Sources de Corses-Extrait
- Aucun tag trouvé…
Transformez vos PDF en papier électronique et augmentez vos revenus !
Optimisez vos papiers électroniques pour le SEO, utilisez des backlinks puissants et du contenu multimédia pour maximiser votre visibilité et vos ventes.
Sommaire
Avant-propos......................................................................... 9
I Histoires d’eaux. ........................................................ 10
1. Diversité géologique et diversité des eaux. ................. 12
Trilogie géologique et diversité des eaux ................................. 12
Quelques définitions… .............................................................. 12
Origine, âge et température des eaux....................................... 15
Quelques caractéristiques physico-chimiques des eaux
thermo-minérales de Corse................................................. 18
Les études récentes du laboratoire d’hydrogéologie
de la faculté des sciences de Corti ....................................... 24
À propos de l’hélium dans les sources de Caldanelle
et d’I Bagni di Guagnu......................................................... 26
2. Une connaissance ancienne, une utilisation
reconnue, un abandon presque complet...................... 29
Une découverte probablement très ancienne........................... 29
Les premières traces écrites (du xv e au début du xvi e siècle)...... 31
Le thermalisme au xviii e siècle. .................................................. 32
Une activité plus encadrée dans la première moitié
du xix e siècle. ........................................................................ 39
La « fièvre thermale » de la seconde moitié du xix e siècle. ......... 51
Un lent déclin au xx e siècle. ....................................................... 56
Des années 1980 à nos jours, vers un nouveau tournant ? ........ 60
En conclusion… ........................................................................ 63
II Les sources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
3. Les sources thermales de la Corse granitique. ............ 67
I Bagni di Guagnu (Guagno-les-Bains) .............................. 68
Caldanelle di Mozi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .90
Caldaniccia. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .98
Urbalaconu, ou Taccana, ou Budurangu. ......................... 112
I Bagni di Vuttera (Guitera-les-Bains).............................. 120
Baracci. ........................................................................... 130
Caldane di Tallanu........................................................... 144
I Bagni di Petrapola (Pietrapola-les-Bains). ..................... 148
Les sources de la vallée du Travu. ............................................ 170
Vignola ........................................................................... 170
Caldane du Travu............................................................ 172
Les sources du bas Taravu....................................................... 174
Ramavolpe...................................................................... 174
Giunca. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .176
En conclusion… ...................................................................... 177
4. Les sources minérales froides de la Corse alpine
et de la Corse sédimentaire. ............................................ 179
En Castagniccia, la vallée d’Orezza
et ses nombreuses sources minérales................................................................. 180
Les sources d’Orezza Suttana (acqua acitosa)
et d’Orezza Suprana ....................................................... 182
Les autres sources carbogazeuses de la vallée du Fium’Altu. .. 206
La source Peretti............................................................. 208
Les sources de Piane et de Tascavota (ou Colomba)........ 210
La source Raffali. ............................................................. 216
La source Pastore, dite aussi Manfredi, ou Tinturaghju,
ou Mamucciu, ou du lion d’Orezza. ................................. 218
La source Siala, ou Angeli ............................................... 222
La source Forcione. ......................................................... 225
Les sources de Caldane d’Ampugnani. ............................ 226
La source La Porta........................................................... 231
D’autres émergences ferrugineuses dans le lit du Fium’Altu,
le ruisseau de San Pancraziu et le ruisseau d’Andegnu... 234
III De la cure au thermo-ludisme. ................. 275
6. Des hommes et des soins................................................ 277
Les médecins inspecteurs et les officiers de santé. .................. 277
Six ingénieurs des Mines......................................................... 283
Quelques concessionnaires, directeurs ou propriétaires ........ 284
Ceux qui ont écrit sur les sources ............................................ 285
Les curistes. ............................................................................. 286
La cure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288
En conclusion… ...................................................................... 293
7. Économie du thermalisme :
passé, présent et avenir.................................................. 295
Trois leitmotivs au xix e siècle................................................... 295
Le passé .................................................................................. 295
Le passé récent pour éclairer l’avenir...................................... 301
L’état du thermalisme en Corse en 2025. ................................. 302
L’avenir.................................................................................... 305
Conclusion.......................................................................... 309
En Castagniccia toujours… les vallées du Buccatoghju,
d’Alisgiani, de la Bravona et du Tavignani ............................ 236
La source d’Acqua Acitosa (vallée du Buccatoghju)............ 236
La source de Pardina (vallée de l’Alisgiani) ........................ 238
La source de Mòita (vallée de la Bravona).......................... 241
La source du Mulinu Biancu (vallée de la Bravona) ............ 242
Les sources de Faiu-Quarciu, ou de Puzzichellu
(vallée du Tavignani) ......................................................... 244
La Marana : vallées de la Marmorana et de la Menta.................. 245
La source de Lucciana (vallée de la Marmorana)................ 245
Le forage de Menta (vallée de la Menta) ............................ 246
Les sources de la plaine orientale............................................... 247
Les sources de Puzzichellu. ................................................ 247
La source de Campu Favaghju, ou Puzzichellucciu. ............ 254
La source Acquacitosa, ou Ornaso. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255
Les sources de Vadina et Cordozza..................................... 256
Funtanellu, une source en bord de mer. ............................. 256
Annexes. ................................................................................ 310
Glossaire................................................................................. 328
Sources et bibliographie commentées.................................... 331
Remerciements....................................................................... 335
5. Des sources perdues, « miraculeuses » ou originales.. 259
Des sources aujourd’hui oubliées .............................................. 260
Les eaux que l’on a crues thermales et/ou minérales.................. 263
Les sources « miraculeuses », des eaux aux propriétés étranges. 266
Les sources radioactives. ............................................................ 269
Un usage curieux, le réchauffement des eaux. ........................... 270
Avant-propos
Il y a un peu plus de quarante ans, nous étions consulté une
première fois, en tant qu’hydrogéologue, pour une étude sur une
source minérale insulaire. Depuis, à ce titre, au fil d’expertises
diverses, nous avons eu à donner, à un moment ou un autre, notre avis
de professionnel sur pratiquement l’ensemble des sources thermales
de la Corse granitique. Le suivi, ces dernières années, du recaptage
d’une des sources de Petrapola 1 , rendant ainsi possible la réouverture
du seul établissement insulaire agréé par la Sécurité sociale, en
marque le point d’orgue.
En outre, nous avons pu progressivement nous forger un avis sur les
sources minérales de la Corse alpine grâce à des investigations multiples
sur le terrain et à la consultation de très nombreux rapports ou
de documents des archives départementales ou nationales, en même
temps que la réussite commerciale des eaux d’Orezza 2 montrait le
potentiel économique de certaines de ces sources.
Ces diverses études, géologiques et historiques nous autorisent, du
moins le croyons-nous, à donner notre avis, sous la forme d’une
synthèse, sur le thermalisme en Corse. Comme tout point de vue,
ce dernier est nécessairement orienté et critiquable ; toutefois,
nous l’espérons, ce livre présente le plus honnêtement possible les
remarques et réflexions d’un géologue qui a été confronté aux espoirs
mais aussi aux désillusions qui entourent la (re)mise en valeur d’un
potentiel thermal parfois fantasmé.
La première partie de cet ouvrage rappelle les principales caractéristiques
des eaux thermales et minérales de la Corse en relation avec
la complexité géologique insulaire (chapitre 1), et présente un survol
historique de leur exploitation, en parallèle avec les évolutions de la
réglementation (chapitre 2). La deuxième partie est constituée d’une
série de monographies des sources insulaires : thermales (chapitre 3)
et minérales (chapitre 4). L’étude systématique sur le terrain, l’examen
aussi minutieux que possible des archives permettent de faire le point,
pour chaque source ou ensemble de sources, sur leur découverte, sur
les propriétés qui leur sont attribuées, les tentatives d’exploitation,
leur fréquentation, les raisons de l’arrêt de leur exploitation. Nous
attirerons, chaque fois que possible, l’attention sur un point particulier
(anecdote, particularité, incident, etc.). Dans le chapitre 5 sont
plus rapidement envisagées quelques sources atypiques, minérales ou
non, à la composition originale et/ou aux propriétés médicales supposées.
À l’occasion, nous signalerons de façon non exhaustive plusieurs
1. On trouve dans la littérature « Petrapola », « Petra Pola », « Pietrapola »,
« Pietrapolla ». Nous avons privilégié ici l’orthographe « Petrapola » (en
corse) et « Pietrapola » (en français).
2. Il s’agit dans ce cas d’un changement complet d’utilisation.
sources ou bains aux propriétés médicinales ou autres, signalés lors
d’enquêtes orales ou de découvertes fortuites.
Nous tenterons ensuite, au début de la troisième partie (chapitre 6),
de faire revivre les hommes : médecins inspecteurs, ingénieurs des
Mines, propriétaires ou concessionnaires et autres investisseurs, qui
ont vécu l’histoire thermale corse. Un point particulier concernera les
curistes qui ont fréquenté au xix e siècle les thermes. Plusieurs inventaires
conservés aux archives du Pumonti (archives départementales
de Corse-du-Sud), dans le fonds 5 M, permettent en effet de connaître
leur âge, leur origine, les maladies soignées, etc., mais aussi leurs
rapports parfois conflictuels avec les gestionnaires des établissements
thermaux.
Enfin, dans un dernier chapitre, le plus subjectif sans doute, nous
essayerons de faire le point sur le poids économique passé et sur
l’avenir du thermalisme, au sens large, en Corse. N’étant ni économiste
ni a fortiori spécialiste de l’économie thermale, nous n’avons ici
pour ambition que de présenter, à l’éclairage des tentatives passées,
des espoirs déçus, des situations foncières et environnementales
actuelles, un tableau des possibles, en évitant les utopies les plus
folles ou les avis les plus pessimistes.
L’avenir n’étant jamais écrit à l’avance, et même quand la situation
paraît aujourd’hui compromise (environnement dégradé, pollution
bactérienne), évitons de l’aggraver encore par des actions inconsidérées.
Tel devrait être le comportement des décideurs et autres
aménageurs.
Qui peut prédire en effet, en ces temps de changement climatique,
les utilisations futures de ces eaux, dont certaines, après s’être infiltrées
lentement, ont voyagé pendant des siècles, voire des millénaires,
dans le sous-sol de l’île de Beauté, avant de réapparaître au fond d’une
vallée ou au flanc d’une montagne. Les techniques de recherche et
d’exploitation (forages, par exemple), les changements de législation
peuvent modifier le statut d’une ressource aujourd’hui inutilisable et
demain peut-être fort utile.
Dernière précision, le lecteur ne trouvera pas ici d’études précises
sur les vertus curatives de ces sources. Certes, au fil des descriptions,
il sera fait référence aux propriétés thérapeutiques qui en déterminaient
jadis les usages, mais nous renvoyons le potentiel utilisateur
aux hommes de l’art qui sauront, si nécessaire, conseiller et prescrire
la fréquentation des rares sites thermaux encore en fonction.
Alain Gauthier, géologue
Aiacciu – Vezzani, été 2025
9
Source d'Orezza Suprana
I
Histoires
d’eaux11
1 I Bagni di Guagnu 50°
2 Caldanella 37°
3 Caldaniccia 37,8°
4 Vuitera 42,7°
5 Urbalacone 32°
6 Baracci 52°
7 E Caldane 36°
8 A Funtanella 19°
9 Vignola
PORTU
1
2
CALVI
CINTU
• •
•
•
Corse
alpine
•
•
BASTIA
20
19
18
17
16
15
10 Aqua Acitosa 15,3
11 Petrapola 57°
12 Vadina 17°
13 Cordozza 14°
14 Puzzichellu 14,5°
15 Moïta 15°
16 Pardina 12°
17 Orezza 12,5°
18 Ferriera 13°
19 E Caldane d’Ampugnani 15°
20 La Porta 13°
• •
14
AIACCIU
3
•
•
•
•
•
•
•
•
A GHISUNACCIA
•
ALERIA
13
12
11
10
9
8
7
4
5
6
•
•
PORTIVECHJU
Quaternaire et néogène
Couverture mésoïque et éocène
Nappes à matériel sédimentaire
Nappes des schistes lustrés
0 20 km
Granites alcalins et volcanisme permien
BONIFAZIU
Granitoïdes carbonifères
1
Diversité géologique
et diversité des eaux
À la mémoire de Pierre Termier (1859-1930).
Professeur de géologie de renommée internationale,
il intégra le corps des ingénieurs des Mines à sa sortie (major)
de l’École polytechnique, en 1880. En poste à Nice la décennie suivante,
il avait la Corse dans son champ d'études et rédigea alors plusieurs rapports
détaillés sur ses sources thermales et minérales.
De nombreuses sources, chaudes
et froides jaillissent en Corse.
Des milliers de curistes allaient
y prendre les eaux au cours
du xix e siècle. Aujourd’hui,
aux exceptions, notables,
de l’embouteillage des eaux d’Orezza, et
des quelques centaines de curistes
de Petrapola, ou de baigneurs
de Baracci ou de Caldane di Tallanu et,
très récemment, à Caldanelle di Mozi et
Urbalaconu, le thermalisme corse
n’est plus qu’un souvenir.
Voyons dans ce premier chapitre,
comment la géologie de l’île explique
la diversité des eaux, leur débit,
leur origine et leur âge.
Trilogie géologique et diversité
des eaux
S’il est habituel d’opposer la Corse ancienne à l’ouest, essentiellement
formée de roches granitiques et rhyolitiques 1 *, et la Corse de l’est,
ou alpine, constituée en majeure partie de roches métamorphiques*
(schistes* variés et ophiolites*), il ne faut pas pour autant oublier
les terrains sédimentaires des collines et des plaines orientales.
À ces trois provinces géologiques se superposent en effet plusieurs
ensembles géochimiques qui se retrouvent dans la diversité des eaux
minérales et thermales de l’île de Beauté.
En Corse ancienne, les sources sont en général thermales (température
à l’émergence entre 32 et 55 °C), pour des débits naturels pouvant
dépasser 100 l/min. Leur pH* est fort, souvent supérieur ou égal à 9,
et le dégagement gazeux varie de « faible » à « nul ». Les eaux sont
sulfureuses et chlorurées sodiques. Elles sont artésiennes*.
En Corse alpine prédominent les sources minérales à faible température
(12 à 16 °C), au débit en général plus faible qu’en Corse granitique.
Leur pH est faible, inférieur à 6,5, et le dégagement gazeux toujours
présent. Les eaux sont carbonatées et contiennent souvent du fer.
Une troisième catégorie de sources se rencontre essentiellement dans
la plaine orientale (Puzzichellu, par exemple). Il s’agit d’émergences
minérales où la température de l’eau ne dépasse pas 20 °C, à pH intermédiaire
(de 6,7 à 7,3). Elles sont souvent sulfureuses et parfois à
dégagement gazeux.
Quelques définitions…
Fig. 1
Localisations et températures de quelques
sources thermales et minérales sur la carte
géologique de l’île.
Eaux thermales et thermalisme
Le vocabulaire qui entoure les sources est souvent à l’origine d’imprécisions,
voire de confusions. S’il est en effet assez facile de qualifier
de « thermales » les eaux chaudes et de classer parmi ces dernières
les eaux de Petrapola, par exemple (55 °C à l’émergence), il est déjà
1. Les mots suivis d’un astérisque renvoient au lexique en fin d’ouvrage.
13
Histoires d’eaux
de propriétés curatives (eau digestive, par exemple), mais sans en
préciser réellement la nature. Ce terme est aujourd’hui abandonné et
remplacé par le qualificatif d’« eau minérale » avec, en sus, la composition
chimique et des indications médicales.
En combinant température et constance de la composition chimique,
on définit :
Fig. 2
Une étiquette ancienne de l’eau d’Orezza
plus délicat, car ce n’est pas codifié, de déterminer la température à
partir de laquelle on parle de source thermale. Quant au vocable de
« thermalisme », il s’applique davantage à l’utilisation que l’on fait
de l’eau, aux soins que l’on réalise à partir ou autour de la ressource
hydrique, qu’à sa température : on faisait jadis des cures thermales à
Puzzichellu où la température de la source est à seulement 14,5 °C.
Minérales, de source, de table…
Si l’on considère que toutes les eaux de source contiennent des
substances minérales dissoutes, elles devraient être toutes qualifiées
de « minérales », y compris celles qui arrivent à nos robinets. En
réalité, on réserve, ou on devrait réserver, le terme d’« eaux minérales
naturelles » à des eaux souterraines dont la composition chimique est
constante et qui ont des propriétés reconnues par le corps médical
et validées par une autorisation ministérielle. Tout traitement de
ces eaux, physique ou chimique, est interdit 2 . Le vocable « eaux de
source » est réservé à des eaux souterraines qui ne sont pas traitées, à
l’exception d’une filtration possible et d’un traitement concernant les
teneurs en gaz carbonique, en fer et en manganèse3. Enfin, les eaux de
table sont des eaux qui peuvent avoir été rendues potables par divers
traitements, y compris par la désinfection.
On trouve dans les listes des sources recensées par le Plan terrier (fin
du xviii e siècle) et dans certains rapports des médecins inspecteurs du
début du xix e siècle le vocable d’« eau médicinale ». Il s’agit d’un terme
vague, qui semble seulement indiquer que ces eaux sont pourvues
– les eaux minérales froides (températures inférieures à 20 °C) ;
– les eaux minérales chaudes (température supérieure à 20 °C).
Parmi ces dernières, les eaux dont la température ne dépasse pas
36 °C sont hypothermales ; celles dont la température est comprise
entre 36 et 42 °C sont mésothermales ; celles dont la température
dépasse 42 °C sont hyperthermales ; enfin, celles dont la température
dépasse 50 °C sont acrothermales (par exemple, une source à
Petrapola et le forage de Guagnu).
Jusqu’en 2009, les eaux minérales naturelles, une fois leurs vertus
thérapeutiques reconnues par l’Académie de médecine, étaient
soumises à une déclaration d’intérêt public, avec parfois, mais pas
toujours, la définition d’un périmètre de protection. Par exemple, la
source d’Orezza a fait l’objet d’une autorisation d’exploitation par
arrêté ministériel en date du 25 avril 1856 et a été déclarée d’intérêt
public le 7 février 1866, mais sans délimitation de périmètre de
protection.
Un simple arrêté préfectoral permet aujourd’hui d’exploiter une
source minérale naturelle destinée à l’embouteillage, mais cet arrêté
doit être accompagné de la délimitation d’un périmètre de protection
sanitaire défini par un hydrogéologue agréé.
Les eaux utilisées dans les établissements thermaux sont soumises
à des contrôles supplémentaires (gestion du risque microbien, par
exemple). Leur reconnaissance par l’Académie de médecine va
permettre ensuite la mise en place de cures. On y précisera alors
les maladies soignées, la durée des cures, les modes d’utilisation de
l’eau : bain, boisson, etc. Cette reconnaissance entraînera la possibilité
de prise en charge du patient par la Sécurité sociale 4 . Cette reconnaissance,
compliquée à obtenir, va être activement recherchée au
xix e siècle. Plusieurs sources vont l’obtenir, d’autres non, certaines
vont la perdre ensuite et, actuellement, les bains de Petrapola sont
les seuls à être reconnus par l’Académie de médecine. Les bains de
Guagnu, il y a une vingtaine d’années, et ceux d’Urbalaconu, plus
récemment, ont perdu cet agrément.
2. Voir à ce sujet la polémique et les plaintes entourant les eaux du groupe
Nestlé Waters (Hépar, Vittel, Contrex et Perrier).
3. Traitements utilisés à Orezza.
4. Après la Seconde Guerre mondiale.
14
Diversité géologique et diversité des eaux
D 0 ∕00
Fig. 3
Origine de l’eau (d’après Gil Michard). Altitude de
l’infiltration des eaux en fonction des teneurs en
deutérium et en oxygène 18
Sulfureuse, bicarbonatée, calcique…
Minérales et/ou thermales, les eaux sont en général accompagnées,
pour les qualifier, d’un ou plusieurs termes caractérisant la ou les
principales substances dissoutes : eaux sulfureuses, bicarbonatées
calciques, gazeuses, etc.
Dans sa récente thèse (2021), Margaux Dupuy a classé les eaux de
la façade orientale de la Corse en cinq faciès hydro-chimiques en
fonction de la prédominance de certains éléments majeurs : bicarbonaté
sodique (Na – H – CO3), par exemple, à Petrapola ; chloruré
sodique (Na – Cl) ; bicarbonaté calcique (Ca – HCO3) ; bicarbonaté
calcique et sodique (Na – Ca – HCO3) ; bicarbonaté calcique et sulfaté
(Ca – HCO3 – SO4).
- 30
- 40
- 50
- 60
Émergences
Origine, âge et température des eaux
Il nous a été maintes fois indiqué que les eaux des sources ou des lacs
de montagne avaient une origine lointaine, extérieure à l’île, et pour
certaines, principe des vases communicants oblige, une origine alpine.
Il est donc tentant d’imaginer une origine lointaine ou très profonde,
et donc juvénile*, pour les eaux thermales de la Corse. On a démontré
ces dernières années qu’il n’en était rien et que l’eau des sources
thermales et minérales provient de l’infiltration sur la Corse d’eaux de
pluie, lesquelles, après un trajet plus ou moins long et lent, donnent une
résurgence, souvent dans un point bas, en fond de vallée, par exemple.
Les études récentes de l’université de Corse Pascal-Paoli, et en particulier
la thèse de Margaux Dupuy (2021), ont permis de distinguer et de
caractériser des « provinces thermales », tout en précisant les zones
d’infiltration, les circuits de circulation des eaux souterraines sur le
versant oriental de l’île (voir la fin de ce chapitre).
Altitude d’infiltration et isotopes
C’est l’utilisation de divers isotopes*, c’est-à-dire de variétés en
général rares d’atomes* habituellement abondants, qui va permettre
de trancher scientifiquement la question de l’altitude d’infiltration.
Parmi ces isotopes, ceux de l’oxygène et de l’hydrogène vont être déterminants.
Oxygène et hydrogène possèdent, outre les variétés habituelles
(oxygène 16 et hydrogène 1), des isotopes non radioactifs qui n’ont pas
la même masse atomique*. On emploie ici l’isotope 18 de l’oxygène
(oxygène lourd, non radioactif). On utilise en parallèle le deutérium*
(isotope lourd de l’hydrogène). Dans le détail, on n’utilise pas directement
les valeurs des rapports isotopiques 18 O / 16 O mais les écarts entre
ces rapports et un standard, ce qui permet de définir une unité δ qui est
alors employée pour tracer des graphes (voir rapport δ*).
On a démontré que les teneurs en oxygène 18 et en deutérium de l’eau
de pluie aux différentes altitudes étaient liées par une relation linéaire
- 9 -8 -7
2 200 m 1 850 m 1 500 m
δ-18 0 ∕ 00
(fig.3). On dispose donc d’un moyen d’évaluer l’altitude à laquelle
les eaux se sont infiltrées. L’analyse du graphe δ 18 O/δD montre que
les eaux des sources minérales corses correspondent à des eaux de
pluie qui se sont infiltrées en assez haute altitude, mais à des altitudes
compatibles avec l’orographie* de la Corse. Elles ont atteint ensuite
des zones profondes où elles se sont réchauffées dans des réservoirs
constitués par des champs de diaclases* au sein des unités granitiques.
On sait par ailleurs que la température et la pression augmentent avec
la profondeur (en moyenne d’un degré par tranche de 30 mètres ou
de 30 degrés par kilomètre). C’est donc en profondeur que les eaux
se sont lentement réchauffées, en dissolvant certaines substances et
en acquérant leur composition chimique caractéristique et donc leur
potentialité médicale.
La remontée de l’eau thermale s’effectue ensuite selon les plans
préférentiels (des failles). Ces dernières conditionnent la formation
des vallées en Corse granitique et expliquent pourquoi les sources
thermales se rencontrent habituellement à proximité des grands cours
d’eau de la Corse occidentale, à basse altitude. Quant à la remontée
de l’eau chaude, plus légère, elle est suffisamment rapide pour que
l’eau se refroidisse peu (remontée adiabatique*). C’est le principe du
thermosiphon, mais appliqué à un petit secteur géographique autour
de la source.
15
Histoires d’eaux
Fig. 4
Le principe du thermosiphon
Précipitation sur le Cerbellu
Guagno-les-Bains
Fiume Grosso
Faille
Par exemple, diverses considérations concernant la fracturation, la
composition chimique des eaux, les rapports isotopiques et la hauteur
des reliefs environnants suggèrent que l’eau de la source de Guagnu
provient d’un « réservoir » constitué par le massif Punta Sirenese -
Monte Cerbellu – Monte Tretorre (fig. 4).
Un mécanisme identique peut être envisagé à Petrapola où les eaux
météoriques (de pluie) tombées sur le massif de la Punta della Cappella
se sont lentement infiltrées (jusqu’à près de 3 kilomètres de profondeur),
réchauffées, puis à la faveur d’un ou de plusieurs accidents
importants (des fractures, ou failles) affectant les granitoïdes*, ont
rejoint rapidement la surface sans se refroidir.
On notera de plus que, dans la mesure où la teneur en oxygène 18
des eaux minérales est en tout point comparable à celle des eaux de
pluie, on a la preuve que les eaux minérales ne sont pas des eaux
« juvéniles », c’est-à-dire des eaux récemment formées dans l’écorce
terrestre.
D’après Gil Michard, les faibles débits actuels sont dus à des colmatages
superficiels et, de fait, chaque fois que l’on a réalisé des forages,
par exemple aux Bagni di Guagnu (Guagno-les-Bains) ou à Baracci, on
a obtenu un débit plus important.
Enfin, les eaux sont artésiennes, c’est-à-dire qu’elles jaillissent sous
pression et peuvent ainsi s’élever de plusieurs décimètres au-dessus
du sol (fig. 7). Leur débit peut en conséquence être influencé par la
pression atmosphérique ou, plus fréquemment, par la pression hydrostatique.
Plusieurs sources s’épanchent en effet au fond de réservoirs
– Baracci, Urbalaconu, Vuttera (Guitera). Leur débit dépend alors
de l’état de remplissage du bassin. Il est plus fort lorsque le bassin
est vide et, inversement, plus faible lorsque ce dernier est plein. La
comparaison des débits doit tenir compte de ce paramètre.
16
Diversité géologique et diversité des eaux
Fig. 5
Le monte Tretorre
Fig. 6
Massif de Punta della Cappella, secteur de Prati
Fig. 7
Artésianisme lors de la réouverture du forage BA6 à Baracci (2004)
L’ancienneté des eaux
À partir de 1952, les essais atomiques dans l’atmosphère ont enrichi
celle-ci en tritium* ( 3 H), un autre isotope de l’hydrogène, mais
radioactif celui-ci. L’absence de ce tritium dans l’eau des émergences
de la Corse ancienne montre que leur infiltration est antérieure à
1952. Cette absence montre également que ces eaux n’ont pas été
mélangées avec des eaux plus récentes au cours de leur remontée,
ce qui est un gage d’excellente qualité sur le plan bactériologique. Le
fait que ces eaux soient artésiennes, c’est-à-dire qu’elles remontent
sous pression, représente une indication supplémentaire de non-mélange
avec des eaux superficielles qui pourraient les contaminer
bactériologiquement.
A contrario, la présence en petites quantités de tritium dans les eaux
de Castagniccia ou de Puzzichellu indique une eau « moderne » pour
les premières et un mélange entre des eaux anciennes et modernes
pour les secondes.
L’évaluation de l’âge des eaux thermales par la méthode du carbone
14 ne peut être effectuée qu’en Corse ancienne où les émergences ne
sont pas perturbées par le dégagement de CO2. Les résultats donnent
les âges suivants : I Bagni di Guagnu : 6 000 ans, Caldanelle : 9 000
ans, Baracci : 15 000 ans, Petrapola : 9 000 ans. Ces âges traduisent des
temps de transit très longs (un mètre par an, d’après la littérature scientifique),
soulignent l’importance du volume des réservoirs thermaux
et sont encore un gage d’excellence sur le plan bactériologique 5 .
5. En 2025, le laboratoire SGS Beta de Floride a réalisé une étude isotopique
de l’eau de Guitera. Un âge de 18200 ans a été déterminé par l’emploi du
14
C. Quant aux δ 18 O = - 10,07 et d 2 H = - 71,14, ils confirment une infiltration
des eaux à haute altitude, et dans ce cas précis, à des altitudes voisines de
2000 mètres.
17
Source minérale en Castagniccia
II
Les
sources
Fig. 1
L’établissement thermal de Guagnu, et en arrière-plan, les deux forages situés
dans les deux édicules clairs. Le griffon de Venturinu n’est pas visible. Il est situé
derrière l’établissement entre les maisons de gauche.
3
Les sources thermales
de la Corse granitique
Rappelons en préambule
les principales caractéristiques
des sources thermales de la Corse
granitique, dite aussi « Corse
ancienne », déjà évoquées
dans le premier chapitre…
Au nombre d’une dizaine (ce nombre
correspond aux lieux-dits : il peut y
avoir en effet de nombreux griffons*
pour un même site), elles sont toutes
chaudes, même si leur température au
griffon varie de 32 °C à plus de 60 °C.
Elles sont en général situées
sur des failles, souvent en fond
de vallée. Elles sont artésiennes*,
c’est-à-dire qu’elles jaillissent
naturellement sans pompage.
Leur pH* est fort, supérieur ou égal
à neuf. Elles sont sulfureuses et ont
pour cation* principal le sodium :
deux raisons pour lesquelles
elles sont qualifiées de « sources
sulfurées sodiques ».
En Corse, huit sources font, ou on fait, l’objet d’une exploitation.
La plupart, à une exception près, sont situées sur la façade ouest
de l’île. Deux ont été très fréquentées au xix e siècle : I Bagni di
Guagnu (Guagno-les-Bains) et Petrapola. Six ont eu une fréquentation
plus faible.
Leur utilisation se faisait essentiellement sous la forme de bains,
même si, occasionnellement, elles étaient bues. Leur composition
chimique et leur température les destinaient préférentiellement aux
maladies de type rhumatismal, mais aussi de la peau, pour soigner la
gale en particulier.
Deux au moins, et peut-être d’autres à redécouvrir, ont été employées
très localement. Deux sont encore dans leur état naturel et illustrent
ainsi l’aspect des émergences avant toute intervention humaine.
Une seule est encore autorisée pour les cures thermales (Petrapola).
Plusieurs peut-être pourraient prétendre à un renouveau avec, sans
doute, un changement dans l’utilisation.
Il est à noter que les sources thermales appartiennent à la Collectivité
de Corse, à des communes et/ou à des particuliers. Dans les deux
premiers cas, la visite peut être réglementée, encadrée par des
horaires. Concernant les sources privées, il convient de s’assurer
que leur visite n’est pas interdite et de se conformer aux éventuelles
interdictions.
Passons donc maintenant en revue, du nord au sud et de l’ouest vers
l’est, ces divers ensembles d’émergences thermales…
67
Les sources
Fig. 2 et 3
La niche où se déverse l’eau de Venturinu et les griffons recouverts
par des dalles ; l’intérieur de la niche
I Bagni di Guagnu
(Guagno-les-Bains)
L’établissement thermal et les sources des Bagni di Guagnu sont particulièrement
représentatifs des problèmes liés à l’exploitation d’une
émergence thermale en Corse.
L’abondance des documents conservés aux archives, les nombreuses
études réalisées permettent d’illustrer les grandeurs et les errements
d’une station insulaire qui a reçu plusieurs centaines de curistes
certaines années et qui, après avoir perdu son agrément Sécurité
sociale à la suite de la présence de légionelles* en 1998 (voir encadré),
n’a pu, malgré deux tentatives, en 2004 et 2013, récupérer cet
agrément, bien que de nombreuses améliorations aient concerné, sur
le plan hydrogéologique, la protection de la ressource.
Édifications successives de plusieurs établissements, construction du
seul hôpital militaire thermal de la Corse, concessionnaires nombreux,
espoirs et déceptions… toutes ces caractéristiques méritent, nous
semble-t-il, que I Bagni di Guagnu (fig. 1) bénéficient d’un développement
un peu plus détaillé que les autres sources.
Les sources et les forages
Deux sources sont connues depuis très longtemps (au moins au
xvi e siècle et sans doute bien avant) : la Petite Source, ou source des
Yeux, ou Goccia, et la Grande Source, ou Venturinu 1 , avec depuis 2002,
deux forages : F1 (Caldane) et F2 (Caldane 2).
Localisations et débits
Ces sources et forages, initialement sur la commune de Guagnu, sont
depuis 1852 rattachés à la commune d’U Pighjolu (Poggiolo).
Venturinu. Les coordonnées 2 de la source Venturinu, ou Grande
Source, sont : X = 1 187 132 m ; Y = 6 137 452 ; Z = 443,58 m. Le griffon*
1. Ce nom officialisé par l’usage n’a été introduit que tardivement au détriment
du vocable initial : Grande Source. Dans un rapport de 1932, l’ingénieur en
chef des Mines, Tivolle, précise : « Une première source, dite Venturino, se
trouve en amont de l’établissement et émerge dans le granit d’un captage
terminé par un tuyau duquel l’eau s’écoule à l’air libre et tombe dans un réservoir.
La température de cette source n’est que de 37 °C et son débit n’est
que d’une dizaine de l/min. La seconde source, dénommée “Saint- Antoine
de Guagno” et qui est beaucoup plus importante, est captée au sein du granit
dans un petit réservoir de 0,2 m de profondeur… La température mesurée est
de 52 °C… Le débit est exactement de 60 litres à la minute… » La réunion des
deux sources postérieurement à la visite de l’ingénieur dans un même cuveau
(sous la niche) explique sans doute l’apparition d’un seul nom.
2. Différentes valeurs sont fournies suivant les sources.
de la source, retrouvé en 2000, est situé à 10 mètres en amont de
l’établissement thermal, juste en amont d’un petit édicule de granite.
Son débit après recaptage était de 6,5 m 3 /h en 2013, la température de
l’eau, de 59 °C. Notons qu’avant la réalisation des forages, le débit de
Venturinu était d’environ 50 l/min, soit 3 m 3 /h avec une température
de 48 à 50 °C 3 . Le débit était antérieurement, en 1808, plus fort et égal
à 66 l/min (fig. 2 et 3).
Goccia. La source Goccia, ou des Yeux (degli Occhi), ou Petite Source,
distante d’environ 150 mètres à vol d’oiseau, au bord de la départementale
avait, avant la réalisation des forages, un débit de quelques
litres par minute (150 l/h) et une température de 38 °C. Ses coordonnées
étaient : X = 1 186 984 ; Y = 6 137 432 ; Z = 468 m.
Le forage Caldane 1. Ses coordonnées sont : X = 1 187 127 ; Y = 6 137 451 ;
Z = 449,88 m. Son débit initial artésien était d’environ 5 m 3 /h, avec une
température de plus de 60 °C. Le forage est à 20 mètres des griffons
de Venturinu. Profondeur atteinte : 140 mètres dans le granite alcalin*.
Le forage Caldane 2 n’étant pas artésien*, il a été décidé de ne pas l’utiliser
dans un premier temps, et ce, d’autant plus que le prélèvement
3. La température et le débit varient selon les rapports.
68
Les sources thermales de la Corse granitique I Bagni di Guagnu
De la difficulté
à retrouver une habilitation perdue
Fig. 4
Carte postale publicitaire
Le département de la Corse-du-Sud essaya par deux
fois, en 2004 et 2013, de retrouver l’agrément délivré
par l’Académie de médecine. Deux forages avaient
été réalisés en 2002, une longue campagne d’analyses
(douze prélèvements pendant un an) avait
révélé que les eaux étaient identiques à celles précédemment
autorisées et qu’elles étaient maintenant
totalement indemnes de bactéries pathogènes.
Le premier rejet, en 2004, était justifié « par le manque
d’éléments d’information médicale sur les modalités
et l’intérêt de la cure thermale de Guagno-les Bains. »
Le second rejet date de décembre 2013. Il est motivé
comme suit :
« Par conséquent, la station thermale de Guagnoles-bains
n’a réalisé aucune étude personnelle dans
son dossier de demande d’autorisation d’exploiter,
conformément aux recommandations de l’Académie
nationale de médecine (communiqué : “bases
méthodologiques de l’évaluation clinique thermale”.
Recommandations de l’ANM pour servir de
critères à l’égard de demande d’avis en matière de
Thermalisme par Claude Boudene, Patrice Queneau
et Bernard Graber-Duvernay — Séance du 4 janvier
2006), aucune étude portant sur une indication
précise, c’est-à-dire non pas par symptôme mais par
pathologie et ce en double insu, de telle sorte que
la demande n’est pas recevable. Il en est de même
pour l’ORL où là encore la présentation succincte se
base sur de faibles études et, sans étude personnelle
réalisée par la station thermale de Guagno-les-bains
pour cette deuxième indication. Déjà en 2008, le
Professeur Claude Molina avait été mandaté par la
Commission XII pour une demande de consommation
portant sur Caldane seule et avait proposé au
nom de la commission de rejeter cette demande
d’exploitation…
« Dans les conditions actuelles de présentation
du dossier ne comportant pas d’études cliniques,
la commission XII donne un avis défavorable à la
demande d’exploiter les sources de l’établissement
thermal de Guagno-les-bains, à des fins thérapeutiques
(rhumatologique et ORL). »
On notera qu’il était difficile à une station fermée
depuis quinze ans de répondre par des études de cas
aux desiderata de l’Académie de médecine. Quant à
la remarque de l’Académie qui précède la conclusion
– « Il est souhaitable en raison de l’enjeu de la
présente demande de proposer par les autorités
préfectorales une ouverture temporaire d’exploitation
pour mener une double étude, rhumatologique
et ORL, avec des indications précises et selon les
recommandations et les bases méthodologiques
auxquelles est très attachée la commission XII » –,
nous ne comprenons pas pour quelles raisons elle
n’a pas été mise en œuvre.
•
69
Les sources
Fig. 5
Massif de la Punta Sirinese
d’eau dans le second forage réduit la production du premier (preuve de
l’interconnexion des deux ouvrages).
Accès aux sources
Gagner par la D 323 le hameau des Bagni di Guagnu. On passe à proximité
de l’ancienne source Goccia. Les thermes étant fermés et la source
étant tarie, il n’est pas possible de voir l’eau thermale.
Le trop-plein de la source Venturinu et du forage s’écoule dans une
rigole le long de l’établissement.
Géologie
Les sources thermales des Bagni di Guagnu se situent au point de
convergence de plusieurs lignes de failles et de fractures (fig. 8). En
aval de la source Goccia, ou source des Yeux, une zone faillée complexe
met en contact des granites roses, alcalins, d’âge permien* avec les
granodiorites arénisées*. Une zone broyée orientée Nord* 130 peut
être observée en bordure de route. Des fractures satellites associées à
ce grand accident s’entrecroisent.
Le forage Caldane a traversé une dizaine de mètres de granite beige
altéré puis il a recoupé un granite franc jusqu’à 140 mètres. Deux
zones fracturées ont été recoupées entre 37 et 44 mètres, puis aux
environs de 100 mètres. Les venues d’eau thermales se situaient aux
niveaux des fractures. Le forage a été tubé en acier Inox sur 30 mètres
puis laissé en trou nu jusqu’au fond.
Lors de la foration, le griffon Venturinu s’asséchait, puis redevenait
productif lors des arrêts techniques. Il en fut de même lors de la
foration du second forage.
Remarques hydrogéologiques
La réalisation des forages, la recherche du griffon entre 2000 et 2004,
puis le bridage des forages entre 2004 et 2009 (mise en sommeil de
l’établissement après un premier rejet de la demande d’autorisation
par l’Académie de médecine) se sont traduits par des modifications de
débit qui ont été mesurées lors de la reprise de la démarche d’agrément
en 2009 :
– arrêt de la source Goccia ;
– diminution du débit de Caldane 1 à 2,5 m 3 /h ;
– augmentation de débit du griffon de Venturinu à 6,5 m 3 /h ;
– débits cumulés forage F1 + Venturinu = 9 m 3 /h en 2013, soit 216 m 3 /j,
ce qui est considérable, puisque cela correspond à un triplement de
la ressource, avec en sus une eau hyperthermale.
L’explication la plus logique de ces modifications est que l’aquifère
fracturé superficiel, largement colmaté avant la foration, a été mis
en charge lors du bridage des forages qui ont facilité les remontées
aquifères. Cette modification ponctuelle de la circulation thermale
70
Les sources thermales de la Corse granitique I Bagni di Guagnu
71
Les sources
Fig. 18 et 19
Les plans du bâtiment établis en 1846 le montrant tel qu’il aurait dû être…
Un nouvel établissement thermal achevé en 1847
À la suite d’une contestation de la propriété des sources, une expropriation
au profit du Département est actée par le tribunal en mars 1841. Le
31 août de la même année, le Département fait concession à perpétuité
(sic) au sieur Jean Multedo du quart des eaux et « des terrains de
l’établissement thermal […] pour y former un établissement […] Les
travaux de construction de bâtiments et plantations seront exécutés
d’après les plans fournis par l’architecte du département… », comme
le précisent des archives du Pumonti. Les trois quarts restants de l’eau
sont concédés au ministère de la Guerre.
Il semble que les constructions réalisées par Jean Multedo ne donnent
pas satisfaction. Divers courriers datés de 1847 listent les malfaçons
et les libertés prises par Multedo par rapport aux plans établis par le
Département l’année précédente. En effet, le bâtiment, s’il respecte
la forme prescrite, comporte un étage supplémentaire, comme le
montrent les représentations de l’abbé Galletti en 1864 et de Lucie
Allié en 1873.
En 1855, l’établissement thermal « se compose de trois corps de
bâtiments qui, réunis entre eux à angle droit, circonscrivent une
vaste cour par laquelle on entre. Il est situé à l’endroit ou existaient
les anciens bains […] L’aile gauche est occupée par les piscines destinées
aux militaires malades envoyés de France et d’Afrique pour
le compte du gouvernement, par des cabinets de bains pour les
officiers et par des douches. L’aile droite est destinée aux malades
civils. Le bâtiment du milieu se compose de deux grands réservoirs
alimentés par la source principale, qui donne soixante litres
par minute et dont la température est de 42 degrés Réaumur […]
Deux cent quatorze personnes peuvent se baigner à la même heure.
80
Les sources thermales de la Corse granitique I Bagni di Guagnu
81
Les sources
Fig. 20
L’établissement thermal d’après l’abbé Galletti (1864)
Fig. 21
Représentation de l’établissement par Lucie Allié (1873). La légende indique :
« La partie supérieure offre à droite une maisonnette et à gauche l’établissement
ou hôpital destiné aux militaires ayant derrière la petite chapelle
de Saint-Antoine. La partie inférieure offre au centre l’établissement civil
où sont les sources. C’est un rectangle dont un des côtés est fermé par un mur
offrant la porte d’entrée. Les maisonnettes à droite et
à gauche sont des dépendances des bains.
Les arbres sont des châtaigniers. Le rez-de-chaussée du grand bâtiment
est destiné aux bains, le premier est destiné à loger les baigneurs civils. »
Cet établissement compte trente-deux cabinets à baignoires, vingtcinq
piscines à quatre places, quatre à dix et deux à vingt places.
L’établissement civil forme le premier étage de l’établissement
thermal. Il se compose d’une soixantaine de chambres meublées
très convenablement, de salons de réception et autres. Dans ce
moment-ci il est à peine suffisant pour recevoir les nombreux
visiteurs qui y affluent tous les ans… (Extrait de La Corse et son
avenir, Jean de la Rocca, 1857.)
De prétendues visites impériales
Contrairement à ce que peut laisser croire la plaque de l’entrée de
l’établissement thermal, Napoléon III et l’impératrice Eugénie ne sont
jamais venus à Guagnu. En revanche, Bonaparte et sa mère auraient
fréquenté les bains en 1787, si l’on en croit le « Blog des Pioggiolais ».
L’affirmation est tirée d’un ouvrage publié en 1924 6 . La description
des bains dans ce document et les personnalités qui les auraient
fréquentés nous paraissent toutefois sans rapport avec ce que devait
être l’environnement des bains en 1787, date à laquelle il n’y avait ni
6. Docteur Augustin Cabanès, Au chevet de l’Empereur, 1924. « Madame Letizia
qui, naguère, avait fait un heureux usage des eaux de Guagno, s’y fit accompagner
par son fils Napoléon. Guagno, qui ne jouit plus de la vogue qu’elle a eue,
était alors la plus fréquentée des stations thermales de Corse. Elle possédait
un établissement vaste et bien tenu ; on y trouvait, outre une chapelle pour le
service du culte, une auberge, une table d’hôte passable, et le plus souvent,
une société des plus choisies. Le nombre des baigneurs s’élevait annuellement
à sept ou huit cents ; les uns y allaient en quête de santé ; d’autres, du
calme de la retraite, cherchant un délassement aux luttes politiques ou aux
soucis des affaires.
Paoli, entouré des Abbatucci, des Casabianca, des Ornano, parfois de
Bonaparte, tous les personnages, en un mot, qui formaient son escorte
habituelle, venait à Guagno presque chaque année. Madame Mère en tirait
toujours du soulagement ; elle souffrait de douleurs rhumatismales pour
lesquelles maints traitements avaient été expérimentés, notamment une cure
de station, réputée pour ces sortes de maux, de Bourbonne-les-Bains. Notons,
en passant, que si Napoléon avait hérité de sa mère certaines qualités viriles,
il tenait aussi d’elle cette constitution arthritique que le legs paternel ne fit
que renforcer. »
82
Les sources thermales de la Corse granitique I Bagni di Guagnu
Fig. 22
Peut-être des curistes en promenade à proximité de la source Goccia
Fig. 23
À l’entrée de l’établissement actuel, une des 16 baignoires en marbre
surmontée d’un écriteau rappelant – à tort – la visite de Napoléon III
83
Les sources
Fig. 24
L'embuscade du 2 novembre 1931
à la une de L'Illustré
Fig. 25
Établissement thermal et curistes dans
l’entre-deux-guerres
Dès leur arrivée dans cette station d’été, très
fréquentée par les malades et les estivants, ils sont
allés aux hôtels Casta, Martini Pascal et au débit
Leca. Sous la menace de leurs fusils braqués dans
la direction des patrons de ces établissements, ils
ont exigé le versement de sommes variant de 1 000
à 5 000 francs.
Après quoi, le bandit Caviglioli a posté ses deux
neveux au coin de l’établissement thermal tenu par
M. Michel Simongiovanni et lui-même est rentré
dans la cour de l’hôtel, a fait lever les mains en l’air
aux clients de l’établissement qu’il a rencontrés,
puis se plaçant au bas d’une fenêtre, il a appelé
le patron “Michel, Michel”, son fusil braqué dans
la direction de la fenêtre où le propriétaire était
susceptible de paraître.
Banditisme à Guagnu
Michel Simongiovanni, concessionnaire de l’établissement,
avait refusé, quelque temps auparavant, le
racket établi par le bandit et avait déclaré : « Plutôt
que de verser à Caviglioli la somme qu’il me réclame,
je suis prêt à lui flanquer cinq balles dans le front. »
Le quotidien raconte ensuite…
Une première affaire,
citée par Robiquet
29 juillet 1822. M. Pozzo di Borgo 1 , payeur de la
Corse, se trouvant aux eaux de Guagno, reçut
plusieurs messages du bandit Brusco, qui lui
demandait des secours pécuniaires. Les prières
n’ayant pu réussir, les menaces furent mises en
œuvre et n’eurent pas plus de succès. M. Pozzo di
Borgo, en quittant les eaux se rendit à Vico : il était
accompagné d’une nombreuse escorte. Au milieu
de la route un coup de fusil est tiré sur la petite
troupe, deux individus sortent des makis [sic],
gagnent un mamelon et tirent trois coups de fusil.
L’un de ces hommes était Brusco, que plusieurs
personnes de l’escorte reconnurent parfaitement. Il
paraît que les bandits essayèrent par un autre avis,
de faire tomber le payeur et ses amis dans une autre
embuscade plus dangereuse que la première ; ils
virent de loin, au point où on avait voulu les faire
passer quatre ou cinq hommes qui leur crièrent :
“Pourquoi fuyez-vous, venez ici si vous l’osez !”
Une deuxième affaire,
bien plus sanglante
Cent dix ans plus tard, le 17 août 1931, intervient
un épisode bien plus sanglant, relaté par Le Petit
Provençal du 24 août :
Mardi dernier, vers 9 heures du matin, le bandit
Caviglioli François et ses deux neveux Torre
Jean-Baptiste et Caviglioli Toussaint – ce dernier
âgé de 17 ans – sont arrivés à Guagno-les-Bains,
tous trois armés de fusils et de pistolets avec
cartouchières garnies.
Ce dernier n’ayant pas répondu, Caviglioli s’est
retiré et, de la route, ses neveux et lui ont tiré une
trentaine de coups de fusils sur les fenêtres de
l’établissement.
Notre malheureux concitoyen, M. Antoine Guagno,
qui se trouvait dans sa chambre avec sa jeune
femme, atteint à la tête par une balle, fut foudroyé.
Dans la soirée, toutes les voitures qui se trouvaient
à Guagno et dans les environs ont été réquisitionnées
pour permettre aux estivants et aux malades
de quitter Guagno-les-Bains qui est complètement
désert à l’heure actuelle.
Pour certains, l’agression marqua la fin de l’âge d’or de
la station ! Le 2 novembre de la même année, François
Caviglioli et ses complices tendirent une embuscade
aux gendarmes. Deux de ces derniers furent tués,
mais également François Caviglioli (fig. 24). •
1. Ce personnage (1785-1838), qui était contesté dans sa région natale Alata et y fut d’ailleurs assassiné, avait créé en 1822 un incident en voulant se baigner dans la partie
militaire des bains, en arguant du fait qu’il avait le grade de colonel.
84
Les sources thermales de la Corse granitique I Bagni di Guagnu
établissement « vaste et bien tenu », ni auberge ou hôtel dignes de
ce nom, contrairement à ce que déclare l’auteur. Le futur et le second
empereur ne sont donc pas venus à Guagnu !
En revanche, la date de 1808 mentionnée sur la plaque d’entrée a pour
sa part une valeur historique, puisqu’elle correspond à la nomination
du premier médecin inspecteur pour les bains de Vicu : Louis Defranchi.
Une succession de concessionnaires…
et la reprise par le Département en 1927
Jean Multedo lègue à ses neveux, en 1864, l’établissement des bains.
C’est l’un d’eux, Jean de la Rocca (1832-1883), qui va le gérer jusqu’à
sa mort. Un courrier de 1899 rappelle à madame de la Rocca, sa veuve,
que le bâtiment est délabré et doit être réparé. Celle-ci publie en 1902
une Note sur les eaux minérales de Guagno-les-Bains… Elle signe le petit
opuscule « Veuve Jean de la Rocca. Propriétaire des Eaux Thermales et
des Établissements de Guagno-les-Bains ». Quelques années plus tard,
M elle Peraldi de Comnènes en sera à son tour concessionnaire. En 1918,
le préfet met en demeure les concessionnaires de se conformer aux
clauses de la concession et de procéder aux travaux d’urgence.
Considérant que les concessionnaires successifs n’ont pas donné satisfaction
et à la suite de deux arrêtés, en 1927 et en 1934, le Département
reprend possession de l’établissement en 1927 et du quart de la
ressource en eau en 1934. Le ministère de la Guerre a renoncé quant à
lui à la concession des trois quarts de l’eau dès 1924.
Les renouvellements de la concession en 1940 et en 1971
Le 11 novembre 1939, l’assemblée départementale se prononce à
nouveau pour la concession de son domaine. Après la guerre, l’établissement
est fréquenté par une clientèle locale et les bâtiments se
dégradent peu à peu. Lors de sa visite, en 1957, Louis Merklen décrit
un « établissement [qui] est dans un état de délabrement tel que
l’on se demande comment il peut y avoir des gens qui fréquentent la
station balnéaire… »
En 1968, P. Geronimi est concessionnaire depuis plus de vingt ans –
la location-gérance avait eu lieu en janvier 1946 pour une durée d’un
an renouvelable par tacite reconduction. L’établissement, toujours en
très mauvais état, reçoit tout de même environ 200 curistes par an
(rapport Pieri en 1969). L’ingénieur des Mines Paul Cornu confirme à
la même époque le délabrement du bâti, mais indique que « les seize
cabines de bains très sommaires sont toutes équipées d’une magnifique
baignoire en marbre blanc massif, véritables pièces de musée… ».
En 1971, l’établissement est concédé à la Société d’exploitation hôtelière
des thermes de Guagno-les-Bains. C’est cette société, dont le gérant est
M. Houver, qui fera auprès des services compétents les démarches pour
(enfin!) régulariser administrativement la source. En effet, jusqu’alors,
les sources n’avaient jamais fait l’objet de prélèvements officiels, et
l’Académie de médecine n’avait jamais été appelée à donner son avis.
85
Les sources
Fig. 1
Une des sources de Caldaniccia au xix e siècle (1893 ?).
On distingue à l’arrière-plan un bâtiment qui pourrait être l’hôtel
thermal. Collection Fieschi, photo A. L. Hendeeson
Caldaniccia
L’abandon actuel des eaux de Caldaniccia et la ruine complète de ces
bains, aux portes d’Aiacciu (Ajaccio), ne doivent pas faire oublier
que le site de la future station thermale a suscité un temps un grand
intérêt, au point de faire l’objet d’une expropriation pour cause d’utilité
publique.
Les sources et les forages
Les premiers rapports, dans les années 1830, signalent l’existence de
plusieurs sources (trois ou cinq) dans un lieu inhabité et assez marécageux,
à proximité toutefois de deux moulins. Il faudra réaliser une route
pour desservir les bains en attendant que la voie ferrée toute proche
permette, cinquante ans plus tard, d’ouvrir une gare qui facilitera
l’accès au lieu. Une des émergences se trouve d’ailleurs à proximité
immédiate de la voie ferrée, au niveau d’un talus.
Environnement
Depuis la date de la « redécouverte » de
1831, l’environnement des sources a
profondément changé. La proximité
d’Aiacciu a entraîné une occupation
assez dense des abords. Le Cavallu
Mortu, affluent rive droite de la
Gravona qui passe à proximité, a
vu son bassin-versant s’urbaniser
et s’industrialiser. Plusieurs routes
encadrent la source, et l’établissement
thermal est aujourd’hui en
ruine.
Accès et localisation
Pour s’y rendre, s’arrêter au niveau de la
gare de Caldaniccia, les ruines de l’établissement
sont juste derrière le bâtiment récemment
restauré de la gare. On peut également, au niveau
du rond-point tout proche, prendre la bretelle
(cul-de-sac) « Bains de Caldaniccia » !
Coordonnées : X = 536 550 ; Y = 4 182 310 ; Z = 15 m
environ.
Remarque : la ou les émergence(s) n’est (ne
sont) plus visible(s), quand bien même on peut
grossièrement la (les) localiser au cœur des
ruines et qu’un tuyau souple rejette à
l’extérieur des ruines une petite
partie de l’eau thermale.
Les émergences ont donné naissance à
une zone marécageuse au milieu de laquelle un
tuyau sortant d’un pan de mur est ponctuellement utilisé par quelques
habitants de la région, pour prélever une eau qui mériterait de faire
l’objet d’une analyse bactériologique (fig. 20).
FA
Puits
Réservoire
et bains
Puits
Fig. 2
Les bains et leur environnement en 1983. Les émergences sont à côté de la gare,
en bas à gauche. Les environs sont alors encore peu urbanisés. La rocade, en revanche,
est déjà présente mais sans le giratoire. La future pénétrante (dont les travaux ont démarré
en 2025) empruntera, en partie, le chemin parallèle à la rocade qui passe au-dessus
de la gare, et donc tout près des émergences thermales. Les puits sont encore localisables,
en particulier le puits central. Les forages F20 et FA sont sur le terrain de l’Équipement.
La source (fig. 6) est dans le talus de la voie ferrée. © P. Lenck.
98
Les sources thermales de la Corse granitique Caldaniccia
Fig. 3
L’environnement actuel de Caldaniccia.
Fig. 4
Les ruines de l’établissement thermal en forme de rotonde, dans une zone marécageuse.
La construction en second plan est un réservoir sans rapport avec les bains.
Enfin, à l’horizon se profile le mont Aragnascu.
F20
Puits
Source
99
Les sources
Les puits et la source de la voie ferrée
Un problème récurrent à Caldaniccia était le faible débit des sources.
On verra ci-après que les concessionnaires ont essayé d’augmenter le
débit en creusant des puits.
Un des trois puits qui avaient été creusés au début du xix e siècle était
toujours visible dans le parc de l’Équipement, au niveau du talus, en
1983. Nous l’avons à nouveau observé en 2024 , entouré d’une buse
en ciment et orné d’un petit figuier (fig. 5). Son débit n’est pas connu.
Une source, en bordure de la voie ferrée (fig. 6), sourd d’une fissure
dans le granite. Son débit est d’environ 90 l/h.
Les forages et leurs enseignements
Il existe deux forages à proximité des bains, dans le parc de l’Équipement
(F20 et FA). Ces forages, réalisés pour fournir de l’eau potable,
ont mis en évidence de l’eau thermale !
Le premier (F20, fig. 7) a été creusé à 52 mètres de profondeur. Il
a recoupé le granite. Son débit est artésien*, voisin de 3 m 3 /h, avec
une eau à 40 °C. Le second (FA), moins profond, 35 mètres, montre
un débit est plus faible, soit 1 m 3 /h, pour une température de l’eau
proche de 33 °C. Les débits indiqués ici sont ceux mesurés peu après
la foration. Les débits actuels sont inconnus.
Plusieurs autres forages ont été implantés ces dernières années dans la
zone commerciale, initialement pour fournir de l’eau potable à diverses
entreprises (grandes surfaces, commerces divers, etc.). Réalisés par
des entreprises de forage privées, les ouvrages sont souvent non
déclarés. Il est difficile alors de tous les recenser, de connaître leur
lieu exact, la coupe des forages, les débits et la qualité de l’eau.
Il ressort toutefois des discussions avec les foreurs que certains ont
recoupé uniquement des granitoïdes*, d’abord arénisés*, puis plus
massifs mais fracturés. D’autres ont traversé des alluvions quaternaires
(anciennes terrasses de la Gravona), puis les granitoïdes.
D’autres enfin ont rencontré les alluvions, puis des argiles grises, sans
doute du Pliocène*, avant de toucher le substratum granitique et d’y
pénétrer plus ou moins profondément. Nous n’avons malheureusement
pas pu observer les « cuttings », c’est-à-dire les fragments remontés
lors du forage, et le doute peut subsister pour certains d’entre eux.
Plusieurs de ces forages, parfois assez loin des sources thermales (de
quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres), sont artésiens*
et quelques-uns ont trouvé de l’eau thermale, ce qui n’était pas le but
recherché, avec l’odeur caractéristique des eaux sulfureuses. D’après
les déclarations orales des foreurs, ces venues d’eau se produisaient
lorsque le forage avait traversé une couche d’argile.
Enfin, à la demande du conseil général de Corse-du-Sud, le Bureau de
recherches géologiques et minières (BRGM) a réalisé dans les années
Fig. 5 et 6
Le puits et la source (près de la voie ferrée) en 1983.
Le puits a probablement été creusé au xix e siècle © P. Lenck
1983-1986, puis en 2004, des études détaillées, avec photo-interprétation,
télédétection, mesures géophysiques, recherches du radon*.
Ces recherches ont permis de positionner trois sites d’implantation
de forage. Évoquant l’un d’eux, Salembien, dans son rapport de 1990,
précisa : « Le choix scientifique s’est porté sur une parcelle appartenant
à la municipalité 1 , le choix final (et partisan) sur un terrain
départemental. Le forage exécuté s’est avéré être un échec par insuffisance
de débit… »
Hydrogéologie, débit et composition chimique
Le débit mesurable était de 17 l/min, pour une eau à 32 °C, lors de la
découverte des eaux thermales. On rappelle qu’il y avait initialement
cinq émergences qui ne sont plus accessibles aujourd’hui. Aucune
mesure fiable n’est actuellement possible.
1. Il s’agit donc de la commune de Sarrula-Carcupinu (Sarrola-Carcopino).
100