’OPCO, en aborde une autre :

celle de la formation continue. En effet,

le constat qui s’est imposé à tous est,

certes celui du manque d’ingénieurs

dans de multiples secteurs, mais aussi

celui du manque de fluidité dans les

parcours professionnels : les métiers se

transforment plus vite que les individus

ne se forment. C’est sur ce terrain que

l’OPCO Atlas propose des évolutions,

notamment en s’inspirant de certains

secteurs qui ont su tirer parti de ce

levier : « On voit aujourd’hui des écoles

de commerce extrêmement pointues et

très bonnes pour convaincre les entreprises,

notamment les grands groupes

et les ETI, de financer des MBA et autres

formations pour leurs cadres à potentiel »,

explique Mathieu Carrier, qui rappelle :

« Ces entreprises n’hésitent pas à mettre

sur la table 20 000, 30 000, parfois 40

000 euros, auxquels s’ajoutent les 4 000

ou 5 000 euros de CPF du salarié, pour

financer une formation » .

Mathieu Carrier ouvre donc le débat:

« Pourquoi ces mêmes grands groupes ou

ETI ne le font pas de manière comparable

pour transformer de bons techniciens en

ingénieurs, ou cibler des compétences

spécifiques via la formation continue

proposée dans les écoles d’ingénieurs ? ».

Il signale aussi que l’OPCO Atlas, en tant

qu’acheteur de formation, a un rôle à

jouer dans ce chantier commun avec les

écoles d’ingénieurs. D’autant plus que

ces-dernières disposent de nombreux

atouts pour réussir : elles sont reconnues,

et bénéficient d’une notoriété importante.

19


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

DOSSIER NOVEMBRE 2025 N° 1

ÉLARGIR LE VIVIER :

LA FÉMINISATION

L’élargissement du vivier est un autre

enjeu central. Pour répondre durablement

aux tensions sur les métiers d’ingénieurs,

il faut élargir la base sociale et démographique

de ceux qui se forment. Et dans

ce cadre, la féminisation est un sujet

incontournable. Aujourd’hui, seulement

29% des étudiants en écoles d’ingénieurs

sont des femmes. Un chiffre connu, mais

qui n’évolue plus. « On a progressé pendant

de nombreuses années, notamment

à partir des années 1990. Mais depuis

quelques années, on est sur une phase

de stagnation. Et cette stagnation nous

inquiète », confie Mathieu Carrier.

L’inquiétude tient d’abord à la dynamique

amont : le vivier des jeunes filles qui

s’orientent vers les filières scientifiques

s’amenuise dès le lycée. « Avec la réforme

du baccalauréat, seulement un tiers

des filles choisissent deux spécialités

scientifiques en terminale, contre la moitié

des garçons », se désole encore Mathieu

Carrier. Mais en réalité, les inégalités

se dessinent bien avant : « Certaines

études montrent qu’on observe des différences

dès l’école élémentaire. Ce n’est

évidemment pas lié aux capacités, mais

à l’environnement, aux stéréotypes de

genre, à l’image que les enfants se font

d’eux-mêmes».

En effet, les femmes « s’orientent davantage

vers les sciences du vivant ou

l’agroalimentaire, beaucoup plus rarement

vers le numérique, la data ou la

cybersécurité », explique Mathieu Carrier.

Ces biais culturels nourrissent un cercle

vicieux qui limite l’accès des femmes à

de nombreux métiers. Pour y remédier,

plusieurs initiatives émergent : bandes

dessinées éducatives, interventions dans

les collèges et lycées. Mais au-delà du

genre, c’est toute une culture scientifique

à démocratiser, pour faire naître chez

les jeunes, filles et garçons, le goût de

comprendre.

Le club Equipons la France en compétences

Evolution de l’offre énergétique, retour

au premier plan des industries de défense,

intelligence artificielle, de nouvelles

questions impactent les entreprises.

Mais comment l’enseignement supérieur

peut-il y répondre ? Le club Equipons la

France en compétences se veut un espace

de dialogue pérenne entre décideurs des

entreprises, de l’enseignement supérieur,

de la recherche et des institutions pu-

ÉLARGIR LE VIVIER : DIVERSITÉ

SOCIALE ET APPRENTISSAGE

VONT DE PAIR

La diversité, c’est aussi la diversité sociale

relève François Stephan pour lequel

« l’apprentissage est un formidable levier

de diversité sociale mais aussi un levier

de diversité académique : des jeunes

issus de BUT, de BTS ou d’autres formations

nous rejoignent ensuite en école

d’ingénieur. Nous avons les moyens de

les accueillir, de les accompagner et de

les former. Cela apporte une richesse

réelle, pour les étudiants comme pour

les entreprises ». Pourtant, malgré ce

consensus sur ses vertus, l’apprentissage

traverse une période d’incertitude suite

à la baisse des aides aux entreprises et

avec un « reste à charge » qui augmente

pour elles. Mathieu Carrier tire la sonnette

d’alarme : « On observe clairement une

baisse du nombre de contrats. On est

autour de 12 % de contrats en moins,

toutes filières confondues. C’est un phénomène

préoccupant ».

bliques et établissements de l’enseignement

supérieur. « Pour que la «boucle

éducative», celle qui relie les besoins économiques,

la formation et l’emploi, fonctionne

mieux nous devons nous parler,

pour créer des espaces où ce dialogue

puisse se structurer et où chacun comprenne

les contraintes des autres », insiste

Sébastien Vivier-Lirimont.

Hélène Garner, directrice des

données et étude de l'Apec,

lors de la première édition des

rencontres du club Equipons

la France en Compétences

Agathe Foubert

20


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

DOSSIER NOVEMBRE 2025 N° 1

David Derré rappelle que la part d’ingénieurs

formés par apprentissage reste

minoritaire : « Aujourd’hui, il y a environ

75 à 80 % d’ingénieurs, diplômés ou

en stock, qui ne sont pas apprentis.

Et il ne faut pas imaginer que demain,

on puisse doubler ou tripler le nombre

d’apprentis. Nous sommes déjà autour

d’un million d’apprentis en France, tous

niveaux confondus. On pourrait peut-être

monter à deux ou trois millions, mais il

faut rester réaliste : cela coûte cher, il

y a un déficit de financement, et tous

les jeunes n’ont pas forcément envie de

suivre cette voie ».

L’UIMM, historiquement engagée dans

la promotion de l’apprentissage, perçoit

l’apprentissage comme une voie parmi

d’autres, et valorise cette pluralité. « Certains

jeunes n’ont pas la maturité ou le

désir de travailler en alternance, et il faut

le respecter, conclut David Derré. Ce qui

compte, c’est que toutes les voies – apprentissage,

formation initiale, formation

continue – concourent au même objectif :

augmenter le nombre d’ingénieurs et de

techniciens en France. »

Blanche Piot

Ingénierie et défense : la guerre des talents est déclarée

Entre IA, cybersécurité et transition

écologique, le secteur de l’ingénierie

française vit une mutation sans précédent.

Et dans ce contexte, la défense,

qu’elle soit militaire ou industrielle,

se retrouve en première ligne. Focus

sur ce secteur qui a largement occupé

les débats lors de la deuxième édition

du Club Equipons La France En

Compétences.

Les armées, elles aussi, affrontent la bataille

des compétences. « Dans le numérique,

la cyber ou la donnée, la concurrence

est rude. Les jeunes ingénieurs

ont des opportunités partout, souvent

mieux payées. Chez nous, ils viennent

pour d’autres raisons : le sens du service,

la recherche d’un cadre, d’un engagement

» confie le général Manuel Alvarez,

ancien inspecteur général et DRH de

l’armée de l’air et de l’espace.

Un vivier « déjà structurellement en tension

». La défense est aussi l’affaire de

l’ensemble du tissu économique industriel

français qui se prépare et est « en

éveil, face à l’annonce du Président de la

République d’une économie de guerre »

explique David Derré, directeur Emploi

Formation UIMM. Les grands groupes,

mais aussi les PME sous-traitantes sont

aux « premières lignes par rapport aux

commandes de l’Etat ».

Ce qui est certain, et ce qui préoccupe

déjà les entreprises, c’est qu’elles vont devoir

recruter sur un vivier « déjà structurellement

en tension ». Le secteur de l’aéronautique

illustre bien cette tendance, les

cadences s’accélèrent : Dassault Aviation

est passé d’un Rafale par mois à quatre,

avec l’objectif d’en produire cinq. Une

montée en puissance qui exige des milliers

de techniciens et d’ingénieurs supplémentaires.

Le GIFAS, groupement

des industries aéronautiques et spatiales,

estime à 80 000 le nombre d’ingénieurs

de la BITD, dont 50 000 pour l’aéronautique,

et prévoit 12 000 à 15 000 recrutements

par an dans les prochaines années.

Un secteur suffisamment attractif pour

les étudiants ? Les métiers de la defense

continuent à fasciner et conservent un fort

pouvoir d’attraction. Pour le général Alvarez,

c’est d’abord une question de valeurs

: « Il y a l’esprit de corps, le goût

de l’effort, le respect, le sens du service».

Beaucoup de jeunes y voient une première

expérience structurante, un cadre exigeant

mais porteur de sens. Et puis certains

métiers ne se retrouvent nulle part

ailleurs. Le pilotage de chasse, bien sûr,

mais aussi la lutte informatique offensive,

domaine réservé à l’armée et à la DGSE.

« Dans le civil, ils seraient hors la loi.

Chez nous, ils sont payés pour ça, sourit

le général. On les paye, littéralement,

pour aller craquer l’ordinateur de Poutine

à six heures du matin. »

Pour le général Alvarez, les formations, à

l’image de la majeure « Défense et Technologie

» de l’ECE, au-delà de la transmission

des savoirs techniques, contribuent

aussi « à développer l’esprit de

défense » et à retisser le lien entre les armées,

les écoles et la société civile : « Il

faut que le maximum de français soit au

courant de ces problématiques de défense,

ça augmente la résilience de la

nation ». L’ECE continue de développer

ses partenariats dans ce sens et va prochainement

proposer à ses étudiants des

périodes de formation ou d’immersion

militaire, jusqu’à plusieurs mois en régiment,

dans le programme Grande école

à la place du stage de fin d’études.

Le ministère des Armées soutient cette

dynamique d’ouverture et de sensibilisation

au secteur. « Il favorise désormais

les collaborations avec les start-ups pour

accélérer l’innovation. Car dans le domaine

du numérique et de la cyber, le

temps long des programmes classiques

ne suffit plus », conclut le général Manuel

Alvarez.

21


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

Delphine Manceau

DIRECTRICE GÉNÉRALE DE NEOMA, PRÉSIDENTE DE LA CONFÉRENCE DES GRANDES ÉCOLES (CGE)

« NEOMA a fait de la formation continue

un axe stratégique majeur »

Le développement de la formation

continue est devenu l’une des grandes

priorités des grandes écoles. Présidente

de la Conférence des Grandes écoles

(CGE) et directrice générale de Neoma,

Delphine Manceau revient avec

nous sur cet axe stratégique comme

sur l’ensemble des défis auxquels

sont confrontés les grandes écoles

aujourd’hui.

Propos recueillis par Olivier Rollot

La formation continue est une dimension

de plus en plus importante pour Neoma.

Vous avez même acheté une entreprise

spécialisée pour mieux adresser les besoins

des entreprises. Pouvez-vous expliquer

votre stratégie en la matière ? »

Dans un contexte de transformation profonde des métiers,

NEOMA a effectivement fait de la formation continue un

axe stratégique majeur. L’acquisition en 2023 de la société

Meltis, experte en formation managériale, illustre cette

volonté de renforcer notre activité d’Executive Education

et notre rayonnement sur ce marché.

Notre stratégie s’articule autour de quatre axes. Le

premier repose sur la réinvention de carrière et la

reconversion professionnelle, notamment celle des

sportifs de haut niveau, un domaine dans lequel NEOMA

est aujourd’hui leader en France. En 2024, nous avons

accompagné plus de 100 sportifs, et en cinq ans, plus

de 300 reconversions ont été menées avec succès.

Nos parcours diplômants, de 10 à 12 mois et certifiés

RNCP, couvrent le management général, le business

development ou la négociation.

Le deuxième axe porte sur des programmes sur-mesure

conçus pour de grandes entreprises comme L’Oréal,

Safran, BNP Paribas ou Naval Group . Ces initiatives ont

d’ailleurs valu à NEOMA d’être classée 12ème mondial et

4ème en France par le Financial Times.

Le troisième axe est celui de la formation inter-entreprises,

avec 13 certificats conçus aux côtés de partenaires

d’excellence tels que Jedha, AgroParisTech ou l’IRIS,

pour proposer des thématiques clés comme l’intelligence

artificielle, la data, l’impact de la géopolitique sur les

décisions des entreprises, la finance durable ou les

enjeux des transitions.

Enfin, l’international avec des programmes diplômants et

certifiants en Chine et bientôt en Côte d’Ivoire, ainsi que

des learning expeditions pour des entreprises internationales,

telles qu’Allianz Italy ou le MBA de l’Université Laval,

autour de thématiques d’excellence comme l’innovation

managériale et la culture du champagne.

SON PROGRAMME A LA TETE DE LA

CONFERENCE DES GRANDES ECOLES

Vous êtes devenue présidente de la

Conférence des Grandes écoles (CGE) en juin

2025. Pouvez-vous nous rappeler les grands

axes de votre programme pour la CGE ?

J’ai structuré mon mandat autour de quelques grandes

priorités. Tout d’abord, mieux faire connaître les Grandes

Écoles, leurs atouts et leurs spécificités, au-delà des

stéréotypes qui les accompagnent souvent. Cela s’applique

en France comme à l’international. Alors que 24%

de nos étudiants viennent d’autres pays, cette visibilité

à l’international est un véritable levier d’influence pour

notre pays, il fait partie du soft power français et doit

être cultivé.

Bio express

Diplômée de l’ESCP

à seulement 20 ans,

titulaire d’un doctorat à

HEC, Delphine Manceau

commence sa carrière

académique par un post

doctorat à Wharton avant

d’intégrer ESCP où elle sera

professeure de marketing puis

en dirigera le programme

Grande école et ses différents

programmes. Suivront

la création de l’Institut

pour l’innovation et la

compétitivité, la direction

de l’EBS en 2016 et celle

enfin de Neoma en 2017.

En 20265 elle est élue

présidente de la Conférence

des Grandes écoles (CGE).

Pour la première fois

une directrice de Grande

école de management

qui n’est pas diplômée

d’une école d’ingénieurs

en prend la présidence.

© NEOMA BS

22


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

Travail en groupe à NEOMA sur des cas concrets

© NEOMA BS

Mon deuxième objectif est de poursuivre les relations

étroites avec les pouvoirs publics pour peser sur les

réformes et les arbitrages à venir, en leur montrant

combien les Grandes Ecoles peuvent contribuer à renforcer

l’attractivité, la compétitivité et la souveraineté

de notre pays en matière d’enseignement supérieur et

de recherche, et en favorisant une bonne articulation de

l’enseignement supérieur avec les besoins des entreprises.

Il s’agit aussi de contribuer à une meilleure régulation

du secteur fondée sur des critères de qualité, tout en

œuvrant à une simplification et à une convergence des

différents processus d’évaluation. La CGE doit être force

de propositions auprès des pouvoirs publics sur ce sujet.

Je souhaite également renforcer les échanges entre les

écoles membres afin de partager les bonnes pratiques,

innover collectivement, favoriser des initiatives communes

pour faire face aux défis actuels du secteur et

réfléchir ensemble à l’évolution de nos modèles. Cette

communauté de 250 écoles, d’ingénieurs, de management,

de sciences politiques, de design, d’architecture et de

nombreux autres domaines est unique pour partager des

préoccupations et des savoir-faire, échanger, construire

ensemble l’enseignement supérieur de demain.

Enfin, la CGE doit pleinement jouer son rôle dans le débat

public à l’approche des grandes échéances électorales

de 2026 (élections municipales) et 2027 (élections présidentielles),

pour faire entendre la voix des Grandes Écoles

et les positionner au cœur de la stratégie nationale pour

l’enseignement supérieur.

UNE LOI POUR REGULER L’ENSEIGNEMENT

SUPÉRIEUR PRIVE LUCRATIF

La loi de « Modernisation et de régulation de

l’enseignement de l’enseignement supérieur»

devait être examinée au Parlement dès la

rentrée. Les incertitudes politiques ont

remis à plus tard son examen. Quel est

néanmoins votre avis sur les propositions du

ministère de l’Enseignement supérieur, de la

Recherche et de l’Espace (MESRE) ?

Je soutiens fortement l’objectif de mieux réguler le

secteur en s’appuyant sur des critères de qualité et sur

l’évaluation des établissements. L’objectif du projet de loi

est que les formations n’ayant pas été évaluées comme

étant au bon niveau soient exclues de Parcoursup, ce

qui rendra les choses beaucoup plus claires pour les

jeunes et leurs familles.

Pour moi, le sujet de la lisibilité du secteur et des niveaux

de qualité est essentiel. Les familles sont perdues.

Il faut les aider à décrypter le niveau de qualité des

établissements et à faire les bons choix. Et c’est une

vraie avancée que les EESC, qui sont à but non lucratif

et soumis au code des marchés publics, soient traités

comme les EESPIG.

Néanmoins, ne faudrait-il pas surtout se préoccuper

de bien réguler les organismes de formation qui ne

demanderont pas à être agréés, qui certes seront désormais

hors Parcoursup, et qui attirent aujourd’hui de

très nombreux jeunes ? Ils sont en dehors du périmètre

couvert ici et donc on ne contrôlera absolument pas la

qualité des formations qu’ils délivrent. Or, nombre d’entre

eux continueront à recevoir d’importants financements

publics liés à l’apprentissage. On se heurte ici à la dichotomie

entre ministère de l’enseignement supérieur

et ministère du travail (qui pilote Qualiopi et l’accès au

financement de l’apprentissage). Mais les familles ne font

23


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

pas cette distinction et se préoccupent peu de savoir de

quel ministère dépendent les formations ! Elles se font

berner par des affichages de RNCP ou d’institutions

« reconnues par l’Etat » et ne se rendent pas compte

que ces organismes ne délivrent pas de diplôme de

l’enseignement supérieur. C’est dommage de ne pas

avoir travaillé sur ce sujet à l’occasion de ce projet de

loi pour mieux éclairer les jeunes et leurs familles.

Le campus de NEOMA à Reims

UN FINANCEMENT DE L’APPRENTISSAGE

MENACE ?

Autre réforme en cours : celle du

financement de l’apprentissage. Pensezvous

que sa croissance risque d’être remise

en cause?

© NEOMA BS

Il est clair que l’évolution actuelle du financement de

l’apprentissage représente un vrai point de vigilance pour

les Grandes Écoles. Le succès de l’apprentissage dans

nos établissements ces dernières années repose sur un

équilibre économique fragile. Néanmoins, les Grandes

Écoles restent profondément attachées à l’apprentissage,

qui est un formidable levier d’employabilité, d’ouverture

sociale et de lien avec les entreprises.

Nous plaidons pour que la qualité des formations en

alternance soit mieux évaluée et pour restreindre les

aides financières aux formations de qualité. Il est quand

même surprenant que certaines formations complètement

à distance, sans aucun enseignant spécialiste de

pédagogie, délivrées par des organismes obscurs et

qui parfois qui louent des RNCP à d’autres institutions,

soient aidées financièrement de la même manière que

des programmes des grandes écoles qui bénéficient

du grade et du visa du MESR, sont enseignées par des

professeurs permanents, avec une forte part de cours

en présentiel favorisant l’échange entre étudiants et

enseignants ! Nous sommes très en attente des pouvoirs

publics sur ce sujet et plaidons pour un renforcement

des critères de qualité pour accéder aux financements

publics de l’apprentissage.

L’apprentissage dans l’enseignement supérieur ne doit

pas être remis en cause, mais repensé pour s’adapter à

un cadre budgétaire plus contraint, en gardant à l’esprit

sa valeur ajoutée pour les étudiants comme pour les

entreprises. À la CGE, nous plaidons pour une vision de

long terme du financement de l’alternance, qui permette

de préserver ce pilier de la professionnalisation dans

l’enseignement supérieur.

LES IA AU CŒUR DES PEDAGOGIES

Dans les grands sujets de l’année que vous

allez aborder au sein de la Conférence des

Grandes écoles (CGE), il y a notamment la

place à donner aux IA dans votre pédagogie

et vos évaluations. Un sujet sur lequel Neoma

est particulièrement en pointe avec un

accord avec Mistral AI.

L’intelligence artificielle est bien plus qu’un outil, elle

transforme profondément le cadre dans lequel nous

exerçons nos différentes activités, notamment en matière

d’enseignement, d’évaluation des étudiants et de

recherche. Notre responsabilité est double : former nos

étudiants, nos professeurs et nos collaborateurs, tout

en développant leur esprit critique.

Pionnière dans l’intégration de l’IA dans l’enseignement

supérieur, NEOMA a formé plus de 8 000 étudiants à

l’IA générative, et a effectivement franchi une nouvelle

étape en avril dernier en devenant le premier « Design

Partner » de Mistral AI dans le secteur. Le choix de

Mistral reflète à la fois notre engagement en faveur de

la souveraineté numérique et d’une approche durable

car Mistral AI a des modèles moins énergivores. Mais

aussi parce qu’il s’agit d’un partenariat allant au-delà du

statut de simple utilisateur de leurs outils pour imaginer

et construire ensemble les usages de demain de l’IA dans

l’enseignement supérieur. Nous organisons des échanges

avec de nombreuses grandes écoles et universités, avec

l’idée de faire le lien avec l’ensemble de l’écosystème

éducatif. C’était le sens de l’événement très ouvert que

nous avons organisé avec Mistral le 25 juin.

Dans le même esprit, nous avons accueilli en avril dernier

110 professeurs de classes préparatoires pour

des conférences et ateliers autour des usages de l’IA

générative en prépa. Et aujourd’hui, près de 350 enseignants

de prépas suivent notre formation à distance

“Gen AI for Business”.

24


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

© NEOMA BS

Le campus de NEOMA à Rouen

Les IA ne risquent-elles pas d’impacter

négativement les débuts de carrière des

diplômés ?

C’est une vraie question. L’intelligence artificielle bouscule

profondément les premières étapes de carrière.

Traditionnellement, nos jeunes diplômés accédaient à

des postes d’analystes, où ils traitaient des données,

construisaient des cas, affinaient leur compréhension

des métiers. Cette phase d’apprentissage, essentielle

pour devenir de bons décideurs, risque aujourd’hui d’être

court-circuitée par des outils capables d’automatiser

ces tâches.

Nous devons donc préparer nos étudiants différemment.

Cela suppose également une réflexion du côté des entreprises

: comment vont-elles transmettre l’expérience

du terrain et de la décision dans un monde où certaines

étapes d’apprentissage disparaissent ? Comment vontelles

accompagner et faire grandir leurs dirigeants de

demain ?

QUEL ACCUEIL POUR LES ETUDIANTS

INTERNATIONAUX ?

Vous avez évoqué dans vos objectifs l’accueil

des étudiants internationaux. Pensez-vous

que la France pourrait en accueillir plus

alors que les pays anglo-saxons semblent se

fermer et que les Etats-Unis semblent moins

désireux de les accueillir ?

Clairement, la France dispose d’atouts majeurs pour

accueillir davantage d’étudiants internationaux. Je pense

notamment à la richesse, à la qualité et à la diversité de

nos formations. Il n’y a qu’à avoir la place privilégiée de nos

Grandes Écoles dans les grands palmarès internationaux !

Nous avons des cursus innovants, des partenariats

internationaux solides et des programmes en anglais qui

répondent aux attentes des étudiants du monde entier.

Nos établissements travaillent constamment à améliorer

leur intégration et leur accompagnement. Cependant,

accueillir plus d’étudiants internationaux implique aussi

de relever plusieurs défis et d’améliorer encore les

conditions d’accueil – logistique, administratif, social...

À la CGE, nous prônons une démarche collective pour

faire de la France une destination d’études privilégiée,

en travaillant notamment à lever les freins administratifs

et en valorisant les parcours plurilingues. C’est un

enjeu stratégique pour notre pays, son attractivité,

son rayonnement et sa capacité à former les talents

de demain dans un monde globalisé.

25


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

Plus largement, vous avez évoqué cette

année les paradoxes d’un monde qui semble

moins ouvert. Quels défis cela va-t-il poser

aux Grandes écoles et notamment aux écoles

de management qui ont largement fondé leur

modèle sur cette ouverture ?

Les écoles de management françaises se sont historiquement

bâties sur une forte ouverture à l’international,

que ce soit dans leurs recrutements d’étudiants, leurs

corps professoraux ou leurs cursus. Aujourd’hui, elles

comptent parmi les organisations académiques les plus

globalisées au monde.

Cependant, nous faisons face à un paradoxe : alors que

nos écoles sont plus internationales que jamais, le monde,

lui, se referme. Nous constatons de plus en plus de restrictions

aux mobilités étudiantes, tant à l’entrée — avec

des politiques migratoires plus strictes aux Etats-Unis

ou au Canada, mais aussi aux Pays-Bas qui impose des

cours en néerlandais à ses universités — qu’à la sortie,

avec des pays comme la Chine qui envoient moins de

jeunes étudier à l’international.

Ces évolutions posent un vrai défi pour notre modèle

basé sur la coopération éducative entre pays, la fluidité

des échanges et les valeurs d’ouverture et de dialogue

interculturel. Elles nous obligent à repenser nos approches

en tenant compte des tensions géopolitiques et du repli

des grands blocs mais en restant fidèles à nos valeurs

d’ouverture, d’échange et de partage. Dans ce contexte

instable, il est essentiel de défendre notre ouverture

sur l’international, qui demeure une composante incontournable

pour former des managers ouverts, capables

d’évoluer dans un monde économique globalisé.

FORMER DANS UN MONDE DE PLUS EN PLUS

INCERTAIN

Mais comment préparer vos futurs diplômés

à ce monde moins ouvert, voire violent avec

des conflits de plus en plus nombreux sans

parler des dérèglements climatiques ?

Il est vrai que l’on observe chez nos étudiants une montée

de l’anxiété sur ces sujets. Je prendrai ici l’exemple de

ce que nous faisons à NEOMA, où nous agissons sur

deux leviers complémentaires. Le premier est bien-sûr

la formation, avec des enseignements et des séminaires

sur la géopolitique et la transition climatique, mais aussi

des cours qui misent sur les fondamentaux comme

notre nouveau cours de littérature qui analyse comment

les grands textes traitent les questions de leadership.

Dans un monde incertain, il est essentiel de revenir aux

fondamentaux !

Le deuxième axe consiste à placer l’étudiant dans l’action,

et ce dès les premiers jours à l’Ecole. Nous pensons que

la meilleure façon de lutter contre l’anxiété est de donner

confiance aux étudiants dans leurs moyens d’agir. Nous

développons des hackathons, nous encourageons la

participation dans des projets citoyens, nous valorisons

l’engagement associatif... Cette mise en action a aussi le

bénéfice de développer des compétences essentielles

comme le travail en équipe, la collaboration interculturelle,

la prise de décision…

Mais vos étudiants sont-ils assez solides

psychologiquement ? On parle tout le temps

de leur santé mentale précaire. Que doivent

faire les établissements d’enseignement

supérieur pour les soutenir ?

La santé mentale des étudiants est aujourd’hui une

priorité mondiale dans l’enseignement supérieur. Dans

un contexte post-COVID, marqué par une incertitude

accrue et des crises multiples — géopolitiques, climatiques,

économiques —, les jeunes font face à une anxiété

sans précédent. Les chiffres sont alarmants : en 2024,

une étude menée par l’Université de Bordeaux révélait

que 41% des étudiants présentaient des symptômes

dépressifs, contre 26% avant la crise sanitaire.

Face à cette réalité, notre mission a évolué : nous devons

accompagner nos étudiants dans une approche globale

du bien-être, sans pour autant les infantiliser. Nous les

préparons à affronter un monde complexe, incertain,

tout en leur offrant un cadre protecteur et des repères

solides. Il s’agit de construire un tremplin vers l’autonomie

pour que chaque étudiant puisse se construire, se

sentir accompagné, et aborder avec confiance les défis

du monde d’aujourd’hui et de demain. Concrètement,

cela passe par des dispositifs robustes : des cellules

d’écoute psychologique avec des professionnels dédiés

mais aussi une vie étudiante épanouissante qui favorise

le vivre ensemble et de nombreuses activités associatives,

sportives, caritatives, culturelles, sociétales... La

vie étudiante, qui est un des marqueurs des grandes

écoles, est plus importante que jamais !

Neoma BS

Neoma propose aux

apprenants de travailler

dans des bulles

26


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

Laurent Amice

DIRECTEUR DE MINES PARIS PSL EXECUTIVE EDUCATION

« La marque Mines Paris – PSL est un atout

fort, mais elle ne fait pas tout »

Créée en 2019, l’activité d’executive

education de Mines Paris – PSL s’est

depuis imposée dans le paysage de la

formation continue. Le directeur de

Mines Paris PSL Executive Education,

Laurent Amice, dresse avec nous

un bilan chiffré et stratégique de

son activité : positionnement sur les

transitions numérique et écologique,

différenciation face aux business

schools et cabinets de conseil, montée

en puissance de l’équipe, formats de

formation et éligibilité au CPF.

Propos recueillis par Olivier Rollot

En 2019 vous créez l’activité formation

continue de Mines Paris – PSL. Quel bilan en

tirez-vous aujourd’hui ?

L’activité a été créée ex nihilo, à partir d’une page blanche.

Le lancement en 2020 a coïncidé avec la pandémie, ce

qui a conduit à une véritable année blanche. Le développement

réel a démarré en 2021-2022. Aujourd’hui,

nous clôturons l’exercice avec 2,3 millions d’euros de

chiffre d’affaires pour une équipe de cinq personnes.

Nous fonctionnons comme une TPE ou une PME agile,

alignée sur les axes stratégiques de l’école : accompagner

les transitions numérique et écologique.

Était-il difficile d’introduire cette nouvelle

activité dans une école d’ingénieurs ?

Nous avons fait le choix de créer une SASU au sein de

l’établissement public, ce qui nous donne la flexibilité

d’une structure commerciale. Cela nous permet d’être

plus réactifs qu’un service intégré comme celui que

Laurent Amice

j’avais piloté auparavant à l’Université de technologie de

Troyes : c’était faisable, mais beaucoup moins souple.

Cette autonomie est un vrai facteur de réussite.

Comment vous positionnez-vous face aux

autres grandes écoles ?

La différenciation est essentielle. Le marché n’est pas

en forte croissance, il faut donc gagner des parts face à

des acteurs puissants comme HEC, CentraleSupélec ou

l’École polytechnique. Mais aussi les cabinets de conseil,

notamment Onepoint ou Accenture, qui investissent

désormais la formation, la frontière entre conseil et

pédagogie devenant de plus en plus poreuse. Malgré

ce contexte, nous restons concentrés sur notre valeur

ajoutée : un contenu scientifique solide, un ancrage dans

la recherche et une approche pragmatique.

© Mines Paris-PSL

Mines Paris – PSL

Executive Education

lance le Water

Leadership Program

Conçue en collaboration avec

l’hydrologue Emma Haziza,

docteure de Mines Paris –

PSL, le « Water Leadership

Program » « s’inscrit dans

la mission de Mines Paris

– PSL d’accompagner les

organisations dans leurs

transitions écologique et

numérique ». Entièrement

accessible en e-learning,

le parcours se compose

de cinq modules alliant

rigueur scientifique et

pédagogie : comprendre

le cycle de l’eau, explorer

les évolutions climatiques,

identifier les vulnérabilités,

évaluer l’empreinte hydrique

et concevoir des solutions

d’adaptation. Destiné à tous

les professionnels, sans

prérequis, il « ambitionne de

faire évoluer les mentalités

pour transformer la crise

de l’eau en levier d’action

et d’innovation durable ».

La marque Mines Paris – PSL suffit-elle à

convaincre ?

La marque est un atout fort, mais elle ne fait pas tout.

Elle ouvre les portes, mais la confiance se gagne par

la qualité des programmes. Nous disposons d’un lieu

unique, au 60 boulevard Saint-Michel, depuis 1816, avec

même un musée de minéralogie intégré. Ce patrimoine

crée une expérience singulière. Les visites privatives du

musée, souvent incluses dans les formations, laissent

un souvenir mémorable à nos apprenants.

27


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

Le campus parisien de Mines Paris-PS boulevard Saint-Michel

© Mines Paris-PSL

Travaillez-vous avec d’autres composantes

de PSL ?

Oui, de plus en plus. PSL intervenait peu historiquement

en formation continue, mais nous développons des partenariats

par projets. Par exemple, le certificat Chef de

projet Intelligence artificielle est porté conjointement avec

Dauphine Executive Education. Il en est à sa cinquième

promotion avec 24 participants, au-delà de la capacité

habituelle de 20, et sans avoir répondre à l’ensemble

des demandes.

Toujours avec Dauphine Executive Education nous

proposons le certificat « Économie Circulaire : transformez

votre organisation par des approches et outils

innovants » et le certificat « H2 – Maîtriser les technologies

de l’hydrogène et en déployer les usages » avec

également Chimie ParisTech.

Quelles formations sont le plus demandées

aujourd’hui ?

L’offre se répartit entre 60 % de programmes inter-entreprises

et 40 % sur mesure. Environ 80 % de nos

programmes portent sur les transitions numérique et

écologique : la moitié sur la data, l’IA et le digital ; l’autre

moitié sur la durabilité. Le certificat Chef de projet IA

a connu une forte accélération depuis l’effet ChatGPT,

avec une demande en hausse continue.

À l’inverse, les programmes sustainability subissent

un effet de tassement, notamment chez les grands

comptes, en raison du contexte réglementaire et des

incertitudes autour de la CSRD (Corporate Sustainability

Reporting Directive).

Quels sont vos intervenants et comment

travaillez-vous avec eux ?

Notre modèle repose sur un triptyque : les enseignants-chercheurs

pour l’état de l’art, des experts ou

consultants affinitaires pour la boîte à outils, et des grands

témoins pour le retour d’expérience. Par exemple, sur

l’économie circulaire, nous mobilisons Franck Aggeri,

Professeur à Mines Paris, pour la partie académique,

Stéphane Morel pour la partie méthodologique, et des

témoins de Schneider Electric ou Bouygues Construction

dans un programme développé pour Rexel sur son

« scope 3 ».

Ce sont les émissions indirectes de gaz à effets de

serre, en amont et en aval du cœur d’activité : achats,

approvisionnement, distribution, utilisation des produits.

Dans notre programme pour Rexel, Schneider Electric

intervient sur l’amont et Bouygues Construction sur

l’aval. Cela permet d’illustrer concrètement toute la

chaîne de valeur.

Les enseignants-chercheurs sont-ils

intéressés par la formation continue ?

De plus en plus. Quand un programme fonctionne, cela

crée un effet d’entraînement. Ils apprécient le contact

avec des professionnels expérimentés, souvent plus

interactif qu’avec des étudiants. Cela enrichit aussi leur

recherche et leurs cours. Il y a, selon les cas, un intérêt

financier pour eux ou pour leur centre de recherche.

28


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

Vos formations s’adressent-elles

uniquement aux entreprises ?

Non, nous accueillons aussi des particuliers. Certains

certificats sont éligibles au CPF via les blocs de compétences

RNCP ou le Répertoire Spécifique. L’usage du

CPF dépend des programmes. Par exemple, le certificat

Management des associations, inscrit au Répertoire

Spécifique en juillet 2024, réunit environ 60 % de participants

financés par le CPF. Le certificat Management

hospitalier, également au RS, mobilise peu le CPF, car il est

souvent financé par les établissements publics de santé.

Pouvez-vous donner un exemple récent de

formation sur mesure que vous avez conçue?

Avec Dassault Systèmes nous avons conçu un programme

sur les fondamentaux du machine learning en

mobilisant des enseignants-chercheurs du centre de

bio-informatique des Mines Paris - PSL, Chloé Agathe

Azencott, Thomas Walter ou encore Vincent Mallet. Leur

expertise a permis d’assurer un contenu rigoureux et

directement applicable.

Combien de temps durent en général vos

certificats ? Quels formats privilégiez-vous :

toujours le présentiel ou un mixte présentiel /

distanciel ?

Les certificats durent entre 9 et 11 jours, avec des

groupes limités à 20 participants. Nous privilégions le

présentiel, qui favorise les échanges et valorise nos lieux.

Mais après le Covid, nous avons également développé le

digital learning grâce à des partenaires : DataScientest

pour les formations data, Skema pour un Certificat

Data Science et AI for Business, et First Finance pour

un programme 100 % en ligne sur la transition durable.

Vous avez récemment lancé un « Water

Leadership Programme ». De quoi s’agit-il ?

Ce programme, lancé fin septembre, illustre l’élargissement

de notre approche de la durabilité. Nous ne parlons

plus seulement d’énergie-climat, mais du vivant, de la

biodiversité, de l’eau. Le format est 100 % digital learning

: six modules, vidéos courtes de cinq à six minutes,

quiz et ressources complémentaires. Cela représente

environ deux heures trente de contenu vidéo, soit cinq

à six heures de formation.

Comment gérez-vous les demandes sur

mesure des entreprises ?

Tout passe par la filiale Mines Paris PSL Executive

Education, qui centralise les démarches. Lorsqu’un

enseignant a un contact, il nous met en relation et

nous prenons le relais sur la contractualisation et les

aspects financiers. Cela permet de clarifier les rôles :

les enseignants conçoivent le contenu, la filiale gère le

montage et le suivi.

Qui sont vos interlocuteurs dans les

entreprises selon les projets ?

Ce sont les directions des ressources humaines et des

talents. C’est le cas, par exemple, du programme Périclès

avec Bouygues Construction, piloté par la direction des

talents, ou de la formation de 150 dirigeants de CDC

habitat, portée également par cette direction.

Comment est organisée votre équipe ?

J’ai lancé l’activité seul fin 2019, avant de recruter progressivement.

Une première program manager a été

recrutée pour prendre en charge le delivery des formations,

puis nous avons structuré les opérations avec

un directeur chargé des processus, de la certification

Qualiopi et de la facturation. Nous avons ensuite recruté

un responsable du développement des programmes sur

mesure et, en avril 2025, une responsable marketing

et communication. Nous sommes aujourd’hui cinq. Le

marketing est clé : il faut se faire connaître, même avec

une marque forte.

© S. Boda / Mines Paris-PSL

La bibliothèque de Mines Paris PSL

29


L’école de Management

du groupe d’école d’ingénieurs

Institut Mines-Télécom

IMT-BS

EXECUTIVE

EDUCATION

Les compétences clés

pour un monde

numérique responsable

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dans la transformation et

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La certification qualité Qualiopi a été délivrée au

titre de la catégorie d’action suivante : Actions

De Formation


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

Éric Lamarque

DIRECTEUR DE L’IAE PARIS-SORBONNE BUSINESS SCHOOL

« L’IAE Paris-Sorbonne est leader dans l’enseignement

supérieur en formation continue »

À l’aube de son 70 e anniversaire, l’IAE

Paris-Sorbonne business school ouvre

un nouveau chapitre en emménageant

en janvier 2026 dans un immeuble rue

Ponscarme (Paris 13 e ) et la présentation

de son plan stratégique 2025-2030. Son

directeur, Éric Lamarque, nous présente

ce plan et fait le point sur l’actualité d’un

institut d’administration des entreprises

qui se consacre très largement à la

formation continue.

Propos recueillis par Olivier Rollot

Comment s’est déroulée la rentrée de l’IAE

Paris-Sorbonne business school ?

C’est la meilleure rentrée depuis 10 ans avec 6 000

candidats pour 240 à 300 places ouvertes ! Proposés

sur Monmaster, nos cinq masters ont fait le plein avec

500 candidats pour les plus récents et jusqu’à 1 100 pour

les plus anciens. Dans les deux cas pour 40 places, un

étiage qu’il faut conserver si on veut s’autofinancer. Nous

faisons ensuite passer le test Score à ces candidats avant

d’en choisir 130 à 150 que nous recevons en entretien

de motivation. C’est un accueil important pour nous et

nous demandons aux étudiants de les recevoir à l’entrée

de l’IAE. A ce stade il nous reste 80 candidats que nous

intégrons dès lors qu’ils ont trouvé une alternance. Des

étudiants qui se répartissent à tous les rangs.

Aujourd’hui nous nous adaptons pour recevoir à terme

600 alternants. Il y aura toujours énormément de candidats

pour nos diplômes et, au premier chef, le master

Management et administration des entreprises. La

meilleure idée qu’ait eue Gaston Berger, le créateur de

l’IAE Paris. Aujourd’hui notre budget est de 18 millions

d’euros. Nous pourrions être au double si nous avions

suffisamment de professeurs.

La formation continue occupe une place

toute particulière à l’IAE Paris. Que

représente-t-elle au juste ?

Nous sommes même leaders dans l’enseignement supérieur

en formation continue qui représente 80% de nos

2 700 étudiants. Une formation continue qui nous permet

également d’atteindre 60% de ressources propres. Mais

attention : pour y parvenir il faut résoudre un nombre

considérable de blocages administratifs.

Nous avons toutes les compétences dans les universités

pour développer la formation continue mais pas l’état

d’esprit si on excepte les IAE. Une université est par

exemple incapable de communiquer pour s’adapter au

public. Elle croit qu’il suffit de proposer un service pour

que les étudiants viennent naturellement. Mais non : il faut

des vendeurs ! Des vendeurs rémunérés en fonction de

leurs résultats. C’est pour cela qu’à l’IAE Paris nous avons

passé des accords de partenariat avec l’IFG pour qu’ils

vendent nos formations. Mais il faut également pouvoir

refuser ceux qui ne sont pas au niveau !

L’autre blocage tient au nombre d’heures qu’un enseignant

peut consacrer à la formation continue. Au nom de

l’égalité et de la recherche on limite le nombre d’heures

Le nouveau campus

Le nouvel immeuble de l’IAE

Paris Sorbonne business

school, qui hébergeait une

clinique, a subi des travaux

de rénovation lourde pour

se transformer en un

pôle éducatif de pointe

entièrement réhabilité de

3800 m 2 répartis sur 7 étages,

visant les meilleurs standards

en termes de performance

environnementale avec la

certification BREEAM

« Very Good » qui atteste

de l’engagement d’un

bâtiment envers la durabilité

environnementale et la

performance énergétique.

31


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

© L’université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Un cours de formation continue à ’université Paris 1 Panthéon Sorbonne

dédiées. On plafonne le nombre d’heures de l’enseignant

qui apporte du financement à l’université !

L’IAE Paris-Sorbonne business school

est passé au RCE (responsabilités et

compétences élargies). Quelles sont vos

relations avec l’université Paris 1 Panthéon-

Sorbonne qui reste votre maison mère ?

L’IAE Paris-Sorbonne business school est un établissement

associé de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Nous sommes dépendants d’elle pour nos systèmes

informatiques ainsi que pour la pédagogie et les règles

d’examens. Nous nous battons d’ailleurs au sein du conseil

de la vue universitaire pour que les normes d’examen

soient plus sévères. Les syndicats étudiants ne veulent

par exemple pas entendre parler de notes plancher et

souhaitent que toutes les notes se compensent. Mais

comment délivrer un diplôme de gestion à un étudiant

qui aurait 2/20 en marketing sous prétexte qu’il a 18/20

dans une autre matière ?

Votre actualité en 2026 c’est votre

déménagement début janvier dans un

nouveau bâtiment. Comment le financezvous

?

Notre nouvelle adresse c’est le 11-15 rue Ponscarme dans

le 13e arrondissement parisien, à proximité immédiate

du centre Pierre Mendès France de l’université Paris 1

Panthéon-Sorbonne. Ce sera la première fois que nous

aurons nos propres locaux.

Notre démarche, qui s’est déroulée en lien avec les

différents opérateurs du ministère de l’Enseignement

supérieur et de la Recherche et du ministère de l’Économie

et des Finances, a abouti à la labellisation du projet par

la Commission nationale de l’immobilier public (CNIP) le

4 juillet 2023, puis à la signature d’un bail en état futur

d’achèvement (BEFA) d’une durée de 12 ans avec un

bailleur privé. Mais il faut bien comprendre que nous

avons dû entièrement financer sa rénovation pour cinq

millions d’euros. Nous sommes le seul établissements

d’enseignement supérieur à n’avoir pas reçu un euro

pour financer son immobilier !

Nous étudions maintenant la possibilité d’en devenir

propriétaires. Nous ne pouvons pas, tous les dix ou

douze ans en fin de bail, être submergés pendant des

années par les problèmes immobiliers. Nous avons donc

rencontré la Banque des Territoires, seule habilitée à

nous accorder un prêt, pour lui présenter un plan de

financement. Calculez vous-même : 5 millions d’euros

de travaux et 23 millions d’euros de loyers en douze

ans pour qu’il ne nous reste rien ! Sans oublier que

nous verserons presque 5 millions d’euros à l’État

de TVA que nous ne récupèrerons pas. En achetant

et en empruntant une grande partie nous pourrions

32


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

rembourser deux millions d’euros par an et acheter le

bâtiment. Moins que notre loyer prévu.

La situation économique de l’IAE Paris

Sorbonne est donc bonne !

Nous sommes classés au cinquième rang des établissements

d’enseignement supérieur pour notre trésorerie

– plus de 300 jours de dépenses devant nous – alors que

la masse salariale ne dépasse par 62% de notre budget.

Mais l’État peut-il tenir un raisonnement comme le nôtre ?

Vous savez j’enseigne exactement le contraire de ce

que fait l’État à mes étudiants. Ils appliquent un des

concepts financiers issus du secteur privé mais qui ne

fonctionne pas dans le public ! Avec la loi Pécresse nous

avons appliqué des principes anglo-saxons mais qui sont

adaptés à un tout autre environnement et une tout autre

culture. Il est impossible de supprimer des postes même

s’il n’y a plus d’étudiants ! La loi Fioraso nous a ôté toute

marge de manœuvre. Au MIT (Massachusetts Institute

of Technology) c’est l’état d’esprit qui est bluffant.

Nous avons réussi à recréer à l’IAE un fonctionnement

efficace mais c’est épuisant !

Que va vous apporter exactement ce

nouveau bâtiment ?

D’abord une excellente expérience étudiante avec 800

m2 dédiés à la vie étudiante et une meilleure ergonomie

des salles de cours. Nous disposerons également d’une

agora, de salles de travail, d’une petite cafétéria. Ce sera

très utile pour nos étudiants qui viennent le soir. Nous

serons vraiment à l’égal des écoles de management de

premier plan !

Avez-vous d’autres projets?

Je voudrais également créer une filiale de valorisation

de la recherche dans une structure de droit privé. Cela

permettrait de valoriser notre recherche avec des formations

courtes. Nous pourrions également accompagner

des projets dans le cadre de prestations de conseils.

Nous souhaitons aussi ouvrir un incubateur dédié à un

entrepreneuriat humaniste, à impact et économiquement

pérenne à l’automne 2025. Cet incubateur accompagnera

les porteurs de projets qui placent l’humain, la planète et

la justice sociale au cœur de leur modèle, tout en utilisant

la technologie de manière éthique et responsable. Il vise

à faire émerger des initiatives conciliant innovation,

durabilité et impact social, en soutenant des projets à

fort enjeu sociétal, des usages technologiques sobres

et accessibles, et des modèles économiques hybrides

et soutenables.

Avez-vous également des projets à

l’international ?

Avec sept universités britanniques et américaines,

nous sommes sollicités en Chine, à Hainan, pour former

des cadres chinois. Nous avons également des projets

en Inde et au Maroc alors que nous formons déjà des

cadres algériens.

Votre plan stratégique va jusqu’en 2030. Où

en sera l’IAE alors ?

Nous aurons alors tout un écosystème. L’étape suivante

c’est de nous consolider avec notamment une accréditation

AACSB (Association to Advance Collegiate Schools

of Business). Notre plan précédent a pris deux ans de

retard avec le Covid et la prochaine équipe, mon second

mandat s’achève en juillet 2026, va pouvoir avancer avec

une école de premier plan.

Des étudiants en formation

continue à Paris 1

Panbthéon-Sorbonne

Paris 1 Panbthéon-Sorbonne

33


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

ENTRETIEN

NOVEMBRE 2025 N° 1

Bertrand Ponchon

FONDATEUR DE COSS

« Les soft skills redeviennent centrales »

Bertrand Ponchon est un entrepreneur

français spécialisé dans l’évaluation, le

développement et la certification des

compétences comportementales. Il est

co-fondateur de 5Feedback, éditeur

du COSS (Certification of Soft Skills),

une solution innovante permettant de

mesurer, développer et certifier les soft

skills en situation réelle.

Propos recueillis par Vanessa Calvao

Dans le contexte actuel où les soft skills

deviennent centrales, quels changements

observez-vous dans les compétences

comportementales les plus attendues chez

les étudiants et collaborateurs, notamment

à l’heure où l’IA générative transforme en

profondeur les modes de travail ?

Les soft skills sont en train de se redéfinir complètement

avec la révolution portée par l’IA. Elles deviennent centrales.

L’intelligence artificielle prend en charge de plus

en plus de tâches qui, jusqu’ici, étaient valorisées pour

leur rentabilité ou leur rapidité d’exécution. Aujourd’hui, la

machine les accomplit mieux que nous. Cela replace au

cœur des enjeux ce qui lui échappe : l’empathie, le sens

du beau, l’émotion. Bref, tout ce qui relève de l’humain.

C’est pourquoi les soft skills et les qualités humaines

deviennent plus essentielles que jamais. Une compétence

particulièrement attendue, chez les collaborateurs comme

chez les étudiants, c’est le sens critique : savoir prendre

du recul par rapport à l’IA. C’est un élément qu’il faut

absolument intégrer dans l’enseignement. Et bien sûr,

l’adaptabilité, l’esprit d’équipe et le sens du relationnel

restent des compétences clés.

COSS Pro permet de détecter plus de

50 compétences à partir de feedbacks.

Comment transformez-vous ces

observations en une évaluation objective et

en actions de formation adaptées ?

Ce que nous faisons avec COSS, c’est mesurer de

façon fiable et précise le niveau réel en soft skills.

Jusqu’ici, il n’existait pas d’outil capable de donner une

note en écoute, en esprit critique ou en délégation. Les

tests connus, comme le MBTI ou le DISC, donnent des

préférences de fonctionnement, mais pas un véritable

niveau de compétence.

Nous avons donc mené des travaux de recherche

avec Vincent Meyer, notre directeur scientifique, pour

construire une méthode basée sur des comportements

observables. Pour chaque compétence, quatre questions

sont posées, et ce sont l’entourage professionnel ou

académique – collègues, managers, pairs, maîtres de

stage – qui déclarent la fréquence à laquelle ils observent

ces comportements.

De cette manière, on évalue la compétence dans son

contexte et son environnement réels, et non sur la

base d’une auto-déclaration. Cela permet d’obtenir une

mesure objective, exploitable et directement utile pour

le développement des talents.

Certains dirigeants voient la formation

continue comme un coût, d’autres comme un

levier stratégique. Quel est votre position ?

Pour moi, la formation doit s’inscrire tout au long de

la vie. Les études supérieures ne sont que le début

d’un parcours d’apprentissage continu. Or, aujourd’hui,

beaucoup d’entreprises n’ont pas de données fiables sur

les soft skills de leurs collaborateurs. Résultat : elles

lancent des programmes de formation sans toujours

savoir quels sont les besoins critiques. En 15 ans de

formation continue, j’ai souvent constaté que ceux qui

s’inscrivent en premier sont rarement ceux qui en ont

le plus besoin. La vraie difficulté, c’est de permettre à

chacun d’identifier ses points forts et ses axes de progrès

pour se mettre en dynamique de développement. Et

c’est là que le feedback joue un rôle décisif : à partir du

moment où l’on reçoit des retours précis et de qualité,

la prise de conscience s’opère, et le mouvement vers

l’amélioration continue démarre.

La question, au fond, n’est pas tant la qualité de l’offre

de formation mais la capacité à créer cette prise de

conscience. Et dans un monde en évolution rapide,

les entreprises doivent aussi anticiper les

compétences de demain. Sur l’IA par

exemple, tout le monde a réagi très

vite car l’urgence était évidente. Mais

34


L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES

ENTRETIEN NOVEMBRE 2025 N° 1

sur des évolutions plus progressives, c’est beaucoup

plus difficile d’embarquer les salariés. C’est là l’un des

grands défis de la formation aujourd’hui.

Pouvez-vous citer un cas où COSS a activé

un parcours de montée en compétences ?

Oui, tout à fait. Dans le domaine des services aux entreprises,

nous avons travaillé avec un grand groupe qui, dans

son plan de transformation, avait défini six compétences

attendues de ses collaborateurs. Chaque salarié était invité

à s’auto-évaluer dans son propre contexte et, à partir

des résultats, à choisir les formations les plus adaptées

dans le catalogue interne. Ce qui a été intéressant, c’est

que les équipes RH et Learning & Development se sont

rendu compte que les besoins les plus critiques n’étaient

pas forcément là où elles les imaginaient. Parmi les six

postures identifiées, deux se sont révélées véritablement

stratégiques et ont fait l’objet d’un plan de formation renforcé.

Évidemment, la formation n’était qu’un des leviers de

leur transformation, mais elle a clairement contribué à la

réussite du projet. Et les résultats de l’entreprise se sont

améliorés dans la foulée. Nous avons été une brique de

ce dispositif, mais une brique qui a pesé dans l’équation.

Quel rôle le secteur privé doit-il jouer pour

impulser une transformation réelle des

formations initiales ou continues autour des

soft skills ?

Aujourd’hui, beaucoup de décisions en entreprise — qu’il

s’agisse d’un plan de formation, d’un recrutement ou

d’une promotion — se prennent avec très peu de données

fiables. Concrètement, tout repose souvent sur

le ressenti du manager concernant les compétences

comportementales du collaborateur. Et à partir de ce

ressenti, on construit un parcours de formation, on valide

une promotion, ou on recrute. C’est précisément ce que

nous voulons changer avec notre solution : fournir des

données de qualité pour permettre aux directions de

prendre des décisions éclairées. Car la formation aux

soft skills représente un marché considérable, estimé à

près de 3 milliards d’euros en France, mais l’évaluation

reste le maillon faible.

Le niveau avant et après la formation n’est pas mesuré,

alors que c’est la base si l’on veut vérifier l’impact réel d’un

dispositif. L’enseignement supérieur, d’ailleurs, maîtrise

déjà bien ces logiques d’évaluation. Je pense qu’il a un rôle

à jouer, notamment via l’Executive Education, pour aider

les entreprises à mesurer l’efficacité de leurs formations.

Et au-delà, ce besoin de mesure vaut tout autant pour

les recrutements que pour les promotions internes : le

niveau en soft skills doit devenir un critère objectivé.

Pensez-vous que les compétences

comportementales deviennent plus

déterminantes que les compétences

techniques et si oui pourquoi ?

Je dirais oui et non. Un chauffeur de bus, par exemple,

doit évidemment savoir conduire un bus. On peut avoir

toute la créativité, le sens de l’initiative et les qualités

relationnelles du monde, si la compétence technique de

base n’est pas là, ça reste un problème. Donc il y a bien

un socle minimal de compétences techniques indispensable

à chaque métier. En revanche, ce qui fait vraiment

la différence aujourd’hui, ce qui crée de la performance,

ce sont les soft skills. Et c’est encore plus vrai lorsqu’on

accède à des fonctions managériales.

En France, on a tendance à promouvoir les meilleurs

experts, les plus productifs, alors que les meilleurs managers

sont ceux qui maîtrisent les soft skills — l’empathie,

la prise de décision, le sens relationnel. Avec l’évolution

des métiers sous l’effet de l’IA, les compétences techniques

vont continuer à changer, que l’on soit comptable,

logisticien ou dans tout autre secteur. En revanche, le

fil rouge des carrières, ce sont bien les compétences

comportementales. Une fois le socle technique assuré

— et les entreprises savent très bien l’évaluer — ce sont

les soft skills qui deviennent le critère clé.

En une phrase, quelle compétence

comportementale est selon vous la plus

sous-évaluée actuellement dans la formation

et le développement professionnel ?

On a longtemps valorisé la productivité, l’efficacité, la

rapidité d’exécution. Mais aujourd’hui, ce qui fait vraiment

la différence, c’est la capacité à être empathique, à s’intéresser

aux autres, à se mettre à leur place. D’ailleurs,

on constate que les grands dirigeants qui réussissent

sont souvent ceux qui incarnent ce leadership humain,

fondé sur l’empathie. Je pense que c’est une compétence

largement sous-évaluée, alors qu’avec l’IA, il devient

essentiel de recentrer les priorités sur l’humain.

35


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

DÉBAT

NOVEMBRE 2025 N° 1

Les IA contre l’emploi

des jeunes ?

Et si les IA étaient en train de mettre en péril l’entrée des jeunes diplômés

sur le marché du travail ? Une hypothèse qui est tout sauf iconoclaste

selon plusieurs rapports.

Une étude menée par l’Université

de Stanford intitulée

très justement Canaries in the

Coal Mine? Six Facts about

the Recent Employment Effects of Artificial

Intelligence révèle à quel point la

génération actuelle de jeunes diplômés

est impactée négativement par le progrès

technologique. Selon l’étude depuis

l’adoption généralisée de l’IA générative,

les professionnels en début de carrière

(âgés de 22 à 25 ans) dans les métiers les

plus exposés à l’IA ont connu une baisse

relative de 13% de l’emploi, même après

avoir pris en compte les chocs au niveau

des entreprises. « L’intelligence artificielle

bouscule profondément les premières

étapes de carrière. Traditionnellement,

nos jeunes diplômés accédaient

à des postes d’analystes, où ils traitaient

des données, construisaient des cas, affinaient

leur compréhension des métiers.

Cette phase d’apprentissage, essentielle

pour devenir de bons décideurs,

risque aujourd’hui d’être court-circuitée

par des outils capables d’automatiser

ces tâches », s’interroge Delphine

Manceau, présidente de la Conférence

des Grandes écoles (CGE) et directrice

générale de Neoma.

Des jeunes particulièrement

touchés.

L’étude de l’Université de Stanford établit

également que les ajustements se font

principalement par le biais de l’emploi

plutôt que de la rémunération. En outre,

les baisses d’emploi sont concentrées

dans les professions où l’IA est plus susceptible

d’automatiser le travail humain

que de le renforcer. Six faits fournissent

des preuves précoces et à grande échelle

qui corroborent l’hypothèse selon laquelle

« la révolution de l›IA commence à avoir

un impact significatif et disproportionné

sur les travailleurs débutants sur le

marché du travail américain ».

AI-driven layoffs are shrinking the job

market for recent grads écrit ainsi Fortune.

« La plupart des emplois de débutants

pour les jeunes diplômés sont

des postes à forte intensité de connaissances

où ils collectent des données,

les transposent et créent des visualisations

basiques, tout en apprenant

à connaître l›organisation de fond en

comble », y explique Tristan L. Botelho,

professeur associé en comportement

organisationnel à la Yale School of Management

qui constate encore : « L›IA

peut très bien faire cela, et j›ai entendu

de nombreux managers dire des choses

comme : «Nous pouvons réduire nos effectifs

débutants». ... Le plus grand bouleversement

concerne probablement ces

employés de bas niveau, en particulier

lorsque le travail est prévisible, technophile

ou plus général. »

Des secteurs plus ou moins

concernés.

La situation est particulièrement tendue

dans les métiers de l’informatique. « 150

job applications, rescinded offers: Computer

science grads are struggling to find

work » écrit ainsi CNN dans un article

qui montre que l’emploi des jeunes diplômés

en informatique et en mathématiques

a diminué de 8 % depuis 2022, selon

un rapport publié en mai par Oxford

Economics. Les offres d’emploi dans le

domaine du développement logiciel sur

le site Indeed ont quant à elle chuté de

71 % entre février 2022 et août 2025,

selon les données d’Indeed communiquées

par la Banque fédérale de réserve

de Saint-Louis.

La vague n’atteint pas tous les secteurs

avec la même acuité. Selon une étude

du MIT The GenAI Divide state of ai

in business 2025 95% des sociétés ne

constatent pas de résultats mesurables en

termes de chiffre d’affaires ou de croissance

dans l’utilisation des IA : « Les

entreprises testent des outils GenAI,

mais très peu d’entre elles parviennent

à les déployer. Les outils génériques tels

que ChatGPT sont largement utilisés,

mais les solutions personnalisées sont

bloquées en raison de la complexité de

l’intégration et du manque d’adéquation

avec les flux de travail existants ». Parmi

les sept secteurs examinés par l’étude

seuls deux secteurs (technologies et

36


L’ESSENTIEL DU SUP

COMPÉTENCES

DÉBAT

NOVEMBRE 2025 N° 1

médias) « montrent des signes évidents

de disruption structurelle, tandis que sept

autres restent à la traîne en matière de

transformation ».

Recruter ou pas ?

Certains recruteur voient l’IA seule

comme une concurrence directe pour certains

profils de chercheurs d’emploi. Selon

une enquête menée par le site Indeed

en cette rentrée 2025, un employeur sur

deux jugerait ainsi plus simple de former

une IA que de recruter un jeune diplômé.

Le sentiment est plus exacerbé dans la finance

(70%) que dans l’éducation (40%)

ou le commerce, la restauration et les loisirs

(39%). D’autant plus exacerbé que le

marché du travail semble se retourner

et que, comme l’écrit Le Monde, « Les

jeunes diplômés et cadres, qui étaient

les rois du monde en 2022, sont les premiers

touchés ».

Former les plus expérimentés

aux IA.

L’étude de Stanford montre également

que, l’emploi dans les domaines moins

exposés et des plus expérimentés dans

les mêmes professions est resté stable

ou a continué à croître. Leur atout : ils

ne se laissent pas mener par le bout du

nez par les IA. Le tout est de les former

à leur utilisation.

Un sujet dont s’emparent par exemple

Mines Paris - PSL Executive Education

et l’IFPASS (institut de formation de la

profession de l’assurance) pour lancer en

cette rentrée une certification en ligne dédiée

à la transformation des entreprises

de l’assurance et de la banque par la data

et l’IA. Une première session de l’Executive

short Certificate, intitulé « Managers

augmentés : piloter la transformation par

la data et l’IA » est proposée en novembre

2025. Un rapprochement des compétences

très efficace comme l’explique

Laurent Arachtingi, directeur général

de l’IFPASS : « En unissant les forces

du Groupe IFPASS et de Mines Paris –

PSL Executive Education, nous offrons,

au travers de ce programme, l›opportunité

pour les professionnels d›acquérir

une compréhension stratégique, opérationnelle

et éthique des enjeux liés à la

data et à l’intelligence artificielle. Notre

ambition, à travers cet Executive short

Certificate, est de permettre à des managers

d’identifier les opportunités offertes

par l’IA dans leur secteur, d’expérimenter

des outils concrets et de piloter des

projets d’intégration de la data au sein

de leur ligne métier ». Manager expérimenté

+ IA l’équation gagnante ?

Sébastien Gémon

Qu’en disent les dirigeants

français ?

Près de 43 % des dirigeants français interrogés

par BSI dans une nouvelle étude

affirment que l’IA permet de réduire les

effectifs. Bien que seuls 17 % déclarent

que leur organisation explore aujourd’hui

des solutions d’IA avant d’envisager une

embauche humaine, 40 % pensent que ce

sera le cas d’ici cinq ans.

Pour autant la confiance dans les capacités

de l’IA semble plus faible en France

que dans d’autres pays : seuls 13 % estiment

que la majorité des tâches effectuées

par un collègue débutant pourraient

être réalisées par l’IA, contre 25 % au

Royaume-Uni et 54 % en Inde. En conséquence,

seuls 26 % affirment que les

postes d’entrée de carrière ont déjà été réduits

ou supprimés grâce aux gains d’efficacité

permis par l’IA dans la recherche,

l’administration et la rédaction de notes

(deuxième taux le plus faible après le Japon),

tandis qu’un tiers (36 %) s’attend à

ce que cela se produise au cours des 12

prochains mois.

«Notre étude montre clairement que la

tension entre l’exploitation optimale de

l’IA et le développement d’une maind’œuvre

épanouie constitue le grand défi

de notre époque. Il est urgent d’adopter

une vision à long terme et d’investir dans

les compétences humaines, en parallèle

des investissements dans les outils

d’IA, pour garantir un emploi durable

et productif», analyse David Fardel,

Country Manager, BSI France,

L’étude s’est déroulée en deux volets.

D’abord un sondage FocalData (14 – 25

août 2025) auprès de plus de 850 dirigeants

d’entreprise en Australie, Chine,

France, Allemagne, Japon, Royaume-

Uni et États-Unis. Puis une analyse de

réseau portant sur les rapports annuels

de 123 multinationales issues de six secteurs

(technologie, pharmacie, biens de

grande consommation, services financiers,

transport et environnement bâti)

et de sept marchés mondiaux (Royaume-

Uni, États-Unis, Japon, Chine, Europe,

Océanie et Inde).

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