Coté Cinéma n°165bis - 17 mars 2011
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CÔTÉ FILM
En direct de l'Institut Lumière
Claude, ne change pas !
C’est avec Claude que j’ai fait l’une
de mes premières rencontres avec
un professionnel du cinéma. Et je
suis sûr que c’est le cas de la plupart
de ceux qui participeront à l’hommage
qui lui est rendu ce jeudi 17
mars dans sa bonne ville d’Avignon.
Dans les années 80, j’étais bénévole
à l’Institut Lumière de Lyon, travaillant
avec Raymond Chirat aux archives
qu’en moines bénédictins
nous collections jour après jour. Un
jour, une voix de stentor ébranla le
silence feutré du dernier étage du
Château Lumière : c’était Claude qui
venait annoncer qu’il déposait affiches,
photos et copies des films
que la société AAA, dont il dirigeait
l’antenne sud-est entre Lyon et Marseille,
avait distribuées récemment.
Ce dépôt fut l’un des premiers et
des plus marquants de ce qui était
alors une toute jeune institution. Et
un inoubliable encouragement.
C’est ainsi que j’ai rencontré
Claude : un ouragan dont la volubilité
n’avait d’égale que l’immédiate
chaleur qu’il mettait dans tous les
rapports humains. J’ai l’impression
que la conversation engagée ce
jour-là entre le professionnel aguerri
et le jeune débutant ne s’est jamais
arrêtée. Que de bons souvenirs
nous avons, de cette merveilleuse
soirée passée en compagnie de la
regrettée Christine Pascal (venue au
Comoedia des frères Lapouble présenter
son chef d’œuvre Le petit
Prince a dit), jusqu’au nouveau surgissement
de Claude à la fin les années
90.
Endossant les habits de représentant
en fauteuils de salles (pour la
société KLESLO), il vint nous proposer
ses services. Ça tombait bien,
nous projetions de construire une
nouvelle salle autour du Hangar du
Premier-Film. Il se porta candidat. Et
sa proposition était la meilleure, de
loin. Cependant, devenu récemment
co-directeur de l’Institut Lumière,
j’avais à cœur de ne pas donner le
sentiment que nous nous connaissions
et qu’il pourrait y avoir entente
illicite alors qu’il s’agissait d’argent
public. Je lui avais donc fait passer le
message d’être neutre et discret
lorsqu’il serait reçu par la commission
qui devait décider du choix et
de défendre ses propositions sans
me mentionner. Muni de ces bonnes
recommandations, il se rendit à la
réunion où chaque projet était examiné
de façon très solennelle. Et voilà
mon Claude qui débarque, habillé
comme un prince, léger comme un
danseur des îles, prêt à rouler des
hanches et des yeux pour parvenir à
ses fins. Je fus saisi par une légère
inquiétude. Demander à Claude
d’être discret, que n’avais-je pas fait
? Et sa première phrase fut : « Je suis
tellement content de pouvoir proposer
des fauteuils dont je sais qu’ils
conviennent à mon ami Thierry… »
Lui, inconscient de son effet, moi
consterné et certain que le marché
était perdu et que j’allais me faire disputer.
Mais finalement, parce que
son projet était le meilleur, parce qu’il
le défendit avec panache et conviction,
parce que Bertrand Tavernier et
Jacques Deray le soutinrent énormément,
il emporta le marché. Et, audelà
de notre satisfaction d’avoir les
fauteuils qui nous plaisaient, je fus
heureux pour lui, heureux de le voir
emporter un beau succès dans le
nouveau métier qu’il s’était choisi et
qui lui permettait de rester parmi
nous, dans ce milieu du cinéma qu’il
aime tant et qui ne serait pas le
même sans des gens comme lui.
Plus tard, il fut l’un des premiers à
me féliciter lorsque je fus nommé
Délégué Général du Festival de
Cannes – cela m’alla droit au cœur,
en souvenir de nos premières rencontres
quand il considérait avec
générosité le jeune bénévole que
j’étais. Claude, c’est le soleil permanent,
c’est l’OM qui gagne même
quand il perd ; c’est un marseillais
qui voit les Antilles dès qu’il sort du
Vieux Port. C’est l’homme qui traverse
la France pour rejoindre un
bon dîner, quitte à dormir sur l’autoroute
et devoir appeler le médecin
parce qu’il vient, au petit matin, de
faire un début d’AVC (qui le laissa
quelques heures… muet, j’aurais
voulu être là !). Nous serons nombreux
à saluer son inlassable énergie,
comme nous sommes nombreux
à lui demander de ralentir un peu le
rythme. En même temps, Claude,
non, ne ralentis pas, ne te tais pas,
ne change pas. Car si tu as le sens
de la fête, c’est parce qu’avant tout
tu as celui de l’amitié.
Thierry Frémaux